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E iTANT allé au mois de mai de Tannée 1789 à la campagne ^ avec un ami qui y ainsi que moi , avoit fait une petite provision de livres, nous nous les communiquâmes ; dans ^ le nombre de ceux de cet çmi se ^ trouvèrent les Questions sur TEncy- dopédie. En les parcourant, je tom- bai sur Tanecdote du masque de fer, qui m'étoit connue dès ma jeunesse* Je la lus et relus avec attention. Je la trouvai, à ma grande satisiaction , pin? étendue danis le nouveau Dictionnaire historique in S\ qui a Dom Chaudoi} pour auteur ou principal rédacteur» a 2 Digitized by Google IV Ce Dictionnaire et F Abrégé de l'his- toire de France, par \ le Président Hénauk , étoient les seuls ouvrageis historiques que j'eusse pris avec moi ; j'observai : 1®. Que rhomrûe au masque (que j'appellerai pour l'ordinaire tout sim- plement le masque) étant mort en Î703, âgé d'environ soixante ans, devoit être né dans le courant de 1644- • . ' V ' 2^. Qu'en 1643 et années suivantjes îa Frante étoit .gouvernée par Anne id^ Autriche , en qualité de Régente, et par ie Cardinal Mazarin son premier et tout puissant Ministre. ' 3^. 'Que l'on accordoit à ce pri- sonnier tout ce • qu'il demandoit , que l'on faisQÎt pour lui une grande dé- pense, qu'il étoit attaché au linge fin, aux dentelles et aux colifichets, goûts qu'il devoit avoir contractés dès son enfance. ' Digitized by Google 4'- Qu'il avoît été traité dans tou- tes ses prisons avec des égards si mar- qués, et notamment par l'orgueilleux Louvoîs , que Ton n'eii a voit jamais eu de semblables pour les Cardinaux, les Maréchaux , les Ducs , ni mêm^e pour les Princes du sang, qui avoient été embastillés, vincennisés ei empri- sonnés dans difFérens forts et châteaux du royaume, sans aucune distinction marquée pour leur rang. 5^. Qu'aucun hoijime notable du royaume n'avoit disparu : que le nom du captif ne fut connu que des Ré- gents sous lesquels il vécut , et d'un seul, ou peut-être de deux au plus ^ à la fois , de leurs Ministres, et du gou- verneur geôlier. 6*^. Que l'on avoit pris à son égard des précautions jusqu'alors inusitées, \pour empêcher qu'il ne s'échappât ^^ a 3 Digitized by Google VI ^u^oii ne sût re inasgue de Digitized by Google viir ;,/€/ étoit un frère jumeau de Louis 5, XIV 9 né quatre heures, après lui ; 5> que les astrologues avoient prédit la 5, perte de l'Etat, s'il venoit à régner; 5, ce qui fit que le superstitieux Roi Ci} 5, réloîgna de sa of^ur; que cet éclair- ), cissement étoit contenu dans une 5, lettre de Mademoiselle de Valois ^ 55 fiUé du Duc Régent , au Marquis de 5? Fronsac , depuis Duc de BicheSeù ; et 55 qu'il a été publié par une personne, yy qui elle - méme^ a vu la lettre. 5> Cette nouvelle me frappa, mais elle ne me déconcerta pas ; je fis un million de réflexions , qui me convainquirent qu'elle étoit fausse. Quoique V homme au masque fut , par lui - même , un homme extraordinaire , je vis ime chaîne si suivie dans ce qui me le re- préséntoit comme fils de Mazarin et (i) Cest-à dire Louis XIII; il n'est pas nom- mé dans la gazette. Digitized by Google d^Annett Autriche 9 dont jWoîa alors trouvé lés preuves de leur mariage > que je n'eus 'aucun doute sur la so- lidité de mon sentiment ; cependant comme je m'imaginai que Fon pou- voit avoir mis ati jour une- nou- veauté séduisante pour la multitude, je refondis tout mon ouvrage y dont je fis une sérieuse dissertation. Etant sur le point de la terminer , j'appris par les journaux que Ton venoit d'im- primer les mémoires du Maréchal de Richelieu y où se trouvoit la solution si désirée de l'énigme. Quel fut mon étonnement , après avoir reçu ces mé- moires, de trouver au Chapitre IX. du troisième volume, un conte de fées le plus plat et le plus invraisemblable que l'on eût jamais pu imaginer ! Mais à la suite de ce pitoyable rêve , je fis des découvertes bien in- téressantes , les unes instructives , les Digitized by Google autres confirmadves de mon sentie ment; et, ce qui est bien remarqua* ble 9 toutes inconciliables , prises en particulier ou ensemble , av^ec tout autre qu'avec le mien. N Cependant mon trayail , qui avoit Bubi ime troisième forme, étoit fini; je n'avois pas le loisir de le refondre une quatrième fois, attendu qu'il étoit impossible que les arrangemens pris pour son impression pussent se diffé- rer. J-ai donc été forcé de traiter à ^art ce que m'ont fourni les Mémoi- res d^. RicfteSeu. Tels sont les événemens qui ont donné lieu à la division de cet ou- vrage en deux parties ; la première est composée de mes recherches, elle est suivie de pièces que je qualifie de justificatives, et la seconde roule «ir tcmt ce que j'ai trouvé de réla- lif à mon objet # dans les M&- Digitized by V. Google ïnoivdi ûe Rtckelieu. t?ette dîvisioft entraîne nêcessaîretoent ^juclques te»» dites ; inars cet ouvrage neuf et kité- ressattt pat sa nature , * peuï bien l6 permettre. D'ailleurs tie feut-îl pas des secousses réitérées et qucîquéfbîB très - fortes , pour ébranler les nerfe réflédiisseurs de certains cerveaux ? On ïn'ôbjeciera peut-^tre encore, que mon ouvrage «st trop long, pour n'avoir eu qtfune chose à prouver. J'avoue que, pour ma conviction, H Test trop des trois quarts, qu^l le sera trop de moitié pour quelques person- ^ nés ; mais je crois qu'il le sera à peine i assez pour vingt mille autres. Car il y a bien de la différence entre avoir ouï parier de l'homme au masque, ou avoir lu , en divers tfljoips , quel- ques traits épars «ur son. compte, et lire une discussion suivie sur presque tout ce que Ton a écrit concernant et DigitizedbyV^OOÇlC ....^ XII célèbre prisonnijer.. Je me suÎ3 > par exemple , beaucoup étetidu sur le Duc de Montmouthy parce qu'il fal- loit détailler ses déportemens et ses attentats contre son père et contre son oncle, tant comme Duc dYorck que. comme Jacques II ^ : pour faire voir combien il étoît ridicule d'ima- giner que ce Roi pût lui pardonner. 11 falloit donc exposer la gradation et le nombre de ses fautes , et sa mort en présence de beaucoup de monde^ pour faire tomber toutes les absurdi- tés que Toti a débitées, pour le faire passer comme ayant été l'homme au masque. J'ai dit aussi beaucoup de < choses .sur le Cardinal Mazaririj qui parois- seiit au premier coup-d'œil ne pas être en rapport avec mon objet: mais une ' lecture réfléchie fera sentir la convenance et Ip^ besoin de la marche Digitiaed by Google XIII que j'ai suivie. Jîavois à Tégard de cet homme tiré du néant, et deptiis devenu si célèbre , deux époques à traiter ; je m'en suis acquitté aussi brièvement que possible. La première comprend les diverses opinions sur sa naissance , ses aventures , son as- servissenient au Cardinal de Riche* lieu 9 et par conséquent son éloigne- ment pour tbut ce qui pouvoit être agréable à Anne d'Autriche.^ La se* conde présente un précis de sa con- duite et de son autorité progressive, depuis le choix fait de sa personne par Anne d'Autriche , pour être , sous sa régence, le premier Ministre de FEtat jusqu'à sa mort; ce qui formé un tableau de faits intéressans et pour la plupart inconnus , qui ne pourra que plaire. Quant à la solution que je donne de riioinme au masque , je déclare bien Digitized by Google XIV 'positivement la regM'der» non comme une hj^pothèse, mais comme un corps «Je preuves si bien lié dans^toutes ses parties , que je défie les historiens de tous les siècles de l'ébranler. Avant qu'on ne me taxe de témérité , je prie tous les lecteurs de suspendre Jeur jugement , jusqu'à ce qu'ils m'ayerit lu entièrement. Bien loin de craindre de trop m'engager , je les invite à faire des recherches dans Xous les auteurs et annalistes qui ont écrit sur Louis XJIJ, Ame d'Autriche et le Cardinal Mazarin y et je les préviens qu'ils trouveront que j'ai .omis bien des raisormemens que j'au- rois pu employer avec avantage ; qu'ainsi la solution que je présente leur paroîtra, d'après leurs propres recherches > encore beaucoup plus certabe» Digitized by Google TABLE DES MATIERES DE LA PK£MI£B£ PARTIS^ DP» ISCOVmt PMixiMXKAIftB ••....• ZIZ Du Comte de VermandoU ••• 9 Du Duc. de. Beaufort «..•»»•«. 9 f}u Duc de Jlontmouth...,.^ «... iS De Jérôme Magni 41 D^un prétendu frère aîné de Louis XIV, • • • 4S De Louis XIII 5i D'Anne d'Autriche 53 De la légitimité de la naissance de Louis XIV 60 Du Cardinal Mazarin 79 Il est marié avec Anne d^ Autriche xio De Thomme au masque de fer ' 11 5 Pièces justificatives .... ^ ' 149 Indication des principales matières de la seconde partie. Relation supposée de la naissance et de F édu- cation du manque de fer. 166 Réflexions sur cette relation « 18 5 DigitizedbyLjOOÇlC ^^ XVI Ce que dit sur Thomme au masque Fauteur des mémoirm secret^ d^ la cour de Perse, .... 187 Ce qu^en dit la Grange- Chance! 189 Ce qu'en a appris AL F Abbé Papon 191 Ce qï^en a oUï dire le Seigneur de Palteau, . . 195 Ce qu'en dit Jf.. de fa Borde \ d'après M. Lin- guet soo Xe Régent dit à Louis XV qui fut Fhomme au masque ^ IKO^ Réponses faites par le Maréchal de Richelieu à 3f. F Abbé Sàulavie , sur ses . questions ■ concernant Fhomme au masque 20^ H^écapitulation ^^± Lettre de Fauteur à Féditeur •••••• ^^4 Fin de la Table. LE Digitized by Google LE VERITABLE HOMME AU MASQUE DÉVOILÉ. FREMICRE PARTIE. O. 'n a supposé successivement plusieurs per«* sonnages lecélés sous le masque dit de fer^ savoir le Comte de Vermandois , fils naturel de Louis XIV. et de la Duchesse de la VaUiere^ le Duc de Beaufortj fils de César de Vendôme^ et petit fils de Henri IV. et de GahrieUe d*Estrées: le Duc de Montmouthj fils naturel de Charles 11^ lloi d'Angleterre; un certain Jérôme Magni^ ministre du Duc deModene; un prétendu/r^e aine de Louis XIV x enfin on a mis dans le troi- sième volume. Chapitre IX, des mémoires de Kichelieu j^ qui viennent de paroîtrç , une pré- tendue relation, qui présente l'homme au masque pour xm frère jumeau de Louis XIV ^ et qui fera l'objet de la seconde partie de cette Dissertation. J'entreprends de prouver qu'aucun d'eux ne fut l'homme au masque, qui a été jusqu'à présent une énigme, dont je donnerai ensuite la solution* ^' A . Digitized by Google DU COMTE DE VERMANDOIS. L'Auteur des mémoires secrets, que je n'ai point lus , mais qui est cité par l'auteur des remarques sur la Bastille , dit que le Comte de Vermandois , fils naturel et bien* aimé de Louis XIV ^ à peu près du même âge que le Dauphin , mais d'un caractère tout à feit opposé au sien , s'oublia un jour au point de lui donner un soufflet ; que cette action ayant trop éclaté pour rester impunie, le Roi fit partir le comte pour l'armée , et donna ordre à un confident intime de faire répandre , peu après son arri- vée , le bruit , qu'il étoit attaqué d'une fièvre maligne et contagieuse, afin d'éloigner tout le Inonde de lui , de le faire ensuite passer pour mort , et tandis qu'aux yeux des troupes on lui feroit de magnifiques obsèques, de le conduire en grand secret à la citadelle de Ste. Marguerite ; ce qui fut exécuté. Le Comte de Vermandois ne sortit de cette prison que pour être transféré à la Bastille, où il mourut quel- ques années après. Le rnême auteur ajoute que le Comte de Vermandois s'avisa un jour de graver squ nom sur le fond d'une assiette ^ avec la pointe d'un couteau; qu'un dômes- ^^ue ayant fait cette découverte , crut bien £ûxe sa cour en portant cette assiette au Côm- Digitized by Google mandant, pour se procurer une récompense; mais que ce malheureux fut trompé dans sou attente, et que l'on s'en défit sur le champ, afin d'empêcher que le secret ne fût divulgué. 1°. Il est; faux que le Dauphin et le Comte de Vermandois fussent à peu près du même âge ; celui-ci étoit né à S. Germain en Laye le 3 d'06lobre 1667, et mourut, selon Fauteur des Anecdotes des Reines et Régentes de France, (1) à Courtrai, le 38 de Nov, 1683, âgé de 16 ans et quelques jours. Cet auteur ne dit vrsû qu'en ce qui concerne la naissance et la mort du Comte de Veiçmandois , qui mou« rut publiquement de la petite vérole, quelques- uns disent de la fièvre maligne, ledit jour 18 de Novembre 168 3, mais ce fut au camp devant Dixmude , et il fut enterré à Arras. Il y a des auteurs qui disent que le Comte de Ver^ mandois se rendit au camp de Courtrai ; mais il n y a aucune conséquence à tirer de ces di« verses allégations ; car ces deux endroits ne «ont éloignés l'un de l'autre que de neuf à dix lieues; pour les concilier , on peut croire que le Comte de Vermandois arriva d'abord à Courtrai, par deux faisons ; la première, parceqùe cette ville est plus près de Paris que Dixmude ; la seconde^ (OT. 6. p.419: Digitized by Google parcequ'elie fut piise le 6 de Novembre ^ et qu'il se rendit très-probablement ensuite au camp devant Dixmude, qui fut prise le dix (i). Telle est la marche naturelle que ce Prince dut suivre. a®. Louis Dauphin de France naquit le premier de Novembre 1661 , il avoit donc 6 ans moins un mois de plus que le Comte de Vermandois ; lors du prétendu soufflet , que Ton doit supposer avoir été donné vers le mois de mai 168 3, le Dauphin avoit 22 ans, et étçit déjà père du Duc de Bourgogne né le 6 daoût 168 Q; il y avoit donc trop de dispro- portion d'âge entre ces deux princes , pour qu'on pût croire qu'ils se fussent amusés à des jeux dç mains ^comme de jeunes écoliers. Il est de fait qu'il y a une très-grande disjiropor- tion entre un jeune homme de 22 ans, marié, et un adolescent qui n'a pas encore 16 ans accomplis. Dans tous pays policés un jeune homme de 22 ans, etrnarié, regarde comme un enfant celui qui n'en a que 16. 3^ Comme l'on ne peut faire , dans le cai présent, abstraction de la naissance, quelle difFéience n'y a-t-il pas entr^ le fils aîné d'un Roi de France et un de ses bâtards! N'est- il (i) Voyez le Président Hénault sous l'année i6;^3. Digitized by Google pas bien naturel de cioire que le Comte dé Vermandois se sera habitué dès son enfance aux démonstrations du respect qu'il devoit au Dauphin , son futur maître et souverain , et qu'il ne se sera jamais oublié jusqu'au point de lui donner un soufflet ? D'ailleurs le Comte de Vermandois étoit doux, poli et caressant (i) et très- aimé de Louis XIV; Ton ne peut donc croire à la farce des prétendues obsèques. 4^ Louis XIV, ayant sçu que le Comte de Vermandois s'étoit trouvé dans quelques par- ties de débauche vers la fin de Tannée 1682 , lui fit une sévère réprimande , et le bannit pour quelque tems de sa cour; où il ne reparut qu'à la fin d'Octobre 1683, pour prendre congé, devant partir pour l'armée , et faire sa première campagne ; ce qui étoit déjà décidé depuis plus de trois mois. Il ne resta à la cour que 4 jours, et Ton connoît l'emploi total de ces 4 jours. Or je dis que le Comte de Ver^ rnandois donna le soufflet imaginaire avant son bannissement de la cour ou à son retour. Mais la première hypothèse ne peut être vraie; tous les auteurs qui ont parlé de ce bannissement (0 V. les remarq. hht snr la Bastille. A 3 Digitized by Google -ne Tant attribué qu'à quelques pâmes de dé- bauche; si le bannissement avoit eu lieu pour cause d'un soufflet, tout le monde Tauroit -sçu et dit/ Ce n'est pas à son letour à la cour qu'il a donné le soufflet, puis qu'il n'y est resté que 4 JOUIS 5 et qu'on en connoît l'emploi total , ainsi que je viçrxs de le dire. D'ailleurs ce n'étoit pas dans un moment où il venoit d'ob- tenir son pardon , q\i'il se seroit porté a aucun excès; donc il n'y a point eu de soufflet de donné. 5*^. Mais je suppose que le Comte de Ver^ fnandois ait réellement donné le soufflet ; alors on sera réduit à dire que c'est à raison de cet excès qu'il a été banni de la cour , ainsi voilà la punition ; il seroit affreux et barbare d'ima* giner qu'on eût encore voulu le punir par un martyre, qui devoit durer jusqu'à la fin de ses jours, malgré qu'il eût reparu à la cour, et quf Louis XIV. Veut pardonné ; il eût man- qué à l'aCxiome de droit non lis in idem; une supposition contraire révolte la raison et la na^ tur^ ; ce prince avoit été puni et pardonné , il n'y avoit donc plus à le punir pendant plus de 40 ans, d'une action qui n'étoit point un aime daxis un jeune homme^ mais seulement une Digitized byLjOOÇlC faute grossière; sans quoi Louis XIV* et sei ministres auroient été les plus barbares comme les plus absurdes des tyrans. 6**. Mais ce soufflet rie peut être qu'une fiction. N'y avoît-il pas toujours auprès du grand Dauphin asse:^ de personnes , pour qu9 cet excès ne pût êtie commis, ou pour qu'il fût devenu public , s'il Tavoit été réellement ? Donc le soufflet est une fable. ?**• Le Comte est parti dans les trois derniers jours d'Octobre ou les premiers jours, de No- vembre pour Tarmée , qui étoit campée devant Dixmude. Toutes lés relations de ce tems*là portent que le Comte de Vermandois se trouva mal le iq de Novembre 168 3 au soir ; que le lendemain la petite vérole ou la fièvre maligne se déclara, et qu'il mourut le 18, qu'il fut enterré à Arras. S*il avoit donné le soufflet et qu'on, eût voulu l'en punir , on ne l'auroit pas fait partir pour l'armée , on l'auroit arrêté dans 8on appartement, pendant la nuit, et conduit en lieu de sûreté; mais lui et ses domestiques auroient divulgué la raison pour laquelle on le punissoit, ou il auroit fallu égorger ceux-ci d'une Êiute commise par leur maître, ou les envoyer en différentes prisons ctles ménacex Digitized by Google 8 delà mort, s'ils découvroîent lé motif de letir cmprisomiement ; absurdités qui font tomber le soufflet , et avec lui le Comte do Vermandoîs comme caché sous le masque. 8*^. Pour qu'on eût pu jouer devant Cour- trai ou Dixmude la farce dont je viens de par- ler , il auroit fallu gagner le médecin , un nombreux domestique , et sans doute quelques officiers généraux, qui n'auront pas manqué de voir le Comte de Vermandois avant que le genre ou lespéce de âa "maladie ne fût bien conifu , et encore Monsieur Goslas , pieux prê- tre , que Madame de la Valliere avoit attaché à son fils, lorsqu'il partît pour l'armée, dont il avoit recueilli le dernier soupir , et qui revint désolé de la mort de son jeune maître ; il fau- droit encore, supposer que toutes ces personnes eussent gaidé le secret éternellement , ce qui est contre le cours des choses humaines : mais toutes ces suppositions sont bien gratuites. JBossuet , Evêque de Meaux , fut chargé d'an- noncer sa mort à sa mère, laquelle dit, en se prosternant devant son crucifix : faut -il ^ mon Dîeul que je pleure sa mort^ avant d'avoir assez pleuré sa naissance \i); donc le Comte ^^ ■ ' — —— ' (i) Mém. de Maîntenon par la Beaumelle , T. II. p. 6o. N^. Il est dit dans Louis XIV. sa cour et le Régent, T. i. p« 30^* que ce fiit un Mn Bonnet qui fit cette annonce. Digitized by Google de Vermandois n'a jamais été caché sous le masque. 9^. On a feit des combinaisons sur le nom. de Marchialy , qu'on lui donne sur le Registre moïtuaire, nom visiblement controuvé , nom bisarre, qui est une fausse anagramme des deux mots latins hic amiral puisque Marchialy se trouve sur le registre mortuaire avec un y grec. Effectivement le Comte de Vermandois étpit nommé Amiral de France; mais cette particularité conviendroit également au Duc de Beaiifortj qui fut aussi Amiral ; ainsi il est clair que le nom de Marchialy n'étoit celui d'aucune personne connue , et qu'il a été fabriqué ex- près, parce qu'il faut donner un nom. quel- conque à tout être que l'on veut spécifier. lo^. Enfin pour dernière preuve, qui gît dans le fait, c'est que notre célèbre masque étoit déjà emprisonné depuis Tannée 1661 ; donc ce n'étoit pas le Comte de Fi?r- mandoisy qui n'auroit pu être enfermé qu'en 1683. DU DUC DE BEAUFORT. Le bruit que l'homme au masque de fer étoit le Duc de Beaufort, vient de la Grange- Chaiicel^ auteur des Fhilippijws^ qui écrivit à Digitized by Google — f rëron , que pendant qu'il étoit prisonnier aux Iles Marguerites, Mr. de la Motte ^ Guérin^ qui y commandoit , Tavoit assuré que c'étoit ce Doc, qu'on avoit dit faussement tué devant Candie, et dont on n'avoit pu retrouver le corps , malgré toutes les récherches que Ton avoit faites. Que si Ton considère ^ a-t-il dit, lesprît remuant de cet homme , et la part qu'il prit aux insolentes entreprises des frondeurs (raison pour laquelle il avoit obtenu le sobri- quet de Roi des Halles ) on ne doit plus s'é- tonner de ridée qui vint au gouvernement , de s'assurer de sa personne , puisque la charge de grand amiral qu'il avoit, le rendoit redoutable à chaque révolte ou insurrection. Je vais réfu- ter cette opinion. 1^. Lors de la prétendue détention du Duc deBeaufort, en 1669, l'autorité de Zoww XIV. étoit affermie , et la puissance royale au plus haut degré; ce Duc n etoit dont pas assez re- doutable pour que l'on prît à son égard les précautions étonnantes dont on a usé à 1 égard du prisonnier masqué ; tandis qu'un seul mot suffisoit pour déplacer ou exiler le Duc de Jiéaufort , qui d'ailleurs étoit rentré depuis longtems à son devoir, et à qui depuis ce tems on n avoit rien à reprocher : il commaa* Digitized by Google 11 cla la flotte de France ^en 1665 (i), il défit les vaisseaux des, Turcs près de Tunis et d'Al* ger , et rentra a Bxest a la fin de Tété. Q^. Les Turcs ayant assiégé Candie en 1669, le Duc de Beaufort^ nommé généralissime de? troupes envoyées pour la défense de cette place , en retarda la prise de plus de trois mois ; il périt dans une sortie le Q5 de juin, et on ' ne put retrouver son corps , dont le» Turcs avoient coupé la tête (q). Mr. le Marr qiiîs de Saint-André'Monibrun j témoin ocu- laire bien digne de foi de sa mort au siège de Candie , en parle en ces termes : 1» Mr. de „ Beaujort n'attendit pas qu'il fût jour pour ,, donner le signal de l'attaque ; le désordre „ se mit dans l'armée française, et pendant „ qu'il se précipitoit de tous côtés , pour M tâcher de les rallier , il fut tué et confon** *.» du dans la foule des morts ; on n'a jamais ,, bien sçu de quel coup il fut tué ; mais on „ sçait que le grand Visir envoya sa tête â 49 Constantinople, où elle fut portée pendant M trois jours au bout d'une piqpe ,xomme un6 ^ iiérement par le Duc âVot^ek : celtfi^i étoit plus actif 9 mais véhëment , vindicatif (i)» cruef, soupçonneux ^9) 9 implacable ennismi^ mais ami fidèle. (3) C!Sâr/e^ obtint de son frère que ilfâri> sa fiUê àinée seroit élevée dans la religion protestante; ensuite il fornia le projet de 1 offrir au prince à' Orange fils du stadhouder Guillaume 11^ et de Henriette-Marie y fille de Charles /, xoi d'Angleterre; puis il invita ce Prince à venit à Londres en 1677 ,., et lui proposa pouc épouse la Princesse Marie sa nièce , qu*il regar-« doit coaune pouvant être l'héritière dç sa cou« ronne, attendu que le Duc son frère n'avoit point d*énfans mâles. {^0 Le prince d" Orange^ depuis roi d'Angleterre, sous le nom de GuiU laume III ^. en 6t au roi et au père de 1^ Prin« cesse, ïa demande en forme, mais le Duc dTorck la reçut froidement (5), comme s'il avolt prévu que ce gendre dût un jour le détrôner. ■ ' ■ ' . I m (i) Hist à'A$%ïtt. par Rapin Thopas. T. JQL ia 4|0a â la Haye 1733- (9) Tom. 110. m 8¥o de l*histoîre onivendlei imprimée i Farisr ^ez Moutard « en 1779* ''<3)-Mém. de Gnmmoat» p.ti. (4) Hist universelle, in svo Tom* iio* p« iS4« ($) Hist dAngleu par Rapia Ttapy«ii Ùl 4I9 T«m, IJ& f • 3«a. Digitized by Google Les déuk chambres du parlement déclarent Jacques 9 Duc JCTorck^ incapable d'hériter des couronnes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande ^ à cause de sa religion (i); ce qui déter^uine le Duc de Montmouth à aspirer à la couronne. Le Roi malade sur la fin d'août ^ 4e Duc diTorck anive à la cour; il fait dépouiller le Duc de Montmoutk de sa charge de capitaine- général, et envoyer en Hollande che^ le prince (C Orange^ non sans une extrême surprise de toute 1» cour, puis, qû*avant 1 arrivée du Duc d'Torcky le Duc de Montmouth étoit dans le plus haut degré de faVeur auprès du roi son |)ere. Charles se rétablit; le Duc dTorck re- tourne en Ecosse , mais le roi lui donne des assurances qu'il ne labandonnera jamais (2}. Le Duc de Montmouth revient la même an* Xiée (1679), ^^ ^^ ^^u d'aÛer à la cour, il voyage d'un lieu à l'autre dans le royaume, pour y encourager ses partisans , et x^our en augmenter le nombre. Il y réussit si bien qu'ils prirent la résolution de se perdre eux* mêmes ou de perdre le Duc (TTorck à la pro« chaîne session du Parlement. (3) ''--■■- --- r - 1 -■■ I \-m — m-n 1 ~ (t) Hist. d'Anglet. traduite de Barrow, T. >o« p. 77*, et suivantes, (fi) ThoYm,, Toiyi* 9« P^es 4S0 et 490* (3) V, le même , p. 499* Digitized by Google %1 Barrcw il) dit qiie Montmouth revînt en Angleterre lans la permission de son père , qui refusa de le voir, et lui ordonna dequit« ter le royaume ; que ce Prince bien loin de lui obéir, en paicourut plusieurs provinces «vec le Comte de Shafisbury; que cette Con- duite qui paroissoit marquer un dessein con« tre le gouvernement , détermina plusieurs per« sonnes de considération à embrasser les inté- rêts du Duc d'Torck. Le Comte de Skafts* lury fomenta un esprit de mécontentement contre Tadministradon , qui annonçoit la révolte la. plus dangeureuse ; on vit , vers la fin de Tannée, la même fermentation en Ecosse. Charles fut excessivement irrité contre le Duc de Montmeuth , qui avoit encore réussi à dé- terminer ses conseillers à l'abandonner. Chartes fit revenir d*£cosse le Duc JCYorek , jugeant sa présence nécessaire dans un tems où Ton agitoit des questions qUi Tintéressoient si es- ientiellement ; ce prince arriva à la cour , au mois de février 1680 ^ et fut reçu de son firere avec des marques .extraordinaires d'af- fection, (s) (0 Tomt 10. d( la Tradiictîoii, p* iiS. (t) Banow, Tom io« p^ 190* . « ^ B3 Digitized by Google fit f Leg^ Wighar enflafnmés et, dirigés par le Comte de Shaftsbury ^ jurèrent la ruine du Duc (T Tenk , et purent le parti de Montmouth; Shaftshury pour faciliter rexécution de ses projets fit courir en 1630, le biuit que le roi javoit enfin épousé Mistriss Walthers^ mère du Duc I et <{ue le contrat de mariage étoit dans une boëte^ dont^ Gilbert Gérard étoit dépositakc. Dans un conseil que le roi as» sembla extraordinairement , il déclara que ce bruit étoit faux, et ayant désiré qu'on fit une enquête contre les auteurs d*un pareil aenensonge, il fit coznparoître GérarÂ^ qui dé* daira sous la foî du serment , que jamais il n'a*- Toit eli entre ses mains ]e contrat dont il étoit -question , ni même entendu dire qu'il en exi^ itât un de cette espèce* Le roi publia ensuite une déclaration par laquelle il annonçoit quHl n'avoit jamais' passé aucun contrat avec Miss Wahhers ^ mère du Duc de Montmouth , qu'il fhavoit jamais- épousé que Catherine dt Porttp^ gai. (1) Cette déclaration attestée du conseil privé fut enregistrée sut les registres de la couc de la Chancellerie. Cependant le roi rei^voie encore cette an- née (1680) son firere en Ecosse , où il devoit •^«■^ Il I !■ I II , — — ——————— ———^ 0} Tome 110. de THist iuiiveiselk# Digitized by Google attendre que Torage que ses ennemis avoient élevé contre lui ^ fut appaisé y attendu que Shaftsbary et ses confédérés liii avoient dé- claré une guene éternelle. Cette guerre eut pour effet, que la chambre des communes déclara encore cette année le Duc d'Yorck incapable de régner comme catholique ; le roi se détermina à tout risquer plutôt que de sa- crifier le droit de succession ; heureusement /que la chambre haute rgetta le Bill de la chambre basse, (i). Le parlement de lêSl demanda encore Texclusion du Duc d'Torck de la succession; mais le roi résista avec une force étonnante a toutes les importunités , et aux remontran- ce^ dont ii fut assailli, et prit le parti de pro- roger le parlement, plutôt que de souffrir quHl fût fait quelque injustice à son fiere. Un quatrième parlement assemblé encore h même année à Oxford reprend le Bill d*e3&- clusion contre le Duc d^Torck^ mais le roi le dissout encore. Le Duc d'Torck revint à b cour Fannés vivante, et ne quitta plus le roi , sur Tesprit du quel il eut la plus grande influence jus- qu'à sa mort. Ubtement con- damné que par k Roi «eul. (i) Momtnwah arrivé siu Téchal&ut qiarqua Iji plus vivje doulevr du sa.i^ ^ui avoit été v^é^ et déclara qu'il avpit toujours chéji }a r\atiqn ; il toucha la hache^ 9t fit reniarquçr q^'çlte n*ar voit p^s le fil ; il dpru^ ^ lexéçutçur I3 moitié dç la somme qu*U avoit d^tuifé^ pour lui ^ en kii disant qye feç dppriestiqu^s lui délivre- xoient Tautre, s'^ rçmplissoît s^n office avec adresse, et qu'il ne le fit pas spufFûr comme il étoit arrivé au X*ord Russ^l^ 4 qwi il ^voix ^é obligé de donn^jdeuxcoups* ^''l^xécuteur fut saisi d'un tremblement universel , lorsque leJ)Aiceut posé la tête sur le Billot, et qu'il lui eutiait le. signal; le Bourreau lui porta 3 coups , sans avoir pu lui abattre la tête ; il jettadeL dépit sa hajçbe, mais le Shériffle força .de la réprendice , et .ce .ne fut qu'au troisièmi^ coup qi^'il put séparer la tête du corps : l'un et laut]^ furent enterrés le même jour 13 de [ ■ ■ , -- -^ ip. ^ — .^^ (0 Thoynis, T. 19* J* S4« et^Oj^ Digitized by Google juillet , vieux ^yle ^ dans la chapelle de h Tour. Ji) ^ L'implacable Jacques , non satisfait de la Vengeance qu*il venoit d'obtenir , envoya te grand justicier Jefferies dans les comtés de 1 ouest de TAngleterre , pour servir de nfiinistre à sa vengeance. Cet homme auel ne remplit que trop bien les vues de son inexorable maître ; H fit mourir 2g persormes à Dorchester, sga à Mox, sa propre ville, et q5o de villes d*£xe- ter et de Taunton; les officiers des troupes du roi exercèrent de leur côté \les mêmes cruau« tés. Le grand justicier fut en reconnoissance, créé pair à son retour , et bientôt après élevé à la dignité de chancelier. Je vais maintenant prouver la fausseté de l'application de cette histoire à la personne recelée sous le masque. i*'. Le Comte de Hamilton représente le Duc de Monttnouth , comme un être dont la beauté étoit si parfaite , qu'elle ne peut conve- nir qu'en partie au masque. Le (^omte de Grammont ne dit rien du son de voix du Due de Montmouthj et il est connu que celle du masque , étoit agréable ; mais ce qui les dif- férencie , c'est que Montmouth avoit peu desprit, *i™^— ^— — yy ! ■■ . i j ■■■ . ■ ■» ..1 --^ — »— (i) Barrow, T. loj mais THistoire universelle in S« T« 1^0* dit qu'elle tomba au second coup. Digitized by VjOOÇIC 33 d esprit, et que le masque en avoît beaucoup et qui étoit ofhé de belles connoissances, ainsi que cela sera prouvé par l'Abbé Lengkt dw Frenoyi donc l'homme au masque n'étoit pas le Duc de MontmoutL Q**. Montmouth veut irriter toute la nation contre son père; il réussit à en soulever une partie , il tente une fois de le kke assassiner et deux fois de le détrôner; il travaille pendant 7 à 8 ans. sans relâche à susciter i son oncle le plus grand nombre possible d'ennemis^ réus- sit à déterminer 4 fois la chambre des cômmu-' nés à prononcer son exclusion du Trône, suc le fondement qu'il étoit catholique , descend en An^eterre d'un coté , et son anri iArgyle de l'autre; il traite son oncle et son roi 9 pac ses manifestes , comme s'il eût été le- plus hor<« rible de scélérats ; mais ce forcené est pris et perd la vie. D'Après cet exposé , quand même jfacques II eût été le plus débonnaire, lé plut doux des humains, eût il pu pardonner Mmt'^ moutk? L'Intriguantet impétueux Jésuite P.e-<^ ters son confesseur, et autres gens d'église^ qui l'entouroient , ne Yen auroient-^ib pas dé** tourné ? Ne lui eussent-ils pas représenté que tant que ce neveu vtvroit, il ne pouvioitesi^éitt \ de régner tranquillement , que ^ontmoufk * étant de la religion anglicane , il trauv^oit G Digitized by Google — ^ 34 toujattxs des adhérents ; que par toutes ces x^* spnd le roi ne pouvoit, sans exposer sa relU gion et sa vie, lui faire grâce ? Aussi Jacques^ qui^ dit Voltaire (i), n'a jamais pardotmé à personne, prouva bien qu'il n'étoit pas dis* posé à rizidulgence. Car Mmtmouth ayant été pris le 8 de juillet 1685, vieux style, il n'ar* riva probablement que le 13 où le 14 à Lon-^ dres, où il fut décapité devant la Tour le 15 du même mois, la raison et la justice: d'accord avec le càiactère vindicatif de Jacques II j s'op- posotent ;k ce que Montmcuth fut pardonné ^ et U y alax:ertîtude physique la plus complette qu'il ne l'a pas été ; il a eu pour témoins de sa mort des gens qui le voyoient de tout près, qui le touchoient, qui le servoient; ce sont les Docteufs Ttnnîsson et Hùoper j gens de cpnfttdéradon et de mérite, le premier surtout^ qsii est devemi archevêque de Cantorbery ; ce sont l'étrêqué de £ath et ^e Web ; les deux pre- miers ront: accompagné sur l'échaffàut, et ne lofit 4}iittté qu'après sbn supplice; ce sont ses dpméstiqueis qui Tont encore servi dans ce dernier mtetent de sa vie ; ce sont le Shériff Jtfferies et ses trabants ; ça été le Bouneau lui-* même, quivrfut saisie de frayeur comme de II) V. le premier Voiiime des questions sur TEncydo- Digitized by Google respect à la vue de celui qui auroit pu devenit son maître et son roi, à qui il alloit couper la tête; ça été la multitude des spectateurs, qui Tavoient vu cent et ceiit fois: donc c'est le Duc de Montmouth qui a été exécuté ,.etnon un autre coupable à sa place , qui d'ailleurs n'au- ïoit fait par là aucun sacrifice, puis que selon Hume cet homme supposé étoit déjà un con- damné ; donc le Duc de Montmouth n à, pas été le masque. 3^ tenant à l'histoire prétendue de Lady Wentworth^ zxmnte àe Montmovth y ilya,.p5jLr ce qui vient d'être dit et prouvé , le xhillion à parier contre un qu'elle est faussé ; comment une femme honnête pouvoit-elle aimer le Duc de Montmouth y qui dans les 8 dernières années de sa vie fut un monstre, que le^ anglais au- roient abandonné , s'ils n'eussent paa etjL à crain- dre un gouvernement trop arbitraire, et pat conséquent orageux, de la part du li\iç(ïTorcki mais surtout s'ils n eussent pas détesté la religion qu'il professoit , et qu'ils voyoient .bien qu'il vouloit rendre dominante P. Comniènt peut*on supposer que dans les premiers teîns' qui ont suivi la mdrt du Duc de Mçntmouth^ on ait eu ridée qu'un autre avoit perdu la vie à sa place? Si cette idée ëtoiè venue plus tard a une femm^ ^quelconque) les' membres du Dpc de Mont^ C a Digitized by Google 36 mouth' dévoient alors être putréfiés ; consé- quemmeiit il n*y avoit plus de marque à y reconnoître. Maïs une femme de qualité autoit-elle, dans les premiers mois qui ont suivi la rnort de Montmouth , osé demander avoir son cadavre, sans s*exposer à la colère de Jacques? quedis-je, à la mort? Auroit-il été bien difficile à ce roi soupçonneux et vin- dicatif de prouver qu'une pareille femme auroit été con^plice de celui de tous les êtres qu'il devoit haïr le plus mortellement ? Mais Moîiu mouth avoit été enterré dans la Chapelle de la Tour, et on ne peut pénétrer dans cette tour qu avec permission et accompagné. N'est- ce donc pas le comble de l'absurdité de sup- poser* que Lady, Wentworth et ses fossoyeurs ayent pu oénétrer dans la chapelle , et y déterrer le corps dé Montmouth , le tout sans êtte vus ? donc la saine raison ordonne impérieusement qu'on regarde toute cette prétendue histoire comme la plus impertinente des fables. 4^. On dit qu'un nommé Nélaton , chirur- gien anglais , a saigné le masque à la Bastille. J'y conseils ; mais qu'il lait reconnu à son ac*- . cent pour anglais , c'est ce que je vais exami- iier« Je n'ai pas un bien grand détail de la vie privée du Duc de Moritmouth » depuis son éxiÊmce jusqu'à Tannée 1678 j cependant j'ai Digitized by Google 37 vu dans Thistoire qu*il a été mené en France à lage de g ans , qu'il y est resté environ deux ans avant de retourner à Londres; ne dois-je pas , vu son rang , supposer avec bien de la probabilité qu'il parloit déjà le français avant daïler en France, voîre même dès lenfance? De j^lus j'ai vu qu'il a passé au service de France , comme colonel d'un régirhent anglais, qu'il y est devenu lieutenant -gênerai des ar- mées de Louis XIV. ce qui suppose plusieuti années de service, et de fréquentation dès grands et de la cour. Je dois joindre à toutes ces raisons que Charles II son père avoit résidé longtems à la coui de Fiance, où il avoit voulu épouser une nièce du Cardinal Mazarin ; que ce prince fut l'ami , l'allié et le pensionnaire de Louis XIV; qu'il eût pour maîtresse une française qui eut un empire absolu sur son cœur , et qui fut le canal de toutes les gracèé. Toutes ces raisons tant directes qu'indirectes ne prouvent-elles pas que le Duc de ÏJ&nf- moutk devoit savoir parfaitement le français, et infiniment mieux que iVe/a/o/z, qui ne pou- voit être qu'un foible juge de la pureté de ik prononciation françoise du Duc de Morit» moût h? D'ailleurs Nélaton alloit saigner un malade, qui devoit avoii;la voix afioiblie, qui avbit un masque 9ur le visage, et pardessus C 3 Digitized by Googîe ^^ 3» une serviette : ainsi rémission du son de la voix devoit être gênée ; sa voix pouvoit donc paroître un peu imiter le siiQement de la langue anglaise: mais tous ces raisonne* snents ne sont- ils pas en pure perte, puis qu'il est prouvé que le Duc de Montmouth a eu bien réellement la tête tranchée en pré- sence d une multitude de témoins qui le connxiissoient ? 3^. On dit que le roi Jacques étoit lié paf un serment solemnel de respecter cons- tamment le sang de son frerè. L'Histoire universelle de Guthry et Gray , celles d'An- gleteire de Rapin Thoyras et de Barrow n'en disent mot. Cette dernière dit au contraire que Montmouth , peu après s'être rmment admettra qu'il ait alors prévu que son gefidre pense« xoit à le détrôner ? Ce fut sa conduite in« sensée et impolitique envers ses sujets, qui leur fit naître Tidée de son expulsion. Lès négociations entre eux et Guillaume tll à ce 9ujèt ne commencèrent qu après la paix 4e Digitized-byLjOOÇlC -^ 40 Nknégue, fignée le lo d*août 16789 ainsi trois ans après le supplice public du Duc de Mammouth» Mais si ^ Jacques avpit été alors dans le cas dé penser à un successeur , n*auroit-il pas tou- jours préféré ce Guillaume UI^ mari de sa fille, et conséquemment ses descendants , au Duc de Montmouth^ qui ne lui étoit rien? Les suppo^ agitions que J'on a faites sont donc, fausses et ridicules, tant par ce que je viens de dire, que parceque Jacques avoit encore lieu d'espérer des enfans de Marie de Modene sa femme , qui n'avoit alors qiie 27 ans, et qui efFectivènlènt eût 3 ans après Jacques Edouard y connu de- puis sous le nom de prétendant et de chevalier de •$'. George; fausses encore en ce qvjitLouvois voulut , selon les expressions du Duc de Su Simon (1), laisser toute liberté au projet du f rince d'Orange contre le roi d! Angleterre son beau père , afin qu'il pût agir plus efficacement contre la terrible ligue d'Augsbourg , qu'il eut la témérité de provoquer et d'attaquer : donc Louis XIV, n a pas gardé le Duc de Montmouth pour le faire servir d*épouvantail au brave s ' ' (1) Mémoires de St« Simon , T. 4. p« 171. os voyex Louis XlVf sa «oar et le Régent, T« %• p. 189* Digitized by Google .4% prince £Orangê. J'ajoute à tout cela qu'on est assuré que le vrai masque étoit à^ la tour de nie Marguerite , avant Texécution du Duc de Montmouth , ainsi il n*y a pas eu entre eux iden« tité de personne. DE JEROME MAGNI. On a lu en 1780 dans un p^ier public qu'il y avoit Heu de croire que le masque re« céloit le secrétaire du Duc de Mantoue, qui avoit agi coàtre la France. On n'en parla plut que 6 ans après dans le supplément de la Ga« zette de Leide, N*^. 67. de Tannée 1786. qui s exprime ainsi : „ On nous promet des notes M fort curieuses sur l'homme au masque de „ fer ; elles ont été trouvées à Turin , dans la w bibliothèque d'un Seigneur mort depuis peu, ,, qui les tenoit de ses ancêtres» Elles prou- M vent que cette célèbie victime d'un ressen- ,, timent puissant étoit Jérôme Magni^ pre- M miei ministre du Duc de Mantoue 9 qui „ s'attira cette infortune, pour avoir suscité, „ ou 4u moins contribué beaucoup à susciter w la ligue d'Augsbourg contre Louis XIV. Le 9, Marquis de Louvoisj pouf plaire à son maî- M tre, parvint par l'entremise de Tambassadeux w dç Turin à Êiire enlever ce ministre , qui Digitized. by Google 4t «I étmt enccm à la fleuf de son igé. On le ^ ]^t un jour qu'il étoit à la chasse y et poux «, qu'on ne pût jamais le reconnoître ,* et aussi M pour éviter toute réclamation, on imagina de ^ lui mettre un masque de fer. Ces mémoires, «• à ce qu'on dit , contiennent les détails les ^t plus étendus et les plus satisfaisants sur le %9 séjour de ce prisonnier à l'Ile Ste. Marguerite,' M et sur sa longue détention à la Bastille. Il $> parcût que celui qui les a éaits avoit eu part «f à ce coup de main politique. ,, 1^. Est- il possible que Ton puisse écrire de pareilles billevesées ! Comment ! un ministre d'un -petit prince d'Italie auroit eu Tidée de la fumeuse ligue d'Augsbourg , auroit osé entre- prendre de soulever une grande partie de TEu- rope contre Louis XIV f N est-on pas con- vaincu que le Stadthouder Guillaume IIL a été le principal moteur de cette nombreuse ligue ? Voici un précis fidèle de ce point in- téressant de rivistoire du XVII.® siècle. Guil^ hume m éteit, ainsi qu'on le sait , aussi su-» périeurâ ses contemporains en politique, qu'il l'étoit en ambition. Son projet favori fut d'hu- m'dier Louis XIV. Il imagina à cet efiie^t de fioarmer une ligue avec toutes les puissances de l'Europe qu'il trouveroit disposées à entrer dans 8ii vuet; Si première démarche fut des'ouvric Digitized by Google de son projet à Innocent XI ^ qu'il savoit iirité contre Loui^ XIV i ce pape prit tur lui le prin«* cipal point de la négociation , il disposa Tem* pereur Léopold à pioposer la Hgue ; ce M^or narque envoya le Comte Gustave de Hohen^ lohe chez les principaux Princes de TEmpire; pour leur proposer cette Hgu^ , qui fut arjçetée à Augsbourg le g de Juillet 1686 entre TAu- triche, TEspagne , la Suéde, leBnpidebpurg^ la Saxe et une partie de l'Empire ; ce ne f\xf, qu'après que cette base fut forçfiée , et cpnsolidéç à Venise pendant le carneyal de Tannée sui« vante 9 que les princes d'Italie, la Sardaigoe^ Mantoue et les autres états d'Italie y accédè- rent , excepté la république de Venise , qui tans s'y être engagée n agissoit pas moins se- crètement contre Louis XIV ^ ainsi que le Pape^ qui, a raison de son caractère, ne pou voit se montrer à découvert, mais qui s'entendoit avec le Stadhouder. Donc ce x^e fut pas un petit prince d'Italie ou son ministre, quifutTautéu^t ou un principal agent de la ligue. 99. Les ministres dçs souverains vont rare- ment à la Chasse , mais quand ils y vont^ c'est par partie de plaisir, et leur cortège est. t)rdt« nairement nombreux; on ne pouvQÎt donc enlever Êtcilemeiit M Philippe /F, à qui la R^ine de France sa sœur étoit infiniment at« tachée, ainsi qu'à tpute sa famille. Doncilfa- zarin ne peut être regardé comme ayant été le père du prétendu frère aine de Louis XIV. Ce Journaliste fait des contes auxquels la. plus croyante des religieuses ne pourroit ajou-^ ter foi; il dit qu'après la mort de Louis XIII le Cardinal Mazarin^ de concert avec Aftne ^f^/r/cÂ^, mirer) t sur le trônele plus jeune fils^ qui i\xi Louis XI V^ par deux raisons ^ la pre- Digitized by Google .48 mi^e parce que ce cadet n etoit qu on sot , et que laîné parut avoir de l'esprit ; la seconde , que par cet anangement ils garderoient la ré» gence le plus longtems possible. Goinment^ pour garder la régence un an de plus , la Reine et Mazarin auroient eu l'injustice de supprimer un enfant? £st-ii possible qu'on puisse rai- sonner ainsi, sans être dans le délire ! Le Jour* naliste termine ses contes par dire que Louis XIII. fut tenu publiquement comme' impro- pré à engendrer, et qu'il ne crut Jamais poux' siens les fils que la Reine lui donna. Cette calomnie , que je réfuterai , a pris naissance i la conjuration de Chalais , dont je ferai mention en parlant de la Reine ; mais en attendant je vais citer un passage qui prouve assez que Louis XIII s'est reconnu pour le vrai père de ses enfans , le voici, (i) Ce Roi s'expli« quant dans sa dernière maladie avec son épouse au sujet de la déclaration ^u'il avoit fait enreg- istrer le 3 de Décembre 164a, trois jours après la mort du Cardinal de Bicketieu , par laquelle if excluoit son frère de la régence , dit à cette Princesse, que c'étoit de lui que leurs enfants > avoient (1) V. les snec4ote6 des Reines et Régentes de France» Digitized by LjOOÇIC 49 ' muoieittlepbis à craindre.' A^oilà qui indique assez qu'il lei lœcouBoissoit^pdur $iens. Jai hésité si j'exppserois Topinion de cet exjburnaliste touchant Thomme manqué ; mais comme elle est imprimée, qu o;i Ta lue, qu*on la lira en Allemagne, et quç mon écrit sera très-vraiseniblablement traduit en cette langue ; j'ai pensé devoir la rapporter,, pour faiie voir qu'elle ne mérite aucune croyance, et quel^ fondement sur lequel son auteur l'appuyé est si ftivole qu'il blesse le bon 5ens. Une seconde raison qui m'y a déterminé, c'est qu'il fait écho à. ceux qui ont attaqué la naissance de Louis XIV ^ dont je me suis proposé de prou- ver la légitimité (ce que je ferai, en parlant de la Reine Anne d* Autriche ) , afin de détruiie tous les doutes auxqueU ont donné lieu#d^ semblables pamphlets ; j'ai donc cru ne pou- voir me dispenser de jo»indre les fausses con- . jectures du Journaliste aux précédentes. L'auteur anonyme d'un écrit imprimé en 1693 chez Pierre Hammer à Cologne, a voit cféjà tenté de pïiver îow/ir 'XHI des honneurs de la paternité ; iriais il avôit été peu heureux daiis te choix de celui par qui il feignit que ce Pxince avoit été actéonisé ;• il -raconte que Richelieu y par haine contre le Uuc d* Orléans^ D Digitized by Google 50 qu^il voùloit à tout prix exclure du trône 9 avoit déterminé la Reine à se faire Êdre un en&nt par un Comte de Ranzau : Its gens instruits ont senti tout le faux de cette pro- duction romanesque et calomnieuse ; mais en* fin les ,sots et les ignorants , qui sont le plus grand nombre sur terre, y ont ajouté foi et l'ont propagée (i)» ^ 1°. Il est ridicule d'imaginer que Richelieu ait engagé Anne d'Autriche à manquer à son iparî, tandis qu'il est prouvé qu'il faisoit épier toutes ses dçmarçhes, et qu'il desiroit de la trouver tpujours coupable. Q*. Que ce Comte de Ranzau qui devînt par la suite Maréchal de ïrance , mais qui perdit un œîl et eut une joue percée au siège de Dole en i635, eût pu avec un visage dé- figuré assez plaire à |a Reirie , pour en obtenir les dernièrçs faveurs ; ellç qui n'avoit eu quel- que inclination pour Bpcçkin^karn ^ que parc^ qu'il étoit un des plus beaux hommes de son tems. 3^ Que Si les ordres que Louii XIIL avoit donnés en 1628 ne furent point révoqués^ aucun homme n'étoit admis chez la Reine qu'en sa présence. Pe tout quoi ile^t à conclure que (1) V. THitt zénéAt àtM/euiû^ T. ae» p. 61, Digitized by Google k Reine n'a point prodigué ses Êivêuts à un homme qui a h fin de 1636 ne pouvoit être que convalescent , mais devoit être plus laid qu'un cyclope. DE LOUIS XIIL " Ce Prince étoît d'un caractère ua peu sau- vage, il craignoit la représentation, excepté dans les cérémonies, qu'il aimoit beaucoup. Son goût pour la retraite faisoit qu'il s'attachoit à ses favoris , dont il dépendoit tant qu'il ne les renvoyoit pas. Mais comme il tenoit moms à eux par le goût , que par le besoin d'avoic quelqu'un qui partageât sa solitude , il étoit aisé de les lui enlever, et de lui en substituer d'autres ; car il lui en falloit. II eut des maî- tresses comme des favoris ; il en étoit jaloux^ et cetoit-là où se bornoient ses sentiments. Les vues de ce Prince étoient droites , son esprit sage, éclairé; il n'imaginoit point, mais il jugeoit. bien ; Richelieu ne le gouverhoit . qu'en le persuadant , et ce n'es.t point un Prince médiocre, que celui qui ne se laisse conduire que par de grands moyens (1), Un autre écri- vain qui a fait le portrait de Loids XIII dit^ qu'il étoit bon et fôible , qu'il avoit une piété (i) Président fiénaidt tout ^'uince 1643. D a Digitized by Google 5'^ tendre çtvivc, le goût délicat, l'esprit juste ^ qu'il étoit d'un tempérament foible , sans pas- sions, et modeste jusqu'au scrupule (i). Ce Prince né avec un caractère un peu sauvage ne goûta jamais les plaisirs de la grandeur , ni ceux de l'humanité ; toujours sous le joug et toujours voulant le secouer ; malade, triste, sombre, il fut insupportable à lui-même et à ses courtisans (a). Ce Prince eut cependant des maîtrefses , auxqu'elles il fit part de sa mélancolie , et c'é- tôit où se bornoiant ses sentiments. Cependant peux qu^il éprouva d'abord pour mademoiselle de la Fayette tenoient de l'amour; cette ver- tueuse fille s'en étant apperçue , se fit religieuse de là Visitation en 1 63 7. Le Roi ne lui en resta jpas môitls attaché, et lui fit defiréquentes visités au parloir. Elle l'engagea souvent à se réconcilier avec laReine, avec qui il étoit brouillé depuis la conjuration de Chalais. Il déféra enfin à ses sollicitations , ainsi que je le dirai bientôt plus positivement. Les deux autres maî- tresses de Louis furent les demoiselles de Hau^ téjort et de Chemeraut , dont Richelieu par son ascendant détermina son maître à se défaire. <0 Tablettes de Fttmce pw; Drài? . 4» Radier, T. 3* p. 161 — 175. 0) Dict 4e Dotn Chandon » art. Louis XIII. Digitized by Google 53 D'Anne d*autrichr Cette Princesse, femme de Louis Xf II ^ na- quit le QQ de septembre i6oi , cinq jours avant Louis. Lqs flatteurs ne manqueront pas d'ob- server cette circonstance comme un présage assuré qullsétoicnt destinés l'uR gonr l'autre dés l'instant de Jeur iiaissance, ^t qu'il régne- joit une parfailjç upion ej;itre Lms et Anne; mw il s'en fa^^rt 4^. beaucoup. que le présage se vérifiât (i). . Vçici, le portrait qp*e^ fit dans le tems Madatqed^^rigtjy qui lui étoit atta- ^chée* „ Cfstte Princesse n-eçç ni grande ni ^r petite ; mais daps 9<^n^t^;rd, on la oreconnoît ,%9 pour être à' fax lang.^xtraord^^aîrei ses cher j^j yeux sont d\\m beafi châtain ; . ia f9rme de son ^, visage estxm peu longue; tous les traits en ^9 sont beaux 9 et s'ils ii'ont pas de délicatesse, ;»• c'est pour avdr tai^t de majesté, que ce qu'ils ^ ont eçt préférable: à ce qui ieu| manque. g» Ses yeux sont grands et beaux; sa bouche ^9 peut servir de modèle à tous les .pe^ntrec^; fg, ses bras et ses mains feroieut hpn^ à la j,; plus parfaite sculpture 3 poMr le jrçste de jj^ son corps % U n* que dans Tune et dans l'autre fortune, elle „ ne paroît pas seulement Reine des autres , Di mais d elle-même aussi. Son humeur seroit ^ portée au dédain ^t au ressentiment des ^, offenses , mais en parlant d*un défaut natu- „ rel, je parle d'une vertu acquise; car Ton ^ sait jusqu'où elle fait aller sa clémence et 99 son pardon (i). Voilà un portiait sans doute prodigieusement flatté. Ce fut à elle que la Cour de Fiance dût en partie les agrémens et la politesse qui la distinguèrent de toutes le* auties coûts de l'Europe (q).^ Cette ^luioesse vécut assez bien avec son mari depuis son mariage en 1613 jusqu^à la venue de JSucMngham en France, veis le milieu ■ ■ Il ' W^— — ^ I I J I I • I !■ (1) Angcddto des Remet et Restes de Fnmct^ , T. 9i («} Diet de Dem duadea , «t. Antte d'Autriche Digitized by Google 55 de mai 1625^ Elleent vers le niliea duGâr&ne 3 6 et a une fausse ccmcfae de '6 semaines , occa^ sionnée pax une chute qu'elle fit, en courant dans la grande salle du Loune , étant tenue soqs les bras, par la connétable de Luynes et par mademoiselle de VemeuiL Le Roi fut si chagrin de cet accident ^ qu'il écrivit à ces deux Dames de se vetiter de la cour^ £ass&m^ fierté avoit passé cette soirée , qui avott été' fort gaie, chez \st Reiiie, avec piusieurï Sei^ gneurs et Dames (1). On imputa cette chute à la malice de la connétable de Luynés {1). Lo R^i fut faire la même année le siège de Mon* pellier. . La Reine et la C0ur furent à Lyon pen« dam ce tems-là. Le Roi témoigna beaucoup d*envie de voir la Reine^ 0& Ivà proposa de I9 * £aâre venir à Âlez. Ces époux Vfvofeent dors bien ensemble. Il me paxoîs que c'est d^ns !es 4 années qui précédeseat cette dernière, qû*it Êtut placer le tems de b neuvaitfe que fitl^ Reine pour avoir des eniaru' (j^m Le Duc de -- BuçkingAam étant venu en France Tannée lô^y poui conduire en Angleterre BenrUtte de France » sœur de Louis XIII j qui 1 ■ f ■ ■ y ■ • ■ ^^■ 1 ■ I • , .1 ' 0) I5nain, qu«U iHoi^tra par vanité à plusieurs. :pej^onnes dé>la eaucoapw Maïs une anecdote que ji'qn; ne conteste p^^ç $ ».l4i:'^trit(ùfS€zjïi)^^ on vi. pafje,. pl^Sr MÎJUi. à-^une: Bfârid dé France (a)* (p^Ule a^'^jl^rfe fut.caio» i}Ue ^«htrée du ca* l^inél etj ^ed^ chambré de la Reine futintierdité aux.horhmç^^ excepté qisanda8 à tems , soupa ,ayec son mari et passa la nuit en sa compagnie. Neuf mois a[»-és naquit L^iis XIV avec trois^dents , le 3 de Septembre 163 8. On regarda sa naissance €?omme ; un nA^ xacle ; cest pourquoi jRtcA^/^ù voulut qull portât le nom de Thwdos oti DieudoMaé (1); U y a quelques auteurs qui attiribitent phxt particulièrement Thonneur de la ïéèolldliatioii du Ruiavecla-Rejne, à Mademoiselle de la Fayettç (a) , qui s'en etoit occupée jusqu'alors, sans succès. Mais s'il est naturel de croire qu elle mil à profit la circonstance du mauvais tems dont je viens de parler , pour réitérer ses instances ^ \\ est également ttès-probable que ^uitaut se joignit à Mademoiselle de la: Fayette , ,et que ses conseils furent d'autant plus efficaces que Mademoiselle de la Faytttt n'avoit encore pu jusqu'alors persuader le R<» de se accommoder avec la Reine. Ainsi il me' paroît qu'en bonne équité Mademoiselle de la' (1) V. THist. HniverseBe de Meûstl, Ti io. p. 68, qui cite ies Miémoires de Mongtât et de MâdaméKê Motte ville. ' (9) V. l'Art, la Fayette, dans le nouveau Dict. historique et te T. 6. ^•.!s6> des #iecdotes des Reines et Régentes' de Ptance* • - « Digitized by Google 6« Fayette et le Mnquia de Gultaut doivent pai^ tager. par nioitié Thonneur du ntccommode*- menti J'avoue néanmoins qu'en examinant sera-- puleusement ce point de l'histoiie, on pour- roit soutenir que Mr. de Cuitàut eut la phu grande part à ce raccommodement, car la Reine, devenue Régente^ le prit pour capitaine de ses gardes, et i*honora de sa confiance^ On ne peut en trouver d autre cause que celle de la recon* noissance envers celui, qui aroittant contri-» bué à révénement qui lui procura le bonheuc de la rendre mere« Cependant Richelieu ayant découvert que la Reine entretenoit toujours correspondance avec le Cardinal in&nt, son frère, qui étoit à Bruxelles, la fit interroger par le chancelier, qupi qu elle fut grosse. La Reine soutint son rang , si indignement avili ; elle dit que la na- ture lobligeoit d'aimer son frère et sa patrie, qu'elle n avoit jamais rien écrit de contraire à ce quelle devoit au Roi ou à la France, et qu'elle n avoit eu d'autre but, que de procurer la paix (i). Je vais donner un plus long et plus, agréable détail de cette a£Eaire telle qu elle est, ■ " I ■■ " .^——11 M il I,,,, I ,11, , I m I, (0 V. le 31. Val. Ûe VUîst nnivuselle de Giattiy et Grai, anglsis, tnd* ea ftanc. imj^^e çn i/G^* à Amster*. dam et à Le^zig p. 343* Digitized by Google 63 I racontée par rhistorien du petit Sichttieu^ c est-à-dire du Capucin Joseph du TremblaL Le Cardinal de Richelieu ^ dit cet historien, mit le père Joseph en campi^gne , pour décou*- vrir quel étoit le sujet de la mystérieuse cor- respondàndede lettres entre laReine et le Car« dinal infant, son firere, sans avoir égard à la grossesse de la Reine , qui réjoiiissoit tous les Français. Ce religieux quravoit eu une attaque d'appoplexie à Compiegne , et qui n!agissoit pas comme auparavant ,' chargea un Capucin de faire une espèce de mission au Val de grâce, et par le crédit de ce nouveau missionnaire sur l'esprit de ces filles, tout fut découvert; c etoit à une religieuse qu'on rendoit toutes ces lettres ; elle les mettoit dans une armoire que la Reine y avoit , et où elle alloit souvent. La Reine y mettoit aussi les siennes, et la reli- gieuse avoit soin de les aller prendre et d nemi de l'état. Laporte fut arrêté, contre l'avis du père Joseph , qui soutenoit qme cet afirçnt retombpît sur la Reine« L'Iiistoire du Digitized by Google 64 Cardinal dit; qu'il voulut Tintenoger lui-même, que pour cela il se rendit dans lappartement db Mr. de Chavig^; que s'étant mis sur le lit de ce ministre, dont les rideaux étoient ^és, il parla sans être vu. Cette nouvelle tnanière d 'interroger un criminel ne lui réussit pas : LaporU reconnut sa voix et se défendit bien. La ruse n'ayant donc pas eu son effet, le chancelier eut ordre d'aller au Val- de- grâce , •e saisir des lettres de la Reine et du Cardinal in&nt, un jour que cette Princesse y iroit ; mais le chancelier ne trouva dans cette armoire que des disciplines. On dit que le Chancelier n ayant pas non plus approuvé la conduite du Cardi- nal envers une Princesse à qui tout le monde donnpit mille bénédictions , l'avoit fait avertir auparavant de sa commission , et lui avoit même insinué ce qu'elle devoit répondre ; de- sorte que la Reine avoit fait soustraire toutes les lettres , qui étoient dans cette armoire , et les avoit mises entre les mains de la Marquise de Sourdis ; qu'elle répondit sagement , qu'elle n*étoufferoit Jamais l'amitié que la nature demandoit qu elle eût pour son frerc , maïs qu*elle savoit l'aimer sans préjudice à l'état. Le Cardinal ne fut pas content de ces disci- plines 5 s*imaginant qu'on les avoit mises ex- près pour se mocquer de lui, ni le père Joseph du Digitized by Google "V 65 du êuccès de la mission qui s'ëtoit ikite pour découvrir l'intrigue (i). Voici un autre témoignage bien précieux du jcaccommodement du Roi avec la Reine, et conséquemtnent de la légitimité de la naissance, du Roi; il est fourni par le Sr Pierre de lai Forte , d'abord porte - manteau de cette Reine, ensuite maître d'Hôtel , et premier ralet de chambre de Louù HIV. ♦* Après bien des soupçons , dit ce témoin , sur les intelligences . de la Reine en Espagne, et sur la* part que j'y avois 9 le Roi eut enfin quelques avis plus cer- tains, ^qui causèrent ma disgrâce et ma prisori; je fus envoyé à la Bastille et mis. dans un cachot ; j'en fus tiré au bout de six semaines, et mis dans une chambre ordinaire ; j'appris par les soins de ^lademuiselle de Hautefort jue le Roi et la^ JUine sétohnt réconciliés , 'et même que leurs ma^ jestés revenues à Paris avoient couché ensemble (q) / Il W ■ ■ ! !■ Il I ' ^ ' i 'Wf^^— ■ 1 I y^»—— ^— ^^^^MWi^^i^i^— li (i) V. le ycrîtablç père. Joseph Capqcin çtc, nouvejl» édition» T« ttf à $t* Jean de Maurienne, chez 6aspar4 Btltler 1 7S0. et Joseph de' Paris , sous ce nom Nrô. X1I< dans ' le Etict. de C|iandon ; àipsi que les auteurs ^ui sont cités SOU9 - cet article, '. .(s) Je dois remarquer à cette opcsstont que Mademolselfo de Hai)tefort , que Louis XI II aima avec autant 4e constance que de chasteté , n'employa l'amour qu*à réunir deux époux diVisés pgr Richelieu, v. les Mém de MaintenoD par laSaU» fliçUe, T, 1. p. 148. et T. U. p. 16. Digitized by Google — 66 Comme c*est de cette fois-là que la Reine devint grosse de Louis XIV y on pouvoit, dit hPorte^ Tappeller le JUs de mon silence j aussi bien que des prière» de la Reine et des vœux de toute la France. Enfin arriva le jour de ma sortie de la Bastille où je demeurai 9 mois, jour pourjour^ comme dans le sein de ma mère. La Reine étant à mi*term« , et ayant senti remuer son enfant, elle demanda ma liberté et Tobtint, à condition que j'irois en exil à Saumur , et qut \e n'en sorti^is point sans ^un ordre du Roi; j'y restai jusqu'en 1643, ^^^^ auquel le Roi étant mort, la Reine me rappella à la cour, me fit quelque bien , et me disgracia sans fondement , excitée par le Cardinal Maxa** rin (!).•• Ces témoignages d'auteurs contemporains , que je viens de rapporter, prouvent donc que Louis XIII s'est raccommodé avec son épouse dans les premiers jours de Décembre 1637; témoignages qui sont confirmés exactement ^ mois aprè^ l'époque qu'ils citent , par la naissance de Louis XIV arrivée le 5 de Sept. 4e Tannée suivante. (1) Les mémoires de Laptti^X/F; mais o» ^n auroit cent , si ce Princç oji ses rpini§tte!ji jBus^ent pris le pajrti qjuç j'indique , et dpxit l'exçcution auroit été infiniment utile dap^ bien de cas aux Roii% de France depuis .un siîècte. Je fais bien respectueusement le même re- proche à Iji Reine. Cette Princesse n'aurpit- élle pas dû faire répondre par un bon écrivain ^ Tinfame libelle de la 'JLamothe , soi disant de Valais *, cette commission auroif été faite par un serviteur de çônfiâncç, qui auroit dit à Fauteur de la réponse qu*îlprénoît ce parti ^ rîrisu de la Heine j et par pur attachement Jioiiretre.' Je v^i^donC, ^uoicjue sans rn'jsçiorj, Digitized by Google B4 téder au désir que j*aî d'zt^ézntit {^at quelque! lignes la principale colonne de 1 édifice d'irn** posture de la Lamothe. Mûrit' Antoinette , Archiduchesse d'Autriche, aniva à Strasbourg le sept de Mai 1770 agéé , de quatorze ans et demi ; le coadjuteur , Princ€ Louis de Rohan ^ lui fit le lendemain, à l'entrée, de l'église cathédrale, un compliment que j'ai dans ce moment sous les yeux ; il se trouve dani la première quinzaine de Juin du Journal poli- tique de Bouillon de ladite année, page 42* Ce Prince ne -fut nommé à l'ambassade de Vienne que leneuf ^'août de Tannée suivante, et ne partit pour sa destination qu'au mois de nov. suivant. Donc tout ce qu'avance le ca* . lomûiateur Latow dans son mémoire , pour l'escroque de Lamdtht , concernant rintelli« gence clandestine , qu'il dit avoir régné à Vienne entre l'Archiduchesse et le Prélat , est une calomnie aussi infâme qu'elle est fausse^ puisqu'à l'arrivée de ce dernier à Vienne cette Princesse étoit Dauphine depuis dix huit mois* Si ce mémoire atroce , qui à mon vu et sçu a trouvé beaucoup de croyance chez l'étranger^ eût été tout de suite honoré d'une réfutation ^ les fureurs exercées , l'attentat commis dans la matipée du six d'octobre 1 78g, par unepopu-t* lace el&éaée, et qui ne furent que Texfdosii)]! E 3 Digitized by Google d'une indignation mal fondée , mais qui fer-^ mentoit depuis loagtems, n eussent jamais eu lieu. Je sors encore ui«:: minute de mon sujet, poux revenir sur la quah&cation que le Si. de La^oru donne à Louis XIV j qu'il appelle /e JUs de non silence , et ep tirer ensuite une con« séquence philosophique, bien naturelle. Ce £dele serviteur , qui fut ensuite bien mal ré- compensé , voulut dire par là y, oui j etois len^ ^ tremetteur de la correspondance secrète de ^ la Reine avec sa famille d'Espagne , je sa^ „ vais qud en éjoit Fobj^et ; ah ! si j'avais ^ vouiu^ si j'avais dit un mot! Louis neseroiç ^s jamais sorti dju néant, m Ainsi , ti Laporte qui étoit originairement un garçon tailleur, avoit cédé aux tourments de sa prison , s'il n'^voit p2(S été un sefrviteui attaché à sa maî- tresse, s*ilavoitditun mot Louis n existait pas ; et 1 état politique de l'Europe et des parties de la terre où le6 européens se sont établis, ne séroit pas teî qu'il est aujourdhuû Oh ! le meilleur des mondés , que le bonheur ou le malheur : de vos habitants tient à peu de chose ! Anne JC Autriche eut un second fils le 91 dé Septembre 1640; ce bit Philippe I. Duc d'Aju jou^ pvà» 4t Orléans i elle, vécut cor^ùgsdbment^ Digitized by Google quoique peu heureuiementi avec son mari ju^^ quala mort de son tyian Richelieu^ qui ar« riva le 4 de Décembre 1649. La maladie à& ce ministre se dcdaia le a 8 de npven^bre; le Roi alla le voir , celui - ci lui recommanda Màzarin^ que le Roi nomma membre du conseif d'état le lendemain de la Inort de Richelieu» Le Roi avoit fait dresser la veille même de la mort de RicheHèu vinè déclaration, par la^ quelle il nomma le Cardinal JlfazartVf 5 conjoii^ tement avec la Reine , régens du Royaume, avec exclusion entière dix Duc d* Orléans i la^ quelle il remit au premier président en pré<« sencè des gens du Roi , qu'il avoit fait venir à cet effet , leur ordonnant ^e l'enregistrer sani délai. Ce Priilre leur dit qu'il ne devoit laisser participer soôi frère à la Régence , attendu qu'U lui avoit déjà pardonné six fois ^ qu'ainsi îi ne pouvoit lui confier ce qu'il /atôit de plms cher^ r état et ses deux jils, • - Richelieu étant moirt le lendemain, le Roi envoya chercher le premier présidebt, pour lui annoncer cet événement/^ lui dire qu'il ne vouloit rien changer à la . dédaratton qu'il lui atait remise, et qui fut pitbbâ) le même |àur 5 de Décembre (1). : . C») Aubery, T. 1. p. laç, . ^ Digitized by Google ^7^ Une des premiers çgreuves du crédit qu*etit tout de suite Mazàrin sur 1 esprit du Roi, tut de fil re nommer sécreia re d état Mr. le Te lier ^ l'homme le plus capable de garder un secret, quil avoit particulièrement connu en Italie, lorsqu'il y étoit intendant de justice des ar- mées du Roi: Ce ministre fut probablement le premier à qui fut confié le secret de la naissance d'un fils ^Anne £ Autriche , et du Cardinal Mazarin^ qu*il transmit à son fils le ,fameux Louvois^ avec le consentement de. Louis XIV. • Le Duc (TOrUans gagne Mazarin par CAa- vigny son chancelier ; tous deux déterminent ' ce Prince à revenir à la cour. Mazarin voulut se fortifier par-'là contre le parti de la Reine , attendu qu'il avoit lieu de craindre quelle ne voulût l'exclure de la régence , et en jouir g eule. Le Duc' d'Orléans arrive à Su Germain, il se jette aux pieds du Roi, à qui il jure une tidéliui étemelle; le Roi le pardonne et l'em- brasse ,(i). Mazarin devoit aller au congrès de Munster; tnais comme U étoit le principaV ministre, il sentit qu'il «eroit dangereux pour lui de s'é^i loigner de la cour ; U fit nommer le Duc dé <&) Menid» T. lo. p. 179* Digitized by Google iLongumîle en qualité de ministre pléhîpo^ tentiaire, et le Comte ctAvaux^outle second; le premier fut ensuite remplacé par Serviçn* Tout cela fut arrêté secrètement dans le con- seil d'état, sans la participation de Brienne ni de, la VrîUiere , ce qui fâcha tellement le pre* tnièr, qu'il vendit sa charge de secrétaire d'état à Duplessis Guenegault. Tout cela fut l'œuvre de Mazaririy qui commençoit à jouir du pouvoir le plus absolu , et qui vouloit dégoûter. Brienne , qui ne lui plaisoit point , parcequ'il, le voyoir trop attaché à la Reine (l)- Le Roi fut attaqué en Février 1643 d*un6 fièvre lente ; il fit retirer le mois suivant sa dé- claration contre son frère, qu'il avoit £iit en- registrer 4 mois auparavant^ attendu qu'il lui avoit pardonné et s'étoit reconcilié avec lui. Il le nomma , le cas de sa mort anivant , lieu- tenant-général du Roi mineur, dans tout le royaume , sous l'autorité de la Reine son épouse , qu'il nomma régente , et la chargea de l'éducation de ses enfants et de l'admi- nistration du royaume. Mais il ordonna que ni l'un ni l'autre ne pussent rien faire que pas l'avis et le conseil souverain de la Régence» composé de ses cousins le Prince de Condi^^ (0 Mçotd, T. a^ p. ûa. Digitized by Google du Cardinal Maiarin\ dei Srs. Sauter l chancelier de Fnmoe » Mûuikillier , surinten* dant des finanœs, et de Chavigny, secrétaire des coimnandemens • tous qualifiés ministres detat ; que le Piince de ûmde et le Cardinal €n fusient les chefs , dans Tordre qu'ils sont nommés; que la Reine nommeroit seule «lus: dignités ecclésiastiques, par lavis de Mazarîn •euL II pardonna à tous les disgraciés, excepté à Tancien garde des sceaux Château - neuf et i la Duchesse de Ouvreuse y dont il défendit le rappel à la cour » surtout de celle - ci , parce qu elle ayoit beaucoup de pouvoit sur Tesprit de la Reine , et qu elle avoit été la principale cause de leurs l)rouilleries domestiques ; aussi étoit-ce uxie fiemme intrigante 9 et Thistoirç de ce tems prouva qu*dle eut beaucoup de part aux événemens qui déplurent au Roi i niait on ne suivit pas à cet égard les disposi-* tiens dû monarque mourant (i). Cette décla^ lation concernant la régence fut signée le ig d'Avril 1643 ^^ château de St. Germain^ et apostiliée de la main du Rot , qui la fit enr suite signer par la Reine et par Monsieur, apirèa l'avoir préalablement &it lire tout haut dans sa chambre , en sa présence et en oelie de» (1) rHîit. univers, in svo, T» 7f. f^ Jftt? . Digitized by Google T5 ducs et: pairs et des dépatés an Patlemetit» où elle fut vérifiée .et eniégistrée le lende^ main (i), Mazarih fut l'auteur de la première déclara** tipn , qui excluoit Monsieur de 1^ Régence i ce fut encore lui 9 mais CQnjài pu fui faire plus de mal jue Moiarùi^ fueUe accusait avec justice (C avoir déterminé le Roi à ctls mesu» res ; ce qui fit croire que le crédit de Magarin^ ailoit disparoître (3). La Châtre infirme U colère que la Reine,, instruite de cette déclara- tion , eut contre Maatuin et contre Ckaivigny , (1) Aubery , p. 197. et les anecdotes des Reines et Régentes de FranceVX. 6. p. «41. (9) Aubery , .T. 1. p. i54« (3) Anecdotes des Reines et R^lfontes de If'nuiee , T« IL Digitized by Google qui Tavoîcnt conseillée au Roi (l) ; mais un auteur grave (q) raconte que le rusé Italien, (qui selon le proverbe populaire vouloit sans doute ménager la chèvre et le chou) fit dire à la Reine, qu'il n'avoit point conseillé les bornes qui étoiênt mises à son autorité par la dite déclaration ; que le Roi n avoit voulu lui laisser qu'on pouvoir apparent; qu'il lui con- •eilloit cependant de se montrer contente, et de signer la déclaration sans difficulté ^ puis* qu après la moit de son mari , elle se saisiroit de tous les droits attachés à la Régence , et qu'elle pouvoit compter sur ses services, qu'il lui fit offrir par Putier^ évêque de Beauvais, son grand aumônier , conjointement avec le îionce du Pape. La Reine les accepta sur la parole de ce dernier. Quant à Tévêque il donna ^ar-là une preuve de son peu d'intelligence; aussi Mr. de Brienne^ plus sincère que les cour* tisans n*ont coutume de letre, dit k ce Pré- lat , qu'il souhaitoit qu'il n'eût pas sujet de s'en repentir (3). Louis XIII avoit été fort indécis sur le parti à prendre concernant la Régence , ce qui fut (1) M^m. de la Chastre , p. 334 e^ 3$ (9) Measel, T. so. p. tS5. (3) Hist nnivendle in Sto^ T« 77« pt 3lo« - ' Digitized by Google 77 .^m effet des impressions que lui isivoit données Aichélieu contre sa mère, sa femme et son £rere : il avoit dit -à la Reine, en parlant deisoh frère, qye c*étoit de lui dont leurs enfans avoient le plus à craindie ; cependant il leût préféré à sa femme , s'il eût . eu moins à s*ea plaindre ; ce dont l'on nç doutoit aucunement^ surtout d'après la réponse qu'il .fit à Chavignj^: Ce ministre étant allé trouver le Roi delà, paa^t, de^ la Reine^ pour lui demander pardon de cjS qu elle avoit jamais fait , et même de ce qui lui avoit déplu dans sa conduite , le suppliant particulièrement de ne point croire, qu'elle eût eu aucune part dans l'affaire de Chalais, ni qu'elle eût trempé dans le dessein d'épouser Monsieur , après que (Jhalais auroit fait mou- rir le Roi ; il répondit sur cela à Mr. de Cha^ vigny sans s'émouvoir : en létat où je suis je dois lui pardonner ^ mais je ne dois pas la croire (i). Lorsque le Roi fit cette .réponse à Mr. de Chavignyy il croyoit que la Reine avoit erv- core des liaisons avec les Espagnols , par le moyen de Madame de Chevreuse , qui étoit à Bruxelles (q). Aussi fallut-il employer tous m ' ■ ■' — ■■ ■■»■ i 'I I \ " T " ■ " ■ ■ ■■ (i) Anfcdotes des Reines et Régentes de Ftançe , T. 6t p. û^if (2) Mém. de la $.odvç^uçault > p« 21^ Digitized by Google 78 les ressorti ^e b politique, et ceux même de la religion , pour obtenir que la Reine fut dé- clarée Régente; et û le Roi eik pensé, qu'il jie pouvoit lui accôtder ce titie sans la rendre pleinement maîti^sse, il ne le lui auroic ja- tndis donné (i). - Ce Prince infortuné mourut le 14 de Mai -1,643. Sa veuve sç rendit le 18 au parlement, qui hii déféra sans restriction la régence et la tutèle^ et cela du consentement du Duc cT Orléans et du Prince de Cbndé ; le Cardinal Mazarin eut la surintendance de l'éducation du Roi (a). On crut pendant quelque tems que Potier j son grand aumônier , aur oit la principale con- fiance; mais la première preuve qu'il donna de son intelligence dans les affaires fut si rîsi«> ble , que la Reine fut obligée de changer leg vues qu'elle avoit eues sur son compte. Cet évêque dit à l'envoyé de Hollande, que si ses compatriotes vouloiçnt entrer en alliance avec la X\) Anecdotes des P«einçs et Récentes de France , T. 6. ^ 238. (3) Cest ce ^*on Ht dans la traduction de lijistoire uni- verselle des anglais, in 4. sime^Vol. et danç 1^ président Hé- nault sous Tannée 1643$ mais il y a lieu de croire que ces auteurs auroient du dire //i^e/zc^anr et non surintendant ; cSx selon Auhery, T. 1. p. 318, Maz^in n*e«t cette dcr^ nière qualité, en titre, que par lettres patentes du i5 de j^rs 1646, paf lesquelles le Marquis de Villeroy fut en même tems nommé gotnrernenr du Koi. Digitized b\ Google 19 fronce , ils dévoient redevenir catheliquei ; d ail^ leurs il employoit autant de tems à dresser une expédition , qu'il en falloità un espdt vif poui en faire dix , et encore celle qu*il faisoit étoît gauche (i). Richelieu aveit bien connu son incapacité, aussi lavoit-il trop peu considéré pour rôter d auprès de la Reine {*x). DU CARDINAL MAZARIN. . Pour me répéter le moins possible, je doi/s commencer ici à parler du Cardinal Mas^^rin^ attendu que son histoire ^ en ce qui concerne 1^ matière que je traite , va se confondre avec celle dAnne £ Autriche. Mais le point d'éléva- tion auquel cet étranger est parvenu , la puis-? sance royale 9 dont il a joui de fait^ pendant plusieurs années , forment un CQntxaste si frap^ pant avec Tétat que sa naissance paroissoit lui avoir destiné , que mes lecteurs seront à coup $ûr enchantés de connoitre aUn origine. Cet homme, devenu si célèbre, naquit à Piscine, petite ville du diocèse de Marsea dans TAbtuzze, où TAbbé £uffalini^ son onde, avoit un bénéfice. La preuve en est établie sur un (i) V. Meusely p. 191 , 199. T. ao« (9) Mém. de la Rochéfoncault, lu xs* à Cologne , che| Pierre VsAf^Dyck i668* p. ;♦. Digitized by- Google 8o ^cxtrait baptistère tir^ des archives deTéglîse ca- tjh^drale de P- 44* Cl suçantes. ^ Digitized by Google M Car alors il avoit q8 à 30 ans, âge auquel on xx)mmence à rechercher les grandeurs et la puissance. hçs Mazarin^ dXxAubery^ sont originaires de Sicile et de famille très -noble; Pierre Maza^ . rin^ père du Cardinal, amené jeune à Rome, 8 y établit et pri't pour femme Hortensia de la très - noble famille 4«s Èuffalini ; de ce ma- riage naquirent plusieurs filles et deux fils, Jules et Michel , qui tous deux furent cardi- naux; le second prit le nom de Cardinal de Ste. Cécile^ le fameux Jules naquit, selon Aubery^ le 16 de Juillet 1602. (1) L'on voit que cet auteur recule de q ans la naissance de Mazarin , quoique justifiée par un extrait baptistère , et qu'il lui donne une origine noble ; ce ^qui est bien opposé* à celle qui lui est attribuée dans une lettre d'un père Michel y religieux hetmite de l'ordre des CamaWtt/e^ préside Grosbois (q), à Mgr. le Duc (TAngoulême sur les cruautés commises dans la Bne par ceux qu'il appelle Mazari- nistes, Paris 1649. L'auteur de cette lettre dit que les ancêtres de Pierre étoient de Mazafa en Sicile, où ils abjurèrent le judaïsme; que se voyant sans surnom dans une reli- . (0 Aubery, T. i. p. 4 et 6. (s) Château à 4 lieues à Test de Paris. F Di^itized by Gpogle . 8q gîon nouvelle, ils piirent celui de la ville de leur naissance. Une autre pièce du mêihe tems (i) dit que le grand père de lifazarin ëtoit un pauvre chapelier, Sicilien de nation, qui fut contraint par banqueroute de quitter son pays ; que le père du Cardinal commença à servir à Rome dans une écurie , où il pan- soit les chevaux ; qu'il devint par la suite pourvoyeur et maître d'Hôtel d'une maison de condition , où il se mit en état , par les profits que lui procura son industrie, de payer partie de l'office de maître des postes de Rome àNaplçs, quil acheta; que des deux fils qu'il «ut, il fut obligé d'en faire un Jacobin ^ c'est celui qui devint Cardinal de Ste. Cécile ; que Tautre, qu'on appelloit Jules y fut d abord la- quais et estàfier dans de mauvais lieux ; qu'il «ntra . ensuite chez les Cardinaux Sachetti et Antonio ; qu'il étoît si incliné au vol , qu'il îut à Venise et à Naples , pour apprendre les piperies quon pratique dans /et jeux de hazard^ dont il devint maître si parfait en peu de tems , quon lui donnoit par excellence le nom de Pipeicr; de quoi toute a cour de France sait la vérité^ et dont plusieurs ont fait C expérience. Voici sur XO QP>* pour titre: lettre d'un religieux à Mgr. le prince de Condé, imprimée en i649.'à faiû, chez Kolln 4e U Haye. Digitized by Google rinclination du Cardinal â tromper au jeu ce qu'en dit le Comte de Hamilton dans les mé- moires qui portent^ le nom de Grammont (i) : 9, L'avidité d'amasser du Cardinal nese bornoit 9> pas à mille moyens que lui en foumissoit ,, l'autorité dont il étoit revêtu ; il aimoit na- •t turellement le jeu , et trompoit tant qu'il ,, pouvoit pour gagner : je m apperçus, dit le ,, iMvnteàe Hamilton^ des subtilités , et de la 99 mauvaise foi du Cardinal , et je crus qu'il 9f m'étoit permis de mettre en usage les talents „ que la nature m'avoit donnés ^ non seule- 9» ment pour m'en défendre, mais pour Tatta* 9t quer dans les occasions. >» Notre Jules ^ selon Aubery , fit de brillantes études chez les Jésuites : après les avoir finies ^ .il fut en Espagne, où il resta peu , avec l'Abbé de Colonne depuis Cardinal; à son retour il prit la profession militaire, et fut capitaine d'in&à« terie. Il servît sous le Général Torguato Conti^ et ensuite dans la Valteline sous le Marquis de Bagnyy général des troupes ecclésiastiques. Le Cardinal Bagny l'aîné, nonce en FraïKe^' le présenta en 1628 à Louis XIV j et au Car- dinal de Richelieu^ premier ministre, à qui il répondit de sa fermeté et de son expérience ; (1) Imprimés à Cologne chez Pierre Marteau en i7i4« p. 6o, Digitized by Google — 94 il s'attira singulièrement 1 amitié du Cardinal dans l'entrevue qu'il eut avec lui en i6jô, à Lyon , de la part du Pape , qui désiroit voir sortir d'Italie toutes les troupes étrangères y et qui s'intéressoit pour le Duc de Màntoue i: htazarin eut au mois de Mai de cette année à. Greîioble une audience solémnelle de Lmh XIII et de Richelieu^ en qualité de ministre du; Pape. Il contribua beaucoup à la paix cotin due à Quérasque le 6 d'avril 1631 entre Louis XIII , l'Empereur et lé Duc de Sav9teé Il réuissit à déterminer le Duc de Savoie à vendre Pignérol à la France po\n 500 mille écus. Le Cardinal de Richelieu fut si content^ du Seigneur Mazarin , qu'il le jecommanda au Pape , et écrivit en même tems à l'ambas- sadeur du Hoi de le demander aq Pape pout nonce en France, lorsque celui qui y avoit cette place , seroit rappelle pour une meilleure condition. Mazarin quitta Tépée pour prendre la sou- tane. Le premier bénéfice qu'il eut, fut un cà-. xionicat de St* Jean de Latraii au mois de Décembre i63a. Il fût fait vice - légat d'Avi* gnon en 1634, et nonce extraordinaire «en^ France ; il arriva à Puris au commencement de Novembre, où il lesta z;zccig77/ro jusqu'au QÔdu même mois, ^u'il fit son entrée solémnelle^ Digitized by Google ' JfLouîs XIII déclare la guerre aux Espagndis 'aiu commencement de 1635. Le Pape Urbain ordonne à Mazarin d'engager Richelieu à ifaire -la paix avec toutes le3 puissances avec lesquel- les Louis XIII étoit en guerre, surtout avec Philippe IV ; mais Mazarin^ bien loin d*agîr selon -les vues de son maître , provoqua au con- " traire les projets guerriers de son protecteur le Czràmzy Ae Richelieu. Les Espagnols se' plai- gnirent au Pape de cette partialité de son nonce: Urbain le rappella de sa nonciature, et le fit TCtoumer à la fin de léS^ à Avignon , où ilétoît vice *- légat. - Richelieu en fut très fâché ; il •fit demander,* par le Roi, au Pape et à ses neveux, la prolongation de la nonciature de Mazarin. Richelieu en fit autant de son côtç; mais sans succès , le Pape n*ayant pas absolu* ment voulu changer de résolution (1) : bien loin de là ,' il rappella même Mazarin à Rome l'année suivante {7). Cependant on regagna Urbain^ par le moyen du Cardinal -^Tifow -^n neveu , qu^ le Roi avoit nommé protecteur Àgb églises de France ; et ce Pape renvoya en- coreen cedte année 1636 Mazarin à sa légation d'Avignon , cet lé nomma en mêm49 tems son (i) THistoire universelle. -4^ Mevsel,' T..40» p. ^4* («) Aubery, Tt 1. p. 6j. et suiVante. F3 Di'gitized by Google nonce extraordinaîre en France. Mazarin re-^ tourna à Rome au commencement de 1640; le Roi de France lui donna la commission d aller pacifier les troubles de Savoie , à l'effet de quoi il le revêtit de la qualité de son am- bassadeur extiaordinaire en Italie (1). 11 fit le' fi de Décembre un traité avec le prince Tho^ mas de Savoie , et quelques jours ^prés un au- tre avec le prince Cardinal, qui étoit le prince Maurice, Le principal objet de sa mission étoit de détacher ces princes de Talliance de l'Espa- gne (q) , apiés quoi il repassa en France. Le Cardinal de Richelieu^ content de lui , insista tant près du Pape, qu'il nomma Mazarin Car- dinal diacre dans la promotion quil fit le 16 de Décembre 1641 , tels que l'éto^ent le Cardinal ïnfant et le Cardinal de Savoie. J'observe à cette occasion qu'il n'est point né- cessaire que l'on soit Cardinal prêtre ou évêque pour avoir voix active ou passive à l'élection d'un Pape (3). Un Camérier d'honneur fiit envoyé de Rome pour porter le bonnet de Cardinal à AfazarfTi, qui avoit accompagné le Roi dans le Dauphiné. Le Camérier arriva â vValence le Û5 de Février 164a, et le lendé- (1) Aubery, T. 1. p. 84* (9) V. Meusel, T. $o. p« 109; (3) Attbery , Tome i« p. 89* Digitized by Google «7 «laîn matin le nouveau Cardinal reçut dan» la grande église de cette ville le bonnet de«. mains du Roi ; ensuite il l'accompagna au siège de Perpignan. Ce Prince y reçut des nouvelle* du traité que Fontrailles , au nom du Duc cCOr^ léans^ venoit de conclure avec l'Espagne le i3 de Mars. La colère qu'en eut le Roi fut , dit Aubery ( i ) , l'avant - courière de sa mort II tomba malade , et quitta le siège pour revenir à St. Germain en laye. Le Duc de Bouillon , qui étoit entré dans la conjuration , n'obtint sa grâce que par la. cession qu'il fit de Sedan au Roi (q) , dont Mazarin signa le traité à Lyon le 15 de Septembre en place du Car- dinal de Richelieu , et dont il fut tout de suittf prendre possession (3). Ensuite arriva, ainsi que je l'ai dit, la mort de Richelieu y puis celle de Louis XIIL J'ai déjà parlé , à cette occasion , de la part que Mazarin eut aux deux déclarations qu'àvoit rendues le Roi concernant la régence , de la conduite que ce Cardinal avoit tenue , dans ces cil constances , envers Anne dC Autriche et le Duc d'Orléans y et de l'incapacité de l'évêquô (1) id, T. i. p. 93- (&) Président Hénault sous Tanaée 1643^ (3) Aubery , T^i, p. ^a. . Digitized by Google ^- âeBèauvais; mais ces grands objets méritent' plus de développement, La régence d'Anne d'Autriche ayant été re- connue , cette Princesse se sentant paresseuse , et incapable de porter le fardeau des affaires et de l'état , choisit l'évêque de Beauvais pour son premier ministre , et envoya tout de suite à Rome demander pour lui le chapeau de Car- dinal. Elle ne pensoit donc point alors à Ma- zarin (x), quelle haïssoit ; mais Tincapacité de révêtj^ue de Beauvais ayant été reconnue , Bérînghen , et surtout langlais Lord Montaigu , recommandèrent fortement Mazarin à la Reine. Celle - ci \\xi demanda si elle pouvoit se fier à Mazarin , et dé quelle humeur il etoit. Montaigu ^ pour bien louer Mazarin^ dit qu'il étoit ei;i tout l'opposé de Richelieu. Cette ré- ponse parut à la Reine une si grande louange ^ par la haine qu'elle avoit pour la mémoire de Richelieu , qu elle le choisit pour son premier ministre , d'autant plus qu'elle se rappella qu*il avoit déjà montré beaucoup de capacité , sous le règne de son mari^ dans la direction des affaires (q). (i) Mém. de Mottevillc, T. i. de Tédition en 4 Vol. in t «• p. 116. isç et 126. (9) Mém, de MotteviUe , p. tso ee i%u Digitized by Google «9 ' L'adrb\t Italien ne manqiïa pas , dan» Ieé> premier^ en^etiens que «on nouveau poste le mît d^nstecas d avoir avec la Reine, de las* surer de tout son zélé , pour le bien et l'hon** neur de sa régence. On remarqua bientôt qu'il eut le bonl^eur de lui plaire j et qu'elle Ten* tretenoit volontiers; elle avouoit que sa con- versation étoit charmante ; leurs entretiens, qui au commencement étoient d'une heuie ou de deux , duierent ensuite toute la soirée , pen- dant laquelle le pauvre Mr. de Beauvais , qui avoit accoutumé de prendre ce tems « là pour l'entretenir, atcendoit dans un autre cabinet» et n'avott plus que le loisir de lui dire le hinê-^ dicite et de la voir un instant après souper (i). On contremanda le chapeau qui avoit été de- mandé pour lui ; il parut quitter la cour sans vegret, pour aller résider dans son évêché (q). Les rusés courtisans, qui s'apperçurent bien- tôt de la M-ande inclination qir'avoit k Reintf pour Mazann , se firent un mérite de l'approu- ver , et elle eut la finesse de se conduire et de se montrer, comme si elle ne s'étoit détermi- née que par le conseil de ces sages et impaf- tïales personnes. MaiariU^ avok gagné le Duc (i) Me m. de la Rochcfoncault, p. s54t («) Mém. de Mottevillc^ T. i. p, 166. DigitizedbyV^OOÇlC __^ ^9 ' ^^ Orléans et le Prince de Condê.^ Ainsi ce» Princes ne s'opposeient point au choix que venoit de faire la Reine ; les partisans de Ri^, chelieu^ qui le regardoient comme un appui, le servirent de toutes leurs forces, .Mazarin de son côté se conduisit avec autant de ruse que de prudence; il faisoit toujours entendre ' qu'il iroit à Rome, aussitôt qu'il auroit fait part à la régente des secrets et des intérêts de» affaires étrangères , dont il avoit eu seul la conduite depuis \\ mort de Richelieu; ensorte. qu'on fut moins surpris de ses entretiens secrets avec la Reine D'ailleurs son maintien honnête» et humble faisoit qu'on ne le craignoit pas.- Par-/là les importants furent trompés» et s'ap- perçurent trop tard du crédit étonnant de Mazarin sur la Reine (i). Elle recommanda à. nombre de personnes considérables de bien, vivre avec le Cardinal. Elle dit surtout à Mr. de: Jlfar/Z/ac que le plus grand ^aisir qu'il . pût lui faire , étoit d'être ami de ft». le Cardi- nal,; dont elle lui parla avec une estime et un empressement , qui découvroient assez son inclination naissante (q). , Madame de Chevreuse , que Richelieu avoit fait exilej , étoit alors à Bruxelles : la Reine ne (i) Meusel, T. «o. p» ig«. (s) Les mém. de laClustre» p» 's54*** sSS Digitized by Google dût. pas compte de ce qu'avoît ordonné Lom XIII concernant cette Duchesse ; elle la fit re- venir, et lui r^dit sa faveur; mais elle fut de courte durée : le cardinal la lui. fit perdre, pour être entrée dans des intrigues contre lui (r) avec Je Duc de Beaufort ^ qui fut' mis à Vincennes pour avoir attenté à la vie du Cardinal : la Duchesse fut reléguée à Tours (2). Les mécontentements contre la Reine et le Cardinal augmentent en 1647 : on en donne , d'un côté, pour cause l'abus d'autorité, l'avarice de Mazarin et les impôts ; et de l'autre l'aban- don entier de la Reine envers le Cardinal , son amour pour lui prouvé par leurs fréquenta- tions secrètes, ce que l'histoire a confirmé; mais surtout les écrits suivants : la pure vérité cachée^ les qua-t-'on vu à la cour ^ la vieille amoureuse^ V ambassade burlesque des filles de joie au Cardinal^ les amours des Rois et des Reines de France^ les mémoires de Madame de Motte- ville. Cependant les choses se passèrent encore assez paisiblement jusqu'en l'année 1648;. alors le peuple se plaignit hautement des impôts; des W "m i I. ■■ I l ■ i M (1) Art Chevreuse dans le dict« de Chaudon. (9) Hénsult sont Tannée 1643* Digitized by Google 9» mécontentements généraux et p^rtthnilien éelâ^ ' terent àJa frii A Août ; il se forma d^ux paitU, Sont fun eut le nom de* Frondeurs, l'autre de Mazarinistes. Le Duc de Beaufort , qui setoit ëdiappé du château dé Vincenncs, où il étoit depuis 5 ans , se mit à la tête des premiers avec le Prince de Conti, et beaucoup dé grand» seigneurs Le Prince de ConM étoitdu côté de la cour, et conséquemmeiit Mazarinistt. On Jyublie' des écrits conrré la Reine, on fait ^es cliàtisons qui attaquent sa vertu ,, et oà «è trouvoiem dépeintes ses s€cret49 avec Te Roi, et se retire à St. Germain. L'Espagne sollicitée par les Prin- ces prend part aux troubles pour les fortifier, et se prépare à entrer en France ^ la tête dé 1 3 mille hommes. La Reine justement allàrniëe écoiite les propositions du parlement et ^es rebelles; les troubles s'appaisent, et lune dés conditions de l'accômmodem^it qui fut signé le 11 de Mars, fiit une amnistie générale. La coinr se rendît de St. Germaiti à Compiegne', et ce ne fut que le iS d'Août que leurs ma- (i) Meuscl, T, i^o. p. si5o. Digitized by Google jestés rentrèrent dans Paris , ayant dana teu» Cjaïosse le Prince de Condé et le Cardinal 3/a-* Zflrin j centime lequel le parlement avoit rendu de» arrêts sanglans (i). Mr. le Ptince dit à la Reine qu'il s'estunoit. heureux d'avoir accom- pli la parole qu'il lui avoit donnée de ratx>eiïer le Cardinal à Paris, à quoi sa majesté répon- dit : Monsieur , ce service est si grand ji/c le Roi et moi serions des. ingrats^ s'il nous arrivait d$ f oublier jamais (q), ' Le noriihre des imprimés contre la Reine et le Cardinal augmente en 1649. Il est dit dans une pièce qui a pour titre la complainte des pauvres à la Heine régente mère du Roif dont l'impression est supposée faite à Paris le 2 2 de Janvier 1649, (jucn ne voit pas pour^ quoi elle retiejit ce bateleur ^ ce faquin^ ce grand dragon^ qui dévore la France^ cet auteur de tous les maux de t état ^ à moins quelle n en soit en--' sorcelée. On accuse dans une autre pièce le Cardi- nal de n avoir ni foi ^ ni loi , ni dieu ^ ni ame ; on y dît à la Reine que les intérêts de la. France devroient lui être' plus chers que ies louffomertes tt Its postures dèshotmites €urC ^■■< lÉii < im«< i^iiiwiii * m ■ ■ «*ii>i — — — 1*— — <»<»—wr V (i> Le Présldfnt Hcnanlt aous Tanuée 1649. (9) Mém» ^ AU. 1% la Rocheioumiilh pv 76. Digitized by Google _^ 94 vrai comédien ^ £un monstre marin en ses mœurs , qui na rien d humain que la figure* C*est dans ces écrits et ces pamphlets , tous de Tannée 1649 , ^^® 3*^^ appris que Ma^ zarin étoit beau y bien fait et de bonne ihine. Dans une de ces pièces , qui a pour titre i advertissement à Cohon , évêque de Dol en Bretagne , par les cuistres de Tuniversité de Paris, jouxte la copie imprimée à Douai 1649, on accuse Mazarin d'avoir gagné les bonnes gràots de la Seine , par art magique. Ce Cohon étoit un espion de Mazarin» On lit dans une autre pièce, qui a pour ti- tre : la mereuriadé , ou ladjournement personnel envoyé à Mazarin par le Cardinal de Riche- lieu , ce passage „ et par un détestable abus , „ il la possède ( la Reine ) de telle sorte , „ qu'elle est comme une Reine morte , qui 99 ne sauroit agir sans lui; que si vous voyez t, aujourd'hui le beau renom de cette Dame, „ on l'estime comme une infâme, on l'in- V jurie librement etc. Le Prince de. Condé met ses services à haut prix, il commence à donner des inquiétu-^ des, il est airêté le 18 de Janvier 1650, avec le Prince de Conti et le Duc de Longutville. Digitized by Google 95 On les conduit à Vincennes, puis à Marroussl, enfin au Hàvre-de-grâce (i >. : Le Cardinatl feisoît nommer par la Reine à toutes les places, sans consulter le Duc rf'Or- léans; il fit farre une promotion de cinq maré- chaux la veille dts Rois i65i , dont un seul fut agréable à ce Prince, qui fut si outré de l'autorité que s'arrogeoit le Caïdinal , qu'il dit à la Reine , quil ne se irouveroit plus à au^ cun conseil , tant que Mazarin seroit dans fad^ ministration (a). Le parlement sjoulevé par les frondeurs^ qui avoient pour chef le Duc d* Orléans y de-» mande l'expulsion du Cardinal. La Reine ré- pond le 4 de Février 1651 qu'elle ne veut point le renvoyer , et dit que Charles /, roi d'Angleterre 5 s'est naal trouvé d'avoir aban- donné un de ses ministres. Le parlement fait le ïùêxne jour un sqrrêté pour supplier le Roi et la Reine d'éloigner le Cardinal ; la Reine répond aux députés , qui viennent lui présen- ter le lendemain au soir cet arrêté , qu elle eu communiquera avec le conseil (3). Le Cardinal sort , lui quatrième, à cheval pat la porte de derrière du Palais - royal 'a nuit du (1) Hcnault sous Tannée i65o» (9) Aub ry , T. Q. p. '24- (3) Aobcry , T. 2* p. i^A^ Digitized by Google €)6 6 au 7 de Février sur les ii heures^ porta^t,^ pour se déguiser, un habit et un cba[^u gr» avec des plumes; . Il trouve à la porte de Ri* ^ckeUsu un : gros de 400 Seigneurs Gentils- . hommes, qui Tescorterent jusqu'à St. Germain :en laye, d'où il se rendit au Havre, fit sortir les princes de prison, et dîna avec eux (1); ,ttai& il en fut mal leçu, et se vit réduit à .se j^tirer du côté de Liège (q) , d'où il se ren- - dît à Cologne y dont l'électeur. Prince de la mai- son de Bavière , vivoit en bonne intelligence avec la France. Le 9 de Février le parlement x&ad arrêt, -toutes les chambres assemblées, portant que dans quinzaine le Cardinal de Mazarin , ses {)^rents et domestiques étrangers , vuideront le royaume' et les terres de Tobéissance du Roi ; qu'après ce tems il seroit permis- aux commu- nes de courir sus, et, de les traiter comme criminels et ennemis déclarés de l'état ; que l'arrêt seroit publié daiu tout le ressort du par^- lement de Paris , et qu'il en seroit donné avis à tous les autres parlemens du Royaume (3). Le 1-1 '■--■■ - . ■ . ._^.^ — . — , — (1) Aubery, p. iSj. . . (â) Hénault sous, l'année i65i* (3) Aubery, T. «. p. 140». : Digitized by Google 9r Le Cardinal de son «xil gouverne la Reine ; il fait ôter les sceaux à Château- neuf, et leg fait donner au premier président de MoU^ qui garde en même tems sa charge de premier président ; il fait rappeller au conseil le chan- celier Séguier et le Comte de Chavigny , poux fortifier par ces trois personnages le pard du Prince de Condé^ qu^ Ton vouloit gagner , et par -là affoiblir d'autant plus celui du Duc d'Orléans^ qui s'étoit mis à la tête des fron- deurs (i). Comme la Reine desiroit impatiemment le retour du Cardinal , elle fit proposer au Prince de Condé une étroite liaison avec elle , et toutes sortes d'avantages pour lui et pour .ses amis , sous condition qu'il ne s*opposeroit ^oint au retour du Cardinal ; a)nsentant même qu'il fut son ami ou son ennemi , selon la conduite que TËminence tiendroit avec lui* Les demandes du Prince de Condé furent si exorbitantes, que le Cardinal , qui fut consulté^ répondit qu'il ne falloit pas les accorder (q). Bientôt après les mécontentements éclatèrent plus que jamais; le JiàQ d'Orléans^ les princes de Condé et de Conti apprennent que ServUn^ (0 Aubery, T. i* p. i54« (0 Anbery, T* 2. p* i60k Digitized by Google 9» le Tellier et Lyonne , créatures déclarées et fi- dèles du Cardinal, lui énvoyent tout à l'avis à Cologne. Le Prince de Condé en avertit le parle- ment 5 lui fait savoir qu il a cru devoir se mettre ^n sûreté ; mais que si Mazarin est sans espérance de retour et ses créatures éloignées, il reviendra auprès de leurs majestés répren- dre le rahg dû à sa naissance 9 et y continuer 5es anciens services (1). Le Duc (T Orléans j les princes et le parle- ment réunis , insistèrent tant sur le renvoi de ces trois ministres 9 qu'ils demand^ent tous trois leurs démissions à la Reine le 20 de Juillet 1651. Pendant ce tems - là le Cardinal étoit tou- jours en relation avec le Maréchal d^Aumont^ qui commandoit Tarmée aux pays - bas ; il se conduisoit en tout comme s'il avoit encore ■ 4été premier ministre en activité ; il assembla 5 à 6 mille hommes, qu'il mena lui-même sur les frontières pour les opposer aux Espa- gnols , et se» fit accompagner des maréchaux de Hoc^uincourt et de la Ferté (q). Le parlement rend trois arrêts consécutifs contre le Cardinal, tendant à empêcher soq (i) Aubery, T* fi. p. 163. (fi) ▼• Anbery, T< i. p. j|5 ^ i^il* Digitized by LjOOÇIC 99 retour , et à ce qu'il ne puisse jamais être em- ployé dans les conseils du Roi (i). Louis XIV est déclaré majeur le 7 de Dé- cembre, à treize ans et un jour ; Ae Cardinal prit ce parti parce que Ton demandoit l'assem- blée des états-généraux , ce qui auroit été subs- tituer une seconde régence à la première. Le .surlendemain de la majqrité' du Roi y le Cardinal fit rappeller Château - neuf, qui eut la principale direction des affaires , le pré- sident Mole les sceaux , et la Vieuville la sur- intendance des finances ; le choix de ces trois ministres se fit exprès, parce qu'ils étoienC odieux au Prince de Condé; surtout celui de Chateau-neuf, à qui il préféferoit encore, di- soit-il, Mazarîn; et celui-ci, pour chagriner encore davantage ce Prince, fit nommer au cardinalat le coadjuteur son ennemi (q). Le Cardinal de sa retraite à Cologne conti- nue à gouverner la Reine (3), il se conduisoit en tout comme s'il avoit été ministre en acti- vité (4). La Reine lui rendoit exaaement compte de toutes choses , et même on remar- ^■. ■ ii>..i I I ..ii.i I I T 11 ■- ■ ^— — ■■ (i) Âubery, T. «. p. 176, (9) ib. p. 183 et 199. (3) Le président Hénault sons Taonée t65i* (4) Aubery, p. 196. Digitized by Google lOO qua qu'elle avoit augmenté son pouvoir (i), et quoi qu'elle prévît les malheurs qui mena- çoient l'état., elle ne pouvoit s'affliger £une guerre civile qui devait avancer le retour du Cardinal (q), attendu que toutes ses pensées tendoient à ce but. Le parlemeijt rend ttois nouveaux arrêts contre le Cardinal, les 13 , ao et 29 de Sept.; il promet par le dernier 50 mille écus à qui le représentera mort ou vif (3). Le Maréchal de Hocquincourt va avec 6 a 8 mille hommes prendre sur la frontière le Car* dinal , qui se moque du parlement et rejoint leurs majestés à Poitiers le s 8 de Janvier 163Q. il y arriva à 4 heures du soir dans le carosse du Roi 9 et soupa. avec sa majesté chez le Duc de Damville , qui donna ce soir à couper au Roî« Trois jours. après leurs majestés partirent pour Saumur avec le Cardinal. Le Marquis ^e Château- neuf piqué de ce qu'on lui eût tû ce voyage, ainsi que d'autres projets importants » demanda la permission de se recirer , qui lui fut d'autant plus facilement accordée , qu'il ne pouvoit y avoir en même p» I .1 II II ■ I. I , — ^1) Les mém. du Comte de la Rochefoucàult, p. mi. j (3) id. p. 133 — 135. <3) Attbery , T. «. p« 198 , 99. Digitized by Google loi tems deux premiers ministres , et qu^on ne lui avoit donné cet emploi que pour un tems ^ à dessein seulement de maintenir la liaison et la correspondance avec le Duc d" Orléans ^ que Ton ne se soucioit plus de ménager si fort qu'on ravoit fait jusqu'alors (i). Tout cela fut Toeu-» vre du Cardinal contre lequel les murmures recommencèrent ; le parlement rendit le 20 de Juillef un arrêt qui ordonnoit entr autres cho- ses que le Roi seroit supplié d'éloigiier le car* dinal. Cet arrêt fut cassé par le Conseil le Q3: Cependant le Roi répond aux supplications du parlement qu'il veut bien lui donner cette . satisfaction , quoi qu'il perde un grand mînif-^ tre, et que les affaires de Tétatayent prospé^ ré pendant tout le tems qn'û les a conduites ; il loue prodigieusement le Cardinal , qui , àiu il y a fait les plus fortes instances , pour avoir la permission de se retirer (q). C'est ainsi que la Reine de concert avec le Cardinal fiâdsoit parler le jeune Roi. Mazarin , avant de partir , fit rappeller le chancelier Séguier^ fit agréer le prince Thomas de Savoie pour premier ministre, et reconmianda Servien ; il remit au Roi des instructions se- pi " ■ ■ ' \ (i) Aubcry, T. 8. p. aao — 9a4. (9) id. p. 36s* G3 Digitized by Google aète» et particulières pour le gouvemeçient de letat pendant son absence. Ces trois per- sonnes dévoient régler touf ce qui concernoit 1 état et la guerre ; mais il laissa pour de secrètes négociations auprès de la Reine TAbbé Onde^ dei 5 qui fut depuis évêque de Fréjus , et dont il y avoit longtems qui! se servoit, dit^^^è^ry, pour de semblables commissions. Mr. le 7e/- lier avoit toujours toute la confiance du Car- dinal ; c'étoît lui , qui , sous sa direction , por- toit le poids des affaires , et il étoit bien as- suré que rien ne se gâteroit pendant son ab- sence , qui ne seroit pas longue , et qu'il ne seroit pas même fort éloigné de la tour , en- sorte qu'il lui seroit aisé d*y entretenir com- merce , et d'y envoyer les ordres et les ins- - tructions nécessaires (i). Après que toutes les mesures furent concer- tées et prises par le Cardinal , pour affermir lautorité du Roi et assurer son retour , il par- tit le ly d'Août 165Q de Pontoise, et se ren- dit à Bouillon; pour s'en rapprocher, lacouç,^ partit le même jour pour Compiègne (a). Leurs majestés rentrèrent à Paris le q 1 d'Oc- tobre; le lendemain il se tint un lit de justice (a) Aubery, T. s. p. a66, «67. (1) Meusely T. so. p. 5ii. Digitized by Google io3 au louvïe, où Ton publia quatre déclarations; la première portoit une amnistie générale ; mais cassation des arrêts, informations et pro* cédures, qui avoient été faites depuis le pf e- mier de Février 1651 cpntre le Cardinal, qui étoit déclaré innocent de tout ce qu'on lui avoit imputé (x). La seconde concexnoit le ré- tablissement à Paris dii Parlement , qui avoit été transféré à Pontoise ; par la troisième, il fut ordonné aux Ducs de Beaùfort et de la Roehé- foucaultj au Sgr. de Rohariy à up président, à plusieurs autres personnes, et aux domesti* ques du Prince de Condé et de Conii^ de sor- tir de Paris , et défendu à tous d'y rentrer sans permission; il y fut expressément déclaré que les officiers du Parlement ne pourroient à la- venir, sous peine de désobéissance, prendre acune connoissance des affaires générales de l'état et des finances, rien ordonner ou entre- prendre contre ceux à qui sa majesté en autoit confié la direction, ni même prendre soin des affaires des princes et des grands du royaume, ou recevoir d eux des pensions , gratifications ou autres bienfaits. La quatrième, ne portoit que l'établissement d'une chambré des vaca« tions (a). Tel fut le chef- d'œuvre deMazàrin^ (1) Anbery, T. a. p. «86. C«) id. p. 877. Digitized by Google concerté avec la Reine et les ministres, pour écraser ses ennemis , et, préparer son retour. Les troubles enfin s'àppaisent, Mazarin re- vient, et fait à Paris le 3 de Février 1653 une entrée triomphante. Le Roi avoit été à plus de deux lieues au devant de lui , accompagné dM Une d' Anjou ^ du prince Thomas de Sa-* voie^ des maréchaux de Villeroy et Duplessis; il eniibrassa tendrement Mazarin , qu'il fit mon- ter dans sa voiture, le reçut comme un père et le peuple comme son maître ; il fût logé aulouvre, et le, Roi ordonna que la porte de la conférence fût toujours gardée par un régi- ment des gardes. Enfin depuis ce moment jusqu'à la mort du Cardinal , cest , dit Mr. Anquéiil ^ t histoire du Cardinal ^ui aUorboît toute t autorité (1). Dans tous les actes publics, dans les heu- leux événemens de la guerre , le Roi reconnoit devoir tout à Tintelligence du Cardinal; ce qui arriva surtout lors que les Espagnok, qui as- siégeoient Arras, furent battus , et la ville prise le 25 d'Août 1653 (a). Le Roi fut en 1658 à Dunkerque et ensuite à Calais , où il essuya une maladie dangereuse ^ m^^- ^ ■■ M PI ■■■■ I I — — ^—1 .^iM M— — • (1) Louis XIV, sa cour et le Rcgent. T. i* p*a* ^a) V, Aubery, T. t. p. 34^ et 393, Digitized by Google 105 pendant laquelle il n'appella jamais autrement le Cardiràl que mon ami (1). Le Cardinal part pour faire la paix avec r£spagne; elle est signée dans Tlle des fai- sans, avec dom Louis de Haro ^ le 16 de No v. 1659. Mais pour être bien assuré qu'on rie jx)urroit rien entreprendre contre lui dans son absence , il eut soin de se fanre substituer son trés-affidé ami et serviteur Mr. le Tellier. Louis XIV se marie à Fontarabié le 3 de Juin 1660 avec l'infante d'Espagne, par pro- curation; ]a première cérémonie se fit par l'é- vêque de Pampeluney qui étoit le diocésain; la célébration du mariage se fit le g de Juin dans la principale église de St. Jean de Luz par l'évêque de Bayonne , d'où la cour revint à Fontainebleau. ^ . . Une grande députation de la part du par-* lement se rend à Fontainebleau pour y com- plimenter le Roi au sujet de son mariage. Le premier président n'ignoroitpàsque sa majesté ne sç tiendrbit louée qu'à demi , à moins que son Eminence ne tiouvât pareillement son éloge dans le même compliment ;: aussi le premier président ne manqua pas de le louer étonnamment 9 et d'invoquer spécialement le (1) Attbcry , T. n, p» 5o5. Digitized by Google iû6 ciel y pour quil conservât au Roi un conseiller si Jidèle et si clairvoyant , que le ciel lui a suscité dès le commencement de son règne , comme la seule personne qui pouvoit être capable , par une prudence tout-à-fait admirable ^ de résister à ta;nf. d'événemens si étranges (i). Le Cardinal tombe malade ; il choisit , pour lassister dans la maladie dont il mourut, Mr. Joly curé de St. Nicolas et depuis évêque d'Agen. Le^ Mardi 8 de Mars 1661 , il désira qu'on dît la messe dans sa chanibre ,. et pria Mr. Joly de l'entretenir sur les effets de cet auguste sacrifice 9 ajoutant que peut - être il tfavoit pas ouï la messe une seule fois en sa vie selon les intentions dr l* église ; il mourut le len- demain, âgé de 58 ans 7 mois e.t cio Jours (q). Mazarin voulut être Italien jusqu'à la fin de ses jours. Peu avant de mourir , il em- brassa Foufuet comme le meilleur de ses amis 9 et^ le remercia particulièrement des 5o mille écus qu'il lui avoit envoyés pendant qu'il avoie été obligé de s'enfuir à Liège ; cependant il conseilla .au Roi, qui le fut voir pendant sa maladie , de s m dé&ire (3). • ^_^ . __^__ (1) Aubery, T. a* p. 576. («) id. p. 600. (3) Les mém. de Rochefoit» p.. iS|« Digitized by Google 107 Ce Cardinal avoit 22 bénéfices (t); Aulery en nomme 21 qu'il avoît lors qu'il étoit à Briel (2), dans lelectorat de Cologne, à sa .première sortie du royaume ; sans doute qu'il se donna depuis le vingt-deuxième. Mes lecteurs seront sans doute bien aises d'avoir quelques preuves de l'avarice de cet ^Italien : je les tire d'une lettre ci - devant citée , adressée par un religieux au Prince de Condé , imprimée à Paris chez Rolin de la Haie en 164g, et d'une autre de même date. Un des moyens de Mazarin , y est- il dit, de gagner de l'argent fut le tra- fic, qu'il fit par l'entremise d'un de ses do- mestiques ; il faisoit venir des livres de Rome , des tables d'ébene et de bois de la chine , des tablettes , des cabinets d'Allemagne , des gué^ ridons à tête de mort , et autres curiosités qui se vendoient publiquement dans une salle de l'Hôtel d'Ëstrées , qu'il avoit louée pour ce su- jet. Postérieuremerit il fournit la maison du Roi et de la Reine de toutes sortes d'étoffes ^ de tapisseries, de vaisselle et de pierreries, par l'entremise de son émissaire , l'Abbé Mcndin, n fit acheter d'une seule fois en Portugal pour (1) Mensel , T. 90. p« 564. (a) Aubcry, T. «• p. 56& Digitized by Google loS 400,000 Llv? de diamants , qu'il fit revendre en détail; on le traitoit d'usurier à 45 pour cent Mazarin , par son testament , fit quantité de legs , et de trés-considérables ; la Reine meré fut la seule à qui il légua une Bague , mais une seule (1). Ce ministre étoit aussi doux que Bichelieti étoit violent. Un de ses plus grands talents fut de bien connoître les hommes * le caractère de sa politique étoit plutôt la finesse et la pa* tience que la force (q). Le Comte de Ha-» milton dit qu'ail n'étoit ni sanguinaire ni vin- ditatif , que ses maximes favorites étoient d'as-^ soupir , plutôt que d'employer les derniers re- mèdes , et de souffrir qu'on dit beaucoup de mal de lui , pourvu qu'il amassât beaucoup de bieHs (3). Gourville dit que sa conversa- tion était agréable et spirituelle (4) ; j'ai déjà observé que la Reine avoit reconnu en lui les jfnêmes qualités. Mazarin étoit de l'ordre des cardinaux Diacres^ et non prêtre , ni même engagé dans les ordres; en voici les preuves. ~ • ^ - • ' ' '. . I ' - — - I * (i) Mensel, T. 20. p* 365. (9) Le président Hénanlt sous Tannée 1661. (5) Les mém. du Comte dé Gramniont V p« Sg. (4) Mém. de Gourville , T. at. p. 300. > Digitized by Google 1®. Auhery , dans sa très - longue histoire de ce Cardinal, ne parle que de son baptême , de sa tonsure et de sa promotion au cardina- lat , sous la qualification de Diacre , tels que Tétoient dans le même tems le Cardinal Infant et le Cardinal de Savoie , et a bien soin d'ob- server qu'il n*e8t pas nécessaire d'être prêtre ou évêque pour avoir voix active et passive a l'élection d'un Pape. Ceux qui en dout^oient peuvent consulter les ouvrages qui traitent de la dignité des cardinaux. Q®. L'on vient de voir quAubery à dit que son héros avoit douté dans sa maladie , s'il avoit jamais ouï, une seule fois en sa vie, la messe selon Tintentian de l'église ; donc il ëtoit dans le ;même cas que ce que nous ap* pelions le commun des fidèles , c'est-à-diie q;U'il n'étoit pas prêtre* 3^. Madame la Princesse Palatine , épouse de Philij)pe L Duc d* Orléans , dont je vais par- ler, dit qu'il n'était ni prêtre ni engagé dana les prdres (i). ■■Il I I ■! ■ ^1 ■ I II ■ ■ ■IIBI— !■ I III ■» 0) V. un ouvnge en Jai'gue Allemande, qui a peur titre: ^necdotes ^e la cour de France , principalement du tems de Louis XIV et du D«c Régent^ tirées des fogmeati de lettrée de Madame la Princesse Palatine - d*0rlians au Duc Antoine Ulrich de Brunswi.k Wolffenbnttel etc. par Mr. Praim, conseiller Intime etc. ces fin^gmeats sont annoj^és comme DigitizedbyLjOO^lC — no MAZARIN ÉTOIT MARIE AVEC ANNE D'AUTRICHE. 1®, C'est ce qu'assure la Dtichesçe dLOf" léans dans trois de ses lettres; voici comme elle s'exprime dans la première, qui est du 13 de Septembre 1713 : la vieille Beauvais ^ qui éioit fremiere femme de chambre de la Reine mère j a le secret du ridicule mariage ; cela obligeait la Reine a faire tout ce que voulant sa confidente » cest cette aventure qui a donné lieu dans ce pays-ci à Véteridue des droits des premières femmes de chambre. Madame d'Orléans dans la seconde de ces lettres , du s de Novembre 1717, s'exprime 9insi : la Reine mère j femme de Louis XIII ^ avoit encore bien fait pis que d'aimer le Car" dinal Mazarin , elle tavoît épouse : caf il né^ toit pas prêtre : // riétoit pas même dans les ordres^ qui aur oient pu l'en empêcher; il fut horriblement las de la bonne Reine mere^ et vivoit' mal avec elle , ce qui est la récompense que ron mérite par de pareils mariages. Quand la Reine mère alloit chez Mazarin^ il doit avoir toujours dit: que me veut cette femme? il ai* moit une dame qui étoit chez la Reine , je imprimés à Strasb^ilrg; mais ils Font été à Bruftwlc à Timpri- merie du Collège de cette Tille. Digitized by Google 111 Tai connue y elle logeait ^ au Palais ^ royal; elU se nommoit Madame de Brégis ; elle étoît trit^ lelle , plusieurs gens en ont été amoureux; mais tlle était une honnête créature y et a servi folé^ lement sa Reine ; elle a fait que le Cardinal a mieux vécu avec la Reine qu'auparavant. Cette dame est marte il y a 34 ans ; elle avait ieaucoup d'esprit ; Monsieur ( c'est le mari de la Duchesse qui parle) raimoit beaucoup^ à cause de sa fidélité envers sa mère. La Duchesse dans la troisième de ces lettres, qui est du s de Juillet 17199 dit, en parlant de la Reine : elle était tranquille sur le Cardinal Mazarin , il n'était pas prêtre , ainsi ilspouvoieni se marier ensemble ; le passage secret par lequel il se rendait toutes les nuits chez elle 9 est encore au Palais -royal (1). (I) Dans le moment où cet écrit va être livré à Timpres- sion , j^apprends que les fragmens de ces lettres sont traduits en Français ; je me procure à Tinstant cet ouvrage soi - di- sant imprimé à Hambourg en 1798, et que Ton trouve à Paris chez ]V(aradan libraire , rue de noyers. Je remarque d*abord que la traduction du titre n*est pas exacte» en ce que la Princesse, auteur des lettres» y est nommée Madame Charlotte Elisabeth de Bavière; tandis qu'elle étoit une £lle de Charles.- Louis , électeur l^alatîn du Rhin ; erreur beaucoup plus considérable que celle que commettrolt un français , en qualifiant de Princesse de Bourbon Conti , celle qui setoit de la Branche de- Condé. Mais ced est une ba« fatelle $ je feuillette avec empressement les deux volumes de ces foigments df lettres , et n*y triuve fu Us tirois que je Digitizedby VjOOÇIC , ^ , 112 5^. On voit dans un imprimé de Fannée ^649. intitulé: requête civile contre la conclu* sloH de la paix , le passage suivant ,, que la 99 Reine gouverne tout selon la passion qui la „ tyrannise; que dans ses entretiens avec le 4» Çardkiàl , on voit dans leurs regards , dans 9, leurs yeux, dans leur Êiçon de procéder, ,, qu'ils saifectionnent si passionnérhent^ ,, qu* ils ne peuvent sans grande violence se ,, séparer l'un de l'autre; s* il est vrai ce que »f ton dit ^ quils sont liés ensemble par un mof* 9> riage de conscience , et que le père Vincent ^ de la mission ait ratifié leur contrat : ils 9» peuvent tout ce quils font et d'avantage que e, nous ne voyons pas.%9 Ce père Vincent fut l'instituteur et premier supérieur de la congrégation de la mission, et fut béatifié en 1 7 Otj sous le nom de Vin^ cent de Paul. Ce prêtre, homme d'un vrai mérite, fut, sous Mazarin^ le chef du conseil de Conscience, où se jugeoient toutes les af- faires vîdns de citer. Qiii ne recpnnoit à cette omission TefFet des ài&es qu'iuspîroit le despotisme ? Depuis qu'il est abbatu, le traducteur auroit dû livrer au public ces trofs fragments» attendu qu'ils sont les plus intéressants de la collection de Toriginal Allemand $ les lettres dont ils sont tirés sont des 13 de Sept. 17139 < ^e Nov. 1717, et it de JuiU. i?!). V. rorigiiial allemand , p. ;^6. 37 et 40« Digitized by Google 113 faites que concernoîent les bénéfices (i). Anne d Autriche l'entretenoit souvent en particulier , et eh faisoit le plus grand cas ; il est donc très- probable que ce fut lui qui eut Thonneur de donner la bénédiction nuptfiale à cette Prinn cesse. i 3 ® , On a vu que les suppliques du parlement à la Reine pour le renvoi du Cardinal , six arrêts rendus contre lui, les murmures de toute la France , et les guerres civiles purent à peine la déterminer à le renvoyer; que les deux fois qu'il sortit du Royaume , ce fut de concert avecla Reine, qu'il gouverna toujours , ainsi que le conseil, Hiomme s'il eût été présent. Mais quand Mazarin eût été le plus grand mi- nistre et le plus honnête homme qui eût jamais existé , si cette Princesse ne lui eût pa« été attachée par le lien du mariage, elle n'au- roit pu s'empêcher de le renvoyer pour satis- faire la nation. 4^. Mazarin faisoit tenir les conseils d'état dans sa chambre , pendant qu'il- se faisoit raser et habiller ; il ne permettoit à personne de s'asseoir, pas même au chancelier, ni au Ma- réchal de Villeroi ; il jouoit souvent avec son singe- ou sa fauvette , pendant qu'on faisoit . (i) Mém. de MottevUle, T. i. p. iS3. H Digitizedby VjOOÇIC '^ "4 l'exposé des affaires detat. (i) Quel homme auroit fait subir de pareilles humiliations à uA chancelier 5 dont la charge étoit la première de 1 état , depuis que celle de connétable fut sup- primée , à uii maréchal de France , qui étoit le gouverneur du Roi , si cet homme n avoit •pas été Koi de fait , en qualité de mari^ de la Régente ? 5®. Il n'y a pas jusqu'à la maniéré mépri- sante: avec laquelle ce C^dinal parlpit de la Reine, dont fait mention la Duchesse d* Orléans {mai& que les écrivains dutems n'ont osé qua- lifier que d'ingratitude) qui ne prouve qu'il lui étoit attaché de manière qu'elle ne pouyoit s'en séparer, dans la crainte que Mazarin ne révélât le secret qui les lioit l'un à l'autre. D'un autre côté la conduite de Mazarin en-*^ vers la Reine avoit l'air d'un défi continuel quil lui faisqit de le renvoyer ; et de quel autre que d'un mari eut -elle pu souffrir un pareil traitement ? 6^ Enfin Mazarin par son testament fait une quantité considérable de legs de toutes espèces , il ne dispose, que d'une seule bague,. ejt c'est à la Régente qu'il la lègue. Qui peut si^éconnoître à ce don tout à la fois mysté- - ■ • ■ ■ .- ■ ■ ^ ^ ^ — Digitized by Google 115 rieux et symbolique du mariage, le lien qu'il ïeconnoît dans les derniers moments de sa vie Tunir à Anne d'Autriche ? (i) D'après toutes ces preuves ,et celles qui peuvent se tirer de tout ce que j'ai dit pré- cédemment 5 il n'y a donc aucun doute <\\\A7ine d Autriche et le Cardinal de Mazarin nayent été mariés ensemble. Il me reste à prouver qu'ils ont donné la vie au malheureux mor* tel qui devoit toujours cacher sa figure , quand tout autre que son jgardien étoit dans le cas de lui parler. DE UHOMME AU MASQUE DE FER. I. Cet homme, extraordinaire fut un fils da Cardinal Mazarin et (TAnne d'Autriche. Pour procéder avec ordre dans les preuves que j eu donnerai , je dois commencer par dire qui il n'étoit pas. IL II ne disparut en France aucun Prince ou homme considérable de l'état depuis 16^4, (qui est Tannée où je prouverai que l'homme au masque a vu le jour) jusqu'au tems où 9on existence fut connue; donc cet homme ne fut pas yn .prince ou grand seigneur de Fiance connu. Il ne fut pas non plus \m (i) id. p. 365. H a Digitized by Google ii6 Piince du sang : car les seuls qui exîstoient danjs ce terns étoient Louis II de Bourbon y dit le grand Condij né le 8 de Septembre 1621, inortie 11 Dec. 1686; et son frère Armand de Bourbon , Prince de Conti , né le 11 d'Octobre 1629, mort le ai de Février 1666. III. L'homme au masque ne fut pas un étranger : car les étrangers , même ceux de la plus haute qualité , n'apprenoient pas le Fran- çais, il y a 130 ans, à un point de perfeaion qui pût les faire passer pour Français. J'en excepte le s(îul Duc de Montmouth^y par les laisons que j'en ai données. Si Tinconnu avoit eu lin acceûjt tant soit peu étranger , les offi- ciers, les médecins, chirurgiens , apothicaires, confesseurs^t autres emp^oy es dans les prisons où il a été , surtout les prisonniers avec les quels ils s'est entretenu à la tour de Ste. Mar- guerite, n'auroitjît pas manqué d€ s^en apper- cevoir et de le déclarer , surtout le savant Abbé Lenglet du Fresmyy , qui s'est entretenu souvent avec lui à la Bastille. Donc l'homme au masque n'étoitpas un étranger. IV. Puisqu'il n'a disparu en Europe aucun homme considérable dans les tems où le masque a existé, et que tous les Français qui lui ont parlé , ne lui ont reconnu aucun ac- cent étranger, et qu'aucun d eux p'a dit qu'il Digitized by Google iï7 parlât quelques langues étrangères, il étôit donc Français. V. Il y a plus de go ans que fexistencè de rhomme au masque est connue. S'il eût disparu quelque personne d*un haut rang , dans les tems antérieurs , ses amis , ses con- nôissances , ses parents et leurs descendants n'eussent pas manqué de la réclamer , ou ail moins de croire qu elle étoit celle que receloij le masque; mais il n'y a eu ni disparition, ni réclamation; donc l'homme au masque étoit un inconnu. VI. Ce ne put être pour quelque action cri- minelle que cet homme fut soustrait à la socié- té; car quand on l'arrêta on prévit qu'il ^cau- seroit bien de l'embarras et de la dépense. Il n'étoit donc pas un criminel , sans quoi on n'auroit pas manqué de s'en défaire; donc toute l'importance du recélement étôit attaché à sa persc^nne. En voici une preuve donnée par le masque lui mênie. Dans le tems de sa détention à la tour de Ste. Marguerite, il y avoit dans la chambre, au dessus de celle qu'il habitoit, plusieurs prisonniers; Vun desquels étoit le Sr. Dubuisson^ arrcien caissier du fameux Samuel Bernard ; il s'entretint plusieurs fbîs avec eux par le tuyau de la cheminée ; ceux- ci lui demandèrent son nom et ses aventuie»jf Digitized by Google î 118 il leur répondit toujpurs, qu'un pareil aveu lui coûteroit la vie , ainsi qua eux. VII. Cet inconnu devoit être d'une très- haute naissance ; car le gouverneur de ses pri- sons. Saint' Mars ^ fut toujours respectueux envers lui. Il çnettoit lui-même les plats sur sa table , puis le renfermoit. Quand il reàtoit avec lui , il s asseyoit rarement en sa présence. Enfin on accordoit au captif tout ce qu'il de- piandoit en fait de nourriture et de vêtements. Lorsque St. Mars ï amena de Ste. Marguerite à la Bastille , le prisonnier lui demanda si le Roi en voulait à sa vie^ Non^ mon Prince^ lui dit ce gouverneur, vous navez quà vous laisser conduire. Le second Maréchal de la leuillade , gendre flu ministre Chamiliard^ ayant conjuré à genoux son beau -père mourant de lui dire qui étôit Thomme au masque, il lui répondit que c'étoit le secret de Tétat, et qu'il avoit fait serment de ne le jamais révéler. Cette réponse étoit celle d'un ministre qui confond toujours Tétat dans la personne du sou- verain; il auroit pu dire plus exactement que c'étoit le seaet de la branche régnante. ' Car Anne d! Autriche ^ Louis XIV ^ -Philippe II ^ Duc d'Orléans^ Régent, et Louis XV quiTont su 5 ne l'ont jamais révélé ; il ne peut y en avoir eu d'autre raison , que4)arcequc la nais- Digitized by Google iig sance de ce Pïînce devoit être telle , qu'ils n'osoient la déclarer sans qu*il n en rejaillit sur ^ux quelque honte. VIII. Louis XIII jouoît de h guitare (i), Louis XIV en jouoit aussi, et même supérieu- rement, dit Madame la Duchesse d'Orléans^ dans sa lettre du q8 de Septembre 1 7 1 7 (a) ; l'homme au masque en jouoit aussi (3), ins- trument qui invite à croire que son éduca- tion avoit été dirigée par les mêmes personnes qui avoient présidé à celle de Louis XIV j et qui paroît avoir été spécialement du choix dAnne d'Autriche. IX. L'on sait que Louvois alla voir Vhomme au masque à la tour de Ste, Mar- guerite , et qu'il lui parla avec une considéra- tion respectueuse. Il est probable qu'il fit ce voyage exprès par ordre de Louis XIV , lors- que le masque eut lancé une assiette par la fenêtre, sur laquelle il avoit sans doute tracé son noin , ou lorsqu'il y eut jette la che- mise sut laquelle on doit supposer qu'il avoit écrit son histoire , pour lui recommander de la part du Roi de ne plus tenter d'entreprises, ■ I ■ ■ ■ ■ ■ « ■ ■ . * (i) Meiç. de Çassompicrre , T. II. p. 643. (i) V, la coUeettôn de lettres ci-4evaiit dtee. (3) Le siècle de Louis XIV. ia is. T. IL p^io» Digitized by Google IQO qui eussent pour but de se j&ire connoître, sous peine de peidre la vie. A ce motif se joi-' gnit peut - eue la curiosité que dût avoir Louis XIV de savoir si son firere utérin lui réssembloit beaucoup. Ce qui confirme mes soupçons , c'est que l'histoire ne parle d'au- cune course ministérielle faite par Louvois en Provence. ^ Voici le portrait que fait de ce ministre la Princesse Palatine dont j'ai parlé ci-devant (i), qui l'a connu pendant les so demieres^ années de son ministère. ^^Lovvois^ dit cette Princesse, étoit un dur et impertinent diable ; mais il a mieux servi le Roi que personne, II s'est fait haïr par sa brutalité et ses réponses malhonnêtes; c'étoit un drôle grossier et haïssable. Il étoit honiblement méchant, il ne lui coûtoit rien de brûler, d'emprisonner , de mentir et de tromper. Il étoit intelligent et adroit ^ mais mauvais diable, „ Voici pour finir ce tableau, ce qu'en dit un ?iutïe écrivain (q). ,,La force de son génie et le succès des entreprises les plus hardies lui acquirent un ascendant extrême sut l'esprit de Louis XIV. Mais il abusa de sa ^ (i) Voyez les lettres de cette Princesse dans roriginal allè.t mand , page 397 et 398. (s) Dictionnaire de Caen au mot: le Tellier, p. 394. seconde Colonne. pigitized by Google « 121 faveur ; il traîtoit ce Prince avec une hauteui qui le rendit odieux.,, Ce ministre mourut le i5 de Juillet 1691. Si notre captif nav oit pas appartenu à Léouis XIV par les liens du sang, l'impérieux et fief Zouvois eût-il fait le voyage de Ste. Marguerite ? Eût-il parlé respectueuse- ment à l'inconnu qui y étoit détenu ? X. Il se trouve une lacune dans le registre de la Bastille à l'année 1698. Le folio 119 est immédiatement suivi du folio iQi ; l'inter- médiaire qui manque , n'a point été déchiré ; il semble qu'il a été enlevé avec beaucoup de soins (i)« C'est sur cette feuille supprimée que devoit se trouver le procès - verbal de ce qui avoit rapport à l'homme au masque , qui y arriva le Jeudi 18 de Septembre de cette année avec Mr. de St. Mars^ qui l'avoit amené dans une litière. Le Sr. Rosarges , ^ue ce gou-' , verneur avoit aussi amené avec lui de l'Ile Marguerite , fut enfermé avec le captif dans la troisième chambre de la tour» dite la Bertau^ diere. Cet inconnu y mourut le Lundi 1 g de Novembre 1 703 , et fut enterré le lendemain à l'église de St. Paul sous le nom de Marchia^ ly (q).. Mais il n'y eut que le tronc d'enterré, { ': J— — ii— — ■—■ I ■ ' ■ ■ ' ■ ■ • ■ " ' ir — ..Il II. I ^ ^ (1) Les révolutions dedans en 1789. T. 3- p^ i«5.- (jt) Remarques historiques sur la Bastille , sa démolition et s tévolntiras de Paris en Juillet 17 89. p. is(2* y Google on en sépara la tête, que Ton partagea en di- vers morceaux qui furent enfouis ailleurs. Après sa mort il y eut ordre de brûler géné- ralement tout ce qui avoir été à son usage,, linges, habits, iriatelas, couvertures et meu- bles. L'on fit regiatter et reblanchir les murs de sa chanfxbie ; on poussa même les précau- tiotis jusqu'à défaire tous les carreaux, dans la crainte qu'ils n'y eût fait quelques marques , ou qu'ils ne couvrissent quelques billets qui eussent pu faire connoître qui il étoit. Son masque» n'étoic point de fer comitie on l'a dit, mais simplement de velours noir garni de baleines très - fortes. Il étoit attaché par dei^ riere et scellé avec un cadenas , de manière cependant qu'il pouvoit Tôter, ou manger avec, sans beaucoup d'incommodité. Tant de respects , tant de dépenses, tant de pré^ Cautions , tant de soins ordonnés par les régent de France , ne jMrouvent-ils pas que l'inconnu étoit un membre de la famille régnante ? XI. ^11 est contre l'ordre de la nature , et conséquemment impossible sans un miracle, qu'il faudroit qualifier d'odieux , que des hommes bien organisés , qui ne sont pas do* tninés par les passions , par l'intérêt , par la crainte où par des motifs de la plus haute importanee se conduisent sciemmOTt pendant Digitized by Google iQ3 une très - longue «uite d'années contre ce que dicte Féquité naturelle. Ccipendant leç légens de France se sont ^nduits^au moin* pendant. 40 ans envers Thomme au masque contre ce que dicte 1 équité naturelle. Donc ils y étoient forces , à raison de la paren- té qui les lioit , mais qu'ils ne pouvoient avouer. . Xlf . L'Abbé Lenglet du Fresnoy a vu sou- vent l'homme au. masque dans ses voyages à la Bastille. // m'a dit ^ vers 1754, ra- conte Mr. Anquetil (1), à- peu -près tout ce quon raconte de sa taille médiocre^ de son esprit vif et orné , du respect du gouverneur pour lui. Il jugeoît par sa conversation , quil avoit voyagé presque par toute F Europe. Il parloit très - bien . affaires , politique , his^ toire , religion , et etoit au fait des nouvelles courantes* Comme je pressois l'Abbé de me dire ce qu'il en pensait , il me répondit: vou^ driez^vous me faire aller une neuvième fois À la Bastille,.^ (a) - '^ (1) V. Louis XIV , sa cour et le régent , T. 1. p. «09. (ji) Mr. Anquetil , en écrivant ceci , ne s*est probablement pas ressouvenu du nombre de fols que TAhbé Lenglet lut a dit av«ir été à la Bastille. L'Auteur des révolutions de Paris dit T. IIL p. 136. que TAbbé Lenglet fut mis six fois à la Bastille (etc*est bien assez) savoir en 1696$ en 1718, le a8 de Septembre; en 1795, le ^9 de Juin, d'oi^ il fut Digitized by Google 1Q4 Que l'on se repïésente ici le masque, dans ses entretiens à la Bastille : ne semble - t - il pas lentendre di»à ses co-prisonniers , mais surtout à TAbbé Lenglet : je suis d'une très-' haute naissance , vous le voyez par les égards res*- pectueux que l'on a pour moi; cependant je suis inconnu , puis que personne na disparu et na été réclamé; mais j'ai appris^ pour mon malheur, qui j'étois , et voilà pourquoi on ma enfermé ; par ce que je vous raconte de ce que j'ai vu, vous devinez que fai à- peu ' près tel âge; vous me voyez un goût décidé pour le linge Jin et les den^ tel/es, mais cétoit celui cLe ma mère, qui m'y* a habitué dès l'enfance. Vous entendez que je m'ajh pelle Marchialy ; ce nom aide à reconnoître mon père. Vous voyez que je joue de la guittare ; mais c'est un instrument de famille; vous remarquez que fai beaucoup voyagé dans ma jeunesse , c'est que mes, parents ne pouvoient me tenir près d'eux. Vous me voyez un masque, mais c'est pour ewi- pècher que l'on ne voye à qui je ressemble : vous concevez donc quels sont les auteurs de mes jours ; vous softirezy mon cher Abbé, et moi je mourrai ici. transféré à Vinccnnes 5 en 1743, le sg de Mars; en lyçô, le 7 de Janvier 5 en 1751 , le 39 de Décembre; peut-être a-t-il été' envoyé trois fois directement àr Vincennes , ce «[ui feroft neuf emprisonnements. Digitized by Google "5 XIIL Cet inconnu si intéressant est mort le 19 de Novembre 1703; il dit lui-même à l'apothicaire de la Bastille , peu de jours avant sa mort , qu'il croyoit avoir environ 60 ans (i). En supposant qu'il en avoit alors 39 et demi, il seroit né vers la fin de Mai 1644. S'il avoit eu 60 ans moins trois mois, ilseroit né à la fin d'Août ou dsms les premiers jours de Septembre de la même année. La puissance Royalp étoit alors entre les mains dCAnne d'Autriche , mais plus exercée de fait par Mazarin que par elle , ainsi que je l'ai tait voir. J'ai encore piouvé que des les premiers joui» de la régence (TAnne d'Autriche il y avoit «u la plus grande amitié et m^tne la plus étroite intimité entre cette Princesse et le Car- dinal , que ces sentiments s'étoient changés en ceux de l'amour, et qu'enfin ils s*étoient unis par les liens du mariage : ainsi ils pou- voient bien avoir eu un fils vers le 'mois de Septembre 1644 , puisque LiOuis XIII étoit mort depuis plus de 15 mois, savoir le 14 de Mai de l'année précédente. Mais rien de ce que je viens de raconter et de tout ce qu'on a écrit d'avéré ne peut convenir moralement (1) Qiiest. sur TËncyclopédie, édition de lyyu première fortie, page abu Digitized by Google 136 quà un fils de Mazarin et dt Anne d^ Autriche » donc rhomme au masque devoit le jour au Cardinal Mazarin et à la Régente, veuve de Louis XIIL XIV. Sans doute que mes lecteurs ont déjà désiré, ainsi que je l'ai fait moi-même bien des fois en travaillant à cet ouvrage , qu*il fût possible de trouver à Anne d Autriche quelque maladie de commande , pour cacher son ac- couchement. Eh bien ! j'ai eu la satisfaction de la trouver, et c est ici le lieu d en parler. Madame de Mottevit/e raconte sous Tannée 1644, quAnne iT Autriche quitta le louvre, parte que son appartement ne lui plaisoit pas ; qu'elle vint loger au Palais -royal, que Riche^ lieu en mourant avoit légué au feu Roi ; que dans le commencement qu'elle occupa cç lo- gis , elle fut fort malade d'une jaunisse effroy^ able^ qui fut jugée par lés médecins ne pror venir que de chagrin et de tristesse , et de l'occupation des affaires , qui lui donna beau- coup d'embarïas ; mais que sa tristesse s'étant dissipée et sa maladie aussi, elle résolut de ne plus penser qu a jouïr du repos qu elle, se d'ounoit, en se déchargeant sur son ministre du soiri et des affaires de letat. (i) (i) Mcni, de Motteville, T. 1. p. 174, de Tédition eu 4 Vol. in 12» Digitized by Google 12/ Madame de Motfeville ne cite pas d une manière directe le vrai rems de cette préten^ tiue jaunisse. Mais immédiatement après en avoir parlé, elle raconte la scène qui occa- sionna le renvoi de Madame de Hautefort ^t dit qu elle aniva avant dans tannée 1 644 , ce qui en meilleur langage veut dire vers la fin de cette année (1). (1) Je dois observer ici que lorsque j*ai cité les mémoires de Madame de Motteville , d'après mes propres recherches , c'est dans Tedltion en 4 Vol. in 19. que je les ai faites; mais j'apprends dans la ville 0^ doit s'imprimer cet ouvrage , qu'il en existe deux autres , l'une en 5 Vol. et l'autre en 6 , toutes deux imprimées à Amsterdam chez François Changuien , la première en lysa et la seconde «i 1739. Je parviens à me les procurer. £n les parcourant je remarque que le style en a été rajeuni ; liberté qui selon moi ne peut jamais être approuvée *) y attendu qu'il y a toujours lieu de craindre que les pensées des, auteurs ne soient souvent travesties, ou au moins différemment nuancées» Mais ici l'abus a été pous*^ «é encore plus loin, ainsi qu'on va s'en convaincre par le début, concernant le renvoi de Madame de Hautefort, dans l'édition en 5 VoL T. I. p. $09 , que voici j „ un jour donc ,, ayant dans Tannée 1644 , qu'à notre ordinaire nous avions ^ eu l'honneur de passer le soir jasques à minuit auprès ^ de la Reine , nous laissâmes Madame de Hdutefort causer „ avec cette Princesse en toute liberté etc. „ on voit quç l'éditeur ou correcteur n'a pas compris ce que vouloit dire Madame de Motteville par les trois mots avant dans Vannée^ puis qu'il a substitué au- premier le mot ayara , qui éxigeoit *) Je ferois exception en faveur des anciennes bonnes jpièces de Thiatre , vu leur nullité relativement à Thistoire. Digitized by Google — iq8 1^ N'est -il pas bien singulier que cette Keine , qui depuis 99 ans quelle ëtoit ma» riée, et qui avoit assez constamment habité le louvre, surtout depuis 1626 qxxe Louis XIII cessa encore un participe pour exprimer une pensée; mais il n'a osé le hazarder 5 de sorte que la première partie de cette période est une phrase imparfaite, qui ne présente aucune idée. Quant à Téditcur des mémoires en 6 Volumes, il a supprimé le mot avara-, voyez T. h p* soS, et a dit tout simplement 9, un jour donc de Tannée 1644, V^*^ notre or« dinaire etc. „ Si ces éditeurs eussent été des gens plus ins- truits , ils n'eussent* pas été embarrassés » et n'eussent pas commis de pareilles fautes , l'un en substituant un faux mot au véritable , et l'autre en l'omettant. Ils auroient dû savoir primo ; que du tems de Madame de Motteville » on se servoit du mot avant ^ dans l'occasion oi^ elle l'a employé: il y a plusieurs provinces de France oik cette manière de parler est encore en usage. Je prends même la liberté de soutenir qu'il seroît à désirer qu'elle n'eût jamais vieilli ; elle est douce à l'oreille • correspondante au génie de notre langue , et me paroit très - énergiquement signifier qu'un fait s'est passé tard, relativement à l'espace de tems, par exemple de Tannée ou du mois, dont on parle. Secundo, ces éditeurs auroient encore dû remarquer que Madame de Motteville sa voit TItalien, langue qui dans les occasions et les circonstances dont je viens ïe parler diroit que telle chose est arrivée dans Vannée déjà avnncée. Ainsi Madame de Motteville avoit un double motif pour l'employer dans la narration du fait concernant Madame de HaUtefort. — On doit encore conclure de ces observations, ainsi que je-Tai déjà ftiitdans le discours préliminaire, combien il est essentiel que les historiens et anecdodstes soient exacts à citer non seulement le tems > mais même les jours où les évé- Bernent^ se sont passés. Digitized by VjOOÇIC "9 cessa dé vivre tnaritalement avec elle (i) jus- qu'à leur réunion arrivée dans les premiers jours de Décembre ^637 , Tait quittée précisé-* ment en 1644 , et cela parce que son apparte- jnentne lui plaisoit pas. Comment est-il arrivé que son appartement lui ait déplu cette année, nî plus tôt ni plus tard ? Cependant elle pou- voit avoir au Louyre toutjes les pièces qu'elle vouloit, et autant qu'elle envouloit, puisqu'elle étoit alors sa maîtresse absolue. La cause de sa déterminatiop est sensible; c'est que les ap- partements du Palais-royal ,^ qui donnent sur le jardin, lui étoient plus commodes pour ac- coucher en secret. Q^. Comment est ^ il encore arrivé qu'elle ait eu la jaunisse , précisément au commence- ment qu'elle a habité le Palais- royal ? C'est qu'étant mariée, il étoit naturel quelle devint grosse ; mais comme son mariage étoit secret , il falloit que ses couches le fussent aussi. 3^ Madame de Motteville dit , qu'elle fut malade d'une jaunisse effroyable ; mais la jau- nisse , comme matad^e , n'est point effroyable* J'ai connu plusieurs personnes qui l'ont eue^ et qui en ont été guéries , sans avoir été alitées. (1) Ânscdotes des Reines et Régenter de France 9 T. 6« p. 938. l Digitized by Google / i3o On voit ici que Madame de Motteville répète en perroquet ce quelle a ouï du médecin et. de la Beautais. 4. Mais Madame de Motteville fut -elle au fait du secret , ou veut- elle le celer à ses lec- teurs, en leur disant que la maladie de la lieine ne provenoit que de chagrin et de tris- tesse ? elle n'étoit pas encore dans ce cas , elle xiageoit dans le plaisp: depuis la mort de son honnête mais peu aixpable mari. Car elle fré« quenta même le spectacle pendan^ Tannée du grand deuil , ce qui est contre toute étiquette ; mais aussi avoit-elle soin de se cacher dam sa loge (1). Ses chagrins ne commencèrent, ainsi que Madame de Motteville 1 observe elle même (q), que vers la fin de Tannée 1643, que Ton commença à se plaindre du despo- tisme de son mari , non connu alors pour tél. 5^. Les femmes sont moins sujettes à la jaunisse que les hommes. ; j'en ai beaucoup vu de ceux-ci qui ont eu cette maladie. Mais ^uoi que je compte douze lustres ; je certifie n'avoir point connu des femmes qui Tayent eue ; il est vrai qu'alpis^ elles n'aimeiit pas à ie feire voir* ^ (1) Mém. de Motteville , de T^ditiop eq 4 Vol. la u. T« I. («) T. îd. t*i7« fta^5. Digitized by Google ,13» 6^ Arme i Autriche étoit naturellement gâîe, et d'un excellent tempéiammènt ; elle étoit fi saine , pour me servir des termes de Ma- dame de Motteville (i) , qu'il étoit difficile de ne pas s'étonner, quand elle se plaignoit. Voici toutes ses maladies depuis la mort dç son mari jusqu'en 1658, , 7*** Elle eut un évanouissement et une fièvre de deux jours^ pendant la petite vérole dont Louis XIV fut attaqué le 10 de Novembre 1647. (2) 8^. Ses grandes inquiétudes et ses chagrinji n*eurent lieu qu'en 1649,, ainsi qu'on a pu en juger par les écrits que j'ai cités ; aussi eut - elle vers la fin de cette année des yo- missemens de bile et un peu de fièvre ; ce- pendanrelle vit toujours du monde pendant cet accident ^ qui ne dura que quelques jours. (3) V . 9^« A son retour de Bordeaux, ait mois d'Octobre 1650 , elle eut un fort gros rhume i en airivant à Poitiers, elle eut une fièvre coiv* tinue; au bout de deux jours, elle prit la loute de Paris ; mais elle fut obligée d'en restes ■Il Il I I I iiJbi— ^1^1— — — i*— 1^— .— — —ai (1) T. II. p. 977. • (9) tr I. p. 446 ^ 453% (3) T. m. p. 1^9. l % Digitized by Google 132 la à AmboUe, parceque sa fièvre et sa mala* die augmentèrent de beaucoup , et la forcèrent de se faire saigner plusieurs fois. Cependant quoique malade , elle se remit en route, voya-* géant du matin au soir , et arriva ainsi a Fontainebleau. Elle rentra à Paiis le 13 de Novembre fort changée ; deux jours après son retour elle prit médecine ; la nuit suivante la fièvre lassaillit violemment, et lui dura con- tinue avec redoublement jusqu'à 1 onzième de sa n)aladie, et elle se trouva mieux le 14. (1) Voilà les accidents et les rhaladies qu^a es- suyés Anne d'Autriche dans le cours de 12 à 13 ans. N*y a-t-il pas à être frappé du dé- tail qu*en fait Madame de Mottevilley surtout de la dernière , qui fut la seule vraie maladie^ dont elle compte si exactement les jours ; tandis que pour la prétendue jaunisse, elle n'entre en aucune explication ; elle ne cite aucune circonstance, aucun feit, qui prouvent que la Reine ait parlé à quelqu*un ? Elle-même^ qui étoit destinée par son état à lui tenir corn- l)agnie , ne Fa pas vue , puisqu'elle omet de le dire; elle ne parle donc que d'après le mé- decin et la Beamaisi La jaunisse a donc été inventée exprès comme la seule maladie, pen- (1) ilUm. de Mottevitte , T. III. p. ^9 «* 4o5. Digitized by Google Ï33 âant laquelle je sais qu'ît est d^isage de permettre aux femmes, surtout aux jolies, telle que Yétoît' Anne de Madame la Dauphine de Bavière : quoi- 4,, que vieille, privée d'un œil, pleurant de L_^ ' (i)- Les anecdotes des Reines et Régentes de France , T. 6. p. «55. (s) Mém. duMaréch. dePichelieUy T«L p. 98 et s$3. et Louis XIV, sa cour et le Régent , T. I. p. 9. X3) Mém. de Motteville « T. 5. p. 41s. fràgmens Tome L p. 94» t Na. je fkis cette dernière citation d'après les mémoires de St» Simon , car j*avoue que' je ne connois pas ces fragmcmi Digitized by LjOOÇIC 13/ „ rautrc , toute la cour lui faisoit merveilles ; ^, p^rce que de tems en tems eHe venoit à w Versailles, où elle causoit toujours en par* ,9 ticulieravecle Roi, qui lui marquoit beau- ^ coup de considération , et elle n'étoit pas „ inutile à ceux quelle vouloit produire (i).„ Cependant c'est une vérité constante que tous les jeunes gens , soit qu'il restent corrompus , ou qu'ils embrassent; les voies de la sagesse^ ne revoyent qu avec une sorte d'horreur léi indignes créatures qui leur ont ravi prématu- Tément leur innocence* Quelle cause cngageoit doiic Louis XIV à causer toujours en parti- culier avec sa corruptrice , toutes les fois qu'elle paroissoit à Versailles, et à lui montrer une considération extérieure, à la quelle son cœur devoit autant répugner, que sa vue devoit être blessée de la hideuse figure de cette femme, si elle n avoit pas été la dépositaire du plus grand secret qui intéressât alors ^ la majesté Royale ; savoir du mariage de feue sa mai* tresse avec le Cardinal Mazarin^ et de la n2Û8« sance de leur malheureux fils ? Je dis de feue sa maîtresse ; car Mari^Anne-' Victoire^ Princesse deiBavîèrey n'épousa le grand Dauphin,que le 7 de Mars 1680; ce fut donc postérieurement » cette date qufe Louis XIV (0 Méni. de St Simon* Digitized by Google causoit avec la Seauvw chaque foii 4;[u die alloit à Versailles , . conséquemment au moim 14 ans après la mort de la Reine. Or quef pouvoit être le sujet des entretiens du Roi ;ivec cette femtne alors retirée du monde , et qui ne pouvoit aller à Versailles^ que par va- nité et par intérêt , autre de la part de Louis XIV ^ que celui des amours et du mariage de sa rnere avec Mazarin^ et du malheureux fruit; de leu^ mariage ? Car leur mariage est prouvé, et il a existé un hqmme si étonnant, qui est n^ du-temsv où cette Reine et ce Cardinsd étoient mariés ensemble , que qet hoifim^ éton^ naïKt maïs destiné pax sja naissance à- rester tncQivnu au mopde et à lui- même ^ na pu être que leur fils. Que Ton, parcoure les annales du monde, je déâ^e que Ton trouv^ que Ion. ait Êtlt pour aucun fib.de Roi oif de Prince Fensembie , et même la moitié dç tout ce que Ton a fait pour et contre l'homme au . masque, Mai^ cependant tout ce qui s'e^ exécuté à son é^d devoit se faire pojux e( contre un fil» de Ma^Arht et dJnm d^Aur triche y qui a eu le malheur de savoir qui il iuàx. C etoit donc de ce fils, de son pfre ec de S91 mère que s*entretenoit Louis XIV avec la JSeanvais ,. qu il devoit alo0 haïr, et cr^indie, ier par conséquent )7eaucoup ^kémgjsx^ de peur Digitized by Google J3g. qudle -ne r^v^t ks grands secrets qui in**- téiessoieiit personnellement LouU XIV^ Je dis Louis XIV et non Tétat ; car ni Anne d'Autriche , ip le Cardinal Mazari% , ni M-* ck^k Tellierj leur confident , qui eut né- cessairement le secret qu*il transmit à son fils le fameux N^arquis de Louvois ^ ni Louis. XIV j n eussent pas communiqué un secret de letat à une fempae de chambre , qui avoit Tame aussi vile que la Beauvûis. Il £illoit donc que ce secret fut dé telle e^èce qu'elle dût le savoir à nismi de ses fonc^ tions I mair^liomme au masque. Ait tou-^ jours le secret domestique le plus iatéres^-» sant des régens de Fiance depuis Anne £A»^ triche jusqu'à Louis XV : donc, vu lige da^ masque , a sa mort , il n'aviMt pu naitre> que du Cardinal Mazarin et d!Anne £Aii^ triche* Une autre preuve* de l'importanœ du secret dont la Beuuvais fut dépositaire, c'est qu'outre ie crédit et la considération dont elle jouît ious sa» m^cresse et sous Louis XIV ^ elle en fût encore comblée de biens. Ce Roi , entre autres bienfaits, lui fit encore don, en 168 7^ par lettres pateiitJ||ui furent enregistrées au parlement ie iiM'Avrit de cette' aUxlée ^ dêf DigitizedbyLjOOÇlC 1 là terre et seigneurie de GentiUy (i). Sa fille, quoique sam naissance et sans beauté, mais à la vérité pleine de charmes (a), devînt Té- pouse de Jean Baptiste Amador du Plessisj Marquis de Richelieu , firere du grand Père du Maréchal Duc de Richelieu , mort depuis peu ; elle eut un fils qui fut Taïeul du feû Duc d'Aiguillon. (3). Il y a une réflexion bien important^ à &tre •ur la Beauvais : c'est que si cette femme A*a- vôit^^u, plus de vingt ans après la mort de sa maîtresse , qu un seul secret à garder , savoir celui de son mariage avec Mazarin , on lauroit beaucoup trop ménagée dans tous les tems, et Louis XIV surtout ^ à la . dernière époque dont je viens de parler. Car le secTj&t d'un mariage dissous, sans enfant, n'eût plus été, surtout en 16^7, que dune légère impor* tance. Ce sont donc les ménagèmements continuels que l'on a eus pour cette créa- ture, 'qui auroit mérité la salpétrière, lecré- (1) Anecdotes des JEleî&e& et S^êntes de France » T. 6. p. 568. («) Mém. de Maîntcnoû ptr la Bcaumelle , T. II. p* 949» - (3) Dict de la Noblesse pff'Mr. de U Chenaye des bois, «nx mots Flessis» Richelieu, et Branche .AipùUon. Digitized by Google dit non interrompu dont elle jouït^sous sa maîtresse et sous Louis XIV ^ les richesses qu'elle acquit , qui prouvent que le secret n'étoit pas borné à un mariage seul , dont très- certainement il n'y a jamais eu d'acte: car s'il y en eût eu un , et qu'il eût été connu , les Princes , le parlement et tous les Jnti - Mazarinistes eussent profité d'une pareille découverte pour faire chasser Maza* rin comme séducteur, ou peut-être poux lui faire perdre la vie » et priver son épouse de la Régence. Ainsi comme il n'a pu y avoir d'acte de mariage, Louis XIV auroit donc pu traiter impunément la Béarnais de visionnaire et de calomniatrice , si elle n'a- voit eu à parler que du seul mariage. Ce fut donc l'existence de ce frère qui dé« termina Louis XIV à, tout ce qu'il fit poux cette femme , parce qu'elle auroit pu don- ner 9 dans tous les tems , des preuves de l'existence de ce frère , des endroits où ilavoit été élevé, et divulguer, en 1687, que l'homme au masque, qui étoit à Ste. Margue- rite , étoit ce frère ; sans quoi les ménage- mens de Louis XIV pour cette méprisable femme, auroient été aussi absurdes quincom^ pxéhensibles. \ Digitized by Googlç XX. Les deux données les phis essen-^ tielles concernant la personne da masque » savoir la éiite de son eiViprisonnement , et celte de son âge à son décès , méritent un examen particulier. La première fois que Vdltaire parle de Thomme au masque, c'est dans le siècle de Louit XIV ; il dît qu'il fut enfermé au château de Ste. Marguerite , quelques mois après la mort du Cardinal* Dans les questions sur l'Encyclopédie , il dit, qu'il étoît à Pignérol en i66q. Rela- tivement à la détention de Thomme au masque % il n'y a pas de contradiction ; car s'il étoit enfermé en i66a , il pouvoit la- voir été dès 1661. Mais dans le second ouvrage, il fixe sa première détention à Pi- gpérol ; c'est un point essentiel sur lequel il se rectifie , et je crois avec beaucoup de fondement (i)* Mais il n'a pas varié sur la personne que receloit le masque ; ainsi il pen^ soit donc déjà la première fois qu'il en a parlé, que ce malheureux devoit le jour au Cardinal Matêrin et à Anne d'Autriche. Car lors qu'il tiavailloit au siècle de Lms XIV ^ il étoit dé^ ^ depuis longtems particulièremelit lié av<^ (0 V. TArt nuuqoe de fer, dans le nouveau Dietioniu Imtorique* Digitized by Google Î43 le Maréchal de Richelieu^ à qui le Sr. Mprsoban ctoit attaché en qualité de chirurgien. Ces deux derniers personnages eurent de grands avantages pour savoir qui étoit l'homme ^u masque, le premier étant né le 13 de Mars 1696, et le second, qui étoit ]^obablement beaucoup plus agi , avoit eu , relativement à ïliommé a\i masque, le précieux avantage d être gendre de l'apothicaire de la Bastille, et peut- être d^en avoir connu le médecin , de qui il aura pu apprendre, comme de son beau*- pere, l'âge de l'homme au masque. Mais il lia cité que ce dernier à Vdltàife, toutes les fois qu'il lui en a parlé. Ainsi à raisoifi du ihérlté des renseignemehs qu'a eus Voltaire y lige d'environ 60 ans, qu'il fixe au masque lorsqu'il est ndort , me paroît une donnée 'moralement cenrtaine. La date de son em- prisonnement, en 1661 ou 166^ , qui est l'autre donnée , n'a pas le itiême degré d'é- vidence, puis qu'il ne'cîtô personne; cepen- dant die mérite beaucoup de confiance, vu qu'il n'a pas varié la seconde fois qu'il en a T^arlé , et si Ton joint les rapports si' confes- 'pondans de ces deux données aux preuves ci^devant alléguées du mariage de Maza^^ rin et d'Arme d'Autriche , qui pourra avoir le iqipin,dre doute sur la solution que Je pré- Digitized by Google ^ Il 144 «erite de Ténigme de rhomme au manque de fer ? ' XXI. Un précis raisonné tiré de Tordre moral des déterminations humaines va sin- guliéiement servir à expliquer le dernier fait que je viens d*alléguer , et en général à con- firmer tout ce que j'ai dit jusqu'à présent. Anne d* Autriche avoit eu le malheur d'avoir eu Louis XIII un ipari d'un caractère sombre , et fuyant les plaisirs. Cette Princesse au con- traire aimoit la vie sociale : c'est elle qui a intro^» duit à la cour de France (i) , surtout lors qu'elle devint Ubre, les agréments et la politesse, qui la distinguèrent sous Louis XIV de toutes les autres cours de l'Europe. Louis XIII avoit le physique désagréable , et notamment l'ha- leine d'une odeur si rr^auvaise , que c'étoit un supplice pour Richelieu de la soutenir (2) ; ts^ndis que la Reine n'ainioit que les bonne* odeurs , et craignoit excessivement les mau- vaises (3). Jl est donc clair que son marine pouvoit (1) y. te nouveau dkt« liistoriq. an mot Anne d*Aai triche. (9) Traduction de Thistoire universelle in 4to, 51 Vol* p. 560. 0) Louis XIV, sa coujr et le Régent» T« !• p. 102. • V DigitizedbyCiOOglCfi^ ^45 poùvoît bjeaucoup lui plaire ; cependant aucun historien ne lui fait de reproches, pendant les ro premières années de son mariage , sa- voir depuis 1615 jusqu'en 1625: pendant tout ce tems , elle n*eut qu'une seule fausse couche, et elle eût montré plus de fécondité, si elle eût violé la foi conjugale. Le Duc de BuckingJtam^ homme galant, bien fait , et d'une figure superbe, étant .venu cnFjranceen 16 25, se hazarda à tenir à la Reine des discours^^ d da- mant, en présence de la Marquise deSenecey^ qui Yen reprit vertement. Il paroît cependant^ par tout ce qu'en disent les mémoires de ce tems, qu'il plût à cette Princesse; mais tout se borna, aux propos; car une Reine de France, non plus qu'aucune autre en Europe, iie peut recevoir de visites d'hommes qu'en présence de ses femmes. L'année suivante arrivl^la conjuration de Chalais , dans laquelle la Reine fut injustement impliquée , à l'exception pro-« bable de ce qui concernoit le renvoi de Riche^ lieu son ennemi mortel. Cependant ce ministre ne rendit jamais publiques les découverte» qu'il fit; mais il sut en tirer assez de parti, pour la brouiller avec le Roi , qui> depuis ce tems fit séparation de corps avec elle. (1) CO Anecdotes de$ Reities et Ké^entes de France, T^ ^« . K Digitized by Google 14^ Cette réparation dura jusqu^à révènement dont j'ai parlé, qui occasionna fortuitement leur réunion dans les premiers jours de Dec. 1637. Anne d'Autriche étant devenue Régenté du royaume pax le décès de son époux , arrivé le 14 de Mai 1643 , n*avoit jusqu'alors jamais joui de cette douce volupté attachée à la ré» ttnion des cœurs ; Ton trpuvera donc moins cxtraoxdinaire qu'elle scr soit abandonnée au penchant qu'elle eut peu après pour le Car- dinal Mazarinj et qu'elle Tait épousé. Toutes les cifconstances propres à donner lieu à un pareil mariage se trouvolent réunies ; elle étoit éloignée de sa famille » maîtresse absolue de ses actions , «t par dessus tout cela, elle avoit tm cœur fait. pour l'amour* ^/izarùi , quoique Cardinal , n'étoit pas engagé dans les ordres ; il s'étoit donné pour êdre de grande maison ; il étoit beau, bien fait et de bonne mine; il avoît Tesprît doux, insinuant, et une conver- sation enchanteresse ; son état de premier mi« nistre lui donnoit les facilités d'entretenir la Reine, quand il le vouloir. Est* il donc si prodigieusement étonnant qu'avec tant d'avan*» tages il soit parvenu, à captiver^ la Keinè jus-» qu'au point de lepouser P Un pareil mariage n'a pas à Ik vérité lieu dans le cours ordinaire dfs cboses; cependant l'on a vu Louise d$ Digitized by Google 147 Savoie y mère de François I^ épouser Rabàu^ dange son maître d'Hôtel ; Marie Stuart passer du lit de François, //dans celui de deux gen- tils -> hommes ; Chrétien IV j Roi de Dane-^ match ^ s'unir à Christine Monck ; et /re- deric IV y à Mademoiselle de Rewentlau ; Jac^ ques 11^ héritier du trône d'Angleterre, épou-* ser Mademoiselle Hyde^ fille d^un avocat, et Pierre le grand Catherine /, fille de pauvre» villageois, et qui fat peut-être lafeihmela plus accomplie qu'il y eût alors, depuis la Vistule jusqu'au Pôle. Enfin oh a vu Louis XIV épouser la veuve d'Un poète , femme à la vé- rité douée du plus rare mérite (i). Si donc je demande aux souverains pourquoi ils pren-' lient des femmes dans le» derniers rangs de la société , leur réponse sera qu'étant maî- tres de leur volontés , et trouvant des particu- lières belles , aimables et intéressantes , ils ne peuvent résister au désir de les avoir pour femmes. Eh bien! la réponse de la veuve d'un Roi très-chrétien sera la même. Elle étoit maî- tresse de ses actions , elle a cru poutt)îr rem- placer un mari, qlii n'étoit rien moins qu'ai- mable, qui avoit une haleine insoutenable, qui avoit permis à son ministre de la persécu- (i) Méni^ dcMajntenoii par la Beanmelle , Tt HI. p. Si* Digitized by Çoogle 148 ter, par Un beau Prince de l'église romaine, doué arla debout et avef une considération qui tenoit du respect. Cet inconnu fut mené à la BâfitîUe, ciù il fut logé àiissi bien qu on peut Têtre.dans ce château, Qn ne lui refusoit rien de ce qull demandoit. ^Son plus grand goût 4?tôit'p6ur le linge d!une finesse extraordinaire, et Jpour les dentelles. Il jouoit de la guittare. On lui faisQÎOa'plus grande chère , et le gou- yemeur s'^sseyoit rarement: devant lui. Un vieux médecin de la Bastille , qui avoit sou- Verit traité cet homme singulier dans ses ma- Ïa4îe8, a dit qu*il n'avpit famais vu son visage^ quoi qu'il eût souvent exaniiné sa langue et le reste de son corps. Il étoit admirablement bien fait, dispit ce médecin. Sa peau étoit. un peu brune; il intéressoit par le seul spn de sa voix , ne se plaignant jamais de son état , et ne laissant point entrevoir ce qu'il pouvoit être* JÎJnfti^meux chirurgie^, gendre du méde* cin dont je parle, est témoin de ce que j'a- vanqe, et Mr, de Bernayille^ successeur de Saint- Mars, i> souvent confirmé. Cet inconnu mourut en 1704, et fut en- terré la nuit à la paroisse St.. Paul. Ce qui redouble Tétonnement^ c'est que quand on l'envoya aux isles Ste» Marguerite, il ne dis- parut dans l'Europe aucun homme considé^ zable* Ce piisqrmier l'étoit sans doute > cax Digitized by Google l5i yôîcî ce qui arriva les premiers jours quil étoîe dans nie. Le gouverneur mettoit lui-même les plats sur sa table , et ensuite se retiroit après Tàvoir enfermé. Un Jour le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d*argent , et jet^ir^a&iette par la fenêtre vers un bateau qui étoit au rivage , presque au pied de la tour. Un pêcheur à qui ce bateau appartenoit ramassa l'assiette et la rapporta au gouverneur* Celui-ci -étonné démanda au pêcheur? Jvezv&us lu ce qui est écrit sur Cette assiette ^ et jiàiquunTortM vuf entre ves mains ^ y ne sais pas dire ^répon^ dit h pécheur^ je vieHs de la trouver 9. personne ne la, vue. Ce paysan fut retenu jusqu'à xrpquele gouverneur fut bien informé qu'il n'avok pt« mais lu ^ et que l'assiette n^avoit été vue de per^ sonne. Allez y lui dit-ilyifous êtes lien heureux de ne* savoir pas lire^ Parmi les témoins de ce fait, (S. y en a un trèsrdigne de foi qui vit encore» .Mr. de Chantiilart §M le dernier intiatstrey qui eut cet étrange secret* Le second Maréchal delà Feuilladey son gendre, m'a dkquà la mort de son beau père , il le conjura à genoux . de lui apprendre ce que c'étoit que cet hommé^ ^quoa ne connut jamais que soiis le. nom de rhomme au mas^e de fer^ ChamiUart lui ré« ponflit que cétoit le secret de Vétst y ^et qu'il .ayoit failt sermcaïf de ne le j^yéler .|ai^9ist Digitized by Google i5a SECONDE. Extraite des quemons sur VEncydopédie^ par des amateurs^ nouvelle édition soigneusement revue^ corrigée et augmentés»' première partie j tjji. ' page ^^ il. ■ • L'AuTEUii du siècle 4e Louis XIV en le pre- mier cp^i ait parlé, dé Thomme au masque Vde fer, daiïsAutie histoire avérée. C'est qu'il étoit très^instruit de cette aneedote, 'qui étonne le siècle .présent, qui étonnera la postérité , et qui n'est que, trop véritable. On l'avoittrom- . pé sur la. date de la mort de cet inconnu si singtdièrment infortuné. Il fut enterré à ,St. PaulJe 3 de Mars i7o3, et non en 1704. . . Il avbit d abord été enfermé à Pignérol, /avant de 1 être aux Iles: de Ste. Marguerite, et ensuite à la Bastille, toujours sous la garde du même homme , de îce St. Mars qui le vit mourir. Le père Gr(](fef, Jésuite, a communiqué au public: le journal de la Bastille qui fait foi des dates. U a eii aisément ce journal, puis- qu'il avoit l'emploi délicat de confesseur des prisonniers renfermés à là Bastille. L'homme au masque de fer est une énigme Digitized by Google 153 Sorik- chacim vaut devioér lenrot tes' uns bat xiitf que. c etoit Je ■ Diic de iBe««/arf : . 0lài$ lé Ihic de Beàujort :fut tué par Jes Tujrcsi: à . la .détense de Candie e^ 1669, ètirjidmme at* rfBasque; de^^ fei éjtoh à Pignérol en) 166?^ iDVUleura-CQiïiînient;Jauroitr0.n airêté-le Duc àç^.Btéujort au :oliIieu de son a^niê^P Com? .ment lauroit-oB transféré en Fifance, sans que «personne en sût rien? Et pourquoi l'eût -on ioais en priwn ? Et pourquoi ce masque ? , - : Les autres, ont Irêvé le Comte de:. Vtrman* jdûis'^ fils naturel- del^m XIV ^ mon pubiique- znent de la petite; vérole en 1 68 3 à>l!arm^e , et enterré dans la petite ville d*Atre (1), non dans .Arras, enquoilepere Griffet s-est trompé , et -en quoi il n'y. a pas grand mal. On a ensuite imaginé que le D.uc de il/o«f- ^/mcuth^ à qui le Roi Jacgues fit couper la tête •publiquement dans Londres, en 1,685, étoit rhomme au masque de fer. Il auroit fallu qu'il eût resstiscité f et qu*ensuite il eût chsmgé Tor- dre de tcms.^ quai eût mis l\innéè 166 â- à la «place de: i{x&5i que le Roi Jac^ms:^ qui ne :{iardoima jamais à ' personne ', et 'qui . par - là .(i) Vdtaite .a de^ulft rectifié son erreprs il a Ak dans une note , .qui aertro^sTO: au bas iç la pas^ 1^ T. KXI. i^ rédition in '4*'.. iFaité à Genève en 1774 i que' l.'hpnune àii jnasque avôit enttirc à Anas; - r wi.:!:. :. Digitized by Google _^ 154 mérita tous «es malheurs'^ eût paxdoimé ait Duc de Montmoutk , et eût fait inourir au lien de lui ua liomme qui lui ressembloit parfaite* ment ; il auroit fallu trouver ce Sosie y qui auroit eu b bonté tie se faûre couper le cou en public pour sauver le Duc de Montmoutk : il auroit fallu que toute rAngleterre s'y fut mé- prise; qu'ensuite le Koi Jacques ^ût prié ins- iteimment Louis XIV de vouloir bien lui sem vir de sergent et de geôlier. Ensuite Louis XIV ayant fait ce petit plaisir au Koi Jacques j n^^u^ Toit pas manque d avoir les mêmes égards pouv le Roi Guillaume et pour^- la Reine Anne^ avec lesquels il fut en guerre ;' et U auroit soigneusement Conservé auprès de ces deux Monarques sa: dignité de geôlier doint le Mo- liarque Favoit honoré. ^ Toutes ces^illûsions étant dtssipées^ , it rest& à savoir qui étoit ce prisonnier toujours ma^s^ iqué , à quel êge il mourut j et sous^ quel nom il fut entânré ? Il est clair que si on ne le lais^ soit passer dans la cour de /Sa Bastille ,. sLon^ ne lui permettoit de jparles i son médecin^ qiie couvert :*d'un masque ,: i'iétoit : die' peip qu'on ne reconnût dans ^e^ traits quelque res* semblancè trop frappante. Il pôiwoit montres sa langue, et jànlMS son visage, Pour son âgev il dit lui*»mèmé â lVppth4 après midi , dans le cimetière de la paroisse de; St. Paul. Ce qui redouble letonnement, c^st que quand on l'envoya aux Ilies Ste. Margue* xite, il ne disparut dans l'Europe aucun homme considérable. Ce prisonnier l'étoit sans doute ;. car voici ce qui arriva les pren^iers jours qu'il, fut dans Tisle.' Le gouverneur mettoit lui-même les plats sur sa table, et ensuite se retiroit après l'avoir enfermé. Un jour il écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent , et jetta Tas- siette par la fenêtre vers un bateau qui étoit au rivage , presque au pied delà tour. Un pê- cheur, à qui ce bâté^uappattenoit, ramassa l'assiette, et la rapporta au gouverneur. Celui- ci étonné demanda au pêcheiir : avez ^ vous Itt ce qui est écrit sur cette assiette y et jueljutm' la -t 'il vue entre vos mains? % . . Je ne sais |?aj /ire ,. répondit le pêcheur , jfe viens de la trouver j personne ne Va vue. Ce paysan fut retenu jusqu'à :ce que le gouverneur fût bien informé qu'il n'avoit jamais lu, et que l'assiette navoit .été vue de personne.. Allez i lui. dit^il y Digitized by Google Ï58 VOUS itôi bien heurtux de ne savoir pas lire . . • La Grange * Chancel raconte dans une lettre à Tauteur de I Année littéraire y que lors- que Saint-Mars alla prendre le masque de fer pour le conduire à la Bastille , le prisonnier dit à son conducteur : est - ce que le Roi en if eut à ma vie / . . . *Non , mon Prince ^ répondit Saint - Mars , votre vie est en sûreté ; vous n'a- vez qu'à vous laisser conduire. Jai su ajoute- t»il 9 d*un nommé Dubuisson^ caissier du fameux Samuel Bernard (qui, après avoir été quelque» années à la Bastille, fut conduit aux Iles Ste. Marguerite) qui étoit dans une chambre, avec quelques autres prisonniers , précisément au dessus de celle qui étoit occupée par cet incoxmu , qui^ par le tuyau de la cheminée ils pouvoient s'entretenir et se communiquer leurs pensées ; mais que ceux - ci lui ayant demandé pourquoi il s obstinoit à leur taire son nom et ses aventures, il leur avoit ré- pondu que Cet aveu lui couteroit la vie, ainsi qu a ceux auxquels il auroit révélé son secret. Toutes ces anecdotes prouvent que le masque de fer étoit un prisoimier de la plus grande importance. Mais qui étoit ce captif ? Ce n'étoit pas le Duc de leaufort : nous l'avons prouvé dans son article (voyez Beaufort); ce n'étoit pas le Comte de Vermandois , comme Digitized by Google 159 le prétend l'auteur des Mémoires de Perse. Cet écrivain sans aveu raconte que ce Prince, fils légitimé de Louis XIV et de la Duchesse de la Valliere^ fut dérobé à la connoissance deé hommes par son propre père , pour le punit d'un soufflet donné à Mgr. le Dauphin, Com- ment peut-on , dit un homme d'esprit, impri- mer une fable aussi grossière? Ne sait- on pas que le Comte de Vermandois mourut de la petite vérole au camp devant Dixmude eii 1683 ? Le Dauphin avoit alors 9 q ans. Oxi ne dorme pas des soufflets à un Dauphin à audlm âge ; et c'est en donner un bien terrible au sens commun et à la vérité que de rappor- ter d^ pareils contes. Il n'est pas moins absurde ' de vouloir feire d'autre conjectures sur le masqué de fer. Pour résoudre ce problème historique, il Êiudroit avoir des mémoires des persormes qui ont eu ce secret important, et ces per« soimes n en ayant point laissé , il faut savoir «e taire (1). L'Auteur de ce Dictionnaire, qui avoit pris des informations à Tlk Ste. Mar^ guérite , est le premier qui^ ait dit que thomme 4LU masque avoit d'abord été envoyé à la Cita- (i) Les curieux seront sans doute enchantés fique je n*ai« {EU sum ce conseil. Digitized by Google — i6a adledePîgnérol(i). Cette particularité a été confirmée par le journal dp Dujonça , lieutenant de Roi dç la Bastille ,, quand le prisonnier y arriva. Ce journal imprimé dans, le traité des différentes sortes de preuves qui établissent la vérité de l* histoire j du père Griffetj est très -cu- rieux; Dujonça né dit point que le masque fût de fer , il dit seulement que c*étoit un masque de velours noir , et nous n'avions pas fait entendre autre chose dans la première édi- tion de ce Dictionnaire. Mais le nom de masque de fer ayant prévalu , pour désigner ce célèbre infortuné , nous l'avons laissé subsister. SECONDE (i) Je ne sais si Dom Chaudon est fondé à s'attribuer Phon- iieur exclusif d'avoir dit le premier que le masque avoit été en« voyé à la Citadelle de Pignérol; car Ton vient de voir que Voltaire a dit aussi dans ses questions sur rEncyctopédie , que k masque avoit d'abord été enfermé à PJgnérol 9 il faut donc supposer que Voltaire a appris cette particularité de quelque collaborateur de Dom Chaudon , ou de Dom Chàudon lui-même, ou que la première édition du Dictionnaire de celnl-ct a été impnméç . ^y^n^ les questions sur l'Encyclopédie. Fin de la première partie. Digitized by Google i6i ■■ ' • I .' . .. I SECONDE PARTIE. AVIS PRÉLIMINAIRE, V oici la prétendue solution de l'énigme du masque de fer , contenant l'histoire de sa vfe et de sa naissance jusqu'à son emprisonner ment, extraite du Chapitre IX. page 7 1. du troi- sième Volume des mémoires du Maréchal de Richelieu. Leur rédacteur assure que le Mare* chai a voulu qu'ils fussent rédigés comme s^il parloit lui-même, c'est ce que je veux bien croire; mais je ne puis me persuader qu'il les ait lus , par une multitude de raisons qu'il nest pas de mon sujet de rapporter ; jen don- nerai une sQule particulière en forme de note à la suite du préambule qui précède ia relation de r homme au masque. Quant à la relation en elle même , ce n'est qu'une pure fiction. Cependant je ne doute aucunement qu'elle n'ait été donnée pat le Duc (T Orléans^ Régent à Mademoiselle de Valois sa fille , pour le prix convenu entre eux ; cela étpit assez confoxme aux mœurs libertines , qui régnoient à la cour du tems de la Rér Digitized by Google x6« gencef : Ton sera aisément convaincu pax la suite y que le Duc de Richelieu , à qui Made-* moisene de Valois renvoya cette relation, la regarda comme une pure Ëible. LE RÉGENT DÉVOILE LE SECRET DU MASQUE DE FER. Nowelks anecdotes sur ce Prisonnier. Sous le feU Roi il fut un tems , où dam tous les ordres de la société on se demandoit quel étoit ce fameuk personnage connu sous le nom de masque de fer ? Mais je vis (i) cette curiosité se rallentir, quand St. ^ Mars layant conduit à la Bastille, on affecta de dire qu ott (t) Ç^mmeiit le Maréchal pouvoit-il dire je w#, j^uii qu*il naquit le i3 dé Mars 1696 » et que Thomnie au masque n'arriva à la Bastille que le j8 dé Septembre 1698» LeMa« •échal qui vit se tallentir la curiosité de savoir çui étoit r homme au masqua , lors q^u'on Peut conduit à la Bastille , étoit -il donc^déjà grand garqoh , étoit -il déjà répandu dans le monde à Tige de deux ans et cinq mois ? L'on voit que le rédacteur des mémoires n'a £ût ni réflexions ni combinai- sons , puis qu'il croit que l'homme au masque étoit , selon la relation un frère jumeau de Louis KIV $ tahdis qu'une note de Mr. l'Abbé Souiaviv, qu'il nous donne , auroit dû lui prouver que le Maréchal» de qiU U tient cette relation , qui suit , n'y a jamais cru , ainsi que je le démontrerai. Digitized by Google i6S avoît l'ordre de tuer ce prisonnier, s'il se fai- soit connoître. Saint^Mars faisoit aussi enten-** dre que celui qui auroit le malheur de dévoi- ler qui il étoit , feubiroit le même sort. Cette menace d'assassiner le prisonnier et les cyrieux du secret , fit dès-lors une telle impression , qu'on ne parla qu'à demi-mot, tant que le Koî vécut, de ce personnage mystérieux* i-i'Auteur anonyme des mémoires secrets de la cour de Perse^ publiés chez l'étranger quinze ans après la mort de Louis XIV ^ fut le premier qui osa parler du prisonnier et rapporter quel- ques anecdotes. Depuis ce tems , la liberté se manifestant tous les jours avec plus de hardiesse dans la société et dans les livres , et la mémoire de Louis XIV perdant de plus en phis son an- cieime îiifluence, on raisonna Ibrement sur ce Prisonnier ; cependant on me demande en- core à la fin de mes jours , et soixante et dix ans après la mort de Louis XIV ^ quel étoit ^ce f Tisonnier au masque de fer f C'étoit la question que je faisgis en 1719 i la Princesse adorable (Mademoiselle de Fa- fo/j) que le Régent aimuit , maïs dont il étoit détesté , parce qu'elle m*aimoit éperduement, et qu'elle ne de voit avoir que du respect pour ce Prince ; cependant comme on étoit JL a Digitized by Google — t64 persuadé dans ce tems-là que le Régent étoit instruit du nom, des avantures et des causes jde remprisonnement du masque, je tentai, plus curieux et plus hardi que tout autre , d'arracher du Régent, par le moyen de ma Princesse , le grand secret. Elle étoit accou- ^tumée à rebuter le Duc d'Orléans^ et à lui té- jçioîgner Aine grande aversion. Mais comme il fut toujours passionnément ampuieux délie, et qui la moindre lueur d'espérance de quelque bonheur , il lui accordoit ce qu'elle déryian- doit 9 j'intéressai ma charrnantç Princesse, déjà fort curieuse de son naturel, dans mor^ projet, et l'engageai à faire entendre au Ré- gent qu'il seioit heureux et satisfait , s'il vou- loit permettre la lecture des mémoires du masque de.ffr qu'il avoir. Le Duc d Orléans navoit jamais dévoilé aucun secret de l'état; il étoit d'une circons* pection inouïe stir cet article , car Dubois son précepteur lavoit accoutumé à le garder '; et il n'est pas hors de propos d'observer ici qua les gouverneurs des Princes , qui se proposent d'assiijettir leurs élevés , fondant leurs espé- rances sur la nullité xle leur caractère, sur leurs penchants pour les plaisirs , sur leur défaut d'instruction » et sur leur facilité, ont tous l'adresse de leur inspirer le goût du secret; Digitized by Google * i65 le caractère silencieux dans un Prince étant la base de 1 édifice que les gouverneurs aml>itieux ont dessein d'élever. Le Duc uteurs qui ont écrit sur le Règne de ce Rot et sur la Régence de sa yente , aucun n'ait hit mention de la prédiction ai des agi« tations qu*elle avoit causées ? (5) N'est-ce pas injurier la divinité que de h faire agir aussi tortueusement et obscurément , que la représente le fictionnaire? Auroit -die fait naître deux enfants à la fois , pour se procurer tout exprès le plaisir de faire com- mettre un crime ? Qui ne sent que toute cette relation « été imaginée par le Due d'Orléans, pour en imposer, par un faux merveilleux , à une fille crédule et ignorante ? (6) L'écrivain chargé par le Duc d'Orléans de composer cette fable , étoit ^ans doute à demi endopni , quand il 1'^ rédigée i il débute par dire que ce qui avoit été prédit par les devins arrim ; cela teut bien dire que la Rjeiâe accoucha de deux fils; puis après il dit que le Roi envoya un messages an Cardinal pour lui fidre Cnroir la prophétie des pâtres } "alais puisqu'elle étoit act;9iichée , U étoit trqp tard pour toi Digitized by Google 17 X phétie , avoit respondu qu*îl felloîe s'en advî- ser; que la naissance de deux Dauphins n*es« toit pas ' une chose impossible f et que daïis le second cas il falloit soigneusement cacher le second , parce qu'il pourroit à l'avenir vou-^ loir être Roi, combattre son frère, pour soutenir, une seconde liguexlans l'état et régner (7). Le Roi étoit souffrant dans son incertitude, et la Reine, qui poussa des cris, nous fit crain- dre un. second accouchement. Nous envoya- ; I I ^^^^— Il I I ■ Il II — ^^— — — — — ^—^K^M^—i » faire savoir cette prophétie. Une seconde absurdité , c'est que Richelieu sans prendre la peine de venir , se contenta de faire une réponse de sot , lui qui ne l'étoit assurément pas. Une trotsième absurdité • c'est que la prophétie fut connue long* tems avant Taccouchement de la Reine, qu'ainsi le Roi avoit eu tout le tems de demander au Cardinal son sentiment sur le parti à prendre à raison de l'événement prédit , sans qu'il fût dans le cas de lui envoyer un messager pour Fen ins« truire i mais quand la Rdine accoucha , k Cardinal étoit à St. Quentin , ainsi le Roi ne pouyoit le consulter. Au principal le -simple bon sens devoit dicter au Roi de consulter , selon l'usage du tems, les évêques de sa cour, laSorbonne» mais ^beaucoup mieux les médecins et les légistes. (7) On ne pouvoit raisonner ainsi du tems de Richelieu ^ car précisément à l'époque de la naissance de Louis XIV , ce Cardinal avoit élevé la puissance des monarques Français au plus haut degré où elle l'eAt jamais été. Dans le cas supposé , il n'y avo|t qu'à former un appanage si mince au frère dernier venu , qu'il fût hors d'état de se faire de9 par- tisans, et Richelieu y eût bien pensé, ainsi qu'à mille au- tres moyens» et il n'auroit pas été dans le cas de conseiller le crime absurde et ridicule» dont le Régent a imaginé de le charger. Digitized by Google — 17^ mes quéiix le Roi , qui pensa tomber à h tenverse , pressentant qu*il alloit être père de deux Dauphins (8) .* il dit à Monseigneur Vé^ vesque de Meaux , qu'il avoit prié de secourir la Reine (g\ ne quittez pas mon espouse^ jusqu'à ce quelle soit délivrée , jen ai une inquiétude mot'' telle. Incontinent après il nous assembla, l'é- vesque de Meaux ^ le chancelier, le %xe\xxHo* norat (lo), la Ddime Peronète (li) et moi, et il nous dit en présence de la Reine , afin qu'elle pût l'entendre , que nous en répon- drions sur notre teste, si nous publions la naissance d'un second Dauphin , et qu'il vou-» loit que sa naissance fût un secret de Tétat, \ (S) Il faut convenir que Louis , 4it le juste ^ a eu bien des tracasseries et des embarras domestiques; on commence par }e faire passer pour impuissant» parce qu'il n*a pa& d'en« fants ; ensuite il en a deux à la fois, et on le force à se défaire d'un, sans qu'on puisse lui garantir que celui qu*il garde vivra. père infortuné ! malheureux Roi ! (9) Sans doute que Tévéque de Meaux avoit appris la m^ decine et Tart des accouchements , pour pouvoir dans ses tournées épisoopaies secourir ses diocésaines. (10} C'étoît le Chirurgien du Roi ; mats il n'est pas nom* • mé dans le procès- verbal . dressé pour la naissance de Louis XIV. (11) La Dame Peronète ; ce nom se trouve deux fois dans la relation; cette matrone est nommée deux fois Péronae dans Pacte dressé pour la naissance de Louis XI V» qui mérite miUe fois plus de croyance qa*nae fiction* Digitized by Google i73 pour prévenir ks malheurs qui pourroient au^* irivep, la loi Salique (is) na déclarant rien sut l'héritage du Royaume , en cas de naissance de deux fils aines des Rois. Ce qui avoit été presdit arriva , et la Reine accoucha pendant le souper d*un Dauphin plus mignard et plus beau que le premier ^ qui ne cessa de se plaindre et de crier, comme b"û eût déjà esprouvé du regret d'entrer dans la vie , où il auroit ensuite tant de souf&an- ces à endurer. Le chancelier dressa le verbal m 4e cette merveilleuse naissance ^ unique dans notre histoire» Ensuite sa majesté ne trouva pas bien fait le premier procès- verbal, ce qui fit qu'elle le brusla en nopre présence , et or- xlonna de le refaire plusieurs fois, jusqu'à ce qu^ sa majesté le trouva dans son gié, quoique (13) La loi Salique ne fnt point instituée pour déterminer la succession au trône de France , ni même pour régler les droits des particuliers aux biens féodaux ; elle est composée de 71 articles; il n*y en a qu'un seul qui ait rapport aux successions $ le Toici* Vans la une Salique aucune partit de Phéritage ne doit venir aux Jernelks ; il appartient tout entier aux mâles. Tous les autres regardent la procédure, la police» les mœurs , Tordre et le maintien de la paix {*). Ce n'étoit donc pas dans la loi Salique qu'il ialloit chercher la solution ' du cas «npposé , mais recourir au chancelier et aux lumières des personnes que J'ai in(4quées. ■ I I ' l I II ■ I ■ 111 I « I !■■ (♦; Voye? rhist. de Frwc» par l'Abbé Vély, T. I. p. 37. Digitized by Google 174 put remontrer Mr. tAumpsnîer^ qui préten* doit que sa majesté ne pouvoit cacher la nai?» sance d'un Prince: à quoi le Roi respondit qu'il y avoit en cela une raison d état. ' Ensuite le Roi nous dit de signer notre serment : lé chancelier le signa d'abord , puis Mr. VAumosnier , puis le confesseur de la Reine, et je signai après» Le serment fut signé aussi par le chirurgien et par la sage -femme qm clélivra la Reine, et le Roi attacha cette pièce au procès * verbal , qu'il emporta, et dont je n*ai jamais ouï parler* Je me souviens que sa majesté s'entretint avec Monseigneur le Chan^ celier, sur la formule de ce serment, et qu'il parla longtems fort bas de Monseigneur le Cardinal.. Après quoi la sage- femme fut char- gée de l'enfant dernier né ; et comme on à toujours craint qu'elle ne parlât trop sur sa naissance , elle m'a dit qu'on lavoit souvent menacée de la faire mourir, si elle yenoit à parler; on nous défendit même de parler de cet enfant entre nous , qui estions les témoins de sa naissance. (13) (13) Si Ton veut prendre la peine de les compter toutes ces personnes , on verra qu'il y en avoit au moins douze dans le secret, savoir deux infanticides, neuf meurtriers et un seul honnête homme, Taumônier. Oh nature! comme on f injurie! comment! un père, une mère, un chancelier, un Digitized by Google 175 Pas un de nous na encore violé son ser« ment; car sa majesté ne craigiioit rien tant. évéqne , un confesseur etc. auroient consenti à la suppietsion d'an ^n&nt » sous prétexte qu'il aniroit pn hke la guerre à ton frère , et ils n'en anroient jamais-rien dît ? une pareille supposition révolte le bon sens. Tous cet bourreaux à conir mencer par le père et la mère avoient-ils des entrailles de {^r? La mère n'auroit-elle pas souhaité 30 fils , au lieu dé consentir à en supprimer un ? Mais lors qu'on envoya dire au Roi que la Reine alloit accoucher d'un second en^t , il étoit à table » et comme le premier enfant étoit venu à midi » il devoit y avoir* un souper de cérémonie , selon l'usage th cas pareil; su moine ne peut -on supposer que le Roi sou- poit seul : mais je veux encore qu'il ait soupe seul, les offi- ciers militaires et domestiques « ainsi que les serviteurs» qui connoissoîent k prophétie , voyant qu'on venoit le chercher » n'auroient pas manqué les uns de le suivre par le devoir de leurs charges , les autres de se tenir aux aguets pour savoir rî effectivement la Reine alloit avoir un second enfisint ^ et ce que l'on en htohi il fant joindre à tout ce monde les Seigneurs et Dames de la cour et la fbule des curieux qu!un pareil événement devoit attirer: d'après tout cela il faut convenir qu'il auroit été impossible de cacher la naissance du second fils. Voici une dernière raison d'un grand poids ; le Duc d'Orléans, frère unique de Louis XIII , avoit le droit comme héritier présomptif de la couronne d'assister aux couches de la Reine s il s'étoit trouvé à la naissance du fih aine , ainsi qu'il en conste par le procès - verbal, où il est nommé » ainsi que de droit et de raison , le premier ; or comme la prédiction des mages champêtres lui étoit connue , lui qui avoit intérêt que la Reine tfett point d'enfant, aiP> roit - il manqua de se trouver à son second accouchement , ou de fairc^ tenir en son nom ^ dans h| chambre de la Reine quelqu'un qui n^en eût pas désemparé , s'il eût été oblige de s'en absenter pour quelques moments ? Donc si la Reine eût Digitized by Google après t\lel que la guene civile, que ces deux enfànUj nés ensemble, pouvoient suscitera et le Cardinal Tentietint toujours dans cette crainte , quand il s'empara ensuite de la sur- intendance de Téducation de cet enfant. Le Roi nous ordoima aussi de bien examiner ce malheureux Prince , qui avdit une verrue au dessus du (Coude gauche , une tache jauiiâ» tre à son col, du' côté droit , et une plus petite verrue au gras de sa cuisse droite ; parce que sa majesté, en cas de décès du premier né , entendoit , et avec raison , mettre en sa place Tenfant royal, qu'il alloit nous donner en garde ; pourquoi il requit notre seing du procès -verbal , qu'il fit sceller d'un petit sceau royal , en notre présence , et nous le signâ- mes selon l'ordre de sa majesté et après elle. Et pour ce qu'il fut des bergers, qui avoient prophétisé sa naissance , jamais je n'ai pu en entendre parler ; mais aussi je ne m'en suis enquis. Monsieur le Cardinal, qui prit soin de cet enfant mystérieux , aura pu les dé- payser. (14) Pour eu un second en&nt, après le premier, ou Tauroit su par des moyens de droit et de £ût. (14) Ç*a donc été de touç^tems que le don de prophétie a été dangereux ! . Digitized by VjOOÇIC" 177 Pour ce qui est de l'enfance du second Prince 5 la Dame Péronnette en fit comme d'un enfant sien d'abord , mais qui passa pouï le fils bâtard de quelque giand Seigneur du tems , parce qu'on reconnut aux soins qu'elle cnprenoit et aux dépenses qu'elle faisoît (15)], (i5) n vient déjà d'être dît que la sagç-femme fut char- gée de Tenfant dernier né$ il est dit ici qu'elle en fit comme d'un enfant sien d'abord, mais qui passa ensuite pour le fils bâtard de quelque grand Seigneur du tems » parce qu'oit reconnut aux soins qu'elle en prenoit, et aux dépenses qu'elle Êdsoit 9 que c'étoit un fils riche et chéri , encore qu'il fût désavoué. Mais pour bien soigner un pareil enént» la matrone s'attacha donc totalement à lui, ainsi que le fait eiitendre la relation , et conséquemment cessa d'exercer son * art: cependant il n'en fut pas ainsi; car Anne d'Autriche l'envoya en Angleterre à Henriette-Marie , fille de Henri IV9 épouse de Charles J, avec vingt mille pistoles, pour secou- rir cette Princesse, qui manquoit de tout, et lui prêter son ministère : elle l'aecoucba à Ëxéter (^\ capitale du Comté de Devonshire, le s6 de Juin 1644, de sa dernière fille HeUi* nette-Marie, qui devint l'épouse de Philippe I, Duc d'Orléans. Comme la Dame Péronne a rempli les fonélions de son état à la naissance de Louis XIV le 5 de Septembre 1638 et en- core le 26 de Juin 1644» elle a donc encore acchoûché Anne d'Autriche dans un tems intermédiaire, savoir lors qu'elle mit au monde Philippe I» Duc d'Orléans; ainsi la Dame Péronne ayant continué l'exercice des fondions de son état après la naissance de Louis XIV, elle n'a donc pas été char- gée d'un enfant sémi-royal, qui auroit exigé tons ses soins; ' done ht relation est aussi fiusse qu'elle est absurde. Qn doit encore remarquer ici que cette matrdne est constamment i*) Mém. cte MPtteville» T. i, p. aoo et izs. M Digitized by Google — 17* que ç €toît un fils riche ^t chéri , encore qu'il f&t désavoué. Quand le ]Prince fut un peu grand, Mon- sieur le Cardinal Mazariji^ qui fut c;hargé de son -éducation après Monseigneur le Cardinal de Richlku^ me le fit bailler pour l'instruire et l'élever coitlme Tenfant d'un Roi , mais en secret ; la Dame Pérûfirtete lui continua se» offices jusqu'à la mort, avec attachement d'elle à Wi I et de lui à elle encore 4'avamage : le Prince à été instruit dans ma maison en^our« gogne, avec tout le soin qui est dû à un fils de Roi et frère de Roi. J'ai «u de firéqueut^ conversations avec la Keine-mere, pendant les troubles de la France, et sa majesté me parut aaîndre, que si jairiais la naissance de cet enfant étoit connue du vivant de sooi frère k jeune Roi, c^i^Iques nonmée VérontiQ ^ non Féconnette, ai^û ^« k fait h prc- tfndue rektioâ. n y a encorç «ae aittse con^qvtnce à tirer de ce fk^, c'est ^ue la Dame P^ronne ayant accouché la Reioe d'Angle- terre le d6 de Juin 1^44» dV? ne peut gnères avoir ébê ée retour à Paris que vers le mp» de Septembre; Ana^ d* Autriche avoit donc calculé qu'elle n'en auroit besoin qne qiiielque ten^s après, soa retour ^ ce qui ^ une seconde preuve qu'elle n'esta acçoucWc de rhommc au masque que rers U fin de Tanneç 1644. J'cjUjends. p«:-là pas avaat le anois de Septembre* Digitized by Google 179 mécontents n'en prissent raison die se révolter, parce que plusieurs médecins pensent que le dernier né de deux enfans jumeaux est le premier conçu, et par conséquent qu'il est Roi de droit; tandis que ce sentiment n'est pas reconnu par d autres de cet état, Cette crainte néanmoins ne put jamais- en- gager la Reine à détruire les preuves par écrit de sa naissance , parce qu'en cas d'événement et de mort du jeune Roi, elle entendoit faire reconnoître son freie, quoi qu'elle eût un au- tre enfant. Elle m'a souvent' dit qu'elle con- servoit avec soin ces preuves par écrit dans sa cassettç. J*ai donné au Prince infortuné toute l'édu- cation que je voudrois que l'on m'eût donnée à moi même, et les fils des Princes avoués n'en ont pas une meilleure. Tout ce que j'ai à me reprocher , c'est d avoir fait le malheur du Prince , et quoi que sans le vouloir ; car comme il avoit à ig ans une envie étrange de sçavoir qui il étoit , et comme il voyoît en moi là résolution de le lui taire, me mfontrant à lui pbis ferme, quand il m'accabloit de prières ; il résolut dès lors de cacher sa curio-* site, et de me faire accroire* qu'il pensoit qu'il M % . Digitized by Google i8o étok mon fiils né d'amour illégitime (16). Je lui dis souvent la dessus, quand il m'ap- (16) Voilà une bévue et une sorte de contradiéHon de la part du iabricâteur de la relation: 1) il dit que cet enfant a M élevé comme le* fils d'un Roi et frère d'un Roi i ce qui suj^pose une quantité considérable de maîtres, de domes^ tiques, beaucoup de chevatix et d'équipages; et cependant il le représente comme voulant faire accroire à son gouverneur gn% se Fegardoit somme son fils illégitime, ce qui ne peql se concilier ayec des distindions particulières et de grandes dépenses ; •) qu'il- y ayoit une jeune gouvernante à la «naisonj il avait donc des filles, et probablement des fils: or , qu'auroient pensi les enfants légitimes , les gens de la maison, ceux même appartenant en particulier au jeuae liomme, qui se donnoit pour fils illégitime du maître de la inaison , s'ils avoient vju des distindions frappantes et des -dépenses plus considérables pour un fils naturel , que pour les enfants légitimes ? 3) La maison du gouverneur devoit être fréquentée par les Seigneurs et les Gentils- hommes du Voisinage» qui voyant les dépenses particulières et considé- rables que l'on Ëiisoit, soit pour le prétendu fils illégitime 2ii maître de la maison, ou de tout autre, n'eussent pas snanqué de le considérer attentivement, de reman|uer la res- semblance de m traits à ceux de Louis XI V^ et d'en parler chez le gouverneur, ainsi que partout ailleurs. 4) Enfin puis que le prétendu gouverneur a été souvent à la cour, v^ il s'^ «ntretenu plusieurs ibis avsc la Reine^ il itoit .au moins accompagné d'un valet de diambre et de deux domestiques; or comme ceux-ci savoient tout pe qui s'étoit dit, fait et passé chez leur maître relativement -au jeune homme, qui.étott tantôt fils illégitime d'un grand Seigneur ^tt tems, tantôt celui du gouverneur lui-même, et que leurs soupçons les auroient portés à croire qu'il poi^voit être «n ftere de Louis XIV, d'après ce qu'ils dévoient avoir ouï iire aux Seigneurs qui avoient fréquenté la inaison de leuè ^ftahre, n'aiiroieut-ils pas examiné ?ittçntivgmeflt la fi^rc Digitized by Google i8i pelloit son per6 , quand nous ëtoins seuls; qu'il se tiompoit; mais je ne lui combattois plus ce sentiment qu'il afFe£loît , peut-être pour me faire parler , le laissant accroire, moi, <|u'il étoit mon fils, sans combattre en lui ce sentiment, lui se reposant là -dessus, mais cherchant des moyens de reconnoître qui il étoit. Deux ans s etoient écoulés, quand une malheureuse imprudence de ma part , de qupl j'ai bien à me reprocher, lui fit; connoître qui il étoit. Il sçavoit que le Roi m envoyoit de- puis peu de tems des messagers, j^cus le mal- heur de laisser dans ma cassette des lettres dis la Reine et des Cardinaux ; il lut une partie et devina l'autre, par sa pénétration ordinaire, et il m'a avoué dans la suite, qu'il avoit en- levé la lettre la plus expressive, la plus mar- quante sur sa naissance. Je me souviens qu'une habitude hargneuse et brutale succéda à son amitié et à son res* lie LoKÎs XIV, pour y trouver die la ressemBlahce avec le fils légitime, oii illégitfme, ou inconnu, comme l'on voudra^ qui étoit chez leur maître? l^ur eut-elk échappé, s^ii y en eût eu la moindre entr*eux? ' et leur aniour propre ne les eût-il pas posté à publier une pareille découverte? Ainsi dans réducation supposée, il étoit impossible que la ressenw . blance entre notre malheureux Télémaquc et Louis XIV ne fût pas remarquée $ et si Mademoiselle de ValoS avoit lu cette rektion avec quelque attention*, elle eût bien reg^rettâ rinfôme prix qu'elle en avoit payé. M3 Digitized by Google peâ; pour moi, daijis lequel je Tayais élevé; niais je ne pu$ d'abord reconnoître la source de ce changement; car je ne me suis advisé jamais commerce, il avoit fouillé dans ma cas-- settc, et jamais il n'a voulu m'en advo\ier les moyens, soit qu'il ait été aidé par quelques ouvriers qu'il n'a pas voulu faire cpnnoître, ou qu'il ait eu d'autres moyens. Il commit un jour cependant l'iipfiprudcnce de me demander les portraits du feu Koi J^ouis KIH et du Roi régnant ; je lui respon- dis qu'on en avoit de si mstuvais, qucj'atten- dois qu'un ouvrier en eût fait de meilleurs , pour les ayoi;; chez moi. Cette response qui ne le satisfit pas, fut sui- vie de la demande d'aHer à Dijon. J'ai sçu dans la suite que c'étbit pour y aller voir un portrait du Roi et partir pour la cour, qiii é- ' toit à Saint- Jean de Luz , à cause du mariage avec l'infante, et pour s'y mettre en parallèle avec son &ere, et voir s'il en avoit la ressem- blance; j'eus connaissance d'un projet d'un voyage de sa part^ et je ne le quittai plus. Le jeune Prince alors étoit beau comme 4 a- mour, et l'amour Tavoit aussi très-bien servi pour avoir un. portrait de son frère; car (fepuis Quelques mois, une jeune gouvernante de. la Digitized by Google maison étoit de son "goût, et il la caressa si bien et la contenta de même, que, malgré la défense à tous les domestiques de ne rien lui donner que par ma permissioii , elle lui donna un portrait du Roi. Le malheureux Prince sîs reconnut , et il le pouvoit bien , puis qu'un portrait pouvoit servir à l'un et à l'autre (17), et cette vue le mit en une telle fureur, qu'il vint à moi en me disant: voilà mon frère , et voilà gui je suis , en.me montrant! une lettre du Cardinal iWûzan/z, qu'il m'avoit volée ; la scène fut telle dans ma maison. La crainte de voir le* Prince s'échapper et accourir au rnariage du Roi , me fit craindre un pareil événement; jedespechai un messager au Roi, pour l'informer de l'ouverture de ma cassette et du besoin de nouvelles instructions^ Le Roi fit envoyer ses ordres par le Catdinal, qui furent de nous renfermer tous les deux (18) (17} Dans Tarticle précédent fai parlé de la re^emblance entre Lonis XIV et Téleve du Seigneur Bourguignon* tomme si elle n*eût pas été bien exactement prononcée; mais ici elle e$t avouée parfaite: donc elle auroit été néces-» sairement connue et divulguée, en conséquece de la scène, qui apprit à toutes les penonnes de la maison, qui devoit être au moins de 5o personnes, qu« le jeune homme étoit un frère de Louis XIV , <^e que dut savoir bien vite tout le voisinage. (18) Voilà donc le Prince et leur gouverneur încarofrés, et il paroit qu'eux seuls le furent, par la régie que inclmid DigitizedbyLjOOÇlC '"^ ^ 184 •jusqu'à des ordres nouveaux , et lui faire en- tendre que sa prétention étoit la cause de notre, malheur commun. J'ai souftiert avec lui dans notre prison , jusqu'au moment que je crois que Tanêt de partir de ce monde est pro- noncé par mon juge d'en haut', et je ne puis refuser à la tranquilité de mon ame ni à mon linius est ejrcktsio aUerius : cependant je veux encore sii|h •poser qu*on emprisonna les personnes qui conposoient la maison , ou qu*on les laissa libres ; il n'y a pas de milieu. Bans le premier cas, qu'elle publitité un pareil événement ii*auroit-il pas en ? d'abord dans le voisinage y puis à Dijon, ensuite dans la Bourgogne, et enfin dans toute la France? liCs parents et, la .noblesse auroient jette les hauts cris contre l'enlèvement du' Seigneur ; le parlement de Dijon auroit or- donné des informations ; un fait aussi inouï auroit été re- . cueilli non seulement par les historiens de la Bourgogne» ^ mais encore par ceux de toute la France ; le château qu'ha- Ibitoit le gentil-honime gouverneur , et qui devoit être consi- dérable 9 seroit aujourd'hui un misnument célèbre , qui rap^ . pelleroit l'enlèvement de ceux qui l'habitoient et sa cause : mais rien de tout ce que je viens de dire ne nous a été transmis t donc l'enlèvement de tant de personnes n'a pas eu lieu* Dans le second cas, c'est-à-dire si on laissa libre tout ce qui composoit la maison , la femme auroit réclamé son mari , les enfans leur père , les serviteurs leurs maîtres, les instructeurs et maîtres leur état 9 et la gouvernante » qu'il ne faut pas oublier, auroit pleuré son cher bien aimé; cent bouches auroient publié le lendemain l'enlèvement du gou- verneur et de l'élevé royal: mais un pareil fait est inconnu en Bourgogne comme ailleurs; donc il n'a pas eu lieu» Enfin que l'oii employé les raisonnements les plus forts comme les plus captieux pour faire valoir la relation , les remarques 4» 6, 17 et cette dernière la fieront toujours échouer. Digitized by Google 185 esleve une déclaration qui lui indiquerait lèg moyens de sortir de l'état ignominieux où il est , si le Roi venoit à mourir sans enfants. Un serhient forcé peut-il obliger au secret, sur des anecdotes incroyables , qu'il est néces- 'saire de laisser à la postérité? REFLEXIONS. J3iEN des personnes penseront que cette rela- tion étant une fable, le Régent n'auroit pas dû feindre un crime plus grand que celui qui a ét-é commis. Je réponds à cela, premièrement, que lorsque le Régent a ipiaginé sa fable, il avoît présenté à l'imagination l'histoire véri- table : or il est dans la nature de l'esprit hu- main que lors qu'on a à présenter un men- songe pour une vérité qui HBst déjà entrevue , telle que l'étoit depuid plus de Qo ans celle concernant le masque, que Ton soupçonnoît être un haut personnage, on s'^lligne de toute né- cessité sur la vérité pour fabriquer le mensonge, que l'on tâche de faire marchijr parallèlement ià la vérité ; sans trop s'en rapprocher , ni sans troj) s'en éloigner, et c'étoit ici le cas; la conduite que Ton avoit tenue à Ste. Mar- guerite et à la BasiUe envers Thomme au Digitjzed by Google i86 masque^ avoît transpiré iu$qu*à la cour, où il n'y avoit ,que le Régent et un ou deux mi- nistres qui sussent qui il avoit été ; et Ton soupçonnoit qu'il avoit intéressé personnelle- ment par son nom et sa naissance la famille Royale , rriais d'une manière qu elle n'avoît pu l'avouer : le Régent auroit dit vainement que c'étoit un grand Seigneur coupable d'un crime de leze^majesté , à qui on avoit voulu garder la vie ; Mademoiselle ^e Valois lui auroit dit qu'il n'y avoit point eu de crime de leze-rnsycsté commis , et qu'il n'avoit dis- paru ni Seigneur ni homme de rang en France; c'est ce que sentoit bien le Régent, qui pour se tirer d'afSûies fut obligé de donner du trés- merveilleux; à l'effet de quoi il imagina deux, Bergers propriétés , et l'embarras de deux Prin- ces né& en même tems, qui auioient.pu se disputer le trône,, sur le fondement que la natuce n'avoit? pan encore révélé à Thomme, lequel de deux fœtus simultanés a lèçu le premier le souffle de vie« La prophétie des Bergersradociciâspit le crihie, puis qu'ils étoient inspirés' d'en haut. Secondement ^ que Fon examine la conduite des. souverains et des grands dans de sembla- bles circonstances , tous aimeront mieux sup- poser , pu avouer uri crime commiis par leurs Digitiz-ed by Google i87 . aïeux , dont la honte reste attachée à. ceux qui en sont seuls les auteurs, qu'une action dont le déshonneur coule sur les descendants. Et c'étoit bien ici le cas ; le Régent ne pouvoit avouer que sa grand -mère eût épousé Afd"- zarin , à raison de plusieurs fâcheuses consé- quences qu'on en auroit pu tirer à son dés* avantage , dont la principale auroit été que Louis XIII ayant été suspecté d'impuissance , ce que le Régent ne pouvoit ignorer, il auroit, par un aveu véritable, donné lieu à des soup- çons sur la légitimité de la descendance de la famille Royale et de la sienne propre : touç les souverains et tous les grands en agiroienÇ de riiême en pareille circonstance. Je vais maintenant donner un extrait de ce qu'il y a dans ce Tome III des mémoires de Jiichelieu de moins connu sur l'homme au masque, qui, joint aux pièce? que j*en ai don- nées page 14g et suivantes , formera une col- lection assez complète de ce qui a été écrit de plus intéressant sur cet illuatïe malheureux. Le premier auteur qui ait parlé du masque de fer est l'anonyme des Mémoires secrets de la cour de Perse; il cite quelques faits, certains, et qu'on a toujours pris pour tels ; iriai3 il 3^ trompe sur le fond du SjBâet, vu qu'il a qrw Digitized by V. Google i8$ que le prisonnier étoit le Comte de Verman^ dois. Ce prisonnier , dit lanonyme, fut re- mis au commandant des Hes Ste. Marguerite, qui avoit reçu d'avance Fordre de Louis XIV^ de ne le laisser voir à personne. Le comman- dant *traitoit son prisonnier avec le plus pro- fond respect ; il le servoit lui - même , et prenoit lek plats à la porte de l'appartement , de la main des cuisiniers , dont aucun n'a jamais vu le visage du prisonnier. Ce Prince s'avisa un jour de graver son nom sur le dos d'une assiette avec la pointe d'un cou- teau ; un pêcheur entre les mains de qui elle tomba 9 crut faire sa cour en la portant au commandant, et se flatta d'être récompensé. Mais ce malheureux fut trompé ; on s'en défit sur le champ , afin d'ensevelir avec cet homme un secret de la, plus grande impor- tance. Le masque de fer resta plusieurs an- nées dans le château de Tlle Ste. Marguerite; on ne l'en -ota que pour le transférer à la Bas- tiHe,, lors que Louis XIV en reconnoissance de la fidélité de ce commandant, lui en donna le gouvernement. Il étoit en effet de la pru- dence de faire suivre au masque le sort de celui à qui on l'avoit confié , et c'eût été agir contre toutes les régies de la saine raison, que de se doiuitt un nouveau confident , Digitized by Google i8g qui autoit pu être moins fidèle et moins exact: On prenoit la précaution , à l'He Marguerite et à la Bastille^ de faire mettre un masque au Piince, lors que pour cause de maladie, ou pour quelque autre sujet , on étoît obligé de l'exposer à la vue de quelqu'un. Plusieurs personnes dignes de foi ont affirmé avoir vu ce prisonnier masqué, et ont rapporté qu'il tutoyoit le gouverneur, qui au contraire lui xendoit des respects infinis. Vçltaire e$t le second qui ait parlé de l'homme au masque, et la Grange -\Chancel le troisième. Le séjour , dit celui - ci , que î'ai fait aux Iles Ste. Marguerite, où la dé- tention du masque de fer n'étoit plus un se- cret dans le tems .que j'y arrivai, m'en a ap- pris des particularités qu'un historien plus exact que Mr. de Voltaire auroit pu sçavoîr comme moi, s'il s'étoit donné la peine de s'en instruire. Cet événement extraordinaire, qu'il place en 1661, quelques mois après la mort du Cardinal Mazarin , n'est arrivé qu'en 1669, huit ans après la mort de cette £mi- nence. (1) Mr. de la Moihe -• Guérin , qui . (1) I^' Autour dçs Philippi^ues en impos^oit par son ton d'assurance , s'U nt démontroit pas lui - même que sa date op mérite aucune confiance , attendu que pour persuader qu'il dit vrai, il cité Mr. d» la Motbe- Cuérîn» quflui- Digitized by Google igo commandoît dans ces Iles , du tems que j'y ëtois détenu, m'assura que ce Prisonnier étoit le Duc de Beaufort^ qu'on disoit avoîr été tué au siège de Candie, et dont on ne put trou- ver le corps , suivant toutes les relations de ce tems-là. Il me dit aussi que le Sieur de Saint' Mars j qui obtint le gouvernement de ces Ilesj après celui de Pignérol , avoit de grands égards pour ce Prisonnier ; qu'il le ser- voit toujours lui-même en vaisselle d'argent, et lui fourriissoit souvent des habits aussi chers qu'il paroisspit le désirer ; que dans les mala* dies où il avoit besoin de médecin ou de chi- rurgiens, il étoit obligé, sous peine de la vie, de ne paroître en leur présence qu'avec son masque de fer, et que lors qu'il étoit seul, il pouvoit s'amuser à s'arracher le poîl de la Barbe avec des -pincettes d'acier très-luisant et , très-joli. J'en vis une' de celles qui lui ser- voient à cet usage , entre tes mains du Sieur de Beaumanoir , neveu de St. Mars , et lieute^ nant tfuiie compagnie franche préposée pour même a été dans une grande erreur , pour avoî^ cru et fait accroire à la Grange- Chancel , que le prisonnier au masque avoit été le Duc de Beaufort. Aussi tout ce qu'a écrit Voltaire sur Thomme «u masque prouve qu'il a puisé dans de bonnes sources $ et tout ce qui m'en reste à dire le prou* ▼era encore mieux* Digitized by Google» la garde des Prisonniers. Plusieurs personnes ih'ont raconté que lors que Sainte Mars alla, prendre possession de la Bastille , où il con- duisoit son prisonnier, 09 entendit ce dernier, qui portoit son masque de fer, dire à sou conducteur: est-ce jue le Roi en veut à ma vh ? Non y mon Prince^ répondit Saint-Mars^ votre vie^est en sûreté , vous navez juà vous^ luisser conduire. . J'ai sçu, continue la Gr ange- Chance l, d'un homme nommé Duhuîsson , caissier du fa- meux Samuel Bernard^ qui après avoir été quelques années à la Bastille, fut. conduit aux Iles Ste, M&rguerite , qu'il étoit dans une chambre avec qiy&lques autres ' prisonniers ^ précisément au dessus de celle qui étoit oc- cupée par cet inconnu ; que par le tuyau de I4 cherpinée ils pouvoient s'entretenir et se com- muniquer leurs penséeit ; mais que ceux-ci lui ayant demandé pourquoi il s'obstinoit à leur taire son nom et ses aventures , il leui avoit répondu : que cet aveu lui coûter oit la vie^ aussi bien yuà ceux auxquels il aurait révélé son secret. ^ Mr. l'Abbé Pafon\ auteur de l'hîstolré d« Proverxce , a pris aussi à l'Ile Ste. Marguerite «des informations , qui lui ont fourni des par- ticularités curieuses assez conformes pour le Digitized by Googk fond à ce qiren a dit Mr. de Voltaire ; voici ce qu'il rapporte, histoire de Provence, Tome I. p. 425. ' Le Prisonnier n avoît que peu des personnes attachées à son service, qui eussent la liberté de lui pailer. . Un jour que Mr. de St. Mars s'entretenoit avec lui , en se tenant hors de la thambre, dans une espèce de corridor, pour voir de loin ceux qui viendroient, le fils d'un de ses amis arrive, et s'avance vers l'endroit où il entend du bruit. Le gouverneur qui l'apperçoit , fenne aussitôt la chambre , court précipitamment au devant du jeune homme, et d'un ail troublé lui demande 8*il a vu, s'il a entendu quelque chose. Dès qu'il se fut assuré du contraire , il le fit repartir le jour même, et écrivit à son ami, qu$ peu s'en eût fallu que cette avanture neùt coûté cher à son Jils ; ^quil le lui renvoyoît de peur de quelque autre imprudence. J'eus la curiosité, continue Mr. l'Abbé Papon^ d'entrer, le deux Février 1778, dans la chambre de cet infortuné Prisonnier; elle n'est éclairée que par une fenêtre du côté du Nord, pei^cée dans un mur fort épais, et fermée par trois grilles de fer placiées à une distance égale. Cette fenêtre donne *sur la mer. Je trouvai dans la Citadelle un ofiicier de la compagnie Digitized by Google 193 compagnie franche , âgé de 79 ans; il me dit que son père, qui servoit dans la mênie com- pagnie, lui avoit plusieurs fois raconté qu'un frater apperçut un jour, sous la fenêtre du pri- sonnier , quelque chose de blanc qui flottoit sur Teslu ; il lalla prendre et l'apporta à Mr. de St. iifurs (1) ; c'étoit une chemise très-fine pliée avec assez de négligence, et sur laquelle le prison- Xiier avoit écrit d'un bout à lautre. Mr. de SainuMars après l'avoir dépliée , et en avoir lu quelques lignes , demanda au frater d'un air fort embarrassé , s'il n avoit pas eu la curio- sité de lire le contenu; celui-ci protesta plu- sieurs fois qu'il n'avoit rien lu ; mais deux jours après, il fut trouvé mort dans son lit. C'est un fait que l'aumônier a eiâtendu tant de fois racon- ter à son père , et à l'aumônier du fort de ce tems-là, qu'il le regarde comme incontestable. Le suivant, dit Mr. l'Abbé Papon^ me paroîtéga» lement certain, d après tous les témoignages que j'ai recueillis sur les lieux, et dans le monastérç de Lérins , où la tradition s'en est conservée. On cherchoit une personne du sexe pour servii le prisonnier. Une femme du village de Morîgin vint s'offrir, dans la persuasion que (1) Lorsque rhomme au masque étoit à Ste. Marguerite, c*étoit la ^emme du gouverneur , qui étoit chargée de lui procurer le linge très -fin qi^'il portoit. v. le Tome III df «e» 0ifiaoir«s^ page iiu N Digitized by Google *94 ce seroit un moyen de faire la fortune de ses enfans. Maïs quand on lui eut dit qu'il falloit renoncer à les voix , et même à conserver aucune liaison aveçje reste des hommes , elle refusa de s enfermer avec un prisonnier , dont la connois- sance coûtoit si cher. Je dois dire encore qu'on avoit mii5 aux deux extrémités dii fort, d^ côté de la mer, deux sentinelles, qui avoient ordre de tirer sur les bateaux , qui s'approche^ roient à une certaine distance; La personne qui servoit le Prisonnier mourut à nie Ste. Marguerite. Le frère de l'officier, dont je viens de parler, qui étoit pour de certaine» choses dans la confiance de Mr. de St. Mars y a souvent dit à son fils , qu'il avoit été prendre le mort à l'heure de minviit , dans la prison , et qu'il Tavoit porté sur ses épaules dans le lieu de la sépulture ; il croyoit que c'étoît le prisonnier lui-mêmç qui étoit mort; maisc'étoit, comme je viens de le dire, la personne qui le servoit; et ce fut alors qu'on chercha une femme pour la remplacer. On savoit en 1698 , dit le rédacteur des mé-^ moiies de Richelieu y T.IIL page 100, que Saint" Mars conduisant le prisonnier à la Bastille, s'ar- ïêta avec lui dans sa teire de Palteau. Fréronen conséquence, pour contredire Voltaire ^ qui :^voit écrit sur le prisoimier , demanda des anec- Digitized by Google' 193^ ' dotes au Seigneur de Palteau , oque ; il avoit souvent touxntenté le Digitized by Google 909 Régent pour êtxe instruit de ses aventurés, et le Duc {fOr&a;w lui avoit toujours répondu, que sa majesté ne pouvait en être instruite yiià sa ma* jorhé. La veille du jour qu elle devoit être décla- rée au Parlement, le Roi demandant encore s'il en serpit du secret, cohime du royaume de France , Oui , Sire , répartit le Régent, en pré^ sence d'un grand nombre de Seigneurs , en dé^ voilant auyourd hui le secret ^ je manquerais à mon dévoir, '^ mais demain je serai obligé de répondre aux questions qu il plaira à votre majesté de me faire. Le lendemain donc, (72 Février 1723) leRoi, en présence des Seigneur de sa cour, tirant ce Prince à l'écart , pour être instruit du secret, tous les yeux accompagnèrent le Roi , et on vît le Thxc£ Orléans émouvoir la sensibilité dû jeune Monarque, Les courtisans ne purent rien en- tendre; mais le Roi dît tout haut en quittant le Duc d* Orléans : Eh bien^ s' H vivoit encore , je {ai donnerais la liberté. ■< Louis XV fut plus fidèle au secret que le Duc ffOrUansi cependant quand le père Griffet^ Jésuite, et Saint-Foix agitèrent dans leurs écrits si connus la question du secret, en réfutantkur» ^sternes respectifs ,. îl. échappa, à Louis XV de dire ces paroles ,, en présence dé plusieurs courti- «ans ; fM&sw^les disputer ^persçme na encoreidit Digitized by Google 905 in vcriti sur k masjue^ dffef^ ( i)n -Le lloi ^ daitt c« iqiQTOçnt, avoit daiM fies mains le Jiyre du per« On a su aussi que le Dauphin ^ père d^ J[.<;w2J XVI, dt^manda souvent au feu Roi de lu^ faire connoître quel étoit ce fameux pisonnier ; il est bon jue vous Cîg^norUz^ lui répondit le Roi son père , vous en auriez trop de douleur^ Le ré- dacteur auroit doac dû ajouter si vous le saviez^ sans quoi la phrase n'est pas complète. On a su encore que Mr. de Laborde premier valet de chambre àelxuis XV, avec qui ce Prince s'entretenoit quelquefois de divers sujets d*his-^ toire, de littérature et des beaux- arts ,, pajrla un Jour au Roi de quelques anecdotes nouvelles sur le masque de fer. Vou^ voudriez lien , lui dit ce Prince, que je vous disse quelque chose à ce sujets Vous nen saurez pas plus que les autres > mais vous pouvez être assuré que la prison de cet injor'^ tune n a fait tort à qui que ce soit de la cour, et quil 71 a jamais eu ni femme ni enfants. Réponse qui prouve clairement deux choses bien importantes : i®. la fausseté de la relation concernant le gouverneur, qui en est le prétendu rédacteur , et qui s y donne pour avoir été un Seigneur de la cour. a^.^Querhomme au masque -'' . ■ ■ - ■ ■ »... — ■ . • - ■ . , j ,. - , - . (,i) Il avoit raison ; car person«e avant mol n'a écrit, que llionune au masque fôt un légitime frère utérin de Lottis 2LIV. ' Digitized by Google 1204 ne fut jamais un de ces hommes qui fréquentent les coûts et que Ton ^ippeWe Grands-Seigneurt. Louis XF eut la même réserve avec Madame de Pompocdôur et avfec ses autres inaîtresses, tou- tes curieuses de savoir de lui quel étoit ce mys- térieux personnage; elles tourmentèrent vaine- ment le Roi 9 qui ne vouloit pas même qu'on lui en fit la demande. Tant que le Maréchal de Richelieu vécut, il fut très-reservé sur le secret du masque de fer, dît le rédacteur page 113. Mr. l'Abbé Soulavie luî demanda un jour quelques moments d en- tretien sur le prisonnier , et lui dît : „Vous avez w eu la bonté Mr. le Maréchal^ de me commu- «9 niqucr des papiers bien curieux sur l'histoire ^, de votre tems , et vous m'avez raconté des „ choses si secrètes, qu'il me reste de vous %9 demander une grâce plus particulière, celle ,, de me dire ce qu'on doit croire du ma$que de 99 fer; il seroit bien intéressant de laisser dans %f vos mémoires ce grand secret, à la postérité, „ Louis XIV depuis longtems n'est plus ; Louis „ XV, est mort depuis 13 ans (le lo de Mai ^ 1774); notre Roi est si clément ^ si bon , si 99 tolérant, que sous son règne nous jouissons ^, en quelque sorte de la liberté de la presse ; les „ générations des Princes intéressés au secret 4, se sont écoulées. Eh que pounoit craindre Digitized by Google 305 %t aujourdhuî le gouvernement sur des évén^' •„ mens arrivés il y après d*un siècle? Vos liai- %9 sons avec le feu Roi, avec les favorites tour „ jours curieuses de secrets, et avec toute r^tn^ 99 cienne cour, qui le fut sans cesse surlemys- ,, nérieux prisonnier, ont pu vous l'apprendre, „ et vous avez vous-même instiuit Voltaire^ qui „ n'osa jamais publier le secret en entier. N'est- „ il pas vrai , Monsieur le Maréchal^ que ce pri- y sonnier étoît le frère aîné de Louis XIV né i ^ l'insu de Louis XIII P „ Mr. le Maréchal à ces questions parut embar» Tassé ; il ne vouloit pas s'expliquer , il ne vou« loit pas refuser une réponse ; il avoua que ce grand personnage n'étoît ni le frère adultérin de Louis XIV y ni le Duc de Montmouth^ ni le comte de Vermandois^ ni le Duc de Beaufort etc. comme il a plu à tant d'écrivains de le dire; il appel^ comme Louis XV j tous leurs écrits des rêveries ; mais il ajouta que ces auteurs avoient la plnpart rapporté des anecdotes très-véritables ; il dit que Tordre étgit donné en effet de faire périr le prisonnier , s'il se faisoit connoître. Enfin Mr. le Maréchal termina sa courte conférence sur c« prisonnier, en avouant, quilconnoissoit le secret du Vétatj et dit en propres termes : tout ce que jfi puis vous dire , Monsieur l'Abbé ^ Sur cet objet ^ c'est gue le prisonnier nitoitplus aussi intéressant ^ Digitized by Google iguanâit fiwurut àtl commencement de ce siècle^ très^ avancé en 'âgé; mais quil ^uvoit été beaucoup, quand aucontmmcement du iegne dt Louî^ XIV y par luf-- inêmey il fut rnnfirmé pour de grandes raisons d'état. ' . Aihisi répondit Mr. le Marécbâl de Richelieu i l'anecdote fut sur le chàrnp écrite sôus ses yeux pat TAbbé Soùlavie , qui la lui donna à lire. Mr. le Maréchal voulut qull corrigeât quelques ex- pressions, et comme Mr.TAbbé Soùlavie lesup- plioit d'ajouter encore quelques autres observa^ lions , qui , sans dévoiler le secret directeipenf, pourroient «atisfaire la curiosité de toute la France sur cet étonnant personnage; le ma- réchal Itii dit : Lisez ce que Mr. de Voltaire a publié en dernier lieu sur ce masque^ ses dernières paroles surtout ^ et réfléchissez. Ah! Monsieur TAbbé, voiis qui pénétrez avec tant de facilité les opérations de la nature dans le sein de la terre , comment n'avez-vous pas tout de suite découvert, parles précieuses paroles de votre note, qui devoit être Thomme au masque ? Si je cédois à Timpulsion qui m'agite dam ce moment, j 'entrerois tout de suite en matière sur votre note ; mais je me ressouviens que j'écris urie dissertation sérieuse^ qtie jfe dois suivre une maifche réglée, et selon Tordre dans- lequel se présentent Jes matières ; ^inaî- je vais- dévotlet «uccessitement les impor-' Digitized by Google S07 tantes ^couvertes que j*ai faites dans tout oe qui précédé , tiré du Chapitre IX des mémoi*- res de Richelieu. Je commence. L'on a lu dans la relation remise par îe Régent à Mademoiselle de Valois y que le prétendu frere de Louis X/Favoit voulu se rendre à St. Jean de Luz 5 où ce Roi se maria le g de Juin 1660, pour se convaincre par lui-même s'il ressémblott an monarque; voilà donc 1 époque donnée pour celle de Temprisonnement du héros de cette fable. Il falloit bien que le Régent en vînt à un dénouement quelconque ; et comme un men- songe calqué sur une vérité doit toujours s'en: rapprocher , autant que possible , pour les dates et les circonstances , le Régent pour ne pas com- promettre sou secret par la véritable date de l'em- prisonnement 9 imagina de la fixer à celle du mariage de Louis XIV, et se garda bien de la pla- cer sept mois plus tard, c'est-à-dire après le dé- cès du Cardinal Mazarin arrivé le 9 de Mars de l'année suivante , pour éviter de donner lieu à des réflexions et des combinaisons, qui auroient pu fairç découvrir que l'emprisonnement de rhomme au masque avoit été un des effets de la mort du Cardinal, et qu'ainsi il y avoit eu en- tré eux quelque relation ; mais comme la date que le Régent a fixée, et qui devoit êtrefaulise, se rapproche cependant beaucoup de celk de Digitized by Google «o5 iVolMre^ elle procure donc à celle-ci le précîeuit avantage de mériter une très-grande CQufiance. Mais cette confiance se change en certitude, par l'explication que donne le Maréchal de JlichelieuàM. V Ahhé Soulavie , à qui il dit, que le tems où l'homme au masque avoit été le plus intéressant , fut , quand au commencement du règne de Louis XIV ^ par lui-même ^ il fut renfer- - mé pour de grandes raisons d*état. Or qui ignore que Louis XIV ne commença à régner par lui'' même qu'après la mort deMizann ? Voici comme s'explique à ce sujet lauteur du nouveau Dic- tionnaire historique au mot Louis XIV: Le Roi qui par reconnoissance n avoit osé gouverner du vi- vant du Cardinal , prit en main les rênes de Cempire^ après sa mort. Le président Hénault dit à la même occasion sous l'année 1661 ce qui suit w ici „ commence un nouveau règne sous le même Prince. „ Louis XIV çxo\xw2i bien par l'attention suivie „ qu'il donna à ses affaires , depuis la mort du ,, CardinalMzzanw , que la bonté seule de son „ cœur Tavoit empêché de les retirer de ses 9t mains, pour ne pas mortifier un ministre à qui ^f il croyoit avoir de grandes obligations.,. Donc le Maréchal , en assurant que le masque ne fut enfermé que loisque Louis XIV commença à régner , par lui-même , dit par-là bien clairement que l'emprisomrement eut lieu en 166 a. Je Digitized by Google Je fais une seconde découverte dans l'expres- sion des sentiments d'humanité de Louis XV ^ lors qu'après avoir appris du Duc d'Orléans qui fut rhomme au masque, il dit tout haut; S'il vivait encore je lui rendrais la liberté. Voyons auquel des deux, savoir à un frère jumeau deLeùis XIV ou à un fils de Mazarin et d'Anne d'Autriche pouvoient être le plus applica- bles ces paroles, à Teffet de quoi je vais faireparlet le Duc £ Orléans y qui dans le premier cas aura tenu à Louis XV â-peu-pres le discours qui suit, 5, Sire, des mages avoient prédit q\iAnn^ „ d'Autriche votre Trisaïeule accoucheroit de M deux fils jumeaux : la prédiction se vérifia ; „ Louis XIV parut le premier et son frère après. „ Comme les facultés de médecine n ont pas en- M core démontré si celui qui voit le premier le „ jour est laîné , ou si c'est le second, on se ^ trouva dans une étonnante perplexité ; cepen- M dant il fallut prendre un parti ; on se déter- „ mina selon l'usage en faveur de Louis XIV qui ^, vint au monde le premier, et on fit élever son „ frère en secret, parce qu'on craignit qu'ei> «, ga:i^dant ces deux Priûèes , ils n'apprissent K, qu'il n'étoit pas déddéquides deux étoit ré- ^ ellement Taîné , et qu'ils ne se fissent la guerre „ pour posséder le trône l'un à l'exclusion de 4» l'autre. Cependantronpxit des mesures poux O Digitized by Google ^, faire reconnoître le frère séquestré , ejx cas que ,, Louis A/F fût venu à mourir, pour que les „ autres Princes du sang , tant prochains qu é- „ loignés ne pussent lui contester le trône. ^» Heureusement, Sire, Louis XJV dont vous ^, descendez, vécut , et son malheureux frère fut „ sacrifié. On en euV cependant grand soin ; il f) fut bien élevé et dans la plus grande aisance; S, on lui auroit fait un brillant sort, sans ce- ^9 pendant lui dire qui il étoit; mais il eut le 9» . malheur de l'apprendre par Tinconsidération „ de son gouverneur , et Ton fut obligé de l'en* „ fermer : à ce moyen Louis XIV a régné sans ,, concurrent, et vous, Sire, régnerez de même.,, Dans la seconde hypothèse le Duc d'Orléans aura pailé à Louis XV à-peu-près en ces termes. • 5, Sire , Anne (T Autriche y de qui vous de^cen- ^ dez, s'étant trouvée veuve de Louis XIII ^ „ Prince sage^et pieux, mais privé de tous les r» agrémens et de tous les dons, qui rendent 9» les hommes agréables aux femmes , après „ avoir ét^ reconnue Régente du Royaume , w choisit le Cardinal Mazarin , homme d*une ,, naissance commune, mais de bonne mine et ^, de beaucoup d'esprit, pour son premier mi- V nistre. Il fut bientôt son favori, et la séduisit M au point, qu'elle eut la bassesse de 1 épouser, ^ mais en seaet. De leur mariage naquit le fils, Digitized by Google Ml ,, qui est devenu l'homme au masque» Vouô ,, devinez bien , Sire , qu'il fut élevé en secret • ^9 mais on n epargfia rien pour son éducation. „ Etaiit devenu grand , on le fit beaucoup ,, voyager , pour le tenir toujours éloigné de la », cour, Mazarin, qui , comrne de raison , avoit 99 dirigé tout ce qui le concernoit , étant mort 9 ^9 on fut obligé d'écrire plusieurs fois de suite 5, au gouverneur qui accompagnoit I0 frère uté- 99 rin de Louis XIV ^ pour concerter avec lui un „ autre plan Relatif à la circonstance. L'élevé V remarqua cie nouvelles mesures piises à son ,, égard ; le désir de savoir qui il étoit augmen- „ ta ; il intercepta une lettre écrite au rnentor, 99 par laquelle il apprit qui il étoit, et eutTim- 9f prudence de s'en expliquer avec le gouvej:- „ iieur, qiii eu écrivit en cour. Louis XIV '^ugtTL „ avec raison qu'il ne pouvoit plus laisser libre ^9 ce frère, sans compromettre l'honneur de sa „ mère, le sien et celiii de ses descendans; », ainsi il fut obligé de le faire enfermer, », Comme cet infortuné ressembloit beaucoup », ii Louis XI F, on l'obligea à porter un masque^ 99 lorsqu'il étoit dans le cas de parler à quel- », qu'un , ou d'en être vu. Voilà , Sire , la », courte histoire de ce malheureux-, qu'il a », fallu sacrifier pour l'honneur de la famille , », ou au moins à raison des préjugés établis. 99 O 2 Digitized by Google filt Maintenant , en supposant que le Duc d^Or^ Uans eût îdktk Louis XV la première histoire , je demande si ce Prince , quoique fort jeune, mais dont 1 esprit étoit préparé depuis long-temps à apprendre la solution de l'énigme , et consé- quemment à en saisir facilement toute Tîm- portance quelle présenteroit , eût pu, sans manquer au bon sens , dire.- si cet homme qui aurait des prétentions Jvndées à ma couronne ^ vivait encore y je lui rendrois la liberté ? Mais cette disposition où se trouva Louis XV après avoir ouï le Duc d' Orléans^ s'accorde parfai- tement avec la seconde hypothèse ; il sait qu'il ne descend pas de Mazarin ; un élan de sensibilité se développe au récit des malheurs d%n inno- cent qu'on à sacrifié ; il est touché de sa longue captivité ; il est donc assez naturel quil aît dit qnil lui rendrait la liberté s'il vivoit encore* Quelques trente années après , le Dauphin supplie son père , à diverses reprises , de lui dire qui fut l'homme au n^sque; le Monar- que sent se reproduiie la même impression et la même pitié qu'il eut lorsque le Duc d'Or- iéan^ lé lîii déclara : il est bon , dit - il à son fils, que vous V ignoriez ; si vous saviez qui il fut <^ vous en auriez trop de douleur. Cette jréponse, qui ne peut s'appliquer en faveur d'un Prince qui auroit eu des droits au trône, Google ■1? Digitized by convient parfaitement au malheureux fruit 3u mariage de Mazarin avec Anne d'Autriche. D'un autre côté la réflexion avoit depuis longtemps fait sentir à LouUXV qu'il ne pouvoit dévoiler qui avoit été l'homme au masque , sans qu'il n*en réjaillit sur lui et ses successeurs , d'après les préjugés reçus, une légère flétrissure ; aussi a-^t-il toujours résisté aux cajoleries, de la PoTné fodour^ et aux questions tortueuses de ses servi- teurs ,. et n'a jamais révélé ce secret. \ J'en viens maintenant à la fameuse note que ^ai déjà un peu effleurée. L'on y voit <;ombîen le Maréchal Ae> Richelieu a d'abord été réservé au commencement de son entretien avec M. l'Abbé Soulavie^ surl'homme au masque, car il a admis dans la note lexpre^ion /or t âgé , dont la signi- fication n'est* pas applicable au masque mort à ] âge d'environ soixante ans ; elle ne le seroit pas même à un frère jumeau de Louis XI Vj qui n'auroit eu à sa mort que soixante*cinq ans ; car il est reçu de n'employer la dénomination de fort àgé^ qu'envers l'homme qui a au-delà de soixante et dix ans; ce qui est d'autant plus vrai , sur-tout à l'égard du Maréchal > qu'à l'âge de soixante ans il se regardoit encore comme un jeune homme. Il est donc probable qu'il n'a pas rémarqué cette expression /orfogf, et d'autant plus piobable qu'elle est en contra-- O 3 Digitized by Google — diction, et cbtiséquemtiient inconciliable, avec ^explication qui se tire de la fin de la note ; 'puisque son principal résultat, ainsi que je vais le faire voir, est de prouver que le masque n*avoit qu'environ soixante ans à sa mort. Quant à la circonspection du Maréchal , Ton gait que ce Duc a vécu pendant longtemps dans une sorte d'intimité avec Louis XV ^ qui doit avoir soupçonné que ce Maréchal , comme étant un des plus anciens de la cour , et ayant eu au- ^trefois beaucoup d'activité et d'addresse, pou- voit avoir eu le secret de l'homme au masque. Ce soupçon se sera fortifié chez le Roi , qui ne peut avoir ignoré rattachement que le Maréchal eut dès sa jeunesse pour Voltaire, qu'il a vu parler, avec beaucoup de connoissance, de par- ticularités qui n'étoient applicables qu'au vrai masque; d'où il lui étoit facile de conjecturer que le secret qui le concernoit , étoit connu de ces amis et commun entr'eux, puisque Louis XV a pu voir dans Voltaire , s'il ne l'a pas su d'ail- leurs,, que le Maréchal a eu pour chirurgien un gendre de l'apothicaire de la Bastille, et que celui-ci avoit connu l'homme au masque. L'on sait encore que ce Prince a comblé le JDuc de Richelieu de faveurs et de distinctions les plus honorables. Je veux bien admettre qu'il les a obtenues , en partie par son mérite^ Digitized by Google 'et en partie comme des effets de ramitié, dont le Roi l'honoToit; mais seroit-ce outrer les conjectures , que de dire que le Roi assodoit probablement à ces deux motifs rintention de tenir le Maréchal dans la réserve , relativement à l'homme au masque, ou que peut-être même le Roi avoit exigé de lui la promesse de n'en révéler jamais le secret , ou que le Maréchal, de son côté 5 sentant qu'il devoit une reconnois- sance infinie i Louis XV, il lui paroissoit juste d'être retenu sur uai secret qui intéressoit son Roi et son bienfaiteur ? Aussi voit-on qu'il a d'abord tenu ferme contre. M. l'Abbé Soulavle^ mais qu'enfin pressé par ses instances , il lui z avoué qu'il savoitquifut ce grand Personnage ; mais il l'assure qu'il n'étoit ni le frère adultérin de Louis XIV, ni le Duc de Montmouth ,• ni le Comte de Vermandois, ni le Duc de Beaufort, 8cc. et levé déjà ainsi un coin du voile. J'ai prouvé que le masque ne fut aucun de ces bâtards ^ ni fils de bâtard (ceci regarde le Duc de Beaufort); je prouverois encore très- aisément qu'il ne fut pas le frère adultérin de Lx>uis XIV \ mais je dois m'en tenir à la seule assertion du Maréchal, qui savoit le secret, pour en venir aux deux principales conséquen- ces qui se tirent des expressions du, Mairéchal ; la première est que les mots de Grand Personnage^ Digitized by Google 9l6 dans là bouche d'un Duc , Maréchal de Fraijce ; honoré de toutes les plus hautes dignités de l'E- tat, désignent que le masque étoit d'une nais- sance infiniment supérieure à la sienne , et que le secret (sauf l'exception en faveur de Voltaire) qu'il en a gardé toute sa vie, d'abord par crainte, et ensuite par recohnoissance, ne pouvoit qu'iit» téresser les Kégens de France , puisqu'eux- mê- mes n'ont jamais révélé ce secret , pendant les cent et trente ans qu'ils en ont été en posses- sion y savoir depuis la naissance de l'homme au masque , en 1644 , jusqu'à la mort de Louis XVy en .1774. La seconde conséquence est que le Maréchal n'exclut le masque que de la qualité de frère adultérin de Louis XIV; or si le masque n avoit pas été le frère de Louis XIV d'une manière quelconque, le cours naturel de la pensée auroit conduit le ^aréchal à dire tout simplement que le masque ne fut ni frère de Louis XIV, ni le Duc de Montmouth^icc. mais il ne donne l'ex- clusion qu'à la seule qualité de firere adultérin ; xi'éfoit-ce pas de sa part avouer une autre fra- ternité entre Louis XIV et le masque ? je ne puis trop le répéter; il n'a exclu que la fra- ternité adultérine: donc il en admettoit une autre. Je m'en rapporte sur le mérite et la force de ce raisonnement à tous les esprits just^ et aux bons logiciens* Digitized by Google J'ai démontré , à ce que je croîs J de la manière la plus, frappante et la plus incoh-* testable , que le masque n'a pu être le pré- tendu jumeau indiqué par la relation : quant à une fraternité adultérine, le maréchal la nie^ ainsi le masque ne pouvoit plus être qu'un frère consanguin ordinaire , ou un frère utérin. Mais en ce qui concerne une fraternité consan- guine ordinaire, n'est-ce pas outrager la nature, les mânes àe Louis XII J et (TAnnecCAutrichey que de s'en permettre la supposition? Comment! Louis le Juste , ce Prince si craignant Dieu , si pieux, se seroitentendu avec son épouse^ pour supprimer un fils qu'ils auroient eu ! Quand? Ce ne fut pas avant la naissance de Louis XIV ^ puisque j'ai prouvé, page 59, qu'il y avôit eu entre eux séparation de lit, depuis la conjuration de Chalais , jusqu'aux premiers jours de décem- ' bre 1 63 7 • (1) ce ne fut pas non plus depuis la naissance de Louis XIV ^ puisqu'ils eurent en- suite PhiUppely Dncif Orléans ,' qu'ils ont gardé. Un accord de suppression ne révolte pas moins de la part de la Reine que de celle du Roi, elle qui desiroit si ardemment des enfans , et qui avoit fait des neuvames pour en obtenir. Cette Princesse eut à la vérité un instant de sensibili- té, en 1655, pour le beau, magriifique et avan- tageux Duc de jBuckingkam; mais quelle reli- (1) Anecdotes des Reines et Régent^ de France T« 6. p. 239. Digitized by Google «i8 gîeuse , dans le fond de sa cellule , n*a pas par fois sienti les mêmes atteintes , sans avoir pour <¥la cessé d'être vertueuse ? Les seuls reprocher fondés qu'on aît eu à faire à Anne d'Autriche se sont bornés à des relations suspectes avec sa fa- mille t elle a manqué ici cçmme Reine ; mais comme épouse ^ elle eut toujours une conduite très- réglée ; j en atteste tous les mémoires et les historiens du temps. M. Anquetil^ dans ses Mé- moires *sur Louis XIV ^ sa cour et le Régeijt , Tome I, pages 104 et 103, loue beaucoup sa piété et sa charité. L'on voit dans les Mémoires de la Châtre, page ^88, qu'elle assistoit régu- lièrement aux prières du soir qui se disoient à la chapelle de la tour , dans le temps de sa ré- gence, et alors mariée avec Mazarin. Ainsi la sup- position d'une suppression de fils légitime con- certée entre Louis 7CIII et son épouse , est aussi odieuse qu'inadmissible , et même împossibler Car j'ai prouvé, et il est connu de tout le monde, que les enfans des Rois de France doi- vent naître publiquement , pour que les Princes du sang , surtout les héritiers présomptifs ne puissent contester leur naissance. Mais un der- nier raisonnement va trancher toute difficulté sur la supposition dont il s agit, c'est que depuis la conjuration de Chalais^eq: i6q6, Louis XIII -cessa de vivre maritalement avec sa femme (1) , *- (i) Aneedotes des Reines et Régentes de France T. 6» p. %^%* Digitized by Google ai9 jùiqu'anx premiers jours de décembre 1 63 J^î donC) encore une fois, le masque ne put être un frère consanguin de Louis XIV. Il ne reste donc qu'une fraternité légitima possible à examiner, c'est telle qui unit deux frères par leur mère seulement : le Maréchal , pour en faire l'application au masque , soulève un second coin du voile à M. l'Abbé Soulavie , en lui disant, de la manière la plus expresse, que le masque fut enfermé pour de grandes raisons d'Etat^ au commencement du régne de Louis XIV ^ par lui-même. Mais je viens de prouver que Louis %IV ne commença à régner par lui-' même qu'en 1661 , donc ce fut en cette année , âpres la mort du Cardinal Mazarin , arrivée le g de mars, que le masque fut enfermé. Donc l'emprisonnement de l'homme au masque fut un des effets de la mort du Cardinal. M. l'Abbé Soulavie non content, presse, supplie encore le Maréchal ; celui-ci succom- be , et enlève le voile sous lequel étoient écrits ces mots , dont l'explication est si facile : lisez ce que M. de Voltaire a publié en dernier lieu sur ce masque , et réfléchissez. Oui 5 ces dernières paroles , qui sont à la firi de l'article concernant le masque, dans les Questions sur l'Encyclopédie (voyez encore ci-devant, page 13^)9 suffisent . seules pour Digitized by Google ta© faire connoître de qui il étoît fils ; les voîcîr four son âge ^ le masque dit lui'-mime à Ta'' fothicaire de la Bastille « feu de jours avaj^t sa mort ^ quil croyait avoir environ soixante ans ^ et le sieur Marsoban^ chirurgien du Ma- richal de Richelieu et ensuite du Duc d'Orléans -Régent , gendre de cet apothicaire , me Ta redit plus d'une fois. Enfin pourquoi lui donner un nom italien ? On le nomma toujours Marchialy. Celui qui écrit cet article en sait peut-être plut que le Père Griffet , et nen dira pas d'avantage. Oh ! que ces dernières paroles du Maréchal, jointes à ce qu'il vient de dire de nouveau sur le masque sont précieuses, puisqu'elles con- firment encore tout ce qu'en a écrit Voltaire \ Le masque dit , peu de jours avant sa mort , arrivé en i7o3, qu'il croit avoir environ soi- xante ans ; en prenant cinquante - neuf pour tin terme plus sûr, il n'y a qu'à soustraire ce nombre de 1703, Ion trouve 1644, temps où Anne d'Autriche étoit régente ; et en re- courant aux raisons que j*ai données page 11 j et suivantes , (que je ne rappellerai pas ici, pour ne pas trop me répéter) il n'est i^lus possible de douter que le grand personnage n'ait eu Anne d'Autriche pour mère et le Cardinal Mazarin pour père: mais j'ai prouvé qu'ils étoient mariés ensemble ; donc l'homme au masque fut leur fils légitime. Digitized by Google Je crois qu^une técapitulation succincte de$ raisonnemens et des faits qui prouvent qui fut Thomme au masque , sera agréable à la généralité des lecteurs. L'homme au masque ne fut point un grand Seigneur dé France ou delà Cour; b conduite que Ton a tenue à l'égard de ce captif, ne peut . convenir à personne de cette classe; s'il en avoit été un des membres. Voltaire et le Maréchal de Richelieu n'eussent pas fait diffi- culté de le nommer ; l'Abbé Lenglet en eût fait de même, au surplus Louis XV j par sa réponse, a levé tout doute à cet égard ;i). L'homme au masque ne fut point un Prince • du sang ; on a vu naître et mourir les deux / qui existoient alors. Il ne fut ni le Duc de Beaufort^ ni le Comte de Vermandois, ni le Duc de Montmouth , c'est ce que j'ai prouvé, et qu'a confirmé le Maréchal d^ Richelieu; il fut encàxc moins Jérôme Afagni. Il ne fut point étranger, ses co«prisonniers, et surtout l'Abbé Lenglet s'en fussent apperçus* Il fut élevé en secret, ignorant d'abord qui il étoit, ne sachant pas son âge au juste; ou le fit beaucoup voyager , pour l'éloigner de sa famille, mais dans la plus grande aisance; ce que prouvent les goûts qu'il a contractés. Il apprit malheureusement qui il étoit, et * ■ " ■■ " I l " 111 II. Il i l I I ■■ • (i) Voyez page «04, Digitized by Google l'on fut obligé de renfermer , ïnaîs on lui fit grande chère , on satisfit tous ses désirs , dans les différentes prisons où il fut détenu ; M. de Saint» Mars ^ qui ne le quitta point, et les autres Officiers eurent toujours pour lui le plus profond respect , puisqu'ils ne s'asséioient en sa présence qu'avec sa permission. Lou^ vois lui-même ne lui parla que debout et avec une considération respectueuse. On prit pendant sa vie et après sa mort des mesures et des précautions extraordinaiieg et inusitées, pour qu on ne pût jamais savoir qui il fut; on les porta jusqu'à lui défendre , de la part des Kégens de France sous lesquels il vécut, de dire qui il étoit , sous peine de perdre la vie; le Duc cC Orléans , Régent, et Louis XV j^ qui l'ont su , ne l'ont jamais ré- vélé, non plus que leurs, prédécesseurs , donc il intéressoit personnellement la famille royale* Cependant il ne fut ni oncle , ni cousin , ni frère jumeau , ni frère consanguin , ni frère adultérin de Louis XIV; mais tout prouve qu'il lui appartenoit de très-près. Il ne put donc être que son firere utérin. Cet homme si intéressant mourut le ig de novembre 17û3, âgé d'environ soixante ans; en comptant qu'il en avbit cinquante-neuf et huit à neuf mois , il étoit donc né vei3 la fin dé Tannée 1644. Digitized by Google i La 80uveiaine puissance légale étoit alors entre les mains d'Ame d'Autriche , mais de fait entre celles de son premier Ministre » le Cardinal Mazarin 9 son mari ; ainsi le masque appartint à la famille royale ^ comme &ere utérin de lj>uis XIV. Toutes les découvertes qui me sont pro;- près, tout ce qu'en a éciit Voltaire ^ tout ce qu'en a dit Richelieu et Zouis XV lui-même, ne peut s'appliquer qu'à ce seul humain ; il n'y a pas jusqu'aux ménagemens infinis que l'on a eus pour la Beauvais , qui n'en soient une solide confirmation ; je vais donc finir cette seconde partie par un argument à peu près semblable à celui qui termine la première.' Tout ce que Ton a écrit d'avéré et de tenu pour tel , concernant l'hoxïime au masque, ne s'est entendu que d^un seul homme ; mais tout ce que Ton a écrit et tenu pour avéré concernant ce seul homme, ne convient parfaitement et iden- tiquement qu'à un fils légitime de Mazarin et d'Anne d'Autriche ; donc l'homme au masque fut un fils^légitime du Cardinal Mazarin et d'Anne d'Autriche , Régente de F;rance. '. • .5/ quîd nosti rectîu^ istis ^ Candidus impertiy dit Horace. £t moi plus hardi , je dis • . . AgedUm si potes: Digitized by Google LETTRE DE L'AUTEUR À L'ÉDITEUR. J £ VOUS adresse , Monsieur y quelques obser^ vations^ auxquelles a donné lieu la lecture assez rapide que je viens de faire de la neu- vième livraison de la Bastille dévoilée, que vous avez bien voulu m envoyer ; attention dont je vous remercie beaucoup : et pour mV bliger complètement , je vous prie de faire im- primer ma lettre à la fin de mon ouvrage ; je crois qu'elle vous arrivera encore assez à temps à cet effet , puisque vous me marquez qu'on en commence) seulement l'impression. Cette neuvième livraison, qui certainement a coûté beaucoup de travail à l'auteur, con- tient une dissertation historique sur l'homme au masque de fer , dans laquelle il se trouve quelques passages , qui viennent à l'appui de nïa solution. Quant aux diverses hypothèses qu'il expose, et qui y sont contraires, je les ai toutes réfutées avec détail dans mon ouvra- ge : j'en excepté celle qui a trait au Sur-in- tendant Fouquet ; mais elle m*a paru si pitoya- ble ^ que je l'ai jugée indigne d'une réfutation* Mais Digitized by Google «5 Maïs Tauteur de cette neuvième livraison cite (page g) un fragment, vrai ou supposé, d'une lettre que le Ministre BarUsîeux doit avoir écrite à Saint-Mars le 13 d'Août 16g 1, qui mérite de ma part un examen particîu- lier. Voici ce fragment. «Votre lettre du 'i6 A9 du mois passé m'a été rendue* Lorsque „ vous aurez quelque chose à me mander du „ prisonnier, qui est sou^ cotre garde depuis ,, vingt ans , je vous prie d'user des même» „ précautions que vous faisiez quand vous „ écriviez à Monsieur de Louvois. „ J'ai lieu de révoquer en doute l'existence de cette lettre, 1^. parce que Barhésieux auroit agi avec une imprudence impardonnable à un ministre , en indiquant le temps depuis lequel l'homme au masque étoït enfermé , avec une précision qui pouvôit faire découvrir qui il étoit.^ 3**. Parce que ces mots ; qui est sous votre garde depuis vingt ans^ jouent un xole étranger, et conséquamment inutile à l'objet de la lettre. 5®. Parce que ce compte rond de vingt ans est déjà par lui - même suspect. 4**. Parce que la dernière partie de ht phrase : jp vous prie d'user des mêmes précautions que vous faisiez^ est un barbarisme que peut com- mettre un petit bourgeois, mais non un. mi- nistre. 5*^. Parce que le mot précaution n'étoit pas le propre à explique! l'idée du Ministre ^ Digitized by Google — 72$ qui vouloit simplement recommander à Saint- Mars de lui faire parvenir les lettres qu'il au-*, loit à lui écrire sur le compte de son prison- nier par les mêmes voies , les mêmes canaux , dont il ç'étoit servi sous M. de Louvois. 6^. Parce qu'enfin Barbésieux ne pouvoit point dire M. de Louvois^ fans mériter l'indigna- tion du genre humain , en parlant le 13 d'Août 1691 d'un père, dont les cendres étoient encore chaudes , puisqu'il n'étoit mort que le 16 du mois précédent ; d'un père dont le ministère avoit été si fameux ; d'un père dont le seul souvenir devoit lui imprimer une ter- leur respectueuse; d'un père enfin dont la mémoire devoit lui être d'autant plus précieuse qu'il ne lui succéda dans le ministère que pour avoir eu le bonheur d'être son hls. Je me joins donc au laborieux rédacteur de la Bastille dé^ voilée^ pour sommer l'éditeur des Mémoires authentiques s\xt la Bastille, de publier où se trouve l'original dont il a préteiidu donner un fragrnent ; et tant qu'il ne le fera pas ^ toute croyance doit lui être déniée* Mais en supposant que cette lettre existe , on ne peut la regarder que comme le travail forcé, de quelques minutes d'un ministre, qui n'osoit en charger un subalterne ; d'un mi- nistre le plus paresseux, le plus négligent , le pliis: .adonné à ses plaisirs qu'ait jamais eu. Digitized by Google 5i2; la France. Qui ignore que Louis XIV s'en plaignit fortement à TArchevêque de Reims , à qui il dit qu'il renverroit son neveu , s'il ne changeoit de conduite? Si donc cette lettre a été réellement écrite par Barbésieux^ il est clair qu'elle Ta été à la hâte et sans ré- flexion, et qu'il aura dit vingt ans, pour dési- gner un grand nombre d'années , mais indé- terminé, dans le sens que nous employons ladjectif numérique des latins sexcentL Je n'entrerai pas en lice avec le rédacteur de la Bastille dévoilée , qui , selon sa note , page i6g , croit que l'homme au masque fut un frère aîné de Louié XIV; son sentiment est amplement combattu par mon ouvrage t inais il cite, page 13g, une édition faite à Londres des Oeuvres de Voltaire , où l'éditeur assure que ce grand poëte eut la même opi« nion. Cependant tout homme qui sait lire peut se convaincre du contraire, et je lai dé- montré par un calcul fondé sur ce qu^il dit de' plus étendu et de mieux sur l'homme au masque-, savoir dans ses Questions encyclo- pédiques ; puis j*ai prouvé chronologiquement qu'un frère aîné de Louis XIV n'auroit pu si^voir pour père ni le Duc de Buckingham^ ni Mazarin^: alors Nonce: il suiïisoit de faire simplement attention que Thommeau masque, xnort en .1703, âgé de près de 60 ans , devoit Digitized by Google oq8 être né en 1644. Or un homme né en 1644 étoit plus jeune de six ans que Lùuis XIV; donc Voltaire a indiqué le contraire de ce que lui prçte l'édition de Londres. Mais pourquoi le rédacteur de la Bastille dévoilée n'a-t-il pas fait mention de la fameuse conversation du Duc de Richelieu avec M. VAbbé Soulavie , que j'ai rapportée ? C'est parce qu'elle chasse de dessous le masque tout frère aîné ou adultérin de Louis XIV y pour y pla- cer, avec raison,* un frère utérin, son cadet, fils de sa mère et de Mazarin. Le Duc de Michelieu l'avoit dévoilé assez clairement à M. l'Abbé Soulavie j en le renvoyant au dér- iver écrit de Voltaire : or je ne crois pas que cet homme fameux ait publié, ou avoué poux être de lui, aucun éait sur l'homme au mas- que , qui soit postérieur à ce qu'il a dit dan» •es Questions encyclopédiques. On ne peut nier avec quelque ombre de laison, ainsi que je l'ai déjà observé dans le corps de Touvrage , que Richelieu et Voltaire n'ayent sa qui étoit l'homme au masque : le premier en est convenu à M. l'Abbé SoU'- lavie^ et le second à M. Senac de Meilhan: (1) Le rédacteur raconte lui-même, pagei6iyque M. le Marquis de Condorctt lui a dit .que Voltaire (1) Page 145* de la neiivièirte liTxalsan^ Digitized by Google avoit souvent causé avec lui et avec M. d^A* hmhrt de l'histoire du masque, comme les ' croyant instruits du seaet, qui, selon lui, n'en étoit plus un , et ne valoit pas la peine de l'être. Ces dernières paroles prouvent donc bien que Voltaire ii'a jamais pu dire que l'homme 9U masque fût un frère aîné et adultérin de Louis XIV; car si ce malheureux avoit été un pareil être, Voltaire se fût non seulement contredît avec ce qu'il en a dit de si positif dans ses Questions encyclopédiques , mais il eût encore outragé le bon sens , s'il eût dit à MM. de Condorcet et d'Alembert que Thom- iiie au masque ne valoit pas la peine d'être l'objet d'un secret. Si cet infortuné avoit été un frère adultérin de Louis XIV ^ n auroit- il pas été pour les Régens de France le pluB digne de secret qUe pût leur proposer la na-* ture entière ? Voltaire n'auroit donc pas dit que l'existence d'un pareil être ne méritoit; jpas d'être tenue secrette ; il se sèxoit xnèaxe expliqué fort improprement en parlant ainsi du masque , comme . frère légitirne et utérin de Louis . Jf/K, attendu que ce célèbre inr fortunè sera toujours, sous cette dernière quar lité, le phénomène historique le plus curieux qu aient ; jamais pçésentérlesanri:^ de toute^ les nations. , . / Digitized by LjOOÇIC Mais comme ces sortes â*entretiens soxil •jaTement rendus avec exactitude, on doit se borner à croire que Voltaire aura simplement dit à ses illustres confrères , que Vhomme aa masque ne pouvoir former l'objet d'un secret^ tant il étoit facile de découvrir qui il étoitt en cela je serois d'accord avec lui, car je Tal assez facilement deviné. Mais ce n'a été qu'a- près de longues et pénibles recherches* que j'sû été en état de prouver qu'il étoit fils légitime dAnne d Autriche et du Cardinal Mazartn, et qu'il étoit né sur la fin de 1644 au Palais Royal, à Paris ; découvertes que personne n'a- voit jamais faîtes ni même soupçonné être ■possibles , et qui forment lé principal mérite de mon ouvrage. - ' J'ai deux observations à faire avant de finir; îa |>remièreest que Ton 'ne doit point s'arrê- ter à imaginer des objections sur un fait isolé Quelconque ; je demande que l'on médite suc- cessiveSnéiit sur tous^ dans l'ordre qu'ils se suivent, et Ton verra que le premier est sou- tenu par le' second, celui-ci par le troisième, et aiiisi' dê'siiite ; ensorte que tous font chaîne, et se prouvent' les uns par les'autres. • La seconde a trait à une objection qui lie sera jamais* feite! piar des savans','mais qui peut rêtfe par' des'*persoiïnés"peif instruite^. On dira que je ne cite ni témolm ni éoât Digitized by Google