Google This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project to make the world's bocks discoverablc online. It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the publisher to a library and finally to you. Usage guidelines Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. 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Des autres livres apocryphes du premier G? du fécond Jiecles 15. Suite des livres apocryphes. . . . 25. A Marie qui a porté Cuxi&t ^ fan dé' vot Ignace .29. Réponfe de la S". Vierge^ ^ Ignace /èo difciple chéri y fhumb^ fervante de ja- sus-Cbkist 29. Apointé, Desapointé. . . . 34. Apointea, Apointekekt, termes de palais. 35. Apostat. 36. Apot&ss. , . . . .45. • 3 ■ ,i,:...ï Google TI T A ^ t E Appare-nce. . . . pag. tfa. Apparition. - . . , 65, Apropos, l'Apropos. ... 71, Arabes', âf par occajion du livre de Job. 73. . Aranda. Droits royaux, juri/prudence , inquijition. _ . . . ... 80, Etabîijjement curieux de l'in^uifition en Portugal. 85. Ararat * . . 88 Arbre a pain. . ... 91 Arbre A suiP 93, Arc. yeanru £Arc dite la Pucelle d'Or- lëans. . . . . . 95. ArDEDR ICI, Argent. . . . . . 103. ArIANISHE 112, Aristée 124, Ari'stote. • . . . 127, De fa logique ibid, De fa phyjique 130. Traité d' ArUlote fur les animaux. . 131. Du monde éternel. . . . 132, De fa, métaphyjique. . . . ibid. De fa morale. . . . , 133. De fa rhétorique 1 34. Poëiiqae. . . .' . '. 137, Arues, Armées. . . . 14.T, Arot et Marot. . . . 149, Arrêts Notables, fur la liberté naturelle 157. Art dsamatiq.de, odtrages dra- -matiq.ues, tragédie, comé- die, opéra. . . . 164. Du théâtre efpagnol. ... .16?. ..ï Google totSARTICT-EÏ. "vît Da théâtre anglais. . , .' -pa^. 171. Scène traduite de la CïéopàtK da Sha- kefpear. . ■ . ; . ■ . ■. •73. Du mérite de Shakefpear. . ■ . 178. ■ D'Adiflbn. .... . 180. ■ De l» bonne tragédie françaije. . i8a. Second aSte rf'Iphigénie. 186. . Troijieme aSe. l»o. ■ Quatrième gSe. • . ■ . . . Cinquième a£te. • . . . 191. • 194. jD'Atalie.- ^ . . . I9«. Des chefs-d'œuvre- tragiques français. . 198. Comédie. ■ . . ■ . ■ . ibid. De rOpéro. . . -. , . . 203. DU réeitatif-de LullL • . • . . 2ir. Art POETIQ.OE. . * .- . «15. ASHODÉE. ■ . ■ . - . • . . 218. AsPHALTH, Lac Jfphahîie, Sedme. . 221 Assassin. ■ 228. -Assassinat. (Seftion féconde.) 232. A*SSEHBLËE.- .■ .. . - . 234. Astronomie, & quelques -réJîexÎBns .Vajirologie. ' . . , -, fur 23«. Athéisme. (SeÉlioa première.) De la comparaifon fi fouvent faite entre ■ - tathéi/me 6f ndoldtrie. ■242. . Seftion féconde. Des atb'ées modernes. . Raiforts -des adorateurs de Dieu. 247- , Raiforts des. athées. 248» Nouvelle objeâion Smt athée moderne 250. teon. 253- ..ï Google mit T A B £ B DBS A R T I e,£ E f. Se£Uoa troifleme. Des hyujlet aeeufo' tiotu, iS à9 la jujiijuatiott de Va- .nini. . . ... . ' pag. 256. SeG&on qitacrienie. De Bonaventure Des-P^ers accufé ^atbéifmt. . 362, De Théophile. .... 364. De Des-Baneaàz. . . . 267. De La Mo.tte le Vayer. » , . jCJ. De SaÎDC Evremont. . . . . 269. De Fontenelle 470. De Vabbé de St. -Piene. . . . 372. £)ff Baitekac. . . . .- ^\é. De Fr^rec ... ... . 374. De Boulanger, . . . .' 379. Atomes. ... . . . îSo. Av&RICB. , , . • . S&45. AtFGVRE. . . ..... s88. ^OGUSTE O.CTâTE. . . '_ .». , fl(>S, Des mcBurs li^Agguile, . , . . 293- Des cruautés ^^'AuguOe. : , . 397. Augustin. . . ... . 303. Avignon. > . . ,: • . 305. AVSTÉ)lITé? , MOaTIFIQATIOMS, FLAGBLLATIOHS. .' . 3IQ. AVTEL5, TEMPLES» RITES, SiCBI- ' FICES, &C. . ., , , . 315. Auteurs. . , . . 318. Autorité. . . .,- . . 325. Axe. .... , . . 327. QUESTIONS QUESTIONS SUR DENCrCLOPEDJE. APOCRYPHE, i)U MOT GKEC QUI SIGNIFIE CACH^. V_/N remarque très bien, dans le Diflionnaire encyclopédique , que les divines écritures pouvaienc être à la fois facrées & apocryphes; facrées, parce ^'elles font indubicablemenc diftées par Dieu mô- me; apocryphes, parce qu'elles étaient cachées aujc nations, & même au peuple Juif. Qu'elles fulTent cachées aux nations, avant la tra- duàion grecque feite dans Alexandrie fous les Pto- kmiet, c'eft une vérité reconnue, (i) Jofeph\'&' voue dans la réponfo qu'A fit à Appion , après la mort A' Appion; & fon aveu n'en a pas moins de poids, quoiqu'il prétende le fortifier par une fable. (2 ) II dit dans fon. hiftoire, que les livres juifs êtant-tous divins, nul hiftorien, nul poëte étranger n'en avait ofé jamais parler. Et immédiatemenc après avoir aHuré que jamais perfonne n'ofa s'ex* ÇO Liv. I. cil. IV. . C»!) Uv. xu. ch. u, Secmde Partît. A ... UjLza.., Google a > ArocftTi'irts, pHmCT fur lès loùt juives, il ajoute que l'tiKtoriea Tkiapampe ayant eu feulement le delTein d'eo inférer quelque chofe dans foiï hifiaire y Dieu le rendit fou pendant trente jours ; qu'enfuite ayant été averti dans un- fbng» qa'i! it'étaiE fau , qpe pour avoir vou- lu connaître lès chofes dîviheï, & les faire connaî- tre aux prophanes, il en demanda pardon à Dieu» qui le lemiit; dans Ibn' bon feitA. Jofephj au même endroit, rapporte encor qu'un poëce nommé tîiéûdeSie, ayant die un mot de» juifs, dans fes tragédies, devint aveugle, & que Dieu ne lui raidit la:vLlË qifapiès qii'il euE ftic pénitence. Quant au peuple Juif, il eft certain qu'il y eut des tenu oh il ne put lire les divines émtures, puifqu'il eH dit dam le quatrième livre des. (3} Kois, & dans le deuxième des FaralJpcmieneE, que fous le roi 3*1^ on ne les ccmnaii&it pas, & qu'on CD trouva par hazard on feul exemplaire dans uo cotïre, chez le grand-prêtre Helcias ou Hei/àa. Les di¥ tribus, qui furent difpecfées par Saîma' nafar, n'ont jamais reparu; & leurs livres, s'ilsca avaient, ont été per4us. avec elles. Les deux tri- bus, qui furent efdaves à Babilope, & qui revin- rent au bout de foixaoce & dis aas,- n'avaient plus leurs livres; ou du moins ils étdent tcès rares Se très défcoueux, puîfque Efdrat fut oblif^ de les rétablir. Mais quoique ces livres ft^lènc apocry- phes poidant la captivité de Babilone, c'eft-à-dire, caciiés, inconnus au peuple, ils étaient toujours far Cj3 Cbgp. nn. vh S» Oi^i xxxiv» Ts. i^ Dji;....... Google APOCRYPHES., 3 <7és; ils portaient le fceaii de Is Divinité, ib étaient, comme tout le monde en cOTvient, le feul monument de vérité qwi fût fur b terre. Noos appelions aujourd'hui apocryphes, les livres qirî ne m^iceot aucune créance, tant lerlas^^a. font fiijettes au changement. Les Cadioliques& l'es Proteftans s'accordent à traiter (Japocryphes en ce feus & il rejetter Za Prière 4t Mam^iy roi de Juda, qm fe trou- ve dans le quatrième livre des Rms. Le troifieme S q;àatrieme livre des Machabées. Le ^ta»ieme Uvre d'E/draSt quoiqu'ils ibicnt m- ConceAablcxaent écrits par des Juifs; oiaÎE on nie que les auteurs aient été inQ)ir& de Died, aiofî que les autres Juifi. Les autres livres juife, rejettes par les feula Pro- reftans, & regardés par conféquent comme non ins^ -. pires par Dteû même, font La Sagejfii quoiqu'elle foit écrite du même ftilo que les Proverbes. L'ecclé^JUque, quoique ce foit encor le même ftile. ■ Les deux premiers livres àes Machins, quoiqu'ils ■fetettc écrits par im Juif j mais ils ne croient pa» que ce Juif ait été inlpiré de Dieu. Tôîw, quoique le fond en foie édifiant. Le ju- dicieux & profond Cslmet affirme, qu'imc partie de ce livre fut écrite par Tabie père, & l'autre par ToHe fils , & qu'un croiQeme auteur ajouta la cdn- cluCoD du dernier chapitre, laquelle die, que !• A a D3l.za..ïGOOglc 4 ArOCRYBBES. jeune Tobû mourut k l'âge de 99 ans , & que Tes ai- . fàos l'enterrèrent gatment. Le même Calmet^ à la fin de fa (4) préface, ^exprime ainfi: „ Ni cette hiAoire en elle-même, „ ni la manière dont elle eft racontée , ne portent jy en aucune manière le caraâere de f^le , ou de „ fiaion. S'il fellait rejetter toutes les hiftoires „ de l'Ecriture où il paraît du merveilleux Se de „ l'extraordinaire, où ferait le livre facré que l'on „ pourrait conièrver? " Cs) Judith, quoique iai/iw lui-même déclare que„ ce livre eft beau , bon, faint, utile, & que „ c'eft le difcours d'un faint poète & d'un prophète » animé du St. Efprit, qui nous inftruit, &c. " U eft difficile à la vérité de favoir en quel tems fe pallà l'avancure de Judith, & où était ûtuée la ville de Béthulie. On a difputé aulli beaucoup fur le degré de faintecé de l'afïipii de JutUthi mais le livre ayant été déclaré canonique au concile de Trente, il n'y a plus à difputer. Barucht quoiqu'il toit écrit du ftile de tous les autres prophètes. Ejîlter. Les proteftans n'en rejetant que quel- ques additions après le chapitre dix; mais ils admet- tent tout le refte du livre, enccne que l'on ne lâche pas qui était le roi j1£uérus, perfonnage prioc^ de cette hiftoire. Daniel. Les proteftans en retranchent l'avanture de Sujanm, &, des petits enfans dans la foumaife; ce Préface de TotU. (^ LuiUer dans U pciltu xUcmande du liv. de yaditk. .,,Goog[c AïOCHTPH'ES. y mais ils confervcnt le fonge de Nabacodonofor & foQ habitation avec les bêtes. De la vie de Moi'se, livre apocryphe de r.» PLUS HAUTE ANTIQUITÉ. L'ancien livre qui ccmtient la vie & la mort de JMoi/ê , paraît écrit du tems de la captivité de Babi- lone. Ce fut alors que les (G) Juifs commencerenc à connaître les noms que les Caldéens & les Perfes donnaient aux anges. C*e(l-là qu'on voit les noms des Zinguieî, Sa- màè'l, TJakon, LflyfciA ,& beauconp d'autres dont les Juifs n'avaient fait aucune mention. Le livre de la mort de Mirlft paraît poftérieur. II cil reconnu que les Juifs avaient plufieurs vies de W>Sfe très anciennes , fit d'autres livres indépendam- ment du Pentateuque. Il y était appelle monî, & non pas Moïfei & on prétend que»» fignifiait de Yeaa , & m la particule de. On le nomma auflî da nom général Melk ; on lui donna ceux de JoaHm^ Aiamoji, Tehtmfii & fur- tout on a cm que c'était le même perfonnage que Manethon appelle Ozar-' Tsph. Quelques - uns de ces vieux manufbrits hébraïques furent tirés de la pouffiere des cabinets des Juift vers l'an 1517. Le favani G(76ertGa«min, qui pofFédtit la langue parfaitement, les traduiOt en latin ver» l'an i63j. Ils furent imprimés enfuite Se dédié» (fi Vcçea Anse. , A3 UjL.:a..i Google 6 AyO-CRYtHES. au cardinal de BéruU. Les exemplaires CoX deve- nus d'une rareté extrême. Jamais le rabinifme , le goût du merveilleux , rimaginatltm orientale, ne le déployèrent avoc plus d'excès. Fragment de la vie de Moïse. Cent trçnte ans après l'établiflement des Juifs en Egypte, & foixante ans après la mort du patriarche Jqfiph , le Pharaon eut un fonge en dormant. Un vieillard tenait une balance; dans l'un des balllns étaient tous les habicans de r£gypte, dans l'autre ëcaic ,UQ petit eniant, & cet enfant peljût plus .que - tous les Egyptiens enfemble. Le Pharaon appelle aufll - tôt les f hotim , fes fages. L'un des f:^es lui dit: O roi! cet enfant eji un Juif, qmfer^ un jour bien du mal à votre royaume, faites tuer tout Itr enfam des Juifs, vous fauverez par-lâ votre empire j fi pourtant on peut ^oppofer aux ordres du deflin. Ce confeil plut i Pharaon , il £t venir les fages- femmes, & leur ordonna d'étrangler tous les mâles dont les Juives accoucheraient... Il y avait en E- gypte un homme nommé Abraham fils de Keath^ mari de Jocabed fœur de fon frère. 'Cette Jocabed lui donna une fille nommée Jiarw, qui ûgnifie^r- fécutée , parce que les Eg^'ptiens defcendans de Chant perfécutaient les Ifraëlites. Jocabed accoucha en- fuite d'Aaron, qui fignîfie condamné à mort, parce que le Pharaon avait condamné à mort tous les en- fans Juifs. Aaron & Marie furent préfervés par les anges du Seigneur, qui les nourrirent au: diamps. ,,1 Google. AfOCRTPHlS. 7 & qui les rendirent à leurs parens quand ils furent dans l'adolelcence. En6n ^ocabed eut 4in troifieme enfant : ce fut Moï/i (qui par conféquent avait quinze ans de moins que fon frere^. Il fut expofé fur le Nil. La fille du Pharaon le rencontra en fe baignant, le fit nourrir, & l'adopta pour fon fils, quoiqu'elle ne fut point mariée. Trois ans après, fon p<»e le Pharaon prit une nouvelle femme ; il fit un grand feftin, fa femme était à fa droite, fa fille était à là gauche avec le petit Mo^e. L'enfant en fe jouant lui prit fa cou- ronne & la mit fur fa téce. Balaam le magicien, eunuque du roi, fe refibuvint alors du fonge de fa majefié. Voilà, dic-il, cet enfant qui doit un jour vous faire tant de mal ; l'erprit de Dieu eft en lut. Ce qu'il vient de faire eft une preuve gu*il a déja,un ' deflein frainel de vous détrôner. Il ftut le faire périr fiir le champ. CeEte idée plut beaucoup au Pharaon. On allait tuer Je petit Mdffe , lorfque Dikit envoya fur le champ f voyant venir ]es deux £«res, Iftcfaa iùr ,sux les deux Jîoi»; maïs Jfo^ les toucha de l# vet^ge, & les deux lions bundilenieQt {vofteméi Ucberenc les pieds à'Aaren & de MtXJi, Le roi touc Atonoé fie venir les deux pèlerins devaoc tous fes magiciGDs. Ce ^ & qui ferait le plus de L'»ueur raconte ici les dix futaies d'S^gypte à^u- près comme elka fbqt rapportées dans r£xode. II ajoute feulement gue M^e couvrit toute l'Ëgypts de poux jt^qu'à la faaateur d'une coudte, & qu'A envoya chez tous les i^gyptiens des liens, des loups, des ouTs, des ^gres, qui entiaiait dans -toutes les iD^n» , qua(f^ue les portes &il^ fermées aux vsr- TOUX, '& qui npogeaient tous les petits enf^s. Ce ne fut point, félon cet auteur, les jm& qui s'enfuirent par Ja raer j-ouge, ce fat le Fjiaraon qui s'enfuit par ce diemiti 'avec fon armée ; les Jui& coururent après lui ^ les «aux Se féi^rerent ^ droite & à gauche pour les voir condattre; tous les £• gl^tiens, excepté le roi, furent tâés fur le &ble. Alors ce roi voyant bien qu'ilavait afeireà forte partie, demanda pardon k Dieu. MichaH &. Ga- briel fiirent envoyés vers lui; ils le tnnlporterent dans la villedeNimveoiiilrégnftqu»recaiCsaas. De la uokt de MofsE. Dieu avait déclaré au peuple d'IfraSI, qu'il ne ^mirait point de r£gypœ à moins qa'JI n'eût xe- C.Ï Google A r « c K V p & E T. II tiouvé le tombeau de Jeftph, iMJé le retrouva,. & iefXMta fur fesâpwLeseo tr»ver&at Lanterrou- .ge. Dieu lui die , qu'il fe {buviendraic de jcttte boDse aStioa» & t^'i\ ralïïfterait i k moit. ■Quand Mol/i euipstOëfix-viogcaos, DieuvîdC lui annoncer qu'il fallait mourir, & qu'il n'avait plus que trois heures à vivre. Le mauvais pj^e Samaël ^iSkiàt à la amverfation. Dès que la première heure, fut palËe, il fe mit à n're de ce qu'il allait bientôt s'emparer de l'ame de Moîji , & Michaei ^e mit à pleurer. Ne te réjouie pas tant, méchancc béte, ditlebonwgeauiaauA'ais, M(Xfe vaiBourir, mais Douii avoos ^^ k la place. Q"^''*^ ^ "^rois heures furent paflëçs. Dieu com- manda k Gabriil de pread^e l'ame du mourant. Ga- briel s'en excufa , Miclttal aufU. Dieu refufé par ces deux ai^es s'adrefle à Ztnguiel. Celui-ci ne voulut pas plus obéir gue les autres ; c'eA moi , dit- il, qui ai été autrefois fon précepteur, je ne tuerai pas mon difciple. Alors Dieu fe fichant dit au mauvais ange Samak'l: eh bien, méchant, prends donc fon ame. Samaël plein de joie tire fon épée & court fur Motfe. Le mourant fe levé en colère, les yeux édncelans ; commoit, coquin, lui dit Mût/e^ oferais- tu bien me tuer, moi qui étant en- fant ai mis la couronne d'un Fbaraon fur ma tête; qui ai fait des miracles k l'âge de quatre-vingts ans; qui ai conduit hors d'Egypte fotiante miliîcms d'hommes; qui ai coupé la mer rouge en doute; qui ai vaincu deux rois fi grands que du tems du ' déluge, l'eau ne leur vMiait qu'à mi - jambe ? Va- t-en, maraut, fors de devant moi tout- à- i'heurc- , ...Google •ic A r o c R T r s E i: Cette altercation dura cncor quelques momois. Gabriel pendant ce tems-là prépara un brancard pour traDfporter l'ame de Moï/ti Mkhaïl un man- teau, de pourpre ; Zitiguiel une foutaoe. Died lui mit les deux mains fur la poitrine & emporta fon ame. C'cft à cette hiftoire «jue l'apâtre St. yade fait allufiondans fon épitïe, lorfqu'il dit que l'archange ■Michcù'l difputa le corps àeMoffe au diable. Comme ce fait ne fe trouve que dans le livre que je viens de citer, ji eft évident que ^r. ^t l'avait lu, & qu'il le résidait comme un livre canonique. La féconde hiftoire de la mqrt de JWoî/è, eft en- cor une converfation avec Dieu. Elle n'eft pas moins plaifante & moins curieufe que l'autre. Voici quelques traits de ce dialogue. Mcïfe. Je vous prie. Seigneur, de me laifler entrer dans la terre promîfe, au moins pour deux ou trots ans. Dieu. Non, ■ mon décret porte que tu n'y en- treras pas, . Mdï/e. Que du moins on m'y porte après ma mort. Dieu. Non , ni mort ni vif. Mcï/e. Hélais! bon Dieu, vous êtes fi clément envers vos créatures, vous leur pardonnez deux ou trois fois, je n'ai fait qu'un péché & vous ne me pardonnez pas! Dieu. Tu ne fais ce que tu dis, tu as commis fix péchés. ... Je me fouviens d'avoir juré ta mort ou la perte d'IfraEl , il ftut qu'un de ces deux fer- incns s'accompUHc. Si tu veux vivre, IfraL'l périra. Apocryphes, 13 MtXfe. Sei^Kur, il y a là tropd'adreflè, vous' tenez la corde par les deux bouts. Que MoÇ/è pé- rilTe plutôt qu'eue feule ame d'Ifraël. Après plufîeurs difcours de la forte, l'écho de la montagne dit à Moife, tu n'as plus que cinq heures à vivre. Au bout des cinq heures. Dieu envoya chercher Gabriel , Zinguiel & Samaèï. Dieu [n'omit à, Mri/e de l'enterrer, & emporta fon ame. Quand on fait réflexion que prefque toute la ter- re a été infatuée de pareils cornes, &qu'ilsoDt fait l'éducation du genre-humain, on trouve les fables de PUpay, de Lokman, d'E/ope^ bien raifonnables. Livres apocryphe» de la nouvSlle Lor. 10. Cinquante évangiles, tous affez différens les uns des autres, dont il ne nous refte que quatre entiers, celui de Jaquest celui de Nïcodetne, celui de l'enfance >de Jésus, & celui de la naiffance de Marie. Nous n'avons des autres que des fragmens &, de légères notices. Le voyageur Toumefort envoyé par Louis Xlf en Afle, nous apprend que les Géorgiens ont con- fervé TEvoT^ilt de l'enfance, qui leur a été proba- blement communiqué«par les Arméniens. ( Tourne- fort, lettre xix.) Dans les commencemens plufieurs de ces évangî- les, aujourd'hui reconnus comijie apocryphes, fu- rent cités comme authentiques, & furent même les feuls cités. On trouve dans les Aàes des apôtres ces mots que prononce St. Paul : ( 7 ^ Il faut Je/qn. ,,1 Google 14 Ap,ocn.ïPHES. rmir dts parUet du Seigneur JesuS: tar lui -i»^ « dii, il vaut mieux donner que receyér. St. Barnabe i ou plutôt St. BarHahas, fait parler' ainfi Jésus -Christ dans fon épître catholique : (8) Rejîjlms à toute iniquiti, ff ayens-la en lutine.... Ceux qui veulent me voir Sf parvenir à mon royaume^ doivent mejyyre par les qffUBkrnt i^ par les peines. St. Clément y (p ) dans & féconde épttre aux Co- rinthiens, met dans la bouche de Je30S-Gsri*t ces paroles : 3i vous êtes ajjimbîét dans ntmfein if que vous ne fuiviez pat mes cotrmandemsnl , je vous rejetterai^ ("lo) 6f je vtms dkait retlren-vous dp moiy je ne vous connais pas; retirez-vous de moi ar- tifans d'iniquité. 11 attribue enfuite ces paroles à Jésus -Christ: Gardez votre chair chajie , Ê? le cachet immacuUy afin que vous receviez la vie étemelle^ Dans les ConJUtutûms apoftûliquet , qui font du fe- corid fiecle, on trouve ces mots: Jesus-Christ a àitifoyez des agens de change lionnêtes. Il y a beaucoup de citations pareilles, dont aucu- ne n'eft tirée des quatre évangiles reconnus dans l'eglife pour les feuls canoniques. Elles font pour la plupart tirées de l'évangile félon les Hébreux, évangile traduit par St. yérâme, & qui eft aujour- d'hui regardé comme apocryphe. St. Clément le Romain , dit dans fa féconde épttre : Le Seigneur étant interrogé, quand viendrait fin rè- gne , répondit , çuand deux feront un , quand ce qtd efi dehors fera dedans, quand le mâk fera femelle , & quand il if y aura ni femelle ni mâle, ^) No. 4* & ?• Û) No. 4* C») N- teurde ré*eiflgtIeégypri9Hj & St. BkvtentM-tâS^ me9 tes pSfoles qu'ilr cifent fôrit ÎDJariettfe» à jKtM-GH«KT; eHès fônt entende qii'fl ne croydt pas que fod regoe advînt. Dire qu'une eftofe am- - vera, quand deux feront un, quand le mêiè fer» fé-' mlk y c'eft dire qu'elle tfarrîTera Jamaiï. C'effi comnïe dou9 difbas la fbniaine des crojs^ jËtïâ}», les calendes grecques:- ud tel pàflage éffi bieH plm ra- binlque q^ëraRgeliquË. II y eut aùffi déà (ii) jmer des ap&tet apocfy^ pbes. St. Epipliatie les cite. C'eft dons efis aCtes qu'il eft rappBrtÉ quô St. Paul feaitfilsd'uSpei* & d'une mwe ideiâtre, & qu'il fe fit jaif pdar ^oa- fer la Stia de Gamailèl; qu'ayant été réfbfëj ou ne rayant pas trouvée viei^, il prit léparSdesdilèi- I^es de jEsuSi C'eft un bhf^hftiné contré- St. Paat. Des àutkes livres apocryphes du pruoebi et do second siecles. 1°. LfPT* d'Enoch Jiptimb Homme aprèt À^i»f Vt* ' qiiel &it mescidn de la guerre ^ aogSs r^eSflS ibl^^ leur capltaise Semexia contre les asg6» fidèles^ condi^cs par MchaH. L'objet de la gume était dtf jouir d^ fiUes des hoimnes, comme 3 ^ dit à l'ais ijéfe Afige. Ci 2^ OO Cbip. m. pmgraphe i& (is) n y » encor un notre livre XSiMk chec lc< diKtlert d'EtbiMie , que Peirefc conlêiller tu parlenienc de Fiovence & venir t trta gnnd* Mi ; il eft d'un aune Impofteui^ f au - m fu'il y ra ait auflî cd ËiUof ia î . , Cooi^lc Itf AFOCltYPRES, Ho. Les aàes de Si'. Thecle ^ de St. Paul, 'écria par un dJTciple nommé Jean accaché à St. Paul. Ceft dans cette hiftoire que Tlitcle «"échape des mains de fes perfécuteurs pour aller trouver St. Paul dégujrée eu homme. C'eft là qu'elle batire un lipo; mais cette avanture fut retranchée depuis. C'eft là qu'on trouve le portrait de Paul, JlatuTâ brtviy calvajirumy cruribus curvis, furo/um; fuper- cHUj junSHSf nafo aquiUîtOt plénum gratia Dei. ; Quoique cette hiiloire ait^ été recommandée par St. Grégoire de Nazianze, par St. Atnbroi/e&pai: St. Jean Cliryfofiome &c. elle n'a eu aucune confi- détatiOD chez les autres doâeurs de l'églife IIIo. La pridicatim de Pierre. Cet écrit eft auflî ^pellé Vévangiley la révélation de Pierre. St. Clé- ment d'Alexandrie en parle avec beaucoup d'éloge; mais on s'apperçut bientôt qu'il était d'un fauflaire qui avait pris le nom de cet apôtre. 1V«. Les aSeï de Pierre , ouvrage non moini fuppofé. \o. 2> Tejlament des douze patriarches. On doute fi ce livre eft d'un juif ou d'un chrétîoi. Il eft très vraifemblable pourtant qu'il eft d'un chrétien des premiers tems; car il eft dit dans le Tejiament de Lévi, qu'à la fin de la feptieme femaine il viendra (Jes prêtres adonnés à l'idolâtrie, bellatores, avaria Jcribœ ini^i, impudici, puerorum corruptoret & pe~ cerum. Qu'alors il y aura un nouveau facerdoce; que les deux s'ouvriront; que la gloire du Très- JJautj & l'efprit d'intelligence & de fanaification l'él^vera fur ce nouveau prêtre. Ce qui femhle prophétifcr Jésus- Christ. VI*. £<• A P C R T P h" K 8. 17 ' VIo. La lettre d'Ab^oTe^ prétendu roi d'Edefle, à Jesus-Christ, 6f la réponfe de Jbsus - Christ au roi Abgare. On croie qu'en eiFet il y avait du tems de Ttbere^ un Taparqite d'Edefle, qui avait paflë du fervi'ce des Peries à celui des Romains : mais fbn commerce épiflolaire a été regardé par cous les bons critiques comme «ne chimère. VII'^. Les a£teî de Pilate. Les lettres de Pilate à Tibère fur la mort de Jes.us - Christ. La vie de Pro- cula femme de Pilate. VUl". Les aStes de Pierre & de Paul, oïx l'on voit rhiftoire de la querelle de St. Pierre avec Simon le magicien: ^bdiai, Marcel Si Egéjippe ont tous trois écrit cette hiftoire. St Pierre difpute d'abord avec Simon, k qui reflufcitera un parent de l'empereur 'Néron j qui venait de mourir; 5jmtm le reffufdce à moitié, & 5c. Pierre achevé la rérurreftion. Simon vole enfaite dans l'air, & St. Pierre le fait tomber; &■ le magicien fe cafle les jambes. L'enqiereur Né' rm , irrité de la mort de fon magiciffli , fait cruci- fier St. Pierre la rê:e en bas, & fait couper la tête ■ k St. Paul qui était du parti de St. Pierre. IX". Les geftes du bienheureux Paul apôtre (f do- &eur des nations. Dans ce livre on feit demeurer St. Paul à Rome deux ans après la mort de St. Pierre. L'auteur dit, que quand on eut coupé la têtç k Paul, il en fortit du lait au -lieu de fang, & que Lucina femme dévote le fit enterrer à vingt milles de Ro- me, fur le chemin d'Oflia, dans fa maifoo de cam. pagne. i X". Lu geftet du biettheureux apôtre ^ndré. L'au» Secmdt Partit, B ...Google i8 Apocryphes teur raconte que St. André alla prêcher dans la ville des MirmidODi, & qu'il y battfa tous les citoyens. Un jeune homme, xnammè Softrate j de la ville d'A- mafée , qui eft du nipins plus connue que celle des Mirmidops, vint dire ^u bi«iheureux Artiri. „ Je yy fuis fi beau, que ma mère a conçu pour moi de „ la paflion ; j'ai eu botreur pour ce crime exécra- „ ble , fit j'ai pris la fuite ; ma mçre en fureur m*ac- „ cufe auprès du prpconful delà province, de l'a- „ voir voulu violer. Je ne puis rien répondre; car „ j'aimerais mieux mourir que d'accufer ma mère." Comme il parlait aiofi , les gardes du proconful vin- rent fe faifir de lui. St. André accompagna l'enfant ■devant le juge, fi: plaida fa caufe; la mère ne fc déconcerta point; elle accufa St. André lui-même d'avoir engagé l'enfant à ce crime. Le procoufui aufli - tôt ordonne -qu'on jette St. André dans la ri- ■ viere : mais l'apôtre ayant prié Dieu, il fe fit un grand tremblement de terre, fie la mère mourut d'un coup de tonnere. Après plufieurs avantures de ce genre, l'auteur fait crucifier St. André à Patras. Xl". Lei gejies de Sî. Jaques le majeur. L'auteur le fait condamner k la mort par le pontife Abtathar à Jérufalem, fit il batifc le greSier avant d'être CTUcifié. XII<*. Des geJles de St. Jean Vévavgilifie. L'au- teur raconte qu'à Ephefe dont St. Jean était évé- que, Drvjîlia convertie par lui, ce voulut plus de . la compagnie de Ton mari Andronic, fit fe retira dans un tombeau. Un jeuse homme nommé Ca^maque^ )ji;..., Google Apocryphes, ip amoureux d'elle, la prefla quelquefois dans ce tom- beau même de condercendre à & paflîon. Drufilla^ prcflëe par ion mari & par {on amant, fouliaica la mort, & l'obtint. Callimaqw informé de fa perte, fut encor plus furieux d'amour; il gagna par argent un doiïieûique à'AndroniCf qui avait les clefs du tombeau; il y court, il dépouille fa maitrefle de fonlinceuil, il s'écria, „ Ce que tu n'as pas voulu „ m'accorder vivante, tu me l'accorderas morte." Et dans l'excès horrible de fa démence, il aflbuvit fes deOrs fur ce corps inanimé. Un ferpent fort à l'inftant du tombeau; le jeune homme tombe éva- noui, le ferpcnc le tue; il tu fait autant du domes- tique complice, & fe rttule fur fon corps. St. Jean arrive avec, le mari ; ils font étonnés de trouver Cal' limaque en vie. St. Jean ordonne au ferpent de s'en aller , le ferpent obéit. Il demande au jeune hom- me comment il eft reirufcité? Callimague répond, qu'un ange lui était apparu, & lui avait dit: „ 11 „ fallait que tu mourufles pour revivre chrétien." 11 demanda auITi-tôc le baptême, & pria St. Jean de reffufciter Drujîlla. L'apôtre ayant fur le champ opéré ce miracle, CalUmaque Ôl Dnijilla \c fupplie- - rcnt de vouloir bien au0i rellufciterle dom'eftique. Celui-ci flui était un payen obftiné, ayant été ren- du à la vie, déclara qu'il aimait mieux remourir que d'être chrétien ; &. en effet il remourut incontinent. Sur quoi St. Jean dit, qu'un mauvais arbre portait toujours de mauvais fruits. Arijlodime grand -prêtre d'Ephefe, quoique frap. p^ d'un tel prodige, ne voulut pas fe convertir; il ...Google À P C R Y P H F. s. dit à St. yean: „ Permettez que je vous empoi- „ fonne, & fî vous n'en mourez pas, je me con- „ vertirai." L'apôtre accepte la pi-opoGtion : mais il voulut qu'auparavant Ariftodéme empoifonnât deux Ephéfiens condamnés à mort; Ariftodéme aufïï-tôt leur préfenta le poifon ; ils expirèrent fur le champ. St. Jean prit le même poifon , qui ne lui fit aucun mal. 11 reflufcita les deux morts ; & le grand- prê- tre fe convertit. St. Jean ayant atteint l'ûge de quatre - vingt - dix- fept ans, Jesus-Christ lui apparut, & lui dit: „ Il „ eft tcms que tu viennes à mon feftin avec tes „ frères." Et bientôt après, l'apôtre s'endormit en paix. XIII"*. L'hiftoire des bienheureux Jaques le mineur ^ Simon &? Jude frères. Ces apôtres vont en Perle, y exécutent des chofes aufïï incroyables que celles que i'auteur rapporte de St. André. XIV. Les geftes de Se. Matthieu apStre £f évan- gîVftt. St. Matthieu va en Ethiopie, dans la grand? ville de Nadaver: il y reffufcite le fils de la reine Candace , & il y fonde des églifes chrétiennes;, XV". Z-ej geftes du bienheureux Barthelemi dans l'Inde. Barthelemi va d'abord dans le temple ffA- 'Jiarot. Cette déefie rendait des oracles & guérilTait toutes les maladies; Barthelemi la fait taire, & riad malades tous ttUx qu'elle avait guéris. Le roi Poli- mius difpute avec lui; le démon déclare devant le roi qu'il eft vaincu. St. Bitrtbeîemi ûcre le roi Pfh- ïimius évêque des Indes. XVI". Les geftes da hier.henrmx Thomas a^fftre Au chapitre.II de ce fécond livre, il eft dit qu'un êvêque ne doit avoir qu'une femme qui ait grand foin de fa maifon: ce qui ne fert qu'à prouver qu'à la fin du premier, & au commencement du fécond fîecle, lorfque la hiérarchie commença à s'étabUr, les prê- tres étaient mariés. Dans prefque tout le livre, les évêques font ré- gardés comme les juges des fidèles; & l'on fait ajlcz que les apôtres n'avaient aucune jurifdiftion. Il eft dit au chapitre XXI } qu'il faut écouter le* Apocryphes. 25 deux parties ; ce qui fuppofe une iurifdiâion éta- blie. II eft dit au chapitre XXVT. L'évêque ejl votre prince f votre roi, votre empereur ^ votre Dieu en ter- re. Ces expreffions font bien fortes pour l'humilité des apôtres. Au chapitre XXVIII. H faut, dans les fetUns des agapes, donner aux diacres le double de ce qu'on donne à une vieille: au prêtre, !e double de ce qu'on donne au diacre ; parce qu'ils font les con- feillers de l'évêque, & la couronne de l'églife. Le lefteur -aura une pordon en l'honneur des prophë< tes, aulTi bien que le chantre fit le portier. Les laïcs qui voudront avoir quelque chofe , doivent s'adrefler à l'évêque par le diacre. Jamais les apôtres ne fe font fervis d'aucun terme qui répondît k laii: ^ & qui marquât la différence entre les prophanes & les prêtres. Au chapitre XXXIV. „ Il faut révérer l'évêque „ comme un roi, l'honorer comme le maître, lui „ donner ^vos fruits , les ouvrages de vos mains , „ vos prémices, vos décimes, vos épargnes, le» „ préfens qu'on vous a faits, votre froment, votfô „ vin, votre huile, votre laine, & tout ce que „ vous_avez." Cet article eft fort. Au chap. LVII. „ Que l'églife foit longue,^ „ qu'elle regarde l'Orient, qu'elle reflemble à un s, vaiffeau , que le trône de l'évêque foit au milieu; „ que le lefteur life les livres de MoiTe, de Jo/uéy „ des Juges , des Rois y des Parallpoinenes , de „ >6 &c." UjL:a..i Google 14 ArOCKTrHBS» Au chap. XVII du livre 3. „ Le baptême efî ' „ donné pour la mort de Jesu , l'huile pour le St. „' Erprit. Quand on nous plonge dans la cuve nous „ mourons ; quand nous en fortons nous relTufct- „ tons. Le père ejl le Djeo de tout. Christ eft fils „ unique Dieu, fils aimé & feigoeur de gloire. Le „ faint foufle eft Parackt envoyée de Christ , doc- j, teur enfeignant, & prédicateur de Christ." Cette dotlrine ferait aujourd'hui exprimée en ter- mes plus canoniques. Au chap. VII du livre j, on cite des vers des libylles fur l'avàiement de Jésus, & fur la réfur- reftion. C'eft la première fois que les chrétiens fuppoferent des vers des fibylles, ce qui continua pendant plus de trois cents années. Au chap. XXVIII du livre 6. La pédéraftie Se l'accouplement avec les iîêtes font défendus aux fidèles. Au chap. XXIX, il eft dit,, qu'un mari & une „ femme font purs en fortant du lit, puifqu'ils ne „ fe lavent point. " Au chap. V du liv. 8. 'phes. Ge qui a pu engager quel- ques favans à ne les pas recMinaître, c'eft qu'il y eft parlé du phérdx ^Arabie gui vît cinq cents ans, ff qui Je brâlt en Egypte dans la ville ^Héliopolis. Mais il fe peut très bien faire que St. Clément ait cru cette fable que tant d'autres croyaient , & qu'il pit écrit des lettres aux Corinthiens. On convient qu'il y avait' alors une grande difpu-- te entre l'églife de Corinthe & celle de Rome. L'églife de Corinthe, qui fe difait fondée la premiè- re, fe gouvernait en commun; il n'y avait prefque point de diftinftion entre les prêtres & les féculiers, encor moins entre les prêtres & l'évéque; tous avaient également voix délibérative; du moins plu- fieurs favans le prétendent. St. Clément dit aux Corinthiens, dans fa première épfcre, „ Vous qui „ avez jette les premiers fondemens de la fédidon, „ foyez fournis aux prêtres, corrigez - vous pv la „ pénitence, fléchiflez les genoux de votre cosur, ,„ apprenez à obéir. " Il n'eft point du tout éton-- nant qu'un évêque de Rome ait employé ce* ex- preflîons. C'eft dans la 2^. épître qu'on trouve encor cette répoofe de Jésus- Christ que nous avons déjà r^ portée, fur ce qu'on lui demandait quand viendrait fon royaume des cieux. Ce fera ^ dit -il, qaani ieux feront un , quand ce qui efi dehors fera dedans, quand le mâle, fera femelle , S" quand il n'y aura ai mâle ni femelle XXVI". Lettre de St. ^nace le martyr à la ■Vierge Marie , ^ la répmfe de la Pterge à St, I- gnace. A Ma»ie qui a porté Christ, ion dévot Ignace. „ Vous deviez me confoler, moi néophite & „ difcjple de votre Jean. J'ai entendu plufîeuis „ chofes admirables de votre Jésus , & j'en ai été „ ftupéfait ; je défire de tout mon cœur d'en être „ inftruit par vous qui avez toujours vécu avec lui „ en familiarité, & qui avez fu tous fes fecrets. „ Portez-vous bien & confortez les néophites qiri „ font avec moi de vous & par vous. Amen," REPONSE DE LA StZ. ViERGE, à Ignace fon difciple chéri, l'huinble rervMie de Jésus -Christ. ' ' „ Toutes les chofes que vous avez apprifes dr ,; Jean foat vraies; aoyez-lcs, perfiftez-y, gardez ..ï Google 30 Apocryphes, „ votre vœu de chriftîanifme, conformez.- lui vos „ mœurs & votre vie; je viendrai vous voir avec ,t Jean, vous & ceux qui font avec vous. Soyez „ ferme daos la foi, agiflez çn homme; que la „ févérîté de la perfécution ne vous trouble pas; „ mais que votre efprit fe fortifie , & exulte en „ Dieu votre fauveur. Amen. " On prétend que ces lettres foïit de l'an ii6 de notre ère vulgaire ; mais elles D'en font pas moins fauITes & moins abfurdes; ce ferait même une in- fulte à notre fainte, religion, fi elles n'avaient pas été écrites dans un efprk de fimpl.idté qui peut faire tout pardonner. XXVIIo. Fr(^mem ifcj apStres. On y trouve ce paffage, „ Paid homme de petite ,, taille, au nez aquilin, au vifage angélique, in- „ Àruit dans le ciel , a dit à PlantiÙa la Romaine ' „ avant de mourir : Adieu, Plantilla, petite plante „ de falut étemel, connais ta noWefle, tu es plus „ blanche que la neige, tu es enrégiftrée parmi les „ foldats de Christ, tu es héritière du royaume „ céîefte. " Cela ne méritait pas d'être réfuté. XXVIIIo. Onze apocalyp/es , qui font attribuées aux patriarches Se prophètes, à St. Pierre ^ à Ce- rinthe, à St. Thomas t à St. Etienne protomarryr, deux à St. Jean, différentes de la canonique, & trois à St. Paul. Toutes ces apccalypfes ont été écljp- fées par celle de St. Jean. XXIXo. LesviJionSi les préceptes & les fimilitudef . iHermas. Hermas paraît être de la fia du premier Oecle ..ï Google A F. C R V F li s f, 3» Ceux qui traitent (bn livre Û'apnxTyphe, fijotobli-. gées de rendre juftice à ft morale. Il comn^ijcç par dire, que fon père nouriciçr evait vendu imq fille à Rome. Hermt recoanuE ceice âUe api^ pluGeurs années, & l'aima^ dit-il, comme ^. foeurt il la vie un jpur fe baigna dans le Xibre, illui vsa.* dit la main & la tira du fleuve; & il dilàît dam fm cœur , qae je ferais heureux fi j'avais mAfewmeJem- hldble à elle pour la beauté 6? pour Us mmairsi Aufli - tôt le ciel s'ouvrit, & il vit tout d'un coup cette même femnie, gui lui fit une révérence du haut du ciel, & lui die, bonjour Hermas. Cette femme était l'égUTe chrétienne. Elle lui donna beau-> coup de bons confeils. Un an aprèi l'EXprit le tranfporta au mâme en- droit oti il avait vu cette belle femme, qui pourtant était une "vieille; mais fa vle)llel& était iratche ; & elle n'était vieille que parce, qu'elle avait it^ créée cais aflîs fur une colline, rendant grâce iDiEo de xaat ce qu'il avait fait pour moii tin berger viof s'aSeoir à mes côtés, & me dit, Pcuirquoi fitet- ^ vous venu ici de bon matin? C'eQ: que je fuis ea lladon, lui répondis- je. Qu'eft-ce qu'une ilatitm 9 me dit le berger. C'eil un jeûne.. Et qu'eft-ce qu* ce jeûne? C'eft ma coutume. Alin, me r^liqua le berger, vous ne /avez ce gw ('g/2 gue dijtfbwt ,,1 Google ^ Atocrtphes. cela w fait aucun profit à DrEU ; je vous apprendrai ce Çur c'efi que le vrai jeûne agréable à la Divinité. (^14) - Votre jeûne n'a rîtn de corramm avec la jujlice fif la ytrttt. Servez Dieu ii'uB cœur pur; gardez /es cam- màndemens; n'admettez dans votre cmment cet écrivain n'a-t-il pas vu que le temple bâti par 5afomoB, re- conftruit par Zor<^abel, détruit entièrement par Hérode , rebâti par Hérede même avec tant de ma- gnificence, ruiné enfin par TÏEm, fait manifeftement trois temples détruits ? le compte eft jufte. U n'y a pas là de quoi calomnier Julien. L'abbé de la BUtrie le calomnie aiîez en difanc qu'il n'avait que (19) des vertus apparentes Éf des vices réels; mais JuiiVn n'était ni hypocrite, ni ava- re, ni fourbe, ni menteur, ni ingrat, ni lâche, ni yvrogne, ni débauché, ni parefleux, ni vindicatif. Quels étaient donc fes vices? (20^ 40. Voici enfin l'arme redoutable dont on fe fert pour perfuader que des globes de feu fortirent des pierres. Ammien MercelUn^ auteur payen & non C'B) Pag. 399. C19) Vtihn de la BUtrlt. (so5 ^"itctt pouvait mfme comptée qustr» dcftruftioDs du ;cn|i ^e , "Sai^t^'/îmlQcbiis Zepatar «1 fie abiictn lous tes mu». c.ïGoo*^lc Apostat. 4J forpeâ; , !'a dit. Je le veux ; mais cet Anaiàtn a die auflî que lorfque l'empereur" voulut facrifier dis bœuft à fes Dieux pour fa première viftoire rem- portée contre les Perfcs , il en tomba neuf par terre avant d'ècre préfentés à l'autel. 'Il raconte cent prédirions, cent prodiges. . Faudra -t -il l'en croi- re? Faudra- 1 -il croire tous les miracles ridicules que Tite-Live rapporte? Et qui vous a dît qu'on n'a point fâlfifié le texte A'A'nmitn Marcellin'? ferait-ce la première fois qu'on aurait ufé de cette fupercherie? Je m'étonne que vous n'ayez pas fait mention des petites croix de feu que tous les ouvriers apperçu- rcnt fur leur corps quand ils allèrent fe coucher. Ce trait aurait figuré parfaitement avec vos globes. Le fait eft que le temple des Juifs ne fut point rebâti, & ne le fera point, à ce qu'on préfumer Tenons - nous - en là; & ne cherchons point des prodiges inutiles. Globi fiamtnarum , des globes de feu ne fortent ni de la pierre, ni de la terre. Am- mien & ceux qui l'ont cité n'étaient pas phyGciens. Que l'abbé de la BUtrie regarde feulement le feu de la St Jean , il verra que la flamme mraite tou- jours en pointe ou en onde, & qu'elle ne fe forme jamais en globe. Cela lèul fufBt pour détruire la fotife dont il fe rend le défenfeur avec une critique peu j'udicieufe & une hauteur révoltante. Au refte la chofe importe fort peu. Il n'y a rien là qui intérefTe la foi & les mœurs & nous ne cber* choQS ici que la vérité hiftorique. ..iGqoglc Apôtres. APOTRES. Ap LPrès l'article /fpiScr* de l'Encyclopédie, lequel cft auffi favant qu'orthodoxe, il refte bien peu de çhofe à dire. Mais on demande foavenc: Les apôtres étaient- ils mariés 9 ont-ils eu des enfans? que font devenus ces eafans? oïi les apôtres ont - ils vécu OLi ont - ils écrit ? oii font - ils morts ? ont - ils eu \m diflrift? ont-ils exercé un mîniftcre civil? avaient- ils une jurisdiaion fur les fidèles? étaient - ils évé- ques? y avait- il une hiérarchie? des rites, des cérémonies ? /,« apôtres étiàent-ils mariés? ï». II exifte une lettre attribuée à St. Ignace le martyr , dans laquelle font ces paroles décifives, „ Je me fouviens de votre fainteté comme ^'Elie, „ de Jérémie, de Jean-Batijîe, des difciples clioi^ „ fis ,.■ Timolhée , Titus , Eyodius, Clément, qui emt vécu dans la chafteté: mais je ne blâme point les. ajitres bienheureux qui ont été liés par le maria- ge; & je fouhaite être trouvé, digne de Dieu , en fuivaot leurs vertiges dans fon règne, à l'exemple „ d'Abraham, d'Ifaac, de Jacob, de Jofeph, d'i- „ faïe, des autres prophètes tels que Pierre & Paul „ & les autres apôtres qui ont été mariés." Quelques favans ont prétendu que le nom de St. ■ Paul eft interpolé dans cette lettre fameufe ; cepen- dant Turrien , & tous ceux qui ont vu les lettres de St. Ignace ea latia dans la bibliothèque du Vatican» C.Ï Google Apôtres. 47 avouent que le nom de St. Paul s'y trouve. ("21) Et Barotiius ne nie pas que ce paflàge ne foit dans quelques manulcrits grecs: non •negamus in quibuf- ■ dam gntcis coâicibus: mais il prétend que ces mots ont été ajoutés par des Grecs modernes. Il y avait dans l'ancienne bibliothèque d'Orford un manufcric des lettres de St. Ignace en grec, oîi ces mots fe trouvaient. J'ignore s'il n'a pasété brûlé avec beaucoup d'autpes livres à la prife d'Ojc- ford par Crômmll. (22) Il en refte encor un latin dans la même bibliothèque ; les mots Pauli 6P Apo- Jtolomm y font effacés, mais de façon qu'on peut lire aifément les anciens carafteres. . Il eft certain que ce palTage exifte dans plufieurs éditions de ces lettres. Cette difpute fur le mariage de St. Paul eft peut-être affez frivole. Qu'importe qu'il ait été marié ou non, fi les autres apôtres l'ont été ? C23) H n'y a qu'à lire fâ première épttre aur Corinthiens , pour prouver qu'il pouvait être marié comme les autres : „ N'avons-nous pas droit de man- „ ger & de boke chez vous? n'avons-nous pas droit „ d'y amener notre femme, notre fœur, comme „ les autres apôtres, &. les frères du Seigneur, & „ Cephas'i ferions -nous donc les feuls Barnabe Sç „ moi qui n'aurions pas ce pouvoir? Qui va jamais „ à la guerre à fes dépens?" (24) ■ Cst) 3e. Baroaliu anno 57. Caaî Voyez CotclIUr , noni. ad. pïg, 141, Cas) Chïp. II. V. 5 & 6. ^ C34> Q"'^ ''S anciens Romuti* qui n'aviient point de piiei les Grecs, Ict Tinares deftrucieurs de tant d'empiiu^ 1« /j» best I0U3 Us peuples «on^uénuu u'jL.:a..ï Google 40 Apôtres. II eft clair par ce palfage qud tous les apôtres étaient mariés auffi bien que St. Pierre. (2;) Et St. Clément d'Al^andric déclare pofitivement que St. Paul avait une femme. La difcipline romaine a changé : mais cela n'em- pêche pas qu'il n'y ait eu un autre ulàge dans les premiers tems. (Voyez Çonjlilutimu apoftoliques au mot Apocryphe.') Des enfans def Apétns. llo. On a très peu de Dotions fur leurs familles. , (aC) Si. Clément d'Alexandrie dit que Pierre eut des enfans; que Philippe eM des filles, & qu'il les maria. - ■ Les A&es des apôtres fpécifient St. Philippe , dont ]es quatre filles prophétifaient. On croit qu'il y eu eut une de mariée, & que c'eft Ste Hermioae. (27.; Eufebe rapporte que Nicolas, choifi par les apôtres pour coopérer au faint miniftere avec St. Etienne 3 avait une fort belle femme dont il était jaloujc. Les apôtres lui ayant reproché là jaloulie, il s'en corrigea, leur amena fa femme, & leur dit: jejuîs prêt à la cédera que celai qui la voudra l'époufe. Les apôtres n'acceptèrent point fa propolltion. Il 'eut de (à femme un fils & des filles. CléophaSj félon Eufebe & St. Epiphane, était fre- le de St. Jofephi & père de Sc. Jaques le Mineur & de St. Jude, qu'il avait eus de Marie fœur de la Ste. Vierge. Ainfi St. Jude l'apôtre était coudn germain de Jésus - Christ. (28) Egéfippe (ifi) Stromnt. liv. m. . (»6) Sttomat. liv. vu. & Euftic liv. in. cliap. Kut. Aft. -chap. ixu t^rt Euftht liv. ai. ch. sïit. ■ , ,,1 Google ■ B A p O T II E s. 49 (aS) Egéjif^e , cité par Eufebe , dit que àeas des petits-fils de Si. Jude furent déférés à l'empereur Domitien , comme defcendans de David; Se ayant un droit inconteftable au trône de Jérufalem. Do- mitien craignant qu'ils ne fe fervilTent de ce droit, les interrogea lui - même ; ils expoferent leur généa- h^K ; l'empereur leur demanda quelle était leur fortune; ils répondirent, qu'ils pofféd^ent trente- neuf arpens de terre, lefquels payaient tribut; & qu'ils travaillaient pour vivre. L'empereur leur de- manda quand arriverait le royaume de Jesus-Cmrist ils dirent que ce ferait à la fia du mcmde. Après quoi Domitien les lailTa aller en paix ; ce qui prouve- rait qu'il n'était pas perfétuteur. Voilà, fi je ne me trompe, tout ce qu'on Ikit des enfans des apôtres. Où Ut apôtres ont-.ils vécu? oùfont-ils morts? Selon (29) Eufebe, Jaqms, fumommé lejufley ftere de Jiaus- Christ, fut d'abord plaaî le pre- mier fur le trône êpifcepal de la ville de Jérufalem; ce font fes propres mots. Ainfi, félon lui, le pre- mier évéché fut celui de Jérufalem, fuppofé que les Juifs connuITent le nom d'évéque. II paraifïalc en effet bien vraifemblable, que le frère de notre Sauveur fut le premier après lui ; & que la ville ■même, oti s'était opéré le miracle de notre falut, fut la métropole du monde chrétien. A l'éggrd de trSne épifcopaîy c'ell un terme, dont Eufebe fe ferc par anticipation. On lait afïez qu'alors il n'y avait jji trône ni fiege. Ca«) Eufebe Hï. m. eh. M. (i9'i Eufebe iiv. ui. Seconde Partie, D ,,1 Google 50 Apôtres. Etifehe ajoute, d'après St. Clément, que les au- tres apôtres ne concefterent point à St. Jaques l'honosur de cette dignité. Ils l'élurent immédiate- ment après l'Afcenfion. Le Seigneur, dit-il, après fa réJuTrectim , avait donné â Jaques furnommi le ynjley d Jean Ê? d Pierre le don de lafcience: pa- roles bien remarquables. Eu/ebe nomme Jaques le premier, Jean le fécond. Pierre ne vient ici que le dernier; il fembfe jujte qtie le frère, & le dis- ciple bien aimé de Jésus paffent avant celui qui Ta renié. L'eglife grecque toute entière , & tous les réformateurs demandent oti eft la primauté de Pier- re? Les catholiques "romains répondent: S'il n'eft pas nommé le protiier chez les pères de l'églire, il l'efl: dans les A9:es iks c^ôlres. Les Grecs .& les au- tres répliquent, qu'il n'a pas été le premier évêque; & la dii^ute fabGftera autant que ces églïfes. . St. Jaques, ce premier évêque de Jérafalem, frère dti Seigneur, continua toujours à obferver la loi mofarque. 11 était récabite, ne fe faifant jamais tafer, marchant pieds nuds, allant fe profteroer dans le temple des Juift deux fois par jour , ■& fur- nommé par les Juifs Oblia, qui fignifie le Jujle. Enfin ils s'en rapportèrent à lui pour fatvoir qui étaic Jésus - Christ : (30) mais ayant répondu que Jesu» était le fils de Vhomfne affts d la droite de Dieu, Sf qu'il viendrait dans les nuées , il fut aflbmmé à coups de bâton. C'eit da St. Jaques fe «mmut que nom Venons de parler. St. Jaques le majeur était fon oicle, frère ds iio-) Eefeii , Ef'fhaa€,3er«mt CUmtnt à'Miaiaixa, A P O T R E • s. 51 C3O St. ytan l'évangelifte, fils de Zébidée & de Sahmé. Cto prétend qu'Agrippa roi des Juifs lui fie couper la tête à Jérufalem. St. Jear^ refta dans l'Alîe, & gouverna l'églife d'£phefe, oîiilfuc, dit-on, enterré C32.) St. , Andréa frère de St. Pierre, quita l'école de St. yean-jSafi^* pour cellede Jesus-Chbist. On n'eft pas d'accord s'il prêcha chez les Tartares ou datu Argoa. Mais pour trancher la difficulté, on a dit que c'était dans l'Ëpire. Perfonne ne fait oU il fut martyrifé, ni, même s'il le fut. Les adtes de fon martyre font plus que fuQ>eâ3 aux favans ; les peintres l'ont^ toujours r«çréfencé fur une croix ea i*autoir> It laquelle ça a donné fon nom ; c'eft un ufage qui a prévalu fans qu'on en connailTelafource. St. Pitrn prêcha aux Juifs difperfés dans le Pont, la BitJjinie, la Capadoce, dans Antioche, à Babi- lone. Les A3ei des Apôtres ne parlent point de foa voyage à Rpme. St. Paul mêmfi ne fait aucune mention de lui d«ns les lettres tju'îl écrit de cetts capitale. St. yufiin eft le premier auteur accrédité qui ait parlé de ce voyage, fur lequel les làvans ne s'accordent pas. 5t. Irénée, après St. Juftin^ die expreiTémeniç que, 5t. Pierre & St. Patti vinrent à Konie, & qu'ils donnèrent le gouyeroement à St. jÀn. C'eè aicor là une nouvelle difficulté. S'ils étflbljrent St, Lin pour infppâeur de la fociété chnétienoe t^iilàate à Rome , on infère qu'ils ne Ix conduifireot pas, & qu'ils o^ reft^rfiat fiointdaas cette ville. ... ,,1 Google 5* -A P Ô T. R E S. La critique a Jette fur cette matière une foule d'incertitudesv L'opinion que St. Pierre vint à Ro^ me fous Néron y & qu'il y occupa la chaire pontifi- cale vingt- cinq 'ans, eft infoutenablej puifque M- rm ne régna que treize années. La chaife de bois qui eft enchaflëe dans l'églife à Rome, ne peut ■ gueres avoir appartenu i St. Pierre; le bois ne dure pas fi longtems; & il n'eft pas vraifemblable que St. Pierre ait enfeigné dans ce fauteuil -comme dans une école toute formée; puifqu'il eft avéré que les Juifs de Rome étaient les ennemis violens des dis- ciples de Jésus -Christ. La plus forte difficulté peut - être , eft que (33) ■St. Paul dans fon épttre écrite de Rome aux Colos- ■ficns , dit pofitiveihent qu'irn'a été fécondé que par ■Jnftarque, Marc, & un autre qui portait le nom de Jésus. Cette objeftion a paru infoluble aux plus favans -hommes. Dans fa lettre aux C34) Galates, il dit qu'il obU- gea Jaquei , Cépluu £f Jean qui étaient colonnes , à reconnaître auffî pour colonne lui &, SamaSé. S'il place Jean avant Ciphas, Céplias n'était donc pas le chef. Heureufcmcnt ces difputes n'entament pas le fond de notre fainte religion. Que St. Pierre ait été à Rome ou non, Jésus - Christ n'en eft pas moins fils de EhEu & de la vierge Marw, & n'en eft pas moins refllifcitè; il n'en a pas moins recom- 'mandé l'humilité & la pauvreté qu'on néglige, il eft ■vrai , mais fur lefquelles on ne difpute pas. Mcéphore - Calîjle.t auteur du quatorzième iieciej Ql) CedST, cb. iv. Vs. ïo & ii* ' (34) C&. u. v>. g^ A P ô T R' E s." J3. dit que Pierre était menu, grand É? droit, le vifage long fj" pâle, _la barbe S* les cheveux épiûs, courts if crépus, les yeux noirs, le nez long, plutSi camus que pmtu. C'eft ainfî que Dom Calmet traduit ce paflk- ge. Voyez foa Diàionnaire de la Bible. St. Barthelemi , mot corrompu de Bar-Ptolomaiot , (2S) û]aàe Ptolomée. Les Aàes des apôtres nous sp- prennent qu'il était de Galilée. Eu/ebe prétend qu'il alli prêcher dans l'Inde, dans l'Arabie beureufe» dans la Perfe & dans l'AbilBnie. On croit que c'é- tait le même que Nathana'èl. On lui attribue un évangile; mais tout ce qu'on a dit de fa vie & de fa mort eft très incertain. On a prétendu qn'Ajîyage^ frère de Pelémm roi d'Arménie, le fit écorcher vif; mais cette hiftoire eft regardée comme fabuleufe par tous les bons critiques. St, Philippe. Si l'on en croît les légendes apo- cryphes , il vécut quatre-vingt-feptans, ^mourw: pùnblement fous Trajan. St. Thomas - Dydimt. Origene cité par Eu/ebe , dit qu'il alla prêcher auxMedes, aux Perfes, aur Caramaniens, au:c Baflnens & aux mages, comme G les mages avaient été un peuple. On ajoute qu'il batifa un des mages qui étaient venus à Bethléem. Les manichéens prétendaient qu'un homme ayanç donné un fouSet à St. Tlwmas, fut dévoré par UQ lion. Des auœurs- Portug^s alTurent qu'il fut mar- tyrifé à Meliapour , dans la prefqu'ifle de l'Inde. L'églife grecque croit qu'il prêcha dans l'Inde, & '■ C3S5 Nom grec & héhtev , ce qui eft Angulier , & ce qtti a Mt croire que coat fui £cni pu des Juifs heUJniltes loin de léruftlenia D3 ■ ...Google 5t A P T s E 8. que de-lS on porta fon corps à Edeffe. Ce qui fait croire qu'il alla dans I*Inde, c'eft qu'on y trouva, vers la côte d'Ormus, à la fin du quinzième fiecle, qlœlques familles neftoriennes établies par un mar- chand de Moïoul nommé TlKmas. La légende porte qu'il bâtit un palais magnifique pour un roi de l'In- de, appelle Gondafer: mais les favans ïejettent tou- tes ces hiftoires. ' , ' St. Mathias. On ne lait de lui aucune particu- larité. Sa vie n'a été écrite qu'au douzième fiecle, par un moine de l'abba^'e de St. MatHîas de Trêves , qui difait la tenir d'un Juif qui la lui avait Craduite de l'hébreu en latin. St. Mathieu. /ïi l'on en croit Rujin , Socrate , Abdias, il prêcha & mourut en Ethiope. RéracUm le fait vivre longtems, & mourir d*une mort natu- relle: mais Abdias Alt, qu'H-r^aotr roi d'Ethiopie, frère d'Eglipui, voulant époufcr fa nièce Ipîiightîet & n'en pouvant obtenir la permiiBon de St. Mat- ihieut lui fit trancher la tête , & mit le feu à la mai- fon iCipUgénie. Celui à qui nous devons l'évangile le plus circonftanclé que nous ayons, méritait un meilleur hiftorien i\a' Abdias. St. Simon Cananéen , qu'on iète communément avec St. yude. Cto ignore fa vie. Les Grecs mo- dernes difent, qu'il alla prêcher dans la L^Hiie, & de là en Angleterre. D'autres le font martyrifer en Perfe. (36) St. TJiadée, ou Lebéei-le même que St. Ju- diy que les Juifs appellent, dans St Matthieu, /r^e (30 Matth. chïp. «n. vs. 5g, UjL:a..i Google A P^ Ô T R B 8.' ^ de Jésus-Christ; & qui, félon Eu/ehe^ était fon coufin germain. Toutes ces réiaticms , la plupart iccertaines & vagues, ne nous éclairent point fur la vie des apôtreg. Mais s'il y a peu pour notre curio- ficé, il refte affez pour notre inftruftion. Des quatre évangiles choiûs parmi les cinquante- quatre, qui furent compofés par les premiers chré- tiens » il y m a deux qui ne fcnt point faits par des apôtres. St. Paul n'était pas un des douze apôtres; & cependant ce fut lui qui contribua le plus à l'éca- bliflèment du chriftianifme. C'était le feul homme de lettres qui fût parmi eur. II avait étudté dans l'école de Gamaliel. .Rjîmj m&ne, gouverneur de Judée, lui rq)roche qu'il dl trop favant; & ne pouvant comprendre les fublimités de fa do£lrinc, il lui dit: ^37} Tu es fou, Paul; tes grandes études t'ont conduit à ]a folie. InfatUs, Patde; multie te litttrœ ad infatàam convertunt. Il fe qualifie apôtre, mvoyé, dans fa première épttre aux Corinthiens. C38) „ Ne fuïs-je pas libre? „ Ne fiiis- je pas apôtre? N'ai -je pas vu notre „ Seigneur ? N'êtes - vous pas mon ouvrage en no- „ tre Seigneur? Quand je ne ferais pas apôtre à M l'égard des autres, je le fuis à votre égard „ Sont- ils ininiftres du Christ? Quand on devrait „ m'accufer d'imfHudence , je Je fuis cncor plus. '* U fe peut en effet qu'il eût vu Jésus, lorfqu'il étudiait à Jérufalem fous Gamaliel. On peut -dire cependant que ce n'était point une raifon qui auto* ■ Xesanciens, ou vieillards, fîmt chaînés de diftri- buer les aumônes. Ijes plus jeunes Ibnt élus à h phKalité des voix, ^43) pour avoir ^vn ées tahlts , & ils font au nonriM-e de fept; ce qui cooflate évj- demmeDt des repas de oommimafité. Voyez l'iirci- cte EgUJi. De jurifdiaion, de puifTance de commandement, de punldôn » on n'en Voit pas la mojfl(fa% trace. 11 efl vrai qn'Anamah & SafiUra {ont mis i. mort ' pour n'avoir pas donné tout leur argent k St. Pierre; pour en avoir retenu une petite partie daas la vue de fubvenir à leurs bef(»ns prèflâns ; poor ne l'avoir pas avoué ; pour avoir -corrompu par \m petit menrooge: la fainteté de leurs largeflès; mais ce n'eft pas St. Pierre qui les condsnne. Il eft vtaî t^u'll devine la faute A'Ananiah; il la hii nsproche; il lai dit : (44) ybut ayez nmti au St. Efprit , & Anamàh tombe mort, Enfuite SapMra vient, & Pierre au-lieu de l'a- vertir l'interroge; ce qui femble une aûibh de juge.^ 11 la fait tomber dans le piège en lui dilànt: Femme, àites-md combien vous aves. vendu wtrs champ ; la fem- me répond comme fon mari, II eft étonnant qu'en arrivant fur le lieu, eUe n'ait pas fu la mort de fon époux, que perfoime ne l'en ait avwtie, qu'ellen'ait , pas vu dansJ'afièmblée l'effroi & le tumulte qu'une < telle mort devait caufer, & fur-toatla ctainee loor* telle que la juftice n'aoconrto pom informer de cet- te mort cçHiune d'un meurtre. Il eSt étnœge qus cette femme n'ait p^ rempli la moifon de fes ciisi & qa' Ô T R E 9. «I 'i^appeUez perfonm Jm la terres votre père; car wor n'avez qu'un père qui ejî dans le ciel. Ne dejirez pànt qu'on vous appelle , maîtres ; parée qui vous r^avtz qu'un fiul maître y i^ que vous êtes Mu frères; td qu'on vous appelle ) doSteurt; car votre Jèat deSeur ejl Jésus. Voyez EgUfe. Il n'y avait du tetns desapôtres aucun rite, point de lithnrgiè, point d'heures marquées pour s'alTetn- bier , nulle cérémonie. Les difciples batiraienc les cathécumeaes; on leur fouflait dans la bouche, pout y feire entrer l'E^ïrit- Saine avec le foufle , ainfi que (46) Jésus- Christ avait fouflé furies apôtres; ainfi qu'on foufle encor aujourd'hui en plufieuTs égli- (bs dans la bouche d'un àifant, quand on lui admi- niftre le batême. Tels forent les commencemens 'du chriftiaiùfine. Tout fe faïfait par inlpiration , par enthoufialhie, comme chez les thérapeutes & chez les judaïtes, s'il ell permis de cçaapaiei un moment 4es ibdétés judaïque devenues réprouvées, i des Ibciétés conduites par Jésus-Christ même du haut du ciei, oii il était aHis à la droite de fon père. - Le tems amena des cbangemens néceSâires; 1'^^- fe s'étant étendue, fortifiée, enrichie, eut beibia de nouvdleG loix. C4 E ^. y^ .a/art né du tems de Seiptm V Africain y n'aurait pas fubjugué là république Romatoe; & fi Mahomet- revenait aujourd'hiu , il ferait tout au plus cherif de k Mecque. Mais fi Archimtde Se Pirgile renais- ûieut, Puu ferait encle de la Mecque ; dis qu'il qjt enceo' ..ï Google A R A s s s. 77 du la voix de l'ami , il lui dit : je n'ai de bien que mes deux eTclaves , je vous prie de les prendre &; de les vendre; j'irai au temple comme je pourai avec mon bâtffli. Les trois difputeurs étant revenus à l'afTemblée, racontèrent fidèlement ce qui leur était andvé. On donna beaucoup de louanges à AhddlcA fils de Gia- ' far, à Kaïs fils de Saad, & à ^ra6*i de la tribu d'As; mais la préférence fut pourrirai*/.' Ler Arabes ont pluQeurs contes de cette efpece. Nos nations occidentales n'en coït point; nos romans ne font pas dans ce goût. Nous en avOTS plufleurs qui ne roulent que fiu* des friponneries y comme ceux de Bôcace, Gu/man d'Alfarache, Gilblast &c. Il eft elair que du moins les Arabes avaioit des idées nobles & élevées. Les hommes les plus favans dans les langues orientales penfent que le livre de Jobf qui eft de la plus haute antiquité^ fut compo* fé par un Ai^be dé l'Idumée. La preuve Ja plus claire & la plus indubitable, c'eft que le tradaûeur Hébreu a lailTé dans fa traduûion plus de cent mots arabes qu*ai^remment il n'entendait pas. Job , le héros de la pièce , ne peut avoir été un Hébreu: car il dit, dans le quarante -deuxième chapitre, qu'ayant recouvré fon premier état, il partagea fes biens également h fes fils Si à fes filles: ce qui eft direflement contraire à la loi hébraïque. ■ 11 eft très vraifemblable que fi ce livre avait été compofé après le tems oîi l'on place l'époque de •ikfo^è, l'auteur qui parle dç tant de chofes, & qui D'épargne pas les exemples, aunït parlé de qod- UjL:a..i Google 78" A. R A B E ?; qu'un des étonnans prodiges opérés par Mofe, &. connus fans doute de :ôutes les nations de l'Afie. Dès le premier chapitre, Sathan paraît devant Dieu, & lui demande la permilTion d'affliger Joft; on ne connaît point Sathan dans le Pentateuque, c'était- un mot caWéen. Nouvelle preuve que l'au- ceur Arabe était voiGn de la Caldée. On a cru qu'il pouvait être Juif, parce qu'au dou- ueme chapitre le traduâeur Hébreu &misyehtiva h la place d'Ël on de Bel, ou de. SchaM. Mais quel- eft l'homme ua peu infbuit qui ne fâche que le mot de ^^vii était commun aux Phéoiciens, aus Syriens, wts. Egyptiens, & à tous les peuples des coatr^ voifioeaV Une' preuve plas forte encore & à laquelle on ne peut rien roquer, c'eft la .cbnnaiflance de l'aftro- Qomie qui éclate dans le livre de Job. Il eft parlé des conSellations que nous nommons (^p)\'AT3itre^ VOrîm,: les Hiade! & même de celles du mai qui font cachias: Or les Hébreux n'avaient aucune con- naif&ace=de.U fphere, n'avaient pas même de terme pour exprimer l'afironomie; & les Arabes ont tou- jours '.été renommé» pour cette fcience ainG que les Il parait donc très bien prouvé qœ le livre de 3^ ne peut être d'un Juif, & eft antérieur à tous les livres, juifs. PMlon & y^eph font trop avifés 'pour le compter, dans le canon hébreu. C'eft in- conteft^lêment une parabole, une allégorie arabe. * Ce n'eft. pas tout; ou. y puife des cono^flancin A a A 19 iles ufages de l'ancien monde, & fur- tout de l'Ara- bie, (sa) Il y efl: queftion du commerce des In- des,, commerce que les Arabes firent dans tous te tems, & dont les Juifs n'entendirent feulement pas ■parier. (5O On y voit que l'art d'écrire était très cul- tivé, & qu'on feifait dëja de gros livres. On ne peut diflimuler que le commentateur Cal- mft , tout profood qu'il eft , manque à tomes les re- ^^ dp la logique, en prétendant que Jûfc annonce l'Immortalité de l'ame, & la réfurreflion des corps, quand il dit : Je/aïf que Viwa qui tfi vivant aura pitié de mol t que je me relèverai un jota- de mm fumer , que . ma peau reviendra , que jt riyerrai DifEu dam ma chair. Pourquoi dmc dites -vous à pri/ent, perjîcu- tons-le, cherchant des paroles contre im? Je fenù puiffant à mon tour ^ craignez mon épée , craignez^ je TU me venge, fâchez qu'il y a unejuJUce. Peut -on entendre par ces paroles autre diofe, que l'erpérance de la guérifori? L'inmiMtalité de l'ame, & la réfurreftion des corps au dernier ÎOMr, font des vérités G indubitablement annopcées dans le nouveau Tellament, fi clairement. prouvées par les pères 4 P^r les conciles, qu'il n'eft pasbefoin d'çn attribuer la première connùflance à un Arabe, Ces grands myftÈres ne font expliqués dans' aucun oi- dioit du Eéotateuque hébreu ; comment le feraient- ils dans ce feul verfec de 3^*,. & encor d'une ma- nière fi obfcure? Calmet n'a pias plus de raifon ie voir i'inunôftalité "de. l'ame. & la réfurreflion daia ..Coo'^lc 8o Aranda,inq,oisition. les difcours de Job, que d'y Voir la vérole dans la maladie dont il ed attaqué. Ni la logique, ni la phyfique ne font d'accord avec ce commentateur. Au refte, ce livre allégorique de jfob étant mani- feftemoit arabe, il eft permis de dire, qu'il n'y a ni méthode, nt juftdTe, ni précifion, Maisc'eft peut -être le monument le plus précieux & le plus ancien, des livres qui aient été écrits au -deçà de l'Euphrate- A R A N D A. Droits xotaux, JuRispRtnoHcE, oiQuisiTioif. V^Uoique les noms propres ne foient pas l'objet de nos queftions encyclopédiques, notre fociécé littéraire a cru devoir faire une exception en faveur du comte à'Arafida, préddent du confeil fupréme enEfpagne, àcapitaine-généraldelaCaftilIenou- . velle, qui a commencé à couper les tètes de l'hydre de l'inquifition. Il était bien iufte qu'un Efpagnol délivrât la terre de ce monflre, puifqu'un Efpagnol l'avait fait naître. Ce fut un faint, k la vérité, ce fut St. Dominiqut l'encuirajfé 3 qui étant illuminé d'enhaut, & croyant fermement que ]'églife.catholique,apoftolique & ro- maine, ne pojivait fe foutenir que par des moines & dès boureaUK, jettâ les fondeméas de l'inquifioon au treizième fiecle,' & lui lÔumît les rois> les mi- • ; . . ..; nifties» ,,1 Google A R A N D A, 1 N minables ; mais alors rien ne paroiflait plus naturd & plus édifiant. Tous les hommes reflemblent à Louis dé Paraim quand ils font fanatiques. Ce Paramo était un homme (impie, très exaû danS les dates , n'omettant aucun fait intéreflànt, & fi^ puCant avec fcrupule le nombre dos viâimes tramai- Aranda, i»i2.uisiTroN. 8j nés que le St. Office a itijinolées dans tous les pays. Il raconte avec la plus grande naïveté l'établifle- ment de l'inquifltion en Portugal, & il ett parfaite- ment d'accord avec quatre autres hiftoriens qui ont tous parlé comme lui. Voici ce qu'ils raj^ortene una- Bimement, Etablissement curieux de L'iNtiuisi» TioK EN Portugal. 11 y avait longtems que le pape Boniface IX, au commencement du quinzième Hecle, avoit délégué des frères prêcheurs qui allaient en Portugal de ville en ville brûler les hérétiques, les mufulmans & les Juifs; mais ils étaient ambulans, & les rois mêmes fe plaignirent quelquefois de leurs veiations. Le pape Clément VU voulut leur donner un établifle- ment fixe en Portugal comme ils en avaient en Arra- gon & en Caftille. 11 y eut des difficultés entre h cour de Rome & celle de Lidxinne , les efprits s'ai- grirent, l'inquifition en foufFrait & n'était point éta- blie parfaitement. En i53£) il parut à Lisbonne un légat du pape, qui était venu, difait'il, pour établir la fainte inquifi- tion fur des fcmdemens inébranlables, II apporte au roi yean lll des lettres du pape Paul III. H avait d'autres lettres de Rome pour les principaux officiers de la cour; fes patentes de légat étaient duement fcellées & lignées ; il montra les pouvoirs les plus amples de créer un grand inquiûteur & tous les ju- ges du St. OSiçç. C'était un fourbe nomnié Savfdrii F3 is Aranda, inquisition. qui favat contrefaire toutes les écritures , fabriquer & appliquer de faux fccaux & de feux cachets. U avait appris ce métier k Rome & s'y était perfeûî- onné à Séville dont il arrivait avec deux autres fri- pons. Son train était magnifique, il était compofé de plus de cent vingt domeAiques. Pour fubvenir k cette énorme dépenfe, lui & fes deux confidens empruntèrent à Séville des fommes immenfes au nom de. la chambre apoftolique de Rome; tout était toncefté avec l'artifice le plus éblomflant. Le roi de Portugal fut étonné d'abord que le pape lui envoyât un légat à latere fans l'en avoir prévenu. Le légat répondit fièrement que' dans une chofe auHI prenante que l'établinement fixe de l'inquifition, fa làinteté ne pouvait fouffrir les délais > & que le roi était affez honoré que le premier courier qui lui en apportait la nouvelle fût un légat du faine père. Le roi' n'ofa répliquer. Le légat dès le jour même établit un grand - inquifîteur, envoya partout re- cueillir des décimes ; & avant que la cour pût avoir des réponfes de Rome, il avait déjà fait brûler deux cents perfonnes, &. recueilli plus de deux cents mille écus. Cependant le marquis de FtUatioya, feigneur Es- pagnol de qui le légat avait emprunté à Séville une femme très confidérable fur de faux billets , jugea à propos de fe payer par fes mains , au - lieu d'aller fe compromettre avec le fourbe à Lisbonne. Le légat fàifait alors là tournée fur les frontières de TEfpagne. Il y marche avec cinquante honunea irmés, l'enlevé & le conduit à Madrid. c^ïGoo'^le A R A N D A , I H Ç U I >■ I T I CHr, %f - La friponnerie fut bientôt découverte àLisbonne, le confeil de Madrid condamna le légat Sivedra au fouet &- à dix ans de galères; mais ce qu'il y eut d'admirable, c'eft que le pape Paul W confirma depuis tout ce qu'avait établi ce fripon ; il reftifia par la plénitude de fa puiflance divine toutes les pe* tites irrégularités des procédures, & rendit facré ce qui avait été purement humain. Qu'impone de quel bru Dîeu daigne fe fervir. Voilà comme l'inquifldon devînt fédentaire l Lisbonne, & tout le royaume admira la provi- dence. Au refte on connaît aflèz toutes les procédurei de ce tribunal; on fait combien elles étaient oppo^ fées à lafauffe équité & à l'aveugle raifon de tous les autres tribunaux de l'univers. On était emprif- fonné fur la fimple dénonciation des perfonnes les plus infemes, un fils pouvait dénoncer fon père, une femme fon mari; on n'était jamais confronté avec fes accufateurS, les biens étaient co'nfifqués au profit des juges. C'eft ainfi du moins que l'inquifitioa s'eft conduite jufqu'à nos jours; il y a là quelque chofe de divin : car il eft incompréhenfible que lei bommes aient foufFert ce joug patiemment, C53) Béniffims le comte d'Aranda, 'Ç53? CoaMteZf fl voiu voulez , flir Ii furirpnidenee de l'Iit- quidcion le nlvifrend père Trontt, le doâeuc C/wcalon, Sl fiu- toui le tnagMer Grillandiis , beau nom pour un înquiGteur. Et vom, loil ds l'Europe, princes Ibuv^raîtis, républiques, fbuvenez-voua A jamais que le» moines iuquiCieu» fe foac la- liculia iniuifiuuTs par la gract de DIS.VI F* uJl.:a..ïGOOglc A R A K A T. A R A R A T. Me L Oncagne d'Arménie, fur laquelle s'arrêta l'arche. On a longtems agité la queftîon fur l'uni- verfàlîté du déluge, s'il inonda toute la terre Tans exception, ou feulement toute la terre alors con- nue. Ceux qui ont cru qu'il ne s'agilfait que des peuplades, qui exilaient alors, fe Ibnt fondés fur l'inutilité de noyer des terres non peuplées ; & cet- te raifbn a paru aflez plaufible. Nous noi^s en te- nons au texte de l'Ecriture , fans prétendre l'expli- quer. Mois nous prendrons plus de liberté avec Bérofe, ancien auteur Caldéen, dont on retrouve des fragmens confervés par Abidens, cités dans Eufebe, & rapportés mot- à -mot par George le fincelle. On voit par ces fragmens, que les Orientaux, qui bordent le Pont-£uxin, faifàienc ^ciennement de l'Arménie la demeure des Dieux. Et c'eft en quoi les Grecs les imitèrent. Ils placèrent les Dieux fur le mont Olympe. Les hçmmes tranfportene toujours les chofes humaines aux chofes divines. Les princes bâtiflaîent leurs citadelles fur des mon- tagnes: donc les Dieux y avaient aufli leurs de- meures: elles devenaient donc facrées. Les brouil- lards dérobent aux yeux le fommet du mont Ara- rat : donc les Dieux fe cachaient dans ces brouil- lards; & ils daignaient quelquefois apparaître aux mortels dans le beau tenu. C.Ï Google A' R^ A K A T.' Sjj' - vOn Dieu de ce pays, qu'on croit étrt Saturne ^ iappamt un jour à Xjxutrty dixième roi de la Cal- dée, fuivant la fupputation d'-<^f iciM« , d'^ii/(fene , & SApollodffre. Ce Dieu lui dît: Le quinze du mois d'Oefi le genre humain fera détruit par le déluge. Et^ermez bien tous vos écrits dans Sipara^ la ville da fikili afin que la mémoke des cliofes ne fe perde pas. Bdtiffez un yaijfeau; entrez-y avec vos parens ffvor amisi faites 1 y entrer des oifeaux, des quadrupèdes; mettez ■ y des provifùms; S* quand «m vius demandera^ fi& vùuleZ'Vous aller avec votre vaijfeau? répondez: vers les Ditûx, pour les prier de favorîfer le genre • humain. Xixutre bâtit fon vaiffeau, qui était large de deinc ftades, & long de cinq; c'eft-à-dire, que fa largeur était de dpux cents cinquante pas géomé- triques, & fa longueur de fix cents vingt -cinq. Ce vaiflèau, qui devait aller fur la mer noire, était mauvais voilier. Le déluge viott Lorfque le dé- luge eut ceffé, Xixutre lâcha quelques - uns de fes oifeaux, qui, ne trouvant point à manger,' revin- rent au vaifTeau. Quelques jours après il lâcha en- core fes oifeauï, qui revinrent avec de la boue aux pattes. Enfin ils ne revinrent plus. Xixutre en fit autant: il fortit de fon vaifibau, qui était perché fur une montagne d'Arménie ; & on ne le vit plus; les Dieux l'enlevèrent. Dans cette faWe, il y a probablement quelque çhofe d'biftorique. Le Pont-Euxin franchit fes bornes, & iooiuja guçlques cerrains. Le roi de F? C.Ï Google po A K A A A n Caldée courut rëparer le défordre. Nouj avons ^bni Rabelais des ccmtes non moins ridicules, fondés fur quelques vérités. Les anciens hiftorieas font pour la idupart des RabtltUt férieux. Quant à la montagne d'Ararat, on a prétendu qu'elle était une des montagnes de la Pbrygie , & qu'elle s'appelkit d'un nom qui répond à celui à' Arche y parce qu'elle était enfermée, par trois ri- vières. Il y a trente opinions fur cette montagne. Com- ment dém&Ier le vrai? Celle que les moines Armé- niens appellent aujourd'hui Araraty était> félon eux, une des bornes du paradis terreftre; paradis dont il relie peu de traces. Ceft un amas de ro- chers, & de précipices couv»ts d'une neige éter- nelle. Toumefort y alla chercher des plantes par ordre de Louis XIV; il dit,' qw tous les environs en font horribles, f? la montagne encore plus; qu'il trouva des neiges de quatre pieds d'ipaijfeur {f toutes crjlialifées; que de t&ts les cités il j a des précipices taillés à- plomb. Le voy^eur Jean Struis prétend y avoir été auflî. Il monta, fî on l'en croit, jufqu'au fommec, pour guérir un hermite affligé d'une defcente. , Son ftmhitflge, dit-il, Csa) était fi éloigné dt terre, que nous n'y arrivâmes qi/au bout defept jours ; & choque jour nousftùjkns càiq Ueues. Si dans ce voyage il avait toujours monté, ce mont Ararat ferait haut de tren- te-cinq lieues. Du tems de la guerre des géans, ^Sff> fïyg' di Jea» Struk , ia-4to. pige ao8r ..ïGoog[c A R B R E A P 4 I 1^ 5X en mettant quelques Araratsl'un fur l'autre, on aii- lait été à la lune fort commodément. , yean Struit affure encore que l'hermite, qu'il guérit, lui fit pré- fent d'une croix faite du bois de l'arche de Noé. Toumefort n'a pas eu tant d'avantage. ARBRE A PAIN., .1 ^' Arbre à pain croit dans les ifles Philij^înes, & principalement dans celles de Gaam & de Ténian, comme le coco croit dans l'Lidc. Ces deux arbres feuls, s'ils pouvaient fe multiplier dans les autres climats, ferviraient à nourrir & à défaltérer le gen-, re- humain. L'arbre à pain eft plus gros & plus élevé que nos pommiers ordinaires; les feuilles font noires le fruit eft jaune, & de la dimenfîon de la plus grofltr pomme de calleville; fon écorceeft éî^ifle & dure, le dedans eft une efpece de pâte blanche & tendre qui a le goût des meilleurs petits-pains au lait ; mais - il faut le manger frais; il ne fe garde que vingt- quatre heures, après quoi il fe feche, s'aigrit, & devient défagréable ; mais en récompenfe ces arbres en font chargés huit mois de l'année. Les naturels du pays n'ont point d'autre nourriture ; il font tous grands, Tobuftes, bien faits, d'un embonpoint mé- diocre, d'une fanté vigoureufe, telle que la doit procurer l'ufage unique d'un aliment falubre; & c'eft ^à des Nègres que la oature a fait ce prélènc ..ï Google 92 ArbrbaF^iH. Le voyageur Dampierfat le premier qui en parla.' Il refte encor quelques officiers qui ont mangé de ce pain, quand l'amiral j^n/on y a relâclié> &qui l'ont trouvé d'un goût fupérieur. Si cet arbre était tranfplanté comme l'a été l'arbre à cafK, il pouraît tenir lieu en grande partie à l'invention de Triptoli- iM, qui coûte tant de foins & tant de peines multi- pliées. 11 faut travailler une année entière, avant que le bled puifle être chaîné en pain; & quelque- fois tous ces travaux font inutiles. Le bled n'eft pas affurément la nourriture de la plus grande partie du monde. Le mais, la caffave nourilTent toute l'Amérique, Nous avons des pro- vinces entières cù les payfans ne mangent que du pain de châtaignes, plus nouriffânt & d'un meilleur goût que ceux de feigle ou d'oi^e, dont tant de gens s'alfmentent, 5; qui vaut beaucoup mieux que le pain de munition qu'on donne au foldat. Toute l'Afrique auftjale ignore le pain. L'immenfe archi- pel des Indes, Siapi, le Laos, le Pégu, la Co- chinchinc, le Tunquin, une partie de la Chine, le Japon, les côtes de Malabar & de Coromandel, les bords du Gange, fourni (Tent un ris, dont la cul- ture eft beaucoup plus aifée que celle du froment, & qui le fait négliger. Le bled eft abfolument in- connu dans l'efpace de quinze cents lieues fur les cô- tes de la mer gladale. Cette nourriture, à laquel- le nous fommes accoutumés , eft parmi nous fi pré- cieufe , que la crainte feule de la voir manquer caufe des féditions chez les peuples les plus fournis. Le commerce du bled eft partout un des grands objets c^ïGoo'^lc ArbreaSoif. j>3 èa gouvetaement; c'eft une partie de notre être î & cependant on prodigue qudquefois ridiculemeoc Cette denrée effentielle. JLes amidonnjers emi^oient la meilleure farine pour couvrir la tête de nos jeunes gens, & de nos femmes. Le DitHonnaire encyclopédique remarque avec très grande raifon, que le pain-béni, dont on ne mange prefque point, & dont la plus grande partie ed perdue f monte en France à quatre millions de livres par an, Ainfi, de ce feul artide, l'Ai^leter-, te eft au bout de l'année plus riche de quatre mil- lions que la France. ARBREA SUIF. o> 'N nomme dans l'Amérique chmdel • berti • »ie ^ ou bai'berri'trétt ou Varbre à juif une efpece de bruyère, dont la baie donne une graifle propre à' faire des chandelles. Elle crott en abondance dans un terrain bas & bien humeûé; il parait qu'elle fe plaît fur les rivages maritimes. Cet arbufte eft cou- vert de baies d'où femble fuinter une fubftance blanche & farineufe, on les cueille à la fin de Tau- tooine lorfqu'elles font meures; on les jette dan» une chaudière qu'on remplit d'eau bouillante; la graifle fe fond & s'élève au-deflus de l'eau : on met dans un vafc à part cette graiffe refroidie, qui res- femble à du fuif ou à de la cire; fa couleur eft communément d'ua verd fàle. On la purife^ & p4 AKBBEASOin alors elle devient d'un affez beau verd. Ce fuif eft plus cher que le fuif ordinaire, &. coûte moins que la cire. Pour en fonner des chandelles , on Je mé-, le fouvent avec du fuif commun; alors elles ne font pas fi fujettes à couler. Les pauvres fe fervent vo- lontiers de ce fuif végétal, qu'ils recueillent eux- mêmes, au -lieu qu'il faudrait, acheter l'autre. ■ ;. On en fait aulïï du &voa, & des iàvonettes d'une odeur aflèz agréable. Les médeciiu & les chirurgiens en font uf^e pour les plaies. Un négociant de Philadelphie envoya de ce fuif dans les pays catholiques de l'Amérique, dans l'es- poir d'en débiter beaucoup pour des ciei^es : mais les prêtres refuferenc de s'en ferrir. Dans la CaroUne on en a fait auiH une forte de cire à cacheter. On indique enfin la racine du même arbufte com- mç un remède contre les fluxions des gencives, 'remède uûté chez les fauvages. . A l'égard du cirier ou de l'arbre i cire, il eft allez connu. Que de plantes utiles à tout le genre- Imip^ la nature a prodigué aux Indes orientales & occidentales! le quinquina feul valait nûeux que 1^ Qiines du Pérou , qui n'ont fervLqu'à mettre la çherçé dans l'^^urope. X Cec article eft, de Mr. Durey. ) ,,ï Google Jeanne d'Arc dite la Fucïlle D'Om^un. XL ronvienc de mettre le lefteur au fait de la vé- ritable biftoire de Jeatme S Arc futnommée U FtieH- le. Les paicicularicés de fon avaûture font très peu connues & pouront iàire plaifir aux ieâeurs. Les voici. Paul yove dit que le courage des Français fut ani- mé par cette fille, & fe garde bien de la croire ins- pirée. Ni Robert Gagiùn. ni PaulEmlty m PoU- dors Virgule y ni Genebrar ^ ni PhiUppe de Sergamet ni Papîre Majfm , ni même Mariana , ne difent qu'elle était envoyée de Dieu; & quand Mariana le }éfuite l'aurait dit, en vérité cela ne m'en impoferaîc pas. Mézercà conte , que le prime de la miUet céleJU lui apptarut; j'en fuis fôché pour Mezerai^ & j'en de- mande pardon au .prince de la milice célefte. La plupart de nos hifloriens qui fe copient cous les uns les autres , fuppofent que la pucelle fit des prédirions & qu'elles s'accomplirent. On lui t^ dire qu'elle éludera iet Anglou hors du royaume j & ils y étaient encor cinq ans après fa mort. On lui fiùt écrire une Itmgue lettre au roi d'Angleterre, & aiTurément elle ne favait ni lire, ni écrirejon oedmi- mt pas cette éducadon à me fervaote d'iidcellene fi6 A & C. dans le Barrois; & fon procès porte qu'elle ne favaî pas ligner fon nom. Mais, dit-on, elle a trouvé une épée rouillée dont la lame portait cinq fleurs de lys d'or gravées;- fie cette épée était cachée dans l'églife de Sce. Ca- therine de Fierboîs à Tours. Voilà certes un grand miracle ! La iKiuvre Jeanne SÂrc ayant été prife par les An- glais, en dépit de Tes prédiûionS & de Tes miracles, foutint d'abord dans km interrogatoire que Su. Ca- therine f &. Ste. Marguerite l'avaient honorée de beau- coup de révélations. Je m'étonne qu'elle n'ait rien dît de fes converiàtions avec le prince de la milice célefte. Apparemment que ces deux Taintes aimaient plus à parler que St Michel. Ses juges la crurent iôrciere, & elle fe crue în^irée; fit c'eft là le cas de dire, Ml foi, juge & plaideim, il faudrait tout lier. Une grande preuve que les capitaines de Charlei Vil emptoyoicnt le merveilleux pour encourager les foldats dans l'état déplorable oîi la France était ré- duite, c'en: que 5ainïraiifej avait fon berger, com* me le comte de Dumis avait fa bergère. Ceberger faifait fes prédiélions d'un côté, tandis que la berge- . -Te les fallait de l'autre. Mais malheureufementla propbétefle du comte de Hiouns fut prife au fi^e de Compiegne par un bâ- lard de VenàSme , & le prc^héte de S s'il arrivait qu'iceile femme fftt délivrée. " (js) Enfin la pucelle fut adjugée à Pierre Cauclm qu'on appellait l'indigne évêque^ l'indigne i^ran* çais & l'indigne homme. Jsan de Luxembourg ven- dit lipucelle h. Cauchon & aux Anglais pour dix mil- le livres, & le duc de Bedfoft les paya. LaSor- bonne, l'évêqueS frère Martin, préfenterent alors une nouvelle requête à ce duc de Beàfort régent de France : En l'honneur de notre Seigneur Éf Sauveur Jesus-Christ, pour qu'iceile Jeanne fût briéyemera mife es imàns de la juJUce de l'égli/e. Jeanne fut con- duite à Rouen.. L'-archcvéché était alors vacant , & le chapitre permit à l'évêque de Beauvais, de be/iU. gner dans la ville. {"C'eft le terme dtmt on fe fer-* vit, ) Il choifit pour fes aflefleurs neuf doûeurs do Sorbonne avec trente-cinq autres affiftans, abbés ou CR5) C'cfl une n^diii!liea du latin delà Sorbonne, faite. Iot^[- Dji;....... Google. Arc. 5p moines. Le vicaire de l'inquifition , Martin, pré- Cdait avec Cauchon ; &; comme il n'était que vicai- re , il n'eut que la féconde place. Jeanne fubit quatorze interrogatoires; ils font fîn- guliere. Elle dit qu'elle a vu Ste. Catherine & Ste. Marguerite à Ppitiers. Le docteur Beatipere lui de- mande , à quoi elle à reconnu les deux faintes? elle répond que c'eft à leur manière de faire la révéren- ce. Bcaupere lui demande fi elles font bien jafeu- fes? Allez, dit-elle, le voir fur le régiftre. Beau- père lui demande fi quand elle a vu St. Michel il était tout nud? elle répond, Penfez- vous que no- tre Seigneur n'eût de quoi le -vêtir ? Les curieiix obferveront ici foigneufement, que Jeanne avait été longtems dirigée avec quelques autres dévotes de la populace par un fripon nommé Richard, qui faifait des miracles, & qui apprenait à ces filles à en faire. Il donna *un jour la commu- , nion trois fois de fuite à Jeanne , à l'honneur de la Trinité. C'était alors l'ufage dans les grandes af- faires Se dans les grands périls. Les chevaliers faî- faient dire trois melfes, & communiaient trois fois quand ils allaient en bonne fortune, ou quand ils s'allaient battre en diTel. C'eft ce qu'on a remarqué du bon chevalier Bayard, (56) Les faifeufes de miracles compagnes de Jean* ne, & foun^ifes à frère Richard, fe nommaient Pitr- rone & Catherine. Pierrane affirmait qu'elle avait vu que Dieu apparaiflàit à elle en humanité comme ami , fsSJ Mémoires pont fervir à VHîJIpire Jt Frenci & 3t Soatg— gut , lom. 1er. ' . ...Google jâO ARC. fait à ami, Dieu était long vêtu de robe blanchtf avec huque venneil deflbus, &c. Voilà jufqu'à préfent, le ridicule; voici l'hor* rible. Un de fes juges, dofteur en théologie & pi être, nommé Nicolas l'OiJeleuTy vient la confefTer dans la prifon. Il abure du facrement jufqu'au point de ca- chei" derrière un morceau de ferge deux prêtres qui tranfcrivent la confeffion de Jeanne d'Arc. Ainû les juges employèrent le facrilege pour être homici- des. Ec une malheureufe idiote , qui avait eu affez de courage pour rendre de très grands ferviccs au roi & à 1a patrie, fut condamnée à être brûlée par quarante - quatre prêtres Français qui l'immolaient k la faaion de l'Angleterre'. On fait aflez comment on eut la baflefle artificieu- fe de mettre anprès d'elle un habit d'homme pour la tenter de reprendre cet habit, & avec quelle abfurde barbarie on prétexta cette prétendue tranfgreifion pour la condamner aux flammes, comme fi c'était dans une fille guerrière un crime digne du feu, de mettre une culotte au- lieu d'une jupe. Tout cela déchire le cœur, & fait frémir le fens commun. On ne conçoit pas comment nous ofons, après les horreurs fans nombre dont nous avons été coupables, appeller aucun peuple du nom de barbare. La plupart de nos hifloriens, plus amateurs des prétendus embellifTemens de l'hiftoire que de la vé- rité, difent <\^e Jeanne zWz au fupplice avec intré- pidité; mais comme le portent les chroniques du tems, & comme l'avoue ITiiftorini PiUarett elle, A » D E O I. lOt leçit fon arrêt avec des cris & avec des larmes, fai- bleffe pardonnable à foB fese, & peut- être au nô- tre, & très compatible avec le courage que cette fille avait déployé dans les dangers de la- gnene ; car on peut-être hardi dans les combats, & lènfibie fur l'échaBaut. Je dois ajouter ici que plufieurs perfonnes ont cru fins aucun enamen que Ja f ii«il< fOrKaju n'avait point été brûlée à Rouen , quoique nous ayons le procès verbal de fon exécution. Elles ont été trom-. pées par la relation que nous avons encore,' d'une avanturiere qui prit le nom de la paetlle, trompa Ici frères de 3emnc d'An, & à la faveur de cette impofture époufa en Lorraine un gentilhomme de la maifon des Jrmoi/et. 11 y eut deux autres fripon- nes qui fe Brent aufli palTer pour la piiallt d'OrUims. Toutes les trois prétendirent qu'on n'avait point brûlé Jeame, & qu'on lui avait fubftitué une autre femme. De tels contes ne peuvent être admis que par ceux qui veulent être trompés. ARDEUR. Le diaionnaire encyclopédique n'ayant parlé que des ardeurs d'qrine, !t de l'ardeur d'un cheval, il parait expédient de citer aoffi d'autres ardeurs; celle du feu , celle de l'amour. Nos poètes Français, Ita- liens, Efpagnols, parleilt beucoup des ardeurs des jinants: l'opéra n'a prefque jamais été fans ardeurs G3 ..Google 102 A' R D E U R.' parfaîtir. Elles font moÎDs parfaites dans les tragé- diesj mais il y a toujours beaucoup d'ardeurs. Le Uidionnaire de Trévoux die, qu'ardeur en gé- néral iîgnifie une pajjim amoureufe. Il cite pour, exemple ce vers: Ccfl de tes jeunes yeax que mon ardeur ejl nie. & on ne pouvait guère en rapporter un plus mau- vais. Remarquons ici que ce diftionnaire eft fécond en citations de vers déteftables. Il tire tous fes exemples de je ne fais quel nouveau choix de vers , parmi lefqucls il ferait très difficile d'en trouver un bon. Il donne pour exemple de l'emploi du moc d'ardeur ces deux vers de Corneille: Une première ardeur efl toujours la plus forte i , Zt temps ne Céteias peint , la mon feule l'emporte, i& celui - ci de Racine : Rien ne peut modirer met ardeurs lafenfies. Si les compilateurs de ce didionnaire avaient eu ^u goût, ils auraient donné pour exemples du mot aràeur bien placé cet excellent morceau de Mi- , thridate: J'ai fu , par une longue & pirtihle iaduflrle. Des fias mortels venins priveair la furie, Ahl qu'il ait mieux j-alii t plus fage & plat heureux , Et repoufant tes traits d'un amour âaitgenux , fie pas liiifer remplir d'ardeurs empoi/onnies f H caur dijà glacé par le froid its aaaiet t C'eft ainfî qu'on peut donner une nouvelle éner-' D.3l.za..ï Google Argent. icyj gie, à une expreffion ordinaire & faible. Mais pour ceux qui né parlent d'ardeur que pour rimer avec cceur, &' qui parlent de leur vive ardeur ou de leur tendre ardeur, & qui joignent encor à cela les allar^ mes ou les charmes ,qm leur coûtent tant de larmes , & qui , lorfque toutes ces platitudes font arrangées en douze fillabes croient avoir fait des vers, & qui après avoir écrit quinze cents lignes remplies de ces termes oifeux en tout genre, croient avoir fait une tragédie, il faut les renvoyer au nouveau choix de vers, ou au recueil en douze volumes des meilleu- res pièces de théâtre, parmi lefquelles on n'en trou- ve pas une feule qu'on puifTe lire. ARGENT. Me LOt dont on fe fcrt pour exprimer de l'or. Monfieur,' voudriez - vous me prêter cent louis d'or? Monfieur, je le voudrais de tout mon cœur; mais je n'ai point d'argent ; je ne fuis pas eo argent comptant: l'Italien vous dirait, Signore mnliodi danari. Je n'ai point de deniers. Harpagon demande k maître jaques. Me feras-tu ' bonne chère ? Oui ; fi vous me donnez beaucoup d'argent. On demande tous les jours quel eft le pays de TEurope le plus riche en argent? on entend par -là quel eft le peuple qui poffede le plus de métaux rcpréfentatifs des objets de commerce. On deman- de par la méoie raifon quel éft le plus pauvre.^ & G4 Dglizac^ï Google R c ^ » T. alore trente nations fe préfentent i l'envi ; le Veft. ptalien, le Ltaoufin, le Bafque, l'habitant du Tirol, celui du Valais, le Grifon, l'Idrien, l'E- colTais & l'Irlandais du nord, le Suiflé d'un petit canton , & furtout le fuj'et du pape. Pour deviner qui en a davantage,, on balance aujourd'hui entre la France, l'Efpagne, & la Hol- lande qui n'en avait point en iSoo. . Autrefois, dans le treizième, quatorzième, & quinzième fiecles, c'était la province deladaterie qui avait fans contredit le plus d'argent comptant ; aum faifait-elle le plus grand commerce. Ombkl itnda-mt crfaP difait-on à un marchand. Il répondait, mlant que ks gens font ft/ts. Toute l'Europe envoyait alors fon argent i h cour romaine, qui rendait en échange des grains bénis, desagnus, des indulgences plénieres ou non plénieres, des difpcnfes, des confirmations, des exemptions, des bénédiaions, & même des excom- munications contre ceux qui n'étaient pas alTez bien en cour de Rome, Jt à qui les payeurs en vou. laient. Les Vénitiens ne vendaient rien de tout cela- mais ils faifaient le commercS de tout l'Occident par Alexandrie ; on n'avait que par eux du poivre & do la cancllc. L'argent qui n'allait pas à la daterie venait à eux, un peu aux Toftans Saux Génois, Tous les autres royaumes étaient û pauvres en ar- gent comptant, que ClmrUs t^III fut obligé d'em. pranter les pierreries de la ducheffede Savoie, «[ , (te les mettre en gage, pour jii« conquérjt Naples ..1 Google Argent. icjj qu'il perdit birotôt : les Vénitiens foudoyerent des années plus fones que la fienne. Un noble Véni- ti«i avait plus d'or dans fon cofire & plus de vais- felle d'argent fur fa table, que l'empereur Maxi- milim fumomtné Pochi danari. Les chofes changèrent quand les Portugais ^le. rent tragqucr aux Indes , en conquérans , & que les Efpagnols eurent fi^ijugué le Mexique & le Pérou avec fis ou fept cents hommes. On fait qu'alors le conmerce de Venife, celui des autres villes d'Ita- lie, tout tomba. P/H7ip;'e î/ maître de l'Efpagne, du Portugal, des Pays-Bas, des deux Siciles , du Milanais, de quinze cents lieues de côtes dans l'Alïe, âc des mines d'or & d^argèntdans l'Amérique,- fut le feul riche, & par conféquent le fcul puiflànt en Europe. Les efpions qu'il avait g^nés eq France, baifaient à genoux les doublons catholiques; & le petit nombre d'angélots &. de carolus qui circulaient en France n'avaient pas un grand crédit. On pré- tend que l'Amérique & l'Aûe lui valurent à -peu- près dix millions de ducats de revenus. Il eût en eiTct acheté l'Europe avec fon argent, fans le fer de Henri I/^ &. les flottes' de la reine Elifabeth. ' Le Didionnaire encicIoiïédique,àrarticley^rg««, cite VE/prit des loix, dans lequel il eft dit: „ J'ai „ oui déplorer plufieurs fois l'aveuglement du con- „ feil de Françoû /, qui rebuta Ckrifiophe Colomb „ qui lui propolàit les Indes; en vérité , en vérité, „ cm fit, peut-être par imprudence, une chofe „ bien fagc." Koua voyons par l'énorme puiflànce de PMi^f , 0} C.Ï Google loS Argent. que le confeil prétendu de François I n'aurait pas fait une ehofe fi fage. Mais contentons - nous de remarquer que François I n'était pas né, quand on prétend qu'il rcfufa les offres de Chrtjiophe Colomb ; ce Génois aborda en Amérique en^ 1492 , & Fraa- fois I naquit en 1494, & ne parvint au trône qu'en 1515. Comparons ici le revenu de Henri III, de Htttri IV i & de la reine Elizabeth, avec celui de Philippe IJ; le fubfide ordinaire à.'Eliziibtlh n'é- tait que de cent mille livres fterling: &, avec l'extraordinaire, il fut, année commune, d'envi- ron quatre cents mille; mais il fallait qu'elle em- ployât ce furplus à fc défendre de Philippe II. Sans une extrême éccmomie elle était perdue, 5c l'Angleterre avec elle. Le revenu de Henri III fe montait à la vérité à trente millions de livres de fon tems ; cette fomme était à la feule fomme que Philippe II retirait des Indes j comme ti'ois à dix; mais il n'entrait pas le tiers de cet argKlt dans les coffres de Henri III très prodigue , très volé , & par conféquent très pauvre: il fe trouve que Philippe // étaîc d'un feul article dix fois plus riche que lui. Pour Henri IV, ce n'eft pas la peine de compa- rer fes tréfors avec ceux de Philippe IL Jufqu'à la paix de Vervins il n'avait que ce, qu'il pouvait emprunter ou gagner à la pointe de fon épée, & il vécut en chevalier ferrant jufqu'au tems qu'il devint le premier roi de l'Europe. '■ L'Angleterre avait toujours été fi pauvre, que le C.Ï Google A' R G E N T," 107- joî Edouard III fac le premier qui ât,battre4e la ŒOimoie d'or. On veut favoir ce que devient l'or & J'argent qui affluent continuellement du Mexique & du Pérou en Efpagne? II entre dans- les poches des Français, des Anglais, des Hollandais qui font le commerce de Cadix fous des noms Efp^nols, & qui envoient en Amérique les produaions de leur» manufaaures. Une grande partie de cet argent s'en va aux Indes orientales payer des épiceries, du co- hm, du felpêtre, du fucre-caodi, du thé, des toiles, des diamans &: des magots. On demande enfuite ce que deviennent tous ces tréfors des Indes ? je réponds: Que S!ia TTiamas- Koulikan ou Sha Nadir a emporté tout celui du grand-mogol avec fes pierreries. Vous voulez fa- voir oîi font ces pierreries , cet or, cet argent que Slia Nadir à emportés en Perfe? jme partie a été enfouie dans la terre pendant les guerres civiles , des brigands fe font fervis de l'autre pour fe faire des partis, j. Car, comme dit fort bien Cé/ar, avec de „ l'argent on a des foldats, & avec des foldats on „ vole de l'argent. Votre curiofîté n'efl: point encor ûtisfeite ; vous ê- tes embarraffé de faveur oEi font les tréfors de Sifofifis, de CrifuSf de Oyrwr, de Nabucodotto/or. , & furtouc de Saiomofit qui avait- dit-on, vingt milliards. Se plus, de nos livres de^compte, à lui toutfeul dans ù. caHètte. ]e vous dirai que tout cela s'eft répandu par le «pnde. Soyez fûi que du cems de C^na, les Gau- ..ï Google I08 A B C E H T." les, U GermaDie, le Dannemark, la Pologne, la. Ruffic , n'avaient pas un écu. Ixs chofes.fe font mifes au niveau avec le tenu, fans ce qui s'pft per- du ea dorure, ce qui refte enfoui à Notre-Dame de Lorette, & autres lieux; & ce qui a été englouti dans l'avare mer. Comment faîfeient les Romains fous leur grand Romtdus fils de Mari & d'une religieufe, & fous le dévot Nutm Pompilm ? Ils avaient un Jupiter de ' bois de chêne mal taillé , des huttes pour palais , une poignée de foin au bout d'un bâton pour étendart, & pas une pièce d'argent de douze fous dans leur poche. Nos cochers ont des montres d'or que les ' fept rois de Rome, les Camilks, les Manlm,Ae3 Fabius n'auraient pu payer. Si par hazard la femme d'un receveur -général des finances fe faifait lire ce chapitre à fa toilette par le bel efprit do- la roaifon, elle aurait un étrange mé- pris pour 1^* Romains des trois premiers fiecles, & ne voudrait pas lailTer entrer dans fon antichambre un Manliusy un Cvrius, vai Fabius, qui viendraient à pied, & qui n'auraient pas de quoi faire fa partie de jeu. Leur arçpnt comptait ét^t du cuivre. Il feryait à la fois d'armes & de monnaie. On fe battait, & on comptât avec du cuivre. Trois ou quatre livres de cuivre de douze onces, payaient un bœuf. On achetait le néceflaire au marché comme on l'acheté aujourd'hui; & les hommes avaient comme de tout tems la nourriture , le vêtement & le couvert. Les Romains plu? pauvres que leurs voifiqs, les fubju- ..ï Google A R C E H T. , IOS> guerent , & augmentèrent toujoi&s leur territoire dans refpace de près de cinq cents années, avant de frapper de la monnoie d'argent. Les foldats de Guftave- Adolphe n'avaient en Suéde que de la monnoie de cuivre pour leur folde, avanc qu'il fit des conquêtes hors de fon pays. Pourvu qu'on ait un gage d'échange pour les cho- fes néceffaires à la vie, le commerce fe fait tou- jours. 11 n'importe que ce.gage d'échange foit de coquilles ou de papier. L'or & l'argent à la lon- gue n'ont fffévalu partout, que parce qu'ils font plus rares. ■ C'eft en Afie que commencèrent les premières fabriques de la monnoie de ces deux métaux, parce que l'AGe fut le berceau de tous les arts. 31 n'eft point queftion de monnoie dans la guerre de Troye; on y pefe l'or & l'argait. Agamemnon pouvait avoir un tréforier, mais .point de cour des monnoies, ^ Ce qui a fait foupçormer & plufieurs favans témé- raires, que le Pentateuque n'avait été écrit que dans le tems oîi les Hébreux commencèrent à fe procurer quelques mcmnoies de leurs voïflns, c'eft que dans plus d'un paflage il efl parlé de ficles. pa y dit qi'Ahraham qui était étranger, & qui n'avait pas un pouce de terre dans le pays de Canaan , y acheta un éhamp & une caverne pour enterrer fa femme, quatre cents ficles d'argaitraonnoyé de bon ailoi; (57) Quadringinios ficlot argentiprobatœmo- netœ publicœ. Le-judicîeux Dom Calpiet évîUuecette (57) Ceocfi cbapitre jsm. vi. 16. Dji;..., Google ÏIO A R O E H T. femme à quatre cents quarante -huit livres fis foua neuf deniers, félon les anciens calculs imaginés affez au hazard quand le marc d'argent était à vingt? fix livres de compte le marc. Mais comme le marc d'argent eft augmenté de moitié, la fomme vaudrait huit cents quatre -vingt - feize livres. Or comme en ce tems-là il n'y avait point de, monnoie marquée au coioj qui répondit au mot pecuniat cela faifait une petite difficulté dont il eft aif^ de fe tirer. (58) Une autre difficulté, c'eft que dans un endroit il eft dit,. qu'Abrabam^ acheta ce champ en Hébron, & dans un autre (;si) en Sichem. Confultez fur ce- la le vénérable Bede, Raban Maure &. Emmanuel Sa. Nous pourions parler ici des richefTes que laillà David h Salûmon en argent monnoyé. Les uns les font monter à vingt & un, vingt-deux inillards tour- nois , les autres à vingt-cinq. II n'y a point de gar- de du tréfor royal, ni de tefterdar du grand Turc, qui puiiTe fupputer au jufte le tréfor du roi Salomon. Mais les jeunes bacheliers d'Oxford & de Sorbonne font ce cpinpte tout courant. je ne parlerai point des innombrables avantures qui font arrivées à l'argent depuis qu'il a été frappé, (5B3 Ces hardis fnvans , qoE fur ce prfrexre & fut pIuBcitra nu.. iFes, ainibuenc le PentateuC|iie 1 d'auircs qu'à Moi/i,Se Tundent ciicor fiir les témoignages de St. Théadoret, de Mexiat , &c. Ils dirent, fi Sr. Tbimkirct & Mazhis affirment que le livre de yofui n'a pas été écrit par Jofai, & n'en cft pas moins admirable , ne pouvons-nous t>^ cnure aulH que le Pentateuque elt tits admira- ble fans fine de Moïfi^ Voyez fur cela lo premier. livre de VHii- tàire critique du vieux Tépamem , par le révdtend pete Simon d» l'oratoire. Mais quoi qn en aient dit caitl de favaiis, il eft clak qu'il faut s'en lentr au lentiment de la fainte églife apoRoUnue * nnnaine, la feule Infaillible. (S!>) AAw ch. VII. \s. 5. ,.C,oo<^lc. A K O E M T. " III marqué, évalué, altéré, prodi^, refferré, volé, ayant cjans toutes fes tranfinigradons (iemeuré coti- ftamment l'amour du genre - humain. On l'âimo au point que chez tous les princes chrétiens , il y a encor une vieille loi qui fubflfte, c'eft de ne point laiffer fortir d'or & d'argent de leurs royaumes. Cette loi fuppofe de deux chofes l'une, ou que ces princes régnent fur. des fous à lier qui fe défont de leurs efpeces en pays :étraoger pour leur plaiflr ; ou qu'il ne faut pas payer fçg dpctes à un étranger. U eft clair pourtant que perfoone n'eft affez infeafé pour donner fon argent fans raifon, & que quand on doit à l'étranger il faut payer foit en lettres de change, foit en denrées, foit en efpeces fonnances. AufTi cette loi n'elt pas exécutée depuis qu'on a commencé à ouvrir- les yeux, & il n'y a pas long- tems qu'ils font ouverts. Jl y aurait beaucoiç -de chofes à dire fur l'argent monnoyé'; comme fur l'augmentadcMi injufte & ridi- cule des efpeces qui fait perdre tout d'un coup des fomraes confidérables à un état, fur la refonte ou hr remarque avec wie augmentation de valeur idérfey qui invite tous vos voifîns, tous vos ennemis, à remarquer votre monnoie & à gagner à vos dépens, enfin , fur vingt autres tours d'adreffe inventés pour fe ruiner. Plufieurs livres nouveaux font pleins de réflesicms judicieufes fur cet article. Il eft plta aifé d'écrire fiir l'argent que d'en avoir. Et ceux qui en gagnent fe moquent beaiicotç de ceux qot ne favent qu'en parier. £n général, l'att du gouvefli«aeii.t ttûâ« 1 ..Google 112 A K I A N I S M E. prendre le plus d'ai^ent qu'on peut à une grandp partie des citoyens, pour le donner à une autre partie. Od demande s'il eu poflible de ruiner radicalemenc oh royaume, dont en général la terre eft fertile? On répond, que la chofe n'eft pas praticable, at- tendu que depuis la guerre de i69çt jufqu'à la Ha de 176P oîi nous écrivons, on a &Jt prefque Cuis difcontinuadon tout ce qu'on a pu pour ruiner la France fans reffource, & qu'on n'a jamais pu en venir à bout. C'ell un boa corps qui a eu la iievre pendant quatre-vingts ans avec des redoublemens, & qui a été encre les mains des charlatans,' maïs qui vivra. .' Si vous voulez lire un morceau curieus & bien fait fur l'argent dedifFérens pays, adrefTez-vous à l'article Monnoif de Mr. le chevalier de Jaacour , dans rEncycIopédie, On ne peut en parler phis favamment & avec plus d'impartialité. 11 eft beau •^approfondir un fujet qu'on méprife. A R I A N I S M E. X Outes les grandes difputes théologiques pen- dant douze cents ans ont été grecques. Qu'auraient fyHmierej Sophocle, Démojihene , ^rchimede, slls Avaient été témoins de ces fubdls ergotifmes qui ont coûté tant de fang ? 1 j^tu a llioiuieur eocoi; aujourd'Ifiù de paQèr pour >j„z.^.. Google A R I A K I s M ï. JI3 pour avoir inventé fon opinion; comnie Calvin pafTa pour être le fondateur du calvinifme. La vanité d'être chef de fefle eft la féconde de toutes les vanités de ce monde; car celle des conquéranseft, dit-onj la première. Cependant ni Calvin, TiiArita n'ont certainement pas la trifte gloire de l'invention. On fe querellait depuis longtems fur la Trinité , lorfquMrittf fe mêla de la querelle dans la difputeafo ville d'Alexandrie, oii Euclide n'avait pu parvenir k Tendre les efprits tranquilles & juftes. 11 n'y cm; jamais de peuple plus frivole que les Alexandrins» les Parifiens mêmes n'en approchent pas. Il fallait bien qu'on difputât déjà vivement fur la Trinité, puilque le patriarche, auteur de la CAro- nique d'Alexandrie, confervée à Oxford, alTure qu'il y avait deux mille prêtres qui foutenaient le parti qa'Arius embraflà. Mettons ici , pour la commodité du leÛeur, ce qu'on dit à'Arius dans un petk livre qu'on peut n'avoir pas fous !a main. ■ „ Voici une queftion incompréhenlîble , qui a „ exercé depuis plus de feize cents ans la curiofité, „ la fubtilité fophiftique, l'aigreur, l'efprit do „ cabale, la fureur de dominer, la rage deperfé- ,, cuter, le fanatifme aveugle & fanguinaire, U }, crédu]ité barbare; & qui a' produit plus d'hor- i, reurs que l'ambition des princes, qui pourtant „ en a produit beaucoup. " Jesos eft -il verbe? S'il eft verbe , eft - il émané de Dieu dans le tems ou avant le tems? S'il eft émané de Dieu, eft-il eoétemel & am^obftantiel avec lui? .Ou eft-U Sicondt- Partie. H ,,1 Google 114 Ailia.ni«mB. d'une fubflance femblable? Eft-il diftina de 1^ ou ne l'eft-il pas? Eft-il fait ou engendré? Peut- il engendrera &n tour? A-c- il la paternité ou la vertu prodaaive fans paternité-? Le Se. Efprit eft- il fait, ou engendré» ou produit, ou procédant du père, ou procédant du fils, ou {Hocédant de tous les deux? Peut -il engendrer, peut- il pro- duire? Son hypoftafe eft • eUe c^nifubtlandelle avec l'bypoftafe du père & du fiU? Ëc comment, ayant précifément la mêoie nature, la tnème elTence que )e père & le fils, peut- il ne pas faire les mêmes chofes que ces deux perfcHUies qui Ibnt lui - même ? Ces queftions II au-delBis de. la raifon, avaient certainement befoln d'Être décidées par une égljfe . infaillible. , On fc^ttiqaait, oa ergotait , on fe haiflac , on on s'excommuniait chez les chrétiens pour quelques- uns de ces dogmes innacceâlbles à l'efprit humain avant les tems d'^rius & d'Athanafe. Les Grecs Egyptiens étaient d'habiles gens, ils coupaient un cheveu ,en quatre , mais cette fois- ci ils ne le cou- pèrent qu'en trois. JUxaitdrei évêque d'Aléxant drie s'avife de prêcher que Dieu étant, néceflàire- meot individuel , fimple , une monade dans tonte la rigueur du mot, cate monade ell trine. Le [Hêtre ulritus, que nous nommons .■^w eft .tout fcwdalifô de la monade à^Aiexandros\ il ex? plique ]a chofe di^remment, il ergote en partie comme le ;x-âçre SahcHioas, qui avait ergoté comme le Phrygien Praxeas grand ergoBcur. Mexandni ff&aiihi vitç.un petit coacijfi ^.gnude&nqpi» UjL.:a..ïG00glc ■ A R I A N I S ME. ilj" nJon , & excommunie fon prâtre. Ëufibios évèque de NiComédie prfend le parti d'^rfsw, voilà touw l'églîfe en feu.. - ' L'empneur Omfiantin était un foélérat, fc l'a* voue^ un parricide qui avait étouffé fa femme dans un bain, égorgé fon âls, aflaffiné fon beau- père,, feo beau - frère & ibn neveu , je ne le nie' pas ; un homme bouffi d'oi^eil & plongé dans les plaiHis, je l'accOTde ; un déteflable tj'ran ainfi que fes en-- faos, tranfeat: mais il avait du bon fens. On ne. parvient point à l'empire, on ne fobjugue pas. cous fes rivaux fais avoir raifonné jufte. Quand il vit la guerre civile des Ccrfelles fchrfa- ftiques allumée; il envoya le célèbre évftque Oziiu avec des lettres débortatoires aux deux parties belli- gérantes. (60) Vmu êtes âe grands fous t (leur dit -il expreirément dans fa lettre^ de vous quereller pour des cbofis que vous n'entendez par. Il eji indi^ie de la cavité de vts mnifiereSf défaire tantdé bruit jur un fujet fi iinnce. Conjlantm n'entendant pas par mUice fujet ce qui regarde la Divinité; mais la manière bicompréhen- ^60) Un profcffi;ur de l'univerlîtii de Parii , qui n ^eric PS!- foire lia bal sntphti fe garde bien de rapponer H letctt ù» Gonfiaml'it telle qu'elle eft , & telle que Is nippone l« Tavant «uteur du "DiftiMinaire des héréiîcs. Ce boi prince, dit-il, miini d'uni teninfe palernelU , finirait en et) ttrmei : ttnieZ' noi det jaurs {treim 3 dis nuiis ifaaqiiHles. Il rapporte lea conplimens . de CoufiBai'm *iK. évèqDMv nuls il devait ■ufll npponer le reproche. L'épiihete de bon prince convient L Tïtuj, k Trajan, fc Mare- Aatmin,Jk Mare- /luteUt tt mtn» \ Julien It philofiiphc, qui ne verTa japuii que le lins des en- nemi) de Templre en prodiguant le fien , & non pas k Coapantht le plul ambi^aux des bomiDes, fe x^» vain, le plu* volu(ni^ eux , & en m^e tems le plus perfide & le plui fanguinaife< jdc n'eit pu ioAst PblQ^ , c'eS 1» mattrifée pa$ un théologien de Picardie. '_ ..ï Google A E I I T É ï." A R I S T E E. l^Uoi? l'on voudra toujours tromper les hommes fur les cbofes les plus indifférentes , comme fur les plus férieufes! Un prétendu -4ri/î^e veut fait croire qu'il a fait traduire l'ancien Teftament en grec, pour l'ufage de Ptolomée Pbiladelphe , comme le duc de Motttaujier a réellement fait commenter les meil- leurs auteurs Latins k l'ufage du dauphin qui n'en fit aucun ufage. Si on en croit cet Arijhée, Ptolomée brûlait d'en- vie de connaître les loix juives; & pour connaître ces loix que lemoindre Juif d'Alexandrie lui aurait traduites pour cent écus, il fe propofe d'envoyer une ambaffade folemnelle au grand-prêtre des Juifs de Jérufalem, de délivrer fix- vingt mille efclaves Juifs que fon père Ptolomée Soter avait pris prifon- niers en Judée , & de leur donner à chacun environ quarante écus de notre monnoie pour leur aider à faire le voyage agréablement; ce qui fait quatorze millions quatre cents mille de nos livres. Ptûlomie ne fe contenta pas de cette libéralité inouie. Comme il était fort dévot fans doute au ju- daifme, il envoya au temple à Jérufalem une grande . table d'or maffîf enrichie partout de pierres précieu- fes; & il eut fbin de faire graver fur cette table ta carte du Méandre fleuve de Phrygïe; (6z) le cours ($ï]) Il fe peut tria bien pourtant que ce ne fUi pas un plan du cours du Moindre, msij ce qu'on ippeUait en grec un ni^an- are , un Ueis , un tneud de picrrea prideufes, C'^aic totljova un bn beau pdfent. ' ...CoO'^lc A K I s T £ E. 125 dé cette rivière était marqué par des rubis & par des émeraudes. Ou fent comtwen cette carte du Méan- dre devait enchanter les Juifs. Cette table écuc chargée de deux immeofes vafês d'or encor mieus travaillés; il donna trente autres vafes d'or & une iafinité de vafes d'argent. On n'a jamais payé fi chè- rement un livre; on aurait toute k bîbliocheque du Vatican à bien meilleur marché. EUazoTt prétendu grasd-prétre de Jérufalemj lui envoya à fon tour des ambafladèurs gui ne préfente- renc qu'une lettre en beau vélin écrite cd caraftcres d^r. Cétait en agir en dignes juifs que de dcmner un morceau de parchemin pour envmm trente mîl- hons. Ptolomie fut fi content du ftile i^Eliazar qu'il ea verfb des larmes de joie. Les ambaf^deurs dînèrent avec le roi & les prin- cit>aux prêtres d'Egypte. Quand il fallut bénir la ta- ble-, les Egyptiens cédèrent cet h<«ineur aux Juifi. Avec ces ambafladèurs arrivèrent foixante & dou- ze interprêtes, fix de chacune des douze tribus, tous ayaût appris le grec en pcrfeûion dans Jéru&lem. C'eft dommage, à la vérité, que de ces douze tri- bus il y en eût dix d'abfolument perdues, & dif]»- nies de la face de la terre depuis tant de Gecles. Mais le grand'prétre Eléazcff les avait retrouvées ex- près pour envoyer des traduâeUrs à Ptolomée. Les foixante & douze interprêtes, furent enfermés dans l'iflede Piiaros, chacun d'eux fit fa traduélim à part ra foixante & douze jours , & toutes les m- -duâiods fê tïouiAtreat fen^ilablci mot poai moti . , Coo.i^[c istf A R t 9 T é e: - c'eft ce qu'on appelle la tradtiBim des /epgtnte , & qui devrait être nommée la tradu&im des feptante- deux. Dès que le roi eut reçu «s livres, il les adora tmt il était bon juif. Chaque interprète reçut trois taiens d'or; & on enwiya encor au grand - iàcrifica- teur pour fon parchemin dix lits d'argent, une cou- ronne d'or, des encenfbirs & des coupes d'or, un ■vafe de trente taiens d'argent, (c'eft- à -dire du poids d'environ Jbixante mille ,écus) avec dix Tobes de pourpre, & cent pièces de toile du plus beau lin. Prefque tout ce beau cotm; eft fidèlement i-appof- té par i'hiftorien Jofeph, qui n'a Jamais rien exa- géré. St. Jiijiin a enchéri fur Jofeph^ il dit que ce fiit au roi Hérode que Ptolomée s'adreflà, & non pas au grand>prêtre Eléazar. Il fait envoyer deux andial&deurs de Ptolomée à Hérode, c'eft beaucoup ajouter au merveilleux; car x. Vh 4- , Dji;..., Google ArmeS} Armées. 143 des ânefTes; & les fils de David s'enfuirent tous fur des mules lors qa'Ab/alan eut tué fon frère Ammm. Abfalon n'était monté que fur une mule, dans la bataille qu'il livra contre les troupes de fon père; ce qiù prouve, félon les hiftoires juives, que l'on commençait alors à fe fervir de jumens en Palefti- ne, ou bien qu'on y était déjà affez riche pour acheter des mules des pays voilins. Les Grecs fe fervirent peu de cavalerie ; ce fut principalement avec ]a phalange Macédonienne qa' Alexandre gagna les batailles qui lui affujetti- rent la Perfe. C'cft l'infantM'ie Romaine qui fubjugua la plus grande partie du monde. Céfar , à la bataille de Pharfale, n'avait que mille hommes de cavalerie. Oa ne fait point en quel tems les Indiens & les Africains commencèrent à faire marcher les éléiAans â la tête de leurs armées. Ce n'eft pas fani furprife qu'on voit les éléphans à'Annibal paflerles Alpes, qui étaient beaucoup plus difficiles à franchir qu'au- jourd'hui. On a difputé longtems fur les difpofitions des ar- mées Romaines & Grecques, fur leurs armes, fur leurs évolutions. Chacun a donné fon plan des batailles de Zama & de Pharfale. Le commentateur Calmet bénédiftin, a feit impri- mer trois gros volumes du DiÛionnnaire de la Bi' ble, dans lefquels, pour mieux expliquer les com- mandemens de Dieu, il a inféré cent gravures oli fe voient des pbns de bataille & des ûegti ea caille' ...Google 144 Arme Si Armées. douce. Le Dieu des Juifs était le Dieu des armées; mais Calmet n'était pas fon fecrétaire: il n'a pu fa- voir que par révélation comment les années des Amalécites, des Moabites, des Syriens, des Phi- liftins furent arrangées pour les jours de meurtre général. Ces eftampes de carnage, deJlînées au ha- zard , enchérirent fon livre de cinq ou fix louis d'or, fie ne le rendirent pas meilleur. C'eft une grande queftion fi les Francs, que le jéfuite Danûl appelle Français par anticipation, fc fervaient de flèches dans leurs armées, s'ils avaient des cafques & des cuirafles. Suppofé qu'ils allaflênt au combat prefque nuds & armés feulement, comme on le dit, d'une petite hache de charpentier , d'une épée & d'un couteau^ il en réfultera que les Romains, maîtres des Gaules 11 aifément vaincus par Qovis, avaient perdu toute leur ancienne valeur, & que les Gaulois aimèrent autant devenir les fujets d'un petit nombre de Francs , que d'un petit nombre de Romains. L'habi!lement de guerre changea enfuite , ainfî que tout change. , Dans le tems des chevaliers, écuyers & varlets on ne connut plus que la gendarmerie à cheval en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre, en Efpagne. Cette gendarmerie était couverte da fer ainfi que les chevaux. Les fentaflîns étaient des ferfs qui fai&ient plutôt les fimaions de pionniers que de foldats. Mais les Anglais eurent toujours dans leurs gens de pied de bons archers, & c'eft eo grande paitic ce qui ]ptt fit gagoer jo'efque covc- «es les battues, (m UjL:a..i Google Armes, Armées. HS Qui croirait qu'aujourd'hui les armées ne font gueres que des expériences dé phyfique ; un fold^c ferait bien étonné 11 quelque favanc lui difait; „ Mon ami, tu es un meilleur machinifte qu'Jr- „ chimede. Cinq parties de falpètre, une/partie de „ Apphre , une partie de carbonis ligneus , ont été „ préparées chacune à part. Ton falpficre diflbus „ avec du nitre bien filtré, bien évaporé, biencri- „ ftalifé, bien remué, bien féché, s'eft incorporé „ avec le Touphre purifié & d'un beau jaune. Ces „ deux ingrédiens mêlés avec le charbon pilé , ont „ formé de grofies boules par le moyen d'une efTen- „ ce de vinaigre , ou de fel ammoniac , ou d'u- „ rine. Ces boules ont été réduites m pulverem „ pirium dans un moulin. L'effet de ce mélange „ eft une dilatation qui efl à peu près comme qua- „ cre mille eft à l'unité, & le plomb quieft dans „ COQ tuyau fait un autre eiFet qui eft le produit „ de fa maife multiplié par fa vitefTe. „ Le premier qui devina un grande partie de ce „ fecret de mathématique, fut un bénédiflin nom- „ mé Roger Bacon. Celui qui l'inventa tout entier „ fut un autre bénédiftin Allemand nommé ShwartZi „ au quatorzième fiede. *Ainfi, c'eft à deux moi- „ nés que tu dois l'arc d'être un excellent meur- „ trier, fi tu tires juAe & fi ta poudre efi bonne. „ C'eft en vain que Du Cange a prétendu qu'en „ 1338 les régiftres de la chambre des comptes de „ Paris ftmt mention d'un mémoire payé pour de la „ poudre à canon: n'en crois rien, il s'agit Ih. de Seconde Partit, K C.Ï Google ]40 Armes, Armées. „ l'amllerie, nom aSe&é aux aDciennes maditnes „ de guerre &, aux nouvelles. „ La poudre à canon fit oulrfier entièrement le „ feu grégeois donc les Maures fuTaiait encorquel- „ que ulàge. Te voilà enfin dépofitaire d'un an ,, qui non -feulement imite le tomerre, maîMqui „ eft beaucoup plus terrible." Ce difcours qu'on tiendrait à un ibUat, f^^tde la plus grande vérité. Deux moines ont en effet changé la ïace de la terre. Avant que les canons fiiflcnc connus, les nadoos h^-peitorées avaient fubjugué prefque tout l'hémis- i pbere , & pouraient revenir encor , comme des ' loups afiamés, dévorer les terres qiu l'avaient été aucrefcns par lews ancêtres. Dans toutes les armées c'était la force du ox-ps, l'agilité, uoe ^efpece de fureur lànguioaire, tma- ! chamement d'homme à homme <5ui décidaient de la vîfloire, & par conféquent du deftin des états. Des hommes intrépides prenaient des villes avec des échelles. Il nY avait gueres plus de difcîplioe dam les armées du Nord, au tems de la décadence de l'empire Romain , que dans les bêtes camalDeres ^ui fondent fur leur pfoie. Aujourd'hui une feule place frontière munie de canon , arrâtenit les armées des AaUa & des Gengtt. On a TU, il n'y a pas longtems, une armée de Ruflës viâorieux, iè confumer inudlemeoc devant CuftrJn, qui n'eft qu'une pedte forcerefTe dans ua mards. C.Ï Google Armes, Armées. 14^ Dans les batailles, les hommes les plus faibles de corps , peuvent l'emporter fur les plus" robuftes, avec une artillerie bien dirigée. Quelques canons fuffirent à la bataille de Footenoi pour faire retour- ner en arrière toute la colonne Anglaife déjà maî- trcffe du champ de bataille. Les combattans ne s'approchent plus : le foldac n'a plus cette ardeur, cet emportement qui redou- ble dMs la chaleur de l'aftion lorfque l'on combat corps-à-corps. La force, l'adreflè, la trempe des armes même, font inutiles. A peine une feule fois dans une guerre fe fert-on de la bayonnette an bout du fufil , quoiqu'elle foit la plus terrible des armes. Dans une plaine fouvent entourée de redoutes munies.de gros canons, deux armées s'avancent en filencc ; chaque bataillon mené avec foi des canons de campagne ; les premières lignes tirent l'une con- tre l'autre, & l'une après l'autre. Ce font des vic- times qu'on préfente tour-à-tour aaï coups de feu. On voit fouvent, fur les atles, des efcadrons ex- pofés continuellement aux coups de canon en atten- dant l'ordre du général. Les premiers qui felaffent de cette manœuvre, laquelle ne lailTe aucun lieu à rimpétuofité du courage, fe débandent & quittent lé champ de bataille. On va les rallier, fi l'on peut, à quelques milles au - delà. Les ennemis viftorieux affiegent une ville qui leur coûte quelquefois plus de tems, plus d'hommes, plus d'argent, que plu- fieurs batailles ne leur auraient coûté. Les progrès iônt très rarement rapides. Et au bouc de cinq ou K.2 ..ï Google 148 A R M E s, A R M É E s. fix ans, les deut parties également éxpuifées, fooc oblig(5es de faire la paix. Arnfi , à tout prendre, l'invention de l'artillerie & la méthode nouvelle, ont établi entre lespiiis-' ' fances une égalité qui met le genre-humain à l'abri des anciennes dévaflatîons , & qui par -là rend les guerres moins funeftes, quoiqu'elles le foîent en- cor prodigicufement. Les Grecs dans tous les tems, les Romains jus- ; qu'au tems de Sylla, les autres peuples de l'occident & du (èptencrion , n'eurent jamais d'armée fur pied continuellement foudoyée; tout bourgeois était fol- : dat, & s'enrôlait en tems de guerre. C'était préci- fcnicnt comme aujourd'hui en SuiiTe. Parcourez-la toute cntidi-e, vous n'y trouverez pas un bataillon, excepté dans le tems desTevues; fi elle a la guerre, vous y voyez tout d'un coup quatre -vingt mille foldacs en armes. Ceux qui ufurperent la puifTance fuprême depuis Sylla, eurent toujours des troupes permanentes fou- doyécs de l'argent des citoyens pour tenir les cito- yens afTujettîs, encor plus que pour fùbjuguer les autres nations. Il n'y a pas jufqu'à l'évéque' de Ro- me qui ne foudoie une petite armée. Qui l'eût dît du tems des apôtres, que le ferviteur des ferviteurs de DiEO aurait des régimens,'& dans Rome! Ce qu'on craint le plus en Angleterre c'eft i grcat fianding army, une grande armée fur pied. Les janiflaires ont fait la grandeur des fultans, ir,ais auiïi ils les ont étranglés. Les fultans auraîeat c.ïGoogie Arot et Marot. 149 , évité le cordon fi, au-lieu de ces grands corps, ils en avaient établi de petits. La loi de Pologne efi: qu'il y ait une armée; mais elle appartient à la republique qui la paie, quand elle peut en avoir une. AROT ET MAROT. V-/Et article peut fervir à faire voir combien les plus favans hommes peuvent fe tromper, & à dé- velopper quelques vérités utiles. Voici ce qui eft rapporté d'Arot & de Marot dans le Diflionnairç encyclopédique. „ Ce font les noms de deux anges, que l'impofteur Mahomet difait avoir été envoyés de Dieu pour enfeigner les hommes Se pour leur ordonner de s'abftenir du meurtre, des faux jugemens & de toutes fortes d'excès. Ce faux prophète ajoute, qu'une très belle femme ayant invité ces deux an- ges à manger chez elle, elle leur fit boire du vin, dont étant échauffes, ils la IblUciterent à l'amour? qu'elle feignit de confentîr à leur paffion à condi- tion qu'ils lui apprendraient auparavant les paroles paj le moyen defquelles ils difaien: que l'on pou- vait aifémcnt monter au ciel ; qu'après avoir fu d'eux ce qu'elle leur avait demandé, elle ne vckilut plus tenir là promctTe, & qu'alors elle fut en- levée au ciel, oIi ayant fait à Dieu le récit de ce qui s'était pafTé, elle fut changée en l'étoile , du matin, qu'on appelle Lucifer ou Awort, fie ■ .- K3 C.Ï Google ija Arot et Marot. „ que les m Mijieur, n'a pas été pendu ; mais le couvent de Clervaux en a été pour quarante mille écos. Et il n'y a point de cou- vent, qui n'aime mieux voir pendre fon procureur j que de perdre fon argent. Que cette hiftoire vous apprenne, meflîeurs, à ufer de beaucoup de fobriété «1 fait de lettres do cachet. Sachez que m^tre Elle de Beaumont, (7j) ce célèbre défenfeur de te mémoire de Calas, & maître Target cet autre proteûeur de l'innocence opprimée, ont feit payer vingt mille francs d'amen- de à celui qui avait arraché par fes intrigues une lettre de cachet pour faire enlever la comteOe da Lancize mourante , ia traîner hors du fein de fa fa- mille , & lui dérober tous fes titres. Quand les tribun^uK rendent de teb arrêts , oii entend des battemens de mains du fond de la grand chambre aux portes de Paris. Prenez garde à vous* melTieurs, ne demandez pas légèrement des lettres de cachet. Un Anglais, en lifant cet article, 'a demandé^ qu'eft-ce qu'une lettre de cachet? on n'a jamais .pu le lui faire com^H'endre. Ç745 VitrVi dt d6 (7&ti (75) L'»frtt eft da 1770. il y a d'aucies amis pinUs piAiOB* - ti» pur iM partemens deï provinces. ..ï Google 164 Art D b a m a t i q u e. ' ART DRAMATIQUE, OUVRAGES DRAMATIQUES, Tragédie, Comédie, Opéra. Jr Anem K* citcenfes e(t la deviTe de tous les peu- ples. Au -lieu de tuer tous les Caraïbes, ilfallïût peut-être les féduire par des fpeftacles, par des funambules, des tours de gibecière, & de la mu- flque. On les eût aifémenc fubjugués. II y a des fpedaclcs pour toutes les conditions huinaines ; la populace veut qu'on parie à fes yeux; & beaucoup d'hommes d'un rang fupérieur font peuple. , Les anies cultivées & fenfibles veulent des tragédies & des comédies. , Cet art commença en tout pays par les charectes des Thefpis, enfaite on eut fes Efchyler, & l'on fe flatta bientôt d'avoir fts Sophocles & fes Euripides; ajJrès quoi tout dégénéra: c'en la marche de l'es- prit humain. ■ je ne parlerai point ici du théâtre des Grecs. On a fait dans l'Europe moderne plus de commentaire» fur ce théatrey qu'Euripide, Sjpftoc/f, EJchyk, Ménandre & Arifiophane n'ont fait d'œuvres dra- matiquR ; je viens d'abord à la tragédie moderne. C'cft aux Italiens qu'on la doit, commeonleur doit la renaiflance de tous les autres, arts;: II et "vraî qu'ils commencèrent dès le treizième fiede, & D.3l.ieb.ïG00'^lc Art Dramatiqu'ï. lOy peut-être auparavant, par des farces malheureufe ment firées de l'ancien, & du nouveau Teftament; iodigne abus qui paffa bîentÔE en Efpagne, & en France; c'était une imitation vicieufe des efTais, que St. Grégoire de Nazianze avait faits en ce gen- re, pour oppofer un théâtre chrétien au théâtre payen de Sophocle & d'Euripide. St. Grégoire de Kazianze mie quelque éloquence', & quelque di- gnité dans ces pièces ; les Italiens & leurs imitateur! n'y mirent que des platitudes , & des boufonneries. Enfin, vers l'an 15-14, le prélat TriJJîno, auteur du poëme épique intitulé l'Italia liberata da gotlà , donna fa tragédie de Sophonfsbf, la première qu'on eût vue en Italie , 5c cependant régulière. Il y ob- ferva les crois unités, de lieu, de terasj & d'afbion. 11 y introduifit les chœurs des anciens. Rien n'y manquait que le génie. C'était une longue décla- mation. Mais pour Ip tems oii elle fut faite, on peut la regarder, comme un prodigç. Cette pièce fut repréfentée à Vicence, & la ville, conftroiGc exprès un théâtre magnifique. Tous les littérateurs de ce beau fîecle accoururent aux repréfentations, & prodiguèrent les applaudilïemcçs que inérttjic cette entreprife eftimable. En 1516, le pape Léon X honora de fa préfence la RozemoTide du Rutcellcà': toutes les tragédies qu'on fit alors à l'envi, furent régulières, écritea avec pureté, & naturellement; mais, ce qui eft étrange , prefque -toutes furent un peu froides : tant. Iç dialogue en vers eft difficile, tant l'art de fe rondi-e maître du cœur eft donné à peu dç géiùe?: ■■ ■ ■ ■ L 3 s ,,1 Google ■ ■pse Art DRAMATi^ \finguli«e. Lepeete^ilk-'û, 4édt^Kcesii^^imf accidettteltes 4e eav^ims [^ 4e p9ys y cmmmpfintrf qui, content d'avoir peint la figure , néglige la ^t^B' rk. La comparaifon ferait plus jufte s'il parlait d'ua . , Cooi^lc Ijz A R T D'R A 11 A T I ft U k: peintre qui, dans un fujec uoble, incroduiraic des grotefques ridicules, peindrait dans la bataille d'Ar- belles JlexandTt le grand monté fur un âae; &la femme de Darius buvant avec des gougeats dans ud cabaret. B n'y a point de tels peintres aujourd'hui ai Eu- rope; & s'il y en avait chez les Anglais , c'eft alors qu'on pourait leur appliquer ce vers de Virgilt. Et penhus loto dlvifot orbe BritaitMOS. On peut confulter la traduction esaûe des trois premiers aftes du Jules Céfar de Shakerpear, dans le deuxième tome des -œuvres de Corneille. C'eft là que Cajfms dit que Cé/ar demandait à boire quand il'iri'ait la fièvre, c'eft là qu'un favetier dit à' un tribun, qu'il veut le reffemeler; c'eft là qu'on en- tend Céfar s'écrier; qu'il ne fait jamais de tort que jufiement ; c'eft là qu'il dit que le dangCr & lui font nés de la même ventrée, qu'il eft l'aîné, que ie danger tait bien que Çefar^^eH plus dangereux que lui ; & que tout ce qui le menace ne marche jamais que derrière fon dos. Lifez la belle tragédie du Maure de Fenife. Vous trouverez à la première fcene que la fille d'un féna- teur fait la bSte à deux dos avec le Maure , £f qu'il tiaîtra de cet accoi^lement des shevaux de Barbarie. C'eft aîn0 qu'on parlait alors fur le théâtre tragique de Londre; Le génie de Shakefpear ne pouvait être que le difciple des mœurs & de l'ef^rit du tems. ,,1 Google ASrDbAMATlQDË. 1^3 scene traduite de la ctéopatre de ShakEspear. CUspatre ?yant refolu defe donner la mort, fait venir un paylao qui apporte un panier fous Ion bras dans lequel eft l'afpic dont elle veut fe faire piquer. Cl-ÉOPA^TRE. As - tu le petit ver du Nil qui eue & qui ne fait point du mal? Le Paysan. En vérité, je l'ai, mais je ne voudrais pas que vous y touchafliez, car là bleffure eft immcvtelle; ceux qui en meurent n'en reviennent jamais. Cléopatre. Te fouviens-tu que quelqu'un en foit mort? LePaysak. Oh plufieuts, hommes & femmes. J'ai entendu parler d'une, pas plus tard qu'hier; c'étaitr une bien honnête femme, fi ce n'eft qu'elle était un peu fu- jette à mentir, ce que les femmes ne devraient fai- re que par une voie d'honnêteté. Oh! comme elle mourut vite de la morfure de la béte ! quels cour- mens elle reflentit! elle a dit de très bonnes nou- velles de ce ver; mais qui croit tout ce que les gens difent ne fera jamais fauve par la moitié de ce qu'ils font ; cela eft fujet à caution. Ce ver eft un étran- ge VCT. Cléopatke. Va-t-en, adieu. UjL:a..i Google 174 Art Dramatiq.ue* Le paysan. Je fouhaite que ce ver -là vous donne beaucoup ' de plaifir. C X- i o V atre. Adieu. LtPATSAN. Voyez -vous, madame? vous devez penfar que ce ver vous traitera de ion mieux. CLiiopATRE. Bon, bon, va-t-en. Le PAYSAN. Voyez -vous? il ne faut fe fier à mwi ver que quand il eH ^tre les mains des gens fages; car, en vérité , ce ver - là eft dangereuse. Cléopatre. Ne t'en mets pas en peine, j'y prendrai garde. Lepaysan. C'eft fort bien- fait : ne lui domiez rien à manger , je voâs-«i prie; il ne vaut ma foi pas la peins qifoQ le noarriflè. Cl^opatrï. Ne mangerait-il rteû? Lepaysan. Ne croyefe pas que je fcMs Q (impie ; je fais que le . ■diable mène ne votidraic pas marier une femme ; je fais bien qu'une femme eft un plat à préfenKt auj: Dieux, pourvu qoe le diable D'en M[s pas la fauce: mais, par ma foi, les diables fout des fils de p^n. Art DRAMATi(iUE. 175. qui foQt bien du mal au ciel quand il s'agît des fem- mes; fi le ciel en fait dix, le diable en corrompt cinq. Cléopatre. Fort bien; va-t-en, adieu. Le paysan. Je m'en vais, vous dis -je; bon foir, je vous foubaite bien du plaifir avec votre ver. Scène traduite de la tragédie de Hihri V. H B (f X I. Belle Catherine f très belle, (Bo) Voiis plainte - il d'enfeigner à un foldu les paroles Qui peuvent eim«r dans le ctau d'une dameiTtlls, Et plaider fon procbs d'amour devant fon gentil caut.7 La frinc£}sss Catherine. Votre majefté fe moque de moi, (81) je ne peux parler votre anglais. Henri, Oh belle Catherine! (S2) ma foi vousm'Mme- rez fort & ferme avec votre cœur français. Je ferai fort aife de vous l'entendre avouer dans votre ba- ragouin, avec votre langue françaife. Me gnûtes' tu, Catau? Catherine. Pardonruz-rm , C83) je n'entends pas ce que veut dire vous goûter. (S^) i En vers anglaia. - fSiJ En profe antltift. .^ ,: r„ ,-.^ p,, p^^P^ an^laife. ■ufli en asglus nJtMkri «aC?»,.;,^"^''* , Google fj6 A » T D R A M A T I Q. U e, Henri. Goûter, c'eft ■ refTembler ; un ange vous reffeni- ble , Catau ; vous reflemblez à un ange. Catherine Co «ne ejpece de dami d^ honneur gw efi auprès d^elle.} Que dit -il? (85) que je fuis femblable à des anges ? L A » A M E D'H O N N E U R. Oui vraiment, (86) iàirf votre honneur,- ainfi dit -il. Henri. C'eft 'ce que j'ai dit, (87) chère Catherine, & je ne dois pas rougir de le confirmer. Catherine. Ah bon - dieu ! les langues des hommes font plei- nes de tromperies? Henri. Que dit- elle, ma belle; C88) que les langues des hommes font pleines de fraudes? La dame d'h o n n ë u r. Oui, C89) que les langues des hommes eft plein defraudes, c'eft-à-dire, des princes. Henri. Eh bien, (90) la princelTe en eft -elle meilleure An- CS5!) En Fnmeils. CK') En Trnnçds. (87^ En u|)iEi- ^as^ En wigXus. . (Sç") Ea uiiuvals ugUls. (go') En u^tailt Art DRAMATIQ.UÏ. _ 177 Anglaife? l^fa foi, Catau,.nies foupirs foot pour votre entendement, je fuis bien aife que 1 tu ne ^puifles pas parler mieux anglais; car fi tu le pou- vais, tu me trouverais fi franc roi, que tu penfe- rats que j'ai vendu ma ferme pour acheter une cou- ronne. Je n'ai 'pas la façon de hacher menu en amour. Je te dis tout franchement, je t'aime. Si tu en demandes davantage , adieu mon procès d'à- mour. Veux-tu? réponds. Réponds, tapons.d'u- ne main, & voilà le marché fait. Qu'en dis -tu, lady? Catherine. Ssuf votre l'honnair , moi entendre bien, (çi) H E K R I. Croi-moi, fi tu voulais, me faire rimer, ou me faire danfer pour te pUiré, Catau, tu m'embarras- ferais beaucoup; car pour les vers, vois-xu, je n'ai ni paroles, ni merure; & pour ce qui e(t de danfer, ma force n'eft pas dans la mefure; mais j'ai une bonne mefure en force ; je pourais gagner une fem- me au jeu du cheval fondu , ou à làute grenouille. On croirait que c'eHi-là une des plus étranges fcenes des tragédies de Shakefpear ; mais dans la mê- me pièce 1 il y a une converfation entre la princeflè de France Catherine ^ Se une de fes filles d'honneur Anglaifes, qui l'emporte de beaucoup fur tout ce qu'on vient d'expofèr, Catherine apprend l'anglais; elle demande, corn- ment on dit te pied & la robe ? la fille d'honneur - C?!) }^ Hiiderilnd well. Stcmde Partie. M ,,1 Google 178 Art Dr amatique. lui répond, que le pjed c'eft/ooï, &.h robe c'eft coun : car alors on prcmonçaît com : & non pas gom. Catherine enccnd ces mots d'une manière un peu {inguliere; elle les répète à la françaife; .elle en rougit. M! dit-elle en français» ce font des mots impudiques, 6? non pour les dames à'imnneur d'tiftr. y_e ne voudrais répéter ces mots devant lesfeignews de France pour tout le monde. Et elle les répète encor avec ]a prononciation. la plus énergique. Tout cela a été joué très longrems fur le théâtre de Londres, ai préfence de la cour. Du MÉRITE DE .SHAKESPEdR, Il y a une chofe plus extraordinaire que tout ce qu'on vient de lire , c'eft que Shakefpear eft un gé- nie. Les Italiens, les Français, les gens de lettres de tous les autres pays, qui n'ont pas demeuré quel' que tems en Angleterre, ne le prennent que pour un gille de la foire, pour un farceur très au-delTous d'arlequin, pour le plus méprifable bouffon qui aie jamais amufé la populace. C'eft pourtant dans ce même homme qu'on trouve des morceaux qui élè- vent l'imagination & qui pénètrent le cœiu-. C'eft la vérité, c'eft la nature elle-même qiri parle fon propre langage fans aucun mélange de l'art. ' C'eft du fublime, & l'auteur ne l'a point cherché. Quand , dans la tragédie de la Mort de Céfar^ Bnitus' reproche à Càffius les ràpmes qu'il a lailTé exercer par lés'fiens en Afie, H lui dit: Smiyien-tii des ides de Mars, Souvien-toi ^ujaa^ ^ Céfar. Ifmts ..ïGoogk Art Dramatique. 17g l'avons ver/é parce qu'il était injujte. Qiioi! celui qui porta les premiers coups ^ celui qnî -le premier" punit Cêfar £avmr favorifé les hrigauds de la république ^ fouillerait fes mains lui-même par la corruptioii? Céfar, en prenant enfin la réfolution d'aller au fénat* oii îl Libre du joug fuperbe où je fuis attaclu!. Vie dans lYtat obfi:ur OÙ les DieUx l'ont caché t Quels fentimens! quels vers heureux! qu'elle vois de la nature! Je ne puis m'empêcherde m'interrompre un mo- ment, pour apprendre aux nations qu'un juge d'& .^ïGoo'^lc Art Dramatique. jg^ cofle qui a bien voulu donner des règles de poëfie & de goût à fon pays , déclare daps. fon chapiu-e vingt -up, dei narrations if des defcriptions , qu'il n'aime point ce vers, Miis tout don , & Vumit , & les venu , Se Neptune. S'il avatc fu que ce vers était imité d'Euripide , il lui aurait peut - être fait grâce : mais il aime mieux la réponfe du foldac dans la prçmicre fcene de Hamkt , Je n'ai pas entendu une foi'ris trotter. Foild qui ejl naturel, dit-il; c''efi ainfi qu'un foldat doit répondre. Oui, monfieur le juge, dans un corps- de- garde; mais non pas dans une tragédie; fâchez que les Français, contre lefquels vous vous déchat- nez, admettent le fimple, & non le bis & le gros- fier. Il faut être bien fur de ia bonté de fon goût avant de le donner pour loi ; je plains les plaideurs, fi vous les jugez comme vous jugez les vers. • Quit- tons vite fon audience pour revenir it- Iphiginie. Eft-il un homme de bon fens & d'un cœur fenlîble qui n'écoute le récit d'AganKimion avec un tranfporc mêlé de pitié & de crainte , & qui ne fente les vers de Racifi» pénétrer jufqu'au fond de fon ame? L'in- térêt l'inquiétude , l'enibarcas augmentent dès la troifieme fcene, quand ^^^amimnon fe trouve entre AcHik & Ulyfft. ' La crainte , cette ame de la tragédie , redouble encor à la fcene qui fuie. C'eft Ul'^e qui veut per- iitader J^améimonf & immoler Iplngénie àl'intétéE Us ...Google i8<î ArtDramatique. de la Grèce. Ce perfcHinage à'UlyJfe eft odieux; mais, par un art admirable, Kacww fait le rendre intéreflkat. Je Tuis pm , feigneuii & Mbie comme un lutre ; Iilon ccEur fe met fms peine, ï U place du vûtre ; Et fi'i^iiiilJranE du coup qui vous fail Toupirer, Loin de bUmer vos pleivs, je fiib prSt de pleurer. Dès ce premier afte, Iphigéme eft condamnée à la mort. Jpkigéniè qui fe flatte avec tant de raifon d'époufer Achille: elle va être facrifiée fur le même autel crii elle doit donner la main à fon amant. Naiendi timpart i» ipfo, T»Mum religio potaii faadtre matorum. Second Acte d'Iphigénie. C'eft avec une adrefTe bien digne de lui que Raà- ne, au fécond aâe, fait paraître Eriphtk, avait qu'on ait vu IpJtigénie. Si Tamante aimée à'Âchillt s'était moticrée la première, on ne pourait fouffrir Eriphik fa rivale. Ce perlbnn^e eft abfojument néceflaire à la pièce, puis qu'il en fait le dénoue- ment ; il en fait même le nœud; c'eft elle qui, fans le favojr, infpire des foupçcms cruels à Clitm- mfireyCc une jufte jaloufie à /ji/iig^nieî & parun art" encor plus admirable, l'auteur fait intéreffer pour cette EriphUa elle-même. Elle a toujours été mal- heureufe , elle ignore fes parens, elle a été prife dans fa patrie -niife en cendre: un oracle funcfte la trouble; & pour comble de maux, eHe a une pas- (îon InvolonuiiTe pour ce même jkhilie dontxUc eft captive. UjL:a..i Google Art DRAMATIQ.UE, i8j Dnnsl» cruelles tnaips, pat qui je fus ravie. Je demeurai longtems fans lumière & Taru vie Enfin mes (aibles yeus cberchercni la clani ; El me voyant prefTer d'un bra» enrangtantéj Je fr^milTais , Doris , & d'ua vainqueur Tauvage Criignais {[gs]) de rencontrer l'et&oyable vifage. J'entrai dans fon vaifTcau-, d^eltant fa fureur. Et toujotiFS découmani ma vue avec horreur. Je le vis : Ibn afpefl n'avait rien de faroueliet Je fentis le reprotlie expirer dans -ma boucbe. Je (fentis contre moi mOn cœur fe déclarer — J'oubliai ma colère, & ne fiis que pleurer. Il le faut avouer, on ne faifaît point de tels vers avant Racine; non - feulement perfonne ne lavait la route du cœur, mais prefque perfonne ne favait les les fineffes de la verfificacionj cet art de rompre la mefure. Je le vis: fon ajpeêi n'avait rien de farouclie: per- fonne ne connaiflaic cet heureux mélange de fillabes longues & brèves & de confonnes fuivies de voyel- les qui font couler un vers avec tant de mollefle, & qui le font entrer dans une oreille fenfible & jufte avec tant de plaifir. Quel tendre & prodigieux effet caufe enfuite l'ar- rivée d" Iphigénie ! Elle vole après fon père aux yeut à-'EripUle même, de fon p«e qui a pris. enfin la ré- folutioD' de la facrifier; cliaque mot de cette fcene tourne le poignard dans le cœur. IpUgénie ne dit pas des chofes outrées, comme dans Euripide, je (9^^ Des purittea ont prétendu qu'il fallait y« craignait; ils ignorent les heureufes libertés de la poeile : ce qui eft une négli- gence en profe, cft trts ftiUTent, une beauté en vers. Racine s'ex]>iime avec une élégance ex.ifle , qu'il ne facrifie Jamais i I» ciitlcur du lUIci )j„z»..; Google iSS ART D R A M A T I Q tr B; voudrais itre folle Cou faire XifalW) pour voui égayer', pour vous plaire. Tout efl noble dans la pièce fnin- çatfe, mais d'une fîmplicicé attendri[^te,& la Tceoe finie pas ces mots terribles: fout y ferez, ma fille. Sentence de mort après laquelle il ne faut plus rio) dire. On prétend que ce mot déchirant efl: dans Em- pide, on le répète fans celTe. Non, il n'y eft pas. 11 faut fe défaire enSn, dans uo fiecle tel que le v&- tre, de cette maligne opiniâtreté à faire valoir tou- jours le théâtre ancien des Grecs aux dépends du théâtre français. Voici ce qui eft dans Euripide. " Iphigénie, Mon père, me ferez-vous habiter dans un autre féjour (ce qui veut dire, me marierez -vous ail- leurs?) ÂGAMEMNOH. LaiiTez cela ; il ne convient pas à une fîUe de fa- voir ces chofes. I P H I G É N I E. Mon père, revenez au plutôt après avoir achevé votre entreprife. ACAMEMNON. Il faut auparavant que je fÙfle un facriflce. Iphicékie. Mais c'efl; un foin dont les prêtres doivent fe charger. AcAMEMKOK. Vous le faurez, puifque vous ferez tout auprèïi au lavoir. Dji;..., Google A R T D R A M ATI <2.U E. l8i> ' Iphicénie. Ferons - nous , mon pcre , un chœur autour de Tautel? Agameunon. }e te crois plus heureufe que moi ; mais à préfent cela ne t'importe pas ; donne-moi un baifer trifte Se ta main, puis que tu dois être G longcems abfente de ton père. O quelle gorge! quelles joues ! quels blonds cheveux ! que de douleur la ville des Phry- giens, & Hélme me caufent! je ne veux plus par- ler, car je pleure trop en t'embralBnt. Et vous, fille de Léda, excufez-moi fi l'amour paternel m'at- ttndrit trop, quand je dois donner ma fille à j4- chille. Enfuite Agamemnon inftmit Qitevmejire de la gé- néalogie d'Achille , & CUtemneftrc lui demande G. les noces de Pelée & de Thécis fe firent au fond de de la mer. Brumoy a déguife , autant qu'il Ta pu, ce dialogue comme il a fàlGfié prefque de toutes les pièces qu'il a traduites; niais rendons juftice à la vérité, & ju- geons û ce morceau d'Euripide approche de celui de Racme. Veira-t-on 11 r«u[el votre heareufe faraflle» AcAMEHNON. Il£lK I I p U I G. É N t I. Vou voui utTcZ AflANEHNON. Vouj 7 /irez , ma filltt ,,1 Google ipo Art DBAMATIQ.UE. Comment fe peut - il faire qu'après cet arrêt de ; mort qu'IplUginie ne comprend point, mais que le fpeftateur entend avec tant d'émotion , il y ait en. 1 cor des fceaes touchantes dans le même afte, fi: , même des coups de théâtre frappans? C'efl: -là. Te- I Ion moi, qu'eft le comble de laperfeûion. Acte troisième. Après des incîdens naturels bien préparés ,, qui totu concourent à redoubler le nœud de la pièce, Clitm- , nejlre, Ipkigénie, jichille, attendent dans la joie le moment du mariage; Eripbile eft préfente, & ie contrafte de fe douleur, avec l'alIégrefTe de la mère & des deux amans, ajoute à la beauté de. la fitua- lion. . Arcai parait de la part à'AgamcmTionj il via» dire que tout eft prêt pour célébrer ce mariage for- tuné. Mais, mais, quel coup! quel moment épou- vantable ! Il l'aitcnd i rtutel .... pour U Eacrifier .... Achille; Clitànndlre, Iphigénie, Eriphile, es- priment alors en un feul vêts tous leurs fentimens difFérrais, & Clitenmeftre tombe aux giaioux d'A- chille. Oubliez une gloire impoituos , Ce triftc sbaiObmeni convient k ma fomine. C'eft vous que nous cherchions fur ce funefte iMrd; Ec votre nom , feigneut, l'a conduit à la mon. Ira-t-elle des Dieux, implorant la juFEice, V EmbralTer les autels parés pour fgn Aipplice î Elle d'> que vous feul. vous Itts en ces lieux Son père, fou ipoax, fon ulle, fù dkui. ..Coo;île Art DRAMATIQ.UE. 191 O véritable tragédie ! beauté de tous les tems & de toutes les nations! malheur aux barbares qui ne , fenciraienc pas jufqu'au fond du cœur ce prodigieux mérite! Je fais .que l'idée de cette fituation eft dans Eti- ripiâet maïs -elle y eft comme le marbre dans la carrière , &; c'efl; Racine qui a confirait le palais. Une chofe affez extraordinaire, mais bien digne des commentateurs toujours un peu ennemis de leur pa- trie, c'eft quele jéfuite^rMmoyjdansfondi/cwiri/w le théâtre des Grecs (pg) , fait cette critique ; „ Sup- „ pofons qu'Euripide vînt de l'autre monde & qu'il „ affiftât à la reprérentation de l'ipliigénie de Mr. „ Racine.... ne ferait-il point révolté de voir „ Clitemnefire aux pieds d'Achille qui la relevé , & ,, de mille autres cbofes, foie par -rapport à nos „ ufages qui nous paraiflent plus polis que ceux „ de l'antiquité, foit par rapport aux bienféan- . „ ces? &c. Remarquez, leûeurs, ayec attention, que Cli- temnefire fe Jette aux genoux d'Achille dans Etiri- pide , & que même il n'eft point dit qu'Achille la relevé. A l'égard de mille autres chofes par rapport à nos «fages, Euripide fe ferait conformé aux ufages de la France, & Racine à ceux de la Grèce. Après cela, fiez-vous à l'intelligence & à la ju- flice des commentateurs. Acte QUATRIEME. Comme dans cette tragédie J'JntérÈt s'échaiife i Çei) Page 11 de rédition te-40. L)ji.:a..ïG00gle ijn ArtDramatiq^ue. toujours de fcene en fcene , que tout y marche de perfcaions en perfeûions, la grande fcene entre Agamemnon, Achille ^ Clilemneftre , & Iphigénit^ eft encor fupérieure à toat, ce que nous avons vu. RicD ne fait jamais au théâtre un -plus grand effet que des perfonnages qui renferment d'abord leur douleur dans le fond de leur, ame, & qui làiffeot en fuite éclater tous les fentimens qui Jes déchirent: on eft partagé entre la pidé & l'horreur : c'eft d'un côté Agamemnm accablé lui-même de triftefTe, qui vient demander là (îlle pour la mener à l'autel, fous prétexte de la remettre au héros à qui elle eft pro- tnife. C'eft Qàemnejire qui lui r^ond d'une volt entrecoupée. S'il faui psrtir , m» fille eft toute prête ; Mais vous, n'avez vous rien, fcigneur, qui vous aMte? ACAUBUNON. Wui^ Madame î CLITBMNESTItE. Vo* Crin* orit-ib «ut pcépmél Aoambmnon, Calchas eft prtc, maiiaitie, & l'aurel eft pan,'; J'ai fait ce que m'ordonne un devoir Idjjitiiiie. CLtTKHNBST'RE. Vous ne me parlez point, r«igueur, de la viâime. ■Ces mots, i-owf ne me parlez point àe la riâinie, ae font pas afiurément dans Euripidt'. On fait de quel fublime eft le refte de la fcene; non pas de ce fublime de déclamation; non pas de ce fublime de penKes redierchées, ou d'expreiEons gîgaDtefqties, jnait UjL:a..i Google ARTDnAMAÏIQDfc. IJtJ mais de ce qu'une iTiere au délefpoir a de plus péné- trant & de plus terrible, de ce qu',une jeune prin- ,ceire qui lent tout Ion malheur , à de plus touchant & de plus noble: après quoi, ^ehilU déploie la fierté, l'indignation, les menaces d'un héros irrité, ans qu'j^iùiumnoff perde rien de fa dig^cé; & c'é- tait ■ là le plus difficile. Jamais Achille n'a été plus AcJtiile que dans Cette tragédie. Les étrangers ne pouront pas dire de lui ce qu'ils difent d'HippoUte ,^ de Xiphares, d'An- tiochus roi de Comagene, de Bajazet même; ils les appellent, motifieur Bajazet ,- mmjieur Antioclmt, monjîeur Xiphares, mmjieur HippoUte; &, je l'avoue, ils n'ont pas tort. Cette fàiblefle de Racine eft un tribut qu'il a payé aux mœurs de fon tems, à la ga- . lancerie de la cour de Louis Xiy, au goût de romans qui avaient infefté la nation; aux exemples même de Cormille qui ne compofa jamais aucune tragédie fans y mettre de l'amour, & qui fit de cette palTion le principal reflbrt de la tragédie de Polyeuâe confes- feur & martyr, £c de celle d'^ciïin roi des Huns, & de Ste. Théodore qu'on proftitue. . Ce n'cft que depuis peu d'années qu'on a ofé en f rance produire des tragédies prophancs fans galan- terie. La nation était û accoutumée à cette fadeur, qu'au commencement du fiecle oti nous fommes, où reçut avec applaudifTsment une Rleàre amoureufe éc une partie quarrée de deux amans & de deux maî- trelTes dans le fujet le plus terrible de l'antiquité, tandis qu'on fiflait l'Eleâre de Longepitrre, non-feu- Seeonde Fartit, îi ,,1 Google Ip4 Art.Dramati que. lement parce qu'il y avait des déclamations à l'anti- que, mais parce qu'on n'y parlait point d'amour. Du tems de Racine, & jufqu'à nœ derniers tems, les perfonnages effentiels. au théâtre étaient l'amou- reux & Vantoureufe , comme à la foire Arlequin & Cokmbint. Un aâeur était reçu pour jouer tous lej amoureux. Achille aime Iphighàet & il le'dmt; il la regarde comme fa femme;- mais il eft beaucoup ptusâer, plus violent qu'il n'eft tendre; il aime comme A- cJiille doit aimer, & il parle comme ifoffMre l'aurait fait parler s'il avait été Français. Acte CIMQ.UIEME. Mr. Luneau de Boiijermain y qui a fait une édi- tfon de Ratine avec des commentaires, voudrait que la cataftrophe d'Iphigénie fût en aaion fur le théâ- tre. „ Nous n'avons, dit -il, qu'un regret à for- „ me;', c'eft que Racine n'ait point compofé fa pie- „ ce dans un tems où le théâtre fût comme aujour- „ d'hui, dégagé de la foule des fpeftateurs, qui „ inondaient autrefois le lieu de la fcene; ce poëte „ n'aurait pas manqué de mettre en aftion la cata- „ ftrophe, qu'il n'a mife qu'en récit. On eût vu „ d'un côté un père conftemé, une mère éperdue, „ vingt rois en fufpends, l'autel, le bûcher, le „ prêtre, le couteau, la viftime: eh! quelle vifli- j, me! de l'autre, Achille menaçant, l'armée ea j, émeute i le fang de toutes parts prêt à couler; „ Eriphile alors ferait furveoue; CalcJias l'aurait „ défignée pour l'unique <^jet de la colère célelte; ..ï Google ÀRtDrAMATIIjuE. 195 ,j & cette princeffe s'emparant du couteau facré, „ aurait expiré bientôt fous les coups qu'elle fe „ ferait portés. " Cette idée parafe plaufible au premier coup d'œil. C'eft en effet le fujet d'un très beau tableau, parce que dans un tableau on ne peint qu'un inftant ; mais il ferait bien difficile que fur le théâtre, cette afti- on qui doit durer quelques momens, ne devînt froi- de & ridicule. 11 m'a toujours paru évident que le violent Achille l'épée nue, & ne fe battant point, vingt héros dans la même attitude comme des per- fonnages de tapifferte, ^gamemnon roi des 'rois n'impofent à perfonne, immobile dans le tumulte ^ formeraient un fpeûacle affez femblable au cercla de la reine en dre colorée par Bemit, Il eft des objets que l'art judicieux ■ Doit offrir ï l'oreille & reculer des yeiuu 11 y a bien plus ; la mort à'Eriphile glacerait les fpcflateurs au - lieu de les émouvoir. S'il eft per- mis de répandre du fang fur le théâtre, (ce que j'ai quelque peine à croire) il ne faut tuer que les perfonnages auxquels on s'intéreflè. C'eft alors que le cœur du fpeftateur eft véritablement ému, il vole au-devant du couprqu'on va porter, il faîgne de la bleflure, on fe plait avec douleur k voir tom- ber Zaïre fous le poignard d'Orafmane dont elle eft idolâtrée. Tuez fi >?ous voulez ce que vous aimez, mais ne tuez Jamais une perfonne indiiférente; le public fera oès indifférent à cette mort ; on n'aime point du tout EripbUe^ Racine l'a rendue fupport». Na D3l.za..ïGOOgle 156 ARTDflAMATIQUÈ. ble jufqu'au quatrième aûe; mais dèsqu'Ipliigénii -efl en péril de mort, EripUle eft oubliée & bientôt haïe : elle ne ferait paS plus d'effet que la biche de Diane. On m'a mandé depuis peu , qu'on avait efiayé à Paris le fpeftacle que Mf. Luneau de Boiijernmn avait propofé, & qu'il n'a point réuffi. llfautfa- voir qu'un récit éaît par Racine eil fupéiieur à toutes les adîons théâtrales. d'. A T H A L r £. Je commencerai par dire d'j^thalie que c'e(l-Ià que la catallrophe etl admirablement en aflion. C'eft-là que fe fait la reconnaiiTance la plus incé- reffante; chaque àfteur y joue un grand rôle.' On ne tue point Atkalie fur le théâtre ; le fils des rois cil fauve. Si eft reconnu roi: tout ce fpeûacle tranfporce les fpeûateurs. Je ferais ici l'éloge de cette pièce, le chef-d'œu- vre de l'efprit humain, fi tous les gens de goût de l'Europe ne s'accordaient pas à lui donner la préfé- rence fur pTefque toutes les autres pièces. On peut condamner le caraftere & l'aftion du grand - prêtre ^oad; là confpiration , fon fanatifme paiventétre d'un très mauvais exemple ; aucun fouverain, de- puis le Japon jufqu'à Naples, ne voudrait d'un tel pontife; il eftfaflieuxy infolent, entoufialte, in- flexible, fanguinajre; il trompe iùdignement fa rei- ne, il fait égwger par des prêtres, cette femme ûg^e de quatre-vingts ans, qui n'ea voulait certai-_ C.Ï Google A R T D R A M A T I Q. U E. ÏJ»? nement pas à la vie du jeune Joad, qu'elle voulait élever camTttt fin propre fils. J'avoue qu'en réfléchiflànt fur cet événement, on peut détéfter la perfonne du pontife ; mais on admi- re l'auteur , on s'affujettit fans peine à toutes les idées qu'il préfente, on ne penfe, on ne fent que d'après lui. Son fujet d'ailleurs refpeftable ne per- met pas'les critiques qu'on pourait faire, fi c'était un fujet d'inventionJ Le fpeftateur fuppofe avec Racine, que Joad eft en droit de faire tout ce qu'il fait; & ce principe une fois pofë, on convient que la pièce eft ce que nous avons de plus parfaitement conduit, de plus fimple fi; de plus fublinie. Ce qui ajoute encor an mérite de cet ouvrage, c'eft que de tous les fujets, c'était le plus difficile à traiter. On a imprimé avec quelque fondement qaeRacinf avait imité dan^ cette pièce plufieurs endroits de la tragédie de la Lis^, faite par le confeiller d'état ^îathieu , hiftoriographe de France fous Henri /^, écrivain qui ne faifait pas mal des vers pour fon tems. Cim/tance dit dans la tragédie de Mathieu, Je redoute mon Dieu;-c*en lui feiil que je crains. On nVft point Ai\iM quand on n Dieu pour père. Il (Hivto ï tous la (nain, il nourit le» corbeaux; 11 donne h plture aux jeunes paOereau.t , Aux bStcs des furSts.-des pr^ & des nlon»jne^; Tout vit de Ta bonté. Racine dit, le crains Dieu , cher Abner , & n'ai point d'autre crainte ' ' N a ' ' UjL:a..i Google 1S(3 Art Dramatique. Diea l.iiiTn- (■ il jnraais fes eiifans au befoin? Auï petits (les oin.'aiix il' donne la plturc , El Ti homi s'Jtend fur toute la nature. Le plagiat parât: fenfiWe, & cependant ce n'en efi; point un ; -rien n'efl: plus naturel que d'avgir les mfimes idées fur le même fujet. D'ailleurs, Ractru & Mathieu ne font pas les premiers qui aient expri- mé des penfées dont on trouve le fond dansplufieurs endroits de l'Ecriture. Des chefs -D'œuvRE tragiques français. Qu'oferait-on placer parmi ces chefs-d'œuvre, reconnus pour tels en France & dans les autres pays, après Iphigênie & Atltalie? nous meitricvis une gran- de partie "de Cinm, les fcencs fupérieures des Ho- races, du Cid, àe Pompée , de Polyea^e; la fin de Rodogune; le rôle parfait & inimitable de Phèdre qui l'emporte fut tous les rôtes , celui> d'yicimat aulïï beau en fon genre, les quatre premiers afles de BritannicuSi Andrornaque toute entière, à une fcene près de pure coquetterie. .Les rôles tout en- tiers de Roxane & de Monime^ admirables l'tin 5c l'autre dans des genres tout oppofés, des morceaux vraiment tragiques dans quelques autres pièces; mais après vingt bonnes tragédies, fur plus de qua- tre mille, qu'avons -nous? Rien. Tant mieux. Nous avons dît ailleurs. Il faut que le beau foie rare, fans quoi il ceflerait d'être beau. Comédie. En parlant de la tragédie, je n'ai point ofé doo- .,, Google ArtDramati(1uE jg^ ner de règles; il y a plus de bonnes diflertations que de bonnes pièces ; & G un jeune homme qui a du génie veut connaître les r^les imfwrtantes de cet arc, il lui fuffira de lire ce que Boiltau en dît dans fon art poSttque, & d'en être bien pénétré: j'en dis autant de la comédie. " J'écarte la théorie , Bt je n'irai gueres au - delà de rhiftorique. Je demanderai feulement pourquoi les Grecs & les Romains firent toutes leurs comédies en vers , & pourquoi les modernes ne les font fou- vent qu'en profe? N'eft-ce point que l'un eft beau- coup plus aifé-que l'autre, & que les hommes en tout genre veulent réuffîr fans beaucoup de travail ? Fetielm fit fon Télémaque en profe , parce qu'il ne pouvait le feire en vers. L'abbé d'Aubignac, qui comme prédicateur du roi fe croyait l'homme le plus éloquent du royaume, & qui pour avoir lu la poétique d'jirijîote, penfait être le maître de Corneille, fit une tragédie en profe, dont la repréfentaïion ne put être achevée, & que jamais perfonnc n'a lue. La Mothe s'étant iailTé perfuader que fon efprit était infiniment au - deflus de fon talent pour la poi=- fie, demande pardon au public de s'être abaiOë jus- qu'à faire des vers. II donna une ode en profe, & une tragédie en profe ; & on fe moqua de lui. Il n'en a pas été de même de la comédie, Molière avait écrit fon Avare en profe, pour le mettre enfuite en vers ; mais il parut fi bon que les comédiens voulu-' rent le jouer tel qu'il était, & que perfonne n'ofk depuis y toucher. N4 D.3l.zac.ïGOOgle SOO AkT DBAMATIQyï, Au contraire, le Cmvive de P^en-e, qu'on a fi mal-à-propos appelle le Fefiinde Pierre, fut verfi- fié après la mort de Molière par Thomas Corneille, & eu toujours joué de cette façon. . Je penfe qCe perfonne ne s'avifera de verfifier le George Dandin, La diftion en eft fi naive, fi plai- ■fènte, tant de traits de cette pièce, font devenus proverbes , qu'il femble qu'on les gâterait fi on vou- lait les mettre en vers. Ce n'efV pas peut-être une idée fauffe de pcnfer qu'il y a des plaifantcries de profe & des plaifantc- rics de vers. Tel bon conte, dans la converfaçion , deviendrait in5pide s'il était rimé; & tel autre ne j-éufTira tiien qu'en rimes. Je penfe que monfieur & iradame de Spitenville , & madame la comteHe d'£y- earbagnai , ne feraient point fi plaifans s'ils rimaient. Mais dqns les grandes pièces remplies de portraits, de maxiines, de récits, & dant les jîerfonnages ont des carafteres fortement deflinés, tel que le Mt- fanîrope, le Tartufe, l'Ecols des femmes_, celle det maris , les Femmei /ayantes , le Joueur, les vers me paraifTent abfolument nécelTaires ; & j'ai toujours été de l'avis de Michel Montagne, qui dit, que la jenlence, prejjie aux pieds nombreiix de lapoëjie, enk^ yefon ame Stme plus rapide feeojijfg. Ne répétons point ici ce qu'on a tant dit de Jl/o- liera; on fait affez que dans fes bonnes pièces, il cft im- defiiis des comiques de toutes les nations ancien,-^ nés & modernes. De/préaux a dit, i\uCi-tfti que d'un trali de Tas fitialcï maîni, 1,4 p^ue l'cui ta^i dir nombre 44^ humiint^ ' C.Ï Google On raromiut Te pris de Ta mure ddipCie. L'aimable comddie, avec lui terrolKc, Eli vafti d'un coup fl rude eCpitt revenir. Et far ta brodeiiuins ne put ptus.re tenir. Put plus, eft un peu rude à l'oreille, mais £«'. ieau avait raitbn. Depuis 1673 , année dans laquelle la France per- (lic Molière y on ne vit pas une feule pièce fuppor- tdble jufqu'au Joueur du tréforier de France Re- gnard, qui fut joué en 1697, & il faut avouer qu'il n'y a eu que lui feul, après MoUert, qui ait fait de bonnes comédies en vers. La feule pièce de çaiaCtere t^u'oa ait eue depuis lui, a été le Glorieux de Defiouches, dans laquelle tous les perfonnages ont été généralement îç>plaudis , excepté malheureufe- nient celui du glorieux ; qpi eR: le fujec de la piccc, Rien n'étant fi difficile que de faire rire les hon- nêtes gens, on fe réduifit enfin à donner des comé- dies romanefques,qui étaient moins la peinture fidel- le des ridicules que des efl"ais de tragédie bourgeoi- fe ; ce fut une erpcce bâtarde qui n'étant ni comique ni tragique, manifeftait l'impuilTance de faire des tragédies & des comédies. Cette efpece cependant avait un mérite, celui d'intéreffer; & dès qu'on in- tércITe on eft lÛr du fuccès. Quelques auteurs joi- gnirent aux taléns que ce genre exige, celui de fe- mer leurs pièces de vers heureux. . Voici comme ce genre s'introduifit. Quelques perfonnes s'amufaîent à jouer dans ua château de petites comédies, qui tenaient de ces farces qu'on ^pelk panades: on en fit «ne eri l'aa- Nj ..ï Google fioî Art DiiAMâTiQtftt.' née 1732) dont le pnncipal perTonnage était le fils d'un négociant de Bordeaux , très bon bomme & marin fort grofficr, lequel croyant avoir perdu fa femme & fon fils, venait fe remarier à Paris, ^rès un long voyage dans l'Inde. Sa femme était mie impertinente qui était venue faire la grande dame dans la capitale, manger une grande partie du Ken acquis par Ibn mari , & ma- rier fon fils à une demoilelle de condîtbn. Le fils, beaucoup plus impertinent que la mère, fe donnait des airs de feigneur; & fon plus grand air était de méprifer beaucoup ià femme, laquelle était un mo- dèle de vertu & de raifon. Cette jeune femme l'ac- cablaît de bons procédés fans fe plaindre, payait fes dettes fecrétement quand il avait joué & perdu fur fa parole, & lui faifait tenir des petits préfens très galans fous des noms fuppofés. Cette conduite rol- dait notre jeune homme encor pîus fat ; le marin re- venait à la fin de la pièce, & mettait ordre à tout. Une aûrice-de Paris, fille de beaucoup d'efprit; nommée Mlle. J^ttwwu/ï, ayant vu cette farce, conçut qu'on en pourait faire une comédie très intéreflance, & d'un genre tout nouveau pour les Français, en expofant fur le théâtre le contrafte d'un jeune hom- me qui croirait en effet que c'eft un ridicule d'aimer fa femme; & une époufe refpeÛable, qui forcerait enfin fon mari à l'aimer publiquement. Elle prefla l'auteur d'en faire une pièce régulière , noblement écrite; mais ayant été refiifée, elle demanda per- nriffion de donner ce fujet à Mr. de la Chauffée ^ jeu- ne homme qui faifàtt fort bien des vers, fie qui avw ,,ïGoo<^le_ A a T D R J* M A T I Q. U B. 203 de. la correftion dans le ftile. Ce fut ce qiii valut, au public le Prijt^é à la mode. Cette pièce était bien froide après celles de Ma* Uere & de Reptard; elle reflemblait a un homme un peu pefant qui danfe avec plus de juftefle que de grace. L'auteui voulut mêler la plaifanterie aux beaux fentimens; il introduifit deux marquis qu'il crut comiques; & qui ne furent que forcés ât infipi. des. L'un dit à l'autre; Si la mSme malrreffe ell l'objet de nos vceux. L'embarras de choîfir la rendra plirs perplexe. Kla fû . naïquîs , U feut prendre pûié da fexe. Ce n'eft pas ainfj que Molière fait parler fes per- fonnages. Dès lors le comique fut banni de la co- médie. On y fubftitua le pacétique ; on difait que c'était par bon goût, mais c'était par fterilité. Ce n'efl: pas que deux ou trois fcenes patétiques ne puilTent faire un très. bon effet. II y en a des exemples dans Térence; il y en a dans Molière; mais il faut après cela revenir k la peinture naïve & p]ai- fante des mœurs. On ne travaille dans le goût de la comédie lar- moyante que parce que ce genre eft plus aifé, maïs cette fecilité même le dégrade ; en un mot les Fran- çais ne furent plus rire. ' ' Quand. la comédie fut ainG défigurée, la tragédie le fut auiïï: on donna des pièces barbares, & le théâtre tombai ï^^^is il peut fe relever. D E l'O p é r a. Ce!t à deux car^aux que la tragédie & ropem ,,1 Google 204 A R I D R' A M A T I Q. rf. doivent leur étabUfTement en France ; car ce fat fous Richelieu que Corneille fit fon apprendflàge, parmi les cinq auteurs que ce miniftre feifait travail- ler cotgine des commis aux drames, dont il formée k plan , & cil il glilTait fouvent nombre de trè» mauvais vers de fa façon: & ce fut lui eocor qui a^-ant perfécuté le Cid, eut le bonheur d'infpirer à Corneille ce nc^Ie dépit & cette généreufe opiniâtre- té qui lui fit compofer tes admirables fcenes des Horaces & de Citma. Le cardinal Mazarîn fit connaître aux FrançaQ l'opéra, qui ne fut d'abord que ridicule, quoique le miniftre n'y travaillât point. Ce fut en 1^47 qu'il fit venir pour la première fois une troupe entière de mufidens Italiens , des décorateurs & un orcheftre ; on repréfenta au Lou- vre la tragi-comédie à'Orphée en vers Italiens & en mufique: ce fpeftacle ennuya tout Paris. Très peu de gens entendaient l'italien , prefque perfonne ne rayait la mufique, & tout le monde haïffait le car- dinal: cette fête, qui coûta beaucoup d'argent, fut fiflée: & bientôt après, les plaifans de ce temslà firent le grand ballet £? le branle de la fuite de Ma- zarin , danfé fur le théâtre de la France par îui-mmt if far fil adhérent. Voilà toute la récompenfe qu'il eut d'avoir voulu plaire à la nation. Avant lui on avait eu des. ballets en France dès ]e commencement du feizieme fiecle; & dans ces ballets il y avait toujours eu quelque mufique d'une ou deux voix , quelquefois accompagnées de c^bceurs . qui n'étaient gueres autre chofe qu'un plein C^^ U3l.:a..ï Google Art Dramatique. 20^ grégorien. Les filles A'AchehXs, les fyrenes, a- vaienc chanté en 158a aux noces du duc de ^oyeu/e; mais c'étaient d'étranges fyrenes. Le cardinal Mazarin ne fe rebuta pas du mauvais fuccès de fon opéra italien; & lorfqu'il fut tout puilTant, il fit revenir fes muficiens Italiens, qui chantèrent le Nùzze ai Peleo £? di Thetide ea trois aftes en 1654. Louis XIV. y danfa ; la nation ftit cha'rmée de voir fon roi, jeune , d'une taille maje- ftueufe & d'une figure auffi aimable que noble, dan- fer dans fa capitale après en avoir été chaffé: mais l'opéra du cardinal n'ennuya pas moins Pa-is pour, la féconde fois. Mazarin perfifta , il fit venir en 1660 lejîgnor Ca- yalli qui donna dans la grande galerie du Louvre l'opéra de Xtrxh en cinq aâes; les Français bâillè- rent plus que jamais & fe crurent délivrés de ropé-. ra italien par la mort du Mazarin, qui donna lieu en 1661 à mille épitaphes ridicules, & à prefque autant de chanfons qu'on en avait fait contre lui pendant fa vie. Cependant les Français vouloient auflî dés ce tems-là môme avoir un opéra dans leur langue, quoi- qu'il n'y eût pas un feul homme dans le pays qui Ait faire un trio , ou jouer paflablement du violon ; & dès l'année 1659 un abbé Ptrrin qui aoyait faire des vers, & un Camberî intendant de douze violons de la reirie-mere, qu'on appellait la mufique de France , firent chanter dans le village d'Iffi une pa- ilorale qui, en fait d'ennui, l'empOTtait fur le» HercoU amanie, & fur le Nozze di PiUo. En 166s le même abbé Ferrint & le même Otmr , Cooi^lc t06 Art DRAMATl(lUfi. bert, s'affocierent avec un marquis de Smràae grand machinifte, qui n'était pas abfolument. fou, mais dont la roifon écait très particulière , & qui fe ruina dans cette encreprife- Les commencemens en parurent heureux; on joua d'abord Ponwww, dans hquelle il était beaucoup parlé de pommes & d'At- lichaux. , On repréfema enfuite les peines é? les plaifirs de l'amour, & enSa Luili vblon de Mademoifelle, de- venu furintendant de la rauûque du roi, s'empara du jeu-de-paume qui avait ruiné le marquis de Soiar- àiac. L'abbé Perrin inruinable , fe confola dans Pa- ris à faire des élégies & des fonnets, & même à traduire l'Enéide de argile en vers qu'il diCut héroï- ques. Voici comme, il traduit, par esemplc, ces deux vers du cinquième livre de l'Enéide. Jrduiis tfmBoqac iliifit la ùfa ttrehro Stirnltar txaaiaùfque iremeni procuntif bumt foi. Dans fcs os fracolT^s enfonce fon jceuf. Et mut trembbnt & mort ,' en bu tombe le boîiif. On trouve fon nom fouvent dans les fatyres de Boileau, qui avait grand tort de l'accabler: car il ne faut fe moquer ni de ceux qui font du bon , ni de ceux qui font du très mauvais, niais de ceux qui étant médiocres fe croient des génies & font les importans. Pour Cambert il quitta la France de dépit, &alia faire exécuter fa déteflable muCque chez les An- glais, qui la trouvèrent excellente. Lulli qu'on appella bientât moii/îeur de LtMt ,,1 Google s'aflôcia très habilement avec Qmnauît dont i! fen- taic tout le mérite, & qu'on n'appella jamais fmm- Jieur de Qainaiilt. II donna dans fon jeti- de -paume de Belair en 1672, 1^ fêtes à» l'amour & de Bac* thusy compofées par ce poiite aimable, mais ni les vers, ni la mufique ne furent dignes de la réputa- tion qu'ils acquirent depuis ; les connaiffeurs feule- ment eftimerent beaucoup une traduftion de l'ode charmante d'Horace: ■ • Doiuc gratits eram tlht iVec qiiifqtiam fotior bracMa candide Ctryici favinis dabal , Pcrfarum vigui rege beatior. Cette ode en effet pft très gracieufemenC rendue en Français; mais la muCque en eft un peu lan- guiflànte. . " ' Il y eut des bouffonneries dans cet opéra, ainfi que dans Ctu^muf &. dans Alcejie, Ce mauvais goût régnait alors à la cour dans les ballets, & les opé- ra italiens étaient remplis d'arlequinades. QtUnautt ne dédaigna pas de s'abaiHer jufqu'à ces platitudes. Tu fïiï la grimace en pleurant. Je vous trouve bonne De rcpraidre ce que je dis. Mc3 pauvres compagnons, bélist Le drigon n'en a fait qu'un fon iigfit lépû. I>e àagoa ne ftli-Q ptdoi le mon t U.jL:a..i Google Joe- Art DRAMATiQ,uei Mais dans ces deux opéra àiJlcefie & de Cadtttur, Quinaulc fut inférer des morceaux admirables d? poëfie. LulU fut un peu les rendre et^accotnmodanc fon génie à celui de la langue fnmçai fe ; & comme il àaic d'ailleurs très plaifaot , très débauché, a- droit, intéredéj bon courtiCin, & par conlequent aimé des grands , & que QuimuU n'était que doux & modefte, il tira toute la gloire à lui. II fit ac- croire que Quinault était fon garçon poËte j qu'il dirigeait , & qui fans lui ne ferait connu que par les fatyres de Boileau. Qtànault avec tout fon mérite tefta donc en proie aux Injures de Boileau^ & à la proteflion de Lulli. , Cependant rien n'efl plus beau , ni même plus fu- blime que ce chœur des fuivans de Platon dans Jl- cejle. Tout monel doit^d piralire. On ne peut n;ittre Que pour mourir, 'nt mauK le uépv' àiMvte i Qui chercbe ï vivre. Cherche II foufiHr. Plaintes, cris, lanneï. Tout cli fans- uuivs COLiuc U mon. Eft- on iâge De fuit ce paOïge t C'eft un otage Qui mené su pott. Le difcour? qile tient Hercule £ Pluton paraît di- gne de la grandeur du fujet. Si c'eft te ftire' onÈrtgê ' ' D'cnser par SOrce dans U coilr, ' Ptcdomt A H T D R a M A T I Q, U E. 20S Pariionne II mon courage. Et fais grâce i l'amom-. La charmante tragédie A'Atïs, les beautés ou no- bles ou délicates ou naïves répandues dans les pièces fuivantes, auraient dû mettre le con^ible à !a gloire de Quinault , fil ne firent qu'augmenter celle de Lui- U qui fut regardé comme le Dieu de la muSqae. Il avait en effet le rare -talent de la déclamation : il fcntit de bonne heure que la langue françaife étant la feuîe qui eût l'avantage des rimes féminines & mafculines , il fallait la déclamer en mufique diffé- remment de l'Italien. Luili inventa le feul récitatif qui convîntà la nation, & ce récitatif ne pouvait avoir d'autre mérite que celui de rendre fidèlement les paroles, il fallait encor des aûeurs ; il s'en for- ma; c'était QuÏTiault qui fouvenc les exerçait & leur donnait refprit du rôle & l'ame du chant. Boikaa dit que les vers de QidnauU. Etaient des lieuï ciHMmiins de morale lubrique , Que Liilli rëch.nunii lici Tuiis de Ta mufique. C'était au contraire, Quinault, qui réchauffait LuUi. Le récitatif ne peut être bon qu'autant que les vers le font: cela efl fi vrai, qu'à peine depuis le tems de ces deux hommes faits l'un pour l'autre , à peine y eut - il à l'opéra cinq ou fiK fcenes de ré- citatif tolérables. Rameau- même n'en a pas fait trois, tant 11 eft vrai que prefque toys les arts font nés & mortf dans le beaufiecle de Louis XIV. Les ariettes de Lulîi furent très faibles, c'était ^es barcarolp de Venife. Il fallait, pour ces petits Seconde Partie. O ,,1 Google 2IO Art Dramatique. airs, des chanfonnettes d'amour auiH molles que les notes. Lulli compofàit d'abord les airs de tous ces diveriiflemens. Le pocte y affujertiflait les paroles ; Lulli forçaic Quimult d'être inGpide. Mais les mor- ceaux vraiment poétiques de Quinault, n'étaient certainement pas des lieux communs de morale lu- brique. Y a-t-il beaucoup d'odes de Ptadare, plus fieres & plus hannooieufès que ce couplet de l'opéra de Profcrpine? Les fupcrbes gtianj, armés contre les dlcici. Ne nous donne plus d'Èiponvante ; lis font cnfévelù Touï la miITe pefanie Des monts qu'ils entaflalent pour attaquer les cieux : Nous avons vu tomber leur cbef audacieux Sous une montagne brûlante. Jupiter l'i comraltic de vomir ï nos yeux Les miles enBunin^s de fa tigeeipitanie, JapUxt eft viâorieus t Ec tout cedc ï TeSbit de Ta main foudroyante. Chantons, dans ces aimables lieux. Les douceuis d'une paix cbaimante. L'avocat Brojfette a beau dire. L'ode fur la prife de Namur, avec fes monceaux de piquts, de corps morti, de tocs, de briques, eft aullî mauvaife que ces vers de Quinault font bien faits. Le févere au- teur de Vart poétique , fi fupérieur dans fon feul gen- re, devait être plus jufte envers un homme fupé- rieur aufîî dqns le fien ; hranme d'ailleurs aimable dans la fociété , homme qui n'offenfa jamais per- fome, & qui humilia SoUeau en ne liù répwidant point. Émin, le quatrième àfte de Roland, & toute b ,,ï Google Art Dramatique. an tragédie d'Armide furent des chefs -d'œovre de h pû-tdu poëte, & le récitatif du tnuficien fembla mô- me en approcher. Ce fut pour l'ArioJle & pour le TaJJe, dont ces deux opéra font tirés, le plus bel hommage qu'on leur aie jamais rendu. Dd Récitatif de LullI. Il faut favoir que cette mélodie était alors à-peu- ptès celle de l'Italie. Les amateurs ont encor quel- ques motets de CaHJJim qui font précifément dans ce goût. Telle eft cette efpece de cantate latine qiù fut, fi je ne me trompe, compofée pat le car- dinal Delpflini. Sant brevet munâi tof* Sunt fugilM ftoTu ïrondit vilull aa/tofa Suttt laiiUt honora. yelociffimo curf» Fluuni antà SItvt Client venll t - Sicut fagitla rapidu , Fagiuat , lyolant tyenefcunU _ iVi/ duTut ittirnam fa^ atla» ' ' Ri^it omniB rigida fort , JaplacatiS , /atujii) teh Ferit emnla iirUt mort. Efi foie ia calo gilet,. Jacunditas fiacen , Voluptai para , Et fittt nuie diet Se. htaamavitX chantait fouvenc ce motet, & je l'd ntendu plus d'une fois dans la bouche de Thtyt- Oa .,ï Google 212* Art Dramatique. nard; ncn ne me femblait plus conforme à ceruins morceaux de- Lulli. Cette méjodie 'demande de l'a- ire, il faut des afteurs, & aujourd'hui il ne faut que des chanteurs; le vrai récitatif eft une décla na- tion notée, mais on ae note pas l'aftion &, le fen- timçnc. S une aflîice en graflTéiant un peu, en adou- ciflaat fa voix, en minaudant, chantait: , Ali 1 je le tiens, je ciens Ton cœur periidc. | Alil je l'immole il ma fureur, elle ne rendrait ni Quinault ni Lulli; & cllcpoutaït, I en faifanc rallentir un peu la mefure, chanter fut les mêmes notes. ! Ali ! je ks vois , je vois vos yeui aimables. | Ali ! je me rends ï leuis attrait;. Pcrgolefe a exprimç dans une mufique imitatricï CCS beaux vers de YAnaferfe de Rletaftafio. l'o Jfilcr.nrla vn mar crudfle Srnza Vâli Scii::a farte, J'rtml Tourna , Il cti! s'ImBriina, Crefct II vento\ e Oiaxca FarU. . E U voler délia fortana San eofiretta afeguitër &c. Je priai une des plus célèbres virtuofes de me .chanter ce fameux air de Pergolefe. Je m'atterwlai» 'à'fi-émir iiu tnar crudele, safreme fondai aucr*/» jl yento.. Je me préparais i toute l'horreur d'une Art Dramatiook. aij tempêce. j'entendis une voix tendre qui fredonnait avec grâce l'Iialeine imperceptible des doux zéphirs. ' Dans l'Encyclopédie, à l'article Exprcjion, on lit CCS paroles d'un amateur de tous les arcs, qui en a cultivé pluficurs avec fuccès. En général la „ mufique vocale de Lulli, n'efi: autre, on le ré- „ pete, que le pur récitatif, & n'a par elle-même ,, aucune expreilîon du fentiment que les paroles „ de ^inault ont peint. Ce fait cil (i certain, „ que fur le mê.ne chant qu'on a fi longcems cru ,, plein de la plus forte expreflîon, on n'a qu'à „ mettre des paroles qui forment on fens lout-à- 3, fait contraire; & ce chant poura être appliqué k „ ces nouvelles paroles auffi bien pour le moins ^ „ qu'aux anciennes. 5ans parler ici du premier „ chœur du proli^ue i'Atnadis, oti LuIIi a expri- ,, mé éveillom - nous comme il aurait fallu exprimer „ endormons-nous y on va prendre pour exemple, '& ■ „ pour preuve, un de fes morceaux de la plus „ grande réputation. „ Qu'on life d'abord les vers admirables que „ Qiunauh met dans la bouche de la cruelle, de „ la barbare Méâufe. Je porte rdpouvnntc & 1» mort en tons liera. Tout fe change en rocher ï mon «rpeft borribie , , Les traits que Jupiiec bnce du haut des cietis , N'ont rien de fi teitible Qu'un regard de mes yeni. „ 11 n'eft perfoone qui ne fente qu'un chant qui . „ ferait l'expreflîon véritable de ces paroles, ne ,, faurais fervir pour d'autres qui préfenteraient un 03 Dji;..., Google ■«lij Art D r a m a t I »:kaa cd admirable , parce ^u'il dit toujours agréablement des chofes vraies & utiles , parce qu'il donne toujours le précopte & l'exemple , parCe qu'il cft varié , parce que l'auteur en ne manquant jamais à la pureté de la langue .... Jiiit d'une voix l^ere paffer du grave au doux, du pla^/ant au jivcre. Ce qui prou^'e fon nwîrice chez tous les gens de goût, c'cll qu'on fait les vers par cœur; «Sccequi doit plaire aux philofophes , c'cft qu'il a prefquc toujours raifon. ■ Puilquc nous avons parlé de la préférence qu'on peut donner quelquefois aux modernes fur les anciens, on oferait préfumer ici que YArtpoetiqae de Boileaa ell fupérieur à celui d'Horace. La méthode cft cer- tainement une beauté dans un poOmc didactique; Horace n'en a poinc. ^ous ne lui en faifons pas un reproche; puifque fon poëme eft une ^ftre fami- lière aux Pijims , fi: non pas un «ouvrage régulier comme les Céorgiquet: mais c'eft un mérite de plus dans BoileaUy mérite donc les philofophes doivent Jui tenir compte. UArt poëti^e latin ne paraît pas à beaucoup près ii travaillé que le français. Horace y parle prefque toujours fur le ton libre & familier de fes autres -ipîtrcs.. C'eft une exuôme juftefie dans l'tfpric» : c'eft un goût fin, ce font des vers heureux & pleins •de fel, nuis fQOvenc fansiiaifon, quelquefois deft^-f c^ïGoo'^lc An t P O E T r Q_'\T E. SI7 tués' d'harmonie ; ce n'eft pas l'élégince &: îa cor- rection de Fîrgfle. L'ouvrage efl: trèsixîD; celui de Boileau paraît encor meilleur. Et , fi vous en exceptez les tragédies de Racine qui ont le mérite fupérieur de traiter les pafîîons, & de furmonter toutes les difficultés du théâtre , l'Art poétique de De/préaux eft fans contredit le poëmi; qui fait le plus d'honneur k la langue françaili;. ■ H ferait triftc que les philofophes fuflsnt les en- nemis de la poëfie. Il faut que la littérature foit comme la maiign de Mécène, . ., ejî locui unicuique ;-■■'•■ L'auteur des Lettres Perfanes iï aifées à faire, & p^irmi lefquellcs il y en a de très jolies, d'autres très hardies, d'autres médiocres, d'autres frivoles; cet auteur, dis -je, très recommandable d'ailleurs, n'ayant jamais pu faire de vers, quoiqu'il eût de l'imaginacion & fouvenc du ftile, s'en dédommage en difîint que Von verfe le mépris fur la poïjte ù plei- nes jfuiins, 6f que la pjjie lyrique efl une harmoni-eu- Je extravagance^ &c. Et c'eft ainfi qu'on cherche fotivcnt h. rabaifler les talens auxquels on oe faurait atteindre: nous iie pouvons y parvenir, ait Monta- gne , vengeons - nous -en par en médire. Mais Mon- iagne , le devancier -& le maître de Montefquieu en imagination ■& en phiioroplaie, pàifait fur la potfie h\ca différemment. Si Montefquieu avait eu autant de juftice que d'e&- jirit, il aurait fenti nlSlgré lui que plufieurs de nos belles odes & de nos bons opéra valent infiniment nijeux (^e les .plaifanteries de Riga à Usbeck^ imi. ...Google A 5 u o D £ e; tées du Siamois de Dufrént, & que les iéaïls de ce qui fe paffe dam le ferrail d'Usbeck à irpahan. Nous parlerons plus amplement de ces injuIUccB trop fréquentes, à l'article Critique. A S M O D E E, Ac LUcud homme verfé dans l'antiquité n'ignore que les Juift ne connurent les anges , que par les Perfes &. les Caldéens, pendant la captivité. C'eft- là qu'ils apprirent, félon Don» dimet, qu'il.y a fept anges *prindpaux devant le trône du Seigneur. Ils y :q)prirent auffi les noms des diables. Celui que nous nomnrans Afmodée, s'appellait Harftmoiot , ou ChamnaM. „ On fait, dit Calmet,, qrfilyades „ didîles de plufieurs fortes; les uns fontprÎDces „ & mîrftres démons, les autres fubaltemes & fujets. " (94) Comment cet Htuhmodaî était -il alfez puiflanc pour' tordre . le cou à fept jeunes gens qui époufe- rent fuccdïïvement la belle Sara native de Rages, à quinze lieues d'£cbatane? Il fallait que lesMedes f uflTent fept fois plus manichéens que les Perfes. I^ bon prinàpe donne un mari à cette fille, & voi- là le mauvais principe, cet Bashmodiù roi des dé- mons, qui détruit fept fois de fuite l'ouvrage du principe bienfàifant. Mais Sara était juive, fille de Ragful le juif ^ ..ï Google A s M O D É G. S 19 captive dans le pays d'EcbatBnc. Comment un dé- mon Mede avait- il tant de pouvofr fur des corps Juift? Ceft ce qui a fait penfer qa'AJmdée^ Cham- madaîf était juif auflî ; que c'était l'ancien ferpent qui avait féduit Eve ; qu'il aimait paflîonnément le» femmes; que tantôt il les trompait, & tantôt il tuait leurs maris par un excès d'amour & de ja- lôtifîe. En effet, le livte de Tobie nous fait entendre, dans la verfion grecque qu'Afmodée était amoureux de Sata : oti daimonîon philei autein. Ceft l'opinion de toute la ftvantè OTtiquité que les génies , bons ou mauvais, avaient beaucoup de penchant pour npi filles, & les fées pour nos garçons. UEaiture mê- me fe proportionnant i notre fàibleffe, & daignant adopter le langage vulgaire, dit en figure que les enfans dey Dieu, (st^) voyant que les filles det hom- mes étaient belles, prirent pour femmes celles qt^ils choifirent. . ,- Mais l'ange Rapluûl , qui conduit le Jeune ToUe , lui donne une raifon plus digne de fon miniftere, £c plus capable d'éclairer celui dont il eft le guide. Il lui dit que les fept maris de Sara n'ont été li- vrés à la cruauté à-'Afinodée que parce qu'ils l'a- vaient époufée uniquement pour leur plàilir, comme des chevaux & des mulets. Ëfaut, &t - il ^ garder la continence avec elle pendant trots jours , fi? prier Dieu tous deuic enjhnblé. (96) 11 femble qu'avec une telle inftfuClioD on n'ait plus , . (SS") GeneTe cbip. vu (sS) Cfa. vi. vs. i£. 17. & il. , ...Google auo A- s M o D . É 4^.' befoin d'aucun autre fecours paat daffer À/THodée } mais Raphaâ ajoute, qu'il y faut le cœur d'im pois- Jbn grillé Ibr des charbons ardens. Pourquoi donc n'a-t-on pas employé depuis ce fecret iafaillible pour chaffer le diable du corps des filles ? Pourquoi les apôtres, envoyés exprès pour chafler les démons, n'ont - ils jamais mis le cœut d'un poilTon fur le gril? Pourquoi ne fe fervit-on pas de cet expé- dient, dans l'affaire de Marthe BroffisTy des religieu- fcs de Loudun, des maîtreflês d'Urbain Grandier, de la Caditre & du frère Girard, & de mille autres polTedées dans le tems qu'il y avait des pofledées ? Les Grecs & les Romains, qui connaifTaient tant de philtres pour fe faire aimer en avaient auiïï [>our guérir l'amour; ils employaient des herbes, des ra- cines. L'agnus - cafijis a été fort renommé ; les mo- dernes en ont fait prendre à déjeunes religieufes, fur lefquelles il a eu peu d'effet. . II y a longtems qa'A0oUon fe plaignait à Daphné que tout médecin qu'il était, il n'avait point encor éprouvé de fimple qui. guérit de l'amour. .//(/ mlhi! guod niillh amor ejl midUabitli htrhis. D'un ineurabk smour remèdes impuiffans. (9?) On fe fervait de fumée de fouphre ; mais Ovide , qui était un grand maître^ déclare que cette recet- te eft inutile. Nec fagiat vWt> falpkiirc ri^Ht amor. fyS) Le fouphre , croyez - moi , ne chaFe point l'amour. La fumée du coeur ou du foie d'un poiflbn fut ■ CS7) O"* *«'• 1v* ï- O") De Rem. Amar. Ih. t. Asphalte. aaf plus efficace contre Afmadée Le R. P. Bom Calmet en eft "fore en peine , & ne peut comprendre comment cette fumigation pouvait agir fur un pur efprit. Mais il pouvait fe raifurer , ' en fe fouve- nant que tous les anciens donnaient des corps aux: anges & aux démons. C'étaient des corps trè^ dé- liés, des corps auffi légers que les petites particu- les qui s'élèvent d'un poilTon rôti. Ces corps res- femblaient à une fumée; & la futtiée d'un poilTon grillé agilTait fur eux par fympatîe. Non - feulement AJmodée s'enfuit ; mais Gabriel alla l'enchaîner dans la haute Egypte, oîi il eft en- core. Il demeure dans une grotte auprès de la ville de Saata ou Taaca. Paul Lucas l'a vu & lui a par- lé. On coupe ce ferpent par morceaux, & fur le champ tous les tronçons fe rejoignent ; il n'y paraît pas. Dom Calmet cite le témoignage de Paul Lucas il faut bien que je le cite auilî. On d-oit qu'on poura joindre la théorie de Paul Lucas avec celle des vampires, dans la première compilation que l'abbé Gwion imprimera. ASPHALTE, Lac Asphaltide, Sodome. Me L Ot caldéen qui fignifie une efpéce de Utume. 31 y en a beaucoup dans le pays qu'arrofe l'Euphra- te; nos climats en produifeiit, mais de fort mau- '\ais. 11 y Cfl a en Suiffe; on en voulut couvrir fe , ...C;oo;île a22 Asphalte. comble de deux pavillons élevés aux côtés d'une porte de Genève; cette couverture ne dura pas un an ; la mine a été abandonnée ; mais on peut garnir de ce bitume le fond des baflîns d'eau, en le mêlant avec de la poix réline: peut-être un jour en fera- t-on unufage plus utile. Le véritable afphalte eft celui qu'on tirait des en- virons de Babilone j & avec lequel on prétaid que le feu grégeois fut compofé. * * Flufjeur lacs font remplis d'afphalce ou d'un bitu- me qui lui rçflçmble, de même qu'il y çn a d'autres tout imprégnés de nitre. Il y a un ^and Jaç de ni. tre dans le défert d'Egypte, qui s'étend depuis le lac Mœris jufqu'à l'entrée du Delta ; fi: il n'a point d'autre nom que le lac de Nitre. , Le l^c Afpiialtide connu par le nom de Sodome , fut longtems renommé pour fon bitume; mais au- jourd'hui les Turcs n'en font plus d'ufage; foit que la mine qui elt fous les eaux, ait diminué , foit que la qualité s'ep loit altérée, ou bien qu'il foit trop difficile de la tirer du fond de l'eau. ]I s'en détache quelquefois des parties huileufes, & même de gros- fts maflfes gut fiimagent ; on les ramaflè , on les mê- le , & on les vend pour du baume de la Mecque. II efl peut-être aufli bon ; car tout les baumes qu'on emploie pour les coupures font aufli efficaces les uns que les autres, c'eft-à-dire, ne font bons* lien par eux - m^Smes. La naijife n'attend pas l'ap- plication d'un baume pour fournir du làog & de la lymphe, & pour former une nouvelle chair qui jcésue celle q^'^ s perdue par uqe p^aîe. Les baa,-* A s t H A L T 223 mes de la Mecque, de Judée & du Pérou, ne fer- vent qu'à empêcher l'aftion de l'aîr, à couvrir la blelTure & noo pas à la guérir ; de l'huile ne produit 'pai de la peau, Flavien Jofeph qui était du pays, dit que de fon tems le lac de Sodome n'avait aucun poiflbn, (oy} & que l'eau en était fî légère , que 1^ cwps les plus lourds ne pouvaient aller au fond. H voulait dire apparemment ^ ^'e/anîe au-lieu de^fcfgere. Il parait qu'il n'en avait pas feit l'expérience. 11 fe peut après tout, qu'une eau dwinante in^régnée de fels & de matières compactes, étant alors plu& pefante qu'un corps de pareil volume, comme ccr Im d'une bête ou d'an homme, les ait forcés de fumager. L'erreur de yofeph confifte à donner une cauffe très feuffe d'un phénomène qui peut être trè» vrai. ' Quant à la difette de poiflons, elle eft croyable. L'afphalte ne parait pas propre à les nourrir; ce- pendant il eft vraifemblable que tout n'eft pas as- phalte dans ce lac qui a vingt- trois ou vingt-quatre '' de nos lieues de long, & qui, en recevant à & fource les eaux du Jourdain , doit recevoir auffi les poiflbns de cette rivière: mais peut-être auffi le Jourdain n'en fournit pas; & peut-être ne s'en trou- ve-t-il que dans le lac fupérieur de Tibériade. ■ jfofeph ajoute que les arbres qui'croilTentfur les bords de la mer Morte, portent des fruits de la plus belle apparence; mais qui s'en vont en pouffiere dés qu'on veut y porter la dent. Ceci n'eft pas fi prtf- &7) UV. IV. c. xxvu, UjL.:a..i Google 4î4- Asphalte/ bablc, & pourait faire croire que ^o/eph n'a pas été far !e lieu même, ou qu'il a exagéré fuivant fa cou- tume & celle de fes compatriotes. Rien ne femble devoir produire de plus beaux & de jneillcurs.fruits qu'un terrain fulphureux & falé, tel que celui de Naples, de Catane, & de Sodome. La fainte Ecriture parle de cinq villes englouties par le feu du ciel. La phyfique en cette occafion rend témoignage à l'ancien Teftament , quoiqu'il n'aie pas befoin d'elle, fie qu'ils ne foient pas tou- jours d'accord. On à des exemples de trembleraens de terre, accompagnés de coups de tonnerre , qui ont détruit des villes plus conGdérables que Sodome & Gomore. Mais la fivicre du Jourdain aiant nécenàircment ' fiMi embouchure dans ce lac fans iffue , cette mer Morte femblable à la mer Cafpicnne , doit avoir exifté tant qu'il y a eu un Jourdain ; donc ces cinq villes ne peuvent jamais avoir été à la place oii eft ce Iec de Sodome. Auiïï l'Ecriture ne dit point du tout que ce terrain fut changé en un lac; elle dit tout le contraire; Dif.u f.t pUuvo'r dufmiplirs ôf tlu feu venant du ciel; Et jibraltam fe levant matin re- garda Sodome £5* Gomore & toute la terre d'alentour ; (ç&) fif il ne vit que des cendres miacmt comme u?is fumée de fournaife. : 11 îsa.t donc que les cinq villes, Sodome, Go- more, Zéboin, Adama, & Segor fuffenc fituées fur ie bord de la mer Morte. On demandera comment dans Ô8) GeneTe çli»p, sut. uji;..., Google Asphalte. aij nJans un défère aufll inhabitable qu'il l'eft aujour- d'hui , & où l'on ne trouve que quelques hordes de voleurs Arabes , il pouvait y avoir cinq villes alTez , opulentes pour être plongées dans les délices : & même dans des plaifirs infâmes , qui font le dernier elFet du raffinement dp la débauche attachée à la richeffe; on peut répondre que le pays alors était bien meilleur. D'autres critiques diront : Comment cinq villes pouvaient- elles fubfifter à l'extrémité d'un lac donc l'eau n'était pas potable avant leur ruine? L'Ecritu- re elle- mêmç nous apprend que tout le terrain était afphalte avant l'embrafemenc de Sodome. (99) Il y ay ^ ^drwt q«'41 dUs Je o'?.i pcwit i^ maître i celui qui 9 a c.ïGcx)gle 244 Athéisme. SeSt. /. vous prétendez moa maître n'exifte point; moa ra- marade eft un fot, qui vous dit que monfieur eft occupé à compofer despoifons & à ^uifer des poi- gnards pour afiaffiner ceux qui ont exécuté fes vo- lumes. Un tel être n'exifte point dans le inonde. Ricfieome a donc fort mal raifonné , & Bayk dans fes difcours un peu diffus, s'eft oublié jufqu'à faire à Richeomt l'honoeiir de le commenter fort mal-à- propos. Plutarque femble s'exprimer bien mieux en préfé- rant les gens qui aflurent qu'il n'y a point de Phaar' que à ceux qui prétendent que Plutarque eft un hora- me inrociable. Que lui importe en effet qu'on difc qu'il n'eft pas au monde ? Mais H lui importe beaii- coup qu'on ne flétrifle pas & réputation. II n'ta eft pas ainfi de l'Etre- fupréme. Plutarque n'entame pas encor le véritable objet qu'il faut traiKF. II ne s'agit pas de favoir qui of- ftnfe le pias rEtre-fupFéme de celui qui le nie, ou de ceJai qui le défigœ-e. 11 eft impoflîble de favoi autTCTient que par larevéfetion, fi Dieu eftoffen- fé des vains difcours que les hommes tiennent de lui. Lcsphilorophes, fans y pentfer j tombent preique toujours dans les idées du vi^gaire, en Aippofaat que Dieu eft jaloux de fa gloire , qu'il eft colère, qu'il aime la vengeance, & en prenant des figure! de rhétorique pour des idées réelles. ' L'objet inté- reflant poar l'univers entier, eft de favoir s'il ne vaut pas mieux pour le bia» de tous les hommes ad- mettre un. Dieu rémimérateitt & vengeur, qui r^^ ..ï Google' Athéisme. Seà. 1. 24J compenfe les bonnes aitions cachées, & qui punit les crimes fecrets, que de n'en admettre aucun. BayU s'épuife à rapporter toutes les infamies que la fable impute aux Dieux de l'antiquité. Ses ad- verfaires lui répondent par des lieux communs qui ne fignifîent rien. Les partifans de Bayle & fes en- nemis, ont prefque toujours combattu fans Te ren- contrer. Us conviennent tous que Jupiter était un adultère, yiniu une impudique, Jliisrcifre un fripon. Mais ce i^'eft pas, à ce qu'il me fèmble, ce qu'il fallait confidérer. On devait diftinguer les meta* morphofes d'Ovide de la religion des anciens Ro- mains. 11 eft très certain qu'il n'y a jamais eu de temple ni chez eux, ni même chez les Grecs dédié à Mercure le fripon, à Fénus l'impudique, à Jupiter t'adultère. Le Dieu que les Romains appelaient, Dcus ep- timusy maximusy très bon, très grand, n'était pas cenfé encourager Ctodiut à coucher avec la femme de Céfar; ni Cêfar, h être le giton du roi Nicomede. Cicérm ne dit point que Mercure excita Pierres i voler la Sicile, quoique Mercure dans la fable eût volé les vaches d'^ppollm. La véritable religion des anciens était que Jupiter très bon i^ très jufte , & les Dieux fecondaires, punifTaient le parjure dans les enfers. Aufli les Romains furent très longtems les plus religieux obfervateurs des fermens. La reKgion fut donc très utile aux Romains. Il n'é- tait point du tout ordonné de croire aux deux œuft de lÀda, au changement de la fille i'Inackut en vache, à l'amour d'Appollon pour Hyacinte. Q3 ,,1 Google •04(1 A TH.* 1 s M É. S-;.T. L Il ne faut donc pas dire que la religion de Num désiionorait la Divinité. On a donc longtems dis- |)uté fur une chimerej & c'eft ce qui n'arrive que trop fouvent. On demande enfuite fi un peuple d'athées peut fubfifter; il me femble qu'il_ faut diftinguer entre le peuple proprement dit, & une fociété de philo- fophes au deflùs du peuple. Il eft très vrai que ■ par tout pays la populace a befoin du plus grand frein; & que fi £a;yj!ff avait eu feulement cinq ou iii ! cents payfans à'gouvemer, il n'aurait pas manqué ■ de leur annoncer un Dieu rémiwérateur & vengeur. Mais Bayle n'en aurait pas parié aux épicuriens qui étaient des gens riches, amoureux du repos, culti- vant toutes les vertus fociales & furtout l'amitié, fuyant l'embarras & le danger des affaires publi- ques, menant enfin une vie comtnode Se innocence! Il me parait qu'ainfi la difpute eft finie qtiant à ce qui regarde la fociété & la politique. Pour les peuples entièrement fauvagcs, on a i déjà dît qu'on ne peut les compter ni parmi les ' athées , ni parmi les théïfles. Leur demander Ibit , croyance, ce ferait autant que leur demander s'ils Ibnc pour- Arifiote Ou poax Démocrite ; ils necon- i naifient rien, ils ne -font pas plus athées que péri- patéciciens. Mais on peut infifter, on peut dire, ils vivent en fodété, & ils font fans Dieu; donc on peut vivre en fociété fans religion. En ce cas je répondrai que lesloups vivent ainfi, & que ce n'eft pas me fociété qu'un aflèmblage àa U3li:e..ïG00<^IC" Athéisme. .SeEi. Il 647 barbares antropophages >tels que vaas les fuppofez, £t je vous detnmderai toujours G » quand vous avez prêté' votre aigeot à qoelqu'un de votre fociété, vous voudriez que ni votre ^débiteur, ni votre pro- çœeur, dÎ votre notaire, ni votre juge ne crulTeat pas en Dieu. S E C T I O N S E C D N D E. Des athées modernes. Raîfins des adomteurs de Dieu Nous fonmies des êtres iatelligens; or des êcres iotelligens ne peuvent avoir été formés par un être brut, aveugle, infenfible: il y a cenaioement quel- que difiîÈFence entre les idées, de Newton & des crot- tes de mulet. L'intelligence de Newton venait donc ' d'une autre inrelligencè. Quand nous voyons une belle machine^ nous dî- fons qu'il y a un bon machinifte, &. que ce machi- nifte a un excellent entendement. Le monde efl afliitémcnt une machine admirable; donc il y a dans le monde une admirable intelligence quelque part oU elle Toit. Cet argument eft vieux, &. n'en eft pas plus mauvais. Tous les corps vivans font compofés de leviers , de poulies qui agiflênt fiiivant les loix de la mécha- nique, de liqueurs que les loix de l'hydroftatique font perpétuellement circuler;& quand on fonge que tous ces êtres ont du fentiment qui n'a aucun rap- port à leur organifation ; on efl: accablé de furprife. Le mouvement desaftres, celui de notre petite terre autour du foleil , to'ut^'opere en vertu des loix ..'... , Q 4 , UjL:a..i Google a48 A T H i I s M E. SeSL IL de la mathémaîique la plus profonde. Oominrat l'iaton qui ne coDoaiffait pas une de ces loîx, l'élo- quent, mais Je chimérique: PiaM» qui difait que la terre était fondée fur un triangle équilatere, & l'eau fur un triangle reâangle, Tétrange Platon qui dip qu'il ne peut y avoir que cinq mondes > parce qu'il n'y a que cinq corps réguliers, comment, dis -je, Platon qui ne favait pas feulement la trigonomé- trie fphérique, a-t-il eu cependant uq génie aflez beau, un inftinft alTez heureux pour appeller Dieu Yéternel géomètre ; pour fentir qu'il exifte une intel- ligence formatrice ? Spinofa lui - même l'avoue. II eft impoflible dé fè débattre contre cette vérité qui tious oivironne & qui nous preOè de cous côtés. Raisons des athâes ]'ai cependant connu des mutins qui difent qu'il n'y a point d'intelligence formatrice , & que le mouvement feul a formé par lui-même tout ce que nous voyons & tout ce que nous fommes. Ils vous difent hardiment, la combinaifon de cet univers é- lait poflible puifqu'elle exifte j donc il était pofli- ble que le mouvement feul l'arrangeât. Prenez quatre aftres feulement, Marty Vénus, Mercure & la Terre , ne fongeons d'abord qu'à la place oh ils font, en faifant abftraftion de tout le refle, & vo- yons combien nous avons de probabilités pour que le feul mouvement les mette à ces places refpeftives. Nous n'avons que vingt - quatre chances dans cette combinaifon; c'eft-à-dire, iln'y a que vingt-quatre contre un à parier, que ces aflres fe trouveront oEi . ils font, les uns par rapport aux autres. Ajoucom Athéisme. &a. il. 143 i ces qvmre gl(*es Celui de Jupiter ; il n'y aura que cent vingt contre un à paria-, ofie Jupiter, Mars, Vénus t Mercure & notre globe, ièront placés oii nous les voyons. Ajoutez-y enfin Saturne, il n'y aura que fept cents vingt hazards contre un , pour mettre ces Cx groflès planètes dans l'arrangement qu'elles gardent entre elles , félon leurs diftances données, 11 eft donc démontré qu'en fept cents vingt jets, le feul mouve- ment a pu mettre ces fis planètes principales dans leur ordre. Prenez enliiîte tous lesalhes fécondaires, toutes leurs combinaifons, tous leurs mouveraenis, tous les êtres qui v^etent, qui vivent, qui fentent, qui penfeot, qui agiffeait dans' tous les globes, vous n'aurez qu'à augmenter le nombre des chances; mul- tipliez ce nombre dans toute l'étemité , jufqu'au nombre que notre faiblefle appelle «gîm, il y aura toujours une unité en faveur de la formation du mon- de, Çte\ qu'il eft) par le feul mouvement ; donc, il eft poffible que dans toute l'éterhité le feu! mou- ■ vement de la matière ait produit l'univers entier tel qu'il exifte. Il eft même nécel^ire que dans l'éter- nité cette combinaifon arrive. Ainfi, difent - ils , non - feulement il eft poffible que le monde foit tel qu'il eft par le feul mouvement; mais M était irapoi- Cble qu'il ne fût pas de cette façon après des com- binaifons infinies. -, -Réponft. Toute cette fuppoGtion me parait prcdîgieufemeiit Usinai .ï Google jjo A T "a il s M ,E. &£t. IL chimérique pour delix raifons ; la première , deft que dans cet inrivers il y a des êtres ïDtdligem, & que vous ne auriez prouver qu'il foit pi^le que lefeul mouvement produife rentendemwit. La féconde , c'eft que de voire prt^îre aveu il y a l'inem contre im à parier , qu'une caufe incdligente formatrice anime l'univ^s. Quand on eft totm lêul .vis • à - vis l'infini, on eft bien pauvre. Encore une fois, Spmoja lui-même, admet cette intelligeoce ; c'en: la bafe de Coa fyflême. Vous ne l'avez pas lu, & il faut le lire. Poiû^oi vou- lez-vous aller plus loin quebii, & [rionger par un fot orgueil votre &ible raifon dans im abitne oh ^• ac/a n'a pas ofé defceodre ? fentez - vota bien l'es- trêioe folie de dire qne c'eft we cauTe avei^le qui fak que le quarré d'une révolutini d'ime plaoete eft totijoars au ^)UUTé des révcdutions des autres planè- tes, comme le cube àe fadiÛanceeft au cube des Aftances des autres au centre commun? Ou les as- tres font de gtonds géomètres, ou l'éteniel géomè- tre a anat^ 1^ aftres Mais ob eft l'écetnel géomètre? eft-ilmun lieu eu en tout lieulàns occi^ier d'efpace? je n'en fais lien. £ft-ce àe fa propre ft^ftance qu'il a airan- gé' txnites cbofes? 3e n'en fais rien. £ft - il immen- fe uns goandté Se uns qualité? je n'«D fiùs rien. Tout ce qne jefais, (fdk qu'il faut l'adorer & -être jufte. Nouvelle objecxion d'om athée moderne. - „ Feut-on dire que les parties des ammauK fi}iene UjL:a..i Google conformées félon leurs befoins : quels font ces " befoins? la confervadon & la propagatÏMi. Or faut-il s'éconncr nBeur taux, dont la ti^e ifnpiudence Dans le chemin du crime ofe les ralTurer, Dq tes beaux. aigumens quel fruit peux-tu lirerî Tes pnfltns k ta volt feront-ils plus docilesf %t«nis au bBfcIn pInS' fuTS & plus utilps 7 7« femtpflpl^ bcnntteî & t*n nçuv^au {ftwiec, PoKt iM pas cioi^ en Dieu, va>t-il mieux le payeiT,,, Abl latlTons aux bumtins la crainte & .t'efpérance. Tu m'objeiftes en vain l'hypocrite infolence De ces fiers cba^l^t^ns. >^]f honneurs flevës, Mounij de nos travaux, de nos pleurs abreuvai; Des C^fats avilis' la grandeur ùfurpfe , Un prêtre au capitole ob triompha Pompfe , Des faquins en fandale, eiciémeoi dj^ hunaim, Trempant dans nofn) tufgla^ iKit^ili^ niiniiL )ji;..., Google Athéisme. Se£t. IL sjj Cent villes i leur vois couvertes de rubies. Et Je Paris fanglinc les horribles matines. Je connnis tuîtiu que roi ces afireiuc monument Je les li fous mê plume eipoKs cùiquante us. Mais de ce AnatiTme ennemi fbnnidalile , J'ai fait adorer Dieu , quand fd vtincu Je diable. Je diftinguai teujours de la religion * Lei malheurs qu'apporta la fupeifliiion. L'Europe m'en Tut gré i vingt lËtts counmndei Daignèrent applaudir mes veilles fortunées. Tandis que Pitonillet m'injuriait en vain. J'ai fait pins en mon tems que Luther & Calvin. On tes vît i^Jpoftr par une erreuF fatale Lel abiu aux abus , le fcanilats ai^Tcandak, Panni les faAions , atdena i fe jettet , Ils condamnaient le pape, & voulaient nirrltor. L'Eiuope par eux tojti flit longteau ddtilée. Ot ont aonhU la tene & je l'ai cobEW*» J'ai dit aux diTpBtans l'un fur l'autre acharnés,. Ce0e2 inpertinens, ceSèz infortunés ; Très fors enâns de dieu, diftiOez • vous en fcites: tx ne vous mordez plus pMit d'ab&rdes chimMes, I^s gens de bien m'ont cru : les fripons écnliis , £n ont ^ulK dea cris, du fïg* miprinb ; Et dans l'Europe enfin l'heureux lolérandrme , De tout cfprit bien fait devient le cuécbifine. Je vois venir de lom ces tems, ces joiHS fereiol, ' Où la philQfiiphie éclairant les humains, Doii les conduiie en paix coi pieds du commun ndtrc Le fonatirHie iffrew; tremblera d'y panfare:. , On aura moins de dogme avec plus de vertu. Si quelqu'un d'un emploi veuf tire revf m , Il n'amènera plus deux tfmoms )i fa fuite, mmée Ifabelle. II était libre dans fes écrits comme dans fa conduite; mais il n'était point athée. Un fiecle après fa mort, le favant La Crazt, & celui qui a pris le nom de Philalett. , ont voulu le jufUâer ; mais comme perfoone ne s'intérelTe à la R3 c.ïGoogte Bîa Athéisme. SeSt. W. mémoire d'un malheureux Napolitain, très mauvM auteur , prefque perfonne ne lit ces apologies. Le jéfuite Hardouin, plus favant que Garaffe, & noD moins téméraire, accufe d'athéifme, dans fon livre Atliei deteàî, les De/cartes ^ les Amaidds, les PafcalSf les Mallebranches ; heureufemeoc ils n'ont pas eu le fort de J^amni. Section (juatrieme. De BonaventureDes-Périers, accuJÈ d'athéijmc. ' L'inquiétude, la vivacité, la loquacité, la pétu- laiice françaife fiq)pafa toujours (dus de crimes qu'el- le n'en commit. Ceft pourquoi il meurt rarement un prince chez Mizercâ fans qu*r^utadon > ce fat princi- palement l'indifcrete témérité de Bmieau qui dans ft Satire des femmes ^ l^uelle tfeft pas (à mdlieure, dit qu'il a vu ]dus d'une capanée. UjL:a.-i Google flÇg Athéisme, &S. Jf. Du tonriMTC dans Tiir bravant les vajna carreaux , £t Dous parlant de Dieu du ion de Det-Baiieaui. Jamais ce raagiftrat n'écrivic rien contre la Divi- nité. Il n'eft pas permis de flétrir du nom d'athée un homme de mérite coctre lequel on n'a aucune preuve; cela eft indigne. Oa a imputé à Des ■ jSd- remx le fàmeuK fonnet qui finit ainG. Tonne, ftape, Û eft tems.m-moi petre pour guêtre; J'adore en pfriflanc la njfoo qui t'tlgilci Mai) deBiia quel endioli tombera tcm tonnem. Qui ne foit tout couvert du iui{ de Jffaa ■ Chrift ï Ce fonnet ne vaut rien du tout. Jésus -Christ en vers n'eft pas tolérable; ren-moi guerre , n'eft pas fianças; guerre pour guerre eft très plat; & dejfut quel endroit, eft déteftable. Ces vers font de l'ab- bé de I^vflw; ficDef-BarreaiM: fut toujours trèsfâ- ché qu'on les lui attribuât. C'eft ce même abbé de XMvau qui fit cette abominable épigramme fur le maufolée élevé dans St. Euflache à l'honneur de LulU. Laiflïz tomber Caiia plus attendre Sur ce bufte honteux votre {acil rideau , Et ne montrez que le flambeau Qui devrait avoit mil l'origiDil en cendre. De La Motte le Vayer. Le fage La Mme le Payer , cmifeiller d'état , précepteur de Monfitur fteie de Dms XIV, & qui jle fut même de Louis XIF", près d'une année , n'çs- fuya pas moins de foupçons que le voluptueux JDm- Athéisme. SeS. W. nGd 'Barreaux. Il y avait encor peu de philofophie en France. Le traité de la vertu det payms, & les dii' \ogjes d'Or azius Tubero , lui firent des ennemis. Les janféniftes furtouc qui ne regardaient après Se. Au- gujiin les vertus des grands - hommes de l'antiquité , que comme des péchés Jplendides , fe déchaînèrent contre lui. Le comble de l'infolence fanatique eft de dire, nul n'aura de vertu que nous S* nos amis; Socrate, Confucius, Marc-Aurele, EpiSiete, ont été des fcélérats , puifqu'îls n'étaient pas de notre commu- nion. On eft revena aujourd'hui de cette extrava- gance ; mais alors elle dominait. On a rapporté dans un ouvrage curieux, qu'un jour un de ces énergu- menes voyant pafler La Motte le frayer dans la ga- lerie du Louvre, dit tout haut, Voilà un homme fans religion. Le Fayer, au-lieu dele foire punir, fe retourna vers cet homme, & lui dit, Mon ami^ fat tant de religion que je îk fuis pas de ta rtligtm. De St. E v a e m o n t. On a donné quelques ouvrages contre le chris- tianifme fous le no.m de St. Evrerriont» mais aucun n'eft de lui. On crut après fa mort faire pafler ces dangereux livres à l'abri de fa réputation ; parce qu'en effet on trouve dans lès véritables ouvrîmes pluCeurs traits qui annoncent un eipric dégagé des " préjugés de l'enfance. D'ailleurs fa vie épicurien- né , & fa mort toute philofophique , fervirenc de prétexte à tous ceux qui voulaient accréditer de Ibn nom leurs fentimcns particuliers. ■ Noos avons furtooc une anay^ft de la rcti^m (Âr^ ...Google 270 Athéisme. Stâ. ir. tienne qui lui eft attribuée. C'eft un ouvrage qui tend à renverfer toute la chronologie fi: prefque tous les faits de la làinte Ealture. Kul n'a plus ap- . profondi que l'auteur l'opinion oîi font quelques théologiens, que l'aflronome PhUgon avait parlé des ténèbres qui couvrirent toute la terre à la mort de noire Seigneur Jesos-Christ. J'avoue que l'auteur a pleinement raifon contre ceux qui ont voulu s'ap- puyer du témoignage de cet aftronorae ; mais il a grand tort de vouloir combattre tout le fyflême chrétien fous prétexte qu'il a été mal di^feodu. Au refte , St. Evremont était incapable de ces re- cherches favantes. C'était un efprit agréable & affez jufte; mais il avait peu de fcience, nul géni^ & fon goût était peu (ta: fes difcours fur les Ro- mains lui firent une réputation dont il abufa pour faire les plus plates comédies, fit les (dus mauvais vers dont on ait jamais fatigué les lecteurs, qui n'en font plus fatigués aujourd'hui puifqu'ils ne les. lifent ptus. On peut le mettre au rang des hommes wmables fie pleins d'efprit qui oiit fleuri dans les tems brillans de Louis XIF'; mais non pas au rang ides hommes fupérieurs. Au relie ceux qui l'ont zç- pelle û(Wi/îf> font d'infâmes calomniateurs. Bernard de Fontenelle^ depuis fecrétaire de l'aca- ■. demie des fdences, eut une fecouHè plus vive à . foutenii:. }) fit inférer en i6B6, dans la République des Lettres de BayUt une relation de l'ille de Bor- -A£9 fprting^aieufe; c'était une allég^srie fut Home ...Google Athéisme. SeS. IV. 271 & Genève ; elles étaient défignéfes fous le nom de deuK fœurs, Mero & Enegu. Mero ét^t une ma- gicienne lyrannique; elle exigeait que fes fujets vinflent lui déclarer leurs plus fecrettes penféesj & qu'enfuite ils lui apportaflènt tout leur argenE. Il fallait avant de venir lui baiCet le* pieds, adorei' des os des morts ;& fouvoit, quand on voulait déjeûner, elle faifait difpaïaître le pain. Ënân &s fordleges & fes fureurs fouleverent uç grand parti contre elle; & fa fœur Enegu lui enleva la moitié de fon ro- yaume. Bayle n'entendit pas dMbord la plailàDterie ; mais l'abbé Ter/on l'ayant commentée, elle fit beau- coup de bruit. Cétait dans le tems de la révocation, de redit de Nantes. FtmteneUe courait rifque d'Ê- tre enfermé à la BaftiLIé. Il eut la baflëlTe de faire d'atTez mauvais vers à l'honneur de cette révo- caticui, & à celui des jéfuites; on les inféra dans un mauvais recueil intitulé U Triomphe de la religion fous Louis le grand t imprimé à Paris chez ï'jînglois en 1687. Mais ayant depuis rédigé en français avec un grand fuccès la favante Hijîoire des oracles de Van- dale, les jéfuites le perfécuterent. Le Tellierccai- fefleur de Louis XlP'f rappellant l'allégorie de Mero & d'EnegUi aurait voulu le traiter comme le jéfuite Poîjtn avait traité Théophile. Il follicîta une lettre de cachet contre lui. Le célèbre garde des: fceaux à'ArgenJonj alors lieutenant de ' police, fauyi Fonunelle de la fureur de le Tellier. , S'il avait fallu çUâûx un atkéijle entre Fonteneils '& U TeUier, ^é» ...Google iyi Athéisme. Se^. IP\ tait fur le calomniateur le TelUer que devait tomber le foupçon. Cette anecdote eft plus importante que toutes les bagaceiles littéraires donc l'abbé Trublet a fait un gros volume concernant Fontenelle. Elle apprend combien la philofophie eft dangereufe quand un fa- natique ou un fripon , ou un moine qui eft l'uo Se l'autre, a malheureufement l'oreille du prince. C'ell un danger auquel bien des gens de mente ont été expoffis. D E l'A b b é de St. Pierre. L'allégorie du mahométifme par l'abbé de St. Pier- re, fut beaucoup plus frappante que celle de Merg, Tous les ouvrages de cet abbé, dont plùCeurs pas- fenc pour des rêveries, font d'un homme de bien & d'un citoyen zèle ; mais tout s'y relTent d'un pur tbéifme. Cependant, il ne fut point perfécuté, c'eft qu'il éaivait d'une manière à ne rendre per- fonne jaloux: fon ftile n'a aucun agrément; il était peu lu, il ne prétendait à rien : ceux qui le lifaient fe moquaient de lui, & le traitaient de bon homme. S'il eût écrit comme Fmtenelle, il était pwrdu, fur- tout quand les jéfuites régnaient encore. De Barbei&ac. Barbeirac eft le feul commentateur dont on faflfe plus de cas que de fon auteur. Il traduiflt & com- menta le fatras de Puffendorfi mais il l'enrichit d'u- .ne préface qui fit -feule débiter le livre. Il rcraon- te, dans cette ptééice aux fources de la morale, & a Athéisme. &i&. II^, 273 il a la candeur hardie de faire voir que les pères de l'égUfe n'ont pas toujours connu cette morale pure, qu'ils l'ont défigurée par d'étranges allégories, com- me lorfqu'ils difent que le lambeau de drap rouge cxpofé à la fenêtre par la cabaretiere Raab, eft vi- fiblement le fang de- Jésus -Christ; que MÂJe étendant les bras pendant la bataille contre les Ama- Ucites, eft la croix fur laquelle Jésus expire; que ' les baifers de la Sunamite font le mariage de Jésus- Çhkist avec fon églife ; que la grande porte de l'ar- phe de Noé défigne le corps humain, & la petite porte défigne l'anus. &c. &c. Barbeirac ne peut fouffrir, en fait de morale, qii' Aitgufiin devienne perfécuteur après avoir prêché la tolérance. 11 condamne hautement les injures groBieres que Jérôme vomit contre fes adverfafres, &. furtout contre Rujtn & contre FtgUanîius. 11 relevé les contradiâions qu'il remarque dans la mo- rale des pères, & il s'indigne qu'ils aient quelque- fois infpiré la haine de la patrie , comme Tertullîen qui défend pofitivement aux chrétiens de porter les armes pour le falut de l'empire. Barbeirac eut de violens adverfaires qui l'accufe- rent de vouloir détruire la religion chrétienne , en rendant ridicules ceux qui l'avaient foutenue par des travaux infatigables. Il fe défendit: mais il lailîa paraître dans fa défenfe un fi profond mépris pour les pères de l'églife; il témoigne tant de dédain pour leur faufTe éloquence & pour leur dialectique; il Jeur préfère fi hautement Confucius, Socrate, Za- Itucus , Cicérm , l'empereur Antonin , EpiSttte , Seconde Partie. S D.3l.za..ïGOOglc '274 Athéisme.' Seêt. If^. qu'on voit bien que BorheiTac eft plutôt le zélé par- tifan de la juftice étemelle & de la loi naturelle donnée de Dieu aux hommes, que l'adorateur des faints myfteres du chriftianifme. S'il s'en trompé en peufant que Dieu eft le père de tous les hom- mes, s'il a très religions enfemble. 11 ta apporte pour preuve évidente les maflacres, les roues, les gibets, & les bûchers des Cevennes, & près de cent mille âmes péries dans cette province fous nos yeux; les mas- factes des Vallées de Piémont, les maffacres de 1^ Valteline du tems de CSmks Bmmiey les maflacrea ■ S3 Dglizac^ï Google -jys 'A T H i r 8 M E. Sell. IF. des anabatiftes iMllàcrears & maflicrés en Allema' gne, les maflËicres des lutliéTiens & des papiftes de- pais le Rhia jufqu'.iu fond du Nord, les raaffacres d'Irlande, d'Angleterre & d'Ecoffe du tems dg Charles 1 mat&cré lui t même; les maflàcres ordon- nés par Marit & par Henri VUI fon père, les mas- facres de laSt.'BartbelemieD France, & quarante ans d'autres maf^cres depuis Ftaaçàs II jufqu'â l'entrée de Rémi IV dans Paris; les maflàcresde l'inquifition , peut-être plus abomm^Ies encore, parce qu'ils fe font juridiquement; .enfin les maQà- cres de douze millions d'habitans du nouveau mon- de, exécutés le crudfix à la main: fans compter tou» les maflàcres faits précédemment au nom de ]esus- Christ depuis Cm/îonfin, & fans ounpter encore plus de vingt sUfmes, & de vii^c guerres de papes contre papes, & d'évêques coutre évoques, les empoifonnemens, les afMinats, les rapines des papes Jean XI ^ Jean XII, des Jem XyiII^ des Grégoire F//, des Botâface FUI, des Akxandre yi, & de quelques autres papes qui pafferent de fi loin en fcélératefle les Nénmt & les ÇaUguîa. Enr 6n il remarque que cette épouvantable chaîne ptes, que perpétuelle de guerres de religion pendant qua- torze cents années, n'a jamais fubfîfté que chez les chrétiens, & qu'aucun peuple, hors eux, n'a lait couler une goutte de fang pour des argumens de théologie. On eft forcé d'accorder à Mr. Fréret que tout cela eft vrai. Mais en faifant le dénombre- ment des crimes qui ont éclaté, il oublie les vertus i|ui fe font cachées; jl oublie furtout que les h(x-< ,,1 Google Athéisme. Seffl. IF. 27e reuw infertiales dont il fait un fi prodigieux étalée, font l'abus de la religion chrétienne, & n'en font . pas l'efprit. Si Jésus - Christ n'a pas détruit le péché fur la terre, qu'efl- ce que cela prouve? On ea pourait inférer tout au plus, avec les janféniftes, que Jésus -Christ n'eft pas venu pour tous, mais pour pluGeurs, pro vobis 6f pro multis^ Mais fans comprendre les hauts myfteres, contentons -nous de les adorer, & furtout a'accufons pM cet homme illuftrc d'avoir été athéifte. De Boulanges. Nous aurions plus de peine à juftîficr le Sr. BoU' langer, direûeur des ponts ôcchaufTées. Scm Cftm- tiam/me divâU n'eft pas écrit avec la méthode & la profondeur d'érudition & de critique qui caradéri- fent le favant Fréret. Boulanger eft un pfailofophe audacieux qui remonte aux fources fans daigner fon- der les ruiffeaur. Ce philofophe e(t aufïï chagrin qu'intrépide. Les horreurs dont tant d'églifes chré- tiennes fe font fouillées depuis leur naifBince; les lâches barbaries des magîflrats qui ont immolé tant d'honnêtes citoyens aux prêtres,* les princes qui, pour leur plaire, ont été d'infemas perfôcuteurs; tant de folies dans les querellas eccléfialliques, tant d'abominations dans ces querelles, les peuples égor- gés ou ruinés, les trônes de tant de prêtres compo* fés des dépouilles & cimentés du fang des hommes; ces guerres afireufes de .religion dont le chriftianis- me feul a inondé la terre ■, ce chaos énorme d'abfurdi- , tés & de crimes , remue l'imaginadon du Sr. Bour S4 . UjL:a..i Google aSo -Atomes. langer avec une telle puiflance qu'il va, daos quel- ques endroits de fon livre, jurqu'à douter de la providence divine. Fatale erreur que les bûchers de l'inquificion, & nos guerres religîeufes excufe- raient peut -être fi elle pouvait être excufeble. Mais nul prétexte ne peut juftifier l'athéifine. Quand tous les chrétiens fe feraient égoi^és les uns les au- tres , quand ils auraient dévoré les entrailles de leurs frères aiTainnés pour des argumens, quand 11 ne res- terait qu'un feul chrétien fur la terre, il faudrait qu'en regardant le foleil il reconnût & il adorât l'Etre éternel; il pouraic dire dans fa douleur. Mes perçs & mes frères ont été des mqnftres, mais Dieu éft Dieu. Ep ATOMES. ]jPlcuTe aufli grand génie qu'homme refpeflable par fes mœurs, qui a mérité que Gajfendi prft fà dé- fenfe; après Epicure Lucrèce, qui força la langue latine à exprimer les idées philofopbiques, & (ce qui attira l'admiration de Rome) à les exprimer en vers; Epicure &. Lucrèce, dis-je, admirent les atô- . mes & le vuide: Gajfendi foutint cette do£trine, & Newton la démontra. En vain un reftc de carte- Qanifme combattait pour le plein, en vain Leibnitz qui avait d'abord adopté le fyftême raifonriable i' Epicure, de Lucrèce ^ de GaJfenM & de Newton y çliangea d'avis fur le vuide quand il fe fut brouillé jivec A^ewzon fon maître. Le plein eft aujourd'huf regardé cQmme une chimère. Boileau qui étak lat C.Ï Google Atomes. agj* homme de très grand fens, a dit avec beaucoup de raifon, . : Que Rohaui vainement fijcbe pour concevoir. Comment tout éwnt plein tout it pu fe mouvoir. Le vuide eft reconnu , on regarde les corps les plus durs comme des cribles; & ils font tels eo effet. On admet des atomes, des principes inféca- bles, inaltérables, qui conftituent l'immutabilité' des élémens & des efpeces; qui font que le feu eft toujours feu foit qu'on l'apperçoive, foie qu'oa ne l'apperçoive pas; que l'eau eft toujours eau, la terre toujours terre, & que les parties qui formqir l'homme ne forment point un oifeau. Epicure &: Lucrèce avaient déjà établi cette véri- té, quoique noyée dans des erreurs. Lucrèce dit en parlant des atomes: Siint igitar Jollda polUmU fimpVKitete , Le Toutien de leur être eft Ii limplidld. Sans ces élémens d'une nature immuable, il eft à croire que l'univers ne ferait qu'un chaos ; & en cela Epicure & Lucrèce paraiffent de vrais, philo- fophes. Leurs intermèdes qu'on a tant tournés en ridicu- le, ne font autre chofe que l'efpace non réÛftant . dans lequel Newton a démontré que les planètes par- courent leurs, orbites dans des tems proportionnels! à leurs aires; ainfi ce n'étaient pas les intermèdes . à'Epicure qm étaient ridicules, ce furent leurs ad-" ▼erfaires. Mais lorfqu'enfuite Epicure-nous dit quefesato-' S5 ...Google ï8a- A T o M E V mes ooc décliné par bazard dans le vuide , que cette ijéclinaifoo a formé par hazârd les hommes 2c les animaux:, que les yeux par hazard fe trouvèrent au haut de la tête', & les pieds au bout des jambes, que les oreilles n'ont point été données pour enten- dre; mais que la dédinaifbn des atomes ayant fortui- tement compofii des ramilles , alors les hommes s'en fcnt fcrvis fortuitement pour écouter. Cette dé- mence qu' médecin , l'apoticaire , le marchand de vin , l'épi* cier, le fellier, & quelques demoifelles gagent beaucoup avec notre Crëfiu, qui eft le vérjtaU» .X""jOogle ,288 A U O U R E. .avare. II n'y a rien à faire avec notre bourgeois économe & ferré, ils l'accablent de malédidions. Les avares qui fe privent du nécelTairc jfont abui- doonés à Piaule & à Molière. ■ Un gros avare mon voilin, difait il n'y a pai îongtems. On en veut toujours à nous autres pau- vres riches. A MoUerej à Molière. Ne AUGURE. HE faut -il pas être bien pofTédé du démon de i'étymologie pour dire avec Pezrm , que le mot ro- man augurift'a vient des mots celtiques au Si gw? Au, félon ces favans, devait fignifier le foie ichst Ies-Balques& les Bas -Bretons; parce que a/ù, qui (dlfent-ils) figniiiait gaiicAe, devait aufTi déGgner le foie qui eft à droite; & que gur voulait dire Imnme , ou bien jaune ou rouge dans cette langue celtique, dont il ne nous relie aucun monumenL Ceft puiiTamment raifonner. On a pouITé la curiofité abfurde fcar il faut ap- peller les chofes par leur nom_) jufqu'à faire venir du caldéen & dé l'hébreu certains mots teutons & celtiques. Bochard n'y manque jamais. On admirait autrefois ces pédantes extravagances. II faut voir avec quelle confiance ces ,Iiorames de génie ont prouvé~que fur les bords du Tibre on emprunta des «xpreflions du patois des fauvages de la Bifcaye. On prétend mâme que ce patois était un des pre- miers idiomes de la langue [nimitive, de la langue Vere de toutes les langues qu'cm parle daos l'UDiven enticT' Au G U B. 'E. 289 "entier. 11 ne refte plus qu'à dire, que les différens ramages des oifeaux viennent du cri des deux pre- miers perroquets, donc toutes les autres efpeces d'oifeaux oot été produites. La folie religieufe des augures était originaire- ment fondée fur des obfervations très naturelles & très fages. Les oifeaux de paflage ont toujours in- diqué les faifons; on les voit venir par troupes au printems, & s'en retourner en automne. Le cou- cou ne fe fait entendre que dans les beaux jours: il fembie qu'il les appelle; les hirondelles qui rafeoc la terre annoncent la pluie; chaque climat a foa oifeau qui eft en effet fon augure. Parmi les obfervations il.fe trouva fans doute des fripons qui perfuaderent aux fots qu'il y avait quel- que chofe de divin dans ces animaux, Ce que leur vol préfageait nos deftiaées, qui étaient écrites fous les ailes d'un moineau tout-auiH clairement que dans les étoiles. Les commentateurs de l'hiftoire allégorique & îo- térelTante de jofepk vendu par fes frères , & devenu premier miniftre du pharaon roi d'Egypte pour a- voir expliqué un 'de fes rêves, infèrent que Jiofepb était favant'dans la fcience des augures, de ce que l'intendant de JofepH eft chargé de dire à fes frè- res: O06) Pourquoi avez- vous voli la tajfe d'argent de mon ,ma{tre dans ioipielle il boit, âf çonné ou cmivafa-' .:ï Google 300- AUGDSTE OcTAvâ.' eu par Augufte de quelque infidélité, & qu'après l'é. clairciflement, Augufie lui eût accordé le vain hon* neur du confuUt : mais il n'elt nullement prd»ble que Q'ww eût voulu par une confpiration s'emparer de la puifiànce fupreme, lui qui n'avait jamais comr mandé d'armée, qui n'était appuyé d'aucun parti, qui n'était pas oifin un homme confîdérable dam l'empire. 11 n'y a pas d'apparence qu'un fimple cour- nran fubalteme ait eu la folie de vouloir fuccét^er à un fouverain affermi depuis vingt années, & qui avait des héritiers; & il n'eft nullement prob^le (lu'Jugufte l'eût fait conful immédiatement aprèï la confpiration. Si l'avanture de Cinna eft vraie, Augt^fie ne par- donna que malgré lui, vaincu par les raiCins ou par les importuni^ de Livie , qui avait pris fur lui un grand afcendant , & qui lui perfuada , dit Séneque , que le pardon lut ferait plus utile que le châtiment. Ce ne fut donc que par politique qu'on le vit une fois exercer la clémence; ce ne fut certainement point par générofité. Comment peut - on tenir compte à un brigand en- richi & affermi de jouit en paix du fruit de fes ra- pines, & de ne pas aflàlBner tous les jours les fils & les pedts fils des profcrits quand ils font à ge- noux devant lui & qu'ils l'adorent ? il fut un poli* tique prudent après avoir été un barbare ; mais il eft à remarquer que la poftérité ne lui donna ja- mais le nom de vertueux comme à Titus , à Trajan , aux Ântmns, Il s'intrO(}ui0t mémç une coutume C.Ï Google AufeDSTB. Oc TA V E. 30! ââas les complimens qu'on faifalt aux empereurs à leur avénemeût, c'était de leur fouhaker d'être plus heureux qa'AuguJîe^ & meilleurs que Trajan. 11 eft donc permis aujourd'hui de regarder «itgit- fte comme.UQ raonftre adroit & heureux. LAuis Racine^ 6Is du grand Racine^ & héricicr d'une partie de les talens, fen^Ie s'oublier un peu quand il dit dans Tes réflexions fur la poëfie, qu'Ho- race & Virgile gâtèrent Augujle, qi/ils ipuiferent leur art pour empwfonner Augufle par leurs louanges. Ces expreflîons pouraient feire croire que les élevés fî baflfement prodigués par ces deux ^ands poëtes. Corrompirent le beau naturel de cet empereur. ■Mais Louis Racine favait àès bien tpx'Augufte était un fort méchant homme, indifférent au crime & à la vertu, fe fervant également des horreurs de l'uo & des apparences de l'autre, uniquement atten- tif à fon feul intérêt, n'enfanglaotant la terre & ne 1? pacifiant, n'employant les armes & les loix, la religion & les plaiûrs que pour être le maître, £c facrifiant tout à lui-même. Louis Racine fait vcàr feulement que P^rgile & Horace eurent des âmes ferviles. 11 a malheureufement trop raifon quand il repro- che à Corneille d'avoir dédié Gnna au financier Mon- taurottf & d'avoir dit à ce receveur; ce que vous avez de commun avec Augufiey c'efi furtout cette gé- nérofni avec laquelle... car enfin, qaoiqu'Augufte ait été le plus méchant des citoyens Romains, il f^l convenir que le premier des empereurs, le mafcre^ le pacificateur > le légillateur de la tetre alors cQD' ,,1 Google 302 Auc V s T I tt. Buè, ne devait pas être mis abfolument de niveaa avec UQ âumcier commis d'un controlleur- général en Gaule. Le mime Ltmit Racine en coodamniaC juftemenc rabaiflemenc de Ceneilk & la lâcheté du Gecle à'Hortux & de FîrgiU, relevé merveilleufement un palTage du pedt carême de Maffîltxi. On. eji auj^ cmf^lt quand en msnqat dt vérité aux rois, ^ quand on manque de fidéHtéy (^ on (oirait dû ttabUr la nume peim pour l'aduiatim que par ta révolte. ?eKM(t^lon, je vous demande pardon; mais ce trait eft bien oratoire, bien prédicai£iH-> bioi exa- géré. La ligue & la fronde ont fait, fî je ne me mnnpe , plis de md que les [vologues de Qtànaidt, Il n'y a pas moyea de condamner (^notait à être, roué comme un rebelle. Pere;MaflilIon, ejtmoduf in rebut, & c'eft ce qui manque net à tous les Ëti- feuis de fermons. .^, AUGUSTIN. ^^E n'eft pas comme évêque, comme doûeur, comme père de l'^life que je confldere ici St. Au- gufiin , natif de Tagafte; c'eft en qualité d'homme. Il s'agit ici d'un point de phylique qui regarde le ^jmat d'Afrique. , It me femble que St, jiugujlin avait environ qua- torze ans lorfque fon père, qui était pauvre, le mena avec lui aux bains publics. On dit qu'il était contre l'uTage & la bienféance qu'un père fe baignât avec fm filsj 6c Sayle même fait cette remarque.' U3l.:a..ï Google AtJCUSTIN. 3cg .Oui, les patridens à Rome ^ les chevaliers Romains ne fe baignaient pas avec leurs enfàns dans les éca- ves publiques. Mais croira-t-on que Je pauvre peuple, qui allait au bain pour un Itard, fïltfinu- puleuK^bfervateut âes bienËances des riches? L'bomme opulent couchait dans un lie d'yvoire & d'argent fur des tapis de pourpre , fans dr^, avec fa concubine ; fà femme dans un autre appar- tement parfiimé couchait avec fon amant. Les en- fkns, les précepteurs, les domeftiques avaient leuR chambres féparécs ; mais le peuple couchait pêle- mêle dans des galetas. Onnefaifait. pas beaucoup de façons-dans la ville de Tagalle en Afrique. Le père à'Augu/lin meiait fon fils au bain des pauvres.. Ce faint raconte que fon père le vit dans un état de virilité qui lui cauCt une joie vraiment ^atei^ nelle , & qui lui- fit efpérer d'avoir bientôt des pe- tàts-ûhinogni modo, comme de fait il en eue. he bon homme s'emprefla même d'aller conter cette nouvelle à fainte Monique fa femme. St. Augujtin qui. était un enfant très libertin, avait l'elprit aufïï prompt que la chair. Ciop) "1 dïl^ qu'ayant à peine vingt ai^ il apprit fans malcre la géométrie, l'arlthmécique & la muftque. - Cela ne prouve- 1 'il pas deux chofes, que ^ A V I G K O H. àaas cette guerre, appellée/«n». L'atrocité ddi* aile de quelques cérémonies relîgieu^SL.accpmt>ilgii& toujours les excès de ces horreuiSv Oi^faic que fitô- motfd VI fiiÇ trainé à UQe.églire de Si. -Giles, devant lia légat mmmé Milmt nud julqa'à la . ceinture, faos bas & fans fandales, ayant une corde au cou, laquelle était tirée par un diacre, tandis qoHia fé- cond -diacre le fouettait, qu'un uoifieme diacre chantait un mferere avec des moines, & que le lé- gat était à diner. Telle ell la première origine du droit des papes fur Avignon. te comte Raimond, qui s'était fournis à être fouetté pour cpQferver fes états, fubic cette igno- mipie en pure perte. II lui fallut défendre par les armes ce qu'il avait cru conferver par une poignée de. verges; lil vit fes villes en cendre, &mouriJt en 1213 dans les viciflitudes de la plus fanglaote guerre. Son fils Raimond VU n'était pas foupçonné dTié- féSe comme le père ; mais étant fils d'un hérétique il devait être dépouillé de tous fes biens en vertu dÊs^ décretales, c'était la loi. La croifade fubfllla donc contre lui. On l'excommuniait dans les égli- fes les dimanches & les jours de f&tes au fendes cloches 3 & à ciei^çs éteints. Un légat qui était en France dans la minorité de Su. Louit, y levait des décimes pour foutenîr cette, guerre en Languedoc & en Provence. Raimond Te défendait avec, courage, mais les têtes de l'hydre du fanatifme rcnainàient à couc moDient pour le di* \orer. ^. ^ ' ■UjL:a..i Google A V î G N O N. 307 ,, Eflfin le pape fit la paix, parce que tout fon argent fe d^)enfait à la guerre. Raimond yU vînt figner le traité devant le por- tail de la cathédrale de Paris. 11 fut forcé de payer dix mille marcs d'argent au légat , deux mille à l'abbaye de Citeaàx, cinq cents à l'abbaye de Cler* vaux, mille à celle de Grand -Selve, trois cents à celle de Belleperche, le tout pour le falutdefon arae, comme il eft fpécifié dans le traité. Cétait ainfi que l'églife négociait toujours. Il efl très remarqusi)Ie que, dans l'indrument de cette paix, le comœ de Touloufe met toujours le , légat avant le roi. „ Je jure & promets au légat & , „ au roi d'obferver de bonne foi toutes ces chofes, „ & de les feire obferver par mes vafTaux & fu- „ jets, &c." Ce n'était pas tout, il céda au pape Grégoire IX le comtaf Venaiffin au - delà du Rhône , &. la fuze- raineté de foixante & treize châteaux en deçà. Le pape s'adjugea cette amende par un afte particu- lier, ne voulant pas que dans un inftrument public l'aveu d'avoir exterminé tant de chrétiens, pour ra- vir le bien d'autrui, parût avec trop d'éclat. Il exigeait d'ailleurs ce que Raimond ne pouv^t lui don- ner fans le confraitement de l'empereur Frédéric JJ. Les terres du comte à la gauche du Rhône étaienc un fief impérial. Frédéric II ne ratifia jajiais cette exiotûon. Alphmft^ frère de St. Louis, ayant époufé la filla de ce malheurenx prince, & n'en ayant point eu U'eafaos, tous les états de RMmmdVUea Langue-. Va UjL:a..i Google 2(58 ■ A V I c N a N. doc furent réunis à la couronne de France , aJiîfî qu'il avait 'été ftipulé par le contraft de mariage. Le comtat Venatfiin, qui eft dans laPrdvence, avait été rendu avec magnanimité par l'empereut Fré- déric II m comte de Touloufe. Sa S\\e Jeanne, avant de mourir, en avait difpoië par fon tcftamem en faveur de Charles d'Jnjm conite de Provence & roi de Naples. Philippe- le hardi, fils de St. Louis, prefféparle pape Grégoire X, donna le Venaiffîn à l'églife ro- roaine en 1274. H feut avouer que iP/nVippe le hardi donnait ce qui ne lui appartenait point du tout ; que cette cefTion était abfolument nulle, & que jamais afte ne fut plus contre toutes les loix, Il en eft de mêtne de la ville d'Avignon. Jeaime de France reine de Naples , defcendante du fi^re de Si, Louis , accufêe avec trop de vraifemblance d'a- voir empoifonné fon mari , voulue avoir la protec- tion du pzpe Clément VI, qui fiégeait alors dans la ville d'Avignon, domaine de Jeanne. Elle était comtefle de Provence. Les Provençaux lui firent jurer en 1347 , fur les évangiles, qu'elle ne vendrait autune de fcs fouveraînetés. A peine eut- elle fait fon ferment qu'elle alla vendre Avignon au pape. L'afte autentique ne fut figné que le 12 Juin 1348; on y ftipula pour prix de la Vente la fomme de qua- tre vingt mille florins d'or. Le pape la déclara inno- cente du meurtre de fon mari, mais il ne la paya' I>oint. On n'a jamais produit la quittance de Jeim-^ ik. Elle réclama quatre fois juridiquement contre' , Cttte vente iUufoîre. ■ '' ,,ï Google Avignon. gflj Ainfi donc, Avignon & le comtat ne furent ja- mais réputés démembrés de la Provence que par une rapine d'autant plus manifefte, qu'on avait voulu la couvHr du voile de la religion. Lorfque Louis X/ acquit la Provence, il l'acquit avec tous lès droits, & voulut les faire valoir en 1454 , comtne on le voit par une lettre de Jean de Foix ï ce monarque. Mais le« intrigues de la cour de Rome eurent toujours cait de pouvoir, que les œis de France condefcendirent à la laiflcr jouir de cette petite province. Ils ne reconnurent jamais dans les papes une poITeffion légitime, mais une îîmple jouifTance. Dans le traité de Pife, fait par Louis XIP" en 1664 avec Alexandre VII, il eft dit, qu'on lèvera tous les obj^ades, afin que le pape puiJJ'e jouir d'Avi- gnon comme auparavant. Le pape n'eut donc cette province que comme des cardinaux ont des pen- ficms du roi , & ces penfions font amovibles. Avignon & le comtat furent toujours un embar- ras pour le gouvernement de France. Ce petic pays était le refuge de tous les banqueroutiers & de tous les contrebandiers. Par -là il caufait de gran- des pertess & le pape n'en profitait gueres. Louis Xiy rentra deux fois dans fes droits ; mais pour châtier le pape plus que pour réunir Avignon & le comtat k fa couronne, En5n Louis XFa. fait juftice à fa dignité & à fes fujets. La conduite indécente & grofiiere du pape Rezzonico, Clétiient XIÎÎ , l'a forcé de faire revivre les droits de fa couronne en 1768. Ce pape avait V3 ■ Dji;..., Google ^gio Austérités. .agi comme s'il avait été du quatorueme lîecle. ' On ,lui a prouvé qu'on était au dix -huitième, avec l'applaudiflement de l'Europe eoliere. Lx)rfque l'ofRcier - général , chargé des ordres du joi entra dans Avignoo , il alla droit àTat^rtemeac .du légat fans Ce faire anaoocer, & lui très de Bellont qui fe domiaieQt des coi^de fidîre? des prêtres de THane qui «'«ifîBçlantatent i coop» de vergcSj des prêtres de Ojbtk qui fe âilàieat eU' Duques, des fàquirs des ^es-qui-fediai^eteDtde cb^es? L'efpérance de tirer de larges autnâms n'entra- t-elle pour rien dans leurs auftérités? Les gueux qui le fi»t enâer les jambes avec de U titimale, & qui fe couvrait d'tdceres pour arra- cher quelques deniers aux paflâns, n'ont -Ils pas quelque rapport aux énergumenes de randquirë' qiû s'enfonçaient des doux dans les fêdbs, 6c qui ven- aient ces faints doux aux dévots du pays? Enfin, la vanité n'a- t-elle jamais eu part i ces mortifications publiques qui attiraient les yeuxde la multitude? Je me fouette; mais c'eft pour expier vos fautes. Je marche tout Qud; mais c'eft pour vous reprocher le fàfte de vos vétemens. Je me nourris d'herbe & de colimaçons ; mats c'eft pour corriger en vous le vice de la gourmaodife. Je m'attache un aaneau de fer à la verge; pour vous faire rougir de votre lafdveté. Refpeftez-moi comme un homme cher aux Dieux, qui attirera leurs faveurs fur vous. Quand vous ferez aecoutu- 'més à me rerpefter, vous n'aurez/pas de ptâcei m'obéir. Je ferai votre 'maître au nom des Dieux. - V 4 Dji;....... Google 3IÎ -A u -s T i "R -I T È 1." Et fi quelqu'un de voui alors tranfgrelTe h moindre de mes volontés , je le ferai empaler pour appaifer la colère célefte. Si les premiers fequirs ne prononcèrent pas ces paroles, il eSl bien probable qu'ils les avaient gra< vées dans le fond de leur cœur. Ces auftéricés afireufes furent peut-être les otï- gines des facrifices de fang humain. Des gens qiù ■répandaient leur fang en public à coups de verges, & qui fe .tailladaient les bras & les cuifTes pour fe donner de laconii(}ératiDn, firent aifément croire à des fâuvages imbécilles qu'on devait làcrifier aux Dieux ce qu'on avait de plus cher ; qu'il fallait im- moler fa fille pour avoir un. bon vent; précipiter fon fils du haut d'un rocher pour o'ètre point attaqué de la pefte; jetter une fille dans le Nil pour avoir infailliblement une bonne réeolte. Ces fuperfiititîons afiatiqu» ont produit parmi nous les flagellations que nous avons imitées des Juifs. ( I lo) Leurs dévots fe fouettaient & fe fouet* tent encor les uns les autres, comme faîfaient autre- fois les prftcres de SjTÎe & d'Egypte, (i 1 1^ Parmi nous les abbés fouettèrent leurs moines, les confefieurs fouettèrent leurs pénitens des deux fexes. St. AuffijUn écrit à Marcellin le tribun, qu'il faut fouetter les dtmatiftes comme les madret d'é' cole en ufent avecAts écoliers. On prétend que ce n'eft qu'au dixième Gecle que \k8 moines. & les religieufes commencèrent à fe •fouetter à ce-tains jours de l'année. La coutume C"o3 Voï« CoB/i/on. CiiiJ Voyei dfitUt, ... Coo'^lc A tf s T i R I T i s. 313 de donner le fouec aux pécheurs pour pénitence , s'établic fi him , que le confeffeur de St. Louis lut donnait très fouvent le fouet. Henri //d'Angleter- re fut fouetté par les chanoines de Cantorberi. (^iiiy Raimmd comte de Touloufe fut fouetté la corde ' au cou par un diacre, à la porte de l'Eglife de St. Giles, devant le légat M/on, comme nous l'avons vu. (113) Les chapelains du roi de France Louis P'III, furent condamnés par le légat du pape Inno- cent m à venir aux quatre grandes fêtes aux portes de la cathédrale de Paris, préfenter des verges" aux chanoines pour les fouetter, en expiation du crime" du roi leur maître qui avait accepté la couromie d'Angleterre, que le pape lui avait ôtée après la lui avoir donnée en vertu de fa pleine puiffance. II pa- rut même que le' pape était fort indulgent en ne faifant pas fouetter le roi lui-même, & en fe con- tentant de lui ordonner, fous peine de damnatioUj de payer à la chambre apollolique deux années de fon revenu. C'eft de cet ancien ufage que vient la coutume d'armer encor dans St. Pierre de Rome les grands pénitenciers, de longues baguettes au- lieu de ver-' ges, dont ils donnent de petits coups aux pénitens proftcmés de leur long. C'eft aînC que le roi de France Henri IV reçut le fouet fur les fefles des cardinaux d'OJ/àï & Duperron. Tant il eft vrai que" ,Qous fortons à p^e de la barbarie dans laquelle Ç112) En 11109, fiiàJSo 1223. ■ UjL:a..i Google 314 A.U s T É R I T É s. noua avons encor une jambe enfimcée jufqu'au genou. Au commencement du treizième lîecle il fe' for- ma en Italie des confréries de péniiens, à Péroure & à Bologne. Les jeiines gens prefque nuds, une poignée de verge dans une main, & un petit cruci- fix dans l'autre, fe fouettaient dans les rues. Les femmes les regardaient à travers les jaloufies des. fenêtres y & fe fouettaient dans leurs chambres. Ces flagellans inondèrent l'Europe ; on en voit encor beaucoup en Italie, Oh) en Efpagne &. err France môme, à Perpignan. 11 était aiTez commun au. commencement du feizieme fiecle, que les con- fefTeurs fouettalTent leurs pénitentes fur les felTes. (115) Une hiftoire des Pays-bas , compofée par Meteren, rapporte que le cordelier nommé .(fiim- c«»,,grand prédicateur de Bruges, fouettait fes pé- nitences nues. Le jéfuite Edmond At^er confefleur de Henri lîly (iiû) engagea ce nîalheurcux prince à fe mettra* à la tête des flagellans. Dans plufieurs couvens de moines & de religieu- fes,. 00 fe fouette fur les feffes. Il en a réfulté quelquefois d'étranges impudicités , fur lefquelles il faut jetter Un voile pour ne pas faire rougir cel- les qui portent un voile facré, fit dont le fexe 6: la profeiTion méritent les plus grands égards. ( Voyez Expiation.) Cm) mfi*tré-i!it Fl*gella»i. ptg. 198. Cus) Meieren, Hlfioria- telgiea aniio 1570. (,116^ De Tieu UvK 33. ..ï Google A o T 1. 1. s,' aïj, i l II . 1 . - ■ ■ I . I II AUTELS, . Teaiples, Ri.tes, Sacrificbs, &c. XL eft uDiverTclIemaïc reconnu que lesprenâsrs- chr^iensQ'eureDtniiei^dBS, niaatds, ni cierges,, ni encens, ni eau bénite» ni auom des rites que la. prudence des pafleurs înffîtua dqpuis, félon les tenu- - & les lieux, & fuitouc félon les befoins des fidèles.: Nous avons pli« d'un témoignage d'Origeni, à'Athina^QTty de Théophile » de 3=0^, àeTertut- lieOi que les ^aeraiers chrétians avaient en; aboiiii-> nation les temples Sl le» antelt. Ce n'eft pas feu* lemest parce qu.*ib ne pouvaient t^tenir du gouver- nement» dans ces coauncocemeos, la.permiflioD de bâtir des temples, mais c'ell qu'ils avaient une aver^ fîon réelle pour tout cei]ui femblajr avoir te moin- dre rapport avec les autres religions. Cette horreur fubûfla chez eux pendant deux cents cinquante ans. Cela fe démontre par JJfiowttw FfHXy qui vivait au troiiieme fiecle. Fim penfez, dit-il aux Romains, que nofu cachont ce. que nous, adorons parce ^ nous n'avons ni temples ni autels. Mais qt«l fimutacre éri- gerons-nous à DiEW puifque l'Jiomne.efi Im-mém le Jhnulacre 4e Dieu? Quel temple lai bâtirons -nout quand le monde ^ qui eft fon ouvrage , ne peut le r m- tenir? Comment er^ermerai-jelaptàffante d'uneteUf majefté dont une feule mai/on? ne vaut -il pas bittf fnieux lui cmfaerer. itB.temfle dansnotri e/prit (^ dm» aotn m/r.K Dji;..., Google 3l6Î A rf T ï L Si "'3» Putatis aut'em ncBOccultarë quodcolîmiis,'(i"' 3, delubra & ,al^ otm tnbeiâus'?' Quodenim fimu- „ lacrum Deo fingam, cum fl refte esiftimcs fit „ Déi hoïiio- ipré fimulacnim? templum quod ei „ extruam, cum totus hic mundus ejus opère fabri- - ,,- catuseum' capere non pofTic , & cum homo htius „ maneam, .intra unam sdiculacn vim tantx maje- ii fbcis inCludilin? Nonne melius in noftra dedican- ,« dus Ëll mente? In noftro imo confeciandus eft „ peftore? , Les chrétiens, n'eurent donc des temples que vers le commencement du règne de Diocîétùn. L'églife était alors très nombreuse. On avait; befbin de dé- corations & de riCes qui auraient été jufques- là inu- tiles & méroé dangereux à un troupeau faible long- tems méconnu, & pris feulement pour une petite fefle de Juifs difiidens. Il eft^manifefte que dans le tems oti ils étaient confondus avec les Juifs , ils ne pouvaient obtenir la permjflion d'avoir des temples. Les Juifs qui payaient ■ très chèrement leurs fynanogues s'y fe- raient oppofés ; ils étaient mortels ennemis des chré- tiens, Si, ils étaient riches. II ne faut pas dire avec Toland, qu'alors les chrétiens ne faifaient femblanc de méprifer les temples & les autels, que comme le renard difait, que les raifins étaient trop verds. . Cette comparaifon femble aufli injude qu'impie, puifque tous les premiers chrétiens de tant de paya diffiérens s'accordèrent à foutenir qu'il ne faut point de temples & d'autels au vrai Djkd. La providence, en faifant agir les caufes fecon-- des^ Autel*. '317 »^e! , voulut qu'ils bâtiffeot un temple fuperbe dans Nicomédie réfîdence de l'empereur Diociétien, dès qu'ils eurent la proteÛion de ce prince. Ils en con- ftruiûrent dans d'autres villes, mais ils avaient encor en horreur les cierges, l'encens, l'eau luftralc, les habits pontificaux ; tout cet appareil impofant n'é- - tait alors à leurs yeux que la marque diftinaîve du paganifme. Ils n'adopterept ces ufages que peu - à- peu fous Conjlmtin &. fous fes fuccelTeurs ; & ces ufages ont fouvent changé. Aujourd'hui, dans notre Occident, les bonnes femmes qui entendent le dimanche une meflè baflè en latin, fervie par un petit garçon, s'imagineht que ce rite a été obfervé de tout tems, qu'il n'y en a jamais eu d'autre, & que la coutume des'alfem-, bler dans d'autres pays pour prier Dieu en com- mun, eft_ diabolique & toute récente. Unemdfe baffe eft farts contredit quelque chofe de très res- peûable , puifqu'elle a été autorifée par l'églife. Elle n'eft point du tout ancienne , mais elle n'en exige pas moins notre vénération. 11 n'y a peut - être aujourd'hui pas une leule céré- monie qui ait été en ufage du tems des apôtres. Le St. Efprit s'eft toujours conformé aux tems. 11 ins- pirait les premiers difciples dans un méchant gale- tas. 11 communique aujourd'hui fes înfpirations dans St. Pierre de Rome qui a coûté deux cents millions; également divin dans le galetas & dans le fuperbe édifice de yulet II, de Léon X, de Paul UI^ ûc de Sixti V. Voyez Eglife frinàtive. Seconde Partie. X UjL:a..i Google 318 U T E U H s. AUTEURS. l\Uteur eft un nom générique qui pcuc , 'Comme 4e nom de toutes les autres profeffions, fignilier du bon &. du mauvais, du refpedable ou du ridi. cule, de l'utile & de l'agréable, ou du fatras de rebut. Ce nom eft tellement commun à des chofes diffé- rentes, qu'on dit également Yauteur de la nature & YauttuT des chanfons du pont- neuf , oa Vauteur de Année littéraire. Nous croyons que l'auteur d'un bon ouvrage doit fe garder de trois cfiofes , du tître, de l'épttre dé- dicafoire & de la préfaça. Les autres doivent fe . garder d'une quatrième, c'eft d'écrire. Quant au titre, s'il a la rage d'y mettre fon nom, ce qui eft fouvent très dangereux, il faut du moins qUe ce foie fous une forme modefte; on n'aime point à voir un ouvrage pieux qui doit renfermer des leçons d'hcmilité par, MsJJîre ou Monfeignettr un tel y confeiller du roi tn fes confeils , évêqae £? comte d'iule tell: ville. Le Icfleur qui eft toujours maiin, & qui fouvent s'ennuie, aime fort à tourner en ridicule un'livre annoncé avec tant de farte. On fe fouvient alors que l'auteur de l'imitation de Jesl's- Christ n'y a pas mis fon nom. Mais les apôtres, dites -vous, mettaient leurs noms k leurs ouvrages. Cela n'eft pas vrai, ils étaient trop modeftes. Jamais l'apôtre Matthieu n'ihtitula fon livre Evojtgik de St. Matthieu^ c'eft ua ,.C,oD<^le A tf T Ë s s. 5tp hommage qu'on lui rendit depuis. St^ Luc lui-môme qui recueillit ce qu'il avait entendu dire, & quj dédie fon livre à Théophile, ne l'intitule point Evan- gile de Luc. Il n'y a que St. Jean qui fe nomma dans l'Apocalypfe; & c'eft ce qui fit foupçonner que ce livre était de Cérinîhe qui prit le nom de ^ean pour autorifer cette produftion. Quoi quil en puiffe Être des fiecles paitès, U me parait bien hardi dans ce fiecle de mettre fon nom & fes titres à la tête de fes œuvres. Les évéques n'y manquent pas; &. dans les gros in-4°. qu'ils nous donnent fous le tître de MandemerUi on re- marque d'abord leurs armoiries avec de beaux glands ornés de houppes; enfuite il eft dit un mot de l'hu- milité chrétienne, & ce mot eft fuivi quelquefois d'injures atroces contre ceux qui font, ou d'une au- tre commtuiioQ, ou d'un autre parti. Noua ne par- lons ici que des pauvres auteurs prophanes. Le duc de la RochefoucauU n'intitula point fes pen0et par Monfeigneur U duc de la Rocliefoucault pair de Fran- ce, &.C. Plufieurs perfonnes trouvent mauvais qu'une com- pilation dans laquelle il y a de très beaux morceaux , foit annoncés par Mon/kur , &c. ci -devant profes- fcur de l'univerfité, dpfteûr en théologie, reûeur, précepteur des enfans de Mr. le duc de. . . , mem-. bre d'une académie & même de deux. Tant de dignités ne rendent pas le livre meilleur. On fou-, itérait qu'il fût plus court, plus philofophique, moins rempli de vieilles fables. A l'égard des litrei & qualités, perfonne ne s'en foucie. Xa UjL:a..i Google 320 A U T E U fi 9. L'épitre dédicatoire n'a été fouvent préfentée que par la bafleOe JDtérefTée à la vanité dédaigneufe : I)c là lifnt (Il amai d'ouvrages mercinsUei , Stances , edts , foanilt , épiiret luminaires. '' Oii toajourt le héros pafe pour fans pareil, Zl fit -il louche & borgne, ejl répuié fuUiL Qui croirait que RoJiaut foi-difimt phyfîcien, dans fa dédicace au duc deGuife, lui dit, que/es ancêtres mt maintenu aux dépends de leur/ang les vé- rités politiques, les loix fondamentales de fétaty fiP les droits des fouverains. Le Balafré & le duc de Mayentit feraient un peu furpris fi on leur lifaîc cet- te épitre. Et que dirait Henri If? On ne fait pas que la plupart des dédicacés en An- gleterre ont été faites pour de l'argent, comme les capucins chez nous viennent préfenief des falades à cohdition qu'on leur donnera pour boire. Les' gens de lettres en France ignorent aujourd'hui ce honteux avilifTement; & jamais ils n'ont eu tant de noblefie dans l'efprit, excepté quelques malheu- reux qui fe difent gens de lettres dans le même fens que des barbouilieurs fe vantent d'êtro de la profes- fion de Raphaël^ & que le cocher de Fertammt était poËte. ' Les' préfaces font un autre écueil; Le Moi eft*^ haVITable, difait Pafcal, Parlez de vous le moins que vous pourez; car vous devez favoir que l'a- mour - propre du lefleur eft aufli grand que le vô- tre. 11 ne vous pardonnera jamais de vouloir le con- damner à vous eftimer. C'eft à votre livre à pafler pour lui; s'il parvient à être la dans la foule. ' ,,1 Google A O T Ë U R 9. 341 ■ Les illufre; fuffrageî dont ma pièce a été honorée ^ àevraient me dtjpenfer de répondre 4 mes adverfairer^ Les applaudîffemens du public rayez' tout cçl^, croyez-moi, vous n'avte point eu de fuffrages il- luftres , votre pièce efl oubliée pour jamais. Quelques cenfeurs ont prétendu qu'il y a un peu trop ^événemens dans le trofjieme aêle , £?■ que laprinceffe découvre trop tard dans le quatrième les tendres fenti- ■ mens de fon cœur jKùr fan amant; à cela je répmds que Ne réponds point, mon ami, carperfon- ne n'a parlé ni ne parlera de ta princefle. Ta pièce efl tombée parce qu'elle eft eonuyeufe & écrite en vers plats & barbares; ta préface eft une prière pour les morts-, mais elle ne les reffufcitera pas. D'autres atteftent l'Europe entière qu'on n'a pas entendu leur fyftême fur les compoflibles, fur les fupralapfaires ; fur la différence qu'on doit metire entre les hérétiques Macédoniens, & les hérétique» Valentiniens, Mais vraiment je crois bien que per- fonne ne t'entend, puifque perfono^xie te lie. On eft inondé de ces fatras , & de ces continuel- les répétitions , & des infipides romans qui copient de vieux romans, &. de nouveaux fyftômes fondé» Cir d'anciennes rêveries , & de petites hiftoriettes pn(és dans des hiftoires générales. Voulez -vous être auteur, voulez ^ vous faire un livre? fongez qu'il doit être neuf & utile, ou du moins infiniment agréable. Quoi ! du fond de votre province vous m'afTaflt* Derez de plus d'un in • 40 pour m'apprendre qu'un JS^i doit être julte, & que Trajanétsàt plus ver- X3 UjL:a..i Google JSS A V T B U R 9. (atmOL que Calîgtda? vous ferez imprimer vos ftr< gtons qui ooteDdormi votre petite ville inconnue I \iyas mettrez k contribution toutes nos hiftoircs pour en extraire la vie d'un prince fur qui vous n'a- vez aucuns mémoires nouveaux ! r Si vous avez écrie une hiftoire de votre cems, ne doutez pas qu'il ne fe trouve quelque éplucheur de ehrotiob^e, quelque commentateur de gazette qiri vous relèvera iUr une dftte , fur un «om de batême , fur un efcadron mal placé: par vous à trais c£?its pas de l'endroit oti il fut en- efiet poAé. Alors, corri* gez - vous vite. ^ . Si un ignorant, un fc^iculaife.fe mêle de crki. quer à tort &. à travers , vous pcaivez les ccMifon- dre, mais nommez- le rarement, de peur de fouil- ler vos écrits. Vous attaquent -an fur le ftile, ne répondez ja- mâif ; c'eft à votre ouvragé feul de r^xMidre. - Up bomme dit que vous êtes mabde » contentez- vous de vous foien porter, fans vouloir prouver aa fùbiic que vousitss en parfaite fàpcé- Ht furtout, fouvenez-vous que le public s'embarrafle fort peu fi'voos vous portez bien ou aal. Cent auteurs cpiripilentpoUr avoir da pain, & vingt folliculaires faot l'extrait, la critique, l'apo- logie, la fatyrede ces compilations, dans l'idée d'a- voir, auflî du painf parce qulls n'ont-.point de mé- tier. Tous ces gens-là vont les vendredis demander au lieutenant de polïcx de Paris la permilHon de ven- dre leurs drc^es. Il» ont audiance imm61iatemenc i^iFëi les filles de joie, qui ne les regardent pas » C.Ï Google A .UT E DR (. 323, parce qu'elles faveiit bien que ce fait de mauvaiTes pratiques. , , ., Ils- s'en retournent avec une permiflion tacite de ftire vendre & débiter partout ie. royauine,, Jeurs> fii-r ftorietUTf leurs recueils de imrmotîi^ l^ vie du bien- ' Jtntrsjix Régis, la traduction d'un poïme allemand, les nouvelles découvertes fur les an^lles ; un noveau, clioix de vers, ■anfyftèmejiir l'ori^ne des cloches^ lej amours du-erapaud. Un libraire acheté leurs produc- tions dix écus ; ils ,en donnent cinq au folliculaire du coin, à condititm qu'il en dira du.bien dans ibs. gazettes. Le folliculaire prend leur argent, & dit, de leurs opufcules, tout le mal qu'il peut. Les lézés viennent fe plaindre au juif qui entretient la femme du folliculaire ; on fe bat à coups de poing chez l'a-. poticaire Le Lièvre; la fcene finit par mener le fol- liculaire au Four- l'Evêque. Et cela s'appefle des. auteurs! Ces pauvres gens fe partagent en deux ou trois bandes, & vont à la quâce comme des moines men- dians ; mais n'ayant point fait de vœux , leur fociéoS ne dure (jue peu de jours; ils fe trahillent comme, des prêtres qui courent le même bénéfice ,. quoi, qu'ils n'aient nul bénéfice à efpérer. Et cela s'ap- pelle des autews! Le malheur de ces gens - là vient de ce que leurs pères ne leur ont pas fait apprendre une ptofeffion. C'eft un grand défaut dans la police moderne. Tout homme du peuplequî peut élever fon £1$ dans un ait utile, & ne le f«it pas, mérite puniticm. Le fils d'un metteur ea œuvre fe fait jéfults h àix-fept ans. UjL:a..i Google 324 auteurs; II eft chaffé de la fociété h vingt - quatre , parce que le -défordre de fes mœurs a trop éclaté. Le voilà fans pain; il devient folliculaire ; il infcaelabafle littérature & devient le mépris & l'horreur de la ca- ûaille même. Et- cela s'appelle des auteurs t Les auteurs véritables font ceux qui ont réuflî'dam un art véritable, foit dans l'épopée, foit dans la tra- gédie, foit dans la comédie, foit dans l'hifloire ou dans la phllofophie, qui ont enfeigné ou enchanté les hommes. Les autres donc nous avons parlé font, parmi les gens.de lettres, ce que les fielons font par- mi les oifeaux. On cite, on commente, on critique, on néglige, ou oublie, & furtout on méprife communément un auteur qui n'eft qu'auteur. A -propos de citer un auteur, il faut que je m'a- mufe à raconter imc finguliere bévue du révérend père Fïret cordeliér, profefleur en théologie. II lit dans la pHiîofiphie de fhiftoire de ce bon abbé Bazin , que jamais aucun auteur n'a cité anpajjhge de Mijïji avant Longin^ qui vécut 6? mourut du tems de V empe- reur Aurilien. Aufli-tôt le zèle de St. François s'allu- lume: Firtt crie que cela n'eft pas vrai, queptu- Heurs écrivains ont dit qu'il y avait eu un Moîjei que yofeph même en a parlé fort au long, & que- l'abbé Sazifl eft un impie qui veut détruire les fept ftcremens. Mais, cher père Viret , vous deviez vous informer auparavant de ce que veut dire le mot ci(*r. Il y a bien de la différence entre feire mention d'un auteur & citer un auteur. Parier, faire menrion d'un auteur, c'eft dire 'û a vécu; il â écrit en tel tems. Autorité, goy Le dter c'eft rapporter un de fes paflages, coTsme Moïfe le dit dans/m Exode ^ comme Matje a écrit dans fa Genefe. Or J'abbé Bazin affirme qu'aucun écri- vain étranger, aucun même des prophètes Juift n'a jamais cité un feul paflage de Moï/e, quoiqu'il foit un auteur divin. Père J^ret, en vérité vous êtes un auteur bien malin, mais on làura.du moins, par ce petit paragraphe, que vous avez été un auteur. Les auteurs les plus volumineux que l'on ait eus en France, ont été les controllcurs-généraux des fi- nances. On ferait dis gros volumes de leurs décla- rations depuis le règne de Louis XZ/^feuIement. Le» parlemens ont fait quelquefois la critique de ces ou- vrages ; on y a trouvé des propofitions erronées , des contradiâioDs. Mais oti font les bons auteurs qui n'aient pas été cenfurésl M» AUTORITE. llférables humains, foitenrobe verte, foiten turban, foit en robe noirç, ou en furpUs, foit en ■ manteau &. en rabat; ne cherchez jamais à employer l'autorité là oh il ne s'agit que de railbn, ou ocHiTen- tcz à être bafoués dans tous les fiecles comme le$ ^us impertinms de tous les hommes, & à fubirla haine publique comme les plus injulles. On vous a parié cent fois de l'infolente abfurdité avec laquelle vous condamnâtes Galilée^ & moi je vous 'en parle pour la cent & unième; & je veur que vous en faifiez 4 jamais l'anniver&ire; je veux qu*oa ffVfc i la porte de votre St. Office; ...Google 3ÏÎS A T B « I T i. Ici ftpt cardinaun afflllé! de frères mineurs, firent Jetter en prifon 4e maître à penfer de l'IiaUe , âgé Je roixante & diï ans ; le Brent jeûner ao pain & i. 1-eaa , parce qu'il inftmifait le genre -humain & qu'ils étaieni des ignorons. Là on rendit un arrêt en faveur des cathégories &'Arifiote, & on ftatuafavamment&équicablement la peine des galères contre quiconque ferait afTez ofé pour être d'un autre avis que le ftagirite, dont ja- dis deux conciles brûlèrent les livres. Plus loin une ftculté qui n'a pas de grandes facul- tés fit un décret contre les'idées innées , & fit en, fuite un décret pour les idées innées, fans que la dits feculté fat feulement informée par fes bedauts de ce que c^eft qu'une idée. Dans des écoles voifmes on a procédé juridique- ment contre la circulation du fang- Ou a intenté procès,, contre l'inoculation, & pat- ' ties ont été aflignées paï exploit. . on a failî à la douane dbpenfées vingt & un vo- lumes il.-/*, dans lefquels il était ditmécham- ineot & ptoditoirement que les triangles ont toujours trois, ailles ; qu'un père eft plus âge que fon fils, que Si"> S*'" P"""' ft"> P"«'i*'^ ^^""ï d'accoa- lAer, & que.de la farine n'eft pas une feuille de chêne. En une autre année on jugea le procès Vtrum ck- rnara bmHnimi in raew pnjjit cmtitre ftçundat intm- liflWÉj , fie on décida pour l'affirmative. En conféquence on fe crut très fupérieut à jIrtU- mil, à Eucliii., à. Ocirm, i «i«, & OU fel»! vana dans le quartier de l'miiverlîté. .Google 327 AXE. De "'Ou vient que l'aie de la terre n'eft pas perpen- diculaire à l'équateur? Pourquoi fe releve-t-il l'ers le nord, & s'abaiflè- t-jl versle pôle auftral dans une pofidon qui ne paraît pas naturelle, & qui fomble la fuite de quelque dérangement, ou d'un période d'un nombre prodigieux d'années ? Eft - il bien vrai que l'écliptique fe relevé conti- nuellement par un mouvement infenfible vers l'équa- teur; & que l'angle que forment ces deux lignes foit un peu diminué depuis deux: mille années ? Eft - il bien vrai que l'écliptique ait été autrefois perpendiculaire à l'équateur; que les ^yptieùs l'aient dit, & qa'Hè-odote l'ait rapporté ? Ce mou- vement de l'écliptique formerait un période d'envi- ron deux millions d'aimées ; ce n'eft point cela qui «fFraié; car la terre a un mouvement imperceptible d'environ vingt -neuf mille ans, qui fait la préces- fion des équinoxes ; & il eft aufll alfé à la nature de produire une rotation de vingt mille fiecles, qu'une rotation de deux cents quatre - vingt dix Gecles. On s'eft trompé quand on a dit que les Egyptiens avaient, Céion Hérodote ^ une tradition que l'éclip- tique avait été autrefois perpendiculaire à l'équateur. La tradition, dont parle iî^roifote, n'a point de rap- port à la cornddence de la ligne équinoxiale & dd réclîptique; c'eft toute autre chofe. Les prétendus fevans d'Egypte dilaienc que le fo- leil, dans refpace de onze mille années, s'était cou- ché deux fois à l'orient, & levé deux fois à l'ocd-' .3*8 A X ï- ,deDt. Quand l'équateur & l'écUptique aiiraient w- lïcidé enfemble, quand toute la terre aurait eu la fphere droite , & que partout les jours euflent été égaux aux nuits, le foleil ne changerait pas pour cela fon couchra- & fon lever. La terre aurait tou- , jours tourpé fijr fon axe d'occident en orient , com- ;me elle y tourne aujourd'hui. Cette idée de faire coucher le foleil à l'orient n'eft qu'une chimère di^e du cwveau des prêtres d'Egypte, & montre la profonde ignorance de ces jongleurs quïonteu . tant 'de réputation. U faut ranger ce ctMite avec les fatyres qui chantaient & danfaient à la fuite d'O- JiriSj avec les petits garçons auxquels on ne don- nait à manger qu'après avoir couru huit lioies pour leur apprendre à conquérir le monde; avec lesdeux enfans qui crièrent bec pour demander du pain, & qui par -Jà firent découvrir que la langue phrygien- ne était la première que les hommes euflent parlé; avec le roi Pfaméticus qui donna fa fille à un voleur pour le récopipenfer de lui avoir pris fon argent très adroitement, &c. &c. &c. &c. &.c. Ancienne hiftoire, ancienne aftronomie, ancienne phyfique, ancienne médecine, (à.Hippocrate près) ancienne géographie, ancienne mécaphyCque, tout cela n'eft qu'ancienne abfurdité, qui doit faire fencir le bonheur d'être né tard. ■ 11 y a, fans doute, plus de vérité dans deux pa- ges de l'Encyclopédie concernant la phyfique, que dans toute la bibliothèque d'Alexandrie , dont pour- tant on regrette' là perte. Fin de la féconde partie. , 842373 ^'""Sic A, Rosc^JLJi ..ï Google C.Ï Google ,,1 Google C.Ï Google C.Ï Google C.Ï Google