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Rien de sérieux ne pouvait être tenté alors qu'on s'ingéniait en expédients pour drainer la pro- digieuse quantité d'espèces dont le traité du 3 août 1529 stipu- lait la délivrance effective. Mais ce ne fut que partie remise. Quelques mois après le paiement des 1,200,000 écus du premier terme, avant l'acquittement définitif, une grande ordonnance, celle du 7 février 1532, fut rendue à Rouen sur l'Épargne*. Tout d'abord, l'Épargne perdit le caractère ambulatoire qu'elle avait eu jusqu'alors. Ses caisses durent cesser de suivre le Roi et la cour dans leurs déplacements perpétuels. Un siège fixe, le Louvre, où des coffres avaient été récemment aménagés', leur 1. Elle n'est publiée intégralement dans ancnn recueil. M. de Boislisle l'a analysée dans les Pièces jtutificatives pour servir à Vhistoire des P. P. de la Chambre des comptes^ n* 53. On tronvera, dans le Catalogue des actes de Fran- çois /*', II, 4403, l'indication des textes qai en existent. Pour le présent article, c'est la copie contemporaine placée au début du contrôle de la dépense de l'Épargne pour 1532 (Bibl. nat., ms. fr. 15628, fol. 2 et suiy.) qui a été consultée. 2. On lit, dans le contrôle de TÉpargne pour 1532, à la date du 14 février- 6 mars 1533 : c A G. de GoUne, archer de la garde de la compagnie de Nan- çay et concierge du Louvre, pour ses peines, sallaires, yaccacion et despence RbV. HiSTOR. LVL i«' FABC. i 2 G. JICQUETON. fut attribué. « Par cy-après, à commancer en ce présent quar- tier de janvier, tous et chacuns les deniers de nostre dommaine, tailles, aydes, gabelles et équivallens, et autres quelzconques deniers, charges ordinaires et acoustumées déduictes et raba- tues, seront apportez par le changeur de nostre Trésor et noz receveurs généraulx, si nous les remectons en leurs estatz et oflSces, ou par noz receveurs particulliers, grenetiers, fermiers et autres oflSciers ou commis recevans nosdits deniers en l'une des tours de nostre chastel du Louvre à Paris es cofires que pour cest effect nous y avons par cy-devant faict mectre, fors et excepté toutesfois les deniers qui proviendront des Parties cazuelles... » G. Preudomme fut confirmé dans la charge de recevoir et de distribuer ces deniers, et conserva son titre de trésorier derÉpargne. Mais, à côté de lui et des deux contrôleurs aussi maintenus, fut institué un conseil de surveillance composé du premier et du second présidents de la Chambre des comptes, E. Nicolas et J. Briçonnet, qui furent « commis et députtez... à la garde de partye des clefz desditz tour et coffres et pour estre ouverts et fermez iceulx coffres en leur présence toutes et quantes foys que besoing sera, tant pour y mectre les deniers qu'on y apportera que pour en tirer ceulx que nous ordonnerons y estre prins, aflSn que en leurdicte présence et non autrement la recette et despence soit faicte ». Au cas d'empêchement d'un des présidents, un maître ordinaire des comptes, N. Viole, devait être « subrogué ou lieu de l'absent ». Ajoutons que ces personnages n'avaient que des d'ayoir gardé l'argent qui a esté mis et porté au Louyre, à laquelle garde ledit Coline a servy et ordinairement vacqué durant le temps et espace de quatre ans soixante-dix-huit journées, tant es années MVcXXIX, VcXXX et le com- mancement de l'année Vo XXXI, et encores faict à présent, que pour ayoir foumy et délivré durant ledit temps de fois en autre boys et chandelle et ainsi que Ton aYoit à faire audit Louvre et que les précédens commissaires y alloyent durant le temps que l'on y recevoit la yaisseile d'argent par empruntz suivant les ordonnances dudlt seigneur par ses officiers comptables audit chÂteau du Louvre. » Bibl. nat., ms. fr. 15628, n* 462, et Cat, II, 5398. Quatre ans et soixante-dix-huit jours décomptés à partir du 14 février 1533 amènent, non à une date quelconque de l'année 1529, mais aux derniers jours de novembre 1528. Il est parlé des coffres du Louvre dans les états relatifs à la délivrance des enfants (ms. fr. 2944 pas$im) et aux emprunts de 1531 (ms. fr. 3122, fol. 118 r*}. Ils étaient affectés, non seulement aux deniers de l'Épargne, mais aussi à ceux des Parties casuelles. C'était évidemment à l'occasion des levées de deniers pour la rançon du roi qu'ils avaient été aménagés. On a vu plus haut que le compte de Dapestegny, comme les vacations du concierge 6. de Coline, a sa date initiale à la fin de 1528 (1"' octobre). LB TRESOR DE L^ de 1523, ils n'avaient pas « fourny et délivré les deniers par eulx receuz de nos receveurs particulliers es mains du tréso- rier de nostre Espargne aux jours et termes qu'ilz les dévoient fournir et bailler, ains les aucuns d'eulx s'en seroient aydez en leurs affaires, tellement qu'ilz en seroient demourez en gros arrière et reste envers nous >. En attendant que leurs comptes fussent apurés et liquidés, on les suspendit^ et on les remplaça par des « commis à l'exercice » de leurs charges 3. Puis, l'année suivante, loin de leur rendre ces charges, on institua pour admi- nistrer les recettes générales des commissions de trois membres gectons, pappier et autres choses, » devaient être faits c par l'ordonnance de nosdits présidons et Viole, on de Tnn d'icenlx, et paiez par ledit Preudomme». Un rôle, signé d'un des présidents on des contrôleurs, devait servir à ce der- nier • d'acquict vallable ». La dépense annnelle ne pouvait dépasser c mil livres tournois ». 1. Une ordonnance portant réduction de leurs gages, règlement de leurs chevauchées, etc., fut rendue le 31 décemhre 1534, puis rectifiée par lettres du 23 août 1535. Cf. Cat, II, 7443, et III, 8055. 2. Les < lettres de la suspencion des receveurs généraulx » , mentionnées dans l'ordonnance du 7 février, n'ont pas élé retrouvées et ne fignrent pas dans le Catalogue, 3. La désignation de ces commis n'avait pas encore été faite lors de l'ordon- nance qui l'annonce comme imminente. LE TRJSSOR DE l'^PARGNE SOUS FRANÇOIS I**^ 7 qui, chose à noter, durent recueillir tous les deniers royaux, ceux du domaine comme les autres^ Le change du Trésor se trouva de la sorte supprimé en fait, bien qu'on voie figurer encore dans les actes de cette époque un personnage portant le titre de changeur '. Cet état de choses, modifié en 1539 par la substitu- tion aux commissions de commis uniques, se prolongea sans doute jusqu'en 1543, où furent créées les seize recettes générales^. L'ordonnance de 1523 avait laissé au changeur vingt jours et aux receveurs un mois pour verser à l'Épargne les fonds recou- vrables par eux. En 1532, un délai uniforme de < trois sep- maines après les termes escheuz, non comprins en ce le temps raisonnable qu'ilz mectront à faire le chemin », fut imparti à ces comptables ou aux < commis à l'exercice », avec la recomman- dation expresse que < les deniers qui seront par eulx recouvertz et receuz des officiers particulliers ne feront aucun séjour en leurs mains ne en leurs maisons ou ailleurs, mais, sans les employer ne eulx en ayder à autre efFect, [ils] les feront apporter prompte- ment en nostre chasteau du Louvre pour estre mis es cofires ou les payeront incontinant aux personnes que nostre trésorier de l'Espargne pourra par ses mandements assigner sur eulx en mesmes espèces qu'ilz les auront receues des receveurs particul- liers, grenetiers ou fermiers, sur peine d'amende arbitraire ». 1. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 3020, fol. 118. Ces commissions étaient ordinaire- ment composées d'un magistrat on officier de robe longae, d'un officier de robe courte et d'un officier de flnances. Ce dernier, qualifié clerc, était seul en nom dans les pièces de comptabifité, mandements, quittances, etc.. Cf. surtout les contrôles de recette, mss. fr. 15630, 15631 et 15633. 2. Un certain Jean Duval, qu'il ne faut pas confondre, ainsi que Ta fait M. de Boislisle, ayec le gendre de Preudomme, qne nous trouverons ci-dessous tré- sorier de l'Épargne. Cf. Pièces originales, dossier Duval (64755). On avait nommé en 1532 un commis au change du Trésor, Jean Dudère, qui figure pour les restes de cet exercice dans le contrôle de 1533, ms. fr. 15630, fol. 3 v*, 8 v*, 140 V, 147 v, 157 V. 3. Cf. mss. fr. 5503, fol. 63 V, 133 r et 136 r% 25721, n" 429 et 520, et CaU, III, 7482 et 10585. En même temps, les recettes trop vastes étaient démembrées. Cf. l'état précité du ms. fr. 3020 et les contrôles de recette ut supra. On pré- parait ainsi pratiquement les démembrements qu'on réalisa définitivement en 1543. — Plusieurs ordonnances furent rendues à cette époque contre les comp- tables concussionnaires, prescrivant la liquidation à bref délai de leurs comptes et les frappant de peines sévères. Cf. 4 avril 1531, Arch. nat., P. 2305, p. 1217, 19 avril, 16 mai, 14 juin, et surtout 8 juin 1532, dans Fontanon, II, p. 620 à 625, et CaL, II, 3957, 4516, 4549, 4625 et 4635. 8 G. JACQUETON. Quant aux frais de transport des espèces, les présidents et le tré- sorier devaient demander après le premier quartier aux receveurs s'ils en voulaient « composer » et à quelles conditions ; au Roi appartiendrait ensuite de < leur en faire telle taxe que verrons estre à faire par raison », sauf à laisser « cependant... des deniers de leurs receptes entre leurs mains... telle somme que par les présidens Violle et Preudomme sera advisé ». Sur le fonctionnement de l'Epargne telle qu'elle fut constituée en février 1532, nous possédons plus de documents que pour la période précédente. Il existe en efiFet à la Bibliothèque nationale, sous les n^ 15628 à 15633 du fonds français, six registres des recettes et des dépenses de l'Épargne pour les exercices 1532 à 1535, c'est-à-dire pour les quatre années de paix qui suivirent la réforme. Les mentions de début, « pour Mess" les présidens du Louvre », montrent qu'il s'agit des expéditions remises à ceux-ci par les contrôleurs ; ce sont par conséquent des copies exécutées sous la direction de ces officiers et collationnées par eux sur les registres originaux qu'ils devaient déposer à la Chambre des comptes. — Voici comment ils sont disposés : Les registres de recette (années 1533 à 1535) comprennent chacun, non pas les recettes correspondant aux revenus d'une année entière, mais bien les recettes réellement effectuées à l'Epargne pendant une année entière, du 1®^ janvier au 31 dé- cembre. Il s'ensuit qu'il y manque en règle générale le dernier quartier tout entier de l'année dont ils portent la date, et qu'on y voit figurer, outre les restes encore irrecouvrés des quartiers antérieurs, le dernier quartier tout entier de l'année précédente. Chaque versement à l'Épargne fait l'objet d'un article auquel se trouve toujours, sauf certaines exceptions sur lesquelles nous reviendrons, la mention que ce versement a été fait comptant au château du Louvre contre une quittance de Preudomme, dont la date est donnée, et le montant mis « es coffres du trésor et Espargne » en présence des présidents. Le bordereau détaillé des espèces d'or et d'argent, signé du commis du comptable qui a opéré le versement au nom de ce dernier, y est reproduit. Enfin l'article est clos par la mention de l'enregistrement et de sa date, au-dessous de laquelle on lit la signature, ou au moins le paraphe, de P. Michon, contrôleur général de la recette. C'est suivant l'ordre des dates d'enregistrement, qui ne con- LE TRESOR DE L'iPARGlVB SOUS FRANÇOIS 1^'. 9 corde pas toujours avec celui des dates des quittances de Preu- domme, que les articles sont disposés. Il s'ensuit que les verse- ments provenant des différentes recettes générales n'y sont pas classés en chapitres distincts, mais rapportés pêle-mêle à la suite les uns des autres. Il y a cependant une division en chapitres ; elle correspond aux quartiers de Tannée financière. Un premier chapitre, dépourvu de titre, contient les verse- ments provenant des revenus des années précédentes, c'est-à- dire le quartier d'octobre -décembre précédent en entier et les restes des quartiers antérieurs. Dans ce chapitre, les revenus de toute espèce sont confondus ; les versements d'origine domaniale sont enregistrés sans ordre avec ceux qui ont pour source les tailles, aides, gabelles, etc... Viennent ensuite trois chapitres portant respectivement le titre des trois premiers quartiers de l'année; ils renferment les versements provenant des revenus de chacun de ces quartiers. Mais on doit faire observer qu'il ne s'agit là que des seuls revenus des tailles, aides, gabelles, etc.. Le produit du domaine pour l'année entière forme en effet un cin- quième chapitre. Enfin, s'il a été perçu au cours de l'année par l'Epargne des sommes provenant de ressources autres que le domaine ou les tailles, aides, gabelles, etc., ces rentrées sont consignées dans des chapitres spéciaux à la suite des précédents. Au rebours des registres de recette, les deux premiers de ceux de dépense (années 1532 et 1533) renferment, non pas les dépenses effectivement acquittées par l'Épargne durant toute une année, mais bien les dépenses assignées sur les ressources des quatre quartiers d'une année entière de recette, du 1®^ janvier au 31 décembre. La conséquence est qu'ils s'étendent sur beau- coup plus d'une année. Ainsi, le premier contient des paiements dont le plus ancien est du 5 mars 1532 et le plus récent du 4 oc- tobre 1534; le second va de mars 1533 à juillet 1534. Il en est autrement du troisième registre de dépense, qui porte la date de 1535. On y trouve seulement les dépenses enregistrées pendant l'année 1535, quelle que soit d'ailleurs la provenance des res- sources y affectées. En règle générale, et sauf exceptions à déterminer ci-dessous, chacun des articles de dépense porte que la somme dépensée a été payée comptant au Louvre par Preudomme, après avoir été tirée 40 G. JACQUETOIf. des cofires de l'Epargne en présence des présidents. Le détail des espèces est donné, ainsi que la date de la quittance de la partie prenante et celle du mandement royal prescrivant la dépense ; en outre, le quartier dont provient la somme est spécifié. Enfin, la mention de l'enregistrement et de sa date, avec la signature ou le paraphe du contrôleur général de la dépense. Et. Leblanc, dôt l'article. Ainsi qu'à la recette, à la dépense l'ordre des dates d'enregis- trement, souvent très différent de celui des dates des quittances et partant de celui des dépenses mêmes, était le principe du clas- sement des articles. U n'y avait donc pas de chapitres correspon- dant aux diverses natures de dépense. Dans le registre de 1532, il n'y a pas de chapitres du tout. Les 621 articles qui le composent sont simplement transcrits à la suite les uns des autres dans l'ordre de leur date d'enregistre- ment. Le registre de l'année suivante est disposé différemment. Sans parler d'une section consacrée aux deniers distribués « hors le Louvre », dont il sera parlé plus loin, on remarque quatre chapitres correspondant aux quatre quartiers de recette de l'an- née financière, c'est à savoir le premier contenant les parties de dépense assignées sur les ressources du quartier de janvier- mars , le second les parties assignées sur celles d'avril -juin et ainsi de suite. De plus, comme certaines parties, au lieu d'être assignées expressément sur les deniers d'un quartier déterminé, l'étaient simplement sur ceux de l'année, ces dernières sont enregistrées pêle-mêle avec celles du dernier quartier d*octobre- décembre. Le troisième registre, avec la section des deniers < hors le Louvre », a aussi quatre chapitres correspondant aux quatre quartiers. En outre, comme il renferme, par suite de la particularité signalée plus haut, des dépenses gagées sur les res- sources des années antérieures, celles-ci sont contenues dans un chapitre spécial qui est le premier. Qu'ils se rapportent à la recette ou à la dépense, les registres que nous venons de décrire fournissent matière à des observations propres à nous éclairer sur le fonctionnement de l'Epargne et à compléter, sinon à corriger, les notions fournies par l'ordon- nance du 7 février 1532. On se rappelle que celle-ci exemptait en tout état de cause de l'apport aux coffres du Louvre les sommes destinées aux gages LB TRESOR DB L^tfPARGlIB SOUS FRANÇOIS 1^'. 4\ des cours souveraines et des mortes-payes, et éventuellement les deniers à affecter à la solde de la gendarmerie ou même à d'autres dépenses non spécifiées. Or, l'examen des registres montre qu'on ne tint aucun compte de ces réserves. Non seulement la solde de la gendarmerie, mais aussi les gages des cours souveraines et ceux des mortes-payes furent, comme les autres dépenses, payés comptant au Louvre avec les formalités de droit commun*. Nous ignorons quelle fut la cause de cette grave dérogation aux pres- criptions de l'ordonnance. Il n'en est pas de même d'une autre dérogation que révèlent également les registres. On sait que le trésorier de l'Epargne était toujours à la suite de la cour et qu'il avait la charge de pour- voir aux dépenses inopinées et pressantes qui y survenaient jour- nellement, telles que l'argent comptant à fournir au Roi, le salaire des courriers, les dons faits aux envoyés des princes étrangers, etc. . . Il ne pouvait acquitter ces dépenses dans les formes déter- minées par l'ordonnance que si la cour se trouvait résider à Paris, ce qui était, sous François P'^, chose tout à fait exception- nelle. Force fut donc de ne pas observer ces formes à la rigueur. Des mandements patents adressés à Preudomme donnèrent à cet officier la faculté de lever comptant par ses simples quittances sur les receveurs généraux des sommes souvent considérables qu'il garda par devers lui afin de les employer < es affaires qui surviennent ordinairement autour de la personne du Roi ». Le trésorier de l'Épargne reçutainsi 129,8841. t. en 1532«, 553,9221. 1. Cf. mss. fr. 15628, n" 10, 84, 85, 97, etc..., 15629, n" 59, 64, 67 à 74, 85, etc... 2. Cf. ms. fr. 15628, n" 168, 176 à 178, 181, 182, 284 à 286, et Caty II, 4577, 4605, 4634, 4763, 4834, 4860, 4983, 5007. Ces 129,884 1. t. sont la totali- sation des sommes portées aux mandements ci -dessus énuraérés. Mais on doit noter qa'nn mandement du 12 juin (178 et 4634), après avoir autorisé Preu- domme à recevoir 19,874 1. t. du commis à la recette de Languedoil, ajoute : c Et ce oultre viii" ii^ im" 1. t. qu'il a cy-devant receues comptant à diverses fois des receveurs généraulx des finances. • S'il convient de tenir compte de ces 8,280 1. t., ce qui n'est pas certain, le rappel précité pouvant se rapporter à des perceptions autorisées par un mandement antérieur, par exemple celui du 22 mai (168 et 4577), Preudomme aurait reçu comptant, en 1532, 138,164 1. 1. Ajoutons d'ailleurs que l'addition des mandements de détail ordonnant au tré- sorier des paiements comptant sur les deniers recouvrés c pour estre par luy employez es afifaires qui ordinairement surviennent autour dudit seigneur [Roi] • donne une somme de 164,795 1. 15 s. 8 d. t., supérieure par conséquent d'en- viron 26,000 1. t. même à ce dernier chiffre. 5 s. 4 d. t en 1533*, 86,070 1. t. œ lo»l% €* 505,069 L 5 s. 2 d. L e& 1535^ soit en foui pendant ces quatre années près de 1^275,000 L t., qui fiire&t eùcsdssées et distribuées par hii sans pajKT par les ecfffines dn Loorre et hors de la prés^ice des pré- ûàeutë. En oabre^ û fant te&ir oompte d*iin certain ikombre d*as- mgtÈZtiùùs que fit directement Preodomme par mardffnents pes- tant quittance adressés, en exécution de lettres royales sur ce rendues, à dirers agents de recette. Les contrc4es de la dépense accusent, en 1532, poor 60,610 1. 5 d. t. decesa3signations^et, en 1533, poor 88,115 I. 7 s. 11 d. tA Cdoi de 1535 est muet sur ce chapitre. Quant aux contrôles de recette, on v rdère en 1533 des assignations pour 12^6 1. 3 s. 7 d. t.*, en 1531 pour 1. Ce chiffre est oMean par TadditkMi des soMmes portées aax lettres adres- fées à la Ckasbre des etNBptes poor FaTiser des aolarîsatîoQS de pertcptioa directe accordées aa trésorier. Ces lettres, de dates fort dîTerses (do 5 mars aa 12 décembre 1533), forent iootes earegistrées eo même temps an contrôle de la dépense de l'Épargne le 25 férrier 15» (ms. fr. 15629, n** TOI à 717, et Cat,, II, 5520, 5958, 6028, etc..)- Ce sont en général des sommes rondes de 10,000, 20,000, même 100,000 1. t. Qoant à leor distribotion par le trésorier, elle Cdt l'objet d'ao moins 280 mandements de détail. Les sommes ordonnan- cées dans ces derniers actes s'élèTcnt à 564,000 L t. enTÎron, soit 10,000 L L à peo près de plos qoe les sommes indiquées dans les lettres an Comptes. Cela s'espliqoe par ce Ciit que le 3 mai Prendomme prit, arec les formalités accoo- toroées, aox coffres dn LooTre, one somme de 10,000 1. t., c poor estre par ledit Preodomme laict porter près dndit seigneur [le Roi] et icelle bailler et délirrer aox personnes, poor les causes et ainsi qoe par les mandements et acqoictz dodit seigneor loi sera ordonné ». Cf. ut supra, 54 et 5799. — Le contrôle de la recette poor cette même année 1533 n'indique qoe 455,548 1. 7 s. 10 d. t. rersées directement entre les mains de Preodomme, et encore estrce à condition d'y réparer one omission de 28t,136 1. 11 s. 6 d. t. prove- nant de la recette de Languedoc et non enregistrées. Cf. ms. fr. 15630, passim. 2. Tandis que les cbiffres précédents ont été fournis par des contrôles de dépense, celui*ci est fourni par un contrôle de recette, le ms. fr. 15631, fol. 6 T*, 41 T*, 114 Y*, 117 ▼*, etc... Le contrôle de la dépense pour cette année n'existe pas. 3. Ce chiffre est aussi fourni par un contrôle de recette, le ms. fr. 15633, fol. 66 ?*, 78 V*, 79 r*, etc... Le confrôle de la dépense pour 1535, incomplet par suite de la particularité signalée plus haut, n'indique que deux appointe- ments en faveur de Preodomme, l'un et l'autre de 100,000 1. t. sur la recette générale de Normandie. Cf. ms. fr. 15632, n** 611 et 612, et Cat., IIl, 7659 et 7733. Pour la même raison, le total des mandements de détail râlant les dis- tributions à faire par le trésorier dépasse à peine dans ce contrôle 180,000 1. t. 4. Ms. fr. 15628, n** 147, 162, 183, 193, etc.. 5. Ms. fr. 15629, n- 561, 721, 730, 731, 873, etc... 6. Ms. fr. 15630, fol. 5 r, 8 r, 13 r, 27 ▼•, 132 f, etc... LE TRJSOR DE L^^PARGNE SOUS FRANÇOIS l**^ 13 68,140 1. 1.», en 1535 pour 9,647 1. 10 s. t.*. En somme, de ces éléments d'information, il ressort que Preudomme n'assigna pas dans ces quatre années plus de 150,000 1. 1. Avec les 1,275,000 reçues et distribuées comptant, cela donne au total 1 ,425,000 1. 1. qui ne tombèrent pas dans les caisses du Louvre. I^es recettes effectuées au cours de cette période dépassant 17 millions^, on voit qu'un douzième seulement des budgets fut recouvré et distri- bué irrégulièrement. n va sans dire que, tant à la recette qu'à la dépense, toutes ces sommes étaient soumises à la formalité de l'inscription aux registres des contrôleurs ^ Pour les parties allouées directement à Preudomme aussi bien que pour ses assignations sur les comp- tables de recette, il n'y eut jamais de chapitre spécial dans les contrôles de la recette ; les unes et les autres furent purement et simplement insérées à leurs dates d'enregistrement dans les cha- pitres de leurs quartiers respectifs. On les reconnaît à cette par- ticularité qu'il n'y est pas fait mention des coffres du Louvre. Dans le contrôle de la dépense pour 1532, il fut procédé de même ; les parties de dépense acquittées sur ces fonds, les mandements ordonnant leur levée, eiûfin les assignations de Preudomme y furent enregistrés à leur date. L'année suivante, au contraire, le contrôleur Et. Le Blanc fit de ces parties, des mandements cor- respondants et des assignations une section à part intitulée « Deniers distribués hors le Louvre », qu'il mit à la suite des chapitres de quartiers consacrés uniquement aux deniers distri- bués conformément à l'ordonnance^. Cette disposition existe éga- lement dans le registre de 1535. Nous avons montré que ces dérogations à l'acte royal du 7 fé- vrier 1532 s'imposaient en nombre de cas. Nous serions donc mal venus à condamner en principe de telles pratiques. Toute- fois, il est impossible de ne pas constater qu'il se commit sous leur couvert de réels abus. Trop souvent, en effet, il arriva que 1. Ms. fr. 15631, fol. 19 v, 20 r, 50 r à 57 r, etc... 2. Hs. fr. 15633, fol. 54 r, 126 r, 155 r. 3. A savoir : 4,639,560 1. 7 s. 9 d. t. en 1532, 4,352,467 1. 10 s. t. en 1533, 4,864,212 1. 2 8. 6 d. t. en 1534, et 3,370,511 1. 10 s. 3 d. t. pour ce qni fut enre* gistré de l'exercice 1535 (environ les trois premiers quartiers), au total exacte- ment 17,226,752 1. 6 d. t. 4. Sauf l'exception déjà signalée des 231,136 1. 11 s. 6 d. t. de la recette de Languedoc en 1533. Ce ne fut évidemment qne le résultat d'un oubli. 5. Ms. fr. 15629, n** 561 et suiv. 44 G. JACQUETON. deg oooiiisaiis abusèrent de leur crédit pour se faire payer comp- tant par Preodcxnrney soit leurs pensions, ce qui leur permettait de les toucher plus vite et plus commodément, soit de purs dons parfois considérables, ce qui aggravait la première dérogation par une seconde non moins formelle^ Dans des termes qui repro- duisaient textuellement ceux de l'ordonnance de décembre 1523, l'ordonnance de 1532 avait prescrit que Tacquittement des dons royaux fut diflféré « jusques à la fin du dernier quartier de Tan- née, fors ce que donnerons aux ambassadeurs et estrangiers et les dons qui n'excéderont la somme de mil escuz soleil pour une fois >. Les registres de i^ecette donnent lieu à une dernière obser- vation. Dès 1533, on y voit figurer dans un chapitre spécial la moitié des deniers communs des villes dont François P' avait ordonné le prélèvement au profit des réparations des places frontières; un chapitre semblable se retrouve en 1534 et en 1535*. Or, cette moitié des deniers communs, déjà levée en 1527 et en 1528, avait été attribuée alors à la recette des Parties casuelles. Le registre de 1535 marque un progrès de plus dans l'exten- sion des pouvoirs de recette du trésorier de l'Epargne. Cette année-là, il encaissa le produit de diverses ressources jusqu'alors du domaine des Parties casuelles. Sans parler de la composition due par H. Bohier, déjà recouvrée en partie par le receveur des Parties casuelles, dont les lettres du 19 février 1535 autorisèrent l'Epargne à recevoir le solde 3, Preudomme se vit réserver les amendes prononcées par la commission sur le fait des usures ^ ; bien mieux, tandis que le soin de centraliser les deux décimes de 1533 avait été laissé à un autre que lui, sans doute au receveur des Parties casuelles, en 1535 ce fut lui qu'on chargea de recou- vrer les trois nouveaux décimes demandés au clergé^. Ces con- quêtes de l'Épargne sur les Parties casuelles sont à retenir ; c'est 1. Cf. à titre d'exemples, dans le ms. fr. 15628, les n» 164 à 167, 325 à 331, et, dans le 15629, les n** 652, 783, 852, 855, 860, 861 (pensions et dons payés à Montmorency et à Brion). 2. Mss. fr. 15630, fol. 171 r à 178 y, 15631, fol. 200 r à 209 r, et 15633, fol. 183 r» à 186 r*. 3. Cf. mss. fr. 15632, n» 2 {Cat, III, 7552), et 15633, fol. 191 r*. 4. Ms. fr. 15633, fol. 175 r à 177 V. 5. Ut supra, fol. 160 r à 170 r*. LE TRésOR DE L'^PIRGUE SOUS FRANÇOIS I*'. ii le début d'une évolution qu'on verra s'achever avant la fin du régne. En 1532, le receveur général des Parties casuelles n'était plus Pierre Dapestegny, qui semble avoir abandonné sa charge dans le courant de l'exercice précédent. A partir du 15 juin 1531*, on voit le commis à l'extraordinaire des guerres et aux pensions des Suisses, Jean Laguette, exercer l'office en atten4ant d'y être promu par provisions régulières*. Comme Babou d'ailleurs, bien que relevé de ses fonctions, Dapestegny avait conservé la recette de ses « restes », en particulier des sommes assez fortes encore recouvrables du chef des impositions frappées à l'occasion de la rançon du Roi, décimes de 1529, dons de la noblesse, contribu- tion des villes^. L'ordonnance du 7 février 1532 déclarait en termes exprès que les deniers des Parties casuelles ne seraient pas déposés dans les cofires aménagés pour l'Épargne. La recette générale des Par- ties casuelles continua donc à rester indépendante de l'Epargne, mais, bien qu'on n'ait pas les lettres royales qui furent sans doute rendues à ce sujet, on ne saurait douter que J. Laguette ait vu ses opérations de caisse aussi étroitement réglementées que celles de Preudomme.  l'instar des deniers de l'Epargne, les deniers des Parties casuelles durent être mis dans des co£fres établis aussi au Louvre; le délai imparti au receveur général pour effectuer l'apport aux cofiFres des espèces venues en ses mains n'était que de trois jours ^ De même, le conseil de surveil- 1. Arg. de l'aimolation marginale suivante : c Per compotum primum dicti Lagneite pro octodecim mensibns et qaindecim diebus finitis altima decem- bris M* qaingentesirao XXXII*. » Ms. fr. 10388, recette de Jean Doval. Cf. aussi ms. fr. 3122, fol. 118 t\ 2. En date du 10 août 1532, d'après le Cat, II, 4730. 3. Dapestegny porte dès lors le titre de général de Bourgogne, qu'il avait depuis quelques années déjà. Il s'était vu sur le point, en 1531, d'acquérir l'office de changeur du Trésor. Cf. Arch. nat, J 964, n* 29. — Sur le fait qull dut opérer la rentrée des c restes » de sa charge, cf. ms. fr. 5503, fol. 28 v*, et Arch. nat., J 960<^, fol. 16 v«, 65 v et 132 v«. Il parvint au surplus à s'en faire décharger. On trouve en 1535 un certain A. Le Roy qualifié c commis aux restes des décimes dont a eu par cy-devant la charge M* Pierre Dapeste- gny. » Ms. fr. 15633, foi. 52 r. 4. Des textes de 1533 parlent de < l'ordonnance et injunction qui a esté der- nièrement faicte audit Laguette de porter ou envoyer les deniers de sadicte recepte générale troys jours après la récepUon d'iceulx es cofifres du Louvre sous peine du double. » Arch. nat., J 960^, fol. 46 v*, et Bibl. nat., ms. fr. 25721, n* 402 {Cat., II, 5802). 46 G. JACQUETON. lance institué auprès de l'Épargne fut investi d'attributions iden- tiques à l'égard des Parties casuelles; ainsi que Preudomme, Laguette ne put encaisser et distribuer les deniers de sa charge qu'en présence des présidents et des contrôleurs, à charge pour ces derniers d'enregistrer sur leurs « contreroUes » les entrées et sorties de fonds*. Au surplus, ces prescriptions ne semblent pas avoir été res- pectées longtemps. Durant l'année 1532 et les premiers mois de 1533, on n'y découvre dans les actes conservés aucune déroga- tion. Mais, dès mars 1533, des irrégularités s'accusent. Un acte du 10 de ce mois nous apprend d'abord que le Roi a décidé de réserver chaque mois 10,000 écus sur les Parties casuelles « pour convertir en ses affaires sans les déposer aux coffres*. » Puis voici des lettres du 4 avril prescrivant de payer 15,000 1. 1. à M. de Guise, « nonobstant l'ordonnance sur les coffres du Lou- vre^; » enfin, d'autres, du 5 avril, confirmées le 7, ordonnant de remettre de même 12,000 1. t. à M*"® de Nevers^ Bref, passé avril 1533, toutes les pièces rencontrées indiquent que les forma- lités de la mise aux coffres et de la présence des présidents ont cessé d'être observées. Qu'il s'agisse de mandements ou de quit- tances, aucune en effet où soient mentionnés les coffres ni les 1. Poar démontrer la présence des présidents, on n'a que l'embarras de choi- sir des références. Citons seulement, à la Bibliothèque nationale, les quittances 1429, 1433, 1437, 1438 du ms. fr. 26124, et les mandements 387, 388, 389, 391 à 398 du ms. fr. 25721 [Cat, II, 5250, 5255, 5340, etc.). Un texte de janvier 1533 dit que a puis naguères avons ordonné que les deniers de vostreditc recette générale seront par tous portez doresnavant es cofifres pour ce establiz en nostre chastel du Louvre et les paiements faits en présence des commis- saires à ce par nous depputtez. » Arch. nat., J 960^, fol. 16 r>. D*ailleurs, ce règlement sur les Parties casuelles doit être assez postérieur à l'ordonnance sur l'Épargne, car voici un mandement du 25 juin 1532 où il n'en est aucunement question; il y est simplement ordonné à Laguette de délivrer comptant ou d*appointer par ses mandements. Arch. nat., K 84, n" 23, et CaL, II, 4671. Quant à l'enregistrement sur des c contreroUes, » on doit l'inférer a fortiori de l'ordre donné à Dapestegny d'y soumettre ses c restes ». Cf. Bibl. nat., ms. fr. 5503, fol. 28 v. 2. Arch. nat., J 960<^, fol. 35 v% et Cat^ II, 5538. L'analyse du Catalogue indique 10,000 1. t. et non pas 10,000 écus. 3. m supra, fol. 44 v et n« 5626. 4. Ut supra, fol. 45 r« et 46 v* et n" 5630 et 5645. Cf. aussi mandement du 21 avril 1533 (ms. fr. 25721, n" 399, et Cat., II, 5684), où on lit la clause déro- gatoire suivante : c Sans ce que vous soies tenu porter ne envoyer lesdits deniers es coffres de nostre chastel du Louvre ne illec les distribuer en ensui- Yant les ordonnances sur ce par nous naguères faictes. » LE TRfeOR DE l'JPABGIIB SOUS FRANÇOIS I*'. 17 présidents, ce qui avait été constant jusqu'alors ; désormais, les lettres royales ordonnent purement et simplement à Laguette de payer telle ou telle somme à tel ou tel assigné des deniers de sa recette, et les quittances des parties prenantes portent seulement que telle ou telle somme a été reçue de cet officier. Ainsi, une année à peine suffit pour que les règlements impo- sés aux Parties casuelles devinssent lettre morte. Cette constata- tion est d'ailleurs la seule qu'on puisse dégager dans l'état actuel des documents ; comptes et contrôles manquant également, toute analyse des opérations de Laguette est impossible. Les coffres de l'Épargne et ceux des Parties casuelles n'étaient pas les seuls qui eussent été aménagés au Louvre.  peine liqui- dées les charges de la guerre dose par le traité de Cambrai, François I^ avait entrepris de constituer une caisse de réserve afin de parer aux dépenses d'hostilités futures. Cette caisse avait son siège dans la même tour que l'Épargne et les Parties casuelles ; elle était placée sous la surveillance des mêmes commissaires, les présidents et les contrôleurs. Pour renfermer les fonds réservés, un premier puis un second coffre furent disposés dans une des salles de la tour. Ces meubles, de dimensions moyennes, étaient fermés chacun de quatre ser- rures différentes, dont les clefs furent confiées, l'une au roi, une seconde au chancelier, une troisième au grand maître Montmo- rency, la quatrième enfin à l'amiral Brion. Affectés exclusive- ment au dépôt des espèces, ils étaient sans doute en façon de tirelire ; un < perthuis grillé de fer au dessus dudit coffre » per- mettait d'v introduire les écus d'or sans en faire ouverture*.  côté d'eux, la salle du trésor contenait d'autres meubles, vrai- semblablement d'une construction plus simple, destinés à rece- voir la vaisselle plate et les divers objets de métal précieux con- signés aux réserves royales. Les deux décimes de 1533* fournirent la première mise. Dans un des coffres à quatre serrures fut versée l'intégraUté de leur produit; en mars 1535, cela faisait déjà 600,000 1. t. sur les 1. Le texte qui révèle cette disposition est postérieur à la période qui nous occupe présentement. Voy. ci-dessous, p. 28. Mais tout porte à croire que les coffres de 1540 ne sont antres que ceux de 1535 utilisés de nouTean. 2. Sur ces décimes, cf. Bibl. nat., ms. fr. 25721, n«> 401, 407, et Cat, II, 5801 et 6079. Rbv. Histor. LVI. i« PA8C. 2 4$ 6. JACQUETO!!. 700,000 auxquelles on les évaluait au totale A cette date, les symptômes de guerre devenaiit inquiétants^ François I^ prit le parti d'accumuler au Louvre le plus d'argent possible. Un état du 14 mars 1535 énumère les ressources dont il faisait compte et qui étaient : 1° les deux décimes de 1533, soit 700,000 1. t.; 2° les restes des quatre décimes de 1529, environ 160,000 1. t.; 3* trois nouveaux décimes à lever en 1535, soit 1,050,000 1. t.; 4^ les amendes et compositions des gens de finances, qu'on esti- mait valoir 1,700,000 1. 1.*; 5® les restes de l'octroi accordé par la noblesse pour la rançon, soit 50,000 1. 1. ; 6® la dot de la duchesse d'Orléans (Catherine de Médicis), qui était de 292,500 1. t.; 7® le prix du rachat de Montbéliard par le duc de Wurtembei^, 50,000 écus soleil ou 112,500 1. t.; 8^ ce qui était dû par les gens du Périgord, 50,000 1. t.; 9* le produit de ventes extraor- dinaires de bois, 500,000 1. t.; 10** une imposition à lever sur les roturiers tenant des fiefs nobles en Bretagne, 200,000 1. t.; 11® ce qui était dû sur le revenu de feu Madame, 100,000 1. 1.^. Tous ces articles constituaient des prévisions de recettes pour près de 5 millions de livres, exactement 4,915,000 1. t. Pour grossir encore ses réserves de près d'un sixième million, le roi, par lettres du 16 mars 1535, prescrivit à Preudomme de préle- ver sur les recettes de chaque quartier de l'exercice 1535, « après ce que à chacun desdits quartiers nostre maison et celles de... la royne et de noz... enffans et les archers de nostre garde seront payez de leurs assignacions », une somme de 100,000 écus soleil équivalant à 225,000 1. t., et de la déposer dans les cofires à quatre serrures^. Ce ne fut pas tout. Au décès de Duprat (9 juillet 1535), ses héritiers reçurent la visite du président Poyet, qui les avisa que 1. Cf. infra l'état du 14 mars 1535. 2. Un état précédent, du 23 août 1533, les avait évalués c près de n millions de francz, » sans compter c les debtes de Sambiançay, » estimées 500,000 1. t. Arch. nat., J 960«, fol. 132 V à 134 ro. 3. BibL nat., ms. fir. 3000, fol. 16 r*. 4. Un prélèyement d'un million « sur l'ordinaire des finances » de 1535 est préTU à l'état du 14 mars. Quant aux lettres du 16, elles figurent en copie au début du contrôle de la dépense pour 1535 (ms. fr. 15632, fol. 2 r> et 4 v) et sont adressées aux présidents, au trésorier de l'Épargne ou son commis et généralement aux autres commissaires du Louvre. Il faut noter que les quatre prélèvements de 225,000 L t. ne devaient donner que 900,000 1. t. et non un million. LE TRÈOR DE L^éPAUGNE SOUS FRANÇOIS I*'. 49 Sa Majesté désirait leur emprunter 100,000 écus soleil qui seraient remboursés en neuf annuités de 25,000 1. 1. Bientôt, sur un rap- port de Poyet, le Roi demanda 300,000 1. 1., sauf pour les héri- tiers Duprat à s*aider de la vaisselle du défunt à défaut d'argent comptant. En fin de compte, il fut transigé à 280,000 1. 1., dont 33,383 1. 4 s. 3 d. t. en vaisselle et le reste en écus soleil. On porta le tout au Louvre, où les espèces furent versées dans un des coffres-tirelires et la vaisselle déposée dans un autre meuble ^ De la sorte, si les recettes prévues à l'état du 14 mars eussent été réalisées, augmentées comme elles le furent du prêt Duprat, elles eussent assuré la constitution en 1535 d'un gros fonds de réserve de 6 millions de livres au moins. Mais les résultats réellement obtenus furent loin d'être aussi brillants. Le contrôle de la dépense de l'Epargne pour i 535 constate, à la date du 19 mai, un premier versement de 225,000 1. 1. en 100,000 écus soleil tirés du coffre de l'Épargne des deniers du premier quar- tier, qui, < après avoir été poisez au marc ont ce jourdhuy, en la présence des seigneurs de Humyères, chevalier de l'ordre du Roy nostredit sire, et Nicolas deNeufville, seigneur de Villeroy, aussi chevalier, conseiller dudit sire et secrétaire de ses finances, et en la nostre (de Nicolas, Briçonnet, Viole et Michon)*, esté mis par ledit Preudomme en ung moien coffre fermé à quatre clefz, aussi estant audit Louvre, ouquel sont les deniers des derrenières décimes et dont le Roy nostredit sire a devers luy Tune desdictes clefz, et les trois autres es mains de messeigneurs les cardinal de Sens, légat et chancellier, et les seigneurs de Montmorency, grand maître, et de Bryon, admirai de France ». Le 15 no- vembre, un second versement d'autant d'espèces des deniers du second quartier fut opéré dans les mêmes formes^. Ajoutons que le registre ne parle pas autrement du trésor de réserve. 1. Sur cette affaire, dont le règlement définitif ne fat apuré que neuf ans pins Urd, cf. Bibl. nat., ms. Dnpaj 466, fol. 9 à 17, etfr. 4658, n** 36 et 38; Arch. nat., P 2306, p. 963 à 972, et P 2307, p. 397 à 405 ; Cat., ID, 7996, et IV, 11977 et 13690. 2. Go Toit qu'outre l'assistance des présidents et contrôleurs, les yersements aux coffres de résenre exigeaient la présence de deux autres témoins de qua- lité, Hnmières et NeuYiUe. Voy. infra, p. 26. 3. Ces Tersements sont constatés dans des certifications signées par les pré- sidents et contrôleurs, ils avaleot été respectivement ordonnés par lettres royales des 12 mai et 11 octobre. Cf. ms. fr. 15632, n** 267, 280, 477, et Cat, in, 7830 et 8163. 29 c. iiCQcnox. Quant au contrôle de la recette, il est mn^, non «enlement sur ces j»^lè!¥eoientâ, mais encore sur tonte opération rdatire anx cc^Gres à quatre delis. Non qu'il n'y soit question cependant de certaines des recettes escomptées à Tétat du 14 mars : du folio 160 recto au folio 170 recto sont inscrits des encaisse- ments à valoir sur les décimes de 1535; au folio 191 recto, on rdéye une partie de 21,000 1. 1. proyenant d'une composition de 120,000 1. t. accordée à un condamné de la Tour carrée, le séné- chal de Ljon Henri Bohier, et au folio 52 recto une autre de 4,000 1. 1. fonmies par le < conmiis aux restes » des décimes de 1529. Mais rien de tout cela n*alla grossir le fonds de réserve; décimes et composition, confondus avec les produits des recettes générales, furent mis à la caisse commune du « trésor et Es- pargne » du Roi. Quel était donc, au 31 décembre 1535, le montant des réserves du Louvre? En additionnant les 600,000 I. t. des décimes de 1533 avec les 450,000 1. t. prélevées sur « l'ordinaire » de 1535 et les 250,000 1. t. environ extorquées aux Duprat, on obtient un total de 1,300,000 1. 1. D'autre part, il avait été payé à coup sûr plus de 100,000 1. t. et peut-être 200,000 sur la dot de la duchesse d'Orléans ^ Enfin, du chef de quelqu'un des autres articles énumérés à l'état du 14 mars, des rentrées au profit du trésor de guerre avaient certainement eu lieu. Aussi, manquât-on d'éléments d'information plus précis, on devrait porter à plus d'un million et demi le contenu des co&es. On verra ci-dessous que, décompte fait de la vaisselle, celui-ci s'élevait exactement à 1,659,812 1. 6 s. 1 d. t. C'était peu à côté des 6 millions sur lesquels on avait tablé ; c'était encore fort beau comme entrée de jeu pour la guerre qu'on allait entreprendre. Les coffres à quatre serrures ne furent sans doute pas étrangers aux succès de la campagne de 1536. IV. En 1536, François P' eut à faire firent à l'ennemi sur toutes 1. Cinquante mille écus, soit 112,500 L t, ayaient été versés par le pape en décembre 1533 (ms. fr. 15629, n« 654, et Cat, II, 6623), et 90,000 1. t. furent reçaes pour solde par Preudomme le 16 féyrier 1536 (Arch. nat., P 2306, p. 291 à 293). Les 90,000 1. 1, faisant la différence entre 112,500 + 90,000, et le chiffire de la dot (292,500 1. t.) avaient vraisemblablement été payés avant le 31 dé- cembre 1535. LB TRfeOR DE L^^PARGNE SOUS FRANÇOIS I^'. 2i les frontières. Au sud, il dut fortifier Bayonne et Narbonne ; au nord, couvrir la ligne de la Somme; à Test, occuper et défendre les états du duc de Savoie ; en Provence enfin repousser Tinva- sion qu'y tenta Charles-Quint. Ses dépenses furent énormes; joints à ceux de l'artillerie, les £rais extraordinaires des guerres dépassèrent 4 millions et demi^ La campagne suivante, signa- lée au nord par une double campagne en Artois et au sud par la perte du Piémont, bientôt suivie de sa réoccupation, fut plus onéreuse encore ; 5 millions et demi au moins furent absor- bés par les extraordinaires'. Puis, bien qu'à la suite des trêves de Bonny et de Monçon les hostilités eussent pris fin sur la Somme et sur les Alpes, l'année 1538, pendant laquelle le Roi ne cessa pas ses armements, eut aussi un budget très chargé ; les extraordinaires exigèrent plus de 2 millions'. Ainsi, durant ces trois exercices, le trésor supporta une dépense extraordinaire de 12 à 13 miUions. Ce n'est pas le lieu de rechercher quels furent les expédients fiscaux auxquels on recourut alors; quels qu'ils aient été, ils n'empêchèrent pas le système créé par l'ordonnance du 7 février 1532 d'être profondément troublé dans son fonctionnement. Dès l'ouverture des hostilités, le Roi et la cour se rapprochèrent de la frontière menacée du sud-est. Naturellement, Preudomme les suivit. De concert avec le commis à l'extraordinaire des guerres, Martin de Troyes, il semble avoir eu pendant toute la campagne la charge de pourvoir, sous la haute direction du chancelier Dubourg et du Conseil siégeant à Lyon^, aux dépenses de l'armée de Piémont et du camp d'Avignon. La première source à laquelle il dut puiser fut le trésor du Louvre. On lui fit d'abord encaisser directement des fonds attri- bués l'année précédente aux cofires-tirelires. Le 16 février, il reçut 90,000 1. 1., formant le « parfait » de la dot de la duchesse d'Orléans; en échange, il délivra une quittance que Dubourg prit soin de faire tenir à la Chambre pour servir lors de la red- dition des comptes de l' Épargne '^. Bientôt on entama les réserves 1. Exactemenl 4,339,800 1. t. pour l'extraordinaire des guerres et 213,200 pour celui de l'artillerie. Ms. fr. 4523, fol. 50 et 51. 2. 5,274,600 1. t. pour celui des guerres seul. Ms. cité, ut supra. 3. 2,113,600 1. t. pour celui des guerres. Vt supra. 4. Cf., sur les pouvoirs du Conseil, Bibl. nat., ms. Dupuy 466, fol. 5, et Décrue, De privato consilio Francisci prinU, p. 89. 5. Arch. nat., P 2306, p. 291 à 293. 22 6. liCOCETOS. entassées dans les ooffires. Un mandement rqjal dn 1* flan enjoignit aux commissaires dn LooTre, présidents et contrôleurs, de (oomir 500,000 1. 1. an trésorier. En conséquence, (m rédama les quatre defe à ceux qui les détenaient pour les confier à on commis de Preudomme, le maître des comptes Th. Rappoud, qui se rendit à Paris et les r^nit, le 7 mars, aux commissaires, Ceux-d ouvrirent aussitôt un des coffires et en tirèrent les espèces nécessaires, qu'ils ddivrèrent à Rappoud contre une quittance de son maître dont il était porteur. On enregistra cette pièce au con- trôle de la recette de l'Épargne et on en opéra le dépôt à la Chambre des comptes ; en outre, une expédition authentique déli- vrée par la compagnie fut mise dans le coffre où avaient èbè prises les 500,000 1. 1. Rappoud repartit ensuite pour Lyon avec l'argent qu'il versa entre les mains du trésorier et les quatre de& qu'U rapporta au Roi^ Deux mois et demi plus tard, un second appd, qui devait être le dernier, fut fait aux cofires-tirelires. Par des lettres en date du 16 mai, François P** adressa aux commissaires la réquisition suivante : « Nous vous mandons et expressément enjoignons qu'assistant avec vous nostredit conseiller M* Thomas Rapoud, porteur desdites défis, et l'ouverture par luy faite en vostre pré- sence de nosdits coffires, vous en ferez entièrement tirer tout ce qui est de présent, en quelque espèce et à qudque sonune que le tout se puisse monter, outre les cinq cens mil livres tournois naguères de nostre ordonnance tirez desdits coffires, et lesdits deniers qu'ainsy seront par vous tirez desdits coffires délivrez à nostre amé et féal conseiller et trésorier de nostre Epargne M® Guillaume Prudhomme ou à son commis porteur de sa quit- tance le rendant de ce comptable envers nous*. » Effectivement, Rappouel étant allé de nouveau à Paris avec les quatre défis, les présidents assistés des contrôleurs lui laissèrent ouvrir les coffires, où furent trouvés 1,159,812 1. 6 s. 1 d. t., qu'ils lui livrèrent du 26 au 31 mai ; ils reçurent en retour une quittance signée de Preudomme et datée du 31 mai, qui fut l'objet des mêmes forma- lités que la précédente ^. 1. Quittance da 7 mars, à rapprocher des lettres citées ci-dessous da 16 mai saivant Arch. nat.^ P 2306, p. 295 à 297. 2. Boisiisle, Pièces justificatives..., n* 63, d'après Arch. nat., P 2306, p. 303 à 305 {Cal., III, 8447). 3. Arch. nat., ut supra, p. 306 à 309. LE TRESOR DE l'^PIIGNE SOUS FRANÇOIS I^'. 23 Restait encore la vaisselle de Duprat, à laquelle avait été jointe ultérieurement celle de Ph. Babou^ On en fit argent sans tarder. Sur Tordre du roi apporté par des lettres du 25 août, tout fut jeté en fonte vers le milieu de septembre ; les espèces en provenant, exactement 40,255 1. 12 s. 8 d. t., furent aussitôt envoyées au commis à l'extraordinaire des guerres '. On sait que l'absence de Preudomme n'était pas un obstacle au fonctionnement normal de l'Épargne. A son séjour à Lyon on ne saurait donc attribuer les irr^ularités qu'on y peut constater en 1536, dont le couronnement fut après quelques mois la désor- ganisation des services installés au Louvre. Ce qui entrava presque dès le début de la guerre la marche de ces services et ce qui l'arrêta bientôt complètement, ce fut l'excédent constant et considérable des dépenses à solder sur les recettes effectuées. Afin de pourvoir au plus vite à des nécessités pressantes et tou- jours renouvelées, après avoir tiré de l'Épargne, à peine entrées dans les cofires, toutes les sommes qui y venaient', on imagina d'envoyer ordres sur ordres aux agents de recette, commis aux recettes générales ou autres, pour qu'ils fissent tenir directement tous les deniers disponibles au trésorier de l'Épargne ou au com- mis à l'extraordinaire^. C'était tarir dans sa source l'alimenta- tion des coffres de l'Épargne, qui cessèrent en peu de temps de recevoir quoi que ce fût. A partir des premiers mois de 1537, l'ordonnance du 7 février 1532 doit être considérée comme taci- tement abrogée dans ses dispositions relatives aux présidents et aux caisses du Louvre ; passé février, on ne rencontre plus de documents financiers où il en soit question ^. Bien mieux, nous 1. Cf. Arch. nàt, ut supra, p. 453 à 457. 2. Arch. nat., ut iupra, p. 443 à 462, et Cat, III, 8617. La quittance de M. de Troyes est du 24 septembre. On peut consalter les lettres du 6 septembre adressées au Roi, au chancelier et au Conseil par les présidents et con- trôleurs, Arch. nat., J 967, n" 15<, 15» et 15*. 3. Sur la détresse qui régnait au Louvre, cf. la lettre écrite le 22 septembre au Conseil par les commissaires, Arch. nat., J 967, n* 15*. 4. Cf. en particulier la liasse des lettres de Moraines et Hellln au chancelier, Arch. nat, J 966, 21. Dans ce carton J 966 et dans le suivant J 967 sont con- servées nombre d'autres lettres et pièces diverses intéressantes pour l'histoire des finances en 1536-1538. 5. On peut citer comme dernières pièces où figure la formule mentionnant rintervention des présidents trois mandements des 16 janvier, 11 et 18 février 1537, tous trois relatifs d'ailleurs à des deniers de l'exercice 1536 (ms. fr. 25721, n** 466, 468, 469, et Cat., III, 8745, 8795, 8802). Notons toutefois des lettres du 24 6. lAGQUETOlC. savons qu'au cours de cette année 1537 le contrôle général cessa d'être exercé par ses titulaires ; les deux charges de contrôleurs furent successivement supprimées, celle de la dépense après le premier quartier et celle de la recette après le second ^ Ainsi, dès la seconde année de la guerre, le trésorier de l'Epargne se trouva afiranchi non seulement de la commission placée auprès de lui en 1532, mais aussi du contrôle institué en 1527. Il rede- vint ce qu'il avait été de 1524 à 1526 ; ses faits de gestion et ses opérations de caisse, enregistrés par lui seul et sous sa responsa- bilité exclusive, échappèrent à toute autre surveillance que celle du Conseil royal ; sauf exceptions, que les nécessités militaires rendirent certainement nombreuses, il encaissa et distribua direc- tement les deniers de l'Epargne « à l'entour de la personne du Roy >. En même temps, Preudomme avait vu ses attributions s'étendre aux dépens de son collègue des Parties casuelles. A dater de l'ouverture des hostilités, il avait été autorisé, on peut le croire, à mettre en recouvrement pour son compte la plupart et les plus productifs des chefs de recettes affectés en 1532 à la charge de Jean Laguette, décimes, amendes de la Tour carrée, etc.'. En somme, il semble qu'on ne laissa pendant la guerre aux Parties casuelles que les fonds provenant des ventes et des compositions d'offices^. 6 jaillet 1537 (Cat.y III, 9179) adjoignant le président des Comptes J. Lhnillier, déjà désigné comme suppléant le 4 mai 1533, à Nicolaï, Briçonnet et Viole poar vérifier les deniers des cofifres et en garder les clefs. Mais cette tentative de réorganisation de la commission n'eut certainement pas de suite. Citons enfin une lettre missive de P. Michon, du 10 avril [1536] ou [1537], relative au c contreroUe de l'Espargne >. Arch. nat., J 967, n" 7^^. 1. Ms. nouv. acq. fr. 895, fol. 11 v* et 12 r*. Les registres de contrôle con- tinuèrent cependant à être tenus au moins pendant quelques mois, sans doute par Preudomme lui-même ou ses commis. Cf. quittance du 26 février 1538 aux Pièces originales, dossier Preudomme, n** 32. A moins qu*on ne soit en pré- sence d'une quittance signée en blanc par le trésorier bien antérieurement à sa date et libellée avec la formule alors en usage. On remarquera en effet que le feuillet du c contrerolle 0, pour l'indication duquel un blanc avait été laissé, y est resté non exprimé. 2. Cf., pour les décimes, ms. fr. 25721, n" 492, 493, 496, 499, el CaU, 111, 9408, 9421, 9770, 9914; Arch. nat., J 967, n- 128, etc.; et pour les amendes de la Tour carrée, ms. précité, 450, et CaL, III, 8397, etc... 3. J. Laguette fut chargé en 1536-37, de concert avec d'autres commissaires, de veiller au ravitaillement des places du Piémont. Cf. Arch. nat., J 966, liasse 26. Il était d'ailleurs suppléé dans sa charge par un certain J. Bernard, LE TRESOR DE L^iPABGIfE SOUS FRANÇOIS I^'. 25 Les trêves conclues en 1537 et en 1538 avec Tempereur furent suivies pour la France de plusieurs années de paix ; mais on ne les mit pas à profit pour rétablir le régime de 1532. Qu'ils se rapportent à l'Epargne ou aux Parties casuelles, les actes de cette période ne présentent pas les moindres traces de l'ingérence des présidents ou de celle des contrôleurs. De ces personnages, il n'est parlé nulle part ailleurs que dans les 'clauses finales des mandements portant précisément que le Roi entend déroger < à l'ordonnance par laquelle par aucun temps nous avons voullu tous noz deniers estre portez en noz coffres du Louvre et là dis- tribuez en présence des présidens, commissaires et controlleurs à ce ordonnez* ». Il y a plus. Passé 1539, toute mention des pré- sidents et contrôleurs disparaît des clauses dérogatoires mêmes ;* celles-ci disent simplement < nonobstant l'ordonnance par nous faicte sur Térection de noz coffres du Louvre et distribution de noz finances », ou encore « nonobstant quelconques ordon- nances, restrinctions et mandements à ce contraires' ». Voici donc comment fonctionnaient désormais l'Épargne et la recette des Parties casuelles. On relève, dans un mandement du 8 février 1541, ordonnant un versement à un fonds de réserve dont il sera question ci-des- sous, la clause dérogatoire suivante : « Nonobstant les édits et ordonnances contenant que tous les deniers de nosdictes finances seroient apportez la part où nous serions ^. » D'où il faut conclure que des actes royaux avaient été rendus abrogeant l'ordonnance de 1532 et disposant qu'à l'avenir le siège de l'Épargne se dépla- cerait avec le Roi. Ces actes étaient les lettres expédiées le 26 dé- cembre 1538 sur l'administration des recettes générales. Les unes, d'une portée réglementaire et que le recueil du manuscrit français 5503 qualifie ^ édict et ordonnance », portaient que les commis aux recettes enverraient ou apporteraient « tous les deniers... ainsi, à mesure et es mesmes espèces qu'ilz les rece- vront au trésorier de nostredicte Espargne lez nous ». Les autres. maître de la Chambre aux deniers, qu'on tronye a commis à l'exercice de la recette générale des Parties casuelles >. Cf. ms. fr. 25721, n*' 431 et 524 {Cat., III, 7719 et 10724), et Arch. nal., J 961", n- 4, 38 et 45. 1. Cette formule est celle d'un acte du 19 juin 1539, ms. fr. 25722, n* 536, et CaLf IV, 11063. On pourrait citer vingt exemples analogues. 2. Voy., dans le ms. 25722, passim, les mandements de 1540 à 1542. 3. Ms. fr. 25722, n- 627, et Cat, IV, 11828. 26 G. JACQUETON. commissions de rédaction identique nominativement adressées à chacun des personnages chargés de gérer les recettes, se réfé- raient anx précédentes et enjoignaient respectivement à ces per- sonnages de faire tenir les deniers recouvrés dans leurs circons- criptions au « trésorier de nostre Espargne estant lez nous » ; à la fin était insérée cette clause dérogatoire formelle : « Nonobs- tant Tordonnance par nous cy-devant faicte contenant que tous noz deniers feussent apportez en noz coffres ou chastel du Louvre à Paris et là distribuez en présence des présidens, commissaires et contrerolleurs à ce ordonnez, à laquelle ordonnance, jà dis- continuée et interrompue en l'année présente, nous, pour cer- taines et bonnes causes à ce nous mouvans, mesmement pour nous rellever et descharger des fraiz et despences qui s*en ensui- voient, avons dérogé et dérogeons par cesdictes présentes*. » Les titulaires des commissions de 1538 ne s'occupaient pas seulement de « noz deniers des dommaines, gabelles, aides, équi- vallent, tailles et aultres noz finances », tous chefs de recette englobés sous le terme « Tordinaire de nosdictes finances », ils avaient encore à faire rentrer « Toctroy caritatif de l'Eglise et l'aide des gens de pied à nous octroie par les villes de nostre royaulme ». Il s'ensuit que le trésorier de l'Épargne devait cen- traliser, avec « l'ordinaire » qui lui avait été attribué en 1532, les fonds provenant des décimes et de la contribution des villes. Les conquêtes de son service sur celui des Parties casuelles, ainsi sanctionnées par ^ édict et ordonnance », devenaient définitives. En droit, Preudomme aurait dû encaisser, puis distribuer comptant tous les deniers des recettes générales, mais pratique- ment cela ne se passait pas toujours de la sorte. S'il existe nombre de mandements royaux ordonnant à l'Epargne des paiements comptant, il en existe au moins autant qui laissent au trésorier la faculté d'acquitter comptant l'assignation ou d'en appointer le porteur par ses mandements sur les recettes générales ; plusieurs même ne lui donnent pas le choix et lui enjoignent impérative- ment de recourir à l'appointement*. Un court mémoire sur l'Epargne, sans signature ni date, mais 1. Bibl. nat.. mss. fr. 5503, fol. 133 V à 137 r, 25721, n» 520, et Cat., III, 10583 et 10585. 2. Cf., mss. fr. 25721 et 25722) passim, les mandements des années 1538 et suivantes {Cat., III et IV). LE TRfeOR DE L^iPABGNE SOUS FRANÇOIS I*'. 27 apparemment des premiers mois de 1541 , est à signaler ici^ Son auteur inconnu fait observer qu'en « payant toutes sortes de par- ties de despence indifféremment sur les deniers qui sont comptans oudict Espargne, de quelque temps qu'ilz provyennent, peult advenir confusion » . Un moyen d'éviter cet inconvénient serait « que les deniers de l'année présente soient convertiz et employez au paiement des charges ordinaires d'icelle année... et par sem- blable que les deniers provenans des restes et plusvalleurs des finances ordinaires et autres deniers qui restent à recouvrer des années passées soient employez au paiement des charges ordi- naires restans à acquicter et autres despences faictes et ordonnées durant icelles années ». Chacune de ces deux catégories de recettes et de dépenses serait l'objet, < après chacun quartier escheu >, d'états distincts dressés par le trésorier; et, outre ces états de quartier, celui-ci fournirait, sans doute au Conseil, « cha- cune semaine un petit estât ou mémoire abrégé des deniers » encaissés et déboursés au cours de la semaine. Avant la date attribuée à ce document, l'Epargne avait changé une seconde fois de titulaire. Au général de Normandie, qui se sentait « vieil et maladif' >, avait succédé sur sa demande à l'ouverture de l'exercice 1540 son gendre Jean Duval, qui l'as- sistait depuis 1537 au moins dans l'accomplissement des devoirs de sa charge'. Quant à la recette générale des Parties casuelles, elle regagna pendant la paix une partie de l'importance qu'elle avait perdue tant qu'avait duré la guerre. A la vérité, les décimes furent pour 1. Ms. fr. 3005, fol. 113. — On doit DOter dans cette période des lettres da 29 mars 1537 sur les dons ou rabais d'impôts et sar les gages, pensions, aumônes, etc..., à payer comptant. Nous y renvoyons. Cf. Arcb. nat., P 2306, p. 569 et suiy. {Cat., III, 8856). 2. Expressions des lettres précitées du 30 avril 1545, supra. Il était mort avant le 28 février 1543. Cf. ms. fr. 25722, n- 780, et Cat., IV, 12894. 3. Cf. ms. Clairambault 1215, fol. 78, pour l'entrée en fonctions de Duval, qui avait été pourvu de l'office de son beau-père par lettres royales du 11 juil- let 1539, et les pièces ci-dessus indiquées des Arch. nat. (J 966, 967, etc..) pour son rôle auparavant. Jean Duval était greffier des états de Normandie ; cf. Pièces originales, dossier Duval (64754), p. 60. Il ne faut pas le confondre avec un autre Jean Duval, titulaire du change du Trésor et de l'office de rece- veur et payeur des gages des officiers du parlement de Paris. Cf. Pièces ori^ ginaleSf dans le dossier Duval (64755), les signatures des pièces 5 et 6, à rap- procher des signatures du trésorier de l'Épargne. — Preudomme avait un fils, Louis, qui, à sa mort, lui succéda comme général de Normandie. — Jean Duval devait mourir à peu près à la même date que François I*, dans les premiers mois de 1547. Cf. mss. fr. 5127, fol. 44 f, 47 r*, 92 r% et 5128, p. 223. 2S 6. JICQUBTOX. toujours rattachés à l'Épargne, et la contribution des villes ne fut pas attribuée à la caisse de Laguette, mais le recouvrement des amendes encourues par les financiers fut rendu à cet officier^, ainsi que la charge de recueillir les sommes demandées par le Roi à ses sujets à titre de prêts temporaires'. Naturellement, la réglementation de 1532, déjà tombée en désuétude avant 1536, n'avait pas été rétablie. Comme l'Épai^e, la recette des Parties casuelles était ambulatoire, et son titulaire encaissait et distri- buait comptant, sous réserve de la faculté d'appointement qui ne lui était pas plus déniée qu'à ses collées de l'Épargne, les deniers afférents à son service. On était encore loin de l'équilibre financier, que François !•* voulut reconstituer un fonds de réserve semblable à celui de 1535. D'états arrêtés le 23 janvier 1540, il ressort que les charges à solder de l'exercice 1539 dépassaient 2 millions de livres, exac- tement 2,098,697 1. 18 s. 9 d. t., alors que les « restes » de ce même exercice, déduits ceux de la recette de Normandie, mon- taient seulement à 564,984 1. 18 s. 3 d. t.K C'était un déficit avéré de plus d'un million et demi. Cela n'empêcha pas le Roi d'enjoindre, quatre jours plus tard^, à Duvalde mettre à part les deniers de la recette de Normandie pour les déposer dans les coffres-tirelires du Louvre*^. Il devait effectuer le dépôt en pré- sence du secrétaire des finances N. de Neuville et de son beau- père Preudomme, qui lui en délivreraient une « certification » signée de leurs mains ^. 1. Cf. ms. fr. 25722, n» 539. 2. Ainsi, les prêts demandés en 1538 aux gens d'Église, après avoir été d'abord recouvrés par l'extraordinaire des guerres, furent ensuite attribués à Lagnette. Cf. Arch. nat., K 87, n« 26, et ms. fr. 25722, n** 707 et 708 {Cat., IV, 12194 et 12195). Sur les prêts demandés aux particuliers, cf. ms. fr. 25722, n** 756 à 760, et CaUy IV, 12616, 12629, 12630, 12648. 3. Mss. fr. 20505, fol. 154, et 3127, fol. 125. 4. Les lettres du 27 janyier par lesquelles fut ordonné le prélèyement des deniers de Normandie ne sont connues que par des mentions contenues aux pièces citées ci-dessous. La décision était déjà prise au 23, car, dans un des états de cette date, on lit : c Normandie, pour ce que les deniers d'icelle charge se mectent ou coffre du trésor du Roy, cy : néant. > 5. On se rappelle qu'en 1535^ malgré l'assistance des présidents et contrô- leurs, deux témoins, Uumières et Neuville, avaient dû aussi se trouver pré- sents à l'introduction des espèces. — Des quatre clefs, nous savons que deux furent d'abord confiées à Montmorency, puis lui furent reUrées dans les pre> miers mois de 1542. Cf. Décrue, I, 404. 6. Cf. certification du 8 juillet 1540 dans ms. fr. 26127, n« 2024, à rapprocher du mandement du 8 février 1541, dans ms. fr. 25722, n* 627, et Cat., IV, LE TRÉSOR DE L*ÉPAEGlfB SOUS FRANÇOIS l*^ 29 Ces ordres furent exécutés. A deux reprises, les 17 mars et 8 juillet 1540, Duval, assisté de Neuville et de Preudomme, intro- duisit dans un des coffres, après les avoir comptés et pesés, des écus d'or provenant des deniers de Normandie ; le premier verse- ment fut de 304,998 1. 15 s. t. en 135,555 écus, le second de 112,500 1. 1. en 50,000 écus*. Outre ces 417,498 1. 15 s. t. ou 185,555 écus, le coffre reçut encore, sans doute des deniers de Normandie d'un des quartiers de 1540*, 225,0001. t. ou 100,000 écus, car on sait qu'il contenait, au 5 avril 1541 , 642,498 1.15 s. t. D'après un état dressé à cette date, sur un ensemble de recettes prévues de 4,619,287 1. 1. à recouvrer en 1541, 920,758 1. 9 s. 7 d. t. avaient déjà été dépensées. Restaient donc disponibles 3,688,528 1. 12s. 5d. t., en regard desquelles on trouvait, pour les charges ordinaires de l'année, 3,736,083 1. 2 s. 6 d. t., d'où ressortait une insuffisance de recettes de 47,554 1. 10 s. 1 d. t. On pouvait d'ailleurs compter que ce déficit serait notablement aggravé par les dépenses imprévues à survenir durant l'exercice. Sans s'arrêter à des considérations de ce genre, François P", craignant apparemment que la guerre n'éclatât bientôt et dési- reux de porter dans le plus bref délai sa réserve au chiffre rond de 3 millions, ordonna de prendre sur les ressources de 1541 la somme nécessaire, soit 2,357,501 1. 5 s. t. Dès lors, on n'avait plus que 1,341,037 1. 5 s. 5 d. t. pour faire face à des charges que les crédits ouverts en cours d'exercices porteraient certaine- ment à plus de 4 millions. Aucune pièce ne subsiste qui prouve que ces prescriptions aient été exécutées et que les réserves aient atteint, en 1541, 3 millions de livres. Ajoutons seulement que le décime exigé cette année du clergé par lettres du 31 juillet, et aussi les deux autres décimes demandés par de nouvelles lettres du 19 novembre pour 11828. C'est dans la certification qu'il est question da a perthais griUé de fer estant an-dessas dudit coffre > signalé plus haut. 1. Ce n'est pas que tous les deniers de Normandie eussent été scrnpuleuse- ment réservés. Ils avaient été rais à contribuUon pour solder l'achat comptant d'un c grand diamant en table encliassé en ung anneau d'or », vendu 62,000 écus ou 139,500 1. t. par un marchand d'Anvers. Cf. Arch. nat., K 87, n' 16. Il est frai que cette acquisition pouvait être considérée comme une constitution de réserve sous une forme moins encombrante qu'un amas d'espèces. 2. Ms. fr. 3005, fol. 111. Il ne semble pas qu'on ait fait compte dans cette pièce des deniers de Normandie. En tout état de cause, en effet, leur affecta- tion au fonds de réserve persistait. €. iictciraf. la lîqiijdatkm des emprunts de 1538, dnmt « estre aportez Dostre Etpargne et wii en réserre oa eoofie de nostre trê sans etk prandre ne toodier aucun denier, sinon à Tiirgent beat qui pourra adrenir pour la defiwise de nostre rojanlnie* ». Pendant les hirers 1542-1543 ei 1543-1544, on mit la der- nière main à la réforme des recettes générales entamée dix ans aapararant; deox grandes ordonnances forent promolgnées à cet efiet en décembre 1542 et en janyier 1544 *. Des dispoâtions applicables à l'Épargne et anx Parties casoelles, les dernières auxquelles s'arrêta François I*, sont à relever dans ces actes; elles ne font goère que sanctionner les pratiques en usage depuis 1537. Ainsi, la pratique des assignations par mand«nents portant quittance fot réglementairement autorisée concurranment arec celle des paiements comptant, mais pour être assujettie à de sévères conditions de forme. D'abord, au trésorier de TEpai^ne seul, et non à tout officier de recette, fot conféré le pouvoir d'émettre des mandements ; puis, sur les receveurs généraux seuls, et non sur les receveurs particuliers, ces mandements durent être tirés, et par eux seuls ils durent être acquittés'. Par là, les paie- ments, bien que n'étant pas tous effectués par le trésorier de l'Épargne, étaient cependant opérés sous sa dépendance exclusive et sous son entière responsabilité. Dans les pièces comptables, lui seul figurait en nom, et les receveurs qui acquittaient ses man- dats de délégations ne le £siisaient que comme ses conmiis ; aux quittances des parties prenantes, en effet, on spécifiait expressé- ment que les deniers avaient été reçus du trésorier par les mains de tel ou tel receveur général. « 1. Cf. ma. fr. 25722, n- 665 à 667, 707 et 708, Arch. nat., K 87, n- 18 et 26, et Cat., IV, 12035 à 12038, 12194 et 12195. 2. 7 décembre 1542 dans Isambert, XII, 796, et 17 janyier 1544 aux Arch. nat., P 2307, p. 281 à 292 (Cat., IV, 12830 et 13549). 3. Il n'y aTalt d'exceptions que pour les gages d'officiers et autres charges ordinaires, payés sans avis dn trésorier de l'Epargne par les receveurs de tout ordre, et pour les gages des cours souveraines prélevés sur les gabelles par les simples quittances des receveurs et payeurs de ces compagnies. L'exception faite en faveur de ces derniers était la conséquence de lettres rendues en juin 1537. Hs. fr. 25721, n« 485, et Cat,, III, 9163. LE laisOR DE l' Citons encore un article de l'ordonnance de 1544, le vn®, qui prescrit la tenue de registres-journaux à peu près en la même forme que l'ordonnance de décembre 1523 avait déterminée vingt ans auparavant : « Pour chacun quartier de l'année seront faitz deux registres dudit Épargne, l'un de recepte et l'autre de dépense, et deux autres semblables registres pour lesdites Parties cazuelles, èsquels registres, qui seront en chacun feuillet signez d'un secrétaire de noz finances, percez et séellez de nostre grand séel en cordon de soye, sera par chacun jour escripte la recepte et dépense desdites charges, que ledit trésorier de l'Épargne et receveur général des Parties cazuelles signeront à la fin de cha- cune page desdits registres respectivement, à commencer dès le premier jour de ce présent mois de janvier; et en chacun registre de l'Épargne, tant de recepte que de dépense, seront faitz deux chapitres séparez, l'un de l'ordinaire et l'autre de l'extra- ordinaire, sans les mesler ensemble'; laquelle recepte sera cou- chée par articles contenans les jours de la réception des deniers et dont ils seront provenuz, et ladite dépense par articles de la forme de ceux des rolles que avons accoustumé signer pour l'expédition des acquits dudit trésorier de l'Épargne^. » Naturel- lement, ces registres devaient être, « après l'année escheue, portez en nostre Chambre des comptes à Paris pour estre confrontés sur les comptes que lesdits comptables rendront pour icelle année. > A chaque paragraphe des actes de 1542-1544 revient le nom du Conseil privé. Les attributions souveraines de cette assemblée 1. Cf., pour l'application de cette disposition, les extraits des comptes des recettes générales pour 1547 du ms. 4545 de la bibl. de VArsenal. On y yoit figurer, à côté du domaine et des tailles, aides, gabelles, etc., les décimes, la contribution des villes, les ventes extraordinaires de bois, les emprunts con- tractés aux foires de Lyon, etc.. 2. C'était la conséquence de l'attribution à l'Épargne de l'extraordinaire; la dualité de services était réduite à une dualité d'écritures. 3. Les cartons J 960 et suiv. des Archives nationales contiennent nombre de ces rftles sur papier signés c Françoys > et non scellés pour les années 1532 et suiv. Par une erreur smgulière, ces pièces sont indiquées dans le Miuée des archives comme des c acquits de comptant ». RSV. HiSTOB. LVI. !•' FA8G. 3 34 G. 1ACQIJIT05. en matière de finances y apparaissent en pleine lumiàne ; le tré- sorier de répargne n'est qa*an commis à ses ordres et Fagent d'exécution de ses décisions, des « expéditions > dressées à la chancellerie en vertu de ses délibérations ; pour tout résumer d*on mot déjà employé plus haut, c'est son caissier et rien de plus. Précisément pour cette époque (26 féyri^ 1543), on a un « rôle de ceux que le Roi veut entrer en son Conseil pour le fait de ses finances^ ». Le trésorier y figure, mais tout au bas de la liste, après les secrétaires des finances Bayard et Bochetel ; il en est le plus mince personnage'. Pas plus pour les années qui suivirent ces ordonnances que pour celles qui les précédèrent immédiatement, il ne s'est con- servé le moindre débris des écritures de l'Epargne ou des Parties casuelles. Mais les documents de la série des Mandements et de celle des Quittances laissent voir qu'on cessa bientôt d'observer à la rigueur la prescription du second édit relative au versement intégral des rentrées des Parties casuelles à l'Épargne. Dès le 26 février 1544, on adressa directement h Laguette des mande- ments de paiements à effectuer parfois « sur les premiers et plus clairs deniers de sa recette », et plus souvent sur le produit de la négociation d'un office déterminé ; ces mandements, qui ont trait la plupart du temps à des dons royaux, contiennent au surplus la clause dérogatoire, « nonobstant les ordonnances dernièrement faictes sur le faict et distribucion de noz finances, contenant que les deniers de vostre recette seront par vous mis es mains du tré- sorier de nostre Espargne et tous dons payez par luy et non par autre ^ ». Lie nombre des actes de ce genre s'accroît d'une façon constante jusqu'à la fin du règne ^. 1. Pabl. par Decnie, De privato consiUo, diaprés le ms. fir. 3005, foL 109. 2. L*ordre chronologiqae appelle ici la mention de l'ordonnance déjà indiqoée (ci-dessas, t. LV, p. 17) da 30 aTril 1545, portant que la charge de trésorier de l'Épargne c ne pourroit jamais être vendae ne réputée de la nature et qualité des offices vénaux, pour quelque cause ou pour quelque moyen ne en quelque manière que ce soit, t 3. Cf. ms. fr. 25723, n- 829, 843, 844, 849, 851, etc..., jusqu'à 1014, passim. En faisant payer des dons par Laguette, on rerenait en somme à Tarticle dté plus haut de l'ordonnance de décembre 1542. 4. Le 7 ayril 1546 furent rendues des lettres à Teffet d'autoriser la chancel- lerie à substituer aux acquits sur parchemin et en forme de mandements patents expédiés sur chaque partie de dépense des rôles également sur parchemin cor- respondant aux rôles en papier signés du Roi et contenant toutes les parties portées à chacun de ces derniers ; ces rôles sur parchemin devaient être munis LB TRiSsoa DB L^tfPiEGIfB SOCS FRANÇOIS I*^ 85 Quelle que f(it, en 1542, rimportance du trésor constitué au Louvre à partir de 1540, la guerre que François P' engagea contre Charles-Quint et Henri Y III dut mettre à sec en peu de temps les coffres-tirelires. Qu'on en juge parles chiffres suivants : les comptes des extraordinaires accusent pour 1542 une dépense de près de 5 millions de livres, et pour chacune des deux cam- pagnes suivantes de plus de 6 millions ; en 1545, après la paix de Crépy, alors qu'on n'avait affaire qu'à l'Angleterre, les extra- ordinaires absorbèrent plus de 3 millions, et près de 2 millions en 1546, où on traita dès le mois de juin avec Henri YHI. Bref, de 1542 à 1546, 23 millions de livres, ou peu s'en fallut, furent consommés en £rais de guerre ^ Ni les réserves des cofiEres ni les ressources, tant ordinaires qu'extraordinaires, de ces cinq exer- cices ne pouvaient balancer de telles charges. A n'en pas douter, on se vit à la paix en face d'énormes arriérés. Fidèle à son sys- tème cependant, le Roi se mit incontinent à faire de nouvelles réserves. Lorsqu'il mourut, moins d'un an plus tard, plusieurs millions de livres étaient entassés dans ses cofres. Cette accumu- lation d'espèces frappa vivement les contemporains, pour lesquels François V passa du coup grand financier. Dans A. de Thou et dans Bodin, on retrouve des échos de leurs admirations. Le du cachet du Roi et signés par un secrétaire des finances; à chacun d'eux devait être attaché un mandement patent aux gens des Comptes ordonnant l'al- location aux comptes de l'Épargne de toutes les parties du rôle. Arch. nat., P 2307, p. 895 à 897. 1. Voici un tableau de ces frais emprunté au ms. fr. 4523, fol. 50 et 51 : 1* Extraordinaire des guerres : 1542 (compte général). 3,441,600 1. t. 1542 (guerre de Perpignan) 1,283,300 » 1543 5,937,900 » 1544 6,249,900 t 1545 2,894,600 i 1546 1,581,000 t ToUl 21,388,300 1. t. 2* Extraordinaire de Vartillerie : 1542 (manque) 1543 332,000 1. t. 1544 329,200 » 1545 429,900 » 1546 166,300 t Totai 1,277,400 1. t. Total général 22,665,700 1. t. 36 G. ilCQCBTOI. premier afSrme que, toutes dettes payées, œ prince laissa 400,000 écus en numéraire, sans ocnnpter un quartier des impôts prêt à recouvrer*. Le second parle de « 1,700,000 escus en l'Es^ pargne*. » Aussi nombre d'historiens postérieurs ont-ils accepté pour démontré que les finances firançaises Paient, en 1547, dans rétat le plus florissant. Citant, les uns A. de Thou et les autres Bodin, tous ont célébré l'habileté fiscale d'un souverain qui obtenait, au lendemain d'une guerre de plusieurs années, un budget en excédent. Le malheur est que ces belles dissertations ont pour base une équivoque. Voici en effet quelle était réelle- ment la situation au décès du Roi. Des extraits du compte de la recette générale de Lyon pour 1547 contiennent un article ainsi libellé : < Les emprunctz £sdcts aux paiements des foires tenues à Lyon durant l'année de ce compte, VI millions vm* lx™ vitf XLim 1. 1. » Et, plus loin, on lit que « la pluspart duquel emprunt fut rembonrcé par le trésorier de l'Espargne en la mesme année 47' ». D'autre part, des états de janvier 1549 indiquent qu'il était dû, à la fin de 1548, 2,421,846 1. t. à des banquiers de Lyon^ Enfin, on sait par Bodin que François P' avait organisé en « parti » , ou , pour employer la terminologie moderne, en syndicat, les marchands fréquentant les quatre foires lyonnaises ; c'était afin de donner à leur crédit, auquel il recourait firéquemment, une base plus large et plus solide. Ce « grant parti de Lyon », comme on disait alors, cette « banque de Lyon », comme l'appelle Bodin, lui rendit efiec- tivement des services analogues à ceux que la Banque de France rend de nos jours au trésor ; il lui ouvrit un compte d'avances à peu près illimitées, qu'on reportait de foire en foire moyennant une bonification de 4 Vo par échéance, soit 16 */© par an. Là est l'explication du fait qui semblait si merveilleux à A. de Thou et à Bodin. François I*, qui succomba au moment de rompre une fois de plus avec Charles-Quint, n'avait eu, durant l'hiver 1546-1547, d'autre préoccupation que la guerre future. Pour avoir de l'argent sous la main à l'ouverture des hostilités, 1. Histoire, t. I, p. 77 de Tédit. de 1616. — Le fait qu'an quartier des impôts était à recouvrer n'est que la conséquence de la date à laquelle mourut Fran- çois, le 31 mars. 2. République, p. 905 de l'édit. de 1580. 3. Bibl. de TArsenal, ms. 4545, fol. 168. 4. Ms. fr. 3127, fol. 61-62 et 91-94. LE TRésOE OB l'^PARGNB SOUS FRANÇOIS 1*'. 37 il avait réalisé par emprunts à Lyon des sommes énormes qu'il avait enfouies au Louvre ^ Les millions qui dormaient ainsi étant productife des intérêts que Ton sait, l'opération devait avoir pour résultat net au bout de l'année une perte sèche d'un sixième envi- ron. Henri II, moins pressé d'entrer en campagne, comprit que la spéculation était déplorable, et se liquida. Il fit rembourser au syndicat lyonnais « la pluspart duquel emprunt », apparem- ment tout ce qu'en contenaient les cofifres-tirelires. Mais cette restitution fort sage ne dut pas être un règlement définitif. Sans doute, le compte d'avances du « grant parti » n'avait pas pour article unique les 6,860,000 livres de 1547. Tout porte à croire que les 2 millions et demi, du chef desquels on faisait état en janvier 1549 de près de 500,000 1. t. d'intérêts échus ou à échoir à la foire de la Toussaint 1548 et aux quatre foires de 1549, étaient pour partie au moins un reliquat de dettes contractées sous le règne précédent. D'où il suit que François P% loin de léguer à son successeur des excédents disponibles, lui aurait laissé à solder des comptes dont la balance ne s'établissait pas du tout en sa faveur. Entre les faits exposés dans les pages qui précèdent existe un lien logique. Des idées maîtresses, dont on ne s'écarte jamais, dominent et commandent les mesures réformatrices qui se suc- cèdent pendant plus de vingt années, de 1523 à 1544. L'abais- sement, ou plutôt l'annihilation de l'opulente aristocratie finan- cière des trésoriers, des généraux et des receveurs ne fut pas le résultat de ressentiments aveugles et de jalousies irréfléchies. Si on démolit pièce à pièce et délibérément l'édifice administratif existant , c'est qu'on avait déjà conçu dans leurs grandes lignes, sinon dans leurs détails, les plans d'une construction plus par- faite. Il y eut dans l'exécution des tâtonnements, et telles décisions furent prises qu'il fallut presque sur-le-champ rapporter ou cesser d'appliquer. La faute en fut le plus souvent à la situation budgé- taire déplorable dont nous avons à l'occasion donné des aperçus. Des déficits écrasants et inévitables, car on ne signait la paix 1. Bodin reconnaît qu'il était a endebté à la banqae de Lyon de 500,000 escos i, mais ajoate qa*il les c aToit en ses co£fres et quatre fois davantage i. Op, cit., p. 893. 3S c. iicQCim. que pour préparer la guerre, entraTèrent de taçan permaiiente le fonctioiineiiieiit des rouages les mieiix imagines. Malgré tont, cependant, la Toâe qa'on s'était tracée dès le début ne fiit pas abandonnée. Centralisation, unifonnité, simplifikation, ces trois termes caractérisent, crqjons-noas, le bot Tisé par FrançcHS I*' ei ses inspirateurs. Qr, il est incontestaUe que des améliorations forent réalisées à ce triple point de Tue. Suppres- sion de la commission délibératiTe et executive de « Messîeiirs des finances » et restitution de ses pouvoirs au Conseil royal, puis subordination de tous les agents de recette à un axnptaUe unique tenu de résider auprès du Roi, voilà pour la centralisation. Confusion des anciennes finances ordinaires et extraordinaires, suivie de l'absorption dans l'Épargne du nouvel extraordinaire des Parties casuelles, voilà pour l'uniformité. Enfin, substitution de formes rapides et commodes d'assignation et de recouvrement à la procédure lente et compliquée des décharges et des écarous, voilà pour la simplification. Ces constatations sansconmientaires permettent d'apprécier la valeur et la portée de l'entreprise tentée et accomplie sous François I". Assurément, lorsque succomba ce prince, bien des retouches étaient encore à faire, et le svstème financier présentait plus d'une incohérence et plus d'une lacune. Sa mise au point devait être l'œuvre d'Henri II. Mais il n'y avait plus qu'à marcher dans le chemin frayé ; tout l'essentiel avait été déjà trouvé et soumis à l'épreuve de l'expérience. En administration, que l'honneur en revienne à lui ou à ses ministres, François I*^ fut un vmtable initiateur. Ainsi que le fait observer M. de Boislisle, qui signale « dans cette première période du xvi* siècle. . . un progrès réel de l'organisation financière et de la centralisation administrative^ », on l'a trop méconnu. G. Jacqdeton. 1. Art. cité, p. 256. MELANGES ET DOCUMENTS LES € ÉCONOMIES ROYALES i DE SULLY ET LE GRAND DESSEIN DE HENRI IV. (SuUeK) IV. Toutes ces idées, en partie très positives, en partie chimériques, ont été sans aucun doute exposées souvent par Sully à son maître Henri IV (aussi bien ne les a-t-il pas inventoriées du jour au lendemain, dans le calme de sa retraite), et nous nous flons à ce sujet au texte des Économies. Mais, de toute évidence aussi, Henri IV n'a pas approuvé tous ces projets (le manuscrit de Sully lui-même nous l'af- firme). Or, lesquek parmi eux acceptait-il? Lesquels au contraire repoussait-il? Question très délicate et à laquelle les Économies royales ne nous permettent pas de répondre. Qu'on parcoure tout notre manuscrit, et Ton n'y trouvera aucune page, aucune ligne qui nous apprenne pourquoi Henri IV faisait; en mai ^1640, de si formi- dables armements. Il est évident pour nous que tant de troupes n'étaient pas réunies uniquement pour rendre Glèves et Juiiers à leurs légitimes héritiers; mais Sully ne nous dit pas ce que Henri IV voulait faire, une fois Glèves enlevée à l'archiduc, évèque de Stras- bourg. Pour le savoir ou le deviner, nous sommes obligé d'étudier avec le plus grand soin la politique générale de Henri FV dans les dernières années de sa vie d'après les pièces diplomatiques; et encore il n'est pas possible d'arriver à un résultat très précis. Henri IV avait sûrement, par le traité de Brussol, promis au duc de Savoie le Mila- nais, qu'il fallait conquérir sur l'Espagne. U avait promis d'une manière vague aux protestants d'Allemagne de les rétablir dans leurs anciennes libertés ; mais avait-il déjà disposé de toutes les possessions 1. Voir Revue historique, t. LIV, p. 300, t. LV, p. 67, et LV, p. 291. àt VksSLTJÔJt *3i àt IT^pbzse ai xniîrs 2 ^ seaÊxsdr Uqpaaiqae? 5^jCéia(fepecâf/Gspas': !:f:cs ymmeg TiiMni*^ ^r filt n'milfWTigr vxssM: zisçÂsaSA'XL. sim^c ït^c i^ nie ie ânnû». «cl tv» da porlase fMr. wît afenn«at-<:[]es ime 00 deux pwœ reia:îTe§ a la ce&- sîoo de Géra d\Vdda et dune partie da Cm»xiais a ia rêfnbliqoe, maî.^ il a'f est fait aocune mentioa de la Sidle ^. > Aiosî Henri lY esfiérajt ^aos zoom tkatt qœ soo expédîtîoa sor Ge^es entraînerait une guerre générale erjntre FAiitricbe et l'Espagne, que de cette guenr^eesfiaiâsaocessQfliraientainoîndries et abaissées: maisanssi, 5ians auoio doute, il n aTait point disUibné d aYance ses conquêtes futures ni méoie déddé jusqu'où il poursuiTrait le cours de ses soc- ces. Ua événements lui auraient dicté sa conduite, et, comme il est mort avant de s'être mis à la tète de son armée, il a laissé chacun libre de se poser cette question oiseuse : que serait-il arrivé s'il avait vécu ? ou même de lui attribuer une foule de desseins plus ou moins fantastiques. SuUv, le premier, s'est laissé glisser sur cette pente et n'a pu s'empécber de lui prêter ses propres conceptions. Il a affirmé dans notre manuscrit qu'il était chargé de négocier en 1603 avec le roi d'Angleterre la réduction de la maison d'Autriche dans le c con- tinent des Espaignes. » Il ne devait pas s'arrêter en si beau chemin; dans son eiil, il forma des rêves plus insensés, et, dès lors, pourquoi ne mettraitril pas ces nouvelles chimères sur le compte de Henri IV? Il le fit rlans une nouvelle édition des Économies royales, celle qui a été livrée par lui à la presse. Mais déjà les desseins que, dans son manuscrit, Sully avait prêtés à Henri IV étaient connus du public. Agrippa d'Aubigné les avait 1. Nou» n'ATont» pas pu nous procarer une brochure de C. Hôfler, Hein- rich'i IV Plan dem Hau»e liahthurg Italien zu entreissen. Prag, 1859. C'était niiM doute un écrit de circonstance. Z nott, Henri IV, Ui Suiues d la haute Italie, Paris, 1882, p. 450. LES « JGONOMIES ROYALES i DE SULLT. 41 dévoilés dans rAppendice qu'il ajouta au troisième volume de son Histoire universelle, parue en 4620 '. Depuis que Sully avait quitté la cour mi6iA, Agrippa d'Âubigné avait eu de nombreuses relations avec lui. Sully demeurait gouverneur du Poitou, et dans cette pro- vince étaient situées les forteresses de Maillezais et de Doignon', qui appartenaient à Tauteur des Tragiques, Les deux gentilshommes se rencontrèrent, en 4 64 4, à rassemblée des protestants à Saumur'. En 4645, lors de la seconde révolte de Gondé, Sully avait d^abord promis à la reine mère que sa province ne remuerait point, et il était venu à Maillezais pour persuader à d'Aubigné de demeurer en repos ; mais bientôt l'un et l'autre prirent les armes, et leurs compagnies occu- pèrent les mêmes campements^. Us eurent encore l'occasion de se voir lors de la conférence de Loudun, « cette foire publique d^une générale lâcheté'. » Enfln, quand d^Aubigné, écœuré de tant de per- fidies, persuadé qu'ici-bas chacun cherchait son intérêt propre, se résolut de chercher à Genève un asile pour sa vieillesse, c'est au gendre de Sully, au duc deRohan, quUl vendit sa maison de Doignon et son gouvernement de Maillezais®, et sans doute Sully fût mêlé aux pourparlers. N'est-il pas probable qu'en ces circonstances les deux seigneurs n'aient souvent parlé du grand roi, si lâchement assassiné, des préparatifs militaires qu'il faisait l'année même de sa mort et des magnifiques desseins qu'il s'apprêtait à exécuter? D'Aubigné a ainsi, selon toute vraisemblance, appris de la bouche même de Sully le plan de Henri IV, du moins ce plan que l'ancien surintendant avait imaginé tout d'abord^. Nous retrouvons en effet, dans V Histoire universelle, la première version du grand dessein telle que le manuscrit des Écono^ mies royales nous l'a fait connaître. Mais, comme d'Aubigné est tou- jours emporté par sa nature fougueuse et par la vivacité de son ima- gination, il n'a pas été un interprète très fidèle de la pensée de Sully ; aux détails qu'il tenait, selon toute vraisemblance, de ce dernier, il en 1. V Histoire univenelle du sieur d*Aabigné, tome III. A Maillé, par Jean Moassat, M.DG.XX, p. 542 et soIy. 2. Le Doignon on le Donjon était situé dans une Ile de la Sèvre niortaise. 3. Mémoires de Théodore-Agrippa d'Aubigné, éd. Lalanne, p. 116; cf. Pos- tansque, Théodore 'Agrippa d'Aubigné; sa vie, ses œuvres et son parti, p. 47-48. 4. Mémoires, p. 120-121. 5. L'expression est d' Agrippa, Mémoires, p. 122. 6. Voir la lettre adressée à ce sujet par Agrippa à Pontchartrain et publiée par Lalanne, op. toud, p. 384. 7. Philippson, persuadé que les Économies royales aTaient été rédigées de 1635 à 1638, s'est imaginé, bien à tort, que Sully aurait paraphrasé Agrippa d'Aubigné. 42 irfLANGBS ET DOGUMBlfTS. a ajouté d'autres qui lui appartiennent en propre. Le canevas nous parait bien avoir été fourni par Sully, la ressemblance parfaite des traits fondamentaux chez Tun et Pautre le prouve; mais sur ce canevas Agrippa d'Aubigné a brodé. Voici le résumé de Texposition d' Agrippa. Henri IV, après la longue paix dont avaient joui ses États, se résolut d'employer armes et trésors pour se faire reconnaître par-dessus les princes de son siècle. Maïs il trouva sur son chemin le roi d'Espagne ; pour s'accroître, il fallait le diminuer. Il gagna d'abord les cœurs de ses plus dignes voisins, surtout du roi d'Angleterre, « avec qui il commença de traicter par Suilli dès lors de son ambassade, d Ce dernier détail ne trahit-il pas la source à laquelle d'Aubigné a puisé? Deux desseins lui furent pré- sentés : le premier d'attaquer le Milanais et de l'enlever à TEspagne, dont elle assui^it les communications avec les Pays-Bas ; le second de marcher contre la Flandre et de réduire Tarchiduc à se rendre à discrétion ^ Ces deux plans suggérèrent au roi un troisième, beaucoup plus vaste, celui de t délivrer de la domination espagnoUe tous ceux qui gémissent dessous, i On devait rendre au grand-duc de Toscane Porto-Ercole et Orbitello; les Vénitiens se partageraient avec le pape et les autres princes italiens le royaume de Naples; enfln, on choisi- rait le duc de Bavière pour le porter à TEmpire et on réduirait l'Es- pagnol ce aux frontières des Pyrénées et de la mer. » Tous ces détails concordent parfaitement avec ceux que Sully nous a donnés dans le sommaire de Fannée 4640. Gomme Sully encore, d'Aubigné affirme que le roi ne voulait obtenir, pour prix de ses sacrifices, aucun profit apparent; et par là « il attachoit à soi inséparablement tous ceux qui auroient eu des plumes de cette dépouille'. » Mais d'Aubigné dépasse bientôt Sully. Il soutient^ sans se soucier de la contradiction, que la France cherchait à étendre c son règne au mont Senis et aux rivières antienes qui en faisoient le partage vers la haute et basse Allemagne; » qu'avec le concours de l'archiduc, Henri IV vouloit mettre la couronne impériale sur sa tête; que deux armées de 25,000 hommes chacune s'apprêtaient à marcher sur TEspagne, l'une par Saint-Sébastien, l'autre par Perpignan. Tous ces desseins allaient être exécutés. « Les Alemans s'armoient à la françoise pour combattre de même; le prince d'Anhalt, fait leur chef, vouloit se monstrer maistre sous celui qui 1. D'Aubigné dit que ce dessein fut c porté par le prince Maurice, embrassé par le duc de Suilli. » Je ne pense pas qu'on songera à nous opposer celte petite phrase. 2. D'Aubigné dit que la France devait fournir en quatre ans cinquante mil- lions. Suliy avait dit quarante millions en trois ans. Les chi£fres concordent à peu près. LES « ECONOMIES R0TALS8 » Dl SULLT. 43 rayoit enseigné. Le margraye de Brandbourg espuisoit la noblesse de Poméranie (sic) et les Suisses leurs rochers immobiles. Tout cela pour foire un empereur des cbrestiens, qui de sa menace arresteroit les Turcs ; pour refTormer lltalie, dompter l'Espagne, reconquérir l'Eu- rope et faire trembler TUnivers. » Mais : faciles dare summa Deos, eademque tueri Difficiles,... au moment où la France et son roi allaient se couvrir de gloire, un misérable assassina Henri IV^ D^Aubigné a évidemment tiré en grande partie de son imagination tout ce qu'il ajoute aux renseignements qu'il tenait, selon toute vrai- semblance, de Sully lui-même. Gomment supposer un seul instant que Tarcbiduc Albert aurait aidé Henri lY à se faire couronner empe- reur d'Allemagne? Et pourtant ces affirmations de d'Aubigné vont être répétées par des écrivains postérieurs -, il y eut ainsi une première version du grand dessein, se rattachant bien sans doute à récrit de Sully, mais au manuscrit des Économies^ à Pœuvre primitive de l'an- cien ministre, et non à l'écrit imprimé où les plans attribués à Henri IV ont pris de tout autres proportions. Nous trouvons cette version 1. Histoire universelle, l'* édition, p. 542-544. Le texte de la seconde édition, c augmentée de notables histoires entières et de plusieurs additions et correc- tions faites par le même auteur, i s. 1., M.DC.XXYI, en trois volumes in-folio, ne diffère pas en ce point de la première. Voir t. III, 738-739. Mais, dans ses Mémoires (éd. Lalanne, p. 113), d'Aubigné nous donne des détails nouveaux sur l'expédition qui aurait été projetée contre l'Espagne. Dans l'Histoire univer- selle déjà, il nous avait. dit que cette expédition avait été résolue parce que c quelques riches marchans des côtes de Guienne, ameutez par nn vis-amiral du pays, s'ofrirent à nourrir Tannée, qui conquerroit l'Espagne. » Nous appre- nons dans les Mémoires que ce vice-amiral était lui-même : c II (d'Aubigné) pressa le roy de jelter une branche de ses desseins vers l'Espaigne et, donnant de tout costez sur les ongles à son ennemy, lui envoyer une flèche vers le cœur. • Le roi objecta le proverbe : c Qui va faible en Espagne y est battu et qui y va fort y meurt de faim ; i mais d'Aubigné lui fit de très belles promesses des marchands, qui s'engageaient à fournir les vivres à prix raisonnable, et l'expédition aurait été arrêtée c après que le duc de Sully eût fort traversé l'affaire au commencement. • D'Aubigné affirme que le roi lui aurait commu- niqué son grand dessein c tout du long, i malgré ses observations a que telles pièces ne se dévoient commettre qn^à ceux qui en portoient le fardeau, i Nous ne doutons point, pour notre part, que d'Aubigné ait, au cours de sa carrière, proposé à Henri IV de faire une expédition en Espagne et que le roi ait accueilli une semblable offre, lui qui excitait sous main les Morisques à la révolte. Mais d'Aubigné, ce nous semble, a rattaché à tort ces pourparlers au grand dessein ; lui aussi, n'a-t-il pas voulu dans ses Mémoires augmenter son rôle? N'a-t-il pas attaché une importance excessive à quelques paroles royales qui ne devaient pas tirer à conséquence? Il a combiné ses souvenirs personnels, ainsi amplifiés, avec les récits que, selon nous, U tenait de Sully. 44 M Cependant, l'électeur prit sa maîtresse et l'enferma à clef dans son cabinet de peur d'accident, et prit ensuite le temps de la tirer de là pendant que Télectrice soupoit, pour la loger dans un bel appartement au-dessus de sa chambre, dont il fit percer la planche [le plancher] pour y pouvoir monter par échelle. L'électrice découvrit bientôt ce chemin et y seroit montée, le couteau à la main, si ses dames ne l'en eussent empêchée ^ » Cependant, l'électrice finit par laisser le champ Ubre à sa rivale, et elle se retira, non sans avoir été soufiletée devant témoins par son mari^. Ce dernier vécut dès lors tendrement et paisiblement avec sa maîtresse, qu'il épousa de la main gauche, comme nous avons dit, et dont il eut quatorze enfants; ayant eu le malheur de perdre (4677)* « sa chère Louise de Degenfeld, » qui, du reste, méritait tout ratta- chement qu'il lui portait, il en eut un chagrin profond qu'il ne dis- sipa qu'en la remplaçant. Le 24 juillet 4695, Madame écrit de Saint- Cloud à sa tante : On m'a dit hier que feu papa avoit encore un garçon {Bxiben) en Suisse, qu'il auroit eu, après la mort de la raugrave, d'une Suissesse dont elle avoit été fille d'honneur et qui s'appeloit Hollanderine ; il n'auroit pas reconnu l'enfant, étant mort trop tôt, mais il lui auroit envoyé quelque argent en Suisse, où le garçon est élevé. On ajoute que la mère a épousé en Suisse un homme excessivement riche et qu'elle s'est fait attribuer par donation tout son bien, mais avec cette stipulation qu'elle n'auroit jamais d'enfants de lui pour que toute la fortune paisse aller au fils de papa. Je voudrois savoir si cette histoire est vraie ; car, jus- qu'à présent, je n'en avois point entendu parler... La tante devait savoir à quoi s'en tenir à cet égard, car elle-même 1. Ibid,, p. 57-58. 2. Dans une étude sur l'électeur Charles -Louis : Le père de Madame , dwhesse d'Orlëans (Paris, 1864, in-8*), nous avons déjà parlé de ces démêlés ; mais les Mémoires de Sophie de Hanovre n'avaient pas encore paru. — Pour rhistoire de la vie et du gonvemement de cet électeur palatin : Ludw. Hîlus- ser, Geschichte der RheinUchen Pfalz, 2* Ausg. Heidelberg, 1856, 2 vol. in-8*; Wundl, Versuch einer Gesch, des Lebens u, Regierung C.'Ludwigs, Ibid., 1786, in-8*; Lipowski, Ludivig, KurfUrst.,, Salzbach, 1824, in-8*. — Sur Louise de Degenfeld, sa maîtresse : Kazner, Louisey Raugrafin von der Pfalz. Leipzig, 1878, in.l2. NOUVELLES LETTRES DE LA PRINCESSE PiLATlIfB. 53 avait écrit jadis à son frère Félecteur palatin, dans une lettre d'un ton bien singulier (27 mai 4 680) : Les gazettes disent que vous vous accommodez d'une Suissesse ; c'est signe de santé, et j'espère qu'elle vous participera de ses forces pour ocmenter {sic) votre vigueur et chaleur naturelle, que la jeunesse com- munique, à ce qu'on dit, par Texhalaison. A cette date, le père de Madame était âgé de soixante- trois ans; il avait encore, de par le monde, un bâtard né en Angleterre, pendant le long séjour que Charles-Louis avait fait en ce pays; ce fils illégitime vint se fixer à Heidelberg, où il prit, en échange du nom qu'il avait porté jusque-là, le titre de baron de Selz^ et surtout, comme apanage, les revenus de la ville de ce nom ^ IV. Les querelles si fréquentes qui avaient lieu dans le ménage élec- toral palatin, et auxquelles Sophie assistait, devaient lui faire vive- ment désirer son éloignement de Heidelberg; une occasion s^offrit, qu'elle saisit avec empressement. Elle était demandée en mariage de plusieurs côtés, entre autres par le duc de Hanovre, George-Guil- laume^, que les États de ce pays pressaient fort de se marier. Com- ment, ayant déjà une promesse de George-Guillaume, épousa-t-elle le frère de ce dernier, Ernest-Auguste, le cadet de la maison de Brunswick, branche de Lunebourg, c^est là une histoire qu'il serait intéressant, mais trop long, de raconter; elle nous renseignerait sur les mœurs des cours d'Allemagne à cette époque, mœurs que Madame ne cesse d'opposer à celles de la cour de France, comme si les princes allemands ne menaient pas une vie aussi dissolue, tout en étant beaucoup plus grossiers. Qu'il nous sufQse de dire que George- Guillaume, étant allé, suivant son habitude, passer le temps du car- naval à Venise, il s'y était, à ce que nous apprend sa fiancée, « aco- mode de la première courtisane quil avoit rencontrée, à scavoir d'une Grecque qui n^avoit rien de beau que ses habits. » Ce fut cette courtisane qui le mit « dans un estât fort malpropre pour le mariage'. » Il aimait beaucoup son frère cadet, qui exerçait sur lui 1. On pubUa, en ce temps-là, snr les amours de l'électenr palatin, nn pam- phlet, la Vie et les amours de Charles-Louis... (Cologne, J. Plantie, 1692, in-18), dont parlé Madame dans sa correspondance. 2. Sur ce personnage, consulter : Georg.-Wilhelmy Herzog von Brunswick 1». Lûneburg, ▼. H.-C. Heimbûrger. Celle, 1852, in-S". 3. Memoiren:,^ p. 55. utmmadtïBÊnauat. E M proçosi donc im /pii devaient en nsoter : Eries&-%iiiTipfr «çooserâ 2 s phrr, a^ee prfMS»9K «Thérîter, pour lui oa pour as aiiSiiiÈ&, «les ÉEils de Gefir^-OoiZIaiBDe. feqaei ^'^gngrBît qi entré le matin dams la chambre de So^ie autant qa'eDe fat habOlée, cefle^ se trouva, nous dît-efle^ dans an grand emharraâ, c car M. le doc -k marï' m ainoii témoigné que eeia ne Vsj piaîàoit pins. Je cfis poor fe £ûre sortir ^, c'est- I. D«M 4» ^^^*f» CUver ai Italie, Geocget-G ^Hli B f ftrafiit oviî- MreiMnit «mi frère cadety Eracst-Aaeiiste, cdu qvi allait «po«jer Sopiiie. %kmt Tg^tsk %^m laariage, ee deraier coatiaaa à se nmirt em Italie. Urèais Cherreas raeiMite Faseedote saiTaate : c Étant à Veaise s«r ■■ bakoa avec M^ U éme,kem€ ffkf^ït)^ je hn noatrai IL le dac soa Mari qai parioît i aae ntÀ^Ui yèniUetne tpn èUM fort belle : c H MlaqMirte pea, dit-elle ai rîaat, qae « M. le doe ffrtmàème um taxt Umlt la joaraée, poarra qae, le soir, il se le « fuy^^nUi » ^Cfumrâuina, 1GQ7, iD-12, p. 142}. Mais il arrira na momeat où le dfl^ ae le rapporta plof , tartoat quand il eat été entièremeat captiTé par Taltkre et artifidenie conteiêe de Platen, qn'oa accase dn meartre de Philippe de K/fmUv^nartk. A la BiblMIierfae aatioBale, aons arons jadis décoarert na exemplaire de Itmrrm^ qoe ttfmn Teaons de citer, le ChetrœanCj exemplaire couTert de notes mM»a^.riUi%. Vai rej^ard da pasMge où Cherrean (anden secrétaire dn père de Muâittne) dit fp, 91; : « J'one dire que la France n'a point de pins bel esprit q»e M** U da^^bease de Hannovre d'anjonrd'hni..., > i'annotatenr a écrit en marKe -. c fkrpbie, denUsn fille de Frédéric V, électenr palatin... Frédéric V ftnUfH Tayenl paternel de ma grand'roère. t Ces roots sont de la main de Loais d'Oflé«n« {\7(fZ'\7h2)f fiU da régent, qui se retira dans l'abbaye de Sainte- Oenefl^fe, Ile ce* mite«, h'.riUm par le fils dn régent, nous citerons encore celle-ci (p« 7^)f od il est qaesUon d'ane reine dont le nom revient plasieurs fois, tant âêM les Mémoireê de fk»phie qae dans les Lettres de Madame à sa tante : H .,, Osie reioe Christine estoit si afTrfeuse?], oatre qu'elle n'estoit point mariée. Ktle alla au Hénat grosse, et, près du (trosne?], elle y sentit les dou- leurs poor ai'.4u>ucher, et se leva en disant toot haut la cause qui luy faisoit quitter TsMemblée. Je tiens le fait de M"« de la Gardie. t — Ce volume curieux a été, sur nos indications, placé dans la Réserye (in-12, Z 1849^). NOUVELLES LBTTIES DE LA PUHCISSE PALATIIfE. 55 à-dire 6. -Guillaume) que j'allois mettre ma chemise; il sortit, croyant rentrer, mais il trouva la porte fermée, ce qui le mit dans un grand désespoir ^.. » Ce fut sur ces entrefaites que Sophie demanda à son frère de lui confier sa fllie, alors âgée de sept ans', et qui se trouvait dans une position feusse à Heidelberg, entre sa mère presque répudiée ou du moins dédaignée et la rivale qui l'avait remplacée, Louise de Degen- feld. Elisabeth- Charlotte arriva à Hanovre en juillet 4659; elle y resta jusqu'en juillet 4663, par conséquent quatre années; elle ne se cachait pas pour dire que ce temps, passé auprès de sa tante, avait été le plus heureux de sa vie. On avait jusqu'ici peu de détails sur Tenfance d'Elisabeth -Charlotte, sauf ceux qu'elle a donnés elle- même dans ses lettres; la Correspondance de Sophie avec son frère ^ comble cette lacune. Dès le mois de mai, Sophie, apprenant que rélecteur lui enverra sa fille, en témoigne sa joie : « Je verray bien- tost un de vos reietons, ma chère Liselote^. » Je ne lui promets, ajoute-t-elle, rien d'extraordinaire ici, mais, du moins, je ferai tout pour la diriger le mieux possible et la suivre avec intérêt, « comme si elle estoit sorti[e] de moy'. » Et, quand Tenfknt arrive, sa tante 1. Memairen..., p. 66-67. — c La partie n'estoit pas égale, » dit-elle encore, avec cette liberté de langage qui était aussi le genre de sa nièce, c Après qu'on s'estoit diverti tout le long du jour ensemble au jeu et à la promenade, mon duc se trouva la nuit bien accompagné, et son frère n'avoit rien pour se con- tenter. Je ne s^y s'il s'estoit attendu à plus de contentement, puisqn'en Italie, quand un frère est marié, tous les autres disent : Siamo maritaU. » (Ibid,, p. 66.) 2. Madame était née le 27 mai 1652; elle-même a fixé la date de sa naissance dans une lettre de la correspondance actuelle : c Versailles, 27 mai 1708, 10 heures du matin. ~ ... C'est par le bon Dieu que j'ai commencé, et mainte- nant c'est par tous que je commence mon jour de naissance, car je Tiens de la paroisse, où j'ai communié. Je n'y ai pas entendu chanter, avec accompagnement de trompettes et de clairons : c Viens, Dieu créateur, Esprit saint, visiter le c cœur de tes créatures..., » ni ceci : c Nous demandons, par-dessus tout, la c Traie foi au Saint-Esprit, qu'il nous protège à notre mort, quand nous quit- f terons cette vallée de misère, Kyrie eleison, > Ces chants, tous, vous les entendrez, à moins que vous n'alliez aujourd'hui à l'église française. Mais, ce que je dois faire aussi, c'est de vous remercier pour les bontés que vous me témoignez depuis cinquante-six ans. C'est une grande constance de votre part de, m'avoir continué ces bonnes grâces invariablement pendant tant d'années ; mais vous pouvez être sûre que personne au monde plus que moi ne vous honore, aime et respecte, et ne vous restera Jusqu^à la fin aussi profondément attachée. » 3. Dans les Publikaiionen ans den K. Preuu. Stcatsarchiveriy 26' Band, mentionné plus haut. 4. Petit nom d'amitié composé des deux noms abrégés : Elisabeth et Charlotte. 5. Correspondance..., p. 14. 56 HJLINGES ET DOGUMEIITS. admire sa mine raisonnable (20 juillet 4659), « comme si c'eust esté une personne de vingt ans, » et combien Bon caractère diffère heu- reusement de celui de sa mère. « C'est assurément le meilleur natu- rel d'enfant qui existe au monde, » dit-elle dans une autre lettre (24 août), où nous voyons qu'Ëlisabeth-Charlotte savait lire et écrire l'allemand ^ connaissait ses prières et son catéchisme, « chose très nécessaire. » Sa gouvernante était toujours à ses côtés pour la pré- server de tout accident, et pourtant cette gouvernante 58 mtLàWM» XT MMannam. sur-le-champ sa femme à la princesse Sqphie poar lui en Adre dw excuses. Eu revanche, Tenfant, au dire de sa tante, sut mieux garder sa dignité chez la princesse royale ; car, après lui avoir foit de très bonne grâce une révérence, elle passa « fort bien devant elle, en sui- vant la reine pas à pas; cela estoit si joly que chacun en rioit. Enfin, on admire fort mon enfant, ce qui ne me donne pas peu de joye. » La bonne tante notait jusqu'aux mots et aux réparties de sa nièce. L*enfant s'étant trouvée avec le petit prince d'Orange, la gouver- nante de celui-ci, supposant un mariage futur entre les deux bam- bins, se mit à énumérer toutes les belles choses qu'Ëlisabeth-Gharlotte aurait par ce mariage^ à quoi Tenfant répondit : « J^espère qu'il n'en sera pas comme pour GendriUon, à qui Ton avait promis un tas de belles choses, et qui dut ensuite vivre dans les cendres *. » Cependant, ainsi que Sophie en convenait, la Hollande n'était pas un pays à choisir « pour esguiser son esprit » (la conversation y étant insipide)^ mais bien ce pour adjuster un peu le corp[s], à quoy on s'entent plus qu'en Allemagne, et pour aprendre la propreté des meubles et du ménage^. » Aussi eut-elle bientôt assez de cette vie, d'autant que « je crains, dit-elle, d'y être (c'est-à-dire à la Haye) mangée par les chiens, » les nombreux chiens dont sa mère était entourée, et la lettre où elle donne ces détails se termine par cette phrase : « Voilà tout ce que ma stupidité me permet de vous dire d'un lieu comme celui-cy. » (Lettre du 45 décembre 4659.) A leur retour à Hanovre, la tante et la nièce faillirent périr dans 1. Correipondance.,,^ p. 20. — Le petit prince d'Orange dont il est ici ques- tion est celai qui devint plas tard si célèbre sous le nom de Guillaume III. La première fois qu'Élisabeth-Charlotte fut menée chez la mère du jeune prince (elle connaissait celui-ci pour avoir déjà joué plusieurs fois avec lui, mais elle ne connaissait pas sa mère) : a Dites-moi, je vous prie, quelle est cette dame, qui a un si furieux nez ?» Il répondit en riant : c C'est la princesse royale, ma c mère. > J'en fus toute stupéfaite... i Elisabeth-Charlotte, en son enfance, jouait donc avec le futur Guillaume III, et elle mettait, paralt-il, tant d'ardeur à son jeu qu'U lui arriva parfois de...; mais comment exprimer décemment ces choses-là? laissons-lui plutôt la parole. Donc, dans une lettre à sa tante (Fontainebleau, 8 octobre 1688), elle dit : c ... Sur tout ce que vous m'écrivez au sujet du pape et de notre roi, je ne puis vous donner mon opinion; mais j'ai plus permission de parler du prince d'Orange. Quand, à la Haye, je jouais avec lui et que, sauf votre respect, je faisais dans ma chemise (in mein henuU schiss), je ne pensais pas alors qu'un jour il ferait si grande figure. Pourvu qu'il ne mette pas à ses grands projets le sceau que je mettais alors à mon jeu; mais, même si cela devait arriver et que pour nous il en résultât la paix, j'en serais certes fort contente... » 2. IMd,, p. 23. — Dans une antre lettre (p. 25), Sophie avoue que c les Alle- mands sont brutaux et ne regardent point aux mérites des personnes. > V IfOUYBLLBS LETTRES DE LA PRINGESSB PALATIIfE. 59 un incendie qui se déclara sous les chambres qu'elles occupaient, dans la petite ville de Clopenburg. Un page, qui parait avoir été un fils naturel de George-Guillaume, emporta dans ses bras Liselotte; Tenfont ne cessait de crier : « Wo ist tante? (Où est ma tante?) » Celle-ci déclare qu'elle eut peur d'être assommée par la population, car, dît-elle avec insouciance, on ne savait si c'étaient ses gens à elle ou les paysans qui avaient mis le feu, cause de la destruction d'une demi-douzaine de maisons ^ Le 28 mai 4660, Sophie accoucha d'un flls, le prince George-Louis, celui qui devint roi d'Angleterre, le premier roi de la dynastie actuelle- ment régnante, la dynastie de Hanovre, et qui fût l'époux de rmfor- tunée Sophie-Dorothée. Et, puisque le nom de cette autre Sophie vient de se rencontrer sous notre plume, que de choses n'aurions-nous à dire sur elle et sur sa mère (Ëléonore d'Olbreuse), d'après la corres- pondance actuelle, si notre attention ne devait pas se porter sur les deux femmes qui font le sujet de ce travail, Elisabeth-Charlotte et Sophie de Hanovre ! Bien longtemps après cette époque. Madame rap- pelait comment elle s'était glissée subrepticement dans la chambre de sa tante au moment de Taccouchement ; c'était une espièglerie d'enfknt curieuse, qui annonçait de bonne heure ce qui se manifesta chez elle si fortement dans la suite, à savoir la tendance à ne croire que ce qu'elle voyait de ses yeux, sans se ûer à ce qu'on voulait lui conter : Versailles, 10 février 1707. — Je ne puis me faire à l'idée que Télec- teur de Brunswick, dont la naissance et Tenfance me sont aussi pré- sentes que si c'étoit aujourd'hui, est maintenant grand-père. J'ai juste huit ans de plus que lui, étant née le 27 mai 1652 et lui le 28 mai 1660. Je voyois, je m'en souviens, tout le monde en peine de vous; je courus à votre chambre (vous étiez en mal d'enfant, dans la pièce servant aux audiences) et me mis à plat ventre devant la porte afin d'entendre ce qui 8*y disoit. Peu après, M™« de Harling, qui me cherchoit, me con- duisit là où vous étiez ; on était en train de baigner le priuce derrière un écran; je regardai tout autour, je le vois encore... Cependant, le moment douloureux de la séparation approchait. La tante est désolée de penser qu^elle ne pourra ramener et remettre elle-même entre les mains de son père l'enfant dont le départ va causer à elle et aux autres « d'extrêmes regrets. » Pour mon particulier,... je confesse que je crois qu'elle pourra estre bien mieux nourie^ dans une cour bien raiglée comme la vostre qu'en t. Correspondance...^ p. 25-26. 2. Expression du temps, pour c mieux élevée. » 60 MÏULlfGBS ET DOCUmflTS. celle-cy, où l'on vit en bourgeois et où on ne voit casi personne... Elle paroist de très bon naturel et apprend tout ce qu'on veut. Je crois que vous ne trouverez rien à reprendre à elle que ses grimasses, dont je ne crois pas qu'elle se pourra corriger avant qu'elle ait le jugement de voir dans son miroir que cela est maH. Les raisons que vous alégués pour retirer la princesse électorale d'icy sont tout à fait selon la raison, dit-elle dans une autre lettre ; car Tin- fante du Palatinat pourra tousjours aprandre mieux à tenir sa gravité chez elle qu'avec moy en Westfalie, où Ton est very homley^i mais, néantmoins, il faut que vous soyés aussi assuré que, quand mesme je ferois vint enfans, que je n'en auray jamais plus de soin que d'elle, vostre sang m'estant aussy cher que le mien propre...'. Enfin, au mois de juillet 4663, Elisabeth- Charlotte quitta cette tante chérie, qui, le H , écrivait à son frère : Demain, nous partons pour aller aux eaux de Pirmond (Pyrmont), dont M^^ de Terlon n'aura une seulle goutte, pour m'avoir enlevé ma chère L. L. (Liselotte), que je n'ay ny veu(e) ny accompagné(e), le jour qu'elle partit. Cependant, pour m'esgaier un peu, nostre maistre de dance est revenu de Paris avec une très bonne bande de violons... jfme jg Terlon, dont il vient d'être parlé, était la nouvelle gouver- nante qui avait pris la succession de M"**" de Harlîng. Il faut avouer que c'était un singulier choix que celui de M"® de Terlon pour former une jeune princesse aux belles manières, pour lui apprendre la langue des cours et des gens comme il faut, c'est-à-dire le français. Voici, par exemple, comment cette gouvernante s'y prenait pour détruire les fausses impressions que l'enfant aurait pu se former au sujet des songes : « Tout songe, tout mensonge, » lui disail-elle à peu près dans ces termes, « mais faites vos ordures* dans votre lit, vous les trouverez sans faute. » L'idée avait paru si drôle à l'enfant, qu'elle allait souvent auprès de sa gouvernante et lui disait, afin d'avoir l'occasion d'entendre la même phrase : « Ma chère Madame Terlon, expliquez-moi donc ce rêve; il est extraordinaire. » Avec quel profond chagrin Liselotte (elle avait alors onze ans) se sépara de sa tante, on peut le deviner, d'autant qu'elle avait le cœur très sensible. La mort récente de sa grand'mère, la reine de Bohême, lui avait arraché bien des larmes, ce qui n'était pas le cas pour sa i. Correspondance,,., p. 48-49. 2. Very homely. Sophie, on le voit, écrit l'anglais de la même façon qae le faisait sa mère. 3. Correspondance.,, y p. 51-52. 4. Nous employons ane périphrase; mais, dans le texte, la même idée est exprimée par un seul mot, dont la concision égaie la malpropreté. NOUVELLES LETTRES DE U PRINCESSE PALATINE. 64 tante, pas plus sans doute que pour son père, car, en écrivant à rélec- teur, Sophie se contente de ces quelques mots au siget de leur mère à tous deux : « Mes lettres de Londres sont fort vieilles et ne me disent que la mort de la bonne reyne, sans qu^elle ait ressenti aucune douleur... » (Lettre du 26 mars 4662.) Elisabeth-Charlotte se souvenait toujours avec émotion des années si agréables passées auprès de sa tante ; elle aimait à se rappeler les joies innocentes qu'elle avait goûtées à Hanovre. Bien des années après, elle écrivait, à propos de la fête de Noël : Marly, il janvier 1711. — A Hanovre, je m'en souviens parfaitement, on fête la Noël pendant trois jours, mais, ce qui me fait de la peine, c'est qu'il n'y a plus la belle étoile ni l'enfant Jésus que figuroient les écoliers ^ De mon temps, vous alliez à la Sainte-Gène le jour môme de Noël, et cela n'étoit pas remis au dimanche. Sans doute, le buis (bycks- baum) où l'on suspend les lumières n'aura pas été oublié pour les enfants de la princesse électorale. Que j'aurois voulu voir le petit Jésus ! Ici, l'on ne connoit rien de cela. J'ai voulu en introduire l'usage, mais Monsieur a dit : c Vous nous voulés donner de vos modes allemandes pour faire de la despence, je vous baisse (sic) les mains. » J'aime voir la joie des enfants, mais les enfants de mon fils ne prennent plaisir à rien au monde; de ma vie je n'ai vu enfants pareils... Elle s'était efforcée, pendant les quatre ans qu'elle était restée en Hanovre, de ne donner à sa tante aucun siyet de mécontentement ; aussi, dans une de ses lettres, elle prend plaisir à rappeler qu'une fois seulement elle lui a, non pas désobéi, mais simplement « obéi à regret. » Marly, 14 mai 1705. — Je me souviens encore parfaitement de l'épouse du duc Christian-Ludwig^ : elle étoit longue, maigre, de beaux yeux, les cheveux châtain-clair. Elle me donna deux perroquets, et vous m'or- donnâtes de lui abandonner mon chien Fidèle; ce fut, je pense, la seule fois de ma vie où je vous obéis à contre-cœur, car je tenois beaucoup à mon petit chien. El aussitôt ce souvenir lui en rappelle un autre du même temps : A Zell, j'allois avec la fille de la gouvernante, en haut, dans la cuisine de la duchesse, où une cuisinière préparoit exprès ses aliments; j'aime assez voir cuisiner; là je faisois claquer les vessies de poisson, divertis- 1. En certaines contrées de l'AUemagne, la Teille de Noël, les enfants prome- naient dans les rues une grande étoile en souvenir de ceUe qai avait conduit les Mages; cette étoile, entourée de rayons, était fixée au bout d'un long bâton et avait, au centre, une lumière. L'usage existait également en Alsace et s'y est peut-être conservé. 'L Le duc de Zell, beau-frère de Sophie. 62 MiLAHGES ET DOanDBRS. sèment qui n'est gnère princier, mais la bonne M^ de Terion me lai»- soity comme Yons savez, fidre tout ce que je Yonloia. Dans une lettre précédente, elle avait déjà fait allnston à œ goût pour la cuisine : Je me rappelle très bien avoir vu à Zell, chez la duchesse [Dorotliéej une demoiselle de Holstein [dont sa tante sans doute lui avait parlé] ; mais, autant que je puis me le rappeler, ce n etoit plus une enfant, elle se regardoit comme trop grande pour jouer avec moi, qui avois déjà dix ans ; en outre, elle avoit déjà de la gorge et elle aimoit mieux causer avec les cavaliers qu*avec moi. De mon côté, je préférois monter à la cuisine avec la fille de la gouvernante, dont j'ai oublié le nom; là, nous battions le beurre, nous faisions rôtir des oiseaux avec Decken (un des pages de la cour) et nous confectionnions des sauces que nous mangions ensuite; ces oiseaux, c*étoit Decken qui nous les tuoit... (Fontainebleau, 3 novembre 1687.) D'après ce que nous venons de raconter, on voit que Saint-Simon s*est grandement trompé quand il a dit que Madame n'avait a jamais guère vu cette tante » à qui elle « écrivoit fidèlement des volumes deux ou trois fois la semaine ^ » Elle avait, au contraire, vécu, comme on vient de le voir, quatre années entières auprès d'elle; puis elle l'avait revue à Heidelberg, quand Sophie venait en visite chez son frère PÉlecteur; enfin on peut supposer que de Heidelberg même, non encore mariée, elle avait déjà pris l'habitude de lui écrire. V. Mais ces temps heureux, ces années de calme et d'insouciance ne devaient pas durer longtemps. Il se préparait pour elle un mariage qui n'était pas destiné à lui procurer le bonheur. La principale 1. Saint-Simon, édit. Boislisle, Y, 47-48. — Saint-Simon fait ici nne autre erreur : il dit qae Sophie était c fille dn malheareux roi d'Angleterre Char- les I". » Or, Sophie était fille d'une sœur (Elisabeth Stuart) et non d^une fille de ce roi. L'éditeur-annotateur, qui pourtant redresse assez souvent Saint- Simon, n'a pas relevé cette erreur; il en commet du reste lui-même un cer- tain nombre à propos de ces personnages allemands. Par exemple il parle de la succession des deux frères de Madame, a les Électeurs Charles-Louis et Charles, morts sans hoirs mâles, en 1680 et 1685. i Charles-Louis était le père, non le frère, de Madame; son c hoir mÂle i fut ce prince Charles, frère unique d'Élisabeth-Charlolle. ~ Il sera question plus loin de Sophie-Dorothée, beUe- fille de la tante de Bfadame. M. de Boislisle prétend (II, 252, note 7) que cette princesse fut mariée deux fois ; or, tout le monde sait qu'elle n'eut qu'un seul époux (et ce fut encore trop pour elle), époux qui fut le prince George-Louis, premier roi d'Angleterre de la dynastie de Hanovre. NOUVELLES LETTEES OB LA PtINCESSB PALATINE. 63 médiatriee en cette affidre Ait la fameuse princesse palatine Anne de Gonzague, belle-sœur de l'électeur palatin, père de Madame. Tout un plan ftit concerté entre ces deux personnages; on peut en suivre le développement dans une correspondance qu'ils entretinrent, corres- pondance écrite en français et que M. Bodemann a insérée à la suite des lettres auxquelles nous avons fait ci-dessus un certain nombre d^emprunts, à savoir les lettres de Sopbie à son frère. Celles d'Anne de Gonzagueetde Cbarles-Louis % relatives au mariage projeté entre le duc d*Orléans, frère de Louis XIY, et la princesse électorale, ainsi qiïk la conversion préalable de celle-ci, conversion sans laquelle Tunion n'aurait pu se conclure, sont au nombre d'une trentaine; elles se trouvent parmi les manuscrits de la Bibliothèque royale de Hanovre et embrassent une période de dix-sept mois (juiU. 4670- déc. 4674). Nous voudrions pouvoir entrer dans les détails de Fin- trigue qu'elles dévoilent et où il fut convenu que le père feindrait d'ignorer ce qui se passait au sujet du changement de religion, tan- dis qu^il se tenait, au contraire, au courant de toutes les démarches, ce qui était beaucoup plus naturel. Une lettre écrite par la princesse, mais non i^roprto motu, aussitôt après sa conversion, vient mettre le comble à cette comédie que joua l'électeur palatin, qui, dans cette alliance avec Louis XIV, entrevoyait surtout les avantages politiques qu'il espérait en tirer. Voici ce document, cité par M. Bodemann et qui n'est pas emprunté aux manuscrits de la Bibliothèque royale non plus qu'aux archives de Hanovre ; une copie s'en trouve au British Muséum et a été publiée par M. Klopp dans son ouvrage sur la chute des Sluarts^. Elisabeth-Charlotte écrit de Metz à son père : Monseignear, je ne doute pas que la profession que je viens de faire de la religion catholique et romaine ne surprenne V. A. Ë.; que si je n'ay osé lui déclarer ce dessein avant de partir d'auprès d'Eile, je la supplie très humblement de croire que la seule appréhension de luy déplaire m'en a ôté la liberté et que tous les avantages du monde n'au- roient pu me faire prendre cette résolution, si je n'avois cru le devoir faire pour mon salut. J'ose espérer, Mgr, que V. A. É. est trop juste pour avoir moins de bonté pour moy, et cependant je tàcheray de méri- ter par toutes les actions de ma vie qu'EUe me permette toujours la qualité de sa très humble et très obéissante fille et servante. — Elisa- beth-Charlotte 3. 1. Correspondance. „f p. 445 et saiv. 2. Der Fall des Bauses Stuart im Zusammenhange der europaitehen Ange- lêgenheUen. Wien, 1S7S-188S. 14 Bde in-8*. 3. Ce document a été reproduit par M. Bd. Bodemann dans son Introdaction à la Correspondance,,,, p. xm. 64 MJLÀIIGBS ET DOCUMBirrS. A quoi Charles-Louis répondit par une lettre devant servir à sa justi&cation auprès de ses sujets et de ses coreligionnaires : Madame ma très chère fille, vous pouvés juger avec quel étonnement j'ay deu recevoir la nouvelle que vous me mandés de la profession que vous avés faite à Metz de la religion romaine, et vous ne pouvés nulle- ment douter que ce changement n*ai deu me surprendre. Mais, comme c'est Dieu seul qui sonde les cœurs, c'est aussi luy seul qui est le juge des consciences, et c'est à luy que vous devés rendre conte de vostre action... Or, rélecteur savait parfaitement dans quel but il envoyait sa fille à Strasbourg d'abord et ensuite à Metz ; le programme était tracé et arrêté d'avance entre lui et Anne de Gonzague. La conversion de la princesse ne s*est donc pas faite librement ni par suite d'une convic- tion réelle, dit M. Bodemann, qui trouve un argument de plus dans la langue en laquelle est écrite la lettre de la princesse ; c c'est par contrainte et par obéissance filiale qu'elle a embrassé le catholicisme-, mais, au fond du cœur, elle resta fidèle à son ancienne Église et ferme dans les souvenirs du protestantisme, ainsi que le prouvent tant de passages de ses lettres. » Elisabeth-Charlotte eut donc raison dans la suite de se comparer à un c agneau » sacrifié à Tintérêt politique. La comparaison fait sou- rire, surtout quand on se la représente telle que Hyacinthe Rigaud la peignit plus tard dans le beau portrait qu'il a fait de cette prin- cesse; mais, en ce temps-là, elle était encore jeune, elle était vive et alerte. Les montagnes des environs de Heidelberg n^avaient pas de recoins cachés qu'elle ne connût; elle avait si souvent gravi leurs sommets I Et ses courses à cheval pendant les chasses avec le roi à Versailles, à Saint-Germain et ailleurs, où elle fit de si nombreuses chutes I Dans les premiers temps de son séjour en France, alors que l'embonpoint ne Tavait pas encore envahie, elle était mince et légère, ainsi qu'elle le rappelle dans une lettre où elle parait répondre à quelque nouvelle que sa tante lui avait mandée : 15 avril 1703. — ... De mon temps, la fiancée et le fiancé n'étoient pas sur des bancs ; ils se tenoient debout, droit devant le pasteur. Les mariages qui débutent par des rires ne sont pas toujours les plus heu- reux. Cependant, nous pensâmes mourir de rire au mariage de M. le Dauphin et de M™« la Dauphine à Châlons. La grande Mademoiselle étoit sur des gradins ; le pied lui glissa, et elle tomba sur le cardinal de Bouillon, qui alloit faire le mariage. Le cardinal tomba sur M. le Dau- phin et M™« la Dauphine, qui n'auroient pas manqué de choir égale- ment si le roi n'avoit étendu le bras et n'eût empêché qu'on ne tombât absolument comme des cartes. J'étois à cette époque encore mince et W IfOUTELLES LETTRlES DE LA ^RIIfCEàSB PALATIIfli. 6^ légère; je sentis que Mademoiselle alloit tomber sur moi; je sautai quatre degrés d*un coup, ce qui fit qu'elle tomba sur le cardinal. El, une fois la plume à la main, elle ne sVrète pas facilement; elle se met à bavarder, selon son habitude, à tort et à travers : ... Si le fiancé a dormi pendant Taliocution, je Texcuse, car il est rare qu'on puisse s'en abstenir. C'est, au reste, d'autant mieux pour la fian- cée, car il n'avoit plus besoin de repos, ayant dormi avant de s'aller coucher. — Des cheveux blancs ne font pas bien dans le lit; j'ai vu ainsi le bon roi (d'Angleterre) Jacques; il n'étoit pas beau... L'avenir a prouvé qu*Élisabeth-Gharlotte, étant donnés ses goûts et sa prédilection pour les Allemands, aurait mieux feit d*épouser un prince de sa nation, par exemple le prince héréditaire de Bade-Dur- îach, qui se mit sur les rangs, mais que la princesse électorale trou- vait affecté et même ridicule. Ce mariage échoua par suite d'une circonstance assez comique qu'elle-même a racontée. Le père du prétendant, le margrave Frédéric, était venu demander pour son fils, à l'électeur Charles-Louis, la main d'Élisabeth-Charlotte. Mais, en même temps, il avait cru devoir, par convenance, aller aussi trouver à Cassel la femme de l'électeur, qui, séparée de son mari, s'était retirée auprès de ses parents. Il revenait de là quand les troupes du duc de Lorraine, qui avaient fait invasion au Palatinat, enlevèrent tous les chevaux dans un village. Les paysans, s^ma- ginant que cette capture avait été faite uniquement pour fournir des chevaux de poste au margrave et à sa suite, se rassemblent armés de gourdUis et tombent sur le vieux margrave et ses gens, qu'ils assomment presque à coups de bâton. Furieux, le margrave rompit le mariage, car il crut que c'était une affaire arrangée d^avance par l'électeur, pour le punir d'être allé à Cassel demander le consente- ment de la mère. Mais il était écrit que Madame viendrait en France et qu'elle aurait l'honneur, dont elle se serait volontiers passée, disait-elle plus tard, d^entrer dans la famille de Louis *XIV. Ce que fut cette union si mal assortie, conclue le 46 novembre 4674, on le sait par les lettres andennes de Madame. De ce mariage naquirent une fille, mariée plus tard au duc de Lor- raine (elle entre, à propos de ce mariage, dans de singuliers détails d'alcôve), et un fils, qui fut dans la suite le régenta On ne devait pas s'attendre à des révélations bien piquantes à Tégard de ce dernier, attendu que sa mère avait, dans les correspondances déjà publiées, 1 . Nous ne parlons pas d'nn autre fils qui mourut à l'Age de trois ans. Rbv. Histor. LVI. !•' fasc. 5 66 wfLAIfGES ET OOGUKENTS. dit tout ce qu'on pouvait dire sur son compte; d'ailleurs les lettres actuelles s'arrêtent à l'année HH (45 juin). Mais on pouvait au moins espérer qu'elle aurait été plus communicative sur certsdns points particuliers, par exemple sur le mariage de ce fils avec une fille naturelle de Louis XIV, Tune de celles qui étaient, ainsi qu'elle disait, c le fruit d'un double adultère. » Or, son récit est bien sec et bien pâle à côté de celui de Saint-Simon, qui a fait de cet épisode un récit inoubliable. Voici simplement ce qu'elle écrit à sa tante le lendemain de son entrevue avec le roi : Versailles, 10 janvier 1692. — J'ai les yeux si gros et si gonflés qu'à peine puis-je y voir, attendu que j'ai vraiment fait la folie de pleurer toute la nuit; cependant, je ne veux pas laisser passer la poste du ven- dredi^ sans vous informer de ce qui m'est arrivé hier de désagréable, à quoi j'étois loin de m 'attendre. A trois heures et demie, Monsieur est entré chez moi et m'a dit : a Madame, j'ay une commission pour vous de la part du roy qui ne vous sera pas trop agréable, et vous devez luy rendre responce à ce soir vous-mesme, c'est que le roy vous mande que, luy et moy et mon fils estant d'accord du mariage de M^i« de Blols avec mon fils, que vous ne serés pas la lâche^ qui vous y opposerés. » Je vous laisse à penser quelle a été ma consternation et ma tristesse. Le soir, à huit heures, le roi m'a fait venir dans son cabinet et m'a demandé si Monsieur m'avoit fait la proposition et ce que j'en pensois. « Quand V. M. et Monsieur me parlerés en maistre, comme vous faittes, je ne puis qu'obéir, » répondis-je, car je me souviens de ce que vous m'avez écrit naguère par Harling sur ce sujet, que, si Ton vouloit à toute force ce mariage, je devois m'y soumettre. C'est maintenant une chose faite. Hier, le roi et toute la cour sont venus dans ma chambre pour me complimenter sur ce bel événement, et je n'ai pas voulu attendre plus longtemps pour vous informer, j'allois dire de mon malheur. La tête me fait si mal que je ne puis rien ajouter, sinon que je suis et res- terai jusqu'à la mort... Et, comme sa tante lui avait sans doute fait des observations au sujet de son attitude en cette circonstance et des scènes qu^elle avait provoquées, elle répond, le 2^ février : On vous a mal renseignée en vous disant que je me suis conduite comme une enfant à propos du mariage. Je ne suis plus d'âge à tenir une conduite puérile ^. 1. C'était habitaellement le jeudi que Madame écrivait à sa tante; elle lai écrivait aussi le dimanche. 2. M. Jœglé, qui a donné pour la première fois cette lettre presque entière, traduite sur l'original, met ici c la seale » au lieu de c la l&che. » 3. £m. Jœglé, 2* édit., 1,91. IVOUYELLES LBTTBBS BB LA PEIIIGBSSB PAUTIflE. 67 Du soufflet, de ce fameux soufflet qu^elle appliqua sur la joue du duc de Chartres, quand ce dernier, le jour suivant, s'approcha d'elle pour lui baiser la main à son ordinaire, pas un mot dans les lettres actuelles! Et pourtant Saint-Simon est bien formel : ce ... M. son fils s'aïqprocha d'elle, comme il faisoit tous les jours, pour lui baiser la main. En ce moment, Madame lui appliqua un soufflet si sonore qu'il fut entendu de quelques pas, et qui, en présence de toute la cour, couvrit de confusion ce pauvre prince et combla les infinis spectateurs, dont fétois, d'un prodigieux étonnement. » Faudra-t-il ne plus croire à Texistence de ce soufflet devenu légendaire, et que Saint-Simon a immortalisé, surtout si, à l'argument tiré du silence qu'on remarque à ce sujet dans la correspondance actuelle, nous joi- gnons le témoignage suivant d'une des lettres de Madame, non pas à sa tante, mais à la raugrave Louise, lettre à laquelle la critique n'avait encore prêté aucune attention : De ma vie, je n'ai donné un soufflet à mon fils... (Versailles, 45 février 4740)^ En écrivant cette phrase, avait-elle oublié son mouvement d'impatience ou plutôt d'indignation de l'an 4692? Alors, ce serait simplement un manque de mémoire comme il devait lui en arriver souvent, avec sa manière d^écrire au milieu du bruit et des conversations qui allaient leur train autour d'elle ; il est pourtant difficile d'admettre qu'elle ait pu oublier un fait aussi particulier. Si c'est, au contraire, de parti pris, ce serait plus grave, car alors son renom de franchise et de sincérité serait singulièrement compromis. En revanche, sur la manière déjuger le mariage qu'on avait imposé à son fils, elle ne varie point : Paris, il mai 1692. — Si, jeudi dernier, je n'avois pas dû aller à Versailles, de là retourner à Saint-Gloud, et si, le soir, je n'étois pas revenue ici à Paris, je n'eusse pas manqué de répondre par le dernier ordinaire à voire gracieuse lettre. Maintenant, je suis en pleine solitude, car tout le monde est parti d'hier 3. J'appelle la raison à mon secours et cherche à m'accommoder au temps ; mais cela est plus ou moins facile, selon l'état de la rate. Il me semble que je n*ai pas lieu de me chagriner beaucoup de n'avoir pas été emmenée. A cette exclusion, il n'y a pas d'autres causes que les deux suivantes : Monsieur ménage volontiers son argent, et puis la vieille ordure qui est auprès du roi ^ me déteste parce que je ne suis ni hypocrite ni cafarde^. Aussi a-t-elle empêché le roi de me donner ce qui étoit nécessaire pour le voyage; et, 1. Ern. Jœglé, 2*édit./]], 114. 2. Pour le voyage de Flandre, dont Madame n'était pas, comme on va le voir. 3. M"* de Maintenon. 4. Ici, elle invente un mot, le verbe hypocriser (bipocrisiren). 68 MiLANGBS ET DOGUUBNTS. le seul prétexte qu'on puisse alléguer pour ma disgrâce, c'est qae je n'ai pas vu d'un bon œil qu'on ait ensorcelé mon fils pour faire un mariage infâme. Je n'en rougis pas, bien au contraire. J'avoue que, s'il eût été en mon pouvoir de l'empôcher, je l'aurois fait certainement; donc cette disgrâce me convient mieux qu'elle ne me déplaît. Paris, 20 juillet 1692. — Si le grand homme ^ veut qu'on prenne ses ordures pour de l'encens, au moins devroit-il nous donner des encen- soirs d'or afin de les contenir. Oui, j'ai été contraire au mariage de mon fils, je n'en rougis point, et j'aime mieux vivre dans la disgrâce du loi sans a lâcheté t que si j'avois à me reprocher d'avoir consenti à quelque chose d' a infâme t par a flatterie » et de mon plein gré. Gela, je ne pourrois me le pardonner ; mon cœur allemand et le sang qui bouillonne toujours en moi après vingt années de séjour en France se révolteroient éternellement là-contre... Au bout de vingt années passées à la cour de Versailles, elle était en effet, pour les sentiments, comme pour les manières, restée aussi allemande que le premier jour. Guillaume Dbpping. (Sera continué.) LE NABAB RENE MADEC (4736-^784) ET LA CESSION A LOUIS XVI DU DELTA DE LINDUS. (Suite,) m. Depuis 4777, les documents témoignent d'une louable application, au ministère, à s^enquérir de la situation de l'Inde, et des ressources offertes par cette dernière à notre action diplomatique et militaire. Voilà du nouveau. Nous ne sommes plus aux temps de Tancien ministre de Boynes, et de son digne maître Louis XV. Les papiers d^Ëtat, à répoque où nous sommes maintenant, témoignent du chan- gement qui s'est opéré à Tavènement du nouveau roi. Ils contiennent mémoires sur mémoires relatifs aux choses de l'Hindoustan. 1. Louis XIV. LB NABAB RBNlf MAOEC. 69 Od a présent à Tespril celui qui concerne Y affaire secrète^ et les pro- positions de Madec touchant Tata-Bakar. La conséquence de cette pièce fut renvoi à Madec de M. de Hontigny, chargé de renseigner de visu la cour, et de faire le nécessaire. M. de Montigny, après une trayersée mouvementée dont la trace est facile à suivre dans les papiers du ministère, débarqua dans Tlnde au printemps de ^78, quelque temps après l'arrivée de Madec à Pondichéry. Grand flit son désappointement d^apprendre, comme première nouvelle, le départ, déjà vieux d'une dizaine de mois, de Madec pour notre chef-lieu. Page 39 du volume précité, une lettre du 22 juin 4778 dit que le ministre envoie des choses de la dernière conséquence à Madec. M. de Montigny continue en priant le commandant de l'ancien corps Madec d^avoir la bonté d'envoyer à Serende (dépendance de Lahore) t rofiQcier qu'il jugera le plus avoir la confiance de M. Madec, pour raisonner ensemble sur les objets qui l'intéressent. » Le 25 août 4778, Montigny écrit d^Âgra à M. de Bellecombe une lettre qui n'a jamais dû parvem'r : Pondichéry allait capituler le 4 7 octobre. Dans le brouillon de cette lettre (aux Colonies), Montigny explique au gouverneur qu'il déplore le départ de Madec, avec qui il devait conférer « sur l'objet d'un mémoire qu'il avait envoyé à la cour, et prendre des arrangements en conséquence. » M. de Monti- gny ajoute qu'il était chargé de tirer au clair l'affaire de Tata, mais que, « d'après des renseignements certains pris auprès d'un homme du pays, ce projet lui paraissait inconséquent. » Timour-Obah, prince du Gandahar, a enlevé cette ville sur Tlndus, ainsi que tout le pays que ce fleuve arrose, depuis environ trente ans. U y jouit d*un pouvoir absolu. Cent cinquante mille hommes de troupes persanes qu*il a à sa solde, c'est-à-dire les meilleures troupes de TAsie, défendent ce démembrement de Tempire mogol. Ainsi s'exprime une note sur la lettre conservée au ministère. Cette note fait connaître que, M. de Bellecombe ayant chargé Visage de traiter avec Nagef-Kban, une convention, un peu modifiée par Che- valier, était intervenue entre ceux-ci. La note continue disant que Montigny a décacheté devant Visage la lettre adressée à Madec absent, pour voir si les instructions de Versailles cadraient avec le traité passé entre Nagef-Rhan et le représentant et successeur de Madec. Nagef-Khan^ reçut Montigny en audience le 8 août. Montigny lui exposa que le ministère renvoyait conférer avec Madec sur l'objet de son mémoire, et fit connaître à Nagef-Rhan qu'on allait faire pas- ser un corps royal en Asie. A cette affirmation, le nabab répondit qu'il était prêt à attaquer les Anglais avec son armée, montant à 1. Archives des Colonies, vol. 141, C*. 70 wfLANGES ET DOGUMEIfTS. 450,000 hommes, aussitôt qu'on lui aurait envoyé 7 à 800 Fran- çais ^ Page 42, le même volume contient une lettre du 21 août 1778 que Montigny envoie d'Âgra à Madec ; mais une note attenante nous fait connaître qu'elle ne fut jamais remise au destinataire, le port^ir ayant eu le a cou coupé. » Monsieur, je ne puis que vous témoigner mes regrets sur votre prompte retraite à Pondichéry, dans un temps où vous touchiez à la veille d'éprouver les bontés du ministre et les grâces du roi. Les ordres ministériels dont j'étais chargé de vous faire part, et particulièrement une lettre de M. de Sartines, vous eussent confirmé tout ce que j'ai eu l'honneur de vous annoncer. Mais l'abandon d*un parti, auquel votre réputation donnait de l'éclat, peut changer complètement la face des choses. Je crois qu'il n'y a que votre retour qui puisse faire revivre tout ce que vous aviez à vous promettre des assurances positives du ministre concernant votre avancement militaire. Je puis vous assurer que le prince (l'empereur) vous reverrait avec plaisir. Quant à moi. Monsieur, je ne puis vous exprimer la joie que j'aurais à en traiter avec vous. Voyez M. de Bellecombe : le général vous fera part d'une lettre qui vous mettra au fait de ce que je ne puis vous détailler ici. Madec était en garde de revenir, au moment où Montigny lui écri- vait de la sorte, pour bien des raisons. À supposer même que la lettre lui fût parvenue, et qu'il eût pu matériellement percer les lignes anglaises pour retourner en haut, suivant l'expression des docu- ments, il lui eût fallu Tautorisation de M. de Bellecombe d*abord, et ensuite il eût eu à prendre sur lui d'abandonner la défense active de la place, dont il était Tâme au dehors. En ces circonstances, Monti- gny agit sagement, restant sans réponse de Madec, de se rabattre auprès des princes indiens^ ainsi qu'il en donne avis, le ^ 2 juin \ 779, à M. Beaudouin^. Quand Madec rentrera en France, ce sera un M. Beaudouin qui sera désigné par le roi pour lui remettre la croix de Saint-Louis. La lettre de Montigny est évidemment, ainsi que son contexte le donne à entendre, adressée à un militaire ; je m^imagine que le correspondant de ce dernier sera précisément la personne qui procédera à la réception de Madec dans les ordres du roi. Dans sa lettre à Beaudouin, Montigny répète que a le projet sur Tata est le plus sot qui ait jamais été présenté à l'administration, b Nous allons voir, dans quelques instants, ce qu'il faut penser de cette affirmation. Montigny fait ici porter à Madec la déception de sa mission manquée, et nous édifle une fois de plus sur le proverbe : « Que les absents ont toujours tort. » 1. Je me demande s'il ne faudrait pas rectifier ces chiffres, bien faibles sui- vant les vraisemblances^ et lire : 7 à 8,000 hommes. 2. Loco dtaio. LB lUBAB RBN< MiDEG. 74 Proyisoirement, Tavis des Anglais semblerait avoir été fort diSé- rent de celui de Montigny. En effet, Anquetîl, consul à Surate, rap- porte^ qu'un M. de Moncrif avait été envoyé à Montigny par la cour de France porteur d^une mission secrète ; que les Anglais avaient fouillé les malles de Moncrif lors de son arrivée à Bombay, et y avaient pris une lettre qui avait causé dans le gouvernement une activité fébrile et mis tout le monde officiel dans le plus complet bouleversement. Ferais-je une supposition hasardeuse en disant que la dépêche capturée contenait l'annonce de l'envoi des secours à la côte malabare, en d'autres termes, l'avis que le gouvernement adop- tait le projet de Tata? Évidemment non; à défaut des documents qui me manquent sur ce point, je crois, avec les vraisemblances, que Moncnf apportait la nouvelle d'une attaque vers Bombay. Et j'ajoute que si, contrairement à nos intérêts, l'expédition fut plus tard envoyée à la côte de Goromandel, ce résultat paraît dû aux rapports de Mon- tigny, rapports dont nous allons dans quelques instants examiner la valeur. Il serait d'ailleurs à souhaiter qu'un chercheur plus heu- reux que moi arrivât à éclairer ce point. Je n'ai pu réussir à le faire même avec les documents anglais [Maratta Séries) de Bombay publiés par M. Forrest, le célèbre archiviste en chef du gouvernement impé- rial de Calcutta. Cependant, les papiers édités par lui semblent indi- quer que mes inductions ci-dessus sont exactes. Pour prononcer notre jugement sur l'affaire de Tata, nous allons parcourir rapidement les documents du temps. Commençons par un double rapport anonyme, portant la mention c présenté à M. de Sartines le 4 juin 4 777 » qui existe au fonds Madec, Premier projet. — On expose qu'Assef-Dowlah est excédé des agissements des Anglais, qui lui imposent l'entretien d'une de leurs brigades au prix de 40 lakbs de roupies par an, et lui ont enlevé (ou peu s'en faut) les provinces de Bénarès, Allah-Ahbad, et une partie de celle de Fez-Abad. Ils l'ont forcé à chasser Gentil, et ont fait empoi- sonner Sudjah-Dowlah, son père*. Us l'ont obligé à mettre à la tête de trente- huit bataillons de ses troupes trois officiers anglais par bataillon et à chasser, outre Gentil, quatre-vingts officiers Arançais. On continue en disant que le vrai moyen de se débarrasser des Anglais serait d'amener une entente entre l'empereur et Assef-Dow- lab. Le premier ferait semblant de déclarer la guerre au second. Comme il n'y a que 600 Anglais dans la brigade de la Compagnie au service d'Assef-Dowlah, rien ne serait plus facile, les deux armées 1. Iako ciUUo. 2. Accusation inexacte d'après le rapport de Visage^ chimrgien dn défunt : voir Modaye. 72 wfLAirGBS ET DOCUMENTS. étant en présence, que de désarmer ceux-ci sous menace de mort. L^empereur et le nabab prendraient alors à leur service, en augmen- tant leur solde, les noirs de la première brigade, et leurs armées ainsi renforcées tomberaient d*abord sur la brigade de Patna, ensuite sur celle de Bahrampour, et finalement sur celle de Gassimbazar. Les bégoums de Sudjah-Dowlah, maîtresses de trésors immenses, en sacrifieraient une partie pour venger le défunt ; Cassem- Ali-Khan, nabab détrôné du Bengale, en ferait autant. Pour dédder cette explo- sion parmi les princes indigènes, il faudrait dix mille hommes et, en plus, six vaisseaux destinés à assiéger Calcutta. On s'engagerait à restituer leurs pays aux seigneurs indigènes et à laisser près d'eux le corps expéditionnaire pour les protéger des retours offensif des Anglais. Les deux nababs firançais du Mogol, Madec et Sombre, a qui se sont distingués par une valeur incroyable et sont Tappui et le soutien de l'empire, » seraient entièrement dévoués à faire mettre le projet à exécution. On les nommerait, pour commencer, colonds et chevaliers de Saint-Louis. On agirait de même au Goromandel avec Lallée, chef du parti français de Nizam-Ali. On prendrait pour gêné- rai en chef Bussi, dont la gloire est toujours vivante dans Plnde. Le convoi ne serait pas plus d'un an à la charge de la France : depuis le départ jusqu'à la prise de Calcutta. Deuxième projet * . — L'auteurdu mémoire demandequ'on débarque à Pondichéry i ,000 fantassins et 600 cavaliers français pour renfor- cer le corps de Madec ; il se charge de les conduire par terre à Delhi, où l'empereur les prendra à sa solde. Jusqu'à ce moment, leur trans- port par mer et par terre ne coûterait pas 250,000 livres. Or, on gagnerait sur la solde du corps entier précisément cette somme-là par an, en comptant chaque fontassin vingt-cinq roupies par mois à l'empereur et chaque cavalier trente-cinq, alors qu'on ne donnerait à ces militaires que vingt et trente roupies, respectivement. Resteraient la solde de traversée, le convoi par terre et par mer. Pour y faire face, on n'aurait qu'à envoyer en France 500,000 livres empruntées à la caisse des fortifications de Pondichéry, et à y retourner pour la même somme d'achats de plomb, vin, fer, cuivre, etc., toutes marchandises qui donnent net, dans llnde, plus de 50 Vo de bénéfice. Par cet artifice, on couvrirait encore cette dépense. A remarquer qu'en cas de guerre, si on levait un corps de 40,000 cipayes seulement, on les compterait dix roupies par mois à Pempereur, alors qu'on ne les paie (jue neuf, d'où, nouveau bénéfice, applicable aux fortifications de Pondichéry. Les officiers, payés de 200 à 500 roupies par mois (sous déduction d'une retenue analogue à celle qu'on ferait sur les soldats), l. Annexe da précédent. V LE NABAB RENÉ MADEG. 73 seraient au nombre de cinquante, ce qui permettrait à la cour d^exercer autant de grâces fort appréciées. Pour conclure, les partis de MM. Madec et Sombre, ainsi renforcés, seraient en état de balancer les troupes des Anglais, et ne coûteraient rien à la France. Dans le fonds Madec, je trouve encore un autre rapport sur un projet d^attaque contre les Anglais dans llnde. Ce projet, nous en reparlerons plus tard, car il est postérieur au retour de Madec en France. Vers cette époque, le général avait, à un moment donné, demandé à servir à nouveau dans THindoustan, où nous allions envoyer trop tard une expédition, et où la guerre durait toujours. Madec, arrêté par la maladie qui devait, après un court répit, l'emporter (4784), avait présenté une requête pour repartir. Cette requête avait été accueillie, mais Madec avait été contraint, par sa santés à renoncer à son bénéflce-, puis la paix était survenue. Le rapport dont je parle maintenant, et qu'une apostille d'une main inconnue attribue à Lally, le neveu, est postérieur au traité de Versailles. Il se livre d'abord à de longues considérations sur la puissance, etc., des Anglais; puis, arrivant à la partie technique du projet, désigne Madec comme Tunique militaire capable, par son expérience locale, sa possession des langues du pays, sa connaissance des souverains, d'assurer le succès d'une expédition envoyée au Mogol par la cote de Malabar. Dans ce dernier projet, il n'est plus question de Tata, et on doit s'ar- ranger de manière à ne pas amener, actuellement, de rupture avec l'Angleterre. Madec et son corps seront près de Tempereur, dans les conditions où les Hessois étaient aux États-Unis. Ce corps, recruté à rUe de France, ne devrait compter que mille blancs ; Madec choisi- rait les ofQders. Il serait accompagné de douze pièces de 42 appro- visionnées à deux cents coups par pièce. Des Des, on enverrait un aviso au commandant de Mahé pour faire préparer le débarquement; la troupe partirait aussitôt sur Delhi, pour se mettre aux ordres et à la solde de Tempereur. On enrôlerait tous les Français errant dans THindoustan pour fortiûer le corps ; puis, après avoir discipliné, en y mettant au besoin plusieurs années, Tarmée de l'empereur, on sou- lèverait contre les Anglais les nababs du bas Gange^ qui, joints aux troupes du Mogol, seraient en état de reprendre à la Compagnie le cours du fleuve, moins Calcutta. Enlever cette dernière ville serait l'objet d'une guerre ouverte entre la France et l'Angleterre, etc. C'est, on le voit, le projet Madec, moins l'établissement de Tata. La dernière opinion que j'aie à présenter à ce sujet est celle de Law de Lauriston, mais je ne puis le faire que de mémoire, ayant perdu la copie de son rapport, copie par moi levée aux Archives de Pondichéry. Cette opinion est défavorable, mais, il m'en souvient, très faiblement moUvée. 74 MiUNGBS ET DOGUMSUTS. Ceci exposé, nous allons examiner successivement les placée et conclure. Tout d'abord, il ne faut pas oublier, ici, que nous sommes à la fin du xYiii' siècle, et qu'on chercherait vainement alors, en France, un homme pour contester la nécessité d'un établissement dans Plnde, suffisant pour alimenter le commerce du royaume. Or, tous les points que nous occupions sous Louis XVI dans THindoustan étaient, soit dans la sphère d'action anglaise, et, par conséquent, en état de blo- cus (Chandernagor, Patna, Dacca, etc.) , soit dans une zone manifeste- ment exposée à la conquête anglaise ultérieure, ce qui revient au cas précédent (Mahé, Galicut, etc.), soit enfln dans une zone où, des alliés à nous, tels que Hayder-Àli, occupant ce qu'on appelle aujour- d'hui le hinterland, nous ne pouvions nous étendre qu'aux dépens de nos amis : tel était, par exemple, le cas de Pondichéry. Tout autre était la position de Tata. D'abord, au lieu d'être, comme Pondichéry, sur un fleuve côtier inutilisable, Tata occupait les bouches d'un des plus beaux systèmes hydrographiques de l'Asie : circonstance majeure, capitale en tous les temps, mais encore plus il y a un siècle, époque où pas une route n'existait dans THindous- tan. Il est évident qu'une fois établis dans le soubah de Tata, nous eussions remonté le cours d'eau jusqu'à la vallée de Gachemyr ; bien peu de conquérants, en effet, flxés aux bouches d'un fleuve, s'y can- tonnent; ils en sortent fatalement un jour, soit par ce sentiment que les Anglais appellent t la faim de la terre » (land'hunger)^ soit pour couper court, ultérieurement, aux attaques ou au blocus des maîtres des sources. Or, dans le cas que nous envisageons, le hinter^ land du Sindh n'était alors plus occupé, sur aucun de ses points, par l'empereur, notre allié : c'était le domaine des Afghans, et des rebelles qui l'avaient dépouillé. Loin de faire une opposition à notre occupation de ce pays, route de toutes les invasions passées (et futures) contre la vallée du Gange, vallée où la puissance impériale s'était concentrée, Ghah-AUam eût vraisemblablement été fort heureux de nous voir assumer à sa place les responsabilités de la frontière nord- ouest. Dans la conversation où il chargea Madec de proposer à Ver- sailles l'afiaire de Tata, l'empereur ne Ht pas un mystère au général de la partie de ses États dont la conservation lui était à cœur, et cette partie, c'était le cours du Gange. Ainsi donc, notre présence à Tata était, non une menace, mais une garantie pour le Mogol. La ligne de partage des eaux entre la vallée du golfe d'Oman et celle de la mer du Bengale était ime limite naturelle, mais non pas une barrière, et nous pouvions, avec la plus grande facilité, aller de l'Hindus à Delhi porter, suivant son désir, secours à l'empereur. D'autre part, une fois étabUs dans le soubah, LE NABAB BBIflf MADEG. 75 nous y étions très difflcilement attaquables aux Anglais. Les bouches de PHindus étant protégées sur les deux rives par des déserts, nos rivaux ne pouvaient nous aborder que de front : entreprise périlleuse pour eux, car, suivant le cas, nous pouvions soit recevoir des secours de Tempereur notre allié, soit nous retirer chez lui à l'abri des pour« suites dans Thypothèse d'une défaite, et de là menacer plus tard la Compagnie britannique sur le Gange ou le Sindh, à notre choix. Restait l'opposition des indigènes qui avaient conquis le Pend- jab sur le Mogol. Montigny est, nous le savons, fort effrayé des 450,000 Perses de Timour-Ghah, qui gardent sa nouvelle conquête. Évidemment, le chiffre est gros. Mais, dans l'Asie, c'est vrai depuis Xerxès et avant, il faut tenir compte moins du nombre que de l'or- ganisation des troupes indigènes. Sans aller bien loin, Madec, avec quelques blancs seulement pour discipliner un petit corps de natifs à l'européenne, a eu, à notre connaissance, plus d'une fois detus cent mille hommes sur les bras : à Delhi, à Backcher et chez les Djattes. Toute la question est donc de savoir à quel type appartenaient, en 4776, les troupes afghanes et sickhes, au type européen ou au type indigène. Or, Modave, dont la compétence militaire est indéniable, dont les renseignements sont pris sur les lieux, nous apprend que les troupes en question n'avaient point d'artillerie de campagne, qu'elles combattaient à l'arme blanche, et que leurs mouvements étaient aussi confus que ceux des autres armées natives de PHindoustan. Voilà qui tranche la question. Si Madec avait eu, le jour de la bataille de Delhi, au lieu d'une vingtaine de blancs et de quelques milliers de noirs, de trois à cinq mille Français, comment pense-t-on qu'eût tourné la journée pour les Mahrattes? Au reste, lorsqu'en 4806 Napoléon P' songera aux Indes et fera examiner la perspective d'une attaque contre elles par Rousseau, on constatera que les Sindhiens, laissés à leurs propres forces, auront accompli par leurs seuls moyens cette expulsion des Afghans, que Montigny déclare impossible aux armes du roi^ Ainsi donc, le plan de Madec était à la fois avantageux et exécu- table; il nous dotait d'un grand établissement aux Indes, était à portée de notre allié, loin de nos concurrents européens, non pas si loin, cependant, que nous ne pussions les menacer très dangereuse- ment par les Étals du Mogol, et ceci est un point capital. Gomme voies et moyens d'exécution, il fallait, non pas débarquer à Pondi- 1. Voir : Archives nationales, Secrétairerie d'État, AF, IV, 1686, pièce 11; — Archives des Affaires étrangères, Asie, Mémoires et Documents, Perse, vol. IV, p. 419 et suiv., le Dossier de Sindh; — Toir aussi Touvrage bien connu sur la Mission du général Gardanne en Perse, et les articles que M. Gaffarel publie actuellement dans la Revue géogr., sur les projets de l'empereur relaUfs à Plade. 76 M&ANGBS ET DOGUMIUTS. chéry pour traverser à pied tout le Décan et rHindoustan (notre corps expéditionnaire, du fait seul du climat, et sans prévoir d'autres difficultés, eût, dans cette hypothèse, subi des déchets considérables) ; il fallait atterrir à Mahé, ou mieux à Tata^ puis de là suivre sur Delhi, et descendre ensuite le grand fleuve. Je souligne, dans un des projets que nous avons analysés, une idée qui n'est peut-être pas inspirée par les doctrines de la cheva- lerie, mais qui est à coup sûr pratique, et décèle chez son auteur une profonde connaissance des mœurs indiennes. C^est la proposiUon d^une connivence entre Assef-Dowlah et Tempereur, le second faisant semblant de déclarer la guerre au premier, et tous deux tombant, ensuite, sur le contingent britannique d'Âssef-Dowlah d'abord, puis, successivement, sur chacune des brigades de la Compagnie. Une entreprise ainsi conduite avait toutes chances de réussite sous une seule condition : celle du secret. D existe dans nos papiers d*Ëlat» aux Colonies, divers projets d^at- laque de Calcutta; car l'expulsion des Anglais comportait deux ensembles d'opérations parfaitement distincts. D fallait, première- ment, détruire sur le haut fleuve leur puissance militaire et surtout commerciale, c'est-à-dire, réduire leurs troupes qui tenaient la cam- pagne, et brûler le pays. Il Mait ensuite prendre Calcutta ou, plus exactement, le fort Williams, immense citadelle européenne bâtie au bord de l'Hougly, en avant de la capitale, de manière à protéger celle-ci et le Bengale des incursions des flottes rivales. Le siège de cette place était une opération de poliorcétique à faire par les moyens réguliers. Madec et les souverains du pays eussent, pendant ce siège, œuvre d'une expédition formée en France, servi d'armée d'observa- tion, et eussent été chargés d'assuré le blocus de la place. Quant au siège lui-même, nos archives en contiennent plusieurs projets. Le plus détaillée edui dont les idées générales (je me garde d^apprécier les moyens techniques) me semblent les plus pratiques et les mieux combinées, est contenu dans le mémoire dont j'ai déjà parlée Le plan de Madec avait sur celui qu'on tentera d'exécuter plus tard, avec Suffiren et Bussy, un avantage considérable. Au xvm* âècle, sur mer, notre point bible était l'escadre. Notre grand marin ne s^appell»^ pas de Grasse, mais Surtout A cette époque, en effet, la marine royale n'avait pas une valeur comparable, proportions gardées, à noire flotte corsaire; mais cette dernière n'avait rien à faire dans une entreprise comme celle de l'enlèvement du BengiUe aux Anglais. Or, si au lieu de rester à tenir perpétuellement la mer, ainsi qu elle LE NABAB RBff^ HADBC. 77 va le faire, glorieusement j^en conviens, sous le bailli de Suffren, Tescadre avait remonté l'Hougly pour s'embosser vis-à-vis du fort Williams, une fois à Tancre, c'eût été la besogne de Madec, avec des Mtteries à terre, de la protéger contre les attaques de sa rivale. On la soustrayait ainsi aux chances de destruction, dans une campagne prolongée, contre un ennemi redoutable, et on réduisait les risques à courir au minimum : ceux de la traversée. Somme toute, la campagne qui va bientôt se terminer contre l'An- gleterre, en faisant perdre à cette dernière les États-Unis, aura été conçue et exécutée de manière à ne rien nous rapporter personnel- lement. Aux Indes, on agira tardivement, et on se contentera de la clause du statu quo ante hélium^ en abandonnant Tippou-Sahib, ainsi que nos corps francs répandus chez les princes. En Amérique où, malgré toutes les influences, nous pouvions souverainement faire la loi de notre intervention, au lieu d^aller débarquer nos troupes dans notre ancienne colonie du Canada et de reconquérir cette dernière, comme nous devions manifestement tendre à le faire, nous nous déclarerons satisfaits avec un simple secours donné aux rebelles et avec Taffranchissement de ces derniers. Cette politique, dont le désin- téressement était renouvelé de celui de Louis XV après Fontenoy, n'avait qu^un défaut : imposer à la nation de payer sa gloire^ comme on dira plus tard. Or, la gloire sans résultats tangibles, sans com- pensations matérielles des sacrifices demandés au pays, n'est pas suffisante. En tout cas, elle n'empêchera point la monarchie de mourir en pleine apothéose militaire, au bruit des triomphes de Lafayette et de Sufifren. Si on s'était décidé à intervenir à Delhi, au lieu de porter nos coups sur Goudelour, on a vu que nous avions les plus grandes chances d'arriver à bout du plan si bien dressé par Madec. H est assez curieux de se représenter les conséquences ultérieures de notre occupation de la vallée du Sindh. Séparés des Anglais, qui eussent monopolisé le Décan, par le Mogol restauré au Bengale, nous eussions (à supposer que l'édifice élevé trente ans plus tôt ait survécu à la crise impé- riale) été désormais rivés à l'alliance anglaise, dès le moment où la Russie aurait commencé sa marche vers Test. Tant que cette dernière aurait été occupée en Europe, Français et Anglais auraient pu continuer l'ancienne tradition de leurs rivalités et de leurs jalou- sies. Mais, à la première avance sérieuse des Russes sur le Centre- Asie, le sentiment du danger commun eût forcément rapproché toutes les puissances maîtresses des Indes, car, en face d'un adversaire de cette taille, la division, c'était la perte de tous. Si le plan de Madec avait réussi, c'en était fait pour Tavenir de Palliance russe. 78 Hâ.Âll6BS IT DOCUMBlfTS. IV. J^ai terminé Pexposé de TafiTaire de Tata et Texamen de ses consé- quences politiques. Je vais reprendre maintenant la suite des opéitu tions militaires et autres de Madec, après la bataille de Fatebpour. Le 40 octobre 4775, Madec écrivait à Chevalier (fonds Madeé) qu'il avait perdu, le 29 juillet précédent, une bataille complète contre les Rohillas; que ceux-ci lui avaient tué MM. Vincent, Barrouet, Onnée, Berville, La Martinière-, qu'ils lui avaient pris ses canons, son bagage et son camp. Il ajoutait qu'à la date de sa lettre son parc d'artillerie était reconstitué, ses troupes remises sur pied (au grand étonne* ment de ceux qui publiaient que ce désastre était irréparable), et qu'il avait reparu à la cour. Ce qui sauva Madec, c^est que les vainqueurs abandonnèrent, comme nous l'avons déjà vu bien des fois, la pour- suite de leurs avantages pour piller les bagages de Pennemi. Le len- demain du désastre, Madec était dans Agra. Six jours plus tard, il en ressortait avec deux bataillons bien rétablis, réoccupait Fatebpour et son jaghir (qui d'ailleurs n'avait pas bougé), puis de là ramenait son contingent à Nagef-Rhan, le généralissime de l'empereur. Ce dernier laissa voir à Madec un changement d'attitude qui ne fiit pas du goût de notre Breton. Il faut lire dans Modave comment un jouo AU dorbar (conseil), Nagef-Khan, s'étant risqué à des propos malsonnants, fut reçu par Madec. Celui-ci lui fit une scène telle que Modave le vit au point d*être égorgé par les assistants, qui dégainèrent et sortirent leurs pistolets sur lui. A force de sang-froid, Madec en imposa à tout le monde et sortit sain et sauf du dorbar. Il n'en fal- lait pas moins pour replacer le général sur le pied où nous l'avons toujours vu, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Au reste, la leçon porta. Modave, qui va se brouiller avec Madec et que l'esprit de passion commence à aveugler, est assez mal inspiré pour blâmer ce trait de vigueur du général. Cependant, lui-même, Modave, raconte quelques lignes plus bas un guet-apens qui lui fut tendu quelque temps après, à lui et à Madec, et où tous deux faillirenl périr. Il continue son récit, nous montrant Nagef-Khan, insolent et nar- quois la veille, leur donnant à tous les deux, dans cette critique cir- constance, aide et protection. Nul doute, cependant, sur la cause du revirement dans la conduite de celui-ci : cette cause n'est autre que l'attitude énergique de Madec. Reprenons maintenant le récit des opérations militaires contre les Djattes. Nous sommes dans les derniers mois de 4 775. L'armée de l'empereur, occupée au siège de Dig, n'avance que lentement dans ses entreprises ; il est dû dix mois de solde aux troupes, et ces der- LB HAIAB EBlrf HIDBC. 79 nières n^attaquent que mollement. Dans la place, les Rohillas, vain- queurs de Madec à Fatehpour, sont allés rejoindre les Djattes. Grâce à ce secours, ceux-ci sont donc numériquement très forts. Mais les Djattes sont divisés entre eux; les deux partis que nous connaissons dans leur nation se font la guerre à l'intérieur de la ville. Et, comme si cette cause d^affaiblissement ne suffisait pas, Modave, Thistorien de ce siège^ nous raconte que les Djattes se prirent de querelle avec les Rohillas et finirent par chasser ces derniers de la ville^ en leur reprenant toutefois le butin fkit sur Madec. Après le départ des Rohillas^ Nagef-Khan réussit à affamer les assiégés. Mais il ne put empêcher oeux-d de lui échapper en masse par la fuite et de le pri- ver ainsi de la plus grande partie des ressources que lui eût procu- rées le sac de la ville ou une capitulation régulière imposée à ses défenseurs. Ces opérations retinrent Madec et Modave à Tannée impériale jusque vers le milieu de Tannée 4 776. Pendant ce temps-là, Aumont surveillait les terres et la portion centrale du corps de Madec. Par sa correspondance, qui existe, nous le savons, au fonds Madec^ nous voyons tous les détails de l'administration civile et militaire d'un jaghir mogol au xyiii* siècle. L'administration civile se résume en deux choses : protéger les cultivateurs contre les exactions du dehors ou du dedans, faire rentrer les loyers dus par les gros fermiers ou gémidars. Les lettres d' Aumont sont pleines d'imprécations et de plaintes contre ces derniers, toujours à Taffût d'un prétexte pour payer le moins possible ou même pour ne pas payer du tout. Le jaghir de Madec produisait nominalement trois lakhs; mais, cette année 4 776, la récolte fût détestable, et il n'en resta peut-être pas la moitié dans les coffres d' Aumont. Gomme il avait à sustenter le corps de MadeC; qui était en campagne, il dut laisser le Dépôt plusieurs mois sans solde. Il sentait parfaitement, avec une troupe mercenaire, le péril de cette situation. Dans une de ses lettres à Madec, je le vois supplier ce dernier d'envoyer aux gémidars « une lettre comme il en écrit quelquefois, qui donne la fièvre de peur et le cours de ventre. » — Je ne sais ce qu'en fit Madec ; mais, le 25 février ^76, la portion extraie était en pleine révolte à Bari, pendant que les détachements de marche étaient au siège de Dig, sous Nagef-Khan, avec Madec. Aumont envoya à son général un petit billet d'appel que je retrouve au fonds Madec^ priant celui-ci d'accourir coûte que coûte. Mais Madec n'eut pas, cette fols, le loisir de quitter l'armée, comme il l'avait eu déjà au moment de Fatehpour. — Aumont dut donc se tirer d'afikire comme il put; il lui fallut, pour cela, beaucoup de sang-froid et de rhétorique, car il avait peu d'argent. La situation était d'autant plus difficile que la mutinerie avait des blancs pour 80 MiLANGBS ET OOCOKEIITS. instigateurs. Enfin, après un mois de désordre, les troupes reçurent quelques acomptes et reprirent peu à peu le service. Ce qui avait accru considérablement les difficultés financières de Madec, c'était qu'il venait de prendre à sa solde presque tous les Français dernièrement chassés, à l'instigation des Anglais, par le fils de Sudjah-Dowlah. Il faut lire à ce sujet les représentations que lui fait Âumont. Ce dernier déclare que, s'il s'obstine à conserva un pareil contingent de « hautes-payes, i» la situation deviendra bien- tôt irrémédiable. Madec fut donc, en ces dures circonstances, obligé de licencier une partie non seulement de ses officiers, mais de ses hommes de troupe indigènes. Hodave profite de la circonstance pour lancer contre Madec une insinuation calomnieuse dont tout fait jus- tice : les papiers d'Aumont aussi bien que le récit de Modave lui- même. N'est-ce pas ce dernier, en effet, qui vient de nous représen- ter Nagef-Khan devant dix mois de solde à ses troupes, au siège de Dig? SMl en est ainsi, Nagef-Khan était dans l'impossibilité de rien verser à la caisse de Madec. Celle-ci n'étant pas alimentée davantage par les revenus du jaghir, comment eût fait Madec pour conserver ses hautes-payes? Les événements jusqu'à ce jour nous ont montré que, bien différent en cela des autres partisans dans l'Inde dont Her- bert Gompton s'est fait récemment l'historien, Madec n'était pas un homme d'argent; tout au contraire. Nous l'avons vu se ruiner pour entrer dans les vues patriotiques de Chevalier; et quand, prochaine- ment, il reviendra en Bretagne, ce ne sera pour y rapporter qu^une faible partie de son ancienne fortune. Il existe dans ses papiers une pétition au roi, postérieure à son retour, où il fait valoir la modicité relative de son avoir pour redemander du service. A son départ de rinde, il n'avait pas le quart de ce qu'il avait en quittant le service des Djattes. Je vois par les papiers d'Aumont que c'est le 20 juin 4 776 que Modave rompit avec Madec. U fut bientôt imité par un officier fort brave d'ailleurs, qui se retrouvera avec Madec au siège de Pondichéry, le chevalier de Cressy. Ce dernier, comme Modave, quitta Madec pour une question d^argent. Modave mourut à Mazulipatam en décembre 4777 sans avoir eu le temps, à supposer qu^il en ait eu la volonté, de faire trancher par la justice son différend avec Madec. Mais le temps ne manqua point à Cressy, qui attaqua Madec au civil, dès quUl se fut rencontré avec lui dans les états du roi. Par arrêt du conseil supé- rieur de Pondichéry, faisant fonction de parlement dans la colonie, en date à Pondichéry du 44 mars 4778, arrêt dont l'expédition authen- tique et en forme existe au fonds Madec^ Cressy, qui demandait à Madec 4 ,750 roupies pour complément de vingt-cinq mois de paye, a été débouté de sa demande et renvoyé à se pourvoir par-devant le V LE NIBAB Rmi MADEG. 84 nabab Nagef-Khan. La prétention de Modave, autant qu'on en peut juger par ses dires, était analogue. Je ninsiste pas sur ces détails, dont rintérêt historique est nul; néanmoins, il était à propos d'éclai- rer le lecteur sur le revirement de Modave vis-à-vis de Madec. A la fin de 4776, la position pécuniaire de Madec était intenable chez l'empereur. Modave raconte qu'alors Nagef-Rhan augmenta Madec de 44,000 roupies; mais nous venons de voir quelle était la détresse d'argent où se trouvait le généralissime de l'empereur durant le siège de Dig; ce simple rapprochement entre deux parties du récit de Modave, situées à quelques pages de distance, nous met en garde désormais contre son impartialité quand il parlera de Madec. Quoi quUl en soit, ce dernier vendit son parti au radjah de Gohd, comme nous l'avons vu plus haut^ et partit pour Pondichéry le 22 mai 4 777 * . Moins heureux que le corps de Sombre, qui survécut de longues années à son chef sous la direction de la célèbre begoum sa veuve, le corps de Madec se disloqua dès que la main énergique de son fon- dateur cessa de se faire sentir. Dès le 44 juin 4777, Visage, le nouveau commandant, dans une lettre dont j'ai l'autographe sous les yeux, écrit à Madec qu'il est débordé. Je ne rappelle pas au lecteur que Visage avait été désigné par Che- valier à Madec comme celui que, en sa qualité de chef de la nation au Bengale, il désirait lui voir pour successeur. Je transcris dans la lettre citée une phrase qui montre si les instructions laissées par Madec à Visage étaient conformes ou non aux désirs du commandant royal à Bengale : «... Je lui ai dit (au radjah — ou ranah — de Gohd) que vous m'aviez laissé pour commander le corps avec ordre de ne rien Caire sans son avis; que je ne pourrais le quitter sous quelque prétexte que ce soit, à moins que la guerre ne vint à se déclarer et que la nation ne me donnât des ordres^,, . » Je passe sous silence de nombreuses lettres du même fonds, où ses anciens ofQciers envoient de Gohd au général leurs meilleurs sou- venirs et leurs bons souhaits. Madec avait été précédé sur Pondichéry par un de ses fidèles lieutenants, La Sauvagère, et par Aumont. Le premier envoie, chemin faisant, à Madec une nouvelle qui dut lui bire plaisir; M. de Lallée, après avoir reçu Modave, Tavait éconduit. A la date du 4 2 octobre, M. de Bellecombe envoie un passeport pour Madec à Hayder-Abad, et, à celle du 4 9, il avise le ministre qu'il attend 1. Vers le moment où il quitta Gk>hd, yoici, d'après un état de solde émargé existant au fonds Madec, le nom de ses officiers : Aumont, Visage, Rozet, Cressy, Pillet, Pédron, Galyé, La Genetais, Autier, du Breteuil, Pluart, Brageon, Fabre, Robert. 2. ioco cttaio. Fonds Madec. RbV. HiSTOB. LVL i** FA8C. 6 82 m^laugbs st DocnutBiirs. Tarrivée du général pour lui envoyer à Versailles un rapport politique sur les Affairée d'En^Haut^ comme disent les pièces du temps ^ Les autres lettres de Visage montrent l'agonie progressive du corps de Madec. Le radjah^ hors d'état de solder troupes et officiers^ voit fondre dans sa main la petite armée du général, et il s'arrange pour ne point payer ce dernier. — Il donne bien à Visage, pour Madec, un effet de 42,000 roupies; mais Visage est pillé-, on lui prend b lettre de change avec ses effets personnels ; il attribue ceci à un guet- apens du radjah. Visage, après avoir quitté Grohd et servi sous Nagef- Khan, fut obligé par la famine d'abandonner aussi ce dernier. Peu de temps après, nous le voyons dans un nouveau rôle. Successive- ment chirurgien de Sudjah-Dowlah, diplomate pour Chevalier, puis général après Madec, une de ses lettres à celui-ci nous apprend qu'il est maintenant corsaire et qu'il écume le golfe d'Oman avec un méchant sloop et douze Européens associés, sous le commandement de M. de la Butte. « Nous avons pris un vaisseau anglais de quatre cents tonneaux. Gela raccommodera un peu nos affaires, qui étaient furieusement dérangées, » écrit-il de Goa, le 4 •' février 4 780, à Madec'. Je clos tout ceci par une citation d'une lettre datée d'Agra , le 40 mars 4788, et adressée à M""* veuve de Madec (le général mourut en 4784) : « Pauvre Rana de Gohd n'est plus; sa capitale, un endroit de désolation, réduite par les Mahrattes, et lui mort dernièrement prisonnier au fort de (ïoualior. » C'est Wendel, le jésuite qui avait marié Madec, qui s'exprime ainsi. Sa lettre en contient une autre qu'envoient à M"*"* de Madec ses frères restés dans l'Inde; Montmirel, ex-offlcier du général, et Visage sont morts. Descendons maintenant au Carnatique et voyons ce qui se passe à Pondichéry. Du 44 février 4778, jour de l'arrivée de Madec, à la déclaration de guerre, qui sera connue dans notre capitale des Indes six mois plus tard, je ne trouve la trace de celui-ci que dans deux endroits insignifiants. Il donne chez M** WuUiez, notaire, une procu- ration et gagne contre Cressy le procès dont nous avons parlé. En juillet, les bruits de rupture avec l'Angleterre prirent, à Pondichéry, une consistance telle qu'on écrivit à ce propos au Conseil de Madras. Ce dernier fit une réponse si entortillée et si captieuse que personne ne douta plus de la déclaration de guerre. Le 4 «'' août, M. de Belle- combe, le gouverneur, prit une décision autorisant Madec à prendre le titre et le rang de capitaine d'infanterie^; il avait ses vues sur notre Breton. 1. Vol. 148, G>, aux Colonies, p. 205. 2. Papiers de Madec. 3. Fonds Madec. LE NABAB RBlfi MADBC. 83 Dès les premiers indices d'hostilités, on s'était mis avec ardeur à travailler aux fortiflcaUons. Après la prise de Pondicbéry sous Lally, les Anglais avaient rasé la ville. Depuis la rétrocession, on n'avait que faiblement travaillé au rétablissement de Tenceinte. Les archives des colonies sont pleines, pendant tout Tlntervalle entre les deux guerres, de conflits à propos du plan à exécuter; à tout moment, on change d'ingénieurs et de système de fortification. Par ailleurs, la caisse du génie est en principe vide. Si donc la direction des travaux était pitoyable, de son côté, la technique de leur exécution était pire^ s'il est possible; j'ai relevé aux pièces originales des procès-verbaux de visite du gros œuvre, constatant partout des lézardes et des mal- façons graves. Au commencement de juillet, les travaux étaient si peu avancés qu'on pouvait être emporté de vive force : la courtine n'était qu^à quatre pieds au-dessus du radier du fossé, et cinq bas- tions n^étaient qu'ébauchés. On n'avait plus le temps de controverser pro et contra sur Gormontaigne et sur Yauban. Le gouverneur nomme M. Dulac ingénieur en chef; vers la mi-juillet, près de cinq mille travailleurs étaient à l'œuvre sous ses ordres; à la fin du même mois, on était à l'abri d'une insulte; l'artillerie était en position, et, le 30, les deux gouverneurs, — l'ancien, Law de Lauriston, et le nouveau, M. de Bellecombe, — couchèrent avec la garnison sur les remparts. Qu'avait-on de troupes pour les défendre, ces fortifications si éten- dues (leurs crêtes avaient un périmètre de 3,800 toises), si tiraillées dans leur plan, si gâchées dans leur exécution? 558 blancs du régi- ment de Pondicbéry, 453 canonniers, 428 cipayes, la garde bour- geoise. Puis « M. de Bellecombe fit acheter pour le compte du roi quinze chevaux, les seuls qui se trouvaient dans la colonie : il les fit monter par quinze dragons qu^il forma et mit aux ordres de H. Hadec*. » Le fonds Madec renferme, aux dates des 4 et 7 août, deux ordres de M. de Bellecombe enjoignant à Madec de faire des reconnaissances au large de la place et d'effectuer la police de ses dehors. Le 8 août, les Anglais, venus par terre de Madras^ campèrent à Périmbé, à une lieue de Pondicbéry; leur chef^ le major général Hector Munro (le vainqueur de Bockcher), somma la place. M. de Bellecombe lui fit une réponse fière et digne ; et le siège commença. Bien que je n'en fasse pas Thistoire, je suis obligé cependant de don- • 1. Mémoire imprimé, relié, aux archives de l'Inde; il est anonyme. — M. Gai- lois-Monbrnn en a on exemplaire; il en possède aussi une yariante manuscrite. — Pour le siège, yoir le toI. 152, G>, aux Colonies. Nos papiers d'État contiennent à peu près tous les renseignements de M. Gailois-Monbrun et, en outre, beau- coup de pièces originales que celui-ci n'a pas. 84 MIÎLANGES ET DOCUMENTS. ner un détail suffisant des opérations générales. On a vu dans quel pitoyable état était le corps de la place, formé de murailles mal con- çues, mal exécutées, inachevées, d^épaulements frais et non terminés. Par ailleurs, la garnison était plutôt trois fois trop fedble que deux-, la grosse artillerie faisait concevoir aux officiers des craintes sur la solidité des pièces : craintes justifiées, car, durant le siège, de nom- breux éclatements désoleront les défenseurs. La poudre et les muni- tions étaient, on ne le verra que trop, absolument insuffisantes. Le spectacle de notre détresse depuis la dernière guerre découragera les princes nos alliés, qui nous laisseront abandonnés à^nos uniques forces. Les seules conditions favorables étaient celles où nous nous trouvions sous le rapport des provisions de bouche, de Targent, — chose rare à Pondichéry depuis vingt ans, — et de la marine : notre flotte avait une légère supériorité sur l'escadre anglaise. M. de Belle- combe, commandant supérieur des forces de terre et de mer, pouvait donner des ordres à nos navires. Il donna pour instructions à Tron- jolly, leur commandant, qui avait 4,308 hommes et 468 canons sur cinq bâtiments, alors que, sur le même nombre de bâtiments, les Anglais n-avaient que 454 canons et 4 ,040 hommes, d'attaquer Fen- nemi avec la dernière vigueur. Par Fétude attentive des documents originaux et la connaissance personnelle que je possède des hommes et des choses de Tlnde, je me suis rendu un compte exact des vues générales de M. de Bellecombe sur la défense de la place. A la côte de Goromandel, la saison des pluies diluviennes de Thivernage com- mence vers la mi-octobre; il fallait donc atteindre cette date, coûte que coûte. Si on y réussissait, on devait espérer que les maladies et les boues rendraient, comme sous Dupleix, Tobstination des assié- geants impossible et les obligeraient à la retraite. Or, si Tronjolly, maître de la mer, empêchait la flotte des Anglais de communiquer avec leur armée de terre, ceux-ci, au lieu de débarquer à portée de la place leur parc de siège, étaient obligés de le traîner par terre de Madras sous Pondichéry, sans routes ni pon^5; opération qui leur faisait perdre certainement plusieurs semaines. M. de Bellecombe donna à Tronjolly tout ce qu'il voulut, notam- ment quarante milliers de poudre, et lui laissa ses efiîectifs au grand complet, ne lui demandant qu'une chose : prendre une oflensive vigoureuse comme, dans quelques années, on verra faire le bailli de Suffren. — Le 40 août, les deux escadres en vinrent aux prises sous les murs de Pondichéry ; nous fûmes plutôt vainqueurs, et la flotte anglaise se retira momentanément à Madras. Après quelque hésitation, M. de Bellecombe fit chanter un Te Deum le 44. Le 20, les navires britanniques revinrent au même lieu présenter la bataille à notre flotte. Entre-temps, disent les témoignages de Tépoque, la LB NIBIB RBNÉ MADEC. 85 conduite de TronjoIIy était devenue plus que suspecte : il venait d'em- barquer pour son compte une pacotille de poivre et de nègres; ce fait donnait lieu à des suppositions qu'on devine. — Le 20, les deux escadres manœuvrèrent en vue sans prendre contact. Le 24 , notre flotte avait disparu, allant se cacher à File de France et laissant le champ libre aux Anglais. Adieu tout espoir, dès lors, de décider les princes à une intervention quelconque ! Les Anglais débarquent traiv- quillement leur matériel et commencent leurs opérations à terre. D'après un mémoire du temps, imprimé, qui existe aux Colonies et chez M. Gallois-Monbrun, les ofBciers de TronjoUy furieux l'eussent insulté ; et, cependant, M. de Bellecombe écrivait au ministre, à la date du 5 octobre^, une lettre à la fois indignée et navrante. SHl avait pu, dit-il, prévoir la fuite de TronjoUy, il ne lui aurait laissé que les gabiers et les timoniers nécessaires pour emmener la flotte-, il aurait Mi débarquer 800 blancs (plus qu'il n'en avait à Pondichéry) et repris ses poudres. — Pendant les premiers jours, on ne put pas croire à l'abandon de la flotte. Au bout de quelque temps, il fallut bien s'avouer la vérité; on était bloqué par terre et par mer. La Saint-Louis vint sur ces entrefaites. On retrouva un reste de gaieté pourboire à la santé du roi; mais les événements s^annonçaient mal. Et d'abord les Anglais débarquèrent tranquillement leur parc de siège sans perdre de temps ; le 27 août, le bombardement de la place va commencer. Dès le principe des opérations, le mémoire imprimé et la lettre précitée de M. de Bellecombe nous montrent Madec en mouvement. C'est lui que le gouverneur envoie reconnaître la pre- mière tranchée : I0 août, après la chute sans remède de cette monarchie sur laquelle s'appuya le prêtre jusqu'au dernier jour avec une illusion fanatique, il y eut dans rOuest une commotion violente. L'émeute de Fouesnant près Quim- per (juillet 92) n'avait été qu'une tentative toute locale, une sorte de remerciement adressé au malheureux prince qui venait d'écrire au Directoire du Finistère pour réclamer l'élargissement des prêtres réfractaires, emprisonnés à Brest. Quelques gardes nationaux, un peloton de gendarmes avaient eu raison des 500 paysans soulevés par AUain Nedellec. Mais, le 24 août, c'étaient quarante paroisses et 8,000 hommes qui avaient dévasté Ghâtillon et attaqué Bressuire. Gè mouvement encore avorta, et les gardes nationaux patriotes suf- firent à le réprimer. Seulement on avait pu relever ce fait grave : la connivence de certains magistrats de la Révolution, ainsi Delouche, maire de Bressuire. De même, nous venons de le voir, le juge de fdii et le procureur de la commune de Montaudin avaient pris parti pour les rebelles. Le département de la Mayenne allait-il aussi prendre feu et s'insurger contre la Loi ? Les pièces que nous allons analyser prouvent que, si la révolte, dans ce département, ne souleva pas les masses, vers ce mois d'août 92, elle aboutit néanmoins à des désordres partiels d'un caractère assez grave. D'une délibération du Directoire en date du 25 août, il résulte que, le 45, les sieurs Reuzeau père et fils, de la commune de Saint-Ellier, « se sont opposés ouvertement aux recrutement et inscription des volontaires à fournir par ce canton ] que même ils ont voulu forcer la garde établie pour maintenir le bon ordre et ont levé le bâton sur elle, en disant qu'ils se foutoient d'elle, ainsi que de ceux qui avoienl 406 viLAlIGBS BT DOGUMBIITS. provoqué l'Assemblée ; qu'ils ont excité leurs camarades à les soute- nir dans leur rébellion et déclaré hautement qu'ils ne s'enrôleroient pas ; que c'étoit aux officiers municipaux et aux acquéreurs de biens nationaux à marcher les premiers. » Le Directoire ordonna que les deux Reuzeau seraient dénoncés au juge de paix de Landiv; comme « perturbateurs de Tordre public, » avec leurs complices et adhé- rents ; et, comme le juge de paix de Landivy, le sieur Hossard (qui ne fut saisi que le 24 octobre de la dénonciation du Directoire), refusa d^en connaître, sous prétexte qu'il avait été commissaire pour l'exé- cution de la loi sur le recrutement et avait dressé lui-même le pro- cès-verbal ayant servi de base aux poursuites, le Directoire du dépar- tement arrêta, le 4 octobre, que Reuzeau père et Ois, leurs complices et adhérents seraient traduits devant « le directeur du juré (sic) du tribunal du district d'Emée pour être poursuivis et punis suivant la rigueur des lois. » A cette époque troublée où les partis s'entre-déchiraient, où les institutions du passé luttaient encore, grâce à Pappui des baïonnettes étrangères, contre la jeune République qui, les pieds teints du sang de Septembre, montrait au monde étonné son front ceint de Tauréole de Valmy, une même fièvre secouait les hommes et les poussait à mourir ou à tuer. Dans les provinces, la main du pouvoir central ne se faisant plus sentir, les prêtres conspiraient, les comités révolu- tionnaires rêvaient d'imiter les hécatombes parisiennes, et les auto- rités départementales ou municipales, profondément divisées elles- mêmes, ne pouvaient opposer aux pires excès que des arrêtés dépourvus de sanction et une écharpe qui n'en imposait à personne. Chaque citoyen voulait des armes pour se protéger lui-même ou pour terro- riser autrui, et il n'était pas rare que des communes entières fissent des incursions brutales contre les communes voisines, comme ces tribus indiennes que divisent entre elles d'inexplicables haines, et qui vivent côte à côte sur le pied de guerre, en méditant des agres- sions sauvages. C'est ainsi qu'en septembre 4 792 une troupe de fanatiques de la commune de Saint-Germain-le-6uillaume vint sommer la municipa- lité de lui délivrer un réquisitoire pour aller désarmer la commune de Sainl-Hilaire-des-Landes, et, en présence du refus énergique des officiers municipaux, força le dépôt d'armes qui se trouvait à la mai- rie; puis, sous la conduite d^un commandant de la garde nationale, ces habitants de Saint-Germain-le-GuilIaume se mirent en marche sur Saint-Hilaire, au nombre d'environ deux cents, et, arrivés à l'hôtel de ville de cette commune, allèrent s'emparer de vive force des armes enlevées à leurs administrés suspects par les autorités l'ANÀBCHIB ÀDUmiSTRATiyB. 407 municipales de cette petite localité, en vertu de la loi du 28 août 4 792. La délibération du Directoire du département, en date du Si oc- tobre, relate les feits et prescrit aux chefe des gardes nationaux de Gbailland et de Saint-Germain de rendre les armes dérobées à la municipalité de Saint-Hilaire; mais on devine déjà, à la mollesse et au caractère platonique de la répression, que les autorités départe- mentales de la Mayenne se trouvent débordées et ne sont plus mal- tresses de lutter contre les excès de pouvoir imputables à ceux mêmes qui avaient la charge du maintien de Tordre : Va le procès-verbal de la municipalité de Sain^-Germain-le-Guil- laume, en date du il septembre dernier, duquel il résulte que Jean Jouet et André Le Feuvre fils, à la tète d'une troupe de citoyens armés de cette paroisse, s'étoient présentés à la maison commune, y avoient demandé un réquisitoire pour aller désarmer la commune de Saint- Hilaire-des-Landes ; que, sur les représentations du citoyen Nicolas Lecocq, maire, que la municipalité ne pouvoit accorder un pareil réqui- sitoire, et que les citoyens d'une paroisse n-avoient pas le droit d'aller désarmer ceux d'une autre commune, ni même de s'y transporter sans un ordre préalable du Département ou du District, ou, au moins, du juge de paix ou du commandant du bataillon du canton, les esprits s'étoient échauffés; que plusieurs avoient élevé la voix, insulté la municipalité et avoient dit qu'ils lui feroient bien donner un réquisitoire de force, oUy sans quoi, ils la feroient marcher avec eux; que le maire et les officiers municipaux s'étoient à l'instant revêtus de leurs écharpes et avoient répondu unanimement qu'ils ne donneroient point de réquisi- toire et qu'ils ne marcheroient pas; que les insultes avoient redoublé; qu'au môme instant, le tocsin avoit sonné et le tambour battu, et que le maire alors avoit dit à haute voix : c Qu'il vous souvienne, mes- sieurs, que c'est sans ordre de la municipalité que la cloche sonne et que bat le tambour ! » qu'un moment après, un grand nombre de gardes nationaux étoient entrés et avoient demandé des cartouches ; que, le maire ayant répondu que cela compromettroit la municipalité et la ren- droit responsable des délits qui pourroient se commettre, les gardes nationaux avoient dit tumultueusement qu'ils n'en demandoient pas pour commettre des délits, mais afin de se mettre en sûreté pour désar- mer la commune Saint-Hilaire, et qu'ils n'entendoient pas tant de rai- sons; qu'il leur falloit des cartouches, sinon qu'ils alloient enfoncer l'armoire qui les contenoit et en venir aux plus grands excès contre la municipalité; que le maire avoit répondu qu'à l'exemple du vertueux Simoneau, il étoit prest à répandre jusqu'à la dernière goutte de son sang pour faire respecter les lois et les propriétés, et pour le soutien de la liberté et de l'égalité ; qu'enfin, il ne consentiroit pas qu'il fût délivré de cartouches ; qu'aussitôt l'on avoit frappé plusieurs coups contre les panneaux de l'armoire; que plusieurs officiers municipaux observent qu'il étoit plus prudent d'ouvrir l'armoire que de la laisser rompre ; que 408 irfLANGES ET DOCCWElITsi la réponse du maire fut néanmoins qu'il seroit d'avis de la laisser bri- ser, mais qu*au surplus et à la force , n*y ayant plus de loi , l'on pou- voit l'ouvrir, ce qui, sur-le-champ, fut exécuté ; que chacun ensnite prit des cartouches et que la troupe se mit en marche pour Saint- Hilaire. Autre procès-verbal rédigé le lendemain de celui sus-datô par la municipalité de 8aint-Hilaire, lequel constate qu'en vertu de la ioy du 28 août dernier, elle avoit fait procéder au désarmement des citoyens suspects de son territoire et déposer les armes trouvées chez eax dans la maison commune ; que les commandants de la garde nationale de Ghailland et de Saint-Germain-le-Guillaume, à la tète d'environ deux cents hommes, armés de fusils, piques, broches, fourches et brocs, étoient venus, ledit jour 12 septembre, au bourg de Saint-Hilaire ; qu'ils étoient entrés dans la maison commune, y avoient compté les armes qui y étoient déposées, et qui consistoient en dix-huit fusils et une bayonnette, du nombre desquels dix étoient destinés pour monter la garde, un pistolet et une broche à rôtir; qu'ils avoient demandé la permission d'entrer au corps de garde, ce qui leur fut accordé ; qu'en étant à sortir, ils ont été, eux commandant et gens de leur troupe, chez plusieurs citoyens ; qu'ils ont pris chez Michel Machard, officier muni- cipal, neuf onces et demie de poudre à canon, avec un pistolet dont il avoit fait déclaration; chez le nommé Beillard, marchand, quiétoit lors absent, une gourde avec deux livres et demie de poudre et une livre de postes (?) ou environ; que de là ils s'étoient répandus dans la cam- pagne, y avoient désarmé plusieurs particuliers qui avoient déclaré leurs armes, formant dix-huit fusils et cinq pistolets, au greffe de la municipalité, croyant qu'elles y seroient en sûreté, mais que lesdits commandants, étant revenus avec leur suite, sur les six à sept heures du soir, entrèrent de force au corps de garde et emportèrent la majeure partie des fusils et pistolets ; que môme ils avoient désarmé quelques citoyens qui étoient lors de garde, desquelles armes la municipalité demande la restitution ; Vu sur le tout l'avis du district d'Ernée ; considérant que les faits énoncés par les procès- verbaux ci -dessus sont graves et repréhensibles, que la conduite des nommés Jouet et Lefebvre est notamment très cou- pable, que la descente illégale et abusive faite dans la paroisse de Saint- Hilaire paroît avoir été concertée entre les commandants de Ghailland et Saint-Germain ; que, loin de l'autoriser de leur présence, leur devoir étoit de Tempôcher ; Gonsidérant qu'aux termes de l'article i^' de la troisième section de la Ioy du 14 octobre 1791, les fonctions des citoyens servant en qualité de gardes nationales sont de rétablir l'ordre et de maintenir l'obéis- sance aux loix; que, suivant l'article 5 de la môme section, les citoyens ne peuvent ni prendre les armes ni se rassembler en état de gardes nationales, sans l'ordre des chefs médiats ou immédiats, ni ceux-ci l'ordonner sans une réquisition loyale dont il doit être donné commu- L*ANl&CflI£ ÂOMINlSTaiTlVE. 409 nication aux citoyens à la tôle de la troupe; que les commandants de Ghailland et Saint-Germain n'en avoient sûrement aucune ; que c'a été de leur propre autorité qu'ils ont conduit plusieurs de leurs concitoyens armés dans la paroisse de Saint-Hilaire ; que, conformément à la même loy, les chefs et officiers de gardes nationales sont responsables de Fabus qu'ils pourroient faire de la force publique ; Considérant que les visites domiciliaires dans la commune de Saint- Hilaire ne dévoient être faites, ainsi que les désarmements, que par les officiers municipaux de cette commune ou par des citoyens commis de leur part; que ceux de Ghailland et de Saint-Germain n'avoient pas le droit de se porter sur son territoire ; qu41s avoient encore moins celui de s'emparer des armes qu'ils y ont trouvées ; que les inconvénients qui peuvent résulter de ce que des gardes nationales, sans réquisitions légales, se permettent d'excéder les limites de leurs communes ont été si bien sentis que la loy du 14 septembre dernier défend aux munici- palités de donner des ordres, d'envoyer des commissaires et d'exercer aucunes fonctions municipales, si ce n'est dans leur territoire ; qu'elle défend à tous corps administratifs ou militaires ^.. hors l'étendue de son territoire {sic) ; que la môme loy porte que, si, d'après sa publication, de prétendus commissaires faisoient de pareilles réquisitions, ils seroient arrêtés et leur procès seroit fait comme coupables d'offense et de rébel- lion à la loy ; Considérant enfin que les dispositions de cette loy doivent s'appliquer, à bien plus forte raison, à des commandants de gardes nationales qui, de leur propre mouvement, se transportent, à la tète d'hommes armés, dans une commune voisine et commettent divers actes arbitraires et vexatoires, le Conseil général du département, après avoir entendu le procureur général syndic, approuve la conduite tenue par la municipa- lité de Saint-Germain, improuve celle des commandants de gardes nationales de Ghailland et Saint-Germain, qui ont été dans la paroisse de Saint-Hilaire, le 12 septembre dernier, leur rappelle les dispositions des loyx citées, pour qu'ils ayant à l'avenir à ne plus s'en écarter, et arrête qu'ils seront tenus, sous leur responsabilité personnelle, de remettre, dans la huitaine de la notification qui leur sera faite de la présente délibération au district d'Ëmée, qui les rendra à la municipa- lité de Saint-Hilaire, toutes les armes et munitions qu'ils en ont enle- vées ou souffert enlever, sinon autorise le procureur syndic du district à les poursuivre pour les faire condamner à les restituer et à rendre plainte contre eux à cet effet ; Arrête au surplus que les nommés Jean Jouet et André Lefebvre fils, ensemble leur complices et adhérents, seront, pour les faits ci-dessus mentionnés, dénoncés à la requête du procureur général syndic, qui indiquera comme témoins les officiers municipaux de Saint-Germain, 1. Il doit y avoir ici plusieurs mots passés. On doit lire sans doute : c De faire des réquisitions d'armes. » 440 WbsimES KT DOGUMERTS. et qui demeare chargé de veiller à rezécntion de la présente et d'en rendre compte de quinzaine en quinzaine. En décembre 92, il ne s'agit plus seulement d'attentats isolés : ce sont des paroisses entières qui se lèvent au son des cloches et com- mencent une véritable guerre. La délibération du Directoire de la Mayenne en date du 28 décembre raconte l'agression commise dans la nuit du 27 contre les brigades de gendarmerie d'Eniée et Gorron, dans les environs de Bourgon, et autorise le citoyen Pottier, un des administrateurs, à diriger sur Bourgon une troupe de 200 gardes nationaux de Laval, avec mission d'opérer de concert avec 400 gardes nationaux d'Ernée, appuyés par la gendarmerie du district, et de désarmer les habitants de Bourgon, après avoir arrêté les suspects et a &it descendre les cloches de cette commune, » qu'on enverra ensuite à la monnaie de Nantes. Sur les six heures du soir, un courrier extraordinaire arrivé d'Ernée a remis sur le bureau un paquet contenant un procès- verbal commencé le jour d'hier et arrêté ce matin à sept heures par plusieurs gendarmes des brigades d'Ernée et Gorron, un avis du district, une lettre dn citoyen son procureur syndic, une délibération du Conseil général de la commune d'Ernée et une lettre du maire de cette ville, en date de ce jour; desquelles pièces il résulte notoirement que les gendarmes des dites brigades d'Ernée et Gorron ayant été requises par le tribunal du juré près le tribunal du district de Laval contre plusieurs particuliers prévenus de complicité relativement à l'insurrection qui a eu lien dans les paroisses de Saint-Ouen et du Bourgneuf les 26 et 27 septembre dep- niers, s'étoient en conséquence transportés la nuit dernière au bourg de Bourgon; qu'après avoir fait des perquisitions infructueuses dans les différentes maisons qui le composent, n'y ayant pas trouvé un seul homme, excepté un vieillard infirme, ils avoient dirigé leurs pas vers le Bourgneuf pour y faire également des recherches ; qu'en sortant du Bourgon ils avoient rencontré un jeune homme armé d'un long bâton au bout duquel étoit une pique ; ils lui avoient demandé où il alloit et ce qu'il entendoit faire de ce bâton; que, sur les réponses suspectes qu'il leur avoit faites, ils l'avoient désarmé; qu'à peine éloigné d'un quart de lieue de Bourgon et qu'étant alors environ minuit une décharge de plus de cinquante coups de fusil avoit tout à coup été faite sur eux par-dessus les bayes ; qu'aussitôt ils s'étoient occupés à repousser les assaillants et que, pour n'en être pas enveloppés, ils s'étoient formés en avant et arrière-garde ; que de nouvelles décharges avoient succédé à la première ; que le citoyen Latour, l'un d'eux, avoit été frappé de deux coups de feu ; qu'une balle lui avoit traversé le bras gauche, à la saignée, et qu'il avoit été atteint, à différentes parties de la tête, avec du gros plomb ; qu'une balle avoit traversé le flanc droit, au-dessus de l'épaule, du cheval du citoyen Ferrand ; que l'avant et l'arrière-garde, L^ANAKCHIE ÂDMINISTBATnrE. 441 qui, par l'effet de la défense yigonrettse qu'elles avoient opposée à leurs assassins, s'étoient éloignées Tune de l'autre, avoient pu se rejoindre ; que cependant Tun des gendarmes de l'arrière-garde étoit venu retrou- ver ses camarades, mais que les autres avoient été attendus et appelés en vain pendant plus d'une heure, au milieu des coups de fusil redou- blés lâchés sur ceux de l'avant-garde; que, le danger ne faisant qu'aug- menter, et que, craignant de laisser tomber aux mains des assassins le citoyen Latour, que la perte de son sang affaiblissoit sensiblement, ils avoient cru devoir s'en retourner à Emée, où, avec bien de la peine, ils étoient arrivés sur les cinq heures du matin ; qu'à une heure de l'après-midi, lors du départ du courrier, l'on n'avoit encore reçu aucune nouvelle des cinq gendarmes restés en arrière, et que tout faisoit con- cevoir à leur sujet les plus justes alarmes; que les gardes nationales d'Emée se seroient portées sur-le-champ à leur secours, mais que les administrateurs du District avoient considéré que leur nombre de cent cinquante ou environ étoit insuffisant; que les paroisses de Bourgon, du Bourgneuf, de Launay, Villiers, de Saint-Pierre-Lacour, dans son arrondissement, et plusieurs autres voisines de celui du district de Laval et celle de la Grande et Petite -Chapelle d'Erbrée, de Saint- Mervé et de Bréard, dans le district de Vitré, toutes dirigées par les mêmes principes de l'incivisme le plus déclaré, étoient coalisées ; qu'au premier son de cloche elles se rassembloient et qu'elles pouvoient for- mer un attroupement de plus de 4 à 5,000 hommes ; qu'il falloit abso- lument employer pour les réduire une force imposante ; que ces paroisses étoient un foyer d'insurrections et de révoltes sans cesse renaissantes ; que, jusqu'ici, il avoit été impossible d'y faire exécuter la loi et respec- ter les autorités constituées ; que le temps enfin étoit venu d'user contre leurs habitants rebelles de mesures générales et fermes ; que leur désar- mement devenoit un devoir et qu'il falloit enlever leurs cloches, dont ils s'étoient servis plus d'une fois pour se donner le signal de rassem- blement; qu'à cet effet, ils demandoient des secours au département et l'invitoient à envoyer des forces pour se joindre à la garde nationale d'Emée. Sur tout quoy le Directoire du département de la Mayenne, délibé- rant, et considérant que les paroisses susdénommées sont depuis trop longtemps dans un état de révolte ouverte ; que d'autres meurtres et assassinats y ont été précédemment commis, que le règne de la loy y est entièrement méconnu ; que l'on n'y voit qu'anarchie et désordre et qae le patriotisme y a toujours été persécuté ; que la coalition de ces paroisses est l'un des fils sans doute d'un grand complot médité contre la sûreté publique ; qu'il s'agit de le rompre et détruire jusqu'à cette ressource des ennemis de la liberté, et que, pour en venir plus sûre- ment à bout, il est nécessaire que les moyens employés soient concer- tés avec les districts de Vitré et d'Emée, d'où dépendent ces communes, et exécutés en môme temps avec unanimité; a arrêté, après avoir entendu le procureur général syndic : !<> de nommer le citoyen Pottier 142 . UÉLUUGES ET DOCUKIIITS. l'un des administrateurs, pour, en qualité de commissaire civU, partir lundi prochain sur les six heures du matin, escorté de deux cents hom- mes au moins de la garde nationale de cette ville et de la gendarmerie, ayant une pièce de canon, et se rendre au bourg de Bourgon, où il est nécessaire qu'il soit arrivé à une heure de l'après-midi ; 2<> que le dis- trict d*Emée y enverra, sous la conduite d*un commissaire civil pris dans son sein, cent des gardes nationales de son chef-lieu, ou plus, s'il est possible, avec ceux des gendarmes des brigades du Gorron et d'Er- née qui restent, qui sont en état de marcher, et une pièce de canon, pour y arriver aussi à une heure, ainsi que le détachement de Laval, auquel ils se réuniront ; 3<> qu'étant plus que probable que les hommes du bourg de Bourgon ne s'en étoient absentés la nuit dernière que pour former Tattroupement qui a commis l'assassinat dont il est ci-des- sus mention ou en faire partie, le citoyen Pottier demeure autorisé à arrêter tous les particuliers du bourg de Bourgon et à faire amener en la maison d*arrêt de cette ville deux d'entre eux que, d'après les ren- seignemens par lui pris, il jugera susceptibles ; qu'il demeure égale- ment autorisé à faire descendre les cloches de cette commune pour être conduites en cette dite ville et de là envoyées à l'hôtel de la monnoie de Nantes, ainsi qu'à en faire désarmer tous les habitans indistincte- ment, des armes desquels il en dressera un état qui en constatera le nombre et l'espèce ; 4o qu'ensuite il se portera dans les communes du Bourgneuf, de Launay, Villiers, de Saint-Pierre-la-Gour et autres cir- convoisines, s'il le juge convenable, pour y opérer le même désarmement et s'emparer de leurs cloches ; qu'au surplus, il prendra tous les moyens de précaution et de sûreté que les circonstances et sa sagesse lui dic- teront; b^ que le district de Vitré sera invité à envoyer dans les paroisses de la grande et petite chapelle d'Erbrée, de Saint-Mervé et de Bréard, les mêmes jour et heure que dessus, une force publique suffisante pour en désarmer les habitans et enlever leurs cloches et à nommer un commissaire civil à cet effet ; Q^ que les différens détachemens se réu- niront au besoin pour dissiper concurremment les attroupemens, s'il s'en formoit de considérables, et agir de concert ; 7<> enfin, que, pour l'exécution de ce que dessus, copies de la présente seront envoyées aux districts d'Ernée et Vitré, et que le ministre de l'Intérieur sera informé du transport de la force publique et de ses motifs, et des mesures ci-des- sus arrêtées. Le 47 janvier 4793, la Convention nationale avait condamné Louis XVI à la peine capitale, et, le 20, décidé que le roi serait exé- cuté dans les vingt-quatre heures. Le lendemain, Samson l'exécu- teur avait montré aux Parisiens la tête sanglante du prisonnier du Temple, et cette terrible nouvelle avait porté au paroxysme la fureur du clergé breton et vendéen, le véritable instigateur des neuf insur- rections qui s'étaient succédé de juin 4 794 à Ja fin d'août 4 792. En outre, pour résister à l'Europe coalisée qui venait de lancer sur la l'ânakghr advuvistratitb. 143 France onze années, au total plus de 375,000 hommes, la Conven- tion avait promulgué, entre autres décrets, celui du 20 février 4793, qui mettait en réquisition tous les Français de dix-huit à quarante ans. Puisqu'il n'y a plus de roi, nous ne devons plus payer Vimpât, disaient les paysans vendéens. Le jour où fut prescrite la levée de 300,000 hommes, plus de six cents villages se soulevèrent. A ce peuple qui ne veut pas être arraché à son champ, à ses bœufs, frap- pés, eux aussi, de réquisition éventuelle, le prêtre souffle sa haine fiurouche. Louis XYI, c'est le second Christ : il faut le venger. Der- rière le sacristain Cathelineau il y a le curé Bernier : au Conseil supé- rieur qui dirige Pinsurrection, c'est lui qui est le vrai chef, quoiqu'on ait peut-être exagéré son rôle, comme le démontrent des travaux récents. Après Mâchecoul et Saint-Florent, 400,000 hommes s'as- semblent au son des cloches. L'aumônier Barbotin dirige le bras de Stofflel, le garde-chasse, et leurs soldats sont sans peur, parce quMls sont confessés et absous; ils tuent pour faire souffrir leurs victimes, comme le curé constitutionnel de Mâchecoul, comme ces deux autres curés que les colonnes de Cathelineau lardèrent longuement à coups de piques. les 46 et 47 mars, comme ces malheureux prisonniers de Gholet qui furent immolés dans la semaine de Pâques, comme ces six jeunes gens qu^on fusilla liés à Tarbre de la Liberté. Quel était l'état d'esprit des autorités municipales des provinces de l'Ouest et des citoyens dévoués à la République, en présence de ces atrocités dignes de la Saint-Barthélémy et des beaux temps de l'Inquisition? Les patriotes lombèrent-ils dans la rage antireligieuse? L'implacable fureur du clergé et de ses bandes eut-elle pour pendant Tathéisme le plus grossier? Répondit-on aux assassins des curés constitutionnels par l'assassinat des curés réfractaires ? Cela put se faire à Paris, mais dans la Mayenne nullement. L'esprit religieux persiste chez les républicains, et ils invoquent contre « les brigands » l'aide du Dieu des armées et de la Vierge Marie : leur religion parait même plus orthodoxe et plus authentique que celle du pseudo- évêque d'Agra ou du curé Bernier. C'est ainsi qu'à la date du 49 mai 4793, à la veille de la campagne vigoureuse que les chefs vendéens Lescure, La Rochejaquelein, Stof- flet, Cathelineau allaient diriger contre Saumur, on voit les officiers et sous-officiers de la garde nationale de Montenay prendre la déli- bération suivante pour ordonner une procession solennelle à la cha- pelle de Charné, en vue d^obtenir du ciel le succès des armes répu- blicaines, « la conversion des brigands et leur retour au giron de la mère patrie. » Rbv. Histor. LVI. 1" PA8C. 8 144 MiuilGBS ET DOCUMENTS. Aujourd'hui 19 mai 1793, l'an II* de la République française, sont comparus à la maison commune les citoyens commandant, officiers et sous-officiers de la garde nationale de cette commune, lesquels ont représenté que la patrie pouvoit sans doute compter beaucoup sur l'éner- gie des républicains ses vrais enfants, mais que tous les élans et les efforts du patriotisme seroient impuissants s'ils n'étoient secondés par la protection du Dieu des armées, que, pour l'intéresser en faveur de la cause commune, ils croyoient ne pouvoir mieux réussir que par l'entremise de Marie, qu'en conséquence ils demandoient qu'on allât processionnellement à la chapelle de Gharné, et qu'il fût dit une messe pour implorer la miséricorde de Dieu, et lui demander le succès de nos armes sur nos ennemis extérieurs et intérieurs, et, plus encore, pour obtenir de sa bonté paternelle la conversion des brigands et leur retour au giron de notre mère patrie par des sentiments de paix et de fra- ternité. Sur quoy, la municipalité, assemblée en Conseil permanent et applau- dissant au zèle patriotique et religieux des pétitionnaires, considérant qu'il n'est point de plus vrai civisme que celui qui a pour base la reli- gion catholique, parce qu'elle fait un précepte rigoureux d'aimer sa patrie et de lui sacrifier ses biens et sa vie môme, et le procureur entendu, a averti que ladite procession aura lieu le lundi 27 de ce mois, jour fixé par le citoyen curé, que tous les citoyens de cette paroisse seront invités d'y assister; que le luminaire de la messe sera fourni du produit de la charité des fidèles, et qu'à cet effet, il sera fait une quête dans cette église, en même temps que celle que l'on fera demain dimanche prochain pour aider nos frères d'Ernée à payer le canon, affût et train d'artillerie dont ils ont fait l'emplette pour le ser- vice public, et spécialement pour la sûreté de ce district, soit en impo- sant aux malveillants, soit en les repoussant, en cas d'attaque... Le Directoire de la Mayenne ne se montra pas animé de senti- ments plus révolutionnaires, et cela dans le temps même où un clergé fanatique et farouche, le véritable conducteur de l'insurrec- tion vendéenne, tendait la main à Tétranger, appelait une invasion anglaise et voulait lui ouvrir la porte de la France par l'entrée de la Loire, en dirigeant contre Nantes une formidable attaque; à Theure où les brigands de Charette jetaient dans les puits les soldats répu- blicains, les enterraient vifs ou en faisaient d'horribles chapelets... pour plaire à Dieu. Les autorités départementales de la Mayenne répondaient à ces barbaries en protégeant contre les persécutions du maire d'Ernée, Quantin, un prêtre de quatre-vingt-six ans, nommé Adrien Deslandes, assermenté et parfaitement inoffensif, qu'on avait arrêté chez son neveu, le citoyen Dodard, juge au tribunal de dis- trict d'Ernée. Il n'est pas sans intérêt d'analyser les documents qui se rapportent à cette afifaire. ^ l'ânirchib administrative. 415 Le 49 mai 4793, le Directoire du département de la Mayenne était saisi d'une requête du citoyen Dodard, juge au tribunal de district d'Ernée. Ce magistrat exposait qu'Adrien Deslandes, son oncle, « prêtre âgé de quatre-vingt-six ans, qui avait remis, il y a environ huit ans, entre les mains du ci-devant évêque du Mans la cure de Ghâtillon près Mayenne, avait été arrêté le 4 5 de ce mois à Marolles, paroisse deLarchamp, chez le citoyen Desloges, son neveu, quoiqu'il eût prêté, le 20 mars dernier, le serment prescrit par la loi du 4 5 août dernier. » Le citoyen Dodard joignait à sa requête un certiGcat des officiers municipaux de la commune de Larchamp, district d^Ernée, qui attestait qu'Adrien Deslandes avait prêté le serment < de main- tenir la liberté et l'égalité j* dans les termes de la loi du 45 août 4792. Sur quoi le Directoire, prenant acte de ce serment et consi- dérant a qu'aucune plainte n'était parvenue contre le citoyen Des- iandesy que la paix et la tranquillité régnent dans la commune de Larchamp, » arrête que « ledit Deslandes, prêtre, sera renvoyé chez son neveu Desloges, où il trouve tous les soins qu^exigent son âge et ses inQrmités. » Mais la délibération du Directoire ne fut pas exécutée par le citoyen Quantin, maire d*Ernée, qui en avait cependant délivré un reçu, et, le lendemain même de la réception de Tordre d^élargissement signi- fié par le Directoire, avait fait arrêter de nouveau par la garde natio- nale le malheureux prêtre. Le Directoire rappelle, dans une nouvelle délibération qui porte la date du 24 mai, les faits déjà relevés dans celle du 49. Û constate que le citoyen Deslandes avait cessé d'être fonctionnaire plusieurs années avant la Révolution; qu'en consé- quence^ il n'avait pas prêté le serment prescrit par la loi du 26 dé- cembre 4790, parce qu^on n'avait pas eu à le lui demander, mais qu'il avait prêté celui de liberté, d'égalité, conformément à la loi du 45 août 4792, et ce avant le 23 mars dernier; « que son grand âge, la conduite qu'il avait toujours tenue, le patriotisme reconnu du citoyen Desloges dont il habitait la maison le mettaient à l'abri de tout soupçon, qu'aussi personne ne l'avait dénoncé. » Le Directoire con- sentait « à fermer les yeux sur la manière illégale dont avait agi le maire d'Ernée, qui avait donné seul un réquisitoire et avait fait marcher la force armée sur la commune de Larchamp, où il n'avait aucune autorité. » L^administralion départementale « s'était contentée de déclarer que le citoyen Deslandes n'était pas dans le cas de détention et avait ordonné son élargissement. j> Mais le maire d'Ernée, de con- cert avec le juge de paix, n'avait tenu aucun compte de cet ordre et, de son chef, avait maintenu ou renouvelé l'arrestation du malheureux vieillard^ alors qu'aux termes de la proclamation de novembre 4789, 446 MjfUNGES ET DOCUMENTS. la moitié des membres plus un du corps municipal eût été nécessaire pour prendre une délibération. Le maire tombait donc sous le coup de la loi du 46 octobre 4794, laquelle prononçait la peine de la dégradation civique contre le président d'une assemblée municipale qui aurait donné suite à des actes annulés. Ce maire méritait par suite d'être dénoncé aux tribunaux, après avoir été suspendu provi- soirement de ses fonctions, et le juge de paix s'était mis dans le cas d'être déféré par Taccusateur public au tribunal criminel, conformé- ment à l'article 3 du titre 4 de la loi du 27 septembre 4 794 . Toute- fois, le Directoire, avant de prononcer, jugeait sage de « s^assurer d'une façon positive de qui avait émané l'ordre de se saisir du citoyen Deslandes. » Mais il ne croyait pas empiéter sur le pouvoir judiciaire en ordonnant l'élargissement immédiat de Deslandes, puisque ce dernier n^avait pas été mis à la maison d'arrêt et qu'on Tavait seu- lement « mis dans l'endroit que le District a désigné pour la réclu- sion momentanée des personnes suspectes. » En conséquence, le Directoire chargea le procureur syndic du district d'Emée de som- mer les gardes nationaux qui avaient arrêté Deslandes « de commu- niquer, sous le reçu de l'administration, le réquisitoire ou l'ordre en vertu duquel ils avaient agi, et, en cas de refus de leur part, de les dénoncer et poursuivre devant les tribunaux, pour être punis comme ayant attenté arbitrairement à la liberté d'un citoyen. » La délibé- ration du Directoire renouvelait, en terminant , l'ordre de mettre sur-le-champ en liberté le citoyen Deslandes. Le maire d'Emée ne s'inclina pas volontiers devant la décision de l'administration départementale et persista dans son attitude aussi violente qu'illégale. Lorsque le Directoire du district d^Ernée reçut l'arrêté pris le 24 mai, il manda les gardes nationaux qui s'étaient rendus coupables de la deuxième arrestation de Deslandes, et, après un premier refus, ces gardes nationaux communiquèrent le réquisi- toire en vertu duquel ils avaient agi. Ce réquisitoire était signé du maire Quantin, du sieur Clément, juge de paix, et de « quelques autres officiers municipaux ou notables. » En le transmettant au Département, l'administrateur et procureur syndic d'Emée joignait un rapport constatant « que le sieur Quantin, maire, semblant cher- cher toutes les occasions d'aller contre les arrêts des corps admim's- tratifs auxquels il est subordonné, avait fait remettre à la maison destinée aux personnes suspectes le nommé Pottier, auquel le Dépar- tement, par son arrêté du 48, avait permis d'aller pour huit jours auprès d^un de ses enfants, lors attaqué de la petite vérole ; que le sieur Quantin ne s'en est pas tenu là ; que, de concert avec le sieur Clément, juge de paix, il a parcouru la ville d'Emée, s'est répandu L'ilflRGHU IDMINTSTRiTiyE. 417 en propos et en invectives contre le Département et le District ; qu'il a excité ouvertement les citoyens à se soulever contre ce dernier corps; que les choses ont été poussées au point qu'un des adminis- trateurs a donné sa démission; que les autres, craignant pour leurs Jours, demandent à être autorisés à quitter Ernée et à porter dans une autre commune le siège de l'administration ; qu'un membre a, au même instant, déposé sur le bureau une requête des ofBciers muni- cipaux de Saint-Pierre-des-Landes, par laquelle il exposait que, depuis quelques jours, le sieur Quantin s'est transporté sur leur ter- ritoire et a fait désarmer deux d'entre eux dont le patriotisme n'a jamais été équivoque... » Pour faire cesser de pareils excès de pouvoir et réprimer les vio- lations des lois du 46 octobre 4794 et du 44 septembre 4792, le Directoire du département arrêta que Quantin serait déféré aux tri- bunaux, comme ayant, à deux reprises diflférentes, donné suite à des arrêtés annulés par le Département en ordonnant l'arrestation des sieurs Deslandes et Pottier, et pour s'être transporté et avoir donné des ordres dans des communes étrangères, notamment à Larchamp et à Saint-Pierre-des-Landes, fait désarmer des officiers municipaux et avoir cherché à soulever des citoyens contre l'administration du district. Considérant, en outre, que des renseignements pris il sem- blait résulter que les sieurs Clément et Quantin avaient surpris des signatures apposées au bas du réquisitoire en vertu duquel Des- landes avait été incarcéré pour la deuxième fois, le Directoire du département chargeait le district d'Ernée de provoquer les déclara- tions des sigaataires et enjoignait au procureur syndic de dresser à cet égard un procès-verbal qui serait transmis au procureur général syndic du département. Ce dernier magistrat était chargé, confor- mément à l'article 3 du titre 4 de la loi du 20 septembre 4794, de déférer le juge de paix Clément au tribunal criminel, pour être pour- suivi « comme ayant concouru à l'arrestation illégale du citoyen Deslandes et ayant excité les citoyens à se soulever contre l'adminis- tration du District. » Enfin, par application de la loi du 26 août 4 790, le Directoire suspendit provisoirement de ses fonctions le maire Quantin, jusqu'à ce que les tribunaux eussent prononcé sur son sort, faisait défense aux gardes nationaux et aux citoyens d'Ernée de le reconnaître comme maire^ et ordonnait son remplacement par le plus ancien officier municipal. L'huissier Desmoulins, qui avait fait une signification comme huissier sans avoir de certificat de civisme, était en outre dénoncé comme coupable du crime de faux au directeur du jury, et il était enjoint aux administrateurs du district d'Ernée de ne pas quitter leur poste, car a ils avaient fait serment de mourir us MELANGES ET DOCUMENTS. plutôt que de Pabandoimer, » attendu que « c^est avec du courage et de la fermeté qu'on peut venir à bout de vaincre les anarchistes et de faire respecter la loi. » Gomment se termina ce conflit violent entre le Directoire du départe- ment de la Mayenne et le maire d'Ernée ? Le dernier mot appartenait au Pouvoir central, représenté par le ministre de l'Intérieur. Une déli- bération du Directoire, en date du 26 juillet 4793, nous apprend de quelle manière le ministre Garât soutint l'administration du dépar- tement dans sa lutte contre Tillégalité. Le jury acquitta le maire Quantin, qui reprit ses fonctions de maire sans aucune autorisation, et le Département dut s'^humilier en ratiflant la réinstallation du magistrat municipal qui s'était mis en révolte ouverte contre la loi : Il a été donné lecture d'une lettre du ministre de Flntérieur, en date du 22, par laquelle il annonce que le Pouvoir exécutif verra avec plaisir que le Département réintègre dans ses fonctions le citoyen Quan- tin, maire d^Ernée, qui avoit été suspendu de ses fonctions par arrêté du 25 mai, attendu, marque le citoyen Garât, a que ce fonctionnaire paroit n'avoir été entraîné à une faute que par un zèle inconsidéré. » Le Département, considérant que la réintégration du citoyen Quan- tin dans ses fonctions de maire pouvoit n'être pas nécessaire, puisqu'il les avoit reprises immédiatement après la déclaration du juré sans aucune autorisation, sous prétexte vraisemblablement qu'il demeuroit suspendu jusqu'à ce que les tribunaux eussent prononcé sur son sort, a arrêté, après avoir entendu le procureur général syndic, qu'il n'y a aucun empêchement à ce que le citoyen Quantin continue comme par le passé ses fonctions de maire d'Ernée. Ainsi l'anarchie triomphait, et la ferme conduite du Directoire de la Mayenne recevait un blâme indirect du Pouvoir central. Il n'en reste pas moins, — et c'est la moralité de notre travail, — que, de février 479-1 au mois de juillet 4793, l'administration d'un département aussi exposé aux violences d'une insurrection terrible, en même temps qu'aux fureurs des Jacobins exaltés, sut conserver une modération patriotique, une correction absolue, et multiplia ses efforts pour concilier Tordre et la liberté. Si les documents qu'on vient de lire présentent quelque intérêt pour Thistoire locale de la Mayenne et même pour l'histoire générale, on nous saura gré peut- être de les avoir exhumés des modestes archives de la mairie d'Ernée. Paul ROBIQUET. BULLETIN HISTORIQUE FRANCE. Nécrologie. — La science de Thistoire sociale et économique vient de subir une grande perte. André Réville, professeur d'Histoire du Travail à renseignement populaire supérieur, est mort le 22 juillet à Dieppe, dans sa vingt-huitième année. Par les succès ininterrompus qu'il avait remportés partout, par les idées qu'il avait semées et Tin- fluence qu'il commençait à exercer, ce jeune homme était déjà un maître ; par la rare noblesse de son caractère, la pureté de sa vie, la chaleur de sa bonté active^ il était depuis longtemps un modèle et il laisse un exemple. Celui qui consacre ces lignes à la mémoire d^ An- dré Ré ville peut dire à bon escient que cette mort inopinée a causé dMnconsolables douleurs. André Réville, né le 28 janvier 4867 à Rotterdam, avait fait de brillantes études au collège de Dieppe et au lycée Henri IV. Entraîné par une vocation très précoce vers la science et l'enseignement, il sortît de la voie ordinaire et ne se présenta point à TÉcole normale; il fit son apprentissage d'érudition à l'École des chartes, tout en pré- parant à la Sorbonne Texamen de licence et le concours d'agrégation d'histoire. En 4888, il alla travailler dans les archives anglaises. Il aimait et admirait les Anglais^ leur sang-froid, leur énergie, leur joie de vivre et d'agir. Tout jeune, André Réville avait résolu de se con- sacrer à étudier leur histoire; mais d'autres soucis avaient peu à peu capté son attention : la vanité de la plupart des événements d'ordre politique, l'importance capitale des institutions, des mœurs, enfin des faits économiques, l'avaient vivement frappé. H concilia ses vœux anciens et ses aspirations nouvelles en prenant comme sujet de thèse, pour obtenir le titre d^archiviste paléographe et plus tard celui de docteur, la Révolte des paysans d'Angleterre sous Richard IL Sorti troisième de TÉcole des chartes en 4890 et reçu second à l'agrégation la même année, il retourna en Angleterre pour continuer ses travaux. En 4894 , le Conseil municipal de Paris créa la chaire de PHistoire du Travail et y appela André Réville. Notre ami professa pendant trois ans l'histoire de la production et des classes laborieuses avec une 420 BULLETIN HISTORIQUE. ardeur, une science et un succès qui semblaient inaugurer une lumi- neuse et féconde carrière. La mort vient d'éteindre le flambeau de cette belle intelligence, qui voulait rayonner pour autrui, d'étouffer le feu de ce noble cœur, qui aimait si vivement les déshérités et souf- frait tant de leurs maux. Les soucis de renseignement absorbaient si complètement le jeune professeur qu'il n'avait pu continuer ses travaux personnels. La seule étude importante qu'il ait publiée a paru dans la Revue historique (août-septembre 4892); elle a pour objet une institution anglaise fort intéressante, VAhjuratio regni, et elle témoigne des plus pi'écieuses qualités : abondance et exactitude de l'information, méthode et clarté. André Réville avait donné aussi à diverses revues des comptes-rendus bibliographiques qu'il avait rédigés avec sa conscience et son indé- pendance ordinaires. La critique du dernier ouvrage d'Alfred Baudril- lart, qu'il avait faite récemment pour la Revue de sociologie, était un véritable modèle. Enfln, les manuscrits qu'il a laissés ont été confiés à la piété d'un ami, qui les publiera. Charles Petit-Dutarlis. Ouvrages nouveaux. Histoire générale. — Deux nouveaux volumes viennent de s'ajouter au Catalogue général des manuscrits des biblio' thèques publiques de France (Paris, Pion, in-8*>), les tomes XVI et XXIIL Le premier, œuvre de M. l'abbé Albanes, est occupé par l'in- ventaire détaillé des manuscrits de la bibliothèque d'Aix en Provence. Cette collection ne renferme qu'un petit nombre de manuscrits anciens, mais, par contre, on y trouve quantité de volumes et de recueils utiles à consulter pour l'histoire politique, administrative et littéraire de l'ancienne Provence. C'est en eflet à Aix que Ton con- serve la très précieuse bibliothèque formée au xviii* siècle par le célèbre marquis de Méjanes. Le nouveau catalogue fera connaître suffisamment cet ensemble remarquable, dont jusqu'ici aucun inven- taire détaillé n'avait été dressé. — Le tome XXIII, consacré à la bibliothèque de Bordeaux, est dû à M. C. Gouderc. Un catalogue détaillé, mais très insuffisant, des manuscrits de ce dépôt, avait été publié en -1880 par les soins de M. Delpit. M. Couderc a pu, grâce à une étude attentive de chaque article, donner des descriptions de tous points plus exactes et plus complètes que celles de son prédécesseur. Les manuscrits de Bordeaux ne sont pas sans intérêt au point de vue historique et littéraire^ le nouvel inventaire sera un guide très pré- cieux pour les savants qui auront à les étudier. On a beaucoup parlé ces temps derniers de la sainte tunique d'Ar- genteuil ; le public sceptique a même assisté, non sans un secret plai- sir, aux disputes entre l'église cathédrale de Trêves et la paroisse FBINCB. 124 firançaise, chacune des deux parties prélendant seule posséder la relique authentique. Il serait imprudent de prendre position dans la querelle; à vrai dire, la question n'appartient guère à l'histoire ; les défenseurs d'Argenteuil déclarent sans valeur les arguments fournis par leurs adversaires de Trêves; ils ont peut-être raison sur ce point, mais faut-il en conclure que leur cause soit meilleure et leurs pré- tentions parfaitement justiGées ? M. Tabbé Yanel a jugé utile de publier une Histoire de la sainte tunique d'Argenteuil, composée au XVII* siècle par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, D. Wyard (Paris, Havard, 4894, in-'l2). L'ouvrage n'est guère digne d'un confrère des d'Achery, des Mabillon et des Ruinart ; la forme en est grotesque, et Texcellent bénédictin parait avoir eu plus de bon vouloir que de critique. La sainte tunique d'Argenteuil serait celle-là même qu'au rapport de saint Jean les bourreaux du Christ tirèrent au sort sur le Golgotha; elle fut découverte au milieu du xir siècle ; au vi', d'après Grégoire de Tours, elle était conservée dans la ville grecque de Galatha. S'il semble certain que la relique vénérée aujourd'hui est bien celle que trouvèrent les moines d'Argen- teuil en 445(>, on ne saurait en bonne critique afQrmer que c'est Pob- jet même vénéré en Grèce au vi* sièclCi et il serait à plus forte raison impossible d^affîrmer que cette dernière relique était le vêtement même de Jésus. Certaines reliques célèbres de la Passion, la sainte croix, par exemple, le fer de lance, la couronne d^épines, ont leur histoire suivie et certaine depuis leur première invention, et pour plusieurs cette histoire remonte au temps de Constantin. La relique d'Argenleuil ne date que de l'an i i 56, et on peut affirmer que certain écrivain éminent de cette époque, dont on ne saurait mettre en doute la sincère piété, Guibert de Nogent, l'aurait, s'il Pavait connue, ran- gée au nombre de ces fausses reliques dont il se moque si joliment dans son De pignoribus sanctorum. Le clergé moderne serait peut- être mieux inspiré en n'encourageant pas ces pratiques superstitieuses qui prêtent à rire aux incrédules. La lettre de MaroUes, que M. l'abbé Vanel cite avec raison dans sa préface et qui ajustement trait à la sainte tunique, parait donner sur la question des reliques la note la plus juste ; elle est en tout cas pleine de bons conseils que les ecclé- siastiques de nos jours feraient bien de méditer. M. P. GnéaiN continue, dans les Archives historiques du Poitou^ la publication de son recueil des documents concernant cette province qui sont contenus dans les registres de la chancellerie de France. Le t. VI, nouvellement paru (Poitiers, Oudin, 4893, in-8o), comprend les années ^1390 à 4403. On y trouve beaucoup d'actes n'intéressant qu'une partie restreinte de l'ancienne France, mais la plupart sont 422 BULLETIN HISTOBIQUE. des lettres de rémission, et ces actes, on le sait depuis longtemps, sont d'une importance particulière pour Thistoire des mœurs. On en a publié déjà un grand nombre, mais tous ou presque tous ont leur valeur propre ; le fait tient à la manière dont ces actes ont été rédigés ; les clercs de la chancellerie se bornaient en général à insérer dans la lettre royale la supplique de l'impétrant, et ces suppliques, écrites parfois avec beaucoup de grâce et de finesse, constituent de vrais petits tableaux de mœurs. M. Guérin a, dans une courte mais subs- tantielle introduction, groupé les faits relevés par lui dans ces actes; il remarque avec raison qu^on ne saurait, pour juger nos ancêtres, employer exclusivement cette source spéciale, si précieuse qu'on puisse Teslimer ; aucun historien n^aurait Tidée saugrenue d'exposer les mœurs de la société française au xix* siècle d'après les faits divers de la Gazette des tribunaux. Mais, même en tenant compte de cette très importante réserve, il faut avouer que ces vieux actes ne donnent pas des mœurs de nos ancêtres une idée bien favorable. Us prouvent l'existence chez toutes les classes de la société, même les plus élevées et les plus éclairées, d'habitudes de grossièreté et de violence aujour- d'hui heureusement perdues. Vengeances atroces, querelles ridicules et rixes sanglantes, tels sont les faits que ces lettres relatent le plus souvent, et les coupables ne sont pas toujours des paysans ou des gens de métiers, mais trop souvent de petits nobles ou des clercs, des curés de campagne ou de petites villes, voire même des religieux. Si nos ancêtres avaient des qualités d'endurance au mal, une énergie, une activité que les classes dirigeantes ont perdues aujourd'hui, ils avaient aussi la main trop lourde, le geste trop prompt et passaient trop aisément des paroles à Faction. La vie humaine avait évidem- ment moins de valeur alors qu'aujourd'hui; et la société regardait comme des peccadilles des faits qui, chez un homme de condition moyenne, passeraient aujourd'hui pour des actes monstrueux et s'ex- pliqueraient à peine par un accès de folie. A ces détails sur les faits et gestes de nos ancêtres, ajoutons mille renseignements curieux sur les relations de famille ou de société, sur les événements politiques et les rapports entre les sujets et les représentants de l'autorité royale. Ces courtes indications suffisent pour marquer l'intérêt des volumes publiés par M. Guérin; en entreprenant cette précieuse série, la Société des archives du Poitou a bien mérité de tous les médiévistes ^ il serait à désirer que l'exemple fût suivi par quelques autres compa- gnies de province, qui feraient œuvre utile en remplaçant par ces textes inédits, si précieux à tous égards, quelques-uns des mémoires souvent peu personnels et mal informés dont elles encombrent leurs volumes et leurs recueils. FBINGE. I2S M. A. FaAKKUif vient d'enrichir de deux nouveaux volumes la Vie privée d'autrefois (Paris, Pion, in-48). Tout d'abord, sous ce titre : les Magasins de nouveautés, une histoire sommaire du costume fémi- nin et masculin depuis le xin^ siècle. Pour justifier le titre du volume, Tauteur débute par la corporation des merciers, négociants qui répondaient en partie à la fois à nos bazars et aux magasins de nouveautés de ce siècle. Cette revue de la mode et de ses modifica- tions rapides s'arrête à la fin du règne de Louis XVI. Le volume est, comme les précédents, de lecture agréable, et, sans avoir la prétention d'épuiser la matière, M. Franklin a retracé exactement les princi- pales révolutions de la mode en France pendant six siècles-, il a entremêlé son exposé d^anecdotes piquantes et de chiffres curieux à retenir, le tout emprunté aux meilleures sources. — Le second volume a pour titre : Variétés chirurgicales. Dans deux tomes précédents, M. Franklin avait esquissé Thistoire des médecins et des chirurgiens; aujourd'hui, il donne quelques détails sur les sages-femmes et les opérateurs en plein vent-, beaucoup de ces derniers n^étaient guère moins habiles que quelques-uns des praticiens les plus réputés des xvi« et xvfi* siècles, car, pour un Ambroise Paré, combien de Purgon et de Dîafoirus le corps médical ne comptait-il pas à cette époque? L'auteur a déjà donné un aperçu des singulières pratiques suivies par les médecins d'autrefois; aujourd'hui il fait un court historique de la saignée, qu'on infligeait à tout le monde il y a deux cents ans; ainsi Guy Patin ne se vante- t-il pas quelque part d'avoir saigné un enfant de trois jours? Il est vrai que ces docteurs Sangrado attribuent toutes les guérisons quMls ont obtenues, grâce au concours de la bonne nature, à cette pratique lamentable, et qu'ils oublient d'énumérer les malades morts entre leurs mains. Quelques pages sur les hôpitaux de Paris au 2viii« siècle terminent l'ouvrage; chacun sait combien déplorable en était l'organisation et la gestion quelques années avant 4 789 ; à tous égards, les anciens établissements hospitaliers du moyen âge avaient été infiniment mieux organisés ; à part les temps d^épidé- mie, les malades, s'ils y étaient mal soignés, y mouraient au moins tranquilles, et on n^entassait pas dans un seul lit cinq à six nouvelles accouchées ou tout autant de fiévreux. Cette administration singulière des hôpitaux parisiens n^est qu'un exemple particulier de la décadence extraordinaire dont était frappée Tadministration tout entière à la fin de Pancien régime. A vrai dire, on l'a déjà dit bien des fois, jamais ni les Valois ni les Bourbons n'ont apporté au gouvernement intérieur du pays la persévérance et la méthode qui dirigea leur politique extérieure. Tout occupés d'assu- rer à leurs maîtres la domination en Europe, les plus grands ministres 424 BirLLBTIlf mSTOBIQUK. gouvernent sans vues d'ensemble et en tenant compte uniquement des besoins du moment. De là de singulières anomalies ; au moment même où le plus grand ministre des finances que la royauté ait jamais eu, Golbert, essaie de réformer Tassiette et la levée des impôts, il est obligé, pour suffire aux dépenses de la cour et aux frais des guerres, parfaitement inutiles, d^augmenter les taxes et d'apporter à leur perception une rigueur de plus en plus grande. Aussi, au plus beau moment du règne de Louis XIY, durant les vingt premières années du gouvernement personnel de ce prince, les provinces éloi- gnées de la cour sont-elles en pleine révolte, et, pour comprimer ces soulèvements, le pouvoir royal doit-il recourir à la force armée ; ce sont là des faits quMl faut toujours rappeler pour corriger le tableau trop brillant que les historiens les plus libres d'esprit tracent trop souvent des débuts de ce règne. La Gascogne, comme la Bretagne et le Rous- sillon, fut pendant plusieurs années, à partir de 4662, en pleine révolte. Colbert voulait, contrairement aux anciens privilèges de la province, appliquer dans toute sa rigueur un nouveau règlement sur la vente du sel. La nouvelle charge était lourde, l'impôt avait toujours été impopulaire, et les révoltés trouvent à point nommé un chef hardi et entreprenant, le fameux Audijos. On s'est longtemps trompé sur Forigine et les antécédents de ce brillant chef de bandes. M. A. CoHHDNAT, qui vient de publier la première partie d'un recueil sur la Gabelle en Gascogne \ prouve que c'était un pauvre gentil- homme né à Goudures, dans le département actuel des Landes. A la tête d'une troupe de hardis révoltés, il tient tête pendant plusieurs années aux agents de l'intendant Pellot, parent et âme damnée de Colbert. Connaissant admirablement le pays, renseigné exactement sur les allées et venues de ses ennemis par les habitants, qui lui sont tout dévoués, il nargue tous les efforts, se réfugie plusieurs fois en Espagne et reparait toujours insaisissable. Pour décourager ses par- tisans, on multiplie les rigueurs; logements de troupes, amendes, emprisonnements, mauvais traitements et sévices personnels, on emploie tous les moyens^ et les agents royaux n'épargnent même pas les innocents. On pend et on roue pendant plusieurs années. Tout reste inutile, et quand Audijos, lassé de la lutte, veut bien déposer les armes, on achète sa soumission par un titre de colonel, et l'ancien chef de partisans va mourir en Sicile, où il sert brillamment pendant deux ans sous les ordres du duc de Vivonne. Les nombreux docu- ments inédits réunis et annotés par M. Communay jettent un jour 1. Audijos. La Gabelle en Gascogne {Archives historiques de la Gascogne, fasc. 24). Paris, Champion, 1893, in-8*. FRANCE. 425 tout nouveau sur cette tragédie provinciale trop peu connue et montrent quels abîmes de misère et d^agitations cachait le décor somp* tueux de la cour de Versailles. Histoire localb. — L'ouvrage publié par M. le comte db Ludres, Histoire d'une famille de la chevalerie lorraine^ n'est pas sans inté- rêt. L^auteur n'a pas écrit pour le grand public ; ayant à sa disposi- tion les archives, fort riches, de sa propre famille, il s'est attaché uni- quement à faire connaître le rôle joué par ses ancêtres en Lorraine depuis la fln du xiip siècle ; mais, au lieu de se borner à analyser les chartes et documents du chartrier de Ludres, il a essayé de faire connaître le rôle social de Tancienne noblesse, sa manière de vivre et la part prise par elle aux événements politiques. Quelques-unes des théories émises par le noble auteur paraîtront peut-être un peu hasardées et aventureuses ; la féodalité a sans doute rendu des ser- vices signalés à la France, mais ces services ont été largement payés, et, si la Révolution a brusquement et brutalement dépouillé la classe noble, il faut bien avouer que cette classe jouissait, il y a cent ans, d'exemptions et de privilèges quelque peu excessifs, étant donné le rôle social joué par elle. Toutefois, même en faisant les plus expresses réservessurcertainesassertionsdifQcilementjustiflables,réquitéoblige à reconnaître que l'auteur parle des événements tragiques du dernier siècle, événements dont sa famille a eu tant à souffrir, avec une véri- table philosophie et une réelle modération. L'ouvrage est d'une lec- ture agréable^ écrit avec simplicité -, l'auteur, qui n'a point voulu composer un livre à proprement parler scientiflque, parle souvent de tout autre chose que des comtes de Ludres, mais toujours d'une manière intéressante. Enfin, il a tiré bon parti des riches archives qu'il avait en main, et l'on peut signaler aux amateurs dlnédit un certain nombre de lettres et de billets adressés par la duchesse d'Or- léans, mère du régent, à Isabelle de Ludres, connue pour sa fortune éphémère à la cour de Louis XIV, billets et lettres jusqu'ici inédits et qui devront se joindre désormais à la volumineuse correspondance de cette princesse ; quelques-uns de ces billets ne manquent point d^intérêt et sont dignes de leur auteur, esprit caustique et passable- ment méchant. VHistoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, de l'abbé Lebeuf, jouit encore d'une grande réputation, en partie imméritée, mais que justifie l'absence de toute histoire critique de la capitale française. M. F. Bournon, dont nous avons signalé les additions et corrections au travail primitif, a eu le courage, fort méritoire à coup 1. Paris, Champion, 2 vol. in-8*. 426 BULLSTIIf HISTORIQUE. sûr, de rédiger, avec M. A. Augibr, la table analytique de l'ouvrage original (Paris, Féchoz, 4893, in-S»). G^est le complément indispen- sable de la réimpression de Thistoire de Paris, publiée il y a quelques années à la même librairie, et c'est en même temps un répertoire fort utile de faits et de noms pour l'histoire de rile-de-France; elle remédie heureusement à Tordre assez défectueux suivi jadis par Tabbé Lebeuf. M. A. Thomas, dans son excellent ouvrage sur les états provin- ciaux de la France centrale, avait volontairement laissé de côté les assemblées similaires de la vicomte de Turenne, principauté à peu près indépendante, qui garda cette autonomie jusqu*en i73i , date où elle fut vendue au roi par le duc de Bouillon. M. René Fàge s'est proposé de combler cette lacune et d^étudier le fonctionnement des institu- tions représentatives de ce grand fief du xrv* au xvni® siècle ; il a trouvé une riche collection de textes jusqu'alors inconnus dans le fonds Bouillon aux Archives nationales, et a pu écrire sur le sujet un très curieux volume d'exposition et consacrer un autre volume aux pièces justificatives. Ces états de la vicomte sont assez anciens ; M. Fage les rattache aux assemblées féodales des x" et xi" siècles*, mais, à vrai dire, ce n^est là qu'une hypothèse que rien ne vient justifier. En 4407, il est dit dans un mémoire au roi que le vicomte de Turenne a de toute ancienneté le droit et l'habitude de réunir l'assemblée des trois états de sa seigneurie pour traiter avec eux des afiaires du pays, et que le consentement de ces états est nécessaire pour la levée des taxes, mais on sait que cette expression de toute ancienneté n^a pas un sens précis dans les textes du moyen âge, et M. Fage n'a trouvé aucune trace de session tenue par les représen- tants des trois ordres avant le début du xv® siècle. On peut croire que l'institution n'est pas beaucoup plus ancienne; les savants qui ont étudié le plus récemment le sujet admettent que les états pro- vinciaux n'ont existé réellement qu'après rétablissement par la royauté des états généraux, et, à l'exemple de ces derniers, sauf en Langue- doc, on ne trouve aucune trace de ces assemblées avant le xi?^ siècle. Quoi qu'il en soit, dès lors les états de la vicomte de Turenne fonc- tionnent à peu près régulièrement et s'assemblent d'ordinaire tous les ans; les domaines de la famille étant situés les uns en Limousin, les autres en Quercy, le plus souvent les communautés de chacune des deux parties de la seigneurie s'assemblent séparément, mais, jus- qu'au xviii° siècle, les seigneurs convoquent de temps à autre des assemblées plénières, admettant des représentants de toutes les paroisses de leur seigneurie. A l'origine, les trois ordres sont repré- sentés-, puis le clergé cesse de paraître, et bientôt la noblesse suit cet FRANCE. 427 exemple et députe simplement deux syndics généraux, nommés à titre viager, l'un pour le Limousin, l'autre pour le Quercy. Les attributions des états de la vicomte, ainsi réduits aux gens du tiers ordre, se bornent en général au vote et à la répartition des impositions demandées chaque année par le souverain. Seul le vicomte a le droit d'imposer ses sujets et, jusqu'à la fln du règne de Louis XIV, ces derniers ne payent rien au gouvernement royal. Ces impositions varient et augmentent d'année en année et sont réparties entre les communautés d'après un tarif de proportion une fois fixé. Aux dons gratuits s'ajoutent presque toujours des cadeaux en argent au sou- verain et à sa famille et des gratifîcations aux officiers de la maison vicomtale et aux agents des états. Avec le temps et à mesure que le tiers état gagne en influence, les états ont en plus quelques attri- butions administratives, telles que la réfection des routes et des ponts; mais jamais ces assemblées de Turenne ne jouent à cet égard un rôle aussi important que les assemblées diocésaines du Languedoc, qui, pendant plus de deux cents ans, administrent les différentes circonscriptions de cette dernière province avec le con- cours et sous la surveillance des agents royaux, intendants et sub- délégués. Le rôle de ces assemblées a donc toujours été fort modeste, mais elles n'en ont pas moins rendu à leurs commettants de réels ser- vices; s'imposant eux-mêmes, levant eux-mêmes leurs tailles, les habitants de la vicomte n'ont eu, pendant plus de deux siècles, que fort peu de rapports avec les élus et autres agents financiers dont les agissements n'ont jamais contribué à rendre l'autorité populaire, et c'était un spectacle salutaire, alors que partout ailleurs avaient disparu les vieilles libertés, de trouver un petit pays de la France où survivait ce vieux principe de notre droit public, qu'un impôt, pour être légitime, doit être consenti. Moins favorisé que la province de Languedoc, l'A gênais ne pos- sède pas encore une histoire complète et vraiment scientifique. Beau- coup de monographies et de travaux de détail parus depuis soixante ans ont, il est vrai, contribué à éclaircir quelques faits mal con- nus et à fixer quelques dates. M. Jules Andrieu, auquel on doit une remarquable Bibliographie de VAgenais, a jugé utile de résumer les notions acquises et vient de publier une Histoire de VAgenais^. L'auteur n'a pas eu la prétention de faire une œuvre nouvelle, et il ne cite que rarement des documents d'archives; de ce fait, son his- toire est fortement incomplète, principalement pour la période du moyen âge. Mais, si on tient compte équitablement des intentions de 1. Paris, Picard, 1893, 2 vol. \nr%\ I2S mum raotear, si on ne proid ces deux TobuoMs que eonune un résumé de tout ee qui a été imprimé depaâs deux eenis ans sor l'histoire de la firoiince, on doit reconnaître qoTd a réossi, et son œayre sera fort otik, principalement aox érudiis parisiens, sonrent peu au eourant des innombrables poblkatîons proTinciales. Sans doute, M. Andneu n'a pas b prétention d'avoir lu tout ce qui a paru sur son pays natal; mais il connait beaucoup de plaquettes et de mémoires diCBciles à consulter, et Q a su tirer de œs lectures étendues et prolongées un récit intéressant et clair. Pour le moyen âge, il y aurait lieu de com- pléter le travail; aîna, lliistoire du xm* siècle aurait à proOter du dépouillement de la chancellerie d'AUonse de Poitiers et des rôles eonserrés au Record office à Londres. Les roiseignements emprun- tés à cette dernière source par M. Lan^ois pour son histoire de Philippe le Hardi mcmtrent combien on peut découvrir dans les archives an^aises de textes intéressant les provinces du sud-ouest. La partie la pins intéressante de l'Histoire de PAgenais nous parait donc être celle qui a trait au xn* et au xvn* siècle. L'auteur a fait là un heureux emploi des nombreux mémoires de cette époque publiés de nos jours et tracé un tableau fort curieux et en somme nouveau des guerres de religion et des troubles de la Fronde. Le récit est sobre et simple, sans grandes phrases, et l'ouvrage se laisse lire sans btigue; H. Andneu ne Cadt allusion aux événements de Thistoire générale que là où la chose est nécessaire pour faire comprendre la suite des événements, et il rapporte sans parti pris et sans récrimi- nations inutiles les abominables excès commis par les deux partis en présence. Ne voir dans ceis luttes civiles qu'une affaire religieuse ne serait-ce pas se tromper? Les questions de foi intéressaient bien peu les petits capitaines soi-disant protestants ou catholiques, qui pre- naient occasion de l'affaiblissement du pouvoir central pour se livrer tout à l'aise à leur goût d'aventures et à leurs instincts de brutalité. Les archives municipales de Manosque renferment une traduction en provençal des privilèges et franchises de celte petite ville, traduc- tion faite en 4293 par un notaire, Audebert Gauzès. M. Isnard, archi- viste des Basses-Alpes, a entrepris et mené à bonne fin la publica- tion de ce registre, important à la fois comme document historique et comme texte de langue ^ M. Ghibaneau, de Montpellier, a bien voulu ajouter à l'introduction de Téditeur quelques remarques sur le dialecte employé par le traducteur. Les textes mêmes sont d'un grand intérêt pour l'histoire du droit municipal en Provence. Manosque faisait partie du comté de Forcalquier, et, au moment de céder ses 1. Livre det privilèges de Manosque, Paris, Champion, 1894, iD-4*. FRANCE. 129 droits sur la ville et le territoire à Tordre de SaintrJean-de-Jérusa« lem (4208), le dernier comte, Guillaume ni^ jugea prudent de doter les habitants d'une charte de libertés. Cette charte, fort libérale, les exemptait d'un certain nombre de redevances onéreuses et concédait aux prud'hommes ou consuls le droit de rendre la justice. La pré- caution était utile; la domination des chevaliers de Saint-Jean était d'ordinaire lourde à porter, et, à peine en possession de leur nou- veau domaine, les hospitaliers essayent, avec Pappuî de la papauté, d'abolir la charte de 4206. La lutte durera plus de cent ans et se ter- minera en 4334 par le triomphe de la commune. Les textes publiés par M. Isnard permettent de suivre pas à pas les progrès des libertés de Manosque ; ils renferment encore mille détails sur les usages du pays, les impôts, le droit local, Tadministration de la justice. Enfln le compilateur du xi?« siècle a inséré dans le volume bon nombre de textes plus généraux : statuts du comté de Forcalquier, ordonnances des comtes de Provence, etc. De chaque acte le volume donne le texte latin original et la traduction provençale, qui s'éclairent l'un l'autre. Un lexique des mots de langue vulgaire et une table des matières et des noms propres terminent et complètent cette fort utile publi- cation. A. MTouraER. N. B. — Nous sommes contraints de remettre à une prochaine livraison le compte-rendu du premier volume de la très importante Histoire littéraire du peuple anglais, par M. J.-J. Jusserànd (Didot), du premier volume de la grande publication de M. Delà ville Le Roulx, Cartulaire général de tordre des hospitaliers de Saint-Jean^de-- Jérusalem (Ijeroija)^ du Valenciennes ûqM.Gejjqvet, Nous devons nous contenter de les annoncer aujourd'hui , ainsi que trois charmants volumes de la collection des Grands écrivains français (Hachette), Joseph le Maistre, par M. Gogordan, Diderot, par M. J. Reinach, et Froissart, par M"* Mary Daemestetbr. G. M. Rbv. Histor. LVI. !•' fasc. 430 GOHPTBS-RBlfDUS GAUIQUES. COMPTES-RENDUS CRITIQUES. Storia d^Italia, dai tempi pin antiohi sino aile guerre pnniche. Parte I. Storia délia Sicilia e délia Hagna Grecia di Ettore Pus, prof. ord. nella Università di Pisa. Vol. I. Torino, Palermo, Glau- sen, 4894. In-S», xyi-624 pages. Voici le résumé de ce volume : chap. i, des plus anciens habitants de l'Italie méridionale avant l'arrivée des colons grecs (p. 1-77); chap. u, des plus anciens habitants de la Sicile (p. 78-145) ; chap. m, de la fon- dation des colonies grecques dans les deux pays, d'après les récits des auteurs anciens (p. 146-249); chap. iv, de la valeur de ces traditions (p. 250-334). Seize appendices traitent encore de questions spéciale» : I, des Messapiens et des lapyges, que M. Pais considère comme étant d'origine différente ; n, de la question de savoir si le nom et le royaume d'Italie ont pris naissance dans le sud du Bruttium; M. Pais tient pour le nord ; m, des plus anciennes relations entre la Grèce et l'Italie (contre M. Helbig, qui admet entre les deux presqu'îles des relations commerciales par terre antérieures aux Hellènes) ; iv, de la valeur des opinions d'Hérodote et d'Hellanikos au sujet de l'origine orientale des Étrusques ; v, des Aborigènes et des Sikèles (les Sikèles n'ont jamais existé dans l'Italie centrale) ; vi, des Libui-Ligui-Umbri (tous trois peut- être presque identiques); vn, de l'origine de l'expression de Grande- Grèce; vui, de la colonie des Sybarites à l'embouchure du Silaros; IX, Troizen, colonie de Massalie en Italie, ou les rapports entre Posido- nie et Sybaris; x, Thèbes de Lucanie, Métaponte; xi, Uria en Messa- pie ; xu, Enna et Kasmenae ; xm, la colonisation grecque sur les bords de l'Adriatique; xiv, Tauromenion, colonie des Zancléens d'Hybla; conmientaire au livre VI, 268, de Strabon; M. Pais admet une colonie sur le promontoire de Tauros, au sud de Catane; xv, les prétendus éléments sémitiques en Italie; xvi, la fondation de Taras (dirigé spé- cialement contre un article de M. Geffcken dans les Jahrhûcher fur Philologie de 1893). Cet ouvrage forme le premier volume de la Storia di Sicilia e délia Magna Grecia, qui sera elle-même la première partie d'une histoire de l'Italie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la première guerre punique. M. Pais nous expose dans la préface le plan de son œuvre. Page IX, il insiste sur l'idée que Rome fut « erede di Siracusa, i et que de Syracuse elle hérita trois choses : son antagonisme contre Gar- thage, son amitié avec Rhodes et la pensée « di costituire une stato signore délia penisola. » Je ne crois pas que Rome se soit guidée seu- lement d'après Syracuse pour régler ses rapports avec Rhodes, et il me semble bien difficile d'admettre que Syracuse ait songé à constituer E. PAIS : STORIA D^ITÀLU. 434 « uno sUto signore délia penisola; » nous n'avons aucun renseigne- ment là-dessus, et la chose eût été impraticable. Par contre, je suis d'autant plus disposé à partager l'avis de M. Pais en ce qui concerne les relations entre Rome et Garthage que j'ai exprimé cette même idée au chapitre i du premier volume de mon Histoire de la Sicile dans l'an- tiquité, La tentative de M. Pais de réunir l'histoire de la Sicile à celle de la Grande-Grèce est des plus méritoires, car elle fera ressortir plus clairement les rapports intimes des deux pays, mais elle est aussi des plus difficiles, car, ainsi que je l'ai prouvé maintes fois ailleurs, les sources pour l'histoire de la Grande-Grèce sont tout à fait insuffisantes. Dans tous les cas, il est très utile que M. Pais ait dirigé ses études justement sur l'histoire de l'Italie méridionale. Son ouvrage est essentiellement critique, moins fait pour être lu que pour être étudié. Il ne contient ni une histoire proprement dite ni un exposé de la situation des deux pays jusqu'au commencement du V* siècle, en tenant compte de l'histoire de leur civilisation, ce que j'ai cherché à faire pour la Sicile; il contient des recherches sur l'his- toire et spécialement une critique des traditions anciennes ; c'est, comme le dit M. Pais, page 144, en parlant d'une certaine partie du volume, un essai « di formarci possibilmente un giusto concetto del corne sia sorta et si sia svolta la tradizione letteraria. » M. Pais cherche par là à satisfaire les justes exigences de l'école critique moderne, d'après laquelle une histoire de l'antiquité ne peut être menée à bien si l'on ne se rend compte d'abord dans quelle mesure les sources anciennes dépendent les unes des autres et dépendent de certaines tendances de l'esprit humain. Le résultat auquel arrive M. Pais est celui-ci : jusqu'à l'époque de Thucydide et d'Antiochus, nous n'avons à peu près aucun document certain, et même Thucydide, qu'on est accoutumé de croire sans réserve lorsqu'il prétend parler du viii« siècle, n'a guère fait que repré- senter l'état des choses à l'époque où il vivait. Les principaux points que l'auteur a fixés au sujet de la critique en général sont les suivants, (nous laissons de côté l'application qu'il en a faite dans certains cas particuliers) : !<> jusqu'au v* siècle, peu de choses ont été écrites ; nous ne pouvons donc nous fier ni aux récits ni aux chronologies de cette époque; 2<* la tradition verbale a dès le début défiguré les questions les plus importantes; 3® même un homme comme Thucydide et bien plus encore d^autres écrivains nous ont fait un tableau de leur époque en voulant nous dépeindre l'antiquité. N'y a-t-il donc aucun moyen d'ar- river à la vérité? Oui, nous répond l'auteur, il y en a un, et il en use largement : c'est l'observation des c homonymes, » c'est-à-dire des noms de lieux, de fleuves, etc., qui se rencontrent sous la même forme dans des pays différents. Nous convenons qu'il y a beaucoup de vrai dans ce que dit M. Pais, notamment au sujet de l'importance des homonymes; cependant, nous y trouvons aussi bien des exagérations, et cela précisément dans les trois points cités plus haut. Il nous est impossible de discuter chaque détail ; il nous faudrait pour cela écrire 432 GOMPTBS-EBNDUS GRITiaUBS. un livre aussi volumineux que le sien ; nous nous contenterons de rele- ver quelques exemples de ce qui nous parait exagéré. M. Pais nous dit, page 485, que c tutta la Magna Grecia da Tarante al Bruzzio méridionale e di qui a Sinuessa venue detta Sicilia. » A notre avis, ceci n'est pas exact. Nous trouvons seulement dans les extraits des grammairiens quelques localités de ces régions qui sont par erreur indiquées comme situées en Sicile; aucun véritaJjle écri- vain ne se sert de ce nom pour désigner ces contrées; la méprise du grammairien ApoUonios ne peut être prise en considération. Par contre, la tradition affirme que Rome et d'autres villes du Latium ont été à une époque reculée habitées par des Sikèles, ce que M. Pais ne veut pas admettre. Il prétend que, si l'on a faussement, à son avis, émis cette hypothèse, et si Ton a plus tard appelé toute l'Italie méridionale Bikelia (ce qui n'est pas le cas), il faut en chercher la raison a nella grande espansione politica e commerciale dei Sicelioti sotto l'egemonia di Siracusa, dopo la battaglia di Imera e Guma sino ai tempi di Dio- nisio U. 1 Ceci est inadmissible. Il est vrai qu'au v* et au iv* siècle des vaisseaux syracusains ont abordé aux côtes du Latium, mais jamais Syracuse n'y fut assez puissante pour que, par cette seule cause, la légende ait pu s'accréditer que Tibur et même Rome aient jamais été au pouvoir des Sikèles. Puisqu'on le disait, il faut supposer qu'ils ont réellement habité un point quelconque de l'Italie centrale. M. Pais veut bien admettre que les Sikèles ont habité le Bruttium ; pourquoi n'auraient-ils pas, à un moment donné, résidé dans le Latium? Il n'y a aucune raison de le nier. Il est naturellement permis de ne pas le croire; il est permis aussi de se contenter de l'explication de M. Pais : hégémonie de Syracuse sur toute l'Italie depuis le Phare jusqu'à Sinuessa (pourquoi pas jusqu'à Rome?); pour nous, la tradition nous semble préférable à cette nouvelle hypothèse. M. Pais attache plus d'importance aux homonymes découverts par lui qu'à la tradition. Beaucoup d'entre eux sont, en effet, remarquables et probants, et nous sommes bien d'avis que, lorsqu'il en fait ressortir la valeur, M. Pais a bien mérité de la critique historique. La théorie est juste en soi, et il faut lui savoir d'autant plus de gré de la défendre si courageusement qu'il se met par là en opposition formelle avec « son ami » M. Beloch, un des érudits qu'il révère le plus, s'il faut en juger d'après les termes d'admiration qu'il lui prodigue. En théorie, M. Be- loch ne veut rien savoir des homonymes (Griech, Gesch,, Bd. I), quoique, dans la pratique, il ne les dédaigne pas. Mais, sur ce point encore, nous ne pouvons absoudre M. Pais du reproche d'exagération. Si l'on affirme que Aborigines, Abruzium, Aprustani, BruUii, Bopefyovoi et BopeovTîvoi ne sont que des modifications du même mot, et si l'on pré- tend que le mot Bopefyovoi, qui se trouve dans Lykophron, mais qui ne s'y trouve qu'une fois, était a in uso per indicare le popolazioni del centre d'Italia almeno dalla meta del iv secolo, > n'est-on pas fondé à dire qu'il est fait des homonymes un usage quelque peu excessif? Nous ne sommes pas plus d'accord avec l'auteur sur les conclusions E. PITS : STORU D^ITALIA. 133 qn'il tire dans Tappendice iv. Il émet Topinioii que les Étrusques ont été pris par les Grecs débarqués en Ëtrurie pour des Lydiens, à cause de la fl tendenza commune a tutti i coloni greci di chiamare gli indi- geni dei paesi ove giungevano con lo stesso nome con il quale distin- guevano gli indigeni del paese che essi lasciavano » (p. 451). M. Pais pense que les Phocéens venant de la Lydie ont pour cette raison appelé Lydiens les aborigènes d'Italie (p. 452). Mais cette « tendenza com- mune, > qui serait bien étrange, demanderait d'abord à être prouvée. La seule preuve que fournisse M. Pais, c'est qu'il y avait en Espagne un peuple appelé les Bebryces, qui aurait, d'après lui, reçu son nom des Phocéens immigrés, qui considéraient le peuple espagnol comme identique aux Bebryces de Mysie. Mais il est à noter que ces Bebryces demeuraient loin des Phocéens et qu'ils sont d'ailleurs un peuple plus mythique qu'historique ; comment donc les Phocéens auraient-ils donné aux Ibères précisément le nom de Bebryces ? M. Pais dit qu'ils étaient « di stirpe frigia, in altri termini di una gente che abitava il paese limitrofo a Focea. > En réalité, ils passaient pour être, non de race phrygienne, mais thrace, comme les Phrygiens eux-mêmes, et, de plus, la Phrygie est encore éloignée de la Phocée. Gomment donc les Phocéens auraient -ils retrouvé justement en Espagne des Bebryces qui premièrement, selon toute probabilité, n'existaient plus à cette époque, qui secondement n'étaient pas des Phrygiens et n'avaient donc rien de commun avec les c indigeni del paese che essi lasciavano? » A notre avis, M. Pais fait donc erreur en parlant d'une c tendenza commune, » et les explications traditionnelles des rapports entre les Étrusques et les Lydiens conservent toute leur valeur. Page 459, M. Pais fait sur le style mycénien une observation que je citerai pour montrer comment il y traite une question purement historique. Il dit : « So bene che alcuni archeologi, sopratutto gli archeologi francesi (v. ad es. il recentissimo e pregevole trattato del Gollignon, Histoire de la sculpture grecque. Paris, 1892, I, p. 62 seg.) fissano la durata di questo stile fra il secolo viii ed il ix, e reputano che questa arte mice- nea sia stata interrotta dalla invasione dorica che pongono verso il 4404. Tuttavia non sarebbe maie che questi archeologi fossero mono creduli rispetto alla cronologia convenzionale, o per lo meno combat- tessero gli argomenti con i quali il Beloch, nel Rh, Mus,, 1890, p. 555 seg., secondo che a me sembra, ha dimostrato esser pura leggenda la pretesa invasione dorica, e che lo stile cosi dette di Micene durô nel Peloponeso si no al secolo viii. » Nous estimons qu'il n'y a pas une différence sensible, en ce qui con- cerne l'époque, entre l'opinion des archéologues français et celle que professe M. Pais, d'accord avec M. Beloch. Que le style mycénien ait duré jusqu'au ix« ou jusqu'au viii* siècle, il ne vaut vraiment pas la peine de disputer là-dessus, puisqu'on ne peut le savoir exactement ; ces chiffres reposent sur des suppositions et n'ont pas moins de valeur les uns que les autres. Quant au désir exprimé par M. Pais, que c codesti archeologi i s'occupent d'abord de réfuter l'opinion de M. Beloch au 434 COMPTBS-EBlfDUS GEITIQUK8. sujet de la migration dorienne avant d'en exprimer une sur la durée du style mycénien, ce désir est à peine justifié. La théorie de M. Beloch est un paradoxe qui n'a été admis en dehors de M. Pais par auciin éru- dit de valeur, et nous ne doutons pas que M. Pais lui-môme ne renonce bientôt à la défendre. Car, si son esprit critique peut se plaire à nier une tradition, il devra reconnaître que le principal argument de M. Be- loch repose sur ce fait qu'il nie la parenté de deux peuples de même nom, les Doriens de TOeta et ceux du Péloponèse (Beloch, Griech, Gesch,, 1, 150), et c'est ce fait que M. Pais, le grand promoteur de l'ho- monymie, ne pourra admettre à la longue. Il nous resterait à dire bien des choses sur la question de savoir si réellement l'histoire de l'époque antérieure à l'an 500 a des bases aussi fragiles que l'admet M. Pais (pour notre part, nous le nions formelle- ment) ; sur la part d'authenticité que l'histoire de l'Orient, qui remonte bien plus haut que la tradition grecque, peut ajouter à l'histoire de la Sicile; sur d'autres points encore; mais nous devons borner ici cet article. Nous nous permettrons seulement d'attirer encore l'attention sur le service rendu par l'éditeur, M. Glausen, en fournissant l'abon- dante bibliographie que l'auteur a eue à sa disposition, et nous termi- nerons en adressant les plus vifs éloges à M. Pais pour le zèle, la péné- tration, les connaissances, la conscience dont il a fait preuve, ainsi que pour le ton courtois, digne d'un esprit cultivé, qu'il a toujours conservé dans la discussion. Nous attendons avec impatience la suite de son ouvrage. Ad. HoLM. Znr Entstehnng des KnrcoUeginms, von D' Reinhold Kirghhœfbr. Halle, Kœmmerer, 4893. In-8*, 490 pages. Il y a déjà longtemps que la question des origines du collège électoral provoque les recherches des érudits. Le nombre des brochures et disser- tations que ce grave problème a fait éclore depuis un demi-siècle est considérable. Bien que la lumière ait été faite sur un grand nombre de points, il reste encore beaucoup d'obscurité à dissiper au moins pour la période antérieure à la fameuse bulle d'or de Charles IV qui vint trancher définitivement le débat. Le nouveau travail de M. K., sans avoir la prétention d'épuiser le sujet, nous donne un résumé clair, substantiel, et d'une lecture vraiment utile. A l'époque carolingienne, l'élection, — dans la mesure où s'applique le principe électif, — émane de tous les grands de l'empire. Bientôt on ne voit intervenir que les représentants de certaines races privilégiées, et puis avec Conrad II on revient à l'idée d'une élection faite par tous les grands. C'est au xn« siècle seulement qu'on voit se former, mais d'une façon bien confuse, un groupe restreint de princes électeurs. M. K. com- bat avec raison l'interprétation un peu forcée que Philipps, Ficker et, après eux, Harnack, Weiland et Quidde ont donnée de certains textes, et il essaie de marquer à son tour la portée des élections de 1125 et de 1152. KIECHHCEFER : ZUE SlfTSTEHUNG DBS KURCOLLEGIUMS. 435 Ce qui ressort le plus nettement des documents, c'est que, vers le milieu du TU* siècle, cinq personnages occupent une situation prépondérante : ce sont les archevêques de Mayence et de Cologne, les ducs de Souabe, de Bavière et de Saxe. Quatre autres doivent être placés sur une seconde ligne : Tarchevôque de Trêves, les deux ducs de Lorraine et le comte palatin du Rhin. Il faut mettre enfin sur un troisième rang les arche- vêques de Salzbourg, de Magdebourg et de Brème. Otton de Freysing nous dit bien qu'ils votaient secundum ordinem, mais faut-il attacher une importance capitale à Tordre dans lequel ils votaient? Gomment expliquer alors qu'Arnold de Lûbeck, en parlant de l'élection d'Otton IV en 1208, fasse voter l'archevêque de Magdebourg avant le duc de Saie? Un fait plus grave, c'est l'adjonction du droit électoral aux grandes charges de l'empire {Erzàmter)^ qui, au xii« siècle, n'étaient pas encore devenues héréditaires. C'est au cours de la longue lutte entre Philippe de Souabe et Otton de Brunswick, et sous l'influence de la cour de Rome, que le collège électoral se constitue définitivement, et c'est dans les livres de droit de la première moitié du xui* siècle qu'on trouve pour la première fois la théorie nettement formulée. Vauctor vêtus de henefieiU, qui écrivait vers 1220, exprime cette idée que le roi germanique, lors- qu'il vient demander au pape la confirmation de son élection, doit être accompagné des six princes qui sont les premiers parmi les électeurs. La procédure indiquée par le vieil auteur féodal est exposée plus com- plètement dans le Miroir de Saxe (rédigé entre 1228 et 1232). Mais M. K. aurait dû essayer de nous dire, — ce qui serait si intéressant pour l'étude qu'il a entreprise, — quelles circonstances ont amené Eike de Repgow à formuler cette théorie, et quel était son but. La théorie qu'il expose a-t-elle été imaginée par lui, comme beaucoup d'historiens le prétendent, ou bien, au contraire, nous fait-il connaître simplement le droit qui était alors en vigueur ? Autant de questions sur lesquelles nous sommes imparfaitement renseignés. M. K. ne nous dit rien non plus des circonstances qui favorisèrent bientôt le triomphe complet de cette théorie et n'insiste pas assez sur l'ingérence de la papauté. Il s'est trop exclusivement borné à un commentaire du Miroir de Saxe sans étudier les passages des chroniques ou des diplômes qui eussent pu jeter quelque lumière sur la question. Le dernier chapitre est consacré à l'histoire du collège électoral depuis 1257. Il nous montre fort bien que, dans cette période troublée qui pré- céda l'avènement au pouvoir de Rodolphe de Habsbourg, la participa- tion des autres princes à l'élection préparatoire (Vorwahl) aussi bien qu'à l'élection proprement dite [Kur) perdit toute son importance. Il nous retrace aussi l'histoire des luttes et des compétitions dont la sep- tième voix fut l'occasion, et nous fait le récit, fort intéressant, des pré- tentions rivales des ducs de Bavière et des rois de Bohême. Il se demande ensuite quelle est la portée de la bulle d'Urbain IV de 1263 et quelle importance il faut attribuer aux mots qui sunt septem numéro. Le collège électoral s'est, en définitive, formé par la coutume, à la 436 GOMPRS-ICIIOS GUTIQUES. faveur de circonstanoes extérieures, et c'est par l'usage aussi qu*U échappa à l'influence de la papauté, dont la bulle d'or de Charles lY ne parlera plus. Bien que M. K. soit plus attentif à nous &ire connaître et à critiquer les opinions de ses prédécesseurs qu'à rajeunir la question par une étude directe et minutieuse des sources, son livre n'en sera pas moins d'une lecture profitable pour tous ceux que préoccupe ce difficile problème de rhistoire constitutionnelle de l'Allemagne. Il les aidera à voir comment les deux idées de transmission héréditaire de la couronne et de droit électif ont, pendant des siècles, réagi Tune sur l'autre, et à mieux com- prendre comment le principe électif a fini par triompher. Georges Blohdel. SIb neu iiûtBlieh-iiiid Ivstiipi CoUoqiiiiim tob etllchen Reichs- tacs-Pnncteii* publié par E. Gothk». Leipzig, Dund^er et Hum- blot, 1893. ln-8^, citu-407 pages. La fin du xvi* siècle et le commencement du XYn« correspondent à une époque intéressante dans Thistoire des transformations économiques de rAUemagne« L^organisation financière, en dépit de vives résistances, y devient de plus en plus « capitalistique, » et on commence, après 1 avoir longtemps méconnue, à comprendre toute l'importance du cré- dit Malheureusement^ on ne distingue pas encore assez les problèmes économiques des problèmes juridiques et on cherche, avec une obsti- nation dont les manifestations tiés diverses servent à nous faire con- naître Tesprit public de cette époque, à les envelopper dans le moule 'formaliste du droit romain. M. Gothein, dont nous avons analysé ici même la remarquable Wirthschaftsçtschichte des Schuranuraldes, vient de publier un écrit de polémique, oublie depuis longtemps, très partial, mais très spirituel, et qui est propre à nous donner une ide^ tout à la fois des conceptions du xvm siècle en matière économique et des procédés de polémique employés alors. Il a fait précéder cette publication d^une longue intro- duction qui permet d en mieux apprécier Timportance. Remontant au début du xvi* siècle, il nous montre comment le Reichstag dWugsbourg de l5iX> avait erie et la pratique. Il y avait longtemps sans doute que tous les contrats usuraires étaient prohibés, et que de lourdes amendes frappaient les contr^^venants: mais, dans la pratique, on avait tourné la défense, et^ sous le couvert de certains cou- 06LE : THE MARQUIS d'IRGBNSON. 437 trats (tels que les yentes a réméré) ^ on éludait constamment la loi. La chute de Maximilien I*' et rinsuccès de ses tentatives de réforme admi- nistrative empêchèrent les propositions de la diète d'Augsbourg d'abou- tir. La question fut reprise en 1530, et on détermina soigneusement ce qui devait être regardé comme contrat usuraire (certaines pratiques permettaient aux créanciers de percevoir jusqu'à 20 o/o). Un règlement de 1548, qui vint compléter ces premières prohibitions, laisse entrevoir l'influence exercée alors en Allemagne par notre grand jurisconsulte Dumoulin, qui s'y était réfugié. U était devenu la grande autorité des protestants. M. Gothein nous montre ensuite comment les dettes qui grevaient la propriété foncière s'accrurent peu à peu depuis la fin du xvi* siècle. Au moment où s'ouvrit la guerre de Trente ans, la situation écono- mique du pays était déplorable, et c'est avec raison qu'on a appelé cette époque le temps des rogneurs et des billonneurs (Kipper und Wipper^ zeit). On fit alors en Allemagne quelque chose d'analogue à ce qui avait été imaginé en France en 1593; les moratoria jouèrent un rôle considérable. Un certain nombre de tribunaux recurent l'ordre de ne condamner les débiteurs qu'au paiement d'une partie des intérêts échus. Le plus curieux de ces moratoria est celui qui fut rendu par l'empereur Ferdinand lU en 1638 pour la Silésie et la Bohême. Mais les brigandages des troupes et toutes les conséquences d'une guerre sans merci rendirent la détresse épouvantable; des contrées entières furent transformées en véritables solitudes, et les luttes entre les villes et la chevalerie dont le Brandebourg fut le théâtre accrurent encore la misère générale. Le crédit parait s'être moins développé dans cette partie de l'Allemagne que partout ailleurs. M. Gothein nous donne enfin quelques détails sur la vie, le rôle et les opinions de plusieurs publicistes et professeurs de ce temps, Tabor de Strasbourg, Rumelin de Tubingue, Marquard de Marbourg, Garpzow, Pflaumer, Manz, Schùtz, Karl Mieg, Westermann, etc. Tous ces per- sonnages nous apparaissent en définitive comme des esprits médiocres, et le ton des discussions qui tiennent une si grande place dans leurs écrits n'est pas fait pour nous donner une haute opinion de leur carac- tère et de leur urbanité. S'il est permis de ne pas s'associer à toutes les appréciations de M. Gothein, il faut, du moins, lui savoir gré d'avoir attiré l'attention et jeté quelque lumière sur un côté peu connu de la littérature allemande du xvii* siècle. Georges Blondel. The Marquis d'Argenson, by Arthur Ogle. Londres, Fisher Unwin, 4893. In-80. Tout le monde sait que le marquis d'Argenson est un homme origi- nal, un écrivain fécond en aperçus, remarquable par la justesse et la I3S profondeiir de yM i qa o - o nci de tes ^o». Mai mi eomt mîmilife cou ipr omet phitât qaH ne «rt a ifumimw, et la thèae de M. Zéfori a pcoo^ a fiûbiene dans Fezécatioa même de sm eoncapcioiis les plas henrenses. Gependaiit sa figure a si Uen séduit M. O^ qif il ^eat à toat prix le haoser jusqu'au nmg de grand minîsire et dlioauDe d*État. n discute passonnètxiau les reproches justifiés de M. Zéiwtet de M. le doc de Brofçiie; doq pas qu'il apporte qneiqw docnment non- TeaiL, quelque lémoignafKe qui s'impose. Mais il a été conquis, à la lec- ture du Journal de d'Argensoo, et il a c senti qu'un homme ne pou* Tait agir une aimée en doctrinaire aTeu^ et brouilkHi et penser l'année suivante en homme d'État. » Malgré cette conTictîon tonte penonneQe, les plans du marquis en 1745, PalHance quand même aiec la Prusse, f électeur de Saxe candidat malgré hxi à Fempire, Frédéric II chargé de cooTertir le Saxon récalcitrant, r e ste r ont des idées dignes d'inqûrer tout au moins Fétonnement. M. Ogie pourrait, aTcc Uneohérenoe de la politique firançaÎK d'alors, plaider les dreonslanees atténuantes. Mais la maladie d'admiration particulière aax biographes Pemporte si bien qu'il retrouTe ici c la tradition de Richelieu » et oondnt quelques lignes plus bas que, c stntégiquement, il (d'ÂrgoiscMi) regairdait la Silésie comme la plus importante des proTinoes françaises : il aurait presque préféré sacrifier la Lorraine, b — Quant à déplorer a^ec M. C^e que d'Argenson et les idées des Comsidérmtians sur U ^ommt- nement de la France n'aient pas sauTé le royaume de la Rèrofaition, ce n'est plus là qu'une pure thèse d'école et le roman de Phistoire. Ajou- tons cepoidant que ce liTre est écrit d'un style Tigoureux, que le per- sonnage est heureusement nus en lumière et défendu a^ec une chaleur soutenue qui toutefois entraîne çà et là des expresaons amhitieiises et de simples phrases à effet. — En résumé, malgré son titre d'étode cri- tique et ses discussions de textes, cet essai se distingue plus par son mérite littéraire que par sa Taleur historique. G. GaÊHAK6B. Les Français dans Iliade. — Dafdeix el La Boardonnaîs. — Extraits da journal d'Ananda Rangapoollé, par M. J. ¥0905. Paris, Leroux, 1894. 4 vol. in-4». La Revue historique a donné l'année dernière une notice sur un manus- crit tamoul conservé à Pondichéry, les Mémoires de Rangapoullé, dont le gouvernement anglais des Indes fait actuellement lever copie, sous les auspices de M. Forrest, l'orientaliste et le savant bien connu. Par notre précédent compte-rendu, auquel nous renvoyons, on a pu voir l'intérêt majeur que présentent les Mémoires de RangapouUé pour la connaissance des origines européennes de llnde. Placé, pendant le milieu du xvm* siècle, à portée de tout voir et de tout entendre au gouvernement de Pondichéry, Rangapoullé a entassé dans son Joumai, 1. YINSOlf : LES FRANÇAIS DANS L^INDE. 439 sans la moindre critique, les renseignements de tout ordre parvenus à sa connaissance. Ce manque de discernement n'est pas ce que j'appré- cie le moins chez Rangapoullé, car il est l'indice d'une sincérité abso- lue, et peu m'importe que cette sincérité, due peut-être à une insuffi- sance d'instruction, soit involontaire 1 Dans une période où tout le monde parle avec ses passions, je suis heureux de rencontrer un narra- teur qui arrive à moi avec ses impressions naïves, et ce sera l'œuvre de la critique de faire le triage utile au milieu du précieux fatras de Rangapoullé. Au premier aspect, le formidable volume de M. Vinson avait fait naître en moi l'espoir que nous allions, enfin, posséder un aperçu suffi- sant du Journal de Rangapoullé. Disons-le de suite, cet espoir a été déçu. Le gros tome de M. Vinson, démesurément grossi par un pro- cédé de librairie, donne certes d'intéressantes coupures du Journal, trop intéressantes, je dirai, car notre curiosité, ainsi mise en éveil, n'est nullement apaisée par les citations qu'on nous mesure trop parcimo- nieusement. La notice publiée en tête de son travail par M. Vinson vient encore augmenter notre désappointement en nous détaillant tous les trésors enfouis dans l'original. Espérons que le gouvernement des Indes, qui seul peut assumer une tâche de cette importance, ne reculera pas devant la traduction complète, laissant ainsi chacun libre de faire sa sélection au milieu des anecdotes parfois puériles, parfois de majeure importance, compilées par Rangapoullé. M. Vinson, dans son Avertissement, nous fait l'historique de la découverte des Mémoires et nous apprend qu'une plaquette en avait été extraite par M. Laude, ci-devant procureur général à Pondichéry. Elle fut publiée dans notre chef-lieu aux Indes à une date mémorable, le 16 juillet 1870, jour de la déclaration de la guerre et de l'inauguration de la statue de Dupleix. Cette plaquette n'a eu qu'une circulation locale et est actuellement introuvable. Par M. Vinson, j'apprends en outre l'existence, à la Bibliothèque nationale, département des manuscrits, fonds tamoul, d'une copie du manuscrit original de Rangapoullé. L'existence de cette copie, levée jadis à Pondichéry par l'orientaliste Ariel, m'était inconnue. J'ai tra- vaillé sur le fonds Ariel pour l'histoire du nabab René Madec, que publie cette Revue ; mais, ne sachant pas le tamoul, j'ai dû me borner au dépouillement des papiers historiques laissés par Ariel. Cette copie des Mémoires n'est pas la pièce la moins importante de sa collection. M. Vinson signale feu M. Gallois -Monbrun père, de Pondichéry, comme celui qui a attiré l'attention des savants sur le Journal de Ran^ gapoullé. J'ai vu en effet, pendant que j'habitais Pondichéry, des indices qui concordent absolument avec cette donnée. Je ne puis mieux conclure qu'en répétant à nouveau le désir de voir une traduction intégrale mettre les Mémoires à la complète disposition des curieux. M. Vinson remarque, entre autres choses, et avec juste raison, qu'ils nous montrent un Dupleix inconnu, le Dupleix homme 440 ooKRis-iixiVs cmitHm* . d'affidres et le Dapleix intiiiie, très différent da nabab d'apothéose reçu actuellement par l'histoire, et personnifié dans le monument théâtnl de Pondichéry. 8i le Journal est intégralement publié, nous lui deyrons, à coup sûr, beaucoup d'autres remarques analogues. Emile Barbé. D' Hanns ScHurm. Die Reiae des Papstes Pins VI nach "Wien and sein Anfenthalt daselbst; ein Beitrag zur Geschichte der Beziehongen JosefsU zurrœmischen Curie. Wien, Tempsky, 4892. In-S"", xix-2d9 pages. (Fontes remm aostriacanim ; vd. XLYII, \^ moitié : Diplomata et acta.) Nous ne connaissions pas bien jusqu'à présent les circonstances du célèbre voyage que Pie VI fit à Vienne en 4782, dans Tespoir d'obtenir de Joseph II riô)rogation de ses lois religieuses, ou tout au moins la modification de certains décrets plus particulièrement contraires aux Yues de la Curie. On n'ignorait pas que la démarche tentée par le Pape était demeurée vaine, mais le secret de ses nombreux entretiens avec l'empereur n'avait guère transpiré, et les écrits du temps ne contiennent presque rien de précis sur cet épisode intéressant du Joséphisme. L'em- pereur a tenu un Journal pour son frère Léopold de Toscane, mais, s'il y parle assez longuement des fêtes et des cérémonies qui marquèrent le séjour de Pie VI dans sa capitale, il ne donne généralement de ses entre- tiens avec le Pape que les conclusions*. D'ailleurs, on peut se demander s'il possède bien toute l'impartialité désirable pour rendre un compte exact de discussions délicates, sur des questions brûlantes entre toutes, où son amour-propre et son autorité sont en jeu. M. Schlitter a donc fait chose très utile en publiant le Journal de Dini, premier maître des cérémonies de la cour pontificale, qui accom- pagna son maître à Vienne en 1782*. Dini rapporte jusque dans les plus infimes détails tout ce qui concerne le cérémonial et, ce qui est autre- ment intéressant, il tient note jour par jour de ce que le Pape lui confie relativement aux graves intérêts qui se débattent. Nous avons donc maintenant, en regard de la version impériale des lettres à Léopold, la version pontificale du majordome romain. M. Schlitter ne s'est pas borné à transcrire le texte de Dini ; il en a donné un savant commentaire, fruit de patientes recherches dans les archives, tant à Rome qu'à Vienne. Les papiers de la cour pontificale ne lui ont rien fourni de particulièrement important : en effet, le Pape, tant qu'il 1. Alfred von Ameth, Joseph II uncf Léopold von Toscana. Ihr Brief- Wechsel. Vienne, 1892, 2 vol. iD-8% p. 87-105. 2. Ce Journal est conservé aux archives da Vatican dans la collection dite de$ madrés de cérémonies. SGHLITTER : DIB RBISB DBS PiPSTBS PIUS YI NiCH WIEN. 4 Ai demeura sur le territoire de l'Empire, n'euvoya aucun écrit au collège des cardinaux, et la correspondance du nonce Garampi avec le secrétaire d'État Pallavicini est loin d'être complète. L'exploration a été plus fruc- tueuse à Vienne : l'éditeur y a trouvé des lettres du Pape, de l'empereur et du nonce à Kaunitz, de Gobenzl et de Brunati^ à Terapereur, et sur- tout les mémoires dans lesquels Kaunitz et Gobenzl discutent avec le souverain les termes des réponses qui seront faites aux revendications pontificales. Enfin il y a des rapports de diplomates étrangers à leurs gouvernements qui éclairent la question d'un jour nouveau 3. Nous connaissons donc aujourd'hui par le menu l'histoire de cette longue et délicate négociation, et nous y trouvons bien des choses inédites. G'est ainsi, par exemple, que nous voyons Kaunitz conseillant instamment à son souverain de décliner la visite du pape, et l'empereur, au contraire, désireux de voir Pie VI et de s'entretenir avec lui sur l'objet de leurs dissidences. N'ayant pu l'emporter sur ce point, le chancelier insiste pour que, dans ses rapports avec la Gurie, l'empereur se montre raide^. Joseph est d'un avis tout opposé; il manifeste des sentiments pleins d'élévation et de noblesse, un profond respect pour la personne du pontife, mais il entend n'abdiquer en rien ce qu'il considère comme les droits de sa couronne. Voici un exemple intéressant de sa suscep- tibilité en cette matière : Pie VI, avant de quitter Rome, avait confié à ses cardinaux, sous le sceau du secret, son intention de profiter des céré- monies du jeudi saint pour exposer ses griefs à l'assemblée des fidèles, en présence de l'empereur. Celui-ci, mis au courant par une indiscré- tion, chargea l'archevêque de Vienne de faire savoir au Pape que, s'il donnait suite à ce projet, lui Joseph prendrait immédiatement la parole pour le réfuter, sans souci du scandale que cette scène ferait naître dans la cathédrale. Les négociations devaient porter notamment sur l'édit de tolérance, sur la question des couvents et sur la juridiction épiscopale. L'empereur, bien décidé à ne faire sur ces trois points aucune concession sérieuse, se montrait plein de courtoisie dans les discussions, mais se dérobait^. Il tenait cependant beaucoup à sauvegarder les apparences et, pour que le peuple le crût en accord complet avec le chef de l'Église, il entourait publi- quement celui-ci d'hommages et d'égards de tout genre. Pie VI démêla bientôt les secrètes pensées de son hôte, rompit les conférences et fit osten- siblement ses préparatifs de départ. Joseph, déconcerté, — c'est Dini qui parle, — protesta de sa bonne volonté, et pria le Pape de consentir à un 1. Abbé Joséphiste qui gérait temporairement l'ambassade impériale à Rome. 2« Notamment ceux de Bernis à Bretecdi et de Foscarini aa sénat de Venise. 3. c Schroff, I 4. Les ministres avaient proposé d'abord qae les négociations se fissent excla- sivement par écrit; ils craignaient que l'éloquence bien connue de Pie VI, qu'on appelait en Italie U persuasore, ne parvint à changer les dispositions de leur souverain. 442 G0vrrB9-iB!iDns CEinaiJBs. débat plus approfondi, c dans l'intérêt de l'Église ^ » Pie VI céda. H avait compris qne la résistance venait snrtont de Kannitz, et il s'efforça de ramener Topiniâtre homme d'État à des idées plos conciliantes. H poussa l'abnégation jusqu'à lui faire visite le premier, malgré les pro- testations des prélats de sa suite, qui considéraient Kaunitz comme « le pire ennemi de l'Église, i U le traita avec une considération marquée et sollicita ses bons offices pour arriver à une solution satisfaisante. Le chancelier accueillit ces avances gracieuses avec une raideur extrême et se borna à déclarer c qu'il n'y pouvait rien, i Cependant les conférences se prolongeaient sans amener de résultats, et les Viennois, auprès de qui Pie VI était devenu rapidement populaire*, murmuraient contre le gouvernement. L'empereur, voulant plus qne jamais donner le change au public et faire croire que le bon accord régnait entre les deux pouvoirs, pria le Pape de remettre lui-même la barrette aux cardinaux Firmian et fiatthyani, récemment préconisés. Pie VI consentit et communiqua à Joseph le discours qu'il voulait prononcer dans cette cérémonie. Il y louait la fastueuse hospitalité du souverain, son dévouement aux affaires publiques, et la piété du peuple autrichien. L'empereur lui fit insinuer par le cardinal Migazzi qu'il lui serait agréable d'entendre aussi faire l'éloge de son zèle religieux. Le Pape aurait répondu d'abord qu'il ne pouvait louer la piété d'un prince dont les actes tendaient à la ruine de l'Église; toutefois, sur les instances du cardinal, il consentit à le faire, espérant que cette condescendance dis- poserait l'empereur à plus de souplesse. L'allocution, ainsi modifiée à la grande joie de Joseph 3, fut reproduite par tous les journaux et distribuée à des milliers d'exemplaires. Cependant cela n'empêcha pas les ambassa- deurs de faire connaître à leurs gouvernements les choses telles qu'elles s'étaient réellement passées. Pie VI déclara, du reste, lui-même à l'envoyé de la république de Venise que Joseph II ne lui avait proposé que des modifications dérisoires à ses décrets, que son voyage à Vienne avait été infructueux, mais que sa conscience ne lui reprochait rien. L'espoir du pontife était donc déçu, et il repartit bientôt pour ses États. L'empereur voulut lui donner une marque personnelle d'amitié 1 . Rien de tout cela n'est rapporté dans la correspondance de l'empereor avec son frère Léopold. 2. a II y avait un enthousiasme ridicule, qui avait gagné surtout les femmes i (Jo8, Il und Leop, v. T., I, 103). 3. c Je vous joins ici rallocution en latin que le Pape a tenue, et vous me ferez plaisir de la faire insérer dans la Gazette de Florence et de la rendre publique. Quant aux points essentiels, vous aurez vu par mes réponses qu'il a obtenu peu de chose, et moi j'en ai obtenu cette espèce de déclaration publique qui m'était nécessaire pour l'enthousiasme qu'il avait causé dans tonte l'Europe » {Jos, Il und Leop. v, T., I, 104]. ~~ Détail piquant que nous apprend Dini : lorsqne parvinrent à Rome les journaux portant le texte dn discours pontifical, le sacré-collège les fit saisir; il se refusait à croire que Pie VI eût tenu un pareil langage. FITZPITMCK : SBCRET SKRYICB UIIDEB PITT. 143 et conféra à son neveu préféré, Louis Onesti-Braschi, la dignité de prince du Saint-Empire. S'il faut en croire Dini, Pie VI aurait rendu le diplôme d'anoblissement^ : il était venu à Vienne, disait-il, pour défendre les droits de TÊglise, et nullement en vue d'obtenir des avan- tages et des honneurs pour sa famille. Le moment, du reste, lui sem- blait mal choisi, car les négociations n'avaient pas abouti à un résultat qui justifiât pareil cadeau. Sur ce point capital les deux témoignages sont donc d'accord : le voyage à Vienne n'a aucunement réalisé les espérances dont le souve- rain pontife s'était bercé, et celui-ci ne s'est fait aucune illusion à ce sujet. Le Journal du maître des cérémonies ne parle pas autrement que la correspondance de l'empereur. Et pourtant, quand le Pape fut arrivé à Venise, il changea de langage : il déclara que le succès avait dépassé ses prévisions, qu'il avait eu gain de cause en matière de tolérance, de dispenses de mariage, etc. Les par- tisans de la Curie triomphèrent, mais leur joie fut de courte durée : rentré à Rome, Pie VI évita de parler de son séjour à Vienne* et donna aux évéques les dispenses nécessaires pour qu'ils pussent obéir aux décrets impériaux. Quelques années plus tard, la Révolution française devait lui donner des soucis plus graves encore. Ce bref résumé permet de se rendre compte de l'importance de la publication faite par M. Schlitter. On ne pourra désormais traiter la question du Joséphisme sans y recourir. D'autre part, l'auteur s'est soigneusement abstenu de toute déclamation, et son livre présente l'ob- jectivité requise d'une œuvre scientifique. Eugène Hubert. Secret Service under Pitt, by W. J. Fitzpateick, F. S. A. Londres, Longmans, 4892. 4 vol. in-S**, x-390 pages 3. Dans une tour du château de Dublin, on voyait récemment encore, abandonnés en un coin à la poussière et à la rouille qui rongeait leurs ferrures, deux coffres protégés contre l'indiscrétion du public par une 1. Cette assertion de Dini ne cadre pas avec ce qa*écrit l'empereur à Léopold : c J'ai créé prince de TEmpire son neveo Onesti ; il a accepté avec reconnaissance cette faveur, mais il m'a prié de différer l'envoi dn diplôme, craignant la satire (jPSON. Maria-Josefa-Amalia Herzog^in zu Sachsen, Kœni|^in von Spa- nien, von Konrad Haebler. Dresden, Wilhelm Baensch, Hofver- lagsbuchhandlung, 4892. 247 pages. Ce petit livre contient la biographie de la reine d'Espagne Marie- Joséphine- Amélie, troisième épouse du roi Ferdinand VU. C'était une 4 52 COMPTBS-REIIDUS C3UTIQUB8. princesse saxonne, et c'est à Dresde que l'auteur a mis à profit les lettres de la reine, adressées à son père, ses poésies gracieuses, qui prouirent qu'elle a su se rendre tout à fait maîtresse de la langue espagnole, la correspondance diplomatique des ministres saxons à la cour de Madrid. Grâce à ces sources, d'un caractère si varié, M. Haebler a pu éla]^r le cadre biographique de la jeune reine, qui ne porta la couronne que pendant dix années ; elle fut en effet enlevée par une mort prématurée le 17 mai 1829. Il a élucidé en quelque sorte Thistoire espagnole pendant une époque critique. Malheureusement, son récit prend çà et là le ton d'un panégyrique et devient trop officieux. Ainsi, quand on se rappelle quel homme fut Ferdinand Vil, on ne lira pas sans surprise, page 69, que le roi consacrait les heures du matin « aux affaires graves du gouvernement. » Alfred Stern. Eugen GuGLii. Leopold von Rankes Leben nnd "^erke. Leipzig, Wilh. Grunow, 4893. i vol. in-8% 424 pages. Le volume dont nous venons de transcrire le titre n'est pas encore le volume définitif qui s'écrira un jour ou l'autre sur Ranke et qui ne comprendra pas seulement Thistoire de l'activité de l'historien, — acti- vité d'ailleurs si féconde et si pleine qu'elle suffirait à elle seule à don- ner matière à un beau et solide ouvrage, — mais celle de son époque. Si l'on considère, en effet, que Ranke a été éveillé à la vie intellectuelle au début du siècle, c'est-à-dire au plus beau moment de la vie scientifique de l'Allemagne, à l'époque où s'élèvent ces merveilleuses constructions qui sont la gloire la plus incontestable de ce pays : les travaux de Grimm, de Lachmann, de Benecke, de Dietz, de fiopp et d'Ottfried MûUer; qu'il se rattache lui-même par Niebuhr à cette glorieuse lignée intellectuelle ; si l'on considère aussi qu'il a suivi dans toutes ses étapes le mouvement nationaliste qu'accomplit la Prusse; qu'il vécut dans l'intimité de conseillers de rois, — Ancillon, Savigny, Eichhorn, Ger- lach, Radowitz, le baron Bunsen, etc., — et que lui-même, à maintes reprises, sous Frédéric-Guillaume IV et sous Guillaume I«', fut sollicité à dire son mot sur la situation ; que ses travaux, enfin, tout en ayant un développement bien à eux, se rattachent pourtant aux événements contemporains^; si l'on considère ces choses, dis-je, l'on verra que 1. Il dit lui-même, dans son Autobiographie, que les soulèvements de la Grèce contribuèrent en 1827 à diriger son attention sur les Ottomans. Après Tachèvement de V Histoire des papes, s'il eut l'idée d'opposer à cette histoire les origines du protestantisme, les événements du jour {Kulturkampf) ne furent pas étrangers à cette décision. En 1843, devant les progrès des idées révolu- tionnaires en Allemagne, il songe à écrire une histoire de la Révolution fran- çaise poir détruire c les légendes des apologistes français de la Restauration. » • ^ B. GUGLU : LBOPOLD TON RÂNKES LBBBN UND WERKE. 453 raconter sa vie c'est en quelque sorte faire Thistoire de tout un siècle en Allemagne. Dans le cadre restreint de son travail, M. G. ne pouvait embrasser tout cela, n n'a voulu faire qu'une esquisse très générale de l'activité historique de Ranke , et , 'dans ses proportions modestes , ce volume nous satisfait pleinement. On ne peut le vouloir plus complet Ge qu'on pourrait même lui reprocher, c'est d'avoir souvent donné des détails superflus. On y lit en effet des choses comme celles-ci : « Il envoie à Selma, la fiancée de son frère, une croix d'or qu'elle doit porter le jour de sa noce... Aux vacances de Noël, ne pouvant aller à la maison, il envoie de modestes cadeaux : à son père une pipe et une tabatière; à sa mère un cachet et des souliers d'hiver » (p. 29). Ailleurs, M. G. nous raconte par le menu toutes les études que fit Ranke, nous décrit tous les maîtres dont il suivit les leçons, dans les différentes écoles de la Thuringe par où il passa, ne faisant, du reste, en cela que reproduire V Autobiographie de l'historien, avec laquelle il fait ainsi souvent double emploi. De même, en Italie, il nous décrit après Ranke les lieux que celui-ci visite, les monuments qu'il voit, sans rien ajouter de nouveau, sans dégager surtout pour nous l'esprit et la signification de ce voyage. En quelques tableaux ramassés et concis, — ce qu'était par exemple la vie d'une petite ville de campagne en Allemagne au début du siècle, ce qu'était l'Université de Leipzig au moment oh Ranke y étudia, l'influence que Berlin et son voyage en Italie eurent sur la forme même de son histoire, — il eût pu nous faire comprendre d'une façon plus concrète la manière dont l'historien se forma. Ge livre nous apprend cependant bien des choses. Pendant la période de Francfort, M. G. nous fait brièvement l'histoire du gymnase de cette ville depuis sa fondation jusqu'à l'époque où Ranke y fut nommé professeur, et cela a un intérêt général. D'autres parties nous donnent des renseignements nouveaux : l'accueil, par exemple, que reçut le premier ouvrage de Ranke dans les cercles éclairés de l'Allemagne ; l'influence que Jacobi eut sur la pensée de l'historien. Nous avons goûté particulièrement le chapitre consacré à l'exposé des idées politiques de Ranke. Tout au plus pourrait-on reprocher à l'auteur d'avoir donné à cette partie une trop large place dans son ouvrage : 65 pages sur 400 que contient le livre, c'est beaucoup, d'autant plus que l'influence des idées politiques de Ranke se fait peu sentir sur son histoire. On ne voit point chez lui, comme chez Sybel ou Treitschke, son point de vue personnel étalé à chaque page. Je sais bien que Ranke, adepte de l'école histo- rique de droit, prétendait que l'exposé impartial des faits donnait la raison des principes politiques, et que, sans se donner la peine de tirer les conclusions soi-même, tout lecteur intelligent, par la connaissance qu'il prenait du passé d'un peuple, acquérait du même coup la notion de ce que ce peuple pouvait faire dans le présent au point de vue poli- 4M COHPTBS-BBNDUS GBITIQUB8. tique; mais cela il Ta indiqué plutôt qu'il ne Ta démontré réellement*. A côté de cette partie biographique assez développée, il y a une partie critique que nous avons trouvée très remarquable. M. G. n'étudie pas Ranke au point de vue littéraire, ni même au point de vue strictement historique, mais à un point de vue plus général : il envisage rhistorien dans ses traits essentiels et cherche à bien déterminer ce qui constitue son originalité en histoire, c Faire une critique approfondie de ses ouvrages, dit-il, serait une entreprise au^-dessus de nos forces. Personne ne serait du reste à la hauteur d'un tel travail que Ranke lui-même, car il ne s'agirait de rien moins que de connaître l'histoire dans ses sources elles-mêmes. Un tel travail, en outre, ne se fait pas de seconde main, puisqu'il n'y a qu'un petit nombre d'ouvrages de Ranke qui aient été étudiés vraiment scientifiquement et desquels on puisse dire avec certi- tude : ceci est un résultat acquis, cela est moins certain, et cette chose- ci n'est qu'une opinion de l'auteur, t Mais autre chose est de dire de quelle manière Ranke traite l'histoire : cela, on le découvre en lisant ses œuvres et en les comparant avec les œuvres que ses prédécesseurs et ses contemporains ont écrites sur le même sujet... Enfin, on peut, à propos de Ranke, étudier les points suivants : Quelles circonstances ont fait de lui un historien? Ne peut-on pas retrouver dans ses œuvres, si objectives qu'elles paraissent, les traces de ses croyances et de ses idées? Bref, ses livres ne révèlent-ils rien de l'homme? » (p. 2). C'est là le second côté de l'œuvre de M. G. dont je voudrais dire quelques mots. Je ne serais pas aussi affirmatif que M. G. en disant que ce qui poussa Ranke à faire de l'histoire, ce fut « l'intérêt moral et religieux. » Je sais bien qu'il ne fait que répéter ce que Ranke dit lui-même. Mais Ranke le dit dans une lettre. Et, si cela ne suffit pas à infirmer la portée de ses paroles, il faut se rappeler dans quelles circonstances il a écrit cette lettre. Ranke était alors violemment attaqué par les historiens de l'école de Léo et par Léo lui-même, qui lui reprochait de manquer d'intérêt philosophique et religieux. A quoi il répond : t C'est là la plus sotte accusation qu'on puisse porter contre moi, puisque c'est cela et pas autre chose qui m'a poussé à faire de l'histoire. » En prenant trop à la lettre cette déclaration, on risquerait de voir en Ranke un historien moraliste de l'école de Schlosser, ce qu'il n'est pas. Au contraire, sa conception est juste à l'opposé de celle du vieux Kan- tien. Il ne prononce jamais de jugement sur certaines actions privées d'un homme historique. Il voit la conduite de cet homme dans son 1. A propos des idées politiques de Ranke, je relèverai une petite inexacti- tude de M. G. Il dit : c Les deux Ranke firent partie de Tassodation de Yater Jahn 1 (p. 39). Il y a erreur, me semble-t-il. Le frère de Ranke seul, Henri, fut un Turner. Cela ressort du passage suivant de son Autobiographie : c Er gesellte sich den Turnern mit Ëntschiedenheit bei und brachte roich erst dadurch in eine gewisse Verbindung mit dem Thun derselben i (p. 36). B. GUGLU : LBOPOLD YON RANKBS LBBBN UlID WERKE. 455 ensemble. Cette conduite, il la juge bonne ou funeste selon que, politi- quement parlant, elle a été bonne ou funeste pour son pays. Mais cer- taines particularités de conduite le retiennent peu en elles-mêmes. A propos d'un Ricbelieu ou d'un Charles II d'Angleterre, il ne tonnera pas comme Schlosser contre le « débauché. » Il dira plutôt, comme de Charles II, t que Tamour des plaisirs et même la dissipation n'em- pécheut pas des hommes intelligents de prendre la part la plus active aux affaires. » Cela n'est pas d'un moraliste bien sévère; mais, en arrivant au cœur de la vie des individus et des nations, il rencontre ces lois morales qui s'imposent à la vie humaine, et, historiquement, il est bien forcé d'en tenir compte, puisque c'est la vie même des nations qui dépend de cela. Nul plus que Ranke n'est mieux renseigné sur les causes de prospérité et de décadence des peuples, qu'il s'agisse des républiques italiennes, des Ottomans, de la monarchie espagnole, de la papauté, du saint-empire germanique, etc. Mais ces jugements, pour moraux qu'ils paraissent, sont plus encore des jugements d'historien que de moraliste. Ranke ne recherche pas dans le passé une loi qui règle notre conduite, mais il nous c ouvre, comme dit Vinet, le spectacle complet de la vie. » A notre avis, l'inspiration des ouvrages de Ranke est surtout esthé- tique ^ Ce qui Ta poussé à faire de l'histoire, c'est la séduction qu'exerça sur son esprit le spectacle de la brillante civilisation du xvi* siècle en Italie. Ce qu'il désirait à cette époque, comme il le dit, c'est (p. 342). En d'autres endroits aussi, M. G. fiedt preuve d'une grande indépen- dance de jugement. On sait que Ranke assignait à toute révolution une marche analogue : après la révolution, Tanarchie, puis le despotisme, c Je gagnai, dit-il, la confiance du roi (Frédéric-Guillaume lY) en lui prédisant en 1848 la dictature du troisième Napoléon. » 1870 lui donne une assurance plus grande encore. La victoire de la Prusse lui apparaît comme la victoire de Tordre sur l'anarchie et la mort de la révolution en Europe, c Voyons-nous, dit M. G., ces prédictions de vieillard... se réaliser? Qui connaît, même superficiellement la littérature du mou- vement démocratique-socialiste; qui lit dans les journaux les comptes- rendus de leurs assemblées, leurs discussions et leurs décisions ne pourra faire moins que d'élever des doutes sur la vérité des prophéties de Ranke > (p. 404). M. G. révèle là un excellent esprit, modéré et plein de sagesse. Ce n'est pas sans raison qu'il a choisi Ranke comme sujet. Il a avec le grand historien une affinité naturelle d'esprit; il cherche même à être plus objectif que lui, plus impartial. BAais, à la fin de son livre, il constate avec mélancolie que cet esprit-là tend de plus en plus à dis- paraître chez ses compatriotes. « En Allemagne, dit-il, on révère tou- jours Ranke comme le père de l'historiographie ; ses élèves remplissent encore les chaires des Universités; des écoles moyennes son ensei- gnement s'étend dans les cercles les plus lointains de la nation, et pourtant, ne nous y trompons pas : ce que Ton accueille, ce que l'on croit, ce que l'on répand, n'a rien à voir avec la véritable essence de l'histoire de Ranke, d'où sont sorties ses idées, ses espérances et sa consolation » (p. 405). Antoine Guilland. An Introdaction io the study of the Constitution. A sttidy sho^ wing the Play of physical and social Factors in the création of institutUmal Law, By Morris M. Gohn, attorney at Law. Baltimore, the John Hopkins press, -1892. -I vol. in-8», xi-235 pages. En écrivant son Introduction à l'étude de la Constitution politique des Ëtats-Unis, M. Morris Gohn n'a pas eu d'ambitions trop hautes. Il a voulu, nous dit-il, réunir pour le lecteur « une masse de renseigne- ments épars dans une multitude d'ouvrages » et rappeler ou a montrer le jeu des facteurs physiques et sociaux dans la formation du droit en général et du droit constitutionnel en particulier » (p. v). G^est en effet un livre de vulgarisation, quoique M. Cohn ne lui donne pas expressé- COHN : AN INTRODUCTION TO THE STUDT OF THE CONSTITUTION. 157 ment ce titre. Il n'y faat pas chercher de vues très originales. Le style même, un peu terne, se ressent parfois de la lourdeur des nombreux ouvrages allemands que l'auteur a consultés. Les exemples qu'il offre perdent de leur relief dans la mise en œuvre. Mais on y trouve une somme de travail considérable et des remarques utiles sur la transfor- mation des coutumes, des institutions, des lois anglaises, par le seul fait de leur implantation sur le terroir américain. Du reste, il ne peut être indifférent de nous rappeler que, dans les lois où se traduisent nos volontés de conduite, où nous prétendons affirmer la plénitude de notre liberté, les circonstances extérieures du pays, — climatériques, géogra- phiques et autres, — nous dominent encore pour une forte part. Gela dissipe bien des chimères, à commencer par le rêve d'une unification future de l'humanité sous un même code. Gela réduit, en outre, à de sages limites la théorie des emprunts et de l'imitation courante dans l'évolution des lois, — théorie que nous venons de voir un homme d'un rare mérite essayer à tort de réhabiliter^, en invoquant par analogie la migration des contes et légendes, précisément à l'heure où la thèse de cette migration est le plus vigoureusement battue en brèche >. M. Gohn entre en matière par un chapitre sur les rapports du droit et de la souveraineté (p. i-2i). Il soutient aussitôt une thèse que nous croyons dangereuse, savoir que Tidéo de droit n'implique pas celle d'au- torité souveraine, a La souveraineté, dit-il, n'a point de terme pour s'exprimer dans les langues anciennes; c'est un mot d'origine féodale » (p. i). Mais il en est de la souveraineté, ce semble, comme d'une infi- nité d'autres concepts ou d'institutions plus ou moins formelles, — telles que la famille et la procédure, dont l'auteur lui-même parle comme nous en parlons ici (p. 39-128), — et dont on subit l'influence sans trop s'en rendre compte avant un certain éveil de l'intelligence. S'il existe des tribus qui se gouvernent sans autorités apparentes, à l'état d'anarchie pure 3, comme se gouverne aussi en réalité la Répu- blique internationale, on ne saurait dire qu'elles connaissent le droit à proprement parler, c'est-à-dire un ensemble de garanties sur lesquelles chacun puisse compter en tout état de cause pour la défense de ses intérêts. Le droit international est un droit ; mais, faute de souveraineté qui l'impose, il le deviendra plutôt dans l'avenir qu'il ne l'est actuelle- ment^. Dans le minimum de civilisation que nous puissions admettre, 1. Tarde, les Transformations du Droit. Paris, Alcan, 1893. 2. Ibid., p. 176. Cf. le livre de M. Joseph Bédier sur les Fabliaux ou, dans un sens plus général, les réflexions de M. Gh. M. Andrews {Yale Review, février 1893, p. 388). 3. Leur cas est analysé par Maine (Village Communities, chap. m). Si nos résidents coloniaux connaissaient quelque peu les travaux de TËcole anglaise, Us éprouveraient moins d'embarras à comprendre et décrire les populations de ce genre qu'ils découvrent sur notre domaine. Voir entre antres le capitaine Cnpet, Tour du Monde, 1893, t. I, p. 210-212. 4. L'école écossaise, qui cependant admet le droit naturel comme droit effec- 458 GOIIPTBS*EBNDUS GlITIQnBS. l'idée de souveraiiieté reste inséparable de celle du droit; et, si elle n'apparait pas toujours quand on la cherche, non plus du reste que la force qui lui fait obéir, il n'est pas moins vrai que l'on doit savoir où elle réside pour s'y référer aux heures critiques. Nous ne saurions donc accorder à M. Gohn qu'elle n'existe pas aux États-Unis, et que Ben- tham avait tort de l'y découvrir sous le costume fédéral. « La souverai- neté, dit notre auteur, est une idée qui se développe (a growth) et que l'on ne peut appliquer que relativement. Aux États-Unis, elle ne réside pas dans le peuple. Elle ne réside dans le peuple ni de par les précé- dents gouvernementaux ni de par Taveu du gouvernement actuel. Le peuple ne s'est pas réservé le pouvoir d'annihiler ce gouvernement. D peut introduire des changements dans la constitution fédérale, mais seulement de la façon que prescrit cette constitution. Le gouvernement fédéral n'est pas souverain absolu, car il ne peut annihiler les États. Les États ne le sont pas davantage, car ils tiennent leur pouvoir du gouvernement fédéral qui leur est supérieur » (p. 3). — Laissons de côté l'absolu. La souveraineté, comme la liberté, aura beau ne se jamais réaliser absolument, elle est un ingrédient nécessaire de la politique, de même que la ligne et la surface, qui ne se réalisent pas davantage, sont des éléments essentiels de la géométrie. Dire que le peuple américain n'est pas souverain, parce qu'il ne peut changer sa constitution que dans les formes prescrites, est aussi ridicule que de prétendre que nous ne sommes pas libres, parce que nous acceptons une contrainte morale ou sociale, — d'autant qu'il peut aussi changer ces formes pour l'ave- nir en s'y pliant une première fois, alors que les contraintes morales ou sociales sont inchangeables à notre gré^ Vienne une grande vague d'enthousiasme ou de colère qui soulève le pays et se heurte aux entraves de la Constitution, on verra le peu de résistance qu'elles oppo- seront à la volonté générale, et Ton saura promptement à qui appartient le dernier mot. Le chapitre ii, sur les facteurs physiques ou sociaux du droit, traite d'abord des facteurs inorganiques représentés par les éléments (p. 22- 35), puis de ceux qui se révèlent dans l'individu ou dans les associa- tions qu'il forme avec ses concitoyens (p. 35-67). Dans le chapitre ui, l'auteur étudie spécialement l'action de ses diverses influences sur les principales branches du droit civil, — propriété (p. 68-101), famille tif, n'est pas loin de convenir que le droit international est seulement en voie de fonnation Jnridiqae. Cf. Galbrailh Miller, Lectures on the PhUosophy of Law. Londres, Griffin, 1884, p. 50-51, 81-84. 1. Aussi a-t-on prétendu que les républiques de l'antiquité, c où l'autorité religieuse et sociale pesait de tout son poids sur la conscience individuelle, constituaient précisément l'opposé de l'idéal démocratique moderne » (Tb. Fer- neuil, les Principes de 1789 et la Science sociale, Paris, Hachette, 1889, p. 148). Mais, comme il n'est aucune personne sensée qui n'accepte dans sa conduite des influences sociales et théistes ou athéistes quelconques, où trouvera-t-on d'as- sez libres penseurs pour mériter le vrai titre de démocrates? cohh : AN iHTRODUcnoir to thb studt of the constitution. 459 (p. iOi-il7), obligations (p. il7-126), procédure (p. 126-140). An fond, M. Gohn insiste beaucoup plus sur les influences sociales que sur les influences physiques. C'est pourtant sur le terrain de la science phy- sique qu'il aurait le plus de chance de nous fournir des Tues neuves et intéressantes. Les travaux de l'école italienne lui semblent inconnus. Un livre comme celui de M. d'Aguanno, par exemple, pour le droit civiH, — quoique nous soyons loin pourtant d'en accepter toutes les conclusions, — lui aurait ouvert des perspectives attrayantes. Je ne vois pas qu'il ait tiré non plus de M. Westermarck, pour la famille, quoi- qu'il le cite, le parti qu'on en devait attendre; et je persiste à croire que les conclusions du professeur finlandais sont autrement solides ou spécieuses que celles par exemple de M. Robertson Smith '. — Pour la procédure, M. Gohn, en nous parlant de la nécessité d'une justice prompte et satisfaisante, aurait bien dû nous expliquer pourquoi la loi de Lynch obtient un si curieux empire aux États-Unis 3. Ce serait peut- être le cas de faire intervenir les facteurs physiques, et l'on en signale- rait deux sans difficulté. D'abord, le développement brusque du régime démocratique dans les territoires de Far- West, où le suffrage universel, avec toutes ses conséquences, môme les plus extrêmes, a servi d'amorce pour attirer les émigrants^. Or, on sait ce que vaut pour la stricte jus- tice l'élection des juges, et M. Gohn a sur ce chapitre des demi-réticences mélancoliques (p. 138). La seconde cause est l'obligation d'employer dans les âats du sud des populations d'intelligence et de moralité infé- rieures. L'esclavage a engendré la guerre de Sécession, qui a engendré l'émancipation prématurée des nègres, laquelle engendre à son tour la corruption des mœurs politiques et judiciaires^. Les deux derniers chapitres sont consacrés, l'un ï l'étude des influences déjà signalées sur le droit constitutionnel (p. 141-180), l'autre à leur manifestation directe dans la constitution des États-Unis (p. 181-213). Une courte conclusion (p. 214-218), suivie d'une longue bibliographie 1. iM Geneii e l^Bvoluzione del BiriUo cMUf iecondo le résultante délie seiense aniropologiche e starieo sodali. Turin, Rocca frères, 1890. Encore ne parlons-nons pas da droit criminel, quoique la Criminologie de Garofalo, la Sociologie criminelle d'Henri Ferri et les ouvrages de Tarde nous paraissent indispensables à connaître pour un historien jnrisconsalte. 2. M. Cohn cite néanmoins M. John Fiske, dont les idées se rapprochent de celles de Westermarck (p. 40-42). La deuxième édition de ce dernier ouvrage vient de paraître à Londres, 1894. 3. Sur la loi de Lynch, — qui ne nons inspire pas, en principe, les mêmes répugnances qu'à M. Desjardins (Questions sociales et politiques. Paris, Pion, 1893), — voir les remarques intéressantes de MM. Garofalo et Pedro Dorade dans la Seuola positiva^ 15 août et 15 septembre 1893. 4. fiontmy, Études de droit constituUonneL Paris, Pion, 1885, p. 202, 210. 5. Voir, par exemple, le hvre de M. Laird Clowes, correspondant dn Times : Black America, Londres, G. Bell, 1891. Dn reste, M. G. considère cette éman- cipation comme une grande faute. 160 GOMPTBS-RBNDUS G11T1QUB8. (p. 219-228) S termine le volume. Ici encore, nous reprocherons à M. Gohn de n'avoir pas assez creusé les traits de cette constitution^ pour montrer ce qu'elle doit à l'hérédité des constitutions coloniales^, et aussi de n'avoir pas insisté suffisamment sur l'action des conditions physiques dans le passé et l'avenir du pays'. Il signale vaguement l'immensité du territoire, la question des noirs et l'agglomération des villes comme les trois facteurs physiques à considérer. Il est probable, en effet, que ce seront des causes de troubles ou de modifications sérieuses dans la Constitution, malgré les soins que ses auteurs ont pris pour la rendre à peu près intangible. Elle n'a pas toujours inspiré le respect. M. Gohn observe qu'elle ne s'est pas étid)Ue sans contradic- tion (p. 199); et, de fait, elle a subi le sort de toutes les constitutions neuves qui ne se font aimer qu'à force de se rendre utiles. Cest un point que l'on oublie trop en France quand on nous proche en principe le respect de la Cîonstitution. Si par « respect » on entend c obéissance, » rien de mieux. Mais, si l'on interprète « respect » par « vénération, » on se trompe du tout au tout. Car le courant vital d'un peuple ne s'ar^ rête pas une seconde, et, sitôt une loi votée, de nouveaux besoins se préparent ou se font jour, qui induiront bientôt en tentation de la vio- ler ou de la tourner, à moins qu'elle ne s'adapte promptement aux exi- gences du public. La Constitution des États-Unis a merveilleusement rempli ce rôle jusqu'à nos jours, sans trop sortir des voies ouvertes devant son évolution naturelle. Elle est entourée de vénération; per- 1. M. C. semble confondre les denx frères Reclus, Élie et Elisée, Tautear des Primitifs et celui de la Géographie univeneUe, 2. Il faut se méfier grandement des formules générales quand on étudie la psychologie d'une révolution. M. Cohn nous assure que a le résultat du progrès des colonies fut qu'elles ne voulaient plus de roi. £t, vu leur rude apprentis- sage de l'indépendance sous toutes ses formes, elles n'avaient point de goût pour la royauté, la noblesse, les idées féodales i (p. 185). C'est assurément ainsi que les Américains envisageraient aujourd'hui les choses. Mais, an moment même de la rupture, si tel était leur véritable sentiment, comment expliquer que Washington ait rencontré tant d'hostilité populaire, même pour nourrir ses troupes, et qu'une fois vainqueur il se soit entouré d'un cérémo- nial princier qui intimidait jusqu'à son ami Gouverneur Morris? Enfin, les garanties multiples qui visent à rendre la constitution presque immuable, — au point que M. G. n'y reconnaît même plus la souveraineté du peuple, — ne donnent-elles pas raison à M. le Speaker Reed, quand il soutient que c les gens les plus intelligents d'alors doutaient sérieusement de la sagesse des masses, et que l'idée de laisser au populaire sa liberté franche n'eût pas obtenu beaucoup plus de succès qu'elle n'en obtiendrait aujourd'hui chez les Russes? » (Norih. Am. Rev., janvier 1892, p. 11). 3. Un trait curieux est, par exemple, la dififérence d'humeur qu'entraînent les climats de l'est et de l'ouest. Un yankee de New- York, transplanté sur le versant du Pacifique, perd de sa fébrilité nerveuse, de son ambition remuante et gagne en longévité. Cf. Ch. Dudley Warner, Harper'g Mag., décembre 1890, p. 44, 57. COH!f : AN INTRODUCnON TO THB STUDT OF THE GONSTITUTIOlf. 461 sonne en ce moment n'incline à Tattaquer. M. Gohn se croit môme obligé de disculper les Américains da reproche qu'on leur adressa par- fois de la canoniser, c Elle est perfectible comme toute autre chose, » dit-il, et il ajoute : c Cette prétendue canonisation n'est en somme que l'insistance, l'attachement très compréhensible avec lesquels on s'en tient à ses clauses. Toute autre ligne de conduite l'eût annihilée ou l'eût rendue impuissante pour le bien; car le dédain que nous affectons pour la teneur d'un document entraîne au total son impuissance et son inutilité. A part le développement et le changement des aspirations fondamentales du peuple, rien n'a plus contribué à détourner son affec- tion du texte même de l'Ëcriture sainte que la critique destructive dont ce texte a été l'objet » (p. 198). Rien de plus juste. Mais il n'en est pas moins vrai que l'on ne fait pas au scepticisme sa part et qu'il ne s'ar- rêtera pas plus en politique qu'en religion. Si la Cîonstitution des États- Unis devient un jour gênante aux yeux du peuple, elle sera traitée sans plus de respect que l'Ëvangile par un docteur de Tubingue. Ce jour viendra-t-il? Ce sont probablement les circonstances physiques qui décideront de sa venues M. Gohn parait croire à la centralisation con- tinue du pouvoir et à l'accroissement des attributions fédérales (p. 15, 201, note 6, 216). Or, le gouvernement centralisé d'un aussi vaste terri- toire serait impossible'. Si le courant doit au contraire s'arrêter ou reve- nir en arrière pour fortifier l'autorité des États, l'unité nationale du pays ne serait guère moins en danger >. Le maintien du statu quo n'est pas dans les vraisemblances. Peut-être existe-t-il en réserve dans l'ave- nir une troisième solution, qui fortifierait les prérogatives fédérales en les réduisant au minimum et en les confiant à des spécialistes 3, tout en 1. Il est à noter que l'Australie se trouve menacée, par la nature des choses, d'une sécession pareille à celle que les États-Unis ont failli subir et subiront peut-être finalement. L'Australie du Sud, tempérée, accessible au tra- vail blanc, peut rester démocratique. Mais l'Australie du Nord, tropicale, n'ad- mettant que le travail des Canaques ou des Chinois, offrira sans doute un jour l'aspect d'une aristocratie terrienne (Miss Flora Shaw; cf. à l'Institut colonial de Londres, 9 janvier 1894, Weekly Thnes du 12). 2. On doit se rappeler ici qu'au moment du lynchage des Italiens de la Nou- velle-Orléans, le gouvernement fédéral commença par déclarer qu'il n'avait pas le pouvoir d'obliger la Louisiane à verser une indemnité, ce qui n'était admis- sible que si l'on autorisait par contre Htalie à rompre les relations diploma- tiques avec cet État particulier et, le cas échéant, à lui déclarer la guerre. 3. Ceci donnerait à la fois satisfaction au désir que formule Noricow, après tant d'autres personnes, de voir enfin les affaires politiques aux mains de gens compétents {Luttes entre les Sociétés humaines. Paris, Alcan, 1893, p. 710 et sniv.), et au goût de plus en plus vif du public pour l'indépendance person- nelle. Lire à ce sujet un curieux article de la Quarterly Review, d'octobre 1893, sur c Chicago, i La doyenne des revues conservatrices d'Angleterre, éprise des jeunes Ubertés américaines, estime que l'on a raison de porter au pouvoir des nollités administratives pour prévenir le gouvernement oligarchique des bureaux et des fonctionnaires (p. 308). Mais la spéciaUsation des attributions gonver- Rev. Histor. LVI. 1«' pasc. 11 162 €O0ns-iisM» cunouis. augmentant, poor le reste, l'antonomie et en qneUiiie sorte Fanaichie du citoyen. Mais, cette fois encore, les circonstances physiques joue- raient une grande part dans la Gonslitation, ne serait-ce que poor éta- blir à qui, de l'autorité on de l'anarchie, doit appartenir, entre antres, le soud de Thygiène. Au surplus, ce sont là des conjectures sur les- quelles il est inutile d'insister dans une revue consacrée à lliistoire. L'avenir le plus prochain nous est inconnu. M. CSohn termine son livre en protestant contre les rêves d'Henri Georges et d'Edouard Bellamy. Il se rencontre avec Tocqueville en exprimant une méfiance des prévi- sions humaines sur laquelle le grand écrivain français revient à chaque instant dans sa correspondance, c Ce qui me firappe, ce sont les étroites limites dans lesquelles est renCamée la vue des hommes, même des grands hommes, quand il s'agit de l'avenir. Je n'ai pas rencontré dans les ouvrages du grand Frédéric un mot qui annonce l'attente des grandes révolutions qui sont sur le point de changer l'aspect de l'Europe... N'est-il pas singulier que ce misérable Louis XY au fond de son fumier ait entrevu ce que Frédéric, éclairé par toutes les lumières de son génie, ne voyait point ^ ! » nementales, si elle est aeeompegiiée de leur dimiantion, ne nuirait pas pins au développement des libertés individuelles qne le remplacement des ofllders d'une garde nationale par des officiers d'armée régulière. D'ailleurs, en Europe, la apécialisation déjà s'opère d'elle-même, et c'est parce que la c matière minis- trable, » comme disait irrespectueusement un humoriste anglais, n'est pas infi- niment variée que l'on a l'amusant spectacle de ministres renversés un jour qui ressuscitent le lendemain sous une autre étiquette. Ils ont au moins la compétence du ministère, s'ils n'ont pas celle de leurs ministères respectifs (Oharles Benoist, Retmê des Deux-Momdes, 15 janvier 1894, p. 405). 1. Œuvres eê earresp. meri., t. n, p. 271. ^ GOIEESPCHfDAlfGE. 168 CORRESPONDANCE. Monsieur le Directear, Le cartulaire de Tabbaye Sainte*Groix de Bordeaux, que M. Léo Drouyn vient d'imprimer dans la collection des Archives historiques de la Gironde, renferme un certain nombre d'actes qui débutent ainsi : Memor. est qxiod,.. Le mot Memor, est suivi d^un signe abréviatif, et M. Bémont, en rendant compte, dans la Revue historique (LV, 394), de U publication de M. Drouyn, a fait remarquer qull y avait lieu de compléter ce mot. L'observation est incontestablement fondée. M. Bé- mont dit aussi comment le mot doit être complété. Sur ce second point, votre collaborateur me permettra de ne point partager son avis et d'en dire les raisons, parce qu'il s'agit d'une question assez intéressante, ce me semble, de diplomatique. M. Bémont propose de restituer la formule comme il suit : Memo^ randum est quod,,. Cette restitution était à priori la plus rationnelle; elle est cependant inexacte. Dans les cartulaires de Saint-Seurin et de la Sauve, que le département de la Gironde et la ville de Bordeaux viennent d'acquérir des héritiers désir Thomas Phillipps^, on retrouve la même formule sans abréviation : le premier mot est constamment Memoriale, La phrase est donc : Memoriale est quod.,,, et elle peut être rapprochée de cette autre plus connue : Hec est notida qualiter.,, Memoriale est, en effet, dans le Bordelais tout au moins, un terme qui désigne une espèce particulière d'actes commençant par ce mot. La table des matières insérée, au xv« siècle, en tête du cartulaire déjà cité de Saint-Seurin, renferme (fol. 4 v») Tindication suivante : c A folio Lxxiiii« usque ad lxxxzi, sunt carte, instrumenta, memor[ialia], » etc. En 1341, un boucher de Saint-Macaire donne quittance à un de ses concitoyens pour toutes les sommes que ce dernier lui devait « ab carta ni sens carta, ab mémorial ni sens mémorial, i Or, cette espèce d'actes répond à la noticia, au bref ou memoratorium : c'est une charte établie sous une forme simplifiée, sans invocation, suscription ni salut. Je crois pouvoir ajouter que, dans notre province, cette forme appar- tient à la chancellerie de l'officialité, qui s'en servait assez habituelle- ment pour la rédaction des contrats. L'attribution est certaine pour quelques-uns des mémoriaux que j'ai eus sous les yeux ; elle est probable pour d'autres ; elle n'est impossible pour aucun. Veuillez agréer, etc. Brutails. 1. Le cartulaire de la Sauve est du xm* siècle; celui de Saint-Seurin est de la même époque dans la partie où je trouve le terme Memoriale en toutes lettres. 464 SBGUEILS PERIODIQUES. RECUEILS PÉRIODIQUES ET SOCIÉTÉS SAVANTES. 1. — Bibliothèciae de TÉcole des chartes. 1894, janvier-avril. — J. Ha VET. Les actes des évoques da Mans ; suite (étudie les chartes des i Actus pontificum » relatives aux monastères du diocèse; elles sont au nombre de 49, dont 21 sont entièrement fausses et 28 authen- tiques ou interpolées). — H. Omont. Nouvelles acquisitions du départe- ment des mss. de la Bibliothèque nationale pendant les années 1892- 1893. — Bruel. La Chambre des comptes de Paris; notice et état sommaire de 3,363 registres de comptabilité des xvn« et xvni* siècles versés aux Archives nationales en 1889 (ces registres proviennent du Contrôle général). — Pobtal. Essai d'étude démographique sur Cordes, Tarn (depuis le xiv« siècle). — L. Le Graud. Lettre de Charles Ym concernant la victoire de Rapallo, 10 sept. 1494 (d'après une plaquette imprimée du temps). » Bibliographie : Àrbais de JubainvilU, Les pre- miers habitants de l'Europe ; t. U (art. de F. Lot : beaucoup d'érudi- tion, mais aussi beaucoup d'h3rpothèses aventureuses et peu justifiées sur les Ligures, les Celtes, etc.). — H. de la Tour, Atlas de monnaies gauloises (complément du Catalogue paru en 1889). — Em. von Otten' thaï. Die Regesten des Kaiserreichs, 919-1024. — Boucher de Molandan et Ad, de Beaucorps, L'armée anglaise vaincue par Jeanne d'Arc sous les murs d'Orléans (art. important qui rectifie et complète le livre sur plusieurs points). — Dionne, Jacques Cartier (l'auteur de l'art, donne une bibliographie intéressante des travaux relatifs à (]!artier). — Ul, Che^ valier. Description analytique du cartulaire du chapitre de Saint-Mau- rice de Vienne et Chronique inédite des évéques de Valence et de Die. — Id. Codex diplomaticus ordinis Sancti Rufi Valentiae. — A. de la Bouralière, Maintenues de noblesse prononcées en 1714-1718. — Par^ fouru. Une saisie de navires marchands anglais à Nantes en 1587. — Xenia Bemardina (compilation formée pour commémorer le 8* cente- naire de la naissance de saint Bernard. Elle comprend : 1^ une réimpression critique des sermons du saint ; 2* une liste des mss. con- servés dans les bibliothèques de dix monastères cisterciens; 3« des notices consacrées à l'histoire de quatorze établissements de cet ordre; 4o une bibliographie des œuvres de saint Bernard ou le concernant). — Anthyme Saint -Paul, L'Innomée (il s'agit du terme d'architecture gothique auquel l'auteur voudrait substituer celui d'ogivale ou de gallicane). — G, Bapst. Essai sur l'histoire du théâtre, la mise en scène, le décor, le costume, l'architecture, l'éclairage, l'hygiène. — Le P. il. Lamy, Galerie illustrée de la Compagnie de Jésus. Album de 400 por- traits. EECUBILS PiRIODIQUBS. 465 2. — La Révolatton firançaise. 1894, 14 juillet. — Aulard. Les causes dû Dix-huit brumaire (la cause principale, c'est la guerre, qui interrompit le développement pacifique et normal de la Révolution et livra celle-ci à un chef d'armée victorieux). — Glérehbray. Le comté d'Eu au moment de la convocation des États généraux de 1789; l«'art. — Prentout. Tourcoing pendant les occupations étrangères de 1792 et 1793 (d'après les archives de Tourcoing). — Et. Charavay. Lettre de Menou à J.-B. Fourier (d'Alexandrie, 1«' prairial an IX ; concernant les collections que Fourier avait formées en Egypte pendant Texpé- dition). 8. — Mélanges d^arohéologie et d^histoire. 1894, mai. — E. Le Blant. Les premiers chrétiens et les dieux (comment s'est propagée la croyance à l'action malfaisante de certaines œuvres d'art laissées par les païens). — Gsell et Graillot. Exploration archéologique dans le département de Gonstantine. Ruines romaines au nord de TAurès; suite et fin (en tout 142 numéros). — Hauvette. Notes sur des mss. autographes de Boccace à la hibliothèque Laurentienne. — Paul Four- HiSR. Le premier manuel canonique de la réforme du xi« siècle (il s agit de la collection en 74 titres dite Diversorum sententiae patrum. Nous reproduisons ci-après les conclusions de l'auteur de l'article : elle a été rédigée vers l'an 1050 à Rome, dans l'entourage de Hildebrand, au moyen de décrétâtes vraies ou fausses empruntées au faux Isidore et de fragments de lettres du pape saint Grégoire; elle a été inspirée par l'esprit réformateur de Léon IX et de .Hildebrand ; elle était connue en Italie et hors d'Italie dès l'époque de Grégoire VU ; plusieurs des écri- vains qui défendaient alors l'autorité pontificale lui empruntèrent des arguments ; elle a fourni à bon nombre de collections canoniques du xi« siècle et du commencement du xii« leur ordonnance générale ainsi que de très nombreux matériaux; grâce à ces collections, une portion notable de ces matériaux a été connue de Gratien et utilisée par lui). — P. Fabre. Les offrandes dans la Basilique vaticane en 1285 (publie le texte des offrandes déposées sur l'autel majeur de saint Pierre, d'après le premier vol. de la série des Iniroitiu et exitus, qui sont une des sources du budget pontifical). — Ch. Grandjean. La date de la mort de Benoit XI (7 juillet 1304). 4. — Annales de TÈcole libre des sciences politiciaes. 1894, 15 juillet. — D. ZoLLA. Les variations du revenu et du prix des terres en France au xvii« et au xvni« siècle ; suite et fin (le xvm« siècle peut être divisé en trois périodes distinctes correspondant aux oscillations diverses du prix des denrées agricoles : 1<» dans les dernières années du règne de Louis XIV, les cours se maintiennent à un niveau rela- tivement élevé; 2* depuis 1720 jusqu'à 1750 ou 1760, il se produit une baisse considérable ; 3° pendant la fin du règne de Louis XV et jusqu'à la Révolution, une hausse marquée se manifeste et présente les carac- tères d'un phénomène économique d'une extrême généralité ; mais en 466 RBCUBILS PERIODIQUES. môme temps le prix de la main-d'œuvre resta stationnaire. La hausse profita presque uniquement aux propriétaires et aux entrepreneurs de culture, aux fermiers particulièrement). 5. — Nouvelle Revue historique de droit. 1894, juillet-aoât. — Henry Monnier. Études de droit byzantin. L"E7ct6oXi^; suite (après Jus- tinien). — Félix Aubbrt. Le ministère public, de saint Louis à Fran- çois I*' : le procureur général, les avocats du roi. — L. Delisle. Quit- tance d'une somme payée à un secrétaire du roi chaîné de porter aux baillis et sénéchaux l'ordre d'envoyer au roi c les coustumes et stiiles de leurs bailliages, pour en faire une coustume nouvelle, i 26 août 1480. — J. Tardif. Une nouvelle inscription relative au jurisconsulte L. Javo- lenus Priscus. 6. — Revue de géogp:*apliie. 4894, juillet. — P. Gaffarel. Napo- léon I«' et ses projets sur THindoustan; fin en août (missions de Gar- dane, de Jaubert et de Romieu ; échec définitif des plans de Napoléon). = Août. P. Barré. La Pénétration du Soudan par le Sénégal et le Niger (avec un résumé chronologique et une carte). — D' Rouire. Les Anglais sur le haut Nil; l'annexion de l'Ouganda et la conquête de rOunyoro. 7. — Revue maritime et coloniale. 4894, juin. — Mahan. Lifluence de la puissance maritime sur l'histoire, 4660-1783 ; traduit de l'anglais, suite en juillet (discussion des éléments de la puissance maritime). ^Juillet. Ghabaud-Arnault. La guerre du Paraguay, iÇ66; {w art. — Lallemand. Ghronique du port de Lorient, de 4803 à 4809; suite (beaucoup de menus faits intéressants pour faire connaître l'état de la marine française au moment de la déclaration de l'Empire). 8. — Bulletin critique. 4894, 45 juin. — Voltaire, le Siècle de Louis XrV; nouvelle édition par Rébelliau et Marion (cette édition, capable de satisfaire les plus érudits, est aussi la meilleure à mettre entre les mains des élèves). = N<> 44. Dalbus. Les ordinations anglaises (Fauteur veut prouver que les évoques Parker et Barlow, ayant été régulièrement ordonnés, ont pu à leur tour ordonner régulièrement ; les ordinations anglicanes peuvent donc être tenues pour valides ; l'abbé Duchesne les tient au contraire pour invalides ou au moins pour sus- pectes). — A, Baudrillart, Les divinités de la Victoire en Grèce et en Italie (très intéressant). — Sandys. Aristotle's constitution of Athens (excellent; tient résolument pour l'authenticité). — Leœutere. L'archon- tat athénien, d'après la XloXiteCa tôv 'AOiivaiwv (bon travail). 9. — Journal des Savants. 4894, juin. — B. Hauréau. Catalogue des manuscrits des bibliothèques de France. Tome XXIII, Bordeaux. — E. DE RoziÈRE. Les origines de l'ancienne France (d'après le livre de M. Flach. Deuxième article : M. Flach affirme d'une façon trop absolue la disparition totale de l'ancien régime municipal romain ; il ne voit pas que les redevances nombreuses distribuées par les rois mérovin- RBCUBIL8 PlÎRIODIQnES. 467 giens à leurs fidèles étaient d'origine romaine ; il a tort de repousser la définition de Guérard, que « ce qui forme la base de la société féo- dale c'est kl terrôj » pour y substituer celle-ci : a ce qui forme la base de la société féodale, c'est le clan, » Il n'en est pas moins vrai que l'ouvrage de M. Flach est t une des œuvres historiques les plus originales et les plus vigoureuses de ces derniers temps i). = Juillet. R. D^lreste. His- toire du droit frison (à propos des Untersuchungen de Richthofen). — L. Dblisle. Le recueil bibliothéconomique de K. Dziatzko (analyse les six fascicules déjà parus de la Sammlung bibliothekswissenschaftlicher Arbeiten, en insistant sur la discussion relative à la part qui revient à (jutenberg dans la découverte de l'imprimerie et dans les applications de cette découverte). — Wallon. Alexandre !•' et Napoléon (d'après les ouvrages de MM. Vandai et Tatistchefif). — Hauréau. Philippe de Grève, chancelier de l'Église et de l'Université de Paris, de 1248 à 1236. 10. — Revue critique d'histoire et de littérature. 1894, n» 24. — Bttdge, The mummy; chapters on egyptian funeral archseology (utile manuel). — Cantarelli, Il vicariato di Roma (bon). — V, Cuche^ val. Histoire de l'éloquence romaine depuis la mort de Gicéron jusqu'à l'avènement de l'empereur Hadrien (estimable). — Àshley, An intro- duction to english économie history and theory ; 2« partie (manuel de rhistoire économique et sociale de l'Angleterre du xiv« au xvi* siècle ; original en partie ; la partie théorique a été inspirée par un esprit de réaction excessif contre les railleries d'£ndemann). = N"25. G. Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, 1577-1638 (important art. de R. Reuss, qui expose sur la valeur morale du P. Joseph des opinions toutes con- traires à celles de l'auteur). = N* 26. W.-M, Mûller, Asien und Europa nach altœgyptischen Denkmaelern (remarquable, encore que l'auteur croie souvent avoir découvert des choses connues depuis longtemps et qu'il juge avec une rigueur déplaisante les opinions de ses adversaires). — Page. Les États de la vicomte de Turenne (bon). — Ch, Pradel. Mémoires de Batailler sur les guerres civiles à Gastres et dans le Lan- guedoc, 1584-1586. — Opel. Der niedersaechsisch-daenische Krieg; vol. ni, 1627-1629 (remarquable). — A. Gindely, Geschichte der Gregenreformation in Bœhmen (ouvrage composé avec une compétence exceptionnelle). = N»» 27-28. Gardner, Loring, Richards, Woodhouse, Schulz. Excavations at Megalopolis, 1890-91. — Headlam, Ecclesiastical sites in Isauria (consciencieux; beaucoup de nouveau). — Schieber, Die fncnkischen und alemannischen Siedlungen in Gallien, besonders in Elsass-Lothringen (brochure ambitieuse, avec quelques statistiques utiles, mais incomplètes). — D' E. Mayer. Zoll, Kaufmannschaft und Markt zwischen Rhein und Loire bis in das xm Jahrh. (prétend appli- quer à l'origine des villes françaises la théorie de Schrœder et de Sohm sur la concession d'un marché). = N®» 29-30. Tozer, Sélections from Strabon (bon). — Persichelti, Viaggio archeologico sulla via Salaria nel circondario di Gittaducale (utile, mais beaucoup trop long). — J, du Teil, Le livre de raison de noble Honoré du Teil, 1571-1586. — L Deschamps. 168 SBGUEILS PERIODIQUES. Histoire sommaire de la colonisation française (utile résumé). « N«* 31-32. Baumont De Lnxoviensiam abbatum potestate, et quomodo Lnzoviensis terra comitatui Burgnndiae adjuncta faerit (estimable). — Id. Études sur le règne de Léopold, duc de Lorraine et de Bar, 1697- 1729 (travail de grande valeur). — G. Lesca. I commentarii Rerum memorabilium quae temporibus suis contigerunt, d'Enea Sllvio de' Piccolomini (très bon travail ; Fauteur prépare une nouvelle édition de l'œuvre de Pie n d'après un ms. qu'il analyse ici). — Fages. Histoire de saint Vincent Ferrier, apôtre de l'Europe (mise en œuvre de beau- coup de documents utiles, bien que d'inégale valeur). 11. — Le Correspondant. 25 juin. — Abbé Kannergiessbr. Le mariage civil et le Eulturkamp en Hongrie (intéressant historique, mais qui prouve combien il est difficile aux défenseurs de TËglise d'accepter les idées d'égalité civile). — Gavard. Un diplomate à Londres. Lettres et impressions; IV (du 16 février 1873 au 18 janvier 1874, spirituels croquis de la société aristocratique anglaise). — Bughère. La langue du droit et les hommes de justice dans le théâtre de Molière (fait ressortir l'exactitude des peintures et du langage juridique dans Molière). — L'Allemagne nouvelle. Le parti socialiste; II (de 1883 à 1893; le parti socialiste commence à être miné par l'anarchisme individualiste). = 25 juillet. Abbé Lemirb. Le catholicisme en Australie. — Grobinski. Le mouvement révolutionnaire en Italie. La Sicile (signale avec vigueur la véritable tyrannie exercée en Sicile sur le peuple par la bourgeoisie, par les gabellati ou grands fermiers qui falsifient les votes de ceux qu'ils ont ruinés et exploités). — Dronsart. Lettres d'ambassadrices et sou- venirs de grandes dames (lettres de lady Charlotte Canning, de 1843 à 1860, sur la France de 1843 à 1855, puis sur l'Inde, et de sa sœur la marquise de Waterford sur l'Irlande de 1840 à 1859 ; lettres de lady Granville, de 1810 à 1840, sur Paris). — Lanzag de Laborie. Louis XTV et les papes (à propos des livres de MM. Gérin et de Moûy). 12. — Études religieuses. 1894, 15 juillet. — Lapôtre. Études d'histoire pontificale. L'Empire, l'Italie et le pouvoir temporel des papes au temps de Jean Vni; suite (l'élection de Charles le Chauve; l'idéal de Jean VIII. IjO pacte entre le pape et l'empereur, dont on a tant parlé, n'a rien à voir avec cet idéal; le pape avait sincèrement cru trouver dans Charles le Chauve plus qu'un Charlemagne, un chef d'État mieux fait que lui pour réaliser Tidéal d'empereur que pouvaient rêver les pontifes romains de ce temps-là. Ils espéraient toujours que les Francs ressusciteraient l'ancienne civilisation romaine dans toute sa force et tout son éclat. L'illusion dont Jean Vm paraît avoir été le jouet à l'égard de Charles le Chauve s'explique par la réelle valeur per- sonnelle de ce prince qu'on a trop calomnié). 13. — Revue des Deux-Mondes. 1894, 15 juin. — G. Hanotaux. Marie de Médicis, les Concini et Tévéque de Luçon ; l'^' partie (fin de la régence; le nouveau personnel; met en lumière les talents et le rôle RBGUBIL8 PJSrIODIQUBS. 469 de Claude fiarbin, un des protecteurs de Richelieu); suite le i*' juillet (la paix de Loudun et l'arrestation de Gondé, conseillée par Barbin; remaniement ministériel, où Richelieu obtient enfin une place). — Vicomte d'Avbnel. Le prix et le loyer des maisons en France ; suite : les temps modernes (montre l'énorme plus-value de la propriété bâtie à Paris depuis Louis XIII; l'augmentation a été de 550 pour 100). — Faoubt. Le comte de Saint-Simon (brillante analyse de ses idées morales, politiques, sociologiques ; en quoi Saint-Simon a été socialiste, et en quoi il s'écarte du socialisme scientifique à la mode depuis quarante ans), -s 1*' juillet. G. Boissibr. L'Afrique romaine ; 4* art. : les cam- pagnes (conditions de la petite et de la grande propriété sous la domi- nation romaine en Afrique ; le domaine impérial et son administration). = 15 juillet. Julian Klagzko. Rome et la Renaissance. Dans la Caméra délia Segnatura. — Albert Vandal. Le passage du Niémen; 1«' art. : l'irruption ; suite le i^ août : l'arrivée à Wilna et la dernière négocia- tion (récits présentés avec beaucoup d'art et de mouvement). — Emile MicHBL. Diego Velasquez. — Victor Du Bled. Les comédiens français pendant la Révolution et l'Empire; 2* partie. 14. — La Revue de Paris. 1894, l» février (!'• année, n« 1). — Em. Renan. Pbilon d'Alexandrie et son œuvre. — Jusserand. Le roman d'un roi d'Écosse (Jacques I*'; sa vie romantique au milieu d'une cour et d'un peuple à demi civilisés). = N* 2. J. Simon. Ernest Renan. — Baron de Barantb. Le ministère Casimir Perier, 1831-32 (extraits de la correspondance de Barante, qui paraîtront au t. IV de ses Mémoires), — J. Darmesteter. La guerre et la paix intérieures, de 1871 à 1893. = N» 3. God. Cavaionag. La féodalité en Prusse en 1894. — Fr. Masson. Napoléon I« et l'étiquette (de la dififérence entre l'étiquette de sa cour et celle de la royauté). — N* 4. 0. Feuillet. Lettres de Gompiègne et de Fontainebleau (charmants tableaux de la vie de cour sous le second empire). — Le parti royaliste de 1871 à 1893. — Mary Robinson. A la cour do Gaston Phœbus, 1388-1391 (épi- sode de la vie de Froissart) . — Eug. Ddfeuille. Prévost-Paradol. = No 5. Baron d'Haussez. Mémoires sur le ministère Polignac; suite ^ux no* 7 et 9 (seconde partie des Mémoires du baron d'Haussez, qui, on le sait, fut un des membres les plus éclairés du dernier ministère de la Restauration). = N® 6. L.-N. Bonaparte. Lettres de Ham. = N« 7. Et. Lamy. Le second empire et les ouvriers; suite au n<» 8. — M. Tour- neux. Les indiscrétions de Rulbière (des efiforts faits par Catherine II et par Diderot pour empêcher Rulbière de publier ses Anecdotes sur la révolution de 1762, qui, en réalité, parurent seulement en 1797, après la mort de l'impératrice). = N» 8. G. Pinet. L'école polytechnique et les Saint-simoniens. — H. Gaidoz. Les Roumains de Hongrie (accepte l'opinion de M. Xénopol sur ,les Roumains au moyen âge). = N® 9. Edm. Puttier. A quoi sert un musée de vases antiques. == N® 10. Alfred Rébelliau. Le Père Joseph (à propos du livre de M. Fagniez). = No 11. MéRiMÉE. Ijottres à la princesse Julie; suite au n« 12 (il s'agit de 170 RSCUEILS PâUODIQUBS. la marquise de Roccagiovine, petite-fille, par son père, de Laden Bona- parte et, par sa mère, du roi Joseph; ces lettres sont des années 1863- 4870). = N» 13. Lord Wolseley. Waterloo (pourquoi Napoléon laiesa- t-il perdre les avantages pourtant si considérables qu'il avait remportés le 16 à Ligny? C'est évidemment son état de santé qui lui fit perdre un temps précieux et irréparable). 15. — Académie des inscriptioiis et belles-lettres. CSomptes- rendus des séances de l'année 1894. Mars-avril. — Lettres de M. Gefifroy (découvertes archéologiques à Rome). — Glermont-G anneau. Antiqui- tés de Phénicie (inscriptions ; figurine en bronze massif représentant un lion couché et qui devait servir de poids). — Delavillb le Roulx. Les hospitalières de Saint-Jean-de-Jérusalem (quand l'ordre de l'Hô- pital se fonda, des couvents de femmes s'établirent à côté des couvents d'hommes ; après la prise de Jérusalem par Baladin, les hospitalières émigrèrent et furent disséminées en Occident ; elles renoncèrent désor- mais au soin des malades et de l'hospitalité pour se consacrer exclusi- vement à la prière. La règle qui fut donnée en 1188 à leur monastère de Sigena en Aragon servit de modèle aux maisons fondées par la suite. La plupart de ces maisons traversèrent obscurément le moyen âge; quelques-unes persistaient encore à la fin du xvm* s.; enfin il en existe encore au moins deux en Espagne). "- Mai-juin. Geffroy. Lettre sur les découvertes archéologiques à Rome. — Héron de Villefosse. Rap- port sur les découvertes faites à Garthage par le R. P. Delattre pen- dant les premiers mois de l'année 1894. — Homolle. Rapport sur les fouilles de Delphes. — R. de Maulde. L'œuvre historique de Jean d'Auton (Jean d'Auton était Saintongeais, religieux de l'ordre de Saint- Benoit; il partit pour Milan à la suite de l'armée française en 1499; il fut chroniqueur et poète ; populaire en son temps par ses poésies, il n'est plus connu que par ses chroniques qui forment le seul récit authentique que nous possédions en France pour l'histoire des années 1499 à 1508). — Speght. Note sur les mss. de Stanislas Julien. — Héron de Villefosse. Loiscription latine trouvée à Gourbata, Tuni- sie. = Séances. 6 juillet. Oppert. Les fouilles de Ninive par Botta et Flandin (calcule le poids de huit lions en bronze qui étaient aux portes de la ville et interprète le texte relatif à la superficie de Khorsabad. Étude de métrologie assyrienne). = 13 juillet. Na ville. Fouilles opé- rées au temple de Deir-el-Behari. — Foucart. L'origine et la nature des mystères d'Eleusis. = 20 juillet. Mîîntz. Les collections des Médicis. — Glermont-Ganneau. Inscriptions de Palestine. — Deloche. Note sur l'ouvrage de M. Drapeyron concernant l'ancien diocèse de Limoges. — S. Reinach. La cateia de Virgile (arme celtique, identique à la fran- cisque des Francs, et à laquelle on attribuait la propriété de revenir vers celui qui l'avait lancée). « 27 juillet. P. de Nolhac. Le Virgile du Vatican (étude sur les miniatures de ce ms. qui reproduisent sans doute des peintures de beaucoup plus anciennes que le v« s., où il a été écrit). BEGUBILS P^BIODIQUES. 474 16. — Soeiétè nationale des Antiquaires de France. Séances. 1894, 20 juin. — M. Berqer présente une bible latine qui a appartenu à Jean de Dûrbheim, évéque de Strasbourg, conseiller d'Albert d'Au- triche, et qui est couverte de notes relatives aux affaires politiques du XIV* siècle. — M. Babeau lit un mémoire sur le salon du Dôme, au palais du Louvre, qui paraît devoir être identifié avec la rotonde d'Apollon. = 4 juillet. M. Prou entretient la Société des découvertes faites au lieu dit la ville de Gannes, près de Châtillon-sur-Loire. — M. Delaborde signale quelques dépositions de Tenquéte pour la cano- nisation de saint Louis, retrouvées par lui dans les archives du Vati- can. = 11 juillet. M. Berger indique une bible exécutée par un captif dans la prison de la Schiava, à Venise, en 1369. — M. Durrieu observe le fait qu'au xv« siècle on exécutait en France et en Flandre des livres d'heures pour l'exportation en Italie et en Espagne, et cite des exemples à Tappui. = 18 juillet. M. l'abbé Batiffol signale certaines rubriques portant le nom dlanocent III et éclairant les origines du bréviaire romain. — M. Gaugkler communique deux inscriptions découvertes en Tunisie par MM. Sadoux et Bonyac, faisant connaître les noms complets de deux proconsuls d'Afrique mentionnés d'une façon impar- faite dans les codes Théodosien et Justinien. = 25 juillet. M. d'Arbois DB JuBADTviLLE entretient la Société des suffixes celtiques et ligures en aco, ago, aca, aga, avo, etc. 17. — Société de l^liistoire du protestantisme finançais. Bul- letin historique et littéraire. 1894, 15 juin. — G. Pascal. Un ambas- sadeur désagréable à la cour de Louis XIV : sir William Trumball, 1685-86; fin (chapitre bien documenté de l'histoire des persécutions dirigées contre les huguenots). — F. Borel. Un document inédit rela- tif à la paix de Saint-Germain, 21 août 1570 (il donne la liste de tous les membres du conseil du roi qui avaient juré d'observer l'édit; notes biographiques sur ces signataires). — R. de Cazenove. Procès de Mar- tin, muletier d'Anduze, 1726; l**» partie (convaincu d'avoir conduit à Genève trois réfugiés fuyant la rigueur des édits et colporté plusieurs volumes des psaumes de David en vers français, et reçu des lettres destinées à des réfugiés). — 0. Douen. La bible francise avant Lefèvre d'Étaples. — H. Gelin. Inscriptions huguenotes; supplément. := 15 juil- let. Lév y-Schneider. Le pasteur Jeanbon-Saint-André, jusqu'à la réu- nion des États généraux, 1749-1789; lettres inédites de Jeanbon sur les dissensions de l'église de Castres et l'exil de Boniffas-Laroque, 1782- 1783. — Ém. Gauthier. Le catéchisme de Genève, de Jean Calvin; son origine et la date de sa composition (dans la semaine du 20 au 27 nov. 1541). 18. — Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux. 1894, n« 1. — Ch. Molinier. Cours d'histoire de l'art (leçon d'ouverture d'un cours professé à la Faculté des lettres de Toulouse en 1894 et qui eut pour objet l'étude de la Renaissance). — Imbart de la Tour. Les Cou- 472 ABGUBILS PJSrIODIQUBS. tûmes de la Réole; textes et pièces justificatives (publie : 1» les chartes de Grombaud concernant la fondation et la dotation du prieuré; 2<» le texte des coutumes; S^ quelques documents du xm« s. relatifs aux conflits du prieuré et du roi Richard, à la suppression des droits judi- ciaires du couvent, 4187-1237). 19. *— Annales de Bretagne. 1894, juillet. — P. Pâbfouru. Les Irlandais en Bretagne, xvii* et xvui* siècles (quelques documents). — Id. Une mutinerie d'écoliers au collège de Rennes en 1629. — Henri Sée. Les comptes de recettes et de dépenses pour la Bretagne en 1495 et 1496 (analyse du ms. fr. 8310 de la Bibl. nat.). — Léon Maître. Introduction à la géographie historique de la Loire-Inférieure; fin (nomenclature des paroisses du diocèse primitif de Nantes). — A. Le Braz. Les saints bretons d'après la tradition populaire ; suite. — Xavier d'Haugour. Études d'histoire bretonne. Les < menues nécessitez i du parlement de Bretagne ; fin (1" les « entrées de commissaires; » 2* le compte de la buvette de 1555). — Vie d'Eugène Danycan, capitaine de vaisseau, 1786-1864; fin. 20. -* Annales de TEst. 1894, juillet. — D' G. Bleigher. Une page de l'histoire scientifique et littéraire de PAlsace ; les sociétés scienti- fiques et littéraires avant et après l'annexion ; suite et fin. — A. Four- NIER. Le fondateur de l'abbaye de Senones (Gondelbert, fondateur de Senones, n'a jamais été évéque de Sens ; il possédait le titre d'évôque, mais on ne sait de quel diocèse). — J. Favier. Lettres tirées de la col- lection de la bibliothèque de Nancy ; suite. » Bibliographie : Eug, Hans. Urkundenbuch der Pfarrei Bergheim, Ober-Elsass (bon). — Ch. Schmidt. Répertoire bibliographique strasbourgeois jusque vers 1530; fasc. 2-5 (excellent). 21. — Annales du Midi. 1894, avril. — Bladé. Géographie poli- tique du sud-ouest de la Gaule pendant la domination romaine ; suite en juillet (Tdrba = Talva était le chef-lieu du municipe romain des Biger" rones ou Bigerri; le castrum Bogorra date de l'époque romaine, mais il est impossible d'en déterminer l'emplacement. Localités de moindre importance faisant partie de la civitas Turba ubi castrum Bogorre). — L.-G. Pélissier. L'ambassade d'Accurse Maynier à Venise ; fin (textes). — SucmER. Manuscrits perdus de la Somme provençale du code de Jus- tinien. — Vernière et Lempereur. Notes autobiographiques de Henri de Sévery, évoque de Rodez. — H. Courteault. Un épisode de la conquête de la Guyenne sous Charles Vn (publie et commente une lettre de rémis- sion délivrée par Charles VU en 1461 en faveur de Jean de Gestède, sei- gneur gascon, qui avait joué pour lui avec succès le rôle de policier). = Bibliographie : Isnard et Chabaneau, Livre des privilèges de Manosque, 1169-1315 (remarquable). — Lorgne. Histoire de Mortemart, Haute- Vienne (insuffisant). — A, Tardieu, Grand dictionnaire histo- rique, généalogique et biographique de la Haute-Marche (très médiocre). = Juillet. (IlouRTEAULT. Uu archivisto des comtes de Foix au xv^ siècle : REGUKIL8 PERIODIQUES. 473 le chroniqueur Michel du Bernis (il s'agit du chroniqueur toujours appelé depuis fiuchon : Miguel del Venus et qui, dans le ms. proba- blement autographe de Fauteur, est toujours écrit : Miguel del Vernis ou Bernis. Sa vie, sa chronique, son inventaire des titres de la maison de Foix : montre la grande valeur de ces deux œuvres pour Thistoire du xrv* et du xv* siècle. Publie en appendice un mémoire envoyé par Michel du Demis à Gaston IV pour lui permettre de justifier par-devant le roi la légitimité du titre de c comte par la grâce de Dieu i). — M. BouDBT. Charles Vn à Saint-Flour et le prélude de la Praguerie, 1437 (d'après le registre original des comptes consulaires de la ville. L'au- teur détruit en passant une légende inventée de toutes pièces il y a un demi-siècle, sur le séjour d'Agnès Sorel en même temps que le roi; quant au voyage du roi, il avait pour objet une expédition militaire dirigée contre Rodrigue de Villandrando et contre les princes qui pen- saient à faire de Saint-Flour le pivot de leur prise d'armes). — P. Brun. Un helléniste du xvii* siècle : Pierre Bertrand de Mérignon, d'Ax-les- Thermes. — A. T. Le plus ancien manuscrit de la vie de saint Martial (il est de la première moitié du ix« s. et se trouve à Garlsruhe). — G. DoNciEux. Les sarcophages de Saint- Maximin et la légende de Marie-Madeleine (indique l'origine de la légende qui fait mourir à Saint-Maximin Marie de Magdala : c'est dans une interprétation erro- née des figures ornant un sarcophage antique conservé dans la crypte. Le sujet traité représentait le lavement de mains de Pilate; on y a vu l'acte de Marie versant un vase de parfum sur les mains du Seigneur et Ton a conclu que là était le tombeau de Marie). — A. T. La légende de Marie-Madeleine dans Girart de Roussillon (corrige un passage de la traduction de Girart, vers 9860 et suiv., donnée par M. Paul Meyer). — £. Gabié. Les Dupuy, du Rouergue, et leur collection de mss. au xvn* s. (c'est un de ces Dupuy, sans doute Pierre, qui a possédé et catalogué la bibliothèque de mss. dont M. Delisle a publié l'inventaire dans la Bibl. de l'École des chartes, 1889, p. 158). 22. — Annales de la Société d^émnlation de l*Ain. 1894, févr.- mars. — Brossard. Le procès des justices entre le bailliage-présidial de Bresse et les seigneurs haut-justiciers du pays, 1601-1780 ; suite en avril-juin. — Truchelut. Études sur les usages ruraux de la Bresse et de la Dombes; suite. 23. — Bulletin d'histoire ecclésiastique (Romans). 1894, mai- juin. — Ul. Ghevalibr. Bibliographie historique du Dauphiné au moyen âge; suite (art. destiné au Répertoire), — Abbé Perrin. Histoire de Pont-en-Beau voisin ; suite : xiv« siècle. = Juillet-août. Abbé Fil- LRT. Histoire religieuse de Saint-Laurent-en-Royans, Drôme. — Abbé Perrin. Histoire du Pont-de-Beauvoisin; suite. 24. — Bulletin de TAcadémle delphlnale. 4« série, tome V, 1893 (Grenoble, Allier, 1894). — R. Delaghenal. Gorrespondance de P. Ghépy avec le ministre des affaires étrangères, mai 1793-janvier 1794 (pendant 474 IBCUBILS PJRIODIQinW. sa mission à l'armée des Alpes. Mémoire de 423 pages avec une table abondante. Important pour l'histoire militaire de la Convention). — Abbé Martin. La Tour-du-Pin, de 1789 à 1793 (histoire de cette ville an commencement de la Révolution). — J. Perreau. Les variations de la frontière française des Alpes. — Général Thomas. Grenoble à diffé- rents âges (avec carte et plans). — J. Roicah. Jetons da Dauphiné; der- nier article. — V. Arnaud. Familles dauphinoises oubliées : la famille de Gombourcier; l^* partie, branche des seigneurs de Ratier et da Monôtier. 25. — Bulletin historique et scientifl(iae de l^Auveripie. 1894, mai. — Burin des Roziers. Le dernier titulaire d'une baronnie au xvio* siècle (biographie de François de Bonamy de Mirambel; sa détresse sous l'aneien régime, ses misères sous la Terreur ; il mourat usé de maladies et de privationa en 1804). 26. — Travaux de 1* Académie nationale de Reims. Années 1891- 1892, tome II (Reims, Michaud, 1894). — H. Jadart. Les bibliophiles rémois (long mémoire de 250 pages). — Paul TmRioH. Les frais du sacre sous les derniers Capétiens (publie et commente plusieurs pièces rela- tives au sacre de Philippe le Bel et de ses trois fils; détails et chiffres intéressants. L'impôt du sacre; son origine et son établissement; con- flits entre Téchevinage et l'archevêché au xrn* et au xrv* s. Répartition de rimpôt entre les habitants de la seigneurie de l'archevêque. Les c restes i du sacre disputés entre les habitants et les officiers du roi). 27. — Revue de Champagne et de Brie. 1894, févr. — A. Bon- VALLET. La prévôté royale de Goifify-le-Ghâtel, aujourd'hui Goifify-le- Haut; suite (administration et justice); suite en mars-avril (ses pertes au xrv* s., avec une carte et un plan du château de Goifify ; liste des châ« telainsy capitaines et gouverneurs de la place). — N. Goffart. Précis d'une histoire de la ville et du pays de Mouzon, Ardennes; suite (la monnaie de Mouzon); suite en mars-avril (biographie mouzonnaise). = Mars-avril. H. J. Le duc de Mazarin et Tinstruction dans ses terres du Rethélois en 1685. — A. Roserot. Répertoire historique de la Haute- Marne. Deuxième partie : catalogue des actes. — L. de Grandmaisor. Liventaire sommaire des fonds de G.-M. Le Tellier, archevèque-duc de Reims, Bibl. nat., f. fr., 20707-20770. — E. Rby. Geoffroy Foucher, grand commandeur du Temple, 1151-1170. — Abbé Roussel. Nouvelle dissertation sur les saints Jumeaux; suite (réflexions qui confirment leur origine cappadocienne). 28. — Société édnenne. Mémoires. T. XXI (Autun, Dejussieu, 1893). — RiooLLOT. Rues et égouts antiques découverts à Autun en 1891. — Anat. de Charmasse. Note sur l'exercice du droit de gîte en 1382, 1385 et 1407. — Note sur le passage des reitres dans TAutu- nois et le Gharolais en 1569 et 1587. — Voyages de Gourtépée dans la province de Bourgogne en 1776 et 1777; suite. — F. Courtois. Les RBCUBILS PERIODIQUES. 475 écoles du Creuset, 1787-1882. — Alph. oe Monard et Tabbé Doret. Montjea et ses seigneurs; 2* partie : le président Jeannin et ses descen- dants, 1596-1748. — Paul Montarlot. Un chapitre de Thistoire muni- cipale d'Autun, 1523-1542 (d'après le plus ancien registre de la ville). 89. — Revue historique et archéologique du Maine. 1894, 2« semestre, t. XXXVI, 1" livr. — A. Celier, Notice biographique sur dom Paul Piolin; suite. — Liger. Les ruines d'Oisseau, Sarthe; réponse à M. de la Sicotière (il n'y eut point de villa gallo-romaine à Oisseau, mais une grande ville, une civitas, et la preuve, c'est qu'il y avait un théâtre!). — Queruau-Lamerie. L'abbé Gotelle do la Blandi- nière (sa biographie, 1708-1795 ; ses travaux sur l'histoire ecclésiastique). — Dom £[eortbbize. Mémoire de Berruyer, évoque du Mans, pour la réhabilitation de Jeanne d'Arc. 80. — L^Union historique et littéraire du Maine. 2* année, 1894, n* 1. — Abbé A. Lsdru. Bataille de Pontvallain, 4 déc. 1370; suite et fin au n** 2 (prise de Vaas). — G. Flbury. Un droit de bour- geoisie à Mamers (il fallait à Mamers cinq ans de séjour pour devenir bourgeois ; de là le nom d'une rue de la ville « viens qui dicebatur Quinque-Axmi i ou « rue de Œnq-Ans »). — A. Lbdru. Les armoiries de la ville du Mans. — Abbé Froqer. Les comptes de fabrique de la paroisse de Gourgains au xv« siècle ; suite aux n^* 2 et 3. — Abbé Bru- NEAu. Les églises d'Athenay et de Placé. = N^ 2. Abbé Delépine. L'an- cienne église de Sacé. = N® 3. Abbé Angot. Querelle des négociants et des fabricants de toiles à Lavai, 1732. — Abbé A. Lacroix. Origines de rassemblée de Goulaines le lundi de Pâques (elle remonte à une pro- cession établie au milieu du xvi« s.). — N« 5. Mehjot d'Elbennb. Pierre tombale de Jean de Maule, chevalier, seigneur de Gourteilles-le-Maule, mort en 1323. — S. A. L'abbaye d'Épau du xra* au xv« s. — P. de Fargy. Sceau d'Adam Ghastelain, évéque du Mans, 1413. = N<» 6. Gomte D'ANoâLY-SÉRiLLAG. Une lettre de 1789. — Abbé Ledru. Un seigneur du Plessis-Roland à Précigné en 1498. — Abeille. Une exé- cution à Sablé en 1396. = N* 7. Abbé Goutard. Une autopsie au xvi* s. : meurtre d'Olivier de Feumusson. — Abbé Ledru. Guillaume Masnier, hôte de La Fontaine, et la famille de Jeanne d'Arc (La Fontaine est un quartier du Mans). 31. — Revue de TAgenais. 1893, nov.-déc. — E. d'Amtin. Une commune gasconne pendant les guerres de religion, d'après les archives de Laplume; suite en mai -juin. — Journal agenais de Malebaysse, 1636-1649; suite en mai-juin. =: Mai -juin. P. Hébrard. Les pré- bendes de l'abbé de Bellile de Jaubert, 1752-1775; suite. — L. de L. Une lettre inédite de Glande Gelas, évoque d'Agen (adressée à Paul Phélippeaux de Pontchartrain, secrétaire d'État, 28 oct. 1612). 32. — Revue de Oascogne. 1894, juillet-août. — Ph. Lauzun. Ghàteaux gascons de la fin du xiii« s. : le château de Busca (histoire de 176 lECUBILS PâUODIQUBS. la fitmille de Manîhan, depuis la fin da xr* s.). — Abbé Tauzim. La Fronde dans les Landes; snite. — Gamoreyt. Objets gallo-romains ayec inscriptions trouvés à Lectoore; supplément. 88. — HUtorisolie Zeitschiift. Bd. XXXVI, Heft 3. — Wittigh. La catastrophe de Wallenstein (analyse les événements des années 1633 et 1634 d'après le tome m des documents sur les négociations de la Suède et de ses alliés avec Wallenstein et l'empereur, p. p. G. Irmer dans^ Collection des archives de Prusse). — Mémoires de Th. de Bem- hardi (fin du tableau de la Russie à la mort de Nicolas ; rapports da parti révolutionnaire avec le parti slavisant). = Comptes -rendus : B. Keil, Die soionische Verfassung in Anstoteles'Verfassungsgeschichte Athens (important pour les sources de la Uoktxzlay où K. voit un ouvrage posthume d*Aristote). — Hallier. Untersuchungen ùber die edesseni- schen Chronik (106 fragments historiques relatifs surtout aux choses ecclésiastiques, de 133 av. J.-C. à 539 ap. J.-C. Texte syriaque et tra- duction). — Urkundliche Nachtraege zur oesterreichisch-deutschen Ge- schichte im Zeitalter Kaiser Friedrich's m, hsggb. v. À. Bachmann (riche recueil s'étendant jusqu'à 1482). — Rieker. Die rechtliche Stel- lung der evangelischen Kirche Deutschlands in ihrer geschichtlicheu Entwickelnng bis zur Gegenwart (très remarquable). — Yenetianische Depeschen vom Kaiserhofe, bearbeitet v. G. Turba; t. U (années 1546- 1554). — R. Koser, Kœnig Friedrich der Grosse I; 20-41 (beaucoup de nouveaux documents sur les préliminaires de la guerre de Sept ans ; excellent exposé des réformes judiciaires de Cocceji. Peu de dioses à reprendre). — M, Philippson. Friedrich m als Kronprinz u. Kaiser (impartial). — Blok, (Teschiedenis van het Nederlandsche volk. I et U (s'étend jusqu'à 1559. Très bien informé et habilement écrit). — J. de Hullû, Bijdrage tôt de geschiedenis van het Utrechtsche schisma (bonne histoire de ce schisme du xrv* s.). — Knuttel. De toestand der Neder- landsche Katholicken ten tijde der Republik (excellent travail qui prouve qu'au XVI* et au xvn« s. la liberté de conscience a été mieux respectée en Hollande que partout ailleurs en Europe). — Brugmans, Engeland en de Nederlanden in de eerste jaren van Elizabeth's regeeriug (bonne dissertation). — Comptes-rendus sur les rapports faits par MM. Blok, Bems et Uhlenbeck sur les documents conservés en Angleterre , en Saxe et en Russie et relatifs à l'histoire des Pays-Bas. — Ramsay, Lancaster and York. A Century of English History, 1399-1485 (histoire militaire, financière et généalogique; sec, mais contient du nouveau). — Comptes-rendus de M. Packowski sur les mémoires et rapports de l'Académie des sciences de Cracovie de 1885-1892. — Col- lectanea ex archive collegii historico ; t. VI. — Monumenta medii aevi res gestas Poloniae illustrantia; vol. XXn : Codex epistolaris saeculi decimi quinti ; t. U. — Acta historica res gestas Poloniae illustrantia ab a. 1507 ad a. 1795 ; t. Xn : Loges, privilégia et statuta civitatis Cra- coviensis; U, 1, etc. RBGUBIL8 PJEIODIQUBS. 477 94. — CkBttingisohe gelehrte Anseigen. 1894, n^ 4. -~ A, von Ruville. Die Aaflœsung des preussich-englischea Bûndnisses im Jahre i762 (travail important, composé à l'aide des papiers des archives de Berlin et de Londres, surtout à l'aide de la correspondance privée du duc de Newcastle, qui donnent souvent les raisons intimes des déci- sions prises par les ministres. Défend la politique de lord Bute et sa conduite à l'égard du roi de Prusse). — Kaibel. Btil and Text der IIoXi- xtloL Tûv 'AOY)vai(i>v (travail remarquable, mais dont les conclusions néga« tives sont loin d'être au-dessus de la discussion). — O.-E, SchmidL Der Briefwechsel des Gicero von seinem Prokonsulate in Gicilien bis zur Gœsar's Ermordung (excellente étude sur la chronologie de ces lettres, leurs allusions politiques, etc.). — Pr. de Enzinas. Denkwûrdigkeiten vom Zustand der Niederlande und von der Religion in Spanien ; trad. p. H. Bœhmer (rapports composés aux Pays-Bas en 1543-1545 par Fr. de Enzinas, autrement dit Dryander, protestant espagnol qui traduisit la Bible, et adressés à Mélanchthon ; ils sont en latin). = N^ 5. G. Bode. Urkundenbuch der Stadt Goslar; i^ partie : 922-1250. — Knieke, Die Einwanderung in den westfœlischen Staedten bis 1400 (bonne mono- graphie inspirée par les doctrines de G. von Below). — ^gyptische Urkunden ans den k. Museen zu Berlin. — H. Zimmer. Nennius vin- dicatus (critique véhémente par Heeger, que Zimmer avait attaqué sans ménagement; pour Heeger, la prétendue traduction irlandaise de l'His- toria Brittonum, sur laquelle Z. a échafaudé sa théorie, n'i^ aucune valeur ; ce n'est pas une traduction, mais une adaptation par un Irlan- dais lettré des faits contenus dans THistoria Brittonum, et que l'auteur croyait de nature à intéresser ses compatriotes). = N^ 6. Hûbner. Der Immobiliarprocess der fraenkischen Zeit (travail très méritoire). — Wileken, Tafeln zur œlteren griechischen Palseographie nach Origina- len des Berliner K. Muséums (excellent). 35. *— Neae Jahrbûcher fftr deatsche Théologie. Bd. III, Hefb 2, 1894. — ZoEGKLER. Hilarion de Gaza (la biographie d'Hilarion par Jérôme a été condamnée par Israël comme dénuée de toute autorité ; ce qui est vrai, c'est que, dans cette biographie, la fiction se môle à la vérité. Gontribution à l'histoire des débuts du monachisme). — Ncel- DBGHEN. TertuUien et le « De spectaculis » (des jeux en Grèce au temps de Tertullien ; leur extension dans l'occident de l'empire romain). — L. Lemme, Un réformateur du xv« siècle : Matthias Doering (contre la récente biographie de ce franciscain, par Albert; c'est à tort qu'on lui a attribué le traité intitulé : « Gonfutatio primatus papae »). 86. — Theologische Qnartalschrift. Jahrg. LXXYI, Heft 2, 1894. — ScHANZ. Le sacrifice; son principe; des manières dont il était célébré chez les peuples de l'antiquité et chez les Israélites. — Demm- LER. L'auteur des traités c de bono pudicitiae i et « de spectaculis » (il est impossible que ce soit saint Gyprien ; peut-être est-ce Novatius). — SisoMUELLER. Los syuodes de Rome en 798 et d'Aix-la-Ghapelle en 799 Rbv. Histor. LVI. 1« pasc. 12 178 uguuls pâuoDiQins. (le premier fat tena le 23 octobre et le second en mai on en juin). = Gomptes-rendas : Mœller. Lehrbuch der Kirchengeschichte (fait avec soin). — Dieterich, Nekayia (beaucoup de points contestés). — Hardy, Die Vedisch-brahmanische Période der Religion des alten Indiens (utile). 37. — Zeitschrift fllr 'wissenschafUiche Théologie. Jahrg. XXXVII, Heft 2, 1894. — Krdeqbr. Aristide, auteur de la lettre à Diognôte (appuie cette attribution en comparant la lettre à TApologie d'Aristide trouvée en 1891). — Achelis. Le c canon Muratorius ; i son âge et son origine (contre les hypothèses de Koffmane). — Dusseke. Lo commentaire par Zonaras de la lettre dite canonique de Grégoire de Néocésarée ; texte et commentaire. — Toll». Rapprochements entre les doctrines de Thomas d'Aquin et celles de Michel Servet. = Comp- tes-rendus : Wirth, Ans orientalischen Ghroniken (bon). — Delehaye, La vie de saint Paul le Jeune et la chronique de Métaphraste (excel- lent). — N, Kalogeras. Markos Eugenikos und Kardinal Bessarion (important). 38. — ArchiT fllr das Stadiom der neneren Spraohen und latteratnren. Bd. XGII, Heft i, 1894. — Haase. Les lettres de la duchesse de Saxe -Gotha, Louise -Dorothée , à Voltaire; suite dans Ueft 2. — Mahrenholtz. Gntique des légendes relatives à Victor Hugo (jugement très défavorable sur le caractère de Hugo; des plagiats qu'il a commis, etc.). 39. — Beltmge sur Kunde der indogermanischen Sprachen. Bd. XX, Ueft 1, 1894. — Hoffmann. Les oracles de Dodone (commen- taire de quelques inscriptions publiées par Garapanos dans le Bull, de corr, hellén., XIU, 1890, p. 155-159). 40. — Hermès. Bd. XXIX, Heft 1, 1894. — H^ler von G^rtroi- QKN. La liste des prêtres d'Apollon Erethmios dans File de Rhodes (publiée d*abord par L. Ross; texte et commentaire; important pour la connaissance des fêtes et du calendrier rhodiens). — B. Keil. L'année civile et Tannée du calendrier à Athènes au v« s. av. J.-G. (étudie sur- tout la réforme de Glisthènes). — G. Trieber. Articles critiques sur Kusèbe (recherches sur la liste des rois d'Albe-la-Longuo dans la chro- uiquB d'Eusèbe et dans d'autres historiens; elles montrent qu'Eusèbe ti utilisé ses sources d'une manière très superficielle et arbitraire; il iUut HU détler do ses données chronologiques). = Heft 2. Sghulten. La I \a^% Uadriana de rudibus agris i (texte, traduction et long commen- {^U\\ de cetto inscription publiée pour la première fois par Garton, dans U /^i^ arvhéoL, XIX, 214 ; elle est importante pour l'histoire agraire Uauh IViupiro romain et pour faire connaître Tadministration des UvuuaIu^ impériaux), — B. Ke^. Une inscription d'Halicarnasse (com- luuuUÙui détaillé d*une inscription publiée par Haussoullier dans le ituU. iU coït, hellénu IV, 294, 1880; étudie surtout les signes numéraux qui )i'y trouvent. Article important pour l'histoire des alphabets grecs lUi .\iao«Miaeure). RECUEILS PERIODIQUES. 479 41. — Nene Jahrbfloher fOr Philologie and Pssdagogik. Bd. GXLYU, Heft 3, 1894. — W. Sghwarz. La politique d'Alexandre le Grand (des raisons qui décidèrent Alexandre à créer Alexandrie d*Égypte; la politique qu'il suivit dans le règlement des institutions égyptiennes est tout à fait digne d'éloges). — L. Gurutt. Quand a été publiée la correspondance de Gicéron ? (aussitôt après la bataille d'Ac- tium; on en fit une lecture pour Auguste. Gritique des hypothèses de Léo). 42. — Rheinisches Masenm fOr Philologie. Bd. XLIX, Heft 1, 1894. — NissEN. La réforme de la monnaie athénienne par Selon (attaque les idées exposées par U. von Wilamowitz-Mœllendorff dans son AristoteUs und Athen), — Dietze. Les écrits du mythographe Hygin (il a composé un livre de < Genealogiae ; i la première partie contenait les tableaux généalogiques des dieux et des héros ; la seconde, les récits concernant chacun d'eux, ou « fabulae. » La première est perdue. G'est sur le modèle des c Genealogiae i qu'Hygin composa son Astronomie). — KuHMSRT. Les anciennes formules magiques employées pour allumer le feu, la fièvre et l'amour (compilation très détaillée de formules tirées des écrivains de l'antiquité et des papyrus des bibliothèques de Londres, Vienne, Paris et Berlin). — Belogh. Les Phéniciens dans la mer Egée (il est inexact que dès les plus anciens temps il y ait eu d'activés rela- tions commerciales entre la Grèce et les Phéniciens et que ces derniers aient fondé sur le sol grec de nombreuses colonies. Ils n'ont paru dans la mer Egée qu'à une époque tardive, quand les Grecs s'étaient déjà établis dans les îles et en Asie-Mineure). = Heft 2. Riess. Légendes populaires chez Artémidore (dans les récits que fait cet auteur des songes et de leur signification, l'on trouve des données nombreuses sur les idées religieuses, les légendes et les fables populaires de son temps). — Seegk. L'authenticité des c Scriptores historiae augustae » (l'auteur avait précédemment cherché à montrer, de concert avec Dessau, que ce recueil ne peut avoir été composé aux temps de Gonstantin et de Dioclétien, mais que c'est une falsification du v* s. Aujourd'hui, il réfute les objections opposées à cette hypothèse et montre que les ren- seignements fournis par ces c Scriptores » sur l'armée, la monnaie, le titre des empereurs, sont autant d'anachronismes. L'existence de Gaesar Grispus est une pure invention de l'auteur de cette fabrication). — TasPFFER. La chronologie de l'ancienne histoire grecque (1® la deuxième guerre de Messène éclata vers le milieu du vn« s., 60 ou 70 ans après la première; 2» chronologie des combats entre les Athéniens et les Éoliens pour la possession de Sigeion ; ils furent terminés à la fin du vn* s. Note additionnelle sur la biographie des tyrans Lygdamis de Naxos et Pittacus de Mytilène). — Ihm. Yalère Maxime et Januarius Nepotianus (nombreux fragments de Nepotianus, et parmi eux plusieurs passages inconnus jusqu'ici se retrouvent dans 1' c Historia miscella n de Landolfus Sagax). — Ruehl. La fondation de Tyr (recherches sur la valeur des données chronologiques fournies par Julius Africanus, 480 ABCUBILS PJEIODIQUBB. Ménandre et Trogue Pompée. Ménandre donne 1199 comme date de cette fondation, Philistos 1200. Critique les idées de Pietschmann dans son Histoire des Phéniciens, p. 134). — Nissen. L'extension de Rome sous les Flaviens. — Preuner. L'introduction du cuite d'Asclépios i Athènes (par TAthénien Kaliias, archonte en 412-411). 43. — Zeitschrift Ittr romanische Philologie. Jahrg. XVMI, Hett 1-2, 1894. — 0. Sguulz. Les plus anciens documents en langue sarde (publiés par Tola dans le Codex diplom, Sardiniae, p. 158, 164 et suiv., et attribués au xi« s. Ils sont faux en partie ou d'une date très postérieure à celle-là. Montre, d'autre part, qu'un document sarde écrit en caractères grecs et publié par Blancard et Vescher dans la Bibl, de l'École des chartes, XXXV, 256, a été composé entre 1089 et 1103. Étude sur ce dernier document, important pour l'histoire de la Sar- daigne). — Sughier. La chanson de la guerre de Glotaire n contre les Saxons et les débuts de l'épopée populaire en France (nie qu'il ait déjà existé à l'époque mérovingienne une épopée populaire caractérisée. La chanson de geste de Glotaire II n'a rien d'historique; elle a pour thème les luttes entre Thierry UI et Glotaire U, qui furent d'abord chantées en allemand ; c'est seulement au ix« s. que des chansons françaises ont été composées en français. Recherches sur les sources et sur le déve- loppement de la chanson de Glotaire LE). — Baist. Un faux pair (dans la chanson de Roland figure parmi les héros un certain Ote dont le nom était sans doute à l'origine Atto. La légende dans sa forme posté- rieure aura sans doute mis à la place d'Atto Eudes de Ghartres, célèbre au x« s. et mort en 995). 44. — Nene Beitrœge sur Gtoschichte des dentschen Alter- thnms. Lieferung 12, 1894. — Germann. J. Forster et la Réforme dans le comté de Henneberg, 14%-1558 (il exerça une grande influence sur l'introduction de la réforme luthérienne à Nuremberg, Augsbourg, Ratisbonne et en Thuringe ; mort professeur à l'Université de Witten- berg; biographie très détaillée de 680 pages, accompagnée d'un très grand nombre de documents importants pour l'histoire des luttes reli- gieuses dans la première moitié du xvi* s.). 45. — Zeitschrift fftr dentsches Aiterthnm. Bd. XXXVIII, Heft 2, 1894. — Laistner. La légende du héros Orendel. — Burg. L'inscription de la pierre de Tune en Norvège (publiée au fasc. 1 des Norges indskrifter; critique du commentaire et des corrections appor- tées à cette inscription runique par Bugge). — Von Gribnberger. Dea Garmangabis (d'un autel consacré à cette déesse, qui fut trouvé en 1893 à Lanchester, au comté de Durham; l'inscription a été publiée dans VAcademy, n^ IIH, p. 158, et dans le Correspondenzblatt de la West- deutsche Zeitschrift, 1893, col. 184-186. Gette divinité germanique était honorée par des soldats romains appartenant au peuple suève). — Wrede. Recherches sur les résultats des plus récentes fouilles de l'Atlas linguistique de l'Allemagne publié par Wenker. = Gomptes-rendus : BEGUEaS PERIODIQUES. 484 Lukas, Die Grundbegrifife in der Kosmogonieen der alten Yœlker (i)on). — Zenker. Geschichte der Wiener Journalistik ; Bd. n : das Jahr 1848 (sans valenr). — Neubaur, Die Sage vom ewigen Jaden ; 2« édit. (bon). 46. — Jahrbnoh fllr Gesetzgebnng, Verw^altnng and Volks* wirthschalt im dentschen Reich. Jahrg. XVIII, Heft 2, 1894. — G. -F. Knapp. L'émancipation des paysans en Antriche et en Prusse (depuis le commencement du xyhi* s. L'Autriche s'était proposé d'af- franchir les paysans et d'affermir en même temps sa situation sociale ; elle y a mieux réussi que la Prusse ; partout elle devança cette der- nière de vingt à vingt-cinq ans ; puis un calme plat a duré de la mort de Joseph n à 1848, époque où la réforme sociale fut reprise et appli- quée dans un esprit radical. A partir de 1811, la Prusse a lentement mais sûrement travaillé à l'émancipation des paysans et elle a fait très habilement servir sa législation sociale à sa situation politique au sein de l'Allemagne). 47. — Jahrbûcher fllr Nationalœkonomie and Statistik. Bd. VI, Heft 3, 1893. — Wirminohaus. Histoire de la population fran- çaise (d'après Levasseur). = Bd. VH, Heft 5. Sommerlad. L'activité économique de l'Église en Allemagne pendant le moyen âge (expose les effbrts accomplis par TÉglise pour la culture du sol, ses préoccupations pour le bien-être social du peuple, son influence sur la vie politique et la civilisation). = Comptes-rendus : Gumplotuicz, Sociologie und Poli- tik (des critiques). — Kern. Der Grenzzoll in Schlesien, 1556-1624 (bon), — Kirchhœfer. Entstehung des Kurcollegiums (bon). — Niibling. Ulm Handel und Gewerbe im Mittelalter (important). — Busch. Engiand unter den Tudors (bon). 48. — ICittheilangen des k. deatschen archœologischen Ins- titats. Athenùehe Abtheilung. Bd. XIX, Heft 1, 1894. — Hiller von GiERTRiHGEN, Kern ot DoERPFELD. Fouillos au théâtre antique de Magné- sie du Méandre (publie 55 inscriptions, la plupart importantes ; le culte d'Hermès Tychon ; reconstitution du théâtre grec, qui avait été recons- truit par les Romains). — Kern. Inscriptions de Magnésie du Méandre. — BuRESCH. Contributions à l'épigraphie et à la géographie de la Lydie (publie une inscription d'Antioche de Lydie, avec un commentaire détaillé. Histoire de Tralles ; noms divers portés par cette ville et par plusieurs localités de l'ancienne Lydie). — FRiSNKEL. L'inscription du gouverneur égyptien Hippomédon de Samotbrace (complète le mémoire de Kern au vol. XVIH des Mittheil, L'inscription nous apprend qu'en 246 le roi Ptolémée Ëvergète protégea l'île de Samothrace contre les pirates au moyen de fortifications et d'une garnison). — Preger. Ins- criptions d'Athènes. — Doerpfeld. Les fouilles à Athènes entre l'Acro- pole et la Pnyx (on a découvert une importante canalisation d'eau qui remonte sans doute au temps de Pisistratc, le temple de Dionysos Lenaios et celui d'Artémis). — Rœmische Abtheilung, Bd. VUI, Heft 4, 1894. HuELSEN. Publications relatives à la topographie de Rome qui ont paru en 1892. '182 RECUEILS PERIODIQUES. 49. -^ Zeitsehriffe der dentschen morgenlamdiseheii Ctoséll- BOhaft. Bd. XLYII, Heft 4, 1893. ^ 0. Frangke. Rapports des Indiens avec rOccident (on a prétendu que la population de Flnde n'avait dans Tantiquité pris aucune part aux grandes relations d'échanges entre les peuples du monde ; c'est une erreur : les peuples de Flnde occidentale envoyèrent des vaisseaux en Occident et atteignirent à un haut degré dans l'art de la navigation. La langue dont ils se servaient alors était le pâli, non le sanscrit). — J. Jollt. Contributions à Thistoire du droit hindou; suite (!<> les mariages entre des enfants; contre Bhandarkar; 2* des collections sur Thistoire du droit hindou laissées par Stenzler après sa mort). — Huebsghmann. Iranica (!<> Sahrbaraz, général de Ghosroès II; 2® le roi mythique des Perses, Kav Xosrov). « Compte- rendu : Nûtzel. Mûnzen der Rasuliden (distingué). = Bd. XL^^II, Heft 1, 1894. ScHREiNER. L'apologie du savant juif Salomon ben Adret contre le musulman Abou Mahomet Ahmed ben Hazm. — • BnEm.ER. Remarques sur les inscriptions du roi Asoka. — Leumanh. La légende du roi indien Bharata (contributions à l'histoire des moines brahma- niques dits Parivrajaka). — Éthé. Le plus ancien document sur le poète Firdouci (il se trouve dans la chronique de Tabahstan, par Mahomet bin al-Hasan bin Isfandijâr, écrite vers 1246). — Compte-rendu : Grûn" baum. Neue Beitrœge zur semitischen Sagenkunde (bon ; des critiques par Bâcher). 50. — Zeitschrift des dentschen Palœstina-Vereins. Bd. XYII, Heft 1, 1894. — ScmcK. Les édifices les plus importants qui ont été cons- truits à Jérusalem ; suite (depuis l'époque du roi David à la destruction de la ville par les Chaldéens ; avec un plan topographique). — Mblan- DER. Hakeldama (localité au sud de Jérusalem, identique à c Tho- phet » de F Ancien Testament). — Gelzer. La description de la Pales- tine par Georgius Cyprins (contre A. Schlatter ; la liste des villes de la Palestine donnée par Georgius a un caractère profane et non ecclésias- tique). — Lydia Eirsler. Mar Eljas, el-Chadr et Mar Dschirjis (sous ces trois noms saint Georges est honoré en Orient, même des Musul- mans. Détails intéressants sur l'origine de ce culte et sur ses rapports avec le culte d'Ëlie). 51. — - K. Bairische Akademie der 'Wissenschaften. Sitzungs- berichte der philosophisch-philologischen und der historischen Classe. Bd. Il, Heft 4, 1893. — G.-F. Unoer. La chronologie de Flavius Josèphe (les données chronologiques fournies par sa Guerre contre les Juifs suivent le calendrier hébraïque, mais avec les noms macédoniens des mois, Josèphe identifiant le calendrier syro-macédonien avec le calen- drier lunaire des Juifs. Appendice sur la mort de Vitellius, qu'il faut placer le 20 déc, non le 21). — Riezler. Le gouvernement intérieur de la Bavière sous le duc Albert V (publié dans le t Abhandiungen »). — Von Maurer. Sur le mythe de la déesse Eu Ida. 52. — K. Prenssische Akademie der 'Wissenschaften. Sitzungs« RBGUBIL8 PERIODIQUES. 483 berichte. St&ck 1. — Dillmann. Le voyage de Th. Bent dans l'Afrique orientale (il a exploré les remarquables ruines de Zimbabye situées en territoire portugais, entre le Sabi et le Zambèse ; elles doivent sans doute leur origine aux Sabéens. Détails sur d'importantes découvertes de monuments dans TAbyssinie septentrionale, au temps du royaume axu- mitiqne). = Stûck 2-3. Mommsen. Un testament égyptien de Tan 189 ap. J.-G. (publie et commente le texte grec d'après un papyrus du Fayoum, aujourd'hui au musée égyptologique de Berlin). « Stûck 5. FiGKBR. L'inscription tombale d'Abercius (De Rossi, au tome II de ses Inscr, christ., i'* partie, 1888, p. xm, la tient pour une des plus impor- tantes inscriptions chrétiennes; au contraire elle a un caractère tout païen). » Stûck 12-13. Harnack. La traduction latine, récemment découverte, de la première lettre de Clément (il y a dans cette traduction une digression sur Tobéissance des chrétiens au souverain, qui a été composée au ix* ou au xi« siècle). 53. — K. Gtosellschaft der 'Wissenschaften zu Oœttingen. Naehrichten, 1894, n^ 1. — Frensdorff. Contributions à l'histoire et à Pexplication des livres de droit allemands ; 2« art. (les sources du Miroir de Saxe et le « Landfriede ; » du sens du mot « Friede ; » en quoi le rédacteur du Miroir a su allier le respect du passé avec une critique des institutions de son temps). 64. — Aiemannia. Bd. XXI, Heft 3, 1893. — H. Mayer. L'Univer- sité de Fribourg en Bade, 1818-1852; suite. — Hamm. Sur l'histoire de l'administration forestière dans le landgraviat de Nellenbourg, 1551- 1786. 55. — Deutsche Revae. Août*déc. 1893. — Le roi Charles de Rou- manie ; suite, de juin à nov. 1869. — H. von Poschinger. Lothar Bûcher ; suite. — Ottilie Moldenhaubr. L^ Allemagne au moment de la Révolu- tion de Juillet (extraits de la correspondance de la comtesse de Mens- dori, née princesse de Cobourg, femme du gouverneur autrichien de la citadelle de Mayence, avec le prof. Schacht; des idées poUtiqaes qui, vers 1830, avaient cours en Allemagne dans les cercles aristocratiques, universitaires et bourgeois). — Th. Wiedemann. Seize années dans le cabinet de Ranke ; suite. — J. von Gruner. Lettres de Joseph de Gœrres à Juxtus Gruner, 1814-1819. — Le général Fr. Goldschmid. La Perse et la politique européenne. — A. Tille. Universités anglaises et alle- mandes. — Cari Blind. Un Français d'il y a trois cents ans sur la Rus- sie (analyse VEstat de Vempire de Russie, publié en 1607, par l'officier français Margeret). — H. Geffcken. L'Angleterre, la France et la Russie en Asie (juge sévèrement la politique de l'Angleterre, qui a rendu de grands services à la France et à la Russie). — H. von Wilke. Le jour- nal et les lettres de Gouverneur Morris. 56. — Nord und Sud. Janv. 1894. — Dubog. Justus Mœser, 1720- 1794 ; sa vie et ses écrits. — E. Schulz. Cagliostro et autres aventuriers 484 BBGUEILS PJRIOMQUSS. de même espèce (alchimistes, spirites et charlatans depuis le moyen âge jusqu'à nos jours). — Beroer. Poésie populaire et poésie savante (on ne saurait indiquer de différence fondamentale entre ces deux poé- sies; la différence existe entre la poésie transmise oralement ou par récriture). = Février. Aghelis. Max MûUer et la science des religions comparées (fait un grand éloge de cet érudit). — Zernin. Le général Dragomiroff et ses idées sur la stratégie (biographie de ce général russe, 1831-1894; analyse son récit de la campagne de 1866). = Mars. WuENSGHE. L'art arabe au temps des Abbassides. -^ Karpeles. Maurus Jokai. = Avril. Sauer. John Rufûni. — Bruchhann. L'origine et les formes du culte des ancêtres. — Gust. ScmiGEOER. Les fouilles à Troie- Hissarlik en 1893 (la colline d'Hissarlik fut peut-être une nécropole à incinération défensible). 57. — Preussische Jahrbûcher. Bd. LXXVI, Heft 1, 1894. — 0. Seeck. Les Allemands et leur civilisation primitive (Fauteur en trace une image favorable; ce qui caractérisait alors les Allemands, c'était la force sauvage de l'individualisme, qui, pendant longtemps, entrava le développement du droit, de l'état et des institutions). — KuEKELHAus. La jcunessc de Richelieu (d'après le livre de G. Hanotaux). — Friedrichswigz. La politique douanière de l'Angleterre depuis 1820 ; suite dans Heft 2. = Heft 2. R. Haym. H. Baumgarten, sa vie et son œuvre. — Th. Fischer. La politique coloniale de la France dans le nord-ouest de l'Afrique (la colonisation de l'Algérie a produit des résul- tats déplorables). 58. — Jahresberichte des historischen Vereins Dilllngen. Jahrg. VI, 1893. — Scheller. Fouilles à Faimingen (restes d'un cas- tellum romain). — Kirghbiann. Fouilles à Schretzheim (on y a ouvert de nombreux tombeaux et trouvé des objets importants de l'époque germa- nique). — Popp. Les voies romaines le long de la rive droite du Danube ; suite, avec cartes. — Enqlbrt. Un registre de rentes de Dillingen, 1540; suite. — ÎD, Histoire d'un chef de brigands bavarois, 1738-1771 ; d'après des documents inédits. 59. — IVûrttembergische VierteUarhshefte fttr Landesge- schichte. Jahrg. H, 1893, Heft 1-2. — W. Lanq. Les années de jeunesse du comte Charles-Frédéric Reinhard, 1761-1837 (pendant la Révolution et l'Empire, il fut ministrOi ambassadeur, pair de France; sa biographie d'après ses ouvrages, ses poésies et ses lettres). — Sixt. Un bas-relief romain d'Oberriexingen (il représente Actéon et Diane). — Nestlé. Les témoignages antiques sur le « Limes imperii romani » en Allemagne. — M. Bach. Tombeaux et armes à la cathédrale d'Ulm. — Kolb. Les troubles ecclésiastiques dans la ville impériale de Schwaebisch-Hall en 1601-1604, d'après des documents inédits. — Gjesel. Sur l'histoire du monastère des Dominicaines de Kirchberg en Wurtemberg (décadence morale et économique de ce monastère de 1540 à 1590). — Bossert. Questions de topographie (recherches sur l'emplacement et l'étymologie REGUEÎLS PERIODIQUES. ^185 des quinze noms de lieu du Wurtemberg, nommés dans d'anciens documents). r= Heft 3. F. von Thudighubi. Les chartes fausses des monastères de Hirsau et d*Ellwangen (on avait prétendu jusqu'ici que le monastère clunisien de Hirsau et d'autres monastères de cet ordre avaient non seulement été soumis immédiatement au Saint-siège au point de vue de la justice ecclésiastique, mais avaient encore été une libre possession du Saint-siège, à l'exclusion de toute suzeraineté tem- porelle ; ces conclusions ont été tirées de documents faux. A l'exemple de Hirsau, d'autres monastères clunisiens d'Allemagne ont fait fabriquer des privilèges de cette nature : ainsi fit, au xm« s., le monastère d*Ellwan- gen, pour amoindrir les droits des avoués du couvent et limiter Tauto- rite administrative de l'évéque d'Augsbourg). — D. ScHiSFER et St^elin. Additions au précédent mémoire (les auteurs opposent quelques diffi- cultés à cette théorie). — Bossert. La juridiction de l'évéque de Cons- tance en Wurtemberg, 1520-1529 (le pouvoir des évéques de Constance a été fort amoindri par les princes laïques, surtout autrichiens, et leur indépendance menacée. Décadence des finances épiscopaies ; difficultés que l'évéque rencontra pour lutter contre la réforme luthérienne). — Wagner. La ville impériale de Schwaebisch-Gmûnd de 1565 à 1576; suite (raconte les luttes contre la Réforme et les efforts pour rétablir dans toute sa force la doctrine catholique). — Sixt. Un bas-relief romain de Beihingen à Ludwigsburg (représente Attis, divinité phrygienne). = Heft 4. RoTH VON Sghregkenstein. Biographie de WoÛgang Roth de Schreckenstein (il vivait sous Charles-Quint ; il fut capitaine de lans- quenets allemands et prit souvent part aux guerres impériales). — Weiss. Les institutions municipales de Wachbach (des conventions passées au xvi* et au xvn« s. entre les chevaliers d'Adelsheim et l'ordre Teutonique au sujet de l'organisation de ce village). — Fetzer. Des publications relatives à l'histoire de Wurtemberg parues de 1888 à 1892. 60. — Mittheilungen des Freiberger Alterthumsvereins. Heft XXIX, 1892. — Kiesslinq. Les anciens châteaux et habitations nobles dans les environs de Freiberg ; suite (histoire de la baronnie de Freibergsdorf et de ses possesseurs depuis le xin* s.). 61. ^ mittheilungen des Oeschichts-nnd Alterthumsforschen- den Vereins zu Eisenberg im Herzogthum Sachsen-AItenburg. Heft 9, 1894. — 0. Weise. Histoire sociale du pays d'Eisenberg aux temps les plus anciens. — Id. Le houblon et la vigne dans les environs d'Eisenberg. — Id. Chartes relatives à la seigneurie de Hainspitz, 1555-1755. 62. — KoUektaneenblatt fur die Oeschichte Bayerns. Jahrg. LVI, 1892. — 0. Rieder. L'église et l'école dans le diocèse d'Eichstaett (surtout dans la ville et le district de Nassenfels). — Heim. Une charte relative à la ville de Neubourg, 1400 (relative au partage des communaux entre les bourgeois). — E. von Destoucues. Quatre lettres du conseil 486 lEGUElLS P&IOBIQUIS. municipal de Neoboorg à la ville de Munich, 1404-1412 (concernant les affaires privées de quelques bourgeois). — Fouilles à Stepperg anr le Danube (restes insignifiants de fortifications romaines). — Autobiogra- phie de Franz von Lœher, 1818-1892. 63. — MlttheiluBgen des Vereins tfBLr Geschiclite der Stadi Nûraberg . Heft 10, 1893. — Richard EmiENBERO. Hans Kleberg, dit « le bon Allemand, § 1486-1546 (né à Nuremberg, il s'établit à Lyon comme banquier, devint c valet de chambre du roi » et obtint pour François !*■' un emprunt important des marchands allemands. A cause de la part qu'il prit à la fondation de « Taumône générale » à Lyon, on lui éleva dans cette ville une statue). — Wermicke. Contributions à rhiiitoire de Tari à Nuremberg (liste de forgerons, peintres, architectes, foiideurs, etc., avec des notes sur leurs travaux du rv« au xvn« s.). — tK»NAUiiAuaa. Nuremberg vers le milieu de la guerre de Trente ans, 1630-163!^ (négociations de la ville avec les belligérants; événements militaires qui s'accomplirent dans les environs. Les sympathies de la bourgiH>iaie étaient tout entières pour le roi de Suède; le conseil muni- cipal au contraire essayait de rester neutre. Article important). — N. MuKttKa. La correspondance du patricien de Nuremberg Hieronymus (tauiu^it^rtner et de sa famille, 1541-1563. — MmafEimoFF. Différends mi^i^ Nun^mberg et le margrave de Brandebourg Frédéric relativement A U Muxeraineté des territoires voisins de la ville, 1499-1504. = Cîompte&- iini(lu« : iCna|>p. I>as Criminal-Verfahren in Nûmberg in «Itérer Zeit IIkmU. — À, von Sy0> Albrecht Dureras Leben (sans grande valeur). — liuivk^ardt* Albrecht Dureras Aufonthalt in Basel (des critiques). — Kamann. Die Fehde des Ritters Gœtz von Berlichingen mit der Reichs- «UiU NUruberg, 1512-1514 (bon). M, «> lCUtb«UiUME«A ûber rœmiaclie Fonda in Heddemhelm. M^ÎX 1, 1894. — QuiujNQ. Les fouilles au cimetière de Heddemheim en lH^)t-t892. — TuoMAS. Fours de potier romains à Heddemheim. — - iK^KNkia-RicuTaa. Les casques antiques du musée historique de Francfort, M. mm WMtdeutaclie Zeltaclirifl fttr Geschichte nnd Knnst. Jahrg« XIU, Heft 1, 1894. — Le général de Sarwey. Le Limes imperii romani (étude sur sa constitution en Allemagne et en Angleterre ; en Allokuagne^ il avait un but pacifique et non guerrier). — RrrrERUNo. (Umverueurs romains de la Germanie inférieure (additions à la liste dr^HiH) |tar Liebenam). — G. Wolff et Fr. Gcmont. Un sanctuaire de Miihra trouvtS à Heddemheim, près de Francfort (commentaire détaillé de» (^uùlle» et de leurs résultats ; des différentes espèces de sanctuaires \\Mm À Mithra; du culte attribué à cette divinité). — P. Richter. Les inivilègtw im|H>riaux pour le monastère de Springiersbach (publie trois di|»U^4Utv« importants des années 1144, 1171, 1193; leur origine et leur dait>< Important pour Thistoire de la diplomatique au xu« s.). M.— leitaohriltdesBergisdienGeschiclitavereins. Bd. XXIX, V RBGUBILS PJRIOOIQUBS. ^187 1893. — G. voH Below. Documents relatifs à Thistoire des impôts dans les duchés de Juliers et de Berg (96 pièces de 1410 à 1678). — JcBSTEN. Le château de Windeck, près de Bonn ; sa description et son histoire du xu« au xvin* s. — Harless. La légende de la fondation de l'abbaye d'Altenberg (publie un texte de cette légende d'après un ms. de la bibliothèque de Dusseldorf). — Kuegh. Une chronique inédite des abbés d'Altenberg, 1133-1517. — Redlich. Le colloque de Dusseldorf en 1527 (entre le prédicateur luthérien Friedrich Myconius et le Fran- ciscain Johann Heller ; publie le texte de la relation faite par Myco- nius sur ce colloque). — Krafft. Procès intenté au chanoine Friedrich, comte de Rietberg, au sujet de mauvais traitements infligés à un bour- geois de Cologne en 1528. — Ed. Jagobs. L'introduction de l'Intérim dans le comté de Kœnigstein en Yettéravie et le prédicateur luthérien Johann Meinerzhagen (le comte Louis de Stolberg, qui possédait ce comté, se décida, non sans de longues hésitations, à respecter l'Inté- rim. Publie cinq lettres de 1547-1549). — Wachter. Deux lettres du duc d'Albe et de la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme, au duc Guillaume de Glèves, sept. 1567 (elles concernent le procès des comtes d'Egmont et de Horn et la persécution des luthériens). — L. ScHMiTZ. Un rapport du nonce pontifical à Cologne, Pier Luigi, de mars 1630 (relatif à la situation religieuse dans la partie du diocèse de Cologne située sur la rive droite du Rhin). 67. — 2Seitsclirift des Vereins fttr Geschichte nnd Alterthum Schlestens. Bd. XXYIII, 1894. — Markqraf. Histoire financière et administrative de Breslau sous le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II. — Schubert. S.-J. Ehrhardt; sa vie et ses écrits (historien silésien qui vécut de 1732 à 1793). — Wutke. Tentatives pour obtenir du sel en Silésie, du xm« s. jusqu'en 1747. — J. Krebs. La Silésie en 1626-1627; suite (récit détaillé de la campagne de Wallenstein dans la Haute- Silésie dans l'été de 1627 ; art. important). — Gruenhaqen. L'évéché de Breslau après la mort de Frédéric le Grand (le prince-évéque de Breslau, Ph. Gotthard-ScbafTgotsch, s'était, depuis 1757, brouillé avec Frédéric II et, depuis 1766, il était sans aucune relation avec le gou- vernement prussien ; après la mort de Frédéric le Grand, il chercha à faire sa paix avec la Prusse. Détails sur le projet du gouvernement autrichien de confisquer les possessions de Tévêché de Breslau et sur les tentatives faites pour faire concorder en Silésie les limites des dio- cèses avec celles qui bornent l'Autriche et la Prusse). — Kronthal. Leonhard Asenheimer, général silésien, 1442-1446 (nommé par Elisa- beth, reine de Bohème et de Hongrie, général en chef dans la guerre contre la Pologne en 1443; détails sur les événements militaires qui furent accomplis en Silésie en 1442-1446. Asenheimer se brouilla avec la ville de Breslau et fut envoyé au supplice comme perturbateur de la paix publique). — Ketrzynski. Les catalogues des évoques de Breslau (au tome VI des Monumenta Poloniae historica, l'auteur a publié les listes qu'on possède des évéques de Breslau et étudie les rapports de ces listes 488 REGUBILS PERIODIQUES. les unes avec les autres et avec leurs sources. Ici, Tautenr résume les résultats de ses recherches). — E. Fnnc. La maison de commerce des Fugger et les mines qu'elle possédait en Silésie (depuis la fin du xv* s., les Fugger possédaient des mines en Hongrie ; ils acquirent ensuite une grande influence sur le commerce en Silésie; depuis le commencement du xvi« s., ils entrèrent aussi en possession de la mine d'or de Rei- chenstein). — Gruenhaqen. Rapports du ministre de Hoym sur le commerce de la Silésie en 1786-1797. — W. Shulte. Suini (ce château fort n'est pas identique à Schweidnitz ; il était situé près de Bolken- hain). — Pfotenhauer. Silésiens à TUniversité de Bologne, 1203-1450 (d'après les c Acta nationis Germanicae universitatis Bononiensis t). — Friedbnsburo. Les monnaies de la principauté de Ratibor (publie deux lettres de 1417). — Gruenhaqen. Notes sur l'histoire de la Silésie tirées du British Muséum {i^ les griefs des états protestants de Silésie, 1702 ; 2^ sur l'histoire des négociations relatives aux emprunts de la Silésie en 1735 ; 3® un mémoire de Scharnhorst sur la situation militaire de la Prusse en mars 1813; 4» le carnet du D' D. Rindfleisch de Breslau, 1602-1619). — Reoiann. Art. nécrol. sur Thistorien Richard Rœpeli. 68. — Brandenburgia. N» 10, 1894. — F. Meyer. Pamphlets poli- tiques brûlés par ordre de Frédéric le Grand. = N* 11. W. von Schu- LENBURQ. Le Spreewald à Berlin et sa population wende. = N» 12. Elisabeth Lemke. Les anciens métiers à filer et à tisser. 69. — 2Seitschrift des IVestpreussischen Oeschichtsvereins. Heft 23, 1894. — V. Lauffer. Le commerce maritime de Danzig à la fin du xv« s. (d'après des documents inédits; tableaux statistiques détaillés, avec commentaires). — Cësterreich. Les rapports commer- ciaux de la ville de Thorn avec la Pologne; suite, 1454-1577 (beau- coup de détails sur la politique des rois de Pologne à l'égard des privilèges commerciaux de la ville; elle les perdit en 1537). 70. — 2Seitschrift der historischen Oesellschaft fttr die Pro- vinz Posen. Jahrg. Vni, Heft 1, 1893. — Kvacsala. Le séjour d'Amos Gomenius à Lissa. — Beheim-Schwarzbagh. Le district de la Netze au temps du premier partage de la Pologne; suite (l'industrie, organisation des communautés de village); suite dans Heft 2 (la colonisation en Pologne pendant les xvi«-xvni« s.; statistique du district en 1770). — Warschaubr. Notices sur quelques mss. de la bibliothèque royale de Berlin qui se rapportent à l'histoire de la province de Posen. = Heft 2. Hassencamp. Un procès de sorcellerie à Ostrowo en 1719. 71. — Zeitschrift der Oesellschaft fur Schles^vig-Holstein- Laaenburgische Oeschichte. Bd. XXIU, 1893. — Hasse. La charte de fondation du monastère cistercien de Reinfeld, 1189 (il existe pour cet événement trois chartes, dont deux fausses et la troisième proba- blement authentique). — Egkermann. Digues construites au sud de Husum, près d*Eiderstedt et de Stapelholm, du xv« au xix« siècle RECUEILS P^BIODIQUBS. du 18 août 1550; détails sur l'activité et la compétence des importants fonctionnaires de ce conseil). — Loserth. L'anabaptisme en Tirol de 1536 à son extinction (les dernières traces de l'anabaptisme se retrouvent au xvii* s.). = Haelfte 2, 1893. F. von Krones. Histoire de la Société de Jésus en Hongrie, 1645-1671 (surtout d'après des notes inédites des Jésuites autrichiens et hongrois. La direction du parti catholique en Hongrie était alors entièrement aux mains des Jésuites). -^ Wertheimer. Vienne en 1813 (d'après des documents inédits : impres- sions produites sur l'esprit public par les événements; les différents partis dans le peuple et à la cour qui désiraient, l'un la neutralité à l'égard de Napoléon, l'autre la guerre). — Béer. Les rapports commer- ciaux de l'Autriche avec les états allemands sous Marie-Thérèse (rap- ports entre l'Autriche et la Prusse; profonde influence économique exercée par la perte de la Silésie).=Bd. LXXX, Haelfte, 1893. H. Sghlit- ter. Le rôle du gouvernement autrichien à l'égard du testament de Napoléon !•' (détails très circonstanciés sur les négociations poursui- RBCUBOâ PERIODIQUES. 191 vies par les exécuteurs testamentaires de Napoléon avec le gouverne- ment autrichien et avec Marie-Louise. Après la mort du duc de Reich- stadt, celle-ci renonça entièrement à ses droits à Théritage. Publie un grand nombre de dépêches, lettres et documents des années 1821-1833). 74. — Arohiv des Vereins ffir Siebenbûrgische Landeskonde. Bd. XXV, Heft 1, 1894. — Séraphin. Lettres de la famille de Heyden- dorff (plusieurs membres de cette famille ont, de 1750 à 1850, exercé d'importantes fonctions civiles et militaires en Transylvanie; publie 228 lettres de 1737-1853, importantes pour Thistoire de ce pays). 75. — Mittheilnngen der Oesellscliaft fur Salsbnrger Lan* deskonde. Jahrg. XXXUI, 1893. — Mark. Les domaines bohémiens de rélecteur Ferdinand de Salzburg (ils furent cédés en 1803 par la Bavière à ce prince pour le dédommager des territoires du ci-devant archevêché de Salzbourg, attribué en partage à la Bavière ; de la prise de possession de ce territoire et de leur situation intérieure d'après des sources contemporaines). — Wutke. Bulles pontificales pour l'histoire de Tarchevéché de Salzbourg au xin« et au xiv* s. (23 pièces de 1245 à 1309). — Zn«LNER. Histoire de l'architecture privée dans le territoire de Salzbourg. — Wagner. Histoire du théâtre à Salzbourg. 76. — 2Seitsclirift fllr œsterreichische Gjrmnasien. Jahrg. XL V, 1894, Heft 5. — Zahlflbisgh. La politique d'Aristote dans sa composi- tion primitive (c'est à tort qu'on a modifié l'ordre donné par les mss.). 77. — Bulletin international de rAcadémie des sciences de Gracovie. 1894, avril. — Ed. Boleslas-Ulanowski, Acta capitulorum Gnesnensis, Posnaniensis et Vladislaviensis, 1468-1530. — An, Lewicki, Ck>dex epistolaris saeculi XV; tomusHI, 1446-1501. = Mai. Ulanowski. Un village polonais du xvi* au xvrn* s. (il s'agit du village de Kasina Wielka, dans le district de Limanowa, qui a conservé tous ses registres judiciaires. C'est à l'aide de ces registres que la présente étude a été composée. Ce village jouissait, au xvi* s., de l'autonomie; les habitants prenaient une part active à toutes les affaires de la communauté et, quoique sous la domination d'un seigneur, se considéraient comme libres, possédant la terre à titre, non de serfs, mais de locataires. Le servage, au moins pour ce village, est donc un fait tout récent. De sem- blables études, poussées aussi scientifiquement, permettraient d'éclairer d'un jour nouveau la question si importante des origines et de la con- dition du servage en Pologne). 78. — The english historical Review. 1894, avril. — J. H. Round. M. Freeman et la bataille de Hastings (reprend point par point toute la question des retranchements élevés par les Anglais et répond aux critiques de M. Archer et de M^^* Norgate ; maintient que, s'il y eut un fossé creusé devant les lignes anglaises, il n'y eut pas de barricade ; les fantassins de Harold se firent seulement un rempart de leurs écus ser- 192 lECUEILS PJUODlQUeS. rés les uns contre les autres à la mode de l'antique testudo. Quant an témoignage de Wace, on ne peut en tenir compte, puisqu'il a écrit plus d'un siècle après les événements ; il a mal compris le passage où Guillaume de Malmesbury parle de la < scutorum testudo. » Le récit de Freeman est à refaire en entier). — Perrt. L^évôque Beckington et le roi Henri YI (sa biographie esquissée surtout au point de vue de son rôle épiscopal et des rapports du roi avec TÉglise). — Miss Sellebs. La ville d'York au xvi« s. (intéressante analyse des registres munici- paux). — Miss Mac Arthur. L'auteur du < Boke longyng to a justice of the peace » et son intérêt pour l'histoire des salaires au xvi« s. (l'au- teur de ce traité sur les juges de paix est Fitzherbert ; l'ouvrage prouve que l'échelle d'après laquelle les juges de paix devaient fixer les salaires dans leurs sessions trimestrielles n'a pas été inventée sous Elisabeth, mais qu'elle existait près d'un demi-siècle avant le décret de 1564). — BuRT. L'empire romain en Tan 600 (d'après la c Descriptio orbis romani t de Georgius Gyprius, récemment publiée par H. Grelzer). — Miss Batbson. Le prétendu pénitentiel latin d'Egbert et l'ouvrage perdu de Halitgar de Gambrai (analyse du ms. Bodl. 718, qui est du x« s. et appartint autrefois à la cathédrale d'Exeter, rapproché du Vatic. 1352 et d'un traité « De vita sacerdotum » publ. par Martène et Durand d'après un ms. de Trêves et attribué par eux à Halitgar, évêque de Gam- brai). — H. Hall. Une charte des libertés anglaises inconnue (discus- sion sur le sens du mot gravamen dans la charte de Henri I*'; quant à cette charte et au résumé de la grande charte de Jean, ils paraissent avoir été faits par un scribe français pour l'usage de la chancellerie de France, peut-être au moment de l'expédition de Louis de France en Angleterre). ^ R. Garnbtt. L'empoisonnement prétendu d'Alexandre YI (le fait de la mort subite du pape, empoisonné, dit-on, par un breuvage qu'il destinait au cardinal Gometo, est démenti formellement par les dates que four- nissent les ambassadeurs vénitiens) . — A . Williams. Une paroisse galloise pendant l'Interrègne (extrait du c Merthyr Tydil register •). = Gomptes- rendus : FowUr. The city state of the Greeks and Romans (excellent). — Montagu Burrows. (]iommentaries on the history of England from the ear- liest times to 1865 (ouv. plein de bonnes intentions, original jusqu'à un certain point, mais incomplet et trop souvent erroné ou incorrect). — Evans et Rhys. Liber Landavensis (reproduction littérale, faite avec un soin très minutieux, du fameux livre de Llandafi, d'après l'original, écrit vers le milieu du xii* s.). — J. Jacobs, The Jews of angevin Ëngland (recueil très bien fait). — W, Wallaot. Life of S^ Edmund of Gsmter- bury (bon). ~ Maitland et Baildon. The court baron (contient cinq trai- tés relatifs à la manière de tenir cette sorte de tribunal seigneurial appelé « court baron ; » ces textes sont fort intéressants pour l'histoire du droit, de l'économie politique et des mœurs. Très bonne introduc- tion bibliographique). — Scaife, Florentine life during the Renaissance (amusant). — y. Gairdner, Letters and papers, foreign and domestic, of the reign of Henry VIII; vol. XIU, part. 2 (va jusqu à la fin de 1538). RKCUEtLS P^RIOOtQUBS. ^193 — BarretL The Trinity house of Deptford Strand (très intéressante histoire de la guilde ou association des marins de Deptford, constituée par Henri VIII). — Turba, Venetianische Depeschen von Kaiserhofe ; vol. II (ces dépêches se rapportent aux années 1546-1555). » The mss. of the duke of Portland ; vol. II. — H. Powell. The buccaneers of Ame- rica ; a true account by John Esquemeling (utile réédition de Tédit. de 1684). — C. F, Bishop, History of élections in the american colonies (livre très bien documenté et qui sera fort utile). — Morse Stephens. Europe, 1789-1815 (premier volume paru d'une histoire générale de l'Europe depuis la fin de l'empire romain, qui en contiendra huit; l'au- teur écrit en apologiste de la Révolution française et dissimule plus qu'il ne convient les violences commises par les Français en Alle- magne). — Wûson. Ëpochs of american history : division and reunion, 1829-1889 (excellent résumé). — The miscellany of the scottish history Society; vol. I. — Sergeant, John Wyclif (tout à fait insuffisant). — Raine. York (bon, malgré d'assez nombreuses erreurs). — D. Macray, Gatalogi cod. mss. bibliothecae Bodleiane partis Y, fasc. 3. = Juillet. Maffland. Histoire d'un manoir (le manoir de Wilberton, au comté de Cambridge, d'après les rôles de ce manoir, conservés depuis le xiv« s. Histoire financière de son exploitation ; des étapes successives par les- quelles on est arrivé de la rente en nature, qui existait presque partout avant 1350, à la rente en argent, qui devient générale après 1410). — Arthur Dimogk. La conspiration du D' Lopez (Ruy Lopez était un juif portugais, converti au luthéranisme, qui devint médecin en chef de la reine Elisabeth, partisan de don Antonio, prétendant au trône de Por- tugal, mais en même temps espion pour le compte à la fois de Phi- lippe n et d'Elisabeth; arrêté en février 1594 comme suspect de haute trahison, il fut pendu à Tyburn. C'est peut-être à lui que Shakespeare faisait allusion en créant le personnage de Shylock). — Oppenheim. La marine royale sous Charles I«'; 3« partie : l'administration. — Colonel Llotd. Catinat. — Paul-Maria Baumqartbn. Lettres pontificales relatives à l'Angleterre, 1183-1187 (en tout dix lettres ou fragments). — Round. Note sur la Grande Charte (relève un passage erroné dans l'Histoire de Rouen de Chéruel). — Pocogk. Correspondance de l'archevêque Holgate, 1547. — FiRTH. Lettres de William Wandesford à sir Rowland Wan- desford (trois de ces lettres concernent Strafiford). = Bibliographie : Rushforth, Latin historical inscriptions illustrating the history of the early empire (textes fort bien publiés, mais le plan est défectueux). — Keene, History of India (consciencieux). — Edgar. History of early scotch éducation (ouvrage solide et utile). — Tout, Edward I (bon résumé). — Gasquet, Thegreat pestilence of 1348-49 (excellent). — Cunningham. The growth of english industry and commerce in modem times(remar« quable; mais le plan est défectueux : ici il y a trop de théorie, là trop de détails). — Lamond. A discourse of the common v^eal of this realm of England (bonne édition d'un des documents les plus intéressants que Rbv. Histob. LVI. 1«' fasc 13 491 RECUEILS P<1I00IQUES. nous ayons pour l'histoire sociale vers le milieu du xvi* s.). — Zimmer» mann. Kardinal Pôle ; sein Leben und seine Schriften (bonne biogra- phie; la meilleure qull y ait du cardinal). — Dosent. Acts of the privy council. New séries, vol. VII, 1558-1570. — Willert. Henry of Navarre and the Huguenots in France (bonne biographie à l'adresse du grand public). — Emst, Memoirs of the life of Philip Dormer, fourth earl Ghesterfield (contient des fragments inédits des c Newcastle papers »). — /. Bradshaw, Sir Thomas Munro and the british settlement of the Madras presidency (bon). 79. — The Academy. 1894, 23 juin. -^ Overton. The english church 1800-1833 (excellent). =: 30 juin. • Aethelred-Mucil, Gainorum comes i (dissertation de W. H. Stevenson sur le sens du mot a mucil, » qui ne signifie pas a grand, t mais qui est un nom propre, en opposition à celui d'Aethelred; notes sur ce dernier personnage). = 7 juillet. Wylie, History of England under Henry IV; 2« vol. (beaucoup d'érudition; mais le récit se perd trop souvent dans les détails et dans les digres- sions). — Les récentes acquisitions de la Bodiéienne. = 14 juillet. Sir W. Hunier. Bengal ms. records; a selected list of 14,136 letters in the Board of revenue, Calcutta, 1782-1807 (excellent). — Comte Nigra. Gount Gavour and Madame de Gircpurt (publie quelques lettres inédites; il y en a trop peu). — Namur, Ramillies, Menin; lettres originales (publiées par G. E. Doble, 1695, 1706). = 28 juillet. Hill. The diatessa- ron of Tatian (bon résumé des travaux publiés). — Wyatt. Beowulf (excellente édition). 80. — • The Athenœnm. 1894, 23 juin. — Kidd. Social évolution (ouvrage basé sur une érudition de seconde main, mais intéressant et instructif). — Barry (yBrien, The autobiography of Theobald Wolfe Tone, 1763-1798 (document précieux pour l'histoire d'un des patriotes irlandais les plus acharnés contre la Grande-Bretagne). — Barrett. Somersetshire (compilation sans valeur originale). ~ Hart et Lyons, Ramsey cartulary; vol. UI (important). — Une gemme gnostique. — Un système mycénien d'écriture en Grète et dans le Péloponèse. = 30 juin. A life of archbishop Laud, by a romish récusant (médiocre; l'auteur s'est contenté de mettre bout à bout des extraits des journaux écrits par Laud et des « Galendars » des papiers d'État). — Mr. et Mrs. Sidney Webb. The history of Trade-unionism (clair et intéressant ; les auteurs font commencer l'histoire des associations ouvrières en 1700, car ils n'ont rien trouvé d'identique auparavant). =7 juillet. Bulletins littéraires annuels : Belgique, Bohème, Danemark, France, Allemagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Pologne, Russie, Espagne. — Atkin- son. Galendar of state papers. Ireland, 1596-1597 (important pour la période qui précède immédiatement la révolte de Tyrone). — Extracts from the records of the royal burgh of Lanark. =» 14 juillet. Zimmer. Nennius vindicatus (beaucoup de science et aussi de superbe assurance BBCUKIIS ptf&IODIQUBS. 495 dans rhypothèse). -^ Bowring, Haidar Ali and Tipu Sultan (remar- quable). = 21 juillet. Mrs. Hope. The first divorce of Henry Vm as told in the state papers ; edited by Gasquet (consciencieux ; sans parti pris; beaucoup de faits précieux, mais peu d'idées; l'ouvrage posthume de Mr. Hope a été publié par le Père Gasquet avec le soin qu'il apporte à tout ce qu'il fait). — Bliss. Galendar of entries in the papal registers relating to Great Britain and Ireland. Papal letters; vol. 1 : 1198-1304 (important). -» 28 juillet. Stanning. The royaUst composition papers, 1643-1660. — Clay, Yorkshire royalist composition papers (important). — Wilson, The parish registers of Dalston, Gumberland, 1570-1678. — Boase, Registrum collegii Exoniensis; pars U : an alphsJbetical register of the commoners of Exeter collège, Oxford. 81. — The contemporary Revie^Kr. 1894, juillet. — Sir J. R. Sbe- LBT. Histoire de la politique anglaise (il est impossible, pour comprendre le développement de cette politique, de s'en tenir à l'histoire intérieure, aux batailles parlementaires ; il faut savoir comment s'est faite l'union des royaumes, comment l'empire commercial s'est ajouté à l'union ter- ritoriale; et pour cela il fait étudier l'Angleterre dans ses rapports avec les puissances continentales, l'influence qu'elle a exercée et ressentie dans ce contact). 82. — The nineteenth centnry. 1894, juillet. — Fred. Harrison. Le centenaire d'Edward Gibbon (grand éloge de Fauteur de Décline and fall et de son livre, à l'occasion du centenaire que l'on se prépare à célébrer en Angleterre. Gibbon, en effet, mourut âgé de cinquante-sept ans en janvier 1794). = Août. W. L. Aldbn. Italie contre France (la France a placé lltalie devant ce dilemme : la guerre ou la banqueroute ; c'est elle seule, c'est « sa vanité blessée i qui est responsable de l'état de paix armée où l'Europe aujourd'hui consume ses forces; elle rend la guerre inévitable et paraît s'y résigner « d'un cœur léger, » grâce à l'alliance russe. L'auteur s'intitule : ancien consul général des États- Unis à Rome). — Prince Kropotkine. L'aide mutuelle dans les villes du moyen âge (plus nous pénétrons dans la vie du moyen âge, plus nous voyons que les villes n'y constituaient point une organisation politique ; c'était un essai pour organiser, sur une plus grande échelle que dans une communauté de village, une étroite union des habitants pour leur permettre de s'aider et de se secourir, pour réglementer la production et la consommation, sans leur imposer les chaînes de l'État, mais en donnant pleine liberté à l'expression du génie créateur de chaque groupe séparé d'individus en art, métiers, science, commerce et organisation politique). 83. — Quarterly Review. T. CLXXVm, 1894, janvier-avril. — L'Histoire et la Fable (ne trouve que trois romans historiques où res- pire vraiment l'esprit du temps : Ssmond, de Thackeray ; Romola, de Greorge Eliot, et John Jnglesant, de Shorthouse). — La vieille cuisine 496 RECUEILS PERIODIQUES. anglaise (y compris Torganisation et l'étiquette des festins). — La Bible au British Maseum (catalogue des éditions et traductions diverses. Il est assez curieux de noter que la révision officielle, faite il y a dix ans (1881-1888), de la célèbre version-type de 1611, qui est devenue la Bible familiale en Angleterre, se vend maintenant, à la Glarendon Press, an poids du papier). — Arthur Penrhyn Stanley (doyen de Westminster, historien de TÉglise juive. Sa bibliographie vient d'être publiée par M. Prothero). — W.-H. Smith (1825-1891. Ministre de la guerre dans le cabinet de lord Salisbury, 1885. Sa biographie par sir Herbert Max- well). — Un cycle en Chine (à propos de la biographie de sir Harry Parkes. Les relations de l'Angleterre avec la Chine ont juste soixante ans de date, ce qui représente un cycle chinois). — Hypéride et les découvertes récentes de papyrus (il s'en est fallu de peu que nous pos- sédions les plaidoyers de cet avocat du demi-monde athénien, puisqu'il existait encore un manuscrit complet de ses œuvres dans la bibliothèque du roi de Hongrie, au moment où l'on commençait d'imprimer les clas- siques grecs et latins). 84. — Edinburgh Review. Vol. CLXXIX, 1894, janvier-avril. — Éditions récentes de Tacite (celles de Furneaux et de Spooner). — La dernière campagne de Montrose (important; avec un plan de la bataille de Carbisdale). ^ Les résultats des croisades (« l'histoire du royaume de Jérusalem est l'histoire de la puissance de la liberté pour l'Europe »). — Les explorations en Afrique (durant les dix dernières années. Les résultats et perspectives n'ont rien de très encourageant, a II se peut que l'enthousiasme du moment ne laisse pas de traces plus sérieuses que les vieilles entreprises des Hollandais et des Portugais. Et si, comme on le dit, nous posons maintenant des jalons pour l'ave- nir, cet avenir est bien loin, tandis que nous avons à nos portes des problèmes auxquels nous ne saurions trop réserver d'attention i). — Trois nobles anglaises (d'après les lettres nouvellement publiées de Lady Burghersh, plus tard comtesse de Westmoreland, écrites durant les campagnes d'Allemagne et de France, 1813-1814, et les souvenirs de la comtesse (knning et de sa sœur la marquise de Waterford sur l'insur- rection de l'Inde, 1857 ; la grande famine d'Irlande, 1846-47, etc.). — Le maréchal de Moltke et la campagne de Bohême (il est très difficile d'estimer la valeur militaire de Moltke , un chef d'état-major se heur- tant à des difficultés qui ne gênent point un commandant en chef comme Napoléon. Mais il se peut que les publications intégrales, tirées plus tard des archives de la guerre en Prusse, nous révèlent un Moltke plus remarquable encore que nous ne le soupçonnons). 85. — Archivio storico italiano. 1894, disp. 1. — N. Festa. Les lettres grecques de Frédéric U (donne une nouvelle édition fort amé- liorée de ces lettres inexactement reproduites en 1855 par G. Wolff, RBCU8IL8 PERIODIQUES. 497 avec la trad. en latin de Huillard-Bréholles, des notes critiques et une introduction historique). — Saltini. Gelio Malespini, le dernier novel- liste italien du zvi« s. — Giov. Sforza. Henri, évoque de Luni, et le ood. Palavicino des archives capitulaires de Sarzana (description de ce ms., qui n'est pas autre chose que le a Liber jurium » de l'église de Luni, composé par Tévéque Henri, 1288). — Giorqbtti. Gollection Gherardi déposée aux archives d'Ëtat de Florence (250 pièces sur par- chemin des années 1307 à 1782). — Marghbswi. Trois pièces auto- graphes sur parchemin deser Lapo Gianni, 1300, 1317, 1321. — Savini. La vraie patrie du cardinal Pietro Gapocci (ce cardinal, un des plus fermes conseillers d'Innocent IV dans sa lutte contre Frédéric II, naquit à Rome d'une famille noble). — Loevinson. Actes relatifs à la soumis- sion de Spolète à Pérouse en 1324. — L.-G. Pèlissibr. Notes italiennes sur l'histoire de France (1* une lettre de Louis de Montpensier et autres documents y relatifs, 1496-1499; 2<» idée et brouillon d'un traité entre Charles VIU et Lud. Sforza, 1497). = Bibliographie : Borromeo. Ori- gine e libertà di Alessandria; 2« partie (1152). — Dompacher, Quando nacque Gangrande I Délia scala (il naquit probablement en 1291). — Marchesan. L'università di Treviso nei sec. xm e xrv (bon). — Maccari. Istoria del re Giannino di Francia (il s'agit de ce bourgeois de Sienne, Giannino Baglioni, qui se prétendit du sang de France et en revendiqua les droits). -^ P, Peragallo, Disquisizioni Golombine; n* 1 : la nuova scuola spagnuola anticolombina (discute avec science et succès les accusations que certains savants espagnols, par réaction contre Roselly de Lorgnes et son école, ont fait peser sur la mémoire du grand navigateur). — Gabotto. Lo stato sabaudo da Amadeo VIU ad Emanuele Filiberto; 1, 1451-1467 ; II, 1467-1496 (un des plus importants livres sur l'histoire du Piémont qui aient paru dans ces derniers temps). — Feli' dangeli, Notizie e documenti suUa vita di Gaterina Gibo-Varano, duchessa di Gamerino. — M. Hermann, Albrecht von Eyb und die Frûhzeit des deutschen Humanismus (très bonne biographie). — Fiorinû Istorie florentine di Niccolô Machiavelli, con commente; libri I-HI (excellente édition). — Molmenti, Garpaccio, son temps et son œuvre (biographie qui n'apprend pas grand'chose de nouveau ; c'est un pré- texte pour Fauteur de peindre la vie de luxe à Venise au temps de cet artiste). — Fabretti. Gronache délia città di Perugia; vol. lY, 1517- 1586 (publie deux chroniques : Tune de Giulio de Gonstantino, 1517- 1547, et l'autre de G.-B. Grispolti, de 1578 à 1586). — Stromboli. La vite degli uomini illustri délia casa Strozzi, commentario di Lorenzo di Filippo Strozzi (publie vingt-sept vies dont six seulement étaient déjà connues). — Campori, Gorrispondenza tra L.-A. Muratori e G.-G. Leib- niz (cette correspondance embrasse les années 1699-1717, les plus fécondes de Muratori). — De quelques publications historico-juridiques relatives au patronat royal sur le siège patriarcal de Venise. — Carutti. Storia délia città di Pinerolo (bon). = Disp. 2. G. de Stefahi. Fragment 198 UGUBiu riuoMQun. inédit den Btatats de Lucqaes de 1224 et de 1232. — Ant MFBwnn. Matteo Palmieri, bourgeois de Florence au xv« s. — Mou. Un géographe de la Renaissance : Francesco de Niccolô Berlinghieri. — > L.-G. Pfais- 8IE1. Notes italiennes sur Thistoire de France ; soite (informatenrs ita- liens à Lyon en 1498). — Franc. Garabbllesb. Un nouveau livre de marchands italiens aux foires de Champagne (extraits de ce livre, qui nous est parvenu très mutilé et qui est de la seconde moitié du xvi« s.). = Bulletin historique, France, par L.-G. Pêussier. » Bibliographie : Grosso, Studi di storia antica e di topografia storica (études sur le pays des Hirpins). — Gomba, Storia dei Valdesi (bon). — Gli albori deUa vita italiana ; vol. I : le origini dei comuni ; vol. U : le origini délia monarchia e dei papato ; vol. III : scienze, lettere ed artî (remar- quable histoire de la civilisation italienne par une réunion d'éru- dits spéciaux). — Marsù Lettere dettate in volgare da ser Ventura Monachi come cancelliere délia repubblica fiorentina ; teste di lingua, 1341-1344. ~ Rœssler. Cardinal Johannes Domînici O. Pr., 1357-1419; ein Reformatorenbild aus der Zeit des grossen Schisma (importante biographie. Dominici a eu deux célèbres disciples : 8. Antonino, arche- vêque de Florence, et fra Angelico). — L Heinemann. Geschidite der Normannen in Unteritalien und Sicilien; vol. I (ouvrage très conscien- cieux ; le vol. I s'arrête à la mort de Robert Guiscard). — Àbbi GrefnauéL Documents relatifs à l'histoire du Vallais ; vol. U : 1375-1402. — Gius. de Leva. Storia documentata di Carlo V in correlazione air Italia; vol. V (très important; étudie la période comprise entre l'intérim d'Augsbourg et la convention de Passau). — Beani. Clémente IX (biographie de Giulio Rospigliosi, né le 27 janv. 1600, pape en 1667, mort en 1669; Tauteur prétend que son court pontificat fut pour les Romains « l'âge d'or ; i c'est beaucoup pour un règne insignifiant dont le fait principal a été l'échec des chrétiens dans la guerre de Candie). — Glaretta. 1 reali di Savoia, munifici fautori délie arti. -^i. Crespellani. Medaglie estensi ed austro-estensi édite ed illustrate. — Bonfadini, Vita di Francesco Arese (biographie à thèse, apologie intéressante, mais forcée et subtile, d'un de ceux qui ont coopéré à la fondation du royaume italien). — La société colombienne de Florence en 1893-1894 ; rapport du prof. A. Alfani. 86. — • Archivio storico lombarde. 1894, 31 mars. — F. Novati. Des rapports entre Trente et Crémone, du xi* au xvi« s. (des Crémonais qui ont vécu à Trente ou qui y ont exercé des fonctions civiles ou reli- gieuses; rapports littéraires entre les deux villes). — E. Colombo. Le roi René, allié du duc François Sforza contre les Vénitiens, 1453-54 ; Ire partie (étude accompagnée de nombreux documents). — G. Livi. Les archives d'État à Brescia ; notes et projets de classement. ~ Rap- port sur les récentes acquisitions du musée archéologique de Brera à Milan. » Bibliographie : Sommi^Picenardi, La famiglia Sommi. -^ Parazzi, Origini e vicende di Viadana e suo distretto. — Romano. Suor RBGUBIL8 P* 7-35). — Pellegrini. Deux actes testamentaires de Giovanni U de Bentivoglio, seigneur de Bologne, 1501, 1506. — Ungarelli et Giorqi. Documents relatifs au jeu à Bologne au xm« et au xiv« s. — Malagola. Les travaux de la R. Deputazione di storia patria, de 1875 à 1893; rapport du secrétaire. La présente livrai- son est accompagnée d'un fascicule de 106 pages où se trouve résumée l'histoire de la Société depuis 1860 : la R. Deputasione di storia patria per le provinde di Romagne dall* anno 1860 al 189i (Bologne, Garagnani). 91. — Nuovo Archivio Teneto. T. VII, 2« part. — F. Pozza. La commune rurale de Bassano (elle n'est pas antérieure à Tan 1000; ses institutions politiques et sociales). — Aug. Bazzoni. Giacomo Casanova, confident des inquisiteurs d'État de Venise (Casanova, le célèbre auteur des Mémoires, après s'être échappé des plombs, n'eut qu'un désir, celui d*étre employé par les inquisiteurs d'État. Après six années des tenta- tives les plus extraordinaires, il réussit à être admis à leur service, mais seulement pour trois mois, 1780. Extrait des rapports qu'il leur adressa de 1776 à 1782). — Cipolla. Un placite de l'empereur Henri V (de Tré- vise, l*r août 1118; texte et commentaire). — Gorti. La liquidation de la dette publique de la république de Venise proposée, dans la seconde moitié du xvi* siècle, par Gian-Francesco Priuli (histoire des emprunts de la république, volontaires ou forcés, depuis l'an 1164 ; analyse de la proposition faite pour alléger les finances vénitiennes après la bataille de Lépante; détails sur la liquidation commencée en 1578). — G. Ci- polla. Publications relatives à l'histoire de l'Italie au moyen âge, 1893. — F. Gabotto. Le nouveau poème de Pace del Friuli et VHistoria vice- comitum de Giorgio Merula (poème relatif à l'exil de Matteo Visconti ; Merula lui a emprunté ce qu'il raconte sur ce môme événement). — Gronau. Zorzon de Castelfranco ; son origine, sa mort et sa tombe (notes biographiques sur un personnage qui fut probablement le père du Giorgione). — Bibliographie : Pellegrini. Due atti testamentarî di Giovanni II Bentivoglio, signore di Bologna. — Morpurgo. Dieci sonetti storici fiorentini (relatifs aux inondations de 1333, à la guerre de Mastino Délia Scaia et à celle de Grégoire XI). — Nani, Ricordi storici, 1555- 1627. 92. — StndI e document! di storia e dlritto. Anno XV, 202 AEGUBILS PIÎRIODIQUES. fasc. 1-2, janv.-juin 1894. — Gismondi. La Bible et la sagesse grecque (l'opinion d'après laquelle les philosophes grecs auraient puisé en grande partie leur savoir dans les livres sacrés des Hébreux manque de solides fondements). — L. Fdmi. L'inventaire des biens de Giovanni de Magnavia, évoque d'Orvieto et vicaire de Rome (biographie de ce prélat très peu connu ; l'inventaire est de 1365). — Behtolini. Théorie géné- rale de la peine conventionnelle d'après le droit romain. — Garasou. Le monument de Paul IV dans l'église de la Minerve. — L. ns Feis. Histoire du pape Libérius et du schisme des semi- Ariens; suite. 93. — Boletin de la R. Academla de la Hlstoiia. T. XXIH, fasc. I à VI, juiil.-déc. 1893. — Fr. Godera. Livres arabes imprimés à Tunis (notice sur quatre volumes donnés à l'Académie). — Fidel Ftta. Le docteur D. Juan de Jaso, père de saint François Xavier. Nou- velles notes biographiques et documents inédits (32 pièces inédites pro- venant la plupart des archives du duc de Granada de Ëga). — Ed. Capellb. La grotte préhistorique de Segobriga (découverte d'ossements et d'instruments de l'âge de pierre et de l'âge du cuivre). — Fidel Fita. Inscriptions inédites d'Arcos et de Jerez de la Frontera (épigraphie latine). — Fr. Godera. Gompte-rendu du livre intitulé c Monnaies des dynasties arabico-espagnoles » (de D. Antonio Vives; avis favorable). — Fidel Fita. L'inquisition à Guadalupe (procédures inédites). — P. de Madrazo. Gompte-rendu favorable du c Nouveau guide du voyageur en Espagne et en Portugal, » parD. Emilie Valverde y Alvarez. — Fr.-R. de Uhaqon. Antiquités romaines de la Alcarria (près de Gifuentes, Guadalajara). — Isidore Loeb, H. GsiSTz et Fidel FrrA. L'inquisition de Torquemada ; secrets intimes (notes et documents du P. F. Fita à propos de deux articles de MM. Loeb et Grœtz, publiés dans la Revue des études juives et reproduits par le Boletin). — Fr. Godera. Inscription arabe de la chapelle de Sainte-Gatherine à Tolède. — Fr. Goello. Voies romaines de Sigûenza à Ghinchilla (non indiquées dans l'itinéraire d'Antonin). — Fr. Godera. Gatalogue des manuscrits arabes de la bibliothèque départementale d'Alger. — Notes sur 31 livres ou mss. arabes acquis pour l'Académie. — Ant. Sanchez-Moouel. Le tombeau du Doctor Eximio (découvert à l'église San -Roque, de Lisbonne, du tombeau de Francisco Suarez). — Histoire générale, civile et ecclésias* tique de la province de Zamora (par D. Ursicino Alvarez Martinez ; compte-rendu favorable). — Gonde do Gasal-Ribeiro. Portugal et Espagne (affinités des deux nations ; pour remercier de sa nomination comme académicien honoraire). — Fidel Fita. Inscriptions romaines inédites d'Anavieja et d'Oyarzun; excursion épigraphique d'Alcala de Henares à Saragosse. — Romualdo Moro. La ville celtibérique de Nertobriga, ses ruines à Galatorao (rapport succinct d'une exploration et de fouilles archéologiques). — Juan de Dios de la Rada y Deloado. Gatalogue des RBCnULS PlîaiODIQUBS. 203 objets rapportés de Nertobrîga et de Bilbilis, par M. R. Moro. — Ant. Sahchez Mooubl. Dolla Blanca de Portugal (1259-1321, fille d'Alfonse m de Portugal et d'Alfonse X de Gastille). =s Variedades : RipoU, pan- théon des comtes de Barcelone et de Besalù (acte de translation do divers restes en Féglise Sainte -Marie de RipoU, en 1893). — Fidel FrrA. Saint François Xavier ; sur la mort de sa mère (document inédit). = Notieias : Ëpigraphie latine; trouvailles archéologiques à Mérida; indications bibliographiques; réception de D. Ant. Rodriguez Villa. = T. XXIV, fasc. I-VI, janvier-juin 1894. — Fr. Cobllo. Voie romaine de Giiinchilla à Saragosse. — F. Fita. Inscriptions romaines et hébraïques (d'Arcos de la Frontera, de Fregenal de la Sierra, d'Espejo et de Tolède). — A.*G. RiBEiBO DE Vasgongellos. Suarez à Ck)îmbre (Suarez professeur à rUniversité de Goîmbre, 1597-1617). — M. Fernandez y Gonzalez. Notice sur un ms. arabe acquis par l'Académie (deux tomes de Touvrage historique d*Aben-An-Noguairî). — G. Fernandez-Duro. La date de la mort de Ghristophe Golomb et le lieu de sa sépulture (20 mai 1506. Monastère de Santa-Maria de las Guevas de Seville). — E. Hûbnbr. Monuments préhistoriques de Majorque et de Minorque (compte-rendu do livre de M. £. Gartailhac sur les Monuments primitifs des îles Baléares), — Vicomte de Palazuelos et J. Moraleda y Esteban. Deux articles sur les grottes d'Olihuelas (près de Tolède. Sans intérêt archéologique). — • A. Rodriouez-Villa. Gompte-rendu favorable d'une Étude sur les clefs des chiffres diplomatiques, présentée en ms. à l'Académie par D. Gl. Pérez-Gredilla. — C. Fbrnandez-Duro. Précis d'histoire de l'Amérique centrale (de D. Ag. Gômez-Garrillo). — A. Sanchez-Moquel. L'Espagne et Gamoens. — La sainte reine de Portugal (étude sur la date et le lieu de la naissance de sainte Isabelle, infante d'Aragon, reine de Portugal). — F. Fita. Le D>^ Juan de Jaso, père de saint François Xavier. Sa « Ghro- nique des rois de Navarre t (texte de cette chron. avec remarques). — G. Fernandez-Dubo. Jean Gousin, véritable inventeur de l'Amérique, selon le capitaine anglais Gambier (crit. de l'ouvr. « The True Discovery of America i). — E. Hiibner. Bronzes épigraphiques de Glunia et de Bil- bilis. — Note sur les c Vies des Espagnols célèbres • par Quintana. — Examen d'un projet de dictionnaire biographique des Espagnols célèbres. — L. JiMÉNEZ DE LA Llave. Archlves municipales de Talavera de la Reina (à consulter. Gatalogue analytique d'un certain nombre de liasses de ces archives). — Documents relatifs à la continuation de VEspaHa sagrada, voyage de P. Sâinz de Baranda à Barbastro, Barcelone, Girone et Vich (1850) et visite des archives de Tarazona, Veruela, Alfaro, Tudela, Galatayud et Borja, par V. de la Fuente (1862). — F. FriA. Gonciies nationaux de Palencia en 1100 et de Girone en 1101 (docu- ments sur ces conciles presque inconnus). — A. Sanghbz-Mogubl. Une lettre du Doctor eximio (Suarez, 1611, de Goïmbre). — Le tombeau du Doctor eximio, — P. de Maorazo. Avis concluant à l'impression d'un mémoire de D. R. de Hinojosa sur les « Matériaux relatifs à l'histoire 204 HBGUBILS PJRIODIQUBS. d'Espagne conservés dans les archives secrètes du saint-siège > (gnelqnes indications utiles d'après ce mémoire). — F. FrrA. Conciles nationaux de Garriôn en 1103 et de Léon en 1107 (actes et documents). — J. 66iibz DE Arteche. Compte-rendu analytique du livre de D. G. de Echegany intitulé « Recherches historiques relatives au Guipuzcoa. i — F. Co- dera. Livres provenant du Maroc. — L. Yillanueva. Station préhisto- rique de Badajoz. — A. Blasquez. Les c6tes d'Espagne à l'époque romaine (longue étude géographique avec carte). — F. Fita. Conciles nationaux de Salamanque en 1154 et de Yalladolid en 1155 (documents). — L. Jiménez de la Llave. Deux lettres inédites du bienheureux Juan de Avila. — A. Sanghez-Moguel. Le premier comte de Ficallo (D. Juan et non D. Carlos de Borja. Étude biographique et généalogique avec documents). — C. Fernandez-Duro. Notices sur Vargas Ponce et Fer- nàndez de Navarrete (anciens directeurs de l'Académie de l'histoire). = Variedadôs : Extraits des « Diarios de los Yerdesotos § de Yalladolid. — J. de d. de la Rada t Deloado. Objets provenant des ruines de Nertôbriga. — F. Fita. Lettre donnant au comte de Lanzarote le titre de marquis (Philippe 11,1*' mai 1584). — J. Paz y Espeso. Les plus anciens diplômes de la Bibliothèque nationale relatifs au monastère de San Millau (929-1030-1053). — F. Fita. Note relative à ces documente. — Recherches d'archéologie romaine dans la province d'Almeria. — L. JiMÊNEZ de la Llave. Lettre autographe du bienheureux P. Fr.-Diego- José de Gâdiz. — F. Fita. Pierre monumentale relative au bienheureux Diego de Gàdiz. — Bulles inédites d'Urbain II. =: Noticias : Ëpigraphie latine et hébraïque, bibliographie; note sur le tombeau du c Doctor eximio, » etc. 94. — Archivo do Districto Fédéral. Revista de documentos para a historia da Cidade do Rio de Janeiro. — Le premier numéro de cette revue a paru le 1^ janvier 1894. Les directeurs, le docteur Hen- rique Yalladares et Tarchiviste en chef Mello Moraes, se proposent, comme Tindique le titre, d'y imprimer des documente relatifs à This- toire de Rio de Janeiro, accompagnés à l'occasion de dessins gravés. Cette tentetive mérite toute notre approbation, et nous souhaitons qu'elle réussisse au gré de ses auteurs. Nous nous permettrons de leur faire une seule observation : s'astreindre, comme ils Tout fait pour certaines pièces, à ne pas séparer les mote réunis dans l'original, à reproduire des abréviations non douteuses, sans intérêt paléographique, comme celles de que, muito, para, etc., ne sert qu'à compliquer inutilement la besogne du compositeur. Nous regrettons aussi l'absence d'un som- maire en tète de chaque livraison. Disons en terminant que V Archiva est édité avec une recherche d'ornementetion typographique que l'on n'est guère accoutumé à trouver dans des publications de ce genre. = Janvier-avril 1894, fasc. I-IY. Mello Morabs. Poésie en l'honneur du P. Joseph Anchiete S. J. (missionnaire du xvii* s.). — Notes sur le môme. — Concessions de terres, nominations à divers emplois, de E8GUBILS PâllODIQUBS. 205 iS6i à i635. ~ Donation aux CSapucins (1592). — Lettre royale du 4 novembre 1759 sur l'emprisonnement et la déportation des Jésuites. — Pièces relatives à la vente de deux fabriques de sucre possédées par les Jésuites, dites Engenbo Veiho et Engenho Novo (1761-62). — Inven- taires des maisons de Santa-Gruz et de Sam Gristovào ayant appartenu aux Jésuites (pièces intéressantes ; à noter le catalogue de la petite biblio- thèque de la maison de Santa-Gruz). — Biens des Bénédictins et des Carmes (1799). — Nomination de Diego Gomes Garneiro comme chro- niqueur du Brésil (l*' juin 1651). — Actes de ventes, notices sur les rues de Rio de Janeiro, actes administratifs et royaux. 96. — Bulletin de la Commission de Thlstolre des églises "wallonnes. T. VI, l'« livr. — F.-H. Gaqnebin. Les cinquante-trois premières années de l'église wallonne de Bréda (travail important fait d'après les archives; va de 1590 à 1643). — F.-D.-O. Obreen. Notice sur Daniel de Lafeuille, graveur, orfèvre, horloger et libraire à Ams- terdam (ce Lafeuille était un artiste distingué, originaire de Sedan; il se réfugia à Amsterdam en 1683). — R.-N.-L. Mirandolle. Une page de rhistoire du commerce de Rotterdam au xvm« s. (démontre par les actes du consistoire de Téglise wallonne que Ton ne peut faire un reproche aux villes commerçantes d'avoir désiré la paix ; la continuation de la guerre aurait eu pour effet de les ruiner complètement). — H.-D. GuYOT. Les schuldprotocollen de Groningue (ce sont des recueils d'actes notariés; on y trouve des particularités sur des noms connus et des testaments). — A.-J. Ensghbdé. J. L., comte de Noyelle et de Fallais, général au service des Provinces-Unies (il prit une part importante à la guerre de la succession d'Espagne). — J.-G. de Groot-Janin. La famille Bouvière d'Amsterdam. — E. Bourlœr. Nécrologie de Paul du Rieu (né en 1859, mort en 1892, collaborateur distingué de la Remie), 96. — Revue bénédictine de Tabbaye de Maredsons. 1893, n* 11. — U. Beruère. Le chapitre provincial des Gisterciens belges en 1782 (réunion des délégués des 53 abbayes bénédictines de Belgique pour protester contre l'édit de Joseph II, du 28 novembre 1781, relatif à la juridiction sur les ordres religieux). = Gompte-rendu : Vicomte de Meaux. L'Église catholique et la liberté aux États-Unis (remarquable). = No 12. L. Janssens. Une apologie pyramidale de la Réforme (cri- tique très vive de l'ouvrage de Lagrange c Sur la concordance qui existe entre la loi historique de Brûck, la chronologie de la Bible et celle de la grande pyramide de Ghéops i). — Bulletin d'histoire monastique. — U. Behlière. Allard, abbé de Florennes, et les Miracula sancti Theo- derici (cet abbé a été omis par les auteurs du Gallia; B. le rétablit au XI* siècle). = Gompte-rendu : CaUier. Évolution du droit pénal germa- nique en Hainaut jusqu'au xv* siècle (excellent). =» 1894, n<> 1. U. Bbr- lière. L'ordre bénédictin en Belgique (détails intéressants sur les 206 JIBCUBILS P N* 3. G. A. La société de Bretagne de Tordre de Saint-Benoît (détails intéressants et inédits sur Texistence d'une section de l'ordre bénédictin, qui ne vécut que de 1604 à 1628). — Notes pour servir à l'histoire des monastères bénédictins de la pro- vince de Reims (visites canoniques de l'abbaye de Saint- Amand ; cha- pitre provincial de Reims en 1348). 97. — Analecta Bollandiana. 1893, 4* livr. — B. Krusch. Gr&- gorii Turonensis Passio vu Dormientium apud Ephesum. -^ Miracula SS. Pauli, Glari et Gyriaci, auctore Alexandre Gemmeticensi. — Gâta- logus codicum hagiographicorum bibliothecae A. Wins. — Saint Nor- bert et Tanchelin (prend vivement à partie l'étude publiée par le général Wauvermans dans les c Ann. de l'Acad. d'archéol. de Belgique, § en 1892, et y relève plusieurs inexactitudes flagrantes). = Gomptes- rendus : Wilpert. Die Gottgeweihten Jungfrauen in den ersten Jahrhun- derten der Kirche (la partie patristique laisse beaucoup à désirer; la partie archéologique a une valeur sérieuse). — A, Schwarze. Unter- suchungen liber die seussere Entwicklung der afrikanischen Kirche (riche répertoire). — J, Schmid. Petrus in Rom oder novae vindiciae petrinae (traité complet). — M, Krenkel, Beitrâge zur Aufhellung der Geschichte und der Briefe des Apostels Paulus (saint Paul s'appela d'abord Saul, naquit non pas à Tarse, mais à Gischala, et ne fut jamais marié ; le a stimulus carnis t infligé à saint Paul doit s'entendre dans le sens d'une maladie nerveuse chronique). — J. Laroche. Vie de saint Nicolas, évêque de Myre (il y manque une étude vraiment critique sur les actes du saint). — Sackur, Die Gluniacenser in ihrer kirch- lichen und allgemeingeschichtlichen Wirksamkeit (précieuses contri- butions). — E, de Saint'Maur, Vie de Bouchard le Vénérable (substan- tiel et bien documenté). = 1894, l'« livr. G. Pfistbr. La vie de sainte Odile (texte établi surtout d'après le manuscrit de saint Gall, du x* s.). — La plus ancienne vie de saint Austremoine (discute l'opinion de Krusch sur la valeur des a Gesta Austremonii »). — E. Martini. Sup- plementum ad acta S. Lucae junioris. — Gh. U. Ghevalier. Reperto- rium hymnologicum (suite). = Gomptes-rendus : Mordtmann, Esquisse typographique de Gonstantinople (recommandable). — 7. Berihier, La porte de Sainte-Sabine à Rome (rien de neuf). — Mader, Der heilige Gyrillus, Bischof von Jérusalem (donne une idée exacte de la vie et de la doctrine de saint Gyrille). — Pigeon, Vies des saints des diocèses de V RECUEILS PERIODIQUES. 207 Goutances et Âvranches, avec leurs actes en latin et en langue romane (excellent). — B. Krusch. Reise nach Frankreich im Frûhjahr und Som- mer 1892 (beaucoup d'excellents renseignements sur les manuscrits mérovingiens de Paris, Rouen, Reims, etc.). — Bich. Life of S. Edmund of CSanterbury from original sources (remarquable). 98. — Annales du Cercle archéologlqne de la ▼ille et de Fan- cien pays de Termonde. T. IV, i>^« livr. — Chronique de Termonde (contient les faits les plus intéressants de Thistoire locale, de 1572 à 1772). — Gartulaire du béguinage de Termonde. = 3* livr. Chroniques termondoises, de 1781 à 1798 (assez de détails inédits sur Toccupation française). =» T. V, l^* livr. P. de Croos. Des biens et de la propriété à Termonde d'après le droit coutumier et féodal (dissertation intéressante faite en partie d'après les archives). — P.-G. de Maesschalgk. L'église collégiale de Termonde (étude archéologique sur cette église, dont la construction fut commencée au xiii* siècle). — A. Pinchart. Inventaire des pièces d'artillerie existant à Termonde en 1686. 99. — Annales du Cercle hutois des sciences et des lettres. T. IX, no 3. — J. Fréson. Les manuscrits du couvent de Sainte-Alde- gonde de Huy (curieux règlements d'ordre intérieur au xvii* siècle). — R. Dubois. La Révolution de 1830 à Huy (détails intéressants pour l'his- toire Jocale). — J. Fréson. Les monastères de Huy et de la banlieue lors de leur suppression (inventaire des biens meubles et immeubles de dix- neuf couvents). = No4. E. Warzée. Étude historique et bibliographique sur les journaux et écrits périodiques hutois (comprend soixante-qua- torze notices sur autant de journaux parus, de 1830 à 1894). — P. Saulgy. La vie de sainct Mort, hermite honnoré dans le fauxbourg de Huy (reproduction d'un manuscrit du xvii* s., intéressant pour l'histoire de Huy au vii« s.). 100.— Annales de la Société d^archéologie de Bruxelles. 1894, K"^* livr. — J. Destrée. Étude sur la sculpture brabançonne au moyen âge (l*" partie d'un travail très important, accompagné de nombreuses reproductions). — A. de la Granqb. L'album de musique du xv« siècle du musée de Tournai (curieux manuscrit à enluminures). — De Raadt. Notes sur des crimes et délits commis au xiv* et au xv* siècle dans le pays de Malines (d'après les comptes des officiers de justice; détails intéressants). 101.— Bulletin des Archives de la ville d'Anvers. 1893, l*^ livr. — P. Genard. Le registre dit c van den dachvaerden » (ce registre, commencé en 1850, contient les procès -verbaux du magistrat et les arrêts relatifs aux affaires communales traitées par les députés de la ville aux assemblées des États). 102. — Bulletin du Cercle archéologique de Malines. 1893, 1 re lîvr. — GoNiNGKX. Maliues sous la république française (détails sur 208 RBGCmiLS PiatODlQUES. Ins miiôres de Toccupation de la ville par les troupes républicaines).-- Urydamb. Contribution à Thistoire de Tavouerie de Moll, Baeien et DoRSchel. — G. -A. Serrure. Études sur Torigine du nom de Malines. — (]. VAN Gastbr. Jean de Standonck et son collège à Malines. — 0. VAN Doorslaer. Histoire du carillon de la métropole de Saint- llombaut. 103. <— BaUetin de la Société archéologlqae et paléontolo* f Ique de Gharlerol. T. XIX, i^* livr. — D.-A. van Bastelabr. Fouillos des sépultures de Fontaine- Vahnont. — Catalogue du musée archiVologique et paléontologique de Charleroi. — A. Arnould. Les uouiB do lieux de la commune de Boussu-lez-Walcourt (essai de glos- «lin^ étymologique). — D.-A. van Bastelaer. Fouilles des cimetières bi^lgo^romains de Courcelle, des cimetières francs d'Acoz, de Foiges- iM^Chimay et de Marcinelle (description détaillée des nombreux objets mis au jour). — J. Kjasm. Trois chartes de Marchiennes-aa-Pont (oœ do 14^ pnV^sant leis droits du prince-évéque de Liège; une de i495, r«laUv« au droit de morte-main; une de 1S49, donnant les privilèges \W^ MarehiennesK — C. L. Les anciens châteaux forts de Montron et MiHilchoTnHiil à BoafBoulx (étode de topographie et de folk-loreX — M^ XAM SnuMfiCiL. Les doitres de doleilmcmL CHRONIQUE BT BIBUOGRAPHU. 209 CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. France. — M. V. Fournel, qui vient de mourir, était né en 1829 à Ghappey (Meuse) et était avant tout un critique littéraire et un grand fureteur d'anecdotes. Il a publié un Dictionnaire d'anecdotes et s'est fait une place honorable parmi les historiens de la littérature par ses ouvrages sur le théâtre. Il était de plus un érudit et un curieux dans plusieurs domaines et en particulier dans celui de l'histoire de Paris. Ses livres sur le Vieux Paris, les Cris de Paris, les Rues de Paris méritent de n'être pas oubliés. Il avait enfin dirigé récemment ses investigations du côté des curiosités révolutionnaires. Si son volume sur Varennes a peu de valeur, celui sur les Hommes du ik Juillet offre un véritable intérêt, et il a laissé presque achevé un travail considérable sur les Comédiens révolutionnaires. — La Commission des antiquités nationales, constituée au sein de l'Académie des inscriptions et belles«lettres, a décerné les récompenses suivantes : l'* médaille : GuiLmERMOz, Enquêtes et procès; 2* médaille : Héron, Œuwres de Robert Blondel; 3« médaille : Merlet et Clerval, Fulbert, évéque de Chartres, l** mention : Gsell, Recherches archéolO" giques en Algérie; 2« mention : Isnard, Livre des privilèges de Manosque; 3* mention : Bertrand de Broussillon, la Maison de Craon (1050-1^80); 4« mention : Belon et Balme, Jean Bréhal, grand inquisiteur de France; 5* mention : comte de Beauchesne, le Château de la Roche-Talbot et ses seigneurs; 6* mention : M. deTréhault, Cartulaire de Marmoutier pour le Vendômois, — LAcadémie a partagé le prix Stan. Julien entre M. Cha- vannes : Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie Tang sur les religieux éminents qui allèrent chercher la loi dans le pays d'Occident, par I-tsin, et M. de Groot, de Leyde : le Code de Mahâyâna en Chine. Elle a décerné le prix Bordin à M. G. Bénédite pour un mémoire sur la ques- tion suivante proposée par l'Académie : Étudier, d'après les récentes découvertes, la géographie et l'épigraphie égyptiennes et sémitiques dans la péninsule sinaïtique jusqu'au temps de la conquête arabe. — M. A. Carrière a, dans une nouvelle brochure intitulée Nouvelles sources de Moise de Khoren (Vienne, impr. des Mechitharistes), prouvé que Moïse a utilisé la Chronique de Malalas, qui est du dernier tiers du vi« siècle et une source intermédiaire entre Procope et Suidas. Il voit dans ces faits une confirmation de l'hypothèse qui reporte Moïse au vni« siècle. — En tête du rapport annuel de la section des sciences religieuses à l'École des Hautes études, M. Â. Sabatier a fait paraître une étude Rbv. Histor. LVI. !•' pasc. 14 240 CHRONIQUE BT BIBLIOGRAPHIB. très pénétrante sur VÉvangile de Pierre et les évangiles canoniques. Il arrive à déterminer cinq périodes dans la formation de la tradition évangélique : i^ de la mort de Jésus à 60 environ : tradition orale; 2o de 60 à 80 : les Logia de saint Mathieu ; souvenirs de Pierre recueil- lis par Marc, etc.; écrits anonymes et fragmentaires ; 3<^ 80 à 98 : évan- gile de Luc; première rédaction de Mathieu, peut-être évangile des Hébreux; 4o 98 à 117 : évangile de Jean; rédaction du Mathieu actuel; 5<> 117 à 138 : évangile de Pierre, transition à la littérature décidément apocryphe. — M. le chanoine J.-H. Albanès entreprend une nouvelle édition de la Gallia christiana. Il est certain que cette œuvre est erronée et incom- plète en beaucoup de points, et il faut applaudir au courage d*un homme qui se propose de refaire avec ses propres forces un travail collectif si considérable, qui demeure un des plus précieux monuments de Tan- cienne érudition française. L'auteur viendra-t-il à bout de la tâche qu'il s'est imposée ? En tout cas, il annonce dès maintenant la première partie de la Gallia christiana novissi^na, laquelle comprendra, en 4 vol., les quatre anciennes provinces du sud-est de la France (Aix, Arles, Avignon, Embrun), région que M. le chanoine Albanès connaît à mer- veille et sur laquelle son érudition apportera certainement beaucoup de faits nouveaux. Un cinquième volume sera tout entier consacré au clergé régulier. On peut souscrire dès maintenant au tome I, qui est en partie imprimé, chez Paul Hoffmann, éditeur à Montbéliard, au prix de 36 francs. — La librairie Ernest Leroux entreprend la publication d'un Cartu- laire général des Hospitaliers de Saint" Jean-de^ Jérusalem (1100-1310), par M. J. Delaville Le Roulx. Il formera quatre forts volumes in-folio, format des Historiens des Croisades, et sera publié au prix de 400 francs (300 fr. pour les cinquante premiers souscripteurs). Le premier volume vient de paraître; il s'étend de 1100 à 1200. L'ouvrage étant absolu- ment terminé, les autres suivront à bref délai. La souscription à 300 fr. sera close le 31 octobre 1894. — Le savant, habile et zélé conservateur du département de la sculp- ture moderne au musée du Louvre, M. Gourajod, a donné, dans la Petite Bibliothèque d'art et d'archéologie (Leroux), une Histoire du dépar- tement de la sculpture moderne au Musée du Louvre, divisée en trois par- ties : le musée d'Angoulême, le musée de Versailles, le musée de la sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes. On sera étonné de voir à travers quelles vicissitudes et quelles oppositions furieuses l'art français est parvenu à avoir sa place dans notre musée national. Un hommage bien mérité est rendu aux efforts faits par M. de Laborde pour créer un département, qui n'a été vraiment consti- tué qu'en 1893. — Le tome II du bel ouvrage de M. R. de Lespinasse sur les Métiers et corporations de Paris, qui fait partie de V Histoire générale de Paris, CHBONIQUE BT BIBLIOGRAPHIE. 244 publiée sous les auspices du Conseil municipal de Paris, est consacré aux documents relatifs à l'orfèvrerie, à la sculpture, à la mercerie, aux ouvriers en métaux, au bâtiment et à Tameublement du xiv« au xvm^ s. — M. H. Hauser a publié l'instruction-conférence qu'il a faite à la Faculté des lettres de Glermont-Ferrand, le 2 mars 1890, sur la Poésie populaire en France au IVI* s, (Glermont, typ. Mont-Louis). — Le Comité des travaux historiques a distribué les volumes sui- vants : la Chronique de Sirambaldi, publiée par M. R. de Mas-Latrie ; le tome V du Recueil des chartes de Cluny, publié par M. A. Bruel, comprenant les années 1091 à 1210 ; les Archives de l'Hôtel-Dieu de Paris (iOS7'i300), publiées par M. L. Brièle, avec notice, appendice et table, par M. E. Goyegque (la notice est consacrée à une description et à une analyse des cartulaires de THôtel-Dieu, et un appendice de 65 pages contient Tanalyse ou le texte de 184 chartes omises dans le corps de Touvrage et se rapportant aux années 829-1298) ; le tome V des Lettres de Peiresc, publiées par M. Tamizet de Larroque, est consacré aux lettres de Peiresc à Guillemin, à Holstenius et à Ménestrier, et aux lettres de Ménestrier à Peiresc. On trouvera dans l'avertissement une notice de feu Castan sur Claude Ménestrier. — M. Ernest Dupuy, qui est aussi versé dans les choses de l'art que dans celles de la littérature, a consacré à Bernard Palissy (Lecène et Oudin) un petit volume plein de choses. Il a précisé avec une critique très sévère la biographie de Palissy et son rôle dans la réforme en Saintonge ; il a pénétré plus profondément qu'on n'avait fait jusqu'ici dans son œuvre d'artiste et de savant ; il l'a jugé comme écrivain en lettré et en linguiste; il a enfin écrit sur les lecteurs et les amis de Palissy deux chapitres qui nous apprennent beaucoup sur l'état des lettres et des sciences au xvi« s. Il nous fait pénétrer dans l'intimité intellectuelle de Palissy, et en même temps il a fourni une contribution importante à l'histoire de la Renaissance française. Le livre de M. Du- puy est un livre de science et de conscience, où il a donné la pleine mesure de son talent * . — M. L. DE LA Brière a gagné une fort spirituelle gageure. Son petit 1. Pour n'être point accnsé de complaisance, faisons une petite querelle à M. Dopoy, qui nous servira en même temps à rappeler les services d'un érudit aussi désintéressé qu'infatigable. M. Dapny attriboe la France protestante à MM. Haag et Reid» La première édition de la France protestante a été l'œavre des frères Haag. La seconde a en pour éditenr, directeur et principal anteur M. Henri Bordier, qui en a publié six volumes. Depuis le moment où cette seconde édition a été entreprise, M. Bordier lui a consacré tout son temps, et il a fait ponr elle de grands sacrifices pécuniaires. Sans donte il a été aidé par de nombreux collaborateurs bénévoles, parmi lesquels M. Read (et non Reid) mérite particulièrement d'être cité; mais il avait toute la charge et tonte la responsabilité de la publication. Ce fut un énorme et admirable labeur, où il osa ses forces et sa vie. Après sa mort, un comité a été constitué et M. A. Ber- nos chargé des fonctions de principal rédacteur. â42 CHRONIQUE ET BIBLIOCaAPfllE. volume intitulé : Montaigne chrétien (Ghailley) est une sorte d'exposé et d'apologie de FËglise, de la doctrine et de la morale catholiques com- posé exclusivement d'extraits des Essais et du Voyage en Italie. Peut- être pourrait-on tirer des Essais une réfutation de Montaigne chrétien. Néanmoins il est certain que la postérité a fait Montaigne conmie Érasme plus sceptiques qu'ils n'étaient et que ces esprits, essentielle- ment conservateurs et modérés, acceptaient l'ensemble des croyances de leur temps. — La petite plaquette de M. R. Rostère : une Historiette de Tallemant des Réaux annotée par un folkloriste (Laisney) est un excellent morceau de critique historique. M. R. a pris une des historiettes les plus célèbres, celle de Henri lY, et a montré non seulement qu'elle contient un grand nombre de faits inexacts, mais encore qu'une foule de traits plaisants attribués à Henri IV sont des bons mots déjà connus avant lui et attri- bués à d'autres personnages, voire même à des personnages de l'anti- quité. On y verra entre autres que rien n'est moins certain que l'affir- mation, partout répétée d'après Tallemant, que Henri IV sentait le bouc. Il serait à souhaiter qu'on soumit à une critique aussi attentive et aussi sagace tout le recueil des Historiettes, car il est évident que le malicieux anecdotier n'était guère scrupuleux dans le choix de ses sources. — Sous le titre Bossuet en Normandie (Gaen, Delesques), M. A. Gasté nous a fait connaître un piquant détail de la vie de Bossuet : son admi- nistration du prieuré commandataire du Plessis-Grimoult, qui lui fut donné par Louis XIV en 1671, après qu'il avait abandonné révèché de Gondom pour devenir précepteur du dauphin. Il conserva le prieuré trente-deux ans, n'y vint qu'une fois, en 1682, mais veilla à la bonne administration des cures qui en dépendaient et surtout s'occupa de faire rentrer très exactement les 10 à 12,000 livres qu'il produisait. — M. N.-A. PuAux, l'auteur d'une Histoire de la Réformation fran- çaise en huit volumes, vient de publier une Histoire populaire du pro' testantism^ français (bureaux de la Revue chrétienne) écrite à un point de vue passionnément huguenot et avec un réel talent. C'est bien une histoire populaire, colorée, entraîaante, qui met en lumière avec sim- plicité et force les grands faits et les grandes idées. — M. P. ViOLLET a fait paraître le tome IV et dernier de sa traduc- tion de l'ouvrage d'A. Sghmidt : Paris pendant la Révolution (Cham- pion). Ce volume est consacré aux affaires religieuses et à l'instruction publique. Comme dans les volumes précédents, M. Viollet a ajouté au texte de l'auteur allemand des notes nombreuses et excellentes qui en font un ouvrage sérieusement revu et corrigé. Il Ta fait suivre d'ap- pendices intéressants sur l'état de l'instruction primaire en France avant 89, sur l'enseignement du droit pendant la Révolution et de la traduction du jugement du comte G. de Schlabandorf sur l'œuvre de la Révolution et de Napoléon en fait d'instruction publique. Une table CHROITIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. 243 alphabétique étendue rend facile et commode Tusage de l'ouvrage entier. L'appendice relatif à l'instruction primaire apporte des restrictions importantes à l'opinion soutenue par M. AUain sur l'état florissant de rinstruction primaire au xYin« s. — Les Pages réptiblicaines (Âlcan) de M. J. Reinagh, recueil d'articles publiés de i886 à 1892 dans la République française, sont des pages d'histoire. C'est surtout l'histoire du boulangisme, humiliante aventure qui ne doit point être oubliée, car elle est pleine de douloureux rensei- gnements sur l'état politique et moral de la France. M. Reinach a joué pendant ces six années le rôle le plus courageux et le plus efficace, et il ne faut pas oublier non plus qu'il a contribué plus que tout autre à sauver l'honneur du pays. Ces pages, étincelantes de verve et d'esprit, ont gardé, après huit ans, leur éloquence et leur attrait Elles doivent être conservées comme un document véridique et impartial sous ses allures passionnées. — Le comte Louis de Ségur a eu l'heureuse idée de publier, sous le titre : De 1800 à 1812, un aide de camp de Napoléon (Didot), les pages les plus remarquables des admirables Mémoires du général comte de Ségur, parus en huit volumes en 1873. Ces extraits, oiï l'élévation des sentiments est égale au talent narratif et auxquels rien ne peut être égalé dans notre littérature militaire, feront lire l'œuvre complète, qui n'a point eu la renommée qu'elle méritait. — On lira avec intérêt la conférence de M. Fr. Fungk-Brentano inti- tulée : Grandeurs et décadences des classes moyennes, faite le 15 mars aux Matinées littéraires de Bruxelles. M. Funck compare la formation de la bourgeoisie au xn« et au xm* s. à sa destruction au xix«, écrasée qu'elle est entre l'aristocratie d'argent et le prolétariat. U pense que l'on n'évitera une catastrophe effroyable qu'en revenant à la réglementation du travail et, ce qui est encore plus difficile, à l'esprit évangélique. — M. DoRisON, dans son volume Alfred de Vigny et la poésie politique (Perrin), a cherché à élucider la partie politique et sociale de la pensée philosophique de Vigny. Il a bien vu que la philosophie de Vigny est avant tout un symbole social et sa religion une religion humanitaire ; mais il a enveloppé des nuages d'un style vague et obscur la pensée de Vigny, elle-même bien souvent obscure et vague. — On trouvera quelques faits bons à prendre pour l'histoire et la géographie locales dans la nouvelle brochure de M. l'abbé Gazauran : Saint'Arailles et Notre-Dame de Brétous (Auch, Soulé, 1894, 55 p.). Ces localités ont appartenu pendant plusieurs siècles à la famille de Mon- tesquieu. On souhaiterait plus d'ordre dans un si court travail, et l'on aimerait à ne pas y rencontrer un acte de 1236 placé sous le règne d'Edouard lU. — La Collection de Voyages illustrés de la maison Hachette s'est enri- chie de deux volumes intéressants : A travers la Russie boréale, par Gh. Rabot, et Voyages aux trois Guyanes et aux Antilles, par G. Versghuur. 244 GHBONIQUB XT BIBLIOGRAPHIK. — Le 77* fasc. du Nouveau Dictionnaire de géographie universelle (Hachette) contient trois articles très importants : Vienne, Virginie, Volga, — Le Dictionnaire général de la langue française de MM. Hatzfbld, Darmestetbr et Thomas (Delagrave) est arrivé à la i3« livraison et à la lettre F. On peut voir au mot État avec quelle délicate et juste concep- tion du développement et de la filiation des sens a été faite l'histoire des mots et ont été choisis les exemples. — Le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France s'est enrichi des volumes suivants : t. XVI, Àix, rédigé par M. U. Robert, qui a reconstitué autant que possible l'histoire des manuscrits du marquis de Méjanes et qui a dressé une table remarqua- blement complète et bien conçue. Le t. XXI contient les catalogues de vingtr-cinq bibliothèques, dont les plus importantes sont celles de Chau- mont, Langres, Chambéry, Saint-Étienne, Châteaudun, Cognac, Vienne. Le t. XXni, Bordeaux, rédigé par M. Goudbrg, est fort intéressant et est précédé d'anciens catalogues des collections dont les manuscrits ont été versés à la bibliothèque de Bordeaux. — M. G. Jacqueton, conservateur adjoint à la bibliothèque-musée d'Alger, vient de publier l'Inventaire des archives espagnoles du gou- vernement général de l'Algérie et l'histoire de ce fonds. Ce fonds se compose de deux cartons et de trois registres. L'un des cartons contient les pièces relatives à la constitution du fonds ; l'autre est rempli, ainsi que les trois registres, par des documents originaux ou des copies de provenance étrangère. Les copies ont pour la plupart été effectuées de 1841 à 1848 par Melchior Tiran, ancien officier de la garde royale, licencié en 1830, et chargé de missions en Espagne par les ministères de la guerre, des affaires étrangères et de Tinstruction publique. Tiran acquit en outre une collection formée au xvii* s. par don F. Beltran, évéque de Salamanque et grand inquisiteur. Dans leur ensemble, ces pièces se rapportent à l'histoire de la domination espagnole en Algérie aux xvi«-xviii« siècles {les Archives espagnoles du gouvernement général de V Algérie; histoire du fonds et inventaire, Alger, Jourdan; Paris, A. Picard, in-8», 134 p.). — La première livraison de la Revue politique et parlementaire, fondée et dirigée par M. Marcel Fournier, a paru le 1^ juillet. Bien qu'elle soit exclusivement consacrée aux questions de la politique courante et que, par conséquent, il doive s'y trouver peu d'articles rentrant dans le cadre de la Revue, nous signalerons dans ce premier numéro les articles de M. Raffalovitgh, sur la réforme fiscale en Prusse, et de M. Douarche, sur les évolutions de la propriété foncière et le socialisme en Grèce, d'après l'ouvrage de M. Paul Guiraud (qui ne s'occupe que de la Grèce antique). Quant à la publication elle-même, si elle demeure fidèle à son programme et au modèle qu'elle s'est proposé à elle-même dans cette première livraison, elle deviendra très vite indispensable à tous ceux qui s'occupent activement de la vie politique. CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. 245 — Le département de la Gironde et la ville de Bordeaux viennent d'acquérir une partie de la célèbre collection de Gheltenham, formée par sir Thomas Phillipps. Dans le catalogue de cette collection, publié par M. Omoht (Bibliothèque de l'École des chartes, 1889), le lot bordelais était de beaucoup le plus important parmi les lots afférents aux différentes provinces de la France. L'achat que nous signalons comprend vingt- huit registres et 2,068 chartes ; il fait rentrer tous les documents giron- dins de Gheltenham, à l'exception de deux rouleaux qui portent dans le catalogue établi par sir Thomas Phillipps les n<» 4069 et 4412. Quelques-uns des registres offrent un haut intérêt, par exemple les n~ 71, Cartulaire de Saint-Seurin (xu«-xrv« s.); — 69, Cartulaire de la Sauve (XIII* s.); — 82, Gensier, obituaire et cartulaire de Saint- André (xiii« s.), — et un bel ensemble de terriers des xv« et xvi« siècles. Le n* 4371 est formé des huit premiers feuillets de Tobituaire de Sainte- Groix qui se trouvait déjà à Bordeaux et qui a été publié l'année der- nière dans le tome XX VIT des Archives historiques de la Gironde, p. 293 et suiv. Le plus grand nombre de ces manuscrits bordelais avaient été la pro- priété d'A. Monteil. Ils proviennent surtout de Saint-Seurin de Bor- deaux, de la Sauve, des Jacobins, de l'hôpital Saint-James, de la cathé- drale Saint- André, de l'archevêché, de Sainte-Croix, de la seigneurie de Gastelnau-en-Médoc, des Augustins. En faisant connaître le nouveau et signalé service que le Gonseil général de la Gironde et la Municipalité de Bordeaux viennent de rendre aux études historiques, il serait injuste d'oublier le nom de M. Dezei- meris, conseiller général et correspondant de l'Académie des inscriptions, promoteur de ce projet, au service duquel il a mis son influence et son autorité. — Port'Mahon, La France à Minorque sous Louis IV (1756-1763), d'après les documents inédits des archives de France et des Baléares, par E. GuiLLON, docteur es lettres, chargé de missions historiques. Étude très attachante sur la prise de Minorque en 1756 par le duc de Riche- lieu et l'occupation française de l'île de 1756 à 1763. Les recherches qu'a entreprises M. Guillon dans nos archives et dans celles des Ba- léares ont été parfaitement conduites, et sa f documentation » ne laisse rien à désirer. Puis l'auteur a fort habilement composé son récit, il lui a donné de la vie et de l'intérêt. A fort bon escient, M. Guillon ne s'est pas borné à raconter l'épisode de la conquête et de l'occupation ; il a expliqué le pays, les habitants, les mœurs et les institutions de la petite île qui fut nôtre pendant sept années. En butinant de droite et de gauche dans la littérature historique et locale, en étudiant le terrain même, il s'est fait une idée très nette et exacte des conditions politiques et sociales de la région qui touche de si près à notre colonie africaine et qui lui tient, on peut le dire, par les liens du sang, puisque les élé- ments les meilleurs, les plus sains et les plus stables de cette France d'Afrique sont précisément d'origine minorquine. 246 CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. LiYBxs NOUYBAux. — DocuMBNTS. — G. Charrier. Les jurades de la viUe de Bergerac. Tome III, 1533-1577. Bergerac, impr. générale dQ Sad-Oaest. — HauicoBur, Gartnlaire de l'église collégiale de Saint-Pierre-de-Liile. 2 yoI. Lille, Qnarré; Paris, Picard. — Baron d'Esneval. Notes et documents pour ser- Tir à riiistoire des communes de la Seine-Inférieure : Malleyille-les-Grès. ÉTreux, impr. Odieuvre. (Revue cathol. de Normandie.) Histoire locale. — L. Bertrand, Histoire des séminaires de Bordeaux et de Bazas. 3 vol. Bordeaux, Féret. — M. Boudet, Assauts, sièges et blocus de Saint-Flour par les Anglais, 1356-1391. (Revue d'Auvergne.) Glermont-Ferrand, impr. Mont-Louis. — H, Faure. Recherches iiistoriques sur Tabbaye de Font- froide. Narbonne, impr. Gaillard. — Abàé Lavanchy, Le diocèse de Genève (partie de la Savoie) pendant la Révolution française. T. I. Annecy, Bumod. — È. de Fotichier. La châtellenîe de Ghouppes en Mirebalais. (Mém. de la Soc des Antiq. de TOuest.) Poitiers, impr. Roy. — De Launay. Deux mille ans d'histoire : la vallée d'Aulnay, Ghâtenay, Sceaux, Fontenay-aux-Roses, le Plessis-Piquet, etc. Marpon et Flammarion. — Debièvre, Lille au zYin* siècle, d'après Tabbé d'Expilly et R. de Hesseln. Lille, Leleu. — E. Michaux. Histoire d'Origny en Thiérache. Origny, Lecerf. ~ A, Roche, Armoriai généalogique et biographique des évéques de Viviers. T. I. Lyon, Brun. — P. Tiemy, La séné- chaussée d'Armagnac; la justice au zvi* siècle dans la sénéchaussée. — Durengues, L'église d'Agen sous l'ancien régime. Pouillé historique du diocèse d'Agen pour Tannée 1789. Agen, Ferran. Alsace. — Sous le titre Miscellanea Alsatica (Golmar, Huffel ; Paris, Picard), M. l'abbé Ingold a publié dix petites études historiques d'un ton charmant et d*un contenu instructif. Signalons entre autres la bio- graphie de D. Martin Granter, prieur de Saint-Morand d'Altkirch de 1451 à 1482, les aventures du curé Schmidt, espion des armées du roi en 1744, la confrérie du rosaire à Golmar et en Alsace, deux lettres iné- dites de Schœpflin et de Mabillon, les prévôts du chapitre de Saint- Martin de Golmar. M. Ingold nous promet une Alsatia sacra. Il est capable et digne d'exécuter cette belle œuvre. — M. R. Reuss a consacré une touchante brochure à Jean-Daniel Brunner, pasteur de l'Église française de la confession d'Augsbourg à Strasbourg, et professeur de français et de mathématiques au Gymnase de 1800 à 1821 (/.-/?. Brunner. Ein Lebensbild aus der protestantischen Kirche u. Schule Strassburg's, 1756-1844. Strassburg, Heitz). — Nous devons aussi à M. Reuss une remarquable notice biographique et biblio- graphique sur notre ami et collaborateur Xavier Mossmann, 1821-1893 (Mulhouse, veuve Bader). On y trouvera non seulement un portrait vivant de ce robuste et noble travailleur et un exposé complet de son activité, mais aussi un beau témoignage des sentiments de patriotisme français et alsacien et de haute impartialité scientifique qui ont inspiré Mossmann, comme son biographe, dans leur œuvre historique. Ge n'est pas seulement la France qui a perdu une des plus généreuses parties de sa sève en perdant l'Alsace, c'est aussi l'Allemagne qui, en faisant une barrière de ce qui était un trait d'union, s'est privée elle-même d'un des moyens les plus efficaces d'expansion et de communication qui CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. 247 fussent donnés à son génie. Ce n*est qu'en restant Française que TAi- sace pouvait garder son originalité et continuer à jouer son rôle histo- rique d'interprète sympathique entre deux grandes nations. Allemagne. — Nous avons annoncé à tort dans notre dernière livrai- son (LV, 449) la mort de M. Wilhelm Martbns. M. Meyer von Kno- nau et M. Quidde ont hien voulu nous avertir que nous avions fait une confusion avec M. Richard Martens, qui vient de mourir en effet, mais qui n'a rien de commun, ni avec M. Wilhelm Martens, biographe du pape Grégoire VII, qui habite près de Dantzig, ni avec un homonyme, professeur à Constance. — La Commission d'histoire instituée dans le sein de l'Académie des sciences de Bavière a tenu sa séance plénière annuelle les 17, 18 et 19 mai derniers. Dans le précédent exercice, elle a publié le vol. XXXVII de YAllgemeine deutsche Biographie; le vol. V des Actes de la diète impériale, nouv. série : die Reichstagsakten unter Kaiser Karl V; le tome Vil des Recesse und andere Akten der Hansetage 1256^ ik30 ; le tome II des Jahrbûcher des deutschen Reichs unter Heinrich IV u. Heinrich V, Le tome XXHI des Chroniken der deutschen Stxdte est prêt à paraître; il forme le tome IV des chroniques d'Augsbourg, publiées par Fr. Roth. Les autres séries sont poussées activement; quelques-unes, comme celle de la Hanse, sont à la veille d'être termi- nées ; d'autres, comme celles des actes de la diète, qui demandent une très longue préparation, ont été réparties en plusieurs sections, aux- quelles sont attachés de nombreux et actifs collaborateurs. — Le second congrès des historiens allemands s'est réuni à Leipzig du 29 mars au 1«' avril. On y a discuté sur la place de l'histoire ancienne dans l'enseignement, sur la situation et l'importance des études d'his- toire locale et sur les domaines ouverts à l'activité des sociétés provin- ciales, sur les principes à suivre pour la publication de documents relatifs à l'histoire moderne. En outre, deux mémoires ont été lus : l'un par M. ScHMOLLER sur la bureaucratie allemande du xvi« au xviii* s. (imprimé dans le Jarhrbuch de Schmoller, XVUI, 3); l'autre par M. Seidlitz, de Dresde, sur l'art post-gothique dans le royaume de Saxe (imprimé dans le supplément littéraire de la Leipziger Zeitung, du 31 mars 1894). Le prochain congrès aura lieu à Marbourg. — M. H. HuEFFER a publié, en collaboration avec M. ARNHEni, une étude sur les relations et la brouille du roi de Suède Gustave III avec sa mère Louisc-Ulrike, sœur de Frédéric le Grand, en se servant prin- cipalement des dépêches du ministre prussien Mencken à Stockholm {Das Zerwurfnis Gustafs III von Schweden mit seiner Mutter Luise-Ulrike, Leipzig, Duncker et Humblot). Cette brouille, qui avait son origine dans la dépendance même où se trouvait Gustave III vis-à-vis du parti français et dans son mariage avec Sophie-Madeleine, fille du roi Frédéric V de Danemark, se compliqua de l'aversion de Louise -Ulrike pour son second fils, Charles, duc de Sudermanie, et de la créance qu'elle accorda 208 tlGUËILS FJRIODIQUES. les misères de roccupation de la ville par les troupes répablicaines). — Reydams. Contribution à Thistoire de Tavouerie de Moli, Baelen et Desschel. — G.-A. Serrurb. Études sur l'origine du nom de Malines. — G. VAM Gastbb. Jean de Standonck et son collège à Malines. — G. VAN DooRSLAER. Hlstoire du carillon de la métropole de Saint- Rombaut. 103. — Bulletin de la Société archéologique et paléontolo- gigue de CSharleroi. T. XIX, i*« livr. — D.-Â. van Bastblasr. Fouilles des sépultures de Fontaine- Yalmont. — Catalogue du musée archéologique et paléontologique de Gharleroi. — A. Arnould. Les noms de lieux de la commune de Boussu-lez-Walcourt (essai de glos- saire étymologique). — D.-A. van Bastelaer. Fouilles des cimetières belgo-romains de Courcelle, des cimetières francs d'Acoz, de Forges- lez-Chimay et de Marcinelle (description détaillée des nombreux objets mis au jour). — J. Kaisin. Trois chartes de Marchiennes-au-Pont (une de 1493, précisant les droits du prince-évéque de Liège; une de 1495, relative au droit de morte-main; une de 1549, donnant les privilèges de Marchiennes). — CL. Les anciens châteaux forts de Montrou et Montchevreuil à Bouffîoulx (étude de topographie et de folk-lore). — M. VAN Spilbbgk. Les cloîtres de Soleilmont. CHRONIQUE BT BIBUOGRIPHIE. 209 CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. France. — M. Y. Fournel, qui vient de mourir, était né en 1829 à Ghappey (Meuse) et était avant tout un critique littéraire et un grand fureteur d'anecdotes. Il a publié un Dictionnaire d'anecdotes et s*est fait une place honorable parmi les historiens de la littérature par ses ouvrages sur le théâtre. Il était de plus un érudit et un curieux dans plusieurs domaines et en particulier dans celui de l'histoire de Paris. Ses livres sur le Vieux Paris, les Cris de Paris, les Rt^ de Paris méritent de n'être pas oubliés. Il avait enfin dirigé récemment ses investigations du côté des curiosités révolutionnaires. Si son volume sur Yarennes a peu de valeur, celui sur les Hommes du ik Juillet offre un véritable intérêt, et il a laissé presque achevé un travail considérable sur les Comédiens révolutionnaires. — La Commission des antiquités nationales, constituée au sein de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, a décerné les récompenses suivantes : i'* médaille : Guilhiermoz, Enquêtes et procès; 2* médaille : Héron, (Ewores de Robert Blondel; 3« médaille : Mbrlet et Clerval, Fulbert, évéque de Chartres, i^ mention : Gsbll, Recherches archéolO" giques en Algérie; 2« mention : Isnard, Livre des privilèges de Manosque; 3« mention : Bertrand de Broussillon, la Maison de Craon (i050'ik80); 4« mention : Belon et Balme, Jean Bréhal, grand inquisiteur de France; 5« mention : comte de Beaughesne, le Château de la Roche-Talbot et ses seigneurs; 6« mention : M. deTrémault, Cartulaire de Marmoutier pour le Vendômois. — L'Académie a partagé le prix Stan. Julien entre M. Cha- VANNE8 : Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie Tang sur les religieux éminents qui allèrent chercher la loi dans le pays d'Occident, par I-tsin, et M. de Groot, de Leyde : le Code de Mahâyâna en Chine. Elle a décerné le prix Bordin à M. G. BÉNÉDrrs pour un mémoire sur la ques- tion suivante proposée par l'Académie : Étudier, d'après les récentes découvertes, la géographie et l'épigraphie égyptiennes et sémitiques dans la péninsule sinaîtique jusqu'au temps de la conquête arabe. — M. A. Carrière a, dans une nouvelle brochure intitulée Nouvelles sources de Mdise de Khoren (Yienne, impr. des Mechitharistes), prouvé que Moïse a utilisé la Chronique de Malalas, qui est du dernier tiers du vi« siècle et une source intermédiaire entre Procope et Suidas. Il voit dans ces faits une confirmation de l'hypothèse qui reporte Moïse au vui« siècle. — En tête du rapport annuel de la section des sciences religieuses à l'École des Hautes études, M. A. Sabatier a fait paraître une étude Rsv. HiSTOR. LYI. !•' pasg. 14 222 CHBONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE, ments depuis 1426 ; la partie la plus ancienne est disparue. Les statuts (xni«-xrv« s.) et le célèbre t Liber potheris » (ancien cartulaire de 1009 à 1286) sont à la bibliothèque Queriniana de Brescia; les correspon- dances, livres et écritures des corps de métier (xv^-xvm* s.), aux archives municipales; les pièces relatives à la courte domination de Pandolfo Malatesta (1404-1421) aux archives municipales de Fano; les livres et parchemins des corporations religieuses supprimées en 1842 aux archives de l'État de Milan. — M. L. DE Mas-Latrie a repris, dans un important article paru au tome XXXIY, 2« partie, des Mémoires de l'Académie des inscrip- tions et belles^lettres, la question de l'Empoisonnement politiqtie dans la république de Venise, qu'il avait déjà abordée en 1871 dans la BibliO' thèque de l'École des chartes et qui depuis avait été traitée avec dévelop- pement dans les Errori vecchi e documenti nuovi de M. Fulin et dans les Secrets d'État de la république de Venise de M. Lamansky (cf. Revue hist., t. XX, p. 105 et suiv.}- M. de Mas-Latrie a mis avec impartialité en lumière ce qu'il y eut d'odieux dans les pratiques du Cionseil des Dix et aussi les circonstances atténuantes que Venise pouvait invoquer pour sa défense. Il ajoute aux documents déjà connus un texte nou- veau, l'article Poison d'un répertoire alphabétique des délibérations les plus secrètes du Conseil des Dix, qui nous montre Tempoisonnement politique pratiqué par Venise jusque dans la seconde moitié du xvin« s. — Le t. V de l'importante Bibliografia storica degli stati délia monar- chia di Savoia, par M. Â. Manno (Turin, Bocca), nous conduit de Gora à Genossi. On y remarquera comme principaux articles : Grescentino, Guneo, S. Damiano d'Asti, Démonte, Dezana, Dogliani, Domodossola, Dronero, Marquisat de Finale, Fossano, Gol de Fréjus. Suisse. — Mallet du Pan est plus célèbre que connu ; aussi lira-t-on avec fruit l'étude de M. G. Vallette, intitulée : Mallet du Pan et la Révolution française (Genève, Georg), où il raconte la vie et analyse l'œuvre de cet observateur morose et pénétrant que Taine a trop exalté, mais dont les partisans de la Révolution essayent en vain d'écarter le témoignage. M. Vallette devrait solliciter la communication des papiers de Mallet du Pan, conservés en Angleterre, pour lui consacrer une étude plus complète, qu'il mérite. — Deux élèves de M. G. de Wyss ont publié ensemble les articles nécrologiques qu'ils ont consacrés à leur maître et les ont fait suivre d'une bibliographie très complète de ses écrits {Georg von Wyss, Zwei Necrologe von P. Sghwbizer und H. Esgher. Zurich, Fœsi). — M. Max DiACON va publier par souscription une nouvelle édition, illustrée, de l'intéressant ouvrage de feu Huguenin sur les Châteaux Neuchâtelois anciens et modernes (Neuchâtel, H. Messeiller, 1894). Le plan de l'ouvrage contient les quatre livraisons suivantes : 1^ les châ- teaux d'Hocquincourt, de Baccontour, de Batoncour, de Salette, le châtelard du Vautravers, le château de Travers, le château des Ver- rières, la tour Bayard, les châteaux de Roussilion, de la Glusette, de CHBONIQUE ET BIBLtOGAAPHIB. 223 Bevaix, de Rochefort, de Yalangin ; 2» lee châteaux de Boudry, du Lan- deron, de Thielle, avec un certain nombre de châteaux de plaisance qni ne 8e trouvent pas dans Tancienne édition; 3<> les châteaux de Colombier, de Yaumarcus, de Gorgier; 4^ le château de Neuchâtel ancien et nouveau, avec une carte ancienne de la principauté compre- nant les divisions politiques et judiciaires. Pays-Bas. — Nous annonçons la mort de M. Knoop, général en retraite depuis plusieurs années, qui a écrit une série d'études impor- tantes sur Fhistoire militaire des Pays-Bas, à laquelle il avait voué sa vie laborieuse. — M. R. Fruin, professeur d'histoire néerlandaise à TUniversité de Leyde, a pris sa retraite : la loi néerlandaise fixe en effet le terme du professorat à l'âge de soixante-dix ans. Le i«' juin, le maître vénéré s'est retiré après avoir prononcé devant un auditoire ému un discours sur l'état des études historiques en Hollande depuis qu'il est monté dans sa chaire en 1860 (La Haye, Nyhoff). Notre collaborateur M. Blok, de Groningue, occupera sa place dès la fin des grandes vacances uni- versitaires, au mois d'octobre prochain. Une dizaine d'historiens néerlandais, le jour de la retraite de M. Fruin, lui ont présenté un recueil d'études sur l'histoire néerlan- daise, sous le titre de Geschiedhundige opstelUn (La Haye, Nyhoff). Ce recueil donne une bonne idée de la condition actuelle des études histo- riques en Hollande en général. MM. Muller (Leyde), Blok et Muller (Utrecht), Rogge, de Beaufort, Van Riemsdijk, Brill, Acquoy, Andreae, Pois, y ont contribué. — L'histoire militaire des Pays-Bas a fait l'objet d'un rapport de MM. MuLLEB (Leyde) et Blok, présenté à l'Académie royale. Ces éru- dits ont proposé de présenter, de la part de l'Académie, au ministère de la guerre une pétition tendant à créer une section pour l'histoire militaire auprès de l'état-major de l'armée. La proposition a été accep- tée sans peine, et il y a lieu de croire que dans quelques mois les Pays- Bas suivront l'exemple donné par presque toutes les nations de l'Europe. — L'histoire religieuse dans l'antiquité jusqu'à la mort d'Alexandre, par M. TiELE (GeschiedenU van den godsdienst in de oudheid, chez Brill, Leyde), dont la seconde édition augmentée a commencé de paraître en 1891, est maintenant arrivée à la fin du premier volume, qui traite des religions de l'Egypte, de la Mésopotamie, de PAsie-Mineure et de la Palestine. — Dans les Verslagen de l'Académie royale, M. Blok a publié une étude détaillée sur le Kaas en Broodvolk, nom d'une populace turbulente qui, en 1492, se souleva dans la province de Westfrise contre la domi- nation bourguignonne, soulèvement que l'on a faussement tenu long- temps pour un mouvement social identique aux jacqueries de la France et de l'Allemagne. Dans ces mômes Verslagen, M. Kluyver publie une étude sur le voyage remarquable de Nicolas Witsen, célèbre bourg- mestre d'Amsterdam, à Moscou en 1664. 224 GHlORlQirB BT BIBUDGRAPHIB. — M. Tboséb publie un livre sur la trahison de Rezmenberg {Bel verraad van George van Lalaing. Bois-le-Duc, Robyns), dans lequel il cherche à montrer que ce stadhouder des États Généraux dans le nord des Pays-Bas, qui se réconcilia en 1580 avec le roi d'Espagne, a com- mis sa trahison, qui rendit la ville de Groningue à la domination espa- gnole, par crainte d'une conspiration formée par les partisans de l'Église réformée de la ville contre les catholiques. — M. Fruin a fait paraître dans les Werken de la Société historique d'Utrecht un abrégé des Annales de Dusseldorp, catholique acharné, qui vécut vers 1600 et raconta les faits remarquables de son temps aux Pays-Bas. La savante introduction que le vénérable historien a mise en tête de cette édition fait connaître l'esprit qui régna chez les catho- liques du Nord pendant la crise religieuse et politique des Pays-Bas vers la fin du xvi* siècle. Un article dans la Revue de Gids sur cette même matière a paru au mois de février. — Le 22 juillet, il y a eu trois cents ans que la ville de Groningue fut prise par Tannée du prince Maurice de Nassau après un siège célèbre dans l'histoire militaire et politique des Pays-Bas. Quelques historiens groninguois se sont réunis pour publier à cette occasion un Gedenkboek der Reductie van Groningen in 159k (Groningue, Wolters), dans lequel huit études différentes donnent une idée complète de l'importance de la prise de Groningue pour Thistoire du pays et de la ville. En outre, ce fait historique sera célébré par une grande cavalcade historique au mois de septembre. — Dans les Verslagen de la Société pour la science militaire en Hol- lande, nous trouvons un article intéressant de M. Slothouwer sur la campagne de 1710 dans le nord de la France (sièges de Douay, Béthune, Aire, Saint- Venant). — Nous appelons l'attention sur un livre excellent concernant la Révolution française en Hollande (Hachette), dans lequel un anonyme très instruit décrit Fhistoire de la République batave d'après les meil- leures sources et dans un style attrayant. Nous parlerons plus explici- tement de ce livre dans nos comptes-rendus. Russie. — Le R. P. Martinov est mort récemment, âgé de soixante- treize ans. Né à Kasan, il abjura le schisme et entra dans la Société de Jésus en 1845. Sa profonde érudition historique et théologique le fit nommer théologien pontifical au concile en Vatican et consulteur de la Propagande pour les affaires du rite oriental. La liste de ses ouvrages est donnée tout au long dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, avec des additions que le P. Sommervogel a fournies au Polyhiblion (juin 1894). L'un des propriétaires'-gérants, G. Monod. Nogent-te-RolroUy imprimerie DAUPBurr-ClouTXRinnjR. ÉTUDE SUR LES CLASSES SERVILES EN CHAMPAGNE DO XI* AU XIV SIÈCLE. Od se propose de restreindre cette étude à la Champagne. Si, au moyen âge, chaque grand fief a sa vie indépendante, ses institu- tions originales, les conditions sociales ne sauraient être absolu- ment identiques dans toute la France. Les traits généraux se retrouvent partout, mais, d'une région à l'autre, se marquent des nuances qu'il convient d*esquisser. Une description générale et précise des classes serviles ne sera donc possible que le jour où, pour chaque contrée, existera une sérieuse monographie. — La Champagne nous a semblé présenter un intérêt particulier : les comtes de Champagne ont longtemps maintenu leur indépen- dance; ils ont créé un état qui, par l'étendue et l'organisation, ne le cède guère au domaine royal. Le comté s'est enrichi rapi- dement par l'industrie et le commerce ; de bonne heure aussi, les classes serviles s'y sont transformées et ont tenté de s'élever à une condition supérieure ^ 1. Àjoiiteron»-noiis que noas arons cm troayer dans cette région les docn« ments les plus nombreux et les plas intéressants? Ges docnments consistent snrtont dans des chartes, qui ont le mérite de l'authenticité et de la précision, mais dont la sécheresse ne peut apporter à la description ni yie ni couleur. — Les principaux cartulaires que nous avons consultés se tronrent au départe- ment des manuscrits de la Bibliothèque nationale : ce sont le Cariulaire de Ui eomteue Blanche, écrit vers 1220 (ancien fonds latin, n"" 5993); le Cartu- kdre de M. de Thou, écrit vers 1230 (ancien fonds latin, n* 5992); le Liber Pontificum (ancien fonds latin, n* 5993 A); le Cartulaire de Vévéché de Langres (ancien fonds latin, n* 5993 B); le lÀvre des comptes de Renier Acarre (fonds français, n* 8593); des copies du Liber Principum, que com- prennent les tomes 56, 57 et 58 des Cinq Cents de Golbert ; etc. Aux Archives nationales, nous avons consulté deux recueils de premier ordre : le Livre char" Uer des baiiliages de Champagne (KK 1064), et les Extenta terre et comito- Rbv. Histor. LVI. 2« fasg. 15 226 HBmu sis. I. Avant d'étudier la condition des ser& en Champagne, il est indispensable d'examiner le cadre territorial dans lequel nous ks trouvons confinés. L'horizon du serf est singulièrement borné ; sa vie tout entière s'écoule dans le domaine seigneurial. Ce domaine semble avoir pour origine la villa gallo-romaine, exploitée par une troupe d'esclaves ou de colons sur lesquels le maître exerçait un pouvoir absolu. Au centre de l'exploitation s'élevait la maison du maître, vers laquelle convergeaient, pour ainsi dire, toutes les parties de la villa. Au IX® siècle et au x®, la villa existe toujours. La maison du maître est devenue le manstis indominicatus^ . Mais les anciens esclaves sont fixés au sol, comme les colons : chaque serf a reçu un lot de terre, un manse ou une parcelle de manse^. On dis- tingue encore les manses libres et les manses serviles ; mais, en tout cas, la tenure du serf s'est déjà séparée de l'ensemble de la villay dans laquelle elle était tout d'abord confondue'. — Conmie à l'époque romaine, la villa comprend tous les êtres animés, tous tu$ Campanie et Brie (KK 1066). — D'aîUean un grand nombre de cartolairei champenois ont été publiés dans les revues locales, ou par l'abbé Lalore dans sa Collection des principaiix cartulaires du diocèse de Troyes (7 vol., 1875- 1890). Bien d'autres documents ont été édités par M. d'Arbois de Jnbainville, dans son excellente histoire des comtes de Champagne, dont les eatalogaes d'actes nous ont rendu de précieux services, par Varin, dans ses Archivés administratives de Reims (Coll. des Doc. inéd. de l'Histoire de France), par de Barthélémy, dans son Diocèse ancien de Châlons, par Teulet, dans ses Layettes du Trésor des chartes; etc. 1. Le duc Boson, en 879, donne à l'abbaye de MonUéramey, c in pago Lati* censé, mansum indominicatum, in villa quae Lentiscus vocatur, cnm omnibus ibi aspicienlibus » (D^Arbois de JubainviUe, Histoire des comtes de Cham- pagne, t. I, Pièces justificatives, n* 15). 2. Pour ne citer qu'un eiemple, le comte Herbert, en 963, donne à l'abbaye d'Homblières f duos mansos de terra et potestate Sancti Medardi, qui aiti sunt in pago Virmandensi, in villa quae dicitur Ruminiacus » {Ibid., U I, p. 453). 3. Cf. Guérard, Polyptyque de l'abbaye de Saint-Remi de Reims. Paris, 1853, in-4*. L'abbaye possède une vingtaine de manses seigneuriaux et environ cinq cents manses, qui sont donnés en tenure aux paysans. Chaque manmu indominicatus commande un certain nombre de tennres, et Ton distingue sqh gnensement les mansi ingénuités et les mansi serviles. JTDDB SUR LBS GLASSK8 8ERTILES EN GHAMPAGHB. 227 les objets meubles ou immeubles qui sont situés sur le domaine, c'estr-à-dire les hommes, les forêts, les prés, les pâturages, les cours d'eau, tout comme les terres cultivées ^ Dès la fin du x® siècle, une nouvelle forme de propriété s'est établie : le fief. Bien que longtemps encore, et même au xm** siècle, surtout dans les domaines ecclésiastiques, l'on trouve des vestiges des anciens aUeux', presque partout cependant se sont créés des flefe. Ces fie& se sont, en quelque sorte, superposés à l'ancien domaine ; sur la terre que possédait autrefois un maître unique s'est élevée toute une hiérarchie de propriétaires. Tout ce qui oonstitue le domaine est susceptible d'être donné en fief. Aussi distingue-t-on soigneusement, lorsqu'on parle d'une terre, les droits domaniaux et les droits féodaux qui pèsent sur elle^. -—Le plus souvent, au x^ et au xi* siècle, le domaine est inféodé en bloc ; les droits seigneuriaux ne sont pas encore détaillés. Mais, fc mesure que ces droits se morcellent, chacun d'eux peut devenir l'objet d'un fief ^ ; ainsi voit-on fi*équemment au xm* siècle ériger en fief la possession d'un certain nombre de serfe. 1. Cf. dans d*Arbois, I, Pièces jusUficatiTes, une charte de 877 : c Carolos imperator angustas, pro aeterno régis amore, dédit fideli suo Roberto yiilam Cadosiam, quae est in pago TomodrinsB) cum omnibas rébus ad se pertinenti- boSy sdlicet tam in mancipiis ntrinsqne sexas qnam silvis, pratis, pascais, aqnis aquaromqne discnrsibus. » 2. Sn iQ&7, on certain Anscherias donne à l'abbaye de Moléme c alodiom toom qnod apod Pratalenum habebat, cajos seryos tantnm in Tita sua reti- Doit, post mortem yero suam omnia concessiL Dédit et alind donum, alodium qnod apnd Espinolium possidebat » (Chartes inédites extraites des cartulaires de Moiéme, par Em. Socard, dans les Mémoires de la Société académique éPagrieulture de l'Aube, t. XXVIII, 1864, p. 231). — Vers la même époque, Boot Toyons cités nn assez grand nombre d'alleux (Ibid., passim); on en trouve encore an xui* siècle : un bourgeois de Troyes, en 1219, cède à l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains une terre qu'il possède à Fay, f que vulgo vocaba- tnr campas de Fyais, onde duas partes de allodio tenebat, et tertiam partem de domicellls de Juenniaco per censum et consnetudinem duorum solidorum et mine ayene per annnm » (Oh. Lalore, Documents sur Vabbaye de Noire- Dame-aux-Nonnains de Troyes, dans les Mémoires de la Société d^agricul- twe de l'Aube, t. XXXYIII, 1874, p. 32). Cf. encore le carlulaire de Saint- Pierre de Chézy (Bibl. nat., mss., Coll. dom Grenier, t. XXII, ann. 1196) : Tallen de Saint-Pierre à Cherri semble de petite dimension et occupé par des hôtes. 3. Voici ce que déclare, en 1210, un Tassai de la comtesse Blanche de Cham- pagne : c Testificor me tenere de Blancha quicquid habeo apud Yensaule in feodo et domenio; quicquid etiam habeo apud Bondriville in feodo et deme- nto... » (Bibl. nat., ms. latin 5993, fol. 91 y*). 4. Bn 1272, le sire de Doilli met en fief dn roi a omnia illa que tenebat et 228 HBNEI SiE. Toutefois, la féodalité a encore plus profondément transformé la situation du propriétaire que la condition du domaine. L'an- cienne villa s'est conservée dans ses traits essentiels : elle ccmi- prend toujours toutes les terres et tous les instruments du domaine. Depuis des siècles, ses limites se sont fixées et conmiie figées; son finage semble rester immuable, et il s'est particulièrement bien conservé en Champagne; on le retrouve encore au xiv* siècle'. Rien d'important pour le propriétaire comme les limites d'an finage; sont- elles incertaines, on s'empresse de les déterminer périodiquement par une minutieuse enquête'. La villa conserve ses parties constitutives : le manstis ind(h minicattts et les tenures serviles. —  ce mansus indominir catus se rattachent des terres de culture et, en général, les granges, les moulins, les fours, les forêts, les prés et pâturages; il a même sa justice spéciale^. C'est sur ce territoire réservé qu'est bâti le château fort, où réside le seigneur et d'où il domine ses propriétés. Les tenures des paysans sont comprises dans le finage. On ne distingue plus, comme au ix" siècle, les manses libres et les manses serviles^. Les manses semblent être devenus des divisions financières : certains cultivateurs possèdent plusieurs manses; possidebat in villis, terriloriis et flnagiis de Fontenay, de Chayangus et Hoi- metes, scilicet viUas, justicias, gardas, homines de corpore, terras, prata, nemora, census et redditas universos » (Bibl. nat., ms. latin 5993 A, fol. 540 r*). 1. Cf. l'abbé Lalore, Chartes de V abbaye de MoreSy dans les Mémoires de la Société d'agrictUtiure de VAube, t. XXXVII, 1873, passim, et p. 65 : Ters 1180, le comte de Bar-sur-Seine donne à l'abbaye nn droit d'usage dans ses pâturages « que sunt in finagiis Barri et Villenove et Merre, et in finagiis Ville super Arciam et de Chierrevi et de Laudrivilla et de Lochis et de Essoye et de Curterun et ubicumque fuerint ultra Secanam versus orientalem plagam. » Cf. une autre charte de 1238 {Ibid,, p. 91) et des documents du xiv* siècle (J. d'Arbaumont, Cartulaire du prieuré de SairU-Étienne de Vignory, Langres, 1882, passim), — Le finage s'appelle encore ierritorium, confiniumf et en langue vulgaire terrouir ou terroir (Cf. cartulaire de Saint-Médard de Sois- sons. Bibl. nat., ms. latin 9986, fol. 129 et passim), 2. Un débat s'élève entre le fils du comte de Bar et les moines de Qoincy c de divisione finagii de Brachigenolli et cujusdam territorii quod Fontanes dicitur, quod grangie de Baleno appendebat. » On appelle des arbitres, qui tracent les limites (D'Arbois de Jubainville, Voyage paléographique, p. 191). 3. Dans le dénombrement des biens du monastère de saint Tbierri, on lit : c mansnm indominicatum in villa Melfeia, cum terris appendentibns... et in bis omnibus bannum et justiciam et furnum cum décima tota » (Varin, Archives administratives de Reims, t. I, p. 279). 4. Cf. Guérard, Polyptyque de Saint-Remi de Reims, passim. JTUDE SUR LES CLASSES SERVILBS EN GHAMPAGNE. 229 d'autres n'ont qu'une portion de manse, et la dimension des tenures Tarie à l'infini. Chacun vit sur la parcelle qu'il cultive et pour laquelle il doit au seigneur des redevances de toutes sortes ^ n est incontestable que l'ancienne villa a subsisté très long- temps et qu'aujourd'hui encore elle est assez exactement repré- sentée par le territoire de la commune ou, tout au moins, de la paroisse. On ne saurait nier cependant que, dans le cours du moyen âge, les domaines seigneuriaux ne se soient morcelés. Nous retrouvons à chaque pas les traces de ce travail de décomposition. Par l'effet même de l'héritage, des mutations de toute espèce, des libéralités faites aux églises, les fiefs se démembrent souvent à l'infini ; le plus souvent, les églises n'acquièrent par legs que des parcelles de domaine. — M. J. Flach, dans le second volume de ses Origines de T ancienne France^ a insisté avec raison sur cette dispersion de la propriété à l'époque féodale ; en Champagne, comme dans le reste de la France, bien souvent l'on ne trouve plus que des débris de l'ancienne villa*. Au début du moyen âge, la grange, le four et le moulin ne sont que des appendices de la villa. Plus tard, leur existence devient, en quelque sorte, indépendante ; souvent, à la grange, au moulin, au four, se rattachent des terres, que l'on distingue du reste du domaine^. Il est fait mention aussi de maisons isolées 1. Les moto mainie^ nudnée oa mesniée, qui ne sont qne la transformation, eo langae Tulgaire, do mot manse, désignent une famille de serfs, ce qni montre Men qoe, primitivement, chaque famille serrile a été éUblie bar un manse (Aog. Longnon, Livre des vassaux du comté de Champagne et de Brie^ 1172- 1222, dans d^Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne^ t. Vn, 1869, p. 190, n* 2510). 2. M. Flach (p. 67 et suiv.) considère qne la dispersion de la propriété doma- niale a dû commencer dès le ix* siècle et qu'elle a eu pour principale canse les guerres privées et les invasions qui ont ravagé la Gaule sous les succès- Mort de Gharlemagne. M. Flach n'exagère-t-il pas l'importance de ces inva- sions? Ont-elles pu avoir une action assez profonde pour a opérer une nouvelle prise de possession du sol? » Ces invasions n'ont bouleversé, en réalité, que quelques régions, et il s'agirait de savoir si, en Normandie même, la constitu- tion de la propriété a été sérieusement modifiée. L'avènement du régime féo- dal, les muUtions auxquelles sont soumises les propriétés, telles sont, nous semble-t-il, les raisons suffisantes du démembrement de la villa. M. Flach n'a garde d'ailleurs de négliger ce point de vue (voy. p. 93 et suiv.). 3. Nous voyons des terres qui, en 1245, dépendent de la grange de Ruri {pocumenis relatifs à Notr&'Dame'auX'Nonnains, p. 78). En 1110, Gamier, seigneur de Pont, cède à Fabbaye de Moléme le lien où est située l'égUse de 230 HEHRI S^B. auxquelles attiennent un ou plusieurs manses ; les exploitations séparées ou cultures, les hostises ne cessent de se multiplier; souvent le moulin a sa justice spéciale ^ Il arrive encore que ces dépendances se morcellent elles-mêmes : nous voyons acheter, par exemple, la huitième partie d'un moulin'. Toutefois, dans le courant du xni® siècle, l'on voit, surtout sur les terres d'église, des domaines se reconstituer et leur territoire se confondre de nouveau avec l'antique finage; souvent, en effi^, des laïques cèdent à une abbaye tous les biens qu'ils peuvent pos- séder dans telle ou telle villa, déjà couverte de propriétés ecclé- siastiques, et s'interdisent d'acquérir quoi que ce soit, à l'avenir, sur ce territoire 3. IL Les esclaves, qui, dans le haut moyen âge, vivent, comme les colons, sur des manses, se sont peu à peu élevés à la condition de ces derniers. Au ix" siècle, on distingue encore parmi les paysans des hommes de condition libre et des hommes de condition servile; mais déjà cette distinction s'efface : sur des manses servîtes sont établis parfois des honmies libres, et réciproquement^. — Dès le saint Hilaire f cum grangla et terris arabilibas et omnibus appendiciis ejosdem grangie » {Chartes de Moléme, p. 253). En ce qui concerne les moulins, cf. Cariulaire de l'abbaye de Saint-Léger de Soissons, publié par Tabbé Péciieor dans le BtUletin de la Société archéologique^ historique et scientifique de Sois- sons, 2* série, t. II, 1868, p. 238. 1. En 1104, Hugues, comte de Champagne, donne à Moléme plusieurs mou- lins sur la Seine, c culturam quoque meam ex integro que yulgariter Gomina Yocatur, aliasque agrorum partes que juri meo attinent » {Chartes de Moléme, p. 251). 2. En 1190, Saint- Léger achète, au prix de 23 livres et 90 sous, la huitième partie du moulin de Chevruel {Cartulaire de l'abbaye de Saint-Léger de Sois- sonSf p. 292). 3. Dans le courant du xui* siècle, l'abbaye de Sainte-Geneyièye dégage de toute possession étrangère son territoire de Marizy ; déjà, en 1229, elle rachète l'aTouerie qu'elle avait dû céder à Eudes Turc (Ch. Nusse, Notice historique sur Marizy'Sainte-Geneviève, dans les Annales de la Société historique ei archéologique de Châteaur Thierry, 1874, p. 91). En 1244, Érard de Brienne cède à Tabbaye de Moléme tout ce qu'il possède, et notamment des serfs, dans la villa de Lannes et sur d'autres finages, et il ajoute : f Et sciendum quod nos aut heredes nostri in predictis locis aut eorum finagiis eidem ecclesie a nobis datis non poterimus de cetero aliquid acquirere ullo modo » {Chartes de Moléme, p. 359). Cf. Ibid., p. 306. 4. Cf. Guôrard, Polyptyque de Saint-RenU de Reims, passim, et Préface, p. XIV. tfniDB SUR LES GLASSB8 SERTILBS EN CHAMPAGNE. 284 XI* âède, il n'y a plus qu'une seule catégorie de cultivateurs que Ton appelle ^erf^ ou hommes de corps ; ces expressions vont longtemps se maintenir, puisqu'on les retrouve encore, non seu- lement au xm* siècle, mais aussi dans le courant du xiv^^ C'est surtout la naissance, semble-t-il, qui détermine la con- dition servile : le fils du serf est serf, comme le fils du proprié- taire est propriétaire ; au moyen âge, toutes les conditions sont comme fixées d'une façon immuable, et rien n'est difScile comme de sortir de la caste où l'on est né. Cependant, li Droiz et li cùustumes de Champaigney qui datent du xrv* siècle, déclarent que l'on peut encore devenir serf par « mariages » et par « feux et leux, » c'est-à-dire par l'efiet de résidence sur terre servile^ : en 1223, Roger de Bologne épouse une serve du comte de Cham- pagne ; aussitôt il devient l'homme de corps de ce prince 3. Mais il est aussi des hommes libres qui s'engagent volontaire- ment dans la servitude, qui, dans l'espoir de faire leur salut, se donnent comme serfs à des abbayes. Parmi ces oblats, beaucoup aspirent à devenir moines^. Mais il en est d'autres, des fieffés même, qui, par piété, choisissent le servage pur et simple et con- damnent ainsi leur descendance à une condition inférieure. En 1163, Anselme de Monceaux s'engage avec toute sa famille dans la servitude d'une église'^; encore au xm* siècle, et même aux 1. En 1274, Gallerand de Loxemboarg prête hommage aa comte de Cham- ]>agne pour des c homs et des femes de corps i (Bibl. nat., mss., Collection de Lorraine, DGCXVIII, fol. 55). En 1337, Jeanne d'ÉTrenx donne à Saint-Pierre de Ghézy tout ce qu'elle possède à Ghézy, c tant en justice, censire, vinages, terrages, hommes et femmes de corps, comme en deniers et antres choses estant à Chezy i (Bibl. nat, mss., Cartulaire de SaM-Pierre de Chéty, ann. 1337). 2« t Gonstnme est en Champaigne que la on les mainsmortes sont, qne trois choses partent hommes de poote : cest assavoir aages, mariages, feux et leux i {Li droit et lis eoustumes de Champaigne et de Brie, art. XXIX, dans les Coustumes du bailliage de Troyes, de Pierre Pithou. Paris, 1629, p. 532). 3. c Ego Thibaldus..., notum, etc., quod cum Rogerus de Bolonia duxisset in uxorem quandam feminam meam de corpore, rideUcet Mariam, filiam Theo- baldi Lofeyeron, ipse Rogerus derenit homo meus i (Bibl. nat., ms. latin 5992, fol. 300). 4. Tel est sans doute le cas d'un chanoine, nommé Adam, qui donne sa per- sonne et ses biens à un monastère de Reims (Varin, Archives administratives de Reims, I, 274-276). 5. Le comte Henri notifie c ... quod Anselmus quidam de Moncellis se et sua, uxorem yidelicet snam et filios suos, et locum, in quo si ta est ecclesia Sanctae Mariae, sanctique Manritii, annuente domina Wiburge, a qna idem feodum possidebat, praefatae eeclesiae dédit et concessit in perpetunm i {Anna" les Praemonstratenses, GXGVni). 232 HENRI siE. approches du xiv«, ces dons volontaires ne sont pas rares*. D est à présumer que les serfs de cette catégorie étaient mieux traités que les autres ; mais nul doute qu'après quelques générations ils ne fussent confondus avec les autres représentants de la classe servile. Le serf est, en réalité, un objet de propriété. Il fait partie du domaine ; il en est la dépendance et comme Tinstrument. Dans l'inventaire de la seigneurie, on le cite à côté des prés, des forêts, des cours d'eau*. Vend-on le domaine : il est presque toujours compris dans la vente. Parfois on l'échange pour une terre'. On le donne en âef ou en augment de âef ^. Peu importe sa personne ; il est avant tout une source de reve- nus, il représente une certaine valeur. Un vassal du comte Henri vend un serf qu'il tient de lui en fief; il tire de cette vente une somme de cinquante livres ; il restera vassal du comte pour cette somme, qui représente la valeur du serf*. — Aussi se dispute-t-on tout aussi âprement la possession des hommes de corps qu'on le ferait pour tout autre objet de propriété. De là, nombre de procès. Clément de la Charmoy et sa famille appartiennent-ils à la com- tesse de Troyes ou à Jean li Brabanz? Voilà un grave débat. Suivant la procédure ordinaire, on invoque le témoignage du serf; il déclare qu'il est l'homme de la comtesse. Jean abandonne donc ses prétentions; par pure grâce, la comtesse lui concède 1. On en trouve encore un exemple en 1290 : cf. Cariulaire de rabbape de Paradet, publié par Tabbé Lalore, dans la CoUeeUon des principaux cartU' laires dm diocèse de Troffes, t II (1878), p. 265. — En 1264, Hardouin de Quiney et sa femme, c ob remediom animarum suarum, » se donnent de leur plein gré au couvent de Paraclet {!bid,, p. 243). ~ En Touraine, an xi* siècle, nombre d'bommes libres se font serfs de Saint-Martin (Cf. le Livre des serfs de MarwunUierSy publié par Salmon et L. Grandmaison. Tours, 1864). 2. Voici un acte de 1082 : t Haec igitur sunt alodia... mooachis perpeCnali- ter babenda, Roserias, Muceium, Joncberium cum appendieHs suis^ Tidelicet serris et ancillis, terris cnltis et incnltis, silvis, pratis, aquis... » {CarMaire de Moniiérender, dans Lalore, op. cU,, t IV (1878), p. 185-87). 3. En 1220, Blanche de Champagne cède un serf à l'abbé de Valsecret, à con- dition d'aroir des terres en échange (Bibl. nat., ms. latin 5993, fol. 128). 4. « Ego ThibaMus... notnm, etc., quod ego dedi dilecto et fideli meo Gar- noo de Marigniaco in feodnm et homagium liginm omnes homines de corpore quos habebam in Tilla de Estamaio et quicquid habebam in viltis sanctoarns ejusdem rUIe... » 1229 (Bibl. nat., ms. latin 5992, fol. 98 t«). On trooTe une foule d'actes semblables : cf., par eiemple, Ibid., fol. 349 ?* (acte de 1229), Ckartes de Moiéwke^ p. 329, etc. 5. Acte de 1179 (Bibl. nat., ms. latin 5993, fol. 13). JTUDB SUB LBS CLASSES SBRYILES EN CHAMPAGNE. 233 Marguerite, Tune des filles du serf, et sa femme, Elisabeth, qui cependant avouait appartenir à l'autre partiel Aussi considère-t-on souvent les serfs comme inséparables de la parcelle de terre sur laquelle ils sont établis'. Presque tou- jours la terre et l'homme sont dans la même condition, et c'est pourquoi les tenures serviles ne peuvent sans inconvénient passer à un homme franc : de ce dernier, le seigneur ne recevrait point les mêmes services ; il se trouverait donc lésé dans sa propriété : c'est ce que les Coutumes de Champagne nous montrent fort clairement^. Cependant, il faut reconnaître que les droits qui portent sur la terre et ceux qui portent sur les serfs sont parfois séparés. On peut céder un domaine tout en gardant les hommes qui vivent sur ce domaine^, ou bien le serf est cédé sans le fonds qu'il cultivait. Un homme de corps qui a quitté la seigneurie appartient encore au propriétaire, qui exerce sur lui le droit de vente'^. Enfin, en bien des cas, la tenure semble distincte de la personne qui la fait valoir et dont la condition se rapproche sensiblement de celle de fermier*. 1. Acte de 1217 (Arch. nat., KK 1064, fol. 92 V). 2. Voy. CartiUaire de Saint-Pierre de Troyes, dans Lalore, op. cii.f V, 93, on acte de 1197 : c Qaemdam hominem nostrum Radulfam de Corlengiis, tanc temporis manentem apad Tillam que dicitar Valanz, cam axore saa et sacces- sione et pertinenciis eoram, dedimus et concessimas perpétue possidendam. i Gt Chartes de Moléme, p. 342. 3. Cf. lÀ droit et lis coustumes de Champaigne, dans Pierre Pithou, p. 524 et 533. 4. Le comte Henri de Champagne, en 1195, donne à l'abbaye de Gheminon tout ce qu'il possède à Gheminon, excepté ses hommes de corps (D'Arbois de Jabainyille, Histoire des comtes de Champagne, Pièces jastificatiyes, n* 164). 5. Voy. Chartes de Moléme, p. 292, ann. 1204 : c Donayit etiam ipsa domina Semandam hominem sanm cam familia saa et Gnidonem filium ejnsdem Seraandi extra famiiiam suam constitatum. i Gf. encore le Livre des Vassaux , dans d'Arbois de Jabainyille, t. VII, p. 136, n« 1806. — En 1296, on seigneur cède à Saint-Médard tout ce qu'il possède à Giry, a item hommes et fammes de cors qui despendent ou sont yenu dou fié des dictes yilles en quelconque leu que il soient... i {Cartulaire de Saint-Médard de Soissons. Bibl. nat., ms. latin 9986, fol. 46). 6. Voy. Documents relatifs à Notre-Dame-aux-Nonnains, op. ciU, p. 18. Cet acte de 1205 nous apprend que Jean de Doillet tient toute sa tenure de Notre-Dame-aux-Nonnains, qui en retire 40 sous de rente. Pressé de dettes, Jean engage sa tendre pour quatre ans à son parent Herbert, moyennant 55 liyres. Si, au bout de ces quatre ans, Jean ne l'a pas rachetée, l'abbaye pourra la faire yaloir jusqu'à ce qu'elle ait acquitté les 55 liyres, ou bien Her- 284 HBOU flh. Mais rien ne montre mieux la situation réelle des serfii que toutes les transactions auxquelles donne lien leur personne et dont on trouve à diaque instant les traces dans les documents champenois ; il s'agit surtout de donations, d'échanges, de y^ites. C'^ le plus souvent à des ^ablissements religieux que l'on con- cède des hommes de corps^ En général, toute la fomilleest donnée en même temps ; pour ne citer qu'un exemple, en 1205, la comtesse Blanche oSre au monast^ de Montiéramey Adam Qaude, de Mesnil-Saint-Pierre, avec ses enfants et toute sa £amil]e*. Parfins nous voyons cédés des groupes entiers de famille ou même les serfs de toute une viUa^. Plus rarement des dons de cette sorte sont attribués à des laïques; cependant les comtes de diampagne ne négligent pas de récompenser, par de tels présents, les services dévoués d'un officier ou d'un agent : ainsi Renier Acorre reçoit de Henri de Navarre, en 1273, tous les hommes qui habitent Gouvois et Justigni*. Les échanges de serfs, d^à firéquoits au xn* siècle, se multi- plient au xm*. Le plus souvent, ces échanges ont pour but de faciliter les mariages entre serfs de domaines voisins et de suppri- mer en certains cas le droit de fDrmariage^. B est de règle, natu- rellement, que les seris échangés aient la même valeur* : quand bert la cuitiTera joaqn'à ee qu'il aoit rentré dins 9m fonds. Si le poseetseur, quel qu'il soit, n'acquitte pas le cens dA animeUenMDt, l'abbaye mettra la main sur la tenore : eUe tient sortoat à sa rente ; pen Ini importe la personne dn calUvatenr. 1. fl Rgo Henricns..., ad preees domini Girardi dUecti mei prioris Saneti Remigii, Hersendim de Gondato, et fiiiom et filiam ejas..., com beredibos ab eisdem eieantibos, eidem ecclesie in perpetnam elemosynam dedi, 1 1166, dans Varin, Archives adnUnigtratives de Behns, î, 346. 2. BibL nat, ms. latin 5432, fol. 51 t*. S. Pierre et Jean de Vitri, en 1269, donnent an monastère de Saint-Faron vingt-cinq familles de serfs, sor lesquelles ils possédaient la mainmorte et le formariage (Bibl. nat, ms. latin 5993 A, fol. 286). 4. Livre des comptes de Renier Acorre (Bibl. nat., ms. français 8593, fol. 158). Of. un acte de 1220, en forenr de Henri des Bordes (ms. latin 5992, fol. 316 t*) : c Kgo Thibaldus, etc., notum... quod ego considerans et attendens longum et deTotum serTitium, quod dilectus et fidelis mens Henricos de Bordis exbibuit michi fideliter et bénigne, cupiensque sunm in aliquo remunerare laborem, dedi ei et beredibus ejus in perpetuum, in augmentum feodi quod de me tenet, quosdam bomines meos qui infira roetas parrochie Amilliaci snnt manentes. i 5. Cf., par exemple, DocumetUs relatifs à Notre- Dame-aux-NonnainSy p. 93. 6. Cette Taleur est sourent fixée en argent : en 1219, l'abbé de Saint-Pierre de Troyea reçoit une serre qui Tant 20 sous : il devra céder à Notre-Dame une serve du même prix (/MA). irUDE SVB LES CU8SB8 8E1VILE8 EN GHÂMPÂGlfB. 285 un serf ne suffit pas à la compensation, on en donne deax ; la comtesse Blanche a cédé à Saint- Loup de Troyes une de ses £ammes de corps; les moines s'engagent à lui donner en échange une de leurs serves ; si une seule ne suffit pas à représenter la yakur de la personne qu'ils ont reçue, ils en enverront deux^ Lorsque l'une des parties n'a pas encore effectué l'échange, l'an- cien maître conserve sur le serf qu'il a cédé certains droits, le service personnel ou parfois la moitié de la taille'. L'échange de serfe n'entraîne pas forcément, pour les propriétaires, l'échange de tenures ; ce sont plutôt, en général, les ser£9 qui échangent leur parcelle de culture^. Dans les transactions de ce genre, presque toujours il arrive que les enfants déjà nés restent à l'an- cien propriétaire^. Rien encore de plus firéquent que les ventes de ser& : elles com- prennent parfois des individus isolés, mais le plus souvent la famille tout entière^, ou plusieurs groupes de familles *, ou même tous les habitants d'une villa : en 1210, le couvent de la Charité vend à Blanche tous les serfe qu'il possède à Sézanne^ ; Milon de Ver, en 1248, vend à Thibaut de Champagne tous les hommes et toutes les femmes de corps qui lui appartiennent à Provins, à Fontenay, à Yilliers et dans plusieurs autres endroits^. Le serf est si bien considéré comme un objet de propriété qu'on en détaille la vente, en quelque sorte ; on cède une part de serf, comme aujour- d'hui l'on céderait une part d'action*. Les prix varient suivant la 1. Bibl. nat., ms. latin 5993, fol. 146 r. 2. Cf. Documents relatifs à Notre-Dame-aux-Nonnains, p. 93 et 102. S. Cf. on acte de 1250, dans d'Arbaamoat, Cartulaire de Saint-Étienne de Vignorjf, p. 58; an antre acte de 1377 {Ibid., p. 134). 4. Engnerrand de Concy, en 1295, donne à Saint-Pierre de Chézy, en échange d'une antre serre, Marie, fille d'Adam de Hertenges. « Mais est à savoir, ajoute- t-il, que ladite Marie avoit dens enfans, liqnel sont et seront, demeurent et demourront notre home de cors en la manière et en la forme que 11 estoient derant la confection de ces présentes lettres i (Bibl. nat., Cartulaire de SaétU» Pierre de Chézy, an. 1295). 5. Guiot de Vacaric et son frère, en 1242, vendent au comte Thibaut c qulc- quid juris habebant seu ezspectabant habere in omnibus modis et commodis in Petrum Tardinel de Verreriis, et uxorera cum heredibus suis procreatis et procreandis (Bibl. nat, ms. latin 5993 A, foL 526 V). 6. Cf., par exemple, /Md., fol. 492. 7. Ms. latin 5992, fol. 276 v. 8. Ibid., 5993 A, fol. 479 t*. 9. Isabelle de Meix Tecelin Tend à Thibaut, en 1252, f totum Guiotum pelli- 236 HB5BI sis. qualité de l'individu, l'étendue de sa tenure, la valeur des droits auxquels il est soumis : un homme est vendu pour 50 livresS niais ailleurs trois hommes ne coûtent que 40 sous'. Voici une famille qui vaut 160 livres^, mais, une autre fois, on achète un groupe de quarante-six ménages pour 40 livres tournois^. Les prix, bien que très divers, sont en général assez élevés ; c'est que le serf constitue, pour ainsi dire, l'instrument essentiel du domaine. On ne s'étonnera pas que souvent encore, en Champagne comme ailleurs , les seigneurs voient surtout en leurs serfs des objets de propriété et qu'ils ne montrent quelque respect* pour leur personne que lorsque l'intérêt les y invite. Les scènes de violence abondent. Voici un exemple entre mille : le sire de Hans, furieux de voir un grand nombre de ses hommes abandon- ner son domaine pour se réfugier sur les terres du comte de Champagne, se met à leur recherche et en tue plusieurs^. D'ail- leurs, les guerres entre seigneurs sévissent sans relâche ; à tout propos, les parties belligérantes ravagent les champs, au grand détriment des cultivateurs*. — On pourrait croire à première vue que les serfs ecclésiastiques jouissent d'une sécurité particulière ; en fait, il n'en est rien. Ils sont exposés, tout comme les autres, aux coups de main des seigneurs, et bien souvent les avoués de l'église, chargés de les protéger, sont les premiers à les molester: c'est ce que reconnaît formellement Gauthier III, comte de Brienne^. Il n'est pas rare qu'un chevalier, comme Nicolas de periam et medieiatem in tiberis dicti Goioti; et toium Odetnm, fratrem ipsias, et medietatem in liberis dicte Emeline » (Bibl. nat., ms. latin 5993 A, fol. 534 ▼*}. Cf. /Wrf., fol. 479 V. 1. Ms. latin 5993, fol. 13 r, et Arch. nat., KK 1064, fol. Ht*. 2. a Ad haec très homines eis assignavi apad Pniyinnm pro xl solidis » {GaUia christiana, xn, kistr., 56 B). 3. Arch. nat., KK 1064, fol. 92. 4. La comtesse Blanche ne paie pour tons les serfs de la Charité, habitant Sézanne, que 500 livres (Bibl. nat., ms. latin 5992, fol. 276 y*). La même, en 1202, achète une serve an couvent d'Épemai pour 20 sons de rente (Arch. nat., KK 1064, fol. 162); ailleurs, trois enfants coûtent 12 deniers de rente (Docu^ ments de Notre- DamC'^wtX'Nonnains, p. 23). . 5. Bibl. nat., mss.. Cinq Cents de Colbert, t. 58, fol. 126 r*. 6. Cf. Ibid., t. 57, p. 305 : c Ego Thibaldus de Gouciaco... notum... qnod ego faciam Thibaldum quittari erga comitem Regitestensem de cgg libris pru- viniensibus, quas ipse debebat eidem comiti reddere, occasione damnorum, quae gentes dicti comitis Campanie mihi in terra mea prope Pruvinum intule- runt. f 7. f ... Attendons quod injuste predecessores mei multas injurias et plorima id., 5993 A, fol. 431 r*-432 t*). 2. Telle est, par exemple, la convention conclue, en 1145, entre Henri le Libéral et l'abbaye de Montiéramey (D'Arbois de Jobainville, op, ctt., t UI, Pièces justificatires, n« XIX). Ct encore Cartulaire de SainULoti^ de Troyes, dans Lalore, I, 116. 3. Un cheyalier donne tout ce qu'il possède dans une rilla à Tordre Teuto- nique « exceptis hominibus suis de corpore cum rébus mobilibus et heredita- tibus eorum i (fiartiUaire de Saint-Loup de Troyes, dans Lalore, I, 193-94). 4. Cf. Longnon, le Livre des vassaux, dans d'Arbois de JubainTiiie, op. cit^ t. VII, p. 75, n- 1060, et p. 187, n» 2479. 5. En 1162, Henri, comte de Troyes, décide c quod nemini, nisi his qui in praesentiarum ibi manent, nora ibidem ad manendnm aedifida absque assensu et Ucentia abbatis ecclesie de Cheminon in posterom fundare liceat i (GalUa ehristiana, X, instr., 173-74). 6. Voy. l'abbé Lalore, Cfiartes de l'abbaye de Mores, dans les Mémoires de la Société d'agriculture de l'Aube, t. XXXVU, ann. 1873, p. 70. — Les moines peuvent cependant accepter tous les biens mobiliers, a que non snnt de iiere- ditate ab hominibus dicti Simonis yel heredum suomm. i tfrUDB SUR LB8 CLA88B8 SBSflLBS EN GHilIPAGlfB. 289 D*ainean, à côté de leur tenure, les hommes de owps peuvent posséder en tonte propriété des biens meobles et immeubles. L'es- daye de l'antiquité disposait déjà librement de son pécule. Le serf du moyen âge peut s'enrichir soit par l'économie soit par une habileté particulière; ses gains sont bien à lui^ Marie-t-il sa flUe, il lui donne une dot, et parfois considérable : en 1209, Émeline reçoit de son père, Hugues de Yiaspres, seize arpents de terre, quatre bœufis, quatre vaches et seize livres d'argent^. Admettons que tous les tenanciers soient soumis à la même condition légale; leur situation réelle peut différer profondément. Il est certain aussi que les lots qu'ils cultivent sont d'étendue fort inégale; dans un même domaine, un paysan peut posséder quatre-vingts arpents, tandis que le voisin n'en exploite que douze'. Nous voyons nettement en Champagne que le type de l'esdave antique a complètement disparu ; avec leurs sei^ les seigneurs passent contrat ; ils leur gardent la parole jurée , ou du moins le promettent. Fait-on enquête sur des droits domaniaux? On recourt à leur témoignage^. — Souvent nul caractère extérieur ne les distingue des nobles. Parfois, des mariages se concluent entre l'une et l'autre classe : les Coutumes de Champagne pré- voient le cas où une femme noble épouse un serf ; il est vrai qu'à sa mort les enfants perdent le flef de leur mère et deviennent tail- lables et soumis à la mainmorte, à moins qu'ils ne renoncent à la lignée paternelle'^. Au contraire, une serve qui épouse un homme libre suit la condition de son mari*; nous en trouvons de bonne heure des exemples^. 1. Lorsque Pierre de Lesmont accorde à ses hommes le droit de donoer à l'abbaje de Basse-Fontaine des bieas meubles et immeables, U s'agit naturelle- ment de propriétés qui appartiennent en propre à ces liommes {CarhUaire de Baste^FarUaine, dans Lalore, 111, 40). Voy. encore on document de 1275 : c Que Isabians la Gonge, famé de cors Renier Acorre, reqaennt lui aroir donné, quité et otroyé de sa twnne rolenté sens force a tous iorz oudit Renier un arpent de terre arable a la mote, ou leu que len dit la Sablonniere » (Bibl. nat., ms. français 8593, fol. 36 t*). 2. Un autre donne à sa fille douze arpents, quatre bœufs, quatre Taches et 20 Urres d'argent {Chartes de MoUme^ p. 300). 3. Gf. un acte de 1337 publié par le docteur A. Gorlieu dans les Ànnalei de la Soeiéié hUtorique et archMogiçue de CfuUea^-Thierry, an. 1874, p. 65 et suiT. 4. Carlulaire de SaM-Léger de Soiiioiu, publié par l'abbé Pécheur, p. 234 et suiT. 5. Of. Li droU et lii etmstumes de Champagne, dans Pierre Pithou, p. 521. 6. IMd., p. 543. 7. Chartes de Moléme, p. 339 (acte de 1235). 240 HBHEI siE. Dès le xn* siède , la condition des classes rurales n*est plus aniforme ; Ton distingue essentiellement les serfs et les firancs. Mais, comme les afiFbinchissements ne se sont multipliés qu'au xm® siècle ; comme les francs, souvent, se distinguent malaisément des serfe et qu'ils sont presque soumis aux mêmes obligations, nous ne considérerons d'abord que les serfe et la nature des droits auxquels ils sont soumis; nous comprendrons mieux alors com- ment l'affranchissement a pu modifier la situation des classes ser- viles pour aboutir à une complète transformation. Ce qui semble caractériser les serfe proprement dits, c'est qu'ils sont taiUables à merci. Le seigneur peut lever sur eux des taxes arbitraires, car il ne s'est engagé par aucune convention. Un homme de corps pénètre-t^il dans la ville neuve de Pargues, le maître, pour rentrer en possession de son serf, doit prouver, — il nous faut citer le passage textuellement : — < Quod ille sit homo suus de capite et de corpore et quod ipse ad voluntatem stuzm talliabat eum, sicut hominem suum de capite et de cor- pore*. > — Les serfs sont encore astreints, de façon rigoureuse et sans adoucissement aucun, au formariage et à la mainmorte; ils ne peuvent se marier hors du domaine sans acquitter une redevance onéreuse; meurent-ils sans enfants, leur patrimoine fait retour au seigneur. III. Les seigneurs féodaux vivent des revenus de leurs domaines, c'est-à-dire de l'exploitation de leurs serfs. Ils ne tiennent en aucune façon à les gouverner; ils laissent l'administration de leurs terres à des agents subalternes, à des sortes d'intendants. Le principal de ces agents domaniaux est le maire {major ou villicus), dont l'origine semble remonter au villicus romain. On trouve encore le sous-maire {sitI?m rPitbou, Cmutumes de Troyes, p. 20). 4. Arcb. nàU, KK 1064, fol. 165 t* et 166. 246 HENRI SliE. s*est réservé, rensemencent , le moissonnent, engrangent les récoltes, battent le blé, pressent le raisin ou bien encore ils oon»- truisent et réparent des routes, élèvent des fortifications^ Il serait fastidieux d'énumérer toutes les corvées que mentionnent les actes champenois ; mais on se rend compte que ces corvées contribuent, pour une forte part, à l'exploitation domaniale*. Les serfs sont encore astreints au service militaire, soit au profit de leur propre seigneur, soit, lorsqu'ils appartiennent à une terre d'église, au profit du seigneur laïque sous la protection duquel ils se trouvent ; le comte de CSiampagne, par exemple, lève une grande partie de son armée sur les domaines ecclésias- tiques. Henri de Saint-Mémoire déclare que vingt de ses honunes de la villa deFontanes se rendront à l'ost et qu'ils seront accom- pagnés par les serfs de Montier-la-Celle qui demeurent au même endroit^. Les hommes que le seigneur a convoqués doivent se rendre immédiatement à son appel ^; ils emportent des armes et des vivres pour un temps déterminé^. Mais ils ne peuvent être entraînés bien loin du domaine; certains ne devront être astreints à servir plus d'un jour hors de chez eux ; d'autres ne passeront pas la Marne. Voici même une disposition assez curieuse : si le comte de Champagne veut mener les habitants de Blancheville dans la direction de Bar-sur-Aube, de Vassy ou de Sainte-Mene- hould, il ne peut exiger qu'un jour de marche, mais, dans la direction de la Lorraine, de la Bourgogne ou de la Marne, il peut les conduire aussi loin qu'il veut®. La plupart des seigneurs s'en- 1. Gf.^ par exemple, CarttUaire de Saint-Loup de Troyes, dans Lalore, op. cit., I, 116. 2. Nous Toyons donner on vendre la moitié des corrées d'une villa (Bibl. nat., ms. latin 5992, fol. 293). 3. Acte de 1228, dans le Cartulaire de SainULoup de Troyes, p. 172-76. 4. S'ils ne répondent pas à l'appel, ils sont condamnés à ane amende. Voy. an acte de 1228 à la Bibliothèque nationale, ms. latin 5993 A, fol. 430 : « Quod cum Thibaldus, comes Gampanie..., ab omnibus hominlbus nostris quamdam emendam exigeret, pro eo quod in quadam expeditione sua non venerint... » 5. L'abbé de Lagny écrit au comte de Champagne, en 1233 : « Cum nos de mandato vestro homines nostros citaverimus, prout debuimus, ut secundnm tenorem litterarum vestrarum die dominica post octavam Assumptionis Béate Marie essent apud Montescolare in exercitu vestro cum armis et victualibus ad unum mensem prepositum... » (Bibl. nat., ms. latin 5993 A, fol. 281). 6. D'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne j t. lY, p. 691 et suiv. Souvent les serfs ecclésiastiques ne sont tenus à se rendre à l'ost que si le comte de Champagne lui-même dirige l'expédition (Bibl. nat. Cinq Cents de Colbert, t. 58, fol. 243 et 244, et Chartes de MoUme, p. 291). rirUDE SUR LES CLASSES SERVILBS EP( CHAMPAGNE. 247 gagent à ne convoquer leurs paysans qu'en cas de grave néces- sité et à les tenir quittes de tout service à Tépoque de la moissou ^ Parlant du service militaire dû parles roturiers, M. Prou déclare qu'il constituait « un devoir justicier et non un devoir féodal et qu'il avait son origine dans l'obligation où tout homme libre était à l'époque carolingienne d'aller à l'ost royale*. » Ce devoir ne se rapproche-t-il pas plutôt de la corvée ? Le serf, qui cultive le domaine seigneurial, doit encore le défendre; il ne s'éloigne jamais beaucoup de ce domaine et semble ne participer que fai- blement aux grandes guerres féodales. Pourquoi voir dans cette obligation autre chose qu'un service seigneurial? S'agit-il de serfs ecclésiastiques, le service militaire qu'ils rendent au seigneur laïque n'est qu'une forme des droits de sauvement, de garde ou d'avouerie. Thibaut, comte de Troyes, en H99, cède à l'abbaye de Molême tout ce qu'il possède à Vileroux ; il n'y conserve que son droit de garde ; il fixe ce droit en stipulant que les hommes de l'abbaye ne seront tenus à se rendre à son ost que s'il dirige en personne l'expédition 3. — Pour expliquer ces services, est-il besoin de chercher une origine carolingienne? Pourquoi ne déri- veraient-ils pas de l'autorité domaniale, telle que nous la voyons constituée au moyen âge? Les redevances réelles se distinguent très nettement des rede- vances personnelles : elles concernent exclusivement la terre, et l'on ne s'occupe guère, pour les percevoir, de la condition du possesseur. Les habitants de la ville neuve de Belleval qui acquièrent des terres sur le domaine de l'abbé doivent payer les 1. Cartulaire de Montier-la-Celle, dans Lalore, op. cit., t. VI, p. 172-176. 2. M. Proa, De la nature du service miUiaire dû par les roturiers aux XI* et XW siècles, dans la Revue historique, noT.-déc. 1890, t. XLIV, p. 313 et saiT. 3. Thibaut, comte de Troyes, déclare c good qnicquam habebam apud Tillam que dicitur Vileroux in omnibus modis et commodis tam in grangia qnam extra grangiam, prêter custodiam ejusdem ville quam mihi retinui, quitavi et conœssi abbati et ecclesie Molismensi quiète et pacifice perpetuo possidendam, ita tamen quod si in exercitum meum vel in expeditionem meam ego in pro- pria persona iero, vel occasione proprii corporis detentus, nuncium meum misero, prefate ecclesie abbas ad mandatum et submonitionem meam homines memorate ville in exercitum vel expeditionem meam mittet. Si vero non vene- rint, idem abbas requisitus mihi faciet emendari... i {Ch4uies de Molétne, p. 291). 348 HEHRI sis. ferrages et les coutumes^; en 1171, on déclare que quioonqae achètera des terres ceosuelles appartenant à Saint-Médard de Soissons s'engagera à acquitter les terrages et coutumes ; le comte de Champagne lui-même sera soumis à ces droits ^. Parmi les redevances réelles se place en première ligne le cens : c'est un impôt foncier qui porte principalement sur la terre et les maisons^; il représente comme le prix du fermage. Il se paie en argent et à jour fixe. Consultons la liste des cens dus à Renier Acorre « le jor de la Saint-Rem j » : nous voyons, par exemple, qu' « Âvelons la Guerrière » doit « un denier de sa t^rre a h vigne feu Lucon ; » « Adam li Charpentiers » doit « seze deniers de sa meson et de sa masure, lez la meson Martin lou clerc ^. > — Le cens constitue donc une véritable rente, sur laquelle on assigne des donations ou des legs ; il n'est pas de revenu, à cette époque, qui se partage plus aisément^. Souvent, on distingue le 1. Martène, Anecdoia, l, 828-31; cf. Teulet, Layettes du Trésor des chartes, II, 205. 2. « Ego Henricus... notum facio me Deo et ecclesie Beati Medardi Suessio- nensis concessisse ut qoicamque terras censaales ejusdem ecclesie apud Dame- riacum et in eadem potestate emerunt Tel deinceps empturi suât, omoes coo- suetadioes, qnascumque de terra veodita veaditores persol Tisse dinosceotor, easdem illi, qui emenmt vel empturi suot, quicumque sint illi, prefate ecclesie eu m omni integritate persolvant. Ego etiam, si predictas terras a me emi cou- tigerit, eas quas terra debebit coosuetudines reddi faciam i {Cartulaire de Saint-Médard de Soissons. Bibl. nat., ms. latin 9986, fol. 19). La Maison-Dieu de Saint-Nicolas devra payer à Jean de Broies, sire de Châtillon, a les terraiges, coustumes et censives et autres serritutes » pour les terres oensuelles qu'elle pourra acquérir sur son domaine (D'Arbois de Jubain ville. Études sur les docU' ments antérieurs à l'année 1285 conservés dans les archives des quatre petits hôpitaux de Troyes, dans les Mémoires de la Société d'agriculture de VAube, t. XXI, 1857, p. 100). 3. L'abbé de Saint-Denis réclame au comte de Champagne c lou cenz des places de deus maisons qui furent abatues por lo pont feire, et lou cenz de deux arpenz de pré, qui joignent au prez de la meison dieu de Nogent » (Bibl. nat., ms. latin 5993 A, fol. 240). 4. Bibl. nat., ms. français 8595, fol. 69; cf. d'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. III, Pièces justificatives, n* GLVI. — Le comte de Rethel, en 1166, donne à Saint-Remi a quadraginta solidos de censu, quem habeo apud villam meam Taniura in festo Sancti Remigii... quotannis persol- vendos » (Varin, Archives administratives de Reims , I, 345). 5. Itier de la Broce, en 1216, reconnaît que Tabbaye possède 20 sous de rente c in parte censuum quos habet idem Items apud Monfueil » {Documents sur Nolre-Dame-aux-NonnainSy p. 28). En 1224, Gautier, médecin de Troyes, donne à Notre-Dame 22 sous de cens à prendre sur plusieurs de ses maisons à Troyes; il assigne à Saint-£ tienne 7 sous sur les m^es maisons {Jbid., p. 42). lÎTUDE SUR LES CLASSES SERYILES EN CHAMPAGNE. 249 cens et le menu cens : le menu cens représente sans doute Tancien cens ; la valeur des terres s*étant accrue, on a créé une redevance supplémentaire ^ Les coutumes proprement dites, c'est-à-dire les terrages ou champarts, les gélines, les charruages, les vinages, sont acquit- tées en nature. — Pour les terrages^ le cultivateur donne une part d'avoine ou de froment ; ainsi nous voyons acheter « treze costumes formes... desqueles costumes chascune vaut un sestier d'avoine*. » Henri, comte de Troyes, donne à Amaury, prêtre de Joinville, sur les terrages d'une villa, cinq mesures de céréales, moitié en froment, moitié en avoine'. Les serfs sont obligés d'ap- porter à la maison du seigneur ou à sa grange les produits en nature qui constituent le terrage^. En général, le propriétaire prélève une gerbe sur douze ou sur treize ^ ; les agents domaniaux, et notamment le grènetier, font la répartition au moment où les . voitures chargées de blé rentrent des champs. — Le vinage n'est qu'une forme du terrage : parfois on donne une pinte de vin pour payer 1' « avenage > d'un champ®. — Le charruage est un impôt qui porte sur les bêtes de trait : il se paie en nature ou en argent, quelquefois sous les deux formes^ ; un acte de 1187 nous montre que chaque bœuf coûte au tenancier douze deniers par an'. — Le 1. Cf. Bibl. nat., ms. latin 5993 A, fol. 5t5. 2. Bibl. nat., ms. français 8593, fol. 4. 3. Ibid., ColL de Champagne, t. CXXXVI, p. 217. 4. c Amenas de Saincton, que consoeverant afferri ad domum ipsias Mathildis de Meriaco in festo sancti Remigii » (Bibl. nat., ms. latin 5993 A, fol. 123-124). 5. c De 12 gerbis in omni loco due persolventnr, una pro tercia et alia pro décima i (Tenlet, Layettes du Trésor des chartes, II, 433-36). 6. c Cest li vinages que l'en doit Renier Acorre à Challe Meson, a la Saint Martin en yver... Landez, filz Galet le Botu, une pinte de vin... por avoine de sa meson de Cordemenche. Ernol, filz feu Renier, une chopinne de vin por ave- nage de sa terre dou clôt et don puis... » (Bibl. nat., ms. français 8593, fol. 88). 7. a Et a Chacis une rente qui est que quiconques a cheval ou chevaus a charrue, il doit une gerbe de bief en aoust et un pain a 1 den. a Noël... i (Arch. nat., KK 1066, p. 101). 8. Reinaud de Pougy, en 1187, déclare aux hommes de Molins c quod ipsi singulis annis pro predicto charrobrio, per singula capita omnium animallum suorum, que trahent aratrum, in automno 12 nummos ministro ipsius consnete persolvent usque ad quindenam que festum Sancti Remigii sequetur; si vero usque ad predictum terminum nummi non redditi fuerint, licebitjam dictoRei- naudo capere animalia i (Oartulaire de Saint-Loup de Troyes, dans Lalore, I, 123). 250 HBNiu sis. propriétaire reçoit encore de ses ser& on certain nombre de pookB et d*oies : c*est ce que Ton appelle les gelines^. Toutes ces redevances, qui d'abord se paient en nature, finissent par être estimées à prix d*ai^ent; aussi, dès le xm^ siède, voyons-nous des domaines où une partie des terrages s'acquitte en argent*. Toute mutation foncière donne encore lieu à une redevance : c*est ce qui constitue les lods et ventes. En 1229, le comte de Champagne donne au comte de Grandpré les lods et ventes qu'il percevait à chaque vente de maison dans la villa d'Espans^ Ces droits sont déterminés par la coutume ou fixés par le seigneur^; souvent ils appartiennent, en vertu d'un pariage, à plusieurs seigneurs'^. Leur taux varie naturellement, mais dans cbaque domaine ils produisent un revenu annuel à peu près fixe et qu'on l>eut assimiler à une rente *. A ces diverses sortes de taxes viennent encore se joindre les nnlovances que les ser& de tous les domaines donnent aux églises ot ctUlos que les honmies des terres ecclésiastiques paient aux sei- gnours laïques, à la garde desquels ils sont conunis, c'est-à-dire lt\s dîmes et les droits d avouerie. Les dîmes sont perçues par les abbayes ou par les chapitres. L*abbé ou les chanoines vendent-Us une târre, ils gardent le plus souvent la dîme^. Toutefois, il est des dîmes qui appartiennent à dt>s laïques; en oe cas, elles sont devenues des rentes qui ont t. Ktt t^W là tonit«$$e BUoclie donne an conTcnt de Yal-Secrel c xl sexU- ruv» «Y^mic |)<>rei|>îend<>$ «nnuaUm apnd JançcMinam... et U gilUnis apad Jan- |t\miMm » vBîbl. nat.« ms. Utin 5993. fol. 1^). ^. A Monlrv^U, les cckrrèets de Jean de Valence sont estîBiées 6 sons, les c«mtuKi<^ dtM Yi]|;nes 50 ^mi$ (AtcIi. nat., KK 1066, p. 79}. c It, li sires a la VUK»iWH)\^ aux ChîeTT«« tefTa^ee qni fn Tendu ponr la moisson lzzti s., xixui »i^\UiM« datenne et xxxni sextiers de froment et n^ chapons nt supra «mllmM |vir an ixx ^ t ,lbid., p. 99). 3, MM. nat.« ms. laUn 599^. fol. 97. 4« l^ iHUi^Kie» de llolin» « de emptîonibns rel Tenditînnfbns takn solTent c«\iiAM (r«irrMliiir# 4# Smkvkt-lfmp 4e TtWffSs dans Lalore, K t(]S\ N, IM . p, ^v^U tv AfvK. ttat.. KK U>^ p, 7^$ et tOt. ^ Km l'^XV nn «Notent vend à Tlùkant la terre de LKxwie c et qnicqnid mtv^ t^iMiii^^ ilKvji KAhehaniQ$ ia ounibas modîs et <«nMnodis prêter gros- »Am d^ iMMM» et Mànutaui« «pie n«>te leUnnimns t ^lAL nat., ms. Utin 5992, ifrUDE 8UB LES CLiSSBS SEBYILES EN CHAMPAGNE. 254 passé de main en main ^ — Les dîmes sont des redevances en nature qui portent sur les produits de la terre, notamment sur le blé et Tavoine ^ ; elles sont évaluées non à la dixième, mais à la treizième partie des récoltes ; le tenancier donne une gerbe sur treize, la treizième partie du vin, du foin, des légumes^. La menue dîme s'exerce principalement sur le bétail, les porcs, les agneaux, les veaux, quelquefois sur le vin et les légumes^. Les abbayes qui possèdent la plupart des chapellenies et des cures les entre- tiennent au moyen des dîmes, mais elles gardent pour leur profit particulier la majeure partie de ces revenus. Les établissements religieux de Champagne plaçaient presque toujours leurs terres sous la protection d'un seigneur laïque, notamment sous celle du comte de Champagne. Les serfs en paient les frais, ils acquittent des droits de sauvement et de garde. Ce sont des redevances en nature qui portent aussi sur le blé et l'avoine*. Le seigneur renonce-t-il sur une terre à tous ses autres droits, il garde, en général, le sauvement*. Ces droits ont comme corollaires, non seulement l'obligation du service militaire, mais encore le droit de gîte; le seigneur, les hommes de son escorte, ses oflSciers et ses agents doivent recevoir l'hospitalité partout où ils passent^. Ce droit donne lieu à de nom- breuses vexations, à des abus continuels*. Aussi en maint endroit 1. D'Arbois de Jobainyille, Histoire des comtes de Champagne, t. III, Pièces jasUficatiTes, n* XLII. 2. Voy., par exemple, d'Arbois, Voyage paléographique, p. 164 et saiv. 3. c Item, sont tous les deismes gros et menus quelqonques dudit Voignory et do finaige a dit priour a cause de son prieurey seul et senz partie d'autrui... et ne prant ne ne prendra ledit priour que le xiu* des fruis de quoy on a acos- tumey de prandre deismes... » (D'Arbaumont, Cartulaire de SainUÉtienne de Vignory, p. 101 et suiv.). 4. Cartulaire de Basse-Fontaine, dans Lalore, III, 95. Cf. ibid., p. 81 et suiv. 5. En 1188, Henri, comte deTroyes, reçoit 15 mesures d'avoine comme droit de sauvement {Cartulaire de Saint-Pierre de Troyes, dans Lalore, t V, p. 59; cf. d'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. III, Pièces justificatives, n* CLV). 6. En 1089, Thibaut I*' renonce, en faveur de Saint-Loup, à ses droits sur Rouilly; il en excepte le sauvement {Cartulaire de Saint-Loup de Troyes, dans Lalore, I, p. 10; cf. un acte analogue de 1172 dans les Chartes de Moléme, p. 279). 7. Cf. Ibid., p. 311. 8. Les seigneurs usurpent souvent ce droit : tel André de la Ferté sur les terres de Montier-la-Gelle ; le comte deTroyes, en 1158, l'oblige à faire amende honorable au prieur (Bibl. nat., ms. latin 5441, p. 58). 252 H. sis. — irUDE SUB LES CLASSES SERVILES El! GHAMPAGlfB. d^estr-il transformé en une redevance fixe ; parfois il donne nais- sance à une redevance personnelle, au fouage ; en 1203, Pierre, comte d'Auxerre, renonce au gîte qu'il exigeait des hommes de Montieivla-CeUe, à condition de recevoir deux bichets d'avoine par feu^; ailleurs on n'exige qu'un denier par feu'; ailleurs encore, neuf boisseaux d'avoine et deux deniers'. — Souvent aussi, du reste^ les habitants des domaines laïques sont astreints au droit de gîte et au fouage^. Henri Sée. {Sera continué.) 1. Cartulaire de Montier-lO'Cdle, dans Lalore, VI, p. 27. 2. Charte de Thibaut en 1233 : c Pro quolibet foco singulis annis anus dena- riu8 in festo beati Martini mihi solvetnr » (Cinq Cents de Golbert, t. LVI, fol. 145). 3. Arch. nat., EK 1066, p. 38; cf. Ibid,, p. 103 : c It., li sires ha sur chas- cnn feu de la Tille de LouTois, de Tauxieres, de Builon et de Vertoele, par an au jour de la Saint Remy, m s. et une geline et un setier daveine a la mesure de MarueU... » 4. Les hommes de Montier-la-Celle doivent à Verrières, pour chaque feu, 9 boisseaux d'avoine et 2 deniers par an ; les serfs du comte, comme ceux des autres seigneurs laïques, ne doivent qu'un quarteron d'avoine; ce qui semble prouver que le fouage dérive des droits d'avouerle (Arch. nat, EK 1066, p. 38). MELANGES ET DOCUMENTS L'HOMME AU MASQUE DE VELOURS NOIR DIT LE BiASQUE DE FER. Combien la question du « Masque de fer » a passionné Topinion publique depuis le commencement du xyin* siècle jusqu'à nos jours, chacun le sait. Marins Topin a compté cinquante-deux écrivains^ qui, depuis Voltaire jusqu'en 4870, date où Topin publia son livre, s'étaient efforcés d^élucider le mystère; encore en oubliait- il une douzaine et ne comptait-il pas les nombreuses plaquettes anonymes et les travaux, parfois importants, qui sont demeurés manuscrits dans nos bibliothèques ou nos dépôts d'archives, ni les auteurs d'his- toires générales, parmi lesquels Camille Rousset et Depping méritent une mention spéciale, ni tous ceux qui ont écrit sur cette question des articles de dictionnaires, ni enfin les drames, romans et poésies. Depuis le livre de Marins Topin, de nouveaux travaux ont paru, en grand nombre, plus importants encore par retendue des recherches que les précédents, — un concours d'OËdipes se fit autour du Sphinx enchaîné^, — et voici que la question vient d^être rouverte avec éclat par le livre de MM. Burgaud et Bazeries', qui a fait un grand remous dans la presse et les revues savantes. Cette nouvelle publication jus- tifie, par l'ingéniosité de la recherche, et la nouveauté de plu- sieurs détails, le cas qui en a été fait; malheureusement, les textes subitement produits par M. de Grandmaison, dont il sera question ci-dessous, établissent, sans réplique possible, que MM. Burgaud et Bazeries ont fait fausse route, et la critique, quels que fussent ses éloges pour les efforts des auteurs, a dû revenir aux conclu- sions de Michelet^ : « L'histoire du Masque de fer restera pro- 1. Marius Topin, V Homme au masque de fer (Paris» i870, in-8*)» p. 5. 2. Pani de Saint-Victor. 3. Émiie Bargaad et commandant Bazeries, le Masque de fer, révélaUon de ia correspondance chiffrée de Louis XIV. Paris, Firmin-Didot, 1893, in-12. 4. Histoire de France (Paris, 1858, in-8*), t. XII, p. 435. 254 mfLANGBS ET DOGUMBlfTS. bablement à jamais obscure, » et de Henri Martin^ : « L'Histoire n'a pas le droit de se prononcer sur ce qui ne sortira jamais du domaine des conjectures. j> I. — Lbs Documents. Le Journal de Du Junca. — Dès le début, citons le texte qui est, à la fois, l'origine et le fondement de tous les travaux publiés sur la question du « Masque de fer. » Etienne Du Junca, lieutenant de roi à la Bastille, dans un journal dont il commença la rédaction le 4 4 octobre 4690, jour où il entra en possession de la charge de lieutenant de roi dans la célèbre forteresse du faubourg Saint-Antoine, — sorte de livre d'écrou où il consignait, jour par jour, avec un soin extrême, tous les détails concernant Tar- rivée des prisonniers confiés à sa garde, — écrit, à la date du 4 8 sep- tembre 4698, ces lignes que la légende populaire a rendues mémo- rables : Du judy, 18™« de septembre [1698], à trois hures après midy. Mon- sieur de S^Mars, gouverneur du château de la Bastille^, est arrivé pour sa première entrée, venant de son gouvernement des illes S^Mar- guerite-Honorat^, aient mené avec queluy, dans sa litière, un ensien prisonnier quil avet à Pignerol, lequel il fet tenir touiours masqué, dont le nom ne sedit pas, et laient fait mètre en de sendant de la litière dans la première chambre de la tour de la Basinnière en atandant la nuit pour le mètre et mener moy mesme a neuf hures du soir, avec M' de Rosarges, un des sergens que Monsieur le Gouverneur a mené, dans la troisième chambre*, seul de la tour de la Bretaudière, que j'aves fait mubler de touttes choses, quelques jours avent son arivée, en aient reseu Thordre de Monsieur de S<-Mars, lequel prisonnier sera servy et sounié par M' de Rosarges, que Monsieur le Gouverneur norira^. Dans un second registre, le pendant du premier, où Du Junca 1. Histoire de France (Paris, 1858, in-8*), t. XIII, p. 46, note. 2. Bénigne d* Auvergne de Saint-Mars, seigneur de Dixmonts et de Palteau, occupa le poste de gouverneur de la Bastille du 18 septembre 1698 jusqu'au 26 septembre 1708, date de sa mort. Voy. sa biographie par Fern. Bournon, la BasiUle (Paris, 1893, in-A»), p. 34. 3. Aujourd'hui appelées les lies de Lérins (dép. des Alpes-Maritimes). Petit archipel composé de quelques îlots inhabités et de deux îles principales dont la plus grande, Sainte-Marguerite, donnait, sous Tancien régime, son nom au groupe tout entier. 4. G'est-à-dire au troisième étage de la tour de la Bertaudière. Fern. Bour- non, la Bastille, p. 34. 5. BibL de V Arsenal, ms. 5133, fol. 37 ▼•. L*HOMME AU MASQUE DE VELOURS NOIR. 255 consignait les détails concernant la mise en liberté ou les décès des prisonniers, nous lisons, à la date du 49 novembre 4703 : Du mesme jour, lundy i9™« de novembre 1703, le prisonnier inconnu, touiours masqué d'un masque de velours noir, que Monsieur de S*-Mars, gouverneur, a mené avec que luy en venant des illes Sainte- Marguerite, quil gardet depuis longtemps, lequel sétant trouvé bier un peu mal en sortant de la messe, il est mort se jour duy, sur les dix bures du soir, sans avoir eu unne grande maladie, il ne se put pas moins; M. Giraut, nottre bomonier, le confessa bier, sur pris de sa mort ; il n'a point reseu les sacremens et nottre bomonier Ta exorté un momant avend que de mourir, et se prisonnier inconeu, gardé depuis si lontamps, a esté enteré le mardy, à quattre bures de Taprès midy, 20»« novembre, dans le semetière S'-Paul, nottre paroisse; sur le registre mortuel, on a donné un nom ausy inconeu, que monsieur de Rosarges, major, et Ârreil, sieurgien, qui bont signé sur le registre. Et en marge : Je apris du depuis con Tavet nomé sur le registre M' de Marcbiel, que on a paie 40 livres danteremant ^ . Les registres de Du Junca étaient conservés dans les anciennes archives de la Bastille, d^où ils ont passé à la bibliothèque de l'Arse- nal. Us sont rédigés d^une grosse écriture de soldat peu habile à manier la plume ; l'orthographe en est grossière, ainsi qu'on a pu en juger par le fragment ci-dessus reproduit lettre pour lettre; mais les faits y sont rapportés avec précision et se sont toujours trouvés exacts quand on a cherché à les contrôler. Ce précieux « journal, » pour reprendre l'expression de M. Fern. Bournon^, qui servait au lieutenant de roi de livre d'écrou, n'est pas le seul manuscrit dû à la plume de Du Junca que la bibliothèque de PArsenal ait conservé. Nous avons encore de lui un exposé, sous forme de doléances, des fonctions du lieutenant de roi à la Bastille^; une pétition au roi en vue de la création d'une charge de commissaire de guerre à la Bastille et à Vincennes pour faire les revues des gar- nisons'*, charge dont lui, Du Junca, aurait naturellement été revêtu ; plusieurs états de prisonniers dressés en vue de la comptabilité^, enfln quelques notices et comptes d'un caractère privé ^. 1. Bibl. de l'Arsenal, ms. 5134, fol. 80 v*. 2. Fern. Bouraon, la Bastille, p. 156. 3. Cahier iii-4* annexé an journal de Da Janca, Bibl. de l'Arsenalj ms. 5134, pobl. par Fern. Boumon, p. 267-70. 4. Bibl, de V Arsenal, ms. 12612, pabl. par Fern. Bournon, p. 96, note. 5. ÉtaU des années 1704-1706. Bibl. de l'Arsenal, ms. 12574. 6. Bibl. de VArsenal, ms. 12629. 256 mfLANGBS BT DOCUlIBllTS. Nommé, le 40 octobre 4690, lieutenant de roi à la Bastille, où il entra en fonctions dès le 4 4 \ Etienne Du Junca mourut le 29 sep- tembre 4706^. Ses registres s'arrêtent au 26 août 4705. Renneville, qui, durant sa détention, fut dans les meilleurs termes avec lui, nous apprend^ que Du Junca était gentilhomme, issu d'une famille de Gas- cogne, et qu'il était exempt des gardes lorsqu'il entra ofHder à la Bastille. Autant que nous en pouvons juger par les notices que nous avons conservées de lui. Du Junca fut un caractère scrupuleux, s'ac- quittant de ses fonctions avec une conscience extrême, mais, d'autre part, ombrageux et ne paraissant pas avoir vécu dans une intelligence parfaite avec les deux gouverneurs de la Bastille, François de Mont- lesun de Besmaux, puis Bénigne d'Auvergne de Saint-Mars, sous les ordres desquels il se trouva successivement placé. Malgré le peu de culture littéraire dont témoigne le journal qu'il a rédigé, et qui n'éton- nera pas chez un soldat. Du Junca appartenait à la meilleure société; nous en avons pour preuve, outre le rang même de lieutenant de roi à la Bastille qu'il occupait, la correspondance de M"^"* de Goulanges avec M"'"' de Grignan, où Du Junca est cité comme un ami de ces dames *. Ces quelques détails n'auront pas semblé inutiles, étant donnée l'importance prépondérante du journal de Du Junca dans Thistoire du Masque de fer. Les Ilotes de Chevalier. — Les extraits du journal de Du Junca imprimés ci-dessus ont été publiés pour la première fois en 4769 par le Père Griffet, dans son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité dans Vhisiaire^. Le Père Griffet était 1. BibL de l'Arsenal, ms. 5134, fol. 1, et cahier annexé, fol. 1. 2. Catal. des Archives de la BastUle (t. IX da Catal. des mss, de la BibL de VArsenal), p. 258. 3. L'Inquisition française (Amsterdam et Leyde, 1724, in-12), t. I, p. 77. 4. Lettre datée da 5 août 1703 de M"* de Goulanges à M"* de Grignan, Correspondance de if"* de Sévigné (coll. des Grands Écrlyains), X, 498. Le P. Griffet (cité ci-dessoas, édition de 1769, p. 294; édition de 1775, p. 307) dit qu'il est question de Du Junca dans les lettres de M"* de Sévigné ; il a sans doute fait confusion avec la lettre de M"* de Goulanges. 5. Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité dans Vhistoire, par le R. P. Henri Griffet. Liège, 1769, in-12. Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée. Rouen, 1775, in-12. La dissertation sur Thomme au masque remplit le chapitre xiii, lequel, avec le chapitre xn, est une suite du chapitre xi : c De la vérité dans les anecdotes. » Ge petit livre est très remar- quable pour l'époque, à cause de Tesprit critique ferme et pénétrant dont l'au- teur est doué. Yoy. également l'appréciation de M. Lair, Nicolas Foucquet, II, 533-34. Ges qualité, jointes aux fonctions du P. Griffet, qui pénétrait incessam- l'hOMMB au masque de ▼BLOniS NOIE. 257 aumônier de la Bastille et tenait ces documents du gouverneur Jour- dan de Launey en personne. Après les avoir transcrits, le Père Grif* fet ajoute : « De tout ce qui a été écrit sur cet homme au masque, rien ne peut être comparé pour la certitude à Tautorité de ce journal. G^est une pièce authentique, c^est un homme en place, un témoin oculaire qui rapporte ce qu'il a vu, dans un journal écrit tout entier de sa main, où il marquoit chaque jour ce qui se passoit sous ses yeux*. » Commentant les notes de Du Junca avec l'autorité qui lui appar- tenait et sa connaissance approfondie du régime des prisons d'État, et de la Bastille en particulier, le Père GrifiTet en tire ensuite plusieurs conséquences dont voici les plus importantes : « 4 * Que la chambre de l'homme au masque étoit mieux meublée que celle des autres pri- sonniers, puisqu'il y avoit eu des ordres pour la meubler envoyés par M. de Saint-Mars; ce qui ne peut s'entendre que d'un ameuble- ment plus riche et plus recherché que celui des autres chambres, sans quoi il n'eût pas été nécessaire d'envoyer pour cela des ordres exprès, puisque les chambres du château sont toujours iheublées, mais fort simplement; il falloit donc que l'on eût ordonné un ameu- blement particulier pour celui-ci ; 2® qu'en disant que ce prisonnier étoit nourri par Monsieur le gouverneur, M. Du Junca a voulu foire entendre, ou que le gouverneur mangeoit avec lui, ou que sa table étoit servie comme celle du gouverneur; car, du reste, il n^y a aucun prisonnier à la Bastille qui ne soit nourri par le gouverneur ^ M. Du Junca a donc voulu donner à entendre par cette expression que ce prisonnier avoit, à Tégard de sa nourriture, des avantages et des dis- tinctions particulières^. » Enfin, à ces réflexions, le Père Griffet ajoute : c Le souvenir du prisonnier masqué se conservoit encore parmi les officiers, les soldats et les domestiques de la Bastille, lorsque M. de Launey, qui en a été longtemps gouverneur, y arriva pour occuper une place dans l'état- msgor de la garnison, et que ceux qui Pavoient vu avec son masque lorsqu'il passoit dans la cour pour se rendre à la messe disoient qu'il ment dans l'intériear même de la Bastille, où il fat confesseur des prisonniers de 1745 à 1764, donnent aux parties de son oarrage qui traitent du Masque de fer la plus grande râleur. — Fr. Raraisson {AreJUves de la BcuUUe, Toy. aux tables) a publié un certain nombre de lettres adressées par le P. Griffet au Ueutenant de police, dans lesquelles il lui rend compte de ses Yisites auprès des prisonniers. 1. Le P. Oriffet, édiUon de 1769, p. 297; édition de 1775, p. 309-10. 2. Le P. Griffet, édition de 1769, p. 296 ; édition de 1775, p. 308-9. RSV. HiSTOB. LVI. 2» FA8G. 17 258 BrfLANGES ET DOGOMKIfTS. y eut ordre, après sa mort, de brûler généralement tout ce qui av(Mt été à son usage, comme linge, habits, matelas, couvertures, etc., que Ton fit même regratter et reblanchir les murailles de la chambre où il étoit logé et que Ton en défit tous les carreaux pour y en mettre de nouveaux, tant on craignoit quMl n^eût trouvé mojen de cacher quelques billets ou quelque marque dont la découverte auroit pu Cure connoitre son nom^ » Le Père Griffet tenait directement ces détails des officiers de la Bastille, qu'il voyait presque journellement et parmi lesquels, car ceux-ci vivaient toujours en commun, la tradition de Thomme au masque s'était conservée très vivante. D'ailleurs, le témoignage du Père Griffet est confirmé d'une manière précise par la comparai- son que nous en pouvons faire avec les notes suivantes, rédigées par Henri Godillon, dit Chevalier, qui remplit la charge de major de la Bastille depuis 4749 jusqu'en 4787^, c'est-à-dire pendant près de trente-huit ans. Le major était dans Tadministràtion de la Bastille, non le personnage le plus élevé en grade, puisque au-dessus de lui étaient placés le gouverneur et le lieutenant de roi, mais le person- nage le plus important. Toute Tadministration intérieure, au moins en ce qui concernait les prisonniers, était en réalité dirigée par lui. Voici en quels termes M. Fern. Bournon, dans sa belle histoire de la Bastille, parie de Chevalier : « C'est le type du fonctionnaire dévoué, laborieux et qui n'ambitionne pas de sortir d'un rang un peu subal- terne. On ne saurait dire ce que Padministration de la Bastille a dû à son zèle et à sa parfaite connaissance d^un service difficile entre tous^. » Chevalier avait été chargé par le lieutenant de police Berryer, dès Tannée 4749, d'un travail de classement des papiers les plus impor- tants conservés dans les archives de la Bastille, et, plus tard, par les ministres, d'écrire l'histoire même de la forteresse royale et de ses prisonniers. Il se mit au travail avec Pardeur qui le caractérisait, amassant des notes dans le dépôt d'archives et notant toutes les tra- ditions demeurées vivantes parmi ceux qui l'entouraient^. Les détails biographiques concernant les prisonniers qui avaient séjourné dans le château étaient disposés par lui sur de grands tableaux, divisés en colonnes, dont les en-têtes étaient imprimés. Voici le tableau consacré par Chevalier au Masque de fer : 1. Le P. Grififet, édition de 1769, p. 298-99; édiUon de 1775, p. 311. 2. CataL des Archives de la Bastille, p. 257. 3. Fern. Boarnon^ p. 101. 4. Oatal, des Archives de la Bastille, p. xxiv-xxvi. L HOMME AU MA8QUB DE VBLOimS HOFR. 259 Noms Dates Noms Dates Motif ET QUALITÉS DES DE LEURS Dl MBMIIOM LIS UCRiTAlim d'État qui ont CONTRXSiOlft DE LEURS DE LA DÉTENTION DES PRISONNIERS. entrées. LIS 0RDRI8. SORTIES. PRISONNIERS. Ancien pri- 18 Amené par Mort On ne Ta sonnier de Pi- septembre M' de 8t-Mars, le 19 jamais sçu, gnerol,donton 1698. dans sa litière, novembre non pins ne dit pas le lorsqu'il est ve- 1703. que son nom, obligé de nu prendre pos- nom. porter toujours session du gou- un masque de vernement. velours noir. Observations. C'est le fameux homme au masque que personne n^a jamais connu. 11 estoit traité arec une grande distinction par M. le gouverneur, et n'es- toit vu que de M. de Rosarges, major dudit château, qui seul en avoit soin ; il n'a point esté malade que quelqu 'heures, mort comme subitement. Enterré à Saint-Paul, le mardi 20* novembre 1703, à 4 heures^ après midy, sous le nom de Marchiergues. N*. Il a esté ensevely dans un drap blanc neuf qu'a donné le gouverneur. et généralement tout ce qui s'est trouvé dans sa chambre a \ esté brûlé, comme son lit tout entier, chaise, tables et autres ustanciles, ou fondu, et le tout jeté dans les latrines ^ Comme on le voit, le témoignage du Père Griffet concorde bien avec ce que le major Chevalier dit de la manière distinguée avec laquelle le prisonnier était traité. Les deux textes rapprochés se soutiennent ; encore faut-il les joindre au témoignage de Voltaire, qui fut à la Bas- tille en 4 7i 7, et qui rapporte les propos de Bemaville, le successeur immédiat de Saint-Mars au gouvernement du château^. Bernaville i. Tableau rédigé par le major Chevalier pour servir à l'histoire de la Bas- tiUe, orig. BUU, de V Arsenal, ms. 12716. Ce document a été publié une première fois par Carra sans indication de provenance {Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille, I, 316-17). 11 a été réimprimé sous forme de tableau par M. Fern. Bon mon, la Bastille, p. 157. Le renvoi de M. Boumon {Bibl. de r Arsenal, ms. 12541) n'est plus exact aujourd'hui, la note ayant été prise par lui à un moment où le fonds était en voie de classement. 2. Voltaire entra à la Bastille le 16 mai 1717 en vertu d'une lettre d'antici- paUon ; la lettre de cachet est datée du 17, ce qui a trompé plusieurs historiens. Il en sortit le 14 avril 1718; l'ordre du roi est daté du 11; cf. Bibl. de V Arse- nal, ms. 10633. BernavUle mourut le 8 décembre 1714. On sait que le poète fut embastillé une seconde fois en 1726. 258 BrfLANGES ET DOGOHKIfTS. y eut ordre, après sa mort, de brûler généralement tout ce qui av* * I* • I * * 266 wfLÂiiGBs ET DociniBirrs. EnSn, le trait du drap blanc dans lequel Saint-Mars fit envelopper le corps du prisonnier, quand celui-ci fût mort à la Bastille, frappa l'imagination et fut développé à son tour en un goût extraordinaire que le prisonnier aurait eu pour le linge de la plus grande finesse et pour les dentelles de prix ; ce qui devait prouver que l'homme au masque était un fils d^Anne d'Autriche, laquelle aimait d'une manière particulière, affirmait-on, les dentelles précieuses et le linge fin. G^est Voltaire, le grand ironiste, qui popularisa cette histoire empruntée aux Mémoires secrets pour servir à V histoire de la Perse, parus en 4745. Quelques mois après la mort de Mazarin, écrit-il dans son Siècle de Louis II V, il arriva un événement qui n'a point d'exemples; et, ce qui est non moins étrange, c'est que tous les historiens l'ont ignoré. On envoya dans le plus grand secret au château de l'île Sainte-Mar- guerite, dans la mer de Provence, un prisonnier inconnu, d'une taille au-dessus de l'ordinaire, jeune et de la figure la plus belle et la plus noble. Ce prisonnier, dans la route, portait un masque dont la men- tonnière avait des ressorts d'acier qui lui laissaient la liberté de man- ger avec le masque sur son visage. On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. Il resta dans l'île jusqu'à ce qu'un officier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouver- neur de la Bastille, l'an 1690, l'alla prendre à l'île Sainte-Marguerite et le conduisit à la Bastille, toujours masqué. Le marquis de Louvois alla le voir dans cette île, avant la translation, et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu'on peut l'être dans ce château. On ne lui refusait rien de ce qu'il demandait. Son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. Il jouait de la guitare. On lui faisait la plus grande cbère, et le gouverneur s'asseyait rarement devant lui. Un vieux médecin de la Bastille, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu'il n'avait jamais vu son visage, quoiqu'il eût souvent examiné sa langue et le reste de son corps. Il était admirablement bien fait, disait ce médecin; sa peau était un peu brune; il intéressait par le seul ton de sa voix, ne se plaignait jamais de son état et ne faisait point entrevoir ce qu'il pouvait être*. 1. Le Siècle de Louis XI Vy édition Rébelliau, p. 394-95. — Voltaire a ajouté à ce récit ane note qai est digne de plas d'attention : c Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle et qui a appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j'avance, et M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, me l'a souvent confirmé, i Voltaire s'entretint donc de l'homme au masque avec Bernavllle. Nous avons dit que Voltaire fut mis à la Bastille, une première fois en 1719, une seconde fois en 1726. Son témoignage doit être rapproché de ceux da major Chevalier, do Père Griifet et de M. de Paltean, cités ci- dessu^. IJs :témoignent unanimement, avec les exagérations de la tradition, k'hohme au masque de yeloubs noie. 267 Ayant vu Timpression produite par ces déclarations, Voltaire s'en- hardit et, dans la première édition de ses Qt^stions sur r encyclopédie par des amateurs^ insinua qu'on avait recouvert le visage du prison- nier d'un masque de peur qu'un indiscret ne reconnût dans ses traits quelque ressemblance trop firappante^. L'article Ana, où ces réflexions étaient insérées, reparut dans l'édition de 'l 77^1 ^, suivi cette fois, sous forme d'une addition de i^éditeur, d'une note où Voltaire déclarait que rbomme au masque avait été un frère utérin de Louis XIV, fils de Mazarin et d'Anne d'Autriche et aîné du roi. Le cardinal et la reine avaient fait élever leur enfant en secret, ce dont on n'aurait pas lieu d'être surpris; mais, après la mort du ministre, Louis XIV avait découvert la vérité et fait enfermer le jeune homme avec un masque sur la figure à cause de la ressemblance qui existait entre eux deux^. Une fois la carpe dans l'étang, elle ne tarda pas à faire des petits, qui grandirent à leur tour et prirent un monstrueux développement. On lit dans les mémoires du duc de Richelieu, rédigés par son secrétaire, Tabbé Soulavie, que M"^ de Valois, fille du Régent et à cette date maltresse de Richelieu, sur les instances de celui-ci, aurait consenti à se prostituer à son père, — la tradition veut que le régent ait été amoureux de sa fille, — pour avoir communication d'une notice rédigée par Saint-Mars sur le Masque de fer. D'après ce récit, que l'auteur des Mémoires imprime en entier, Louis XIV serait né à midi et, le soir à huit heures et demie, pendant le souper du roi, la reine serait accouchée d'un second fils, qu^on aurait fait disparaître pour éviter des dissensions ultérieures dans l'État'. des égards dont l'homme aa masque était entoaré. Les matériaux pour le Siècle de Louis XIV furent réunis entre 1733 et 1739, et Touvrage fut publié pour la première fois en 1751 ; cf. Bengesco, I, 340. 1. S. 1. (Genève), 1770-1771, in-8-. 2. I. 253. 3. Questions sur l'encyclopédie par des amateurs, nouvelle édition, soigneu- sement revue, corrigée et augmentée. S. 1. (Genève), 1771-1772, in-8*. 4. Voltaire, Dictionnaire philosophique (où les Q!uestions sur Vencyelopédie ont été fondues), art. Àna, édition de 1825, 1. 1, p. 371-76. — La version adoptée par le célèbre historien anglais David Hume et par le marquis de Louche t {Remarques sur U Masque de fer\ par Regnaull-Warin {VHomme au masque de fer. Paris, 1804, in-12), ne dififère de la version de Voltaire qu'en ce que Mazarin est remplacé par Buckingham; cf. Marius Topin, p. U. — Voy. une note anecdotique dans la revue le LiorCy t. I (1880), p. 229, intitulée : une Amoureuse posthume du Masque de fer; U s'agit d'une princesse de Monaco quif sur ce qu'elle avait entendu dire de la parenté du prisonnier masqué et de Louis XIV, se serait, à distance, éprise du jeune captif. 5. Mémoires du maréchal de RiOielieu (Londres, 1790, in-8*), t. III, p. 74-113. — Il est à peine utile de faire observer que le prétendu mémoire rédigé par Saint-Mars est apocryphe. 268 KiLAlfGBS BT DOGUMBIITS. Le baron de Gleichen fait mieux^ II s'efforce de démontrer que œ serait le véritable héritier de la couronne qui aurait été enfermé au profit de l'enfant de la reine et du cardinal. Geux-d, devenus les maîtres après la mort du roi, auraient substitué leur fils au dauphin, ce qu'aurait facilité une ressemblance extrême entre les enfonts*. On voit d^un coup d^œil la conséquence de ce système, qui annule la légitimité des derniers Bourbons. Sur cette voie, l'imagination ne devait plus s'arrêter. Le bouquet s'épanouit au temps du premier Empire. L'on vit alors paraître des brochures où la version du baron de Gleichen était reprise. Louis XTV n^avait été qu'un bâtard, fils d'étrangers, mais l'héritier légitime avait été enfermé aux îles Sainte-Marguerite, où il s'était marié à la fille d'un de ses gardiens et avait fait souche dont l'empereur en personne était le rejeton direct 3. La légitimité de Napoléon l" sur le trône de France établie par le Masque de fer : le grand Dumas n'a pas trouvé cela! Puisqu^il s'agissait de mystère et de machinations ténébreuses, les Jésuites ne pouvaient rester hors Paffaire. On songea tout d'abord au jeune homme qui aurait été enfermé, à leur instigation, pour avoir écrit deux vers contre eux^. Mais cette conception a été largement 1. Souvenirs du baron Ch,'H. de Gleichent précédés d'une notice par Paul Grimblot. Paris, 1869, in-12. — Le baron de Gleichen, né en 1733, mort en 1807, avait été ambassadeur du roi de Danemark en Espagne et en France. 2. La même thèse est soutenue dans un mémoire manuscrit rédigé sous forme de lettre à M. P. Geymet, sous-préfet, par J.-Rod. Peyran (Pomaret, 6 ventôse an XI), conservé aux Archives nationales, M 747, n* 10. 3. L'existence de ces brochures et placards nous a été signalée par M. Fré* maux, l'érudit lillois qui a fait paraître dans les Souvenirs de la Flandre ioal- lonne des recherches généalogiques appréciées. Dans ï Intermédiaire des chef' cheurs de 1864 (col. 106], Th. Pasquier donne à ce sujet des détails : c Dès que l'enfant fut sevré, le gouverneur des lies Sainte-Marguerite le fit passer en Corse, en le confiant à une personne de confiance, comme un enfant venant de bonne part, en italien de Buona-parte, i Ce qui paraîtra inouï, c'est qu'il s'est trouvé des hommes pour prendre ces histoires au sérieux. On lit, dans un manifeste vendéen répandu parmi les Chouans en nivôse an IX : c II ne faut pas que le parti royaliste se fie aux assurances données par quelques émissaires de Bonaparte, qui n'a pris le trône que pour le restituer aux Bourbons;... tout démontre qu'il n'attend que la pacification générale pour se déclarer et qu'il veut fonder son droit sur sa naissance des enfants du Masque de fer i {Inter^ médiaire, ann. 1865, col. 171). 4. C'est Renneville qui répandit cette histoire dans le pubtic, comme beaucoup d'autres du même genre. Il assure qu'un des porte-clefs de la Bastille, nommé Ru, lui avait appris que l'homme au masque était détenu c depuis trente et un ans et que M. de Saint-Mars l'avoit amené avec lui des Ues Sainte-Marguerite, où il étoit condamné à une prison perpétuelle pour avoir fait, étant écolier, âgé l'homme au masque de TBL0U18 NOIR. 269 dépassée par un travail publié en i 885 sous le pseudonyme « Ubalde, » où nous trouvons cette conclusion : « Plus j'y réfléchis, plus je con- sulte toutes les pièces que je viens de faire passer les unes après les autres sous les yeux du lecteur, plus je crois reconnaître dans rbomme au masque de fer, sans arrière-pensée, sans esprit de sys- tème ni entêtement aucun de ma part, J.-B. Poquelin de Molière. » Les Jésuites s'étaient vengés du Tartufe^ I m. — Les incARNATioNs successives du Masque de feb. « Jamais dieu de Flnde, » dit Paul de Saint- Victor^ en parlant de l'homme au masque, « ne subit tant de métempsycoses et tant d'ava* tars. » Nous n'énumérerons même pas toutes les individualités avec lesquelles on a voulu identifier le Masque de fer ; on a été chercher jusqu'à des femmes. Nous nous contenterons de passer rapidement en revue les hypothèses qui ont trouvé le plus de créance dans le public ou celles qui ont été défendues par les travaux les plus sérieux, pour arriver finalement à Tidentification, — on verra que c'est une de celles qui ont été proposées anciennement, — que THistoire, sans hésitation, pourra dire la vraie. Vn frère de Louis XIV. — L'idée de Voltaire est abandonnée depuis un siècle. Les derniers érudits qui s^y soient arrêtés' sont ceux de l'époque révolutionnaire : Charpentier, dans la Bastille dévoi- lée^, Carra, dans les Mémoires historiques sur la Bastille^, etMiilin, dans ses Antiquités nationales^. L'idée a cependant bien séduit de doDze à treize ans, deux vers contre les Jésoites. > Vinquisition /rançoite (Leyde, 1724, in-lS], t I, p. zlyu. 1. Le Secret du Masque de fer, étude sur les dernières années de la vie de J.'B, Poquelin de Molière (1664-1793), par Ubalde. Bordeaux et Orléans, 1883, in-8* de 31 p. — Dans one lettre qae publia le Moliériste de 1883 (p. 333), M. J. Loiseleur désigna M. Anatole Loquin comme Fauteur de cette plaquette. M. Anatole Loquin, « de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bor- deaux, I répondit par une note, également insérée dans le Moliériste (ann. 1883, p. 367-68), où il ne c s'avoue pas n Fauteur de la brochure, mais laisse au lec- teur la conviction que M. Loiseleur avait dit vrai. — Nous devons à M. Georges Mon val, archiviste- bibliothécaire de la Comédie-Française, nos vifs remercie- ments pour la bonne grAce avec laquelle il nous a ouvert son précieux dépôt. 2. Anciens et modernes, p. 172. 3. Nous ne citons que les érudits dignes de ce nom. 4. La Bastille dévoilée, publication anonyme (par Charpentier, avec le con- cours de Ifanuel), IX* livraison. Paris, 1790, in-8* de 180 p. 5. Mémoires historiques et atUhentiques sur la Bastilley 1. 1, p. 315-24, publi- cation anonyme (par J.-L. Carra, bibUothécaire à la Bibliothèque du roi). Paris, 1789, in-8*. 6. Paris, 1790, in-4*, 1. 1, p. 8-10. Mentionnons encore pour mémohre Fopuscole 270 MELANGES ET DOGUMSIITS. Mîchelet, mais Tabsence de preuves l'a foit reculer, et il a conclu par un point d'interrogation. Alexandre Dumas, écrivant le Vicomte de Bragelonne^ Fournier et Arnould, écrivant le Masque de fer pour rOdéon, où la pièce eut grand succès en \ 834 , n'ont pas eu les mêmes scrupules; aussi cette version est-elle la plus répandue. MariusTopin a pris le soin de réfuter surabondamment les difiTérentes formes du système; il serait oiseux d'y revenir ^ Aussi bien, le seul fondement sur lequel l'hypothèse avait été posée, à savoir la déférence extraordinaire avec laquelle le gouverneur aurait traité son prisonnier, lui parlant toujours debout, tête nue, et le servant en personne, a-t-il croulé sous la publication des documents relatifs au régime des prisonniers aux îles Sainte-Marguerite. Citons la pièce suivante, à cause de son importance pour la question qui va nous occuper. C'est une lettre adressée, en date du 6 janvier \ 696, par Saint-Mars, alors gouverneur du château des îles Sainte-Margue- rite, au ministre Barbezieux : Monseigneur, Vous me commandés de vous dire commant Ton en euze quant je suis apsent, ou malade, pour les visites et précautions qui se font jour- nellement aux prisonniers qui sont commis à ma garde. Mes deux lieutenants servent à manger aux heures réglées, ainsi qu'ils me Tout vu pratiquer et que je fais encore très souvent lorsque je me porte bien. Le premier venu de mes lieutenants, quy prend les clefs de la prison de mon ensien prisonnier, par où l'on commence, il ouvre les trois portes et entre dans la chambre du prisonnier, quy iuy remet honnestement les plats et assiettes qu'il a mis les unnes sur les autres, pour les don- ner entre les mains du lieutenant quy ne fait que de sortir deux portes pour les remettre à un de mes sergents, qui les resoit pour les porter sur une table à deux pas de là, où est le segond lieutenant qui visite tout ce quy entre et sort de la prison, et voir s'il n'y a rien d'écrit sur les vaisselles ; et, après que l'on Iuy a tout donné le nécessaire, l'on fait la visite dedans et dessous son lit, et de là aux grilles des fenêtres de sa chambre, et fort souvent sur Iuy; après Iuy avoir demandé fort civilement s'il n'a pas besoin d'autre chose, l'on ferme les portes pour aller en faire tout autant aux autres prisonniers. Deux fois la semaine, l'on leur fait changer de linge de table, ainsi que de chemise et linges dont ils se servent, que l'on leur donne et retire par compte, après les avoir tous bien visités. L'on peut être fort attrappé sur le linge qu'on sort et entre pour le de Saint-Mihiel, le Véritable homme dit au masque de fer (Strasbourg, 1790, in-8*)y qui conclut également à un fils de Mazarin et d'Anne d'Autriche. 1. L'Homme au masque de fer, p. 10-70. L'hOMHB au masque de VEL0U18 NOIR. 274 service des piisonniers qui sont de considération, comme j*en ay eu qui ont voulu corrompre par argent les blanchisseuses, qui m'ont avoué qu'elles n'avoient pu faire ce que Ton leur avoit dit, attendu que je fesois moulier tout leur linge en sortant de leurs chambres, et, lorsqu'il étoit blanc et sec, la blanchisseuse venoit le passer et détirer chez moi, en présence d'un de mes lieutenants quy enfermoit les paniers dans un coffre jusque à ce qu'on le remît aux vallets de messieurs les prison- niers. Dans des bougies il y a beaucoup à se méfier : j'en ay trouvé où il avoit du papier au lieu de mèche en la rompant ou quant l'on s'en sert. J'en envoyois acheter à Turin à des boutiques, non affectée. Il est aussi très dangereux de sortir du ruban de chez un prisonnier, sur lequel il écrit comme sur du linge sans qu'on s'en aperçoive. Feu monsieur Fouquet faisoit de beau et bon papier, sur lequel je lui laissois écrire, et après j'allois le prendre la nuit, dans un petit sachet qu'il avoit cousu au fond de son haut-de-chausses, que j'envoyois à feu monseigneur votre pèi:e. Pour dernière précaution, l'on visite de temps à autre les prisonniers de jour et de nuit à des heures non réglées, où souvent l'on leur trouve qu'ils ont écrit sur de mauvais linge qu'il n'y a qu'eux qui le sauroient lire, comme vous avés vu par ceux que j'eus l'honneur de vous adresser*. L' « ancien prisonnier » dont il s'agit dans cette lettre est, comme nous le verrons plus loin, l'homme au masque. Certes, on lui parle « fort civilement; » mais, en voyant le détenu desservir lui-même sa table et ranger les assiettes par piles, nous sommes loin du cérémo* niai princier sur lequel s'est échafaudée la légende. Louis de Bourbon, comte de Vermandois. — L'hypothèse qui, après celle du frère aîné ou jumeau de Louis XIV, a le plus passionné l'opinion publique est celle qui faisait de l'homme au masque Louis, comte de Vermandois, amiral de France, fils de la gracieuse Louise de La Vallière. Les Mémoires secrets pour servir à V histoire de Perse, qui Airent imprimés à Amsterdam en \ 745 ^, rapportèrent les premiers, sous forme de récit à clef, l'histoire du soufQet donné au dauphin par le jeune comte de Vermandois, qui aurait été puni du crime de lèse-majesté par une détention perpétuelle. Le livre eut un succès prodigieux. La version émise conquit entièrement l'opinion publique, 1. Pabl. par Loiseleur, Trois énigmes, p. 310-11. 2. Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse. Amsterdam, 1745, in-12. On trouvera la clef du c jargon i dans Bargaud et Bazeries, p. 11-12. Ce rédt est le premier qui ait été imprimé sar le prisonnier masqné de la Bastille. C'est à tort que, dans son Dictionnaire phiJLosophiquey Voltaire revendique la priorité, le Siècle de Louis XIV n'ayant paru qu'en 1751. Les Mémoires secrets sont anonymes ; on les a attribués successivement à différents auteurs et le plus vraisemblablement à M"* de Vieux-Maisons. 272 idLlNGBS BT DOGUMBHTS. et un détail y contribua beaucoup. Louis de Yermandois avait été amiral de France, et, sur le registre de l'église Saint-Paul, on lisait, — fautivement, comme nous verrons, — dans Facte d^inhumafion du prisonnier mystérieux, le nom a Marcbiali, » où l'on découvrit Tana*- gramme de « hic amiral. » Le Père Griffet lui-même adopta Topinion, qui fut également celle du major Gbevaller et des officiers de la Bas- tille, comme en témoigne une note manuscrite conservée à la biblio- thèque de r Arsenal . Cette hypothèse est réfutée en une ligne : « Le comte de Yer- mandois mourut à Gourtrai, d'une fièvre maligne, le 48 novembre 1683 >. i> Lr due de MotUmouth. — Réfutation semblable du système qui identifie le Masque de fer avec le duc de Montmouth, bâtard de Charles II et de Lucie Walters. Montmouth mourut sur réchafàud, à Londres, en i 685, comme il ressort, entre autres preuves irrécusables, des dépèches rédigées par l'ambassadeur de Louis XIV. On sait que Montmouth fut mis à la tête du parti qui, dès les premiers mois de son règne, chercha à renverser Jacques II. Le « système Montmouth » fut préconisé et défendu avec beaucoup de vivacité par PouUain de Saint-Foix^ Il fut aussitôt attaqué par le Père Grifibt; Saint-Foix répondit-, le Père Grifibt riposta; Saint-Foix répliqua de plus belle ^. La polémique est le pendant de celle qui s'est engagée cent ans plus tard entre MM. Marins Topin et Jules Loiseleur, avec cette diSérenoe que, dans cette dernière, l'un des deux champions défendait la vérité». Le duc de Beaufort. — « Gomme Montmouth, prince royal et issu d'une liaison illégitime, aventurier comme Montmouth, François de 1. Bibl. de r Arsenal f ms. 5134, cahier de notes intercalé après le foL 80. — En 1789, une plaquette anonyme. Intitulée Recueil fidelle de plusieurs fimntu- criis trouvés à la Bastille dont un concerne spécialement Vhomme au nuuque de fer (Paris, 1789, in-8* de 24 p.), publia, parmi des lettres de cachet anthen- tiques, une notice — apocryphe, est-il besoin de le dire ? — que le comte de Yermandois aurait écrite à la Bastille le 2 octobre 1701. 2. Fem. Bournon, la Bastille^ p. 158, note. 3. Lettre de M. de Saint-Foix au sujet de Vhomme au masque de fer. Amsterdam (Paris, chez Vente), 1768, in-12. Voir le compte-rendu du liTre par Fréron dans VAnnée littéraire, ann. 1768, t. IV, p. 73-85. Fréron admet les conclusions de Saint-Foix. 4. Saint-Foix a réuni les principales pièces du débat en appendice au tome VI (p. 339-482] de ses Essais historiques sur Paris. Paris, 1776, in-12. 5. Montmouth trouva encore un partisan en 1789, qui publia une plaquette anonyme (in-8° de 8 p.) intitulée le Véritable Masque de fer diaprés les arehives de la Bastate. l'hommb au masque db tblours noib. 273 Vendôme, duc de Beaufort, a eu, comme Hontmoutb, le rare privi- lège d'être assez aimé du peuple pour qu'on ait longtemps douté de sa mort. Dix ans après l'expédition de Candie, où il disparut, les femmes de la Halle faisaient encore dire des messes, non pour le repos de son âme, mais pour le prompt retour de sa personne, et ces doutes persistants ont valu à Beaufort, comme à Montmouth, l'hon- neur d'être compté parmi ceux en qui l'on a vu le mystérieux per- sonnage des lies Sainte-Marguerite ^ » On sût le rôle du rot des Halles sous la Fronde. Louis XIV aurait voulu éviter le retour de mouvements semblables en faisant incarcé- rer le célèbre agitateur. Lagrange-Gbancel mit du talent à imaginer et défendre ce système ^ et, comme il avait été lui-même prisonnier aux lies Sainte-Marguerite, où il disait avoir été exactement rensei- gné par le gouverneur des lies , M. de La Motte-Guérin , il trouva beaucoup d'oreilles ouvertes. Dans son Plan de Vhistoire générale et particulière de la monarchie franpoise, l'abbé Lenglet-Dufresnoy cite son opinion sans oser se prononcer^. Marins Topin a démontré que le duc de Beaufort était mort au siège de Candie le 25 juin 4669^, ce qui, d'ailleurs, n'était plus mis sérieusement en doute. Avédick, patriarche arménien de Constantinople et de Jérusalem. — « J'ai découvert l'homme au masque de fer, s'écrie le chevalier de Taules, et il est de mon devoir de rendre compte à l'Europe et à la postérité de ma découverte'! » Ce fut la lecture d'un mémoire, manuscrit et inédit, rédigé par le marquis de Bonnac, ambassadeur de France à Constantinople, qui révéla au chevalier de Taules l'his- toire de l'enlèvement du grand patriarche arménien, opéré à Chio, par les soins du vice-consul français, assisté du Père Jésuite Favil- lon, et à l'instigation de l'ambassadeur de France à Constantinople, M. de Ferriol, l'un des prédécesseurs du marquis de Bonnac, lequel était lui-même animé par le Père Braconnier, supérieur de la mission 1. Topio, op. cU,y p. 116. 2. Lettre à Fréron, datée de Périgoeox, 4 jain 1758, insérée dans rànnée Uttéraire, ann. 1759, t. 111, p. 188-95. 3. Lenglel-Dofresnoy, Plan de Vhistoire générale et particuUère de la monarchie françoise, t. 111 (Paris, 1753, in-12), p. 268-69. 4. Op. cit., p. 138-40. '5. L'Homme au nuuque de fer, mémoire historique où l'on réfute les diffé- rentes opinions relatives à ce personnage mystérieux et où l'on démontre que ce particulier fut une victime des Jésuites, par feu le chevalier de Tanlès. Paris, 1825, in-8*. — La même année parut un autre opuscule du chevalier de Taules intitulé : le Masque de fer, ou réfutation de Vouvrage de M. Roux- Faiillac et réfutation également de l'ouvrage de M. /. Delort, qui n'est que le développement de cdui de M. Roux-FœtUlac. Paris, 1825, in-S"*. ReV. HiSTOR. LVI. 2^ FASC. 18 Vt lliLAlfGBS ET DOGUlfEIlTS. des Jésuites dans le Levant. Le mémoire du marquis de Bonnac vient d'être publié par H. Charles Schéfer pour la Société d'histoire diplo- matique; voici le passage en question^ ; « Ce patriarche étoit Tennemi mortel de notre religion et Pauteor de la cruelle persécution que les Arméniens catholiques avoient souf- ferte ; ceux-ci^ à force d^argent, trouvèrent moyen de le faire exiler. Cela fût fkit par le conseil du Père Braconnier, jésuite, qui étoit à Chio. Ils imaginèrent que, pour se défaire entièrement de cet homme, il Moit gagner le chiaoux qui étoit chargé de le conduire en exil, faire trouver une barque française, à la hauteur de Chio, qui le con- duiroit en France, où il seroit mis dans une prison d'État, d^où il ne pourroit jamais sortir. Cette entreprise, toute extraordinaire qu'elle paroisse, fut fort bien conduite par le sieur Bonnat, pour lors vice» consul à Chio. Avédick passa en France : il fut conduit d'abord au Hont-Saint-Michel et de là à la Bastille, où il est mort. » Il faut lire cette histoire, exposée en détail, dans le livre deMarius Topin. On y verra les excès monstrueux où le fanatisme peut entnd- ner des hommes civilisés. Nous laissons à penser le retentissement qu'eurent les révélations du chevalier de Taules avant môme que l'auteur les eût publiées. Quand Yergennes entra aux Affaires étran- gères, il ordonna à ce sujet des recherches dans les archives et bien- tôt fit savoir qu'en effet Avédick avait été enlevé dans les conditions indiquées, mais postérieurement à 4706, et qu'il ne pouvait donc être identifié avec le Masque de fer, qui avait été à la Bastille de 4698 à 4703. Ce fût pour le chevalier de Taules un coup de foudre. « Jamais peut-être, écrit-il, rien ne m'avoit paru d'une si grande évidence. Je ne sentois pas plus clairement mon existence que je ne reconnoissois le patriarche dans tous les traits du Masque de fer. » Marins Topin a montré depuis comment, enfermé à la Bastille, le vénérable patriarche Ait amené à faire son abjuration, le 22 septembre 4740, entre les mains du cardinal de Noailles, archevêque de Paris; il fut mis en liberté et mourut misérablement le 24 juillet 4 74 4 , à un âge avancé, dans une petite maison de la rue Férou '. Telles sont les solutions proposées sous l'ancien régime pour l'iden- tification de l'homme au masque de velours; nous en avons réservé une que nous examinerons la dernière. Nicolas Foucquet. — Les hypothèses produites de notre temps ont 1. Mémoire historique sur V ambassade de France à Consk^nUw^le^ par le marquis de Bonnac (Paris, 1894, iii*8*), p. 56. 2. Op. ciU^ p. 198. L^HOMIIB AU VASQUE DB YSLOURS NOIR. 275 serré la vérité de beaucoup plus près, parce que les écriyains ont pu consulter les pièces d'archives qui demeuraient autrefois soustraites à la curiosité publique. Au moins Foucquet, dont le bibliophile Jacob (Paul Lacroix) a défendu la candidature avec beaucoup d^ardeur^ a^t-il réellement été Tun des prisonniers de Saint-Mars au château de Pignerol; mais H. Lair a montré que Foucquet était mort à Pigne- roi, d'une sorte d'apoplexie, le 23 mars 4 680 ', au moment où, à la oour même , on songeait à renvoyer aux eaux de Bourbon , ce qui devait constituer un premier pas vers la liberté définitive. Le comte de Keroualze. — François Ravaisson, le savant et char- mant conservateur à la bibliothèque de TArsenal, dont nous avons eu rbonneur de continuer le travail de classement des archives de la Bastille et dont Topinion avait grande valeur, car nul n*a mieux connu le régime des anciennes prisons d'État, avait songé un moment que l'homme au masque pouvait avoir été Sébastien de Penancoet, comte de Keroualze, jeune enseigne de vaisseau, qui avait combattu à Can- die sous les ordres de Famiral de Beaufort^ au retour de l'expédition, Keroualze aurait été débarqué prisonnier sur la côte de Provence et conduit à Pignerol. On ne voit guère les motifs qui auraient pu déterminer Louis XIY à condamner le jeune enseigne à une prison perpétuelle; aussi Ravaisson a-t-il exposé son hypothèse timidement^. Dans la suite, il fut amené à y renoncer lui-même; nous n'avons pas à insister. Un espion obscur arrêté par Catinat en 4684. — Telle a été la con- clusion de M. Jules Loiseleur, esprit sagace et méthodique, à la suite de sa brillante polémique avec Marins Topin^ sur l'homme au masque; mais son contradicteur le réfuta de la manière la plus imprévue et piquante en retrouvant Catinat dans le prisonnier même que, selon M. Loiseleur, Catinat avait dû arrêter. 1. Histoire de rhomme au masque de fer, par Paol-L. Jacob, bibliophile ; noQTelIe édiUon. Paris, 1840, iii-12. — Une plaqaette anonyme, inUtniée V Homme au masque de fer dévoilé, d'après une noie trouvée dans les papiers de la Bastille (Paris, s. d. (1789), in-16 de 7 p.)» avait déjà soatena cette opi- nion. Voici cette note : c 64389000. Foacquet arrivant des isles Sainte-Marguerite avec un masque de fer. i C'était une mystification. La plaquette en question est conservée à la Bibliothèque de la vUle de Paris sous la cote 9058. 2. J. Lair, Nicolas Foucquet, II, 472. 3. Fr. Ravaisson, Archives de la Bastille, t. X, p. v-xziu. 4. Les articles de M. Loiseleur ont paru dans la Revue contemporaêne de juillet-août 1867, p. 193-239, et du 15 février 1870; ceux de M. Topin dans le Correspondant de 1869-1870. Les deux adversaires ont groupé leurs principaux arguments dans leurs ouvrages Trois ^igmes historiques et THomme au masque de fer. 176 IliLilfGBS BT DOGÏÏlIBflTg» Louis de Oldendorf. — H. le général long a publié un gros volunœ^ bourré de notes et de faits, avec de beaux plans représentant Pigne- rol, Exiles, les lies Sainte-Marguerite, la Bastille ; il a fouillé à fond les archives du ministère de la guerre et mis au jour quantité de documents précieux, et il a abouti à cette conclusion que rhonune an masque avait été un espion et empoisonneur, Lorrain de naôssanœ, arrêté le 29 mars \ 673, dans une souricière, à Tun des passages de la Sonmie. Le système a déjà été réfuté par M. Lolseleur*, qui vdlle au seuil du secret du masque comme une sentinelle qui veillerait à la porte du Sphinx. Ainsi que Ta &it observer H. Lair 3, M. lung n'est même pas parvenu à faire entrer son candidat à PigneroL Un jacobin fou. — Un érudit de valeur, H. le baron Domemeo Carutti, membre de TÂcadémie des sciences de Turin, qui s'est bit connaître par des travaux considérables sur Thistoire de Savoie, a proposé récemment cette solution inattendue^. Ce jacobin, dont le nom est resté ignoré, était entré à Pîgnerol en \ 674. Le motif de sa détention ne nous est que vaguement connu par une lettre de Lou- vois, où il est dit que le prisonnier s'était rendu coupable d'abus de confiance. Ce personnage est, en eflèt, l'un de ceux sur lesquels ta critique pouvait se fixer. Un seul fait détruit la thèse de H. le baron Garutti : le jacobin mourut à Pignerol vers la fin de l'année 4693'. le lieutenant général Vivien Labbé deBulonde^. — C'est le livre de BIH. Emile Burgaud et commandant Bazeries qui vient de rouvrir avec beaucoup d'éclat la question, vieille de près de deux siècles, de l'identité du prisonnier masqué ; et, au premier moment, plus d'un crut que la solution était enfin définitivement révélée. Par un procédé d'une ingéniosité extrême, le conunandant Bazeries avait retrouvé la def du grand chiffre employé par Louis XIY en 4 694 , chiffre com- 1. E. long, la Vérité sur le masque de fer. Paris, 1873, in-S*. 2. Dans le journal le Temps, 1** et 2 mars 1873. Voy. anssi Dom. CaratU, Storia délia eUtà di Pinerolo, p. 454, note, et p. 457, note. 3. N. Foucquet, p. 538-39. Voy. enc M. le commandant Bazeries traduit par masque le chiffre « 330. d Pourquoi? c*est la seule fois que ce chiffre est employé dans toute la correspondance'. La seule lecture de cette dépêche aurait d'ailleurs dâ arrêter MM. Burgaud et Bazeries. Un prisonnier d^État qui, dès le premier jour, a Tautorisation de se promener sur les remparts, même avec un masque, n'est pas condamné à une détention rigou- reuse. Un second point est plus grave encore. L^ « hypothèse Bulonde » était en contradiction avec le journal de Du Junca, le document fonda- mental. En effet, en 4 694 , date de l'entrée de Bulonde à Pignerol, Saint- Mars était à Exiles depuis dix ans; Bulonde ne pouvait donc pas avoir été c l'ancien prisonnier que Saint-Mars avoit à Pignerol. » Toute 1. Le Masque de fer, p. 3. 2. Cette observation a été faite presque unanimement par la critique. Étant donnée la grande autorité de M. le commandant Bazeries en matière de cryp- tologie, nous croyons devoir reproduire les observations qu'il nous adresse à ce sujet : c 1* 330 n'existant qu'une seule fois est un mot très rarement employé ; tous les mots mis en avant par la critique, gardien, surveillant, etc., sont à rejeter, tandis que masque convient à merveille; 2* un chiffre du 19 prai- rial an m, imprimé, existant aux Archives de la guerre, porte à la lettre M les mots : manque, mar, marchand, maréchal, marin, marque, marquis, masque; ce chiffre comprend t,200 groupes, celui de Louis XIV n'en avait que 600. Tel que j'ai reconstitué ce dernier, j'ai à la lettre M : manque, marque, masque. Or, cent ans plus tard, la nomenclature des mots se trouve être dou- blée, et tout fait présumer que les mots chiffrés sous Louis XIV ont été con- servés et simplement augmentés pour arriver à 1,200. Ceci est une raison sérieuse ; 3* il faut remarquer que gard (pour gardien) est dans les tables (214), que geôlier, surveillant, etc., auraient exigé plusieurs groupes, et qu'il n'y en a qu'un, 330; le doute n*est plus possible : c'est bien masque qu'il faut lire, i 278 mtLAmn n réplique, d'aOleiirs, a été arrêtée par fat pnMkatioB qae M. GeoAi; de Graadmaison a £ûte dans rUniven da 9 janfier deniBr et dm quittaiiees, roue en date da 4* décem b re ICM, laotre co dtfe di 28 novembre 4705, signées par le lieutenant généni de B&loBde ci personne. En 4699, Hiomme an masque était iwiiriB i é à la Bstib dans on isolement absolu; en 4705 il clait mort éepûs deux ans*. Bmsimeàe Damger. — Nous arrîYons à eeOe de tontes les lijp<xi de Pkiairgl cooE^i^oalt pour im une c sârecé leiatîie. > € Je sob sûr. » eerit Saint-Mars a LfiomiiSw c •inH ne me ^t**»^**»-^ point a sortir de sa ne. > Ce trait seni annit da arrêter M. Lair. Ljote et WnbsmJÊ w tzwnoac c be ptiiiot À •le la Ckfeitiifrt. n» ^ SsL t i. i. Uir. OL Ù4, «. 5«r Cl» ArtadSv fan S. Liîr ivanft v l'homme au MiSQUE DE YBLOVES NOOU 279 Dauger, en effet, ne peut pas être identifié avec le prisonnier au masque de velours noir^ pour plusieurs raisons, parmi lesquelles nous en choisirons trois, qui sont péremptoires : 4* Un feit hors de doute, c'est que Danger était un individu de la plus basse condition. Dans sa lettre datée du 19 juillet 4669, où LouYois annonce à Saint-Mars Parrivée du malheureux, il dit de le mettre dans un cachot, et, parlant des meubles : a CSomme ce n'est qu'un valet, il ne lui en faut pas de bien considérables ^ » Saint-Mars lui répond : « M. de Yauroy m'a remis entre mes mains le nommé Eustache Danger. Aussitôt que je Feus mis dans un lieu fort sûr, en attendant que le cachot que je lui fais préparer soit parachevé^ je lui dis, en présence de M. de Yauroy, que, s'il me parloit à moi ou à quelqu'autre diantre chose que de ses nécessités, je lui mettrois mon épée dans le ventre'. » Il fout savoir que le mot « cachot » désignait, dans les prisons d'État de l'ancien régime, des sortes de basses-fosses où l'on reléguait les individus de la pire espèce ou bien, momentané- ment et pour les punir, ceux des prisonniers mis dans les « cham- bres » qui avaient donné lieu à des plaintes. En 4 672, Saint-Mars proposa de mettre Danger comme valet au service d'un prisonnier de condition, et, effectivement, en 4675, Louvois consent à ce qu'il soit placé au service deFoucquet', qui se trouva alors avoir deux valets, Danger et un nommé La Rivière, prisonnier volontaire. Quand Fouc- quet mourut, les deux pauvres diables furent replacés dans un cachot, « un des cachots de la Tour d'en bas, » et traités à raison de cinquante livres par mois^, ce qui était peu ; à la Bastille, la moyenne était de trois cents livres. Saint-Mars appelle Danger et La Rivière ses deux « merles. » Il sufBra, écrit Louvois, a de les faire confesser une fois par an ; » puis le ministre estime que c'est encore trop et mande qu^il sufBra de faire confesser La Rivière et Danger « en péril de mort. » Au mois de juillet 4684, Saint-Mars passe du gouvernement de Pignerol à celui d^Exiles et emmène « ses deux merles, » La Rivière et Danger. Dans sa nouvelle demeure. Danger n'est pas mieux traité : « Vous pouvez faire habiller vos prisonniers, » écrit Louvois à Saint- Mars, le 44 décembre 4684, « mais il &ut que les habits durent trois ou quatre ans à ces sortes de gens-là'. » La Rivière mourut en jan- 1. Cité par Lair, II, 453. 2. Lettre de Saint-Mars à LouTois, en date da 21 août 1669, pabl. par Ronx- FazillaCy p. 105. 3. Lair, II, 454. 4. Lair, II, 477. 5. Topin, p. 332. 280 MiLiRCBS BT DOGOMBUTS. yier 1687^ et en février suivant Saint-Mars fût nommé aa goaveme- ment des îles Sainte-Marguerite ; il emmène Dauger, et il éerit à œ propos à Versailles « que le lit du prisonnier étoit si vieux et rompu que tout ce dont il se servoit, tant linge de tables que meubles, ne valoit pas la peine d'être emporté et avoit été vendu treize écus^ » Ck)mment se fît le transport? On enferma Danger, ainsi qu'on Fauraît foit d'un colis ^ dans une chaise hermétiquement close d'une Unie cirée qui fat portée par huit Piémontais se relayant quatre par quatre. Arrivé à Sainte-Marguerite, Saint-Mars écrit à Louvois : « Mon pri- sonnier estoit malade; à ce qu'il disoit, il n'avoit pas autant d'air qu'il Teût souhaité'. » A Sainte-Marguerite, observe M. Lair, on ne le réinstalla pas plus somptueusement'. Nous avons essayé de montrer ici même que, sous l'ancien régime et particulièrement sous Louis XIY, la Bastille était une prison de distinction, — La Harpe parle de sa noblesse, — et nos concluions ont été confirmées par le beau livre de M. Bournon. « Beaumanielle, » écrit en 4743 le ministre Yoysin au lieutenant de police d'Argenson, « ne mérite pas assez de ménagements pour être tiré du Ghâtelet, où il est, pour le transférer à la Bastille'*. » Nous lisons, dans un rapport adressé à Louis XIV, sur les prisonniers de la Bastille, vers 4 694 , — répoque même des événements qui nous occupent : — « Porcelet estoit allé en Italie, disant estre chargé par M. de Pontchartrain de négocier la paix. Il a paru malintentionné dans le temps que le peuple paroissoit agité à cause de la cherté du pain ; on peut l'envoyer dans un château pour y estre nourry à meilleur marché qu'à la Bas- tille'. » Or, dans cette Bastille, où c'était relativement une fitveur d'être placé, l'homme au masque était traité avec une distinction particulière; cela ressort des termes mêmes du journal de Du Junca, comme Tobserve, en connaissance de cause, le Père GriflTet. D^aiUeurs, les déclarations du major Chevalier, de Bemaville et du chevalier de Saint-Sauveur laissent le fait hors de doute. Ceux qui ont essayé de nier la distinction du prisonnier masqué, en faisant observer qu'il avait été logé dans une des tours et non dans les « appartements, » ignoraient le régime de la Bastille. On ne pouvait songer à mettre dans les « appartements » situés presque en dehors de la forteresse 1. Topin, p. 332. 2. Lettre de Saint-Mars, en date du 3 mai 1687, pnbl. par Delort, Masque, p. 284 ; cf. Ian& p. 408. 3. Lair, II, 480. 4. Lettre en date du 19 fémer 1713 ; pobl. par Ravaisson, Archives de la Bas* UUe, XIll, 69. 5. BiU. nat., ms. Glairambaolt 283, fol. 345. l'homme au MiSQUB DE TELOUBS ROIB. 284 les détenus condamnés à un secret rigoureux ou à une longue capti- vité ; les « appartements, » — ils étaient au nombre de deux, — ser- vaient à recevoir les gentilshommes sur le point de se battre en duel que les maréchaux de France faisaient arrêter; on y mit le jeune duc de Richelieu, qui « n'aimoit plus sa femme, r> et plus tard le fkmeux cardinal de Rohan, lors de 1 Waire du collier. Aussi les appartements étaient-ils rarement occupés * . Outre les deux « appartements, » il y avait à la Bastille les « chambres » et les « cachots, » ces derniers réservés, comme nous Pavons dit, aux misérables et aux indisciplinés'. L'homme au masque fût logé dans une des chambres, et la note exacte marquant la manière dont il fût traité est donnée par Du Junca, rapportant dans son « journal » qu'il était « soigné et servi » par le major Rosarges. M. de Rosarges était gentilhomme, ofBcier, major de la Bastille. Et il ne faut pas dire que Saint-Mars était réduit à employer ce dernier à cause du secret. Saint-Mars avait également emmené avec lui le porte-clefs Ru', lequel connaissait, comme Rosarges, tous les pri- sonniers des îles Sainte-Marguerite, et Ton ne peut douter qu'il s'en serait fié à lui pour le service de l'homme au masque si celui-ci n'avait été homme de qualité. Ces faits prouvent surabondamment que le mystérieux captif ne peut être identiOé avec Eustache Danger. 2® L'un des textes qui dominent l'histoire du prisonnier masqué est une dépêche adressée par Barbezieux à Saint-Mars en date du 47 novembre 4697; elle se termine par ces mots : « Vous n'avez d'autre conduite à tenir, à l'esgard de tous ceux qui sont confiés à vostre garde, que de continuer à veiller à leur seureté, sans vous expliquer à qui que ce soit de ce qu'a fait vostre ancien prisonnier^. » Cet c ancien prisonnier, » comme nous le verrons, est l'homme au masque. La meilleure volonté du monde n'adapterait pas cette phrase à ce que nous savons d'Eustache Danger. Quand celui-ci vint à Pignerol, son affaire était de si mince importance' que Saint-Mars 1. Voy. états des prisonniers de la Bastille, indiquant la chambre que cha- cun d'entre eux occupe. Bibl, de rArsenal, ms. 12580. 2. Voy. la BasUUe daprès ses arehiveSy dans la Retme historique, t. XLII (1890), p. 30-73 et 278.3ia 3. Lair, II, 484. 4. Publ. par Topin, p. 352. 5. n faut se tenir en garde contre certaines formules rigoureuses d'apparence qui sont contenues dans les lettres d'incarcération délivrées par le secrétaire d'État, enjoignant par exemple de Teiller sur le prisonnier en question, de ne le laisser communiquer avec personne, etc.; ce sont formules courantes dans le style des lettres de ce genre. Cette remarque, très juste, a été faite par M. Topin et II. Montaudon. Ce dernier en a produit des exemples frappants. 282 wiLàSGES BT IKMSOIIBIITS. voulut en foire un valet pour les autres prisonniers; et, effectivement, ainsi que nous venons de le dire, en 4675, Louvois le fit placer comme valet auprès de Foucquet, où il se trouva en rapport, non seulement avec l'ancien surintendant, mais avec un autre domestique, un prisonnier volontaire nommé La Rivière. On sait combien la rigueur de la détention de Foucquet fut adoucie dans les dernières années. En 4679, il reçoit journellement la visite de Gatinat, du marquis d'Herleville, des officiers en résidence à Pignerol. Il a per- mission de se promener, non seulement dans le donjon, mais par toute la citadelle, et Eustacbe Danger est autorisé à raccompagner^. La cour de Versailles en arrive même à envisager Téventualité de la mise en liberté de Foucquet ; il va être autorisé à aller faire une sai- son d*eau à Bourbon; — c^est à ce moment qu'il mourut. — Et M. Lair veut qu'en 4697 Barbezieux, envoyant à Saint-Mars ses recommandations sur la ligne de conduite à suivre vis-à-vis de ses différents prisonniers, n*en trouve d'autre à formuler que celle-ci : de ne s'expliquer à qui que ce soit de ce qu'aurait foit Danger! Pour- quoi insister? un chacun doit sentir que le masque de velours ne va pas sur la figure de ce valet. 3® Nous montrerons plus loin que Thomme au masque ftit trans- porté directement de Pignerol aux îles Sainte-Marguerite; or, Danger fût transféré en 4684 à Exiles, d'où il ne vint aux Des qu'en 4687. Arrivons enfin à la solution qui a été produite il y a plus d'un siècle et qui est la vraie, sans aucun doute. [y. — Le comte Hercule-Antoine Mattioli. Les défenseurs de l'hypothèse Mattioli. — Notre savant collègue M. Henry Martin, conservateur adjointe la bibliothèque de l'Arsenal, en apprenant que nous travaillions à cette étude, nous dit qu'à la fin Voy. Revue de la Société des Études historiques, ann. 1888, p. 376-77; Toy. aussiy à ce propos, lang, p. 266 et 273 ; Fern. Boarnon, p. 161-62. Exemples qu'il serait facile de multiplier. La plupart de ces textes se rapportent à des prisonniers de peu de conséquence. — En mars 1674, entre à Pignerol le jacobin fou. Louvois écrit à Saint-Mars : « Vous reconmianderez à l'officier de le con- duire sans éclat par les chemins et de le faire entrer dans Pignerol sans bruit, et même sans que Ton s'aperçoive que c'est un prisonnier que vos gens con- duisent dans le donjon, où vous le traiterez de la même façon que le prisonnier que M. de Vauroy vous a amené (c^est-è-dire de la même façon que Danger), i Publ. par Dom. GarutU, p. 451. 1. Ces détails d'après les instructions envoyées par Louvois à Saint-Mars le 30 janvier 1679, publ. par Delort, Histoire de la détention des philosophes et des gens de Uttres à la Bastille et à Fénctfnnes (Paris, 1829, in-8*), I, 280^. l'homme au masque de VEiOURS NOIR. 283 de sa vie François Ravaisson, rbomme qui a le mieux connu This- toire des prisons d'État, avait abandonné Thypothèse développée par lui dans Tintroduction au tome X de ses Archives de la Bastille * et répétait : a U n'y a plus de doute, l'homme au masque était Mat- tioli. » C'est le baron Heiss, « ancien capitaine du régiment d'Alsace » et bibliophile distingué, qui a le mérite d'avoir le premier, dans une lettre datée de Phalsbourg, du 28 juin 4 770, et insérée dans le Journal eney- clopédique^, identifié le prisonnier masqué avec le comte Hattioli, secrétaire d'État du duc de Hantoue. Il s'appuyait principalement sur un passage du numéro d'août 4687 d'une sorte de revue intitulée Histoire abrégée de l'Europe, par Jacques Bernard, qui paraissait chez Cl. Jordan, à Leyde'. Ce passage était la traduction d'un pamphlet ita- lien imprimé vers 4 682 ou 4683, vraisemblablement par P. Marteau, à Cologne, avec le titre : la Prudenza triomfante di Casale con Parmi sole de' trattati e negociati politid délia M. Ch. MarUua, petitin-'l2 de 58 pages ^. Ce pamphlet, visiblement écrit par une personne ren- seignée et amie du comte Mattioli, cherche à émouvoir l'opinion en feveur de ce dernier; il présente, dès 4682-4683, c'est-à-dire deux ou trois ans après les événements, les faits d'une manière assez exacte, avec cette réserve que Tauteur cherche à blanchir la conduite de Mattioli au détriment du duc de Mantoue. 1. Fr. Ravaisson avait songé à un enseigne de Taisseaa du dac de Beanfort, le comte de Keroualze ; voy. ci-dessus, p. 275. 2. Journal encyclopédique^ ann. 1770, t. YI, l'* partie, p. 132-35; réimprimé dans le Journal de Paris, ann. 1779, 22 décembre, p. 1470. 3. Histoire abrégée de l'Europe, t. HI (Leide, 1687, in-12), article Mantoue, p. 135-38. L'histoire da comte Mattioli occupe les pages 42-47. Ces renseigne- ments d'après les notes manuscrites de Reth, aux Archives nationales, M 747. 4. Voici ce document, dont chaque ligne est à considérer : c Un de mes amis m'a dit qu'il avoit lu dans VHistoire abrégée de l'Europe (cf. t. II, p. 33) qu'on disoit que le duc de Mantoue avoit dessein de vendre sa ville capitale, mais que Tautenr de cette histoire n'en croîoit rien. Vous êtes mal informé. Il est certain qu'on a négocié cette affaire et qu'elle étoit déjà bien avancée. Le secré- taire de ce duc (Mattioli), qui avoit beaucoup de crédit près de son maître, l'a détourné de ce dessein : mais il lui en coûte cher, comme vous l'allez aprendre. Ce fidèle ministre fit entendre au duc qu'il y alloit de son intérêt et de son honneur de conserver son duché et lui fit changer de sentiment : il fit bien plus, il l'obligea à s'unir avec les autres princes d'Italie pour s'opposer aux desseins de la France. Ce fbt lui qui négocia l'entrevue des princes qui se fit à Venise Thiver passé, dans le temps du Carnaval. On choisit ce tems pour mieux cacher les desseins que Ton avoit. Vous le sçavez, sans doute, il n'est pas extraordinaire de voir beaucoup de princes et de personnes de qualité à Venise dans ce tems-là. Ce secrétaire aUa ensuite à Rome, où il séjourna quelque tems. Il passa de là presque dans toutes les cours d'Italie ; il alla à 284 MlfLANGBS ET DOCUMENTS. Dutens, dans sa Correspondance interceptée, reprit la thèse du baron Heiss^ sous forme de « lettre du chevalier B... au marquis de L..., » datée de Turin, 45 janvier 4783, où nous lisons : « Je suis fort occupé de Tanecdote du Masque de fer, et c'est ici qu'elle a pris son origine et c'est ici qu'il faut l'approfondir, d'après ce que j'en ai entendu dire au duc de Choiseul et au marquis de Gastellane. » Le marquis de Gastellane avait été gouverneur des îles Sainte-Mar- guerite. En 4795, le baron de Ghambrier, dans un mémoire présenté à TAcadémie royale des sciences et belles-lettres de Berlin *, serra la question de plus près. Ghambrier avait été longtemps ministre de Prusse à la cour de Turin, et il appuyait les faits rapportés dans le pamphlet italien de 4 682 par le témoignage de la tradition, qui était Venise et à Gênes, et il réussit partout si bien qu'il avoit presques détaché toutes ces puissances des intérêts de la France. Il alla enfin à Tuiin pour le même dessein. Gomme il croïoit ses négociations fort secrètes, il visita sou- vent le marquis d'Arci, ambassadeur de France à la cour de Savoie. Mais qu'est-ce qui peut échaper aux yeux pénétrans de la France? Le ministre de cette couronne étoit averti de tous les desseins du secrétaire avant qu'U arri- vât à Turin; il lui fit pourtant mille civilitez, le régala fort souvant et l'invita enfin à aller prendre le divertissement de la chasse à une Ueue ou deux de Turin. Le secrétaire, qui n'a voit point de tems à perdre, et qui jugeoit celai de Tabsence de l'ambassadeur de France fort propre pour ses négociations, s*en excusa d'abord sur ce qu'il n'avoit point de chevaux ; ^ambassadeur lai en offre, que le secrétaire n'ose refuser, de peur de faire soupçonner quelque chose de la vérité. Le jour de chasse étant venu, ils partirent ensemble, mais ils ne furent pas à une lieue de la ville que le secrétaire fut environné de dix on douze cavaliers, qui l'enlevèrent, le déguisèrent, le masquèrent et le condui- sirent à Pignerol. Il s'imagina bien sans doute qui étoit celui qui lui jouoit ce tour, mais le moyen de résister? i Histoire abrégée de VEurope, ni, 135-38; réimprimé dans le Journal encyclopédique^ août 1770, p. 133-35. 1. Correspondance interceptée (Paris, 1788, in-12 de 177 p.), p. 17-18. — Le l*' mars 1783, le marquis de L*** répond au chevalier de B***. Correspondance interceptée (Londres, 1789, in-8* de 156 p.), p. 25. — En date du 25 mars, nouvelle lettre, sur le même sujet, du chevalier de B^**. Ibid., p. 26-34. — Cette étude se retrouve dans les Mémoires d'un voyageur gui se repose^ t. n (Paris, 1806, in-8*), p. 204-10, où l'on sait que la Correspondance interceptée a été refondue. — Dutens arrête bien sa conclusion sur le ministre du doc de Mantoue, mais il l'appelle, d'après des renseignements qui lui auraient été envoyés de Mantoue, le comte Girolamo Magni. c Magni i est la déformatioa de c Maggi, » pseudonyme dont Mattioli couvrait sa correspondance avec les ministres de Louis XIV. Cf. Gam. Roussel, Louvois, III, 104. 2. Sur les problèmes historiques et la méthode de les résoudre appliquée à la solution de celui qui concerne l'homme au masque de fer, lu à l'Académie le 26 novembre 1795, dans les Mémoires de l'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres (classe des Belles^Lettres) (Berlin, 1794-1795, in-4*), p. 157-63. L^HOMME AU MASQUE DB TBIOURS NOIR. 285 demeurée vivante dans le nord de Tltalie : « Le comte Mattioli, secré- taire d'État du duc de Mantoue, avait été enlevé près de Turin et conduit masqué dans la citadelle de Pignerol par un détachement de troupes françaises de la garnison de cette placée » Roux-FaziUac, membre de PÂssemblée législative, puis de la Con- vention', fit paraître, peu après, un ouvrage remarquable par les recherches et l'abondance des documents provenant de fonds d^ar- chives; il afQrmait sans hésitation que Thomme au masque était Mattioli', conclusion à laquelle arrivait à la même époque le a com- missaire organisateur de la loterie nationale dans la 27* division militaire, » un nommé Reth, qui se livra, à propos de la question du Masque de fer, aux investigations les plus étendues dans les dépôts de France et d'Italie, et condensa le résultat de ses recherches en une plaquette deii pages dont la lecture est concluante^. Parmi les notes, en quantité considérable, qu'il a ramassées et qui sont aujourd'hui conservées aui Archives nationales^, on trouve sa correspondance avec les bibliothécaires et historiens locaux. « Je vous apprendrai, » lui écrit Bossi, commissaire de la République Italienne près l'admi- nistrateur général de la 27* division miUtaire, « qu'ayant conversé familièrement avec le célèbre comte Garli, un des premiers savants de l'Italie, j'ai toujours trouvé cet homme, très instruit sur tout ce qui regardoit Tltalie, persuadé que l'inconnu étoit un secrétaire du duc de Mantoue dont il n'avoit jamais pu découvrir le nom véri- table*. » Si bien qu'il est intéressant de voir, à l'époque révolutionnaire, les deux opinions nettement opposées diviser les écrivains : 4** la 1. Ibid.y p. 160. 2. Roax-Fazillac devint ensuite administrateur du département de la Oor- dogne et chef de division au ministère de l'Intérieur sous le ministre Quinette (1799). A la RestauraUon, il fut iMumi de France comme régicide. Il mourut à Nanterre, le 22 février 1833. 3. Recherches historip^es et critiques sur r homme au masque de fer, Paris, impr. Valade, an IX (1801), in-8* dexxrv-117 p. — Roux-FaziUac a encore publié une traducUon de l'Histoire de la guerre d'Allemagne en 1756, par le général anglais H. Lloyd. 4. Véritable clef de l'histoire de Vhomme au masque de fer, Turin, le 10 nivôse an XI (1802, 31 déc.)> in-8* de 11 p. Fut réimprimé dans le Journal de Paru du 9 pluviôse an XI (1803, 29 janv.), p. 814-15, et dans le Journal de la 27* dixjision de la République française, n* 100 (Turin, 28 nivôse an XI), p. 398-400. Reth fit paraître une notice supplémentaire dans le n* 112 de ce dernier journal. 5. Archives nationales, M 747 (désigné par erreur sous la cote M 746 dans XÉtat sommaire par séries publié en 1891). 6. Archives nationales, M 747, n* 129. 286 MiULlfGBS ET DOGÏÏMIim. légende, qui fttit de Phomme au masque un firère de Louis XIV, Mt défendue par Hililn, par Carra, par Charpentier, et l'histoire qui, avec le baron Heiss, a mis le doigt sur la vérité, est protégée par les minutieuses investigations du baron de Chambrier, de Roux- Fazillac et de Reth. Mais la légende, plus brillante à l'esprit, ne tarda pas à éclipser sa concurrente dans Topinion publique. Le savant Delort dut revenir sur la question et présenter de nouveaux argu- ments en faveur de Thypothèse Mattioli dans un important ouvrage, accompagné de nombreuses pièces inédites, qui fût imprimé en 4825^ L'opinion de Delort, qui s'était beaucoup occupé de Thistoire des prisonniers d*État sous l'ancien régime', était digne d'égards. L'érudit anglais G. A« Ellis soutint la même conclusion dans son Histoire authentique du prisonnier d'État connu sow le nom de Masque de fer^y et Titalien Carlo Botta la défendit de son o5té^. Armand Baschet, en 4865, insista dans le même sens'. Tous les arguments produits furent développés avec une nouvelle force par Marins Topin dans un livre qui eut un grand retentissement, où il insérait un document d'une importance capitale*, et Paul de Saint- Victor leur donna Téclat de sa plume brillante^. Enfln l'ensemble de la question fut ramassé dans une note dense et précise, imprimée par M. E. Gallien, dans l'Intermédiaire des chercheurs et curieux de 4886^, sous le titre de : le Dernier mot sur V histoire du Masque de fer; ce dernier mot était, pour M. Gallien comme pour Paul de Saint- Victor, pour Marins Topin, pour Baschet, pour Botta, pour Ellis, pour Delort, pour Reth, pour Roux-Fazillac, pour Chambrier et pour Heiss, — Mattioli. Les érudits qui ont le mieux connu Thistoire du gouvernement 1. J. Delort, Histoire de l'homme au masque de fer^ accompagnée de pièces authentiques et de fac-similé. Paris^ 1825, in-8*. 2. Voy. son importante Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres. Paris, 1829, 3 vol. in-8». 3. Traduite de l'anglais. Paris, 1830, in-8*. 4. Dans le tome VI, p. 321, de la continuation de Guicciardini. Paris, 1832. 5. Armand Baschet, le Masque de fer. Paris, 1865, in-16. Nous citons ce travail de seconde main. W n'est mentionné ni dans le Brunet ni dans le Lorenz, et nous n'avons pu en avoir communication à la Bibliothèque naUonale. 6. Marins Topin, VHomme au masque de fer. Paris, 1870, in-8*. Le docu- ment en question avait, il est vrai, déjà été cité dans l'article Masque de fer de la Biographie universelle de Michaud, t. XVU (Paris, 1820, in-8*}, p. 397. 7. Paul de Saint-Victor, Anciens et modernes, publ. par Alidor Delzant (Paris, 1886, in-8*], VHomme au masque de fer, p. 161-76. Cette étude est curieuse sur un point, c'est que ce littérateur a été le premier à déchiffrer exactement la pièce la plus importante du débat ; voy. ci-dessous. 8. Col. 140. l'homme au masque de yELOOKS NOIR. 287 de Louis XIV, sans étudier la question du masque d^une manière particulière, Depping^ Ghéruel', Camille Rousset^, n'ont d'ailleurs pas hésité à se prononcer en faveur de la solution Mattioli, qu'ils déclarent vraisemblable de tous points. Cependant, seul contre tous^ comme d'Artagnan, Alexandre Dumas résistait aux efforts de vingt savants, et le Vicomte de Bragelonne, — rajeunissant la légende mise en circulation par Voltaire et affermie par la Révolution, — fit rentrer dans leur poussière les pièces d'archives que les érudits avaient exhumées. Les incrédules reprirent courage. Le bibliophile Jacob proposa Foucquet^. Un écrivain doué d'une rare acuité de dialectique, M. Jules Loiseleur^, accabla Topin des objec- tions les plus inattendues. Il convainquit tout le monde, jusqu'à notre savant confrère M. Boumon, qui écrit dans son histoire de la Bastille *: « M. Loiseleur s'est efforcé de réfuter ces deux hypothèses (Arère de Louis XIV et Mattioli), et il paraît y avoir victorieusement réussi, au moins en ce qui concerne Mattioli. » Survient M. lung. Il afSrme que Mattioli est mort aux lies Sainte-Marguerite, en 4694. Nui n'en doute. M. lung remplace Mattioli par Oldendorf, M. Lair le remplace par Danger^, M. Domenico Carutti par un jacobin fou^, MM. Burgaud et Bazeries par le général de Bulonde ; si bien que nous renoncions à connaitre jamais le mot de l'énigme quand M. Pierre Bertrand, dans un compte-rendu de l'ouvrage de M. le commandant Bazeries', ramena notre attention sur le secrétaire du duc de Man- toue. L'observation de M. Pierre Bertrand est la cause de cette nou- velle étude^ qui dissipera sans doute les dernières incertitudes. L'arrestation de Mattioli. — On sait comment, sous Tinfluence 1. G.-B. Oepping, Corretpondanee adménistralive »otu le règne de Louis XIV (GoU. des Doc. inéd.)* t. II, p. xxxiy. 2. Dictionnaire des institutions, à l'arUcle Masque de fer, S. Histoire de Louvois, nouvelle édition (Paris, 1864, in- 12}, t. III, p. 111. 4. Histoire de l'homme au masque de fer, par Paal-L. jacob^ bibliophile (Paul Lacroix), nouvelle édition. Paris, 1840, in-12. 5. Nous avons cité ci-dessus le détail des articles de revues échangés entre Jules Loiseleur et Marius Topin. M. Loiseleur a réuni l'ensemble de ses argu- ments dans Trois énigmes historiques. Paris, 1883, in-12, p. 225-322; le Masque de fer devant la critique moderne. 6. Page 158. 7. La solution donnée par M. Lair a trouvé plus d'un partisan ; voy. Inter» midiaire des chercheurs, année 1891, col. 228, article de M. A. Legrain. 8. La thèse de M. Domenico Carutti a trouvé un défenseur dans la personne de M. Giuseppe Roberti, qui lui a consacré un article dans la Nuova Rassegna, année 1893, n* 46. Nous avons dit ci-dessus que le jacobin fou était mort à la fin de l'année 1693. 9. Revue encyclopédique du 1*' avrU 1894, p. 150-51. 288 MELANGES ET DOCUMElfrS. de Louvois, la politique habile et insinuante que Mazarin, puis de Lyonne, avaient dirigée fit place à une diplomatie militaire, brusque et envahissante. Louis XIV était maître de Pignerol, acquis en 4632. Sous l'inspiration de Louvois, il jeta les yeux sur Gasal. Maîtresses de ces deux places, les armées françaises devaient dominer la haute Italie et tenir directement en respect la cour de Turin. Sur le trône de Mantoue régnait alors un jeune duc, Charles lY de Gonzague, frivole, insouciant, qui dissipait son trésor à Venise, en f&tes et plaisirs. Escomptant les revenus de son duché, il venait, en 4 6TIj d'obtenir de quelques juifs le paiement anticipé des impôts de plu- sieurs années ^ Or, Charles IV était marquis du Montferrat, qui avait Casai pour capitale. Spéculant sur la détresse financière et la frivolité du jeune prince, la cour de Versailles conçut le hardi projet d'acquérir Casai deniers comptants. Un des premiers personnages de Mantoue était en ce temps le comte Antoine-Hercule Mattioli, né à Bologne, le 4*' décembre 1640, d'une famille distinguée^. Il avait fait des études brillantes et, à peine sorti de la vingtième année, avait été nommé professeur à l'Université de Bologne K II vint s'établir à Mantoue, où Charles III de Gonzague, de qui il gagna la confiance, en fit son secrétaire d'État. Charles IV lui continua la faveur de son père, lui conserva les fonc- tions de ministre d^État et le nomma sénateur surnuméraire de Mantoue, dignité à laquelle était attaché le titre de comte. Louis XIV entretenait auprès de la république de Venise un ambas- sadeur vif et entreprenant, Tabbé d^Ëstrades^. Celui-ci démêla en Mattioli une nature ambitieuse et intrigante et, vers la fin de 4 677, réussit à lui faire agréer les projets de la cour de France sur Gasal. Le 42 janvier 4678, Louis XIV écrivait de sa propre main à Mat- tioli pour lui dire ses remerciements ^. Le 4 3 mars, à minuit, au sortir d'un bal, sur l'une des places de Venise, l'abbé d^Estrades et le comte Mattioli, « cachés aux regards par un masque semblable à ceux que les seigneurs vénitiens portaient dans les fêtes, » — ce détail est à noter, — s'entretinrent, une heure durant, des conditions du traité®. Mattioli vînt à Paris. Le 8 décembre, l'acte était signé : 1. Marius Topin, p. 269; Loiseleor, p. 229-30. 2. On trouTe des détails circonstanciés sar la famille Mattioli, des arbres généalogiques dressés a?ec soin parmi les documents réunis par ReUi, Archives nationales, M 747. 3. Marius Topin, p. 271. 4. J.-Fr. d'Estrades, abbé de Moissac, fils du comte Godefroi d'Estrades, maréchal de France. 5. Publ. par Marius Topin, p. 273, note. 6. Topin, p. 273-74. l'homme au masque de velours noir. 289 l"" le duc de Mantoue recevra les troupes françaises à Casai; 2^ le duc sera nommé généralissime de Farmée royale si Louis XIY dirige une expédition en Italie; 3° le prince recevra, après Texécution du traité, une somme de 'l 00,000 écus^ Puis le roi reçut Mattioli en audience privée, lui remit en souvenir de son séjour à la cour de France un diamant de prix et lui fit verser une somme de 400 doubles louis. Or, deux mois s^étaient à peine écoulés depuis le voyage de Mat- Uoli en France que les cours de Vienne, de Turin, de Madrid et la République Vénitienne étaient simultanément mises au courant, et jusque dans les moindres détails, de tout ce qui s^était passé. Pour en tirer un regain d'argent, Mattioli avait cyniquement trahi son maître Charles IV et le roi de France'. Gomme un coup de foudre, retentit à Versailles la nouvelle de l'arrestation du baron d'Asfeld, envoyé de Louis XIV et spécialement chargé d^échanger avec Mat- tioli les ratifications. Le gouverneur du Milanais l'avait fait saisir et livrer aux Espagnols^. Nous laissons à deviner le désappointe- ment de Louis XTV et la colère de Louvois, qui avait poussé aux négociations, y avait pris part active et avait commencé les prépara- tifs en vue de l'occupation de Casai. Dès que Tabbé d'Estrades Ait au courant des faits et gestes de Mattioli, il conçut le projet le plus téméraire. Il proposa à Versailles de faire enlever le ministre mantouan. Mais Louis XIV ne voulait aucun éclat. Catinat en personne fut chargé de l'opération. L^abbé d'Estrades feignit auprès de Mattioli d'ignorer son double jeu; il lui Ot annoncer, au contraire, qu'il avait à lui remettre de nouvelles sommes, conformément aux engagements pris vis-à-vis de lui à Ver- sailles. On fixa rendez-vous au 2 mai 4679. D'Estrades et Mattioli montèrent dans un carrosse, dont Catinat, accompagné d'une dou- zaine d'hommes, attendaient le passage, et, à deux heures de l'après- diner, Mattioli était dans la forteresse de Pignerol entre les mains du geôlier Saint-Mars^. Il faut songer au rang qu'occupait le ministre italien. Nous sommes en présence d'une des plus audacieuses viola- tions du droit international dont l'histoire ait gardé le souvenir. Mattioli à Pignerol. — Aussi n'avons-nous pas lieu d'être sur- pris des précautions qui furent prises pour cacher l'événement. Trois textes dominent le récit qui va suivre : le premier est une dépêche que Louis XIV fit adresser à l'abbé d'Estrades, le 28 avril 4679, par conséquent cinq jours avant l'arrestation. Il approuve le projet de 1. Topin, p. 275. 2. Gam. Roussel, Hist, de Louvois, III, 106. 3. Roussel, III, 103 ; Topin, p. 276. 4. Cam. Roussel, Hist, de Louvois, III, 109-110. Rbv. Histor. LVI. 2« fasc. 19 MO MELANGES BT BOCOIflim. son ambassadeur et Tautorise à s^emparer de Mattioli : < Piûaqne vous croyez le pouvoir fiiire enlever sans que la chose flisse auam éclat. » Le prisonnier sera conduit à Pignerol, où Ton « envoie ordre pour l'y recevoir et pour Ty faire garder sans que p^sonne en ait cognoissance. » Les ordres du roi se terminent par ces mots, que M. Topin imprime en lettres capitales : « U faudra que personne ne sçaehe ce que cet homme sera devenue » De son oftté, l'^pératioa ftdte, Catinat écrivit à Louvois, en date du 3 mai : « Gela s'est passé sans aucune violence, et personne ne sait le nom de œ fripon, pss même les officiers qui ont aidé à Parréter*. » Enfin, dans le pam^ilet italien, rédigé par une personne exactement renseignée, en l<^ c'est-à-dire deiù ans à peine après Tévuiement, et un deaû-sède avant quMl fût question de Tbomme an masque, nous lisons : « Le secrétaire (Mattioli) ftit environné de dix ou douze cavaliers, qui Ten- levèrent, le déguisèrent, le wuuq^iêrent et le oondnisirait à Pigne- nA\ » ftiit tfaillairs confirmé par la traditîcm que les émdits ont recueillie, encore vivante an xvm* siècle, dans le pays même. Noos n^nsisierons pas sur la puissance démonstrative de ces trois doco- ments unis Tun à Tautre. Le bruit que Mattioli était mort victime d*an aeddeot de voyage ftit répandu, et sa femme, « veuve d*un ^mnix qui devait faû sur- vivre, » entra aux Filles de Saint*Louis à Bologne^. Mattioli reçut tout d'abord à Pignerol le nom de Laiamg. Catinat en personne procéda à son interrogatoire S ei, par les lettres que llllustre capitaine envoie à Versailles, on voit U colère qalnqiira i la cour de France U conduite du ministre italien. « C'est on fourbe, écrit Catinat, c^c$t un fripon, c'est un franc fripon. » Ces expressions reviennent incessamment soos sa phime*. L'abbé d'Estndes recom- manda au gouverneur de Pignerol de traiter Mattiaii c honnête- flaenl. » et Catinat donna des instructions dins le même sens : « Le traiter fort honnêtement pour ce qui regarde la proprelé et la nour- riture^ mib bien sti^gnaisement pour tout ce qui pouvait lui ôter tout commerce^. > Ou autorisa Ibttnii à avoir auprès de lui soo valet de chambra >. 1^ .iftte iftK tî Ma *<:^ f«M. par ftHU-THâfac. ^ IT-NL x UOr» «àr Ca£Mu£ Mi*^K«.M«tHsK MS9> ? LKïv Itf C^tfuiÉit i IjMvuéIw . » Il n^est pas douteux qu'à partir de ce moment lialzac ait eu un domestique pour le soigner, et le malheureux mourut au com- mencement de 4694>. Eofln, à répoque même où M. Jung met la mort de Mattioli se place celle du pasteur protestant Paul Carde] , dit Dunoyer. Nous avons sur ce point des renseignements et des dates irrécusables dans les Mémoires historiques sur la Bastille, de J.-L. Carra, c Ma con- viction, dit M. lung, est que Tauteur a fait confusion avec Fenterre- ment de Mattioli'*. » Mais Carra, qui rédigeait une publication offi- cielle d'après les archives mêmes de la Bastille, entièrement mises à sa disposition', archives qui, depuis lors, ont encore eu à subir bien des déprédations, s'appuyait sur des documents authentiques et pré- cis. Bibliothécaire à la Bibliothèque du roi, il était rompu aux tra- vaux d'érudition. Sur les divers points où nous pouvons le contrô- ler, nous le trouvons exact. 1. Trois énigmes historiques, p. 310. 2. Pabl. par long, p. 269. 3. lung, p. 91. 4. Op. cit., p. 271. 5. Cf. Caial. des Archives de la Bastille (t. IX da Caial. des mss. de la Bibl. de l'Arsenal), La notice de Carra sur Paul Cardel, dit Dunoyer, entré à la Bastille le 2 mars 1689, transféré le 18 avril aux Iles Sainte-Marguerite, où il mourut le 23 mai 1694, est insérée dans le tome I de ses Mémoires histO' riques sur la Bcutille, p. 195-96. Comparer cette notice avec le dossier de Paul Cardel conservé dans les archives de la Bastille, Bibl. de V Arsenal, ms. 10484. Ne pas confondre Paul Cardel, dit Dunoyer, avec un autre pasteur protestant, J. Cardel, beaucoup plus connu, qui entra, par lettre de cachet du 4 août 1690, à la Bastille, où il mourut le 13 juin 1715. Le dossier de J. Car- del est également dans les archives de la Bastille, Bibl. de l'Arsenal, mss. 10489 et 10619. L^HOmiE AU XiBQUB DE VELOUBS NOIR. 299 Comme le fait observer M. Lair^ nous avons la correspondance complète échangée entre Saint-Mars et les ministres depuis 4665 jusqu'en 4 698, date où Tancien gouverneur de Pignerol vint au gou- vernement de la Bastille; les moindres détails relatifs à la vie des prisonniers y sont notés, et nous n'y trouvons pas trace de la mort de Mattioli, le plus important de tous, sans aucun doute. M. lung n'a pas prouvé que Mattioli était mort aux îles ; il est même certain qu^il n'y mourut pas. Mattioli à la Bastille. — En juin 4698, la nomination de Saint- Mars au gouvernement de la Bastille fût décidée. Barbezieux lui écri- vit, en date du 47 juin 4698 : « Vous pourrez disposer toutes choses pour être prêt à partir lorsque je vous le manderay, et emmener avec vous, en toute âeureté, vostre ancien prisonnier 2. » Nouvelle dépêche en date du 49 juillet 4698 : « Le roy trouve bon que vous partiez des isles Sainte -Marguerite pour venir à la Bastille, avec vostre ancien prisonnier, prenant vos précautions pour empescher qu'il ne soit veu ny connu de personne. Vous pouvez escrire par avance au lieutenant de S. M. de ce chasteau de tenir une chambre preste pour pouvoir mettre ce prisonnier à vostre arrivée s. » Le 4 août, Barbezieux écrit encore : « J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire le 24 du mois passé, par laquelle vous me mar- quez les précautions que vous devez prendre pour la conduite de vostre prisonnier. J'en ai rendu compte au roy, qui les approuve et trouve bon que vous partiez avec luy, ainsy que je vous l'ay mandé par une de mes précédentes, que je ne doute pas que vous n'ayez receue présentement. S. M. n'a pas jugé nécessaire de faire expédier Tordre que vous demandez pour avoir des logements sur vostre route jusqu'à Paris, et il suffira que vous vous logiez, en payant, le plus commodément et le plus seurement qu'il vous sera possible, dans les lieux où vous jugerez à propos de rester'*. » Nous avons vu, par la relation de M. de Palteau, reproduite ci-dessus, dans quelles conditions se fit le voyage, et, par le journal de Du Junca, comment, le 48 septembre 4698, Saint-Mars arriva à la Bastille, emmenant avec lui ce un ancien prisonnier quHl avoit à Pignerol, lequel il fait tenir toujours masqué. > Nous avons également relaté la manière dont le prisonnier fut traité dans le célèbre château du faubourg Saint- Antoine. A mesure que les années s'étaient écoulées, le comte Mattioli avait 1. N. Poucquet, II, 537. 2. Pabl. par Burgaud et Bazerîes^ p. 164. 3. Ibid., p. 158-59. 4. Ibid., p. 160-61. *■ -v ■ ir "^ ■«il ■ ^'-iir'^ i"' '^^t'îic f^'» -îcripnr. Tp nom «nnoosé. Lestaoi?. n'avnit ■ *. - * ' .-^ "î l'-p '»'! -^M"! vpri'fîbf*». MM. Bnrrand *?t Bazer?^ r^ ^ ^î=i?. ■ r '''»^''m*»n '^'» ^•» ^rTP«Tw>ndance. qne c'pst çnr :i • ' -i^*' ? :: Tî"» ^-^ '^''''i*-M?r! 'nip l'homm*» îin masone vint des • -^ÎTr-'i'r^*» ^ •" f^-ssriP*». ÎP3 mtnistrps y attachant moindre ^,.T.^ ^".1 ..,ç i^rpnpTnenfs oui avaient motive son ....:,. ^ .. .i.n:3ir,r -»TT,c \o tomTis. « F^^ Rov tmove bon. » »*«!m ..,.,....„ , , -'.\f^-5 ."-Tivpn!*»nr de la Bastille. « i7ue vritrç " . '• ' ''^^■' ■^-•: • ^^'^mme an ma«one) confesse et com- ^ ^ ■ •; -'.-r ,-nT,5 i^ ^*T •• \'-'^'^*^ r*^ masoue que le prisonnier _ - ^ 'v-^ic nas sur la tisure quand il ; ■ '< > *" "-^ ■ "T^n^ •» -tenait ses renas**. — •< un pai- '■*-;: ^ -'■ îf •"■ -T^-ïn»»* -ivTH- ?i»ç exieenœs reeiementaires ..:- ■ r --^nr^TH» -.v;=^ «f»* rpSTiemcnts de la Basdiie < ■ - ■" ^""'^'•'r* ""u ^-ï-^ieni connanmes au secret'*. :«; . - — • :• M?.'r'^'i '.vait un masque parmi ses :.•' -• '^- -^ ^:ri ^ ^»:jneroi. \ >-. ' - ., _ — *^n r*;:.!,» ,»pïait usaœ courant, — - --'S'''nniers a Etat d un masque, i i-T.^ ... r.-,p r^ ,i^.jj Q^ umque: :i la ;.. ..i ..p^ ^^i inoins aeui autres cas, jmi ^eme «le Du Junca**. l • . . • . » • • •» , '•• ' iit.' '^ *"-*• '»• :r^ "ir Htfins foDÎii. p. ijô, noie. ;■ •* ..-.fl.'!. .»''i.- • ■■ .■-■'• ■■?- .iition lie iTTo. p. Jl7el3l9. ; / ' ' '' -^f '^ v 'j*4| h^m. iionnaa. La B€UiàiU, • •:• -■;'* ;i't' .•'î!" i !',.#*i^ »r«»- i,?* f>n¥oiimers le redme était *''. ' ■•' « f. .'- ■'■'•."• ■■• r'< 'K f^#»M»**t, ijjt* n /iervc hiManqme de ■■''■' ,■■♦ r ".^r. .• ' ■ -.»-«.. ^'-i-.cîrî-. -I î'^rn. ooamoflu la Bat' .ÏTM .^".î .,".-à' f w. '/^ 'M/jiç:::: '. .- •'•,!<- ; < i^t .i un Danomer d'Anuter- ''"'*' ■ ■ M «II' i i '; -..r^'.ir ;')t *jt .1 mené de Marseille • • iT- <» I ,ivHii irnv'K- .f- '■'* T* .*'»ntifi»»r ' îniiiTTda - Un lientenanC ■ ,»»-'''' ■■ '■ .^ I- iî*»r<; , .induit \ j liaHtiile un piiaonnier L^HOMME AU MASQUE DE TELOURS N0IR« 304 La mort de Mattioli, — Nous pensons que les pages qui précèdent ne laissent pas subsister le plus pelil doute dans l'esprit du lecteur, et cependant Targument le plus fort n'a pas encore été employé. Le journal deDu Junca, transcrit ci-dessus, nous apprend que Tbomme au masque mourut presque subitement à la Bastille le 49 novembre 4703, qu'il fut enterré le 20 dans le cimetière de Saint-Paul par les soins du major de la Bastille, M. de Rosarges, et du cbirurgien Reilbe, qui signèrent le registre d'inhumation. Les frais du service montèrent à 40 livres , somme assez élevée pour Tépoque. Or, cet acte d'inbumation nous a été conservé. Le voici : Le 19°**, Marchioly, âgé de quarante-cinq ans ou environ, est décédé dans la bastiie, duquel le corps a esté inhumé dans le cimetière de s^Paui, sa paroisse, le 20'°« du présent, en présence de monsieur Rosage, majeur de la bastiie, et de M' Reglhe, chirurgien majeur de la bastiie, qui ont signés. ROSARQES, REUiHE ^ . n faut considérer : que « Marchioly » doit être prononcé, à Tita- lienne, « Markioly ; » que Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, par lequel l'indication pour la rédaction de Pacte a été fournie, écrit le plus souvent dans sa correspondance, — détail caractéristique, — non <( Mattioli, )> mais ce Marthioly^^ » que le major de la Bastille s^appelait a Rosarges d et non « Rosage, » le chirurgien « Reilh » et non « Reglhe^ » que l'appellation « major » est transformée en masqué, qu'U a amené de Provence en litière, et qu'il a gardé à veue dans tonte la route. » En date du 6 janvier 1695, Pontchartrain écrivait à M. de Montmort : « Le roi veut que Phiibert soit transféré à Paris, et je vous envoie les ordres nécessaires pour cela. Il faut en charger un oflScier sage qui le conduise en sûreté, et lui recommander de ne luy laisser voir personne à Lyon ni aUleurs sur la route, i Le cas est, comme on voit, identique dans les moindres détails à celui de Mattioli. Voy. Fr. Ravaisson, X, 62-69; lung, p. 87; Fern. Bournon, p. 159; fiurgaud et fiazeries, p. 193. 1. Cet acte était conservé aux Arcliives de la Ville de Paris; il fut détruit dans l'incendie de 1871, mais le fac-simUé en avait été reproduit dans V Homme au masque de fer par Marins Topin; fac-similé reproduit à son tour par M. P. Bertrand dans la Revue encyclopédique du t*' avrU 1894, p. 151. Paul de Saint- Victor a le mérite d'avoir, le premier, déchiffré cet acte d'une manière exacte {op, ciU, p. 176) en Usant c Marchioly » où, avant lui, on lisait c Mar- chialy, i et M. Pierre Bertrand celui d'avoir rapproché ce nom de la forme c Marthioly, d généralement employée par Saint-Mars. 2. c Dans la plupart des pièces manuscrites que j'ai sous les yeux, le nom du ministre italien est écrit c Matthioly. i Saint-Mars, dans sa correspondance officielle, avait un peu défiguré ce nom et l'écrivait a Marthioly. i Reth (Archives nationales^ M 747), plaquette imprimée, p. 6 et 8. Voy. les lettres de Saint- Mars à Lonvois en date dn 7 septembre, des 9 et 26 octobre 1680, publ. par Roux-Fazillac (p. 107-109), où la forme Marthioly revient une dizaine de fois. Delort {l'Homme au m^isque de fer, p. 72, note) fait la même observation. 8(^ ■fLAN^BS ET DOCmiBlfTS. c majeur, » et l'on n'hésitera pas à constater que c'est le nom m£me du ministre mantouan qui a été inscrit sur le registre de Péglise Saint-Paul. On reconnaîtra môme que, des différents noms qui figurent dans ce texte, c'est « Marthioly » qui est le moins estropié. L'extrait du registre d'inhumation de l'église Saint-Paul est comme l'anneau qui noue le faisceau de preuves glanées par les historiens ^ La cour de Versailles n'avait plus aucun intérêt à cacher la capti- vité de Mattioli. Nous avons vu que le duc de Mantoue^ qui seul aurait pu introduire une réclamation, avait été fort satisfait de l'ar- restation de son ministre. Le seul secret qu'il importait encore de conserver était relatif aux circonstances dans lesquelles cette arres- tation s'était opérée, — violation audacieuse du droit intemaUooal, — et ce secret Mattioli l'emportait dans la tombe. Ainsi se trouve confirmée la déclaration de Louis XV à M"^ de Pompadour, qui la répéta au duc de Ghoiseul, que l'homme au masque avait été un ministre italien s, et celle de Louis XVI disant à Ifarie-Ântoinette qu'il n'avait de renseignements sur le mystérieux 1. On a objecté que l'acte de décès porte c quarante-dnq ans, » alors que Mattidi en afait à cette date près de soixante-trois. Ce chiffre c qnarant»> cinq f est, en tout cas, une erreur, qu'il s'agisse de Dubreuil, de Danger on de Mattioli. Le Père Griffet a déjà fait obserrer que le major Rosarges, qui dicta Tacte, ne s'était pas soucié de peser l'âge du défunt d'une manière exacte. Aussi bien l'acte porte-t-il c ou environ, i Rosarges était un vieux soldat dont l'existence s'était entièrement passée entre les murailles des forteresses et dont le jugement ne devait pas être affiné. Peut^tre même a-t-il été induit en erreur par une particularité que signale Blainvilliers, à savoir que l'homme an masque avait une physionomie très jeune sous des cheveux blancs. Cette hypo- thèse est admissible d'autant que Rosarges aura pu être tenté de rajeunir encore le prisonnier en voulant tenir compte de l'effet vieillissant des chagrins et de la captivité. Mais l'hypothèse la plus vraisemblable est que le curé ou le bedeau qui a écrit c Marchioly » pour c Marthioly, i a Rosage i pour c Rosarges, » « Regihe » pour c Reilhe, » et c majeur n pour c major, » avait l'oreille un peu dure, ou était distrait, et a mis c quarante-cinq i pour « soixante-cinq, i Peut-être celui qui dictait ne prononçait-il pas distinctement. Il suffit d'ailleurs de parcourir l'acte pour s'assurer qu'il a été rédigé sans soin. Pour Rosarges et son compagnon, ce n'était qu'une formalité sans importance aucune. 2. c Le duc de Choiseul m'a raconté plusieurs fois que Louis XV lui avoit dit qu'il étoit instruit de la vérité de l'histoire du Masque de fer. Le duc, très curieux de pénétrer ce mystère, s'avança, autant qu'il le pouvoit, jusqu'à prier Sa Majesté de le lui dévoiler; mais le roi ne voulut jamais rien lui dire de plus, sinon que de toutes les conjectures qu'on avoit faites là-dessus il n'y en avoit pas une de vraie; et quelque temps après M"* de Pompadour, excitée par M. de Choiseul, ayant pressé le roi sur ce sujet, il lui dit que c'étoit un ministre d'un prince itaUen. » Correspondance interceptée (Londres), p. 26-27, et Mémoires d'un voyageur qui se repose^ t. U, p. 207-208. c Si vous saviez ce que c'est, i avait dit tout d'abord Louis XV, c vous verriez que c'est bien peu intéressant. » L^HOMMB AU MASQUE DE YEL0UR8 NOIR. 308 personnage que par le vieux ministre Maurepas : eelui-d l'ayait assuré que c'était simplement un prisonnier très dangereux par son esprit d'intrigue et sujet du duc de Mantoue, qu'on avait attiré sur la frontière et gardé prisonnier d'abord à Pigneroi, puis à la Bastille ^ Gomme on le voit, Taventure du « Masque de fer » a été en somme d'une importance médiocre. La légende, qui s'était hissée jusque sur le trône de France, tombe de haut. L'intérêt de cette étude était de clore des controverses séculaires en coordonnant des textes qui nous ont été fournis, presque tous, par nos prédécesseurs. Depuis Vol- taire, la question de Thomme au masque a fait imprimer tant d'ou- vrages et d'articles de revue que la collection en remplirait une bibliothèque. Un autre point est digne d'attention. Depuis plus d'un siècle, les travaux historiques sérieux reposant sur des investiga- tions approfondies et dépourvues de préoccupations étrangères à la science, — comme, par exemple, le désir d'aboutir à un résultat dif- férent des solutions proposées par les devanciers, — sont, à deux ou trois exceptions près, venus à la même conclusion, et cette conclusion était la solution exacte. Heiss, le baron de Ghambrier, Reth, Roux- Fazillac, Delort, Garlo Botta, Armand Baschet, Marins Topin, Paul de Saint-Victor, Camille Rousset, Ghéruel, Depping, n'ont pas hésité à placer sous le fameux masque de velours noir le visage de Mat- tioli. Mais, à chaque effort nouveau produit par la science, la légende se remettait à la tâche, rendue plus active par les passions qu'a semées la Révolution. Grâce à la judicieuse observation de M. Pierre Bertrand, qui a retrouvé, sur le registre de l'église Saint-Paul, le nom même du ministre mantouan, la science a remporté la victoire décisive. Frantz FuifCK-BRBifTAiio. 1. c J'étois auprès de la reine lorsque le roi, ayant terminé ses recherches, loi dit qtt*il n'avoit rien trouvé dans les papiers secrets d'analogue à l'exis- tence de ce prisonnier; qu'il en avoit parlé à M. de Maurepas, rapproché par son Age du temps où cette anecdote auroit dû être connue des ministres, et que M. de Maurepas TaToit assuré que c'étoit simplement un prisonnier d'un caractère très dangereux par son esprit d'intrigue et sujet du duc de Mantoue. On l'attira sur la frontière, on l'y arrêta et on le garda prisonnier, d'abord à Pignerol, puis à la Bastille. » Mémoires sur la vie privée de Marie- Antoinette, par M"* de Campan, première femme de chambre de la reine (Paris, 1822, in-8*), t. I, p. 10&-107; cf. Reth, Archives ncUionales, M 747, n* 96. Ces détails sont confirmés par les recherches approfondies que Malesherbes fit faire dans les archives de la Bastille afin de découvrir le nom de Thomme au masque. Le résultat de ces recherches fut consigné en une notice que lui envoya le major Chevalier. Cette noUce, publiée par le bibliophile Jacob (op. cit,, p. 112), n'est qu'un résumé des documents imprimés plus haut. 298 ufLÀNGES ET DOCUMENTS. d^État, ils aient été séparés. Hais, si Ton y lient, admettons que Mattioli ait eu un valet dans sa chambre aux îles Sainte-Marguerite. Contrairement à ce que pense H. lung, il n'y fût assurément pas seul dans ce cas, comme suffit à le prouver la phrase suivante d'une lettre adressée par Saint -Mars au ministre, en date du 6 janvier 4696. Saint-Mars parle des précautions en usage pour la visite du linge, quand il revient de la blanchisseuse, avant qu'il soit « remis aux vallets de messieurs les prisonniers. » Ce texte est publié par M. Loiseleur^ Il y a mieux. Nous avons le nom du « prisonnier au valet » qui mourut à cette date. C'est un nommé Melzac ou Malzac. Le 34 oc- tobre 4692, Barbezieux écrivait à Saint-Mars : « Le roi veut bien &ire la dépense nécessaire pour traiter de la vérole le nommé Malzac> qui est prisonnier par ordre de S. M. , à quelque somme qu'elle puisse monter >. » Il n^est pas douteux qu'à partir de ce moment Malzac ait eu un domestique pour le soigner, et le malheureux mourut au com- mencement de 4694 3. Enfin, à Tépoque même où M. lung met la mort de Mattioli se place celle du pasteur protestant Paul Gardel, dit Dunoyer. Nous avons sur ce point des renseignements et des dates irrécusables dans les Mémoires historiques sur la Bastille, de J.-L. Carra. « Ma con- viction, dit M. lung, est que Fauteur a fait confusion avec Penterre- ment de Mattioli^. » Mais Carra, qui rédigeait une publication offi- cielle diaprés les archives mêmes de la Bastille, entièrement mises à sa disposition', archives qui, depuis lors, ont encore eu à subir bien des déprédations, s'appuyait sur des documents authentiques et pré- cis. Bibliothécaire à la Bibliothèque du roi, il était rompu aux tra- vaux d'érudition. Sur les divers points où nous pouvons le contrô- ler, nous le trouvons exact. 1. Trois énigmes historiques, p. 310. 2. Pabl. par long, p. 269. 3. lung, p. 91. 4. Op, cit,, p. 271. 5. Cf. Caial, des Archives de la Bastille (U IX du CaUU. des mss. de la Bibl. de l'Arsenal). La notice de Carra sur Paul Cardel, dit Dunoyer, entré à la Bastille le 2 mars 1689, transféré le 18 arril aux Iles Sainte-Marguerite, où il mourut le 23 mai 1694, est insérée dans le tome I de ses Mémoires MsUh riques sur la B€utille, p. 195-96. Comparer cette notice avec le dossier de Paul Cardel conservé dans les archires de la Bastille, Bibl. de F Arsenal^ ms. 10484. Ne pas confondre Paul Cardel, dit Dunoyer, avec un autre pasteur protestant, J. Cardel, beaucoup plus connu, qui entra, par lettre de cachet du 4 août 1690, à la Bastille, où il mourut le 13 juin 1715. Le dossier de J. Car- del est également dans les archlTes de la Bastille, Bibl. de l'Arsenal, mss. 10489 et 10619. l'homme au MlSQinE DB VELOUBS NOIB. 299 Comme le fait obseirer H. Lair^ nous avons la correspondance complète échangée entre Saint- Mars et les ministres depuis 4665 jusqu'en 4 698, date où l'ancien gouverneur de Pignerol vint au gou- vernement de la Bastille; les moindres détails relatifs à la vie des prisonniers y sont notés, et nous n'y trouvons pas trace de la mort de Mattioli, le plus important de tous, sans aucun doute. M. lung n*a pas prouvé que Mattioli était mort aux Iles ; il est même certain qu'il n'y mourut pas. Mattioli à la Bastille. — En juin 4698, la nomination de Saint- Mars au gouvernement de la Bastille fût décidée. Barbezieux lui écri- vit, en date du 47 juin 4698 : « Vous pourrez disposer toutes choses pour être prêt à partir lorsque je vous le manderay, et emmener avec vous, en toute àeureté, vostre ancien prisonnier^. » Nouvelle dépêche en date du 49 juillet 4698 : « Le roy trouve bon que vous partiez des isles Sainte -Marguerite pour venir à la Bastille, avec vostre ancien prisonnier, prenant vos précautions pour empescher qu'il ne soit veu ny connu de personne. Vous pouvez escrire par avance au lieutenant de S. M. de ce chasteau de tenir une chambre preste pour pouvoir mettre ce prisonnier à vostre arrivée 8. » Le 4 août, Barbezieux écrit encore : « J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire le 24 du mois passé, par laquelle vous me mar- quez les précautions que vous devez prendre pour la conduite de vostre prisonnier. J'en ai rendu compte au roy, qui les approuve et trouve bon que vous partiez avec luy, ainsy que je vous Tay mandé par une de mes précédentes, que je ne doute pas que vous n'ayez receue présentement. S. M. n'a pas jugé nécessaire de faire expédier Tordre que vous demandez pour avoir des logements sur vostre route jusqu'à Paris, et il suffira que vous vous logiez, en payant, le plus commodément et le plus seurement qu'il vous sera possible, dans les lieux où vous jugerez à propos de rester^. » Nous avons vu, par la relation de M. de Palteau, reproduite ci-dessus, dans quelles conditions se fit le voyage, et, par le journal deDu Junca, comment, le 48 septembre 4698, Saint-Mars arriva à la Bastille, emmenant avec lui a un ancien prisonnier qu^il avoit à Pignerol, lequel il fait tenir toujours masqué. » Nous avons également relaté la manière dont le prisonnier fut traité dans le célèbre château du faubourg Saint- Antoine. A mesure que les années s'étaient écoulées, le comte Mattioli avait 1. N. Foucquet, II, 537. 2. PubL par Burgaad et Bazeries, p. 164, 3. Ibid., p. 158-59. 4. Ibid., p. 160-61. 300 MELANGES BT D0GUME!fT8. été entouré de moins de rigueur. Le nom supposé, Lestang, n'avait pas tardé à faire place au nom véritable. MM. Burgaud et Bazeries ont bien établi, par Pexamen de la correspondance, que c'est sur la proposition même de Saint-Mars que l^omme au masque vint des îles Sainte-Marguerite à la Bastille, les ministres y attachant moindre importance à mesure que les événements qui avaient motivé son arrestation s'enfonçaient dans le temps. « Le Roy trouve bon, » écrit Pontchartrain à Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, « que votre prisonnier de Provence (c'est Thomme au masque) confesse et com- munie toutes les fois que vous le jugerez à proposa » Le masque lui-même, — pour paradoxale que cette appréciation puisse paraître, — témoignait de la bienveillance relative avec laquelle la cour dési« rait qu^on traitât le malheureux. A la Bastille, les prisonniers d'État condamnés au secret rigoureux, — ils étaient en petit nombre, — ne sortaient jamais de leur chambre et ne voyaient âme qui vive, en dehors de leurs geôliers. L'homme au masque allait à la messe, tra- versait les cours, pouvait se promener au jardin. C'est ce que M. Loi- seleur a bien compris quand il a appelé ce masque que le prisonnier portait quand il sortait, — car il ne Tavait pas sur la figure quand il restait dans sa chambre ni quand il prenait ses repas ^, — « un pal- liatif destiné à concilier Thumanité avec les exigences réglementaires de la Bastille 3; » il faut entendre avec les règlements de la Bastille applicables à ceux des prisonniers qui étaient condamnés au secret^. Nous avons vu d'autre part que Mattioli avait un masque parmi ses effets qui furent transportés de Turin à Pignerol. Aussi bien, si en France, — * car en Italie c'était usage courant, — il était rare de couvrir la figure des prisonniers d'État d'un masque, l'exemple de l'homme dit le Masque de fer n'est-il pas unique ; à la Bastille même, nous en pouvons citer au moins deux autres cas, dont un se trouve relaté dans le journal même de Du Junca'. 1. Lettre en date da 3 noTembre 1698, citée par Marias Topin, p. 356, note. 2. Le P. Grifiet, édition de 1769, p. 305 et 307; édition de 1775, p. 317 et 319. 3. Trois érUgmes historiques^ p. 318. Yoy. aussi Fera. Bouraon, la Bastille, p. 159. 4. Car l'on sait que pour la majeure partie des prisonniers le régime était assez doux. Cf. la Bastille d'après ses archives, dans la Revue historiq%^ de 1890, 1"' janvier, p. 38-73, et 1*' mars, p. 278-316; et Fera. Bournon, la Bas- tille, Paris, 1893, in-4*. 5. Bibl, de VArsenaly ms. 5133, fol. 28 r*. Il s'agit d'un banquier d'Amster- dam, nommé Gédéon Phibert, que Du Junca appelle dans son journal c Gesnon FiUibert. • Il entra à la Bastille le 15 février 1695; il fut amené de Marseille dans une litière, le « visage quaché i (Du Junca). La Gazette de Hollande du 21 mars 1695 avait annoncé le tait sans identifier l'individu : «t Un lieutenant de galère, accompagné de vingt cavaUers, a conduit à la Bastille un prisonnier L^flOMME AU MASQUE D£ YELOURS NOIE. 304 La mort de MatHoli. — Nous pensons que les pages qui précèdent ne laissent pas subsister le plus pelil doute dans l'esprit du lecteur, et cependant Targument le plus fort n'a pas encore été employé. Le journal de Du Junca, transcrit ci-dessus, nous apprend que Thomme au masque mourut presque subitement à la Bastille le 49 novembre \ 703, qu'il fut enterré le 20 dans le cimetière de Saint-Paul par les soins du major de la Bastille, M. de Rosarges, et du chirurgien Reilhe, qui signèrent le registre d'inhumation. Les frais du service montèrent à 40 livres, somme assez élevée pourTépoque. Or, cet acte d'inhumation nous a été conservé. Le voici : Le 19»>«, Marchioiy, âgé de quarante-cinq ans ou environ, est décédé dans la bastile, duquel le corps a esté inhumé dans le cimetière de fit-Paul, sa paroisse, le 20i°« du présent, en présence de monsieur Rosage, majeur de la bastile, et de M' Reglhe, chirurgien majeur de la bastile, qui ont signés. RosAROEs, Reilhe ^ . U faut considérer : que < Marchioiy » doit être prononcé, à Tita- lienne, « Markioly ; » que Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, par lequel l'indication pour la rédaction de Pacte a été fournie, écrit le plus souvent dans sa correspondance, — détail caractéristique, — non « Mattioli, » mais c( Marthioly^^ » que le major de la Bastille s^appelait « Rosarges » et non « Rosage, » le chirurgien « Reilh » et non « Reglhe^ » que l'appellation « major » est transformée en masqué, qu'il a amené de Provence en litière, et qu'il a gardé à reue dans tonte la route. » En date da 6 janvier 1695, Pontchartrain écrivait à M. de Montmort : a Le roi veut que Phiibert soit transféré à Paris, et je vons envoie les ordres nécessaires pour cela. Il faut en charger nn olBcier sage qui le conduise en sûreté, et lui recommander de ne luy laisser voir personne à Lyon ni ailleurs sur la route, i Le cas est, comme on voit, identique dans les moindres détails à celui de Mattioli. Voy. Fr. Ravaisson, X, 62-69; lung, p. 87; Fem. Bournon, p. 159; Burgaud et Bazeries, p. 193. 1. Cet acte était conservé aux Arcàives de la ViUe de Paris; il fut détruit dans l'incendie de 1871, mais le fac-similé en avait été reproduit dans V Homme au masque de fer par Marius Topin; fac-similé reproduit à son tour par M. P. Bertrand dans la Revue encyclopédique du 1*' avril 1894, p. 151. Paul de Saint- Victor a le mérite d'avoir, le premier, déchiffré cet acte d'une manière exacte {op. cit., p. 176) en lisant c Marchioiy • où, avant lui, on lisait c Mar- chialy, i et M. Pierre Bertrand celui d'avoir rapproché ce nom de la forme c Marthioly, » généralement employée par Saint-Mars. 2. c Dans la plupart des pièces manuscrites que j'ai sous les yeux, le nom du ministre italien est écrit c Matthioly. i Saint-Mars, dans sa correspondance officielle, avait un peu défiguré ce nom et l'écrivait a Marthioly. i Reth {Archives nationales j M 747), plaquette imprimée, p. 6 et 8. Voy. les lettres de Saint- Mars à Louvois en date du 7 septembre, des 9 et 26 octobre 1680, publ. par Roux-FaziUac (p. 107-109), où la forme Marthioly revient une dizaine de fob. Delort (l'Homme au masque de fer, p. '72, note) fait la même observation. 302 utLAJi^ES BT DOCIWBIITS. c majeur, » et l'on n'hésitera pas à constater que c'est le nom mteie du ministre mantouan qui a été inscrit sur le registre de Féglise Saint-Paul. On reconnaîtra même que, des différents noms qui figurent dans ce texte, c^est « Marthioly » qui est le moins estropié. L'extrait du registre d'inhumation de l'église Saint-Paul est comme l'anneau qui noue le faisceau de preuves glanées par les historiens ^ La cour de Versailles n'avait plus aucun intérêt à cacher la capti- vité de Mattioli. Nous avons vu que le duc de Mantoue^ qui seul aurait pu introduire une réclamation, avait été fort satisfait de l'ar- restation de son ministre. Le seul secret qu'il importait encore de conserver était relatif aux circonstances dans lesquelles cette arres- tation s'était opérée, — violation audacieuse du droit international, — et ce secret Mattioli l'emportait dans la tombe. Ainsi se trouve confirmée la déclaration de Louis XY à M"^ de Pompadour, qui la répéta au duc de Ghoiseul, que l'homme au masque avait été un ministre italien 3, et celle de Louis XVI disant à Marie-Antoinette qu'il n'avait de renseignements sur le mystériaix 1. On a objecté que l'acte de décès porte c quarante-dnq ans, i alors que MattioU en a?ait à cette date près de soixante-trois. Ce chiffre c quarante» cinq 9 est, en tout cas, ane erreur, qu'il s'agisse de Dnbreuil, de Dauger on de Mattioli. Le Père Griffet a déjà fait observer que le major Rosarges, qui dicta l'acte, ne s'était pas soucié de peser l'âge du défunt d'une manière exacte. Aussi bien l'acte porte-t-il c ou environ, i Rosarges était un vieux soldat dont l'existence s'était entièrement passée entre les murailles des forteresses et dont le jugement ne devait pas être a£8né. Peat-étre môme a-t-il été induit en erreur par une particularité que signale Blainvilliers, à savoir que l'homme an masque avait une physionomie très jeune sous des cheveux blancs. Cette hypo- thèse est admissible d'autant que Rosarges aura pu être tenté de rajeunir encore le prisonnier en voulant tenir compte de l'effet vieillissant des chagrins et de la captivité. Mais l'hypothèse la plus vraisemblable est que le curé ou le bedeau qui a écrit c Marchioly i pour c Marthioly, i a Rosage i pour c Rosarges, i a Reglhe » pour c Reiihe, b et c majeur i pour c major, » avait l'oreille un peu dure, ou était distrait, et a mis c quarante-cinq » pour « soixante-cinq, b Peut-être celui qui dictait ne prononçait-il pas distinctement. Il suffit d'ailleurs de parcourir l'acte pour s'assurer qu'il a été rédigé sans soin. Pour Rosarges et son compagnon, ce n'était qu'une formalité sans importance aucune. 1. c Le duc de Choisenl m'a raconté plusieurs fois que Louis XY lui avoit dit qu'il étoit instruit de la vérité de l'histoire du Masque de fer. Le duc, très curieux de pénétrer ce mystère, s'avança, autant qu'il le pouvoit, jusqu'à prier Sa Majesté de le lui dévoiler; mais le roi ne voulut jamais rien lui dire de plus, sinon que de toutes les conjectures qu'on avoit faites là-dessus il n'y en avoit pas une de vraie; et quelque temps après M"* de Pompadour, excitée par M. de Choisenl, ayant pressé le roi sur ce sujet, il lui dit que c'étoit un ministre d'un prince italien, i Correspondance interceptée (Londres), p. 26-27, et Mémoires d'un voyageur qui se repose^ t. II, p. 207-208. c Si vous saviez ce que c'est, b avait dit tout d'abord Louis XV, c vous verriez que c'est bien peu intéressant. » L^HOMMB AU MASOUE DE YELOITBS HOIR. 808 personnage que par le vieux ministre Maurepas : celui-ci l'avait assuré que c'était simplement un prisonnier très dangereux par son esprit d'intrigue et sujet du duc de Hantoue, qu'on avait attiré sur la frontière et gardé prisonnier d'abord à Pignerol, puis à la Bastille K Gomme on le voit, Paventure du « Masque de fer » a été en somme d'une importance médiocre. La légende, qui s'était bissée jusque sur le trône de France, tombe de baut. L'intérêt de cette étude était de clore des controverses séculaires en coordonnant des textes qui nous ont été fournis, presque tous, par nos prédécesseurs. Depuis Vol- taire, la question de l'homme au masque a fait imprimer tant d'ou- vrages et d'articles de revue que la collection en remplirait une bibliothèque. Un autre point est digne d'attention. Depuis plus d'un siècle, les travaux historiques sérieux reposant sur des investiga- tions approfondies et dépourvues de préoccupations étrangères à la science, — comme, par exemple, le désir d'aboutir à un résultat dif- férent des solutions proposées par les devanciers, — sont, à deux ou trois exceptions près, venus à la même conclusion, et cette conclusion était la solution exacte. Heiss, le baron de Ghambrier, Reth, Roux- FaziUac, Delort, Garlo Botta, Armand Baschet, Marins Topin, Paul de Saint-Viclor, Camille Rousset, Gbéruel, Depping, n'ont pas hésité à placer sous le fameux masque de velours noir le visage de Mat- tioli. Mais, à chaque effort nouveau produit par la science, la légende se remettait à la tâche, rendue plus active par les passions qu'a semées la Révolution. Grâce à la judicieuse observation de M. Pierre Bertrand, qui a retrouvé, sur le registre de l'église Saint-Paul, le nom même du ministre mantouan, la science a remporté la victoire décisive. Frantz FunrcK-BRBiiTAifo. 1 . c J'étois aaprès de la reine lorsqae le roi, ayant terminé ses recherches, lui dit qa*il n'avoit rien trouvé dans les papiers secrets d'analogue à l'exis- tence de ce prisonnier ; qu'il en avoit parlé à M. de Maurepas, rapproché par son âge du temps on cette anecdote auroit dû être connue des ministres, et que M. de Maurepas Taroit assuré que c'étoit simplement un prisonnier d'un caractère très dangereux par son esprit d'intrigue et sujet du duc de Mantoue. On l'attira sur la frontière, on l'y arrêta et on le garda prisonnier, d'abord à Pignerol, puis à la Bastille, i Mémoires sur la vie privée de Marie- Antoinette, par M"* de Campan, première femme de chambre de la rehie (Paris, 1822, in-8*), t. I, p. 106-107; cf. Reth, Archives nationales, M 747, n* 96. Ces détails sont confirmés par les recherches approfondies que Malesherbes fit faire dans les archives de la Bastille afin de découvrir le nom de Thomme au masque. Le résultat de ces recherches fut consigné en une notice que lui envoya le major Chevalier. Cette notice, publiée par le bibliophile Jacob (op. cit., p. 112), n'est qu'un résumé des documents imprimés plus haut. SOI MJUIfGBS ET DOCUMENTS. LES € ÉCONOMIES ROYALES > DE SULLY ET LE GRAND DESSEIN DE HENRI IV. [Suite et fin^.) V. Le manuscrit des Économies royales sur lequel nous venons d'al- tirer Fattention a été écrit sans aucune séparation ; mais Sully lui- même Ta divisé en chapitres et a indiqué à quel endroit chacun de ces chapitres devait se terminer. Son œuvre primitive devait, dans sa pensée, former deux volumes. Le premier volume, divisé en 409 chapitres, se serait arrêté avec les événements de Tannée 4603^ Le second, partagé en 86 chapitres, aurait compris le reste de Fou- vrage^. De Tœuvre ainsi partagée, Sully a fait faire une nouvelle copie, et cette copie nous a été conservée en partie : elle est repré- sentée par les manuscrits 4 0306, 4 034 et 4 034 2 du fonds français de la Bibliothèque nationale-, ces manuscrits ont d'ailleurs la même origine que les précédents^. Chaque chapitre est précédé d'une courte 1. Voir Revue historique, t. LIV, p. 300, t. LV, p. 67 et 291, t. LVI, p. 39. 2. Après Tenregistrement des lettres conférant à Rosny le gonTernement da Poitou. 3. Il devait commencer par ces mots : « C^est chose très véritable, monsei- gneur (ainsi que j'estime l'avoir déjà dit plusieurs fois), que vos autres servi- teurs et moy, qui avons travaillé à ces recueils du cours de votre vie, ne pen- sions à rien moins au commencement qu'à nous jetter dans de si amples discours i (Michaud, I, 523). En face de cette phrase, Sully a écrit, ms. 10309, fol. 27 V* : Chapitre premier du second tome. A. Au commencement du ms. 10306, treize feuillets ont été arrachés. H débute au fol. 14 par ces mots : c Par la royne mère à cause de la mort du roy Charles neufième, qui arriva au bois de Vincennes le jour de la Penteooste 1574 » (Michaud, I, 19 6). Il se continue jusqu'au feuillet 132, au milieu du cha- pitre zxxY (chap. XL de Fédition Michaud). Il se termine sur ces mots : c Ne restant plus que le chasteau et une grosse Tour nommée La Grise, contre laquelle le roy désespérant de... • (Michaud, I, 115 b). — Les volumes suivants, sans doute au nombre de trois, ont disparu. Vient ensuite le n* 10310, dont las 99 premiers feuillets ont été enlevés. Il s'ouvre au fol. 100 par les Mémolrea de l'année 1606 : « Pour continuer ces Mémoires des affaires de Taiinée 1606, LES « ifcONOMIBS R0TALB8 » BB 8ULLT. 305 analyse, et les corrections indiquées par Sully sur la première édition sont introduites dans le texte. Par-ci par-là, du moins dans le pre- mier volume, un chapitre nouveau a été intercalé, formé surtout par les lettres qui, dans la première édition, avaient été jetées pêle-mêle, sans ordre de matières ni de dates. je T008 ramentearay comme sur la fia de la dernière 1605, entre ploslenrs dift* cours que j'ay dit que le roi vons tint i (Michand, II, 133). Noos sommes ainsi ao miUea da second tome que Sully se proposait de publier. Le chapitre inti- tulé : c Discours du roy et de Monsieur le duc de Sully touchant les affaires d'Bstat et de Monsieur de Bouillon et quelques lettres sur se subject » porte le n* XLV (Michaud, II, 134 ; le texte du ms. est d'ailleurs très amplifié dans Timprimé). Le Tolume se termine au fol. 195, au chap. lti, avec les éTéne- ments de Tannée 1607 : c Et l'autre touchant le mariage d'un certain Jacques Drouet, fils d'un auditeur en la chambre des comptes, dont le discours seroit trop long 9 (Michaud, II, 211 b). Le volume 10312 est la suite immédiate de 10310. Au début, nous trouTons le chap. ltu, commençant ainsi : c Monsei- gneur, encore qu'en cette année mil six cents huit il ne soit rien passé an dedans du royaume qui se puisse dire grandement remarquable » (Michaud, II, 222). Le dernier chapitre porte le chiffre de mi^yi (86); le tome se ter» mine au fol. 196 par le texte du brevet de Louis XIII fixant la pension de Sully à 48,400 livres (Michaud, II, 415-416). Il renferme donc à la fin nn cer- tain nombre de pièces qui ne se trouvent pas dans le mannscrit original n* 10313. Du manuscrit 10306, il nous reste une copie dans le ms. 17473 du fonds français de la Bibl. nat., pages 1-260. Ce dernier codex provient de la biblio- thèque du chancelier Séguier, et, par l'intermédiaire de l'évéque de Metz, Coislin, il parvint à Saint-Germain-des-Prés, puis, en 1793, à la Bibl. nat. (Séguier était, comme l'on sait, beau-père du petit-fils de Sully, le marquis d'Henrichemont). La copie ne va pas tout à fait aussi loin que le ms. 10306. Elle s'arrête avec le titre du chapitre xxxv : c Conditions proposées par le sieur de Villeroy moyennant lesquelles ceux de la Ligue offroient de reconnoistre le Boy, les responces à icelles, résolution du roy de se faire catholique, siège et prise de Dreux, la Tour de la Grise renversée, plaintes du roy i (cf. Michaud, 1, 113 ^. Ce manuscrit est pourtant précieux, parce qu'il renferme seul la pré- face que Sully voulait mettre à la tête de son livre (le début du n* 10306 ayant été arraché). Nous publions ici le texte de ce document : c Monseigneur, suivant le commandement que j'ai reçeu de Tostre Grandeur de faire des extraictz des principales matières contenues dans les recueilz et mémoires qui ont esté faictz de vostre vie par aucuns de ceux qui ont esté à vostre service pendant le cours d'iceile, dans lesquels, pour un enrichissement qui leur donnast un pris plus excellent, ils ont paré leur travail du récit d'au- cuns des faitz héroïques, ditz et gestes admirables de nostre invincible Monarque, le roy Henry le Grand, lesquels sont de vostre particulière science et congnoissance, pour avoir esté présent et emploie en la plus part d'iceux par sa Majesté mesme. En quoy j'ai essaie de vous rendre obéissance et y gardant néantmoins les tempéramens, respectz et circonspections qui m'ont esté pres- crites par vostre singulière prudence qui sont de réduire au silence toutes les narrations que les Esprits douillets et délicatz pourroient accuser d'une trop grande liberté à dire la vérité des choses ou estre déplaisant à vos amis ou à HbV. HiSTOR. LVI. 2« FA8G. 20 806 WfLAIfGBS Wt DOGUHBIflS. Cette nouvelle édition ne difl&re pas sensiblement de la précédente, qu'elle a dû suivre à un intervalle assez rapproché. Pourtant, une addition assez importante est relative au grand dessein et doit par suite être signalée dans ce travail. L'ancien ministre rapporte, dans celte édition \ que le roi de France, aussitôt après avoir appris la mort du duc de Glèves, accourut à l'arsenal ; il y trouva Roquelaure et Zamet et leur demanda : ce Où est M. de Sully ?» On lui répondit qu'il travaillait dans son cabinet. Et le roi dit en riant : c Pensiés- vous point que l'on me deust dire qu'il fust à lâchasse ou au berlant ou chés Goiâer ou chés les dames ? Est-ce pas une chose estrange de l'esprit de cet homme-là qui ne se lasse jamkis au travail des afiEaires ? > Et il fit venir Sully ; pendant une bonne heure, sur le balcon au-dessus de la Seine, le roi et le surintendant causèrent de la situation que créait la mort du duc de Glèves, et Henri IV pria son ministre de lui ceax que toos honorés et réTérés, desquelles retenoes je me sois acquitté an moings mal que j'ay peu, vous suppliant aussi de m'excuser sy, Tonlant demeu- rer dans telles bornes et limites, je ne donne sur toutes affaires les entiers esciaircissemens que Ton y pourroit désirer, et y rencontrés vous-mesmes quelque fois des espèces de narrations trop concises et abrégées. Suisrant donc ceste forme à moy prescrite, je laisseray le récit de vos actions plus puériles et commenceray mes extraictz par Thonneur que tous eustes d'estre présenté à Tostre unique maistre, luy n'estant encore que prince de Navarre... i £nfin, de la première partie de Tœuvre de Sully, il nous reste on dernier manuscrit, qui a été certainement sous les yeux de l'ancien ministre, poisqnH y a introduit quelques corrections, rares il est vrai. C'est le numéro 10314 dn fonds français de la Bibl. nat. (même proyenance que les n** 10305-10313). Ce manuscrit se compose de 98 feuillets. Il commence par ces mots : c Or Toy-je bien que j'ay esté trop long en ce discours, mais il m'a semblé que ces intrigues de grande conséquance ne se pouToyent esclaircir a?ec moins de paroles > (Michaud, I, 130 6]; et il se termine sur cette phrase : c Or, aiant trouTé dans vos papiers grande quantité de lettres du Roy et autres de ceste année 1597, j'en ay choisi trente, d'autant qu'elles parloient de ce grand et important siège d'Amiens; et, ne les pouvant interposer en lieux propres, à cause que ces mémoires estoient déjà avancés d'escrire, je me suis résolu d'en faire trois chapitres en suitte de ceslui-cy, auxquels ceux qui les liront avec attention et désir de cognoistre la vérité des choses pouront recourir et les aproprier selon leurs dattes » (Michaud, I, 255 b). Ce manuscrit n'est pas la suite du manus- crit 10;^, comme on le pourrait supposer, les numéros donnés aux chapitres le prouvent. Le chapitre où Sully expose ses négociations avec Villars, gouver- neur de Rouen (Michaud, I, 131 6), aurait porté, dans la suite de 10306, le n* XL! ; ici il porte le n* XLV. Il s'agit donc ici encore d'une nouvelle édition des Économies dont il ne nous reste que ce fragment et que nous négligeons dans le cours de notre travaU. Cette édition n'est pas encore conforme à l'imprimé, puisqu'un seul secrétaire y est censé prendre la parole. On voit donc combien Sully a remanié son œuvre, la recommençant et la retravaillant sans cesse. 1. Ms. 10312, fol. 128 et suiv. LES « icOIfOMIES R0TALB8 » DB 80LLT. 807 mettre par écrit ses sentiments. Dans la lettre qu'à la suite de cet entretien Sully écrivit au roi, il examine tous les cas qui pouvaient se présenter dans cette conjoncture; entre autres, il supposa le cas où la querelle sur la succession de Glèves entraînerait une guerre géné- rale entre la faction de France et la faction d^Espagne. Dans cette hypothèse, dit-il à Henri IV, il faudrait « se saisir des villes, terres et pals que Ton jugeroit à propos, pour conjoindre entièrement et inséparablement la France avec les Provinces-Unies, qui est le seul et unique moyen de remettre la France en son ancienne splendeur et la rendre supérieure à tout le reste de la chrétiensté. Car, si une fois, en quelque façon que ce peust estre, les provinces de Luxem- bourg, Julliers, La Marck, Bergues, Limbourg, Aix et Gleves estoient unies et associées à la France ^ il n'y a nul doute que le reste des Pais-Bas seroit contraint de suivre leur exemple, estant séparez de toute communication avec le reste du monde sans votre permis- sion*. » Sully approuve ici une idée mise en avant par Bongars, notre ambassadeur en Allemagne, qui aurait voulu que la France négociât avec les héritiers légitimes de Glèves et de Juliers et leur achetât leur succession, en les récompensant par des terres au centre de la France, dans le Berry ou dans TAuvergne. U publie même, à la suite de sa lettre au roi, deux mémoires de Bongars, dans lesquels cette proposition avait été faite^. Ainsi, dans ce passage, Sully recom- mande à son maître de réunir à la France tôt ou tard les Pays-Bas espagnols et de couvrir davantage la frontière du Nord. Mais, jus- qu'à présent, il avait toujours insisté sur la nécessité pour la France de ne faire aucune conquête nouvelle. La contradiction est formelle, flagrante. Dans les passages précédents, Sully nous a sans doute résumé ses opinions personnelles ; ici il nous donne apparemment le texte réel d'un rapport adressé sur ordre au roi en À 609. Il a retrouvé cette pièce dans l'intervalle de temps qui s^est écoulé entre les deux éditions manuscrites des Économies et, comme il n^a pas voulu la perdre, il Ta insérée dans la seconde édition, sans se soucier si elle s'accordait ou non avec ses précédentes assertions. 1. Le manascrit ajoute ici : c ou plustot aux Estats. i Mais ces roots semblent avoir été ajoutés pour ne pas mettre cette lettre en contradiction trop flagrante avec les autres passages, où il est question du grand dessein. 2. Michaud, II, 319. 3. Ces deux mémoires, qui ont été transcrits dans le manuscrit, sont d'une authenticité indiscutable. On les trouve dans le recueil des Mémoires de Bon- gars qui a été conservé à la Bibl. nat. Le premier, qui expose les droits des héritiers à la succession, se lit dans le ms. fr. n* 7132, fol. 56; le second, qui déduit les raisons conviant le roi à s'intéresser aux affaires de Glèves, au même volume, fol. 21. Cf. Anquez, Henri IV et rAllema§ne, p. 153, d. 3. 308 miSlanges et documbuits. Sully, cette seconde édition des Économies royales une fois ache- vée, n^en demeura point là. Il composa en quatre volumes un vaste roman, dans lequel il semble avoir caché sous des allégories Tbistoire de son temps; il lui donna ce titre, plus bizarre encore que celui des Économies : Gélastide^ ou les illustres princesses et belliqueuses pttcelles du puissant empire de la grande Sclaramane deDolosophxh moris, les Sclarazones diamantées^ Percy de Ruhicelle et Pyrope*. Les deux derniers volumes, qui existaient encore au milieu du xYin* siècle, au temps où Tabbé L'Ëcluse des Loges arrangeait de façon si singulière les Mémoires de Sully^ ont depuis disparu. Mais surtout, dans sa retraite, Sully surveillait avec attention tous les livres qui paraissaient sur le règne de Henri IV. Gare aux écrivains qui mettaient quelques restrictions aux éloges donnés au feu roi! SuUy se constitua le gendarme de sa mémoire. Gare surtout à ceux qui^ par une allusion même discrète, blâmaient quelque acte de Tan- cien surintendant des finances ou ne rendaient pas justice à ses mérites ! Sully prenait aussitôt sa plume pour défendre son msdtre et surtout pour se défendre lui-même, et bientôt, quittant la défen- sive, il portait l'attaque dans le camp ennemi, comme au temps de sa jeunesse, alors que^ pauvre, il marchait^ à la suite du roi de Navarre, à la conquête de ses multiples charges. A chaque fois, les Économies royales s'enrichissaient d'un nouveau morceau. Quand, en 4624, eurent paru les Lettres du cardinal d'Ossat, ces lettres d'une si grande netteté et qui sont l'œuvre d'un vrai diplomate, Sully s'irrita contre quelques phrases très simples, y vit à tort une attaque per- sonnelle, et, ouvrant à deux endroits une parenthèse dans son livre, il accabla de son mépris l'ancien et modeste serviteur du roi qui, depuis vingt ans, reposait dans la tombe ; il ne recula pas devant les épithètes les plus dures, « valet, pédant, médisant et imposteur; » il parla de ses « puantes calomnies*. » ViUeroy fut traité comme d'Os- sat. Sully passa au crible les Mémoires d'État^, et, en somme, tout 1. Voir la préface mise par L'Éclase des Loges en tête de son édition des Mémoiret de Sully, XXX. 2. Michaud, I, 533-534. 3. Sully ne s'est pas serri de la première édition des Hémoires d'État de Villeroy, mais bien de la seconde, comme le prouvent ses renvois aux pages dn livre. Cette édition parut à Sedan, c jouxte la coppie imprimée à Paris par Jean Houzé. MDGXXII i (Bibl. nat., La^', 2 A). An demeurant, Sully ne parle pas des autres volumes des Mémoires d'État. Le second parut à Paris chez Samuel Thlboust, MDGXXV; le quatrième, sans lieu, MDCXXV. H n'y eut pas de seconde édition du troisième volume. Comme, dans l'article de Sully sar Villeroy, il est question de l'histoire de Henri IV par Dupleix, il n'a pa être écrit qu'après 1635. LES « iGOIfOMIBS ROTALBS » DE SULLT. 309 ce qu^il y put relever furent certains jugements sur les personnes et les foits, parce qu'ils différaient des siens propres ^ Mais, de tous les écrivains, celui après lequel Sully s'acharna le plus, ce fût Scipion Dupleix, l'historiographe ofBciel. U connut la seconde édition de Y Histoire de Henri le Grand^^ parue en 4635, et, après l'avoir lue, il ne put contenir son indignation. Quoi I il pn con- irmer le^istence^ U dorée, l'establisscment le pins solîée el la protection de lliérésîe de Calvin et de celle de Lotber, poor ignrer dmcone en Uers et en égalité avec la reUgiion catbotiqne? > {FaraltèU des tre» prrwùtn rois R o m t- •ms, éd. Fangdre, pc I3$-139}. Cf. «nsst Vitlorio Siri, JfeaMrw ncomiiie^ tra- docL franc. 17IS5. introdnction, p. cr. 4. Ib doivent siéger à Hanti^. Mremberg, Vienne, Potoye ^ Coastanee et daK oae viUe de TOoesl de l'Snrope «{oe Snlly ne désigne pfc» yUrkènJ, U, 351]. X Micband, IL 330». 6L Saint-Simon montre qne ce conseil gênerai aarail éié, en réalité, rédnit à llmpùssaKe. c 11 y a, dit-il« one CuMe imi^ et cela da» rcmpire. Le LES « I^GONOMIBS ROYALES » DE SULLT. 847 tendre à un unique but : expulser les Turcs de l'Europe. Le conseil général fixe le contingent et les impôts que chacune des quinze puis- sances doit fournir pour cette nouvelle croisade; il lève les troupes et Targent, dirige les opérations militaires et préside au partage des conquêtes ^ Le Turc chassé, TEurope jouit enfin de ce grand et inap- préciable bienfait : la paix universelle. Tels sont, dans les lignes générales, les nouveaux plans que Sully prête à Henri lY, dans l'édition imprimée des Économies j et qu'il semble avoir encore ignorés au moment où il faisait rédiger sous ses yeux le premier manuscrit de son livre. Mais, si ces lignes géné- rales se dessinent assez bien, que dMncohérences et que de contra- dictions dans le détail ! Le grand projet nous est exposé dans une série de morceaux, rattachés d'une manière plus ou moins artifi- cielle à la composition primitive des Économies, Or, ces morceaux ne s'accordent en aucune façon entre eux. Ici, par exemple, Sully nous affirme que le roi de Hongrie devait être élu par huit souverains : le pape, l'empereur et les rois de France, d'Espagne, de la Grande- Bretagne, du Danemark, de Suède et de Lombardie^; là, il attribue cette élection à dix potentats, du nombre desquels sont l'empereur et le roi d^Espagne^; dans un troisième passage, il soutient que sept voix devaient concourir au choix de ce prince ; la première appar- tiendrait aux ecclésiastiques, nobles et villes du pays; le pape, l'em- pereur, les rois de France, d'Espagne auraient chacun un suffrage, les rois d'Angleterre, de Danemark et de Suède un suffrage conjoin- tement; enfin la septième voix serait « des deux républiques des Belges et Helvétiens conjointement^. » Ici, on nous dit que le con- seil général de la confédération très chrétienne devait comprendre soixante-six membres ' (et on nous donne les détails les plus précis sur le mode de leur nomination); là, on nous apprend qu'il devait être formé de quarante membres ^ (et on nous donne sur leur élection des renseignements tout différents). L'on pourrait multiplier ces exemples. Ces nouveaux morceaux, contradictoires entre eux, ne conseil anlique, la chambre impériale, des diètes, quelquefois l'empereur même, Jugent des di£férents. On a Texpérience qu'il n'y a que les faibles et les petits qui 7 défèrent. Les puissants, souvent même les médiocres, y résistent et déso- béissent, et on Toit que la force en décide i {Parallèle des trois premiers rais Bourbons, éd. Faugère, p. 140). 1. Michaud, II, 351. 2. Michaud, II, 345-346. 3. II, 431. 4. II, 152. 5. II, 217. Le conseil devait être renouvelé de trois ans en trois ans. 6. II, 350. 318 irfLAHGIS n DOGOmm. s'aooordent natarellement pas avec le manuscrit des Éeonamiei. On nous y avait assuré qu'une grande partie des Pays-Bas espagnols devait être divisée entre des seigneurs anglais et des seigneurs fran- çais^; on nous assure maintenant que ces Pays-Bas, avec les seigneu- ries de Clèves, Juliers et autres états voisins, soit laïques soit ecclé- siastiques, devaient, dans la pensée de Henri lY, être joints aux dix-sept Provinces-Unies, pour former la république de Belgique^. Ces contradictions nous montrent que les morceaux où Sully nous parle du grand dessein ne doivent pas être combinés les uns avec les autres. Elles nous prouvent combien l'abbé L'Écluse des Loges avait tort, quand il condensait en un seul livre tous les passages des Éeo' nomies sur le magnifique plan de Henri IV. Chacun de ces morceaux forme par lui-même un tout et doit être étudié isolément. Mais, dès lors, nous ne pouvons plus admettre que Sully nous expose les pro- jets de Henri IV, arrêtés une fds pour toutes. Même dans ces lettres, qu'il prétend avoir écrites à Henri lY sur ses desseins, il flsiut voir un simple artifice littéraire. Ce sont, pour la plupart, comme le fait vcnr cette étude sur la genèse des Économies royales, des compositions ftdtes par Tanden ministre lorsque son livre était déjà achevé et intro- duites artifldellement dans la trame première. Elles datent d'époques différentes, et par là s'expliquent toutes ces divergences. Chacun de ces exercices de rhétorique nous expose les rêves que fkisait Sully, au moment préds de la rédaction. La poUtique très nette poursuivie par Henri lY, l'abaissement de la maison d^Autriche, a été, si j'ose dire, le fondement réel de toutes ces combinaisons. Par une première exagération, Sully a soutenu que son maître voulait enlever à TAu- triche ses possessions en Allemagne, en Bohême et en Hongrie, et réduire l'Espagne dans la péninsule hispanique (c'est la version du manuscrit des Économies). Puis, il a remanié la carte de TEurope et distribué aux uns ou aux autres les provinces enlevées à la fection espagnole. Poursuivant toujours ces &ntasmagories, il a composé l'Europe chrétienne de quinze dominations parfaitement égales et, enfin, emporté de plus en plus haut, il a ^t le rêve qu^une paix per- pétuelle pouvait régner sur cette terre. Le grand projet n'a donc pas été conçu en son esprit d'un seul bloc ; il s'est formé en quelque sorte de couches successives, d'assises bâties les unes au-dessus des autres. C'était une des innocentes manies de Sully, dans l'oisiveté de la 1. Voir Rev. hist, i. LY, p. 81. 2. II, 340; n, 431. 3. Lirre irenUème de son éditioo des Mémoireft de Sully remaniât. LES « ifcOlfOHIBS ROYALES » DE SULLT. 819 retraite et au moment où la vieillesse approchait, de faire et de refaire sans cesse des discours, des lettres, des écrits de toute nature sur les plans du feu roi. Les uns étaient abrégés et représentaient seulement en gros les principaux desseins de Henri IV ; les autres étaient très développés et entraient dans le plus petit détail. Les morceaux insérés dans les Économies royales sont sans doute loin de représenter toutes les élucubrations de SuUy à ce sujet ; d'autres du même genre ont sûrement existé en grand nombre. M. le marquis de Vogué a publié un mémoire de Sully, rédigé en \ 630 ^ et dans lequel Tancien ministre recommande de reprendre les desseins de Henri IV : limiter la mai- son d'Autriche à l'Espagne, rendre à TAllemagne ses prérogatives électorales, unir sincèrement les potentats italiens et chasser, grâce à cette ligue, les Espagnols d'Italie, enSn établir un équilibre parfait entre les états et les trois sortes de religions de la république très chrétienne^. En exposant à tant de reprises les projets de Henri IV, Sully a-t-il cherché à nous faire croire que tels avaient été en effet les desseins de son maître, au moment où il allait se mettre à la tête de son armée, en mai 4640? En d'autres termes, a-t-il eu Tintention de tromper? N'aurait-il pas plutôt voulu exposer, sous le couvert de Henri IV, ses propres conceptions, et donner ainsi des conseils détournés à ceux qui dirigeaient, après sa retraite, les affaires exté- rieures de la France? N'aurait-il pas, pour aller jusqu'au bout de notre hypothèse, poussé ses conceptions à l'absurde, pour avoir la pleine liberté d'exposer ses idées pratiques, cachées derrière les chimères, laissant aux personnes sensées le soin de distinguer les unes des autres ? Le fragment qu^a publié M. de Vogiié semblerait presque le foire croire, et d^autres arguments peuvent encore être invoqués en faveur de cette thèse. 1. Dans les Notices et documents publiés pour la Société de Vhistoire de France à l'occasion du cinqiMniième anniversaire de sa fondation. Paris, iSSâ, p. 387-408. Ce mémoire a été trouvé, avec d'autres pièces provenant da cabinet de Sully, au château de Pesean. Ce château appartenait, au xvni* siècle, à la famille Perrinet, et un certain Adam Perrinet avait été attaché à la per- sonne de Sully, quand celui-ci s'était retiré de la cour. 2. Cette dernière considération est indiquée de la manière la plus nette dans le paragraphe final du Mémoire, p. 407-408. M. de Vogué croit donc à tort que f cet écrit se maintient dans le domaine des réalités positives, i et ne contient aucune allusion aux chimères du grand dessein. C'est à tort aussi qu'il se figure que ce mémoire est adressé au cardinal de Richelieu. Rien, dans le texte, n'au- torise de fsdre une pareille hypothèse. Ce mémoire ne se distingue pas des antres, en très grand nombre, que Sully a rédigés sur les desseins prêtés gra- tuitement par lui à Henri IV. 820 irfLAIfGfiS BT DOGUMERTS. Examinons bien comment, dans son édition imprimée, Sully intaro* duit les prétendus rapports adressés à Henri lY sur le grand dessein. La plupart d'entre eux ne portent aucune date, ou du moins une date très vague, celle du jour sans indication d^année^ Ce ne sont pas, oq nous Tavoue, des pièces mises au net que Ton a transcrites dans les Économies j mais bien des brouillons entrelignés et tout raturés trouvés par les secrétaires dans les armoires vertes du cabinet vert et qu^ils auraient eu grand'peine à déchiffrer^. Bien mieux, ces mémoires nous sont présentés comme contenant, non pas des pro- positions nettes et fermes, mais seulement des questions adressées au souverain ^; ils ne renferment pas des résolutions arrêtées, mais de simples interrogations. Par tous ces artifices, si faciles à percer au jour, Sully n'a-t-il pas voulu nous mettre en garde et nous pré- venir quUl nous expose non point les plans formés par le feu roi, mais ses propres idées? Nous voudrions, pour la gloire de Sully, le croire. Malheureuse- ment, un examen plus approfondi nous montre que son intention n'était point que nous le crussions. En d^autres passages, il affirme avec insistance que Henri IV a conçu lui-même ces grands desseins et qu'il était sur le point de les mettre à exécution au moment où il tomba sous le couteau de Ravaillac^. Bien plus, il fabrique des lettres de Henri lY dans lesquelles le roi donne sa parole d'entamer, de poursuivre et de mener à bonne fin ses plans magnifiques'. Dès 1. Nous avons employé (cette lettre) en ce Uea, c quoy que peot-estre ptr quelque advanceinent du temps de celay auquel tous ponrez avoir fait ; chose que nous n'avons pu bien reconnottre, d'autant que ladite lettre n'avoit antre dalte que celle du quatorzième may i (Micbaud, II, 149 b). 2. Michaud, ibid.; cf. I, 429. 3. Michaud, I, 429 b. 4. c Mes impertinences et foiblesses d*esprit et de jugement me persuadèrent que vous aviez entamez [ces desseins] plustost par forme de discours et pour faire voir la profondité de vos cogitations ou pour vous esgayer l'esprit et descoa- vrir la portée du mien, qu'avec intention de les poursuivre Jusques à la fin, ni d*en espérer aucun bon succèz : tant, de premier abord, telles propositions se pré- sentèrent à moy remplies de difBcuItéz i (Michaud, II, 2136). Prétendue lettre de Sully an roi. Cf. II, 435 et pauim, 5. Lettre du roi, de GhaaUlIy, le 8 avril 1607 (Michaud, II, 200). Dans cette lettre, le roi fait un très grand éloge de Sully, c J'aimerais mieux avoir perdu dix maîtresses qu'un serviteur comme vous, i Parlant de ses desseins, il dit : c Lors feray-je voir que je quitteray plustost maistresses, amours, chiens, oyseaux, jeux, brelands, bastimens, festins, banquets, et toutes autres dépenses de plaisirs et passe-temps, que de perdre la moindre occasion et opportunité pour acquérir honneur et gloire, i Mais Sully lui-même n'a-t-il pas déjà fiait au roi un développement analogue? (Bfichaud, n, 39). La fausseté de la lettre est évidente. D'ailleurs, le 8 avril 1607, Henri IV était, non pas à Chantilly, mais à Fontamebleau {Lettres missives, VU, 167 et suiv.). LES « Temhre ti^^^BiKt KàL« Vb»* 35^;; s«r Lacroû, Toîr taiikl» de M. HuriM du» U Mmp^mfkàe de JAà»L — Ct raclkle d'Soest N7« daa» U Meime ém éreit n Uei n mtmmÊJ ii 4e lé^itletiem ceM^crér. BmxeUes, L£8 a icOIfOmiS B0TÂLE8 » DB SULLT. 884 rends doivent ètTOy selon lui, soumis à un congrès permanent d'am- bassadeurs, qui se tiendrait à Venise, « comme territoire neutre et indifiérent à tous princes. » La préséance de ce congrès appartien- drait au pape; les rangs suivants seraient tenus par l'empereur des Turcs, l'empereur chrétien, le roi de France, le roi d^Espagne, le roi de Perse, le souverain de la Chine, etc. Si quelqu'un contrevenait à Parrèt d'une si notable compagnie, il encourrait la disgrâce des autres princes, qui le mettraient à la raison avec leurs forces réunies. La paix régnant sur la terre, le commerce deviendrait Ubre et prendrait un grand développement; les places seraient distribuées, non d'après la naissance, mais d'après le mérite-, les procès prendraient d'eux- mêmes fin; l'homme aurait plus de bonheur, partant plus de dignité. Sully n'allait pas aussi loin qu'Émeric Lacroix; il ne voulait la paix qu'entre les princes chrétiens ; il excluait même de sa confédération « le puissant knès scithien, » c'est-à-dire le tzar, parce qu'une grande partie de sa domination s'étendait sur PAsie et était compo- sée de nations sauvages, barbares et farouches*; mais il demandait un conseil général pour son association très chrétienne, comme Lacroix pour le monde entier. Sully même ne réclamait pas la paix pour les Turcs; il lançait sur eux la chrétienté coalisée et les expul- sait de l'Europe par de nouvelles croisades. En ce point encore il était de son temps, que Lacroix dépassait. Au xvii* siècle, l'esprit des croisades soufflait encore' : beaucoup de religieux et de prêtres rêvaient d'arracher l'ancien empire grec aux infidèles : le P. Joseph surtout, l'auxiliaire dévoué de Richelieu, ne cessait d'avoir les regards tournés vers l'Orient; et, peu d'années après la mort de Henri IV, il poussait le duc de Nevers à se mettre en tête d'une conspiration qui avait pour but d^affranchir une partie de la Grèce du joug musul- man s. Il composait même un poème, la Tnreiadef pour exciter les chrétiens à la délivrance de Gonstantinople et de Jérusalem^. Ainsi le projet formé par Sully dans sa retraite n'est pas aussi 1. Michaad, II, 34S. 2. Un ancien ambassadear à Gonstantinople, de Brèves, publiait, an débnt da règne de Louis XIII, un Discours abrégé des aueurez moyens de ruiner ta monarchie des princes ottomans. A consulter, à ce sujet, L. Drapeyron, un Projet français de conquête de l'Empire ottoman aux XVP et XVIP siècles {Revue des Deux-Mondes, l** noTembre 1876, p. 122). M. Drapeyron a eu le tort de se fier aux Économies royales. 3. G. Fagniez, le Père Joseph et Richelieti, T. I, ch. lu, le Projet de croi- sade. 4. Le poème, qu'on croyait perdu, vient d'être découvert par M. Tabbé De- donvres. Voir le P. Joseph du Tremblay, Notice biographique d'après le sieur de Hautebresche. Essai bibliographique, 18S9. 332 Ml^LlNGES ET DOCUMEIITS. original qu'il le semble au premier abord ; il reflète des idées qui étaient assez courantes vers 4625. Quoi qu'il en soit^ ces idées n^étaient pas celles de Henri lY : le roi de France ne s'est pas armé en 4 64 pour réduire l'Europe chrétienne à quinze dominations égales et créer un conseil chargé de juger toutes les querelles des princes. Et pourtant on ajouta foi au dire de Sully ; on crut bientôt que tels avaient été en effet les projets de Henri IV, de même qu'auparavant on avait accueilli sans hésitation les assertions de d^Aubigné. On arriva même à regarder les passages concernant le grand dessein comme la partie la plus essentielle des Économies royalesj où ils ne se trouvaient pas tout d'abord ; ce sont eux qu'on cite le plus souvent Déjà, un catholique anonyme, qui a fait, avec quelques restrictions, un éloge du livre, célèbre les magnifiques plans du roi pour assurer la paix universelle*. Bien plus, les deux derniers volumes des Èeth nomies n'avaient pas encore paru que déjà Hardouin de Péréfîxe, qui en avait vu les manuscrits, exposait, d'après l'œuvre de Sully, le grand dessein de Henri FV. « Sully, dit-il, devoit bien en scavoir quelque chose, estant aussi avant comme il estoit dans la confidence du roy. C'est pourquoi il faut nous en rapporter à luy*. » Péréfîxe était évêque de Rodez et il avait été précepteur de Louis XIV; il allait être nommé archevêque de Paris. Le livre d'un si haut person- nage eut un immense succès ; les éditions en furent innombrables, et il fat traduit presque en toutes les langues. Aussi, la croyance dans le grand dessein de Henri lY devint-elle à peu près générale. Les afQrmations de Sully commencent à être accueillies dans les histoires de France. Mézerai finissait d'abord sa grande histoire à la paix de Yervins'; mais, en 4676-4678, il en publia im abrégé chronologique, où il poursuivit le récit des faits jusqu'en 4640^, et il introduisit l'abrégé des événements de 4598 à 4640 dans la nouvelle édition de sa grande histoire, parue en 4685^. Or, déjà Mézerai croit à la réa- lité du voyage de Rosny en Angleterre en 4604^, aux instructions 1. Bibl. nat., ms. fr. 4822, fol. 91. L'Ëcliise, dans la préface qu'il a mise en tête des Mémoires de Sully, cite quelques fragments de cette critique des Éco- nomies. Le ms. portait autrefois le n* 9590. 2. Histoire du roy Henry le Grand. Amsterdam, chez Anthoine Michiels, M DG LXI, p. 383 et suiv. Il est évident, d'après son exposé, qu'il avait vu en manuscrit les deux derniers volumes de Sully. 3. Elle parut dans les années 1643-1651, en 3 vol. in-fol. Les deux derniers volumes de Sully n'avaient pas encore été publiés alors. 4. Abrégé chronologique continué jusqu'à la mort de Henri IV. Paris, Bil- laine, 1676-1678, 8 vol. in.l2. 5. Paris, Thierry, 3 vol. in-fol. 6. Édition in-fol. de 1685, t III, p. 1241. LIS , d'autres prirent le projet au sérieux. Jean- Jacques Rousseau le résuma dans son style chaleureux d'apôtre et montra que, pour Texé- cuter, il sufBrait de la bonne volonté des hommes : c Assorément, écrit-il, Henri IV n'était pas un fou, ni Sully un visionnaire >. » Nec^ ker, lui-même, le banquier positif, approuva les idées de l'abbé de Saint- Pierre^, et, quelque temps plus tard, en 4795, ces mêmes idées furent reprises, arrangées et mises en formules par le plus grand des philosophes modernes^. N^est-il pas curieux que, d'une manière indirecte, les Économies royales de Sully aient exercé une influence considérable sur le système moral d'Emmanuel Kant? Pourtant, si d'une façon générale les assertions de Sully trouvaient crédit auprès des philosophes et des historiens, il y eut quelques pro- testations isolées. Vittorio Siri, dans ses Mémoires secrets (livre fort utile à consulter, malgré les erreurs énormes qui le déparent*), traita dès 4 677 ^ les plans prêtés à Henri IV de fantasmagories et de cbi-> mères : c Ce sont, écrit-il, des projets ridicules, capables de faire tort à la réputation d'un si grand roi, n'eussent-ils été proposés que dans l'ombre du cabinet. Ils ne pouvoient être la production d'un esprit sain, parce qu'ils étoîent impraticables, même pour un souve- rain absolu de l'Europe^. » Saint-Simon, à son tour, dans son Parai" lèle des trois premiers Bourbons ^ fit les plus expresses réserves', et l'auteur des MémMres chronologiques pour servir à V histoire univer* selle de V Europe depuis iôOOjusqu^en 4746*^ montra quelques-unes des contradictions des Économies, Quoi I dit*il en résumé, tant de 1. Voir, sur ce projet de paix perpétuelle de Molinari, VAbbé de SeUfU- Pierre, sa vie et ses œuvres, 1 vol. in-8*, Paris, 1857; et, surtout, la spiri- tuelle étude de M. Goumy, Études sur la vie et les écrits de l'abbé de SaifU- Pierre, Paris, 1859, p. 7^-93. 2. Derniers vers du poème de la Tactique, 3. Œuyres complètes (éd. iii-4* de 1852), t. I, 622. 4. De l'administration des finances de France, ayant-dernier chapitre. 5. Zum ewigen Frieden^ 1795. 6. Ainsi, pour nous en tenir à Sully, Siri confond avec lui son frère le mar- quis de Béthune, nommé ambassadeur à Rome en 1603. 7. Les Memorie recondite daW anno 1601 sino al 1640 parurent à Rome en 1677-79, en 8 vol. in-4-. 8. Vittorio Siri, traduction française. Amsterdam, 1765 et saiy., 42 vol. in-12. Introduction, cr-cnri. 9. Éd. Faugère, passages cités pins haut, p. 316, n. 3. 10. Amsterdam, MDGGXXV, 3 Yol. in-12. LES c icONOMIVS ROTALBS » DB SULLT. 885 princes sont du secret ; oq a sondé les inclinations des plus grands seigneurs; Ton s'est assuré des magistrats des villes, et de toutes ces négociations Ton ne trouve nulle trace I « Toute la terre est ins- truite du projet, et toute la terre est muette^ » Mais Ton ne fit pas attention à toutes ces objections et Ton continuait de lire et d^éditer sans cesse Péréflxe, d'en faire des extraits et de citer, d'après lui, les bons mots de Henri IV. De nos jours, en France, on s'accorde à fiiire dans le grand dessein deux parts : l'une réelle, l'autre chimérique. La première viendrait « de la pensée de Henri lY. » La seconde serait < le fruit des imagi- nations de Sully. » Cette thèse a été soutenue notamment par H. Wo- lowski'. Elle se rapproche beaucoup de celle qui a été adoptée par M. Poirson', qui a pénétré dans renseignement et qui se trouve répétée dans nos précis. Henri IV et Sully se seraient, en réalité, bien souvent entretenus de ces plans magnifiques; mais une part seule- ment aurait été pratique et d'application immédiate, l'autre toute spéculative et l'exécution renvoyée dans un lointain avenir. Mais, demanderons-nous à ces écrivains, qui nous indiquera la limite pré- cise séparant la chimère de la réalité? Le grand dessein constituait, dans la pensée de Sully faisant imprimer vers 4640 son ouvrage, un système unique et coordonné. Nous n'avons pas le droit d'y faire des distinctions arbitraires. 11 vous plait, à vous, de tracer telle frontière; mais un autre, ou plus timoré ou d'une imagination plus aventu- reuse, restera en deçà ou ira au delà. Vous choisissez dans le grand dessein ce qui vous plaît et laissez de côté ce que, vous, vous trou- vez impraticable; vous faites ainsi de la critique historique subjec- tive, ce qui est une très mauvaise manière de reconstituer l'histoire^. Cependant, en Allemagne, on s'est méfié davantage du témoi- gnage de Sully ; en comparant ses assertions avec les pièces diplo- matiques, on a reconnu qu'elles étaient fausses. Cornélius le pre- mier semble avoir entrevu cette vérité^; mais, de ce que les dires 1. T. I, p. 109. 2. Le Grand dessein de Henri IV (Séances et travaux de VAeadémie des sciences morales et politiques, t. LIV, 1860, p. 29-59). 3. Poirson, Histoire de Henri iV, t. 11, 2* partie, 874-76. 4. Noas avons bien fait, noas aussi, une distincUon dans le grand dessein ; mais notre distinction n'est pas arbitraire. Nous avons exposé le grand dessein tel que Sully l'avait conçu d'abord, quand il a fait écrire le mannscrit des Économies; puis le grand dessein tel que nous l'avons trouvé dans l'édition imprimée. 5. Article cité du MUnchner Historisches Jahrhuck. Seulement Gornélins ne v(^t que des erreurs là où nous voyons des inventions ; U met ces erreurs sur le compte des secrétaires. 386 II&.AIfGBS BT DOCUHBIITS. de Sully sont erronés, il a conclu à tort quUl n'y a jamais eu de grand dessein, que Henri lY, en marchant sur Juliers^ voulait sim- plement rendre cette ville aux héritiers légitimes et qu'il n'avait aucune arrière-pensée. Il suppose même un instant que lé roi de France n^ait pas été assassiné et qu'il ait enlevé Juliers-, et il nous le montre rétablissant aussitôt la paix et goûtant, dans un repos pro- fond^ les fruits de ses labeurs. Évidemment, Cornélius s'est trompé; il est tombé dans un excès opposé à celui des historiens français. Les travaux de Ritter et de PÛÏippson achevèrent de foire voir com- bien peu de conOance méritaient les passages des Économies relatif au grand dessein ; mais en même temps Philippson traçait de la politique extérieure du roi un tableau plus exact que celui de Cor- nélius. Il opposait aux allégations de Sully de très nombreux docu- ments originaux, en grande partie inédits; mais en même temps, il prouvait comment toujours le roi a eu souci d'assurer en Europe la prééminence de la France et a sans cesse poursuivi de grands desseins^ soit qu'il ait cherché à fonder une alliance durable entre la France et l'Espagne, par le mariage des enfants royaux, soit qu'il ait combattu en Europe en secret ou ouvertement l'ambition démesurée des Habsbourgs. A notre tour, par des arguments en partie empruntés à nos pré- décesseurs et en partie nouveaux, nous venons de montrer que les passages des Économies royales sur le grand dessein sont de l'inven- tion de Sully. Mais ce grand dessein n'a pas été inventé par lui d'un bloc. Dans une première édition des Économies^ demeurée manus- crite et composée sans doute vers i 64 7, il se réduit à la réduction de la maison d'Espagne dans la péninsule hispanique. Même ainsi pré- senté, il doit être rejeté. En vain Sully a falsifié, pour que nous y ajoutions foi, certains documents de son ambassade d'Angleterre en 4603 et créé de toutes pièces d'autres documents. Henri lY n'avait pas des projets si étendus ni surtout si arrêtés. Mais Sully ne s'en tint pas là. Entre 4 620 et 4 630, il composa de nouvelles pièces, aux termes desquelles Henri IV aurait voulu assurer à l'Europe chré- tienne une paix perpétuelle et réduire les États à quinze puissances parfaitement égales. Il imagina même un voyage qu'il aurait fait en Angleterre en 4604 pour soumettre un tel plan à la reine Elisabeth. Le grand dessein, exposé par Sully, nous apparaît ainsi comme une falsification à plusieurs degrés. Peut-être l'ancien surintendant n^au- rait pas d'un seul coup trouvé tant d^inventions, si grande que fût son imagination ; pour chaque découverte postérieure^ il s'appuyait sur la découverte précédente. Il faut donc à peu près négliger les Économies royales^ lorsqu'on veut exposer la politique extérieure de LIS « icONOllIES ROTAIES » DE 8ULLT. 337 Henri IV. Pourtant, cet arrêt si sévère ne doit pas être rendu contre tout le livre. Les passages sur le grand dessein ont été introduits artificiellement dans Touvrage et ne font pas corps avec lui. Le livre peut être jugé indépendamment d'eux. Sans doute, il renferme encore d'autres documents tronqués et même faux , mais ces altéra- tions ne se trouvent pas dans le manuscrit primitif des Économies, elles ont été faites postérieurement. Le manuscrit lui-même, plus véridique que l'imprimé, n'est pas entièrement sincère; il contient quelques pièces suspectes, pour ne pas dire plus. Mais la critique les a découvertes ou les découvrira sûrement. Supprimons -les de la trame des Économies; mais ne supprimons pas le livre, qui contient tant de documents authentiques, de renseignements sûrs et j'ajoute tant de passages charmants de bonne grâce. On a eu tort d'accepter jusqu'à présent sans contrôle le récit des Économies et de voir en lui la source principale et souvent unique pour l'histoire de Henri IV; mais n^aurait-on pas également tort de le rayer de Thistoire et de la littérature françaises? Gh. Pfister. P.'S. — Notre travail était écrit quand nous avons eu connais- sance de la fin du livre du D' Theodor Kubkelhius, Der Ursprung des Planes vom ewigen Frieden in den Memoiren des Herzogs von SiUly. (Berlin, 4893, i vol. de 480 p., Speyer et Peters.) M. Kuekel- haus a étudié le sujet à fond; il a parcouru les bibliothèques alle- mandes et y a rassemblé tous les livres imprimés sur le règne de Henri IV, de 4609 à 4638, quMl a pu trouver. Dans ces excursions, il a fait quelques découvertes intéressantes. Ainsi, il nous a fait con- naître qu'en réalité deux éditions successives du tome P' des Écono- mies royales ont été imprimées au château de Sully. Dans la pre- mière, les caractères sont plus gros ; on compte 535 pages au lieu de 520. On y lit, aux pages 479 et 488, un avis au lecteur, avant le parallèle de César et de Henri le Grand, en français et en latin ; l'édi- teur s^excuse de reproduire les vers en caractères romains, au lieu de caractères italiques. Dans la seconde, il n'avait plus besoin de faire ces excuses; car il s^était procuré dans Tintervalle des italiques. Un assez long intervalle a séparé la publication des deux parties du travail de M. Kuekelhaus; et, si nous ne nous trompons point, en publiant la première, il n'avait point encore arrêté d'une manière très nette les conclusions qu'il formule avec tant de précision dans la seconde. Il semble encore croire, dans la première moitié de son travail, que l'exposition de d^Aubigné est indépendante de celle de Sully. De très bonne heure, nous dit-il, avant même la mort de Rbv. Histor. LVI. 2« pasg. 22 fM idiLAIVGRS £T DOGUMBIITS. Henri IV, les contemporains ont eu le sentiment que le roi prépanut de très grands desseins. Après sa mort, ce sentiment a pris une plus grande consistance. Tout le monde croyait que Henri lY a?ait conçu un plan grandiose. Mais quel était au juste ce plan ? Les catholiques, les protestants, les politiques répondaient d'une façon difiTérenke. 0*Aubigné emprunta à la tradition certains éléments de son exposi- tion ; mais^ nous dit M. Kuekelhaus, a il y sgouta une série de nou- veaux éléments, tirés, prétendait-il, de ses connaissances person- nelles et qui donnèrent à l'ensemble des plans de Henri lY comme un autre aspect. Le ton général de Texposition nous montre en elle Tœuvre partiale et toute personnelle de Técrivain » (ein hcschst parteiisches und persônliches Machverk ihres Verfassers). — Mais, plus tard, en comparant l'exposition de d'Aubigné ayec le récit de l'ambassade de Sully en Angleterre, en 4603, il a été très vive- ment frappé des analogies que présentent les deux œuvres; il a vu avec une très grande netteté que d'Aubigné a dû avoir connaissance d'une œuvre de Sully, différente de Tœuvre imprimée, et, dès lors, il s'est trouvé, à notre avis, sur le chemin de la vérité. Dans un remarquable appendice, M. Kuekelhaus prouve qu'il y a dû avoir de la relation du voyage de Sully en Angleterre trois rédac- tions : Tune authentique, composée immédiatement après l'ambas- sade de Sully; l'autre écrite vers 4645 et où déjà le ministre aurait grandi son rôle, en affirmant qu'il devait proposer à Jacques I < la réduction de la monarchie espagnole à l'Espagne; » la troisième, rédigée en 4632, après l'apparition du livre de Dupleix sur Henri lY et où Sully a introduit sa chimère de la république très chrétienne. Nous ne croyons pas qu'il y ait eu ime relation d'ensemble de l'am- bassade de 4603, parue en 4603. Mais les pièces qui nous ont été conservées isolées, soit en original, soit en copie, peuvent être consi- dérées comme formant une première rédaction, celle-là tout à (kit authentique. Entre 4 64 5 et 4 64 7, il y a eu, selon nous, non pas seu- lement une relation de cette ambassa,ple\ mais une première rédac- 1. Duchesne, dans son Histoire de la maison de Bëthune, p. 454, noas dit : c La relation qui fut dressée de cette ambassade contient deux cents pages de fort grand papier, i II est possible que cette relation ait paru à part, mais nous croyons plutôt que Ducbesne a puisé à notre manuscrit des Économies ou à une copie de ce manuscrit. Ducbesne, p. 473, fait allusion aux divers mémoires présentés par Sully à Henri IV au début de 1610, tels que nous les trouvons dans le manuscrit des Économies : « La mort du duc de JuUiers fisi naistre à Sa Majesté l'occasion de rallumer le feu de Mars, presque esteint par les douceurs de la paix, et d'armer très puissamment pour une entreprise, la plus baute, la plus glorieuse et la plus avantageuse à son Estât et à sa rèpnta* tion que jamais aocim roy de France n*eu8t projettée. A qvoi le duc de Sully LES a iGOUOMIES R0TALV8 » DR SULLT. 839 UoQ des Économies tout entières : dans cette première rédaction se trouve une version du grand dessein, singulièrement différente de celle qui sera exposée plus tard. C'est elle qu'ont connue d'Aubigné et les historiens postérieurs, Fontenay-Mareuil, Richelieu^ etc. EnOn, plus tard (entre 4625 et 4638), le dessein de Henri lY grandit encore; il y est question d'une paix universelle, de quinze états européens et de trois religions dont les forces se balanceraient très exactement. En somme, M. Kuekelhaus a deviné fort bien quelles parties du récit de Tambassade de 4603 étaient authentiques, quelles autres appar- tenaient à une première conception du grand dessein, quelles autres ont été encore inventées plus tard. Ce qu'il a conjecturé, nous l'avons montré par l'étude directe des manuscrits de Sully, et il s'est trouvé que presque toujours il a deviné juste. Puis, nous avons étendu à tous les passages des Économies Tétude qu'il avait limitée au récit de l'ambassade d^ Angleterre de 4603. Nous sommes pleinement d'accord avec M. Kuekelhaus sur la non- authenticité du voyage de 4 604 et sur le caractère mensonger de tous les passages qui nous parlent de la paix perpétuelle. On trouvera encore dans son livre de curieux développements sur les faits réels qui ont pu donner à Sully Tidée du grand dessein. Enfin, Tauteur essaie de montrer par quelle suite de circonstances Tancien surin- tendant des finances a été conduit à faire ce faux; il explique la psy- chologie de Sully, amené, pour défendre la mémoire de son maître, à lui attribuer des desseins de plus en plus fantasmagoriques. Cette étude fait grand honneur à M. Kuekelhaus et à la science allemande. C. P. l'excita par tant de fortes et importantes considérations qu'à la fin il le disposa à se résoudre, après Iny avoir fait cognoistre que ny l'argent, ny les muniUons de guerre, ny aucune des choses nécessaires pour parvenir à l'exécnUon ne luy manqueroient. i Errata. — Dans la Rev, histar., LVI, page 39, ligne 3, au lieu de invento* fiées, lisez inventées; page 41, Ugne 20, an lieu de n'aient, lisez aient. BULLETIN HISTORIQUE FRANCE. Questions D'EnssiGtiEifEifT. — Les examens d'agrégation de l'en- seignement secondaire ont une importance considérable au point de vue du régime des études en général. Le diplôme d'agrégé, obligatoire pour tous les professeurs de lycée, est exigé en ikit même des pro- fesseurs de Faculté. Notre enseignement supérieur des lettres et des sciences ayant jusqu'ici essentiellement pour objet de former des licenciés et des agrégés, il suit que les programmes de ces examens dé- terminent la nature même de l'enseignement des Facultés et de TÉcole normale. Or, ces examens ayant un caractère essentiellement scolaire et secondaire, il suit que notre enseignement dit supérieur tend presque fatalement à n^être qu'une forme supérieure de renseigne- ment secondaire. — Cette influence funeste des examens sur notre baut enseignement a fîrappé depuis longtemps tous ceux qui se sont préoccupés de la réforme universitaire. Les plus radicaux auraient voulu qu'on supprimât résolument tout lien entre l'enseignement supérieur et les examens d'enseignement secondaire. Les autres, plus modérés et plus pratiques, reconnaissant l'impossibilité d'un chan- gement qui impliquerait le bouleversement de toute notre organisa- tion de l'instruction publique et de toutes nos habitudes scolaires, ont cherché le remède dans la modiOcation des examens eux-mêmes. On a divisé la licence es lettres en trois licences, et, cette réforme étant loin d'avoir donné d'heureux résultats, on a mis à l'étude une nouvelle réforme de la licence. Nous ignorons encore ce qui sortira de cette étude, car on parait reculer devant la seule mesure qui, à nos yeux, aurait amené im progrès réel : la division de la licence es lettres en deux parties : un examen commun à tous les candi- dats, portant sur les matières purement formelles et scolaires (dissertations française et latine, versions et thèmes) et passé au sortir d'une rhétorique supérieure, et un certiOcat d'études spé- ciales de philologie, d'histoire et de philosophie dont le programme serait très librement varié au gré des candidats et qui serait délivré à la suite d'une ou de deux années d^enseignement supérieur. — Pour FRANCE. 344 , les agrégations littéraires, on s'est efforcé, depuis plusieurs années, de mêler aux épreuves d'un caractère pédagogique et scolaire des épreuves dites d'érudition, qui devaient donner aux yeux des candi- dats une importance nouvelle et même une valeur pratique aux côtés les plus sérieux, les plus austères de l'enseignement supérieur (exercices philologiques, critique des textes^ critique historique, etc.). Pour la philosophie, il y avait peu à faire, puisqu'aussi bien les matières philosophiques, bien qu'elles aient place en France dans renseignement secondaire, sont par essence matières d'enseignement supérieur. Mais on fit une place à la philologie dans les agrégations de lettres et de grammaire, et, en histoire, la thèse, la leçon de thèse et les explications de textes eurent le caractère bien net d'épreuves érudites. Ces épreuves d'érudition eurent une importance d'autant plus grande que la leçon de thèse déterminait à elle seule le second degré d'admissibilité, le premier étant constitué par les épreuves écrites. Si l'enseignement historique est, sans contredit à l'heure actuelle, la partie la plus vivante et la mieux organisée de l'enseigne- ment des Facultés, on peut, dans une certaine mesure, en trouver la cause dans les constants efforts faits pour donner à Tagrégation d'histoire un caractère plus élevé, plus intelligent, plus scientifique. Elle passait, à bon droit, pour la mieux conçue des agrégations, et les membres des jurys des autres agrégations songeaient à lui emprunter quelques-unes de ses principales dispositions, en parti- culier la thèse et la leçon de thèse. C'est pourtant cette agrégation modèle qu^on vient de modifier encore, sur la demande même de ceux qui étaient chargés de la diriger. L'ancienne agrégation se compose de quatre épreuves écrites (his- toire ancienne, du moyen âge, moderne et géographie) qui constituent un premier degré d'admissibilité. L^admissibilité définitive dépend de la première des épreuves orales : une leçon de critique historique ou de géographie savante dont le sujet, proposé au candidat vingt- quatre heures d'avance, se rapporte à un des points d'une thèse ou mémoire de géographie ou d'histoire déposée par le candidat au début des épreuves écrites. Le jury publie annuellement une liste des thèses parmi lesquelles chaque candidat est libre de faire son choix. — Les épreuves orales, qui décident de Tadmission définitive, sont: le com- mentaire de trois textes, grec, latin et français, tirés d'œuvres his- toriques ou géographiques désignées par le jury un an d'avance, une leçon d'histoire et une leçon de géographie analogues aux leçons des lycées et dont le sujet est donné au candidat vingt-quatre heures d'avance. 342 BULLETIir HISTOBIQUE. La nouvelle agrégation se compose d'épreuves scientifiques soute- nues devant les professeurs des établissements d'enseignement supé- rieur et d'un concours essentiellement pédagogique passé devant un jury d^État. Les candidats à l'agrégation devront produire , soit le diplôme de l'École des chartes, soit celui de l'École des hautes études, soit un diplôme d'études supérieures délivré par une Faculté des lettres ou par l'École normale. Ce dernier diplôme sera décerné aux candidats qui auront satisfait aux épreuves suivantes : examen et dis- cussion d'un mémoire d'histoire ou de géographie, dont le si:ùet aura été choisi par le candidat; discussion d'une question d'histoire et d'une question de géographie indiquées au candidat trois mois à Pavance; explication d'un texte historique ou dW texte géogra- phique choisi par le candidat ; une épreuve tirée des sciences auxi- liaires de l'histoire ou de la géographie générale. — Quant au con- cours, il consistera en : ^1^ quatre épreuves écrites semblables à celles de l'ancienne agrégation, mais dont les sujets seront choi»s dans un programme déterminé par arrêté ministériel; 2® une leçon d'histoire prise dans le programme des lycées, suivie d'une interne gation pédagogique et constituant le second degré d'admissibilité; 3^ une leçon critique dont le sujet sera tiré du mémoire présenté par le candidat pour Tobtention de son diplôme d'études supérieures; 4® une leçon d'histoire et une leçon de géographie. — La durée de toutes ces leçons sera de trois quarts d'heure, et les sujets seront donnés vingt-quatre heures d^avance. Provisoirement, pour 4 895, on se contente de supprimer les expli- cations d^auteurs prescrits un an d'avance et de les remplacer par Pexplication d'un texte désigné vingt-quatre heures d'avance et se rapportant au sujet de la thèse de chaque candidat. Quels sont les motifs qui ont guidé les auteurs de cette réforme si profonde? Us sont de diverse sorte. Tout d'abord on trouvait que, dans un examen qui avait pour objet de choisir des professeurs, l'élément professionnel était par trop subordonné à l'élément scien* tifique. C'était la leçon de thèse qui décidait de l'admissibilité défini- tive; les explications de textes qui ouvraient les épreuves d'admission pesaient dans l'examen d'un poids tel qu'il était bien difGcile à un candidat qui les avait mal passées de se relever par ses leçons. — Désormais, le candidat à renseignement aura surtout à faire preuve de qualités professorales, et la seconde admissibilité sera déterminée par une épreuve essentiellement pédagogique. Les épreuves écrites pourront être préparées d'une manière plus intelligente, alors qu'au lieu de repasser l'histoire universelle par la lecture éperdue de manuels, on sera appelé à en étudier seulement les périodes esstfi- nuNGE. S4S tielles dans des livres plus approfondis. Enfin, l'érudition et la cri- tique resteront représentées dans les nouveaux examens oraux par une leçon, à laquelle on pourra, si l'on veut, attribuer un coefficient supérieur à celui des autres épreuves. Tout en donnant au concours proprement dit d'agrégation un caractère plus directement professionnel, on n'a pas voulu cependant diminuer la part de l'élément scientifique dans la préparation des ftaturs professeurs d'histoire. Loin de là. Il est visible que cet élément se trouve renforcé et étendu et que la réforme a eu pour objet, puisque les Facultés préparent nécessairement aux examens, de don- ner à cette préparation un caractère de liberté, de désintéressement scientifique qu'elle n'avait pas jusqu'ici. On pouvait adresser d'assez graves critiques aux épreuves d'érudition de l'ancienne agrégation. Les thèses étaient choisies sur une liste proposée par le jury. Il était interdit de foire usage de documents manuscrits et de demander à ses professeurs une direction et des conseils pour la préparation de cette thèse. Il était dès lors diHicile de faire servir ces thèses à des recherches originales; les professeurs devaient s'abstenir de diriger leurs élèves dans la partie de leur travail où une aide eût été le plus nécessaire, et de malheureux candidats faisaient fausse route sans que personne les en avertit. Cinq membres du jury devaient en une dizaine de jours examiner trente à trente-cinq thèses dont quelques- unes avaient cent à cent cinquante pages. Cet examen était nécessai- rement superficiel ; chaque thèse était appréciée par un seul juge et, cependant, il y avait concours entre des thèses et des leçons d'un caractère prodigieusement divers et que l'ensemble du jury pouvait difficilement comparer entre elles. Un autre inconvénient venait de ce que plusieurs candidats prenaient la même thèse; si l'un d'eux était reçu et les autres refusés, ceux-ci devaient préparer une thèse nouvelle pour une autre année. On a vu des candidats changer trois fois de thèse à trois concours successifs, tout en étant professeurs dans un lycée. C'était un rocher de Sisyphe sous lequel ils succom- baient écrasés. Avec le nouveau système, les étudiants en. histoire pourront entreprendre, sous la direction de leurs maîtres, des tra- vaux originaux, qui seront ensuite, de la part des professeurs, Pob- jet d'un examen approfondi. On pouvait adresser des critiques plus graves encore aux épreuves d'explication de textes. Les explications étaient préparées dans les conférences des Facultés et de l'École normale. Chaque candidat ne prenait qu'une part minime à ce travail collectif, et parfois c'était le professeur lui-même qui se chargeait de l'explication, les élèves se bornant à prendre des notes et à les apjMrendre par cœur. — On se 844 BULLETIN HISTORIQUE. passait d'une ville à l'autre les notes d'explication. Le programme d'agrégation se trouvait ainsi imposer à toutes les Faculté de Franœ le même travail, partout stérile, et la valeur des explications dépen- dait souvent de la capacité du professeur qui les avait préparées, plus que de celle du candidat qui répétait la leçon reçue. Désormais, les professeurs pourront aisément exiger de leurs élèves une préparation individuelle et, de plus, ils pourront entreprendre avec eux desexer- cices d'explication qui auront une réelle utilité, soit parce qu'ils auront pour objet la publication d'un texte, soit parce qu'ils se rapporteront aux travaux personnels du maître ou des élèves. De plus, des exercices nouveaux, des épreuves nouvelles sont exigées des étudiants en histoire et permettent de constater d'une manière plus complète leur préparation scientifique. DMn autre côté, une fois leur diplôme d'études supérieures obtenu, il Test défini tivemwt, et ils ne sont plus obligés, pour cette partie de l'examen, de se sou- mettre aux chances d'un concours. En envisageant dans son ensemble la réforme dei'agrégation, on peut croire qu'elle aura pour résultat de diminuer ce qu'il y a d'aléa- toire dans tout concours et d'alléger la charge des candidats en divi- sant les épreuves en deux parties distinctes, diverses par leur nature et soumises à des juges différents. Elle donnera au travail des Facul* tés une activité plus vive et plus normale en faisant des professwrs les vrais juges des étudiants, tandis que ceux-ci n'ont actuellement en vue dans leurs travaux que le seul jury d'agrégation, et ne voient dans leurs professeurs que des préparateurs d'examen. Toutefois, on a adressé à ce projet de réforme diverses critiques qui ne sont pas sans valeur, et il est bien certain que la réforme vau- dra surtout par la manière dont elle sera appliquée. L'ancienne agrégation, quels que fussent ses incontestables inconvénients, don- nait en fait d'assez bons résultats. Les juges avaient une besogne écrasante, mais, s'ils s'en acquittaient avec conscience, ils avaient le sentiment que la sélection opérée par ces multiples épreuves était juste. Le mélange des épreuves scientifiques et des épreuves profes- sionnelles établissait une sorte d'équilibre entre les diverses apti- tudes qu'on doit exiger des candidats au professorat, et, finalement, c'étaient bien les plus intelligents et les mieux préparés qui triom- phaient, chacun à sa vraie place. Avec le nouveau système, tel can- didat qui aurait fait un très convenable professeur de lycée se verra refuser le diplôme d'études supérieures ; tel autre qui aura fait preuve de très brillantes aptitudes scientifiques échouera au concours contre des concurrents mieux doués pour les épreuves professionnelles. Il sera difficile que le diplôme d'agrégé conserve la même valeur pour FRANGE. 345 renseignement supérieur et l'on ne pourra guère en refuser ren- trée à ceux qui se contenteront d'ajouter le doctorat au diplôme d^études supérieures ou aux diplômes équivalents. C'est en effet une des heureuses originalités de la nouvelle agrégation de donner aux diplômes de PÉcole des chartes et de TÉcole des hautes études une valeur égale à celle des diplômes des Facultés et de TËcole normale et de rompre ainsi avec nos habitudes et notre besoin d'uniformité. Personne ne regrettera les explications de textes, mais à la con- dition que leur abandon ne signifiera pas qu'un professeur d'histoire peut, sans inconvénient, ignorer le grec et le latin et se contenter d'être capable de comprendre les textes français. Quant aux thèses, on peut se demander si les thèses anciennes, qui consistaient à étudier d'une 4nanière approfondie et critique des questions d'un intérêt assez général et des documents connus n'étaient pas le meilleur des exercices pour des apprentis érudits. N'y a-t-il pas à craindre que la liberté laissée aux candidats, Pinvitation qui leur est adressée de faire des recherches originales, ne les pousse à faire des travaux d'un intérêt tout local, à remplacer la critique his- torique par de simples accumulations de documents inédits, dont il sera impossible au jury de tirer un sujet de leçon critique, à se can- tonner dans des études trop spéciales ? N'y a-t-il pas à craindre aussi que certains professeurs se servent de leurs élèves comme de simples collaborateurs pour leurs recherches personnelles et se préoccupent plus de celles-ci que de l'intérêt des candidats? Est-il raisonnable aussi de placer les études générales qui prépareront au concours d'agré- gation après les travaux d'érudition qui prépareront au diplôme d'études supérieures? Ces travaux d^érudition n'exigent-ils pas une plus grande maturité, et le diplôme d'études supérieures ne devrait-il pas être le couronnement des études dans les Facultés ? Enfin, ce diplôme pourra-t-il avoir la même valeur, quelle que soit la Faculté qui le délivrera? Une Faculté qui a deux professeurs d'histoire et un ou deux étudiants en histoire pourra-t-elle être pour ces étudiants aussi exigeante qu'une Faculté qui compte quatre, six, dix profes- seurs et quarante, cinquante, cent étudiants? Il faudra évidemment que les professeurs s^atlachent avec grand soin à empêcher leurs élèves de se spécialiser trop, à les diriger dans le choix de leurs sujets de mémoires, à exiger d'eux la preuve de véritables qualités critiques. A ce point de vue, on a très sagement exigé le dépôt du mémoire entre les mains du jury, et il est évident que si, en théorie, tous les diplômes d'études supérieures doivent avoir la même valeur, en fait, il s'établira des distinctions, et Ton verra les candidats rechercher 846 BULLETIN HIflTOBIQUS. de préférence les Facultés dont l'enseignement sera le pins complet et les examens le plus sévères. On peut se demander aussi si, en voulant enlever au travail des Facultés le caractère de préparation à des examens, on ne risque pas au contraire d'avoir aggravé ce caractère. Tout d'abord, on leur donne une série d^examens nouveaux à foire passer en créant le diplôme d^études supérieures. G^est une charge de plus qui s'ajoute au baccalauréat, à la licence, au doctorat, et qui peut enlever encore aux professeurs une partie du temps dont ils disposent pour leur travail personnel. — De plus, les élèves ne voudront-ils pas être directement préparés aux épreuves écrites et orales du concours? Le programme des épreuves écrites ne deviendra-t-il pas le pro- gramme des cours d'histoire et de géographie de toutes les Facultés? A cela on peut répondre que ce programme devra être assez large, assez général pour ne pouvoir être un programme de cours ; et, en second lieu, que, si l'importance donnée aux leçons dans le concours pousse à multiplier les conférences de pédagogie historique, ce résul- tat sera très heureux. Il sera très difQcile que cette partie de Tensei- gnement dégénère en préparation mécanique et de pure mémoire comme c'était le cas pour les explications de texte. Reste une dernière objection. L'enseignement de l'École normale devra être profondément modifié. Les élèves d'histoire devront se spécialiser dès la seconde année, et cette seconde année, qui était jadis une année d'études générales, littéraires et historiques, com- munes à tous les élèves, changera absolument de caractère, puisque les historiens devront s'y préparer au diplôme d'études supérieures. L'avenir même de l'École normale n'en sera-t-ii pas compromis? Nous comprenons ces inquiétudes. Mais il faut reconnaître que, depuis dix ans, le caractère de la seconde année s'était de plus en plus modiflé, que les élèves s'y spécialisaient déjà et qu'on les y encourageait à poursuivre, même hors de l'École, des études par- ticulières d'érudition, d'archéologie, de linguistique. On reconnais- sait que la troisième année ne suffisait pas aux historiens pour pré- parer leur agrégation. On demandait enfin que la licence rât exigée des élèves à leur entrée à l'École et que la distribution des études fût profondément modifiée. La nouvelle agrégation d'histoire ne fera que hâter des modifications reconnues nécessaires. Seulement, ce qu'il faudrait obtenir des pouvoirs publics, c'est qu'au lieu d'exiger la licence des candidats à l'École, ce qui offre de nombreux et graves inconvénients, l'examen d'entrée à l'École fût assimilé à la licence, qu'il égale et surpasse même en difficulté. FKANCB. S47 Quelques personnes auraient préféré qu'on commençât par une réforme plus modeste, qu'on se contentât d'adopter le programme du concours de la nouvelle agrégation en conservant le système des thèses proposées par le jury et l'explication d'un texte tiré de la thèse, et qu'on attendît pour établir un diplôme d'études supérieures que l'organisation de l'École normale eût été modifiée et que dans les Facultés mêmes on se fût mis d'accord sur les conditions d'ob- tention de ce diplôme. Elles regrettent que le Conseil supérieur ait immédiatement décidé l'application d'un système aussi nouveau, aussi différent de toutes les agrégations existantes, alors que la plupart des Facultés et l'École normale y faisaient des objections assez graves. Il est certain que la réforme va entraîner d'assez gros embarras et imposera aux professeurs des charges nouvelles assez lourdes. Mais il dépendra d'eux de faire sortir d'heureux fhiits. La direction des élèves est désormais entre leurs mains. Nous devons signaler une heureuse modification qui vient d'être introduite dans l'enseignement des jeunes filles. Au lieu de deux agrégations, l'une de lettres, l'autre de sciences, que le nombre des matières rendait fatalement très superficielles, on a créé deux agré- gations de lettres et deux agrégations de sciences (histoire et lettres proprement dites, sciences mathématiques et sciences physiques et chimiques). Malheureusement on a réduit, dans les agrégations des lettres, la part faite aux langues vivantes au moment même où cette partie de l'examen commençait à donner des résultats remarquables. On a supprimé le thème anglais ou allemand. Cette suppression est justifiée pour l'agrégation d'histoire; elle est injustifiable pour celle des lettres proprement dites. On devrait tendre au contraire à déve- lopper l'enseignement des langues vivantes pour leur faire jouer dans l'enseignement des jeunes filles le rôle que jouent les langues clas- siques dans celui des jeunes gens. — Autre bizarrerie : au moment où l'on dédoublait les agrégations, une circulaire ordonnait aux direc- trices des lycées de jeunes filles de confier dans toutes les classes aux mêmes professeurs l'enseignement des lettres et celui de l'his- toire, d'une part, celui des mathématiques et des sciences physiques, chimiques et naturelles de l'autre. Il y a là une anomalie si singu- lière qu'on en cherche en vain la raison. Cette mesure crée d'ailleurs de si grosses difficultés pratiques pour la distribution des heures de classe qu'elle ne sera pas, nous l'espérons, mise en pratique. Si elle l'est, elle le sera au plus grand détriment des études, car un profes- seur ne peut enseigner avec fruit qu'en se vouant tout entier à un seul ordre d'enseignement. Publications rouvkllss. — Docvhents. — M. J. Dbuvillb Le 348 BULLETIN HISTORIQUE. RouLX va couronner les études qu'il a commencées sur Tordre des Hospitaliers, alors qu'il était élève de TÉcole française de Rome, par la publication d'un Cartulaire général de Vordre des Hospitaliers de Saint' Jean de Jérusalem (Leroux, Gcm-201 p. in-8°). Déjà, trois volumes, Tun sur les Archives, la Bibliothèque et le Trésor de l'ordre de Saint^Jean de Jérusalem à Malte, les deux autres sur la France en Orient au XI V^ siècle, avaient donné à M. Delaville Le Roulx une place à part et éminente parmi les érudits qui s^occupent de rhistoîre des Croisades.. Par le magnifique recueil dont il fait paraître aujourd'hui le premier volume, il rend à cette branche des études médiévales un service qu'on ne saurait priser trop haut et que lui seul peut-être il était en état de rendre. On ne pourra lui adresser qu'un seul reproche : celui d'avoir adopté pour cette publi- cation un format dont la somptuosité et les dimensions en rendent la possession et le maniement difficiles. — Le recueil de M. Dela- ville Le Roulx ne concerne que la période qui s'étend de la prise de Jérusalem en \ 099 à rétablissement des Hospitaliers à Rhodes en 1340. Il ne comprend naturellement pas tous les documents émanant des Hospitaliers ou se rapportant à eux, et il laisse en particulier de côté les innombrables titres de propriété dont Paoli nous a &it con- naître une grande partie. Mais on y trouve : toutes les pièces anté- rieures à 4420; toutes celles émanant des grands dignitaires de Tordre; toutes celles qui lui furent données par les papes, princes et grands feudataires; celles qui se rapportent à la fondation des commanderies ; celles qui concernent les rapports de l'ordre avec les autorités laïques et ecclésiastiques ; enfin les règles et statuts. Les pièces sont publiées in extenso, qu'elles soient ou non inédites, sauf pour des actes de confirmation, des vidimus, des donations où la reproduction du texte n'aurait offert aucun intérêt; elles sont pré- cédées d'une courte analyse et de l'indication de la source manus- crite et, s'il y a lieu, des ouvrages où elles sont publiées ou analysées. Le texte n'est accompagné que des notes indispensables à son intel- ligence. Les notices sur les noms de personnages et de lieux sont réservées pour la table du dernier volume. Une introduction de 230 pages précède les 4 ,4 29 pièces, de 4 099 à 4200, qui composent ce premier volume. Elle ne sera pas la partie la moins consultée ni la moins utile. Elle sera indispensable à tous ceux qui, désormais, feront des recherches sur l'ordre des Hospita- liers. Elle donne un inventaire aussi complet que possible de tous les documents relatifs à l'ordre qui se trouvent soit aux archives centrales de Malte soit dans les archives des divers pays de l'Europe. Gomme cet inventaire est dressé d'après les divisions mêmes de l'ordre F&ANGB. 349 en langues (Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Angleterre, Allemagne, Gastille) et en grands prieurés, et que pour chaque divi- sion l'auteur nous donne des indications sommaires sur les desti- nées des grands prieurés et de leurs archives, ainsi que la biblio- graphie très complète de tous les travaux dont ils ont été Tobjet, il se trouve avoir dressé un tableau général de Tordre des Hospitaliers et avoir préparé les voies, fourni des directions à tous les chercheurs qui suivront ses traces. On sera étonné de constater Pintégrité rela- tive des archives de Malte, et, par contre, la disparition à peu près totale de celles des grands prieurés de Rome, d'Angleterre, dlrlande, de Hongrie, etc. Peut-être la publication actuelle amènera-t-elle quelque révélation sur ces fonds disparus. Ceux qui subsistent sont très nombreux, et Ton admirera avec quelle conscience et quel détail H. Delaville Le Roulx a su nous renseigner sur les trésors conservés à Halle, Marseille, Toulouse, Lyon, Paris, Poitiers, Dijon, Milan, Turin, Venise, Florence, Naples, Alcala de Hénarès, S. Gervasio, Lisbonne, Prague, et dans les diverses maisons de sœurs hospita- lières, ainsi que dans les multiples dépôts d'Allemagne, de France, de Belgique, de Suisse, d'Angleterre, dltalie, où se trouvent disper- sés des actes relatifs aux chevaliers de Saint- Jean. Ce monument diplomatique, consacré au plus illustre et au plus pur des ordres religieux nés de la Croisade, au seul qui ait servi pendant sept siècles la cause de la chrétienté et qui ait su survivre à la Révolution même pour continuer à rendre des services aux blessés et aux malades selon Tesprit même de ses origines, laissera loin der- rière lui tous les travaux auxquels Tordre a donné naissance et pous- sera sans doute d'autres érudits à travailler dans un domaine dont tant de parties restent encore inexplorées. Histoire moderfib. — On lira avec un vif intérêt le volume que M. Hector db la Ferriâre a consacré à Anne Boleyn et au comte d*Essex, sous le titre : Deux drames d'amour : Anne Boleyn^ Éli- mbeth (OllendorfT). Pour Anne Boleyn, après Fronde et surtout P. Friedmann^ il n'y avait rien de nouveau à ajouter à ce qu^on connaissait déjà de cette tragédie de sang et de luxure, mais M. de la Perrière Ta racontée avec un véritable talent sans syouter aucun orne- ment de fantaisie à ce que Thistoire nous atteste et en se contentant de peindre Anne Boleyn, cette demi-française comme Marie Stuart, comme elle fïrivole, sensuelle et sans scrupule, mais comme elle héroïque devant la mort; Henri YEI, la brute luxurieuse la plus cynique et la plus hypocrite tout à la fois qui ait jamais occupé un trône. La simple peinture est ici la plus accablante des condamnations. L'Essai sur Elisabeth et Essex a une plus grande valeur originale. H. de la 350 BULiKTIH HISfORIQUB. Ferrière nous apporte de nombreux documents inédits tirés des archives de Londres ou de noire Bibliothèque nationale, lettres de Catherine de Médicis, d'Elisabeth, d^Henri lY et de leurs ambassa- deurs; il analyse avec beaucoup de ûnesse le caractère d'Essex, mélange de générosité, d^hérolsme, de frivolité et de vanité, et il éclaire très complètement son rôle dans les affaires des Pays-Bas, de France et d'Espagne. — Rien de plus piquant que cette histoire d'amour, et d^un amour si bizarre que sa nature reste une éiiignie insoluble, mêlée à des affaires de piraterie, de commerce et de poli- tique. Malgré certains petits côtés, la figure d*Élisabeth nous appa- raît toujours plus grande à mesure que nous Tétudions. H. de la Ferrière, qui Tétudie sans sympathie, nous la montre imposante jusque dans les coquetteries macabres où elle se complaît même au bord de la tombe. M. L. PiEBT vient encore une fois de mettre la main sur une akie de documents inédits d'un piquant intérêt, trois cents lettres rela- tives aux amours de Louis XIV et de Marie Mancini, conservées aox archives d'Havrincourt et provenant de Philippe Mancini, duc de Nevers, et une biographie de M"^® de Venel qu^on trouve à la biblio- thèque Méjane. Avec ces documents et avec la première édition des Mémoires de Marie, intitulée la Vérité dans son jour^ au les Véri- tables mémoires de M. Mancini, connétable Colonne, petit livre très rare imprimé en Espagne que Ghantelauze n'a pu découvrir et que M. A. de Courtois a le premier reconnu comme donnant le texte pri- mitif des Mémoires, M. Pérey a pu renouveler un sujet qui semblait épuisé. Le Roman du Grand Roi (C. Lévy) n'apporte sans doute à rhistoire aucun fait nouveau et ne change rien à ce que nous savions déjà du rôle des principaux personnages de cette tragi-comédie; mais elle y ajoute de nombreux et précieux détails. Il n^est pas indif- férent de savoir combien persistante et sincère fut la passion noa seulement de Marie Mancini, mais aussi de Louis XIV; quelle éner- gie désintéressée Mazarin déploya pour empêcher le jeune roi de céder à cette passion et Tobliger à contracter un mariage politique, énergie d'autant plus méritoire qu'Anne d'Autriche aurait peut-être cédé. A côté de ces personnages de premier plan, le livre de L. Pérey nous apporte encore de très intéressants documents sur Marianne et Hortense Mancini et sur M"^^ de Venel, la duègne déplaisante qui avait été chargée par Mazarin de jouer le rôle de cerbère auprès de Marie pendant son exil de Brouage. M. Pérey a très sagement pensé que les documents inédits qu'il avait entre les mains avaient assez de valeur pour être donnés in extenso au public. Il les a laissés parler, et, si le volume est presque un roman par lettres, personne FBANGK. 354 ne s*en plaindra. Ces letlrea, où le roman de Mazarin et d^Anne d'Au- triche se mêle au roman du Grand Roi, ont toutes leur intérêt; beau- coup d'entre elles, celles de Marie et de Marianne surtout, sont exquises, et M. Pérey les a très habilement reliées et expliquées, de façon à leur donner tout leur prix. Le Valenciennes (Cerf) de M. Ghuquet prendra place à côté des volumes les plus dramatiques de la collection, dont il forme le tome X, à côté du Valmy ou du Hoche. Il retrace les événements qui se passèrent en Flandre après la défection de Dumouriez. On pou- vait croire la frontière ouverte; heureusement pour la France, la tactique timorée de Gobourg et de Mack, la résistance obstinée bien que désordonnée des Français, et, enfin, la belle défense de Valen- ciennes, empêchèrent la trahison de Dumouriez d'avoir les désas- treuses conséquences qu'on pouvait redouter. Pourtant, tout conspi* rait à réduire les Français à l'impuissance, et les échecs succédaient sans interruption aux échecs. — Le premier général en chef qui remplace Dumouriez, Dampierre, est un homme hardi et intrépide, mais un écervelé qui ne sait que se faire tuer bravement. Lamarche, qui lui succède, est mou et incapable; et, sous son commandement, l'armée, en dépit des efforts des commissaires de la Gonfention, tombe au dernier degré du désordre et de la désorganisation. Le « bonhomme » Lamarche est remplacé par Gustine. Gelui-ci rétablit la discipline, rend aux troupes la cohésion et la confiance, mais il ose entrer en lutte avec le ministre Bouchotte, avec les commissaires de la Gonvention ; il est rappelé à Paris, condamné et exécuté. La Marlière, qui commandait à Lille et aurait peut-être pu prendre la direction de l'armée, fut, comme Gustine, victime de la fureur jaco- bine. Malgré cette incertitude et cette incohérence dans la direction générale des affaires militaires, Gondé, où commandait le général Nestor Ghancel, et Valenciennes, où commandait Ferrand et où les commissaires Gochon et Briez animaient la résistance de leur courage, firent une très belle résistance. A Valenciennes surtout, sur qui porta le principal effort du duc dTork, Ferrand déploya, sinon des talents supérieurs, du moins une indomptable énergie et fut bien secondé par Tholosé et Dembarère, et, sMl se résigna à capituler, ce fut seule- ment sous la pression de la population soulevée. La prison fut pour Tholosé et Ferrand la récompense de leur héroïsme, tandis que Dem- barère, simple capitaine, devenait général et que l'on déclarait que les habitants de Valenciennes avaient bien mérité de la patrie. Telle était la justice distributive rendue par les passions politiques à cette époque extraordinaire. M. Ghuquet a raconté ce drame avec cette exactitude minutieuse de détails, cette impartialité rigoureuse et ce 352 inLLBTOf HISTOUQUB. talent à mettre chaque chose à sa vraie place qui font de tous ses lec- teurs des témoins des événements qu*il décrit. HisTOiiiE Lirré&AniE. — H. J. Jusseraud a déjà acquis, en Angle- terre comme en France, le renom d'un connaisseur profond et déli- cat de la littérature et de l'histoire anglaises. — Ses ouvrages sur le théâtre en Angleterre jusqu^à 4583, sur le roman au temps de Sha- kespeare, sur la vie nomade au xv« siècle, sur William Langland, sur la mission du comte de Gomminges, ont déjà permis d'apprécier en lui l'érudit et l'écrivain. Le grand ouvrage dont le premier volume vient de paraître met en pleine lumière son talent et sa science. 11 ne pouvait être écrit que par un homme qui fût comme lui à la fois un historien et un lettré. Le titre même de son livre. Histoire litté" raire du peuple anglais (Firmin-Dîdol), indique le point de vue par- ticulier auquel M. Jusserand s'est placé, et ce qui distingue son œuvre des histoires ordinaires de la littérature anglaise. Gelles-ci s'occupent presque exclusivement des écrits en langue anglaise et s^attachent à les analyser et à les juger surtout au point de vue de leur valeur littéraire. H. Jusserand considère avant tout la littérature comme la manifestation la plus haute de la vie et de l'âme d'une nation, et c'est la vie nationale de l'Angleterre, c'est l'his- toire de la société anglaise révélées dans la littérature qu'il étudie; ce qui ne l'empêche pas, du reste, de faire ressortir avec le goût le plus délicat la beauté, l'originalité et le charme des chefs-d'œuvre. — Placé à ce point de vue, il a tenu compte dans son livre des œuvres galloises et irlandaises, latines et françaises aussi bien que des œuvres anglaises, et il a pu indiquer d'une manière bien plus large et plus précise que ses devanciers les divers éléments dont s^est formé le génie anglais. La seule indication des principales divi- sions de ce premier volume, qui s'étend des origines à la Renais- sance et sera suivi de deux autres, de la Renaissance à Pope, et de Pope à nos jours, fera bien comprendre tout ce qu'il y a d'original dans cette histoire littéraire. Le premier livre traite des origines, et le premier chapitre, intitulé Britanniaj est consacré à la littérature celtique. H. Jusserand, à la dififérence de Taine, qui n'a vu dans la nation anglaise que l'élément germanique, a mis en lumière avec raison la persistance de l'élément celtique primitif, de même qu'il a très bien vu que la conquête dite normande n'a point été un nouvel afQux germanique ou Scandinave, mais bien une conquête firançaise, qui est venue revivifier, à quelques égards, la veine celtique et appor- ter des éléments latins. G^est à l'esprit celtique que M. Jusserand fait remonter ce qu'il y a de plus brillant, de plus vivant dans le génie anglais, l'aptitude aux créations dramatiques et romanesques comme PftilfCB. 358 l'humour satirique. — Les chapitres ri-iii sont consacrés aux Anglo- Saxons, dont M. Jusserand caractérise avec force le sérieux et la vio- lence tragique, Timagination puissante et sombre et le sentiment profond de la nature. Dans le chapitre iv, nous voyons Tinfluence chrétienne se mêler à Tesprit germanique et le pénétrer profondé- ment. La période purement germanique et chrétienne de la littéra- ture anglaise dure six cents ans. Arrivent alors les Français avec les rois normands et angevins; sous leur influence, qui semble un moment devoir franciser entièrement les royaumes anglo-saxons, l'Angleterre, jusqu'alors morcelée à l'infini, arrive à l'unité; tous les éléments qui s'y trouvaient en conflit, celtique, Scandinave, latin, français, se fondent harmonieusement, et c'est sous cette domination étrangère que le génie anglais prend conscience de son originalité si variée. Le livre U tout entier est consacré à l'Invasion française. Le caractère historique de cette période est admirablement caractérisé dans le premier chapitre, intitulé : la Bataille; les trois autres ont pour sujet les Lettres françaises^ les Lettres latines^ les Lettres anglaises. Ce dernier chapitre, qui passe en revue les modestes et gauches imitations des œuvres latines ou françaises, nous amène au livre IV, dans lequel nous assistons à la soudaine expansion de l'es- prit national anglais et du génie anglais sous Edouard IIL L'idiome national est formé par une transaction entre l'anglo-saxon et le fvan» çais ; la nation anglaise, forgée, on peut le dire, par les mains fran- çaises, s'afOrme dans la lutle contre la France; la poésie anglaise dès ses débuts trouve un épanouissement magnifique en Chaucer, qui réunit en lui tous les traits du génie littéraire de l'Angleterre, et la prose commence avec Wiclif, qui, deux siècles avant la Réforme, l'an- nonce et la prépare. M. Jusserand consacre tout le premier chapitre du 1. IV à nous décrire ce nouveau peuple sorti de la fusion des races et des langues, dont Chaucer peindra en couleurs éclatantes les côtés heureux et brillants, tandis que William Langland en décrira en traits sombres et puissants les vices et les souffrances dans des visions où se trouve déjà quelque chose de l'esprit de Bunyan. — Les chapitres consacrés à Chaucer, à Langland et au théâtre sont parmi les plus remarquables de ce volume où tout est intéressant. La double ori- gine laïque et religieuse du théâtre anglais, le mélange de la vène comique et de la vène tragique dans les mystères sont indiqués avec une sûreté admirable et expliqués par des exemples heureusement choisis; ces origines aident à comprendre Shakespeare. Le dernier chapitre nous montre la décadence du x^ siècle, cette littérature toute de prose et de plate imitation qui partout a précédé la magni- fique explosion de la Renaissance. Rbv. Histor. LVI. 2« pasc. 23 3M BULLBTIll HinOElQUB. Si la plupart des histoires IKtéraires nous instruisent d'une manière insuffisante, ee n'est pas seulement parce qu'elles négligent de nous montrer le substratum historique qui produit et explique la littéra- ture, mais parce qu'elles concentrent toute la lumière sur quelques grandes figures qui apparaissent comme des phénomènes isolés, sans cause et sans lien, tandis qu'en réalité l'apparition des grands hommes a été préparée, elle coïncide avec tout un mouvement d'idées dont ils ne sont que les représentants les plus éminents ; ils laissent après eux toute une postérité. M. Jusserand, tout en mettant les grandes figures en plein relief, n'a rien négligé de tout cet arrière- plan de l'histoire littéraire, si instructif et si peu connu. Ghauoer n'est mis à sa vraie place, et l'on n'a une juste idée de la poésie du xiv* siède anglais que lorsqu'on a lu le chapitre si curieux intitulé : le Groupe des poètes, consacré aux romans en vers, aux ballades, aux poèmes populaires, aux poésies patriotiques, enfin à John Gower. De même, le chapitre v, sur la prose, débute par deux paragraphes sur la tra- duction et sur l'art oratoire sans lesquels la physionomie littéraire de l'Angleterre du xiv* siècle serait incomplète. Quand on aura lu le livre de M. Jusserand et V Histoire du pe^fle anglais de J.-R. Green, dont le talent a tant de points de ressemblance avec celui de M. Jusserand, je crois qu'on aura une conception très vivante, très nette et très juste de l'Angleterre du moyen âge. M. Jus- serand aura ajouté quelque chose, même au point de vue purement historique, à ce que Green nous avait donné, et l'on peut dire qu^avec lui l'intelligence de l'histoire anglaise a fkit un pas décisif en avant Il fût un temps où avec A. Thierry on donnait à l'élément normand une influence prépondérante dans cette histoire. Freemann a détruit cette légende et rendu aux Anglo-Saxons la place d'honneur qui leur appartient Mais il a exagéré la part de l'élément anglo-saxon, et après lui Taine a commis la même erreur. Green lui-même, qui n^ pas complètement oublié l'élément celtique et qui a parfaitement compris le caractère de la période française, a néanmoins, par patrio- tisme anglais, donné aux Angles une importance excessive. Pour la première fois, croyons-nous, chaque chose est mise à son vrai rang, et les multiples et riches quahtés du génie anglais sont analysées, dans leur origine et dans leur développement, avec une pénétration, une délicatesse et une justesse qui n'ont pas été égalées. Je n'ai rien dit des mérites de style de Tœuvre de M. Jusserand. Je laisse aux lecteurs le plaisir de les goûter sans m'attarder à les analyser. Us y trouveront, avec la simplicité et la gravité de Thistoire, avec une précision qui ne recule pas devant les indications techniqitts nécessaires pour expliquer les questions de langue ou de métriquei nuNcx. W5 un sens de la Tîe, du pittoresque et de la poésie, une grâce et une finesse de style qui donnent un attrait soutenu à toutes les pages de ee beau livre. La collection des Grands écrivains français (Hachette) s'est aug- mentée de trois excellents volumes : Joseph de Maistre, par G. Gogor- dan; Diderot, par J. Reinagh, etFroissartf par Mary Darmestbter. La biographie tient peut-être une place trop large dans le Joseph de Maistre; mais on ne songe guère à s'en plaindre en le lisant, car M. Gogordan a fkit un récit charmant de la carrière diplomatique de cet homme supérieur, condamné par les circonstances à la plus dou- loureuse des impuissances. Il a trop peu, par contre, parlé du style qui fiiit de J. de Maistre un de nos premiers écrivains et lui a accordé une valeur philosophique que je ne saurais lui reconnaître. Notre époque de dilettantisme se plait à rendre justice à des hommes qui, comme Yeuillot ou J. de Maistre, ont anathématisé ou injurié tout ce que nous croyons et aimons, et ont soutenu des idées dont nous ne partageons pas une seule ; mais elle finit, à force dimpartialité, par fousser la vérité en nous présentant comme des anges de bonté et de profonds penseurs ceux qui ont été surtout d^admirables rhéteurs et des logiciens paradoxaux. — M. Reinach a bien rendu ce qu'il y a de génial, de puissant, mais aussi de fumeux et de fangeux dans Diderot. Il lui a peut-être trop attribué d'importance comme auteur dramatique, mais il n'a pas eu tort de voir en lui le plus fécond semeur dMdées qu^ail produit le xvm* siècle. SU réussit à engager nos contemporains à rouvrir TEncyclopédie, il leur aura rendu un véritable service. — Le volume de M"* Darmesteter sur Froissart est celui qui a le plus d*éclat et de nouveauté. L'auteur de tant de poé- sies exquises, d'aimables nouvelles sur les Marguerites du temps passée de solides et brillantes études historiques sur la Fin du moyen dge et sur la condition des artisans et des cultivateurs au xn^ siècle, était particulièrement qualifiée pour parler de Plncomparable conteur qui a fait de Thistoire du xiv* siècle le plus merveilleux des romans d'aventure. Ses sympathies comme celles de Froissart sont partagées entre la France et PAngleterre ; son imagination est séduite comme la sienne par les belles équipées chevaleresques, par la vie fastueuse, brillante, poétique de ces cours de Londres, de Bruxelles, de Blois ou d'Orthez, où l'on soupçonnait parfois de sombres tragédies derrière réclat des fêtes et les joyeux devis. Elle a de plus que lui un sens critique très exercé, la fermeté de jugement d'un véritable historien. Vous trouverez dans son livre, sous une forme qui n'a rien de pédan- tesque et très habilement mêlées à la biographie même de Froissart, les indications les plus précises sur la composition des chroniques, S56 BULLETIN HISTORIQUE. sur les emprunts très considérables faits par Froissart jusqu^en4356 aux chroniques de Jean le Bel, où il a trouvé quelques-uns de ses plus beaux récils, entre autres celui du siège de Calais ; sur les trois rédactions du premier livre des Chroniques, écrites la première dans un sens anglais sous Tinfluence de Robert de Namur et de la reine Philippe de Hainaut, la seconde dans un sens français sur T influence de Gui de Châtillon ou de Blois, la troisième d^une manière tout à fait indépendante, avec Tintention évidente d'enlever à son récit pour les années antérieures à 4 350 le caractère d'un simple remaniement de Jean le Bel. M"'"' Darmesteter a très j udicieusement indiqué quelle est la valeur historique du livre de Froissart, la réserve avec laquelle on doit accepter son témoignage et les soudaines échappées qui lui révèlent parfois le sens profond des événements. Mais, ce qui fait le charme principal et le principal mérite du volume de M*"® Darmesteter, c^est le récit des pérégrinations de Froissart, dont elle a déterminé avec saga- cité toutes les étapes, et qu'elle a décrites avec la plume la plus déli- cate et la plus brillante. Les chapitres sur le séjour d'Angleterre de 4362 à 4366, sur le voyage de Béarn en 4388 à la cour de Gaston de Foix, sur le triste retour en Angleterre en 4394, où le chroniqueur éprouve la rude déception de se trouver étranger dans un pays où il avait été si heureux et si fêté, sont de petits chefs-d'œuvre de narra- tion, et c'est avec une grande finesse psychologique que M°^® Darmes- teter a suivi toutes les fluctuations des dispositions et des inspirations de Froissart, les impressions reçues au château de Beaumont, à la cour d'Orthez^ auprès de Wenceslas de Brabant ou auprès d'Aubert de Bavière, son enthousiasme pour Gui de Châtillon, qui se change en cruelle désillusion quand celui-ci, ruiné, vend son comté de Blois. Au sortir de la lecture de ce petit volume, on connaît vraiment FroissarL A-t-on une idée complète de son livre? Non, sans doute, c'eût été une tâche impossible; et il me semble que M"^® Darmesteter a, comme la plupart de ceux qui ont parlé de lui, négligé de signaler l'habileté avec laquelle Froissart, dans la seconde édition de la chronique, a cherché à éviter de se donner à lui-même de trop graves démentis, tout en modifiant la couleur de ses récits. On exagère d'ordinaire (et M"*® Darmesteter n^échappe pas à ce reproche) l'opposition des deux rédactions. Mais, si elle a été brève sur Tœuvre de Froissart, elle a donné d'excellentes indications pour en comprendre la composition et en apprécier la valeur. Elle a de plus été la première à analyser le poème de Méliador, récemment découvert par M. Longnon. Le poème n'a pas une grande valeur; mais il s'y trouve des passages gracieux et touchants, et, en lisant l'analyse de W^"" Darmesteter, on comprend le charme que la cour de Gaston Phébus trouvait à l'éoou- FEINGB. 357 ter. Il n'est pas indifférent, pour connaître ce que fut Froissart, de savoir quMl a écrit en se jouant un poème de 36,000 vers. M. G. Deschamps s'est fait très vite une jolie place dans la litté- rature contemporaine. Ses volumes sur la Grèce et TAsie-Mineure ne sont pas seulement de charmants livres descriptifs; ils sont instructif^ sur le présent comme sur le passé, car la science de Tar- chéologue s^y ajoute aux tons de l'observateur des mœurs et des caractères. C'est ce fond solide de connaissances, ce mélange de réflexion sérieuse et d'esprit qui donne aux chroniques littéraires du Temps une valeur durable. M. Deschamps en a réuni une première série sous le titre : la Vie et les livres (Colin), et elles supportent vic- torieusement répreuve de la lecture suivie. Les historiens trouveront beaucoup à retenir pour la connaissance du temps présent dans les articles sur la Guerre de 4870 et la littérature ; le Roman d'un membre de V Institut; le Roman historique; Littérature et politique; le Napoléonisme littéraire; Officiers et soldats; Ce que dit la Rtissie. Ce sont des pages de Phistoire morale de notre temps, pages bril- lantes, mais émues, dont l'inspiration saine et la pensée toujours élevée reposent du monotone et fktigant dilettantisme des ironistes contemporains. G. Monod. Histoire coifTEMPORAiHE. — H y a, en tête du volume que M. A. GuiLLOis a intitulé le Salon de Madame Helvétius (Calmann-Lévy, in-42), la reproduction d^une charmante miniature qui représente la mal tresse de ce salon. Les cheveux relevés dégagent un front ni trop petit ni trop grand ; la bouche est spirituelle et le nez même un peu moqueur, mais les grands yeux qui rayonnent d'intelligence et de cœur donnent son caractère à l'ensemble du visage ; la physionomie reste exquise de grâce mutine et rieuse; elle est pleine du charme de la bonté. On se dit que M*"® Helvétius n'a dû rassembler autour d'elle que des femmes pleines de beauté et des hommes pleins d'esprit; on a hâte de recueillir les échos de ce salon, où il semble que parfois une pensée profonde a dû se tourner en déclaration délicate, tandis qu^un madrigal un peu vieillot finissait dans une boutade étincelante; on ouvre le livre de M. Guillois et on a une déception. Non pas que ce soit une œuvre sans mérite. Elle est bien informée, bien composée, écrite correctement, mais il y faudrait autre chose, et c'est cette autre chose qui n'y est pas. On dirait d'un pastel sur lequel trop de temps ou d'épreuves ont passé. Les personnages sont reconnaissables, mais la fraîcheur veloutée des premiers jours s'est évanouie. Le sourire n'enlr'ouvre plus les lèvres roses, l'éclair des yeux a disparu, et par places on voit apparaître la trame de la toile ou du papier. Quelques lundis de Sainte-Beuve font mieux connaître la société d'Auteuil que ce qu'en dit M. Guillois, malgré les documents intéressants et nou- 359 BULLETIN HISTORIQUE. veaux qu'il apporte, mais voilà, Sainte-Beuve lisait tous les matins un chant d*Homère ou quelques épigrammes de l'Anthologie. Depuis leur origine jusqu'en n89, les états généraux n'ont Jamais cessé de demander leur convocation régulière et leur participation aa gouvernement, mais le principe de la séparation des pouvoirs n'a vraiment fait son apparition dans notre droit public qu'à la veille de la Révolution. M. Léon Duguit a constaté le fait et en a recherché les origines dans son étude sur la Séparation des pouvoirs et l'Assemblée nationale de 4789 (Larose, in-S""). Il montre que, si les Constituants ont poussé à Textrême le principe de la séparation des pouvoirs, c'est par une interprétation inexacte de Montesquieu et de la constitution américaine. Ils ont oublié avec quelle netteté Montesquieu avait mon- tré c qu'une solidarité intime, qu'une collaboration constante doivent unir les différents pouvoirs de l'État » (p. 40). Us ont emprunté à la constitution américaine de 4787 l'idée d'un pouvoir judiciaire égal aux deux autres, mais distinct et indépendant d'eux, ce qui condui- sait fatalement à l'élection de ce pouvoir. Une fois le principe admis, l'Assemblée, en effet, le poussa jusqu'à ses extrêmes conséquences, jusqu'à enlever le droit de grâce au pouvoir exécutif (p. 400). Dans cette question comme dans les autres, on retrouve ce funeste esprit de logique à priori qui a eu sur notre vie nationale depuis un siède de si funestes répercussions. En réalité, les trois pouvoirs sont dis- tincts, mais essentiellement dépendants les uns des autres, et la théorie sur ce point ne doit faire qu'enregistrer le résultat de l'ex- périence. Le travail que M. Louis Andrj a modestement intitulé Essai sur Vhistoire de la Révolution en Lozère (Marvejols, Grenier, in-8*) est une œuvre fort estimable. Si elle ajoute assez peu de détails nouveaux au livre de M. E. Daudet sur les conspirations royalistes dans le midi de la France en ce qui concerne la ré?olte de Charrier, elle est, en revanche, beaucoup plus originale dans la partie qui traite des évé- nements antérieurs à cette insurrection. Sur les élections aux états généraux, sur la formation du département de la Lozère, sur la fédé- ration de 4790 et la situation du clergé en Lozère, M. L. André a , écrit quelques chapitres nouveaux et intéressants, bien qu'ils ne témoignent pas toujours d'une connaissance sufQsantede l'état actuel de la science. Dans une édition ultérieure, M. L. André pourrait, en utilisant davantage les dépôts d'archives de Paris et aussi ceux des départements voisins, donner plus de développement à son sujet, le traiter d'une façon plus personnelle et produire ainsi un livre d'histoire locale tout à fait remarquable. Tel qu'il est, il n^en est pas moins écrit focilement, original dans certaines parties, méritant à coup sûr d'être signalé aux historiens de la Révolution. FlUNCB. 359 M. 6. LBifôraB a le goùl de l'histoire anecdoUque. Le sujet qu'il a choisi lui a porté bonheur. Tout en foisant le départ du vrai et du faux dans le roman qu'Alexandre Dumas a intitulé le Chevalier de Maison-Rouge f tout en reconstituant Texîstence aussi aventureuse qu'aventurière de A.-D.-J. Gonzze de Rougeville, le Vrai chevalier de MaisonrRouge (Perrin, in-42), ce personnage qui, après avoir vraiment cherché à sauver la reine, finit par être fusillé comme traître en 4844, il a élucidé une foule de menus détails curieux du grand drame de la Révolution, il a contribué à peindre le bizarre état social de cette époque où intrigues de politique et d'amour, débauches et dévouements étaient menés de front. Il montre ce qu'il y avait de vrai dans la légende des chevaliers du poignard, prouve que la conspira- tion de l'œillet a existé à ce point quMl s'en fallut de très peu qu'elle réussit, et complète ce qu'on sait déjà sur la façon dont les suspects étaient surveillés par la police impériale. En résumé, un livre très amusant, œuvre d'un curieux qui a de la patience et de la pénétration et qu'on ne peut qu'encourager à poursuivre des travaux du genre de celui dont nous venons de parler. La Société d'histoire contemporaine continue à publier ou à réim- primer des mémoires, lettres et documents divers destinés à faire connaître et à glorifier la contre- révolution. Les Mémoires de l'abbé Lambert (Picard, in-8^) sont une réimpression, faite d'ailleurs avec infiniment de soin, de travail et de conscience par l'arrière-petit-neveu de l'auteur, M. Gaston de BEins&ouR. Us sont d'un très vif intérêt, écrits avec beaucoup de naturel et parfois un véritable talent de style. L'auteur y apparaît comme un prêtre pénétré de ses devoirs, assez tolérant pour rendre justice même à un pasteur protestant et avoir des rapports presque amicaux avec des prêtres assermentés, mais ne sentant pas tout ce que l'émigration et la lutte contre la France avaient d'odieux. Il faut signaler comme preuve de l'influence de J.-J. Rous- seau la mention que l'abbé Lambert fait de ses souvenirs en Suisse (p. 426). M. Robert de GRivEcoEUR a publié pour la même société le Journal d' Adrien Duqtiesnoy (Picard, in-S*"), député de Bar-le-Duc, qu'il ne fout pas confondre avec le montagnard du même nom. L'auteur de ce journal, ou plutôt de ces bulletins adressés au jour le jour au prince Emmanuel de Salm-Salm, était un modéré, plutôt même un feuillant, comme on disait alors, doué d'assez de bon sens malgré son admiration pour Jean-Jacques et visiblement très sincère dans ses impressions comme dans ses récits. Du reste, à mesure que la Révo- lution avance, il est entraîné par le courant, et ses jugements au bout de ces quelques mois, où la marche fut si rapide et la vie si intense, sont tout autres qu'à son arrivée à Paris. Le 24 octobre 4789, il est 360 BULLETIN fllSTORlQUE. partisan de l'entrée de Mirabeau au ministère et il le juge capable de sauver la situation. Le 7 mai de la même année, il l'appelait une bête féroce, un enragé^ ayant la figure d^un tigre, ne parlant que par con- vulsions et parlant mal. Peu sympathique au serment du Jeu de paume, il apprend avec plaisir la prise de la Bastille et fait avec une réelle émotion le récit de la nuit du 4 août. Lui-même d'ailleurs se rend compte de ce mouvement irrésistible. « Tous les ordres, dit-il, sont emportés bien loin de leurs mesures et par des causes qu'il est difficile de pénétrer » (p. -146). Duquesnoy en arriva, ou peu s'en faut, à justifier les journées des 5 et 6 octobre. C'est par cette fidélité à refléter la marche de l'opinion publique, par les détails très nombreux qu'il donne, notamment sur le rôle du duc d'Orléans, que le journal de Duquesnoy est intéressant. LMntroduction dont M. de Crèvecœur a fait précéder ce premier volume, qui va du 3 mai au 29 octobre 4789, est excellente et le texte a été établi d'après deux manuscrits avec la plus scrupuleuse conscience. Parmi les pays sur lesquels la Révolution a exercé le plus directe- ment son influence, il faut placer la Hollande. Si l'Italie, si la Suisse ont ressenti cette influence à un degré non moindre, elle y est appa- rue plus tard, elle n'y a pas été, comme en Hollande, prépondérante dès le premier moment, elle n'y a pas été aussi vivement désirée, pour ne pas dire appelée. Dès l'origine, en effet, il y a eu un parti en Hollande qui a mis son espoir dans la Révolution française; c^est celui des vaincus de la réaction stathoudérienne de 4787, et c'est son existence qui permet d'expliquer bien des faits dans les rapports de la France et de la Hollande à cette époque. Il fait comprendre les succès de début de Dumouriez en 4793, comme ceux plus durables dePichegru en 4795 et comme la signature du traité de la Haye. Dès ce moment, la Hollande est entièrement sous Pinfluence française, et son histoire intérieure subit le contre-coup de celle de sa trop puis- sante protectrice. Ses états généraux sont le reflet de la Constituante, sa Convention de la Convention. Elle a un Directoire comme nous et comme nous il aboutit à la monarchie en passant par un Consulat dont Schimmelpenninck est pour ainsi dire le Bonaparte. Cette période a été agitée, douloureuse même pour la Hollande, mais en somme elle lui a été utile. Tout dans l'ère présente remonte à cette époque. « Le système représentatif, judiciaire et administratif, les codes, l'organisation sociale, tout vient et tout date de là, tout, même la monarchie, qui, par une étrange ironie de la destinée, a été le cou- ronnement de cette transformation démocratique. » L'écrivain ano- nyme qui a retracé ces événements dans la Révolution française en Hollande; la République bat ave (Hachette, in-S^) Ta fait avec beau- coup de talent. Il a composé son livre avec clarté ; il l'a écrit dans FRAIfCB. 361 une forme claire et concise, sans déclamation et sans recherche; il a jugé les événements du drame et ses acteurs avec impartialité, en homme qui connaît les choses de la politique autrement que par les documents et les livres. Il est à souhaiter qu'un travail du même genre soit entrepris pour d'autres pays. En ce qui concerne la Suisse, il serait facilité par la publication des papiers de Barthélémy du regretté Jean Kaulek. Pour l'Italie^ on trouverait des secours dans les importantes et nombreuses publications faites au delà des Alpes. On continue à mettre au jour, sur la période du Consulat et de l'Empire, une grande quantité de documents et d'ouvrages. Pour les premiers, il semble que Tinédit commence à s'épuiser. Nous avons cependant à signaler une publication des plus intéres- santes, ce sont les extraits des souvenirs inédits de la duchesse de Reggio sur son mari, le Maréchal Oudinot (Pion, in-8**), publiés par M. Gaston Stiegler avec une préface du marquis Costa de Beaure- gard. M. G. Stiegler aurait, ce me semble, mieux fait de laisser cons- tamment la parole à la maréchale Oudinot que de ne nous donner que des fragments de ses Mémoires reliés par une compilation historique sans grande valeur. Si les souvenirs de la duchesse de Reggio, en effet, ne nous la font pas connaître comme une femme d'un esprit supérieur, si elle nous y apparaît plutôt comme une admiratrice quand même des pouvoirs établis que comme une observatrice péné- trante et caustique, plus proche parente en un mot de M"* d'Abran- tès que de M°*^ de Rémusat, ils n^en sont pas moins charmants par Taisance du style et par la bonté et la sincérité de cœur qu'ils révèlent chez leur auteur. Les récits des premières années de M"* Eugénie de Goucy, de sa première entrevue puis de son mariage avec le maréchal ont une fraîcheur de naïveté tout à fait délicate. Elle a su tracer des mœurs et des habitudes de la petite noblesse provinciale ralliée à Napoléon un tableau très vivant et très intime, comme elle a su résu- mer avec sobriété et simplicité le récit poignant de la retraite de Rus- sie, de l'arrivée chez elle d'Oudinot, atteint du typhus, et de la cam- pagne de France. Sans doute, dans cette dernière partie, on trouvera que les angoisses de la duchesse se rapportent plus encore à son mari qu'à son pays, mais c'est qu'au fond eue voyait la Restauration plu- tôt avec plaisir. Ses origines, ses relations, son caractère la ratta- chaient à la monarchie. Sa présentation à l'empereur ne lui a pas laissé un mauvais souvenir ; elle voit toujours « cet œil bleu foncé qu^on ne pouvait pas plus fixer qu'on ne fixe le soleil. » Mais le comte d'Artois la captiva bien autrement; ce qu'elle éprouva devant lui, c'est la vénération et la confiance (p. 322). Il faut tenir compte de ces sentiments pour comprendre son jugement sur le retour des Bourbons S62 BULLETIlf mSTORIQUE. et aussi tout ce qu'elle a écrit sur la Restauration. Au total, c'est un livre d'une très agréable lecture, plein de détails intéressants, entre autres sur la chute de T Empire et sur cette curieuse entrevue de la Malmaison, qui réunissait Joséphine, M"' de Staël et M"* Walewska. En somme, la physionomie d'Oudinot ressort assez exacte de ce livre quand on fait la part de l'admiration, avec plus de dignité que d'élan, plus de loyauté que d'intelligence, plus de bravoure enfln que de génie militaire. Je n'ai pas à revenir sur la valeur historique et littéraire des Mémoires du chancelier Pasquier (Pion, in-8^). Elle est de premier ordre. Les tomes III et IV, qui ont paru récemment, vont de la pre- mière Restauration jusqu'à l'ouverture du congrès de Troppau (23 oc- tobre 4820), et, à mesure que Pasquier avance dans son récit, il semble que celui-ci gagne en pénétration et en hauteur. Sous la Res- tauration, en effet, l'auteur a été mêlé de plus près encore que sous l'Empire aux grandes affaires. Il y a gagné de connaître les faits avec plus de précision, de juger les hommes avec plus de sûreté. Talley- rand est un de ceux qu'il ménage le moins. Sans méconnaître Tin- comparable habileté qu'il a déployée à Vienne, Pasquier lui reproche très vivement d'avoir méconnu les véritables intérêts de la France en sacrifiant l'alliance russe à la conclusion du traité du 3 janvier 4845, et sa conviction parait si profonde qu'elle le fait se départir de la gravité calme qui lui est habituelle. Son récit prend une vivacité, on pourrait presque dire une âpreté, qui fait contraste avec les pages qui précèdent et qui suivent. De tout ce qu'il dit ressort nettement la vraisemblance de plus en plus évidente de l'hypothèse émise par M. A. Sorel à propos de la composition des Mémoires de Talleyrand et qui rend si bien compte des difficultés qu'ils soulèvent. Il est presque aussi sévère à Tégard de Lafayette, dont l'action se montre dans beaucoup des complots de cette époque et complète fort heureu- sement sur ce point le livre de M. Bardoux. U faut signaler aussi tout ce que dit Pasquier des causes qui rendirent possible pour Napoléon le succès éphémère des GentJours ; du rôle de Fouché après la seconde Restauration ^ des mesures patriotiques que prit le gouvernement royal pour arracher nos ressources militaires aux mains des alliés (III, 352) ; du duc de Richelieu, dont la personnalité apparaît si haute et si désintéressée; des hostilités implacables que rencontra M. Decazes dans une tentative qui était pourtant sage et habile ; de la politique extérieure, si digne, si prudente, tout en restant ferme, qui fut celle de la Restauration. Mais ce ne sont là que les points capitaux de ces deux volumes-, sur tout ce dont ils parlent, ils méritent d'être sinon toujours crus, au moins toujours écoutés. FIAIIGB. Zùi A côté de ces documents inédits d'une haute valeur, nous devons signaler toute une série de nouvelles éditions ou de réimpressions de mémoires ou correspondances sur la même époque. Dans la première catégorie, nous devons signaler tout d*abord les Mémoires pour servir à Vhistoire de Napoléon /•', de Méneval, publiés par son petit-ûls le baron Napoléon de M^neval (Dentu, 3 vol. in-8®). Cette édition sera désormais celle quMl faudra consulter; le nouvel éditeur ne s'est pas contenté de refondre, suivant Tordre chro- nologique, les chapitres contenus dans l'ouvrage intitulé : Napoléon et Marie-Louise^ paru de 4843 à 4845, de les munir de tables et d'un index des noms cités, qui sera très utile, il y a encore ajouté beau- coup de fragments inédits, sans compter certaines corrections de moindre importance, mais qui changent sur bien des points le texte primitif. On peut, pour en juger, comparer les deux éditions, dans tout ce qui a trait au mariage de Napoléon et de Marie-Louise. On connaît le ton général de ces Mémoires, c'est celui de l'admiration la plus exclusive et la plus passionnée pour Napoléon. Il ne faudrait pas seulement tenir compte de ce sentiment si l'on avait à s'en ser- vir, mais se rappeler aussi quMls ont été composés assez longtemps après les événements, certainement après 4840, et que, par consé- quent, ils auraient besoin d^une minutieuse étude critique pour pou- voir être utilisés. La nouvelle édition, quoique faite avec soin, ne fournit malheureusement pas les éléments de cette étude. On sent davantage dans celle des Lettres inédites du baron GuiU laume Peyrusse, publiées par M. Léon-G. Pi^lissier (Perrin, in-42), la main d'un homme du métier. Ce n'est pas un soldat que Peyrusse; ce n'est pas, bien qu'il soit un observateur intelligent, un homme supérieur, mais ce sont précisément ces conditions qui donnent de la valeur et de l'intérêt à ses lettres. Elles vont du 25 mars 4 809 au 2 mai 4 84 4 et sont complétées par des firagments inédits de ses journaux et des notes, particulièrement intéressantes sur Napoléon à Pile d^Elbe. Durant cette période, elles nous donnent le détail ordinaire de la vie, des mœurs et des habitudes de la Grande-Armée, vu par un homme avisé, sagace, mais d^une nature terre à terre et que les idées géné- rales ne troublent jamais dans l'observation lucide et légèrement ironique de ce qui se passe autour de lui. C'est un de ces livres vivants et sincères, tels que les aimait Stendhal, qui était lui-même du temps et, avec une supériorité d'esprit évidente, d'un tempéra- ment assez analogue à celui de Peyrusse. M. Léon-G. Pélissier a rempli ses devoirs d'éditeur comme il convenait, sobrement, mais parfaitement. Sauf quelques passages, les lettres de Peyrusse ont toute la saveur de l'inédit. Il n^en est pas ainsi des Aventures de guerre au temps 364 BULLBTIlf HISTORIQUE. de la République et du Consulat, de Moreau de Jomris (Guillaumin, in-8^), pour lesquelles M. Léon Sit a écrit une fine et charmante pré- face. C'est, avec des coupures nécessaires, la réimpression de deux volumes parus en 4858. Je connais peu de lectures aussi passion- nantes. Les récits sont d'une chaleur de coloris^ d'un mouvement, d'une vie intenses. La prise de Toulon, la première campagne dans l'île Saint- Vincent, l'expédition d'Irlande, le séjour à la Martinique en 4802, où se trouve une si terrible peinture de la fièvre jaune, ont tout l'attrait du plus intéressant roman d'aventures. G^est un très grand mérite; je crains que ce ne soit le seul, que Moreau de Jonnès n^ait vu les événements qu'à travers son imagination exubérante et qu'il ne les ait racontés qu'embellis du charme de la jeunesse éva- nouie; je crains en un mot que ce livre charmant ne soit d^un médiocre secours à l'historien. Je n'en dirais pas autant de la réimpression des Mémoires mili- tairesdu baron Séruzier (Berger-Levrault, in-8®, et Garnier, in-42), rédigés par Lemière de Corvet et publiés par lui en 4823, s'il ne me semblait sentir en les lisant une pointe de forfanterie. Non pas que les exploits de Séruzier m'étonnent ; cette époque a été, au point de vue militaire, une époque de prodiges, mais, si Séruzier ne grandit pas sa valeur et son courage, il me semble grandir singulièrement son rôle. Les mots de Napoléon sur son compte après Eylau (p. 48) et à Friedland (p. 73), surtout le : « Je compte sur toi pour sauver l'armée » (p. 444) de l'île Lobau, me semblent difficilement véri- diques. Mais il faut signaler le récit si poignant de la retraite de Russie et surtout les derniers chapitres, relatifs au procès de Séru- zier sous la Restauration. Us sont certainement à consulter pour connaître l'étal des esprits au lendemain de 4845. Quant aux Mémoires de Constant (Garnier, in-42), ils sont, on le sait, parfaitement apocryphes. Cependant, comme ils ont été rédigés à une époque où il y avait encore beaucoup de survivants de l'époque impériale, peut-être peut-on glaner, sous toutes réserves, quelque détail curieux dans la masse de ceux qu'ils contiennent. C'est encore à l'histoire napoléonienne que se rapporte la Capti- vité de Sainte-Hélène (F. Didot, in-8<»), sur laquelle M. Georges FiRMiN-DiDOT vient de publier un très intéressant volume d'après les rapports inédits du commissaire français dans l'île, le marquis de Montchenu. Son livre, formé d'extraits de la correspondance de Mont- chenu, choisis et disposés avec soin, complète fort heureusement les publications déjà faites du comte de Bal main et du baron de Stur- mer. Il confirme pleinement tout ce qu'on sait sur Hudson Lowe, sur la bêtise tracassière avec laquelle il a rempli sa triste mission. Le témoignage de Montchenu sur ce point est particulièrement décisif, FRAlfCE. 365 car il était profondément antipathique à Napoléon. C'était, au demeu- rant, un assez médiocre personnage d'esprit et de caractère et qui, du reste, ne put être informé quMndirectement de ce qui se passait à Longwood, car Napoléon refusa constanmient sa porte aux com- missaires chargés de le surveiller. M. 6. Firmin-Didot ne semble pas avoir consulté les papiers de Hudson Lowe qui, achetés par le second empire, furent déposés, je crois, à la Bibliothèque nationale, mais, en revanche, il a su donner à Pillustration de son volume une véritable valeur documentaire. Le portrait de Napoléon, diaprés le capitaine Dodgin, est en particulier tout à fait curieux et rare. L'étude que M. Marins Sepet, en utilisant, avec beaucoup d^habi- leté et de sens critique, les publications récentes, vient de consacrer à Napoléon (Perrin, in-42) est tout à fait remarquable. Sur certains points évidemment, nous ferions des réserves. Je ne crois pas quMl y ait lieu d'admirer la lettre par laquelle Napoléon réduisait Lalande au silence, pour empêcher Texpression d'opinions qui ne sont ni plus ni moins respectables que les autres; je crois, en revanche, qu'il était inutile de consacrer trois pages à démontrer que Napoléon n'était pas un ont été enlevés à la science. Us étaient, comme on sait^ adversaires acharnés. Le souvenir de leurs luttes littéraires a été renouvelé récemment par leurs biographes. La vie de Janssen, décédé te M décembre I894y à Francfort-sur-le-Mein, a été racontée d'une main pieuse par M. Louis Pistor, professeur à l'Université d'Ins- pruck» son élève et ami^ Outre ses propres souvenirs et quelques uolicee, il a utilisé des notes auto-biographiques et la correspon- dauiM) fort riche de son maître défunt, ce qui donne beaucoup de vivacité à son récit. U fait très bien comprendre comment Janssen ii'e^t formé pour sa tâche laborieuse et à quelles circonstances il a dû mMX succès extraordinaire, particulièrement dans le monde catho- lique. Nous ne saurions souscrire^ sans d'expresses réserves, au jugeiueut porté par M. Pastor sur la valeur des divers volumes de louvrat^e capital de Janssen, son « Histoire de la nation allemande depuis ta Ou du moyen âge. » U est impossible de méconnaître le parti pviià^ souvent involontaire sans doute, avec lequel ont été rédigées beaucoup de parties de cette vaste mosaïque littéraire. Mais nous vouoéderous volontiers qu'il a été très utile, en face de récits par trop édutooréii, de foire voir le revers de la médaille, et nous pensons, avec M. h^uLnen, dout les paroles sont citées par le biographe de Janssen (p. 137), v( que, précisément, les protestants auront quelque chose à > apprendre, » Jau^«eu est mort en laissant inachevé le septième volume de son ouvrage. Ue même l'histoire de l'empereur Gharles-Quint, commen- oée^ avec tant d'ardeur, par Baumgartbn, le regretté professeur de r Université de Strasbourg, décédé le 49 juin 4893, n'est qu'un frag- ment. Le troisième volume, très important pour Thistoire des années \. Jiiiuiuiiei JauMen, 1829-1891, Ein LebensbM vomehmlieh naehdenunge- ijit'uçkhèk Briêfmk und TagebUehem dêssdben entworfen von Ludwig Pastor mU J, Janss^'s Bildniss und Schriftprobe, Fûnftes bis Zehntes Tausead. Frei- i>ur«, U. Ueider, 1892. ALLEMÂGIIB. 873 4529-4539, est le dernier qu'on doit à la plume infatigable de Fau- teur ^ On y admire de nouveau l'art difBcile de rattacher la biogra- phie à rhistoire générale, sans Vj noyer, Tart avec lequel Tauteur évite les jugements préconçus d^un « heroworshiper. » Quant aux éclaircissements tirés des archives de Marbourg, Bruxelles, Vienne, etc., ils ont profité surtout à Thistoire de l'origine de la ligue de Smalkalde et de la ligue catholique qui lui Ait opposée. En expli- quant les origines de la ligue de Smalkalde^ H. Baumgarten a été beaucoup aidé par le travail consciencieux d'un de ses élèves, M. 0. WinKELMAifif, archiviste de la ville de Strasbourg, dont il avait pu consulter en manuscrit le livre, intitulé : « La Ligue de Smal- kalde, 4530-4532, et la paix religieuse de Nuremberg '. » Ce que H. Pastor a foit pour le souvenir de Janssen, H. Hirgks Ta entre- pris, avec le plus grand talent, pour le souvenir de Baumgarten. Lui aussi, il écrit avec des sentiments d'amour et de vénération vis-à-vis de son maître. Lui aussi, il dispose de matériaux précieux, par exemple, de la correspondance de Baumgarten avec H. de Sybel, Max Duncker, G. Waitz. Il ne se contente pas de développer la phy- sionomie littéraire de Baumgarten. Il nous fadt suivre sa carrière de publiciste et aimer la droiture de son caractère. L'étude biographique de H. Harcks forme l'introduction à un recueil de mémoires histo- riques et politiques et de discours prononcés par Baumgarten, recueil qui a été formé par H. Varrentrapp'. Une liste dressée avec soin des travaux de Baumgarten complète ce volume. Il y a cependant une lacune assez grave. On n'y trouve pas la réimpression de Timpor- tante critique sur l'Histoire de TAllemagne au xix* siècle de H. de Treitschke. En rédigeant la préfece du troisième volume de son Charles-Quint^ Baumgarten a pu annoncer le commencement de deux entreprises indispensables pour l'histoire de la Réforme. C'est la collection des Recès des diètes allemandes à Tépoque de Charles Y et celle des Rapports adressés par les nonces pontificaux sur les afiiûres d'Alle- magne à partir de l'année 4533. Le premier volume des « Recès » a été préparé par A. Klugkhohn. Sa mort prématurée est une perte dont H. de Sybel a exprimé la gravité en quelques paroles tou- 1. Gtschiehie KarU F, von Hennann Baomgarteii. Dritter Band. Stottgart, Gotto, 1892. 2. Der Schmalkaldisehe Bund 1530-1532 und der Nuemberger Beligionp' flriêde. Strassbarg, J.-E. Heitz, 1892. 3. Hiêtoriiche und poUtitehe Àufsatte und Beden von Hermann Baumgarten. Mit einer biographischen Einleitong Ton Erich Marcks and einem Bildniss des Veifassers. SiraMborg, Trftbner, 1894. 374 BULLBmf HISTOBIQUB. chantes*. On se fera une idée des vastes dimensions de cette entre- prise en apprenant qu'à peu près 900 pages se rapportent à la seule année 4549. Cette année a, il est vrai, une importance extraordi- naire à cause de l'élection de Charles Y; en outre, Tintroduction, un chef-d'œuvre de travail, ne contient pas moins de 4 40 pages. Kluck- hohn y expose toutes les péripéties de la lutte électorale jusqu'à la mort de Maximilien. Il a dû beaucoup entre autres aux recherches du D' Bernays à Paris et à Lille, ce qui l'a mis en état de compléter les travaux de Mignet, Gachard, Le Glay, etc. La collection des rapports envoyés aux papes par leurs nonces résidant en Allemagne, de Tannée 4 533 jusqu'à la fin du xvi^ siècle, a été déjà annoncée aux lecteurs de la Revm historique par M. Jean Guiraud (vol. LII, p. 484-490). Comme il l'a exposé, « trois corps savants ont associé leurs efiforts pour cette œuvre commune » : les Instituts historiques, prussien et autrichien, fondés à Rome et la société catholique d'histoire dite Goerres-Gesellschaft. Cette dernière, abordant le domaine que l'Institut prussien avait laissé inoccupé, a entrepris en 4 892 la publication des rapports de Morone en 4 539 et en 4540. On sait que cette édition, exécutée par M. Dittrich, a ren- contré les critiques les plus sévères (cf. Rev. hist,, t. LU, p. 388- 394). Au contraire, la publication entreprise par l'Institut prussien mérite tous les éloges. M. Friedbivsburg a traité la légation d'AIeander pendant les années 4538 et 4539 dans deux volumes d'une surabon- dante richesse '. A cdté des dépêches d'AIeander, il nous fait con- naître son journal, des fragments de la correspondance de Tempereur Charles Y avec le roi Ferdinand pendant les années 4 538 et 4 539^ qui sont conservées aux archives de Yienne, et une série d'autres docu- ments se rapportant, soit à cette époque, soit à la biographie du diplomate pontiûcal. L'introduction nous montre la situation qu'Aleander avait devant lui et nous fait comprendre Téchec de sa mission, échec auquel la violence de son tempérament contribua beaucoup. Personne ne voudra mettre en la même ligne Aleander et son prédécesseur Yergerio, dont les rapports, de 4533-4536, ont été publiés, en 4892, par M. Friedeivsburg. Comme il en a fait alors la remarque, Yergerio, quoique encore adversaire véhément des « apos- 1. Deutsche Reichstagsakien unter Karl F. Erster Band bearbeitet Ton Âugust Kiuckhohn. Âuf Veraniassung Seiner MajesUet des Kônigs Yon Bayera herausgegcben durch die historische Kommission bei der Kdniglichen Akademie der Wissenschaflen. Gotha, Perthes, 1893 (préface par H. de Sybei). 2. Nuntiaturberichte ans Deutschland 1533-1559 nebst ergxnzenden Acten- stilcken. Band III-IV. Légation Âieanders 1538-lf639. Im Âuflrage des K. Preussischen historischen Instituts in Rom bearbeitet Yon Walter Friedens- burg. Giotha, Perthes, 1893. ILLBMAGIIE. 375 tats, » ne se dissimulait pas les graves défauts de Tégiise catholique. Plus tard, apostat lui-même, il a déployé une activité étonnante comme publiciste antipapal. Un travail fort instructif d'un jeune érudit silésien, M. Hubbbt, s'occupe de ce côté de Texistence inquiète de Vergerio. L'auteur a fait des recherches sérieuses entre autres aux archives et à la bibliothèque municipale de Zurich, très riches pour son si\jet, et il sait juger les écrits de Vergerio, qu'il analyse avec beaucoup de finesse et d'impartialité ^ En regard des rapports envoyés par les nonces pontificaux d'Alle- magne à l'époque de la Réforme, rien ne serait plus utile à posséder qu^une édition systématique de la correspondance de Charles V, particulièrement avec son frère le roi Ferdinand. On sait ce que le regretté A. de Druffbl a fait pour combler cette lacune. Un de ses derniers travaux, qui continuait trois mémoires précédents, prouve de nouveau avec quelle diligence il a rassemblé des documents épar- pillés et avec quelle vaste connaissance des publications antérieures il a pu tracer le minutieux tableau des événements^. Il va sans dire que les relations des Vénitiens ne perdront pas en intérêt à côté de la correspondance des auteurs mêmes de la politique ; mais il est évi* dent qu'il vaut beaucoup mieux se fier aux dépêches écrites sous rimpression immédiate des faits sans aucune prétention littéraire. G^est pourquoi l'Académie de Vienne a entrepris une édition des c Dispacci di Germania. » Les deux premiers volumes, importants surtout pour l'histoire générale de l'Europe, ne sont pas à négliger pour rhistoire de la Réforme allemande en particulier^. Malheureu- sement les dépêches de 4544 à 4546 manquent. Il ne faut donc pas s'attendre à trouver, par exemple, des renseignements sur le colloque de Ratisbonne en 4544. C'est plutôt au troisième volume de la cor- respondance de Martin Bucer avec le landgrave Philippe de Hesse, publié par M. Lefcz, qu'on doit des éclaircissements importants sur cet intéressant épisode^. M. Lenz a eu la bonne fortune de découvrir 1. Vergerio' s publiiistisehe Thxtigkeit nebst einer bibliographisehen Ueber- sicht, Ton D' Friedrich Hubert. Gœttingen, Vandenhœck and Raprectit, 1893. Une des parties les plus intéressantes de cet oavrage est relative à la coop^ ration de Vergerio aax Commentarii de SIeidan. 1. Kaiser Karl und die Rômisehe Curie, 1544-1546, Yon Augast von Draffel. Vierte Abtheilung. Von der Erôffnung des Trienter Goncils bis zar Begegnang des Kaisers mit dem Hessischen Landgrafen in Speier (Ans den Abhandlangen der K. Bayer. Akademie d. W., III, Cl. XIX, Ed. II, Abt. 1890). 3. Venezianische Depeschen vom Kaiserhof. Herausgegeben von der histo- riscben Commission der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaflen. Band I et 11. Wien, 1889-1892. 4. Briefwechsel landgraf Philips des Grossmilthigen von Hessen mit 376 BULLETIN HISTOBIQUE. aux archives de Marbourg le brouillon original du livre de Ratis* bonne qui servit de base au célèbre colloque des théologiens des deux partis. Il y a ajouté des correspondances, des protocoles^ des instructions relatives aux négociations du landgrave avec l'empereur Charles Y. D'ailleurs, ce troisième et dernier volume de la publica- tion de M. Lenz contient beaucoup d'autres matériaux d^une haute valeur. Il met en relief les tentatives faites par le landgrave Philippe pour gagner la Bavière à l'opposition protestante et nous fait mieux connaître le caractère et les talents de Georges Frôlich, grefGer de la ville d'Augsbourg, à qui M. Lenz attribue le récit de la guerre de Smalkalde, qui a été imprimé dans la collection de Mencken : Scrip- tores rerum germanicarum IIL En passant en revue les publications récentes qui se rapportent aux représentants de l'humanisme et des réformateurs allemands, il faut mentionner, comme un des travaux les plus remarquables, le livre du regretté M. Siamâtôlskt^ qui a porté son attention sur les écrits allemands d'Ulrich de Hutten^ On ne croirait pas qu^après Boecking et Strauss il fût encore possible d'enrichir la biographie de Hutten de tant de contributions nouvelles. Cependant M. Szamatôlski a réussi à découvrir aux archives de Steinbach et de Birkenfeld, toutes deux en possession de la famille de Hutten, des fragments précieux de la correspondance du célèbre chevalier et même son dernier écrit alle- mand, dirigé contre le comte palatin. Les relations d'Ulricb de Hut-' ten avec sa famille et avec son ami François de Sickingen, sa posi- tion à l'époque de la réunion de la diète de Worms, ses idées à l'égard d'une réforme de l'empire sont élucidées par des traits nou- veaux. D'ailleurs, on trouve chez M. Szamatôlski des remarques très fines, quelquefois peut-être trop subtiles, sur la valeur littéraire de Hutten écrivant dans sa langue natale. M. HiRiFELDEa, dont la mort Bucer. III Theil (Publicationen ans den K. Preassîschen StaatsarchiTen. Bd. XL VII. Leipzig, Hirzei, 1891). M. Lenz n'a pas eu roccasion de parler de l'histoire de la captivité du landgrave en 1547. Ce sujet a été traité récemment par M. 6. Turba (Zur Verhaftung des Landgrafen Philipp von Hessen, Jahres- berichtder K. K. Oberrealschule im II. Bezirke. Wien, 1894), qui a réussi à décou- vrir aux archives de Vienne une copie authentique des conditions accordées par l'empereur à la prière des électeurs Joachim de Brandebourg et Maurice de Saxe. 1. Ulrichs von Hutten deutsche Schriften, Untersuchungen nebst einer Nachlese von Siegfried Szamatôlski. Strassburg, Triibner, 1891 (Quellen und Forschungen zur Sprach-und Kulturgeschichte der germanischen Volker). Une petite bro- chure de Votsch : Ulrich von Hutten nach seinem Leben und Schriften (Han- nover, Hahn, 1890), qui nous est parvenue, n'est rien de plus qu'un essai de vulgarisation. ▲LUEMAOlfB. 377 a privé la science allemande d'un des connaisseurs les plus compé- tents de rhumanisme, a contribué par un de ces derniers travaux à la biographie d'Otto Brunfeis, qui défendit Ulrich de Hutten contre Érasme. De même, il a fait revivre le cercle des humanistes rassem- blés à Constance, pour lesquels le nom vénéré d^Ërasme était le mot d'ordre ^ Un des amis les plus intimes d'Érasme à Bàle fut Boniface Amerbach, humaniste et jurisconsulte distingué par sa largeur de vues et sa modération prononcée. M. Th. BuRCKiRDT-RiBDERUiNN, à la suite de M. Fechter, a raconté sa vie dans un beau volume, orné de son portrait bien connu, peint par Holbein^. La correspondance et les journaux d'Amerbach lui ont fourni des matériaux très riches. En parcourant ces documents, on admirera l'esprit d'Amerbach, mais on regrettera la sévérité de ses jugements vis-à-vis d'QElco- lampade. La biographie de Martin Luther, commencée par M. Koldb en \ 884 , a été achevée après neuf ans d'un travail assidu^. Ce qui caractérise ce livre, c^est l'habileté avec laquelle la biographie est rattachée à l'histoire générale, la science avec laquelle l'auteur a mis en œuvre les recherches les plus récentes et Tart avec lequel il les a présentées au grand public. Les renseignements bibliographiques et les discus- sions ont été renvoyés à un appendice qui comprend plus de 50 pages. L'enthousiasme pour la personne et l'œuvre de son héros n'aveugle pas du tout Pauteur de ce livre. Pour s'en convaincre, il sufQra de lire ses observations sur la position de Luther dans l'affaire scan- daleuse de la bigamie du landgrave Philippe et vis-à-vis des Juifs. M. Ulmann, professeur à Greifswald, auteur des biographies bien con- nues de Sickingen et dePempereur Maximilien, a élucidé un moment spécial de la vie du réformateur^. On a souvent contesté Pauthenticité du bref de Léon X, daté du 23 août 4 54 8 et adressé au cardinal Gajé- tan, qui autorisait ce dernier à faire emprisonner Luther comme héré- tique manifeste. M. Uhnann combat cette opinion et résout quelques- unes des difQcultés que ce document curieux avait soulevées jusqu'ici. 1. Otio Brunfeis cUs Veriheidiger HtUtens. Der humanisUsehe Fteundês- krds des Desiderius Erasmus in Constatiz (Zeitschrift fût die Geschichtd des Oberrheins XLYII. Karisrahe, J. Bielefeld, 1893). 2. Bonifacius Amerbctchund die Reformation, Yon Th. Barckhardt-Bieder- mann. Basel, Reich, 1894. 3. Martin Luther, Rine Biographie Ton Theodor Kolde ordent. Professor an der UniTersiUt Erlangen. Gotha, Perthes, 1893. 4. Studien zur Geschichte des Papstes Léo X (Deatsche Zeitschrift fur Ge- schichtswissenschaft. 1893, vol. X). Nous deTons an même auteur an essai excellent : Dos Leben des deutschen Volkes im Beginn der Neuieit (Schriften des Vereins fur Reforroationsgeschichte, n* 41). 378 BULLETIN HISTOEIQUE. Le réformateur de la Prusse, Paul Speratus, premier évêque évan- gélique de la Poméranie, a trouvé son biographe dans M. Tschac- KBET^ L'éditeur des documents relatifs à Thistoire de la Réforme dans le duché de Prusse^ disposait de tous les matériaux nécessaires pour tracer un tableau complet et coloré de cette vie. Jamais aupa- ravant ractivité littéraire de Speratus n'avait été aussi bien appré- ciée, et son caractère nous laisse une impression de fermeté et de noblesse. H. Uhlhorn a fait revivre le souvenir d*Ântoine Gorvinus, premier surintendant général de la principauté de Galenberg, qui fut puni par une détention de trois années, pour avoir protesté contre le décret ordonnant de reconnaître V Intérim de 4548^. M. KoNRÂO, pasteur à Breslau, a exploré les bibliothèques et les archives de cette ville pour sa biographie d'Ambrosius Moibanus, élève de Luther et de Melanchton et collaborateur de J. Hess, comme réformateur de Tétat ecclésiastique et scolaire dans la capitale de la Silésie^. Parmi les adversaires de la Réforme, l'Alsacien Thomas Murner occupe une des premières places. On a souvent raconté sa vie et ana- lysé ses écrits. Cependant, M. Kiwerau a su renouveler le sujet de plusieurs côtés'. U ne rabaisse pas les talents de ce journaliste fou- gueux et spirituel qui porta le froc, mais il explique à la fois pour- quoi sa flévreuse activité littéraire n'eut pas des succès durables. La forte conviction religieuse manquait à ce moine bel esprit, et c'est se faire de lui une idée tout à fait inexacte que de vouloir trouver dans quelques-uns de ses écrits des réminiscences des idées « mystiques. » Un autre polémiste du parti catholique, le franciscain bavarois Gaspard 1. PatU Speraiw von Rœilenj evangelischer Bischof von Pomesanien in Marienwerder, von Paul Tschackert, Professor der Kirchengeschichte in Goel- Ungen (Schriften des Vereins far Reformationsgeschichte, n* 33. Halle, Nie- meyer, 1891). 2. Tschackert, Urkundenlmch sur Reformaiionsgeschichie des Henogtums Preussen (Pablicationen aus den K. preossischen StaatsarchiTen, 3 Yols 1890) et Herzog Albrecht von Preussen als reformatorische PersœnUehkeit (Schiiflen des Vereins fur Reformationsgeschichle, n* 45). 3. Àntonius Corvinus, Ein Màrtyrer des evangeliscK-luiherisehen Bekenntr nisseSy von G. Uhlhorn Abt za Loccnm (Schriften des Vereins for Reformations- geschichte, n* 37, 1892). 4. D' Ambrosius Moibtmus, Ein Beitrag zur Geschichte der Kircke und Schule Schlesiens im ReformaUonsseiialter yon P. Konrad, Diakonns an der Elisabetkirche in Breslaa (Schriften des Vereins far Reformationsgeschlchte, n* 34, 1891). 5. Waldemar Kaweraa, Thomas Murner und die Kircke des MitteiaUers. — Tfwmas Murner und die deutsche Reformaiian (Schriften des Vereins lor Reformationsgeschichte, n- 30-32, 1890-1891). ALLSHAGNE. 379 Schatzger, serait presque inconnu sans le travail de M. d^Dmitel*. Il lui rend pleine justice et prouve incontestablement que Schatzger, en défendant les doctrines du concile de Constance, se mit en oppo- sition avec Eck, le plus célèbre de ses compagnons d'armes. L'histoire de la guerre des paysans continue à être en faveur auprès des érudits. On sait ce qu'a fait le seul M. Baumann, archi- viste à Donaueschingen, pour la publication des sources originales de cette histoire. La collection des chroniques, annales, mémoires, etc., qu'il a publiée dans la Bibliothek des litterarischen Vereins in StutU gart (vol. GXXIX) contient entre autres le journal de Hans Lutz, d'Augsbourg, héraut de George de Waldbourg, du vainqueur des paysans rebelles. Mais M. Baumann n'a pas eu à sa disposition l'ori- ginal de ce journal qui paraissait être perdu. Or on Ta retrouvé dans un volume manuscrit qui d'Augsbourg émigra aux archives munici- pales de Saverne. M. A. Adam, en se constituant l'éditeur de ce document important^, démontre que le texte du journal de Hans Lutz, qu'on a connu jusqu'ici, n^est qu'une abréviation retouchée du récit original et que de fortes parties du livre de J. Holzwarth, intitulé : Rustica seditio totius fere Germaniae, ne sont qu'une traduction de l'exemplaire de Saverne. Le journal de flans Lutz ne mentionne pas les « douze articles » dont Torigine a donné lieu à tant de controverses. H. Radlkofer a développé dans une étude spéciale l'opinion qu'il avait déjà émise au sujet de ce document célèbre dans son livre sur Jean Eberlin de Giinzbourg et Jacques Wehe de Leipheim (cf. Eevue historique y LXIV, p. 396). Il attribue l'honneur d'avoir rédigé le manifeste général des paysans à Sébastien Lotzer, maître pelletier à Memmingen, disciple ardent du prédicateur Christophe Schappeler, dont il défendit la doctrine dans quelques écrits théologiques , et plus tard secrétaire d'une partie des paysans insurgés de la Haute -Souabe'. Quant à Schappeler, H. Radlkofer lui attribue la rédaction de l'introduction aux douze articles. H ne fait que suivre la route tracée par M. Baumann, qui 1 . Der Bairisehe Minorit der Observanz Kaspar Sehatzger und sehie Schrif- ten (Silzaogsberichte der philos., philol. and histor. Classe der k. bayer. Akad. der Wiss., 1890, II, HeH 3). 2. Das Tagebuch des Herolds Hans Lutz wm Àugsburg Uber den Bauem- krieg. Wiederaafgefanderer Text, too A. Adam (Zeitschrifl fur die Geschichte des Oberrheins herausgegebea yoq der badischen historischen Commission, vol. XLVII. Karlsruhe, J. Bielefeld, 1893). 3. EfUstehungsgeschichte der Autorschafl der zwôlf Ariikel, Ton Max Radl- kofer (Zeitschrifl des historischen Vereins fur Schwaben and Nenborg, XVI, 1-23. Angsbnrg, 1889). 389 BULLETm HI8T0BIQUE. d^ailleors s'est prononcé plus résolument à l'égard des notes marg^ nales du manifeste, qu'il attribue à la plume même de Schappder. Mais, ce qui restera toujours une sorte d'énigme, que ni H. Baumann ni H. Radlkofer n'ont réussi à résoudre, c^est que Ressler, chroni- queur de Saint-Gall, très au courant des faits et gestes de Schappeler et de Lotzer, lorsqu'il expose les débuts de la guerre des paysans aux environs de Memmingen, ne dit pas un mot des douze articles, tandis qu^îl les mentionne à un autre endroit de sa chronique. De même, il y a une difSculté chronologique que H. RadlJLofer n'aurait pas dû passer sous silence. A supposer que les douze articles aient été rédigés à Memmingen au milieu du mois de mars, comme M. Radl- kofer le soutient (p. 44), comment s'expliquer qu'ils existaient at^oiU le onze mars ? Or, selon M. Baumann^ dont M. Radlkofer ne saurait nier la compétence, il ne serait pas permis d^en douter. H. Baumann s'appuie sur une lettre de la ville d'Uberlingen, datée du 4 4 mars 4525, où il afOrme avoir trouvé la première mention des douze articles*. M. Lehiveet a très bien montré, dans une dissertation présentée à la Faculté de philosophie de l'Université de Halle, qu'après cette découverte de M. Baumann il est impossible de considérer les douze articles comme un manifeste lancé par une diète des paysans convo- quée à Memmingen, au milieu de mars 4525^. Il conteste, conmie je l'ai fait moi-même il y a longtemps, que les douze articles aient été le programme de « l'union chrétienne » des paysans de la Souabe. 11 appuie et confirme ce que j'avais avancé pour prouver l'originalité des douze articles de Memmingen. Quant à la rédaction des douze articles, M. Lehnert ne veut l'attribuer ni à Balthasar flubmaier, le prédicateur de Waldshut, ni à Christophe Schappeler, le prédicateur de Memmingen-, il se prononce pour Sébastien Lotzer, mais en fai- sant des réserves considérables. M. LosERTH évite de se mêler à la controverse relative à l'origine des douze articles. Cependant, il a dû la toucher en racontant l'his- toire de la ville de Waldshut pendant les années 4523-45263. C'est là que séjournait ce Balthasar Hubmaier, prédicateur et anabaptiste 1. Zur Gêschkhte der 12 Artikel (Zeitschrift fur die G«schichte des Obei^ rhelns, 1888, t. XUI, p. 228-230). 2. Studien zur Geschichte der zwôlf Artikel vom Jahre 1525. Halle, 1894 (Eupersche Hofbackdruckerei, Sondershaasen). 3. Die Stadt Waldshut und die vorderOsterreicMsche Begierung in den Jahren 1523-1526. Ein Beitrag zar Geschichte des Baaernkrieges and der Reformation in Vorderôsterreich (ArchiT ftîr ôsterreichische Geschichte.. Band LXXVII, 1-51. Wien, Tempsky, 1891). ALLBlUGlfB. 881 célèbre, qui a joué un rôle important durant la guerre des paysans. Je ne voudrais pas examiner ici s'il n'y a pas lieu, même encore aiiyourd^hui, de lui attribuer une part quelconque à la rédaction du manifeste général des paysans. Hais, ce qui me parait être incontes- table, c'est qu'il a été Fauteur d'un autre manifeste, dont M. Loserth bit mention, et qui est intitulé : « Artikelrief » (cf. Forschungen xur Deutschen GeschicMe, vol. XII, p. 496). En tout cas, il est fort remarquable que, selon le récit de H. Losertb, vers la un de l'an- née 4523, on reprochait déjà à Hubmaier d'avoir prêché contre les dîmes, les renies, les cens, etc., et d'avoir incité les sujets à secouer le joug féodal (p. 5, 20-, cf. p. 70). H. Loserth a mis à proflt une vaste collection de matériaux laissés par M. de Beck, qui connais- sait à fond l'histoire des anabaptistes (cf. Rev. hist,, t. XXXII, p. 4 58) , et renvoie souvent au travail de M. Elben (cf. Rev. hist,^ t. XLIV, p. 395), ce qui d'ailleurs n'enlève rien à son propre mérite. Il a fait paraître une continuation de son travail dans laquelle il a étudié l'époque de la vie de Hubmaier postérieure aux événements tragiques de Tannée 4 525 ^ H. Louis HuBLLER a consacré une étude très détaillée à l'histoire de la guerre des paysans dans la plaine du Riess, au nord-est de la Souabe*. Il y dépeint le soulèvement des opprimés et la vengeance des vainqueurs avec des couleurs très vives, sans se laisser entraî- ner à des exagérations. C'est au contraire un reproche qu'il fait avec raison aux ouvrages bien connus de Zimmermann et de Joerg, particulièrement en ce qui regarde les affaires de la ville de Noerd- lingen. Il a utilisé beaucoup de documents imprimés ou manus- crits, dont il ne publie qu'un très petit choix en appendice. Ces recherches solides ne se bornent pas au xyi* siècle. Ce qui en fait ressortir Tintérèt, c'est le tableau de la situation des paysans du Riess à la fln du xyiii* siècle et le récit de leur soulèvement en 4 848. C'est alors seulement en effet que les droits politiques et sociaux furent rendus aux paysans. Une étude de M. JiSGER se rattache au travail de M. Mueller. Pui- sant h'brement aux archives de Bamberg et de Nuremberg, H. Jsger dépeint le rôle que joua le margrave de Brandebourg Casimir pen- dsmt la crise de l'année 4 525 '. U nous semble trop enclin à l'apo- 1. Balihasar Bulmaier und die Anftenge der Wiedertaufe in Maékten, Brûnn, 1893. 2. Beitrxge lur Gesehiekie des Bauemkrieges im Rieu und seinen VnUan' d0n( Zeitschrift des historischen Vereins fUr Schwabeo iind Neaburg, voL XVI, p. 2a-61, 1889 ; toI. XVH, p. M53, 253-275, 1890). 3. Mark^af Casimir und der Bauemkrieg in den sûdUehen Oren^amiem 382 BUIlBim HnfOlIQUB. logîe; mais il US CËITIQUBS. donner une hiïitoire de la philosophie historique en Europe telle qne nous aimerions la posséder. On a vu qu'il divise cette histoire en natio- naUtés, et voici la raison qu'il en donne : c C'est, dit-il, le seul moyen de décrire d'une manière détaillée, méthodique et utile, le cours de cette philosophie, i Et il ajoute : < On n'aura point ainsi simplement l'his- toire d'un département de la philosophie, mais celle d'une phase inté- ressante et instructive du développement intellectuel de quatre grandes nations, — la France, l'Angleterre, l'Italie et l'Allemagne • (EVéface vm). Cette simple affirmation soulève déjà bien des objections, mais, avant de les examiner, voyons de quelle manière l'auteur a tiré parti de son idée. Une analyse un peu détaillée des principaux points qu'il développe nous le fera mieux comprendre. Gomme il convient, pour commencer, M. F. établit ce qui est pour lui la philosophie de l'histoire. S'il s'en tenait aux systèmes nettement définis, à ceux de Vico, de Herder, de Hegel, etc., le compte serait vite fait. Mais sa définition de la philosophie de l'histoire est très éclectique. Elle ressemblerait à celle que le psychologue Wundt donne dans son Système de la philosophie : f Toute histoire qui part d'un point de vue universel est une philosophie de l'histoire i (System der Philosophie. Leipzig, 1889, p. 615). A ce titre, la philosophie de l'histoire n'est point une invention récente, et, bien qu'elle n'ait pas été explicitement formulée par les penseurs et les historiens anciens, on peut, chez ceux-ci, en trouver déjà l'embryon : « Une sorte de philosophie de l'histoire, dit M. P., peut avoir été aussi vieille que l'histoire elle-même, et la première question que l'homme se posa à lui-même peut bien avoir été celle que Milton met dans la bouche d'Adam : f Gomment suis-je ainsi? Gomment suis-je f venu ici? i (p. 29). La philosophie de l'histoire sera donc liée aux progrès de l'esprit humain, aux progrès surtout des connaissances humaines, et, à mesure que nous avancerons vers le présent, elle se formulera d'une manière plus complète. Fort rudimentaire dans les premiers âges, elle n'arrivera à une expression satisfaisante qu'avec la Renaissance, sous Veiïei surtout de l'intelligence complète de trois idées : l'idée de progrès, Tidée d'unité de la race humaine et l'idée de liberté. On comprend en effet que sans la notion du progrès on ne conçoive guère une philosophie de l'histoire de quelque valeur. M. F. nous fait l'historique de cette idée, nous montre par quelles vicissitudes elle a passé et combien elle a eu de peine à s'implanter dans l'esprit humain. Le problème du reste est des plus compliqués. En quel sens faut-il entendre le progrès? Peut-on dire que la race humaine ait progressé toujours et en tout? M. F. n'examine point toutes ces questions, qui l'entraîneraient trop loin. Il se contente de prendre le progrès dans son sens le plus général, au point de vue surtout des acquisitions de l'intel- ligence. A ce titre, la notion du progrès date surtout de la Renaissance, f Quatre hommes, dit-il, qui n'étaient séparés que par un court espace R. FLIIfT : HISTORY OF THB PHILOSOPHI OF HISTORT. 405 de temps, — Bodin, Bacon, Descartes et Pascal, — formulent le fait général du progrès dans un langage si saisissant qu on ne peut plus dès lors l'ignorer » (p. 103). La deuxième idée, l'idée d'unité de la race humaine, est aussi à la base de toute vraie philosophie de l'histoire. Cette idée du reste est insé- parable de la première, l'idée de progrès : c Le progrès, dit-il, implique la continuité, et la continuité l'unité. Lorsqu'on parle de progrès, il doit y avoir quelque chose qui progresse; car progrès est un attribut, non une abstraction, et signifie que quelque chose doit rester soi-même par toutes les phases par où passe cette chose... L'unité de nature implique et prouve l'unité d'origine » (p. 104). Mais ce n'est pas seulement l'idée d'unité d'origine qu'elle implique, c'est aussi l'idée de la solidarité humaine. M. F. fait l'historique de ces différentes idées depuis l'origine des sociétés antiques jusqu'aux nations germaniques du moyen âge. A propos de ces dernières, il relève, non sans malice, les ridicules asser- tions de quelques savants allemands qui, par amour-propre patriotique, ne reconnaissent qu'aux peuples germaniques les sentiments d'humanité, c Considérer, dit-il, l'amour de l'indépendance personnelle, la fidélité d'homme à homme, le sens de l'honneur individuel et du respect pour la femme comme quelque chose de particulier et de naturel à la race ger- manique, serait tomber dans une de ces grossières illusions qu'engendrent parfois les imaginations teutones. Il y a une grande différence entre une qualité de barbare et une vertu de civilisation i (p. 118). Ce fut, en effet, surtout dans l'âge moderne, avec l'émancipation de la bourgeoisie, que l'idée d'humanité fit des progrès, et ce n'est même qu'au xvm* s. qu'on la voit nettement formulée par des écrivains et des penseurs, a Vico, dit M. F., fut le premier à reconnaître que cette idée est une idée fon- damentale dans la philosophie de l'histoire, le premier à considérer avec netteté, intelligence et profondeur, l'histoire comme un vaste tout dont les phases, dans le temps et dans l'espace, sont exphcables par les activités propres à la nature humaine » (p. 123). La troisième idée est l'idée de liberté, inséparable de l'idée d'huma- nité. Par liberté, il faut entendre, < non la liberté de la volonté, tou- chant laquelle il y a tant de controverses parmi les psychologues et les métaphysiciens • (p. 124), mais l'effort spontané que fait l'homme pour réaliser sa nature morale, c L'homme est un esprit, dit M. F., et par con- séquent il n'est pas simplement ce qu'il est fait pour être, mais ce qu'il fait lui-même pour devenir, i Or, la liberté, entendue ainsi, n'est point purement négative (absence de contrainte) ; elle est créatrice aussi, puisqu'elle crée le monde moral ou le rejoint (il est intéressant de remarquer ici combien la théorie de M. F. se rapproche de celle des idées-forces de M. Alf. Fouillée). « L'homme ne naît pas libre, mais il le devient dans la mesure où il devient homme • (p. 124). Yico est le pre- mier qui, dans la philosophie de l'histoire, ait développé cette idée que c la vérité n'est connue de nous que pour autant qu'elle est faite par nous 406 GOMPTBS-llBNDUS GEITIQnSS. et que Thomme ne peut connaître cette vérité que lorsqu'il a pleinement réalisé sa vraie nature » (p. 124). Mais, si cette liberté est une acquisition de Thomme, elle est aussi une acquisition des sociétés humaines, ou plutôt la liberté politique n'est qu'une conséquence de la liberté morale. A ce sujet, M. F. montre fort bien que, contrairement à Topinion courante, la liberté politique ne sort pas des doctrines de la Réformation. Les protestants à l'origine furent aussi intolérants que les catholiques. La liberté religieuse et politique c sortit des luttes entre catholiques et protestants. » Ces luttes, dit-il très justement, f forcèrent les hommes à reconnaître la liberté religieuse comme un droit. • Ce fut alors seulement que les penseurs libéraux et les hommes d'État avisés, — L'Hôpital, Pasquier, Bodin, De Thou, Henri IV, — c eurent les yeux ouverts » (p. 133). Avec le développement de ces idées de progrès, d'unité de la race humaine et de liberté, la signification de l'histoire change. Gela se marque au début de l'histoire moderne, à la Renaissance avec Bodin et plus tard avec Leibniz, Yico et Turgot, qui posent enfin « les bases d'une philosophie de l'histoire large et rationnelle. » Mais, avant d'arriver à ces philosophes, M. F. veut encore, dans son Introduction, indiquer la part que certains esprits de l'antiquité et du moyen âge ont eue dans l'établissement définitif de cette science. Il en distingue quatre : deux chez les Grecs, Platon et Aristote; un chrétien, saint Augustin; un Arabe, Ibn Khaldoun. S'il a choisi les deux premiers, ce n'est pas f qu'ils aient eu une conception quelconque de la philosophie ou de la science de l'histoire » (p. i36), mais ils sont en politique les premiers représentants de la science grçcque. Or, la Grèce, dans « les étroites limites de son territoire et le court espace de son histoire, a présenté un champ merveilleusement riche et varié d'expériences politiques qu'on peut facilement passer en revue et qui nous fournissent d'abondants sujets de réflexions poli- tiques » (p. 136). Saint Augustin, lui, est intéressant à consulter parce qu'il nous fournit la première théorie historique qui prend pour base la foi chrétienne et la Révélation. Son œuvre, bien que dépourvue du caractère scientifique (le but apologétique s'y fait trop constamment sentir), nous attire parce qu'elle est la première tentative d'exposition historique générale où tout est ramené à un plan. La première généralisation historique importante est due à un Arabe, Ibn Khaldoun. Son œuvre ne part point d'une idée à priori, mais de l'ob- servation des faits. Son observation, malheureusement, était restreinte. Il n'a bien connu que le monde musulman. Dans cette partie de son œuvre (il écrivit une Histoire universelle)^ il témoigne d'une « rare faculté de discerner la nature et la signification des phénomènes sociaux et d'une remarquable aptitude à découvrir les conditions et à indiquer les rapports de ces phénomènes t (p. 174). R. FLIIfT : HI8T0RT OF TH£ PHIL080PHT OF HISTORT. 407 Cette partie introdactive, assez importante (elle ne comprend pas moins de 170 pages), n'est pas seulement particulière à la France. Elle est générale et s'applique à tous les autres pays. La vraie philosophie de l'histoire en France ne commence qu'au xyi* siècle avec Bodin. Si M. F. avait voulu faire une étude détaillée de tous les essais qui ont été tentés pour expliquer l'histoire, son volume, dans ses dimen- sions présentes, n'eût point suf& à réaliser cette tâche. U s'en tient aux manifestations les plus saillantes. Mais, comme il veut être com* plet, il groupe autour de la figure principale ses précurseurs ou ses contemporains qui, soit à cause de l'époque, soit parce qu'ils étaient moins géniaux que d'autres, ont formulé d'une manière incomplète la pensée du temps. C'était bien ainsi qu'il convenait de traiter le sujet, dont les grandes divisions naturelles sont : la Renaissance scientifique, le xvu* siècle absolutiste, le xvni* siècle philosophique, la Révolution française, PÉcole théocratique, le Libéralisme et le doctrinarisme, le Socialisme et le positivisme. Au milieu de chacune de ces périodes se détachent deux ou trois figures de premier plan sur lesquelles l'auteur fait tomber la lumière : au xvi* siècle, c'est Bodin, qui, entre tous ses contempo- rains, juristes et théoriciens du droit, mérite une étude spéciale, parce que seul avant Montesquieu il a formulé une théorie du gouvernement remarquable; au xvii* siècle, c'est Bossuet, le représentant-type de l'absolutisme politique et religieux; le xvni« siècle philosophique est représenté par trois hommes, Montesquieu, Turgot, Voltaire, qui, bien que différant à plusieurs points de vue, ont ceci de commun que, dans les trois ouvrages publiés par eux à un court espace de temps l'un de l'autre {Esprit des Uns, 1748; Discours de Turgot à la Sorbonne, 1750; Essai sur les mœurs, 1756), ils contribuent, chacun pour sa part, au développement de la philosophie de l'histoire : Montesquieu, en esquis- sant la théorie des races et des milieux ; Turgot, en formulant la con- ception du progrès ; Voltaire enfin, en ne séparant point l'histoire des mœurs et des arts de l'histoire politique. Parmi les théoriciens révolutionnaires, c'est surtout Rousseau et Con- dorcet que M. F. étudie. Leurs théories sont loin d'être un progrès sur celles qui ont précédé. Elles manquent de caractère scientifique. Leur influence est pourtant prépondérante : d'elles sont sortis, soit par con- tinuité, soit par réaction, tous les systèmes politiques de notre siècle. Il y a d'abord l'École théocratique, aussi dogmatique que l'école de Rous- seau, dont elle prend le contre-pied. Il y a ensuite l'École libérale, qui s'affirme avec la Restauration. A propos de cette dernière, il faut savoir gré à M. F. d'avoir relevé les sottes accusations portées contre elle à l'étranger, surtout en Allemagne, c C'est un lieu commun, dit-il, du moins hors de France, que les Français en politique sont dans un état d'infériorité vis-à-vis des Anglais ou des Allemands... L'histoire politique de la France n'autorise en rien cette opinion. Ce serait même 408 GOMFTBS-RBlIDnS GftlTIQUBS. plutôt la faiblesse de l'esprit politique français, depuis la Restauration, d'avoir montré pour la raison et les principes abstraits une trop grande défiance, comme pour l'histoire et le passé une déférence exagérée • (p. 344-345). M. F. rend également un éclatant hommage à tout ce qu'a foit cette école française pour les sciences politiques, depuis M»* de Staël et Benjamin Constant jusqu'à Guizot et à Tocqueville. Il y a une très belle page sur les services qu'elle a rendus à l'histoire, non seulement en France, mais dans l'Europe entière (p. 359-360). Dans les écoles qui suivent (socialisme, démocratie sous le second Empire, positivisme et criticisme), M. F. donne peut-être trop d'impor- tance à des théories qui se rattachent bien en un certain sens à la phi- losophie de l'histoire, mais qui, ne reposant pas pour la plupart sur l'observation historique ou du moins sur une grande pratique de l'his- toire, auraient gagné à être traitées plus sobrement. Victor Cousin fait l'objet d'un chapitre avec Guizot. On comprend, en effet, qu'on les réunisse, et M. F. remarque avec raison qu'il y a entre ces deux hommes une certaine analogie, sinon pour leur pensée elle-même, du moins pour la forme qu'ils lui ont donnée : un doctri- narisme assez altier et jaloux. Mais pousser cela jusqu'au parallèle en règle est peut-être excessif. Une idée juste risque de le moins paraître quand on y veut faire rentrer trop de choses. Très bonne appréciation, du reste, des mérites de Guizot comme historien et des services qu'il a rendus soit à la philosophie, soit à la science de l'histoire. Ailleurs, nous aurions aimé que M. F. indiquât davantage ce que certains historiens français doivent à la théorie de l'évolution, ou da moins ce qui se laisse déjà deviner de cette théorie chez quelques-uns d'entre eux. M. Fouillée aussi eût mérité mieux qu'une mention som- maire, dans une note, en compagnie de M. Guyau. Par le résumé que je viens de donner de l'ouvrage de M. F., on peut se rendre compte de sa valeur et de son intérêt. On ne saurait le vouloir plus varié et plus complet. On ne saurait non plus le désirer plus juste d'expression et mieux pensé. Les jugements fins y abondent. Les por- traits de Bossuet, de Proudhon, de Taine sont excellents. Peut-on mieux caractériser Bossuet qu'en ces lignes : a Personne ne représente à un degré aussi éminent ce qu'il y a dans ce siècle de grandeur et de puissance intellectuelle et n'incarne mieux les qualités qu'il admirait le plus. Mais il ne s'élève pas au-dessus de son temps. Son esprit n'est point un esprit créateur ou prophétique. Il n'est pas de la race de ceux qui devancent leur temps et dominent l'avenir. Admirable croyant, bien inférieur comme chercheur de la vérité, incapable de douter et sans sympathie pour l'indépendance de pensée, il mettait trop haut l'autorité, trop bas la liberté. Il y avait trop en lui du cour- tisan et de Tévêque, pas assez de l'homme et du citoyen. Il admettait tout ce que l'Église enseigne. Il considérait l'emploi de la force et de la R. FLIUT : HISTORT OF THE PHILOSOPHT OF HISTORT. 409 rigueur contre les hérétiques comme un acte agréable à Dieu ; il fut un avocat de l'absolutisme royal et sacerdotal; il avait pour la monarchie une vénération idolâtre, laquelle, quoique commune à son temps, était indigne d'un homme, indigne surtout d'un tel homme » (p. 216-217). Ailleurs, il dit de Tidée par trop anthropomorphique que Bossuet se faisait de la divinité : f Son Dieu est une sorte de Louis XIV qui trône au ciel • (p. 227). Ce que Voltaire appelait la philosophie de l'histoire est spirituellement caractérisé ainsi : « C'était pour lui rinterprétation de Thistoire par un philosophe, c'est-à-dire par un homme dégagé de tout préjugé religieux, ayant fait litière des supersti- tions, des mythes et des légendes » (p. 295). Son jugement sur a Rous- seau historien i est aussi excellent : f II ne possédait aucune con- naissance précise en histoire. Aucune portion de Thistoire ne lui était familière. Il avait de la peine à comprendre l'esprit d'un seul peuple .ou d'une seule époque. Son admiration pour Athènes, pour Sparte et pour Rome était l'admiration d'un ignorant. Son aversion du moyen âge et des institutions modernes était aussi l'aversion d'un ignorant. Cependant, son génie littéraire, favorisé par les tendances qui pré- valaient alors, fît que la plupart de ses jugements historiques, bien que dépourvus de toute valeur, furent reçus comme des oracles par ses contemporains, qui leur donnèrent une importance qu'ils étaient loin de mériter • (p. 308). Les jugements de cette sorte, qui abondent dans cet ouvrage, en font quelque chose de tout à fait remarquable. Cependant, lorsqu'on ferme le volunâe, on ne peut faire moins que de se répéter la question qu'on se posait en l'ouvrant : f N'eût-il pas mieux valu traiter cette histoire généralement et non par nationalités ? » On aurait, en effet, compris que M. F. eût adopté cette division s'il avait eu à tracer le développement de l'historiographie en Europe, car on peut, pour chaque pays, concevoir une historiographie particuUère. Mais, de philosophie de l'histoire, il n'y en a point qui soit propre à une nation. Je crains donc que, loin de servir à une exposition d'en- semble de cette science, cette division au contraire ne lui nuise. Si l'on examine en effet les facteurs qui président à l'élaboration des philosophies de l'histoire, on voit qu'il n'en est pas de plus important que le temps. Certaines idées ne peuvent se développer que lorsque leur moment est venu. A leur éclosion concourent une foule de circonstances qui ne dépendent point de la volonté des hommes. Les hommes sont souvent ce que le temps les fait. H nous serait, par exemple, de toute impossibilité de revenir aux cosmogonies des vieux âges. Il n'est aucun croyant qui accepterait dans toutes ses parties la théorie de Bossuet sur la Providence dans l'histoire ; entre Mommsen et Voltaire enfin, c'est moins une différence d'homme à homme ou de pays à pays que je vois, qu'une différence de temps. Or, c'est surtout de cela qu'il faut tenir compte, et M. F. plus que tout autre en tient compte dans chaque pays, puisque les grandes divi- 440 GOMFTBB-UlfBUB CAmQinn. fiions de son livre, — Renaissance scientifique, xvn* siècle absola- tiste, etc., — sont surtout des divisions chronologiques. Mais, ces divi- sions, il eût fallu les étendre, et, pour marquer d'une manière réelle et complète le vrai caractère des philosophies de l'histoire qu'elles repré- sentent, il était nécessaire de faire tomber les frontières de pays. Et, en faisant cela, M. F. n'eût pas seulement donné à son ouvrage un caractère plus complet, en montrant, pour l'élaboration de ces systèmes, la pénétration réciproque de nation à nation, il eût indiqué davan- tage aussi (ce qu'il ne fait pas toujours) comment ces théories se sont engendrées, comment de la décomposition des vieux systèmes sont sortis d'autres systèmes, soit par prolongement, soit par réaction; quelles nuances enfin ces idées ont prises suivant les circonstances du moment, Tesprit de la nation qui les incame et le caractère des individus. Il aurait pu, en procédant ainsi, conserver à chaque partie de son travail un caractère national, car chaque théorie, au moment de son épanouis- sement, bien qu'elle ait parfois son origine en pays étranger, a trouvé un pays plus particulièrement propre à son développement. La division par nationalités eût été conservée, non par volumes, mais par parties d'un même volume. Pour prendre un exemple que nous avons maintenant sous les yeux, il n*y a pas de théorie de l'histoire plus généralement acceptée, ou du moins qui inspire plus ou moins tous les travaux contemporains, que la théorie de l'évolution. Que nous le voulions ou non, nous en sommes tous pénétrés. Même ceux qui n*en acceptent pas toutes les conclusions sont imbus des idées qu'elle a mises en circulation, des méthodes qu'elle a imposées. Mais qui ne voit que cette théorie n'a positivement point de patrie et que l'Europe entière a contribué à la former? Il y a bien pour les sciences historiques une époque où elle grandit et se développe : ce serait l'époque de 1850 à 1870. U y a bien un pays où elle a été plus généralement appliquée aux sciences historiques (religion, droit, éco- nomie politique et histoire) : c'est l'Allemagne. Mais, ailleurs en Europe, il y a des penseurs, des historiens qui, pour la méthode et la conception du passé, rentrent dans la même catégorie. Parler d'eux séparément, en chaque pays : de Darwin et d'Huxley en Angleterre; de Taine et de Renan en France ; de Roscher, de Ihering, de Sybel et de Mommsen en Allemagne, c'est non seulement s'obliger à des redites, c'est tronquer son sujet ou tout au moins le rétrécir et le défigurer. Quel beau chapitre pourtant, dans une histoire de la philosophie de l'histoire, que celui qui raconterait l'évolution de cette idée, en en montrant le premier germe en Montesquieu ; puis, la suivant à travers l'école historique de droit, chercherait à se rendre compte quel sens de l'évolution historique d'un peuple il y a déjà dans Niebuhr; et, arrivant à l'école contemporaine, montrerait comment cette théorie s'est définitivement constituée sous une double influence : celle de la philosophie de Hegel et celle de la concurrence vitale de Darwin ! Il s'agirait de montrer là comment la formule du philosophe : « Tout R. FUirr : HI8T0RT OF THB PHUOSOPHT OF HISTORT. 444 ce qui est réel est rationnel, » qui devient le cri de toute la génération positiviste de 4850 à 4870, aboutit chez les uns (particulièrement en France avec Taine et Renan) à la considération esthétique du passé, tandis qu'en Allemagne on saisit plutôt l'application morale ou préten* due telle : justification de tout ce qui est en histoire, parce que cela est. Et il faudrait aussi montrer comment cette idée, qui est à la base de tous les travaux historiques des historiens allemands, depuis Niebuhr jusqu'à Treitschke, s'est nuancée, suivant le temps et suivant les indi- vidus, allant de sa forme la plus bénigne et la plus modérée (Léopold de Ranke^ à la forme sèche et dogmatique de SybeP et à la forme agressive et brutale de Mommsen', pour aboutir aux théories de l'état guerrier de Droysen et de Treitschke^. Je ne sais si de cette manière on arriverait à une histoire progressive de la philosophie de l'histoire, à la constatation que les dernières théories sont toujours un progrès sur les premières, mais, ce qu'il y a de certain, c'est que le tableau prendrait quelque chose de vaste et de complet qu'il aura peut-être moins dans le grand ouvrage de M. F., lorsque les quatre parties en auront été écrites. M. F. du reste a bien senti lui-môme que, pour tracer dans son ensemble l'histoire de la philosophie historique, c'était ainsi qu'il con- venait de procéder. Il nous confesse même qu'il a commencé son travail sur ce plan, mais qu'il a dû y renoncer parce que, s'il aurait pu le mener à bien jusqu'au xix* siècle, arrivé à cette période, il ne tarda pas à se convaincre que, « entre ses mains du moins, le plan général le conduirait à un résultat moins satisfaisant que la méthode qui à pre- mière vue lui semblait préférable • (p. 25). Nous croyons, pour notre part, que l'auteur s'est trop défié de ses forces. Traiter le sujet ainsi, c'était évidemment exiger de soi, sinon un plus grand effort de pensée, du moins un travail de synthèse plus con- 1. Considérations snr les Italiens de la décadence (GeschicMe der german, und rom. Vôlker; 2* édit, 1874, p. 253); sur les causes de la chute de la monarchie espagnole et des Turcs (Die Osmanen und die Span. Monarchie, 2« édit., 1883, Vorrede). 2. f Dans les grands courants de l'histoire, rien ne s'engloutit sans espoir qui n'ait commencé à se détruire soi-même i (The history and Uterature of the Crusades, translated from the german by lady Duff Gordon. London, 1861, p. 125). Et ailleurs, à propos de la chute de la Pologne : « Les nations qui se sont perdues elles-mêmes finissent seules par vieillir et par mourir ainsi i {Gesch. der RevoluUanteii, I, p. 190). 3. Mommsen sur les Celtes et généralement sur tous les vaincus {Rëm. Gesch,, III, p. 220-245) : f L'histoire, dans son irrésistible tourbillon, brise et dévore sans pitié les nations qui n'ont pas la dureté de l'acier et aussi sa souplesse, i 4. Droysen prend le parti d'Alexandre contre les Grecs corrompus. Treitschke assigne aux peuples jeunes et guerriers (la Prusse, le Piémont) le soin de régé- nérer de grandes nations. Voir Hisi. und poUt. Aufsâize, II, p. 559; Gesch. Deutschl., III, p. 720; Zehn Jahre, p. 284. là il i^eit enfermé, M. F. répugne grnwalBit- Chaque partie prise ea ^ de mérité, mais il dédaigne on peu goop ds: rnaoB lumiiiflL Im^MOÊmàecnéifSmsiXes parties entre elles. l^nm (fans jul «uboel K s€k cieat m k inupiit à cet auteur, à ce qu'il a ait. i •» xmTL a. «k. E te câcv â je pus ainsi dire, d'nne manière ûoiée^ Dbds MsMtmaçxàsa. par eisi^le, il ne cherche pas à nous jtMBnrar \» çie m iï&w?rip «fe ce penseur doit à ses devanciers eX ^KiTuHiine t{a;lL a sb ^ar smfie Téaabs kistoriqne de droit sur l*hi8« ^oBÈxnçhm amBBBaçtEtatm*, Sar Yottûre aussi, nous eussions aimé (çxll 3uas suRoris «fosL capçart fl j a entre son Essai sur les mceurs et les àxs&BRs éi !k crvâottBBL <£»» oocce liMe : sans sortir de son cadre, E pinnact imos m&çset la fffmiwt de Yollaire en France et même en E esc évBiaxi^ <{iiBev rï^ aie ie &ii pas^ c'est qu'il craint de sortir des inductttRs pennises. Çà ec ià <£bb s» Genrre on peut voir la trace de eec&e iispn^jCàm circulaires du Gomité de salut public aux représen- tants en mission, aux généraux en chef, aux comités de sorveillance, aux sociétés populaires, aux départements, districts et oonunones, aux tribmiaux militaires, révolutionnaires et criminels). 3. — BulIetLa eriti« Botta (figure de femme des plus attachantes). 12. — Revue des Deux-Mondes. 1894, 15 août. — Duc de Bro- GLiB. Études diplomatiques. L'alliance autrichienne (traité de 1756); !•' art. : Kaunitz à Paris (efforts qu'il déploie pendant son ambassade en 1750-1752 pour gagner les bonnes grâces du roi et de la cour; per- sonnellement il y réussit ; mais il échoua dans le plan, qu'il avait été le premier à conseiller à l'impératrice, de rapprocher la France de l'Autriche) ; 2* art. i^ sept. : la guerre d'Amérique (à cette guerre, la Prusse, alliée de la France, que l'Angleterre venait de provoquer, n'avait aucun intérêt; l'Autriche ne songeait qu'à reprendre la Silésie, à qui l'Angleterre son alliée ne portait aucun intérêt. Cette situation rendait donc de nouvelles combinaisons d'alliances possibles et probables). — BoissiBB. L'Afrique romaine; 5* art. : les villes, Timgad. = !•>' sep- tembre. Mêzièrbs. L'école normale supérieure en 1848 (de la part qu'elle prit au maintien de l'ordre avant et pendant les journées de juin). ^ 15 septembre. Emile Oluvier. Talleyrand (attaque virulente contre l'homme, son caractère, sa politique; personnage vicieux et vénal, Tal- leyrand n'a jamais pensé qu'à son intérêt et a constamment trahi la France). — E. Senart. Les castes dans l'Inde; 3* art. : les origines (la caste, dans l'Inde, est identique à la gens romaine, à la phylè grecque ; il se forma des groupes de parentés rattachés à la fois par un lien natu- rel, celui du sang, et par un lien métaphysique, celui de la pureté de la race : les brahmanes vécurent sans se mêler aux aborigènes, qu'ils avaient soumis et qui pratiquaient des métiers réputés impurs). — H. DE LA Martimièrb. Au Maroc; le règne de Moulai-el-Hassan. = !•' octobre. Gh. Benoist. Vingt ans de monarchie moderne en Espagne. — Hallez. Les ruines monumentales de l'Afrique centrale (d'après l'ouvrage de M. Bent). — Vicomte de Vooué. La civilisation et les grands fleuves historiques (à propos du récent ouvrage de M. Léon Metchnikoff). 420 RECUEILS P série, XX VU, 2^ livr. — G. Mon- CHAMP. Les correspondants belges du grand Huygens (détails intéressants UGUBIL8 PERIODIQUES. 423 sur les relations de Hnygens avec Grég. de Saint- Vincent, de Sorosa, Aynscom, Hesins, etc.). = 3« livr. Compte-rendu : Brants. Le régime corporatif an xix« s. dans les États germaniques (bon). = 5« livr. Rap- ports sur le mémoire de H. Lonchat : Rivalité de la France et de TEs- pagne aux Pays-Bas de 1635 à 1700. — Id. Sur l'histoire du Conseil privé aux Pays-Bas de P. Alexandre. — P. Frederigq. La chanson his- torique en langue néerlandaise dans les Pays-Bas avant les troubles religieux du xvi* siècle (montre le parti que les historiens pourraient tirer de ces chansons pour l'étude des mœurs, des idées, des passions et des aspirations littéraires de la masse du peuple dans les Pays-Bas du moyen âge), «a 6« livr. Compte-rendu : Duvivier. La querelle des d'Avesnes et des Dampierre jusqu'à la mort de Jean d'Avesnesen 1257 (l'auteur fait abstraction des chroniques et s'en tient aux actes officiels mis en rapport avec les intérêts qui les ont inspirés). 24. — Bulletin des Commissions royales d^art et d'archéolo- gie de Belgique. XXXII, n^ 3. — H. Rousseau. Histoire de la sculp- ture en Belgique (suite : les retables). =: N» 8. Van Bastelaer. Le cimetière franc de Fontaine- Val mont, lieu dit Hombois (étude sur la classification des cimetières francs). 25. — Analecta Bollandiana. 1894, 2* livr. — Ubaldini. Vita et miracula S. Stanisla! Kostkae. — D'Arbois de Jubainville. Le marty- rologe d'0*6orman. — VitaB B. Odilise viduae leodiensis libri duo priè- res. » Comptes-rendus : Weiszaecker. Das apostolische Zeitalter der christlichen Kirche (étude approfondie et sincère). — Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre ère (immenses recherches). — Hamack, Geschichte der altchristichen Litteratur bis Eusebios (remarquable). — A, Carrière. Nouvelles sources de Moïse de Khoren (on regardait jusqu'ici Thistorien de l'Arménie comme un auteur du v^-vi^» siècle ; il faut admettre désormais qu'il n'a pu écrire avant le vin* siècle). — L, Duchesne. Fastes épiscopaux de Tancienne Gaule (fait d'après des documents de première main). 26. » Annales de TAcadémie d'archéologie de Belgique. XLVni» n* 1. — Wauvermans. La fortification d'Anvers au xvi« siècle (étude CDusidérable). — F. Donnet. Notes historiques relatives aux beaux-arts au xv« siècle. — E. van dbr Str^tten. Charles-Quint musi- cien. — G. VAN DEN Gheyn. La polychromie funéraire en Belgique (tend à démontrer que la Belgique au moyen âge avait sa peinture funéraire, comme l'Egypte ancienne avait la sienne). 27. » Messager des sciences historiques de Belgique. 1894, l'« livr. — W. DE Haerne. Réérection de la paroisse de Waterliet en Flandre h. la fin du xv« siècle (suite). — A. de Rtoder. Les règlements de la cour de Charles-Quint (attributions des différents officiers, d'après les archives). — P. Poullet. L'esprit public en Belgique pendant la domination française (d'après les rapports des fonctionnaires français sous le Consulat). — P. Berqmans. Le P. Nicolas de Le Ville, prieur 424 BEGUEILS PERIODIQUES. des Gélestins d'Héverlé (intéressante étude sur Thistoire religieuse du xvn* siècle en Belgique). — A. de Geulenber. De la propriété foncière dans la Grèce ancienne (d'après l'ouvrage de P. Guiraud). — P. Glâets. Rapports confidentiels adressés par N. Gornelissen au préfet du dépar- tement de TEscaut (d'après les archives de la ville de Gand ; curieuses révélations). « Comptes-rendus : P, Errera, Les Waréchaix (bon). — Beaucarne. Notice historique sur la commune d'Ëename (important au point de vue judiciaire et administratif). — L. Mention. Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté de 1682 à 1705 (excellent recueil). — H. Vast. Les grands traités du règne de Louis XIV (très complet). — Lumbroso. Saggio di una bibliographia ragionata per ser- vire alla storia delP epoca napoleonica (important). -= 2« livr. A. Verhae- gen. La restauration du château de Gérard le Diable à Gand (intéres- sant). — A. d'Herbokez. Un livre de raison du xm« siècle (ce livre de raison provient des seigneurs de Mortagne ; présente un grand intérêt pour l'histoire de la vie familiale au xm« siècle). — Del vigne. La que- relle des d'Avesnes et des Dampierre (d'après le récent et excellent ouvrage de Duvivier). 28. — Le Muséon. 1894, n^^ 2. — G. de Harlêz. Les quinze premiers siècles de l'hisloire des Ghinois d'après les plus anciens documents his- toriques (état social ; organisation des pouvoirs ; la propriété ; la condi- tion des femmes; la religion). — P. Nommés. Recherches sur la Kabbale. — F. de Villenoisy. Origine des premières races ariennes d'Europe (l'auteur déclare que son étude n'a fait que mettre au jour certaines hypothèses nouvelles). — A. van Hoonagker. Le lieu du culte dans la législation rituelle des Hébreux (examen critique des données fournies par les écrits jéhovistes, le Deutéronome et le Gode sacerdotal). = N» 3. F. Dbmoor. Agonie et fin de l'empire d'Assyrie (examine spécialement la nature et la durée du pouvoir qu'exerça Nabopolassar en Babylonie. Recherches sur les deux sièges de Ninive et sur la date de la chate défi- nitive de cette ville). — A. van Hoonagker. Le lieu du culte dans la législation rituelle des Hébreux. =: N<> 4. A. Wiedemann. Le roi dans l'ancienne Egypte (le roi est à la fois médiateur entre les dieux et ses sujets, chef de l'armée et souverain absolu. Suivant les circonstances, il accentue principalement sa position comme grand prêtre oa comme roi). = Gompte-rendu : La Révolution française et la république batave (complète en les réunissant tous les ouvrages qui ont paru sur la matière en Hollande). 29. — Revne belge de numismatique. 1894, 2* livr. -- J.-N. Svonoros. Britomartis, la soi-disant Europe, sur le platane de Gortyne (la plupart des archéologues croient que la déesse figurée sur 1 arbre est Europe ; l'auteur, au contraire, soutient que c'est Britomartis, déesse de la nature). — Bamps. Notes sur un denier inédit de Louis pf de Looz (considérations intéressantes sur les anciennes monnaies lorraiaes et sur l'origine de l'atelier monétaire de Hasselt). — L. Maxe-Werly. Histoire RECUBILS PERIODIQUES. 425 numismatique du Barrois (commence au xih« siècle; i^ partie). — B. DE JoNGHE. Monnaies inédites d'£. de Lynden, comte de Reckheim, 1603-1636 (ce comté, situé au bord de la Meuse, relevait directement de l'empire). — G. Picqué. Documents de 1584 relatifs au nouveau livre d'or de Flandre. = CSomptes-rendus : Van Werreke. Les trésors d'Ettel- brûck, de Reichlange et d'Arsdorf; numismatique luxembourgeoise (excellent). — A, de Witte. Les relations monétaires entre la Flandre et l'Angleterre (intéressant). = 3« livr. B. de Jonohe. Monnaies et dene- raux de la Flandre. — Kull. Documents numismatiques concernant l'atelier monétaire de Namur, des archives secrètes de l'État à Munich. = Comptes- rendus : A, Blanchet. Les monnaies grecques (bon). — Engel et Serrure. Traité de numismatique du moyen âge ; t. U (va du mon- nayage de la troisième race jusqu'à la réforme de saint Louis ; excel- lent). — Van Malderghem. Les fleurs de lis de Tancienne monarchie française, leur origine, leur nature, leur symbolisme (bonne étude archéologique et héraldique). — Dannenberg. Die deutschen Mûnzen der sàchsischen und frankischen Kaizerzeit (ouvrage d'une inestimable valeur). 30. — Revue générale de Belgique. 1894, n<> 5. — Gh. Woeste. Le neveu de Bonaparte (étude critique sur l'ouvrage de Lenglé). = N» 6. X***. L'indépendance de la Belgique et les projets du général Brialmont (étude sur la neutralité de la Belgique). « Compte-rendu : Thiébault. Mémoires (précieux parce qu'ils permettent de rectifier beau- coup d'erreurs accréditées par des écrivains de Tempire). 31. ^ Revue de rinstruction publique en Belgique. XXX VU, l'« livr. — J. Frederichs. La valeur historique de la IIOAITEIA 'A0H- NAIÛN d'Aristote (cette œuvre mérite une très grande confiance). = Comptes-rendus : Prou. Les monnaies mérovingiennes (bon). — Kurth. Histoire poétique des Mérovingiens (ouvrage de la plus haute valeur, en dépit des témérités de l'écrivain). — Luchaire. Manuel des institutions françaises (excellent manuel). — Kuun. Relationum Hungaricorum cum oriente gentibusque orîentalis originis historia antiquissima (intéres- sant). = No 4. J. Frederichs. Quelques nouveaux détails sur Robert le Bougre (d'après les derniers travaux de Lea). » Compte-rendu : A. Lefranc. Histoire du collège de France (étude de haute valeur). 32. ^ Revue de Belgique. 1894, 3® livr. — Goblet d'Alviella. La loi du progrès dans les religions. = 4* livr. M. Sulzberger. Madier- Montjau en Belgique (détails intéressants sur l'histoire des proscrits du 2 décembre). 33. — Het Belfort. 1894, n» 3. — Winkler. Les noms de lieux ger- maniques en France, s N<» 4. F. de Potter. Les corporations et métiers. — A. Biographie de J. Alberdingk Thijm (littérateur et archéologue hollandais, 1820-1889). => N« 7. Compte-rendu : Edw. Gailliard. La keure d'Hazebroek de 1336 (publication importante). 34. ^ Revue bénédictine de Tabbaye de IKaredsous. 1894, 426 UGUBILS PJRIODIQUIS. n* 4. — U. Berlibrb. Dom Jacques de Marquois, abbé de Saint*Martm de Toarnay (intéressants détails sur ce réformateur de la célèbre abbaye, 1541-1604). = Comptes-rendus : Tbe Irish Gistercians; Past and Pré- sent (bon). — Denk. Geschichte des gallo-frankischen Unterricbts and Bildungswesens von den aeltesten Zeiten bis auf Karl den Grossen (assez bon). = N* 5. G. Morin. Le libellus synodicus attribué par Bède à saint Grégoire le Grand. = Comptes-rendus : Mayer. Die christliche Ascèse (démontre que le développement du monachisme n'est pas dû à rinfluence du néo-platonisme, pas plus qull n*est une imitation du culte de Serapis ou du Bouddhisme). — C.-F. Weiss. Die kirchlichen Exemptionen der KlOster von ihrer Ëntstehung bis zur gregorianisch- clunicacensischen Zeit (excellente dissertation). — S 6. G. Mor». Encore la question des deux Amalaire (répond au travail de MÔnche- meier). — U. Berlière. Dom Mathieu Moulart, abbé de S.-Ghislain et évêque d'Arras (ce personnage a joué un rôle important dans l'histoire religieuse des Pays-Bas au xvi« siècle). — G. Morin. La lettre de l'évoque Maxime à Théophile d'Alexandrie, épisode de l'histoire ecclésiastique des Gaules au commencement du v« siècle. = Compte-rendu : ProbsL Liturgie des vierten Jahrhunderts und derenReform (plein d'érudition). = No 7. Comptes-rendus : Barbier, Histoire de l'abbaye de Malonne (œuvre de patience). — Van Spilbeeck. Obituaire de l'abbaye de Soleil- mont (bon). = N* 8. Berlière. Le collège de Saint-Martial d'Avignon. — Chapman. Une nouvelle histoire du symbole des apôtres (étude cri- tique sur l'ouvrage de Kattenbusch, Dos apostolische Symbol). — Comptes- rendus : Rocquain. La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (exposé plus brillant mais moins solide que celui de Langen). — Mirbt, Die Publizistik im Zeitalter Gregors VII (travail solide et très objectif). — VaneL Les Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés et les savants lyonnais, d'après leur correspondance inédite (bon). 35. — Bulletin de la Société royale belge de géographie. XVIII, n» 1. — Ch. Lemaire. La station d'Équateurville au Congo. — J. Peltzer. Le Congo (bonne étude économique). = No2. A. Harod. La commune de Thielen (bonne monographie). 36. — Bulletin de la Société royale de géographie d'Anvers. XVni, no 3. — BoQUET. La famille de C. Colomb (d'après l'ouvrage du duc de Veragua). — Wauvermans. Essai sur l'histoire de l'école carto- graphique anversoise au xvi« siècle (très important). = N** 4. A. Maris- CHAL. Étude sur le Japon (d'après des souvenirs personnels). — A. Van ZuYLEN. L'Islande. — L. George. La république argentine, son histoire, sa géographie, ses produits (d'après l'ouvrage de Bidau). — Alexis M. G. Bilan géographique de l'année 1893 (très complet). UCUBILS P^EIOOIQUES. 427 87. — Bulletin de l^Instltat archéologique liégeois. XXm, u9 2. — Gh. Gomhâieb. Encore un Hercule gaulois (étude sur une figu- rine de bronze trouvée à Theux). — Th. Gobert. Le métier des bouil- leurs. » Le plus ancien règlement connu (ce document inédit, daté du 10 juin 1479, résume en 23 articles toute Torganisation du métier au xv* siècle). — Db Ghestret de Haneffe. La police des vivres à Liège pendant le moyen âge (analyse des ordonnances portées par les princes évoques depuis la cbarte d'Albert de Guyck jusqu'à la paix de Saint- Jacques. Ges lois minutieuses témoignent d'un grand désir de bien faire, mais accusent chez nos pères une manie de réglementation qui restreignait singulièrement la liberté naturelle). — Gh. Gomhaire. Gin- quième et dernier supplément aux Recherches sur les cartes de la prin- cipauté de Liège par feu Dejardin. — A. Body. Le carnet de voyage de l'abbé Jehin à Paris (cet abbé Jehin fut un des coryphées du mou- vement révolutionnaire au pays de Franchimont; il tint note exacte des événements dont il fut le spectateur à Paris depuis le 6 mai 1793 jus- qu'au 6 novembre 1794 ; beaucoup de détails intéressants). =: N** 3. M. DE PuYDT. Notice sur les antiquités préhistoriques du musée de Liège (bon catalogue). — F. TraoN. Généalogie des comtes de Moha (établit la parenté d'Albert de Moha avec le duc de Brabant, et cherche à démontrer que, contrairement à l'opinion généralement reçue, les comtes de Dasbourg et de Moha ont succédé aux comtes de Metz). 38. — Annales de la Société archéologique de Namar. XX, no 3. — P. Rops. Les hommes de loy et de lignage dans le comté de Namur (à Namur, tout descendant de chevalier, même par les femmes, jusqu'à la septième génération inclusivement, était considéré comme noble ; c'étaient les gens de loy et de lignage ; travail fait d'après les archives). — Roland. Les seigneurs et comtes de Rochefort (suite). 39. — Annales du cercle archéologique dn pays de "Waas. XIV, 4« livr. — J. Van Raemdonck. La paléontologie du pays de Waas. — F. Van Naemen. L'épitaphier waasien (96 inscriptions de Lokeren, 36 d'Exaarde, 28 de Dacknam ; intéressant pour l'histoire des familles). 40. ^ Historisches Jahrbuch. Bd. XV, Heft 2. — G. Rauschen. Recherches nouvelles sur la légende latine du Voyage de Gharlemagne à Jérusalem, et son importance pour les grandes reliques d'Aix-la-Cha- pelle et de Saint-Denis (cette légende, ou Descriptio, a été composée à Saint-Denis au temps de la querelle des Livestitures et avant la pre- mière croisade; l'objet que se proposait l'auteur était d'authentiquer les reliques de Saint-Denis). — S^eomueller. Les débuts de la correspon- dance diplomatique (elle commença à Venise vers le milieu du xv« s., en même temps que les ambassades devenaient permanentes). — Fr. Kay- SBR. Jean-Louis Vives, 1492-1540 (la vie et les œuvres de cet humaniste catholique qui naquit à Valence en Espagne, étudia aux Pays-Bas, pro- fessa à Paris, donna des leçons à la princesse Marie, fille de Henri VIII, 428 BBCUBILS PERIODIQUES. et mourut à Bruges, sa seconde patrie). — Bueghi. Georges de Wyss (notice nécrol.). — G. Weymann. Prudence et Sulpice-Sévère ; Saivien et Paulin de Noie (Sulpice-Sévère a connu et utilisé Prudence; note un vers de Paulin cité par Saivien au septième livre du De gub, Dei^. -^ Fr. Kampers. Un ms. de la Vita Anskarii par Rimbert. — J. Fualek. Un avertissement de Zacharias Ferreri, légat du pape en Pologne, à Luther, 20 mai 1520. = Comptes-rendus : 0. Klopp, Der 30 jœhr. Krieg bis zum Tode Gustav-Âdolfs (remaniement très développé de la biogra- phie de Tilly publiée par Fauteur en 1861). = Heft 3. Von Fdhk. Remarques critiques sur les réflexions dogmatiques dans une question historique (réponse à un art. du prof. Schmid, de Brixen, intitulé « Réflexions dogmatiques sur la convocation des conciles oecuméniques dans Tantiquité ; i il est prouvé que la convocation appartenait à Tem- pereur seul). — F. Falk. Heinrich de Langenstein et ses amis (Jacques, abbé d'Eberbach, Pierre, moine à Eberbach, Ëberhard dlppelbrunn, Jean d'Eberstein, Eckard de Ders, Conrad de Gelnhausen; notes sur ces personnages qui appartiennent à l'histoire littéraire de la seconde moi- tié du xrv* s.). — J. Wbiss. Contributions à l'histoire de Télection de Léopold I^**, d'après des papiers tirés des archives de Wallenstein. — Ambros M. Gietl. La c collectio de ecclesiis et capellis » d'Hincmar ; étude sur l'histoire du droit canonique (Gaudenzi a publié cette a col- lectio » comme inédite ; elle se compose en réalité de deux morceaux qui ont été publiés l'un et l'autre il y a fort longtemps). — Sauerland. Un ms. de Paderborn du xn« siècle à la bibliothèque du Vatican. — N. Padlus. Wolfgang Mayer, abbé cistercien de Bavière au xvi« siècle (sa vie et ses écrits). = Compte-rendu : Rocholl, Philosophie der Ge- schichte (ouvrage très sérieux et approfondi). 41. — Byzantinische Zeitschrlft. Bd. m, Heft 2. — Papaoeor- Gios. La ville de Serrés en Macédoine ; ses environs et la demeure de Jean Prodromes; mémoire historique et archéologique (inscriptions, catalogues de mss., etc.). — E. Gerland. Les campagnes de l'empereur Héraclius contre les Perses (1* série chronologique de ces campagnes ; 2o leur détermination géographique et leur histoire). — C. Neumann. Deux noms de peuples de Tannée byzantine non encore expliqués : les Koulpinges et les Talmatzes (ce sont l'un et l'autre des Petchénègues). — K. OiETER. De la valeur historique d'Anne Comnène (la guerre contre les Petchénègues, 1084-1091 ; le récit n'est ni clair ni sur). — H. Gbl- ZER. Les princes chaldéens avant le déluge, d'après Annianos (note sur un curieux travail de chronographie byzantine). — Id. Africanus et Malalas (quelques indications chronologiques). = Heft 3-4. Z. von Lin- QENTHAL. La scieucc et le droit militaires, du vi® siècle au commence- ment du x« (l® les « Tactica Leonis ; i 2* les « Strategica, » attribués, mais sans raison, à l'empereur Maurice; 3» lois criminelles pour Tar- mée, textes ; 4* les c leges militares ; i texte d'après l'Epitome ad Pro- chiron mutata ; 5^ le Rufus). — Max Bonnet. La passion de l'apôtre André ; en quelle langue a-t-elle été écrite ? (à l'origine en latin). — RBCÏÏBILS PlfRIODIQins. 429 Patzio. Léon le grammairien et sa famille (Léon le grammairien, qui en 1013 mit son nom à l'Epitome, ne peut avoir été l'auteur de la partie qui va de la création du monde jusqu'à Michel I Rhangabé). — J. Dus- SBKB. Théodore Laskaris (empereur de 1254 à 1258; sa vie et ses écrits). — G.-Fr. MuELLER. Extraits et variantes fournis par les mss. d'Ignatius Diaconus. — M. Gaster. La version roumaine de la légende de Troie. — Hatzidakis. Le Rhodien Emmanuel (jreorgillas Limenités est-il Fau- teur du poème surlaprisedeGonstantinople? (c'est peu vraisemblable). — Lambros. Les œuvres de Demetrios Ghrysoloras (publie une note de Kaisarios Dapontès, moine du xviii* s., sur ces œuvres). — A. Sonnt. De l'année où mourut Psellos et de l'époque où fut composée la Dioptra de Philippe Monotropos (Psellos vivait encore en 1097, puisqu'il écrivit un court prologue pour la Dioptra, composée dans les premiers mois de cette année). = Bibliographie : A. Wirth. Aus orientalischen Ghro- niken (recueil de textes intéressants, mais mal édités ; l'auteur est un mauvais paléographe et un critique médiocre). — C. Frick. Ghronica minora ; vol. I. 42. — Neaes Archiv. Bd. XX, Heft 1. — F. Kurze. Les annales carolingiennes de 741 à 829 et leur remaniement ; 2* art. : les sources ; l'auteur de la première partie (1» des annales qui ont été écrites avant l'apparition de celles de Lorsch; 2* première partie des Ann, Lauriss.; quant à l'auteur de cette partie, il est impossible de le désigner ni môme de dire s'il était d'origine romane ou germanique). — E. Bernheim. La chronique impériale de Saxe du xu« s. (prouve, par un minutieux exa- men du détail, qu'elle est en partie légendaire). — H. Bresslau. Éclair- cissements sur les diplômes de Henri II; {'• partie (histoire de la chancellerie; manière de dater; itinéraire). — Sgheffer-Boighorst. Gontributions aux régestes de la période des Hohenstaufen (1* diplômes impériaux pour Bauffremont ; ils sont faux ; de leur original authen- tique ; 2<> le faussaire Egidio Rossi, notaire et juge ordinaire du comte Bertolotto, fin du xui« s., et ses imitateurs; diplômes impériaux iné- dits; texte et extraits). — W. Hauthaler. La c vêtus epistolarum eccle- siasticarum coUectio • de Hanovre (description de cet important ms.). — Hblmolt. Otto de Hammerstein. — Wattbnbach. Une lettre de Wazo, évèque de Liège (publie un assez grand nombre de variantes). — H. Bresslau. Un diplôme et un placite de Henri Y, 13 sept. 1114 et {•* août 1118. — E. DuEMMLER. Sur Pierre de Riga (un feuillet de par- chemin ms. conservé au Musée national de Nuremberg provient de la Bible de Pierre de Riga ; il n'a pas d'autre valeur). — Ghroust. Une lettre d'Hadrien V (30 juillet 1276, collation d'un archidiaconé à un inconnu). — Loserth. Deux lettres de Grégoire XH à Louis, comte palatin du Rhin, 1413-1414. 43. — Deatsch-evangelische Blœtter. Jahrg. XIX, 1894, Heft 1. — EwALD. La doctrine morale des Jésuites (selon Escobar); suite dans Heft 2. » Heft 5. Fey. Les jugements de Macaulay sur la papauté et 4M iBcmu VÊ^im romaiiie (l'éténemeiit a prooTè qu'As éCaioit absoliiment justes). = Heft 6. Gontribatioiis à rhistoire de ITFnmreilé de HaUe (d'^>rès un ooTFage récent de Sehrader sor le sujet). 44. — Der Katholik. Bd. IX, 1894, jany. — IL Hedoichs. Grégmre le Grand (montre, d'après la correspondance de ce pape, qu'il a smea- sement travaillé à la réforme judiciaire et sociale). — N. Paclus. J. Winzler, un franciscain du xvi* s. (biographie de cet adTersaire acharné de Luther, d'après des documents inédits). «« Comptes-rendus : Droysen. Geschichte der Gegenieformation (beaucoup d'erreurs). — Zimmermann. Cardinal Pôle (important). = Févr. N. Paulus. Conrad Kling (prédicateur important de la cathédrale d'Erfurt «t adversaire de Luther, 1490-1556). — Belleshedc. Ed.-B. Pusey (analyse fort élogieose de la biographie de Pusey par Liddon). = Compte -rendu : Grupp. Cnlturgeschichte des Mittelalters (bon). = Mars. Bellesosu. Le cardi- nal Bellarmin au point de vue catholique; suite en avril (d'après le livre du jésuite Couderc). — De quelques couvents de femmes de l'Allemagne du Nord au temps de la Réforme (Eimbeck, Wienhausen, Gcettingen, Lune, etc.; fait ressortir les violences commises par les protestants contre ces couvents au xvi* s.). = Compte-rendu : Orozen. Das Bisthum und die Diocèse Lavant; Theil 8 (bon). = Mai. Comptes-rendus : Wid- mann. Geschichte des deutschen Volks (bon). — (ÏCUry. Biographie de Hugh Roe O^Donnell, prince of Tirconnell, p.p. Murpky (bon). = Juin. N. Paulus. Gerhard Lorichius (1485-1550, d'abord partisan puis adversaire de Luther). 45. — Nene IdrchUche Zeitschrift. Jahrg. Y, Heft 1, 1894. — W. LoTZ. L'inspiration de l'Ancien Testament et la critique historique (l'auteur pose à la critique les bornes les plus étroites. La marche du développement du peuple d'Israël ne peut être expliquée par l'idée nationale ; il faut tenir grand compte de l'intervention miraculeuse de Dieu); suite au n® 2. = Heft 3. Klostbbmann. Histoire du Pentateuque; suite (reconstruction de son système chronologique). = Heft 4. Sehung. Le principal problème de l'histoire religieuse chez Israël (étudie les rapports du peuple d'Israël avec Jéhovah; réfute les h3^thèses des critiques récents comme Stade et Weilhausen) ; suite dans Heft 5. = Heft 6. Zahn. L'apôtre saint Pierre à Antioche (en 44-51 ap. J.-C; remarques sur les difTérences entre saint Pierre et saint Paul). 46. — Zeitschrift mr Kirchengeschichte. Ed. XIV, Heft 4. — 0. HoLTZMANN. Études sur Thistoire des apôtres ; suite. — V. Sghultze. Recherches sur les sources de la Yita Constantini d'Ëusèbe (i* il a uti- lisé des sources monumentales : monnaies, peintures, mosaïques, monuments, etc.; 2^ l'édit aux provinciaux de Palestine est un faux; 3<> l'encyclique impériale sur Terreur du paganisme est aussi un faux ; il est d'ailleurs impossible d'indiquer le lieu et l'auteur de ces faux ; 40 le discours de Pâques et sa principale source, qui est Lactance). — NoBBE. La charge de c superintendant; » sa place et sa compétence EBC0SIL8 riuoDiQUis. 484 d'aprè8 les ordonnances ecclésiastiques dn xvi* s.; suite; fin dans Bd. XV, i.— Garl de Boor. Additions aux Notitiae episcopatuum ; suite. — BuGHWiLLD. Mss. de Luther trouvés à la bibliothèque de l'Université d'Iéna. — Kolob. Deux lettres de Luther (à l'électeur de Saxe Jean- Frédéric, 5 juin 1534, et au chancelier Bruck, 12 sept. 1535). = Bd. XV, Heft 1. H. AcHELis. Hippolyte dans le droit canonique (étude sur les rapports de parenté entre les Canones Hippolyti, Tordonnance ecclésias- tique pour l'Egypte, les Constitutiones per Hippolyium et le 8« livre des Constitutions apostoliques). — Th. Koloe. De Tauthenticité de l'écrit attribué à Luther sous le titre de c Gonvocatio concilii liberi christiani i (cet écrit n'est pas de Luther). — Reusgh. L'ordre de Jésus; documents d'archives sur son histoire (documents trouvés dans les papiers de Dôl- linger; ils viennent sans doute des collèges de Jésuites de Munich et d'Lagolstadt) ; suite dans Heft 2. = Heft 2. Nosloeghen. Tertullien et le théâtre (histoire du théâtre romain ; le théâtre de Pompée à Rome et son aménagement; l'amphithéâtre, d'après le < De spectaculis i de Tertullien). — Th. Brieoeb. Études sur Luther; 1«' art. : les négocia- tions d'Altenburg avec Karl de Miltitz et le développement des idées de Luther dans les premiers mois de l'année 1519. — Ryssel. Matériaux relatifs à l'histoire de l'invention de la sainte croix dans la littérature syriaque. — O. Seebass. La règle monastique composée par saint Benoît d'Aniane (recherches sur la rédaction originale de cette règle. Appendice sur la c Régula Gassiani »). 47. — Zeitschrift fUr Assyriologie. Bd. IX, Heft 1, 1894. — Wohlstein. Liscriptions araméennes sur des vases de terre au musée de Berlin ; suite. — Mahler. Le calendrier des Babyloniens (expose le système des intercalations dans la chronologie babylonienne ; nouveaux arguments apportés par l'auteur à sa thèse que les Babyloniens employèrent un cycle intercalaire de dix-neuf ans. Réfute les objections de Strassmaier). — Jensen. Sur les inscriptions cunéiformes de Gappa- doce (on les a considérées comme des monuments d'une langue incon- nue ; cette langue est tout simplement l'assyrien. Les inscriptions sont d'environ 2500 av. J.-G.; à cette époque, l'Assyrie avait déjà formé un royaume indépendant). — Belck et G. -A. Lehmann. Un nouveau maître de la Ghaldée (distingue deux rois différents appelés tous deux Rusas : l'un était fils d'Argistis et l'autre fils d'Ërimenas). — Meissner. La campagne du roi Tiglatpileser I^** contre les Élamites. ■=> Gomptes-ren- dus : Meissner et Rost. Die Bau-Lischriften des Kônîgs Sanherib (bon). — Brandi. Mandaeische Schriften (important). — Knudtzon, Assyrische Gebete an den Sonnengott (important aussi pour l'histoire). 48. — Philologns. Bd. LUI, Heft 1, 1894. — Nussbr. La a Politeia i de Platon et son « Politicus i (le a Poli tiens i a été composé après la « Politeia; i dans l'intervalle, les idées de Platon sur la politique avaient subi des changements importants. Le « Politicus » avait pour objet de montrer au jeune Denys de Syracuse que le tyran sage et juste 432 IBCUBILS PiuODIOUBS. n'est pas nn tyran, mais proprement un roi). — Ganter. Q. Gomnfidas (biographie détaillée de cet ami de Gicéron, partisan notable de la poli- tique sénatoriale). — Krascheninnikoff. L'introduction du culte prom- cial des empereurs dans l'ouest de l'empire romain (l'auteur entend par là le culte pratiqué par des provinces entières par opposition à celui que les municipes rendaient aux empereurs; traite surtout de la Gaule Nar^ bonnaise et de la Bétique). — Tuempel. La déesse Téthys et le coquil- lage maritime du même nom (il y a sans doute un rapport étroit entre ce coquillage et le culte rendu à la déesse). := Heft 2. F. Duemmler. L'origine de l'élégie (le nom fut employé à l'origine pour désigner une exhortation patriotique d'un caractère enthousiaste ; l'origine remonte au temps où les Ioniens émigrèrent). — Zagher. De la coutume athé- nienne de placer des vases de terre dans les tombeaux (explique le pas- sage d'Aristophane, Ecci.» V, 1108 et suiv.). — Blubmmer. Les nouveaux fragments de VEdictum Diocletiani trouvés à Trézènes (p. p. Legrand, dans le Bulletin de correspondance hellénique, XVII, p. 112 ; texte et commentaire). — Zingerle. Inscriptions grecques (interprète et corrige plusieurs inscriptions publiées dans la Revue archéologique, la Revue des études grecques, le Bulletin de correspondance hellénique et le Journal of helUnic sludies). — Milghhoefer. Opisthodomos (ce nom désignait la partie de l'Acropole où était conservé le trésor de l'État athénien ; on admettait jusqu'ici que cet emplacement était situé dans la partie pos- térieure du temple d'Athènes ; l'auteur cherche au contraire à prouver que c'était un bâtiment particulier distinct de ce temple). — Rosgher. Les légendes concernant la naissance de Pan (réunit quatorze récits différents de cet événement; ils proviennent sans doute de cultes locaux de l'Arcadie). 49. — Rheinisches Muséum fUr Philologie. Bd. XUX, Heft 3, 1894. — SwoBODA. La confédération hellénique de l'an 371 av. J.-G. (le seul texte qui en parle est Xénophon, Hellen., VI, 5, 2. Gette ligue, qu'après la bataille de Leuctre plusieurs États grecs formèrent avec Athènes, n'était qu'une extension de la ligue formée auparavant entre Athènes et de nombreuses îles grecques et villes maritimes ; l'organisa- tion de la ligue de 371 était la même que l'ancienne ligue maritime. Appendice sur le traité passé par Gorcyre avec Athènes en 375, Corp. inscr, att,, U, 49 &, et sur l'organisation de la ligue maritime formée par Athènes à cette époque). — Schwarz. L'Ethiopie dans l'antiquité (situa- tion géographique des villes de Mulon-Hypalon et de Primi ; les élé- phants en Ethiopie à diverses époques et la chasse de l'éléphant à l'époque ptolémaïque et romaine). — Preuner. Inscriptions grecques et monnaies attiques (monnaies avec les noms de Timostrate et de Poses, d'Ëuryclide et d'Ariarathe. Ges deux derniers ont-ils. été des stratèges? Oui, a répondu Th. Reinach, Rexme des études grecques, I, 163; non, répUque Schwarz). — Huelsen. La topographie du mont Quirinal (art. très détaillé avec carte; renseignements aussi importants que nouveaux sur les constructions élevées sur le Quirinal au temps de la République &BGUBILS P^RIODIQUBS. 433 et de TËmpire). — Buresch. Décrets consolateurs en Grèce (l'auteur a réuni un grand nombre d'inscriptions du genre des ^âck, 1626 (d'après les notes d'un con- temporain). — PoppE. Cinq documents relatifs à la guerre des Paysans, 1525. — Baron von Wbyhe-ëimke. Contributions à l'histoire du comté de Stolberg, en 1641-1642 (occupation du duché de Brunswick et du comté de Stolberg par les troupes autrichiennes, sous Tarchiduc Léopold et le comte Ottavio Piccolomini). — Id. Le comté de Regenstein, dans le Harz, et le prince Piccolomini (le possesseur de ce comté, le comte Guil- laume-Léopold de Taettenbacb, s'efforça, vers 1650, de le vendre au prince). = Comptes-rendus : Kônnecke. Das alte thûringische Kônigreich und sein Untergang (bon). — Dûning, Stif und Stadt Quedlinburg im 30 jaehr. Kriege (important). aEGÏÏEILS PtfaiODIQUES. 437 60. — Jahrbaoh fllr die Geschichte des Herzogthnms Oldeii- bnrg. 6d. I, i892. — H. Ongkbn. Coup d'œil sur Phistoriographie oldenbourgeoise (depuis les plus anciens temps jusqu'à nos jours). — Sello. Les armoiries d'Oldenbourg (article détaillé, avec des dessins ; d'après des documents inédits). — Meinardus. La division ecclésiastique du duché d'Oldenbourg au moyen âge. ^ Bd. Il, 1893. J. Les prélimi- naires de la constitution oldenbourgeoise de 1848 (détails sur les diverses tentatives faites par le gouvernement, de 1815 à 1847, pour établir un projet de constitution ; négociations qui furent engagées à ce propos avec la Russie et le Danemark). — H. Ongken. Le comte Gerd d'Oldenbourg, 1430-1500 (biographie détaillée). — Sello. Les comtes d'Oldenbourg descendent-ils de Widukind ? (non ; la légende s'est formée au xvi* s. Détails sur la généalogie de ces comtes d'après les plus anciennes sources historiques). 61. — Schriften des Oldenburger Vereins fOr Alterthnms- knnde nnd Iiandesgeschichte. Theil 9, 1893. — Ongken. Les plus anciens registres féodaux des comtes d'Oldenbourg (texte et commen- taire). 62. — Annalen des Vereins fUr Nassanische Alterthomslniiide and Geschichtsforschnng. Bd. XXVI, 1894. — Gonrady. Histoire primitive de la dynastie des comtes de Nassau, 756-1198 (article très détaillé de 130 p. qui redresse en beaucoup de points la plus ancienne généalogie de cette maison). — Streitberg. Le nom de Wiesbaden (ori- ginairement : wisu-bad, c'est-à-dire bon bain; explication étymologique du nom des tribus germaniques des Usipètes et des Mattiaci). — Spiel- mann. Les Mennonites et le rôle qui leur revient dans le développement intellectuel du Nassau (il y eut des Mennonites en Nassau depuis la fin du xviii« s.; mais ils furent toujours fort peu nombreux). 63. — Nenes Lansitzisches Magazin. Bd. LXX, Hefb 1, 1894. — < H. Knothb. Sur les c Hausmarken » dans la Haute -Lusace (ces « Hausmarken » étaient autrefois des enseignes servant à distinguer les maisons ; on en a retrouvé 42 qui remontent pour la plupart au xv* s.). — Eitneb. L'histoire de Gœrlitz pendant les années 1567-1577 (extraits des notes d'un contemporain, le savant Bart. Scultetus). — H. Enothe. L'emplacement d'Isgorelix ou Yzcorelix (localité nommée en 1052 et en 1126 dans les sources de l'histoire de la Bohême; on l'a identifiée avec Gœrlitz. Impossible, car elle se trouvait en Bohême). — W. von Bcet- TiGHER. La chapelle du château à Bautzen (publie 11 chartes de 1354- 1603). — Kuehnel. Les noms slaves de localités dans la Haute-Lusace ; suite. — Jeght. Le plus ancien c liber actorum » de Gœrlitz (extraits des procès-verbaux de procès civils, concernant les testaments, baux, ventes, etc., 1389-1413). — Lippert. Erich de Haselbach, sous-bailli de la Basse-Lusace (publie une charte de 1419). 64. — Schlesiens Vorseit in Bild nnd Schrift. Bd. VI, Heft 1, 1894. -^ Seoer. Antiquités récemment trouvées en Silésie. ^ Merttns. V,/ 438 BBG1JIIL8 PiaiODIQUBS. Traces de l'homme diluvien en Silésie et dans les pays voisins. — Elose. Les cimetières de Kanzendorf et de Gross-Tinz, dans le cercle de Liegnitz (du iv* au n* s. av. J.-C). — Scehnel. Les « Burgwœlle t de Silésie, d'après l'état actuel des recherches (détails sur les différents noms de ces fortifications, leur étendue, leur emplacement, leur forme, leur grandeur, leur construction, leur utilité, sur les objets qu'on y a trouvés. Elles datent en grande partie de l'époque slave). 66. •— Altpreassische Monatschrift. Bd. XXX, 1893. — Sembr- zYCKi. Les réformés polonais et les Unitariens en Prusse. — Bonk. Noms de lieux dans l'ancienne Prusse ; suite. — Begkherrn. La c Wiesen- burg » (cette forteresse de l'ordre Teutonique, que les anciens Prussiens appelaient < Wallewoaa, i est identique avec ce qu'on appelle aujour- d'hui la a Heidenschanze, » près d'Unterplehnem). — Sihson. La langue du c Ferber-Buch » (contre les hypothèses imaginées par Gehrke sur cette importante source historique). 66. — Forschnngen znr Brandenburgischen and Prenssischen Geschichte. Bd. VII, Heft i, 1894. — W. Arndt. La Suède, le Bran- debourg et Magdebourg, 1657-4658 (la paix de Westphalie promit à rélecieur de Brandebourg la possession éventuelle de Tarchevéché de Magdebourg avec tous ses territoires ; mais la ville même de Magde- bourg devait-elle être considérée comme faisant partie de rarchevèché ou comme ville libre ? Elle mit tout en mouvement pour maintenir son indépendance contre le Brandebourg. En 1657-58, le roi de Suède Charles-Gustave essaya de nouer une étroite alliance avec cette ville et l'administrateur de l'archevêché de Magdebourg, Auguste de Saxe, pour lutter en commun contre le Brandebourg. Détails tirés des rapports de l'ambassadeur suédois Wolfsberg sur ses négociations avec Magdebourg, Auguste de Saxe et les cours de Dresde, de Weimar, de Gotha, d'Al- tenbourg, de Mersebourg ; on se proposait de faire de Magdebourg une place d'armes centrale pour la Suède, mais on n'aboutit à rien, parce qu'en Allemagne on n'avait pas de goût pour lier partie avec la Suède). — Krauske. La correspondance de Frédéric le Grand, prince royal, avec le prince Léopold et les princes d'Anhalt-Dessau (texte ou extraits de 95 lettres de 1720 à 1739. Détails sur les rapports personnels de Frédéric avec Léopold de Dessau ; qualités stratégiques de ce prince). — Kosbr. La correspondance de l'ambassadeur français à Berlin, 1746-1766 (d'après les archives de Paris ; suite. Traite des années 1750-51 ; copieux extraits des rapports rédigés par l'ambassadeur Talbot, comte de Tyrconnell, et des dépêches qui lui furent adressées par le ministre Puysieulx). — RoLOFF. La réorganisation du ministère des affaires extérieures en Prusse, de 1798-1802 (d'après des documents inédits). — H. Ulmank. Les rapports de Guillaume de Humboldt, en 1816 (concernant l'intro- duction de la liberté de la presse en Allemagne ; étudie la question de savoir si, dans la diète germanique, la Prusse devait céder la présidence à l'Autriche). — Holtze. La réorganisation judiciaire par Frédéric le RECUEILS PERIODIQUES. 439 Grand (montre que beauconp de légendes se sont formées sur cette ques- tion ; elles ont commencé à propos d'une cause célèbre plaidée en 1822 à Cologne contre le marchand Fonk, accusé de meurtre; ce procès donna lieu à une quantité de brochures et de pamphlets). — F. Hirsch. L'éducation des fils aînés de l'électeur Frédéric-Guillaume I. — Brei- TENBAGH. Sept chartos tirées des archives municipales de Fûrstenwalde, 1379-1427. — BoBÉ. Documents extraits des archives seigneuriales de Haseldorf en Holstein (ces archives contiennent les papiers de Detleph von Ahlefeldt, ambassadeur suédois à la cour de Brandebourg, mort en 1686, qui joue un rôle important dans les événements politiques des années 1650-1680. Ses mémoires et sa correspondance, où se trouvent cinquante lettres de l'électeur Frédéric-Guillaume I). — Arnheim. Un mémoire suédois de 1661 sur la reprise des rapports diplomatiques entre la Suède et le Brandebourg (rédigé par Wolfsberg, homme d'État sué- dois). — RiBBECK. Une lettre sur la conversion au catholicisme de l'élec- teur Frédéric-Guillaume I en 1677. — Kerler. Le margrave Charles- Alexandre de Brandebourg -Ansbach et sa cour, en 1578 (publie un rapport de l'ambassadeur autrichien von Widmann). — Treusch von BuTTLAR. La capitulation du général Finck à Maxen, en 1759 (ce général avait été détaché vers Maxen dans le but de tromper les Autrichiens, de leur faire commettre des fautes et de fournir au roi l'occasion d'atta- quer le gros de l'armée ennemie). — J. von Gruner. Le séjour du prince Wittgenstein à Teplitz, en 1812 (intéressant par la biographie de l'homme d'État prussien Justus von Gruner et de ses plans d'alliance austro- prussienne). — Naddb. Une lettre de Blùcher, en 1815 (datée de Saint- Cloud ; elle contient les souhaits du général pour une continuation énergique de la guerre). 67. — - Jahrhbnch der historischen Gesellschaft fCLr den Net- Bedistrict bu Bromberg. Jahrg. 1892. — L. Boas. Mesures prises par Frédéric le Grand pour relever la situation économique de la Prusse Occidentale ; fin. — Warminski. Procès de sorcellerie dans l'ancienne Pologne (publie des pièces inédites). — £. Sghmidt. L'hôpital du Saint- Esprit à Bromberg. — Rapport sur les fouilles et découvertes d'anti- quités dans les environs de Bromberg. = Jahrg. 1893. £. Sghmidt. Contributions à l'histoire de l'administration financière à Bromberg sous la domination polonaise (publie dix documents de 1493 à 1634). 68. — • Schriften des Vereins Itkr Geschichte der Nenmark. Heft 2, 1894. — Sghwartz. La politique du margrave Jean de Brande- bourg-Custrin (il joua un rôle politique important au temps de Charles- Quint ; des spéculations astrologiques et notamment les prophéties de l'astrologue Petrus Cnemiander ont exercé une influence déterminante sur sa conduite). — Van Niessen. La forteresse de Zantoch (au con- fluent de la Netze et de la Wartha; son histoire du xi« au xv« siècle). — P. Sghwartz. La ville de Kœnigsberg dans la Nouvelle-Marche en 1680-1750 (administration, finances, afiaires ecclésiastiques, vie urbaine, etc.). 440 aECÏÏEILS PERIODIQUES. 69. -^ Zeitschrift fOr die Geschichte nnd Alterthnmskimde von Ermland. Bd. X, Heft 2, 1893. — Liedtkb. Cîoiitributions à This- toire de la chasse dans rErmland et la vieille Prasse (d'après des docn- ments inédits). 70. — Zeitschrift der historisohen Gesellschaft flir die Pro- vinz Posen. Jahrg. Vm, Heft 3-4, 1893. — Hockenbegk. La ville de Wongrowitz de 1793 à 1806 (raconte l'annexion de cette ville polonaise à la Prusse en 1793; expose sa situation politique et administrative à cette époque). — F. Meinecke. Trois mémoires du général Hermann de Boyen sur la Pologne et la province de Prusse méridionale en 1794 et 1795 (expose la politique prussienne à l'égard de la Pologne et les mesures appliquées par la Prusse dans les territoires polonais récem- ment occupés). — Warschauer. Histoire de la brasserie à Graetz, du xvii« au xix« siècle. 71. — Hittheilnngen des Instituts fUr œsterreichische Ge- scliichtsforschang. Bd. XV, Heft 3. — E. Winkelmann. Les mon- naies d'or frappées par l'empereur Frédéric II pour le royaume de Sicile, en particulier de ses augustaux (étude importante et très pré- cise de numismatique). — J. Goll. L'empereur Sigismond et la Pologne, 1420-1436 (1* la candidature de Wladislas, 1420-1421; 2<> celle de Witold). — Opet. L'ordalie par le feu chez les Francs (on a dit que la loi ripuaire ordonnait la preuve par le feu en ce sens que la personne à qui la preuve était déférée devait mettre et tenir sa main dans le feu ; ce mode de preuve n'a jamais été employé chez les Francs ; on a dû confondre igneum avec aeneum). — Hartmann. Sur la chronologie des papes du x« et du xi« siècle. — Winkelmann. Un sceau de l'empereur Frédéric II. = Comptes-rendus : Publications relatives à l'histoire des villes (art. détaillé par Qhlirz). — Bidermann. Geschichte der œsterrei- chischen Gesammtstaatsidee, 1526-1806; 1" et 2« parties : 1526-1740 (très importante histoire de la centralisation en Autriche). — K, Gross. Lehrbuch des katholischen Kirchenrechts (bon manuel pour les étu- diants). — Ortvay. Geschichte der Stadt Pressburg. Vol. I (bon; ce premier volume s'arrête au xm« siècle). — Graf Leutrum von Ertringen. Geschichte des reichsfreiherrlichen und graeflichen Hauses Leutrum von Ertringen; 2 vol. (ce qu'il y a de plus important dans cet ouvrage, c'est la biographie d'un Leutrum qui servit dans l'armée suédoise de Charles XII de 1712 à 1719 et qu'on retrouve ensuite au service de la France, de la Sardaigne et de l'Autriche ; il devint feld-maréchal géné- ral en 1738). — Publications relatives à l'histoire de la Hongrie qui ont paru de 1890 à 1893. 72. — Bericlit 52 flber das Muséum Francisco- Car olinum in Linz. 1894. — Czerny. Les débuts de la réforme luthérienne à Steyer, 1520-1527 (d'après des documents inédits). GHRONIQUB ET BIBLIOGBIPHIE. 441 CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. France. — • M. Gastave Humbert vient de mourir, à l'âge de soixante* douze ans; on lui doit d'importants travaux sur l'histoire des finances romaines ; il a donné de nombreux articles au Dictionnaire de Darem- berg et Saglio. — M. DuTRBuiL DE Rhins ost mort en juin, assassiné au cours d'une mission au Thibet; il avait quarante-huit ans; on lui doit un bon livre sur le Royaume ctAnnam et les Annamites (1879) et un livre monumental sur l'Asie centrale (1890). — La science et la pensée française viennent d'éprouver une perte cruelle en la personne de M. James Daruesteter, mort subitement le 18 octobre, dans sa quarante-cinquième année. Nous reviendrons plus longuement sur sa vie et son œuvre. — L'Académie des sciences morales et politiques a retiré du concours le mémoire sur les Listitutions de Philippe-Auguste et lui a substitué le sujet suivant : « Histoire des idées politiques de Louis XIV, telles qu'elles ressortent de ses Mémoires, de ses lettres et de ses actes publics ; origine de ces idées; influence que les théories régnantes ont pu exercer sur leur développement. > — Le Congrès scientifique catholique a tenu à Bruxelles, au mois de septembre, sa troisième séance. Elle a été très brillante. Plus de 2,500 adhésions étaient parvenues avant l'ouverture; 160 mémoires ont été présentés, dont 70 venant de la France. Dans la section des sciences religieuses nous signalerons les communications de M. Peters, sur le Concile de Carthage de 398; de Mgr Lamy, sur le Concile de Ctési» phon de kiO; de M. Batiffol, sur les Pénitenciers romains du V^ s, ; de M. de Funk, sur les Constitutions apostoliques ; de Mgr Kirsch, sur les Collectories de la chambre apostoliqw au II V* s.; de M. Kihn, sur les Décou- vertes récentes faites dans le domaine de la patristique. M. Graffin a pré- senté le premier volume d'une Patrologie syriaque avec traduction latine. Dans la section des sciences historiques, nous relevons : Francotte, com- munication sur le Droit athénien; Waltzing, les Corporations romaines; de Smedt, le Duel judiciaire; Delehaye, Us Stylites; Hûffer, les Ency" cliques de saint Bernard; Reinhart, le Voyage d'Albert et d* Isabelle en Suisse en 1599 ; Beurlier, le Grand ehartophylax de VÉglise de Constant tinople; Gendry, la Généalogie de Pie VI; Jordan, Relations du Saint- siège et des financiers italiens au temps de Clément IV; Fournier, Réforme des institutions canoniques sous Grégoire VII; Sicard, l'Épiscopat français pendant la Révolution; Allain, l'Organisation spirituelle et temporelle du diocèse de Bordeaux avant 89, L'abbé Duchesne a parlé des divers 442 GHaONIQUB ET fiIBLIOGAAPHIE. recueils dont sont tirées les légendes relatives aux apôtres. Nous aurions encore à signaler divers travaux qui intéressent l'histoire dans la section d'anthropologie et dans celle de Tart chrétien. Les partisans de l'indé- pendance absolue de la recherche scientifique pourront regretter que des congrès de ce genre paraissent imposer à la science un caractère confessionnel, mais ils devront reconnaître aussi l'importance prise dans ces dernières années par le mouvement scientifique dans les milieux catholiques et les progrès faits, dans le sein même du clergé, pour les idées de libre recherche et de tolérance religieuse. Nous en avons la preuve dans le remarquable discours de Mgr d'Hulst, lu dans la séance du mer- credi 5 septembre; dans le discours de Mgr Eean sur le Congrès des religions à Chicago, et dans les belles paroles prononcées par l'évéque de Tournai : a Ne confondons pas la science et la foi. La science est œuvre de pure raison ; c'est par ses méthodes propres et ses procédés à elle qu'elle poursuit la vérité qui lui est propre... Ce serait déroger moins encore à la liberté de la science qu'à la dignité de la foi que d'aller chercher des arguments scientifiques aux pages inspirées de nos livres saints. Le Congrès de Bruxelles est un des plus importants parmi les nombreux symptômes de c l'esprit nouveau » qui, depuis le pontificat de Léon XIU, souffle dans l'Église aussi bien au point de vue scientifique qu'au point de vue social, pour le plus grand bien de l'Église comme de la science et de la société. — Le Congrès international des américanistes vient de tenir sa dixième session à Stockholm du 3 au 8 août, sous la présidence de M. le baron de Thamm, gouverneur de Stockholm. Nous empruntons au Journal des Débats les notes suivantes sur les conférences faites à ce Congrès : M. MoNTELius, le savant conservateur du Musée national de Stock- holm, a montré les analogies qu'on rencontre entre la civilisation pri- mitive de l'Amérique et celle du monde ancien. M. Gustave de Nordensk- jGELD, fils du célèbre explorateur, a parlé des dernières explorations qui ont été faites au Colorado, dans la région des Cliffdwellers, Dans le grand canon de Rio-Colorado, on aperçoit à des hauteurs vertigineuses des traces de constructions et d'habitations qui attestent qu'une popu- lation s'v mettait à l'abri des incursions des habitants du fond de la vallée. M. Désiré Charnay a expliqué la disparition de ces populations d'une manière neuve et originale. On sait que ce sont les Espagnols qui ont introduit le cheval en Amérique. Selon lui, c'est à partir du jour où cet animal a facilité les courses des Indiens pillards que les habitants pacifiques et sédentaires des hauts rochers (cliffs) du Colorado ont été exterminés, et de là datent les ruines de leurs singulières habi- tations. Une Américaine, M*»* Ndtial, a fait des observations savantes sur l'ancien calendrier mexicain. M. Stolpe a montré de curieuses ressemblances entre l'art ornemental des Indiens de l'Amérique du Sud et celui des anciens peuples de l'Europe. M. Alexandre Boutroue, de Lyon, a parlé du séjour fait par Christophe Colomb en Portugal de 1470 à 1484. GHJIONIQUB ET BIBLI06R1PHIK. 443 — Le 19* fascicule du Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines (Hachette) contient des articles d'une importance exceptionnelle : Fio- men et Flavialis, par G. Jullian; Fœdus, par Gh. Légriyain (pour la Grèce) et G. Humbert (pour Rome) ; Foenus, par Gaillembr (pour la Grèce) et Baudry (pour Rome). Forma et en particulier Forma urbis Romae ou plan de Rome et Forum, par H. Thédenat, sont particulièrement à signaler à cause de leur intérêt historique et archéologique. — Après les très bonnes éditions classiques du Charles XII par M. A. Waddington et par M. Wahl, du Siècle de Louis XV par M. Fallex et du Siècle de Louis XIV par M. E. Bourgeois, voici encore une nouvelle et excellente édition du Siècle de Louis II V publiée par MM. Rebeluau et Marcel Marion dans la collect. Colin. — M. Marion a fait Tannotation des 30 premiers chapitres ; M. Rébelliau a annoté les chapitres xxxi à xxxix et la liste des écrivains, et il a composé l'introduc- tion, qui est un morceau très remarquable. Il a déterminé avec beau- coup de finesse les dispositions très diverses dans lesquelles Voltaire a commencé, puis achevé et enfin remanié son œuvre, qui devait être d'abord une critique amère du temps présent et qui peu à peu devint un travail de plus en plus désintéressé et impartial. Il a aussi apprécié avec un sens critique très judicieux la valeur historique de l'ouvrage, ce qu'il y a d'excessif dans son admiration pour Louis XIV et ce qui pourtant la justifie, l'étendue et la conscience des recherches faites par Voltaire, ce qu'il a dû aux sources manuscrites, imprimées ou orales, et ce qu'il y a d'insuffisant dans son information. M. Rébelliau a sur tous ces points ajouté encore beaucoup d'utiles détails et de fines remarques aux très utiles renseignements fournis pour la première fois par M. Bourgeois. — Signalons une très remarquable édition du Discours préliminaire de VEncyclopédie de d'Àlembert (Colin), publié par M. Picavet, avec une introduction et des notes très abondantes qui font de cette édition un guide très complet dans l'étude de la philosophie du xvm« s. ^ M. Et. Gharavay vient de faire paraître le second volume des Procès^ verbaux de l'Assemblée électorale de Paris (Cerf, Noblet, Quantin). Il con- tient les assemblées tenues du 26 août 1791 au 12 août 1792, pour l'élec- tion des électeurs, des députés à l'Assemblée législative, des hauts jurés, des administrateurs, du procureur général syndic, du président du tri- bunal criminel et de son substitut, de juges suppléants, de l'accusateur public, de curés. — Le tome n des Procès^verbaux du Comité de Vinstruction publique de la Convention nationale, publiés et annotés par M. J. GuaLAuiiE, contient les documents du 3 juillet au 20 novembre 1793. On ne saurait assez louer le soin avec lequel l'éditeur a groupé autour des procès-ver- baux tous les documents et tous les éclaircissements qui font de cette publication une histoire détaillée de l'instruction publique. Une grande partie de cet énorme volume de 1,047 pages est consacrée à la période 444 GHIONIQUE BT BIBLI06KAPHIB. qni s'étend du 3 juillet au 6 octobre, pendant laquelle l'initiative appar- tient à la Gommiseion d'instruction publique ou des Six, puis des Neuf, et où Ton discuta passionnément le projet d'éducation commune laissé par Lepeletier, pour finir par le rattacher au projet de Gondorcet, qui créait trois ordres d'enseignement. Pour commencer, on se contenta do reste de fermer les anciens collèges. — A partir d'octobre, ce fat le Comité qui reprit la direction des affaires d'instruction pablique, non sans être entravé par le Comité de salut public. On trouvera dans ce volume les très intéressants documents relatifs à la suppression des Académies, à la Commission des poids et mesures, à l'établissement du système décimal, du calendrier républicain, à la conservation des monu- ments historiques, etc. — Notre collaborateur M. E. Barbâ vient de faire paraître un ^e^la^ quable volume sur le Nabab René Madec (Alcan), dont la substance a paru dans la Remie historique (LV, 1, et LVI, 1). C'est une étude entière- ment fondée sur des documents inédits, sur un personnage jusqu'ici presque inconnu, qui a joué un très grand rôle en Inde de 1758 à 1780. — M. le chanoine Allajn, dont on connaît les consciencieux tra- vaux sur l'histoire de l'ancien clergé de France, a entrepris dans la Revue catholique de Bordeaux une série d'études sur les Paroisses et cou- vents de Bordeaux aux deux derniers siècles; ce sont des notes et docu- ments tirés des archives diocésaines qu'il dirige avec le zèle le plus louable. Il en fait tirer à part une centaine d'exemplaires qui sont mis dans le commerce; le !•' fascicule vient de paraître (Bordeaux, Feret; prix 2fr.). Il se rapporte aux paroisses de Saint- André, de Saint-Ghris- toly et Saint-Paul, de Sainte-Colombe, de Sainte-Croix, de Saint-Éloi, de Sainte-Eulalie et de Saint-Maixant. On y trouve d'utiles renseigne- ments sur la situation économique et morale des curés avant la Révolu- tion. Nous aurons l'occasion d'y revenir. — La municipalité de Bordeaux vient d'acquérir les livres, manus- crits et dessins bordelais réunis par feu Jules Delpft. Les documents entrés de ce chef à la bibliothèque et aux archives de la ville de Bor- deaux, sans présenter, il est vrai, pour l'histoire de la contrée une aussi grande importance que le lot venu de Cheltenham, n'en sont pas moins très précieux. Ils ne comprennent pas, sembie-t-il, de pièces de premier ordre, et on est fondé à croire que Jules Delpit a publié, dans les Archives historiques de la Gironde, celles de ces chartes qui offraient de l'intérêt. On y peut signaler par contre une collection remarquable de brochures rares, de dessins, d'autographes et de notes. Les dessins sont parfois de réelle valeur artistique ; plus souvent, ils constituent un appoint sérieux pour l'étude des embellissements dont la ville est juste- ment fière. — M. CoRRÉÂRD vient de faire paraître un Précis d'histoire moderne et contemporaine pour la préparation à Saint-Cyr (Masson), qui se distingue par les mêmes qualités d'ordre et de clarté que ses autres manuels. CHRONIQUJS ET BIM.I061UPUB. 445 — Le livre de M. GharauX| l'Histoire et la Pensée (Pedone-Lauriel), se compose des fragments suivants : du Beau et de la Pensée dans l'His- toire ; de ridéal dans la vie des nations ; les éléments de la Pensée et les éléments de THistoire; la Civilisation et la Pensée; Pensées sur l'Histoire ; de l'étude de l'Histoire en province et dans les académies de province. Une partie de ces études avaient déjà paru en 1885 sous le titre de Pensées sur l'Histoire. On y trouvera une philosophie de l'his- toire au point de vue catholique, enveloppée dans une phraséologie très vague, mais où l'on trouvera quelques idées intéressantes. LivRBS NOUTSAUz. — DOCUMENTS. — G. Courtois» Us et coûtâmes de Bel- léme, Orne, recaeillis jusqu'en 1893. Belléme, impr. Ginoaz. — G. Durand. Inventaire sommaire des archives communales de la ville d'Amiens antérieures à 1790, t. II, série BB. Amiens, impr. Piteux. — Moris et Blanchi. Inventaire sommaire des archives hospitalières de la ville de Nice antérieures à 1792. Histoire locale. — A, Boudon. Les municipalités du Puy pendant la période révolutionnaire. Le Puy, Prades-Freydier. — G, Dumay. Origines de l'église de Talmay. Dissertation sur le temps et le lieu de la mort de saint Vallier et sur l'emplacement de Portus Bwintu, Dijon, impr. de l'Union typogr. — Duboit. Histoire du siège d'Orléans, 1428-1429. Orléans, Herluison. — L. Detaivre. Saint-Maxire, Deux-Sèvres; recherches sur une commune rurale. Niort, Lemercier et Alliot. — Abbé A. Durand. Études historiques sur Saint-Laurent- des-Arbres en Languedoc; la seigneurie temporelle des évéques d'Avignon. Avignon, Séguin. (Mém. de l'Acad. de Vaucluse, 1892.) — A.Huguet, Études et documents sur le Forez pendant la Révolution. Montbrison, impr. Brassart. — Abbé Porte, Notes et documents sur la Révolution dans le diocèse de Bayonne. Pau, impr. Dufau. — Coste, Notice historique sur la ville de Samt-Germain- Lherm. Champion. Biographies. — P. Bénétrix. Les conventionnels du Gers ; introd. p. Tiemy. Auch, impr. Gapin. — JoUon des Longrais, Jacques Doremet ; sa vie et ses ouvrages, avec de nouvelles recherches sur les premières impressions malouines. Rennes, Plihon et Hervé. — Gontard de Launay. Recherches généalogiques et historiques sur les familles des maires d'Angers, t. II. Angers, Lachèse. Belgique. — Dans la Bibliothèque belge des connaissances modernes (Bruxelles, Rozez) ont paru trois ouvrages d'histoire littéraire que les historiens feront hien de ne pas ignorer. Ce sont V Histoire des lettres belges d'expression française (2 vol.), par M. Francis Nautet, où Tauteur trace un tahleau partial, mais très vivant, du mouvement littéraire et intellectuel de la Belgique wallonne et francisante depuis 1830 ; VHis- toire politique et littéraire du mouvement flamand, par M. Hamelius, qui dresse le bilan littéraire et social des Flamands de Belgique depuis la révolution belge et expose avec calme et modération les vicissitudes de la lutte souvent passionnée des deux langues nationales de la Belgique ; et la Littérature latine jusqu'aux Antonins, par M. Paul Thomas. Ce der- nier livre doit être mis hors de pair et sera évidemment remarqué à l'étranger. Par la nouveauté des aperçus, la solidité de l'érudition, la verdeur de la pensée et la verve du style, c'est un ouvrage exquis. C'est aussi on tableau saisissant des développements de la civilisation romaine brodé sur la trame des lettres latines. 446 cnoinQiTB n bibliographib. — M. Aug. Thts a publié un livre curieux, mais pasBionné, sur les persécutions dont fut victime le clergé anversois à la fin de la Répn- blique française : De geestelykheid van Antwerp^n in iJOS-^ (Anvers, Kennes, 238 p.)- Un livre analogue est celui du chanoine Vos, archi- viste de révêché de Tournai : Quelques pages du martyrologe de la Révo' lution française, consacré au clergé de Tournai (Ath, Goppin, 444 p.). — M. Jules Deglève a consacré une monographie intéressante à Roland de Lassus, sa vie et ses cmvres (1520-1594), à l'occasion des fêtes données à Mous et à Munich en souvenir du grand musicien wallon du zvi« siècle (Mons, Loret, 250 p.). — Don Juan d'Autriche, le frère naturel de Philippe n, qui fut son gouverneur général dans les Pays-Bas à l'époque la plus critique des guerres religieuses, a été Tobjet d'un livre remarquable, dû à un italien, M. Gr. BooLosm {Don Giovanni d'Austria, 372 p. Bologne, Zanichelli). — M. Tabbé Sylvain Balau, qui manque absolument d'impartialité, a ajouté deux volumes au Cours d'histoire nationale de feu Mgr Namèche : la Belgique sous l'empire et la défaite de Waterloo (Paris, Pion, Nourrit et G"; Louvain, Gh. Fonteyn, 280 et 3ii p.). — Notre collaborateur M. le professeur Paul Fredericq a publié, dans les travaux de son cours pratique de l'Université de Gand, une dissertation très spéciale : Onxe historiscke volksliederen van voor de godsdienstige berœrten der ÎG^ eeuw (132 p. avec 18 mélodies. Gand, Vuylsteke, et La Haye, M. Nyhoff), dont il a résumé les conclusions pour le public français dans une lecture faite à l'Académie royale de Belgique : la Chanson historique en langue néerlandaise dans les PayS'Bas avant les troubles religieux du IVI^ siècle (Bruxelles, Hayez, 31 p.; extraits des Bulletins de l'Académie). — Un nouveau volume des Acta sanctorum a été publié par les Bol- landistes (Bruxelles, Société belge de librairie, in-fol., lxxxh, 200-624 p. avec planche). Nous y reviendrons. — Le major Alph. Guvelibr a fourni une curieuse contribution à l'his- toire militaire de la révolution belge dans son Historique des bataillons de tirailleurs francs en Belgique (Bruxelles, Desprez, 208 p.). — M. le chanoine de Sghrevel, directeur du séminaire de Bruges, a publié d'importants documents officiels sur les Troubles religieux du IVI* siècle au quartier de Bruges (1566-1568), 522 p. Bruges, de Plancke. — M. le baron J. de Ghestret de Haneffb, auquel on doit déjà beau- coup de monographies importantes, a édité le t. m de ses Études histo- riques et archéologiques sur Vanden pays de Liège. LiTRBS NOUTSAUX. — Alb, ChapQUX. Le Congo historique, diplomatique, physique, politique, économique et coloaiil (7 cartes, croquis, plans, 163 por- traits, vues et types d'indigènes, etc.)» in-4*, 900 p. 20 fir. BroxeUes, Rosex. — - Abbé C, de Deken. A travers l'Asie, 378 p., gravures. Braxelles, PoHeonis. — CHBOIHQUB BT BIBLIOGEAPHU. 447 Lieutenant Matui, D'Anvers à Banzyrille, 148 p., plans. Bruxelles, Bnlens. — L. Van Haorebeke. Quatre ans d'éTolution. Relation des principaux faits politiques et sociaux accomplis en Belgique de 1890 à 1894, 500 p. Bruxelles, Soc. belge. — Mgr de TSerclaes, Le pape Léon XIII, sa yie, son action reli- gieuse, politique et sociale, 2 vol., 600 et 636 p. Paris-Lille, Desclée. — Cha" noine F. Barbier. Histoire de l'abbaye de Malonne, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin, 483 p., 6 planches. Namur, Delvaux. — C^ Théa- dore de Renesse. Dictionnaire de figures héraldiques, t. II, 2* fasc. (p. 97-208). Bruxelles, Société belge de librairie. — D.-A. van Bastelaer. Mémoires archéo- logiques, t. VI, 500 p., planches. Bruxelles, Deprez. -^ A. de Behault de DoT' non. Le canon d'Edimbourg, Mons Meg (xv* siècle), 96 p., 5 planches. Mons, Dequesne. — Chanoine M. van Spilbeek. Obituaire de Tabbaye de Soleilmont, de Tordre de Glteaux, 94 p. Malines, Oodenne. — Ettg. Bâcha. Chartes de Val-Dieu (xm* et xiv* s.), 1*' fasc. Bruxelles, Hayez. Allemagne. — Le 3 juin est mort, dans sa propriété seigneuriale de Grosskmehlen, le D' G.-Ed. Zagharis von Linoenthal, ancien profes- seur de droit à PUniversité de Heidelberg ; il avait quatre-vingt-deux ans. U possédait une compétence particulière pour l'histoire du droit romain, surtout dans l'empire d'Orient. Très important est son recueil des sources du droit byzantin publié sous le titre de Jtu grsBCO-romanum (6 vol., 1856-1870). — Le 4 juin est mort le D' Wilhelm Rosgher, professeur ordinaire de science politique à Leipzig, le fondateur et le principal représentant de la méthode historique appliquée à Téconomie politique en Allemagne. Né en 1817 à Hanovre, il devint privat-docent à Gœttingue en 1840, puis professeur à Leipzig (1848). Gomme économiste, il ne nous appartient pas d'en parler ici ; nous citerons seulement ceux de ses travaux qui intéressent les historiens : Leben, Werk und Zeitalter des Thucydides (1842); Umrisse zur Naturlehre der 5taa(5/brmen (1847-1848) ; Geschichte der englùchen Volkswirthschaftslehre des XVI u. XVII Jahrh. (1851) ; Die deutsche Nationalœhonomik an der Grenzscheide des XVI u. XVII Jahrh. (1862) ; Geschichte der Nationalœkonomik in Deutschland (2 vol., 1874) ; Politik'Geschichtliche Naturlehre der Monarchie, Aristokratie und DefnO" kratie (1892). — Le 19 juin est mort à Garlsruhe, âgé de soixante-onze ans, le D' G. -H. baron Roth von Sghregkenstein, ancien directeur des archives badoises. Gitons de lui : Die Ritterwûrde und der Ritterstand (1886) ; Dos Patriziat in den deutschen Stxdten (1856) ; Geschichte der ehemaligen freien Reichsritterschaft (2 vol., 1871). — Le 4 juillet est mort le D^ F. -A. Dillmann, professeur ordinaire de théologie à T Université de Berlin, âgé de soixante-onze ans ; il a publié de nombreux travaux sur les antiquités judaïques et sur l'histoire de la langue éthiopienne. — Le 23 juillet est mort le D' H. von Brunn, professeur ordinaire d'archéologie à l'Université de Munich, érudit très compétent pour l'his- 448 GHRONIOUE ET BIBUOGftiPHIB. toire de Tari grec ; il a composé : Geschichte der grieehischen Kûnstler (2« édit., 1880-89) et Grieehische Kunstgeschichte (vol. I, 1893). H avait soixante-douze ans. — Le 27 août est mort le D>^ H. Keil, professeur de philologie clas- sique à rUniversité de Halle, âgé de soixante-treize ans. — Le 31 juillet est mort le I> J.-G. Gtlasbr, professeur de sciences politiques à l'Université de Marbourg, à Tâge de quatre-vingt-un ans. On lui doit une Encyclopsdie der Gesellschafts-und Staatsivissenschaften (1864). — Le IV Gr. VON Bezold, conservateur du Musée national de Munich, a été nommé directeur du Musée germanique de Nuremberg. — Le D** VoiGT a été nommé professeur extraordinaire d'histoire de l*Église à rUniversité de Kœnigsberg; le D' Fr. Bosse, au môme titre, à celle de Kiel; le D^ £. Fabrigius, professeur ordinaire d'histoire ancienne à celle de Fribourg-en-Bade ; le D' FuRTWiENGLER, professeur ordinaire d'archéologie à l'Université de Munich; le D' G. Lanqe, pro- fesseur d'histoire de l'art à l'Université de Tubingue ; le comte de Bau- DissiN, professeur de théologie de l'Ancien Testament à TUniversité de Berlin. — L'Académie des sciences de Berlin a voté les subventions sui- vantes : 3,000 m. pour le Corp. inscr. grac,; 3,000 m. pour le Corp, inscr, latinarum; 6,000 m. pour la Correspondance politique de Frédé- ric le Grand ; 4,500 m. pour l'édition des Pères de l'Église grecque qui vient d'être décidée ; 600 m. pour aider le D** G. Huth à étudier les mss. thibétains ; 750 m. au I> Altmann pour lui aider à réunir les matériaux d'un catalogue des actes de l'empereur Sigismond ; 1,500 m. à MM. Sghra- der et Anwers, membres de l'Académie, pour leur permettre de dresser la liste des éclipses de lune et de soleil dans les pays où s*étend l'étude de l'antiquité classique, de 900 av. J.-G à 600 ap.; 2,730 m. au D^* O. PuGHSTEiN pour scs rocherches sur les murs de Paestum. — Elle a décerné un prix de 5,000 m. au D^^ G. Ventzel pour son étude sur les articles biographiques du Lexicon de Suidas. — Elle a mis au concours, pour le prix du comte Loubat, un travail sur l'histoire primitive de l'Amérique du Nord ; le prix est de 3,000 m.; les mss. doivent être adressés avant le 1«- juiUet 1895 à l'Académie. — La Société d'histoire rhénane a mis au concours les sujets suivants : i^ montrer les rues, places, églises, monuments publics, fortifications de Cologne au commencement du xvi« s.; 2° exposer les institutions communales et administratives de Cologne depuis les origines jusqu'en 1396; 30 retracer l'origine et le développement du fonctionnarisme dans un ou plusieurs grands territoires de la région du Rhin jusqu'au xvii* s. — La Société d'histoire de Kiel a fondé un prix de 500 m. pour le meilleur travail sur les sources de l'histoire de la ville. CRBOIfIQUE ET BIBLIOOEiFHR. 449 — Les Monumenta Tridentina, publiés par le professeur A. de Druf- FBL, sous les auspices de rAcadémie de Munich, seront continués par Garl Brandi. — A partir du i«' octobre dernier paraissent, sous la direction de Th. KoLDE, des Beiirxge zur bairischen Kirchengeschichte. LiY&ss NOUYBAux. — ANTIQUITÉ. — SiU, Eio BeitTAg zur Limes Frage. Worz- bourg, Stahel. — M, KleinschmiU Kritische Untersuchangen zur Geschichte ▼on Sybaris. Hambourg, Herold. Histoire obnéralb. — C.-F, Arnold. Gœsarius von Arelate und die gallische Kirche seiner Zeit. Leipzig, Heinrichs. — RiUer. Karl der Grosse und die Sach- sen. l'* partie : die Kriege mit den Sachsen. Dessau, Kahle. — A, Berliner. Geschichte der Jaden in Rom Ton der œltesten Zeit bis zur Gegenwart. Frano fort^s.-M.y Kaaffmann. — Wotke, S. Eacberii Lugdanensis opéra omnia. (Corpus ecclesias. latin., yoI. XXXI.) Leipzig, Freytag. — Usener. Acta martyris Anas- tasii Persae. Bonn, Cohen. ~ F. Pfeubauer. Freiherr Tom Stein. Berlin, Hof- mann. — Kirsch, Die pœpstlichen Kollektorien in Deutschland wœhrend des xiY Jahrh. Paderborn, Schœningh. — E. Schmidt. Vorgeschichte Nordamericas im Gebiet der Vereinigten Staaten. Brunswick, Vieweg. Histoire locale. — Sehmoller et Krauske. Acta Borassica, 1701-1714^ Tol. L Berlin, Parey. — Ch. Meyer. Qaellen znr Geschichte der Stadt Hof. Hof, Lion. — Darpe. Geschichte der Stadt Bocham, nebst Urkandenbuch. Bochum, Stompf. — /. Conrad. Die Statistik der UniTersitœt Halle wœhrend der 200 Jahre ihres Bestehens. léna, Fischer. — /. Kuhl. Geschichte der Stadt Jolich, 1742^-1815, 3* parUe. Jnliers, Fischer. Aatriche-Hongrie. — M. le baron d'Abneth a été nommé chevalier étranger de Tordre prussien c pour le mérite. » — Le D' Zwiedinegk-Suedenhorst a été nommé professeur extraordi- naire d'histoire moderne à l'Université de Graz ; le D' Jos. Neuwirth, professeur extraordinaire d'histoire de Part à celle de Prague. LivBEs NOUYEAUX. — K. Hampe, Geschichte Konradins von Hohenstaufen. Innsbruck, Wagner. — Regesten der Pfalzgrafen am Rhein, 1214-1400, vol. I, 6- livr. Ihid. -- Rœhrieht. Die Dentschen un heiligen Lande, 650-1291. Ibid. — Scudier. Betrachtungen tiber den Feldzag 1866 in Italien. Vienne, Seidel. — Hamberger, Die franzosische Invasion in Kaernten im J. 1809. Klagenfurl, Kleimayr. — Spreitzenhofer. Die Entwickelang des alten Mônchthums in Ita- lien. Vienne, Kirsch. -— MUrovic. Cipro nella storia medioevale del commercio Levantino. Trieste, Schimpff. Suisse. — M. Alexandre Daguet, ancien professeur d'histoire suisse et de pédagogie à l'Académie de Neuchàtel, est mort, le 20 mai dernier, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Devenu de bonne heure populaire par son ardent patriotisme et son éloquence un peu déclamatoire, M. Daguet ne laissera pas dans la science historique une renommée égale à son ambition ; mais son Histoire de la confédération suisse (7« édition. Genève, H. Georg, 1879) peut encore aujourd'hui être consultée avec pro6t par nombre de gens qui n'auraient peut-être pas le courage de la lire d*un bout à l'autre. C'est, si l'on ose ainsi parler, un gros manuel en deux Rbv. Histoh. LVI. 2« fasc. 29 450 CHaONIQUB BT filBLIOG&APHIB. volumes auquel il ne manque, pour être tout à fait utile, qu'une table alphabétique des matières. — M. le D' K. Djsndlikbr publie depuis quelque temps une édition nouvelle, revue avec beaucoup de soin, de son excellente Histoire de la Suisse (Zurich, Schulthess). Les tomes I et II ont paru; le tome m (xvin* et xix« s.) ne tardera pas à voir le jour. — Les tomes XIII et XIV des Quellen sur Schweizergeschichte con- tiennent, Tun, la correspondance (1465-1480) et les œuvres choisies d'Al- bert de Bonstetten, publiées par M. A. Bûghi; l'autre, la première partie d'une édition nouvelle du terrier des Habsbourg (Dos Habsbur- gische Urbar, etc.), publiée par M. R. Maag. — L'ouvrage que M. le D' E. Haffteb, de Weirfelden, a publié, il y a quelques mois, sur Georges Jenatsch (Davos, Richter, 1 vol. in-8® de xix-552 p.), est le fruit d'un long travail, patiemment poursuivi dans les archives de la Suisse et de l'étranger, et se distingue par la sûreté de la méthode autant que par Tabondance des matériaux. Gela ne veut pas dire que l'histoire si tragique des troubles des Grisons au xva« s. en soit devenue beaucoup plus attrayante pour le commun des lecteurs ; cela signifie simplement que M. ELaffter a cherché de son mieux à nous la faire comprendre, telle qu'elle se déroule au travers de maintes intrigues et de maintes abominations. — Les érudits français trouve- ront du reste dans ce livre d'utiles renseignements sur les relations de la France avec les Grisons pendant le ministère de Richelieu, et en par- ticulier sur la mission du duc Henri de Rohan (1635-1637). — M. le D^^ J. HiSNE a commencé, sous les auspices de la Société géné- rale d'histoire suisse, la publication des leçons de M. G. de Wyss sur l'historiographie suisse : Geschichte der Historiographie in der Schweix (Zurich, Fàsi et Béer). L'ouvrage formera un volume in-8« d'environ 320 p. — M. G. Meyer von Knonau .a été élu, le 2 août, à Frauenfeld, pré- sident de la Société générale d'histoire suisse, en remplacement de feu M. G. de Wyss. — Le dixième Congrès des orientalistes s'est réuni le 4 septembre, à Genève, sous la présidence de M. Ed. Navu^le. Italie. — Le célèbre érudit J.-B. de Rossi est mort le 20 septembre dernier. Nous lui consacrerons prochainement une notice détaillée. Angleterre. — Nous annoncerons également, sans pouvoir nous y arrêter aujourd'hui, la mort de J. A. Froude, l'éloquent et paradoxal historien du xvi^' siècle anglais. LISTE DES LIYBBS D^FOSfe kV BUREAU DE LA RBYUE. 454 LISTE DES LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUES {Nous n^indiquofu poi ceux qui ont été appréciés dans les Bulletins et la Chronique,) G.-Fr. A&NOLD. GœsariDS Ton Arelate and die gallische Kirche seiner Zeit. Leipzig, Hinrichs, 1894, xu-608 p. — D' A. HARNikCK. Lehrbuch der Dogmen- geschichte. Bd. MI. Friboarg-en-B. et Leipzig, Siebeck, 3*édit., xyiii-800 et xv- 483 p. Prix : 27 m. — Kattbnbusgh. Lehrbuch der vergleichenden Gonfessions- iLunde. Bd. I : die orthodoxe Anatoiische Kirche. Fribourg-en-B., Mohr, ibid., xxv-555 p. Prix : 12 m. — M. LsHiiàNN. Friedrich der Grosse und der Ur- spruDg des 7 jœhr. Krieges. Leipzig, Hirzel, x-140 p. — Ph. Metbr. Die Haupt- nrkunden fîir die Geschichte der Athoskiôster. Leipzig, Hinrichs, yni-301 p. Prix : 10 m. — D. Sch^sfbr. Wûrttembergische Geschichtsquellen. Bd. I. Stuttgart, Kohlhaniiner, iv-443 p. Prix : 6 m. — Sghuttbr. Pius VI und Josef II von der Rîîckkehr des Papstes oach Rom bis zum Abschlusse des Goncordats. Vienne, Tempsky, xx-225 p. — D** G. Schnttbrsr. Die Entstehung des Kir- chenstaates. Gologne, Bachem, 115 p. Prix : 1 m. 80. — G. Simnsl. Die Pro- blème der Geschichtsphiiosophie. Leipzig, Duncker et Humblot, x-108 p. Prix : 2 m. — G. Suttbr. Aus Leben und Schriften des magisters Boncompa- gno. Fribourg-en-B. et Leipzig, Siebeck. — W. Vœgb. Die Anfœnge des monu- mentalen Stiles im Mittelalter. Strasbourg, Heitz, xxi-376 p. Prix : 14 m. Haomann. Die Normannen in Unterilalien. Saint-Gall, Zollikofer, 68 p. in-4*. — D' H. Wattslet. Die Schiacht bei Murten. Fribourg, 85 p. R. Fruin. Uittreksel uit Francise! Dusseldorpii Annales, 1566-1616. La Haye, Nijhoff, cxii-589 p. Frxbman. The history of Sicily from the earliest times. Vol. IV. Oxford, Glarendon press, xxvu-551 p. — Hinobston-Randolph. The register of John de Grandisson, bishop of Exeter, 1327-1369. Belle et fils, xiii-603 p. — Lewis B. Radforo. Thomas of London before his consécration. Cambridge, Uniyersity press. In-12, xui-270 p. — E. Shirley Shuckbu&gh. A hislory of Rome to the battle of Actiam. Macmillan, xxyi-809 p. Prix : 8 sh. 6 d. — H.-D. Traill. Social England. Vol. II : to the death of Henri VII. Gassell et G<*, ix-586 p. G. GiODA. La Tita e le opère di Giovanni Botero. Vol. I. Milan, Hœpli, 395 p. in-12. Prix : 12 1. — G.-J. di Sant' Angblo. Gaffaro e i suoi tempi. Turin- Rome, Roux, 434 p. in-8*. Prix : 6. 1. 1. Les liTres dont le format et le lien de publication ne sont pas indiqués sont en in-8« et publiés à Paris ou (pour les liyres anglais) à Londres. 452 mBBX iSUOfilAf UQQB. INDEX BIBUOGRAPHIQUE' AimQUITB. Abbott. Herodotos: books V and YI, 386. Carrière, NooTdles sources de Moïse de Khoren, 209. DicUoonaire des antiquités grecques et romaines, 443. Fowler. The city-state of the Greeks and Romans, 387. Hamack, Geschkhte der aitchristli- chen Litteratur bis Ensebins, 388. Pais, Storia dltalia dai tempi più an- tichi sino aile guerre pnniche, 130. Sabatier. L'éTangile de Pierre et les éTangiles canoniques, 209. Thomas {Paul). La littéralore latine jusqu'aux Antonins, 445. Ti^e. Geschiedenis van den gods- dienst in de oudheit, 223. HISTOIRE GÉNÉRALE. Bautngarien. Geschichte Karls Y, 373. — Ilistorische und politische Anfsaetze und Reden, 373. Boglietti, Don GîoYanni d'Anstria, 446. Corrêard, Précis d'histoire moderne et contemporaine, 444. Delartf/e le Routx, Gartulaire géné- ral des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, 210, 348. Gugiia, Leopold Ton Ranke's Leben und Werke, 152. Marks {Erieh). Historische und po- litische Aursœtze und Reden too H. Baumgarten, 373. SchHtter. Die Reise des Papstes IMus VI nach Wien, 140. Schwarz. Der Briefwechsel des Kai- sers Maxirailian H mit Papst Pius V, 385. r/ifUTNH. Stndien zur Geschichte des Pai>sles Leo X, 377. ALLEMAGNE KT ALnPRl GUE-HONGRIE. Adam, Das Tagebuch des Herolds Haas LaU ikber deo 379. 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Johannes Bunderlin von Linz und die oberœsterreichischen TœufergemeiDden (1525-31), 384. Pastor, J. Janssen. Ein Leoensbild, 372. Radlkofer. Entstehungggeschichte der Antorschafl der 12 ArUkel, 379. Sander, Vorarlber^ zur Zeit des dent- schen Bauernkrieges, 382. SzamatUski. Ulrichs von Hutten deulsche Schriflen, 376. Tschackert. Paul Speratus von Rœt- len, eyangelischer Bischof von Po- mesanien in Marienwerder, 378. — Urkundenbuch zur Reformations- geschichte des Herzogturas Prens- sen, 378. — Herzog Albrecht von Prenssen als reforraatorische PersŒnlichkeit.378. Turha. Zut Verhaflung des Landgra- fen Philipp von Hessen, 376. Uhlhom (abbé G.). Antonins Gorri- nns, 378. Vlmann. Das Leben des dentschen Volkes im Beginn der Nenzeit, 377. Venezianische Depeschen vom Kai- serhof, 375. Votsch. Ulrich Yon Hutten nach sei- nem Leben und Schriften, 376. Vogt {W.]. Der Bodensee-Rapperts- weiler Uaufen im dentschen Bauem- kriec, 382. Winkàmann (0.). Der Schmalkal- dische Bund (1530-1532), 373. 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Grandeurs et décadences des classes moyennes, 213. Lossen. Die Lehre vom Tyrannenmord in der christlichen Zeit, 218. GÉOGRAPHIE ET VOYAGES. Nouveau dictionnaire de géographie universelle, 214. Rabot. A travers la Russie boréale, 213. Verschuur. Voyages aux trois Guyanes et aux Antilles, 213. 456 TABLB DBS HATlàEBS. TABLE DES MATIÈRES. ARTICLES DE FOND. p««« G. Jacqueton. Le Trésor de l'Épargne sous François !«'; fin . i H. Sée. Étude sur les classes serviles en Champagne du xp au XIV® siècle ; premzcr ar/tc/6 225 MÉLANGES ET DOCUMENTS. E. Barbé. Le nabab René Madec; /in 68 G. Depping. Nouvelles lettres de la princesse palatine ... 49 F. Funck-Brentano. L'homme au masque de velours noir, dit c rhomme au Masque de fer > 253 Ch. Pfister. Les « CEconomies royales » de Sully; /în . . . 39,304 P. Robiquet. Le clergé et la municipalité d'Ernée, 1791-93. . 91 BULLETIN fflSTORIQUE. Allemac^e. Publications relatives à Thistoire de la Réforme, par Alfred Stern 372 France, par L. Farqes, A. Molinier et G. Monod .... 118,340 CORRESPONDANCE. Lettre de M. Brutails . 163 COMPTES-RENDUS CRITIQUES. E. Abbott. Herodotus; books V-VI. (G. Radet.) 386 L. Bamberger. Characteristiken. (A. P.) 400 M. GoHN. An introduction to the study of the constitution. . 186 A. EsMEiN. Cours élémentaire de droit français. (R. Saleilles.). 389 W. Fitzpatrick. Secret service under Pitt. (H. P.) . . . . 143 R. Flint. History of the philosophy of history. (Gallland.) . 402 W. FowLER. The city-state of the Greeks and Romans. (Ch. Lécrivaln.) 387 E. GoTHEiN. Ein Golloquium von etlichen Reichstags-Puncten. (G. Blondel.) 136 E. Guglia. Leopold von Ranke's Leben und Werke. (Gall- land.) 152 K. HiEBLER. Maria-Josefa-Amelia. (Alf. Stern.) ..... 151 Ad. Harnagk. Geschichte der altchristlichen Litteratur bis Eusebius. (P. Batlffoi.) 388 R. KiRGHHOEFER. Zur Eutstehung dcs Kurcollogiums. (G. Blon- del.) 134 TABLB DES MATliRES. 457 Pag«s A. OoLE. The marquis d'Argenson. (6. Gréhange.) .... 137 E. Pais. Storia d'Italia daî tempi più antichi. (Ad. Holm.) . 130 H. ScHUTTER. Die Reise des Papstes Plus VI nach Wien. (Eag. Habert.) 440 J. ViNSON. Les Français dans Tlnde. (E. Barbé.) 138 H. Watts. Spain, 711-1492. (H. Léonardon.) 399 E. WiEHR. Napoléon und Bernadotte 1813. (M. Philippson.) 148 LISTE ALPHABÉTIQUE DES RECUEILS PÉRIODIQUES ET DES SOCIÉTÉS SAVANTES. FRANGE. 1. Académie delphinale 173 2. Académie des inscriptions et belles-lettres 170,420 3. Académie des sciences morales et politiques .... 420 4. Académie nationale de Reims 174,421 5. Annales de Bretagne 172 6. Annales de l'École libre des sciences politiques . . . 165, 418 7. Annales de l'Est 172 8. Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux . . . 171 9. Annales du Midi 172 10. Bibliothèque de rËcole des chartes 164,415 11. Bulletin critique 166,416 12. Bulletin de correspondance hellénique ...... 417 13. Bulletin d'histoire ecclésiastique 173 14. Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne. . . 174 15. Le Correspondant 168,418 16. Études religieuses et littéraires 168 17. Journal des Savants 166,416 18. Mélanges d'archéologie et d'histoire 165 19. Nouvelle Revue historique de droit 166 20. Polybiblion 417 21. La Révolution française 165,418 22. Revue archéologique 418 23. Revue critique d'histoire et de littérature 167, 417 24. Revue de l'Agenais 175,422 25. Revue de Champagne et de Brie 174 26. Revue de Gascogne 175,422 27. Revue de géographie 166 28. Revue de Paris 169 29. Revue de Saintonge et d'Aunis 422 30. Revue des Deux-Mondes 168,419 31. Revue des Études juives 418 32. Revue historique et archéologique du Maine .... 175 33. Revue maritime et coloniale 166 34. Société d'émulation de l'Ain 173 35. Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France . . 421 458 TABLE DES BUTIÈRES. 36. Société de THistoire du protestantisme français 37. Société éduenne 38. Société historique et archéologique du Gâtinais 39. Société nationale des Antiquaires de France . 40. Union historique et littéraire du Maine. . . ALLEMAGNE. 1. K. Akademie der Wissenschaften (Berlin) 2. K. Akademie der Wissenschaften (Munich) . . . . 3. Alemannia 4. Altpreussische Monatschrift • . . . . 5. Annalen d. Vereins f. Nassauische Alterthumskunde . 6. Archiv fur Anthropologie 7. Archiv f. d. Studium d. neueren Sprachen . . . . 8. Archiv f. Geschichte von Oberfranken 9. Aus Aachener Vorzeit 10. Beitraege zur Kunde d. indogerm. Sprachen . . . . 11. Brandenburgia 12. Byzantinische Zeitschrift 13. Correspondenzblatt d. deutschen Alterthumsvereine . 14. Deutsch-evangelische Blaetter . 15. Deutsche Revue 16. Forschungen zur Brandenburg. Geschichte . . . . 17. K. Gesellschaft d. Wissenschaften zu Gœttingen . . 18. Gœttingische gelehrte Anzeigen 19. Hermès 20. Historische Zeitschrift 21. Historisches Jahrbuch 22. Jahrbuch d. histor. Gesellschaft f. den Netzedistrict . 23. Jahrbuch f. d. Geschichte von Oldenburg 24. Jahrbuch f. Gesetzgebung 25. Jahrbùcher f. Nationalœkonomie u. Statistik. . . . 26. Jahresberichte d. histor. Vereins Dillingen . . . . 27. Der Katholik 28. Kollektaneenblatt f. d. Geschichte Bayers 29. Mittheilungen aus dem Stadtarchiv von Kœln . . . 30. Mittheilungen d. Freiberger Alterthumsvereins . . . 31. Mittheilungen d. Geschichtsforsch. Ver. zu Eisenberg. 32. Mittheilungen d. k. archaeologischen Instituts . . . 33. Mittheilungen d. Vereins f. Geschichte Nùrnberg . . 34. Mittheilungen ùber rœm. Funde in Heddernheim . . 35. Neue Beitraege zur Geschichte d. d. Alterthums. . . 36. Neue Jahrbùcher fur deutsche Philologie 37. Neue Jahrbùcher fur Philologie und Paedagogik. . . 38. Neue kirchliche Zeitschrift 39. Neues Archiv 40. Neues Lausitzisches Magazin Piges 171,420 174 421 171 175 182,433 182 183 438 437 433 178 436 434 178 188 428 433 429 183 438 183 177 178 176 427 439 437 181 181 184 430 185 434 185 i85 181 186 186 180 177 179 430 429 437 1 / V **W'-^ \ S|rti„| i II