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Ceft furtout par ces raifbns, que je me fuis fait un devoir de le faire im- primer, fous les aufpices d'un monarque à qui la vérité n'eft pas moins chère que la gloire, &.qui, de l'aveu de l'Europe, eft auffi capable d'inftruire les hommes, que de juger de leurs ouvrages. J'ofe vi PREFACE. J'ofe aflurer, due dans ces deux volumes on trouvera plus de faits intéreflâns, & plus d'anecdotes curieufes, que dans les coUeftions immenfes qu'on nous a données jufqu'ici furie régne de Louis XIV. Au refte, quoiqu'il foitqueftion à la fin de cet ouvrage des chofes que Louis XV a exécutées par lui-même, èc que plus d'Un établllïèment de Louis x i v ait été perfeélionné par fon fuccef- feurj cependant il a paru, que le titre du SIECLE DE Louis XIV devait fubfifter, non feulement parce que c'efl: l'hiftoire d'environ quatre-vingt années, mais parce que la plufpart des grands changemens, dont il eft parlé, ont été commencés fous ce régne. TABLE T [tUT A DES G H A P I T R ES. TOME I. Chapitre I* jNtrodu&ion. Ohapitre U Minorité de LO UJ S XIV: vi^oire des Français fous le grand Condé alors duc dEnguien. Chapitre IIL Guerre civile^ Chapitre IV. Suite de la guerre civile ^ JHfi^^ ^ l^fin de la rèbelUon en 1654. Chapitre V. Etat de la France^ jufqu'à la mort du cardinal Mazarin en i6bi. Chapitre VI. LOUIS XIF gouverne par lui-même : il force la branche djiâtricbe-efpa^ gnole à lui céder partout la préjeance^ ^ la cour de Rome à lui faire fatif-^ faSiion : il acbette Dunkerque : il donne des fecours àTempereur^ auPor^ tugalj aux étatS'gé^frauXy G? rendfon roiaume florijfant éf redoutable. Chapitre VIL Conquête de la Flandre. Chapitre VIII. Conquête de la Francbe^comté : pats d Aix-la^cbafelle. Chapitre IX. Magnificence de LOUIS XW ^ ccn^ quête de Ja Hollande. Chapitre X. Evacuation de la Hollande : féconde conquête de la Francbe^comté, Chapitre XL Bille campagne & mort du maréchal de ^urenne. Chapitre XIL . Depuis la mort de Hurenne juftpfk la paix de Nimégue eA vbyt. Chapitre XI(L Prife de Strajbourgy bombardement a Alger : foumiffion de Gênes : am^ bajfade de Siam : pape humilié : éleSiorat de Cologne difputé. Chapitre XIV. Le roi Jacques détrôné par fon gendre Guillaume trois^ Gf protégé par LOUIS XIF. Chapitre XV. De ce qui fe paffait dans le continent^ tandis que Guillaume trois envnhijfait r Angleterre, VEcoffe^ & l'Irlande, jufqu*en lé^j. Chapitre XVI. Paix de Rifivick : état de la France & \ . de VIU TABLE des Chapitre St de f Europe: mort & tejtament de CharUt fécond^ roi iEfpagne. Chapitre XVIL Guerre de 1701 : conduite du prince EugénCy du maréchal deVilleroiydu duc de VendimCy du duc de Marlebormgb^ de maréchal de VillarSyjufqu^en 1703 . Chapitre XVIIL Perte de in bataille de Blenbeim au êHochJlet, &f€5 fuites. Chapitre XIX. Pertes en E/pagne : perte des batailles de Ramillies^ & de Turiny (S leur faites. Chapitre XX tSuite dis dijgraces de la France & de tE/hagne : humiliation, confiance , Gf rejjources de LOUIS XIV: ba^ taille de Malplaquet. Chapitre XXI. ZêOV IS XIF. continue à demander la paix y Gf â/e défendre : le duc de Ven^ dême affermit le roi dÈfpagnefur le trône. Chapitre XXIL Vi^oire du maréchal deVillars à Dénain : rétabiiffement des affaires : paix gé- nérale. Chapitre XXIIL Tableau de fEurope, depuis la paix dUtrecht jufqu' eu i/fo^ * ». •♦ • » j' TOME SECOND Chapitre XXIV. Particularités & anecdotes du régne de . LOUIS Xir. Chapitre XXV» Suite dis anecdotes^ Chapitre XXVL Suites des anecdotes^ Chapitre XXVII. Gouvernement intérieur ; commerce^po-- licCy loix^ difcipline militaire^ marine. Chapitre XXVIIL Finances^ Chapitre. XXIX. Sciences & arts^ Chapitre XXX. * Suite des arts. Chapitre XXXI. affaires eccléfiafiiques : difputes mimo^ rableSi. Chapitre XXXII. Du cahinifme. Chapitre XXXlII. Du janfénifme. Chapitre XXXIV. Du quîétij'me. Chapitre XXXV. Diffutesjur la cérémonies Cbinsifea. tR L £ SIECLE de L OU I S XIV. CHAfÏTRE PREMIER Introduction. E n'eft pas feulei^ént là vié de Loois XIV qu'on prétend écrirè ; on fe propoïè un plus grand objet. On* veut eflâ er de pdndre à: la poftérité, non les a(ftîon$ d'un feiil homme ; mais l'cfprit des hommes dahs le fiécle le plus éclairé qui fut jamais. Tous liés tems ont produit des héros & des politi- ques. Tous ks ptuplës ont éprouvé des révolutions. Toutes les hiftoires font prefque égales pour qui ne veut mettre que des faits dans fa mémoire. Mais qtiicdhque perifc, 6c ce qui eft encore plus rare, quiconque a du goût, ne compte que quatre fîécles dans l'niftoire du monde. Ces quatre âges heureux, fontceux où les arts ont été perfédiorinés, & qtii fêrvant d*éJ3oque à la grandeur de T-e- iprit humain, font l'exiemple de la poftérité. Le premier des: ces fîéçIes à qui la véritable gloire eft attachée, eft celui de Philippe & d'Alexandre, ou celui des Périclês, des De- mfofthénes, des Arlftotes, des Platorts, des Apeîlçs, ' des Phidias, des Praxitéles; & cet honneur a été renfermé dans les .limites de la Grèce ; le refte de la terre était barbare. Le fécond âge eft celui de Céfar & d'Augufte, dcfignc encore par les noms de Lucrèce, de Cicéron, de Tite-Live, de Virgile, d'Horace, d*Ovide, de Varron, de Vitruve. LeTroifîéme, eft celui qui furvit la prifc de Conftàntinople par Mahomet IL alors on vît en Italie une famille de fîmples citoiens faire ceque devaient entreprendre les rois de l'Europe; les Médicis appellérent à Florence les arts, que les Turcs chaflfaient de la Grèce, c'était le tems de la gloire de l'Italie. Toutes les fciences reprenaient une vie nouvelle ; les Italiens les honorèrent du nom de vertu^ com- B me a L O U I S XIV, me les premiers Grecs les avaient caraAérifés du nom àtfagejfèy tout tendait à la perfedion: les Michel- Anges, les Raphaëls, les Titiens, les Taflès, les Arioftes fleuf irent. La gravure fut inventée j la belle architedure reparut plus admirable encore que dans Rome triomphante; & la barbarie gothique, oui défigurait TEiirope eir tout genre, fut chaffée de l'Italie pour faire en tout place au bon goût. Les arts, toujours tranfplantés de Grèce en Italie, fe trouvaient dans un terrain favorable, où ils frudifiaient tout-à-coup. La France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Efpagne, voulurent à leur tour avoir de ces fruits ; mais, où ilà rie vinrent point dans ces cli- mats, ou bien ils dégénérèrent trop vite. François premier encouragea des favans ; mais qui ne furent que- fa vans : il eut tles architedes ; mais il n'eut ni des Michel- Anges, ni des Palladios : il voulut en vain établir des écoles de peinture ; les peintres Italiens qu'il appella, ne firent point d'eléves Français. Quelques épigramtnes 8c quelques contes libres compofaient toute notre poëfie ; Rabelais était notre feul livre de profe à la mode, du tems de Henri II. En un mot, les Italiens feuls avaient tout, fi vous en exceptez la mufique, qui n'était encore qu'informe ; & la philofophie expéri-: mentale, qui était inconnue par tout également. Enfin, le quatrième fiécle eft celui qu'on nomme le fiécie de Louis XIV; & c'eft peut-être celui des quatre qui approche le plus de la perfeâion. Enrichi des découvertes des trois autres, il a plus fait en certains genres que les trois enlèmble. Tous les arts à la vqrité n'ont point été pouffes plus loin que fous les Medicis, fous les Auguftes & les Aléxàndres ; mais la raifon humaine en général s'éft perfeiïlîonnée. La faine philofophie n'a été connue que 4lans ce tems : & il eft vrai de dire, qu'à commencer depuis les dernières années du cardinal de Richelieu, jufqu^à celles qui ont fiiivi la mort de Louis XIV, il s'eft fait dans nos arts, dans nos efprits, dans nos mœurs, 'comme dans notre gouvernement, une révolution générale qui doit fervir de marque éternelle à la véritable gloire de notre pa- trie. Cette heureufe influence ne s'eft pas même arrêtée en France; elle s'eft étendue en Angleterre; elle a excité l'émulation dont avait alors bcfoin cette liation IpiritueUe & profonde ;elle a porté le goût en Allemagne, Introduction* 3-. Allemagne, les fciences en Mofcovie; eQe a même ranimé l'Italie qui languiflkit, & r£urope a dû h politefiè à la cour de Louis XIV. Avant ce tems, les Italiens appellaient tous les ultramontains du nom de barbares ; il faut avouer que les Français méritaient en qudque forte cette injure. Nos pères joignaient la galanterie ro- manefque des Maures à la groflléreté Gothique; ils n'avaient prefque aucun des arts aimables ; ce qui prouve que les arts utiles étaient . négligés: car lorfqu'on a perfeâionné ce qui eft néceiîàire, on trouve bientôt le beau 8c Tagréable ; & il n'èfl pas étonnant que la pein- ture, la fculpture, la poëfie, l'éloquence, la phik>(bphie, fuflênt pre(^ . que inconnues à une nation, qui aiant des ports fur l'océan & fur la Méditerranée, n'avait pourtant point de flote, & qui aimant le luxe à l'excès, avait à peine quelques manufaiflures groflleres. Les Juifs, les Génois, les Vénitiens, les Portugais, les Flamans, les Hollandais, les Anglais, £rent tour-à-tour notre commerce, dont • * nous ignorions les principes. Louis XI [I. à &n avènement à la cou- . ronne n'avait pas un vaiîîèau ; Paris ne contenait pas quatre-cent- . mille hommes, Sx. n'était pas décoré de quatre beaux édifices ; les au- . très villes du roiaume reflcmblaient à ces bourgs qu'on voit au'delà de la Loire. Toute la nobleflè cantonnée à la campagne dans des / donjons entourés de foffés, opprimait ceux qui cultivent la terre. : Les grands chemins étaient prefque impraticables ; les villes étaient : fans police, l'état fans argent, & le gouvernement prefque toujours • fans crédit parmi les nations étrangères. On ne doit pas fê difîimuler, que depuis la décadence de la fa- . mille de Charlemagne, la France avait langui plus ou moins dans cette faiblefïê, parce qu'elle n'avait pxelque jamais joui d'un bon . gouvernement. 11 faut, pour qu'un état foit puiflfant, ou que le peuple ait une i liberté fondée fur les loix, ou que l'autorité fouveraine foit affermie fans contradidion. En France les peuples furent efclaves jufques vers le tems de Phî- . lippe- Augufle ; les feigneurs furent, tyrans jufqu'à Louis XI; .& les. rois, toujours occupés à foûtenir leur autorité contre leurs vafîaux, , n'eurent jamais ni le tems de fongér: au boilheur de leurs fujets, ni le pouvoir de les rendre heureux. Louis XI. ût beaucoup pour la puiflance roiale, mais rien pour la félicité & la gloire de la nation,' .... B 2 François 4 L a U I S XiV. François I. fît tiâ^re le cooiçierce, k navigatioa, ks k^({tes: Ss. tous les arts; mais il &t trop maUiçureux. poui* leurfatire, pœndre; racine en France^ 6c toos pertren^ a^ypc kii. Henri le grand vpukit retirer la France des caJ4mité& &.de ht barbarie où trente ans- de dîiçorde Vivaient replongée, quand il fut affaffîné dans fà capitsde, au milieu du peupla dont il aîiait f^ite le: bonheur. - - Le cardinal de Riche^u, occupé d'abbaiâêr la. maiiba d^ AÛÈcichi^ le càlvinifine 6c les grands,, ne joûiÊ point d'unç puii&Dce aâcz pair-^ Êble pour réformer, k. nation j, mais au moins il< con^neoça. cet hçuci- reiix ouvrage* . Ainfï pendant neuf-cens années» notre géqie a été pcdque tour-, jours rétréci fous, un gouvernement gothique, au milieu, de&d^vifionsi 6c des guerres civiles, n-aknt ni.loix ni coutumes. fisces, changeant: eccléfîafliques viv^aiit dans le déferdre 6& dans Tigncfance^ ^ les* peuples' fans induflrie, croupiflànt dans leur mifeic. ' Voila pourquoi les Français n*eûrent part^ ni aux grandes -décou-^ vertes, ni aux inventions admirables des autres nations : 1 .imprimer ri^ la poudre, les glaces, lès télefcop^, le compas de. proportion^, la machine pneumatique, k vrai fyilène de l'univers, ne leunap*- partiennent pc»nt ; ils feifaient des tournois, pendant, que lès- For^ tugats 6c les Ffpagnols découvraient 6t conquéraient de nouveaujc mondes à Torient 6c à l'occident du^mondie connu.- Cbarlés-quint prodiguait déjà en Europe lès^ itréfbrs du Mexique, avant que. queU ques fujets de François premier. eufTent découvert k contrée inculte, du Canada; mats par le peu même que firent les Français ■ dans k commencement du^iziéme £éck, on vit dequoLils font capables < quiaod ils font ccmduifo. On fe propofê de montrer ici^ ce qu'ils ont été fous Louis XIV ; 6c:. Ton fouhaite que k poflérité de ce monarque, 6c celle de fes peuples^; également animées d'une heurevifè éimiuktion, s'efibrcent de furpafkt leurs ancêtres. II. ne faut pas qu'on s'attende à trouver ici les détails prefque in- finis des guerres entreprifès dans ce fîécle; on eft obligé de kiiGÔèt aux. annalifles le foin de ramaflèr avec éicaétitude tous ces petits faits, qui ne fèrviraient qu'à détourner k vue de l'objet pnncipaL G'eil à eux ànaaiqvier rSTHOBOCTIO N. - J: £ marquer les marches, lés contremarches des arm&s, & les jours où: les tranchées furent ouvertes devant des villes, prifes & reprifes par les anB£s, doDoées (s Tendues par des traitas : mille circonAasceai. intérefTantes pour les contemporains fe perdent aux yeux de la poft£> lité, & di^araiflènt pour ne laiflêr voir que les grandr-événemens^ qui ont fixé la deftinee des empires ; tout ce qui s'eft fait ne mérite pas d'être écrit. On ne s'attachera dans cette hifloire qu'à ce qui-, méiite f attention de tous Us teras, 1 ce qui petR peindre le génie &: les mœurs des hommes, à ce qui peut lérvi'r d'inAruâion, Si coOi- feiller l'amour de la vertu, des arts, & de la patrie. On eilàïera de faire voir ce qu'étaient Se la France & les* autrev. «At ks ^u« :fertS) ne font qu'un parti médiocce ; les cP^oliques composent le Tefte de l'empire, & aiant à leur tête la snai^ d'AAtriche, ii$ étaient &ns doute les plus puiflàns. Non-feulement l' Allemagne, mais tous les états chrétiens, faignaî- (cnt encore des plaies, qu'ils avaient reçues de tant de guerres de ireligion, fureur particulière aux chrétiens ignorée des idolâtres^ &i iuite malheùreufe de l'efprit dogmatique introduit depuis fi long- tcms dans toutes les conditions. Il y a peu de points de controvcrfe* qui n'aient caufé une gueiie civile, & les nations étrangères (peut- être notre poftérité) ne pourront un jour comprendre que nos- pères iè fbient égorgés mutuellement pendant tant d'années en préchant la |>atience. . - !]^n 1619 Tempereur Mathias étant mort fans enfans^ le parti çroteftant fe remua pour oter l'empire à la maifon d'Autriche & à- îa communion Romaine ; mais Ferdinand archiduc de Grats, coufin de Mathias, n'en fut pas moins élu empereur. 11 était déjà roi de Bohême & de Hongrie, par la démifiîon de Mathias, & par le choix forcé que firent de lui ces deux roiaumes. Ce Ferdinand II. continua d'abattre le parti proteftant : il fe vit «quelque- tems le plus puiffant & le plus heureux- monarque delà- .chrétienté, moins par lui-même que par le fuccès de fes deux grands -généraux, Valftein & Tilly, à l'example de beaucoup de {winces de la maifon d'Autriche, conquérans fans être guerriers, & heureux- par le mérite de ceux qu'ils favaient choifir. Cette puiffance menaçait' déjà du joug, & les proteftans & les catliclicues : l'alarme fift même portée jufqu' à Rome, fur laquelle ce titre d'tmptrcur & de roi des Romains donne des droits chimériques, que la moindre occafion peut rendre trop réel. Rome, qui de fbn côté prétendait autrefois un droit plus chimérique fur l'empire, s'unit alors-avec la France contre la maifon d'Autriche. L'argent des Français, les intrigues de Rome, & les cris de tous les proteftans, appellérent enfin du fond de la Suéde Guflave- Adolphe, le fèul roi de ce tems-là qui pût prétendre au nom de héros, & le feul qui pût rcnvcrfer la puilîànce Autri- chienne. -/ Etat DE L'EUROPE. 9 L'arrivée de Guftave en Allemagne changea la face de l'Europe. Il gagna en 1631 contre le général Tilly la bataille deLeipfîc, fi cé- lèbre par les nouvelles manœuvres de guerre que ce roi mit en ufage, & qui pailè encore pour le chefd'œuvre de l'art militaire. L'empereur Ferdinand ie vit en* 163 2 prêt à perdre la Bohême, la Hongrie & l'Empire : fbn bonheur le fauva ; Guftave- Adolphe fut tué à la bataille de Liitzen, au milieu de fa viâoire; & la mort d'un {èul homme rétablit ce que lui feul pouvait détruire. La politique de la maifbn d'Autriche, qui avait fuccombé (bus les 'armes d'Adolphe> fe trouva forte contre tout le refte; elle dé- tacha les princes les plus pijiflkns de -l'empire, de l'alliance des Sué- dois. Ces troupes viâorieufes, abandonnées de leurs alliés, &; privées de leur roi, furent battues à NorHngue ; & quoique plus heureufès enfuite, elles furent toujours moins à craindre que ibus Guftave. Ferdinand II. mort dans ces conjondures, laiffa tous fes états à fon fils Ferdinand IIÎ. qui hérita de fa politique, & fit comme lui la guerre* de fon cabinet: il régna pendant la minorité de Louis XIV. 'L'Allemiagne n'était point alors aufli floriflante qu'elle l'eft de* venue. depuis ; le luxe y était inconnu, & les commodités de la vie' • étaient encore très-rares chez les plus grands feigneurs. Elles n'y cmt été portées, que vers l'an 1686, par les réfugiés Français, qui allèrent y établir leurs manufadures. Ce ^aïs fertile & peuplé manquait de commerce & 4'a-rgent ; la gravité des mœurs & la lenteur particu- lière aux Allemans, les privaient de ces plaifirs*&; de ces arts agréables, que lafagacité Italienne cultivait depuis tant ^d'années, & quel'in- duftrie Franç^ife commençait dès-lors à perfedionner. Les Alle- mans, riches chez eux, étaient pauvres ailleurs; & cette pauvreté, jointe à la difiiculté de réunir en peu de tems fous les même éteiv darts tant de peuples différens, les mettait à-peu^-près comme au- jourd'hui dans l'impoffibilité dé porter & de foûtenir longtems la guerre chez leurs voifin£. Aufîl c'eft prelque toujours dans l'Empire que les Français on fait la guerre contre l'empire. La différence du gouvernement Se du- génie rend les Français plus propres pour l'at- t^que, 5ç Ips-AUemans poxir la défenfe. DE lO LOUIS XIV. DE l'ESPAGNR L*Êfpagne, gouvernée par la branche aînée de lu tnaifon d'Au- triche, avait imprimé après la mort de Charles-quint, plus de ter- reur que la nation Germanique. Les rois d'Efpagne étaient incom- parablement plus- abfolus 8c plus riches. Les mines du Mexique & du Potofi femblaient leur fournir dequoi acheter la liberté dé TEuropc. Ce projet de la monarchie univerfelle de notre continent chrétien, commencé par Charles-quint, fut d'abord foûtenu par Philippe II, Il voulut, du fond de l'Êfcurial, aflèrvir la chrétienté par les négo- ciation, & par la guerre. Il envahit le Portugal ; il défola la France; il menaça T Angleterre : mais plus propre peut-être à merchander de loin les efclaves, qu'à combattre de près fes ennemis, il n'ajouta aucune conquête à la fatile invafion du Portugal ; il fkcrifia de fon aveu quinze-cent millions, qui font aujourd'hui plUs de trois-mille- millions de notre monoie, pour aflèrvir la France, & pour regagner la Hollande. Mais fes tréfors ne fer virent qu'à enrichir ces païs qu'il voulut domter. Philippe III. fon fils, moins guenier encore & nioins fage, eut peu de vertus de roi. La fuperftition, ce vice des âmes faibles, ternit fon régne, & affaiblit la monarchie E^agnole. . Son roiaume com- mençait à s'épuifèr d'habitans, par les nombreufes colonies que l'avarice tranfplantait dans le nouveau monde j & ce fut dans ces circonftances que ce roi chafla de fes états près de Jiuit-cens-milles Maures, lui qui auriat dû au contraire en faire venir davantage, s'il eft vrai que le nombre des fujets foit le tréfor des monarques. L'E- ipagne fut prefque déferte depuis ce. tems : la fierté oifive des habî- *tans laifîa pafîêr en d'autres mains les richefîès du nouveau monde ; l'or du Pérou devint le partage de tous les marchands de l'Europe: en vain une loi fevere & prefque toujours exécutée, ferme les ports de l'Amérique Efpagnole, aux autres Nations ; les négociâns de France, d'Angleterre, d'Italie, chargent de leurs marchandifès les gallions, en rapportent le principal avantage, & c'efl" pour eux que Iq Pérou & Je Mexique ont été conquis. , , . • La grandeur Efpagnole ne fut donc plus fous Philippe III, qu'un vafle corps fans fubflance, qui avait plus de réputation que de force. Philippe IV, héritier de la faibleffe de fon père, perdit le Por- tugal par fa négligence, le Rouilillon par la faibleflè de fès armes, 4 eic y Etat de l*EUROPE. h & la Catalogne par Tabus du derpotifme. Ceil ce taéme roi, à qui le comte-duc d'Olivarès, fon favori & fon minifire, fit prendre le nom de jgrand à fon avènement à la couronne, peut-être pour Texcitèr' à mé- riter ce titr^ dont il fut fi indigne, que tout roi qu'il était, perfonne n'oÉi le lui donner. De tels rois ne pouvaient être longtems heureux dans leurs guerres contre la France. $i nos divifions & nos fautes leur donnaient quelque^ avantages, ils en perdaient le finit par leur inca- pacité. De plus, ils commandaient à des peuples que leurs privilèges mettaient en droit de mal-fèrvir; les Caflillans avaient la piérogative de ne point combattre hors de leur patrie; lesArragonois difputaient fans'cefie leur liberté contre le confeil roial ; & les Catalans, quir^ar- doient leurs rois conune leuts ennemis, ne leur permettaient pas même de lever des milices daiis leurs provinces. Ainu ce beau roiaume était ^ors peu puif^t au-dehors j6c miférable au-dedans ; nulle induftrie ne fondait, dans ces climats heureux, les préièns de la nature; ni les foies de la Valence, ni les belles laines de l' Andaloufie & de la Caftile, n'étaient préparées par les mains Efpangoles: les toiles fines étaient un luxe très-peu connu : les manuf aâures Flamandes, refte ' des monumens de la maifon de Bourgogne, fourniflaient. à Madrid ce que Ton connaiflait alors de magnificence : les étoffes d*or & d'argent étaient défendues dans cette monarchie, comme elles le feraient. dans une république indigente qui craindrait de s'appauvrir. En cflct, malgré les mines du nouveau monde, l'Efpagne é^ait fi pauvre, que le miniflér» de 'Philippe IV fe trouva réduit à la nécef^ fité de faire de la monoie de cuivre, à laquelle on donna un prix pre&[ue aufîi fort qu'à» l'argent ; il. fallut que le maître du Mexique &.du Pérou fit de la faufîè monoie pour païer les charges de l'état. On n'ofait, fi on en croit le fage Gourville, impofer des taxes per- fbnnelles; parce que ni jes bourgeois, ni les gens delà campagne, n'aiant prefque point de meubles, n'auraient jamais pu être con-\ traints à paiier. Tel était l'état de l'Efpagne, &, cependant réunie avec l'Empire, elle mettait uii poids redoutable dans la balance de l'Europe. " . * . • D U P O.RT U G A L; . Le .Port.iigal redevenait alors un roiaume. . Jçari,.duc cgance, prince qui pafïait pour faible, avait arraché c de Bra- cette pro« -C 2 vince If LOUIS- XIV.. province à un roi "plus faible que lui ; les Portugais oultivaient par ncceflité le commerce que TËfpagne négligeait par fierté ; ils venaient (fe fè liguer avec la Fiance.6cla Hollande en 1641 contre l'Elpagne. . Cette révolution du Portugal valut à la France plus que n euflént fait les plus fignalées victoires. Le miniilére Français, que n*avait contribué en rien à cet événemeht, en .retira fans peine le plus grand avantage qu'on puilTe avoir contre fon ennemi, oelui de le voir at- taqué'par une puiffanCe irréconciliable. Le Portugal lècouant le joug de l'Eipagne, étendait fon commerce & augmentant fa puiflànce, rappelle ici Tidée de la Hollande, qui JQuifTait des mêmes avantages d'un manière bie» différente. DE LA HOLLANDE. Ce petit état de lèpt provinces unies,* païs flérile, mal-fain, & pref» que fubmergé* par la mér, était depuis environ un demi-fiécle, un . exemple 'prefque unique fur la terre, de ce que peuvent l'amour de la liberté, & le travaÛ infatigable. Ces peuples pauvres, peu nom- breux, bien moins aguerris que les moindres milices Efpagnolés, & qui n'étaient comptés encore poiir rien dans l'Europe, réfiflérent a^ toutes les forces deleur maître & de leur tyran Philippe II. éludèrent les deflêins de plufieurs princes, qui voulaient les fëcourir pour les afîêrvir, & fondèrent une puifTance, que nous avoiis yu balancer le pouvbir.de l'Efpagne même. Le défefpoir qu'inlpire la tyrannie les avait d'abord armés ; la liberté avait élevé leur courage, & lès princes de la maifon d'Orange en avaient fik d'ezcellens foldats. A peine vaingueurs de leur maîtres, ils établirent une forme de gouvernement^, qui conferve, autant qu'il eft' poflible, l'égalité, le droit le plus na- turel des hommes. La douceur de ce gouvernement, & la tolérance de toutes les manières d'adorer Dieu,, dangereufè peut-être ailleurs, mais là néceflàire, peuplèrent la Hollande d'une foute d'étrangers, 6c fur- tout de Wallons, que l'inquifltion perfecutait dan^ leur patrie, & qui d'efclaves devinrent citoiens.* La religion calvinii^e, dominant dans la Hollande, fêrvit encore à fa puifiknce. ' Ce païs^ alors û. pauvre, n'aurait pu ni fuf£re à la Biagnificence raîiiin venaient de mourir par le cordeau^ Muftapha "avait ^é dtfux fois dépôfé. L'«mpire Turc ébranlé par ces fecoufîès, étàfit encore attaque par les Perfans ; mafis ^uand les Perfans le. lardaient terrer, '& que les révolutions du féraÛ étaient finies, cet empire redevenait formidable à la chrétienté ; car de- uis l'emboudïure du Boriflhcnc jirfqu'aux états de Venife, on voiait a Mofeoyie, la Hçngrie, la Grèce, les îles, toor-à-tour en proie aux armes des Turcs : & dès l'an 1640, ils faifaient conftamment cette guerre de Candie fi funefte aux chrétiens. Telles étaient la fituation„ les forces, & l'intérêt des princi^les nations Européanes, vers le tttcsi de la mort du roi de France Louis XIH. r. SITUATION DE LA FRANCE. La France alliée à la Suéde, à la Hollande, à la Savoie, au I tuga^ EtaV OE i'BUROPE. f^ tmgsâ, 6c tknt |x>ur die les vccux des autres peuples demei^s dans rinàdion, ibûfienat contre rjBmpire & rË^Migne, iine guerre ruioeufè aux deux partis, & funefte à la mai|bn d'Autriche. Cette guerre ét»t ièa^Dlableà toutes celles qui (k font depuis tant de ûédes entre les princes' chrétiens, dans leii^udies des millions d'hoQimes iônt facri- éés, & des provinces ravagées, pour obtenir enfin qudiques petite^ vflles froBtiéiui$ XIV. Ce que l'on croira à peine, 6c ce qui eft pourtant rapporté par l'abbé Vîttorio Siry, auteur ccmtemporain, trés-inûruit ; c'eft que. Louis XIII eut dès fon enfance le fumom de jufte, parce qu'il était né Tous le fîgne de la Balance. ' La même faiblefîe, qui mettait en vogue cette chimère abfûrde de Taftrologie judiciaire, faiiâit croire aux poficifions, & aux ùxû- léges : on en mifàit un point de religion ; Ton ne voiait que des prêtres qui coi^uraient des démons. Les tribunaux, compofes de magiftrats, qui devaient être plus éclairés que le vulgaire, étaient occupés à juger des forciers. On reprochera toujours à la mémoire du cîu'dinal de Richelieu, la mort de ce fameux curé de Loudun, Urbain Grandier, condanné au feu comme ma^kien par une corn- mifEon du confèil. On s'indigne, que le miaiftre &; les juges aient eu la faibldTe de croire aux diables de Loudun, ou la barbarie d'avoir fait périr un innocent dans les âames* On fe fbuviendra avec éton- nement juiqu'à la dernière poftérité, que la maréchale d 'Ancre fut brûlée en place dé Grève comme forciére, & que le confeiller Courtin, interrogeant cette ienune infortunée, lui demanda de quel ibrtiiége elle s'était fcrvie pour gouverner l'écrit de Marie de ^^édicis ; que la maréchale lui repondit, je mefuisfervie du pouvoir au ont ks âmes fortes fur ks efjffrits faibles ^ ■& qu'entin cette réponfè ne iêrvit qu'à précipiter l'arrêt «de fa mort. On voit encore dans une copie de quelques regiftres du Châtelet, un procès commencé en i6oi, au fûjet d'un chevd, qu'un maître induftrieux avait drefle à-peu-près de la manière dont nous avons vu des exemples à la ibire ; on voulait fair brûler &; Je maître 6c le cheval comme {brcicrs. En voilà aâèz pour faire connaître en général les mtxurs 6c l'eiprit du fiècle, qui précéda celui de Louis XIV. Ce défaut de lumières dans tous les ordres de l'état, fomentait • chez les plus lionnêtes gens des pratiques fuperftitieufes, quidéf- honoraient la religion. Les Calvinides, confondant avec le culte raifonnabie des catholiques les abus qu'on £ûfait de ce culte, n'en étaient Etat de l*EUROPE. *3 étaient que plus aficrmis dans leur haine contre notre ég^fè. Ik go* poraient à nos fuperftitions populaires, fouvent remplies de débauf ches, une dureté ^tfouche & des moeurs féroceS) caraâére de prévue tous les réformateurs : ainfi Teiprit de pard déchirait ($c aviliflâit la France ; 6c Tefprit de fociété, qui rend aujourd'hui cette nation fi célèbre & Ci aimable, était abîblument inconnu. Point de maiibns où les gens de mérite s'aflêmbldiênt pour fe communiquer leurs ..Ktmiéres ; point d'académies, point de théâtres. Enôn, les mœui% les loix, les arts, la fociété, la religion, la paix & la guerre, n'a^ Viùent rien de ce qu'on vit depuis dans le lîécle qu'on appelle le iîécle de Louis XIV. \ CHAPITRE SECOND. Minorité dehO VIS XIF: viBcàres des Français fous le ff'ande Condé^ alors duc dEf$guien, LE cardinal de KicheUeu, & Louis XIII, venaient de mourir; l'un admiré 6c haï, l'autre déjà oublié. Us avaient laiâie aux Fran- ' ^s, alors très inquiets, de Taveriion pour le nom feul du miniftére, 6c peu de reQ)eâ pour le trâne. Louis XIII par ion teûament éta- »g Aofic hliâiiit un confeil de régence. Ce momarque,^ mal obéi pendant ia >643» vk, lé ââta de l'être mieux après fa mort ; mais la première dém»cbe de (à veuve Anne d'Autriche, fut de faire annuller les volontés de ion mari, par un arrêt du parlement de Paris. Ce coips» longtemsoppoié à la cour, 6c qui avait à peine confèrvé (bus Louis, la liberté de faire des remcMiû'ances, cafl^ la teftament de ibn roi, avec la même facilité qu'il aurait jugé la caufe d'un citoien. Aime d'Autriche s'adrefTa à cette compagnie, pour avoir la régence illimitée, parce que Marie de Médicis s'ttait fervie du même tribunal après la mort de Henri IV; 6c •' Marie de Médicis avait donné cet exemple, parce que toute autic voie eût été longue 6c incertaine ;. que le parlement entouré de fcs gardes. 24- L OUI S XIV. gardes, ne pouvait réfiilèr à fês volontés ; 6c -qu nn arrêt rendu au parlement 6c par les pairs, (èmblait afTurèr un droit inconteflable *. L*u(âge qui donne la régence aux mères des rcns, parut donc alors aux Français une loi preique auflî fondamentale que celle qui prive les femmes de ia couronne. Le parlement de Paris, aiant déddé deux iois cetce queflion, c*eft-à-dire, aiant Ccul déclaré par /des arrêts ce droit des mères, paru en effet avoir vèr auprès de lui un azile contre la fureur du foldat vainqueur^ Lé duc d'Enguien eût' autant de foin de les épargner, qu'il en avait pris, pour les vaincre. . , ....'• ' ' * Le yiéuJc comte. de F.ueptes,-qui dôrrimanaait cètteinianterie Ef- paghôlé ftioufut percé dè'coups.iCtjndé-en'rapréhânt, dit: t^^il'vou-i irait être mort comme luiy s il n avait pas vaincu,- E Le 26 LOUIS :^iv. Le reipcâ qu*on avait encor en Europe pour les armées E{- pagnoles fut anéanti, 6c Ton commença à faire cas des armées Françaiib, qui n'avaient point depuis cent ans ga^é de bataille G. célèbre ; car la fanglante journée de Marignan, difputée plutôt que g^^ée par François premier (ur les Suifiês, avait cté Touvrage des bandes noirs Allemandes, autant que de troupes Françaifês. Les journées de Pavie & de Saint Quentin étaient encor des épo- ques fatales à la réputation de la France. Henri IV avait eu le malheur de ne remportet des avantages mémorables que fur fk pro- pre nation; Sous Louis XIII, le maréchal de Guébriant avait eu de petits fuccès, mais toujours balancés par des pertes. Les grandes , batailles, qui ébranlent les états, Ce qui reftent à jamais dans la mémoire des hommes, n'avaient été données en ce tems que par Guflave-Àdolphe. Cette journée de Rocroi devint Tépoque de la gloire Françaifêy 6c de celle de Condé : il fut vaincre 6c profiter de la vidoire. Ses let- tres à la cour firent réfbwjre le ùégc de Thionville, que le cardinal de Richelieu n avait pas o(e bazarder ; 6c les couriers revenus trou^ 8 Août, vérent tout {^réparé pour cette expédition. ■643 Le prince de Condé paila à travers lepaïs ennemi, trompa la vi- g^ance du général Becl^ 6c prit enfin Thionville. De-là fl courut mettxe le fiege devant Cirq, 6c s*en rendre maître. Il fit fcpa^êr le - Rhin aux AUemans i il le paiSi après eux ; il vint réparer les pertes ic les défaites que les Français avaient efiùiées fur ces frontières après la mort du maréchal de Guébriant. Il trouva Fribouig pris, 6c le gé« néral Merci (bus ilès murs avec une armée fùpérieure encor à la fien- ne. Condé avait fous lui deux maréchaux de France, dont Tun était Grammont, 6c Tautre ce Turenne, fait marédbal depuis peu de mois, après avoir iêrvi heureufèment en Piémont contre les Espag- nols; U jettait alors les fondemens de la grande réputation qaH eût depuis. Le princ^ avec ces deux généraux, attaqua le camp I644. de Merci, retranché fur deux éminences. Le combat recommença tirois fois, à trois jours di£^cns. On dit que le duc d*£nguien jetta fbn bâtoni de commandement dans les letranchemens des en- nemis, 6c marcha pour le reprendre Tèpée à la main à la tête du légime&t de Cooti. Il £dlsiit peut-être des aéHons aufll hardies jpeiir meocr iet troupes à des attaqiies fi dijSdles* Cette bataille 2 dé ' Ml N OR I T e'. 27 de Fribourg, plus meurtrière que^ décihve, fut la féconde vk^oifc de ce prince. Merci décampa quatre jours après. Philipfbourg 6ç May- ence rendus, furent la preuve & le fruit de la vidorie. Le duc d*Enguien retourne à Paris, reçoit les acclamations du peuple, & demande des récompeniès à la cour ; il laiflê fbn armée au maréchal de Turenne j mais ce général, tout habile qu'il eft de- . ja, eft battu à Mariendal. Le prince revole à Tarmee, reprend Avra le commandement, & joint à la gloire de commander encor Turen- *^+s* ne, celle de réparer fa défaite. Il attaque Merci dans les plaines de 3 Août Norlingue. Il y gagne une bataille complette. Le maréchal de '^*5* Grammont y eft pris,; mais le général Gléen, qui commandait {bus Merci, eft fait prifonnier, & Merci eft au nombre des morts. Ce gé- néral regardé comme un des plus grands capitaines, fut enterré dans le champe de bataille ; 6c on grava fur fa tombe ; Jia^ viator^ be- rœmcalcas: arrête, voiageur, tu foules un héros. Le nom du duc d'Ënguien éclipfait alors tous les autres noms. Il aftlégea enfiiite Dunkerque à la vue de l'armée Eipangole, 6c il I646.* fut le premier qui donna cette place à la France. Tant de fuccès $c de iêrvices, moins récompenfés que fuipeâs à la cour, le faifaient craindre du miniftére autant que des ennemis. On le tira du théâtre de fês conquêtes 6c de fa gloire, 6c on Tenvoia en Catalogne avec de mauvaifcs troupes mal paiées ; il alUégea Léri- da, 6c fut obligé de lever le fiége. On l'accufè dans quelques li- vres, de fanfaronade, pour avoir ouvert la tranché avec des violons. 1647. On ne favait pas que c'était Tufage en Efpagne. Biai-tôt les affaires chancelantes forcèrent la cour de rappelJer Condé en Flandre. L'archiduc Léopold, frère de l'empereur, af- fiégeait Lens en Artois. Condé rendu à fes troupes qui avaient tou- jours vaincu fous lui, les mena droit à l'archiduc. C'était pour la troifiéme fois qu'il donnait bataille avec le défavantage du nombre. Il dit à fes fbldats ces feules paroles: Amis, fouvefte%'Vous de Rocroi, de Fribwrgy & de Narlingue, Cette bataille de Lens mit le comble à fa gloire. W dégagea lui-même le maréchal de Grammont, qui pliait avec, l'aile gauche; il prit le général Beck. L'archiduc fe fauva à peine 20 Août avec le comte de Fuenfaldagne. Les Impériaux 6c les Efpagnpls, '^^^' E 2 gui' 28 LOUIS XIV. qui compofaient cette armée, furent difîîpcs ; ils perdirent plus de cent drapeaux, trente-huit pièces de canons ; ce qui était alors très- confidérable. On leur fit cinq mille prifonniers; on leur tua trois mille hommes, le refte déferta, & Tarchiduc demeura fans armée, juîii. Tandis que le prince de Condé * comptait ainfi les années de fa Nov.' jeunefîe par des viéloires, & que le duc d'Orléans, frère de Louis 1644. XIII, avait aufli foûtenu la réputation d'un fils de Henri IV, & celle de la France, par la prîfe de Gravelines, par celle de Courtrai & de Mardik ; le vicomte de Turenne avait pris Landau ; il avait chafTé les Efpagnols de Trêves, & rétabli Téledeur. Il gagna avec les Suédois la bataille de Lavingen, celle de Som- Nov. merhaufcn, & contraignit le duc de Bavière à fortir de fes états à 1645. l'âge de près de 80 ans. Le comte de Harcourt prit Balaguier, & j^j^ battit les Efpagnols, Ils perdirent en Italie Portolongone. Vingt vaifleaux & vingt galères de France, qui compofaient prefque toute la marine, rétablie par Richelieu, battirent la flote Efpagnole fur la côte d'Italie. Ce n'était pas tout ; les armes Françaifes avaient encore envahi la Lorraine fur le duc Charles IV, prince guerrier, mais inconftant, imprudent & malheureux, qui fe vit à la fois dépouillé de fon état par la France, & retenu prifonnier par les Efpagnols. Les alliés ^** de la France prefîaient la puifîance Autrichienne au midi & au nord. Le duc d'Albuquerque, général des Portugais, gagna contre TEC- Mars pagne la bataille de Badajox. Torftenfon défit les Impériaux prés ^^*^' de Tabor, & remporta une vidoire complette. Le prince d'Orange à la tête des Hollandais pénétra jufcjue dans le Brabant. Le roi d'Efpagne, battu de tous côtés, voiait le Rouflillon & la i^47* Catalogne entre les mains des Français, Naples révoltée contre lui, venait de fe donner au duc de Guife, dernier prince de cette bran- che d'une maifon, fi féconde en hommes îlluftres & dangereux. Celui-ci qui ne pafla que pour un avanturier audacieux, parce qu'il ne réuflît pas, avait eu du moins la gloire d'aborder feul dans une barque au milieu de la flote d'Efpagne, & de défendre Naples, fans autre fecours que fon courage. A voir tant de malheurs qui fondaient fiir la maifon d'Autriche^ » * SoD pâae itùt mort en 1646. tant Minorité'. . âç tant dé viâoires accumulées par les Français, & iêcondées des fuçcès de leurs allies, on croirait que Vienne 8c Madrid n'attendaient que le ' moment d'oumr leurs portes, 6c que r£mpereur & le roi d'Efpagne . étaient preique fans états ; cependant cinq années de gloire à peine tra-* verfées par quelques revers, ne produifirent que très-peu d'avantages réels, beaucoup de fang répandu, & nulle révolution. S'il y en eut une à craindre, ce fut pour la France ; elle touchait à fa ruine au milieu de ces proipérités apparentes. ♦ CHAPITRE TROISIEME GUERRE C I F l L E. LA reine Anne d'Autriche, régente abfoluë, avait "fait du car- dinal Mazarin, le maître de France, £c le iien. Il avait fur elle cet empire, qu'un homme adroit devait avoir fur une femme née avec aflêz de faibleiîè pour être dominée, & avec aflcz de fer- meté pour perfifter dans fon choix. On lit dans quelques mémoires de ces tems-là, que la reine ne donna (à confiance à Mazarin, qu'au défaut de Potier évêque de Beauvais, qu'elle avait d'abord choifi pour fon miniftre. On peind cet évêque comme une homme incapable: il eft à croire qu'il l'était, & que la reine ne s'en était fêrvie quelque tems que comme d'un ^tôme, pour ne pas effaroucher d'abord la nation par le choix d'un fécond cardinal £c d'un étranger. Mais ce qu'il ne faut pas croire, c'eft que Potier eût commencé fon mini- ftére pafîàger par déclarer aux Hollandais : quil fallait quils fe Jijfent catholiques^ sih voulaient demeurer dans C alliance de la France» 11 3b L O C I 8 XIV. Il «orak (3onc dû £ûre la même propofitien aux Suédois. Frdquie tous les hiAoriem tsupçotteat cette a'bfurdité, par ce qu'îk Font iuë dans les mémoires des courdrans 6c des Frondeurs. Il n*y a que trop de traits dans ces mémoires, ou .falââés par la paflion, ou raj^vartes {ur dtes bruits pc^mlaires. Le puérile ne doit pas être dté^ 6c rablu]'d&~ fie peut être cru. Mazarin ufa d*abofd avec modération de fa jniif&nce. Il faudrait avoir vécu longtems avec un miniftce, pour peindre ibii cataâér^ pour dire quel degré de courage ou de faibldfife il avait dans l'cfprit, a quel point il était ou prudent ou fourbe. Ainfi fans vouloir de- viner ce qu'était Mazarin, on dira ièulement ce qu'il ik. 11 aiïèâa dans "tes commencemcns de fa grandeur, autant de fimplicité que Richelieu avait déploie de hauteur. Loin de prendre des gardes, & de marcher avec un fafte roial, il eut d'abord le train le plus mo- defte ; il mit de l'aâalsiUté & même de la moUeiTe par-topt où fon prédcceiîcur avait fait paraître une fierté inflexible. La reine voulait faire aimer (à régence 6c fa perjfbnne, de la cour 6c des peuples, 8c elle y réuflKlàit. Oafton, duc d'Orléans, frère de Louis. XIII, 6c le prince de Condé, appuiaient (on pouvoir, 6c n'avaient d'émulation, que pour fervir l'état. 11 fallait des impôts pour foûtenir la guerre contre l'Efpagne 6c contre l'Empire ; on en établit quelques-uns, bien modérés fans doute en comparaifbn de ce que noua avons païé depuis, 6c bien peu {uffi{ans pour les befbins de la monarchie. '*47- Le parlement en poflêflion de vérifier les édits de ces taxes, s'op- pofa vivement à l'édit du tarif ; il acquit la confiance des peuples, par les contradiâions, dont il fatigua leminiftére. Enfin, douze char^ de maîtres des requêtes nouvellement créées, 8c environ quatre- vingt mille écus de gages des compagnies fupérieurs, retenus, foiilevérent toute la robe, 6t avec la robe tout Paris ; ce qui ferait à peine aujourd'hui dans le roiaume la matière d'une nouvelle, excita alors une guerre civile. Brouflêl, confeiller-derc de la grand-chambre, homme de nulle capacité, 6c qui n'avait d'autre mérite, que d'ouvrir toujours les avis contre la cour, aiant été arrêté, le peuple en montra plus de douleur, que la mort d'un bon roi n'en a jamais caufce. On vit renouveller les les bapiciydes de la ligue ^ Je feu de la feditioD pamt alkiraé dana un infiant, 6c difficile à éteindre ; il fiit attifé par la lâaia du çoad- juteur, depuis cardinal de Ketz : c'c^ le premier évéque, qui ait; ^t ime guerre civile £in$ avoir la religton pour prétexte. Ce| homme ûnguUer scÛ. peint lui-même dans Tes mémoire écrits avec un air de grandeur, une inqiétuoiîté de génie, & une inégalité^ qui font Timage de fa conduite. C'était un homme qui 4u ^in de la débauche, & languiiîànt encore des fuites qu'elle entraîne, préchai!; le peuple, 8c s*en faifait idolâtrer. Il relpirait la ^lâion & Ifs com-^ plots ; il avait été, à Tâ^ de 23 ans, Tame d'une coqfpiration contre la vie de Richelieu : il fut l'auteur des barricades } il précipita le parlement dans les cabales, & le peuple dans les fédidon^. 0| qui paraît furprenant, c*eft que le parlement entraîné par lui, lev^, l'étendart contre la cour, avant même d'être appuie par aucu^ prince. Cette compagnie depuis longtems était regardée bien difiennii* ment par la cour 6c par le peuple. Si l'on en croiait la voix de tçm les miniftres 6ç de la cour, le parlement; de Paris était une cour de julHce, faite pour ju^r les cauiês des citoiens s il tenait cette çtécu- gative de la feule volonté des rois j il n'avais iur les autres parkmens du roiaume d'autre prééminence que celle de l'ancienneté, 6c d'ufr reflbrt plus coniidérable ; il n'était la coiir des psûcs que parœ que la cour réâdadt à Paris : il n'avait pa» plus de droit die faiK dfs re<- montrances que les autres corps, 6c ce. droit était encore une pure grajce : il avait fuccédé à ces parlemens qui repréièntai^nt autref<»t la nation Françaifê ; mais il n'avait de ces anciennes àflcmblées rien que le feul nom : & pour preuve inconteftable, c eft qu'en efo Ifs états-généraux étaient fubuitués à la {daee des afiêmblées de la na- tion ^ 6c le parlement de Paris ne re^S^nhlait pas plus aux parlemens tenus par nos premiers rois, qu'un con^ de Smyiûfi ou 4*A]^ ne xeâèmolè A un eonlùl Romain. Cçtte ièule erreur de nom était le prétexta df^ prétttu^Oits aid- bîtieuics d'une compagive d'hommes, de l^ qui toMs çffm ^o§r acheté leurs o^ces de robe, peniâient tenir la place djss çow^fêr^ta des Gaules, 6s des ièigneurs des fie& 4e la couiiQnne. Ce corps 1^ Um les tems .avait aUile du pouvoir que a*aiy<>g|g ^térnflayf ftiçat iin premier 32 LOUIS XIV. premier tribunal, toujours (libûftant dtms une capitale. Il avait 6(c donner un arrêt contre Charles VII, & le bannir du roiaume : û avait commencé un procès criminel contre Henri III : il avait en' tous les tems réfiAé, autant qu'il Tavait pu, à iès fouveraihs ; 6c dans cette minorité de Louis XIV, fous le plus doux des gouvememens, 8c fous la {dus indulgente des reines, il voulait faire la guerre civile à Ton prince, à Téxemple de ce parlement d'Angleterre, qui tenait alors fon roi prifonnier, «5c qui lui fit trancher la tête. Tels étaient les difcours 8c les pcnfées du cabinet. Mais les citoiens de Paris, 8c tout ce qui tenait à la robe, vcdàient dans le parlement un corps augufte, qui avait rendu la juftice avec iiiie intégrité refpeftable, qui n'aimait que le bien de l'état, 8c qui l'aimait au péril de fa fortune, qui bornait fon ambition à la gloire de réprimer l'ambition des favoris, qui marchait d'un pas égal entre le roi 8c le peuple ; 8c fans examiner l'origine de fcs droits 8c de fon pouvoir, on lui fuppofait les droits les plus lacrés, 8c le pouvoir le plus ineonteftable, quand on le voiait foûtenir la caufe du peuple <:ontr€ des minières déteftés ; on l'appellait, le père de tetàty Ôi, on faifait -peu de dilîérence entre lé droit qui donne la couronne aux . rois, 8c celui qui donnait au parlement le pouvoir de modérer Jes vo- lontés des rois. ' ^ Entre ces deux extréniitésuii ipilieu jufte était impoflible.à trouver; car enfin il n'y avait de loi biai reconnue, que celle de l'occafioh 8c du tems. Sous un gouvernement vigoureux le. parlement n'était Tien : il était tout fous Un roi faibile, .8c l'on pouvait lui appliquer ce -que dit monfieur de Guimené, quand cette compagnie fe plaignit fous Louis -XIII d'avoir* été précédée par lès députés .de la rnoblefle : ■MeffkurSi vous prendrez bieti votre revanche dans la mmorifé. On nç veut pojnt répéter ici tout ce qui a été écrit for ces trckibles, -fe copier des-Kvrçs, pour remettre fous les yeux tant de détails alors fi chers 8c fi importans, ^ aujourd'hui prefque oubliés :, mais on doit dire ce qui caraôtrifo rdpnt de la liariôn, 8c moins ce qui appàrti- 'Cnt à toutes^les guertes âviles, que çc qui diftingiie ceUe de la Fpnde. • Deux pouvoirs établis chez les hommes, uniquement poujr le main- tien dé la paix ; un archevêque 8c un parlement de Paris aiant cora- , menée les t^oub^e9,^ le'peu|Je crut tous fos emportement juftifics:' Wa. reine » -m» h / » Minorité'. 3j • reine ne pouvait paraître en public fans être outragée ; on ne Tappel- lait que dame j^nne ; & fi on y ajoutait quelque titre, c'était un opprobre. Le peuple lui Teprochait avec fureur de facrifier Fétatà fon amitié pour Mazarin ; & ce qu*il y avait de plus infupportable, elle entendait de tous côtés ces chanibns & ces vaudevilles, monu- mens de plaifànterie & de malignité, qui femblaient devoir ctemifer le doute où Ton âftedlait d'être de fa vertu. Elle s*enfuit de Paris avec fes cnfans, fon miniftre, le duc d'Orléansj 6 janv. ifrére de Louis XIH, le grand Condé lui-même, & alla à Saint- *^«- germain ; on fut obligé de mettre en gage chez des ufuriers les pier- reries de la couronne. Le roi manqua fouvent du néceffaire. Les pages de (à chambre furent congédiés, parce qu*on n'avait pas de quoi les nourrir. En ce tems-là même la tante de Louis XIV, fille de Henry le grand, femme du roi d'Angleterre, réfugiée à Paris, y était réduite aux extrémités de la pauvreté ; & & fille, depuis mariée au frère de Louis XIV, reftait au lit n'aiant pas dequoi fè chaufièr, . fans que le peuple de Paris, enyvré de fes fiu-eurs, ht feulement at- tention aux affligions de tant de perfonnes roiales. La reine, les larmes aux yeux, prefia Te priçce de Condé de fervir de proteâeur au roi. Le vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Lens, 6c de Norlingue, ne put démentir tant de fervices pafles : il fot flâté de l'honneur de défendre \me cour qu'il croiait ingrate, , contre la Fronde qui recherchait fon appuL Lç parlement eût donc le grand Condé à combattre^ & il ofa foûtenir la guerre. . Le prince de Conti, frcre du grand Condé, auffi jaloux de fon aine, qu'incapable de l'égaler \ le duc de Longueville, le duc de Beaufort, le duc de Bouillon, animés par l'efprit remuant du coad- juteur, 6c avides de nouveautés, fe fiâtant d'élever leur grandeur fur les ruines de l'état, 6c de faire fervir à leurs defièins particuliers les mouvemeiis aveugles du parlement, vinrent lui offi-ir leurs fervices. On nomma dans la grand- chambre les généraux d'une armée qu'on n'avait pas. Chacun fe taxa pour lever des troupes ; il y avait vingt confeillers pourvus de charges nouvelles, créées par le cardinal de Richelieu. Leurs confrères, par une petitefiê d'efprit dont toute focicté'eft fufcqptible, femblaient pourfùivre fur eux la mémoire de Richelieu \ ils les accablaient de dégoûts, 6c ne les regardaient pas F commç 34: L O U I S XIV. comme membres du parlement : il fallut qu'ils donnaient chacua 1 5000 liv. pour les frais de la guerre, & pour acheter la tolérance de leurs confrères. • ' La grand'-chambre, les enquêtes, les requêtes, la chambre des comptes, la cour des aides, qui avaient • tant crié contre un impôt faible & néceflâire, qui n^allait pas à cent mille écus, fournirent un fomme de prés de dix millions de notre monoicd'aujourd'hui, pour la fubvernon de la patrie. . On leva douze mille hommes par arrêt du parlement : chaque porte cochére fournit Un homme & un cheval. Cette cavalerie fut appellée la cavalerie des portes cachéres. Le coadjuteur avait un ré^ment à lui, qu'on nommait le régiment de Corinthe, parce que le coadjuteur était archevêque titulaire de Corinthe. Sans les noms, de roi de France, de grand Cxmdé, de capitale du roiaume, cette guerre de la Fronde eût été auflt ridiciile que celle des Barberins ; on ne favait pourquoi on était en armes. Le prince de Condé afFiégea cinq-cent mille bourgeois.^vec huit mille foldats. Les Parifiens fbrtaient en campagne ornés de plumes &; de rubans ; leurs évolutions étaiçnt le fujet de [^aifanterie des gens du métier. Ils fuïaient dés qu'ils rencontraient deux-cens hommes de Tarmée roiale. Tout fè tournait en raillerie ; le régiment de Corinthe aiant été battu par un petit parti, on appella cet échec, la première aux Corinthiens* . Ces vingt confèillers, qui avaient fourni chacim quinze mille livres, n*eûrent d'autres honneurs, que d'être appelles les quinze-vingt, . Le duc de Beaufort, l'idole du peuple, & l'inflrument dont on fe fervit pour le Ibulever, prince populaire, mais d'un elprit borné, était publiquement l'objet des railleries de la cour £c de la Fronde même. On ne parlait jamais de lui, que fous le nom de roi des Halles. Les troupes Parmennes, qui fortaient de Paris, 6c qui fevenaient toujours battue, étaient reçues avec des huées &; des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des couplets Ce des épigranunes. Les cabarets, & les autres maiibns de débauche, «étaient les tentes où l'on tenait les confeils de guerre, au milieu des plaifànteries, des chaiifbns, & de la gaieté la plus diflbluë. La Êcence était fî e&énée, qu'une nuit les principaux officiers de la Fronde, aiant rencontré le fkint-facrement qu'on portait dans les ru^ rues à un homme qu*on foupçonnaît d'être Mazarin, reconduifiroit les prêtres à coups de plat-d*épéê. Enfin on vit le coadjuteur, archevêque de Paris, venir prendre leance au parlement avec un poignard dans fa poche, dont pit ap~ percevait la poignée, 6c on criaic : f^oilâ le h-éviaire de notre arche- vêque. Au milieu de tous ces troubles, la noblefïè s'aflèmbla eh corps auir AuguftinS) nomma des iyadics, tint publiquement des féances réglées. On eût crû que c'était pour réformer l'état, & pour aflêmbkr les états-géné^ux. C'était uniquement pour un tabouret, que la reine avait accordé à madame de Pons ; peut-être n'y a-t>il jamais eu une preuve {^us iènfiUe de k légèreté des elprits qu'on reprochait akrs aux Fnançai». Les di^coedes civiles, qui défblaient l'Angleterre précifèment en • mème-tems, fervent bien à faire voir les caraâéres des deux nations. Les Anglais avaient mis dan« leurs troubles civils, un acharnement mélancdique 8c une fureur raifbnée : ils donnaient de fanglantes batailles ; le fer décidait tout ; les échaflauts étaient dreflés pour lès vaincus ; klir roi pris en combattant fut amené devant une cour de jnflice, interrogé fur l'abus qu'on lui reprochait d'avoir fait de fon pouvoir, condanné à perdre la tête, & exécuté devant tout fbn peuple, avec autant d'ordre & avec les mêmes formalités de juflice, que Ç\ on avait condanné un cicoien mmînel, iâns que dans le cours de ces troubles horriUes, L(mdxes fè fut reflbnti un moment. dés calamités attachées aux guerres civiles. Les Français au contraire fe précipitaient dans les féditione, par caprice 6c en riant ; les femmes étaient k la tête des Êbâioos ; Tamour faifait 6c rompait les cabales. La dudiefïb de Longue vilk engagea 164). Tureime, à peine maréchal de France, à faire révolter l'armée qu'il commandait pour le roi. Turenne n'y réuflk pas : il quitta en fugitif l'armée dont il était général, pour plaire à une £emme qui fe moquait de fa pafîion : il devint de général du roi de France, lieu- tenant de dom Eflcran de Gamaire,, avec lequel il fut battu à Retel par les troupes roiales. On connaît ce billet du maréchal d'Hoquirt- court à la duchefiê de Montbazon, Peronm eft À ia Mk des billes. On iâit ces vers du duc de la ^odiefeocafalt pour la dnchefïb lée ^ Longueville, lorfqu'il reçut au odmbat de ^aiat Aii^otne SBn^coopxle . mou^uet, qui lui fît perdre quelque-tems la vue : F 2 Pour 36 LOUIS XIV. Pour mériter fm ccBury pour plaire à/es beaux yeuxy J* ai fait la guerre aux rois ; j'e F aurais faite aux dieux* La guerre £nit & recommença à plufîeurs repri{ês ; il n'y eût - peHbnne qui ne changeât fouvcnt de parti. Xe prince de Condé, aiant ramené dans Paris la cour triomphante, iè livra au plaifîr de la mépriiër après Tavoir défendue ; ^ ne trouvant pas qu'on lui donnât des récompenfês proportionnées à ià gloire & (es ièrvices, il fut le premier à tourner Mazarin en ridicule, . à braver la reine, & à inflilter le gouvernement qu'il dédaignait. . Il écrivit, à ce qu'on prétend, au cardinal, à niluftriffimo figmr Faquino, Il lui dit un jour, AdieUy Mars» Il encourra un marquis de Jariki à faire une déclaration d'amour à la reine, & trouva mauvais qu'elle oiât s'en * GjSènfèr. Il fè ligua avec le prince de Conti ion frère,. & le duc de Longueville, qui abandonnèrent le parti de la Fronde. On avait appelle la cabale du duc de Beaufort au commencement de la ré- gence, ceHe des importans ; ron appeUait celle de Condé, le parti des petits-maîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres de l'état. Il n'efl refté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de petit- maître, qu'on applique aujourd'hui à la jeunefib avantageulè & mal élevée, & le nom de Frondeurs qu'on donne aux censeurs du gou- vernement. Le coadjuteur, qui s'était déclaré Hraplacable ennemi du miniftére, iè réunit fecrettement avec la cour, pour avoir un chapeau dé car- dinal, & il facrifîa le prince de Condé au refïèntiment du minifbe* Enfin, ce prince, qui avait défendu l'état contre les ennemis, & la cour contre, les révoltés ; Condé au comble de la gloire, s'étant Le is toujours conduit en héros, & jamais en homme habile, iè vit arrêté '^^' prifonnier avec le prince de Conti & le duc de Longueville. Il eût pu gouverner l'état, s'il avait feulement voulu plaire ; mais il iè contentait d'être admiré. Le peuple de Paris, qui avait fait des barricades pour un con{biller-clerc preique imbécile, fît des feux de joie lors-qu'cm mena au donjon de Vincennes lé défenfêur 6c le héros de la France. Un an après, ces mêmes Frondeurs qui avaient vendu le grand Condé fcks princes â la vengeance timide de Mazarin^ forcèrent la reine à ouvrir leurs prifôns, & à chaifer du roiaume £>& premier miniflrc. Condé MlNORITl'. 37 Condé revint aux acclamations dé ce même peuple, qui Tavaittant haï. Sa préfênce renouvella les cabales & les diflêntions. Le roiaume refta dans cette combuflion encore quelques années. Le gouvernement ne prit jamais que des confeils faibles & incertains : il fèmUait dievôir Succomber: mais les révoltés furent toujours defUnis, & c*eft ce qui Êiuva la cour. Le coadjuteur, tant6t ami, tantôt ennemi du prince de Condé, fufcita contre lui une partie du parle- ment & du peuple : il ofa en méme-tems fervir la reine en tenant tête à ce [»ince, & Toutragèr en la forçant d'éloigner le cardinal Ma- zarin, qui (e retira à Cologne. La reine, par une contradiâion trop ordinaire aux gouvernemens faibles, fut oUigée de recevoir à la K>is {es fèrvices & fès ofFenfes, Se de nommer au cardinalat ce même coadjuteur, Tauteur des barricades, qui avait contraint la &- mille roiale à fbrdr de la caoitale. & à TaffieBrer. é^^AK CHAPITRE (QUATRIEME Suite de la guerre civile^ ji^fy^à la fin de la ri" bellion en 10^4. ENFIN Condé fe réfolut à une guerre, qu'à eût dû com- mença* du tems de la Fronde, s'il avait voulu être le maître de l'état, ou qu'il n'aurait dû jamais faire, 8*il avait été cîtoien. Il part de Paris ; il va fbulever la Guienne^ le Poitou ôc l'Anjou, & mandier contre la France le (êcours des EJpagnols, dont il avait été le fléau le plus terrible. Rien ne marque mieux la manie de ce tems, & le dérèglement qui déterminait toutes les démarches, que ce qui arriva alors à ce prince. On lui envoia un courier de Paris, avec des prc^ûtions qui devaient Tengagèr ad retour & à la paix. Le courier fe tcompa; & au lieu d'aller à Angerville, où était le prince, il alla ï.^vg^rvflli* La lettre vint trop tard. Condé dit que s'il l'avait reçue plutôt. 38 LOUIS XIV. il aunût accepté les prcfpofitions . de paix ; mais puiiqu'il était d^a aflêz loin de Pari», ce n était pas la peine d*y retourner. Àinfi Té- quivoque d*un courier. Se le pur caprice de ce prince, replcmgea la France dans la guerre dviie. 165^'. Alors le cardinal Mazarin, qui du fond de Ton exil à Cologne avait gouverné la cour, rentra d^ns le roiaume, moins en minière qui revenait reprendre fon pcAe, qu*en fouverain qui iè remettait en po{&(ilon de fes ttats ; il était c<»duit par une p^te armée de fept- millc hommes levés à fes dépens; c'eft-à-dire, avec l'argent du roiaume, qu'il s'était approprié. On fait dire au roi dans une déclaration de ce tems-là, que le car- dinal avait en effet levé ces troupes de fon argent; ce qui ddt ccwi- fonârt l'opinion de ceux qui ont écrit, qu'à (à première fortie dii roiaume, Mazarin s'était trouvé dans l'indigence. U donna le commandement de (à petite armée au maréchal d'Hoquincourt. Tous les officiers portaient des écharpes vertes ; c'était la couleur des livrées du cardinal. Chaque parti avait alors fon écharpe. La blanche était celle du roi ; l'ifabelle, celle du prince de Condé. Il était étonnant que le cardinal Mazarin, qui avait jufques alors afîêôé tant de modeftie, eût la hardieHTe de faire porter fes livrées à une armée, comme s'il avait un parti différent de celui de fon maître ; mais il ne put réfiftèr à cette vanité. La reine l'approuva. Le roi, déjajnajeur, & fon frère, vinrent au-devant de lui. Aux premières nouvelles e attaché à monfieur le prince. Il avoue que luh- ' même, pour lui procurer de l'argent, vola celui d'une recette, &. qu'il alla prendre danç fon logi» un direâ:eur des poftes, à qui il fit païèr une rançon ; 8c il rapporte ces violences comme des chofe^ ordinaires. Après le fanglant & inutile combat de Saint- Antoine, le roi ne put rentrer dans Paris, & le prince n'y put denneuref long*tems. Une émotion populaire, & le meurtre de plufieurs citoicni diont on le crut l'auteur, le rendirent cxlieux aw peuplé. Cependant il avait fa brigue au parlement. Ce corps, peu intimidé alws par une cour^^J"''^* errante, & chaffée en quelque façon de k capitale, preffiee par les ^ ^^* cabales du duc d'Oriéaiïs û du prince, déclara par un" arïêc lé duc d'Orléans Ëeutenant-général du roiaume, quoique le roi fôt ma-«^ jeur: c'était le même titre qu'on avîB« donné au duc de Maienne du tems de la ligue. Le prince de Condé fut nommé généraliffime des armées* La cour irritée ordc«na au parlement de fe Cran^érèr à Pontoife ; quelque» confeillers obéirent. On vît ainfi deux parle- mens, qui fe conteftaient Tuti à l'autre leur autorité, qui donnaient des arrêts contrairs, & qui par-là fe feraient rendus- le mépris du peuple, s'ils ne s'étaient toujours accordés à demander l'expuliion de Mazarin: ; tant la haine contre ce miniftre femblait alors le devoii* effentiel d'un Français. Il ne fe trouva dans ce tems aucun parti qui ne fut faible ; celui de la cour Tétait autant que les autres; l'argent & les forces man-- quaient à tous ; les fadions fe multipliaient ; les^ combats n'avaient produit de chaque côté que des pertes Se des regrets. Lacotir fe vit* obligée de facrifièr encore Mazarin, que tout le monde appellait la^ caufe des troubles, & qui n'en était que le prétexte. Il fortit une G 2 féconde 44 LOUIS XIV. *3 A^û' feconde fois du roiaume ; pour iurcroît de honte, il fallut que le roi * donnât une déclaration publique, par laquelle il renvoioit fon mini- ère, en vantant fes fervices, & en fe plaignant de fon exil. Charles premier, roi d'Angleterre, venait de perdre la tête fur un échafaut, pour avoir dans le commencement des troubles, aban- donné le fang de StràfFord fon ami, à fon parlement. Louis XIV, au contraire, devint le maître paifible de fon roiaume en foufîrant réxil de Mazarin. Ainfi les mêmes faibleffes eurent des fuccès bien difiercns. Le roi d'Angleterre, en abandonnant fon favori, enhar- dit un peuple qui refpirait la guerre, & qui haïflait les rois : êc Louis XIV (ou plutôt la reine mère) en renvoiant le cardinal, ôta tout pré- texte de révolte à un peuple las de la guerre, & qui aimait la roi- auté. Le cardinal à peine parti pour aller à Bouillon, lieu de fa nou- velle retraite ; les citoiens de Paris, de leur feul mouvement, dépu- tèrent au roi pour le fupplier de revenir dans fa capitale. Il y ren- tra; & tout y fut fi paifible, qu'il eût cté difficile d'imaginer que quelques jours auparavant tout avait été dans la confufîon. Gafton d'Orléans, malheureux dans fes entreprifes qu'il ne fut jamais fou- tenir, fut relégué à Blois, où il pafTa le refle de fa vie dans le re- pentir î & il fut le deuxième fils de Henri le g^'and, qui mourut fans beaucoup de gloire. Le cardinal de Retz, peut-être aufîi imprudent que fublime & audacieux, fut arrêté dans le Louvre; & après avoir été conduit de prifon en prifon, il mena long-tems une vie errante, qu'il finit enfin dans la retraite, où il acquit des vertus que fon grand courage n'avait pu connaître dans les agitations de fa fortune. Quelques confeillers, qui avaient le plus abufé de leur mini- flére, païèrent leurs démarches par Tèxil; les autres fè renfermè- rent dans les bornes de la magiftrature, ôc quelques-uns s'attachè- rent à leur devoir par une gratification annuelle de cinq-cens ècus, que Fouquet, procureur-général & furintendant des finances, leur fit donner fous -main *. Le prince de Condé cependant, abandonné en France dé prefque tous fes partiferis^ & mal fecouru des Efpagnols, continuait fur les frontières de la Champagne une guerre malheureufe. Il refiait en- core des fadions dans Bordeaux ; mais -elles furent bien-tôt appair- fces. * Mémoires de Gourville, . Ce: ju s Q.* A i66i- 45^ Ce calme du Toîaume était l'effet du bannîffement du cardinal Mar» Mazarin ; cependant à peine fut-il chaffé par le cri général des '^^^^ Français, & par une déclaration du roi, que le roi le lit revenir. U ftit étonné de rentrer dans Paris, tout-puiffant & tranquille. Louis XIV le reçut comme un père, & le peuple comme un maître. On lui fit un feftin à THôtel-de-ville, au milieu des acclamations des ci- •toiens: il jettade l'argent à la populace; mais on dit que dans la joie d'un il heureux 'changement, il marqua du mépris pour notre inconftance. Le parlenient, après avoir mis fa tête à prix, comme: celle d'un voleur public, le complimenta par députés ; & ce même parlement peu de tems après condanna par contumace le prince de Condé à perdre la vie ; changement ordinaire dans de pareils tems, & d'autant plus humiliant, que l'on condannait par des arrêts celui ^7^*^^^ dont on avait li long-tems partage les fautes. On vit le cardinal, qui preffait cette condannatîon de Cond^. marier au prince de Conti fon frère l'une de fes nièces ; preuve que: le pouvoir de ce miniftre allait être fans bornes. :wmmss3^3mmM3mmM3mm&3m:- CHAPITRE CINQ.UIEME. jEtat de ta France, jufquà la mort du cardinaV Mazarin en l66i. t PENDANT que l'état avait été ainfî déchiré au-dèd ans, if avait: été attaqué & affaibli au-dehors. Tout le fruit des batailles c^j- Rocroi, de l>ens, & de Norlingue, fut perdu* Lcfrplace importante de: Dunkerque fut reprife par les Efpagnols : ils chafférent les Français*, de Barcelone; ils reprirent Cafal en Italie, Cependariti malgré les* ^^r tumultes d'une guerre civile, & le poids d'une guerre étran- gère, Mazarin avait été afîez heureux pour conclure cette célèbre* paix de Weftphdie, par laquelle l'empereur & l'Empire vendirent au :^i&àJa couronne deFrance, la fouveraineté de l' Alface, pour trois ^ ^* iniUion&> 46 LOUIS XIV. n>ilUons ée livres paiables à l'archicluc ; c'cft-à-dire, pour fix millions d'aujourd'hui. Par ce traite, devenu pour l'avenir |a bafe (aige$, que le France ; elle eût la Poméranie, beaucoup de places^ &: de l'argent. Elle força l'empereur de faire pafler entre les mains des Luthériens ^es bénéfices qui appartenaient aux Catholiques Romains. Rome cria à l'impiété, & dit que la caufe de Dieu était trahie. Les Pro- teflans lé vantére»6 qu'ils avaient fanôifié l'ouvrage de la paix, en dépouillant des Papiftes. L'intérêt fèul fit parler tout le monde. L'Elpagne u'eo^ri point dans cette paix, $c avec afe: de raifon ; car voiant la France plongée dans les guerres civiles, le miniftre Elpagnol elpéra profiter de nos divifiojis. Les trçupes Alleniandies licentiées devinrent aux E^agnols uni nouveau fècours. L'empereur depuis la paix de Mùnibô^- fit paâBr ea Flandre, en quatre ans de tems, près de trente-mille hommes. C'était une violation manifefte ides traités 3 mais ils. ne font jamais exécutés autrement. , Les miniftr^ 4^ Madrid eurent» dana ce traité de Weftphalifi, l'adrefiè de faire une paix particulière aKfec |p:a HoUaflde. La mon- archie Efpagnole fut enfin trop heureufc de n'avoir- plus- pour en- nemis, & de reconnaître pour fouverains, ceujc qu'elfe avait traité il long-tems de rebelles, indignes de pardcxi. Ces républicains aug- mentèrent leurs richefîès, & affèrmiceot leur grandeur &c leur tran- quillité, çjx traitant avec l'Efpagne, fans, ronwjre avec 1^ France. .y 1/ s qJ a tàéii^ jf^y lift étaîéftt fi pni^nSy qae dans tttit guerre (ja'ih eurent quelque^ ,6^ tems après avec rAngkterre, ih mirent €nE toèr cefït mffeatàc de k ligne j & la rjétoire demetrra fouvent indccife tnitc Blake ramiral Angkxs, & Tronlp Vamiral de Holfandé, qui étaient tous deti:t fur mèr ce qae ks Gondés & tes Turennes étaient fur terre. La France n*avait pas en ce tems dix vaifîèat»x dt cinquante pièces de canott ^*e^lb pwt meOTc e» mér > fa marine s'anéantiffait de Jour en joiir. Lonii XI V le trouva donc en 1653^* makre abfolu d'un roiaumé^ encc» éJMlanié des fecooftes qu'il avait réÇuiës ; rem|>li de défordres err. totiC geu^e d'adminiftraciûn, mais plein de ré(!burces ; n'^aiant aucun: sdlté^ excepté la; Savoie,, pour faire une guerrcf ôâènfive, & n'aiant plu» d ecvnemis étrangers que l'Efpagne, qui était alors en plus mauvais état que la France. Tou» les Français, qui avaieiit fait la glQCirre civile,, étaient fournis, hors le prince dà Côndé & quelques- uns de fes partifans, dont un* on deux Ikii étaient demeurés fitiéles, par amitié & par grandeur d'ame, comnie le comte de Coligni 6c BotttiKviire ; & les autres, parce que la cour ne voulût pas lies acheter i£kz chèrement. Gondé, devenu général des armées EQ>agnolesj lie put relever um parti qu'il avait affeibli lui-même paf la deftruâion de leur in Fan-' terie aux journées de Rocroi & de Lens. Il combattait avec desi troupes nouvelles, dont il n'était pas le maître, contre les vieux régi- mens Français, qui avaient a^ris à vaindré fous lui, &; qui étaienf commandés par Tu renne. Le. fort de- Turenne & de Cortdé fut d'être toujours vainqueurs^. quand ils combattirent enlèmble à la tête des Français^ & d'être: battus, quand ils commandèrent les Efpagnols. Turenne avait à peine fauve les débris de l'armée d'Efpagne à la bataille de Rétei, lorlque de général du roi de France, il s'était fait le lieutenant de* dom Eftevan de Gamarre. Le prince de Condé eût le même fort devant Arras. L'archiduc & lui affiégeaient cette ville. Turenne les afTiégea dans leur camp, 25 a Se força leurs lignes ; les troupes de l'archiduc furent miles en fuite. ^654- O^ndé,. avec deux régimens de Français & de Lorrains, foûtint feul les efforts de l'armée de Turenne ; & tandis que l'archiduc fuiaif, il battit le maréchal d'Hoquincourt, il rcpoufla le maréchal de la Ferté,, & fe retira viâorieux en couvrant la retraite des Efpagnols vaincus... 3, Auflï bûf 48 I, O U I s XÏV. AufR le roi d'Efpagne lui écrivit ces propres paroles : y*ai/u que stout était perduj &^ que *uous avez tout conférée. Il eft difficile de dire ce qui fait perdre ou gagner les batailles ; jiiais il eft certain que* Condé était un des grands hqmmes' de guerre qui eûffent jamais paru, & que Farchiduc & fbn confeil ne voulu- :rent rien faire à cette journée de ce que Condé avait propofé. Arras fauve, les lignes forcées, & Tarchiduc mis en fuite, comblèrent Tu renne de gloire ; & on obferva que dans la lettre écrite au nom du roi au parlement * fur cette viAoire, on y attribua le fuccès de toute la campagne au cardinal Mazarin, & qu'on ne fit pas même mention du nom de Turenne. Le cardinal s'était trouvé en effet à -quelques lieues d' Arras avec le roi. Il était même entré dans le camp au ficge de Stenai, que Turenne avait pris avant de iecourir Arras. On avait tenu devant le cardinal des confeils de guerre. Sur ce fondement il s'attribua l'honneur des ,événemens, &r cette vanité lui donna un ridicule que toute l'autorité du miniftére ne pût effacer. Le roi ne fê trouva point à la bataille d' Arras, & aurait pu y être : il était allé à la tranchée au fiége de Stenai ; mais le cardinal Ma- zarin ne voulût pas qu'il expôfat davantage fa perfonne, à laquelle lie repos de l'état & la puiffance du miniftre femblaient attachés.^ D'un côté, Mazarin maître abfolu de la France & du jeune roi ; de l'autre, dom Louis de Haro, qui gouvernait l'Efpagne & Philippe IV, continuaient fous le nom de leurs maîtres cette guerre peu vive- ment foûtenuë. Il n'était pas encor queftion dans le monde du nom de Louis XIV, & jamais on n'avait parlé du roi d'Efpagne. Il n'y avait alors aucune tête couronnée en Europe qui eût une gloire perfonnelle. La feule Chriftine, reine de Suéde, gouvernait par elle- même, & foûtenait l'honneur du trône, abandonné, ou flétri, ou inconnu dans les autres états. Charles If, roi d'Angleterre, fugitif en France avec fa mère & fon frcre, y traînait fes malheurs & fes efpérances. Un fimple citoien avait fubjugué l'Angleterre, l'Ecoffe, & l'Irlande. Cromwell, cet ufurpateur digne de régner, avait pris le nom de protedeur, & non celui de roi ; parce que les Anglais fa vaient jufqu'où les droits de leurs rois devaient s'étendre, & ne connaiffaient pas quelles étaient les bornes de l'autorité d'un protedleur. * P^pce de Vinccnnes.du ii Septembre 1654^ j u s q1 A i66r. 40 H afe mît fon pouvoir en fâchant le réprimer à propos : il n^entre- prît point far les privilèges, dont le peuple était jaloux ; il ne logea jamais de gens de guerre dans la cite de Londres ; il ne mit aucun impôt dont on pût murmurer ; il n'offenfa point les yeux par trop de. fafte ; il ne fe permit aucun plaiiir ; il n'accumula point de tréfors ; il eût foin que la juftice fût obfervée avec cette impartialrté împitoiable, qui ne diftingue point les grands des petits. •- Le frère de Pantaléon Sa ambaffadeur de Portugal en Angleterre, aiant cru que fa licence ferait impunie, parce que la perfonne d^ fon frère était facrèe, infulta des citoiens de Londres, & en fit afïaflînèr un pour fe vanger de la réfiftance des autres ; il fut condanné à être pendu. • Cromwel, qui pouvait lui faire grâce, le larffa exécuter, & figna le lendemain un traité avec F ambaffadeur. Jamais le commerce ne fut fi libre ni fi floriflant ; jamais l'Angle- terre n'avait été fi riche. Ses flotes viélorieufes faifaient refpeâer fon nom dans toutes les mers ; tandis que Mazarin, uniquement occupé de dominer & de s'enrichir, laiflait languir dans la France la juftice, le commerce, la marine, & même les finances. Maître de la France, comme Cromwel de l'Angleterre, après une guerre civile, il eût pu faire pour le païs qu'il gouvernait, ce que Cromwel avait fait pour le fien ; mais il était étranger, & l'ame de Mazarîn qui n'avait pas la barbarie de celle de Cromwel, n'en avait pas auffi la grandeur. Toutes les nations de l'Europe, qui avaient négligé l'alliance de l'Angleterre fous Jacques premier & fous Charles, la briguèrent fous le protedleur. La reine Chriftine elle-même, quoi-qu'elle eût dé- tefté le meurtre de Charles premier, entra dans l'alliance d'un tyran qu'elle eftimait. . ' Mazarin & dom Louis de Haro prodiguèrent à Fenvi leur politî-' que, pour s'unir avec le protecteur. II goûta quelque-tems la fatrf- fadion de fe voir eourtifé par les deux plus puifTans Toiaumes de la chrétienté. Le miniftre Efpag^ol lui offrait de l'aider à prendre Calais ; Mazarin lui propofait*d'afîièger Dunkerque, & de lui remettre cette ville. Cromwel avait à choifir entre les clez de la France 6c celles de la Flandre. 11 fût beaucoup foUicité aufîî par Condé ; mais il ne voulut point négocier avec un prince, qui n'avait plus poux lui H ^ que jo LOUIS IV. que fon nom^ 8c qui était fans partira France) & fans pouvoir chez les Efpagnols. • Le proteâeur fe détermina pour la France, mais fans £ûre de traité particulier, & (ans partager des conquêtes par avance : il voulait illuftrer fon ufurpation par de plus grandes entrepiifes. . Son defîein était, d'enlever TAmérique aux Efpagnols ; mais ils furent Mai avertis à tems. Les amiraux de Cromwel leur prirent du moins la ^ ^^' Jamaïque, province que les Anglais pofTédent encor, & qui aflure leur commerce dans le nouveau monde. Ce ne fut qu'après Texpé- dition de la Jamaïque, .que Cromwel figna fon traité avec le roi de France ; mais fans faire encor mention de Dunkerque* Le protec- * teur traita d'égal à égal ; il força le roi à reconnaître ce titfe de pro- tedeun Son fècrétaire figna avant le plénipotentiaire de France,. dans la minute du traité, qui refla en Angleterre ; mais il traita vé- SN'ov. ritablement en fuperieur, en obligeant le roi de France de faire * ^^^^' fortir de fes états Charles II & le duc d'York, petits-fils de Henri IV, à qui la France devait un azile. Tandis que Mazarin faifait ce traité, Charles II lui demandait une de fes nièces en mariage. Le mauvais état de fes affaires, qui obligeait -ce prince à cette démarche, fut ce "qui lui attira un refus.. On a même foupçonné. le cardinal d'avoir voulu marier au fUs de Cromwel celle qu'il refufait au roi d'Angleterre. Ce qui efl fur, c'efl que lorfqu'il vit enfiiite le chemin du trône moins fermé à Charles II, il voulut renouer ce mariage ; mais il fut refufé à fon tour. La mère de ces deux princes, Henriette de France, fille de Henri le grand, demeurée en France fans fecours, fut réduite à conjurer • le cardinal d'obtenir au moins de Cromwel qu'on lui païât fon dou- aire. C'était le comble des humiliations les plus douloureufes, de demander une fubûflance à celui qui avait verfé le fang de fon mari fur un échafaut. Mazarin fit de faibles inftances en Angleterre au. nom de cette reine, & lui annonça qu'il n'avait rien obtenu». Elle refta à Paris dans la pauvreté', & dans la honte d'avoir imploré la pitié de Cromwel ; tandis que fes enfans allaient dans l'armée de. Condé & de dom Juan d'Autriche apprendre le métier de la guerre contre la France qui les abandonnait. Les enfans de Charles premier chaffés de France fe réfugièrent en Efpagne. Les miniftres Efpagnols éclatèrent dans toutes les^ cours,, & fur-tout à Rome, de vive vpix & par écrit, contre un cardinal,. ! i i I I . I qui faciifiat, difaient-ils, les loue divines & humaines, llionneur & la reli^oQ^ au meurtrier d'un roi, & qui chafTait de France Charles n & le duc d*York, cou£ns de Louis XIV, pour plaire au bour- reau de leur père. Pour toute réponfe aux cris de C8S Efpagadis, on produifit les of&es qu'ils avaient faites eux-mêmes au proteâeur. La guerre continuait toujours en Flandre avec des fuccès divers. Turenne aiant afilégé Valencienne, avec le maréchal de la Ferté, ^éprouva la même revers que Condé avait clTuié devant Arras. Le 17 juin, prince, fécondé alors de dôm Juan d'Autriche, plus digne de com- *^^^* battre à fes côtés, que n'était l'archiduc, força les lignes du maréchal de la Ferté, le prit prifonnier, & délivra Valencienne. Turenne fit ce que Condé avait fait dans une déroute pareille. Il fàuva l'armée battue ; £c fit tête par tout à l'ennemi ; il alla même un mois après afiiégèr & prendre la petite viUe de la Capelle. C'éts^t peut-être la première fois qu'une armée battue avait oie faire un fiége. Cette marche de X^renne il eilimée, après laquelle la Capelle fut {Mrifè, fiit éclipféç par une marche plus belle encore du prince de Condé. Tiu-enne afHégait à peine Cambrai, que Condé, fuivi de deux mille chevaux, perça à travers Tarmée des afUégeans, & aiant 30 ma, renverfé tout ce qui voulait l'arrêter, il fe jetta dans la ville. Les '^^*' •citoiens reçurent à genoux leur libérateur. Ainfi cts deux hommes <^porés l'un à l'autre, déploiaient les. reilburces de leur génie. On les admirait dans leiirs retraites, comme dans leurs viâoires, dans leur bonne conduite, & dans leurs fautes même qu'ils favaient tou- jours réparer. Leurs talens arrêtaient tour^à-tour les progrès de l'une & de l'autre monarchie ; mais le défordre des finances en Ëfpagne ■>& en France était encore un plus grand obflacle à leurs fuccès. La ligue faite avec Cromwel donna enfin à la France une fupé- - riorité plus marquée ; d'un côté, l'amiral Blake alla brûler lesgallions d'Ffpagne auprès des îles Canaries, & leur fit perdre les fêuls tréfbrs . avec lefquels la ^erre pouvait fefoûtenir: de l'autre, vingt vaif- feaux Aiiglais vinrent bloquer le port de Dunkerque, & fix naille vieux fbldats, qui avaient fait la révolution d'Angleterre, renforcèrent l'armée de Turenne. Alors Dunkerque, la plus importante place de la Flandre, fut .afîiégée par mèr & par terre. Condé &' dom Juan d'Autriche, aiant 4amaflé toutes leurs forces, fê préfentérent pour la fècourir. L'£u- H 2 rope $2 LOUIS XÎV. : xope avait les yeux fur cet événement. Le cardinal Mazarin mena Louis XIV auprès du théâtre de la guerre, fans lui permettre d'y monter, ijuoîgu'il eût près de vingt ans. Ce prince fe tint dans Calais, tandis que fon armée attaqua celle d'Efpagne près des Dunes, ^jôiïT ^ qu'elle remporta la plus- belle vidoire dont on eût entendu parler depuis la journée de RocroL Le génie du prince de Condé ne put rien ce jour là contre les meilleures troupes de France & d'Angleterre. L'armce Efpagnole fut détruite, Dunkerque fe rendit bientôt après. Le roi accourut avec fon miniftre pour voir pafTer la garnilbn. Le cardinal ne laifTa paraître Louis XIV. ni comme guerrier, ni comme roi ; il n'avait pas d'argent à diftribuèr aux foldats ; à peine était-il lervi : il allait manger chez Mazarin, ou chez le vicomte de Turenne, quand il •allait à l'armée. Cet oubli de la dignité roîale, n'était pas dans Louis XIV l'effet "du mépris pour le fafte, mais celui du dérangement de fes affaires, & du foin que le cardinal avait de réunir pour foi-même la fplenr ' deur jSc l'autorité^ Louis n-entra dans Dunkerque, que pour la rendre au lord Lock- hart ambaffadeur de Cromwel. Mazarin effaïa, fi par quelque finefîe il pourrait éluder le traité, & ne pas remettre la place. Mais Lock- hart menaça, & la fermeté Anglaife l'emporta fur l'habileté Italienne. Pl'ufieurs perfonnes ont affuré que le cardinal, qui s'était attribué * l'événement d'Arras, voulut engager Turenne à lui céder encor, 'l'honneur de la bataille des Dunes. Du Bec-crépîn comte de Moret vint, dit-on, de la part du miniflre, proposer au général d'écrire une lettre, par laquelle il parût, que le cardinal avait arrangé lui-même, tout le plan des opérations. Turenne reçut avec mépris ces infinu* étions, & ne voulut point donner un aveu, qui eût produit la honte . d'àin général d'armée & le ridicule d'un homme d'eglifeJ Mazarin, qui- avait eu cette faibleffe, eût celle de refier brouillé jufqu'à fa mort avec Turenne. '3 Sept. Quelque tèms après, la fiége de Dunkerque, Cromwel mourut à l'âge de 55 ans, au milieu des projets qu'il faifait, pourrafFermifîè* ment de fa puiffànce, & pour la gloire de fa nation. Il avait hu- milié la Hollande, impofé ies conditions d un traité au Portugal, vaincu l'Efpagne, & forcé la France à briguer fon appui* Il avait dit de- puis peu, en apprenant avec»quelle hauteur fes amiraux.s'étaient con- duits à'Lifbonne : ^e veux qu on refpeSîe. la république Anglaife^ ai^tant ju s tt A i66r# 5,y qum a'refpeSîé autrefois la république Romaine.* H efï fairsT, qu'il ait fait 1 enthoufiafte & le faux-prophéte à fa mort, comme Tont fîébité quelques écrivains ; mais il eft fur, qu'il mourut avec la fer- meté d'ame, qu'il avait montrée toute fa vie. Il fut enterré en mo- narque légitime, & laifTa la réputation d'un grand roi, qui couvrait les crimes d'un ufurpateur. Le chevalier Temple prétend que Cromwel avait voulu avant îa mort s'unir avec TEfpagne contre la France, & fe faire donner Ca- lais avec le fêcours des Efpagnols, comme il avait eu Dunkerque par les mains des Français. Rien n'était plus dans fon caraûéreôc dans . fa politique. Il eût été l'idole du peuple Anglais, en dépouillant ainfi, Tûne après Tautre, deux nations que la fienne haïffait égale- ment. La mort renverfa fes grands defeins, fa tyrannie, & la gran- deur de r Angleterre. Il eft à remarquer qu'on porta le deiiil de Cromwel à la cour de France, & que Mademoilèlle' fut la feukqui ne rendit point cet hom- mage à la mémoire du meurtrier d'un roi fon parent. Richard Cromwel fuccéda paifîblement & fans contradidion ai> protedorat de fon pére^ comme un prince de Galles aurait' fuccédé à un roi d'Angleterre. Richard fit voir, que du oaraâére d'un feul homme dépend la deftinée d'un état. 11 avait un génie bien contraire à celui d'Oli- vier Cromwel, toute la douceur des vertus civiles, & rien de cette intrépidité féroce, qui facrifie tout à fes intérêts» Il eût confervé rhéritage acquis par les travaux de fon père, s'il eût voulu faire tuer trois ou quatre principaux officiers de l'armée, qui s'oppofaientî à fon élévation. Il aima mieux fe démettre du gouvernement, que de régner par des afîaflînats ; il vécut particulier, & même ignoré, julqu'à l'âge de 90 ans, dans le païs, dont il avait étc quelques, jours le fouverain. Après fa démifîîon du proteélorat, il voiagca- en France: on fait qu'à Montpélier le prince de Contr, frère du> grand Condé, en lui parlant fans le connaître, lui dit un jour : Oli- vier Cromwel était un grand homme^ mais fan jih Richard eft un ml'- ferable de ri avoir pas fu jouir du fruit des crimes de fon père. Ce- pendant ce Richard vécut heureux, &-foapérea*avait jamais connu, le bonheur. Quelque tems auparavant, la France vît un autre exemple bix:nv jplus mémorable du mépris d'une couronne. Chrifline reine de Suéd*e: viiit: rS4 X o u 1 S xnr. ^ vint à Paris. On ' admira en die une jeune reine, qui 1 vîngt-fept ans avait renoncé à la fouveraineté dont elle était digne, pour vivre libre & tranquile. Il eft honteux aux écrivains Proteftans, d'avoir ofé dire fans la moindre preuve, quelle ne quitta fa couronne, que parce qu'elle ne pcMivait plus la garder. Elle avait formé ce deflein dès lage de vingt ans, & Favait laifle meurir fept années. Cette j-éfolution, fi fupérieure aux idées vulgaires, & fi longtems méditée, • devait fermer la bouche à ceux qui lui reprochèrent de la légèreté & îune abdication involontaire. L'un de ces deux reproches détruifait i'autre ; mais il faut toujours que ce qui eft grand fbît attaqué par •les petits efprits. Pour •connaître le génie unique de cette reine, on n*a qu'à lire fès lettres. Elle dit dans celle qu'elle écrivit à Chanut, autrefois ambafîa- deur de France auprès d elle : " J'ai poffédé fans fafte ; je quitte '" avec facilité. Après cela, ne craignez pas pour moi ; mon bien ^^ n'eft pas au pouvoir de la fortune.*' Elle écrivît au prince de •Condé : '•^^ Je me tiens autant honorée par votre eftime, que par là " couronne que j'ai portée. Si après l'avoir quittée,, vous m'en ju- ^^ gez moins digne, j'avouerai que le repos que j'ai tant fouhaité, ^^^ me coûte cher ; maïs je ne me repentirai pourtant point de l'avoir " acheté au prix d'une couronne; & je ne noircirai jamais une aâion, " qui m'a femblé fi belle, par un lâche repentir ; & s'il arrive que ^^ vous condanniez cette aélion, je vous dirai pour toute excule, " que je n'aurais pas quitté les biens que la fortune m'a donnés, fi .^^ je les eûffe cru nécefTairesà ma félicité, & que j'aurais prétendu à " l'iCmpire du monde, fi j'eûffe été auffi affurée d'y rcuflîr, ou de ^^ mourir, 'que le ferait le grand Condé." Telle était Tamc de cette perfonne fi finguliére ; tel était Ion ftile tdans notre langue, qu'elle avait parlée rarement Elle favait huit langues ; elle avait éjé difciple & amie de Defcartes, qui mourut à 'Stockolm dans fon palais, après n'avoir pu obtenir feulement une penfion en France, où fes ouvrages fièrent même profcripts pour les ieules bonnes chofcs qui y fûlïënt. Elle avait attiré en Suéde tous xeux qui pouvaient l'éclairer. Le chagrin de n'en trouver aucun parmi fes fujets, l'avait dégoûtée de régner fur un peuple qui n'était -que foldat. Elle crut, qu'il -valait mieux vivre avec des hommes qui penfent, que de commander à des hommes fans lettres ou fàn» génie. Elle avait cultivé tous les arts dans un climat où ils étaienl; alors j u s chien ferait un jour un teflament en faveur d'un petitfîls de Louis XIV. Mais ennn le cardinal ,Mazarin prévit ce que vaudraient des renonciations, en cas que la pc^érité mâle de Philippe IV s'é- teignit \ 6c des événemens étranges l'ont juftiiîé, après plus de cin- quante anpée». Marie Théréfê, pouvant avoir pour dot tes vilks que la France rendait, n'apporta par fôn contrat de laariagé) que cinq-cent mille écus J U s q1 A 1661. 59 , êciR d*or au li^eil; Il en cofûta davantage an. roi pour l'aller rece-> voir Gxr la fhxitier. Ces cinq-cent-mille écus, valant alors deuxr millions-cinq-cent-mille livres, furent pourtant le fujet de beaucoup de conteftadons entre les deux miniilres. Enfin la France n'en reçut jamais que cent-mille francs. Loin que ce mariage apportât aucun autre avantage prefjnt 6c réel, que celui de la paix, Tinfante renonça à tous les droits qu'elle pourrait jamais avoir fur aucune des terres de fbn père ; £c Louis XIV ratina cette rencmciation de la manière la plus folennelle, & la fifenfliite enr^ftrèr au parlement Ces renondaticMis 6c ces cinq-cent-mille écus de dot fèmbl aient être les claufès ordinaires des mariages des infantes d'Efpagne uvec les rois de France. La reine Anne d'Autriche, fille de Philippe III, avait été mariée à Louis XIII àces mêmes conditions ; 6c quand on avait marié Ifabelle, fille de Henri le grand, avec Philippe IV roi d'Efpagne, on n'avait pas ilipulé plus de dnq-cent-mille écus d'or pour fa dot, dont même on ne lui païa jamais rien: defbrte qu'il ne paraiââit pas qu'il y eût alors aucun avantage dans ces grands mariages : on n'y voiait qucf des filles de rois mariées à des rois, atant à peine un préfent de noces. Le duc de Lorraine Charles IV, de qui la France 6c l'Elpagne avaient beaucoup à fè plaindre, ou plutôt, qui avait beaucoup à fe plaindre d'elles, fut compris dans le traité, mais en prince malheu- reux, qu'on punifËiit parce qu'il ne pouvait (ê faire craindre. La France lui rendit les états en démolifTant Nanci, ôc en lui défendant d'avoir des troupes. Dom Louis de Haro obligea le cardinal Ma- zarîn à Êiire recevoir en grâce le prince de Condé, en menaçant de lui laifîêr en fbuveraineté Rocroi, le Câtelét, 6c d'autres places, dont il était en pofiêffion. Ainfi la France gagna à la fois ces villes 6c le grand Condé. Il perdit- fa charge de grand-mahre de la maifon du rcM, 6c ne revint prelque qu'avec fa gldre. Charles II roi titulaire d'Angleterre, plus malheureux alors que le duc de Lorraine, vint près des Pirénées, où Ton traitait cette paix. U impl<»'a le fècours de dom Louis 6c de Mazarin. Il fè flattait que leurs rois, fes coufîns-germains, réunis oferaient enfin vangèr une caufê commune à tous les foûverainS, puifqu'enfin Cromwel n'était phis ; il ne pût feulement obtenir une entrevue, ni avec Ma- zarin, ni avec dom Louis. Lockhart, ce|t ambaflâdeur de Cromwel, I 2 était 6o LOUIS XIV- ctaît à Saint- Jean de Luz, & fe faifait riefpeâer encbr même après la mort du.protedeur; & les deux miniftres, dans la crainte de cho- quer cet Anglais, refuférent de voir Charles IL Ils pensaient que fon rétabliffement était impoflîble, & que toutes les fadions Anglaifes, quoique divifées entre elles, confpiraient également à ne jamais re- connaître de rois. Ils fe trompèrent tous deux: la fortune fit peu de mois après ce que ces deux miniftres auraient pu avoir la gloire d'entreprendre. Charles fût rappelle dans fes états par les Anglais, fans qu'un feul potentat de l'Europe fe fat jamais mis en devoir ni d'empêcher le meurtre du père, ni de fervir au rctabliflèmenf du fils. Il fut reçu dans les plaines de Douvres, par vingt-mille citoiens, qui fe jettcrent à genoux devant lui. Des vieillards, qui étaient de ce nombre, m'ont dit, que prelque tout le monde fondait en lar- mes. 11 n'y eût peut-être jamais de Ipedacle plus touchant, jii de révolution plus fubite. Ce changement /e fit en bien moins de tems, que le traité des Pirénées ne fût conclu ; & Charles II était déjà pai- fible poffefleur de l'Angleterre, que Louis XIV n'était pas même en- core marié par procureur. Enfin le cardinal Mazarin ramena le roi 6c la nouvelle reine à Paris. Un père qui aurais marié fon fils fans lui donner l'admini- ilration de fon bien, n'en eût pas ufé autrement que Mazarin ; il re- vint plus puifl'ant & plus jaloux de fa puiflance & même de fès hon* neurs, que jamais ; il ne donna plus la main aux princes du fang en lieu tiers, comme autrefois. Celui qui»avait traité dom Louis de Hara en égal, voulut traiter le grand Condé en inférieur. Il marchait alors avec un fafte roial, aiant outre fes gardes une compagnie de moulquetaires, qui eft aujourd'hui la féconde compagnie des mouf- quetaires du roi. On n'eût plus auprès de lui un accès libre : fi quelqu'un était aflèz mauvais courtifan, pour demander une grâce au roi, il était perdu. La reine mère, fi longtems protcdrice obfti- née de Mazarin contre la France, refta fans crédit, dès qu'il n'eût plus befoin d'elle. Le roi fon fik, élevé dans une foumifijon aveugle pour ce miniftre, ne pouvait fecoiier le joug qu'elle lui avait im- pofé aufii bien qu'à elle-même ; elle refpeâait fon ouvrage, & Louis XIV n'ofait pas encor régner du vivant de Mazarin. Un miniftre eft excufable du mal qu'il fait, lorfque le gouvernail de l'état eft forcé dans -fa main par les tempêtes; mais dans le calme il eft coupable de tout le bien qu'il ne fait pas, Mazarin ne fit de bien JUS qJj a i66i. 6ï bien qu'à lui, & à ia famille par rapport à lui. Huit années, de puif- fance abfoluë & tranquile depuis fbn dernier retour julq'à fa mort,, ne furent marquées par aucun établiflement glorieux ou utile ; car le collège des quatre nations ne fut que l'effet de fon teftament. U gouvernait les finances comme l'intendant d'un feigneur obéré. Le roi demanda quelquefois de Targeijt à Fouquet, qui lui ré- pondait : Sirey il ny a rien dans les coffres de votre majejié ; mais- monfieur le cardinal vous en prêtera. Mazarin était riche d'environ deux-cent millions, à compter comme on fait aujourd'hui, Plufieurs- mémoires difent, qu'il çn amaffa une partie par des moiens trop au delTous de la grandeur de fa place. Ils rapportent, qu'il partageait avec les armateurs les profits de leurs courfes : c'eft ce qui ne fût jamais prouvé ; mais les Hollandais l'en fupçonnérent, & ils n'aurait ent pas foupçonnérént le cardinal de Richelieu. On dit qu'en mourant il eût^ des fcrupulcs, quoiqu'au dehors il: montrât du courage. Du moins il craignit pour /es biens, & il en ' fit au roi une donation entière, croiant que le roi les lui rendrait. Il ne fe trompa point ; le roi lui remit la donation au bout de trofs jours. Fnfin il mourut ; & il n'y eût que le roi qui femblat le re- gretter, car ce prince favait déjà diiîîmuler. Le joug commençait • à lui pefer ; il était impatient de régner. Cependant il voulut pa- raître fenfible à une mort, qui le mettait en poflefîîon de fon trône. ^ • Louis XIV & la cour portèrent le deuil du cardinal Mazarin, honneur peu ordinaire, & que' Henri IV avait fait à la mémoire de Gabrielle d Etrée. On n'entreprendra pas ici d'examiner, fi le cardinal Mazariii à été un grand miniftre ou non : c'efl: à fes allions de parler, & à là poftérité de juger. Mais on ne peut s'empêcher de combattre l'opi- nion, qui fuppofe une étendue d'efprit prodigieufe, & un génie prefque divin dans ceux qui ont gouverné des empires avec quelque foccès. Ce n'ejft point une pénétration fupérieure, qui fait les hom- mes d'état ; c'eft leur caraâére. Les hommes, pour peu tju'îls aient du bon fens, voient tous à peu-près leurs intérêts. Un bourgeois; d'Amfterdam ou de Berne, en fait fur ce point, autant que Séjan,, Ximenés, Boukingham, Richelieu, ou Mazarin : mais notre conduite & nos entreprifes dépendent- uniquement de la trempe de notre ame,, fie nos fuccès dépendent de la fortune. 62 LOUIS XtV. . Par exemple : (i un génie, tel que le pape Alexandre VI, ou Bor- gia (on fils, avait eu la Rochelle à prendre, il aurait invité dans fpn camp les principaux chefs fous un ferment facré, 6c fe ferait défait d*eux. Mazarin ferait entré dans la ville deux ou trois ans plus-tard, «n gagnant & en divifant les bourgecûs. Dom Louis de Haro n^eût pas hajsardé r-entreprifè. Richelieu fît une digue fur la mèr à Tex- «mple d'Alexandre, 6c entra dans la Rochelle en conquérant ; mais une marée un peu fcnrte, ou un peu plus de diligence de la part •des Anglais, délivraient la Rochelle, 6c faifaient paflêr Richdieu {xour un téméraire. On peut juger du caradére des hommes par leurs entreprifès. On |)eut bien anurér que l'ame de Richelieu refpirait la hauteur 6c la vengeance ; que Mazarin était fage, fbuple, 6c avide de biens. Mais |)our connaître à quel point un miniftre a de Tei^rit, il faut ou Ten- tendre fbuvent parler, ou lire ce qu'il écrit II arrive fouvent parmi les hommes d*ét^ ce qu'on voit tous les jours parmi les courtifans ; celui qui a le plus d'efprit échoue, 6c celui qui a dans le raraâére plus de patience, de force, de fbupleilè, 6c de fuite, réuflit En lilaat les lettres du cardinal Mazarin, 6c les mémoires du car- idinal de Retz, on voit aifement que Retz était le génie fupérieur. Cendant Mazarin fut tout-puifTant, 6c Retz fût profcrit. Enfin il «fl très-vrai, que pour faire un puiflànt minif^e, il ne faut fbuvent qu*un e^rit médiocre, du bon fens, 6c de la fortune ; mais pour être ' un bon mîniflre, il faut avojr pour pafllon dominante, l'amour du hvax public. Le grand homme d'état efl celui dont -il reûe de g/naid& monumens utiles à la patrie. CH A- jvBxi: A 1666. 63 CHAPITRÉ SIXIEME LOUIS XIP^ MMerne par lui même. Il force la branche dj&triche Efpagmle à lui céder par-^ tmt lapréféance, &* la cour Je Rome à lui faire' fatisfaéion. Il achette Dunkerque. Il donne der fecours à l empereur y au Portugal^ aux états géné- raux y if rend f on roiaume flori^ant £f redou^ table. m JAmais il n*y eût dans ude cour plus d*intrigue8 Se d*e^fàncefi^ que durant Tagonie du cardinal Mazarin. Lœ femmes^ qui> prétendaient à la beauté, fe flattaient de gouverner un ptincé de* vingt-deur ans, que l'amour avait déjà féduit jufqu'à offiir & couronne à fa maitreflè. Les jeunet courtifans croiaient renôUveli^H' le r^ne des favoris. Chaque minière efpérait la première place. Aucun d*eux ne penfait, qu*un roi élevé dans réiôignement de^ af&ires, ofât prendre fur lui le ^deau du gouvernement Mazaiint avait prolongé Tenfancc de ce monarque autant qu'il Tavait pu. n ne Finftruifâit que depuis fort peu de tems, & parce que le rou avait voulu être infbuit. On était li loin d'efpérer d*être gouverné par fonr- Ibuverain, que* de tous ceux qui avaient travaillé juiqu* alors avec le premier- miniftrc, il n'y en eût aucun, qui demandât au roi, quand il; v-ou'^ drait les entendre. Ils lui demandèrent tous : Aquinousadrejfirofis-' mus f & Louis XIV leur répondit: A moi. Oq fut encor plurfûr— pris de le voir perfévérer. Il y avait quelque tems qu'il? confujtair les forces, & qu'il eflaïait en fecret Ibn génie pour régner* Sa ré- (olution priiè une fois, il la maintint jufqu'au dernier nK>me&t dela^ vie. Il fixa à chacun de fês miniflres les bornes de f(m pouvoir,, fè. faifant rendre compte de tout par eux à des heures réglée^ leuir docinantx 6/^ L O U I S XIV. <îonnant la confiance qu'il fallait pour accréditer leur miniftére, & veillant fur eux pour les empêcher d'en trop abufer. Il commença par mettre de l'ordre dans les finances dérangées par une long brigandage. La difcipline fût rétablie dans les troupes, comme l'ordre dans les finances. La magnificence & la décence embellirent fà coun Les plaifirs même eurent de l'éclat & "de la grandeur. Tous les arts furent encouragés, & tous emploies à la gloire du roi & de la France. * Ce n'eft pas ici le lieu de le repréfenter dans fa vie privée, ni dans l'intérieur de fon gouvernement ; c'eft ce que nous ferons à part. Il fuffit de dire que fes peuples, qui depuis la mort de Henri le grand n'avaient point vu de véritable roi, & qui détcftaient Tempire d'un premier rriiniftre, furent remplis d'admiration 8c d'efpérance, quand iîs -virent Louis XIV faire à vingt-deux» ans, ce que Henri avait fait à cinquante* Si Henri IV avait eu un premier miniftre, . il eût été perdu, parce que la haine contre un particulier eût ranimé vingt faâions trop puifTantes. Si Louis XIII n'en avait pas eu, ce prince, 4ont un corps faible .& malade énervait l'ame, eût fuccombé fous le poids. Louis XIV pouvait, fans péril, avoir ou n'avoir pas de premier miniftre.. Il ne reftait pas la moindre trace des anciennes fadlions ; il n'y avait plus en France qu'un maître, & des fujets. U montra d'abord qu'il ambitionnait toute forte de gloire, & qu'il i;oulait être aufîî confidéré au dehors qu'abfolu au dedans. Les andens rois de l'Europe prétendent entre eux une entière égalité, ce qui eft très-naturel ; mais les rois de France ont toujours réclamé la préféance, que mérite l'antiquité de leur race & de leur roiaume : & s'ils ont cédé aux empereurs, c^eft parce que les hommes Bc font prefque jamais aflèz hardis pour renverfèr un long ufage. L« chef de la république d'Allemagne, prince éledif & peu puiflant par lui-même, a le pas fans contredit fur tous les fouverains, à caufe de ce titre.de Céfar & d'héritier de Charlemagne. Sa chancellerie Allemande ne traitait pas même les autres rois de majefté. Les rois dé France pouvaient difputer la préféance aux empereurs, puifque la France avait fondé le véritable empire d'occident, dont le nom feul fubfifte en Allemagne. Ils avaient/pour eux, non feulement la fii- j)ériorité d'une couronne héréditaire fur une dignité éledive, mais J'avantage d'être iflus, par une fuite non interrompue, de fouverains 70 LOUIS XIV. La <îomînatîon de Focéan était partagée depuis quelque tcm3 en- tre ces deux nations. L'art de conftruire les vaifleaux, & de s^en rfervir pour le comnierce &pour la guerre, n'était bien connu que d'elles. La France, fous le miniftére de Richelieu, fe croiait puif- fante fur mer, parce que d'environ foixante vaifleaux ronds que Ion -comptait dans fes ports, elle pouvait en mettre en mèr environ trente, dont un feul portait foixante & dix canons. Sous Mazarin, on acheta des Hollandais le peu de vaifleaux que 1 on avait. On manquait de matelots, d'ofiîciers, de manufaftures, pour la conftruâion & pour ^'équipement. Le roi entreprit de réparer les ruines de la marine, ^ de donner à la France tout ce qui lui manquait, avec une dili- gence încroiable; mais en 1664 & 1665, tandis que les Anglais & les Hollandais couvraient l'océan de près de trois-cent gros vaifleaux de guerre^ il n'en avait encor que quinze ou feize du dernier rang, que le duc de Beaufort occupait contre les pirates de Barbarie; & lorfgue les états-généraux preflicrent Louis XIV de joindre (a fiotte à la leur, il ne fe trouva dans le port de Brell qu'un feul brûlot, qu'on eût honte de faire partir, & qu'il fallut pourtant leur envoier fur leurs inftances réitérées* Ce fût une honte, que Louis XIV i'empreflfa bien vîte d'efiacer. Il donna aux états un fecours de fes forces de terre, plus eflèntîei & plus honorable. Il leur envoia fix-mille Français, pour les dé- fendre contre réveque de Munfter, Chriftofle-Bernard de Gaalen, prélat guerrier & ennemi implacable, foudoié par l'Angleterre pour défbler la Hollande ; mais il leur fit païcr chèrement ce fecours, & les traita comme un homme puiflfant, qui vend fa protection à des marchands opulens. Colbert mit fur leur compte, non feulement la foldc de ces troupes, mais jufqu'aux frais d'une ambaflàde, en- volée en Angleterre, pour conclure leur paix avec Charles IL Jamais fecours ne fût donné deii mauvaife grâce, ni reçu avec moins dere- »<:onnaifl[ance. Le roi aiant aînfi aguerri fes troupes, & formé de nouveaux offi- ciers en Hongrie, en Hollande, eh Portugal, refpedé & vangé dans Rome, ne voiait pas un feul potentat qu'il dût craindre. L'Angle- terre ravagée par la pefte, Londres réduite en cendres par un in- <:endie attribué injuftement aux Catholiques ; la prodigalité & Tin- xJigence continuelle de Charles fécond, aulîi dangereufes pour fes affaires jtj s Q.* A i66?. jr affaires que îa contagion & l'incendie, mettaient la France en fu- reté du côté des Anglais. L'empereur réparait à peine Tépuifement d'une guerre contre les Turcs. Le roi d'Efpagne Philippe IV mou- rant, & fa monarchie aufli faible que lui, laiflkient Louis XIV le feul puifTant & le feul redoutable. Il était jeune, riche, bitn fèrvri, obéi aveuglément, 6c marquait l'impatience de fe fignalèr & d'être conquérant. CHAPITRE SEPTIEME. Conquête de la Flandre, L*Occafîon fe préfenta bientôt à im roi qui la cherchait. Philippe IV fon beau-pére mourut: il avait eu de là première femme, lœur de Louis XIII,. cette princeflè Marie-Thé- réfe mariée à fon coufin Louis XIV ; mariage, par lequel la monarchie Efpagnole eft enfin tombée dans la maifon de Bour- bon, fi longtems fon ennemie. De fon fécond mariage avec Marie- Anne d'Autriche, il avait eu Charles fécond, enfant faible & malfain^ héritier de fa couronne, & feul refle de trois en- fans mâles, dont deux étaient morts en bas âge. Louis XIV prétendit, que la Flandre & la Franche-comté, provinces du: roiaume d'Élpagne, devaient, félon la jurifprudence de ces pro- vinces, revenir à fa femme, malgré fa renonciation.. Si les caufes des rois pouvaient fe juger 'par les loix des nations, à. un tribunal défintéreffé, l'affaire eût été. un peu douteufê.. Louis; 72 LOUIS XIV. Ix)uîs fit examiner fe8 droits par fbn confeil & par des théologi- ens, qui les jugèrent inconteftables ; mais le confeil & le confcflcur de la veuve de Philippe IV les trouvaient bien mauvais. Elle avait pour elle une puiflante raifon, la loi expreffe de Charles-quînt ^ mais les loix de Charles-quint notaient gutres fuivies par la cour de France. Un de ces prétextes, que prenait le confeil du roi, était, que les cinq- cent-mille écus donnés en dot à fa femme, n'avaient point été paies; mais on oubliait, que la dot de la fille de Henri IV ne l'avait pas été davantage. La France & l'Efpagne combattirent d'abord par des écrits, où l'on étala des calculs de banquier & des raifbns d'avocat ; mais la feule raifon d'état était écoutée. ^g Le Toij comptant encor plus fur fes forces que fur les raifons, marcha en Flandre à des conquêtes affurées. Il était à la tête de trente-cinq-mille hommes : un autre corps de huit-mille fut envoie vers Dunkerque ; un de quatre- mille vers Luxembourg. Turenne était fous lui le général de cette armée. Colbert avait multiplié les reflx)urces de l'état, pour fournir à ces dépenfes. Louvois, nouveau miniftre de la guerre, avait fait des préparatifs immenfes pour la campagne. Des niagazins de toute efpéce étaient diftribués fur la frontière. Il introduifit le premier cette méthode avantageufe, que la faiblefle du gouvernement avait jusqu'alors rendue impraticable, de faire fubfiftèr les armées par jnagazin : quelque fiége quç le roi voulût faire, de quelque côté qu'il tournât fes armes, les fecours & les fubliftances étaient prêtes, les logemens des troupes marqués, leurs marches réglées. La difcipline, rendue plus févére de jour en jour par l'auftérité inflexible du miniftre, enchainait tous les officiers .à leur devoir. La préfence d'un jeune roi, l'idole de fon armée, lei?r rendait la dureté de ce devoir aifée & chère. Le garde militaire commença déflors à être un droit beaucoup au defllis de celui de la îîâiflance. Les fervices, & non les aieux, furent comptés, ce qui ne s'était guéres vu encore. Par là l'officier de la plus médiocre naîf- fance fût encouragé, fans que ceux de la plus haute eûflent à fe plaindre. L'infanterie, fur qui tombait tout le poids de la ^erre 'depuis Finutilité reconnue des lances, partagea les récompeniès, dont la cavalerie était en pofTeffion. Des maximes nouvelles dans le goii* veinemcnt inipiraient un nouveau courages " ' J U s CL A 1668. ' 75 Le roi, entre tin chef & un niinîftrc également habiles, tous deux jaloux l'un de l'autre, & ne l'en fervant que mieux, fuivi des meilleures troupes de l'Europe, enfin ligué de nouveau avec le Portugal, attaquait avec tous ces avantages une province mal défendue d'unroiaume ruiné & déchiré. Il n'avait à faire qu'à fa bellc-mére, femme faible dont le gouvernement malheureux laiffait la monarchie Efpagnole fansdcfenfe. La veuve de Philippe IV avait pris pour fon premier miniftre, un jcfuite Allemand fon confeflëur, nommé le pcre Nitard, homme aufîî ca- pable de dominer fur fa pénitente, qu'incapable de gouverner un état, n'aiant rien d'un miniftre & d'un prêtre, que la hauteur & Tambi- tion. Il ofa dire un jour au duc de Lerme, même avant de gouver-» nèr : C\fi vous qui me devez du refpeSi^ puifque jai tous les jours votre Dieu dans mes mains^ &^ votre reine à mes pieds. Avec cette fierté il contraire à la vraie grandeur d'efprit, il laiiîait le tréfor fans argent, les places de toute la monarchie en ruine, les ports fans vaif- feaux, les armées fans difoipline, deftituées de chefs, mal païées, & plus mal conduites devant un ennemi, qui avait tout ce qui pian- quait à l'Elpagne. L'art d'attaquer les places comme aujourd'hui, n'était pas encor perfeftionné, parce que celui de les bien fortifier, & de les bien dé-! fendre, était plus ignoré. . Les frontières de Flandre Efpagnole étaient prefque fans fortifications & fans garnifons. Louis n'eût qu'à fe préfenter devant elles. Il entra dans Çharle- roi, comme dans Paris ; Ath, Tournai, furent prifes en deux jours; Fur nés, Armentiéres, Courtrai, ne tinrent pas davantage. Il de-.^J"'"- fcendit dans la tranchée devant Douai, & elle fe rendit le lende-27Août main. Lille, la plus floriffante ville de ces pais, la feule bien for- ^ ^' tifiée, & qui avait une garnifon de fi x-mille hommes, capitula après «7 Août, neuf jours defiége. Les Efpagnols n'avaient que huit mille hom- mes à oppofèr à l'armée vidorieufe ; encore Tarriére-garde de cette petite armée fût-elle taillée en pièces par le marquis, depuis maréchal 51 Août.. àz Créqui. Le refle fe cacha fous Bruxelles^ & fous Mons, laîfTant le roi vaincre fans combattre. Cette campagne, faite au milieu de la plus grande abondance, parmi des fuccès fi faciles, parut le voiage d'un cour. La bonne chère, le luxe, & les plaifirs, s'introduifirent alors dans nos armées, à2iS\^ le tems même que la difcipline s'affermifTait. Les officiers fai^ L faient 74 L au is. xim: faientv le. dçmcAr. militaice beaucoup., pins, éxa^ment, ifms , aYQSï des commodités, plus recherchées, te maréchal/ dp.TurQune.' n;'4vroi, iè& généraux &, fos rai- niftres, allaient au rendez-vous de l'armçe. à. cheval^ aulieu. qu'au-, jourd'hui il n'y. a point, d^- capitaine dccavalerie, ni de fecrétairc d'uiï officier général, qui ne failece voiage en. chaifede pof^eavec des glaces & des- reû^ts, plus, commodément &. plus tranquile- ment, qu'on ne faifait alors une vifite. dans .Paris d'un quartier à un autre. La délicatefiè dés officiers ne les. empêchait point alors d'aller à la tranchée, avec le pot en tète & la cuirafiè fiir le dos. . Le rpi en donnait l'exemple : il alla ainfi à la tranchée devant Douai & de- vant Lille. Cette, conduite Ikge conferva plus d'un grand homme. Elle a été trop négligée depuis par des jeunes-gens pcurobuftès, pleins de valeur, mais de moUefib, & qui fèmblent plus craindre la^ fatigue que le danger. lâ rapidité de ces conquêtes remplit d'allarmes Bruxelles ; les- citoienstranfportaient. déjà leurs efièts dans. Anvers. La conquête de la Flandre entière pouvait-être l'ouvrage d'une campagne» Il ne- manquait au roi que des troupes afièz nombreufes, pour garder les; places,, prêtes à s'oiivrir à fcs armes. Louvois lui confèilla de met- tre de grofïès garniibns dans les villes prifes, & de les fortifier. Vau- ban,. l'un de ces grands hommes ôc de ces géodes qui parurent dans-, ce fiécle pour le fervice de Louis XIV, fut -chargé de ces fortifica- tions. Il les. fit fuivan^ & méthode nouvelle, devenue aujourd'hui la règle de tous les bons ingénieurs.. On fut étonné de ne voir, plus, les places revêtues, que d'ouvrages .prefque au niveau de la campagne.. Les fortifications hautes. 6c. menaçantes, n'ea étaient que. plus ex- pofées. % 'j tj s qI A i1^8. '7:5 ^fées à être fôiidfôiées par ràrtiilcî*ie: plus îl lès Yehdît razantcs, moins elles étaient en prife. Il conftrùifît la citadelle de Lille fiir ces principes. On n'avait point encor en France détaché la gouver- nement d'une ville de celui de la forterefîè. L'exemple commença en faveur de Vauban ; il fût le premier gouverneur d'une citadelle. On peut encor obferver, que le premier de ces plans en relief qu'on voit dans la galerie du Louvre, fiit celui des fortifications de Lille. Le roi fe hâta de venir jouir des acclamations des peuples, des adorations de fes courtifans'& de fesmaîtrelfes, & des fêtes qull don- na à fa ccHir. 1668. CHAPITRE HUITIEME. Conquête de la Franche-eomH : faix d Aix la Chapelle, ON était plongé dans les divertiflèmens à Sailit-Germain, lors- qu'au cœur de l'hiver au riiois de Janvier, on jfût étonnée de voir des troupes marcher de tous côtés, aller & revenir fur les che- miiis de la campagne, dans les trois évêchez : des trains d'artillerie, des chariots de munitions, s'arrttaiait fous divers prétextes, dans k route qui mène de Champagne en Botirgogne. tCette partie de la France était remplie de mou vémens dont on ignorait la caufe. Les étrangers par intérêt, & les courtifans par curiofité, s'éptiifaient eh conjeâures : l'Allemagne était allatmé : l'objet de ces firépara- tifs & de CCS marches irféguliers, était inconnu à tout le monde. jLe fecret dans les confpirations n'a jamais été mièUi: jgardé <|u'il lé L 2 > fût 166t. ^6 L O U I S XIV, fût dans cette entreprife dc; Louis XIV. Enfkilp 2 de Février il paît de Saint-Germain avec le jeune duc d'Enguien fils dû grand Condé, . & quelques courtifans : les autres officiers étaient au repdez-vous des troupes. Il va à cheval à grandes journées, & arrive à Dijon, Vingt- mille hommes, alTemblés de vingt routes différentes, fe trouvent le mrême jour en Franche-comté à quelques lieues de Befançon ; & le grand Condé paraît à leur tête, aiant pour foh principal îitutenant- général, Bouterille-Montmorenci fon ami, devenu duc de Luxem- bourg,, toujours attaché à lui dans la bonne & dans la mauvaife for- tune. Luxembourgh était l'élève de Condé dans Fart de la guerre; & il obligea à force de mérite, le roi qui ne l'aimait pas, à Tem- ploier. Tel était le nœud de cette entreprife imprévue : le prince de Condé était jaloux de la gloire de Turenne,& Louvoisdefa faveur auprès du maître ; Condé était jaloux en héros, & Louvois en miniftre. Le prince, gouverneur de la Bourgogne qui touche à la Franche-comté, avait formé le deflein de s'en rendre maître en hiver, en moins de tems que Turenne n'en avait mis Tété demier à conquérir la Flandre Françaife. Il communiqua d'abord fon projet à Louvois, qui l'em- brafla' avidement, pour éloigner & rendre inutile Turenne, & pour fervir en même-tems fon maître. Cette province aflez pauvre alors en argent, mais très fertile, bien peuplée, étendue en long de quarante lieues, & large de vingt, avait le nom de Franche, & l'était en effet. Les rois d'Efpagne en étaient plus- tôt les protedeurs que les maîtres. Quoique ce pais fût du gou- vernement de la Flandre, il n'en dépendait que peu. Toute l'ad- miniftration était partagée & difputée, entre le parlement & le gou- verneur de la Franche-comté. Le peuple jouiffait de grands privi- lèges, toujours refpedés par la cour de Madrid, qui ménageait une province jaloufe de fes droits, & voifine de la France. Jamais peu* pie ne vécut fous un gouvernement plus doux^ & ne fût fi attaché à fes (buverains. Leur amour pour la maifon d'Autriche s eft confervé pendant deux générations. Mais cet amour était plus-tôt celui de leur liberté. Enfin la Franche-comté était heureule, mais: pauvre; & puil^ qu'elle était une efpéce de république, il y avait des fâdions. Quoi qu'en dife Péliflbn, on ne fe borna pas à emploier la force*. Où J U s (X.* A 1668; 77 On gagna d'abord quelques citoiens par des préfehs & des eipcr rances- On s*alTura Tabbéjean de Batteville, frère de celui qui .aiant infulté à Londres TambafTadeur de France, avait procuré, par cet outrage, Thumiliation de la branche d'Autriche Efpagnole* Cet abbé, autrefois officier, puis Chartreux, puis Turc, & cnjfin ecclé- fiaftique, eût parole d être grand-doien & d'avoir d'autres bénéfices* On corrompit le comte de Saint-amour neveu du gouverneur ; & le gouverneur lui-même, à la fin^ ne fôt pas inflexible. Quelques confeillers de ce parlement furent achetés peu cher. Ces intrigua fccrettes, à peine commencées, furent foûtenuës par vingt-mille hommes. Befançon, la capitale de la province, eft invertie par le prince de Condé : LuxeAibourg court à Salins : le lendemain Be- fançon & Salins fe rendirent. Befançon ne demanda pour capituè lation, que la confervation d'un faint fuaire, fort révéré dans cette ville ; ce qu'on leur accorda très aifément. Le roi arrivait à Dijon. Louvpis, qui avait volé fur la frontière pour diriger toutes ces marches, vient lui apprendre, que ces deux villes font alîîégées & prifes. Le roi courut aufîîtôt k montrer à la fortune, qui faifàit: tout pour lui. 11 alla afliéger Dole en perfbnne. Cette place était réputée forte r elle avait pour comrhandant le comte de Montrevel, homme de: grand courage, fidèle par grandeur d'ame aux Efpagnols quilhaïf- fait, & au parlement qu'il méprifait. Il n'avait pour gamilbn, que: quatre-cent foldats & les citoiens, ôcilofafe défendre. La tranchée ne fût point poufTée dans les formes. A peine Teût-on ouverte,, qu'une foule déjeunes volontaires, qui fuivaient le roij courut at- taquer la contrefcarpe, & s'y logea. Le prince de Condé, à qui l'âge & l'expérience avaient donné un courage tranquile, les fitfoû- tenir à propos, & partagea leur péril, pour les en tirer. Ce prince était partout avec fon fils, & venait enfuite rendre compte de tout: au roi, comme un officier qui aurait eu fa fortune à faire. Le roi,, dans fon quartier, montrait plus-tôt la dignité d'un monaiîC|ue dans> fa cour,, qu'une ardeur impétueufe, qui n'était pas néceflaire. Tout: k cérémonial de Saint-Germain était obfervé. IL avait fon petit: coucher, fes grandes, fes petits entrées, une falle des audiances dans> EL. tente. Il ne tempérait le fafla du trône qu'en faifantmangèr àfa* table; «8 LOUIS xrv. table ftfe dMers-géfiérâux & ks aides ^de camp. On ne lui volait point daais Ife travaux de la guerre, ce courage emporté de François premier & de Betiii IV, qui cherchaient toutes les efpéces de dangers* il fe contentait de ne les pas craindre, & d'engager tout le monde Fcvr.^ «Y précipiter pour lui avec ardcun II entra dans Dole aubout de 1668. quatre jours réprânec l'ambition de Louis JXl V,, fût . iproçfSL & . conclu en cinq jours. Louis, XIV fût indigné,. qu^un- petit état^, td q\ie la- HdJandej^ conçût l'idée de borner fes. conquêtes, &.d'être l'arbitre. de», rois,, 6c. plus,encor quelle en. fût capable. Cette entreprifè des Provinces-^ unies lui fût un outrage fenfîble, qu*il fallut dévorer, &u dont il' médita dès-lors la vengeance. Tout ambitieux, tout puiflant & tout irrité qu'il était, il détourna l'orage qui allait s'élever de tous les côtés de l'Europe. Il propofa lui-même la paix. La. France & l'Elpagne choifirent Aix la-Cha-r pelle pour le Heu des conférences, & le nouveau pape Rolpigliofi^ Clément neuf, pour médiateur. La cour de Rome, pour décorer fa faiblelîè d'un crédit apparent,, rechercha par toute forte de raoiens, l'honneur d'être l'arbitre entre- les couronnes. Elfe n'avait pu l'obtenir au traité des Hrénées ; elle parut l'avoir au moins à la paix d'Aix la Chapelle. Un nonce fût envoie à ce congrès, pour être un fantôme d'arbitre, entre des fan- tômes, de plénipotentiaires. Les Hollandais, déj^- jaioux de là, gloire, ne voulurent point partager .celle de conclure ce qu'ils avaient commencé. Tout fe traitait en efièt à Saint-Germain, par le mi- xiiftére de leur ambaffadeur Vanbeuning. Ce qui avait été accordé €n fecret par lui, était envoie à Aix la Chapelle, pour être figné avec appareil par les miniftres ai^mWés • au congrès. Qui eût dit trente ans auparavant j qu'un bourgeois de-Hollande oUîgerait JUi France. & TEfpagne à recevoir fa médiation ? Ce ,Van-bcuning, bourguemcftre d'Amfterdam,- avait -^ la vivacité d'un Français, & la -fierté d'un E^agnol. IPfé plaifait-à choqucr,- dlns toutes les occafions, la hauteur- impérieufe-du^ rot; & oppofàit' lane inflexibilité républicaine au ton de ftipérioritê, que les miniftres; de Ftance commençaient à- prendre. Ne vous. Jiez-^wus:' pas à la y parole a Mai .1668. 80 LOUIS XIV. parole du roi f lui difait mpndeur de Lionne dans une conférence. y ignore, ce que veut le roiy dit Van-beuning ; je confidére ce qu il peut, Enhn à la cour du plus fuperbe monarque du monde, un bourgue- meftre conclut avec autorité une paix, par laquelle le roi fôt obligé de rendre la Franche-comté. Les Hollandais eûflênt bien mieux aimé qu'il eût rendu la Flandre, & être délivrés d'un voiiîn fi redou- table. Mais toutes les nations trouvèrent, que le roi marquait afïêz de modération, en fe privant de la Franche-comté. Cependant il gagnait davantage, en retenant les villes de Flandre ; & il s'ouvrait les portes de la Hollande, qu'il fongeait à détruire dans le tems qu'il lui cédait. CHAPITRE NEUVIEME Magnificence de LOU I S XIV, Conquête de la Hollande, LOUIS XIV, forcé de refter quelque tenis en paix, continua, comme il avait commencé, à régler, à fortifier & embellir Ion roiaume. Jl fît voir qu'un roi abfblu, qui veut le bien, vient à. bout de tout fans peine. Il n'avait qu'à commander ; & les fuccès dans l'adminiflration étaient aulîi rapides, que l'avaient été fès conquêtes C'était une chofê véritablement admirable, de voir les ports de mèr, auparavant dcfèrts & ruinés, maintenant entourés d'ouvrages, qui faifkient leur ornement & leur défenfe, CQUverts de JU8Q.u'a 1673. • 81 narires de de matelotS) 6c contenant déjà près de foixante grands vaif- féaux, qu'il pouvait armer en guerre, de nouvelles colonies, proté- gées par fon pavillon, partaient de tous côtés, pour TAmérique, pour les Indes Orientales, pour les côtes de l'Afrique. Cependant en France, & fous ies yeux, des édifices immenfes occupaient des milliers d'hom- mes, avec tous les arts que Tarchiteâure entraine après elle ; & dans Tintérieur de fa cour Se de fa capitale, des arts plus nobles & plus ingénieux donnaient à la France des plaifîrs & une gloire, dont les iîécles 'précédens n'avaient pas eu même l'idée. Les lettres flori/Taient. Le bon goût &; la laifbn pénétraient dans les écoles de la Barbarie. Tous ces détails de la gloire & de la félicité de la nation, trouveront leur véritable place dans cette hifïoire ; il ne s'agit ici que des affai- res . générales &; militaires. Le Portugal donnait en ce tems un fpeâacle étrange à l'Europe. Doin Alphonfê, fils indigne de l'heureux dom Jean de Bragance, y régnait. Il était furieux & imbécile. Sa femme, fille du duc de Nemours, amoureufè de dom Pédre frère d'Alphonie, ofà concevoir le projet de détrôner fbn Mari & d'époufèr fbn amant. L'abrutiflëment ^^' de fbn mari juflifia faudace de la reine. Il était d'une force de corps au-defTus de l'ordinaire. Il avait eu publiquement d'une courtifane, un enfant qu'il avait reconnu. Enfin il avait couché très-longtems avec la reine. Malgré tout cela, elle l'accufà d'impuifîànce ; &; aiant acquû dans le roiaume par fbn habileté, l'autorité que fon mari avait perdue par fcs fureurs, elle le fît enfermer. Elle obtint bientôt de Rome une bulle pour époufer fon beau-frére. Il n'eft pas étonnant que Rome ait accordé cette bulle ; mais il l'ell, que des perfonnes toutes puiflântes en aient befoin. Cet événement, qui ne fît une révo- lution que dans la famille roiale & non dans le roiaume de Portugal, n'aiant rien changé aux affaires de l'Europe, ne mérite d'attention que par fà fingularité. La France reçut bientôt après, un roi qui defcendait du trône d une autre manière. Jean Cafimir roi de Pologne renouvela l'éxem- J^J^i pie de la reine Chriftine. Fatigué des embarras du gouvernement, & voulant vivre heureux, il choifît la retraite à Paris, dans l'abbaïe de Saint-Germain dont il fut abbé. Paris, devenu depuis quelques an- nées le féjour de tous ks arts, était une demeure délicieufè jpour un roi, qui cherchait les douceurs de la fociété, & qui aimait les lettres. M II «2 LOUIS XIV. Il avait été jéfuite & cardinal, avant d*être roi; & dégoûté égale- ment de la roiauté 8c de Téglife, il ne cherchait qu*à vivre en parti- culier Se en fage, & ne voulut jamais fouf&ir qu'on lui donnât à Paris le titre de majefté. Mais une affaire plus intérefiante tenait tous les princes chrétiens attentifs. Les Turcs, moins formidables à la vérité que du tems des Maho- mets, des Sélims & des Solimans, mais dangereux encor & forts de nos diviûons, -afiîégeaient depuis deux ans Candie, avec toutes les forces de leur empire. On ne fait s'il était plus étonnant, que les Vé- nitiens fe fuflênt défendus fi longtems, ou que les rois de TEurope les eûfîènt abandonnés. Les tems étaient bien changés. Autrefois, lorfque l'Europe chréti- enne était barbare, un pape, ou même un moine, envoiait des mil- lions de chrétiens combattre les Mahométans dans leur empire : nos états s'épuifaient d'hommes & d'argent, pour aller conquérir la mifé- rable & ftérile province de Judée : & maintenant que l'île de Can- die, réputée le boulevard de la chrétienté, était inondée de foixante- mille Turcs, les rois chrétiens regardaient cette perte avec indiffé- rence. Quelques galères de Malte & du pape, étaient le feul fècours, qui défendait cette république contre l'empire Ottoman. Le fénat de Venifè, aufîl impuiflant que fage, ne pouvait, avec fes fbidats mer- cenaires & des fecours fi faibles, refiftèr au gnnd-vifir Kiuperli, bon miniftre, meilleur général, maître de l'empire de la Turquie, fuivi de troupes formidables, & qui même avait de bons ingénieurs. Le roi donna inutilement aux autres princes l'exemple de fccourir Candie. Ses galères, & les vaiflê^ux nouvellement conflruits dans le port de Toulon, y portèrent fept- mille hommes, commandés par le duc de Beaufort : fecours devenu trop faible dans un fi grand danger, parce que la générofité Françaifè ne fut imitée de perfonne. La Feuillade, fimple gentilhomme Français, fit une aétion qui n'avait d'exemple que dans les anciens tems de la chevalerie. Il mena près de trois cent gentilshommes à Candie, à fes dépens, quoiqu'il ne fût pas riche. Si quelqu'autre nation avait fait pour les Vénitiens à proportion de la Feuillade, il eft à croire que Candie eût été déli- vrée Ce fècours ne fcrvît qu'à retarder la prife de quelques jours, & à vcrfer du fâng inutilement. Le duc de Beaufort périt dans une ibr- tie; jdsqjj'a 1673. 83 tie; & Kiuperli entra enna par capitulation dans cette ville, quî^^^p^- n était plus qu'un monceau de ruines. ' '' Les Turcs dans ce ûége s étaient montres Tupérieurs aux chrétiens même dans la connaiOanœ de Tart militaire. Les plus gros canons qu'on eut vus encor en Europe, furent fondus dans leur camp. Ils firent, pour la première fois, des lignes parallèles dans les tranchées. C'eft d'eux, que nous avons appris cet ufage ; mais ils ne le tinrent que d'un ingénieur Italien. Il eft certain que des vainqueurs, tels que les Turcs, avec de l'expérience, du courage, des richeflës, & cette conftance dans le travail qui ^ifàit alors leur caraâére, devaient con- quérir l'Italie 6c prendre Rome en bien peu de tems. Mais les lâches empereurs qu'ils ont eus depuis, leurs mauvais généraux, & le vice de leur gouvernement, ont été le falut de la chrétienté. Le roi, peu touché de ces événemens éloignés, laiflàit meurir fon grand deâêin de conquérir tous les Pais-Bas, 6c de commencer par la Hollande. L*occaûon devenait tous les jours plus favorable. Cette petite république dominait fur les mers ; mais fur la terre rien n'était plus faible. Liée avec l'Ëfpagne 6c avec l'Angleterre, en paix avec la France, elle fe repofait avec trop de fécurité fur les traités, 6c fur les avantages d'un commerce immenfe. Autant que fes armées nava- les étaient difciplinées 6c invincibles ^ autant fes troupes de terre é- taient mal tenues 6c mépri&bles. Leur cavalerie n'était compofée que de bourgeois, qui ne {brtaient jamais de leurs maifon^, 6c qui païaient des gens de la lie du peuple pour faire le ièrvice en leur place. L'in^nterie était à-peu-près fur le même pied ; les officiers, les commandans même des places de guerre, étaient les enfans, ou les parens des bourguemeflres, nourris dans l'inexpérience 6c dans loifiveté, regardant leurs emplois, comme des prêtres regardent leurs bénéfices. Le penfîonnaire Jean de With avait voulu corriger cet abus, mais il ne l'avait pas ailèz voulu, 6c ce fut une des grandes fautes de ce républicain. Il fallait d'abord détacher l'Angleterre de la Holiande. Cet appui venant à manquer aux provinces-unies, leur ruine paraifîàit inévita- ble. , Il ne fut pas difficile à Louis XIV d'engager Charles dans fes deffeins. Le monarque Anglais n'était pas à la vérité fort fenfibje à la honte que fon régne 6c la nation avaient reçue, lorfque fes vaiflèaux fvuent brûlés jufques dans la rivière de la Tamifè, par la flotte Hol- M 2 ' landaife. \ 'I t li «4 LOUIS XIV. landailè. H ne rdînraîc, ni la ?€ngeancej ni kt conquêtes. H vou- lait vivre dans les plaifin» & régner avec un pouvoir moins gêné. Ceft paï là qu'on le pouvait lëduire. Louis, qui n'avait qu'à parler .j alors pour avoir de l'argent, en promit beaucoup au roi Charles, qui I i67«. n*en pouvait avoir fans ion parlement. Cette Haifon fecrette entre les 1 deux rois ne fut confiée en France qu à Madame^ fœur de Charles Jêcond & époufè de Mmjieur frère unique du roi, à Turenne & à Louvois. Une princefiè de vingt-fix ans fut le pl^ipotentiaire, qui devait confommer ce traité avec le roi Charles. On prit pour prétexte du paflkge de madame en Angleterre, un voiage que le roi voulut faire dans fes conquêtes nouvelles vers Dunkerque Se vers Lille. La pompe & la grandeur des anciens fois de l'Afie n'approchaient pas de l'éclat de ce voiage. Trente-mille hommes précédèrent ou fiiivirent la marche du roi ; les uns deilinés à remorcer les gutiifons des païs* conquis, les autres à travailler aux fortifications, quelques-uns à ap- planir les chemins Le roi menait avec lui la reme fa femme, toutes les princeflês 6c les plus belles femmes de fa cour. Madame brillait au milieu d'elles, & goûtait dans le ^d de fon cœur le plaifir & la gloire de tout cet appareil, qui n'était que pour elle. • Ce fut une fête continuelle depuis Saint-Germain jufqu'à Lille. Le roi, qui voulait gagner les cœurs de fès nouveaux (ujets, & é- I bloiiier fes voifins, répandait par-tout fès libéralités avec profiifion, A l'or & les pierreries étaient prodigués à quiconque avait le moindre ' prétexte pour lui parler. La princeflê Henriette Rembarqua à Calais, ' pour voir fbn frère, qui s'était avancé julqu'à Cantorberi. Charles, réduit par l'amitié qu'il avait pour fa fœur & par l'argent de la France, figna tout ce que Louis XIV voulait, & prépara la ruine i de la Hollande au milieu des plaifirs 6c des fêtes. La perte de madame, morte à (on retour d'une manière fbudaine 6c afireufe, jetta des fbupçons fur monfieur, 8c ne changea rien aux rélôlutions des deux rois. Les dépoiiilles de la république, qu'on de- vait détruire, étaient déjà partagées par le traité fecret, entre les cours de France 8c d'Angleterre, comme en 1635 on avait partagé la Flandre avec les Hollandais. Ainfi on change de vues, d'alliés 8c d'ennemis, 6c on eft fbuvent trompé dans tous fes projets. Les bruits 3e cette entreprife prochaine commençaient à fe répandre, mais l'Europe ■I JU8CLU*A 1.673. 85 rEuTope les écoutait en filence. L*einpereur occupé des {éditions de la Hongrie, la Suéde endémie par des u^odatioiis, l'Ëipagne toû* jouri irréfoluë 6c toujours lente, laifTaient une libre carrière à Tam^ bidon de Louis XIV. La Hollande, pour comble de malheur, était diviiee en deux faâions ; Tune, des républicians rigides, à qui toute ombre d*auto- rité defpotique femblait un monftre contraire aux loix de Thumanité; l'autre, des républicians mitigés, qui voulaient établir dans les char- ges de lès ancêtres le jeune prince d'Orangé, fi célèbre depuis fous le nom de Guillaume trois. Le grand-penfionnaire Jeau De With & Corneille fon frère étaient à la tête des partifans auftères de la li- berté : mais le. parti du jeune prince commençait à prévaloir. La ré- publique, plus occupée de fes difîèntions domeftiques que de (ba danger, contribuait elle-même à {a. ruine. Louis avait non feulement acheté le roi d'Angleterre, il gagna en- cor réle£teur de Cologne, & ce Van Gaalen èvêque de Munfter, avide de guerres 6c debudn, ennemi naturel des Hollandais. Il le& avait fecourus contre cet évêque, 6c maintenant il s'unifîàit à lui pour les perdre. La Suéde, apr& s'être unie aux Hollandais pour arrêter en 1668 des progrès qui ne les menaçaient pas, les abandonna quand ils furent menacés de leur ruine, 6c rentra avec la France dans fes anciennes liaifons, moiennant les anciens fubfîdes. 11 eft fingulier 6c digne de remarque, que de tous les ennemis, qui allaient fondre fur ce petit état, il n'y en eut pas un qui pût alléguer un prétexte de guerre. C'était une entreprife à-peu-prés fembiable à cette ligue de Louis douze, de l'empereur Maximiîien 6c du roi d'Ëfpagne, qui avaient autrefois conjuré la perte de la république de Venife, parce qu'elle était riche 6c fiére. Les états-généraux confternés écrivirent au roi, lui demandant, humblement, ii les grands préparatifs qu'il fallait, étaient en effet de- ftinés contre eux, fes anciens 6c fidèles alliés ? en quoi ils l'avaient ofïenfé? quelle réparation il exigeait? Il répondit, ** qu'il ferait de ** fes troupes l'ufagc que demanderait fa dignité, dont il ne devait *' compte àperfonne." Ses miniftres alléguaient pour toute raifon, que le gazetier de Hollande avait été trop infolent, 6c qu'on difait que Van-Beuning avait fait frapèr une médaille injurieufe à Louis XIV. Van-Beuning avait pour nom de batême, jo/ué : le goût des devifes 86 LOUIS XIV. devifes régnait alors en France. On avait donné à Louis XIV. la devife du foleil avec cette légende, nec pluribus impar. On préten- dait, que Van-Beuning s'était fait repréfentèr avec un foleil, &; ces mots pour ame, in confpeEiumeo Jietit foL A mon afpeB le foleil seji arrêté. Cette médaille n'éxifta jamais. Il eft vrai que les états a- vaient fait frapèr une médaille, dans laquelle ils avaient exprimé tout ce que la république avait fait de glorieux ; affertis legibusy e- mendatis facris^ adjutiSy defenjisy conciliatis regibus^ vindicuta ma- rium Itbertate^ fiabilita orbis Europe quiète. Les loix affermies^ la religion épurée^ les rois fecourus^ défendus ^ réunis^ la liberté des mers vangée^ lEurope pacifiée. Ils ne fe vantaient en effet de rien qu'ils n'euffent fait : cependant ils firent brifer le coin de cette médaille, pour appaifer Louis XIV. Le roi d'Angleterre de fon côté leur reprochait, que leur flote n'avait pas baiflS fbn pavillon devant un bateau Anglais,' & alléguait encor un certain tableau, où Corneille De With frère du penfîonnaîre, était peint avec les attributs d*un vainqueur. On voiaît des vaifleaux pris & brûlés dans le fond du tableau; Ce Corneille De With, qui en effet avait eu beaucoup de part aux exploits maritimes contre l'An- gleterre, avait fouffert ce faible monument de fa gloire ; mais ce tatleau prelque ignoré était dans une chambre où l'on n'entrait pref- que jamais. Les miniftres Anglais, qui mirent par écrit les griefs de leur roi contre la Hollande, y fpécifiérent des tableaux injurieux, xibufive piSiures. Les états, qui traduifaient toujours les mémoires des miniftres en Français, aîant traduit abufive^ par le mot fautif Sy trompeurs^ répondirent qu'ils ne {avaient ce que c'était que ces tab- leaux trompeurs. En effet ils ne devinèrent jamais, qu'il était queftion de ce portrait d'un de leufs concitoiens, & ils ne purent imaginer ce prétexte de la guerre. Tout ce que les efforts de l'ambition & de la prudence humaine peuvent préparer pour détruire une nation, Louis XIV. l'avait fait. Il n'y a pas chez les hommes d'exemple d'une petite entreprife for- mée avec des préparatifs plus formidables. De tous les conquérans^ qui ont envahi une partie du monde, il n'y en a pas un qui ait com- mencé fès conquêtes avec autant de troupes réglées, & autant d'ar- gent, que Louis en emploia pour fubjuguer le petit état des provinces- unies. Cinquante millions, qui en feraient aujourd'hui quatre-vingt- dix- .JVSQJ3*A 1706. 87 dix-fept, furent coniômmés à cet appareil. Trente vaiilêaux de cinquante pièces de canon joignirent la flote Anglaife forte de cent voiies. Le roi avec fon frtre alla fur les fronticres de la Flandre Es- pagnole & de la Hollande, vers Maftricht & Charleroi, avec plus de cent-douze mille hommes. L'cvêque de Munfter & Téleôeur de Co- logne en avaient environ vingt-mille. Les généraux de l'armée du roi étaient Condé & Turenne. Luxembourg commandait fous eux. Vauban devait conduire les fiéges. Louvois était partout avec fa vi- gilance ordinaire. Jamais on n'avait vu une armée fi magnifique, & en même-tems mieux difoiplinée. C'était fur-tout un fpeâacle admirable, que la maifon du roi nouvellement réformée. On y voiat quatre compagnies des gardes du corps, chacune compofée de trois- cent gentils-hommes, entre lefquels il y avait beaucoup de jeunes ca- dets fans paie, alTujettis comme les autres à la régularité du fèrvice ; deux- cent gendarmes de la garde, deux-cent chevaux-legers, cinq- cent moufquetaires, tous gentils-hommes choifis, pai^sde leur jeuneflê 6c de leur bonne-mine; douze compagnies de la gendarmerie depuis augmentées julqu'au nombre de fêize; les cent-!uiflès même accom- pagnaient le roi, & fes régimens des gardes-Françaifts & Suifîèsmon- taient la garde devant fa maifon, ou devant fa tente. Ces troupes, pour la plulpart couvertes d'or & d'argent, étaient en même-tems un objet de terreur & d'admiration, pour des peuples chez qui toute efpéce de magnificence était inconnue Une difcipline, devenue encor pluséxad^e, avait mis dans l'armée un nouvel ordre. Il n'y avait point encor d'in- fpeûeurs de cavalerie & d'infanterie, comme nous en avons vu depuis. Mais deux hommes, uniques en leur genre, en faifaient les fonctions. Martinet mettait alors l'infanterie fur le pied de difcipline où elle eft aujourd'hui. Le chevalier de Fourilles faifait la même charge dans la cavalerie. Il y avait un an que Martinet avait mis la baïonette en ulage dans quelques régimens. Avant lui on ne s'en fèrvait pas d'une manière confiante & uniforme. Ce dernier effort peut-être de ce que l'art militaire a inventé de plus terrible était connu, mais peu pratiqué, parce que les piques prévalaient. Il avait imaginé des ba- teaux de cuivre, qu'on portait aifément fur des charettes ou à dos de mulet. Le roi avec tant d'avantages fur de fà fortune & de fa gloire, menait avec lui un hiftorien, qui dçvait écrire fes viAoires : C'était péliflbn^ 88 LOUIS XIV. péliflôn, homme dont il fera parlé dans Farticle des beaux arts; plus capable de bien écrire, que de ne pas flatter. Contre Turenne, Condé, Luxembourg, Vauban, cent-trente- mille eombattans, une artillerie prodigieufe, & de l'argent avec le- quel on attaquait encor la fidélité des commandans des places enne- mies ; la Hollande n'avait à oppofer qu'un jeune prince d'une con-. ftitution faible, qui n'avait vu ni fiéges ni combats, & environ vingt- cinq-mille mauvais foldats en quoi confiftait toute la garde du païs. Le prince Guillaume d'Orange, âgé de 22 ans, venait d'être élu ca- pitaine général des forces de terre, par les vœux de la nation : Jean De With y avait confenti par nécefîité. Ce prince nourriilàit fbus le flegme Hollandais, une ardeur d'ambition & de gloire, qui éclata toujours depuis dans fa conduite, fans s'tchaper jamais dans fès dif- cours. Son humeur était froide & févére, fon génie aâ:if & perçant: fon courage, qui ne fe rebutait jamais, fît fupportèr à fon corps fai- ble & languifTanr, des fatigues au defTus de fès forces. Il était va- leureux fans oftentation, ambitieux, mais ennemi du fafle, né avec une opiniâtreté flegmatique faite pour combattre l'adverfîté, aimant les affaires &c la guerre, ne connaiflànt ni les plaifîrs attaches a la grandeur ni ceux de l'humanité, enfin prefque en tout l'oppofé de Louis XIV. Il ne put d'abord rien oppofer au torrent qui fe débordait fur fa patrie. Ses forcés étaient trop peu de chqfe ; fon pouvoir même é- tait limité par les états. Les armes Françaifes venaient fondre tout à coup fur la Hollande, que rien ne fècourait. L'imprudent duc de Lorraine, qui avait voulu lever des troupes pour joindre fk fortune à celle de cette république, venait de voir toute la Lorraine faifîe par les troupes Françaifes, avec la même facilité qu'on s'empare d'Avig- non, quand on efl mécontent du pape. Cependant le roi faifait avancer fes armées vers le Rhin, dans ces pais qui confinent à la Hollande, à Cologne & à la Flandre. Il fai- fait diftribucr de l'argent dans tous îcs villages, pou'r païer le dom- mage que fes troupes y pouvaient faire. Si quelque gentil-homme des environs venait fê plaindre, il était fur d'avoir un préfènt. Un envoie du gouverneur des Païs-Bas, étant venu faire une réprefenta- tion au roi lur quelques dégâts commis par les troupes, reçut de la main du roi fon portrait enrichi de diamans, efïimé plus de douze- 4 mille JU8Q.tï*A 1673. 80 mille irancs. Cette conduite attirait ladmiration des peuples, 6c augmentait. la crainte de fa puiilànce. Le roi était à la tête de fa maifbn, 6c de (es plus belles troupes, qui compofaient trente-mille hommes. Turennc les commandait £>us lui. Le prince de Condé aurait une armée aufli forte. Les au- tres corps conduits tantôt par Luxembourg, tantôt par Chamilli, laifaient dans Toccafion des armées féparées, ou fè rejoignaient félon le befoin. On commença par afliégèr à la fois quatre villes, dont le nom ne mérite de place dans Thiftoire que par cet événement ; Rhin- berg, Orfoi, Wéfel, Burick. Elles furent prifes prelque auflitôt qu*el^ ks furent inveflies. Celle de Rhinberg, que le roi voulut afliégèr en peribnne, nefluia pas un coup de canon ; & pour aflTurèr encor mieux ùl prifè, on eut fbin de corrompre le lieutenant de la place, Ir- landais de nation, nommé Doflêri, qui eut la lâcheté de fê vendre, 6c l'imprudence de iê retirer enfuite à Maftricht, où le prince d'O- range le fit punir de mort. Toutes les places qui bordent le Rhin 6c riflêl, fe rendirent. Quel- ques gouverneurs envoiérent leurs clez, dès qu'ils virent feulement paflêr de loin un ou deuxeicadrons Français : plufieurs officiers sVn> fuirent des villes où ils étaient en garnilon, avant que l'ennemi fût dans leur territoire : la confternation était générale. Le prince d'O- range n'avait point aflèz de troupes pour paraître en campagne. Toute la Hollande s'attendait à paflèr (bus le joug, dès que le roi fe- rait au de-là du Rhin. Le prince d'Orange fit faire à la hâte des lignes au de-là de ce fieuve ; Ôc après les avoir faites, il connut 1 ùn- puijSânce de les garder. Il ne s'agiflâit plus que de fa voir en quel en- droit les Français voudraient faire un pont de bateaux, 6c de s'oppo- ièr, fi on pouvait, à ce pafikge. En eifet l'intention du roi était de .pafiêr le fleuve fur un pont de ces petits bateaux de cuivre inventés par Martinet. Des gens du pais informèrent alors le prince de Condé, que la féchereflb de la faifon avait formé un gué fur un bras du Rhin, auprès d'une vieille tour qui fert de bureau de péage, qu'on nomme toll-buisy la tnaifon du péage. Le roi fit fonder ce gué parle comte de Guiehe^ Il n'y avait que quarante â cinquante pas à nager au milieu de ce bras du fleuve, à ce que dit dans fes lettres péliflbn té- moin oculaire. Cet efpace n'était rien, parce que plufieurs chevaux de fipnt rqippaieot le fil de l'eau très-peu rapide. L'abord état aile : - N il ,^v 90 L O U I s XIV. il n'y avait de l'autre côté de l'eau que quatre à cinq-o^nt eavalicn^ ife deux faibles régimens d'infanterie fens canon. L'artillerie Français lès foudroiait en flanc. Tandis que la mai(bn du roi & les meil- leures troupes decavalerie paflërcnt làns rilque auf nombre d'envisoB quinze-mille hommes, le prince de Condé les cétoiait dans un bateau de cuivre. A peine quelques cavaliers H<^landais entrèrent dans la rivière pour faire fèmolant de combattre. Ils s'enfuirait l'in- ftant d'après, devant la multitude qui venait à eux. Leur in^te^ ne mît auflltôt bas les armes, & demanda la vie. Perfonne ne périt u Juin, dans le paflâge, que quelques cavalières ivres, qui s'écartèrent du gué ; .'^7*- & il n'y aurait euperfonne de tué dans cette journée, fans l'impru» dence du jeune duc de Longueville. On dit qu'aiant la tète {ieino des fumées du vin, il tira un. coup de piilc^et fur lesenaetxiis quidc^ mandaient la vie à genouXj en leur criant, pûint de quartier pour cette canaille. Il tua du coup, tm de leurs officiers. L'inéuiterie Hollandaife défepérée reprit à Tinftant fès armes, & ûx. upe déchargs, dont le duc de Longueville fut tué. tJn capitaine de cavalerie nom- mé Oflèmbrouk, qui ne s'était point enfui avec les autres, -court au prince de Condé, qui montait alors à cheval en Portant de la riviérç, & lui appuie (on piftolet à la tète. Le prince, par^n mouv«nent> détourna le coup, qui lui fracafla le pwgnet. Condé ne reçut ja» mais que cette blefTure dans toutes les campagnes. Les Françafis 'vs- ritcs firent main-bafTe fur cette in&nterie, qui (e mit àAiirde tous c6tés. Louis XIV. pafîâ fur un pont de bateaux avec l'armée. Tel fut ce paGage du Rhin, aâion éclatante 8c unique, célébrée alors comme un des grands événemens qui duflênt occuper la mé- moire des hommes. Cet air de grandeur, dont le roi révélait toutes les aâions, le bonheur rapide de fès conquêtes, la fplendeur de feu régne, Tidolatrie de fès courtifàns, enfm le goût que les pei:qi)]es, ^ furtout les Parifieni?, ont pour l'exagération, joint à l'ignorance de U guerre, où l'on efl dans Toifiveté des grandes villes ; tout cela fit re- garder à Paris le pafTage du Rhin comme tin prodige. L'opinioA commune était, que toute Tarmée avait pafîe ce fleuve à la nage, en préfènce d'une armée retranchée, & malgré l'artillerie d'un îs/etsxdSs imprenable, appcUée le /i6(?/«x. Il était très vrai, que rien ii était phis inipoiànt pour les ennemis que ce pafiâge, & que s'ils avai^it cÙ ua . corps de bonnes troupes à l'autre bord, l'entreprifè était très périllettiê. Dés rustout la même. On: pourfuivit le» amis du penfi4> onnaire. Ruiter même l'amiral de la république, 8c. qui fèul com- battait alors pour elle avec fuccès, . fe vit environnél d'a(failln& dans < Amderdam. Au milieu de ces dcfordres 8c dexes déiblatîons, les magifirats mon-»- trérent des vertus, qu'on, ne voit guères que dans les républiques; Les: par.— 1 I 94 L O U ï S XIV; paitictiliers) (|lii âVaieilt âlà tdUett àt bftbcfiiey cobrufCRt «n ibisk à k- banque d'Àinftefdàm ; on crâîgâait qUëi'oti n'eùtfifiittèhé âstrélbr puUîa Chacun s'emprêiTait de fe faire paier dy peiid'atgetit, qti*dn craîait qui pouvait y être èrïcôr. Le» itiagiflrats ûttat ouvrir ieâ cai%s^où ce tt&x : fe cohferve. On h trouva tout entier, tel qu'il avak été dépofê dqniis foixante ans ; largent même était tiXcot tioirci de ritnptefliDii du feii, qui avait longtems auparavant cômfumé Tbôtel de vilïe« Les biOeti de banque s'étaient toujours ô^ocies ^(^u'à €t tems» feji& que jaitiàis on eût touché au tréfôr. On païa aioi-s aVec cet argent tous ceux qui: voulurent l'être. Tant de bonne foi Bc tant de reâbnroes étaient d'ati-f > tant plus admirables, qiié Chartes iêcônd roi d'Ai^Iieterre, pour &> voir dequoi f^ire la guerfe aux Hollandais 8c fdomir à iès plaifics, non content de l'argent deFrancC) Venait de faire banqueroute àièft fujets. Autant il était honteux à ce toi de violer ainâ la foi puUique, autant il était glorieux aux niagiftrats d'ÀmAerdam de la goiào^ dans un tems où il femblait permis d'y manquen A cette Vertu républicaine, ils joignirent cô courage d'eipric, qUi prend les partis extrêmes dans les maux fans remède. Ils iirent percer les digues, qui retiennent ]es eaUx àt. la mèr. Les maifbns de cam- pagne, qui font innombrables autour d'Amfterdam, les villages, les villes voiflnes, Leide, Delft, furent inondées. Le païïân ne murmu- ra pas de voir fès troupeaux noies dans lès campagnes. Amflerdam fut comme^une vafte fortereflè au milieu des eaux, entourée de vaif^ féaux de guerre, qui eurent afibz d'éau pour Ce ranger autour de la ville. La difètte fut grande chez ces peuples ; ils manquèrent fur- tout d'eau doiice; elle fê vendit fix fous k pinte : mais ces ejctr^ni- tés parurent moindres que Tefclavagé. C'efl une chofê digne de l'ob^. férvation de la poflérité, que la Hollande ainfî accablée lùr terre, fip n'étant plus un état, demeura encor redoutable fur k mèr. C'était l'élément véritable de ces peuples. Tandis que Louis XIV paf&t le Rhin & prenai^ trois provinces^ l'amiral Ruiter avec environ cent vaiflèaux de guerre 6c plus de cinr. quante brûlots, alla chercher près des côtes d'Angleterre les âotes des deux rois. Leur puifiànce réunie n'avait pu mettre en mèr une armée navale plus forte que celle de k république. Les Anglais 6fi ]é6 Hollandais combattirent comme des nations accoutumées à fè difpuler^ l'empire de l'Océan. Cette bttaiile, qu'on nomme dcSe/éàity 3 dura dura un jour entier. Ruiter, qui en donna le Hgnal, attaqua le vaiflêau amiral d'Angleterre, où était le duc d'Yorck, frère du roi La gloire de ce çotnli^at paruculier denieûra à Huifer. Le duc d -Yprcl^, 'obligé de changer de raii&au, ne reparut plus devant l'amiral Hollandais. Les trente vaiiTeaux Français eurent peu de part à Taâion. lit tel fut le fort deeette jpurnée, qu '^73- gociations. Il gagna le duc de Hanovre. L'éleâeur de Brandebourg, en commençant la guerre, fît un traité, mais qui fut bientôt rompu. Il n'y avait pas une cour eh Allemagne, où Louis n'eût des penfion- naires. Ses émiiîâires fomentaient en Hongrie les troubles de cette province févérement traitée par le confeil de Vienne. L'argent fuf prodigué au roi d'Angleterre, pour faire encor la guerre à la Hollande^ malgré les cris de toute la nation Anglaifè, indignée de fervir la gran> deur de Louis XIV, qu'elle eût voulu réprimer. L'Europe était trou- blée par les am^es &' par les négociations de Louis. Enfin il ne put empêcher, que l'empereur, l'empire & l'Eipagne ne s'alliaflênt avec la Hollande, & ne lui déclaraflênt ^ennellement la guerre. Il avait tellement changé le cours des cho^ que les Hollandais, fes alliés naturels, étaient devenus les amis de l'Ëipagne. L'empereur Léopc^ envoiait des fècours lents, mais il montrait une grandie animoûté. Il eft rapporté, qu'allant à £ gra voir les troupes qu'il y raûêmblait, il communia en chemin ; & qu'après la communion, il prit en main un crucifix, 8c appella Dieu à témoin de la juftice de fà caufe. Cette aâion eût été à fa place du tems des croiiades : âc la prière de Léopold n'empêcha point le progrès des armes du roi de France. Il parut d'abord combien fa marine était déjà perfeâionnée. Au lieu de trente vaiflèaux qu'on avait joints l'année d'auparavant à la fiote Anglaifè, on en joignit quarante fans compter les brûlots. Les officiers avaient appris les manœuvres fava^ites des Anglais, avec lef^ quels ils avaient combattu celles des Hollandais leurs ennemis. C'était le duc d'Yorck, depuis Jacques fécond, qui avait inventé l'art de feire entendre les ordres fur mèr par les mouvemens divers des pavillons. Avant ce tems, les Français ne fàvaient pas ranger une armée en bata- ille. Leur expérience confiflait à faire battre un vaiflêau contre un vaiiièau, non à en faire mouvoir plufieurs de concert;^ & à imiter fur la I ■ ju8qju'a 1674. ,99 la mèr les évolutions des armées de tare, dont les corps féparés iê ibûdennent & (e (ècourent mutuellement. Ils firent à-pcu-près com- me les Romains, qui en une année apprirent des Carthaginois Tart de combattre fur mèr, 8c égalèrent leurs maîtres. Le vice-amiral d*Etrée & fôn lieutenant Martel, firent honneur à rinduflrie militaire de la nation Françailê, dans trois batailles navales confécutives, qui le donnèrent au mois de juin entre la flote Hollan- j^^ _^ dailê & celle de France & d'Angleterre. L'amiral Ruiter fut plus ad- h « 21 miré que jamais dans ces trois aâions. D'Etrée écrivit à Colbert ; iô^j". ** Je voudrais avoir païé de ma vie la gloire que Ruiter vient d'ac- ** quérir." D'Etrée méritait que Ruiter eût ainfi parlé de lui. La valeur & la conduite furent fi égales de tous côtés, que la viâoire refia tou- jours indécifè. Louis, aiant fait des hommes de mèr de fes Français par les foins de Colbert, perfectionna encor Tart de la guerre fur terre par l'induftrie de Vauban. Il vint en perfbnne afiléger Maflricht dans le même tems que ces trois batailles navales iê donnaient. Maftricht était pour lui une clé des païs-bas & des provinces-unies, c'était une place forte défendue par un gouverneur intrépide nommé Farjaux, né Français, qui avait pafifé au fervice d'Efpagne & depuis à celui de Hollande. La garnifon était de cinq-inille hommes. Vauban, qui conduifit ce fiége, fe fervit pour la première fois des parallèles, inventées par des ingénieurs Italiens au fervice des Turcs devant Candie. Il y ajouta les places d'armes, que l'on fait dans les tranchées, pour y mettre les troupes en bataille & pour les mieux rallier en cas de fbrties. Louis fè montra dans ce fiége plus éxadl & plus laborieux qu'il ne l'avait été encor. Il accoutumait, par fbn exemple, à la patience dans le travail, fa nation accufée jufqu'alors de n'avoir qu'un courage bouillant, que 39 la fatigue épuife bientôt. Mafiricht fe rendit au bout de huit jours. 1673! Pour mieux affermir encor la difcipline militaire, il ufa d'une (éve- nté qui parut même trop grande. Le prince d'Orange, qui n'avait eu, pour oppofèr à ces conquêtes rapides, que des officiers fans éniu- lation & des fbldats fans cou l'âge, les avait forniés à force de rigueurs, %n ùdùxit paflêr par la main du bourreau, ceux qui avaient abandonné leur pofle. Le roi emploia auifi les châtimens, la première fois qu'il perdit une place. Un très brave officier, nommé Du-pas, rendit Naerden au prince d'Orange. Il ne tint à la vérité que quatre jours ; G 2 mais î4Sept ioo LOUIS XIV. 1673- mais il ne remît fâ ville qu'après un combat de cinq heures, donne fur de mauvais ouvrages, & pour éviter un afiâut général, qu'une . gamifon faible & rebutée n aurait point fôûtenii. Le roi, irrité du premier affront que recevaient fes armes, fit condanner Du-pas à être traîné par lé bourreau dans Utrecht,' une pelle à la main, & Ton épée fut rompue : ignominie peut-être inutile pour les officiers Fran- çais, qui font àflêz lènfîbles à- la gloire, pour quoii ne Jes gouverne pas par la crainte de la honte. * Il faut fàvoir, qu'à la vérité liés pro- vifions des commandans des places les obligent à Ibùteriir- trois afi- fàuts; mais ce font de ces loix qui ne (ont jamais exécutées. Lés foins du roi, le génie de Vauban, k vigilance févére-deLouvoisi rexpérience & le grand art. de Tur^hne,laâîve- intrépidité du prince de Condé.; tout cela ne put réparer la faute qu'on avait iaite de garder trop de places, d'affaiblir l'armée Se de manquer Amflerdam. Le prince de Condé voulut envain percer dans le cœur delaHoT- lande inondée. Turenne ne pùl^ ni mettre obftacle à la jonâiôn de MontécuGuli & du prince d'Orange, ni cmpéchep le prince d'Orange ^^' de prendre Bonn. L'tvêque de Munfter, qui avait juré la ruine des ' états-généraux, fut attaqué lui-même par les Hollandaist le parlement d'Angleterre força fon roi d'entrer férieufêment dans des négociatîoils de paix, & de cefïbr d'être Uinffrument merr- cenaire de la grandeur de la France;- ' Alors il Êdlut abandonner les trois provinces- Hollandaifèsy avec- autant de promtitiidè qu'on les avait conquifes. Ce ne fiit pa& (ans les avoir rançonnées ; rînteadaht Robert tira de la feule provinced'Utrechten un anfeize^dent-foixantc & huit-mille florins. On était fi?pfeffé d'évacuèrle pais qu'on avait pria aVec tant de rapidité', que vingt-huit^miile priîbnniers HollanT> dais furent rendus pour un écu par folda^. L'arc de triomphe de la porte Saint-denis, & les autres mohamèhs.de la conquête, étaient à peine achevés, que la conquête était déjà abandenhée. Les Hollan* dais, dans* le cours de cette invafion, eurent la gloire de difputèr l'empire de la mèr, & l'adreflè de trahfporter fur terre le théâtre de Ja guerre hors dcleur.païs. Louis XiV pafîà dans l'Europe pour avoir joui, avec trop deprécipitation & trop de fierté, de l'éclat d'un triomphe paflàgèr. Le.' fruit de! cette entrcprife fut d'avoir une guer- re fanglante à fbûtenir contre l'Espagne, l'empire & k Hollande réu» jûcs/d'être abandonné de l'Angleterre, 6c enfia de- Muoiler, de . -'> "' Cologne )OSQJtJ*A 1674. tOit- Coîogfie même, & de laiilèr dans les païs qu'il avait envahis 6c quittes, plus de haine que d'admiration pour lui. Le roi tint fèul contre .tous- les ennemis qù'il-s^était-^its. La pré- voiance de fon gouvernement & la force de fort état, .parurent bien davantage encor, lorfqu'il fallut fe défendre contre tant de puifTances liguées & contre de grands généraux, que quand il avait pris en voiageant la. Flandre Françait^,. la Franche-comté & la moitié de la; Hollande, fur des ennemis fans défenfe. •On vit furtout quel avantage un roi abfolu, dont les finances. font bien adminilh-ées, a fur les autres rois ; il fournit à la fois une armée d'environ vingt- trois- mille hommes à Turenne contre les impériaux, une de quj^fante-miire à Coîidé coiïtre le prince d'Oranger un corps- de troupes était fur la frontière du RouflUlon: une flote chargée de fbldats alla porter la guerre aux Efpagnols jufques dans MefHne: lui« même marcha pour fe rendre maître une féconde fois de la Franche- comté. Il fè défendait, & il attaqait par-tout en même-tems. D'abord, dans fon enterprifè fur la Franche-comté, la fupériorité- de fon gouvernement parut toute entière. 11 s*agiilâit de mettre dans fbn parti, ou du moins d^'endorinir lés Suiflès, nation aufll redoutable que pauvre, toujours armée, toujours jaloufe à l'excès de fa liberté, invincible »fur fês frontières, murmurant déjà & s'efFarouchant de voir Louis XIV une féconde fois dans leur voifinage. L'empereur &ç, VE£- pagnê fbilicitaient les treize cantons^ de permettre au moins un paf- •fâge libre à leurs troupes, pour fccourir- là Franche-comté, demeurée fans défenfe par la négligence du rhiniflére Efpagnol. Le roi.de fbn^ -côté pfefî5iit les Suifîès de réfufêr ce pàflàge ; . mais l'empire & l'Ef- pagiie ne prodiguaieiitque des raifons & des prières. Le roi, avec urt' million d!argent comptant & ,une afTurahce de fîx- cent^mille livres» détermiim les SuifTes à ce qu'il voulut. Le pafîàge fut refufé. Louis, , accompagné de fon. frère &. du fils du grande Condé, afîiégea Be»- fançon. Il aiùiait la guerre defièges, & l'entendait bien; il laifTait à Condé & à Turenne celle de campagne. D'ailleurs il n'afîlégèa jamais î une ville,, fans être moralement fur de la prendre. Louvois faifàit fî: bien les préparatifs ; les troupes étaient fi bien fournies; Vauban, qui conduifit prefque tous les fléges, était un ii grand maître dans l'art de- prendre les villes, que la gloire du roi était en fûrcté. Vauban dirigea'- les attaques de Be&nçon: elle fut prife en neuf jours;: & au bout de" fix^ I02 LOUIS XIV. , Mai. fix femaines, toute k Franche-comté fut foutnife au roi. Elle eft ^674- reliée à la France, & fèmble y être pouf jamais annexée: monument de la faiblefTe du minifléreÂûtrichien-efpagnol, & de la force de celui de Louis XIV. CHAPITRE ONZIEME. Belle campagne y ^ mort du maréchal de Turenne, TANDIS que le roi prenait rapidement la Franche-comté, avec cette fecilité & cet éclat attaché encor à fa deftinée ; Turenne, qui ne faifàit que défendre les frontières du côté du Rhin, déploiait ce que Tart de la guerre a de plus grand & de plus confommé. L'eftime des hommes fè mefure par les difficultés furmontées \ & c^eft ce qui a donné une fi grande réputation à cette campagne de Tu- renne, . D*abord il fait une marche longue & vive, paflè le Rhin à Philips- 1674*. bourg, marche toute la nuit à Sintzheim, force cette ville, & en même- tems il attaque & met en fuite Caprara général de l'empereur, & le vieux duc de Lorraine Charles IV, ce prince qui paflâ toute ik vie à à perdre fès états & à lever des troupes, & qui venait de réunir là pe* tite armée avec une partie de celle de l'empereur. Turenne, après l'avoir battu, le pourfuit & bat encor fa cavalerie à I-^ad imbourg ; de- là, il court à un autre général des impériaux le prince de Bournon- ville, qui n'attendait que de nouvelles troupes pour s'ouvrir le chemin de l'Alface ; il prévient la jonélion de ces troupes, l'attaque & lui ^^' fait quitter le champ de bataille. L'empire Juil. 1674. jusq^u'a 1676. lOî L'empire raflèmble contre lui toutes fes forces ; fbixanté & dix- mille Allemans font dans l'Aide : Brifac & Philipfbourg étaient blo- qués par eux. Turenne n'avait plus que vingt-mille hommes efFedifs tout au plus. Le prince de Condé lui envoia de Flandre quelque fê- cours de cavalerie ; alors il traverfè des montagnes pleines de neige, par Tanne & par Bedfort; il fè trouve tout d'un coup dans la haute ^^^\ Alface, au milieu des quartiers des ennemis, qui le croiaient en re- pos en Lorraine, & qui penfaient que la campagne était finie. 11 bat à Mulhaufen les quartiers qui réfiftent j il en fait deux prifonniersi Il marche à Colmar, où féleâieur de Brandebourg, qu'on appelle le grand électeur, alcffs général des armées de l'empire, avait fon qua»*- tier. Il arrive dans le tems que ces princes & les autres généraux fe mettaient à table : ils n'eurent que le tems^de s'echaper j la campagne était couverte de fuiards. • Turenne, croiant n'avoir rien fait tant qu'il reftait quelque chofè à faire, attend encor auprès de Turckheim une partie de l'infanterie ennemie.. L'avantage du poile qu'il avait choifi, rendait fa vidoire fûre t il défait cette infanterie. Enfin une armée de foixante & dix- mille hommes fe trouve vaincue & dilperfée prefquc Ikns grand com- . bat. L'Alface refte au roi, & les généraux de l'empire font obligées de repafîèr le Rhin. Toutes ces adions confécutives, conduites avec fcint d'art, fi pati»- * emment digérées, exécutées avec tant de promtitudc, furent égale-- ment admirées des Français & des ennemis. La gloire de Turenne reçut un nouvel accroiflèment, quand on fût, que tout ce qu'il avait fait dans cette compagne, il l'avait fait malgré la cour, & malgré les. ordres réitérés de Louvois, donnés au nom du roi. Réfiftèr à Louvois tout-puiflant, & fe charger de l'événement, malgré les cris de la cour, les ordres du maître & la haine du miniftre, ne fut pas la- moindre marque du courage de Turenne, ni le moindre exploit de. la campagne. Il faut avoiier, que ceux qui ont plus d'humanité que d'eftime- pour les exploits de guerre, gémirent de cette campagne fi gloricufè. Elle fut célèbre par les malheurs des peuples, autant que par les ex- péditions de Turenne. Après la bataille de Sintzheim, il mit à feu &• à fàng le Palatinat, païs uni &. fertile, couvert de villes & de bourgs, opulens. L'élcdeur Palatin vit du haut de foa château de Manheim, 3 * deux. i,(>4 LOUIS XIV. ofé à TurcDoe. Tous deux avaient réduit la guerre en art. Ils pafîërent quatre md& à fe fiiivre, à s ohfèrver dans des marches êc dansr des caropemens, plus eftimés que des vidoîrcs par les officiers Ajiiemans &i Français. L'uii & l'autre jugeait de ce que fon adverÉiif c allait tenter, par les démarches que lui-même eût voulu faire à fa f4ace, 6c ils ne ie trompèrent jamais. Ils oppofaient Kun à l'autre la patience, k njfè & l'aâivité ; enfin ils étaient prêts d'en venir aux mains, &; de com-- raettre leur réputation au fort d^une bataillte auprès du village de Saltzbach^ lorfque Turenne, en allant choiflr une place pour àeffèr une batterie, fut tué d'un coup de canon. Il n*y a perfonnc qui ne iàche les circonftances de cette mort; mais on ne peut fe défendre d'en retracer les principales, par le même elprit qui fak qu'on en par- le encor tous les jours. Il (emble qu'on ne puiflfe^ trop rednv, que le même boukt qui le tua, aiant emporté le bras de Stunt-Hilaire lieiitfe>^ nant-général de Kartillerie, fon fils fè jettant en larmes auprès de luL Ce nefl pas moiy lui dit Saint-Hilaire, cejf^ c& grand bowme quilfau» pleurer : paroles comparables à tout ce que Fhifteire a confâccé de plus héroïque, & le plus digne éloge de Turenne. Il eft très rare, que fous un gouvernement de^)Otique, où les hommes ne font oecu)* pés que de leur intérêt particulier, ceux qui ont fervi la patrie meu-^ rent regrettés du public. Cependant Turenne fut pleuré des foldats êc des peuples. Louvois fut le feul, qui fb réjouit de fk mort. On. fait les honneurs que le roi fit rendre à fà mémoire^ & qu'il fut ea«- terré à Saînt-denis comme le connétable du GuefoGn, au defilis duf>> quel la voix publique l'élève, autant que le fiécle du Turenne eft jii-r périeur au ficelé du connétable. Turenne n'avait pas eu toujours des fuccès heu»eux à la guerre j il avait été battu à Mariendal, à Rétel, à Cambrai ; auffî diiâk-i^ qu'il avait fait des fautes, & il était afibz grand homme pour l'avouer. Il ne fit jamais de conquêtes éclatantes, 6c ne donna point de cet grandes batailles rangées, dont la décifion rend une nadon maitref^ de l'autre ; mais aient toujours réparé les défaites, 6c fait beaucoup avec peu, il paflâ pour le plus habile capitaine de l'Eursope, dans un tems où fart de la guerre était plus approfondi que jamais. De mé* me, quoiqu'on lui eût reproché fa défe^Hon dans les guerres de la I fronde \ jus<5_u'a 1676. 107 fronde ; quoiqu^à l'âge de près de foixante ans, Tamouf lui eût fait léyéler le fecrct de l'état ; quoiqu'il eût exercé dans le Palatinat des cruautés qui ne fembkient pas néceflâires ; il eut toujours le bonheur de garder la réputation d'un homme de bien, fage & modéré, parce que iès vertus & fes grands talens, qui n'étaient qu'à lui, devaient faire oublier des faiblcHês &; des fautes, qui lui étaient communes avec tant d'autres hommes. Si on pouvait le comparer à quelqu'un, on o&rait dire, que de tous les généraux des {îécles pafTcs, Gonzalve de Ou-douë furnommé le grand capitaine, efl celui auquel il reflèmblait davantage. Né cdvinyie, il s'était fait catholique l'an 1668, {ans qu'on eût pu jamais favoir le modf de ion changement ; car au rapport de ceux qui l'ont connu, il avait beaucoup d'obfcurités dans fa condu- ite, conmie dans fes difcours. Tout ce qu'on lavait, c'eft que lorf- qu'il quitta (à religion, il avait encor des maitreflès, £c qu'il n'était pas aiTurément iâos ambition. Pour peu qu'on ait de conaaiiTance des hommes» on fût bien que c'eft rarement par conviâion d'efprit, ^«le l'on quitte à cinquante ans une religion pour une autre. Le roi, ea le £ù£uït maréchal général, lui avait dit: je voudrais que vous fitokUgeia^» à fmr£ quelque i:hofe de plus pour vous. Ces paroles (ont capables d'opérer une abjuration. U eft vrai-femblable que celui qui ftvait voulu commander les maréchaux, aurait voulu être connéta- Ce qui arriva en Al£ace immédiatement après la mort de Turenne, rendit Êi perte encor plus fcnfible. Montécuculî, retenu par l'habi- lité d>u général Français trois mois entiers au de-là du Rhin, pafià îçc ôeuve dés qu'il fut qu'il n'avait plus Turenne à craindre. Il tom- ba lur une partie de l'armée, qui demeurait éperdue entre les mains de Lorges <& deVaubrun, deux lieutenans généraux défûnis & incer- Xains. Cette arméei, iè défendant avec courage, ne put empêcher \^ ina^riaux de pénétrer dans l'Alface, dont Turenne les avait tenus écartés. Elle avak non feulement befoin d'un chef pour la conduire, «nais pour réparer la défaite récente du maréchal de Créqui, homme -d'un courage entreprenant, capable des aâions les plus belles & les plus téméraires, dangeieux à là patrie autant Les mai-éébaux, commandaient cliacmn. leui: jour,. Tua» après l'autre. VautwA dirigeait toutes les opérations. On n aHait pris, encoc aucua des dehors de la place. Il fallait d'à- boffd attat^es deux deirurlunes.* Derrière ces demi lune^. était un gcand Quviftge^ couronné* palifladé & fraifé, entouré d'un fo0e coupé. de. pluiifiurs tisverfcs. Dans cet ouvrage couronné, était encor un» autre ouvrage, entouré d'un autre fofTé, U fallait, après s'être ren- du maitce; é^. tous cea retranchement, âranchir un. bras, de Tefcaut.. Ce. bvas, firsQchj^ on trouvait encor un autre ouvrage, qu'on nomme pâté. Demére ce pâté, coulait le grand cours de Tefcaut, profond. 6e rapide, qm ièrt.defoâe à la muraille. Enfiala muraille était foûte- mië par de large» rempart». Tous ces ouvrages étaient couverts de canons. Une ^nifo^ de troi» mille hommes préparait une longue: réfiflanrc Le roi tint coofeil de guerre, pçur attaquer les ouvrages du dehors.. C'éeait l'ufiigt,. qucr ce» attaques iè ûiTenit toujours pendant, la. nuit,, afin de marcher m^ e»ii6mi$> fa«s être af^rçu, 6& d'épargner le fang^ du foldat, Yauban propoià de feire l'attaque en pleia jour. Tous. les majcéehaux: de Vtmc^' ie. récrièrent oontr^. cette proportion. Lou> vois la condaana* Vauban tint ferme, avec la confiance d'un homme certain die ce qu'il avance. ** Vous voulez, dit-il, ménag^er le fàng. „ du ibidât : vous l'épargnerez bien davantage, quand il cojnbattra. ^ de jour, iàos confuiion ép f^Qs tumulte, fans craindre qu'une partie: „. de nos gens ti«e for l'autre, cqmme il n'arrive que trop fou vent,. y, Il s*^it de forprendje l'ennemi ; il s'attend toujours aux attaqyes yf de nuit: nous le forprendroos en eiFet, loriqu'il faudra qu'épuijfa des fatigues d'une veille, il ibûtienne les eâbrts de nos troupes fraîches»- Ajoutez a cette railbn, que s'il y a dans cette armée des;. ibldats de peu de. courage, la nuit favojrife leur timidité ; mais que: poidant le jour, l'oçil du maître inlpire la valeur & élève les hom- y, mes au deitus d'cuxTmémes." Le roi fc rendit aux raifons de Vauban, malgré Louvois & cinq^ maréchaux de France. A neuf heures du matin, les deux compagnies de moufquetairesy, une centaine de gi^nadiers, un bataillon des gardes, un du régir> ment de Picardie) montent de tous câtés fur ce grand ouvrage à cou'* sonne. L'o^dcs étaiç fipjplerpent, de s'y loger,. & c'était beaucoup.- Mais» » y» ïi2 LOUIS XIV. Mais quelques mousquetaires noirs, aiant pénétré par un petit fêntîer, jufqu^au retranchement intérieur qui était dans cet ouvrage, ils s*cn rendent d'abord les maîtres. Dans le même tems, les moufquetaires gris y abordent par un autre endroit/ Les bataillons des gardes les fuirent. On tuë 6c on pourfûit les afliégés. Les moufquetaires baiflènt le pont-leds, qui joind cet ouvrage aux autres. Ils fuivent Tennemi de retranchement en retranchement, fur le petit bras de Tefcaut & fur le grand. Les gardes s'avancent en foule. Les moufquetaires font ai h vail^age des Ps4)es, aux Français, aux Allemam, aux £^gnds; àtaïf&nt preTque toujours iês maicres, fe reyolCant contre eux, &ns ùàjt de véritables eSforts.dignes de la liberté, & excitant continuellement de» {éditions pour changer de chaînes. Les magiftrats de Meâinc venaient d*allumèr une guerre civile conr tre leurs gouverneurs, 6c d*appeller la France à leur fecours. Une âotie Bfpagnole bloquait leur port. Ils étaient réduits aux extrémité» de la famine. D*abord le chevalier de Valbelle vint avec quelques frégates à tra* vers la âote Ffp^ncde. H appcMta à Ikfeflme dis vivres, des atmcs 6c. des fbldats. Enfuite le duc de Vivonne arrive avec fept vaifiêaux de guerre de (bixante pièces de canon, deux de quatre-vingt, & ^uû> ^lôTs^' eurs brûlots ; il bat la âote ennemiei & rentre viAoricux dantMdline» L'Efpagne eft obligée d'implorer, pour la defeole de la Skile, les Hollandais ics anciens ennemis, qu'on rc^odait td!ijours comme les maîtres de la mèr. Ruitcr vient à £>n fecours du fond du Zuiderfée, paâê. le détroit, &. joind à vingt Taiâbaox Efingnols, vingt-trots grands vaiâèaux de guerre. Alors les Français, qui joints, avec les Anglais, n'avaient pu battre s Janv. les £otes de HoÛande, remportèrent iculs fur les Holkndais & kt ' ^ ' Eipagnols réunis. Le duc de Vivonne, obligé de refter dans^Meffîne pour contenir le peuple déjà méconfient de fês défènfêurs, laiâk do»-> œr cette bataille par Duquêne, lieutenant-général des £ffmées nava'> les 'y honune auffi iingulier que Ruiœr^ parvenu comme lui au eom^ mandemoit à £orce de mérite, mais n'aiant encor jamais commandé d'armée navale, âc phs ^naié jufqu'à ce moment dans Tart d un armateur, que dans celui d'un générai Mais quiconque a le génie de fon art & du commandement, pailê bien vke & fans effort du petit au grand. Duquêne fè montra grand général de mèr contre Ruiter. C'était l'être que de remporter fur ce Hollandais un faible- at- vantage. . 11 livra encor une féconde bataille navale aux deux âotes 12 Mars, ennemies près d'Agoufte. Ruiter, bleâe dans 'cette bataille,, y tertai- '' ^ * na fa glorieufe vie. C'eft un des hommes, dont la mémoire eft encor dans la plus grande vénération en Hollande. Il avait commencé par être valet ôc mouâê de vaiilèau ; il n'en fut que jplus reipeSable. Le 1 ;• nom jvsqjj'a 167B. 115 nom des princes de Naf&u n cft pas au deiTus du iîen, Le coofeil d*£rpagQe lui donna le titre & les patentes de duc ; dignité étrangère Si frivole pour un républicain. Ces patentes ne vinrent (ju'aprS là mort. Les enfans de Ruiter, dignes de leur père, refuférent ce titre il brigué dans nos npionarchies, mais qui n*e pas préférable au nom de bon citoien. . ■ Duguênc, le Ruiter de la France, attaqua une troifîémc fois ks deux notes, après la mort du général Hollandais. Il leur coula à fond, brûla & prit plufieurs vaiflèaux. Le nuiréchal duc de Viyonnc avait le commandement en chef dans cette bataille ; mais çç n en fut pa« moins Ouquêne qui remporta la viâoire. L*£urope était étonnée» quç le France fût devenue en û peu de tems auifi redoutable fur mh, que fur terro. Il eft vrai, que ces armemens & ces batailles gagnées, ne iêrvircnt qu*à répandre Tallarme dans tous les états. Le roi d^ An- gleterre» aiant commencé la guerre pour l'intérêt de la Françe> étak prêt enfin de k liguer avec le prince d*Orange, qui venait d'épou jèr fa nièce. De plus la gjbire acquife en Sicile coûtait trop de tréfors. Enfin les Français évacuèrent MefBne, dans le tems qu on croiait^^^*^ qu'il» fè rendraient maîtres de toute l'île. On blâma beaucoup Louis XIV, d'avoir fait dtns cette guerre des entreprifes qu'il ne foûtint pas^ Se d'avoir abandonné Mâbe, ainfi que la Hollande, après des viâoires inutiles. Cependant c'était ^e bien redoutable de n'avdir d^autre malheur, que de ne pas confêrver toutes fes conquêtes. Il preiTait fes ennemis Q un bout de l'Europe à l'autre. La guerre de Sicile lui avait coûté beaucoup moins» qu'à 1 Efp^gne épuifée & battue en tous lieux. H fuibitait encor de nguyeau^ ennemis à la maifbn d'Autriche* U fo^ mentait les troubles de Hongrie ; & fes ambalTadeurs à la porte Ot- tomane la preflàient de porter la guerre dans l'Allemagne, dût-il «n-* •^ leanci pelles ^ fa politique* Il accablait iêul tous fes ennemis. Car alor^ la Suéde, fon unique alliée, ne faifait qu'une guerre malheureule contre l'éledeur de Brandebourg. Cet éleûeur, père du premier r pour la caufè commune.. Enfin les AllemanS) abandonnés de la Hollande & de rEfpagne^ fignérent les dernien, en laiiîânt Fribourg au roi, & confirmant les. traités de Weftphalie. Rien ne fut changé aux conditions prefcrites par Louis XiV. L'Eu— rope reçut de lui des loix & la paix. Il n*y eut que le duc de Lor- raine, qui o& refuièr l'acceptation d un traité, qui lui femblait trop odieux. I) aima mieux être un prince errant dans l'empire, qu'une ibuverain fans pouvoir & fans honneur dans fes états ^ il attendit {at^ fortune du tems & de fon courage. Dans le tems des conférences de Nimégue, 8c quatre jours après que les plénipotentiaires de France &; de Hollande avaient fîgne la paix, le prince d'Orange fk voir combien Louis XIV avait en lui un. ennemi dangereux. Le maréchal de Luxembourg, qui bloquait Môns» venait de recevoir la nouvelle de la paix. IV était tranquile dans le- village de Saint-Denis, & dînait chez l'intendant de Tarmée. Le prince d* Orange, avec toutes fès troupes, fond fur le quartier' du maré- chal, le force, de engage un combat fàngknt, long & opiniâtre», dont il efpérait avec ratfôn une viâoire fignalce ; car non-fèulement il attaquait, ce qui eft un avantage, mais il attaquait des> troupes qui> fe repofàient fur la foi du traité. Le maréchal de Luxembourg eut beaucoup de peine à réfifler :- 6c s'il y eut quelque avantage dans» ce combat, il fut du côté du prince d'Orange,, puifque fon infan- terie demeura maîtrefîè du terraine, où elle avait combattu.. ^ les hommes ambitieux comptaient pour quelque chofe dé fâng; des autres hommes, le prince d'Orîmge n'eût |>oint donné. ce combat;. 11 fàvait certainement, ou que la paix était fîgnée, ou qu'elle l'allait être i il fàvair, que cette paix était avantageufe à fon païs ; cepcnr dant il- prodiguait fa vie Ôc celle de plufîeurs milliers, d'hommes, pouc prémices d'une paix générale, qu'il n'aurait pu empêcher.,, même en battant les Français, tant elle était avancée. Cette aâion, pleine- d'inhumanité mais de grandeur,. & plu» admirée alors que blâmée,. ne- i 118 L O U I 8 XIV. ne produKît pat un nouvel article de p»ix> ^ coûte (âni aucun ^it la vie à deux mille Françait, & à autant d'ennemis. On vit dans cette paix, combien les événemens contredifent les projets. La Hollande, •contre qui feule la guerre avait été entreprifc fie qui aurait dû être «détruite, n'y perdit rien ; au contraire elle y gagna une barrière : & toutes les autres puiiïânces, qui lavaient garantie de la deitruâion} y perdirent. Le T(À fut en ce tems au comble de la grandeur. Vidorieux depu- is qu'il régnait, n*aiant afHégé aucune place qu'il n'eut prifç, fupéri- «ur en tout genre à Ces ennemis réunisi U teneur d^? l'Europe pen- par ce fur-^ nom» des autres princes de Condé. Si on l'avait nommé Condé le grand, ce titre ne lui fût pas demeuré. On dit le grand Corneillei foai le diftinguer de fôn n-ére. On ne dit pas le grand Virgile, ni le grand Homère, ni le grand Taâ^. Alexandre le grand n eft plut connu que fbus le nom d'Alexandre. Charles quint, dont la fortune fut plus éclatante que celle de Louis XIV, n* a jamais eu le nom de grand. U n'eft reflé à Charlemagne que comme un nom propre; Les titres ne fervent de rien pour la poftérité ; le nom d'un homme, qui a fait de grandes chofes, impoie plus de refpeâ que toutet let épithtttes. CHA f iiU CHAPITRE TREIZIEME. » Prifi de &rasho»rg : éomèardemefit d'Alger : Jofimi0om de Gênes : amhaffade de Siam : Pape humilié: éleBo"^ rat de Cologne difputL Ambition de Louis XIV ne flic point retenue: par cette paijc générale. L*£mpirey L^Ë^gne, la Hollande, licencièrent*: kurs troupea esctraordinaiccs. Il garda toutes le» iîennes. Il ât dé la^ paix, un tems même de oonquétea. 11 était û 1^ alors de Ton pou- voir, qu'il établit dans^ Metz & dans Brifàc des juridiâions, poui" séunir à fà couronne toutes les terres, qui pouvaient avoir été autre«- £bis de la dépendance de TAlface ou des trois évéchés, mais qui de^ puis un tems immémorial avaient paflE fous d'autres maîtres. Beau-^ coup^de fbuverains de TËmpire, Téleâcur Palatin, le roi d^fpagne: même, qui avait quelqgues bailliages dans ces pais, furent cités devant: ees chambres, pour rendre hommage au roi de France, ou pour fu- bir la confiication de leurs biens. On n avait vu depuis Charlemagne». aucun prince a^c ainfî en makre & en juge dès ibuverainsj 6c con— quérir des païs par des arrêts. L*éledeur Palatin & celui de Trêves furent dépouillés des feigneu*- ries de Falkembourg, de Germerâieim, de Veldentz, &c. Us portè- rent en vain leiirs plaintes à TEmpire aiTemblé à Ratisbonne, qui fè contenta de faire des proteAations. Ce n était pas aflèz au roi d'avoir la préfeâure des dix villes libres; dé r Alfâce, au même titre que l'ayaient eue les empereurs. Dtja dans aucune de ces villes, on n'ofait plus parler de liberté! Reftail: Strasbourg, ville grande £c riche, maîtreâê du Rhin par le pont: qu'elle avait fur ce fleuve, & qui formait lèule une puiflànte répub- lique, fameufe par fbiv ariènal, qui renfermait neuf- cent pièces d'ar- tillerie. Eouvoiss I20 LOUIS XIV. Louvois avait formé dès long-tems le dedèin de la donner à Ibn maître. L'or, Tintrigue & la terreur, qiii lui avaient ouvert les poir- tes de tant de villes, préparèrent l'entrée de Louvois dans Strasbourg. Les magiftrats furent gagnés. Le peuple fut conflerné de voir à la fois vingt-mille Français autour de leurs remparts ; les forts, qui les défendaient près du Rhin, infultés 6c pris dans un moment; Louvois à leurs portes, Se leurs bourguemeftres parlant de fè rendre. Les pleurs & le défelpoir des citoiens amoureux de la liberté, n'èmpécnérent 'isT point, qu'en un même jour le traité de reddition ne fut propofé par les magiftrats, & que Louvois ne prît poilêfllon de la ville. Vauban l'a rendue depuis, par les fortifications qui l'entourent, la barrière la plus forte de la France. ^x • ...... Le roi ne ménageait pas plus l'Eipagne, il demandait dans les païs- bas la ville d'Aloft & tout fon bailliage^ que les minières avaient oublié, difaient-ils, d'inférer dans les conditions de la paix ; & fur les délais de TEfpagne, il fit bloquer la ville de Luxembourg. En même tems il achetait la forte ville de Cafal d un petit prince duc de Mantouë, qui aurait vendu tout fon état pour fournir à fcs plaifirs. En vbiant cette puiflance, qui s'étendait aînfi de tous côtés, & qui acquérait pendant la paix, plus que dix rois prédéceflcurs de Louis XIV n'avaient acquis par leurs guerres, les aUarmes de l'Europe re- commencèrent. L'Empire, la Hollande, la Suéde même méconten- te du roi, firent un traité d'aiîbciation. Les Anglais menacèrent ; les Efpagnols voulurent la guerre j le prince d'Orange remua tout pour la faire commencer : mais aucune puiflance n'ofait alors porter les premiers coups. Le roi, craint par tout, ne fongea qu'à fe faire craindre davantage. i68o- ^^ portait enfin fa marine au de-là des efpérances des Français & des 1 681. craintes de l'Europe. Il eut foixante mille matelots. Des loix, aufîî fé- *' véres que celles de la difcipline des armées de terre, retenaient tous ces hommes grofllers dans le devoir. L'Angleterre & la Hollande, ces puiflances maritimes, n'avaient ni tant d'hommes de mèr, ni de fi bonnes loix. Des compagnies de cadets dans les places frontières, & des gardes-marines dans les ports, furent inftituées & compofees de jeunes-gens, qui apprenaient tous les arts convenables à leur pro- fcffion^ fous des maîtres paies du tréfor public. Le JUSQ^U*A 1688. 121 Le port de Toulon fur la Méditerranée fut conflxuit à frais im- menfês, pour contenir cent vaiflèaux de guerre, avec un arfenal) & des magazins magnifiques. Sur l'océan, le port de Breft fe formait avec la même grandeur. Dunkerque, le Havre de Grâce, fè rem- plifTaient de vaiflèaux. La nature était forcée a Rochefort. Enfin le roi avait plus de cent gros vaifièaux de ligne, dont plu- fieurs portaient cent canons, & quelques-uns d'avantage. Ils ne. refiaient pas oifî& dans les ports. Ses efcadres, fous le commande- ment de Duquênè, néttoîaient les mers infeilées par les corfaires de Tripoli & d'Alger. Il fe vangea d'Alger avec le fècours d'un art nouveau, dont la découverte fut due à cette attention qu'il avait, d'exciter tous les génies de fon fiécle. Cet art funefle, mais admi- rable, efl celui des galiotes à bombes, avec lesquelles on peut ré- duire des villes maritimes en cendres. Jl y avait un jeune homme nommé Bernard Renaud, connu fous le nom du petit Renaud, qui fans avoir jamais fervi fur les vaifTeaux, était un excellent marin à force de génie. Colbert, qui déterrait le mérite dans l'oblcurité, l'avait fbuvent appelle au confèil de marine, même en préicnce du roi. C'était par les foins & fur les lumières de Renaud, que l'on fuivaît depuis peu une méthode plus régulière & plus l^ile, ■ pour la conflruétion des vaiflèaux. Il ofk propofèr dans le confeil, de bom- barder Alger avec une flote. On n'avait pas d'idée, que les mor- tiers à bombes pûfîènt n'être pas pofés fur un terrain folide. La pro- pofition révolta. 11 effuia les contradiâions & les railleries, que tout inventeur doit attendre ; mais fa fermeté, & cette éloquence qu'ont d'ordinaire les hommes vivement frapés de leurs inventions, détermi- na le roi, à permettre Icfîâi de cette nouveauté. Renaud fit conflruire cinq vaiflèaux, plus petits que les vailTeaux ordinaires, mais plus forts de bois, fans ponts, avec un faux-tillac à fond de cale, fur lequel on maçonna des creux, où l'on mit les mor- tiers. Il partit avec cet équipage, fous les ordres du vieux Duquêne, qui était chargé de l'entreprifè, & qui n'en attendait aucun (uccès. Duquêne & les Algériens furent étonnés de l'effet des bombes. Une *^ partie de la ville fut écrafée & confumée. Mais cet art, porté bien- tôt, chez les autres nations, ne fèrvit qu'à multiplier les calamités humaiiKS, âc fut plus d'une fois redoutable à la France, où il fut inventé. R La 28 oa. 681. l 122 LOUIS XIV. La marine, ainfi perfeôiotinée en peu d'années, était le fruit des foins dç Colbert. Louvois fai(àit à Tenvi foitiâer plus de cent cita- delles. De plus on bâtiflkit Huninguc, Sar-Ix>uis, les furtcreflès de Strasbourg, Mont Roial, &c. Et pendant que le roiautne acquérait tant de forces au dehors, on ne voiait au dedans que les art» en hon- neur, Tabondance, les plaifîrs Les étrangers venaient en foule ad- mirer la cour de Louis XIV. fon nom pénétrait chez tous les peuples du mond:*. Son bonheur & fa gloire étaient encor relevés par la fkibleflê delà plupart des autres rois, & par \c malheur de leurs peuples. L'em- pereur Léopold avait alors à craindre les Hongrois révoltés, & fur-- tout les Turcs qui, appelles par les HongrOM, venaient inonder TAI-' lêmagne. La politique de Louis per.écutait les proteflans en Francet parce qu'il croiaît devoir les mettre hors d'état de lui nuire, mais protégeait fous main ks proteftans de Hongrie^ qui pouvaient le fer- vîr. Son ambafl^eur à la Porte avait preâe l'armement des Turcs. L'armée Ottomane, forts de deux-cent-mille combattans^ augmen^ tée encor des troupes Hongrcâfes, ne trouvant fur ion paââge ni vil- les fortifiées, telles que la France en avait) ni coqis d'armée capable de l'arrêter, pénétra jusqu'aux portes de Vienne, après avcûr tout renverfé fur fon paffage. L'empereur Léopold quitta d'abord Vienne avec précipitation, & fe retira jusqu'à Lintz, à l'approche des Turcs ; êc quand il fut qu'il» . avaient inverti Vienne, il ne jwrit d'autre parti que d'aller cncer plu» iom jusqu'à Paflau, laiffmt le duc de Loiraine, à la tête d'une pe- tite armée déjà entamée en chemin par Ut Turcs, foûtenir, comme il pourrait, la fortune de l'Empire. Perfonne ne doutait, que le grànd^-viflr Cara Muftapha, qui com- mandait l'armée Ottomane, ne fe rendît bientôt makre de la ^blr & petite capitale de l'Allemagne, que les impériaux regardent com- me la capitale du monde chrétien. On toiîchait au moment de !& plus terrible révolution. Louis XIV efpéra avec beaucoup de vraifemblance,. que TAlle» magne, défolée par les Turcs, & n'aiant contre eux qu*un c^ef donc, la fuite augmentait la terreur commune, ièrait oUigée de recourir à l'a proteétion de la France. Il avait une armée fur les frontières de r£mpire, prête à le défendre contre ces mêmes Turcs, que lès. négp- 2 . ciatfons. jusq.u'a 1688. 123 ciatîons y avaient amenés. Il pouvait ainfi devenir le proteûeur de l'Empire & faire fbn fils roi des Romains. Le chef-d'œuvre de ià politique fut d'être encor généreux, en mé- ) nageant de fi grands int$;rêts. Il leva le blocus de Luxembourg, ^ quand les Turcs furent auprès de Vienne. „ Je ne veux que le bien „ de la chrétienté (fît-il dire aux Ëfpagnols) je ne veux point atta- „ quèr un prince chrétien, quand les Turcs font dans l'Empire, ni „ empêcher l'Elpagne de fècourir l'Empereur." Il ménageait ainfi fà politique & fa gloire. Mais contre toute attente, Vienne fut dé- livrée. La préfomption du grand- vifir, ôc le mépris brutal qu'il avait 'J^^*' pour les chrétiens, le perdirent. Il ne prellà pas afîiz le fiége. Jean Sobiefki eut le tems d'arriver ; & avec le fècours du duc de Lorraine» il n'eut qu'à fè préfênter devant la multitude Ottomane, pour la mettre en déroute. L'Empereur revint dans fà capitale, avec la dou« leur de l'avoir quittée. Il y rentra, lorsque fbn libérateur fortait de l'églife, où l'on avait chanté le te deum, 8c cru le prédicateur avait pris pour fbn texûe, // fut. un homme envoie de Dieu nommé Jean, Jamais monarque ne fut plus heureux ni plus humilié que Léopold* Alors le roi de France, n'aiant plus rien à ménager, reprit fe« pré- tentions, & recommença fes Iioftilités.. Il fit bombarder, aifiégèr & prendre Luxembourg, Courtrai, Dixmude, en Flandre. Il s'empara de Trêves, & en démolit les fortifications ; tout cela, pour remplir, difak-on, l'efprit des traités de Nimégue. Les Impériau x & les Ëf- pagnols négociaient avec lui à Ratisbonne, peivdant qu'il prenait leurs viîles ; & la paix de Nimégue enfrainte fut changée en une Trêve de vingt ans, par laquelle le roi garda la ville de Luxembourg & fà principauté- Il était encor pliB redouté fur les c6tes de T Afrique, où les Français m'étaient connus avant lui, que par les efclaves que fj,ilaiem les barbares, Avril Alger, deux fois bombardée, envoia de? députés lui demander par- ^ '^* don,&; recevoir la paix ; iJs rendirent tous les elclaves chrétiens, 8c paï- trcnt encor de rargent,cc quiei^ la plus grande punition des Corlîiircs. Tunis, Tripoli, ârent le» mêastcs ibuimifEons. Il n'eft pas inutile de d»%, que locsque Damfrevilk, capitaine de vaiiTeau, vintdélivrer dans Alger tous les dclavies: clirétiftn» ai|> nom du roi de France, il fè trou- va parmi eux beaucoup d'Anglais, qjui étant déjà à bord, fbûtinrenc à Damfreville, que c'était e«i confidétation du roi d'AngletGrr^,qu'iIs ' * R 2 ' . étaient 124 LOUIS XIV. étaient mis en liberté. Alors le capitaine Français fit appeller les Al- gériens, & remettant les Anglais à terre ; ces gens ciy dit-il, préten- dent nétre délivrés quau nom de Lur roi ; le mien ne prend pas la li- berté de leur offrir fa proteEîion : je vous les remets ; cejl à vous à montrer ce que vous devez au roi d^ Angleterre. Tous les Anglais fu- rent remîs an>c fers La fierté Anglaife, la faiblefîe du gouvernement de Charles fécond, & le refped des nations pour Louis XIV, fe font connaître par ce trait. Tel était ce refpe6t univerfel, qu'on accordait de nouveaux hon- neurs à fon ambafladeur à la Porte Ottomane, tels que celui du fo- pha ; tandis qu'il humiliait les peuples d'Afrique, qui font fous la proteâion du grand-feigneur. La république de Gènes s'abaifîà encor plus devant lui, que celle d'Alger. Gênés avait vendu de la poudre & des bombes aux Algé- riens. Klle conftruifait quatre galères pour le fervice deTEfpagne. Le roi lui défendit, par fon envoie Saint olon fon gentil-homme ordi- naire, de lancer à 'l'eau les galères, & la menaça d'un châtiment prompt, fi elle ne fe foumettait à fes volontés. Les Génois, irrités de cette entreprife fur leur liberté & comptant trop fur le fecours de l'Efpagne, ne firent aucune (atisfaâion. Auffitôt quatorze gros vaif- feaux, vingt galères, dix galiotes à bombes, plufieurs frégates, for- tent du port de Toulon. Seigneîai, nouveau fecreta.ire de la marine, & à qui le fameux Colbert fon père avait déjà fait exercer cet em- ploi avant fa mort, était lui-même fur la flote. Ce jeune homme, plein d'ambition, de courage, d'efprit, d'adivité, voulait être à la fois guerrier & miniftre ; avide de toute efpéce de gloire, ardent à tout ce qu'il entreprenait, & mêlant les plaifirs aux affaires, fans • . qu'elles en fouffriflènt. Le vieux Duquêne commandait les vaifleaux, le duc de Mortemar les gîjléres ; mais tous deux étaient les courtifàns du fecretaire d'état. On arrive devant Gènes ; les dix galiotes y jct- tent quatorze-mille bombes, & réduifent en cendres une partie de ces 1684. édifices de^Marbre, qui ont fait donner à la ville le nom de Gènes la fuperbe. Quatre- mille foldats débarqués s'avancent jufqu'aux por- tes, & brûlent le Faubourg de Saint-Pierre d'Arène. Alors il fallut s'humilier, pour prévenir une ruine totale. Le roi exigea, que le doge dé Gênes & quatre principaux fénateurs, vinflent implorer fa clémence dans fon palais de Verfailles 3 & de peur que les Génois n'êludailent la JUSQ,U*A 1688. 125 la fatisfadion, & ne dérobafïent quelque chofe à la gloire, il voulut que le doge, qui viendrait lui demander pardon, fuK contenue dans fa principauté, malgré la loi perpétuelle de Gènes, qui ô.e cette dig- nité à tout doge abfent un moment de la ville. Impériale Lefcarodoge de Gènes, avec les fénateurs Lomelîno,*^^^''» Garebardi, Durazzo, Salvago, vinrent à Verfailles faire tout ce que le roi exigeait d'eux. Le doge, erj habit de cérémonie, parla, cou^' vert d'un bonnet de velours rouge qu'il ôtoit fouvent r (on difcou'rs & fes marques de Ibumiflion étaient didés par Seignelai. Le roi Té- couta, afUs & couvert ; mais comme, dans toutes les adions de fa vie, il joignait la politefTe à la dignité, il traita Lefcaro & les féna- teurs, avec autant de bonté que de fafté. Les miniftres Louvois, Croifîi & Seignelai, leur firent fentir plus de fierté. Aufiî le doge difait : le roi ôte à nos cœurs la liberté^ par la manière dont il nous reçoit i mais /es mintfires nous la rendent. Ce doge était un homme de beaucoup d'efprit Tout le monde fait, que le marquis de Seigne- lai, lui aiant demandé ce qu'il trouvait de plus fîngulier à Verfailles; il répondit : cejî de m y voir. L'extrême goût que Louis XIV avait pour les chofes d'éclat, fut encor bien plus flaté, par TambafTade qu'il reçut de Siam, pais où l'on avait ignoré jufqu'alors que la France éxiftât. Il était arrivé, par une de ces fingularités qui prouvent la fupériorité des Européans fur les autres nations, qu'un Grec, fils d'un cabaretier de Céphalonie, nommé Phalk Confiance, était devenu barcalon^ c'eft à dire, pre- mier miniftre ou grand- vifir du roiaume de Siam. Cet homme, dans^ le deffein de fc faire roi, & dans le befoin qu'il avait de fecours ctran- ! gers, n'avait ofé fe confier ni aux Anglais ni aux Hollandais ; ce font des voifins trop dangereux dans les Indes. Les Français venaient d'é- tablir des comptoirs fur les côtes de Coromandel, & avaient porté* dans ces extrémités de l'Afie, la réputation de leur roi. Confiance crut Louis XIV propre à être flaté par un hommage, qui viendrait défi loin fan? être attendu. La religion, dont les refTorfs font joûer la politique du monde depuis Siam jufqu'à Paris, fervit encor à fea defTeins. Il envoia, au nom du roi de Siam foa maître^ une fblen- 1684- nelle ambafîàde, avec de grands préfens à Louis XIV, pour lui faire entendre que ce roi indien, charmé de fa gloire, ne voulait faire de traité de commerce qu'avec la nation Françaife^ & qu'il n'était pas mcme f 126 LOUIS XIV. même éloigné de le faire chrétien. La grandeur du roi flatée & fâ re- ligion trompée, rengagèrent à envoièr au roi de Siam deux ambaf- fadeurs, lîx jéfuites ; & depuis il y joignit des ofBciçrs avec huit-cent foldats. Mais Féclat de cette ambaflade Siamoife fut le feul fruit qu'on en retira. Confiance périt, viftime de fon ambition : quelque peu des Français qui reftérent auprès de lui, furent maflacrés ; d^autres obligés de fuir ; & fa veuve, après avoir été fur le point d'être reine, fut condannée par le fuccefleur du roi de Siam, à lervir dans la cui- fine, emploi pour lequel elle était née. Cette îbif de gloire, qui portait Louis XIV à iê diftinguèr en tout des autres rois, paraifTait encor dans la hauteur qu'il afïcdait .avec la cour de Rome. Odefçalchi, fils d'un banquier du Milanais, était a- lors fur le trône de l'églife, fous le nom d'Innocent XL C'était un homme vertueux, un pontife fage, peu théologien ; mais prince courageux, ferme & magnifique. Il fecourut, contre les Turcs, l'em- . pire & la Pologne de fon argent, & les Vénitiens de fes galères. Il con- damnait avec hauteur la conduite de Louis XIV^ uni contre des chrétiens avec les Turcs. On s'étonnait, qu'un pape prît fi vivement k parti des empereurs, qui fe difent rois des Romains, & qui (s'ils le pouvaient) régneraient dans Rome. Mais Odefcaîchi était né fous la domination Autrichienne- Il avait fait deux campagpes dans les troupes du Milanais, L'habitude & l'humeur gouvernent les hommes. Sa fierté s'irritait contre celle du roi, qui de fon côté lui donnait toutes les mortifications, qu'un roi de France peut donner à un pape, fans rompre de communion avec lui. Il y avait depuis longtems dans Rome un abus difficile à déraciner, parce qu'il était fondé fur un point d'honneur, dont fe piquaient tous les rois catholiques. Leurs ambaf^ 1685. (adeurs à Rome étendaient le droit de franchife & d'afile aiFedé à 1687! ^^^^^ maifons, jufqu'à une très grand diûance, qu'on nomme çuar- 1688. //^r. Ces prétentions, toujours foûtenuësy rendaient la moitié de RoEoe un. afile fiir à touî les crimes. Par un autre abus, ce qui entrait dans Rome fous le nom des ambafîadeurs, ne païait jamais d'entrée. Le commerce en fouffiait, & Tétat en était appauvri. Le pape Innocent XI obtint enfin de TEmpereur, dti roi d'Elpagne, d.e celui de Pologne, & du nouveau roi d'Angleterre Jacques fécond prince catholique, qu'ils renonçaflent à ces droits odieux. Le nonce Kanucci propofà à Louis XIV de concourir, comme lies autres rois, à la à la tranquîlité & au bon ordre de Rome. Louîs, très mécontent du pape, répondit : „ qu il ne s'était jamais r^lé fur Tcxemple d'autruî^ I, &-que c'était à lui à fervir d'exemple.,, Il envoia à ïlome le inar- quis djeLavardîn en embailàde, pour braver le pape. Lavardin entra dans Rome, malgré les défenfes du pontife, efcorté de quatre-cent gardes de la marine, de quatre-cent officiers volontaires, & de deux- cent hommes de livrée, tous armés. Il prit pofteffion de fon palâis9 de fès quartiers & de Téglife de Saint-Louis, autour defqucls il jfîc pofter des fentinelles & faire la ronde, comme dans une place de gu^ erre- Le pape eft le feul fouverain, à qui on put envoier une telle ambafîàde : car la fupériorité, qu'il affcde fur les têtes couronnées^ leur donne toujours envie de l'humilier; & la faiblefle de (on état faiC qu on l'outrage toujours impunément. Tout ce qu^Innocent XI puC iaire, fut de fe fervir, contre le marquis de Lavardin, des armes ufées de l'excommunication ; armes, dont on ne fait pas même plus de câS' à Rome qu'ailleurs, mais qu'on ne laîfle pas d'emploîer comme Une ancienne formule, ainfi que les foldats du pape font armés feulelnent pour la forme- ls cardinal d*£'trée, homme d'efjprît, mais négociateur fou vent mal- heureu», était alors chargé des affaires de France à Rome. D'E'trée, aiant été obligé de voir fouvent le marquis de Lavardin, iie put être enfuite admis à Taudiance du pape, fans recevoir l'abfolution : envaî» il s'en défendit : Innocent XI s'obftina à la lui donner, pour conferver toujours cette puiflance imaginaire, par les ufages fur lefquels elle eft fondée* Louis, avec la même hauteur, mais toujours foûtenuë par les jfoûter- rains de la politique, voulut donner un éleâeur à Cologne. Occupé du foin de diviser ou de combattre l'empire, il prétendait élever à cet éleûorat, le cardinal de Furftemberg évêque de Straibourg^ fa créature & la vidime de fes intérêts, ennemi irréconciliable de Tem- pereufy qui l'avait fait emprîfonner daAs la dernière guerre, camiûc un Allemand vcntîu à la France. La chapitre de Cologne, comnae tons les antres chapitres d'Aile-^ magne, a le droit de nomnfter fon évêque, qui parla devient éleâeur.. Celui qui rempîiffait ce fiége, était Ferdinand de Bavière, autrefois Tallié & depuis l'ennemi du roi, comme tant d'autres princes. 11 était malade à l'cxtrétnité. L'argent du toi répandu à propos parmi kà chanoines^ 128 LOUIS XIV. chanoines, les intrigues & les promeffcs, firent élire le cardinal de Furftemberg comme coadjuteur ; & après la mort du prince, il fut tlu une féconde fois par la pluralité des fùffrages. Le pape, par le concordat Germanique, a le droit de conférer Tévéché à l'élu, & l'em- pereur a celui de confirmer à l'éledorar. L'empereur & le pape Inno- cent XI, perfuadés que c'était prelque la méihe chofe, de laiflèr Fur- ftemberg fur ce trône électoral & d'y mettre Louis XIV, s'unirent pour donner cette principauté au jeune Bavière, fi*ére du dernier mort. Le roi fe vangea du pape en lui ôtant Avignon, & prépara la guerre à l'empereur. Il inquicttait en même-tems l'éleâeur Palatin, au fujet des droits de la princefiè Palatine, Madafney féconde femme de Mon" Jieur ; droits aufquels elle avait renoncé par fbn contrat de mariage* La guerre, faite àl'Efpagne en 1 667 pour les droits de Marie Theréfè malgré une pareille renonciation, prouve bien que les contrats font faits pour les particuliers. Voilà comme le roi, au comble de fa gran- deur, indifpofa, ou dépouilla, ou humilia prefque tous les princes ; mais auffi, prefque tous fe réunifiaient contre lui. CHAPITRE (QUATORZIEME. Le roi yacques détrôné par fon gendre Guillaume trois^ ^ protégé par LOUIS XIF. LE prince d'Orange, plus ambitieux que Louis XIV, avait conçu des projets vafïes, qui pouvaient paraître chimériques dans un fladhouder de Hollande, mais qu'il juflifia par fbn habileté & par fbn courage. Il voulait abaiffer le roi de France, & détrôner le roi d'An- gleterre Il n'eut pas de peine à liguer petit à petit l'Europe contre la France. L'Empereur, une partie de l'Empire, la Hollande, le duc de Lorraine, s'étaient d'abord fecrettement unis à Aufbourg ; enfîiite l'Efpagne & la Savoie s'unirent à ces puiflànces. Le pape, fans être exprefTément .TtTTQJ&'A 1696. • X20 ex|>Kfleinent un des ' çonfédérés> les animait tous par {es intrigues. Vcnifê les favorifàit, fans fe déclarer ouvtrtement Tous les princes d'Italie étaient pour eux. Dans le nord, la Suéde était alors du parti des impériaux, & le Danemarck était un allié inutile de la France. Plus de fix- cent-mille proteflans, fuiant la perfécution de Louis, 6c emportant avec eux hors de France leur argent, leur induftrie & leur haine contre le roi, étaient de nouveaux ennemis, qui allaient dans toute l'Europe exciter les puifîânces déjà animées à la guerre. (On parlera de cette fuite dans le chapitre de la religion.) Le roi était de tous côtés entouré d'ennemis, & n'avait d'ami que le roi Jacques. Jacques roi d'Angleterre, fucceflèur de Charles fécond fon frère, était catholique comme lui ; mais Charles n'avait bien voulu fuffrir qu'on le fit catholique fur la fin de là vie, que par complaifance pour fès maîtrefiès Se pour fon frère : il n'avait en effet d'autre religion qu'un pur déifme. Son extrême indifférence fur toutes les difputes qui partagent les hommes, n'avait pas peu contribué à le faire régner paifiblement en Angleterre. Jacques au contraire, . attaché depuis fa jeunefîê à la communion Romaine par perfuafion, joignait à fa Crér ance l'efprit de parti &; le zélé. S'il eût été Mahométan, ou de la re* ligion de Confucius, les Anglais n'eûffent jamais troublé fon régne. Mais il avait formé le deffein d'établir dans fon rotaume le catholicifme,^ regardé avec horreur par ces roialiftes-républicains, comme la religi- on de l'Efclavage. C'cft une entrçprife quelquefois très aifée, de ren- dre une religion dominante dans un pats. Conftantin, Clovis, Gufl- ave-Vaza, la reine Elifàbeth, firent recevoir fans danger, chacun par des moiens différens, une religion nouvelle : mais pour de pareils changemens, deux chofes font abfolument nécefikires ; une profonde politique &r des circonftances heureufès ; l'une & l'autre manquait à Jacques. Il était indigné de voir, que tant de rois dans l'Europe étaient def- potiques ; que ceux de Suéde 6c de Danemarck le devoiaient alors ; qu'enfin il ne reftait plus dans le monde que la Pologne 6c l'Angle- terre, où la liberté des peuples fubfiftât avec la roiauté. Louis XIV l'encourageait à devenir abfolu chez lui, 6c les jéfuites à rétablir leur religion avec leur crédit. Il s'y prit fi m^heureufement, qu'il ne fit que révolter tous. les efprits. Il agit d'abord, comme s'il fut venu à bout de ce qu'il avait envie de faire ;,> aiant publiquement à. fk. cpur S UQ 130 LOUIS XIV. iîù nonce du pape, des jéfuites, des capucins ; mettant en priJôn (eût évêques Anglicans, qu*il eût fallu gagner; 6tant les privilèges à la Ville de Londres, à laquelle il devait pluftôt en accorder de nou^ Veaux ; renverfant avec hauteur des loix qu'il fallait fapèr en filence^ enfin (e conduîfànt avec Ci peu de ménagement, que les cardinaux de Rome difaient en plai^ntant : ** qu'il ^laît lexcommunier, conune „ uh homme qui allait perdre le peu de cadiolicifme, qui reftait en „ Angleterre.,, Le pape Innocent XI n'éfpérait rien des entreprifè» de Jacques, 8c refufait conftamment un chapeau de cardinal, que ce roi demandait pour fon confèflcur lé jéfiiite Peters. Ce jéfuitc était un intrigant impétueux, qui dévoré de Tambition d'être cardinal & f)rimat d'Angleterre, pouflait ion maître au précipice. Les princîpa- es têtes de 1 état fe réunirent en fccret contre les deflêins du roi. II» députèrent vers le prince d'Orange. Leur conipiration fut traméfr avec une prudence & un fècret, qui endormirent la confiance de la cour. Le prince d'Orangé équipa une flote, qui devait porter quatorze à quinze-mille hommes. Ce prince n'était rien autre cholê qu'un par- ticulier illuftre, qui jouifîâit à peine de cinq-cent-njiHe livres de re»- te : maïs telle était la politique hcurcufe, que l'argent, la flote, les tueurs des ttats-généraux, étaient à bi. Il était roi véritablement èh HoHande pat fe conduite habile, 6c Jacques cefîàit de l'être en Angleterre par ia précipitation. On publia d*abord, que cet arme- ment était deftiné contre la France. Le fccret fut gardé par plus de deux-cent péribnnes. Barîllon ambaflâdeur de France à Londres, homme de pkîjQr, plus inftruît des intrigues des maîtreflês de Jac- ques que de celles de l'Europe, fut trompé le premier. Louis XIV ne le mt pas ; il ofîrit des fecours à fon allié, qui les tefufa d'abord avec fécurité, & qui les demanda enfùite, lorfqu'il n'était plus tenas & que la flote du prince fon gendre était à la voile. Tout lui manqua k la fùk, comme il fè manqua à lui-même. Ses vaifTcaux laiflcrent paiîèr ceux de fon ennemi. ïl pouvait au moins fe défendre for terre : Il avait une armée de vingt-mille hommes ; & s'il les avait menés au tombât, fans leur donner le tcms de là réflexion, il cfl à croire qu'ils eMènt combattu ; mais il leur laifîk le loifir de fe déterminer, »6ss. Plulîeurs officiers généraux fabamWnriérent ; entre autres, ce fa- meux Churchïi, aufïi fitâï tfcpûîs à Louis qu'à Jîicques, & fl illuflrc fous / .S^sajj^h 1696, jf^i ^>us le ttom de duc de Marleborough. Il était fyyod. de JacauM, ûl créature, le frère de (à tn^trcflè, ion lieutenant-général dans 1 armée^ ^ c^endanc il le quilçtaj 6c paflà dans le camp du. prince d'Qrange, Le prinçp de Danemarck, gendre de Jacques, enân ùi propre ^le la prioceflb Anne, l'abandonnèrent Alors iè vôiant attaqué & pourflihrl par un de &$ gendres, quitté par l'autre 5 aiaat contre lui &s deux fiOes, fès propres ami» ; hea des îbjets même qui é^ent eacor dans ibn partj, il défêfpéra de ià for^-* tufie, La fuite, derni^ tetSâyxoc d'un prince vaincu, fut le parti qu'il prit ùlbs combattre. Bnfin après avoir été arrêté dans fà fuite par la pc^ulace, maltraité par elle, reconduit à. Londres ; après avoir rei^u paisiblement les ordres du prinqe d'Orange dans fon propre palais ; après avoir vaù. gardç relevée, iâns coup-fcrir par celle du piinoe ; chaffé de ù, maifôn, ftrifoninerà Roobefler, il profita de la libedié 4}u on dui donnait 4 abandonner ion roiaume ; il alla chercher un a&ile ea France. Ce Alt là l'époque de k vraie tiberté 4' Angleterre. La nation, i&- pDefèntée ;par {qo. parlement^ ûxsl les bornes, (i longtems conteflées, «ides droits du roi de de ceux du peuple ; & aiant. prefcrit au pcinQe id'Oraoge les conditions aufquelles il devait r^ner, elle le jchoifit pour ion roi, conjointement avec fa, femme Marie, £lle.du roi Jac> 'ques. Dès-lors ce prince ne fut |dus connu dans la plus grande partie ide l'Europe, que fous le nom de Guillaume JII, j-oi. légitime d'An- igleterre, &c libérateur de la nation. Mais en France, il ne fut regardé que conmie le prince d'Omnge, usurpateur des états de fon beau-pére. Le roi fugitif vint, avec fa femme fille d'un duc de Modêne, 8c le prince de Galles encor enfant, implorer la proteâion • de -Louis J'"^* .XIV. La reine d'Angleterre, arrivée avant fon mari, fut étonné de ■Ja ^endeur qui environnait, le roi de France» de cette pro^fion de mi^ificence qu*on voiait à Verfailles, & fur-tout de la manière dont elle fut reçue. Le toi alla au devant d'elle jufqu'à chatou. ffe vaut •rendis Madame^ lui dit-il, un trifte fervicfi i jnais fefpére vous en rendre bientôt de plus grands ^ de plus heureux. Ce furent iês pro*> près paroles. Il la conduifit au château de Saint-^Germain, où elle trouva le même ^rvice qu'aurait eu. la reine de. France; tout ce qui fèrt à la conimodité 6c au luxe, des pré^bns de. toute espèce, en ar- .gent, en or, tù. vaifielle, en bijoux, en 4XciSs&* Sa II t3S LOUIS XIV. Il y avait panni tous ces préfèns, une bourfè de dix-mille Loui^ d'or (ur fa toilette. Les mêmesi attentions furent obfervées pour ion mari, qui arriva un jour après elle. On lui régla fix- cent-mille francs par an pour Icntretien de & maifbn, outre les préfens fens nombre qu*on lui fit. Il eut les officiers du roi, & fês gardes. Toute cettç réception était bien peu de chofè, auprès des préparatifs qu*on faifàit pour le rétablir fur fbn trône. Jamais le roi ne parut fi grand ; maii Jacques parut petit. Ceux, qui à k cette guerre de chicane qui fe fait fur des terrains coupes & montage neuX) tels que fon p .is ; aâif> vigilant, aimant Tordre, mais fai- Iknt des fautes & comme prince & comme gcnerd. Il en fît une, à ce qu'on prétend, tn difpofant mal fon armce devant celje deCa- tinat. Le gtncral Français en profita, & gagna une pleine vidoire i s; Août à la vue de Saluçes, auprès de Tabbaïc de Stafarde, dont cette bat- *^^^' taille a eu le nom* Lorsqu'il y a beaucoup de morts d un côté & presque point de Tautre, c'eft un preuve inconteftable que Tarmée battue était dans un terrain, où elL devait être ncceflairement ac- cablée. L*armée Fra^^çaife n'eut que trois cent hommes de tués ; celle des alliés, commandée par le duc de Savoie, en eut quatre- mille. Après cette bataille, toute le Savoie, excepté Monmélian, fut (bumife au roi. Catinat pnfL dans le Piémont, force les lignes des ennemis retranchés prés de Suze, prend Suze, Ville-Franche, Montalban, Nice réputée imprenable, Veillane, Carmagnole, & re- «^9»- vient enfin à Monmélian, dont ij fe rend maîtit: par un. fiége opi- ijiàtre. Après tant de fuccès, leminiftére diminua Tarmée qu'il comman- dait ; & le duc de Savoie augmenta la fienne. Catinat, moins fort que l'ennemi vaincu, fut longtems fur la défenfive,; mais enfin, • aiant reçu^des renforts, il dtfcendit des Alpes vers la Marfailîe, & là 4 oa. il gagna une féconde bataille rangée d'autant plus glorieufe, que le ^ ^'* prince Eugène de Savoie était un des généraux ennemis. A l'autre bout de la France, vers les Par -Bas, le maréchal de Luxembourg gagnait la bataille de Fleurus ; & de l'aveu de tous les officiers, cette vidloire était due à la fupériorité de génie que le général Français avait fur le prince de Waldcck, alors général de larmée des alliés. Huit-mille prifonniers, fix-mille morts, deux- cent étendarts, le canon, les bagages, la fuite des ennemis, furent les marques de la viâoire. Le roi Guillaume, viâorieux de fon beau-pére, venait de repaf- . far la mèr. Ce génie, fécond en reffources, tirait plus d'avantage d'une défaite de fon parti, que fouvent les Français n'en tiraient de leurs vidloires. Il lui fallait emploier les intrigues, les négociations, pour avoir des troupes & de fargent, contre un roi qui n'avait qu'à dire, ye veux. Cependant après la défaite de Fleurus, il vint oppo- 2 fèr 144 LOUIS XIV. 19 Sept, fèr au maréchai de Luxembourg une armée, aufli forte que la '^9'- Françaife. ElJes étaient compofées chacune d*environ quatre- vingt- mille 9 Avril hommes : mais Mons était déjà invefti par le maréchal de Luxem- ^'* bourg; & le roi Guillaume ne croiait pas les troupes Françâifes forties de leurs quartiers. Louis XIV vint au fiége. Il entra dans la ville au bout de neuf jours de tranchée ouverte, en préfence de l'armée ennemie. Auflitôt il reprit le chemin de Verfailles, & il laifla Luxembourg difputer le terrain, pendant toute la campagne, qui jfînit par le combat de Leuze, adion très finguliéte, où vingt- 19 Sept, huit efcadrons de la maifon du roi & de la gendarmerie, défirent ï^9i* foixante & quinze efcadrons de Tarmée ennemie. Le roi reparut encor au fiége de Namur, la plus forte place des Païs-Bas, par fa fituation au confluent de la Sambre & de la Meufe, . *& par une citadelle bâtie fur des rochers. 11 prit la ville en huit 1692! jours, & les châteaux en vingt-deux, pendant que le duc de Luxem- I bourg empêchait le roi Guillautne de pafler la Méhaigne à la tête de quatie vingt- mille hommes, & de venir faire lever le fiége Le roi retourna encor à Verfailles après cette conquête ; & Luxembourg tint ,encor tête à toutes les forces des ennemis. Ce fut alors que fe don- na la bataille de Steinkerque, célèbre par Fartifice & la valeur. Un efpion, que le général Français avait auprès du roi Guillaume, eft découvert. On le force, avant de le faire mourir, d'écrire un faux avis au maréchal de Luxembourg, Sur ce faux avis, Luxembourg prend avec raifon des mefures, qui le devaient faire battre. Son armée endormie eft attaquée à la pointe du jour : une brigade eft déjà mife en fuite, & le général le fait à peine. Sans un excès de . diligence & de bravoure, tout était perdu. Ce n'était pas aflez d'être grand général, pour n'être pas mis en déroute : il fallait avoir des troupes aguerries, capables de fa rallier ; des officiers généraux, aflxrz habiles pour rétablir le défordre, & qui cûflènt la bonne volonté de la faire ; car un feul officier fupérieur, qui eût voulu profiter de la confufion pour faire battre fon général, le pouvait aifément fans fe commettre. 3 Août. Luxembourg était malade ; circonftance funefte, dans un mo- * '*' ment qui demande une aâivité nouvelle : le danger lui rendit les forces : il fallait des prodiges pour n'être -pas vaincu, & il en fit. Changer JU$Q.U*A 1697. 145 ChaQger de terrain, donner un cbump de bataille à ton armée qm aen avait point, rétablir la dmite toute en déiôrdrcj rallier trois fois fes tioiipes, charger troi$ fols à la tête de la maifon du roi, fut 1 ou- vrage de mains de deuy heures. Il avait dans ion armée le duc de Chartros, depuis régent du roiaume, çetit-iîls de France, qui n av^it pas alors quinze ans» Il ne pouvait être utile pour un coup décidf ; mais c'était beaucoup pour animer les Ibldats, qu'un petit-fils de France encor en^t, chargeant avec la mailbn du roi, bleifé dans le combat, 6e revenant encor à la charge malgré ià blefTure. Un petit>fils & un petit-neveu du grand Coudé lèrvaient tous deux de lieutenans-^généraux : l'un était Louis de Bourbon, nommé mon- fleur le Duc ; l'autre, armand prince de Conti ', rivaux de courage, d'efprtt, d'ambition, de réputatbn ; monHeur le Duc» d'un naturel plus auftére, aiant peut-être des qualités plus fblides, & le prince de Conti de plus brillantes : appelles tous deux par la voix publique au commandement des armées, ils dcûraicnt paffionnément cette gloire ; mais ils n*y parvinrent jamais, parce que Louis, qui con- naifTait leur amidon comme leur mérite, fè fouvenak toujours que le prince de Gcaidé lui avait (ûte la guerre. Le prince de Conti fut le |Mremier qui rétablk le di^ibrdre, ralh'ant des brigades, en fâifknt ^^ancer d'autres. Monfieur le duc fâi£»it la même manœuvre, fans avoir befoin d'cmulation. Le duc de Vendôme, petit^fîls de Henri IV, était aufH lieutenant-général dana cette armée. Il fervait depuis 1 âge de douze ans ; âc quoiqu'il en eût alors quarante, il n'avait pas eiicor commandé en clief Son frère le grand prieur était auprès de lui. Il fallut que tous ces princes fè miflènt à la tête de la maiibn du roi, pour chafîer un corps d'Anglais, qui gardait un poftc avantage- ux, ciont le fuccès de la bataille dépendait. La uiaifon du roi .& k-s Anglais étaient les meilleures troupes qui fujflfent dans le monde. Le carnage fut grand. Les Français, encouragés par cette foule de princes âc déjeunes fèigncurs qui combattaient autour du général, remportèrent enfin ; &; quand les Anglais furent vaincus, il fallut que le refte cédât. Boufiers, depuis maréchal de France, accourait dans ce moment même, de quelques lieues du champ de bataille, avec des dragpns, & acheva la vidoire. Le roi Guillaume, aiant perdu environ fept- U «ïiiile i 146 ^ LOUIS XIV. mille hommes, fè retira avec autant d ordre qu'il avait attaqué ; & toujours vaincu, mais toujours à craindre, il tint encor la campagne. La viâoire, due à la valeur de tous ces jeunes princes & de la plus âorifTante noblefiê du roiaumc, ût à la cour, à Paris & dans les provinces, un effet, qu'aucune bataille gagnée n avait fait encore» Monfieur le Duc, le prince de Conti, meâieurs de Vendôme & leurs amis, trouvaient, en s'en retournant, les chemins bordés de peuple. Leurs acclamations & la joie allaient jufqu'à la démence.^ Toutes les femmes s'empreââient d'attrier leurs regards. Les hom- mes portaient alors des cravates de dentelle, qu'on arrangeait avec aflèz de peine 6c de tems. Les princes, s'étant habillés avec pré- cipitation pour le combat, avaient pafïc négligemment ces cravates - autour du cou : les femmes portèrent des ornemens faits flir ce mo- dèle 'y on les appella des Steinkerques» Toutes les bijouteries nou- velles étaient à la Steinkerque. Un jeune homme, qui s'était trouvé à cette bataille, était regardé avec empreâèment. Le peuple s'at- troupait par-tout autour des princes : & on les aimait d'autant plus, que leur faveur à la cour n'était pas égale à leur gloire. Le même général, avec les mêmes princes & ces mêmes troupes furprifes Se viâorieufes à Steinkerque, alla furprendre, la campagne fuivante, le roi Guillaume par une marche de fèpt lieues, & le battit à Nerwinde. Nerwinde eft un village près de la Guette, à quelques lieues de Bruxelles. Guillaume eut le tems de iè mettre en bataille. Luxembourg & les princes emportèrent le village deux fois l'épte à la main ; l'ennemi le reprenait, dès que Luxembourg tournait d'un autre côté ; enfin le général & les princes l'empor érent une troifié- me fois, ëc la bataille fut gagnée. Peu de journées furent plus meur- trières ; il y eut environ vingt-mille morts, douze-mille des alliés & huit-mille Français. C'efl à cette occafîon qu'on difait, qu'il fallait chanter plus de de profùndis^ que de te dcum. Toutes ces viâoires produiraient beaucoup de gloire, mais peu de grands avantages. Les alliés, battus à Fleurus, à Steinkerque, à Ner- winde, ne l'avaient jamais été d'une manière complette. .Le roi Guillaume fît toujours de beKes retraites ; & quinze jours après une bataille, il eut fallu lui en livrer une autre, pour être le maître de la campagne. La cathédrale de Paris était remplie des drapeaux ennemis. Le prince de Conti appellait le maréchal de Luxembourg, le jusq.u'a 1697. 147 le tapijUier de Notre-dame. On ne parlait que de viâoires. Cepen- dant Louis XIV avait autrefois conquis la moitié de la Hollande & de la Flandrç, toute la Franche-Comté, fans donner un feul combat) & maintenant, après les plus grands eiForts 6c les viâoires les plus fanglantesy on ne pouvait entamer les provinces-unies. On ne pou- vait même faire le iîége de Bruxelles. Le maréchal de Lorges avait auffi, de fbn côté, gagné un grand ■ et ^ combat près de Spirebach : il avait même pris le vieux duc de Wir- ,^^2'^ temberg : il avait pénétré dans fon pais ; mais après lavoir envahi par une. viâoire, il avait été contraint d'en fortir. Monfeigneur vint prendre une féconde fois Se fkccager Heidelberg, que les ennemis a> vaknt repris ; & enfuite il fallut fe tenir fur la dcfenflve contre les impériaux. Le maréchal de Catioat ne put, après fa vidoire de Stafarde 6c la conquête de la Savoie, garantir le Dauphiné d'une irruption de ce même duc de Savoie ; ni après fa viâoire de laMariâille, fauver l'im- portante ville de Cafâl. £n Efpagne, le maréchal de Noailles gagna aufll une bataille fur le bord du Ter. Il prit Girone 6c quelques petitt s places : mais il ^6^*' n'avait qu'une armée faible ; 6c il fut obligé, après fa vidoire, de fe retirer devant Barcelone. Les Français, vainqueurs de tous c6tcs 6c affaiblis par leur fuccés, combattaient dans les Alliés une hydre tou- jours renaiflânte. Il commençait à devenir difficile en France de faire desiecruës, encor plus de trouver de l'argent. La rigueur de la fài- jg fon, qui détruisit les biens de la la terre en ce tems, apporta la fa- mine. On périfîàit de mifére, au bruit des te deum 6c parmi les rc- jouiflânces. Cet efprit de confiance 6c de fupcriorité, l'ame des troupes Françaifès, diminuait déjà un peu. Louis XIV* cefla de pa- raître à leur tête. Louvois était mort: on était très mécontent de lôgr. Barbéfieux fon fils. Enfin la mort du maréchal de Luxembourg, 1,^^ fbus qui les foldats fe croiaient invincibles, fembla mettre un terme .à '^'s* la fuite rapide des vidoires de la France. L'art de bombarder les villes maritimes avec des vaiflêaux, retomba alors fur fes inventeurs. Ce n'efl pas que la machine infernale, avec laquelle les Anglais voulurent brûler Saint-Malo 6c qui échoua fans faire d'effet, dût fbn origine à l'induflrie des Français. Il y avait déjà longtems, qu oq avait hazardé de pareilles machines en Europe. U 2 C'était Î48 LOUIS XIV. C ttait Fait àt f&tté partir le» bombes, awlS jtifte d*tiùt ûBtttt motivante que d'itrt térrâiii folide, que les Français «valent ftçi. inventé ; & ce fat pJit cet Mt, que Dieppe, le Harre êc Gt aee, « **9S- Saitit-Malo, Donkerque & Cakis, furent bombardes par les fld- tes Anglaîfes. Dieppe, dont on peut appitieher plus tellement, fut la feule qui ibuffi-it un véritable dommage. Cette ville, agréable aujourd'hui pat fcs nraiibns régulières 6c qui doit les embelli&mens à ion malheur, fut prefî^ue toute réduite en cendres. Vingt maiftms feulement au Havre de Grâce furent écrafées & brôlécs par le* tombes ; mais les fortifications 6vt port furent rehvcrftes. Ùtd en ce fens, que h médaille frappée en Hollande eft vraie, qaofqtie tant d'auteurs Français fe foîent récriés lor Bt fauffeté. On lit dans Té** ergue en Latin : /e port du Havre brûlé ^ rgnver/é, ^c. ■ Cette m* feriptiôn ne dit pas que la ville fut côn^mée, ce qui eût été feux ; mais qu*ott avait brftlé le port, ce qui était vrai. Quelque tems a|rfès, la conquête de NamuF fut perdue. On a- avait en France prodigué des éloges à Louis XIV, pour l*aVoîr prife } & des railleries & des fâtires indécentes Contre fc ror Guillaume, pour ne Ta voir pu iècourir avec une armée de quatre- vingt* mille hommes^ Guillaume s*en rendit maître, de la même manière qu'il ravait vu prendre. Il l'attaqua, aux yeux d'une armée encor plus forte, quc^ n'avait été la fîennc quand Louis XIV rafîîégea. H y trouva dé nouveîfcs fortifications, que Vauban avait faites. La gamifon Frai*- çailè, qui la défendit, était une armée ; car dans le fems qu'il en forma Tinveftiiîcment, le maréchal de Bouâers fe jetta dans la pbce avec lèpt régimens de dragons. Am£ Namur était défendue par feize^mille hommes, & pête à tout moment d'être fccouruc par près • de cent-milîe. Le maréchal de Bouflers était vin homme de beau* coup de mérite, un général adHf & appliqué, un bon citoienj ne fongeant qu'au bien du fervice, ne ménageant pas plus fes foins que (a. vie. Les mémoires du marquis de Feuquiéres lui reprochent phifîeurs fautes, dans la défenfe de la place & de la citadelle; il lui en repro- che encor dans la défènfe de Lille, qui lui a fait tant d'honneur. Ceux qui ont écrit l'hifloire de Louis XIV, ont copié fervilement le marquis de Feuquiéres pour la guerre, ainfi que l'abbé de choifi pour ks anecdotes. Ils ne pouvaient pas favoir que Feuquiéres, d'ailleur$ excellent exttlktit oÉdèt 6ë ôôdâàiSht là gfK^rre pat principe^ Ai par éipé^ rîértCè,. était Un e^tit tiôh moins chagrin qu'éclairé, YAti&aKpjt dtÉ généraux Se quékjuéfdis le Zoïle. Il altéré de* feits, pdirt- àrôif fe pkîflr de certfurer dés fautes. Il fe plâighalt de tdut îé monde, 6fc tout le monde fe plaignait de lui. On diStit qu'il était lé phié btàvér homme de TEtiropé, pdrceqn'll dormait au milieu de cent-mille de fes ennemi». Sa capacité n'aiant pas été récompenfée pdf le bâtoii àt maréchal de France ; if cmploia trop, contre ceux qui rertaiént Fétat» des lumières qui tûffent été très utàes, s'il eût eu refprit auffi con- ciliant, que pénétrant, appliqué St hardi. Il reprocha au maréchal de Villeroi, plus de fautes & de plus ef- fentleHes, qu'à fiouflers. ViMeroi, à la tête d'environ quatre-vingt-» milk hommes, devait fecourir Namur : mais quand même les mare- chsttni de Vflicroi & de fibu^érs eûflênt fait généralement tout ce qui fe pouvait faire (ce qui eft bien rare) ; il fallait, par la fîtiiation dû . terrain, que Namur ne fôt point fecouruc & le rendît tôt ou tafd. Lés bords de la Méhaigne, couverts d'une armée d'obfèrvation qui evsât arrêté les fecours du roi Ouillafume, arrêtèrent alors héceâkire- meiît ceux dtt maréchal de Villeror. Le maréchal' de fiouflers, lé Comte de Guifcard gouverneur de k ville, le comte de Laumont du Châtelet commandant de Finfatiterie, tous les c^ciers 5t les fbldats, défendirent la ville avec une opiniâ- treté 6c une bravoure admirable, mais qui ne recula pas la prifè de (Jeux jours. Quand une ville eft afEégée par une armée fuptrieure, que les ouvrages font bien conduits, & que la fàifon eft favorable ; on feit à-peu-»pfès en combien de tems elle fera prife, quelque vigou» reulè que la défenfe puiflê être. Le roi Guillaume le rendit maître de la ville & de la citadelle, qui lui coûtèrent plus de tems qu'à • Louis XrV. Le roi, pendant qu'il perdait Namur, fit bombarder Éruxelles^: Sept vengeance inutile, qu'il prenait fur le rôi d'Elpàgne, de {es villes ^^^* bombardées par les Anglais. Tout cela faifait une guerre ruinéufe & funefte aux deux partis. C'eft, depuis deux fiécles, un des eiïets de l'induftrie & de la fu- reur des hommes, que les défolations de nosr guerres ne fè bornent pas à notre Europe. Nous nous épuifons d'hommes & d'argent, pour aller nous détruire aux extrémités d'rAfic & de FAmérique. Les 2 Indiens^ ,50 LOUIS XIV. Indiena, que nous avons obligés par force & par adreflê à recevoir yos ttabliuemens, & les Amériquains dont nous avons enfànglanté .& ravi le continent, nous regardent comme des ennemis de la nature humaine, ...qui accourent du bout du monde pour les égorger & pour fe détruire enfuitc eux-mêmes. . Les Français n'avaient de colonies dans les grandes Indes, que celle de Pontichéri, formée par les foins de Colbert avec des dépenfès kn- meniès, dont le fruit ne pouvait être recueilli *qu*au bout de pluiieurs années. Les Hollandais s'en fàifirent aifément, & ruinèrent aux In- des le commerce de France à peine établi. 1^95- Les Anglais détruiiirent les plantations de la France à Saint-Do- 1696. mingue. Un armateur de Breft ravagea celles qu'ils avaient eh A- frique dans l'île de Gambie. Les armateurs de Saint-Malo portèrent le fèr & le feu à Terre-Neuve fur la côte orientale qu'ils poÛédent. Leur île de la Jamaïque fut infultée par nos efcadres, leurs vaiilèaux pris & bru'.és, leurs côtes (kccagées. 169s. Pointis chef d'cfcadrc, à la tête de plufieurs vaiflêaux du roi & de M« quelques corfaires de T Amérique, dla furprendre, au-delà de la Ligne, ^^^' la ville de Carthagéne, magazin & entrepôt des tréfors que rEfpagne tire du Mexique, l^c dommage qu'il y caufa, fut eftimé vingt- millions de nos Hvres, & le gain dix-millions. Il y a toujours quel- que chofe à rabbattre de ces calculs, mais rien des calamités extrêmes qu caufent ces expéditions glorieufès. Les vaiflêaux marchands de Hollande & d'Angleterre étaient- tous les jours la proie des armateurs de France, & furtout de Dugué-Trouin, homme unique en fon genre, auquel il ne manquait que de grandes ilotes, pour avoir la réputation de Dragut ou de Barberouflè. Les ennemis prenaient moins de vaifîèaux marchands Français, parce quil y en avait moins. La mort de Colbert & la guerre avaient beau- coup diminué le commerce. Le réfultat des expéditions de terre & de mèr, était donc le mal- heur univerfel. Ceux qui ont plus d'humanité que de politique, re- marqueront, que dans cette guerre Louis XIV. était armé contre fon neveu le roi d'Efpagne, contre l'eledeur de Bavière dont il avait donné fa fœur à fon fils le dauphin, contre l'éledeur Palatin dont il brûla les états après avoir marié monfieur à la princefle Palatine. Le toi Jacques fut chafle du trône par fon gendre & par fa fille. De- puis JVSQJl A, I7OI. 151 puis même, on a vu le duc de Savoie ligué encor contre la France où l'une de fes filles était dauphine, & contre l'Efpagne où l'autre était reine. La plufpart des guerres entre les princes chrétiens, font des efpéces de guerres civiles. L'entreprife la plus criminelle de toute cette guerre, fut la feule véritablement heureufe. Guillaume réuffit toujours pleinement en Angleterre & en Irlande. Ailleurs les lùccès furent balancés. Quand j'appelle cette entreprifô criminelle, je n'examine pas fi la nation, après avoir répandu le fang du père, avait tort ou raifon de profcrirè le fils, 6c de défendre fa religion & fes droits : je dis feulement, que s'il y a quelque juftice fur la terre, il n'appartenait pas à la fille & au gendre du roi Jacques, de le chaffer de fa roaifon. €H A- 119 L O U ï S XIV, CHAPITRE SEIZIEME. Paix de Rifiûick: état de la françe l^ de H* Europe : mort ^ teftatnent de Charles fécond, roid'Efpa^e^ A France conf^vait eiicor £i fupéFiorité Air tous iès ennemis. Elle en avait accablé quelques-uns, comme la Savoie & le Pa- latinat. Elle faifait la guerre fur les frontières des autres. C'était un corps puifiànt & robune, fatigué d'une longue refiflance, & épuifé par fès viâoires. Un coup porté à propos l'eût fait chanceler. Qui- conque a pludeurs ennemis à la fois, ne peut avoir, à la longue, de falut que dans leur divifion ou dans la paix : Louis XIV. obtint bientôt l'un & l'antre. Vidx)r-Amédée duc de Savoie était celui de tous les princes, qui prenait le pluftôt fbn parti, quand il s'agifTait de rompre Tes engage- mens pour fès intérêts. Ce fut à lui que la cour de France s'adreflâ. Le comte de TefTé, depyis maréchal de France, homme habile & aimable, d'un génie fait peur plaire, qui eft le premier talent des négociateurs, agit d'abord lourdement à Turin. Le maréchal de Catinat, aufll propre à faire la paix que la guerre, acheva la négo- ciation. )1 n'était pas néceflaire de deux hommes habiles, pour déterminer le duc de Savoie à recevoir fes avantages. On lui rendait iôn païs : on lui donnait de l'argent : On propoiait le mariage du jeune duc de Bourgogne, fils de Monicigneur héritier de la couron- 29 Juii, ue de France, avec fa fille. On fut bientôt d'accord : le duc de Ca- >693- tinat conclurent le traité à Notre-Dame de Lorette, où ils allèrent fous prétexte d'un pèlerinage de dévotion, qui ne fit prendre le change à perfoni^e. Le pape (c'était alors Innocent XII) entrait ardem- ment dans cette négociation. Son but était de. délivrer à la fois l'Italie, & des invafions des 'Français, ôc des taxes continuelles que l'empereur exigeait pour païer fes armées. On voulait que les impé- ' riaux .jU8Q.urA 1701, . i^i riaux lai^i&nt Tltàlie neutre. Le duc de Savoie s*engageait' par le traité à obtenir cette neutralité. L^empeieur répondit d'abord par de$ réfîis ; car la cour de Vienne ne Çs déterminait gueîres qu'à l'ex- tiénûté. Alors le duc de Savoie joignit Ces troupes à l'armée Fraa« çai&« Ce prince devint en moins d'un mois, de généraliiCme de l'empereur, générali/Iîme de Louis XIV. On ainena (à allé en . France» pour époufèr à.onze ans le duc de Bourgogne qui en avait treize. Apès la défèâton du duc de Savoie, il arriva, comme à la paix deNimégue, que chacun des alliés prit le parti de traiter. L'em- pereur accepta d'abord la neutralité dltaliè. Les Hollandais propo- ierent le château de Rifwick près de la Haïe, pour les conférences d'une paix générale. Quatre armées, que le roi avait flir pied, fer- virent à hâter les conclufîons* U avait quatre>vingt-mille hommes «n Flandre fbus Villeroi. Le maréchal de ChoiTeul en avait quarante- millfi fur les bords du Rhin. Catinat en avait encor autant en Pié-. mont. Le duc de Vendôme, parvenu enân au généralat, après avoir paâe par tous les dégrez depuis celui de garde du roi comme ua* loldat de fortune, commandait en Catalogne, où il gagna un com- bat, où il prit Barcelone. Ces nouveaux eiïbrts & ces nouveaux" Août fuccès furent la médiation la plus efficace. La cour de Rome '^^* «â&it encor Ion arbitrage, & fut refuiee comme à Nimégue. Le roi rant, fon exemple à fuivre aux pins grands rois ; & il n'a pas peu fêrvi à préparer à fbn fils le chemin du trdne 4e Tfimpire. Dans le tems que Lx>uis XIV. ménageait la paix de Rifwick pour partager la fucceflîon d*£ipagne, la couronne de Pologne vint à va- quer. Cette couronne était alors la feule éleâive au monde. Ci- toiens & étrangers y peuvent {«étendre. Il faut deux choies pour y parvenir, ou un mérité s£kz éclatant & aflêz fbûtenu par les intri* gués pour entraîner les fuâiages, (comme il était arrivé à Jean So- biefki dernier roi) ; ou bien des tréibrs ailêz grands pour acheter ce roiaume, qui eft preique toujours à Fenchére. L'abbé de Polignac, depuis cardinal, eut d*abord aflez d adreilê, pour difpofer les iîiffrages en faveur de œ prince de Conti, connu par les aâions de valeur, qu'il avait i^tes à Steinkerque & à Ner- winde. ' Il n'avait jamais commandé en chef ; il n'entrait point dans les confeils du roi ; monfieur le* duc av^t autant de réputation que lui à la guerre ^ monfieur de Vend6me en avait davantage : cependant (à renommée effaçait alors les autres noms, par le grand art de plaire & de fe faire valoir, que jamais .on ne pofieda mieux que lui. Po- lignac, qui avait celui de perfuader, détermina d'abord les efprits en fa faveur. Il balança, avec de l'éloquence & des promeflês, l'argent ^Iôot!' quaugufte élçôeur de Saxe prodiguait. Le prince de Contifùt éiuroi par le plus grand parti, & proclamé p>ar le primat du roiaume. Au- gufte fut élu deux heures après, par un parti beauocHip moins nom- breux : mais il était prince fouverain & puiflànt ; il avait des troupes prêtes fur les frontières de Pologne» Le prince de Conti était abiènt, * ïàns argent, fans troupes, fans pouvoir ; il n'avait pour lui, que fba nom & le cardinal de Polignac. Il fallait, ou que Louis XIV. Vexa- • péchât de recevoir l'offre de la couronne, ou qu'il lui donnât dequcM l'emporter fur fbn rival. Le miniftére Français paflâ^ pour en avoir fait trop, en envoiant le (vince de Conti ; & trop peu, en ne lui donnant qu'une faible efcadre & quelques lettres de change, avec les- quelles il arriva à la rade de Dantzig. Le miniftére Français s'eft fouvent cohduit avec cette politique mitigée, qui commence les a^ faires poiir ks abandonner. Le prince de Conti ne fut pa» feulement reçu a Dantzig. Ses lettres de change y furent' proteftées. Les in- trigues du pape, celles de l'empereur^ l'argent 6c ks trolipes de Saxe, afîûraient 1697. i699> jusQjtrV 1^97. 157 afl^raient déjà la couronne à fbn rival. Il tevint, avec k gloire d'a- voir été élu. La France eut la mortification de faire voir, qu'elle aWait pas afïèz de force pour faire un roi de Pologne. Cette difgraœ du prince de CxMiti ne troubla point la paix du nord entre les chrétiens. Le midi de l'Europe fut tranquile bientôt après par la paix .àe Rifwick. Il ne reftait plus de guerre que celle que les Turcs faifàient à l'Allemagne, à la Pologne, à Venife & à la Mofcovie. Les chrétiens, quoique mal gouvernés 6c divifës entre eux, avaient dans cette guerre la fupériorité. La bataille de Zanta, où le prince Ei^éne battit le grand-fèigneur en perfbnne, fameufe par la mort d'un grand-vifîr, de dix-fept Bâchas, & de plus de vingt-mille TurcS) abaiilâ l'orgueil Ottoman, & procura la paix de Qirlovitz, où les Turcs reçurent la loi. Les Vénitiens eurent la Morée, les Mofi:ovites Afoph, les Polonais Caminiek, l'empereur la Tranfîlvanie. La chrétienté fut alors tranquile & heureuiè, on n entendait parler de guerre, ni en Afio, ni en Afrique. Toute la terre était en paix vers les deux dernières années du dix-feptiéme ûéclcj époque finguliére & d'une trop courte durée. Les malheurs publics recommencèrent bientôt. Le nord fut trou- blé dès l'an 1 700 par les deux hommes les plus finguliers qui fuflènt fur la terre. L'un était le Czar Pierre Aléxiovitz, empereur de RufUe; & l'autre le jeune Charles XU» roi de Suéde. Le Czar Pierre, né barbare, devenu un grand homme, a été à f^rce de génie & de tra^ vaux, le réformateur ou pluftôt le fondateur de fbn empire. Charles XII plus vertueux que le C2»r, & cependant moins udle à fès fujets,, fait pour commander à des Coldats & non à des peuples, a été le premier des héros de fbn tems ; mais il efi: mort avec la réputation d un roi imprudent. La déflation du Nord, dans- une guerre de dix-huit années, a dû fon origine à la politique ambitieufè du Czar,, du rcn de Danemarck & du roi de Pologne, qui voulurent profiter de la jeunefib de Charles XI f, pour lui ravir une partie de fès états. Le roi Charles, à l'^e de feize ans, les vainquit tous trois. 11 fut la vjom terreur du Nord, & paflâ déjà pour un grand homme, dans un âge où les autres hommes n'ont pas reçu encor toute leur éducation. Il fut neuf ans le roi le plus redoutable qui fût au monde, & neuf autres années le plus malheureux. Le» 158 LOUIS XIV. Les troubles du midi de TEurope ont eu une autre origine. Il s'agiffait de reciieiller les dépouilles du îqï d'Efpagne, dont la mort s'approchait. Les puiffances qui dévoraient déjà en idée cette fuc-. ceflion immenfe, faifaient ce que nous voions fouvent dans la mala- . dîe d'un riche vieillard fans.enfans: fa femme, fes parens, des pré- très, des officiers prépofés pour recevoir les dernières volontés des mourans, 1 aiîiégent de tous côtés pour arracher de lui un mot fa- vorable.* Quelques héritiers confentent à partager fes dépouilles ; • d'autres s'apprêtent à les difputer. ' Louis XiV & l'empereur Léopold étaient au même degré : tous deux ,petitsfils de Philippe trois : tous deux avaient époufé des filles de Philippe .IV : ainfi Monfeigneur fils du roi, & Jofeph roi des Ro- mains, fils de l'empereur, étaient encor doublement au même degré. Le droit d'aîneflè était dans la maifon de Bourbon, puifque le roi & monfeigneur avaient les aînées pour mères : mais la maifon de l'em- pereur comptait pour fes droits, premièrement les renonciations auten- tiques & artifîées de Louis XllI & de Louis XIV à la couronne d'Ef- pagne; enfuite le nom d'^Aûtriche ; leiang de Maximilien, dont Léopold & Charles II defcendaient ; l'union prefque toujours con- fiante des deux branches Autrichiennes ; la haine encor plus con- fiante de ces deux branches contre les Bourbons ; l'averfion, que la nation Efpagnole avait alors pour la nation -Françaife ; enfin les ref- , forts d'une politique en'poflefîîon de gouverner le confëil d'Elpagne. Non feulement ces deux concurrens fe craignaient mutuellement, mais ils avaient encor TEurope à Craindre. Les puifiances & furtout l'Angleterre & la Hollande, dont l'intérêt eft de tenir la balance ehtre les fouverains, ne pouvaient foulFrir que la même tête pût porter avec là couronne 4i'Efpagne, ou celle de l'JEmpire, ou celle de France. Gu- illaume, roi d'Angleterre, imagina de faire, du vivant .même du.' roi Charles II, un partage de la monarchie Efpagnole, & d'en donner la principale partie à un prince qui ne ferait ni du (ang de Bourbon, ni du • iang d'Autriche. Il y avait uii jeune prince de Bavière, enfant de huit ans^ defcendant d'une fille cadette de Philippe IV, femme de l'ein- _ pereur Léopold. Une fille de ce Léopold & de cette cadette, ma- riée à releâeur de Bavière Maximilien, •avait été mère de cet enfant. Ce fuf fur lui qu'on jetta les yeux. Le roi de France y confentit ; il (e donnait à lui-mçme par ce partagç, la Sicile, *Naples, . la province de jusq.ua i7or. 159 de Guipufcoa & beaucoup de villes. L* Archiduc Charles devait avoir Milan. Tout le refte de la monarchie était abandonné, à ce jt$ie. prince de Bavière, qui de longtems ne ferait à craindre. La France, l'Angleterre & la Hollande firent ce traité. * La France croiait gag- ; i oa, ner des états ; 1* Angleterre & la Hollande croiaient affermir le repos ' ^^* d'une partie de l'Europe ; toute cette politique fut vaine. Le roi Moribond, apprenant qu'on déchirait fa monarchie de fon vivant, fut indigné. On s'attendait, qu'à cette nouvelle, il déclarerait pour fon fuceflèur, ou l'empereur, ou un fils de l'empereur ; qu^il lui donnerait cette récompenfe, de n'avoir point trempé dans ce partage;, que la grandeur & l'intérêt de la maifon d'Autriche lui dideraicnt im teAament. Il en fit un en effet ; mais il déclara ce même prince de Bavière unique héritier de tous fes états. La nation Efpagnole, qui ne craignait rien tant que le démembrement de là monarchie,, I appkudiffait à cette diipofition. La paix femblait devoir en ctre le fruit. Cette elpérance fut encor aufli vaine que le traité de partage. ^^"' Le prince de Bavière, défîgné roi, mourut à Bruxelles. * 99* On accula injuftement de cette mort précipitée la maifon d'Aûtri- f che, fur cette feule vraifemblance, que ceux-là commettent le crime^ I ^ à qui le crime eft utile. Alors recommencèrent les intrigues à la cour de Madrid, à Vienne, à Verfailles, à Londres,, à la Haie & à RorAe. ' Louis XIV, le roi Guillaume & les états-généraux, difpoférent encor une fois en idée de la monarchie Elpagnole. Us alîîgnaient? Mms à l'Archiduc Charles, fils puîné de l'empereur, la part qu'ils avaient ' 7°9. auparavant donnée à l'enfant qui venait de mourir. On donnait Milan au duc de Lorraine ; & la. Lorraine, fi fou vent envahie & -fi fouvent rendue par la France, devait y être annexée pour jamais. Ce traité, qui mit en mouvement la politique de tous les princes pour le traverfèr ou pour le foùtenir, fut tout auflî inutile' que le premier* L'Europe fut encor trompée dans fon attenté, com- me il arrive prelque toujours. L'empereur, à qui on propofâit ce traité de partage à figner, n'en vcHilait point, parce qu'il efoérait avoir toute la fuccefîion. Le roi de France, qui en avait prené la fignature, attendait les èvénemcnsi avec incertitude. * Larrey & Limiers fcmbknt ignorer ce premior traite de fartage. AÎO» i60 LOUIS XIV. Alors le roi d*Elpagne, qui fe volait mourir à la fleur de Coa âge, voulut donner tous Tes états à Tarchiduc Charles, neveu de fà femme, fécond fîls de Tempereur Léopold. H h ofait les laifTèr au fils aîné ; tant le fiftéme de l'équilibre prévalait dans les efprits, & tant il était fur que la craipte de voir TEfpagne, les Indes, TÈmpire, la Hongrie, la Bohême, la Lombardie, dans les mêmes mains, armerait le refte de l'Europe. Il demandait que l'empereur Léopold envoiât fon fé- cond fils Charles à Madrid, à la tête de dix>mille hommes ; mais ni la France, ni TAngléterre, ni la Hollande, ni l'Italie, ne l'auraient alors foufïert : toutes voulaient le partage. L'empereur ne voulait point envoier fbn fils fèul à la merci du confeil d'Efpagne, & ne pouvait y fiiire pafiêr dix-mille honunes. H voulait feulement faire marcher des troupes en Italie, pqur s'afiurer cette partie des états de la monarchie ^ûtrichienne-Efpagnole. Il arriva, pour le plus im« portant intérêt entre deux grands rois, ce qui arrive tous les jours entre des particuliers pour des affaires légères. On di^uta, on s'ai- grit : la fierté Allemande révoltait la hauteur Caftillane. La com- teilê de Perlitz, qui gouvernait la femme du roi mourant, aliénait les efprits qu'elle eût dû gagner à Madrid ; ôc le confèil de Vienne les ^éloignait encot davantage par lès hauteurs. . Le jeune archiduc, qui fut depuis l'emp^'eur Charles VI, appel- lait toujours les Efpagnols d'un nom injurieux. Il ap{M:it alors com- bien les princes doivent pefer leurs paroles. Un évêque de Lérida ambafTadeur de Madrid à Vienne, mécontent des Allemans, releva ces difcours, les envenima dans fès dépêches, & écrivit lui-même des c]iofês plus injurieufes pour le confèil d'Autriche, que l'archiduc n'en avait prononcées contre les Efpagnols. „ Les miniflres de Léopold, „ écrivait-il, ont l'efprit ^t comme lés cornes des chèvres de mon ,, pais, petit, dur & tortu.,. Cette lettre devint publique.' E'évêque de Lérida fut rappelle, & à fon retour à. Madrid, il rie fit qu'accroître l'avçrfion des Efpagnols contre les Autrichiens. Plufieurs petitefiès, qui fè mêlent toûj,ours aux af&ices importan- tes, condfibuérent au grand changement qui arriva en Europe, & préparèrent la révolution qui fit perdie pour jamais à la maifbn d'Au- triche les Efpagnes & les Indes. Le cardinal Portocaréro & les grands d'Efpagne les plus accrédités, fè réunifiant pour prévenir le 4 démembrement démembrement de la monarchie, perfuadérent à Charles II, de pré- ferèr un petit^fils de Louis XIV à un prince éloigné d eux, & hors d*état de les défendre. Ce n'était point anéantir les renonciations folennelles de la mère & de la femme de Louis XIV à la couronne . d'Efpagne, puisqu'elles n'avaient été faites que pour empêcher les aînés de leurs de/cendans de réunir fous leiir domination les deux - roiaumes, & qu'on ne choifîifîàit point un aîné. C'était en même tcms rendre jufticc aux droits du fang ; c'était conîèrver la monar- chie iifpagnoie fans partage. Le roi fcrupuleux fît cohfulter des théologiens, qui furent de l'avis de fbn confeil ; enfuite tout malade qu'il était, il écrivit de fa main au pape Innocent XII, & lui fît la même confultation. Le pape, qui croiait voir dans l'afFaiblifïèment de la maifon d'Autriche la'liberté de ^'Italie, écrivit au roi : „ que „ les loix d'kfpagne 6c le bien de la chrétienté exigeaient de lui, „ qu'il donnât la préférence à la miifon de France." La lettre du pape était du 16 Juillet 1700. Il traita ce cas de confcience, d'un louverain, comme un affaire d'état, tandis que le roi d'Efpagne feis- fait de cette grande affaire d'état, un cfts de confcience. Louis XIV en fut informé: c'efl toute la part que le cabinet de Ver- failles eut à et t événement. On n'avait pas même alors d'ambaffadeur à Madrid ; & le maréchal d'Harcourt avait été rappelle depuis fix mois de cette cour, parce que le traité de partage, que la France voulait fbûtenir par les armes, n'y rendait plus fon miniflére agréa- ble. 11 n'y avait plus à Madrid qu'un fecretaire de l'ambafTade du ■ maréchal, chargé des affaires. On le qualifie d envoie, dans tous les journaux du tems & dans les hifloîres qui en font les C(ipies ; mais il y , a une grande différence entre les titçes qu'on a, & ceux qu'on fe donne. Tou e l'Europe a penfé que le teflament de Charles fécond avait été diûé à Verlailles. Le roi mourant n'avait confulté que l'intérêt de fbn roiaume, les vœux de fês fujets, & même leurs craintçs ; car le roi de France faifait avancer des* troupes fur la frontière : c'était même le maréchal d'Harcourt qui les devait commander. Rien n'cfl plus vrai, que la réputation de Louis XIV & l'idée de fà puifîânce- èirent les feuls négociateurs qui opérèrent cette révolution Charles d'Autriche, * après avoir fîgné la ruine de fa maifon & la grandeur de celle de Bourbon, languit encor un mois, & acheva enân à l'âge de trente-neuf ans, la vie obfcure qu'il avait menée fur le trône, Y . Peut- 1^2 LOUIS XIV. I oa. Feut-étre n*eft-tl pot îmitile, pour faire connaître l'esprit humaiO) '7°°' de dire que quelques mois avant & mort, ce monarque fit ouvHr à lefcuri^) les tombeau de fon père, de fa mère Se de fà première femme, Marie-Louifè d'Orkanç, dont il était (bupçonné d avoir per- ' mis Tempoilonnement. (Voiez le chapitre des anecdotes.) Il baifa ce qui reliait de ees cadavres ; fbit qu*en cela il fuivît Téxemple de quelques anciens rois d'Efpagne ; Toit qu'il voulût s accoutumer aux horreurs de la mort ; foit qu'une fêcrettc fuperftition lui fît croire que l'ouverture de ces tombes retarderait l'heure, où il devait être * porté dans la fienne. Son teftament fut fi lècret, que le comte de Harrac, ambafikdeur de l'empereur, fe flattait encor que l'archiduc était reconnu fuccef- fèur. II attendit long-tems Tif^Tuë du graild confeil, qui fe tint im- médiatement après la mort du roi. Le duc d'Abrantes vint à lui lés bras ouverts : l'ambaflàdeur ne douta plus dans ce moment que l'archiduc ne fut roi ; quand le duc d'Abrantes lui dit en l'embraf- fant, vengo ad expedir me de la cafa de Auftria. ye viens prendre congé de la maijon d'Autriche. Ainfi, après deux- cent ans de guerres ôc de négociations pour quel- ques frontières des états Ëipagnols, la maifon de France eut d'un trait de phime la monarchie entière, fans traités, fans intrigues, Ôc fans même avoir eu l'efpèrance de cette fucceflion. On s'eft cru obligé de fiiire connaître la fimple vérité d'un fait jufqu'à préfènt obfcurci par tant de miniftres & d'hiftoriens, fâiuits par leur» préjugés & par les apparences qui fcduifênt preique toujours. Tout ce qu'on a débité dans tant de volumes, d'argent répandu- par le maréchal d'Harcourt, 6c des miniflres £fpagnols gagnés pour par- venir à ce teftament, eft au rang |des menfonges politiques, & de» erreurs populaires. Le marquis de Torci, qui gouvernait alors Je» affaires étrangères en France, a rendu un témoignage autentique à cette vérité, par un écrit que j'ai, de & main. Mais le roi d'Êfpagncj en choifii&nt pour fbn héritier le petit-fils d'un roi fi k>ng petit-fib de Louis XIV, n'était appelle à la^ fucceffion d'F^a^ie, que parce qu'il ne devait pas ef^ pérer celle de France ; & le même tefhustent» qui au dé&ut des puînés du ^g de Louis XIV rappellait l'archâduc Charles (depiÀ l'empereur ïtmpcscvit Chades Wï), portait expicff^ptnent que VEmpite de VEC* pagne ne feraisnt jamais véinds fetis^ un naêine Saarsraiû, . Louis XIV pouvait s*ea tour «icc^ au traité de pattage^ <|ui: étdt un gain pour la France. II pouvait accoter le teftament qui- était un avantage pour h, maifon. Il eft certain que la matière fut mifc en d^ibération.. Il tCy eut de toutes les têtes du confeil^ que *le ièul chancelier Pontcfaartrain, qui fut d'avis de s'en tenir au tiaité« Il voiait les dangen d'une nouvelle guerre à fbùtenir. Louis les voiait auflî ; mais il était accoutumé à ne les pas craindre 'Il accepta le te- fiament ; & rencontrant, au fortir du confeil, les princeilês de Contî avec madame la duchefîe : eh-bien^ leur dit-il en fouriant^^ quel par- ti prendrias-vous ^ puis fans attendre leur réponse : quelle parti que je prennsy ajeuta-t-il, je/ai bien que je ferai blâme. Les adiones des rois, tout âattés qu'ils font, éprouvent toujours tant de critiques, que le roi d'Angleterre lui-même efTuia des repro^ ches dans ion parlement; ôc.fès minii^res furent pourfuivis* pour Zr* voir fait le traité de partage. Les Anglais, qui raifbnnent mieux qu'- aucun peuple, mais en qui la fureur de l'elprit de parti éteint quel-» quefois la raifbn, criaient à la fois, ôc .contre Guillaume qui avait fait le tiaité, & contre Louis XIV qui le rompait. L'Europe parut d'abord dans l'engourdiflêment de la furprifè & de l'impuiflànce, quand elle vit la monarchie d'Efpagne foûmifè à \i. France, dont ^\^ avait été trois-cent ans la rivale, Louis XIV fem- blait le monarque le plus heureux 6c le plus puifTant de la terre. Il fe voiait à fôixante & deux ans, entouré d'une nombreufe poftérité ; un de fes petits-fîls allait gouverner fous fes o'rdres l'Efpagne, l'Amé- rique, la moitié de l'Italie, & les pai&-bas. L'empereur n'ofait encop que fe plaindre. Le roi Guillaume, à l'âge de cinquante & deux ans devenu infîr-î me 5c faible, ne paraiflâit plus un ennemi dangereux, il lui fallait le confêntément de fbn parlement, pour faire la guerre ; ôc Louis avait fait pafîêr fïx-millions de livres en Angleterre, avec lefquels il efpé- vait difpofer de plufieurs voix de ce parlement. Guillaume & la Hol- lande, n'étant pas* afîez forts pour fe déclarer, écrivirent à Philippe V comme au roi légitime d'£Ô>agne. Louis XIV était affuré de l'é- Feerj leâeur de Bavière, pérç du jeune prince qui était mort deflgné roi d'Efpagne. Cet éleâeur, gouverneur des Paï$-Ba£ au nom du dernier Y 2 roi I7«I« i64 LOUIS XIV. roi Charles II, aflûrait tout ^*un coup à Philippe la poffeûioa dé la Flandre, & ouvrait dans fbn éleâorat le chemin de Vienne aux armées Fnuiçai£bs, en cas que l'empereur ofât faire la guerre. L'éle- Ôeur de Cologne, frère de Téleâcur de Bavière, était auffi intime- ment lié à la France que fon frère ; &; ces deux princes fembkient avoir raîfbn, - le paFti de la mailbn de Bourbon étant alors incompa- rablement le plus fort. Leduc de Savoie, déjà beau-péfe du duc de Bourgonge, allait Têtre encor du roi d'Efpagne; il devait commander les armées Françaiiès en Italie. On ne s'attendait pas, que le père de la ducheflë de Bourgogne & de la reine d'Efpagne, dût jamais faire la guerre à fes deux gendres. Le duc de Mantouë, vendu à la France par fbn miniftre, £e ven- dit auill lui-même, & reçut garnifon Françaife dans Mantouë. Le Mi- lanais reconnut le petit-fils de Louis Xi V fans balancer. Le Portugal même, ennemi naturel de TEfpagne, s'unit d'abord avec elle. Enfin deLifbonne à Anvers, & du Danube à Naples, tout paraifTait être aux Bourbons. Le roi était û. fier de fa profpérité, qu'en parlant au duc de la Rochefoucault au fujet des propo/ltions que l'empereur • lui faifait alors, il fe fer vit de ces termes : vous les trouverez encor plus infolenteSi quon ne vous îa dit. Le roi Guillaume, ennemi jufqu'au tombeau de la grandeur de Louis XIV, promit a l'empereur d'armer pour lui l'Angleterre* & la Hollande ; il mit encor leDanemarck dans fes intérêts ; enfin il figna 'j*J* à la Haïe la ligue déjà tramée contre la maifon de France. Mais le roi s'en étonna peu ;. 8c comptant fur ]es divifions que fon argent devait jetter dans le parlement' Anglais, & plus encor fur les forces réunies de la France &; de l'Efpagne, il méprifa fes ennemis. Jacques mourut alors à Saint-Germain. Le premier pas, que fit ^Xi L<^uis XIV, ce fut de reconnaître le prince de Galles pour roi légiti- me d'Angleterre. Peut-être fans cette démarche, le parlement Anglais n'eût point pris de parti entre les maifbns de Bourbon & d'Autriche ; du moins des membres de ce parlement me l'ont affuré. Mais recon- naître ainfi pour leur roi un prince profcrit par eux, leur parut un outrage à la nation, & un defpotifme qu'on voulait exercer dans l'Eu- rope. Cet efprit " de liberté qui régnait en Angleterre, nourri par là haine du pouvoir de Louis XIV, difpofk la nation à donner tous les fubfides. que demandait Guillaume. . L'empereur jusq^u'a 1701. 165 L'empereur Léopold commença d abord cette guerre en Italie^ dès le printems de l'année 1 70 1 . Titalie a toujours été le païs le plus cher à lambition des empereurs. C'était celui, où fes armes pouvaient le plus aifénient pénétrer par le Tirol & par l'état de Venife; car Venife, quoique neutre en apparence, penchait plus cependant pour la mai- fon d'Autriche, que pour celle de Bourbon. Obligée d'ailleuis par dçs traités de donner paflàge aux troupes Allemandes, elle accomplif- fait ces trait^s^ fans peine. L'empereur, pour attaquer Louis XIV du côté de l'Allemagne, at- tendait que le corps Germanique fe jFut ébranlé en fa faveur. Il avait des intelligences & un parti en Efpagne: mais les fruits de ees intel- ligences ne pouvaient éclore, fi l'un des fils de l'empereur ne fe pré-- fentait pour les recueillir : & ce fils de l'empereur ne pouvait s*y ren- dre, qu'à l'aide des flotes d'Angleterre & de Hollande. Le roi Guil- laume hâtait les préparatifs. Son efprir, plus agiflant que jamais dans un corps fans force & prefque fans vie, remuait tout, moins pour fervir la maifon d'Autriche, que pour abaifler Louis XIV. Il jdevait au commencempnt de 1702 fe mettre à la tête des ar- mées. La mort le prévint dans ce defïein. Une chute de cheval acheva de déranger fes organes affaiblis ; une petite fièvre l'emporta. Il mourat, ne répondant rien à ce que des prêtres Anglais, qui étai-'^Mars. ent auprès de fon lit, lui dirent fur leur religion, & ne marquant d'autre inquiétude, que celle que lui donnaient les affaires de l'Europe, 11 laifla la réputation d'un grand politique, quoiqu'il n'eût point été populaire ; & d'un général à craindre, quoiqu'il eût perdu beau- coup de batailles. Toujours mefurédans fa conduite & jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paifiblement en Angleterre, que parce qu'il ne voulut pas y être abfoîu» On Tappellait, comme on îait, le Stathouder des Anglais, & le roi des Hollandais. Il favait toutes les langues de l'Europe, & n'en parlait aucune avec agrément, aiant beaucoup plus de réflexion dans Tefprit que d'imagination. Il affedait de fuir les éloges & les flatteries, peut-être parce que Louis XIV femblaic trop les aipier. Sa gloire fut d'un autre genre^ que celle du monarque Français. Ceux jijui eftiment plus l'avantage d'avoir acquis un roiaume lans aucun droit de la nature, de s'y être maintenu fans être aimé, d'avoir gouverné defpotiquement la Hollande fans Ja fubjuguer, d'avoir été l'ame & le chef de la mpitié de l'Europe, ,66 LOUIS XIY. d\vok eu les v^Çhuice^ d'iiA géiuérod & la vaTeui d^uD fiïtdat, de nV ^ voiiî jamais perliçcutéperfonfl» pour b leligion, d atoir méprifê toutes le$ fuperftitioQS de« kommes, d avoir été ûmph Se modefte dans Ces mcEsurs; ceux la iàns doute donmeront le nom de grand à Guillaurae pluû6t qu'à Louiisu Ceux qui font plus touchés des plaifirs d'une cour grillante, de la magniâcence) de laproteâion donnée aux arts, du zélé pour le bien public, de la paflion pour la gloire, du talent de régner ; qui font plus fraprts de cette hauteur, avec laquelle des minières & des généraux ont ajoute des provinces à la. France, for un ordre de leur roi ; qu' s'étonnent davantage d'avoir vu un feut état réfiftèr à tant de puiflances; enân qui admirent plus un roi de France," qui fait donner l'Efpagne à fon petit-fils, qu'un gendre qui détrône fon beau-pére ; ceux-là. donneront à Louis XIV. la préférence. A Guillaume trois fucccda la princefïê Anne fille du roi Jacques 6c de la fille d'Hide avocat devenu chancelier, & l'un dés grands hom- mes d'Angleterre. Elle était mariée au prince de Danemarck, qui ne fut que fon premier fujet. Dès qu'elle fut fur le trône, elle entra dans toutes les mefures du roi Guillaume, quoiqu'elle eut été ouver- tement brouillée avec lui. Ces mefures étaient les vœux de la nation. Un roi fait. ailleurs entrer aveuglément fes peuples dans toutes fes vues ; mais à Londres un roi doit entrer dans celles de fon peuple. Ces difpofitions de l'Angleterre & de la Hollande, pour mettre, s'il fe pouvait, fur le trône d'Efpaghe l'archiduc Charles fils de l'em- pereur, ou du moins pour réfifièr aux Bourbons, méritent peut-être l'attention de tous les fiécles. La Hc^lande devait, pour fa. part, en- ' tretenir cent-deux-mille hommes de troupes, fbit dans les garnifons, foit en qampagne. Il s'en fallait beaucoup que la vafte monarchie Efpagnole pût en fournir autant dans cette conjonâure. Une pro- vince de marchands, prefque toute fijbjuguée en deux mois trente ans auparayant, pouvait plus alors que les maîtres de l'Ffpagne, de Na- ples, de la Flandre, du* Pérou & du Mexique. L'Angleterre pro- mettait quarante-mille hommes. ' Il arrive dans toutes les alliances, que Y on fournit à la longue beaucoup moins qu.'on n'avait promis. L'Angleterre au contraire donna cinquante-mille hommes, dans la ' féconde année^ au lieu de quarante; & vers la fia de la guerre elle entretint, tant de iès troupes que de celles des alliés, fur les fi'ontîéres - de France, en Ffpagne, en Italie, en Irlande, en Amérique, & fur jus<^tr*A 1701. ' 167 {îir kn Botes, deux-cent vingt*mille foldats & matelots combattans : dépenfè prefqu'incroiable, pour qui confidérera que l'Angleterre, proprement dite, n'eft que le tien de la France, & qu'elle n'a pas la moitié tant d'argent monnoié ; mais dépenfe vraifèmblable, aux yeux de ceux qui favent ce que peuvent le commerce & le crédit. Le» Anglais ont porté toujours le plus grand fardeau de cette alliance. Les Hollandais ont infenfîblement diminué Ic leur : car après tout, la république des états-généraux n'eft qu'une illuftre compagnie de commerce ; & l'Angleterre eft un pais fertile, rempli de négocians & de guerriers. L'empereur devait fournir quatre-vingt-dix-mille hommes, fans compter les fccours de l'empire & des alliés qu'il efpéraît détacher de la maifon de Bourbon: & cependant le petit-fîls de Louis XIV. rég- nait déjà paifîblement dans Madrid : & Ix)uis, au commencement du fiécle, était au comble de fa puiffance & de fa gloire. Mais ceux, qui pcnétraient dans les reflbrts des cours de l'Europe & furtout dans côlle de France, .commençaient à craindre quelques revers. L'Èf- pagne, affaiblie Ibus les derniers rois du fang de Charles-quint, l'était encor davantage dans les premiers jours d'un régne d'un Bourbon. La maifun d'Autriche avait des partifans dans plus d'une province de cette monarchie. La Catalogne femblait prête à fècoiier le nouveau joug, à fe donner à l'archiduc Charles, il était impoïïible, que le Portugal ne fê rangeât, tôt ou tard, du côté de la maifon d'Autriche Son intérêt vifible était de nourir chez les Efpagnols, fes ennemis naturels, une guerre civile, dont Lifbonne ne pouvait que profiter. Le duc de Savoie, à peine beau-pére du nouveau roi d'Efpagne, & lié aux Bourbons par le làng & par les traités, paraifîait déjà' mécontent de fes gendres. Cinquante-rtiille écus par mois, pouffis depuis jufqu'à deux- cent-mille francs, ne paraiffaient pas un avantage alîêz grand, pour le retenir dans leur parti. Il lui fallait au moins le Moftlèrrat & une partie du Milanais. Les hauteurs, qu'il eiTuiait dès généraux Français & du miniftére de Ver(àilles, lui faifaient craindre avec rai- fon d'être bientôt compté pour rien par fès deux gendres, qui tenaient re^rrés fes états de tous côtés. Il avait déjà quitté brufquément le parti de l'empire, pour la France. Il était Vraifèmblable, qu'étant fl peu ménagé par la l'rânce, il s'en détacherait à la première occafion. Quant i68 . LOUIS XIV. Quant à la cour de Louis XIV. & à Ibn roiaume, les ejprits fins y appercevaient déjà un changement, que les greffiers ne voient que quand la décadence eft arrivée. Le roi âgé de plus de lôixante ans, devenu plus retiré, ne pouvait plus 11 bien connaître les hommes ; il voiait les choies dans un trop grand éloignement, avec des yeux moine appliqués & fafcinés par une longue profpérjté. Madame de Maintenon, avec toutes les qualités eflimables qu'elle poiTédait, n'a- vait ni la force, pi le courage, ni la grandeur d'efprit, nécelîàires pour foûtenir la glaire d'un état. Elle contribua à faire donner le miniftére des finances en 1698, & celui de la guerre en 1 701, à fa créature Chamillard, plus honnête homme que miniftére, & qui avait plù au roi par la modeftie de fa conduite, lors qu'il était chargé de. Saint-Cyr. Malgré cette modeftie extérieure, il eut le malheur de fe croire la force de fupporter ces deux fardeaux, que Colbert & Louvois avaient à pekie Ibûtenus. Le roi, comptant fur la propre expérience, croiait pouvoir diriger heureulèment les miniftres. • Il a- vait dit, après la mort de Louvois, ay roi Jacques : fat perdu un bon tninifire ; mais vos affaires &' les miennes nen iront pas plus mal. Lorfqu'il choifit Barbéfieux, pour fuccédèr à Louvois dans le mini- ftére de la guerre ; j ai formé votre pérey lui dit-il, je vous formerai de même. Il en dit à «peu- prés autant à Chamillard. Un foi, qui avait travaillé fi long-tems & fi heureufèment, femblait avoir droit de parler ainfi. A l'égard des généraux qu'il emploiait, ils étaient fouvent gênés par des ordres précis, comme des ambaftàdeurs, qui ne devaient pas s'écarter de leurs inflruâions. Il dirigeait avec Chamillard, dans le cabinet de madame de Maintenon, les opérations de la campagne. Si le général voulait faire quelque grande entreprifê, il fallait fouvent qu'il en demandât la permiffion par un courrier, qui trouvait à ibn retour, ou Toccafion manquée, ou le général battu. Les dignités &; les récompenlès militaires furent prodiguées ibus le miniftére de Chamillard. On donna la permiffion à trop de jeunes gens d'acheter des régimens, prefque au fbrtir de l'enfance ; tandis que chez les ennemis, un régiment était le prix de vingt ans de fer- vice. Cette différence ne fut enfuite que trop fênfible, dans plus d'une occafion, où un colonel expérimenté eût pu empêcher une dé- route. Les croix de chevaliers de Saint-Louis, récompenfe inventée par 8 0,0 4 Î7ÛI- f6^ par le roi'eii 1693, ,ifi qui étaient 1 objet de Témulation des officiers, fe vendirent dès le commencement du miniftére de Chamillaid. On ks achetait cinquante écus dans les bureaux de la guerre. La difci- pline militaire, Tame du fervice, G. rigidement {bûteniie par Ixtuvois^ tomba dans relâchement funeile : ni le nombre des Soldats ne fut complet dans les compagnie» ni même celui des officiers dans les ré> gimens. La Êicilité de s*entendre avec les commiflâires, & l'inatten- tion du miniftre produiraient ce défbrdre. De-là naiâait un incon- vénient qui devait, toutes choies égales d'ailleurs, faire perdre néce{- i&irement des batailles. Car, pour avoir un front aufu étendu que celui de Tennemi, on était obligé d oppofêr des bataillons faibles à des bataillons nombreux. Les magazîns ne furent plus ni afibz grands» ni aflêz tât prêts. Les animes ne furent plus d*une aiflez bonne trempe. Ceux donc, qui volaient ces débuts du gouvernement, & qui avaient à quels généraux la France aurait à fâir^ craignirent pour elle, même au milieu des premiers avantages, qui pron^ettaient à la France de plus grandes prolpéritéç que jamais. CHAPITRE DIXSEPTIEME. * « Guerre de 1701.* conduite du prince Eugène ^ du maré^ chai de Villeroi^ du duc de Vendôme^ du duc de Mark" horough^ du maréchal de Villar s ^ jufq/4*en 1703. LE premier général, qui balança la fupériprité de la France, fut > un Français ; car on doit appelïer de ce nom le prince Eugén^ quoiqu'il fjl^t petitréls de Charles-Ëmanuel duc de Savoie. Son pére^ le comte de Soif)ôns, établi en Francci lieutenant-général des ar- mcjB^ & j;opyemeur de Çi^apipagne» avait époui^ Olimpe Manciniy Z Tune l I70 L OU I S XIV. l'une des nièces du cardinal tnazarin. De ce Mariage, d ailfeur» oa. malheureux, naquît à Paris ce prince Ci dangereux depuis à Louis > 93' XIV. & fi peu connu de lui dans fa jeuneflê. On Tappellait d'a- bord en France le chevalier de Carignan. Il demanda au .roi une fimple compagnie de cavalerie, qui lui fut refiifée, parce qu'il était trop lié avec les princes de Conti alors en difgrace. Il prit le petit collet & le nom d' abbé de Savoie : il demanda une abbaïe, & il fut refufé encore. Enfin ne pouvant réufllr auprès de Louis XiV. ni dans l'Eglife, ni dans l'E'pée, il alla fervir l'empereur contre les Turcs en Hongrie en 1684, avec les princes de Conti, qui y avaient déjà fait une campagne glorieulê. Le roi fit ordonner aux princes de Conti, & à tous ceux qui faifaient avec eux le voiage, de revenir. L*abbé de Savoie fut le (èul qui n'obéit point II continua ik route, déclarant qu'il renonçait à la France. Le roi, quand il l'apprit, dit à fês courtifkns : ne trouvez-vws pas çue fat fait là une grande perte ? & les courtifans afifurérent, que Tabbé de Savoie ferait toujours un ciprit dérangé & un homme incapable . de tout. On en jugeait par quelques emportemens de jeunefie, fur lesquels il ne faut jamais juger les hommes. Ce prince, trop méprifé à la cour de France, était né avec les qualités qui font un héros dans la guerre 6c un ^nd hom« me dans la paix ; un efprit plein de juftefiê & de hauteur, aiant le courage nécef&ire, & dans les armées & dans le cab'net. Il a fait des fautes, comme tous les généraux ; mais elles ont été cachées fous le nombre de fes grandes aétions. Il efl parvenu à humilier la gran- deur de Louis XIV. & à gouverner l'empire : 6c dans le cours de fes viâx>ire$ 6c de fbn miniflére, il a méprifé également le fafte 6c les richeflfs. U a même cviltivé les lettres 6c les a protégées autant qu'on le pouvait à la cour de Vienne. Agé alors de trente-fbpt ans, il avait l'expérience de fes viâoires remportées fur les Tiu'cs, 6c des &utes commifês par les impériaux dans les dernières guerres, où il avait fèrvi contre la France. Il defcendît en Italie par le Trentin fur les terres de Venifê avec trente^mille hcxnmes, 6c la liberté entière de s*en fervir comme il le voudrait. La cour défendit d^abord au maré- chal de Catinat de s'oppofêr au paflàge du prince Eugène ; fbit pour ne point commettre le premier aâe d'hoftilité, ce qui eft une mau- vais politique quand on a. les armes à la main ; foit pour ménager les Vénitiens, qui étaient pourtant moins dangereux que Tarraée Al- lemande; .jusa.UA If ©3» 171 lemande. Cette faute de la cour ien fit commettre d*autres à CatinaL Rarement réufllt-on, quand on (bit un plan qui n cft pas le iîen* On iàit d'ailleurs, combien il eft difficile dans ce païs, tout a)ifpé de rivières & de ruiflèauz, d empêcher un ennemi habile de lés pailèr. Le prince Eugène joignait à une grande profondeur de deilêins, une vivacité promte d'exécution. La nature du terrain aux bords de TA- dige faifait encor, que Tarmée ennemie était plus ramafTée, èc la Françaife plus étendue. Catinat voulait aller à lennemi ; mais quelques lieutenans-généraux firent des difficultés^ & formèrent des cabales contre lui. Il eut la faibleflè de ne fe pas faire obéir. La modération de fon efprit lui fît faire cette grande faut& Eugène força d'abord le pofle de Girpi, auprès du canal blanc, défendu par Saint' Fremont, qui ne fuivit pas en tout les ordres du général, 6c qui fe fît battre. Après ce fuccès, Tarmée Allemande fut maitreflè du païs entre l'Adige ôc TAdda ; elle pénétra dans le Bref&n, & Catinat recula jufques derrière TOglio. Beaucoup de bons officiers approu- vaient cette retraite qui leur paraiââit fâge ; & il faut encor ajouter, que le défaut des munitions promifes par le miniftre, la rendait né- cefiâire. Les courtifkns, 6c lurtout ceux qui efpéraient de comman- der à la place deCatinat, firent regarder fa conduite comme Toppro- bre du nom Français. Le maréchal de Villeroi perfuada, qu*il ré- parerait rhonneur de la nation. La confiance avec laquelle il parlai 6c le goût que le roi avait pour lui, obtinrent à ce général le com- mandement en Italie. Le maréchal de Catinat, malgré les viâoires de Stafarde 6c de la Marfàille, fut obligé de fervir fbus lui. Le maréchal duc de Villeroi, fîls du gouverneur du roi, é'evé avec lui, avait eu toujours fa faveur: il avait été de toutes fès campagnes 6c de tous fes plaifîrs : c'était un homme d'une figure agréable ôc im- pofânte, très brave, très honnête homme, bon ami, vrai dans la fb^ ciété, magnifique en tout. Mais fcs ennemis difiienf, qu'il ctait plus occupé, étant général d armée, de l'honneur 6c du plaifir de cpm-r mander, que des deflèins d'un grand capitaine. Ils lui reprochaient un attachement à fcs opinions, qui ne déférait aux avis de pcrfbnne. Il vint en Italie donner des ordres au maréchal de Catuiat, 6c dés dtgoûts au duc de Savoie. Il faifâit fentir, qu'il penfaiten effet qu'un favori de Louis XIV. à la tête d'une puiflànte armée, était fort au- deffiis duB prince: il' ne lappçllait que monsde Savoie: il le trai- Z 2 tait 17^ LOUIS XIV. tait comitïe un gértéral à la Iblde de FrancC) & non comme un fotir verain, mâ^t^ dés bàniéres que là nature a mifes entre k France & i^Italie. L*atnifié de ce fouverain ne fut pas aufll ménagée, qt'ellè était riécedàire. La côur penfâ, que la crainte ferait le feul nceud qui le retieriMdrait ; 6c qu^une armée Françaife, dont environ fix à fept-mille ibldats PiémOhtaSs étaient Ikns cei2ê envù-onnés, répondrait de la âdélité; Le maréchal de Villeroi agit avec loi comme foni^al dàn^ le commerce Ordinaire, éc domme fon fupérieur dans le com- mandement Le duc de Savoie avait levain titre dejgénéralilHme ; m^ le maréchal de Villeroi letâiit. Il ordonna d'a^xn^d, que Ton attaquât le prince Eugène au pofte de chiari près de TOglio. \jc% officiers généraux jugeaient, qu'il était contre toutes les régies de la guerre d'attaquer ce pofte, pour des raifbns décidves ; c*eft qti*il n*était d'aucune conféquence, 6c que les retranchemens en étaient Inabordables, qu'on ne gagnait rien en le prenant, 6c que, û on le manquait, on perdait la r^utation de la campagne. Villeroi dit au duc de Savoie qu^il fallait marcher, 6c envoia un aide de camp ôr« donner de fk part au ràaréchfll de Catinat d'attaquer. Catinat fe^ répéter l^dre trois fois, 6c fê tournant vers les officiers qu il corn- •*j?^^ mandait: allons donc y dit-il, tneffieursy il faut obéir. On marcha au^ retranchemens. Le duc de Savoie, à la tête de (es troupes, com- battit comme un homme qui aurait été content de la France. Cati- nat chercha à fè faire tuer. Il fut blefïe ; mais tout bleflë qu'il était, voiant les troupes du roi rebjitées, 6c le maréchal de Villeroi ne don- nant point d'^dre, il fit la retraite ; après quoi il quitta l'armée, 6c vint a Verlàilles rendre compte de (k conduite au roi, fans (è plain- dre de perlbnne. Le prince Eugène conlêrva toujours là fupériorité fur le maréchal de Villeroi. Enfin au cœur de l'hiver 1702, un jour que ce mare- n Fm. chai dormait avec fécurité dans Crémone, ville afuz fcMte 6c munie '7*'* d'une très grande garnifbn, il eft réveillé au bruk des décharges de moufqueterie. Il fe lève en hâte, monte à cheval ; la première choie qu'il rencontre, c'efl un efcadrc»! ennemi. Le maréchal auffi-tôt.eflr fait priiônufer 6c conduit hors de la vill^ fans favoir ce qui s'y pa{^ fait, 6c fans pouvoir imaginer la catifè d'un événement £ étrange; Le prince Eugène était déjà dans Crémone. Un prêtre, nommé Bozkôli, prévôt de Sainte-Marie la neuve^ avait intoodnic iés troupe^ AUe- AUemàndës par iw égoût.. Quatre-cent foldats, entrés par cet êgp^t dans la maifôa du prêtre, avaient fur le champ égorgé la garde des deux portes ; les deux portes ouvertes, le prince Eugène entre avec ^uatit-mille hoitime& Tout cela s'était &it, avant que le gouverneur, qui était E^Mgnol, s*en fôt douté, & avant que le maréchal deVilleroi mt évdHé. Le iècrét, Tordre, la diligence, toutes les précautions pbf- fibks avaient pr^aré l'cntreprifè. Le gouverneur Espagnol fè montre d'abord ^ans les rues avec quelques ^Idats ; il eft tué d*un coup de: fufil : tous les officiers généraux font ou tués ou pris, à la féfêrvë du comte de Revel ]ieutenant-.général & du marquis de Prâlki. Le hazard confondit la prudence du prince Eugène. Le chevalier d'Entragues premières campagnes, volontaire fous ce général. On ne Tappelait dans Tarmiée, que le bel Anglais. Mais le vicomte de Turenne avait jugé, que le bel Anglais ferait ua t jour un grand homme. Il commença par élever des officiers fubal- tternes & jufqu'à lors inconnus, dont il déméUit le meriite, iàns s'afTu- jettir à Tordre du grade militaire, que nous appelons en France Tordre du tableau. Il favait que, quand les grades ne font que la fuite de Tancienneté, Témulation périt ; Se qu'un officier, pour être plus an* cien, n eft pas toujours meilleur. Il forma d'abord des hommes. Il gagna du terrain fur les Français fans combattre, l^e premier mois^ i7e2« le comte d'Atlone général Hdlandais lui difputa le commandement ^ 6c dès le fécond, il fut obligé de lui déférer en tout* L.e roi de France avait envoie contre lui fpn petit-fils le duc de^^ourgogne, prince ^ge & jufte, né pour rendre les hommes keureu;c. Le maréchal de Boufkrs, homme d'un courage infatigable, comna^anda^t Taimée Sw9 ce jeune prince. Mais le duc de Bourgogne, après avoir voulu prendre plufieurs places, après sarok été Ibrcé de reculer par les mar- ches favantes de TAnglais, revint à Vai&ille.s au milieu de la canV' Sept, p^gne. Boufiers refta feul témoin des fuccès de Marleborougb, qui et oa. j^it Venlo, Ruremonde, Litgp^ avançant to^urs, Çc ne perdant pas un moment la {ûpéricnité. Marleborough, de retour à Londres après cette campagne, reçut les honneurs dont on peut jouir dans une monarchie ôc dans une rér publique ; créé duc par la reine, &, ce qui efl plus flatteur, remer- cié par les deux chambres du pariemeot, dont les députés vinrent le complimenter dans ù. maifon. Il s'élevait cependant un honmie, qui fèmblait devoir rafîurer la fortune de la France : c'était le maréchal duc de Villars, alors fim- ple lieutenant- général, 6c que nous avons vu depuis généraUlfime des armées de France, d'Efpagne & de Sardaigne, à Tâge de quatre-vingt- deux ans : homme plein d'audace & de confiance : il avait été Tar- tifàn de fa fortune, par fon opiniâtreté à faire au de -la de fbn devoir.. Il déplut quelquefois à Louis XIV. 6c, ce qui était plus dangereux, à Louvois, parce qu'il leur parlait avec la même hardieflè qu'il fer- vait. On lui reprochait de n'avoir pas une modeflie digne de fa va- leur. i |tJ- gée ; mais après la fortie, il faut rentrer dans la place. Un de leurs officiers, nommé Defiionvilles, revint à cheval un moment après dans le village, avec mylord Orknay d'Hamilton. E^-ce un Anglais prifonnier que vous nous amener f lui dirent les officiers en l'entou- rant. Non^ meJJieurSy je fuis frifmnier moi-mémey ^ je viens vous direy qtiil ny a d^ autre farti pour vouSy que de- vous rendre prifon- nier s de guerre» Voilà le comte d" Orknay y qui vous offre la capitula- tion. JU8Q.U*A 1705. I&7 Toutes CCS vieilles bandes frémirent: Navarre déchira & enterra fès drapeaux. Mais enfin il fallut plier ibus la néceflîté ; 6c cette armée fc rendit fans combattre. Myl^rd Orknay m*a dit, que ce corps de troupes ne pouvait faire autrement dans fa fituàtion gênée. L'Europe fut étonnée, que les meilleures troupes Françaifès eûffent fubi en corps cette ignominie. Oh imputait leur (nalheur à lâcheté : mais quelques années aprèsj quatorze-mille Suédois, fe rendant à difcré- tion aux Mofcovites en rafe campagne, ont juflifié les Français. Telle fut la célèbre bataille, qui en France a le nom ^Huhftet^ en Allemagne de Pleinibeim, & en Angleterre de Blenheim. Les vainqueurs y eurent près de cinq-mille morts, & près de huit-mille hleffés, & le plus grand nombre du c6tê du prince Eugène. L'armée Françaifè y fut prcfque entièrement détruite. De foixante-mille hom- nies, fi longtems vidorieux, on n'en railêmbla pas plus, de vingt- mille eâèâifs. Environ douze^mille morts, quatorze-mille prifonniers, tout le canon, un nombre prodigieux d'éteiidarts & de drapeaux, les tentes, les équipées, le général de l'armée, & douze-cent officiers de marque au pouvoir du vainqueur, fîgnalérent cette journée. Les fuiards fè difperfèrent ; près de cent lieues de pais furent perdues en moins d'un mois. La Bavière entière, pàflee fous le joug le l'empereur, é- prouva tout ce que le gouvernement Autrichien irrité avait de rigueur, êc ce que le foldat vainqueur a de rapacité Se de barbarie. L'eleéteur, fe réfugiant à Bruxelles, rencontra fur le chemin fbn frère l'éleâeur de Cologne, chaflé comme lui de (es états : ils s'embrafîérent en verfânt des larmes. L*étonnement & la conAernation faifirent la cour de VerÉiilles, accoutumée à la profpéritè. La nouvelle de la défaite vint au milieu des rèjouiflknces pour la naiffance d'un arrière-petit^ fils de Louis XIV, Perfonnc n'ofait apprendre au roi une vérité fi cruelle; Il &llut que madame de Maintenon fe chargeât de lui. dire, qn-'il n'était plus invincible. On a dit &; on a écrit, & toutes les hiftoires ont répété, que l'empereur fît ériger dans les plaines de Blenheim, un monument de cette défaite, avec une infcription flè- trilîante pour le roi de France ; mais ce monument n'éxifla jamais. *Il n'y a eu que l'Angleterre, qui en ait érigé un à la gloire du duc de Marleborough. La reine & le parlement lui ont fait bâtir dans fà principale terre, un palais immenfe, qui porte le nom de Blenheim. B b 2 Cette i88 LOUIS XIV. Cette bataille y eft répréfentée dans les tableaux & (ùr les tapiiTeries. Les remercimens des chambres du parlement, ceux des ville^ & des bourgades, les acclamations de l'Angleterre furent le premier prix qu'il reçut de fa viâoire. Le poème du célèbre Adiflbn, monument plus durable que le palais de Blenheim, eft compté, par cette nation guerrière & favante, parmi les récompenfes les plus honorables du duc de Marleborough. L'Empereur le fit prinCe de l'empire, en lui donnant la principauté de Mindelheim, qui fut depuis échangée contre une autre ; mais it n'a jamais été connu fous ce tire, le nom de Marleborough étant devenu le plus beau qu'il pût porter. L'armée de France difperfée laifîê aux alliés une carrière ouverte du Danube au Rhin. Ils paflènt le Rhin : ils entrent en Alfàce. Le prince Louis de Bade, général célèbre pour les campemens & pour les marchej, inveftit Landau. Le roi des. Romains Jofeph, fils aîné «9 «23 de l'empereur Léopold, vient à ce fiége. On prend Landau : on prend Trarbach. Cent lieues de païs perdues n'empêchaient pas, que les frontières de la France ne fuilènt encor reculées. Louis XIV foûtenait fon pe- tit-fils en Efpagne, & était viôorieux en Italie. II fallait de grands efforts en A Uemagne, pour réfiftèr a Marleborough viâorieux ; & on les fit. On raflêmbla les débris de l'armée : on épuifk les gamifbns : on fit marcher des milices. Le miniftérc emprunta de l'argent de tous côtés. Enfin on eut une armée ; & on rappella, du fond des Cévennes, le maréchal de Villars pour la commander. Il vint, & le trouva près de Trêves avec des forces inférieures, vis-à-vis Je général Anglais. Tous deux voulaient donner une nouvelle bataille. Mais le prince de Bade n'étant pas venu afièz t6t joindre fcs troupes aux Anglais, Villars eut au moins l'honneur de faire décamper Marlebo- Mai. rough. C'était beaucoup alors. Le duc de Marleborough, qui efti- *'°^* mait aflcz le maréchal dc| Villars pour vouloir en être e(Hmé, lui écrivit en décampant ; „ rendez moi la juftice de croire, que ma 9, retraite eft la faute du prince de Bade ; & que je vous eftime encor „ plus, que je ne fuis fâché contre lui.,. Les Français avaient donc encor des barrières en Allemagne, La Flandre, où commandait le maréchal de Villeroi délivré de fa prifon, p'ttait pas entamée. En Efpagne, le roi Philippe cinq & l'archiduc Charles attendaient tous deux la couronne; le premier, de la puif- &nce josqjo'a 1705. 189 fance de fon grand-pcre, & de la bonne volonté de la pluipart des Efpagnols ; le fécond, du fecours des Anglais, & des partiîàns qu'il a- vait en Catalogne & en Arragon. Cet archiduc, depuis empereur & alors fécond fils de l'empereur Léopold, n'aiant rien que ce titre, al- la prefque fans fuite à Londres implorer l'appui de la reine Anne. Alors parut toute la puiffance Anglaife. Cette nation, fi étran- gère dans cette querelle, fournit au prince Autrichien deux-cent vaif- TcAux de tranfport, trente-vaiffeaux de guerre joints à dix vaiflëaux Hollandais, neuf-mille homrnes de troupes, & de l'argent pour aller conquérir un roiaume. Mais cette fupériorité, que donnent le pou- voir Se les bienfaits, n'empêchait pas que l'empereur, dans & lettre à la reine Anne, préfentée par l'archiduc, ne refufit à cette fouve- raine fa bienfaiflrice le titre de majefté : on ne la traitait que de férénité, félon le ftile de la cour de Vienne, que l'ufage feul peut juftifier. CHA- sçt LOUIS XIV. CHAPITRE DIXNEUVIEME. Pertes en Efpagne: pertes des batailles de Ramillies & de lurin^ ^ kur s faites. UN des premiers exploits de ces troupes Angkifes, fut de pren- dre Gibraltar, qui paflait avec rai^n pour imprenable. Une longue chaîne de rochers efcarpés en défendent toute approche du côté de terre : l'entrée de la mèr eft inaccefllble aux grands navires. Une baye longue, mal lîire & orageufe, y laiflc les vaifTeaux expo- fés aux tempêtes & à Tartillerie de la fortcrefle &; du mole : les bour- geois feuls de cette ville la défendraient contre mille vaiflèaux & cent- mille hommes. Mais cette force même fut la caufê de fa prife. Il n*y avait que cent hommes de garnifon ; c'en était afTez : mais ils négligeaient un lervice qu'ils croiaient inutile. Le prince de Heflè avait débarqué avec dix huit-cent (bldats dans Tifthme qui eil au nord derrière la ville ; mais de ce côté-là, un rocher elcarpé rend la ville inattaquable. La âote tira envain quinze-mille coups de canon. Enfin des matelots, dans* une de leurs réjouiffances, s'approchèrent dans des barques fous le mole, dont l'artillerie devait les foudroier ; 4 Août gjjç jjg JQy^ point. Ils montent (ur le mole ; ils s'en rendent maî- tres : les troupes y accourent; il falut que cette ville imprenable iè rendît. Elle eft encor aux Anglais dans le tems que j'écris. L'Ef- pagne, redevenuë une puiflânce fous le gouvernement de la princeflê de Parme, féconde femme de Philippe cinq & vidorieufe depuis en Afrique & en Italie, voit encçr, avec une douleur impuiflânte, Gi- braltar aux mains d'une nation feptentrionale, dont les vaiflèaux fré- quentaient à peine, il y a deux fitcles, la mèr mediterranée. Immédiatement après la prife de Gibraltar, les Anglais, maî- tres de cette mèr, donn mais dernière époque de la puiflànce maritime de Ixwis XIV. '7*^' Son fils naturel, le comte de Touloufè) amiral du roiaume, y com-^ mandait cinquante vaiilèaux de )igne & vingt- quatre galères. Il le retira avec gloire, 6c (ans perte. Mais depuis, le roi aiant envoie treize vaifTeaux pour attaquer Gibraltar tandis que le màrcchai de ^»r» Tcfle laflicgeait par terre, cette double témérité perdit à la fois & *^°^' Tarmée 8c la Aote. Une partie des vaifTeaux fut brifée par la tempête : une autre, prife par les Anglais à labordage, après une réfiftance admirable ; une autre bràiée fur les côtes d'£fpâgne. Depuis oe jour on ne vit plus de grandes fiotes Françaifes, ni dans Tocéan, ni dae» la méditerranée. La marine rentra prefque dans l'état doDl Louis XIV. lavait tirée, ain fi que 'tant d autres choies éclatantes, qui ont eu fous lui leur client Se leur couchant. Ces mêmes Anglais, qui avaient pris pour eux Gibraltar, conqui- rent en fix f maines, le roiaume de Valence & de Catalogne pour l'ar- chiduc Charles. Us prirent Barcelone, par un hazard qui fut TejSet de la témérité des afiiégeans. Les Anglais étaient fous les ordres d*un des plus finguliers hommes, qu'ait jamais porté ce païs fi fertile en effM'its fiers, courageux 8c bi- zarres. C'était le comte de Péterborough, homme qui reflèmblait en tout à ces héros, dont l'imagination des Ffpagnols a rempli tant de livres. A quinze ans, il était parti de Londres pour aller faire la guerre aux Mores en Afrique. Il avait, à vingt-ans, commencé la révolution d'Angleterre, 8ç s'était rendu le premier en Hollande au- près du prince d^Orange : mais de peur qu'on ne fbupçonnit la rai- ibn de ion voiage, il s'était embarqué pour l'Amérique ', 8c de-là il était allé à la Haie fur un vaifiêau Hollandais. II. donna tout Ion bien plus d'une fois« Il faifait alors la guerre en Efpagne prefque à fes dépens, 8c nourrifiait l'archiduc 8c toute fà mai on. C'était lui, qui afîitgeait Barcelone avec le prince de * Darmfiadt. Il lui pro^ pofê d'emporter, l'épée à la main, les retranchemens qui couvrent le fort Mont- Joui & la ville. Ces retranchemens, où le prince de Darmfiadt périt, font emportés l'épée à la main. Une bombe crève dans le fort fur le magazin des poudres, 8c le fait fauter : le fort efl • L'hiftoire de Réboulet appelle ce prince chef des faftieux, comme s*il eût été un Ëfpagnol révolté contre Philippe V. 4 pris ; Ï92 LOUIS XIV. pris : la ville capitule. Le vice-roi parle à Péterborcugh à la porte de la ville. Les articles n'étaient pas encor fignés, quand on entend tout à coup des cris & des hurlemens. Vous nous trabijfezy dit le vice-roi à Péterborough : nous capiiulons avec bonne foi^ &^ voila vos Anglais, qui font entrés dans la ville par les remparts. Ils égorgent ; ils pillent, & ils violent. *' Vous vous méprenez, répondit mylord ** Péterborough ; il faut que ce foit des troupes du prince de Darnir ** ftadt. Il n y a qu'un moien de fauver votre ville, c*eft de me ** laifler entrer fur le. champ avec mes Anglais: j'appaiferai tout, & ** je reviendrai à la porte achever la capitulation." Il parlait d*un ton de vérité & de grandeur, qui joint au danger préfent, perfuada le gouverneur : on le laiflà entrer. Il court avec fes officiers : il trouve des Allemans & des Catalans, qui faccageaient les maifbns des principaux citoiens ; il les chaflè ; il leur fait quitter le butin qu'ils enlevaient : il rencontre la ducheflè de Popoli entre les* mains des ibldats,' prête à être déflionorée; il la rend à fon mari. Enfin, aîant tout appaife,. il retourne à cette porte, & fîgne la capitulation. Les Ëfpagnols étaient confondus de voir tant de magnanimité dans des Anglais, que la populace avait pris pour des barbares impitoiables, parce qu'ils étaient hérétiques. A la perte de Barcelone fe joignit encor l'humiliation de vouloir iiHitilement la reprendre. Philippe V, qui avait pour lui la plus gran- de partie de l'Eipagno, n'avait ni généraux, ni ingénieurs, ni pres- que de foldats. La France fourniflait tout. I e comte 'Touloufe levi- ent bloquer le port, avec vingt cinq vaifièaux qui reftaient à la France. Le maréchal de Teffé forme le fiége, avec trente & un efca- drohs & trénte-fèpt bataillons. Mais la flote Anglaife arrive : la Françaife fc retire : le maréchal de Telîé lève le fiége avec précipi- tation. Il laide dans fon ca^rp àtç- provifions immenfes: il fuit & 12 Mai abandonne quinze- cent blefles à l'humanité du comte Péterborough. * Toutes ces pertes étaient grandes : on ne lavait, s'il en avait plus coûté auparavant à la France pour vaincre l'Elpagne, qu'il lui en coûtait alors pour la fccourir. Toute foi^ le petit- fils de Loui^; XIV. fe foûtenait, par TafFeâion de la nation Caftillane, qui met fon or- gueil à être êdéle, & qui perfiftait dans fon choix. Les affaires al- laient bien en Italie. Louis XIV était vangé du duc de Savoie. Leduc de i. 4c' Ve au Rhin ; elle avait coûté à la maifon de Bavière tous fès états. La journée dé Ramillies avait fait perdre tout la Flandre jusqu'aux portes de LiDe. La déroute de Turin avait chailc les Français d'Italie, ainfl qu*ils Tont toujours été dans toutes les guerres depuis Charlemagne. Il refiait des troupes dans le Milanais, & cette petite armée vic- torieufè fous le comte de Médavy. On occupait encor quelques places. On propoÉi de céder tout à l'empereur, pour vu qu'il laifTât retirer ces troupes, qui montaient à près de quinze-mille hommes. L'empereur accepta cette capitulation. Le duc de Savoie y confentit. Ainfi l'empereur, d'un trait petit roiaume qu'on confèrvait aux Efpagnols, 6c dont nos rois ajou- tent encor le titre à celui de France, par un ufàge qui fêmble au defTouâ de leur grandeur. A ces ■ • Dans Phiftoirc de Réboulet, il eft dit qu'il eut cette fouveraînctc des Pan 1 700 : mais alors il n'avait que la vice-roiaaté. •JUSQU^A 1769* loi A ces désaftres s*en joignit un autre, qui parut décîfif. Les Portugais, avec quelques Anglais, prirent toutes les places devant lesquelles ils fe préfëntérent, & s'avancèrent jusques dans TEllrama* doure. C'était un Français devenu pair d'Angleterre, qui les com- mandait, mylord Galowai autrefois comte de Ruvigni ; tandis, que le duc de Barwick Anglais ttait à la tête des troupes de France & d'Efpagne, qui ne pouvaient plus arrêter les viâorieux. Philippe V, incertain de fa deftinte, était dans Pampelune. Charles, fon compétiteur, groflissait (on parti & fcs forces en Catalogne. Il était maître de T Aragon, de la province de Valence, de Cartha- géne, d'une partie de la province de Grenade. Les Anglais avaient pris Gibraltar pour eux, & lui avaient donné Minorque, Ivica, & Alicante. Les chemins d'ailleurs lui étaient ouverts jusqu'à Madrid. Gallowai y entra lans rcfiftance, & " fit proclaimer roi l'archiduc Charles. Un fimple détachement le fit aufli proclamer 26 juîr a Tolède. Tout parut alors fi désefpéré pour Philippe V, que '7^6. le maréchal de Vauban, le premier des ingénieurs, le meilleur des citoiens, homme toujours occupé de projets, les uns utiles, les autres peu praticables, & tous finguliers, propofa à la cour de France . d'envoier Philippe V régner en Amérique. On l'eût fait embar- quer avec les Efpagnols attachés à fon parti. L'Efpagne eût été abandonnée aux faâions civiles. Le commerce du Pérou & du Mexique n'eût plus été que pour les Français ; & dans ce revers de la famille de Louis XIV, la France eût encor trouvé la gran- dèur. On délibéra fur ce projet à Verfailles ; mais la confiance des Caftillans & les fautes des ennemis confervérent la couronne a Philippe V. Les peuples aimaient dans Philippe le choix qu'ils avaient fait, & dans fa femme, fille du duc de Savoie, le foin qu elle prenait de leur plaire, une intrépidité au dcfius de fon féxe, & une conftance agiflante dans le malheur. Elle allait elle-même de ville en ville animer les cœurs, exciter le zélé, & recevoir les dons que lui apportaient les peuples* Elle fournit ainfi à fon mari plus de deux-cent mille écus en trois femaines. Aucun des grands, qui avaient juré d'être fidèles, ne fut traître. Quand Gallowai fit pro^ clamer l'archiduc dans Madrid, on cria Five Philippe ; & a Tolède, le peuple émû chafla ceux qui avaient proclamé l'archiduc. Dd Les Inouïs XIV. Les £ip9^nolt avaient ju{quea-U ùât peu dWorts pour £>ûtemf leur foi ; ils en firent de prodigieux quand ils le virent ^diattu, & montrèrent en cette occafion une eTpéce de courage contraire a celui des autres peuples, qui commencent par de grands efforts, & qui iê rebutent. Il eft difficile de donner un roi à une nation malgré elle. Les Portugais, les Anglais, les Aûtrichi^is, qui étaient en Efpagne, furent haicelés partout, manquèrent de vivres, firent des fautes prelque toujours inévitables dans un païs étranger, ôc fiirent 22^s^t. |)jittu3 en détail. Enfin Philippe V, trois mois après être fôrti de Madrid en fiigitif, y rentra tri(Hnphant, & fut reçu avec autant d'ac^ clamations que 6m. rival avait éprouvé de fioideur & de répugnance. Louis XIV redoubla fès efforts, quand il vit que les K^agnols en faifaient ; 6c tandis qu'il veillait à la fureté de toutes les côtés fut l'océan & fur la Méditerranée, en y plaçant des milices ; tandii qu'il avait une armée en Flandre, une auprès de Strafbourg, un corps dans la Navarre, un dans le Rouflillon ; il envtMait encor de nouvelles troupes au maréchal de Barwick dans la CafliUe. Ce fut avec çe& troupes, fécondées des Efpagnols, que Barwick as Avriïgiigna la bataille importante d'Almanza, furGallowai. Ni Philippe V, '7^' ni Tarchiduc, ne furent préiêns à cette journée ; & c'efl furqtioi le fameux comte de Péterborough, fmgulier en tout, s'écria, ^uup aux alliés, ne coûtait pas moins aux Français : elle avait ravagé une grande étendue de terrain, 6c diviié les forces. . L'Europe ne s'attendait pas, que dans un tems d'épuifement 6c lorsque la France comptait pour un grand fuccès d'être échapée à une invadon, Louis XIV aurait aflèz de grandeur 6c de reâburces pour tenter lui-même une invaiion duis la Grande-Bretagne, malgré ^ dépériflbment de fcs forces maritimes, 6c malgré les ilotes de& Angûis, qui couvraient la mèr. Ce projet fut propofe par des Ecoilâis attachés au fils de Jacques II. Le fuccès était douteux ; mais Louis XiV enviiàgea une gloke certaine dans la feule entre- prifè. Il a dit lui-même, que ce motif l'avait déterminé autant que l'intérêt politique. :■> D d 2 fot- .?o4 LOUIS XIV. Porter la guerre dans la Grande-Bretagne, tandis qu'on en {obte- nait le fardeau fi difficilement en tant d'autres endroits ; & tenter de rétablir du moins fiir le trône d'Ecoflê le fils de Jacques II, pen- dant qu'on pouvait à peine maintenir Philippe V fiir celui d'Efpagne; c'était une idée pleine de grandeur, & qui après tout n'était pas deftituée de vraifemblance. Parmi les Ecofiâis, tous ceux qui ne s'étaient pas vendus à la cour de Londres, gémiflâient d'ctre dans la dépendance des Anglais. Leurs vœux fecrets appellaient unanimement le defcen- dant de leurs anciens rois, chafié au berceau des trônes d'Angleterre, d'Ecoffe & d'Irlande, & à qui on avait dilputé jusqu'à fa naifiànce. On lui promit, qu'il trouverait trente-mille hommes en armes, qui combattraient pour lui, s'il pouvait feulement débarquer vers Edim- bourg, avec quelque fêcours de la France. Louis XIV, qui dans fes profpérités pafï^es avait fait tant d'efforts pour le père, en fit autant pour le fils, dans le tems même de (es revers. Huit vaifîèaux de guerre, fbixante 6c dix bâtimens de trans- i^j^„ port, furent préparés à Dunkerque. Six mille hommes furent em- 1708. barques. Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon, com- mandait lés troupes. Le chevalier de Forbin-janfon, l'un des plus grands hommes de mer, conduifait la flote. La conjonâure pa- raiflkit favorable ; il n'y avait en Ecofïè que trois-mille hommes de troupes réglées. L'Angleterre était dégarnie. Ses fbldats étaient occupes en Flandre fous le duc de Marleborough. Mais il fallait arriver ; & les Anglais avaient en mer une flote de près de cin- quante vaifîèaux de guerre. Cette enterprifè fut entièrement fêm- blable à celle que nous avons vue en 1744, en feveur du petit-fils de Jacques fécond. Elle fut prévenue par les Anglais. Des contre- tems la dérangèrent. Le miniftére de Londres eut mcme le tems de faire revenir douze bataillons de Flandre. On fe fâifit d^is Edimbourg des hommes les plus fufpeôs. Enfin, le prétendant s'ttant préfénté aux côtés d'Ecofîé & n'aiant point vu les fignaux convenus ; tout ce que put faire le chevalier de Forbin, ce fut de le ramener à Dunkerque. Il feuva la flote ; mais tout le finit de l'entreprife fut perdu. Il n'y eut que Matignon, qui gagna à cette entreprifé. Aiant ouvert les ordres de la cour en pleine mèr, il y vit les provifions de maréchal de France j récompenfé de ce qu'il ne put faire. Si JUS.QU A 1709, 205 Si jamais il y eut une vifion abfurde, c*eft celle de quelques his- toriens, qui ont prétendu que la reine Anne était d'intelligence avec {qd. frère, il y a de rimbccillité à iuppofa", qu'elle invitât fon com- pétiteur à la venir détrôner. On a confondu les tems. On a cru qu'elle le favorifait alors, parce que depuis elle le regarda en fècret comme fon héritier. Mais qui peut jamais vouloir être chafTé par {Qn< fucceiTeur ? Tandis que les affaires de la France devenaient de jour en jour phis mauvaifès, le roi crut qu'en faifant paraître le duc de Bourgogne fon petit-fils à la tcte des armées de Flandre, la préfênce de l'héritier préfomptif de la couronne ranimerait l'émulation, qui commençait trop â fe perdre. Ce prince d'un efprit ferme & intrépide, était pieux, juflc & philofophe. Il était fait poun commander à des fages. JËlcve de l'archévcque de Cambrai, il aimait fes devoirs t il aimait les hom- mes; il voulait les rendre heureux. Inftruit dans l'art de la guerre, il regardait cet art plustôt comme le âéau du genre humain & com- me une néoeflité malheureufè, que comme une fburce de véritable gloire. On oppofà ce prince philofophe au duc de Marleborough t on lui donna pour l'aider le duc de Vendôme. Il arriva ce qu'on ne voit que trop fouvent : le grand capitaine ne fut pas afîez écouté, & le confeil du prince balança fouvent les raifons du général. Il fe forma deux partis : 6c dans l'armée des alliés, il n'y en avait qu'un; celui de la caufe commune. Le prince Eugène était alors fur le Rhin j mais toutes les fois qu'il fut avec Marleborough, ils n'eurent jamais qu'un fentiment. Le duc de Bourgogne était fupérieur en forces : la France, que l'Europe croiait épuiféc, lui avait fourni une armée de près de cent- mille hommes ; & les alliés n'en avaient alors que quatre-vingt- mille. Il avait encor l'avantage des négociations, dans un païs fi. long-tems Efpagnol, fatigué de gamifbns Hollàndàifès, 6c où beau- coup de citoiens penchaient pour Philippe V. . Des intelligences lui ouvrirent les portes deGand 6c d'Ypres.Mais les manœuvres de guerre firent évanouir le fruit des manœuvres de politique. La divifion^- qui mettait de l'incertitude dans le confeil de guerre, fit que d'abord on marcha vers la Dendre, 6c que deux heures après on rebroufTa vers l'Escaut, à Oudenarde. Ainfi on perdit du tems. On trouva le prince Eugène 6c Marleborough qui n'en perdaient point, 8c qui étaient unis. On fut mis en déroute vers Oudenarde. Ce n'était " J"'^- 170». pas 2o6 LOUIS XIV, pas une grande bataille ; mais ce fut une fatale retraite. Les fautes le multiplièrent. Les régimens allaient ou ils pouvaient, fans rece- voir aucun ordre. Il y eut même plus de quatre- mille hommes qui furent pris en chemin par l'armée ennemie, à quelques milles du champ de bataille. L*armée découragée Ht retira iâns ordre, fous Gand, fbus Tour^ nai, fous Ypres, & laiflâ tranquilement le prince Eugène, revenu du Rhin, aifiéger Lille avec une armée moins nombieufè. Mettre le ûé^ devant une ville aulH grande & aufll fortifia que Lille, fans être maître de Gand, fans pouvcMr tirer fês omvois que d*Ofbende, fans les pouvoir conduire que par une chaufiee étroite au hazard d*ctre à tout moment furpris ; c'efl ce que l'Europe appella une aâion téméraire, mais que la mésintelligence âc Vtfyàt d'incertitude, qui reliaient dans Tannée Francaifê, rendirent CX' cufkble. C'efl enfin ce que le fuccès juflifia. Leurs grands oc»i- vois, qui pouvaient être enlevés, ne le furent point. Les troupes qui les efcortaient, & qui devaient être battues par un nomlno fiipérieur, furent viâorieufès. L*armée du duc de Bourgogne, qui pouvait attaquer les retranchemens de l'armée ennemie encor im- parfaits, ne les attaqua pas. Lille fut priiè, au grand étonno» ment de toute l'Europe, qui croiait le duc de Bourgogne plus en état d^afGégèr Eugène & Marldxsrough, que ces généraux en état d*a{&cgèr Lille. Le maréchal de Bouflers la défendit pendant près de quatre mois. Les habitans s'accoutumèrent tellement au fracas du canon, & à toutes les horreurs qui fuivcnt un fiége, qu'on donnait dans la ville des fpeâades aufu fréquentés qu'en tems de paix ; & qu'une bombe, qui tomba près de la fâle de la comédie, n'interrompit point le fpcâacle. Le maréchal de Bouflers avait mis fî bon ordre à tout, que les habitans de cette grande ville étaient tranquiles fur la foi de fès fa- tigues. Sa défenfb lui mérita l'eftime des ennemis, les cœurs des« citoiens, & les téoompenfès du roL f Les hiflcniens, ou plustôt les écrivains de Hollande, qui ont ajffisâé de la blâmer, auraient dû iè fouvenir, que quand on contredit la voix puUique, il (axst avoir -f Telle eft Phîftojre qù*un libraire, nommé Vanduren» fit écrire par le jéfuite la Motte. téfugié en Hollande fous le nom de la Hode, continuée par le Martiniért, le tout fur les prétendus mémoires d'un comte de • . . fecréuûre d'état. JtlSQ.U A 1709. 207 avoir été témoin & témoin éclairé, ou prouver ce qu'on avance. Cependant l'armée, qui avait regarde faire le fiége de Lille, fe fondait peu à peu ; elle laiilk prendre enfliite Gand, Bruges, 6c tous fês poftes l'un après l'autre. Peu de campagnes furent aufli fatales. Les officiers, attachés au duc de Vendôme, reprochaient toutes ces fautes au confeil du duc de Bourgogne ; 6c ce confeil rejettait tout flir le duc de Vendôme. Les efprits s'aigrifîâient par le malheur^ Un courtifân du duc de Bourgogne dit un jour au duc de Vendôme : V^oilâ ce que ceji, que de n aller jamais à la meffe ; auffi vous volez quelles font nos disgrâces^ ** Croièz-vous, lui répondit le duc de „ Vendôme, que Marleborough y aille plus foùvent que moi ?'* X coup de fiefs qui relevaient jusqu'alors des papes, 6c furtout Parme 6c Plaifance \ en ravageant quelques terres eccléflafliques ; en fè iàifif&nt de la ville de Comacchio. Autrefois un pape evit excom» mimié tout empereur, qui lui aurait difputé le droit le plus léger ; & cette excommimication eût fait tomber l'empereur du trône* Mais la puiilance des clez étant réduite au point où elle doit l'être. Clément XI animé par le France, avait ofé un moment fe fervir de la puifTance du Glaive. Il arma 6c s'en repentit bien? tôt. 2o8 LOUIS XIV. tôt. Il vit que les Romains, fous un gouvernement tout lacer- dotal, n'étaient pas faits pour manier Tépce. Il désarma ; il laiffa Cbmàcchio en dépôt i l'empereur ; il confentit à écrire à Tar- chiduc, à notre très cher fils roi Catholique en Efpagne. Une flote Anglaife dans la Méditerranée, & les troupes Allemandes fur fes terres, le forcèrent bientôt d'écrire, à notre très cher fils Charles roi des Efpagnes. Ce fuffrage du pape, qui n'était rien dans l'empire d'Allemagne, pouvait quelque chofe fur le peuple Efpagnol, à qui on avait fait accroire, que l'archiduc était indigne de régner, parce qu'il était protégé par des hérétiques qui s'étaient empares de Gibraltar. Août Reftait à la monarchie Efpagnole, au de-là du continent, l'île *'° ' de Sardaigne avec celle de Sicile. Une flote Anglaife donna la Sar- daigne à l'empereur ; car les Anglais voulaient que l'archiduc n'eût que l'Efpagne Leurs armes faifaient alors les traités de partage. Ils réfervérent la conquête de la Sicile pour un autre tems, & aimè- rent mieux emploier leurs vaifîeauv à chercher fur les mers les gali- ons de l'Amérique, dont ils prirent quelques uns, qu'à donner à l'empereur de nouvelles terres. La France était auflî humiliée que Rome & plus en danger : les 1-efîburces s'épuîfaient ; le crédit était anéanti ; les peuples, qui avaient idolâtré leur roi dans fes profpérités, murmuraient contre Louis XIV malheureux. Dés partifans, à qui le mîniftére avait vendu la nation pour quel- que argent comptant dans fes befbins preiTans, s'engraifTaient du malheur public, & infultaîent à ce malheur par leur luxe. Ce qu'ils avaient prêté était difîîpé. Sans l'induftrie hardie de quelques négocians, & furtout de ceux de Saint-malo, qui allèrent au Pérou, & rapportèrent trente millions dont ils prêtèrent la moitié à l'état, Louis XIV n'aurait pas eu dequoi païer fes troupes. La guerre avait ruiné l'état ; & des marchands le fauvérent. Il en fut de mcme en Efpagne- Les galions, qui ne furent pas pris par les An- glais, fervirent à défendre Philippe. Mais cette reflburce de quel- ques mois ne rendait pas les recrues de foldats plus faciles. Chamil- lard, élevé au miniftére des finances & de la guerre, remit le dernier entre les mains de monfieur Vôifin, depuis chancelier, qui avait été intendant de frontière. Les armées n'en furent gucres mieux pour- Fcvr. vues, ni plus encouragées. Le même Chamillard, aiant enfuite rc- '^^ ' nonce JUtQU*A 1709. 109 nonce aux finances^ * ion iùccdlêur Des-marêts ne pouvait rétablir un crédit anéanti. Le cruel hiver de 1709 acheva de désefpérer la nation. Les oliviers, qui ibnt une grande reflburce. dans le midi de la France, périrent. Prelque tous les arbres fruitiers gelèrent. Il n'y eut point d'elpérance de récolte. On avait très peu de magaiùis. Les grains, qu'on pouvait faire venir à grands frais des échelles du Levant & de TAfiique, pouvaient être pris par les âotes ennemies» ausquelles on n'avait presque plus de vaiiTeaux de guerre à oppofer. Le néau de cet hiver cruel était général dans l'Europe : mais les ennemis avaient plus de refburoes. Les Hollandais fur tout, qui ont été £ long-tems les &âeurs des nations, avaient afTez de magaflns pour mettre les armées âoiiilântes des alliés dans l'abondance ; tan- dis que les troupes de France, diminuées &: découragées, lèmblaient devoir périr de mifére. Louis XIV, qui avait déjà fait quelques avances pour la paix, fè détermina, djans ces circonitances funeiies, à envoler à la Haie fon principal miniftre, le marquis de Torci-colbeit, affilie du préfident Rouille. La démarche était humiliante. Ils virent d'abord a Anvers deux bourguemeftres d' Amflerdam, l'un nommé Buis, l'autre Ven- derduilbn, qui parlèrent en vainqueurs, & qui rendirent aux mini- ftres du plus ûèr de tous les rois, toutes les hauteurs dont ils avaient été accablés en 1 6 7 2 . Les Etats Généraux n'avaient plus de ftathouder depuis la mort du roi Guillaume ; & les magidrats hollandais, qui appellaient déjà leurs familles les familles patriciennes ^ étaient autant de rois. Les quatre commiHâires hollandais, députés à l'armée, traitaient avec fierté trente princes d'Allemagne à leur foldc. Huonfaffe venir Hol- fiein^ diiâient-ils : quondifeà Hejfe de nous venir parler, Ainfl s'expliquaient des marchands, qui dans la {implicite de leurs vcte- mens & dans la frugalité de leurs repas, fe plaifaient à écraser à la fois l'orgueil Allemand qui était à leurs gages, & la fierté d'un grand roi autrefois leur vainqueur. Us étaient bien loin de s'en tenir à faire voir aux hommes, par ces démonftrations de fupériorite, qu'il n'y à de vraie grandeur que la puiflânce : ils voulaient, que leur E e état • I.'hiftoire de rexjéfuitcla Motte, rcdig'c par la MartiDicre, dit que monfieur deCha- millard fut déftitué du miniftére des finances en 1703 ; & que la voix publique y appella iMiuiréchal d'Harcourt Les fautes de cet hiftorien font fans nombre. 2IO LOUIS XIV. ctat eût en {bureraineté dix villes en Flandre, entre autres, Lijle qui était entre leurs mains, & Tournai qui n*y était pas encore. Ainfi les Hollandais prétendaient retirer le fruit de la guerre, non feule- ment aux dépens de la France, mais encor aux dépens de 1* Autriche» pour laquelle ils combattaient ; comme Venifê avait autrefois aug- menté fon territoire des terres de tous fès voifins. . L*efprit répub- licain efl au fond aufli ambitieux que Tefprit monarchique. Il y parut bien quelques mois après : car, lorsque ce fantôme de négociation fut évannoui ; lorsque les armes des alliés eurent encor de nouveaux avantages, le duc de Marleborough, plus maî- tre alors que fa fbuVeraine en Angleterre & gî^né par la Hollande, fît conclure avec les Etats Généraux en 1 709; un traité, par lequel ils refieraient maîtres de toutes les villes frontières qu*on prendrait fur la France, auraient gamifbn dans vingt places de la Flandre aux dépens du païs, dans Hui, dans Liège & dans Bonne, & auraient en toute fouveraineté la haute Gueldre. Ils feraient devenus en efFet fbuverains des dix-fbpt provinces des Païs-rBas ; ils auraient domi- né dans Liège & dans Cologne. C'efl ainfî qu^ils voulaient s*ag- grandir fur les ruines même de leurs alliés. Ils nourriraient déjà ces projets élevés, quand le principal minifb-e de France vint leur de- mander la paix, il ne faut pas être furpris, s*il fut reçu avec Dédain. De ces préliminaires d'abaiffement, le miniflre de Louis XIV alla à la Haie recevoir, au nom de fbn maître, le comble de Toutra^. Il y vit le prince Eugène, le duc de ^^leborough, 6c le penfîon- naire Heinuus. Tous trois voulaient la continuation de la guerre. Le prince y trouvait ùl grandeur & ùl vangeance ; le fécond, fà gloire & une fortune immenfè, qu'il aimait également ; le troifiéme, gou- verné par les deux autres, fê regardait comme Cm Spartiate, qui abaiflàit un roi de Perfè. Ils propoférent, non pas une paix, mais une trêve ; & pendant cette trcve, une fàtisfaâion entière pour tous leurs alliés, & aucune pour les alliés du roi ; à condition que le roi fê joindrait à eux pour chaflêr d'Efpagne fon propre petit-âls dans lefpace de deux mois, 6c que pour fûretè il commencerait par céder à jamais dix villes- aux Hollandais dans la Flandre, par aa Mal rendre Strafbourg 6c Brifàc, 6c par rencmcèr à la fouveraineté de >7C9- TA-lfâce. Louis XIV ne s'était pas attendu, quand il refufàit au- trefois une compagnie de cavaierie au prince Eugène, quand Churchil jusqu'à 1709. 211 Chiirchil n*était pas encor colonel en Angleterre, 8c qu'à peine le nom de Heinfius lui était connu, qu'un jour ces trois honunes lui impo&raient de pareilles loix. Le marquis de Torci repartit ^s avoir même négocié, & rapporta au roi les ordres de fès enne- mis. Louis XIV fit alors ce quil n'avait jamais fait avec iès fujets. n ïe juftifîa devant eux ; il adreflâ une lettre circulaire, par la- quelle, en rendant conipte à (es peuples de ^deau qu'il était ob- 1^ de leur faire encor fbûtenir, ill excitait leur indignation, leur honneur, & même leur pitié. Les politiques dirent, que Torci n'était allé s'humilier à la Haie, que pour mettre les ennemis dans leur tort, pour juflifier Louis XIV aux yeux de l'Europe, 6c pour animer les Français par une jufte refïêntiment ; mais le ^t efl;, qu'il n'y était allé que pour demander la paix. On laif& même encor quelques jours le préfident Rouillé à la Haie, pour tâcher d'obtenir des conditions moins accablantes : 6c pour toute léponfê, les états ordonnèrent à Rouillé de partir dans vingt-quatre heures. Louis XrV, à qui l'on rapporta des réponfès û dures, dit à Rouillé : Puisqu il faut faire la guerre^ faime mieux la faire à fnes tnfiemis pi à mes enfans» Il fb prépara donc à tenter encor la for- tune en Flandre. La famine, qui défblait les campagnes, fut une refiburce pour la guerre. Ceux qui manquaient de pain, fê firent ibldats. Beaucoup de terres reftérent en mche ; mais on eut une armée. Le maréchal de Villars, qu'on avait envoie commander l'année précédente en Savoie quelques troupes dont il avait réveille l'ardeur, 6c qui avait eu quelques petits fuccès, fut rappelle en Flandre, comme celui en qui l'état mettait fbn efpérance. Déjà Marleborough avait pris Tournai^ dont Eugène avait cou- vert le flége. Déjà ces deux généraux marchaient pour inveflir Mons. Le maréchal de Villars s'avança pour les empêcher. 11 avait avec lui le maréchal de Bouflers, ion ancien, qui avait demandé à fèrvir fous lui. Bouflers aimait véritablement le roi 6c la patrie. Il prouva en cette occafion (malgré la maxime d'un honmie de beaucoup d'efpiit) que dans un état monarchique, 6c furtout fous un bon maître, il y a des vertus. Il y en à fans doute tout autant que. dans les républiques, avec moins d'enthoufîafme peut-être, mais avec plus de ce qu'on appelle honneur. Dès que les Français s'avancèrent pour s'oppofer à l'invjcflifïê- £ e 2 ment 212 LOUIS XIV. ment de MoAs, leë alliés vitivent les âttàquef pre< des bois de blan-- gies & du village de Malplaquet. Les deux armées étaient chacune d'enviroft quatre-vingt-mille combattans ; mais celle des alliés était fupérieure de quarante- deux bataillons. Les Français traînaient avec eux quatre-vingt pièces de canon ; les alliés cent-quarante. Le duc de Marlebo- rough commandait Taile droite, où étaient les Anglais & les tïoupes Allemandes a la folde d'Angleterre : le prince Eugène était an centre : Tilii & un comte de NaiTau, à la gauche avec les Hollandai». II Sept. Le maréchal de Villarsprit pour lui la gauche, & laiflà la droite ^709- au maréchal de Bouflers. Il avait retranché fim armée à la hâte, manœvre probablement convenable à des troupes inférieures ai nombre, longtems malheureufès, dont la moitié était compèf^ dt nouvelles recrues, 6c convenable encor à la fltuation de la France^ qu'une défaite entière eût mife aux derniers abois. Quelques hiP' toriens ont blâmé le général dans fa dilpoiltion ; // devaity difaient- ils, pajfèr une large trouée^ au lieu de la laijjer devant lui. Ceux^ qui de leur cabinet jugent ainfî ce qui fè paiie fur un -champ de ba- taille, ne Ibnt-ils pas trop habiles? Tout ce que je iâi, c*efl ce que le maréchal dit lui-miêmey que les fbldats, qui aiant manqué de pain un jour entier venaient de le recevoir, en jettércnt une partie pour courir plus légèrement au combat. Il y a eu depuis plufîeurs fiécles peu de batailles plus difputées 6c plus longues ; aucune plus meurtrière. Je ne dirai autre chofe de (^tte bataille, que ce qui fut avoué de tout le monde» La gauche des ennemis, ou combattaient les Hollandais, (ut prefque toute détruite 6c même pourfuivie la baionette au bout du fuîU. Marleborough à la droite, faii&it fbûtenait les plus grands efForts. Le maréchal de Villars dégarnit un peu ion centre, pour s*oppoiêr à Marleborough ; 6c alors même ce centre fut attaqué. Les retranchemens, qui le couvraient, furent emp jours heureux ; nul particulier n*eut jamais une puiilânce & une gloire fi étendues, il pouvait encor affermir fon pouvoir par fès richeflbs immenfès, acquifes dans Je commandement. J'ai entendu dire à fa veuve, qu'après les partages faits à quatre enfans, il lui leftait fans aucune grâce de la cour, fbixante 6c dix-mille pièces de revenu, qui foiit envircm quinze-cent-mille livres de notre monnoie d'aujourd'hui. S'il n'avait pas eu autant d'œconomie que de grandeur, il pouvait fe faire un parti, que la reine Anne n'aurait pu détruire ; 6c fi là femme avait eu plus de compkifknce, jamais la reine n^eût brifé iès liens. Mais le duc ne put jamais triompher de fon goût pour les richeflês, ni la duchefTe de K>n humeur. La reine l'avait aimée avec une tendreflê, qui allait jufqu'à la foûmif- fion 6c à la abandonnement de toute volonté. Dans de pareilles liaifcms, c'efl d'ordinaire du côté des fouverains que vient le dé- goût. Le caprice, la hauteur, l'abus de fupériorité ; ce font eux qui font fentir le joug, 6c c'était la duchefiè de Markborough, qui l'appeÊuitifTait. Il fallait une favorite à la reine Anne ; elle fè tourna du coté de myladi Mafham, fa dame d'atour. Les jaloufies de la du- cheâè éclatèrent. Quelques paires de gands d'une façon finguliére qu'elle refiifa à la reine, une jatte d'eau qu'elle kiflâ tomber en fa prc- fence par une méprife affeaée fur la robe de madame Mafham, chan- gèrent la face de l'Europe. Les efprits s'aigrirent. Le frère de la nouvelle favorite demanda au duc un régiment ; le duc le refufa, 6c la reine le donna. Les Toris faifirent cette conjonâure, pour tirer la reine de cet efckvage domcfliqut, pour abaiflêr la puifîànce du duc de Nfarleborough, changer le miniflére, faire la paix, 6c rap- peller, s'il, fe pouvait, la maifon de Stuart fiir le trône d'Angleterre. Si le caraâére de la duchefïè eût pii admettre quelque fouplelfe, elle eût ré^é «icore. La reine 6c elle étaient dans Thabitude de s'écrire tous les jours fous des noms empruntés. Ce myflère 6c cette familiarité laiHâient toujours la voie ouverte a la réconciliation; mais la duchefïè n'emploia cette reffource, que pour tout gâter. Elle écrivit im^èrieufemoit. Elle difait dans fa lettre : Rendez- moi JuJ^ice, ^ ne me faites point de réponfe. Elle s'en repentit enfuite : elle vint demander pardon ; elle pleura : 6c la reine ne lui répondit autre chofe, finon ; yous m avez ordonné de ne F f 2 vous 210 LOUIS XIV. ■ vous point répondriy ^ je ne vous répondrai pas. Alors la ruptufc' fut Jâns retour. La ducheflê ne parut plus à la cour ; & quelque tems après, on commença par ôter le miniftére au gendre de Marle- borough Sunderland, pour dépoffédcr enfuite Godolphin, & le duc lui-même. Dans d'autres é tats, cela s'appelle une difgrace : en Angleterre, c'eft une révolution dans les affaires ; & la révolution était encor très difficile à opérer. Les Toris, maîtres alors de la reine, ne l'étaient pas du roiaume. Ils furent obligés d'avoir re- cours à la religion. Il n'y en a guéres aujourd'hui dans la Grande»- Bretagne, que le peu qu'il en faut pour diftinguer les &âions. Les Whigs penchaient pour le prefbitérianifme. C'était la faétion qui avait détrôné Jaques fécond, perfccuté Charles deux, 6c immolé Charles premier. Les Toris étaient pour les épifcopaux, qui fevo- rifaient lamaifbn de Stuart, &; qui voulaient étabHr l'obèiflânce paf^ {ive envers les rcMs, parce que les évcques en efpéraient plus d'bbéif- fànce pour eux-mêmes. Ils excitèrent un prédicateur à prêcher dans la cathédrale de Saint-Paul cette doârine, & a défîgner d'une manière odieufè l'adminiilration de Marleborough, tx, le parti qui avait donné la couronne au roi Guillaume. Mais la reine, qui favorifait ce prêtre, ne fut pas affez puifîânte pour empêcher^ qu'il ne fi(it interdit pour trois ans par les deux chambres dans la fale de ■Weflminfler, êc que Ibn fermon ne fût brûlé. Elle fentit encor plus fa faibleflê, en n'ofànt jamais, malgré fès fêcrettes inclina- tions pour Ion fàng, r'ouvrir le chemin du trône, fermé à fbn frère par le parti des Whigs. Les écrivains, qui difènt que Marleborough & fbn parti tombèrent quand la faveur de la reine ne les foûtint 'plus, ne connaifibnt pas l'Angleterre. La reine, qui dèslors voulait la paix, n'ofkit pas même ôtèr à Marleborough le commandement des armées ; & au printems de 1711, Marleborough jneflâit encor la France, tandis qu'il était di^raciè dans fk cour. Un agent fè- cret de la France propofàit fous-main des conditions de paix à Lon- dres ; mais le miniflère nouveau de la reine n'c^t encor les accepter; Un nouvel événement, aufîi imprévu que les autres, acheva ce grand ouvrage. L'empereur Jofeph mourut, & laiflâ les états de la maifbn d'Autriche, Tempire d'Allemagne, & les prétentions fur l'Efpagne & fur l'Amérique, a fbn frère Charle, qui fut élu empereur quelques mois après. Au jusqjj'a 1711. 221 Au premier bruit de cette mort, les préjugés, qui armaient tant de nations, commencèrent à fè diffipèr en Angleterre, par les foin» du nouveau miniftere. On avait voulu empêcher que Louis XIV ne gouvernât l'Efpagne, l'Amérique, la Loiiibardie, le roiaumedc Naples & la Sicile fous le nom de fon petit-fils. Pourquoi vouloir réunir tant d'états dans la maifon de Charles VI ? pourquoi la nation Anglaifè aurait-elle épuifé les tréfors ? elle paiait plus que l'Allemagne & la Hollande enièmble. Les frais de la préfente année allaient à fèpt-millions de livres fterling. Fallait-il qu'elle fe ruinât, poirf une caufè qui lui était étrangère, & pour donner une partie de la Flandre auxProvinces-unies rivales dfe fon commerce? . toutes ces raifons, qui enhardiflaient la reine, ouvrirent les yeux à une grande partie de la nation ; 6c un nouveau parlement étant convoqué, la reine eut la liberté de préparer la paix de l'Europe^ Mais, en la préparant en iècret, elle ne pouvait pas encor fe (e- parer publiquement de fes alliés ; 6c quand le cabinet négociait, Marleborpugh était en campagne. Il avançait toujours en Flandre; il forçait les lignes, que le maréchal de Villars avait tirées de Mon- S:pt. treuil jufqu'à Valenciennes ; il prenait Bouchain ; il s'avançait au *^"* Quênoi, & de-là vers Paris il y avait a peine encore un rampart à lui oppofer. Ce fut dans ce tems malheureux, que le célèbre du Gué-trpuin, aidé de fon courage 6c de l'argent de quelques marchands, n'aiant encor aucun grade dans la marine 6c devant tout à lui-même, équipa une petite âote, 6c alla prendre une des. principales, villes du Bréfil,^*^^ Saint-Sébaftien de Rio- Janeiro. Son équipage revint chargé de richeflês ; 6c les Portugais perdirent beaucoup plus qu'il ne gagna. Mais le mal qu'on faifait au Bréfll,, ne foulageait ^as les. maux de. |a Fiance. CHA-^ [ 212 2 :^ ■*^}!È:(..L^}mMuA:>yt'(^,L^y >^vr/A,S ïS;r CHAPITRE VINGT. DEUXIEME. * FiShire du maréchal de Villars à Dénain : rétahlijfement des affaires: paix générale, LES négociations, qu on entiama enfin ouvertement à L tant maltraités à Gertrudenberg, viennent négocier avec plus d'égalité ; le maréchal de Villars, retiré derrière des lignes, couvrait encor Arras & Cambrai. Le prince Eugène prenait la ville du / \ I i JUSQU*A I7I4. Z2^ du Quênoi, & il étendait dans le pais une année d'environ cent- mille combattans. Les Hollandais avaient fait un effort ; & n'aiant jamais encor fourni à toutes les dépenfes qu'ils étaient obligés de faire pour la guerre, ils avaient été au de-là de leur contingent cet- te année. La reine Anne ne pouvait encor le dégager ouvertement ; die avait envoie à l'armée du prince Eugène le duc d'Ormond avec douze-mille Anglais, & païait encor beaucoup de troupes Allemandes» Le prince Eugène^ aiant brûlé le faubourg d'Arras, s'avançait fur l'armée Française. Il propofa au duc d'Ormond de livrer bataille» Le général Anglais avait été envoie pour ne point combattre. Les négociations particulières entre l'Angleterre & la France avançaient. Une fufpenilon d'armes fut publiée entre les deux- couronnes. Louis ^9 J"'^' * 1 7 1 2* XIV fit remettre aux Anglais la ville de Dunkerquc, pour fureté de fes engagemens. Le duc d'Ormond fe retira vers Gand. Il voulue emmener avec les troupes de fk nation, celles qui étaient à la folde de fk reine ; mais il ne put fè faire fuivre, que de quatre efcadrons^ de HcJflein & d'un régiment Liégeois. Les troupes du Brandebourg,, du Palatinat, de Saxe, de Heâê, de Danemarck, relièrent fous les drapeaux du prince Eugène, & furent paies par les Hollandais. L'éledeur de Hanovre même, qui devait fuccédèr a la reine Anne,, laiflà malgré elle fès troupes aux alliés, & fît voir que fi £1 famille attendait la couronne d'Angleterre, ce n'était pas fur la ^veur de la reine Anne qu'elle comptait. Le prince Eugène, privé des Anglais, était encor fupèrieur de vingt-mille honomes à larmée Françaife ; il l'était par Ùl pofltion,. par l'abondance de fes magaflns, 6c par neuf ans de viâoires. Le maréchal de Villars ne put l'empêcher de faire le fiège de Landrecy. La France, épuifee d'hommes & d'argent, était dans la conflernation. Les efprits ne fe rafîuraient point par les con- férences d'Utrecht, que les fuccès du prince Eugène pouvaient rendre infruâueufes. Déjà même des détachemens confîdèrables avaient ravagé une partie de la Champagne, & pénétré jusqu'aux portes de Reims. Déjà l'alarme était à Verfailtes, comme dans le refte du roianme.. La mort du fils unique du roi, arrivée depuis un an ; le duc de Bourgogne, la duchefîê de Bourgogne, leur fils aîné, enlevés rapi- dement depuis quelques mois^ & portés au tombeau dans * le^ même chat ; le dernier de leurs enfans moribond ; toutes ces in- * fortunes: LOUIS XIV. fortunes domeftiqùes, jointes aux étrangères & à la milere publique, faifaient regarder la fin du régne de Louis XIV, comme un tems marqué poiir la calamité ; & l'on s'attendait à plus de désaflres, que l'on n'avait vu auparavant de grandeur & de gloire. Prcciiement dans ce tems-la, mourut en Elpagne le duc de Ven- dôme. L'elprit de découragement, généralement répandu en France & que je me fouviens d'avoir vu, faifait cncor redouter que l'Eipagne, foûtenuë par le duc de Vendôme, ne retombât par fa pote. Landrecyne pouvait pas tenir long-tems. Il fut agité dans VeHàilles, fi le roi fê retirerait à Chambort. Il dit au maréchal f^ d'Harcourt, qu'en cas d'un nouveau malheur, il convoquerait toute la nobleflè de fon roiaume, qu'il la conduirait à l'ennemi malgré fbn âge de foixante & quatorze ans, & qu'il périrait à la tête. Une faute, que fit le prince Eugène, délivra le roi & la France de tant d'inquiétudes. On prétend que fes lignes étaient trop étendues ; que le dépôt de iês magafins dans Marchiennes était trop éloigne ; que le général Albemarle, pofté à Dénain entre Marchiennes & le camp du prince, n'était pas à portée d'être fecou- ru aiîèz tôt, s'il était attaqué. On m'a afluré qu'une Italienne fort belle, que je vis quelque tems après à la Haie, & qui était alors entretenue par le prince Eugène, était dans Marchiennes ; & qu'elle avait été caufe, qu'on avait choifi ce lieu pour fervir d'entrepôts Ce n'était pas rendre juftice au prince Eugène, de penfèr qu'une femme pût avoir part à jfes arrangemens de guerre. Ceux qui "■ favent qu'un curé & un confeiller de Douai nommé leFévre d'Orval, ic promenant enfembïe vers ces quartiers, imaginèrent les premiers qu'on pouvait aifément attaquer Dénain & Marchiennes, fendront mieux à prouver, par quels fccrets & faibles reflôrts les grandes affaires de ce monde font fouvent dirigées. Le Féyre donna fbn avis à l'intendant de la province ; celui-ci, au maréchal de Montes- quiou qui commandait fous le maréchal de Villars ; le général l'approuva, & lexccuta. Cette adion fut en effet Je falut. de la France, plus encor que la paix avec l'Angleterre. Le maréchal de Villars donna le change au prince Eugène. Un corps de dragons s'avança à la vue du camp ennemi, comme fi on fê préparait à l'at- ta€(jçi^r ; & tandis que ces dragons fe retirent enfuite vers Guife, le jajarcchal marche à Dinain avec fon armée fur^fsinq colpnnes. On force Jvtqjs'A 1714. 225 force le§ retranchemens du général Albemarle, défendus par24juii, dix-fept bataillons : tout eft tué, ou pris. Le général fe rend '7»*- prifonnier avec deux princes de Naflàu, tin prince de Holftein, un prince d'Anhglt, & tous les officiers. Le prince Eugène arrive à la hâte, mais à la fin de laâiion, avec ce qu'il peut amener de troupes ; il veut attaquer un pont qui conduifat à Dénain, & dont les Français étaient maîtres ; il y per dud monde, 6c retourne à fon . camp, après avoir été témoin de cette défaite. Tous les poftes, vers Marchiennes le Içng de la fcarpe, font em- portés l'un ajMrès l'autre avec rapidité. On pouffe Marchiennes défendue 'par quatre-mille hommes; on en prelîê le fiége avec tant de vivacité, qu'au bout de trois jours on les fait prifonnier s, ^ , ., &■ qu'on fe rend maître de toutes les munitions de-guerre & de 1712. bouche, amaffées par les ennemis pour la campagne. Alors toute la fupériorité eft du côté du maréchal de Villars. L'ennemi décon- certé lève le fiége de Landrecy, & voit reprendre Douai, Icsept. & Qucnoi, Bouchain. • Les frontières font en fureté. L'armée du prince o vaient toujours défirée ; •& fi l'on dépouillait la maifbn de Bourbon de quelques domaines en faveur du duc de Savoie, on prenait en effet fur la maifon d'Autriche dequoi fatisfaîre les Hollandais, qui devaient devenir, à fès dépens, les confèrvateurs & les maîtres des plus fortes villes de la Flandre. On avait égard aux intérêts de la Hollande dans le commerce. On flipuiait ceux du Portugal, On réfêrvait à l'empereur la fbuveraineté -des dix provinces de Fa Flandre Efpàgnole, & le domaine utile des villes de la barrière. On lui ^aflûrait le roiaiunë de Naplès êc la Sardaigne, avec tout ce qu'il poflEdait en Lombardie, & les quatre ports fur les côtés de la * Toscane. Mais le confêil de Vienne fe croiait trop léfé, & né pou- vait fbuscrire a ces conditions. A. l'égard de l'Angleterre, fa* gloire & fes intérêts étaient en fiV reté. Elle fiiifâit démolir & combler le port de Dunkerque, objet de tant de jaloiifies. L'Efpa^e la laiflàit en poflèffion de Gibraltar & de l'île de Minorque. La France lui abandonnait la baïe d'Hudfon, l'îlç de Terre-neuve & l'Acadie. Elle obtenait, pour le commerce en Amérique, des^ droits qu'on lie donnait pas aux Français, qui avaient placé Philippe V fiir le trône. Il faut encor compter, parmi les articles glorieux au miniflére Anglais, d'avoir fait confentir Louis XIV à faire fbrtn- de prifbn, ceux de fes pro- pres fujets, qui étaient retenus pour leur reJigion. .C*.était diâer . des loix, mais* des loix bien refpeâables.* Enfin la reine Anne, facrifiant à fk patrie les droits de fôn fkng .& les fecrettes inclinations de fon cœur, faifàit alîurèr & ^rànnr fà fucceffion à la maifbn de Hanovre. Quant aux éledeurs de Bavière êc de Cologne,, le duc de Bavière devait J U s Q^U A I714. 22/ dévsdt retenir le duché de Luxembourg & le comté de Namur, Jusqu'à ce que fon frcre &lui fufîênt rétablis dans leurs éledtorats; cat l'Elpagne avait cédé xxs deux Souverainetés au Bavarois, en dédommagement de iès pertes ; & les alliés h'avaigit pris ni Namur ni Luxembourg. Pour la France, qui dtmolifîàic Dunkerque, & qui abandonnait tant de plaees en Flandre, autrefois conquifes par Tes armes, ôc afïûrées par les traités de Nimégue 8c de . Riswick, on* lui rendait Lille, Aire, Béthune, & Saint-venant. Ainil il paraifTait, que le miniftére Anglais rendait juftice à tout le monde. Mds ]es Whigs ne la lui rendirent pas ; & la moitié de la nation perTécuta bientôt la mémoire de la reine Anne, pour avoir fait le plus grand bien qu*un fouverain puiflê jamais faire, pour avoir donnée le repos à tant de nations. On lui reprocha d*avoir pu démembrer la France^ 6c de ne l'avoir pas fait. Tous ces traités furent fîgnés l'un après l'autre, dans le cours de l'année 171 3. Soit opiniâtreté du prince Eugène, foitmauvaifè politique du.confêil de l'empereur ; ce monarque n'entra dans aucune de ces négociations. Il aurait eu certainement Landau & peut-être Strasbourg, s'il s'était prêté d'abord aux vues de la reine Anne. Il s'obftina à.la guerre, * &*il n'eut rien. Le maréchal de VillarSj'aiantmis ce quireftait delà Flandre Françaife en {ureté, pailà vers le Rhin, & après s'être rendu maître de Spire, de Worms, 20 Août. de tous les païs d'Alentour, il prend ce même Landau que l'cmpe- ' ' * ^' reur eûf pu conferver par la paijc.; il force* les lignes' que le prince*^ ^*- Eugène avait fait tirer dans le Brisgau ; défait dans fes lignas le 30 oa. maréchal Vaubonne ; afiiége & prend Fribourg, • la capitale de l'Autriche antérieure. Le confèil de. Vienne prèflàit de tous côtes les fècours qu'avaient - promis les cercles de J'empire ; êcceslêcours ne venaient point. "Il comprit alors que l'empereur, fans l'Angleterre & la.Hollande,ne pou- vait prévaloir contre la France ; & il fe réfolut trop tard à la paix. Le maréchal de Villars, après avoir ainfî terminé la guerre, eut encor la gloire de conclure cette paix à Raftat avec le^prince Eugène. C'était peut-être la première fois, qu'on avait vu deux généraux , • oppofcs, au fbrtir d'une campagne, traiter au nom de leurs maî- tres. Ils y portèrent tous deux la franchifê de leur caradlère. J'ai oui conter au maréchal de Vill^:^, qu'un des premiers difcours .. qu'il tint au prince Eugène, fut celui-ci : Monjieur^ nous nefommes G g 2 • . point 228 LOUIS XIV. point ennemis ; vos ennemis font à Vienne^ ftP Us miens à VerfailUt, £h efFet, Tun & Tautre eurent toujours dans leurs cours des cabales à combattre; . . • I Il ne fut point queftion dans cp traite, des droits que lempereur réclamait toûjoiu's, fur la monarchie d'Efpagne, ni du vain titré de roi catholique que Charles VI prit toujours, tandis que le roiaume reliait aflure* à Philippe V. Louis XIV garda Strasbourg & Landau qu'il avait ofFerf de céder auparavant, Huningue & le Nouveau Bri- iàc qu'il avait propofé lui-même de rafer, la fouveraineté de T AlÊice à laqtielle il avait offert de renoncer. Mais ce qu*îl y eut de plus honorable ; il fît rétablir dans leurs états & dans leuts rangs, les éledeurs de Cologne & de Bavière. C'eft ime cholê très remarquable, que la France, dans tous les traités ayec les empereurs, a toujours protégé les droits des princes ëc des états de l'empire. Elle pofà les fondemens de la liberté Germanique à Munftçr, & fît ériger un huitième éledtorat pour cette même maifbn de Bavière. Le traité de Nimégue confîrma celui de Weftphalie.. Elle fît rendre par le traité de Riswick, tous les biens du cardinal de Furftemberg. Enfin par la paix d'Utrecht, e)le réta- blit deux éleâeurs. Il faut avoiîer,* que dans toute la négociation qui termina cette longue querelle,' la France reçut la loi de l'angle- terre, & là fît à l'empire. Les mémoiras hiftoriques du tems, fur lesquels on a formé les compilations de tant d'hiftoires de. Louis XIV, difent que le prince Eugène, en finiflànt les conférences, pria le duc de Villars d'em- braflèr pour lui les genoux de Louis XIV, 6c de préfcntcr à ce rno- narque le§ afli^rances du plus profond refpeâ d*unfujet envers fon 'fouverain. Premièrement, il n'efl pas- vrai, qu'un prince, petit-fîls d'tm fouverain, foît le fujet d'un autre prince^ pour ctrc né dans fès états. Secondement, il efl encor moins vrai, que le prince Eugène, vicaire- général de l'empire, pût fè dire fujet du roi de France. Cependant chaque état fè mit en pofiêfîlon de fès nouveaux droits. Le duc de Savoie fê. fit reconnaître en Sicile, fans confulter l'empereur qui s'en plaignit en vain. Louis XIV fit recevoir fcs troupfes dans Lille. Les Hollandais fe fâifirent des villes de leur bar- rière ; & les états du pais leur donnèrent douze-cent-cinqùante-mille florins par an, pour être les maîtres en Flandre. Louis XIV fit • * * com- juéQU*A 1714» à29 combler le port de Dunkerque, rafêr la citadelle, de démolir toutes ' les fortifications du côté de la mèr, fous les yeux d'un commifTairé Anglais. Les Dunkerquois, qui voiaient par là tout leur commerce . périr, députèrent à Londres pour implorer la clémence de la reine Anne. . Il était txifte pour Louis XIV, que fes fujets. allaflènt de- * mander grâce a une reine d'Angleterre $ mais il fut encpr plus trifle pour eux, que la reine Anne fût obligée de les refiifer^ * Le roi, quelque>tems après, ût élargir le canal de Mardick ; & au moien*des éclufès, on nt un port qu'on dilàit déjà égaler celui de Dunkerque. Le œmte de Stairs, ambafiàdeur d'Angleterre, s'en plaignit vivement à ce monarque. Il eft dit dans un des meilleurs livres que nous aions, que Louis XIV répondit au lord Stairs : Mfmfieur t anAaffadesâ^^ j ai toujours Hé le maitre chexmoi^ quelque-^ fois cUz Us autres ; ne nienjaites pas'fouvenir. Je lài de fci- ence certaine, que jamais Louis XIV ne iît une réponfê {1 peu con- venable. 11 n'avait jamais été le maître chez les Anglais : il s'en Êdlait beaucoup. Il l'était chez lui ; mais il s'agi/^l^it de favoir, s'il était le maître d'éluder un traité, auquel il devait fbn repos & peut-être une grande partie de fon roiaume. Ce qui eft vrai, c'eft qu'il fit interrompre les .travaux de Mardick, Se qu'ainfi il céda aux^ repréfèntations de l'ambaflâdeur, loin de les braver. Les' ouvrages du canal de Màîrdick furent démolis bientôt après dansia régence, 6c le traité accompli dan's tous iès points. Après cette paîj; d'Utrecht & de Raftiat, Philippe V ne jouit pas encor de toute l'Efpagne ; il lui refta la Catalogne à foûmettre, ainfi que les îles de Majorque ôc d'Ivica. . Il'raut ikvoir que l'empereur Charles, aiant laiiTé fa femme .à •Barcelone, ne pouvant ^ûtenir la guerre d'£fpagne, & ne voulant ni céder lès droits ni^ acceptef la paix d'Utrecht, était cependant convenu alors avec la reine Anne, que l'impératrice .& fès troupes, devenues inutiles en Catalogne, fêlaient tranfpoŒ-tées fur des vaif- feaux Anglais. En effet la Catalogne avait«été évacuée ; & Sta- femberg en partant s'était démis de fon titre de , vice-roi. Mais il laiifa toutes les femences d'une guferre civile, & l'e^trance d'un ' promt fècours de la part de l'empereur & même de l'Angleterre. Ceux qui avaient alors le plus de crédit dans cette province, ima- ginèrent qu'ils pourraient former une république' fous une protec- tion étrangère, & que le roi d'Efbagne ne ferait pas alTez fort pour •les Avril 714. 53® LOUIS XIV. les conquérir. Ils déploitrent alors ce caraâcre que Tacite leur at- tribuait il y a il lông-tems. „ Nation intrépide, dit-il, qui compte „ la vie pour rien, quand ils ne l'emploient pas à combattre. S'ils avaient fait pibur Philippe V leur roi, autant d'efForts qu'ils . • en firent alors contre lui ; jamais l'archiduc n'eût difputé rËfpagne. Ils prouvèrent par leur opiniâtre rc-fiftance, que Philippe V, délivré même de fon compétiteur, ne pouvait feul les réduire. Louis XIV, qui dans les def niers tems de la guerre n'avait pu fournir ni foldats* ni vaifïbaux à fon petit-fils contre Charles fon concurrent, lui ea envoia alors contre Ces fujets révoltés. Une efcadre Française bloqua le port de Barcelone, & le maréchal de Barwick l'âfilégea par terre. La reine d'Angleterre, fidèle à fes traités, ne fècourut point* cette ville. L'empereur d'Allemagne prdhiiç de vains fecours. Les afliégés iê défendirent avec un courage fortifié par le fanatisme. Les prêtres, les moines, coururent aux armes 6c fur les brèches, conune s'il s'était agi d'une guerre de reHgion. Un fantôme de liberté les rendit fburds a toutes les avances ' qu'ils reçurent de leur XDâkre. . Plus de cinq-cent eccléfiaftiques mourur^it dans ce fiége les armes à la main. On peut jugo*, u leurs difcours 6c leurs exem- ples avaient animé les peuples. Ils arborèrent fur la brèche un drapeau noir, &; fbûtinrent plus d'un afiâut." Enfin les ailîégéans aiant pénétré, les afiiégès fe bat- ' tirent encor de rue en rue ; 6c retirés dans la ville neuve tandis 12 Sept, que Tancienne était priie,.i)8 demandèrent encor en capitulant, '714- qu'on leur conibrvât tous leurs* privilèges. Ils n'obtinrent que la vie 6c leurs bieiis. La plupart de leurs privilèges leur furent ôtés. Soixante moines, condannès aux galères, furent la feule Van- geance que Ton prit. Philippe V avait traité plus rudement la petite voile de Xativa dans le cours de la guerre : on l'avait détruite de fond en combla pour faire un exemple. Niais fi on raie une petite ville de peu d'importance, on n*en rafe point une grande, qui a un .beau port de mer, &4ont le maintien eft utile à l'état. Cette fureur ^es Catalans, qui ne les avait pas animés quand Charles VI était parmi eux, 6c 'qui les tranfporta quand ils furent fans fecours, fut Ja dernière flamme de l'incendie, qui avait ravagé ' fi long-tems la plus belle pattie de l'Europe, par le teflament de Charles II roi d'Efpagne^ C H A- [ ^31 ] CHAPITRE VINGT-TROISIEME. ■ TaBleaa de PEurope, depuix la paix ifUtrecht jusqu*en 1750. J*08E appelles encof cette .longue guerre, une guerre civile. Le duc de Savoie* y fut armé contre Tes deux filles. Le 'prince de Vaudemont, qui avait pris le-* parti de Tarchiduc Charles, avait été fur le point de faire pnfbnnier dans la Lombardie, fon propre pérc qui tenait pour Philip V". L'Efpagne avait été réellement par- tagée en ^âions» D^ régimens entiers de Calviniftes Français a-^ vaient lêrvi contre leur patrie. C'était enfin pour une fucceffion entre parens, que la guerre générale avait conunencé : & l'on peut ajou- ter, que la reine d'Angleterre excluait du trône fon frére^. que Louis XIV protégeait, & qu'elle fut obligée de la profcrire. Les efpérance^ & la prudence humaine furçnt trompées dans cette guerre, comme elles le .font toujours. Charles VIi, deux fois* reconnu dans Madrid, fut chaiTé d'£fpagne. Louis XIV, près de foccomber, fc releva par le brouilléries imprévues de l'Angleterre. Le confèil d'Efpagne, qui n'avait appelle le duc d'Anjou ali trône que dans le defièin de ne jamais* démembrer la monardiie, en .vit beaucoup de parties féparées.' La Lombardie, k Flandre, reflérent. à la maifon d'Autriche : la maifon de Pruilê eut une petite partie de cette même Flandre ; 6c les Hollandais dominèrent dans une autre ; une quatrième partie demeura a la France. Ainfi l'héritage de la maifon de Bourgogne refla partagé entre quatre puifTances ; &; celle qui lêmblait y avoir le plus de droit, n'y conferva pas' une . métairie. La . Sardaigne, inutile à l'emipereur, lui reflapourun^ tems. Il jouit quelques années de Naples, ce grand fief de Rome,, qu'on s'eft arraché fi fouvent &*fi aifément. Le duc de Savoie eut quatre ans la Sicile, & ne l'eut que pour foutenir contre le pape,, le droit fingulier mais ancien, d'être pape lui-même dans cette île ; c'eft 232 Tableau de t Europe : c'eft à dire, d être, au dogme près, fouverain abfblu en matière de religion. " • La vanité de la politique parut encor plus après la paix d*Utrecht, que pendant la guerre. Il eft indubitable, que le nouveau minif^ térc de la reine Anne voulait préparer en fecret le rétabliflêment du fils de Jacques II fur le trône. La Teine Anne elle-même commen- çait à écouter la voix de la nature, par celle de lès miniftres ; & * elle était dans le deflèin de laiilêr fà fucceiHon à ce frère, dont elle avait mis la tête à prix malgré elle. Sa mort prévint tous ces def- feins. La'maifon de Hanovre, qu'elle regardait comme étrangère & qu'elle n^aimait pas, lui fuccéda ; fes miniftres furent perfécutés ; & le parti du prétendant aknt tenté de (oôtenir fes droits en 171 5, ce parti fut défait ; la rébellion, qui, fi la reine Anne eût vécu plus long-tems, • eût été une révc^utioh légitime, fut punie par le ^ng qui coula fur les échafauds. L'intelligence & l'union de la France & de l'Ëipagne, qu'on • avait tant redoutée êc qui avait alarmé tant d'états, fut rompue âèa que Louis XIV eut les yeux fermes. Le -duc d'Orléans régent de France, quoiqu' irréprochable fur* les foins de la conièrvation de Ion pupile, fe cctfiduifit comme s'il eût dû lui fuccéder. Il s'unit étroi- tement avec l'Angleterre,* réputée l'ennemie naturelle de la France; & rompit ouvertement avec la branche de Bourbon qui régnait à Madrid : & Philippe V, qui avait renoncé à la couronne de Frante par la paix, excita ou plustôt prêta fon nom pour exciter des (éditions en France, qui devaient lui donner la régence d'un pais, où il ne pouvait régner, Ainfi, après la mort de Louis XIV, . toutes les vues, toutes les négociations, toute la politique, changé^ 'rent ôc dans fà famille 8c chez tous les princes: Le régent de France, uni avec les Anglais, attaqua l'Elpagoe ; de forte que la première guerre de Louis XV, fut entrejnife contre foii oncle, que Louis XIV avait établi au prix de tant de fâng. I)ans le tems de cette courte guerre, le miniftére d'Efpagne vou- • lut tromper le duc de Savoie ; & le duc de Sg-voie voulut tromper . l'empereur : & il réfulta de ce cahos d'intrigues, que les Efpagnols . ier décrié dont la France était inondée ; plusieurs citcûens écrafes dans cette foule, & leur» cadavres portés par le peuple au palace roial, ne produifîrent pas^ une apparence de feditioi. Enfin ce fimieux fyûéme de Laws, qui lèmblait dev
s, Qe purent fàtisfaire une ame occupée pendant cinquante ans des affres de l'Europe. Il fit voir, quelle eft la faiblefiè humaine, & combien il efl difficile de remplir fon cœur fyr le trône &; hors du trône. Quatre fouverains dans ce fiécle renoncèrent à la douroime ; Chriftine, Cafimir, Philippe V, & Viétor-Amedée. Philippe V ne reprit le gouvernement que malgré lui. Cafimir n'y penk jamais. Chrif- JU8QJJ A 1750. 237 Chriftine en fut tentée quelque tems, par un dégoût qu'elle eut à Rome. Amédée fpul voulut remonter par la force, fur le tr^e que fon inquiétude lui avait fait quitter. La fuite de cette tenta- tive eft connue. Son fils, Charles-Emanuel, aurait acquis ime gloire au defTus des couronnes, en remettant a fon père celle qu'il tenait de lui, fi ce père fèul l'eût redemandée, & fi -la conjonâure ^es tems l'eût exigé ; mais c'était une maîtreiîè ambitieufe qui vou- lait régner, & tout lé confeil fut forcé d'en prévenir les fuites funef- tes, & de faire arrêter celui qui avait été fon fouverain. Il mourut depuis en prifon. Jl eft très faux, que la cour de France voulut envo.içr vingt-mille hommes, pour défendre le père contre le fils, comme on l'a dit dans des mémoires de ce tems-là. Ni l'abdiça-r tion de ce roi, ni fa tentative pour reprendre le Iceptre, ni fa pri^ fon, ni £1 mort, ne cauférent le moindre mouvement chez les na- tions, voifines. Tout était paifible depuis la Rufile jufqu'â 1 Ëfpagne, lorfque la mprt d'Augufte fécond replongea l'Europe dans les difiènfions 8c djans les malheurs, dont elle eft fi rarement éxemte. , . Le roi Stanislas, beau-pére de Louis XV, déjà nommé roi de Po- lo^een 1704, fut élu roi en 1733, de la manière la plus légitime. ^ la plus folennelle. Mais Tempereuir Charles VI fit procéder à une autre éleôion appuiée par fes armes 6c par celles de la Ruffic Le fils du dernier roi de Pologne, éleâeur de Saxe, qui avait épou- fc une nicce de Charles VI, l'emporta i(ur fon concurrent» Ainfi. la maifon d'Autriche, qui n'avait pas eu le pouvoir de fè conferver l'Ëfpagne ôc les Indes Occidentales, & qui, en dernier lieu, n'a- vait pu établir une compagnie de commerce à Oftende, eut le cré- dit d'ôter la couronne au beau-pére de Louis XV. La France vit renouveler ce qui était arrivé au {Mince Armand de Conti, qui folen- iiellement élu, mais n'aiant ni argent ni troupes, & pkis recom- mandé que foûtenu, perdit le roioume où il avait été appelle.. Le roi Stanislas alla a Dantzig foûtenir fon éleâion. Le grand; nombre, qui l'avait choUîy • céda bientôt au petit nombre qui lui était contraire. Ce païs, où le peuple eft efclave, où la noblefî'e vend fès fufFrages^ où il n'y a jamais dans, le tréfor public de quoi entretenir les armées ^ où ks loix font fans vigueur, où la liberté ne produit que des divifions ; ce païs, dis-je,. fe vantait en vaia d'une nobleuè belliqueufo,, qui peut monter à cheval au nombre de cent 2^9 tableau de t Europe: cent-mille-hommes. Dix-mille Ruflès firent d*abord diTparaltFe tout ce qui était aflèmblé en învtxxr de Stanisks. La nation Polo^ naifè) qui un fîécle auparavant regardait les Ruflês avec méjms, était alors intimidée & conduite par eux. L'empire de Ruffie était devenu formidable, depuis que Pierre le grand l'avait fcmné. Dix- mille efclares RuÂès difeiplinés difperJerent toute la nobleflê de Besogne ; 0c le roi Stanidas, renfermé dans la ville de Dantzig, j fut bientôt afliégé par une armée de trente-mille Ixxnmes. L'empereur d'Allemagne, uni avec la Ruffîe, était fôr du ^oès. Il eût Êillu, pour tenir la balance égale, que la France eût env(»é par mèr une nombreufe armée : mais Angleterre n'aurait pas vu ces préparatifs immenfês, ^s fê déclara:. Le catdinal de Fleury, qui ménageait l'Angleterre, ne voulut ni avoir la honte d'abandonner en- tièrement le roi Stanislas, ni bazarder de grandes forces pour le (è- courir. H fit partir une efcadre avec quinze-cent hommes, com- mandée par un brigadier. Cet <^ficier ae crut pas que (a «Mnmii^ fion fût (érieufe ; S ju^ea, quand il fut près de Dantzig, qu'il (à* crifierait (ans finit (es foldats ; & il alla relâcher en Danemaidt. Le comte de Plélo, ambafiàdeur de France auprès du roi de Dane- marck, vit avec indignation cette retraite, qui lui paraifiâit humi- Hante. C'était un jeune homme, qui joignait à l'étude des belles lettres & de la philofbphie des lèntimens héroïques, dignes d'une meilleure fortune. Il réfolut de fecourir Dantzig ccmtre une armée avec cette petite troupe, ou d'y périr. Il écrivit, avant de s'em- barquer, une lettre à l'un des fêcretaires d'état, laquelle finiilâit par ces mots : ** Je fuis fur que je n'en reviendrai pas ; je vous re- yy commande ma jêmme 6c mes enfàns. „ Il arriva à la rade de Dantzig, débarqua & attaqua l'armée Ruffe ; il y périt percé de coups, comme il l'avait prévu ; & ce qui ne fiit pas tué de fit troupe, fut prifonnier de guerre. Sa lettre arriva avec la nouvelle de fa mort. Dantzig fut pris ; l'ambaflkdeur de France auprès de la Pologne, qui était dans cette place, fijt prifonnier de guerre, malgré les privilèges de fon caraâére. Le roi Stanislas n'échapa qu'à travers beaucoup de dangers & à la faveur de plus d'un dé- guîlcment, après avoir vu fa tête mife â prix par le général des Mofcovites, dans un païs libre, dans fà propre patrie, au milieu de la nation qui l'avait élu fuivant toutes les loix. Le miniftére de France eût entièrement perdu cette réputation né- juscLU A 1750. ^39 nécef&îre au mamtien de la grandeur, fi elle n*eût tire vangeance d*uii tel outrage ; mais cette vangeance n'était rien, iî elle n'était pas utile. L'éloignement des lieux ne permettait pas qu'on fè portât fur les Moscovites ; 6c de la politique voulait que la vangeance tombât fur l'empereur. On l'exécuta efficacement en Allemagne & en Italie. La France s'unit avec l'Ëipagne & la Sardaigne. Ces trois puiflânces avaient leurs intérêts divers, qui tous concouraient au même but, d'af&iblir l'Autriche. Les ducs de Savoie avaient depuis longtems accru petit-à-petit leurs états, tantôt en vendant leur iècours aux empereurs, tantôt en fè déclarant contre eux. Le roi Charles-Ënunuel efpérait le Milanais ; & il lui fut promis par les miniftres de Verfâilles 8c de Madrid. Le roi d'Ëfpagne Philippe V, ou plustôt la reine £liià- beth de Parme fon époufe, efpérait pour fes enfans de plvis ^rand^ établilTemens que Parme & Plaifknce. Le roi de France n'envifà- geait aucun avantage pour lui que fà propre gloire, l'abaifiêment de fes ennemis & le fucces de fès alliés. Perfbnne ne prévoiait alors, que la Lorraine dut être le fruit de cette guerre. On efl prefque toujours mené par le événemens,^ Sç rarement on les dirige. Jamais négociation ne fut plus promte- ment terminée, que celle qui unifiait ces trois monarques. L'Angleterre & la Hollande, acooûtmnées depuis longtems à fe déclarer pour l'Autriche contre la France, l'abandonnèrent en cette occafion. Ce fut le fruit de cette réputation d'équité 6c de mode*- ration, que la cour da France avait acquife. L'idée de (es vues pacifiques 6e dépouillées d'ambition, enchaînait encor ks ennemis naturels, lors même qu'elle fàiiàit k guerre ; 6c xien ne fit pluft d'honneur au miniflére, que d'être parvenu â £dra compietidre 4 ces puiflânces, que la France pouvait Êiire la guerre à l'empereur^ fans alarmer la liberté de l'Europe. Tous les potentats segardérent donc tran(^iilement fès iuccès rapides. Une armée de Fiançais fut maîtreâè de la campagne fur le Rhin, 6c les troupes de France^ d'£fpagne 6c de Savoie jointes enfèmble, furent les maitsefiês d'Ita^ lie. Le maréchal de Vilîars finit &l glorieufe carrière à quatse-vingt* deux ans, après avoir pris Milan. Le maréchal de Cogni, foi» fùc- cefTeur, gagna deux batailles ; tandis que le duc de Montémar,» général des £^agnols, remporta une viâoire dans le loiaume dé Napks^ 240 Tableau de l Europe : Naples, à Bitonto, dont il eut le furnom. C*eft une récom- penfe que la cour d'Efpagne donne fouvent, à l'exemple des an- ciens Romains. Dom Carlos, qui avait cté reconnu prince hérédi- taire de Tofcane, fut bientôt roi de Naples & de Sicile, Ainii Tempereur Charles VI perdit prefque toute Tltalie, pour avoir donné un roi à la Pologne : 6c un fils du roi d*E{pagne eut en deux campagnes, ces deux Siciles, prifes & reprifes tant de fois aupara- vant, & Tobjet continuel de l'attention de la maifon d'Autriche pendant plus de deux fiécles. Cette guerre d'Italie eft la feule, qui fe foit terminée avec un fucccs folide pour les Français depuis Charlemagne. Lra raifon en eft, qu'ils avaient pour eux le gardien des Alpes, devenu le plus puiffant prince de ces contrées ; qu'ils étaient fecondv^s des meilleures troupes d*Efpagne j & que les armées furent toujours dans l'abondance. L'empereur fut alors trop heureux, de recevoir dès conditions de paix que lui offrait la France viôorieufe. Le cardinal de Fleury miniftre de France, qui avait eu la fageffe d'empêcher l'Angleterre & la Hollande de prendre part à cette guerre, eut aufîi celle de la ter- miner heureufement fans leur intervention. Par cette paix, dom Carlos fut reconnu roi de Naples & de Sicile. L'Europe était déjà accoutumée à voir donner & changer des états. On affigria à François duc de Lorraine, défigné gendre de l'empe- reur, 1 héritage des Médicis qu'on avait auparavant accordé à dom Carlos ; & le dernier grand- duc de Tofcane, près de la fin, deman- jdait. Si on ne lui donnerait pas un troijtéme héritier^ êf quel enfant l ^empire &^ la France voulaient lui faire. Ce n'eft pas, que le grand-duché de Tofcane fe regardât comme un fiéf de l'empire ; mais lempcreur le regardait comme tel, auflî bien que Parme & Piaifànce, revendiqué toujours par le faint-ficge, & dont le dernier duc de Parme avait fait hommage au pape : tant le droits changent félon les tems. Par cette paix, ces duchez de Parme & Plaifance, que les droits du fang donnaient à dom Carlos fils de Philippe V & d'une princefîe de Parme, furent cédés a l'empereur Charles VI en propriété. Le roi de Sardaigne duc de Savoie, qui avait compté fur le Mi- lanais auquel fa maifon toujours aggrandie par dégrez avait depuis îongtems des prétenfions, n'en obtint qu'une petite partie, comme Je JUSQ.U il 1750. ' > 241 t le Kovftt^s, le T^toaois, les ôéfs des Langhes. Il tirait lès droits: ^ur le Milai^, d'une. elle de PliUippe deux rcâ d'£fpagne, dont il «^^Tcendait. ■ La • France avait auill iès anciennes {urétenilons, par CjQiûs XII, héritier naturel de ce duché. Philippe V avait -les iitoïkne», par les in^odations renouvelées à quatre rois d'Ëfpagne iè^ prédéeeiTcurs. Mais toutea ces prétendons cédèrent à la coa>- venance & au bien public. L empereur garda la Milanais, malg^ ia k)i générale des héfs.de remfHre, qui veut que l'empereur |èig^ Aeur Suforain en donne toujours Tinveiliture; fana quoi les empë«^ 1 ^rs pourrsuent çn^outir à la longue toutes les mouvances de leur ^couronne. Mais cette loi fbui&e tant d'exceptions ; il 7 a tanit 4'éx^mf^ pour Ôc contre, qu'il faut avouer qu'en matière d'état l'intérêt preifent eft la première des loix. < ;b Par ce traité, le roi Stanislas r«i(Miçait ^u rpiaxinte qu'il avaife^eû. deux fbisy & qu^on n'avait pu lui ccMifèrrer ; il gardait le titre déf jroi. Il lui falkit un autre dédommagemienty & ce dédonusiage-' mtnt fut pQur la France encor plus que pour lui. Le cardinal dé JFleur^ ùi ecHattenta d'abord du Barrois, que le duc de Lorraine der "vait donner au roi Stanislas, avec la réverilon à la couronne de France^ & la Lorraine ne devait être cédée j- que lorfque ion duc jfèrait en pleine pofîêi&on de ia Tofcane. C'était faire dépendre cette celîlon de la Lc^raine de beaucoup de hazards. C'était peu profiter •des plus grands fuccès &; des conjonâures les plus favorables. On •encouragea le carditïal de Fkury à ièrvir de fes avantages : il de~ manda la Lorraine aux miêmes conditions que le Barrois,èc il l'obtint. Il n'en coûta que quelque argent comptant $c une penûon de quatre-millioos-cinq-^ent-millc liyses, faite au duc François jusqu'à ce que la Tofcane lui fût échue. Ainû la Lorraine fut réunie à la courcxrme irrévocablement^ réunion tant de êdï» inutilement tentée. Par là un roi Polonai» fut tranfplanté en Lorraine ^ &; cette province eut pour la derniéref fois \m Ibuverain réfideat chez elle, & il la rendit heureufe. La mab- ion régnante des prmces Lc»rrains devint fbuveraine de la Tofcane. Le iècond fils du roi d fifpagne fiit transféré à Naples. On aurait pu renouveler la médaille de Trajan, régna ajj^gnata^ le trônes donnés, La maifon de France, à la fin de cette courte guerre, le trouva élevée à un pcânt de grandeur qu'on n'eût pas (^ prévoir, dans le tf ms des plus Inrillantes profpérités de Louis XIV. Prefque toot I i l'héritage 242 Tableau de t Europe : l'héritage de la maiibn de Charles-quint, rSlpagae, les aeux Sicfle^ le Méxi(|ue, le Pérou, étaietit dans iès mains : & enfin la maifba d'Autriche finit dans la perfbnne de Charles VI en 1740. Ce qui refiait de fes dépouilles nit près d*étre enlevé à (k fille, & partagé entre plufieurs puiilànces. La France fit élire un empereor, avec la même facilite que les empereurs avaient auparavant îsix. élire de» éleôeurs de Colore &des évéques de Liège. La fameuiè pragmatique iànâipn du dernier empereur Autrichien, qui afîurait à (à fille la i^oC- i effîon indivifible de tous fês états pragmatique, garantie par Tempire^ par l'Angleterre, par la Hollande, par la France elle-même, ne fik d'abord foûtenuë de perlbnne. L'éleâeiir de Bavière, fils de celui qui avait été mis au ban de l'empire, fut couronné ikns obftacleducd' Autri- che à Lintz, roi de Bohême à Prague, empereur à Francfort, par le» «rmes des Louis ^V. Oh alla jusqu'aux portes deVienne. La fille de tant d'empereurs fê vit une année entière &ns (ècours, & (an» autre efpérance que dans Ton courage. A peine avait-elle fermé les yeux à fon père, qu'elle avait perdu la Siléfie par l'irruptioa d'un jeune roi de Prufle, dont la poftéritè parlera li les premiers goûts de Louis X IV pour la baronne de Beauvais, pour mademoifelle d'Argenfbn, pour la nièce du cardinal Mazarin, qui fut mariée au comte de Soiflbns père du prince Eugène, furtout pour marie Mancini fa fœur, qui tpoufa enfuite le connétable (Ilolonne. Il ne régnait pas encore, quand ces amulemens occupaient l'oi-^ fiveté où le cardinal Mazarin, qui gouvernait defpotiquement, le laif- fdt languir. L'atta,chemcnt fèul pour marie Mancini fut une affaire importante, parce qu'il l'aima alTez pour être tenté de l'époufer, & fut afîez maître de lui-même pour s'en féparer. Cette viâoire, qu'il remporta fur fa pafîion, commença . à faire, connaître quil ctait né avec une grande ame. Il en remporta une plu»^ forte & plus difficile, en laiffant le cardinal Mazarin maître »%bfolu. -Kk - La ^■i 250 LOUIS XIV. La reconnaifiànce Tempccha de fecouer le joug qui commençait à lui pefêr. C'était une anecdote très connue à la cour, qu'il avait | dit aprèf hi mort du cardinal : ** Je ne Êd pas ce que j'aurais fait^ „ s'il avait vécu plus longtems. Il s'occupa a lire des livres d'agrément dans ce loifir ; 6c furtout il en liiâit avec la connétable, qui avait de l'efprit ainfi que toutes (es fœurs. Il (è plailàit aux vers & aux Romans, qi^i, en peignant la glanterîe & héroïfmè, flattaient en fècret (on caraâére. Il lifâit les tragédies de Corneille, & iè formait le goût, qui n'eft que la (iiite d'un lèns droit Se le ièntiment prompt d'un efprit bknfkit. Là con» verfàtion de fa mère & des dames de Êi cour ne contribuèrent pas peu à lui faire goûter cette fleur d'efprit, & a le former à cette politeflê flnguliére, qui commençait dèslors â cataâéritèr la cour. Anne d'Autriche y avait apporté' \mt certaine galanterie liobie k, acte, qui tenait du génie Efpagnol de céS têms-là ; & y avait joint les grâces, la douceur &; une liberté décente, qui n'étaient qu'en France. Le roi fît plus de progrès dans cette école d'agré^ mens depuis dix- huit ans jufqu*à vingt, qu'il n'en avait fait dans les fciences, fbus fês précepteuts, l'abbé de Bèaumont & le préfi- dent de Périgni. On ne lui avait ptefqûe rien appris. Il eut été à déflrer, qu'au mcûns on l'eût inftfuit de l'hiftoire. Se furtout de l'hifloire moderne ; mais ce qu'on en avait alors était trop mal écrit, il était trîfle, qu'on n'eût encor réufli que dans des Romans inutiles; Se que ce qui était néceflàire fût rebutant. On fit imprimer fbus fbn nom une tradu^on des commen- taires de Ctfar, 6t une de Florus fous le tiom de £>n frère. Mais ces princes n'y eurent d'autre part, que celle d'avoir eu inutilement pour leurs thèmes quelques endroits de ces auteurs. Les deux hommes, qui préfidaient à l'éducation du roi fbus le martehal de Villeroi ion gouverneur, étaient tels qu'il les fallait, fàvans & aimables. Périgni était un des plus beaux efprits de France. C'eft de lui que fent ces vers, mis depuis en mufique par Lulfi. Dans vos concerts nouveaux^ n/u/es, faites entendre A T empire Français ce quil doit efpérer^ Au monde entier ce quil doit admirer^ Aux rois ce quJs doivent apprendre* Cependant A* E çdôTiB s.. 251 Cepeoilsilt kur difbipifc napprit pre^Ue rkn ibuà eux. Les guêtre dm\m en furent la caufe ; bt le cardinal Mazarin ibuflirait volonUer9| ange fecret. Le fécond maréchal de la Feuillade ibn gendre, ma dit qu'à la mort de fbn beaupére, il le eonju» à genoux de lui Apprendre ce que c'était que cet homme, ^*on lie connut jamais que fous le nom de flboMme au fnafqué dé fèr, ChamiUard lui répondit, que c'était le fecret de Fétat^ & qu'il avait (kit ferment de ne le révéler jamais. Louis XIV cependant partageait fbn tems, entre les plaifirs qui étaient de fbn âge, & les affaires qui étaient de Ton devoir. Il tenait eonfètl tous les jours, & travaillait enfuite fecrettement avec Colbert; Ce trâ(vail fècret fut l'origine de la cataflrophé du célèbre Poùquet^ dans laquelle lîiitnt enveloppée le fècretaire d'état Guénégaud, Pé- iiflbn, Gourville, & tant d'autres. La chute de ce miniflre, i qui on avait peot^étr^ moins dé r^r<>ches à faire qu'au cardinal Mazarin, fit voir qu'il n'appartient pas à tout le monde de £ûre les m^e< Éiutes. Sa perte était déjà réioluë, quand le roi accepta k fête magnifique, que ce numfbe lui donna dans fâ maifbn de Vaux. Ce palais & les jardins lui avaient coûté dix-huit-millions de livres,, qm en valent près de trtente-fix d'aujourd'hui. Il avait bâti le palais deux fois, & acheté trois villages entiers, dont le terrain fut en-* fermé dans ces jardins immeniès, plantés en partie par Le n&trCy & regardés dors comme les phis beaux de l'Europe. Les eaux jaillif- ^tes dé Vaux, qui parurent depuis au defTous du médiocre a^rè^ celles de Verfeilles, de Marly & de Saint-Clou, étaient alors des prodiges. Mais, quelque belle que fbit cette maifbn, cette dépeniç de dix-huit-millions, dont les comptes éxiflent encore, prouve qu'il avait été fervi avec aufîi peu d'ceconomie qu'il fcrvait le roi. Il eft vrai, qu'il s'en falait beaucoup que Sàint-Germain & Fontaine- bleau, les feules maifons de plaifknce habitées par le it>i, approchaf^ fènt de la beauté de Vaux. Louis XiV le fentit & en fut irrité. On voit partout dans cette maifbn les armes & la dcvifè de Fouquet. C'elt un écureuil avec ces paroles : S^ul non ajcendam ? Où ne mon" terai- je point ? Le roi fè les fit expliquer. L'ambition de cette de- vife ne fervit pas à appaifer le mcwiarque. Les courtifàns remarquè- rent, que l'écureuil était peint partout pourfuivi par ime couleuvre, qui 256 LOUIS XIV. qui ctait les annés de Colbcrt. La fête fut au deffus de celles que le cardinal Mazarin avait données, non feulement pour la magni- ficence, mais pour le goût. On y repréfcnta pour la première fois, les Fâcheux de Molière. Péliffon avait fait le prologue, qu'on ad- mira. Les plaifirs publics cachent ou préparent fi fouvent à la owr des dclàftres particuliers, que fans la reine mcre, Péliffon & lui auraient été arrêtés dans Vaux le jour de la fête. Ce qui augmen- tait le refïbntiment du maître, c'eft que mademoifelle de la ValUére, pour qui le roi conMnençait à fentir une vraie pafllon, avait été un dés objets des goûts paffagers du furintendant, qui ne ménageait rien pour les fatisfdre. Il avait offert à mademoifelle de la Valliiére deux-cent-mille livres ; & cette offre avait été reçue avec indigna- tion, avant qu'elle eût aucun deffein fur le cœur du roi. Le fur- intendant, s'etant apperçu depuis quel puiflknt rival il avait, voulut ctre le confident de celle dont il n'avait pu être le poflèflêur ; & cda même irritait encore. , Le roi, qui dans un premier mouvement d'indication avait été tenté deiàire arrêter le furintendant au milieu même de la fête qu'il en recevait, ufa enfuite d'ime diffimulation peu néceffaire. On eût dit, que le monarque déjà tout puiflànt eût craint le parti que Fouquct s'était fait. Il était procureur général du parlement ; & cette charge lui donnait le privilège d'être jugé par les chambres afiêmblées. Mais après que tant de princes, de maréchaux & de ducs, avaient été jugés par des commifîàires, on eût pu traiter comme eux un ma- ^ftratj puisqu'on voulait fe fervir de ces voies extraordinaires, qui, .fans être injuftes, laiffent toujours un foupçon d'injuftice. Colbert l'engagea par un artifice peu honorable, à vendre fà charge. Jl s'en défit pour douze- cent-mille livres, qui reviennent aujourdhui à plus" de deux millions. Le prix cxceffif des places au parlement, fi diminué depuis, prouve quel refte de confi- dération ce corps avait confervé dans fbn abaifîêment même. Le ,duc de Guife, grand-chambellan du roi, n'avait vendu cette charge de la couronne au duc de Bouillon, que huit-cent-mille livres. Fouquet, pour avoir diflipé les finances de l'état, & pour en avoir uf^; comme des fiennes propres, n'en avait pas moins de grandeur disns.l'ame. Ses déprédations n'avaient été que des mag- Anecdotes. 257 magnificences & des libéralités. Il fit porter à l'épargne le prix de fà charge ; & cette belle aâion ne le fkuva pas. On attira avec adrefîb à Nantes un homme, qu'un éxemt 6c deux gar- des pouvaient arrétçr à Paris. Le roi lui fit des carefîes avant fa difgrace. Je ne ùl pourquoi la plus part des princes aiFedent d'ordinaire de tromper par de faufies bontés, ceux de leurs fujets qu'ils veulent perdre. La diflimulation alors eft roppofé de la grandeur. Elle n'eft jamais une vertu, & ne peut devenir un talent eftimable, que quand elle eft abfolument nécefîkire. Louis XIV parut jbrtir de foii caraâére ; mais on lui avait fait entendre, que Fouquet fai^t faire de grandes fortifications à Belle-île, & qu'il pouvait avoir trop de liaifons au dehors & au dedans du roiaume. Il parut bien, quand il fut arrêté & conduit à la Baftille 6c à Vin- cênnes, que fon parti n'était autre chofe que l'avidité de quelques courtifàns 6c de quelques femmes, qui recevaient de lui des penfi- ons, 6c qui l'oublièrent dès qu'il ne fut plus en état d'en donner. Il ne lui refta d'amis que Péliflbn, Gourville, mademoifelle Scudéri, ceux qui eurent part à fa difgrace 6c quelques gens de lettres. On connaît ces vers de Hainault le traduâeur de Lucrèce, contre Colbert le perfècutcur de Fouquet : Miniftre avare êP Idche^ efclave malheureux^ §lui gémis fous le foids des affaires, publiques^ ViBime dévouée aux chagrins politiques^ . • . Fantôme révéré fous un titre onéreux. Voi combien des grandeurs le comble ejl dangereux ; Contemple de Fouquet les funejies reliques ; Et tandis quàfa perte enfecret tu i appliques j Crains quon ne te prépare un dejlin plus affreux. Sa chute quelque jour te peut être commune. Crains ton pojie^ ton rang^ la cour &^ la fortune. Nul ne tombe innocent d'où Ton te voit monté. \ Ceffe donc d'animer ton prince àfanfuplice^ Et prêt ,d^ avoir befoin de toute fa bonté y Ne le fais pas ufer de toute fa ju^ice. L 1 Monfieur yy » yy 258 LOUIS XIV. MonHeur Colbert, à qui Ton parla de ce ibnnet înjurieiu:, de-^ manda il le roi y était ofFenfé. On lui dit que non : '* Je ne le „ fuis donc pas," repondit le miniftre. Il eft vrai que faire le pixx:ès au furintendant, c'était acculer la. mémoire du cardinal Mazarin. Les plus grandes déprédati<»is dans les finances, étaient Ton ouvrage. Il s était approprié en Ibuveraiii plufieurs bnuiches des revenus de Tétat. Il avait traité en &}n nom & à fbn profit des munitions des armées. ^ Il impolâit, (dit Fou->- quet dans fès défenfês) par lettres de cachet, des fbmmes extra-i- ordinaires fur les généralités ; ce qui ne s'était jamais ^t que par lui 6c pour lui, & ce qui eft punifiàble de mort par les or- donnances. " Cdl ainfi que le cardinal avait amaffé des jbiens immeniès, que lui-même ne connaii^t plus. J'ai «itendu conter a feu monfieur de Caumartin intendant des finances, que dans ùl jeunefiê quelques années après k mon du car- dinal, il avait été au palais Mazarin, où logeaient le duc ibn héritier & la duchefiè Hort»i(b ; qu'il y vit une grande armove de marquet- terie, fort profonde, qui tenait du haut jusqu'en bas tout le fond d'un catûnet. Les dez en avalent été perdues depuis long-tems, fc on avait négligé d'ouvrir les tiroirs. Monfieur de Caumartin, éton- né de cette négligence, dit à la duchefiè de Mazarin qu'on trouve- rait peut-être des curiofités daiftS cette armoire. Ctai l'ouvrît 4 elle était toute remplie de quadroplea^ de jettons d'or, 6t de médailles d'or. Madame de Mazarin en jetta au peuple des poignées par les fenêtres, pendant plus de huit jours> L'abus, que le cardinal Mazarin avait fait de ia puifiknce despo- tique, ne juâifiâit pas le furintendant ; mab l'irrégularité des pro- cédures faites contre lui, la longueur de ibn procès, le tems qui éteint l'envie publique 8t qui inf^Âre la CDmp&flkHi poui* les malheu- reux, enfin les Sollicitations toûjouis |4as vives en niT fcrite de Saint^Evremond fur la paix des Pirénées. On lut au roi cette plaiËuiterie, qu'on fit pafiêr pour un crime d état. Colbert, qui dédaignait de fe vanger de Hainault homme oblcur, peria:uta aans Seint-Evremond Tami de Fouquet qu^il haïilâit, & le jsel cfprit qw'il craignait. Le roi eut l'extrême fcvérité de punir une raillerie innocente faite, il y avait longtems, contre le cardinal Mazarin qu'il ne regrettait pas, & que toute la cour avait outragé, calonv nié ic pfoicfit impunément pendant pluficurs années. De mille écrits faits con&e ce miniftie, le moins mor(knt fut le ièul puni, & le fut ajM*è8 (à mort. Saint-Evremond, retiré cm Angleterre, vécut chez une nation libre & philofbphe. Le marquis de Miiipmont, £an ami, me difait autrefois à Londres, qu'il y avai£|!Une autre caufè de ià.diigraae, ic que Saint-Evremond n'avait jamais voulu s'en ex{^uer. Le nouveau miniflre des finances, fbus le fimple titre de contrô- leur-général, ju^fia la iév^ité de fès pcuirfuites, en rétabliilânt Tordre que les prédecefiêurs avsûent troublé, tk en travaillant iàns rdâche à la grandeur de Tétat. La cour devint le centre des plaifirs ôcle modèle des autres cours. Le roi fe piqua & qui ne pouvant achever fon difcours, lui dit : " Sire, que votre ,, majefté daigne croire, que je ne tremble pas ainfi devant vos en- „ nemis :'* n'eut pas de peine à obtenir ce qu'il demandait. Le goût de la fociété n'avait pas ençor reçu toute fa perfeâida à la cour. La reine mère, Anne d'Autriche, commençait à aimer la retraite. La reine régnante favait à peine le français, '& la bonté faifait fbn feul mérite. La princefTe d'Angleterre, belle-fœur du roi, apporta à la cour les agremens d'une converfation douce & ani- mée, fbûtenuc bientôt par la ledure des bons ouvrages & par un goût fur & délicat. £lle fe perfectionna dans la coniiaiflance de la langue, qu'elle écrivait mal encor au tems de fbn mariage. Elle infpira une émulation d'efprit nouvelle, & introduifit à la cour une pqlitefTe & des grâces, dont à peine le refte de l'Eu- rope avait l'idée. Madame avait tout l'efprit de Charles fécond fon frère, embelli par les charmes de fbn féxe, par le don & par le dtfîr de plaire. La cour de Louis XIV refpirait une ga- lanterie pleine de décence, CeDe qui régnait à la cour de Charles fécond, était plus hardie ; & trop de groffiéreté en déshonorait les plaifirs. Il y eut d abord entre madame & le roi beaucoup de ces co- quetteries d'efprit & de cette intelligence fecrette, qui fè remarquè- rent dans de petites fêtes fouvent répétées. Le roi lui oivoiait des vers ; elle y répondait. Il arriva que le même homme fut à la fois le confident du roi & de madame dans ce conunerce ingénieux. C'était le marquis de Dangeaù. Le roi le chargeait d'écrire pour lui ; & la princefle l'engageait à répondre au roi. Il les fervit ainfi tous deux, fans laifler foupçonnèr a l'un, qu'il fût emploie par l'autre ; & ce fut une des caufes de fa fortune. Cette intelligence jetta des alarmes dans la famille roiale. Le roi réduifit l'éclat de ce commerce à un fonds d'eflime & d'amitié, qui ne s'altéra jamais. Lorfque madame fit depuis travailler Racine & Corneille à la tragédie de BérénicCy elle avait en vue non feulement la rupture du roi avec la connétable Colonne, mais le frein qu'elle- même avait mis a fon propre penchant, de peur qu'il ne devînt dange- / f f I Anecdotes. 261 - dangereux. Louis XIV eft aflêz dtfigné dans ces, deux vers de la Bérénice de Racine : §luen quelque obfcuriét^ que le ciel l eût fait nattrey Le monde en le voiaht eût reconnu f on maître. Ces amufèmens firent place â la pa/îion plus ferieufè &; plus ■(iiivie, qu il eut pour mademoifelle de la Valiére, fille d'honneur de Madame. Il goûta avec elle le bonheur rare d'être aimé unique- ment pour lui-même. Elle fut deux ans l'objet caché de tous les amufèmens galans, 8c de toutes les fêtes que le roi donnait. Un jeune valet de chambre du roi, nommé Belloc, compofa plufieurs récits qu'on mêlait à des danfês, tantôt chez la reine, tantôt chez madame j & ces récits exprimaient avec miftére le. fecret de leurs cœurs, qui cefïà bientôt d'être un fècret. Tous les divertiflèmens publics, que le roi donnait, étaient au- tant d'hommages à fà maîtreflè. On fit en 1662 un carroufel, non pas dans la place roiale (comme le dit l'hifloire de la Hode ou la Motte fous le nom de la Martiniére : cette place n'y efl pas pro- pre ;) mais vis-à-vis les Tuileries, dans une vafte enceinte, qui en a retenu le nom de la place du carroufel. Il y eut cinq quadrilles. Le roi était à la tête des Romains ; fbn frère, des Perfâns ; le prince de Condé, des Turcs; les duc d'Enguien fbn fils, des Indiens ; le duc de Guifê, des Américains. Ce duc de Guifè était petit-fils du Balafré. U s'était rendu célèbre dans le monde, par l'audace malheureufè avec laquelle il avait entrepris de fe rendre maître de Naples. Sa prifbn, fbs duels, fès amours romanefques, fès profufions, fes aventures, le rendaient fingulier en tout. Il fèmblait être d'un autre fiécle. On di^t de lui, en le voiant courir avec le grand Condé : Vcnlà les héros de thijioire ^ de la fable. La reine mérc, la reine régnante, la reine d'Angleterre veuve ait Charles II, oubliant alors fè malheurs, étaient fous un dais à ce fpeâacle. Le comte de Sault, fils du duc de Lesdiguiéres, remporta le prix, & le reçut des mains de la reine mère. Ces fêtes ranimè- rent plus que jamais le goût des devifes & des emblèmes, que les Tournois avaient mis autrefois à la mode, & qui avaient fubfiflé après eux. Un 202 LOUIS XIV. Un antiquaire, nommé d'Ouvrier, imagina alors pour Louis XIV, l'emblème d'un foleil dardant fes raions fur un globe avec ces mo% Nec pluribus impar. L'idée était un peu imitée d'une devifê efpa- gnole, faite pour Philippe fécond, & plus convenable à ce roi qui 3o{Icdait la plus belle partie du nouveau monde & tant d'états dans '. 'ancien, qu'à un jeune roi de France qui ne donnait cncor que des efptrarices. Cette devife eut un fuccès prod^ieux. Les ar- moiries du roi, les meubles de la couronne, les tapiiîêries, les Sculp- tures, en furent ornées. Le roi ne la porta jamais dans fès carrou- fels. On a reproché injuftement à Louis XIV lé fâfté de cette devife, comme s'il l'avait choifîe lui-même ; & elle a été peut- être plus juflement critiquée pour le fond. Le corps ne repiâènte pas* ce que la légende flgnifie ; 6c cette légende n'a pas un fens afTez clair 6c aflèz déterminé. Ce qu'on peut expliquer de plu- fleurs manières, ne mérite d'être expliqué d'aucune. Les devifes, ce refte de Tancienne chevalerie, peuvent convenir à des fètes, 6c ont de l'agrément, quand les allufions font juftes, nouvelles 6c pi- quantes. Il vaut mieux n*en point avoir, que d'en fbuâfrir de mauvaifês 6c de bafïês, comme celle de Louis douze ; c'était im porcépic avec ces paroles : $lui s y frotte^ s y pique. Les devifes font par rapport aux infcriptions, ce que font des ma&aradcs en comparaifbn des cérémonies augufles. La f^te de Ver&illes en 1664. furpaflâ celle du carroufêl, par fa fingùlarité, par fa magnificence, 6c par les {^aiiîrs de l'efprit, qui fè nœlant a la fplendeur de ces divertiâèmens, y ajoutaient un goût 6c des grâces dont aucune fcte n'avait enoor été embellie. Veriàilles commençait à être im ^^our dâicieijx, Ëms approcher de la gran- deur dont il fut depuis. Le cinq Mai, le roi y vint avec une cour oompofce de ilx-dent perfonnes, qui furent défraiées avec leur fuite, aufll bien que toils ceux qui fèrvirent aux apprêts de ces encfaantemens. Il ne manqua jamais à ces fêtes, que des monumens conflruits exprès pour les donner, tels qu'en élevèrent les Grecs 6c les Romains. Maî« la promtitude, avec laquelle on conflruiiît des théâtres, des amphi- thé-atres, des portiques» ornés avec autant de magniâcence que de goût, était une merveille qui ajoutait àl'iilufion, 6c qui diverfi£ée de- puis en xnille manières, augmentait encor le charme de ces ipeâaci^. 1 - »'■ M^mm^rr- Anecdotes. 263 Il y eut d'abord une efpéce de carroufel. Ceux qui devaient courir, parurent le premier jour comme dans un revue ; ils ttaient précédés de hérauts-d'armes, de pages, d'tcuiers, qui portaient leurs dcvifes & leurs boucliers ; & fur ces boucliers étaient écrits en lettres •d'or des vers compofés par Périgni & par Benferade. Ce dernier liirtout avait un talent fingulier pour ces pièces galantes, dans les=- quelles il faifàit toujours des allumons délicates & piquantes, aux caraôéres des perfonnes, aux perfonnages d'antiquité ou de la fable qu'on repréfentait, & aux pajGlons qui animaient ]a cour. Le roi reprtfentait Rogo": tous les diamans de la couronne brillaient fur 4bn habit & fur le cheval qu'il montait. Les reines & trois-cent 'dames, fous des arcs de triomjAc, voiaieat cette entrœ. Le roi, parmi tous lés regards attaches fur lui, ne diftinguait que ceux de mademoiièlle de la Valicre. La fctc était pour elle feule ; ellç en jouiiîkit, confondue dans la foule La cavalcade était fuivie d'un char Doré de dix-àuit pieds de haut, de quinze de large, de vingt-quatre de long, repréfentanç le char du Soleil. Les quatre âges d'or, d'argent, d'airain & de fèr, les lignes céleftes, les fdfons, les heures, fuivaient à pied ce ciiar. Tout était caraâérifé. Des b^gers portaient les pièces de la barrière, qu'on ajuflait au fon des trompettes, ausquelles fuccé- daient par intervalles les mufettes ôc les vi(^ons. Quelques perfon-* iia.ges qui (uivaient le char d'Apollon, vinrent d'abord réciter aux reines, des vers convenables au lieu, au tems 6c aux perioAnes. Les courfês finies, & la nuit venue, quatre-mille gros flambeaux éclairèrent TefpAce, où fe dcMinairent les fêtes. Des taUes y furent fervies par deux-cent perfonnages, qui repréfentaient les iàifotn^ lee Faunes, les Sylvains, les Dryades, avec des paâeuiSy des vendaa*- geurs, des moîifonneurs. Pan & Diane avançaient fur une mon- tagne mouvante, 6c en defoendirent pour &ire pofer for lés tables ce que les campagnes & les forêts produtiènt de plus délicieux. Derrière. les tables en demi cercle, s'éleva tout d'un coup un théâ- tre chargé de concertans. Les arcades, qui entouraient la table 6c le théâtre, étaient ornées de cinq-cent girandoles vertes & argent^ qui portaient des bougies ; -6c une baluflrade dorée fermait cette vafle enœinte. Ces fêtes, û. fopérieures à celles qu'on invente dans les Romans, durèrent fèpt jours. Le roi remporta quatre fois le prix des jeux, 6c laiiTa 200 LOUIS XIV. & laifla difputcf enfuite aux autres chevaliers, les prix qu'il avait gagnes, 5c qu'il leur abandonnait. La comédie de la Princejfe (TElide^ quoiqu'elle ne foit pas une des meilleures de Molicre, fut un des plus agréables ornemens de ces jeux, par une infinité d'allégories fines fur les mœiu^s du tems, & par des à -propos qui font l'agrément de ces fêtes, mais qui font perdus pour la poftéritc. On était encor très entêté à la cour de l'aftrologie judiciaire. Pluficurs princes penfaient par une fuperfti- tion orgueilleufe, que la nature les diftinguait jusqu'à écrire leur de- ftinte dans les aftres. Le duc de Savoie Viâor Amédée, père de la ducheffe de Bourgogne, eut un aftrologue auprès de lui, même après fon abdication. Molière ofa attaquer cette illufion dans fon ouvrage. On y voit aufîi un fou de cour. Ces miférables étaient encor fort a la mode. C'était un refte de barbarie, qui a duré plus long- tems en Allemagne qu'ailleurs. Le befbin des amufemens, l'impuif- fance de s'en procurer d'agréables & d'honnçtes dans les tems d'ignorance & de mauvais goût, avaient fait imaginer ce trifte plaifir, qui dégrade l'efprit humain. Le fou, qui était alors auprès de Louis XIV, avait appartenu au prince de Condé. Il s'appellait l'Angeli. Le comte de Grammont difait> que de tous les fous qui avaient fuivi monfieur le prince, il n'y avait que l'Angeli qui eût fait fortune. Ce bouffon ne manquait pas d'efprit. C'eft lui qui 6c Mm de 266 LOUIS XIV. de lui procurer des plaiiîrs. On traita depuis le doge' de Géaes avec moins d'honneurs, mais avec ce même emprefièmcnt de plaire, que le roi concilia toujours avec fès démarches altiérés.; Tout cela donnait à la cour de Louis XIV, un air de grandeur qui tclipfait toutes lés autres cours de l'Europe. Il Voulait que cet tclat, attaché à (à perTonne, rejaillit fur tout ce qui l'environnait ; que tous les grands fufibnt honorés, 8c qu'aucun ne fût puiflânt, à commencer par fbn frère & par moniteur le prince. C'eft dans cette vue, qu'il jugea en faveur des pairs leur ancienne querelle avec les préudens du parlement. Ceux-ci prétendaient devoir opi- ner avant les pairs, & s'étaient mis en poilèf&on de ce droit. Il régla dans un conlêil extraordinaire, que les pairs opineraient aux lits de juftice, en préfènce du roi, avant les préudens, comme s*ils ne devaient cette prérogative qu'à fà préfènce ; 6c il lai{& rul> ilfter l'ancien ufàge dans les afTemblées qui ne font pas des lits de juftice. Pour diflinguer fês principaux courti&ns, il avait inventé des ca&ques bleues, brodées d'or 6c d'argent. La permif&on de les porter était une grande grâce pour des hommes que la vanité mène. On les demandait presque comme le colier de l'ordre. On peut remarquer, puis-qu'il eft ici queition de petits détails, qu'on por- tait alors des cafâques par deiîus un pourpoint orné de Rubans ; 6s fur cette cafaque paf&it un baudrier, auquel pendait Tépée. On avait une efpéce de rabat à dentelles, 6c un chapeau omé de deux rangs de plumes. Cette mode, qui dura jusqu'à l'année 1684^ devint celle de toute l'Europe, excepté de l'Espagne 6c de la Pologne. On fê piouait déjà d'imiter prelque partout la cour de Louis XTV. Il établit dans ià maiibn un ordre qui dure encore ; régla les rangs 6c les fondions ; créa des charges nouvelles auprès de fa perfonne, comme celle de grand-maître de fa garderobe. Il rétablit les tables inftitutes par François premier, 6c les augmenta. Il y en eut douze pour les officiers conmiençaux, fer vies avec au- tant de propreté 6c de proftifion que celles de beaucoup de fouv&- rains : il voulait que les étrangers y fufîent tous invités : cette at- tention dura pendant tout fbn régne. Il en eut une autre plus recherchée 6c plus polie encore. Lorfqu'il eut fait bâtir les pavillons de Marli en 1679, toutes les dames trouvaient dans leur apparte- ment une toilette complette ; rien de ce. qui appartient à un luxe com- Anecdotes. 167. commode n'était oublié ; quiconque était du voiage, pouvait don- ner des repas dans fon appartement : on y était (êrvi avec la même délicate^îè que le maître. Ces. petites chofes n'acquièrent du prix, qiie quand elle (ont fbûtenuës par les grandes. Dans tout ce qu'il £uùâty on Yoiait de la fplendeur & de la généroflté. Il faifait préfent de deux- cent-mille francs aux filles de Tes miniAres à leur mariage. Ce qui lui donna dans l'Europe le plus d'éclat, ce fut une libé- ralité qui n'avait point d'exemple. L'idée lui en vint d'un difcours du duc de Saint-Aignan, qui lui conta que le cardinal de Richelieu avait envoie des préfens a quelques làvans étrangers, qui avaient fait fon éloge. Le roi n'attendit pas qu'il fut loué ; mais fur de mériter de l'être, il recommanda à fes miniftres, Lionne &; Colbert, de choifir un nombre de Français 6c d'étrangers diftingués dans la littérature, ausquels il donnerait des marques de fà généroflté. Lionne aiant écrit dans les païs étrangers, & s'étant fait infbùire autant qu'on le peut dans cette matière fi délioite, où il s'agit de donner des préférences aux contemporains, on fit d'abord une lifle de foixante perfbnnes : les uns eurent des préfèns, les autres des penfîons, félon leur rang, leurs befbins, & leur mérite. Le bib^ îiothécaire du Vatican, Allati, le comte Graiziani fecretaire d'état du duc de Modéne, le célèbre Viviani mathématicien du grand-duc de Florence, Vofîius l'hifloriographe des Provinces-unies, l'illuftre mathématicien Huyg^s, un réfident Hollandais en Suéde ; enfin jufqu'àdes profeflèurs d'AItorf & deHelmfladt, villes prefque incon- nues des Français, furent étonnés de recevoir des lettres de monfieur Colbert, par lefquelles il leur m^odait, que fi le roi n'était pas leur {buverain, il les priait d'agréer qu'il fiit leur bienfaiteur. Les ex- preffions de ces lettres étaient mefvrées fur la dignité des perfbnnes ; 6c touttss étaidit accompagnées, ou de gratifications çonfidérables, ou de penfîons. Parmi les Français, on fut diflinguer . Racine, Quinaut, Fléchier depuis évéque de Nîmes, encor fort jeunes ; ils eurent des préfens.. U efl vrai que Chapelain & Cotin eurent des penlions ; mais c'était principalement Chapelain que le minifbre Colbert avait confulté. Ces deux homn\es, d'ailleurs fi décrits pour la poëfie, n'étaient pas ^s. mérite. Chapelain avait une littérature immenfe ; &; ce qui peut fiirprendre, c'efl qu'il. avait du goût, 6c qu'il était un des cri- tiques des plus éclairés. Il y a. une diflance immenfè de tout cela M m 2 au a68 LOUIS XIV. au génie. La icîence €c reTprit conduifent un artîfle, mais ne le forment en aucun genre. PeHbnne en France n'eut plus de répu- tation de (on tems, que RonÊU'd 8c Chapelain. C*eft qu'on était barbare dans le tems de Roniârd> 6c qu*à pdne on iaôrtait de la barbarie dans celui de Chapelain. Coftar, le compagnon d*étude de Balfkc & de Voiture, appelle Chapelain le premier des poètes hcroïques. Boileau n*eut point de part à ces libéral!^ ; Û n'avait encor £ût que des fatires ; & Ton fait que ces étires attaquaient les mêmes Ikvans que le miniftre avait confliltés. Le roi le diftingua qud- ques années après, fans confulter per^ne. Les préfens, faits dans les pais étrangers, furent fi conûdésaJties, que Viviani fît bâtir à Florence \me maifbn, des libéralités de Louis XIV. 11 mit en lettres d or fur le &oatirpic^ yEdés à De» data : allufion au furnom de Dieu-danftéy dont la voix publique avait nommé ce prince à là naîliânce. On fè figure dément Tefïèt qu*eut dans r£uiDpe cette nu^m* ficence extraordinaire ; & fi on confidére tout ce que le roi fit bien- tôt après de mémorable, les elprits les plus févéres & les f^us diffi- ciles dc»vent fbuffrir les éloges inunodérés, qu'cm lui prodigua. Les Français ne fiirent pas les fêuls qui le louèrent. On prononça douze panégyriques de Louis XIV en divorfès villes d'Italie'; te le marquis Zampieri les lui envola reliés avec des filigrames d*or. Il continua toujours à répandre (es bioifaits fiir ks lettres & fur les arts. Des gratifications particulières d'environ quatre- mille louis d'cM* à Racine, la fortune de Defpféauic, cdile de Qukiaut, fiir-tout celle de Lulli & de tous les aitiftes qui hsi cooùusaxrtnt kuis tra- vaux, en font des preuves. Il donna même mille jknds à Benlè- rade, pour faire graver les tailles douces de iès métamorphofes d'Ovide en rondeaux : libéralité mal appliquée, qui prouve Seule- ment la génerofité du fbuverain. Il fecoiapenfiut dans Benferade, le petit mérite qu'il avait eu dans fês ballets. On ne voit pas après cela, fur quel fondement quelques écrivains ont reproché l'avarice a ce monarque. Un prince, qui a des do- maines abfblument ^arés des revenus de l'état, peut être avaie comme un particulier ; mais un n» de Fiance, qui n'eft réelle- ment que le difpenfàteur de l'argent de fes fujets, ne peut guèies étie atteint de ce vice. L'attention & la volonté de récompenfèr peuvent lui hii manquer *, mm c*«ft gc (pfon ne peut reproclièr à Louis XIV. Dans le tems même qu*il commençait à encourager les talens par tant de lûeoÊdts, Tuiàge que le comte de Bufll fit des fiens, fut rigouieufêment puni. On le mit à k Baftille en 1665. Les. amours des Gaules furent le prétexte de &l prifon. La véritable cauib était cette chan£bn, où le roi était trop compromis, & dont on renouvda alors le fouvenir, pour perdre Bufll à. qui on l'imputait^ ^ue deodatus efi heureux^ , De.èajfiT ce iec apminum^ Sfm d'une ûreiUe ^ loutre vaf Ses ouvrages n'étaient pas afièz bons/ pour compenfèr £e ma£ qu^ils lui firent. Il parlait puremient (à krn^rue; il avait du mérite^ mais plus d'amour-propre encore ; &; il ne iè fo'vit guères de€e mérite^ que pour ft faire des ennemis. Louis XIV aiuait agi génareufinenf^ s'il lui avait pardonné : il Vengea (on injure perfimelle; en parait iànt céder au cri public. Cependant le comte de Buffi fut relâché, au bout de dix-huit mois ; mais il fut dans la diigrace tout le reflç de fk vie, proteflant envain à Louis XIV vne tendrefîê, que ai le: ici, m peribnne ne croiait âncéie». ji. ^ i - .H,V.ndé. Cependant la marquife de Montefpan jouifîàit de fa faveur, avec au- tant d'éclatée d'empire que madame de laValiére avait eu de modeflie» Tandis que madame de la Valiére 6c madame de Montefpan fè difputaient encor la première place dans le cœur du roi, toute la cour était occupée d'intrigues d'amour. Louvois. même était fenfible» Parmi pluileufs. maîtrefîês qu'eut ce minifbe, dont le caraéttre dur {èmblait fi peu fait pour l'amour, il y eut une madame du :Frénoi, . &mme d'un de lès commis,, pour laquelle il eut depuis le 272 LOUIS XIV. le crédit de faire ériger une charge chez la leiiie t on la fit dam^ du Ut : elle eut les grandes entrées. Le roi, en fàT&rifânt ainfi juiqu*aux goûts de (es miniftres, voulait juftifier les fiens. - C'eft un grand exemple du pouvoir des préjugés & de la coûtome, •qu'il- fût permis à toutes les femmes mariées d'avoir des amans, & -qu'il ne le fût pas à la petite-fiUe de Henri quatre, d'avoir un marr. Mademoiiêlle, après avoir refiiié tant de fbuverains, après avoir eu l'eipéraace d'épouièr Louis XIV, voulut Êdre à quarante7 trois ans la fortune d'un gentilhonune. ÉUe dbtint la penmdion d'époufèr Peguilin du nom de Caimiont, comte de Lauiun, capitaine d'une iies deux compagnies des cent gentilshommes au Beo-de-corbin qui lie ful^ilent plus, & pour qui le roi avait créé la charge de colonel-' général des dragons. U y avait cent éxonples de princeflês, qui avaient époufé des gentilhommes : les en^)ereurs Romains donnaient leurs filles à des fénateurs : les filles des ibuverains de l'Afie, plus puifiâns & plus dcipotiques qu'un rcH de Fianc^ n'^oulent jamais crettement fa femme & à n'en être pas bien traitée en public. Malheureufê à la cour, malheureufê che? elle, ordinaire efiet des pafllons ; elle mourut en 1693. * Pour le comte Laufun, il paflâ enfuite en Angleterre en 1688. Toujours deftiné aux aventures extraordinaires, il conduifit en France la reine époufe de Jacques fecond, ^ fbn ûh au Berceau. li fut ^t duc. Il commanda en Irlande avec plus de réputation attachée à fès aventures, que de confidération perfonellc. Nous l'avons vu mourir fort âgé, & oublié comme il arrive à tous ceux qui n'ont eu que de grands evénemens fans avoir fait de grandes chofes. Cependant madame de Montefpan était tout puif&nte dès le commencement des intrigues dont on vient de parler. Athénaïs de Mortemar femme du marquis de Montespan, ù. lœur aînée la marquife de Thiange, & fà cadette pour qui eUe obtînt l'abbaïe de Fontévraud, étaient les plus belles femmes de leur tems: & toutes trois joignaient à cet avantage, des agrément ânguliers dans l'efprit. Lç duc de Vivonne leur frère, maréchal de France, était aufn un des hommes de la cour, qui avait le plus de goût & de leâure. C'était lui à qui le roi difkit un joiu* : Mais à quoifert de lire f Le duc de Vivonne répondit : *^ La leâuie fait „ à l'efprit, ce que vous perdriiç font a me$ jouçs." C'efl qu'A avait de l'embonpoint & de belles couleurs. Ces quatre perfonnes pkiiâient univerfèllement par im tour fin- gulier de converfâtion mâé de plaifanteriç, de naïveté & de finefle, qu'on appellait l'efprit des Mortemar. Elles écrivaient toutes avec une légèreté & une grâce particulière. Qn, voit par- ques de la maifbn de fbn mari, m'a nommé celui, qui (félon lui} donna le poifbn. " Cet honune, me difait-il, qui n était pas riche, „ fè retira immédiatement après en Normandie, où il acheta une terre dans laquelle il vécut long-tems avec opulence. Ce poifbn (ajoutait-il) était de la poudre de diamant mifè au lieu de fucre „ dans des fraifès" La cour 6c la ville penferent que madame a- vait été empoifonnée dans un verre d'eau de chicorée, après lequel elle éprouva d'horribles douleurs , 6c bientôt les convulûons de la mort. Mais la malignité humaine 6c l'amour de l'extraordinaire furent les feules raifbns de cette perfuaflon générale. Le verre d'eau ne pouvait être empoifbnné, puisque madame de la Faïette 6c une autre perfonne burent le refle fans refTentir la plus légère in* commodité. La poudre de diamant n'efl pas plus un venin, que la poudre de corail. Il y avait long-tems que madame était mala- de d'un abfcès qui fe formait dans le foie. Elle était très mal- faine, 6c même avait accouché d'un enfant abfoiument pourri. Son mari, trop fbupçonné dans l'Europe, ne fut ni avant ni après cet événement accufé d'aucune aâion qui eût de la noirceur : 6c on trouve rarement des criminels qui n'aient fait qu'un grand crime. Le Anecdotes. 277 Le genre humain ferait trop malheureux, s'il était auffî commun de commettre des chofès atroces, que dé les croire. On prétendit, que le chevalier de Lorraine favori de monsieur, pour le vanger d'im exil 6c d'une prifbn que (à conduite coupable auprès de madame lui avait attiré, s'était porté à cette horrible vangcance. On ne fait pas attention, que le chevalier de Lorraine était alors à Rome, & qu'il eft bien difficile à un chevalier de Mal- the de vingt ans, qui efl à Rome, d'acheter à Paris la mort d'une, grande princeffe. Il n'eft que trop vrai, qu'une faibleflê 6c une îndifcrétion du vi- comte de Turenne avaient été la première cauiè de toutes ces ru- meurs odieulès,. qu'on fè plaît encor à réveiller. Il était à fbixante ans Tamant de madame de Coatquen 6c fa dupe, comme il l'avait été de madame de Longuevilie. Il révéla a cette dame le fècret de l'état, qu'on cachait au frère du roi. Madame de Coatquen, qui ai- mait le chevalier de Lorraine, le dit à fon amant : œlui-ci en aver- tit moniieur. L'intérieur de la maifon de ce prince fut en proie à tout ce qu'ont de plus amer les reproches &; les jalouiies. Ces^ troubles éclatèrent avant le voiage de madame. L'amertume re- doubla à fon retour. Les emportemens de monfleur, les querelles de fes favoris avec les amis de madame, remplirent la maifbn de confuûon 6c de douleur. Madame, quelque tems avant fà mort, reprochait avec des plaintes douces 6c attendriâàntes, à la marquifè de Coatquen, les malheurs dont elle était caufê. Cette dame, à genoux auprès de fon lit 6c arrofànt fès mains de larmes, ne lui ré- pondit que par ces vers de Venceflas : y* allais , . . fêtais . . . l amour a fur moi tant d'empire ; Je mégare^ madame^ &' ne puis que vous dire . . . Le chevalier de Lorraine, auteur de ces diflênfions, fut d'abord en- voie par le roi à Pierre-encife ; le comte de Marfan de la mai(bn de Lorraine, 6c le marquis depuis maréchal de Villeroi, furent exilés. £nfîn on regarda comme la fuite coupable de ces démêlés^ la mort naturelle de cette malheureufe princeflê. Ce qui confirma le public dans le foupçon de poifon, c'efl que vers ce tems on commença à connaître ce crime en France. On n'avait point emploie cette vangeance les lâches dans des horreurs de 278 LOUIS XIV. de la guerre ct^e. Ce crime, par une fatalité Anguliére, infeâa, la France dans la tems de la glcnre 6c des plaifîrs qui adouciraient les mœurs, ain(i qu*il fe glii^a dans Tandenne Rome aux {^us beaux jours de la republique. Deux Italiens, dont Tun iè nommait Ëxili, travaillèrent longtems^ avec un apoticaire Allemand nommé Glaiêr, à chercher ce qu^on appelle la Pierre philofopbaU, Les deux Italiens y perdirent k peu qu'ils avaient, & voulurent par le crime réparer le tort de leur fblier Ils vendirent iècrettement des poifons. La confefHon, le plus ^"atid frein de la jnéchanceté humaine, mais dont aa abufe en croiant pou- voir faire des crimes qu^on crc»t pouvoir expier ; k confefllon, dis» je, fît connaître au grand-pénitencier deParis, que quelques perfÔQne& étaient mcM'tes empcÂibnnées. Il en donna avis au gouvernement. Les deux Italiens foupçonnés furent mis à la Baftille : Vmxi des deux y mouruL Exili y refla fans être c(»ivaincu ; Se du fond de fâ pri- fon, il répandit dans Paris ces funeftes fecrets, qui coûterait la vie au lieutenant-civil d'Aubrai & à fà famille, & qui firent en fin ériger la chambre des poifons, qu'on nomma la chambre ardente, L*amour fut la première fburce de ces horribles aventures. Le marquis de Brinvillio^, gendre du lieutenant-civil d*Aubrai, logea chez lui Sainte-Croix, * capitaine de fÎMî régiment, d*une trop belle figure. Sa femme lui en fit craindre les conféquences. Le mari s*obflina à faire demeurer ce jeune homme avec fa femme, jeune, belle' & fênfible. Ce qui devait arriver, arriva : ils s'aimè- rent, I-« lieutenant-civil, père de la marquifè, fut afîëz févére & afiêz imprudent, pour follicitèr une lettre de cachet, 6ç pour faire, envoie r à la Baftille le capitaine, qu'il ne fallait envoîer qu'a fbn régiment. Sainte-Croix fut mis malheureufèment dans la chambre où était Exili. Cet Italien lui apprit à fè \^mger. On en fait les fuites qui font frémir. La marquue n'attenta point a la vie de fbn mari, qui avait eu de l'indulgence pour un amour dont lui-même étak la caufè ; mais la fureur de la vangeance la porta à empoifbn- ner ion père, fès deux fi-éres & fâ fœur. Au milieu de tant de crimes, elle avait de la religion : elle allait fbuvent à confeflê : & même^ lorfqu'on l'arrêta dans Liège, on trouva une confeflion géné- rale * L'hifteire de Louis XIV» fou& le nom de la Mardniért, le nomme l'abbé de la Croix, Cette hiftoire, fautive en tout, confond les noms, les dates & lès événemens. Anecdotes. ^79 raie écrite de ià inain, qui ièrvit non pas de f^enve contre elle, mais de piréibmption. Il eft faux, qu'elle eut eâàïe fês poifbns dans. les hôpitaux» comme le diTait le peuple, & comme il eft écrit dans les Caujès célèbres^ ouvrage d*un avocat {ans caufe, 6c fait pour le peuple. Mais il efl vrai qu'elle eut, ainfl que Sainte-Croix, des liaiTons fècrettes avec des perfonnes acculées depuis des mêmes crimes. Elle fut brûlée en 1679, après avoir eu la tète tranchée. Mais depuis 1670, qu'Exili avait commencé à faire des poifcMis jufqu*en 1680, ce crime infeâa Paris. On ne peut difîimuler, que Fennautier le receveur-général du clergé, ami de cette femme, Ait accufé quelque tems après d*av(Hr mis fes fecrets.en ufage ; & qu'il lui en coûta la moitié de fon bien pour fupprimer les preuves. La Voifin, la Vigoureux, un prêtre nommé le Sage, & d'autres, trafiquèrent des iêcrets d'Exili, fous prétexte d'amufer les âmes cu- rieu&s & faibles par des prédirions & par des apparitions d'efprits. On crut le crime plus répandu qu'il n'était en en^t. La chambre ajrdente fut établie à l'arfenal près de la Êaftille en 1680. Les plus grands feigneurs y furent cités : entre autres, deux niéce$ du car- dinal Mazarin, la duchefîê de Bouillon, & la comtefïè de Soifïbns mère du prince Eugène. Elles ne furent point décrétées de prife de corps, comme le dit l'hiftoire de Rébgulet. Il ne fe trompe pas moins en difant, que la duchefîê de Bouillon parut devant les juges avec tant d'amis, qu'elle n'avait rien à craindre, quand même elle eût été coupable. Quels amis dans ce tems-là euf&nt pu fbu- ftraire quelqu'un à la juflice ? la ducheflè de Bouillon ne fut accu- fée que d'avoir eu des curiofités ridicules. On imputait dès choies plus fjérieuiès à la comteflê de Soifïbns, qui k retira à &uxelles. Le maréchal de Luxembourg fut mis à la Baflille, & Aibit un long interrogatoire, après lequel il reila encor quatorze mois en pri&n. On peut juger quelles rumeurs affireu&s toutes ces accu-» îations excitaient dans Paris Le fuppHce du &u, dont la Voifîn & fes compHces furent punis, mirent fin aux recherches Se aux crimes.. Cette abomination ne fut que le partage de quelques particuliers,. & ne corrompit point les mœurs douces de la nation ; mais elle laiflk dans les efprits un penchant funefte à foup^onner des. morta iiaturdles^ d'avoir été violentes.. Ce i8o LOUIS XIV. Ce qu'on avait cm de la deftinée malheureuse de madame Hen- riette d'Angleterre, on le crut enfuite de fà fille Marie-Louifè, qu'on maria en 1679 au roi d*£lpagne Charles fécond. Cette jeune princeflê partit à regret pour Madrid. Mademoifelle avait fbuvent dit à • monfieur, fi-ére du roi : Ne menez pas fi fouvent votre fille à la cour ; elle fera trop malheur eufe ailleurs > Cette jeune princeffe voulait époufèr monfèigneur. Je vous fais reine tPEfpagne^ lui dit le roi, que pourrais-je de plus pour ma fille ^ ** Ahl répondit-elle, vous pourriez plus pour votre nièce." Elle fut enlevée au monde en. 1689, au même âge que fâ mère. Il paflk pour confiant, que le confeil Aûtrich^n de Charles (ècond voulait fe défaire d'elle, parce qu'elle aimait fon païs, & qu'elle pouvait empêcher le roi fon mari de fe déclarer pour les alliés con- tre la France. On lui envoia même de Verfailles de ce qu'on croit du contrepoifbn, précaution très incertaine, puiique ce qui peut guérir une efpéce de mal peut envenimer l'autre, 8e qu'il n'y a point d'antidote génial. Le contrepoifbn prétendu arriva après fa mort. Ceux qui ont lu les mémoires compilés par le marquis de Dangeau, trouveront que le roi dit en foupant : ** La reine d'Efpagne efl „ morte empoifbnnée dans une tourte d'anguille : la comteflb de „ Pemits, les camérifles Zapata & Nina, qui en ont mangé après „ elle, font mortes du même poifbn. Après avoir lu cette étrange anecdote dans ces mémoires manu- fcrits, qu'on dit faits avec foin par un courtifkn, qui n'avait pref^ que point quitte Louis XIV pendant quarante ans ; je ne laif- fai pas d'ctre encor en doute : je m'informai à d'anciens do- mefîiques du roi, s'il était vrai que ce monarque, toujours retenu dans fês difcours, eût jamais prononce des paroles fi imprudentes. Ils m'aflurérent tous, que rien n'était plus faux. Je demandai à des perfbnnes confidérables qui arrivaient d'Efpagne, s'il était vrai que ces trois perfbnnes fufîênt mortes avec la reine ; elles me donnèrent des atteftations, que toutes trois avaient furvé- cu longtems à leur maitreflê. Enfin je fus que ces mémoires du marquis de Dangeau, qu'on regarde comme un monument précieux, n'étaient que des nouvelles à la main, écrites tous les jours par un de fes domefliques ; & je puis répondre qu'on s'en apperçoit afiêz au ftile, aux inutilités & aux i^uflêtés dont ce recueil efl rempli. Après toutes ces idées fiinefles, où la mort de Henriette d'Angle- terre Anicdotbs. 281 tene nous & coàduits, il faut revenir aux événemens de la cour opi Suivirent ùl p«te. La princeflê Palatine lui fuooéda un an après, & fut mère du duc (TOrléans, régent du roiaume. Il fellut qu'elle renonçât au Calvi- nifme pour epoufer monfîeur ; mais elle conferva toi^ours pour fon ancienne religion, un refpeét fecret qu'il eft difficile de fecouer, quand l'enfance l'a imprimé dans le cœur. L'avanture infortunée d'une fille d'honneur de la reine en 1673, donna lieu à un nouvel établiflèment. Ce malheur eft connu par le fonnet de l'Avorton, dont les vers ont été tant cités : Toi que Vatitour fit par un crime ^ Et que V honneur défait pas un crime à fon tour^ Funefie ouvrage de F amour ^ De r honneur funefiè viSiime . . . ^c. Les dangers, attachés à l'état de fille dans une cour galante &; vo> luptueufe, déterminerait à fubftituèr aux douze filles d'honneur qui embelifTaient la cour de la reine, douze dames du palais ; 6c de^ puis la maifon des reines fut ainfi compofée. Cet établiflèment ren- dait la cour plus nombreufê 6c plus magnifique, en y fixant les maris 6c les parens de ces dames, ce qui augnientait la fociété 6c répàladait plus d'opulence. La princefiê de Bavière, époufe de monfeigneur, adjoûta dans les commencemens, de l'éclat 6c de la vivacité à cette cour. La marquife de Montefpan attirait toujours l'attention principale : mais enfin elle ceflâit de plaire : 6c les importemens altiers de (à douleur ne ramenaient pas un cœur qui s'éloignait. Cependant elle tenait toujours à la cour par une grande charge, étant furinten- dante de la maifon de la reine ; 6c au roi, par fes enfans, par l'ha- bitude 6c par fpn afcendant. On lui confervait tout l'extérieur de la confidération 6c de l'ami- tié, qui ne la confolait pas ; 6c le roi, affligé de lui caufer des cha- grins violens 6c entraîné par d'autres goûts, trouvait déjà «^ans la 9 9> Anecdotes. ' 289 £oifCûèy en fit lès ri^eM'enis avec Godet Dèfinaréts évcque de Char- tr^j èc fiit' ellè-ihêmie fupérieure de ce couvent. Elle y allait fou- vent paflêr' quelques heures ; 6c' quand je dis que l'ennui la dcter- minait à ces occu{teitions, je ne parle que d'après elle. Qu'on life ce qu'elle écrivait à madante de la Maifbnfort, dont il eft parlé dans le chapitre du quiétiûne : Que ne puis-je vous donner mon expérience I que ne puis- je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, 6c la peine qu'ils ont à remplir leurs journées I ne voiez-vous pas que je meurs de trifteflê,' dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer ? j'ai été jeune & jolie ; j'ai goûté des plaifirs ; j'ai été aimée „ partout. :Dans un âge plus avancé, j'ai pafTé des années dans le commerce de l'efprit ; je fuis venue à la faveur ; & je vous proteftc) ma chère fille, que tous les éfàts laifiènt un vuide affreux." Si quelque choie pouvait détromper de l'ambition, ce ferait af- it^rément cette lettre. Madame de Maintenon, qui pourtant n'a- vait d'autre chagrin que l'uniformité de fa vie auprès d'un grand roi, difait un jour au comte d' Aubigné, fon frère : " Te n'y peux „ plus tenir ; je voudrais être morte." On lait quelle réponfe il lui fit : P^ous avez Jonc parole èTépoufer Dieu le père» A la mort du roi, elle fê retira entièrement à Saint-Cyr. Ce qui peut furprendre, c'efl que Louis XIV ne lui avait rien afïuré. Il le recommanda feulement au duc d'Orléans. Elle ne voulut qu'une penfion de quatre-vingt-mille livres, qui lui fut éxadement païée jufqu à fa mort, arrivée en 1 7 1 9 le 15 d'Avril. On a trop affeâé d'oublier dans fon épitaphe le nom de Scarron : ce nom n'efl point aviliflant, & l'omifilon ne fèrt qu'à faire penfèr qu'il peut l'être. La cour fut moins vive ôc plus férieufê, depuis que le roi commença à mener avec madame de Maintenon une vie plus rétirée ; 6c la maladie confidérable, qu'il eut en 1686, contribua encor à lui ôter le goût de ces fêtes galantes, qui avaient jufques-là . fignalé prefque toutes fès années. Il fut attaqué d'une fifhile dans le der- nier des inteflins. L'art de la chirurgie, qui fit fous ce régne plus de progrès que dans tout le refle de l'Europe, n'était pas encor. familiarifé avec cette maladie. Le cardinal de Richelieu en était morte, faute d'avoir été bien traité. Le danger du roi Pp émut çDiut toute la Frs^Qçe. L^ ^li^ ^f^t- rem^fics d*im peuple ix^ yeux. Ce ^v^^vç^ei^t d\ia ^tçn$^ii^Qja»[eot géi^âcal 'fut piiefi|Uû kmhlaUe à ce qn^ &'# p^4 <}& i¥^ jpu^s^ kicfi)ue iba ^cisâëur fut en daoger de mort à AftçÇ:? fii ^744* ^ deuic ^)oquâS; ap^ prendront à jamais aux rois, ce qu'ils doivent àiine nadioa qui JCxit aimer ainiî. pès que L^quis X}y rç^|>t[it Iç^ ^e^is^es stUeiotes de ce maj^ ion pgçemier chirurgie^ J^éU^ a^ d^nd ks hôpitaux checclîer def^ malades, qui fuient c^ms le mên^e ponl $ IL coofuka les meilkur^ chirurgiens : il invita av^ ^^x d^s^ inÂrUnieos, qui abrég«aienjli l'opératioii, ^ qui k feç^aient inoi^^ dlQju|)(»iftreu{& Le roi la ïouSfrit, ^ns fe plaindre, l\ fi^ travaijloi! iès mlniftres auprès, de £dr li mait plus que la iblitude. Ce fut le çoyM^^t dp SaintrCyti, qui mninta k ffiùt des4 chof&si d'efprit. jyiadapie 4i^ M^in^enpfi p^a fiLaoine) qui) axrait renoncé au théâtre pou;- le J^fénifipe $9 poiir la cour, de &ire une t>[iagé<> die qui pût étrç repr^^f^tée. par iès 41évQs. £lle voulait un fujeQ tiré de la bible. Racine compofa Efthèr. Cette pièce, aiant} d'abord été jouée dj^ns la, n»i^{% de ÇaÎD^Cye, le âiti enfuite>^u- ûeurs fois à Verfâillesr devant le roi daas L'hiver de 1689* £)iet. prélats, des jéfuites, s'emjH'eiraient d'obtenio la. permiifion de* voir ce fingulier fpeâacle* II, me paraît remarquable, que celte pièce* eut alors un fucx:ès iiniverièl ; ^ que deux ans. après, AthalÎQ jouée par les m^m^s/ perj(bnnfïs, n'en eut aucun. Ce luttouo le contraire, quai^^ 09 joua ces pdéces à Paris, long-tem^ après la mort de l'auteur èc après le tems des. pardalitées.' Ath»* lie repréfênt^e en 171,7, fuir reçue comme elk devait L'être^ avec tranfport i ttlm^it' j )6D>Efthèr êii'k72T n'ihfpira que éola, froideur 6c ik jrepaitit plus* Mais «alor» ;tl n*^ avait ph» de courti&Hs^ qui tieton- ' jûuii^t avfct flî^terie Ëfthi^ : dans madamib de MaintenM^ fie arec : midignité Vàfthi âaos irbdiasà de Montcipan^ aitiaô dans xnonJieûr .dô L<>\iybisyfitTuitolitlesHugueil6ts|)erfécutés par ce mih)inTe, dai^s •JU prôiibriptibh des Htbrcux« . Le publie iïUpartial né Vit qu'âne âventitfè &ns intérêt 6c. fans vraifemblanee ; ukitoi infenfé, qui a pafie {licmbis. Avec fa fethine fans Ïbmxàt qui. allé e% é& quâlaiant .•Suis le .maiii^e pbéteiçtâ dbmié cwdre. de .^ire é^cn^r iôute une nation, fait enfuite pendre fon favori tout aufîi légèrement. Mk{s malgré lis vice ûiX fujet) trente vers d'Efthér valent hiiëux. que beaucoup de tragédies, qui oht eu de grand .fuccèsi . .■> Ces amùicmeiis ingénieux ^ecoihnlencéreiit^. pour TéduGàtioti d^Adeiaïds dp Savoie dutfae&s de Bôui^agiièy amenée du Fi^ce à rage de oiize aaché) vakd de çhdthford du foi^ furent compofêes pour ce thicà- ttt y 0c Pabbé Ofxiêt) àumônser de la dtahiSe ou Maine, que catte ptimsllè 6c &. ccrur r^éfeàtaôént» : . Ces occtipàtknki iblmaient Tefprit âc > animaient la fociété. ..Coennieht k marquië 6c M. E'are peut-il dire dans iès niémoiréS) qi^ tiipuii h ^ori de mudafAe^ a m fut qut jeu^ cm/t/fim &' impolie- àejfé f On jouait bcaucodp dans ks vt)iage9 de Matli âc de Fou<^ taineldcÉiU, .âiais jamais tbèz madame de Maihtehon ; 6c la cour fatentotfttbms Se nK^déle de la plus parfaite pt^itelTe. La dut- chefTe d'Orléans alors ducheffe de Chartres, la duchcfle du Maine», la prîhoefîè de Conti, madame k ducheHê, démentaient bien ce que k marquis de la Pare avance. Cet homme, qui dans le commerce ct£ut. de. la pltb ^atidc indulgalce, ti*a p^e^uè écrit qu^une fatiré. 11. était nsècouRSKt du goùvememts^t \ il paiTait (k vis dans une fodiété qui iè iâllâifi uit inéilte dft eotMktmer lacoUi^ ; 6t cette ^i'- Pp 2 été 292 LOUIS XIV. été £t d*iin homme très aimable, un hiftorieti quelquefois iDJufte.- Ni lui, ni aucun de ceux qui ont trop cen^irè Louis XIV, ne peuvent difconvenir, qu*il ne fût ju{qu*a la journée d*Hocîiftet, le fèul puiâànt, le fêul magnifique, le ièul grand prefque en tout ^nre. Car quoiqu'il y eût des héros comme Jean SobidOd & des rois de Suéde, qui efiFaçaflènt en lui le guerrier, perfbnne n*efFaça le monarque. Il faut avouer encor, qu*il fbûtint fês malheurs & qu*il les repara. U a eu des défauts ; il a fait des Êiutes : mais ceux qui le condannent, Taurdent-ils égalé, s'ils avaient été à & place ? La ducheflè de Bourgogne croifïâit en grâces &; en mérite. Les éloges, qu'on donnait à Ùl fœur en £ipagne, lui infpircrent une é- tnulation qui redoubla en elle le talent de plaire. Ce n'était pas une beauté parfaite ; mais elle avait le regard tel quefbn fils, un grand air, une taille noble. Ces avantages étaient embellis par fen efprit, & plus encor par l'envie «ctrême de mériter les fufïrages de tout le monde. £lle était, comme Henriette d'Angleterre, l'idole Se le modèle de la cour, avec un plus haut rang : elle touchait au trôiie : la France attendait du duc de Bourgogne un gouvernement, tel que les ùl- ges de l'antiquité en imaginèrent, mais dont l'auflérité ferait tempérée par les grâces de cette princeflê, plus faites encor pour être fènties que la philofbphie de fbn époux. Le monde fait, com> me toutes ces efpérances furent trompées. Ce fiit le fort de Louis XIV, de voir périr en France toute ù. famille par des morts préma- turées ; fk femme à quarante-cinq ans, fbn fils unique à cinquante ; 6c un an après que nous eûmes perdu fbn fils, nous vîmes fbn pe- tit-fils le dauphm duc de Bourgogne la dauphine fà femme, leur fils aîné le duc de Bretagne, portés à Saint-Denis dans le même char, au mois d'avril 1 7 1 2 ; tandis que le dernier de leurs enfàns, monté depuis fur le trône, était dans fbn berceau aux portes de la mort. Le duc de Berri, frère du duc de Bourgogne, les fbivit deux ans après ; 6c fk fille, dans le même tons, paf& du berceau au cercueil. Ce tems de défoktion laiflà dans les cœurs une impreflîon fi. profonde, que dans la minorité de Louis XV j'ai vu f^uueurs per- îbnnes, qui ne parlaient de ces pertes qu'en verfànt des larmes. Le plus à plaindre de tous les hommes, au milieu de tant de morts pré- cipitées, était celui qui fèmblait devoir hériter bientôt du loiaume. Ambcdotbs. .2.93 Ces mêmes {bupçons, qu'on avait eus à la mort de madame & à oelle de Marie-Louifè reine d'Bfpagne, fê réveillèrent avec ime fu- reur qui n'a point d'exemple. L'excès de la douleur publique au- rait prefque excufe la calomnie, il elle avait été excufable. Il y avait du délire à penfèr, qu'on eût pu faire périr par im crime tant de peribnnes roiales, en laiflànt vivre le fèul qui pouvait les vanger. La maladie, qui emporta le dauphin de Bourgogne, (a femme Se ion âls, était une rougeole pourprée épidémique. Ce mal ât périr à Paris en moins d'un mois plus de cinq-cent perfonnes. Monfîeur le duc de Bourbon petit-fils du prince de Condé, le duc de la Tri- mouille, madame de la Vrillière, madame de Liflenai, en furent attaqués à la cour. Le marquis de Gondrin, fils du duc d'Antin, en mourut en deux jours. Sa femme, depuis comtefiè de Touloufê, fut à l'agonie. Cette maladie parcourut toute la France. £lle fit périr en Lorraine les aînés de ce duc de Lorraine François, defliné â être un jour empereur & à relever la maifbn d'Autriche. Cependant, ce fut afîèz qu'un médecin nommé Boudin, homme de plaifir, hardi & ignorant, eût proféré ces paroles : ** Nous n'en- „ tendons rien à de pareilles maladies." C'en fut afTez, dis-je, pour que la calomnie n'eût point de frein. Un prince avait un laboratoire, Se étudiait la chimie ainfi que beaucoup d'autres arts : c'était une preuve fans réplique. Le cri public était affreux. Il faut en avoir été témoin pour le croire. Plufieurs écrits & quelques malheureufès hiftoires de Louis XIV étemiferaient les fbupçons, fi des hommes inftruits ne prenaient foin dé les détruire. J'ofe dire, que frapé de tout tems de Finjuf- tice des hommes, j'ai fait bien des recherches pour favoir la vérité. Voici ce que m'a répété plufieurs fois le marquis de Canillac, l'un des plus honnêtes homjnes du roiaume, intimement attaché à ce prince foupccmné, dont il eut depuis beaucoup a fê plaindre. Le marquis de C^nillac, au milieu de cette clameur publique^ va le voir dans ion palais. Il le trouve étendu à terre, ver^t des larmes, aliéné par le^défefpoir. Son chimie Homberg court fè rendre a k. Baftille, pour fc conflituer prifbnnier : mais on n'avait point d'or- dre de le recevcMr •; on le refufè. Le prince (qiii le croirait 1) de- mande lui-même^ dans l'exccs de fa douleur, a être mis en prUbn ; il veut que des formes juridiques éclaircifîènt fbn innocence ; Ùl méré demande avec lui cette juftification cruelle. La lettre de ca- chet 594 LOUI& XIV. chet s'eiÈpédie ; mait elle n eft point iîgnée : fie le marquis» de -Canilkc, dans cette émotion d'eô>rit, conlèrva fisul allée dé &ûgr £roid, pour ièntir les coniequences d*une démarche il délpécéQ. Il fit que la mcre du prince s*oppofà à cette lettre de cachet igàQ^ ininieu&. Le monarque qui Faccordalt, & fon neveu qui la dcr mandait, étaient également malheureux. Louis XIV dévorait ù. douleur en public : il ie laiflâ voir à I'of!- dinairc. Mais en fècret les reâêntimens de tant de malheurs; \t pénétraient ic loii donnaient des convulilons. Il éprouvait toUtôs •ces pertes domeftiques a la fuite d'ime guerre malhêureufë, aVant qu'Û fut afTûré de la paix, fie dans un tems où la mifere deibkit le le roiaume. On ne le vit pas fuccombcr un moment à {ts aâliâioiiL Le refte de iâ vie fut triAe. Le dérangement des finances^ au" quel il ne put remédier, aliéna les cœurs. Sa confiance entière pour le père le Tellier, homme trop violent, acheva de les révolter. C*efl une choie très remarquable, que le public, qui lui pardonna toutes {çs maîtreilbs, ne lui pardonna pas fbn cotitilèur. Il perdit les trois dernières années de ù. vie, dans Te^it dt la pduspaft 4e iès fujets, tout ce qu'il avait fait de grand & de mémorable. Privé de prefque tous iès enfans^ ù. tendreilb) qui redoublait -pour le duc dû Maine fie pour le cc»nte de Toulouiè &6 iikié^itr- més, le porta à leur donner en 1 7 1 5» les droits^ les honneurs^ le lang, le nom de princes du fang, par un édit, qui fut enri^îiltc £ias aucune remonftrânce. Il afîurait par cet édit, la couronne à letir maifàO) au déÊuit de tous les princes du £àng de France ; & tem- pérait, atnil par la loi naturelle^ la févérité des lois po£tivc^ q\û privent les cnfans nés hors du mariage, de tous droits à la iuccef- juon paternelle. Le» rois diipen&nt de cette loi. Il orut pouvoir •feirc pour ibn £anf^ ce qu'il avait £ah en faveur de pkfîeurs de iès fujets. Il crut fbrtout pouvoir établir pour deux de &s enfans ICC qu'il avait i^it pofièr au parlement iâns c^poiitiôn^ pour les princes de la jnaifbn de Lorraine. Cependant on. murmura. Le .procès, que les princes du iàng intentéreiift depuis aux princes 1er gitimés, eil connu. Ceux-ci ont conièrvè pour 'leurs personnes <& pour leurs enfans ks honneurs donnés par Louis XIV. Ce qui regarde leur poftcrité dépendra du trân% . du mérite fie de la fcrtune. Louis Ai^E:o D'o T B a.. .295 Louis XIV fut «tteqaé vers le milieu éa mois d^Aout 171 <;> an retour de MarU^ ds k. maladie qui termma fcs, )our^. Ses jambç» s^enâérent ; la^mgiéne commença à fè manifeiler. . Le comte de Scaivs^ ambàfi^eur d'Angleterre pariS) fdon le génie de la oattop^ qaae le soi ne paâoait pas Te mais de Septembre. Le dm; d^Otr Uan^ qui au voiage de MarH avait éitc abiblumeot £èul^ ieut alors toute lia cour auprès de Êiperibnacr. Ua csnpirique^ dana Jes dernieç^ jour& de la maladie, du *rai, lui donna ua éJsxir qui xaninaa fç^ &>i!ces, li mangea, & L*en^>iriqcie afiucx qu'il guérirait. La fbulç^ qui entourait le duc d'Oriéaaa«^ ddminuai dans^ le moment. *' §i ^y le roi mange, une ibconde fbîs^ dit le duc d'Otléan»^. ooi^ nVu- i, von? plus perfonne;" Mais là maladie vtatt mtortcliie» Le» meéupes^ étaient pniès, pour domicir îà. régence ah$ob$è ikt duc d'Orléans. Le roi ne la. lui aorasB hàSée que; tf ta limiCee pat fon teiifcaBaent dépoTé sm parknoent: ; oa plu^t,. il ne l'avait éta* |)ti que ckef d'un conl&il^ de régende, dons lequel il ft*aurait que la voix prépondécanlie.. Cependant il Itd dit : yr vtus ai confervé iwf d»s- cipfirts gcue tisui. dtmnt vôtne naiffiaïui'' C'eft qu'il ne eooiait pas, ^'il y eût de loi fondamentale qui dontiuat dans une minorité un pouvoir Ém&bcnrnes à l'héritier pcélbmptift du roiaunie.. Cette aittorite îupiême,, àaait on peut abuier, efir dangereufè ;. mais l'autorité par-^ tagée l'eft encor davantage. Il crut qu.'àiant été il bien obéi pen<- dant fa vie, il le fêtait après iâ mort, & ne fè fouvenait pas qu^on avait cafïc le teftament de fbn père» D'ailleurs perfonne n'ignore avec quelle grandeur d'ame il vit approcher la mort, difànC à madame de Maintenon- 1. y* avais eru quit ePait flïis cUffxih de imurir \ dilànt à fes domefliques s. P-ourtfuoi plurez^ous p- mmiez vous cru immortel f Donnant tran^ quilement fes ordres fur beaucoup de chofes ôc même fur & pompe- funèbre, ^iconqueat beaucoup, de tèmoioa de & mortr,. meurt toii" jours avec courage. Louis XIIP,. dans & dernière maladie,, avait mi» en mufîque le DeprofundiSyC\aon devait chanter: poiu: luii Le cou- rage d'ei^rit avec lequel Louis XIV vit £1 fin, fut dépouillé de cette oflentation répandue fur toute &. vie. Ce coucageallajusqu'à- avouer fes fautes.. Son fuccefTèur a toujours confervé écrites au chevet de fbn lit,, les paroles remarquables que ce monarque lui dit^ en le tenant fur fon Ik entre fes bras :. ces paroles ne font point telles^ qu'elles font rîçportées dans toutes les hiÛoires.. Les voici £dé- 9> 99 296 LOUIS XIV. fidèlement copiées : '* Vous allez être bientôt roi d*tin grand roku- „ me. Ce qui je vous recommande pliû fortement, eft de n^our „ blier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez- „ vous que vous lui devez tout ce que vous êtes; Tâchez de cbn- „ iêrver la paix a:vec vous voifins. J'ai trop aimé la guerre : ne m'imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépen- fès que j'ai faites. Prenez cOnfêÛ en toutes choies, & cherchez à connaître le meilleur pour le fuivre toujours. Soulagez vos peuples le plustôt que vous le pourrez, .&; faites ce que j'ai eu le ,y malheur de ne pouvoir faire moi-même. Il eft à croire que ces paroles n'ont pas peu contribué, trente ans après, à cette paix que Louis XV a donnée à fes ennemis ; dans laquelle on a vu un roi viâorieux rendre toutes iês conquêtes pour tenir (à parole, rétablir tous iês alliés, & devenir l'arbitre de l'Eu- rope par fbn dèsintéreilèment plus encor que par iês viâoires. Quoique la vie & la mort de Louis XiV euiïênt été glorieuiês, il ne fut pas aufll regretté qu'il le méritait. L*amour de la noveauté, l'approche d'un tems de minorité où chacun fe figurait une for- tune; l'aiFaire de la confiitution qui aigrifîâit les efprits ; tout fit recevoir la nouvelle de (à mort avec un iêntiment qui allait plus loin que l'indifférence. Nous avons vu ce même peuple, qui en 1686 avait demandé au ciel avec larmes la guérifon de fon roi ma- lade, fuivre fbn convoi funèbre avec des démonftrations bien diffé- rentes. On prétend que la reine fà mère lui avait dit un jour dans fa grande jeuneflè : Mon fils^ reJfemèUz à votre grand-pére ^ non pas à votre père. Le roi en aiant demandé la raifon : Gejiy dit- elle, quà la mort de Henri IV on pleur ait ^ Sf au on a ri à celle de Louis XIII. Quoiqu'il en fbit, il parait que le tems, qui meurit les opinions des nommes, a mis le fceau à fk réputation ; &; ihalgré tout ce qu' rait le priemier de$ roif), & Lows Kl V Je feçoofi, * S'il fe fçpenti( pn q^vimot» . d avpir entrepris jëgéi»niesit do guerrier, il faut cpnvcnir, qy'ij ©e jugeait pa • • • _ _ Il eut de Ton mariage, outre Monfs't^fw^ éf^9.v^H trois fille» morts d^ns l'enfànçe. Ses arDoui^'furejit plu$ bêdireux: il vi^ mit que deux de fes egfans mtujels qui njourârfieft; au .l)erj;^u) btiit autres récurent, furent Ijégitirpés, & cinq eurent ppftéfité. Il eut encor d'un$ demotife))^ attachée â Qi&dAme'de Montefpan» «ne 6JJe non 'reçonngf , q^'ij ;9iuia 4 »A gentilhon)a)e d Auf^és djç n^ri^illes; nommé de la Queue. On foupçonna avec . beaucoup de vraifeoiblance, une religieufè de Tabbaïe de Morét, d'être fa fîlle. Elle était extrêmement ba- iânoée» £c d'ailleurs tui refi^y^it. Le rQi lui donna vingt-nulle écus de dot, en la plaçant d^As ce couvent, (^'opinion qu'elle avait ,de fa naUIànce, lui donnait un ^orgueil dont ^ fupérieures fe pkig- Dirent. Madame de Maiflteoon» dans un yoiage de fontainebleau, alla au couvent de Moret ; 9g, ypulant infpirer plus de modeftie â Tette religieufê, elle £t ce qu'elle put pour lui oter Tidée qui nour- ^(]&it. fa fierté. „ Madame, (bii dit cette perfonne) la peine que >, prend une dame de votre élévation, de venir exprès ici me dire ,> que je ne fuis pas fille du roi, me perfuade que je le luis.*' Le eouvént de Moret £b fouvient eneor de cette ^n^cdote. Tant de détails pourraient rebuter un philofopbe. Mais la cu- fiofité, cette feibléifir % icoiomuoe luix liomn^es, cefie prefque d en ^tre une, quand elle a pour objet des tems 6$ deè hommes qui atti?^ sent les legards dé la poAérité. ■ * Paroles tiréjps à^ wçcdotçs fur Louis XIV refoo^ës 4ans celte l^iftoii^e. v«» Cha- ( 3<*J ) r— _ __ _^ _ _ . n ^ > » • • I Chapitre vin g t«sbp*ti e'mb. - \ r ' ' Gcuverf^emnt wtérimr : comme free / ^fe: / his^ .• 4^^ cipline militaire: marine^ Ç^c. • N doit cette ju{lîce aiix hommes. publics quî ont fait du bien à leur fiécle, de regarder ]e point dont ils font par- tis, pour mieux voir les changemens qu'ils ont faits dans leur patrie. La poftérité leur doit une érernellè teconnailiaiKC des exemples qu'ils ont donnés, lors même qu'ils font furpafïës. Cette jufte gloire efl: leur unique. récompenfe. Il eft certain que l'amour de cette gloire anima Louis XlV, lorfque, com- mençant à gouverner pat Iqiméme, il voulut réformer Ion roiau- me, embellir fa. cour, & perfedlionner les arts. Non feulement il s'impofa la loi de travailler régulièrement avec* chacun de fes miniftres; mais tout homme connu pouvait obtenir dp lui une audiance particulière, & tout citoien avait la liberté de lut préfenter des requêtes & des projets. Les placets étaient reçus d'abord par un maître des requêtes, qui les rendait apoftillés: ils furent dans la fuite renvoies aux bureaux des miniftres, Les^projets étaient examinés dans le confeil, quand ils méritaient de Têtre; &: leurs auteurs furent admis plus d'une fois à difcuter leurs propor- tions avec" les miniftres, en préfence du maître. Aînfi on vit en- tre le trône & la nation une correfpondance qui fubfifta, malgré le pouvoir abfçlu. Louis XIV fe forma & s'accoutuma lui-même au travail; &ce travail était d'autant plus pénible, qu'il était nouveau pour lui, & que la féduâion des plaifirs pouvait aifément le diftrairc. Il écri* vit les premières dépêches à fes ambafladeurs. Les lettres les plus inportantes furent fouvent depuis minutées de fa main j &6 il ny ca eut aucune écrite en fon nbm, qu'il ne fe fit lire* 4 A peine 304 GoUVBEMBMENT A peine Colbert, dprès la chute de Fouquet, eut-il rétablie Tordre dans les finances, que le roi remît aux peuples tout ce qui était du dlmpôts, depuis 1647 jufqu'en 16 j 6, 6c furtout trois millions de tailles. On abolit pour cinq- cent-mille écus par an de droits oné* reux. Âind Tabbé de choiû paraît, ou bien mal inftruit, ou bien injufte, quand il dit qu*on ne diminua point la recette. Il eft cer- tain, qu'elle fut diminuée par ces remifes & augmentée par le bon ordre. Les foins du premier préfident de Belliévre, aidés des libéralités de la duchellê d*aiguillon & de plùfieurs citoiens, avaient établi rhôpital-général. Le roi l'augmenta, & en fît élever dans toutes les villes principales du roiaume. • Les grands chemins, jufqu'alors impraticables, ne furent plus nég- ligés j & peu-à-peu ils devinrent ce qu'ils font aujourd'hui fous Louis XV, l'admiration des étrangers. De quelque côté qu'on for- te de Paris, on voiage i préfent environ quarante lieues, à quelquesi endroits près, dans des allées fermes, bordées d'arbres. Les che- mins conftruits par les anciens Romains étaient plus durables, mais non pas plus fpacieux 6c plus beaux. Le génie de Colbert fe tourna principalement vers le commerce, •qui était faiblement cultivé, 6c dont les grands principes n'étaient pas connus. Les Anglais, 6c encor plus les Hollandais, faifaient par leurs vaiflTeaux prefque tout le commerce de la France. Les Hol- landais furtout chargeaient dans nos ports nos denrées, 6c les diflri- huaient dans l'Europe.* Le roi commença, dès 1662, à exempter fes, fujets d'une impofition nommée le droit de fret, que païaient tous les vaidêaux étrangers ; 6c il donna aux Français toutes les fa- cilites de tranfportèr eux-mcmcs leuramarchandifesâ moins de frais. Alors le commerce maritime naquit. Le confeil de commerce, qui fubfîfle aujourd'hui, fut établi ; 6c -le roi y préndait tous les quin- ze jours. Les ports de Dunkerquc 8c de Marfêille furent dcc!arés francs ; 6c bientôt cet avantage attira le commerce du Levant à Marfeilie, 6c celui du Nord à Dunkerque. On forma une compagnie des Indes Occidentales en 1 66^ ; 6c celle des grandes Indes fut établie la même année. Avant ce tems, il fallait que le luxe de la Fiance fut tributaire de l'indutlrie Hol- landaifc. INTERIEUR. 30 j^ landaiièi Les partifans de l'ancienne œconomie, timide, ignorante & refTerrée, dcciamérent envain contre un commerce, dans lequel on échange fans ceflè de largent qui ne périrait pas, contre des ef- fets qui ce confomment. Ils ne faifàient pas réflé-dion, que ces marchandiiès de Tlnde devenues néceiTaires auraient été paies plus chèrement à l'étranger. Il eft vrai, qu'on porte aux Indes orien- tales, plus d efpéces qu'on u en retire & que parla Tfiurope s'appau- vrit. Mais ces efpéces viennent du Pérou Ôc du Mexique 3 elles font le prix de nos denrées portées à Cadix; &c il refte plus de cet argent en France, que les Inde^ orientales n'en abforbent. Le roi donna plus de fix-millionsde notre monnoie d'aujourd'hui à la compagnie. Il invita les perfonnes riches à s'y intéreflêr. Les reines, les princes 6c toute la cour fournirent deux-millions numé- raires de ce tems-là. Les cours fupérieures donnèrent douze cent- mille livres, les financiers deux-millions, le corps des marchans .fîx>cent-cinquante-mille livres. Toute la nation fécondait fon maître. , Cette compagnie a toujours fubGfté. Car encor que les Hollan- dais eufTent pris Pontichéri en 1694, 6c que le commerce des In- des languît depuis ce tems, il a repris de nos jours une force, nou- velle. Pontichéri efl devenue la rivale de Batavia ,• 6c cette com- pagnie des indcs, fondée avec des peines extrêmes par le grand CoU bert, reproduite de nos jours par des fècouiTes fînguHtres, eft de- venue une des plus grandes refTources du roiaume. Le roi forma encor une compagnie du nord en 1669 : il y mit des. fonds comme dans celle des indes. Il parut bien ^lors que le commerce ne dé- roge pas, puîique les plus grandes maifons s'intéreiTaient à ces éta- bliâfemens, à l'exemple du monarque. La compagnie des indes occidentales ne fut pas moins encouragée que les autres : le roi fournit le dixième de tous les fonds. Il donna trente francs par tonneau d'exportation, 8c quarante d'importation. Tous ceux qui firent conftruire des vaifleaux dans les ports du roiaume, reçurent cinq livres pour chaque tonneau que leur navire pouvait contenir. On ne peut encor trop s'étonner, que l'abbé de choifi ait cenfuré ces établiâêmens, dans lès mémoires qu'il faut lire avec défiance. Nous fentons aujourd'hui tout ce que Iç miniftre Colbert fit pour le R r bien iT ^06 GoUVEKNBMBNT bien du i oîaume ; mais alors oa ne le ientait pas : il travaillait pour des ingrats. On lui fut à Paris beaucoup plus mauvais gré de la TuppreHloa de quelques rentes fur rhôtel-de*ville acquifes à vil prix depuis i6j6f & du décri où tombèrent les billets de Tépargne pro^ digues fous le précédent miniRére, qu on ne fut fenfible au bien gé" néral qu'il faifait, 11 y avait phis de bourgeois que de citoicns. Peu de perfonnes portaient leurs vues fur 1 avantage public. On te combien Tintérét particulier fafctne lesyetiir» rétrécit Teipritâc. rintérét non feulement d'un commerçant, mais d'une compagnie, mais d'une ville. La réponfe grodiere d'un marchand nomme Ha~ 2on (qui confulté par ce minière, lui dit; vous avez trofivé la voi^ fttre renverfée d'un cotè^ ©* vom l'aveu renver/ee dt ï autre.) était cncor citée avec complaifance dans ma jeuneiTe ; de cette anecdotc fê retrouve dans le Moréri. 11 a falu, que l'efprit phiiofophique introduit fort tard en France, ait réformé les préjugés du peuple,, pour qu on rendît enfin une juftice entière à la mémoire de ce grand homme. 11 avait la même ^xaâitude que le duc de SuUi, & des vues beaucoup plus étendues. L'un ne favait que mén^er; l'autre fevait faire de grands établiiTemens. Preique tout fut, ou réparé, ou créé de fan tems. La. réduûion de l'intérêt au denier vingt, des emprunts du loi âc des particuliers» fut la preuve fenfible, en 166^, d'une abondante circulation. IS voulait enrichir la France Se la peupler. Les mariages dans les campagnes furent encouragés, par une exemption de tailles pendant cinq années, pour ceux qui s'établiraient à l'âge de vingt ans ; fie tout père de famille qui avait dix enfàns, était exempt poux toute iâ vie, parce qu'il donnait plus à l'état par le travail de fês enfans^ qu'il n'eût pu donner en paiant la taille. Ce r^lement aurait dû être à jamais fans atteinte. Depuis l'an id^j chaque année de ce miniftére, jufqu'en 1671, fut marquée par l'établifltment de quelque manufaâure. Les draps^ fins, qu'on tirait auparavant d'Angleterre, de Hollande, furent ^- briquts dans Abbeville. Le roi avançait au manufaâurier deux- mille livres par chaque métier battant, outre des gratifications con- fidérables. On compta dans l'année 1669, quarante-quatre- mille- deux-cent métiers en laine dans le roiaume. Les manufaâures de ^ie perfeâionnces produiûrent un commerce de plus de cinquante- millions iNTK'RIBUli. 307 milKotis de ce tems-là ; & non (èulèment l'avantage <|u'on en tirait était beaucoup au defliis de Tachât des foies neceilkiret, mais la cul^ ture des meuriers mit les fabriquans en état de Ce paOèr des foies étrangères pour la chaîne des écoâês. On commença, dés 1666) à&ire d'auffi belles glaces qu'à Venife, qui en avait toujours fourni toute l'Europe ; & bientôt on en fît, dont la grandeur & la beauté n'ont pu jamais être imitées ailleurs. Les tapis de Turquie âc de Perfe Furent furpaâès à la Savonnerie. Les tappif^ries de Flandre cédèrent à celle des gobelins. Ce vafle enr clos deâ gobelins était rempli alors de plus de huit-cent ouvriers ; il y en avait trois'cent qu'on 7 logeait. Les meilleurs peintres dirii- geaient l'ouvrage, ou fur leurs propres deflèins, ou fur ceux des anciens maîtres d'Italie. Outre les tapifTeries, on y fabriqua des ouvrages de rapport, erpéce de mofàïque admirable; & l'art de la marqueterie fut pouffé à fa perfeâion. Outre cette belle manufaâure des tapifTeries aux gobelins^ on en établit une autre à Beauvois. Le premier manufacturier eut fîx-oent ouvriers dans cette ville ; 6c le roi lui fit préfent de foixante-mille livres. Seize-cent filles furent occupées aux ouvrages de dentelas : on fit venir trente principales ouvrières de Venifê & deux-cent de Flan- dre; Se on leur donna trente fix-mille livres pour les encou- rager. Les fabriques des draps de Sedan, celles des tapiflèries d'Aubuf^ fon, dégénérées & tombées, furent rétablies. On fait que le miniflére acheta en Angleterre le fècret de cette machine ingénieufe, avec laqueUe on fait les bas dix fois plus 3romtement qu'à l'aiguille. Le fèrblanc, l'acier, la belle faïence» es cuirs maroquinés qu'on avait toujours fait venir de loin^' furent travaillils en France. Mais des calviniftes, qui avaient le fecreC du fèr-blanc & de l'acier, emportèrent en 1686 ce fecrct avec eux; 6c firent partager cet avantage à des nations étrangères. Le roi achetait tous les ans pour environ quatre cent-mille livres de tous les ouvrages de goût, qu'on fabriquait dans fon roiaume ; 6c il en faifdit des préfens. Il s'en fallait beaucoup, que la ville de Paris fût ce qu'elle eft aujourd'hui. Il n'y avait ni clarté, ni fureté, ni propreté. Jl fal- lut pourvoir à ce nétoiement continuel des fucs, à cette illuminar R r 2 tion zo^ Gouvernement tion que cinq-mille faneux forment toutes les nuits; paver la ville toute entière j y conftruire deux nouveaux ports ; rétablir les àû- ciens ; faire veiller une garde continuelle à pied & à cheval, pour la fureté des citoiens. Le roi fe chargea de tout, en aflfeâant des fonds à ces dépenfes néccffaires. Il créa en 1 667 un magiftrar, uniquement pour veiller à la police. La plufpart des grandes vil- les de l'Europe ont à peine imité ces exemples longtems après ; mais aucune ne les a égalés. Il n^ a point de ville pavée comme Paris; & Rome même n*e(l pas éclairée. Tout commençait à tendre tellement à la pcrfeâion, que le fé- cond lieutenant de Police, qu^eut Paris, acquit dans cette place une réputation, qui le mit au rang de ceux qui ont fait honneur à ce fiécle ; audl était-ce un homme capable de tout 11 fut depuis dans le miniftére ; & il eût été bon général d'armée. La place de lieutenant de police était au defîbùs de fa naiflànce 6c de fon mé- rite; 6c cependant cette place lui fit un bien plus grand nom, que le roiniftére gêné 6c pafiâger, qu'il obtint fur la fin de fa vie. On doit obiêrvèr ici, que Monfîeur d'Argenfon ne fut pas le fêul, à beaucoup prés, de l'ancienne chevalerie, qui eût exercé la ma- giftrature. La France cft prefque l'unique païs de l'Europe, ou l'ancienne nobleflè ait pris fbuvent le parti de la robe. Prefque tous les autres états, par un refte de barbarie gothique, ignorent encor qu'il y ait de la grandeur dans cette profeflîon. Le roi ne cefla de bâtir au Louvre, à Saint- Germain, à Vcrfail- les, depuis 1 66 1 . Les particuliers, à fon exemple, élevèrent dans Paris mille édifices fuperbes 6c commodes. Le nombre s'en eft ac- cru tellement, que depuis les environs du palais roial 6c ceux de Saint-Sulpice, il iê forma dans Paris deux villes nouvelles, fort fupérieurs à l'ancienne. Ce fut en ce tems-là, qu'on inventa la commodité ma^ifique de ces carofies ornés de glaces 6c fufpendus par des reilbrts ; de forte qu'un citoien de Paris fè promenait dans cette grande ville avec plus de luxe, que les premiers triompha^ teurs romains n'allaient autrefois au capitole. Cet ufage, qui a commencé dans Paris, fut bientôt reçu dans toute l'Europe j 6c deve> nu commun, il n'eft plus un luxe. Louis XIV avait du goût pour l'architedure, pour les jardins^ pour la fculpture ; 6c ce goût était en tout dans le grand 6c dans le noble. Dès que le contrôleur- général Colbert eût^ en 1664, la di- reAion INTERIEUR. 309 reûîon des bâtimens, qui eft proprement le mînîftère des arts, il s'appliqua à féconder les projets de fon maître. Il falut d'abord travailler à achever le Louvre. François Manfard, l'un des plus grands architeâes qu'ait eu- la France, fut choifi pour conftruire les vaftes édifices qu'on projettait. Il ne voulut pas s'en charger, fans avoir la liberté de refaire ce qui lui paraîtrait défeftueux dans l'cx- écutîon. Cette défiance de lui-môme, qui eût entraîné trop de de dcpenfes, le fit exclure. On appela de Rome le cavalier Ber- ninî, dont le nom était célèbre par la colonade qui entoure le parvis de faint- pierre, par la ftatuë équcftre deConftantin, par la fontaine Navonne. Des équipages lui furent fournis pour fon voiage. Il fut conduit à Paris, en homme qui venait honorer la France. Il reçut, outre cinq Louis par jour pendant huit mois qu'il y refta, un préfent de cinquante-mille écus, avec une penfion de deux-mille écus, & une de cinq-cent pour fon fils. Cette générofité de Louis XIV envers le Bernin, fut encor plus grande que la magnificence de François premier pour Raphaël. Le Bernin par reconnaiflance fit depuis à Rome la ftatuë équeftre du roi, qu'on voit à Verfailles. Mais quand il arriva à Paris avec tant d'appareil, comme le fcui homme digne de travailler pour Louis XIV. il fut bien furpris de voir le deffein de la façade du Louvre, du côté de Saint-Germain- l'Auxerrois, qui devint bientôt après dans l'exécution un des plus Auguftes monumens d'architeôure, qui foient au mond^ Claude Perrault avait donné ce defiein, exécuté par Louis le vau & d'or- bay, H inventa les machines, avec lefquelles on tranfporta des pi- erres de cinquante deux pieds de long, qui forment le frontifpice de ce majéftueux édifice. On va chercher quelquefois bien loin ce qu'on a chez foi Aucun palais de Rome na une entrée compa- rable à celle du Louvre, dont on eft redevable à ce Perrault, que Boileau pfâ vouloir rendre ridicule. Ces vignes fi renommées ne font pas, de l'aveu des voiageurs, fupérieurcs au feul château de tnai/oriSj qu'avait bâti François Manfard à fi peu de frais. Bernini fut magnifiquement récompenfé & ne mérita pas ces récompenfes : il donna feulement des defieins, qui ne furent pas exécutés. Le roi, en faifant bâtir ce Louvre dont l'achèvement eft tant dé- firé, en faifant une ville à Verlàilles près de ce château qui a coûté tant de millions, en bàtifîant Trianon, Marli, & en faifant embellir tant d'autres édifices, fit élever Tobfervatoire, commencé en 1666, dès 3IO Got7VBIt.NSM£NT. dès le tems qu'il établit racadémie des Sciences. Mais le monameot le plus glorieux par Ton utilité, par fa grandeur 6c par fès difficultés, fut ce canal de Languedoc, qui joînd les deux mers, 6c qui tombe dans le port de Cette^ conftruit pour recevoir fes eaux. Tout ce tra- vail fut commencé dès 1664; & on le continua fans interruption jufqu'en i<$8f . La fondation des invalides & la chapelle de cebâ* timent la plus belle de Paris, l'établiflcment de faint-cyrle dernier de tant d'ouvrages conftruits par ce monarque, fuffiraient feuls pour faire bénir fa mémoire. Quatre-mille foldats & un grand nooibre d'officiers, qui trouvent dans Tun de ces grands afiles une confbla- tion dans leur vieiUeflc 8c des fecours pour leurs bleiTures & pour leurs befoins ; deux-cent-cinquante filles nobles, qui reçoivent dans l'autre une éducation digne d'elles, font autant de voix qui célè- brent Louis XIV. L'établiflcment de faint-cyr fera furpafle par celui que Louis XV vient de former, pour élever cinq cens-gentils^ hommes ; mais loin de faire oublier îaint-cyr, il en fait fouvenir. C'eft l'art de faire du bien, qui s'eft perfeâionné. Louis XIV voulut en même tems faire des chofes plus grandes & d'une utilité plus générale, mais d'une exécution plus difficile; c'était de réformer les loix. Il y fit travailler le chancelier S'guier, les Lamoignon, les Talon, lesBignoh, & furtoutle confeiller d'état Puflbrt. H affiftait quelquefois à leurs affemblées. L'année 166^ fut à la fois lépoque de fes premières loix 6c de fes premières con • quêtes. L'ordonnance civile parut d'abord ; enfuite le code des eaux & forêts; puis des ftatutspour toutes les manufaâures ; l'ordonnance criminelle; le code du commerce; celui de la marine: tout cela fe fuivit prefque d'annce en année. Jl y eut même une jurifprudence nouvelle, établie en faveur des nègres de nos colonies; efpéce d'hom- mes, qui n'avait pas encor joui des droits de l'humanité. Une connaiflânce approfondie de la jurifprudence n'eft pas le par- tage d'un fouverain. Mais le roi était inftruit des loix principales; il en poffcdait l'cfprit, 6c favait ou les foûtenir ou les mitigèr à pro- pos. 11 jugeait fouvent les caufes de fes fujets, non feulement dans le confeil des fecretaires d'état, mais dans celui qu'on appelle le con- feil des parties. H y a de lui deux jugemens célèbres, dans lefquels (à voix décida contre lui-même. Dans le premier en 1680, ils'agîflait d'un procès entre lui 6c des particuliers de paris qui avaient bâti fur fon fonds. Il voulut que les maifons I N T B^A I B U &. 3^" niairom leur deffleamâènt, avec le fonds qui lui appartenait & qu'il kur céda. i/*âutre regardait un perfan nomme roupli, dont les marchandi* fes «btraient été (àtfios par les commis de lès fermes en 1687. Il opi- na que tout lui fût rendu 5g y ajouta un préfent de trois mille écus. Roupli porta dans fa patrie fon admiration 6c fa recorinaiffanct. \jùfU\yit nous avons vu depuis à Paris FambafTadeur Perfan Mehe- met Rizabeg, nous Tavons trouvé inftruit dès long-tems de ce fait par la renomn^e. L'abolition des duels fut un des plus grands ferviccs rendus â la patrie. Ces combats avaient été autorifés autrefois par les rois, par }^ parlemens m^oie &; par l'églife ; & quoiqu'ils fuifent défendus depui» Henri quatre, cette funefle coutume fubfiftat plus que ja- «lai». Le lameux combat des la frette, de quatre contre quatre en 1663, fut ce qui détermina Louis XIV à ne plus pardonner. Soft heureuiè' févérité corrigea peu à peu notre nation, & même le& nations voiiînes, qui fe conformèrent à no» fkge» coutumes après avoir pris nos nvauvaifes^ Il y a dans l'Europe cent fois moins de duels aujourd'hui, que do tems de Louis XÏII. Légiflateur de fes peuples il le fut de (es armées. II eft étrange qu'avant lui on ne connût point les habits uniformes dans les rrou> pes. Ce fut lui) qui la première année de iôn adminiftration or- donna, que chaque régiment fût diftingué par la couleur des habits ou par différentes marques. Règlement adopté bientôt par toutes les nations. Ce fut lui, qui inftitua les Brigadiers, 6c qui mit les corps dont la maifon du roi eft formée, fur le pied où ils font aur jourd'hui. Il fit une compagnie de moufquetaires, des gardes du cardinal Mazarin, 8c fix à cinq-cent hommes le nombre des deux compagnies, aufquelles il donna l'habit qu'elles portent encore. Sous lui plus de connétable, 6c après la Mort du duc d'épernon,. plus de colonel-général de l'infanterie; ils étaient trop maîtres: il voulait l'être, 6c le devait. Le maréchal de Gramniont, fimple meftre-de-camp des gardes-françaifes fous le duc d'Epernon 6c pre- nant l'ordre de ce colonel-général, ne le prit plus que du roi, 6c fut le premier qui eut le nom de colonel des gardes. 11 inftalait lui-même ces colonels à la tête du régiment, eu leur donnant de fa main un hauffe-col doré avec une pique, 6c enfuite un efponton quand l'ufage des pique fut aboli. Il inftitua les grenadiers, d'abord au 312 Gouvernement. au nombre de quatre par compagnie dans le régiment du roi qui eft de fa création ; enfuite il forma une compagnie de grenadiers dans chaque régiment d'infanterie ; il en donna deux aux gardes-françai- fes, qui maintenant en ont trois. Il augmenta beaucoup le corps des dragons, 6c leur donna un colonel-général. Il ne faut pas ou- blier Tétablifiêment des haras en 1667. Ils étaient abfolument abandonnés auparavant ', & ils furent d'une grande refTource, pour remonter la cavalerie. L*ufage de la baionette au bout du fufil, eft de (on inftitutîon. Avant lui on s'en fer vait quelquefois ; mais il n'y avait que quelques compagnies, qui combattidènt avec cette arme. Point d'ufkge uni- forme, point d'exercice : tout était abandonné à la volonté du gé- néral. Les piques pafïàient pour l'arme la plus redoutable. Le pre- mier régiment, qui eut des baionettes &; qu'on forma à cet exercice, fut celui des fuiiliers, établi en 1671. La manière dont l'artillerie ed fervie aujourd'hui, lui eft due toute entière, il en fonda des tcoles â Douai, puis à Metz & âStraf^ bourg ; & le régiment d'artillerie s'eft vu enfin rempli d'officiers, prefque tous capables de bien conduire un Cicge, Tous les maga- zins du roiaume étaient pourvus, êc on y dillribuait tous les ans hui -rent milliers de poudre. Il forma un régiment de bombar- diers ôc un de houfards: avant lui on ne connaiflait les houlârds que chez les ennemis. Il établit en 1688 trente légimens de milice, fournis &; équipés par les communautcs. Ces milices s'exerçaient à la guerre, fans abandonner la culture des campagnes. Des compagnies de cadets furent entretenues dans la plufpart des places frontières: ils y apprenaient les mathématiques, le dedein & tous les éxercilês, & faifaient les fondions de foidats. Cette inftitu- tion dura dix années. On fe lafla enfin de cette jeune{rc,trop dif- ficile à difcipliner. Mais le corps des ingénieurs, que le roi forma & auquel il donna les réglemens qu'il fuit encore, eft un établiffe- nient d jamais durable. Sous lui l'art de fortifier les places fut porté d la perfeâion, par le maréchal de Vauban & fcs clcves, qui lurpaflerent le comte de Pagan. Il conftruiût ou répara cent-cin- quante places de guerre. Pour foûtenir lu difcipline militaire, il créa des in fpeéteurs -géné- raux, enfuite des direélcurs, qui rendirent compte de l'état des troupes 2 I k t fe^'ii ï E u R. 3 1 j troupes ; & on voiaît par leur rajjport, fi lès cotilmiflâircs des guer- res avaient fait leur ilevoir. Il inftitùa l'ordre de faint-louîs, récompenft honorable, plus bri- • guéé fouvent cjue la fortuné. L*hôtel des în.ralîdes mit le comble aux foins qu'il prit, pour mériter d*être bien fervi. C*efl: par de tels foins, que dès Tan i6yi il eut cent-quatre- vingt- mille hommes de troupes réglées, & qu'augmentant les forces à me- iiire que le nômbi'e 6t la jpuiiïànoe de fès ennemis augmentaient, it eut enfin juscju* à quatre-cent cinquante-mille hommes en armes, en • comptant les troupes de la marine. Avant lui on n'avait point vu de fi fortes armées. Ses ennemis lui en oppofërent à peine d'aufii confîdérables ; mais il falait qu'ils fuf* lent réunis, il moAtra ce que la France feule pouvait ; & il eut tou- jours, ou de grands fnccès, oa de grandes reflburces. Cette même attention qu'il eut à former des armées dé terre nom- breufes fe bien difciplinées, même avant d'être en guerre, il l'eut à fe dontler l'empire de la mér. D'abord le peu de vaifTeaux que ]é cardinal Mazarih «avait laifTé pourrir dans les ports, font réparés. On en fait acheter en Hollande, en Suéde ; & dès la troifiéme année cle fon gouvernement, il envoie fes forces maritimes s'eflàièr à gigeri fur la côte d'Afrique. Le duc de Beaufort purge les mers de pirates dès l'an t66fy(x. deux ans après, la France a dans fes ports Ibix- ante vaîfiêaux de guerre. Ce n'eft là qu'un commencement. Mais . tandis qu'on fait de nouveaux réglemens & de nouveaux efforts, il fênt déjà toute fa force. H ne veut pas confentir que fes vàiflèau* barffent leur pavillon devant celui d'Angleterre. Envain le confeil dit roi Charles fécond infitte fur ce droit, que la force, l'indu ftrie & le . tëms" avaient donné aux Anglais. ILouis xiv, écrit au comte d*eftra d-oit-^C^W^er fiMis.^ m^n.^^çmblaf- fer d'un coup d'œil, pour découvrir aifément les forçoi^ ^s befoins» & les reiiburce& Lç projet était çX^^kn^ ; Ôç. uoç exécution uni- forme ferait de la plus grande t|ti)it^ . Voilà €9 général: ce qpe Loui$ XW fit & çû*^'^ pour tendre & natipn plus àoriflànte. Il me f^mble, qu*pn ofi xm peut guâres voir tous ces travaux ^ tous ces effort^ iàns quelquç reconnaiâànce & fans 4t-re animé de 1 amour du bien. publiC}^ qui les inQ>im. Qu'on fe repr^eQide ce qu'était h roiaume dû temtide h firond^ & be qu'il eft de nos jours» Louis XIV fit plus de biçn. à fa nation, que vingt de fès prédéceiTeurs enfemble ; & il s'en faut beaucoup, qu'il fît ce qu'il aurait pu. Le guerre, qui finit par la paix de Rifwick, com- mença la ruine de ce grand commerce, que fon miniftre Colb«t avait établi ; & la guerre de la fucceffion l'acheva. S'il avait emploie à embellir Paris, à finir le Louvre> les fômmes immenfes que coûtèrent les aqueducs & les travaux de Maintenon, pour conduire des eaux à Verfailles ; travaux interrompus & deve- nus inutiles ; s'il avait dépenfé à Paris la cinquième partie de ce qu'- il en a coûté, pour forcer la nature à Verfailles; Paris ferait dans toute fon étendue aufli beau qu'il l'efl du côté des Tuileries & du Pont'roial, & ferait devenu la plus magnifique ville de l'uni- vers. C'eft beaucoup, d'avoir réformé le§ lotie : mais la chicane n'a peu être écrafée par la juflice. On penfa à rendre la jurifprudence uni** forme; elle l'efl dans lesaf]àires criminelles, dans celles du com- merce, dans la procédure; elle pourrait l'être dans les loix qui rè- glent ^cnt le» fortune» dea citoiens.- Ceft un trè$ grand ioconvéaient^' Î[u'ui^ même txtbujul ait 4 prononcer fur plus de cent 'coutumes dif- ccemtes. . Dés droit& de terres, ou équivoques ou onéreux ou qui gênent h fociété, fîjbQAent encore^ comme des reftes du gouver^ cernent féodal, qui ne ûibdfte plus. Ce font des décombres d'un bâtiment gotique ruiné. L'uniformité en tout genre d'adminiftra* tioQ 60: une vertu > mais les dilHcultés de ce grand ouvrage ont çfirajié. lyouis XIV aurait pu fe pafîbr plus aifément de la refïburce dan^- geteuiê des traitans, où le réduifit Tanticipation qu'il fît prefque toujoutis fur fes tevenus, comme on le verra dans le chapitre des finances. .,.$il neùt pascru, qu-'il ^iSSéaiz de (à volonté pour faire changer de religion un million d'hommes, la France n'eût pas perdu tant de city^iens. * Ce pajia cependant^ malgré fes fecoufiès Se fès pertes, ejS; aujourd'hui le païs le plus florifTaot de la terre, parce que tout 1^ bien qu'a fait Louis XIV fubfifte, & que le mal qu'il était difE- c^ de ne pas faire dans. des tems orageux, a été réparé. Enfin la poftérité, qui juge les rois &; dont ils doivent avoir toujours le juge- ipent devant les yeux, avouera en pe(ànt les vertus 6c les faibleifes de, ce monarque^ que .quoiqu'il eut été trop loué pendant fa vie, il mérita de Vétre i jamais.;, éç qu'il fut digne de la ftatuë qu'on lui a érigée âMoni^llier, avec une infcription latine, dont le fens eft: à laouis le grand après fa mort. • Tous les changemens, qu'on vient de voir dans le gouvernement & dans tous les ordres de l'état, en produifirent nécefiàirement un très grand dans les mœurs. L'efprit de faâion, de fureur & de ré- bellion, qui pofTédait les citoîens depuis le tems de François fécond, devint une émulation de fervir le prince. Les feigneurs des gran- des terres n'étant plus cantonnés chez eux ; les gouverneurs des Pro- vinces n'aiant plus de poftes importans à donner ; chacun fongea d ne mériter de grâces, que celles du foverain ; ôc Tétat devint un tout régulier, dont chaque ligne aboutit au centre. C'eû: là ce qui délivra la cour des faâions 6c des confpirations, qui avaient toujours troublé l'état pendant tant d'années, il n'y eue fous l'ad mi nift ration de Louis XIV qu'une feule conjuration en 1674, Voicz le chapitre du Calvinifine. / imagince 3i8 Gouvernement. imaginée par la Truamont, gentil-homme Normand* perdu de dé- bauches 6c de' dettes, & embrailee par un homme de la maifon de Rohan, réduit par la même conduite à la même indigence. Il n'- entra dans ce complot qu*un chevalier de Préaux, neveu de la Tru* , aumont, qui féduit par fon oncle, féduifit fa maitreiTe madame dé Villiers. Leur but & leur efpérance n'étaient pas & ne pouvaient être de fe faire un parti dans le roiaume. Ils prétendaient feulement vendre 8c livrer Quillebeuf aux Hollandais, & introduire les ennemis en Normandie. Ce fut pluftôt une lâche trahifon mal ourdie, qu - une confpiration. Le fupplice de tous les coupables fut le feul évé- nement, que produifit ce crime infenfé 6c inutile dont à peine on fè fouvient aujourd'hui. S'il y eut quelques féditions dans les Provinces, ce ne furent que de faibles émeutes populaires aifément réprimées. Les Huguenots même furent toujours tranquiles, jufqu'au tems où l'on démolit leurs temples. Enfin le roi parvint à &ire, d'une nation jufques-U tur- bulente, un peuple paifible, qui ne fut dangereux qu'aux ennemis, après l'avoir été à lui-même pendant plus de cent années. Les mœurs s'adoucirent, fans faire tort au courage. ■ Les maifons, que tous les Seigneurs bâtirent ou achetèrent dans Paris, 66 leurs femmes qui y vécurent avec dignité, formèrent des écoles de politefTe, qui retirèrent peu-à-pfeu les jeunes gens de cette vie de cabaret, qui fut cncor long- tems à la mode, &: qui n'infpi- rait qu'une débauche hardie. Les mœurs tiennent à û peu de chofe, que la coutume d'aller à cheval dans Paris entretenait une difpofîtion aux querelles fréquentes, qui cefférent quand cet ufage fut aboli. La décence, dont on fut redevable principalement aux femmes qui rafîèmblcent la fbciété, chez elles, rendit les efprits plus agréables ,• & la leéture les rendit à la longue plus folides. Les trahifons 6c les grands crimes, qui ne défhonorent point les hommes dans les tems He fadion 6c de trouble, ne furent prefque plus con- nus. Les horreurs des Brinvilliers 6c des Voifins ne furent que des orages paflàgers, fous un ciel d'ailleurs ferein ; 6c il ferait aufîi dc- raifonnable de condannèr une nation fur les crimes cclatans' de quelques* particuliers, que de la canonifer fur la réforme de la trappe. Tous les difïcrens états de la vie étaient auparavant reconnaiffa- bJes, pAr des. défauts qui les caradérifaient. Les militaires 6c les jeunes INTERIBUIt. 319 . j«u^Ç8 gens qui Te devinaient à la profeffion des armes, avaient une vivacité emportqe ; les gens dé juftice une gravité rebutante, à quoi ne contr liguait pas peu Tufage d'aller toujours en robe, même à la cour. Il en était de même des univerfités ôc des médecins. Les n^archands portaient encor de petites robes, lorfqu'ils s'aflèmblaient & qu'ils allaient chez les miniftres; & les plus grands commerçahs .étaient alors des hommes groHiers. Mais les maifons, les fpeâa-o cle$, les promenades publiques, où Ton commençait à (ê raiTemblir pout goûter une vie plus douce, rendirent peu-à-peu Textérieur de tous les citoiens prelque femblable. On s'apperçoit aujourd'huijuf- ques dans le fond d'une boutique, que la politeile a gagné toutes les conditions. Les Provinces iê font reffenties avec le tems de tous ces changemens. • ■ On eft parvenu enfin i ne pllis mettre le luxe, que dans le goût & dans la commodité. La foule de pages êc de domeiliques de livrée a difparU) pour rnettre plus d'aifancedans Tinférieur des mai- fbiw. On a lailTé la vaine pompe & le fafte extérieur aux nations, cfiez lefqiielles on né fait encor que fe montrer en public, &où l*on ignore l'art de vivre. L'extrême facilité introduite dans le commerce du monde, l'af- fabilité, la iimplicité, la culture de l'efprît, ont fait de Paris une ville, qui pour la douceur de la vie l'emporte probablement de . beaucoup fur Rome & fur Athènes, dans le. tems de leur iplen- deur. On s'eft plaint de ne plus voir à la cour autant de hauteur dans lès efprits, qu'autrefois. 11 n'y a plus en effet de petits tyrans, com- me du tems de la fronde ôc fous Louis XIll & dans les iiécles pré- cédens. Mais la véritable grandeur s'eft retrouvée dans cette foule de nobleflè, fi longtems avilie à fervir auparavant des fujets trop puif&ns. On voit des gentils-hommes, des citoiens, qui fe feraient cru honorés autrefois d'être domeQiques de ces feigneurs, devenus leurs égaux & très foûvent leurs fupérieurs dans le fervice militaire; & plus le fervice en tout genre prévaut fur les titres, plus un état cft florifîknt. On a comparé le fiécle de Louis XIV à celui d'Auguftc. Ce n'eft pas que la puiflance & les événemens perfonnels foient compa- rables. Rome & Auguftc étaient dix fois plus cOnfidcrables dans le monde, que Louis XIV & Paris. Mais il faut fe fou venir, qu'A- théneD JIO FlHANCES. thénes a été égale i l'empire Romain, dam toutes les cholèi qni ne tirent pas leur prix de la force 6c de la puiOânce. Il fiiut encor ibn- ger, que s'il n'y a rien aujourd'hui dans le monde td que l'aneienne Rome 8c qu'Augufte, cependant toute l'Europe enfembleefttrès fupé* TÎeure i tout l'empire Romain. Il n'y avait du tems d'Augufte qu'* ne feule nation, 8c il y en a aujourd'hui plufieurs, policées, guer- rières, éclairées, qui poflédent de? arts que les Grecs 8c les Romains ignorèrent ; 8c de ces nations il n'y en a aucune, qui ait e& plus d'é- clat en tout genre depuis environ un fiécle, que la nation formée en quelque forte par Louis XIV. CHAriTaa vinct-hditi b'm x. FINANCES. on compare l'adminiftration de.Colbert à toutes lesad- miniftrations précédentes, la poftérité chérira cet hom- me, dont le peuple infenfé voulut déchirer le corp, après fa mort. Les Français lui doivent certainement ie & leur commerce, & par confcquent cette opu- lence, dont les fources diminuent quelquefois dans la guerre. Mais qui fe rouvrent toujours avec abondance dans la prix. Ce- pendant en 1701, on avait encoj- l'ingratitude de rejetter fur Col- bert, la langueur, qui commençait à fe faire fentir dans les nerfs de l'état. Un financier de Normandie fit imprimer dans ce tems-Ià le détail de la France en deux petits volumes, 8c prétendit que tout avait été en décadence depuis t66o. C'était précifément le con- traire, La France n'avait jamais été fi floriffante, que depuis la mort Finances. in mort du cardinal Mazarin jufqu'à la guerre de K^Sp ; 6c même éané cette guerre le corps de 1 état, commençant à être malade, fc (au- tint par la vigueur que Colbert avait répandue dans tous Tes mem« bres. L'auteur du détail prétendit, que depuis 1 660 les biens fonds du roiaume avaient été diminués de quinze- cent- millions. Rien n était, ni plus faux, ni moins vrai(èmblable. Cependant fes ar- gumens captieux perfuadérent ce paradoxe ridicule, à ceux qui vou- lurent être perfuadés. C eft ainfi qu'en Angleterre, dans les tems les plus âoriâkns, on voit cent papiers publics, qui démontrent que l'état eft niùné; Il était plus aifé en France qu'ailleurs, de décrier le miniftéré des finances dans Tefprit des peuples. Ce miniftére eft le plus odi- eux, parce que les impôts le font toujours : il régnait d'ailleurs en général dans la finance, autant de préjugés 6c d'ignorance, que dans la philofbphie. On s'eft inftruit fi tard, que de nos jours même, on a entendu en 1718 le parlement en corps dire au duc d'orléans, que la valeur intrinféque du marc d'argent eft de vinff cinq livres ; comme s'il y avait une autre valeur réelle intrinféque, que celle du poids 6c du titre; 6c le duc d'orléans, tout éclairé qu'il était» ne le fut pas afièz, pour relever cette méprife du parlement. Il eft vrai, que Colbert ne fit pas tout ce qu'il pouvait faire, en- cor moins ce qu'il voulait. Les hommes n'étaient pas alors aflfez éclairés ; 6c dans un grand roiaume il y a toujours de grands abus. La taille arbitraire, la multiplicité des droits, les douanes de Pro- vince à Province qui rendent une partie de la France étrangère â l'autre 6c même ennemie, l'inégalité des mefures d'une ville à l'au- tre, vingt autres maladies du corps politique ne purent être guéries. Colbert, pour fournir à la fois aux dépenfès des guerres, des bâ- ti mens 6c des plaifirs, fut obligé de rétablir vers l'an 1671, ce qu'il avait voulu d'abord abolir pour jamais j impôts en parti, rentes, charges nouvelles, augmentations de gages; enfin ce qui foûti- ent rétat quelque tems, 6c l'oberre pour plufieurs années. Il fut emporté hors de fes mefures ; car, par toutes les inftruc- tions qui reftent de lui, on voit qu'il était perfuadé que la richefie d'un païs ne confifteque dans le nombre des habitans, la culture des terres, le travail induftrieux 6c le commerce: on voit, que le roi T t pof- I 3 1 1 ' Finances; poiTédant très peu de domnins particùli^n, & h étant* ^ue Tadmi** nidrateur des bien» dç Tes fujets, ne peut être véritablement riche, que par des impôts alféi à percevoir & également répartis. Il craignait tellement de livrer l'état aux traitans, que quelque- tems après la diiTolution de la chambre de juftice, qu'il avait fait ériger contre eux, il fit rendre un arrêt du confcil, qui établiflâit la peine de mort contre ceux qui avanceraient de Targent fur de nouveax impôts. Il voulait par cet arrêt comminatoire, qui ne fut jamais imprimé, effraier la cupidité des gens d'a(&ires. Mais bien- tôt après il fut obligé de fe fervir d'eux, làris même révoquer l'ar- rêt : le roi preflait, & il falait des moicns prompts. Cette invention, apportée d'Italie en France par Catherine de Médiçis, avait tellement corrompu le gouvernement, par la faci- lité funefte qu'elle donne, qu'après avoir été fupfH'imée dans le» belles années de Henri quatre, elle reparut dans tout le régne de l^ma Xlil, £c infeâa furtout les derniers tems de Louis XIV. Six ans après la mort de Colbert en 1689, on fut tout d'un coup précipité dans ime guerre, qu'il falut foùtenir contre toute l'Europe> fans avoir de fonds en réferve. Le miniftre le Pelletier crut, qu'il fufHfait de diminuer le luxe. Il fut ordonné que tous k$ meubles d'argent maflîf, qu'on volait alors en aflèz grand nom> bre chez les grands feignieurs & qui étaient une preuve de l'abon- dance, feraient portés à la monoie. Le roi donna l'exemple ; il fe priva de toutes ces tables d'argent, de ces grands guéridons, de ces confolef) de ces candélabres, de ces grands canapés d'argent maftif, & de tous CCS autres meubles qui étaient des chefs d'œuvre de cifc- lure des mains de Bal'm homme unique en fon genre, & tous exé- cutés fur les deilèins de Le brwi.^ Ils avaient coûté dix» millions y on en retira trois. Les meubles d'argent orfévri des particuliers produifirent trois autres millions. La refîburce était faible Vers les années 1691 & 1692-,. les finances de l'état parurent ^nfiblement dérangées. Ceux qui attribuaient l'afFaiblilIêment des fources de l'abondance aux profufions de Louis XIV dans fes bati- mens, dans les ao-ts & dans les plaifirs,, ne favaient pas, qu'au con^ traire les dépends qui encouragent l'induftrie, enrichifient un état C'efk la guerre, qui appauvrit néceflàirement le tréfor public, à moins que les dépouilles des vaincus ne le remplifiênt. Depuis les amciens Romains, je ne connais aucune nation, qui iè foit enri* FlKAtïCES. Jt| chîe par des vi^cîfies. L'Italie au XVI ùéét n'était ficté que pàt le commerce. La Môlkûde ft*eût pas fubiifté lôHgteftis, fi elle fe fut bdrnée à enlevet fâ Ûôté d'argent des ÉTpâgftôîs, & fi les grâfidei Indes n avaient pas été Taliment de fâ puifîance. L*Anglçterre s'eft toujours appauvrie par la guerre, même en détrïiifattt les flotes Françaires ; & le comirtérce féul l'a fôùteûuë. Les Algériens, qui n'ont guères que ce qu'ils gagnent par les pirateries^ font un peuplé très mîferable. Parmi les nations de l'Europe, la guerre, au bout de quelques années, rend le vainquer préfqu^auffi malheureux que lé vaincu. C'eft un gouffre, où tous les canaux de f abondance s'engloùtiffent. L'argent comptant, ce principe de tous les biens & de tous les nlaux, levé avec tant de peine dans les P'rovinces, fe rend dans lés coffres de cent entrepreneurs, dans ceux de cent partifans qui avancent lés fonds, & qui achettent par ces avances le droit de dépouiller la na- tion au nom du fouverain. Les particuliers alors, regardant le gouvernement comme leur ennemi, enfouirent leur argent,- & lé défaut de la circulation fait languir le rôiaume. Nul reméd& précipité ne peut fuppléér à un arrangement fixe & (table établi de longue main, 8c qfai pourvoit de loin aux befoins imprévus. Le contrôleur- général de Pontchartrain vendit des let- tres denoblefle pour deux-mille écus en 16^6: cinq-cent particu- lière en achetèrent : mais l'a reffource fut paffagere, & la bonté du- rable. On obligea tous^ lès nobles, anciens & nouveaux, de faire enregiftrer leurs armoiries, & de paier là permiflion de cacheter leurs fettre* avec leurs armes. Des maltôtîers traitèrent de cette aflaircy 65 arvàncérent l'argent. Lé miniftére n'eut prefque jamais recours millions nu- méraires, au marc de vingt«fept livres, font une fomme plus forte que deux- cent-miilions, à quarante-neuf livres ; à quoi fe montait le revenu du roi en 1730: 6c de plus, il faut compter les charges augmentées par les emprunts de la couronne. Mais auffi les reve- nus du roi, c'eft -à-dire de l'état, font accrus depuis; 6c l'intelli»- gence.des finances s'eft perfeâionnée au point, que dans la guerre ruineufede 1741 il ny a pas eu un moment de discrédit. On- a pris le parti de faire des fonds d'amortilTement, comme chez les Anglais : il a falu adopter une partie de leur fiftème de finance^ ainfi que leur philofbphie ; 6c fi, dans un état purement monar- chique, on pouvait introduire ces papiers circulans, qui doublent au moins la richefie de l'Angleterre, la puifiauce de la Fiance ac- «querrait (on dernier degré de perfeâion. Il f ^i6 Finances. 11 y avait environ cmq-œnt millions numéraires d'ai^ent monofe dans le roiaume en 1683 5 & il y en à environ douze-cent, dé k manière dont on compte aojoard'hui. Mais le numéraire de no- tre teros eft prefque le double du niraiéraire du tcms de Colbert II paraît donc, que la France n'eft environ que d'un fixiéme plus riche en efpéces circulantes, depuis la mort de ce miniftre. Elle l'eft beaucoup davantage en matières d'argent & d'or, travaillées & mifes en œuvre pour le fervice & pour le luxe. II n'y en avait pas pour quatre-cent-millions de notre monoie d'aujourd'hui en idpa; & à préfent on en poflede autant qu'il y a d'excès circulantes. Rien ne fait voir plus évidemment, combien le commerce, dont Colbert ouvrit les fources, s'eft accru, lorfijue fcs canaux fermés par les guerres ont été débouchés. L'induftrie s*eft perfêâionnér, malgré l'émigration de tant d'artiftes, que dilperfa la révocation de redit de Nantes ; 8c cette induftrie augmente encor tous les jotrrs; La nation eft capable d'aufit grandes chofes, 6c de plus grandes: en- cor que Cous Louis XIV, parce que le génie 6c le commerce fê foc* tifient toujours, quand on les encourage. A voir raifance des particuliers, ce nombre prodigieux de mai- fons agréables bâties dans Paris 6c dans les provinces, cette quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches qu'on nomme luxe, on croirait que l'opulence eft vingt fois plus grande qu'autrefois. Tout cela eft le fruit d'un travail ingénietrx, encor pltis que de la richeffe. l'I n'en coûte guères plus aujom'cf hui pour être agréable* ment logé, qu'il en coûtait pour Pêtre mal fous Henri quatre. Une belle glace de nos maaufaâures orne nos maifons à bien moins" ^Ç*/£^>^9»^9^^f'/9>^9>rQ^fÇ>^>rÇ>r9»rÇ^ Chapitre v i ng t-neui vi e'mb. SCIENCES ET JRTS. E fiécle heureux, qui vit naître une révolution dans l*eir prit humain, n'y femblait pas deftiné ; car, à commencer par la philofophie, il n'y avait pas d'apparence du tems de Louis XllI, qu'elle fê tirât du cahos où elle était plon- gée. L'inquifition d'Italie, d'Efpagne, de Portugal, avait lié les er- reurs philofophiques aux dogmes de la religion. Les guerres civi- les en France, & les querelles du Calvinifme n'étaient pas plus pro- pres à cultiver la raifon humaine, que le fut le fanatifme du tems de Cromwel en Angleterre» Si ua chanoine de Thorn avait renou- velé; xiî Sciences. velc Tancien iîftéme planétaire des Caldéens oublié depuis fi long- tems, cette vérité était condanné à Rome : 8c la congrégation du Saint-Office comporée de fept cardinaux aiant déclaré non feule- ment hérétique mais abfurde le mouvement de la terre fans lequel il ny a point de véritable agronomie, le grand Galilée aiant demandé pardon à l'âge de foixante 8c dix ans d'avoir eu raifbn, il n*y avait pas d'apparence que la vérité put être reçue fur la terre. Le chan- celier Bacon avait montré de loin la route qu'on pouvait tenir: Ga- lilée avait fait quelques découvertes fur la chute des corps: TorriccUi commençait à connaître la pefenteur de l'air qui nons environne: on avait fait quelques expériences à Magdebourg. Avec ces faibles ef^ fais, toutes les écoles reliaient dans l'abfurdité, 8c le monde dans l'ig- norance. Defcartes parut alors ; il fit le contraire de ce qu'on de- vait faire. Au lieu d'étudier la nature, il voulut la deviner. Il ctait le plus grand géomètre de ion fiécle ; mais la géométrie laifiê Tefprit comme elle le trouve. Celui de Defcartes était trop porté à l'invention. Le premier des mathématiciens ne fit guères que des Romans de philofophie. Un homme qui dédaigna les expériences, quoique mêlées encor de la rouille de fon tems, furent le modèle des orateurs, qui Timitérent 6c le furpafîcrent. L'oraifon funèbre de Charles-i/manuel duc de Savoi fiirnommé le grand dans fon pais> prononcée par Lingendes en i ($30, était pleine de fi grands traits d'- cJoqucûce, que Flcchier longtems après en prit Téxorde tout entier^ 3 aufli Arts* • • 33 j flufli bien que le texte 6c plufieurs paflages confidérablès, pour en orner fa famcufe ocaifon funèbre du vicomte de Turenne. Balzac en ce tems*lâ donnait du nombre &; de Tharmonie à la profe. Il eft vrai, que fes lettres étaient des harangues empoulées ; il écrivait au premier cardinal de Rets : „ vous venez de prendre le ,, fceptre des rois & la livrée des rofes/* Il écrivait de Rome à Bois- * • Robert^ en parlant des eaux de fenteur : „ je me fauve âla nage yj dans ma chambre, au milieu des perfums." Avec tous ces dé* fauts, il charmait Toreille. L'éloquence a tant de pouvoir fur les hommes, qu'on admira Balzac de fon tems, pour avoir trouvé cette petite partie de l'art ignorée & ntcefîairç, qui confifte dans le choix harmonieux des paroles,- & même pour Tavoir emploiéc fouvent hors de fa place- Voiture donna quelque idée des .grâces légères de ce ftile épifto- laire, qui n'eft pa? le meilleur, puifqu'il ne confifte que dans la plaifanterie. C*eft un baladinàge de Tefprit, que deux tomes de lettres dans lefquelles il n y en a pas une feule inftrudive, pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du tems & les caraélcres des hommes; c'cft pluftot un abus qu'un ufage del'efprit^ La langue commençait à s'épurer, & à prendre une forme con- liante. On en était redevable à l'académie Françaife, & furtoutd Vaugelas. Sa tradudion de Quinte-Curce, qui parut en 1646^ fut le premier bon livre écrit purement ; 6c il s'y trouve peu d'expref- fions & de tours, qui aient vieilli. Olivier Patru, qui le fuivit de près, contribua beaucoup à régler, à épurer le langage ; & quoiqu'il ne paflat pas pour un avocat pro- fond, on lui dut néanmoins l'ordre, la clarté, la bienféance, l'élé- gance du difcours; mérites abfolument inconnus avant lui au barreau. Un des ouvrages, qui contribua le plus à former le goût de la na- tion & d lui donner un efprit de jufteffe & de précifibn, fut le pe- tit recueil des maximes de Françotfe duc delà RochefoucauUy Quoir qu'il n'y ait prefque qu'une vérité dans ce livre, qui eft que l amour propre efi le mobile du tout ; cependant cette penfce fe préfente fous tant d'afpeâs varias, qu'elle eft prefque toujours piquante. C'eft moins un livre, que des matériaux pour orner un livre. «On lut avi- dement ce petit recueil; il accoutuma d penfèr & à renfermer fes penfées dans un tour vif, précis & ddicat. C'était un mérite qire .' perfonne •jj^ ' A R T $• perfbnne n'avait eu avant lui en Europe^ depuis la renaiflfance des lettres. Mais le premier livre de génie, qu'on vit, en profe, fut le recueil des lettres provinciales en i<$j4. Toutes les fortes dclo-. quence y font refermées. 11 n'y a pas un feul mot, qui depuis cent ans fe foit reflenti du changement qui altère fouvent les langues vivantes. Il faut rapporter à cet ouvrage Tépoque de la fixation du language. L'évêque de Luçon fils du célèbre Bufli ma dit, qu^aiant demandé à monfieur de Meaux, quel ouvrage il eût mieux aimé avoir fait, s'il n'avait pas fait les fiens, Boffuet lui répondit, les lettres pro^ v'mciales. ^ Le bon goût qui régne d'un bout à l'autre dans ce livre & la vigueur des dernières lettres ne corrigèrent pas d'abord le flile lâche, diffus, incorreâ: & découfu, qui depuis longtemps était celui de prefque tous les écrivains, des prédicateurs & des lavocats. Un des premiers, qui étala dans la chaire une raifon toujours .éloquente, fut. le père Bourdalouë vers l'an 1668. Ce fut une lumière nouvelle. Il y a eu après lui d'autres orateurs de la chaire, comme* le père Mafîîllon évêque de Clermont, qui ont répandu dans leurs difcours plus de grâces, des peintures plus fines & plus plnétrantes des mœurs du fiécle; uiais aucun né l'a fait oublier. Dans fon flile plus nerveux que âeuri, fans aucune imagination dans lexpreflion, il paraît vouloir pluftôt convaincre, que toucher ; <& jamais il ne fonge à plaire. Feut-ètre ferait-il à fouhaiter, qu'en banniffant de la chaire le mauvais goût qui Taviliffait, il en eût banni aufîî cette coutume de prêcher /ur un texte. En effet, parler long-tems fur une citation d'une ligne ou deux, fe fatiguer à compaffer tout fon difcours fur cette ligne; un tel travail paraît un jeu peu digne de la gravité de ce mihiflcre. Le texte devient une efpéce de de vile, ou pluftôt d'énigme, que le difcours dévelope. Jamais les grecs & les romains ne connurent cet ufage. C'eft dans la décadence des lettres, qu'il commença ; & le tems l'a confacré. L'habitude de divifer toujours en deux ou trois points des chofes qui, comme la mprale, n'exigent aucune divifion, ou qui en deman- deraient davantage, comme la controverlc, eft encor une coutume gênante, qiit le père Bourdalouë trouva introduite, & à laquelle il fe conforma^ II Arts. 335* Il avait été précédé par Bofluet depuis évèque de Meaux. Celui- ci, qui devint un fi grand homme, s'était d'abord deftiné au parti ' de la robe ; 8c il s'était engagé dans fa grande jeuneflê, à époufer mademoifelle Defvieux, fille d'un rare mérite. Ses talens pour la théologie & pour cette efpéce d'éloquence qui le caraâérife, iè montrèrent de fi bonne heure> que Tes parens 6c Tes amis le déter- minèrent à réglife. Mademoifelle Defvieux l'y engagea elle-même, jTcférant la gloire qu'il devait acquérir, au bonheur de vivre avec ; ui. Voilà la fource d'un bruit qui s'eft répandu dans le monde, qu'il était marié. Ce conte, long-tems accrédité chez ce petit nombre d'hommes qui tire vanité de favoir les fecrets des familles, n'avait ni vérité ni vrailèmblance. Il avait prêché afîèz jeune de- «vant le roi & la reine mère en 1661, long- te ms avant que le père bourdalouë fût connu. Ses difcours foûtenus d'une aébion noble &* touchante, les premiers qu'on eut encor entendus à la cour qui approchafiènt du fublime, eurent un ft grand fuccès, que le roi fit écrire en fim nom à fon père intendant de Soifibns, pour le fé- liciter d'avoir un tel fils. Cependant, quand le père Bourdalouë parut, monfieur Bofl!uet ne pafià plus pour le premier prédicateur. Il s'était déjà donné aux oraifbns funèbres ; genre d'éloquence, où il faut de l'imagination &; une grandeur majefiueufe qui tient un peu à la poëfie, dont il faut toujours emprunter quelque chofe, quoiqu'avec difcrétion,. quand on tend au fublime. L'oraifon funèbre de la reine mère, qu'ilf prononça en 166'j, lui valut l'évèché de Condom: maïs ce difcours- • n'était pas encor digne de lui ; 8c il ne fut pas imprimé; non plus que fès fermons. L'éloge funèbre de la reine d' Angleterre veuve- de Charles I, qu'il fit en iddp, parut ptefqu'en tout un chef-d'œuvre. Les fiijets de ces pièces d'éloquence font heureux, à proportion des malheurs que les morts ont éprouvés. C'efl en quelque façon comme dan» les tragédies, où les grandes infortunes des princi- paux perfonnages font ce qui intéreflê davantage. L'éloge funèbre de madame, enlevée à la fleur de ibn âge 8c morte entre fes bras, eut le plus grand 8c le plus rare des fiiccès, celui de faire verfer des krmes à la couit : il fut obligé de s'arrêter après ces paroles : a nuif tikfaftfeufè / nuit effroiahley où r et émit tout à coup comme u» éclat de^ tonnerre^ cette donnante musielky Madame Je mturty Madame eft mort^^ ^c. 336 Arts. <^c. L'auditoire éclata en langlots ; & la voix de Torateur fut în- • terrompuë par fes foupirs & par fes pleurs. Les Français furent les feuls, qui réuffirent dans ce genre d'élo- quence. Le même homme quelque-tems après en inventa un nou- ■ veau, qui ne pouvait guères avoir de fuccès qu'entre fes mains. Il appliqua l'art oratoire à l'hiftoire même, qui femble l'exclure. Son difcours fur l'hiftoire univerfèlle, compofé pour l'éducation du Dau- phin, n'a eu ni modèle ni imitateurs. Si le fifléme qu'il adopte, pour concilier la chronologie des Juifs avec celle des autres nations, a trouve des contradiâeurs chez les favans, fon Aile n'a trouvé que des admirateurs. On fut étonné de cette force majeftueufe, dont il décrit les mœurs, le gouvernement, l'accroiiTement 8c la chute des grandes empires ; & de ces traits rapides d'une vérité énergique; dont il peint 6c dont il juge les nations. Prefque tous les ouvrages qui honorèrent ce fîécle, étaient dans un genre inconnu à l'antiquité. Le Télémaque eft de ce nombre. Fénelon, le difciple, l'ami de BolTuet, 6c depuis devenu malgré lui fon rival 6c fon ennemi, compoface livre fingulier, qui tient â la fois du roman 6c du poëme, & qui ful)ftituë une profe cadencée à la verfifîcation. Il femble qu'il ait voulu traiter le roman, comme monfieur de Meaux avait traité l'hiftoire, en lui donnant une dig- nité 6c des charmes inconnus, 6c fur tout en tirant de ces iîâions ime morale utile au genre humain; morale entièrement négligée •dans toutes les inventions fabuleufes. On a cru, qu'il avait com- pofé ce livré pour fervir de thèmes 6c d'inftruâion au duc de Bour- gogne & aux deux autres enfâns de France, dont il' fut le précep- teur ; ainfi que BofTuet avait fait fon hiftoire univerfèlle, pouj l'é- ducation de Monfeigneur. Mais fon neveu le marquis de Fénelon, héritier de la vertu de cet homme célèbre, 6c qui a été tué à là bataille de Rocou, m'a aifûré le contraire. En effet, il n'eût pas été convenable, que les amours de Calypfo & d'Fucharis euflènt été les premières leçons, qu'un prêtre eût données aux enfans de France. Il ne fît cet ouvrage, que lorsqu'il fut relégué dans fon arche- vêché de Cambrai. Plein de la leâure des anciens, 6c né avec une imagination vive &'tendre, il s'était fait un ftile, qui n'était qu'à lui 6c qui coulait de *fource avec abondance. J'ai vu fon manuscrit original : il n'y a pas dix ratures. On prétend, qu'un domeflique lui en déroba une copie, qu'il fît imprimer. Si cela efl^ l'archevêque de « » A'R T 8. 3^7 "de Cambrai dut à cette infidélité foute }a réputation qu'il eut en Europe. Mais il lui dut auHl d'être perdu pour jamais à la co^. On crut voir dans le TéUmaque^ une ciritique indireâe du governe- ment de Louis XIV. Séfoftris qui triomphait avec trop de fafte, idomcnée qui établifTait le luxe dans Salente, & qui oubliait le né- ceffaire, parurent des portraits du roi. Son miniftre Louvois leni- blait, aux yeux des mécontens, repréfènté fous le nom de Proté- filas, vain, dur, hautain, ennemi des grands capitaines qui fcrvaicnt l'état & non le miniftre. Les alliés, qui dans la guerre de 1688 s'unirent contre Louis XIV, ■& qui depuis ébranlèrent fon trône dans la guerre de 1701, fe firent un joie de le reconnaître dans ce même Idoménée, dont la îiauteur -révolte- tous fes voifins. Ces alluGons firent des impreffions profondes, à la faveur de ce flile harmonieux, qui infinue d'une manière fi tendre la modération & la concorde. Les étrangers & les Français même, laffés de tant de guerres, virent avec une con- folation maligne, unefatire dans un livre fait pour enfeigner la vertu. Les éditions en furent innombrables. J'en ai vu quatorze en lan- gue Anglaife. Il eft vrai, qu'après la mort de ce monarque, fi craint, fi envie, fi refpeété de tous & fi haï de quelques-uns, quand la malignité humaine a ceiTé de s'afibuvir des allufions prétendues qui cenfuraient fa conduite, les juges d'un goût févére ont traité le TéUmaque avec quelque rigueur. Ils ont blâmé les longueurs, les détails, les aventures trop peu liées, les defcriptions trop ré- pétées & trop uniformes de la vie champêtre: mais le livre a tou- jours été regardé comme un des beaux monumens d'un fiécte âorifiânt. On peut compter parmi les produâions d'un genre unique, les caraSléres de la Bruïére. Il n'y avait pas chez les anciens plus d'ex- emples d'un tel ouvrage, que du TéUmaque. Un ftile rapide, con- cis, nerveux, des expreffions pittorefqùes, un ufage tout nouveau de la langue mais qui n'en blelTe pas les régies, frapérent le Public ; & les allufions, qu'on y trouvait en foule, achevèrent le fuccèé. Quand la Bruïére montra fon ouvrage manufcrit à Maléficux, celui- ci lui dit : votlà dequo't vous attirer beacoup de leBeurs ^ beaucoup d^ennemh. Ce livre baifia dans l'efprit des hommes, quand une génération entière, attaquée dans l*ouvrage, fut paffée. Cependant, X X comnrc 338 Arts. comme il y a des chofes de tous les tems 8c de tous les lieux, il eil à croire qu il ne fera jamais oublié. Le Télémaque n*a point fait d*imitateurs ; les caraBéret de la Brufcrc en ont produit. Il eft plus aifé de faire de courtes pein- tures des chofes qui nous frapent, que d'écrire un long ouvrage d'i- magination, qui plaife & qui inftruife à la fois. L'art délicat de répandre des grâces jufques fur la philofophie, fut cncor une cho(e nouvelle, dont le livre des Mondes fut le premier exemple ; mais exemple dangereux, parce que la véritable parure de la philoJbphie eft l'ordre, la clarté & furtout la vérité. Ce qui pourrait empêcher cet ouvrage ingénieux, d'être mis par la poftérité au rang de nos livres claffiques, c'eft qu'il eft fondé en partie fur la chimère dés tourbillons de Defcartes. 11 faut ajouter à ces nouveautés, celle que produtiit Bayle, en donnant une efpéce de didionnaire de raifonnement. C'eft le pre- mier ouvrage de ce genre, où l'on puifle apprendre à pcnfer. Il faut abandonner à la deftinée des livres ordinaires, les articles de ce recueil, qui ne contiennent que de petits faits, indignes à la fois de Bayle, d'un ledeur grave & de la poftérité. Au refte, en plaçant ici Bayle parmi les auteurs qui ont honoré le ûécle de Louis XIV, quoiqu'il fiit réfugié en Hollande, je ne fais en cela que me con- former â l'arrêt du Parlement de Touîoufe, qui, en déclarant fon teftament valide en France malgré la rigueur des loix, dit expref- fément, v^un tel homme ne peut être regardé comme un étranger. On ne s'appefantira point ici fur la foule des bons livres que ce iîécle a fait naître ; on ne s'arrête qu'aux productions de génie fin- guliéres & neuves, qui le caraâérifent & qui le diftinguent des autres fiecles. L'éloquence de Boffuet & de Bourdalouë, par ex- emple, n'était & ne pouvait être celle de Cicéron. Si quelque choie approche de l'orateur Romain, ce font les trois mémoires que VéViSon compofa pour Fouquet. Ils font dans le même genre que plufîeurs oraifons de Cicéron. Un mélange d'aflFaires judici- aires 6c d'af&ires d'état, traité folidement avec un art qui parait peu> & orné d'une éloquence touchante. Nous avons eu des hiftoriens ; mais point de Tîte-Live. Le ftile de la corjfp'trat'ton de Ven'tfe eft comparable à celui de Salufte. On voit que l'Abbé de Saint-réal l'avait pris pour modèle ; & peut-être fa-t-il furpaâfé. Tous les autres écrits dont on vient de parler, femblent Arts. 339 femblent être d'une création nouvelle. C'eft là fiirtout, ce qui dif- tingue cet âge illuftre ; car pour des favans & des commentateurs, le feiziéme & le dix-feptiéme fiécle en avaient beaucoup produit ; mais le vrai génie en aucun genre n'était encor dévelopc. Qui croirait, que tous ces bons ouvrages en profe n'auraient pro- bablement jamais éxifté, s'ils n'avaient été précédés par la poefie I c'eft pourtant la deftinée de refprit humain dans toutes les nations ; les vers furent partout les premiers en^ns du génie & les premiers maîtres d'éloquence. Les peuples font ce qu'eft chaque homme en particulier. Platon & Cicéron commencèrent par faire des vers. On ne pouvait encor citer un paflàge noble & fublime de profe Françaife, quand on fa- vait par cœur le peu de belles fiances que laida Malherbe ; 6c il y a grande apparence, que fans Pierre Corneille, le génie des profateurs ne fe ferait pas dcvelopé. Cet homme eft d'autant plus admirable, qu'il n'était environné que de très mauvais modèles, quand il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encor lui fermer le bon chemin, c'efl que ces mauvais modelés étaient eflimés ; & pour comble de décourage- ment, ils étaient favourifés par le cardinal de Richelieu, le protec- teur des gens de lettres & non pas du bon goût. Il récompenfait de mépriîables écrivains, qui d'ordinaire font rempans ; & par une hauteur d'efprit fi bien placée ailleurs, il voulait abaifTer ceux en qui il Tentait avec quelque dépit un vraie génie, qui rarement fe plie à la dépendance. Il efl bien rare qu'un homme puifTant, quand il efl lui-même artifle, protège fincérement les bons artiftes. Corneille eut à combattre fon fiécle, fes rivaux & le cardinal de Richelieu. Je ne répéterai point ici ce qui a été écrit fur le C/^, Te remarquerai feulement, que l'académie, dans fes judicieufès dé- cifions entre Corneille & Scudéri, eut trop de complaifânce pour le cardinal de Richelieu, en condannant l'amour de Ch'tméne, Aimer le meurtrier de fon père & pourfuivre la vengeance de ce meurtre, était une chofe admirable. Vaincre fon amour eut été un défaut capital dans l'art tragique, qui confifle principalement dans le com- bats du cœur. Mais l'art était inconnu alors à tout le monde, hors à l'auteur. Le Qd ne fut pas le fcul ouvrage de Corneille, que le cardinal de X X 1 Richc-j 340 A » T », ]^ichelieu voulut rabai{!èr. L'abbé d'Aubîgnac nom ajipreadj que ce miniftre défapprouva poUeuBe, Le Ctdi après tout, était une imitation très embellie de gutUain dt cafiro^ & en plufieurs endroits, une traduûion. Omta^ qpx le fui- vit, était unique. J'ai connu un ancien domeilique de la maifon de Condé, qui difait, que le grand Condé à l'âge de vingt ans, étant à la première repréfentation de Cinna^ verfa des larmes â cesi paroles d'Augufl:e : Je fuis mahre de moi, comme de V univers \ Je le fuis y je veux Pêtre, 0 ftécle / ô mémoire /' Confervez à jamais ma nouvelle viBoire. Je triomphe aujourd'hui du plusjufie courroux,. De qui Hefouvenir puijfe aller jufquà vous. Soions amis, Cinna\ ceji moi qui t*en convoie,. C'étaient là des larmes de héros. Le grand Corneille faifant pleurer- le grand Condé d'admiration, eft une époque bien célèbre dans l'hi- ftoire de l'efprit humain. La quantité de pièces indignes de lui, qu'il fit plufieurs années après, n*empécha pas la nation de le regarder comme un grand, homme ; ainfi que les fautes confidérables d'Homère n'ont jamais empêché qu'il ne fût fublime. C*eft le privilège du vrai génie &r furtout du génie qui ouvre une carrière, de faire impunément de grandes fautes. Corneille s'était formé tout feul; mais Louis XIV, Colbert, So- phocle & Euripide contribuèrent tous à former Racine. Une ode> qu'il compofâ d l'âge de dix-huit ans pour le mariage du roi» luf attira un préfent qu'il n'attendait pas, & le détermina à la poëfie. Sa réputation s'eft accrue de jour en jour; & celle des ouvrages de Corneille a un peu diminué. La raifon en eft, que Racine dans tous fcs ouvrages depuis fon Alexandre, eft toujours élégant, toùjpurs cor- reâ, toujours vrai ; qu'il parle au cœur : & que l'autre manque trop fouvent à tous ces devoirs. Racine paftâde bien loin 6c les Grecs 6c Corneille dans l'intelligence des pafÊons, 6c porta la douce harmo- nie de la poëfie, ainfi que les grâces de la parole, au plus haut point où elles puifiènt parvenir. Ces hommes enfeignérent à la na- tion, à penfer, à fentir 6c à s'exprimer. Leurs auditeurs, inftruits par AftTs. 141 par eux {êuls, devinrent enfin des juges févéres pour ceux même qui les avaient flairés. Il y avait très peu de perfonnes en France, du tems du cardinal de Richelieu^ capables de difcerncr les défauts du Ctcl\ & en 1702^ quand ^thalie le chcfd'œuvre de la fccne fut repréfentte chez Mada- me la duchefTe de Bourgogne, les courtifans fc crurent affez habiles pour la condanner. Le tems a vengé l'auteur ; mais ce grand hom- me eft mort, fans jouir du fuccès de (on plus admirable ouvrage. Un nombreux parti fe piqua toujours de ne pas rendre juftice à Rîu- cine. Madame de Sévigné, la première perfonne de Ion fîécle pour le ftile épiftolaire & furtout pour conter des bagatelles avec grâce», croit toujours que Racine titra pa% loin. Elle en jugeait comme du caiFé, dont elle dit quon fe dèfahuferarbientôi. 11 faut du tems, pouc que les réputations meuriffent. La finguliére deftinée de ce llécle rendit Molière contemporain dè- Gorneille & de Racine. Il n'efl pas vrai que Molière, quand il parut, eût trouvé le théâtre abfolument dénué de bonnes comédies. Cor- neille lui-même avait donné le Menteur^ pièce de caradtére & d'in- trigue, prife du théâtre Efpagnol; & Molière n'avait cncor fait pa- raître que deux de fes chefsd'œuvre, lorfque le public avait la mère- co(jueue de Quinaut; pièce âla fois de careftérc 8c d'intrigue, & même modèle d'intrigue. Elle eft de i ^64 ; c'eft la première co^ médie, où l'on ait peint ceux que l'on a appelles depuis \t^- Marquis. La plupart des grands feigneurs de la cour de Louis XiV voulaient imiter cet air de grandeur, d'éclat & de dignité qu'avait leur maî- tre. Ceux d'une ordre inférieur copiaient la hauteur dea premiers ;, & il y en avait enfin, & même en grand nombre, qui pouflfaient cet air avantageux & cette envie dominante de fe faire valoir, jufqu'au^ plus grand ridicule. Ce défaut dura long-tems. Molière l'attaqua: fouvent ;. & il con»- tribua â. défaire le public de ces importans^fubalterneS). ainft quede TafFeâation des précieufes, du pédantifme des femmes favantes, de la robe 6c du latin des médecins. Molière fut, fî on ofe le dire, un légiflateur des bienféances du monde. Je ne parle ici que de ce: fervice rendu à fon fîécle ; on fait afTez fes autres mérites. C'était un tems digne de l'attention des tems à venir,^ que celui où les héros de Corneille &; de Racine, les perfonnages de Molière,. les fymphonie& de Lulli toutes nouvelles pour la nation^ & (puiiqu'il 34* Art 8. ne s'agit ici que oies arts) les voix des Boufluet & des Bourdalouëi fè faifaient entendre à Louis XIV, à madame fi célèbre par fon goût â un Condé, à un Turenne, à un Colbert, &«à cette foule d'hom- mes fupérieurs qui parafent en tout genre. Ce tems ne fe retrou- vera plus, où un duc de la Rochefoucault l'auteur des maximes^ au fortir de la converfation d'un Pafcal & d'un Arnauld, allait au théa- atre de Corneille. Defprcaux s'clevait au niveau de tant de grands hommes, non point par fes premières fatirt s, car les regards de la poflérité ne s'ar- rêteront pas fur les embarras de Parts & fur les noms des Caffatone & des Cotm\ mais il inflfuifait cette poftérité, par fes belles épitres & furtout par fon art poétique, où Corneille eût trouve beaucoup à apprendre. La Fontaine, bien moins châtié dans fon ftile, bien moins correâ: dans fon language, mais unique dans fa naïveté 6c dans les grâces qui lui font propres, fe mit, par les chofes les plus fimples^ prelbu'à coté de ces hommes fublimes. Quinaut, dans un genre tout nouveau 6c d'autant plus difficile qu'il paraît plus aifé, fut digne d'être placé avec tous ces illuftres contemporains. On (kit, avec quelle injuftice Boiieau voulut le dé- crier. Il manquait â Boiieau d'avoir facrifié aux grâces. Il cher- cha en vain toute fa vie à humilier un homme, qui n'était connu que par Elles. Le véritable éloge d'un poëte, c'eft qu'on retienne fes vers. On fait par cœur des fcéncs entières de Quinaut,* c'eft un avantage qu'aucun opéra d'Italie ne pourrait obtenir. La mufique Françaife eft demeurée dans une fimplicité qui n'pft plus du goût d'aucune nation. Mais la fimple & belle nature, qui fe montre fouvent dans Quinaut avec tant de charmes, plaît encor dans toute l'Europe, â ceux qui poflcdcnt notre langue & qui ont le goût cul- tivé. Si on trouvait dans l'antiquité un poème comme Arm'tde avec quelle idolâtrie il feroit reçu I mais Quinaut était moderne. Tous ces grands hommes furent connus & protégés de Louis XIV excepté la Fontaine. Son extrême fimplicité, pouffée jufqu'à l'oubli de foi- même, l'écartait d'une cour, qu'il ne cherchait pas. Mais le duc de Bourgogne l'accueillit ; & il reçut dans fa vieillefle quel- ques bienfaits de ce prince. Il était, malgré fon génie, prefoue aufli fimple que les héros de fes fables. Le père Pujet fe fit un grand mérite, 3 A R T 5. 343 jnérite, 'd'avoir traité cet homme de moeurs fi innocentes, comme s'il eût parlé à la Brinvilliers & à la Voifin. Ses contes ne font que ceux de Pogge, de TAriofte & de la reine dç Navarre. Si la volup- té éft dangereufè, ce ne font pas des plaifanteries qui infpirent cette volupté. On pourrait appliquer à la Fontaine fon admirable fable des^ animaux malades de la pêfie^ qui s'accufent de leurs fautes: on y pardonne tout aux lions, aux loups & aux ours ; & un animal in- nocent eft dévoué pour avoir mangé un peu d'herbe. Dans récole de ces génies, qui feront les délices & l'indruôion des fiécles à venir, il fe forma une foule d'efprits agréables,, dont on a une infinité de petits ouvrages délicats, qui font Tamufement des honnêtes gens, aînfi que nous avons eu beaucoup de peintres gracieux, qu'on ne met pas à côté des Pouflîn, des Suer & des Le brun. Cependant, vers la fin du régne de Louis XiV, deux hommes per- cèrent la foule des génies médiocres, & eurent beaucoup de réputa- tion. L'un était la Mottehoudart^ homme d'un efprit plus fage & plus étendu que fublime, écrivain délicat & méthodique en profe, mais manquant fouvent de feu & d'élégance dans fa poëfie, & mê- me de cette éxaâitude qu'il n'eft permis de négliger qu'en faveur du fublime. Il donna d'abord de belles ftances pluftôt que de bel- les odes. Son talent déclina bientôt après: mais beaucoup de beaux morceaux, qui nous reftent de lui en plus d'un genre, empêcheront toujours qu'on ne le mette au rang des auteurs méprifables. H prou- va, que dans Tart d'écrire,^ on peut être encor quelque chofe au fé- cond rang. L'autre était Roufleau, qui avec moins d'efprif, moins de fineflc & de facilité que la Motte, eut beaucoup plus de talent pour l'art des vers, il ne fit des odes qu'après la Motte ; mais il les fit plus belles, variées, plus remplies d'images. Il égala dans fes pfeaumes fonâion & l'harmonie qu'on remarque dans les cantiques de Racine. Ses épîgrammes font mieux travaillées que celles de Marot. 11 ré- ufîît bien moins dans les opéra qui demandent de la fenfibilîté, & dans les comédies qui veulent de la gaieté. Ces deux caradéres lui manquaient. Ainfi il échoua dans ces deux genres, qui lui étai^ ent étrangers. Il aurait corrompu la langue Françaife, fi le ftile marotique^ qu'il emploia dans des ouvrages fcrieux^ avait été imité. Mais heu- reufe- 3 44 A « T s. reu(êment ce mélange de la pureté de notre langue avec la difFôiv mité de celle qu'on parlait il y a deux-cent ans, n'a été qu'une mode paflâgere. Quelques-unes de fès épitres font des imitations un peu forcées de Defpréaux, 8c ne font pas fondées fur des idées auffi clai- res, 6c fur des vérités reconnues: le ^rat feul eji aimable. Il dégénéra beaucoup dans les païs étrangers j foit que l'âge & les malheurs euflent affaibli fon génie, foit que fbn principal mérite jconfiftant dans le choix des mots 6c dans les tours heureux, mérite plus néceflkire & plus rare qu'on ne penfe, il ne fût plus à portée des mêmes fecours H pouvait, loin de fa patrie, compter parmi fes malheurs, celui de n'avoir plus de critiques fevéres. Ses longues infortunes eurent leur fource dans un amour propre indomptable, & trop mêlé de jaloufie & d'animofité. Son exem- ple doit être une leçon frapante pour tout homme à talens; mais on ne le confîdére ici, que comme un écrivain qui n'a pas peu con- tribué à l'honneur des lettres. Il né s'éleva guêres de grands génies depuis les beaux jours de ces artiftes illuftres; & à peu-près vers le tems de la mort de Louis XIV, la nature fèmbla fê repofer. La route était difficile au commencement du fîécle, parce que perfonne n'y avait marché : elle l'eft aujourd'hui, parce qu'elle a été battue. Les grands hommes du fîécle pafTé ont enfeigné à pen- f^r 8c à parler; ils ont dit ce qu'on ne favait pas. Ceux qui leur fuccédent, ne peuvent guères dire que ce qu'on fait Enfin, une efpéce de dégoût effr venu de la multitude des chefs-d'œuvre : & le fiécle pafTé aiant été le précepteur du fiécle préfènt, il eft devenu fi^ facile d'écrire des chofes médiocres, qu'on a été inondé de livres fri- voles, & que la littérature a eu autant de befoin d'être réprimée, qu'elle en avait d'être encouragée au commencement du dix-fbpti- iéme fiécle. Cha- ( 34y ) Chapitre trentie'me. Suite des Arts, regard des arts qui ne dépendent pas uniquement de Tef- prit, comme la mufique, la peinture, la fculpture, lar- chitedure \ ils n'avaient fait que de faibles progrès en France, avant le tems qu'on nomme leftéde de LouisXW. La mufique était au berceau : quelques chanfons languiiîàntes^ quelques airs, de violon, de guîtarre & de tuprbe, la plufpart mê- me compofes en Efpagne, étaient tout de qu'on connaifTait. Lulli étonna par fon goût & par fa fcience. Il fut le premier en France, qui fit des bafîes, des milieux & des fugues. On avait d'abord quel- que peine d exécuter fes compofitions, qui paràiflent aujourd'hui fi fimples ôc fi aifées. Il y a de nos jours mille perfonnes qui favent la mufique, pour une qui la favait du tems de Louis XIII ; & l'art s'eft perfeâionné dans cette progreflîon. 11 n'y a point de grande ville, qui n'ait des concerts publics ; & Paris même alors n'en avait pas. Vingt- quatre violons du roi étaient toute la mufique de la France. Les connaifîknces, qui appartiennent à la mufique & aux arts qui en dépendent, ont fait tant de progrès, que fur la fin du régne de Louis XIV, on a inventé l'art de noter la danfe; deforte qu'au- jourd'hui il eft vrai de dire, qu'on danfe à livre ouvert. Nous avions eu de très grands architedes, du tems de la régence 'de Marie de Médicis. Elle fit élever le palais du Luxembourg dans le goût Tofcan, pour honorer fa patrie, & pour embellir la nôtre. Le même Desbrofles, dont nous avons le portail de Saint-Gervais, bâtit le palais de cette reine, qui n'en jouit jamais, 11 s'en falut beaucoup, que le cardinal de Richelieu eût, avec autant de gran- deur dans l'efprit, autant de goût qu'elle. Le palais cardinal, qui Y y eft J4<«^l*«HH>«0^ Chapitre trente-unie' me. Affàirs éccléfiaftiques: difputes mémorables. n^.:i- ES trois ordres de Pétat, le moins nombreux, qui efl réglife, eft celui qui a toujours exigé du fouveraîn la conduite la plus délicate & la plus ménagée. Con- (ervèr à la fois l'union avec le fiége de Rome, & fou- tenir les libertés de Téglife Gallicane qui font les droits de Tancienoe églife; favoir faire obéir \^% évêques comme fujets, fans toucher aux droits de lepifeopat; les foûmettre en beaucoup de chofes à la jurifdiâion féculiére, & les laiffer juges en d'autres ; les faire contribuer aux be foins de l'état, & ne pas choquer leurs privilèges: tout cela demande un mélange de dextérité & de fer- meté, que Louis XIV eut prefque toujours. Le clergé en France fut remis peu- à-peu dans un ordre & dans une décence, dont les guerres civiles & la licence des tems l'avaient écarté. Le roi ne IbufFrit plus enfin, ni que les féculiers pofledaf- fent des bénéfices fous le nom de confidentiaires, ni que ceux qui n'étaient pas prêtres enflent des évéchez comme le cardinal Mazarin qui avait poffédé l'évéché de Metz n'étant pas même fous-diacre, hc le duc de Verneuil qui en avait auflî joui étant féculier. Ce que païait au roi le clergé de France & des villes conquifes, allait année commune '•' à environ deux-millions-cinq-cent-mille livres ; & depuis, la valeur des efpéces aiant augmenté numéri- quement, ils ontfecouru l'état d'environ quatre-millions par année, fous le nom de décimes, de fubvention extraordinaire, de don gra?- tuit. Ce mot & ce privilège de don grattât fe font confervés, comme une trace de l'ancien ufage, où étaient tous les feigneurs de fiéfs, ♦ Voiez l'état de la France & Puffendorff. d'accorder 350 At^FAIItBS d'accorder des dons gratuits ayx rois dans les befoins de Tétat. Les évêques & les abbés, étant feigneurs de fiefs, ne devaient que des foldàts, dam le ttiû.i de Tanâiâiie fôodaie. Ltê roii alors n^avaient que leurs domaines, comme les autres feigneurs. Lor(que tout changea depuis, le clergé ne changea pas ; il confèrva Tufage d'aider rétat par des dons gratuits. A cette ancienne coutume, qu'un corps qui s'aflèmble (buvent conferve, 6c qu'un corps qui ne s'afîèmble point p6rd nécef&ire- ment, fe joind Timmunitè toujours reclamée par l'églife, & cette maxime, que /on bien efi le h'ten des pauvres. Non qu'elle prétende ne devoir rien à l'état, dont elle tient tout ; car le roiaun», quand il a des befoins, eft k premier pauvre : mais elk allègue pour elle le droit de ne donner que des jècours volontaires ; & Loui« XIV ■exigea toujours ces fecours, de manière à n'être pas refufé. On s'étonne dans l'Europe & en France, que le clergé paie fi peu ; on fe figure, qu'il jouit du tiers du roiaume. S'il poftédait ce tiers, il eft indubitable qu'il devrait païer le tiers des <:^rges, ■ce<)ui iênionteTait année commune â près de trente- millions, in- dépendamment des droits fur les cohfommations, qu'il paie comme les autres fujets j mais on (ê &it des idées vagues & des pr^ugés fur tout. ' On dit que l'églife pofiêde \t tiers da ro*aiim€, comme on dit au hazard qu'il y a un million dlia^tans daTis î'aris. Si on fc donnait feulement la peine de fupputer le révenu des évécheï, •on verrait par le prix des baux faits il y a environ cinquante ans, ■que tous Icsévéchez n'étaient évalués âtoTs que fur k pied d'un re- venu annuel de quatre-millions ; 6c les âbi>aies cOmiHandataires al- laient à quatre-miUions-cinq- cent- mille livres. 11 eft vrai, que l'énoncé de ce prix des baux fut un tiers au deiîbus de la valeur ; 8c fi on ajoute encor f augmentation des revenus en terres, la fomme totale des rentes de tous les bénéfices confiftoriaux fera portée à environ feize-milticdis ; 6c il ne faut pas oublier, que de cet argent il en va tous les ans 4 Rome une fomme confiâérable, qui ne re- vient jamais, 6c qui eft en pure perte. C'eft une grande libéralité du Toi envers le iâint-fiég-e: elle dépouille l'état dan^ i'efpace d'un fiécle de plus de quatre-cent- mille marcs d'argent,- ce qui dans là fiiite des tems appauvrirait le roiaume, fi le commerce ne réparait pas abondamment cette perte. EcCLESIAtTIQUES. 3^f A ces bénéfices qui païeât des annates â Rome, il faut joindre }es cures» les couvens, ks collégiales, les communautés Se tous les autres bénéfices en(êmble. Mais s'ils ibnt évalués à cinquante- millions par année dans toute Tétenduë aâuelle du roiaume^ em ne s'éloigne pas beaucc^ de la vérité. Ceux qui ont examiné cette matière arec des yeux auili fëvére» qu'attentifs, d ont pu porter le» revenus de toute Tégli^ Gallicane êculiére & régulière, au de-lâ de quatre- vingt-mil Ucmis. Ce n eâr pa» une fbmme exorbitante, pour Tentretien de quatre-vingt-dix-mille perfonnes^ religieuies & environ cent-foixante-mille eccléfiaftiquesy que Ton comptait en 1700. La fbmme, répartie fur chaque tête, donne environ trois-cent livres à chacun. Il y a des moines conventuels,, qui ne coûtent pas deux-cent livres par an à leur monafttre : il y a des moines abbés réguliers, qui jouiflcnt de deux-ccnt-miUe livre» de rentes. C'eft cette énorme disproportion, qui frape & qui ex- cite les murmures. On plaind un curé de campagne, dont. les tra- vaux pénibles ne lui procurent que fa portion congrue de trois, de quatre ou cinq-cent livres, tandis qu'un religieux oîfif, devenu abbe & non moins oîlif, pofTéde une fortune imn^enfe, Se quil reçoit desc titres faftueux de ceux qui lui ibnt ibûmîs. Ces abus vont beaucoup plus loin en Flandre, en Elpagne, êc furtout dans les états catho^ ïtques d'Allemagne, où Ton voit des moines princes. Les abus fervent des loix dans preique toute la terre ; &r fi les plus jages des hommes s'afièmblaient pour faire des loix, où elï îetat dont la forme fubfiftât entière? le clergé de France ©bferve toujours un ufage onéreux pour lui, quand il paie au roi un don gratuit de plufieurs millions pour quelques années. Il l'emprunte;. & après en avoir paie les intérêts, il rembourfe le capital aux cré- anciers: ainfi il paie deux fois. Il eût été plus avantageux pour l'état & pour le clergé en général, & plus conforme à la raifon, que ee corps eût fubvenu aux befoins de la patrie, par des contributions, proportionnées d la valeur de chaque bénéfice. Mais les homme» îônt toujours attachés à leurs anciens ufages. C'eft par le mime efprit, que le clergé, en s'afiemblant tous les cinq ans, n'a jamais eu, ni une falle d'afiêmblée, ni un meuble qui lui ^partînt It eft clair, qu'il eût peu, en dépenfant moins, aider le roi davantage,. & fè bâtir dans Paris ua palais> qui eût été un nouvel ornement de cette capitale» Les> J1 m 351 Affaires Les maximes du clergé de France n'étaient pas encor entièrement épurées, dans la minorité de Louis XIY, du mélange que la ligue y avait apporté. On avait vu, dans la jeuneflè de Louis XIII &dans les derniers états tenus en i6i4,la plus nombreufe partie de la nation, qu'on appelle le tiers état & qui eft le fond de letat, demander en vain avec le parlement, qu'on posât pour loi fondamentale ; „ qu'aucune „ puiilànce fpirituelle ne peut priver les rois de leurs droits fàcrés, qu'ils ne tiennent que de Dieu feul ; ôc que c'eft un crime de léze-majefté au premier chef, d'enfeigner qu*on peut dépofèr 8c „ tuer les rois.** C'eft la fubftance en propres paroles de la de- mande de la nation. Elle fut faite dans un tems, où le fâng de Henri le grand fumait encore. Cependant un évéque de France né en France, le cardinal du Perron, s'oppofa violemment à cette proportion, fous prétexte que ce n'était pas au tiers état à proposer des loix, fur ce qui peut concerner l'églife. Que ne faifait-il donc avec le clergé, ce que le tiers état voulait faire ? mais il en était G. loin, qu'il s'emporta jufqu'à dire: „ que la puifîànce du pape „ était pleine, plénifllme, direâe au fpirituel, indireâe au tem- „ porel î & qu'il avait charge du clergé de dire, qu'on excommu- ,, nirait ceux qui avanceraient, que le pape ne peut dépofer les „ rois.'* On gagna la noblelTe; on fit taire les tiers état. Le par- lement renouvella fès anciens arrêts, pour déclarer la couronne in- dépendante, & la perfonne des rois facrée. La chambre eccléfiaf- tique, en avouant que la perlbnne était facrée, perflfta à foutenir que la couronne était dépendante. C'était le même efprit, qui a- vait autrefois depofé Louis le débonnaire. Cet efprit prévalut au point, que la cour fubjuguée fut obligée de faire mettre en prifon l'imprimeur, qui avait publié l'arrêt du parlement fous le titre de loi fondamentale. C'était, difait-on, pour le bien de la paix; mais c'était punir ceux qui fournifTaient des armes défenfives à la cou- ronne. De telles fcénes ne fè paflâient point à Vienne ; c'eft qu'a- lors la France craignait Rome, 6c que Rome craignait la maifon d'Autriche. La caufê, qui fuccomba, était tellement la caufe de tous les roi?, que Jacques premier, roi d'Angleterre, écrivit contre le cardinal du Perron ; & c'eft le meilleur ouvrage de ce monarque. C'était auffi la caufe des peuples, dont le repos exige que leurs fouverains ne dépendent pas d'une puiflance étrangère. Peu- à-peu. la raifon a prévalu ; •ECCLBSIÂSTI Oijj E €. 3 5 J prévalu ; & Louis'XtV n*eut pas de peine à faire écouter cette rai- (on, foûtenuë du poids de fa puiilance. Antonio Pérès avait recommandé trois chofès à Henri quatre, romûy co»/efo, pielago, Louis XlV eut les deux dernières avec tant de fupérîorité qu'il n'eut pas befoin de la première. Il fut attentif' â confcrver l'ufage de l'appel comme d'abus au parlement des or- donnances eccléfiaftiques, dans tous les cas où ces ordonnances in- téredènt la jurifdiâion roiale. Le clergé sen plaignit fouvent, 6c s'en loua quelquefois* Car fi d'un côté ces appels (bûtiennent les droits de .l'état contre l'autofité.épifcopale, elles afîùrent de l'autre cette autorité même, en maintenant les privilèges de l'églifè Galli- cane contre les prétentions de la cour de Rome : * deforte que le^ évêqûes ont regardé les parlémens comme leurs adverfaires 6c comme leurs défenfeurs ; 6c le gouvernement eut foin, que malgré toutes les querelles de religion, les bornes aifées à franchir ne fuf- fent pafTées de part ni d'autre. Il en eft de la puiflknce des corps 6c des «compagnies, comme des intérêts des villes commerçantes ; c'eft au légiilateur à les balancer. L'affaire decegenfe la plus importante 6c la plus délicate, fut celle , *de la régale. C*eft un droit qu'ont les rois de France, de pourvoir à tous les bénéfices fimples d'un diocéfe pendant la vacance du fiége, 6c d'é- conomiser à leur gré les revenus de l'écéché. Cette prérogative eft particulière aux rois de France ; niais chaque .état a les fiennes. Les rois de Portugal jouïfi*ent du tiers du revenu des évéchez de leur roiàume. L'empereur a le droit des premières prières ; il a toujours conféré tous les premiers bénéfices qui vaquent. Les rois de Naples & de Sicile ont de plus grands droits^ Ceux de Rome font pour la plus-part fondés fur l'ufage, pluftôt que fur des titres pri- mitifs. ■ Les rois de la race de Mérovée conféraient, de leur feule auto* rite, les^ évéclicz '& toutes les prélatures. Il femblait jufte, qu'ils confervaffent le faible privilège- de difpofer du revenu, & de nom* mèr à quelques bénéfices fimples, dans le court efpace qui s'écoule entre la mort d un évêque & le ferment de fidélité enregiftre de fpn fucceflcur. Plufieurs évêques de villes réunies à la couronne fous la troifiéme race, ne voulurent pas reconnaître ce droit, que • des feigneurs particuliers trop faibles n'avaient» pu faire valoir: les papes fe déclarèrent pour les évêques ; & ces prétentions rcftérent 354 Affaires envelopées d'un nuage. Le parlement en t6oî, Com Henri quatre, déclara que la régale avait lieu dans tout le roiaume : le clergé iè plaignit ; & le prihce> qui ménageait les évéques & Rome, .évoqua l'affaire à Ton confeil, 6c fe garda bien de la décider. Leè cardinaux de Richelieu fie de Mazarin firent rendre plufi-^ eurs arrêts du confeil, par lefquels les évéques, qui fe difaient éx-^ empts, étaient tenus de montrer leurs titres. Tout refta indécis jufqu'en 1^73; & le roi n'ofait pas alors donner un fçul bénéfice, dans prelque tous les diocçlês fitués au-'de-là de la Loire, pendant la vacance d'un fiége. Enfin, en 1673 le chancelier Michel le Tellier (ceUa un édit» ^r lequel tous ks évtchez du roiaume étaient fournis à la régale. Deux évéques, qui étaient malheuresement les deux phjs vertueux hommes du roiaume, refuférent opiniâtrement de fè foûmettre» C'était Pavillon évéque d'Akt, & Caulet de Pamkn. Ils fe défetidi'^ rent d'abord par des raifons pkufibles : on leur en oppc^ d'auHi fortes. Quand des hommes éclairés difputent loi^-tems,* il y a grande apparence que k queftion h'eft pas claire. Elle était très obfcure ; mais il était évid^t, que ni la religion ni k bon ordre n'étaient intérefîes à empêcher un roi, de faire dans deux diocéfes> ce qu'il faifait dans tous ks autres. Cependant les deux évéques furent inflexibles. Ni l'un ni l'autre n'avait h\t enregiftrer fon fer^ ment de fidélité ; £c Ije roi le crcyait en droit de pourvoir aux cano* nicats de leurs églifes. . • Les deux prélats excommunièrent ks pourras en régaici Tous deux étaient fufpeéh de Janfénifme. Ils avaient eu contre eux le pape Innocent dix j mais, quand ils fè déckrérent contre les pré- tentions du roi, ils eurent pour eux Innocent onze, Ôdefchalchi r ce pape, vertueux & opiniâtre comme eux, prit entièrement Jeuf parti. Le roi fe contenta d'abord d'exiler les prmc^avhx oi^ciers de ce& évéques. • Il montra plus de modération, que deux hommes qui fc piquaient de fainteté. On laifTa mourir paifiblement l'évoque d'Akt» dont on'refpeôait la grand viefllefTe. L'évêque de Ramiers refhit fcul, & n'était point ébranlé. Il redoubla fes excommunications, & perfif^a de -plus à ne point faire enrogifler fbn ferment de fidé- lité, perfuadé que dans ce ferment on foûniet trop l'églifê â la mo- narchie. Le roi faifit fon temporeL Lc'pape & les Janfénifles le 1 dédotii- £cCLE8IASTIQUB>t. t|r dédommagèrent. II gagna à 'être privé de fes fevenuç; &; il mou* rut en 1 6Ko, convaincu qu'il av^it foutanu la oaufe de Dieu contre le roi. Sa mort n éteignit pas la querelle: des chanoines nommés ' par le roi vinnent pour prendre poflê(Ik>n ; des religieux, qui fe pré-» tendaient chanoines & grands- vicaires, les font fortir de 'Fégliie 6c les excommunient. Le métropolitain Montpefat archevêque de Touloufe, à qui cette ^^ire refibrtit de droit, donne en vain des £nitences contre ces prétendus grands- vicaires. Ils en appellent à Rome, ièloii Tufàge de porter à la cour de Rome les caufes eccléfî- * ^ftiques jugées par lés archevêques de France, ufage qui contredit les libertés gallicanes : mais tous , les gouvernemens des hommes font des contrad irions. Le parlement donne des qrréts. Un moine nommé Cerle, qui était Tun^de ces grands vicaires, cafle 8c les fen* tences du métropolitain & les anêts du parlement. Ce tribunal le condanne par contumace à être voici la fubftance. I. Dieu ECCLB8IASTIQ.ÙB8. ^JT i . Dieu n*à donné à Pierre & à -fes fucceffeurs, aucune puifTance ni direâe ni indireâe fur les chofes tempoielks. * t. L eglife Gallicane approuve le concile de Confiance^ qui déclare les conciles généraux Tuperieurs au pape dans le fpirituel. 3. Les rqgles, les ufâges, les pratiques reçues dans les rodaume 6c dians réglife Gallicane, doivent demeurer inébranlables. 4. Les décidons du pape, en matières de foi,^ ne font fûces^ qu'a* près que Téglife les a acceptées. Tous les tribunaux & toutes les faculté» de théologie enregiftré- rent ces quatre propôfitions dan& toute leur étendue: 6c il fut défen- du par un édit, de rien enfeigner jaipais de contraire. Cette fernïetéfut regardée à* Rome comme un attentat de rthcF- les ; 6c par tous les proteftans de l'Europe, comme un faible cfFort d'une églife née libre, qui iie rompait que quatre chaînons de fes fères. . ■ ^ Les quatre maximes "furent d'abofd foûtenuës avec enthoufiafme dans là nation, enfuite avec moins de vivacité. Sur fa £n du régne de Louis XIV, elles commencèrent à dçvenir problématiques; 6c le cardinal de Fleuri les fk depuis défavouèr en partie par une a(lem- blée du clergé, fans que ce défaveu causât le moindre bruit, parce que les efprits n étaient pas alors échauffés, 6c que dans le miniftére du cardinal de Fleuri rien n'eut de leclat Cependant Innocent onze s'aigrit plus que jamais : il refufa des bulles à tous les évêques 6c d tou$ les abbés commandataires que le roi /lomma; deforte qu'à la mort de ce pape en 1689,. il y avait vingt-neuf diocéfes eh France dépourvus d'évéques. . Ces prélats n en touchaient |)as moins leurs revenus; mais ils n'ofaienj: fe faire ^cref, ni faire les fondions épifcopales. L'idée de créer un patriarche fe renouvela. La querelle des franchifès des ambafiàdeurs à Rome, qui acheva d'envenimer les plaies, fit penfer qu'enfin le tems était venu, d'établir en France une églife iatholique'afMjioltquey 'qui ne ferait point Romaine* Le procureur-général de Harli 6c l'avocat- général Talon le firent affez entendre, quand ils appelèrent comme d'abus en 1687 de la bulle contre les franchifes, 6c qu'ils éclatèrent contre l'opiniâtreté, du pape, qui laifTait tant d'églifes fans pafteuft. Mais jamais le roi ne voulut confentir à cette démarche, qui étaig plus aifée qu'-elle ne paraiffait hardie. 35S AfI AIKB8 La caufè d'Innocent onze devint cependant là canfe du Saint-Siège. Les quatre proportions du clergé de France attaquaient le fantèma de l'infalUbilité, (qu'on ne croit pas à Rome, mais qu on y foûti* ent.) Et le pouvoir réel attaché à ce fantôme. Alexandre huit & Innocent douze fuivirént les traces du fier OdeTcalchi, quoique d'une, manière moins dure : ils confirmèrent la condannation porté* contre lafièmblée du clergé: ils refuférent les bulles aux évéques ; enfin ils firent trop, parce que Louis XIV ncn avait pas. fait af- fez. Les évéques, laâfés de n'être que nommés par le roi & de fe voir f^ns fondions, demandèrent à la cour de iPrance la permifuon d'appaifer la cour de Rome. . Le roi, dont la fermeté était fatiguée, le permît. Chacun d'eux écrivit féparément, qu'il était douloureu/èmm* affligé des procédés de Va(femhlée\ chacun déclare dans fa lettre, qu'il ne reçoit point com- me.décidé ce qu'on y a décidé, ni comme ordonné ce qu'on y a ordonné. PignatelU (Innocent douze) pluâ conciliant qu'Odefcal* chi, fè contenta de cette démarche. Les quatre propofitions n'en fu- rent pas moins enfelgnées e^ France de tems en tems. Mais ces ar- mes fe, rouillèrent, quand on ne combattit plus ; & la difpute refta couverte d'un voile, fans être décidée, comme il arrive preique tou- jours, dans un état qui n'a pas fur ces matières des principes invari- ables Se reconnus. Ainfi, tantôt on s'élève contre Rome, tantôt lui céde,^fuivant les conjonâeurs. Se fuiv^ant les c^iraâéres de c^ux qui gouvernent, $c les intérêts particuliers de ceux peu: qui ils font gou- vernés< Louis XiV d'ailleurs n'eut point d'autre démêlé ecçléfiafiique aVec Rome, ôcnefiliia aucune oppofition du clergé dans les afiàires temporelles. Sous lui, ce clergé devint refpeétable, par une décence ignorée dans la barbarie des deux premières races, dans le tems encm' plus barbare** du gouvernement Féodal ; abfolument inconnue pendant les guerres civiles &; dans les agitations du régne de Louis Xllf, & fur- tout pendant la fronde, à quelques exceptions prés qu'il faut tou- jours faire dans les vices comme dans les vertus qui dominent ' Ce fut. alors feulement, que l'on commença à déciller les yeux du peuple fur les Cuperftitions qu'il mêle toujours â fa religion. Il fut permi?, malgré le parlement d'Aix & malgré les Carmes, dfe (avoir que la Lazare ôc Madelaine n'étaient point venus en Provence. Les Béné- EcCLEtIASTta.CES. JJ^ Bénédiains ne purent faire croire, que Denys l'Aréopagite eût gou- verné réglife de Paris, Les £iints fuppofès, les faux miracles, les fauflcs tcliqnès, commeixérent i être décriés. La faine raifon, qui éclairait les philofophes, pénétrait partout, mais lentement. & avec diiEculté. ' L'évêque de Châlons, Gafton-Louis de Noailles frère du cardinal, eut une piété aflez éclairée, pour enlever en 1 70 1 & faire jettèr une relique, confervée précieufoment depuis plufîeurs fîécles dans l'é- glife de Nôtre-dame, _& adorée fou» le nom du Nombril de Jefus- Chrift. Tout Châlons murmura contre Tévêque. Préfîdens, con- felllets, gens du roi, tréforiers de France, marchands,, notables, chanoines, curés, ptoteftércnt unanimement par un aâe juridiqu» contre l'entreprife de l'évêque, réclamant le faint Nombril, & allé- guant la robe de Jefus-Chrift confervée à Argenteuil, fon rnotfchoir à Turin Se â Laon, un des clous de là croix à Saint-Denis, & fon prépuce à Rome ; mais la làge fermeté de l'évêque l'emporta à la • fin fur la crédulité du peuple. ... Quelques autres fuperftitions, attachées à des ufages refpé<3ables, ont fubfîfté. Les Proteftants en ont triomphé. Mais ils font obli- gés de convenir, qu'il n'y a point d'églife catholique 6ù ces abus faient moins communs & plus méprifés qu'en France. L'efprit vraiment philofophique, qui n'a pris racine que vers le milieu de ce lîécle, n'éteignit' point les anciennes & nouvelles que- relles théologiques, qui n'étaient pas de fbn relTort. On va parler de ces dilTentions, qui font la honte de la raifon humaine. Cba< ( j«o) Chapitre t re nte-dbux i e'm e. Du Calvinifme. • . t°eA affreux fans doute, que réglife Chrétienne ait toujours été déchirée par fes querelles, & que.le &ng ait coulé pen- dant tant de fiécles par des mains qui portaient le dieu de la paix. Cette fureur fut inconnu» au paganifme. Il couvrit la terre de ténèbres, mais il ne l'arrofa guerres que dufang des ani- maux ;. & 11 qtielquefojs chez les Juifs & chez les païens on dévoua des viaimes humaines, ces dévoûmens, tout horribles qu'ils étaient, ne cituférent point de guerres civiles. La religion des païens ne confiftait que d^ns la morale & dans des fêtes. La morale qui ell commune aux hommes de tous les tems & de tous les lieux, & lee fêtes qui n'étaient que des réjouiflànces, ne pouvaient troubler kgenre humain. L'elprit dogmatique apporta chez les hommes la fureur des guer- res de religion. J'ai reche^-ché longtcms, comment & pourquoi cet efprit dogmatique, qui divifa les écoles de l'antiquité païenne fans caufer le moindre trouble, en a produit parmi nous de lî hor- ribles. ■ Ce n'eft pas le feul fanatifme qui en eft caufe ; car les Gym- nofophiftes & les Bramin», les plus fanatiques des hommes, ne firent jamais de mal qu'à eux mêmes. Ne pourrait-on pas trouver peut- être l'Brigine de cette nouvelle pefte qui'a ravagé la terre, dans l'e- fprit républican qui anima les premières églifes? Les affcmbiées fè- crettes, .qui bravaient d'abord dans 'des caves, & dans des grot- tes l'autorité dçs empereurs Romains, formèrent peu à-peu un état dans rétat. C'était une république cachée au milieu de l'empire. Conftantin la tira de d^ffous terre, pour la mettre à côté du trône. Bientôt l'autorité attaohée aux grands fiéges fe trouva en oppofîtion avec l'efjirit populaire, qui avait inlpiré jufqu'alors toutes les affem- blées . Du Calvinisme. ^6i blées des chrétiens* Souvent, dèfque l'évéque d'une métropole fai- fait valoir un fentiment, un évéque fufFragant, un prêtre, un dia- cre, en avaient un contraire. Les anciennes opinions, renouvelées, depuis par Luther, par Zwingle, par Calvin, tendaient pour la plufpart à détruire l'autorité épifcopale ôc même la puiflànce monar- chique. C'eft une des principales caufes fecrettes, qui firent rece- voir ces dogmes dans le nord de TAlIemagne, où Ton était las de la grandeur des papes, 6c où Ton craignait d'être afTervi par les empe- reurs. Ces opinions triomphèrent en Suéde & en Danemarck, païs où les peuples étaient libres (bus des rois. Les Anglais, dans qui la nature a mis réfprit d'indépendance, les adoptèrent, les mitigérent, 6c en compoférent une religion pour eux feuls. Elles pénétrèrent en Pologne, & y firent beaucoup de progrès dans les feules villes où le peuple n'efl point efclave. La Suifib n'eut pas de peine à les recevoir, parce qu'elle était république. Elles furent fur le point d'être établies à Venife par la même raiionj & elles y euflcnt pris racine, fi Venife n'eût pas été voifine de Rome, & peut-être fi le gouvernement n'eût pas craint la démocratie, qui était le grand but des prédicans. Les Hollandais ne prirent cette religion, que quand ils fecouérent le joug de l'Ërpagne. Genève devint un état populaire, en devenant calvinifte. Toute la maifon d'Autriche écarta ces feâes de Tes états, autant qu'il lui fut poifible. Elles n'approchèrent prcique point de l'Efpagne. On ne les vit point, fous le règne de Françoifc jwremier & de Henri II princes ab- folus, caufer de grands troubles en France. Mais, dèfque le gouver- nement fut faible 6c partagé, les querelles de religion furent violen- tes. Les Condé 6c les Coligni, devenus calviniftes parce que les Guifes étaient catholiques, bouleverfèrent l'état à l'envi. La leg- reté 6c l'impétuofîté de la nation, la fureur de la nouveauté 6c l'en** thoufiafme, firent pendant quarante ans, du peuple le plus poli, un peuple de barbares. Henri IV, né dans cette (éâe qu'il aimait fans être entêté d'au- cune, ne put, malgré fcs viâoires 6c fes vertus, régner fans abandon- ner le calvinifme : devenu catholique, il ne fut pas afîcz ingrat pour vouloir détruire un parti naturellement enemi des rois, mais au- quel il devait fa couronne; 6c s'il voulu difîiper cette fadion, il ne l'aurait pas pu. Il la chérit, la protégea 6c la réprima. A a a Les s 3^2 ' . Du Calvin isME. Les Huguenots en France faifaient tout au plus alors la douziè- me partie de la nation. Mais il y avait parmi eux des feigneurs puiiïàns : des villes entières étaient proteftantes. lis avaient fait la guerre aux rois : on avait été contraint de leur donner des places de fureté: Henri III leur en avait accordé quatorze, dans le feul Dau- phiné ; Montauban, Nimes, dans le Languedoc ; Saumur, 6c furtout la Rochelle, qui faifait une république à part, 6c que le commerce &; la faveur de l'Angleterre pouvaient rendre puiflknte. Enfin, Henri IV fembla fatisfaire fon goût, fa politique 6c même fon devoir, en accordant au parti le célèbre édit de Nantes en 1598. Cettdit n'était au fond que la confirmation des privilèges que les proteftans de France avaient obtenus des rois précédens les armies à la main^ 6c que Henri le grand affermi fur le trône leur laillà par bonne vo^ lonté. Far cet édit de Nantes, que le nom de Henri quatre rendit plus célèbre que tous les autres, tout feigneur de fiéf haut-jufticier pou^ vait avoir dans fon château plein exercice de la religion prétendue réformée: tout feigneur fans haute-juftice pouvait admettre trente perfonnes à fon prêche. L'entier exercice de cette religion était aa- torifé dans tous les lieux qui reffortiflâient immédiatement d un par- lement. * Les Calvinifles pouvaient faire imprimer, fans s'adrefTèr aux fîi- périeurs, tous leurs livres, dans toutes les villes où leur religion état permife. Ils étaient déclarés capables de toutes les charges 6c dignités de l'é- tat ; 6c il y parut bien en effet, puifque le roi fit ducs 6c pairs les feig- neurs de la Trimouiile 6c de Rôni. On créa une chambre exprès au parlement de Paris, compofée d'un prèfident 6c de feize confeillers, laquelle jugea tous les procès des Huguenots, non feulement dans le diflriâ immenfe du reffort de Paris, mais dans celui de Normandie & de Bretagne. Elle fut nommée la chambre de l'édit. Il n'y eut jamais à la vérité qu'un feul Calvinifle admis parmi les confeillers de cette jurifdiâion. Ce- pendant, comme elle était deflinèe à empêcher les vexations dont le paiti fe plaignait, 6c que les hommes fe piquent toujours de remplir un devoir qui les diftingue j cette chambre compofée de catholiques rendit toujours aux Huguenots, de leuraveu mêoie, lajuflicela plus impartiale. I Ils Du Calvinisme. 3(^3 Ils avaient une efpéce de petit parlement à Caflres, indépendant de celui de Touloufe. Il y eut à Grenoble & à Bordeaux des cham- bres mi- parties, Catholiques & Calviniftes. Leurs églifcs s'aflem- blaient en lynodes, comme l'églife Gallicane. Ces privilèges & beaucoup d'autres incorporèrent ainfî les Calviniftes au refte de la nation. C était â la vérité attacher des ennemis enfemble ; mais Tautorité, la bonté & PadreiTe de ce grand roi^ les continrent pen- dant fa vie. Après la mort à jamais efïraiante Se déplorable de Henri quatre, dans la ^iblefle d'une minorité & fous un cour divifée, il était bien difficile que Pefprit républican des réformés n'abufât de Tes privilè- ges, & que la cour, toute faible qu'elle était, ne voulût -les refïrain- dre. Les Huguenots avaient déjà établi en France des cerc/est à l'imitation de l'Allemagne. Les députés de ces cercles étaient fou- vent féditieux ; ôc il y avait dans le parti, des feigneurs pleins d'am- bition. Le duc de Bouillon, & furtout le duc de Rohan le chef le plus accrédité des Huguenots précipitèrent bientôt dans la révolte l'e- fprit remuant des prédicans, 6c le zélé aveugle des peuples. L'aflem- blée générale du parti ofa dès 161 j, préfentèr à la cour un caïer,' par lequel, entre autres articles injurieux, elle demandait qu'on ré« formât le confeil du roi. Ils prirent les armes en quelques endroits dès l'an i6i<5 ; & l'audace des Huguenots fe joignant aux diviflons de la cour, à la haine contre les favoris, à l'inquiétude de la na- tion, tout fut long-tems dans le trouble. C'était des fcditions, des intrigues, des menaces, des prifes d'armes, des paix faites à la hâte 6c rompues de même ; c'efl ce qui faifait dire au célèbre cardinal Bentivoglio alors nonce en France, qu'il n'y avait vu que des orages. Dans l'année i($ii, les églifês Calviniftes de France offrirent à LefHiguiéres, cet homme de fortune devenu' depuis connétable, le gènéralat de leurs armées 6c cent-mille écus par mois. Mais Lefdi- guiéres, plus éclairé dans fon ambition qu'eux dans leurs faâiions, 6c qui les connaiffait pour les avoir commandés, aima mieux alors les combattre que d'être à leur tête ; 6c pour réponfe à leurs offres, il fe fit catholique. Les Huguenots s'adrefTèrent enfuite au maréchal duc de Bouillon, qui dit qu'il «tait trop vieux 5 6c enfin ils donnèrent cette malheureufe place au duc de Rohan, qui conjointement avec A a a i fon 364 Du Calvinisme. fon frère Soubife, ofa faire la guerre au roi de France. La même année, le connétable de Luines mena Louis XUI de province en province, il fournit plus de cinquante villes, prefque f^ns réfîftance : mais il échoua devant Montauban ; le roi eut l'af- front de décamper. On afllégea en vain la Rochelle : elle réiîAait & par elle-même & par les fecours de TAngletcrre j & le duc de Ro- han, coupable du crime de léze-majefté, traita de la paix avec fon roi, prefque de couronne à couronne. Après cette paix & après la taort du connétable de Luipes» il la- lut encor recommencer la guerre ôc aiEéger de nouveau la Rochdi- le, toujours liguée contre fon fouvcrain avec l'Anglais 6c avec les Qilviniftes du roiaume. Une femme (c'était la mère du duc de Ro> han) défendit cette ville pendant un an, contre l'armée roiale, contre Taâivité du cardinal de Richelieu, & contre Fintrépidité de Louî» XIII, qui affronta plus d'une fois la mort à ce ûége. La ville fouf- frit toutes les extrémités de la him -, &; on ne dut la reddition de la place, qu'à cette digue de cinq-cent pieds de long, que le cardinal de Richelieu fît conflruire, à l^xemple decclle qu'Alexandre fit au- trefois élever devant Tyr. Elle fut commencée par un Français nommé Tiriot, & achevée par Pompée Targon. Elle domtat la mèr & les Rochelois. Le maire Guiton^ qui voulait s'enfèvelir Ibus les ruines de la Rochelle, eut l'audace, après s'être rendu à difcrétion,. de paraître avec fes gardes devant le cardinal de Richelieu. Les maires des principales villes des Huguenots en avaient. On ôta les fiens à Guiton, & les privilèges d la ville. Le duc de Rohan, chef des hérétiques rebelles, continuait toujours la guerre contre fon roi ; 8c abandonné des Anglais quoique Proteftaos, il fe liguait avec les Efpagnols quoique catholiques. Mais la conduite ferme du cardi- nal de Richelieu força les Huguenots, battus de tous côtés, à fe {où.- mettre. Tous les tdits, qu'on leur avait accordes jufqu'alors, avaient été des traités avec les roi. Riclitelieu voulut que celui qu'il fit rendre, fût appelé fet/a de grâce. Le roi y parla en fouverain qui pardon- ne. On Ota réxercife de la nouvelle religion, à la Roclielk, à l'Jle de Ré, à Oleron, à Privas, à Ramiers ; du refte on laifla fiibfifler I edit de Nantes, que les Calviniftcs regardèrent toujours comme leur loi fondamentale. 11 Du Cal V IN i$ME. ^6j Il patak étrange que le cardinal de RichelieU) fi abfolu & û au- dacieux, n'abolit pas ce fameux édit ; il eut alors une autre vue, plus difficile peut-être à remplir, mais non moins conforitie à l'é> tendue de Ton ambition & d la hauteur de Tes penfées. Il rechercha la gloire de fubjuguer les efprits; il s'en croiait capable par Tes lu* miéres, par fà puif&nce ôc par fa politique. Son projet était de gagner des miniftres) de leur faire d'aboî'd avouer que le culte ca- thâiqoe n'était pas un crime devant Dieu, de les mener enfuite par degreZ) de leur accorder quelques ixnnts peu importans, ai de pa> rakre aux yeux de la cour de Rome ne leur avoir rien accordé. Il comptait éblouir une partie des réformés, féduire lautre par les prefens & par les grâces» & avoir enfin toutes les apparences de les avoir réunis àt l'églife, laifiant au tems à £iire le refte, & n'envi&geant que la gloire d'avoir ou fait ou préparé ce grand ouvrage, & de pafier pour l'avoir fait. Le fameux père Jofeph d'un côté, 8c deux minières gagnés de l'autre, entamèrent cette négociation. Mais il parut que le cardinal de Richelieu avait trop préfumé, 6c qu'il efl plus difficile d'accorder des théologiens) que de faire des digues fur 1» / océan. Richelieu rebuté fe propofà d'écrafer les Calviniftes. D*autres foins l'en empêchèrent. H avait à combattre à la fois les grands du roiaume, la maifon roiale, toute la maifon d'Autriche, & fouvent Louis Xill lui-même. 11 mourut enfin au milieu de tous ces ora- ges, d'une mort prématurée. Il laifTa tous les defîêins encor im- parfaits, &; un nom plus éclatant que cher & vénérable. Cependant, après la prife de la Rochelle Se l'édit de grâce, les guerres ceiîerent ; & il n'y eut plus que des difputes. On impri- mait de part 6c d'autre de ces gros livres qu'on ne lit plus. Le cler- gé 6c furtout les Jéfuites cherchaient à convertir des Huguenots.. Les minières tâchaient d'attirer quelques catholiques à leurs opinions. Le confeil du roi était occupé à rendre des arrêts, pour un cimetière que les deux religions fe difputaient dans un village, pour un tem- ple bâti fur un fonds appartenant autrefois à l'églife, pour des éco- les, pour des droits de châteaux, pour des enterremens, pour des cloches ; 6c rarement les réformés gagnaient leurs procès. Il n'y eut plus, après tant de dévaftations 6c de faccagemens, que ces petites épines. Les Huguenots n'eurent plus de chef, depuis que le duc de Rohan celTa de l'être^ 6c que la maifon de Bouillon n'eut plus Sedan» Ils 3 ipiaad ta Tortiés du rôîaûme ne ferait plus, défendue, lèsefprits n'é- tant plus animées par le plaifir fecret de défobéir, il y aurait moin» de défertions. On fe trompa encor ; & après avoir ouvert les paf- fages, oncles referma inutilement' une féconde fois. Tous les temples détruits, tous les minières bannis^, il s^agifTait d& de retenir dans la communion romaine tous ceux qui avaient chan> gé par perfuafîon ou par crainte, lien reftaitprès de quatre^cent-mil* le dans le roiaume. Ils étaient obligés d'aller à la meife & de com-- munier. Quelques-unsj qui rejettérent l'hoftie après 1 avoir reçue,» furent condannés à être brûlés vifs. Les corps de ceux qui ne vou- laient pas recevoir les facrtmens â la mort,.étaient traînes fur la claie- & jettes à la voirie. Toute perfécution^fait des profétites^ quand elle frape pendant k- ehaleur de Tenthouûafme. Les Calviniftes s'affemblérent partout pour chanter leurs plèaumes, malgré la peine de mort décernée con-- tre ceux qui tiendraient les adèrabléesv il y avait- aufll: peine de mort contré les- minières qui rentreraient dans le roiaume, & cinq-<- mille cinq-cent livres de récompenie pour qui les dénoncerait. iV en revint plufieurs, qu*on fit périr par la corde ou par la roue. La feâefubûfta en paraiflànt écrafée: Elle efpéra en vain dans la guerre de 16^9, que le roi Guillaume, qui avait détrôné foiV' beau-pére catholique, foûtieridrait en France le Cal vinifme. Mais* dans la guerrede 1701 la rébellion ^lefanatifme éclatèrent en Lanr guedoc; H y avait déjà long'-tèois^ que dans les montagnes des Cévennes^ ^ du< Vivarès il s'élevait des infpirés & des prophètes* Un vieil Hu' guenot, nommé De ferres, avait tenu école de prophétie* 11 mon^ trait aux enfans les paroles de l'écriture^ qui difent: „ quand troi^- ,) ou quatre font aflemblés en mon nom^ mon^fprit efl panni eux; r, & avec un grain de foi on tranfpwtera des montagne& ** Enfuit» U recevait Telprit : il était hors de lui-même: 11 avait des convul-- fions:- il changeait de voix: ilreftait immobile, égaré^ lès cheveux hérifiés, félon l'ancien ufâge de toutes les nations,- &; félons ces ré-: gles de démence- tranfmifes de fiécle en flécle. Les eniàns recevais ent âinfi le don • de prophétie ; 6c s'ils ne tranfportaient pas des mon-- tagnes^ c'efl qu'ils avaient affez de foi pour recevoir i*efprit, & pas affez pour faire des miracles : ainfî ils redoublaient de ferveur pour obtenir ce dernier don. Tandis^ 374 Du Calvimumb', Tandis que les Cévennçs ^^ient ainiî Técole de Fen^tilfiaûxie, des miniftres qu'on appelait apôtres^ revenaient en feci^ prêcher les peuples, Claude BrouITon d^une famille dé Nîmes confidérée, homme élo*» quent 6c plein de zélé, très eftimé chez les étrangers, retcmrne prêcher dans fa patrie en 1698: il y eft convaincu, non feulement d'avoir rempli fon miniftére malgré les édits, mais d avoir eu dix ans auparavant des intelligences avec les ennemis de l'état. L'intcn^ dant Bàville le condanne à la roue. 11 meurt comme moraient les premiers martyrs. Toute la feâe, tous les étrangers, oublient qu'il a été criminel d'état, & ne voient en lui qu'un faint, qui a fcélé la foi de fon fing. Alors les prophètes fe multiplient, & l'efprit de fureur redouble. 11 arrive maiheureufement, qu'en 1703 un abbé de la maifbn du Chailat, infpeâeur des miOlons, obtient un ordre de la cour, de faire enfermer dans un couvent deux filles d'un gentil-homme, nou« veau converti. Au lieu de les conduire au couvent, il les mène pltce ea fe donnant la mort lui-mémd. C^ fut' donc cet horame^ <}ui au aoiA des Anglais, des Hollandais & du dudSavoie, tic^t enèourager les fenatkjues & leur promettre de puiflans fecours. Une gpainde partie do ||)aÏ8 lee favorîfaît fecrettement. Lçifr crî de guerre était : f^oinf d^impêts ^ liberté de confàence. Ce cri féduît partout k populace. Ges fureurs juftifiaient le defFein, qu'avait e\i Louia XIV, d'extirper k Calvînifiïie. Mais fans la revocation de redit de NaMes^ o» n aurait pas eu à combattre ces fureurs. Le roi envoie d'abord le maréchal de Mont-Revel avec quelques troupes. 1} fit là guerre à ces miférabJes comme ils méritaient qu'on? la leur fit. On rottëy on brûle les prifonniers. Mais auffi les fol-- dat^ qiit tbftïbent entre les mains des révoftés, ptriflent par des snoFt^ GFuelles. Le roi, obligé de fouten-ir la guerre partout, ne pourvoit ei!^voî^er contre eux que peu de troupes. 11 était difficile de les furpreadre, dans des rochers prefque inaccefllbles alcrs, dans des cavernes, dans des bois o4 ils fe rendaient par des chemins non fraies, 8e dont ils defcendaient tout à coup comme des bctes féroces, lîs défirent même dans un combat régl^ le régiment de la marine. On emplok contre eux fucçeflîvement trois maréchaux de France. Au oxaréchal de Mont-Revel fiicceda en 1704 le maréchal de ViJlars. Comme il lui était plus difficile encoF de îes trouver que de Iç» battre, le maréchal de Villars, après s'être fait craindre, leur fit propofôi» une amniftie. Quelques-uns d'^entre eux y confexitirent^ dé-- trompés des promeflês d'être fecouf us par la Savoie. Le plus accrédité de leurs chefs & le feul qui mérite d'être nom- me, était Cavalter. Je Tai vu depuis en Hollande & en Angleter- re. C'était un petit homme blond, d'une phyfionomie douce & agréable. On Tappelak DoDid dans fon parti. De garçon bpu~- knger, il était devenu chef d'une afîez grande multitude, à Tagc de vingt- troi^ ans, par fon courage & à Taide d'une prophétefi'e qvit le fit reconnaître fur un ordre exprès du Saint-Ef[^rit. On le trou- va à la tête de huit-cent hommes qu'il en enrégimentait, quand oii lui propofa Taraniftie. 11 vintfuivi d'un des chefs à Niuies, où il traita avec le maitchal de ViUars. il demiCnda des ôcâgés: on lui en donna. 11 ^yi^ "Du CÀLVINI'SMB. ■ Il promit de former quatre régîmèns des révoltés, -qui (ènriraîcnt 4e roi fous quatre colonels, dont il ferait le premier & dont il nom- ifna les trois autres. Ces régimens devaient avoir Téxercifè libre de '4eur Teligion, comme les troupes étrangères à la folde de France. Jv^Iais cet exercice ne devait point être permis ailleurs. On acceptait ces conditions, quand des émiflàires de Hollande ^vinrent en empêcher l'effet avec de l'argent & des promeflès. Ils xlétachcrent de Cavalier les principaux fanatiques. Mds aiant don- 4ié fa parole au maréchal de Villars, il la voulut tenir. Il accepta le brevet de colonel, & commença â former fon régiment avec cent- trente hommes qui lui étaient aifeâionnés. J'ai entendu fouvent de la bouche du maréchal de Villars, qu'il •avait demandé à ce jeune homme, comment il pouvait à fon âge -avoir cû tant d'autorité fur des hommes fi féroces & fi indifcijdina- 1)1 es. Il répondit, que quand on lui défobéiflkit, fa prophétefiê, •qu'on appelait la Grande- Marte^ était fur le champ infpirée, & con- •^annait à mort les réfraétaires qu'on tuait fans raifonner*. Aiant 'fait depuis la même queflion à Cavalier^ j'en eus la même ré- ponfe. Cette négociation finguliére fè faifait après la bataille de Hoch- ♦ftet. Louis XIV, qui avait profcrit le Calvinifme avec tant de hau- teur, fit la paix, fous le nom d'amniftie, avec un garçon Boulan- 'ger ; & le maréchal de Villars lui préfenta le brevet de colonel & •celui d'une penfion de douze-cent livres. Le nouveau colonel alla à Verfailles, & reçut les ordres du mi- ■niflre de la guerre. Le roi le vit, 8c hauf& les épaules. Cavalter^ ,obfervé par le minîfleré, craignit & fe retira en Piémont. De-là il pafla en Hollande & en Angleterre. II fit la guerre en Efpagne, & -y commanda un régiment. Il efl mort officier général & gou- verneur de l'île de Garnezay, avec une grande réputation de valeur, n'aiant de fês premières fureurs confêrvé que le courage, & aiant peu-à-peu fubftitué la prudence â un fanatifme qui n'était plus fou- tenu par réxemple. Le maréchal de Villars, rappelé du Languedoc, fut remplacé par le maréchal de Barvick. Les malheurs des armes du roi enhardif- * Ce trait doit fe trouver dans les véritables itiémoires du maréchal de Villars. Le pre- .•fnier tome eft certui/icmentde lui : il eft conforme au manufcrit que j'ai vu : les deux au- ,tres font d'une nuùn étrangère & bien duTérente. fai- Du Cal viNisME. 377 faîent alors les fanatiques du Languedoc, qui efpéraîent les fecours du ciel & en recevaient des alliés. On leur faifàit toucher de Var^ gent par la voie de Genève. Ils attendaient des officiers, qui devai- ent leur être envoies de Hollande 6c d'Angleterre. Ils avaient des intelligences dans toutes les villes de la Province. On peut mettre au rang des plus grandes confpirations, celle qu'- ils formèrent, de iaifîrdans Nîmes leduc deBarvick &nntendantBâ- ville, de faire révolter le Languedoc & le Dauphiné, & d*y intro- duire les ennemis. Le fècret fut gardé par plus de mille conjurés. L'indifcrétion d'un feul fit tout découvrir. Plus de deux-cent per- fonnes périrent dans les fupplices. Le maréchal de Barvick fît ex- tjcrminer par le fèr 6c par le feu tout ce qu'on rencontra de ces mal- heureux. Les uns moururent les armes à la main ; les autres fur les rpuà ou dans les flammes. Quelques-uns, plus adonnés â la pro- phétie qu'aux armes, trouvèrent moien d'aller en Hollande. Les réfugiés Français les y reçurent comme des envoies çéleftes. Ils al- lèrent au devant d'eux, chantant des pfeau mes 6c jonchant leur che- min de branches d'arbres. Ces prophètes allèrent enfuite en Angle- gleterre. Mais trouvant que l'églife èpifcopale tenait trop de l'èglife Romaine, ils voulurent faire dominer la leur. Leur perfuafion était fi pleine, que ne doutant pas qu'avec beaucoup de foi on ne fît beaucoup de miracles, ils offrirent de refiTufcitèr un mort, 6c même tel mort que l'on voudrait choifir. Partout le peuple eu peuple ; 6c les Prefby tériens pouvaient fè joindre à ces fanatiques contre le cler- gé Anglican. Le miniftére Anglais prit le parti qu'on aurait dû toujours prendre avec les hommes à miracles. On leur permit de déterrer un mort dans le cimetière de l'èglife cathédrale. La place fut entourée de gardes Tout fe paflâ juridiquement. La fcéne fi- nit par mettre au pilori les prophètes. Cependant en France, le temps, la prudence du gouvernement, 6c les progrès de la raifon ont rendu les Calvinifles tranquiles : leur nombre eft diminué avec l'enthoufiafme. C c c . „. Ch A- (378) Chapitre trente-troisik'mï. DU JANSENISME. E Calvinifme devait neceflâirement enfanter des guerres civiles, & ébranler les fondemens des états. Le Janlenifme ne pouvait exciter que des querelles théotogiques & des guerres de plume ; car les réformateurs du quinzième fié- cle aiant déchiré tous les liens par qui 1 eglife Romaine tenait les hommes, aiant traité d'idolâtrie ce qu'elle avait de ph» facré, aiant ouvert les portes de fes cloîtres, & remis fes tréfors dans les mains des féculiers ; il falait qu'un des deux prtis pérît par l'autre. Il n'y a point de pais en eiîêt, où la religion de Calvin & de Luther ak pa- ru, fans feire couler le fang. Mais les Janléniftes n'attaquant point l'églife, n'en voulant nî aux dogmes fondamentaux ni aux biens, & écrivant fur des queftions abÀraites, tantôt contre les Calviniftes, tantôt contre les Catho- liques & contre les conftitutions de papes, n'eurent enfin de crédit nulle part ; 8c ils ont fini par voir leur feâe méprifée, quoiqu'- elle ait eu plufîeurs partifans très refpeâables par leurs talens Se par leurs mœurs. Dans le tems même où les Huguenots attiraient une attention R- - rieufe, le Janfénifme inquiéta la France plus qu'il ne la trouWa. Ces difputes étaient venues d'ailleurs comme bien d'autres. D'abord un certain doâeur de Louvain nommé Michel Bajr, qu'on appelait Baus félon la coutume du pédantifme de ces tems là, s'avifa de foûtenir, vers l'an 1552, quelques propofitions fur la grâce & fur la prédcftination. Cette queftion, ainfi que prefque toute la méta- phylique, rentré pour le fond dans le labyrinthe de la fatalité & de la iibertc, où toute l'antiquité s'eft égarée, & où l'homme n'a guères de fi! (jiii leconduife. L'e- Du Jam i E'r* ISMB« 379 UeCptit de cutiofité donné de Dieu â l'homme, cefte impulfîon nécefîaife pour nous inftruire, nous emporte fans ceffe au de-Ià du but, comrtie tous les autres refforts de notre ame, qui, s'ils rie pou- vaient nous pouffer trop loin, ne nous exciteraient peut-être jamais ^rf Avnfi, on a difputë fur tout ce qu'on ne connaît pas. Mais le» difputes de$ anciens philofophcs furent toujours paifîbles ; & celles dc& théologiens, fbufeftt fenglantes & toujours turbulentes. Des Gôrdeliefj, qui n'entendaient pas plus ces queftions que Mi- chel Baïusy crûrent le libre arbitre renverfé & la dodtrine de Scot en danger. Fâchés d'ailleurs contré Baïus au fujet d'une querelle à- peu-près dan* le tPiême goût, ils déférèrent foixante & feize propos âtions de Baàus â\i pape Pie V. Ce fut Sixte-quint, alors gértéraî des Cofdeliers, c|ui drefla la bulle de comdannation en 1 ^67. C*eft, je eroi, 1» première bulle, dans laquelle on ait cenfuré des opinion» en généra), firfM les fpécifiér en particulier. ëùk Crainte de fc côitiprômettre, ibit dégoût d'examiner de telles folltilicés, Ibit indifférence & tttepri» pour des théfês de Louvaîn, oit condamia refp^îvement les ibixante & feize propofitions en gros, comme hérétiques, foïtant Phcréfie, mal fonantes, téméraires 8c ftifpeâes. Le8 doâieurs de Louvain furent très emp'chés en rece- Tant k bulïe. Il y avait furrout une phrafe, dans laquelle une virgule, rnife à une place ou à une autre, condannait ou tolérait quelques opinions de Michel Baïus. L'univerfité députa à Rome,, pour favoir du Saint- Père où il falait mettre la virgule. La cour de Rome, qui avait d'autres affaires, envoia pour toute réponfe à ces. fiamans un exemplaire de la bulle, dans lequel il n'y avait point de virgule du tout. On Je dépofa dans les archives. Le grand vicaire nommé Morillon dit, qu'il fallait recevoir la bulle du pape, quand même ilyaurah des erreurs. Ce Morillon avait raifbn en politique ; car aflurément il vaut mieux recevoir cent bulles erroimées, que de mettre cent villes en cendres, comme ont fait les Huguenots & leurs adverfaires. Baïus crut Morillon & fe retraéta paifiblement Quelques années après, l'Efpagne, auffi fertile en auteurs fcolaf^ tiques que ftérile en bons écrivains, produifit Molina, le Je fuite qui crut avoir découvert précifement, comment Dieu agit fur les créa- tures 6ccomment les créatures lui réfiftent. Il diftingua l'ordre na- turel Ôi l'ordre furnaturel, la prédeftination à la grâce & la prc^ C c c 2 defti- 380 Du Janse'nisme. deftioatîon à la gloire, la grâce prévenante & la coopérante. Il fut l'inventeur du concour» concomitant, de la fcience moienne 6c du congruirme. Cette fcience moienne & ce congruifme étaient fur- tout des idée$ rares. Dieu par fa fcience moienne confulte habile- ment la volonté de l'homme, pour favoir ce que l'homme fera quand il aura eu fa grâce ; 2c enfuite, félon l'ufage qu'il devine que fera le libre arbitre, il prend fes arrangemens en confequence pour déter- miner l'homme ; & ces arrangemens font le congrmfme. Les Dominicains Efpagnols, qui n'entendaient pas plut cette ex- plication que les Jéfuites, mais qui étaient jaloux d'eux, écrivirent que le livre de Molina éiatt le précurfeur de ï Antéchr'tft, La cour de Rome évoqua la difpute, qui était déjà entre les mains des grands-inquifiteurs ; & ordonna avec beaucoup de fageÛê, le filence aux deux partis, qui ne le gardèrent ni l'un ni l'autre. Enfin, on plaida férieufement devant Clément huit ; ' & à la hon- te de Tefprit humain, tout Rome prit parti dans le procès. Un Jé- fuite, nommé Achtlles Gaillard, aifûra le pape, qu'il avait un moi- en fur de rendre la paix à 1 cglife, il propofa gravement d'accepté la piédeftination gratuite, à condition que les Dominicains admet- traient la fcience moienne ; & qu'on ajufterait ces deux fyftémes comme on pourrait. Les Dominicains réfuferent l'accommodement d*AchilIes Gaillard. Leur célèbre Lemos foûtint le concours préve- nant ôc le complément de la vertu aâive. Les congrégations fè multiplièrent, ^ns que perfonne s'entendît. Clément Vill mourut avant d'avoir pu réduire les argumens pour & contre à un fens clair, Paul V réprit le procès. Mais comme lui-même en eut un plus important avec la république de Venifê, il fît cefTer toutes les congrégations, qu'on appela &; qu'on appelle en- cor de auxilïts. On leur donnait ce nom, anHi peu clair par lui- même que les queftions qu'on agitait, parce que ce mot fignifiey^- courSy & qu'il s'agidâit, dans cette difpute, des fecours que Dieu donne à la volonté faible des hommes. Paul V finit par ordonner aux deux partis de vivre en paix. Fendant que les Jcfuites établifTaient leur fcience moienne & leur congruifme, CornetUe Janfen'tusy évéquc d'Ypres, renouvelait quel- ques idées de Baïus dans un gros livre fur Saint- Auguflin, qui ne fut imprimé qu'après fa mort; de forte qu'il devint chef de fcde, fins jamais s'en douter. Prefque perfonne ne lut ce livre, qui a caufë Du Janse^nismb/ 381 caufê tant de troubles. Mais du verger de Haurane abbe de Saint- Cyran, ami de Janfénius, homme aufll ardent qu'écrivain difFus 8c obfcur, vint â Paris & perfuada de jeunes doâeurs 6c quelques vieil- les femmes. Les JéTuites demandèrent â Rome la condannation du livre de Janfénius comme une fuite de celle de fiaius, & Tobtinrent en 1641. Mais à Paris la faculté de théologie, Se tout ce qui fe mêlait de raifonner, fut partagé. Il ne paraît pas qu^il y ait beau- coup à gagner, à penfèr avec Janfénius que Dieu commande des chofes impoflibles. Cela n'eft ni philofbphique ni confolant. Mai& le plaifir (ècret d'être d'un parti, la haine contre les Jéfuites, l'en- vie de fè diftinguer 6c l'inquiétude d'efprit, formèrent une fèâe. La facul^ condanna cinq proportions de Janfénius à la pluralité des voix. Ces cinq proportions étaient extraites du livre très fidè- lement quant au fens, mais non pas quant aux propres paroles. Soix- ante doâeurs appelèrent au parlement comme d'abus 6c la chambre des vacations ordonna que les parties comparaîtraient. Les pirties ne comparurent point. Mais d'un coté, un doâeur somme Habert foulevait les efprits contre Janfénius ; de l'autre, le fameux Arnauld, difciple de Saint-Cyran, défendait le Janfénifme avec l'impétuofîté de fon éloquence. Il haïflâit les Jéfuites encor plus qu'il n'aimait la grâce efHcace, 6c il était encor plus haï d'eux^ comme né d'un père qui s'étant donné au barreau avait violemment plaidé pour l'univerfitè contre leur ètabliÛêment. Ses parens s'étai- ent acquis beaucoup de confldération dans la robe 6c dans l'épée. Son génie, 6c les cîrconflances où il fe trouva, le déterminèrent à la guerre de plume 6c à fe faire chef de parti, efpéce d'ambition de- vant qui toutes les autres difparaifTent. Il combattit contre les Je- fuites 6c contre les réformés, jufqu'â l'âge de quatre-vingt ans. On a de lui cent-quatre volumes, dont prefqu'aucun n'eft aujourd'hui au rang de ces bons livres clailiques, qui honorent le fiècle de Louis XiV 6c qui font la bibliothèque des hacions. Tous fes ouvrages eu- rent une grande vogue de fon tems, 6c par la réputation de l'auteur, 6c par la chaleur des difputes. Cette chaleur s'efl attiédie; les livres ont été oubliés. 11 n'eft reflè que ce qui appartenait amplement 1 la raifon, fa géométrie, la grammaire raifbnnée, la logique, aufquel- les il eut beaucoup de part. Perfonnen'ètait né 9vec un efprit plus philofophique ; mais & philofbphie fut corrompue en lui par la fac- tion qui l'entraîna, ôc qui plongea foixante ans dans, de mifèrables dif- a8 t Du J A N s b''n I s M B. difputes de lYcole, 6c dans les malheurs, attaches à ropûuâticté,. uxb efprit lait pour tclairer les homme». L'univcrfitc étant partaoée fur ces cinq fameufe» ptopofition, le» cvcques le furent aufli. C^iatre-vingt-huit cvêquea de France ccfi- virent en corps â Innocent X pour le pt icf À€ décider, in onze au-* très écrivirent pour le prier de nVn rien Étire. Innocent X jugeOr s. il condanna chacune des cinq propodtioos à p^rt, maist toi^oursÊi^ citer les pages dont elles étaient tirées, ni ce qui k& pKcédait & ce qui les fuivait. Cette omiilîon, qu'on n'aurait pas Bntx dans une aâaite civile a» moindre des tribunaux, fut &ite & par la Sorbonne âc par les Jan-» fcnifles 6c par les Jéfuites 6$ par le ibuverais pondie. Le fond de» cinq proportions condannées^ eâ: évidcoiment dans ^nféntos, A n^y a qu*à ouvrir le tfoi(iéme tome â la page 139, édition de Pana 1641 ; on y lira mot-à-mot: ^ tout cela démontre pleinement te „ évidemment) qu'il n e({ rien de phia certain 6c de plus fonda<* „ mental dans la doctrine de Saint-Auguftin, qu'il 7 a certains^ ^ commandements impoflîbles, non feulement aux inndisles^ aux a- ,y veugles, aux endurcis y mais aux Edéles 6c aux juftes. maigre leur» ,,. volontés 6c leurs eân^rts, félon les forces qu'ils ont; 6c que la grace^ ,y qui peut rendre ces commandemens poifibles» leur manque/' Oa- peut audi, d la page 16 ^^ lire que,. „ JéfusChidft neft. pas, iêlon» „ Saint-Auguftin^ mort pour tous les hommes.'' Le cardinal Mazarin fit recevoir unanimement la^ bulle du pap& par laiTemblée du clergé. 11 était bien alors avec le pape ; il n'ai- mait pas les les Janfénidea^ 6c il haïflàit avec railbn les fkâions. La paix femblait rendue à Téglife de France r mais les Janfénif- tes écrivirent tant de lettres ; on cita tant Saint- Auguftin ; on fit: agir tant de femmes, qu après la bulle acceptée il y eut plus de Janr- fcniftes que jamais. Un prêtre de Saînt-Sulpke s^avifa êe refulèr Fabfolution â mon^- fieur de Liancourt, parce qu'on dilâit qu'il ne croiait pas que le» cinq proportions fufîênt dans Janfénius, âc qu'il avait dans fa mai- fon des hérétiques. Ce fut un nouveau fcandale, un nouveau fujet d'écrits. Le doâeur Arnauld iè (ign^a; Ôc dan» une nouvelle lettre à un duc 6c pair ou réel ou imaginaire, il foûtint que les propofitions de Janfénius condannées n'étaient pas dans Janfénius, mais qu'elle» fe trouvaient dans Saint- Auguftin 6c dansplufieurs pères* Hajouta,. que D U J A N s e'n I SM E. 383 que Saint'P terre était unjufte^ à qui la gracCy/ans laquelle on ne peut rien, avait manqué, 11 eft vrai, que Saint- Jean Chryfoftôme avaient dit la même chofe; mais une parole de plus ou de moins, 8c les conjonâures qui changent tout, rendirent Arnauld coupable. On difait, qu*il &lait mettre de l'eau dans le vin des faints-péres ; car ce qui eft un objet fi férieux pour les uns, eft toujours pour les autres un fujet de plaifanterie. La faculté s'aflembla ; le chancelier Séguier y vint même de la part du roi. Arnauld fut condanné 6c exclus de la' Sorbonne en 1654. La prefence du chancelier parmi des théolo- giens eut un air de defpotifme, qui déplut au public ; 6c le foin qu'on eut de garnir la fàle d'une foule de doâeurs moines mendians qui n'étaient pas accoutumés de s*y trouver en fi grand nombre, fit dire à Pafcal dans fes provinciales, qu^il était fflus aife de trouver des moines que des raifons, La plufpart de ces moines n'admettaient point le congruifme, la fdence moienne, la grâce verfatile de Molina : mais ils fbûtenaient une grâce fuffifante, à laquelle la volonté peut confentir 6c ne con- fent jamais, une grâce efficace à laquelle on peut réfiftèr 6c à la- quelle on ne réfiile pas ; 6c ils expliquaient cela clairement, en di* fant qu'on pouvait réfiftèr à cette grâce dans le fens divifé 6c non pas dans le fêns compofé. Si ces chofès fublimes ne font pas trop d'accord avec la raifon humaine, le fentiment d'Arnaud 6c des Jan(Sniftes femblaît trop d'accord avec le pur Calvinifme. C'était précifément le fond de la querelle des Gomariftes 6c des Arminiens. Elle divifa la Hol- lande, comme le Janfénifme divifa la France ; mais elle devint en' Hollande une faâion politique, plus qu'une difpute de gens oififs ; elle fit couler fur un echafaud le fang du penfionnaire Barnewelt. Elle ne produifit en France que des ftiandemens, des bulles, les lettres de cachet 6c des brochures, parce qu'il y avait alors des que- relles plus importantes. Arnauld fut donc feulement exclus de la faculté. Cette petite perfécution lui attira une foule d'amis: mais lui 6c les Janféniftes eurent toujours contre eux l'égUfe 6c le pape. Une des premières démarches d'Alexandre VI!, fucceffeur d'Innocent X, fut de re- nouveler les cenfures contre les cinq propofitions. Les évêques de France, qui avaient déjà dreflé un formulaire, en firent encor un 4 . nou« 384 ^^ JaNSB^'nI 8MB. nouveau, dont la fin était conçue en ces termes : „ je condanne de „ cœur & de bouche la doârfne des cinq propoiitions contenue „ dans le livre de Cornélius Janfénius, laquelle doârine n eft point „ celle de Saint- Auguftin, que Janfénius a mal expliquée. *' Il falut depuis fbufcrire cette formule ; & les évêques la préfentérent dans leurs diocéfes à tous ceux qui étaient fufpeâs. On la voulue faire fîgnèr aux religieufes de Port-roial de Paris & de Port-roial des Champs. Ces deux maifons étaient le fan^uaire du Janfé- nifme. Saint-Cyran & Arnauld les gouvernaient. Us avaient établi auprès du monaftére de Port-roial des champ; une maifon où s'étaient retirés plulîeurs fâvans vertueux, mais entê- tés, liés enfemble par la conformité des fentiments. Ils y inftrui- faient de jeunes gens choifis. C'eft de cette école, qu'eil forti Ra- cine, le plus pur & le plus éloquent des poètes. Pafcal le premier des fatiriqucs, car Defpréaux ne fut que le fécond, était intimement lié avec ces illuftres & dangereux folitaires. On préfènta le formu- laire à fignèr aux filles de Port-roial de Paris & de Port-roial des champs; elles répondirent, quelles ne pouvaient en confcience avouer après le pape & les évêques que les cinq propofitions fiifiiènt dans le livre de Janfénius. qu'elles n'avaient pas lu; qu'afibrément on n'avait pas pris fa penfée ; qu'il fe pouvait faire que ces cinq pro- pofitions fu fient erronées, mais que Janfénius n'avait pas tort. Un tel entêtement irrita la cour. Le lieutenant-civil d'Aubiaî (il n'y avait point encor de lieutenant de Police) alla à Port-roial des champs faire fortir tous les iblitaires qui s'y étaient retirés 6c tous les jeunes gens qu'ils élevaient On menaça de détruire' les deux monaftéres : un miracle les iàuva. Mademoifellc Perrier penfionnaire de Port-roial de Paris, nièce du célèbre Pafcal, avait mal à un œuil, On fit i Port-roial la cé- rémonie de baiser une épine de la couronne qu'on mit autrefois fur la tête de Jefu-Chrift. Cette épine était depuis long-tems à Port- roial. Il n eft pas trop aifé de prouver comment elle avait été con- fervte & tranfportée de Jérufalem au Faubourg Saint- Jacques. La malade la baifa ; elle fut guérie quelque temps après. On ne man- qua pas d'affirmer & d'attefter, qu'elle avait été guérie en un clin d'œuil d'une fiftule lacrimale défefpérée. Cette fille n'eft morte qu'en 1718. Des perfonnes, qui ont long-tems vécu avec elle m'ont aflïiré que fa gutrifon avait été fort longue; & c'eft ce qui eft w,A . éîl bien vraîfemblable. Maïs ce qui ne Teft guères, c'eft que Dieu, qui ne fait point de miracles pour amener à notre religion les trois •quarts de la terre à qui cette religion eft ou inconnue ou en hor- reur, eut en effet interrompu Tordre de la nature en faveur d'une petite fille. Pour juftifièr une douzaine de religieufes, qui préten- daient que Cornélius Janfénius n'avait point écrit une douzaine de fignes qu'on lui attritme, ou qu'il les avait écrites dans une autre intention que celle qui lui eft imputée. Le miracle fi.t un (i grand éclat, qu^ les Jéfuites n'oférent le nier. Ils prirent le parti de faire auflî des miracles de leur côté ; mais ils n'eurent point la vogue: ceux des Janféniftes étaient les feuls à la mode alors. Ils fiirent encor quelques années après un autre mi- racle. Il y eut à Port-roial une fœur Gertrude guérie d'une en- flure à la jambe. Ce prodige-là n'eut. point de fuccès: le tems était paffé; & fœur Gertrude n'avait point un Pafcal pour oncle. Les Jéfuites, qui avaient pour eux les papes & les rois, étaient entièrement décriés dans l'efprit des peuples. On renouvelait con- tre eux les anciennes hiftoires de l'affadînat de Henri le grand, médité par Barrière^ exécuté par Cè^7/é•/ leur écolier; le f^pplice du père Guignard ; leur banniffement de France & de Venife. On tentait toutes les voies de les rendre odieux. Pafcal fiit plus : il les rendit ridicules. Ses lettres provinciales^ qui paraiffaient alors, éT taient un modèle d'éloquence & de pîaifanterie. Les meilleures comédies de Molière n'ont pas plus de fcl que les premières lettres provinciales, fioffuet n'a rien de plus fublime que les dernières. Il eft vrai que tout le livre portait fur un fondement failx. On attribuait adroitement à toute la fociétè, des opinions extravagantes de quelques Jéfuites Efpagnols & Flamans. On les aurait déterrées auffi bien chez des cafuiftes Dominicains & Francifcains ; mais c'é- tait aux feules Jéfuites qu*on en voulait. On tâchait dans ces lettres de prouver, qu'ils avaient un deflein formé de corrompre les hom- mes ; deffein qu'aucune fede, aucune fociètè, n'a jamais eu & ne peut avoir. Mais il ne s'agifTait pas d'avoir raifon; il s'agiflait de divertir lé public. Les Jéfuites, qui n'avaient alors aucun l)on écrivain, ne purent effacer le ridicule, dont les couvrit le livre le mieux écrit qui eût D d d encor % 386 Dû Jansb^nïsmbV encor paru en France. Mais il leur arriva dans leurs querelles la même chofe â-peu-près qu'au cardinal Mazarin. Les Blots, les Marigni 8c les Barbançon avaient fait rire toute la France à Tes dé- pens ; & il fut le maître de la France. On enleva les principales religieufes de rabbaïe de Port-roial de Paris avec deux-cent-gardes, & on les difperlâ dans d'autres cou- vens ; on ne laiflk que celles qui voulurent figner le formulaire. La difperfion de ces religieufes intéreflâ tout Paris. Sœur Perdreau & fœur PaiTart, qui fignérent & en firent figner d'autres, furent le fujet des plaifanteries &; des chanfbns, dont la ville fut indondée par cette efpéce d'hommes oififs, qui ne voit jamais dans les chofes que le coté plaifant, & qui fe divertit toujours, tandis que les per- fuadés gémiflênt, que les frondeurs déclament & que le gouverne- ment agit. Les Janféniftes s'affermirent par la perfécution. Quatre prélats, Arnauld évêque d'Angers frère du doâeur, Buzetrval de B^uvais, Pavillon d'Alet, & Caulet de Pamiers le même qui depuis réfifla à Louis XIV fur la régale, fe déclarèrent contre le formulare. C'était un nouveau formulaire compofé par le Pape Alexandre VII lui- même, femblable en tout pour le fond aux premiers, reçu en France par les évêques & même par le parlement Alexandre VII indigné nomma neuf évêques Français, pour faire le procès aux quatre pré- lats rcfraâaires. Alors les efprits s'aigrirent plus que jamais. Mais lorfque tout était en feu, pour favoir fi les cinq propofi- tions étaient ou n'étaient pas dans Janfénius, Rofpigliofi^ devenu pape fous le nom de Clément neuf, pacifia tout pour quelque tems. II engagea les quatre évêques à figner fincérement le formulaire, au lieu de purement ^ Jimplement. Ainfi il fembla permis de croire» en condannant les cinq propofitions, qu'elles n'étaient point ex- traites de Janfénius. Les quatre évêques donnèrent quelques pe- tites explications. L'accortife Italienne calma la vivacité Français. Un mot fubftitué â un autre opéra cette paix, qu'on appela la pa'tx de Clément neuf & même la paix de Véglifey quoiqu'il ne s'agit que d'une difpute ignorée ou méprifee dans le refte du monde. Il pa- raît que dequis le tems de Batus les papes eurent toujours pour but, d'étouffer ces controverfes dans lefquelles on ne s'entend point, & de réduire les deux partis à enfeigner la même morale que tout le monde entend. Rien n'était plus raifonnable. Mais on avait af- faire â des hommes* Le Du JaNSE^'n ISM E. 387 Le gouvernement mit en liberté les Janfeniftes qui étaient prifon- nîers à la baftille, & entre autres Saci auteur de la verfîon du tefta- ihent. On fit revenir les relîgieufes exilées; elles (ignéxtntjîncére- menty & crurent triompher par ce mot. Arnauld fortit de la retraite où il s'était caché, & fut préfenté au roi, accueilli du nonce, regardé par le public comme un père de l'églifej & il s'engagea dès-lors à ne combattre que les Calviniftes, car il falait qu*il fît la guerre. Ce tems de tranquilité produifit fon livré de la perpétuité de la foi^ dans lequelle û fut aidé par Nicole ; & ce fut le fujet de la grande controverfe entre eux & Claude le miniftre, controverfe dans laquelle chaque parti fe crut viâorieux, félon Pufage. La paix de Clément neuf, aiant été donnée à des efprits peu paci- fiques qui étaient tous en mouvement, ne fut qu'une trêve pafîa- gère. Les cabales fourdes, les petites intrigues & les grandes inju- res continuèrent des deux côtés. La ducheffe de Longueville feur du grand Condé, fi connue par les guerres civiles & par fes amours, devenue vieille & fans occupation fe fit dévote; & comme elle haïflait la cour, 6c qu'il lui falait de l'- intrigue, elle fe fit Janfénifte. Elle bâtit un corps de logis à Port- Roial des champs, où elle fe retirait quelquefois avec les folitaires. Ce fut leur tems le plus florifîant. Les Arnauld, les Nicole, les le maître, les Herman, les Saci, beaucoup d'hommes qui quoique moins célèbres avaient pourtant beaucoup de mérité & de réputa- tion, s'afîemblaient chez elle. Ils fubftituaient au bel efprit, que la ducheffe de Longueville tenait de l'hôtel de Rambouillet, leurs con- verfations folides & ce tour d'efprit mâle, vigoureux & animé, qui faifait le caradtère de leurs livres & de leurs entretiens. Ils ne con- tribuèrent pas peu â rcpandre en France le bon goût & la vraie élo- quence. Mais malheureufement ils étaient encor plus jaloux d'y ré- pandre leurs opinions. Ils femblaient être eux-mêmes une preuve jourd'hui oubliés du livre d'un prêtre oâogenaire, qui vivait d'au- mônes à Amfterdam. La folie du fyftéme des fin^vces contribua, plus qu'on ne croit, à rendre la paix à Tégliiè. Le public iè jetta avec tant de fureur dans le commerce des aâions ; la cupidité des hommes excitée par cette amorce, fut fi générale, que ceux qui parlèrent encor de janfénifme & de bulle, ne trouvèrent perfonne qui les écoutât. Nous n'y pen- fions pas plus qu'à la guerre, <[ui fè faifait fur les frontières d'E^gne. Les fortunes rapides fie incroiables qu'on faifait alors, le luxe & k, volupté pOTtés au dernier excès, impoférent filence aux difputes ec* cléfiaftiques ; & le plaifir fk ce que Louis xiv n'avait pu faire. Le duc d'Orléans faifit ces conjonâures, pour réunir l'èglifê die France. Sa politique y était intéreflée. 11 craignait des tems, où il aurait eu contre lui Rome, l'Efpagne, & cent évêques. Il falait engager le cardinal de Noailles, non feulement à recevoir cette conflitution qu'il regardait comme £:andaleufe, mais à retraâer fbn appel qu'il regardait comme légitime. Il falait obteiur de lut plus que Louis xiv fbn bienfaiteur ne lui avait en vain demandé. Le duc d'Orléans devait trouver les plus grandes oppofîti<»i6 dans le parlement, qu^il avait exilé à Pontoifê ; cependant il vint à bout de tout. On compofà un corps de doSîrine, qui contentsl' prefque les deux partis. On tira parole du cardinal, qu'enfin il accepterait. Le duc Du Ja K8 b'n I s M E« 39^ diic d*Orléans alla lui-même au grand-confeil avec les princes & les pairs, faire enregiftrèr un èdit, qui ordonnait Tacceptation de la bulle, la Tuppreflion des appels, Tunanimité & la paix. Le parlement, qu'on avait mortifié en portant au grand-conièil des déclarations u'il était en poITefllon de recevoir, menacé d'ailleurs d*être tranf- cré de PontoÛè à Blois, enregiftra ce que le grand-corifeil avait en- regiftré, mais toujours avec les réferves d*ufage, c*eft à dire, le maintien des libertés de Teglife Gallicane & des loix du roiaume. Le cardinal archevêque, qui avait promis de fè rètraâer quand le parlement obéirait, fè vit enhn obligé de tenir parole ; & on afficha (on mandement de retraâation le 20 Août 1720. Le nouvel archevêque de Cambrai, Dubois^ fils d*un apoticaire de Brive la Gaillarde, depuis cardinal & premier miniftre, fut celui qui eut le plus de part à cette affairé, dans laquelle la puifTance de ' Louis XIV avait échoué. Perfbnne n'ignore quelle était la conduite, la manière de penfer, les mœurs de ce minifh"e. Le licencieux Du- ■bois fubjugua le pieux Noailles. On fe fbuvient, avec quel mépris le duc d'Orléans f.> n miniftre parlaient des querelles qu'ils appaiférent ; quel ridicule ils jettérent fur. cette guerre de controverfè. Ce mépris & ce ridicule rte fervirent pas peu à la paix. On le lafiè enfin de combattre, pour des querelles dont le inonde rit. Depuis ce tcms, tout ce qu'on appelait en France janfcnîfme, ^uiétifme, bulles, querelles thécJogiqucs, baiflâ fenfiblement. Quelques évêques appelans relièrent opiniâtrement attachés à leurs fêntimens. Sous le miniftére du cardinal de Fleuri, on voulut extirper les refte» du parti, en déposant un des prélats des plus obfUnés. 'On choifîc, pour fâir un exemple, le vi'&MxSoanin évêqUe de la petite ville de Sénés, homme également pieux & inflexible^ d'ailleurs fans parehs,fàns crédit. Il fut condanné par le petit owicile provincial d*Ambrun en 1 7 2 8, fufpendu de fes fondions d'évêque & de prêtre, & exilé par k cour en Auvergne à l'âge de plus dé quatre- vingt ans. Cette rigueur ex- cita quelques vaines plaintes. Il n'y a point aujourd'hui de nation, qui murmure plus que la Fraiçaife, qui obcifTe mieux, & qui oublie plus vite. Un refte de fanatifme flibfifla dans une petite partie du peuple de Des enthoufiaftes s'imaginèrent, qu'un diacre nommé /Vr/s 2 frère * * *: 393 D a -Jan s K'N tsMB. frère d'un conlaller au parUmeat, appelant & réappelant, enterré dans le cimetière de làint-Médard, devait faire de« miracles. Quel- ques perfcHines du parti, qui allèrent prier fur fon tombeau, eurent l'imagnation il frappée, que leurs wganes ébranlés leur donnèrent de légères convuUions. Auflitôt la tombe fut environnée de peuple: la foule s'y preflàit jour & nuit. Ceux qui montaient fur la tombe donnaient à leurs cOrpi de fecoulTes, qu'ils prenaient eux-mêmes pour des prodiges. Les fauteurs fecrets du parti encourageaient cette frènèue. On priait en langue vulgaire autour du tombeau : on ne parlait que de fourds qui avaient entendu quelques paroles, d'aveugles qui avaient entrevu, d'eftropiés qui avaient marché droit quelques moment. Le gouvernement abandonna pendant un mois cette maladie èpidémique 4 eUe-mème. Mais k concours augmen- tait ; les miracles redoublaient ; & il falut enfin fermer le cimetière^ & y mettre une garde. Alotï les mêmes enthoufîaAes allèrent faire leurs miracles dans les maifons. Ce tombeau du diacre Paris fut en effet le tombeau du janfènifme, dans l'efprit de tous les honnêtes- gens. Ces farces auraient eu des fuites Icrieufes dans des tems moins «claires. Il lèmblait que ceux qui les protégeaient, ignoralTent à quel fiècle ils avaient à faire. La fupetftition alla fi loin, qu'un confeiller du parlement eut la démence de préfentèr au rc» un recueil de tous ces prodiges, munis d'un n<»nt«« confidèrable d'atteftations. Si ce livre fubfiftait un jour, & que les autres fufiënt perdus, la poftèrité croirait que notre fiècle a été un tems de barbarie. Ces extreiragaBCes ont été en France les derniers foupirs d'une iêâe, qui n'étant plus Ibétenuë par des Aniauld, des Pafcal & de^ Nicole, & b'aiant plus que des convulfiomiaires, eft tombée dans l'aviliflèment. Ch A- 389 Chapitre trente-quatrie'me. Du §luiétifme. BU milieu des faâions du calvinifine & des querelles di| S janfénifine, il y eut encor une divifion en France fur Iç B quiétifmc. C'était une fuite malheureufe des progrès de I l'efprit humain dans le fiécle de Louis ziv, que l'on s'effoi^t de pâflèr prefque en tout les bornes prefcrites à nos con- naiflknces ; ou pluftôt, c'était une preuve qu'on n'avait pas fait en- cor aflèz de progrès. La difpute du quiétifmc eft une de ces intempérances d'elprit 8f de ces fubtilités théologiques, qui n'auraient kiile aucune trace dans la mémoire des hommes, fans les noms des deux illuftres rivaux quj. combattirent. Une femme, fans nom, fans crédit, fans véritable efprit, & qui n'avait qu'une imagination échauffée, mit aux main? les deux plus grands hommes qui fuffent alors dans l'Ëglife. Soq> nom était Boieixéres de la Motte. Sa famille était originaire de Mon- targis. Elle avait époufe le fils de l'entreprenenr du canal de Briare. Devenue veuve dans une affez grande jeuneflb, avec du bien, de la beauté, & un efprit fait pour le monde, elle s'entêta de ce qu'on ap- pelle la Jpiritualité. Un barnabite du pais de Genève, nommé /«- Combe, nit fon direâeur. Cet homme, connu par un mélange affe^ ordinaire de paflions & de religion, & qui eft mort foû, plonge^ l'efprit de fa pénitente dans les rêveries myftiques, dont elle était déjà atteinte. L'envie d'être une fainte-Théréfe en France, ne lui permit pas de voir combien le génie Français eft oppofé au génie Efpagnol, & la fit aller beaucoup plus Ion que Ëiinte-Théréfë. L'ambition d'avoir des dilciplee, la plus forte peut-être de toutes les ambitions, s'empara toute entière de fon cœur. 2 EUc 400 D V QjJ I ET I s M E. 'Elle alla avec fon diredeur dans le Petit-païs où révêque titulaire de Genève fait fa rcfidence. Elle s'y donna de Tautorité par fa pro- fufion en aumônes. Elle tint des conférences. Elle prêchait le re- noncement entier à foi-même, le filence de Tame, Tanéantiflëment de toutes fes puifîânces, le culte intérieur, l'amour pur & défintérefîc, qui n'eft ni avili par la crainte ni animé de Tefpoir des récompenfes. Les imaginations tendres & flexibles, furtout celles des femmes & de quelques jeunes religieux qui aimaient plus qu'ils ne croiaient la parole de Dieu dans la bouche d'une belle femme, furent aifcment touchées de cette éloquence de paroles, la feule propre à perfuader tout à des efprits prépares. Elle fit des profélites, & fut chaflee par révêque elle & fon diredeur. Ils s'en allèrent à Grenoble. Elle j répandit un petit livre intitulé le moien caurt^ & un autre fous Je nom des torrensy écrits du ftiledont elle parlait ; 6c fut encor obligée de fortir de Grenoble. Se flattant déjà d'être au rang des confefleurs, elle eut une viflon, & elle prophétifa. Elle envoia fa prophétie au père la-Combe. Tout r enfer fe banderay dit-elle, pour empêcher le progrès de V intérieur ^ la fonnation deJefus-ChriJi dans les âmes. La tempête fera telle ^ quil ne refiera pas pierre fur pierre ; ftP // me femble^ que dans toute la terre il y aura trouble ^ guerre ^ renverfement. La femme fera enceinte de Tefprit intérieur ^ &^ le dragon fe tiendra debout devant elle. La prophétie fe trouva très vraie ; car étant revenue a Paris con- duite par fon direôeur,' & l'un & l'autre aiant dogmatifé en 1687, l'archevêque de Harki de Chanvallon obtint un ordre du roi, pour faire enfermer la-Combe comme un féduâeur, & pour mettre dans im couvent madame Guion comme un efprit aliéné qu'il falait guérir. Mais madame Guion, avant ce coup, s'était fait des protections qui la fervirent. Elle avait dans la maÛbn de faint-Cyr encor naiflante, une coufîn nommée madame de la Maifon-fort^ favorite de madame de Maintenons Elle s'était infinuée dans l'efprit des ducheffes de Chevréufe & de BeauvîUiers. Toutes fes amies fe plaignirent haute- ment, que l'archevêque de Harlai, connu pour aimer trop les fem- mes, perfécutât une femme, qui ne parlait que de l'amour de Dieu. La protedion toute puiflTante de madame de Maintenon impofa filence à Tarchévêque de Paris, & rendit là liberté à madame Guion. Elle alla à Verfailles, s'introduifit dans faint-Cyr, aflîfta à des con- férences D V Qjj I e't I s M E'. 401 férences dévotes que faifaic l'abbé de Fénelon, après avoir diné en tiers avec madame de Maintenon, la princeffe d*Harcourt, les duchefTes de Chevreufè, de Beauvilliers & de Charôt étaient de ces myftéres. L'abbé de Fénelon, alors précepteur des enfans de France, était l'homme de la cour le plus féduifant. Né avec un cœur tendre & une imagination douce &: brillante, ion efprit était nourri de la fleur des belles'lettres. Plein de goût & de grâces, il préférait dans la théolc^ic tout ce qui a l'air touchant & fublime, à ce qu'elle a de fombre & d'épineux. Avec tout cela, il avait je ne fai quoi de Rp» manefque, qui lui infpira, non pas les rêveries de madame Guion, mais un goût de fpiritualité, qui ne s'éloignait pas des idées de cette dame. . Son imagination s'échauiFait par la candeur & par la vertu, comme les autres s'enââment par leurs paillons. Sa paillon était d'aimer Dieu pour lui-même. Il ne vit dans madame Guion, qu'une ame pure, éprife du même goût que lui, 6c ie lia fans icrupule avec elle. Il était étrange, qu'il fut féduit par une femme à révélations, à prophéties & à galimatias, qui iuiFoquait de la grâce intérieure, qu'on était obligé de délacer, & qui îè vuidait (à ce qu'elle diiait) de la furabondance de grâce, pour en faire enfler le corps de l'élu qui était aills auprès d'elle. Mais Fénelon, dans l'amitié & dans iès idées myAiques, était ce qu'on eil en amour : il excufait les défauts, & ne s'attachait qu'à la conformité du fond des fentimens^ qui l'avaient charmé. Madame Guion, aiTûrée & fîére d'un tel difdple qu'elle appelait fon fils, & comptant même fur madame de Maintenon, répandit dans faint-Cyr toutes ies idées. L'évêque de Chartres Gotùt ; dans le dio- céfe duquel eil fàint-Cyr, s'en alarma & s'en plaignit. L'archevêque de Paris menaça encor de recommencer ies premières pouriuites. Madame de Maintenon, qui ne penfait qu'à faire de fàint-Cyr un iejour de paix, qui iâvait combien le roi était ennemi de toute nou* veauté, qui n'avait pas befoin pour ie donner de la çoniîdération de iè mettre à la tête d'une eipéce de ièéite, & qui enfin n'avait en vue que fon crédit & fon repos, rompit tout commerce avec madame Guion 6c lui défendit le féjour de iàint-Cyr. L'abbé de Fénelon volait un orage fe former, 6c craignit de man- quer les grands poftes où il afpirait. Il concilia à fon amie de iè 3 F mettre 402 D u QjJ I b't I s M 1. mettre elle-même dans les mains du otlébre Befiuet évêque de Meaux, r^ardé ounme un père de Tcglifè. £lle (e fournit aux décidons de ce prélat, communia de fa main & lui donna tous iès écrits à examiner* L*cvéque de Meaux, avec Tagrément du roi, s'afîbcia poiv cet examen révêque de Châlons qui fut depuis le cardinal de Noailles, 6c labbé Ironfon fupérieur de faint-Sulpice. lis s*aflêmblérent (è- crettement au village d'iill, près de Parb. L*archcvéque de Fans Cbanvallon, jaloux que d'autres que lui fè portaient pour juges dans fbn dioccfè, fît afHchèr une cenfure publique des livres qu*on éxa^ minait. Madame Guion fê retira dans la ville deMeaux même; elle ibufcrivit à tout ce que Tévéque BofTuet voulut, & promit de ne plus dogmatifèr. Cependant Fénelon fut élevé à rarchévêché de Cambrai en 1695, & facré par Tcvêque de Meaux. Il Semblait qu'une affaire afloupie, dans laquelle il n'y avait eu jufques-là que du ridicule, ne devait jamais (c réveiller. Mais madame Guion, accufée de dogmatifèr toujours après avoir promis le filence, fut enlevée par ordre du roi dans la même année 1 695 & mifè en prifbn à Vincennes, conune fi elle eût été une perfbnne dangereufè dans l'état. Elle ne pouvait Têtre ; & fès pieufès rêveries ne méritaient pas l'attenticMi du fbu- verain. £lle compoËi à Vincennes un gros volume de vers myftiqiMs, plus mauvais encor que {& profc, elle parodiait les vers des opéra. Elle chanuût fouvent : U amour pur âf parfait va phts.hm quon ne p*»fi f On ne fait paSy lorfqùil commence^ Tout ce quil doit coûter un jour. Mon cœur n aurait connu Vincenmi ni fouffronce^ S'il n'eut connu le pur amour. Les opinions des hommes dépendent des tems, des lieux & des circonfhinces. Tandis qu'on tenait en prifbn madame Guion, qui avait époufé Jefus-Chrifl dans une de fès extaiês, & qui depuis ce tems-la ne priait plus les iàints, di&nt que la maitrefiê de la mai&n ne devait pas s'addrefler aux domeftiques ; dans ce tems-là, dis-je, on pourfuivait à Rome la çanonifàticm de Marie d^j^éda^ qui avait eu plus de vi&ons & de révélations que tous les myfliques enfêmble: D u Qjj I e't I s M B. 4.03 Se pour mettre le comble aux contradîâions dont ce monde eft plein, on pourTuivdt en Sorbonne cette même d'Agréda, qu'on voulait £ûre fainte en Efpagne. Boduet qui s'était longtems regardé comme le père 6c le maître de Ftnelon, devenu jaloux de la réputation & du crédit de fon diiciple, & voulant toujours conferver cet afcendant qu'il avait pris fur tous fe$ confrères, exigea que le nouvel archevêque de Cambrai condannât ma-», dame Guion avec lui 8c foufcrivît à fes inftruâi(Mis paftorales. Fénelon ne voulut lui {kcrifîer ni iès (èntimens ni fbn amie. On prop<^ des tempéramens. On donna des promefles. On fe plaignit de part 6c d'autre, qu'on avait manqué de foi. L'archevêque deCambrai^ en par- tant pour (on diocéfê, fit imprimer à Paris fbn livre des maximes des faints'y ouvrage dans lequel il crut redifier tout ce qu'on reprochait à ion amie, 6c déveloper les idées (Mtodoxes des pieux contemplatifs, qui s'élèvent au deiTus des fèns 6c qui tendent à un état de perîèâion, où les âmes ordinaires n'afjiirent guères. Monfieur de Meaux 6c fês amis ie fbuléverent contre le livré. On le dénonça au roi, comme s'il eût été aufH dangereux qu'il était peu intelligible. Le roi en parla à BoiTuet, dont il refpeâait la réputation 6c les lumières. Celui ci, iè jettant aux genoux de fon prince, lui demanda pardon de ne l'avoir pas averti pluftdt de la fatale héréfie de monfieur de Cambrai. AuHîtôt le roi 6c madame de Maintenon confultent le père de la Chaiiè ; le confeflêur répond, que le livre de l'archevêque eft fort bon, que tous les jéfuites en font édifiés, 6c qu'il n'y avait que les janléniftes qui le défàpprouvailênt. L'évêque de Meaux n'était pas janfénifte ; mais il s'était nourri de leurs bons écrits» Les jéfuites ne l'aimaient pas, 6c n'en étaient pas aimés. La cour 6c la ville furent dïvifées ; 6c toute l'attention tournée de ce côté laiflk relpirer les janféniftes. 6<^et écrivit contre Fénelon. Tous deux envolèrent leurs ou- vrages au pape Innocent douze, 6c s'en remirent à fà dècifion. Les circonftances ne paraifliiient pas favorables à Fénelon : on avait depuis peu condanné violemment à Rome, dans la perfbnne de l'Efpagnol MolimSy le quiétifme dont on acculait l'archevêque de Cambrai, C'était le cardinal d'Etrées, ambaflâdeur de France à Rome, qui avait pourfuivi Molinos. Ce cardinal d'Etrées, que nous avons vu dans fa vieilleflè plus occupé des agrémens de la fbciété que de théologie, 3 F 2 avait 4.04. D u QjJ I e't I s m ë. avait perfécuté Molinos» pour plaire aux ennemis de cet Malheureux prêtre. Il avait même engagé le rrâ à foUicitèr à Rome la cond an- nation, qu'il obtint aifément. De forte que Louis xi v fè trouvait, fans lef {avoir, Tennemi le plus redoutable de Tamour pur des myftiques. Rien n'eft plus aifc dans ces matières délicates, que de trouver dans un livre qu'on juge, des pafTages reilèmblans à ceux d*un livre déjà profcrit. Monfieur de Cambrai avait pour lui les jéfuites, & le car- dinal de Bouillon depuis peu ambafTadeur de France à Rome. Mon- ûeur de Meaux avait fon grand nom & Tadhéflon des principaux prélats de France. Il porta au roi les Signatures de pluueurs évê- ques &; d'un grand nombre de doâeurs^ qui tous s'élevaient cc«itre le livre des maximes desjainis. Telle était raut Cet exemple unique de la docilité d'un {avant qui pouvait iè faire un grand parti par la perfécution même, cette candeur 6ç cette fimplicité, lui gagnèrent tous les cœurs 6c firent prefi|ue haïr celui qui avait rem- porté la viâoire. Il vécut toujours depuis dans fon diocéfe en digne 2 arche- 4o6 D u Qv i b't 1 8 M È. archevêque, eu homme de lettres. La douceur de Ces mœurs, ré- pandue dans fa convcrTation comme dans {es écrits, lui fît des amis tendres de tous ceux qui le virent. Li perfccution 6c fon TeUmaque lui attirèrent la vénération de l'Europe. Les Anglais furtout, qui firent la guerre dans fbn diocéfe, s'empreâàient à lui témoigner leur refpeâ. Le duc de Marleborough prenait foin qu*on épargnât {es terres. Il fut toujours cher au duc de Bourgogne qu'il avait élevé ; ta il aurait eu part au gouvernement, fl ce prince eût vécu. Dans {à retraite philo{bphique & honorable, on voiait combien il eil difficile de fe détacher de la cour. Il en parlait toujours avec un goût & un intérêt, qui perçait au travers de fa réfignation. Piufieurs écrits de philofbphie, de théologie, de belles-lettres, fu- rent le fruit de cette retraite. L^ duc d'Orléans, depuis rcgent du roiaume, le confulta fur des points épineur, qui intéreflênt tous les hommes, & au{quels peu d'hommes pen{ênt. Il demandait, fi on peut démontrer l'éxiftence d'un Dieu ; fi ce Dieu veut un culte ; quel eft le culte qu'il approuve ; fi l'on peut l'ofienfèr en choi- uilknt mal. Il faifait b^ucoup de queflions de cette nature, en philofophe qui cherchait à s'infbuire ; & l'archevêque répondit en philo{bphe & en théologien. Après avoir été vaincu {ur des difputes de l'école, il eût été peut- être plus convenable, qu'il ne fè mêlât point des querelles du janfé- nifine; cependant il y entra. Le cardinal de Noailles avait pris contre lui autrefois le parti du plus fort : l'archevêque de Cambrai en u{â de même. U e{péra qu'il reviendrait à la cour, & qu'il y ferait con{ûlté ; tant l'e^t humain a de peine à k détacher des af&ires, quand une fois elles ont fêrvi d'aliment à fbn inquiétude. Ses défîrs cependant étaient modérés comme fès écrits ; & même fur la fin de fà vie il méprifii enfin toutes les difputes ; fèmblable en cela fêul à l'évêque d'Avranches Huet, l'un des plus ^vans hom- mes de l'Europe, qui fur la fin de fès Jours reconnut la vanité de la plufpart des fciences, & celle de l'efprit humain. L'ajchévêquc de Cambrai (qui le croirait !) parodia ainfi un air de Lulli : jfeune, fêtais trop fage^ Et voulais trop /avoir ; 7" D u Qu I >'t t s u I. 407 7< M veux m partait Et touche eut dtrmer tfgi, Sam rien prévùr. Il fit ces vers en prélênce de foa neveu le marquis de Fénelon, depuis ambaiiâdeur a la Haie. C'efl de lui que je les tiens. Je garantis la certitude de ce fait. Il ferait peu important par lui- même, s'il ne prouvait à quel point nous voions louvent avec des regards différens dans la trifte tranquilité de la vieilleflè, ce qui nous a paru fi grand & fi intéieflànt dans l'âge, où l'efprit plus aâif eft le jouet de iès défîrs & de lès illufions. ChA- 408. Chapitre trente-cinquië'me. t)iJpHtcs fur les cérémonies Chinozfcs. ÏE n'était pas âdbr pour l'inquittude de notre efprit, que nous difputaffions au bout de dix-fept cent ans iïip des points de notre religion ; il falut encor que celle des Chi- nois entrât dans nos querelles. Cette difputc ne produifit pas de grands mouvemens ; mais clic caractifrilîi plus qu'aucune autre, cet elprit aftif, contentieux 6c querelleur qui régne dans nos climats. Le jéfuite Matthieu Ricci, fur la fin du dix-feptiéme fiécle, avait été un des premiers miffionnaires de la Chine. Les Chinois étaient & ibnt encor en philofophie & en littérature à-peu-pres ce que nous étions il y a deux-cent ans. Le refpeâ pour leurs anciens maître» leur préicrit des bornes qu'ils n'ofent paffer. Le progrùs liins les Iciences eft l'ouvrage de la hardieiîè de l'erprit & du tems. ivlais la morale & la police étant plus aifécs à comprendre que les fciences, & s'étant perfeâionnées chez eux quand les autres arts ne l'étaient pas encore ; il eft arrivé que les Chinois,» demeurés depuis plus de deux-mille ans à tous les termes où ils étaient parvenus, font refté» médiocres dans les fciences & le premier peuple de la terre dans la morale & dans la police, comme le plus ancien. Après Ricci, beaucoup d'autres jéfuites pénétrèrent dans ce vafte empire ; & à la faveur des fciences de l'Europe, ils parvinrent à jetter fecrettement quelques femences de la religion chrétienne, par- liri \ti enfàns du peuple, qu'ils inftruifirent comme ils purent. Des dominicains, qui partageaient la miflîon, acculèrent les jéfuites de permettre l'idolâtrie en préchant le chriftianifme. La queftion était délicate, ainfi que la conduite qu'il falait tenir à la Chine. Les loix & la tranquilité de ce grand empire font fondées fur le droit le plus naturel enfemble & le plus facre, le refpeâ des enfans pour Ce're'mokis) CiïiAoïsss. 409 pmir les pères. A te refpeâ: ils joignent Gêlui qu'ils doivent à leurs premiers maîtres de morale & ilirtout à Càn-fu-txe nommé par nous CoffucitéSy ancien (âge, qui cinq cent ans avant la fondation du chri- fiianifme, leur enfeigtia la vertu. Les familles s'afîèmblent en particulier à certains jours, pour ho- norer leurs ancêtres ; les lettrés en public, pour honorer Con-fu-tzé. On fe profterne, fuivant leur manière de faluer les fupérieurs, ce qui dans toute T Afie «^appelait autrefois adorer. On brûle des bougies & des paftilles. Des colao, que les Efpagnols ont nommé Mandarins, égorgent deux fois l'an^ autour de la falle où Ton vénère Con-fu-tzé, des animaux dont on fait enfuite des repas. Ces cérémonies font-ellea idolâtriques ? font-elles purement civiles? reconnaît-on fès pères ôcOon- ivL-42k pour des dieux ? font-ils même invoqués feulement comme nos faints ? eft-ce enfin un ufage politique, dont quelques Chinois fuper- ftitieux abufont ? c'eft ce que des étrangers ne pouvaient que difficile- ment démêler à la Chine, & ce qu'on ne pouvait décider en Europe. Les dominicains déférèrent les ufàges de la Chine à Tinquifition de Rome en 1645. le faint-office, fur leur expofé, défendit ces céré- monies Chinoifês, jufqu'à ce que le pape en décidât. Les jéfuites foûtinrent la caufo des Chinois 6c de leurs pratiques, ) Louis,, duc de Bourgogne, mort le 1 8 Février 1 7 1 2, lequel eut de Marie- Adélaïde de Savoie, morte le 1 2^ Février 1 71 2. N. duc de Bretagne, mort en 1705, Louis, duc de Bretagne,, mort en 1712^ & Louis xv né le 15 Février 17 10. 2) Philippe, duc d'Anjou; roi d'Efpagne, mort le 9 Juillet 1746.- 3) Charles, duc de Bèrri, mort le 4 Mai 1714. Louis XIV eut encor deux, fils 6c. trois fîUes, morts jeunes. • Enfafis naturels ^ légitimés. Louis XIV eut de madame là duchefTe de la Valliére, laquelle* s'étant rendue religieufe carmélite le 2 Juin 1674, fît profeffion le 4; Juin 1675, &• mourut le 6 Juin 1710, âgé de 65 ans, Louis de Bovffbon, comte de de Vormandois, mort en 1683. Mit RIE-ANNE,, dite mademoifelle de Blois, mariée à Louis- Armand prince de Conti, morte en 'T39^ 3 y^«*» - 414 Empans de Louis XIV, autres enfans naturels ^ légitimés, Louis-auguste de Bourbon, duc du Maine, mort en '73^ Louis-cESAR, comte de Véxin, abbé de faint-Denis & de faint -Germain des Prcs, mort en 1683 Louis-ALE'XANDRE de Bouîbon, comte de Touloufe, mort en 1737 LouisE-FRANÇcisE de Bourbon, dite tnademoifelle de Nantes, mariée à Louis m duc de Bourbon Condé, morte en 1 743 LouisE-MARiE de Bourbon, dite mademoifeUe de Tours, morte en 1681 FrançoisE'Marib de Bourbon, dite mademoifelk de Blois, mariée à Philippe 11. duc d*Orléans régent de France, ' morte en '749 Deux autres fîls, morts jeunes. Souverains contemporains. PAPES. Urbain VIIL mort en 164^ ce fut lui qui donna aux cardinaux le titre d*éminence. Innocent X. 16 55 Alexandre VIL 1667 Clément IX. 1669 Clément X. 1676 Innocent XI. 1689 Alexandre VIII. 1691 Innocent XII. 1700 Clément XI. .1721 Mai/on Ottomane. Ibrahim, mort en 1655 Mahomet IV. 1687 Soliman III. 1691 Achmet IL 1 695 Muftapha IL 1703 Achmet IIL dépôfé. 1730 EmpC" 1711 '740 SourEHAINS CONTEMPORAINS. 415 0 i» 1» ¥S^ Empereurs d* Allemagne. Ferdinand III. mort en i6ç7 LtOpold I. T '70 r Jofeph I. ^^ Charles VI. Rois iPE/pagne. Philippe IV. mort en 1665 Charles II. 1700 Phi%pe V. 1 746 Rois de PortugaL Jean IV. dac de Bragance, mort en 1656 Alphonfe-Henri, détrôné en 1667 mort en 168 3,. Pierre II. , ^qô JeanV. ,7^0 Rois dAnglettere^ d^EcoJfe ^ d Irlande. Charles I. mort en 1 64g Charles II. i68ç Jacques II. détrôné ca 1688 . mort en 1701». Guillaume IIL 1702 Anne Stuart. 1714 Oeorge I. 1*27 Rois de DanemarcL Chriftian IV. mort en. 1648 Frédéric III. 1670 Chriftian V. 1699 Frédéric IV, 1730 Rois 4l6 SourtltAllfS cbtf TtMf ORAIN». iSt ^ ^ ^ Rois de Suéde. Chriftine, morte en 1689. abdiqua en ^654. Charles-Guftave, mort en 1660 Charles XI. 1^97 Charles XII. 1718 Rois de Pologne, Ladiflas SlgifinoncI, mort en 1 448 Jean-Cafimir, abd. 1667 Michel Wiefnowiiki, mort en 1673 Jean Sobiefki 1696 Frédéric-Augufte, éleôeur de Saxe 1 73 3 S»ani(1ag Rois de Prujfe, Frédéric I. mort en 17*3 Frederic-GuiHaume 1 740 Czars, MkVel 1645 Alexis-Michadowitz 1676 F volume de fanatifme. On n'en parle ici que pour montrer l'aveuglement de refprit humaiii. Il ne laiflà pas d'avoir des difciples^ M. à Aliéna en 1674. Ablancourt (Nicolas Perrot d') d'une ancienne famille du parle- ment de Paris, né à Vitri en, 1 606. traduâeur élégant, & dont oa appela chaque traduâion /a ^f& /»/îdi//«. Mort pauvre en 1664. Achéri (Luc. d') hénédiâin, grand compilateur, né en 16109.. M. en 1685. r, Alexandre (Noël) né à Rouen eii 1639, dominicain. Il a fait: beaucoup d'ouvrages de théologie, & a difputé beaucoup fur les. ufages de la Chine contre les jéfuites qui en revenaient. M. ère 1724^ Amelot de laHouflaie (Nicolas) né à Orléans 1634. fes traduc- tions avec des notes politiques & fes hiftoires font fort recherchées ; znais fes mémoires par ordre alphabétique font très fautifs. M. en 1706. Amelotte (Denis) né en Saintonge en i6o5. de l'oratoire; U' eft: principalement connu par une très bonne verfion du- nouveau Tefta» ment. M. en 1678. Amon- i^tt Ecrivains. Amontons (Guillaume) né à Paris en 1663. excellent mécanicien. Mort en 1699. . - ÂnchiUon (Dm»d) né à Metz en 1617. calvinillej & fba fils Charles mort à Berlin ai 17151 ont eu quelque réputation dans la littérature. Ânfèlme, moine augu'ftin, le premier qui ait fait une hiftoire gé- néalogique des grands officiers de Ja couronne^ continuée & augmen- tée par du Fourni auditeur des comptes. On a une notion très vague de ce qui conftituë les grands officiers. On s'imagine que ce font ceux à qui leur charge donne le titre^ de grand, comme grand écuïer, grand échanfbn. Mais le connétable, les inaréchaux, le chancelier, font ^ands officiers & n*ont point ce titre de grand, & d'autres qui Tout ïie font point réputés grands officiers. Les capitaines des gardes, les premieis gentilshommes de la chambre, font devenus réellement de grands officiers & ne font pas comptés par le père Anfelme. Rien n'^ décidé fur cette matière, & il y a autant de confufion & d'in- ctttitude fur tous les droits & fur tous les titres en France, qu'il y a d'cM-dre dans Tadminilbation. M. en 1694. Amauld (AntUne) vingtième fils de celui qui plaida contre les jé- {bîtes, doéteur deSorbonne, né en 1612. Rien neft plus connu que ftm éloquence, fbn érudition & fês difputes qui le rendirent û célèbre & en même tems fi malheureux, félon les idées ordinaires qui mettent le malheur dans l'éxil & dans la pauvreté, fans confklérer la gloire, les amis Se une viciUeflê faine, qui furent le partage de cet homme BiAieux. M. en 1694. Attuwdd-d'Andiïïjr (Robert) frère aîné du précédent, né en 158 iJ. Tun des grands écrivains de Port-roial. Il préfènta à Louis xiv, à rage de 85 ans, fà traduâion de Jofepbe, qui de tous fes ouvrages efl Je plus fecfaercfaé. Il fut père de Simon Amauld, marquis de Pom- |>one, minière d'état ; & ce mimflre ne put empêcher, ni les difputes, tii les difgraces de foa onck le doâeur de Sorbonne. M. en 1674. Aubignàc (François 4*) né en 1 604. il n*eut jamais de maître que iui-'méme. Attaché au cardinal de Rkhelieu, il était l'ennemi de Corneille. Sa pratique des théâtres efl encor lue ; mais il prouva par h. tragédie de Zenolie^ que les connaiflânces ne donnent pas les jtalens. M. en 1676. Ecrivains. 423 Aubrî (Antwte) né en 161 6. on â de ]ui les vies des cardinaux de Richelieu 6c de Mazarin, ouvrages médiocres. Mort en 1695. La comtefîê d'Aunoi. Son voiage & fcs mémoires d*£fpagne j6c quelques Romans écrits avec légèreté lui firent quelque réputation. M. en 1705. Baillet (Adrien) né près de Beauvais en 1649. critique célèbre. M. eni 706. Baluze (Etienne) d'Auvergne, né en 1631. c'eft lui qui a fxmné le recueil des manufcrits de la bibliothèque deColbert. Il a travaillé jufqu'à l'âge de quatre-vingt-huit ans. On lui di&. De tou^ 424 Ecrivains. tous fes livres, fon hiftoire des Juifs, des Provinces Unies & de Teglife font les plus eftimcs. Les livres fur les affaires dû tems meurent avec les affaires j les ouvrages d'une utilttc gcncrale fubfiftent. Mort en 1 7 23. Bafnage de Beauval (Henri) de Rouen, miniftre en Hollande, mais nûniftre philofophe, qui a écrit -ds la tolérance des religions. Il était laborieux ; & nous avons de lui le didionnaire de Furctiére augmenté. M. en 1 7 1 o. Baudran (Michel) né à Paris en 1633. géographe, mais moins eftimé que Sanfon. M. en 1700. Bayle (Pierre) né au Cariât dans le comté de Foix en 1 6 4.7 . re- tire en Hollande pluftôt comme philofophe que comme calvinifte, perfécuté pendant fa vie par jurieux, & après (à mort par les ennemis de la philofophie. S*il avait prévu combien (on diSlionnaire ferait recherché, il Tauraît rendu encor pliis utile, en retranchant les noms oblcurs, & en y ajoutant plus de noms illuftres. Il a vécu & il eft mort en fage. Des-maiièaux a écrit fa vie en un gros volume. Elle ne devait pas contenir fix pages. La vie d'im écrivain Sédentaire eft dans fes écrits. M. en 1706. Beaumont de Féréfixe (Hardouin) précepteur de Louis xiv, archevêque de Paris. Son hifioire de Henri quatre^ qui n*eft qu'un abrégé, fait aimer ce grand prince, & eft propre à former un bon roi. Il la compofa pour fon élève. On crut que Mézerai y avait .eu part : en effet il s'y trouve beaucoup de fes manières de parler ; mais Mézerai n'avait pas ce ffile touchant & digne en plufleurs en- droits du .prince dont Péréâxe écrivait la vie, &; de celui à qui il Tadreflâit. Les excellens confeils qui s'y trouvent pour gouverner par foi-même, ne furent inférés que dans la féconde édition après la mort du cardinal Mazarin. On apprend d'ailleurs à connaître Henri quatre beaucoup plus dans cette hiftoire que dans celle de Daniel, écrite un peu fëchement, & où il eft trop parlé du père Coton, & trop peu des grandes qualités de Henri quatre, & des par- ticularités de la vie de ce bon roi. Péréfixe émeut tout cœur né fenfible, & fait adorer la mémoire de ce prince, dont les fàibleftès n'étaient que celles d'un homme aimable, & dont les vertus étaient ^lles d'un grand homme. M. en 1670. i Ben- « ^ntcKÀe fifaae de) n^ en Normandie en ï6ii2. ïà petite maifon de Gentilli, où il fe rrtira (ùr la £n-de fà vie, était remplie d'infcrip- tions en vèrç, qni valaient bien fcs autres ouvrages. C*eft dommage qu'on ne les^ ait recueilles. Mort -en i-éçt. Bcigicr f Nicolas) a eu le titre d*hiftoriographe de France, mais il ft plus connu par m curieufe bifiptre des^rands chemins V empire Ro- menrty {urpaâ^ aujourd'hui par les nétres en beauté, & non pas en folidité. Son fils mit la dernière main à cet ouvrage utHe. Et le £t imprimer fous Louis xiv. ' M. en 1 623. Bernard (mademoifeîk) z. feit quelques pièces de théâtre, con- jointement avec le célèbre Bernard de Fontenelle. Bernard (Jacques) de da.uphîné, né en 165^. Ëivant littérateur ; fcs journaux «Mit été eftimé^ Nï. «n Hollande ^n 1 71S. Bernier (François) fimiommé le Mogol^ né à Angers vers l*an. 1625. Il fut huit ans médecin de renq>erQur des Indes. Ses ^oiag^ font curieux, M. en i638« Bignon (ykrome) né en 1 590. il a Idâe un plus grand nom qutf .de grands ouvrages. Il n^était pas encor du bon tems de «la littéra- ture. Le parlement, aont il fut avocat-général, chérit avec railba ia mémoire. M. en 1656. Bochard (Samuel) nk. à Houen en 1599* calvini(le, vn-des plusia», vans hommes de TEurope dans les langues & dsms Thiftoire. Û fut un de ceux qui allèrent en Suéde iaftruire & admirer la leineCimftine. JVl. en 1667. Boileau Defpréaux {Nicolas) né à Paris en 1636. le plus correâ de nos poètes. C>n a taiit commenté iês ouvrages, qu'un ^oge eft id fiiperflu. M. en 17 11, Boileau {failki) né à Paris en 1631. frète aiiné du faiûeux Botteau.' Il a fait quelques traduÔions qui valeAt miemtque ^ver&. M. en tôôg.- Boivin {Jeàri^ rté en Normaiidie en 1633. frère de Louis Soi vin, •& utile comme lui pour rintelligence des beautés des auteurS Grecs.* ^. en 1726. L'abbé du Bos. Son UMre de la ligue de Cambrai eft profonde, politique, intèreflânte ; eue fait connaître les: uïages & les mœurs du temsj & dl un modèle en ce geûîe. TcTus les artiSes li£ènt avec fruit 3I . ib 426 Ecrivains. .fes réJUxûms fur la poëfiey la peinture ^ la tnujique» Il ne favait pourtant pas la mufique, il n'avait jamais pu faire de vers, & n'avait pas un tableau. Mais il avait beaucoup lu, vu*, entendu ôc réfléchi. Boflu (René le) né à Paris eh 1631. Chanoine régulier de ikinte Geneviève. lï voulut concilier Ariftote avec Defcartes ; il ne ikvait pas qu'il falait les abandonner l'un & l'autre. Son treùté fur h poème épique a beaucoup de réputation, mais il ne fera jamais de poètes. M. en 1680. Bofluet (Jacques Bénigne) de Dijon, *né en 1627, évêquc de Con- dom & enfuite de Meaux. On a de lui 51 ouvrages ; mais ce {ont fes oraifons funèbres & fon difcours fur Phiftoire univerfdle^ qui l'ont conduit à l'immortalité. M. en 1704. Bouchenu de Valbonnai CJean Pierre) né à Grenoble en 165 1. Il voiagea dans ia jeuneflê, & iè trouva fur la flote d'Angleterre à la Bataille de Solbaye. ^ Il fut depuis premier préfident de la chambre des comptes du Dauphiné, Sa mémoire eft chère à Gre- noble pour le bien qu'il y fit, & aux gens de lettres par fes grandes recherches. Ses mémoires fur le Dauphinéy furent compofcs dans le tems qu'il était aveugle, & fur les le<5turcs qu'on lui faifkit. M. en 1730. Boudier, auteur de quelques vers naturels. Il fit en mourant à 5 6 ans fon epitaphe : y étais pc^te^ hiflorien ; £/ maintenant je ne fuis rien» . Bouhier, préfident du parlement de Dijon. Son érudition l'a rendu célèbre. Il a traduit en vers Français quelques morceaux d'anciens poètes Latins. ^Il penfàit qu'on ne doit pas les traduire autrement \ mais il pi:ouva combien c'efl un entreprife difficile. Bouhours (Dominique) îéfuite, né à Paris en 1628. Là langue 6 le ben goût lui ont beaucoup d'obli^tîons. U a fait de bons ouvrages, dont on a fait de bonnes critiques : ex privatis odiis ref- publica crefcit, M. en 1702. Bouillaud (Ifma'èl) de Loudun, né en 1 605. Savant dans l'hiftoirc Ce dans les mathématiques. M. en 1694. 4 Le Ecrivains. 4.27 Le comte de BoukirivilKcrs dé là ihaifbn de Crouy. Le pliw lavant gentilhomme du roîaume d^ns l'hiftoire, & le, plus capable d'écrire celle de France, s*il n'avait pas été trop fiftématique. Il appelle le gouvernement féodal le chef cTeeuvre de fe/prit humain. Il regrette les tèms, où les peuples efclaves de petits "tyrans ignorans & barbares, n'avaient ni induftrie, ni commerce, ni propriété ; 8î . il croit qu'une centaine de feigneurs, bppreflêurs de la terre & ennemis d'un roi, * compofaient le plus parfait des gouvernemens. Malgré ce flftême, il était excellent citoien ; comme malgré /on faible pour l'aftrologie judiciaire, il était philofophci de cette phir lofophîe qui compte la vie pour peu de chofe, & qui méprife la mort. Ses écrits, qu'il faut lire avec précaution, font profonds & utiles. On a imprimé à la fin de fes ouvrages un grosr mémoire pour rendre le roi de France plus riche que tous les autres monarques enfemble* Il eft évident que cet ouvrage n eft pas du comte de BoulainvilHers. M. vers l'an 1720. Bourdalouë, né à Bourges en 1632. jefuite. Le premier modèle des bons prédicateurs en Europe. M. en 1 704. Bourfèis (Amable) né en Auvergne en i'6o6. Auteur de plufieurs ouvrages de politique & de controverfe. Silhon & lui font foup- çonnés d'avoir compofe le teflament politique attribué au cardinal de Richelieu. M. en 1672. Bourlâut (Edmond) né en Bourgogne en 1638. Ses lettres à Babet eflimées de fon tems font devenues, comme toutes les lettres dims ce goût, l'amufement des jeunes provinciaux. On joue encor fa comédie d'J^^^, M. en" 170 1. Brébeuf (Guillautne) né en Normandie en 1638. H eft connu par la traduSiion de la Pbarfale ; mais on ignore communément qu'il a fait le Lucain travejli, M. en 166 1. Brcteuil, marquife du Cliaftelet [Gabriele Emilie) né en 1706. Elle a éclairci Leibnitz, traduit & commenté Newton, mérite fort inudle à la cour, mais révéré chez toutes les nations qui le piquent de favoir, & qui ont admiré la profondeur de fon génie & fon élo- quence. De toutes les femmes qui oftt illuflré la France, c'eft celle qui a eu le plus de véritable efprit, & qui a moins affedé le bel efprit. M. en 1 749. 14^. * Brienne 42 8^ £ C % h^TK I K 8» Brieone {fîeimAu^fit. de Loméoie de) fécistaire d^^ts f t ai laifie des mémoires. Il fesait utile que les miniâres en éciiviâênt^ mais tels que ceux qui font rédigés depuis peu fous le nom. du duc de Sully. EU m. en 1666. • _ La Bruiâre (Jeufi^ né a Dourdan en 1:644:. H eft certain, qofjir peignit dans Tes caraSiéres des perfonnes connues & >confîdéiaÛes. Son livre a fait beaucoup de mauvais imitateurs. M. en 1696. . Biumoi, jéfuite. Son théâtre des^ Grecs pafié pour le meilleur- ouyrage qu*on ait en ce genre. Il a prouvé ^*il eft bien plus ai£e. de traduire & de louer ks. anciens,. q?ae d^égaler par fes propres:- productions les grands modemea. ^Run {Pierre le) né à Aix en 1661. de Toratoire. Son livre: critique cUt pratiques Jhfferfiitieu/ès^ a été recherché ; mais c*eft un. médecin qui* ne parle que dé très peu de maladies. M. en 1729. Buffier [Claude) jéfuite. ' Sa mémoire artiâcielle e(t d'un grand* fècours pour ceux, qui veulent avoir les principaux faits de Thifloire. toi^ours pré&ns à l-efprit. Il a ^t fêrvir les vers (jp ne dis pas Ia=. poèïle) à leur premier u^ge, qui était d'imprimer dans. la mémoire des hommes le& événemens àotit «u voulait garder le fouvcnir. Bufly Rabutin. {Roger comte de) né d^ns le Nîvernoîs en 1618. II écrivit avec pwet&iK. On connaît ibs> malheurs &Lfès ouvrages» M. à Autun en, 1693^ Calprenéde [Gautier de la) né à Cahors vers Taa^ i 612; gentil^ homme ordinaire du roi; Ce fut lui,^. qui>mit> lés longs romans à.. la mode. M. en 1663. Campiitrpn (Jfan) né* à Touloule en 1656. eléve & imitateur de Racine.. Le duc de Vendôme dont il fut Èeretaire fit fk fortune,. & le comédien 5^r<7»- une partie dfe fe réputation^ Il y a des choies touchantes dans fes pièces :- elles font faiblement' écrites;; mais au. moins le langage eft aflêz pur, & après lui on a tellement négligé la langue dans les pièces de théâtre, qu*on afini par écrite d'un ftile entièrement bari>are.. C'eft ce que Bôileau dcplbrait en. mourant; .^ en 1723* Du Cange {Charles dù-Frefiie)^» né'à.Amiens en i6k). Onlàit combien fès deux (^«^Wi font utiles pour l'intelligence de tous les ^ , uikges '*«*' * Ecrivains. 429 v&ger du bas empiie & des fiédes ftiivans. Il fut un de ceux que Louis ziv récompensa. M. en 16:88. Cailini {Jeau Dominique) né dans le comté de Nice en 1625, appelé par Colbert en^ ro66. Il a été le premier des aflronomes de ifon tems, mais il commença comme les autres par Tadrologie. M. en 1712; ' Câtrou, né en 1659, jëïuite. Il a fait avec le père Rouillé vingt tomes de Thifloife Romaine. Ils ont cherché l'éloquence, 6c n ont pas trouvé la précifîon. M. en 1737, Du Cerceau, jéfuitfe, a fait quelques poëfies naturelles dans le: genre médiocre. Il s*y trbuve des vers heureux. M. en 1730. La Chambre (Marin- Cur«au de) né au Mans en 1594. Tun; des premiers académiciens» M. en 1669,. • Lui- Ô& ion fîls: ont eû^ de la réputation. Chantereau [Louis le Févre) né en 1588. très lavant homme,. Kun.des premiers qui ont débrouillé Thiftoire de France ; mais il a accrédité une grande erreur, c'eft que les fiéfs héréditaires n'ont ôommencé quaprès Hugues Capet. Quand il n*y aurait que l'exemple de la Normandie, donnée ou pluftôt extorquée à titre de Mî héré- ditaire en 912, cela fuffiraitpour détruire l'opinion de Chantereau, » que pîufieurs hiftoricns ont adoptée. Il eft d'ailleurs certain, que Gharlemagne inftitua en France des fiéfs avec propriété, 6c que cette forme de gouvernement était connue avant lui dans la Lom- bardie 6c dans h. Germanie. M. en 1658. . Chapelain {^èan) né en 1595. Sans là pucellèïl aurait eu delà réputation parmi les gens de lettres. Ce mauvais poème lui valut" beaucoup plus que l'Iliade à Homère. Chapelain f lit pourtant*: utile par. fa littérature. M. en 1674. La Chapelle, Veceveur- général des finances, s auteur de quelques' tragédies qui eurent du fuccès en leur temps. Il était un de ceux- ui tachaient d'imiter Racine, car Racine forma fans le vouloir un oie comme les grands peintres. Ce fut un Raphaël qui ne fit point de Jeules Romain : mais au moins fes premiers difeiples écrivirent- avec quelque pureté dé langage ; 6c dans la décadence qui a fuivi, . on. a. vu de nos jours des tragédies entières, où il .n'y; a pas quatre ^ t j^XO E C R I r A I K 8. vers de fuite dans lefquels il n y ait des fautes groffiérès. d*où Ton eft tombé, & à quels excès on eft parvenu, après eu de il grands modèles. ChapeUe {ÇlauJe rHuillier) fils naturels de THuillier maître-des- comptes.* Il n*eft pas vrai qu'il fut le premier qui fe fervit def rimes redoubléçs ; d'Affouci s'en fervait avant lui & même avec quelque fuccès. Pourquoi donCy fixe au teint de rofiy ^and la charité vous impofe La loi (T aimer votre frochairiy PouveZ'VOuz me bair fanslomiez (Paul) le tems de fa naifîknce efl înccmnu : la plus-, part de fês ouvrages commencent à l'être ; mais ils. font utiles ^ ceux qui aiment les cecherches littéraires. ■ M. à Ixxidres en 1692. Commire, jéfuite. Il réuffit parmi ceux qui croient qu*on peut fâirrf de bons vers Lradns, & qui penfênt que des étrangers peuvent reâuf- citer le fiécle d'Augufte dans une langue qu'ils ne peuvent pas jmême pronc»icer. Gordemoi (Géraud) né à Paris. On lui doit le débrouillement du cahos des deux premières races des rois de France ^ 6c on doit cette utile enterprifê au duc de Montaufkr, qui chargea Cordeoioi de faire, l'hifloire de Charlemagne, pour l'éducation à^ inmfàgneur, U ne trou- va guéres dans les anciens auteurs que des abfurdités 6c des contradicr tions. La difficulté Fencouragea, 6c il débrouilla les deux premières draces. M. en {684. Corneille {Pierre) né à Rouen en 1 606. quoiqu^on ne repréfênte plus que quatre ou cinq pièces de trente-trois qu'il a compofées, il fera toujours le père du théâtre. Il eft le premier qui ait élevé b Igénie de la nation. On dit que fk traduâion de l'imitation de Jéfus- Chrift a été imprimée 3 2 fois : il eft auffi difficile de le croire, que •de la lice une fetile. II reçut une gratification du roi 4ans fa der- \niére maladie. M. en 1684. Corneille (liomas) né à Rouen en 1623. homme ^ui aurait eu Tine grande réputation, s'il n^avait point eu de frêne. On a de lui ^4 Pièces de théâtre. M. en 1709. Coufin (Louis) né a Paris en 1627. préfident à la cour des monoies. On lui doit beaucoup de tradudions d'hifloriens Grecs, ^uc lui fêid a fait connaître. M. en 1707. Dacier Ecrivains. 433 Dader (Andri) né à Citftres en 1651. Calvinifte comme fa femme, & devenu catholique comme elle. Garde des livres du cabinet du roi à Paris, charge qui ne fubfifte plus« Homme plus &vant qu'écrivain clcgant, mais à jamais utile par Tes traduâions & par fès notes. M. au Louvre en 172a.. Danchet (Antoine) a réuill à Taide du muficien dans quelques^ ^éra qui font moins mauvais que fes tragédies. Danet [Pierre) Tun de ces hommes qui ont été plus utiles qu'ils n'ont eu de réputaticm. Ses nliÛionnaires de la langue Latine & des antiquités furent au nombre de ces livres mémorables faits pour l'éducation du dauphin num/eigniur^ .& qui s'ils ne lîrent pas de ce prince un (avant homme, contribuèrent beaucoup à éclairer la France. M. en 1709. • Dangeau (Louis Abbé de) né en 1643, Excellent académicien. M. en 1723. Daniel (Gahrîel) jéfuité. . Hiftriographe de France, a rejûifié les fautes de Mézerai fur la première & la féconde race. On lui a re-^ proche, que fk diâion n'efl pas toujours aflêz pure, qge (on (Ule efl trop f^le, qu'il n'intérefîb pas, qu'il n'eft pas peintre, qu'il n'a .pas afièz approfondi les loix, les uf^es 6c les mœurs. Maiâ d'ailleurs il cfl inftruit, éxad, fage 6c vrai \ 6c s'il n'eO: pas au rang des grands écrivains, il e/l dans celui des meilleurs hiftoriens : 6c Ton n'a point d'hifloire de France préférable \ la Sienne. C'eft en vain que le père Daniel prétend, que les premiers tems de l'hiftoire de France font plus intéreflâns que ceux oe SLome, parce que Clovis 6c Dagobert ■avaient plus de terrain que Romulus 6c Tarquin. Il ne s'eft pas .apperçu, que les faibles commencemens de tout ce qui eft grand intérefîènt toujours les hommes ; on aime à voir la petite origine . ^'un peuple dont la France n'eft qu'une province, 6c qui étendit (on empire jufqu'à l'Elbe, l'Euphrate 6c le Niger. Il faut avouer, que notre hiftoire 6c celle des autres peujdes, depuis le cinquième ficelé ^e l'ère vulgaire jufqu'au quinzième, n'eft qu un cahos d'aventures barbares, fbus des noms barbares. Dtfgonne (Noël) né à Paris en 1634. Chartreux à Gaillon. C'eft le feul chartreux qui ait cultivé la littérature. Ses Mélanges^ fous le nom de Vigneul de Marville, (ont remplis d'anscdotes curir- «ufès 6c bazardées. M. en 1704. .3K . Def- 434 Ecrivains. Defcartes (René) né ea Touraine en 1596. Fils d'uii coniêiHer au parlement de Bretagne. Le plus graqd mathématicien de fba- tems, mais le philofophe qui connut le moins la nature, fi on le compare à ceux qui Tont fuivi. Il pafîk prefquê toute fà vie hors» de France pour philofophèr en liberté, à l'exemple, de Saumaifê qui; avait pris ce parti. Accufé d'athéifme comme tant d'autres philo- fophes, après avoir prouvé mieux qu*eux Téxiftence d'un Dieu. M- à Stockholm en 1650. Defmarets de (âint-Sbrlin (Jean) né à Paris en 1595. Il travailla beaucoup à la tragédie de Mirame du cardinal de Richelieu^ Sa comédie des vifiormaires pafïk pour un chéf-d*œuvre, mais c*eft que Molière n'avait pas. cncor paru. Il fut controIeur-généraL de l'ex- traordinaire des guerres & fecretaire de la marine du Levant. Sur la fin de fa vie il fut plus connu par fon fanadfine que par fès ouvrages. M. en 1676. Domat, célèbre jurifconfulte« Son livre des loix civiles a eu beau- coup d'approbation. Doujat (Jian) né àTouloufè en 1639. Jurîfconfulte & homme de lettres. Il faifait tous les ans un enfant à fa femme & im livre. Le journal des, favans l'appelle grand-homme ; il ne &ut pas prodi- guer ce titre. M. en 1688. Dubois (Gérard) né à Orléans en 1629. De roratoire. Il a fait Tbijîoire de FEglife de Paris. Mort en 1 696. Duché,, valet de chambre de Louis xiv, fit pour la cour quelques tragédies tirées de l'écriture à l'exemple de Racine, non avec le même fuccès. Duchêne (André) né en Tourraîne en 1 5 84. Hifloriographe du roi, atiteur de beaucoup d'hifloires & de recherches généalogiques. On l'appelait le père de Fhifloire de France. M. en 1 640.. . Dufrênoi (Charles) né à Paris en 1 61 1 . Peintre & poète. Son poëme de la pdnture i. réufll auprès jle ceux qui peuvent lire d'autres vers Latins que ceux du fîécle d'Augufle. M. en 1665. ■ Dufréni (Charles) né.a Paris en 1648. II pailâit pour petitrfil» de Henri iv & lui reflêmblait.^ Son père avait été valet de garde- robe de Louis xiii, & le fils l'était de Louis xiv, qui lui fit toujours du r Ecrivains. 4-5? du bien maigre Ion dérangement, mais qui ne put l'empccher de jiiiourir pauvre. Avec beaucoup d'efprit & plus d'un talent, il ne ^put jamais rien faire de régulier. On a de lui beaucoup de comé- dies, & il n'y en a guères où Ton ne. trouve des Içénes jolies & finguliéres. M. en 1724. Dupleix (Scipion) de Condom. Quoique né en 1559, peut être compté dans le fiécle de' Louis xiv, aiant encor vécu fous fon régne. Il eft le premier hiftorien qui ait cité en marge fes autorités, pré- caution abfolument néceffaire quand on n'écrit pas l'hiftoire de fon tems. On ne lit plus fon hiftoire de France, parce que depuis lui on a mieux fait 6c mieux écrit.. JM. en 1661. Efprit (yacques) né à Béziers en 161,1. Auteur du livre de la fauffeté des vertus humaines^ qui n'eft qu'un commentaire dû duc de la Rochefoucault. Le chancelier Séguier, qui goûta fa littérature, lui fit avoir un brevet de confèiller d'état. M, en 1678. Le marquis de la Fare, connu par fes mémoires & par quelques vers agréables. Son talent pour la ppëfie ne fe dévelopa qu'à l'âge de près de foixante ans. Ce fut madame de Cailus, l'une des plus aimables |)erfonnes«de ce fiécle par fa beauté & par fon efprit, pour laquelle il fit fes premiers vers, & peut-être les plus délicats qu'on ait de lui. M" abondonrtant un jour à la trifteffe Sans efpêrance ^ même fans dejirsy y a regrettais les fenfibles plaifirs Dont la douceur enchanta ma jeumffe. Sont-ils perdus^ difais-je^ fans retour y Et n es-tu pas crueî^ Amour! Toi que fat fait dès fnon ^enfance^ • Le maitre de mes plus beaux jours^ D^-en laiffer terminer le cours A tennuieufe indifférence ? ' Alors fapperçus dans les airs U enfant maître de V univers^ ' ^^ plein d^une joie inhuf naine Me dit en four tant y Tircisy ne te plains plus^ jfe vais mettre fin à ta peine^ ye te protnets un regard de Cailus. Mort 011713. K 2 ta 43^ Ecrivains. La Faktte (Mark Modelante de k Vergne comtciïè ^e) & frinceffé de Clévés & ia Zaùle furent les premiers romans^ où Ton vit les mœurs des honnêtes gens 8c des avantures naturelles décrites avec grâce. Avant elle on écrivait d'un ftile emp^ulé des choies incroi^- ables. M. en 1693. Félibien (André) né à Chartres tn 1619. Il eil k pemier qui dans les infcriptions de THôtel de ville ait donné à Louis quatorze le nom de grand. Ses entretiens fur la 'oie des peintres ibnt l'ouvrage qui lui a ^t le plus d'honneur. Il eft élégant, profond, & il re- ipire le goût. Mais il dit trop peti de choies en trop de paroles^ & eil abiblument ians méthode. M. en- 1 695. Fénejon (François de SaKgnâc) archevêque de Cambrai, ne en Périgord en 165t. On a de lui cinquante>cinq oui^ages difFérens^ Tous partent d'un cœur pldn dé vertu, mais ion Xélémaque l.'inipire. Il a été vainement blame par Gueudeville & par l'abbé Faidît. M. à Cambrai en 1715. • ^ Ferrand, concilier de la cdur des aides. On a de lui de très jolis vers. Feuquiéres de Pas (le marquis de) né à I^ris'en 1648) Officier conibmmé dans l'art de k guerre^ & esccellent guide s'il eil critique trop févére. M. en 1 7 1 1 . Le Févre (Tannègui) né à Caen en 1 6 1 5. Calviniile, profeiïèur à Saumur, mépriiànt ceu2£ de la ièâre 8c demeurant parmi eu^, plus philoibphe que Huguenot, écrivant auili bien en Latin qu'on puiflb écrire dans ime kngue morte, laiiknt des vers Grecs qui doivent avoir eu peu de leâéurs. La plus grande obligation que lui aïent les lettres, eil d'avoir produit madame Dacier. M. en 1678.. Le Févre (Arnte) madame Dacier. Née calviniile à Saumur en 165 1. llluilre par k icience. Le duc de Montauiîer k fit tra- vailler à l'un de ces livres qu'on nomme dauphins^ pour Féducatioix de monfeigneur* Le Florus aVec des notes Latines eft d'elle. Ses traduâions de Terence & d'Homère lui fbttt un honneur immortel. On ne pouvait lui reprocher que trop d'admiration pour tout ce qu'elle avait traduit. La Mette ne l'attaqua qu'iCvec de Telprit, 2& elle ne combattit qu'avec de l'érudition. M. en 17 20 au Louvre, Fléchier (Efprit) du'Comtat d'Avignon, né en 1632. Evêque de Lavaur & puis de Nîmes. I^te Français & Latin, hiiloiieny Jk pré- l Ecrivains. 437 prédicateur, mais connu furtout par iès belles oraffbns funèbres. $on hiftoire de Théodciê a été faite pour l'éducation de tnonfeignèur* Le duc de Montaufier avait engagé les meilleurs efprits de France, à' travailler par de bons ouvrages à cette éducation. M* en 1710. Fleury (Claude) né en 1640. Sous précepteur du duc de Bour- gogne & confefîêur de Louis xv fon fils, vécut à la. cour dans la folitude 6c dans le travail. Son hiAoire de TEglife efl la meilleure u'on ait jamais faite, 6c les difcours préliminaires encor au defTus e l'hiftoirc. M. en 1723. La Fontaine (Jean) né à Château-thiéri en 1621. Le plus {Impie des hommes, mais admirable dans fon genre quoique négligé 6c inégal. Il fut le feul des grands hommes de "fon tems qui n*eue point de part aux bienfaits de Louis xiv. Il y avait droit par fou mérite 6c par fa pauvreté. M. en 1695. Forbin (Claude chevalier de) chef d'efcadre en France, grand- amiral du roi de Siam. Il a laifTé des mémoires curieux qu on a rédigés, 6c on peut juger entre lui & du Gué-trouin. La FolTe (Antoine) né en 1658. Manlius eft Ùl meilleure pièce de théâtre. M. en 1708I Fraguier (Claude) né à Paris en 1666. Bon littérateur 6c plein de goût. Il n*a écrit que des vers Latins 6c quelques diâertationsr M. en 1728. Furetiére (Antoine) né en i620« Fameux par iôa diâiûBiBiirp tx par fà querelle. M. en 1688. Galuit (Antoine) né en Picardie en 1646. U apprk à Conftanti- nople les langues orientales, 6c traduiilt une partie des contes Arabeiy qu*on connaît ibus k titre des nulle âf tme nkh* M. en 1 7 1 5. Gacon (Francis) né à Lyon en 1667. Mis par le pérc Nicéron •dans le ca,talogue des hommes illuflres, 6c qui n*a été fameux que par de mauvaises iàtires* Il a eu grande part à ce recueil de ^oflf- éres 'plailânteries qu'cMi appelle brevets de la calotte. Cçs turpitudes- ont pris leur iburce dans je ne fai quelle aâ!bciation qu*on £^)pelait le régiment des fous 6c de la calotte. Ce n*eft pas là apurement du bon goût. Les honnêtes gens ne voient qu*avec mépris de tels ou- vrages 6c leurs auteurs qui ne peuvent être cités que poio: iaàxt ab- horrer leur exemple. M. en 1725 ► L*Abbé 438 E CR I VA I N S. L^ abbé Gallois, (y^j;?) nt à Paris en i632. Savant tmîverfel, fut le premier qui travailla au journal des favans avec le confeiller clerc ^Sallo, qui avait conçu Tidcc de ce travail. Il enfeigna depuis un peu de Latin au niiniftre d'état Colbert, qui malgré fes occupations crut avoir affez de tems pour apprendre cette langue ; il prenait . furtout lès leçons en carofTe dans fes voiages de Verfailles à Paris* On difait avec vraifemblance, que c'était en vue d'être chancelier. On peut obferver, que les deux hommes qui ont le plus protégé les lettres, ne favaient pas le Latin, Louis xiv & monfieur Colbert. M. en J^joj. GafTendi [Pierre) né en Provence en .15^2. Reftaurateur d'une .partie de la phyflque d'Epicure. Il fentit la nécefïité des atomes & du vuide. Newton & d'autres ont démontré depuis ce que GafTendi avait affirmé. Il eut moins de réputation que Defcartes, parce qu'il était plus raifonnable, & qu'il n'était pas inventeur ; mais on l'accufa comme Defcartes d'athéifme. Quelques-uns crurent, que celui qui admettait le vuide comme Epicure niait un Dieu comme lui. C'eft ainfi que raiTonnerit les calomniateurs. Gaflendi en Provence, où Ton n'était point jaloux de lui, était appelé le faint prêtre; a Paris quelques envieux l'appelaient l'incrédule. M. en 1656. Gédouin, chanoine de la fainte- Chapelle à Paris. Auteur d'une excellente traduélion de Quîntilien, &c. L'abbé Geneft, né en 1635. Prêtre, aumônier de la duchefîe d'Orléans femme du régent. Il a fait plufieurs tragédies. Sa Pénélope eut beaucoup de fuccès. M. en 17 19. Le Gendre {Louh) ne a Rouen en 1655. A fait une hiftoire de . Franbe. Pour bien faire cette hiftoire, il faudrait la plume & la liberté du préfident de Thou ; & il ferait encor très difficile de rendre les premiers fiécfcs intcrefTans. M. en 1733. L*abbé Girard. Son K\Te des fynonimes eft très utile. Godeau [Antotm) Tun de ceux qui fervirent à rétablifîêmept de Tacadêmie • Françaife. Poète, orateur & hiftorien. On fait que pour faire un jeu de mots le cardinal de Richelieu lui donna Tèvéché de grafTe, pour le bénédicité mis en vers. Son hiftoire ecclcfiaftique en profe fut plus eftimte que fon poëme fur les faftes de l'eglifè. ,11 fê trompa en croiant tgaler les faftes d'Ovide j ni fbn fujet ni (on. I géiiic .Ecrivains.. • 439 génie n'y pouvaient fuffire. .C*eft une grande erreur -de penfèr, que les fujets chrétiens puifîent convenir à la poëfie comme ceux du paganifme, dont la mythologie auflî agréable que fauflê animait toute la nature. M. en 1672. , Godefroi ' {^éodore) fils de Denys Godefroi Pariûen. Homme favant, né a Genève en 1580. Hiftriographé de France fous Louis XIII & Louis xiv. Il s'appliqua furtout aux titres & au céré- monial. M. en 1649. Godefroi {Denys) fon fils, ne à Paris en 161 5. Hiftoriographe de. France comme fon père. M. en. 168 1. . Gomberville (Marin) né à Patis en 1600. L'un dea premiers académiciens. . Il écrivit de grands romans avant le tems du bon 'goût. M. en 1674. Gondi (Jean Françm) cardinal de Retz, né en i6ij. Qui vécut en Catilina dans fa jeunefTe, & en Attkus dans fa vieilleffe. Plu- fieurs endroits de fes mémoires font dignes de Salufte ; mais tout n'eft pas égal. M. en 1679. Gourville, valet de chambre du duc de la Rochefoucault, devenu fon ami & même celui du grand Condé. Dans le même tems pendu à Paris en effigie, & envoie du roi en Allemagne .; enfuite propofé pour fuccédèr au grand Colbert dans le miniftére. Nous, avons de lui des mémoires de fa vie, écrits avec naïveté, dans lef- quels il parle de fa naifiânce 6c de fa fortune avec indjiâérence^ Le Grand {yoachim) né en. Normandie en 1653.. Elève du p^ • le Cointe. Il a été L'un des hommes les plus profonds dans l'hiâoire^- .M. en 1732. Guerret {Gaèriel} né à Paris en 1641. Connu dîuis fon tems par fon Parnafîe réformé & par la guerre des auteurs. Il avait du goût ; mais fon difoours, Ji P empire de P éloquence eft plus- grand qut: eelui de P amour, ne prouverait pas qu'il, en eût^ Il a fait le journal du* palais, conjointement avec Blondeau : ce journal du palais efl un recueil des arrêts des parlemens de France, jugemens fouvent* différens dans des eaufès femblables.. Rien ne fait mieux, voir com- bien la jurifprudence a befoin d'être réformée, que ce befoia qu'on: a de lecueilUr des arrêts.. M., en' 1688.. 440 Ecrivains* Da Guet {yaeques Jofeph) né en Forez en 1649. L'une des meilleures plumes du parti janfénifte. Son livre de V éducation Sun roi n'a point été fait pour le roi de Sardaigne, comme on Ta dit. M. en 1733. Du Gué'trouin, d'armateur devenu lieutenant-géno^ des armées navales. L'un des plus grands hommes en ion genre, a donné des mémoires écrits du ftile d'un ibldat, 6c propres à exciter l'émulation chez Tes compatriotes. Du Hamel {^ean Baptifte) de Normandie, né en 1624. Secré- taire de l'académie des fciences. Quoique philofbphe il était théo- l<^ien. La philofbphie, qui s'eft periêdionnée depuis lui, a nui à lès ouvn^^ ; mais £>n nom a fubmlé. M. en 1 706. • « Le comte de Hamilton [Antoine) né à Caën, On a de lui quel-» ques jolies poëiïes ; ■ 6c il efl le premier, qui ait ^it des romans dans un goût plailànt, qui n'eft pas le burleîque de Scarrcm. Hardouin (yean) jéfuite, profond dans l'hiftoiiè & chimérique dans les fentimens. Hénaut, connu par le fonnet de l'Avorton, par d'autres pièces, 6c qui aurait une très grande réputation fi les trois premiers chants de fà tradu<5lion de Lucrèce, qui furent perdus, avaient paru 6c avaient été écrits comnie ce qui nous eft refté du commencement de cet ouvrage. Au refte la poftérité ne la confondra pas avec un homme du même nom 8c d'un mérite fupérieur, à qui nous devons ]a plus courte 6c la meilleure hiftoire de France, 6c peut-^tçe la ièule manière dont il faudra déformais écrire toutes les grandes- hiftoires. Car la multiplicité des faits 6c des écrits devient fi grande, qu'il faudra bientôt tput réduire au extraits 6c aux diâicHmair^. Mais il (êra difficile d'imiter l'auteur de rd>régé chre Maroles {Michel) né en Tburaine en 1600. fils du célèbre Claude de Maroles capitaine des cent-Suiflês, connu par fon combat fingulier à la tête de Tarmée d'Henri, iv contre Marivaux.. Michel,, abbé de Villeloîn, compofa 69 ouvrages, dont plufîeurs font des tra- duâions utiles dans leur tems. M., en 1681. MarfoUier {Jacque^ ne à. Paris e» 1657. chanoine régulier de fainte-Géneviéve. Connu par plufîeura hifloires bien écrites. M. en 1724. Martignac {Etienne) né en 1628. Le premier qui donna une traduâion fupportablè en profe de Virgile, d'Horace, &c. Je doute qu'on les traduife jamais heureufement en vers. Ce ne ferait pas Ecrivain y. ^-^^ pas afléz d*avoir leur génie, la difl^rciKC des langues cft un obftacle prefque invincible. M. en 1698. La MsLTTe ^{N'icoias) né à Paris en 1641. commiflaîre au Châtelet. Il a fait un ouvrage qui était de fon reflbrt, thijîoire de la police. Il n'eft bon que pour les Parifîens, & meilleur à confulter qu'a lire. Il eut pour recompenfe un part fur le produit de la comédie, dont il ne jouit jamais : il aurait autant valu affignèr aux comédien» une penlîon fur les gages du guet, Mafcaron [jfules) de Marlèille, né en 1634. évêque de Tulles 8c puis d* Agen» Ses oraifons funèbres balancèrent d^abord celles de BofTuet, mais aujourd'hui elles ne fervent qu'à faire voir combien BolTuet était im grand homme. M. en 1703. Maflillon, né en Provence en 1663. de l'oratoire, évêque de Glermont. Le prédicateur qui a le mieux connu le monde. Plus Fleuri que Bourdalouë, plus agréable, & dont l'éloquence fent l'homme de cour, l'académicien, 6c l'homme d'efprit ; d'ailleurs» philofophe modéré & tolérant. M, en 1742- Maucroix {François) né à Noyon en 1619. Hiftorien, poète fc littérateur. M. en 1708. Ména^ {Gilles) d*^Angers, né en 1 61 5. Il a prouvé, qu'il eft plus aifé de faire des vers en Italien qu'en Français. Ses vers Italien» Ibnt eftimés même en Italie ; 6c notre langue doit beaucoup à fês> recherches. Il était favant en plus d'un genre. M. en 169 2r. Ménétrier {/L^auele François) né en 1631» a beaucoup fervi à la £;ience du blazon, des emblèmes 6c des devi^. M. en 1705. Méri {jfean) ne en Berri en 1645* L*un de ceux qui ont le plu» iJluftré la chirurgie;. Il a laifTé des obfervatians utiles^ M. en 1722.. Muerai {François) né à Argentsm en Normandie en 1 61 c Son» hifloire de France dft très connue ; les autres écrits le font moins. Il perdit fes penfions, poiir avoir dit ce qu'il croiait la vérité. D'ail- leurs plus hardi qu'éxaâ,. 6c inégal dans fbn ftile. M. en 1 6^ 3^ Le Moine {Pierre) jéfuite, ne en 1602. Sa dévotion aifie le rendit ridicule. Mais il eût pu fe faire un grand nom par & Lçuifiade^ Il avait une prodigieufe imagination. Pourquoi donc ne. réuffit-il pas ? c'eft qu'il n'avait ni goût ni connaiflânce du génie de fa laugue> ni des amis fevéres. M. en 167 1.. Molière 44Ô £ C R I V A t N 8i Molicre (Jean Baptijie) né à Paris en 1620. Le meilleur des poctes comiques de toutes les nations. La diiHculté qu*on £t de l'enterrer, eft un reproche à la France. Cet article a engagé à relire les poètes comiques de l'antiquité. Il faut avouer, que fi on compare l'art & la régularité de notre théâtre avec ces fcénes décou- Tues des anciens, ces intrigues faibles, cet ufâge groffier de faire annoncer par des acteurs, dans des monologues froids & fans vrai- femblance, ce qu'ils ont fait & ce qu'ils veulent faire; il feut avouer, dis-je, que Molière a tiré la comédie du cahos, ainfi que Corneille en a tiré la tragédie ; & que les Français ont été fupérieurs en ce point à tous les peuples de la terre. M. en 1673. Mongaut, précepteur du duc d'Orléans fils du régent. Sa tra- dudion des lettres de Cicéron & fes notes font très eftimées. La Monnoye (Bernard) né en 1641. Excellent littérateur. M. en 1733. Montfaucon (Bernard) né en 1655. bénédidin. L'un des plus (avans antiquaires de l'Europe. M. en 1741. Montpenfier (Anne Marie Louife d'Orléans) connue fous le nom de mademoifelle ; fille de Gafton d'Orléans, née à Paris en 1627. Ses mémoires font plus d'une femme occupée d'elle, que d'une piin- cefiè témoin de grands événemens \ mais il s'y trouve des cho{ès très curieufos. M. en 1693. Moréri ("Louis) né en Provence en 1643. On ne s'attendait pas que l'auteur du pais d^ amour ^ & le tradudeur de Roderiguez entre- prît dans fa jeuneflê le premier diâionnaire de faits, qu'on eut cncor vu. Ce grand travail lui coûta la vie. L'ouvk^c réformé & très augmenté porte encor fon nom, & n'eft plus de lui. C*eft une ville nouvelle bâtie fur le plan ancien. Trop de généalogies fufpeâes ont fait tort furtout à cet ouvrage fi utile. M. en 1680. Morin (Michel Jean Baptijie) ne en Beaujolois en 1583. médecin, mathématicien, & par les préjugés du tems aftrologue. Il tira Thorofcope de Louis xiv. Nfelgré cette charlatanerie il était {avant, M. en 1656. Morin (Jean) né à Blois en 1591. Très favant dans les langues orientales & dans la critique. M. à TOratôire en 1659. 7 Morin Ecrivains, 44^ Morin (Simon) né en Normandie en 1623. On ne parle ici de lui, que pour déplorer fà fatale folie & celle de faint-Sorlin-Def^ maiets {on accufateur. Saint-Sorlin fut un fanatique, qui en dé- nonça un autre. Morin, qui ne méritait que les Petites-maifons^ fut brûlé vif en 1663, avant que philolbphie eût fait afTez de pro- grès pour empêcher les fâvans de dogmatifer, & les juges d'être fl cruels. La Motte-houdard (Antoine) né à Paris en 1672. Célèbre par fes ouvrages, & aimable par fès mœurs. Il avait beaucoup d'amis, c'eft à dire qu'il y avait beaucoup de gens qui fè plaifaient dans fa fociété. Je l'ai vu mourir fans qu'il eût perfonne auprès de fon lit en 1731. De Motteville (Fraçoife Bertaut) née en 1 6 1 5 en Normandie. Cette dame a écrit des mémoires^ qui regardent particulièrement la reine Anne mère de Louis xiv. On y trouve beaucoup de petits faits» avec un grand air de fîncérité. M. en 1689. Le Nain de Tillemont (Sebaftein) fils de Jean le Nain maître des requêtes, né à Paris en 1637. élève de Nicole, & l'un des plus fa- vans écrivains de Port-roial. Son hiftoire des empereurs, & fes feize volumes de l'hifloire ecclèfîaftique font écrits avec autant de vérité que peuvent l'être des compilations d'anciens hiftoriens ; car l'hi- ftoire, avant l'invention de l'imprimerie étant peu contredite, était peu éxaâe. M. en 1698. Naudé (Gabriel) né à Paris en 1 600. médecin, & plus philofbplie que médecin. Attaché d'abord au cardinal Barberin à Rome, puis au cardinal de Richelieu, au cardinal Mazarin & enAiite à la reine Chriftine dont il alla quelquetems groffir la cour favante ; retifé en- fin à Abbeville, où il mourut dès qu'il fut libre. De tous fès livres, fbn apologie des grands hommes accu/es de magie efl prefque le feul qui foit demeure. On ferait un plus gros livre des grands hommes, accufes d'impiété depuis Socrate. — Populus nam folos crédit habendos EJfe deos quos ipfe colite M. en 1653. Nemours (Marie de Longueville duchefle de) née en 16^5. On a d'elle des mémoires, où l'on trouve quelques particularités des ten^ malheureux de la fronde. M. en 1707. Ncvcr* 4.48 Ecrivains. Nevers (Philippe duc de) on a de lui des pièces de pocfîe d'un goût très {ingulier. Son efprit & fes talens fè font perfeéticMuiés dans ibn petit- fils. M. en 1707. Niceron (Jean Pierre) de Toratoire, né à Paris en 1685. auteur des mémoires fur les homptes iïluftres dans les lettres. Tous ne font pas illuflres ; mais il parle de chacun convenablement ; il n'appelle point un orfèvre grand homme. Il mérite d'avoir place parmi les lavans utiles. M. en 1738. Nicole (Pierre) né à Chartres en 1625. un des meilleurs écri- vains de Port-roial. Ce qu'il a écrit contre les jéfuites n'efl guéres lu aujourd'hui ; 6c fês effais de morale^ qui font utiles au genre hu- main, ne périront pas. Le chapitre fur tout des moiens de conferver la paix dans la fociété efl un chef-d'œuvre, auquel on ne trouve rien d'égal dans l'antiquité en ce genre ; mais cette paix eff peut-être auffi difficile à établir que celle de l'abbé de faint- Pierre. M. en 1695. D'Orléans (Jo/eph) jéfuite. Le premier qui ait choifi dans l'hif- toire les révolutions pour fbn feul c^jet. Celles d'Angleterre qu'il écrivit, font d'un flile éloquent ; mais depuis le régne de Henri huit il efl plus difèrt que fidèle. M. en 1698. Ozanan {Jacques) Juif d'origine, né près de Dombes en 1640. Il apprit la géométrie fans maître dès l'âge de quinze ans. Il efl le premier qui ait fait un diElionnaire de mathématiques. Ses récréations mathématiques ont toujours un grand débit* M. en 1717. Pagi (Antmn^ provençal, né en 1624. francifcain. Il a corrigé Baronius, & a eu penfion du clergé pour cet ouvrage. M. en 1699. Papin (Ifaac) né à Bl<»s en 1657. cal vinifie. Aiant changé de religion il écrivit contre elle. M. en 1 709. Pardies (Ignace Gaflon) jéfuite, né à P6 en 1638. Connu par fês élémens de géométrie^ & par fbn livre y«r Pâme des bêtes, M. en 1673. , Parent (Antoine) né à Paris en 1 666. bon mathématicien. Il efl encor un de ceux qui apprirent la géométrie fans maître. Ce qu'il jr a de plus fingulier de lui, c'efl qu'il vécut longtems à Paris libre tx, heureux avec moins de deux-cent livres de rente. M. en 1 7 1 6. Pafcal (Blaife) fils du premier intendant qu'il y eut à Rouen, né p\\ 1623. Génie prématuré. Il voulut fe fervir de la fupériorité 3 4ç Ecrivains. 449 de ce génie, comme le rois de leur puii&nce ; il crut tout, fou-' mettre & tout abaiflèr par fa force. La langue & Téloquence lui doivent beaucoup. M. en 1662. Patin {Gui) né a Houdan en 1601. Médecin, plus fameux par fêis lettres méditantes que par fà médicine. Son recueil de lettres a été lu avec avidité, parce qu'elles contiennent des nouvelles anec- dotes que tout le monde aime, & des iàtires qu'on aime davantage. Il fert à faire voir, combien les auteurs contemporains, qui écrivent précipitamment les nouvelles du jour, font des guides inndéles pour rhiftoire. Ces nouvelles fe trouvent fouvent faufTes ou défigurées par la malignité; d'ailleurs* cette multitude de petits faits n'eil guéres prétieufe qu'aux petits efprits. M. en 1672. Patin {Char /es) né a Paris en 1633. fils de Gui Patin. Ses ou- vrages font lus dès £ivans, 6c les lettres de fon père le font des gens oififs. Charles Patin très fâvant antiquaire quitta ht France, 6c mourut profeflèur en médecine à Padouë en 1693. Patru {Olivier) né à Paris en 1604. Le premier qui ait introduit la pureté de la langue dans le Barreau. Il reçut dans fa dernière maladie une gratification de Louis xiv, à qui on dit qu'il n'était pas riche. M, en 1681. Pavillon {Etienne) né à Paris en 1632. Avocat- général au par- lement de Metz, connu par quelques poëfies écrites naturellement. M. en 1705. PélifTon-fontanier {Paul) né à Béfiers en 1624. Poëte médiocre, 6c homme très éloquent & très favant, premier commis du furinten- -dant Fouquet, maître des comptes,- puis maître des requêtes 6c chargé d emploier le revenu des œconomats à faire quitter aux Huguenots leur religion, qu'il avait quittée lui-même. On a de lui beaucoup d'ouvrages, des prières pendant la meflê, un traité, fur reucharijftie, un recueil de pièces galantes. Mais ce qui lui a fait le plus d'honneur, ce font fes difcours pour monfieur Fou- quet, 6c fon hiftoire de la conquête de la Franche-comté. Les proteftans ont prétendu qu'il était mort avec indifférence ; les catholiques ont foûtenu le contraire. M. en 1693. Perrault {Claude) né à Paris en 1613. Il fut médecin ; mais il n'fcXerça la médicine que pour fes amis. Il devint, fans aucun 3 M maître, 450 Ecjii vAi.Mï» nmtr^^ h^bifç dtps tom les arts qui oxA du rapport au j^0êio ^ da^s )$;$ vfi^râ^^* Bon phyûçiço, grand ardute^e. l\ eço^Vi* ràgea les arts Tous la proteâion de Colbc^t,. ^ eut de h, r^i^ta-- tion malgré Boileau. M. en 1688. Perravlt [Charles), ne en 1626. frère dç Claude Coiitroleuir*'- géi^éral de$ bâtiqiens fous Colbert, dûnna la forme aux 9C^^mies; dç peinture, de fculpture & d'àr^teâure; Util^ awi gwdr- à^- lettres, qui le recherchèrent pendant la vie de £>n proteôeuTat &- qui ra|)andonnérent enfuite. On lui a reproché d*^voir tcqmk t^Qp^ dç défauts dans les apciens ; mais fa giapde ^utjç e|t 4e Icç ayo^ cptîquçs maladroiteqient^ M. en 1703- Pétau '(Denis) né à Orléans en- 1583, jéfutte.. Ii^a:rér6rmé lài chronologie. On a de lui foixantç 2ç cÛx ouvrages. M* gb 165 a< Petits de la Croix (j^v/sçofVjJ'ua dcceux,, dont lé grand 'Otiniftre: Cçlbert encoufagoa & récompensa k. mérite. . Louis xiv> T^oivoia eot Turquie 8c en Perip à Tàgs de fèize ans-, pour apprendre les langues-, orientales. Qui croirait qu*il a compoie une partie de. la vio de- Louis XIV en Arabe, & que ce livre eft- eftimé daas< Tcffiént ? ' on a-. de hmflù/hire deG^mrifiam 9^ ik^J^fitterJanit firéè det^4UKiemai4tmnti jérabes^ & plufieurs livres utiles ;^ mais^fà tradu£îim de^ m/fU ^ tmi jour^ eft ce qu*on lit le j^us^ IJ homme eft de glace aux vérité f^^ Il eft de feu ^mr- le menféngeM. M. en 171 3. Petit (Pierre) . né à Pânj- en» 1 6'i 7. . phibfàphe & £nranti II n'ii écrit qu*en Latin.^ M» «|i 1687..- Pezron (Paul)] de Boidre de eiteaux; Né en Btetagne. en 1639.. Grand antiquaire, qyi a travsullé'fur Ibrieine de la langue, des Goths. . M., en 1706.. Du Pin (Loum) né en 1637. I^odeur d© forbonne; . Sa hih^o^ theque des- auuurj «cci^e Pollghâc fMekhîor) cardmal, né au Vélây*!! 1662. Auflî "bon poëte Latin Àfeine. Elle l'appelait Apollon, . & lui. demandait je.t ne fais quel fècret. U lui répondit r iLadtviniié qui. samufè A me demander mon fecret^ Si fêtais Apolkn' ne ferait point nui muféi: Elle ferait 77>e*tis Ôf le jour finirait, Anacrébn moins vieux ^t de. bien moins jolies cholêsi Si les Grecs . avaient eu. des écrivains tçls que nos bons auteurs» ils auraient étd^ encor plus vains^> & nous leur, applaudirions .aupurdUmi avec encor plus de. raifon< Sainte-Marthe. Cette famille. a été pendant {^us de cen^ années., féconde en favans. Le. premier Gaucher de Jainte-Marthe^ ^it: Charles, qui fut éloquent pomr fbn tems« M., en 155 c« Scevoky neveu de Gharlesi, le diftiugoa dans les lettres & dansles-. afBûres. Ce fut lui qui réduifit Poitiers fous 1 obéiâânce de Henri iv.. . IT mourut à Loudun €01623,. ^ ^^ ^Qieux Urbaifi ^GraIldier pro^ foA ocaifon funèbre. Ààell 45.6 Ecrivains. 1 j^iel de lainte-Marthe fon fils cultiva les lettres comme fou père & mourut en 1652. ^Sons fils nommée y46el comme lui, marcha fiir fes traces. M. en 1 706. Scevole & Louis de fainte- Marthe^ frères jumeaux, fils du pre- mier Scevole. Enterrés tous deux à Paris dans le même tombeau à faint-Severin^j furent illuftres par leur favoir. Ils compolerent en- femble le Gallia Chriftiana. Denis de fainte-Marthe, leur frère, acheva cet ouvrage. M. à Paris en 1725. Pierre Scevole de faînte-Marthç, frère aine du dernier Scevole, fut hiftoriographe de France. M. en 1690. ' Saint-Pierre (l'abbé de) a contribué par fes écrits à faire établir la ta- ille proportionnelle. Ses idées politiques n'ont pas toujours été des rêves. Saint-Evremont (JObarUs) né en Normandie en 16 13. Une mo- : raie voluptueufe, des lettres écrites à des gens de cour dans un tems où ce mot de cour était prononcé avec emphafe par tout le monde, des vers médicocres quon appelle des vers de fociété faits dans des fbciétés illuftres, tout cela avec beaucoup d'efprit contribua à la réputation de fes ouvrages. Un nommé Defmaizeaux les a fait im- primer avec une vie de l'auteur, qui contient feul un gros volume j & dans ce gros volume il n'y a pas quatre pages intérefîantes. Il n'èft groffi que des mêmes choies qu'on trouve dans les œuvres de faint-Evremont : c'eft un artince de libraire, un abus du métier d'éditeur. C'eft par de tek artifices qu'on a trouvé le fecret de multiplier les livres à l'infini fans multiplier les connaifTances. On connait fon exil, fa philofophie & fes ouvrages. Quand on lui de- manda à ia mort s'il voulait fe réconcilier, il répondit : „ je vou- yy drais me réconcilier avec l'appétit." Il eft enterré à Weftminfter avec les rois & les hommes illuftres d'Angleterre. M. en 1703. Saînt-Pavih [Denis fanguîn de) il était au nombre des hommes de mérite, que Defpréaux confondit dans fes fatircs avec les mauvais écri- vions. Le peu qu'on a de lui, paflb pour être d'un goût délicat. On peut connaître fon mérite perfonnel par cette tpitaphe, que fit pour lui Fieubet le maître des requêtes, l'un des clprits ks plus polis de ce fiéçle. Sous ce tombeau git faint-Pavin : Donne des larmes a fa fin. Tu fus de fes amis peut-être ? * PJeure ton fort ^j le fien: Tu E CRI VAINS. . 457 Tu lien fia pas f fleuré h tkn * Pajfoifty d* avoir manque le font dans la déclaiflation notée, & le font d'une manière uniforme, gloi-reu, viSïoi-reu, harbari~eu, furi-eu, . . Voilà ce qui rend la phifpart de nos airs 8c notre récitatif infupportable à quicon.- que n'y eft pas accoutumé. Le climat rcfufe encor aux voix la légèreté que donne celui d'Italie. Nous n'avons point l'hatàtude qu'on a chez le pape & dans les autres cours Italiennes, de priver les. hommes de leur virilité pour leur donner une voix plus belle que celle des femmes. Tout cela joint à la lenteur de notre chant, qui . fait, un étrange contrafte avec la vivacité de notre nation, rendra toujours la mufique Françailê propre pour les Iculs Français. Malgré toutes ces i-aifons, les étrangers, qui ont été longtems ère France, conviennent que nos muficiens ont fait des chefs-d'œuvre- en ajuftant leurs airs à ncis paroles, & que cette déclamation notée- eft fouvent une expreffion admirable ; mais elle ne l'eft que pour des oreilles très accoutumées, ■& il faut une exécution parfaite.. La mufique inftrumentale s'éft reffentie un peu de la monotome & de la lenteur qu'on reproche à la vocale ; mais plufieurs de nos, lymphonies, & furtout nos airs de danfe ont trouve plus d'applau- (diflement chez les autres nations. On les exécute dans, beaucoup- Sonera Italiens j il n'y en a prefque jamais d'autres chez, un roi qut M&A Artistes ' a un des meilleurs opéra de TEurope, & qui dans la foule de fes autres talens finguHers â daigné encor cultiver avec un très grand foin éelui de U tnuiique. yean Bapttfiê lulli né à Florence en 1633, amené en France à l'âge de .14 ans, & ne fâchant encor que jouer du violon, fut le père de. la vrai mufique en France.. Il ftrt: accommoder foa. art au génie de la langue ; c'était l'unique moien de réufllr. Il eft à re- marquer qu'alors la mufique Italienner génie ; il (ê perfeâionna à Roms. On l'appelle le peintre des gens d'efprit ; on pourrait auifi Tappder celui des gens de goût. Il n'a d'autre défaut quç celui d'avoir outrç le Ibmbrç* du coloris de l'école Romaine. I| était dans Ton tems le plus grand peintre de l'Europe. Rappelé de Rome à Paris, il y céda à 1 envie & aux cabales ; il fe retira. C*eft ce qui eft arrivé à plus d'un arttfle. Le Poujpn retourna à Rome, où il vécut pauvre mais content. Sa philorophie le mit au deiTus de la fortune. M. en 1665. Euflache le sueur, né à Paris en 161 7. N'aiant eu que f^met pour maître, devint cependant un peintre excellent. Il avait porté l'art de la peinturç au plus haut point, lorfqu'il mourut à l'âge, de 3$ ans en 1655. BouR8o^ ^ LB yAL«NTiN ont été célèbres. Trois des meilleurs tableaux qui ornent rcglilè de faint-Pierre de Rome, font du Pouffin, du Bourdon U du VaUntm* Charles le ifvfi né i Paris on 16 f 9. A peine eût il dévelopé fon talent, qjie Jfe fuiiniçndant Fouquct, J'u» des plus généreux iSc des plus malheureux hommes qui aient jamais été, lui donm une penHon dç ving.t-on, né en 1627, a égalé tout ce que l'antiquité a de plus beau, par les bains d'Apollon 6c par le tombeau du cardi-. nal de Richelieu. M. en 171 5. Les coisBVAUx 6c les coustoux fe font très diftingués, 6c font encor furpaflcs aujourd'hui per quatre ou cinq de nos fculpteurs. ChAVEAU, NANTEUÏl, MELAN, AUDBAN, HEDELING, LÉCLERC, les DREVET, poiLLY, picART, DucHANGE 6c d'autrcs out réuflî dans les tailles douces, êc leurs eflampes ornent dans l'Europe les cabinets de ceux qui ne peuvent avoir de tableaux. De {impies orfèvres, tels que balin 6c germain, ont mérité d'être mis au rang des plus célèbres artiftes par la beauté de leur defïêin, 6c par l'élégance de leur exécution. Il n'efl pas aufll facile à un génie né avec le grand goût de r ARCHITECTURE de faire valoir fès talens, qu'à tout autre artiAe. Il ne peut élever de grands monumens que quand des princes les ordonnent. Plus d'un bon architeâe a eu des t^Jens inutiles. François mas^sard a été un des meuli^urs architeâes de l'Europe. Le château ou pluftôt le palais de Maifons auprès de faint- Germain «ft un chef-d'œuvre, parce qu'il eut la liberté entière de fe livrer à fon génie. Jules Hardouin mansard fon neveu fit un fortune immcnfe fous Louis xiVf 6c fut furintendant des bâtimens« 3 O 2 On ^68 ArTKT.BS' Cl'kB'BRES. On confiait afiéz le» ouvrages élerét fur les deflèios de psrkault, de LBvtAU, & de dorbay. , •> . ' ■--■'•, L*àrt des jardins a été d>éé fie perfo£biiiinlé ptiV le Hotre pour Tagiéabi^ & par la qijjiimviE pcàir TudJe^ ' La XSRAVÙRE en pierres, pr^ciôidès, les ^oîns ndes médailles, les fontes des caraâéres pour rimprioKrie, tout cela s'éft xefîènti xlc» progrès hipides des autres atts. ' . . . . Les horlogers qu*on peut regarder oomme des phylkieas de pra* tique, ont fait admirer leur efprit dans leur travaU. On a nuancé les étofiès, & même Vas qui les embellit^ a:vec une intelligence & un goût fi rare, qu6 telle étoffé, qui n*a été portée que par luxe, méritait d*étre confèrvée comme un monument d*induftrie. On a commencé à faire de k poteelaim à {âint-<^ioud, avant que Fon en fit dans le l-efle de TBurope. Enfin le fiécle pafié a mis celui où nous fommes en état dr niflêmblèr en un corps, & die tranfinettre à la poftérité le dépôt de toutes les feiences 8c ^ tous les artSj tous poufTés audî loin que rinduflrie humakie a pu aller y & c*eft à quoi travaille aujourd'hui une fociété de favans, remplis d'efpiit & de lumières. Cet ouvrage immcnfe & immortel femble accufer la brièveté de la vie des hommes. F 2 Dr. 469 T A B L E DIS PRINCIPALES MATIERES. Académie dcl' Cimciito, 328. — de Londres, 329. -—des fcienccs de Paris, i^/<^. ^ Françaifc, /^// 335. des bcUes- Jettrcs,3îO. d'architcftate, 34.6. de pein- ture à Paris & à Rome, tbid. Albcmarlc (le général) 224. & JUiv. Albéroni (te cardinal) 234.. Albuqucrquc (le duc d') s8. Alexandre vu. pape» 384» Alexandre VIII. pape, 35*8. Alger, 21, 123. Allati> bibliothécaire du Vatican, 267. Allemagne, 6, érjùiv. 372. Alphonfe, roi de Portug. 81. Allace, ^, 103, 104, 109. Amfterdam, 13. Ancre (la maréchale d') 22. Angéli, bouffon, 264. Anglacrrc, 14^ 70. Anne d'Axttrichc, reine régente de France, 23, 24, 29, 33, yp, 196, Anne, reine d'Angleterre, 13], x6<$, 218,219, 226,227,232. Amin (le duc d*) 300. ' Architcâure, 2. Argencourt (mademoifcllc d') 249, Argenfoa (monsieur d') 307. Arnauld (le dofteur) 381. 383, 387» 388. Ton frère l'évêque d'Angers, 386. • Arras, 48. Artiérc-ban, id8. Artillerie pcrfcâionéc, 312. Asfeld (te tiaron d') 141. Afoph, 157. Allrologie judiciaire, 21, 23. Arlon (le comte d") 17B. Avaux (te comtftd') 133. Aubigné (le comte d') 287, 289. Aubray (le lieutenant civ.) 30, É^^, Augufte, empereur Konuid, i, 300. AuguAc éleâeur de Saxe & r maifoa d^ fi, 241, 243, éf" fuiv, B. Bade (Louis prince de) ITS- &JÎÙ9. rS8. Baioncttc inventée, 3x2. Bateac, 333. Baibcrin (les cardinani^ «S. Barbé&tii (le marquis de) 14S, tfiS, Barvick (le mareclial de) lOI, io>. Bataille 470 Table des matie'res. Bataille de Leipzig, 9. — de Lutzcn, ibid. — de Rocroi, 26. — de Fribourg, ,27. — de Norliuguc, ihid. — de Lcns, 28. — de Lawingcn, ibid. ~ de Som- incrhaufen, ibid. -^ de Badajox, 29. — de Tabor, ibid. — de Retcl, 3f. — de Blénau, 41. — de Saint antôinc, 42, ^ fuiv. — des Dunes, f2. — de Saint-Go- tliard, 6g. — de Villaviciofa, ihid. 218. — de Solbaie, 94, -p- de Sintzhcim, 102. — de Muhlhaufen, 103. — de Turck- hcim, ibid. — de Scncf, 104, lOf. — de Confarbruck, 108. — de Cockersberg, 113. — de Rhcinfcld, ibid. — de Mont- cafl'cl, ibid. — d'Agoufte, 114. — de Saint-dcnnis, 117. — de la Boync, 134. — de la Hogue, 136, 314. — de Val- courr, 142. «-- de Stafarde, 143. -* de Flcurus, 144. — de Leuzc, ibid. -^ de Steînkcrque, 145-, & fuiv. - de Ner- winde, 146. — du Ter, 147. — de Zanca, If 6. ^ de Luzara, 175-. — de Friedlin- gucn, 182.— de Hochftcdt, 181, 184,^1//^ qu'à 18 (5.— de Spire, 181.— d'£ckcrn,i83. — de Donavert,'/^/i/.—deMalaga, 190,191. m* de Caflàno, 193* — de Caflinato^ ibid. ••-de Ramilliçs, X94. — de Turin, 197, 198. -r de Caftîgllonr,/^/c/. 1— d'AImanza^ 2p2. — d'Oudenarde, 206. — de Mal- placjuet, 212- — de Saragoflc, 215'. ••• de Denain, 22 f. s— de 3itonto, 239.— de Vélatrî, 24^- d'Oetiogen ycrs le main, ibid. — dç Fpntcnoi^ ibid. r,- df Lauftld, ibid. Batavia, 13. Bateville ou Wattfville (If baron de) 6j. Tabbé fon frère, 77. Bavière (i eleâorat de) 4^^ Bavière (le prince de) dcfîgné roi d'Ef- pagne, i f 9. Bavière (rélcdcur de) allié de la France, 181, 183, i8f. iBaviére (Ferdinand de) 127, 128. Bavière (Marie Anne Chriûinc Vic- toire de) dauphinc, 390. Bavillc (la Moignon de) intendant de ï^nguedoc, 315, 369, 370, Bay (le marquis de) 21 y. Bay ouBaïus (Michel) dodeur de Lou« vain, 379. Bayle, 338. Berri (duc de) 292. Bcauvais (la baronne de) 249. Bcaufoft (le duc de) 33, 34, 82, 313. Beaumont (l'abbé de) précepteur de Louis XI v« 2fO, 2f I. Beck général Efpagnol, 28. Belle île (le maréchal de) 243. Belliévre (Pompone de) 304. Benfcrade, 263, 266^ i6%. Bernini ou le Bcrnin, 309. Black, amiral Anglais, 47, 52. Boileau Dcfpréau^, 268, 342. Boileau (l'abbé) 410. Boisjourdan (le capitaine) io8. Bombes (ufage nouveau des) 121, 148. Eofluet, 334. ?3f, 336, 403, 40f. Boufflcrs (général Français) 140, 14.6^ 148, 178, 182, 2o(>, 211, 212, 21}. Bouillon (le duc de) 33, 363. Bourdalouë, 334. Bourgogne (le duc de) 178,181, 29f, 223, 299. (la duchcfle de) 291, 292, & fuiv. Bouriie (l'abbé de la) 374. Bournonville (le prince de) 103. Bourignon (Antoinette) 390, 391, Bozzoli, prêtre, 172. Bragancc(Ie duc de) ij, 12,69. Brandebourg (rélcûorat de) 21. Breft, 121, 314, Brinvilliers (la marquifede) 278. Brouflcl confeillcr clerc oppole à la cour, 30, 31, BrouiTon (Claude) mii^Ulre calvinifte, 374- Bruiére (la) 337, Brun (le) 34<^ Bruxelles, i5'o. fiuilî (comte) 269. Buzenval^ évêc^ue dç Bcaavais, jaiçfé- niftc, 386, C f Tabl e d b s a Caicftnc, colonie Françaifc, jif. Calliércs, miniftre de France, i ^4. Calvinifmc, fcs progrès & (ts révo- lutions en France, ^60 à 3177. Camhiy empereur de la Chine, 409, Caprara> général de l^rmpereur, 103. Cara-muftapha, grand- vifir^ 122, 123. Carlos (dom) 23 j, 240. Cafimir roi dc^Pol. 81, 236. Cailîni, 3.29. Catalogne (la) 19, 28, 191,230. Catinat, général Français, 140, 142, «J^* /«/. 147, ip, 171. Cavalier,, dicf des camifard», 375, ^ fuiv. Caulet, évêque de Pamiers, 3^4, et Juiv. 3,86. Cerles (le grand vicaire) 3^5:. Cévcrincs : guerres qui s'y font pour la religion, 1&2, 33 1, J74, ,& Juiv. Chailat (rabbé du) 274 Chaizc (de la) jéfuitc, confeffeur de Louis XIV. 3po, 3.9 y. Chamillard, miniftre dctar,, 167, l68, 177^208,324. Chapelain, 167. Charles quint (l'empereur) la. Charles VI. ( l'empereur ) 189, lor, 208,221, 233,241. Charles vu*, (l'empereur) 241, 242,. a43- ^ Charles ii,. toi d'E(pagnc, idr. * Ch«l» premier roi d'Anglerer/«, Charles 11. ror d'Angltterre, 45, 550, ^o, 67, 84, 85, 100, 129. Charles-guftavc roi de Suéde, f f. Charles xi. roi de Suéde, if3. Charles xii.. roi de Suéde, i f 7; ^' Charles-émanuel roi de Sardaigne, 2J7. Charles iv. duc de Lorraine, 28, 42, f9y 68x88,103. M AT I B RE S. 471 Charles v. duc de Lorraine, 112,113, 116,141, iff, Charnacé, envoie de France en Hol- lande, 20. Château-renaud, 133^ Chigi, légat à Utere^ 67 . 26f. Chinois (les) 407, & Juiv. Chirurgie : Tes progrès en France^ 289, 348.. Choifeul, général Français^ 153. Choifî (labbé de) 304, 30 f. Chomcl, miniftre calvanifte, 369. Chriftine, reine de Suéde, 48, 49, f 3^ Clément viii. pape, 3^8o• Clément IX. 79,386. Clément XI. pape, 208, 38^, 39i,3*Pîi & fuiv. Clérambault (le marquis de) 186. Clérge de France : fes revenus, 3:^0,1 Coatqueflf (madame de) 277. ^ ^og^if général Français, 239. . Colberr, miniftre d'état, y^^ 121, ^(f,, f8, do, 81,82,98, iiS. Colignis (les) ySi. Coligni (le comte de) 47, 68^ C^i Cologne (l'ëleâ-eur de), 85:. Commerce en France, 3 ^4. Compagnies des Indes orientales 6c occidentales, 304, 305». -* du Nord. Comte (le) jéfuite, 410. Condè (le prince de) 25, 26yjufquà 28, 33» Jf. ^ 37> 3Pi 40- à- fuiv.. 4^. &fuiv. 4f, 47, fi, 57, f9, 76y 87*50, 104, lOf, 109, 2 8f. Condé, le petit-filS du précédent, 14^,. 283. Contï (le prince de) 33, 3-6. Conti (Armand de) petit neveu dii< .grand Condé, 145', 1^6. Corneille (Pierre) 254, 338, à 339. Cotin, 267. Crécy, miniftre de France, 402. Créqui (le duc de) ambafladeur de France à Rome, 66. Créqpii 472 Tab'LB BB6 Créqui (le maréchal de) 73» ito8, ii2« 113, . Cromwd(OUvier)^tatcâ 4r> f ^ J^, ^7» <î8, 748,223,228,265, 314. Dupas^*ioo., Duqofne,, lieutenant général des ar- mées navales, ÏJ4, érfuiv. i?i, j?4. Duquéne, neveu du précédent, 37J. Duras (le matéchal de) 13^. E. Bdit de Nante^i 3^2, 364, 371. Edit de grâce, 364; Epernon (le duc d') 311, Entragues {le dievalter d') 173. Efpagne, d, 10, érjhèv. Eftévan de Gamarre, général E&ag- nol, 35. Eftrade (le comte d') ambaflâdeur de France eu Hollande, 40, 6^. M AT t t' H fi €. Etrèe (Jean d') yi«e*amiral de France, PP. I33> 1^6, 1371 JI4- Etree (le cardinal d') ambalQdciu: de France à Rome, 127, 403. Eugène (le prince) petit fils de Charles* Emamuel duc de Savoie : né ca France, la quitte pour aller fcrvir l'empereur, 16^. & /uiv. fert en Hongrie, 1 70. bar les Turcs à Zama» If7- porte la gucrrç en Italie contre les Françaiç, 17p. ^ fmv. furprend Crcmopei 172, commande les armées d'Allemagne, 183. défait Içs Fran- çais à Hochflct, 1 86^ (^ Juiv. cft battu par eux en Italie, 193, il les bat devant Turin, 197, (S fuiv* fon dcflcin fur Toulon & Marfeille> 303, gagne la ba- taille d'Oudengrde, 20f. s'oppofe à Ja paix, 210, 222. fa viâoirc à Malplaqncr, 212, prend leQuénoy^ 223. déîaite de ibn armée à dcnain» ^ fuiu. conduf: la 4 pair à Raftadt, 2 27, bat deux fois les ) Turcs, 233, fon éloge, 170. i Exlli, 278. « F. Pare (le (narqais de la) 25)1. Félix, chirurgien de Louis xiv. âpo; Fénelon». 336, 337, 401, 401, 4^3, 40f, roi d'Àngretcrre,. 164- Janiénifme : (à naiilànce, fes progrès* :5cla décadence, 37^,39*8. Janfénius (Gorneille) 380, 381^ Jean Sobicski, roi de Pologne, 12.3; jéfuitcs, 385:^ 408, 410. Impériale Lefcaro,, doge de Géae% 124, 12 f. î* Ifllr' 4-7^ Table Ingénijcurs (corps d') en France, 312. innocent x. pape, 382. Innocent xi. pape, 126,3 5'4,35'5',Jf6. Innocent xii. pcipc, 358. Invalides (la maifou des) fondée, 320. Jofcph (Icmpcrcur) 188, 19% 267, 216, 221. Jofeph (le pcrc) 365*. Ifabclle, femme de Philippe iv. roi d'Efpagne, fp. Italie, 1,17, l6f, &fuiv, Juan (don) d'Autriche, fi, ^2. Kîuperli, grand-vizir, tf 9, 69, 82, 83. Kopigfmarck (le comte de) général Suédois, 46. D E8« M AT lE'R E.S^ Lavardin (le marquis de) ambaffadcur de France à Rome, 126, & jfuiv. Laumont du Chatclêt (le' comte de) 149- Lauzun (le comte depuis duc de) 270, y72, 273> 274- Laws (Jean) 234, 39 tf. Léopoïd (rcmpereur) 27, 47, f f i 68, 6p, p8, 122, 158, 164, 173. Léopold, duc de L,orr>aine, iff. Lefdiguiéres (le connétable) 368. Lingcndcs (Jean de) 332. Lockhart, ambafladeur de Cromwel, f2, 60. Lorraine (le chevalier de) 277. Lorraine (la) 28, (^ fuiv, fp, 88, 1^4,241. Londres, 70, 372. LongueviUe (le dup de) 33, 36, po. Longucvillc (la ducheflc de) 36, 387, 388. Lorges (de) général Français, 107, iio, I4f. Louis Tmi^ roi de France^ 19^ 23, 164. Louis- XIV, roi de. France: troubles durant fâ minorité, 23. cft majeur, 43. maître du rçiaumc, 47. tombe malade, fô. fon mariage, fp, 253. perd Maza- rin & le pleure, 61. gouverne par lui- même, 63. obtient le pas fijr J'El^agne, 6^\ èè. humilie le pape, 67. aehettç Dunkerquc & Mardick, ihid. fiit forti- fier Dunkcrque, ibid. à 6%. obtient Mar- fal, ibid. fçcourt Tentipereur, iW^. les Portugais, 6p. de fes Hollandais, 70. fes conquêtes en Flandre, 72, 73, & Jhiv. 144, & en Franche-comté, 7&,,ioi,i02, fa p^ix à Aixrla-çh^pelle, y 9, 80, 84. fon traité fecret avec TAngleterre, & avec les enoemi^ des Hollandais, 8;. fon paA fage fur le Rhin, po, pi. firs conquêtes en Hollande, fon entrée triomphale dans Utrecht, ibid. perd la Hollande & revient en France^ 9^^ 96, 100. fes négociations auprès de tous les princes, p8. convoque Tarriére-ban, ïo8. tes avantages fur mer, 114, If f. fa paix à Niméguc, ^17. re- çoit le nom de^rnW, ii'8. fes acqyifî- tions en tcms de paix, np, ïio* fc vange d'Alger, 123. & de Gencs ^24. reçoit une ambaflade de Siam, i2-f. humilie le pape, 1 27. protège le roi d'Angleterre, 131, 135, 136. fait fa paix à Rifwîck, 1 54. fes prétenfîons à la couronne 4'FC- pagnci ïf8, 163. fes revers en Alle- magne, 182, ^fuiv. ipp. àr fi^iv. en Efpagne, i5>o, ér fuiv. ipp, & fuiv. il demande la paix, 2op, 2if, 222. (tSt affaires font rétablies, 244, (^ Jkiv. fz paix fignéc à Utrecht, 227. ordre qu'il établit dans fa m^fon, 266. bâtiment & I établiflcmcns qu il fait, 30P, 3 10. réforme les loix, 30p. abolie les duels, 311. dis- cipline fes armées, ibid. ipfquà, 3} 2; idée de ks forces de mèr, p8, 3 12, 3 ^4. de its forces de terre, ici, i3p, 312. fes libéralités envers les favans, 262. éta» bliffemens eh leur faveur^ 32p. fon lAa- riage, fp, 413. fes amours, 24P, 26i. fes liaifoas avec madame de Maintenon, 2tf. érJiiî'O. fo poflérîté légitime; 30», 413. fes cnfans naturels & légitimes, 2^4.^ ^02, 413, 414. fa maladie, 2^4, & fuiv. its dernières paroles, 29 f, 2S>6. fa mort, ibîd. fon portrait, 2f9. fan i42.ï44>Hî> 146. Mademoifette, 42, f j, 24, 2(îl Maigrot miflîonnaire, 409,411. Mailli archevêque de Rheims, 39<î. Aîainc (le duc du) 283, 287, 294,414. Maintenan (madame de) 118, 1^7, 27f, 281, 283», 285r, 287, 288, 289, 392. Mancini (Marie) 249^ Wanfarrf, 308, 309. Mardicfc, 28, 67, 229p.. Maric-louifc reine d'Efpagnc, 2&0. li AtïË'k'E s. 475 fcS tfmjildi», 222i Ton caraûérc, 177^ 218, 219. Marli, 283,- Mtrûn (le comte de) 277. Marfin (It maréchal rfcj 185-, 19^?, Martinet,. 87. Maffillon, 3.34. Maurice de Saxe> matédiai de ftance„ 24J. Wa«trift fie c»dîftâi) premier' mtalf- tre, 29. eft oblige de quitter hi trancé,> 57. féviént^ 38. eft profcrit pJaf le p^t^ lement^ i^d. fort une féconde fois de France, 44. eu rapellé, 45^. conclut te paix de Wcftphalic, tbid. veut s'attribuer f honneur de la yiûoire d*Arras, 48. con* tinue la guerre d'Efpagnc, ibid. fait al-^ liance avec Cromwefy 50. remet Dun- kerque è fon ambaflâdeur, 52. fc brou- Hle avec Turenne, ibid. veut faire Louis* XIV. empereur,, ^f. fait la paix avecl'Ef- pagne & obtient Tinfante pour Loui» XIV. f 7, f 8. ramène à Paris k roi & lâ nouvelle reine, 60. ècst de la marine fous foa miniftére, 2a, 47, 3*1 > fà mort marquée par uti établifiement méme^ \ ràblc, 61. honneurs rendus à fa^mémoircy \ibid. fon caraûére, 30,49,1 f2, 61, 62. Medavy^graricey (le comte de) 198- Medicid (les) 17. Maric-théréfe, époulc de Louis xiv. \ McUo (don Francilco dé) général £(V f»^f9^6c^ 413 Marivaux, lieutcnant-général,298,29i9. Marine: fous Mazarin, 20,47,313. — fous Colbcrt, 98, 121, 313, 314.— retombe dans fon premier état, 191,243^. — eft rétablie, 314. Marleborough (comte & enfuitc duc de) favori du roi Jacques, labandonne, 131. eft déclaré général des troupes An- glaifcs & Hollandaifes, 176. fes fuccès en Flandre, 178,182. eft fait duc,i78. fa Tiûoire àDonavert,i83. àBlcnhcim,i8f. fes récompcnfes, 187. défait les Français àRamilIies,i94. veut continuer la guerre, 210. contribue à la viâoire de Malpla*- quet^ 212. eft difgracié^ 2 20« & privé de pagnol, 2 f -^ Merci, général des Autrichiens, 27. Méthuen (le chevalier) ambafladeur d'Angleterre auprès du duc de Savoie^ 198. Milice fous Louis XIV. 312. Militaire (le) avant Louis xiv. 15^ zo; fous Louis xiv. 311, à 3i3« Modéne (le duc de) 6y. Molière, 2^6, 2^4, 34 u Moiina, jéfuitc Efpagnol, 3795 380. Morillon, grand vicaire de Louvaio^ Monaldefchi ecuïcr de là reine Chn-- ftine, fy* 5.P X Mofl^ 476. TaBLB DES: Monfcigneur, fils unique du roi» I3p> 140, 147, 123,413. Monficur, frérc du roi, Ii3»2f4,28i. Montccuculi, général de Icmpcrcur, ép, 100, lOf, 106, 107, lOp. Montcrcy, gouverneur des Païs-bas, 5>f>5>7>^20. JMonterpan (madame de) 271, 274, 275:, 281, 284. Montpefaty archevêque de Touloufe» . Mont^revcl (comte de) yj^ 78, 375. Mortcmar, duc de Vivonne» général des galères, 114, 11 f, 124, 239. Mortcmar (refprit des) 274, 27 f. Mofcovic (la) 18. . Motte-houdart (la) 343. Mulcy-aflcin, roi de Maroc, 176. Munûcr (levêque de) 70, 8f. Navailles (le maréchal de) 113,270. Némond, 133. Nitard, jéruice, premier minifire d'£- ipagne, 73. Noaillcs (Louis Antoine de) 3p2,3pf, Noaillcs (Gaflon Louis de) 3f9. iNoaillcs (le maréchal de) 147. o. Olîvjirès, miniftre Espagnol, 11, 19. Prange (le prince d') capitalise général des forces de terre de Hollande, 88. cfi fait Hathouder^p?. fauve la Hollajade,9f. iès négociations auprès des puiilances, ibid. fait tête aux Français, 97, \QO. fes conquêtes, ibid. combat à Séncf, ipf. cft battu à Montcaflcl, 113. donne le combat de faint-pennis, 1x7. détrône le roi Jacques, 131. cft fait roi d'Angle- terre fous le nom de Guillaume trois, fbid. combat à la journée de la Boine & y cft blefle, 134. eft défait à Stcinkcrquc, 144. & à Ncrwiqdc, 146. reprend Na- 8 M AT I »'&E 8. mur, 148. cft reconnu roi par la FrancCr 15-4. fa mort, i^f. fon caraûére, 88. Orange (les princes de) rendent les Hollandais de bons foldats, I2. font au rang des plus grands généraux, ip. Orknay d'Hamilton (mylord) 187. Orléans (Philippe duc d') 14^, ip8, 202. 216, 232, 293, 294, 39f. Ormond (le duc d') 223. Ouvrier (d') antiquaire, 261. Oxenftiern (le comte d') ip. P. Païs-bas, $. Palatin (leleûeur) 104, Palatinat (le) 7, 104, 140J Paris (l'abbé) 396. Paris, 20,307,308,319. Parme (le duc de) 17, 68. Pafcal, 33+. 385. Patru (Olivier) 333. Pavillon, évêquc d'Alct, 3541386. Péliffon, 87, 25^,367, 368. Pelletier (le) minilïre d'ètar, 322. Pcrès (Antonio) 3^5'. Pcrignî, précepteur de Louis XIV. 2fO, Perrault (Claude) 253, 309. Perricj» (madcmoifellc) 384. Pprron (k cardinal du) 35:2. Péterborough (le comte dcj 191,202. Péters, jéfuite confefleur du roijacquer, Phalck-conflance minlAre du roi de Siam^ I2f. Philippe II, roi d'Efpagne,9, 10. Philippe III, roi d'Elpagnc, 10. Philippe IV, roi d'Efpagne, 10,1 1,71. Philippe V, roi d'Efpagnc, 189,192, 20J, 202, 2if, 218, 233, 236. Picart, 329. Picolomini> 19. Pie V. pape, 379. Pierre, roi de Portugal, 176, Pierre A léxiowitz czar de {tuille^ j 5-7, 236,286. Pldo î V ■ ^ r Ta 8 t B D B s- m ATI fi' R ES." 477 Plclo (le comte de) 238. Pointis, chef d'cfcadrc, i f o. Polignac (l'abbé depuis cardinal de) 156, 2 If. Pologne, 18, If 6. Pontchartrain, miniftred'état,! 3 7>3.* 3* Ponticheri, colonie FraDçaife, ifo. Portocarréro (le cardinal) i6q. Portugal, d, 10, î 1,11. Potier miniftre d'état, 29, & fuiv. Poulfin (le) 346. Prâlin (le marquis de) 421. Qucncl (le perc) 389, &fuiv. qainault, ifjt^f+i ^^^Z, 34^* 34^* S'. Racine, 267, 284, 288, 2po, 340. Hagotski (le prince) 183, 216. Ranuccî (le nonce) 126. Régale (affaire de la) 353, ^ fuiv. Renau d'Elifagarajr, 121,123. Rèt8 (le coadjuceur depuis cardinal de) 3î>36»37i44' , , .n^ . Ricci (Matthieu) jéfuitc miflionnaire, 40^. Richelieu (le cardinal de) premier miniftre de Louis xiii. 4, \% 20, 22, 23, 24»339»3^4>^3^5- Richelieu (le maréchal de) 243. Ricncourt, 24. Rippcrda, miniftre d'Efpagnc, 233. Robert ^.l'intendant) 100. Rochcfort (le maréchal de) 108. Rochcfort, 121, 314. Rochcfaucault(le duc de la) 333,341. ■ Rohan (le duc de) 363, Gf fm'v. Rome, 14, & fuiv. Rouillé, miniftre de France à Utrecht, Roupli Perfan, 310. Rouflcau, 343, & fuiv. Rouffillon (le) 11, 19,28, 58. Ruitcr, amiral Hollandais, 69, 93, 94, yy, 114, © fuiv. Ruffd, amiral Anglais, 136. Sa, frère de Tambafladcur de Portugal en Angleterre, 4p. Sage (le) 275). Saint-amour (le comte tie) y^j. Saint-cyr (lamaifon de) 288, 310. Saint«hilaire, lieutenant-général de l'artillerie, 35^4, & fuiv. Saint-domingue colonie Françaife,i yo. Saint-évremont, 25-9. ^ fuiv. Saint-olonj ambafladcur de France à Gènes, 124. Saint-réal (labbc de) 338. Santerre, 346. Sara Jennings, duchcffe de Marlebo- rough, 219, 220. Scarron (^aul) 28<$. Schoaiberg (le maréchal) ^9, iio. Seguier (le chancelier) 310. Scignelai (Le marquis de) 124, 13 3, 136, 284. Serres, prophète Cévennois, 373* Sicile, 113,114» îjî- Siècles remarquable dans Thiftoire du monde, i, 2, 319. Soanin, évêque de Senès, 397. Soiflbns (la comtefle de) 45, 249,279. Sourdiac (le marquis de) 2 f 4. Sourdis, archévéqii de Bordeaux, 20. Speûacles en France, 252. Stanhoppe, général Anglais, 21S. . Staniflas,-roi dePologne,24i, &fuiv. Staremberg (Gni de) vice-roi d'E^ag- ne, 2 If, 2i'8. StafFord (les comtes de) 49, 222. Styrum (le comte de) .181. , Suéde, 18. Sueur (le) 346. Suiflcs (les) 17, 18, loi^ t. Tallard (le maréchal de) i8i, 18 ^ 186. Tellicr (le) chanccli.cr.de France, 368,^ 37*- Tellicr 478; . T^ntil a If Tcllîcr (le pérc le) 3pJ, 394, J9f. . Temple (le chevaliçr) 78^ Terrc-qeuvc, xfo, * Tefle (le comte de) ijz^ xçi, 19^, . Thou (de) Î32. Tilly, générai des impériaux» 9^ Toit-huis, &9, 90^ .Torçi-coJbertamini(lrç deFr^pçc, ^05, 210,211. Tpris (le parti des) 220. Torftenfonr générai Suédois^. 25, 2&« Tofcane, 210, Touion, 120, 20 j, J14. Touloufe (le cointç de) amiral géné- ral de France^ ipi, 192, 294, 4|I4»*^ Tourncfon;, 530. Tournon (Thomas Maillard de) pa* triarchc d'Antioche, ifkiy.&fuiv. To^r ville, vice-amisal de IfancCi 1J3, 136,314. Traité de \Vcftphalie, 4f . ~ des Pi- rcnécs,. f &. — d'Aix-la chapelle, 7:9-— dç Niméguc, 11^ X17; — d'Augsboujcg, 12&. ~ de LoriettCi rf2. — de RîCwick, I f 3. — de C^rlowitz, 1 57* t d^Utrccbr, 227. ~ d'Aix-la-chapellc, 241^ Trêves (leledeur de) a8L Trianoa, 283t Tripoli, 123. Tromp. (l'amiral) 47V Tunis, 123^ Truaumoot (la) 69. Tutcsy 18; 6&, &2. ^Jùiv. 8ji 122, "3,i57,23> Turenne (le maréchal de) 17, 28» jf, 39, & fuiv. 42, 4». f x> 7»,. 87, 5^7. 100, 102, 106. Turin (iiége de) 19 f. r. Valbelle (le chevalier de) 1 14 Valette (le cardinal de la) 20. Valiére (madcmoifelle de la) %6t. Valftcin (le général) 8, 19. Van-beuning, miniûrc de Hollande en France, y 9^ & fuiv. 8 M ATI ris f« Vardes (le CQOVç 4c) %69^ Cijulvi - Varin, 547. Vauban (le maréchal de) 74, & fuir^ %7> 9% ï"> 1401 1^ I9fx 20i, fi* V«ut>fuii, liçutenant-géwr^l^ 107. Va«gQlas, 333.. Vaux-lç-vicoaue,. 2ff. Veimar (le di}ç de Saxe) xç, 24 Vçndôroô (k duc de) I4f, 153, ^ >rï;. 174, & fui^^ i53i ^SH» *«5i àr jiiw. 218. é'faiv. 224 Vendôme (le grand prieur de) 14^. Vcnife,. 17. Verfaïïles, 262, Joi* Vert (Jean de) 19* Viâx]u:- 154. Bruges, 207. Cambrai, f 1,. iio,, 116. Candie, 83> LaCapelle, fi. Car- magnol, 143. Carpi, 171, ig6. Carta- gcne,ifo. Ca(al,4f, 120. Caffel^ iitf, Caffro,67. Charlemont, 116. Ciiarleroi, 173,115. Commaçhio, 207. Condé,iio,. .113, iitf. Corbie, 19. Corregio, 196, CQurtrai, 28, 73, 123. Crémone, 172. Crevecocur,90. Daotzig,238. Dixmuide, 123. Doësbourg, 90. Dole, 77. Douai, 73. Dunkerquç^ 27,45:, j2. Franckcn- dal, 140. Fribourg, 113. Friedlingen, 180. Furnes, 73. Cand, 1x2, 116, 207. Gibraltar, 190. Gironne, 147. Grave- lines, 28* Gueidres, qx. Haguenau, 109. Heiddberg, 140. Hai, i&2. Kehj, 113, IJ4. l Table des hatie'rks. if4„ Landau, 28, 188. Lérida, 202 Lille, 75, 206, 213. Limbourg, 1 1 6. U merick, 136. Luxembourg, 123. Mai- encc, 27. 140. 141. Manhcim, 140. Marfal, 68. Maftricht, 99. X13, 243. Maubcuge, 116. Mcnîn, f8. Meflinc, 114. Mons, 154, 213. Montalban, 143. Kacrdcn, 91, 100. Namur, 144. Nanci, ^9, 116. Naples, 28, 202. Ncrwinde, 146. Nicnégue, 90. Nice, 143. Norcm- bourg, 90. Oppenbcim, 140. Orfoi, 89, Oudenacdc, f8, 116. Paflàu, 183. Phi- lipsbourg, 27,103,112,140. Picgaia, 17. Piémont, 143. Popcring, 116. Prague, 46. Quênoi, 22f. Ratisbonc, 1 80. Keg- gio, 196. Rhinberg, 89. La Rochelle, 364. Ronciglione, 6y. Saint-omcr, 58, 116. Salins, 77. Savcrnc, 109. Sintz- heim, 102. Skenck, 90. Spire, 140. Strasbourg, 120, 122. Suvamerdam, 97. Suze, 143. Thionville, 36. Tollhuis, 89, 90. Tournai, 73. Trarbach. 188. Trêves, 109, 123,140. Turin, i9f. Valcnden- nes, fi, iio, 112, 116. Veillane, 143. Vcldentz, 119. ViUc-fcanchc, 143. U- trccht, 91. Wefcl, 89. Worois, 140. Tpres, fSj 112. Zutphen, 90. 479 Viviani, 267, 2(58, 301.^ Vlvonnc, votexs Mortemar; Vafin, miniftrc detar, 208, 147, Voifin (U) 279. à'fuiv. Voiture, 333. Voflius, 267. Uxclles (le marquis d") 141, \6s't jr. Waldeck (le prince de) 284* 144.' Walpolc (Robert) premier miniûrc d'Angleterre, 23f. Wattcvillc, votez Batterille. Wighs (le patd des) 220. With (Jean de) 78. à" fiàvi 93. fo^ frcrc ikid. à'Jkiv, Wrangcl (le général) 464 r. Torck 9e duc iT) f i.; z. Zunpiéri (le mu^uis) i£t. » ►o 'S /.- i- ; O l'if 1^1% n. V'c(^] ■^ < *-f - . * > Y J