v^xiijr ùî^^VE... -^ of CALÎFORNIA LOS ANGELES LIBRARY ARCHIVES LA BASTILLE XI PARIS. — IMPRIMERIE PILLET ET DL"MOULI>', o, me des Grands-Augustins. ARCHIVES ]) )■: LA BASTILLE DOCUMENTS INEDITS RECUEILLIS ET PUBLIÉS FRANÇOIS RAVAISSON ConserTateur- adjoint à U Bibliothèque de l'Arsenai. RÈGNE DE LOUIS XIV (17 02 A 1710) PARIS A. DURAiND ET PEDONE - LAUUIEL , ÉDITEURS Libraires de la Cour d'appel et de l'Ordre des avocats G PEDONE-LAURIEL, SUCCESSEUR 13. BUE S 0 U F F L 0 T . 13 I 8 8 0 8847;^ V, Il AVERTISSEMENT Les documents contenus dans ce volume n'appellent aucune observation nouvelle; ils sont curieux pour l'histoire des mœurs, et c'est tout. La France semble avoir vieilli avec le Roi; les malheurs de la guerre ont épuisé toutes les forces actives. On ne cherche plus que le repos ; les dévots travaillent à gagner le paradis à bon marché, tandis que les débauchés méritent l'enfer à petit bruit. Les affres de la mort qui s'approclie rendent le Roi "J plus méticuleux ; il veut s'occuper lui-même de piètres délits qu'il abandonnait jadis à la justice des parlements ; la Bastille ■ est devenue la succursale de Bicêtre et de la Salpêtrière, parce f que les inûrmités, aigries par les conseils d'un confesseur, ont S rendu abominables, aux yeux du pénitent effrayé, les fautesjgrTU ( commettait lui-même dans des temps plus heureux. D'agitation politique, il n'en est plus question, tout dort en France; un immense ennui envahit le gouvernement et les su- jets ; l'esprit se retire petit à petit de ce grand corps ; il va en être ainsi jusqu'au décès de Louis XIV ; cependant Versailles est encore l'antre du lion : les étrangers le regardent avec une admiration mêlée de crainte, et la Bastille leur inspire toujours un respectueux effroi. Bava isson. J«f avril 1880. ABRÉVIATIONS A. (j. Archives de la Guerre. A. M. Archives de la Marine. A. N. Archives Nationales. B. Bastille. B. A. Bibliothèque de l'Arsenal. J{. N. Bibliothèque Nationale. G. Catholique. G. R. Catholique romain. N. C. Nouveaux ou nouvelles catholiques. R. Religion. G. Religion catholique. Religion protestante. R. P. R. Religion prétendue réformée. Son Excellence. Son Éminence. Sa Majesté. S. M. B. Sa Majesté Britaïuiique. S. M. C. Sa Majesté Catholique. S. M. I. Sa Majesté Impériale. S. M. T. C. Sa Majesté Très ClircliiMinc R. G. R. P. . P. R. S. E. S. Em. S. M. PAPIERS INÉDITS DE LA BASTILLE HARLAY-GÉLY*. Correction. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 24 mars 1702, sur les une heure après-midi, M. Huguet, exempt du grand prévôt de l'hôtel, le marquis de Sourches, a mené et remis à M. le gouverneur, pour prisonnier, M. le comte Cély, conseiller du parlement de Paris, fils de M. de Harlay 2, conseiller d'État, etc., lequel M. de Cély doit être renfermé sans qu'il puisse se communiquer avec personne, de vive voix ni par écrit, ayant avec lui un valet de chambre. Et il doit se promener et prendre l'air dans la cour et sur la terrasse avec un officier, sa détention n'étant que pour des affaires qu'il a avec M. et madame du Harlay ^ père et un peu de libertinage, M. le gouverneur l'ayant fait mettre dans le grand appartement, au-dessus de la cuisine, ayant la liberté de ses fenêtres ouvertes du côté de la petite cour, et son valet de même dans sa chambre. Du jeudi 13 octobre, sur les 10 heures du matin, M. Morand, i. Ordres d'entrée du 23 mars, et de sortie du 11 octobre 1702. Contre-signes Pontchartrain. Louis-Auguste-Acliille de Harlay, comte de Cély, alors conseiller au parlement^ mailre des requêtes le 8 octobre 1707, et dans la suite intendant de Pau et de Paris. 11 avait, dit Saint-Simon, beaucoup d'esprit et encore plus de débauche et de folie. Il avait épousé en 1698 la demoiselle Lavie, fille d'un maître des requêtes. 2. Nicolas-Auguste de Harlay, seigneur de Bonneuil, comte de Cély, conseiller d'État ordinaire, ministre plénipotentiaire à la paix de Riswick, mort le 2 avril 1704, âgé de 57 ans. 3. Amie-Françoise-Louise-Marie Bouchera!, sa femme. 1 2 PETIT. intendant de M. de Harlay, a porté l'ordre, etc., pour mettre dans le moment M. le comte Cély dans une entière liberté, fils de M. du Harlay, lequel doit partir de Paris cette après-midi, pour aller dans une terre nommée Gompans, où sa famille l'attend avec bien de l'impatience, à 6 heures de Paris. (B. A.) PETIT*; DESFORGES 2; LEBEL^; LOUVART*. Débauche ^. LE COMMISSAIRE BIZOTON A M. d'aRGENSON, Martin et sa femme, qui tiennent une petite chambre garnie rue de Seine, près la Galère, me viennent de donner avis que depuis un mois, ils ont loué la chambre à un jeune homme, nommé Petit, âgé d'environ 2o à 26 ans, beau de visage, qui jour et nuit reçoit et amène plusieurs jeunes gens avec lesquels, non seulement il fait une débauche de viande et autre chose, mais encore se prostitue à tous les jeunes gens qui le viennent trouver dans le lit, jusques à 3 heures après-midi, qu'il se lève et s'habille. Ensuite s'en vont dans les jeux publics chercher d'autre compagnie, qu'il ramène passer la nuit chez lui; que la nuit dernière, ils étaient encore six et y ont mangé une longe de veau et un quartier d'agneau ^; que s'étant aperçus que leur lit était tout gâté, et s'en étant plaints à Petit, il les a menacés de les faire assassiner s'ils parlaient de cela à qui que ce soit ; qu'il devait sortir demain de sa chambre, et aller 1. Ordres d'entrée du 5 avril 1702, et de sortie du 16 avril 1704. 2. d» 19 avril d» d» 27 juillet 1702. 3. do 10 mai d» d» 11 janvier 1703. 4. d» 12 mai d". Ordres contresignés Pontchartrain. 5. En accordant les honneurs de la B. aux misérables débauchés dont il est ici question, la police voulait éviter le scandale causé par les procédures faites devant la Tournelle, et par les flammes du bûcher sur lequel les coupables étaient brûlés tout vifs ; elle cherchait encore à soustraire à la curiosité du public les déclarations des accusés contre leurs complices, et à préserver ainsi l'honneur des familles. Ce sont là les véritables motifs de l'indulgence du Roi pour un vice qu'il avait en profond dégoût et à propos du quel ses plus cruels ennemis n'ont pu faire tomber sur lui l'ombre d'un soupçon. 6. On était sans doute en carême ; nous ferons remarquer comme un trait de mœurs que le commissaire semble trouver l'inobservation du maigre un crime aussi grave que celui qu'il dénonce au lieutenant de police. LEBEL. :3 loger tout auprès, au-dessus de la Galère; que ce jeune homme est très-décrié par ses débordements, et que partout où il a logé, on l'a mis dehors à cause de ses. débauches ; qu'ils n'ont pu savoir autre chose sur son pays et sa famille, sinon qu'il était de Beauce, et qu'il s'en vante; qu'il fréquentait un jeune homme qui se dit avoir l'honneur d'être de vos alliés ou parents, mais n'ont pu en savoir le nom. Comme cet avis m'a paru d'une grande importance, par rapport à cette infâme débauche, j'ai cru être obligé de vous en rendre compte, en attendant vos ordres que j'exécuterai ponc- tuellement. 19 mars 1702. Je viens de faire arrêter, en exécution de vos ordres. Petit de Boution, et conduire chez M. Aulmont. Il nous a dit qu'il est natif de Chevreuse, fils d'un fermier, qu'il y a quatre ans qu'il est à Paris. Dans ce que j'ai parcouru de ses papiers que j'ai trouvés ren- fermés dans une malle ronde, il m'a paru qu'il a été ci-devant va- let de chambre de M. de Gadagne, et j'ai trouvé une lettre cache- tée à l'adresse de M. le comte de Tallard, lieutenant général des armées du Roi '. Toutes ces lettres sont remplies de discours qui justifient, du reste, le commerce abominable oh il est livré depuis longtemps, et hier il soupa tête à tête avec un homme de condi- tion qui est fort soupçonné de ce désordre; ses papiers ont été remis dans sa malle, fermée à la clef, et la clef en sa possession, et la malle entre les mains de M. Aulmont. Je crois que si vous avez la bonté d'examiner cet homme, vous apprendrez des choses effroyables sur son commerce. 22 mars 1702. Lebel est un beau garçon, bien fait, ci-devant laquais, et qui â présent se fait passer pour homme de qualité. Cet homme est dans la dernière débauche, et c'est un lieu oîl l'on voit tous les jours entrer des jeunes garçons avec des gens de qualité et même des moines, lesquels y passent des journées en- tières à faire des débauches très grandes, et on assure que le péché de Sodome s'y commet avec la dernière licence. A remarquer que voilà deux mémoires qu'on donne contre cet i. Le duc de Saint-Simon dit, sans autre commentaire, que M. de Tallard vivait mal avec sa femme; on voit ici quelle était la cause de leur mésintelligence, et que là dame n'avait pas tout le tort. 4 DESFORGES. homme touchant cette débauche, et qu'il a été chassé de la pa- roisse de Saint-Sulpice, et de là a été demeurer derrière les Capu- cines, dans une maison très propre à ce genre de débauche. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MEME. Versailles, 5 avril 1702. Vous trouverez ci-joint un ordre pour mettre à la B. Petit de Boution, où il faut que vous l'interrogiez à fond sur tout son mau- vais commerce, et que vous m'envoyiez son interrogatoire avec les pièces qui ont été trouvées dans sa malle, après quoi on verra s'il conviendra mieux de le mettre à Vincennes ou dans quelque châ- teau éloigné. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du dimanche 9 avril, sur les 8 heures du soir, M. Aulmont le jeune a mené et remis M. Petit de Boution de Goubertin, près de Chevreuse, etc., lequel est soupçonné, et même accusé d'être un sodomile, lequel a demeuré détenu plus de 15 jours chez M. Aul- mont, que j'ai reçu en arrivant, et fait mettre à la première chambre, seul, de la tour du Puits. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. 19 avril 1702. S. M. veut bien faire chasser de Paris Desforges, ainsi que vous le proposez; mais il faut auparavant l'interroger sur les choses dont il est accusé. Je vous envoie à cet effet un ordre pour le faire conduire à la B., oti vous lui ferez subir en secret un interroga- toire que vous m'enverrez, s'il vous plaît, qui n'étant connu que de vous et de votre greffier, ne peut porter aucun préjudice aux familles qui s'y trouveront intéressées. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 24 avril, à 8 heures du matin, M. Aulmont le jeune a ïnené et remis M. Lelièvre, sieur Desforges, se disant gentilhomme et maître horloger, etc., qu'on accuse d'avoir trop parlé et tenu de mauvais discours dans le monde, lequel j'ai reçu et fait mettre dans la troisième chambre de la tour de la Chapelle, à la cage percée, bien fermée. (B. A.) LOUVART. 5 PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Versailles, 6 mal 1702. S. M. veut bien faire mettre à l'hôpital général Lebel et Louvart, mais il faut auparavant les interroger sur les crimes dont ils sont accusés. Gomme il n'y a point de confrontation à faire, ce sera une procédure de peu de durée, et si vous voulez les dérober entière- ment à la connaissance du public, vous pouvez les envoyer h la B, pour quelques jours. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 12 mai, sur les 4 heures après-midi, M. de Sa- very, etc., a remis M. Dupressoir-Louvart, qu'on dit être le fils d'un perruquier, habillé en marquis, que M. le gouverneur a reçu, etc., et fait mettre seul à la première chambre de la tour de la Chapelle, renfermé. Du dimanche 14 mai, à 9 heures du matin, M. de Savery a remis M. Lebel, étant de la môme affaire de Dupressoir, n'y ayant qu'un ordre pour les deux, lequel j'ai fait mettre à la cinquième chambre calotte de la Bretaudière, renfermé. (B. A.) MÉMOIRE AUTOGRAPHE DE M. d'aRGENSON, PARAPHÉ PAR LEBEL. 2 juin 1702. Gens avec qui Lebel a commis le péché de sodomie. 11 est âgé de 24 ans et originaire de Paris. Son père est valet de chambre de M. de Chanlot, secrétaire de feu M. le Prince, et il a étudié au collège des jésuites jusqu'en seconde, après avoir été enfant de chœur fi Saint-Sulpice, pendant 3 ans. Duplessis, fameux sodomite, qui loge aux environs de Saint-Etienne des Grecs, et se promène tous les jours dans le jardin du Luxembourg pour y séduire de jeunes écoliers, est le premier qui l'a débauché, et ce fut dans ce même jardin qu'il écouta ses propositions infâmes ; il n'avait alors que 10 ans, et dès lors Duplessis avait presque tous les jours chez lui une assemblée de jeunes gens dont il abusait succes- sivement. Il le produisit à Coutel, qui demeure au Palais-Royal, et qui est non seulement un sodomite, mais un impie. Aslier était de la m.ême société : tous trois vont au Luxembourg 6 L'ABBÉ DE VILLEFORT. et dans les billards de la place de Saint-Michel, presque tous les soirs, pour faire des parties avec des jeunes enfants, les attirer au cabaret ou dans leur chambre, et y commettre avec eux les der- nières abominations. Comme ils n'ont aucun bien, et qu'ils ne subsistent que de cette intrigue, ils livrent les jeunes gens qu'ils ont débauchés à des per^ sonnes qui les payent bien, et ils en partagent le prix. L'abbé de Villefort, qui a été à la B., et depuis chassé de Paris pour de semblables infamies, l'a aussi connu et l'a produit à M. de Ch., colonel réformé, qui lui donna un louis d'or, et pré- tendit ensuite qu'il était son soldat; mais ses amis le tirèrent d'af- faire. Il a connu plusieurs autres gens dont la principale étude est de corrompre la jeunesse et d'en faire un trafic ouvert. Voici leurs noms : M. Leroux, qui demeure derrière l'église de la Madeleine, s'en est vanté en sa présence ; celui-là envoie de beaux laquais à des seigneurs de province, lorsqu'on lui en demande, et fait ici les conditions de leurs engagements. Comtois, limonadier, qui tient sa boutique dans la rue des Bons-Enfans, près le Palais-Royal; M. de Sancerre, de Montpellier, qui loge dans la rue Dauphine, vis-à-vis l'hôtel d'Anjou; M. de la Guillaumie, abandonné à toutes sortes de débauches, et renfermé chez les PP. de la Charité de Gharenton, par ordre du Roi, à la prière de ses parents; Baptiste, qui a été au service de M. de Vendôme S et a longtemps abusé de sa confiance, jusqu'à se vanter qu'il lui fournissait des jeunes gens, et qu'il en était bien payé ; M. l'abbé de Capistron ^, qui passe pour être chargé du même soin; M. l'abbé de Larris, ci-devant dans le quartier de Sainte-Geneviève ; celui-ci est d'une figure agréable et se prostituait lui-même; l'abbé Lecomte, qui a été chassé du sé- minaire de Saint-Magloire, est originaire de Paris, et fait depuis longtemps sa principale étude d'attirer des écoliers pour les cor- rompre; l'abbé Dumontier, camarade ordinaire de l'abbé Lecomte et du même commerce ; l'abbé Bruneau ^, qui a plusieurs parents 1. Si l'on en croit les chansons du temps, les propos de ce Baptiste étaient la pure vérité. 2. Louis de Carapistron, d'une famille de Toulouse; il était entré chez les jésuites dès 1 âge ds 13 ans, et mourut en 1733^ âgé de 77 ans. C'était un lauréat de jeux iloraux; il faisait partie, comme son frère l'académicien, de la maison de Vendôme. 3. Cet abbé était sans doute parent de Antoine Bruneau, avocat au parlement, fort connu alors. DUC DE LESDIGUIÉRES. 7 dans la robe; l'abbé Servien *, et l'on dit qu'il a dans le quartier de Saint-Paul une maison particulière qui ne lui sert qu'à cet usage. M. le duc de L. 2, qui au mois d'août 1699, étant accompagné d'une personne de distinction qu'il ne connaît pas, le pria de venir souper avec eux, quoi qu'il ne lui eût jamais parlé, ce qu'il n'ac- cepta pas. Sait aussi que les gens de ce commerce abominable se donnent des rendez-vous chez Livry, limonadier de la place du Palais-Royal, mais ne croit pas que Livry soit de l'intrigue. A ouï dire que le dernier ambassadeur de Portugal était dans ce goût-là, et qu'il avait à son service un grand page nommé Louis, dont il a fait depuis son gentilhomme, et qui, après le départ de l'ambassadeur eut à Paris un carrosse fort brillant. On disait alors que M. le duc de Lesdiguières aimait ce page et qu'il lui donnait beaucoup d'argent, et se souvient qu'on parlait d'une bague de cent louis. Le fils d'Alvarez ^ et l'abbé Bailly, fils de la maîtresse du prési- dent de Maisons, camarades ordinaires ; Robert ou Gobert, valet de garderobe chez M. le duc d'Orléans. Soupçonne le jeune duc d'Estrées d'avoir cette pente, et sait qu'il voulut faire sortir de condition un grand laquais fort bien fait, qu'il trouva dans l'église des Jacobins, pour entrer à son service, ce qui donna lieu d'en parler le soir aux Tuileries, comme d'une chose qui était du dernier ridicule. Autrefois le Père Armant, de Paris, capucin, se mêlait de ces abominations. C'est auparavant qu'il fût religieux, et maintenant il est d'une conduite exemplaire. Il demeure dans le couvent de Saint-Honoré, et il était connu dans le monde sous le nom de la Ville-aux-Bois ; il a pour oncle M. Amoing, greffier du grand con- seil, et il est sur le point d'être ordonné prêtre. Le répondant offre de découvrir en ce genre les intrigues les plus secrètes de Paris, surtout par rapport aux régens et aux pré- cepteurs qui corrompent l'innoceuce de leurs écoliers, et il ne t. Augustin Servien, abbé de Saint-Jouin et de Pierreneuf, et prieur de Sainte- Catheriue-du-Val-des-Écoliers, mort à Paris, le 6 octobre 1716. C'était un fils d'Abel Servien. 2. Jean-François Paul, duc de Lesdiguières, né en 1678, et mort à Modène eu 1704. Il avait épousé en 1696 L. de Duras, fille du maréchal de Duras. 3. Le père était un marchand de diamants fort connu alors, et qui avait été souvent chargé par Colbert de missions secrètes et fort délicates. 8 LOUVART. demande pour toute récompense que d'être renfermé à Saint- Lazare, au pain et à l'eau, en attendant qu'on le juge digne d'être religieux à Joyenval, qui est un monastère de l'ordre de Prémon- tré, suivant le vœu qu'il en a fait. M. l'évêque de Chartres est abbé de celte abbaye, où il était sur le point d'être reçu, lorsqu'il a été arrêté et conduit dans ce château. (B. N.) JOURNAL DE M. DD JUNCÀ. Du dimanche 18 juin, à 11 heures du matin ou environ, Dupres- soir-Louvart, prisonnier renfermé seul, à la première chambre de la tour de la Chapelle, sans nulle apparence de maladie ni de folie, que d'un mal vénérien, qu'un désespoir l'a porté à se couper toutes les parties nobles, entièrement enlevées et jetées lui-même dans le coin de sa cheminée, et voyant qu'il ne pouvait en mourir assez tôt, et que l'heure qu'on lui devait apporter à dîner approchait, il reprit son même couteau, et se coupa la gorge jusqu'à l'os. Un moment après, M. Lecuyer, capitaine des portes, allant dans sa chambre pour lui faire apporter à dîner, a trouvé Dupressoir sur son lit, agonisant, couvert de sang. Étant venu aussitôt avertir M. le gouverneur, et demander M. Giraud, l'aumônier, qui y a accouru dans le moment; mais l'ayant trouvé hors d'état de pou- voir parler, il a donné des marques par des signes, qu'il entendait bien tout ce que M. l'aumônier lui disait, et même il eut assez de force pour se lever sur son séant, et fît signe qu'il désirait d'écrire. On lui apporta dans le moment ce qu'il fallait pour cela. Lequel écrivit sur un morceau de papier : Je demande pardon à Dieu de tout mon cœur; c'est le désespoir. Il continua à donner de bonnes marques de chrétien repentant jusqu'à sa mort, qui fut sur les 3 heures après-midi. M. le gouverneur en ayant donné avis à M. d'Argenson, il vint le soir du même jour, seul, pour s'informer du détail de ce malheur arrivé, et ce qu'il y avait à faire, l'ayant trouvé mort; il fut convenu qu'il enverrait le lendemain lundi, à 7 heures du matin, le commissaire Bizoton, seul, pour faire la visite du corps, et un procès-verbal de l'état où il l'a trouvé, ce qu'il a fait en présence de MM. Corbé, lieutenant de la compagnie, de Rosarges, officier, de Reil, chirurgien, et de R., porte-clefs. Cette procédure faite dans la matinée, les prêtres de Saint-Paul sont venus enlever le corps de Dupressoir-Louvart, qu'on a fait LEBEL. enterrer sous le nom de Pierre Massuque, en présence et aux soins de LaCoste, sergent de la compagnie, et de quelques soldats. — Du lundi 19 juin 1702. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MAUS. 19 juin 1702. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite concernant Louvart, qui s'est désespéré ; le meilleur moyen pour empêcher cette sorte d'accidents est de ne laisser aux prisonniers aucuns couteaux ni autres choses dont ils pussent faire mauvais usage, et de les visiter et de les faire visiter souvent; j'entends par le mot de souvent, le matin, le soir, et 3 ou 4 fois le jour, et même pendant la nuit, ceux sur qui on peut avoir du soupçon. (A. N.) LE MEME A M. D'ARGENSON. Versailles, 21 juin 1702. J'ai lu à S. M. l'interrogatoire que vous avez fait prêter à Lebel; elle veut que vous approfondissiez à fond et en détail toutes les misères et les abominations dont il a commencé à vous parler, en lui promettant de le faire recevoir à Saint-Lazare, ainsi qu'il le désire. Travaillez donc incessamment à cette affaire, sans avoir aucuns égards pour qui que ce soit qu'il pourrait nommer; vous jugez mieux que personne de quelle importance c'est d'approfon- dir ce qui regarde les régens et les précepteurs qui corrompent les écoliers. Marly, 5 juillet 1702. Lorsque vous aurez appris de Lebel les noms des jeunes gens qu'il vous a indiqués, prenez la peine de me le mander et d'at- tendre les ordres du Koi avant que de les faire arrêter. 28 juillet 1702. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à l'hôpital Desforges ; il y demeurera 2 ans, après quoi il sera chassé de Paris. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 3 août, à 10 heures du matin, M. Aulmont l'aîné est venu, etc., afin de lui faire remettre M. Lelièvre Desforges, gen- 10 PETIT. tilhomme, qui travaillait en pendules et fusils, lequel étant détenu ici, a été transféré dans le moment dans l'hôpital général, pour y être renfermé jusqu'à nouvel ordre du Roi. — Accusé de plu- sieurs infamies. Desforges a été mené àBicêtre. (B. A.) PONTCIIAIITRAIN A M. D'ARGENSON. Yersailleâ, 16 avril 1704. Petit de Boution doit être conduit à l'hôpital, d'où il pourra être envoyé aux Chartreux, s'il se trouve quelque couvent qui veuille bien le recevoir. (A. N.) RAPPORTS DE M. D ARGENSON. Lelièvre, sieur Desforges, etc. En 1702, il a été à la B. pendant plusieurs mois; il s'attachait à corrompre les jeunes filles de 10 ans, et il ne paraîtrait pas conve- nable de le faire sortir encore. En 1701, Lebel, son père, était maître d'hôtel de M. de Chanlot, secrétaire des commandemens de M. le Prince, et ce jeune homme, vicieux dès l'enfance, après avoir fait ses classes dans un collège de cette ville, et s'y être livré aux plus infâmes prostitu- tions, a tenu chez lui une école d'abominations et de sodomie ; il est convaincu de tous ses désordres par son propre aveu; mais après avoir été 9 mois à la B., il a demandé avec la dernière instance d'être transféré dans cette maison (Saint-Lazare), pour y faire une pénitence un peu plus volontaire ; cependant, son esprit paraît toujours inquiet, ce qui fait craindre que sa conversion ne soit en- core fort incertaine. J'apprends même que depuis qu'il est à Saint-Lazare, il a donné de nouvelles preuves de son inclination vicieuse et corrompue, malgré les protestations et les serments tant de fois répétés dont il s'était servi pour me tromper. Ainsi, ce n'est plus maintenant à titre de grâce qu'on doit le laisser dans cette maison, mais à titre de justice et de pénitence. Martin Petit, mis àBicêtre. En 1704, il est venu de la B., et c'est un sujet fort indigne ; la sodomie a été la principale occupation de sa jeunesse, et quand la prostitution de sa personne lui est devenue inutile, il en a prostitué LEPERCHE. il d'autres et s'en est fait un revenu. Tantôt il veut être chartreux, tantôt il demande à être soldat, et il y serait assez propre sans l'ha- bitude vicieuse dont il est possédé. En 1705. Je pense même qu'on pourrait le donner à un officier de confiance, en lui défendant de le laisser venir à Paris, où il se- rait à craindre que la vue de ses anciens camarades ne le fît ren- trer dans ses premiers désordres. Apostille de Pontchar train : Donner pour soldat dans le régiment de Noailles, le 31 mai 1706. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON, 19 avril 1705. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir de Saint-Lazare Lebel; tenez la main à ce qu'il se rende incessamment à l'exercice de l'emploi que M. duTronchet veut lui donner, sa liberté ne lui étant accordée qu'à celte condition. (A. N.) LE MEME A M. DE SAINT-MARS. 28 novembre IIOG. Vous verrez par le placet de la mère de Louvart, la demande qu'elle fait d'un diamant et des bardes du défunt; je ne doute pas que vous ne lui fassiez rendre tout ce qui peut lui appartenir. Ainsi, je mande à cette femme de s'adressera vous et de vous jus- tifier qu'elle est héritière de son fils; car s'il avait une femme ou des enfants, il serait plus juste de leur remettre ces bardes. (A. N.) LEPERCHE^ Propos séditieux. RAPPORT DE DEUX PERSONNES DIGNES DE FOI. Jacques Leperche, maître en fait d'armes, a dit que le Roi ne songe plus qu'à sucer ses peuples et à manier le c. de sa vieille, et qu'il sera bientôt le roi des gueux, et que tel qui porte aujour- d'hui des habits dorés, sera obligé avant deux ans de les vendre 1. Ordres d'entrée du 26 avril, et de sortie du 24 juin 1702. Contre-signes Pontchartraia. J2 LEPERCHE. pour avoir du pain, et que les ofliciers et les soldais mouraient de faim, et qu'il en avait vu qui avaient 25 ans de service et tout cou- verts de plaies, étaient revenus tout nus en demandant l'aumône. Il dit aussi que le Roi avait ruiné son royaume en chassant les huguenots, que le Roi se f... du peuple. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 26 avril 1702. S. M. veut que Leperche, maître d'armes, soit mis à la B., où vous l'interrogerez sur ses discours insolents, et ensuite de quoi on verra ce qu'il convient de faire de lui. (A. N.). JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du dimanche 30 avril, sur les midi, M. de Savery, etc., a remis M. Leperche, maître d'armes, à Paris, etc., pour y être détenu, lequel j'ai fait mettre dans la seconde chambre du grand apparte- ment au-dessus de la cuisine, — Renfermé. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 17 mai 1702. Leperche est à la B., accusé de plusieurs discours insolens qu'il a tenus contre la personne du Roi et l'État; cependant ses extra- vagances ne doivent pas laisser souffrir sa famille par sa détention; ainsi s'il a quelque affaire à communiquer à sa femme, vous pouvez lui permettre de la voir encore; il ne doit point avoir la liberté de la cour. (A. N.) LE MÊME A M. B'ARGENSON. Versailles, 24 juin 1702. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir Leperche de la B., aver- tissez-le que s'il ne s'abstient de ses mauvais discours, il s'attirera un châtiment plus sévère. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 28 juin, à dO heures du matin, M. de Savery, etc., a porté l'ordre pour mettre dans le moment M. Leperche dans une entière liberté, lequel est sorti aussitôt avec M. de Savery et un de ses parents pour aller ensemble chez M. d'Argenson. (B. A.) GODET, DIT BIENAISE. 13 GODET, DIT BIENAISE*. Charlatan. LES MÉDECINS DE POITIERS AU CHANCELIER PONTCHARTRAIN. Poitiers, 5 mars 1702. Les docteurs régens de la Faculté de médecine en l'Université de Poitiers^, osent se donner l'honneur de vousassurerde leurs respects, et de vous demander très humblement votre protection en justice contre une sentence dePoitiersqui intéresse l'honneur de leur profes- sion et le bien public, en faveur d'H. Gaudet, dit Bienaise, garçon tailleur de son métier qui, contrefaisant le charlatan à Paris et y abusant le peuple, fut condamné en l'amende de 500 liv., pour avoir fait la médecine, par sentence de M. le juge de police du 6 septembre 1697, confirmée par arrêt du 28 juin 1698. Ce Bienaise se jactanl ici, il y a 18 mois, de connaître toutes les maladies à la vue des urines, et de les guérir par ses remèdes qu'il vendait cher; les médecins de Poitiers, sensiblement touchés des mauvais succès d'iceux, remontrèrent aux juges de Poitiers que les jactances dudit Bienaise étaient pure charlatanerie, très domma- geable au public, afin que défenses lui fussent faites d'exercer la médecine, comme il l'exerçait au mépris des privilèges de l'Uni- versité, de l'ordonnance, des statuts, règlements, édits du Roi, des arrêts et notamment de la déclaration de 1696; nonobstant ces remontrances, Bienaise fut renvoyé des conclusions contre lui prises, et ordonné que le mot charlatan serait rayé de la requête. Ce mot charlatan n'était pas employé dans la requête, mais bien que les jactances de Bienaise étaient pure charlatanerie, ce qui est une vérité toute claire. On ose dire que le public, indigné de cette sentence, n'en devine pas les motifs, et il est fort surpris de voir 1. Ordres d'entrée du 24 mai, et de sortie du 24 octobre 1702. Contre-signes Pontchartrain. 2. On ne saurait plus qu'il y avait une université à Poitiers si Corneille n'avait envoyé Dorante (le Menteur) y faire son droit; elle était très florissante, et il semble que la magistrature voyait avec ennui les professeurs et les médecins i>orter comme elle la robe rouge, et ce chagrin pouvait bien avoir inspiré de favoriser un charlatan aux dépens de la docte faculté. Cependant l'exercice de la médecine était régi alors par des règlements très sévères, mais les médecins des bœufs, ceux qu'on appelle maintenant vétérinaires, étaient soumis à un régime plus doux. En 1680, un paysan de Seignelay avait pris le même titre et avait fait une fortune considérable; après sa mort on sut que c'était un ami de la Voisin et qu'il avait vendu plus de poisons que de remèdes. 14 GODET, DIT BIENAISE. Bienaise protégé contre des docteurs d'une école qui a eu l'hon- neur de donner au grand Henri IV un médecin, à M. le cardinal de Richelieu un autre, et quoiqu'on en peut dire> nous ne croyons pas que MM. nos juges, illustres par leur caractère, par leur pourpre, puissent jalouser la pourpre de la célèbre Université de leur ville, celle de leurs médecins qui la portent en corps de l'Université dans les cérémonies, et lorsqu'ils ont l'honneur de saluer et d'ha- ranguer nos rois, à quoi ils ont eu l'honneur jusqu'à présent d'être appelés devant eux. Nous pensons que MM. nos juges pour tout motif de leur sentence, ont cru devoir la rendre comme elle est, mais nous croyons avec respect qu'elle est rendue contre tous les droits d'honneur à nous accordés par tous les titres susdits et dont nous avons joui. La dernière déclaration de 1696 registrée partout, veut que nul ne pratique la médecine qui ne soit docteur reçu dans une visite, h peine de 500 liv. d'amende pour la première fois, et de prison pour la deuxième; Bienaise, plaidant à Poitiers, déclare qu'il ne l'est pas, cependant sa sentence au poing, il fait publique- ment la médecine ; sur l'appel de cette sentence, n'ayant pu encore être entendus par M. Prautier Sallet depuis un an entier, nous espérons de votre bonté et justice que par ces profondes connais- sances qui vous ont acquis le droit déjuger des sciences, l'honneur de la nôtre sera réparé en cette importante occasion, réprouvant une sentence rendue contre tous les droits et privilèges qu'il a plu aux rois nous accorder, et à la cour de nous y maintenir : c'est la très humble prière d'une compagnie qui fera des vœux au ciel pour votre santé et prospérité. Les médecins de Poitiers : Mauduist, C. Fontenettes, Venault, C. Herpin, Mauduist de la Queue, Fontenettes fils, A. Denesdes. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'AHGENSON. VersaiUeSj 24 mai 1702. Je vous envoie l'ordre pour faire arrêter Bienaise et le faire con- duire à la B., où vous l'interrogerez à fond sur ses remèdes et sur sa désobéissance aux ordres du Roi, après quoi on verra s'il con- vient de le chasser de Paris. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 2ô mai, ;i 3 heures après-midi* M» de Savery, etc., a GODET, DIT BIEiNAISE. 13 remis M. Bienaise, etc., lequel prisonnier a resté quelques jours arrêté chez M. Savery, et qu'on a fait mettre à la troisième chambre, seul renfermé, de la tour de la chapelle, auquel prisonnier on a fait changer de chambre pour le mettre à la seconde de la tour de la Bretaudière seul, et j'ai appris que c'est un mutin et qu'il est méde- cin étranger. (B. A.) PONTCUARTRAIN A M. LE CONTE, LIEUTENANT CIVIL. Marly, 27 mai 1702. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite au sujet de Bienaise, qui a été arrêté par Savery, exempt de la compagnie du prévôt de l'île, il l'a fait de l'ordre du Roi; ainsi il est inutile que vous vous en mettiez plus longtemps en peine; M. d'Argenson, qui a remis l'ordre à Savery, est informé des intentions de S. M. à cet égard. (A. N.) LE MÊME A M. d'ARGENSON. Versailles, 14 juin 1702. A l'égard de Bienaise, il faut l'interroger à fond, ainsi que je vous l'ai déjà mandé, et je vous renvoie les sentences et arrêts qui ont été rendus contre lui. (A. N.) LE MEME A M. DE SAINT-MARS. 11 octobre 1702. Comme Bienaise n'est à la B. que pour n'avoir pas obéi à l'ordre du Roi qui lui défendait de revenir à Paris, S. M. trouve bon qu'il voie sa femme autant qu'elle voudra, que vous lui laissiez entendre la messe et qu'il se promène quelquefois ; prenez garde qu'il ne donne point de remède. (A. N.) LE MEME A M. D'ARGENSON. Versailles, 16 novembre 1702. Le Roi ayant voulu accorder la liberté à Bienaise, je vous envoie l'ordre pour le laisser sortir de la B., avec un ordre qui lui enjoint de se rendre au Mans et lui fait défense d'exercer la médecine. Je vous prie de lui remettre et de l'avertir que s'il s'avise d'y contre- venir, il sera enfermé pour le reste de ses jours. (A. N.) 16 PENICOT. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 17 novembre sur le midi, M. d'Argenson a envoyé M. Savery, etc., pour mettre dans le moment M. de Bienaise, médecin des bœufs, en toute liberté, en faisant sa soumission par écrit d'aller, suivant l'ordre du Roi, demeurer et résider jusqu'à nouvel ordre dans la ville du Mans, oîi il promet, comme il lui est défendu, de faire nulle fonction. (B. A.) PONTCHARTRAIiN A M. TURGOT, INTENDANT DE TOURS. Versailles, 22 novembre 1702. Le Roi a fait chasser de Paris, depuis peu de jours, Bienaise, avec ordre de se retirer au Mans : c'est un homme qui se mêle de la médecine; il y a quelques années qu'il fut mis en prison au fort l'Évêque, et il obtint sa liberté, à condition qu'il se retirerait à 30 lieues de Paris, mais y étant revenu au préjudice des défenses, S. M. le fit conduire à la B., oîi il a resté près de six mois, après lesquels il a été mis en liberté, à condition de se retirer dans la ville du Mans et qu'il ne se mêlera plus de la médecine, et comme S. M. est bien aise d'être informée de la conduite qu'il tiendra et s'il exécutera les conditions qui lui ont été prescrites, elle m'ordonne de vous écrire de le faire observer soigneusement et d'avertir en même temps les magistrats des villes de la province qu'il lui est expressément défendu de pratiquer la médecine. (A. N.) PENICOT*. Folie. PONTCUARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 24 juin 1702. J'écris à M. de la Bourdonnaye pour savoir des nouvelles de Penicot, ci-devant garde du Roi, arrêté sur le chemin de Ver- sailles -; il faut cependant l'interroger à fond sur les desseins qu'il pouvait avoir. (A. N.) 1. Ordres d'entrée du 7 juin, et de sortie du 2 août 1702. Contre-signe? Poutcliartrain. 2. Note de M. Duval. — Il monta le 6 mai sur une des voitures de la cour, s'em- para du siège du cocher sans rien dire, et tenant les guides des chevaux, l'épée au côté, conduisit en cet état la voiture. (B. A.) PENICOT. 17 LE MÊME A M. DE LA BOURDONNAYE, INTENDANT DE BORDEAUX. Versailles, 24 juin 1702. Il y a quelques jours qu'un officier du prévôt de l'île arrêta sur la roule de Paris à Versailles un jeune homme appelé Penicot, qui a été pendant deux ans garde du corps dans la compagnie comman- dée par M. le maréchal de Duras, pour des violences qu'il faisait à des passans qui marquaient quelque égarement d'esprit; il est fils d'un procureur au parlement de Bordeaux; prenez la peine, s'il vous plaît, de vous informer de sa famille, depuis quel temps ils l'ont vu, s'ils ont reconnu en lui quelque dérèglement d'esprit, quelle a été sa conduite passée, s'il a du bien et ce qu'ils entendent faire de lui? (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 28 juin, à 11 heures du matin, M. Garon, comman- dant la brigade de Passy, a mené et remis M. Penicot, transféré du grand Châtelet oii il était détenu depuis 6 semaines, etc., lequel se trouve avoir été dans les gardes du Roi de la compagnie de Duras, brigade de Sienne et ensuite de Tracy. Il est natif de Bordeaux, faisant la bête et ne voulant rien dire ni parler. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'AEGENSON. Versailles, 19 juillet 1702. Vous verrez par la lettre que m'écrit M. de la Bourdonnaye, que Penicot de la Rieur, ci-devant garde de S. M., qui a été conduit à la B., est un sujet bon à être renfermé; il faudrait voir si les reli- gieux de la Charité de Charenton voudraient s'en charger pour un prix unique, car le père, qui offre 200 liv., ne pourra apparem- ment donner au plus que 300 liv. de pension, sinon il faudra cher- cher quelque autre endroit pour le mettre. Marly, 2 août 1702. Je vous envoie l'ordre pour faire conduire Penicot au couvent de Charenton ; mais avant que de l'y envoyer, il faut encore l'inter- roger. J'écris cependant à M. de la Bourdonnaye, afin que son père pourvoie au payement de sa pension. (A. N.) 18. PENICOT. LE MÊME A M. DE LA BOURDONNA YE. Marly, 2 août 1702. Penicot, continuant à paraître l'esprit altéré, a été envoyé par ordre du Roi au couvent de la Charité, à Charenton, et quoiqu'on n'y reçoive aucun prisonnier qui ne paye au moins 400 liv., les reli- gieux ont bien voulu se contenter de 300 liv. pour celui-ci ; c'est un lieu où l'on traite fort bien ces sortes de maladies, et il faut espé- rer que, par les soins qu'on en prendra, qu'il pourra guérir; pre- nez la peine de faire avertir son père d'être régulier au payement de sa pension et d'y ajouter 10 ou 12 écus qu'on demande pour son linge et ses habits. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 14 août, à 8 heures du soir, un des lieutenants du grand prévôt de l'île a porté l'ordre, etc., pour lui remettre dans le moment M. Penicot, qui a été dans les gardes du Roi et de Bor- deaux, lequel doit être transféré dans les Carmes de Charenton, pour le faire guérir de la folie dont il est tombé et attaqué en arri- vant ici. (B. A.) PONTCHARTRA.IN AU SUPÉRIEUR DE LA CHARITÉ, A CHARENTON. 27 septembre 1702. Le père de Penicot, qui est dans votre maison, ne pouvant payer plus de 200 liv, pour la pension de son fils, le Roi a bien voulu suppléer ce qui manquera; ainsi j'aurai soin de vous faire payer au bout de l'an 100 liv . pour la pension et les 12 écus que •vous avez demandés pour son entrelien; prenez soin de lui et tâchez de le remettre en bonne santé. (A. N,) ALTREMAND, 19 ALTREMAND^. Nouvelliste. PONTGHARTRAIN A M, d'ARGENSON. Versailles, 24 juin 1702. Si vous croyez Altremand, commis dans la brigade des Porche- rons, coupable de quelque commerce ou intrigue criminelle, vous pouvez le faire arrêter, et sa qualité de commis des fermes ne le met point à couvert des poursuites des magistrats. Quant à ce qui regarde les précautions à prendre pour l'arrêter dans son bureau, vous pouvez, lorsqu'on l'arrêtera et qu'on fera perquisition dans sa chambre, y faire appeler M. de Saint-Amand, son patron, ou tel autre des fermiers généraux que vous jugerez à propos ; je vous envoie à cet eifet une lettre pour M. de Saint-Amand, M. Hénault ou autre qui vous conviendra le mieux : « M. d'Argenson, qui a de? soupçons très bien fondés contre un employé dans les fermes, au bureau des Porcherons, Altremand, doit le faire arrêter, et je lui mande de le faire en présence de quel- qu'un de MM. les fermiers généraux, afin qu'il puisse y être pen- dant la perquisition qu'on fera de ses papiers ; le roi vous a choisi pour cela, ainsi prenez la peine de concerter avec M. d'Argenson ce qu'il conviendra faire tant pour la capture de cet homme que pour la perquisition de ses papiers. » (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 1" juillet, à 10 heures du matin, M. de Savery a remis Altremand, lequel prisonnier est un commis des entrées- de Paris, du côté de Montmartre, aux Porcherons, accusé d'avoir des commis auxquels il faisait écrire toutes sortes de nouvelles qu'il envoyait dans les pays étrangers et dans les provinces, lequel a été mis dans la première chambre seul, renfermé, de la tour de la Chapelle. Il est Allemand et a servi M. le comte d'Aubigny. (B. A.) 1. Ordres d'entrée de juin, et de sortie du 6 décembre 1702. Contre signés Pontchartrain. 2. C'est-à-dire un brigadier préposé pour recevoir les droits sur les marchaudisés qui entraient dans Paris. 20 ALTREMAND. PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Marly, 12 juillet 1702. II faut sans difficulté interroger le plus tôt qu'il se pourra Altre- raand, nouvelliste, et ses 2 copistes, et voir de quoi ils sont cou- pables ; je vous ferai observer à cette occasion ce que vous savez apparemment mieux que moi, qu'il y a à Paris des gens de cette espèce qui se mêlent d'écrire des gazettes à la main qu'ils envoient mystérieusement dans les maisons particulières, dans les provinces et dans les pays étrangers, qu'ils font valoir comme choses parti- culières, quoiqu'elles ne soient précisément remplies que de ce qui est dans les gazettes imprimées ; la dernière que vous m'avez adressée, sortant des mains d'Altremand, m'a paru de cette espèce, ce n'est pas à dire pour cela qu'il est innocent, et je ne vous donne cet avis que pour réveiller votre attention sur ce sujet ; j'attendrai donc Tinterrogatoire de ces 3 personnages pour con- naître de quoi ils sont coupables. (A. N.) Versailles, 19 juillet 1702. Sur ce que vous m'écrivez que vous êtes obligé d'avoir recours à l'autorité immédiate du Roi contre les écrivains de gazettes, à cause du peu de succès qu'ont vos sentences sur cette sorte de gens, S. M. m'a ordonné de vous dire qu'elle veut bien vous aider de son autorité dans les occasions qui en vaudront la peine ; Leclerc et Nogaret> copistes d'Altremand, ne méritent pas d'être retenus en prison, s'ils ne sont pas plus coupables qu'ils paraissent par leur interrogatoire, et il faut aussi voir le plus tôt qu'il se pourra de quoi Altreraand est coupable, afin de lui rendre justice. (B. N.) M. D'ARGENSON a PONTCHARTRAIN. Paris, 22 juillet 1702. Leclerc et Nogaret, copistes d'Altremand, seront ce soir en liberté, suivant les intentions du Roi, et j'espère vous envoyer demain l'interrogatoire de cet étranger, qui fait un commerce public de nouvelles depuis 5 ou 6 ans. Au reste, cette distribution de gazettes écrites à la main a tou- jours été regardée comme contraire au service du Roi, et lorsqu'on a voulu réprimer ceux qui s'en mêlent, ça toujours été par la voie de son autorite immédiate. (B. N.) BOUTEZ. 21 RAPPORT DU 2 DÉCEMDRE 1702. Altreraand est allemand d'origine, et a été le valet de chambre de M. le marquis de Grignan, et était employé dans les fermes du Roi par M. de Saint-Âmand, fermier général '; il faisait un com- merce public de gazettes à la main, et il avait dans son bureau 5 ou 6 scribes qui en faisaient jusqu'à 150 copies par ordinaire. Ses registres ne nous ont néanmoins indiqué aucune correspon- dance étrangère, mais il ne pouvait s'assurer que quelqu'un de ceux à qui il envoyait ses nouvelles ne les fit passer en pays ennemi. Il tirait de ce commerce plus de 2,000 liv. par an, mais il est assez puni de sa faute par une prison de 5 mois et la perte de son emploi; cependant il paraît nécessaire, pour l'exemple, que l'ordre qui le mettra en liberté, le relègue à -40 ou 50 lieues de Paris, afin que tous les écrivains de la même espèce, que la détention de celui-ci n'a pu corriger, craignent d'être chassés de Paris, ce qui leur est plus insupportable que toute autre peine. Apostille de Pontchartrain : Bon. (B. N.> PONTGHARTRAIN A M. D'ARGEKSON. 6 décembre 1702. S. M. a accordé la liberté d'Altremand, distributeur de gazettes à la main, mais elle veut qu'il soit chassé en même temps de Paris. (A. N.) BOUTEZ K Mysticisme. PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Versailles^ 21 juin 1702. Le Roi a fait arrêter un particulier nommé Boutez, qui se pré- tend auteur d'une nouvelle religion, et il doit être incessamment 1. Ce fermier général était le beau- père du marquis de Grif^nan. C'est de sa fille que madame de Grignan, la mère du jeune homme, disait qu'on l'avait épousée pour fumer les terres de la maison. 2. Ordres d'entrée du 18 août, et de sortie du 22 novembre 1702. Contre-signes Pontchartrain. 22 BOUTFZ. conduit à la B. S. M. désire que vous l'alliez interroger sur les mémoires que vous demanderez, s'il vous plaît, à M. le cardinal de Noailles, et que vous m'envoyiez son interrogatoire. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 22 juin, à 6 heures de l'après-midi, etc., a mené M. Du Boutez, qu'on dit être d'Orléans, boulanger et marchand de vin, qui se mêle de vouloir prêcher une nouvelle et mauvaise religion, ayant été arrêté et mené de Versailles, lequel j'ai reçu et fait mettre seul dans la chambre de l'Entrepôt. (B. N.) GAUDION A M. D'aRGENSON. Ce 21 août 1702. Je vous envoie la copie de l'int. de Boutez, homme que je crois bon à garder le lieu où il est. Ce serait un bon trio de le joindre à Davant et à M"'^ Guyon. Du 18 août 1702 de relevée à la B., Antoine Boulez, etc. En 1G94, la veille du mercredi des cendres, ayant résolu d'assister régulièrement aux sermons du Carême, il acheta un Nouveau Tes- tament de la traduction de Mons, et prit beaucoup de goût à cette lecture ; mais quand il fut parvenu au livre de l'Apocalypse, il lui parut tellement obscur, qu'il l'abandonna pour recommencer le Nouveau Testament ; après qu'il l'eut achevé, il tenta pour une seconde fois la lecture de l'Apocalypse, et il s'y attacha d'autant plus volontiers, que Dieu l'ayant affligé dans son commerce d'une perte de plus de 30,000 liv., il ne pouvait trouver de consolation que dans les secours spirituels. Depuis qu'il s'est fortement attaché à l'Apocalypse, il a eu 30 ou 35 visions à dillerenles reprises, mais chacune ne consistait que dans la vue de certains rayons dorés d'une clarté moins vive que les éclairs, mais plus douce et plus lumineuse ; les rayons volti- geaient devant ses yeux, mais cette apparition ne durait guère qu'une minute, et l'effet en était si sensible, qu'il ne manquait jamais de faire le jour môme ou le lendemain quelques découvertes dans l'étude des livres saints (B. A.) BOUTEZ. 23 PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSÛN. Versailles, 6 septembre 1702. Le curé de Versailles, qai est le premier auquel Boutez a fait part de sa doctrine, a été le voir à la B., par permission du Roi ; il vous dira apparemment en quel état il l'a trouvé; je vous ferai savoir ce que j'en apprendrai ici. (B. N.) Versailles, 17 septembre 1702. Il suffît que vous ayez interrogé Boutez, marchand d'Orléans, autant de fois que vous l'avez fait ; prenez la peine de voir, avec M. le cardinal de Noailles, ce qu'il convient de faire de lui ; s'il ne juge pas à propos de le renvoyer chez lui, il semble qu'un tel sujet convient mieux à l'hôpital qu'à la B. Apostille de M. d'Argenson : Attendre que M. le cardinal de Coaslin en confère avec M. le cardinal de Noailîes. J'ai écrit à M. de Pontchartrain en conformité. En parler encore à M. le car- dinal. ■ (B. A.) PONTCHARTRAIN AU CARDINAL DE NOAILLES. Fontainebleau, 4 octobre 1702. M. d'Argenson me mande que vous devez parler à M. le cardinal de Coaslin de Boutez, marchand d'Orléans, prisonnier à laB.,à cause de ses visions fanatiques dont on le croit présentement guéri; comme apparemment vous ne vous verrez point ensemble jusqu'au retour du Roi ^ à Versailles, ne jugeriez-vous pas à propos d'en écrire à M. le cardinal de Coaslin, afin d'avancer la liberté de ce malheureux, supposé qu'il y ait lieu de la lui donner? ' (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 24 novembre, à 11 heures du matin, M. de Savery, etc., a porté l'ordre, etc., pour mettre dans une entière liberté M. Boutez, l'Apocalypse, d'Orléans, lequel on a fait sortir dans le moment et remis à M. de Savery, pour le mener à M. d'Argenson, qui doit lui faire mercuriale avant que de s'en retourner chez lui. (B. A.) 1. Le Roi était à Fontainebleau. ÉPOUX SAINT-MARTIN'; Dame YIDALEAU^; SAINT- MARTIN 3; DAYID*; COLLIERS; j^^^^^ COLLIER»; GOULIARD'; Dame ROSEMAIN^; MONCEAUX «; Dame DE FLORAC'O; Dame GIROUXii; LANOIX*^; Dames DE B01SL0RÉ*3; ET FAUCONNiER 1*. Intrigants. JOURNAL DE M. DU JUNGA. Du lundi 26 novembre, à 8 heures du soir, M. de Chantepie, exempt du guet, a mené, etc., madame de Gombault de Norman- die, et M. son mari est de Bordeaux, laquelle dame, jeune et assez bien faite, est accusée d'être une bonne intrigante pour faire des gros mariages pour de l'argent; laquelle on a mis dans la première chambre, seule renfermée, de la Liberté. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles, 6 décembre 1702. Celui qui vous rendra cette lettre est un officier de marine fort honnête homme, et en qui vous pouvez prendre confiance; après 1. Ordre d'entrée du 17 octobre 1702. 2. do 6 décenibr( i do et c le sortie ! du 3 janvier 1704 3. do do do do 25 août 1703. 4. do 7 do do do 5 juin 1703. 5. do do do do 23 août 1703. 6. do M do do do 11 juillet 1703. 7. do 12 do do do 23 août 1703. 8. do 13 do do do 25 août 1703. 9. do 19 do do do 28 mars 1703. 10. do do do do 23 mai 1703. 11. do 26 do do do 5 juin 1703. 12. do 13 janvier 1703 do 23 août 1703. 13. do 17 do do do do. 14. do 6 octobre do d-0 28 février 1704. Ordres contre-signes Pontcharlrain et Chamillart. Malgré l'horreur de l'ancien gouvernement pour les nouveautés, le besoin d'argent forçait les ministres à encourager les inventeurs en leur accordant libéralement des brevets, afin d'exploiter leurs idées en toute sécurité et à l'abri des compétiteurs. Ces brevets remplissent les registres de la maison du Roi, ils sont en général délivrés sur la demande de quelque seigneur, ayant sa part dans les bénéfices, mais sans débourser un sol, souyent même son intervention était payée d'avance. C'était un SAINT-MARTIN. 25 que vous l'aurez entendu, vous lui donnerez un des meilleurs offi- ciers dont vous vous servez, pour faire la capture d'un homme qu'il doit indiquer, lequel vous ferez conduire à la B., suivant les ordres du Roi que je vous envoie, ensuite de quoi vous irez l'in- moyen de Venir en aide aux courtisans ruinés par les dépenses d'une entrée en cam- pagne ou par le train qu'il fallait mener à la cour. On est affligé de trouver les plus grands noms de la France associés à des hommes de néant, et plus souvent encore à des fous avérés, mais le mal était si commun, qu'on ne s'en indignait pas alors, c'était tout au plus un sujet de comédie. MoHère avait mis sur la scène un de ces chercheurs et lui faisait dire : Pour moi je ne crains pas qu'on vous importune. Puisque je viens, monsieur, faire votre fortune. Et je vous porte ici les solides paroles D'un avis que par vous je veux donner au Roi, Et que tout cacheté je conserve sur moi : Non de ces sots projets, de ces chimères vaines Dont les surintendants ont les oreilles pleines ; Non de ces gueux d'avis dont les prétentions Ne parlent que de vingt ou trente raillions ; Mais un qui, tous les ans, à si peu qu'on le monte. En peut donner au Roi quatre cents de bon compte Avec facilité. Fans risque ni soupçon Et sans fouler le peuple en aucune façon. Enfin c'est un avis d'un gain inconcevable. Et que du premier mot on trouvera faisable, Oui, pourvu que par vous, je puisse être poussé. Il faut de la France, et c'est un coup aisé. En fameux ports de mer mettre toutes les cotes. Tout ceci est du comique le meilleur et de la plus exacte vérité, sauf le dernier trait ; l'inventeur finit en disant : Si vous vouliez me prêter deux pistoles, Que vous reprendriez sur le droit de l'avis. Le marquis répond, en donnant deux louis : Oui, volontiers; mais le fait est que les seigneurs les plus huppés à cette époque recevaient et ne donnaient jamais. On sait que la première représentation des Fâcheux eut lieu à Vaux au mois d'août 1661, et Foucquet, souvent importuné par les faiseurs de projets, n'était pas fâché de les voir livrés à la risée de la cour ; mais en 1702, la censure n'aurait plus toléré les railleries de Molière ; pendant la guerre de la succession d'Espagne, leur industrie devint pour le trésor royal un moyen de faire de l'argent, quand il manquait partout. Les ministres accordèrent alors les brevets sans examen préalable, pourvu que les inventeurs, avant toutes choses, versassent au trésor une somme convenue ; cette facilité surexcita l'imagination des chercheurs , mais aucun ne put atteindre à l'habileté déployée par le contrôleur général Desmarets dans l'art- de lever impôt sur la vanité et sur l'amour du gain, il fit des merveilles en ce genre. Tout le monde vDulut suivre un exemple donné de si haut, et les bureaux furent assiégés par des solliciteurs qui apportaient les idées les |plus folles et parfois aussi d'assez heureuses. Ce devint un métier lucratif que de servir d'intermédiaire entre ces inventeurs et les commis ; ceux-ci furent accusés de prélever leur part dans les transactions, et le scandale devint si grand, que l'on finit par mettre à la B. les plus importuns de ces intrigants. 26 SAINT-MARTIN. terroger dans le moment, et sur les faits qu'il vous dira, et vous m'enverrez, s'il vous plaît, son interrogatoire au plus tôt, pour en rendre compte à S. M. Vous en connaîtrez aisément la consé- quence. (A. N.) JODRNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 7 décembre, à 8 heures du malin, M. de Chantepie, etc., a remis M. du Port de Saint-Martin, qui a été mousquetaire, marié, et ayant famille à Paris, se disant du côté de Lyon, lequel j'ai, etc., fait mettre à la calotte seul, de la tour du Coin. Sur les 10 heures du malin, le même, M. Chantepie, etc., a remis deux prisonniers sur une lettre que M. d'Argenson a écrite à M. le gouverneur pour le prier de les recevoir en attendant l'or- dre, etc. Lesquels deux prisonniers, les nommés David et Claude Collier, cordonnier à Paris, ces deux, et du Port mené le premier, sont de la même affaire, le premier à la calotte du Coin, le second au cachot du Puits, seuls. Du samedi 9 décembre, sur les 7 heures du soir, M. Chante- pie, etc., a remis une femme prisonnière, la Collier, femme de Collier, cordonnier, aussi prisonnier; laquelle femme M. le gou- verneur a reçue sur une lettre de M. d'Argenson, en attendant les ordres de la cour, etc., laquelle on a fait mettre seule dans la chambre de l'Entrepôt. — Changée du Puits à la calotte de la tour de la Liberté, seule. Du mercredi 13, sur les 10 heures du soir, M. Depois, un des lieutenants de la prévôté de l'hôte!, a mené et remis la dame Po- chon de Rosemain, arrêtée à Versailles, etc., accusée de grandes intrigues à la cour comme à Paris, et autres accusations. Laquelle dame on a mis seule dans la chambre de l'Entrepôt, en attendant qu'on lui donne une autre chambre. Du samedi 16, à 2 heures après-midi, M. Chantepie a remis la dame Harwick, Anglaise, femme de M. du Port-Saint-Martin, sur une lettre que M. d'Argenson a écrite à M. le gouverneur, par la- quelle il le prie de la recevoir, etc., laquelle dame qui a été arrê- tée dans le Temple, on a reçue et fait mettre à la deuxième chambre de la tour de la Chapelle; dame fort intrigante, d'une mauvaise conduite et belle. Du dimanche 17, à 7 heures du soir, M. Chantepie, etc., a remis LA GIROUX. 27 Philibert Gouliart, valet de M. du Port, qui est transféré du grand Châtelet, etc., pour être confronté à son maître et maîtresse, lequel on a mis avec trois vieux prisonniers, à la première chambre de la tour de la Comté. Du mercredi 20, sur les 11 heures du matin, M. Depois, etc., et M. Loir, ont remis, arrêté et mené de Versailles, la demoiselle de Florac, iille, et de Montpellier, etc., laquelle demoiselle de Florac est accusée d'avoir fait commerce à faire donner des em- plois de marine pour des officiers pour de l'argent. On l'a fait mettre à la calotte seule de la tour de la Liberté. Du jeudi 21, 5 heures du soir, M. Francœur, exempt du guet à cheval de nuit, a mené et remis un prisonnier, Demonceaux, de Lyon, etc., lequel on a fait renfermer, et seul, dans la première chambre de la tour de la Bretaudière, homme d'intrigue, accusé d'une grande affaire. A 10 heures du soir, M. de Chantepie a remis une prisonnière, mademoiselle de Giroux, femme d'un commis dans les fermes, accusée d'intrigue pour faire donner des emplois pour de l'argent, laquelle M. le gouverneur a reçue sur une lettre de M. d'Argenson, en attendant la lettre de cachet, etc. On l'a mise dans ma vieille chambre, seule. (B. A.) M. D'ARGENSON A PONTCHARTRAIN. G janviei" 1703. J'ai l'honneur de vous envoyer le second interrogatoire de la A. Habert, dite Giroux, et je ne pense pas qu'elle ait rien gardé sur le cœur. Je ne laisserai pas de l'interroger encore une fois pour n'avoir rien à me reprocher. La duchesse qu'elle ne nomme pas, c'est assurément madame de Lesdiguières *, que nous pourrons bien trouver encore dans les papiers de la Rosemain, comme je l'ai conjecturé dès ses premiers discours. J'achèverai demain l'examen de tous ses mémoires, parmi les- quels il y en a un qui tendait à faire M. de la Berchère conseiller d'État, moyennant finance ^, et je puis dès à présent avoir l'hon- 1. Louise-Bernardine de Durfort de Duras, duchesse de Lesdiguières. Cétait de tout point une fée, qui, avec de l'esprit, ne voulait voir presque personne; elle était fort riche, ajoute Saint-Simon. 2. Ce M. de La Berchère doit être Urbain-Pierre Legoux de La Berchère, qui 28 LA ROSAMÂIN. neur de vous dire qu'il y a peu de personnes à la cour avec qui cette bonne dame n'ait eu des relations d'affaires de toutes espèces. lu janvier 1703. J'ai l'honneur de vous envoyer l'interrogatoire que la Rosemain subit hier devant moi, et je prévois qu'il sera suivi de plusieurs autres, car jamais femme ne s'est mêlée de tant d'affaires, et je crains bien qu'elle n'ait été commode à plus d'un usage, quelque dévote qu'elle affecte de paraître, le vice et la vertu lui étant égaux, pourvu qu'elle arrivât à ses fins, et le cabinet de M. de la Lunetière n'est pas mieux fourni de vieilles ordonnances que le coffre de cette femme est rempli d'avis, de propositions et de mémoires; à peine se trouvera-t-il un seul homme de la cour dont le nom ne soit pas parmi ses papiers, et je ne sais pas quand j'aurai fait avec elle. Il sera bon, ce me semble, que la plupart de ses inter- rogatoires restent dans vos mains, et ne soient vus que du Roi et de M. le chancelier ^ (B. N.) Du 9 janvier 1703, Philippe Pochon, femme de Bernard de Ro- semain, gentilhomme originaire d'Auvergne, capitaine ingénieur, à présent au port de l'île de Mayorque, pour le service du Roi d'Espagne, âgée de 40 ans... — Qui lui avait donné l'avis de l'établissement d'une nouvelle troupe de comédiens italiens?... Si elle n'a pas passé un acte de société sur ce sujet? ^ Elle en a passé plusieurs... Elle passa le premier avec Ghe- rardi, plus connu sous le nom d'Arlequin -, et elle eut l'hon- neur de présenter ce premier mémoire à madame de Maintenon; mais il n'eut point de suite; depuis ce temps-là, M. le duc de mourut simple maître honoraire des requêtes en 1721. Son fils, qui fut aussi maître des requêtes, était né depuis 1C76, et aurait été trop jeune pour songer à un pareil marché. 1. On doit ajiplaiidir aux soins pris par le lieutenant de poliee et par le Roi pour sauvegarder la réputation des gens de la cour, mais il eût été mieuv encore de ne pas les entraîner dans des dépenses ruineuses, et de les réduire par là aux expédients les plus singuliers pour vivre décemment; c'est que Louis. XIV, par une politique qui lui fut commune avec d'autres souverains, n'était pas fâché de voir ceux qui l'entou- raient obligés de solliciter tous les jours ses bienfaits; leur pauvreté l'assurait de leur obéissance. 2. Evariste Gherardi, né à Prato, en Toscane; il jouait avec succès les rôles d'Arle ■ quin, et mourut subitement le 31 août 1700. 11 est signalé dans V Histoire du Théâtre italien des frères Parfait comme s'étant doniié des mouvements à la cour pour faire rétablir les Italiens. LA UOSEMAIN. 29 Sully^ lui proposa de donner un deuxième mémoire pour obtenir le privilège d'une deuxième troupe de comédiens. Se souvient même que le duc lui fît entendre qu'ayant demandé ce don au Roi, tant pour lui que pour le marquis de Termes, S. M. avait bien voulu les assurer expressément, qu'elle ne l'accorderait jamais qu'à eux; elle leur dit qu'il était inutile de traiter celte affaire sans y intéresser les pauvres, et qu'on ne leur donnât 25,000 livres une fois payées, outre le 6" en sus qui se paye annuellement par l'autre troupe; la première proposition, qui n'était que de 20,000 livres, ayant échoué, ils passèrent en effet un acte de société suivant ces conditions, et Poisson, comédien -, y fut admis. Elle en a parlé à la duchesse de Sully ^ et à mademoiselle de Lislebonne*; mais ayant su que Cintio ^, ci-devant comédien de la troupe des Ita- liens, proposait de rétablir dans l'hôtel de Bourgogne le Théâtre Italien, elle fit connaître à la duchesse de Sully, que puisqu'elle laissait languir si fort cette affaire, elle serait obligée de prendre des mesures pour la faire réussir par une autre voie. M. de Fran- cine, maître d'hôtel du Roi ^, lui en parla aussi dans le dessein de former dans cette maison un nouveau spectacle mêlé de musique, de danses et de quelques scènes italiennes, lui offrant une pension viagère de 2,000 livres... — Par quel moyen elle se proposait d'obtenir le don d'une halle couverte pour le blé et pour la farine, sous le nom de Mes- nel et de Jouet? Elle se proposait d'obtenir ce don par le marquis de Saint- Herem ', gouverneur de Fontainebleau, qui en aurait eu le tiers 1. Le duc de Sully s'était ruiné avec des gueuses, dit Saint-Simon, et la duchesse était pauvre, quoiqu'elle eût apporté 800,000 livres en mariage. 2. Paul Poisson, ancien porte manteau de Monsieur, le frère du Roi, et depuis comédien; il mourut en 1733, âgé de 77 ans. 3. Madelaine-Armande du Cambout, ducheFse de Sully, morte le 30 janvier 1701. 4. Mademoiselle de Lillebonne était sœur du prince de Vaudemont, et jouait un des premiers rôles dans la petite cour de Monsieur. Saint-Simon, qui ne l'aimait pas, dit cependant qu'elle avait tout l'esprit et le sens possibles. Il faut que le secret ait été bien gardé sur les affaires de la Rosemain, autrement il n'aurait pas manqué de s'espacer là-dessus, il se contente de dire que le désordre des affaires et de la con- duite de leur père avaient tellement renversé leur marmite, que très souvent elles n'avaient pas à dîner chez elles. M. de Louvois leur donnait sous main de l'argent, que la nécessité leur faisait accepter. 5. Mario-Antonio Romagnesi avait débuté au théâtre sous le nom de Cint'o ; il mourut à Paris le 28 octobre 1707. Les Italiens avaient été renvoyés le 4 mai 1G97, parce qu'ils avaient bien osé jouer Madame de Maintenon. 6. Jean-Nicolas de Francine, mort en 1735; il était gendre de Lnlly. 7. François-Gaspard de Montmorin, marquis de Saint-Herem, maréchal de camp, 30 LA ROSEMAIN. du profit, sans faire aucunes avances, et Mesnel et Jouet, avec leurs associés, auraient eu le surplus, en contribuant à propor- tion à la dépense et aux frais. Du 10 janvier. M. de la Chasse lui a toujours paru un fort honnête homme; il est intéressé dans les affaires du Roi ; elle le connut par le moyen de madame Quentin, première femme de chambre de la duchesse de Bourgogne ; il y a 4 ans qu'ils se connaissent, et leurs relations ont continué jusqu'à présent; ils travaillaient en dernier lieu à l'affaire des aunes, poids et mesures, qu'on prétend obliger les marchands de représenter d'année en année, et ils sollicitaient aussi l'affaire des bourgeoisies, l'une par le moyen de la princesse d'Epinoy *, qui en devait tirer une gratification de 2 sous d'intérêt, sans faire aucune avance, et Tautre par la protection de mademoiselle de Lislebonne aux mêmes conditions. Ils avaient une autre affaire en vue qui consistait à imposer un droit annuel sur tous les mar- chands qui vendent les jours de fêtes et dimanches des liqueurs ou des denrées servant à la nourriture des hommes, à condition néan- moins que leurs boutiques ne pourraient être ouvertes depuis 8 heures du matin jusqu'à 11. Elle croyait même cette affaire d'autant meilleure et d'autant plus avantageuse au public, qu'elle est fondée sur une ordonnance de Henri III, et conforme aux règle- ments de la police; c'était encore par le moyen de la princesse d'Epinoy que de la Chasse et elle se proposait d'en solliciter le succès en lui faisant un présent de 2 sous sur le produit, que l'on aurait pu ensuite convertir en argent comptant, si la compagnie qui aurait eu cette affaire l'avait bien voulu. — Quel traité elle a fait avec la duchesse de Villars^ et la mar- quise de Brancas ? ^ — Il s'agissait d'obtenir du Roi un privilège exclusif pour la fa- brication des faïences, porcelaines, et de toutes sortes de vases qui se font avec de la terre cuite. Depuis la mort de la duchesse de gouvenieur de Fontainebleau, grand louvetier de France, mort au mois de juillet 1701, à plus de 80 ans. La halle au blé ne fut construite qu'en 1762. 1. Élisabeth-ïliérèse de Lorraine Lillebonne, femme de Louis de Melun, prince d'Epinoy ; c'était, nous apprend Saint-Simon, une personne douce et belle, qui n'avait d'esprit que ce qu'il lui en fallait pour aller à ses fuis, bonne, obligeante et polie. 2. De Frontereau de Mamières, duchesse de Brancas-Villars, morte le i l février 1701, âgée de 51 ans. 3i Élisabeth-Charlotte-Candide de Braocas, morte le 26 août 1741, à 62 ans; LA ROSEMAIN. 31 Villars, elle en a parlé au marquis de Brancas, qui, après en avoir fait part à la marquise de Brancas *, sœur de la princesse d'Har- court^, a rapporté que cette affaire ne leur avait pas paru assez considérable, et qu'elles en voulaient une plus forte; ce que de- puis la duchesse de Brancas lui a confirmé. Il y a 2 ou 3 ans que Gaillard de Longuinot, gentilhomme pro- vençal, la vint trouver de la part de Hérault, à présent valet de chambre du comte de Pontchartrain, et lui apporta le privilège qu'avait une de ses parentes, ci-devant au service de la Reine mère, pour le prier de lui en procurer la continuation, ou de faire mettre cette affaire en ferme au profit du Roi, en lui conservant son intérêt; elle en parla à M. l'abbé d'Estrées ^ et lui offrit de par- tager avec lui tout le produit, ce, qu'il accepta ; mais l'affaire ne réussit pas pour lors, quelques mouvements que l'abbé pût faire auprès des ministres, et M. le comte de Marsan fut beaucoup plus heureux peu de temps après, puisqu'il a tiré plus de 10,000 écus de cette même affaire. Du il janvier. — ... Oii est le mémoire qu'elle a remis à M. de la Fare pour la fabrique des nouvelles espèces de menue monnaie,.. Le billet por- tant que M. de la Fare*, mesdemoiselles de la Fare et de Montbois- sier devaient partager entre eux ce qui en proviendrait... — M. de la Fare s'était chargé de la faire réussir auprès de M. de Chamillart ; il en devait revenir 16 millions au Roi dans 4 ans, et elle comptait sur une gratification dont elle devait avoir le tiers, et les deux autres tiers être partagés entre de la Fare et les dames de la Fare et de Montboissier, ou en cas que cette fa- brique ne se fît pas dans les hôtels de monnaie, et qu'elle fût mise en traité, elle comptait d'en tirer des conditions encore plus avan- tageuses Elle avait prié M. de la Fare de ne pas se dessaisir du mémoire jusqu'à ce que M. de Chamillart lui eût expressément promis une gratification, ce que ce ministre eut la bonté de faire ; mais après avoir lu le mémoire qu'elle avait dressé, il répondit 1. Louis, duc de Brancas-Villars, colonel d'infanterie, mort le 24 janvier 1739; Marie de Brancas, morte le 27 août 1731, âgée de 70 ans. 2. Françoise de Brancas, princesse d'Harcourt, morte le 13 avril 1723. 3. Jean d'Estrées, abbé de Villeneuve, archevêque de Cambrai, mort le 3 mars 1718. 4. Charles-Auguste, dit le chevalier de Lafare de La Salle d'Alais, maréchal de camp, mort le 3 juin 1718. 32 LA ROSEMAIN. • qu'il fallait remettre celte affaire à un autre temps, et ce temps-là n'est pas encore venu... — Pour quel sujet elle a reçu la promesse que la duchesse de Rohan * a passé à son profit? — C'était pour le privilège des porcelaines, faïence, terre cuite et de toutes sortes de poteries que la duchesse de Rohan se char- geait d'obtenir de M. de Chamillart, et pour lequel elle promet- tait le tiers de la gratification, tant de la part du Roi que de celle des fermiers, et qu'elles y pourraient mettre un homme qui aurait part dans les profits, sans être obligées de faire aucunes avances... — Si elle n'a pas employé quelques personnes de considération pour faird réussir l'affaire des lieutenants des grands baillis d'épée. — Il y a longtemps qu'elle a proposé cette affaire; mais en dernier lieu elle l'a confiée à madame la duchesse de Rohan, qui avait promis de la faire réussir... Du 12 janvier. — D'oti elle connaît Gaultier, au profit duquel MM. Guymond, Goujon, Lenormand, Chaumeau, de Coulange et de Saint-Eugène, passèrent une promesse de lui donner intérêt, dans le traité des offices de contrôleurs des marchandises, le 15 janvier 1697... Par quel moyen elle se proposait de faire réussir cette affaire? — C'était par le moyen de la demoiselle de Crys, qui a été au service de madame la chancelière 2, et qui se proposait d'en parler à M. de Pontchartrain, alors contrôleur général des finances, par M. Begon, qui était fort des amis de la demoiselle. Cette affaire, comme la plupart de celles dont elle s'est mêlée, n'ont eu aucun succès, ou si elles se sont faites, elle n'en a tiré aucune utilité; en quoi elle est bien différente de la plupart des femmes qui se sont mêlées de pareils commerces, puisque, jusque à madame la du- chesse de Guiche 3, l'affaire des receveurs des boues et lanternes lui a valu, en dernier lieu, 23,000 écus. — Quel traité elle a fait avec la dame de Saint-Ange. — Cette affaire consiste dans l'affaire des abus qui se sont commis 1. I\larie-Élisabeth du Bec de Vardes, duchesse de Rohan Chabot, 2. G'esl-à-du'e la femme de Pontcharlrain, chancelier de France, et la mère de Pontchartrain, le ministre actuel de la marine; quant à M. Bégou, c'était un des pre- miers commis de la marine. 3. Marie-Christine de NoaiUes, duchesse de Guiche, morte le 14 février 1748, âgée de 77 ans. LA HOSEMAIN. 33 par les armateurs durant la dernière guerre; elle en donna les mémoires à M. le comte de Blanzac, en lui disant qu'il y aurait du moins 100,000 livres, pour ceux qui s'en mêleraient; et M. de Gondras, officier des gardes du corps, y entrait aussi. M. de Gon- dras ajouta que le comte de Blanzac* en avait parle fortement à M. le comte de Pontchartrain, jusqu'à lui dire que ce serait le moyen de liquider sa légitime; mais M. de Pontchartrain aurait répondu que la chose n'était pas encore mûre, qu'elle pourrait avoir son temps, et qu'alors il lui ferait plaisir. — Entre les mains de qui elle a remis les mémoires concernant l'affaire des juges subalternes. — Elle les a remis à la marquise de Fimarcon -, qui se promet- tait de la faire réussir par M. d'Armenonville ^, aux conditions or- dinaires de 2 sous dans le profit. Elle consistait à taxer tous les juges des seigneurs à 1 sou pour livre de leur finance, ou à une somme arbitraire lorsqu'ils n'auraient pas financé, à condition qu'ils ne pourraient être dépossédés de leur charge sans un rem- boursement effectif, et l'on disait, il n'y a pas longtemps, que celle affaire aurait lieu. Elle espérait que M. Delaunay lui trouverait une compagnie pour trois affaires, la première concernant le contrôle des écri- tures, la seconde une taxe sur les maisons des villes, à proportion de leur valeur, à raison de 5 sous par mille livres, et la troisième touchant le privilège des jeux et des spectacles; mais Delaunay lui ayant fait entendre qu'il fallait qu'elles fussent auparavant agréées par le ministre, il lui rendit ses mémoires, et elle a de- puis donné l'affaire des maisons à M. le prince de Léon *, et celle du contrôle des écritures à la maréchale d'Estrées ^, qui l'ont expressément assurée l'une et l'autre qu'elles avaient été agréées. Le prince de Léon était convenu avec M. de la Chasse de deux 1. De La Rochefoucauld de Roye, comte de Blanzac, lieutenant général et gouver- neur de Bapaume, mort le 4 septembre 1732, Agé de 67 ans. Saint-Simon dit que madame Blanzac avait mangé plus de 2 millions à elle ou à Nangis, son fils du premier lit, et mieux encore, sans avoir jamais, ni elle ni Blanzac, montré aucune dépense. Sur la fin de sa vie, elle devint riche par la succession de l'évèque de Metz, qui la fit son héritière. 2. Denise-Philiberte de Polastron, marquise de Fimarcon, morte le 19 juin 1715. 3. Joseph-Jean-Baptisle Fleuriau d'Armenonville, intendant des finances et conseiller d'État en 1701 ; garde des sceaux en 1722, mort âgé de 68 ans, le 27 novembre 1728. 4. Louis-Bretagne- Alain de Rohan-Chabot, prince de Léon, duc de Rohan, mort le 10 août 1738. 5. Marie-Marguerite Morin, maréchale d'Estrées, morte le 15 mars 1714. 3 3S LA ROSEMAIN. sous six deniers dans les profits, sans faire aucunes avances, dont elle ne devait avoir que le quart ; la maréchale d'Estrées convint des mêmes conditions avec de la Chasse ; mais elle, Rosemain, devait y avoir un tiers, tant pour elle que pour Decluzeaur, écuyer de la comtesse d'Ayen, qui lui en avait donné l'avis. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 13 janvier, à 8 heures du matin, M. de Chante- pie, etc., a mené, etc., Saby, homme d'affaires, qui faisait aussi le commerce de faire donner des emplois de marine et autres pour de l'argent. Lequel prisonnier, etc., on a fait mettre seul dans la chambre de l'Entrepôt. Lequel on a reçu sur une lettre de M. d'Ar- genson; comme aussi du même jour, sur les 11 heures du matin, M. de Chantepie, etc., a mené et remis de la Montagne, dit l'An- gevin, laquais de Saby, homme d'affaires, reçu par le même billet. En attendant les ordres, on l'a mis au cachot, seul, de la tour de la Comté. Du mercredi 17, sur les 8 heures du soir, M. Despois, etc., a mené et remis une demoiselle prisonnière, Ltîfèvre Boisloré, etc., arrêtée à Versailles, où elle demeurait; c'est une intrigante et une ven^^ deuse d'emplois de marine, de la même afiaire de quatre autres femmes et des messieurs qui sont ici et qu'on a mise au grand appartement, au-dessus de la cuisine, seule, en attendant une autre chambre. (B. A.) INTERROGATOIRES DE LA ROSEMAIN. Du 14 janvier. — Si la duchesse de Rohan ne lui avait pas promis le tiers du profit qui proviendrait de l'affaire du contrôle, tant du côté de la cour que de la part des traitants ? — Elle en demeure d'accord. — Si elle n'a pas fait quelques affaires arec le marquis de Saint- Ange? — Dans l'extrême misère où il se trouvait réduitj il a tenté d'en faire quelques-unes et a donné pour cela divers mémoires, mais aucune n'a réussi. — Par qui elle se proposait de faire réussir celle des trésoriers collecteurs des tailles, dont elle avait remis les mémoires à Gen- LA ROSEMAIN. 35 dron, à condition qu'elle y aurait moitié, comme il paraît par le billet que Gendron lui en donnait? — Elle se proposait d'abord de faire réussir celte affaire par le moyen de mademoiselle de Lislebonne, à qui elle en avait donné les mémoires plus de 18 mois auparavant; mais cette affaire s'étant faite, elle écrivit à la princesse d'Epinoy pour la prier de faire en sorte que mademoiselle sa sœur ménageât ses intérêts. Sur quoi la princesse d'Epinoy fit réponse que ce traité s'était fait sans la par- ticipation de mademoiselle de Lislebonne, ce que voyant, elle tâ- cha de donner à cette affaire un nouveau tour, qui fut de proposer la création des huissiers collecteurs dont elle donna les mémoires à Gendron. Ainsi, ayant tous les titres des privilèges des poids inaltérables, elle avait proposé à mademoiselle de Lislebonne d'en obtenir la continuation, offrant de lui donner les deux tiers du bénéfice, dont elle ne se serait retenu que le tiers; mais celte affaire n'a pas eu son exécution. — S'il n'est pas vrai que la dame de Nocey, fille de la dame de Rambouillet, avait promis la somme de SOO livres, en cas qu'elle pût lui procurer le payement d'une pension de 2,000 livres qui étaient dues à sa mère, dont la mort était arrivée un an auparavant? — Il est vrai qu'elle avait fait cette convention ; mais n'ayant pu ras- sembler les procurations des héritiers, il lui fut impossible de faire réussir cette affaire. Elle se serait adressée à la première personne qui lui serait tombée sous la main, sachant bien qu'il n'y en a aucune à la cour qui refuse de gagner 50 pistoles quand elle en trouve l'occa- sion, et même qui ne s'emploie tout de son mieux pour y réussir'. Du 49 janvier. — Entre les mains de qui elle a remis un mémoire concernant l'établissement d'une caisse des emprunts? — Elle proposa d'abord cette affaire à la duchesse du Lude ^, même M. Aco s'employa pour lever les objections, ensuite elle en confia les mémoires au marquis de Termes ; enfin, le chevalier Sevin lui demanda aussi les mémoires de cette affaire, qu'elle lui donna huit ou dix jours avant sa détention. Cette affaire consistait à prêter de l'argent sur des gages, moyennant quelque intérêt, et i. On voit quelle misère se cachait sous les liabits dorés des courtisans. M. d'Ar- genson ne trouve rien à répondre à Taccusée; c'est qu'il gâtait bien qu'elle disait la Vérité. 2. Marguerite-Louise de Béthune, veuve du comte de Guiclie, duchesse du Lude^ dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne. 36 LA ROSEMAIX. en cas que le Roi en accordât le privilège, elle et la puissance qui en obtiendraient le don y auraient une part, et que si S. M. retenait l'affaire pour elle, elles y auraient une gratification proportionnée. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'aflaire du contrôle des étalonnages des tinettes de beurre, à une condition qu'elle aurait le dixième sans avancer aucuns deniers? — Elle se proposait de la faire roussir par la princesse d'Espi- noy, qui en a eu tous les mémoires... — Par qui elle se proposait de faire réussir la création du pré- sidial de Mende en Gévaudan, pour laquelle M. Cuvilliers lui avait promis un intérêt gratuit? — Elle en a parlé d'abord à la duchesse de Vivonne \ qui en donna le mémoire à M. de Chamillart, pour lors intendant des finances, et depuis, en donnant plusieurs mémoires à ce ministre, elle y a confondu celui-ci sous la protection de madame de Bouligneux-. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'affaire du droit doma- nial du dixième de toutes les mines, à condition d'une gratification ? — Elle a donné le mémoire de cette affaire au comte d'Estrées, qui devait avoir part dans cette gratification... — Par qui elle a sollicité le succès d'une autre affaire concer- nant le recouvrement des taxes à payer par ceux qui n'ont pas été imposés à la taille à proportion de leurs acquisitions dans toutes les paroisses du royaume? — Elle avait remis ses mémoires entre les mains de madame de Rouvroy^, par qui elle se proposait de la faire agréer sous la pro- tection de la princesse de Conti, douairière, à condition qu'elle aurait le tiers dans la gratification qui viendrait du côté du Roi, et la moitié de ce qu'on pourrait tirer des traitants; mais par une convention particulière, elle devait partager tout le profit qui lui reviendrait avec la dame de Lestocq*, femme de chambre de la duchesse d'Orléans, et avec M. de la BruneUère, ci-devant direc- 1. La duchesse de Vivonne s'était ruinée au jeu, et avait été obligée de se retirer chez son intendant, qui subvenait à ses besoins. 2. Gabiielle de Damas-Thianges, femme de Louis de la Palu, comte de Bouligneux, alors maréchal de camp, et ensuite lieutenant général, tué au siège de Verrue le 14 décembre 1704. 3. Madame de Rouvroy était une personne d'esprit, de vertu et de douceur, dit Saint- Simon, extrêmement bien avec la princesse de Conti ; son mari était un capitaine de vaisseau. 4. H.-B. de Serel, femme de Leslocq, Ueuteuant des cent suisses de la garde de Monsieur. LA HOSEMAIN. 37 leur de la Compagnie des Indes, et parent proche de la demoiselle des Gravières. — Quelles démarches elle a faites pour faire réussir l'affaire concernant la banque à réméré et la vente des offices qui devaient ôlre créés à ce sujet..? — Madame la duchesse du Lude s'était chargée du succès de cette affaire aux conditions d'une gratification... Du 22 janvier. — Quelle est la duchesse ù qui elle a donné les mémoires con- cernant l'affaire des contrôleurs des marchandises? — Après avoir évité de la donner ù la princesse d'Harcourt, h cause de sa mauvaise foi, elle la donna à la duchesse de Rohan, et enfin à la maréchale d'Estrécs, aux conditions ordinaires de deux sols dans le profit, sans être tenue de faire aucunes avances. Elle a proposé de doter l'ordre militaire de Saint-Louis du dixième de toutes les mines et minéraux du royaume, et elle en a donné le mémoire à M. le comte d'Estrées, à condition qu'elle aurait deux sols pour livre dans le produit, pour son droit d'avis. — A qui elle a donné l'affaire du contrôle des écritures, procé- dures et à venir, qui se signifient de procureur à procureur? — Elle l'a donnée à la maréchale d'Estrées, qui en a encore tous les mémoires, à la charge de deux sols pour livre de profit. — A qui elle avait donné l'affaire des dés et des droits de marque et de visite pour empêcher la contrefaçon? — Originairement, cette afi'aire était comprise dans celle des cartes et tarots dont, de concert avec la marquise de Monlmorin •, elle avait remis les mémoires au marquis de la Meurcy, colonel de dragons, qui a l'honneur d'appartenir à M. deChamillart; M. de la Meurcy avait accepté le mémoire, et promis le tiers ou le quart dans les deux sols pour livre du profit, en se réservant pour les deux tiers ou les trois quarts, ne saurait néannioins nous dire pré- cisément si la dame de Montmorin ne devait pas avoir quelque part dans la portion que de la Meurcy s'était réservée. — A qui elle a donné l'affaire du droit domanial qu'elle propo- sait de rétablir ou d'imposer de nouveau sur tous les moulins à vent ou à eau du royaume? 1. Anne d'Oisilier, veuve du marquis de Montraoron. Saint-Simon dit que madame de Sainl-Herem s'était ruinée, elle et son mari, qui étaient riche?, par imbécililé, et qu'il n'est pas croyable ce qu'elle dépensait à se faire dire des évangiles sur la tète. S- S 4 38 LA ROSEMAIN. — Elle l'avait donnée à la duchesse de Rohan et au prince de Léon, ou à la comtesse de Lamark, sa sœur \ aux conditions or- dinaires du dixième dans le profit partageable entre eux, et croit môme que la duchesse de Rohan l'avait présentée à M. d'Arme- nonville. — A qui elle a donné une autre affaire pour la taxe de 5 sols par chaque 1,000 livres de la valeur de toutes les maisons du royaume? — Elle a donné cette affaire au prince de Léon, toujours à con- dition du dixième dans le profit partageable entre eux. Du 23 janvier. — Quel profit elle se proposait de tirer de l'affaire des lieutenants d'épée des grands baillis, et par qui elle prétendait la faire réussir? — Elle l'avait d'abord donnée à feu M. de Rosmadec, chef d'es- cadre, aux conditions du profit ordinaire et de la disposition de deux charges ; mais ce chevalier étant mort, elle la proposa à la marquise de Molac^ et, ensuite, à la duchesse de Rohan, qui l'a fait agréer au ministre, suivant les mêmes conditions, à la réserve de celle de la disposition des deux charges Du 23 janvier. — Par quel moyen elle se proposait d'obtenir un privilège pour établir h Paris une halle aux veaux? — Elle en avait donné le mémoire au marquis de Bréauté, qui avait dessein d'en faire l'application aux communautés des pa- roisses qu'elle avait eu en vue d'établir pour l'instruction des jeunes filles, et pour donner à celles d'un âge avancé des occupa- lions convenables. — A qui elle a donné le mémoire présenté au Roi pour créer en titre d'office des commis écrivains, avec la faculté de copier et transcrire toutes les expéditions qui se présenteront, à l'exclusion de tous autres? 1. Marie-Marguerite-Françoise de Rohan-Chabot, née le 20 décembre 1G80, mariée le 27 mars 1700 au comte de Lamark, morte le 29 janvier 1706. La comtesse de Lamark était fille du duc de Rohan. Saint-Simon dit que c'était une grande femme, très biea fuite, mais laide, avec un air noble et d'esprit qui accoutumait à son visage. Elle avait infiniment d'esprit et elle l'avait vaste, mâle, plein de vues, beaucoup de discernement, de justesse, de précision, un air simple et naturel, et une conversation charmante, fort sûre, et un cœur excellent. 2. Cette dame de Molac doit être une sœur de madame de Fontanges, N. de Rou- sille, qui avait épousé le marquis de Molac, lieutenant général de Bretagne et gouver- neur de Nantes. Ce chef d'escadre de Rosmadec était un parent de M. de Molac. LA ROSEMÂIN. 89 — Elle l'a donné d'abord à M. de Bréauté et, ensuite, à la duchesse de Sully, aux conditions ordinaires du dixième dans les profits, autant qu'elle s'en peut souvenir. — Par qui elle s'est proposée de faire réussir la banque de for- tune et des jeux Dauphin ? — Elle en a parlé à la princesse de Soubise *, qui la trouva fort bien imaginée, mais qui jugea que la conjoncture de la guerre n'était pas propre à la faire réussir. — Par qui elle se proposait de faire réussir la proposition d'une loterie d'une nouvelle espèce, en faveur des enfants trouvés? — Elle en avait d'abord donné le mémoire à M. l'abbé Brisacier et, ensuite, à M. Saint-Herem, qui en a parlé plusieurs fois à M. de Chamillart. Ceux qui se seraient mêlés de cette affaire devaient se charger de la régie et de la direction, et s'il y avait eu quelque profit sur les frais^ il aurait été pour eux. — Si elle n'a pas remis à M, l'abbé Brisacier* un mémoire pour l'établissement d'un mont-de-piété? — Oui, mais elle n'avait aucune convention pour cette affaire, ayant déclaré qu'elle se contenterait de tout ce qu'on voudrait lui donner. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'affaire de la halle couverte, pour mettre les blés et farines qui sont voitures dans cette ville de Paris? — C'était par M. de Saint-Herem et aux conditions ordinaires du dixième dans les profits. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'affaire de la création des charges des tuteurs, des conservations des biens des mineurs? — Elle croit en avoir parlé à la duchesse de Brancas, et celte affaire aurait été d'un produit considérable. (B. A.) M. d'argenson a pontchartrain, 26 janvier H 03. La Rosemain pleure toujours et croit qu'à sa sortie de la B. les dames de la cour ne voudront plus faire d'affaires avec elle, ce 1. Anne de Rohan-Gliabot , princesse de Soubise^ morte le 14 février I709j âgée de 62 ans. 2. L'abbé Brisacier était un des supérieurs des missions étrangères, et un ancien aumônier de la Reine-mère. Il s'occupait beaucoup de bonnes-œuvres. II mourut' le 23 mars 1736, à 94 ans. 40 LA DE FLORAC. qui la met dans une espèce de désespoir et fait assez connaître que la passion de l'intrigue et du savoir faire n'est pas moins violente que toutes les autres. (B. N.) INTERROGATOIRE DE LA ROSEMAIN. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'affaire de l'enregis- trement des actes d'appels, d'interventions et d'oppositions aux sentences par défaut, pour chacun desquels il serait payé cinq sols? — Elle a donné ce mémoire à la princesse d'Espinoy, aux condi- tions ordinaires du dixième dans les profits. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'affaire du bureau des lettres de Paris à Paris ? — Elle l'avait donnée d'abord à M, de Bréauté, et ensuite à la duchesse de Sully, aux conditions ordinaires'. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 29 mars, à 6 heures du soir, M. Au'mont le jeune, en- voyé par M. d'Argenson, a porté l'ordre, etc., pour mettre dans le moment M. de Monceaux, de Toulon, ayant quelque emploi dans la marine, dans une entière liberté de s'en retourner chez lui, lequel est sorti dans le moment et a fait sa soumission par écrit, comme il promet de ne jamais dire à personne des nouvelles de son camarade renfermé avec lui, ni à parents, ni à amis. (B. A.) M. D'aRGENSON A PONTCHARTRAIN. 2G avril 1703. J'ai l'honneur de vous envoyer le deuxième interrogatoire de la Lamolhe, dite de Florac, qui charge volontiers la dame de Rose- main, qu'elle n'aime pas, mais qui ne me parait pas disposée à parler sur aucun autre article. Je l'interrogerai demain touchant ses papiers, et ensuite j'aurai l'honneur de vous écrire ce que je pense de cette aventurière, qui n'est pas assez riche pour avoir fait beaucoup de mal en ce genre, mais qui, à l'imitation de son porc, 1. On voit que l'idée de la petite poste aiiK lettres n'était déjà plus nouvelle lorsque M. de Chamousset l'inventa en 1759; comme presque toutes les choses utiles elle avait été rejetée, malgré l'appui de la duchesse de Sully, et M. de Chamousset dut l'établira ses frais, mais en revanche il fut exproprié dès que le succès eut démontré que l'opération était excellente. LA HOSEMAIN. 41 avait toutes les envies du monde de faire des affaires et de s'intri- guer; j'ai pris la liberté de vous dire mon avis touchant la Bois- loré, que vous ne sauriez morlifler davantage que de la renvoyer à Clermont, où elle a tenu boutique. Il est vrai que la Rosemain prétend qu'elle avait souvent des conférences secrètes avec Heus- lin et Hérault, vos deux valets de chambre ; mais quelle induction pcul-on tirer de ce témoignage, et si quelque chose paraît déci- der pour le parti que je propose à son égard, c'est qu'elle n'a au- cuns biens, et qu'elle ne peut subsister ici que par industrie. (B. N.) INTERROGATOIRES DE LA ROSEMAIN. Du 18 mai 1701. — Oui lui a donné le mémoire d'une loterie de contrat de rentes sur la ville? — Elle l'avait imaginée, et elle la donna d'abord à la dame Quentin*; mais ayant su que le nom de loterie n'était pas agréable au Roi^, et que cette affaire devait être rapportée par M. Le Pelle- tier de Souzy, elle l'a remise à mademoiselle de Melnn '', le tout aux conditions ordinaires. — Qui lui a donné un placct présenté au Roi, touchant les affi- ches et placards, et par rapport à un établissement de manufac- ture de dentelle de Malincs et d'Angleterre? — Elle avait aussi inventé cette affaire qu'elle a donnée au mar- quis de Bréauté, à condition que les traitants de cette affaire lui auraient assuré 50,000 francs en cas de succès, lesquels 50,000 francs il disait avoir dessein d'employer à l'établissement de certaines communautés et écoles, ou manufactures, pour instruire et occu- per les pauvres filles des paroisses, outre laquelle somme elle au- rait eu quelque part dans le profit des traitants. — Par qui elle se proposait de faire réussir l'affaire des caries et tarots ? — Elle la donna d'abord à madame de Bouligneux et, ensuite, au marquis de Muret *, parent de madame de Ghamillart, sous la di- 1. C'était la femme de Quentin de la Vienne, premier valet de chambre du Roi. 2. Les loteries avaient été fort à la mode à la cour pendant le règne de Mazarin, et le Roi savait qu'elles avaient donné lieu à une infinité de friponneries. 3. Anne-Julie-Adélaïde, demoiselle de Melun, mariée eu 1714 au prince de Soubise. 4. Lecuyer, comte de Muret, alors brigadier, mort lieutenant général le 30 septem- bre 1741. 42 LA ROSEMAIN. reclion de M. de Breteuil, intendant des finances. M. de Muret avait passé un écrit à son profit aux conditions ordinaires. — Par qui elle a fait écrire le placet qui nous est adressé, par lequel elle nous offre la somme de 50,000 francs, pour en faire toute application que nous voudrons, et cela par rapporta l'affaire des jeux et spectacles, à laquelle on se proposait de nous rendre favorable? — Il est écrit de la main du chevalier de Laur. et son intention n'était pas de nous offenser en nous offrant cette somme, mais de nous en laisser l'application pour tel usage pieux que nous aurions voulu choisir. Du 23 mai 1703. — Si elle n'a pas remis un mémoire à la comtesse de la Mark, touchant les charges des receveurs des consignations? — Cela est véritable ; mais l'affaire dont il est s'agit n'ayant pas été agréée, madame de la Mark lui a remis ce mémoire. — Si elle n'a pas proposé à M. du Terràil la création de cin- quante brasseurs de bière et enfin la création d'un présidial dans la ville de Mende et celle de cinquante barbiers perruquiers, ven- deurs de cheveux? — Elle avait proposé toutes ces affaires au marquis duTerrail*; mais ellgs n'ont pas réussi par cette voie. La création des cin- quante barbiers a été faite, il y a deux ans, par l'entremise de Bourvalais, quoiqu'elle en ait donné le mémoire à M. Menou; mais on lui en a fait espérer inutilement la récompense, quoi- qu'elle l'eût bien méritée. L'affaire des brasseurs de bière a été par elle remise à l'abbé Abeille 2, qui s'est donné quelque mouve- ment pour la faire réussir; mais elle n'en sait pas le succès. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 30 mai, sur les 9 heures du matin, M. de Chante- pie, etc., a porté l'ordre, etc., pour mettre la demoiselle de la Mothe de Florac, de Montpellier, dans une entière liberté de sortir en faisant sa soumission par écrit, comme elle l'a faite d'aller de- meurer à Blois, chez une vieille tante qu'elle y a, et on l'a remise entre les mains de ses deux sœurs qui l'ont menée chez elle. (B. A.) 1. De Planzat, marquis du Terrail. 2. Gaspard Abeille, né à Riez en 1648, abbé de Notre-Dame-de-la Mercy, membre de l'Académie française, mort à Paris le 22 mai 1718. Saint-Simou dit que c'était un homme de vertu et d'honneur. LA ROSEMAIN. 4S INTERROGATOIRE DE LA ROSEMAIN. Du 8 juin 1703. — Quelles sont les affaires qu'elle devait terminer chez M. le duc de Sully, par l'entremise de Poisson? — C'est l'affaire de la comédie. Poisson aurait eu, suivant leur projet, une seconde troupe de comédiens ; le tiers en sus du profit aurait appartenu aux Enfants trouvés, et il y aurait eu -12 ou 15,000 francs, tant pour elle que pour le duc de Sully et le mar- quis de Termes. — A quel sujet la dame d'Arquainvilliers * lui a écrit la lettre par laquelle elle lui fait l'énumération des services que M. son mari a rendus. — Cette lettre avait pour objet de procurer à M. d'Arquain- villiers, maître des requêtes, une place de conseiller d'État, par la voie des puissances qu'elle nous a nommées. — Cette même lettre contient expressément les termes qui sui- vent : « d'autant plus que j'ai d'autres mesures à prendre pour cela, n'était pas aussi sûr que vous me marquez que cela soit. » — La dame d'Arquainvilliers a été libre d'écrire ce qui lui a plu; mais ses lettres ne peuvent former contre elle aucune conviction. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. — Du vendredi 8 juin, sur les 6 heures du soir, M. de Chan- tepie, etc., pour mettre dans le moment Collier, cordonnier à Paris, et la de Giroux, de Blois, dans une entière liberté de sor- tir; mais la demoiselle Giroux a fait sa soumission par écrit de sortir dans huit jours de la ville de Paris, pour aller trouver son mari à Landrecies, employé dans les fortifications, et défense à elle d'approcher de Paris de vingt lieues, sans un ordre et permis- sion de la cour. (B. A.) INTERROGATOIRES DE LA ROSEMAIN. Du 26 juin. — Si elle n'a pas donné des mémoires pour ériger en charges les tuteurs des enfants mineurs, en leur attribuant des droits et des privilèges? Par qui elle se proposait de faire réussir cette affaire? 1. Louise Charlet, femme de Jean de Jassaud d'Arquainvilliers, maître des requêtes. 44 LA ROSEMAIN. — C'est par la voie de la duchesse de Rohan ou de la marquise de Bissy; mais elle n'est pas môme bien assurée si c'est par l'en- tremise de l'une ou de l'autre; sait seulement que Taifaire a été portée au Conseil. — Si elle n'a pas donné des mémoires pour établir en chaque juridiction un bureau particulier où les procureurs des parties in- tervenantes et opposantes feraient enregistrer leurs interventions et oppositions? — C'était par l'entremise de la princesse d'Espinoy ; mais il y a plus de six ans qu'elle lui fit cette proposition. Une lettre lui avait été envoyée par la demoiselle Barbier, gouvernante de mademoi- selle d'Armagnac, et elle s'adressait à M. l'abbé de Lorraine ', qui lui avait demandé des affaires, mais ne l'ayant pas trouvé chez lui, et M. l'abbé de Lorraine n'ayant pu la rencontrer aussi chez elle, quoiqu'il y soit venu deux fois, ces propositions n'ont eu aucunes suites, l'ayant trouvée à Versailles dans les appartements du châ- teau, il avait promis de lui donner un rendez-vous; mais comme elle fut arrêtée peu de jours après, ses projets demeurèrent inutiles. — Quelle est cette affaire dont il lui devait revenir 20,000 francs, tant pour elle que pour ceux qui l'auraient fait? — La personne à qui elle écrivait cette lettre est M. le maréchal d'Estrées, et l'affaire qu'elle lui proposait était le privilège d'une seconde troupe de comédiens dans Paris; mais ayant été arrêtée le lendemain et conduite dans ce château, ce dessein est demeuré sans exécution. Du 24 juillet. — Quel traité elle avait passé avec Cintio, ci-devant un des acteurs de la Comédie italienne? — Ce traité avait pour objet le rétablissement d'une (roupe de comédiens italiens, moyennant 20,000 francs qu'il en devait reve- nir aux pauvres, 15,000 francs de rétribution annuelle qu'on leur assurait, et un billet de 15,000 francs une fois payés, tant pour elle que pour la puissance qui aurait fait réussir l'afTaire. Le billet est entre les mains de mademoiselle de Lislebonne. — Si elle ne s'est pas employée pour présenter à M. le prince de Léon un sujet qui devait entrer dans la Ferme générale, et quelles devaient être les conditions dont il est fait mention dans la lettre que le prince de Léon a écrite? 1. Il fut plus tard nommé évèque de Baveux. LA ROSEMAIN. 45 — Elle lui présenta plusieurs sujets, et entre autres de Launay, qui lui offrit jusqu'à 20,000 francs. Elle doutait fort que le prince de Léon eût obtenu celte place, à moins que ce ne fût par d'autres personnes; mais il lui en écrivit si positivement qu'elle ne put s'empêcher de faire quelques démarches pour le succès de cette affaire. Le prince de Léon la vint trouver jusque chez elle, où se rencontra Launay, à qui le prince de Léon promit la préférence. — Si la duchesse de Rohan vint chez elle ? — La duchesse de Rohan y vint en effet, et ce fut au sujet de quelques-unes des affaires dont elle nous a déjà rendu compte. (B. A.) PONTCnARXRAIN A M. d'ARGENSON. 11 juillet 1703. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir de la B. la femme Collier. , (A. N.j JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi, sur les 9 heures du matin, 2i juillet Suivant l'ordre que nous reçûmes hier au soir, etc., que M. d'Argenson a envoyé par M. de Taillepied, exempt du guet de Paris; mais étant malade, il l'a envoyé par son valet, lequel étant arrivé hier trop tard, on n'a pu exécuter que ce matin, qui était de mettre dehors et dans une entière liberté, la dame Collier, femme d'un cordonnier de Paris, dont son mari a été aussi prisonnier ici pour la même affaire. MÉMOIRE DE M. D'ARGENSON. Faits concernant la maison et les bureaux de M. le comte de Pontchartrain, tirés des interrogatoires des prisonniers de la B., arrêtés au sujet des commissions de la marine. De Rosemain déclare qu'elle s'est employée pour faire obtenir à de Belisle, garde-marine, une enseigne de vaisseau, et qu'elle espé- rait y réussir par le moyen de Gobin, commis de M. Bagon, auquel elle fit entendre qu'elle pourrait lui rendre service en lui faisant présent d'un mémoire de la recherche de la marine contre les ar- mateurs. Que Hérault, valet de chambre de M. de Pontchartrain, dont la cousine, nommée Fanchon, fille d'un chandelier, a été à son 48 LA ROSEMAIN. service pendant longtemps, l'a priée plusieurs fois de lui donner des affaires, en l'assurant que s'il s'en présentait quelques-unes de bonnes, M. l'abbé Bi^non *, son prolecteur, s'emploierait pour la faire réussir; elle convient aussi d'avoir donné charge à Hérault de retirer d'entre les mains de M. Bégon le brevet d'enseigne de Belisle, et qu'elle lui avait promis une récompense de 20 louis d'or, qu'il avait acceptée, en lui demandant ce qu'elle avait pour elle, à quoi elle avait répondu qu'elle en avait iOO louis d'or; elle ajoute que la plupart des domestiques de M. de Pontchartrain se mêlent de procurer des emplois pour de l'argent, et qu'elle a ouï dire expressément à la aame de Boisloré, qu'un de ces valets de chambre, de taille médiocre, et ayant le visage rond, était fort ardent à ce commerce, et môme elle a vu deux ou trois fois de Boisloré s'entretenir, dans un grand secret, avec ce valet de chambre; elle dit encore qu'elle ne peut douter que la demoiselle de Cris, qui a été au service de madame la chancelière, n'ait fait plusieurs affaires dans les bureaux de M. de Pontchartrain, par l'entremise des commis; qu'il est de notoriété publique qu'elle a fait une fortune considérable par cette voie, qu'elle connaît tous les commis avec une grande familiarité, et particulièrement M. Bégon, pour qui elle l'a chargée de plusieurs lettres, et M. l'Epineau, chez qui elle, Pochon, l'a accompagnée plusieurs fois. Elle dit que M. Gaillard de Longuinot, gentilhomme provençal, l'est venu trouver accompagné de Hérault, à présent valet de chambre de M. le comte de Pontchartrain, qu'il lui apporta le pri- vilège qu'avait une de ses parentes, concernant les glacières de Provence, et la pria d'obtenir la continuation de ce privilège, ce qu'elle ne put faire. Elle convient que sous le nom d'un nommé Gautier, elle a traité avec Guymont, Goujon, Lenormand, Chancau, de Coulange et de Saint-Eugène, pour établir des ofûces de contrôleurs des marchan- dises, et qu'elle se proposait de faire réussir cette affaire par la de^ moiselle de Gris, qui devait en faire parler à M. de Pontchartrainj par M. Bégon, qui était fort de ses amis. Elle dit qu'elle s'est emploj'ée ponr obtenir le privilège de tenir des chevaux de louage dans tout le royaume ; que pour y réussir, elle avait promis un quart de la gratification qui lui serait faite, à 1. Jean-Paul Biguoiij abbé de Saint-Quentin, conseiller d'État, doyen de l'Académie française^ né le 19 septembre 1662, mort le 14 mars 1743. SAINT-MARTIN. 47 M. de Montmorin, à présent marquis de Saint-Hérem, qui lui avait fait entendre qu'il se proposait de faire réussir cette affaire par M. le comte de Blanzac, qui y aurait le principal intérêt. Que la demoiselle de Florac a beaucoup de crédit dans les bureaux de M. de Pontchartrain, qu'elle connaît particulièrement M. Bégon et M. de Salabery, et qu'elle lui a témoigné plusieurs fois, tant à Fontainebleau qu'à Versailles, qu'elle avait tout pouvoir auprès de MM. Bégon et de Salabery, et que ce dernier lui avait accordé quelque grâce. M. de la Brunelière peut lui avoir écrit un billet par rapport h quelques affaires de finances et de marine, qu'elle et la de Brune- lière se proposaient de faire réussir par la voie de M. Bégon et de la demoiselle de Cris. De la Brunelière, Bégon, la demoiselle de Cris et elle ont ménagé et sollicité ensemble plusieurs affaires, tant pour la finance que pour la marine, qui n'ont eu aucun succès. Du Port de Saint-Martin convient qu'il a ouï dire à Saby, qu'il avait été présenté à M. l'abbé Bignon par les abbés du Tilladet ' et De la Rue; il ajoute qu'il croit que Saby s'est vanté à lui d'avoir été présenté à M. d'Armenonville par M. l'abbé Bignon, dont il était connu par le moyen des abbés de la Rue et de Tilladet. M. Saby déclare que pour obtenir un emploi de capitaine de brûlot en faveur d'un officier de marine, son dessein était d'en par- ler à l'abbé de la Rue, qui demeure chez M. l'abbé Bignon, et qui est de ses amis particuliers; qu'ayant fait cette proposition audit abbé de la Rue, il lui répondit qu'il n'avait qu'à donner son placel, et qu'il le ferait recommander; mais qu'il ne sait si ce devait être par le moyen de M. l'abbé Bignon, parce que le placet n'a point été donné ; il ajoute que lorsqu'il proposa à l'abbé de la Rue de donner un placet, il lui dit que celui en faveur de qui serait le placet, lui ferait un présent en liqueurs et en raretés de dessus les portes ^. Il dit que c'est l'abbé de la Rue qui l'a présenté à M. l'abbc Bignon, lequel lui promit sa protection et lui donna une lettre de recommandation pour M. d'Armenonville. Il convient encore d'avoir proposé à M. l'abbé de la Rue de faire recommander un 1. Jean-Marie de la Marque de Tilladet, oratorien et membre de l'Académie des inscriptions, mort le 15 juillet 1715, âgé de 6o ans. 2. On \oit dans les gravures du temps que la mode était de placer des vases de la Chine au-dessus des portes intérieures de l'appartement. 48 LA BOISLORÉ. placet en faveur d'un armateur qui demandait un emploi de capi- taine de brûlot. Il ajoute qu'ayant promis à l'abbé de la Rue de lui prêter 20 pistoles, et n'ayant pu lui tenir parole, l'abbé de la Rue lui écrivit en ces termes : « Je n'exige pas de vous que vous me fassiez un plaisir que vous ne pouvez pas me faire; il est fâcheux pour moi que les espérances que vous m'avez données m'aient fait manquer deux fois de parole pour une affaire qui est de consé- quence pour moi ; mes compétiteurs ne demandent pas mieux; si je n'avais compté sur vous, j'aurais pris autrement mes mesures; j'attends une réponse positive. Signé, de la Rue. » II dit qu'il ne sait pour quelle affaire l'abbé de la Rue lui voulait emprunter cette somme, qu'il lui a prêtée quelque temps après, et qui lui est encore due. David dit que Du Port de Saint-Marlin ne lui a jamais nommé précisément quelle personne devait toucher l'argent qui serait con- signé pour l'avancement d'un officier de marine, mais qu'il lui a seulement fait entendre que c'était une personne qui avait tout pouvoir sur M. Bignon, intendant des finances. La dame de Boisloré dit qu'un de ses deux fils est enseigne sur l'un des vaisseaux de la compagnie de l'Assienle^ où M. de Sala- bery a bien voulu le placer, à la recommandation de M. de la Loubère, qui depuis près de vingt ans s'est employé avec affecliofk pour la famille, avec une bonté purement gratuite. Elle convient qu'elle s'est entretenue avec défunt Hulin, valet de chambre de Pontchartrain, et qu'elle l'a prié de lui faire savoir en quels termes on parlait de son fils dans le cabinet du ministre; mais qu'à l'égard de Jusan qui a succédé à Hulin, elle ne lui parle que le moins qu'elle peut, d'autant qu'il est brusque. Hérault, valet de chambre de M. de Pontchartrain, lui ayant demandé si elle n'avait pas eu des nouvelles de son fils, elle lui proposa de trou- ver bon qu'elle lui adressât à son adresse un paquet de quelques hardes qu'il lui avait demandées, ce qu'il accepta en disant que sa femme était à Paris; elle ajoute qu'elle a prié M. Bégon d'écrire à son frère l'intendant, en faveur de son fils, ce qu'il lui promit de faire, et son fils lui a mandé depuis ce temps-là, que M. Bégon, 1. La compagnie de l'Assienle, c'est-à-dire de Ja ferme, était établie depuis long- temps en Espagne pour la traite des nègres, mais la compagnie française de Guinée venait de se mettre en son lieu et place, en payant un droit au Roi d'Espagne. Elle devait entretenir un personnel considérable, puisqu'elle avait le monopole de la traite pour toutes les possessions espagnoles et françaises en Amérique. LA ROSEMAIN. 49 intendant, le traitait avec beaucoup d'honnêteté, mais qu'elle n'a employé personne auprès de Bégon, auquel elle s'est adressée directement comme une bonne mère est obligée de faire lorsqu'il s'agit de l'intérêt de son fils. Monlagne, laquais de Saby, déclare que Saby, son maître, ren- dait de fréquentes visites à l'abbé de la Rue, et que, par son ordre, quelques jours avant qu'il ait été arrêté, il porta à l'abbé de la Rue un billet et une livre de tabac dont il lui faisait présent. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles, 26 août 1702. J'ai rendu compte au Roi de ce que contient votre lettre au sujet de la Rosemain, et de tous les autres prisonniers de cette espèce, arrêtés depuis quelques mois, et S. M. m'a commandé d'expédier les ordres que je vous envoie pour les faire mettre en liberté et chasser de Paris ceux que vous jugez à propos d'en éloi- gner. Au surplus, il faut que vous ayez attention aux gens de cette sorte, dont l'occupation est des intrigues pour des affaires, et que vous m'avertissiez de tout ce qui viendra à votre connaissance h cet égard, afin d'en faire des exemples, non pas de loin à loin, comme vous le proposez, mais au contraire très fréquemment, et mandez-moi les moyens de connaître de telles gens. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 29 août, à 3 heures de l'après-midi, M. de Ghan- tepie, etc., pour mettre huit prisonniers en liberté, et dans ce nombre, il est chargé par M. d'Argenson de transférer Guillaux, valet de Duport Saint-Martin, de Lyon, au château de Bicêtre, étant parti dans le moment; et comme dans le nombre des autres qui doivent sortir, il y a des soumissions à faire, M. Chantepie, a remis cette exécution à faire, h demain, du matin. Du jeudi 30 août, à 8 heures du matin, M. de Chantepie etc., est revenu pour faire faire aux sept prisonniers nommés ci-après, la soumission pour leur liberté entière. M. Duport Saint-Martin et la dame Harwick, Anglaise, sa femme, sortiront incessamment de Paris pour se retirer dans la province du Lyonnais. La dame Pochon de Rosemain sortira incessamment de Paris pour aller dans la province d'Auvergne. 4 80 CONTAU. La dame Lefèvre de Boisloré, de même en Auvergne. Le sieur Saby et Lamontagne, dit Angevin, valet de M. Saby, sor- tiront au plus tôt de Paris pour se retirer en Gascogne. David, du pays de Caux, en Normandie, en pleine liberté d'aller oii il voudra. Les sept nommés ci-dessus sont sortis dans le moment, et celui de hier^ tous sur un même ordre. (B. A.) CHAMILLART A M. D'ARGENSON. Versailles, 17 septembre 1703. Un notaire, nommé Bailly, m'a apporté le paquet que vous trou- verez ci-joint; c'est un dépôt de billets payables au porteur, qui lui a été fait par Gantau, fils d'un banquet de Liège, pour avoir une place de fermier général ; vous verrez par l'inscription, les condi- tions auxquelles il les donne. Comme je n'étais pas tout à fait d'accord avec ces gens-là, et que j'ai appris qu'il s'est fait plusieurs choses fort contraires à l'honneur du ministère et à mon caractère, j'ai prié le Roi de trouver bon que je vous l'envoyasse, et que je vous ordonnasse de sa part de faire arrêter la demoiselle Fauconnier, de l'interroger et de faire en sorte de démêler par elle tout le fond de cette intrigue, qui ne saurait être trop éclaircie pour ma satisfac- tion et pour empêcher le public d'être trompé ; car je sais certai- nement qu'il y a bien des gens qui tirent parti de pareilles manœu- vres, sans que j'en aie aucune connaissance. Il peut y en avoir quelques-uns qui me parlent tant qu'ils peuvent, être leurs inté- rêts, d'autres qui, par l'accès qu'ils ont chez moi, sans oser me parler, font croire qu'ils ont du crédit et y trouvent leur utilité parmi les dupés. Je ne saurais vous donner aucune connaissance sur la demoiselle Fauconnier. Bailly, notaire, m'a dit qu'il ne sait pas où elle demeure. Pour Canlau, c'est lui qui a été arrêté pour avoir voulu faire transporter 4',7U0 louis qui ont été saisis à la douane, et auquel MM. de la Cour des Monnaies instruisent le procès. Je ne vous saurais fournir d'occasion de me servir qui m'intéresse plus véritablement que celle-ci. Je vous prie seule- ment de conduire cette affaire vivement et secrètement. Vous manderez Bailly, notaire, pour lui donner un acte tel que vous le jugerez nécessaire pour sa décharge. (A. G.) LA FAUCONNIER. Kl JOURNAL DE Mé DU JUNCA. Du dimanche 7 octobre, sur les 10 heures du matin, M. de Chantepie, etc., a mené et remis la dame Fauconnier, vieille et grosse femme qu'on dit avoir été une grande plaideuse, fort intri- gante, laquelle femme M. le gouverneur a reçue sur une lettre de M. d'Argenson, etc., laquelle femme est accusée de se mêler de beaucoup d'affaires pour de grands emplois, jusqu'à faire donner des places de fermiers généraux pour de l'argent. (B. A.) CHAMILLART A M. D'ARGENSON. Versailles, 23 novembre 1703. Je viens de recevoir la lettre que vous avez pris la peine de m*écrire, à laquelle était joint l'interrogatoire de la Fauconnier ; comme le Roi m'a permis de suivre celte affaire et qu'il paraît que la dame Gombault y a plus de part que l'autre, je vous prie de la faire arrêter sans scandale et de la faire conduire secrètement à la B., de la faire interroger séparément, et de la confronter ensuite avec la Fauconnier. L'histoire de M. Henri est fausse d'un bout à l'autre; il est vrai qu'il a voulu se mêler d'un mariage pour M. de Soîx, neveu de M. de Yilatte et, par conséquent, de mon parent proche par sa mère, qui s'appelle M. de Rochefort, mais il n'y a de différence de l'interrogatoire de la Fauconnier à celte affaire, qu'en ce qu'elle parle d'une fille et que c'est un garçon. A l'égard de mesdemoiselles Perrault, il y en a une qui a épousé M. de Lubert fils, il y a déjà quelques années; elles sont parentes de madame de Chamillart au 5'' degré. Pour mademoiselle de Fleurs, elle est petite-nièce de feue madame Lerebours, femme du conseiller, mais il n'y a aucune parenté entre elle et ma femme ; vous jugerez par là du peu de fondement qu'il y a à faire sur tontes les réponses de la Fau- connier, et je vous prie de ne vous point laisser attendrir pour elle, que nous ne connaissions les véritables acteurs de cette pièce qui devaient agir auprès de moi. (A. G.) Versailles^ 31 décembre 1703. J'ai reçu, avec la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, les interrogatoires qui y étaient joints de la dame Gombaut et de la Fauconnier; le Roi ne jugeant pas à propos de laisser faire un 52 CANTAU. plus long séjour à Paris à la dame Gombaut, S. M. m'a commandé d'expédier ses ordres pour l'en éloigner de 30 lieues ; je vous les adresse pour les faire exécuter. (A. G.) LE MÊME A l'électeur DE COLOGNE ^ Versailles, 3 janvier 1704. L'affaire de Cantau ayant été jugée, la cour des monnaies l'a condamné à mort; je n'ai pas manqué, aussitôt que j'en ai été informé, d'en rendre compte à S. M., et de la faire souvenir de l'intérêt que V. A. E. prend à cette famille. J'ai rappelé aussi en sa faveur les services que le père a rendus en plusieurs occasions; S. M. a bien voulu faire surseoir l'examen du jugement pour me donner le temps d'en informer V. A. E. Elle m'a commandé de vous faire savoir que, sans la nécessité qu'il y a de faire un exemple pour empêcher Tabus qui s'est commis depuis quelque temps de faire sortir des espèces du royaume nonobstant les défenses portées par les ordonnances du Roi, elle accordera grâce entière à Cantau ; elle se persuade- que V. A. E. sera contente qu'elle lui sauve la vie, et que la peine de mort soit changée en celle des galères; cette affaire demeurera en l'état qu'elle est jus- qu'à ce que j'aie reçu des nouvelles de V. A. E. (A. G.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 7 janvier, sur le midi, M. de Ghantepie, etc., a porté une lettre de M. d'Argenson à M. le procureur, par laquelle il le prie de faire mettre dans le moment madame Gombaut en liberté, et qu'il lui enverra les ordres du Roi sur ce sujet. Cependant M. de Chantepie, qui a demandé à voir la dame Gombaut, lui a fait voir et donné un ordre du Roi qui lui enjoint de sortir inces- samment de Paris et de n'en approcher de trente lieues sous aucun prétexte que ce puisse être, ce que madame Gombaut a fait sa sou- mission et signé. PONTCHARTRAIN A CHAMILLART. 31 janvier HOL Sur la première lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire 1. Joseph-Clément de Bavière, électeur de Cologne, mort en 1723. LA ROSEMAIN. 53 le 15 de ce mois concernant Cantau, je lui ai simplement expédié des lettres de rémission pour la peine de mort, sans le décharger de l'amende et autres peines portées par la condamnation, et je les ai délivrées h M. Valdor, résident de M. l'électeur de Cologne, et comme vous me mandez aujourd'hui que S. M. a changé la peine de mort en un bannissement perpétuel hors du royaume, cela m'oblige de vous envoyer copie de vos deux lettres, et de vous prier de me mander laquelle des deux grâces il faut précisément expédier; je fais cependant demander à M. de Valdor, sous un autre prétexte, les premières lettres qui lui ont été délivrées. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 10 mars, sur les 5 heures du soir, M. d'Argenson est venu avec son secrétaire ; en arrivant, il m'a dit qu'il avait oublié chez lui l'ordre, etc., pour mettre dans une entière liberté la dame Fauconnier. En l'absepce de M. le gouverneur, M. d'Argenson m'a prié de la faire sortir, qu'il m'enverrait l'ordre du Roi, et qu'il souhaite de lui parler avant que de la mettre dehors ; ce que j'ai fait, l'un et l'autre avec défense de ne se mêler de sa vie d'aucune affaire, ni d'entrer dans aucune intrigue d'hommes ni de femmes. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 14 mai 1704. Puisque la Rosemain ne veut point exécuter l'ordre qu'elle a reçu de sortir de Paris, je vous en envoie un pour la faire conduire à l'hôpital général. (A. N.) RAPPORT DE M. d'ARGENSON. Phelipette Rosemain, entrée par lettre de cachet à l'hôpital. H septembre 1704. Nouvellement arrivée et dont je me réserve à rappeler les motifs de sa détention après la première visite qui suivra celle-ci. En 1705. Elle a toujours la folie de se vouloir faire passer pour jeune, quoique depuis plus de dix années ses cheveux soient abso- lument blancs ; elle voulait me persuader que la peur que lui fît à U LA ROSEMAIN. la B. la Marianne, les avait blanchis en une nuit; mais quand je lui ai fait voir la poudre noire qu'elle avait laissée parmi les drogues de sa toilette, elle demeura toute confuse. C'est cette faiseuse d'affaires qui se mêlait de tant d'intrigues, qui négociait des mariages et des traités de finance, et qui n'ayant aucuns biens, subsistait à Paris depuis très longtemps. Quand il plut au Roi de la faire sortir de la B., ce fut à condition qu'elle se retirerait à 50 lieues de Paris, mais elle refusa d'obéir ; ainsi après avoir été conduite une ou deux fois au For-l'Évêque par sa déso- béissance, il a fallu la renfermer à l'hôpital, et je doute qu'elle pût trouver du pain ailleurs sans le secours de quelques moyens cri- minels. En 1706. 11 ne s'est présenté personne qui se soit voulu charger d'elle ; ainsi quand on la ferait sortir de l'hôpital, il l'y faudrait ramener comme folle ou en qualité de mendiante. En 1707. Sa folie est encore augmentée depuis l'année dernière. Idem en 1708. Apostille de Pontchartrain : L'exiler dans son pays, sinon la reprendre. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 12 décembre 1714. Je vous envoie l'ordre du Roi pour faire garder dans la maison des Hospitaliers de la Roquette la dame Boislorey. Je vous prie de la faire remettre à la supérieure, et de lui recommander d'empê- cher cette femme de sortir de cette maison. On prétend que c'est une intrigante, dont le fils est allé à la mer du sud sans per- mission. (A. N.) DU ROSSET. 85 CREUTZER'; DU ROSSET 2; HAMILTON^; JOYEUX*; MACKENSIE ^ ; GARY « ; MILH AU ' ; S ALOMON « ; QUÉRU^; HUMBERT^»; LEMAIRE**. Espions. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 26 février, à 8 heures du matin, M. Aulmont le jeune a mené, etc., pour être très renfermé, M. le chevalier du Rosset, un vieux capitaine d'infanterie que M. le gouverneur a reçu à la prière de M. d'Argenson, en attendant la lettre de cachet, etc., lequel prisonnier on a fait mettre à la première chambre, seul de la tour de la chapelle. Du vendredi 2 mars, sur les 9 heures du matin, M. Loir a mené, etc., M. Hamilton, Écossais, mais natif d'Irlande, que j'ai reçu, etc., qu'on a fait mettre à la deuxième chambre, seul, de la tour de la Bazinière, en attendant pour le mettre ailleurs et en compagnie. (B. A.) PONTCHARTMIN A M. DUGUAY, INTENDANT DE LA MARINE. Versailles, 2 avril 1703. On a arrêté à Beauvais un jeune homme âgé de 24 ans, qui a un congé signé de vous, du 26 de ce mois. Il s'est dit pilote, qu'il a fait sa dernière campagne sur la frégate V Embuscade, commandée par le capitaine Tanquered, qu'il est natif de Cologne ; il se nomme Joyeux, fils de Joyeux, capitaine au régiment de Furstemberg. Faites-moi savoir si vous avez signé ce congé et, en ce cas, ce que c'est que cet homme. (A. M.) i. Ordres d'entrée du le"" janvier 1703 et de sortie du 16 décembre 1703. 2. dû 26 février do do 14 décembre 1714. 3. d" 28 février do do — 4. do 4 avril do do 20 novembre 1714, 5. do 17 avril do do 15 juin 1704. 6. do 17 mai do do 3 juillet 1713. 7. do 19 août do do — 8. do 19 septembre do do 31 octobre 1703. 9. do 3 octobre do do 16 avril 1704. 10. do 11 septembre do do 31 octobre 1703. 11. do 7 novembre do do — Ordres contre-signes Ponlchartrain, Chamillart et Torcy. 56 MACKENSIE. RAPPORT D'AULMONT L'AINÉ, EXEMPT. Grindzer, Allemand, se mêle de brocanter; il y a plus de dix ans qu'il est à Paris, et tous les ans il dit qu'il retourne en son pays où il dit avoir 50,000 livres de bien. Il loge chez Blanchard, à l'Aigle d'or^ rue de Guénégaud. Son valet loge rue des Boucheries, chez la dame Yaucour, lingère. Apostille de M. d'Argenson : M. Auimont l'aîné pour s'informer du pays de cet homme et m'en parler. Réponse d' Auimont : Le contenu au mémoire de l'autre part est véritable, Grinzer loge en chambre garnie, chez Blanchard ; il s'est fait agréer gendarme de la garde du Roi, lorsqu'on cherchait les Polonais et Saxons, dans la crainte d'être arrêté; cependant il ne marche point en campagne. Ce sont MM. Laratte et Rosancour qui l'ont présenté à M. de Soubise pour le faire entrer dans leur com- pagnie, n est de la ville de Drezen, en Saxe, et en est originaire. Il se mêle de brocanter avec la femme de Laratte, qui a eu déjà plusieurs mauvaises affaires pour ce négoce. Son laquais s'appelle Dupuis qui est marié. (B A..) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mardi 18 avril, à l'heure de midi, M. Darcy, exempt du grand prévôt de l'hôtel, a mené, etc., de M.Mackensie, etc., arrêté dans Paris et dans son auberge; dans le moment, lequel j'ai fait mettre dans la première chambre de la tour de la Bazinière, seul, accusé d'être espion et de quelque entreprise. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 23 avril 1703. S. M. veut que vous fassiez arrêter et mettre à la B., Chester et Arbonighi, Écossais, où vous les interrogerez pour connaître leurs desseins. Je dois vous dire sur le premier, Chester, que M. de Torcy l'avait envoyé en Angleterre ; sans que le dernier a été arrêté, il devait être mis en liberté; examinez promptement s'il y aura quel- que chose de nouveau contre lui. Il a été envoyé le 20 de ce mois un prisonnier à la B., Mackensie, Écossais, sur un ordre signé de M. de Torcy ; je vous prie de prendre la peine de me mander si vous en avez eu connaissance, et GARY. 57 si cette affaire a passé par vos mains. A l'égard de Gauche, Alle- mand, et de Grinzer, je vous envoie l'ordre pour faire mettre le premier au For-l'Évêque, où vous l'interrogerez, s'il vous plaît, et m'enverrez son interrogatoire et un autre ordre pour faire mettre le second à la B. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 26 avril, à 9 heures du matin, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., M. Greutzer, c'est ainsi qu'il dit qu'il se nomme, et par l'ordre il est nommé de Grinzer, Allemand-Saxon, marchand joail- lier, étant en cette ville depuis fort longtemps, faisant le com- merce de diamants, auquel prisonnier on a trouvé sur lui des pierreries. Aulmont m'ayant dit qu'on l'avait arrêté par représailles, et d'autres qu'il était soupçonné de donner des nouvelles dans les pays étrangers, (B. A.) CHAMILLART A DESGREZ. Versailles^ 4 mai 1703. Si vous êtes bien informé du lieu où se retire Daniel Gary, ci- devant aide-major dans les troupes irlandaises, qui servent en France, je vous adresse un ordre du Roi pour l'arrêter, mais je vous recommande de prendre si bien vos mesures, que vous ne le manquiez pas. (A. G.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Versailles, 7 mai 1703. Desgrez me mande que Gary, Irlandais, que vous avez fait arrêter, n'a pas été mis dans les prisons, et qu'il est chez quelque officier ; je vous prie, de crainte qu'il ne s'échappe, de donner vos ordres pour le faire mettre en lieu de sûreté, y ayant du temps que je le fais chercher. (A. G.) journal de m. du JUNCA. Du jeudi 10 mai, à 8 heures du matin, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., de Gary, Irlandais, qui a beaucoup de service dans les troupes de sa nation et françaises, que M. le gouverneur a reçu sur une lettre de M. d'Argenson, en attendant les ordres de la cour qu'on croit qui seront envoyés par M. le comte de Pontchartrain, 38 CREUTZER. lequel prisonnier est un homme très dangereux et un espion de conséquence, qui dira et découvrira bien des choses. M. Aulmont l'a gardé quelques jours chez lui, et m'a dit qu'il n'y avait pas long- temps qu'il arrivait d'Angleterre, qu'il avait une sœur mariée en Bretagne. (B. A.) CHAMILLART A M. D'aRGENSON. Versailles, 10 mai 1703. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire sur Gary, c'est M. le duc de Berwick qui m'a donné contre cet homme le mémoire ci-joint; je lui mande qu'il est arrêté, afin que s'il sait encore quelque fait positif de sa mauvaise conduite il m'en fasse part, dont je vous informerai. Slarly, 25 mai 1703. Vous verrez par la lettre ci-jointe de M. le duc de Berwick ce qu'il me mande de Gary qui a été arrêté par les ordres du Roi, en cas que vous l'interrogiez, et elle vous servira de matière à découvrir ses desseins. Je vous prie de me mander ce que vous en apprendrez. (A. G.) PONTCHARTRAIN AD P. LA CHAISE '. Le Roi a bien voulu faire mettre en liberté Creutzer, avec per- mission de rester pendant trois mois à Paris ; c'est à lui de profiter de ce temps pour s'instruire en la R. G., et mériter d'être naturalisé et sa liberté entière. (B. A.) Versailles, 18 juillet 17U3. JOURÎJAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 19 juillet, sur les 8 heures du soir, un monsieur, parent du R. P. La Chaise, et deux dames inconnues, ont porté l'ordre du Roi que M. d'Argenson leur a donné, etc., pour mettre dans le moment M. de Creutzer de Torgau en Saxe, dans une entière liberté, a^-ant promis qu'il se ferait catholique par les soins duR. P. La Chaise, et le premier est sorti aussitôt avec le monsieur et les deux dames qui ont apporté l'ordre du Roi. (B. A.) 1. François de La Chaise, né dans le Forez, le 25 août 1624, membre de l'Académie des iuscriptions, confesseur du Roi depuis 1675, mort le 20 janvier 1709, âgé de 85 ans. MILHAU. 59 PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON, Versailles, 31 août 1703. A l'égard de Milhau ou baron de Torches, j'écris à M. de Bas-^ ville dans le sens que vous désirez; cependant il convient mieux de l'envoyer à la B., où vous continuerez à l'interroger, en attendant que nous ayons réponse de M. de Basville. (A. N,) LE MÊME A M. DE BASVILLE, INTENDANT DE LANGUEDOC. 31 août 1783. On a arrêté à Paris un homme nommé Milhau, natif de Saint- Ybery, diocèse d'Agde, dont la conduite a paru très suspecte, ainsi que vous le verrez par la lettre que M. d'Argenson m'écrit sur son sujet, l'interrogatoire qu'il a prêté devant lui, et quelques papiers qui se sont trouvés dans sa maison. Le Roi m'ordonne de vous écrire de vous informer qui il est, quelle a été sa conduite passée, et ce qu'on peut penser de lui; j'attendrai, s'il vous plaît, sur cela, les éclaircissements que vous pourrez me donner. (B. N.) LE MÊME A M. d'aRGENSON. Versailles, 19 septembre 1703. M. du Poy, lieutenant do la prévôté de l'hôtel, a conduit, par ordre du Roi, à la B., un homme de Strasbourg, qui a été arrêté ici comme une espèce d'insensé ; vous verrez par les deux plaoets que je vous envoie qui ont été trouvés sur lui, qu'il paraît beaucoup d'extravagances dans tous ses raisonnements ; cependant comme S. M. est bien aise de savoir qui il est et pour quel sujet il est venu ici, elle m'ordonne de vous dire de l'aller interroger tout le plus tôt qu'il vous sera possible, pour tâcher de découvrir s'il a l'esprit égaré ou s'il se contrefait, et envoyez-moi son interrogatoire pour en rendre compte à S. M. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 19 septembre, Depoys,, etc., a mené, etc., sur les 10 heures du soir, Salomon, du pays de Bourgogne, etc., arrêté et mené à Versailles où il était depuis quelque temps à solliciter 60 QUERU. quelque chose pour vivre, ayant présenté plusieurs placets. Je le crois un véritable fou qu'on a mis tout seul. Du dimanche 21 septembre, sur les 11 heures du matin, M. de Chantepie, etc., a remis, etc., Milhau, du pays du bas Languedoc, qui a été officier et servi longtemps dans les troupes de France, bon catholique ; il a aussi servi longtemps dans les troupes anglaises qui servent en France, transféré des cachots du Châ- lelet, etc., et lequel prisonner avait resté 15 jours au Châtelet; on l'a mis à la calotte de la Comté avec deux autres prisonniers. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Fontainebleau, 3 octobre 1703. Je vous envoie des ordres pour faire mettre à la B. M. Quérude Maisonrouge, ainsi que vous le proposez, et Suzanne Landry, sa concubine, à l'hôpital. 17 octobre 1703. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre en liberté Milhau, pri- sonnier à la B., à condition de se retirer en son pays. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du 23 octobre sur le soir, M. de Chantepie, etc., pour mettre dans une entière liberté Milhau, de Rouergue, en faisant sa soumis- sion par écrit de sortir incessamment de Paris et de s'en éloigner de 60 lieues, défense à lui de s'en approcher de sa vie de plus près, ce qu'il a fait ; il avait servi longtemps dans les troupes du Roi, surtout dans des régiments anglais. Du samedi 27 octobre, à 4 heures de l'après-midi, M. Aulmont l'aîné, exempt, a mené, etc., Quéru de Maisonrouge, mauvais pro- testant, chirurgien du faubourg Saint-Antoine, mauvais esprit, séditieux, parlant hautement de l'état des affaires présentes, lequel doit être renfermé seul sans aucune communication avec personne. Du samedi 3 novembre, à 3 heures de l'après-midi, M. de Savery, etc., pour remettre dans le moment Salomon, du pays de Rouergue, pour le transférer dans le château de Bicêtre, ayant un peu l'esprit attaqué de folie. (B. A.) HUMBERT. 61 PONTCHARTRAIN A M, D'ARGENSON. Marly, 7 novembre 1703. Un particulier nommé Humbert, s'est avisé de vouloir parler au Roi même, pour lui donner, dit-il, un avis qui regarde sa personne et l'Élat; je l'ai remis entre les mains de Dupoy, lieutenant de la prévôté de l'hôtel, et j'ai essayé inutilement de pouvoir lui faire dire de quoi il s'agit ; il m'écrit dans des termes fort sensés qu'il ne peut le déclarer qu'au Roi, et comme il y a apparence que le mau- vais état de ses affaires l'aura obligé à inventer quelque avis ridi- cule, on a cru que le meilleur parti qu'il y avait à prendre était de le mettre à la B. pour, par quelque mortification, l'obliger à se déclarer. Je mande à M. de Saint-Mars de convenir avec vous du genre de mortification à mettre en usage, et de vous avertir lors- qu'il prendra envie à cet homme de parler, afin que vous puissiez l'aller entendre. (A. N.) LE MÊME' A M. DE SAINT-MARS. Marly, 7 novembre 1703. Le Roi envoie au château de la B. un homme dont le seul crime est de m'avoir averti qu'il a une chose très importante à découvrir concernant la personne du Roi et l'État, et qu'il ne veut la déclarer qu'à S. M.; j'ai inutilement essayé de le faire parler, ce qui me fait croire, quoiqu'il s'en défende en de bons termes, que la pauvreté et le mauvais état de ses affaires l'auront obligé à inventer ce pré- tendu avis dans l'espérance de quelque récompense; on n'a pas trouvé de meilleur parti que de l'envoyer à la B., afin de l'y faire souffrir et de l'obliger à déclarer son avis ou son imposture ; il m'est difficile de vous déterminer quel genre de souffrance, car si vous le mortifiez par la faim, vous pourriez lui altérer l'esprit et, par ce moyen, le rendre moins capable de raison ; vous en conférerez, s'il vous plaît, avec M. d'Argenson, à qui je mande de l'aller entendre toutes les fois que vous le jugerez à propos. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 8 novembre, sur le midi, M. Depois a remis, etc., Humbert, de Noyers, en Bourgogne, arrêté et mené de Versailles, où il était allé pour parler au Roi, à sa personne, et n'ayant jamais voulu dire aux ministres ce qu'il avait à dire au Roi, lequel prison- 62 HUMBERT. nier persévère toujours et a refusé même cejourd'hui à M. d'Ar- genson, qui est venu exprès, ce qu'il avait à dire de secret au Roi, mais qu'il voulait lui parler. Du lundi 26 novembre, à 9 heures du malin, M. de Chantepie a remis Bertrand, procureur d'Orléans et un fanatiaue,etc., homme se rnôlant de beaucoup d'affaires, et un esprit fort entreprenant, que M. de Chamillart a recommandé qu'il fût sûrement gardé et seul. (B. A.) PONTCUARTRAIN A M. d'aUGENSON. Mari y, 28 novembre 1703. Il faut presser fortement Humbert de déclarer le secret qu'il vou- lait communiquer au Roi. (B. N.J Je vous envoie l'ordre pour faire mettre en liberté Desclaux et un autre, pour le chasser de Paris et le renvoyer dans sa province, où j'aurai soin de faire observer sa conduite. (A. N.) LE MEME A M. DE LA BùUKÛO.NNAYi;, INTENDANT DE BORDEAUX. Marly, 28 novembre 1703. Le Roi avait fait mettre à la B. un jeune homme nommé Desclaux, N. C, de la ville de Tonneins, en Agénois, parce qu'on soupçonnait qu'il avait des correspondances dans les pays étran- gers; comme il ne s'est pas trouvé d'autres preuves contre lui, qu'une lettre par laquelle il paraît qu'il a fait tenir quelque argent à une de ses sœurs qui est en Angleterre, il a été mis en liberté à condition de se retirer dans son pays, et S. M. m'ordonne de vous en donner avis, afin que vous fassiez scrupuleusement observer sa conduite, en sorte que vous soyez informé de toutes ses démarches et de la manière dont il se conduira sur le fait de la religion. (A. N.) CHAMILLART A M. D'ARGEINSON. Marly, 4 décembre 1703. Le Roi a vu, par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, ce que vous avez pu découvrir de l'intrigue de Marnay et Lemaire, au sujet de l'argent qu'ils s'étaient obligés, par un pré- tendu billet, de laisser à la dame Desbrières sur les mille pistoles qu'elle se chargeait de faire passer aux fanatiques. Puisque vous ne croyez pas que M. de Marnay y ait aucune part, S. M. trouve bon BEAUCAMBERRE. 63 que vous le fassiez metlre en liberté sous caution, comme vous le proposez ; mais à l'égard de Lemaire, dont la conduite vous paraît suspecte, vous pourrez le laisser en prison et lui faire fournir, aux dépens du Roi, huit ou dix sols par jour pour sa nourriture jus- qu'au 15 de ce mois. Pour ce qui est de Bertrand, ami de la Jonches, que l'on soup*- çonne d'avoir écrit le corps de ce billet, vous avez bien fait de vous en assurer et de l'envoyer à la B., et je vous adresse un ordre du Roi pour l'y faire retenir jusqu'à ce que vous ayez examiné tous ses papiers et cherché dans les mémoires écrits de sa main la preuve de son imposture. (A. G.) LE COMMISSAIRE LAFOSSE AU MEME. Je me suis informé, conformément à vos ordres, du nom de l'Anglais protestant dont la conduite parait suspecte; il se nomme Beaucamberre, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de vous le marquer. Une personne qui loge au-dessus de lui, dans le même logis, et chez laquelle il a demeuré pendant un mois et demi de temps^ auparavant d'en sortir pour prendre le premier appartement, m'a confirmé que son nom est tel que ci-dessus, qu'il y a sept ans qu'il est en France, qu'il n'en est sorti que dans le temps que la paix a été faite, et aussitôt que la guerre a été déclarée il en est revenu. Il n'a été que 18 mois hors de France, il a toujours demeuré dans le même endroit où il est présentement. II a un laquais. Français de nation, c'est un jeune homme de 26 à 27 ans, lequel a plusieurs maîtres et apprend plusieurs exercices, et fréquente dans toutes les plus fameuses auberges. On n'a lieu de rien soupçonner à l'avantage de cet étranger, comme étant Anglais de nation. On sait que les maîtres d'exercice fréquentent partout : c'est peut-être par cet endroit qu'il en prend. Voilà ce que je puis vous en découvrir. (B. A.) 8 décembre 1703. PONTCHARTRAIN AU MEME. 12 décembre 1703. J'écris à M. le duc de Perlh pour savoir s'il connaît l'Anglais Beaucamberre, arrivé depuis peu à Paris, car s'il n'est point connu à Saint-Germain, le Roi vous donnera ordre de le faire arrêter. (A. N.) 64 CREUTZER. LE MÊME AU DUC DE PERTH. Versailles^ 12 décembre 1703. Un Anglais, nommé Beaucamberre, paraît depuis quelques mois à Paris ; il y était déjà venu pendant la dernière guerre, et n'en partit qu'à la paix générale ; comme sa conduite est suspecte, le Roi m'ordonne de savoir s'il est connu et avoué du roi d'Angle- terre, parce que autrement on prendrait des mesures pour le con- naître plus à fond ; je vous prie de prendre la peine de me mander ce que vous en saurez. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 13 décembre, sur les 7 heures du matin, M. de Pois, etc., a remis M. Creutzer, de Torgau, en Saxe, etc., lequel prisonnier était sorti d'ici du mois de juillet de la présente année, par ordre du Roi ; il a été arrêté et mené de Versailles, lequel avait fait sa soumission par écrit de se convertir et de sortir dans trois mois du royaume, ce qu'il n'a pas exécuté. (B. A.) M. DE MEYERCROON A M. d'aRGENSON. Le soussigné, envoyé extraordinaire de Danemark, déclare que le sieur F. Poggenberg est sujet de S. M. le Roi, son maître, qu'il est natif de Copenhague, que le Roi très chrétien lui a accordé un passeport pour s'en retourner au pays, mais n'ayant pu s'en servir avant son expiration, à cause d'une maladie survenue à son cama- rade qui a eu un pareil passeport de France, Poggenberg était allé lundi dernier à Versailles pour obtenir une prolongation de son passeport, laquelle sur les instances de l'envoyé extraordinaire de Danemark lui a été promise. M. de Ligny, premier commis de M. de Torcy, l'a assuré qu'il enverrait le passeport prolongé tout aussitôt après les fêtes. (B. A.) 16 décembre 1703. PONTCHARTRAIN AU MEME. Versailles; 19 décembre 1703. Beaucamberre, Anglais, dont vous m'écrivîtes dernièrement, n'est point connu à la cour du roi d'Angleterre, et même on me mande qu'il n'y a personne en Angleterre de ce nom ; ainsi le Roi BEAUCAMBERRE. 6S veut que vous le fassiez arrêter incessamment et que vous l'inter- rogiez à fond, et l'obligiez à se faire connaître ; vous me manderez ce que vous aurez appris de lui. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 26 décembre, sur les 10 heures du malin, M. de Chantepie, etc., et deux autres officiers, ont mené, etc.,M. Beau- camberre, etc., lequel prisonnier on dit avoir été arrêté pour un Anglais, et il s'est trouvé être de Copenhague, soupçonné d'espion, et qu'on a renfermé à la quatrième chambre de la tour de la Bazi- nière, seul. (B. A.) PDNTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 2 janvier 1704. De Beaucamberre n'étant pas Anglais, ainsi que vous me le man- dez, il faut que vous me mettiez en état au plus tôt de rendre compte au Roi de ce que vous aurez appris de lui. 9 janvier 1704. De Beaucamberre, prisonnier à la B., en sortira ainsi que vous le souhaitez, mais il faut en même temps tenir la main à ce qu'il sorte du royaume, suivant l'ordre que je vous envoie. (A. N.) M. d'argenson A pontchartrain. 10 janvier 1704. Le sieur Beaucamberre sera demain en liberté, et l'ordre du Roi, qui lui enjoint de sortir du royaume, lui sera signifié dans le même temps ; s'il osait y contrevenir, je le ferais mettre au For- l'Évêque, suivant les intentions de S. M., car cet étranger ne m'est pas moins suspect que Creutzer, qui n'a pas voulu se retirer dans son pays dès qu'il lui a été libre de le faire, et qui a mérité par sa désobéissance d'être ramené à la B., où j'apprends qu'il a été con- duit de Versailles par un exempt de la prévôté de l'hôtel. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 11 janvier, sur le midi, M. de Chantepie, exempt, a porté l'ordre, etc., pour mettre M. de Beaucamberre, de la ville 5 66 QUÉRU. de Copenhague, dans une entière liberté d'aller où il voudra, étant sorti dans le moment avec M. de Chantepie. (B. A.) PONTGHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, i6 janvier 1704. Creutzer a été effectivement renvoyé à la B., sur ce qu'il était venu ici contre les ordres, et qu'il n'avait pas exécuté la promesse qu'il avait faite au P. de La Chaise, son protecteur, de se convertir; il faut que vous l'interrogiez de nouveau à la B., et que vous voyiez à quoi il veut se déterminer, et quelle sûreté il pourra vous donner pour l'exécution de ce qu'il vous promettra. 16 avril 1704. Quéru sera envoyé dès à présent à l'hôpital pour y rester jusqu'au mois d'octobre, suivant votre avis, auquel temps il sera chassé de Paris, et Humbert restera en prison jusqu'au mois de novembre. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 21 avril, sur les 3 heures de l'après-midi, M. Aulmont l'aîné, etc., pour remettre, etc., Quéru de Maisonrouge, chirur- gien, pour être conduit à Bicêtre jusqu'à nouvel ordre. Du mercredi 17 juin, sur le midi, M. le gouverneur a reçu les ordres, etc., pour mettre dans le moment M. deMackensie, Écos- sais, dans une entière liberté d'aller où il voudra, ce qui a été exé- cuté tout aussitôt, et il est sorti. Du vendredi 3 avril (1705), à 2 heures de l'après-midi, M. de Savery, exempt, est venu, etc., pour lui remettre Humbert, de Noyers, en Bourgogne, pour le mener au château de Bicêtre, jus- qu'à nouvel ordre, ayant la folie de vouloir parler au Roi, sans avoir jamais voulu dire à pas un ministre ce qu'il avait à dire au Roi. (B. A.) PONTGHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Fontainebleau, 14 octobre 1705. Pour Humbert, qui est à l'hôpital, il faut que vous lui parliez encore amplement lors de votre première visite sur les prétendus secrets qu'il ne voulait déclarer qu'au Roi, et qu'alors vous me SALOMON, 67 mandiez ce qu'il vous aura dit et ce que vous croirez qu'il y aura à faire par rapport à lui et à sa femme. (A. N.) RAPPORTS DE M. DARGENSON. d5 novembre 1704. Quéru. C'est un blasphémateur et un impie, il vivait en débauche avec la Landry, et quand on lui en faisait des reproches, il avait l'insolence de dire que saint Marcel et sainte Geneviève avaient vécu de même ; sa pénitence n'a pu vaincre encore son endurcissement, aussi je n'ose vous proposer de le rendre libre, et quand il plairait au Roi de lui accorder cette grâce, je vous supplierais de m'envoyer un ordre pour purger Paris de ce scélérat qui parait capable des plus grands crimes. En 1706. Il est maintenant plus docile, ainsi je pense qu'on pourrait le renvoyer dans son pays sans aucun inconvénient par ordre supérieifr. Apostille de Pontchartrain : Le mettre en liberté et l'observer. 22 novembre 1704. Pierre Salomon. Il est âgé de 31 ans, origi- naire de Moslin, en Bourgogne, etc. Il a été un mois à la B., pour avoir eu l'insolence de présenter au Roi plusieurs placets qui n'avaient ni raison ni suite ; il y a fait mille extravagances, et sa folie continue sans aucune indication de fureur, mais dans l'état d'une entière imbécillité presque habituelle. En 1706. Il semble que son esprit soit rétabli depuis quelque temps, et l'économe de la maison croit qu'on peut le renvoyer dans son pays sans aucun inconvénient. Apostille de Pontcharlrain : Le mettre en liberté. Janvier 1706. François Humbert. 11 est âgé de 27 ans, originaire de Noyers, en Bourgogne; il a tant fait l'insensé soit à la B., soit à Bicêtre, qu'il l'est devenu en effet; il veut toujours parler au Roi en particulier, et quand on le presse de s'expliquer sur ce sujet, il s'exprime dans des termes qui n'ont pas la moindre apparence de raison, enfin sa folie est tellement augmentée, qu'on a été obligé de le mettre à part. (B. N.) VOYSIN A M. D ARGENSON. Versailles, 6 août 1707. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire en me renvoyant le placet de la femme de Bertrand, prisonnier à la B., 68 BERTRAND. qui demande la liberté de voir son nnari en particulier, et qu'on lui laisse celle de la cour. Si vous savez où loge cette femme, je vous prie de lui faire dire qu'il est inutile qu'elle m'en présente de pareils pour ce sujet, le Roi ne jugeant pas à propos de lui rien accorder de ce qu'elle demande. (A. G.) PONTCHARTRAÎN A M. D ARGENSON. 23 octobre 1708. A l'égard de Greulzer, il sera mis en liberté le 1" décembre 1708, et renvoyé en son pays. (B. A.) RAPPORTS DE M. D'ARGENSON. Hamilton. Il avait paru suspect, mais il est mort au mois d'août 1708. En 1709. Bertrand avait dessein de passer dans les Cévennes, et il dit que c'était par désespoir. Il a paru se repentir pendant quelque temps de ce projet criminel, mais ses inquiétudes lui ont dérangé l'esprit, en sorte qu'il passe successivement de l'imbécillité à la fureur, et de la fureur à l'imbécillité ; aussitôt qu'on le traite avec douceur, il devient furieux, et on ne peut le calmer qu'en le met- tant dans un cachot où il a toujours été depuis deux mois. Octobre 1713. C'est cet imposteur qui, pour se venger d'un procès perdu, avait eu la malice d'imputer à un officier d'infanterie un faux billet d'où il aurait résulté qu'il était en commerce avec les révoltés des Cévennes. L'examen de ses papiers a fait connaître aussi que c'était un faussaire des plus industrieux et des plus insignes, car il s'y est trouvé plus de cent pièces faussement fabriquées, et toutes d'une assez grande conséquence ; ainsi je pense que ce prisonnier doit être oublié pour un long temps à la B., pour assurer le repos public. L'année dernière, j'eus l'honneur de représenter que, quoique la paix fût conclue avec la plus grande partie des ennemis du Roi, ce n'était pas une raison pour le rendre libre, parce qu'il ne pouvait qu'abuser de sa liberté pour fabriquer de nouvelles faussetés et faire valoir celles qu'il a faites. 1714. Il se porte bien mais, nonobstant la paix générale, je crois toujours qu'un faussaire aussi habile et aussi déclaré que celui-là UU ROSSKT. 69 doit être oublié dans ce château, et j'apprends qu'un très grand nombre de familles appréhendent fort sa sortie, qu'elles regarde- raient comme leur ruine. 1715. II se porte fort bien *. " (B. A.) M. HÉRAULT^, LIEUTENANT DE POLICE, A LEBLANC, MINISTRE DE LA GUERRE. 3 décembre 1726. Il y a dans la maison des frères de la Charité de Charenton, un ancien capitaine du régiment de Picardie, nommé Rosset, qui y est détenu depuis le 24 décembre 1714, après avoir été 12 ans à la B., où il avait été conduit de l'ordre du Roi. Comme son esprit est assez bien rétabli et qu'il désirerait se retirer à Cahors, lieu de son origine, il a supplié son Ém. Mgr le cardinal de Fleury de lui accorder cette grâce, même de lui donner 150 liv. pour le mettre en état de faire ce voyage. S. Ém., à qui j'ai eu l'honneur d'en parler, veut bien accorder la liberté du sieur Rosset et lui faire avancer 150 liv. sur sa pension. Je vous supplie de vouloir bien m'envoyer les ordres nécessaires tant pour sa liberté que pour le reléguer à Cahors, et en même temps un ordre pour toucher 150 hv. sur sa pension avant son départ. (B. A.) LEBLANC A M. OÉRAULT. Versailles, 12 décembre 1726. Comme par la vérification que j'ai fait faire, on ne trouve point que Rosset ait été capitaine au régiment de Picardie, ni qu'il ait de pension, que je n'ai point d'ailleurs expédié d'ordre pour le mettre à la B., et qu'il n'en a point été expédié par M. de Breteuil au mois de décembre 1724 pour l'en tirer et le conduire en la maison des frères de la Charité de Charenton, où il est actuellement; je vous prie de vérifier par qui ces différents ordres ont été expédiés, et de vous en faire donner des copies, comme aussi de savoir s'il est vrai que Rosset ait été capitaine au régiment de Picardie, combien il y de temps qu'il a cessé de l'être, et pour quelle occasion il a quitté, de combien est sa prétendue pension, si elle est sur le trésor royal, et par qui l'ordonnance s'en expédie. (B. A.) 1. Il mourut à la Bastille le 24 jauvier 1725, âgé de 71 aus. 2. René Hérault, fils d'un receveur général de Gaen. 70 DU ROSSET. l'exempt LANGLADE a m. HÉRAULT. Suivant l'ordre du Roi dont vous m'avez fait l'honneur de me charger, je me suis transporté aujourd'hui à Charenton, au couvent des Pères de la Charité, pour y mettre en liberté et notifier un ordre du Roi à M. Rosset, pour lui ordonner de se retirer à Cahors, son pays, sous peine de désobéissance, auquel ordre il a fait sa sou- mission d'obéir aux peines y portées que voici ci-joint. (B. A.) 17 juillet 1727. GOURDON, CURÉ DE LUGAG^'AC, A M. LANGLADE. 27 septembre 1727. J'ai l'honneur de vous apprendre qu'on trouva samedi dernier, sur le soir, M. Rosset dans un très piteux état, étendu derrière une muraille, sans parole ni mouvement, tout près d'un château situé dans ma paroisse. On le remit en lui donnant de l'eau-de-vie. Dès qu'il commença à articuler, il demanda un prêtre pour se con- fesser. Je m'y rendis promptement, et je le fis porter dans ce châ- teau. Je lui parlai environ trois heures et le disposai aux sacre- ments de pénitence et d'extrême-onction. Je vous avoue qu'il était dans de grands sentiments de religion. Il me fit part de ses mal- heurs, se conformant avec joie à la volonté du Seigneur, et mourut UQ moment après. Je l'enterrai dans mon église, le lendemain 21 du courant. Un valet du métayer de cet endroit s'est saisi de son habit, qu'on estime 15 liv. environ. Quel emploi souhaitez-vous qu'on en fasse? Il était sans argent, et on ne lui trouva que l'ordre qu'il avait du Roi de se retirer à Cahors, qui est à 4 lieues de ma paroisse, visé de MM. le subdélégué et consuls de la ville, une réponse du P. Lucien, et une minute du billet qu'il lui écrivait ; la copie de deux lettres qu'il écrivait à des grands seigneurs, dans lesquelles il leur faisait le récit de ses malheurs, et leur demandait leur protection. Il disait dans ses mémoires avoir écrit à M. le cardinal, premier ministre, et à des grands seigneurs de la cour. Ce Monsieur me dit qu'il était chevalier de Malte, neveu de feu M. de Roquefeuil, grand-maître de Malte ; il voulait me faire part de ses secrets, mais il perdit tout d'un coup la parole. J'ai cru que je devais vous faire part de cette nouvelle, et j'espère que vous DAME DE BREDEVILLE. 7! voudrez bien me faire la grâce de me répondre sur ce que je vous apprends, et de quelle maison était ce monsieur. On croit que ce pauvre chevalier fut battu, et qu'on lui enleva son argent. Apostille de M. Hérault : Sur l'extrait fait à M. de Maurepas, il fut ordonné de lui répondre de prier Dieu pour lui sur le peu d'effets qu'il a, qu'il peut envoyer ses papiers. Je lui ai écrit en consé- quence. (B. A.) Dame DE BREDEVILLE ' ; DABANCOURT, TABOURET, CROSSE 2; PIGEORY, SICARD^; LAFONTAINE*; Abbé DE CAJALAC5; COURTOISE Lèse-Majesté. PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 29 janvier 1703. Le Roi envoie à la B. 4 femmes qui y doivent être logées de manière qu'elles n'aient aucun commerce entre elles ni au dehors du château; s'il est nécessaire de leur donner compagnie, mettez- les avec de ces autres femmes qui sont à la B. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 29 janvier, à H heures de nuit, M. Huguet, exempt du grand-prévôt, etc., remis quatre femmes d'une même affaire, etc.; 1. Ord res d'entrée du 29 janvier 1703 et d e sortie du 6 août 1704. 2. do do do do 17 mai 1703. 3. do 24 mars. 4. do ler août do do 26 septembre 1703. 5. do 26 septembre do do 5 décembre 1703. 6. do 31 août do do 3 avril 1704. Ordres contre-signes Pontchartrain. 1. Suivant une note de M. Duval, M^'^ de Brédeville était soupçonnée de mauvais desseins contre la personne du Roi, d'avoir été à la messe dans la chapelle du château de Versailles, d'y avoir porté et laissé tomber un mouchoir empoisonné semblable à ceux du Roi, afin qu'il fût ramassé par quelqu'un des officiers du Roi, qui n'aurait pas manqué de lui remettre. En outre, accusée d'intrigues suspectes avec les ennemis de l'État. 72 LA TABOURET. madame de Bredeville, chanoinesse de Remiremont* en Lorraine, la Dalancourt, sa femme de chambre, la troisième, madame Ta- bouret, la gouvernante dans la maladie de Madame, à Versailles, et M. Crosse, vieille femme, accusées dans cette affaire d'a- voir porté et rendu des lettres qui sont très mauvaises, où il est parlé du Roi et des ministres. Lesquelles femmes on les a logées séparément, la dame chanoinesse dans le grand appartement au- dessus de la cuisine, on lui a donné une femme prisonnière pour la servir, sa femme de chambre seule, sa garde avec une autre prisonnière, et la porteuse de lettres aussi seule. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. 3 février 1703. Je vous envoie le billet de la dame de Bredeville que M. le chan- celier ne put vous remettre hier; il sera nécessaire que quand vous pourrez, vous preniez la peine de venir ici, ayant plusieurs choses à vous expliquer sur cette affaire ; ce billet, écrit en crayon, a besoin d'être ménagé, afin de servir à la conviction de cette dame. 14 février 1703. J'ai rendu compte au Roi des interrogatoires que vous m'avez envoyés de Langevin et de la Tabouret, au sujet de l'affaire qui a donné lieu à la détention de la dame de Bredeville. S. M. veut voir les interrogatoires que vous lui ferez prêter; ensuite de quoi elle verra ce qui conviendra le mieux, ou de lui faire son procès dans les formes ou d'assoupir la chose. 2 mars 1703. Le Roi m'ordonne de vous écrire d'interroger la dame de Brede- ville en forme judiciaire pour parvenir à lui faire son procès, s'il y a lieu, et de suivre cette affaire avec attention tant à son égard que de la fille qui la servait et des autres qui ont été arrêtées avec elle; n'y perdez donc plus de temps et mandez-moi ce que vous ferez. (A. N.) 1. L'abbaye de Remiremont était située dans les "Vosges, à quatre lieues d'Épinal, Les chanoinesses étaient obligées de faire preuve d'ancienne noblesse; elles n'obser- vaient ni vœux ni clôture, aussi les prébendes étaient très médiocres, le revenu de i'abbesse elle-même ne dépassait pas 15,000 liv. Ce couvent servait de refuge aux filles pauvres dans les grandes familles. PIGEORY. '73 LE CHANCELIER PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Vendredi, 16 mars 1703. Mon fils est incommodé, et ne peut vous écrire; le Roi lui a donné ce matin la lettre que je joins ici, écrite et adressée au P. de La Chaise, avec l'ordre de vous l'envoyer et de vous dire de faire là-dessus tout ce qu'il y aurait à faire. Voilà l'ordre qu'a reçu mon fils, je l'exécute en sa place ; et je vais plus loin en vous disant ma pensée sur ce que je crois qu'il y a à faire, vous laissant encore toute liberté de faire plus et de faire mieux. Je crois donc (quel- que extravagants que soient cet avis et cet aveu) que votre premier soin est de vous faire informer par quelque voie que ce soit, chez tous les chirurgiens, des jambes cassées qu'ils pansent. Votre second soin doit être de savoir dans toutes les auberges qui peu- vent être ceux qui ont logé si peu dans chacune. Et votre troisième enfin, est de rentrer en conversation avec Pigeory, cet homme de revue et de l'arsenal, et de le si bien tourner que vous puissiez découvrir ou par indice ou par conviction, s'il n'est point lui- même encore auteur de celte lettre. Ce sont les trois premières idées qui se présentent à mon esprit de ce que vous devez faire, vous en formerez d'autres encore chez vous, s'il vous plaît, et n'en négligerez aucune, car quoique de tout ce que j'aie vu de cette nature (dont le nombre est infini) il n'y ait jamais rien eu de plus grossier, de plus mal pensé et de plus extravagant que cette lettre, cependant on ne peut regarder sans frémir d'horreur ce qu'il expose, et avoir un moment de repos que par la conviction de la fausseté de l'avis, ou par avoir les coupables dans ses mains. (B. A.) Samedi. Le Roi me demande une copie du mémoire que je vous envoyai hier, car quoiqu'il soit extravagant et hors de toute apparence imaginabb, le roi cependant en veut envoyer une copie en Espa- gne et c'est celle que je vous demande qu'on y enverra; à l'égard de l'original, il faut qu'il nous demeure dans les mains, vous en pourrez avoir affaire dans la recherche que le Roi vous ordonne de faire. (A. N.) 74 SICARD. RAPPORT DU PÈRE SERGEANT. Le dimanche, au soir, vers les 10 heures, avant la revue des gardes de S, M., le sieur Pigeory, retournant du jardin de l'Arse- nal, vint trouver le père Sergeant pour lui demander conseil sur ce qui s'était passé dans ledit jardin, entre trois personnes dont deux parlaient allemand et l'autre français, lesquelles discouraient de S. M. avec intention de lui nuire, à ce qu'il comprit; l'Allemand prononçant le nom du Roi en sa langue et celui qui parlait français disait : nous ferons nos affaires à la revue. Le P. Sergeant lui demanda s'il les avait remarqués et s'il les avait suivis pour ob- server leur demeure, il lui répondit que des trois, il en pourrait reconnaître un, s'il le voyait, qui avait un plumet rouge, pour les avoir observés jusqu'aux jésuites de la rue Saint-Antoine, mais ayant pris un carrosse il n'a pu les suivre. Le père lui reprocha son ignorance et sa iaute, et lui conseilla d aller au plus tôt avant la revue faire déclaration à M. d'Argenson, et que s'il avait répu- gnance d'y aller, il y aurait été lui-même; il lui promit d'y aller lui-môme, et le lendemain, sur les 7 à 8 heures, il vint lui rendre réponse qu'il n'avait pu avoir audience. Le père lui conseilla de retourner au plus tôt et en cas que l'on lui refusât audience qu'il dit que c'était pour affaire d'Élat. Il y retourna, c'était le même jour un peu avant midi, et lui dit que l'on lui avait fait les mêmes interrogatoires qu'il lui avait faits; le jour ensuite de la revue il vint retrouver le père, et lui dit que l'on l'avait mené à la cour pour voir s'il reconnaîtrait les personnages. Voilà tout ce que le père peut dire, n'ayant appris autres choses dudit Pigeory. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNGA. Du dimanche 25 mars, à 9 heures du matin, M. Aulmont le jeune a mené et remis Pigeory, fondeur de plomb en grenailles, se disant bourgeois de Paris, et l'autre Sicard, secrétaire de l'in- tendant de Rochefort, qui logeait chez Pigeory, lesquels on a mis séparément étant d'une même affaire , mais du même jour, sur les 8 heures du soir, M. Aulmont le jeune ayant apporté une lettre de M. d'Argenson qui redemande M. Sicard, secrétaire, par des rai- sons particulières, M. le gouverneur a fait sortir ce prisonnier, l'ayant fait remettre à M. Aulmont. (B. A.) PIGEORY. 75 PUNÏGHARTRAIN A. M. d'aRGENSON. 27 mars 1703. Continuez, s'il vous plaît, à interroger la dame de Bredeville sur l'affaire qui a donné lieu à sa détention, et si par la voie de l'inter- rogatoire vous ne pouvez l'engager à dire la vérité, on prendra le parti de la laisser ennuyer. A l'égard des intrigues passées de la cour d'Espagne dont elle veut vous entretenir, si le papier timbré lui fait tant de peine, vous pouvez recevoir ses déclarations et ses confidences, en la manière qui lui conviendra le mieux et m'en- voyer un mémoire séparé de ce que vous aurez appris d'elle sur ce sujet. (A.N.) LE MÊME AU CARDINAL d'eSTRÉES* 28 mars 1703. Un particulier nommé Pigeory donna avis, il y a quelque temps, que des particuliers mal intentionnés avaient dessein d'at- tenter à la personne du Roi dans le temps qu'il ferait la revue des troupes de sa maison. On me l'amena ici, je l'envoyai aux revues sur ce qu'il dit qu'il reconnaîtrait ceux qui avaient ce mauvais dessein; je connus bien dans le moment que c'était un imposteur. Dans la suite, cet homme a écrit au père de La Chaise une lettre sous le nom d'un particulier qui déclare que le remords de con- science lui a fait abandonner le dessein qu'il avait d'attenter à la personne du Roi et que ses complices n'ayant pas réussi, ils de- vaient aller faire la même tentative sur la personne du Roi d'Es- pagne. On a vérifié et il y a preuve certaine que cette lettre ano- nyme au P. de La Chaise est de l'écriture du même Pigeory; il a été arrêté et il n'y a pas lieu de douter qu'il ne soit reconnu pour un imposteur; cependant, comme en cette matière on ne peut user de trop de précaution, je me donne l'honneur d'avertir V. Em. de cet incident, afin qu'on y fasse en Espagne l'attention qu'on jugera nécessaire; je ne peux vous désigner ceux que ce Pigeorry prétend devoir faire l'entreprise, il a seulement dit avec beaucoup de gros- 1. César, cardinal d'Eslrées, évèque et duc de Laon, pair de France, camerlingue du sacré collège, évéque d'Albano, abbé de Longpont, du mont Saint-Eloy, de Saint- Nicolas-au-Bois, de la Stafarde, en Piémont, de Saint-Claude, en Franche-Comté, d'Ancliin, près de Douai, et de Saint-Germain-des-Pré? à Paris, commandeur du Saint-Esprit, membre de l'Académie française, mort le 10 décembre 1714, âgé de près de 87 ans. En 1703 il était ambassadeur de France à Madrid. 70 DAME DE BREDEVILLE. sièrelé qu'il les avait entendu faire leur projet dans le jardin de l'Arsenal ; qu'un était habillé de gris de fer, l'autre de brun et un autre galonné d'argent, mais je dois vous répéter encore que le tout m'a paru un pur mensonge. (A. N.) LE MEME A M. D'ARGENSON. Versailles, 28 mars 1703. Je vous envoie les ordres pour faire recevoir à la B. Pigeory et sa femme, qu'il faut que vous interrogiez promptement pour dé- couvrir son imposture; à l'égard de Sicard, s'il est coupable en quelque chose, sa qualité de secrétaire de M. d'Herbault ne doit servir qu'à le mieux faire châtier, de manière que rien ne doit vous empêcher de le retenir en prison si vous en avez besoin. (B. N.) Versailles, 23 avril 1703. Je vous prie de finir l'affaire de Pigeory le plus tôt qu'il se pourra et de proposer à son égard le parti que vous croirez conve- nable. A l'égard de Sicard, je vous envoie l'ordre pour le faire mettre en liberté n'étant pas juste de le tenir plus longtemps. M, le chancelier s'est donné la peine de lire tous les interroga- toires de madame de Bredeville, il les a trouvé très bien faits, il a même fait des notes touchant les choses principales sur lesquelles il faut la pousser davantage, j'enjoins ici le mémoire; il ne me reste qu'à vous dire de voir par quel moyen on peut mettre fin à cette ridicule affaire dont il est fâcheux qu'on ne puisse voir évi- demment la vérité. 25 avril 1703. A l'égard de madame de Bredeville, il me paraît qu'elle se dis- pose à vous donner de l'exercice, cependant je ne doute pas qu'à la fin vous ne l'obligiez de déclarer la vérité; ne croiriez-vous point qu'il pourrait être de quelque utilité de lui donner un crayon rouge et de l'engager d'écrire devant vous le tout ou partie des mêmes paroles qui sont dans le billet que vous avez en main, peut- être qu'elle ne serait pas assez habile pour contrefaire son écriture de manière que des experts ne pussent connaître si le billet en question serait d'elle. 2 mai 1703. Vos réflexions sur madame de Bredeville sont judicieuses, ce- CAJALAC. 77 pendant on est chargé d'une femme qui a fait une imposture mani- feste, de laquelle il n'y a pas lieu de douter, et les femmes dont elle s'est servie, quoique innocentes, sont en prison depuis plus de trois mois; ainsi je ne puis que vous répéter qu'il serait bien à désirer que votre savoir-faire allât jusqu'à engager cette mauvaise fille à avouer sa faute, en lui faisant entendre que le Roi, bon et clément comme il est, ne la regarderait peut-être pas de la ma- nière dont elle peut appréhender qu'elle ne soit regardée. Versailles, 9 mai 1703. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir de la B., la femme de Pigeory et la remettre à sa mère ou à son beau-frère, en les obli- geant de se soumettre de la représenter. n mai 1703. S. M. veut que Dabancourt, Tabouret et Duché, qui ont été arrêtées avec la dame de Bredeville, soient incessamment mises en liberté, n'étant pas juste de les retenir plus longtemps. A l'égard de madame de Bredeville, il faut l'y laisser encore pendant trois mois, après quoi on verra ce qu'il conviendra faire d'elle. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du dimanche 20 mars, sur les 5 heures de l'après-midi, M. de Chantepie, etc., pour mettre dans le moment deux femmes et une fille dans une entière liberté, qui sont M. T., femme de Robert, et M. Aras la Puche, les deux demeurant à Versailles, et la demoiselle Dabancour, les trois de l'alfaire de madame de Bredeville, la cha- noinesse de Casse? en Lorraine, qui reste encore comme la seule criminelle de cette affaire. (B. A.) PONTGHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Marly, 29 juillet 1703. Un prêtre nommé Cajalac, étudiant en Sorbonne, lequel de- meure dans la rue des Sept-Voies, a donné avis à M. le procureur général de certains discours horribles prononcés par Lafontaine, dont la profession est de faire du noir pour les imagers, ainsi que vous le verrez plus amplement par la lettre du prêtre et par celle de M. le procureur général. Le Roi m'a ordonné de vous envoyer 78 LAFONTAINE. l'ordre ci-joint pour faire mettre cet homme à la B. , afin d'appro- fondir la vérité des faits dont il est accusé; comme il n'y a pas lieu de douter que cet ecclésiastique et les voisins dont il parle dans sa lettre, et môme la femme de ce Lafontaine ne vous déclarent ce qu'ils sauront contre lui, il y a apparence que vous ne serez pas longtemps à vous en instruire entièrement J'attendrai sur cela de vos nouvelles le plus tôt qu'il se pourra, afin d'en rendre compte à S. M. P. S. Observez la femme, afin que si c'est calomnie comme il y a apparence, elle ne puisse vous échapper. (A. N .) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 4 août, sur les 7 heures du soir, M. de Chantepie, etc., a remis, etc., de Lafontaine, Suisse du canton de Fribourg, par- lant bon français, etc., accusé d'avoir tenu de très mauvais discours contre le gouvernement et les affaires présentes de la guerre, mis dans le cachot de la tour de la Bazinière seul. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Marly, 8 août 1703. Mandez-moi quel âge a Lafontaine ' que vous avez fait mettre à la B., tâchez d^éclaircir son affaire le plus tôt qu'il se pourra, et donnez vos soins à faire observer la conduite de sa femme et de Cajalac, prêtre, qui a été le dénonciateur, de façon qu'ils ne vous échappent pas si on en a besoin, ou pour les confronter ou pour punir la calomnie. (A. N.) M. D ARGENSON A PONTCHARTRAIN. 25 août 1703. 11 y a quelque temps que M. Courtois, prêtre du diocèse d'Or- léans, ci-devant religieux Bernardin, scandalise ici ses voisins par le désordre de ses mœurs et par l'insolence de ses discours. Étant ces jours passés avec un de ses compatriotes, sous l'arcade du petit Châtelet, et s'entretenant avec lui du changement des monnaies, il eut l'audace de s'expliquer en ces termes : Si nous avions en France un homme de tête, capable de soutenir un mou- i. 11 avait 53 ans. COLRTOIS. 79 vement populaire et d'en proflter, on trouverait bientôt les moyens de mettre le Roi à la raison et d'apaiser ses fantaisies. Ce mau- vais moine est profès de l'abbaye de la Cour-Dieu, près Orléans, mais il y a, dit-on, quatre ans tout entiers qu'il a quitté son babit et son monastère. Il semble qu'on ne peut le traiter plus favora- blement qu'en l'y renvoyant au plus tôt par un ordre du Roi, et qu'il ne sera pas inutile de recommander à son supérieur d'être plus attentif à sa conduite, et s'il doit s'évader une seconde fois, d'en informer incessamment M. deBouville afin que la même auto- rité royale y puisse pourvoir. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles, 31 août 1703, Après les discours insolents qu'a tenus Courtois, ci-devant reli- gieux Bernardin, il ne convient point de l'envoyer dans son couvent de profession, le Roi veut que vous le fassiez mettre à la B., que vous l'interrogiez et que vous cherchiez les preuves de ses mauvais discours et de sa vie scandaleuse, ensuite de quoi on verra ce qu'il conviendra faire de lui. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du vendredi 7 septembre, à 2 heures de l'après-midi, M. Loir, exempt, a mené, etc., Courtois, prêtre du diocèse d'Orléans, etc., accusé et très chargé d'avoir parlé contre le Roi et son état, d'un esprit fort séditieux et dangereux qu'on a mis seul. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Fontaiaebleau, 26 septembre 1703. Fontaine, Suisse, s'étant trouvé aussi innocent qu'il l'est, je vous envoie l'ordre pour le faire mettre en liberté, et en même temps un autre ordre pour faire mettre sa femme à la B., et Cajalac prêtre, ses calomniateurs, qu'il faudra interroger. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 29 septembre, sur les 9 heures du matin, M. de Chantepie, etc., en menant hier, sur les 11 heures de la nuit, un prisonnier, il a donné en même temps à M. le gouverneur l'or- 80 PIGEORY. dre, etc., pour faire mettre dans une entière liberté P. Fontaine, Suisse du canton de Fribourg, trouvé innocent de toutes les accu- sations que sa femme, un prêtre et une autre personne avaient déclarées contre lui pour le perdre. Du vendredi 28 septembre, à 10 heures et demie de nuit, M. de Chantepie, etc., a remis Cajalac prêtre, qui a voulu perdre un homme pour jouir de sa femme et même accusé d'avoir trop parlé, mauvais cœur et libertin, et mauvais Français. Du mercredi 7 décembre 1703, à 9 heures du malin, M. de Chantepie, etc., pour mettre dans une entière liberté M. Cajalac, prêtre d'Aurillac en Auvergne, en faisant sa soumission de sortir incessamment de Paris pour se retirer chez lui dans son pays, ce qu'il a signé et sorti dans le moment. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DARGENSON. 12 mars 1704. Je suis bien aise de ce que Pigeory reconnaît son imposture et que vous ayez espérance que la dame de Bredeville pourra faire de même, il faut profiter de la situation dans laquelle elle se trouve à présent et la presser; nous verrons dans votre mémoire général ce que vous pensez de l'un et de l'autre. (A. N.) RAPPORT DE M. d'ARGENSON. 15 mars 1704. Marie-Anne-Victoire de Rome de Bredeville, chanoinesse de Poussey, originaire de Normandie, ne se dit âgée que de 26 ans. Cette prisonnière a subi 13 interrogatoires différents dont le der- nier est du mois d'avril 1703, et M. de Pontcharlrain en a des copies, ils contiennent une infinité de contradictions et jamais im- posture n'a paru plus évidente, ni mieux prouvée. Ce n'est plus maintenant sur le tapis de la chapelle du Roi que le mouchoir empoisonné avait été mis, c'est au-dessous ; ainsi le poison n'aurait pu certainement percer au travers, ni le Roi prendre ce mouchoir par mégarde, puisque le tapis l'aurait couvert. J'ai exposé à la dame de Bredeville ces contradictions et tout ce que j'en ai pu tirer, c'est que ce projet était mal conçu, qu'elle a eu tort d'y ajouter foi, et qu'apparemment c'est une pièce qu'on lui a jouée. DAME DE BREDEVILLE. 8! Je lui ai représenté que cette idée n'est ni possible ni vraisem- blable, puisqu'on ne pouvait deviner qu'elle pût aller à la chapelle du Roi ni être la première à ramasser ce mouchoir fatal. Elle m'a répondu en souriant, que quand il y aurait cent mille fois plus de contradictions dans sa dénonciation, elle ne se résou- drait jamais à déshonorer sa famille par une rétractation honteuse ; qu'au fond il lui était égal d'être coupable ou de passer pour l'être dans l'esprit du Roi, qu'ainsi elle n'en conviendra jamais, persua- duée qu'après une aussi longue prison, le Roi voudra bien lui per- mettre de se retirer dans un monastère où elle se propose de finir ses jours, à moins que S. M. n'aimât mieux lui donner la liberté de sortir du royaume et de chercher une retraite dans quelque pays étranger non suspect à la France. Il semble que ces dernières réponses contiennent une déclara- lion tacite de l'imposture que cette extravagante personne ne veut pas avouer expressément. Elle a même quelque raison d'être honteuse de son projet, mais plus sa faute est grande, plus il y aurait de justice que le par- don en fût attaché à l'aveu qu'elle en ferait. Cependant elle est si accoutumée à mentir et si opiniâtre dans tous ses mensonges, que quoique âgée de près de 40 ans, elle ne s'en veut pas donner 30; ainsi je pense que ce qu'elle n'a pas dit après quatorze ou quinze mois de prison, elle ne le dirait pas après quinze années. Je croirais donc qu'il faut ou l'oublier à la B., en lui procurant quelque adoucissement pour l'empêcher de perdre le peu de raison qui lui reste, ou la mettre dans un monastère de province au choix de ses parents, mais à la condition que la supérieure ne l'en pourra laisser sortir sans une permission du Roi ou de la trans- férer dans quelque château éloigné tel que ceux de Nantes, de Bordeaux, d'Angoulême et de Bayonne, afin qu'elle y soit moins à charge au Roi, et que 8 ou 10 sols par jour joints au secours qu'elle tirera de sa famille, l'y fassent subsister. (B. N.) rONTCUARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles^ IG avril 1704. Le Roi veut bien faire mettre la dame de Bredeville dans un couvent éloigné de Paris ou dans quelque château, aussi éloigné au choix de ses parents et comme je ne les connais point, prenez la 6 82 COURTOIS. peine de vous informer qui sont ceux qui s'intéressent particulière- ment à ce qui la regarde, afin que je leur en écrive. 6 aoùl 1704. Je vous envoie les ordres nécessaires pour Taire sortir de la B. la dame ds Bredeville et l'envoyer au couvent de Chateaubriand, il ne convient point de la laisser libre de s'y rendre, et S. M. paiera 200 fr. pour son voyage; je dirai à M. l'évêque de Rennes et à M. de Nointel d'avoir attention sur sa conduite. (A. N.) PONTCnARTiUIN A L'ABBÉ DE GITEAUX. Versailles; 16 avril 1704. Le Roi fit arrêter l'année passée un religieux nommé Courtois, pour épargner à votre ordre le scandale qu'il y faisait ; vous apprendrez son histoire par le mémoire que je joins à cette lettre, et le Roi m'ordonne de vous écrire de lui chercher un couvent dans votre ordre où il puisse être renfermé; j'attendrai sur cela votre réponse, afin d'expédier l'ordre pour le faire conduire au couvent que vous aurez choisi. (A. N.) LE MÊME A M. d'aRGENSON. Versailles, 30 avril 1704. J'écrivis dernièrement à M. l'abbé de Citoaux de chercher une maison de son ordre propre à y mettre Courtois, prisonnier à la B,, voici une obédience pour le couvent deQuimperlé; si vous croyez que ce moine veut l'exécuter, vous le ferez mettre en liberté, suivant l'ordre que je vous en envoie. (A. N.) JOURNAL Dt: M. DU JUNCA. Du vendredi 2 mai, sur les 5 heures de l'après-midi, M. Loir, etc., pour faire sortir et mettre en liberté M. Courtois, prêtre, sans savoir un seul mot de latin. Lequel avait été moine, fort libertin, et il a fait sa soumission par écrit, comme il sortira incessamment de Paris, suivant l'ordre du Roi et de son général de son ordre pour aller dans un de leurs couvents en basse Bretagne. (B. A.) DAME DE BREDEVILLE. 83 LE MÊME A M. DE NOINTET,, INTENDANT DE RFNNES. G août 1704. On fera au premier jour partir de Paris madame de Bredeville, chanoinesse de Rerairemont, pour l'envoyer au couvent de Cha- teaubriand; c'est une fille qui s'avisa, il y a deux ans, d'inventer une histoire do prétendus mouchoirs empoisonnés qu'elle avait trouvés sur le prie-Dieu du Roi de la chapelle, et elle a soutenu cette grossière imposture pendant un assez long temps; enCn ses parens ont obtenu qu'elle serait transférée de la B. où elle esl, au couvent de Chateaubriand ; le lloi m'ordonne de vous écrire, afin qu'on ait sur elle une attention particulière et sur la conduite qu'elle y tiendra. (A. N.) JOURNAL DE M, DU JUNCA. Du dimanche 10 août, à 10 heures du matin, etc., pour remettre à M. Loir madame de Bredeville, chanoinesse pour la mener chez lui pour quelques jours à pouvoir mettre ordre à ses alïïures sans sortir, après quoi il doit la mener par ordre du lloi dans un cou- vent de religieuses à Chateaubriand, 10 lieues par delà Angers, où elle doit rester jusqu'à un nouvel ordre du Roi. (B. A.) PONTCHARTRAIN A l'ÉVÊQUE DE RENNES '. 16 septembre 170o. Madame de Bredeville, ch?.noinesse de Remiremont, s'avisa, il y a quelque temps, de supposer un attentat de poison contre la per- sonne du Roi, aussi malentendu que son imagination dérangée lui avait pu inspirer, et persistant dans son extrava;2,ance elle a sou- tenu pendant un long temps cette imposture, avec toute l'opiniâ- treté possible; enfin le Roi, touché de compassion, voulut bien (comme à la prière de sa laUiille) la faire enfermer dans un cou- vent et elle fut pour cela envoyée dans celui des Ursulines de Chateaubriand ; elle y est fort à charge et peu en sûreté, et elle demande elle-même d'en sortir, et comme sa famille souhaite qu'elle soit mise au couvent des Cathermaltes? de Rennes, ainsi que vous le verrez par la lettre de M. le marquis de Behart, S. M. m'a ordonné de savoir de vous si elle sera en sûreté dans ce couvent, 1. Jeaii-Baptisle Je Beaumanoir de Lavardiu. 84 IIAMARF. et si elle peut y être envoyée ; j'attendrai donc sur cela votre ré- ponse pour en signer l'ordre. P. S. On n'avait pensé à envoyer madame de Bredeville au cou- vent des religieuses Saint-Dominique de Rennes, que sur ce qu'on avait fait entendre que vous et les religieuses mêmes du couvent y consentiriez, mais puisque cela ne vous convient point, elle restera oî» elle est jusqu'à ce que sa famille lui ait trouvé un autre couvent. (A. N.) LE MÊME A M. d'aRGENSON. Fontainebleau, 30 septembre 1703. M. l'évoque de Rennes, à qui j'avais écrit pour faire recevoir madame de Bredeville dans le couvent où l'on se proposait qu'elle serait reçue volontairement, me fait par sa lettre une prière toute contraire à cela: ainsi il faut voir avec sa famille à lui chercher un autre couvent (B. N.) HAMART*; FENOUIL 2; BLETTE 3; SEGRAY*. Protestantisme. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 6 juin, à 6 heures du soir, M. de Chantepie, avec le commissaire Cailly, a mené, etc., Hamart, de la R. P., plaideur et prêcheur des protestants, ayant loué une maison à Chaillot pour tenir ses assemblées, d'ailleurs mauvais Français, lequel j'ai reçu sur une lettre de M. d'Argenson, en attendant l'ordre, ayant fait mettre ce prisonnier seul à la chambre de l'Entrepôt, tour de la Bazinière. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M, d'aRGENSON. li juin 1703. Ne manquez pas, s'il vous plaît, d'interroger Hamart sur tous les 1. Ordres d'entrée du 8 juin 1703 et de sortie du 16 avril 170i. 2. do 31 août d» d» 2G septembre 1703. 3. do 20 octobre do do 16 janvier 1704. 4. do 31 octobre 1703. Ordres contre-signes Pontchartrain. MIGEON. 83 soupçons que vous pouvez avoir contre lui; j'envoie à M. de Saiul- Mars l'ordre pour le retenir à la B., et j'écris h M. de Basville pour s'informer si M. de Torsac est dans les troupes qui servent en Lan- guedoc, et quelle conduite il y lient. (A. N.) AULMONT l'aîné A M. d'aRGENSON. 21 juin 1703. Suivant les ordres qu'il vous a plu me donner sur l'avis que M. Douay, peintre, vous a donné louchant plusieurs particuliers nommés en la lettre d'avis que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, j'ai appris ce qui suit : 4° Pour ce qui regarde Migeon, ébéniste, religionnaire, Douay, Neveux, ébéniste, Villonne, femme de Neveux, ont dit et déclaré ce qui suit, môme l'ont signé. Que Vellonne, leur neveu, âgé de 18 à 19 ans, qui est apprenti chez Migeon, vint, il y a environ trois mois, chez eux, fort épou- vanté des choses exécrables que son maître disait, tant contre la majesté divine que contre la sacrée personne du Roi; et Vellonne, sa tante, lui ayant demandé ce que c'était, il lui dit que son maître disait qu'il fallait qu'il aille mettre le feu aux quatre coins de Ver- sailles, et que s'il trouvait le maître, il le poignarderait; qu'il avait dit encore d'autres choses si exécrables, qu'il dit à sa tante qu'il la priait de vouloir bien souffrir qu'il ne les dise pas, parce que si elles étaient sues, elles seraient cause que son maître serait rompu. Ces discours, néanmoins, continuent tous les jours, et même il dit ordinairement audit apprenti, quand il voit que l'on porte le bon Dieu par les rues: tiens, chien, voilà ton Dieu qui est fou; il court les rues, et c'est Jean Leblanc qui passe. Vellonne a dit ce que dessus à sa tante, en présence de Neveux, son oncle, qui nous a confirmé ce que dessus, et a dit qu'il se souvient que Vellonne, son neveu, lui dit dans le temps du jubilé dernier, que Migeon, son maître, lui avait dit : «Allons, petit chien, va-t-en faire ton bougre de jubilé où tu voudras, pour moi, je vais le faire au petit Cha- ronne; ne crois pas que je te nourrisse en le faisant. » Neveux et sa femme savent que Vellonne, leur neveu, a toujours celé à confesse ce qu'il avait entendu dire contre la sacrée per- sonne du Roi, même à Pâques dernier, et que si leur neveu était interrogé en particulier, ainsi que Denizot, son cousin germain, 8G MARTIN. pareillement apprenti chez Migeon, ensemble le père et la mère Denisot, ils en diraient plus qu'eux, puisque le père et la mère de Denisot ont prié de ne rien dire de ce que dessus, parce que cela perdrait entièrement Migeon. Migeon tient assemblée de religionnaircs chez lui, particulière- ment les bonnes fêtes où Saint-Amand, son beau-père, fait l'office de ministre ; dans les assemblées se trouvent ordinairement Martin, ciseleur, qui mériterait d'être tiré à quatre chevaux, ainsi que Migeon, à cause de toutes les sottises qu'il dit pareillement, jour- nellement, tant contre la religion, l'État, que contre la sacrée per- sonne du Roi. Tout ce que dessus nous a pareillement été dit et certifié par Subtil, maître d'école. Douay nous a dit que Martin, en présence de M. Dozincourt, avait dit, entre autres choses, que le Roi était une carcasse pour- rie, et que des charognes se donnaient des airs de coucher dans des lits de velours ; que le Roi se disait le soleil, mais qu'il y en avait un autre qui à môme temps qu'il échauffait Versailles, il échauffait à môme temps Monlfaucon. C'est Martin qui exhorte or- dinairement les autres religionnaircs à la mort, qui profère conti- nuellement contre le pape et S. M. des choses si exécrables qu'il a horreur de les dire *. Martin tient ordinairement ces sortes de dis- cours chez Payen, Léger et Michon, cabaretiers de la R. P. R, où il se fait quelques assemblées, où Martin fait pareillement roflice de ministre. Martin a été arrêté du temps de M. de la Reynie, pour avoir foulé aux pieds un crucifix sur lequel il travaillait. Chez Payen est arrivé, depuis peu, une contestation entre des religionnaircs et des catholiques, sur le fait de la religion, où il y eut des catholiques de maltraités, ce qui nous a été dit par Subtil 2. Il y a encore de cette cabale un pailiculier nommé Monnoys, marchand de dentelles, qui fait par an plusieurs voyages à Genève, sous prétexte de son commerce ^ et a même correspondance avec un arquebusier de la ville de Sedan, qui lui fait tenir des libelles séditieux contre l'État, dit pareillement quantité de sottises, tant Apostilles de M, d'Argenson. \, Il f;iut que Douai les dise. 2. Éclaiixif. 3. En avoir la preuve; ou assure que les faits qu'on lui impute sont du temps de la dernière guerre. SEGRAY. 87 contre la religion que contre le Roi, débauche même des catho- liques et leur fait changer de religion; il avait, la dernière guerre, correspondance en Hollande et en Angleterre, et l'on croit qu'il a encordes mêmes correspondances. Ces trois personnes sont les chefs de plus de 500 religionnaires qui demeurent, tant dans le faubourg Saint-Antoine qu'aux envi- rons. 24 juin 1703. Douay dit que les choses que Martin profère contre le pape et le Roi sont si exécrables qu'elles font horreur de les réciter, et qu'il dit que le Pape et le Roi de France sont des chiens et des bougres, et qu'il ne fait pas plus d'estime d'eux que de vieilles charognes que l'on traîne àMonlfaucon, en disant : est-ce que ces bougres-là sont plus que nous. Le môme jour est venu avec Douay et Subtil du logis, madame Séjournet, femme de P. Cleret, menuisier, demeurant rue de Gha- ronne, près les Anglaises, qui a dit que Saint-Amand lui a dit que s'il pouvait poignarder tous les bougres de catholiques, il le ferait, et qu'il commencerait par elle, et l'a voulu pervertir en disant qu'elle était dans une mauvaise religion ; sait que Martin, Migeon, Saint-Amand sont très dangereux, et les chefs des autres religion- naires qui sont dans le faubourg Saint-Antoine, et qui font l'office de ministres et tiennent de très mauvais discours contre la reli- gion, et même élèvent leurs enfants dans leur religion et en haine contre les catholiques. (B. A.) MEMOIRE DE LA VALETTE. Segray est un protestant réfugié en Angleterre, où il a sa femme et ses enfants, et où il tient une boutique d'épicier, et des pension- naires à Londres, dans le quartier des Français huguenots. Segray dit, au mois de novembre 1700, à M. Carpenticr de la Valette, qu'il croyait huguenot comme lui, en présence de M. de Saint-Amour, ci-devant écuyer chez M. de Creil, intendant d'Or- léans, qu'il revenait de France, où il avait conduit Gilles, ministre huguenot, originaire de Bergerac, prêcher sous la Croix*, et qu'il 1. Prêcher sous la Croix, c'était faire des exhortations aux assemblées des protes- tants, dans des lieux écartés, en pleine campagne; les réunions avaient presque toujours lieu dans des carrefours ou des clairières où s'élevait une croix, 88 SEGRAY. avait donné la Cène, et baptisé dans Paris; que de là il avait été à Orléans, Méré, Blois, Saumur et en Poitou, où il en avait fait de même, sans qu'on lui ait rien dit, et Segray inspirait à plusieurs seigneurs anglais que la France était aux abois, et que tous ses pays où il avait été étaient ruinés. Gilles et Balguerie, ministres protestants, étaient en pension chez Segray, et Gilles a assuré M. LeCarpentier de laYallette, qu'il avait été prêcher l'Évangille, faire la Cène et baptiser en France, et que, pour le récompenser, on avait augmenté sa pension en Hollande et en Angleterre. Au mois de février 1701, Le Carpentier de la Yalletle ayant été accusé d'être prêtre et de soutenir les intérêts de la France, fut conduit chez M. de Yernon, alors secrétaire d'État, lequel lui dit qu'il avait ordre du Roi de l'examiner, parce que les huguenots français avaient assuré S. M. qu'il était espion de la France, et M. de la Yallette fut obligé d'aller plusieurs fois chez M. de Ver- non, secrétaire d'État, et pendant qu'il y était, Segray vint prier M. de Yernon de vouloir augmenter la pension qu'il avait de l'État, l'assurant qu'il avait risqué sa vie pour l'État et pour la religion, en conduisant des ministres prêcher l'Évangile en France. M» de Yernon dit à Segray que si les ministres venaient lui certifier cela, il lui promettait d'augmenter sa pension. Segray assura M. de Yernon qu'il les lui amènerait. Segray aune pension sur l'État, à Londres. Segray, à la fin de l'année 1702, au mois de décembre, dit à M. de la Yallette, qu'il s'en allait en France pour des affaires d'État et de conséquence, et qu'il reviendrait gros seigneur, et qu'il quitterait sa boutique, qu'il avait tenue par raison, étant né bon gentilhomme, et parent de M. Delamotte, premier ministre huguenot français. Au mois d'avril 1703, M. de la Yallette étant venu à Yersailles apporter des mémoires à M. de Chamillart, y rencontra plusieurs fois Segray dans son appartement, sans qu'il le reconnut, qui se faufilait avec tous les officiers, et qui s'informait de l'état des troupes de S. M., des nouvelles levées et des autres nouvelles, et qui écrivait sur ses tablettes. De la Yallette ayant été renvoyé chez M. de Pontchartrain, y rencontra plusieurs fois Segray qui faisait les mêmes perquisitions touchant la marine, et qui s'informait s'il y aurait une flotte en mer. DU FENOUIL. 89 Segray ayant appris à Versailles que de la Valletle était en France et avait eu une affaire à Versailles, pour laquelle il avait été malheureusement condamne i\ servir le Roi sur ses galères, vint le trouver à la Tournelle, où il lui fit offre de service, et lui dit qu'il s'en retournerait dans peu à Londres, que s'il voulait écrire, il en serait le porteur. De la Vallette écrivit aussitôt à M. d'Argenson pour lui mander qu'il croyait Segray suspect, et agir contre les intérêts de la France, et M. d'Argenson donna ordre de l'arrêter aussitôt. De la Vallette en écrivit à Versailles pour l'engager à le venir voir avant son départ pour Londre, afin de le faire arrêter ; mais il fut près de deux mois sans recevoir de ses nouvelles. Segray vint voir M. de la Vallette, le 2 octobre, à la Tournelle, lequel lui dit qu'il avait été deux mois en campagne, d'où il reve- nait, et qu'il avait vu un officier huguenot à Versailles, qui était revenu depuis peu d'Angleterre, qui lui avait dit que tout le monde savait à Londres que de la Vallette était à la Tournelle; lequel offi- cier est un espion, auséi bien que Duhamel et plusieurs autres que Duhamel a connus à Londres pour tels, et qui sont à Paris. (B. A.) M. D'ARGENSON A AULMONT. Il n'y a point d'inconvénient à conduire à la B., Saint-Amand, Migeon et Martin ; mais il faudrait approfondir la matière avec Vellonne, et se contenter de fouiller chez Monnoye, en s'assurant de sa personne. (B. A.) 22 juin n03. PONTCHARTRAIN A M. B ARGENSON. Versaille?, 31 août 1703. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à la B. Migeon et Saint- Amand; à l'égard de la fille de ce dernier, vous pouvez l'envoyer dans la maison des N. C. S. M. veut que Dufenouil soit mis à la B., où vous l'interrogerez, et que vous vérifiez les impiétés dont il est accusé. (A. N.) 90 FENOUIL. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du dimanche 2 seplembrc, ù 4 heures de l'après midi, M. Aul- monl l'aîné amené, etc., du Fenouil ouFenou, bon protestant, qui a un emploi dans Paris, par MM. les fermiers généraux; il a resté quelques jours chez M. Aulmont, lequel on a mis seul dans la chambre de l'Entrepôt. Du mercredi 7 septembre, sur les 9 heures du matin, M. Aulmont l'aîné a porté deux ordres, etc., et a mené et remis maîtres Migeon, ébéniste, et Saint-Amand, menuisier, tous les deux du faubourg fcJaint- Antoine, et protestants, accusés d'avoir tenu des assemblées, et de très mauvais discours, voulant former une révolte; on les a logés séparément. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Fontainel)leaUj 2G septembre 1703. A l'égard de Fenou, il faut le faire sortir de la B., en lui faisant entendre que ce n'est que pour trois mois, afin de se faire ins- truire en la R. G., par M. Pollet, vicaire de Saint-Nicolas-du- Chardonneret, et que, s'il ne profite de ce temps, il sera remis en prison; il n'est pas nécessaire de vous dire de ne lui point rendre les livres hérétiques qu'il avait. Pour Gambon, son dénonciateur, il mérite bien d'être pendant un mois au For-l'Evèque, suivant l'ordre que je vous en envoie. (A. N. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 28 septembre, sur les 6 heures du soir, M. deChan- tepie a été envoyé par M. d'Argenson, pour mettre dans une en- tière liberté Fenou, marchand de vin à la halle, qui s'est trouvé très innocent des accusations que ses ennemis avaient déclaré contre lui, lequel est sorti dans le moment avec M. de Chantepie. (B. A.) LE MEME A M. DE SAIM-MARS. Fontainebleau, 20 octobre 1703. J'adresse à M. d'Argenson un ordre pour faire arrêter un parti- culier nommé Blette, qui est un protestant scandaleux; il faudra AMAND. 91 que vous le fassiez instruire par le P. Riglet, jésuite, de même que les autres de cette espèce qui ont besoin d'instruction. (13. N.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Versailles, 31 oclùbre 1703. Suivant ce que vous m'écrivez concernant Segray, le Roi m'a commandé d'expédier l'ordre que je vous envoie pour le faire mettre à la B., où vous devez l'avertir qu'il restera jusqu'à ce qu'il ait fait venir sa femme et ses enfans dans le royaume. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 2 novembre,- à 10 heures du matin, M. Aulraont le jeune a remis, etc., Blette, marchand rubannier, de Paris, rue Saint-Denis, soupçonné d'avoir commerce avec les religionnaircs, mauvais sujets du Roi. Du mardi G novembre, sur les 9 heures du matin, M. Pelle- tier, etc., a mené et remis, etc., etc., Segray, de Paris, étant arrêté depuis un m.ois, chez Pelletier, dans sa maison, lequel pri- sonnier a été de la R. P. R., ayant sorti du royaume avec sa femme et ses enfants pour aller en Angleterre, et depuis peu il en est revenu, voulant se convertir, qu'il fera revenir sa famille; mais c'est un prétexte, duquel il est bon de se défier. (B. A.) PONTCnARTRAIN A M. û'ARGENSON. Versailles, 10 janvier 1704. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir de la B.. Blette. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du dimanche 20 janvier, à 10 heures du matin^ on a apporté l'ordre pour mettre dans le même moment Blette, rubannier du faubourg Saint-Denis, dans une entière liberté, sans nulle répri- mande ni soumission, M. le gouverneur ayant donné ses ordres pour qu'on le fît sortir pour aller chez lui. (B. A,) 92 AMAND. PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. 3 février 1704. Le Roi m'ordonne de vous écrire de laisser au P. Riglet, jésuite, la liberté de voir M. Amand et de conférer avec lui toutes les fois qu'il le désirera. (A. N.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Versailles, 2 mars 1704. Le P. Riglet, jésuite, a vu à la B., Amand, prisonnier, qu'il trouve présentement dans des dispositions sur la religion, telles qu'on peut le désirer; prenez la peine de voir ce prisonnier, afln d'en juger par vous-même, et de me mander au plus tôt ce que vous aurez appris. 12 mars 1704. Je sais, comme vous, le sujet de la détention d'Amand, prison- nier à la B., qui est l'audace avec laquelle il vous a soutenu qu'il était huguenot, mais voulant se convertir, et le P. Riglet qui l'a vu, en étant content, je ne crois pas qu'il y ait lieu de le retenir plus longtemps. Ainsi, indépendamment du mémoire général de la B., que vous devez m'envoyer, mandez-moi votre avis en parti- culier sur ce qui le regarde, et si on peut à présent le mettre en liberté. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUiNCA. Du samedi 19 avril, du matin, M. de Chantepie, etc., pour mettre en liberté M. Amand, protestant, qui est dans le dessein de changer de R., et que le P. Riglet, jésuite, a vu plusieurs fois pour l'instruire; à cette considération, on l'a fait sortir, ayant fait sa soumission par écrit, de sortir au plus tôt de Paris, suivant l'ordre du Roi, pour aller demeurer en Touraine ; ce qu'il a signé, et il est sorti aussitôt. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. 16 août 1704. Migeon étant dans la disposition de se convertir, faites venir le P. Riglet pour le voir. (A.N) MIGEON. 93 LE P. RIGLET A D'aRGENSON. 13 décembre n04. Je crois pouvoir vous assurer que Migeon et Saint-Amand sont dans de très bonnes dispositions, et qu'ils feront désormais leur devoir d'une manière qui édifiera le public. Je les ai vus l'un et l'autre depuis quelques jours, et je les ai trouvés dans des senti- ments qui m'ont touché et consolé. Je suis persuadé que si vous voulez bien leur procurer la liberté, ils en feront un bon usage, et que vous ferez une grande œuvre de charité. Apostille de M. d'Argenson. — J'ai proposé leur liberté à M. de Ponlchartrain. (B. A.) PONTCIIARTRAIN AU MEME. 22 décembre l"Oi. Je vous envoie l'ordre, pour faire sortir de la B., Migeon et Saint- Amand, que vous dites être bien instruits ; ayez soin, s'il vous plaît, de faire observer leur conduite. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 24 décembre, à 4 heures de l'après-midi, M. Aul- mont l'aîné, etc., pour mettre dans une entière liberté deux pri- sonniers, Migeon et Saint-Amand, lesquels ont fait leur abjuration pour changer volontairement de religion; ils sont tous les deux parents, et du faubourg Saint-Antoine, étant retournés dans leurs familles. (B. A.) 94 RICOUART. KOCK ET DELFINO'; GROMIS^; SAINT-CHRISTOPHE 3; Dame DE MONTROYAL*. Prisonniers de guerre. M. DE RICOUART A PONTCHARTRAIN. mai 1703. Le 22 du mois de mai 1703, à o heures du matin, nous recon- nûmes le cap la Roque, environ à 6 lieues à l'E. 1/4 de nord-est de nous. Deux heures après, nous aperçûmes plusieurs navires sur les- quels nous arrivâmes, environ 5 heures après que le Monarque^ qui était allé les reconnaître, nous eût fait signal qu'il n'y avait que 5 vaisseaux de guerre hollandais qui convoyaient une flotte de près de 110 voiles, tant flûtes que caiches, pinasses, flibols et autres, sortis le jouç d'auparavant de Lisbonne et de Saint- Wal, oîi Li plupart avaient chargé de sel, quelques-uns de vin ou de sucre. A onze heures, étant à demi-portée de canon des convois qui, après avoir fait signal aux marchands de se sauver, s'étaient mis en ligne, M. le marquis de Coetlogon ^ et M. de Gaffaro, avec le Vain- queur^ attaquèrent le commandant ; M. le marquis de Chateaure- naud^ et M. de Mons abordèrent chacun le leur; M. le comman- deur du Palais prit le sien, et M. le commandeur Dailly, après en avoir fait amener un, acheva de faire rendre le commandant, que le Vainqueur avait rudement chautfé pendant un très long temps, mais qu'il n'avait pu suivre, une partie de ses manœuvres ayant été coupée, et sa misaine toute déralinguée '. M. Dailly fit brûler ce 1. Ordres d'entrés du 27 juin i703 et de sortie du l^' janvier 1709. 2. d" 20 octobre d° d» 21 avril 170G. 3. d» 18 décembre do d» 20 janvier 170i. 4. do d" octobre 170 i d° 2 avril 1715. Ordres contre- signés Pontchartrain. 5. Alain-Emmanuel de Coetlogon. Voici ses étals de service : enseigne, 5 août 1670; lieutenant de vaisseau, 28 février 1G73; capitaine, 26 janvier 1675; clicf d'escadre, It"' novembre 1G89; lieutenant général, 1er juin 1701; du conseil de marine, en 1716; vice-amiral du Levant, 18 juillet 1716; maréchal de France, l«rjuin 1730. Mort à Paris le 7 juin 1730, âgé de 83 ans, sans avoir été marié. 6. François-Louis Ilousselet, marquis de Chateaurenaud, chef d'escadre en 1673, vice-amiral en 1701, maréchal de France en 1703, lieutenant de Bretagne en 1704, mort le 14 novembre 1716, âgé de 80 ans. 7. C'est-à-dire que les voiles du mût de misaine étaient hors de service. BICOUART. 95 vaissoau toul criblé et dcmùtc qui faisait beaucoup d'eau, après en avoir sauvé l'équipage ; M. le comte de Waldstein était dedans, qui partait de Portugal, oîiil était ambassadeur pour l'Empereur, avec un autre gentilhomme, qu'on dit être un envoyé de M. l'Électeur de Mayence, qui passaient par la Hollande pour se rendre dans leur pays. Il faut dire, à la louange des Hollandais, qu'ils firent un gros feu de canon et de mousqueferie qui dura beaucoup plus qu'on ne devait l'espérer; mais la force n'étant pas égale, après environ 2 heures de combat, les 5 vaisseaux, étant presque désemparés, furent rendus. Pendant cet intervalle, la flotte fit aisément vent arrière par un gros vent de nord-ouest qui nous mit pour lors à 20 lieues au N. N.-O. du cap Saint-Vincent. Tous les officiers de l'escadre et les gardes marines qui ont fait des merveilles, regrettaient fort de n'avoir pas trouvé une partie plus égale; le malheureux sort est tombé sur le pauvre M. de Vau- rouy, brave homme fort aimé, qui fut tué aux deux tiers du combat d'un coup de canon entre les deux épaules, lorsqu'il se préparait, en avant du Vainqueur, à sauter à bord du commandant hollandais, qui faisait bonne contenance, que le gros temps, heureusement pour nous, ne nous permit pas d'aborder, car nous nous aurions encore augmenté notre mal. M. de Mons, commandant l'Eole, a été blessé d'un éclat à une jambe ; M. le chevalier du Coudre, lieutenant de vaisseau et capi- taine de compagnie, et M. de Flassy, enseigne de vaisseau et lieu- tenant de compagnie, armés tous deux dans le Monarque, ont été aussi blessés aux jambes par des éclats. M. Descatelets, sous-briga- dier armé dans VEole, qui sert dans la compagnie des gardes marines depuis 12 à 13 ans, a reçu un dangereux coup de mousquet dans la main en sautant à l'abordage. M. du Heloy, garde marine depuis onze ans; a eu une jambe emportée d'un coup de canon ; M. du Heloy du Ereuil, son frère, garde marine de cette année, a reçu une blessure dangereuse dans les reins d'un coup de mousquet, en sautant à l'abordage. La mer étant fort grosse et ne voyant que de très loin les traî- nards de la flotte, nous n'eûmes pas trop du reste de la journée pour amariner nos prises, où il a fallu faire plusieurs voyages de chaloupes pour en transporter les équipages. Il y a environ 15 hommes de nos équipages de tués et 80 blessés. (A. M.) 9fi WALSTEhV. PONTGIIAIITRAIN AU CHEVALIER DE NEREY. Yersaillesj 20 juin 1703. Le Roi vous a choisi pour vous charger de la conduite de M. le comte de Walstein à Paris. S. M. connaissant la confiance qu'on peut prendre en votre vigilance et application, M. le maréchal de Cœuvres vous prescrira celle que vous avez à tenir, et j'ai seule- ment estimé nécessaire de vous écrire que vous devez bien observer tout ce que M. de Walstein dira, et comme il aime à parler, il ne vous sera pas diflicile de l'engager à s'expliquer sur les affaires et sur le succès de sa navigation. Vous ferez un journal de ce que vous en tirerez, pour me le remettre à votre arrivée ; vous le ferez garder sûrement dans les lieux où vous arrêterez, et ne permettrez à personne, qu'à peu de gens connus, de l'aborder, et vous me ferez savoir votre passage à Lyon, et le temps dans lequel vous pourrez arriver à Fontainebleau, où vous trouverez des ordres du Roi. Si vous apprenez quelques circonstances particulières, où s'il survenait quelque incident qu"il fût important de me mander, vous le feriez avec exactitude et détail. Marly, 27 juin 1703. Le Roi ayant résolu de faire garder M. le comte de Walstein dans le château de Vincennes, je vous envoie l'ordre de S. M. pour l'y faire recevoir ; vous ne lui direz point jusqu'à ce qu'il approche de Paris, afin qu'il ne cherche pas d'expédients pour rendre sa garde plus difficile. Celui qui vous rendra ce billet est chargé d'ordres particuliers qu'il exécutera en vous suivant ; vous concerterez avec lui les moyens d'y réussir, et vous y donnerez tous les soins qui dépendront de vous; vous pouvez ajouter une entière créance en ce qu'il vous dira. (A. M.) LE MÊME AU MARÉCHAL DE CCEUVRES *. Marly, 4 juillet 1703. S. M. a approuvé les ordres que vous avez donnés pour la con- duite à Paris de M. le comte de Walstein et du sieur Kock, et j'ai envoyé à Lyon, à l'adresse de M. Gharonnier, ceux qui sont néces- 1. Victor-Marie, duc d'Eslrées, vice-amiral en lG8i, nommé maréchal de France eu 1703, sous le nom de Cœuvres, gouverneur de Nantes, ministre d'État; né le 30 novembre 1660, mort le 27 décembre 1737. WALSTEIN. 97 saires pour faire recevoir le premier dans le château de Vincennes, et l'autre à la B., où elle veut qu'ils soient gardés. Je vous prie de me mander quels sont les domestiques qui viennent avec lui. Le Roi a été informé qu'il y en avait trois qui ont été mêlés dans toutes les intrigues de l'Amirante ^ de Castille, l'un Français et les deux autres Génois et- Espagnol. J'en explique le détail à M. de Vauvré, dont il vous fera part, et lui mande de les faire arrêter et conduire à la tour, et de les interroger avec application. (A. M.) LE MEME A M, DE TORCY. Marly, 4 juillet 1703. Je vous envoie, par l'ordre du Roi, les lettres qui ont été trou- vées dans un ballot de M. le comte de Walstein, et deux paquets qu'il écrivait de Toulon, dont on doit la prise à l'application de M. le maréchal de Cœuvres. Je crois qu'il ne serait pas impossible d'en avoir la réponse, si vous l'estimez nécessaire et pouvoir être de quelque utilité ; et en ce cas vous aurez agréable de me renvoyer les paquets avec toutes les enveloppes. 11 juillet 1703. J'ai fait part sur-le-champ à M. de Vauvré de l'avis qui vous a été donné par M. Rouillé, au sujet des deux domestiques de M. le comte de Walstein, qu'on croit être instruits des intelligences des ennemis avec l'Amirante de Castille et en Espagne, et lui ai envoyé l'ordre du Roi pour les arrêter. Je vous informerai de ce qu'on apprendra d'eux ; il y en aura peut-être un qui sera mené à la B. à la suite de M. de Walstein, le Roi ayant ordonné de faire venir celui de ses secrétaires ou domestiques dans lequel il aura paru avoir plus de confiance. (A. M.) LE MEME AU MARÉCHAL DE CŒUVRES. Versailles, 11 juillet 1703. S. M. a approuvé tout ce que vous avez fait pour l'exécution de ses ordres sur la conduite de M. le comte de Walstein qui est arrivé à Vincennes, et des autres prisonniers. ElUe m'a paru surtout satisfaite 1. L'Amirante de Castille avait été nommé par Philippe V ambassadeur d'Espagne en France; au lieu de se rendre à son poste, il était passé en Portugal, au mois d'octo- bre 1702, et avait embrassé le parti de l'archiduc, qui l'avait nommé gouverneur du Milanais. 98 WALSTLIN. de l'attenlion que vous avez eue à suivre les mouvements de M. de Walstein pour faire passer des lettres secrètes en Allemagne ; elle vous a reconnu dans ce détail et m'a commandé de vous le mar- quer ; vous jugez bien, si vous me rendez justice, que je le fais avec plaisir. (A. M.) LE MÊME A M. CHARONNIER. Versailles, 11 juillet 1703. Le Roi a approuvé les mesures que vous avez prises pour la con- duite des prisonniers qui passent de Toulon à Paris, ef que vous avez fait placer dans le carrosse où est M. de Walstein, le courrier que M. le chevalier deNerey a reçu à Lyon. Si vous avez fait quel- que dépense à ce sujet, vous m'en enverrez l'état, et j'en ordon- nerai sur-le-champ le remboursement. (A. M.) LE MÊME AU MARÉCUAL DE YILLEROY '. Versailles, 18 juillet 1703. Le Roi, voulant régler la conduite qu'on tiendra à l'égard de M. le comte de Walstein, que vous savez avoir été pris sur un des vaisseaux hollandais enlevés par M. le marquis de Coetlogon, et qui a été amené au château de Vincennes, sur celle qui a été tenue avec vous pendant que vous êtes resté entre les mains des Impériaux, S. M. m'a ordonné de vous la demander ; je vous prie de me la marquer le plus en détail qu'il sera possible, afin que, suivant les différents degrés de liberté qu'on vous a laissés en les temps, cet ambassadeur n'ait pas lieu de se plaindre, et qu'on n'ait point pour lui plus de facilité et d'honnêtetés qu'on en a eu pour vous. (A. M.) LE MÊME A TORCY. Versailles, 18 juillet 1703. Le secrétaire de M. le comte de Walstein, au sujet duquel M. Rouillé vous a écrit, est un de ceux que le Roi a donné ordre d'amener à la B., étant informé de son passage à Lyon. Il n'y a point dans ses domestiques de gentilhomme espagnol, mais on mande que son écuyer, dans lequel il a une très grande 1. Le maréchal de Villeroy s'était laissé surprendre dans Crémone, et les ennemis venaient de le g:arder pendant dix mois prisonnier à Inspruck et à Gratz. KOCK. 99 confiance, le parle très bien, et que ce peut être ce qui l'a fait pas- ser pour être de cette nation. (A. M.) LE MÊME A M. DE BERNAVILLE. 18 juillet 1703. S. M. ne veut point encore apporter de changement à ce que je vous ai marqué être de ses intentions au sujet de M. le comte de Walstein ; elle veut bien seulement qu'il se promène dans le jardin du château et même dans le parc aux environs, pourvu que vous soyez avec lui, ne doutant pas que vous ne preni^ez d'ailleurs les précautions nécessaires pour la sûreté de sa garde et pour empê- cher que cette facilité donne lieu à aucun incident. Le Roi a fixé sa dépense à 20 liv. par jour pour lui, et 50 sols par jour pour chacun de ses domestiques, ce qui fera 70 liv. par jour pour le tout. S'il vous marque qu'il lui convient mieux de se faire apprêter à manger que de s'en tenir h ce que vous lui donne- rez, vous pouvez lui en laisser la liberté. (A. M.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 18 juillet, à 4 heures de l'après-midi, M. Hurault, lieutenant des vaisseaux du Roi, est arrivé, ayant mené et remis M. Kock, envoyé de Mayence en Espagne, ayant été pris sur mer par des vaisseaux du Roi que M. de Coetlogon commandait, ayant débarqué à Toulon, etc., pour être transféré à la B., pour y être détenu renfermé jusqu'à nouvel ordre du Roi, avec aussi son valet de chambre, qu'on a laissé avec son maitre, lequel valet se nomme Casimir, Allemand; les deux, maître et valet, renfermés ensemble. A 6 heures de l'après-midi, M. Camus, prévôt de la marine à Toulon, est arrivé, ayant mené et remis M. Delfino, secrétaire et interprète de la langue italienne de M. le comte de Walstein, ambassadeur de l'Empereur en Portugal, mené et transféré de Toulon, etc., ayant été pris sur mer par M. le marquis de Coetlogon; il restera détenu renfermé jusqu'à nouvel ordre du Roi- (B. A.) PONTCUARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 2i juillet 1703. Vous pouvez sans difficulté permettre à M. Rock et au secrétaire de M. de Walstein d'entendre la messe, et leur donner des livres 100 WALSTEIN. qu'ils vous demanderont, en prenant vos mesures pour qu'ils n'aient point de commerce avec personne. Il faut aussi donner à ce secré- taire un valet, ainsi qu'il le demande. Il faut remettre à M. d'Argenson les pierreries trouvées à M. Kock et à son valet, et garder le reste entre vos mains, (B. A.) LE MÊME A M. DE BERNAYILLE. Versailles, 25 juillet 1703. S. M. ne veut point encore permettre un commerce libre à M. le comte de Walstein, mais vous pouvez lui laisser la liberté de voir madame la maréchale de Bellefonds, pourvu qu'il n'y ait point d'autres étrangers avec elle; je vous ai déjà marqué qu'elle trouvera bon que vous lui laissiez celle de se promener dans le parc, en apportant toutes les précautions nécessaires pour éviter qu'il arrive aucun contre-temps. L'intention de S. M. est que vous expliquiez à cet ambassadeur qu'il lui est revenu de tous les côtés des avis certains qu'il avait embarqué à Lisbonne pour plus de 200,000 liv. de pierreries qui lui appartenaient ou à des marchands qui l'avaient prié de les remettre à leurs correspondants en Hollande, et qu'elle désire qu'il réponde à la générosité avec laquelle on en a usé à son égard ; il serait indigne d'un homme de son caractère d'en abuser, et vous l'exciterez à rendre de bonne foi au moins celles qui ne sont pas à lui, en lui faisant entendre que les preuves qu'on a de ce détail sont assez précises pour l'obliger à en éviter les suites ; faites tout cela honnêtement pour lui. Vous rendrez à M. le comte de Walstein la lettre ci-jointe. (A. M.) LE MÊME A M. DE COETLOGON, LIEUTENANT- GÉNÉRAL DE LA MARINE. Versailles, 25 juillet 1703. M. Rouillé avait déjà informé le Roi du caractère des deux domestiques de M. de Walstein. Le Génois est à la B,, mais l'Espa- gnol ne se trouve point, et M. de Vauvré m'a mandé qu'il fallait que ce fût son écuyer, lequel parlant parfaitement cette langue et, quoique Allemand, pouvait être regardé comme un Espagnol natu- rel. Si ce soupçon est juste, il est à Vincennes avec lui. (A. M.) KOCK. 101 TORCY A M. DE SAINT-MÀRS. Marly, 30 juillet 1703, Le Roi ayant appris que les ministres de l'empereur, àHambourg, avaient fait arrêter M. de Meyerkroon, autrefois ministre du roi de Danemark à la diète de Ratisbonne, qu'ils ont pris pour prétexte de cette violence l'opinion qu'ils avaient qu'il entretenait commerce de lettres en France et qu'il y a lieu de craindre pour lui que sur ce seul soupçon ils ne lui fassent quelque mauvais traite- ment pour se venger de la fermeté qu'il a témoignée à Ratisbonne lorsqu'il a été question de s'opposer à la guerre présente, S. M. a résolu de faire dire à M. Kock, présentement prisonnier à la B. , qu'il répondrait en sa personne de tout ce qui arriverait à M. de Meyerkroon, et qu'on lui ferait ici le même traitement que l'autre recevrait des ministres de l'Empereur. Yous lui ferez, s'il vous plaît, lire ce que je vous écris sur ce sujet, afin qu'il en aver- tisse ou M. l'Électeur de Mayence, ou ceux qu'il jugera le plus à propos dans l'Empire où à la cour de Vienne; vous pourrez aussi vous charger des lettres qu'il écrira sur ce sujet, afin de me les remettre, et j'aurai soin de les envoyer. (B. A.) LE MÊME AU NONCE GUALTERIO ^ Marly, 30 juillet 1703. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que V. S. S. m'a fait l'hon- neur de m'écrire au sujet de la permission que la duchesse d'Arem- berg demande d'écrire à M. le comte de Walstein ; j'avais déjà reçu une lettre de M. de Bagnols sur le même sujet ; S. M. a bien voulu accorder cette permission à la duchesse d'Aremberg et en même temps que je renvoie sa lettre à V. S. S. (British Muséum.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNA VILLE. Marly, l^r août 1703. Si M. le comte de Walstein a besoin de médecin, vous pouvez lui faire venir le vôtre toutes les fois qu'il le désirera, et lui taire don- ner tous les remèdes dont il aura besoin. 1. Gualterio était né le 24 mars 1660, il fut envoyé en qualité de nonce en France le 27 février 1700, il y resta six ans, et fut nommé cardinal eu 1706; il mourut à Rome le 21 août 1728. 102 WALSTEIN. J'ai reçu votre lettre avec le billet que le valet de chambre de M. de Walstein écrit à un de ses camarades ; le Roi trouve bon qu'il suive sa destination et que vous permettiez à M. de Walstein de lire la gazette et les autres nouvelles que vous jugerez à propos. S. M. trouve bon aussi que vous le meniez promener à cheval, ne doutant pas que vous ne preniez toutes les précautions nécessaires pour éviter qu'il arrive aucun incident; vous devez au surplus le traiter avec toute l'honnêteté qui dépendra de vous, jusqu'à ce que S. M. donne ordre d'en user à son égard de la même manière qu'on a fait en Allemagne, à celui de M. le maréchal de Villeroy. (A. M.) LE MEME Al] MARÉCHAL DE VILLEROY. Marly, lf>r août 1703. J'ai rendu compte au Roi de la manière dont vous avez été traité en Allemagne ; S M. trouvera bon qu'on en use de même à l'égard de M. le comte de Walstein, et donnera incessamment ses ordres sur cela. J'aurai soin de lui faire insinuer que c'est aux témoignages que vous avez rendus, qu'il doit ce bon traitement. (A. M.) LE MÊME A M. DE SAINT-MARS. Marly, 1" août 1703. S, M. trouve bon que vous permettiez à M. Kock et à son secrétaire d'acheter les bagatelles dont ils vous ont témoigné avoir envie, et vous recommande de continuer à les faire garder avec la même attention. (A. M.) LE MÊME A M. d'aRGENSON. Mady, S août 1703. M. Kock a prié M. Hurault, chargé de sa conduite, de me demander une audience, en lui faisant entendre qu'il avait offert de servir S. M. C, si on le voulait mettre en possession de la suc- cession d'un de ses oncles, mort à Madrid ; vous pouvez lui mon- trer Tarlicle de ma lettre et lui dire que je vous ai prié de savoir ce qu'il peut avoir de particulier à me dire. (A. M.) KOCK. 103 TORCY A M. DE SAINT-MARS. Marly, 9 août 1703. J'ai reçu le paquet, que vous m'avez adressé de M. Rock, et je lui envoie la réponse par un homme qu'il connaît ; je vous prie de vou- loir bien les laisser parler ensemble, sans qu'on les entende, celui que je lui envoie étant un homme sûr. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MARÉCHAL DE VJLLEROY. Versailles, 15 août 1703. S. M. s'est déterminée à traiter M. le oomie de Walstein ainsi que vous me marquez l'avoir été en Allemagne et, pour cet ellet, de l'envoyer à Bourges. On a cependant été informé de plu- sieurs endroits qu'il ne fallait pas beaucoup compter sur ses paroles. Comme il sortira de mon département aus,-itôt que j'aurai expédié l'ordre pour le tirer du château de Vincennes, tout ce que j'ai pu faire pour satisfaire à ce que vous me marquez désirer, a été de remettre votre lettre à M. de Torcy. (A. M.) LE MEME A TORGY. 15 août 1703. Le Roi m'ayant dit avoir pris la résolution d'envoyer M. le comte de Walstein à Bourges, j'ai cru devoir vous remettre la copie de la lettre que j'ai reçue de M. le maréchal de Villeroy sur le traitement qui lui a été fait pendant qu'il a été retenu en Allemagne ; vous y verrez les précautions qui ont été prises pour empêcher qu'il n'eût aucune correspondance qui ne fût connue, et qu'il demande quelques ménagements par rapport au baron de Vels, son aide de camp, prisonnier à Vienne. (A. M.) TORCY A M. DE SAINT-MARS. 18 août 1703. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire pour savoir si vous devez permettre à M. Rock et à son valet de chambre de se confesser. Vous ne devez en taire aucune difficulté, pourvu que vous soyez assuré que l'ecclésiastique ou le religieux auquel ils se confesseront ne leur facilite pas les moyens d'entretenir quelque commerce de lettres. 104 WALSTEIN. M. Ozon m'écrit la même chose que vous me marquez du refus que vous avez fait de le laisser parler à M. Kock ; vous pouvez lui laisser une entière liberté de le voir et de l'entretenir seul, toutes les fois qu'il le demandera. (B. A.) PONTCHARTRAIN A TORCY. Versailles, 26 août 1703. J'ai l'honneur de vous envoyer l'ordre que le Roi m'a commandé d'expédier pour faire remettre M. le comte de Walstein à M. de Saint-Olon, chargé de le conduire à Bourges; j'écris en même temps à M. de Vauvré de tirer de la tour de Toulon ceux de ses domestiques qui y sont détenus, et de leur dire de se rendre dans cette ville. Il ne reste aue le secrétaire, sur lequel j'ai cru devoir vous faire souvenir que c'est celui que M. Rouillé vous a mandé être entré dans toutes les intrigues de M. de Walstein, dont vous pourrez peut-être faire usage en le retenant à la B. Je joins deux lettres qui m'ont été adressées de Toulon pour M. de Walstein. (A. M.) LE MÊME A M. DE VAUVRÉ. Versailles, 26 août 1703. Le Roi ayant bien voulu accorder à M. le comte de Walstein ceux de ses domestiques qui sont restés à Toulon, l'intention de S. M. est qu'ils soient mis en liberté, et que vous les fassiez incessam- ment partir de cette ville pour se rendre à Bourges, oh M. de Walstein sera conduit. Comme c'est à lui à donner ses ordres pour la dépense de leur voyage, vous n'avez point de secours à leur fournir. Vous trouverez ci-joints ceux du Roi pour les faire sortir de la tour où ils ont été enfermés. (A. M.) TORCY AU NONCE GUALTERIO. Versailles, 7 octobre 1703. J'ai l'honneur d'envoyer à V. S. S. les lettres que M. le comte de Walstein a écrites pour les ministres de la cour de Vienne et pour sa famille, avant que de partir de Vincennes ; je crois que vous vou- drez bien continuer de les faire tenir à leurs adresses. (British Muséum.) DE GROMIS. SON. 23 a-vril 1704. Je vous envoie l'ordre pour faire conduire à la B. Bonelli, afin que vous puissiez le connaître parfaitement et approfondir ses intrigues ; j'écris à M. Ferrand pour en avoir des nouvelles, et je vous ferai part de ce qu'il me mandera. (A. N.) M. d'aRGENSON a PONTCHARTRAIN. 24 avril 1704. Bonnelli sera demain à la B., suivant les intentions du Roi, et je l'interrogerai encore, puisque vous l'ordonnez. Je crois que le sol- dat fanatique sera mieux à la B. que partout ailleurs, et je l'y ferai conduire au premier jOur, si vous ne me donnez un ordre con- traire. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 25 avi il, à 6 heures du soir, M. Loir, exempt, a mené Bonnelli, fils d'un Italien, qui est de Dijon, et a été détenu pendant trois semaines chez M. Loir, pour être soupçonné, étant et ayant un commerce secret dans les pays étrangers. On dit qu'il a servi dans les troupes, et qu''il a de l'argent et des diamants, à ce que m'a dit M. Loir, et deux chevaux; qu'il court dans les pays étrangers, faisant le commerce de joaillier; il vient de Hollande et devait partir pour aller en Italie. Du dimanche 27 avril, sur les 10 heures du soir, deux sergents aux gardes avec six soldats armés, ont mené et remis un soldat aux gardes, un de leurs camarades, de la compagnie de M. le chevalier de Breteuil, qu'ils ont transféré de la prison de l'abbaye Saint- Gerraain-des-Prés, où il a été 28 jours, étant accusé d'avoir eu des routes bonnes ou fausses pour faire passer du monde pour aller joindre les fanatiques en Languedoc, lequel prisonnier, nommé la Liberté, on a reçu sur une lettre de M. d'Argenson, en attendant l'ordre, etc. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 30 avril 1704. Envoyez-moi le nom du soldat fanatique que vous voulez faire PASCAL. 175 mettre à la B., j'en expédierai Tordre aussitôt. Mais M. de Saint- Mars m'écrit qu'il a reçu la Liberté, que vous lui avez envoyé ; c'est apparemment le soldat fanatique qui vous a été remis par ordre de M. le maréchal de Boufflers ; je vous envoie celui qui est nécessaire pour le faire recevoir à la B. (B. N.) LE MÊME A M. DE BASVILLB. Versailles, 29 mai 1704. On a arrêté un soldat du régiment des gardes, sur le soupçon qu'on a eu qu'il avait déserté dans le dessein de s'aller jeter parmi les fanatiques. Le Roi m'ordonne de vous envoyer l'interrogatoire qu'il a subi devant M. d'Argenson, afin que vous voyiez de quoi il s'agit, et de vous demander en même temps si sa femme est morte dans la ville d'Agde, si la femme de Moreau y est aussi connue, s'il ne connaissait personne parmi les fanatiques, et enfin si ses parents ou amis de la paroisse d'Alignan attendaient son retour et en savaient les motifs. J'attendrai cet éclaircissement et ceux que vous jugerez à propos de prendre, afin qu'on puisse juger quel était le dessein de cet homme. (B. N.) LE MÊME A M. d'aRGENSON. 9 juillet 1704. Après la lettre que j'ai reçue de M. de Basville, au sujet du soldat des gardes, Paschal, dit la Liberté, il n'y a qu'à le faire sortir de la B,, et le renvoyer dans les prisons de l'Abbaye, en prenant soin d'en avertir M. de Seraucourt, aide-major, qui a besoin de lui pour une autre affaire. (A. N.j JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 12 juillet, à 6 heures du soir, un sergent aux gardes, compagnie du chevalier de Breteuil, est venu avec trois soldats armés, pour lui remettre Paschal, de Lignan, près de Pezénas, en Languedoc, ayant pour nom de guerre la Liberté, sol- dat aussi dans la même compagnie, pour le transférer et mener dans la prison de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, pour y être jugé par le conseil de guerre. (B. A.) 176 CASSIN. M. d'argenson a pontchartrain. 15 août 1704. J'ai reçu depuis quelques jours une lettre datée d'Avignon, dont je ne reconnais ni l'écrilure, ni l'auteur. Elle est pourtant signée L. Lecharpeutier, et elle m'informe qu'un protestant de Genève, nommé Gassin, dont elle m'indique la figure d'une manière assez sensible, est passé par Châlons-sur-Saône le 5 du même mois, allant à Paris par la diligence de Lyon ; cette même lettre ajoute que cet étranger a fait, depuis un an, plusieurs voyages de Hollande en Piémont, qu'il est chargé d'ordres secrets de la part de ces deux puissances, et qu'il est fort connu à la cour de Londres. La lettre dont j'ai l'honneur de vous rendre compte porte encore que cet étranger, quoique'd'une des plus pauvres familles de Genève, fait une dépense considérable, se disant tantôt ban- quier, tantôt avocat et, le plus souvent, officier d'armée, qu'il était fort connu de M. Saladin, banquier de Lyon, qu'il doit faire à Paris un séjour de six semaines, et que plusieurs marchands d'Avi- gnon offrent de prouver que c'est un espion. Suivant ces indications, j'ai fait rechercher exactement la de- meure de ce Gassin, et je l'ai enfin découverte ; mais soit que ses maîtres le'payent mal, soit qu'il affecte d'être mal payé pour mieux couvrir son jeu, il change souvent d'auberge et il y laisse ordinai- rement des bardes en gage : il parle beaucoup de ses voyages d'Angleterre, de Hollande et d'Italie, comme s'il les avait entrepris par un pur esprit de curiosité ; il lui est néanmoins échappé de dire, qu'en quelque pays qu'il aille, il ne voit pas de peuple si gueux ni si aveugle dans son esclavage que les Français. On lui a vu recevoir plusieurs lettres des pays étrangers ; il porte lui-même les siennes à la poste, et il les y porte avec beau- coup de précaution et de secret : il n'y pas plus de six jours qu'une femme lui apporta un fort gros paquet qu'elle ne voulut pas laisser à la maîtresse de l'auberge, parce qu'on lui avait recommandé de le rendre à lui-même et de ne le confier à qui que ce fût ; c'est ainsi qu'elle s'en expliqua dans l'auberge, et toutes ces circonstances paraissant exciter de justes soupçons contre cet étranger, j'ai cru de mon devoir de vous en instruire et de vous demander un ordre pour le faire conduire à la B. J'ai cependant chargé un officier de CASSIN. 177 confiance de l'arrêter incessamment s'il lui tombe sous la main, et je prends la liberté de vous envoyer de son écriture, pour en faire l'usage que vous jugerez à propos. Je dois ajouter qu'un compagnon horloger, qui travaille chez un maître de celte ville, le rencontra dans une hôtellerie de Valen- ciennes, il n'y a pas plus de deux mois, et remarqua qu'il dit à quelques personnes qu'il arrivait de Hollande. J'apprends aussi qu'il a fait à Versailles deux ou trois voyages, mais je n'en ai pu pénétrer le motif; il est connu de M. Buisson, fameux banquier, d'une réputation distinguée, et qui a intérêt dans quelques affaires, mais je n'ai pas cru lui devoir témoigner mes soupçons, dans la crainte que celte démarche ne précipitât le départ de notre Genevois, s'il est un véritable espion, comme son pays, ses voyages, ses discours et sa religion le font connaître; j'attendrai donc les ordres dont il vous plaira de m'honorersur ce sujet. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 19 août 1704. Le Roi veut que vous fassiez incessamment arrêter Cassin, contre lequel vous avez de si justes soupçons, que vous vous assuriez en même temps de tous ses papiers, et que vous l'envoyiez à la B. où vous l'interrogerez aussitôt. Je crois que la première chose que vous devez tâcher de tirer de lui, est de savoir à quelle adresse il reçoit ses lettres, afin de donner ordre à la poste de vous les faire remettre. 20 août 1704. S. M. a bien voulu mettre en liberté Ténèbre du Marais, prison- nier à la B., à condition qu'il sortira de Paris, suivant les ordres que je vous envoie. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 23 août, sur les 6 heures de l'après-midi, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., Cassin, de Genève, qu'on dit être un espion arrivé dans Paris depuis 6 semaines, ayant changé plusieurs fois de logement, ayant été arrêté par M. Aulmont ; il a resté un jour chez lui et y a couché. On l'a mis dans la première chambre, seul, de la tour de la chapelle, renfermé, et un officier qui doit le servir. 12 178 FEHRAUI. Du samedi l'après-midi, M. Savery, etc., Ténèbres du Marais, lieutenant de cavalerie, pour le mettre dans une entière liberté, avec ordre de se retirer au plus tôt de Paris et de la cour, et doit rentrer dans le service; M. de la Vienne, premier valet de chambre du Roi, est son patron. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 3 septembre 1704. Je vous adresse un ordre pour faire arrêter le Génois Ferrari, et le conduire à la B., où vous l'interrogerez sur tous les faits dont vous pourrez le soupçonner, et vous prendrez la peine de m'en- voyer son interrogatoire. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mardi 9 septembre, à 9 heures du matin, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., Ferrari, Génois, accusé d'être un espion, disant avoir ici un procès, ayant un de ses enfants qu'il a mené avec lui qu'on n'a pas arrêté, lequel on a fait mettre seul, renfermé dans la quatrième chambre de la tour dite de la Bazinière ; il dit être de qualité. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Fontainebleau, 19 septembre 1704. Vous ne m'avez envoyé que les deux premiers interrogatoires de Gassin, Genevois, quoique vous m'ayez mandé qu'il y en avait trois ; il faut que vous ayez oublié le troisième ; je vous prie de me l'envoyer ; il n'y a qu'à laisser cet homme à la B., ainsi que vous le proposez, jusqu'à la fin de la campagne ; mais avant de le mettre en liberté, il faudra l'interroger encore une fois, et m'envoyer ses interrogatoires. Le P. Piiglet peut cependant continuer de l'ins- truire pour tâcher de le convertir ; je m'informerai de M. de Bagnols, s'il est vrai que ce Gassin eût un frère, lieutenant dans le régiment suisse de May, et j'écris au prévôt des marchands de Lyon pour savoir qui est la Valette, que notre prisonnier prétend avoir vu en Angleterre, faisant les fonctions de ministre; j'écris de même à M. de Bagnols, au sujet de cet autre parent de celui-ci, qui vient souvent à Valenciennes ; au surplus, vous devez avertir GASSIN. 179 M. Buisson, intéressé dans les vivres de Flandre, de ne point don- ner des emplois h des Genevois. (A. N.) LE MÊME A M. DUGUÉ DE BAGNOLS, INTENDANT DE LILLE. Fontainebleau, 19 septembre 1704. On a arrêté à Paris un jeune homme de Genève, Cassin, soup- çonné d'être espion; il a un parent du même nom, qui va réguliè- rement deux fois l'année à Valenciennes, et qui tient des discours très insolents contre le Roi ; il est connu de Juste, orfèvre de la même ville, qui loge à la Croix d'or, rue Saint-Gerie ; S. M. m'or- donne de vous écrire de le faire observer, et si vous pouvez le faire arrêter, vous prendrez, s'il vous plaît, la peine de m'en don- ner avis. (A. N.) DE MONTERAN, PRÉVÔT DES MARCHA^DS DE LYON, A PONTCHARTRAIN. La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrira, me fut rendue hier ; pour y répondre, j'aurai l'honneur de vous dire qu'ayant eu avis au mois d'avril dernier que Cassin. de Genève, était en cette ville, qu'il y faisait de fréquents voyages aussi bien que dans les pays étrangers, et qu'il avait eu des liaisons et ensuite un démêlé avec un homme qui avait demeuré en cette ville, qui s'appelait l'abbé Legendre, et que Cassin dit avoir connu sous le nom de la Valette, je donnai ordre d'arrêter ce Cassin et de le conduire devant moi avec toutes les bardes qu'on trouverait chez lui. Cet ordre fut ponctuellement exécuté; il fut arrêté à 2 heures après minuit, la nuit du 13 au 14 avril, dans le logis de Notre-Dame de Pitié, et on ne trouva dans sa chambre qu'une malle oîi il y avait cjuatre ou cinq chemises et autres linges, et un manteau. Ayant été conduit chez moi, je l'interrogeai amplement, sans avoir rien trouvé de criminel en lui, ce qui m'obligea de le mettre en liberté; je le fis néanmoins fouiller auparavant très exactement, et on ne lui trouva que quelques lettres tendres de la demoiselle Journet l'aînée, dan- seuse de l'Opéra, pour laquelle il avait de l'inclination, et qu'il flattait d'épouser. Je joins la copie de l'interrogatoire que je fis à ce Cassin, oii vous verrez encore mieux tous les faits sur lesquels il fut interrogé. J'observai pour lors que si ce jeune homme n'était pas un espion, il en avait au moins toutes les qualités, car il me parut très délié et avoir beaucoup d'esprit. Je ne dois pas oublier 180 CASSIN. de vous dire que la demoiselle Journet, que ce Cassin voulait épouser, est très bonne catholique et d'une famille aussi catho- lique, et que cette demoiselle, que je mandai pour savoir d'elle la vérité, me convint qu'il y avait quelque temps que Cassin la recherchait en mariage. Voilà tout ce qui regarde Cassin et la demoiselle Journet. Je dois maintenant vous dire ce qu'est devenu cet abbé Legendre, que Cassin appelle La Valette. Quand cet abbé Legendre fut parti de Lyon, je fus informé qu'il avait dit en plu- sieurs endroits avoir été employé dans des négociations. Il se disait aumônier du Roi, et parent aux premières personnes de la cour, et ensuite on me dit qu'on l'avait vu en Hollande, en qualité de ministre, et qu'avant que de partir de cette ville, on avait re- marqué que, quoiqu'il fût vêtu en habit d'abbé, il avait dans sa malle un habit de cavalier, un chapeau bordé et une épée, et ayant su la roule que ce prétendu abbé avait prise, et été informé qu'il était en Avignon, je me donnai l'honneur d'en écrire à M. de Cha- millart qui, de l'ordre du Roi, fit arrêter en Avignon ce prétendu abbé Legendre, qui y est encore détenu prisonnier, et à qui Sa Sainteté fait instruire le procès. Ce Cassin me promit, après que je l'eus interrogé, de m'envoyer un livre que ce prétendu abbé avait fait en Angleterre, lorsqu'il y était ministre; il ne m'a cependant pas tenu parole. Lyon, 2'i septembre 1704. Apostille de M. d'Argenson : Rien à ajouter de nouveau, touchant Casoin, sur ce susdit interrogatoire. — Le faire sortir à la fin de la campagne, quoiqu'il y ait beaucoup d'apparence que ce soit un espion. 19 octobre 1704. J'ai écrit à M. de Pontchartrain en conformité. (B. A.) 8 novembre 1704. JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du samedi 2 octobre, M. Pelletier, lieutenant, a mené, etc., le P. Bonaventure Considin, cordelier irlandais, qui est sorti de son couvent par débauche, et qui avait dessein de s'en aller en Angle- terre, ayant quelque mauvais dessein. (B. A.) CASSIN. 181 P0NTCHARTR4.IN A M. D'ARGENSON. Fontainebleau, 8 octobre 1704. Je vous envoie ordre pour faire conduire à la B. le cordelier irlandais qui a été arrêté à Luzarches afin que vous puissiez l'inter- roger. (B. N.) M. DUGUÉ BAGNOLS, INTENDANT DE LILLE, A PONTCHARTRAIN. On a vu plusieurs fois à Valenciennes le parent de Cassin, jeune homme de Genève, arrêté à Paris, soupçonné d'être espion ; ce parent fait commerce de montres, qu'il vient vendre deux fois l'année à Valenciennes, chez Jenst, orfèvre de la même ville, qui loge à la Croix d'or, rue Saint-Gery, ce qui est assez conforme à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur ce sujet. Ce particulier, suivant ce qu'on a pu apprendre, doit revenir à Valen- ciennes pendant le carême prochain, à moins que la détention de son parent à Paris ne le fasse changer de dessein; s'il peut revenir, on ne le manquera point, il sera arrêté et interrogé comme vous le mandez. (B. A.) Bruxelles, 10 octobre 1704. NOTE. Étrangers irlandais et Écossais survenants. Jean Borry, Irlandais, est arrivé chez Leroi, perruquier et auber- giste. 14 octobre 1701. Apostille de M. d'Argenson : M. Aulmont l'aîné. Pour s'informer, voir les passeports de cet Irlandais, savoir les motifs de son séjour à Paris, s'informer aussi s'il est catholique. (B. A.) 17 octobre 1704. RAPPORT D AULMONT. Suivant vos ordres, je me suis informé de Jean Currie, et non Borry, ci-dessus nommé, logé chez Leroi, perruquier; il vient d'Angleterre et de Hollande, ainsi que M. Gordon, Écossais, avec qui il est venu loger chez les demoiselles Quantin, rue de Bussy. Us sont arrivés le 12 octobre k Paris, ils sont de la religion presby- térienne, ils ont chacun un passeport de M. le marquis de Bedmar, 182 CONSIDIN. commandant général des Pays-Bas, pour 43 jours seulement, du jour et date de sa collation^ faite à Bruxelles, le 24 septembre 1704, pour aller sur les terres d'Espagne, de Hollande et leurs alliés, et pays de Liège, qui a été vu à Anvers^ le 2 octobre présent mois, par M. de Monlgeorges; dans lesdits passeports, il n'est point marqué de quel pays ils sont, ils parlent à peine français, ils disent être venus en France pour voir Paris et les autres villes du royaume ; ils disent n'être point connus à la cour de Saint-Germain, qu'ils iront néanmoins y saluer S. M. B. ; ils sont âgés d'environ 26 ans ; Jean Gordon, Écossais, est très malade d'une grosse fièvre avec des redoublements. 24 octobre 1704. Comme leurs passeports ne sont point pour venir en France, que môme leur pays n'y est pas marqué, qu'ils ne sont point de la R. G. A. et R., et que les passeports se donnent à tous ceux qui en demandent sur la frontière pour 20 florins de change, j'ai pris la liberté de joindre un modèle de lettre pour Mgr de ïorcy, si vous jugez à propos de lui en donner avis. (B. A ) PONTCIIARTRAIN AU PROCUREUR GÉNÉRAL. Foutaiuebleau, 17 octobre 1704. Le Roi a fait transférer, de Luzarcbes à la B., le cordelier irlan- dais qui avait été arrêté par le bailli du lieu, afin qu'il puisse être nterrogé et qu'on le connaisse, et j'envoie pour cet effet à M. d'Ar- genson le procès-verbal que vous avez pris la peine de m'adresser, (A. N.) LE MÊME A M. D^ARGENSON. Fontainebleau, 18 octobre 1704. Il faut envoyer à la B. le valet de M. de Vernon ', que vous avez fait arrêter, afin de l'interroger à fond sur le sujet de son voyage, et vous prendrez la peine, s'il vous plaît, de m'envoyer son inter- rogatoire. PariSj 23 octobre 1704. Gassin, Genevois, ne sera mis en liberté qu'à la fin de la cam- pagne. (B. N.) 1. Le comte de Vernon était le dernier ambassadeur du duc de Savoie auprès de la cour de France. BOOMHOUER. 183 JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 31 octobre, à 3 heures après-midi, M. Loir, lieute- nant, a mené Dupasquier, dit Chambéry, qui servait le dernier ambassadeur du duc de Savoie, que le Roi a renvoyé, lequel nommé Chambéry est revenu en France sans passeport, se tenant caché dans Paris, sous prétexte d'un mariage qu'il voulait faire dans Paris, étant un véritable espion, et qui a resté près d'un mois renfermé chez M. Loir, qui l'a mené ici. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 5 novembre 1704. Le Roi veut que les deux protestants irlandais et écossais, arrivés depuis peu d'Angleterre, soient mis à la B., suivant les ordres que je vous en envoie, où vous les interrogerez particulièrement sur le sujet de leur voyage en ce pays-ci, et j'attends leur interrogatoire pour en rendre compte à S. M. (A. N.) LE COMMISSAIRE CHEVALLIER A M. D'ARGENSON. Vendredi dernier, sur les 11 heures du soir, une escouade du guet, entendant crier au guet dans mon voisinage, courut à la voix et arrêta une grande femme bien faite, et deux hommes, l'un se disant chirurgien et mari de la femme, et l'autre se disant Flamand. Le Flamand me fit récit qu'il avait été abordé par la femme, avec laquelle il était entré dans une allée, où la femme lui avait volé 20 sols, que s'en étant aperçu, il avait demandé son argent, que dans ce moment le chirurgien s'était présenté, s'était déclaré mari, et avait soutenu que sa femme était incapable de vol, ce qui avait obligé le Flamand de crier au guet. A l'égard de la femme, elle déclara que le Flamand lui avait donné les 20 sols et les avait ensuite redemandés. Je dis au guet de les mener tous trois dans la prison du Ghâtelet, le Flamand pour sa turpitude et pour avoir, en redemandant son argent, causé scandale, la femme à cause de sa prostitution, et le mari pour avoir été témoin de cette prostitution et pour l'avoir autorisée. ^ Je dis néanmoins au guet de ne point faire d'écrou jusqu'à ce que ^84 BOOMHOUER. j'eusse découvert qui étaient ces trois personnes, et que je vous en eusse donné avis. Celui qui s'est dit Flamand, est Hollandais, né à Maoslricht ; il demeure en chambre garnie, rue des Gordeliers, chez Germain, vis-à-vis le gros Raisin ; il n'a point de profession et reçoit tous les mois de l'argent pour sa subsistance ; son nom est difficile, mais comme il écrivit hier une lettre à son hôte que j'ai retirée, vous verrez ce nom dans cette lettre que j'ai l'honneur de vous envoyer. A l'égard du chirurgien, il n'est point marié avec la quidame, quoiqu'ils logent ensemble en chambre garnie ; j'en saurai peut- être davantage aujourd'hui, mais comme ce Hollandais paraît homme suspect, je vous en donne sur-le-champ avis. 9 novembre 1704. Aposlille de M. tVArgenson : Étrangers suspects. Extraire et re- mettre à M. Gailly, pour joindre aux prisonniers de la première police. Puis renvoyer la lettre à Aulmont l'aîné, touchant ce Hol- landais, dont je suis surpris que l'arrivée ne m'ait pas été déclarée dans les 24 heures, et lui mander, c'est-à-dire à Aulmont, qu'il voie M. le commissaire Chevallier. Cette aposlille suffira néan- moins pour cela. Écrire à M. Chevallier de suivre cette affaire, qui me parait être de quelque importance, et qu'Aulmont le verra sur ce sujet. (B. A.) 9 novembre l'704. AULMONT A M. D'ARGENSON. 12 novembre 1704. Suivant vos ordres, après en avoir conféré avec le commissaire Chevallier, je me suis informé des auberges où Boomhouer, de la ville de Maëstricht, a logé depuis 13 mois qu'il est à Paris; ainsi que je l'ai appris, il a demeuré d'abord chez Malinne, aubergiste, à la Ville de Malines, rue du Chasse-Midi, ensuite rue Dauphine, à l'hôtel d'Anjou, et présentement il loge rue des Cordeliers, chez R. Forestier, dit Saint- Germain, depuis le 1"" août dernier. Comme sur les livres de ces aubergistes cet étranger s'est toujours dit Flamand, c'est la cause pourquoi vous n'avez pas été averti de son arrivée à Paris *. 1. Apostille de M. d'Argenson. Cela vous doit faire connaître qu'il faut être plus attentif à examiner le pays des étrangers, et la raison de leur séjour. BOOMHOUER. 185 J'ai appris que cet étranger est parti de la ville de Maëstricht depuis 5 à G ans; après avoir parcouru les villes de la Hollande, il s'embarqua pour Cadix ; de Cadix il a été i\ Livourne, à Rome, à Lorette, à Venise, où il prit un passeport pour venir en France le 13 février 1698, de M. Delahaye, seigneur de Vantelet, pour lors ambassadeur de France à Venise ; de Venise il est venu à Milan, à Turin^ h Lyon et à Avignon, à Montpellier, à Pézenas, à Toulouse, à Bordeaux, où il a demeuré près de trois ans, d'où il est venu à Paris. J'ai appris que cet étranger, qui est de la religion calviniste, n'a point d'emploi et a dit avoir fait ce voyage par curiosité, ayant été obligé de quitter la ville de Maëstricht pour avoir blessé un de ses frères. J'ai pareillement appris qu'il avait parcouru toutes les villes de l'Auvergne et de la Guyenne, de la Gascogne, du Languedoc et du pays d'Aunis, et qu'il avait été chassé de toutes les villes de ces provinces, tant à cause de sa religion que parce qu'il avait relation avec les N. C. de ces provinces. Étant à Avignon, il fut obligé de se sauver, parce que l'on voulait l'y arrêter, à cause qu'il recevait des lettres de Hollande qui furent interceptées, et qu'il allait souvent au prêche à Orange. M. l'inten- dant de Montpellier l'a fait arrêter à Pezénas, et après deux mois de prison, il lui fut enjoint de quitter la province de Languedoc dans trois joues, à peine d'être pendu. J'ai aussi appris que M. Tourton est son banquier, qui lui paye des lettres de change de Hollande, et cet étranger a dit que c'étaient ses parents qui lui faisaient 1200 liv. de pension par an; il va fort souvent jouer aux cartes chez Jourdain, maître paumier, rue Mazarini, ou sinon, quand le temps le permet, aux lieux publics, où se débitent des nouvelles ; son hôtesse m'a cejourd'hui apporté plusieurs lettres qu'il a reçues de Hollande, en hollandais, qu'il lui a données à garder. Voilà tout ce que j'ai appris de ce Hollandais, qui se trouve à Paris sans passeport, celui de M. De Lahaye, ambassadeur de Venise, étant de l'année 1698. (B. A.) NOTE DU COMMISSAIRE REGNARD. Survenants étrangers. Lorab, médecin anglais et sa femme, de Londres, sont revenus 186 LOMB. loger chez Saint-MarliUj cloître Saint-Étienne-des-Grés, ce 1" no- vembre 1704. Apostille de M. d'Argenson : M. Aulmont l'aîné pour s'ea informer. AULMONT A M. d'aRGENSON. 12 novembre 1704. Suivant vos ordres, j'ai fait observer cet étranger, qui est un jeunehommede28ansou environ; j'ai appris qu'il est fils du défunt M. Lomb, médecin du feu roi d'Angleterre, Jacques II, qui est de la R. C. A. et R. ; son père est enterré dans l'église Saint-Séverin, à Paris. Du vivant de son père, il a fait ses études en médecine à Rheims, après quoi il s'est marié à Paris, dans l'église Saint-Benoît, avec la demoiselle Hebb, Anglaise, qui a été élevée dans le couvent de Bellechasse. Après la mort de son père, il a passé en Angleterre avec sa femme, où il s'est fait recevoir médecin à Londres, où il a toujours exercé la médecine jusqu'au mois de septembre dernier, qu'il a passé en Hollande avec sa femme, une jeune demoiselle âgée d'environ 17 ans, et les deux jeunes garçons au-dessous de 14 ans, sous les noms de MM. Webster, ayant été obligés de chan- ger leurs noms à cause qu'il est défendu en Angleterre, sous peine de la vie, aux catholiques, d'en sortir pour venir en France; il a fait venir un passeport de M. le marquis de Bedmar, sous le même nom, à Rotterdam, en Hollande, qui est daté d'environ du 3 octobre dernier, qui a été vu et visé par les gouverneurs des places par où ils ont passé pour venir à Paris. La jeune demoiselle s'est retirée dans un couvent à Dunkerque, et les deux jeunes garçons se sont mis dans un collège à Sainl-Omer. 20 novembre 1704. Il est venu à Paris pour voir sa mère, qui est aussi Anglaise, avec laquelle il demeure à présent chez un marchand graveur en taille- douce, rue Saint-Jacques, près les Mathurins ; il y a plusieurs années que sa mère demeure dans ce quartier, où elle est fort con- nue et y tient son ménage. Il n'oserait aller à la cour de Saint-Germain, parce qu'il veut s'en retourner en Angleterre, disant que s'il y était vu, lorsqu'il serait de retour à Londres, on le ferait mourir. Cependant sa mère y est fort connue et même considérée du roi et de la reine d'Angleterre. (B. A.) CASSIN. 187 PONTCUARTRAIN AU MÊME. Marly, 12 novembre 1704. Je VOUS envoie l'ordre pour faire sortir de la B. Cassin, Genevois, avec un autre ordre à lui de se retirer à son pays; vous pourrez les faire exécuter à la fin de ce mois, ainsi que vous le proposez. (A.N.) TORCY AU MÊME. 14 novembre 1704. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, et de l'interrogatoire de Pasquier, dit Chambéry, que vous avez fait arrêter. Quoiqu'il ne paraisse pas par ses réponses qu'il ait eu d'autre dessein que celui de séjourner à Paris, comme il a été domestique de M. le comte de Vernon, S. M. veut qu'il soit renvoyé à Chambéry ; ainsi vous donnerez incessamment les ordres nécessaires pour son élargissement, et vous lui ferez connaître les intentions du Roi. Je vous envoie le passeport dont il a besoin pour son retour. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MEME. Versailles, 26 novembre 1704. Il ne suffit pas d'avoir interrogé une première fois Considin, Irlandais, il faut l'interroger encore et tâcher de le faire parler. Il restera cependant à la B. de même que le frère Fidèle, de Nancy, jusqu'à ce que j'aie de ses nouvelles par les Provinciaux ' de Lyon et de Franche-Comté, à qui j'en écris. M, le duc Perth ayant écrit au sujet de Gordon, Anglais, prison- nier à la B., de la fidélité duquel il répond, j'ai expédié l'ordre pour l'en faire sortir; j'attendrai de vos nouvelles sur Gurrie, qui a été arrêté en même temps que lui. Versailles, 19 novembre 1704. Le Roi veut que vous fassiez arrêter Boomhouer, et que vous l'interrogiez le plus tôt qu'il se pourra. (A. N.) 1. Dans les orJres religieux, le Provincial avait sous la direction du général l'auto- rité sur les uveiUs de sa province. 188 PASQUIER. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 17 novembre, à 4 heures de l'après-midi, M. le com- missaire Camuzet, etc., a apporté l'ordre pour mettre dans une entière liberté Pasquier dit Chambéry, Savoyard, en faisant sa soumission par écrit, comme il a fait et signé, de sortir incessam- ment de Paris, pour se retirer dans son pays et il est sorti, en cas qu'il ne veuille pas prendre parti dans les troupes du Roi. Du mardi 18 novembre, à 8 heures du malin, M. Aulmont l'aîné est venUj avec un exempt nouveau, ayant amené et remis deux prisonniers séparés, dans deux carrosses, ayant chacun son ordre séparé pour Cnrrie, médecin irlandais, et M. Gordon, gentil- homme écossais, ce dernier malade, élant venus de Hollande ensemble, depuis deux mois, et logeant tous les deux dans Paris ensemble, et d'une même affaire, qu'on a séparés. L'officier qui a mené M. Gordon se nomme M. Bazin. Du samedi 22 novembre, à 3 heures de l'après-midi, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., Boomhouer, de Maëstricht, qu'on a transféré du grand Châlelet, où il a resté quinze jours, s'étant dit Flamand, ayant eu une affaire avec quelque particulier qui l'a fait mettre au Châtelet ; on a découvert que c'était un fripon et un espion qui était dans Paris depuis quatorze mois, sans aucune affaire. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. CARYLL. 26 novembre 1704. Il est arrivé depuis peu à Paris un médecin de Londres, nommé Lomb, que je ne puis mieux vous désigner que par la lettre qu'on m'écrit sur ce sujet, dont je vous envoie copie; je vous prie de prendre la peine de me mander si vous le connaissez, et s'il y a lieu de le laisser à Paris. (A. N.) LE MEME AU GOUVERNEUR DE SAINT-OMER. 20 novembre 1704. Un médecin d'Angleterre, nommé Lomb, arrivé depuis peu à Paris, paraissant suspect ; on a été obligé d'observer ses démarches, et comme il a dit entre autres choses qu'il a laissé deux garçons âgés de 15 à 16 ans dans un collège à Saint-Omer, je vous prie de LOMB. 189 vouloir bien vous informer si ce fait est véritable, et de prendre la peine de me le mander, afin que j'en puisse rendre compte à S. M. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du jeudi 27 novembre, à 7 heures du soir, M. Desgranges, venant de Versailles, pour mettre dans le moment, après l'ordre reçu, M. Gordon, gentilhomme écossais, dans une entière liberté, qu'il a obtenue par le moyen d'un duc anglais, son parent, qui est auprès du roi et de la reine d'Angleterre, à Saint-Germain-en- Laye. M. Desgranges a mené M. Gordon dans son carrosse, chez lui, dans la rue Dauphine, où il loge. Du lundi 1" décembre, à 3 heures de l'après-midi, M. Aulmont l'aîné, etc., a donné l'ordre pour mettre M. Cassin, de Genève, dans une entière liberté, étant fils d'un maître horloger, fripon et espion, mais qu'on n'a pu prouver, ayant fait brûler tous ses papiers, lequel on renvoie chez lui à Genève, avec ordre de sortir dans deux jours de Paris, dont il a fait sa soumission par écrit, et il est sorti. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Versailles, 3 décembre 1704. Lomb n'est pas assez connu du roi et de la reine d'Angleterre pour être hors de soupçon, ainsi je vous envoie l'ordre pour le mettre à laB., oîi vous l'interrogerez le plus tôt qu'il se pourra, afin de ne l'y pas retenir longtemps s'il ne le mérite pas. Je ne suis pas de votre sentiment sur Gonsidin, cordelier irlan- dais, que vous estimez inutile d'interroger plus d'une fois, et je suis persuadé qu'en interrogeant plusieurs fois un homme soupçonné, on peut le faire tomber dans des contradictions et parvenir, par ce moyen, à découvrir la vérité. (B. N.) M. DE BARENTIN, INTENDANT, A PONTCHARTRAIN. Dunkerque, 7 décembre 1705. Le médecin anglais duquel vous m'avez fait l'honneur de me mander de m'informer, se nomme Lomb, et j'ai appris qu'il a laissé en cette ville, dans l'abbaye des Bénédictines anglaises, dont la sœur de mylord Caryll est abbesse, une jeune demoiselle d'Angle- 190 BOOMHOUER. terre, qui lui avait été conGée et à sa femme, pour la remettre dans ce monastère. L'abbesse des Bénédictines anglaises de cette ville, m'a dit que ce médecin et sa femme sont bons catholiques ; que la femme, qu'elle connaît depuis longtemps, est très sage et très ver- tueuse, mais qu'elle ne peut rien dire du mari, parce qu'elle ne l'avait jamais vu avant le voyage qu'il a fait en cette ville en arrivant d'Angleterre. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du mercredi 9 décembre, sur le midi, M. Aulraont l'aîné a mené Lomb, médecin irlandais, accusé d'un espion, revenu depuis peu d'Irlande, marié en France, pensionné autrefois de la cour d'An- gleterre, de Saint-Germain-en-Laye, mais fort soupçonné, auquel on a trouvé des mémoires contre le service du Roi. (B. A.) rONTCHARTRAIN AU DUC TERTH. 10 décembre 1704. Lorsque Gordon a été arrêté, il était accompagné d'un Irlandais nommé Corry, avec lequel il était venu de Leyden; ce dernier pa- rait suspect, il ne sera pas sitôt mis en liberté. Comme Gordon n'est sorti que sur le témoignage favorable que vous en avez rendu, j'ai été bien aise de vous avertir de ces circonstances, afin que si vous n'étiez pas entièrement assuré de la fidélité du sieur Gordon, vous puissiez voir quel parti il y aurait à prendre à son égard. (A. N.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Corry restera à la B. le temps que vous jugerez à propos, après quoi il sera envoyé hors du royaume. (A. N.) M. d'argenson a pontchartrain. 18 décembre 1704. J'ai l'honneur de vous envoyer l'interrogatoire de Boomhouer, Hollandais; il vous fera connaître que c'est au moins un véritable vagabond qui, de son propre aveu, est sorti de son pays, parce qu'on l'avait soupçonné, avec beaucoup d'apparence, de vouloir assassiner son frère ; chassé de La Rochelle et même du royaume, LOMB. !91 par un ordre de M. le maréchal de Chamilly, son humeur libertine et peut-être des motifs beaucoup plus criminels, le retinrent en France et lui firent prendre la résolution de retourner à Bordeaux, et ensuite en Languedoc, où Ton ne saurait présumer qu'étant de la R. P., il ait confirmé les N. C. dans la R. C, ni s'empêcher de soupçonner qu'il leur inspirait des sentiments de désobéissance et de révolte. Son séjour à Paris n'est pas moins suspect; il recevait des lettres et de l'argent de Hollande, malgré les lois de la guerre, et le désir d'embrasser la R. de l'État ne lui a pris que depuis qu'il est en prison; ainsi l'on peut croire que le seul désir de la liberté lui a suggéré cette feinte, ou que le dérèglement de ses mœurs (dont nous avons des preuves trop sensibles et trop décisives) lui donne une égale indifférence pour toutes les religions. Dans ces circonstances, je ne puis m'empêcher de regarder cet étranger comme un homme très odieux, qu'il faut absolument ou chasser du royaume, ou retenir à la B. On pourrait néanmoins écrire auparavant à M. de Basville, pour savoir si notre prisonnier est connu à Pézeiias, si l'on y connaît Aurias pour un ancien catholique, et si Boomhouer y a tenu une conduite convenable. (B. A.) 2i décembre 1704. J'ai l'honneur de vous envoyer l'interrogatoire de Lomb, que j'ai fait conduire à la B, , en conséquence d'un ordre du Roi, dont il vous a plu me confier l'exécution, et je crois que vous jugerez par ses réponses que sa détention était encore plus nécessaire que je ne l'avais présumé d'abord. Je n'avais alors contre lui que la qualité d'Anglais, et le faux nom qu'il avait pris dans son passeport, mais ses réponses et ses écrits le convainquent d'être entré en confé- rence avec mylord Malborough pour lui servir d'espion, et quoi- qu'il désavoue d'avoir accepté sa proposition, les offres qu'il fait de renouer cette négociation pour le service de la France, sont plus propres à faire naître des soupçons qu'à les dissiper; ainsi je pense que cet étranger doit être retenu à la B. comme très suspect, ou renvoyé dans son pays sans retardement, et le premier parti me paraîtrait plus convenable au service du Roi que le second, si des raisons secrètes et particulières n'obligent de préférer celui-ci. (B. N.) 192 BOOMHOUEH. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 22 décembre 170i. Le Roi veut que Boomhouer, Hollandais, reste encore à la B., et que vous l'interrogiez souvent sur les faits dont vous le soupçon- nez ; j'écris cependant à M. de Basville pour savoir s'il est connu à Pézenas, et à M. de la Bourdonnaye pour savoir de même si Colock a laissé quelqu'un de confiance à Bordeaux. 24 décembre 1705. Il ne convient pas de renvoyer Lomb, Anglais; il sera au con- traire soigneusement gardé à la B. pendant longtemps. Versailles, 31 décembre 1704. A l'égard de Stamfort, Anglais, qui est à Paris et qui déguise son pays, S. M. veut que vous le fassiez arrêter et que vous l'interro- giez à fond, afin de connaître quels sont les motifs de son voyage et quels desseins il avait. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du lundi 5 janvier, sur les 8 heures du soir, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., M. de Stamfort, vieux officier, Flamand, de Bruxelles, ayant servi longtemps dans des troupes ennemies du Roi, et retiré ici dans une auberge, assez caché, sans affaires, fort soupçonné d'être un espion, lequel on a mis seul, renfermé. (B. A.) M. DE BASVILLE A rOKTCHARTRAIN. Boomhouer, Hollandais, a logé à Pézenas six mois, chez Aligny, menuisier, qui a dit qu'il était occupé tout le jour à écrire des let- tres, enfermé dans sa chambre, sous la clef, et qu'il lui demandait souvent quelles grandes affaires il avait, qu'il a vu venir chez lui un nommé Orias, ancien catholique, et Sain, nouveau converti, qu'il leur donnait souvent b. manger et payait pour eux. Il a ensuite logé chez Pastalès, tailleur, pendant près de 6 mois. Il avait souvent des relations avec Granoux de Pauillan, qui a fait banqueroute. Je n'ai rien appris d'Oriasqui soit mauvais. Boomhouer a vu peu de monde à Pézenas. On pourrait l'interroger sur le commerce qu'il a eu avec Sain et Glanoux, et sur ses réponses, j'éclaircirais les faits. (B. A.) Montpellier, 8 janvier 170o. FERRARI. 193 PONTCUARTRAIN A M. CARYLL. Versailles, 12 janvier 1705. J'ai reçu le plàcet que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser pourLomb, Anglais, qui a été arrêté; il n'y a pas lieu de douter, par le compte qu'il rend de sa conduite et par les voyages qu'il a faits, qu'il ne soit venu en France à mauvaise intention, et môme il convient que mylord Malborough l'avait voulu l'engager à lui servir d'espion ; ainsi il ne peut être mis en liberté dans les conjonctures présentes, mais les bontés dont le roi d'Angleterre l'honore feront qu'on aura attention à le bien traiter et à lui rendre sa détention la plus douce qu'il sera possible. (A. N.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Marly, 28 janvier 1705. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre en liberté Corry, Irlan- dais, prisonnier à la B. , à condition qu'il sortira du royaume sui- vant le passeport qui a été expédié pour lui et Gordon. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 30 janvier 1703, sur le midi, M. Aulmont l'aîné, etc., a donné l'ordre pour mettre dans le moment Corry, Anglais et médecin, dans une entière liberté, avec ordre et passeport du Roi de sortir incessamment du royaume, avec aussi Gordon, Écossais, qui est aussi sorti d'ici du 27 septembre 1704, et arrêtés tous les deux à la fois. (B. A.) PÔNTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 1er février 1705. Hardy restera à la B. jusqu'à la paix, ainsi que vous le proposez. J'écris à Milan et à Gênes pour savoir des nouvelles de Ferrari, prisonnier à la B., et je vous ferai savoir ce que j'en apprendrai. (B. N.) LE MÊME A M. DE LOUCIENNE, ENVOYÉ DU ROI A GÊNES. Versailles, le^ février 1705. On a arrêté à Paris un particulier, Charles de Ferrari, qui se dit gentilhomme milanais, faisant ordinairement sa demeure à Gênes, 13 194 BONNELLI. sur ce qu'il a paru d'une conduite très suspecte, n'ayant pu en rendre aucun bon compte, et s'étant trouvé saisi de chiffres qui fortifient encore ce soupçon ; le Roi m'a ordonné de vous écrire de prendre la peine de vous informer quel est cet homme, s'il est mal intentionné contre la France et contre l'Espagne ; et en cas qu'il en ait donné quelques marques, de me faire savoir ce que vous en apprendrez ; j'écris la même chose à Milan, ainsi je ne vous demande que ce qui regarde sa conduite à Gênes. (A. N.) LE MÊME A l'abbé DE LA TRAPPE ^ Versailles^ 13 mars 1705. On arrêta l'année passée un particulier soupçonné d'être espion, Bonnelli, âgé de 45 ans, lequel après avoir fait plusieurs men- songes sur sa naissance et sur sa profession, a enfin déclaré que se voyant sans emploi à la conclusion de la paix en 1697, il se retira en votre abbaye de la Trappe, y fît ses vœux sous le nom de frère Zenon, y demeuras ans, et par un esprit de libertinage ou d'in- constance, abusa de la confiance qu'on avait en lui, en le choisis- sant pour un des portiers, emporta 5 ou 6 louis qu'il avait volés au premier portier et s'évada vêtu de l'habit séculier d'un jeune novice qui venait de prendre celui de religieux ; je vous prie de prendre la peine de me mander si vous avez connu cet homme, quelle a été sa conduite parmi vous, et si les circonstances dont il parle sont véritables ? (A. N.) LE MÊME A M. DE BASVILLE, INTENDANT. Versailles^ 15 mars 1705. Je vous envoyai il y a quelque temps un premier interrogatoire de Boomhouer, Hollandais, sur lequel vous avez donné quelques éclaircissements ; je joins à cette lettre un second interrogatoire qu'il a subi, avec un mémoire de M. d'Argenson, sur lesquels je vous prie de faire vos réflexions et de m'en faire part, de même que de ce que vous apprendrez de nouveau touchant cet homme, afin qu'on puisse par là faire connaître sa conduite et ses intrigues. (A. N.) 1. Dora Gervalse, abbé de la Trappe, de 1696 à 1713. STAMFORT. 195 JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mardi 17 mars, sur les 5 heures de l'après-midi, M. Loir, exempt, est venu, ayant apporté une lettre à M. le gouverneur de M. d'Argenson, par laquelle il le prie de faire mettre en liberté, et de laisser sortir M. Stamfort, Anglais, et de Bruxelles, en ayant reçu les ordres de la cour, qu'il enverra vendredi prochain, où il y en aura d'autres prisonniers qui sortiront par le même ordre; lequel prisonnier j'ai fait sortir après sa soumission par écrit de sortir de Paris et d'aller demeurer à Saint-Germain-en-Laye, l'ayant remis dans le moment à M. Loir et à M. Boldestrat, Anglais, cheva- lier de la Table Verte, son beau-frère. Du vendredi 20 mars 1703, à l'heure de midi, Aulmont l'aîné et Aulmont le jeune sont venus, etc., pour mettre en liberté cinq prisonniers et trois prisonnières par ce seul ordre, qui sont : M. Stamfort, sorti du 17, et aujourd'hui quatre : M. Ferrari, Gé- nois, qui a fait sa soumission d'obéir aux ordres du Roi ; M. Lar- messin, dans une entière liberté; Houatt, garçon graveur, de même, et M. A. Marchand, femme de Houatt, aussi dans une en- tière liberté. Du samedi 22, l'après-midi, Aulmont le jeune est venu pour faire sortir et prendre les trois qui restaient nommés par l'ordre, qui sont : Charbonnier, la Julien, fille de Lyon et Lamy, veuve et vieille femme, tous les trois menés à la Salpêtrière, autrement l'hôpital général, pour y être renfermés jusqu'à nouvel ordre, dont Charbonnier est fou. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. l'aBBÉ DE LA TRAPrE. Versailles, 1er avril 1705. Le Roi a bien voulu vous faire remettre Beaumont ou Bonnelli, pour le garder chez vous; et il y sera incessamment conduit avec tous les effets qu'on lui a trouvés, et dont S. M. vous fait volon- tiers le don, en cas qu'ils appartiennent à S. M. Au surplus, elle sera bien aise que vous le reteniez dans votre maison sans qu'il puisse s'évader; mais il ne faut pas que ce soit dans une prison perpétuelle, qu'on appelle dans les cloîtres in pace, et il faut que vous le traitiez avec toute l'humanité que votre charité pourra vous inspirer '. (A. N.) 1. Voilà un nouvel exemple d'individus suspects que le ministre renvoie :i la 196 . BONELLI. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 4 avril, à 3 heures de l'après-midi, pour remettre M. Loir, Bonnelli, s'étant dit Italien. On a découvert que c'était un fripon, courant depuis quelques années les pays étrangers, faisant le marchand joaillier, et espion en même temps. Enfin, il a avoué qu'il était de la ville de Paris, et qu'il avait été moine de la Trappe, ayant déserté et emporté de l'argent du couvent; pour lequel M. Loir a reçu des ordres de la cour pour le ramener dans son couvent, à la Trappe, et de le remettre entre les mains du père abbé, avec tous ses effets d'argent, pierreries et hardes. (B. A.) « rONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 12 avril 1705. Je vous ai ci-devant mandé de donner à la femme de Lomb, la liberté de le voir en présence d'un officier; mais comme cette femme pourrait vous être à charge et aller trop souvent à la B., je dois vous dire qu'il ne faut lui laisser cette liberté qu'une fois ou deux le mois, et toujours en présence de quelqu'un de votre part. (A. N.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Marly, 21 avril 1703. J'ai envoyé à M. de Basville le second interrogatoire que vous m'avez adressé de Boomhouer, prisonnier à la B. ; il me mande qu'il l'a examiné et que, par la recherche qu'il a faite de la con- duite de cet homme, qui est Hollandais, il croit qu'il serait à pro- pos de le faire sortir du royaume. Le Roi, à qui j'en ai rendu compte, s'est conformé à son avis et m'a commandé d'expédier l'ordre ci-joint pour le tirer de ce château et le faire ensuite sortir du royaume. Vous aurez soin, s'il vous plaît, de le faire exécuter. (A. N.) Trappe^ d'où ils étaient sorti?, ce qui prouve que l'arlmission au noviciat devait être plus facile qu'on ne l'a dit; en effet, l'austérité de la vie ordinaire y étant très grande, ce couvent aurait été bientôt désert si les supérieurs s'étaient montrés trop difficiles sur les conditions de l'entrée. Remarquons aussi que l'usage des in pace était en vigueur à la Trappe comme dans les autres maisons religieuses. DU MARAIS. 197 LE MÊMt; A M. DE SAINT-MAttS. Versailles, 22 juillet 1705. Je vous ai déjà mandé de donner h. Lomb la liberté de voir sa femme; le Roi veut bien qu'il voie aussi sa mère et qu'il se pro- mène de temps en temps dans la cour de la B. (A. N.) LE MEME A M. FOUCAULT, INTENDANT DE CAEN. 24 octobre 1705. Toussaint du Marais, qui avait été arrêté à Vigo, et conduit par ordre du Roi, à son arrivée en France, dans les prisons de Bayeux, est un aventurier qui fut mis, il y a environ deux ans, à la B., ayant été trouvé, près de Chevreuse, dans un déguisement extra- ordinaire, ainsi que vous le verrez par un mémoire de M. d'Argen- son, que je joins à cette lettre; comme il ne convient pas qu'un tel personnage soit libre, S. M. m'ordonne de vous écrire de le faire transférer dans le château de Gaen pour y être renfermé jusqu'après la paix. Vous prendrez, s'il vous plaît, la peine de l'interroger pour tâcher de découvrir le sujet de son voyage en Espagne; je vous envoie à cet effet les mémoires qui m'ont été adressés de Vigo sur son sujet; faites-moi, s'il vous plaît, savoir ce que vous apprendrez de lui. (B. N.) LE MÊME AU MAJOR DE CAEN. Marly, 11 novembre 1703. Vous avez bien fait de pourvoir, ainsi que vous me le mandez, à la sûreté de du Marais, qui a été envoyé, par ordre du Roi, au châ- teau de Caen. Le Roi fournira 20 sous par jour pour sa subsistance et entretien. Vous pouvez dès à présent lui donner les babils qui lui sont absolument nécessaires ; et si vous prenez la peine de m'envoyer à la fin du mois de décembre prochain, un mémoire du temps qu'il aura été au château, j'expédierai une ordonnance pour le payement de ce qui sera dû. (B. N.) LE MEME A M. D ARGENSON. 9 juin 1706. Hardy restera à la B. jusqu'au mois de novembre, ainsi que vous 198 HARDY. le proposez; mais il faut l'interroger encore, et plus d'une fois, s'il est besoin. (A. N.) LE MÊME A M. DE SAINT-MARS. 30 novembre 1706. On ne peut que louer votre charité pour la femme de Lomb ; il est retenu à la B. comme un espion dangereux qu'on ne peut mettre en liberté pendant la guerre; ainsi, je crois qu'il n'y a point d'inconvénient à laisser à cette femme la permission qu'elle demande de voir quelquefois son mari en particulier, et ce sera à voir à le lui retrancher si elle en mésuse. (A. N.) NOTE DE M. DUYAL, Hardy. — Ce prisonnier avait l'esprit troublé depuis longtemps. Lors de ses funérailles, à Saint-Paul, où il a été enterré, on lui a changé son nom en celui de George Ronaixt, étranger. Ceux qui ont signé son extrait mortuaire sont MM. de la Grange, major, et Pechard, maître d'hôtel de M. le gouverneur. Trouvé mort dans sa chambre, le io mars 1707, âgé de 42 ans, sans avoir donné aucuns symptômes de maladie. Il était logé à la première chambre de la Liberté. (B. A.) RAPPORTS DE M. D ARGENSON. Claudine Julien, à la Salpêtrière. 12 janvier 1706. Elle est âgée de 25 ans, originaire de Lyon. Elle a été transférée de la B., où elle avait été conduite pour avoir eu des relations avec les fanatiques du Languedoc, et pour avoir tenu des discours abominables contre la R. On ne sait s'il y a en elle plus de folie que de malice, mais on convient qu'il n'y a point dans la maison de femme plus insolente et plus incommode. Ainsi, pour la seule considération du fanatisme, je crois qu'il la faut laissera l'hôpital, du moins jusqu'à la paix. En 1709. Elle est devenue plus raisonnable depuis quelques mois; ainsi, l'on pourrait la mettre en liberté, sans aucun incon- vénient, immédiatement après la paix générale. En 1710. Elle parut un peu moins violente pendant cette année. CONCINI. 199 ce qui m'obligea de vous proposer de la rendre libre immédiate- ment après la paix générale; et la décision que M. de Pontchar- train me fit l'honneur de m'envoyer sur mon dernier état, était conforme à cet avis. Mais j'apprends qu'elle est rentrée dans ses premières fureurs, qui ont obligé de la renfermer plus étroitement; ainsi sa détention devient plus nécessaire que jamais. En 1711. On est sur le point maintenant de la mettre parmi les folles, et je pense qu'elle y finira ses jours. Ainsi, il paraît qu'elle est mise aux folles. (B. N.) Thadée Consini ou Considin, mis à l'hôpital de Charenton. Il a été transféré du château de la B. dans cette maison, à cause de ses infirmités. Cet homme est ce mauvais moine que toutes ses démarches ont rendu suspect. Il semble même que les circon- stances de ses voyages dont j'ai eu Thonneur de rendre compte à M. de Pontchartrain, ne permettent pas de douter que ce ne fût un véritable espion; aussi est-il un de ceux qui, suivant le mémoire que ce ministre m'a fait l'honneur de m'envoyer sur l'état de la B., de l'année 1707, devaient rester à la B. jusqu'à la paix générale. Il a porté son indocilité jusqu'à la fureur ; car à la fin de l'année 1709, après avoir rompu la chemise d'un porte-clefs qui le servait, il a voulu lui donner un coup de couteau dans le ventre. Ses infirmi- tés continuent et demandent un long régime ; d'ailleurs, il serait assez difficile de trouver une maison qui convînt à ce mauvais reli- gieux, qui, même dans sa maladie, n'a jamais voulu entendre parler des sacrements. En 1715, il continue d'être impie quand il raisonne, et absolu- ment imbécile quand il cesse de raisonner. Ainsi, quoique la paix générale pût porter à le rendre libre comme espion, la situation de son esprit et l'honneur de la religion ne le permettent pas. La réponse de monseigneur le comte de Pontchartrain, du 16 octobre 1715, fut qu'il fallait le chasser du royaume. (B. N.) 200 LA GACOURT. Veuve GACOURT '; VARQUOIN . Folie. PONTCHARTRAIN A M. d'AUGENSON. 7 février 1704. S. M. veut que vous fassiez conduire à la B., la Gacourt, que" vous l'interrogiez sur les discours extravagants dont vous parlez, et que vous m'envoyiez son interrogatoire avec votre avis sur ce que vous jugerez alors qu'on pourra faire d'elle. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 9 février, à 8 heures du soir, M. Savery, remis ma- dame Gacourt, qui a resté quelques jours chez M. Savery, etc. Cette dame paraît être folle. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 16 avril 1704. S. M. veut que vous parliez à ceux de la famille de la veuve Gacourt, et que vous les obligiez à lui chercher une retraite con- venable. Versailles, 14 mai 1704. Je vous envoie un ordre pour tirer de la B. la Roussel de Gacourt, et l'envoyer au Refuge où ses parents payeront sa pension. (A. N.) JOURNAL de m. DU JUNCA. Du samedi 17 mai, à 8 heures du matin, M. de Savery, pour remettre la dame de Gacourt, pour l'aller mener par une lettre de cachet du Roi, dans la communauté du refuge de Sainte-Pélagie, au faubourg Saint-Victor, jusqu'à nouvel ordre, où ses parents payeront sa pension. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 3 février et de sortie du 11 mai 1704. 2. do 24 septembre do 26 novembre 1704. Contre-signes Pontcuartraiu. VARQUOIN. 201 COMMISSAIRE DAMINOIS A M, D'aRGENSON. 17 septembre 170 i. Hier, à 10 heures du soir, un particulier de 28 ù, 30 ans, qui pa- raît étranger, et était depuis plus de cinq heures sans parler ni faire aucun mouvement, attenant la porte de Sonnet, pâtissier près Saint-Roch, ayant donné lieu, par une figure et contenance si bizarres, au peuple de s'amasser autour de lui, et à la brigade de M. Leroux, du guet à cheval, de s'y arrêter, je m'y suis trans- porté. Je n'ai pu, quoique je lai aie pu dire ou faire dire par gens qui lui ont parlé allemand, flamand ou anglais, tirer de lui une seule parole; le menaçant de prison, il s'est jeté à genoux plusieurs fois sans vouloir parler; il a seulement écrit avec de la craie sur du bois, que Sonnet lui a fourni, en français, qu'il priait qu'on lui don- nât à coucher. Je l'ai fait fouiller; il s'est trouvé dans ses poches une paire d'heures françaises à noire usage^ imprimées à Lille, chez Lefranc, et sur le premier feuillet que j'en ai ôté, et qui est ci-joint, les noms de Joanncs Varcoing, demeurant à Lille, et ces deux pa- piers, dont le plus grand ne signifie rien; mais le plus petit con- tient deux routes, l'une de Tilly à Paris et l'autre de Sentis à Paris. N'ayant pu l'engager à me dire une parole, et le peuple s'amassant en trop grand nombre, je l'ait fait conduire au Chàtelet par Baule, sergent du guet. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du dimanche, 23 septembre, sur les 3 heures de l'après-midi, M. de Chantepie a remis, etc., Varqaoin, muet, ne voulant pas par- ler, qu'on a transféré de la prison du Chàtelet ; il est Flamand, de Valenciennes, fou de ne vouloir pas parler, il écrit bien et dit qu'il veut parler au Roi et aller à Rome. (B. A.) rONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Fontainebleau, 24 septembre 1704. Il faut faire conduire h la B. Yarquoin, que vous avez ("ait arrêter, l'interroger, et approfondir par tous les expédients que vous juge- rez à propos, quelles étaient ses vues et ses desseins ; j'écris cepen- dant à M. Dugué de Bagnols, dans le sens que vous me marquez; pour apprendre de ses nouvelles. (A. N.) 202 VARQUOIN. PONTCIIARTRAIN A M. DE BAGNOLS, INTENDANT DE LILLE, 24 septembre 1704. On a arrêté à Paris un homme de Lille, Jean Varquoin, qui après avoir longtemps contrefait le muet, a déclaré plusieurs extrava- gances, dont on a lieu de croire qu'une dévotion mal dirigée peut être le principe, et il paraît que le P. Baltazard, carme à Lille, pourrait bien avoir llatté cet homme dans ses fantaisies ridicules, ou au moins négligé de l'en détromper; c'est ce qu'on apprendra en l'interrogeant. Le Roi m'ordonne cependant de vous écrire de faire demander à ce religieux s'il connaît Varquoin, quel est le caractère de son esprit, et ce qu'il peut avoir reconnu en lui? Il sera bon aussi que vous preniez la peine de vous informer de ceux qui connaissent Varquoin, quelle a été sa conduite. (A. N.) M. DE BAGNOLS A PONTCIIARTRAIN. Varquoin est frère d'un marchand de fil de laine, demeurant à Lille, dont la conduite est bunne. Celui qui est allé à Paris, et qui fait le muet, est âgé de 34 ans, de grande taille, les cheveux bruns; il était habillé quand il sortit de la ville de Lille, d'un drap jaunâtre avec une veste noire. Il avait dit à son frère^ quelques jours avant que de partir de Lille, au commencement du mois de septembre dernier, qu'il voulait parler au Roi et lui faire quelques propositions, que s'il ne réussissait pas dans son projet, il lui en coûterait la vie. Son frère lui répondit que s'il continuait dans ses folies, il le ferait renfermer dans un couvent de Lille, qu'on appelle des Bons-Fieux, oii il avait déjà été deux fois, et où il serait en- core si son frère avait eu le moyen de payer sa pension. Il y a cinq ans que Varcoin a perdu l'esprit, et qu'il affecte d'être muet, quoiqu'il ne le soit pas. Bruxelles, 10 octobre 1704. PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. 30 octobre 1704. Je suis impatient de savoir si votre faux muet a parlé. J'attendrai l'interrogatoire de Varquoin ; j'écris cependant pour savoir de ses nouvelles par le P. Baltazard, carme à Lille. LA GACOURT. 203 Versailles, 5 novembre 170i. Varquoin, prisonnier h la B., doit être envoyé à l'hôpilal, ainsi que vous le proposez, et dans quelque temps, vous me manderez en quelle situation son esprit se trouvera. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 8 novembre, sur les 2 heures de l'après-midi, M. Chan- tepie, etc., pour lui remettre dans le moment Yarquoin, de Lille, en Flandre, qui a fait un fort longtemps le muet, et ensuite il a parlé; lequel il doit mener, en sortant d'ici, au château de Bicèlre, pour y être renfermé jusqu'à nouvel ordre. (B. A.) RAPPORTS DE M. D'ARGENSON. Renée Cailleux de Gacourt, dite Rousselle. 11 novembre 1704. Elle est âgée de 30 ans, originaire de Paris. Elle est d'une extravagance qui augmente de jour en jour, tan- tôt elle se croit grosse, quoique d'un âge à ne le pouvoir devenir, tantôt elle parle de ses procès ou des mariages qu'elle croit avoir refusés. Sa folie est toujours que M. le gouverneur de la B. la veut épouser. Enfin, on ne peut la mettre ailleurs qu'à l'hôpital, puis- qu'il n'y a pas de couvent qui la voulût recevoir ni souflVir dans l'état où elle est. En 1703. Il y a deux ans qu'elle est pénitente, et je crois qu'on pourrait la mettre en liberté. Apostille de Pontcliar train. — Bon. Du ^ janmer 1703. Jean Varquoin. Il est âgé de 33 ans, origi- naire de Lille en Flandre. C'était un pauvre Flamand, qui après avoir été quelque temps à la B., a été conduit à Bicôlre; une de ses folies consistait à vouloir établir dans l'État et dans l'Église, une nouvelle forme de gouvernement; il proposait aussi de planter des vignes sur tous les remparts et le long des grands chemins, pour en faire un revenu immense, qu'il partagerait avec le Roi. Il est tombé depuis six mois dans une espèce d'imbécillité qui ne lui permet plus, ni de parler, ni de penser; ainsi, l'on ne peut que le laisser à l'hôpital en attendant sa guérison. Idem en 1706. En 1707. Telle était sa situation l'année dernière; mais sa raison 204 BORDENAVE. est fort revenue depuis ce temps-là. On lui avait fait proposer de prendre parti dans les troupes, mais il en paraît fort éloigné ; il dit seulement qu'il supplie le Roi, ou de le retenir h l'hôpital, ou de le renvoyer dans son pays; et je crois qu'on peut prendre ce parti sans beaucoup d'inconvénient. Il est mort au mois de février 1709. (B. N.) BORDENA^Œ*; LALANDE^; LA MALATIE Faux. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 6 février, premier jour de carême, M. Ghouet, sous- brigadier du guet h cheval, a mené, etc., de Bordenave, Béarnais, garçon tailleur, demeurant dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre, suivant un ordre du Roi, au susdit officier du guet, de l'arrêter et le mener à la B., etc., lequel prisonnier on a reçu sans un ordre particulier, mais qu'il a envoyé du depuis. Lequel prisonnier on a mis au cachot, ayant du commerce avec les protestants et les fana- tiques. (B. A.) LA VRILLIÈRE A M. D'aHGE.NSON. L'évêque de Montauban écrivit, au mois de janvier de l'année dernière, la mauvaise conduite de LaMalatie, curé de la paroisse de Saint-Aignan, dans la généralité de Montauban, et madame l'abbesse de Fontevrault en porta aussi ses plaintes, parce qu'il y a un cou- vent dudit ordre dans ce lieu. S. M. estima à propos d'exiler cet ecclésiasiique à Clermont en Auvergne; l'ordre en fut envoyé à M. Legendre, intendant de la généralité, qui le lui fit remettre. Au lieu de s'y rendre, il se cacha, et vint quelque temps après à Paris, d'où il est retourné dans son pays, disant qu'il avait obtenu son rappel, et qu'il en avait l'ordre. Comme j'ai eu avis de ce que je vous marque, j'ai adressé celui qui était nécessaire à M. Legendre, 1. Ordres (rentrée du 3 février 1704. Morl le 27 juillet 1721. 2. d" • 19 mars d" et desortie du 3 mai 1705. 3. d" 19 juin d" d^ 2 janvier 1700. Ordres coutre-sigués La Yriilière. BORDENAVE. 205 pour arrêter ce curé, et l'obliger de représenter l'ordre qu'il disait avoir, parce qu'il fallait qu'il fût faux, ce qu'il a exécuté. Vous verrez par cette pièce, que le Roi m'a chargé de vous envoyer, et l'interrogatoire de ce curé, qu'elle est effectivement fausse, et que cet ecclésiastique a dit que c'était Bordenave qui la lui avait don- née comme véritable, ce qui a obligé de faire arrêter ce particulier et mettre à la B., oii S. M. a estimé à propos que vous Tinterrogiez sur tout ce que vous trouverez convenable à cette occasion, et de tâcher de découvrir si c'est lui qui a signé, ou de quelle main il s'est servi; ensemble, s'il a été fait plusieurs autres signatures de mon nom et de celui de MM. les autres secrétaires d'État ; vous prendrez la peine de lui demander aussi s'il connaît laBazinet, qui demeure chez moi, parce que le curé a dit que Bordenave lui avait témoigné qu'il s'était adressé à cette personne pour avoir son rap- pel, mais qu'elle lui avait répondu qu'il ne fallait pas que cet ecclé- siastique parût, n'ayant pas eu permission de venir à Paris, qu'il s'en allât au lieu de son exil, et qu'on verrait si on pourrait obtenir ce qu'il désirait; en sorte qu'il faut savoir de Bordenave d'où il connaît ladite personne, et quels commerce et relation il a eus avec elle, s'il ne lui a pas parlé d'autres affaires, et s'il ne la connaît pas par quelques autres personnes de chez moi avec qui il soit en com- merce. Il sera nécessaire aussi, pour la justification du curé pri- sonnier, de savoir, si en lui donnant cet ordre, il a eu connais- sance qu'il fût faux, et si ce n'est pas sur l'original de celui de son exil, qu'il a, de concert avec ce curé, imité ma signature, ou de quel autre il peut s'être servi, étant indubitable qu'il fallait qu'il en eût une devant lui quand il a fait ma signature. Comme j'ai fait saisir la cassette des papiers de ce Bordenave, je mande à Duval, commissaire du guet, à qui j'avais envoyé l'ordre de l'arrêter, et qui a fait mettre le scellé sur cette cassette, de vous la remettre, pour que vous puissiez examiner tout ce qui y est contenu, lorsque vous la lui aurez représentée. Elle est fermée, ayant la clef dans sa poche quand il fut arrêté, et vous prendrez la peine de me mander ce qui s'y sera trouvé de papiers capables de le convaincre de faus- setés et autres mauvais commerces, et surtout s'il n'y a pas de lettres de la Bazinet, ou autres de mes gens. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de vous faire observer que tout ce que vous prendrez la peine de demander au Bordenave touchant la Bazinet, et ce qu'il vous répondra, ne sera pas compris 206 LÂLANDE. dans son interrogatoire général, mais seulement dans un mémoire particulier, ma vue étant de savoir quels commerce et relations elle peut avoir avec lui pour des affaires, et s'il y a quelques autres personnes de sa maison. Je vous prie de me faire aussi le portrait de cet homme, pour que je puisse par là connaître s'il ne m'est pas vemi solliciter pour quelques affaires. On a contrefait, il y a quelque temps encore, ma signature, et on n'a pu, jusqu'à présent, découvrir celui qui s'était servi des pièces fausses afm de l'arrêter; possible, elles auraient été faites par le même Bordenave, d'autant plus qu'elles ont paru dans un lieu de la même généralité où cet homme a peut-être commerce, de manière qu'il est bon que vous ayez agréable de l'interroger aussi sur ce fait, dont je joins ici un mémoire. (B. A.) Versailles, 9 février 1704. M. LE GENDRE, INTENDANT DE MONTADBAN, A M. DE LA VRILLIÈRE. Montauban, 11 mars 1704. J'aurais cru manquer au respect que je vous dois, si j'avais com- pris dans l'interrogatoire du curé de Saint-Aignan, les noms de deux personnes qui vous appartiennent, dont j'ai tiré l'extrait sé- paré que je vous envoie, et dont je n'ai pas fait signer à l'accusé ; je suis persuadé que c'est une très fausse accusation ; mais l'attache- ment inviolable que je vous ai voué m'a obligé d'avoir l'honneur de vous en rendre compte. « — Combien il promit à Bordenave pour lui faire obtenir u son rappel. « — Il lui promit ioO livres, dont il lui donna 90 comptant. « Bordenave lui dit qu'il lui ferait obtenir par le moyen de made- (( moiselle Bazinet, qui demeure chez M. La Vrillière, à qui il avait u promis 100 livres si l'affaire réussissait, et Bordenave lui montra a une lettre de la demoiselle de Bazinet, par laquelle elle lui pro- « mettait de faire réussir cette affaire, avec le secours de M.Dubois, u secrétaire de M. de la Vrillière. » JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 19 mars, à midi et demi, M. de Chantepie a mené, etc., sur une lettre de M. d'Argenson, en attendant LA MALATIE. 207 l'ordre, etc., Lalande, tailleur pour femmes, de la même affaire de Bordenave, tailleur pour hommes, lequel on a fait mettre seul, renfermé, ayant une mauvaise afTiiire. Du dimanche 4 mai, sur les 11 heures du matin, un officier du guet, envoyé par M. d'Argenson, a porté l'ordre pour mettre dans une entière liberté Lalande, tailleur de femmes, lequel doit être mené par le même officier à M. d'Argenson, ayant à lui parler, ce qui a été exécuté dans le moment; il est sorti. (B. A.) LA VfiILLiÈRE A M. d'ARGENSON. Je vous avais mandé que j'avais adressé un ordre à M. Legendre pour que le curé de Saint-Aignan sortit de la prison où il est, et vînt à Paris, afin d'être confronté à Bordenave ; mais vous verrez par la copie de la lettre ci-jointe de cet intendant, qu'il a voulu s'échapper, croyant d'être conduit, ce qui donne de grandes pré- somptions qu'il est coupable ; ainsi j'envoie des ordres, afin qu'on le mène sûrement à la B,, et pour y être reçu, lorsque vous irez, vous prendrez la peine de dire h M. de Saint-Mars et aux autres personnes que vous estimerez à propos, de mettre cet ecclésias- tique dans un endroit éloigné de Bordenave, et de bien observer qu'ils n'aient aucune communication ensemble, de parole ou par lettre. (B. A.) Versailles, 18 juiu 1704. M. LE GENDRE A LA VRILLIÈRE. J'avais eu l'honneur de vous mander que je remettrais l'ordre du Roi au curé de Saint-Aignan, pour sortir et se rendre à Paris ; vous serez fort surpris d'apprendre que sur l'avis que je lui en donnai, il envoya chercher le soir à souper par le geôlier; pendant qu'il était dehors, il fit monter sa femme et sa fille dans sa chambre pour raccommoder son lit ; comme elles y travaillaient, il sor- tit et les enferma à la clef. Aussitôt il prit celle de la porte de la prison pour se sauver; malheureusement pour lui, il trouva dans la rue le geôlier qui le reconnut, l'arrêta, et l'obligea avec quelques voisins, de rentrer en prison; cela m'a rendu sa con- duite fort suspecte, m'a fait croire qu'il était coupable et qu'il ne voulait point être confronté à Bordenave, c'est ce qui m'a em- pêché de le faire sortir de prison et de l'envoyer à Paris sur sa 208 CHAUBRUÈRE. bonne foi, sans recevoir auparavant vos ordres et vous rendre compte du fait présent. Je lui ai demandé une caution pour le faire sortir et représenter à Paris; il n'a pu en trouver, en sorte que je ne crois pas qu'il y ait d'autre expédient que de le faire conduire par deux archers. J'attendrai là-dessus vos ordres. (B. A.) Montaubarij 11 juin 1704. JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du jeudi 24 juillet, à 4 heures de l'après-midi, M. Dubois, exempt du grand-prévôt de Montauban, est arrivé de ce pays-là, ayant amené, etc., la Malatie, prêtre, curé de Saint-Aignan, du diocèse et près de Montauban, transféré des prisons de cette ville pour avoir fait de faux ordres du Roi avec Bordenave, tailleur, arrêté pour le même sujet, et qu'on a mis seul bien renfermé. Du vendredi matin, 9 janvier 1703, M. deChanlepie, exempt du guet, a porté l'ordre pour mettre dans le moment M. de la Malatie, curé de Saint-Aignan, près de Montauban, dans une entière liberté, en faisant sa soumission par écrit de sortir incessamment et au plus tôt de Paris, pour se rendre à Clermont en Auvergne, où il doit rester suivant l'ordre du Roi, jusqu'à un nouvel ordre du Roi, sans quoi il sera puni s'il y contrevient, ce qu'il a promis d'exécuter, et il est sorti. (B. A.) CHAUBRUÈRE, JULIAMS*; FUSSEMBERG^. Discipline. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 20 février, à 8 heures du matin, M. Huot, officier de la prévôté de l'hôlcl du Roi, a mené M. de laChaubruère, com- missaire provincial d'artillerie 3, lequel prisonnier accusé d'avoir trop parlé et écrit sur les alfaires de l'artillerie; il est renfermé, sans aucune communication avec personne. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 19 mars, et de sortie du 4 avril 170i. 2. d» IT juin, d" 2 juillet 1704. Ordres contre-signes Chamillart et Pontchartrain. 3. Alphonse de Listenon, chevalier de la Chaubruère, lieutenant d'artillerie en 1707, brigadier d'infanterie, mort le 11 juillet 1742, ùgé de 86 ans. Les commissaires rem- plissaient à. l'armée les fonctions dévolues aujourd'hui à l'intendance. CHAUBRUÉRE. 209 CIIAMILLART A M. FERRAND, INTEIiDANT DE DIJON. Marly, 2 mars 1704. Vous avez eu ordre du Roi de faire arrêter Le Bœuf, commis- saire d'artillerie, et de l'envoyer à la B. Cependant je n'apprends point qu'il y soit arrivé; je vous prie de me mander pourquoi cet ordre n'a pas encore été exécuté pour en rendre compte à S. M. (A. G.) LE MEME A M. DE SAINT-MARS. Marly, 12 mars 1704. Le Roi trouve bon que vous permettiez à M. de la Chaubruère, commissaire d'artillerie, d'écrire à sa famille et d'en recevoir des nouvelles, observant de voir les lettres qu'il vous remettra et celles qu'on lui adressera. (A. G.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 17 mars, sur les 6 heures de l'après-midi, M. Duvernoi, un des officiers de la prévôté de l'hôtel, a mené et remis un pri- sonnier que M. l'intendant de Bourgogne a fait arrêter à Auxonne, et envoyé ici par le carrosse de voiture, etc. M. Lebœuf est lieute- nant d'artillerie, de la même affaire de M. de la Chaubruère, com- missaire d'artillerie, lequel on a mis seul à la première chambre de la tour de la Liberté. (B. A.) CUAMILLART A M. DE SAINT-MARS. 23 mars 1704. MM. Lebœuf et Chaubruère peuvent mander ce qu'il leur plaira à leurs parents et amis, et recevoir de leurs lettres, pourvu que les unes et les autres passent par vos mains ; mais il ne convient pas que des officiers qui se sont oubliés au point qu'ils ont fait, soient aussi bien traités que ceux qui ne sont détenus que pour des affaires malheureuses, et vous pouvez, sans trop de rigueur à leur égard, en user comme l'on fait pour ceux dont on n'est pa?s content. (A. G.) U 210 JULIANIS. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 22 mars, sur les 9 heures du soir, M. Jouet, officier du guet, a mené, etc., M. de Julianis, lieutenant des galères qui sont à Ostende, le détenir pendant quinze jours, après quoi de mettre M. Julianis dans une entière liberté ; le même ordre étant pour son entrée et sa sortie, ayant la liberté de la cour, et qui mange avec M. le gouverneur. Du samedi 5 avril, etc., M. de Julianis est sorti ce matin et doit incessamment se rendre à Dunkerque; cette détention n'étant que pour une punition et une mortification d'avoir quitté son poste de Dunkerque où sont les galères, sans congé. (B. A.) CHAMILLART AU DUC DU MAINE 1, GRAND MAITRE DE l'ARTILLERIE. 31 mars 1704. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que V. A. S. m'a fait l'hon- neur de m'écrire en faveur de M. de la Chaubruère, prisonnier à la B. pour avoir répandu, avec M. Lebœuf, un libelle contre la création des charges de l'artillerie, S. M. a jugé à propos de leur faire garder la prison pendant trois mois; elle m'a ordonné de dire à V. A. S. qu'il ne convenait pas qu'un officier qui s'était autant ou- blié que M. de Chaubruère, servît cette année en qualité de major dans l'équipage de l'artillerie de l'armée du Rhin; vous aurez agréable d'en nommer un autre. 6 mai 1704. Le Roi veut bien permettre aux sieurs Lebœuf et Chaubruère de se promener dans la cour de la B., pendant le reste du temps qu'ils y demeureront, et je mande à M. de Saint-Mars de leur en laisser la liberté, 19 mai 1704. Je n'ai reçu qu'aujourd'hui la lettre que V. A. S. m'a fait l'hon- neur de m'écrire sur la liberté de MM. de la Chaubruère et Lebœuf ; comme je ne puis travailler avec le Roi que mercredi après midi, je ne saurai recevoir ses ordres que ce jour-là; je ne manquerai pas de rendre compte à V. A S. de ce que S. M. aura ordonné* (A. G.) 1. Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils naturel de Louis XIV et de madame de Monlespan, né en 1070, mort en 1763. FUSSEMBERG. "^il JOURNAL DE M, DU JUNCA. Du vendredi 30 mai, à 6 heures du soir, M. le gouverneur et moi étant allés voir M. de Chamillart aux Invalides, pour lui faire notre cour, il a dit à M. de Saint-Mars qu'il pouvait mettre MM. de la Ghaubruère, et Lebœuf, lieutenant d'artillerie, dans une entière liberté, croyant qu'il en avait déjà reçu les ordres du Roi, ayant dit de les expédier; mais que sur sa parole, il pouvait les mettre dehors en toute liberté, et qu'il en enverrait incessamment les or- dres, et ces deux messieurs sont sortis à 6 heures du soir, de ce jourd'hui 30 de mai, par M. de Chamillart. M. de Chamillart a envoyé l'ordre du Roi pour les deux prisonniers qui sont sortis. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Versailles, 4 juin 1704. Vous trouverez ci-joint un ordre pour faire mettre M. de Fussem- berg, enseigne de vaisseau, à la B. S. M. a pris ce parti, parce qu'il y a plus d'un an qu'il est absent, sans congé, de la compagnie dont il est lieutenant, et qu'il a pris du trésorier de la marine, à l'insu du capitaine de cette compagnie^ une somme de 216 livres sur son compte. (A. M.) CHAMILLART AU DUC DU MAINE. 10 juin 170 i. J'ai lu au Roi la lettre que V. A. S. m'a fait l'honneur de m'écrire pour procurer au sieur de la Ghaubruère, ci-devant major de l'équi- page d'artillerie de l'armée d'Allemagne, la permission qu'il de- mande de servir de volontaire dans cet équipage; mais je ne l'ai pu obtenir, S. M. ne voulant rien changer à la résolution qu'elle a prise de ne le faire servir cette année en aucune qualité. A l'égard de M. Lebœuf, le Roi ne juge pas à propos qu'il soit payé de ses appointements de lieutenant d'artillerie au département d'Auxonne, pendant le temps de sa prison. (A. G.) CIIANTEHE, EXEMPT, A M. D'aRGENSON. J'ai, cejourd'hui, arrêté et conduit à la B., M. de Fussemberg, 212 FUSSEMBERG. enseigne de marine, en conséquence des ordres que vous m'avez fait l'honneur de me remettre. (B, A.) 23 juin 1704. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 23 juin, sur les 10 heures du matin, M. de Chanlepie a mené, etc., M. deFussemberg, enseigne des vaisseaux du Roi, etc., pour avoir négligé de se rendre à son département de Rochefort, comme le service du Roi l'y obligeait; lequel a la liberté de la cour et va manger avec M. le gouverneur. (B. A.) LE ROI A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 2 juillet 1704. Ayant résolu de faire mettre en liberté M. de Fussemberg, en- seigne entretenu en la marine, qui a été mis par mes ordres en mon château de la B., je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est qu'en vous rapportant un récépissé de M. Lubert, trésorier général de la marine, d'une somme de 216 livres qui lui avaient été données pour une levée de soldats qu'il n'a pas faite, vous l'en laisserez sortir, moyennant quoi vous en demeurerez valablement déchargé. (A. M.) JOURNAL DE M. DU JDNCA. Du jeudi 3 juillet, sur les 9 heures du matin, M. de Fussem- berg, enseigne des vaisseaux, est sorti en toute liberté, suivant l'ordre, etc., que M. deFussemberg, son frère, capitaine dans le régiment de la Couronne, apporta hier, à 10 heures du soir, de Versailles, étant trop tard, il ne voulut pas sortir; il reçut en même temps un congé pour trois mois pour vaquer à ses affaires et réta- blir sa santé, et un ordre pour aller servir dans le département de Dunkerque. (B. A.) CHABERT. 2! 3 CHABERT DE FAUXBONNE*. Débauche. AULMONT LE JEUNE A M. D'aRGENSON 29 avril 1704. Prêtre abominable. Gillain étant le lundi, 28 avril, 3 heures de relevée, sur le parapet du quai Neuf-, du côlé de la grève, et regardant des particuliers qui jouaient aux quilles, au bas du quai, à l'endroit où on vend le charbon à regrat, un parti- culier en cheveux courts, et vêtu d'une soutane et manteau long, façon de prêtre, s'accota sur le parapet, près de Gillain, et lia conversation sur le jeu. Ensuite ce particulier demanda à Gillain, s'il était de Paris, s'il était marié, et s'il avait des enfants? Sur quoi ayant répondu qu'il était Parisien, marié depuis trois ans et avoir un enfant, le prêtre lui dit : Quoi, n'avoir qu'un enfant depuis tant de temps; que n'en faites-vous? Et flattant Gillain, et lui demanda s'il voulait le conduire dans sa chambre, qu'il payerait bouteille, qu'ils boiraient ensemble; à quoi Gillain lui répondit qu'il n'avait pas le temps. Ensuite ce prêtre le quitta, et le lendemain, 29, à pareille heure, de 3 heures de relevée, le prêtre est revenu et a attaqué Gillain, qui était encore sur le quai Neuf avec des charbonniers, et le prêtre ayant demandé à boire de la bonne bière, Gillain l'a conduit en sa chambre, ou ils ont bu une pinte de bière que le prêtre a payée 18 deniers, et ensuite le prêtre a proposé à Gillain de se mettre tous deux sur son lit, et qu'il le b par derrière, et a en même temps tiré ses parties de sa brayette, et voulu mettre sa main sur celles de Gillain, qui l'a repoussé, et lui a dit qu'il voyait bien ce qu'il lui demandait, mais qu'il n'avait pas le temps, qu'il fallait qu'il allât vendre du bois dans les bateaux, mais qu'il eût à revenir quelque autre jour, qu'il aurait plus de temps, et se sont quittés après avoir achevé leur bière, et le prêtre a promis de le venir voir demain ou après. Chabert, prêtre du diocèse de Dié, le jeudi, 8 mai, sur les i. Ordres d'entrée du 14 mai, et de sortie du 5 juillet 1704. Contre-signes Pontchartrain. 2. On appelait quai Neuf le quai Pelletier, qui va du pont Notre-Dame à la place de Grève, il avait été terminé en 1675. 214 CHABERT, 6 heures après-midi, accosta, sur le quai Neuf Simonnet, en lui disant bonjour. M. Simonnet qui fut surpris, lui répondit : Je ne vous connais point. Cependant Simonnet qui voulut connaître à fond ce prêtre, prit pour vraie la réponse qui lui fut rendue parce prêtre qui lui répliqua qu'il connaissait Simonnet et qu'il l'avait vu rue Montorgueil; la conversation s'étant liée, ce prêtre demanda à Simonnet oii il demeurait, et lui répondit qu'il demeurait rue aux Fèves; ce prêtre lui dit : Allons dans votre chambre. Simonnet y consentit, ils allèrent tous deux dans la chambre de Simonnet, qui est le grenier de M. Aulmont, oh il n'y avait encore qu'une table. Ce prêtre dit à Simonnet : Vous vous divertissez quelquefois avec vos amis, ça, voulez-vous que nous nous divertissions ensemble, et en même temps tira ses parties de sa brayette. A quoi Simonnet feignant de ne pas entendre ce que ce prêtre voulait dire, il lui dit: Je ne sais, M. l'abbé, ce que vous voulez me dire. Ce prêtre répondit : Comme vous faites? Est-ce que vous ne vous divertissez pas quel- quefois? Simonnet lui répondit : Ah ! je vous entends, M. l'abbé, mais je n'ai pas le temps aujourd'hui, demain nous verrons, et dit à ce prêtre : comment vous appelez-vous donc, M. l'abbé, et où demeui*ez-vous? Ce prêtre lui dit qu'il demeurait rue du Sépulcre *, chez Delaunay, invalide, se nommait de Fauxbonne, et disait sa messe à Saint-Eustache. Le lendemain, Simonnet étant dans sa chambre, ce prêtre y vint sur les 4 heures de relevée, et y étant entré, il dit encore à Simonnet : Eh bien, est-ce pour aujourd'hui? Mais Simonnet pre- nant prétexte qu'un homme voisin de sa chambre pouvait les voir, dit à cet abbé de revenir à 6 heures. L'abbé s'en alla et revint à 6 heures, mais ne trouvant personne, il se relira. Il a fait semblables propositions à plusieurs personnes, qui sont ; Gillain, décrotteur, qu'il connaît seulement sous le nom de Claude; un garçon menuisier demeurant rue du Sépulcre, Deslandes, garçon perruquier, à qui il fit seulement des compliments. Il ne dit point sa messe à Saint-Euslache, comme il a dit, mais il a dit à la Charité. Il n'a pas ses lettres de prêtrise, il a seulement des promissions au pied de ses certificats qui sont cachetés; parmi ses papiers scellés il y a un brouillon de placet au Roi contre son évêque. (B. A.) 1 . La rue du Sépulcre a chaugé de nom depuis 1806, c'est à présent la rue du Dragon. CHABERT. 213 PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 14 mai 1704. A l'égard du prêtre sodomite, Chabert de Fauxbonne, on ne peut trop tôt l'enfermer à l'hôpital; je vous adresse l'ordre pourcela que vous ne ferez exécuter néanmoins qu'après que vous l'aurez interrogé à fond sur les faits dont vous avez connaissance, et pour éviter la chartre privée, vous pouvez le faire mettre à la B. pour quelques jours, afin de lui faire subir l'interrogatoire à votre commodité. (A. N,) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du dimanche 18 mai, sur les 8 heures du matin, M. Aulmont le jeune, a mené Chabert de Fauxbonne, prêtre, étant de la ville de Dié, etc., ayant resté huit jours arrêté chez Aulmont le jeune, est accusé et convaincu d'être sodomite, méchant prêtre, lequel on a rais seul dans un cachot. • (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 5 juillet 1704. Je vous adresse l'ordre pour tirer de laB., Chabert de Fauxbonne, et l'envoyer à l'hôpital pour 6 mois, d'où il ne sortira que pour se rendre au diocèse de Lyon, auquel temps j'écrirai à M. l'archevêque de Lyon de faire observer sa conduite; Catherine Chesnau doit aussi y être envoyée, mais il faut que ce soit pour un temps. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 10 juillet, sur les 3 heures de l'après-midi, etc., pour remettre à M. Aulmont, deux prisonniers pour les transférer : M. de Chabert de Fauxbonne, prêtre, natif du faubourg de Valence, en Dauphiné, et la Chesneau, femmme d'un soldat aux gardes, et ont été menés : le prêtre à Bicêtre, et la femme à l'hôpital général, dont M. Aulmont en est chargé. (B. A.) RAPPORT DE M. D ARGENSON. Du 15 novembre 1704. Chabert, il est âgé de 30 ans, originaire de Valence en Dauphiné; 216 DUPUY. c'est un pcêire abominable qui a déshonoré son sacerdoce par une profession publique de sodomie, et qu'on pourrait néanmoins, pour la déchargB de l'hôpital, renvoyer dans sa province, à condition de se retirer dans un séminaire que son évêque lui indiquera. Apostilk de Pontcliartrain. — Bon à ces conditions et savoir de l'évêqu» sa conduite. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Versailles, 11 février 1705. M. l'évêque de Valence n'est pas persuadé que Chabert, prêtre de son diocèse, qui a été renfermé à l'hôpital, soit coupable du crime dont il est accusé ; je vous envoie les ordres pour l'en faire sortir, et l'obliger en même temps à se retirer au diocèse de Valence; vous pourrez en donner avis à l'évêque, qui est actuellement à Paris. (A. N.) LE MÊME A l'évêque DE VALENCE. 11 février 1705. Sur ce que vous m'avez écrit concernant Chabert, prêtre, le Roi a trouvé bon qu'il fût rais en liberté, à condition néanmoins qu'il se retirera dans votre diocèse, où il est plus juste qu'il soit que dans un autre, particulièrement sous les yeux d'un prélat aussi attentif que vous êtes aux bonnes mœurs des ecclésiastiques. (A. N.) DUPUY*. Friponnerie. CHAMILLART A M. D'ARGENSON. Versailles, 30 juillet 1704. M. Dupuy, ci-devant avocat au conseil, ayant surpris M. de Besombe, par les promesses qu'il lui a faites, de lui faire obtenir une commission de colonel de dragons, pourvu qu'il lui remît 1. Ordres d'entrée du 27 juillet 1704, et de sortie du 4 octobre 1705. Coatre-sigaés Chamillart. DE BORN. 217 2,500 fr. pour en faire l'usage qu'il jugerait h propos, et pouvant être coupable de plusieurs autres friponneries, l'intention du Roi est que vous le fassiez arrêter et conduire à la B., où il sera reçu en vertu de l'ordre de S. M. que je vous adresse; vous ferez, s'il vous plaît, saisir tous ses papiers et me mettre en état de rendre compte au Roi de ce que vous aurez trouvé qui montrera quelque attention. (A. G.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 16 août, à 4 heures de l'après-midi, M. de Chantepie, exempt, à mené et remis Dupuy, ci- devant avocat au conseil, accusé d'avoir fait de fausses commissions d'officiers, renfermé seul. . (B. A.) DE BORN*; LA ROCHER Gamisards. CHAMILLART A M. d'ARGENSON. Versailles, 17 mars 1704. Le Roi a été informé que l'abbé de la Bourlie^ est absent de son abbaye depuis environ trois mois, et qu'il tient une conduite très irrégulière; S. M. voulant s'assurer de sa personne, s'il est pos- sible, partout où il sera, je vous prie de vous faire informer dou- cement par Lamoureux, qui fait ses affaires à Paris et demeure dans la rue du Bouloy, chez M, Pouret, médecin, où peut être cet abbé, et de me mander ce que vous en aurez appris pour en rendre compte à S. M.'*. (A. G.) 1. Ordres d'entrée du — — et de sortie du 20 août 1704. 2. do 24 décembre 1704, d» 21 avril 1706. Ordres contre-signes Pontchartrain. 3. Antoine de Guiscard, abbé de Bonnecombe-en-Rouergue, né le 25 septembre 1658, il se tua à Londres en 1711. 4. La police chercha inutilement l'abbé de la Bourlie à Paris, il venait de jeter le froc aux orties et travaillait dans le Rouergue à engager les prolestants du pays à se joindre aux Gamisards des Cévennes ; il ne réussit pas et fut obligé de se réfugier eu Angleterre. 218 DE BORN. PONTCHARTRAIN AU MÊME. Versailles, 1" août 1704. Vous avez bien fait de vous assurer de la personne de Soulet, et je vous envoie les ordr-es pour le faire recevoir à la B., où il faut l'interroger à fond sur toutes les choses dont il peut être soup- çonné, et aussitôt que vous m'aurez envoyé le mémoire que vous vous proposez de faire pour M. de Basville, je lui adresserai. (B. N.) 6 août 1704. Puisque M. l'évêque de Lavaur connaît Soulet de Born, et qu'il espère l'engager à se retirer en son pays, je vous envoie un ordre pour l'obliger à s'y rendre. Depuis que j'ai expédié l'ordre pour renvoyer en Languedoc Soulet de Born, suivant la prière que vous en avait faite M. l'évêque de Lavaur, j'ai reçu une lettre de M. de Basville, qui m'envoie la procédure qui a été faite dans cette province,, concernant l'enlè- vement de la Dumesnil, concubine de M. de la Bourlie *, actuelle- ment prisonnier à la Conciergerie, duquel enlèvement on le croit coupable. M. de Basville marque, entre autres choses, qu'il serait nécessaire de trouver un gentilhomme de Languedoc, de Born, condamné par contumace, qu'il croit être ici. Comm.e cela a beau- coup de rapport avec notre Soulet de Born, que vous accusiez d'avoir commerce avec les fanatiques, je vous prie, sans perdre de temps, de vous en assurer en l'envoyant à laB., suivant le premier ordre que vous en aviez reçu, et de l'interroger sur l'heure pour savoir s'il est gentilhomme, s'il a été condamné par contumace en son pays, depuis quand il en est absent, et depuis quel temps il a vu M. de la Bourlie et son frère l'abbé, en lui faisant entendre que vous savez certainement qu'il était de ses amis; peut-être que dans le premier interrogatoire vous apprendrez ce que nous cher- chons. . (A. N.) 1. L'abbé avait un frère plus âgé, le marquis de la Bourlie, né en 1657, qui avait été successivement capitaine aux gardes et colonel du régiment de Normandie, c'était une espèce de brigand qui faisait le tyranneau dans ses terres et s'arrogeait le droit de donner la question. Il venait d'être mis à la Conciergerie pour avoir enlevé sa maîtresse aux agents de M. de Basville qui la conduisaient à Paris. On le soupçonna de complicité avec son frère l'abbé, mais c'était à tort. DE BORN. 219 JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 8 août, à 10 heures du matin, M. Bazin, nouveau exempt, amené, etc., Born de Soulet, de Soval en Languedoc, diocèse de Lavaur, prenant la qualité d'avocat, étant logé chez un chirurgien, étant de Languedoc, accusé d'intelligence avec les fanatiques des Cévennes. Mis seul renfermé. (B. A.) PONTCUARTRAIN A M. d'aRG£NSON, 20 août n04. Je vous envoie les ordres pour faire sortir de la B. Soulet de Born, ce n'est pas celui qu'on soupçonnait; ainsi, il n'y qu'à faire exécuter le premier ordre qu'il avait de sortir de Paris. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du 23 août, samedi; sur le soir, M. Aulmont l'aîné, pour faire sortir de Soulet Born, natif de Soval en Languedoc, avocat, en fai- sant sa soumission par écrit de sortir incessamment de Paris pour s'en retourner dans son pays; ce qu'il a fait et signé, et mis dans le moment dehors. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. 3 septembre 1704. M. de la Bourlie, ci-devant capitaine aux gardes, qui est actuel- lement à la Conciergerie, a été accusé d'avoir fait enlever en Dau- phiné, une femme nommée Duraesnil, que M. de Basville avait eu ordre de faire arrêter et envoyer à Paris; il fit prendre les cou- pables qui ont été condamnés aux galères. Un des principaux qui a échappé à la justice est Laroche, qui était valet de M. de la Bour- lie; il demeurait au faubourg Saint-Marcel, où sa mère est reven- deuse de fruits. Donnez-vous, s'il vous plaît, quelque soin, pour découvrir ce qu'il est devenu, ou s'il se trouve, faites-le arrêter, et mandez-le-moi, cela est important. Apostille de M. d'Argenson. — M. Aulmont l'aîné lira cette lettre, en retiendra un extrait, me la rapportera vendredi matin, et se donnera tous les soins nécessaires, toute affaire cessante, pour découvrir et arrêter Laroche, suivant les intentions du Roi. (B. A.) 220 LA ROCHE. AULMONT A M. D'ARGENSON. J'ai découvert ce qu'était devenu Laroche. Sans vous faire un détail des ruses et stratagèmes dont je me s.uis servi, qui vous serait trop ennuyeux, je vous dirai que j'ai appris que la Laroche, qui vend des fruits au faubourg Saint-Marcel, dont vous écrit M. de Pontchartrain, est tante de ce Laroche, qui se nomme à présent Martin Segouin, qui est son véritable nom, n'ayant porté celui de Laroche que dans le temps qu'il était au service de M. le mar- quis de la Bourlie. Depuis qu'il a quitté M. de la Bourlie, il s'est mis dans les équipages de l'artillerie, où il est bourrelier; il savait ce métier-là avant que de se mettre dans la livrée. Il est dans les équipages de M. Double, capitaine de charrois pour l'artillerie dans l'armée de M. le maréchal de Villeroy, la campagne dernière. Il n'est point venu à Paris et a resté avec les équipages pendant le quartier d'hiver. Il a écrit une lettre à sa tante, du camp de Kell, en Allemagne, il y a environ un mois, qu'elle a fait lire à une de mes mouches, que j'ai envoyée, à qui elle a dit qu'elle croyait qu'il reviendrait à Paris cet hiver, parce qu'il ne craignait plus quelque affaire qu'il avait eue. Ce Laroche est fils d'un bourrelier deSéez en Normandie. L'on a eu bien de la peine à savoir ce que j'ai eu l'honneur de vous marquer, tant de la femme Laroche sa tante, que de sa fille, âgée d'environ 19 ans, qui est la cousine de Laroche. (B. A.) 6 septembre 1704. M. d'ARGENSON a m. AULMONT. Il serait temps, ce me semble, de s'informer maintenant dans le faubourg Saint-Marcel, si ce Laroche ou Saint-Martin ne serait pas chez salante, pour l'arrêter aussitôt qu'il paraîtra, conformément à l'ordre du Roi, porté par la lettre de M. de Pontchartrain, du 3 septembre dernier. (B. A.) 9 novembre 1101. AULMONT A M. D'ARGENSON. 14 décembre 1704. Suivant vos ordres, j'ai cejourd'hui arrêté, de l'ordre du Roi, et conduit au petit Châtelet, Laroche ou Martin Segouin, ci-devant LA ROCHK. 22i valet de M. le marquis de la Bourlie, dont M. de Pontchartrain vous écrit, et duquel je me suis toujours informé depuis ce temps- là, depuis qu'il est revenu de l'armée, il y a environ un mois et demi; il s'est toujours caché, et même se faisait nommer Saint- Martin, et travaillait au métier de bourrelier, chez les maîtres de Paris, et dans la maison de ceux qui tiennent des coches, aux har- nais de leurs coches; il se retirait ordinairement chez Lambert, maître bourrelier, rue Montorgueil ; il était, la campagne dernière, dans l'arlillerie, bourrelier dans les équipages de M. Double, ca- pitaine du charroi. Je vous puis assurer que cette affaire a été très difficile à décou- vrir, et particulièrement d'avoir appris que ce Laroche, qui a changé de nom depuis environ deux ans qu'il a quitté M. le mar- quis de la Bourlie, pour prendre celui de Martin Segouin, qui est le nom de son père, qui était bourrelier à Séez en Normandie, le nom de Laroche étant celui de sa tante, fruitière au faubourg Saint-Marcel, qu'il a porté seulem-ent au service de M. le marquis de la Bourlie, et qu'il ait pris le métier de bourrelier pour éviter la punition qu'il mérite pour les causes portées en la lettre de M. de Pontchartrain, dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie, pour vous éviter la peine de chercher l'original. Le concierge du petit Châtelet m'a demandé comment vous souhaitez qu'il le nourrisse; je lui ai dit que j'aurais l'honneur de recevoir là-dessus vos ordres, que je vous supplie de me donner. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MÊME. 20 décembre 1704. Le Roi veut que Laroche, domestique de M. de la Bourlie, soit envoyé à la B., en attendant qu'on ait reçu des nouvelles de M. de Basville, sur les procédures qui ont été faites au sujet de l'enlève- ment de la Duraesnil. La mère de Laroche demeure au faubourg Saint-Marcel et est vendeuse de fruits. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 24 décembre, à 4 heures de l'après-midi, M. Aul- mont rainé est venu, ayant amené et remis un prisonnier transféré 222 LA ROCHE. du petit Châtelet, Laroche, homme déguisé, qui ne veut pas dire son nom ni sa naissance; mais ce n'est pas grand'chose. (B. A.) lE PREMIER PRÉSIDENT DE HARLAY A M. d'aRGENSON. 12 janvier 1703. Il y a un mois que M. de Pontchartrain me manda que Laroche avait été arrêté par ordre du Roi et conduit à la B., et comme j'avais eu occasion d'entrer dans quelque examen du fait de l'enlè- vement de la Dumesnil, il me pria en même temps de lui faire savoir quel usage on pourrait faire au procès que M. de Basville a instruit contre les coupables de ce crime, par rapport à ce Laroche qui était un des principaux acteurs de cette scène, et à M. de la Bourlie, qu'on a soupçonné de l'avoir fait jouer; j'eus l'honneur de répondre à M. de Pontchartrain qu'avant toutes choses, il serait nécessaire de revoir le procès fait par M. de Basville, que je croyais être encore entre les mains de M. de Pontchartrain. J'ai appris depuis que ce procès avait été envoyé en Languedoc, et M. de Pontchartrain m'a dit qu'il avait écrit à M. de Basville pour le lui demander une seconde fois, et les autres mémoires qu'il y pour- rait joindre, par rapport à Laroche. Je vous explique tout ce détail pour vous marquer le dernier état de cette affaire, par rapport à moi, dans lequel, je crois, qu'on ne peut qu'attendre la réponse de M. de Basville, avant que de la pousser plus loin ; mais comme vous pouvez savoir sur cela des faits qui ne sont pas connus, je vous prie de ne prendre de tout ce que je viens de vous expliquer, que ce que vous croirez être convenable à l'exécution des ordres que vous avez reçus du Roi; je n'ai garde de vouloir donner des bornes à votre zèle, ni môme de le retenir, si ce n'est autant que vous croirez le devoir faire suivant les lumières que vous pouvez avoir d'ailleurs. « Martin Segouin, dit Laroche. (( Ce prisonnier assure fort que Laroche n'est pas son nom; mais il ajoute en môme temps que si quelques personnes ont cru qu'il s'appelait ainsi, c'est apparem.ment parce qu'un fruitier du fau- bourg Sainl-Marcel, qui est frère de son père, se nommait de la sorte ; il soutient avec beaucoup d'effronterie, que depuis qu'il a quitté son pays, il a toujours travaillé chez des maîtres bourreliers de cette ville, ou servi dans les équipages de l'armée; enfinj il se LA ROCHE. 223 donne de grands soins pour éloigner, par le récit de son histoire, les véritables motifs de sa détention. On dit cependant que lors- qu'il était dans les prisons du petit Châtelet, oti il a été conduit d'abord, il paraissait plus ingénu et moins habile. » « Je recueillerai avec soin tout ce qu'il a déclaré dans ces premiers temps, et le premier mémoire qui m'a été donné m'apprend déjà qu'il a changé de nom plusieurs fois, et que lorsqu'il fut arrêté, il n'y avait pas plus de deux ans qu'il était au service de M. de la Bourîie, quoiqu'il désavoue maintenant ces deux circonstances avec la dernière opiniâtreté; il semble donc qu'il n'est pas encore à propos de se déterminer à l'égard de ce prisonnier, et qu'il serait bon de faire voir aux témoins qui connaissent le valet de M. de la Bourlie, M. Laroche, pour être d'autant plus en état de le con- vaincre de mensonge et d'imposture.» Laroche, à ce que l'on prétend, n'a point été dans le château de Neufvy lors de l'affaire de la Plante et de sa femme. Bien est vrai que M. de la Bourlie le fit venir comme bretteur de son régiment pour le garder lors de son affaire ; la preuve de ce, est que Laroche n'est venu dans le pays que lors de la contumace de M. de la Bourlie. Il est homme blond, bien carré, et mit dans ce temps-là l'épée à la main contre deux soldats du régiment de Guiche, dans la ville de Bonny, sans savoir pour quel sujet il a pris depuis parti dans le régiment des gardes, à 33 à 38 ans. » (B. N.) NOTE DU COMMISSAIRE CAML'ZET. Le particulier prisonnier à la B., sous le nom de Laroche, dit s'appeler Martin Segouin dit Saint-Martin, être compagnon bourre- lier, âgé de 35 ans, de la R. G., natif de Séez en Normandie, fils de M. Segouin, bourrelier à Séez, qui est actuellement en vie, etc., qu'il n'a jamais été au service de M. de la Bourlie, lequel il ne con- naît pas, et n'a même jamais entendu parler de ce nom; qu'il n'a jamais été dans le château de Neufvy, et ne sait pas même où il est situé. Ce Laroche est d'un poil et d'un teint tout noir, et non pas blond j suivant le signalement joint à la lettre de M. le procureur général. Il est bien carré et robuste. Il dit n'avoir jamais mis l'épée à la main contre deux soldats du régiment de Guiche ; qu'il ne sait pas où est la ville de Boniiy. 224 DE BORN. Il dit aussi qu'il ne s'est jamais engagé dans le régiment des gardes. (B. A.) rONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles, G juillet IIOG. Vous savez que M. de la Bourlie est depuis longtemps à la Con- ciergerie; le procès pour lequel il y était détenu y a été jugé, et l'arrêt porte qu'il sera mis en liberté ; mais le Roi a jugé à propos de lui ordonner de rester à Paris, suivant un ordre que M. le pro- cureur général lui remettra. S. M. m'a en même temps commandé de vous écrire de faire observer sa conduite et de m'en rendre compte de temps en temps. (B. N.) PONTCUARTRAIN A M. DE BASVILLE, INTENDANT. Versailles, 3 novembre 1706. Vous avez su l'histoire de M. de la Bourlie, qui a été si long- temps en prison pour des violences faites en sa terre de Neuvy, et autres affaires personnelles dont il s'est néanmoins bien tiré; encore qu'on l'ait cru incapable d'ancun commerce avec l'infâme abbé de la Bourlie, son frère, on lui a cependant, pour plus grande sûreté, ordonné de rester à Paris ; mais comme il a des affaires à sa terre de la Selle en Nivernais et à Auxerre, où il a un procès, S. M., qui a trouvé bon qu'il y allât pour quelque temps, m'a ordonné de vous écrire de prendre des mesures pour être informé de la conduite qu'il tiendra en ce pays-là, afin que s'il donnait quelque soupçon légitime on pût y donner ordre; je ne vous parle que de ce qui regarde le Nivernais ; car je prends aussi des mesures pour être informé de ce qu'il fera à Auxerre. (B. N.) GALOCHE. 235 GALOCFIE'; HOUATT et LARMESSIN^; IIOUATT JEUNE ET FEMME HOU ATT ^. Caricatures *. PONTGHARTRAIN A M. D ARGENSON. 5 juillet 170i. Galoche, qui se môle du commerce de mauvais livres, n'e doit pas être indifférent pour apprendre tous ceux qui ont part à ce com- merce, ainsi je vous envoie l'ordre pour le faire conduire à la B. oti vous l'interrogerez à fond. (A.N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 7 juillet, sur le midi, M. de Savery à mené, etc., M. Galoche, etc., accusé de débiter de très mauvais livres et a demeuré arrêté quelques jours chez M. Savery, lequel est ici sur bonne et sûre garde, renfermé seul. On dit qu'il est de Paris. Du samedi 29 août, l'après-midi, M. Savery a porté l'ordre pour remettre à M. Savery, Galoche, enfant de Paris, pour le mener par ordre du Roi, à Saint-Lazare. Du samedi 13 novembre, sur le midi, M. Âulmonl le jeune a mené M. Larmessin, graveur en taille-douce, accusé d'avoir fait de très mauvaises planches contre le Roi, lui ou son beau-frère, qu'on devait arrêter aussi et mener ici, mais il s'est sauvé. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 5 juillet 1704 et de sortie du 20 août 1704. 2. do 13 novembre do d" 15 mars 1706. 3. do 23 do do do d». Ordres contre-signes Pontchartrain. 4. D'après une note de M. Duval, l'archiviste de la Bastille, on avait saisi chez Larmessin une planche de cuivre sur laquelle étaient gravées deux figures, l'une représentant un homme qui vomissait, et l'autre une femme qui lui soutenait la tête. Au-dessus de l'homme on lisait le Roi, et au-dessus de la femme madame de Main- tenon, et dans le corps du vomissement on lisait : « Bataille perdue, Landau pris. » et au has de la planche ces mots : « Décadence de la France, n Nous croyons que Larmessin doit être un dessinateur et graveur né à Paris en 1684 et mort en 1756. i5 226 HOUATJ PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles, 19 novembre 1704. Je vous adresse l'ordre pour faire recevoir à la B., Iloualt et Larmessin, graveurs, que vous y avez envoyés ; il faut les interroger à fond sur les choses dont ils sont accusés, et que vous m'en envoyez un mémoire; comme vous me marquez que vous vous êtes aussi assure du frère et de la femme de Houatt, il faut les envoyer de même à la B. ; faites-moi savoir leurs noms, afin que j'expédie l'ordre pour les faire recevoir. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du vendredi 21 novembre, sur les 4 heures de l'après-midi, M. Aulmont le jeune a mené et remis un prisonnier qui étaitchez lui, sur une lettre de M. d'Argenson; en attendant l'ordre, etc.. Houatt, garçon graveur en taille-douce, frère de André Houatt, maître graveur en taille-douce, qui s'est sauvé de la même affaire de Nicolas Larmessin, son beau-frère. Du même jour, sur les 8 heures du soir, M. Aulmont le jeune a mené et remis une femme prisonnière qui était chez lui, sur une lettre de M, d'Argenson, en attendant l'ordre, etc., la Marchand, femme de Houatt, graveur en taille-douce, qui s'est sauvé, étant de la même affaire, de Larmessin, aussi maître graveur en taille- douce. (B. A.) POxNTCUARTRAIN A M. BARENTIN, INTENDANT. Un graveur Houatt, a gravé à Paris, une planche insolente par laquelle il y avait ordre de l'arrêter, mais comme il s'est évadé et qu'il pourrait bien avoir pris la route de Dunkerque pour passer hors du royaume, le Roi m'ordonne de vous écrire de le faire arrêter en cas qu'on le puisse trouver ; je vous envoie à cet effet son signalement. (A. N.) Versailles, 10 décembre 1704. GALOCHE. 227 RAPPORT DE M. D'AF.GENSON. Galoche. 1703. Il est fils d'un officier mouleur de bois, qui est mort depuis plus de 10 ans ; il a mangé tout son bien de son propre aveu, et il n'avait pour toute ressource que son industrie et un procès ima- ginaire que ses frères et ses sœurs ne veulent pas poursuivre : il fut d'abord conduit à la B., convaincu d'avoir fait un commerce public des livres les plus odieux et les plus infâmes, et trouvé saisi de quelques-uns; il en avait même promis d'autres qui ne sont pas moins contraires à l'honneur de la religion qu'au respect que l'on doit au Roi, mais il croit qu'en désavouant un commerce aussi criminel, on doit l'en croire sur sa parole. Il a été pendant plusieurs années chez un marchand, d'abord en qualité d'apprenti, et ensuite comme garçon de boutique, mais il n'a pu s'accommoder d'une vie réglée, et depuis qu'il est à Saint-Lazare, son libertinage et son indocilité n'ont pu se laisser fléchir par les remontrances. Sa famille qui connaît ses mauvaises inclinations, craint sa liberté autant qu'il la désire; ainsi, quoique l'ordre du Roi qui le retient en cette maison soit limité à un an qui doit finir le 23 du mois d'août, je pense qu'il n'est pas moins juste que nécessaire de con- tinuer sa détention jusqu'à la fin de janvier de l'année prochaine. En 1706, sa férocité naturelle se déclare de plus, et son impiété continue toujours, et je crains qu'après avoir déshonoré sa famille parquelqueaction infâme, il ne s'abandonne aux suites deson déses- poir. Je trouve même son esprit un peu pins dérangé qu'il n'était encore, il veut absolument voir son procureuret plaider sans savoir contre qui; il dit que quand il aura gagné son procès, il pensera aux afl'aires de sa conscience, ainsi je crains que sa tête ne devienne encore plus mauvaise que son cœur. Le temps de la lettre de cachet étant expiré, on a jugé à propos de le faire sortir de cette maison en l'année 1707. (B. N.) 228 BELLEVAUX. STUARD*; GARRY^; BELLEVAUX^; CHAMPION'; DU PREUIL"^: HAGUENAU^ Espions. CHAMILLART A M. d'aRGENSON. Versailles, 23 mars 1704. Vous verrez, par [l'extrait ci-joint d'une lettre que j'ai reçue, l'avis que l'on donne du commerce que Bellevaux, ci-devant direc- teur des postes de France à Liège "^^ entretient avec son fils, à Bi- nant, à qui il fait passer tous ses ordinaires, des paquets pour Dusseldorf. Je vous prie de me mander si vous n'avez reçu aucun ordre par rapport à cet homme-là, et en ce cas, de faire observer sa conduite. J'ai oublié dans mes précédentes de vous avertir que Bellevaux, directeur des postes de France à Liège, que le comte de Noyelles a fait sortir, s'est retiré à Paris, d'oii il envoie presque tous les or- dinaires à son fils, à Binant, des paquets pour la cour de Dussel- dorf, et son fils fait passer ces paquets à sa mère, à Liège, laquelle les fait passer ensuite à Busseldorf. Vous devez savoir que Bellevaux est pensionnaire et résident de Télecteur palatin ^, à Liège, et que c'est lui qui a mis tout en œuvre pour traverser l'élection dernière de l'électeur de Cologne ^ pour l'évêché de Liège, en faveur du grand maître de Tordre teutonique "^, frère de l'électeur palatin. Je sais depuis peu que Bellevaux a été 1. Ordres d'entrée du U janvier 1703 et de sortie du 8 juillet 1703. 2. d» 13 mars 3. do 16 mars 4. do 19 avril 5. do 16 octobre 6. do do Ordres contre-signes Pontchartrain et Ghamillart. 7. Pendant la guerre dite de la succession, l'armée française occupait la Belgique, et les villes étaient administrées par des agents de la cour de France. 8. Jean-Guillaume^ duc de Neubourg, électeur palatin, mort en 1716, 9. Joseph-Clément, électeur de Cologne, mort en 1723. 10. Charles-Philippe, électeur palatin en 1716, mort en 17-43. do do 21 avril 1706. d" do 22 août 1713. do do 21 avril 1706. do do 21 novembre 1714 do do 4 octobre 1706. STUARD. 229 exilé de Liège, expressément pour se retirer à Paris, afin de prendre connaissance de tout ce qui se passe à la cour de France, pour en donner avis à l'électeur palatin, son patron et bienfaiteur; il se fie qu'étant découvert, son beau-fils, Bonnier, trésorier à Sedan, l'ap- puiera auprès du comte de Guiscard, duquel il a été autrefois se- crétaire; ainsi, prenez vos mesures avec Bellevaux, qui est l'homme le plus intrigant du monde. (A. G.) AULMONT l'aîné A M. d'ARGENSON. Décembre 1704. SLuard et sa femme, d'Italie, arrivés chez Truchat, rue du Foin, le 18 novembre 1704, pour affaire. Extrait du rôle des chambres garnies qui vous a été envoyé par M. le commissaire Dubois, dont je me suis informé suivant vos ordres, et que j'ai fait observer. J'ai appris que cet étranger n'est point d'Italie, comme il l'a dit dans son auberge, qu'il est du Poirin, gros bourg, près de la ville de Turin; qu'il est notaire à Turin, qu'il a épousé sa femme à Tu- rin, où elle était demoiselle suivante chez M. le comte de Carthos, qui est actuellement cornette de M. le duc de Savoie, qu'il est venu à Paris, sans passeport, et s'est embarqué au port de Savone pour passer en Provence, comme Italien, il y a environ deux mois. 11 m'a dit qu'il était venu à Paris, avec sa femme, pour voir les pa- rents de sa femme qui est Parisienne, et s'appelle Victoire d'Estré, sœur d'un avocat au parlement, et est alliée à des procureurs delà cour. Il s'est présenté comme Italien chez M. Desmarets, pour traduire l'italien et écrire en italien dans les affaires de S. M. oîi il n'a pas été reçu. Ce particulier-là, étranger, paraît fort suspect, ainsi que sa femme, qui a beaucoup d'esprit, et connaît particulièrement toute la cour de Savoie, et ne rend pas bon compte de son voyage, disant seulement que c'est un marchand piémontais qui l'a amenée il y a quelques années, et qui l'a mise demoiselle suivante chez des gens de qualité de la cour de Savoie, ce qui ne correspond guère à la famille de laquelle elle dit être, disant que son père est grand bailli de Coussy, qui appartient à M. le duc deGesvres. Ils quittent leur auberge pour se mettre dans une auberge particulière. (B. A.) 230 STUARP. PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Versailles, 14 janvier 1705. S. M. vent que vous fassiez arrêter Stuard, Piémontais, arrivé à Paris, et qu'il soit conduit à la B., pour y être interrogé prompte- ment sur les motifs de son voyage, (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du jeudi 22 janvier, sur les 9 heures du matin, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., Stuard, marié avec une Parisienne, se disant Italien ; mais on a découvert qu'il était de Turin, envoyé espion du duc de Savoie. On a aussi arrêté sa femme ; mais comme elle est grosse et prête d'accoucher, elle restera chez M. Aulmont l'aîné, qui l'a aussi arrêtée. (B. A.) LE COMMISSAIRE DAMINOIS A M. d'aRGENSON. 23 janvier ITOo. Suivant vos ordres, que M. Aulmont l'aîné m'a remis ce matin, j'ai été avec lui à l'entrée de la rue Saint-Roch, chez Baillou, maître menuisier ; il y a arrêté, de l'ordre du Roi, Stuard, notaire à Turin, logé du terme courant avec sa femme, en une petite chambre sur la cour, où pour tout meuble, il ne s'est trouvé qu'une simple couchette et deux chaises de paille. Il ne s'est trouvé dans un sac plein de guenilles que quatre ou cinq lettres justificatives de ma- riage et baptistaire de sa femme, que j'ai mis en une feuille de papier que j'ai scellée et laissée à la garde d'Aulmont, qui a amené M. Stuard à la B. (B. A.) AULMONT l'aîné AU MÊME. 27 janvier 1705. Suivant vos ordres, je prends la liberté de vous envoyer la copie de la lettre que M. de Chamillart vous a écrite, dont je vous ai rendu l'original avec copie du mémoire qui y était joint au sujet do M. Bellevaux, ci-devant directeur des postes de France à Liège. J'ai l'honneur de vous dire que l'ayant fait observer dans ce temps- là, suivant vos ordres, je vous marquai que tout ce que j'avais pu découvrir est que M. de Bellevaux, pour lors logé rue des Petits- BELLEVAUX. 231 Champs, faisait souvent des voyages à Versailles, recevait beaucoup de lettres des pays étrangers, qu'il allait prendre lui-même à la poste, partie desquelles il brûlait, et qu'il écrivait souvent et por- tait lui-même ses lettres à la poste, qu'il avait un valet de Liège qui était un garçon fort esprité, que M. de Bellevaux disait être à Paris pour les intérêts de M. l'électeur de Cologne, et être venu par son ordre. Vous me fîtes l'honneur de me dire dans ce temps-là, que vous aviez écrit à M. de Chamillart ce que j'ai l'honneur de vous marquer, qu'il devait en parlera M. l'envoyé de Cologne, ce qui a resté en cet état, M. de Chamillart ne vous ayant point fait réponse. (B. A.) M, d'argenson a aulmont l'atné. Je vous prie de m'informer dès demain, à la suite de cette lettre, si M. Bellevaux est encore à Paris, quelles ont été ses liaisons et ses habitudes, s'il n'a point fait quelques nouvelles démarches qui augmentent nos premiers soupçons, et si vous n'avez rien décou- vert à son égard depuis votre premier mémoire, que je vous renvoie? Après ces éclaircissements, je rendrai compte à M, de Torcy et à M. de Chamillart, des intrigues de cet homme, que je regarde toujours comme très suspect. (B. A.) 19 février 1705. JI. AUWttONT l'aîné a m. D'ARGENSON. 22 février 1705. M. de Bellevaux fils, depuis le commencement du mois de jan- vier, à Paris, a changé de trois auberges. En arrivant, il a couché une nuit avec un officier des troupes de S. M., qui a été long- temps en garnison à Dinant, qui loge au grand I Vert, derrière le grand Conseil. Le lendemain, il fut loger rue des Vieilles-Étuves, à l'hôtel de Carignan, où il a resté jusqu'au 17 de ce mois qu'il est allé loger rue d'Orléans, au duc de Lorraine, où il est encore. Il a fait plusieurs voyages à Versailles pour les affaires des postes, et a même parlé à M. de Torcy et à M. de Chamillart. Les gens qu'il voit le plus fréquemment et avec lesquels il a le plus de liai- son, sont les sieurs Travaillot et Coulombier, commis au bureau de la poste, à Paris; l'abbé du Cartier, Liégeois, qui demeure chez 232 BELl.EVAL'X. M. Valdor, ci-devant envoyé de Liège, logé dans une maison lui appartenant, rue des Bons-Enfants. L'on m'a dit même que le Roi faisait une pension au père de cet abbé, pour services qu'il a ren- dus à l'État pour les affaires de Liège. Bellevaux mange ordinairement à l'Écu ou à l'enseigne de Saint- Laurent, près l'hôtel de Soissons, avec plusieurs officiers des trou- pes de S. M. J'y ai envoyé manger plusieurs fois pour l'observer; ses entretiens sont à présent bien plus retenus, ce qui donne lieu de croire qu'il a été averti qu'on l'observait. Le i du présent mois de février, est arrivé dans l'auberge où logeait pour lors de Bellevaux, à l'hôtel de Carignan, M. de Horée, marchand de vernis, près Liège, pour une affaire concernant le commerce. Ce marchand était en grand commerce avec Belle- vaux, ainsi que l'abbé du Cartier; ils ont fait un voyage à Ver- sailles ensemble, et ont parlé à M. de Chamillart pour affaires secrètes, qui regardent le commerce. Ce marchand avait pour valet un homme originaire de Paris, qui est établi près Liège, qui a ses parents dans le faubourg Saint-Germain. Ce marchand et son valet sont partis le 20 du présent mois, avec un passeport de la cour. M. de Bellevaux l'a chargé de plusieurs paquets de lettres, et l'abbé du Cartier de quelques boîtes et pa- quets pour la ville de Liège, pour ses parents. De Bellevaux continue de recevoir des paquets de lettres de cent sous et six francs, venant des pays étrangers, et que même les com- mis de la poste lui apportent, et il y fait réponse. Au surplus, il est impossible de découvrir autre chose de M. de Bellevaux, à moins que de visiter ses lettres. C'est un homme, quoique fort jeune, qui est fort esprité, et s'il veut, il lui est fort aisé d'écrire ce qui se passe en France, puisqu'il fréquente à Paris et à la cour, les bureaux, et fait ce qu'il veut à la poste. Voilà tout ce que j'en ai pu apprendre, tant par les gens que j'ai employés pour l'observer, que par moi-même, dont j'ai l'honneur de vous rendre compte. (B- A.) M. d'argenson a chamillart. Paris, 22 février 1703. J'ai fait observer avec soin la conduite de Bellevaux, directeur des postes, à Dinant, qui est toujours en cette ville, et y demeure, ce me semble, beaucoup trop longtemps; car si l'on n'est pas en BELLEVAUX. 233 élat de le convaincre d'avoir une intelligence réglée avec les enne- mis, la quantité de lettres qu'il reçoit des pays étrangers, ses liai- sons intimes et familières avec les commis du bureau de Pans, son avidité pour les nouvelles et son affectation à manger dans les au- berges où il y a le plus d'officiers, excitent contre lui de justes soupçons ; il est depuis quelques jours dans un commerce presque continuel avec un marchand des environs de Liège. Pierre de Horrée, qui dit être ici pour des affaires de co.mmerce et avoir été honoré de quelques-unes de vos audiences ; quoi qu'il en soit, je pense que M, de Bellevaux serait beaucoup mieux dans son poste de Dinant, par rapport au service du Roi, et M. de Torcy m'ayant fait l'honneur de m'écrire touchant ce même homme, j'ai cru qu'il était de mon devoir de lui repondre dans les mêmes termes, (A. G.) CIIAMILLAHÏ A M. D'ARGENSON. Versailles, o mars 1705. La conduite de Bellevaux, directeur des postes de France, à Liège, devenant suspecte, le Roi désire qu'en cas qu'il revienne à Paris, vous le fassiez arrêter et envoyer à la B. (A. G.) AULMONT l'aîné AU MÊME. 10 mars 1703. Suivant les ordres du Roi, qu'il vous a plu me confier, j'ai ce jourd'hui, arrêté M. de Bellevaux, que j'ai conduit à la B.; j'ai remis es mains de M. du Junca, votre lettre, et lui ai dit que vous feriez remettre incessamment es mains de M. le gouverneur, une lettre de cachet pour retenir M. de Bellevaux à la B., ainsi que vous me l'avez ordonné. M. le commissaire Boursin a apposé les scellés sur les papiers et lettres missives qui se sont trouvés lui appartenir, qui ne regardent la direction de la poste de Dinant et de Liège, lesquels papiers scellés j'ai remis es mains de M. le commissaire Camuzet. M. de Bellevaux a dit que M. de Torcy serait fort surpris de ce qu'on le mettait à la B., qu'il y a un an que l'on voulut faire une pareille affaire à son père, mais que les ennemis de leur fa- mille n'en purent venir à bout, toutes les démarches de son père ayant été dans ce temps-là fort observées, qu'il avait été averti que depuis qu'il était à Paris, on l'a fort examiné, que même dans des 234 BELLEVALX. auberges où il avait demeuré, on lui avait dit qu'il y avait des gens qui l'observaient de votre part, que même dans une où il n'avait couché qu'une nuit, le lendemain l'on était venu s'informer de ce qu'il était devenu, et dit que n'ayant rien à se reprocher dans sa conduite, cela ne lui faisait aucune peine, M. Yaldor, résident de Liège à Paris, lui ayant toujours promis de répondre de la fidélité de sa famille, pour le service du Roi. Il dit encore qu'il était mal- heureux, que les Hollandais l'avaient arrêté le carême dernier, à Liège, l'avaient détenu à la citadelle de Liège, pendant plusieurs mois, qu'il lui en avait coûté cent louis d'or pour en sortir, n'en étant sorti qu'à force de présents. Il a un valet avec lui, nommé Chamart, de la ville de Visé, près Liège et Maestricht, qui a servi pendant plusieurs années son père, même était à Paris avec lui, il y a un an. Il l'a quitté le 20 sep- tembre dernier pour entrer au service de M. le prévôt d'Herfe, chanoine de Saint- Paul à Liège, et grand prévôt de la Royale d'Aix- la-Chapelle. Ce valet m'a dit qu'il avait quitté ce chanoine à Liège, le il février dernier, pour venir servir à Paris, où il a déjà servi longtemps, et que de Bellevaux fils le retire depuis qu'il est à Paris, par charité, jusqu'à ce qu'il ait trouvé une condition. Ce valet dit avoir autrefois servi M. le comte Regnault, M. Brisset et M. Bellanger, intéressé dans les carrosses; il m'est convenu que MM. Bellevaux père et fils brûlaient toutes les lettres qu'ils rece- vaient, quand ils y avaient fait réponse. Je crois qu'il serait néces- saire, si vous le jugez à propos, de s'assurer de ce valet qui peut savoir partie des affaires de Bellevaux père et fils. J'attendrai avec respect, là-dessus, vos ordres. Apostille de M. d'Argenson. — Assurez-vous de ce valet, et j'or- donnerai à M. le commissaire Camuzet de lui aller parler chez vous. Prenez sa déclaration comme Bellevaux père et fils sont en usage de brûler toutes les lettres qu'ils reçoivent après y avoir fait réponse, il faudra qu'il signe cette déclaration, et que vous la joi- gnez à ce mémoire que vous me renverrez. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mardi 10 mars, à 8 heures du malin, M. Aulmont l'aîné a mené et remis M. de Bellevaux, un jeune homme, maître des postes de Dinant, lequel on a reçu sur une lettre de M. d'Argenson, etc.. BELLIÎVAIX. 235 ce prisonnier étant accusé d'espion et d'intelligence avec les enne- mis du Roi à Liège et Maestricht, et même accusé de faire sortir de l'or du royaume. (B. A.) M. DE SAINT-MARS A CHAMILLART. Suivant un billet de M. d'Argcnson, j'ai reçu cejourd'hui, 10 du courant, M. de Bellevaux, que j'ai fait mettre dans une prison très sûre, ainsi que l'exempt qui me l'a rerais me l'a dit de votre part. (A. G.) 10 mars 1705. M. d'aRGENSON AU MÊME. 10 mars 1705. M. de Bellevaux, directeur des postes de France à Liège, a été conduit à la B., suivant les intentions du Roi, et je crois devoir vous supplier très humblement de faire écrire à M. de Saint-Mars la lettre de cachet qu'il demande pour l'y retenir. 11 avait à son service un laquais qui a dit, depuis l'emprisonnement de son maître, qu'il n'en était pas surpris, mais qu'on ne trouverait dans sa chambre aucun papier considérable, parce qu'il était en usage de brûler toutes les lettres qu'on lui écrivait dès qu'il y avait fait réponse ou lorsqu'il jugeait qu'elles n'en méritaient aucune; je dois aussi avoir l'honneur de vous dire que M. de Bellevaux a dit à l'exempt qui s'est assuré de sa personne, qu'il était bien mal- heureux, puisque l'année dernière, en Hollande^ on le fit arrêter à Liège comme suspect d'être dans les intérêts de la France, et que cette année, on l'arrête à Paris, comme s'il avait des relations secrètes avec les ennemis de l'État ; mais cette excuse n'est pas décisive, rien n'étant plus ordinaire que de voir des espions passer légèrement d'un parti à l'autre, et les servir tous deux avec une égale fidélité. Cependant, M. de Bellevaux se flatte fort de la pro- tection de M. le marquis deTorcy, et de l'amitié de MM. Rouillé et Pajot ', qui sans doute le croient dans la bonne foi et ne prévoient pas qu'il puisse avoir de mauvaises intentions; j'examinerai scru- puleusement tous ses papiers pour avoir l'honneur de vous en rendre compte. (A. G.) 1. Léon Pajot, comte d'Ons-en-Bray, contrôleur général des postes, mort le 2'i octo- bre 1708, dgé de 61 ans. 236 GARRY. CHAMILLART A M. d'aRGESSON. Versailles, 11 mars 1705. J'apprends par M. de Saint-Mars que de Bellevaux est à la B. Il ne suffit pas de l'avoir fait arrêter, il est nécessaire de savoir ses intrigues; c'est ce que je vous prie de pénétrer; cependant, j'écris à M. Pajol de faire arrêter toutes les lettres qui viendront à son adresse, et de me les envoyer; s'il s'en trouve quelques-unes, et qu'elles donnent des connaissances, je vous en ferai part. (A. G.) PONTCHARTRAIN AU MÊME. Versailles, 15 mars 1705. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à la B. Garry, où il faut que vous Finterrogiez amplement sur le mauvais commerce dont vous parlez, et que vous m'envoyez ses interrogatoires, pour voir de quoi il est coupable. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 22 mars, sur les 10 heures du matin, M. de Savery, exempt, a mené, etc., M. Garry, d'Avignon, accusé de deux choses : d'avoir commerce avec les ennemis du Roi, et d'avoir un mauvais commerce chez lui de filles et de jeunes garçons, qu'on a mis seul; il est d'un âge fort avancé. (B. A.) M. D'ARGENSON a PONTCHARTRAIN. 24 mars 1705. Garry a été conduit à la B., suivant les intentions du Roi, et j'apprends qu'on a trouvé dans ses poches et dans son apparte- ment, qui était composé de plusieurs pièces, quoiqu'il n'eût pas un seul valet, une très grande quantité de lettres infâmes qui le convainquent du courtage le plus abominable et de la sodomie la plus odieuse. . (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 26 mars 1705. Le Roi veut que vous interrogiez à fond Garry, prisonnier à la B., sur ses commerces infâmes, que vous l'obligiez à déclarer qui CHAMPION. 237 étaient ses complices, de l'un et de l'autre sexe, et que vous m'en- voyez avec son interrogatoire les lettres qui ont été trouvées, tant sur lui que dans son appartement, qui peuvent servir à le con- vaincre. Marly, 29 avril ITOo. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à la B. Champion; il faut l'interroger encore et le faire voir au P. Riglet. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 2 mai, MM. Cochois et Loir ont mené, etc., Cham- pion, qu'on dit religionnaire et fanatique, accusé ou soupçonné d'être un espion envoyé par les fanatiques, homme dangereux pour la religion, lequel on a mis seul à la première chambre de la tour de la Bretaudière. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. Versailles, 23 mai 1705. II faut que Garry reste à la B., et qu'en l'interrogeant de nou- veau et en mettant en usage les autres moyens que vous jugez nécessaires, vous tâchiez d'approfondir ses intrigues, et le mauvais commerce dont il est soupçonné. 8 juillet 170o. Le Roi veut bien que Stuard, Piémontais, sorte de la B. pour rester pendant deux mois à Paris, à la garde et sous la caution des parents de sa femme, pendant lequel temps il faudra faire soigneu- sement observer sa conduite, et ensuite le renvoyer en son pays. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 15 juillet, M. Aulmont l'aîné a porté l'ordre, etc., pour mettre Stuard, de Turin, marié avec une Parisienne, dans une entière liberté, ayant donné une bonne caution pour sa sûreté et sa fidélité pour le service du Roi. (B. A.) PUJNTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Paris, 21 septembre 1705. L'ordre qui avait été donné à Stuard, de sortir du royaume. 238 DUPREUIL. était plus que suffisant pour lui donner le passage libre jusqu'en Piémont ; mais pour lui ôter tout prétexte à rester ici, je vous en- voie encore un passeport. (B. N.) LE MÊME A M. DOUJAT, INTENDANT DE POITIERS. Fontainebleau, 16 octobre 1703. On a donné ordre à Champion, originaire de Mongon, en Poitou, de se retirer dans sa province; il avait été arrêté sur le soupçon d'avoir tenu des discours insolents et d'être un mauvais catholique. Ce mémoire que je vous envoie vous fera connaître son caractère, et vous servira à pouvoir faire observer sa conduite. (A. N.) CHAMILLART A M. d'ARGENSON. 21 avril 1706. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire; vous trouverez ci-joints les ordres de S. M., nécessaires pour faire arrê- ter et recevoir à laB., Soulanges etHaguenau, que je suis persuadé que vous ferez exécuter régulièrement. (A. G.) RAPPORT DE M. d'ARGENSON, EN 1714. Dupreuil, dit Soulanges. Son véritable nom est Lorain, et le pays de son origine, Montreuil-sur-Mer, quoiqu'il se donne une autre patrie et une généalogie toute différente. On a même appris de plusieurs endroits que c'est un insigne fripon à qui le service de la France et celui des ennemis sont égaux, propre à être espion pour et contre, et qui tantôt affecte de paraître dévot jusqu'au scru- pule, et tantôt paraît être impie jusqu'à la fureur. Il s'est présenté deux fois pour être moine de la Trappe, et toutes ces circonstances me font conclure que parmi tous les scélérats qui étaient à la B., il n'y en avait point dont le génie parût plus dangereux ni la liberté plus susceptible d'inconvénient. 11 prétend avoir deux oncles à Metz, tous deux curés, l'un de la paroisse de Saint-Marcel, et l'autre de celle de Saint Eucher. M. de Chamillart voulut bien écrire à M. de Saint-Contest pour savoir si ces deux ecclésiastiques reconnaîtraient en effet notre prisonnier pour leur neveu; mais je n'ai pas appris qu'il en ait reçu aucune réponse, et je pense toujours que ce prisonnier doit demeurer à la B., au moins jusqu'à la paix. D'Al.BATERRE. 239 L'année dernière, sa santé continuait d'être bonne, quoiqu'il fût sujet à une esquinancie fort douloureuse. Il était même assez tran- quille; mais il me parut juste et nécessaire de différer sa sortie jusqu'après la paix générale. Il se porte fort bien maintenant; on se loue de sa conduite, et rien ne paraît plus s'opposer à sa liberté, la paix générale étant conclue, à condition qu'il se retirera en la ville de Metz, où sa mère s'est retirée depuis la mort de son père, comme le prouve une lettre datée du 2 de ce mois, qu'elle lui a écrite. Apostille. — Sorti le 28 novembre 1714, rélégué à Metz. (B. N.) DOUCELIN D'ALBATERRE^ Escroc. AULMONT' l'aîné A M. d'ARGENSON. En allant notifier un ordre de cachet pareil à celui ci-inclus, h M. d'Esconan ou comte d'Albaterre, chez la dame de Montai, où il fait ordinairement sa demeure, elle m'a dit, en présence de M. Bazin, exempt, que les noms de l'Esconan ou comte d'Albaterre étaient des noms empruntés, et que le véritable nom de celui qui les portait était de la Cerda, l'une des premières maisons d'Espagne, de laquelle il était le chef, qu'il ne s'était jamais voulu faire con- naître, mais qu'il était l'aîné de la maison, et non le duc de Médina Celi, qu'il faisait faire sa généalogie, que son frère ayant eu la tête coupée pour les intérêts d'Espagne, il avait eu ses raisons pour se cacher, mais qu'il prétendait se faire connaître à présent; pour quoi il avait présenté depuis peu des mémoires au Roi, et pour lui dire beaucoup de choses d'importance touchant la personne du roi d'Espagne et son gouvernement, mais qu'il se cachait des ambassa- deurs et des grands d'Espagne qui étaient ici, pour des raisons qu'il ne voulait dire qu'au Roi. La dame nous a montré beaucoup de papiers et lettres missives en langue espagnole, appartenant à M. d'Esconan, qu'elle dit être les pièces justificatives de sa naissance et des intelligences qu'il a 1. Oidres d'entrée du il février HOo, cl de sorlie du 21 avril IIOG. Contre-signes Pontcharlrain. 240 D'ALBATEURE. en Espagne ; elle a outre cela plusieurs plans de dessins pour des nouvelles machines à faire monter l'eau, à polir des glaces, à remonter des bateaux, et h plusieurs autres usages; elle a dit qu'elle avait empêché plusieurs fois M. d'Esconan de se retirer près de l'empereur, à qui il aurait pu céder ses droits en Espagne pour l'archiduc, qui sont de fort grosse conséquence pour la monarchie d'Espagne, et qu'elle avait toujours sollicité ledit sieur de se faire connaître, plutôt que de soufirir d'être traité comme il était jour- nellement par quelques créanciers qui le faisaient souvent mettre en prison, étant sorti du grand Châtelet la veille de Noël dernier, pour 200 liv. qu'il devait ; la dame m'a mis es main l'imprimé ci- joint, en langue espagnole, pour prouver ce qu'elle dit dudit sieur, qu'elle m'a prié de lui rendre sitôt que vous aurez eu la bonté de le voir; il nous a paru, par les discours de la dame de Montai, bien du mensonge, de l'industrie ou, si c'est la vérité, elle est bien obscurcie. (B. A.) P0NTCHARTR4IN AU MEME. Versailles; 11 février 1703. Le Roi croit, comme vous, qu'il ne faut pas différer à s'assurer de la personne d'Albaterre, ainsi je vous envoie l'ordre pour le faire arrêter, mettre à la B., oii il faut l'interroger à fond au plus tôt, et prendre des déclarations en forme des deux dames qui lui ont entendu dire les choses exécrables dont vous parlez, en sorte que vous puissiez, s'il est besoin, lui f;nre son procès tant sur cela que sur les autres faits dont il peut être accusé*. (A. N.) AULMOHT LAINE A M. D ARGENSON. 19 avril 1705. Je prends la liberté de vous donner avis que j'ai arrêté aujour- d'hui M. le comte d'Albaterre ou de l'Esconan, que j'ai conduit au château de la B. Je n'ai pu y réussir plus tôt, le comte d'Albaterre ayant toujours pris une fort grande précaution de, se cacher depuis que je lui ai notifié le 7 janvier 1704 l'ordre qui le relègue à 30 lieues de Paris sous le nom de l'Esconan ; les gens ou marchands qu'il voyait en cachette ne savaient point sa demeure : il leur en 1. Ces femmes l'avaient accusé de mal parler du Roi; il ne parait pas qu'on ait donné suite à leur dénonciation. D'ALBATERRE. 241 donnait de fausses. Telle précaution que j'aie pu prendre je ne l'ai pu découvrir ni savoir qu'aujourd'hui, après qu'il a été arrêté ; je l'ai appris de la personne chez laquelle je l'ai arrêté cejourd'hui, qui est un généalogiste, rue Neuve-Notre-Dame, nommé Che- villard •, où je l'ai attiré par le moyen d'une personne qui me l'a livré. Depuis 6 mois il se retire dans une méchante chambre gar- nie, rue des Vertus, tenue par Laforest, cocher, qui n'a point de livre de chambre garnie, ainsi que me l'a avoué Laforest. En le menant à la B., il m'a dit que M. de Chamillart serait très surpris de sa détention, puisque cela reculerait la paix qu'il allait faire, qu'il n'y avait que lui qui la pouvait faire, en vendant ses prétentions sur la couronne d'Espagne au roi de France, qu'il avait des choses de la dernière conséquence, qu'il devait terminer avec M. de Chamillart, pourlebien del'État. M. deJunca, lieutenantde Roi de la B., connaît bien ce personnage, il m'a dit que c'était un fripon. (B. A.) JOURNAL DE M. DU JUNCA, Du dimanche 19 avril, sur le midi, M. Aulmont l'aîné a mené, etc., M. de d'Albaterre, seigneur espagnol, étant en cette ville depuis longtemps, tenant une conduite cachée, faisant l'es- prit fort, et homme de conséquence et nécessaire à l'État pour la paix, et on dit qu'il n'est pas homme de qualité, qu'il porte un nom qu'il a pris, qu'il s'est marié par adresse et fourberie avec la veuve madame de Montai^, qu'il l'a trompée, et que c'est un fri- pon, un malheureux et un escroc, qui a déjà été dans des prisons communes pour de vilaines affaires. (B. A.) PO.NTCHAUTRATN AU MEME. Marly, 29 avril 1703. Il faut interrogera fond d'Esconan ou d'Albaterre, et m'envoyer son interrogatoire, afin d'en pouvoir rendre compte au Roi. (A. N.) 1. C'est le généalogiste bien connu, J. Chevillard, mort en 1751, âgé de 71 ans; ses livres font encore autorité en matière héraldique. 2. Charles de Montsaulnin, comte de Montai, lieutenant général, était mort le 28 septembre 1696. Sa veuve était morte le 20 mars 1702, à 89 ans. 11 s'agissait peut- être de N. de Saulx TavaHues, qui avait épousé leur fils, le marquis de Montai, mort en 1686. 16 242 D'ALBATERRE. Fontainebleau, 30 septembre 1705. Je VOUS prie de prendre la peine de me mander qui est la dame de Montai dont parle Douceîin d'Albaterre, quel âge elle a, son nom de famille, et ce qu'elle était à M. de Montai, lieutenant- général; j'écris à M. Le Brel pour avoir les éclaircissements que vous désirez sur cet interrogatoire, (B. N.) LE MÊME A M. LE BRET , INTENDANT d'aIX. Fontainebleau, 30 septembre 1705. On a arrêté à Paris un particulier, sellier de son métier, qui se disait Espagnol et s'appeler le comte d'Albaterre, quoiqu'il s'ap- pelle Douceîin et qu'il soit originaire d'Orange ; pour le confondre encore mieux, je vous envoie son dernier interrogatoire, a6n que vous preniez, s'il vous plaît, la peine de l'adresser à votre subdélé- gué à Orange, et lui demander tous les éclaircissements qu'il pourra vous donner touchant la famille de ce particulier. (B. N.) M. LE BRET A PONTCHARTRAIN. On me mande d'Orange que Douceîin, dont vous m'avez fait l'honneur de m'envoyerles interrogatoires, n'est point assurément originaire de la principauté, mais qu'en 1693, un particulier nommé Douceîin, vint à Orange avec une femme qu'il disait être la sienne, se nommer Esconan, et être de qualité, originaire de Paris oîi ses parents avaient beaucoup de crédit. (B. A.) 19 octobre 1703. RAPPORT DE M. D'aRGENSON. H. Douceîin, faux comte d'Albaterre, mis à Charefnton le 23 juin 1706. Il a été transféré du château de la B., et voici ce que contient l'article du dernier état : Cet homme, fils d'un paysan, apprenti et ensuite compagnon sellier dans les rues du Mail, de Saint-Médéric et de Saint-André- des-Arts, veut absolument qu'on le croie de la maison de la Cerda, deux ou trois fois grand d'Espagne, héritier de la couronne de Cas- tille, et l'un des plus grands politiques de toute l'Europe ; mais quelque outrée que soit sa folie, son adresse et sa méchanceté vont encore plus loin. 11 assure avec serment que la sainte Vierge lu D'ALBATERHE. 243 apparaît tous les 8 jours, que Dieu lui parle souvent face à face, que le sort des deux couronnes est entre ses mains, et que la paix ne se peut faire sans son entremise. Il s'est mis en tête de ne manger qu'un peu de pain et de ne boire que de l'eau; il sacrifie le reste au Dieu vivant qu'il nomme son maître, et il y a dans sa chambre une pyramide composée de morceaux de pain et des aliments qu'on lui porte pour sa subs- tance, à laquelle il dit qu'on ne peut loucher sans sacrilège. J'ai eu l'honneur d'envoyer à M. de Pontchartrain les interrogatoires qu'il a subis jdevant moi, et des volumes entiers ne suffiraient pas, s'il fallait rapporter toutes ses extravagances. Ma lettre du 3 février 1705 en rapporte quelques-unes, mais il lui passe tant de choses dans l'esprit, que les unes lui font oublier les autres, en sorte que la plupart de ses chimères de 1706 sont fort différentes de celles de 1707 ; la seule idée de ses dignités imaginaires se soutient tou- jours, et je pense toujours aussi que ce prisonnier doit être ren- fermé à l'hôpital pour toute sa vie, comme un insensé des plus dangereux, ou qu'on doit l'oublier à la B. comme un scélérat de premier ordre; je crois même que le dernier parti est le plus sûr et, par conséquent, le plus convenable. Au reste, la situation d'esprit où il se trouve, fait assez connaître que sa folie étiiit feinte, car il dit maintenant qu'il sera toujours de la maison dont le Roi voudra qu'il soit, qu'il le servira comme soldat si S. M. l'ordonne, qu'il se retirera même dans sa province si c'est son intention, enfin plus il paraît docile, plus on a lieu de croire qu'il y avait dans ses extravagances beaucoup d'affectation ou de malice ; ainsi je me garderai bien de proposer sa sortie, et je pense qu'il faut au moins la différer jusqu'à la paix. En 1708. Il est encore dans la même disposition; il lui prend néanmoins de temps en temps quelques accès de dévotion fausse ou sincère, qu'on a beaucoup de peine à contenir, et je pense tou- jours qu'il faut différer sa sortie jusqu'à la paix. En 1709. Il est beaucoup moins ferme sur le désaveu de ses chi- mères, et un peu plus imbécile ; je ne crois pas qu'il soit à propos de le rendre à sa propre conduite. En 1710. Il est encore dans la même situation par rapport à son esprit, mais sa santé paraît infiniment meilleure, cependant je crois toujours qu'il faut différer sa sortie. En 1711. Il est un peu plus imbécile, mais il est maintenant 244 CLEREAU. plus enlêlé que jamais; il dit qu'on aura beau dire, il vivra et mourra eu grand seigneur, d'ailleurs il parle d'assez bon sens et il se porte fort bien. En 1712. Il ne parle plus maintenant de ses fantaisies extrava- gantes, et je crois qu'on pourra le rendre libre immédiatement après la paix. En 1713. Il esl dans la môme situation; M. de Pontchartrain me fît l'honneur de me marquer, en réponse à mon dernier état, que sa liberté lui serait alors rendue, et quoiqu'il paraisse un peu plus occupé de ses chimères que l'année passée, je pense qu'on pourra le rendre libre à condition qu'il se retirera à Beaucaire, qui est le lieu de son origine. Apostille. — Il est sorti de l'hôpital de Gharenton en l'année 1714, et relégué à Beaucaire. (B. N.) CLEREAU*; MINET 2; BRUMAUDIÈRE^. Religion. PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. 18 février nOo, L'affaire de Clereau est trop importante pour la négliger; le Koi veut qu'il so'it conduit à la B. où vous l'interrogerez à fond sur ses dogmes, sur les occupations, les noms et les mœurs des filles qu'il a attirées à son parti ; il faudra faire de même à l'égard de Minet, qne vous dites être dans les mêmes principes et avoir des desseins encore plus criminels que Clereau, et vous me tiendrez soigneuse- ment informé de tout ce que vous ferez sur ce sujet. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 21 février, sur les 10 heures du matin, M. Aulmont le jeune est venu, ayant mené, etc., Minet, garçon marchand des étoffes de soie de Tours, accusé d'avoir assisté, en qualité de dis- 1. Ordres d'entrée du 18 février et de sortie du 12 avril 1705. 2. d" du 18 février d» du l^r avril 1705. 3. d» du 25 mars d* du 21 septembre 1705. Ordres contre-signes Pontchartrain. MINET. 245 ciple, avec Clereau, par dévotion, à des assemblées d'un grand nombre de filles, el que Minel el Clereau prêchaient et exhortaient par dévotion. Sur les 8 heures du soir, M, Aulmont le jeune a mené Clereau, garçon marchand de soie de Tours, accusé d'avoir fait depuis longtemps des assemblées de filles, dans une maison particulière, pour les prêcher, à la vertu et la dévotion, bon d'un côté et très mauvais de l'autre. M. Clereau avait resté quelques jours renfermé chez M. Aulmont le jeune. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. PINON, INTENDANT DE DIJON. Versailles, 26 mars 1705. Sur ce que vous m'avez écrit concernant Pielte, et sur ce qu'on a reconnu par ses interrogatoires, le Roi a jugé à propos de le faire mettre ;\ la B. jusqu'à ce qu'il soit instruit en la R. C. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 30 mars, à 8 heures du soir, M. Aulmont le jeune a mené, etc., M. Piette de la Brumaudière, transféré duFor-l'Évêque, ayant demeuré plus de deux mois dans d'autres prisons de Paris, bon el fort protestant, qu'on a mené ici sur quelques soupçons, et pour le faire convertir par le P. Riglel. (B. A.) PONTCEARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, l^r avril 1705. Le Roi veut bien que Minet, prisonnier à laB., soit mis en liberté, pourvu que vous ayez soin de faire observer sa conduite lorsqu'il sera libre. A l'égard de Clereau, S. M. n'est point de votre senti- timent de le renvoyer à Tours. Elle croit qu'il convient mieux de le mettre dans quelque couvent réglé, où on aura soin de lui, et où l'on essayera de le guérir de ses ridicules préventions; voyez donc, de concert avec M. le cardinal de Noailles, dans quel lieu on peut l'envoyer, 12 avril 1705. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir de la B. Clereau, puisque vous et M. le cardinal de Noailles jugez qu'il convient mieux de le renvoyer chez lui que de le mettre dans un couvent, (B. N.) 246 DE TA VANNES. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du lundi 13 avril à midi, M. de Savery a porté l'ordre, etc., pour mettre dans une entière liberté M. Clereau, dévot indiscret, qui tenait et faisait des assemblées d'un grand nombre de filles pour les prêcher de bonnes choses et chrétiennes ; il avait un disciple nommé Minet, tous les deux garçons de boutique à Paris, et enfants de Tours en Touraine.En sortant, M. Savery l'a mené chez M. d'Ar- genson pour lui faire une réprimande et lui dire la conduite qu'il doit tenir à l'avenir. Du vendredi 30 avril, sur les 3 heures, un monsieur inconnu, bon marchand de Paris en soie*, a porté l'ordre pour mettre dans une entière liberté, et dans le moment faire sortir M. Minet de Tours, garçon de boutique du monsieur qui nous a porté l'ordre du Roi, s'étanl trouvé innocent de ce qu'il avait été accusé. (B. A.) DE TA VANNES 2; DE CHOISY^; DE SUR VILLE*. Discipline. M. D'ARGENSON a PONTCnARTRAIN. 9 avril 1700. Je viens de recevoir une plainte suivie d'une information faite à la requête de la demoiselle Boudière, fille, demeurant au faubourg Saint-Germa"n, rue des Canettes, du 7 du présent mois, par la- quelle il paraît que le même jour, M. de Tavannes \ qui n'est point nommé par sa qualité, mais que je sais être enseigne au régiment des gardes, accompagné de deux autres particuliers qui ne sont point aussi nommés, furent à l'heure de midi dans sa chambre, et 1. Cet inconnu était maître Brillon, marchand de soie à Paris. 2. Ordres d'entrée du 23 mai 1705 et de sortie du 21 juillet 1705. 3. d" du 10 août do d" du 23 août 1706. 4. do du 30 novembre do do du 2 septembre 1706. Ordres contre-signes Pontchartrain et Charaillart. 2. César-Phébus de Saulx, comte de Tavannes, sous-lieutenant aux gardes. 3. Louis-Alexandre de Ghoisy-Moigneville. 4. Louis-Charles de Hautefort, marquis ae Surville, lieutenant-colonel du régiment du Roi, dont il se démit en 1706. Mort le 19 décembre 1721, âgé de 63 ans. DE TAVANNES. 247 que M. de Tavannes lai dit d'abord qu'il voulait coucher avec elle, sur quoi elle avait pris la fuite; mais M. de Tavannes l'ayant arrê- tée et prise à la gorge, il mit l'épée à la main et lai en porta plu- sieurs coups sur la tête et au visage, où elle a été blessée avec effu- sion de sang. Que le soir du même jour, M. de Tavannes retourna avec les deux autres à la porte de la chambre de la demoiselle Boudière, suivi de cinq ou six soldats aux gardes, qui se mirent en devoir d'enfoncer la porte, disant qu'ils voulaient lui donner vingt coups d'épée dans le corps, et cette seconde violence a duré près d'une demi-heure; j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous rendre compte de cette affaire par la qualité de l'officier qui y a le prin- cipal intérêt, pour savoir les ordres qu'il plaira à S. M. de me donner. Paris, H avril 1700. Mercredi dernier, 7 de ce mois, M. de Tavannes, sous-lieutenant aux gardes dans la compagnie de la Gonnalaye, et deux jeunes gens qui l'accompagnent ordinairement dans ses débauches, vinrent un peu après midi chez une femme de la rue des Canettes, dont la con- duite ne passe pas pour régulière, mais qui, ce jour-là, ne jugea pas à propos de les écouter; aigris par cette résistance, ils mirent l'épée à la main, lui en donnèrent plusieurs coups à la tête, et se retirèrent avec précipitation. Ils revinrent sur les 8 heures du soir et trouvèrent la porte fermée : ils y heurtèrent assez longtemps et se mirent en devoir de l'enfoncer ; mais les voisins excités par leurs cris et scandalisés de leurs jurements, en allèrent avertir le commissaire qui, s'y étant transporté aussitôt, les obligea de mettre fin à leur violence. Celle-ci n'est pas la première qu'on ait juste- ment imputée au sieur de Tavannes ; ainsi, ce sera lui faire grâce que de lui procurer une réprimande de la part de ses officiers su- périeurs, et un grand bonheur pour lui-même si l'ardeur de son tempérament ne prévaut pas sur leurs remontrances. (B. N.) CHAMILLART A M. D'HENNEVILLE. Marly, 24 mai 1703. Vous me marquez que vous avez mis dans une chambre grillée de la citadelle d'Amiens, M. de Tavannes, ci-devant sous-lieutenant au régiment des gardes françaises, qui y a été conduit par ordre du 248 DE TAVANNES. Roi ; comme il n'y a été envoyé que par correction, S. M. trouve bon que vous lui laissiez la citadelle pour prison, en prenant les pré- cautions nécessaires pour qu'il n'en sorte pas. (A. G.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 24 mars 1705. On parle ici d'un grand différend qu'il y a eu à la Comédie, à l'o- casion de madame de Cessac *, entre MM. les chevaliers deLuynes et marquis de Cessac; je vous prie de m'en mander les circons- tances, et si vous ne les savez pas parfaitement, de vous en instruire, car cela fait grand bruit. Versailles, 1er avril 1705. Je sais par une des parties même, la querelle arrivée entre M. le chevalier de Luynes et M. de Tavannes, au sujet de madame de Cessac; la nouvelle en est venue ici de tous côtés, et a fait bruit à Paris. Ainsi, il en faut savoir la vérité à fond et me la mander. Vous devez même trouver mauvais de n'en avoir pas été averti par ceux qui doivent vous en rendre compte. (B. N.) Versailles, 23 mai 1705. Le Roi n'est pas de votre sentiment ; il veut que M. de Tavannes soit mis à la B, et la Bourmont aussi ; qu'ils soient en lieux séparés, et que vous les interrogiez, lui, sur son évasion de la citadelle d'Amiens, et elle sur les intrigues qu'elle a eues pour cela, et sur leur mauvais commerce à Paris; après quoi on verra ce qu'il con- viendra faire d'eux. (A, N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 27 juin, sur le soir, M. de Savery, exempt, a mené, etc. M. le comte de Tavannes fils, qui a été officier au régiment des gardes françaises, et qu'on dit libertin, que M. son père avait fait mettre dans la citadelle d'Amiens, d'où il s'est sauvé depuis une année, s'étant toujours caché avec une demoiselle qu'il aimait. (B. N.) 1. Jeanne-Thérèse-Pélagie d'Albert, fille du duc de Luynes. Elle s'était mariée en 1698. DE CHOISY. S49 SAVERY, EXEMPT, A M. D'AUGENSON. J'ai arrôlé hier, 27 juin, M. de Tavannes, que j'ai conduit h la B., suivant l'ordre que vous m'avez fait l'honneur de nne char- ger, et j'espère arrêter incessamment la Bourmont, sa maîtresse. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. VersaiUes, 22 juillet 1705. S. M. a accordé à M. le marquis de Tavannes *, la liberté de son fils, prisonnier à la B., qu'il se propose de mener en province, à condition qu'il ne sortira de la B. que le jour qu'il sera en état de sortir de Paris, et qu'il sera tenu de s'en éloigner au moins de trente lieues. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JCNCA. Du mercredi 6 août, sur le soir, M. Rivière, lieutenant de robe courte, a mené et remis M. le marquis de Moigneville, fils de M. de Choisy, gouverneur de Saarlouis, n'étant que par punition de libertinage. (B. A.) RIVIÈRE, LIEUTENANT DE ROBE COURTE, A M. d'aRGENSON. Jeudi 17 août 1705. J'ai conduit hier au soir, à la B., dans le temps que vous étiez à travailler, M. de Choisy fils, en exécution de l'ordre du Roi, du 16 du courant, à vous adressé par M. de Ghamiilart, suivant sa lettre que je vous renvoie. Je puis vous assurer que jamais afTaire n'a été faite plus secrètement ; car il n'y a que son laquais, qu'on n'a pu s'empêcher d'arrêter avec lui, qui le sache. Je le fis garder dans l'appartement d'un passementier, qui demeure près la Comédie, pour être relâché une demi-heure après mon départ, pour s'en retourner chez son maître avec son carrosse; je lui recommandai le silence, par rapport aux intérêts de son maître. Il n'a point été arrêté en pleine rue, et par une aventure toute extraordinaire, dont j'aurai l'honneur de vous informer; il l'a été dans une chambre au-dessus de celle du passementier. (B. de Pétersbourg.) 1. Jean de Saulx^ mort le 14 novemi^re 1717. 250 Dli: SLR\ULt:. CHAMILLART A M. DE CHOISY PÈP.e'. 31 août 1705. Le Roi veut bien vous permettre d'aller voir M. votre fils dans sa prison, quand vous le jugerez à propos ; je le mande à M. de Saint- Mars, et de laisser la même liberté à sa grand'mère, à sa femme et à sa tante. (A. G.) LE MÊME AU MARÉCHAL DE VILLEROY. Versailles, 31 août 1705. Le Roi a été informé d'une contestation qui est arrivée entre M. de Surville et M. de la Barre-, à l'occasion du service. S. M. veut savoir par vous ce qui s'est passé ; elle attendait même de votre exactitude que vous l'en instruisiez, sans avoir besoin pour cela d'un ordre de sa part. [(A. G.) LE MARÉCHAL DE VILLEROY AU ROI. septembre 1705. Voici ce que je puis avoir Tbonneur de mander à V. M., de plus précis sur ce qui est arrivé, le 26 au soir, entre M. de Surville et M. de la Barre. Sur les sept heures et demie du soir, l'armée étant en bataille, pour faire la réjouissance, l'Électeur arriva à la tête du régiment des gardes. M. de la Barre faisait serrer les bataillons, afin qu'ils ne tirassent point dans l'endroit où était l'Électeur; M. de Surville s'approcha de M. de la Barre : Quelqu'un dit ; « Voilà un beau ré- giment. Oui, dit M. de Surville, s'il savait obéir; et s'adressa à M. de la Barre en lui disant : « Monsieur, vous m'avez manqué de parole le jour que les ennemis devaient nous attaquer. Vous m'a- viez promis de faire avancer vos bataillons et vous ne l'avez pas fait. » La Barre répondit : « M. le duc de Guiche était à la tête du régiment, et je ne le fais point marcher sans son ordre. • M. de Surville répliqua qu'il le ferait bien obéir, et qu'il était en droit de commander, étant l'ancien de M. le duc de Guiche ; l'autre répon- 1. Marquis de Choisy- Moigneville, lieutenant général et gouverneur de Sarrelouis, mort le 26 février 1710, âgé de 78 ans. 2. -Antoine du Château de la Barre, lieutenant-colonel aux gardes, maréchal de camp en 1704, mort au mois de février 1707, âgé de 76 ans. DE SURVILLE. 251 dit qu'il savait toujours obéir pour le service du Roi ; mais qu'il lui répliquait encore une fois^, que M. le duc de Guiche était à !a tète du régimenl. La Barre prétend qu'apiès sa dernière réponse, M. de Surville lui dit des paroles outrageantes, et que, s'appro- chanl de lui, il arracha sa perruque et la jeta par terre; M. le marquis de la Châtre* se jeta entre eux et arrêta la Barre qui mil la main sur son pistolet, et qui le tirait hors du fourreau. M. de Surville dit qu'il n'a point arraché la perruque de M. de la Barre, mais que le bouton de la manche s'accrocha dans les cheveux de la perruque et la fît tomber. Tout cela, Sire, s'est passé à la tête du troisième bataillon des gardes. J'ai parlé à M. de Surville et à M. de la Barre, qui m'ont rapporté le fait comme j'ai l'honneur de l'expliquer à V. M. M. de la Barre dit que M. de Surville lui a arra- ché son chapeau et sa perruque, et M. de Surville assure qu'il n'en a jamais eu l'intention, et que c'est le bouton de sa manche qui était embarrassé dans les cheveux de la perruque. J'ai ordonné au prévôt d'en informer, après en avoir demandé la permission à l'Électeur. Voilà une bien malheureuse affaire. L'Électeur a en- voyé ce malin M. de Surville à Bruxelles, avec un de ses aides de camp, qui ne le quittera pas, avec ordre à M. de Surville de ne pas sortir de sa maison, et M. de la Barre reste à l'armée dans toutes ses fonctions, avec la précaution seulement d'avoir recommandé à M. le duc de Guiche d'avoir toujours un oflicier auprès de lui; les choses demeureront dans cet état, à l'égard de ces messieurs, jus- qu'à ce que V. M. ait envoyé ses ordres sur ce qu'elle veut que l'on fasse. (A. G.) LE ROI A l'Électeur de bavière. Versailles, 2 septembre 1705. Mon frère, je vois par ce' qui m'est revenu de l'affaire qui est arrivée entre le marquis de Surville et le sieur de la Barre, que ce qui y donne lieu est un manque de subordination de la part du dernier, lorsque les armées étaient en présence; comme cette affaire était finie il y avait quelques jours, le marquis de Surville a eu tort de la renouveler, et quoiqu'il ne paraisse pas certain qu'il ait arraché la perruque de de la Barre, et qu'il assure lui-même que c'est par accident qu'elle est tombée, un boulon de sa manche 1. Marquis de la Cliâtre, lieutenant général, mort le !0 septembre 1730, âgé de 69 ans. • 252 DE SURVILLE. l'ayant arrachée, il mérite châtiment, et je mande au mnréchal de Villeroy de prendre vos ordres pour le faire mettre huit jours en prison à Bruxelles, de les faire venir ensuite l'un et Panlre à l'ar- mée, d'obliger le marquis de Surville de déclarer en sa présence et de telle autre personne, que le maréchal de Villeroy jugera à pro- pos, qu'il n'a point arraché sa perruque, ni eu l'intention de le faire, et que si elle est tombée, ce n'est que par accident, dont il est très fâché, et qu'il lui demande son amitié. Vous savez avec quelle exactitude je tiens la main à ce que mes ordonnances sur les combats soient exécutées, vous me ferez plaisir d'y avoir la même attention. (A. G.) LE MARÉCHAL DE VILLEROY AU ROI. Au camp sous Louvain, 7 septembre 1705. J'ai reçu la dépêche dont V. M. m'a honoré, avec la lettre qu'elle m'a adressée pour l'Électeur. En exécution de ses ordres, M. de Surville sera conduit demain, par un ordre de S. A. E., dans le fort de Monterey, ainsi qu'il en rend compte lui-même à V. M. J'envoie à M. de Chamillart les observations qui ont été faites par le prévôt de l'armée, du démêlé qui est arrivé entre MM. de Surville et de la Barre, qui feront connaître à V. M., qu'elle seule peut finir une affaire si malheureuse; elle est d'une nature à ne pouvoir être terminée sans retour que par la suprême autorité de V. M. Ceux à qui elle la confie ne sauraient y apporter un re- mède capable de la finir absolument. Avant que les huit jours que M. de Surville doit demeurer en prison soient expirés. V. M. aura le loisir de rn'envoyer ses derniers ordres. J'ose encore lui répéter qu'il n'y a que sa suprême autorité personnelle qui puisse apporter une fin sans suite fâcheuse à ce qui s'est passé entre M. de Surville et M. de la Barre. (A. G.) LE MÊME A CHAMILLART. Au camp sous Louvain, 8 septembre 1705. Le prévôt vous envoie les informations qu'il a faites sur l'affaire arrivée entre M. de Surville et M. de la Barre ; vous verrez de quoi il est question. J'ai défendu au prévôt de faire voir les informations et de ne dire à personne qu'il en a fait; l'ailaire est trop sérieuse pour ne la pas traiter avec grande circonspection. Vous verrez ce DK SURVILLK. 253 que j'ai rhonneiir do mander au Uoi; ainsi, je ne réplique point à tout ce qui csl dans volrc lettre, parce que je ne feiais que répeter tout ce qui est dans celle du Roi. Comme vous avez intention de servir M. de Surville, croyez que le seul expédient, c'est que le Roi se rende maître de l'affaire et qu'il ne soit jamais question d'infor- mation, mais uniquement d'ordres et de défenses par S. M. elle- même; ma prudence et mon habileté, si j'en avais, ne sauraient rien prévenir; croyez ce que j'ai l'honneur de vous dire. J'ai remis à l'Électeur la lettre du Roi, dont vous trouverez la réponse ci-jointe ; il a envoyé ordre au marquis de Deinse, de faire conduire M. de Surville au fort de Monterey; comme il a la fièvre actuellement, je ne crois pas qu'il y puisse entrer d'un jour ou deux. Comme le Roi ordonne qu'il y demeure huit jours, avant que ce terme soit expiré, vous aurez le loisir de m'envoyer les ordres de S. M. Je vous supplie de le faire le plus promplement que vous pourrez... (A. G.) LE ROI AU MARÉCHAL DE VILLEROY. Marly, 10 septembre 1705. J'ai vu l'information que Lacoste ' a faite de l'affaire arrivée entre le marquis de Survillc et la Barre ; elle m'a déterminé à en- voyer des ordres à Surville, pour se rendre dans ma ville d'Arras au lieu d'aller au camp, et d'y rester jusqu'à ce que le régiment de mes gardes soit revenu à Paris. Je le manderai dans ce temps-là, pour terminer par moi-même cette affaire, à moins que vous ne trouviez la Barre disposé à recevoir l'excuse que TÉlecteur et vous jugerez à propos de lui faire faire, et qu'il ne vous donnât, sans aucune contrainte, sa parole d'honneur de me sacrifier son ressen- timent; ce qui me paraît par votre lettre, que vous aviez peine à croire, vous lui demanderez du moins celle de ne point quitter l'armée pour aller chercher Surville, et le ferez encore observer, afin d'éviter de perdre deux officiers que je veux conserver, en pre- nant soin moi-môme de donner à la Barre la satisfaction que je croirai lui être due. Marly, 17 septembre 1703. En attendant que je puisse accommoder l'affaire de Surville, il demeurera dans la citadelle d'Arras; il en recevra les ordres avant d'arriver dans la ville. (A. G.) 1. Ce Lacoste était ua prévôt d'armée fort employé par les ministres de la guerre. 254 DE SURVILLE. CHAMILLART AU MEME. Marly, 17 septembre 1705. Si le Roi avait eu connaissance des informations que S. M. a vues depuis l'ordre qu'elle vous avait donné d'envoyer M. de Sur- ville, pour huit jours, en prison à Bruxelles, vous jugez bien que la punition aurait été plus sévère ; il avait paru à S. M., par tout ce qui lui était revenu de cette affaire, même par ce que M. de Sur- ville en avait écrit, qu'il était douteux si la perruque de M. de la Barre était tombée par hasard, ou si elle avait été arrachée; il au- rait été à désirer que la chose eût pu demeurer douteuse, et que la connaissance que le Roi en avait bien voulu prendre lui-même eût pu confirmer ce doute par les ordres qu'il avait donnés. Tout ce qui a paru depuis ce temps-là aux yeux de S. M., fait connaître la difficulté d'accommoder cette affaire, et les justes raisons que vous avez qu'il n'y a que la suprême autorité du Roi qui la puisse terminer. Les informations ne seront cerlainement vues de per- sonne; vous ne devez pas être surpris que les premiers ordres du Roi aient été publics, puisque tonte la famille en remercia S. M., et que, par votre lettre, vous ne donniez pas lieu de croire que l'affaire fût aussi mauvaise qu'elle a paru depuis. Vous verrez par la lettre du Roi les ordres que S. M. a donnés au sujet de M. de Sui'ville. (A. G.) LE MEME A M. DE SUIlVILLE. Marly, 17 septembre 1705. L'affaire que vous avez eue avec M. de la Barre a paru au Roi si fâcheuse dans toutes ses circonstances, que S. M. a jugé à propos de vous envoyer ses ordres pour entrer dans la citadelle d'Arras, où elle désire que vous restiez jusqu'à nouvel ordre. Vous y aurez toute la liberté que vous pourrez souhaiter. (A. G.) l'électeur de BAVIÈRE AU- ROÎ, 21 septembre i7Ôo. J'ai reçu la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'éctiro, qui contient la résolution qu'elle a prise au sujet de M. de Surville, en se réservant à elle seule le soin de finir celle affaire après la cam- pagne, lorsque le régiment de ses gardes sera revenu à Paris, et, DE SURVILLE. 235 qu'en attendant, elle a jugé à propos d'ordonner au marquis de Surville de se rendre dans la ville d'Arras et d'y rester jusqu'à nouvel ordre, à moins que je ne trouve moyen, avec le maréchal de Yilleroy, d'accommoder cette affaire, sans crainte qu'elle puisse avoir des suites. J'ai cherché et examiné avec le maréchal s'il serait possible de faire cet accommodement suivant les intentions de V. M. ; mais ne voyant pas de jour d'y pouvoir réussir, et trouvant tous deux qu'il n'y a que la seule autorité de Y. M. qui le puisse faire, ainsi qu'elle en sera plus particulièrement informée par M. le maréchal, j'en- verrai demain les ordres de V. M. au marquis de Surville, pour le faire partir pour Arras. (A. G.) CHAMfLLART A M. DE SURVILLE. Versailles, 2S novembre 1703. J'ai reçu !a lettre que vous avez pris la peine de m'écrira au sujet de votre affaire avec M. de la Barre. Je l'ai vu hier à une audience publique ; mais je ne lui ai parlé de rien de ce qui peut y avoir rap- port; je vous prie de croire que personne ne désire plus que moi de la voir terminée à votre satisfaction. , Versailles, 30 novembre 170o. Le Roi ayant donné ses ordres à Nerot * pour vous conduire à la B., j'aurais bien voulu, dans cette occasion, pouvoir adoucir la peine que vous aurez d'être accompagné par un homme de ce carac- tère; S. M. a cru qu'elle devait prendre cette précaution, afin de prévenir les suites fâcheuses de la malheureuse affaire que vous avez eue avec M. de la Barre. Je souhaite que S. M., qui a toujours eu de la bonté pour vous, vous en donne de nouvelles marques en cette occasion; la matière est si délicate que vos meilleurs amis n'osent se flatter de rien ^. (A. G.) LE MÊME AU MARÉCHAL d'eSTRÉES. Versailles, 5 décembre noii. Il est arrivé une affaire, en campagne, à l'armée de Flandre, entre M. le marquis de Surville et M. de la Barre, dont vous pour- 1. Ce Nerot était un exempt de la prévôté. 2. On voit que ChamiUart aurait voulu adoucir les ennuis de M. de Surville; mais le Roi fut inflexible. Le public trouva la punition trop sévère, et dans ce temps-là même 256 DE SURVTLLE. rez avoir entendu parler. Le Roi a jugé à propos d'en renvoyer la connaissance à MM. les maréchaux de France, et m'a ordonné de vous faire savoir que son intention est qu'ils la décident. Je vous adresse pour cet effet les informations qui en ont été faites en ce temps-là, et un ordre de S. M. au gouverneur de la B., où M. de Surville est détenu, pour le laisser transférer de là, dans l'endroit où MM. les maréchaux de France le jugeront à propos, pour la fa- cilité de l'instrîiction de l'affaire; vous me mettrez, s'il vous plaît, en état de rendre compte à S. M. de leur décision. (A. G.) LE MÊME A M. DE SAINT-MARS. Vcr?ailleSj 4 janvier J*OG. Vous m'avez fait bien plaisir de me faire part de la décision de MM. les maréchaux de France, sur l'aflaire entre M. le marquis de Surville et M. de la Barre, et je vous en remercie. (A. G.) LE MÊME AU MARÉCHAL D'ESTRÉES. Marly, 1 janvier 1706. J'ai informé S. M. des motifs qui avaient déterminé MM. les ma- réchaux de France à rendre le jugement qu'ils ont prononcé sur l'affaire de M. de Surville et de la Barre; elle m'a paru persuadée qu'ils n'avaient eu d'aulre intention que de satisfaire à leurs obli- gations. (A. G.) LE MÊME A M, DE SURVILLE. V^ersailles, 15 janvier 1706. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire; Il m'a paru que S. M. approuvait la manière soumise avec laquelle vous avez reçu la peine qu'elle vous a imposée; personne ne désire plus que moi, qu'après vous avoir ôlé son régiment, il lui reste une l'évèque d'Orléans, M. de Coislin, ayant été accusé d'avoir donné le fouet avec trop de vivacité à un enfant de chœur, sans que le Roi s'en émut, son indulgence ne fut pas moins blâmée, témoin les vers suivants : Quand je vois Surville en prison- Pour une bagatelle, Que je vois traiter de chanson De Coislin la querelle, En me récriaut je conclus, Du fond de ma pensée, Qu'il vaut mieux découvrir un cul Qu'une tête pelée. DE SURVILLE. 257 idée assez forte de vos services pour vous consoler par quelque récompense. S'il ne tient qu'à mes représentations, vos peines se- ront bientôt adoucies. (A. G.) LE MÊME A M. DE CHOISy. Versailles^ 3 février 1706. Vous ne devez avoir aucune inquiétude sur la liberté de mon- sieur votre fils. J'ai peine à croire qu'il puisse l'obtenir sans votre participation; il est vrai qu'il voit quelqu'un de ses parents; mais je n'ai pas pu le refuser aux instantes prières de sa famille; je crois même que cela lui était assez nécessaire. (A. G.) LE MÊME A M. DE SAINT-MARS Versailles, 8 février 1706. Le Roi trouve bon que vous permettiez à M. le marquis de Sur- ville de se promener dans le jardin de la B., puisque vous croyez que cela peut contribuer à sa santé. Versailles, 2 août 1706. Je suis bien fâché d'apprendre l'indisposition de M. le marquis de Surville; le Roi, à qui j'en ai rendu compte, m'a ordonné de vous faire savoir que S. M. trouve bon que vous lui permettiez de se promener dans le jardin de l'Arsenal, avec M. du Junca. (A. G.) LE MÊME A M. DE SURVILLE. Versailles, 6 septembre 1706. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle vous demandez la permission de pouvoir faire la révé- rence à S. M.; elle a bien voulu vous l'accorder, et vous pouvez vous présenter devant elle quand vous le jugerez à propos. (A. G.) LE MÊME AU DUC DE GUICHE *. Versailles, 7 septembre 1706. Je suis bien en peine d'une lettre que j'ai eu l'honneur de vous 1. Antoine, duc de Guiche, maréchal de France en 1724, mort le 6 septembre 1725, âgé de 53 ans. Saint-Simon dit à propos de cette affaire : « Le Roi fit entrer La Barre dans son cabinet, là il lui dit qu'il avait eu un démêlé avec Surville, où il n'avait aucun 17 258 MADAME DE SASSY. écrire de ma main, par laquelle je vous mandais que le temps de la prison de M. de Surville étant expiré, le Roi lui permettait de sortir de la B. ; que S. M. désirait que M. de la Barre demeurât auprès de vous le reste de la campagne, qu'il ne vous quittât point devant d'être arrivé à la cour, et qu'à votre arrivée, vous le meniez au Roi, S* M. désirant lui parler avant qui que ce soit. Vous connais- sez l'importance dont il est que cet ordre soit exécuté à la lettre. Je vous prie de me faire réponse le plus tôt que vous pourrez. (A. G.) MADAME DE SASSY Débauche. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi 29 mai, à 7 heures du soir, M. le commissaire Cailly, Duval, capitaine du guet et un de ses officiers ont mené, etc., madame de Sassy, femme d'un colonel d'infanterie, laquelle on a mis au-dessus de ma salle, renfermée aux soins de la femme porte- clefs, et de la dame Françoise sa gouvernante pour coucher dans sa chambre, et M. le gouverneur lui a donné une iemme pour la servir, qui est renfermée avec elle dans la même chambre*. (B. A.) tort, que Surville avait été puni, que lui était un vieil officier dont la réputation était établie depuis fort longtemps, qu'ainsi il lui demandait, comme à son ami, qu'il lui sacrifiât son ressentiment, et si cela ne suffisait pas comme Roi et son maître, mais qu'il croyait qu'il aimerait mieux s'en tenir à la première partie, et qu'il désirait qu'il le fit de bonne grâce lorsqu'ils seraient accommodés par les maréchaux de France. On peut juger quelle fut la réponse et la conduite de La Barre à un discours aussi rare dans la bouche d'un grand Roi et à un petit particulier de sa sorte. Les maréchaux de France les accommodèrent huit jours après, mais Surville demeura perdu. » 1. Ordres d'entrée du 29 mai, et de sortie de juillet 1703. Contre-signes Pontchar- train. Marguerite Gaudon, veuve de P. de Troussebois, seigneur de Ris, avait épousé en secondes noces Nicolas de Vauquelain, seigneur de Sassy, colonel d'infanterie. Elle avait alors 50 ans, et le mari n'avait pas encore atteint la trentaine ; elle était pauvre, et lui fort riche. La famille de M. de Saissy crut que la dame était sorcière, et le jeune mari ayant disparu, les beaux frères accusèrent madame de Sassy de l'avoir fait périr par ses maléfices, et obtinrent une lettre de cachet pour la mettre à la B. 2. Madame de Sassy venait du For-l'Évùque, où elle avait passé trois semaines. MADAME DE SASSY. 2o9 d'aRGENSON a m. rONTCCARTRAIN. Paris, 6 juillet nos. J'ai l'honneur de vous envoyer les déclarations de tous les domestiques de madame de Sassy et son interrogatoire, j'y joins suivant vos ordres des copies de ses déclarations pour vous servir de mémoire, et je crois toujours que madame de Sassy a persuadé à son mari que l'enfant qu'elle élevait avec tant de soin était leur fils et le fruit d'un commerce prématuré qui a été public, et dont l'aveu ne l'embarrasse guère ; je pense aussi que la présence d'un mari ne convenant pas à une femme de ce caractère qui s'était mis en tête d'avoir le bénéfice sans les charges, elle a mis tout son savoir-faire en usagé pour lui inspirer le désir de voyager ; flatter ses faiblesses, lui donner du goût pour les visions, éloigner sa per- sonne, rapprocher son bien et s'en assurer la disposition par toute sorte de moyens. On sait que le chef-d'œuvre de la coquetterie consiste à voir rarement un amant qui ne plaît pas et le ruiner, c'est ce que là dame de Sassy faisait à merveille, mais je doute fort et j'ai^ toujours douté qu'elle en ait voulu à sa vie; il me sem- ble que les déclarations que j'ai reçues prouvent évidemment les deux conjectures que je viens de vous proposer, mais qu'elles n'établissent rien de plus ; les circonstances qui la chargent davan- tage, et qui font le mieux connaître le mauvais cœur de celte femme qui n'a jamais eu dans ses attachements un certain carac- tère d'honneur et de probité qui les peuvent faire excuser devant les hommes, ce sont le commerce secret de lettres et les entretiens particuliers qu'elle a eus avec le Grec, la fausse confidence qu'elle a faite à son mari touchant la visite du Carme *, la supposition de l'enfant, sinon à l'égard du public, du moins par rapport à M. de Sassy, ses fausses grossesses qui se succédaient les unes aux autres, les vaines frayeurs qu'elle affectait de lui inspirer, et le change- ment général de tous ses biens patrimoniaux dont la situation ne convenait pas à ses intérêts, ce sont aussi les objets principaux du procès criminel et je suis persuadé qu'on ne les perdra pas de vue dans l'instruction. M. de Bansigeac, beau-frère de notre accusée, m'apporta hier une lettre qu'il prétend être de l'écriture de M. de Sassy, et 1. Ce Grec était un foi'ban dont madame de Sassy se servait pour effrayer son mari, et le Garme^, un moine qui était employé par elle dans le même dessein. 2C0 MADAME DE SASSY. M. Guiot, son notaire, assure qu'elle en est effectivement ; sa date qui est du 30 de mai, ôterait en ce cas tout soupçon de meurtre et d'assassinat, mais elle prouverait en même temps que les visions de M. de Sassy l'ont conduit chez les ennemis, où quelque inutile qu'il leur puisse être, il ne lui est pas permis de demeurer au pré- judice des lois de la guerre. Cette évasion le rend même criminel d'État, et je ne sais si elle ne donne pas un titre au Roi pour mettre ses biens en régie, et pour en ôter l'administration aux personnes qui les gouvernent en vertu de sa procuration, ainsi la dame de Sassy ne trouverait pas son compte à cette lettre dont je prends la liberté de vous envoyer une copie, et si mon idée vous paraît juste, il pourrait devenir nécessaire qu'on fit un inventaire exact des effets de M. de Sassy pour les mettre sous la main du Roi jusqu'à son retour, car on peut dire encore une fois que si cette nouvelle lettre (en la présupposant véritable) justifie madame de Sassy du crime particulier qu'on lui impute, elle convainc M. de Sassy d'un crime public dont il ne serait pas impossible que sa femme fût re- gardée comme complice, si les intrigues et les ressorts qu'elle a fait jouer, par un principe de libertinage ou d'intérêt, ont déter- miné son mari à le commettre, les lumières que vous tirerez de la lecture de ces déclarations et de cette lettre, vous conduiront beau- coup plus loin que mes réflexions, et j'attendrai avec respect les ordres dont il vous plaira de m'honorer. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M, d'aRGENSON. Versailles, 8 juillet 1705. Le lieutenant criminel et le procureur du Roi proposent de lais- ser à la B. madame de Sassy, pendant qu'ils instruiraient et juge- raient son procès à la charge de l'appel, mais le Roi ne l'a point voulu ainsi ; j'envoie l'ordre à M. Duval pour la transférer au Châ- telet, où elle sera écrouée suivant le décret du lieutenant criminel, auquel j'envoie les copies de ses interrogatoires, lui mandant que s'il a besoin des originaux ou des autres choses qui se trouveront en votre possession, il n'aura qu'à vous les demander. (A. N.) JOURNAL DE M, DU JUNCA. Du jeudi 9 juillet, à 9 heures du soir, M. Duval , inspecteur du guet et garde de nuit, a porté l'ordre, etc., pour lui remettre dans le MADAME DE SASSY. 261 moment madame de Sassy, de Ris, pour la transférer au grand Châtelet, ce qui a été fait et exécuté. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. LE CONTE, LIEUTENANT CIVIL. Marly, 27 janvier 1706. Après avoir rendu compte au Roi de ce que vous et M. le pro- cureur du Roi m'avez écrit concernant l'affaire de madame de Sassy et de la demoiselle de Ghambonneau *, S. M. m'a ordonné de vous écrire, de faire toutes les procédures auxquelles le minis- tère de votre charge vous engage pour rendre justice aux parties, en observant de me mander ce qui se passera pour en rendre compte à S. M., sans néanmoins que ce compte que je dois lui rendre doive vous arrêter dans toutes vos procédures auxquelles S. M. ne prend part que par une simple curiosité. Marly, 17 février 1706. Pour ce qui est de l'affaire de madame de Sassy, continuez aussi, s'il vous plaît à me faire savoir ce qui y arrivera de nouveau. 24 mars 1706. Vous m'avez fait plaisir de me mander le jugement de l'affaire de madame de Sassy, il ne me reste qu'à vous prier de me faire savoir si elle est sortie depuis, et si M. de Villiers a acquiescé au jugement où s'il en a appelé. Marly, 5 juillet 1706. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, concernant l'interro- gatoire que vous avez fait subir à madame de Sassy ; je vous prie de m'en envoyer un extrait, et comme il n'y a pas lieu de douter que cette femme ayant eu plusieurs aventures pendant sa vie, il ne se trouve indépendamment du procès dont il s'agit aujourd'hui, plusieurs choses curieuses dans ses papiers, et même divertissantes par rapport à sa conduite passée, si en examinant ces papiers vous trouvez quelque chose de celte nature, je vous prie de m'en faire part. (B. N.) 1. Cette dame Ghambonneau était une veuve très jolie et qui savait tirer grand parti de sa beauté; ou l'avait reléguée à Rouen pour couper court à ses intrigues avec le duc d'Estrées; elle n'avait pu s'empêcher d'entrer dans les menées deM">e de Sassy. Comme c'était une simple bourgeoise, Pontchartrain l'appelle demoiselle, parce qu'alors le titre de madame n'appartenait qu'aux femmes nobles. 262 HUCHET. LE MÊME A M. DE YILLIERS '. Marly, 20 juillet 1707. M. Lempereur, commissaire ordonnateur de la marine à Saint- Malo, m'écrit qu'il n'a pu exécuter le contenu en votre mémoire, que je lui ai envoyé, parce qu'il ne l'a pas reçu assez à temps ; M. de Sassy étant arrivé auparavant à Saint-Malo par bateau exprès qui l'a apporté', de manière qu'il n'a pu l'empêcher de loger chez un bourgeois, à qui madame sa femme en avait donné l'ordre, mais comme il a pris toutes les autres précautions qui lui ont été prescrites, en le faisant interroger par le sénéchal, il est persuadé que cela n'aura rien gâté, il ajoute qu'il n'est que trop vrai qu'il a l'esprit tout à fait égaré; et que sa principale folie est de croire qu'il est prisonnier d'État et qu'on ne l'a ramené en France que pour lui faire son procès , de sorte que personne ne l'approche qu'il ne s'imagine qu'on vient l'enlever; que cependant comme M. le marquis de Thianges a fait tout ce qu'il a pu pour le gué- rir de cette imagination, et qu'il lui a fait de son côté toutes sortes d'avances d'honnêtetés, il paraissait que son esprit était un peu calmé. J'ai cru devoir vous faire part de cet avis, afin que vous puissiez donner sur cela les ordres que vous estimerez nécessaires. (A. M.) HUCHET3, Libelles. PONTGUARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 23 mai 1703. Puisque l'avis donné contre Huchet paraît fondé, S, M. veut que vous le fassiez arrêter et qu'il soit mis à la B., où vous l'interro- 1. Poitevin de Villiers, conseiller au parlement, qui avait épousé mademoiselle de Vauquelin, sœur du colonel de Sassy. 2. M. de Sassy s'était réfugié dans l'ile de Jersey. 3. Ordres d'entrée du 3 juin 1705, et de sortie du 21 avril 1706. Contresignés Pont- chartrain. Cet homme avait le soin de la bibliothèque de feu M. Courtin, conseiller d'Etat; il se justifia en prouvant que les mauvais livres trouvés chez lui avaient été achetés pour le compte de son patron. HIICHRT. 263 gérez aussitôt, afin de savoir de lui ses intrigues et les lieux où sont ses magasins, et tâcher de saisir ce qui s'y trouvera, avant qu'on puisse rien détourner, et si ses magasins sont en lieux où vous ne puissiez envoyer, vous me le ferez savoir, s'il vous plaît, afin que S. M. y donne ordre. (A. N.) M. d'argenson a pontcharïrain. Paris, 29 mai 1705. Je ferai conduire à la B. Hucbet, aussitôt que j'en aurai reçu l'ordre, et je prendrai toutes les mesures nécessaires pour pénétrer dans ses magasins, comme vous me faites l'honneur de me l'or- donner. Apostille de Pontcharïrain : Bon, lui envoyer. Prendre garde où on l'arrêtera. (B. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 17 juin, MM. le commissaire Cailly et Duval, du guet, ont mené, etc., M. Huchet qui a été neuf années à M. de Courtin, et ensuite à M. de Gourguesd'Aunay, accusé de faire débit depuis longtemps de mauvais livres défendus. (B. A.) PONTCHARTRAIN A l'iNTENDANT D'ALENÇON. 21 avril 1706. On avait été obligé de mettre à la B. Huchet, originaire du Pont- du-Bois, près d'Alençon, pour les raisons que vous verrez jointes à cette lettre ; le Roi a bien voulu le faire mettre en liberté, avec ordre de se retirer à Alençon, ou au moins dans l'élection, et S. M. m'a en même temps commandé de vous en avertir, afin que vous puissiez avoir attention sur sa conduite. (A. N.) LE MEME A H. d'ARGENSON. Marly, 19 mai 1706. Vous pouvez, ainsi que vous le proposez, donner au nommé Huchet le tiers du prix de la vente de ses livres, et le surplus au sieur Duval pour ses frais et peines. (A. N.) 264 PLATET. PLATET*; LAURENT 2; l'abbé MAINVILLE et sa sœur 3. Calomnie. PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. 1er juillet 1702. Les insolences de Cl. Platet, Savoyard, ne peuvent point être dis- simulées, ainsi il faut le faire mettre à la B., suivant l'ordre que je vous envoie, l'interroger à fond, et m'envoyer son interrogatoire. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 4 juillet, M. Duval, lieutenant du guet, a mené, etc., Platet, transféré du For-1'Évêque. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Versailles, 12 août 1705. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit concernant Platet, prisonnier à la B., et S. M., qui a regardé avec indignation la fausse accusation faite contre cet homme, veut qu'il soit pro- cédé par les voies ordinaires, tant contre les calomniateurs que contre le calomnié, s'il y avait lieu ; ainsi je mande à M. le lieute- nant criminel et à M. le procureur du Roi de faire sur cela tout ce qui convient dans les formes ordinaires de la justice, même aux dépens de S. M., supposé qu'il y en eut quelques-uns qui puissent tomber sur l'accusé. J'envoie en même temps à M. Robert le mémoire contenant la dénonciation et les interrogatoires, pour en faire l'usage qu'il trouvera à propos, et j'y joins une lettre de cachet de laquelle il se servira, soit pour mettre en liberté Platet qui est à la B., soit pour le faire transférer dans les prisons. (A. N.) 1. Ordres d'entrée du i" juillet 1705, et de sortie du 12 août 1705. 2. do du 14 octobre d° d» du 18 novembre 1705. 3. d» du 18 novembre d» d» du 2 juin 1706. Ordres contre-signes Pontchartrain. LAURENT. 265 LE MÊME A M. ROBERT, PROCUREUR DU ROI. Versailles, 12 août 1705. Il y a quelque temps que deux particuliers, Coulard et Haupin, firent une dénonciation entre les mains du commissaire Parisot, contre Platet, Savoyard, qu'on crut devoir faire mettre à la B., à cause des conjonctures du temps ; par les interrogatoires que je vous envoie, tant; de l'accusé que des accusateurs, il y a toute appa- rence que ceux qui l'ont calomnié l'ont fait mal à propos et sont des fripons ; et comme le Roi ne veut point que ce crime demeure impuni, S. M. m'a ordonné de vous écrire de le suivre à votre requête par les voies ordinaires de la justice, avec toute la vivacité que la chose mérite, et de faire toutes les procédures que vous trouverez à propos sans qu'il en coûte rien à l'accusé, S. M. en voulant bien payer la dépense, s'il y en a à faire. Je vous envoie même un ordre pour le tirer de la B., afin de le mettre en liberté ou de le faire transférer dans vos prisons, si vous le jugez nécessaire. Je vous prie de me mander la suite qu'aura cette affaire. Marly, 23 août 1705. Lorsque le Roi m'a ordonné de vous écrire au sujet de Platet, ça été en vue que vous le ferez châtier, s'il est coupable, et de même que vous lui ferez justice contre ses calomniateurs, s'il a été faus- sement accusé. Je n'ai donc, sur la dernière lettre que vous m'écri- vez à cette occasion, qu'à vous recommander de faire justice aux uns et aux autres le plus promptement qu'il se pourra. (A. N.) LE MEME A M. D ARGENSON. Fontainebleau. 14 octobre 1705. Je vous envoie un ordre pour faire mettre à la B. Laurent, où il faudra que vous l'interrogiez sur le cas pour lequel il a été dénoncé, et que vous m'envoyiez copie de son interrogatoire. Marly, 11 novembre 1705. Platet et le Gasion, son dénonciateur, ont été renvoyés, ne s'étant pas trouvé de preuves suffisantes de part et d'autre; ainsi que me l'a mandé M. le lieutenant criminel, il ne les a fait mettre en liberté qu'après m'en avoir donné avis. 2fi6 MAINVILLE. Versailles, 18 novembre 1705. Je vous envoie l'ordre pour faire transférer de la B. à l'hôpital Laurent. Le Roi veut que Mainville et sa sœur soient mis à la B., dans des lieux séparés où vous les interrogerez à fond le plus tôt qu'il se pourra sur toutes les choses dont vous les croirez coupables, et me mandez ce qu'il conviendra faire d'eux, afin de le proposer au Roi. ^ (A. N.) M. d'argenson au commissaire thomin. 29 décembre 1705. Je vous prie de prendre la peine devons informer incessamment quelles sont les mœurs et la conduite de Périchon et sa femme, et de la Corniquet, qui demeurent à la montagne Sainte-Geneviève, chez la dame veuve Massé, le tout secrètement, et de me mander ce que vous en aurez pu apprendre. Apostille du même. 2 janvier 1706. M. le commissaire Camuzet pour m'en parler et proposera M, de Pontchartrain leur sortie, sans attendre la visite générale; il faudra seulement que je leur parle à la B. un de ces jours, m'en parler auparavant. (B. A.) LE commissaire THOMIN A M. D ARGENSON. Je n'ai pas manqué, suivant la lettre que vous m'avez fait l'hon- neur de m'écrire, de m'informer avec toute l'exactitude et tout le secret possible, de la conduite des particuliers y dénommés. J'ai appris des locataires et voisins de la maison où ils demeurent, que Périchon était un homme sans emploi et iin malheureux, et qu'il n'avait d'autre profession depuis un an et demi que celle de battre le pavé, qu'ayant été commis de M. Bruneau, il en fut chassé pour friponnerie, que sa femme aune très mauvaise langue et très pernicieuse ; que la Corniquet, femme d'un étalier boucher, qui demeure en même maison, est d'un même caractère et très dangereuse, que la grande liaison qu'ils ont eue ensemble leur a fait comploter de perdre l'abbé de Mainville et sa sœur, qui sont actuellement à la B., que ce Périchon s'est vanté en plusieurs endroits qu'il voulait les perdre ; il a répandu qu'ils n'étaient point MAINVILLE. 267 frère et sœur, qu'ils vivaient ensemble en mauvais commerce, et que la demoiselle de Mainville était une sorcière; j'ai aussi appris que, pour parvenir à les perdre, tes moyens en avaient été tramés chez la Corniquet, oii Périchon est continuellement. L'on m'a même assuré qu'Aulmont le jeune, exempt qui les a arrêtés l'un et l'autre, hantait fort souvent chez cette Corniquet, et cela par rap- port à la veuve d'un boucher, Démet, avec laquelle il a grande liai- son et fréquentation. Cette veuve, dont les mœurs et la conduite sont très déréglées, est sœur du mari de la Corniquet, et si le sieur et demoiselle de Mainville ont été arrêtés sur des mémoires, ils ne viennent que de la part de ces canailles-là. J'ai aussi appris de M. Cbaretier, ci-devant greffier en chef de l'Amirauté, qui demeure sur les fossés de l'Estrapade, que Périchon le fut trouver, il y a quelque temps, pour lui dire que puisqu'il ne voyait plus les sieur et demoiselle de Mainville, il devait se joindre avec lui pour les perdre, qu'il avait juré leur perte, qu'il ferait entendre que l'abbé de Mainville n'était point le frère de la de Mainville, et qu'ils se faisaient passer pour frère et sœur pour cou- vrir le commerce qu'ils avaient ensemble, et que sa femme ferait entendre que la de Mainville était une sorcière, et qu'elle lui avait vu faire des figures'et des postures d'une possédée. Que Charetier rejeta cette proposition et lui répondit qu'il avait toujours connu les sieur et demoiselle de Mainville pour frère et sœur, et de fort honnêtes gens. Permettez-moi de vous dire qu'il y a bien de la friponnerie en tout cela, j'ose même vous assurer, pour la justificaifion du frère et de la sœur, que je n'ai rien appris d'eux qui ne fût conforme aux bonnes mœurs. J'ai reçu plusieurs plaintes verbales et une par écrit contre ce Périchon, de la part de la demoiselle de Mainville, dont 6 prends la liberté de vous envoyer une copie. (B. A .) M. d'aRGENSON a PONTCHARTRAIN. Paris, 21 janvier 1100. Avant de vous proposer un avis définitif touchant Cabart de Mainville et sa sœur, comme je le ferai, suivant vos ordres, dans l'état général de la B., que j'aurai l'honneur de vous envoyer inces- samment, je crois, dans le doute où je suis, si ces deux prisonniers sont de la même famille et si leurs liaisons n'avaient pas pour 268 LAURENT. principe un commerce criminel, qu'il serait à propos que vous voulussiez bien écrire à M. de Courson, afin qu'il fasse vérifier sur les registres des baptêmes de la paroisse de Saint-Thomas d'Évreux, où ils disent avoir été baptisés, si leurs noms s'y trouveront avec cette qualification : le frère, qui se nomme Gilles Cabart, est âgé de 60 ans, et a été baptisé vers le mois d'août 4644 ou 1645, et la sœur, qui se nomme Brigide Cabart, est âgée de 33 à 34 ans, et n'a été baptisée qu'en 1672, 1673 ou 1674. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE COURSON, INTENDANT A ROUEN. Versailles, 2o janvier 1706. On a besoin de quelques éclaircissements sur la naissance du sieur Cabart de Mainville et sa sœur, ainsi que vous le verrez par la lettre de M. d'Argenson, que je vous envoie -, je vous prie de donner ordre à ce que j'aie le plus tôt qu'il se pourra les extraits demandés. (B. N.) LE MÊME A M. d'aRGENSON. Versailles, 2 juin 1706. Le Roi a bien voulu faire mettre en liberté Cabart de Mainville et sa sœur, à condition qu'ils se retireront à Evreux. (A. N.) RAPPORT DE M. d'ARGENSON. 8 décembre 1706. R. Laurent, mis au château de Bicêtre. II est âgé de 54 ans, originaire de Paris. Il avait été conduit à la B. pour avoir dit à la demoiselle Laurent, sa sœur, que dans l'extrémité fâcheuse oii i! se trouvait, si elle ne lui donnait de l'argent pour subvenir à ses besoins, il tuerait le Roi, où qu'il feindrait d'attenter à sa personne sacrée, mais que lorsqu'il serait arrêté, il déclarerait que sa famille l'avait porté à former ce projet affreux. Il avait 15 ou 20,000 liv. de bien qu'il a dissipées avec des femmes d'une prostitu- tion publique. Revenu de sa première fureur, il est tombé dans une espèce d'imbécillité dont il paraît assez revenu depuis quelque temps, mais je n'oserais proposer la sortie d'un homme qui a tenu de pareils discours et dont l'imagination a été remplie de pareilles idées. En 1708. Lui-même ne demande pas sa sortie, peut-être com- prend-il bien qu'il n'en pourrait faire qu'un mauvais usage. DE SERVILLE. 269 En 1709. II a été malade d'une rétention d'urine, mais il en est presque guéri. En 1710. Il paraît assez tranquille, et cependant je ne crois pas qu'il fut prudent de le rendre libre. En 1711. La réponse de M. de Pontchartrain du 1" juillet 1710, qui suivait mon dernier état, porte que le Roi m'ordonnait d'exa- miner ce qu'on pourrait faire de ce prisonnier, mais comme il est originaire de Paris, qu'il n'a aucun bien, que sa femme est réduite à demander l'aumône et que ses parents ne veulent pas absolument se charger de lui, je pense qu'il n'est pas moins juste que néces- saire de l'oublier à l'hôpital, et je croirais manquer à mes premiers devoirs si je proposais sa liberté au hasard des suites fâcheuses qu'elle pourrait avoir. En 1712. On pourrait seulement donner les cours à ce pauvre homme, qui passerait parmi les bons, en prenant toutes les précau- tions nécessaires pour empêcher qu'il ne s'évade. Apostille de Pontchartrain : Bon. La même chose en 1713. En 1715. On en rend aujourd'hui de bons témoignages, mais ils ne me porteront pas à proposer de lui rendre sa liberté, qu'il ne demande pas aussi, et qu'il serait bien fâché qu'on lui rendît. Apostille de Pontchartrain : Liberté, permis d'y demeurer. (10 septembre 1715.) (B. N.) DE SERVILLE^; Dame DE SERVILLE 2. Détournement de fonds. M. D ARGENSON A PONTCHARTRAIN. Paris, 28 septembre 1705. J'ai l'hormeur de vous envoyer le procès-verbal du commissaire de la Jarrie, touchant l'évasion de Serville, et le bris du scellé d'une de ses cassettes pour en tirer ses deux principaux porte- 1. Ordres d'entrée du 28 septembre 1705, et de sortie du 30 septembre 1706. 2. d» du 7 novembre d° d" du 5 février 1706, Ordres contre-signes Pontchartrain. 1. Nous n'avons pas pu découvrir quel était le titre de l'emploi exercé par ce comp- table infidèlej ce devait être un caissier des trésoriers de la marine. 570 DE SERVILLE. feuilles, mais ce qui prouve invinciblement que sa femme avait formé et prémédité cette entreprise, c'est qu'en sortant de chez elle sur les deux heures après-midi, elle dit à sa servante qu'on ne la verrait pas sitôt et emmena son fils unique, sans qu'on ait pu savoir encore à qui elle a confié ce jeune enfant; elle alla ensuite chez M. Duval, s'entretint avec son mari, plus de deux heures, fei- gnit de se trouver mal, et sortit peu de temps après; le mari soupa seul, comme j'eus l'honneur de vous l'écrire hier, affecta aussi une maladie fort pressante, se fit conduire aux lieux communs et s'é- vada comme vous l'avez vu. Le commissaire de la Jarrie a remar- qué que la corde qui entourait la cassette scellée a été coupée en deux endroits et que cette cassette était dans la chambre de M. Duval qui avait permis à M, de Serville d'y recevoir ses visites, quoi qu'il couchât dans un autre appartement qui est au second étage. C'est dans cette même chambre que M. et madame de Ser- ville s'entretinrent hier si longtemps, et c'est apparemment durant cette conversation qu'ils s'emparèrent des papiers qu'on ne trouve plus. M. Duval s'est assuré ce matin du laquais qui les servait, et comme leur maison se trouve abandonnée, j'ai cru qu'il était à propos d'y établir un gardien pour empêcher que ce qui y reste de meubles ne fût pillé ou diverti. J'oubliais d'avoir l'honneur de vous dire que la dame de Serville a emporté les six cuillères et les six fourchettes d'argent qu'on lui avait laissées pour son usage, ce qui confirme de plus en plus le dessein et la préméditation de sa fuite. Je reçois dans ce moment la lettre que vous m'avez fait l'hon- neur de m'écrire, touchant l'évasion de M. de Serville et l'ordre du Roi qui m'autorise à les envoyer à la B., lui et sa femme. Si je les avais pu joindre, ils y auraient été conduits sur-le-champ, et per- sonne en ce genre-là ne l'a mieux mérité, mais il n'est pas facile de pénétrer leurs intentions ni leurs marches, et je n'espère plus que le laquais qui est entre les mains de M. Duval nous donne aucune indication sur ce sujet; il faudra donc chercher d'autres mesures et mettre tout en usage pour empêcher qu'une insolence aussi scandaleuse ne demeure pas impunie ; au reste si vous ordon- nez que j'informe judiciairement, les règles veulent que j'y sois autorisé par un arrêt, et le procès-verbal du commissaire de la Jarrie y peut donner lieu, mais quelle preuve résultera de mon information que son procès-verbal n'établisse suffisamment ; d'ail' DAME DE SERVILLE. 271 leurs, révasion d'un prisonnier qui était en charte privée, ne peut être regardée comme un crime capital, et avant d'instruire le bris du scellé qui peut être la matière d'une accusation criminelle, je pense qu'il serait à propos de faire déclarer M. de Serville reli- quataire envers les trésoriers généraux de la marine, mais je ne sais si lorsqu'on aura constaté et liquidé son reliquat, il ne con- viendrait pas mieux qu'il plût au Roi de leur adjuger ce que leur commis fugitif à laissé de meubles et d'effets dont en ce cas il fau- drait faipe un inventaire plutôt que de les engager dans la néces- sité fâcheuse de faire instruire une contumace à grands frais et au hasard des incidents qui en peuvent interrompre ou prolonger le cours. Je m'expliquerai avec M. de Vanhol sur tout cela, si vous l'ordonnez, cependant comme M. Serville a pour caution son beau- père, notaire à Sordun, près Provins, ne jugeriez-vous pas à propos de m'envoyer un ordre pour le faire arrêter et qu'on mît en sûreté tous ses effets, pour répondre du reliquat de son gendre? Pans, 8 novembre 1705. Vous savez que la femme fut arrêtée hier au soir et conduite à la B. suivant vos ordres, qu'elle était cachée dans la maison de son beau-frère, comme on l'avait soupçonné d'abord, et qu'on a trouvé sur elle plusieurs papiers et mémoires qui serviront à éclair- cir les comptes de son mari ; mais s'il n'y a parmi ces papiers au- cuns effets actifs, je crains bien qu'aux termes de la résolution que vous avez prise de renvoyer les comptes de M. de Serville par de- vant les juges ordinaires, sans y faire entrer l'autorité immédiate du Roi, l'emprisonnement de sa femme ne soit pas d'un grand usage, ni aux trésoriers généraux, ni à S. M. (A. M.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. Versailles, 30 décembre 1703. Je vous envoie une lettre que M. de Vanhol m'a écrite sur l'af- faire de la dame de Serville, vous verrez qu'il propose que vous preniez la peine de voir cette femme, pour lui faire entendre qu'on la mettra en liberté, en remettant à M. de Vanhol, sur sa recon- naissance en forme, pour 30,000 livres de bons effets, avec une caution de 15,000, à laquelle elle a évalué ses meubles et sa vais- selle d'argent, qu'elle lui remettra aussi le consentement de son mari, pour toucher ce que madame de la Ravoye pourra lui devoir, 272 DAMi: DE SERVILLE.. et que M. de Surville donnera pouvoir à sa femme d'arrêter con- jointement avec son père les comptes des années 1696 et 1697. Il demande encore que cette femme ne soit pas mise en liberté que son compte ne soit arrêté. Vous verrez les autres demandes qu'il fait par sa lettre. Comme il ne convient point de rendre d'arrêt sur cette affaire, ni de procéder juridiquement, il est nécessaire de trouver le moyen de la finir autrement. Si vous estimez que ce que M. de Yanhol propose soit praticable, il me paraît à propos de le faire ; si vous croyez qu'il en demande trop, il faut que vous l'en- gagiez de se contenter de ce qui est raisonnable pour finir entière- ment. Je vous prie de me faire savoir le parti que vous prendrez, et ce que vous estimerez à propos de faire. J'écris à M. de Vanhol de vous voir sur cela. Je vous envoie aussi une lettre que m'écrit madame Desmaretz, qui se prétend, comme vous savez, créancière dudit sieur de Ser- ville, vous me ferez plaisir de lâcher de finir son affaire en même temps. (A. M.) M. D ARGENSON A PONTGHARTRAIN. Paris, 27 janvier 1706. Enfin, la dame de Serville offre de consigner entre mes mains pour 19,000 livres de billets, suivant le bordereau que j'ai l'hon- neur de vous envoyer; elle promet d'y joindre une caution de 6 ou 7,000 livres pour la valeur de ses meubles, autres que sa vaisselle d'argent qui en vaut bien quatre, et je crois qu'on pourra l'engager encore à fournir une caution de 10,000 livres pour remplir les 10,000 écus de la première proposition, mais elle vous supplie de vouloir bien lui accorder sa liberté sous ces trois conditions; je pense néanmoins qu'il est à propos d'en exiger une quatrième, en l'obligeant d'indiquer une personne solvable qui veuille bien la prendre à sa garde et se soumettre à la représenter toutes les fois que vous l'ordonnerez ; il semble même que cette dernière condi- tion est la plus importante pour avancer l'examen et l'apurement des comptes dont il s'agit; mais comme la vue de l'ordre du Roi qui la tirera de la B. fera sur elle plus d'impression que tous les raisonnements qu'on pourrait lui faire, je crois que si vous trou- vez bon de me l'adresser, il me servira de véhicule pour terminer cette affaire qui vous est à charge depuis si longtemps. Celle de DAME DE SERVILLE. 273 M. Duguay entre nécessairement dans la discussion des comptes qui sont à rendre, et ne se peut régler facilement qu'avec le comp- table ; ainsi, la sortie de la dame de Serville paraît devoir précé- der le jugement de cette contestation, et madame la marquise Desmaretz regarde avec raison la liberté de sa débitrice comme le moyen le plus propre pour assurer sa créance particulière et pour s'en procurer le payement. Toutes ces considérations me portent donc à vous la proposer sous les modifications que j'ai ex- pliquées, et me font espérer que ces premiers pas nous conduiront bientôt à l'éclaircissement des véritables difficultés qui retardent depuis tant d'années le payement des comptes de M. de Serville. 6 février 1706. La dame de Serville sortit hier de la B., après avoir accepté, en présence du caissier de M. de Vanhol, les conditions qu'il vous a plu de lui prescrire par la dernière lettre dont vous avez bien voulu m'honorer sur ce sujet. Je prends la liberté de vous envoyer une copie du bordereau des effets qui sont déposés entre mes mains pour sûreté du débet des comptes de M. de Serville, et une autre copie de la soumission que m'a donnée M. Fournier, de représen- ter pendant deux mois madame de Serville, sa belle-sœur, au pre- mier ordre qu'il vous plaira de lui en donner. Ils paraissent dans la disposition de déférer à tous vos ordres et de soumettre leurs prétentions et leurs défenses aux arbitres que vous aurez la bonté de leur nommer. S'ils s'éloignaient de ce sentiment, on serait tou- jours à portée de les mettre en prison, de l'autorité du Roi, et j'ai dit à M. Duval de ne les pas perdre tout à fait de vue ; je pense qu'il ne serait pas à propos d'arrêter M. de Serville dans cette con- joncture, et que, dans le dessein oij vous êtes de ne pas faire en- trer l'autorité du Conseil dans cette malheureuse affaire, il serait à désirer qu'on le remît en possession des papiers qui sont encore sous le scellé. Pcaris, 2a février 1706. Puisque vous ne jugez pas à propos d'employer l'autorité du Roi dans l'affaire de M. de Serville, je pense que le moyen le plus propre à la terminer solidement, ce serait qu'il vous plût de le ras- surer par un sauf-conduit limité à trois mois, afin qu'étant remis en possession de tous ses papiers, ou les confiant à des arbitres choisis, on pût entrer dans la discussion de ses comptes par voie i8 274 DAME DE SERVILLE. d'amis, leur faire juger incessamment les quatre ou cinq difficultés qui doivent en fixer le reliquat et presser ensuite l'exécution de ce qui aura été arrêté par les arbitres, sous votre bon plaisir. J'ai fait payer à la dame de Serville les intérêts de deux des billets de change qui sont en mes mains, et ce payement a fort calmé son inquiétude; il ne s'agit plus que de lui rendre ses meubles moyen- nant un équivalent dont M. de Vanhol est convenu, d'arrêter les frais de garnison et de capture qui sont dus à M. Duval, et de ré- gler s'ils doivent être pris sur les biens du sieur et la dame de Serville, sans aucune diminution. J'attends vos ordres à cet égard. 11 mars 1700. On peut soupçonner avec beaucoup d'apparence la fidélité de M. de Serville, et l'article des 13,426 livres qui regardent l'intérêt personnel du Roi, ne paraît que trop sérieux; mais pour en assu • rer la vérification, il faudrait, ce me semble, le mettre en état de rendre ses comptes, et les scellés apposés sur ses papiers par ordre de S. M., y font grand obstacle. D'ailleurs, le dessein où vous étiez de faire régler cette grande afi"aire par l'entremise des arbitres, semblait exclure tous les moyens qui naissent de l'autorité supé- rieure, et si celte nouvelle découverte vous déterminait à y reve- nir, ce ne pourrait être sans le secours d'un arrêt que vous voulez éviter; je croirais donc que deux choses sont également néces- saires, la première de rappeler M. de Serville par un sauf-conduit qui donnerait lieu à la levée des scellés et à la remise de tous ses papiers, sans aucun inconvénient; la seconde de faire cesser la garnison de ses meubles, qui se consomment par la continuation de ses frais, au grand préjudice du débiteur et des créanciers. Si M. de Serville était revenu, on pourrait l'engager à soufl'rir l'exa- men de tous ses papiers, non seulement en présence des arbitres nommés, mais sous les yeux des commis généraux de MM. les tré- soriers généraux de la marine, et de telle autre personne qu'il vous plairait d'honorer de votre confiance, afin que, s'il retrouve quelque pièce qui le convainque d'avoir affaibli la recette des fonds extra- ordinaires qui sont entrés dans sa caisse, vous en puissiez être informé d'un moment à l'autre, et donner sur-le-champ tous les ordres que cette découverte vous fera juger nécessaires. Au reste, madame de Serville qui consentait d'abord que ses meubles fussent rendus, et le produit joint au dépôt qui est dans mes mains, n'y DAME DE SERVILLE. 275 veut maintenant consentir qu'à condition que madame la mar- quise Desmarets sera payée de la somme de 4,000 francs, tant de livres, portée par son billet. Elle se plaint aussi de ce que le com- mis de madame de la Ravoye néglige de travailler au compte de 1696, où elle espère de trouver un revenant-bon qui rempla- cera une partie du reliquat de celui de 4697, qui doit être rendu h M. de Vanhol, et il semble que celte plainte n'est pas sans quelque justice. 25 mars 1706. J'ai fait lever la garnison qui consommait en frais les meubles de la dame de Serville ; mais en ordonnant cette mainlevée, je me suis assujetti aux conditions que vous m'avez fait l'honneur de me prescrire ; ainsi, j'ai seulement pourvu au payement des frais de nourriture et d'emprisonnement qui étaient dus à M. Duval ; mais je n'ai compris dans cette taxe aucuns de ceux qui regardent l'éva- sion ; le surplus de la vaisselle d'argent et des meubles de M. de Serville après le payement de ces frais, demeurera sous deux clefs, dont la femme de M. de Serville aura l'une, et M. de Vanhol gar- dera l'autre (les oppositions de madame Des Marets, tenant entre leurs mains), elle aurait bien désiré que j'eusse fait vendre une partie de ses meubles pour en employer le prix au remboursement des 4,285 livres qui lui sont dues par un billet, outre ses loyers; mais je n'ai pu obtenir de M. de Vanhol qu'il consentît à cette pré- férence, et je n'ai pas cru qu'il me fût permis de l'ordonner, si vous ne m'en donnez le pouvoir par un ordre exprès. M. de Vanhol a fait offrir à madame Des Marets de l'admettre en concurrence avec lui, mais elle a fait difficulté d'accepter celte proposition, quoique avantageuse en un sens, parce qu'elle ferait dépendre son paye- ment de l'apurement des comptes qui sont à rendre par M. de Ser- ville; ainsi, l'on ne peut se déterminer dans cette affaire qu'à l'un des trois partis qui suivent. Le premier, de la faire préférablement par une grâce singulière qui serait néanmoins une justice à l'égard des loyers que doit en effet M. de Serville, mais qui ne paraîtrait pas conforme à l'austé- rité des règles, par rapport au remboursement des billets. Le deuxième, de remettre à madame Des Marets une certaine quantité de meubles en nantissement, pour sûreté de la dette, en lui permettant de les vendre à son profit dans cinq ou six mois, 276 DAME DE SERVILLE. soit que les comptes de M. de Serville fussent appurés, soit qu'il fût en demeure de les rendre et de les souder [sic). Le troisième, de renvoyer les prétentions des parties, et par con- séquent la distribution des payements devant les juges qui doivent en connaître. Le premier de ces trois expédients satisferait définitivement madame Des Marets, qui prétend que sa créance doit êlre regar- dée comme une espèce de dépôt ; mais outre que ce dépôt serait volontaire de sa part, il est certain qu'entre plusieurs créanciers de rang égal, il y aurait lieu, dans cette espèce, à la contribution par déconfiture; ainsi la préférence qu'elle obtiendrait sur le trésorier général de la marine, serait une grâce personnelle et inusitée, que le Roi seul peut accorder. Le troisième expédient consommerait toutes les parties en frais inutiles, ne procurerait point à madame Des Marets le privilège qu'elle demande, et l'engagerait dans un procès dont plusieurs années de plaidoieries ne la tireraient pas. Ainsi, je pense que le second expédient est le plus propre à con- cilier les règles de la justice avec celles de l'équité, puis-que, sans donner atteinte aux maximes, et sans exposer madame Des Marets aux longueurs d'une procédure litigieuse, il lui met en main des effets solides qui calmeraient son inquiétude, au moins pour un temps, et dont on pourrait, dans la suite, lui laisser la disposition sans aucun retour, si l'examen des comptes de M. de Serville fait connaître que son reliquat n'est pas aussi considérable qu'on a sujet de le craindre. Paris, 8 mai 1706. La dame de Serville, dont vous m'avez fait l'honneur de me ren- voyer la lettre, demande avec les derniers empressements, que les papiers et les registres de son mari, qui ont été mis, de l'ordre du Roi, sous les scellés d'un commissaire, et à la garde de M. Duval, dès le 7 septembre dernier, lui soient rendus, pour apurer les comptes que son mari doit à M. de Yanhol, trésorier général de la marine, et à madame de la Ravoye; mais si votre intention est que tous ces papiers soient remis en effet à madame de Serville, je pense que cette remise ne se peut faire qu'en trois manières diffé- rentes; la première serait qu'il vous plût de m'honorer d'une lettre qui me mette en état de pouvoir ordonner que les scellés seront levés et la dame de Serville mise en possession de tous les papiers DAME DE SERVILLE. 277 dont il s'agit, sans aucune description. La deuxième, c'est d'exci- ter le ministère de M. le procureur général de la cour des aides, afin qu'il donne sa requête, sur laquelle on ne peut douter que cette compagnie n'ordonne qu'un de MM. les conseillers apposera de nouveaux scellés sur les deux caisses où sont les papiers en question, dans le môme temps que le commissaire lèvera les siens, après quoi il sera ordonné par la môme cour, que les parties procéderont, tant à l'effet de l'apurement des comptes qui sont à rendre que sur les autres contestations, aussi bien que sur les omis- sions des recettes extraordinaires où le Roi a intérêt. Et la troisième, qu'après que Icsdits scellés auront été levés par le commissaire, les papiers qui s'y trouveront seront mis entre les mains d'une personne de confiance dont les parties conviendront, et ensuite examinés en présence de la dame de Serville, d'un des commis de M. de Clérambaut et de ceux de MM. les trésoriers gé- néraux de la marine. Le premier de ces trois partis est le plus simple et le plus conforme aux règles de la procédure ordinaire, un comptable ne devant pas être privé de ses papiers jusqu'à ce que ses comptes soient arrêtés définitivement, et les trésoriers généraux n'étant pas en droit de les en déposséder avant ce temps-là. Quoique le deuxième parti soit moins favorable à M. de Serville, il ne laisse pas d'être conforme à l'ordre judiciaire, lorsque l'inté- rêt du Roi, le soupçon de quelques omissions de recette, et l'inté- rêt de la partie publique en autorisent l'application. Le troisième dépend du consentement des parties intéressées, et ne saurait être ordonné sans de nouveaux inconvénients. Il semble donc que si vous jugez à propos de revenir aux maximes les plus simples et les plus communes, sans engager les trésoriers géné- raux ni le comptable dans un procès nécessaire, il n'y a qu'à re- mettre la dame de Serville en la possession de ses biens, sans aucun examen, ce qui revient au premier parti que j'ai eu l'hon- neur de vous proposer; mais que si les comptes dont il s'agit ne peuvent s'apurer qu'en justice, les affaires de cette espèce sont de la compétence de la Cour des aides, ce qui conduirait à la deuxième proposition; qu'enfin, si vous êtes persuadé que l'intérêt du Roi veut que vous soyez informé du secret des papiers scellés, indé- pendamment des formalités de la justice ordinaire, la seule auto- rité immédiate peut en déterminer les moyens. 278 DAME DE SERVILLE. Au reste, on assure que M. de Serville a une commission h Per- pignan ou dans l'armée de Catalogne, et sa femme m'a paru fort insensible au sauf-conduit que je lui ai offert pour assurer son retour ; ainsi j'ai cru devoir vous le renvoyer comme inutile, et cette indifférence me fait craindre qu'elle ne soit pas aussi certaine de la fidélité de son administration qu'elle affecte de le publier. (A. M.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 6 avril 1706. Je dois vous dire qu'ayant rendu compte au Roi des trois expé- dients que vous proposez pour accommoder l'affaire de madame Des MaretSjS. M. juge à propos de prendre le troisième, qui est de renvoyer les prétentions des parties, et par conséquent la distri- bution des payements devant les juges qui en doivent connaître; c'est celui des trois qui est le plus dans les règles, et qui est le moins sujet à redire. (A. M.) M. d'ARGENSON A PONTCHARTRAIN. 10 juillet 1706. Si les billets que la femme de M. de Serville m'a remis entre les mains pour sûreté de ce qu'elle et son mari peuvent devoir à M. de Vanhol, dont vous m'avez fait l'honneur de me renvoyer la lettre, doivent être considérés comme un dépôt ordinaire qui m'ait été confié du consentement des parties, je ne dois pas m'en dessaisir sans leur consentement mutuel, et si votre intention a été que j'en fusse dépositaire en vertu d'un ordre du Roi, indépendamment de la volonté du comptable, il est nécessaire au moins qu'une de vos lettres m'ordonne expressément de faire passer ces billets en d'au- tres mains. Il semble même que dans l'un et dans l'autre cas, la régularité de la procédure demande que je les remette à la femme de M. de Serville, d'autant plus que cette affaire étant maintenant en justice réglée, il ne paraîtrait pas dans l'ordre que ce dépôt, qui est une des conditions du compte que la dame de Serville de- vait rendre à l'amiable, et de sa sortie de la B., fût remis à M. de Vanhol, qui est partie au procès, sans que la même cour qui doit juger le fonds de la contestation l'ordonnât ainsi; je pense donc DAME DE SERVILLE. 279 que pour mettre la chose en règle, il serait à propos que je ren- disse à la dame de Serville les effets qu'elle m'a confiés pour obéir à l'ordre qu'il vous avait plu de lui en donner; mais que, dans l'instant de cette remise, ces mêmes effets pourraient être saisis, arrêtés, et mis en lieu de sûreté, en vertu d'un arrêt de la cour des aides, que M. le procureur général ferait rendre, soit sur sa requête, soit sur celle de M. le trésorier général de la marine. Paris, 30 juillet 1706. J'ai remis aujourd'hui à la dame de Serville, suivant vos ordres, les effets qu'elle avait déposés dans mes mains, lorsqu'elle sortit de la B. ; et vous savez que ce dépôt dont vous lui prescrivîtes la forme et l'obligation, fut une des conditions de sa liberté ; j'avais auparavant concerté cette remise avec M. le procureur général de la cour des aides, qui m'assura ces jours passés qu'il avait obtenu un arrêt en exécution duquel il ferait saisir ces mômes effets entre les mains de cette prisonnière, qui est gardée fort étroitement dans la Conciergerie du palais; elle m'a demandé si son mari n'était pas à la B,, et je lui ai demandé à mon tour pourquoi elle me faisait celte question; mais nous nous sommes séparés sans nous répondre. J'eus l'honneur de vous marquer, quand ces effets me furent con- fiés, qu'ils montaient à la somme de 26,270 livres, et je ne doute pas que M. le procureur général de la Cour des Aides n'ait pris toutes les précautions nécessaires pour empêcher qu'elle n'en di- vertît aucun, quelque attentive qu'elle puisse être à tromper sa vi- gilance *. (A. M.) l. M. de Serville mourut au mois d'août 1707, avant que l'affaire ne fut terminée. 280 LESPINASSE. DUCOUDRAY*; ROBILLARD^; Femme ROBILLARD^; REMY*; Femme REM Y 5. Faux. PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Marly, 11 novanibre 1705. Je vous envoie, suivant votre désir, un ordre du Roi pour faire arrêter Lespinasse-Despras et la Perny; il sera mis auFor-l'Évêque, et elle au Châtelet, afin qu'ils ne puissent se communiquer, et le Roi désire que vous les interrogiez l'un et l'autre à fond sur toutes les fautes dont vous pouvez les soupçonner. Quant à ce qui con- cerne les laboratoires que vous les accusez de tenir, il y a sur cela une déclaration si précise et dont l'exécution vous est déférée, que je m'étonne que vous ayiez souffert un moment ces laboratoires sans poursuivre, suivant la rigueur de la déclaration, ceux qui les tenaient et ceux chez qui ils étaient placés. Versailles, 30 décembre 170o. J'ai lu les interrogatoires deLespinasse et de la veuve Perny, qui ont été conduits au For-l'Évêque; le Roi veut que vous fassiez con- duire cette femme à la B., afin que vous l'interrogiez à fond sur toutes ses drogues et sur l'usage qu'elle en voulait faire, et que cependant Lespinasse reste au For-l'Évèque jusqu'à ce qu'on voie ce que vous aurez tiré d'elle par ses interrogatoires. (A. x\.) l'exempt rivière a m. d'argenson. Jeudi, 4 février 1706. J'ai conduit hier à la B. Ducoudray et Remy, que j'ai remis entre les mains de l'un de MM. les neveux de M. le gouverneur, auquel 1. Ordres d'entrée du 8 février 170G et de sortie du 12 juillet 1707. 2. do 24 février d» d" 3 anùt 1708. 3. d» d» do do 4 octobre 1706. 4. do 3 mars do d» — — 5. do 10 mars do do 4 octobre 1706. Ordres coiitre-sigaés Cbamillart. 11 s"aj,nssait de deux fausses ordonnauces sur le trésor, fabriquées par Remy, l'une de 400 livres et l'aulre de 600. REMY. 281 j'ai aussi remis la lettre dont il vous avait plu me charger pour M. le gouverneur. J'attendrai vos ordres pour y porter les papiers de Remy, qui sont dans son pupitre et dont il a la clef, et dans lequel est aussi son argent comptant. Je joins à cet envoi les mémoires que ces deux particuliers ont faits chez moi, dont vous tirerez les inductions que vous jugerez nécessaires. Le troisième est un petit mémoire de ce qui est dû i\ Remy par plusieurs domestiques et maçons, auxquels il dit qu'il enseignait l'arithmétique. (B. A.) CHAMILLART A M. DE SAINT-MARS. 8 février 1706. Vous trouverez ci-joints les ordres du Roi pour mettre en règle l'emprisonnement de Remy et du Coudray, que M. d'Argensonvous a envoyés. (A. G.) M. SAINT-CONTEST, INTENDANT DE METZ, A CHAMILLART. Metz, 26 février 1706. Conformément aux ordres que vous m'avez fait l'honneur de me donner par votre lettre sans date, je me suis transporté chez M. Lespinasse et chez la dame Sinsar; je me suis saisi de leurs papiers, et j'ai l'honneur de vous envoyer le procès-verbal que j'ai dressé, et les papiers que j'ai trouvés concernant M. Robillard. J'ai aussi l'honneur de vous envoyer de l'écriture et des signatures de M. Lespinasse et de la dame Sinsar. Comme ils ont assez bonne réputation, et qu'ils ne m'ont nullement paru coupables, j'ai usé de la liberté que vous m'avez lait l'honneur de me donner, de ne les pas faire arrêter ; j'ai seulement pris un billet de MM. Poutet et Tiersan, présidents au parlement de Metz, qui ont promis de les représenter toutes fois et quantes. (B. A.) M. D ARGENSON AU MEME. 2 mars 170G. J'achevai hier l'informatiuii contre les fabricateurs et les négocia- teurs des deux fausses ordonnances ; il en résulte que, quoique 282 REMY. faites Gous différents noms, savoir : Lespinasse et de Rissan, elles ont été payées à la même personne que les témoins désignent assez bien. 11 n'est presque pas possible que Ducoudray, Robillart ou Remy ne la connaissent, et c'est ce que je tâcherai d'éclaircir dans leurs interrogatoires. Je n'attends, pour y travailler, que les con- clusions de M. le procureur du Roi et la signification du décret qui les doit suivre ; si je fais quelque nouvelle découverte, vous en serez informé aussitôt. Apostille de ChamiUarl : Je serai bien soulagé lorsque vous les aurez interrogés ; je suis persuadé que nous découvrirons, parce qu'ils nous diront tout le mystère d'iniquité dont j'attends l'éclair- cissement avec impatience. (B. A.) M. PINON, INTENDANT DE DIJON, A M. D'ARGENSON. Dijon, 4 mars 1706. J'ai pris tous les éclaircissements que j'ai pu concernant Remy, qui est actuellement à la B., pour satisfaire à ce que vous désiriez savoir sur son sujet. J'aurai l'honneur de vous dire qu'il est origi- naire d'un village appelé Corban, à 3 lieues de Châtillon-sur- Seine, fils d'E. Remy, laboureur en ce lieu-là. Celui-ci s'appelle Antoine Remy ; il sortit jeune de son pays, et fut valet de chambre de M. Bruslart, premier président au parlement de cette ville, aprèg la mort duquel il alla à Paris avec madame Bruslart, sa veuve, qui l'est à présent de M. le duc de Choiseul. On prétend qu'il s'y est marié il y a 13 ans ou environ, et il logeait au mois de juillet dernier dans la rue Geoffroy-l'Asnier, à Thôtel de Rome, se disant écrivain et bon arithméticien. Il a actuellement un frère vigneron, auquel sa détention n'est point connue, non plus qu'à Corban, lieu de sa naissance, par ses autres parents. Il paraît même qu'on n'en est point informé dans ce pays-là; comme il n'y a fait aucune résidence depuis qu'il l'a quitté, on n'y sait rien de son caractère. Voilà tout ce que j'ai pu apprendre concernant ce parti- culier i. (B. A.) 1. Suivant une note fie JI. Duval, le 6 mars 1706 ce prisonnier s'est pendu dans sa chambre, à un goud de la feuètre, avec un peu de ficelle où il avait joint un hard d'osier qui avait servi à attacher des cotterets ou fulourdes que l'eu lui avait donnés pour se chauffer, (B. A.) LANGLOIS. 283 PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Marly, 12 mai 1706. Lespinasse qui avait été mis à la B. par ordre signé de M. de Chamillart, se trouvant innocent, et la pénitence qu'il avait faite au For-l'Évêque étant d'ailleurs suffisante pour la faute qui avait donné lieu à l'y faire conduire, le Roi ne veut point qu'il y soit remis de nouveau ; il suffira de le chasser de Paris. Marly, 19 mai 1706. Je vous envoie l'ordre nécessaire pour obliger Lespinasse à se retirer en Limousin. (A. N.) LANGLOIS, BERTAUT, ALEXANDRE ^ Débauche. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 24 février 1706. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit concernant les gens de livrée sodomites. S. M. estime qu'il convient de faire d'abord mettre à la B. Langlois, Labrie et Alexandre, afin que vous puissiez les interroger h fond le plus tôt qu'il sera possible, et con- naître leurs intrigues abominables, leurs sociétés et tout le mystère d'iniquité dont vous m'enverrez un mémoire ample avec votre avis sur le parti qu'il y aura à prendre, car vous jugez bien que de telles gens ne méritent pas l'honneur d'être à la B. (A. N.) RAPPORTS DE M. D'ARGENSON. Langlois, mis à Bicêtre le 25 avril 170G. Il est âgé de 24 ans, originaire de Paris. 11 avait été conduit à la B. pour sodomie ; il était camarade de débauche de Bertaut, aussi laquais, et ils faisaient des assemblées dans des cabarets du quartier Saint-Antoine, où ils commettaient les dernières abomi- nations. Langlois était surnommé dans ces assemblées M. le grand maître, et Bertaut la mère des novices. Celui-ci est à l'hôpital, en 1. Ordres d'entrée du 24 février, et de sortie du 21 avril 170G. Contre-siffiiés Poutchartrain. 284 HARDY. vertu d'un ordre du Roi limité i\ un an, qui ne doit expirer que le 2o du mois d'avril de l'année prochaine, mais il serait bien juste, ce me semble, qu'un fripon de cette espèce ne put être mis en liberté qu'à condition de prendre parti dans les troupes, où il serait en état de bien servir, si son courage répond à sa taille. Apostille de Ponlchartrain : Le faire enrôler et s'assurer à qui on le donnera. Bertaut, idem. II avait été conduit à la B. pour sodomie; il était camarade de débauche de Langlois, mais celui-ci était un peu moins coupable. Son temps doit fmir au mois de janvier, et il s'est engagé par avance avec M. Rancher, capitaine au régiment d'En- ghien, à qui l'on pourrait le remettre dès à présent, si le Roi l'agrée. Apostille de Pontchartrain : Le mettre en liberté, Je chasser de Paris. (B. N.) DE LA FONTAINE*; HARDY 2; ROZEMBERGHERIN et YEZANGHERIN^; BELLOT*; DEODATP. Espions. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 24 mars 1706. Les deux faux ermites flamands que vous avez fait arrêter sont bons à retenir jusque à ce que j'aie des nouvelles positives d'eux, par M. de Bagnols à qui j'en écris. (B. N.) 31 mars 1706. Tout ce que vous dites de Hardy, arrivé depuis peu à Paris, doit le rendre suspect, aussi je vous envoie l'ordre pour le faire mettre àla B. Jlarly, 19 mai 1706. Je vous envoie un ordre pour faire transférer de la B. à l'hôpital, 1. Ordres d'entrée du 24 mars 170G et de sortie du 19 mai 170G. 2. d» 31 mars d^ d" 22 juiu 1707. 3. do 26 mai d» d» 3 juiu 1706. 4. d» 24 septembre d'> d" 22 juin 1707. ï,. d» 8 décembre d" d^ 3 juiu i'I'S. Ordres contre- signés Pontuliartrain. DEODATI. 28o de la Foiilaine, après que vous l'aurez encore une fois interrogé, ou plusieurs, s'il est besoin. 26 mai 1706. Sans différer, il faut interroger les deux Allemandes que vous avez fait arrêter, et les faire conduire à la B., et après que j'aurai rendu compte au Roi de leur interrogatoire que vous m'enverrez, s'il vous plaît, le plus tôt qu'il se pourra; on verra ce qu'il convien- dra de faire d'elles. 9 juin 1706. A l'égard des deux pèlerines allemandes, je vous envoie les or- dres pour les faire transférer de la B, à l'hôpital. Juillet 1706. Le Roi désire que vous interrogiez en forme les deux pèlerines qui ont été conduites à l'hôpital, et que vous m'envoyiez leurs in- terrogatoires ; mandez-moi aussi leur âge et leur figure. 23 juillet 1706. Les interrogatoires que vous m'avez envoyés des deux pèlerines allemandes suffisent; mandez-moi ce que vous êtes d'avis de faire d'elles. 12 août 1706. Je vous ai déjà mandé que les deux pèlerines allemandes seront à l'hôpital jusqu'à la fin de la campagne ; faites-m'en souvenir, s'il vous plaît, au commencement de novembre. Versailles, 27 octobre 1706. Continuez, s'il vous plaît, vos soins pour faire arrêter Deodali. 24 novembre 1706. On a arrêté ici un particulier, Bellot de Florancourt, qui voulait entrer dans les gardes du Roi ; il sera conduit à la B. par M. Depoy, lieutenant de la prévôté, qui vous portera en même temps tous les papiers qu'il lui a trouvés, afin qu'étant joints au mémoire que je vous envoie, vous puissiez l'interroger à fond sur les vues qu'il pouvait avoir. 8 décembre 1706. S. M. veut que vous fassiez conduire Deodati à la B., suivant l'ordre que je vous envoie, et que vous l'interrogiez à fond sur les lumières que vous prendrez d'une lettre qui le concerne, qui vous sera envoyée par M. le cardinal de Noailles, à qui j'écris de vous la faire remettre. S86 DEODATI. Versailles, 10 décembre 1706, Je ne cloute pas que vous n'interrogiez incessamment Deodati sur ce qui est contenu dans la lettre que je vous envoyai hier. Si par les réponses qu'il vous fait, vous jugez qu'il soit nécessaire d'avoir de plus grands éclaircissements de l'officier qui a donné l'avis, vous n'avez qu'à me mander ce qu'il faudra lui écrire, et vous m'enverrez une copie de sa lettre, parce que son adresse y est; que s'il était à propos de le confronter à l'accusé, vous me le mar- querez, s'il vous plaît, afin qu'on puisse agir en Hollande pour son échange, s'il est possible, ou du moins pour lui procurer un congé de quelques mois pour venir ici. (A. N.) LE MÊME AU CARDINAL DE NOAILLES. Versailles, 8 décembre 1*06. Deodati, dont M. le maréchal de Noailles avait donné le signale- ment, a été arrêté à Paris, et sera demain conduit à la B. Le Roi a ordonné à M. d'Argenson de l'interroger; et comme la lettre que M. le maréchal de Noailles dit vous avoir rendue depuis peu, doit servir à M. d'Argenson pour cela, S. M. souhaite que vous preniez la peine de la lui envoyer. (A. N.) LE CAPITAINE DE LA SUZE DESFONTAINES AU CARDINAL DE NOAILLES. 26 septembre 1706. Quoique je sois au lit depuis un mois, et dans un triste état, par un cruel accident qui m'est arrivé d'avoir eu l'épaule brisée^ et quasi les deux yeux hors de la tête, par la maladresse d'un cocher qui m'a versé du haut de la digue d'Amsterdam en bas, où il y a trois mois que j'étais, néanmoins je crois être obligé, dans un mo- ment de relâche de mes douleurs, quoique estropié pour le reste de mes jours, d'informer V. Ém., ne sachant pas me pouvoir mieux adresser, qu'il est parti un garçon marchand d'ici, qui se dit de Genève, calviniste outré, avec un passeport de France pour se rendre à Paris. Comme je le soupçonne plutôt un Français réfu- gié à Genève par les exécrations que ce malheureux m'a pronon- cées plusieurs fois en parlant de la R. contre la personne du Roi, et principalement en parlant de l'abolition de l'édit de Nantes; qu'un prince qui violait la bonne foi des traités était un tyran, qu'il DEODATr. 287 était surpris qu'il n'y eut jamais eu personne assez courageux pour s'en défaire, et qu'un homme qui écraserait un homme pareil irait droit en paradis; et que ce malheureux, la veille qu'il est parti, me vint montrer son passeport, je croirais pécher contre la fidélité qu'un bon sujet doit à son prince, si je n'en prévenais pas V. Ém. Lui ayant demandé quelles bonnes affaires le menaient en France, il me dit qu'il allaita Paris chercher fortune, qu'il n'avait pas peur de mourir de faim en chemin, qu'il avait bien de quoi faire son voyage. Je me suis informé de cet homme-là, on m'a dit que c'était un vagabond qui n'avait pu trouver de boutique, et j'ai appris avant son départ, qu'il avait découché de l'auberge cinq ou six jours, faisant la débauche avec des fripons réfugiés français. Il est parti, il y a quelques jours, et passé par la Flandre ; il s'appelle Deodati ; c'est un homme de moyenne taille, portant perruque blonde, un visage maigre et long, les joues plates, le nez maigre et un peu élevé, la narine retirée, les yeux bleuâtres et enfoncés, la barbe ardente et la physionomie altérée; un habit noisette, une veste de drap noir, une culotte bleue, des bas noirs de laine, une épée de cuivre doré, la branche rompue, le chapeau relapé à la dragonne. Voilà ce que je crois obligé de mander à V. Ém., dans le plus fort de mon affliction. Je la prends de la main de Dieu qui a voulu me faire rentrer en moi-même. Sa volonté soit faite. (B. A.) PONTCIIARTRAIN A M. BIGNON, INTENDANT D'aMIENS. Versailles, 29 décembre 1706» On a arrêté à Paris un particulier, Bellot de Florencourt, qui voulait entrer dans les gardes du Roi ; sur le soupçon qu'on a eu de sa conduite, il a été interrogé par M. d'Argenson, qui souhaite d'être informé de l'état de la tamille et de la fortune de ce pri- sonnier. (A. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE LA CLOSURE, RÉSIDENT A GENEVE. Versailles, 29 décembre 1706» On a arrêté à Paris, un particulier genevois, Deodati, sur des avis qu'on a eus des discours insolents qu'il avait tenus en Hollande contre la personne du Roi. On a trouvé parmi ses papiers une lettre cachetée qui paraît écrite à un Genevois, espion de Hollande; cette lettre pourrait bien conduire à la découverte de l'intrigue de cet 288 BELLOT. espion; c'est pourquoi le Roi m'a ordonné de vous l'envoyer, afin que vous en puissiez faire le meilleur usage qu'il vous sera pos- sible. (B. N.) M. BIGNON A PONTCHARTRAIN. Amiens, 13 janvier 1707. J'ai l'honneur de vous renvoyer les interrogaloires de Bellot de Florencourt, et la lettre de M. d'Argenson à ce sujet. Vous avez souhaité être informé de l'état de la famille et de la fortune de cet homme; j'en ai écrit à Péronne; ce que j'ai pu apprendre, c'est que sa conduite a toujours été fort déréglée, quoi- qu'il eut assez d'intelligence, môme d'esprit pour s'employer uti- lement et travailler dans quelque profession qu'il eût prise; celles de procureur et de notaire, qu'il a exercées longtemps, ont donné lieu à beaucoup de plaintes contre lui; il s'en est défait; le mau- vais état de ses affaires l'obligea de vendre; il n'a pas paru à Péronne depuis trois ans; on ne sait ce qu'il y a fait, ni ce qu'il est devenu; ses trois sœurs sont mariées à de bons marchands, fort honnêtes gens. (B. A.) M. DE SOSSIO^DO A PONTCHARTRAIN. Amsterdam; 3 février 1707. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, la- quelle j'ai immédiatement communiquée à M. de la Suze, qui est tombé d'accord avec moi, que pour le renvoyer au plus tôt en France, j'emploierai le pouvoir de mes amis, pour lui obtenir congé des États, après quoi je travaillerai sérieusement à le faire échanger; plusieurs officiers à qui les États ayant accordé de sem- blables grâces, n'étant pas retournés aux termes expirés, sont cause que bien difficilement on en donne présentement; mais comme je préviendrai toute équivoque en me rendant caution corps pour corps pour M. de la Suze, j'espère que par le canal d'un des pre- miers de cette ville, j'en obtiendrai un, et je ferai en sorte que par mes soins, par ma vigilance, et par ce que j'ai de crédit, que cet officier soit au plus tôt renvoyé. (A. M.) M. DE LA CLOSURE AU MEME. J'ai reçu la lettre dont il vous a plu m'honorer, avec la copie de BENliZET DU THÉRON. 289 la lettre pour M. Benezet du Théron, adressée à M. Ducamp, mar- chand de soie à Genève, qui a été trouvée sur Deodati de cette ville, quand il a été arrêté à Paris par ordre du Roi. Ce du Théron est Français, réfugié, originaire de Nîmes. Je suis sur les voies pour découvrir ses intrigues, et je n'omettrai rien pour les appro- fondir le plus qu'il me sera possible. J'ai l'honneur, en attendant, de vous envoyer la lettre qui s'est trouvée au bureau de la poste de France, ici, pour lui. J'en ai pris une copie que j'envoie à M. de Basville, avec une copie de celle qui a été trouvée à Deodati. Ces lettres ne marquent rien de positif à l'égard des affaires dont il peut être chargé; mais s'il est ici pour le service des alliés, son séjour ne peut guère avoir d'autre objet que d'entretenir quelques intelligences avec les nouveaux convertis du royaume, surtout avec ceux du Languedoc, pour y exciter de nouveaux troubles. Je vous rendrai un compte très exact pour le Roi, de tout ce que j'en pourrai découvrir. Genève, 12 janvier 1707. Apostille de Pontchartrain à M.d'Argenson : Suivre vivement. Genève, 9 février 1707. Du Théron, touchant lequel vous m'aviez fait l'honneur de m'é- crire, il y a quelque temps, est toujours en celte ville, sur le pied d'un homme qui a pension de Hollande pour avoir servi ci-devant d'ingénieur. Il me revient pourtant que dans la précédente guerre de Piémont, il y servait M. le comte Charles de Schomberg de se- crétaire. C'est un homme d'esprit et qui paraît être fort intrigant; je n'en ai pas découvert autre chose jusqu'à cette heure. Genève, 23 février 1707. Il sera assez difGcile d'avoir une information plus précise de la conduite de M. du Théron et des affaires dont il peut être chargé ici. Il est certainement pensionnaire de la Hollande, et même se donne pour tel; il affecte cependant de dire qu'il n'est venu ici que pour y mener une vie retirée. Sa commission, s'il en a quel- qu'une, ne peut regarder que le Languedoc ; mais cela ne peut guère se découvrir que par les relations qu'il peut avoir avec M. Deodati ; je crois bien que leur liaison se sera formée en Hol- lande plutôt qu'ici, où le premier ne faisait que peu ou point de séjour; je l'y ai connu il y a quelques années; il a passé la plus 19 290 DEODATl. grande partie de sa vie en Hollande, chez des négociants ; mais je remarque que depuis trois ou quatre années, il n'a été fixe nulle part, allant et venant continuellement, de côté et d'autre. C'est un jeune homme naturellement inquiet et assez intrigant; il a peu ou point de bien dans cette ville. Sa famille est sortie anciennement de Lucques, où elle était des plus considérables parmi la noblesse. Il y en a encore du même nom que je connais très particulière- ment ; il est d'un caractère d'esprit tout propre h se bien acquitter de ces sortes de commissions. Cependant, je n'ai rien de particu- lier contre lui, dont on puisse tirer ni preuves, ni convictions; mais si je viens à découvrir quelque chose de plus dans la suite, je ne manquerai pas de vous (en informer). Il faut qu'on ignore ici son sort, du moins personne, ni ses pa- rents ni autres, ne m'en a eneore parlé. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. M. Delafonlaine de la Suze, capitaine de dragons, que nous avons fait venir de Hollande, est à présent libre ; son échange ayant été fait avec un officier qui est actuellement en route pour retourner en Hollande; ainsi, vous pouvez dès à présent travailler l'affaire de Deodati, prisonnier à la B., et faire avertir pour cela M. Fontaine de la Suze, qui demeure rue de la Iluchette, à Timage de Saint-André ; il est temps de pousser et de suivre cette aiïairc. Versailles, il novembre 1708. Apostille de M. d'Argenson. ■ — Faire avertir le sieur Fontaine de la Suze pour samedi en huit jours. (B. A.) M. DESGRANGES A M. D'ARGENSON. Versailles, 23 novembre 1703. M. de la Suze Desfontaines, qui se voit échangé, écrit à présent pour avoir permission d'aller à son pays, où il dit qu'il a une affaire indispensable. M. de Pontcharlrain lui mande, ainsi que vous le verrez par sa lettre, que son affaire la plus indispensable est celle de rester à Paris tout le temps que vous jugerez à propos; et comme il marque dans sa lettre qu'on saura son adresse chez M, de Chamillart, ce qui me fait juger qu'il ne loge plus rue de la Ha- chette, à l'image Saint-André, où j'avais accoutumé de lui adresser DELAFONTAINE. 29 i ses lettres, j'ai cru que vous voudriez bien lui faire rendre celle-ci, afin qu'il n'en prétende cause d'ignorance. Apostille de M. d'Argenson. — Écrire à M. de Pontchartrain tou- chant M. de la Suze, que j'ai attendu tout le jour à la B., et qu'ayant envoyé à son auberge, on m'a dit qu'il était parti pour la province. (B. A.) PONTCHARTRA.IN A M. D'aRGENSON. 4 décembre 1708. Il faut chercher avec soin M. de la Suze Fontaine et approfondir le sujet pour lequel il s'est absenté de Paris, lorsqu'il a été ques- tion d'être confronté avec Deodati. J'en écris à M. le cardinal de Noailles, parce que c'est à lui, comme vous savez, qu'il avait adressé l'avis qu'il a donné contre Deodati. 18 décembre ItOS. Suivez donc, s'il vous'plaît, l'affaire de Deodati, prisonnier à la B., et pressez-le le plus tôt qu'il se pourra. If» janvier 1709. Quoiqu'on ne puisse convaincre Deodati par le seul témoignage du sieur de la Suze, il est bon à garder; ainsi, il restera à la B. jusques à la paix. 15 janvier 1709. Vous pouvez dire au sieur de la Suze Desfontaines qu'il est libre d'aller où il voudra, n'étant plus nécessaire pour l'affaire de Deodati. (A. N.) RAPPORTS DE M. d'ARGËNSON. 8 décembre 1706. Maximilien Delafontaine, mis au château de Bicêtre. Il est âgé de 30 ans, soi disant religieux du tiers ordre de Saint-François. 11 avait été conduit à la B. comme espion; lui et son frère Gérard avaient été trouvés dans Paris en habits d'ermite ; ils allaient de couvent en couvent, où ils ont tenté de s'introduire sous divers prétextes. Cependant, Gérard a reconnu qu'il était ma- rié à Mons, où il a été renvoyé près de sa femme et de ses enfants ; mais Max Delafontaine ayant été condamné aux galères par arrêt du parlement de Tournay, et ayant trouvé moyen de s'en tirer par 292 DELAFONTAINE. la protection de madame l'abbesse dePainlieu, on n'a pu le trai- ter aussi favorablement, et je crois qu'il doit demeurer à l'hôpital jusqu'à la paix, persuadé que c'est un véritable espion, et qu'il en a tous les talents. E 1707. Il lui prend des mouvements de fureur qui font con- naître de plus en plus qu'il faut bien se garder de le rendre libre, et que les préventions trop charitables de madame l'abbesse de Painlieu sont absolument injustes. Idem en 1709. En 1710. Il paraît un peu plus tranquille depuis quelque temps. Idem 17 H. En 1712. Il est originaire de Mons en Flandre, religieux ton- suré, arrêté comme suspect d'être ;un espion; je me crois obligé d'être encore du même sentiment, d'autant plus que cet homme est un des plus grands furieux qu'il y ait au monde. 11 est sorti par ordre du Roi, le 13 juillet 1713. M. Rosembergherin. 12 janvier 1707. Elle est âgée de 33 ans, originaire de Vienne, en Autriche. C'est une Allemande, coureuse d'armée, qui se disait d'une condition éminente, et qui apparemment cherchait à vivre d'au- mônes, ou à voler. Si le Roi juge à propos de la rendre libre, il y a moins d'inconvénient que ce soit en ce temps-ci qu'après l'ouver- ture de la campagne, parce qu'elle ne manquerait pas d'aller cher- cher fortune dans quelque camp; il semble aussi qu'on doit la chasser du royaume par un ordre supérieur, puisque, de son propre aveu, elle est née sujette d'un prince ennemi. Aposlille. — La mettre en liberté et chasser du royaume. Elisabeth Vezangherin. Idem. Elle est âgée de 40 ans, originaire de Ckresme, proche Vienne. /(/cm que l'autre. (B.N.) D'ERT,ACn. 293 D'ERLACH*; DE DONS 2; DU BOILE'. Discipline. CHAMILLART A M. DE REYNOLD 4. Versailles, 3 mars 1706. Le Roi m'a commandé d'écrire à M. de Saint-Mars, gouverneur de la R., et de lui mander de recevoir M. d'Erlach ■', de lui laisser la liberté de se promener, et de parler à qui bon lui semblera; l'in- tention de S. M. est que vous le meniez vous-même à M. de Saint- Mars, auquel je n'envoie d'autre ordre qu'une simple lettre, que je vous adresse pour lui remettre. (A. G.) LE MÊME A M. D'aUGENSON. 5 mars 1706. M. le comte Du Bourg '^ fut attaqué et blessé de deux coups d'épée, hier au soir, dans une des rues de Versailles, par M. Du Boile, capitaine au régiment de cavalerie de Bourgogne, cassé depuis peu pour sa mauvaise conduite, lequel, après l'action, se sauva sans épée, chapeau ni perruque, quoique blessé légèrement, à la faveur de la populace, qui se mit entre lui et celui qui le pour- suivait ; comme il y a apparence qu'il se sera retiré à Paris, l'inten- tion du Roi, auquel j'en ai rendu compte ce matin, est que vous fassiez les perquisitions nécessaires pour essayer de le faire arrêter. Il est de moyenne taille, porte une perruque extrêmement blonde; 1. Ordres d'entrée du 3 mars 1706, et de sortie du 16 mars 1706. 2. d» 26 mai d" d» 2 novembre 1707. 3. d° 31 mai à° à" 12 octoljre 1711. Ordres contre-signes Chamillart^ Voysin et Pontchartrain. 4. François de Reynold, lieutenant général, commandant les gardes suisses, mort le 4 décembre 1722, âgé de 80 ans. 5. Voici ce que disait M. Duval sur cette affaire : « 11 y a une lettre de M. le duc du Maine à M. d'Argenson par laquelle il lui marque que madame Konig, maîtresse de M. le chevalier d'Erlach, lui donne de la tablature, et qu'il serait bon de la mettre en lieu de sûreté; il parait que ce chevalier d'Erlach voulait se marier avec cette dame Konig, et que M. le duc du Maine s'y opposait. » (Arch. de la I'Réf. de police.) 6. Éléonor-Marie du Maine, comte du Bourg, né le 14 septembre 1655, lieutenant général, en 1702 gouverneur de Bapaume, en 1713 de Béfort, maréchal de France le 2 février 1724, mort le 15 janvier 1739, âgé de 84 ans. 294 DU BOILE. je vous prie de me mander des nouvelles du succès de vos dili- gences sur cela. (A. G ) PONTCHARTRAIN AU PRÉVÔT DE MELUN. 10 mars 1706. J'ai su que vous avez arrêté M. Du Boile, capitaine de cavalerie, qui s'était battu ici contre M. le comte Du Bourg ; je m'étonne qu'une capture de cette importance ayant été faite à Melun, vous ne m'en ayez pas donné avis. (A. N.) CIIAMILLART A M. DE SAINT-MARS. 9 mai 1706. A l'égard de Du Boile ^ S. M. trouve bon que vous lui permettiez d'entendre la messe les fêtes et dimanches, et lui donniez aussi la liberté de voir sa sœur. (A. G.) PONTCHARTRAIN A M. CLAIRAMBAULT. Marly, 19 mai 1706. J'ai reçu vos lettres dont la dernière m'apprend la mauvaise conduite que M. de Dons a tenue pendant le séjour qu'il a fait dans les rades d'Alger. Il n'avait aucun ordre ni droit d'ôter aux bâti- ments français leurs matelots. Il a été mis aux arrêts, et lorsqu'il en sortira, il lui sera fait une vive réprimande de ce procédé. (A. M.) 1 . Du Boile écrivit du fond de sa prison ce sonnet pour Chamillart : Ministre généreux du plus humain des roi?, Qui as seul mérité toute sa confiance, Pour me sauver la vie implore sa clémence Et ne me livre pas à la rigueur des lois. Plutôt que de survivre à l'honteuse indulgence Il est vrai, résolu de périr mille fois. Mon désespoir cherchait une illustre vengeance; Pouvais-je, eu cet état, faire un plus digne choix. Et toi, comte Du Bourg, de qui le haut courage A si bien soutenu les efforts de ma rage. Excuse la fureur d'un aveugle taureau. Il a suivi l'ardeur d'une gloire trop vaine, Mais ayant mesuré sa valeur à la tienne. Le verras-tu mourir i)ar la main du bourreau. Cette poésie n'eut aucun succès; malgré les prières de M. Du Bourg, cet officier fut condamné au bannissement à perpétuité, mais le Roi commua la peine en dix ans de prison. DE DOiNS. in LE »ÊME A M. D'ARGENSON. Versailles, 26 mai 1706, Je suis informé que M. de Dons, capitaine de brûlot, qui avait été mis aux arrêts à Toulon, en est parti pour venir à Paris. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S. M. m'a commandé de vous écrire que son intention est, qu'à son arrivée, vous le fassiez arrêter et conduire à la B. Je vous envoie l'ordre nécessaire pour l'y faire recevoir. On aura de ses nouvelles à la diligence ou à la poste, l'avis de son départ est du 18. {A, M.) LE MÊME A M. D'ALIGRE. Versailles, 2 juin 1706. Vous m'informez que vous avez fait chercher M. de Dons, qui n'avait pas gardé les arrêts où vous l'aviez mis, et qu'on vous a assuré qu'il est parti pour Paris. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S. M. m'a donné ordre de l'arrêter au moment qu'il y arri- vera, et de le conduire à la B., où il demeurera assez longtemps pour recevoir la punition que sa désobéissance mérite. (A, M.) LE MEME A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 7 juin 1706, M. de Dons, qui a été conduit à la B., n'a rien de favorable dans son affaire, et la moindre de ses fautes est celle d'être venu de Toulon à Paris sans congé ; ainsi le Roi veut qu'il soit détenu plus rigoureusement que vous n'avez commencé ; il faut qu'il reste dans sa chambre sans voir personne, et qu'il se promène seulement quelquefois dans la cour, lorsqu'il n'y aura pas d'autres pri- sonniers ; il ne doit pas non plus manger avec vous, si ce n'est rarement et quand vous n'aurez personne d'extraordinaire ; au sur- plus, S. M. trouve bon que vous lui donniez son valet pour le servir, et quelque vigilant que vous soyez, il est bon de vous dire que ce prisonnier est un gaillard sur lequel vous devez avoir attention. (A. N.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Versailles, 4 août 1706. Madame la princesse m'a fait dire que M. de Dons, qui est à 296 FLOQUET. la B., doit à la demoiselle Rocher, l'une de ses femmes de chambre, 100 pistoles, et à la nourrice de monseigneur le duc 30 louis, qu'elles lui ont prêtés. Vous le ferez avertir qu'il doit pourvoir à leur payement, et que s'il les oblige à s'en plaindre, il peut craindre que l'injustice qu'il leur fait depuis longtemps ne donne lieu de retarder sa liberté, quand le Roi voudra la lui accorder. Versailles, 2 novembre 1707. Quelque répugnance que le Roi eût ;\ faire sortir M. de Dons de la B., j'ai obtenu de S. M. sa liberté pour trois mois, à condition qu'il ne sortira point de Paris, et qu'il ne viendra point ici. Je vous envoie l'ordre dont vous aurez soin de lui expliquer la teneur. Vous ferez aussi observer sa conduite pendant ce temps, parce que ce sera sur celle qu'il tiendra que S. M. se déterminera sur sa liberté entière, ou de le faire remettre en prison, si elle n'était pas bonne. (A. M.) FLOQUET 1; Femme DIDIER^; LÉGER et POISSON'. Calomnie. PONTCHARTRAIN A M. d'arGENSON. 13 janvier 1706. Je VOUS adresse une lettre qui paraît avoir été écrite des Cévennes, quoiqu'elle me semble supposée et faite à plaisir, n'y ayant aucune marque qu'elle soit venue par la poste de ce pays-là; comme en ces matières il n'y a rien à négliger, ne laissez pas de parler à Martin à qui elle s'adresse, afin de découvrir le vrai ou le faux de celtte intrigue. 20 janvier 1706. Quoique la lettre que je vous ai envoyée écrite des Cévennes, soit datée du mois d'octobre 1704, celui à qui elle a été adressée n'est pas moins suspect, et on ne doit pas moins approfondir un crime tel que celui qui est indiqué par cette lettre; ne négligez 1. Ordres d'entrée du 5 mai 1706, et de sortie du 26 mai 1706. 2. do d» d« do du 14 août 1707. 3. do 2 juillet do do du 2 juillet 1707. Ordres contre-signes Pontchartrain. FLOQUET, 2 7 donc point à prendre sur cela tous les éclaircissements qui vous seront possibles, de môme que si la chose était toute nouvelle. 3 février 1706. Ne vous tenez pas aux premiers avis que vous avez eus de Martin, à qui s'adressait la lettre que je vous ai envoyée datée des Gévennes, du mois d'octobre 1704 ; et l'on prétend que les Guéret de Voisins ne sont pas aussi bons catholiques qu'on veut vous le faire entendre, ainsi observez leur conduite. n février 1706. J'ai vu ce que vous m'écrivez concernant Gnérct de Voisins ; comme cette prétendue lettre des Gévennes dont il s'agit est venue immédiatement au Roi, approfondissez la chose de manière qu'il ne reste sur cela aucun doute. 28 février 1706. Nonobstant tout ce que vous m'avez écrit de M. Guéret de Voi- sins et de Martin, au sujet de la lettre venue des Gévennes, qu'on prétend avoir été adressée à Martin, l'affaire paraît de telle consé- quence, que le Roi ne veut pas qu'il reste sur cela aucun doute. J'ai pour cela fait venir ici l'homme qui prétend avoir eu cette lettre en tombant de la poche de Martin; il m'a dit plusieurs choses dont vous ferez un meilleur usage que je ne puis faire, pour approfondir la vérité; ainsi je lui ai dit de vous aller trouver pour vous instruire de tout ce qu'il sait sur cette lettre, que je n'ai pas voulu lui con- licr, dans la crainte qu'il ne fût pas fidèle à vous l'apporter; je lui ai seulement remis une lettre de créance, afin qu'il se fasse con- naître à vous. 10 mars 1706. Je suis persuadé, comme vous, qu'il peut y avoir de la calomnie de la part de Floquet contre Martin, et je crois que vous devez avoir la même attention à la découvrir que vous auriez à vérifier la correspondance dont il est parlé dans la lettre, si la chose est véri- table ; après donc que vous aurez parlé à Martin, il faudra suivre l'affaire aussi loin que possible, n'étant pas juste qu'une calomnie de cette qualité demeure sans être éclairée ; je vous renvoie la lettre et ce que vous avez fait écrire par Floquet ; vous pourriez faire voir ces deux pièces à quelque expert, pour juger si elles sont de la même main. 298 FLOQUET. 16 mars 1706, S. M. veut que vous approfondissiez entièrement la calomnie des Floquet contre M. de Voisins ; et, pour cet eflet, que vous fassiez arrêter la Martel qui a écrit la lettre calomnieuse. 21 avril 1706. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit concernant la calomnie que Floquet a voulu faire contre M. de Guéret de Voisins et Martin; S. M. trouve que cette faute mérite châtiment, et il y a plusieurs manières pour y parvenir : l'une qui serait de faire arrêter celui qui l'a produite, et après leur avoir fait avouer leur faute sans formalité, les punir par la prison; l'autre manière serait, en prenant la chose plus sérieusement, de vous commettre pour leur faire leur procès, et enfin la plus ordinaire et la plus naturelle, serait de faire parapher par Floquet la lettre en question, et qu'ensuite M. de Voisins et Martin rendissent au Chûlelet leur plainte pour les faire punir comme calomnialeurs, et qu'à leur défaut le procureur du Roi fit les poursuites nécessaires pour cela, sur quoi j'attendrai vos nouvelles. 5 mai 1706. Le Roi veut que les Floquet, qui ont calomnié M. Guéret de Voi- sins et Martin, soient mis à la B., où vous les interrogerez pour les convaincre de leur fausseté; je vous envoie les ordres pour les faire arrêter : l'un demeure, comme vous savez, à Fhôtel de Sois- sons, et l'autre près de Châteaufort; il vous sera aisé de les faire venir tous deux chez vous, sous prétexte de vous donner de nou- veaux éclaircissements ; en tout cas, vous prendrez des mesures sûres pour les faire arrêter. 16 juin 1706. Ce que la Martel a déclaré dans son interrogatoire, au sujet de Léger, domestique de madame de Maintenon, ne le rend ni cou- pable ni complice de la faute des Floquet, et quand même il se trouverait coupable, cela ne devrait pas vous arrêter; travaillez donc à éclaircir cette affaire, afin qu'on soit en état d'en rendre compte au Roi pour statuer ce qu'il trouvera à propos. 7 juillet 1706. J'ai rendu compte au Roi des interrogatoires que vous m'avez 'envoyés des Floquet, prisonniers à la B., par lesquels il paraît que FLOQUET. 299 Floquet est seul coupable de la calomnie faite contre Martin * ; il n'est pas juste qu'un tel crime demeure impuni ; je ne sais s'il con- vient que des canailles de cette sorte soient jugées par une com- mission extraordinaire du conseil, ce qui serait peut-être le meilleur, ou qu'ils demeurent à la B. par forme de châtiment ; ainsi le Roi m'ordonne de vous écrire pour savoir votre avis sur la manière dont vous croyez qu'on doive agir contre eux pour les châtier. Martin demande avec instance qu'il lui soit rendu justice ; ainsi il n'y a pas lieu de douter que si les voies lui en sont per- mises, il ne les poursuive avec chaleur 2. 25 juillet 1706. Le Roi veut que le procès soit fait par vous et par le Ghâtelet aux Floquet, pour la calomnie qu'ils ont avancée contre M. Voisins et Martin. Prenez la peine de m'envoyer un projet de la commission qui vous est nécessaire pour cela, je l'expédierai aussitôt, et dès à présent je vous écris par ordre du Roi de ne point faire exécuter le jugement qui sera rendu contre eux, jusqu'à ce que je vous aie fait savoir les intentions de S. M. août 1700, Je suis bien aise d'apprendre que vous travaillez à l'affaire des Floquet ; il faut la suivre et la terminer. août 1706. J'expédierai l'arrêt et la commission dont vous m'avez envoyé le projet, qui vous commettent avec M, le procureur du Roi, pour l'instruction du procès Floquet, et je vous les enverrai dimanche aussitôt que la commission sera scellée. 1er octobre 1700. Le Roi trouve que l'affaire des Floquet dure longtemps; en effet, je ne vois pas ce qui peut vous avoir arrêté dans l'instruction de ce procès qui doit être courte, puisque les coupables avouent leur faute ; il faut la finir le plus tôt possible. (B. N.) 1. Il avait déclaré le 26 juin que c'était lui qui avait fait et écrit de sa main cette prétendue lettre originale qu'il donna à transcrire à la Martel, le tout afin de se ven- ger du procès que lui faisait M. de Voisins, à la sollicitation de Martin, de quoi il se repent de tout son cœur et promet que si S. M. veut bien lui faire grâce, il réparera l'injure et la calomnie qu'il a faites à Martin et à M. de Voisins, son maître, dans toutes les manières qu'on trouvera bon de lui prescrire. 2. Cette affaire n'aurait pas eu les honneurs de la Bastille, si les gens de M"» de Maintensn ne s'y étaient trouvés intéressés. 300 LA ROCHEFOUT. \' GUILLAUME, LA ROCIIEFORT, SIRIAQUE^; DU VIDAL ET REN0UARD2; MERCIERE; \^ DE VAUX*. Sorciers. PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Versailles, 2 juin 1706. 11 conviendrait nnieux de renfermer pour quelque temps à la B. la Pigeon ; je vous envoie l'ordre pour cela, el il faut que vous l'in- terrogiez à fond sur tous ses prétendus sortilèges. Marly, 21 juillet 1706. J'envoie à M. Duval un ordre pour arrêter quelques particuliers qui se mêlent de devinations et sortilèges, et les conduire à la B.; il me mande qu'il vous instruit de la chose, ainsi le Roi souhaite que vous les interrogiez à fond sur toutes leurs friponneries et mauvaises piatiques, et que vous m'envoyiez un extrait de leurs interrogatoires avec votre avis sur ce que vous estimerez qu'il y aura à faire à l'égard de ces misérables, atin d'en rendre compte à S. M. Versailles, 12 août 1706. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'écrivez concernant les déclarations qui vous ont été faites par la Rochefort ; ce qui regarde Mercier mérite d'être approfondi, ainsi je vous envoie l'ordre pour le faire arrêter et conduire à la B., où vous l'interro- gerez à fond sur les discours insolents qu'il est accusé d'avoir tenus, et vous tâcherez d'en acquérir les preuves, si l'accusation est bien fondée. P. S. Je vous envoie l'ordre pour faire transférer de la B. à l'hô- pital Françoise Pigeon. 13 novembre 1706. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m\avez écrit concer- 1. Ordres d'entrée du 2 juin 1706 et de sortie du 12 août 1706. 2. do du 21 juillet d" d"^ du 13 novembre 1706. 3. do du 12 août do do du 13 octobre 1706. 4. do du 24 novembre do Ordres contre-signes Pontcharlrain. LA DEVAUX. 301 nant les faux sorciers, et je vous envoie les ordres qui ont été expédiés sur vos avis, savoir : pour exiler de Paris Mercier, un autre pour mettre à l'hôpital la Rochefort, mais sa détention ne doit pas toujours durer ; ainsi que vous le proposez, il faudra dans quelque temps penser i l'en faire sortir. . Un autre pour enfermer à l'hôpital Siriaque pendant 6 mois, après lequel temps il faudra observer sa conduite î\ l'égard de sa femme ; elle sera mise en liberté ; Joseph dit Saint-Vidal, sera mis aussi à l'hôpital pour 6 mois. Renouard restera à la B. jusqu'à la fin de l'année, ainsi que vous le proposez ; et crainte qu'on ne l'oublie, je vous envoie dès à pré- sent l'ordre pour l'en faire sortir lorsque le temps sera venu. Pour la Canu, elle sera mise à l'hôpital, et son frère chassé de Paris. 24 novembre 1706. La Devaux mérite, comme vous le dites, d'être encore renfer- mée à l'hôpital, et je vous envoie l'ordre à cet effet, mais il faut la mettre avant, pour quelques jours, à la B., l'interroger amplement sur son mauvais commerce, et m'envoyer son interrogatoire. (A. N.) MEMOIRE. MM. les prêtres de Saint-Nicolas déclarent qu'ayant appris par des gens de leur paroisse que la Devaux continuait de dire la bonne aventure, et qu'une femme leur avait dit qu'elle avait été pour se la faire dire, et qu'elle lui avait dit des particularités que ces MM. ne peuvent même déclarer, parce qu'ils ne l'ont su que par la confession, et qu'elle avait aussi observé la cérémonie de faire déchausser du pied gauche; que, sur ces plaintes, ces MM. auraient été, deux d'entre eux, chez la Devaux, qui leur avoua qu'elle avait dit la bonne aventure, qu'elle expliquait bien les rêves, leur en cita plusieurs, et eut même la hardiesse de vouloir regarder dans la main de l'un d'iceux, ce qu'il ne voulut permettre, et après plu- sieurs exhortations qu'ils lui firent de quitter ce métier et d'aller à confesse pour se remettre en grâce avec Dieu, elle leur promit, mais elle n'en a rien fait ; se souviennent encore qu elle leur a dit qu'elle avait appris à expliquer les rêves, c'est-à-dire la bonne aventure, de celui qui avait tiré l'horoscope du Roi. (B. A.) 302 MERCIER. PONTCHARTRAIN A M. FOUCAULT DE MAGNY, INTENDANT DE CAEN. 8 décembre 1706. Mercier, que vous avez vu à Caen, est effectivement secrétaire de M. le Meunier, et il a été éloigné de Paris pour avoir eu la sottise de composer avec de faux sorciers et avec le diable pour être aimé d'une gueuse dont il était entêté, ajoutant à cela plusieurs discours insolents contre le Roi et le gouvernement; il n'y a nul inconvé- nient de le laisser à Caen oh. il sera bon, s'il vous plaît, que vous fassiez observer sa conduite. (A. N.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. 22 décembre 1706. La Devaux sera bien à l'hôpital au moins pour un an, auquel temps on verra ce qu'il conviendra de faire d'elle. (A. N.) RAPPORTS DE M. DARGENSON. 8 décembre 1706. Siriaque, mis à Bicêtre le 10 octobre 1706. Il est âgé de 43 ans, originaire de Brisach, en Allemagne. C'est ce faux sorcier qui avait déguisé en diable le pauvre porteur de chaise dont l'article suivant fait mention ; son ordre est limité à 6 mois, et je pense qu'il n'est pas à propos de le prévenir, D° De Saint-Vidal. Il est âgé de 34 ans, originaire de Charmazel, en Forez. C'est ce malheureux porteur de chaise qui s'était fait noircir le corps et le visage pour faire plus de peur à Mercier, ou plutôt pour le mieux voler; le temps de sa pénitence est aussi limité à 6 mois, et je crois qu'il en doit subir toute la durée. Françoise Pigeon, mise à la Salpôtrière le 19 août 1706. IS janvier MOT. Elle est âgée de G8 ans, originaire d'Étampes, entrée par lettre de cachet dont le temps est limité à un an. Elle a été transférée de la B., où elle avait été conduite pour avoir dit l'horoscope, pour s'être mêlée de devination, et même pour avoir fait entrer les mystères les plus augustes dans les moyens dont elle se servait pour tromper ses dupes. On ne connaît pas dans la maison ses dispositions ni ses sentiments, ainsi je ne croirais pas qu'il fut juste de prévenir le temps de sa pénitence. Je LA ROCHEFORT. 303 pense môme qu'il sera fort à propos de ne la pas faire sortir alors, qu'à condition qu'elle se retirera dans son pays. En 1707. Son impiété me paraissant toujours (la môme), je pense qu'il est à propos de l'oublier à l'hôpital. 15 janvier 1707. Ch. Rochefort, dite Ravet; elle est âgée de 30 ans, originaire de Hollande, depuis 27 ans à Paris. C'est cette insigne friponne qui, après avoir ménagé le com- merce infâme de Mercier avec la Canu, dite Vendosme, a conduit l'intrigue ridicule de ces feintes conjurations dont Siriaque était le principal acteur. Je rappellerai l'année prochaine dans son plus grand détail les circonstances de cette malheureuse affaire, oi!i j'ose assurer par avance que la Rochefort et la Vendosme ont le plus de part : la première pour sa friponnerie, et la seconde pour sa débauche. Sa lettre de cachet n'a point de temps limité, et jamais femme n'a été plus digne de l'hôpital par sa prostitution, par ses impiétés, et par un nombre presque infini de friponneries. J'ap- prends même qu'elle a. été conduite à l'hôpital une première fois, et je pense qu'elle y doit rester encore. En 1708. Telle était sa situation dans le temps de ma dernière visite, mais comme les sœurs paraissent maintenant assez contentes de ses dispositions et de sa docilité, je crois qu'on pourrait la rendre libre. Apostille de Pontchartrain. — La mettre en liberté pour 3 mois* Marguerite de Vaux, femme Teste. 2i janvier \10^. Elle est âgée de 37 ans, originaire de Paris, fausse sorcière, impie, qui a été renfermée à la B. et ensuite à l'hô- pital. Elle disait qu'elle avait une familiarité habituelle avec les esprits, qu'elle était maîtresse de plusieurs trésors, et qu'elle avait des talismans d'une supériorité invincible, tant pour gagner au jeu que pour faire aimer et pour faire réussir les mariages les plus désespérés» C'est pour la seconde fois qu'elle est renfermée par ordre duRoij et je pense qu'il est à propos de l'y laisser. En 1709. Tel fut mon avis l'année dernière, et comme cette mal- heureuse personne paraît toujours fort impénitente, fort entêtée de ses visions et encore plus indocile, je ne crois pas devoir en changer. En 1710. Mais comme on en est assez content, je crois néanmoins que l'on pourrait faire épreuve de l'usage qu'elle fera de sa liberté. En 17H. Sa docilité étant encore augmentée, je serai du même avis* (B. Ni) 304 DES PENNES. DES PENNES PONTCHARTRAIN AU CUEVALIER DES PENNES. Versailles, 23 mai 17 OG. Le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous reveniez en France aussitôt que vous aurez reçu l'ordre ci-joint, et que vous vous rendiez à Paris, où je vous expliquerai les intentions de S. M. sur votre destination. (A. M.) i. Ordres d'entrée du IC juin 170G, et de sortie du 13 février 1707. Contre-signes Pontchartrain. Vento des Pennes. Voici l'état de ses services : enseigne de galères, attaché au port de Marseille, le li^r août 1688; sous-lieutenant le 30 janvier 1692, lieutenant le 1er janvier 1098, réformé le 2 juillet 1701, rétabli à la fonction d'aide-major le 6 sep- tembre 1701, rétabli lieutenant en pied le l'^'' février 1703, cassé le 24 juin 1706. On croirait ici que la politique est en jeu, tandis que c'est une simple affaire de galanterie. La princesse des Ursins ne faisait ni plus ni moins que la plupart de ses contemporaines, et nous ne nous y arrêterions pas s'il ne paraissait utile de rectifier à cette occasion les idées reçues, sur la brièveté du temps consacré au plaisir dans la vie de nos aïeules, et sur leur mépris pour les domestiques, si amoureux qu'ils fussent. 11 est vrai que durant tout le xvu* siècle, on voit dans les tableaux de mœurs représentés sur le théâtre ou décrits par les romanciers, les femmes renoncer dès la vingtième année à la danse, au rouge et à l'amour. Cela parait vraisemblable, car les filles se mariaient à douze ans et étaient souvent grand'mères avant la trentaine. Il fallait bien qu'une aïeule, si jeune qu'elle fût, portât le costume de son rôle, mais ce n'était qu'un déguisement, et dans les coulisses la vie réelle ne ressemblait en rien à la comédie jouée sur la scène du monde. Elles auraient bien ri si on leur eût dit que leurs petites-filles se laisseraient persuader qu'après quarante ans une femme n'est plus bonne qu'à soigner les rhumatismes de son mari ; elles n'étaient pas si simples et per- sonne ne les en blâmait. Pour le prouver, nous citerons seulement parmi les courtisanes Ninon de Lenclos et les sœurs Loysou, qui, arrivées aux confins de l'extrême vieillesse, trouvaient encore à rançonner les hommes, et nous rappellerons que dans le monde honnête M°"^ de Mainlenon apportait à son ménage cinquante ans bien sonnés lorsqu'elle épousa le Roi. La princesse des Ursins frisait la soixantaine à son début dans la cour d'Espagne, elle avait admis alors parmi les gens de sa maison un chevalier des Pennes, jeune officier des galères; trop verte encore pour se contenter d'un serviteur, elle lui adjoignit son écuyer, un jeune drôle bien découplé, nommé Daubigny, neveu d'un procureur au Châtelet; M. des Pennes s'en étant choqué, elle le mit à la porte. Le renom des gens de cheval était grand alors parmi les dames, elles disaient avec Lafontaine : « Au jeu d'amour un muletier fait rage, « Un muletier à ce jeu vaut trois rois. » Aussi prenaient-elles volontiers dans leur écurie un amant, ainsi que le fit la princesse, ou même un époux, comme la maréchale de la Meilleraye. Il faut que ces heureux drôles aient eu de grandes qualités, car on avait beaucoup à leur pardonner, la maréchale était souvent rouée de coups de cannes, et Daubigny injuriait sa princesse en véritable DliS PENiNES. 305 LE MÊME A M. AMELOT '. Marly, 16 juin 1706. Le chevalier Des Pennes m'informe de son arrivée à Paris ; sur-le-champ j'expédie l'ordre pour le faire arrêter et conduire à la B., et celui de sa cassation le sera en môme temps. Je crois que c'est ce qu'a désiré M'"* la princesse des Ursins; si elle veut quelque chose de plus pour sa satisfaction, vous prendrez la peine de me le faire savoir. (A. M.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Marly, 16 juin 1706. Je vous envoie un ordre du Roi pour faire conduire et recevoir dans la B. le chevalier Des Pennes, qui m'informe de son arrivée à Paris. Jl ne me marque point l'endroit où il est logé, mais on en aura des nouvelles chez M. le marquis de Janson ou chez M. le bailli de Noailles. Lorsqu'il y sera, vous le verrez pour lui faire entendre que le seul moyen qu'il a pour se sauver et ne point rester dans la disgrâce du roi, est de chercher les moyens de prouver ce qu'il a avancé dans ses lettres à M. le marquis de Torcy et à M. de Janson. Vous écoulerez ce qu'il vous dira pour me le mander exactement. Vous observerez à celui que vous chargerez de l'ordre, que c'est un officier avec lequel il ne faut point user de violence, s'il n'y oblige point. (A. M.) DES PENNES A M. D'ARGENSON. J'avais été informé, hier au soir, fort tard, des ordres que vous avez reçus sur ce qui me regarde, et j'avais compté d'aller moi- même chez vous ce matin. Je vous rends mille très humbles grâces des honnêtetés que vous avez ordonnées à l'officier chargé des palefrenier; cependant à défaut de la reconnaissance, l'âge aurait du commander le respect, car la maréchale était une veuve émérite et M'"': des Ursins avait soixante-cinq ans lorsqu'elles souffraient ces indignités. Le chevalier des Pennes fut outré de chagrin, et pour se dépiquer il envoya à M. de Torcy des mémoires contre sou infidèle. M™^ des Ursins ne put se résoudre à punir elle-même un adorateur malheureux, dont la rancune était encore de l'amour; elle le fit rappeler en France. 1. IMichel-Jean Anielot, marquis de Gouroay, ambassadeur de France en Espagne, mort le 21 juillet 1721, âgé de 09 ans. « C'était un homme d'honneur et de grand sens, dit Saint-Simon. M""= des Ursins avait demandé au Roi de le lui donner pour mentor à la cour d'Espagne, d 20 306 DES PENNES. ordres du Roi, d'avoir pour moi; je souhaiterais pouvoir vous en marquer ma reconnaissance. (B. A.\ Paris, i7 juia 1706. PONTCHAUTRAIN A M. DE SAIINT-MÂRS. Mari y, 17 juin 170G. Vous pouvez donner à M. le chevalier Des Pennes son valet, le faire manger avec vous, si cela vous convient, et lui laisser voir du monde, en prenant soin de me mander les personnes du dehors qui lui rendront visite K (A. N.) LE MÊME A JI. d'ARGENSON. 27 juin 1703. J'ai lu au roi ce que vous me mandez touchant la conversation que vous avez eue avec M. le chevalier Des Pennes ; mais ce qu'il vous dit ne signifie rien ; ce n'est pas à vous à lui marquer les faits qu'il doit prouver et qu'il a avancés par ses lettres, s'il ne veut point passer pour calomniateur, et comme il n'y a pas d'apparence qu'il ait oublié ces faits, il doit vous dire que tel fait se prouve par telle circonstance; suivez cela de près et me mandez ce qu'il vous aura dit amplement. (^ • N.) LE CHEVALIER DES PEiS'NES A M. D'ARGENSON. Quelque honteux que je sois de vous dérober des moments que vous employez utilement pour le service du Roi, je ne saurais m'empêcher de vous demander une heure d'audience pour vous communiquer une idée que j'ai sur ce que vous m'avez fait l'hon- neur de me dire ; je ne sais s'il ne conviendrait pas que ce fût avant que vous n'envoyassiez à la cour notre dernière conversation. A la Bastille, G juillet 170G. Apostille de M. d'Argenson. — J'ai répondu à M. du Junca, qui m'a rendu celte lettre, que j'avais envoyé à M. de Pontchartrain celle que j'écrivis samedi dernier à la vue de ce prisonnier, que je rirais voir jeudi au soir. (B. A.) G juillet 1706. 1. Comme le chevalier u'éîait en prison quo pour donner satisfaction au resseatiinenl de Uaubigny, le minisltre ne voulait pas qu'il y fut trop malheureux. DES PENNES. 307 PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 7 juillet 1706. Le Roi trouve bon que M, le chevalier Des Pennes écrive à sa famille des lettres ouvertes, que vous verrez, et qu'il envoie aussi son valet en ville pour ses besoins ; je crois qu'il est inutile de vous avertir de prendre garde à ce que le valet ne se mêle pas d'autres affaires que de celles des besoins de son maître. (A. N.) LE p. RIGLET, JÉSUITE, A M. DU JUNG A. Paris^ U août 1706. Je n'eus pas l'honneur de parler jeudi matin à M. le gouverneur de l'affaire que vous savez, parce qu'il était sorti lorsque je finis ma messe. Obligez-moi de lui dire que je promis à M. le chevalier de présenter au ministre le mémoire dont je serais chargé, si M. le gouverneur agréait qu'il l'écrivît et qu'il me fût remis entre les mains. Il ne me convient pas de dire ce qu'il m'a confié sous le sceau de la confession, quoiqu'il m'ait permis de le déclarer au ministre ; il vaut mieux qu'il s'en explique lui-même dans un mémoire que je donnerai de sa part. Je suis persuadé qu'il est du service du roi qu'on permette au prisonnier de déclarer un secret si important pour le bien de l'État; j'attends, sur cela, l'honneur de votre réponse. (B. A.) MÉMOIRE DU CHEVALIER DES PENNES. La première lettre qu'il écrivit de Madrid fut à M. de Janson, par laquelle il lui marquait qu'il était persuadé que le roi d'Espagne était trahi par MM. d'Aguilar* et Orry ; qu'en effet, le gouvernement absolu donné à M. Orry-, les postes de confiance remis entre les mains de MM. d'Aguilar père et fils, un régiment levé par M. Orry, et posté pour la garde de Valence, sa conduite et ses pro- jets extraordinaires dans l'armée d'Aragon, commandée par M. le prince de Tserclaës, une lettre du roi d'Espagne écrite à ce prince 1. 11 avait été suspect au ministère, car M. de Torcy disait dans une instruction adressée au comte de Marsin : « Aguilar passe pour avoir plus d'esprit que l'Amirante, plus desavoir et de capacité, plus d'expérience de toutes sortes d'affaires, mais on doute qu'il ait de la probité et de l'honneur, on le dit entreprenant et hardi. Le peuple le hait, il importe de le surveiller. » 2. Philibert Orry, conseiller d'État en France; il devint contrôleur général des finances en 1730, il mourut le o décembre 1747; son père avait été mprimeur à Paris. 308 DES PENiNES. pour secourir Barcelone * en passant par Torlose ; son rappel pour lui substituer le comte de Las Torres, le choix du duc d'Arcos pour la vice-royauté de Valence, les conventions qui leur furent données pour régler leur pouvoir d'une manière qui les rendait incompa- tibles et les brouillait nécessairement l'un avec l'autre, Lérida, pris par les ennemis faute d'un secours médiocre que le gouverneur et l'évêque ont demandé longtemps avec la dernière insistance, lui faisaient une peine infinie, et le confirmaient dans cette fâcheuse idée dont il avait cru ne pouvoir se dispenser de rendre compte, quelque respect qu'il eût pour la princesse des Ursins, qui proté- geait ouvertement MM. d'Aguilar et Orry. Voici les preuves que M. le chevalier Des Pennes prétend avoir de ces faits importants et de la justesse des inductions qu'il en a tirées. 1° Le pouvoir absolu de M. Orry est incontestable, et la princesse des Ursins ne disconviendra pas qu'elle ait dit plusieurs fois à M. le chevalier Des Pennes que cet homme était un fripon, mais que tout fripon qu'il était, il convenait à ses projets ; 2° Personne n'ignore que M. le comte d'Aguilar ^ ait été nommé président du Conseil d'Aragon, et son fils capitaine des gardes du corps 3; cependant ils ont dit publiquement qu'ils sont l'un et l'autre dans les intérêts de la maison d'Autriche, et la princesse des Ursins en est convenue ouvertement avec M. Des Pennes; 3° Il est public que le régiment de Nabot fut levé par M. Orry immédiatement après son dernier retour en Espagne, qu'il préféra cette dépense à toute autre, qu'il en choisit le colonel, quoique Catalan et d'une famille déclarée pour l'archiduc, où il a un frère. Que ce régiment, qui est son ouvrage, fut chargé de la garde du royaume de Valence, et, par une trahison insigne, passa du côté des ennemis ^. Les justes soupçons que cet événement fit naître dans l'esprit de M. le chevalier Des Pennes, l'obligèrent de repré- senter, par sa lettre, qu'il serait important de savoir, par l'ordre 1. Barcelone s'était rendue le 5 octobre 1705 aux troupes de rarchiduc. 2. Le duc d'Aguilar avait été nommé président du conseil Arragon au mois de sep- tembre 1705. 11 passait jusque-là pour être l'ennemi des Fraurais. 3. Philippe V avait voulu faire asseoir, à la chapelle et derrière lui, le prince de Sterclaës, commandant des gardes. Les grands d'Espagne prétendaient que cet honneur leur appartenait exclusivement, et l'un des capitaines qui avait pris eu maiu les inté- rêts de la graudesse au préjudice de sa charge^ venait d être remplacé par le Cls de M. d'Aguilar. 4. En effet, le régiment de Nabot avait livré Oiiva aux partisans de l'archiduc. DES PENNES. 300 de qui le régiment de Nabot avait été poste en cet endroit, et il ne pouvait s'expliquer à ce sujet avec plus de ménagement ; 4° Tous les officiers généraux de Tarmée d'Aragon savent que M. Orry voulait tout emporter, l'épée à la main, et que si l'on avait suivi ses idées, on aurait éloigné de Saragosse toutes les troupes, ce qui aurait facilité le succès de la conspiration dont M. le prince de Tserclaës et l'archevêque, qui était aussi vice-roi du royaume, prétendaient avoir des preuves certaines ; 5° M. le chevalier Des Pennes n'a point lu la lettre du roi d'Es- pagne au prince de Tserclaës'*, mais ce prince lui en ayant rap- porté les termes, qui le confirmèrent dans ses soupçons, il écrivit à M. de Janson que cette lettre n'ayant pu être écrite sans conseil, et paraître aussi contraire au service du roi d'Espagne, il faudrait savoir qui le lui a conseillée ; 6* et 7° Le choix du duc d'Arcos et du comte de Las Torres en la place du prince de Tserclaës n'a pas besoin de preuves, [et pou- vait être fort innocent, aussi M. le chevalier Des Pennes n'en a-t-il fait mention que par rapport à la forme de leurs commissions ; 8° Car, quoique M. le chevalier Des Pennes ne les ait pas vues, il est certain que ces deux généraux n'ont pu convenir de leur rang ni des bornes de leur autorité, qu'on avait tellement confondus, que quand ils auraient été frères, ils n'auraient pu suivre leurs pouvoirs et compatir ensemble. Ces contestations les obligèrent d'aller à Madrid, et les ennemis profitèrent de leur absence pour se fortifier pendant cet intervalle. M. le chevalier Des Pennes se souvient même d'avoir écrit à l'occasion de ces commissions, qu'on disait que le comte d'Aguilar avait dictées ; mais comme il n'en a pas une connaissance parfaite, il manda en même temps qu'on ferait bien de s'en éclaircir ; 9° Il est certain encore que le gouverneur et l'évêque de Lérida ont envoyé des courriers pour obtenir un secours de cent hommes, et que, quoi qu'il y eût pour lors à Madrid de la cavalerie et de l'infanterie qui auraient pu arriver à temps, cette place, dont la conservation était si nécessaire et si importante, s'est rendue par capitulation du gouverneur ^ Le chevalier Des Pennes ajoute, qu'à 1. Le prince de Tserclaës était capitaine des gardes du roi d'Espagne et comman- dait en même temps les gardes wallones envoyées pour faire lever à l'archiduc le siège de Barcelone, mais la ville capitula avant son arrivée, et les Français furent obligés de la reprendre le 23 avril 1706. 310 DES PENNES. la fin, on résolut de détacher 400 hommes du régiment des gardes, sous la conduite du marquis de la Vere, pour secourir Lérida, mais il a ouï dire à cet officier que, lorsqu'il prit congé de la reine, elle lui parla en ces termes : Je crains bien que vous ne partiez trop tard, si j'en avais été crue, il y a du temps que vous seriez parti. M. le chevalier Des Pennes ne s'explique point sur la deuxième lettre écrite à M. de Torcy, environ la fin du mois de mars der- nier, parce que ce n'est proprement que la confirmation de la première, dont il vient de rendre compte. La troisième, qu'il croit être du mois d'avril, ne parle que des magasins qu'on avait assemblés dans les places frontières du Por- tugal, et qui, ayant été pris par les ennemis, ont servi pour la subsistance de leur armée. Il prenait la liberté de représenter à M. de Torcy, par cette lettre, que dans la première campagne de Portugal, quoique les troupes du roi d'Espagne fussent supérieures à celles de l'archiduc, que même l'argent et les grains fussent alors plus communs qu'ils n'ont été^ depuis, les magasins furent placés à plus de 13 lieues en deçà de la frontière, au lieu que cette année, les troupes espagnoles étaient hors d'état de tenir devant les ennemis, les magasins se trouvant dans les places les plus avancées; il se crut d'autant plus obligé de faire à M. de Torcy cette obser- vation, qu'il a ouï dire plusieurs fois à M. de Geoffreville et de Fresne, officiers généraux qui commandaient dans ce pays-là, qu'ayant su qu'on avait placé les magasins dans des villes aussi exposées, ils n'avaient pu s'empêcher d'écrire à M. Orry que, placer là les magasins, c'était les placer pour les ennemis. Le même M. de Fresne lui a dit encore qu'il ne comprenait pas pourquoi l'on avait laissé 15 pièces de canon de campagne dans Alcantara, et l'intendant de l'armée, en parlant de ces mêmes magasins, que les ennemis venaient de prendre, dit plusieurs fois à M. le chevalier Des Pennes, par manière de conversation, que le roi d'Espagne y perdait des biens immenses ; ce dernier fait n'est pas rapporté dans la lettre qu'il a écrite à M. de Torcy, parce que cet intendant ne lui en avait pas encore parlé, il ne croit pas encore devoir répeter ici la conversation particulière qu'il a eue avec M™" la princesse des Ursins ou avec M. d'Aubigny, quoiqu'il en fasse mention dans ses lettres, parce qu'il ne peut pas rapporter d'autres preuves que sa propre déclaration, mais il se serait regardé comme un sujet infidèle et comme complice de tous les maux qui DES PENNES. 3H auraient pu arriver, s'il n'avait pas rendu compte aux ministres du Roi des discours extraordinaires qu'on lui a tenus, et des conjec- tures qu'il ne pouvait empêcher d'en tirera (Préfecture de police.) LE p. RIGLET A M. D'ARGENSON. J'ai parlé à M. le chevalier Des Pennes, lequel m'a répondu que rien ne le consolait tant que l'espérance de voir finir sa disgrâce dans l'esprit du Roi, qu'à l'égard des lettres, il a cru le devoir faire, quoiqu'il en vît le danger et ce qui lui en coûte, parce que les discours qu'on lui a tenus depuis son retour en Espagne, étaient trop positifs pour qu'il en pût douter, qu'il aurait cru être complice de tous les malheurs qui pourraient arriver, et même criminel de lèse majesté. A l'égard des faits qu'il avance, il y en a de positifs, et les autres, il marque qu'on doit les vérifier, et il faut pour cela les tous rapporter, il dira ce qui est de sa connaissance; on pourra éclaircir d'ailleurs le reste par les parties intéressées. (B. A.) PONTCHÀRTRAIN A M. d'ARGENSON. 14 août 1706. Le Roi m'avait ordonné d'envoyer à la princesse des Ursins les lettres que vous m'aviez écrites au sujet des déclarations qui vous avaient été faites par le chevalier Des Pennes; elle y a fait la réponse que je vous envoie ; elle parle de toutes les pensées de ce gentilhomme et de toutes ses accusations avec beaucoup de modé- ration et avec tant de bon sens, qu'il n'y a pas un commencement de châtiment plus naturel h faire au chevalier Des Pennes que de lui en donner lecture; c'est ce que S. M. veut que vous fassiez inces- samment, et qu'après lui avoir fait lire, tant le mémoire que la lettre de M™° des Ursins, vous lui déclariez qu'il est cassé du service des galères, et qu'apparemment sa prison durera longtemps, si M"® des Ursins ne s'entremet pour l'abréger. Renvoyez-moi, s'il vous plaît, au plus tôt, ces deux pièces dont j'ai besoin, le Roi 1. Cette déclaration fut envoyée à M^^ des Ursins, qui écrivit à M™^ de Maintenon : « Burgos, 15 juillet 1706. « Le chevalier des Pennes mériterait qu'on lui fit son procès s'il ne prouvait pas ce qu'il avance, quand on ne voudra pas le regarder comme un fou. Vous le croyez pis encore, avec raison, et je suis persuadée que le Roi ne pense pas différemment. » 312 DES PENNES. veut, comme M"® des Ursins le demande, que le sujet de sa puni- tion soit public, dans toute son étendue. Ainsi, répandez-le. septembre 1706. II sera bon que vous voyiez de temps en temps le chevalier Des Pennes pour voir en quelle situation il se trouve, par rapport à ses calomnies passées *. (A. N.) LE MÊME A LA PRINCESSE DES URSINS. Versailles, 10 septembre 1706. Le gouverneur de la B. a écrit au Roi pour avoir la permission de faire promener quelquefois, dans le jardin de l'Arsenal, le che- valier Des Pennes, qui est incommodé, parce que le château de la B. est un lieu étroit, oti il n'y a point de promenade. S. M. n'a rien voulu décider sur cette grâce, quoique légère, sans savoir si vous l'agréeriez, car, ni cela ni autres choses ne lui seront accor- dées que de votre consentement. (A. N.) LE RÉGEÎJT - AU GRAND MAITRE DE MALTE. 26 mai 1716. Si les disgrâces peuvent ajouter quelque chose au mérite per- sonnel et aux services d'un bon officier, je ne doute point que le chevalier Des Pennes ne vous devienne encore plus recomman- dable par tous les malheurs qu'il a essuyés, et dont vous avez une entière connaissance; son zèle pour la religion le détermine à se rendre à Malle pour y servir l'ordre et satisfaire à ses devoirs, et l'estimant, et toute sa famille, au point que je fais, je ne puis me dispenser de vous les recommander avec toute l'instance possible, et de vous dire que j'aurais un grand plaisir de savoir les obliga- tions qu'il aura à votre protection, laquelle, je vous prie de tout mon cœur, de vouloir bien lui accorder aux occasions qui s'offri- ront. (A. N.) 1. La princesse des Ursins, au fond du cœur, prenait en pitié les souffrances d'un amoureux éconduit, et permit au mois de février 1707 qu'on le fit sortir de prison; mais pour éviter les disputes avec Daubigny, ce fut à condition que le chevalier ne reviendrait jamais en Espacrne. 2. Philippe d'Orléans, né le 2 août 1674, mort le 2 décembre 1723. Le Régent ne pouvait pas manquer de prendre sous sa protection un ennemi de la princesse des Ursins. On va voir avec quelle chaleur il recommande le chevalier au grand maître de Malte. DE MOMGOMMERY. 313 Comte DE MONTGOMMERY '. Débauche. LA VRILLIÈRE A M. DE SAINT-MARS. J'ai VU par la lettre que vous m'avez écrite, la nécessité qu'a M. le marquis de Montgommcry, d'avoir son valet pour le servir, à cause de ses incommodités de goutte. Vous pouvez lui donner, après que vous l'aurez fait examiner, pour savoir s'il ne lui porte- rait rien qui pût servir pour faciliter son évasion, et quand il l'aura avec lui, vous aurez soin d'empêcher qu'il sorte du château pour aller dans la ville, et qu'il ait de communication, non plus que son maître, avec des personnes du dehors. Versailles, lô octobre 1706. M. D'ARGENSON AU COMMISSAIRE CAMUSET. Il novembre 170G. Il me paraît juste que M. le commissaire Gamuset prenne toutes les sûretés justes et convenables pour empêcher le divertissement des effets de M. de Montgommery au préjudice de mademoiselle sa fille, non seulement en y apposant le scellé de l'ordre du Roi à lui donné par moi, mais en mettant le scellé à la garde d'une per- sonne non suspecte aux parties, et M. Chardon m'y paraîtrait bien propre, s'il voulait bien s'en charger, ou nous indiquer quelqu'un qui le fût. (B. A.) LA YRILLIÈRE A M. DE SAINT-MARS. Mademoiselle de Montgommery désirant voir son père, ce qui est fort naturel, m'a demandé une lettre pour que vous lui per- mettiez qu'elle lui parle; comme je n'y vois point d'inconvénient, vous pouvez lui accorder cette permission ; mais à condition que ce sera en présence de M. de Bernaville, pour qu'il ait connais- sance de leur entretien; qu'elle ne lui donne point de lettre ou au- 1. Ordre d'entrée du 15 octobre 1706. Contre-signes La Vrillière. II fut mis à la B. sur la dénonciation de l'intendant de la province, M. Foucaut. M, de Montgommery menait une vie scandaleuse dans ses terres. 314 DE MOMGOMMERY. cun papier, et qu'elle ne lui en fasse signer aucun; votre permis- sion ne sera que pour une fois, et si dans la suite il y a nécessité qu'elle le voie encore, je vous le ferai savoir. (B. A.) Versailles, 19 novembre 1706. PONTCHARTRAIN A M. DOUJAT ', INTENDANT DE POITIERS. Versailles, 29 décembre 1706. Continuez à me mander les suites de l'affaire de Mainville, et ce qui arrivera à l'égard des autres complices, et surtout s'il y a des preuves contre le marquis de Montgommery; je m'étonne que cette affaire, qui n'a nulle relation avec la guerre, ait été portée à M. de Ghamillart, puisqu'elle s'est passée dans le Poitou, qui est de mon département. (B. N.) LE MÊME A M. FOUCAUT, INTENDANT DE CAEN. Versailles, 14 janvier 1707. Vous verrez par le mémoire ci-joint, que M. de Montgommery entretient chez lui deux filles, dont le frère et le père ont été exé- cutés à Poitiers, comme voleurs ; je vous prie de vous informer si elles mènent une vie scandaleuse, et en ce cas, de me mander quelles mesures il y aurait à prendre pour les faire enfermer. (B. N.) LA VRILLIÈRE A M. DE SAINT-MARS. M. Pillon, procureur au Châtelet, qui vous rendra la présente, m'ayant témoigné la nécessité qu'il y a pour le bien des affaires de M. de Montgommery, et de MM. Lecocq et de Saint-Gontest, qu'il ait de temps en temps des conversations avec M. de Montgom- mery ; comme M. Pillon est honnête homme, et qu'il n'y a pas lieu de l'avoir pour suspect, vous pouver lui laisser parler autant de fois qu'il souhaitera, sans qu'il soit besoin qu'aucune personne soit présente aux entretiens qu^ils auront -ensemble. Marly, l^r avril 1707. Versailles, 17 décembre 1707. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite sur la permission que mademoiselle de Montgommery vous a demandée que monsieur 1. Jean-Ghcarles Doujat, intendant de Poitiers, mort à l'âge de 73 ans. BOUTET DE GAYE. 315 son père puisse voir madame de Sainte-Marie, et MM. Desforges de la Loe et le Main, autant de fois qu'il sera nécessaire pour le bien des affaires de cette demoiselle, ce que vous pouvez lui accor- der; mais il faudra que ce soit toujours en présence de M. de Ber- naville. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNAYILLE. Fontainebleaiij 22 juillet ITOS. Ce que vous avez fait pour les affaires de M. de Montgommery est fort bien, si mademoiselle de Montgommery a besoin d'aller en Normandie; dites-lui, s'il vous plait, qu'elle prenne la peine de m'ccrire les raisons qu'elle a pour cela, comment et avec qui elle va, afin que j'en puisse rendre compte au Boi. (B. A .) LA VRILLIÈRE A M. DE BERNAVILLE. Versailles, 27 mars 1710. J'apprends, par votre lettre, la mort de M. Montgommery; il au- rait été à souhaiter qu'il eût voulu un confesseur ; mais enfin, vous en voilà défait; vous pouvez suivre ce que vous avez projeté pour son inhumation, étant fort indifférent à S. M., qu'il soit dans un lieu plutôt que dans un autre, et encore plus de quelle manière se feront les obsèques. (B. A.) BOUTET DE GAYE^ Folie. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 30 novembre 1706. On a arrêté ici un particulier nommé Boutet de Gaye, qui avait des choses fort importantes à dire au Boi, qui se sont réduites à un grand mémoire que je vous enverrai demain, et dont je joins ici, par avance, un petit extrait qui vous fera connaître le caractère de l'homme. Le Boi veut que vous l'interrogiez sur le sujet de son voyage, sur sa vie passée, et sur les vues qu'il avait en venant ici. 'A. N.; 1. Ordres d'entrée du 30 novembre 1700, et de sortie du 6 juillet 1707. Ordres contre-signes Pontchartrain. 316 BOUTET DE GAYE. ; l'exempt nérot au même. Versailles, 3 décembre 1706. Je joins ici un mémoire du sieur Boutet de Gaye, que j'ai con- duit hier à laB. (A. N.) PONTCnARTRAIN A M. DE LA BOURDONNAYE, INTENDANT DE BORDEAUX. 22 décembre 1706. On a arrêté ici une espèce d'extravagant, nommé Bou.tet de Gaye, qui voulait parler au Roi sur des projets ridicules qu'il s'est fait au sujet de la R. Prenez la peine, s'il vous plaît, de vous informer quelle a été la conduite de cet homme à Bergerac, tant sur le fait de la R. que par rapport à l'arrangement de ses affaires domes- tiques, et de me mander ce que vous en apprendrez. (A. N.) M. DE LA BOURDONNAYE A PONTCHARTRAIN. Vous m'avez fait l'honneur de me demander quelle a été, à Ber- gerac, la conduite de Boutet de Gaye, qui a été arrêté à Paris. M. Boutet de Gaye n'est pas originaire de Bergerac ; il est fils d'un ministre sorti de Béarn, qui se maria dans la sénéchaussée de Bergerac; il y a acquis quelque hicn que son fils a conservé; celui dont il s'agit est un visionnaire qui s'est ruiné par des procès et par des chicanes. Comme il est rempli d'idées et d'imagination, on dit qu'il pro- posa à feu M. de Louvois plusieurs moyens de recouvrer de grosses sommes pour le Roi, mais que le caractère de son esprit ayant été connu, il ne fut pas écouté ; on n'a pas de connaissance qu'il ait commis aucune mauvaise action, ni qu'il se soit distingué par une conduite reprochable sur laR. Bordeaux, 13 janvier 1707. PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. 16 février 1707. J'attendrai les interrogatoires que vous avez fait subir à Boutet de Gaye, avec votre avis définitif sur ce qui le regarde et sur tous ses mémoires. (B. A.) CAUDRON. 317 CAUDRON'. Rébellion. M. DE MAGNAC -, COMMANDANT EN ARTOIS, A COAMILLART. Bétliune, 2 janvier 1707. Je pars demain pour aller faire les revues des régiments de Li- vry, La Motte Houdancourt et dragons de Fourrières, me servant du temps qui n'est point à la gelée. Je laisse aussi ce temps-là aux habitants du pays de Laloue pour se mettre à la raison ; il est néces- saire, pour le service du Roi, de faire un exemple de ces séditieux, qui sont allés à la cour, en les faisant mettre dans des culs de basse fosse; sans quoi cela donnerait méchant exemple aux peuples. Je ne dis pas que quand on les aura mis à la raison, le Roi n'ait la bonté de leur faire quelque grâce pour des gardes qu'ils ont mon- tées pendant l'été ; mais il n'est pas temps présentement; ils sont déjà désunis entre eux, et plusieurs m'apportent des soumissions; mais ce ne sont que des particulières, et cela ne finit pas l'affaire. Caudron, qui est à leur tête, est un coquin et un séditieux qu'il faut mettre le premier de tous dans un cachot, et l'y garder pen- dant la guerre, car ce serait un drôle à aller aux ennemis et tour- menter l'Artois. Il avait du bien, il l'a mangé, et profite de quelque argent dans ce trouble ; il fait ce qu'il peut à la cour pour trouver une protection pour de l'argent, il ne me met pas en peine, quand j'irai dans le pays de Laloue avec des troupes, ou que j'y en enver- rai> selon que vous me l'ordonnerez, de les faire bientôt payer; si l'on châtie ces coquins à la cour, ce sera une afi"aire finie. (A. G.) CHAMILLART A M. DE MAGNAC. Versailles, 5 janvier 1707. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire au sujet de la nombreuse députalion qu'ont faite les habitants du peiys de 1. Ordres d'entrée du 5 janvier 1707, et de sortie du 26 décembre 1710. Ordres contre-signes Ghaniillart et Voisin. 2. Jules Araolphiny, comte de Magnac, lieutenant général, mort le 23 février 1712, dgé de 73 ans. En 1707 il servait dans l'armée de Flandre, sous le duc de Bourgogne. 318 CAUDRON. Laloue pour représenter leurs raisons au Roi; les ordres que j'ai donnés pour les arrêter sur leur roule, et particulièrement Cau- dron, dont j'ai même envoyé le portrait pour qu'il n'échappe pas, ont été exécutés. J'envoie prendre ce dernier à Senlis pour le faire conduire à la B., où il restera en prison jusqu'à nouvel ordre de S. M., et je mande qu'on fasse relâcher les autres, à la réserve de onze des principaux, que l'on y retiendra dans une dure prison '. Le Roi ayant envoyé ses ordres à Senlis, pour y faire arrêter les députes du pays de Laloue à leur passage, M. le marquis de Cha- zeron- qui y commande les gardes du corps qui y sont en quar- tier, me mande qu'il en a fait mettre en prison 122, qui avaient pris cette route, du nombre desquels estCaudron, les autres ayant pris d'autres chemins. Je mande à M. de Chazeron, que l'on y retienne dans une dure prison, onze des principaux ; j'envoie un exempt de la prévôté prendre Caudron, pour le conduire à la B., et j'écris à M. de Cha- zeron de faire mettre les autres en liberté, de leur dire de s'en re- tourner dans leurs maisons, de vous porter cette lettre, d'exécuter régulièrement les ordres de S. M., qui vous ont été adressés pour eux, et qu'en s'y conformant, il ne leur sera fait aucune peine, et apprendront par l'exemple de leurs camarades, que le Roi a fort improuvé leur députalion, et qu'ils ne doivent jamais en faire de pareilles; si après cela ils font encore les mutins, il ne faudra plus les ménager et les faire servir d'exemple à leurs voisins. 1. L'administration avait les plus grands ménagements pour les pays situés sur a frontière. On craignait d'exaspérer les habitants, qu'un seul pas à franchir eut mis hors d'atteinte, et l'impôt y était toujours plus léger que partout ailleurs; mais en 1707 les fmances étaient épuisées et l'on fut obligé d'augmenter la contribution à payer par les habitants du pays de Laloue, en Flandre; ils réclamèrent, et leurs plaintes demeurant sans effet, ils envoyèrent une députatiou à la cour pour en appeler au Roi lui-même. Jamais souverain ne prit autant de soin pour persuader à ses peuples qu'il écouterait leurs plaintes. Toutes les semaines on tenait au château, en sa présence ou devant le chancelier, un bureau sur lequel chacun, noble ou manant, pouvait déposer son placet, et s'attendre à une prompte réponse. Ce soin eut les plus heureux effets, il faisait prendre patience aux misérables, et inspirait aux oppresseurs la peur des révélations et de la justice royale. On disait jusque-là : si le Roi le savait; maintenaut le peuple répétait avec bonheur : le Roi veut tout connaître, le Roi sait tout. Mais si Louis XIV accueil- lait les réclamations, c'était à condition qu'elles fussent individuelles; les plaintes collectives étaient repoussées sans examen et les avocats imprudents mis à la B.; ils y étaient traités avec sévérité et gardés fort longtemps. L'affaire de Caudron est une nouvelle preuve de ce que nous avançons, elle n'est pas la seule. 2. François-Amable de Monestay, marquis de Chazeron, lieutenant géoéral et gou- verneur de Brest, mort le 28 décembre 1719. CAUDRON. 319 6 janvier 1707. Il n'y a pas grande apparence que vous ayez besoin de troupes pour réduire le pays de Laloue ; l'exenaple que l'on doit faire des douze plus séditieux fera vraisemblablement rentrer les autres dans leur devoir. (A. G.) M. DE GAGÉ * A CHAMILLART. Lille, M janvier 1707. Celui que j'avais envoyé au pays de Laloue, pour déclarer aux habitants les dernières intentions du Roi, conformément à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, me rapporte qu'il y a la meilleure partie des habitants du pays qui veulent bien payer la contribution, que le bourg de la Gorgue ^, qui est le lieu principal, est déjà entré en payement, mais que le village de l'Avantis, et quelques particuliers des autres, ne veulent point s'y soumettre, et menacent ceux qui contribueront. Je viens d'écrire aussi à M. de Puinormand'\ en absence de M. de Magnac, qu'il fallait sans perdre de temps davantage, exécuter les ordres du Roi, en faisant marcher des troupes au village de TAvantis, où la désobéissance paraît le plus, d'où l'on enverrait des détachements chez ceux des autres villages qui leur seront indiqués pour des mutins et ne vou- loir pas se soumettre, que M. de Magnac jugerait du nombre des troupes qu'il fallait y envoyer, mais que la plus grande partie du pays étant en soumission, ou en intention de le faire, mon senti- ment était que 15 ou 1,600 hommes suffisaient, lesquels il pour- rait tirer des places le plus à portée, et je lui ai envoyé en même temps copie de la lettre que vous m'avez écrite sur cela. Je ne doute pas que M. de Puinormand ne soit chargé de cette commis- sion; ce qui me paraît toujours, est qu'il y a beaucoup de grossiè- reté de la part de ces peuples, et plus que toutes choses de l'ani- mosité contre ceux de la châtellenie de Lille, et cela est au point qu'ils donneraient volontiers au Roi au-delà de leur cote-part de la contribution pour retourner à l'Artois, et n'être point réunis à la 1. Charles-Auguste de Goyon, comte de Gacé, maréchal de France, né le 28 mai 1617, mort le 6 décembre 1729: il servait alors sous le duc de Bourgogne en qualité de lieutenant général. 2. La Gorgue est un village de l'arrondissement d'Hazebrouck, du département du Nord. 3. Hardouin de Gauffreteau de Puynormandj mort le 19 mai 1747^ âgé de 78 ans; il était alors colonel d'un régiment d'infanterie. 320 CAL'DRON. cbâtellenie de Lille, qu'ils regardent comme leur perte; j'attends la réponse de M. de Puinormand ou de M. de Magnac, que je crois présentement de retour de sa tournée; je crois par avance pouvoir vous dire que je ne vois pas que cette affaire puisse avoir des suites à vous donner la moindre inquiétude. (A. G.J CHAMILLART A M. DUGUÉ DE BAGNOLS, INTENDANT DE LILLE. Versailles, 12 janvier 1707. 11 est vrai que les habitants du pays de Laloue s'étaient avisés de faire une députation de 300 d'entre eux, Caudron à la tête, pour venir faire des remontrances au Roi, sur les raisons qu'ils préten- daient avoir pour se dispenser de contribuer, et qu'en ayant été averti et rendu compte au Roi, S. M. me commanda d'envoyer ses ordres à Senlis, à leur passage, pour faire arrêter ceux qui s'y pré- senteraient; 122, du nombre desquels était Caudron, y furent arrê- tés, le surplus ayant pris d'autres routes. J'en informai S. M., qui ordonna que l'on en retînt 12; savoir, 3 de chacun des villages du pays de Laloue; 11 furent laissés dans les prisons de Senlis, et Cau- dron fut conduit à la B., oîi il restera jusques à nouvel ordre, et je mandai que l'on mît les autres en liberté, avec ordre de retourner dans leur pays, pour se conformera ce que M. Magnac leur ordon- nerait de la part du Roi. Un des principaux fut chargé d'une lettre de moi pour lui, qui l'informait de ce que j'avais fait et lui mar- quait de faire sentir à ces peuples la bonté que S. M. avait d'en punir un si petit nombre, dans l'espérance que sa volonté leur étant connue, ils s'y soumettraient. J'espère qu'après cela, il ne sera plus nécessaire de songer à faire entrer des troupes dans leur pays pour le châtier plus sévèrement; si ce petit exemple ne faisait pas son effet, S. M. donnerait des ordres plus précis de ce qu'il y aurait à faire. Versailles, 14 janvier 1707. Je suis bien fâché que M. le comte de Gacé n'ait pas attendu la dernière que je lui ai écrite depuis que j'ai fait arrêter Caudron et onze des principaux babitans du pays de Laloue, qui y étaient joints avec plus de 25 autres pour venir porter leur plainte au Roi ; je les ai tous renvoyés, à l'exception de douze, avec ordre d'aller trou- ver M. de Magnac et de l'assurer d'une soumission entière aux vo- lontés de S. M. ; je suis persuadé que ce qui s'est passé, et l'exemple CAUDRON. 321 que le Roi a fait, les obligera de rentrer dans leur devoir; je ne doute point que les plus mutins n'aient été choisis pour cette dé- putatian ; comme ils étaient au nombre de 300, cela me donne lieu de croire que tous ne trouverez aucune résistance, et que vous vous acquitterez, à la satisfaction du Roi, de la commission dont vous vous êtes chargé en ménageant le pays et épargnant ceux qui n'ont aucune part à la désobéissance de quelque malheureux qui n'ont pas grand'chosc à perdre. (A. G.) M. DE GAGÉ A CHAMILLART. Lille, 22 janvier 1707. Le pays de Laloue est entièrement soumis, et il est venu ici des députés de toutes les paroisses qui le composent, qui sont entrés en payement de leur cote-part de la contribution et convenus du reste avec ceux de la châtellenie de Lille; j'ai fait partir aujour- d'hui 700 hommes des 1,500 que j'avais fait entrer dans le pays, et demain, il en partira encore 400. J'en laisse 400 hommes pour diligenter l'exécution des sûretés qu'ils sont convenus de donner aux États de Lille pour l'argent qu'ils ne pourront trouver; je compte que ce ne sera que pour deux ou trois jours. Il y a eu bien du malentendu dans le commencement de cette affaire, et l'on aurait pu éviter les extrémités oii l'on en est venu avec ces peuples ; je puis vous dire que j'ai bien abrégé la matière ; je crois que vous jugerez à propos de renvoyer les prisonniers du pays de Laloue que vous avez fait arrêter à Senlis ; il est certain que Caudron, que l'on m'assure que vous avez fait mettre à la B., est celui qui, par-dessus tous les autres, a allumé le feu en ce pays-là. (A. G.) CnAMILLART A M. DE CAGNOI.S. Versailles, 24 janvier 1707. J'ai appris que tous les habilans du pays de Laloue sont prêts à se soumettre, et même plusieurs à payer la contribution, pourvu que, dans les quittances qui leur seront fournies, il soit expressé- ment porté qu'elles ne pourront nuire ni préjudicier aux préten- tions qu'ils ont contre les baillis de la châtellenie de Lille, pour raisons desquelles il y a une instruction pendante devant nous de- puis plusieurs années. Le Roi a jugé à propos de les recevoir à 21 322 CAUDRON. payer à cette condition, et a approuvé la proposition que M. le comte de Gacé a faite de leur donner des quittances qui portent réserve de leurs prétentions, S. M. supposant qu'elles sont fondées et qu'elles ont donné matière à la contestation qu'ils ont avec les baillis; je leur mande quelles sont sur cela les intentions du Roi, afin qu'ils s'y conforment et vous en donnent avis en même temps. J'écris la même chose à M. de Gacé, afin qu'il tienne la main à ce que cette affaire finisse à ces ces conditions-là, et que le pays de Laloue soit incessamment délivré du logement actuel des gens de guerre, dont il n'est pas possible qu'il ne souffre considérablement. Comme toutes choses vont se remettre en règle en ce pays-là, il me paraît inutile de vous donner la commission que vous demandez pour faire le procès aux chefs de la révolte; on retiendra seulement Caudron en prison, et on mettra les autres en liberté, quand vous le jugerez à propos. * (A. G.) LE MEME A M. DE BERNAGE, INTENDANT. Marly, 23 octobre 1708. Je veux croire que si le Roi accordait la liberté à Caudron, vous pourriez vous en servir utilement pour engager les habitants du pays de Laloue et de la Gorgue à s'armer et à se défendre, en se joignant aux troupes que le Roi pourrait leur envoyer ; mais comme c'est un homme fort intrigant et très dangereux, il ne convient pas de le renvoyer en ce pays-là, et il faut se servir d'autres gens qui puissent les déterminer à prendre ce parti. (A. G.) D'ANGERVILLIERS A M. CHAU VELIN, INTENDANT. Versailles, 2 avril 1731. J'ai l'honneur de vous envoyer une requête présentée par Cau- dron, au sujet d'une somme de 6,900 francs qu'il demande aux quatre communautés du pays de Laloue, tant pour ses frais de voyage en qualité de leur député pendant l'année 1706, que pour le dédommager de sa détention pendant quatre années à la B. Je vous supplie d'examiner ses représentations, et de vouloir bien les faire communiquer aux communautés, pour savoir ce qu'elles ont à y répondre, afin que, sur ce que vous aurez agréable de m'en écrire, en me renvoyant celte requête, je puisse juger si elle mérite qu'on y fasse attention. (A. G.) PREVOST. 323 STETER*; PREVOST^; SCHULEMBOURG^; DUBUCQUOY^; DE LA H AM AIDE 5; CHARBOT»; GENEDOT^; TILTZ^; DURAND ET ROUSSEL»; VANDERDIER et LARCHE- VÊQUE*"; Comte DUBUCQUOYiS Espions. CHAMILLART A M. DE BAGNOLS. Versailles, 24 janvier 1707. Je vous envoie l'original du passeport sous lequel Prévost et sa femme sont venus à Paris; vous connaîtrez aisément, en le voyant, l'abus et l'inconvénient qu'il y a de ne point marquer les lieux pour lesquels ils doivent servir, et d'en laisser la disposition à des gens établis dans le pays ennemi. Si ce que j'ai mandé par ma dernière lettre peut être exécuté, on pourra rétablir le bon ordre par la suite ; mais il faudrait en même temps supprimer ceux de M. l'élec- teur de Bavière; renvoyez-moi ledit passeport après l'avoir lu. (A. G.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. 26 janvier 1707. J'ai envoyé à M. Chamillart, le passeport avec lequel Prévost était venu à Paris, et il me fera savoir de quelle manière il a été obtenu ou surpris. S. M. veut cependant que vous fassiez arrêter Prévost pour l'interroger, tant sur les motifs de son voyage si ex- traordinairement entrepris que sur le passeport. Mandez-moi aussi en quel état est sa femme, et si elle demeure folle. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 14 janvier 1707. Mort le 24 septembre 1709. do do do do do do do do do do 20 janvier do Ordre de sortie du 9 mars 1707. 29 mars do do 4 mai 1707. 3 juin do Évadé le 5 mai 1709. 2 juillet do Ordre de sortie du 27 août 1707. ' 27 juillet do do 8 décembre 1707. 8 août do do 2 septembre 1707. 6 septembre do do 16 novembre 1714. 28 septembre do do 14 décembre 1707. 14 décembre do do 13 février 1708. 9. 10. 11. do 25 février 1710 do Ordres contre-signes Chamillart et Poatchartrain. 1er avril 1710. 324 PREVOST. M. DE BAGNOLS A CnAMILLART. Je VOUS renvoie le mauvais passeport que vous m'avez adressé; ma signature y est; mais je suis bien certain qu'il n'est pas de moi, et qu'il y a quelque chose que je n'ai encore pu découvrir; je fais de nouvelles diligences pour y parvenir, et je prie M. d'Argenson qui l'a paraphé, de faire demander au mari et à la femme, por- teurs du passeport, s'ils sont encore ù Paris, dans quelle ville des ennemis il leur a été expédié. Lille, 7 février 1707. Apostille de Chamillart. — Envoyer à M. d'Argenson pour qu'il fasse ce qu'il pourra pour vérifier la vérité, et mander à M. de Pontchartrain que M. de Bagnols m'a renvoyé ce passeport, et comme il manque de circonstances qu'il est bon d'approfondir, je renvoie le tout à M. d'Argenson pour le faire. (B. A.) M. D ARGENSON A M. DE BAGNOLS. 12 février 1707. J'ai l'honneur de vous envoyer une copie de l'interrogatoire qu'a subi devant moi Prévost. Il y déclare qu'il est revenu en France sur la foi d'un passeport signé de vous, et qu'il n'a pas douté que ce passeport ne fût véritable. Il n'a pas voulu nommer la personne qui le lui a remis entre les mains dans la ville d'Anvers ; il assure même qu'il n'a jamais su son nom; mais cet interrogatoire vous mettra peut-èlre à portée de découvrir ce distributeur, et le tapis- sier établi à Anvers qui lui en a procuré la connaissance. J'aurais interrogé la femme de Prévost sur ce même sujet, mais sa raison a été tellement dérangée qu'on a été obligé de la renfer- mer, ce qui ne permet pas de s'en promettre aucun éclaircisse- ment. (B. A.) PONTcnARTRAIN A M. d'ARGE^SON 9 mars 1707. S. M. trouve bon que Prévost soit rerais entre les mains de Joly, chirurgien, pour trois mois, en donnant caution de sa stabilité ; il faudra le faire instruire pendant ce temps dans la R. (B. A.) DU BUCQUOY. 32j FORTIN DE LA HOQUETTE, ARCHEVÊQUE DE SENS, A TONTCHARTRAIN. A propos de l'abbc, vous avez vu le procès-verbal de la dernière prouesse de l'abbé du Monceaux, à Melun ; ce n'est pas là son plus grand crime ; c'était le bon ami de Pinel de la Marlinière, et il a eu part à toutes les diableries et profanations, et à ce testament de cette femme qui a reçu |des sacrements à Noyen, quoiqu'elle se portât bien. En vérité, si l'on faisait justice à tous ces abbés, ce serait de leur donner à tous un beau logement à Bîcêtre, et que le Roi eût la bonté de les y loger. Il n'y a nul bien à en espérer, et ils déshonoreraient la religion et leur caractère ; j'espérais vous mon- trer à Fontainebleau, unelette que j'ai eu l'honneur de vous écrire il y a trois ou quatre ans, sur leur sujet; je crois qu'il faudrait exécuter ce que je proposais dans ce temps-là; car je prophétisais ce qui est arrivé, et que ces bénéfices sont toujours en proie à l'avi- dité de ces méchants ecclésiastiques, et qu'on ne serait pas plus avancé dans quatre ou cinq ans qu'on était dans ce temps-là. (B. N. PONTCnARTRAIN A M. D'ARGENSON. 23 mai 1707. Le lieutenant de police de la Fère a arrêté un particulier nommé Du Bucquoy, qui était à la suite des mousquetaires, ainsi que vous le verrez par la lettre de M. d'Ormesson et de cet officier de po- lice; comme il vous sera aisé de savoir à Paris qui est cet homme, quelle est sa conduite et quel pouvait être le sujet de son voyage, prenez la peine de vous en informer et de me faire savoir votre avis sur cela le plus tôt qu'il se pourra; car s'il n'est pas coupable, il ne faut pas le retenir en prison. (B. N.) M. JOURDIEU, LIEUTENANT DE POLICE DE LA FÈRE, A M. D'ORMESSON, INTENDANT DE SOISSONS. En conséquence des ordres que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer pour faire arrêter les vagabonds, gens inconnus et sans aveu, j'ai fait avertir tous les cabaretiers de cette ville de se con- former à l'esprit de l'arrêt du conseil et à vos ordres. En faisant ma visite chez eux, j'en trouvai un qui me dit qu'il y avait un homme logé chez lui, qu'il ne connaissait pas, qui était arrivé en celte ville 326 DU BUCQUOY. en même temps que MM. les mousquetaires, que depuis ce temps, il avait fait deux voyages à Paris, et qu'il devait partir le même jour, mercredi, de ce mois, pour aller à Paris, ce qui me détermina de l'attendre. Sur les o heures du soir, il parut; je m'accostai de lui et l'entretins pendant quelque temps, et après lui avoir dit que je ne pouvais comprendre quelles affaires il pouvait avoir pour faire tant de voyages à Paris, je lui dis les ordres de V. G., de savoir les raisons qu'il pouvait avoir de faire son séjour en cette ville, et quelles affaires il y avait; c'est pourquoi je le priai de me dire qui il était, et ce qu'il faisait en cette ville. Il me fit les réponses por- tées en son interrogatoire, et comme il se réclamait de M. Leblanc, gouvp.rneur du marquis de Saint-Priest, mousquetaire, je le con- duisis avec M. Leblanc, chez M. le comte d'Artagnan, comman- dant les mousquetaires en cette ville, pour savoir de lui, s'il avouait, ou quelqu'un de la compagnie, cet homme, et après que M. d'Ar- tagnan l'eut interrogé, et que Leblanc n'eût voulu répondre de lui que jusqu'à ce que l'on se soit informé qui il était. M. d'Artagnan trouva bon que je l'arrêtasse prisonnier, ce que je fis sur-le-champ. Je vous envoie les réponses qu'il m'a faites en son interrogatoire, que vous aurez la bonté de faire examiner; je l'ai fait fouiller, on n'a pas trouvé de papiers sur lui; il faut qu'il s'en soit défait dans les allées et venues, parce qu'on m'a assuré qu'il avait un porte- feuille. Cet homme n'a aucunes manières de qualité; je crois que s'il n'est pas espion, il a de mauvaises affaires sur les bras. Il est de cinq pieds de haut, assez plein, portant une perruque de couleur châtain, les cheveux noirs, assez longs, cachés et liés sous sa perruque avec une corde, le visage basané, les joues assez rouges, les yeux bleus, sur la hauteur du nez, une petite marque, et à droite et à gauche, sur les côtés, une petite marque presque rouge ; il en a encore plus haut, à gauche, une autre petite ; la barbe fort épaisse, un rivet assez grand, un habit de pinchina brun, couleur d'habit de capucin, fort usé, sous lequel il a une veste de colemandre noire, et encore au-dessous un buffle retourné à l'envers, suivant qu'il m'a paru par les boutonnières retournées, et boulons de cuivre contre la chair. J'ai examiné cette veste, qui ne peut convenir qu'à une personne qui veut prendre différentes figures, puisqu'elle a deux endroits, l'un buffle, et l'autre drap brun assez usé, boutonnières des deux côtés, une culotte de peau assez grasse. DU BUCQUOY. 327 Après l'interrogatoire, je lui ai demandé où était son bagage, et son linge, et ses papiers; il m'a dit qu'il n'en avait point, et qu'il allait à Paris pour le prendre ; il est convenu qu'il avait été dans l'état ecclésiastique, et qu'il prétendait prendre de l'emploi dans les troupes. Les noms des personnes qu'il m'a nommées m'ont déter- miné à ne pas l'interroger en forme, parce que, en cas qu'il ne soit avoué des gens dont il se réclame, il sera toujours temps d'en ve- nir là. On croit ici que c'est un aventurier, chevalier d'industrie, et sur chaque article de son interrogatoire, il m'a paru fort embarrassé, surtout à trouver ses noms propres. J'aurais bien envoyé le tout à M. Phelypeaux, intendant de Paris ; mais comme je trouve une commodité pour Soissons, j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous en donner avis, et devons envoyer les lettres ci- jointes que j'ai fait écrire devant moi. J'ai interdit tout commerce, soit de paroles, soit d'écrits avec qui que ce soit, et chargé le geôlier de m'avertir si quelqu'un se présentait pour lui parler ; j'ajoute que cet homme m'a témoigné que la famille de MM. Phelypeaux lui était suspecte, et que je lui ferais plaisir de m'adresser plutôt à M. Chamillart pour envoyer son [interroga- toire ; il fait l'homme de qualité et n'en a aucunes manières ; je ne saurais vous dire mon sentiment, de peur de me tromper. La Fère, 13 mai 1707. :i6 mai 1707. Le soi-disant Dubucquoy compte si peu sur la protection des gens de qualité auxquels il a écrit, et aux adresses qu'il nous a données, que sans de grandes précautions il se serait échappé de nos prisons. Comme lorsqu'il fut arrêté, on doutait que ce fût un fripon, je fus quelque temps à délibérer si on le fouillerait; il eut apparemment le temps de cacher une paire de pistolets de poche, qui, malgré toutes les perquisitions, ne fut trouvée qu'hier ven- dredi matin, avec un portefeuille où il n'y a que du papier blanc, et une écritoire dans laquelle s'est trouvé un canif, quelques plumes et deux grandes aiguilles à emballer. Jeudi dernier, comme on le faisait sortir de prison pour lui faire prendre l'air, la geôlière aperçut un bout de corde attaché au ver- rou, dont le bout était passé dans un joint de la porte qu'elle laissa, et en le remettant en prison, elle coupa cette corde adroitement. Je le fus voir ensuite, et trouvant son justaucorps plein d'ordure, cela me fit soupçonner quelque chose, et ayant vu un morceau de 328 DU DUCQUOY. fer gros du doigt, rompu, je le fis mettre au cachot et fouiller assez exactement. Hier au malin, je fis faire une si exacte perquisition dans sa prison, qu'on trouva ses pistolets et le reste; ensuite ye le fis remonter dans sa prison et visiter le cachot, où l'on trouva un petit paquet entortillé dans quatre morceaux de papiers fort gras, dans lequel étaient six petites limes sourdes fort fines, une petite scie, un poinçon, une espèce de burin et un manche de bois au- quel tous ses outils répondent; ce qui me fit juger qu'il pouvait avoir travaillé, et, en effet, on a trouve un barreau à demi scié, recouvert de cire, et qu'on aurait eu de la peine à découvrir, si, en le fouillant, je n'en avais pas trouvé sur lui. Les quatre morceaux de papier sont des mémoires de différents messages qui justifient du caractère du personnage. Je vous envoie copie du plus consi- dérable; le revers de la feuille semble être une déclaration de la personne dont il a toutes les manières; cependant, je crois que c'est une adresse pour lui servir quand il trouvera bon de prendre la figure de celui y désigné, parce qu'un homme sait ce qu'il dit sans être obligé de l'écrire, et les noms de curé, de gouverneur et intendant sont pour ne se point couper et être trouvé menteur. L'écriture est un peu différente de celle dont il s'est servi pour écrire les lettres que j'ai eu l'honneur d'envoyer à V. G. La veste a deux endroits, la culotte et le manteau à double collet de même ; ces pistolets et outils m'ont fait prendre la curiosité de faire visiter les épaules ; il est douteux qu'elles soient marquées. Il est d'une effronterie sans exemple, il n'est pas d'injures qu'il n'ait vomi contre moi; il a été aujourd'hui fort consterné quand il a appris que j'avais ses outils ; il a dit ;\ la geôlière qu'il avait une lettre de change de 4,000 livres, protestée, qu'il craignait une sentence de prise de par corps, et qu'il portait ses outils pour s'en servir, au cas qu'il fût arrêté. La physionomie de cet homme ne m'a jamais trompé; mais bien M. Leblanc, auquel la compagnie des mous- quetaires n'a pas grande obligation de leur avoir produit un homme si dangereux; et j'aurais très mal fait de m'ctre contenté du certificat d'un tel homme, qui pourtant, en assurant qu'il était neveu de madame la comtesse Du Bucquoy, a empêché de faire les découvertes qui auraient pu être plus considérables, si je l'avais fait fouiller sur-le-champ; je n'ai pas encore réinterrogé cet homme; il faudra qu'il ait bonne mémoire pour ne se pas prendre à se souvenir des noms qu'il m'a donnés ; j'attendrai sur cela vos DU BUCQUOY. 320 ordres; il n'y a rien qui presse; il sera garde sûrement, et pour peu qu'il fasse, on lui mettrait des fers. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de Du Bucquoy, par laquelle vous me marquez de communi- quer son interrogatoire à MM. de Saint-Priest, comte de la Marie, et Leblanc, pour savoir d'eux s'il est vrai qu'il ait porté de leurs lettres à Paris, et reçu réponse. Gomme ils étaient convenus de ce fait devant M. d'Artagnan, je l'ai cru de peu de conséquence, et que, pourvu que Du Bucquoy se fît connaître, que cela suffisait. J'ai encore parlé à ces messieurs, qui m'ont assuré ne le pas con- naître, à la réserve de Leblanc, qui ne l'a vu que quelquefois chez la comtesse Du Bucquoy, et qu'ils ne l'avaient chargé de leurs lettres que parce qu'il leur avait dit qu'il allait à Paris pour des affaires. Depuis l'interrogatoire, j'ai été tous les jours voir ce prisonnier, et l'interroger sur toute sorte de matières, pour voir si je ne connaîtrais rien dans ses discours qui pût me découvrir la vérité de son état. 11 me dit qu'il avait toujours porté le petit collet, qu'il s'appelait ordinairement l'abbé Manicamp, qu'il avait eu deux frères tués au service de l'empereur, qu'il en a un autre au service de l'Allemagne, qu'il était un bel esprit, qu'il fréquentait peu de bourgeois, n'ayant pu nommer aucun ; je lui ai demandé quels biens il avait; il m'a dit qu'il avait une maison rue Saint-Denis, occupée par M. Malo, mercier, au Roi de Hongrie, Durouy de Saint-Sau- veur, et des rentes sur l'Hôtel de Ville, tant à lui qu'à madame sa tante, sous le nom d'E. A. Vaudray, veuve de M. Du Bucquoy, que Peuvré était procureur de sa tante et de lui, sans pouvoir me nom- mer aucuns de ses juges rapporteurs ou avocats. Il dit avoir composé un livre intitulé : Essai de l'honneur par- fait, dédié à M. le Prince, que son nom n'était pas sur le livre, et qu'il ne se souvenait du temps de l'impression, ni du nom de l'imprimeur. Qu'il a travaillé pour le prix de l'Académie, sur un sujet en prose qui est : qu'il n'est rien de plus terrible à l'homme que d'abandonner Dieu et de ne le plus craindre; et l'autre en vers sur la piété du Roi et du soin qu'il a pris de la religion dans la paix dernière; il ne m'a pu dire pour quelle année; mais ces deux pièces ont été imprimées chez Praslard, sous son nom, qu'il les avait présentées trop tard au secrétaire, dont il ne sait le nom ; il 330 DU BUCQUOY. ne connaît ni MM. Clément et Boivin, de la Bibliothèque, non plus que M. de Valincourt et autres académiciens. Il prétend avoir travaillé sur les affaires de Chine, au sujet de Confucius, qu'il avait marchandé avec Brunet, libraire, au palais, pour l'impression de son ouvrage, et ne sait l'enseigne de ce libraire. Il dit avoir fait ses Pâques à Saint-Eustache, dont il sait à peine le nom du curé; et lui ayant dit qu'il se nommait Secousse, il m'a dit qu'il le connaissait et était connu de lui; si j'eusse vu le nobi- liaire de Picardie, j'aurais vu s'il accusait juste dans celte généa- logie. M. Carpentier a ce livre. Si vous trouvez à propos que je l'interroge dans les formes, et que je fasse rédiger par écrit ses réponses, il s'y trouvera de terribles contradictions; pas un des mousquetaires ne l'a connu ; un seul me dit qu'il croyait qu'il était M. l'abbé de la Molhe ; je lui ai demandé s'il n'était pas cet abbé; il m'a dit que cet abbé avait épousé sa cousine, fille de la dame Du Bucquoy, sa tante, et qu'il était pré- sentement au service du prince Bagotzy, commandant d'artillerie; que pour lui il songeait à relever sa famille en France, et avait suivi les mousquetaires pour voir s'il se pourrait faire à la fatigue de la guerre, et apprendre les termes de l'art, afin de ne pas com- mettre d'incongruité dans l'Histoire du Roi de Suède, qu'il se pro- posait d'écrire; qu'il connaissait particulièrement le P. Malle- branche, auquel il avait communiqué un nouveau système de philosophie, et qu'il avait trouvé la vérité. lime paraît qu'il y a un peu d'égarement dans son esprit; il a écrit trois lettres que vous trouverez ci-jointes, l'une à la duchesse d'Angoulême, et les autres à l'abbé Bossuet et au père Lamy, Il n'y a pas grand fonde- ment à faire sur des connaissances si vagues ; il se peut qu'étant abbé, il fut honnête homme; depuis deux ans, un homme peut être changé ! Je lui ai fait entendre qu'il ne devait pas s'attacher à tant de puissances, qu'il fallait nommer gens qui le connussent de- puis qu'il a quitté le collet et actuellement; que toutes ses démar- ches étaient très suspectes, ses habit?, les efforts qu'il faisait pour se sauver, et les discours qu'il tenait et avait tenus, et que même on m'avait dit qu'il s'était informé de Tétat de cette ville. Mes dis- cours n'ont pu l'engager à me nommer d'autres gens, et a nié qu'il ait fait des efforts pour se sauver, ni informer de rien. On a soin de sa personne. Il a un bidet que j'ai mis à la garde d'un cabaretier; DU BUCQUOY. 331 je continuerai de le voir tous les jours, et dans la conversation, je m'étudierai à voir les endroits où il se contredira, et en rendrai un fidèle compte à V. G. La Fère, 18 mai 1707. Cet homme a 4o ans au moins et la barbe grisonne. (B. A.) M. d'ormesson a pontchartrain. Je me donne l'honneur de vous envoyer une troisième lettre que je reçus hier du lieutenant général de la Fère, à l'occasion de Du Bncquoy, qui y a été arrêté. Cette dernière lettre et toutes les circonstances qui y sont expliquées, donnent lieu de croire que ce particulier est un fort mauvais sujet. J'attends vos ordres sur le tout. Soissons, 23 mai 1707. Apostille de Pontchartrain. — Répondre, interroger encore, et l'envoyer sûrement à la B., combiner pour la conduite, avec les deux qui viennent de Reims pour épargne. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 3, juin 1707. J'envoie à M. d'Ormesson l'ordre pour faire transférer à la B., Du Bucquoy de Manicamp; vous pourrez l'y interroger à fond, et connaître de vous-même si c'est l'homme que vous soupçonnez, après quoi l'on verra ce qu'il conviendra faire de lui. (B. N.) M. 30URD1EU A M. D ORMESSON. J'ai interrogé de nouveau Du Bucquoy ; je vous envoie copie de son interrogatoire, dans lequel vous trouverez beaucoup de con- tradictions; je crois que dans la suite il sera à propos de l'inter- roger sur les deux interrogatoires prêtés, sur lesquels j'ai fait à loisir mes réflexions. Une personne qui a toujours été à la cour et qui la sait, m'a assuré qu'il y a trente ou quarante ans, il y vint une personne en France, qui avait passé à la cour de Savoie, qui se dit comte de Du Bucquoy, qu'il passa quelque temps pour lui, tant il avait la facilité de raconter toutes les actions du véritable comte de Du Bucquoy; qu'ensuite on reconnut que c'était une personne qui 332 DU BUCQUOY. empruntait ce nom pour imposer à la cour, qu'il fut arrêté à la B., où il resta du temps; qu'il faisait autant de comtesses de Du Buc- quoy qu'il voyait de femmes de mauvaise vie, et qu'il n'y a jamais eu d'autre comte Du Bucquoy en France que celui-là; c'est un fait qu'on peut facilement éclaircir. Je crois que cet homme peut être connu des Pères Mallebranclie, Mabillon, Lamy et autres; c'est un prodige de mémoire; il paraît connaître à fond tous les nouveaux systèmes, et prétend avoir trouvé un milieu; il se pourrait que cet homme n'aurait eu d'autres desseins que de se sauver en Hollande ; il me dit toujours qu'il n'a songé et ne songe journellement à se sauver des prisons, que parce qu'il craint que sa détention ne soit sue des ennemis qu'il dit avoir, évoques et archevêques, que son grand génie, et plusieurs compositions qu'il a faites, et qu'ils ne prennent occasion de le perdre. Il raisonnait d'abord sur les affaires d'Etat; il dit posséder ùfond les intérêts des princes. Le geôlier et sa femme m'ont assuré que, d'abord, il parlait fortement sur les affaires des campagnes passées et sur celles à venir. Ils le craignent et seraient bien aises d'être délivrés d'un tel prisonnier, qui a plus de finesse et d'industrie qu'il ne convient à une personne qui se dit absorbée dans les plus forts mystères de la religion, et qui dit toujours qu'il n'a jamais eu d'autres vues en sa vie que de connaître Dieu, sa religion et soi- même. Comme mercredi dernier, il s'est voulu sauver en présence de trois personnes qui étaient un peu de côté dans la cour de la pri- son ; je lui ai fait mettre les fers aux pieds, parce que le geôlier ne voulait plus en répondre sans cette précaution, et qu'il tâche jour- nellement de corrompre ses gens, auxquels il offre des fortunes pour le laisser aller. Il lui dit jeudi au soir, après son interroga- toire, qu'il avait bien fait de le prendre au milieu du corps, qu'il avait une provision de cendres dans sa poche pour lui crever les yeux en cas qu'il voulût le rattraper ; il lui a ofiert de lui faire compter cent pistoles s'il voulait le laisser travailler deux heures pour se sauver. Il faut assurément que cet homme ait quelques mauvaises affaires, parce que s'il était innocent, il devrait attendre patiemment la décision de la cour sur son sort. Ses outils et tout ce dont nous l'avons trouvé chargé, et ses actions, témoignent qu'il a été en prison plus d'une fois. DU BUCQUOY. 333 Il est dans d'étranges inquiétudes qu'on se soit informé de lui à Auxerre ; il dit dernièrement à la geôlière que je faisais tous mes efforts pour le perdre, et qu'il appréhendait que je n'eusse écrit à Auxerre; je ne l'ai pas fait, mais il serait très h propos de le faire. Un mousquetaire, dont je ne sais pas le nom, ayant assuré qu'il l'avait vu arrêter en habit d'abbé au sortir du coche. Si j'apprends quelque chose de nouveau, je ne manquerai pas d'en informer V. G. (B. A.) La Fère^ 4 juin 1707. M. d'ormesson a m. de pontchartrain. J'ai, suivant vos ordres, mandé au lieutenant général de police de la Fère, d'interroger de nouveau Du Bucquoy, qui y a été arrêté, ce qu'il a exécuté ; je me donne l'honneur de vous envoyer une expédition de ce second interrogatoire, avec la lettre que m'a écrite le lieutenant générai de police, en me l'adressant; il y a tant de contradictions dans toutes les réponses de ce particulier, qu'il est difficile de croire qu'il soit hors de soupçon; si vous ne prenez bientôt un parti sur son compte; je croirais qu'il serait nécessaire de le faire transférer dans des prisons sûres, celles de la Fère ne l'étant pas. (B. A.) Soiésoiis, b juin 1707. PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON 29 juin 1707. Douaire, commandant la brigade de Sèvres, a arrêté un parti- culier, Saint-Ange, que le Roi veut que vous interrogiez; outre Douaire que je vous envoie, je lui mande de vous instruire des cir- constances de la capture de cet homme, de ce qu'il a trouvé sur lui et de ce qu'il en a appris. (B. A.) RAPPORT DE DOUAIRE. Un particulier venant de Versailles, le juin dernier, sur les 8 heures du soir, arrêta une charrette conduite par deux blanchis- seuses qui revenaient de Versailles à Sèvres, voulant monter dans leur charrette, et pour cet effet monta sur le limon, et s'y étant assis tenant une des ridelles de la charrette en sa main ; les deux femmes qui étaient à pied voulant l'obliger de descendre, il donna 334 DU BUCQUOY. un coup de pied d^ns la mamelle de l'une d'elles, qui voulut s'ap- procher de lui, qui était assis sur le limon, duquel coup cette femme s'étant sentie fort blessée, et craignant que ce particulier ne l'in- sultât davantage le long du chemin, venant à Sèvres avec ce par- ticulier, et pour l'éviter et l'obliger à descendre, les deux femmes retournèrent la tête de leurs chevaux du côté de Versailles, d'ofi elles venaient, et ayant chassé leurs chevaux et conduit leur char- rette du côté de Versailles, le particulier qui venait à Sèvres se trouva obligé de les quitter, lequel joignit un charretier qui avait une charrette chargée de bois, qu'il venait de quérir du côté de la forêt de Montfort; avec lequel il eut un semblable bruit et diffé- rent, voulant monter dans la charrette malgré lui, et ayant tiré son épée toute nue à la main, lui en présenta la pointe près du ventre ; le charretier se trouva obligé de lui dire qu'il allait prendre des pierres et lui en casser la tête s'il ne remettait son épée dans le fourreau, ce qu'ayant fait, il dit au charretier qu'ils étaient cin- quante de leur bande, et qu'il y avait quinze cavaliers qui l'atten- daient à la porte de la Conférence; et qu'avant trois jours, il serait en Flandre, et autres paroles sous-entendues; ce qui étant venu à la connaissance de l'officier qui commande la brigade de Sèvres, il aurait fait arrêter le particulier, qui d'abord ne lui ayant pas voulu dire son nom, sa qualité ni sa demeure, il se serait cru obligé de le faire mettre dans les prisons de Sèvres, et l'aurait sommé de vider ses poches en présence de M. de Longueuil, sei- gneur de Sèvres, et d'autres habitants, pour savoir si dans ses po- ches on ne trouverait rien qui pût faire reconnaître le particulier, ou servir à justifier sa qualité, qui pouvait être étranger ; lui ayant trouvé trois diamants fins dans une petite boîte d'argent, qui ne paraissait pas d'être d'usage au particulier, les diamants étant de prix, et le particulier n'ayant que 4 francs ou 5 francs dans ses poches. L'officier qui commande la brigade de Sèvres l'ayant un peu intimidé pour savoir qui il était, le particulier lui aurait dit se nommer Louis-Armand de Saint-Ange, fils de Pierre de Saint- Ange, gentilhomme sans emploi, demeurant en Flandre, à Malines ou Anvers, avec lequel il était mal. (B. A.) M. DUGDÉ BAGNOLS, INTENDANT DE LILLE, A PONTCHARTRAIN. Les déclarations de la Hamaide, qui a été arrêté par les ordres DE LA HA.MAIDE. 335 du Roi, sous le nom de L. de Saint-Ange, ne sont pas sincères ; il est vrai qu'il est fils de Pierre de la Haraaide, sieur de Luchigny, dont le père a été procureur général au parlement de Tournay ; mais il n'est pas né en légitime mariage. M. J. Salmon, sa mère, était nourrice chez M. de Luchigny ; il la déhancha, et en eut F. de la Hamaide, quand le père s'est marié avec B. E. de la Barre, sa femme ; Marie Salmon y forma opposition, sous prétexte de quelque promesse de mariage; les parents et les amis accommodèrent les parties, et l'on obligea M. de Luchigny à promettre une somme à la Salmon, et à se charger de l'enfant; il a mal exécuté l'un et l'autre; il plaide la Salmon au lieu de la payer, et a chassé de chez lui P. F. de la Hamaide. Celui-ci ne trouvant point de ressources chez son père, trouva moyen de suborner son fils Piat de la Ha- maide, jeune garçon de 8 ou 9 ans, et par son moyen, ils enle- vèrent ce qu'ils trouvèrent d'argent comptant chez M. de Luchi- gny, avec quelques bagues et un cachet d'or dont il a été trouvé saisi lorsqu'il a été arrêté. Le père n'est pas un homme d'une très bonne conduite, ni des mieux intentionnés pour le service du Roi ; on ne peut néanmoins lui reprocher autre chose que des discours imprudents; le fils, qui est le prisonnier, se conduit encore plus mal; il a d'abord été sous-lieutenant dans le régiment de Solre, d'où il est mal sorti, et depuis a couru les champs et fait bien des conditions; c'est un évaporé plein de bonne opinion de lui-même, et qui fait le métier d'un chevalier d'industrie ; il serait mieux dans une prison qu'en liberté. Si le Roi se détermine à prendre ce parti, il faudra obliger son père à payer sa pension ; il ne le fera pas vo- lontairement, quoiqu'il soit en état de fournir les aliments à son bâtard. (B. A.) Lille, 23 juillet 1707. TORCY A M. D'aRGENSON. Jlarly, 26 juillet 1707. Nérot, officier de la prévôté de l'hôtel, doit vous mener Charbot qu'il a arrêté à Versailles, dont la conduite a fait soupçonner qu'il avait quelque mauvais dessein. Je vous prie de prendre la peine de l'examiner et de le mettre en tel lieu de siireté que vous jugerez à propos, jusque à ce que vous m'ayez envoyé ce que vous aurez découvert, et que je vous aie fait connaître les intentions de S. M. (B. A.) 336 DU BUCQUOY. M. d'aRGE.VSON a rONTCIIARTRALN. 26 juillet 1707. Je prends la liberté de vous envoyer les cinq interrogatoires du faux abbé Du Bucquoy* ; ils prouvent, ce me semble, que si cet honmie n'est pas un véritable espion, c'est au moins un insolent et un fourbe, ou plutôt un fripon et un scélérat capable de tout en- treprendre. Il changeait d'état suivant ses besoins et ses vues; il était tantôt capitaine, religieux de la Trappe, séminariste, bour- geois et pèlerin ; il s'érigeait même quelquefois en théologien et en philosophe, quoique, de son propre aveu, il n'ait jamais étudié ni l'une ni l'autre de ces sciences ; il a passé d'aventure en aventure, ou pour parler plus exactement, de chimère en chimère; ainsi, l'on peut dire que l'histoire de sa vie est un tissu de friponneries et de mensonges. Il a pris le nom de Du Bucquoy, qui certaine- ment n'est pas le sien, pour s'attirer une considération personnelle et des égards qu'il n'a jamais mérités. J'ai parlé à la veuve du comte Du Bucquoy, qu'il disait être sa tante; mais elle m'a expressément assuré qu'elle le connaissait pour un malheureux intrigant qui l'a trompée après s'être insinué dans sa maison, il y a cinq ans presque entiers, sous préte.xte de négocier le mariage de M. le marquis de Sennetcrre, avec une de ses parentes; il se faisait nommer alors l'abbé de Manicamp; mais il ne voulut déclarer à la dame Du Buc- quoy, dont il connaissait la mauvaise fortune et la bonne foi, ni sa demeure, ni sa famille. Quand il eut pris connaissance des affaires de cette pauvre dame, il lui fit entendre que, si elle voulait avoir confiance en lui, il lui ferait revenir de très grands biens qui avaient été usurpés ou confisqués en Flandre sur des seigneurs de son nom. et à la faveur de cette espérance, il s'est emparé de tous ses papiers, même de l'extrait baplistaire de son fils, qu'il s'appliquait dans les occasions, pour persuader qu'il avait Thonneur d'être de cette illustre famille. Quand la dame Du Bucquoy le pressait de faire connaître la sienne, il disait qu'il avait des raisons importantes pour la cacher encore; mais qu'il s'expliquerait quand il serait temps; enfin, il s'est avisé de lui dire à elle-même qu'elle était sa i. Apostille de Pontchartrain. — Il faut éoiire, moi, à la Trappe, à M. de Bagnok, à M. l'archevêque de Rouen, à M. l'abbé Brisacier, etc., pour vériûcr les faits allégués dans sou interrogatoire, à fond. Lisez-les avec soin; pour cela, il faut suivre. Apostille de M. Desfjranges. — Je les ai lus et ceci doit cire suivi. — Bon. CIIARBOT. 337 tanle, quoique celte bonne dame n'ait jamais eu de beau-frère, et qu'elle l'ait toujours connu pour un aventurier et un vagabond ; c'est donc un homme qu'il faudrait conduire en prison s'il n'y était pas, capable des entreprises les plus criminelles, qui ne pouvait suivre la compagnie des mousquetaires qu'à mauvaise in- tention, et qu'on ne peut retenir avec trop de soin; il m'a para fort embarrassé sur la plupart des demandes que je lui ai faites, et il n'y a répondu que par de longues digressions aussi éloignées de la vraisemblance que du bon sens. Il veut qu'on croie que, lorsqu'il a été arrêté à la Fère en dernier lieu, il allait à l'armée de Flandre, non seulement pour s'y distinguer par quelque action d'éclat, mais aussi pour apprendre les termes de l'art militaire et se les rendre familiers, par rapport à l'Histoire du Roi de Suède qu'il voulait écrire; c'est ainsi qu'il cherche toujours dans quelque vision im- possible et rididulc, des excuses à toutes ses impertinences, ou des prétextes pour déguiser ses intentions criminelles. Il n'a pu disconvenir qu'il n'ait eu des relations fort intimes avec Marie-Anne de la B., cette fausse sorcière qui a été conduite à l'hôpital de l'ordre du Roi. Ce fut lui qui dicta le testament qu'elle fit à Noyen en faveur des complices de ses impiétés et de sa dé- bauche; lui-même en devait être l'exécuteur, et il s'y était fait lé- gataire d'une somme de 2,000 livres. Je pense donc que ce prisonnier est un de ceux que l'on doit oublier à la B., jusqu'à la paix, à moins que vous ne jugeassiez à propos de le renfermer à l'hôpital, pour épargner la dépense de cet aventurier, qui est apparemment originaire d'un pays ennemi, ou d'une naissance très abjecte, puisqu'il n'ose déclarer son véri- table nom, et qu'il en change si souvent. (B. N.) M. D ARGENSON A TORCY. 27 juillet 1707. Charbot étant marié à Ghambéry, que nous regardons comme ville ennemie, depuis les monitoires reçus, il pourrait être soup- çonné d'avoir fait ou voulu faire un mauvais usage des passeports qu'il a obtenus sous son nom. Je pense qu'il y a lieu de le mettre à la B,, où je l'interrogerai suivant vos ordres. Je pense aussi qu'il est nécessaire de se saisir de tous les papiers qui sont dans la chambre qu'il occupe à l'hôtel de la Meillcroye, 22 338 GÉNÉDOT. OÙ j'apprends qu'il a été introduit par Raab, valet de chambre ou concierge; mais ne jugerez-vous pas à propos de m'honorer d'une lettre pour M. le duc de la Meilleraye, que j'ai trouvé en d'autres occasions fort prompt et très attentif à concourir à ce qui est du service du Roi*. (B. A ) LE PÈRE BRISA CIER A PONTCHARTRAIN. Paris, 31 juillet 1707. Pour satisfaire à l'ordre que vous me donnez, j'aurai l'honneur de vous dire que je me souviens fort d'avoir connu un jeune homme venant de Rouen, qui nous avait été recommandé de la part des Carmélites de cette ville-là, qui avait l'air assez honnête, et qui montrait beaucoup de feu et de vivacité; mais je n'ai nul souvenir qu'il s'appelât Du Bucquoy, ni qu'il fût né à Liège, ni que ce fut M°° Puchot qui nous eût parlé de lui à la prière de la mère Ferma- nel, soeur de feu M. Fermanel, autrefois supérieur de notre sémi- naire, et mort en 1688, à Paris. J'ai encore quelque idée que ce jeune homme avait loué une maison vers le faubourg Saint-Antoine, pour y prendre des pension- naires, et y faire des conférences snr la religion; mais je n'y ai jamais été, et j'ai perdu tout à fait sa personne de vue. Il peut avoir eu d'abord envie d'entrer dans notre maison; mais ne l'ayant pas jugé propre pour nos missions, nous nous excu- sâmes de le recevoir. Voilà ce que je puis dire de lui. (B. A.) CHAMILLART A M. D'aRGENSON. Versailles, 5 août 1707. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire au sujet de Génédot, dont vous vous êtes assuré de la personne, sur l'avis que Ton vous a donné qu'il travaillait à des mémoires contraires au service du Roi. J'en rendrai compte dimanche prochain à S. M. , et vous ferai savoir le lendemain ce qu'il lui aura plu d'ordonner à cet égard; continuez à le faire garder jusqu'à ce temps-là. (A. G.) 1. La haute noblesse avait encore le privilège de refuser aux agents de la justice ordinaire la faculté d'instrumenter dans ses hôtels, le Roi seul pouvait, et par ordre exprès, y faire recevoir ses agents, et le ministre avait soin de prévenir le noble pro- priétaire des intentions du Roi. DU BUCQUOY. 339 l'abbé de la trappe au même. Du Bucquoy, au sujet duquel vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, ne se trouve pas sur nos registres; il aurait pu dire Tan- née de sa retraite ; son surnom, celui du père maître des novices et autres marques. (A. B.) 7 août 1707. M. DUGUE DE BAGNOLS AU MEME. Je me suis informé s'il y avait quelqu'un encore en ce pays, de la maison de Du Bucquoy Longueval, de laquelle s'est dit l'aven- turier qui a été arrêté à la Fère, dans le commencement de la campagne, et dont vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Nous ne connaissons plus personne en ce pays-là de la maison de Du Bucquoy Longueval, que la marquise Du Quesnoy, qui de- meure à Lille ; il n'y a point aux environs de Mons, de terre qui s'appelle Lamolte, du prix de S0,000 livres, ni approchant; il n'y a qu'une censé de ce nom auprès d'Ath, qui peut valoir 800 livres, et une petite seigneurie du même nom. à une lieue et demie de Mons, qui peut valoir 500 livres; l'aventurier n'a pas dit la vérité ni sur son nom, ni sur ses biens. (B. A.) Lille, 13 août 1707. M. BIGNON A PONTCHARTRAIN. Amiens, 16 août 170?. J'ai l'honneur de vous envoyer l'extrait de l'interrogatoire ds Du Bucquoy; il n'est point connu dans le village d'Ablinsuel, proche Bapaume, non plus que deDeville; cet homme est un imposteur de se dire de la maison Du Bucquoy; il n'y a pas lieu d'en douter après les éclaircissements que j'ai pris. (B. A.) CHAMILLART A M. d'ARGENSON. Versailles, 18 août 1707. J'ai reçu l'interrogatoire que vous avez fait subir à Génédot, ci- devant ingénieur, prisonnier à la B... Quoiqu'il paraisse que l'in- digence a eu plus de part à son crime que la mauvaise intention, le Roi désire néanmoins qu'on le tienne en prison jusqu'à la paix ; 340 GÊNÉ LOT. mais elle vous recommande de l'y faire traiter doucement. Je vous renvoie son interrogatoire et l'inventaire de ses papiers. (A. G.) M. d'argenson a pontchartrain. 3 septembre 1707. La lettre de M. Bagnols, que vous m'avez fait l'honneur de me renvoyer, me confirme dans l'idée que j'avais du faux abbé Du Bucquoy, prisonnier à la B., et ses interrogatoires, que j'ai pris la liberté de vous envoyer, ne permettent pas de douter aussi que si cet homme n'est pas un véritable espion, c'est au moins un inso- lent et un fourbe, ou plutôt un fripon et un scélérat capable de tout entreprendre; ils prouvent encore qu'il changeait d'état et de nom suivant les besoins, et je pense toujours que ce prisonnier est un de ceux qu'on ne peut retenir trop longtemps à la B , à moins que vous ne jugeassiez plus à propos de le faire enfermer à l'hô- pital, pour épargner la dépense que coule au Roi ce malheureux homme, qui est apparemment originaire d'un pays ennemi et d'une naissance fort abjecte, puisqu'il a honte de déclarer sa famille; mais je crois que le parti le plus sur est celui de le laisser à la B. Apostille de Pontchartrain. — Bon, en le pressant. (B. N.) CHAMILLART A M. D'ARGENSON. la septembre 1707. J'ai reçu le placet de Saint-Léon et Neuville, qui demandent quelque récompense pour avoir dénoncé et fait prendre Génédot, ingénieur, qui a été conduit à la B. par ordre du Roi, dans le temps qu'il était sur le point d'envoyer en Hollande le manuscrit de l'ouvrege qu'il a eu l'imprudence de composer pour critiquer les meilleures places. J'en ai rendu compte à S. M., qui veut bien leur accorder 10 ou 12 pistoles de gratification, comme vous le pro- posez, à prendre sur les meubles de Génédot, qu'elle trouve bon que vous fassiez vendre pour cet effet et pour son entretien. (A. G.) TORCY AU MÊME, Versailles, 8 décembre 1707. j'avais déjà reçu les ordres du Roi pour faire mettre en liberté Charbot, lorsque la lettre que vous avez i)ris la peine de m'écrire SCHULEMBOURG. 341 sur son sujet, m'a été rendue. Je vous envoie les expéditions né- cessaires pour le faire sortir de la B., et un passeport pour pouvoir sortir du royaume. Vous prendrez vous-môme telles précautions que vous jugerez à propos pour l'obliger à revenir à Paris avec sa famille, dans le temps qu'il vous l'a promis, n'ayant pris aucuns ordres de S. M. sur ce point. (B. A.) RAPPORT DE M. D ARGENSON. Du 23 juin 1708. Théodore Van Schulembourg, mis au château de Bicêlre, le 4 mai d707. Il est âgé de 61 ans, originaire d'Harlem en Hollande ; il a été arrêté à Versailles, vêtu d'un casaquin vert galonné d'argent; il portait un chapeau bordé, orné de plusieurs croix, qu'il voulait faire passer pour mystérieuses, et il se disait prophète; il voulait même parler au Roi, lui annoncer quantité de victoires. Je l'ai in- terrogé à la B., oîi il coûtait trop à nourrir, et cette raison l'a fait conduire à l'hôpital, dont il dit lui-même qu'il serait bien fâché de sortir avant la paix générale. n est mort au mois de mars 1709. (B. N.) M. D'AVIGNON A CHAMILLART. 5 mai 1709. Je croirais manquer à mon devoir si je n'avais l'honneur de vous écrire au sujet d'un prisonnier, Soulanges, détenu par vos ordres à la B., lequel, après avoir scié les barreaux de fer de sa fenêtre, aidé par ses camarades, est descendu avec eux dans les fossés par des cordes qu'ils avaient faites avec les draps de leurs lits ; ayant été découvert par les soldats de la garde, avec les deux autres pri- sonniers qui étaient de ce complot, Linch et l'abbé Du Bucquoy, tous les deux à la B., par les ordres de M. de Pontchartrain, l'abbé Du Bucquoy ayant escaladé les murailles, s'est sauvé dans Paris, à la faveur d'une nuit très obs:ure, et les deux autres ont été rame- nés dans leur prison. L'affaire est arrivée cejourd'hui, à une heure après minuit. M. de Bernaville aura sans doute eu l'honneur, comme gouverneur, de vous détailler cette aflaire, laquelle me mortifie très fort, quoiqu'elle ne me regarde pas directement. Je _ vous supplie très humblement de faire attention que je n'ai l'hon- 342 DU BL'CQUOY. neur que d'être le lieutenant du Roi, que je ne donne aucun ordre et ne fais qu'exécuter ceux que l'on me donne. Quand vous me fe- rez l'honneur de me trouver propre à quelque chose, vous me ferez la grâce de m'employer et de me donner vos ordres, lesquels j'exécuterai avec toute l'exactitude possible, espérant par là pou- voir mériter un jour l'honneur de votre estime, dont je ferai tou- jours plus de cas que de tous les biens du monde. (A. G.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNA VILLE Marly, 6 mai 1709. On a dit ici, que la nuit du 4 au 5 de ce mois, trois prisonniers de la B. sont descendus par leurs fenêtres, dans les fossés du châ- teau, que deux ont été repris, mais que le troisième s'est évadé; je suis surpris que vous ne m'en ayez rien mandé, la chose étant de conséquence pour ne pas différer de m'en donner avis ; je vous prie donc de m'informer précisément de ce qui s'est passé en celte occasion, et des mouvements que vous vous donnez pour trouver celui qui s'est évadé et à qui en est la faute. (B. A.) CHAMILLART A M. d'AVIGNON. Marly, 7 mai 1709. J'apprends par votre lettre que l'abbé Du Bucquoy, Soulanges et Linch, prisonniers à la B., ont trouvé moyen d'en sortir et de des- cendre dans le fossé, que le premier s'est sauvé à la faveur de la nuit, et que les deux autres ont été repris; je suis bien persuadé que vous prendrez, de concert avec M. de Bernaville, les mesures nécessaires pour empêcher qu'il n'arrive plus de pareils inconvé- nients, et que l'évasion de l'abbé Du Bucquoy vous fera redoubler de soins et d'attention. (A. G.) M. D'ARGENSON a PONTCHARTRAIN. 7 mai 1709. Il est vrai que trois prisonniers de la B. ont tenté de s'évader, et que Du Bucquoy, qui affectait quelquefois de se faire appeler l'abbé de Manicamp, s'est évadé en effet; M- de Bernaville m'en ayant donné avis, j'ai assuré par un procès-verbal, la vérité des princi- pales circonstances de cette évasion, et j'espère que vous en rece- DU BUCQUOY. 43 vrez une copie avec celle lellre. J'ai dil à M. de Bernaville tout ce que je savais des habitudes et des intrigues de ce prisonnier, qui pourrait bien être à Provins, chez un de ses amis, qui ne vaut guère mieux que lui. Cette aventure paraît avoir fait beaucoup de peine à M. de Bernaville, et je ne néglige rien de ma part pour découvrir, s'il est possible, la marche de ce scélérat, qui s'est évadé du For-l'Évêque une ou deux fois. (B. N.) M. DE BERNAVILLE AU MÊME. 11 mai 1709. Je ne chercherai point de raisons pour me justifier de l'évasion de Du Bucquoy; un homme, à ma place, qui n'a point lieu de se plaindre de la fidélité de ses officiers, n'en doit point avoir. Il doit tout savoir, tout voir et tout faire, ou faire faire par lui-même. Cet insigne fripon^ qui fait gloire de forcer toutes ses prisons, et en dernier lieu celle du For-l'Évêque, a forcé aussi la nôtre. Le procès- verbal que M. d'Argenson en a fait vous instruira mieux que tout ce que je vous en pourrais dire. Je l'avais toujours tenu par ses ordres, dans des lieux bas, sans feu et sans lumière, qu'autant qu'il en fallait pour boire et manger; mais la rigueur de l'hiver a excité ma compassion; je l'en ai fait sortir et l'ai mis dans une bonne chambre bien grillée, mais pas encore assez pour lui, puisqu'il en est sorti, et monté avec son échelle de corde sur le corridor, avec ses deux camarades, où ils ont trouvé une sentinelle qui a fait son devoir et tiré son mousqueton ; mais comme la nuit était fort noire et qu'il faisait un grand vent, le corps de garde ne l'a point en- tendu ; aussi elle n'a été secourue que par l'officier et le soldat qui allait la relever, qui arriva un moment trop tard, cependant assez tôt pour arrêter les deux autres; j'en ai donné avis à M. d'Ar- genson, qui a mis tout son monde en campagne pour le trouver à Paris, avec des instructions des habitudes que nous savons qu'il y avait ; j'ai envoyé aussi par son ordre, aux brigades, et aux postes des environs de Paris. Je ne puis vous dire l'affliction des officiers et la mienne. Nous sommes tous au désespoir; pour moi, j'ai été deux nuits sans dor- mir, et quasi sans manger, et à marcher tout le jour. Je n'ai point eu le courage de vous écrire plus tôt, la lellre de M. d'Avignon vous ayant informé de ce malheur, je souhaite à tous moments de n'avoir 344 DU DCCQUOY. pas mis le pied à la B. ; je mettrais tout mon bien avec le revenu de la B., pour trouver cet homme-lci ; je vous supplie de ra'accor- der la continuation de votre protection. Apostille de Pontchartrain. — Lu au Roi. Cela est incompréhen- sible, et certainement il y a beaucoup de leur faute, et c'est inexcu- sable; qu'on cherche à le trouver. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNAVILLE. Marly, 11 mai 1709. J'ai lu au Roi votre lettre au sujet de l'évasion de Du Bucquoy; vous convenez de trop bonne foi de votre faute pour vous charger encore de reproches; cependant je ne puis me dispenser de vous dire que non seulement vous, mais les officiers qui sont à vos or- dres, avez eu grand tort de ne pas rétablir vos sentinelles ordi- naires lorsque le froid extrême a été passé, et que les fossés se sont trouvés à sec. Redoublez donc vos soins pour une garde plus exacte, et n'oubliez rien pour faire reprendre ce prisonnier; puisqu'on vous a indiqué les lieux où il pouvait cire retiré. (B. A.) LE MEME A M. D ARGENSON. 15 mai 1709. Faites, s'il vous plaît, tout ce qui sera possible pour arrêter Du- Bucquoy, qui s'est évadé de la B. ; j'écris de mon côté, pour le même eflet, en province. (B. A.) LE DUC DE SAINT-SIMON A MADAME ***. « La personne dont on est en peine s'est présentée ici il y a en- viron quatre ans, et Dora Jacques se souvient fort bien de l'y avoir vue sous le nom de Du Bucquoy; mais depuis le 3 mai, qui est le jour de son évasion, à ce que marque le mémoire, il n'a pas paru ici. Si par hasard, il lui prenait envie d'y venir, je lâcherais à l'en- gager à rester avec nous jusqu'à ce que j'aie su vos intentions sur lui; je ne manquerai donc pas de vous donner avis de son arri- vée, d'abord qu'il aura mis pied dans notre monastère. » Voilà, madame, mot pour mot, la réponse que je reçois du Père prieur, sur ce que vous désirez apprendre; j'aurais été surpris qu'un drôle de celte sorte eût tenu parole, et laissé par écrit une DU BUCQUOY. 345 adresse où le reprendre et le ramener où il avait eu peine de sortir, et oii sa fuite montrait qu'il n'avait pas envie de demeurer. Je ne crois pas davantage qu'il retourne dans la suite à la Trappe. Je ne manquerai pas néanmoins de demander à Dom Prieur d'avertir directement M. de Bernaville, si cela arrivait, pour éviter la lon- gueur de passer par moi, qui pourrais me trouver absent; quel- quefois, ces sortes de gens se vont brûler à la chandelle. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, G octobre 1709. Il est arrivé à Dunkerque, sur un vaisseau de cette ville qui re- vient de Dantzig, un passager, le comte de Du Bucquoy, qui s'est dit de Paris, oîi il a sa mère^ de la famille de M. Mole, qui demeure dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Ce pourrait bien être notre aventurier qui se sauva l'an passé de la B. Comme cet homme est fort suspect, le Roi m'a ordonné d'envoyer à M. Du Guay des ordres pour le faire arrêter; mais en cas qu'il fût parti à l'arrivée de ces ordres, je vous en envoie d'autres pour le faire conduire à laB. ; je vous prie de l'interroger sur les motifs de son voyage à Dantzig, sur la conduite qu'il y a tenue pendant son séjour, et sur les raisons qui l'ont obligé de sortir du royaume, à y revenir, et de prendre la peine de m'envoycr copie de son interrogatoire. (A. M.) LE MÊME A M. DE BERNAVILLE. Marly, 2 octobre 1709. Il y a apparence, suivant votre lettre, que Slreter, Allemand, qui est mort à la B., n'a point reçu ses sacrements; je vous prie de me mander précisément ce qui en est, et la raison pourquoi il ne les a pas reçus. Versailles, 15 octobre 1709. Le Roi est persuadé qu'on n'aurait pas dû donner la sépulture à Saint-Paul, à Streter, puisqu'il avait refusé les sacrements, et S. M. m'ordonne d'en écrire à M. le cardinal de Noailles, afin qu'il exa- mine la chose, et je lui mande que vous lui rendiez compte en détail de tout ce qui s'est passé à cet égard, ce que je vous prie de faire, afin de voir le remède. (A. N.) 546 DU BUCQUOY. Marly, 13 novembre 1709. M. Du Guay m'écrit qu'il ne croit pas le comte Du Bucquoy aussi aventurier qu'il le paraît; qu'il était porteur d'un passeport du Roi en bonne forme, pour passer à Dantzig; et d'ailleurs il parle en connaisseur des comtes d'Esnef ses parents, de M. de Bezenval, et de M. Guiscard ; je me remets toujours à ce que je vous ai mandé sur ce sujet, et je suis étonné que vous ne m'ayez pas répondu depuis le temps. (A. M.) M. d'argenson a pontchartrain. 4 décembre 1709. Je continue de faire chercher le prétendu comte Du Bucquoy, dans tous les endroits qu'il vous a plu de m'indiquer; mais on n'a pu en rien apprendre, et je ne pense pas qu'il soit à Paris. (B. N.) pontchartrain a m. d'argenson. Versailles, 11 décembre 1709. Je vous envoie le signalement du comte Du Bucquoy. M. Du Guay m'écrit qu'il est parti de Dunkerque dans le temps qui l'a ci-devant marqué, dans une chaise avec Forty, fils d'un négociant de Saint- Malo; je vous prie de tâcher de découvrir ce qu'est devenu cet homme, et de m'informer, s'il vous plaît, de ce que vous en apprendrez. !« janvier 1710. M. Lempereur, commissaire ordonnateur de la marine, à Saint- Malo, auquel j'avais demandé des nouvelles du comte Du Bucquoy, m'écrit qu'il a appris que cet homme avait débarqué, en arrivant de Dunkerque à Paris, à l'hôtel des Escouvettes, rue Saint-Honoré, vis-à-vis le grand conseil, et qu'on pourra savoir chez M. le duc de Roquelaure, ce qu'il est devenu; je vous prie toujours de le faire chercher avec soin, et de me mander les nouvelles que vous en aurez. (A. M.) LE MÊME AU COMTE DE GUISCARD. Versailles, 15 janvier 1710. Il y a quelque temps qu'il arriva à Dunkerque, sur un vaisseau venant de Dantzig, un homme qui se faisait appeler le comte de DU BUCQUOY. 347 Dq Bucquoy, qui a fait un assez long séjour en Suède et en Pologne ; sur le compte que j'en rendis au Roi, S. M. m'ordonna de savoir ce qu'il venait faire en France ; mais quelque perquisition qu'on ait fait faire de cet homme, il n'a pas été possible de découvrir ce qu'il est devenu ; il a paru seulement, par les discours qu'il a tenus à son débarquement, qu'il était connu de vous ; je vous prie de prendre la peine de me faire savoir quel homme c'est, ce que vous savez des raisons qui l'avaient obligé de passer en Suède, ce qu'il y faisait, et si vous n'avez point eu de ses nouvelles depuis qu'il est arrivé en France. (A. M.) M. DE BERNAYILLE A rONTCHARTRAlN. 3 février 1710. Un des camarades de Du Bucquoy, qui a voulu se sauver avec lui, m'a dit que Du Bucquoy faisait dessein, s'il pouvait sortir de la B., de se retirer à Lunéville ou à Blamont, auprès de madame de Pi- quebar, de la cour de madame la duchesse de Lorraine ; cette dame doit être âgée ; il a dit aussi qu'il était des amis de la famille de Vitry, qui est aussi de la cour de Lorraine; il vous sera aisé, si vous le jugez à propos, de vous en faire informer. Gomme ce n'est pas un homme qui demeure longtemps en place, il n'aura pas resté longtemps en Suisse, d'où il m'a écrit, où il n'a jamais été, et oti je ne crois pas qu'il eût de connaissance. (B. N.) PONTGHARTRAIN A M. LEMPEREUR. Versailles, 12 février 1710. M. d'Argenson m'écrit qu'on n'a pu encore découvrir le pré- tendu comte Du Bucquoy, et qu'il n'est pas logé à l'hôtel des Écou- vettes, comme vous me l'aviez marqué; je lui fais part de ce que vous m'écrivez de nouveau au sujet de cet homme. (A. M.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Versailles, 12 février 1110. J'espère qu'on parviendra à la fin à découvrir le prétendu comte de Du Bucquoy, par les recherches exactes que vous en faites faire. M. Lempereur m'a encore écrit que Forly, marchand de Saint- Malo, l'avait assuré que cet homme est un aventurier et un fripon 3i8 DU BUCQUOY. qui avait débauché son fils à Paris, que de là ils étaient allés en Flandre et à l'armée, et étaient revenus aux dépens du fils de cet homme; il ajoute qu'on pourra peut-être savoir des nouvelles de cet aventurier chez M. deNantilly, directeur des manufactures des glaces, rue de la Vieille-Monnaie; ainsi, je vous prie de tâcher de savoir oh il peut être, et de me mander ce que vous en appren- drez. 19 février 1710. Je vous envoie une lettre que M. Du Guay, intendant de la ma- rine à Dunkerque, a reçue du comte Du Bucquoy, datée de Paris, du 3 de ce mois, avec une adresse où on pourra savoir sa demeure. L'intention du Roi est que vous tâchiez de le faire arrêter, et qu'il soit conduit à la B. Il n'est pas nécessaire que cet homme sache que c'est par le moyen de M. Du Guay qu'on l'a découvert. (A. M.) LE MEME A M. DE BERNAVILLE. Versailles, 26 février 1710. Je suis bien aise que Du Bucquoy ait enfin été arrêté ; je crois qu'il n'est pas nécessaire de vous recommander de veiller à sa sû- reté. (B. A.) M. d'argenson a pontchartrain. l«f mars 1710. Du Bucquoy, que vous m'avez ordonné de faire conduire à la B., n'est point celui qui s'en était évadé; j'ai même vu ce matin une vieille dame qui assure qu'elle est sa mère; et celte femme est, en effet celle que le faux abbé Du Bucquoy de Manicamp, qui s'évada de la B., au commencement de Tété dernier, avait trompée d'une manière si odieuse. Celui-ci ne paraît point étonné de sa détention, et je crois que c'est tout au plus un homme qui cherche fortune, et qui, n'ayant ni biens ni ressource, était allé courir les pays étran- gers, d'oîi il est revenu dans le sien, faute de mieux. 10 mars 1710. J'ai l'honneur de vous envoyer l'interrogatoire du sieur Du Buc- quoy, prisonnier au château de la B. Il en résulte que cet homme, qui est âgé de 44 ans, originaire de Paris, est fils de feu Du Buc- quoy, maréchal de camp, et d'une mère fort âgée, qui demeure BU BUCQUOY. 349 actuellement à Paris, dans la rue Tirechape, qu'il a servi pendant sa jeunesse, d'abord en qualité de mousquetaire du Roi, et ensuite comme capitaine dans le régiment de Bassigny, où n'ayant pu four- nir à la dépense qu'il convenait de faire pour soutenir sa compa- gnie, il la quitta en l'année 1699, et se retira auprès de sa mère, qu'il y demeura jusqu'au mois de juin 1700, et que la paix étant alors presque générale dans toute l'Europe, il passa en Pologne où il obtint une place de capitaine dans le régiment des gardes du Roi Auguste^ qu'il a conservée jusqu'au mois de juillet 1701, qu'il fut fait alors prisonnier de guerre par l'armée suédoise, et conduit en différentes places de la Suède, où il est resté jusqu'au mois d'avril 1707, qu'il fut mis en liberté; que dans ce temps-là il revint à Paris, auprès de la dame sa mère, et sollicita de l'emploi dans le service de France, mais que n'en ayant pu obtenir, il résolut de passer en Hongrie avec un passeport du Roi, et se rendit effective- ment à Dantzig, dans l'espérance que son beau-frère, qui est en Hongrie, lui procurerait- de l'emploi; mais qu'ayant appris qu'il était sur le point d'en revenir lui-même, il l'attendit à Dantzig, et y demeura avec lui jusqu'au mois d'août dernier, qu'il en est parti pour revenir en France, où il est arrivé au mois d'octobre suivant. II ne s'est rien trouvé parmi ses papiers qui prouve qu'il ait eu des intelligences criminelles avec les ennemis, ni qu'il ait pris les armes contre le service du Roi. Une vieille dame ayant appris sa détention, est venue me voir et l'a réclamé comme son fils; je puis môme vous assurer que cette pauvre dame est la même que le faux abbé Du Bucquoy de Manicamp, qui s'évada de la Bastille il y a quelque temps, avait trompée d'une manière si odieuse. Celui-ci ne paraît point étonné de sa détention, et je crois qu'on ne peut lui rien reprocher, qu'un peu d'inquiétude naturelle et beaucoup de mauvaise fortune, qui l'ayant porté à en aller chercher une meilleure dans les pays étrangers, il est revenu dans le sien, faute de mieux. Je pense donc qu'il ne serait pas juste de le retenir longtemps à la B., et toute la précaution que l'on peut prendre à son égard, c'est de l'obliger à donner une caution qui répondra de sa stabilité dans le royaume, et se soumettra à le représenter toutes les fois qu'il vous plaira de l'ordonner. (B. N.) 350 DU BUCQUOY. pontciiautrain a m. d'argenson. 12 mars 1710. Je vous envoie une lettre de M. de Saint-Gontest, au sujet du prétendu comte Du Bucquoy; je vous ai ci-devant adressé des extraits de toutes celles que j'ai reçues touchant cet homme, et il ne me reste plus rien qui puisse vous donner de nouveaux éclair- cissements pour parvenir à l'interroger. (A, M.) M. DE SAINT-GONTEST A PONTCHARTRAIN. Metz, 3 mars 1710. Pour répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, il n'}' a point d'homme nommé Bucquoy, ni Blamont, ni dans la famille de madame de Puydebat, je m'en suis informé exactement; si vous vouliez avoir la bonté de me le signaler, je tâcherais de le faire reconnaître s'il s'y trouvait au signal que vous me marquerez ^ (A. M.) PONTCHARTRAIN AU COMTE DU LUC. Versailles, 18 mars 1711. Vous savez apparemment mieux que moi que votre très intime abbé Bucquoy est à présent en Hollande, égout et réceptacle ordi- naire de tout ce qu'il y a de mauvais, et il n'aurait tenu qu'à vous de m'apprendre son départ, mais tant y a qu'on dit qu'il fait rage des pieds de derrière aux Pays-Bas, et qu'il veut avoir des confé- rences avec les plus gros mylords, pour leur manifester des idées solides qui doivent produire la perte infaillible du royaume. Comme je ne doute pas que ces idées ne soient aussi sages, et dn même caractère que les imprimés dont il a gratifié le pays géluc- tique, je crois que l'on doit souhaiter que les ennemis le prennent pour chef de leur conseil. Cependant si vous savez quelque chose de ses visions, je vous prie de m'en faire part et de me mander pourquoi il a quitté le louable corps, et est passé en Hollande. Je suis toujours dans l'attente de la suite et de la décision de l'afiaire de M. le grand prieur, et je vous prie de m'en instruire aussi bien que des faits et gestes de l'illustre Rousseau*. (A. M.) 1. Ce M. Du ÊuCquoy fut mis en liberté quelques jours après. 2. Parle louable corps, Pontchartrain entend le corps helvétique. Du Bucquoy venait de quitter la Suisse; quant au grand prieur de Vendôme, il avait été arrêté par ordre DU BUCQUOY. 351 LE MÊME A M. SOSSIONDO. Versailles, 18 mars 17H. Je sais qui est l'abbé Du Bucquoy, dont vous me parlez ; c'est un homme encore plus fol que dangereux, il est néanmoins important que vous ayez une attention sérieuse à veiller sur sa conduite et à m'en rendre compte, et que vous tâchiez de savoir s'il aura eu audience des états généraux, et ce qui s'y sera passé ; ainsi je vous recommande de ne rien oublier pour être instruit de toutes ses démarches. Versailles, 1er avril 1711. Je me doutais bien que l'abbé Du Bucquoy ne tarderait pas à être connu pour ce qu'il est, cependant vous me ferez plaisir de conti- nuer à m'informer exactement de toutes ses démarches. (A. M.) LE MEME A M. D ARGENSON. Je vous envoie une lettre qui m'a été écrite par le lieutenant de police de la Fère, au sujet de Du Bucquoy ; je lui mande d'écrire au bourgmestre de Rotterdam en la manière qu'il le propose. Si vous avez quelque chose qui puisse servir mieux à caractériser le personnage, je vous prie de me l'envoyer, afin que j'en fasse part à cet officier, cela pourra se trouver parmi les papiers qu'il avait lorsqu'il fut conduit à la B. (A. M.) 10 juin 1711. LE MÊME A M. SOSSIONDO. Mariy, 1er juillet nu. Vous aurez su une partie des aventures de l'abbé Du Bucquoy, dont il y a longtemps que vous ne m'avez rien mandé. Il a écrit depuis peu plusieurs lettres impertinentes au lieutenant de police de la Fère, par qui il avait été arrêté et interrogé, avant que d'être conduit à la B. Celui-ci a jugé à propos, de mon consentement, d'envoyer ces lettres et les interrogatoires de l'abbé Du Bucquoy aux bourgmestres de Rotterdam, pour leur faire connaître le caractère de cet homme et toutes ses friponneries. Je vous envoie le paquet, afin que vous leur fassiez tenir plus sûrement, mais sans des cantons, et J.-B. Rousseau avait cherclié un refuge à Genève contre les poursuites du parlement, à propos des couplets qu'il avait composés pour le malheur de sa vie. 2o2 TILTZ. qu'ils puissent savoir qu'il leur vient par vous, ni que je vous l'ai adressé; c'est à quoi je vous prie d'avoir toute l'attention néces- saire. (A. M.) PONTCnARTRAIN AU COMTE DU LUC. 18 août 1711. Je vous dirai, pour nouvelle, que le célèbre abbé DuBucquoy a voulu faire l'important en Hollande, mais malheureusement on l'a bientôt connu pour ce qu'il est, et laissé pour ce qu'il vaut*. (A. M.) RAPPORT DE M. d'ARGENSO:?. Servais Tiltz est entré le 28 août 1707. C'est ce moine allemand que la corruption de ses mœurs a tiré du cloître, et qui après avoir promené durant quelques années son libertinage et son caprice, s'étant attaché au brigadier Lacroix, en qualité de son aumônier, l'a servi dans quelques entreprises, et a fait enfin soupçonner sa fidélité dans un projet qu'il avait formé sur Cologne, dont il n'avait confié le secret qu'à ce mauvais moine qui, par conséquent, doit demeurer à la B. jusqu'à la paix. C'est ce que je proposai après ma visite de 1708. Ce prisonnier fut malade en 1711, mais sa maladie n'eut pas de suite, et sa santé devint meilleure que jamais; son esprit continua aussi d'être fort tranquille, et il espérait que la paix lui vaudrait sa liberté, dont il fait grand cas. Je ne crus pas néanmoins que la continuation de la guerre avec l'empire permît de le rendre libre, le pays de Cologne dont il est originaire étant dans la possession des ennemis, et les infidélités qu'on lui reproche ayant été commises dans ce canton-là. 25 octobre 1714. Sa santé est parfaite et sa conduite assez bonne tous les matins, mais non pas tous les soirs, parce qu'après son bréviaire dit et ses lectures faites, il boit tout son vin dans un seul repas et s'enivre ordinairement, mais comme sa liberté a paru ne devoir être différée que jusqu'à la conclusion de la paix générale, je pense qu'on peut à présent le faire sortir en lui enjoignant de se 1. Malgré tous les soias du ministère, Du Bucquoy ne fut pas repris; il passa le reste de ses jours dans les pays ennemis de la France^ où son audacieuse évasion lui valut beaucoup d'aigent et de considération. JOYEUX. 353 retirer dans son pnys, et le faire conduire à cet effet jusqu'à la fron- tière. Joyeux, âgé de 30 ans. Il est sujet d'une puissance ennemie, et ce titre parut suffisant pour autoriser sa détention, d'ailleurs les interrogatoires de ce prisonnier prouvèrent évidemment qu'il avait tous les talents d'un bon espion, qu'il n'était pas moins ingénieux à former des projets qu'entreprenant à les exécuter, que tous les potentats lui étaient égaux, et qu'il les servirait aussi volontiers les uns que les autres ; aussi quand son entrée dans le royaume sans passeport ne l'eût pas fait arrêter justement, on n'eût pu le laisser libre sans les derniers inconvénients, ce qui m'obligea de représenter qu'un homme tel que celui-là devait être employé dans le service du Roi ou retenu à la B. jusqu'à la paix, comme il fut décidé sur l'état de 1708. Au reste sa santé qui, d'abord, avait été fort altérée par quel- ques indispositions, se rétablit peu de temps après, et la fantaisie qu'il avait d'être seul, lui passa bientôt; il parut néanmoins que son imagination travaillait toujours, quoi qu'il fût devenu d'ailleurs assez commode et fort tranquille. M. de Pontchartrain me fit l'honneur de me répondre après avoir reçu mon état de 1712, qu'il fallait examiner si l'on pourrait l'employer dans les pays étrangers, s'il y serait propre, l'usage qu'on en pourrait faire, et si l'on pouvait s'y fier, mais je ne pus être d'avis que l'on eût de la confiance dans un homme qui ne connaissait d'autre patrie que le pays oîi il serait le plus à son aise ; je crus même qu'il y aurait d'autant plus de péril dans cetle con- fiance, que cinq ans de Bastille sont moins propres à gagner la fidélité qu'à exciter de mauvaises intentions. L'année dernière j'eus l'honneur de proposer à M. de Pontchar- train que la sortie de ce prisonnier fut différée jusqu'à la paix générale, puisqu'il est originaire de Cologne, et que la continuation de la guerre avec l'empire le laissait au même état oii il était dans les premiers temps de sa détention ; j'apprends aujourd'hui qu'il est en parfaite santé et d'une docilité fort louable, que môme il paraît attendre sa liberté avec assez de patience ; ainsi M. de Pont- chartrain ayant jugé nécessaire de différer jusqu'à la paix géné- rale, je crois qu'on la lui peut rendre maintenant, en le faisant conduire jusqu'à Strasbourg. Soiii 28 octobre 1714, chassé du royaume. (B. N.) 23 DE PONSY. Dame CHALIVÂULT*; DE LONGRAIS^; PÉRICHON^; DE ROQUE ^; DE PONSY ^ Intrigues. CHAMILLART A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 25 février 1707. Vous me mandez que vous avez fait mettre hors de la B., Perri- chon, notaire, suivant le billet que vous en aviez reçu de M. d'Ar- genson, et conduit ensuite par le major au lieu où les notaires étaient assemblés, ainsi qu'il avait été ordonné par S. M. ; je vous remercie de votre exactitude et vous prie de la continuer. (A. G.) LE MEME A M. d'aRGENSON. Versailles, 23 septembre 1707. J'ai reçu les trois interrogatoires que vous avez fait subir à de Ponsy, capitaine au régiment de Saint-Second, par lesquels il pa- raît que c'est par son entremise que M. de Rochepel, la dame de Labat et toute sa famille, sont venus à Paris; que c'est lui qui a payé les frais de leur voyage, et les a logés dans une auberge où il a répondu de leur dépense, qu'il a fait prendre son nom au fils de Lacroix, son valet, à qui il a fait avoir une sous-lieufenance quoi- qu'il n'eût que 8 ou 9 ans*', et qu'il prétend que c'est M. Lambert, lieutenant-colonel du régiment de Saint-Second, qui lui a procuré la croix de Saint-Louis ", en supposant dans son placet qu'il avait 30 ans de service, quoiqu'il n'en eût que 12 ou 14. 1. Ordres d'entrée du 19 février 1707 et de sortie du 17 août 1707. 2. 3. 4. b. Ordres contre- signés Chamillart. 6. Les colonels, qui avaient acheté fort cher leur régiment, tâchaient de se rem-" bourser en vendant les grades inférieurs au plus enchérissant, et ils ne s'embarrassaient guère de l'âge ni de la capacité des acquéreurs. 7. Louis XI V avait créé en 1693 l'ordre de Saint-Louis, ce fut l'ambition de tous les officiers d'en faire partie; an voit ici par quels moyens on savait suppléer au manque de protectioh ou à l'absence des titres. do 19 do do do 4 mai 1707. do 20 do do do 24 février 1707. do 25 mai do do - 7 juin 1710. do 8 août do do 10 octobre 1707. m PONSY. 355 Le Roi, à qui j'ai rendu compte de fout ce détail, a été si indi- gné du procédé de ces officiers que S. M. m'a commandé d'expé- dier ses ordres pour les casser tous, et obliger M. de Ponsy de rapporter leurs croix de Saint-Louis, et les provisions de chevalier qui leur ont été expédiées, S. M. ne voulant pas les souffrir dans cet ordre après une aussi mauvaise m.anœuvre que celle qu'ils ont faite pour y être reçus. Son intention est que vous obligiez M. de Ponsy à vous remettre les siennes et sa croix de Saint-Louis, et que vous me les envoyiez ensuite; vous lui déclarerez, en même temps, qu'il ne doit pas espérer de sortir de la B. jusqu'à ce qu'il ait représenté les deux coffres qu'il prétend avoir remis entre les mains d'un particulier inconnu, et que j'ai été informé de ce qu'ils contiennent; le Roi m'a néanmoins donné ses ordres pour le faire conduire, comme vous le proposez, dans un château éloigné, et l'y laisser jusques ;\ la paix. S. M. désire aussi que vous renvoyiez aux dépens de M. de Ponsy, par la voiture de Bruxelles, la dame de Labat et toute sa famille, que vous lui fassiez payeria dépense qu'ils ont faite dans l'auberge où il les avait mis, et leur défendiez très expressément de revenir en France à peine d'y être traités avec la dernière sévé- rité. Marly, 5 novembre 1707. J'ai reçu le dernier interrogatoire que vous avez fait subir à M. de Ponsy, capitaine au régiment de Saint-Second, et la croix de Saint-Louis que vous l'avez obligé à vous rendre, en exécution de l'ordre du Roi que je vous en ai envoyé; j'écris, suivant que vous le proposez, au régiment de Saint-Second, pour savoir ce qui lui est dû de ses appointements, et quels meubles et effets il a laissés lorsqu'il en est parti, et faites en sorte*de découvrir cequ'est devenu le soldat qui le servait lorsqu'il fut conduit au For-l'Évêque, je vous ferai part de la réponse que j'en aurai. Versailles, 24 décembre 1707. Vous verrez par la lettre ci-jointe de M. de Ponsy, ce qu'il mar- que de la qualité de ses effets et des différents lieux oti ils ont été portés à Paris. Je vous prie de faire en sorte de démêler la vérité de ce qu'il expose, et de découvrir les particuliers : La Barre, Beaupré et Faverelle, qui paraissent les dépositaires des deux coffres de cet officier, dans l'un desquels il y a 6,300 fr. en espèces; 336. ROQUE. cette somme ferait plaisir à sa famille qui est privée, depuis long- temps, de secours par la mauvaise conduite qu'il a tenue; vous m'informerez de la suite de celte affaire, afin que j'en rende compte au Roi et vous fasse savoir ses intentions. (A. G.) CHAMILLART A M. DE SAINT-MARS, Marly, 26 janvier 1708. J'ai appris par une lettre de M. d'Argenson, que Roque qui est arrêté à la B. pour différentes intrigues et mauvais commerces dont il est accusé, a avoué qu'il avait surpris 1,800 fr. de M. de Mandeville, capitaine au régiment de Lée, et un billet de monnaie de mille livres de M. Butler, officier irlandais, sous prétexte de leur faire obtenir des grâces par l'entremise de Leclerc, l'un de mes valets de chambre; l'intention du Roi étant de l'obliger à res- tituer ces deux sommes, S. M. désire que pour lui donner moyen de trouver de quoi y satisfaire, vous lui laissiez la liberté d'écrire à sa famille et à ses amis, en prenant les précautions nécessaires pour qu'il ne puisse pas en abuser. (A. G.) CUAMILLART A M. DE LA MARQUE, LIEUTENANT DE ROI DE GUISE. Fontainebleauj 27 juin 1708. Vous verrez par le placet ci-joint de la femme de M. de Ponsy, prisonnier au château de Guise, ce qu'elle marque de la permission que demande son mari d'écrire à M. de Saint-Second, ci-devant son colonel, pour lui indiquer le lieu où sont ses effets, et prendre dessus de ce qui conviendra pour la subsistance de cette femme, et mettre sa fille en état de prendre l'habit de religieuse dans le couvent où elle est; le Roi trouve bon que vous lui permettiez d'é- crire cette lettre en votre présence, et que vous vous chargiez de de la faire tenir à M. de Saint-Second, vous m'en donnerez avis en même temps, en me renvoyant le placet. Versailles, 7 septembre 1708. Il est revenu au Roi que vous laissiez à M. de Ponsy, que S, M. a fait enfermer au château de Guise, la liberté d'écrire et de recevoir des visites dans sa prison, comme ses intentions par rapport au service de S. M. sont très suspectes, elle désire que vous lui ôtiez toute communication de vive voix et par écrit. (A. G.) FLEUllY. 357 M. d'argenson a chamillart. Paris, 2 juillet 17H. Roque qui élait le troisième de l'état des prisonniers de la B., que vous avez reçu à la fin de mars et de juin de l'année dernière, ayant été transféré à l'hôpital, suivant l'ordre du Roi qu'il vous a plu de m'envoyer, il y a un an, a enfin donné des sûretés pour le payement de ce qu'il doit aux sieurs Butler et Mandeville, officiers irlandais, dont il s'était approprié les effets avec la dernière per- fidie; ainsi je pense qu'on peut maintenant le rendre libre à condi- tion qu'il se retirera dans son pays et qu'il en donnera sa soumis- sion par écrit. (A. G.) FLEURY^ Prévarication. PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Versailles, 16 mars 1707. H y a actuellement à Paris un marchand du Canada, demeurant à La Rochelle, qui fait, depuis longtemps métier de corrompre les officiers du Roi qui commandent les vaisseaux qui vont dans les colonies, en leur proposant les moyens d'embarquer les mar- chandises du tiers et du quart, en leur faisant trouver sur cela un profit illégitime et défendu par les ordonnances de S. M.; h quoi ces officiers ne penseraient peut'ôtre pas, s'ils ne trouvaient ces sortes de corrupteurs qui leur font manquer leur devoir par les apparences d'un gros profit, et S. M. voulant, par quelque exemple, faire cesser cet abus, elle m'a commandé de faire mettre cet homme en prison. Vous trouverez ci-joint un ordre pour le faire mettre à la B., où il n'y aura qu'à le laisser pendant quelque temps, afin que le bruit s'en répandant dans les ports, ceux qui se mêlent de cet indigne commerce, appréhendent de le faire à l'avenir, je crois que cet homme est logé dans la rue d'Orléans, proche la rue Saint- Honoré, et il demeure chez M™" d'iberville, veuve d'un capitaine 1. Ordres d'entrée du 22 mars et de sortie du 29 avril 1707. Contre-signes de Pontchartrain. 358 FLEURY. des vaisseaux du Roi, qui est aussi du Canada, je vous prie de m'informer de ce que vous ferez sur cela K (A . M.) Versailles, 6 avril 1107. M. Fieury, qui a été mis à la B., m'écrit qu'il a besoin pour les affaires de son commerce, des papiers qu'il a laissés dans son au- berge et de ceux qui sont dans son portefeuille qu'il a remis au lieutenant de Roi de la B., parmi lesquels il y a plusieurs billets et lettres de change; il est nécessaire que vous preniez la peine de les lui faire remettre après les avoir examinés pour voir s'ils ne con- tiennent rien de son commerce avec les officiers de marine ; si vous y trouvez quelque chose qui y ait rapport, je vous prie de prendre la peine de m'en informer. (B. N.) LE MEME AUX SIEURS MASSON ET FILLEUL. Versailles, 27 avril 1707. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite au sujet de M. Fieury, S. M. veut bien lui permettre sous votre cautionnement d'aller pour un mois à La Rochelle, vaquer librement à ses affaires, à con- dition qu'après ce temps, il se remettra dans les prisons de la ville de La Rochelle. Envoyez-moi en réponse de cette lettre, votre sou- mission en conformité, et j'expédierai les ordres pour le faire sor- tir de laB. (A. M.) LE MÊME AU MAFxQUlS DE VILLETTE. Mariy, 4 mai 1707. Je suis très fâché des ordres que le Roi a donnés pour interdire M. le chevalier de Saujon, mais je n'ai pu me dispenser d'exécuter l'ordre que S. M. m'en a donné. Je crois que vous avez su que ce qui a donné lieu à cet ordre a été que le chevalier de Saujon, de concert avec un marchand de La Rochelle, Fieury, avait retiré le fret des provisions que S. M. permet à des officiers majors de Canada et à des communautés ecclésiastiques, d'embarquer sur le vaisseau le Héros que le chevalier de Saujon commandait. Le mar- 1 . Avant les réformes introduites par Colbert dans la marine, les emplois s'y don- naient au plus offrant et les officiers, mal payés, étaient tacitement autorisés à faire le roulage afin de couvrir leurs dépenses; mais Colbert, après avoir supprimé la vénalité des emplois, défendit cet abus, qui ne tendait à rien moins qu'à ruiner le commerce maritime. FLEURY. 359 chand qui s'est trouvé ici a été mis à la B., et il a déclaré que l'ar- gent qui lui avait été donné, avait tourné au profit de M. de Sau- jon. Je suis bien fâché qu'il se soit attiré ce malheur, mais cela n'empêchera pas que je ne lui rende, dans la suite, les services que je pourrai, élanl bien persuadé que cela n'arrivera plus. (A. M.) LE MÊME AU MARÉCHAL DE CHAMILLT. Marly, 4 mai 1707. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de M. Fleury, le Uoi veut bien lui permettre de se rendre à La Rochelle sous la caution des sieurs Masson et Filleul, à condi- tion de se rendre dans un mois dans les prisons de La Rochelle. M. de Saujon ne convient pas des faits qu'il avance, et je charge M. Begon d'en faire la vérification; il est à désirer que cet exemple empêche les marchands de La Rochelle d'entrer dans aucun com- merce avec les officiers de la marine qui commandent les vaisseaux aux colonies, au préjudice des ordonnances et des intentions de S. M. (A. M.) LE MÊME A M. BEGON , INTENDANT DE LA ROCHELLE. Versailles, 8 juin 1707. Le Roi a bien voulu dispenser M. Fleury de l'exécution de l'or- dre qui lui avait été donné de se remettre dans les prisons de La Rochelle, 40 jours après l'exécution de celui qui lui a permis de sortir de la B., espérant que l'exemple de la prison que M. Fleury a souffert pour être entré dans des liaisons de commerce avec des officiers de la marine, suffira pour faire connaître aux marchands que S. M. ne veut point qu'ils entrent dans ces sortes de liaisons, et il est nécessaire que vous leur déclariez que ceux qui ne profi- teront pas de cet exemple et qui ne se conformeront pas à ce qui est en cela des intentions de S. M. seront punis encore plus sévère- ment que M. Fleury. (A. M.) LE MEME A M. FLEURI. Marly, 27 juillet 1707. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, votre liberté n'ayant été accordée que sur la promesse que vous avez faite de pfêterau 3G0 SALNT-LAMBERT. trésorier de la marine, à Rochefott, les sommes auxquelles vous vous êtes engagé, vous devez vous mettre en état d'exécuter inces- samment ce que vous avez promis, sinon vous pouvez compter que je prendrai l'ordre du Roi pour vous faire remettre en prison. (A. M.) Comtesse DE PALLIERES*; SAINT-LAMBERT^ Faux. M. DE BERNAGE, INTENDANT DE BESANCON, A LA VRILLIÈRE. Besançon^ 12 décembre 1706. Après avoir parlé au P. dom Mouchevaire, prieur de l'abbaye de Theulay, pour savoir de lui de quelle manière je pourrais parvenir à l'éclaircissement de l'avis qu'on vous donne sur la fausse lettre de cachet qu'on avait fait paraître, signée de votre nom, adressante à l'abbé de Morimont^, dont vous m'avez fait l'honneur de m'en- voyer la copie ci-jointe, j'ai mandé quelques particuliers ù qui ce religieux m'avait dit que Saint-Lambert, agent des affaires de M. l'abbé de Pallières, avait fait voir cette fausse lettre, el je vous envoie quatre déclarations uniformes, l'une du curé d'Oi- rière, et les autres de trois officiers de seigneuries de cette abbaye, qui prouvent que Lambert l'a effectivement eue entre ses mains, lue et fait lire à plusieurs personnes, et je ne doute nullement qu'il n'en soit l'auteur, car l'abbé de Pallières est très vieux, infirme de corps et d'esprit, et incapable d'un pareil projet. Si Saint-Lambert avait été dans ce pays je l'aurais mandé, et avant que la chose fût ébruitée, pour tâcher de tirer de lui cette pièce fausse, quoique je sois bien persuadé qu'il n'aurait pas eu l'imprudence de me la montrer, et encore moins de me la re- mettre; ainsi vous ne devez pas compter qu'il soit possible de la recouvrer, et il n'y aura point de preuves d'une autre nature que 1. Ordres d'eutrée du 28 février 1707 et de sortie du 31 mai 1707. 2. do du 17 juillet d« d» du 26 septembre 1707. •Ordres contre-signes de La Vrillière. 3. L'abbaye de Moriraout dépendait de l'ordre de Giteaux, et se trouvait aux euYi- rons do Lany;res. COMTESSE DE PALLIÉRES. SCI celles qu'on pourra tirer de la déposition des mêmes particuliers qui m'ont donné leurs déclarations, et de quelques autres qui en ont eu aussi connaissance. Le dessein de Saint-Lambert a été sans doute d'épouvanter ces religieux et les porter à faire ce qu'il sou- haitait pour les intérêts de l'abbé de Pallières. Une pareille inso- lence ne doit pas demeurer impunie, mais si vous me permettez de vous en dire mon sentiment, je crois qu'un procès criminel en forme ne laisserait pas de recevoir ses difficultés dans l'instruction et dans le jugement, soit parce qu'on n'aurait pas la pièce fausse qui est le corps du délit, soit parce que le crime n'a pas été porté jusqu'à l'effet, car on m'a assuré qu'on n'avait donné aucune con- naissance de cet ordre à M. l'abbé de Morimont, et qu'on n'avait pas été assez hardi pour lui imposer cette fausseté. Il me paraît donc que le plus sûr et le plus court pour châtier Saint-Lambert, serait de le faire arrêler en prison dans quelque fort ou château, de l'autorité du Roi, el de l'y faire demeurer aussi longtemps que S. M. le jugerait à propos, même pendant toute sa vie, si sa clé- mence ne lui faisait grâce. Cet homme est, à ce qu'on m'a dit, un avocat au présidial de Langres, où il est établi, et on le croit à pré- sent avec madame la comtesse de Pallières, belle-sœur de Tabbé de Pallières, dans la terre de Cercueil, proche Bourbonne, en Cham- pagne ; ainsi c'est à M. d'Harouys à qui il faudra, s'il vous plaît, envoyer vos ordres, et il me paraît même que c'est aussi à lui qu'il conviendrait d'adresser la commission, si votre intention était que le procès fût fait à ce faussaire, parce qu'il est de son département. Apostille de la Vrillière. — Écrire à M. d'Harouys en lui envoyant les déclarations et un ordre pour faire arrêter Saint- Lambert, lui expliquer tout ce qui est marqué par M. de Bernage. . (B. A.) PONTCHARTRAIN A MADAME LA COMTESSE DE PALLIERES. Versailles, 15 décembre 1706. Celui qui vous a conseillé l'expédient que vous avez pris dans l'affaire de M. de Pallières, est un méchant et très mal habile homme. Le meilleur conseil que je vous puisse donner, est d'ac- commoder cette affaire, si vous pouvez, et d'empêcher qu'elle n'éclate. Je suis très fâché que vous vous soyez mise dans cet embarras, mais je ne puis y entrer ni vous donner le secours que je serais bien aise devons procurer dans toute autre chose. (A. M.) 3G2 SAINT-LAMBERT. M. DE HAROUYS, INTENDANT DE CHALONS, A LA VRILLIÈRE. Dans le moment que je reçus la lettre que vous m'avez fait Thon- neur de m'écrire et l'ordre du Roi qui était joint, pour faire arrêter Lambert, j'écrivis au prévôt de Langres ; je lui envoyai cet ordre, et je lui mandai de prendre si bien ses mesures, que ce Saint- Lambert ne lui échappât point. J'adressai mon paquet pour ce pré- vôt, au subdélégué de Langres, afin qu'il lui fût plus sûrement rendu. Je prends la liberté de vous envoyer en original la réponse que ce prévôt me fait, par laquelle vous verrez que ce Lambert n'est point encore arrêté, mais qu'il observe sa marche pour tâcher de l'attraper; je crains cependant fort qu'on n'en puisse venir à bout, et qu'il ne boit passé en Lorraine; ce qui me donne lieu de l'appréhender, est que le 6 de ce mois je fus très surpris de voir paraître chez moi, à Châlons, madame la comtesse dePal- lières, qui demeure auprès de Langres ; elle me dit qu'elle était avertie, par un ecclésiastique qui lui écrivait de Versailles, que vous m'aviez donné des ordres contre elle et contre Lambert, qu'elle appelle de Saint-Lambert. Je ne crus point devoir m'expli- quer avec elle sur cela, je l'assurai que j'exécuterais toujours vos ordres, quand vous me feriez l'honneur de m'en donner, mais je ne lui dis point ni que j'en eusse reçu, ni que je n'en eusse point reçu. Elle repartit le lendemain matin pour Langres, et elle m'écrivit de son hôtellerie les deux lettres que je vous envoie en original, en me priant de vous faire passer celle qui contient un grand détail sur la manière dont la lettre de cachet en question lui est venue. Si on peut parvenir à arrêter ce Lambert, je vous en rendrai compte aussitôt que je le saurai, et si après que vous aurez vu ces deux lettres de madame de Palliôres vous avez de nouveaux ordres à me donner, je les exécuterai toujours comme je le dois. Châlons, 10 janvier 1707. J'arrive de Langres ou j'ai su que de Saint-Lambert, que vous m'avez ordonné de faire arrêter pour une fausse lettre de cachet signée de votre nom qu'il a fait voir, s'est retiré dans un village de Lorraine ou demeure son père ; ainsi si vous vouliez qu'il y fût arrêté, il faudrait que vous prissiez sur cela des mesures avec M. l'envoyé de Lorraine : ce village dont le nom m'est échappé, est auprès de Bourbonne-les-Bains. Chàlon?, 30 janvier 1707. SAINT-LAMBEilT. 363 Apostille de la Vrillièré. — Tant que le sieur de Saint-Lambert sera en Lorraine, il n'y a qu'à l'y laisser, mais s'il revient dans le pays, il faudra qu'il fasse exécuter l'ordre. (B. A.) LA YRILLIÈRE A M. D'aRGENSON. Marly, 6 mars 1707. J'ai rendu compte au Roi d'une affaire dont je vous envoie l'ex- trait ; comme la dame de Pallières qui s'est servie de la fausse lettre de cachet en question, n'en a pas voulu faire connaître l'au- teur, S. M. m'a ordonné de la faire conduire à la B,, où elle est, et en môme temps de vous marquer qu'elle désire que vous l'interro- giez, lorsque vous irez pour tâcher de tirer d'elle la vérité sur cette fabrication, lui faisant bien entendre qu'elle n'a de moyen pour en sortir qu'en dénonçant celui qui lui a remis ladite fausse lettre. (B. A.) MÉMOIRE. M. de Pallières, abbé de l'abbaye de Theulay, en Franche- Comté, a des procès avec les religieux, pour réparations et autres prétentions, dont Saint-Lambert, à la sollicitation de la comtesse de Pallières, sa belle-sœur, prend soin, cet abbé étant vieux et infirme. Dans le dessein apparemment d'intimider ces religieux, il a été fabriqué une lettre de cachet, signée Louis, et plus bas Phélypeaux, adressante à M. l'abbé de Morimont, pour faire sortir le prieur et deux autres religieux de l'abbaye de Theulay, et les envoyer en des lieux fort éloignés. Cette lettre fut montrée par Lambert à plusieurs personnes, pour que cela pût être dit à ces religieux, et les obliger ou à cesser leurs poursuites, ou à faciliter un accommodement. Mais ne croyant pas avoir donné lieu à ces exils, et doutant que cette lettre pût être vraie, ils s'en informèrent et apprirent qu'elle était supposée. Et comme cette fausseté devait être approfondie, il fut écrit à M. Pinon, intendant en Bourgogne, pour savoir de M. l'abbé de Morimont, qui lui avait remis cette prétendue lettre ; il fit réponse qu'elle ne lui avait pas été présentée. Il fut aussi écrit à M. de Bernage, intendant en Franche-Comté, oii cette lettre avait été vue, pour savoir entre les mains de qui elle était. 3f4 COMTESSE DE PALLIÈRES. Il le demanda aux religieux à qui il en avait été parlé, pour l'en informer; ils lui dirent que Saint-Lambert, agent des alfaires de M. l'abbé de Pallières, l'avait fait voir à quatre personnes qu'ils indi- quèrent. Il les fit venir et ils lui confirmèrent, par des déclara- tions signées d'eux, que cet agent le leur avait montrée. Ce qui étant suffisant pour le faire arrêter, il a été envoyé un ordre à cet effet à M. d'Harouys, intendant en Champagne, parce que cet agent est de Langres, mais il a disparu. Et la comtesse de Pallières avant eu avis que ces déclarations avaient été données, et jugeant que cet agent pourrait être pour- suivi, elle a écrit qu'ayant rencontré à Versailles une personne qu'elle y avait vue 3 ou 4 fois, elle lui avait conté la mauvaise vie des moines de cette abbaye, et comme ils en démolissaient les bâtiments pour les faire rebâtir par son beau-frère ; cette personne lui dit qu'il y avait un moyen de les réduire à la raison par des let- tres de cachet, et sur ce qu'elle lui témoigna ne vouloir pas en demander, il écrivit les noms de trois de ces moines sur ses tablettes, et le lendemain cette personne lui donna un papier fort bien écrit, adressant à M. l'abbé de Morimont, signé Louis, et plus bas Phelypeaux, lui disant qu'il ne fallait pas en donner copie, ni l'envoyer à son adresse, mais seulement la faire voir à quelques personnes qui pussent dire aux religieux l'avoir eue, et lui recom- manda fort de la faire renvoyer et de la brûler, ce que M. de Lambert, à qui elle a été envoyée, a fait. Qu'elle reconnaîtrait bien celte personne qui lui a donné cette lettre, qui se justifierait faci- lement, ne l'ayant fait qu'à bonne fin et par pitié pour son beau- frère ; qu'elle ne savait si cette lettre est fausse ou véritable, mais qu'elle a mandé à cet agent que c'était une lettre de cachet qu'elle avait obtenue, et qu'elle ne voulait pas qu'on la mît à exécution, parce que les moines méritent une plus grande punition, ajoutant qu'elle n'écrit pas assez bien pour contrefaire les signatures, et que c'est de cette manière que la chose est arrivée, et demande qu'il soit sursise toutes poursuites contre cet agent. (B. A.) M. D ARGENSON A LA VRILLIÈRE. 18 mars 1707. J'allai deux fois lundi dernier à votre appartement, pour vous rendre compte des dispositions où j'avais trouvé la dame de Pal- COMTESSE DE PALLIÉ HES. 305 lièrcs, et satisfaire à l'ordre que vous m'avez fait l'honneur de me donner sur ce sujet : son interrogatoire vous fera connaître qu'elle s'en tient toujours à son premier système, quoiqu'il résiste évi- demment à toute vraisemblance et même à toute possibilité. Ne jugcrez-vous pas à propos de vous informer en Bourgogne si M. de Saint-Lambert ne s'en est pas absenté pour venir à Paris avant la notification de la fausse lettre de cachet qui fait le crime, et qui néanmoins n'existe plus, car je ne puis m'empêcherde croire qu'il en est l'auteur, n'y ayant pas d'apparence qu'il eût abandonné sa famille et son pays pour la simple notification de cette fausse lettre, s'il n'y avait aucune part que celle d'en avoir menacé les religieux de l'abbaye de Tuly, ou plutôt de s'en être servi pour leur faire peur. La dame de Pallières m'a fait entendre qu'il s'en trouverait une copie entre les mains de ces moines, et il pourrait n'être pas inutile d'avoir cette copie pour en découvrir l'auteur et pénétrer jusqu'à celui qui en a fourni l'original. Il pourrait n'être pas inutile aussi que nous eussions les déclara- tions des 4 personnes que M. de Bernage a interrogées, et qui lui ont dit unanimement qu'elles avaient vu cet original ; je voudrais enfin que Truchol, paysan du village' d'Aunelle, déclarât par écrit ce qu'il sait de celte même letlre de cachet, dont la dame de Pal- lières assure qu'il a parlé plusieurs fois à ces trois moines qu'on voulait intimider pour les mettre à la raison. Cependant je ferai chercher dans tous les registres des message- ries et autres voitures publiques qui sont venues de Bourgogne ou de Franche-Comté depuis six mois, pour voir s'il ne s'y trouverait point quelque indication de l'arrivée de ce Saint-Lambert qui, suivant la description que m'en a faite la dame de Pallières, dont l'attachement pour cet homme paraît infini, est un de ces chica- neurs de province qui ne doutent de rien et sont persuadés que tout est permis i\ l'industrie. Au reste ne pourrait-on pas avoir son signalement pour faciliter la recherche que je fais de lui dans Paris, où la plupart des accusés cachent plus volontiers leur inquiétude et leur crime que partout ailleurs ; il pourra même nous être de quelque usage pour en faire la comparaison avec la figure de ce prétendu inconnu, sur qui la dame de Pallières affecte de rejeter tout le poids de la fausseté commise. (B. A.) 366 COMTESSE DE PALLIÉRES. LA YRILLIÈRE A M. d'aRGENSON. J'ai reçu l'interrogatoire que vous avez fait prêter à la dame de Pallières. 11 est constant qu'il n'y a point de vraisemblable à ce qu'elle dit de la manière que la fausse lettre de cachet lui a été remise, et j'ai toujours pensé que ça été un ouvrage fabriqué par Saint-Lambert avec cette dame. Je vous envoie les lettres qui m'ont été écrites par MM. de Bernage et d'Harouys, et une qu'elle lui avait faite pour vous en servir, ainsi que vous le jugerez à pro- pos. Elles vous feront connaître que ce particulier est présente- ment en Lorraine ; il y a peu d'apparence qu'il soit venu à Paris et qu'il y ait composé cette lettre après s'être informé de la manière qu'elle pouvait être faite, n'étant pas du style d'une personne qui sache ce que c'est que des lettres de cachet, ni pas même datée, comme vous verrez par la copie ci-jointe que j'ai fait tirer d'une qui avait été écrite par le prieur de Teulay, où elle était insérée, ce qui peut encore faire juger que ça été Saint-Lambert qui l'a fabri- quée. Les quatre déclarations des particuliers à qui elle a été lue, sont entre les mains de M. d'Harouys, les lui ayant envoyées pour s'en servir dans l'interrogatoire qu'il aurait fait prêter au Saint-Lambert s'il eût pu être arrêté en conséquence de l'ordre que je lui avais adressé. Elles ne contiennent autre chose, qu'ils ont entendu lire par lui la lettre en question dans les termes qui y sont marqués. Si néanmoins vous croyez qu'elles vous soient nécessaires, j'écrirai à M. d'Harouys de me les renvoyer, et je vous les adresserai ; il y a apparence que Truchot ne dirait autre chose, sinon qu'il aurait entendu lire la lettre, et qu'il l'avait dit aux moines, parce que Saint-Lambert, sachant qu'elle était fausse, n'aura osé la confier à personne, et il y a lieu de croire que la copie que ce prieur en a envoyée, a été composée de mémoire sur la lecture que ce Saint- Lambert en avait faite. Versailles, 20 mars 1707. Il n'y a rien de si juste que d'empêcher qu'on ne juge les procès' qu'a madame de Pallières pendant sa détention à la B., et vous pouvez faire sur cela ce que vous croirez convenable ; s'il était même nécessaire dans la suite de quelques lettres de ma part aux rapporteurs pour en surseoir la décision, je leur écrirais volon- SAINT-LAMBERT. 367 tiers ; j'ai vu en pareilles occasions que le Roi accordait quelquefois des lettres d'État quand on en demandait; s'il lui en était absolu- ment nécessaire, elles pourraient être obtenues sous le nom de son mari, qui est en mer pour le service de S. M. A l'égard des lettres qu'elle désire écrire aux gens qui se mêlent de ses affaires, cette liberté ne doit point lui être refusée, puisque voulez bien prendre la peine de les examiner, ainsi vous lui donnerez là-dessus toute la facilité que vous jugerez à propos. Versailles, 4 avril 1707. Vous avez justement pensé à votre ordinaire quand vous avez cru qu'après que la dame de Pallières serait mise en liberté, le sieur de Saint-Lambert se persuaderait pouvoir revenir chez lui, et qu'on ne penserait plus à lo poursuivre au sujet de la fausse lettre de cachet qu'il a produite; cela est arrivé, on l'a arrêté, et il est pré- sentement à la B. Vous prendrez donc la peine de l'interroger, pour tâcher de découvrir si c'est lui qui a fabriqué cette supposée lettre, ou bien qui peut en être l'auteur, et quand l'interrogatoire aura été faite de me l'envoyer avec votre sentiment, pour en rendre compte au Roi. J'ai rendu compte au Roi des interrogatoires que vous avez fait prêter à de Saint-Lambert, et de ce que vous m'avez écrit sur ce qu'ils contiennent ; comme il a paru que c'est la dame de Pallières qui est la plus coupable, S. M. n'a pas estimé convenable, après l'avoir fait mettre en liberté de la "B., que de Saint-Lambert y reste plus longtemps, ni de l'exiler, et m'a commandé d'expédier l'ordre nécessaire pour l'en faire sortir, qu'il recevra incessam- ment, de quoi j'ai estimé à propos de vous donner avis, pour que vous soyez informé. (B. A.) Fontainebleau, 20 septembre 1707. 3G8 BOT AL. BOSTAL * ; PHILIPPE ^ ; CHELLEBERG ' ; STILZ YERGNAUD5; FIRICH"; MAZELLl '; GAYIRATY MOUCHA 0. Partisans. CnAMILLART A M. d'aRGENSON. Versailles, 5 octobre 1706. J'apprends que le sieur Muno, partisan pour les ennemis à Bruxelles, a formé le dessein de pénétrer avec quatre cavaliers et deux guides, jusques à Paris, sur le pied de voyageurs, dans le dessein de piller les voitures publiques, et d'enlever quelqu'un qui puisse, par sa rançon, les dédommager des frais de leur voyage; quoique ce projet me paraisse fort difficile à exécuter, j'ai cru ce- pendant devoir par précaution vous envoyer le portrait qu'on me fait de ces sept personnes, afin que vous puissiez prendre les me- sures nécessaires pour les faire arrêter, s'ils osaient entrer dans Paris «0. (A. G.) PONTCHARTRAIN A M. DE SAINT-MARS. Versailles, 25 mars 1707. Le Roi envoyant à la B. Bostal, un des complices de l'enlève- ment de M. le marquis de Beringhen, S. M. veut que vous le fassiez mettre dans un cachot en arrivant, sans qu'il puisse avoir commu- nication avec qui que ce soit de vive voix ou par écrit; que vous l'intimidiez par toutes les voies que vous croirez capable de le faire parler, et enfin que vous le traitiez de la manière que vous 1. Ordres d'entrée du 25 mars 1707 et de sortie du 12 juillet 1713. 2. do 27 d» d'' do 23 mai 1707. 3. do do do do do 20 novembre 17U. 4. do 25 do do do — — 5. do d° d» do do 23 mars 1707. G. do d» do do do 23 mai 1707. 7. do do do do do do d°. 8. do do do do do 7 novembre 1707. 9. do J3 avril do do 4 mai 1707. Ordres contre-sig-nés Pontcbartrain. 10. Ea efl'etj un partisan avait su pénétrer jusqu'au pont de Sèvres et enlever M. de Beringhen, qud avait pris pour le Dauphin. GUETHEM. 369 dira M. d'Argenson, qui a ordre de l'aller incessamment inter- roger. (A.N.) CHAMILLART A M. DE ROUILLE. 26 mars 1707, Sur l'avis que j'ai reçu de M. le marquis de Torcy par un exprès qu'il m'a dépêché de l'aventure singulière arrivée à M. le Premier, sur le chemin de Paris à Versailles, pour prier M. l'Électeur de Bavière de donner tous les ordres possibles contre le parti ennemi qui a fait le coup, en cas qu'il se relire par le côté d'Ath, par celui de la Meuse ou par la forêt de Mormal. S, A. El. n'a oublié aucune des diligences nécessaires. (A. G.) LE MÊME AUX COMMANDANTS DE PLACES. Versailles, 27 mars 1707. L'entreprise de M. Gu'elhem, autant bien concertée qu'elle pou- vait l'être, par les mesures qu'il avait prises pour son retour, après avoir enlevé M. de Beringhen, premier écuyer du Roi, jeudi au soir, ayant marché toute la nuit et s'étant servi de relais qu'il avait placés en différents endroits, ne lui a pas réussi, il a été coupé par les ordres que le Roi avait donnés par plusieurs courriers qu'il avait fait dépêcher, une lieue en deçà de Ham, où il a été pris avec ceux de son escorte et M. le Premier. Cette entreprise, aussi folle que téméraire, fera beaucoup de bruit parmi les ennemis et dans les pays étrangers dans sa première vue, puisqu'elle s'était passée à deux lieues de Versailles, mais elle ne leur fera pas beaucoup d'honneur par la manière dont elle aura fini ; j'ai été bien aise de vous en informer, afin de vous mettre en élat d'en instruire le public. (A. G.) LE MÊME A M. D'ORMESSON, INTENDANT DE SOISSONS. Versailles; 27 mars 1707. J'ai reçu la lettre que votre exprès m'a apportée, j'avais appris, de 8 à iO heures du soir, par une lettre que M. le Premier m'avait écrite de Ham, et par l'arrivée de M. de Monlaigu, capitaine au régiment de cavalerie de Livry, qu'un maréchal des logis et deux cavaliers de ce régiment l'avaient délivre des mains de ceux qui 24 370 GUETHEM. l'emmenaient, lesquels avertis par un de mes courriers l'avaient rejoint à trois lieues en deçà de la Somme. Je ne laisse pas de vous être obligé de votre attention et de la part que vous m'avez faite de la nouvelle qui vous en est venue. (X. G.) LE MÊME AU PRÉSIDENT RODILLÉ. Versailles, 28 mars 1707. J'étais à Lestang quand la nouvelle arriva de l'enlèvement de M. le Premier, le Roi ordonna à MM. les secrétaires d'État de dé- pêcher des courriers partout, et S. M. m'envoya M. d'Avignon pour me donner les mêmes ordres; ceux que j'ai envoyés aux trou- pes ont été si bien exécutés qu'un détachement du régiment de Livry qui était à Ham, a repris M. le Premier et le colonel qui le conduisait; j'ai grand regret au mouvement des autres troupes qui est devenu inutile, mais en pareil occasion on ne saurait trop faire. (A. G.) LE MÊME A M. LE PRINCE. Versailles, 29 mars 1707. L'exempt de la prévôté de l'hôtel qui avait été à Chantilly pour prendre l'officier du parti de Guethem qui avait été arrêté prison- nier, est arrivé ici,surlesoheures,aveccetofficierquiluiaétéremis par M. Sarrobert ; il me paraît bien juste que ceux qui ont eu part à cette expédition, et qui ont pris les chevaux qui étaient à la Morlais en ait le profit, et je crois que V. A. S. doit ordonner qu'ils soient vendus, et le prix partagé entre eux suivant les ordres qu'il plaira à V. A. S. d'y donner, j'aurai l'honneur de l'entretenir sur la garde du passage, la première fois que je me trouverai en état de lui pouvoir rendre mes devoirs. L'exempt qui a été à Chantilly ne saurait se taire sur les bons traitements qu'il a reçus. (A. G.) M. ROUILLE A CHAMILLART. Mons, 29 mars 1707. J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'avez fait l'honneur de m'inforraer que M. le Premier a été dégagé près de Ham, où ceux qui l'enlevaient ont été arrêtés. Le partisan étant parvenu à le GUETHEM. 371 conduire jusque-là en si peu de temps, était bien près de se retirer par la forêt de Mormal ; il est heureux qu'il ne l'ait pas fait, car le succès d'une telle entreprise aurait pu donner lieu à d'autres sem- blables; il serait, ce me semble, d'une grande conséquence de retenir, jusqu'à la fin de la guerre, le partisan Guethem qui a bien fait voir, par le coup qu'il a hasardé, de quoi il est capable. M. l'Électeur m'a témoigné qu'il souhaitait fort en son particulier qu'il ne fût point mis en liberté, parce qu'il est persuadé qu'il a conservé des intelligences dans sa maison dont il a été, pendant plus de dix ans, en qualité de violon. S. A. El. croit que, comme il est de Turcoing, près de Lille, et, par conséquent, né sujet du Roi, de porter les armes contre S. M. est une raison légitime pour ne le pas relâcher. Dès que j'ai reçu l'avis que vous avez bien voulu me donner, je n'ai pas manqué de le rendre ici public et de faire écrire dans tous les quartiers, d'où il était sorti des troupes pour garder les passages, afin de les faire rentrer. (A. G.) CHAMILLART A M. d'ARGENSON. Versailles, 30 mars 1707. Le Roi a trouvé bon que le colonel Guethem et trois de ses offi- cierr qui sont prisonniers de guerre avec lui, restassent trois ou quatre jours à Paris, après lequel temps je leur enverrai les ordres de S. M. pour se rendre au lieu de leur destination, vous pouvez sans affectation les faire observer. J'ai mandé à M. de Pontchartrain de vous faire savoir que le Roi voulait bien que l'homme, pris au pont de Sèvres, restât dans une prison assurée, comme un homme qui n'était point du parti qui a enlevé M. le Premier, et que toutes les procédures qui avaient été commencées, qui peuvent avoir quelque relation avec ce parti, soient entièrement discontinuées, sans quoi le colonel réclamerait ce malheureux comme les autres, et on ne pourrait pas le traiter autrement que comme prisonnier de guerre. (A. G.) LE MEME AUX COMMANDANTS DE PLACE SUR LA FRONTIERE DE FLANDRE. Versailles, 10 avril 1707. Depuis ce que je vous ai mandé de la manière dont M. le marquis de Beringhen a été enlevé et repris à une lieue de Ham, j'ai su que 372 CHELLEBERG. les gens du parti de M. Guethem qui ont fait ce coup-là, se sont séparés en plusieurs petites troupes en entrant en France, et n'ont marché que quatre ou cinq ensemble ; comme cela est contraire à tous les anciens règlements et ordonnances dus en pareil cas, l'in- tention du Roi est que vous vous plaigniez hautement aux ennemis de cette mauvaise manœuvre, et leur fassiez entendre que sans les bons traitements que M. de Guethem a faits à M. le marquis de Beringhen qui, par son grand âge et ses incommodités, n'aurait pas été en état de soutenir les fatigues d'un voyage aussi précipité, S. M. aurait ordonné une punition sévère contre lui et ceux de son parti. Je vous envoie une copie de l'ordonnance que S. M. va faire rendre sur cela, je vous en adresserai, au premier jour, des exem- plaires pour la rendre publique et tenir la main à son exécution. . (A. G.) M. LEGRAND A M. D'ARGENSON. J'ai reçu la lettre de M. de Bernaville en réponse de celle que je m'étais donné l'honneur de lui écrire, par- laquelle il m'accuse la réception du porte manteau avec le linge, suivant le double du mémoire que j'ai eu l'honneur de vous envoyer. Il me marque de faire mener les six chevaux avec les équipages et tout ce qui peut appartenir à M. Chelleberg, au Plat-d'Étain, rue Saint-Antoine, mais comme sa lettre n'était point accompagnée d'une de vous, j'ai cru ne devoir rien faire sans en communiquer à Mgr de Pontchartrain; il m'a dit de concerter le tout avec vous, ainsi je vous supplie de me mander ce que vous souhaitez que je fasse, je vous observerai seulement si vous avez dessein de faire vendre les chevaux, qu'ils se vendront beaucoup mieux ici qu'à Paris. J'envoie cet exprès pour que vous ayiez, s'il vous plaît, la bonté de me donner sur cela de vos nouvelles. J'ai appris que M.Chellebergavaitété à la cour d'Angleterre, que même on l'avait trouvé entrant dans l'antichambre du Roi, sans en avoir la permission ; on m'a aussi assuré qu'il était en commerce avec deux Anglais, qu'on m'a promis de m'indiquer, il y en avait un qui a été le voir le lendemain qu'il est arrivé au Pccq; si je ne puis les découvrir ici, je vous enverrai leur signalement. Je ne sais si vous avancez beaucoup avec M. Chelleberg, mais je CHELLEBERG. 373 crains fort qu'il n'ait mauvaise intention, cartons ceux qui parlent de lui n'ont pas une haute estime de sa vie passée. S'il vient quelque chose à ma connaissance, je ne manquerai pas de vous en donner avis *. Saiat-Germain, 17 avril 1707. CHAMILLART A M. DE BERINGHEM. Versailles, 5 mai 1707. Je vous prie de vouloir bien faire avertir M. Guethem que je serai bien aise de lui parler avant son départ de Paris, j'irai jeudi pro- chain; s'il peut se trouver chez moi ce jour-là, sur les dix heures du matin, j'y arriverai peu de temps après^ il pourra se tenir prêt à partir vendredi; je souhaite que le repos dont vous jouissez réta- blisse votre santé. (A. G.) CAMUZET A M. D'aRGENSON. 18 mai 1707. J'écris à Legrand, prévôt de Saint-Germain, de vous envoyer les témoins qui disent avoir vu M. de Chelleberg dans l'antichambre du Roi d'Angleterre, afin que vous voyiez s'ils le reconnaîtront, et qu'en ce cas on le puisse convaincre, car s'ils ne le reconnaissent pas pour avoir été dans l'antichambre du Roi d'Angleterre, il n'est question, quant à présent, de l'absoudre. (B. A.) M. LEGRAND A M. D ARGENSON. J'ai l'honneur de vous mander que la Reine d'Angleterre a ordonné aux officiers de sa chambre qui croient avoir vu M. Chel- leberg au château, de vous aller trouver pour exécuter ce que vous leur marquerez. Je reçus cet ordre de M. de Pontchartrain, il y a deux jours, et il me marque qu'il est indifférent que ces Messieurs aient ou n'aient pas vu, parce que vous voulez seulement mettre la chose en règle. J'ai envoyé à M. de Bernaville les 21 pièces d'or réclamées par les domestiques de M. Chelleberg, Je vous supplie de me faire savoir si vous avez besoin de quelque 1. Le prisonnier s'étant retranché dans nne négative constante et l'interrogatoire, Iris long d'ailleurs, n'offre aucun intérêt; on a cru à propos de le fupprimer 374 CHELLEBERG. autre éclaircissement; s'il était venu quelques faits à ma connais- sance, je n'aurais pas manqué de me donner l'honneur de vous écrire. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 25 mai 1707. S. M. veut que M. Chelleberg reste à la B., de même que Gaviraty et Michel, son prétendu valet de chambre. A l'égard de Vergnaux, je vous envoie l'ordre pour le faire sortir et le renvoyer en Poitou, son pays ; supposé qu'il soit ancien catholique, et pour Mazel et Furich, il faut, en les mettant en liberté, prendre leurs soumissions de sortir du royaume, et leur en faire signer les soumissions; quand vous trouverez occasion de faire parler M. Chelleberg sur les hommes revenus de Maestricht qui ont parlé du complot d'enlever le Roi d'Angleterre, il faudrait lâcher de le faire ; il aime à parler, et en le faisant jaser, il ne sera pas difficile qu'il ne s'échappe. (A. N.) RAPPORTS DE M. D'ARGENSON. Jacques Chelleberg. Il a été arrêté à Saint-Germain-en-Laye oîi il est venu de Flan- dre sans passer par Paris ; il dit que c'était pour faire sa cour à M. de Vendôme, et pour obtenir de ce prince qu'il eut la bonté de le présenter au Roi, mais six circonstances excitèrent contre lui des justes soupçons. La première était le long séjour qu'il avait fait en Bavière, avant et depuis la révolution, quoi qu'il eut obtenu un passeport du prince Louis de Bade, en conséquence d'un traité d'échange, plu- sieurs jours avant la bataille de Hoschtet. La seconde fut le secret à tous ses valets de son dernier voyage en France. La troisième était l'aflectation qu'il avait eue de se tenir caché dans les deux différentes hôtelleries du Pecq et de Saint-Germain, où il avait logé successivement. La quatrième fut son empressement à courir Paris tout un jour, sans aucune suite et à l'insu même de Gaviraty, son principal confident. La cinquième fut son retour précipité à Saint-Germain, tandis CHELLEBERG. 375 que M. Gaviraty l'attendait, par son ordre, dans la place des Victoires. Et la sixième comprenait les contradictions évidentes de ses réponses, soit à l'égard des visites qu'il voulait rendre aux princi- paux officiers de M. de Vendôme, dans le temps même qu'il crai- gnait de se faire connaître à eux, soit !par rapport au grand désir qu'il avait, disait-il, d'aller à Anet, quoiqu'il eût pris une route contraire. Cependant toutes ces réflexions ne pouvaient former contre lui une preuve absolument décisive, mais seulement exciter des doutes qui ont paru suffisants, en pareil cas, pour rendre la dé- tention également juste et nécessaire ; aussi M. de Pontcharlrain m'a-t-il fait l'honneur de me marquer que ce prisonnier ne sorti- rait qu'après la paix générale. M. Chelleberg me fit entendre, en 17H, qu'il avait mal par tout le corps, j'appris aussi qu'il ne voulait ni changer de linge ni ren- voyer le reste de ses repas que lorsqu'ils étaient pourris ; il jurait et blasphémait à tous moments, il ne sortait pas du lit et il ne voulait pas aller à la messe, enfin son cœur et son esprit paraissaient dans un dérangement que toute la patience et toute la raison de ceux qui l'approchaient ne pouvaient vaincre. Il parut moins difficile, en 1712, ou du moins ses violences et ses mauvaises humeurs étaient moins fréquentes; il continuait de se plaindre d'un mal de jambes, sans vouloir permettre qu'on le vît, et il fallut céder à son caprice, de peur de pis. Enfin, ayant su, l'année dernière, que la paix était conclue avec la plupart des ennemis du Roi, il s'était montré un peu plus rai- sonnable, et le P. de la Baume avait obtenu de lui qu'il lirait quel- ques livres de religion pour y chercher les instructions dont il avait besoin; je crus cependant que les soupçons qu'on a eus contre lui ayant plus de rapport à la maison d'Autriche qu'à toutes les autres puissances qui avaient intérêt dans la dernière guerre, ne convenait point de le rendre libre avant la paix de l'empire. Il se porte bien maintenant, mais il est toujours d'une humeur fort difficile, et il tient une conduite et une manière de vie fort extraordinaires. Le P. La Baume lui a parlé plusieurs fois inutile- ment touchant la religion^ mais ça été sans aucun succès, et la protestante étant celle de son pays, on n'a pu lui alléguer, à cet égard, que des motifs de conviction et de charité; ainsi je pense que la paix générale étant conclue, il doit être rendu libre à condi- 376 GAVIRATY. tion qu'il sortira incessamment du royaume, sans pouvoir y reve- nir, sous quelque prétexte que ce soit, sans une permission précise et particulière. Sortie, 28 novembre 1714, chassé du royaume. Gaviraty. Les remarques qui concernent M. de Ghelleberg dont le retour en France, sans permission ni passeport et son afTeclation de se cacher, ont fait soupçonner avec beaucoup d'apparence qu'il avait formé quelques desseins criminels, semblables à celui de l'enlèvement de M. le premier écuyer, regardent M, Gaviraty. En 1708, sa santé est parfaitement rétablie, son esprit dans une très bonne situation, et j'ai été surpris de cet heureux changement qui paraît même un peu trop subit, pour ne pas donner lieu de croire que sa maladie était feinte; il demande fort à retourner à la B., parce qu'il se promet d'en sortir plus tôt que de Charenton; mais je doute qu'il fût à propos de céder à ses empressements, et je pense que, s'il plaît au Roi de lui accorder sa liberté, il sera bon de la différer encore jusqu'à la fin de la campagne. Il est toujours de même en cette année 1710. En 1711 . Sa folie se déclare de plus en plus et est souvent accom- pagnée d'une mélancolie noire et d'une fureur dangereuse; il ne veut plus aller à la messe, il dit que les prières qu'on y dit sont autant de sottises; cependant il dit le petit office de la Vierge tous les jours, mais la plupart de ses discours n'ont ni raison ni suite, et sa détention devient plus nécessaire qu'elle n'était. En 1712. Il est âgé de 41 ans. ses discours qui n'ont aucune suite et sa folie ne me permettent pas de le rendre libre. En 1713. On assure que son extravagance est toujours la même, ainsi il ne doit point y avoir de changement dans mon avis. En 1714. J'ai vérifié aujourd'hui qu'on ne pourrait encore, sans injustice et sans danger, l'abandonner à sa propre conduite, ainsi la charité demande qu'il reste encore dans cette maison, quoique le premier motif de sa détention ait absolument cessé. La réponse de Mgr le comte de Pontchartrain fut qu'il fallait le mettre en liberté et le chasser le 10 septembre 1713. (B. A.) TIROL. TIROL*. Assassinat. CHAMILLART AU BOURGMESTRE DU CANTON DE BALE. Versailles, 30 juin 1707. S. M. a été si touchée de l'énormité du crime de Roussel, valet de la baronne d'Estrick qu'il a assassinée sur vos terres, qu'elle a bien voulu se rendre à la prière que vous lui faites de donner ses ordres à M. d'Argenson pour le faire arrêter à Paris, où vous avez appris qu'il s'était retiré ; s'il y est clîcctivement, vous aurez sur cela toute la satisfaction que vous demandez. (A. G.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Versailles; "0 juin 1707. MM. de Bâle ont demandé au Roi justice du meurtre commis sur leurs terres en la personne de la baronne d'Estrick par Roussel son valet, originaire de Langres, qui s'est retiré à Paris, dont ils pré- tendent que vous avez connaissance et que vous pourrez aisément découvrir par les relations qu'il entretient avec Tirol, aubergiste, Leclerc et Duverl. S. M. a été si touchée de l'énormité de ce crime, qu'elle désire que vous fassiez toutes les perquisitions nécessaires pour trouver Roussel et le faire arrêter, s'il est effectivement à Paris. Vous aurez soin de me mander ce que vous aurez fait en exécution de ce que je vous marque de la volonté de S. M. Marly, 8 juillet 1707. Je vois que Roussel, que vous avez eu ordre du Roi de faire arrêter, pour avoir assassiné madame la baronne d'Estrick aux portes de Bâle, n'a été manqué que d'une heure, qu'il logeait chez Tirol, aubergiste, dont vous dites qu'il voyait la fille avec une fami- liarité scandaleuse et qu'il y a beaucoup d'apparence que cet assas- sinat a été commis de leur participation ; que c'est Tirol qui lui a mené le cheval qu'il a monté pour s'évader plus promptemcnt et 1. Ordres d'entrée du 10 juillet et de sortie du 2G novembre 1707. Gonire-signés Cliamillarl. 378 TIROL. que toutes les démarches qu'il a faites depuis le départ de ce scé- lérat ne permettent pas de douter que lui et sa fille ne soient en relation avec ce Roussel; le Roi, à qui j'en ai rendu compte, approuve que vous fassiez arrêter, comme vous le proposez, Tirol et conduire à la B., en vertu de l'ordre ci-joint, que vous mettiez sa femme et sa fille à la garde de deux officiers de confiance chez qui vous puissiez les interroger séparément sur leur commerce avec Roussel, que vous vous assuriez aussi de la Leclerc et de Ouvert à qui Roussel avait adressé la malle oii sont les hardes de madame d'Estrick, et que vous fassiez aussi arrêter à la poste non seulement les lettres qui viendront à l'adresse de Roussel, mais toutes celles qui s'adresseront soit à Tirol, sa femme, sa fille, soit à la Leclerc et a Duvert, leurs complices. (A. G.) LE MÊME A MM. DU CANTON DE BALE. Versailles, 3 août 1707. Les ordres que j'avais donnés pour faire arrêter dans le royaume Roussel, accusé d'avoir assassiné madame la baronne d'Estrick, ont été exécutés avec le succès que je pouvais m'en promettre, puis- qu'il fut pris le 31 du mois passé, à 8 heures de Paris, travesti en laquais. Si vous croyez avoir besoin de quelques preuves de son crime, on sera en état de vous aider ici d'une information con- cluante dont les témoins pourront être confrontés à l'accusé avant qu'on le transfère à Bâie pour y être jugé, c'est ce que je vous prie de me faire savoir ^ (A. G.) LE MÊME A M. d'aP.GENSON. 10 septembre 1707. J'apprends que Roussel n'ayant point voulu répondre, vous avez été obligé de lui faire son procès comme à un muet volontaire et l'avez fait partir ensuite sous bonne et sûre garde pour être con- duit à Râle, suivant les ordres du Roi, que je vous ai envoyés ; je ne doute pas que celui que vous avez chargé de sa conduite n'y ait toute l'attention qu'il doit et ne prévienne par ses soins les coups de désespoir où ce malheureux paraît s'abandonner. 1. Cependant Roussel avait été conduit au grand Chàtelet; il refusa de répondre et récusa les magistrats, en protestant de la nullité de la procédure, il fut ensuite envoyé à Bàle. MILON. 379 Marly, H novembre 1707. J'ai lu au Roi la lettre par laquelle vous me marquez que Roussel ayant déchargé par tous ses interrogatoires Tirol, sa femme et sa fllle, vous croyez que l'on peut les mettre en liberté. S. M. trouve bon que vous en donniez l'ordre après que vous aurez parcouru les papiers qui sont sous le scellé de Tirol, et que vous aurez rendu à M. le prince d'Isinghien ses titres de famille, que Roussel lui avait confiés ; elle veut bien aussi que vous les rétablissiez, comme vous proposez, dans leur maison, après qu'ils auront payé les frais de garnison et la dépense de la nourriture qui leur aura été fournie, mais à l'égard de la fille de cet aubergiste, quoiqu'elle n'ait été que la cause innocente de l'assassinat commis par Roussel, S. M. désire, que pour l'exemple, vous obligiez son père à la mettre dans un couvent pour un mois ou deux et vous recommande de tenir la main à ce qu'il y satisfasse, (A. G.) MILON*. Folie. PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. 22 juin 1707. Savoir précisément qui il est et pour quelle raison il fait depuis 5 ou 6 ans son séjour à Bougival sans y avoir aucune affaire. (B. A.) RAPPORT DE M. D'ARGENSON. Mathurin Milon, mis à Charenton le 31 août 1707. Il est chanoine de l'église de Tours, âgé de 72 ans; il a été trans- féré de la B. en ce lieu-ci et voici ce que contient son article. Le séjour que cet homme faisait de temps en temps dans des villages voisins de Versailles, sans qu'on en pût pénétrer le motif, a excité contre lui de justes soupçons qui ont obligé de le faire arrê- ter. Il avait, disait-il, de grands secrets qu'il ne voulait déclarer qu'au Roi, et ces prétendus secrets étaient de véritables visions 1. Ordres d'entrée du 22 juin et de sortie du 30 août 1707. Gontre-sig'nés Poutchartrain, 380 MILON. qu'il ne saurait faire comprendre, parce qu'il ne les comprend pas lui-môme. Sa folie a toujours été de se cacher à sa famille, de mener à Paris et dans les campagnes une vie obscure, d'avoir des procès, de prêter à usure ou à fonds perdus, de promener son pauvre esprit dans des routes inconnues et de se croire capable des plus grands emplois. M. de Pontchartrain a bien voulu, h la prière de sa famille, m'a- dresser les ordres du Roi pour le faire transférer du château de la B. en la maison des religieux de la Charité de Charenton pour y rétablir sa santé et remettre son esprit, s'il est possible, dans une situation moins incertaine et plus tranquille. Sa folie présente est de vouloir ne se servir des habits qu'il dit avoir, ni d'indiquer le payeur de ses rentes sur la ville; de peur qu'on ne les aille recevoir, et qu'on ne les emploie au payement de sa pension qu'il veut absolument que le Roi paye, mais enfin après lui avoir reproché son avarice, et lui avoir fait entendre que ce refus obstiné peut encore faire différer sa sortie, il a promis d'é- crire à son tailleur pour lui commander un habit d'été, et à M. du Martray pour aller recevoir ses rentes et acquitter les trois quar- tiers de pension qu'il devra bientôt. Au reste, il parle de ses anciennes visions avec un peu plus de modération qu'il ne faisait, mais quand on lui en rappelle le sou- venir, il en paraît plus entêté que jamais, il dit même qu'il les adore, et qu'il n'y a point d'homme qui ne doive les adorer comme lui. Cependant un bon carme déchaussé à qui apparemment il n'en avait fait confidence, lui a permis d'approcher une fois des sacre- ments, ce qui ne l'a rendu ni plus religieux ni moins avare; ainsi je pense qu'il importe à l'honneur de l'église et à celui de sa famille de le cacher encore aux yeux du public, et je crains bien que son opiniâtreté ne dégénère enfin dans une folie déclarée. En 17G9, son avarice et ses entêtements se fortifient de jour en jour, il lui a tombé une paralysie sur le bras gauche, cependant il n'a point voulu de tout l'hiver qu'on lui donnât de chambre à feu, de peur de dépenser en bois, il ne porte point d'habits pour ne les pas user, et il a toujours la fantaisie de ne point payer sa pension. Il aime mieux, dit-il, faire des charités secrètes. Quand on le met sur cette matière, il entre en fureur et l'on ne peut presque plus à peine espérer qu'il devienne jamais raisonnable. FLORliNC::. 381 En 1710, il est maintenant beaucoup plus affaibli et sa paralysie augmentée, et a enfin payé sa pension, et son frère qui est cha- noine de l'église de Tours en a un très grand soin, mais il faut user de force pour l'obliger à se vclir, et quand on lui apporte quelque chose de neuf, on a beau lui faire entendre que c'est son père qui le lui donne, il entre en fureur. Mortà Charenton en 1711. (B. N.) CYRANO»; Femme PlNGRÉ et TISSERON^; FLORENCE 3. Débauche. M. d'argenson a pontchartrain. 11 décembre 1705. Le bruit qui a couru du mariage de M. le prince de Léon* avec Florence^, n'a pour fondement que la continuation de leur com- merce, et les discours du curé de Creteil qui, l'été dernier, ne sachant que répondre à ceux qui lui reprochaient de soufFrir dans sa paroisse ces 2 personnes qui gardaient assurément fort peu de mesure à l'égard du public, disait quelquefois en riant : Est-on bien sur qu'ils ne sont pas mariés? J'ose même vous assurer que 1. Ordres d'entrée du 7 septembre 1705 et de sortie du 19 octobre 1707. 2. d» du 18 novembre d» d" du 4 janvier 1708. 3. d» du 30 décembre do d" du 3 juin 170G. Ordres contre-signes Pontchartrain. 4. Louis-Bretagne de Rohan Chabot, prince de Léon, né le 26 septembre 1679. Il épousa, le 29 mars 1708, la fille du duc ae Roquelaure; il mourut le 10 août 1738. 5. La Florence était une danseuse d'Opéra, aussi fameuse alors par son talent et par les agréments de sa personne que par la simplicité de son esprit. Tout cela, pris ensemble, lui avait valu la conquête de ce débauché spirituel qui fut plus tard le Régent, Dans ce temps-là, comme à présent, les femmes de théâtre sortaient en général des rangs les plus humbles de la société, la Florence était fille de Pellerin, cabarelier, qui, après avoir tenu gargotte vis-à-vis la grille de Saint-Germain-des-Prés, avait transporté ses fourneaux à la place Conti. La beauté de M"<= Pellerin attirait de nombreux clients à la table pateraelle; le duc de Chartres y vint comme beaucoup d'autres, il la lit sortir de la cuisine pour entrer à l'Opéra, passer la Seine et s'établir rue Saint-Honoré, en face du cul-de-sac des Pères-de-l'Oratoire; mais ce n'était pas assez près du Palais- Royal, elle vint ensuite rue des Petits-Champs, le prince n'eut plus que le jardin à traverser pour entrer chez sa maîtresse. Ce fut dans celte maison qu'elle accoucha d'un garçon, qui fut dans la suite archevêque de Cambrai, et d'une fille, mariée plus tard à 382 FLORENCE. ce malheureux attachement paraît beaucoup ralenti depuis un mois, et l'on peut espérer que l'hiver achèvera d'en user les restes. Je sais qu'on a censuré les assiduités du poète Massillon * pour madame la marquise de l'Hôpital, qu'on a blâmé leur séjour à la campagne, et que la critique médisante a porté ses soupçons jus- qu'aux conséquences les plus criminelles, mais s'il n'y a pas dans cette idée une noirceur maligne et une affectation étudiée, il y a au moins une grande inconsidération et encore plus de témérité. Je crains môme que la recherche curieuse qu'on ferait de cette prétendue intrigue, où il n'y a tout au plus qu'un peu d'impru- dence, ne fût une espèce de crime. J'ajouterai que cette information, quelques précautions qu'on prît pour la rendre secrète, ne pourrait jamais l'être assez pour ne un officier général. Le jeune duc avait grande envie de reconnaître ces enfants, mais sa maîtresse tenait une conduite si débordée que force lui fut de reculer devant les réclamations des courtisans contre sa prétention exclusive à une paternité faite de tant de pièces et de morceaux. Ces amours princières usées, Florence passa de main en main, jusqu'à ce que le prince de Léon, fils aîné du duc de Rolian-Chabot, conçut pour elle une passion si extrava- gante que tout le monde crut qu'il allait l'épouser. C'est la destinée des filles bêtes d'être aimées par les gens d'esprit; on sait ce que fut le Régent, quant au prince de Léon, Saint-Simon nous dit qu'il était impossible d'avoir plus d'esprit et d'amabilité, bien que laid et vilain au possible, ses manières étaient très libérales, Florence les trouva fort belles; ils devinrent inséparables, et en dépit des bienséances elle voyageait avec lui dans son carrosse, lorsqu'il allait présider les États de Bretagne. Ils habitaient ensemble aux environs de Paris. La noble famille de Rohan craignit de voir une ancienne servante de cabaret, une sauteuse de théâtre, s'établir dans ses hôtels et au milieu de ses terres, M. de Rohan pria le Roi d'interposer son autorité. On fit venir le jeune homme à Versailles, mais la gravité royale ne put tenir contre l'éclat de sa douleur. Louis XIV était, et pour cause, très indulgent en matière de galanterie, et M™'' de Maintenou, que l'amour avait élevée jusqu'au trône de France, n'en voulait pas trop à une danseuse qui se bornait à être simple duchesse; le prince fondait en larmes à l'idée seule d'une séparation, ils pleu- rèrent avec lui et cette fois la pauvre Florence fut sauvée. Les rapports de M. d'Argenson lui furent d'un grand secours, parce qu'il assurait toujours que cette belle passion allait finir; mais il n'en fut pas bon prophète, comme on va le voir. 1. Massillon appartenait à la congrégation de l'Oratoire depuis 1681, et les membres de cet ordre célèbre étaient suspects à l'administration, qui leur reprochait d'être à la fois jansénistes et mondains; Massillon, quoiqu'il eut à cette époque 42 ans, passait alors pour un prédicateur fort galant, on lui faisait grand tort, un certificat de bonne vie et mœurs délivré par le chef de la police est une chose assez rare pour qu'on l'accueille avec respect, mais il n'en est pas moins vrai que pendant qu'il était simple régent de théologie, Massillon avait encouru les soupçons de ses supérieurs sur le chapitre des femmes, et qu'ils l'avaient déporté de la Provence à Meaux. Les chansonniers du temps furent moins indulgents que M. d'Argenson, et ils lâchèrent force quolibets à propos de la liaison du prédicateur avec la marquise. Ces bruits firent impression sur l'esprit du Roi, et Massillon dut attendre pour être évêque que le Régent le nommât au siège de Glermont, en 1717» CYRANO. 383 pas exciter parmi les domestiques de madame de l'Hôpital du murmure et du scandale dont les libertins triompheraient, au grand préjudice de la religion, que ce digne prédicateur a, non seulement prêchée, mais édifiée en tant de manières; ainsi quand il serait coupable, ce que je suis bien éloigné de présumer, je croirais qu'il y aurait beaucoup moins d'inconvénient à dissimuler sa faute qu'à l'approfondir, et qu'il n'importe pas moins à la tran- quillité publique et, par conséquent, à l'intérêt du Roi qu'à l'honneur et à la gloire de l'Eglise, de mépriser cette accusation qui ne saurait être punie trop sévèrement, si elle est calomnieuse, et dont il serait impossible d'établir la preuve, quand il y aurait quelque fondement, ce qui résiste également à la vraisemblance générale et à ma prévention particulière. (B. N.) LE COMMISSAIRE DELAMARRE A M. D ARGENSON. Le suisse de Notre-Dame a vu aujourd'hui dans l'église un de ces malheureux qui montrent leur nudité ; il l'a suivi jusque devant ma porte, et l'a fait entrer chez moi ; il se nomme Cyrano, il est neveu de Cyrano de Bergerac, connu par ses œuvres, âgé d'environ 50 ans, il a servi dans la gendarmerie, a quitté le service à la paix; il est garçon, ne fait rien, il dit qu'il a 400 liv. de rentes dont il se subsiste; il demeure dans l'enceinte de Saint-Étienne-des-Grés. Je l'ai envoyé chez Simonnet pour le garder jusqu'à ce que vous ayez agréable d'ordonner de son sort. Simonnet est venu ce soir me dire que dans la conversation ce malheureux est demeuré d'accord de sa turpitude, et qu'il sait bien que c'est pour cela qu'il est arrêté. 7 septembre i707. Apostille de M. d'Argemon. — Je vous prie de lui parler vous- même, et de savoir quel est son pays, et de me donner cet éclair- cissement à la suite de ce billet, afin que j'écrive ensuite à M. de Pontchartrain, 10 septembre 1707. J'ai parlé à cet homme, il avoue fort ingénuement sa faute ; il dit que cela lui est arrivé douze ou quinze fois depuis 6 ou 7 mois^ et toujours dans l'église Notre-Dame, que c'est le vin et l'eau-de- vie qui l'ont jeté dans ce désordre; il est natif de Paris, et sa famille en est originaire. Son père se nommait Cyrano de Man- nières, pour le distinguer de Cyrano de Bergerac, ils sont tous 381 CYIUNO. restant à leur bien ; son âge et son emploi sont dans mon billet précédent. Il dit qu'il a 400 liv. de rente dont il donnera l'effet, et qu'il en est bien payé ; il a pour parents à Paris M. iMorel, conseil- ler au Châtelet, et M. Delbois, avocat, rue Beaubourg. Ne serait-il point plus à propos de le mettre à Saint-Lazare ou à Charenton, plutôt qu'à l'hôpital, puisqu'il a de quoi y payer sa pension, peut- être même qu'en se concertant avec ses parents, se chargeraient-ils de recevoir ses rentes et de payer sa pension. Je lui ai demandé s'il n'avait point de camarade dans ce vice honteux, il m'a dit que non. Apostille de M. d'Argenson. —J'ai écrit à M. de Pontchartrain, et proposé Charenton. (B. A.) 12 septembre 1707. RAPPORT DE SIMONNET. 11 septembre 1707. P. de Cyrano allait fort souvent à Notre-Dame, et se mettait auprès de l'autel de la Vierge, s'approchait auprès des dames, et mettait sa main dans sa culotte, et faisait des mouvements déshon- nêtes, dont cela était odieux, les dames se récriaient contre lui. se mettait aussi autour des piliers et faisait la même chose. Il a été aussi à Sainte-Geneviève, où il a récidivé les mêmes infamies. Il y a preuve de tous les faits ci-dessus. Le 7 de ce mois il fut surpris par le suisse de Notre-Dame, conti- nuant ses infamies. Ce suisse l'arrêta et en donna avis à M. le com- missaire Delamarre. Apostille de M. d'Argenson. — J'ai écrit une fois à M. de Pont- chartrain, en conformité de ces mémoires; M. le commissaire Camuzet joindra ce mémoire à ceux de M. le commissaire Dela- marre. ' (B. A.) 14 septembre 1707. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 17 septembre 1707. Le Roi veut que vous fassiez mettre à la B. Cyrano, pour l'inter- roger à fond sur sa naissance et sur les désordres qui ont donné lieu à l'arrêter. Après quoi on verra ce qu'il conviendra faire de lui. (B. A.) LA PLNGUÉ. 385 MEMOIRE DE SIMONNET. La Pingre a déjà été enfermée à l'hôpital pendant 18 mois, au sujet de sa mauvaise conduite, et en est sortie il y a environs ans. Depuis un an elle vit en débauche avec Tisseron, cordonnier, natif de Bordeaux. Elle a donné du mal à son mari à différentes fois, il en a actuellement ; l'on prétend que c'est Tisseron qui en a donné à la Pingre, laquelle l'a communiqué à son mari. Elle a vendu en l'absence de son mari partie des effets de leur ménage. La Pingre a fait tout son possible pour ôler la vie à son mari en plusieurs sortes de manières, savoir par assassin comme prémédité, et du vif-argent qu'elle mit dans un tonneau où il y avait de la piquette, croyant que c'était du poison. Elle a dit à son mari que si elle entendait la moindre plainte de lui contre elle, il passerait mal son temps. Pingre a reçu un coup d'épée d'un garde du corps, Amelot d'Érancherey, qui a fréquenté la Pingre ; il y a une plainte faite à ce sujet chez M. le commissaire Beaumont. La Pingre a aussi vécu en débauche avec M. l'abbé Bideau, qui demeure présentement à Sainl-Magloire, et a été pendant 3 mois entiers à vivre avec l'abbé Bideau. Elle a voulu débaucher des enfants de famille, savoir MM. Sei- gneuray, qui demeurent présentement rue de la Chanvrerie; elle a proposé à ces MM. et à plusieurs autres qu'elle voudrait trouver le moyen de se défaire de son mari. Elle a aussi vécu en débauche avec des soldats aux gardes, entre autres avec Delamothe, qui est présentement aux galères. Elle a dit qu'elle avait été promener à Gentilly avec Tisseron, et Iquin, soldat des petits corps. Elle a dit qu'elle avait gagné dans des années près de 300 liv., mais qu'elle s'en avait diverti avec des MM., et qu'elle avait eu les violons. Elle a dit, en présence de Simonnet et Tisseron, qu'elle avait mis une épée derrière le chevet de son lit, mais qu'on lui avait pris. Les trois articles ci-dessus accolés sont de la connaissance de Simonnet. M. Pigou, avocat) rue Saint-Denis; M. Cadot, avocat, cul-de-sac, près des Pères de l'Oratoire ; MM. Seigneuray où Boisberton fils, banquiers, rue de la Chanvrerie: tous ces MM. assureront que la Pingre avait une mauvaise conduite. (B. A.) 25 586 LA PIN'GRÉ. M. d'argenson a pontchartrain. 9 noTembre 1707. Si jamais personne a mérité d'être renfermé à l'hôpital de l'ordre du Roi, c'est assurément la M. Leclerc, femme de Pingre, d"une famille très honnête parmi les bourgeois du faubourg Saint- Marcel : l'impiété, le blasphème, la prostitution et l'ivrognerie sont ses occupations les moins criminelles. Elle a vendu ses fils à des sodomites, et sa fille, qui n'est pas encore âgée de 13 ans, à tous ceux qui la lui demandent; elle a mêlé plusieurs fois du vif- argent dans la boisson de son mari, elle l'a fait battre et voler par les complices de ses débauches ; elle a eu l'insolence de le mena- cer elle-même de l'assassinat et de poison : laide, vieille et infectée des maladies les plus infâmes, elle a corrompu par des présents ou plutôt par des vols faits à son mari, plusieurs jeunes gens dont quelques-uns sont dans les remèdes ; les principaux d'entre eux se nomment Mazai, fils d'un épicier; Lafleur, soldat du régiment des gardes; Reully, Ranchin et Bidault, outre des garçons de caba- ret, des porteurs de chaise et des valets d'écurie qui veulent bien se donner à elle pour 30 sols et pour un écu. On impute encore à cette femme abominable plusieurs autres crimes qui mériteraient les châtiments les plus rigoureux ; cependant son mari n'a pu se résoudre à la déférer en justice, mais des personnes de piété lui ont fait connaître que, sans l'exposer à la vengeance de sa femme capable de le poignarder s'il se rendait son accusateur, le Roi pourrait bien la faire renfermer à l'hôpital, et je crois qu'il n'y a pas moins de charité que de justice à lui accorder cette grâce. IB. N.) pontchartrain a m. d'argenson. Novembre 1707. Je vous envoie un ordre pour faire mettre à la B. Tisseron et la Pingre, complice de ses friponneries. Vous jugez bien que c'est pour y être interrogés promptement et à fond sur ce dont on les accuse, aiin qu'après que vous m'aurez envoyé leurs interroga- toires, on voie à les envoyer à l'hôpital ; si alors vous en êtes d'avis, mandez-moi qui sont les soldats aux gardes qui les soutien- nent dans leurs friponneries, et comment cela se passe. (B. A.) FLORENCE. 3§7 SIMONNET A M. d'ARGENSON. 21 novembre 1707. Suivant les ordres du Roi que vous m'avez fait l'honneur de me charger samedi dernier, j'ai arrêté Tisseron et M. Leclerc, femme Pingre, que j'ai conduits à la B. (B. A.) M. d'ARGENSON A rONTCHARTRAIN» 12 décembre 1707. Florence a été arrêtée ce matin, dans la maison des Ternes, entre le Roule et le pont de Neuilly *, et l'on a pris ce temps-là parce que l'on savait bien que M. le prince de Léon était à Versailles, où je le fis suivre hier au soir pour m'en mieux assurer. On a saisi tous ses papiers, que je n'ai pu examiner encore. Elle a dit à l'officier qui l'a conduite où elle est, qu'elle n'était point mariée, qu'il y avait longtemps qu'elle prévoyait cette aventure, qu'elle serait trop heureuse d'être dans un couvent pour ne plus voir le monde, et qu'elle avait conjuré plus de cent fois M. le prince de Léon de consentir qu'elle s'y retirât. J'ai fait avertir M. le duc de Rohan de tout ce détail, et quand il lui plaira, nous examinerons ensemble les papiers de cette mal- heureuse personne, suivant l'ordre qu'il vous a plu de m'en don- ner. On y a remarqué un contrat de 1,000 écus de rente viagère, que M. le p. de Léon lui a assurés sur tous ses biens, et le portrait du fils qu'elle prétend avoir eu d'un grand prince, comme le bruit en a couru*. J'aurai l'honneur de vous informer de toute la suite de cette affaire. (B. N.) 1. Les Ternes étaient une fort jolie maison de campagne, située dans les allées du Roule. On a vu qu'au mois de décembre 1703 M. d'Argenson avait pronostiqué la fin des amours du prince de Léon et de Florence pour le retour du printemps, deux ans se passèrent et Florence était toujours aimée, et ce qui est plus grave, elle devint grosse. Une tante de ce jeune écervelé, M"^ de Soubise, crut nécessaire d'intervenir; c'était uue prude babile, qui avait toujours ménagé ses plaisirs avec la plus exacte décence, et avait par là fait la fortune de sa maison, elle ne pouvait souifrir que son neveu se fit un jeu de braver ainsi les convenances de ce monde. Elle alla droit au Roi, qui promit de faire mettre Florence à la Bastille. Le duc de Rohan s'engageait à payer les frais de capture et la pension dans le château, et même à faire 5,000 livres de pension à la demoiselle. 2. M. d'Argenson savait tout cela mieux que personne, lui qui avait eu dans le temps la précaution de faire trouver aux environs de la maison où le duc d'Orléans s'ébau- dissait avec la Florence une compagnie du guet pour les garder de tout accident. 388 FLORENCE. 14 décembre 1707. J'ai ouvert la cassette de Florence, et je n'y ai trouvé que 2 ou 3 lettres de M. le prince de Léon, le contrat qui lui assure une pension viagère de 3,000 livres, et le portrait que vous m'ordonnez de vous envoyer; cette ouverture a été faite en sa présence, et non seulement je lui ai fait signer mon procès-verbal, mais j'ai cru qu'il était à propos qu'elle paraphât chacune des pièces pour plus de régularité. Elle assure très précisément qu'elle n'est point mariée et que le prince de Léon ne lui a donné ni promesse de mariage, ni engagement dont sa famille doive être alarmée en aucune manière, et je pense qu'elle dit vrai. Si M. le prince de Léon était aussi raisonnable qu'elle, cette affaire serait bientôt ter- minée, à la satisfaction de M. le duc et de madame la duchesse de Rohan, m.ais il est d'un emportement qui a fait craindre, avec rai- son, qu'il ne se portât aux dernières extrémités*, s'il lui était libre de suivre sa passion et son caprice; ainsi l'on ne peut prendre trop de précautions pour lui ôter les occasions de se perdre, et il n'y a pas moins de charité que de justice à secourir sa raison qui s'égare de plus en plus. Il laisse entendre qu'il pourrait bien être marié pour autoriser les résolutions outrées qu'il semble avoir prises, quoiqu'il ne le soit pas assurément, et que Florence offre de faire sur ce sujet telle déclaration que M. le duc et madame la duchesse de Rohan désireront. Elle est grosse de 3 mois, et je ne l'ai pas trouvée aussi changée qu'on me l'avait dit. Sa taille se soutient toujours, son teint est un peu grossi par le rouge, mais ses yeux ont conservé toute leur vivacité. Elle a la bouche agréable, les dents blanches et bien rangées, la gorge fort belle, et un assez grand air de beauté, qu'elle orne de beaucoup de mines. M. le prince de Léon voudrait absolument qu'on lui rendît sa maîtresse, et sans ce préliminaire, il ne veut écouter aucune pro- position d'accommodement. Mais Florence, qui est plus dans ses intérêts que lui-même, veut qu'il commence par contenter M. le duc et madame la duchesse de Rohan par un mariage, et lui demande comme une grâce celte dernière marque de considération et de sa tendresse. J'ai donné ordre qu'on eût un soin particulier de sa nourriture et de sa santé, qu'on ne la laissât manquer ni 1. Le prince était entré dans une fureur épouvantable après avoir su l'emprisonne- ment de sa maîtresse, et il refusa de voir son père et sa mère , et surtout M™* de Soubise, sa tante. FLORENCE. 3S0 d'excellent vin ni du meilleur chocolat, qu'elle aime beaucoup, et si M. le prince de Léon n'était pas plus malade qu'elle, je répon- drais de sa guérison. Ce qui embarrasse le plus dans celte affaire, c'est la difficulté de trouver un couvent impénétrable à ses inquié- tudes, et que son amour lui permît de respecter. Florence convient qu'il est de la dernière importance d'empêcher qu'il ne devine le lieu où elle est ni celui où elle sera. C'est donc à ce choix que M. le duc et madame la duchesse de Rohan doivent donner leurs princi- pales réflexions, puisque la raison et l'établissement de M. le p. de Léon paraissent en dépendre. Vous serez exactement informé de tous ses mouvements et de tous ses discours. Je vous rendrai aussi un compte exact de ce que dira Florence, suivant l'ordre que vous m'en donnez. ^B. N.) PONTGHAllTRAIN A M. D ARGENSON. 21 décembre 1707. Le Roi persiste à vouloir que Florence soit mise dans un cou- vent sûr, ne soit ni Sainte-Pélagie, ni le Refuge, ni la Madelaine; il faut en chercher un de concert avec M. le cardinal de Noailles et M. le duc de Rohan ; continuez à m'informer de ce qui se passera à l'égard de cette fille. (A. N.) M. d'argenson a pontciiartrain. 24 décembre 1707. J'ai fait part à M. le duc et madame la duchesse de Rohan, sui- vant vos ordres, de ce qu'il a plu au Roi de décider touchant la détention de Florence, et ils en doivent parler h M. le comte de Noailles pour concerter avec lui le choix d'un couvent qui soit sûr et qu'on puisse croire impénétrable aux inquiétudes de M. le prince de Léon. Je l'ai trouvé ce matin parfaitement instruit de toutes les circonstances de cette décision, mais il me semble que sa raison ne revient point, et l'on dirait, à l'entendre, qu'il ne connaît plus d'autre gloire ni d'autre intérêt que ceux de Florence. 31 décembre 1707. Florence a été conduite ce soir à la B*, suivant les intentions du 1. La pauvre fille avait été confiée d'abord à la femme d'un exempt de la police, mais on craignait que le prince de Léon ne trouvât moyen de pénétrer dans sa retraite, et on jugea expédient de mettre Florence à la Bastille. 390 FLORENCE. Roi, el a soutenu cette épreuve avec assez de fermeté; j'avais ordonné qu'on fît hier la feinte pour voir si l'on ne ferait aucune tentative pour s'opposera cet ordre, mais personne ne parut, et il ne s'agit maintenant que de tempérer l'ennui de sa prison, par rapport à l'état où elle se trouve, et aux sentiments qu'elle a témoignés ; j'ai mis auprès d'elle la femme de l'exempt qui la gar- dait, parce qu'elle a témoigné le désirer, et qu'elle a pris en elle une confiance qui pourra n'être pas inutile, mais je pense qu'il est absolument nécessaire de la soulager par le service d'une servante qui ne coûtera tout au plus qu'une pistole par mois, outre sa nour- riture. M. le gouverneur a cependant désiré avec beaucoup de rai- son que vous voulussiez bien lui en donner l'ordre, et je lui ai promis que je prendrais la liberté devons le demander. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. 4 janvier 1708. M. de Saint-Mars traitera sans doute Florence avec douceur et honnêteté; M. le duc de Rohan, qui a offert de lui fournir toutes les choses nécessaires, peut ajouter à cela tout ce qu'il voudra el qu'il a dit au Roi, soit en meubles ou en rafraîchissements plus exquis que la bonne nourriture ordinaire qui lui sera donnée à la B.; ainsi elle n'aura pas lieu de s'y ennuyer, elle ne peut avoir qu'une personne avec elle, c'est pourquoi elle doit choisir ou de la femme de l'exempt, ou de la fille que M. de Saint-Mars a ordre de lui donner. Il l'a logée dans une tour où est la dame de Montroyal, où il se propose aussi de leur laisser un commerce libre ensemble. Voilà tout ce qui se peut faire de mieux pour elle, car il n'y a pas apparence que dans l'état de grossesse où elle est, elle eût curiosité de voir bien du monde du dehors. A l'égard de Clément', je crois qu'il est inutile de le prier de ne se point charger des lettres du prince de Léon pour elle. Sa sagesse et sa bonne conduite nous mettent hors de tout soupçon sur ce sujet; il est bon que vous lui parliez sur cela fortement. ;(B. A.) 1. Julien Clément j natif d'Arles, chirurgien accoucheur. Le Roi l'avait annobli, à condition qu'il exercerait toujours. Mort en 1729, âgé de 80 ans. FLORENCE. 391 LA FLORENCE A M. D'ARGENSON. 7 mars 1708. Monsieur veut bien, par sa bonté, me permettre de lui dire que je ne me suis point attiré de lui d'être privée de son souvenir. La seule consolation de la pauvre prisonnière est d'attendre le samedi comme le messie, pour le seul plaisir de vous voir; mais ne sachant plus le moment, monsieur me permettra de lui demander son avis sur ce que je veux faire, qui est d'avoir entièrement tout ce qui consiste de mes bardes de femme, tant en linge qu'en babits; en un mot tout, hors mes meubles, que j'espère bien qu'on ne me refusera pas, quand il sera temps de les demander. Je vous prie de vouloir bien n'être pas contre mes sentiments, comme de vouloir bien aussi ne pas abandonner si longtemps cette pauvre prison- nière, qui met toutes ses espérances présentes et à venir entre vos mains. De grâce, que je finisse ce commerce continuel dedans la maison de cette rue Sainte-Claude, qui empêche, à ce qui me paraît, les aimables idées, lesquelles, je crois, que l'on est rempli, et qui me tiennent encore aujourd'hui si parfaitement prisonnière. Si j'ose mettre ici ce que je pense, c'est qu'en vérité je suis lasse de ce petit paon-là. Si vous n'avez pas pitié de moi, je mourrai d'im- patience. C'est sur vous sur qui je compte; pardonnez-moi tant de liberté, et permettez-moi de vous dire de vous en prendre à vos airs de bonté, auxquels vous m'avez accoutumée ; au nom de Dieu, continuez-les-moi ; mais je n'en serai point certaine lorsque vous me priverez si longtemps de l'honneur de votre présence. Apostille de M. d'Argenson — Rien à répondre, mais je lui par- lerai samedi prochain. (B. A.) l'exempt BAZIN A M, D'ARGENSON. 23 juin 1708. Vous voulez bien me permettre de vous informer d'un petit acci- dent qui nous est arrivé, le jour que mon épouse est sortie de la B.; nous avons oublié dans le carrosse qui nous a conduit chez moi, un paquet de linge sale appartenant à M'"' Florence, dans lequel sont sept chemises, des chauffoirs, camisoles et autre linge appartenant à son usage. J'en ai fait la demande au cocher, qui m'a dit qu'en entrant, il avait trouvé le guet, qui l'avait obligé à 392 FLORENCE. ramener les gens d'une noce à la Montagne-Sainte-Geneviève, et qu'il n'a point vu le paquet. Comme il ne serait pas impossible que le cocher en voulût faire son profit, je l'ai mandé en votre hôtel, où j'espère que vous aurez la bonté de l'intimider, aussi bien que sa maîtresse, qui doit être responsable de ses cochers. Cela est d'autant plus fâcheux que la demoiselle Florence n'en a pas plus qu'il ne lui en faut pour le moment. Si, en faisant assigner la maîtresse, cela pouvait produire quelque effet, je le ferais volon- tiers. J'attends l'honneur de vos ordres. Apostille de M. d'Argenson. — Rien à répondre par écrit, mais verbalement, et joindre aux autres papiers qui concernent cette affaire. (B. A.) CLÉMENT L'ACCOUCHEDR A M. D'ARGENSON. La personne que vous savez est accouchée d'une fille; l'une et l'autre se portent bien ; il serait nécessaire que j'eusse l'honneur de vous voir pour recevoir vos ordres; ayez la bonté de m'en faire dire l'heure pour aujourd'hui, je me rendrai h votre hôtel. Mercredi, 27 juio 1708. 7 août 1708. J'ai lu votre présente réponse; je vous suis bien obligé de toutes vos bontés et de toutes vos attentions. Je vous prie de me faire l'honneur de me les continuer. M"® Florence m.e dit hier que vous lui aviez fait espérer qu'elle Eorlirnit de chez moi jeudi prochain, ce qui me paraît ne pouvoir se faire pour deux raisons : la première de nécessité par rapport à l'ordre que ces paroles suivantes que j'ai eu l'honneur de vous montrer, portent : gardez-la chez vous jusqu'à ce que vous ayez de mes nouvelles; l'autre raison est de bienséance, c'est le payement qui devrait être fait, et qu'il me serait désagréable de vous aller fatiguer pour me le faire faire. Cette demoiselle m'a ajouté que vous lui aviez dit qu'il me serait donné 500 livres et 200 livres pour la garde; vous savez que je vous ai demandé 30 louis d'or et un écu par jour pour la garde. Il me paraît que cette demande n'a rien que de raisonnable; je suis si peu accoutumé d'en faire pour pa- reilles choses, que j'ai eu de la peine à vous faire celle-ci, comme je l'ai encore; ayez la bonté de me faire savoir si vous trouvez bon que j'écrive à la cour pour recevoir mon ordre, et si vous aurez FLORENCE. 393 celle de me faire donner ledit payement avant que cette demoiselle sorte de chez moi. Pardon de toutes mes importnnités; j'espère que vous les ferez finir au plus tôt, par l'amitié dont vous m'honorez. Paris, 7 août 1708. Apostille de M. d'Argenson. — Celte lettre est de M. Clément; à joindre aux autres papiers qui concernent cette affaire. La demoi- selle Florence ne sortira pas sans un nouvel ordre du Roi. Au sur- plus, je parlerai à M. le duc deRohan, suivant les intentions de S. M. (B. A.) 7 août 1708. PONTCnARTRATN A M. L'ARGENSON. 8 août 1708. J'écris à Clément de laisser Florence entièrement libre. Je mande en même tem.ps à M. le duc de Rohan, que l'intention du Roi est qu'il paye Clément, et les autres frais qui ont été faits pour celte personne, et S. M. m'ordonne de vous écrire d'y avoir atten- tion, en sorte qu'il n'en soit plus parlé, et mandez-moi ce que vous ferez. Apostille de M. d'Argenson. — Elle est libre; j'attendrai le re- tour de M. le duc de Rohan pour lui parler de tous les frais qui montent à une somme plus considérable qu'il ne s'y attendait. (B. A.) M. D'ARGENSON A PONTCHARTRAIN. 12 août 1708. J'ai différé de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'hon- neur de m'écrire touchant la sortie de la demoiselle Florence, parce que je voulais vous pouvoir rendre compte de ce que m'au- rait dit M. le duc de Rohan, à qui vous m'aviez ordonné de parler sur ce sujet ; mais ayant été cinq ou six fois à sa porte sans le pou- voir joindre, parce qu'il est presque toujours dans sa maison de Bercy, où il n'est pas aisé de le voir ; je crois que sans attendre da- vantage, il est juste de débarrasser le sieur Clément de cette de- moiselle, ou pour mieux dire de les débarasser l'un et l'autre. Elle se propose de se retirer dans un couvent et de chercher dans une oisiveté tranquille et régulière, plus de repos qu'elle n'en a trouvé jusqu'à présent, dans un genre de vie où régnaient l'agitation et le 394 FLORENCE. désordre ; mais en attendant, elle logera dans la maison où sont encore tous ses meubles, et que le mariage de M. le prince de Léon a rendue vide i ; je pense que, dans ces circonstances, on peut sans aucun inconvénient lui rendre une entière liberté, et qu'il y a tout lieu d'espérer qu'elle n'en abusera pas sitôt. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. 21 août 1708. M. le duc de Roban ^ se rend toujours difficile sur le payement de ce qui est dû pour Florence; ainsi que vous le verrez par la dernière lettre qu'il m'a écrite, et dont je vous envoie copie ; je lui mande iort sérieusement que le Roi n'entend pas l'obliger de nour- rir l'enfant, mais que pour ce qui est dû à la femme qui l'a sevré et à Clément, et pour la dépense de ses couches, et pour la nourri- ture de l'enfant jusqu'à présent, S. M. veut absolument qu'il le paye ; ainsi, tenez-y la main. Apostille de M. d'Argenson — M. de Roban a presque toujours été à la campagne; je tâcherai de le joindre lundi; sa lettre fait con- naître qu'il est dans la disposition de payer la dépense faite par rapport à la femme, qui était avec la Florence à la B. Je crois qu'il ne fera aucune difficulté pour les frais de capture, et il n'y aura que les frais de couche et de nourriture d'enfant sur lesquels il se rend difficile. M. le prince de Léon a payé le premier mois de nourrice, et il a promis de continuer. (B. A.) LE DUC DE ROUAN 3 A PONTCHARTRAIN. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, qui m'a, je vous avoue, bien étonné. Il y a longtemps que j'ai envoyé chez M. d'Argenson pour savoir ce qu'il fallait pour la femme qui a été avec Florence à la B. ; car, comme c'est lui qui me l'a don- 1. Le prince de Léon s'était bien vite consolé de la perte de Florence, et comme il ne faisait jamais rien comme les autres, il s'avisa d'enlever, malgré les deux familles, M"" de Roquelaure, dans le couvent de Montmartre^ et l'épousa secrètement. 2. Le duc de Rohan était fort avare et laissait mourir de faim sa femme et ses enfants, quoiqu'il fût riche de 50,000 écus de rente. 3. Louis de Rohan Chabot, duc de Roban, prince de Léon, comte de Porrhoet, mort en 1727, âgé de 75 ans. Sa femme, Marie-Elisabeth de Bec, était fille du marquis de Vardes. FLORENCE. 395 née pour la mettre auprès d'elle, j'ai toujours prétendu la payer, comme nous avons fait tous les mois, toutes les dépenses de Flo- rence, pendant sa prison, sur les mémoires de M. de Bernaviile; mais comme elle est sortie sans que j'en aie rien su, et que je ne m'ensuis pas informé, je ne sais pas ce qu'elle est devenue; il y a apparence qu'elle est en bonne condition; elle a eu plusieurs en- fants dont je ne me suis jamais mêlé ; ainsi, je ne me mêlerai pas de celui-ci davantage ; c'est à ceux qui les font à les nourrir s'ils veulent ou à les mettre aux Enfants trouvés. Le Roi est trop juste pour obliger un homme comme moi, de nourrir et d'entretenir des enfants qui ne sont pas à lui. Si c'est pour soulager le prince de Léon que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le Roi lui- même m'a dit qu'il le fallait avoir; je lui ai pourtant donné tout ce que j'ai pu et ne lui en donnerai pas davantage ; j'ai assez de mes propres enfants à qui il faut que je songe présentement, et qui me dépensent beaucoup, et je n'ai jamais vu qu'on obligeât un père de nourrir les bâtards' de son fils; les autres enfants sont fort soi- gneux de le cacher à leur famille ; je suis sûr que si pareille chose vous était arrivée, vous le cacheriez avec grand soin à M. le chan- celier, et vous n'auriez pas recours au Roi pour lui faire nourrir vos bâtards; cela serait de très mauvais exemple pour tous les enfants de famille, et le Roi est trop plein de piété pour vouloir autoriser un pareil scandale, et la perte de toutes les maisons du royaume'. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 30 août nos. Après toutes les lettres que j'ai écrites à M. le duc de Rohan, il n'y a pas lieu de douter qu'il ne satisfasse promptement aux dé- penses qui ont été faites pour Florence, c'est de quoi le Roi veut que vous le pressiez vivement. A l'égard de cette fille, S. M. sera bien aise que vous preniez des mesures pour vous faire rendre compte de sa conduite. (B. A.) M. D'ARGENSON A PONTCHARTRAIN. 1" septembre 1708. M. le duc de Rohan m'a fait demander un état que je lui enverrai 1. Assurément cette lettre n'est pas écrite par un père bien tendre, mais on ne peut s'empêcher d'en admirer la brutalité pratique et le bon sens. 39tj FLORENCE. incessamment ; il est encore incommodé, et l'on a été obligé de lui faire une opération; il sort cependant quelquefois, mais il retourne coucher presque tous les jours à sa maison de Bercy. Florence est dans la sienne, voit fort peu de monde, et il ne m'est rien revenu qui puisse exciter contre elle le moindre soupçon ; elle dit toujours qu'elle veut se retirer dans un couvent; mais le choix n'en est pas encore fait *. PONTGHARTRAIN A M. D'aRGENSON. 3 septembre 1708. Plus M. le duc de Rohan se rend difQcile pour le payement des dépenses de Florence dont il est tenu, plus le Roi veut absolument qu'il les paye. Je ne crois pas, après ce que je lui en écris aujour- d'hui, qu'il en fasse encore difficulté. S. M. souhaite que vous y teniez la main et que vous me mandiez ce qui se passera sur ce sujet, et le Roi veut que vous le voyiez, soit à Bercy, soit à Paris. Apostille de M. d'Argenson. — Répondre suivant la réponse de M. de Roban à qui j'écrirai encore en lui renvoyant les derniers mémoires. H septembre 170S. Vous dites que M. le duc de Rohan ne sort point, à cause d'une opération qui lui a été faite, et cependant il e.st venu ici en ce temps-là, mandez-moi quelle était sa maladie, et au surplus tenez la main à ce qu'on finisse promptement l'affaire de Florence ; S. M. souhaite aussi que vous me mandiez de temps en temps des nou- velles de cette fille. 1. État des dépenses faites pour M. le duc de Rohan à l'occasion de laD^'e Florence : 1° A Rivière, pour les dépenses et déboursés faits pour la capture de la D"e Florence, 92.5 liv., sur quoi il a reçu 500 liv., reste dû 425 liv. Plus, au même, pour ses peines et par forme de gratificatiou 100 » A M. le major de la Bastille, suivant ses mémoires, pour dépenses extra- ordinaires dans lesquelles le Roi ne veut point entrer 88 » Pour la DUe Bazin, qui a été a la B. auprès de la D"e Florence pen- dant 165 jours 4no » A M. Clément, accoucheur, tant pour lui que pour la garde 800 » 1,813 liv. Plus 500 » 2,313 liv. Nous donnons ce mémoire de frais, parce qu'il nous a paru curieux de comparer ce qu'un enfant coûtait alors pour veuir au monde, avec les dépenses qu'entraînent au- jourd'hui les accouchements. FLORENCE, 397 Apostille de M. d'Argeiison, — II se porte mieux, il a satisfait a tout, à la réserve de Clément, il prétend toujours que cette dépense ne doit pas être sur son compte. Florence continue de se bien conduire, mais elle est fort mal en argent comptant. 17 septerr.bre 1708. Clément continue de demander le payement de ce qui lui est dû pour Florence, et moi je continue de même de vous dire qu'il faut que M. le duc de Rohan paye cette dépense, et que vous y teniez la main, je suis étonné de n'avoir point de vos nouvelles sur cela. Apostille de M. d'Argenson. — Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai eu l'honneur de lui répondre. 23 septembre 1108. 25 septembre 1708. Le Roi m'ordonne de parler à la demoiselle Florence, je vous prie de lui faire dire de se trouver chez moi, à Paris, quand j'irai, je ne sais quand ce sera, à moins qu'elle ne voulût venir ici ven- dredi matin, ce serait le plus court et le plus sûr. Apostille de M. d'Argenson. — Elle n'a pu aller h Versailles faute d'argent, lorsqu'il sera à Paris, elle aura l'honneur de se rendre dans son anti-chambre. 1" octobre 1708. Quand les inquiétudes de M. le duc de Rohan, sur la maladie de monsieur son fils seront passées, il faut qu'il finisse ce qui regarde la dépense faite pour l'accouchement de Florence ainsi que je vous l'ai déjà dit plusieurs fois, et je vous prie de me mander ce qui se sera fait. La demoiselle Florence n'est point venue me parler, comme je vous l'avais mandé, et vous ne m'avez point fait de réponse à ma lettre sur cet article. Apostille de M. d'Argenson. — Je lui en parlerai incessamment. 9 octobre 1708. Je ne compte point d'aller sitôt à Paris, ainsi il faut que made- moiselle Florence vienne à Versailles lorsque le Roi y sera de re- tour de Marly, parce qu'il faut que je lui parle. Le Roi veut savoir si enfin M. le duc de Rohan a payé Clément, et ce qui s'est passé sur cela. Apostille de M, d'Argenson. — Elle m'a fait dire encore qu'elle 398 FLORENCE. prendrait la liberté de vous écrire, et qu'elle se rendrait à vos ordres la première fois qu'elle vous saurait à Paris. (B. A.) M. d'argenson a pontchartrain. J'ai eu l'honneur de vous rendre compte, et de vous informer des dispositions où se trouve M, le duc de Rohan, touchant le paye- ment de M. Clément et je n'ai rien à ajouter, n'ayant pu voir M. le duc de Rohan depuis la conversation dont je vous ai rendu compte, parce qu'il est parti pour Moret; j'envoie pour savoir s'il est parti. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. S. M. sera bien aise de savoir comment les choses se passent depuis la convalescence de M. le prince de Léon, si la récon- ciliation de madame de Roquelaure, de M. et de madame de Rohan avec M. le prince de Léon et madame sa femme subsiste, si l'amitié y paraît revenue, s'ils se voient souvent, en un mot tout ce qui se passe entre eux à cet égard, mais il faut observer de ne point dire que le Roi le veuille savoir*. (B. A.) M. d'argenson a PONTCHARTRAIN. Monsieur et madame la duchesse ont vu monsieur leur fils, presque tous les jours, même la veille de leur départ. Madame de Roquelaure les a visités aussi plusieurs fois, mais je ne crois pas que M. le duc de Rohan, madame la duchesse, ni madame de Ro- quelaure aient encore permis à M. de Léon et à madame sa femme de leur rendre visite. (B. A.) 1. Une fois débarrassé de Florence, le duc de Rohan ne se souciait plus de remplir les engagements qu'il avait contractés avec son fils; un des principaux était de lui faire une pension dès qu'il se serait marié. Le prince de Léon trouva une fille de M™'= de Roquelaure, laide, bossue et montée en graine, et qui se croyant pour toujours vouée au célibat, était de bonne volonté; le duc tardant à faire le contrat de rente, le prince tira la demoiselle de son couvent, où il la renvoya après le mariage fait et consommé. Mais ils n'en furent pas mieux pour cela, M""^ de Roquelaure avait cloitré sa fille afin d'économiser une dot, elle refusa de financer pour une impertinente qui s'était mariée sans consulter sa mère; et comme il fallait bien venger la majesté pater- nelle outragée, le duc de Rohan ne leur donna pas un sou; ils passèrent leur vie dans la misère. FLORENCE. 399 PONTCIIARTRAIN A M. d'aRGENSON. Octobre 1708. J'ai vu la demoiselle Florence qui est si disposée à se retirer dans un couvent qu'elle-même m"a prié d'expédier un ordre pour l'y faire recevoir ; elle souhaiterait que ce fût dans celui de la Ro- quette. Voyez, s'il vous plaît, à en chercher un où on veuille bien la recevoir, auquel cas il ne faudrait point d'ordre, ce qui serait le mieux en tout genre; elle m'a dit que le prince de Léon, qui, comme vous savez avait promis de payer la pension de l'enfant qu'ils ont eu ensemble, ne la paye cependant point, qu'il en fait de même de la pension de 3,000 liv. qu'il lui a établie par un con- trat, et qu'elle est dans la résolution de le poursuivre en justice pour cela. Je crois que vous ferez plaisir au prince de Léon, et charité à Florence de vous entremettre de les accommoder sur cela, et de tâcher de leur épargner un procès aussi désagréable. (B. A.) M. d'argenson a pontchartrain. Paris, 5 novembre 1708. 11 est comme impossible que je puisse procurer à la demoiselle Florence l'entrée d'un couvent, puisque M. le cardinal de Noailles peut seul dispenser des règles qu'il a établies sur ce sujet ; vous savez même qu'il désire qu'on concerte toujours avec lui le choix des monastères, où le Roi juge quelquefois à propos de faire ren- fermer certaines personnes qui pourraient abuser de leur liberté ; et qu'en ces occasions vous avez souvent pris la peine de lui en écrire , ainsi mon entremise ne serait d'aucun usage à la demoi- selle Florence et ne pourrait que lui attirer de nouvelles difficultés. Elle m'a cependant fait entendre qu'on était dans la disposition de la recevoir à la Roquette dès qu'il y vaquerait une place *, et que ce serait apparemment dans fort peu de temps. Pour ce qui est de sa pension et de la nourriture de son enfant, j'en ai parlé suivant vos ordres à M. le prince de Léon qui m'a expressément assuré qu'il satisferait exactement à ces deux obli- gations, j'ai même su que depuis, les mois de l'enfant ont été payés, et il compte de payer la première demi-année de la pen- 1. G'est-à-dire qu'en payant pension Florence serait logée et nourrie par les Hospi- talières dont le couvent était à la Roquette. 400 LENOIR. sion sur le premier argent qu'il recevra de monsieur son père ; ainsi j'ose vous assurer que cette affaire ne sera pas portée en jus- lice. Apostille de Ponlchartrain. — Bon, tenir la main. (B. N.) LENOIR*; LEBRUN^. Jansénisme. D'ARGENSON au cardinal le KOAILLES. 15 octobre 1707. De Sainte-Claude n'est pas à Port-Royal, comme V. Ém. l'aura su par la réponse de M. Paulet, mais j'apprends qu'il n'a point paru à Paris chez monsieur son frère, ni môme en deux autres maisons qu'il fréquentait ordinairement ; je continuerai cepen- dant d'y faire observer, et je renverrai un exprès à Port-Royal dans quatre ou cinq jours, il serait fort important de s'assurer des pa- piers de l'abbaye, mais outre que je doute qu'on en trouve dans les chambres de Sainte-Claude, qui parait s'être précautionné sur des choses moins considérables, on ne peut être trop exact à remplir les formalités prescrites quand on a afî'aire à des personnes qui savent si bien tirer avantage des moindres fautes que l'on commet à leur égard. Je parlerai fortement sur ce s"jet à Sainte- Claude si on peut le joindre, et V. Ém. sera aussitôt informée de ce que j'en aurai pu tirer. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNA VILLE. Marly, 9 septembre 1710. Puisque Lenoir n'est point malade et même qu'il ne désire pas de voir sa parente, il faut le faire savoir à cette parente, lorsqu'elle se présentera, afin qu'elle ne vienne plus faire cette demande; mais il faudrait tâcher de disposer cet homme à écouter l'instruction 1. Ordres d'entrée du 16 novembre 1707;, et de sortie du 19 novembre 1715. 2, do 18 do d" — 1716. Ordres contre-sisués LEBRUN. 401 sur ses erreurs, et pour cet effet lui faire voir le P. Riglet, ou en cas qu'il ait de la répugnance, le prêtre de Saint-Paul, dont vous vous serviez, il n'y aurait pas même de mal que vous en parlassiez à M. le cardinal de Noailles ; en cas que vous trouviez en cet homme quelque disposition à vouloir s'instruire; mandez-moi ce que vous ferez. (B. A.) PONGHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 18 janvier 1713, S. M. a appris avec plaisir !a satisfaction que l'on a à Saint- Lazare de la bonne conduite de M. Lebrun Desmarettes, et j'écris aujourd'hui à M. l'évêque d'Orléans pour savoir s'il est vrai qu'il veuille le recevoir à présent dans son diocèse. 1" février 1713. M. l'évêque d'Orléans m'ayant écrit qu'il consentait volontiers à recevoir M. Lebrun Desmarettes, le Roi veut bien lui permettre de se retirer à Orléans, et je vous envoie l'ordre pour sa sortie de Saint-Lazare, mais vous lui ferez entendre que le Roi ne lui accorde sa liberté que pour 3 mois et qu'elle ne sera continuée qu'autant qu'il en aura su faire un bon usage, et qu'il aura l'approbation de son évoque. (A. N.) RAPPORT DE 1715. Claude Lenoir de Saint-Claude. Le motif de sa détention était connu du Roi, et M. de Ponchar- train en est parfaitement informé, ses papiers ont été examinés dès les premiers temps de sa détention, el quoique l'affaire de Port-Royal-des-Champs soit terminée depuis, ses dispositions per- sonnelles n'ont pas permis de le rendre libre; on lui donna d'abord des livres et il s'amusa à apprendre l'anglais qu'Arnold, qui depuis est sorti de la B., prenait soin de lui enseigner. Sa santé a toujours été assez bonne, quoique son régime de vie soit fort austère, et sa docilité ne s'est jamais démentie, mais il ^ continue d'être fort entêté de ses sentiments et fort indocile aux décisions de l'Eglise. Il n'a pas voulu voir le P. Riglet, quoique les décisions qui sui- vaient mon étal de 1710 me recommandassent de l'y exhorter. Tout ce qu'on a pu obtenir de lui dans la suite, c'est qu'il verrait 26 402 LENOIR. le P. de la Baume, mais ils se sont séparés sans se persuader et par conséquent sans rien conclure. La décision de M. de Pontcharlrain sur l'état de 171 1 fut qu'il n'y avait rien à faire à son égard quant à présent. Ainsi le P. de la Beaume n'ayant pu obtenir qu'il se soumît aux décisions de l'Église, ni même qu'il voulût entrer davantage en conversation avec ce jésoite sur les points de doctrine. En 171H je me trouvai obligé de dire qu'il n'y avait aucun changement dans les dispositions de ce prisonnier qui disait toujours qu'il était un pauvre laïque qui n'entendait point ces matières-là et changeait aussitôt de discours. L'année dernière je le trouvai dans les mêmes persuasions, ce qui m'obligea d'être toujours du même avis à son égard. (B. N.) PERRAULT A M. DE MARVILLE, LIEUTENANT DE POLICE. 2 janvier 1743. J'ai l'honneur de vous rendre compte que Lenoir, jadis avocat, surnommé Sainte-Claude, et connu sous ce nom-là seul, dans la paroisse de Sainl-Étienne du Mont, sur laquelle il demeurait, rue Bordet, est décédé chez lui, la nuit du 29 au 30 décembre, dans une maison nommée anciennement l'hôtel de Saint-Paul; j'ai aussi- tôt été informé de sa mort et je me suis transporté chez lui où j'ai trouvé un grand concours de monde, j'en ai vu plusieurs dont les uns emportaient des morceaux de sa paillasse, de son bois de lit, de ses vêtements, même de ses cheveux et autres choses qui avaient servi ou touché sa personne, le nommé — principal du collège de — a emporté le bâton dont le défunt s'était servi pour marcher. La presse était si grande que dans la montée ou dans sa chambre il s'y est perdu des montres, des mouchoirs et autres choses qui ont été volées. Son cadavre a resté jusqu'au lundi matin sans être enterré, et a été exposé tout à découvert et les yeux ouverts, à la vénération du peuple, jusqu'au moment de l'enterre- ment qu'il a été enseveli et mis dans la bière, Cet enterrement a été fait par le curé qui était son confesseur et par son clergé, le cortège était des plus nombreux, il y avait même des gens à équi- page, le chant pendant la marche et pendant la grand'messe a été plus lugubre qu'à l'ordinaire. On l'a ensuite inhumé dans le petit cimetière où tout le monde s'est porté en foule. Je les ai vus, et COMTE DE TONiNERRE. 403 même des chevaliers de Sainl-Louis, faire leurs prières en grande dévotion, et les continuer longtemps après l'inhumation, et j'en ai vu qui emportaient jusqu'à de la terre de son tombeau. Le bedeau et le suisse ont été contraints de les mettre dehors de force. Il a resté 6 années à Port-Royal et il fut arrêté et conduit à la B. où il a resté 14 années, d'où il en est sorti aveugle. janvier 1743. J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'en conséquence de vos ordres qui m'ont été donnés par M. Duval, votre secrétaire, pour savoir ce qui s'est passé depuis l'enterrement du sieur Lenoir, dit Sainte-Claude, je me suis porté sur les lieux, où Ton m'a dit qu'at- tendu que ce petit cimetière où il est inhumé est toujours fermé, il n'y entre personne, mais qu'ayant été inhumé la tête du côté du chœur de l'église, et les pieds vers l'autre extrémité opposée, M. le curé, après l'inhumation faite, l'a fait changer d'attitude et l'a fait mettre les pieds du côté de l'église ; qu'il a en conséquence en face . Comme l'endroit où il est, est une fosse qui n'est pas encore pleine, peut-être que M. le curé l'a fait mettre ainsi pour le mieux distin- guer des autres qui sont tous comme était le sieur Lenoir; il court un certain bruit sourd dont je n'ai pu apprendre autre chose, si ce n'est qu'il a fait un miracle, mais on ne détaille rien. (B. A.) Comte DE TONNERRE». Meurtre. PONTCHARTRAIN A M. DE SAlNT-M4^RS. Versailles, 27 novembre 1707. Le Roi' a ordonné que M. le comte de Clermont ^ sera mis à la B. , où il doit rester pendant un an ; je vous en donne avis, afin que vous puissiez lui donner un logement qui lui convienne, qui sera meublé par madame de Tonnerre, sa mère, et au surplus souffrir 1. Ordre d'entrée du 27 novembre 1707. Contre-signe Poatchartrain. Saint Simon dit que M. de Tonnerre était une manière d'hébété fort étrange, qui passait sa vie tout seul dans sa chambre à la campagne; il avait tué le fds de M. Amelol d'un coup de fusil dans une partie de chasse. 2. Philippe-Eynard, comte de Clermont de Tomierre. il épousa en 1708 une fdle du comte de Blau/ac. Mort le 19 a(.ùt 1751. 404 BElNCIOLIM. qu'elle lui envoie les maîtres et autres gens qui lui seront néces- saires pour son instruction, en sorte qu'il ne perde pas son temps ; il peut voir le monde. Versailles, 4 décembre 1707. Madame la comtesse de Tonnerre ' fait état d'envoyer M. son fils à la B., aussitôt qu'il sera à Paris, sans attendre que les lettres de grâce qu'il a obtenues soient entérinées, et comme dans la suite il aura besoin d'aller au Palais pour l'entérinement, le Roi trouve bon que vous l'y envoyiez par M. de Bernaville, sans autre précau- tion, étant sûr qu'il n'abusera pas de cette sortie; M. de Bernaville le ramènera aussi, s'il vous plaît. Versailles, 27 décembre 1707. On ne peut donner à M. le comte de Clermont que deux per- sonnes avec lui, ainsi c'est à madame sa mère à faire choix des deux qu'elle veut être admises à la B. (A. N.) BENCIOLINP. Escroc. LE COMMISSAIRE SOCQUARD A M. D'aRGENSON. Samedi) 17 décembre 1707. De Malespine, qui a dit se nommer de Magny, dans le Temple, a demeuré trois ans dans la ville de Tours, où il y a fait une grosse figure, ayant deux valets de chambre, trois laquais, un carrosse magnifique, a donné plusieurs bals aux dames de Tours, entre autres un à madame de la Place, qui lui coûta oOO écus. Toutes les dames de Tours étaient jalouses les unes des autres, principalement mademoiselle de Laroche-Moreau ; de Malespine passait pour un homme puissant en biens et en qualité. A dit qu'il était connu de M. le maréchal de Catinat, de madame la comtesse de Furstemberg, que son père était un homme fort 1. Marie de Hanyvel, fille du comte de Mennevillette, secrétaire des commande- ments de Monsieur, morte le 17 décembre 1727. 2. Ordres d'entrée du 20 décembre 1707, et de sortie du 23 avril 1708. Contre-si'îaés Pontchartrain. BENCIOLINI. 405 riche qui lui donnerait bien 20,000 écus à dépenser tous les ans au moins. On l'appelait en la ville de Tours M. Ferrario. Madame de la Roche-Moreau, c'est celle qui l'a envoyé de Tours à Paris, à la dame Meusnier, marchande mercière, qui demeure près des Filles-Dieu, au Carneau d'or, ne pouvant plus demeurer à Tours, à cause de ses dettes qui vont à 25,000 écus. Il a dit qu'il attendait de chez lui une grosse lettre de charge pour payer toutes ses dettes, et qu'après cela il paraîtrait à Paris selon sa qualité. Boigautier, Bobe, Volivet, son hôte à Tours, et un rôtisseur, sont ses créanciers. A mis en gage chez la Guédon, demeurant rue de Verneuil, fau- bourg Saint-Germain, chez un boulanger, à la deuxième chambre, trois housses de drap écarlate galonné d'argent, un habit de velours noir, un habit écarlate, un habit bleu, un habit pinchi- nat; tous ses habits, dit-on, lui ont été rendus, à la réserve de l'habit bleu, et ce sont les dames Thierry et Meusnier qui ont donné tous ces habits à la Guédon, qui a fait prêter à raison de 3 à 4 sols d'intérêt par mois pour écu. Voilà deux lettres, l'une du sieur Ferrario, où il a signé de Magny, adressante à la demoiselle Thierry, chez la demoiselle Meusnier, et l'autre est écrite par madame de la Roche-Moreau, dans laquelle elle parle du sieur Ferrario, sous le nom d'une dame. Il faut qu'il y ait bien du mystère là-dessous, ou qu1l y ait bien des dupes, et que ce M. de Malespine soit un bon chevalier d'in- dustrie. Vous me le renverrez avec la minute de mon procès-verbal. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D ARGENSON. 21 décembre 1707. J'écris à Venise pour avoir les éclaircissements que vous désirez au sujet de Benciolini, originaire de Vérone; vous pouvez néan- moins vous en informer sous main, chez M. l'ambassadeur de Venise. J'écris de même à M. Turgot. pour savoir ses dettes dans la géné- ralité de Tours, et de quelle manière il les a contractées; et en attendant ces éclaircissements, le Roi veut qu'il soit conduit à 406 BENCIOLINI, la B., suivant l'ordre que je vous envoie, et que vous l'interrogiez à fond sur toutes les choses sur lesquelles vous croirez devoir l'inter- roger, pour connaître qui il est et quelles étaient ses vues. Mandez-moi qui est cette fille de 22 ans qui a été trouvée avec lui àClignancourt. Apostille de M. d'Argenson. — Elle passe pour une assez honnête flUe qui, apparemment, a fait une faute ; elle est brodeuse, son père est un compagnon brasseur qui travaille chez Nicolle, bras- seur, au Port-Anglais, à qui je l'ai fait remettre. (B. A.) M. TURGOT, INTENDANT DE TOURS, A M. DE PONTCHARTRAIN. Amboise, 29 décembre 1707. J'ai reçu la copie du mémoire qui vous a été donné par M. Ben- ciolini, qui a été arrêté à Paris, je crois, par les soins de M. d'Ar- genson, dans une maison oih il se trouvait caché avec une extrême précaution. J'ose vous dire d'avance que c'est un fort grand bien qu'il soit arrêté, et quelque chose qu'il pût vous dire, je vous supplie de continuer vos ordres pour sa détention et sa sûreté; le pas est trop glissant pour lui d'avoir été pris après toutes les friponneries qu'il a faites dans la ville de Tours, pour qu'il ne fît pas tous les efforts possibles pour sortir de son état et pour s'évader, mais je vous supplie de ne le point faire relâcher jusqu'à ce que je vous aie envoyé des mémoires exacts des juges de police pour vous infor- mer de sa conduite et des procédures faites à Tours sur ses dettes énormes, dont il a déjà su échapper ; il faut quelque temps pour les dresser; je vous supplie de m'accorder le délai qui y est néces- saire, j'y satisferai exactement. C'est notre fameux Ferrario, de Tours, qui, sous des apparences de grande naissance, pendant près de 18 mois de séjour à Tours, s'est fait fournir plus de 30,000 liv. de marchandises par deux marchands qui en sont presque ruinés, et qu'il a envoyés à Milan en chercher le payement sans fruit; il me fitdéjà,àmoi seul, sous une apparence de bonne foi, une confession sincère, à ce qu'il disait, et qu'il avoue à présent avoir été aussi fausse que toutes les autres précédentes qu'il avait déjà faites. Je souhaite que la der- nière qu'il vous a faite soit plus véritable ; vous en jugerez par la BRNCIOLINI. 407 procantion que vous avez prise d'écrire h M. l'alibé de Pomponne, mais vous jugerez, quand vous serez instruit de ses démarches, que ce nouveau Protée, changeant de toutes figures selon ses intérêts pour tromper, doit être gardé en prison avec sûreté, pour qu'il ne puisse pas s'évader; j'aurai l'honneur de vous en envoyer dans peu les éclaircissements. M. d'Argenson connaît déjà le personnage dont je parle, car je crois que M. de Chamillart lui en a remis, sur mon avis, le signa- lement bien circonstancié dans le temps de sa fuite de Tours, au mois de juillet dernier. Tours, 28 janvier 1708. J'espère que les trois mémoires que j'ai l'honneur de vous envoyer vous informeront suffisamment de toute la conduite de notre fameux imposteur Ferrario, pendant 18 mois qu'il a été à Tours, depuis arrêté, se cachant auprès de Paris, sous le nom de Benciolini, et conduit à la B. Le 1^' mémoire a été fait par M. le lieutenant général de police de Tours; il rend compte de toute sa conduite à Tours, et des grosses dettes qu'il y a faites ; il joint les procédures qui ont été faites contre lui au baillage de Tours, et le décret de prise de corps décerné après son départ. Le 2° mémoire est un extrait de la copie que vous m'avez adres- sée de celui qu'il vous a donné lorsqu'il a été arrêté, à côté duquel j'ai fait mes observations et marqué toutes ses impostures, j'oserai même vous prier de le lire, pour en remarquer tout l'artifice. Le 3' mémoire est la copie de la déclaration qu'il me pria instam- ment d'aller recevoir chez lui, sans que je la recherchasse, et d'en écrire même à M. de Chamillart, comme je le fis, sur sa prière, pour s'adressera M. le cardinal de la Trimouille, pour examiner si les faits qu'il exposait n'étaient pas véritables. Il avoue h présent que cette déclaration était aussi fausse que les autres ; je crois que son impudence à tromper les ministres mérite encore un nouveau degré de châtiment, et elle me donne lieu de craindre que sa déclaration dernière, faite à Paris, ne soit aussi fausse que les autres. Vous en saurez la vérité avec le temps, par la réponse de M. l'abbé de Pomponne, et si elle était aussi fausse, il ne mérite- rait nul ménagement. On a peine à qualifier son crime : ce n'est point vol de violence. 408 BKNCIOLINI. débauche, ni attentat criminel, c'est plutôt un vol de séduction, une imposture d'un étranger, commencée dans son pays et soute- nue avec une extrême persévérance dans diverses villes du royaume. Elle est faite à des marchands à la crédulité desquels il a imposé ; si elle était légère, elle serait presque pardonnable pour les en punir, mais elle est poussée jusqu'à un excès d'emprunter jusqu'à 40,000 liv. d'effets, qui cause la ruine totale d'un assez bon marchand qui s'était rendu caution trop facilement jusqu'à cer- taine somme, et qui n'a osé revenir jusqu'en cette ville, et presque la banqueroute d'un autre marchand de tailleur avide, qui lui avait vendu ses effets sur la foi du premier et sur celle de ses paroles. Ce que j'y trouve encore de plus criminel et plus digne de peine afflictive, est que se voyant pressé, au lieu de cesser par une fuite ses achats, il a la cruauté d'envoyer ces deux marchands, sous de fausses adresses, à Lyon, à Marseille, à Gênes et à Milan, au travers des dangers de la guerre qui les a empêchés de passer à Gênes, et il a eu l'impudence d'attendre deux mois pour s'enfuir et s'échap- per des mains de la justice. En cet élat^ j'estime qu'il y a deux partis à prendre : celui de le remettre à la justice ordinaire et de le faire traduire avec sûreté à Tours ; je puis vous assurer qu'elle sera très sévère contre lui, quoique embarrassée sur le choix des peines afflictives qui con- viendront à un étranger de cette sorte ; je serais d'avis de ce parti, si par la réponse de M. l'abbé de Pomponne il paraissait qu'il a persévéré à vous tromper. L'autre parti serait de le tenir enfermé en prison dans quelqu'un des châteaux de Nantes ou autre, comme celui de Lyon, plus à portée de son pays, en payant sa nourriture à 20 sols par jour, de l'y faire conduire sûrement, et de l'y retenir pendant trois mois au moins, ou jusqu'à ce qu'il eût payé la moitié de ses dettes, et ensuite le faire sortir du royaume, avec défense d'y rentrer sous peine des galères. S'il vous avait dit vrai, je crois qu'un étranger vénitien, quoi- que imposteur, mériterait l'indulgence de celte punition. Au reste, je le crois plus chèrement et mieux qu'il ne mérite à la B., et qu'il suffirait de le remettre dans les prisons du For-rËvôque ou autre, pour être interrogé par M. d'Argenson, à qui vous jugerez appa- remment à propos de renvoyer toutes ces pièces. BEiXCIOIJNI. 409 Voilà les réflexions sérieuses qu'il a fallu faire sur une imposture qui a presque causé un roman d'industrie fameux dans cette ville. (B. A.) l'abbé de pomponne * A PONTCHARTRAIN. Venise^ 11 février 1708. Je me suis informé, ici, des gens de Vérone, de Benciolini; ils m'ont dit qu'ils ne connaissaient que celui qui est actuellement en cette ville-là, lequel possède effectivement la charge de suprastante al. borro, mais qu'il n'avait que peu de bien de patrimoine, et que loin d'être né gentilhomme, il était le fils d'un épicier. J'attends d'un moment à l'autre les réponses aux lettres que j'ai écrites à Vérone, dans lesquelles l'on m'éclaircira de tout ce que vous désirez de savoir; les nouveaux avis que vous me donnez que cet homme a pris en Lorraine le nom de MM. Oltolini, nobles, me mettront en élat d'en faire parler à ces messieurs ; ils ne sont point nobles véni- tiens, mais comme ils pourront peut-être en avoir eu quelque con- naissance, ils me donneront les informations qu'ils en auront reçues. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 24 avril 1708. Rien ne convient mieux que de mettre à l'hôpital Benciolini; ainsi je vous envoie l'ordre pour l'y faire transférer; pour ses bardes, vous pouvez les y faire mettre aussi en dépôt, jusqu'à ce que les juges en ordonnent, et d'en faire avertir les créanciers. (B. A.) RAPPORT DE M. D ARGENSON. 29 octobre 1709. Benciolini. 11 a été transféré de la B. à Thôpital, et c'est non seulement un libertin et un insolent, mais un scélérat du premier ordre; il avait commis une infinité de friponneries à la cour de Lorraine, dans les villes de Lille et de Tours, et il était venu à Paris dans l'intention d'y chercher de nouvelles dupes. Il avait pris successi- 1. Henri-Charles Arnaud, abbé de Saint-Médard, né à La tlaye en 1009^ conseiller d'Etat ordinaire en 1711, mort en 175C, à 87 ans. 410 BENCIOLÏNI. vement les noms de Boromée Visconti, de Capara, de Malespine et de Ferrario ; mais il a enfin déclaré que son véritable nom était Benciolini. M. l'abbé de Pomponne, ambassadeur à Venise, à qui M. de Pontcbartrain en a écrit, a mandé qu'il était prêtre, et qu'il s'était absenté de la ville de Vérone pour éviter la punition qu'il avait justement méritée, en fabriquant une fausse lettre de change par le moyen de laquelle il se fit payer 2,000 ducats par M. From- chischi, secrétaire de M. Grimani, noble vénitien. Cet homme est assurément un imposteur des plus dangereux, et qui ne peut trop rester à l'hôpital. En 4710. 11 est écrit en marge : le garder encore. En 17H. Sa détention h l'hôpital n'a pu encore amortir en lui l'esprit d'intrigue, de mensonge et d'imposture qui l'y a fait con- duire ; ainsi on ne pourrait le rendre libre sans les derniers incon- vénients. En 1712. Il est toujours du même avis à son égard : c'est un homme qui a afl'ronté en plusieurs endroits des hommes considé- rables, se disant prince. En 1714. Il imagina l'année dernière une nouvelle généalogie aussi fausse que les premières qu'ils s'étaient données; ainsije crois toujours que sa sortie doit être différée jusqu'à la paix générale. En 1713. Maintenant qu'elle est conclue, on pourrait en débar- rasser l'hôpital, mais à condition qu'il sortirait du royaume dans 15 jours, et qu'il serait conduit à cet effet jusque sur la frontière ; il est banni de son pays et, par conséquent, toutes les frontières lui sont égales. Apostille. Avril 1713. Sortie ; le chasser du royaume et le faire conduire sur la frontière. (B. A.) ROLLAND. 41 1 ROLLAND <; BROCK^; LA VALETTE 3; GEMEYER*; FLLACK5. S0REL«; HULTON^; TOUVAUX»; YIARD**; MONTDEVISE *«. Espions. LE COMMISSAIRE BÏZOTON A M. d'ARGENSON. Ce mémoire est pour vous rendre compte que Darmais, valet de Rolland, Suédois, qu'il dit être secrétaire de Monsieur l'envoyé du prince Ragotski, nommé M. Westes, qui loge h l'hôtel de Ham- bourg, rue des Boucheries, m'est venu donner avis que cet envoyé lui avait donné ordre de lui apporter des lettres que Rolland lui donnerait à porter à la poste, et d'en substituer à la place deux autres qu'il avait mises entre ses mains et qui étaient en blanc, avec chacune une inscription dessus; l'une à l'adresse de M. Hen- sorth, àTorne, et l'autre à l'adresse de M. Delomel, à Breslau, et de les porter en cet état à la poste, et que, s'il y manquait, il avait ordre du Roi de le faire arrêter. Ce garçon n'a pas voulu porter les lettres sans en avoir ordre; il demeure rue des Mauvais-Garçons, à côté de la maison où je demeure, et vous m'avez dit que vous en écririez à M. de Torcy. 7 février 1708. Apostille de M. d'Argenson. — J'ai écrit à M. de Torcy en con- formité. Voilà une lettre que le valet de Rolland, Suédois, me vient appor- ter par la poste; comme il en a payé le port, qui monte à 36 sous, vous aurez la bonté de me marquer si vous souhaitez que je le rembourse; il m'a averti que M. le comte de Westes, envoyé de 1. Ordres d'entrée du 12 février 1708 et de sortie du 25 avril 1709. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 10. Ordres contre-signes Chamillart, Torcy, Voisin et Pontchartrain. do 1er mai do do 16 novembre 1714, do 24 do do do do. do l"" juin do do do. do 6 do do do 28 octobre 1714. ào 18 do do do 13 octobre 1708. (\o 16 do do do 23 août 1708. do 2 juillet do do 29 décembre 1708. do 8 do do do 10 novembe 1708. do 18 décembre do do 20 décembre 1714. 412 BROCK. M. de Ragotski, lui avait donné ordre de lui apporter ces lettres; et comme il pourrait en arriver d'autres, je crois qu'il serait mieux de faire avertir au bureau de la poste, de votre part, qu'on les retînt, et qu'on vous les apportât, sans les porter oîi il logeait, à la Cour impériale, rue des Boucheries, afin d'éviter qu'elles ne soient prises par ce monsieur l'envoyé, ou tel autre qui pourrait ne les pas rendre. (B. A.) 12 février 1708. TORCY A M. d'aRGENSON. 24 mars 1708. Je vous remercie de la communication que vous m'avez donnée de la lettre interceptée de Rolland et de l'éclaircissement que vous y avez joint sur la manière dont il a répondu aux questions que vous lui avez faites. J'en parlerai mardi prochain à M. de Monas- térol, qui connaîtra ceux dont il est fait mention dans cette lettre, s'ils sont véritablement attachés au service de M. l'électeur de Ba- vière, et je parlerai aussi en même temps à M. de Monastérol, sur la lettre qui s'est trouvée dans le tiroir de Gavois. (B. A.) CHAMILLART AU MEME. Marly, 10 mai 1708. J'ai rendu compte au Roi de l'interrogatoire du baron de Brock, que vous avez fait arrêter ; vous trouverez ci-joint l'ordre de S. M., nécessaire pour le faire recevoir à la B. J'écris à M. de Bernage pour savoir si son prétendu frère et Sorel, qui l'a servi, sont encore à Besançon, et lui mande de les faire arrêter, si depuis leur première affaire ils ont été mis en en liberté ; quand il m'aura fait réponse, le Roi verra s'il sera à propos d'y envoyer le baron de Brock ou de les faire venir ici pour éclaircir leurs intrigues, (A. G.) LE MÊME A M. DE BERNAGE, INTENDANT EN FRANCHE-COMTÉ. Marly, 10 mai 1708. M. d'Argenson vient de faire arrêter, à Paris, le baron de Brock, dont le nom ne vous sera pas inconnu, qui revient de Barcelone, où il prétend qu'il servait dans les troupes de l'archiduc, qu'il a FLIACK. 413 quitté après un combat avec un prétendu lieutenant-colonel, pour une injustice qu'il lui a faite. Ses premières intrigues l'ayant fait reconnaître à Paris et soupçonner d'intelligence avec les ennemis, on s'est assuré de sa personne. M. d'Argenson voudrait bien avoir Sorel, valet du baron de Brock, qui avait été arrêté à Besançon, il y a deux ans, aussi bien qu'un prétendu frère du baron ; je ne sais pas s'ils seront restés en prison ou en liberté dans le pays; s'ils y sont, S. M. désire que vous les fassiez arrêter et m'en donniez avis, pour en rendre compte à S. M. (A. G.) LE MÊME A M. d'ARGENSON. Versailles, 18 mai 1708. Le Roi a vu, qu'en exécution de ses ordres que je vous ai adres- sés, vous avez fait conduire le prétendu baron de Broch à la B. Ce qui m'en est revenu de différents endroits ne donne pas lieu de douter que ce ne soit un véritable espion. S. M. désire que vous vous transportiez dans ce cbâteau, que vous l'interrogiez dans les formes et suiviez cette affaire dans toutes les règles; je vous ren- voie les lettres de M. Amelot et de M. Charpentier, qui en parlent, aussi bien que le placet qu'il avait présenté pour demander de l'emploi, pour vous en servir au besoin. Versailles, 23 mai 1708. J'ai reçu réponse de M. de Bernage à la lettre que je lui ai écrite par ordre du Roi, pour faire arrêter Fliack, qui se dit frère du ba- ron de Broch, aussi bien que Sorel, qui l'a servi de valet; je vous en envoie copie, par laquelle vous verrez que Fliack est toujours en prison h Besançon, et que Sorel ayant été élargi par ordre de S. M., le J4 mars 1706, il s'engagea dans la compagnie de Saint-Victor, détachée du régiment de Normandie, où l'on ne sait s'il est encore. Je mande à M. de Bernage d'en faire faire la recherche dans cette compagnie, et en cas qu'il s'y trouve, de le faire conduire à Paris, avec Fliack, pour vous mettre en état d'éclaircir leurs intri- gues; je vous envoie, en attendant, copie des interrogatoires qu'il leur a fait subir, avec les mémoires et lettres qui se sont trouvés sur Fliack pour vous servir au besoin; je vous ferai part des autres éclaircissements qui me viendront sur ces gens-là, (A. G.) 414 LA VALETTE. M. DE SOURCHES AU MEME. Versailles, 28 mai 1708. Le Roi faisant conduire à la B., de la Valette, officier qui s'est promené par toutes les cours de l'Europe, et qui a servi très sou- vent avec les ennemis, je ne doute pas que vous n'ayez quelque conversation avec lui ; mais je crois qu'il est bon de vous avertir qu'il dit avoir une malle et un portemanteau à la diligence de Lyon, qu'il serait bon que vous fissiez retirer, cet homme n'ayant pas d'argent pour les faire retirer, parce qu'on y pourrait peut-être trouver quelque chose qui ferait connaître le caractère du person- nage, que d'ailleurs M. le prince de Vaudémont regarde comme un mauvais sujet. (B. A.) CHAMILLART AU MEME. Versailles, 3 juin 1708. M. de Bernage me mande qu'il fera partir sans faute, le o de ce mois, Fliack, frère de Broch et Sorel, son valet, sous la conduite de M. Lavoisie, l'un des gardes de la prévôté de l'hôtel, qui servent auprès de lui, et qu'ils arriveront à Paris, le 14 du courant. J'ai cru vous en devoir donner avis, afin que vous puissiez prendre les musures nécessaires pour les faire conduire en prison à leur arrivée. (A. G.l M. D'ARGENSON A CHAMILLART. 14 juin 1708. Suivant les ordres du Roi que vous m'avez fait l'honneur de ra'adresser, j'ai fait retirer du bureau de la douane le ballot venu du Piémont, à l'adresse de la Valletle, prisotmier à la B., dont j'ai fait faire ouverture en sa présence; il s'y est trouvé quelques bardes, et entre autres un habit complet, qu'il m'a dit être celui de l'uniforme du régiment espagnol de Bonnezanne, au service de l'Archiduc, dans lequel il était capitaine. Il s'est trouvé aussi quelques papiers, mais en très petit nombre, dont partie est conçue en langue française, et l'autre partie en langue étrangère, que j'ai fait traduire. Parmi ces papiers, je n'en ai trouvé aucun qui intéresse le service du Roi, que le billet écrit par feu M. de Langallerie à de Chaune et Roche, dont je prends la liberté de vous envoyer une copie. LA VALETTE. 415 J'espère que la suite de ses interrogatoires me mettra à même de découvrir ses intrigues et de pénétrer les motifs de son voyage en France. (B. A.) GIIAMILLART A M. DE BASVILLE. Fontainebleau, 23 juin 1708. Le Roi a fait arrêter et conduire depuis peu à la B., de la Valiette, que S. M. a été informée qu'il entretenait des correspondances avec ses ennemis; par l'interrogatoire qu'on lui a fait subir, il se dit originaire de Sommières, à 4 lieues de Montpellier; je vous prie de vous informer de ce qui en est, depuis quel temps il a quitté ce pays-là, si sa famille y est connue, quel a été le sujet de son dé- part et de quelle religion il est. J'attendrai ces éclaircissements, dont M, d'Argenson me marque qu'il a besoin, pour le mettre à portée de presser de la Valette, sur l'aveu des vérités qu'il lui cache. (A. G.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Fontainebleau, 24 juin 1708. J'ai vu le détail que vous me faites de ce qui s'est trouvé dans le ballot venu de Piémont, à l'adresse de la Valette, prisonnier à la B. Il ne paraît pas, par ce qu'il contenait, que vous ayez rien décou- vert de ses intrigues ; il faut espérer que la suite de ses interroga- toires vous donnera lieu d'en pénétrer le secret et les motifs qu'il peut avoir eus pour revenir en France avec si peu de précaution, après avoir porté les armes contre le Roi. J'ai écrit à M. de Basville. comme vous le proposez, pour avoir les éclaircissements que vous demandez, sur ce qui regarde de la Valette. Je vous les enverrai aussitôt que j'aurai reçu ses réponses. (A. G.) M. DUGUAY, INTENDANT DE LA MARINE, A rONTCHARTRAIN. M. le chevalier de Langeron * ayant de nouveau mis à la voile avant-hier,' il fît route sur une espèce de barque longue d'un canon, qui était en calme au-delà des bancs, et nous la remit hier, malgré un détachement de huit ou neuf chaloupes ennemies, qui, ayant fait leurs efforts pour la remorquer, l'abandonnèrent à l'approche 1. Joseph Andrault, comte de Langeron, lieutenant général des armées navales et gouverneur de la Charité, mort le 28 mai 1711. 416 LA VALETTE. des galères du Roi, après en avoir sauvé une partie de l'équipage qui n'était que de onze hommes, et les malles. Cette barque longue, ou double chaloupe, est un paquebot qui allait de Douvres à Ostende, avec un seul passager qui se dit Suisse. Le capitaine de ce paquebot avait trois ou quatre lettres dans sa poche, dont j'ai l'honneur de vous en envoyer deux, parce qu'elles paraissent renfermer quelque mystère. A l'égard du Suisse prétendu, i! avait un passeport de sa nation, et des discours à la faveur desquels il croyait ne pouvoir être retenu ; il avait passé en Angleterre, disait-il, il y a trois ou quatre mois, pour y voir un de ses frères qui y est établi; et il retournait dans son pays; les deux nations sont amies, et il devait être libre ; mais à force de l'embarrasser par nos questions, M. le comte de Forbin et moi, et de le faire tomber dans des contradictions, enfin, il nous a parlé à l'oreille, et sur un petit mémoire assez important qu'il avait eu l'adresse de bien cacher, et dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie, nous avons pris le parti de confier cet homme au porteur de la présente, pour vous le remettre, afin que vous puissiez avoir le plaisir de le présenter vous-même à qui il se dit adresé, et nous vous l'envoyons en poste, afin qu'il n'y ait point de moments perdus sur un temps qui peut être cher. Ce passager était unique dans le paquebot, et les chaloupes qui ont accouru pour lui donner la remorque, n'ont pas tiré un coup de fusil ; je ne sais si ces deux circonstances ne pourraient pas au- toriser quelque défiance pour la vérité du contenu au mémoire en question; mais il vous sera plus aisé qu'à nous d'en juger juste, quand il vous aura nommé celui qui l'envoie, sur le nom duquel nous avons cru devoir avoir la discrétion de ne le presser pas. Dunkerque, 1" juillet 1708. Apostille de M. de Forbin. — Vous aurez la bonté d'observer que cet homme a pu se sauver, et le capitaine; ils ne l'ont pas fait ni l'un ni l'autre; cela a deux faces bonnes et mauvaises; vous en ju- gerez mieux que nous. (A. M.) M. DE BASVILLE A CHAMILLART. On ne connaît point à Sommières d'autre homme du nom de la Valette qu'un officier qui a été ci-devant major du régiment de Rouergue, ensuite commandant à Cressentin et lieutenant de Roi LA VALEni']. 4<7 de Verne. Il a une pension du Roi de 1,200 liv. et est chevalier de Saint-Louis, il a quitté ce régiment parce qu'on a fait un autre lieutenant-colonel; c'est un officier qui a paru jusqu'à présent fort sage, et qui est fort estimé, j'ai peine à croire que ce soit celui-là qui est arrêté à la B.; il est parti il y a près de deux mois et demi, de Sommières, et il a dit qu'il allait à la cour pour tâcher de se faire placer dans quelque poste. C'est un homme assez bien fait, perruque blonde, marqué de petite vérole, moyenne taille, âgé d'environ 40 à 45 ans, qui ne manque pas d'esprit; il est nouveau converti ; mais il a paru ici fréquenter les exercices de notre reli- gion ; il a un frère aîné nommé Dufesq, seigneur de trois paroisses, mauvais converti, qui a toujours été assez suspect. Il y a eu plu- sieurs bons officiers dans celle famille, qui sont morts au service; ils ne sont pas gentilshommes, mais ils ont vécu noblement. M. de la Valette a un fils bâtard, M. Soulages, qui a été officier, sorti du royaume il y a quelques années, qui pourrait être revenu et avoir pris le nom de son père. Il faudrait avoir copié de l'interrogatoire de cet homme, et lui faire dire quelle était sa demeure à Sommières, qui sont ses pa- rents, et qui il connaît. Il y a eu deux hommes nommés Valette de Sommières, qui en sont sortis depuis douze ans pour aller dans les pays étrangers ; mais ce sont des artisans, (B. A.) Montpellier, 1er juillet 1708. PONTCHARTBAIN A M. d'aRGENSON 3 juillet 1708. Le Roi envoie à la B. un passager de Genève, arrêté à Dunkerque, sur un paquebot qui passait d'Angleterre en Hollande. S. M. sou- haite que vous l'interrogiez aussitôt, et que vous le pressiez vive- ment sur ses interrogatoires. Je vous envoie à cet efi'et les lettres, mémoires et papiers qui m'ont été adressés par M. Duguay, qui pourront vous fournir les premières instructions. 11 y a apparence que cet homme s'est fait arrêter exprès pour donner de faux avis; mais cependant il ne faut rien négliger, l'affaire pouvant être plus délicate et plus sérieuse qu'il ne paraît. Je mande à M. Duguay d'interroger, à Dunkerque, le maître du paquebot qu'il lient en prison, et de le garder jusqu'à nouvel ordre; car peut-être que, 27 418 VIARD. sur ses interrogatoires, on trouvera de quoi convaincre l'un ou l'autre, ou de quoi peut-être avoir lieu de faire venir ici le prison- nier de Dunkerque pour le confronter avec celui-ci ; j'attends pour cela l'interrogatoire qu'il m'enverra incessamment. On vous remettra la valise de ce particulier, dont il a la clef; vous en ferez, s'il vous plaît, l'ouverture, pour voir s'il y a quel- ques papiers qui puissent vous servir à l'interroger. Je vous prie de m'envoyer le plus tôt que vous pourrez son interrogatoire, pour en rendre compte au Roi. (B. A.) LE COMMISSAIRE CAMDZET AU MÊME. 9 juillet nos. Voilà les interrogatoires de Champrenault, prisonnier à la B., dans la valise duquel il ne s'est trouvé aucuns papiers. Le petit mémoire qu'il dit avoir été le sujet de son voyage, est dans ce dossier; il a été paraphé de lui ainsi que le petit morceau de papier trouvé dans ses tablettes, l'adresse de J. Raboteau, les deux lettres datées de Londres, les enveloppes et le carré de pa- pier sur lequel sont les deux lignes écrites de la main de M. de la Bourlie. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MÊME. 9 juiUet nos. Pour Viard, cordelier, S. M. veut que vous le fassiez conduire à la B., que vous l'interrogiez à fond sur tous les desseins qu'il peut avoir, et que vous m'envoyiez son interrogatoire avec votre avis sur ce que vous croirez qu'il convienne de faire de lui; cela mérite d'être suivi. (A. N.) M. D'ARGENSON a PONTCHARTRAIN. 16 juillet 1708. Viard, prétendu cordelier, a été conduit à la B. suivant vos in- tentions ; je l'ai interrogé une première- fois, et il m'a dit une étrange excuse; elle consiste dans l'aveu de la faute la plus infâme qu'un religieux puisse commettre contre l'honneur de son ordre; il déclare qu'étant allé à la quête chez un protestant, il s'y était enivré jusqu'au dernier excès et s'était ensuite abandonné à la so- domie dans les circonstances les plus criminelles. Je l'interrogerai VIARD. 41!) encore sur son éducation, sur ses voyages et sur les motifs qui l'ont porté à embrasser son état, afin que ses interrogatoires, dont vous pourrez envoyer des copies à M. de Saint-Contest, ou à M. Doujat, de qui le pays de Trêves dépend maintenant, puissent vous pro- curer tous les éclaircissements qui pourront assurer ou combattre la vérité de ses réponses. (B. A.) PONTCHARÏfiAlN A M. d'ARGENSON. Versailles, 18 juillet 1708. J'ai reçu les interrogatoires que vous avez fait passer à Cham- prenault. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S. M. a jugé à propos de le laisser à la B., oh elle désire que vous l'interrogiez souvent, afin de voir si, par ses réponses, on ne pourrait point dé- couvrir sa véritable mission en venant en France. Elle souhaite aussi que vous l'obligiez d'écrire en Hollande et en Angleterre, comme il conviendra, suivant les adresses que lui a données l'abbé de la Bourlie, cela ne pouvant nous jeter dans aucun inconvénient. J'envoie à M. de Bergeick les deux petites lettres mystérieuses dont il était porteur, pour savoir s'il pourra pénétrer le sens qu'elles contiennent, et à qui elles devront être rendues. J'écris aussi en Suisse, pour s'informer si cet homme est connu aux environs de Lausanne, suivant les indications qu'il a données; aussitôt que j'aurai reçu réponse de ces deux endroits, je vous les communiquerai. 24 juillet 1708. Il faut que vous continuiez à interroger Viart, cordelier, prison- nier à la B., sur les voyages et sur toutes les circonstances de sa vie, et j'aurai soin d'écrire à l'intendant qui a Trêves dans son département, pour tâcher d'avoir les éclaircissements dont vous avez besoin. Je vous renverrai incessamment son interrogatoire ; il se re- nomme fort d'un cordelier irlandais, Hodonon, qui prêche en allemand, les fêtes et dimanches, dans l'église de Saint-Germain- des-Prés; mais ce cordelier dit qu'il ne le connaît que depuis qu'il est à Paris. 7 août 1708. J'ai écrit à M. de Saint-Contest, pour avoir des éclaircissement? plus particuliers sur ce qui regarde Viard, dont je vous ferai pari aussitôt que je les ait'ai reçus ; cependant, il restera à la B. (B. A.) 420 CHAMPRENAIU.T. 8 août nos. Vous trouverez ci-joint un mémoire que l'on m'a envoyé au sujet du Suisse qui est actuellement à la B., et qui s'est trouvé sur le paquebot qui a été pris par les galères, passant de Douvres à Os- tende ; je vous prie de prendre la peine de vouloir bien l'interro- ger à fond sur tout ce qui y est contenu, et de me faire savoir ses réponses; il y a longtemps que vous le laissez en repos, il faut suivre cela vivement. (A. M.) CnAMILLART AU MÊME. FontaiaebleaUj 16 août 1708. J'ai reçu l'interrogatoire que vous avez fait subir à de la Valette, prisonnier au château de la B. J'en ai rendu compte au Roi qui, n'ayant pas trouvé qu'il y ait des preuves suffisantes contre lui pour lui faire son procès, a cru qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de le laisser en prison, comme vous le proposez, jus- qu'à la paix. (A. G.) PONTCHARTRAIN AU MÊME. Fontainebleau, 21 août 1708. J'ai reçu le troisième interrogatoire que vous avez fait prêter à Champrenault; j'en ai rendu compte au Roi, et S. M. désire que vous continuiez à l'interroger de temps en temps, et surtout sur les avis du nouveau converti, qui prétend que Champrenault est un ' émissaire de l'abbé de la Bourlie, destiné pour aller dans les Cé- vennes, afin d'y préparer les habitants à recevoir le détachement que cet abbé s'est proposé d'y conduire et susciter les esprits à une nouvelle révolte. Elle veut aussi que vous le fassiez resserrer si vous le jugez à propos. Je vous prie de prendre la peine de me faire savoir tout ce que vous pourrez tirer de cet homme, et de m'envoyerla réponse de la lettre qu'il a écrite en Hollande, si on lui en fait, afin que j'en rende compte à S. M. (B. A.) LE MÊME A M. DE SAINTE- COLOMBE. 21 août 1708. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec le certificat que MM. de Berne vous ont remis, pour m'assurer que PAUMIER. 424 Champrenault est originaire de Cuilly, pays de Lausanne ; j'en ai rendu compte au Roi, et S. M. n'a pas jugé à propos de le faire élargir, parce que, par tous les interrogatoires qu'on lui a fait prê- ter et ce qu'il est revenu de sa conduite, cet homme est un émis- saire de l'abbé de la Bourlie, qui venait en France pour préparer les habitants des Cévennes à recevoir le détachement qu'il se pro- posait d'y conduire, et susciter les esprits à une nouvelle révolte. Si MM. de Berne vous faisaient de nouvelles instances pour cet homme, il est nécessaire que vous leur fassiez entendre que S. M. lui fait grâce de ne lui point faire son procès, et que, d'ailleurs, c'est un si mauvais sujet, qu'il est indigne de leur protection. Il est de votre bon esprit de ménager cette affaire, en sorte que si vous pouvez, même sans leur expliquer le véritable sujet qui oblige S. M. de faire retenir cet homme, vous engagiez les Suisses à ne le plus réclamer. (A. M.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Fontainebleau, 22 août 1708. J'ai rendu compte au Roi de l'interrogatoire que vous avez fait prêter à Paumier. S. M. a fait attention à ce qu'il vous a dit du projet que ses ennemis ont formé de détacher des troupes pour pénétrer dans le Languedoc, sous la conduite de Lafond, Cailde- vent et Froment, Français fugitifs, et ce dessein ne lui paraît pas vraisemblable; elle est même en doute si Paumier ne serait point lui-même un émissaire ; et ce qui en a fait naître la pensée à S. M., c'est que cet homme a dit à M. Bosredon, que les Anglais et les Hollandais avaient des espions à Paris et à la cour_, qui leur ren- daient un compte exact de tout ce qui s'y passait ; comme la longue habitude qu'il a eue à Londres peut lui en faire connaître quelques-uns, l'intention du Roi est que vous l'examiniez de nou- veau et que vous tâchiez de pénétrer si le désir de changer de reli- gion et de servir S. M. ont été les seuls motifs qui l'ont engagé à revenir en France. (A. M.) M. d'argenson a pontchartrain. 8 septembre 1708. J'ai l'honneur de vous envoyer la réponse qui vient de Hollande, sur la lettre que Champrenault, prisonnier à la B., y avait écrite à l'adresse dont il disait être convenu avec l'abbé de la Bourlie, mais 422 CHAMPRENAULT. il semble que cette réponse est plutôt d'un ennemi déclaré de la France que d'un homme qui voudrait garder des mesures pour ménager son retour. Je ne comprends pas même comment il se peut faire que la lettre d'envoi étant datée du 27 d'août et appa- lemment écrite à La Haye, où la lettre que j'ai dictée à Ghampre- nault, dont je prends aussi la liberté de vous envoyer une copie, était adressée, l'abbé de' la Bourlie, qui est en Angleterre ou sur la flotte anglaise, peut avoir écrit l'incluse, qui se trouve de même date. Je n'ai pas voulu interroger le prisonnier sur ces observations jusqu'à ce que vous eussiez vu l'une et l'autre lettre, mais je ne puis m'empêcher de croire de plus en plus que Ghamprenault est un véritable espion, envoyé par les Hollandais pour quelque dessein secret qui devait s'exécuter dans celles de nos provinces qui sont les plus méridionales, comme dans le Languedoc ou dans la Pro- vence, et si le rendez-vous qu'on lui donne à Bruxelles n'est pas une feinte, je pense qu'il a pour objet de donner à notre homme quelques nouvelles instructions pour l'exécution de ce projet. Je pourrai bien, si vous le jugez à propos, lui faire écrire une seconde lettre pour Utrecht, suivant la nouvelle adresse qu'on lui donne, quoique je n'espère pas qu'il nous en revienne aucun éclaircisse- ment qui puisse être utile au service du Roi. (A. M.) 'le commissaire labbé a m. d'argenson. Ce mémoire est pour avoir l'honneur de vous informer que la veuve Desmoulins, qui loge du monde dans le cul-de-sac de l'hôtel de Guéménée, me vient de donner avis qu'un officier de M. le gou- verneur de la B., nommé Tardif, lui amena, vendredi au soir, un particulier ayant une bandoulière, se disant garde de M. de Marlbo- rough et déserteur de son armée, qui se dit Français de nation, et ayant un cheval qu'il a mis ailleurs, disant qu'il le voulait vendre; il n'y a couché que deux nuits et y doit revenir, à ce qu'il a dit, ce soir. Cet officier de M. le gouverneur pourrait dire ce qu'il est. 18 septembre 1708. Apostille de M. d'Argcnson. — M. Bazin ira sur-le-champ parler à M. Tardif à la B., et ensuite chez la veuve Desmoulins, pour savoir qui est ce prétendu déserteur, et l'amener chez moi; j'ai écrit à M. le commissaire Labbé en conséquence. (B. A.) GEMEYER. 423 PONTCHARTRAIN AU MEME. Versailles, 26 septembre 1708. J'ai rendu compte au Roi de la lettre adressée à Champrenault en réponse de celle que vous avez pris la peine de lui faire écrire à La Haye. S. M. désire que vous l'interrogiez vivement sur le con- tenu de cette lettre que je vous renvoie pour cet effet. Je vous prie de ne rien oublier de toutes les particularités qui y sont contenues, et d'approfondir le plus qu'il vous sera possible son véritable sens, afin de découvrir si cet homme est véritablement un espion envoyé par les Hollandais, comme vous le soupçonnez. S. M. veut aussi que vous lui fassiez écrire une seconde lettre suivant la nouvelle adresse qu'on lui donne, comme vous le pro- posez, parce qu'elle pourra vous donner des nouvelles lumières pour le dessein des projets qu'il s'était proposé d'exécuter, étant d'ailleurs très important d'avoir des preuves plus convaincantes de sa mauvaise foi. Je vous prie d'avoir agréable de me faire savoir tout ce que vous en apprendrez, afin que j'en puisse rendre compte à S. M. (A. M.) CHAMILLART AU MEME. Fontainebleau, !«■■ octobre 1708. J'ai rendu compte au Roi des deux interrogatoires que vous avez fait subir à Tobie de Gemeyer, qui a été arrêté à Pont-Saint- Maxence et conduit au château de la B., en exécution des ordres de S. M. que je vous ai envoyés ; elle n'a pas jugé à propos d'y rien changer, son intention est qu'il y demeure jusqu'à la fin de la guerre, y ayant tout lieu de croire qu'il n'est venu en France qu'à mauvaise intention et pour exécuter quelque entreprise contre le service du Roi ; rien ne le prouve davantage que ce qu'il dit du sujet de son voyage pour voir M. Duchars, son oncle maternel, colonel de dragons, n'y en ayant aucun dans les troupes du Roi de ce nom-là. (A. G.) PONTCHARTRAIN AU MÊME. Je vous renvoyai la lettre de l'abbé de la Bourlie écrite à Cham- prenault et je suis surpris que vous ne l'ayez point reçue. J'ai rendu compte au Roi de la seconde lettre de cet abbé, dont vous m'avez envoyé copie, à laquelle il a joint une lettre de change 424 CHAMPHENAULT. de 250 liv., que vous prendrez la peine de faire recevoir et de garder. Je suis persuadé, comme vous, que Champrenault est un scélérat, ne vous lassez point de l'interroger sur tous les soupçons que vous avez contre lui, pressez-le souvent, vivement et de toutes façons, et n'oubliez rien pour l'obliger à vous découvrir son secret; comme il vous a paru avoir été ébranlé, je ne doute pas qu'en le pressant vivement vous ne le réduisiez à la fin. Je vous prie de me faire savoir tout ce que vous ferez, afin que j'en puisse rendre compte à S. M. Marly, 10 octobre 1708. P. S. Vous la trouverez ci-jointe, ayant été oubliée dans le temps. Apostille de M. d'Argenson. — Rien à répondre quant à présent, il faut attendre de nouveaux éclaircissements au sujet de la der- nière lettre que j'ai fait écrire par le prisonnier, samedi dernier, à l'abbé de la Bourlie, et que M. de Pontchartrain me fasse savoir les intentions du Roi touchant la lettre de l'abbé de la Bourlie à M. le comte de Guiscard, que M. le comte de Guiscard m'a renvoyée et que j'ai renvoyée ensuite à M. de Pontchartrain ; il faut aussi trans- crire cette lettre et joindre la copie au dossier concernant Cham- prenault, prisonnier à la B. (B. A.) CHAMILLART AD MEME. 13 octobre 1708. Sur le compte que j'ai rendu au Roi, S. M. a jugé à propos de faire enfermer Legrand au ch. de laB., sans permettre qu'il ait aucune communication avec qui que ce soit, sinon avec les per- sonnes que vous chargerez de le voir pour l'instruire dans la R. C, au cas qu'il y soit disposé. Vous trouverez ci-joint l'ordre du Roi nécessaire pour cet effet. (A. G.) PONTCHARTRAIN AU MÊME. 31 octobre 1708. J'ai encore parlé au Roi aujourd'hui sur ce qui regarde Cham- prenault, Suisse, émissaire de l'abbé de la Bourlie; il restera à la B. A l'égard de la Bourlie, le Roi souhaite qu'on emploie toutes sortes de moyens pour l'attirer en France, s'il est possible, et je le mande à M. le comte de Guiscard; ainsi voyez en quoi le prisonnier peut servir, afin d'tn faire usage. (A. N.) CHAMPRENAULT. 42Î M. d'argenson a chantepie, exempt. 9 décembre 1708. M. Chantepie s'informera chez un épicier, Vieille-rne-du-TempIe, près de la fontaine de l'Échaudé, s'il y a un cocher dont la femme se nomme Lespendery, si cette femme connaît L. Legrand et s'il est vrai qu'elle soit sa nièce. 11 s'informera aussi de cette femme, du lieu de son origine et de celui de Legrand, et me fera savoir au plus tôt ce qu'il en aura appris. Vous mettrez votre réponse à la suite de cette lettre. Réponse de Chantepie. — J'ai trouvé la femme du cocher qui se nomme Lespendery, elle m'a dit qu'elle était nièce de L. Legrand ; celte femme est originaire de Paris, elle ne sait point de quel pays est L. Legrand, mais elle le croit de 10 où 12 lieues d'ici. (B. A.) 10 décembre 1708. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 18 décembre 1708. On ne risque rien de hasarder une lettre que M. le comte de Guiscard écrira à son frère de la Bourlie, prenez la peine de dresser cette lettre en la manière que vous jugerez à propos, par rapport aux connaissances que vous avez tirées de Champrenault, et de l'adresser à M. de Guiscard, aGn qu'il l'envoie; on verra quel effet cela pourra produire et s'il faudra continuer. Je n'écris point à M. de Guiscard, je vous prie de lui faire mes compliments. (B. A.) TORCY A M. DE BERNAVILLE. Versailles, l*f avril 1709. Cette lettre vous sera remise par une personne que M. deCroms- trom doit envoyer à la B. pour voir M. Roland, Suédois, qui y est retenu; il n'y a aucune difficulté à lui laisser la liberté de voir ce prisonnier et de s'entretenir avec lui. (B. A.) RAPPORTS DE M. D'ARGENSON. 1709. Rolland, âgé de 21 ans, originaire de Stockholm. M. de Monastérol et M. le baron de Vettes l'avaient regardé comme un homme très suspect, et il a paru, par des papiers dont 426 BROCK. il s'est trouvé saisi, qu'il ne pouvait avoir d'autre talent que celui d'être espion, sur quoi il a été ordonné de veiller à sa sûreté et à ce qu'il ne pût avoir de commerce avec personne. Apostille de Pontchartrain. — Liberté. 19 octobre 1709. Romuald Viard. Il est âgé de 35 ans, originaire de Vesel, pays de Glus. C'est un étranger très suspect, venu à Paris sans passeport, et dont par con- séquent la liberté doit être différée jusqu'à la paix générale; il est cordelier conventuel et paraît bomme de beaucoup d'espril, ce qui confirme encore le soupçon que sa naissance et son arrivée dans le royaume ont pu faire naître. En 1712. Il a été arrêté comme espion, je crois que la présente conjoncture demande qu'on soit encore de même à l'égard de ce moine étranger, qu'il n'y aura plus d'inconvénient de rendre libre si les négociations d'Utrecht ont le succès qu'on en espère. En 1713. Il est mort le 18 juin 1713. 1714. Pierre-Welzuer de Brock, etc. Il est né sujet de l'Électeur palatin, et c'est pour la seconde fois qu'il est venu en France comme espion des ennemis; il désavoue la plupart des faits que son frère et Flack et un jeune Espagnol, Sorel, qui l'a servi longtemps, lui ont soutenu par rapport à son premier voyage; mais si ce désaveu empêcba qu'on eût contre lui une preuve entière, il n'effaça pas les justes soupçons qu'excitaient le pays de son origine, les réponses de son frère et de son valet, les services qu'il a rendus à la maison d'Autriche, et les différentes courses qu'il a faites parmi les ennemis, ce qui me fît conclure qu'il était à propos de le laisser à la B. jusqu'à la paix. Il fut fort malade l'année dernière d'une rétention d'urine, et il doit sa guérisoQ aux soins assidus de M. de la Carlière et de M. Rheil, chirurgien ordinaire de ce château, mais je crus que la paix de l'empire devait précéder sa liberté. J'ajoutai que cet homme paraissait également audacieux et mau- vais, capable d'entreprendre les plus grands crimes et de les entre- prendre sans rien craindre. Il a été plusieurs fois attaqué d'une rétention d'urine dont il a pensé mourir, mais cette indisposition n'a pas empêché qu'il ne fût fort violent et qu'il n'ait porté quelquefois sa violence jusqu'à la fureur; il est aussi très industrieux et on a été obligé d'avoir sur lui une particulière attention; mais la paix générale étant conclue, LA VALETTE. W7 je pense qu'on ne peut lui refuser sa liberté, à condition qu'il sor- tira du royaume et qu'il sera conduit jusque sur la frontière. Sorti le 28 novembre 1714, relégué hors du royaume. 1714. G. Flack. C'est le frère du prétendu baron de Brock, mais il ne paraît pas avoir part à ses perfidies et l'on ne peut lui imputer que d'être venu en France sans passeport, quoiqu'il soit né sujet d'un prince ennemi, et d'avoir cru trop légèrement les discours de son frère, qui est un véritable scélérat; cependant il semble que la conjonc- ture présente de la guerre ne permet pas encore de le rendre libre. C'est l'avis dont je fus d'abord, et l'année dernière je me crus obligé d'en être encore, d'autant plus que la guerre avec l'empire continuait toujours ; au reste, sa santé paraissait fort bonne et son esprit fort tranquille. Sa santé continue d'être parfaite ainsi que sa docilité, aussi toutes les personnes qui ont été avec lui s'en sont toujours fort louées, et la paix générale étant conclue, je pense qu'il peut être rendu libre sans condition. 1714. De la Valette. Les interrogatoires de ce prisonnier, que j'ai eu l'honneur d'en- voyer à M. de Chamillart, lui ont fait connaître que cet homme a passé du service du roi d'Espagne dans celui de la maison d'Au- triche, et qu'il a eu la confiance de M. de Langallerie pendant le siège de Milan. Il parut donc que le peu de précautions qu'il avait prises pour revenir en France ne permettait pas de douter qu'il n'y fût rentré dans de mauvaises vues. Aussi M. de Chamillart me fit l'honneur de me marquer, par une de ses lettres, que l'intention du Roi était que ce prisonnier de- meurât à la B. jusqu'à la paix. Je crus même que celles conclues avec l'Angleterre, le Portugal, le roi de Prusse, le duc de Savoie et la Hollande ne suffisaient pas pour donner lieu à sa sortie, jusqu'à ce que la guerre de l'empire fût entièrement terminée. La fureur et les caprices de ce prisonnier ont fort intéressé sa santé, il tombe même quelquefois dans des égarements d'esprit qui pourraient bien le conduire à la folie; ainsi, la paix générale étant conclue, sa liberté n'ayant été différée que jusqu'à ce temps- là, ce serait une charité très grande que de l'envoyer pour 2 ou 428 GEMEYER. 3 mois dans la maison des religieux de la charité de Charenton, aûn qu'il y pût prendre l'air avant que de le renvoyer à Sommiers, en Languedoc, qui est le lieu de son origine, en cas que sa raison revienne un peu. Sorti. Conduit à Charenton le 28 novembre 1714. 1714. Gemeyer. C'est ce prisonnier dont j'ai eu l'honneur d'envoyer les interro- gatoires à M. le chancelier, il déclare par ses réponses avoir été lieutenant dans les troupes de Lunebourg, à la solde des états généraux, mais il ne rend pas un fort bon compte des motifs qui l'ont obligé de quitter le service des ennemis et de passer en France; il attribue l'un et l'autre tantôt aux injustices qu'il prétend avoir reçues, et tantôt au chagrin d'avoir été arrêté et soupçonné d'être le complice de Gautier, qui avait médité l'enlèvement de M. Huguetan, et enfin au pressant désir qu'il avait de venir proposer à M. de Chamillart l'enlèvement de ce banqueroutier frauduleux, qui a joint l'insolence la plus odieuse à la mauvaise foi la plus insigne. Cependant les démarches de ce prisonnier, qui a un frère au service des états généraux et un autre établi à La Haye, jointes aux périls qu'il s'est offert de tenter pour le service de la France, ne peuvent être attribuées à bonne intention et font présumer, avec beaucoup d'apparence, qu'il avait dessein d'exécuter quelque entre- prise extraordinaire par l'ordre et pour le service de quelqu'un des souverains qui étaient alors en guerre avec le Roi ; ainsi je crus qu'il n'était pas à propos de lui rendre sa liberté avant la paix générale. En 1713 je fus encore du même avis, malgré celle conclue avec la Hollande ; les gens de cette espèce ne pouvant que rentrer dans les mêmes engagements qui les faisaient vivre et se présenter pour espions toutes les fois qu'ils en trouveront l'occasion. J'apprends aujourd'hui qu'il se porte bien et a abjuré la religion ulhérienne pour embrasser la catholique, on l'a même jugé digne d'approcher des sacrements, et je pense qu'on peut lui rendre sa liberté sans aucun inconvénient, puisqu'elle n'avait été différée que jusqu'à la paix générale, qui est à présent conclue. Sorti sans condition, le 28 novembre 1714. (B. A.] BARBUiH. 429 BARBIER*; CAVOIE; HAINFRAY. Nouvellistes. M. MORIN A MADAME DE LA COUR*. Plus de nouvelles, madame, les canaux en viennent d'être coupés par l'ordre de M. de Torcy, qui a fait arrêter 30 commis qui se donnaient le soin de les répandre dans le public, malgré les défenses expresses qui leur en avaient été faites novissime. On prétend que c'est un effet du crédit du sieur Pajot, qui, s'étant aperçu que de- puis quelque temps la Gazette de Hollande ne lui produisait plus rien ou peu de chose, s'en est pris aux gazettes manuscrites et à leurs auteurs, qui nous informent et plus tôt et plus exactement des détails qu'elle contient. (B. M.) TORCY A M. D'ARGENSON. Versailles, M mars 1708. La licence des écrivains de gazettes à la main devient si grande, nonobstant les punitions faites l'année passée, que la sûreté des lettres du public en souffre considérablement. Ces gens ayant des liaisons avec quelques commis de la poste, il se trouve de temps en temps des lettres ouvertes pour en tirer les nouvelles néces- saires à l'entretien du gain qu'ils font par le commerce de leurs gazettes. Ces jours passés,* M. le nonce s'est plaint que les lettres qu'il écrivait à Rome avaient été ouvertes, aussi bien que celles qui lui ont été écrites par le même ordinaire. Gomme l'intérêt du Roi et celui du public se trouvent joints en cette occasion au désir que S. M. a d'accorder une juste satisfaction à ce ministre, elle m'a commandé de vous envoyer ses ordres pour faire arrêter et conduire à la B. deux commis soupçonnés de cette malversation. Vous ferez, s'il vous plaît, exécuter cet ordre le plus secrètement qu'il vous sera possible, parce que, s'ils en avaient la moindre connaissance, ils pourraient s'évader tous deux, craignant depuis 1. Ordres d'entrée du 19 octobre 1709 et de sortie du 4 décembre 1710, Contre-signes Torcy. 2. Madeleine-Charlotte-Émilie de Caumartin, mariée en 1690 à M. de La Cour. 430 BARBIER. quelque temps un pareil châtiment; mais, après qu'ils auront été arrêtés, il est nécessaire que la nouvelle s'en répande, et particu- lièrement que M. le nonce en soit instruit. Vous ferez en même temps, s'il vous plaît, une recherche de tous les écrivains de nouvelles, dont quelques-uns donnent en Hollande des avis très contraires au service du Roi. L'intention de S. M. est aussi que vous interrogiez les deux com- mis que vous aurez fait arrêter sur leurs correspondances et sur leurs associés, afin de pouvoir dans la suite remédier à un mal qu'il serait bien nécessaire de faire cesser s'il était possible. (B. A.) LE COMMISSAIRE DE SOUCY A M. D ARGENSON. Hier, lorsque Barbier fut arrêté, il se trouva une demoiselle qu'il loge, qui se nomme M. -A. de Vertot, femme de J. de Prevaudin, capitaine dans le régiment d'Egmont, lequel fut fait prisonnier de guerre lors de la bataille de Ramillies. Elle me dit que son mari est actuellement en Hollande; cette demoiselle est native de Gand, où son mari l'a épousée, et me fit entendre qu'elle était venue en cette ville, au mois de novembre dernier, avec madame de Ba- gnoles, de qui elle est connue. Elle a demeuré, à son arrivée, chez M. Boivin, demeurant chez M. Bontemps, aux galeries, et au com- mencement de janvier dernier elle est venue loger chez Barbier, ne s'étant pu accommoder chez M. Boivin. \' ous aurez pour agréable de me marquer vos intentions, au cas que vous jugiez à propos que je fasse quelque démarche à cet égard. (B. A.) 12 mars 1708. TORCY A M. D ARGENSON. 15 mars 1708. J'apprends par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire que vous avez fait arrêter, suivant les ordres du Roi, Barbier et Cavoie, commis de la poste; la femme du premier assure que son mari ne se mêlait plus d'écrire des nouvelles ; on pouvait s'atten- dre qu'il nierait d'avoir continué ce commerce défendu. Elle attri- bue son emprisonnement au silence qu'il a gardé au sujet d'une femme flamande logée chez lui depuis trois mois, sans l'avoir dé- claré au commissaire du quartier. Cette femme est de Bruxelles, HAINFRAY. 434 elle s'appelle Prévaudin, elle chante, elle joue du clavecin; si vous voulez bien interroger Barbier sur cet article, on trouvera peut- être qu'il est coupable de choses dont on ne l'eût pas soupçonné en l'arrêtant. 23 décembre 1709. Je vous remercie des éclaircissements que vous avez pris la peine de me donner au sujet de Hainfray. Comme vous connaissez l'im- portance de cette affaire, je suis persuadé qu'il n'en échappera rien à votre pénétration; il est certain que le public se croit intéressé à la découverte de la vérité et à la punition du coupable, et que bien des gens demandent pourquoi l'on ne remet pas au parlement à faire justice d'un crime qui attaque la sûreté publique. Si Hainfray a quelque sens, il doit tout faire pour ne pas sortir de vos mains, ne. pouvant espérer de grâce, s'il est une fois livré à la sévérité du parlement; le seul moyen de l'éviter est de vous déclarer ingénue- ment et de bonne foi tout ce qu'il a fait, je l'ai dit à son père, mais il m'a répondu que ne pouvant ni parler ni écrire à son fils, il lui était impossible de l'exhorter à faire une confession sincère; je ne crois pas cependant qu'il soit à propos de permettre entre eux aucune communication. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. Versailles, 30 décembre 1709. Quoique je ne doive ni ne veuille entrer dans l'affaire d'Hainfray, qui regarde uniquement M. de Torcy, je ne puis m'empêcher de vous demander un éclaircissement sur un mémoire anonyme que j'ai reçu, par lequel on me marque que Latine, un de mes valets de chambre, était depuis longtemps en relation avec Hainfray, et qu'il vous sollicite fortement pour lui; comme vous savez qu'il m'est important en tous sens d'en savoir la vérité, je vous prie instamment de la démêler à fond, adroitement et sous main, sans commettre personne, et de me faire part de ce que vous aurez appris, vous promettant de ma part tout le secret que vous exige- rez de moi. (B. A.) 432 DE BOURGES, DUMONT^; DE BOURGES 2; LA FRESELIÈRE^ Discipline. PONTCHARTRAIN A M. D'aRGENSON. Versailles, 18 avril 1708. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite au sujet de M. de Bour- ges, qui avait mis une affiche extraordinaire pour faire une recrue pour les compagnies de la marine de Rochefort, et l'ai lue au Roi; S. M. a jugé qu'il méritait punition, et je vous envoie, pour cet effet, son ordre pour le faire mettre à la B. Gomme il ne s'agit point de crime et que l'ignorance a plus de part à sa faute que toute autre chose, vous ferez prendre les mesures nécessaires pour l'exécuter sans éclat et sans mauvais traitement. Vous chargerez en même temps quelqu'un de confiance de prendre soin de sa recrue, qui se dissiperait entièrement, et de la faire subsister jusqu'au départ, qui ne sera différé qu'autant de temps qu'il faudra pour trouver quelque officier du département de Rochefort qui puisse l'y con- duire. Ce particulier a une route pour sa recrue, que vous aurez soin de lui demander, pour ne point perdre de temps à en faire expédier une autre; il a fortement nié d'avoir vendu ou échangé aucun soldat avec des officiers de terre, et il est convenu des 250 liv. reçues de Rondel, dont il dit s'être servi pour faire subsister la recrue et lever deux autres soldats, meilleurs que celui-là. Si cependant vous avez d'autres notions sur sa conduite, je vous prie de me le faire savoir. (A. M.) BAZIN, EXEMPT, AU MEME. 19 avril 1708. J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. de Bourges est à la B. Je lui ai demandé combien il avait fait partir d'hommes, il m'a dit i8 ou 20. et m'est convenu de les avoir donnés à son frère, qui est capitaine dans le régiment de Vexiu, qui a fait toutes les avances de cette recrue. 1. Ordres d'entrée du 21 mars et de sortie du 4 avril 1708. 2. d" du 18 avril d* du 3 mai — 3. d* du 25 mai d" du 26 juillet 1708. Ordres coutre-sigaés Pontchartrain et Chamillart. DE BOURGES. 433 11 m'a chargé de vous dire qu'il vous demande bien excuse, s'il vous a parlé un peu haut, et vous prie de lui être favorable auprès de M. de Pontchartrain. ■2[ avril 1708. Louis de Bourges, etc., a dit et déclaré ce qui suit, savoir est, qu'étant arrivé en cette ville de Paris pour y faire une recrue, et voulant en faciliter le succès, il a averti le public par des affiches contre la vérité, qu'il faisait cette levée pour les Indes espagnoles, sous prétexte qu'un de ses frères, qui est aussi garde de la marine, et doit servir sur un navire armé en course pour le compte et sous les ordres de M. Du Gleré, capitaine de brûlot, se propose d'aller croiser sur ces mers. Ajoute que, par une plus grande faute, il a donné à un de ses frères, capitaine au régiment de Vexin, la recrue qu'il avait faite pour le service de la marine, tant parce que son frère en a fait toute la dépense que parce que lui, déclarant, a su que sa compagnie étant réduite à 13 hommes, il serait cassé infail- liblement; ainsi ledit sieur Gabriel de Bourges, qui avait une route de cO hommes, contre-signéc par M. de Ghamillart, conduit actuel- lement la recrue, composée de 15 hommes, sur le chemin de Lyon, pour l'incorporer dans sa compagnie, qui est en garnison dans la ville d'Exilés, en Dauphiné, en quoi le déclarant convient qu'il a très grand tort. (B. A.) M. CAMUZET AU MEME. 26 avril 1708. J'ai parlé, suivant vos ordres, à M. de Bourges, garde-marine. Il m'a dit, dans la conversation, qu'il voyait bien que vous aviez trouvé très mauvais qu'il eût tiré 25 pisloles du maréchal pour donner à son fils le congé qu'il demandait, et m'a prié de vous assurer de sa part, qu'il ferait à ce maréchal telle raison qu'il vous plairait d'ordonner, vous suppliant très humblement de lui être favorable auprès de M. le comte de Pontchartrain. Il serait bon que le maréchal dît ce qu'il veut que M. de Bourges lui rende, afin de le disposer à cela, et que lorsque l'ordre sera venu pour sa liberté vous me fassiez l'honneur de me le faire savoir, afin que cet homme ne sorte pas qu'il n'ait fait raison à ce pauvre maréchal de l'argent qu'il a si injustement tiré de lui. J'en ai déjà prévenu M. de Bcrnaville, qui a de l'argent à lui. 28 434 LA FRESELIÈRE. Apostille de M. d'Argenson. — Je vous parlerai sur cela un de ces malins, et je doute que l'ordre pour la liberté du prisonnier vienne sitôt. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MEME. 2 mai 1708. J'ai reçu les lettres que vous m'avez écrites au sujet de M. de Bourges, et en ai rendu compte au Roi; il s'en est peu fallu que S. M. ne l'ait cassé, trouvant dans sa déclaration une seconde faute, ajoutée à sa ridicule affiche, et par conséquent une fausseté dans le premier aveu qu'il vous avait fait, en marquant que la recrue qu'il levait était destinée pour les compagnies de la marine. Sa détention en sera plus longue, et il aura le loisir de faire les ré- flexions nécessaires pour apprendre à tenir une conduite plus sage, cependant S. M. veut bien qu'il voie son frère, et je le mande à M. de Saint-Mars. 9 mai 1108. Le Roi a bien voulu accorder la liberté à M. de Bourges, je vous envoie l'ordre nécessaire pour le faire sortir de la B.; j'en expédie en même temps un autre pour le casser. On m'a dit que toute la recrue qu'il avait levée n'était point partie avec son frère, et qu'il en est resté à Paris 7 ou 8 hommes qu'il serait juste de procurer à la marine, puisqu'elle a été faite sous son nom; je vous prie d'y avoir attention, et de me faire savoir ce que cette dernière levée sera devenue. Je vous avertis au surplus que l'ordre que vous avez donné de biffer ses affiches n'a pas été bien exécuté, et on en a encore lu une samedi dans la rue Saint-Martin. (A, M.) CHAMILLART A M. DE SAINT-MARS. 13 mai 1708. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire; l'in- tention du Roi est que vous traitiez M. le marquis de la Freselière avec toutes sortes d'honnêtetés, et que vous lui laissiez la même liberté que S. M. avait accordée à M. le marquis de Surville ^ (A. G.) 1. M. de la Frezelière était maréchal de camp et lieutenaat général d'artillerie; il prétendit prendre jour à son rang à l'armée et à son tour, au lieu d'une seule fois par campagne; il fut refusé et il avait envoyé sa démission. On lui répondit par un ordre de se rendre à la B. M. de Boufllers obtint sa grâce et le mena avec lui au siège de LillCi DUMAY. 435 DUMAY^ Porte-clef infidèle. PO:«TCHARTRAIN A M. BERNAVILLE. Fontainebleau, 22 juillet i708. M. de Saint-Mars m'écrivit, il y a quelque temps, sur un porle- clef qu'il a fait mettre en prison pour avoir rendu dans la ville des lettres qui lui avaient été données par des prisonniers, et il me mandait que vous deviez me donner un mémoire plus ample sur cette affaire; vous m'avez apparemment cherché sans pouvoir me voir, ainsi envoyez-moi, s'il vous plaît, ce mémoire le plus tôt qu'il se pourra, pour voir en quoi consiste sa faute. (A. N.) LE MEME A M. DE SAINT-MARS. Fontainebleau, 21 août 1708. J'ai vu le mémoire que vous avez donné au sujet de Dumay, l'un de vos porte-clefs; le lloi, en louant votre attention et votre exacti- tude, trouve que non seulement il doit être chassé, ainsi que vous l'avez résolu, mais qu'il est bon de l'enfermer jusque à la fin de l'année à l'hôpital, de manière que je vous envoie l'ordre pour l'y faire conduire. (A. N.) LEBÈGUE^. Faux sorcier. M. D ARGENSON A PONTCHARTRAIN. Quelques parents de l'abbé Chesnet, prêtre, âgé de 62 ans, du nombre desquels M. le président Chevalier, m'ayant présenté un mémoire au sujet du désordre et du dérangement où cet ecclé- siastique est tombé depuis quelques années, causé par Lebègue, faiseur de creusets et de fourneaux de terre, et sa femme, gens 1. Ordres d'entrée du 21 août et de sortie du 31 décembre 1708. Contre-signes Pontchartrain. 2. Ordres d'entrée du 21 septembre 1708. 436 ABBÉ CHESNCT. artificieux et subtils, quoique d'un état fort commun, lui ont inspiré la malheureuse passion de souffler et de chercher la pierre philosophale, ce qui l'a tout à fait éloigné de sa famille et ruiné en partie. Je m'en suis fait informer, et j'ai appris que ce mémoire élait véritable dans toutes ses circonstances, que cet ecclésiastique était logé depuis 6 mois dans un galetas en cette ville, Vieille-rue- du-Temple, avec cette femme Lebègue, buvant et mangeant ensem- ble, et couchant dans le même heu, pendant que le mari était logé dans une maison de. cet ecclésiastique, sise à Valenton, à 2 heues de Paris, en qualité de concierge. J'ai fait arrêter Lebègue et sa femme par de Boutandon, lieutenant de la compagnie de M. le prévôt de l'île, et commandant la brigade de Charenlon, et ils sont dans les prisons du grand Ghâtelet. Dans le galetas où était logée cette femme Lebègue avec l'abbé Chesnet, on a trouvé plusieurs vases de grès remplis de terre noire, avec du vitriol, des sels et liqueurs, alambics, quelques fourneaux et creusels, du charbon, plusieurs livres et manuscrits traitant de chimie, de la médecine universelle, des astres et autres sujets, suivant le procès-verbal du commissaire deLajarie, qui font connaître l'occupation actuelle de cet abbé à la recherche des trésors, et dans la maison de Valentou il s'y est trouvé un bien plus grand nombre de fourneaux, creusets, de matières préparées et ustensiles propres à souffler. J'attends les ordres nécessaires pour faire mettre, suivant volrc meilleur avis, Lebègue à Bicêlre et sa femme à la Salpètrière, jusqu'à nouvel ordre. A l'égard de cet ecclésiastique, M. le cardinal de Noailles, qui est instruit de ce désordre et dérangement, est d'avis qu'il soit renfermé dans quelque séminaire, afin de lui ôter les occasions et l'envie de continuer de souffler et de se ruiner, parce qu'étant trop préoccupé de cette passion, il ne manquera pas de s'y occuper de nouveau, et d'être encore la dupe de gens semblables à Lebègue et sa femme. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. 25 septembre 1708. Le Roi convient que Lebègue cl sa femme, suivant ce que vous dites d'eux, sont de véritables objets de l'hôpital, cependant S. M. veut que vous les fassiez conduire à la B., que vous les interrogiez à fond sur leur chimie et sur leurs complices, que vous approfon- LEBÉGUE. 437 dissiez leur invocation des esprits, leur recherche des trésors, et que vous voyiez si, sons prétexte de chimie, il n'y aurait point de fausse monnaie, comme cela arrive souvent et presque toujours, et que vous interrogiez même M. Chesnet à fond sur tout cela, après quoi on verra ce qu'il conviendra de faire à l'égard des uns et des autres. Apostille de M. d'Argenson. — J'ai remis l'ordre à Boulandon, il faudra faire venir l'abbé, que j'interrogerai après que les autres l'auront été. 9 octobre nos. J'attendrai les interrogatoires que vous me promeltez de Lebègue et sa femme, prisonniers à la B., et je compte que vous ne man- querai pas de faire arrêter Dury lorsqu'il sera de retour de la campagne. Apostille de M. d'Argenson. — Vous les recevrez incessamment, je n'ai pu joindre encore l'abbé Chesnet pour avoir le sien, ce sera pour jeudi. 31 octobre 1708. A l'égard de l'abbé Chesnet, rien n'est mieux que de l'engager à se retirer pour quelque temps dans un séminaire, mais il faut auparavant l'interroger, et que ce soit au plus tôt, parce que ce que vous apprendrez de lui servira à convaincre les autres et ù découvrir les choses qu'ils n'ont pas déclarées; mandez-moi de quelle naissance il est. J'attends toujours que vous interrogiez à fond l'abbé' Chesnet sur ses chimères et son commerce avec Lebègue et sa femme. 13 novembre 1708. Souvenez-vous de l'abbé Chesnet, lorsqu'il sera en état d'être interrogé. (B, A.) 28 novembre 1708. M. D ARGENSON A PONTCnAUTRAIN. Il est interrogé et vous recevrez incessamment ses interroga- toires. (B. A.) 2 décembre 1708. RAPPORT DE M. d'aRGENSON. Antoine Bègue, mis au château de Bicêtre le 4 novembre 1708. 11 est âgé de 68 ans, originaire d'Écouen. 43S PEDRO DE JÉSUS. C'est le mari de M.-J. Oleire, qui est enfermée à la Salpôtrière, pour avoir abusé de la confiance du pauvre abbé Chesnet, chez qui ils s'étaient introduits en qualité de domestiques, et à qui ils avaient promis le secret de la pierre philosophale; ils lui avaient aussi fait entendre qu'ils avaient le secret d'un remède spécifique contre toutes sortes de maladies, et qui avait la vertu de faire vivre jusque dans une extrême vieillesse; mais ils furent obligés de con- venir de leurs impostures à la B., où ils furent conduits d'abord, et je pense qu'il est à propos de les laisser à l'hôpital jusqu'i\ ma première visite. Il est mort dans le courant de l'année 1709; la femme a été mise en liberté en 17 H. (B. N.) PEDRO DE JESUSi. Aventurier. RAPPORT DE M. D'ARGENSON. Le faux dom Pedro de Jésus, qui se disait fils du roi de Maroc, âgé de 24 à 25 ans, mis ;i l'hôpital de Charenton, le T"" juin 1710. Une fohe affectée donna lieu à le faire transférer dans cette mai- son, où il n'a pas été un mois sans témoigner qu'il était dans tout son bon sens; il convient qu'il n'est pas fils du roi de Maroc, mais il soutient que son père est un gouverneur de province, et il ne peut se résoudre à quitter toutes ses chimères; ainsi, pour le punir de son imposture et de sa folie affectée, je pense qu'il sera h pro- pos de le ramener à la B. La réponse de M. de Pontchartrain fut : qu'il fallait l'envoyer à Vincennes pour un an, et on verra alors qu'en faire. Il a été trans- féré à Vincennes le 10 novembre 1710. 1715. Sa raison est fort dérangée, il parle sans suite et il lui prend assez souvent des accès de fureur, dont le dernier a pensé coûter la vie à un de ses camarades; ainsi tout paraît concourir à faire continuer sa détention. La réponse de M. de Pontchartrain, du 10 septembre 1715, fut qu'il fallait le laisser où il était. (B. N.) 1. Ordres d'entrée du 22 décembre 1708 et do sortie du 21 mai 1710. Contre-signes Pontchartrain. DE LA BOULAYE. 433 DE LA BOULAYE^; DE MAISONTIERS^; DE BEAUMONT^; DE GUITAUT; DE MONTEREAU*. Discipline. VILLAES A CïïAMILLART. Au camp d'Oulx^ 14 août 1708. J'appris hier, en arrivant ici, l'agréable nouvelle de l'infâme reddition d'Exilés ^', la garnison prisonnière de guerre, après deux jours d'attaque, et sans qu'il y eût tranchée ni brèche. Vous ver- rez par la dernière lettre que j'ai reçue du commandant, si l'on pouvait s'attendre à pareille infamie. M. de Muret lui avait laissé 200 hommes choisis, outre la garnison, et il avait abondamment tout ce qui peut être nécessaire pour une bonne défense ; enfin ces misérables-là se sont rendus le 12, et le canon n'a tiré que du 9 au soir. Je pouvais espérer des avantages considérables par la séparation des quartiers de M. le duc de Savoie, les troupes de M. de Médavy faisant une diversion embarrassante et m'étant assez inutiles pré- sentement, j'avoue que je suis outré de colère ; je ne puis vous en dire davantage. Je marche dans ce moment vers Fenestrelle; j'ai envoyé M. de Muret pour commencer à m'ouvrir les chemins et les moyens de soutenir Fenestrelle, et retirer la Perouze. J'espérais beaucoup mieux sans la misère de cette garnison, à laquelle j'avais ordonné de se faire emporter sur la brèche, plutôt que d'écouter aucune sorte de capitulation. Je reçois dans ce moment la réponse dont S. M. a bien voulu honorer ma dépêche du 6 ; pardonnez-moi la liberté de vous dire que je puis n'être pas bien content quand j'apprends par celle que vous me faites l'honneur de m'écrire et par ce qui me revient 1. Ordres d'entrée du 2 janvier et de sortie du 12 mars 1709. 2. d" 14 do d» 21 janvier 1709. 3. d" 22 d" do 29 mai 1709. 4. do 22 août d» 4 novembre 1709. Ordres contre-?ig:nés Chamillart, Voysin et Pontchartrain. 5. La forteresse d'Exilés défendait le passage de Briançon à Suze; sa situation, sur le sommet d'une montagne, la rendait presque inexpugnable, et le chevalier de Belle- Isle y périt, le 19 juillet 1745, lors de l'assaut infructueux qu'il donna contre le corps de la place. 4î0 DE LA BOULAYE. d'ailleurs, que vous croyez tout facile ; il n'y a que trop d'exemples depuis quelques années qui prouvent que la conduite des armées ne l'est pas, et je vous assure que quand vous voudrez bien l'ap- profondir et avec des gens éclairés et fidèles, vous trouverez que la conduite de celle qui couvre les frontières de Provence et de Dauphiné, telles qu'elles sont présentement, est des moins aisées; jugez-en par la défense de la moins mauvaise des places qui les couvrent. On dira : les ennemis ne pouvaient rien faire de plus que prendre Exiles et Fenestrelle, mais si l'on n'avait songé qu'à conserver ces deux pustes, il aurait fait pis, et il vous reviendra que l'affaire de Sezanne les mettait dans le désordre, si la garnison d'Exilés eut bien voulu seulement se défendre 5 ou 6 jours : ce n'était pas lui demander trop, Dans le moment que je ferme cette lettre, il m'arrive divers paysans de Suze, de Chaumont et d'Exilés, qui me rapportent tous unanimement que dès bier au soir, la plus grande partie de l'armée des ennemis avait passé le col de la Fenestre, et descen- dait sur Balbotet ; les syndics de Praguelas m'assurent en même temps que la garnison de Fenestrelle a abandonné la route de Lodi, qui me donnait un accès pour le secours. Je vous avoue que je suis au désespoir de cette mollesse, et comme je suis bien fâché, je m'en vais vous fâcher aussi : les gens qui reviennent de Suze, ont trouvé la garnison d'Exilés que l'on menait à Turin ; le seul de nos gens qu'il y ait eu de blessé dans Exiles, sans aucun tué, est maître Jean Sour, bourgeois d'Exilés, qui avait acheté une charge de garde-magasin: les ennemis n'y ont perdu personne, et du côté de l'attaque il y avait deux piques de hauteur de roc à ne pouvoir craindre ni assaut ni escalade. Je suis assuré que vous serez bien en colère, mais en vérité pas tant que moi. (A. G.) CIIAMILLART A YILLARS. Fontainebleau, 18 aoiitlTOS. J'ai été sensiblement surpris en lisant la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. J'avais pris la précaution de demander à votre courrier, avant que de l'ouvrir, si les nouvelles qu'il appor- tait étaient bonnes ; il m'avait dit qu'elles n'étaient pas mauvaises; je ne croyais pas y trouver Exiles pris sans avoir été attaqué, et que M. de la Boulaye, très ancien officier, qui avait été lieutenant- DE LA BOULAYE. 441 colonel du régiment d'Aunis, eût déshonoré sa mémoire par une indignité pareille à celle de se rendre prisonnier de guerre avec toute sa garnison. Je ne crois pas que le Roi l'échange des pre- miers ; il conviendrait, ce me semble, au bien de son service, de faire quelque exemple de sévérité afin d'apprendre aux autres qui pourront se trouver en pareil cas h mieux faire leur devoir. Pour moi, je vous déclare que s'il m'écrit, je ne lui ferai pas réponse ; il ne faut pas se flatter que vous puissiez sauver Fenestrelle. M. de Savoie tient les hauteurs des deux côtés, il faut qu'il ait fait une grande diligence pour passer le col de la Fenestre ; on pourrait se consoler si ce qui va se passer de ce côté-là entre ci et peu de jours pouvait finir votre campagne. Gomme il y a peu de gens qui connaissent le pays oii vous êtes, hors ceux qui y ont fait la guerre, M. le maréchal de Gatinata beaucoup de part aux éclaircissements dont le roi a souvent besoin et qu'il peut seul lui donner ; vous connaissez sa sagesse et sa mo- dération, je l'ai pris pour modèle, peut-être que vous ne trouverez pas que j'ai mal fait. (A. G.) LE MÊME A M. d'ANGERVILLIERS, INTENDANT DU DAUPHINÉ. Fontainebleau, 19 août 1708. Je vous avoue que j'ai été bien surpris d'apprendre la prise d'Exilés; on n'aurait pas pu imaginer qu'un vieil et ancien officier, comme M. de la Boulaye eût rendu celte place aussi indignement qu'il a fait. A la façon dont M. de Savoie traite les prisonniers, ceux qui ont leur liberté devraient la vendre chèrement, avant de consentir h la perdre ; il faut espérer que le sort d'Exilés, beau- coup plus prompt qu'il n'aurait dû l'être, ne donnera à M. de Savoie d'autres avantages que ceux de couper la cummunication de Fenestrelle et de finir sa campagne sans courir aucun risque, ce qui aurait pu lui arriver aisément si, avant la reddition d'Exilés, M. le maréchal de Villars avait eu deux ou trois jours de plus. (A. G.) LE MÊME A VILLARS. Versailles, 2 septembre 1708. Toutes les lettres que je reçois de vous, dans lesquelles vous rappelez le nom de la Boulaye et la manière dont il a rendu 442 DE LA BOULAYE. Exiles, renouvellent la juste douleur que vous en devez avoir, de trouver des sentiments aussi indignes dans un ancien officier qui a été lieutenant-colonel du régiment d^Aunis, depuis 1690 jusqu'au mois de mai 1706, qu'il a été placé à Exiles. Il y a bien de l'appa- rence qu'il était connu de vous, le régiment d'Aunis ayant servi en Italie et en Allemagne. Dans le courant de la présente guerre, il s'était trouvé sur la liste des anciens officiers à placer avec 35 années de service ; le maréchal de Tallard l'avait recommandé avec distinction dans le temps qu'il servait sous lui ; il n'a eu d'autre recommandation pressante pour lui que celle de ses longs services, mais l'argent fait quelquefois tourner la tête aux hommes, si vous pouvez le retirer des ennemis sous prétexte d'échange, ce serait un grand bien pour le faire servir d'exemple dans la suite ; je doute, pour peu qu'il se sente coupable, qu'il donne dans le panneau; lorsque les preuves se trouveront un peu mieux établies contre lui, ce que je connaîtrai par le mémoire et les dépositions des particuliers que M. d'AngervilIiers aura enten- dus, on pourra, pour lors, en exécution des résolutions de S. M., lui faire faire son procès dans les formes, s'il paraît qu'il y ait eu quelque intelligence avec les ennemis. (A. G.) YILLARS A CHAMILLART. Au camp du Puy-de-Pragelas, 30 août 1708. Vous trouverez encore ci-joint de nouvelles preuves de la trahi- son du commandant d'Exilés. Je ne saurais croire qu'il soit assez fol pour revenir, à moiiis qu'il ne suivit le proverbe qui dit que le voleur va chercher sa corde ; pour moi, je serais d'avis que l'on lui fît son procès absent, et condamner à être roués et dégradés des armées tous les officiers qui ont signé la capitulation. On pourra leur faire savoir que l'on travaille à leur procès, et qu'ils aient à envoyer ce qu'ils imagineront pouvoir servir à leur justification, et les noms de ceux qui n'ont pas signé la capitulation. Jamais on n'a vu pareille infamie ; j'ajouterai que je lui avais ordonné tout haut, et en présence de 40 officiers généraux et particuliers, et de M. Pintendant, de se laisser emporter d'assaut plutôt que d'écou- ter aucune capitulation, lui faisant voir que la place était fort bonne, ne pouvant être battue qu'avec peine, et par des endroits où elle est presque inaccessible. Je lui dis encore qu'il y avait de DE LA BOULAYE. 4^3 quoi faire perdre une armée ennemie ; j'ajoutai que je ne croyais point que M. le duc de Savoie pût l'assiéger, mais que si, par des mouvements que l'on ne pouvait prévoir, il arrivait que nos troupes s'éloignassent et enfin qu'il fût assiégé, je l'assurai qu'il serait secouru ; il y a trop longtemps que je vous parle de ce mau- dit coquin-là, mais je vous assure que ma colère ne se ralentit pas. Saint-Crépin, 16 septembre 1708. J'ai reçu la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, à laquelle est jointe copie de celle que vous avait écrite M. de la Bou- laye, au sujet duquel j'aurai l'honneur de vous dire que s'il n'est pas coupable de trahison, il est au moins très convaincu de pol- tronnerie ; c'est comme bon serviteur du Roi et le vôtre que je suis porté à la sévérité, après trop d'exemples de places rendues indignement ; pour moi, je suis bien plus animé par la honte de la nation, que par tout autre motif; je vous supplie de vouloir bien me faire l'honneur de me mander les intentions de S. M. sur cela, ma pensée est de le faire arrêter. (A. G.) CHAMILLART A VILLARS. Verî5ailles, 26 septembre 1708. A l'égard de M. de la Boulaye, si les ennemis le renvoient, le Roi vous a mandé son sentiment sur ce qui le regarde ; S. M. approuve que vous le fassiez mettre en prison à son arrivée, afin de pouvoir éclaircir avec lui ce qui s'est passé à la reddition d'Exilés, et que son procès lui soit fait s'il est coupable. (A. G.) LE MÊME A M. DE BERNAVILLE. Versailles, l^r janvier 1709. J'apprends par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire aujourd'hui, que M. de la Boulaye, ci-devant lieutenant de Roi d'Exiies, s'est rendu prisonnier à la B. Je vous prie de lui dire que je le fis chercher hier tout le jour pour lui déclarer moi-même que le Roi voulait donner lieu à sa justification par les voies ordinaires et les plus désirables pour un homme qui a été soupçonné, qu'il peut attendre toute sorte de justice, et que S. M., pour le mettre en état de l'obtenir, a nommé M. d'Argenson pour l'interroger et lui donner ensuite des commissaires; de votre part vous devez le 44 i DE LA BOUr.AYE. faire recevoir et garder suivant les ordres du Roi que je vous envoie, et traiter avec ménagement. (A. G.) M, DE BERNAVILLE A CHAMILLART. Paris, ler janvier 1709. J'ai l'honneur de vous envoyer une lettre que M. de la Boulaye, lieutenant de Roi. d'Exilés, me mil entre les mains en se rendant ici prisonnier, et comme il n'a point d'ordre et que je n'en ai point reçu de votre part, je crois que vous trouverez bon qu'il reste ici jusqu'à ce que vous m'ayez donné vos ordres. « Je n'ai jamais pensé d'éviter votre jugement ; il est vrai et je l'avoue, j'ai appréhendé de vous trouver en colère, puisque vous étiez peu satisfait de ma conduite ; j'espère que quand vous en serez plus particulièrement informé et par considération de mes longs services et de mes blessures, je trouverai en vous plus de disposi- tion à me sauver qu'à me perdre. « Il ne faut plus se donner la peine de me chercher, je suis parti ce matin pour me rendre à la B. » (A. G.) CHAMILLART A M. d'aRGENSON. Versailles, S janvier 1700. Le Roi a été si mal satisfait de la défense que M. de la Boulaye a faite à Exiles, oii il commandait lorsque les ennemis l'ont attaquée au mois d'août dernier et qu'ils en ont fait la garnison prisonnière de guerre, que S. M. a cru qu'il était du bien de son service de faire arrêter M. de la Boulaye au retour de sa prison, d'autant plus qu'il a été soupçonné d'intelligence avec les ennemis. Elle a envoyé l'ordre de le retenir à la B., oii il s'est remis, et m'a com- mandé d'expédier l'arrêt que vous trouverez ci-joint, qui vous commet pour lui faire subir tous les interrogatoires qui pourront faire découvrir la vérité de sa conduite ; je vous envoie aussi, pour vous mettre au fait des connaissances qu'on a pu prendre, plu- sieurs lettres et mémoires avec les dépositions reçues par M. d'Angervilliers, intendant du Dauphiné, et en l'armée du Roi, de différentes personnes qui étaient dans cette place et qui ont vu ce qui s'y était passé pendant le siège ; à mesure que vous travail- lerez sur cela, vous me mettrez, s'il vous plaît, en état d'en rendre compte à S. M. (A. G.) DE MAISONTIEKS. 445 M. DE BEHNA VILLE A CIIAMILLART. Paris, 13 janvier 1709. M. de Maisontiers s'est rendu aujourd'hui prisonnier à la B. ; j'ai l'honneur de vous demander si c'est par vos ordres, comme il m'en a assuré, et de quelle manière il vous plaît qu'il soit traité, s'il aura la liberté de toutes les cours, et s'il peut manger avec moi et voir du monde. (A. G.) CHAMILLART A M. DE BERNAVILLE. Versailles, 14 janvier 1709. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire pour m'informer de l'arrivée à la B. de M. de Maisontiers; comme c'est par ordre du Roi qu'il s'y est rendu, vous devez l'y recevoir, le traiter honnêtement et lui laisser la liberté des cours et de voir du monde ; vous pouvez même le faire manger avec vous. (A. G.) M. DE BERNAVILLE A CIIAMILLART. 14 janvier 1709. J'ai l'honneur de vous informer que M. le comte de Guitaut s'est rendu ce matin à la B; je vous prie de me donner vos ordres de la manière qu'il doit être traité, si vous lui accorderez la liberté de venir dans mon appartement, de manger avec moi et de voir du monde du dehors. (A. G.) CHAMILLART A M. DE MAISONTIERS. Versailles, IG janvier 1709. S. M. a bien voulu, en considération de vos anciens services, vous accorder votre liberté, à condition que vous servirez plus régulièrement à l'avenir, et que vous ne quitterez point votre régiment sans en avoir obtenu la permission ; je vous en donne avis avec plaisir. (A. G.) LE MÊME A M. DE GUITAUT. Versailles, 16 janvier 1709. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de ce que M. de Bernaville m'a mandé de votre soumission à ses ordres, S. M. a bien voulu vous accorder votre liberté en considération de vos anciens ser- 446 DE GUITAUT. vices; je vous en donne avis, et que son intention est que vous partiez lundi prochain pour vous rendre à votre régiment, où vous êtes de semestre; vous pouvez vaquer à vos allaires à Paris jusqu'à ce jour. (A. G.) LE MÊME A M. DE BERNA VILLE. Versailles, 16 janvier 1709. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire pour savoir de quelle manière vous deviez traiter M. de Guitaut, qui s'est rendu, par ordre du Roi, à la B. ; il n'en est plus question présen- tement, S. M. ayant bien voulu lui accorder sa liberté, aussi bien qu'à M. de Maisontiers, et son intention est que vous les en fassiez jouir aussitôt que vous aurez reçu cette lettre. (A. G.) LE MEME A M. D ARGENSON. Versailles, 18 janvier 1709. J'ai reçu la copie du premier interrogatoire que vous avez fait prêter à M. de la Boulaye : j'attends le second et je vous envoie un nouveau mémoire qui vous donnera matière à en faire quelques autres ; je vous prie de suivre cette affaire avec la diligence qu'elle requiert, autant que votre santé et vos autres occupations pour- ront vous le permettre. Il me paraît que dans ce dernier mémoire que je vous adresse, il y a des articles bien importants à éclaircir, particulièrement celui par lequel l'armée du Roi était le 13, à la pointe du jour, à la vue d'Exilés ; je crois que vous démêlerez aisément les autres, et qu'il n'y a qu'à vous laisser faire pour qu'il n'échappe rien à votre pénétration. Versailles, 23 février 1709. J'ai reçu le 1" interrogatoire de M. de la Boulaye ; j'attendrai le dernier que vous devez lui faire subir, et je vous prie de me l'adresser le plus tôt que vous pourrez, le Roi ayant résolu d'en- voyer M. de la Boulaye au conseil de guerre. (A. G.) LE MÊME A M. DE MEDAVY. Versailles, 29 mars 1709. Je vois que l'affaire de M. de la Boulaye est en état d'être jugée j M. d'Angerviliers ayant fait les informations et confrontations de DE LA BOL'LAYE. 447 témoins, et que vous n'attendez plus que des juges ; vous n'en devez point manquer présentement, puisque tous les officiers généraux ont eu ordre de se rendre en Dauphiué, ainsi je m'at- tends que vous me mettrez bientôt en état d'informer S. M. du juge- ment que le conseil de guerre aura rendu. Versailles, 2 avril 1709. Le Roi a approuvé qu'à la réquisition de M. d'Angerviliers, qui ne pouvait quitter pour aller à Briançon, vous ayez fait rester M. de la Boulaye à Grenoble jusqu'à ce que les informations que l'on doit l'aire contre lui soient achevées; l'on y trouvera même plus de facilité, la plupart des témoins qui doivent déposer étant dans cette ville, après quoi l'intention de S. M. est que vous le fassiez transférer, comme vous le proposez, à Briançon, et juger par un conseil de guerre composé des officiers principaux qui devront y assister. (A. G.) PONÏCUARTRAIN AU CUEYALIER DE BEAUMONT LE NORMAND. Versailles, 24 avril 1709. Le Roi m'a remis la lettre que vous avez écrite à madame de Mainlenon, et comme S. M. ne juge pas à propos que vous veniez ici, parce qu'elle veut que tous les officiers soient dans leurs postes, elle m'a ordonné de l'envoyer à M. de Saint-Sulpice, avec lequel vous pourrez vous ouvrir de tout ce que vous savez qui peut regarder son service, et si vous ne croyez pas devoir lui confier votre secret, en dresser un mémoire bien détaillé, que vous lui donnerez après l'avoir cacheté, afin qu'il puisse me l'adresser pour en rendre compte à S. M. Il a l'ordre de vous garder le secret et de ne parler à qui que ce soit de la lettre que vous avez écrite, ni de ce que vous pouvez lui dire. Marly, 8 mai 1709. J'ai reçu votre lettre dont j'ai rendu compte au Roi, aussi bien que de la proposition que vous faites de venir ici pour me faire confidence de l'avis que vous prétendez avoir à donner à S. M. ; la saison est si avancée, qu'elle ne veut donner congé à aucun offi- cier; ainsi si vous ne croyez pas devoir vous ouvrir avec M. de Saint-Sulpice, faites un mémoire bien détaillé de ce que vous savez, et remettez-le lui cacheté, ou envoyez-le directement à madame de Maintenon ou à moi. Vous pouvez compter que je ferai 448 DE BEAUMONT. valoir autant qu'il me sera possible votre zèle et votre application au service de S. M., et qu'elle vous donnera des marques de sa satisfaction si l'aflaire dont il est question est aussi importante que vous le pensez. . (A. M.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Versailles, 22 mai 1709. Le Roi m'ayant ordonné de faire expédier les ordres que vous trouverez ci-joints pour faire arrêter le chevalier de Beaumont le Normand, enseigne de vaisseau, qui est parti de Dunkerque pour venir à Paris, sans congé, S. M. désire que vous preniez la peine de le faire chercher, et ensuite conduire à la B. Je vous prie de m'in- former lorsqu'ils seront exécutés. (A. M.) M. DE BEAUMONT A M. d'aRGENSON. Je suis venu ce soir pour vous assurer de mes respects et pour me remettre en arrêt de la part de M. de Pontchartrain, parce que j'ai véritablement sorti du port sans congé pour solliciter une abbaye de près de 40,000 liv. de rente en faveur d'un de mes parents, qu'il a eue. Comme il n'y a point de rose sans épine, demain je me remettrai entre vos mains. Ayez la bonté de rendre compte de mon exactitude, puisque j'étais ce soir à 8 et 9 heures encore à Versailles, et que j'ai parlé à M. de Pontchartrain. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNAVILLE. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire au sujet du chevalier de Beaumont le Normand ; j'en ai rendu compte au Koi, et S. M. m'a ordonné de faire expédier l'ordre que vous trouverez ci-joint, pour le faire mettre en liberté, afin qu'il se rende à Dunkerque sans perdre de temps, pour y continuer ses services; il faut espérer qu'il profitera de cette petite correction pour se tenir en règle à l'avenir. (A. M.) Versailles, 29 mai 1709. LE MEME A M. PERIER. 19 juin 1709. Vous ne me dites pas si le chevalier de Beaumont le Normand, DE MONTEREAU. 449 qui s'était absenté de Dunkerque sans congé, y est arrivé, ayant eu le temps de le faire depuis que le Roi a ordonné qu'on le mît en liberté ; prenez la peine de m'en informer en réponse de cette lettre. (A. M.) M. DE BERNAVILLE A VOYSIN. 24 septembre 1709. M. de Montereau est arrivé ce soir à la B. ; il m'a rendu lui- même son ordre. Je prends la liberté de vous supplier de me don- ner vos ordres pour la manière dont vous avez agréable qu'il soit traité, s'il peut avoir la liberté de se promener dans toutes les cours et de venir dans mon appartement, s'il peut voir les étrangers qui lui viendront rendre visite, s'il peut écrire et recevoir des lettres, et s'il doit être renfermé dans le château. (A. G.) VOYSIN A M. DE BERNAVILLE. Versailles, 25 septembre 1709. Je vois que M. de Montereau, colonel d'un régiment d'infanterie, venait de se rendre à la B. ; comme le Roi ne l'y a envoyé que par correction et qu'il n'y a aucun crime contre lui, vous devez lui laisser une entière liberté, soit de se promener dans les cours, de venir dans votre appartement, de voir les étrangers qui viendront lui rendre visite, ou d'écrire à qui bon lui semblera, et le traiter d'ailleurs avec toutes sortes d'honnêtetés. (A. G.j VILLARS A VOYSIN. Versailles, 16 janvier 1710. Comme j'ai peut-être plus contribué qu'un autre au jugement qui vient d'être rendu contre le commandant d'Exilés', estimant qu'un exemple était indispensablement nécessaire après les molles défenses de plusieurs de nos places, je voudrais bien aussi pouvoir contribuera faire obtenir au condamné la confiscation de ses biens qu'il demande pour sa famille. Je vous supplie de vouloir bien en dire un mot à S. M. (A. G.) 1 . 11 avait été condamné à la prison pour le reste de ses jours. 29 4o0 LA GAILLARD. YOYSIN A M. DE MÉDAVY. Versailles, 5 février 11 10. La letlre que vous avez pris la peine de m'écrire m'a été rendue avec celle que vous avez reçue de M. de Poligny, au sujet de la pension de 400 liv. par an que le Roi a réglée pour la subsistance et entretien de M. de la Bouîayeau château de Pierre-en-Cise'. Comme S. M. a donné la conQscation de ses biens à sa sœur, à la charge de lui payer cette pension, il y a bien de l'apparence que si cette somme ne suffit pas, sa sœur ne le laissera pas manquer de ce qu'il aura besoin au delà, et qu'elle y suppléera. (A. G.) Veuve GAILLARDE Sorcière. RAPPORTS DE POMMEREUIL. J'ai parlé à la Gaillard chez elle, où celui qui m'a donné l'avis m'a conduit. Elle m'a demandé 200 écus, savoir, moitié en écus sur le pied qu'ils sont, et l'autre moitié en billets de monnaie, pour m'apprendre le secret de me faire aimer d'une femme, en jouir et m'en débarrasser quand j'en serais las. Elle m'a dit que je portais sur moi le sujet qui ferait le sort, et qu'elle l'accommoderait dans du pain d'épice qui était plus propre que du biscuit, pour en faire manger à celle que je souhaiterais; mais que, pour m'en débarrasser, il fallait lui apporter un de ses bas, sur lequel elle ferait son sort. Elle m'a dit qu'il fallait que je fisse serment de n'en parler à personne, et qu'il fallait que j'épouse celle que j'abuserais, et que ce n'était quW cette condition qu'elle donnait son sort, parce qu'on offensait beaucoup Dieu, et qu'il fallait qu'elle fit des prières et dire des messes, même aller à confesse pour avoir pardon de son crime. Enfin elle m'a dit qu'elle avait fait ce plaisir à un mon- sieur qui avait eu ie même dessein que moi, qui lui avait donné 1. M. de la Boulaye resta à Pierre-eu-Cise jusqu'au mois de décembre 1714, et fut •?nsuite exilé à Chaumont-en-Bassigny. 2. Ordres d'entrée du 19 mars 1709 et de sortie du 24 décembre 1710. Contre-signes Pontchartraiu. LA GAILLARD. 431 600 livres pour ses peines, et beaucoup de présents, qu'elle m'a aussi engagé de lui faire. Elle m'a encore dit qu'elle traitait de la médecine, et guérissai des mauvais vénériens. 19 décembre 1708. Apostille de M. dWrgenson. — Lui donner une couple d'écus, puis écrire à M. de Pontchartrain, et proposer l'hôpital. 31 décembre 1708. 28 janvier 1709. J'ai été pour une seconde fois, sur les sept heures du soir, chez la Gaillard, qui m'a dit qu'elle souhaitait de finir ce que je lui avais demandé touchant la prétendue demoiselle dont ells me de- vait faire avoir des faveurs, ainsi qu'elle me l'avait promis. Elle m'a répété, pour cet effet, qu'il fallait que je lui apportasse du pain d'épice, ou bien un ruban que ma prétendue maîtresse aurait porté, sur lequel elle ferait également son sort ; c'est de quoi elle m'a prié très instamment, après m'en avoir fait parler plu- sieurs fois par celui qui m'a donné sa connaissance. Elle m'a dit, en présence de cet homme, qu'elle connaissait quinze sorciers dans Paris, dont son hôte en était un. Desquels lui en demandant la connaissance, elle m'a répondu que cela n'était point nécessaire, et que ces sortes de personnes ne manqueraient point d'empêcher l'effet de son sort; que cependant elle avait montré à son hôte qu'elle en savait plus long que lui, en se servant d'un de ses sorts, dont elle m'a fait l'explication ci-après. Elle m'a dit qu'elle avait acheté un cœur d'un bœuf dont elle n'avait point demandé le prix, mais seulement jeté son argent, dont on lui avait rendu le reste, et qu'elle avait acheté des clous de même, dont ayant percé le cœur même d'un coup de couteau, son hôte, qui n'avait envie que de la connaître et s'approcher d'elle à demi, la vint aussitôt trouver, et la pria de cesser son sort qui le tourmentait beaucoup. Gomme elle se môle, à ce qu'elle dit, de guérir plusieurs maia dies, et surtout les vénériennes, elle m'a voulu donner d'une poudre pour guérir mon rhume, que j'ai apportée, et qu'on m'a dit être du sel de saturne, seulement propre pour les maux véné- riens. Elle m'a dit qu'elle avait guéri du mal vénérien M. le curé de 452 LA GAILLAHD. la Cité, que les chirurgiens avaient manqué ; M. le comte Alexandre, étranger, qui est mort; M. Lameth, curé de Saint-Laurent, le por- tier de M. Ponthon, fermier du tabac et d'autres. (B. A.) PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. 19 mars 1709. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à la B. la Gaillard, qui se mêle de débiter des pactes; il faut l'interroger et m'en- voyer son interrogatoire, afin qu'on voie ce qu'on pourra faire d'elle; ayez soin de faire saisir ce qui se trouvera chez elle; cela est capital. (B. A.) DE POMMFREUIL AU MEME. 26 mars 1709. J'ai arrêté et conduit à la B., de l'ordre du Roi, en forme, donné par M. de Pontchartrain, la Gaillard qui se mêle, suivent l'avis que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, de traiter de la médecine et de faux sortilèges. M. le commissaire Cailly est venu chez elle avec moi, qui a dressé son procès-verbal, d'une grande quantité de poudres, d'herbes, d'alambics et autres outils et instruments, dont il y en a un grand coffre rempli, qui est chez moi, en attendant qu'on l'envoie à la B. (B. A.) LE COMMISSAIRE CAILLY AU MÊME. 26 mars 1709. La Gaillard a été arrêtée et conduite à la B., suivant l'ordre du Roi, signé de M. de Pontchartrain, dont il vous a plus de confier l'exécution à de Pommereuil. J'ai trouvé chez elle plein un grand coffre de poudres, d'herbes, de liqueurs et de papiers qui assure- ront la preuve de son commerce. Elle m'est convenue qu'elle se mêlait de guérir des maladies, même les plus infâmes, et elle a eu l'insolence de m'assurer qu'elle en avait traité le curé de Sainte- Croix de la Cité, et plusieurs autres personnes de différentes qua- lités. Enfin, j'ose vous assurer que c'est une des plus insolentes femmes que j'aie encore vues. Apostille de M. d'Argenson, — Il faudra l'interroger sur toutes ces herbes et autres drogues ; il sera bon même que M. Lenoir, mon apothicaire, y soit présent. (B. A.) MAHUET. 453 PONTCHARTRAIN AU MÊME. n avril 1709. Je vous fais souvenir qu'il faut interroger la Gaillard, et que vous me devez au surplus réponse à beaucoup d'autres choses aux- quelles je vous prie de satisfaire le plus tôt que vous pourrez. 23 avril 1709. En attendant les interrogatoires que vous devez m'envoyer de la Gaillard, ne laissez pas de me mander ce que vous découvrirez de sa conduite, à mesure que les choses viendront à votre connais- sance. 30 avril 1709. Je vous prie de presser l'affaire de la Gaillard, prisonnière à la B., dont vous me faites espérer de me rendre compte au 15 du mois prochain. 7 mai 1709. j'attends les interrogatoires que vous devez m'envoyer de la Gaillard ; il est bon d'examiner si elle n'affecte point d'être folle pour éluder les questions que vous lui faites. 15 mai 1709. Il faut de nouveau interroger la Gaillard et approfondir davan- tage quel pouvait être l'usage de ses remèdes, étant dans des mains aussi dangereuses que les siennes. (A. N.) MAHUET^. Protestantisme . PONTCHARTRAIN A M. d'ARGENSON. 7 juin 1709. M. de Naurois, N. C, a présenté le placet ci-joint, par lequel vous verrez que sa fille se conduit mal sur le fait de la R., à quoi elle est incitée par Mahuet, précepteur de son fils. Le Roi veut que Mahuet soit mis à la B., et que vous vous assuriez de ses papiers pour connaître les relations qu'il pouvait avoir avec les étrangers et l'interroger tant sur cela que sur sa conduite avec sa fille, aquelle vous enverrez dans la maison des N. C. de Paris. (A. N.) 1. Ordres d'entrée du 17 juin 1709 et de sortie du 2 juin 1710. Coalre-sigués Pontchartrain. 454 MAHUET. AU CHANGELIEB. L, Jacobé, sieur de Naurois, remontre très humblement à V. G., qu'ayant obtenu, il y a environ 18 mois, un passeport du Roi pour faire revenir deux de ses filles qui étaient en Hollande, S. M. eut la bonté de prendre confiance en la parole du suppliant, qu'elles n'y retourneraient pas, quoique le passeport iul expédié pour venir en France et pour retourner en Hollande, afin d'empêcher qu'une tante auprès de qui elles étaient à Amsterdam, ne s'oppo- sât à leur voyage. Depuis leur retour, le suppliant a mis en usage tout ce qui dé- pendait de lui pour convertir ses deux filles, dont la cadette étant fort jeune commençait à se mettre en règle; mais l'ainée étant plus opiniâtre, il pria la dan:ie Morel, qui est leur sœur, de s'en charger, ce qu'elle a fait inutilement, l'exemple de sa vertu et de sa piété n'ayant fait aucune impression sur cet esprit rebelle, non plus que les conférences qu'elle a eues avec plusieurs ecclésiastiques. En cet état, le suppliant se proposait de renfermer dans un cou- vent, de sa propre autorité, cette fille Marguerite Jacobé; mais ayant découvert depuis peu le véritable obstacle à sa conversion, par l'intrigue de Mahuet, de la ville de Rheims, précepteur des deux fils du suppliant, lequel, au lieu de contribuer aux justes in- tentions du père aux gages duquel il est, mangeant à sa table, n'a cherché qu'à séduire sa fille, s'étant insinué dans son esprit par des discours sur la religion, qui flattaient ses erreurs, en sorte qu'elle s'est abandonnée à sa conduite pour se faire enlever et pour passer en Hollande avec ce malheureux, qui doit, suivant Jc'ir com.plot, y faire abjuration de la R. C, et ensuite l'épouser. C'est ce que le suppliant a appris, non seulement par le rapport d'une femme de chambre, qui est devenue depuis peu leur fausse confidente, au défaut d'une cuisinière nouvellement sortie, qui leur a longtemps rendu ce détestable office, mais encore par une lettre interceptée, dont V. G. a connaissance, qui marque le des- sein formé de leur retraite, pendant le voyage que le suppliant devait faire en Champagne ; lequel étant rompu, la femme de chambre rapporte qu'ils n'attendent que des nouvelles de la tante, avec qui Mahuet s'est mis en relation de lettres, pour partir, et que Marguerite Jacobé a dit qu'elle sortirait par la fenêtre si elle ne pouvait être maîtresse de la porte. MAHUET. 455 A ces causes, et attendu qu'il y aurait beaucoup de péril dans le retard, il plaise à V. G. accorder au suppliant sa haute protection, en lui procurant deux lettres de cachet, la première pour faire renfermer incessamment Mahuet à la B., comme criminel d'État et coupable d'une contravention qualitiée aux ordres de S. M., et comme perturbateur du repos public, et l'autre pour faire mettre M. Jacobé aux N. C, jusqu'à ce qu'elle soit bien convertie et qu'elle ait donné des marques de vertu capables d'effacer le scan- dale qu'elle a voulu causer à sa famille, et il continuera ses prières pour la santé et prospérité de V. G. (B. A.) M. DE NAUROIS A M. D'ARGENSON. J'ai l'honneur de vous informer du succès de ma course; le message n'a pourtant pas réussi suivant Tordre que vous aviez eu la bonté de me donner. M. de Pontchartrain m'a fait entendre que c'était pour me servir mieux qu'il voulait que notre homme fût interrogé plus amplement, et qu'il signât son interrogatoire, lequel demeurera entre le ministre et vous, et qu'on jetera au feu quand il en sera temps, trouvant bon au surplus qu'on emploie les voies les plus convenables pour cacher au public sa capture, et qu'on suspende l'exécution à l'égard de la fille, soit qu'elle reste chez moi, soit qu'elle soit confiée à sa sœur. Je réserve à vous entretenir demain matin d'un très grand détail qui a fait la matière d'une heure d'audience, dont j'aurai l'honneur de vous rendre compte. Paris, 7 juin 1709. PONTCHARTRAIN AU MÊME. 26 juiu 1709. 11 faut interroger avec soin Mahuet ; je suis persuadé que, par l'examen de ses papiers, vous trouverez de quoi le convaincre des liaisons criminelles qu'il avait avec la demoiselle de Naurois et du dessein qu'il avait de passer en Hollande avec elle. 16 juillet 1709. Mahuet restera encore du temps à la B. ; à l'égard de ses papiers et même de ses interrogatoires, il y a de la justice à remettre le tout à M. de Naurois, pour l'honneur de sa famille, afin qu'il puisse les supprimer. (B. A.) 456 OSMONT. OSMONT, VEUVE CLEMENT*. Vol. M. DE M.VY A VOYSIN. - Je me donne l'honneur de vous envoyer ci-joint un mémoire de billets de monnaie - et autres effets des trésoriers généraux qui ont été remis à d'Osmont par messieurs les officiers y dénommés, le- quel leur a promis de les leur escompter pour pouvoir joindre leur corps à beaucoup meilleur compte que les autres usuriers. A l'échéance du terme, il s'est caché, et sa femme, qui jusqu'ici a passé pour telle, dit présentement qu'elle n'est plus sa femme, quoiqu'encore cette nuit elle ait satisfait à d'aucuns particuliers, et plusieurs officiers l'ont vue saisie d'une grosse quantité de billets de monnaie que l'on ne trouve plus présentement. Je vous demande en grâce votre ordre pour pouvoir faire arrêter d'Osmont et sa femme, et son fils, qui savent oii les effets ont été transportés, afin que messieurs les officiers puissent ravoir leurs billets, et par là se mettre en état de rejoindre leurs régiments; c'est une grâce que je vous demande et vous supplie de m'accorder. Paris, 11 juin 1709. Tous messieurs les officiers intéressés vous demandent en grâce de considérer qu'il faut qu'ils négocient leurs billets avec des pertes incroyables, étant obligés de passer par les mains des usu- riers impitoyables. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 23 juin 1709 et de sortie du 20 juillet 1714. Contre-signes Voysin. 2. Il y avait deux sortes de monnaies. En 1700, le Roi avait ordonné la refonte géné- rale des vieilles espèces, promettant de donner des pièces neuves en échange; l'empressement à verser aux hôtels des monnaies l'argent vieux fut tel qu'on ne put rembourser immédiatement le public, et qu'on donna des billets qui portaient intérêt à 8 pour 100, c'est ce qu'on appela les billets de monnaie; ils étaient sous la garantie de l'Etat. L'habitant devait au soldat, qu'il logeait chez lui, un lit garni, un pot avec sa cuiller, uue chandelle et la place au feu, c'est-à-dire l'ttstensile nécessaire à la vie; l'Etat remboursait ces avances, et lorsque l'argent manquait, il remettait aux créan- ciers des billets portant aussi intérêt. C'étaient les billets d'ustensile. En 1709, les finances étaient dans l'état le plus affreux, les billets n'étaient plus remboursés à présentation et perdaient considérablement à, l'escompte. OSMONT. 457 LE COMMISSAIRE DESLANDES A M. D'ARGENSON. Osmont, homme d'intrigue et négociateur de toutes sortes de billets, rue de Grenelle, de mon quartier, est absent depuis trois jours. Cet homme a enlevé à 50 ou 60 personnes, la plupart offi- ciers, pour plus de 50,000 écus de billets, d'ustensile, de l'extraor- dinaire et de monnaie, ce qui les retient à Paris. J'y ai été mandé, mais j'y suis arrivé un peu tard, M. Tourton y étant un moment avant moi, sur l'heure de midi. Osmont était logé avec une femme qui passait pour la sienne, et ne l'était pas, et en est convenue avec moi. Je lui ai demandé où étaient les billets de tous ces mes- sieurs, presque tous officiers, qui remplissaient son appartement, et qui m'ont paru fort chagrins, et où était Osmont. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas ce qu'Osmont en avait fait, et qu'il était ab- sent ; je me suis retiré, et M. Tourton est resté pour faire l'instruc- tion. 11 ju'm 1709. Aposlille de M. d'Argenson. — Billets de monnaie volés à des officiers. — Il faut mettre tout en usage pour faire arrêter Osmont, homme d'intrigue et des plus dangereux. — M. de Pommereuil, 12 juin 1709. Cependant, écrire au commissaire Deslandes qu'il me fasse savoir la suite de cette affaire. Écrire la même chose au com- missaire Tourton, qui ne m'en a pas écrit, de quoi je suis surpris. Puis mettre au paquet. (B. A.) VOYSIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 12 juin 1709. La lettre et le mémoire ci-joints vous feront connaître la juste inquiétude où doivent être M. May et plusieurs officiers des troupes du Roi, qui ont confié des billets de monnaie à d'Osmont et à sa femme, qui leur avaient promis de les faire escompter; comme ce premier a disparu depuis quelques jours, je vous prie de vouloir bien le faire chercher. Je mande à M. May de vous aller trouver pour vous donner tous les éclaircissements qui pourront servir à le découvrir, et l'usage qu'il aura fait de ces billets de monnaie; vous me ferez plaisir de m'informer de Ja suite de cette affaire. (A. G.) 458 OSMONT. LE MÊME A M. DE MAY. Vergailles, 12 juin 1709. J'ai reçu l'état des billets de monnaie qui ont été remis à Osmont par différents officiers des troupes du Roi, auxquels il avait promis d'en fournir la valeur, à l'escompte près. J'adresse le tout à M. d'Argenson, pour qu'il fasse en sorte de faire retrouver cet homme-là et les billets de monnaie, et vous pouvez prendre la peine d'aller chez lui pour lui donner tous les éclaircissements qui pourront servir à le découvrir, et je souhaite, pour votre satis- faction, que les soins qu'on y donnera aient le succès que vous en pouvez désirer. (A. G.) LE COMMISSAIRE TOTJRTON A M. D'aRGENSON. 12 juin 1709. Hier, à la sortie de votre audience, je fus requis de me transpor- ter rue de Grenelle, proche la rue Saint-Honoré, dans une maison ci-devant occupée par Osmont, où étant j'ai trouvé plusieurs offi- ciers au nombre de plus de vingt, lesquels m'ont requis d'apposer scellé après l'absence d'Osmont, et que l'on n'a point vu depuis dimanche dernier. Ils prétendent qu'il leur a emporté plus de 50,000 écus et tant, de billets de monnaie, d'ustensile et autres, sous prétexte de leur faire trouver de l'argent dessus. M. le lieute- nant civil a ordonné le scellé; mais lorsque j'ai été pour l'apposer, la veuve de maître Clément, notaire, qui passait pour être la femme d'Osmont, dont elle portait le nom et avec lequel elle demeurait, a déclaré qu'elle n'était pas sa femme, qu'il était vrai qu'elle avait quelque liaison d'amitié avec Osmont, à cause que son fils avait épousé sa fille, et qu'Osmont était seulement en pension chez elle, que tous les effets qui étaient chez elle lui appartenaient, et non à Osmont; ce qu'ayant soutenu devant M. le heutenant civil, il a ensuite ordonné qu'elle serait tenue de faire ouverture de ses coffres, armoires, cabinets et bureaux pour connaître s'il y en avait qui pussent appartenir à Osmont, et ensuite les sceller; il s'en est trouvé pour environ 10,000 écus en billets de différents particu- culiers. Les officiers sont ce jourd'hui venus chez moi, lesquels m'ont dit qu'ils étaient en terme d'acommodement avec Osmont, et OSMONT. 459 qu'ils l'attendaient aujourd'hui, et qu'il leur avait fait donner pa- role de les sortir d'affaire. S'il y a quelque chose de nouveau dans cette affaire, dont je puisse avoir connaissance, je ne manquerai pas de vous en informer dans l'instant, celte affaire me paraissant d'im- portance pour ces officiers, qui ne peuvent, au moyen de cette banqueroute, faire le service du Roi. 13 juin 1709. Depuis la lettre que j'ai eu Thonneur de vous écrire touchant l'affaire d'Osmont, j'ai appris qu'il était de retour chez lui, et qu'il donnait des paroles aux officiers qui le poursuivaient de les tirer d'affaire; néanmoins, il y a apparence qu'il ne cherche qu'à les tromper, puisqu'ils m'ont fait savoir qu'il les remettait à leur déli- vrer leurs effets, quand le scellé que j'ai apposé sur cette cassette serait levé, dans laquelle il paraît qu'il y a seulement pour 10,000 écus de billets de différents particuliers ; mais j'ai ce jourd'hui reçu une opposition de la part de M. le marquis de Bonneval, président à mortier du parlement de Rouen, pour avoir restitution d'un des- dits billets de 23,800 livres, qu'Osmont lui avait fait accroire, a ce qu'il dit, avoir perdu, et dont même il lui a donné quittance, eu sorte que si elle a lieu, le reste de ce qui est sous le scellé sei a très peu de chose. J'attends vos ordres avec un profond respect. (B. A.) M. BERNA VILLE A VOYSIN. 27 juin 1709. Osmont et la veuve Clément, notaire, ont été aujourd'hui, par vos ordres, conduits à la B. (A. G.) VOYSIN A M. D'ARGENSON. Versailles, 7 juillet 1709. M. May demande qu'il plaise au Roi d'obliger Osmont à lui res- tituer les billets de monnaie qu'il lui avait remis; S. M. vous ayant chargé de suivre les affaires de cet homme depuis qu'elle l'a fait arrêter et mettre à la B., je mande à M. May que c'est à vous qu'il doit s'adresser, et vous renvoie en même temps sa lettre, afin que vous voyiez ce qu'il y aura lieu de faire pour cela. (A G.) 460 OSMOiNT. M. d'ARGENSON a m. de BERNAVILLE. 18 mars 1710. Je vous supplie d'agréer que M. Barangue, conseiller au Châ- telet, qui doit me rapporter l'affaire du sieur Osmont et de la veuve Clément, leur puisse parler à l'un et à l'autre pour en tirer quel- ques éclaircissements dont nous avons besoin pour la décision de cette affaire, que nous devons juger en dernier ressort, en con- séquence d'une commission du conseil qui m'est adressée. J'envoie à cet elîet à M. Barangue un duplicata de la présente lettre. (B. A.) RAPPORT DE M. d'ARGENSON. La veuve du sieur Clément, notaire au Châtelet. En 1713. Cette veuve est la concubine et la complice des friponne- ries d'Osmont ; ils demeuraient ensemble et se faisaient passer pour mari et femme. Cette friponnerie, oi!i l'intérêt avait au moins au- tant de part que la débauche, a engagé plusieurs officiers à leur confier des billets qu'ils ont détournés, ce qui me fit conclure qu'il n'était pas à propos que sa sortie précédât celle d'Osmont, qui a été conduit à Bir.être par ordre du Roi. Je représentai aussi qu'il ne paraissait pas juste de la rendre libre sans qu'elle fît quelque justice aux officiers qu'elle a trompés. C'est ce que je pris la liberté de proposer dans mon état de 1712, et que, plus la mauvaise foi de cette femme opiniâtre continuait, plus je me croyais obligé de résister à sa sortie. Je me trouve même dans l'obligation d'être encore de cet avis, d'autant plus que cette prisonnière est une des plus méchantes femmes qui ont jamais été renfermées dans ce château. Sa santé est fort bonne. (B. A.) LAC HO IX, 461 LACROIX*; LINANGE^. Espions. *** A M. D'ARGENSON. Je prends la liberté de vous donner avis que Nerot, exempt de la prévôté à Versailles, porteur d'un ordre du Roi, est venu ce matin chez moi, accompagné du greffier de la même prévôté, pour visi- ter tous les papiers d'un particulier qui a été arrêté à Versailles comme espion, lequel demeurait à Paris, rue Baillif, chez Caillar, tenant chambre garnie, à l'enseigne de la Ville de Calais, sous le nom de Sainte-Croix, natif de Toulouse, pour affaires. (B. A.) PONTCHARTRAIN AU MEME. 8 juillet 1709. Nérot conduit à la B. Sainte-Croix, que l'on dit être un espion dangereux, et le Roi m'ordonne de vous écrire de l'aller interroger. (A. M.) 3 septembre 1709. J'écris à Bordeaux et à Marseille pour savoir des nouvelles pré- cises de la conduite de Lacroix, prisonnier à la B., où il restera jusqu'à ce que nous ayons réponse. (A. N.) VOYSIN A M. LEBLANC, INTENDANT. Versailles, 18 septembre 1709. J'ai reçu la copie du projet du baron de Linange ; cet homme-là est connu en ce pays-ci, et les particularités qu'en mande M. de la Héronnière font croire qu'il s'est ouvert à lui. Quoique ce soit encore une espèce de fol, et qu'il n'y ait pas d'apparence que les alliés fassent grand fond sur ce qu'il pourrait projeter, si vous pouvez le faire arrêter lorsqu'il repassera, S. M. l'aura bien agréable. (A. G.) 1. Ordres d'entrée du 7 juillet 1709 et de sortie du 16 octobre 1710. 2. d" 20 novembre à° d» 10 novembre 1714. Contre-signes Pontchartrain et Voysin. 462 LlNAiNGE. LE MÊME A M. D'ARGENSON. Versailles, 24 novembre 1709. Je vous envoie quatre interrogatoires que M. Le Blanc a fait subir au baron de Linange, qui est né sujet du Roi, et est sorti depuis 18 mois du royaume; M. Leblanc l'a fait arrêter sur des avis qu'il a eus que cet homme venait de Hollande, à l'armée des ennemis, pour conférer avec les généraux contre les intérêts du Roi ; S. M. a donné ses ordres pour le faire transférer à la B., où il arrivera dans peu de jours. Ses interrogatoires vous donneront une pre- mière connaissance des mauvaises intentions du baron de Linange, et vous raeîtront en état de mieux découvrir les relations et les correspondances qu'il pourrait avoir en France ; l'intention de S. M. est que vous l'examiniez le plus exactement qu'il vous sera possible, lorsqu'il sera arrivé à la B., et je vous prie de me faire savoir ce que vous pourrez tirer de lui. Versailles, 27 novembre 1T09. Je vous envoie deux nouveaux interrogatoires que M. Le Blanc a fait subir au baron de Linange ; cet homme ne peut s'empêcher de convenir d'être entré dans des projets qui le rendent criminel d'État. Je ne doute pas qu'il ne s'explique encore mieux quand il sera entre vos mains. Versailles, 1er décembre 1709, Voici encore deux interrogatoires du baron de Linange, dans lesquels vous trouverez bien des projets extraordinaires ; il paraît étonnant que les ennemis aient autant de facilité pour donner dans toutes ces idées auxquelles il y a si peu de vraisemblance ; je suis persuadé qu'il n'a pas encore tout dit à M. Leblanc, et que vous en tirerez quelque chose de nouveau dans les interrogatoires que vous lui ferez subir. (A. G.) LE MÊME A M. DE BERN AVILIE. Versailles, 2 décembre 1709. Le Roi a donné ses ordres pour faire conduire à la B. le baron de Linange, qui était en relation avec les ennemis : il est en chemin pour s'y rendre et doit y arriver le 7 de ce mois ; l'intention de S. M. est que, dès qu'il y aura été remis, vous ne le laissiez écrire LINANGE. 463 ni parler à personne qu'à M. d'Argenson, qui a ordre de l'inter- roger. (A. G.) M. d'argenson a voysin. Paris, 1er janvier 1710. J'ai interroge plusieurs fois, suivant vos ordres, le prétendu comte de Liaangv, qui est un véritable aventurier; son nom n'est point Hachart, mais Tison, et un gentilhomme qui porte même nom que lui et fait sa résidence ordinaire en Angoumois, a épousé une de mes proches parentes. Cet autre gentilhomme, dont j'ai l'honneur do vous parler, s'appelle Dargence, et a pour frère un chevalier du môme nom, qui était lieutenant-colonel d'un régi- ment d'infanterie, et a été obligé de quitter le service à cause de ses infirmités, après avoir obtenu une pension. Notre prisonnier aurait bien voulu me persuader d'abord de sa parenté avec les comtes de Linange, établis en Lorraine, de ses droits sur le comté de Poitou par la famille des Hachart, dont il avait usurpé le nom, et sur le duché d'Angoulême du côté de sa mère, sœur ou cousine germaine de Pabbé de Barière, qui se nomme Taillefer, sous prétexte que le comté d'Angoulême a été dans une famille de ce nom-là depuis le milieu du ix^siècle jusque à la fin du xiii", mais lorsqu'il m'a vu si bien instruit de son origine qu'il n'a pu douter que son nom et sa famille ne me fussent connus comme à lui-même, il m'a dit pour toute excuse, qu'é- tant né sans bien, puisque son aîné n'en a que fort peu, il avait été bien aise de se donner de grands titres pour s'attirer de la considération dans les pays étrangers où son libertinage l'a con- duit, et y faire entendre que celle qu'il avait dans le sien le rendait propre à l'exécution des plus grandes entreprises, mais son esprit fécond en chimères lui fait tenir des discours si contraires les uns aux autres, qu'on ne doit guères ajouter plus de foi à son projet de descente vers Marenne et à la prétendue conspiration des gentils- hommes du pays qui l'attendaient, disait-il, avec la dernière impa- tience, qu'à ses propositions de mariage avec l'héritière de Linange, en Lorraine, et aux entretiens secrets qu'il dit avoir eus avec le Pensionnaire de Hollande, mylord Marlborough, et le prince Eugène. demande la permission de faire un mémoire qui contiendra le récit fidèle de ses voyages et des desseins qui lui avaient été con- 464 LINANGE. fiés par les ennemis, mais je suis persuadé que ce sera encore l'ou- vrage de son imagination, et qu'il a tellement perdu l'usage de dire la vérité, qu'il lui est comme impossible de le reprendre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a quitté le service du Roi pour passer aux ennemis; et qu'étant de la R. C, dont ses ancêtres et ses parents ont toujours été, il a embrassé le protestantisme et encouru, par conséquent, les peines que les ordonnances ont prescrites pour les crimes de félonie et de relaps. Il n'a pas dé- savoué cette double faute, qui suffirait pour le retenir à la B. au moins jusqu'à la paix, quand les entreprises fausses ou véritables dont il se vante n'obligeraient pas de prendre cette précaution. Paris, 3 janvier 1710. J'ai l'honneur de vous envoyer le mémoire que le faux comte de Linange a demandé la permission d'écrire pour faire connaître au Roi la sincérité de son repentir et de ses bonnes intentions; il y fait mention d'une adresse présentée à l'empereur, à la reine Anne et aux États généraux par les marquis de Rochegude, Duquesne et de Saint- Saphorin, au nom et par commission expresse de la noblesse des principales provinces du royaume, pour une confé- dération avec les puissances qui composent la haute ligue dont le projet consiste en 4 différents articles, qu'il explique avec assez d'étendue, mais il n'indique aucun des gentilshommes de ces pro- vinces qu'il prétend être disposés à se joindre aux ennemis du Roi; ainsi, quoique ce dernier plan soit moins vague et plus précis que ceux qu'il expose par ses précédents interrogatoires, je ne l'en crois pas plus véritable. Je pense néanmoins qu'il sera bon de lui permettre d'adoucir son inquiétude par la composition du second mémoire que celui-ci promet encore, et si vous aviez la bonté de m'honorer d'une lettre que je puisse lui faire voir, je suis persuadé qu'elle calmerait un peu son impatience, et qu'elle le porterait même à indiquer les gentilshommes qu'il dit avoir eu dessein d'entrer dans la préten- due confédération dont il révèle le secret. Ce n'est pas que je voulusse vous proposer de faire arrêter ces gentilshommes sur la foi d'un tel dénonciateur, mais on pourrait les faire observer avec un peu plus d'attention, quoique sans éclat, et découvrir par cet examen s'ils ont des relations avec les ennemis, ou si, par une inclination secrète ou par des raisons d'intérêt, ils seraient disposés à exciter où à soutenir une révolte. (A. G.) LINANGE. 465 VOYSm A M. d'argenson. Versailles, 6 janvier 1710. J'ai reçu le mémoire que vous m'avez envoyé, dressé par M. le comte de Linange sur les connaissances qu'il a des projets des ennemis et des malintentionnés du royaume ; comme vous me marquez qu'il est fort repentant, il est bon de lui faire connaître que le moyen de lui faire obtenir le pardon de S. M. et ses grâces, c'est de faire une déclaration exacte et suivie de tout ce qui est venu à sa connaissance, tant des desseins des ennemis que des su- jets de S. M. qui sont en relation avec eux, nommant les personnes par leurs noms, demeures, et donnant des indications certaines. J'ai rendu compte au Roi du détail que vous me faites de la con- duite et de la famille du prétendu comte de Linange; S. M. estime qu'il convient de le retenir, comme vous le proposez, en prison jusqu'à la paix. Je le mande à M. de Bernaville et de le faire garder avec plus de sévérité et' sans communication de vive voix ni par écrit. (A. G.) M. d'argenson a votsin. Paris, 7 jauvier 1710. Je ferai voir au prétendu comte de Linange la lettre que vous m'avez fait l'bonneur de m'écrireà cet effet ; je puis vous répondre par avance qu'il écrira volontiers, mais je ne répondrais pas de même de l'exactitude ni de la sincérité de ses avis. Il m'envoya hier un second mémoire qui est, dit-il, la suite du premier, et qui en promet encore d'autres; mais je pense toujours que son imagination y a plus de part que sa mémoire. Voilà aussi des vers assez médiocres que notre prisonnier a faits en l'honneur du Roi. Paris, 18 janvier 1710. J'ai l'honneur de vous envoyer le troisième mémoire du faux comte de Linange, qui n'est proprement qu'une mauvaise disser- tation de politique, un nouvel étalage de sa généalogie et une suite de ses visions. Il indique cependant deux gentilshommes de Sain- tonge et de Périgord que j'ai connus autrefois pour être légers en paroles, inconsidérés dans leurs expressions et fort inquiets ; mais je ne les ai jamais crus capables d'une infidélité aussi criminelle que celle dont notre prisonnier les accuse, ni d'humeur à entrer 30 466 MNANGE. dans un complot aussi sérieax et aussi suivi ; on pourrait cepen- dant les faire observer avec ménagement, si vous jugez à propos d'en donner l'ordre, et il me semble qu'ils sont l'un et l'autre nou- veaux catholiques. J'ai marqué leurs noms ^ par une note qui est en marge dn mémoire. Tous y trouverez encore un autre endroit qui semble imputer au marquis Duquesne, réfugié en Hollande, quelques-uns des libelles insolents et anonymes qui parurent l'an- née dernière, touchant la paix, et je crois que ces deux endroits sont les seuls qui peuvent mériter quelque attention. Au reste, l'auteur s'agite et s'embarrasse de plus en plus, et je crois que son imagination, trop échauffée par ses chimères, renversera bientôt le peu de raison qui lui reste ; ainsi le papier qu'on lui permettra d'écrire à l'avenir ne servira tout au plus qu'à amuser son esprit, et je ne crois pas que je doive vous en fatiguer davantage. (A. G.) RAPPORT DE M. D ARGENSON. Hachart, comte de Linange. lia. — Les interrogatoires et les mémoires de ce prisonnier, que j'ai eu l'honneur d'envoyer à M. le chancelier, lui ont fait con- naître que son véritable nom n'est point Hachart, mais Tison, et qu'il n'est pas parent des comtes de Linange, comme il avait eu l'insolence de le publier ; ils prouvent aussi que cet homme n'ayant aucun bien, avait été bien aise de se donner de grands titres pour s'attirer de la considération dans les pays étrangers oîi le liberti- nage l'avait conduit, et où il était passé aux ennemis, après avoir quitté le service du Roi-; qu'enOn, étant de la R. G., dont ses an- cêtres ont toujours été, il a embrassé le protestantisme ei, par conséquent, encouru les peines que les ordonnances ont établies pour les crimes de félonie et de relaps. Il n"a pu désavouer cette double faute, qui est plus que suffisante pour le retenir à la B., quand les entreprises fausses ou véritables dont il s'est vanté n'obligeraient pas de prendre cette précaution. Je remarquai dans ma dernière visite que sa santé paraissait un peu affaiblie, mais que sa tête se soutenait toujours, et je ne crus pas que sa sortie dût précéder la paix générale ; j'ai reconnu aujourd'hui que sa santé est fort bonne ainsi que sa tête ; j'ap- 1 Ces gentilshommes s'appelaient Anghitard et Campagnac. GARNIER. 467 prends aussi qu'il est rentré dans l'Église catholique, et même qu'il a fait ses pâques ; mais il a besoin de toute la bonté du Roi pour faire oublier son infidélité et obtenir sa sortie, d'autant plus que c'est un intrigant très dangereux et qui, n'ayant aucun bien, cherche depuis longtemps à en acquérir sans se mettre en peine du choix des moyens. (B. N.) VARENGO-LEGUILLON*; GUILUER^; GARNIER'. Séditieux. PONTCHARTRAIN A M. d'aRGENSON. 27 août n09. Le Roi veut que vous fassiez mettre à la B. Guillier et Garnier, à cause des pratiques et des mauvais desseins qu'ils paraissent avoir; prenez la peine de les aller interroger. (A. N.) LE DUC DE SAINT-SIMON AU MEME. 7 février 1710. Je ne pais me défendre de vous tourmenter encore pour ce fou de M. Garnier, qui est encore à la B., et je le fais sans scrupule, parce qu'en vérité il y a charité et justice à mettre dehors un fou, dont la prison fait mourir de faim sa femme et six enfans. Je vous envoie cette lettre par son fils, dont l'âge et la misère pourront vous toucher plus que ma lettre, lacrymœ innocentium eloquia multa; la sévérité de M. de Pontchartrain à cet égard ne mettra pas l'État en sûreté; mais je ne puis me résoudre à lui parler ni à lui avoir obligation, et ne veux l'avoir qu'à vous"^. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 27 août 1709 et de sortie du 15 octobre 1709. 2. do do d» 20 novembre 1714. 3. do do do 21 mai 1710. Contre-signes Pontchartrain. 4. On voit que Saint-Simon ne se gênait pas pour dire tout haut les sentiments d'aversion qu'il avait à l'enconlre de Pontchartrain, et dont il a rempli ses mémoires. 468 GUILLIER. M. d'argenson a pontchartrain. Paris, 26 février 1710. Les trois dénonciateurs qui m'ont donné les mémoires sur lesquels Garnier et ses complices ont été conduits à la B., ne méri- tent pas une fort grande récompense, et je crois que si vous trou- vez bon de leur faire donner 40 ou 50 livres pour le rembourse- ment de quelques dépenses qu'ils disent avoir faites pour éclaircir cette affaire, ils doivent en être contents. Apostille de Pontchartrain. — Bon, 40 livres. (B. N.) RAPPORT DE M. D'ARGENSON. 1714. — Simon Guillier, âgé de 40 ans, originaire de Bruxelles. Il était camarade de Garnier, et il se trouve convaincu par son propre aveu d'avoir proposé à cinq ou six malheureux artisans, ses complices, de se charger d'aller trouver le prince Eugène pour lui offrir de l'introduire à Paris ; il a dit, pour son excuse, qu'il ne leur avait fait cette proposition qu'à dessein de se moquer d'eux et de leur attraper quelque argent; mais cette défense prouve tout au plus que c'est un fripon très dangereux, aussi a-t-il paru n'avoir aucune religion, et il a été près de deux ans sans vouloir appro- cher des sacrements, ni même qu'on lui en parlât; et toutes ces considérations jointes au pays de son origine, me persuadèrent qu'il devait rester à la B. jusqu'à la paix. M. de Pontchartrain me fit l'honneur de m'écrire après avoir reçu mon état de 1710, que le Roi l'avait ainsi décidé, et quoique ce prisonnier ait approché des sacrements depuis ce temps-là et parût moins indocile, je crus, après ma dernière visite de 1712, qu'il n'était pas à propos de le rendre libre, et que la continua- tion de la guerre avec l'empire semblait demander que sa déten- tion continuât jusqu'à ce que la paix fût conclue. Il se porte bien, mais il est toujours fort inquiet; cependant, rien ne paraît empêcher qu'il ne sorte, la paix générale étant con- clue; mais je crois qu'il vous paraîtra nécessaire et juste que ce soit à condition de sortir du royaume sans retardement. Apostille. — Sortie 28 octobre, chassé du royaume. (B. N.) CHATELAIN. 469 CHATELAIN ». Folie. PONTCHARTRAIN A M. D'ARGENSON. 19 novembre 1709. Une brigade du guet a arrêté, le 15 de ce mois, un particulier nommé Châtelain, pour plusieurs violences que vous verrez par le rapport joint à cette leltre ; le Roi veut qu'il soit transféré à la B., suivant l'ordre que je vous envoie, que vous l'interrogiez pour sa- voir qui il est, et sur les discours qu'il a tenus, et que vous sachiez aussi de M. de la Chaussée si ce particulier est effectivement son commis, et quelle a été sa conduite. Il n'est pas moins essentiel de savoir à fond qui est Chéronnier, commis de la poste de la con- férence, accusé par ce particulier d'avoir tenu des discours exé- crables qu'on ne peut trop punir. Du vendredi 15 novembre 1709. « Beaulieu, brigadier du guet, fait rapport que faisant ronde avec sa brigade, à minuit et demi, a vu à la porte de M, Samuel Ber- nard, un particulier avec deux porteurs de chaise, qui se dispu- taient ensemble ; les porteurs se sont plaints qu'ils avaient porté ce particulier toute la nuit, et qu'il ne les voulait point payer. Ce particulier m'a dit n'avoir point d'argent, et qu'il venait de Tordre du Roi chez M. Samuel Bernard, sur son billet, lui demander 150 livres à emprunter. Je lui ai demandé où il couchait, il m'a dit rue Saint-Honoré, près les Jacobins ; je Tai conduit et les por- teurs. Ensuite, en passant devant M. de Montargis, il a été frapper plusieurs coups à la porte; il voulait redoubler, je lui en ai empê- ché ; il nous a menés chez M. Bertin, où il a dit qu'il couchait, le portier a ouvert la porte, nous a dit le bien connaître, mais pour y coucher que non. Il nous a menés dans la rue Saint-Nicaise, au bureau des cochers, où il a frappé, personne n'a répondu ; il a dit que le nommé Cherouvier, commis ambulant à la Porte de la Con- férence, lui avait dit que si l'on avait fait justice, l'on aurait en place de Grève brûlé le Roi et la Maintenon, et toute la cour royale. 1. Ordres d'entrée du 19 novembre et de sortie du 18 décembre 1709. Contre-signes Pontchartrain. 470 CHATELAIN. Je lui ai demandé son pays; il a dit être Espagnol; je l'ai conduit au Châtelet; il a dit être commis de M. de la Chaussée, fermier gé- néral ; il a dit se nommer Châtelain. Un cocher de louage lui a ôté son chapeau et son épée pour l'avoir mené. » 18 décembre 1709. Je VOUS envoie un ordre pour transférer Châtelain, de la B. au couvent de la Charité de Charenton, où il restera pendant six mois. C'est le meilleur parti qu'on puisse prendre, par rapport à l'état auquel il est. On verra dans la suite ce qu'il conviendra de faire de lui. (B. A.) RAPPORTS DE M. D ARGENSON. J. B. Châtelain, misa l'hôpital de Charenton. Il est originaire de Paris, âgé de 33 ans ou environ. Cet homme a été commis des affaires de finance, et les calculs lui ont telle- ment dérangé la tête, qu'il ne parle d'autre chose. Le mauvais état de ses affaires n'a pas peu contribué à sa folie, et ce fut dans un excès d'épuisement qu'il s'avisa, par un caprice dont il n'a pu lui- même nous dire la cause, d'imputer à un des commis de la Porte de la Conférence des discours insolents contre le Roi, qui n'avaient pas le moindre prétexte; c'est ce qui le fît conduire à la B., vers la fin de l'année dernière ; il n'y fut pas plus tôt que sa folie se déclara ; elle lui permit néanmoins de reconnaître son imposture et d'en demander pardon au commis lorsqu'il lui fut confronté. La triste situation de son esprit détermina l'ordre en vertu duquel il a été transféré à Charenton ; mais quelques soins qu'on ait pu prendre, son dérangement est toujours le même, quoique sa santé soit très bonne. Il semble donc qu'on ne pourrait sans injustice, et même sans contrevenir aux règles de la charité, le rendre à sa propre con- duite, et qu'il faut, ou le laisser dans cette maison, ou le trans- férer à l'hôpital. En 1711 , il y est devenu plus furieux et plus difficile qu'il n'était d'abord. On ne lui remarque même aucun vestige de raison, et il y a beaucoup d'apparence que son mal ne finira qu'avec sa vie, quoique sa santé paraisse très bonne. En 1712, il lui prend de temps en temps des fantaisies de jurer et de blasphémer, qui lui durent quelquefois des nuits entières ; SAPAILLÉ. 471 au reste, il a acquis un prodigieux embonpoint, quoique d'abord il fût fort maigre. En 1713, il est devenu un peu moins gras, mais sa folie conti- nue toujours, puisqu'il chante ou parle sans cesse, et que ses moindres extravagances sont de dire que la sainte Vierge est sa cousine, et qu'il a plus de 100,000 livres de bien; ce qu'il accom- pagne de blasphèmes qui font horreur. En 1714, sa folie est fort augmentée, et est devenue plus ar- dente et plus furieuse ; cependant, son corps se soutient parfaite- ment et menace d'une longue vie. En 1731, J.-B. Châtelain, âgé de 34 ans, ci-devant lieutenant d'infanterie, a été transféré du château de la B., en cette maison, à cause de l'aliénation de son esprit. C'est un imbécile et un grand jureur. Le Roi fait payer sa pension. (B. A.) SAPAILLE'. Vol. iî. d'hAUTERIVE, lieutenant de roi, au maréchal de B0DFFLER3. Sedan, 23 octobre 1709. J'ai donné ordre de faire une garde exacte pour arrêter toutes les personnes qui viendraient du côté de Liège, ou autres endroits du pays ennemi, pour venir en France, chargées de passeports ou non. J'ai été averti qu'il y avait un officier qui était logé dans un cabaret, au faubourg de Donchery, qui venait du côté des Ar- dennes. Dès que j'eus cet avis, j'allai à Donchery, oîi je trouvai mon homme, qui était gardé par les habitants du lieu, conformé- ment à l'ordre que je leur avais donné, lequel, après l'avoir inter- rogé, m'a dit qu'il avait l'honneur d'être connu de vous par la voie de Régnier, chirurgien des gardes françaises, et de M. le duc de Guiche; je lui ai fait écrire de sa main les raisons qui l'ont obligé de venir ici sans permission du Roi, que vous verrez ci-jointes. Cet homme est de Paris; il a été garde de S. M. dans la compa- 1. Ordres d'entrée du 29 octobre 1709, et de sortie du 13 décembre 1714. Contre-signes Voysin. 472 SAPAI LLÉ. gnie de Noailles ; il dit qu'il est sorti du royaume pour des affaires qu'il ne m'a pas dites. Je n'ai point rendu compte à M. Voysin de son arrêt, que je n'aie su de vous de la manière que j'en dois agir, et s'il est vrai ce qu'il m'a dit qu'il eut l'honneur d'être connu de vous, par les endroits qu'il met dans son mémoire; il porte un cer- tificat comme étant bourgeois de Liège, qu'un bourgeois lui a donné il y a bien 18 mois, et il paraît sous le nom de ce bourgeois. Attendant vos ordres là-dessus, je le ferai garder très exactement. (B. N.) YOYSIN A M. d'HAROUYS, INTENDANT DE CHALONS. Versailles, 22 novembre 1709. Il y a près d'un mois que je vous ai adressé les ordres du Roi, pour faire conduire ici Sapaillé, qui a été arrêté à Sedan par les soins de M. d'Hauterive, et dont la conduite lui a paru suspecte, vous ne m'en avez point accusé la réception ni mandé les mesures que vous aviez prises pour la sûreté de sa personne dans son voyage; je vous prie de me mander qui vous en avez chargé, et quel jour il arrivera, afin que j'en rende compte au Roi. (A. G.) LE MÊME A M. d'ARGENSON. Versailles, 25 novembre 1709. Sapaillé a été conduit par ordre du Roi dans les prisons du For- l'Évêque. Cet homme, qui s'appelle Régnier, a son frère chirurgien- major du régiment des gardes françaises ; il était sorti du royaume il y a quelques années; il écrivait le 5 octobre, à son frère, la lettre que vous trouverez ci-jointe, par laquelle il donnait avis d'un com- plot fait entre neuf hommes des ennemis, pour passer dans les Cévennes et Vivarais. Vous trouverez que cette lettre parle de choses fort différentes, vu qu'il dit qu'il doit aller en Poméranie, et offre ensuite d'aller dans les Cévennes. Peu de temps après, sans avoir mandé qu'il venait en France, ni par quel chemin, il a été trouvé h Donchery, et M. d'Hauterive, lieutenant de Roi, de Sedan, que j'avais fait avertir de prendre garde aux étrangers qui passe- raient en France par cette frontière, l'y a fait arrêter. Peut-être tirerez-vous de cet homme de plus grands éclaircissements lorsque vous l'aurez interrogé pour connaître s'il est bien ou mal intentionné. Suivant ce que vous prendrez la peine de me mander SAPAI LLÉ. 473 de réponses qu'il fera dans ses interrogatoires, S. M. ordonnera ce qu'elle jugera à propos, ou pour le faire enfermer, ou pour le mettre en liberté. (A. G.) M. d'argenson a voysin. Paris, 1er janvier 1710. J'ai interrogé, suivant vos ordres, M. de Sapaillé, ci-devant major du régiment de Brancas, et je suis persuadé que la même inquiétude qui l'a fait sortir du royaume, pour ne pas payer ce qu'il doit à ce régiment, l'y a fait revenir dans l'espérance qu'il y pourrait introduire des marchandises de contrebande et en tirer quelque profit. Il dit cependant que son colonel lui doit au moins 7,000 livres, et qu'il est en avance de 30,000 livres pour le régiment de Brancas, mais qu'il a laissé ses registres et ses papiers dans une maison de la ville de Malines où il était en garnison pendant l'hiver de l'an- née 1706. Il réclame aussi beaucoup d'argent et de pierreries qu'il dit avoir laissés à Utrecht, entre les mains de M. de Gourcelles, Fran- çais fugitif. 11 déclare encore qu'étant allé depuis quelques mois au village de Méo, près d'Aix-la-Chapelle, oi!i demeure la femme qui a passé avec lui dans les pays étrangers, il y a laissé deux tonneaux de thé du poids de 123 liv., 30 liv. de chocolat, 250 liv. de tabac d'Es- pagne et quantité de nippes ou de marchandises. 11 assure enfin qu'il a laissé à Sedan, chez la demoiselle Grosseux, deux paquets de rubans d'Angleterre de talTetas, et d'autres étoffes de la même espèce qu'il se proposait évidemment de débiter dans le royaume, avec le même succès qu'il y en avait débité d'autres. Il ajoute qu'il est sorti du royaume par désespoir de ce que son colonel ne le payait pas, qu'il passa d'abord en Italie avec cette même femme qu'il a laissée auprès d'Aix-la-Chapelle, et dont la prostitution était publique à Paris, qu'ils allèrent à Rome où la reine douairière de Pologne lui donna des lettres de recomman- dation pour la reine, épouse du roi Stanislas, qu'il se rendit auprès de cette princesse, et que le Roi son mari l'ayant chargé d'aller faire en Hollande des levées d'hommes et de chevaux (qui ne réus- sirent pas faute d'argent), il alla chercher fortune en Angleterre et revint en Hollande, où il fit un commerce de marchandises qu'il 474 SAPAILLÉ. envoyait à l'un de ses frères, domestique du roi Stanislas, que ce négoce lui procura quelque profit, et qu'il gagna aussi quelque ar- gent à Londres, en taillant à la Bassette, ce qui l'a mis en état d'en rapporter un billet de 400 guinées. Il voudrait toujours qu'on crût qu'il avait dessein de livrer au premier partisan français qu'il trouverait, quelques-uns des Fran- çais réfugiés qui avaient dessein de pénétrer dans les Cévennes pour y renouveler les troubles. Mais comme il ne peut nommer aucun de ces prétendus réfugiés, et que ce qu'il en dit n'a ni suite ni vraisemblance, quoiqu'il pré- tende avoir voyagé avec eux durant plus de six jours, il est facile de juger que ce n'est qu'un prétexte et un mensonge imaginé pour cacher d'autres desseins. Ainsi, tout ce qu'on peut conjecturer de plus favorable, c'est le projet d'introduire dans le royaume des marchandises défendues, pour trouver dans le gain qu'il y ferait le moyen de rétablir sa for- lune, que ses débauches et son libertinage ont fort dérangée. Cependant, sa qualité d'officier des troupes du Roi, sa sortie du royaume pour emporter au régiment de Brancas les sommes dont il lui est débiteur, son séjour en Hollande et en Angleterre, son commerce dans les pays ennemis, et son retour en France avec la précaution d'éviter toutes les villes et tous les passages où l'on au- rait pu l'arrêter, excitent contre lui des soupçons trop importants pour renfermer sa peine à celle qu'on prononce ordinairement contre ceux qui sont convaincus d'avoir fait un commerce fraudu- leux de marchandises de contrebande. Je pense donc qu'il n'est pas moins juste que nécessaire, pour le service du Roi, qu'il soit retenu dans le château de la B. jusqu'à la paix. Je ne vous proposerai pas d'envoyer au village qu'il indique aux environs d'Aix-la-Chapelle, pour en tirer les effets qu'il prétend y avoir laissés ; mais il ne serait pas difficile de vérifier à Sedan, chez la demoiselle Grosieux, si les deux paquets de marchandises qu'il dit lui avoir confiés y seraient encore. (A. G.) VOYSIN A M. D AUGENSON. Versailles, 5 janvier 1710. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire ; le Roi SAPAILLÉ. 475 a trouvé par ce qu'elle contient de la conduite de Sapaillé, ci-de- vant major du régiment de Brancas, et des réponses qu'il vous a faites, qu'il n'y a de meilleur parti à prendre, pour mettre fin à toutes ses mauvaises pratiques, que de le laisser à la B., comme vous le proposez, tant que la guerre durera; ainsi, il faudra conti- nuer à l'y retenir, en exécution des ordres sur lesquels il y a été conduit. Je donne avis de sa détention aux officiers de ce régiment, afin que, s'ils ont quelque chose à répéter contre lui, ou quelque dé- compte à faire, ils puissent m'en adresser des mémoires que je vous enverrai. J'écris en même temps à Bellot, commissaires des guerres à Sedan, de vérifier si les deux paquets de marchandises que Sapaillé prétend avoir laissés y sont encore, et, dans ce 'cas, de l'obligera les lui remettre pour vous les faire tenir. (A. G.) REGNIER FRÈRE A M. d'ARGENSON. Il m'est venu plusieurs lettres de Sapaillé, renfermé à la B., qui certainement ne sont pas passées à votre connaissance, puisqu'il y en avait une sur du papier de musique, écrite en blanc ; je n'ai pas été trop étonné de les voir parvenir jusqu'à moi, parce que je connais de longue main ses allures intrigantes; mais j'ai été sur- pris qu'elles aient surpassé la vigilance et l'exactitude de vos or- dres, dont vous êtes si jaloux. 11 me parle de rien d'extraordinaire que de travailler à sa liberté, dont je serais très fâché, connaissant mieux les châtiments qu'il mérite que qui que soit, et regardant sa captivité, comme une grâce plutôt que comme un châtiment, comme vous me fîtes remarquer, après qu'il eut été transféré du For-l'Évêque à la B., pendant que je fis un voyagea Versailles pour demander cette grâce au Roi, à la prière de M. Voysin et de tous mes protecteurs à la cour. J'aurais eu l'honneur de vous aller rendre compte moi-même de ce que je prends la liberté de vous faire écrire, si je n'étais au lit depuis près de six mois, par une hydropisie pour laquelle on m'a déjà percé le ventre huit fois, et qui me met dans un danger presque inévitable de la vie. M. de Contades vous rendra témoignage de la vérité que j'avance, en vous suppliant de vouloir bien diminuer ma capitation, où l'on monte toujours à Saint-Côme, quoique vous ayez eu la bonté de la modé- rer tous les ans. 476 SAPAILLÉ. Je vous supplie très humblement de redoubler vos défenses, pour qu'il soit observé plus exactement que par le passé, et d'in- terposer votre crédit pour que sa prison dure autant que sa vie, afin d'éviter à ma pauvre famille qui reste après moi, de le voir périr pour quelque autre forfait dont je sais qu'il est capable; ce n'est pas là le langage que devrait tenir un frère prêt à mourir, mais ma conscience et l'honneur de toute une famille y sont en- gagés. Apostille de M. d'Argenson. — M. Camuset pourra communiquer cette lettre à M. de Bernaville, qui sans doute sera bien aise d'éclair- cir rintrigue par laquelle on a fait aller jusqu'à M. Régnier les lettres dont il se plaint. M. le commissaire me rapportera ensuite cette même lettre, pour répondre comme M. le gouverneur le ju- gera à propos. 24 février 1711. RAPPORT DE M. D ARGENSON. Octobre. 1714. — Régnier Sapaillé. C'est ce major du régiment de Brancas qui, après avoir dissipé ou envoyé en Hollande la somme de 32,500 liv., ou du moins celle de 18,000, de son propre aveu, qui appartenait à ce régiment, passa dans le pays ennemi, en disant qu'il ne reviendrait jamais. Sur le compte que j'ai eu l'honneur de rendre à M. le chancelier, ce ministre a jugé qu'il n'était pas moins juste que nécessaire, pour le bien du service, que ce prisonnier demeurât à la B., ce qui me fit présumer que sa détention serait continuée au moins jusqu'à la paix générale. J'ai appris aujourd'hui qu'il se porte bien et qu'on se loue fort de sa conduite; mais il me semble que sa liberté dépend du paie- ment de ce qu'il doit au régiment de Brancas, à présent Labache, dont le major se contentera volontiers de 6 ou 7,000 francs, et peut- être de moins, de peur de tout perdre ; mais il ne lui sera pas plus facile de payer 1,000 écus que 20,000 francs, et s'il ne sort de laB. qu'à cette condition, il pourra bien y mourir. (B. N.) AVEDICK. AVEDIGK*. Querelle avec les jésuites 2. PONTCHARTRAIN AU CARDINAL DE JANSON ^. Marly, 13 mars 1705. La vue de M. de Ferriol, en informant le pape du projet des patriarches des Grecs et des Arméniens, pour renouveler la per- 1. Ordre d'entrée du 18 décembre 1709. Contre-signe Pontchartrain. 2. Le patriarche des Arméniens de Gonstantinople, Avedicii, a eu le très mince honneur d'être pris pour le Masque de fer; cette imagination bizarre lui a mérité l'at- tention de plusieurs historiens qui se sont escrimés pour démontrer l'absurdité de cette idée, mais ils ont négligé les côtés plus humbles de la question, c'est-à-dire tout ce qui regarde l'état, les mœurs et les relations habituelles de la France et de la Turquie ; il nous a paru utile d'apporter un peu plus de lumière sur ces parties trop laissées dans l'ombre, et c'est l'excuse du travail que nous avons entrepris. Les Arméniens ont joué un rôle très important à Gonstantinople, leur habileté dans les affaires d'argent les rendant fort utiles au gouvernement turc, dont l'ineptie finan- cière dépassait toute croyance ; les emplois du trésor étaient entre leurs mains. Ils auraient pu vivre tranquillement et s'enrichir aux dépens des infidèles, si les querelles religieuses n'avaient été une pierre d'achoppement perpétuelle. Ils se partageaient en deux sectes : les Arméniens catholiques, et ceux que l'am- bassadeur de France appelait les schismatiques ; ceux-ci étaient plus riches et plus puissants, grâce à la protection du gouvernement turc, tandis que les autres étaient réduits au patronage des ambassadeurs catholiques et des missionnaires, que la tolé- rance dédaigneuse du sultan laissait végéter dans Gonstantinople. Leurs querelles étaient d'autant plus vives, que la différence des opinions était insignifiante ; le divan refusait de s'en occuper. Qu'importe^ disait-il, qu'un pourceau soit blanc ou qu'il soit noir, c'est toujours un cochon ; mais il avait gardé le soin de renvoyer ou de nommer le patriarche unique imposé aux deux Eglises, et il vendait la croix épiscopale au plus offrant enchérisseur : c'était une façon de battre monnaie. Les schismatiques, grâce à leur argent, étaient presque toujours les maîtres du marché, au grand ennui de l'ambassadeur de France et au désespoir des jésuites et des capucins, qui s'étaient érigés ea directeurs des âmes. Leur chagrin les poussait aux plus étranges expédients, et ils mirent souvent le gouvernement français dans l'embarras, les capucins surtout, qui allant prêcher dans les églises et dans les mai- sons particulières, faisaient grand bruit, tandis que les jésuites, toujours plus calmes, restaient chez eux. Cependant ceux-ci se départirent une fois de leur prudence : il en coûta cher à leurs amis. Les bons Pères s'étaient laissé abuser par les protestations d'un prêtre arménien nommé Avedick, ils lui firent donner la mitre de patriarche ; mais il ne fut pas plus tôt nommé, qu'il excommunia les catholiques et força les jésuites à fermer leur collège d'Erzeroum; M. de Ferriol s'empressa d'acheter la destitution de cet ingrat, mais en 1704, les Arméniens schismatiques payèrent 880,000 liv. sou réta- blissement, les catholiques tremblèrent à l'idée des représailles et, pour en arrêter le cours, M. de Ferriol demanda à garder pour otages les Turcs faits prisonniers par les chevaliers de Malte. 3. Toussaint de Forbin-Janson, successivement évêque de Digne, Marseille et Beau- vais, ambassadeur en Pologne, cardinal-ambassadeur à Rome, et grand aumônier eu 1706, mort k Paris le 24 mars 1713. 478 AVEDICK. sécution contre les catholiques, a été d'engager Sa Sainteté à écrire au Grand maître de Malte de faire mettre à la chaîne et traiter comme esclaves ceux de ces nations qui pourront être pris, pour les obliger de se plaindre à leurs patriarches, qui viendront appa- remment à M. de Ferriol pour y remédier, et il profitera de l'occa- sion pour faire cesser les cruautés; le Roi a compté que le pape se déterminerait facilement à en écrire au grand maître, et S. M. a mandé à l'avance à M. le commandeur de Lusignan, de s'infor- mer du secours qu'il peut donner à la religion en Levant. (A. M.) LE MÊME AU P. HYACINTHE, CUSTODE * DES CAPUCINS, A COSSTANTINOPLE. Paris, 3 juin 1705. J'ai été bien aise d'apprendre que les Arméniens catholiques jouissent de toute la liberté qu'on pouvait désirer pour la religion, et qu'elle n'ait point été troublée, ni par les changements des pa- triarches, ni par celui du Grand vizir. Il est bien à désirer que le rappel d'Avedick et son rétablissement ne le mettent point en état de continuer tout le mal qu'il avait commencé. J'ai recommandé par l'ordre du Roi, à M. de Ferriol, d'y avoir toute l'attention qui sera praticable aux moyens de prévenir sa mauvaise volonté, et j'ai commencé de mettre en œuvre celui qu'il m'a suggéré ; lors- qu'il arrivera quelque incident sur ce sujet, vous me ferez plaisir de m'en informer. Versailles, 5 mai 1706. Il est heureux que les Arméniens catholiques aient pu obtenir la dépossession d'Avedick, du patriarchat de Gonslantinople *; mais il faut qu'elle se soutienne, et vous avez raison de craindre ses intrigues jusqu'à ce qu'il soit remplacé et passé au lieu de son exil. Vous me ferez savoir les suites de ce mouvement, à qui le présent a été donné, et comment les répartitions de ces sortes de dépenses se font entre les Arméniens. (A. M.) 1. Le Custode faisait fonctions de curé ; le P. Hyacinthe avait montré beaucoup de violence dans cette affaire ; c'est lui seul, écrivait plus tard M. de Ferriol, qui m'exagérait tous les jours la méchanceté et les crimes d'Avedick. 2. Le 25 février 1706, Avedick avait été déposé pour la troisième fois, et eiilé dans l'ile de Chypre. AVEDICK. 479 LE MÊME AU P. BRACONNIER, SUPÉRIEUR DE LA MAISON DES JÉSUIFES, DANS LE LEVANT. Marly, 19 mai 1706. On m'informe de la nouvelle destitution d'Avedick, du patriar- chat de Constantinople, que des Arméniens catholiques ont obte- nue par un présent considérable; son séjour à Ténédos doit faire craindre qu'il ne trouve moyen de se rétablir; je ne sais s'il n'au- rait pas mieux convenu de le laisser en place, ayant déjà éprouvé la peine d'un exil, et paraissant touché des menaces de M. de Fer- riol, à moins qu'on ne soit certain d'avoir un nouveau patriarche qui soit pacifique. (A. M.) LE MÊME A M. DE FERRIOL ^ Marly^ 19 mai 1706. J'apprends par le P. Hyacinthe, qu'Avedick a été exilé de nou- veau, mais qu'il est resté à Ténédos, en attendant l'occasion de passer sûrement dans l'île de Chypre *. Il est à craindre qu'il ne trouve par ses intrigues le moyen de profiter de ce séjour pour obtenir son rétablissement, et alors il persécuterait avec plus de fureur les Arméniens catholiques qui l'ont fait déposer. Il me sem- blait aussi qu'ayant commencé à appréhender les suites de vos me- naces, et tenant une conduite assez douce, il aurait mieux valu le laisser continuer dans cette disposition, d'autant mieux qu'il avait déjà éprouvé la peine d'un premier exil, que d'essayer un nouveau patriarche, à moins qu'on ne soit assuré d'en avoir un pacifique ^. 1 . Charles de Ferriol, baron d'Argental, mort âgé de soixante-dix ans, le 20 octobre 1722. C'était un petit gentilhomme, fils d'un simple conseiller au parlement de Rouen. Il avait servi peu et mal, mais avait été un bellâtre que les femmes mirent à la mode ; il fut obligé de quitter la France pour éviter les violences d'un mari trop jaloux. Après s'être battu contre les Turcs à Candie, il entra à leur service. Ce lui fut un moyen de revenir en France ; il adressait au Roi des rapports qui plurent, et sur lesquels il fut nommé ambassadeur à Constantinople, en 1699. 2. Pontcharlrain trouvait avec raison que l'on dépensait beaucoup d'argent pour un bien maigre résultat, et il ne voyait pas de terme à une avanie si agréable aux Turcs ; mais sur ces entrefaites, Avedick se présenta à l'ambassade entouré de 300 Arméniens, croyant faire peur à M. de Ferriol ; celui-ci pensa, comme les missionnaires, qu'il fal- lait à tout prix écarter un patriarche aussi déterminé ; les catholiques achetèrent encore son renvoi au prix de 400 bourses, c'est-à-dire près de 800,000 francs. 3. Avedick s'était embarqué pour l'ile de Chypre sous la conduite d'un Chiaoux; celui-ci, gagné par l'argent de M. de Ferriol, livra son prisonnier à M. de Donnai, vice-consul de France à Chio, qui cacha aussitôt le malheureux patriarche dans un bâtiment français, et l'envoya à Messine. C'était une violation bien effrontée du 480 AVEDICK. Marly, 23 juin 4706. S. M. avait approuvé les mesures que vous aviez prises pour rendre l'exil d'Avedick plus dur ; mais je viens d'apprendre qu'il est arrivé à Messine, où le vice-consul l'a remis au ministre de l'Inquisition, ainsi que vous l'avez mandé. Il est à craindre que cette espèce d'enlèvement n'attire des plaintes de la Porte. Vous aurez apparemment pris quelques mesures pour sa subsistance *. LE MÊME A M. SOULIER, VICE-CONSUL A MESSINE. Marly, 30 juin 1706. Vous m'informez de l'arrivée à Messine, de la barque du patron Ganteaume, dans laquelle M. de Ferriol a fait embarquer un pa- triarche des Arméniens, déposé, nommé Avedick 2, en vous mar- quant de le remettre à l'inquisiteur pour le tenir en lieu de sûreté jusqu'à ce qu'il le demande, et en ai rendu compte au Roi. S. M. approuve que vous suiviez ce qu'il vous a prescrit à cet égard. Ce patriarche mériterait un traitement plus dur par les persécu- tions qu'il a excitées contre les Arméniens catholiques ; mais il est à craindre que le grand Seigneur ne désapprouve qu'on ait ainsi disposé d'un de ses sujets; vous devez, à tout événement, vous dispenser d'en donner aucune nouvelle. (A. M.) LE MÊME A M. DE MONTMORT, INTENDANT DES GALÈRES, A MARSEILLE. Marly, 28 juillet 1706. J'ai des lettres de M. de Ferriol, qui m'apprennent les change- ments arrivés à Gonstantinople; le patriarche des Arméniens dont il vous écrit est arrivé à Messine, et a été remis dans les prisons de l'Inquisition; je prendrai l'ordre du Roi sur ce qui doit en être fait. (A. M.) droit des gens, et M. de Ferriol prétendit qu'elle lui avait été imposée par les Jésuites et par les Capucins; mais il avait à se reprocher d'avoir agi sans attendre les ordres du Roi, qui lui sut toujours mauvais gré de cet excès de zèle. 1. Le divan turc prenait goût à des changements de. patriarche si avantageux au Trésor, et il avait envoyé Avcdick à Chypre jusqu'à ce que ses amis consentissent à payer quelque grosse avance pour son retour. 2. M. de Donnai, vice-consul de France, accompagné du Père Tarillon, jésuite, mit Avedick à bord de la barque du patron Ganteaume, qui le conduisit à Messine, ville appartenant alors aux Espagnols. Comme le roi de France avait bien voulu garder dans ses prisons les hommes suspects à Phihppe V, on avait pensé que l'Inquisitioa d'Espagne pourrait rendre le même service pour un prisonnier qui était à charge au gouvernement français. AVEDICK. 481 LE MÊME AU MARQUIS DE BEDMÂR ^ Versailles, 4 août 1706. J'apprends par M. de Ferriol, ambassadeur du Roi à Constanti- nople, qu'ayant trouvé le moyen de faire déposer et exiler un pa- triarche des Arméniens, nommé Avedick, il y a ajouté, pour«évi- ter son rétablissement^ de le faire enlever dans le passage au lieu de son exil, en chargeant le patron, s'il ne pouvait l'amener en France, de le laisser en Sicile, en le remettant dans les prisons de l'Inquisition. J'ai su que le patron avait été obligé de prendre ce dernier parti. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S. M. m'a commandé d^écrire à V. Ex., qu'il est d'une extrême importance que ce malheureux patriarche soit retenu dans les prisons cti il est, et si resserré qu'il ne puisse pas écrire, parce que l'action hardie qu'a faite M. de Ferriol pourrait avoir des suites à la Porte, et qu'il serait difficile de ne le pas renvoyer à Constantinople, oti on se croirait peut-être obligé de le rétablir, ce qui serait la perte certaine de tous les Arméniens catholiques contre lesquels il a déjà excité plusieurs persécutions. M. de Ferriol et tous les mis- sionnaires assurent que c'est l'homme du monde le plus impie, le plus artificieux et le plus à craindre. Je vous prie de me faire part des ordres que vous donnerez sur ce sujet. Versailles, 15 septembre 1706. J'ai informé V. Ex., par Tordre du Roi, de l'aventure par la- quelle Avedick, faux patriarche des Arméniens, se trouve dans les prisons de Messine. Comme j'apprends par M. de Ferriol, ambas- sadeur de France à la Porte, qu'on fait des perquisitions pour sa- voir ce qu'il est devenu, et qu'à celte occasion, et sur les excita- tions de ses partisans, on a renouvelé la persécution contre les Arméniens catholiques -, S. M. m'a commandé de vous écrire de nouveau qu'il est d'une extrême importance que vous donniez des ordres précis pour le faire resserrer si étroitement qu'il ne puisse 1. Isidore-Jean-Joseph-Dominique de la Cueva, marquis de Bedmar, né le 29 mai 1642, mort le 2 juin 1723. 2. Le patriarche qui avait remplacé Avedick, laissait les jésuites prêcher en turc dans les églises arméniennes ; ils avaient payé son élection et il était reconnaissant ; mais les schismatiques le dénoncèrent au divan, qui l'envoya au bagne et fit arrêter tous les Arméniens catholiques. Sur ces entrefaites, le Grand vizir apprit l'enlèvement d'Avedick et fit sommer M. de Ferriol de le lui rendre, et menaça défaire arrêter par représailles le supérieur des jésuites. M. de Ferriol en fut quitte pour nier qu'il eût part à toute cette affaire : la chose en resta d'abord là. 31 482 AVEDiCK. avoir communication avec personne ni écrire. Le Roi attendra votre réponse sur ce sujet, parce que S. M. est obligée de prendre des mesures pour que le caractère de son ambassadeur ne soit pas compromis. On pourrait encore le contraindre à écrire qu'ayant été exilé plusieurs fois, et craignant pour sa vie, il a obligé le patron qui le portait à chercher un lieu de sûreté, et qu'en y allant, il a abordé en Sicile. Si on l'oblige à donner cet écrit, vous prendrez la peine de me l'envoyer. Cette déclaration doit être écrite de sa main et en arménien. (A. M.) LE MÊME A M. DE FERRIOL. Versailles, 15 septembre 1706. S. M. a approuvé les mesures que vous avez prises pour mettre le faux patriarche Avedick hors d'état de foire aux Arméniens ca- tholiques tout le mal qu'il méditait, et de se donner de nouveaux mouvements pour son rétablissement; mais il n'a point été amené jusqu'à Marseille. La barque qui le portait a été poussée par les vents aux côtes de Sicile, où on l'a fait remettre dans les prisons de l'Inquisition. Le vice-roi est informé du mérite du personnage, et il aura sans doute soin de l'y tenir enfermé, de sorte qu'il ne puisse parler ni communiquer avec personne. C'est à vous à vous préparer avec précaution sur les suites que cet incident pourrait avoir si on en faisait des plaintes au Grand vizir. Il est heureux qu'il ne soit point en nos mains, puisque le bâtiment ayant abordé en Sicile, pays de l'obéissance du roi d'Espagne, qui est toujours en guerre avec le Grand Seigneur, ses sujets s'y trouveront naturelle- ment esclaves; ainsi, la détention d'Avedick peut être regardée comme un effet du hasard auquel vous n'avez aucune part. 22 septembre 1706. A l'égard de l'article qui concerne Avedick, S. M. approuve votre réponse. Je vous ai observé et informé par ma dernière, qu'il est dans les prisons de l'Inquisition de Messine; le bâtiment sur lequel il était embarqué ayant été forcé d'aborder aux côtes de Sicile, au moins à ce que le patron a rapporté; ainsi, il n'est pas possible de se charger d'aucun office en sa faveur. Je doute que les perqui- sitions que les Arméniens en veulent faire aient un grand succès, au moins si on suit exactement les règles de ce tribunal. Vous savez, AVED[CK. 483 d'ailleurs, ce que je vous ai marqué à ce sujet. Je conçois bien que ce n'est pas l'inclination pour ce malheureux patriarche qui donne lieu à la persécution que souffrent les Arméniens catholiques qui auraient bien fait de l'éviter en donnant de l'argent, puisque c'en était le moyen le plus sûr. (A. M.) LE MÊME A. M. SOULIER, CONSUL A MESSINE. Versailles, 29 septembre 1706. Si le patriarche Avedick est encore entre vos mains, vous le remettrez à l'inquisiteur, après avoir pris des mesures avec lui, pour s'assurer qu'il n'aura aucune communication avec personne, ni ne pourra écrire. Je compte, si vous l'avez fait passer à Mar- seille, que vous aurez pris soin de m'en informer, et de prendre des précautions justes avec le patron que vous en chargerez pour vous assurer qu'il sera remis à M. de Montmort. Il viendra des Ar- méniens pour s'en informer, auxquels vous direz que vous n'en avez eu aucune connaissance. J'ai écrit, à ce sujet, deux fois à M. le marquis de Bedmar. (A. M.) LE MÊME A M. DE MONTMORT. Versailles, 10 novembre 1706. J'ai lu au Roi tout ce que vous m'écrivez au sujet d'Avedick, faux patriarche des Arméniens, que M. de Ferriol vous a adressé. S. M., pour éviter les persécutions qu'il pourrait exciter à son re- tour contre les catholiques, et toutes les suites de cette affaire, s'est déterminée à le faire enfermer au mont Saint-Michel, et pour cet effet, son intention est que vous Vy fassiez conduire, en char- geant un homme intelligent et de confiance de sa personne, avec un archer. Vous lui ferez dire qu'on le mène à Versailles par l'ordre du Roi, afin qu'on ait moins de peine, et vous répandrez dans le public, si on a su son nom et si son arrivée à Marseille y a été connue, qu'il est mort dans la prison. Vous écrirez aussi à M. de Ferrio!, qu'ayant reçu l'ordre de S. M. de le renvoyer à Constantinople aussitôt son arrivée de Messine, il est mort comme vous vous disposiez à l'exécuter; vous y ajouterez les circonstances nécessaires pour le tromper lui-même. Celui qui en sera chargé doit le garder avec soin, ne le jamais perdre de vue, et empêcher 484 AVEDICK. qu'il parle et communique avec personne. Si MM. Parvau et Mo- nau restaient encore à Marseille lorsque vous recevrez celle-ci, vous pourriez le leur confier ; en tous cas, vous devez être bien certain de la vigilance de celui à qui vous le donnerez, auquel vous joindrez deux hommes au lieu d'un, s'il en a besoin. Je vous envoie l'ordre du Roi pour sa conduite, et pour le faire recevoir à Saint-Michel ; il n'est pas besoin que ces particuliers sachent son nom. (A. M.) LE MÊME AU P. DE BOUGY, SUPÉRIEUR DE l'ORATOIRE. 24 novembre 1706. J'ai lu au Roi la lettre que votre secrétaire général m'a écrite au sujet du prisonnier que S. M. a ordonné de transférer au mont Saint-Michel ; elle n'a point approuvé l'expédient qu'il propose, n'étant pas à présumer qu'il pût rester inconnu longtemps dans un lieu plein de gens qui ont de continuelles relations avec le pays d'oh il est, et elle a jugé qu'il n'y en avait pas de plus convenable à ses vues que celui de le garder dans le mont Saint-Michel, où il sera enfermé dans une chambre, sans autre communication qu'a- vec un religieux que vous choisirez entre les plus sages et les plus habiles, auquel vous défendrez de dire son nom à. personne, ni de lui donner ni plume ni papier pour écrire. Les étrangers qui vont en pèlerinage à ce monastère n'entrent apparemment point dans les lieux intérieurs, et il vous sera aisé d'en faire choisir un écarté, dont la porte soit bien fermée et les fenêtres grillées, en sorte qu'il ne soit pas difficile de l'y garder sûrement. Il a de l'esprit et insi- nuant, et c'est par cette raison que je vous ai marqué que le seul religieux qui lui parlera doit être connu de vous pour homme de sens et de jugement. J'aurai soin de pourvoir au remboursement de la dépense qui sera faite pour sa subsistance et entretien, sur le pied qu'il conviendra, lorsqu'il aura été chez vous pendant quel- ques mois. (A. M.) LE MARQUIS DE BEDMAR A PONTCHARTRAIN. 26 novembre 1706. J'ai reçu la lettre que Votre Ex. m'a fait l'honneur de m'écrira an sujet du patriarche des Arméniens, nommé Avedick, que S. M. très chrétienne ordonne qu'il soit retenu dans les prisons de l'In- AVKDICK. 485 quisilion de ce royaume, sur quoi je me donne l'honneur de dire à V. Exe. que je n'ai pu satisfaire à cet ordre, la lettre de V. Exe. m'ayant été rendue après le départ de cet homme, qui a été em- barqué par le consul de France, à Messine, le 28 septembre, sur la tartane française du patron Felice Guifret, de Sant-Orpe, avec ordre de le remettre à M. le comte de Montmort, intendant géné- ral des galères, à Marseille, dont le consul n'a encore reçu d'avis, selon la dernière lettre que j'ai reçue du gouverneur de Messine. (A. M.) PONTCHARTRAIN A M. DE FERRIOL, Versailles, 8 décembre 1706. La plus fâcheuse affaire que vous ayez à présent pour les suites qu'elle peut avoir à l'égard des particuliers, est celle du faux pa- triarche Avedick, dont je comptais que vous seriez débarrassé, en le laissant dans les prisons de l'Inquisition de Messine, dont on ne l'aurait tiré que dans le temps qui vous aurait paru convenable; et comme il n'était point en France, on ne pouvait que vous charger de faire des instances pour engager le Roi à solliciter sa liberté; mais le vice-consul de Messine, qui apparemment n'a pas reçu assez tôt mes lettres, a profité de la première occasion qu'il a eue, de l'envoyer à Marseille, où il est arrivé, et M. de Montmort l'a fait mettre dans les prisons de l'Arsenal. Il n'était point à présu- mer qu'il y pût rester longtemps sans être connu, ou sans trouver quelque expédient pour donner de ses nouvelles à Constantinople; et pour l'éviter, le Roi donne ordre à M. de Montmort de le faire passer sous la garde de gens de confiance, au mont Saint-Michel, où il sera enfermé, sans aucune communication qu'avec un reli- gieux sage. J'observe même à M. de Montmort, que s'il peut avoir été reconnu par quelqu'un, il doit vous mander que, comme on se disposait à le renvoyer, il a été attaqué d'une maladie violente qui l'a emporté en peu d'heures. Ainsi vous pourrez, ou laisser ré- pandre ce bruit, si on apprend qu'il est passé à Marseille, ou vous tenir en état de le redemander lorsqu'il sera absolument néces- saire, S. M. se remettant entièrement à vous, vous laissant le soin de la conduire de la manière que vous trouverez le plus à propos. Je ne sais si vous en avez bien examiné les suites lorsque vous l'avez commencée. (A. M.) 486 AVEDICK. LE MÊME A M. DE MONTMORT. Versailles, 22 décembre 1706. S. M. a beaucoup approuvé toutes les mesures que vous avez prises pour faire passer plus sûrement et avec plus de secret au mont Saint-Michel, le personnage que vous avez eu ordre d'y envoyer, et les a trouvé d'autant mieux concertées que le désir de voir Paris et son déguisement l'empêcheront de chercher aucun moyen de s'évader ou de se découvrir. Le supérieur a les ordres nécessaires pour le faire mettre dans un lieu séparé, où il ne com- munique qu'avec un religieux sage et discret. Vous avez aussi très bien fait d'informer M. de Ferriol de sa maladie et de l'événement; je ferai examiner avec soin les papiers que vous lui avez trouvés, et je compte vous remettre ceux qui ne seront pas contraires à la religion, afin que vous les renvoyiez en Levant avec ses bardes, ce qui pourra servir à en faire perdre le souvenir comme d'un homme mort ; je ferai les fonds nécessaires pour payer la dépense faite à son occasion, et elle sera marquée comme dépense secrète, dont le trésorier sera dispensé de rapporter la décharge. (A M.) LE MEME AU P. HYACINTHE. Versailles, 5 janvier 1707. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'écrivez au sujet des deux patriarches arméniens qui sont en Levant, et des suites fâcheuses qu'a eues l'affaire d'Avedick à leur égard. S. M., qui était informée de son abord à Messine, et qu'il avait été remis dans les prisons de l'Inquisition, donnait ordre à M. Amelot d'employer ses offices auprès du roi d'Espagne pour obtenir sa liberté; mais ayant appris dans le même temps son arrivée à Marseille, où le vice-con- sul a trouvé moyen de l'envoyer, elle a mandé à M. de Montmort de l'embarquer sur le premier bâtiment qui pourra le porter sûre- ment à Constantinople. Je ne sais si la maladie dangereuse dont il a été attaqué peu de jours après son arrivée, n'aura pas de mauvais 1. Le Sari, qui avait remplacé Avedick, fut obligé d'embrasser l'islamisme pour éviter d'avoir la tète tranchée, et le patriarche de Jérusalem fut exilé, soixante Armé- niens furent envoyés aux galères. Cette fable, imaginée par Pontchartrain, ne fut acceptée par personne, et le divan continua toujours à réclamer le patriarche, mais dans l'incertitude où il était, le divan n'osa rien entreprendre contre M. de Ferriol et les moines qui l'avaient conseillé. AVEDICK. 487 événement; on en prend plus de soin qu'il ne conviendrait, par rapport au traitement que la Porte fait aux patriarches arméniens. (A. M.) LE MÊME AU GÉNÉRAL DE SAINT-MAUR. Versailles, 19 janvier 1707. J'ai lu l'extrait de la lettre écrite à votre secrétaire par le prieur du mont Saint-Michel, pour vous informer de l'arrivée du prison- nier que S. M. a ordonné d'y conduire ; elle veut hien qu'on lui fasse faire du linge et fournir des habits et autres choses qui lui seront nécessaires, avec les livres qu'il demandera, en observant d'y apporter beaucoup d'économie, suffisant de pourvoir à ses besoins et de le mettre en état de ne point souffrir. A l'égard delà subsistance, il faudra la régler suivant son usage et autant qu'il se pourra sur ce qui lui convient, s'il ne peut s'assujettir à vos jours déjeune et d'abstinence. Il est bien nécessaire que vous défendiez de se laisser surprendre par sa feinte dévotion ; son attachement à l'Église catholique n'est venu que depuis qu'il est au mont Saint-Michel, et il a certaine- ment dessein de tromper ceux qui le gardent par l'apparence ; c'est le plus grand persécuteur que le rit latin ait eu en Levant depuis un très long temps; il a fait chasser tous les évêques arméniens qu'il a su dans des sentiments orthodoxes ou avoir quelque communication avec des missionnaires, pour en substi- tuer d'hérétiques en leur place, et mettre beaucoup de prêtres et autres qui avaient embrassé le rit latin, sur les galères du Grand Seigneur. S'il n'avait tenu cette conduite, il serait resté sur le trône patriarchal sans opposition, et M. de Ferriol n'aurait point pris de mesures pour essayer de faire finir cette persécu- tion. Si dans cette disposition on doit lui permettre d'entendre la messe, c'est à vous à en juger ; je crois qu'on ne se trompera pas en s'expliquant à lui de ce qu'il croit sur ce sujet; vous obser- verez toujours qu'on ne doit lui laisser aucun moyen d'écrire, quel qu'il soit. Je n'ai point espéré que les gens qui l'ont conduit ne sachent qu'il vient de Marseille ; il nous doit suffire qu'ils ne sachent ni son nom ni d'où il est venu dans cette ville. (A. M.) 488 AVEDICK. LE MÊME AU PRIEUR DU MONT SAINT-MICHEL. Versailles, 19 janvier 1707. J'ai reçu votre lettre par laquelle vous m'informez de l'arrivée dans votre maison du prisonnier que le Roi a donné ordre d'y con- duire, et en ai rendu compte à S. M. Elle approuve que vous lui ayiez donné une chambre à feu, et que vous lui fassiez faire le linge et habits dont il a besoin, son intention n'étant point qu'il souffre aucune incommodité, pourvu que ce soit avec toute l'économie qui sera praticable. A l'égard de la subsistance, vous la réglerez le mieux que vous pourrez. Comme il n'est qu'involontairement dans votre maison, il semble qu'il ne doit point être assujetti à l'absti- nence perpétuelle, et que vous pouvez lui donner de la viande lorsqu'il en demandera ; vous en userez cependant ainsi que vous l'estimerez à propos. Vous verrez aussi par son exposition de foi, s'il est catholique et suffisamment instruit pour lui faire entendre la messe, et s'il demande à l'être ; vous en chargerez un reli- gieux sage et discret, en lui expliquant que c'est un des plus grands persécuteurs que la religion ait eu en Levant, et qu'il n'ou- bliera ni feinte ni apparences de dévotion pour surprendre et tromper. Il est inutile que vous donniez de ses nouvelles à M. de Montmort, mais vous me ferez savoir de temps en temps ce qu'il fait. Versailles, 26 janvier 1707. Vous m'informez que le prisonnier venu de Marseille est tombé malade en partie du froid qu'il souffre ; vous aurez vu par ma der- nière que le Roi vous a laissé la liberté de pourvoir à tous ses be- soins, en sorte qu'il n'ait aucune incommodité, en vous observant seulement de le faire avec l'économie qui sera praticable. S. M. a approuvé que vous lui ayez fait donner les secours nécessaires pour sa guérison, et veut bien que vous lui laissiez la liberté d'entendre la messe, avec les précautions que vous marquez, en le faisant accompagner de deux religieux, et empêchant qu'il soit vu du dehors. A l'égard des sacrements, c'est à vous à juger s'il est dans des sentiments orthodoxes qui permettent de les lui administrer, et pour cet effet vous pouvez faire venir de Saint-Malo le religieux qui peut l'entendre, sur le rapport duquel vous en déciderez. Je vous ai observé que M. de Ferriol me mande que c'est un scélérat AVEDICK. 489 qai veut peut-être se parer d'une feinte dévotion pour vous sur- prendre ; cependant comme Dieu peut l'avoir touché, vous n'aurez qu'à l'examiner avec plus d'application ; vous aurez sans doute eu la précaution de ne lui laisser ni couteau ni autre instrument pareil. Versailles, 23 mars 1707. S. M. veut bien qu'on laisse la liberté au prisonnier qui est enfermé, de se confesser et d'entendre la messe, puisqu'il le demande avec empressement, et qu'on y emploie le prieur de Saint- Malo, sur la discrétion duquel vous m'avez marqué qu'on pouvait compter, et je vous prie de lui recommander le secret de son nom et de ses aventures, qu'il ne manquera pas de lui expliquer, comme celui de la confession ; mais je vous ai observé que ce prisonnier est un chef d'hérétiques qu'on a dépeint au Roi comme un très grand hypocrite et scélérat, et qu'ainsi il fallait bien prendre garde que sa dévotion apparente n'engageât à diminuer des précautions qu'on prend pour sa garde. Versailles, 6 avril 1707. Un de mes premiers soins a été de vous informer que le prison- nier qui est au mont Saint-Michel est un des chefs hérétiques arméniens, et qu'il a été depuis quelque temps le principal auteur des persécutions que les catholiques de cette nation ont souffert dans le Levant. Je vous ai aussi marqué ce que M. de Ferriol m'é- crivait sur son sujet, et qu'ainsi il était peu à présumer que cette dévotion qu'il faisait paraître fût véritable, et que c'était apparem- ment une feinte qu'il faisait pour se procurer plus de liberté, et peut-ôtre quelque occasion de s'évader. Voilà tout ce que je puis vous dire, car pour la question de savoir s'il doit être admis à la confession ou non, c'est à celui que vous commettrez pour juger de sa foi et de ses sentiments à en décider ; ce que j'ai dû vous obser- ver est de faire en sorte que le secret ne fût remis qu'à un reli- gieux sage et discret, et que vous lui ordonnassiez vous-même de le garder. ^(A. M.) LE MEME A M. DE FERRIOL. Versailles, 26 janvier 1707. M. de Montmort vous aura sans doute informé de l'événement fâcheux de la maladie dont Avedick était attaqué ; je lui manderai 490 AVKDICK. de renvoyer à la première occasion les papier? et hardes qu'il avait, et de vous les adresser*. (A. M.) LE MÊME AU PRIEUR DU MONT SAINT-MICHEL. Versailles, 22 juin 1707. Comme il y a longtemps que vous ne m'avez donné de nouvelles du prisonnier du Levant, dont la garde vous est confiée, j'ai cru vous en devoir demander ; vous me ferez savoir en réponse la con- duite qu'il a tenue depuis votre dernière, surtout par rapport à la religion, si la dévotion qu'il affectait de faire paraître a continué, et enfin s'il s'est montré tel qu'il était lorsqu'il a jugé que vous ne vous laisseriez point tromper par les apparences ; vous me mar- querez aussi s'il s'est confessé, et s'il n'a rien dit ensuite au reli- gieux qui l'a entretenu, qui l'ait fait connaître et qui donne lieu de juger de sa disposition. (A. M.) LE MÊME A M. DE FERRIOL. Versailles, 29 juin 1707. S. M. a été fâchée d'apprendre que la persécution contre les Arméniens catholiques continue avec la même vivacité qu'avant l'exil d'Avedick, et elle a jugé parla qu'il n'en était point l'unique auteur, et qu'il fallait qu'il y eût dans le fond de la discussion qui y a donné lieu et qui a empêché l'accommodement entre eux et les schismatiques, quelque motif ou quelque intrigue particulière qui n'est pas venue à sa connaissance. Elle a même eu quelque scrupule de l'état où elle a mis Avedick, qui n'est pas né son sujet, et dont les crimes contre la R. ne lui sont pas assez connus pour juger s'il le mérite ou non, et enfin elle a trouvé que vous vous étiez embarqué bien légèrement dans une affaire fâcheuse, et dont les suites ne pouvaient être qu'embarrassantes, sans aucune utilité apparente, et comme elle n'a pu se persuader que vous ayez pris ce parti par vous-même, elle désire savoir de vous, avec vérité et sans complaisance, qui a pu vous donner un aussi mauvais conseil -. Avedick est toujours au lieu que je vous ai marqué, où certaine- 1. Pontchartrain écrivait ce mensonge officiel à M. de Ferriol, afin qu'il en fil lec- ture au }j;rancl visir. 2. M. de Ferriol répondit à Pontchartrain : « Je me suis examiné avec attention, et si quelqu'un m'a porté à une résolution violente contre Avedick, je dirai que c'est le seul père Hyacinthe. » AVEDICK. 491 ment il n'a communication avec personne, ni aucune commodité pour écrire ; ainsi vous aurez tout le temps qui convient pour attendre quelque événement qui oblige à l'oublier. Je crains qu'on n'y parvienne pas si tôt, paraissant que le G. S. est bien aise, de même que ses ministres, d'entretenir de la division entre les Arméniens ; ce premier par raison d'État, et les derniers pour en tirer des donations considérables ; vous avez bien fait de vous faire remettre les lettres d'Avedick, qui sont venues à Scio pour vous assurer qu'elles n'iront pas à leur adresse. (A. M.) LE MÊME AU GÉNÉRAL DE SAINT-MAUR. Marly, 13 juillet 1707. Le prieur du mont Saint-Michel, auquel j'avais demandé des nouvelles du prisonnier du Levant qui est dans ce monastère, m'écrit qu'il continue de marquer un désir de se confesser et d'en- tendre la messe qui lui paraît sincère. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S, M. ni'a commandé de vous marquer que, ne vou- lant pas le priver des secours des sacrements, elle désire que vous fassiez passer au mont Saint-Michel le religieux qui était à Saint- Malo, qui pouvait l'entendre, et que vous lui enjoigniez de garder le secret sur les choses qu'il pourra lui dire hors de la confession, à moins qu'il ne juge qu'elles puissent être utiles pour le service ou pour la religion, auquel cas il n'aura qu'à me les mander, votre défense ne devant avoir que cette exception. (A. M.) LE MÊME AD P. DE BOUGIES (sic). Fontainebleau, 28 septembre 1707. Le religieux de Marmoutiers que vous avez envoyé au mont Saint-Michel, m'écrit qu'il a vu le prisonnier qui y est pendant un assez long temps, mais qu'il s'est trouvé dans l'impossibilité de l'entendre en confession, parce qu'il ne sait ni le turc ni l'armé- nien, qui sont les deux seules langues que ce prisonnier parle, et qu'il ne connaît en aucune manière la langue franque, quoiqu'il soit de Constantinople. Si vous aviez quelque autre religieux plus entendu que celui-là dans les langues orientales, la chanté et même le service du Roi demanderaient que vous le fissiez venir au mont Saint-Michel pour tâcher de pénétrer dans les sentiments de ce prisonnier. Je chercherai de ma part quelques gens sûrs qui puis- 492 AVEDICK. sent lui servir d'interprète, mais il ne convient pas de leur confier le secret, ni d'approcher de lui des gens capables d'en prendre des lettres ou de se charger d'écrire en Levant. (A. M.) LE MÊME AU PRIEUR DU MONT SAINT-MICHEL. Paris, 8 février 1708. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite au sujet du prisonnier levantin qui est dans votre maison, et en ai rendu compte au Roi ; S. M. a beaucoup approuvé les soins que vous en prenez et vos pré- cautions pour le garantir du froid et des incommodités auxquelles ou est exposé lorsqu'on y fait un long séjour. Elle donne ordre de chercher les moyens de le faire finir le plus tôt qu'il sera possible, et lorsqu'on pourra s'assurer que son retour en Levant ne sera d'aucun préjudice à la R., mais elle est fâchée d'apprendre qu'on n'ait pu jusqu'à présent lui trouver un truchement qui le mette en état de s'expliquer sur ses besoins spirituels et de se confesser. Elle m'ordonne encore de vous recommander de faire toutes les perquisitions nécessaires pour en avoir un dans votre ordre ou ailleurs, par le moyen duquel vous puissiez conférer avec lui et connaître ses sentiments, mais il faudrait que ce fût un homme dont la fidélité vous fût connue. (A. M.) LE MÊME A M. DE FERRIOL. Versailles, 21 mars 1708. L'affaire d'Avedick est celle sur laquelle le Roi désire que vous preniez des mesures pour la finir ; S. M. se fait un scrupule de le retenir pour toujours dans une prison où il est sans secours spiri- uels qu'il paraît demander avec instance, n'étant pas né son sujet, tt n'ayant commis aucun crime direct contre elle, elle m'a permis de ne vous en point presser jusqu'à présent pour donner le temps d'attendre une conjoncture favorable, et il y aura près d'un an lorsque vous recevrez colle-ci, que vous m'avez mandé n'être point embarrassé de la terminer ; il est nécessaire que vous m'en expli- quiez les moyens, et la conduite que vous voulez tenir a cet égard, afin que S. M. voie si elle ne peut être sujette à aucun inconvénient considérable par rapport à son service ou au bien de la nation. On n'a trouvé dans ses papiers aucune chose qui puisse être tirée à conséquence contre lui. (A. M.) AVEDICK. 493 LE MÊME AU P. HyACINTHE. Fontainebleau, 6 juillet 1708. J'ai reçu vos lettres dont la dernière m'apprend le motif de l'envoi à Malte d'une barque sur laquelle sont venus deux Armé- niens et un Turc, qui ont dit y avoir vu Avedick. M. le bailli de Tincourt m'a informé de son arrivée et des perquisitions inutiles que ces Arméniens ont faites. Il en a lui-même écrit au consul de Messine, qui lui a fait la réponse qu'il pouvait en attendre, qui est qu'il n'a vu ce patriarche ni rien entendu parler qu'à l'occasion des Arméniens qui le cherchent. Cette barque doit être retournée à Constantinople il y a déjà quelque temps. Le Roi a été très touché de la nouvelle que vous me donnez que la persécution contre les Arméniens catholiques continue ; S. M. donne ordre au sieur Michel, qui est en Perse, de voirie patriarche Ichmiazin, pour tâcher de l'engager à donner ordre à celui de Constantinople de chercher avec M. de Ferriol des tempéraments pour la faire cesser ; celui qu'on n'avait pris ci-devant n'était point praticable, et je sais que la congrégation a déclaré qu'elle ne pou- vait le passer, ainsi il faut se préparer d'autres voies pour rétablir la tranquillité dans la nation arménienne. S'il vous en vient dans l'idée, vous me le ferez savoir. (A. M.) LE MÊME A TORCY. Versailles, 31 août 1708. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec l'extrait de celle de M. le cardinal de la Trémoille, sur les instances qui lui ont été faites par les congrégations du Saint-Office et de la Propagande, pour faire resserrer de plus près le patriarche Avedick, et en ai rendu compte au Roi. S. M. m'a commandé de vous expliquer qu'il était difficile de le garder avec plus de soin ; il n'est vu que par celui qui lui sert à manger, ils ne s'entendent que par signes, et on le met dans un endroit séparé lorsqu'il entend la messe, les fêtes et dimanches ; mais je crois que vous jugerez à propos, en répondant au cardinal de la Trémoille, de lui marquer qu'il ne doit pas dire qu'il soit en France; quoiqu'on le présume à Constantinople, on n'en est point certain ; si on l'était, M. de Ferriol, pour qui le grand visir n'a pas conservé beaucoup 494 CATCHADOUR. d'égards, pourrait en souffrir, et l'incertitude qui reste à cet égard me fait juger qu'il n'a point écrit et que les précautions qu'on a prises pour l'en empêcher ont eu leur effet. Il est venu des Armé- niens à Malte, à Messine et même à Marseille, qui n'on pu en avoir de nouvelles, et actuellement on m'écrit que son valet est parti de Ligourne pour le chercher, et qu'il doit passer à Marseille. Le Roi donne ordre à M. de Montmort de le faire arrêter aussitôt son arrivée, et mettre dans un cachot où il ne puisse être vu ni com- muniquer avec personne. " (A. M.) LE MÊME A M. DE MONTMORT. Fontainebleau, 22 août 1708. M. de Riencourt m'apprend qu'un Arménien, domestique d'Ave- dick, passe à Marseille pour chercher quelque occasion de renou- veler la persécution contre les catholiques, sous le prétexte des nouvelles qu'il aura eues de son maître. Sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S. M. m'ordonne de vous dire que son intention est que vous le fassiez arrêter sans éclat et mettre dans le cachot de l'hôpital le plus reculé, où il ne puisse avoir de communication avec personne ni écrire. Vous aurez soin que celui qui lui portera à manger soit de confiance et ne s'avise point de lui prêter, sous quelque prétexte que ce soit, ni plumes ni encre, ni se charge de rien par quoi il puisse donner de se? nouvelles, à moins que ce ne soit pour vous l'apporter. M. de Riencourt m'écrit que vous êtes averti et que cet Arménien s'embarque sur le bâtiment du patron San d ras. Versailles, 5 septembre 1708. Le Roi a approuvé qu'en attendant les ordres de S. M. vous ayez fait enfermer l'Arménien Calchadour dans un lieu sûr de l'hôpital des forçats, où il ne pourra communiquer avec personne, et vous les aurez reçus peu de jours après, vous en ayant écrit sur l'avis que m'a donné M. de Riencourt ; je suis persuadé qu'on sera plus certain que cet Arménien ne parlera à personne dans le lieu où il est, que si on le mettait dans la citadelle de Saint-Nicolas, où il trouvera quelque occasion d'écrire et de donner des nouvelles par le moyen des soldats ou autres ; cependant s'il en était autrement, vous n'avez qu'à me le faire savoir ; vous pouvez mettre l'ordon- nance nécessaire pour la décharge du trésorier, pour la dépense AVEDICK. 495 du voyage du premier Arménien, sous le nom que vous voudrez, pourvu que ce soit sans désigner sa nation ni son pays, et qu'il n'en reste aucune trace au public. (A. M.) lE MÊME A M. DE FERRIOL. Versailles, 2 janvier 1709. Le valet de la personne que vous me marquez a été découvert à Marseille, et mis en lieu oh il ne communique avec personne, et d'oîi il ne pourra faire savoir de ses nouvelles. (A. M.) l'abbé RENAULT A PONTCHARTRAIN *. 14 février 1710. Je suis allé, suivant vos ordres, visiter le reclus, ce que je n'ai pu faire plus tôt, parce qu'il s'était trouvé un peu mal et qu'il a pris quelques remèdes. Pour l'entrée, M. de Bernaville a fait la préface, lui disant qu'il avait fait venir l'interprète, et qu'à cette occasion il pourrait venir une personne qui avait accès auprès de ceux qui pourraient lui rendre service, et auquel il pouvait parler en confiance. Ensuite, je suis entré au bout de quelque temps et par l'organe de M. de la Croix , je lui ai dit une partie de ce que vous m'avez marqué dans votre inslruction, n'ayant pas cru qu'il fût à propos de lui faire entendre que je venais de votre part, cela pouvant faire un meilleur effet dans la suite, que si je le lui avais dit d'abord; je lui ai dit que j'étais ami de personnes que je ne lui nommerais pas encore, mais qui s'intéressaient à sa consolation et qui, de Constantinople même, s'étaient mises en mouvement pour son ser- vice, étant en peine de lui, et que j'avais trouvé moyen d'obtenir la permission de le voir; que ce n'était que dans la vue de trouver les moyens de lui être utile et de faire en cela plaisir à plusieurs Francs de ce pays-là. Que pour y pouvoir parvenir, je le priais de m'apprendre son 1. 11 y a ici une lacune considérable; nous n'avons pu trouver aucune lettre écrite pendant l'année 1709 ; il n'existe qu'un ordre du Roi commandant de recevoir à la B. un prisonnier sans nom : c'était Avedick, qu'on avait tiré du mont Saint-Michel ; il est probable que le ministère avait pensé qu'on trouverait à Paris mieux que partout ailleurs des interprètes en état de comprendre Avedick. M. Pontchartrain le mit, dès son arrivée, aux prises avec l'abbé Renaudot, qui pas- sait alors pour un habile orientaliste. 496 AVEDICK. aventure, parce qu'on ne la savait que confusément, et qu'il pou- vait me dire tout avec une entière confiance. Après plusieurs compliments et remerciements, il m'a dit que je faisais une œuvre de miséricorde dont Dieu me récompenserait, qu'il prenait tous les malheurs qui lui étaient arrivés comme une juste punition de ses péchés qui les lui avaient attirés, mais que J.-G. était venu au monde pour sauverlespécheurs, qu'il lui deman- dait miséricorde, et qu'il espérait que Dieu la lui ferait dans la suite, puisqu'il lui donnait la consolation de voir qu'il y avait des gens charitables qui pensaient à lui procurer quelque soulagement. Après d'autres discours sur ce même ton, il a dit enfin qu'il élait évêque ou patriarche des Arméniens de Constantinople, et qu'il avait vécu pendant quelque temps assez paisiblement dans cette dignité; qu'un nommé Martyros, qu'il avait élevé dès la jeunesse, qu'il avait ordonné diacre et prêtre, et auquel il n'avait jamais fait que du bien, avait entrepris de se mettre à sa place, et qu'il en était venu à bout en donnant de l'argent aux Turcs; qu'ainsi il avait, lui, pris la résolution de se. retirer en Jérusalem,, pour y faire les fonctions patriarchales parmi ceux de sa nation, suivant les pou- voirs qu'il en avait, et que dans ce dessein il s'était rendu à Chio avec un Ghiaoux, qu'il avait envoyé sa mère et ses domestiques par un autre vaisseau qui devait aller à Rhodes, où il avait dessein de passer; il s'était embarqué dessus, et que le capitaine, au lieu de le mener à Rhodes, l'avait conduit à Messine; que là il l'avait débar- qué au lazaret, après lui avoir pris une croix patriarchale qui valait 160 sequins, son anneau épiscopal,ses ornements pontificaux et toutes ses bardes ; Que pendant son séjour à Messine, on lui avait dit qu'on avait écrit en Espagne pour avoir des ordres sur ce qui le regardait, que de là on l'avait mené à Marseille, puis au mont Saint-Michel, puis au lieu où il était sans qu'il sût pourquoi ; Je lui ai fait demander s'il se souvenait du nom du capitaine : il a dit que c'était un nom barbare, mais que le consul de Messine le savait bien. Après cela, je lui ai fait demander s'il ne savait point si quelques Francs se fussent mêlés de cette affaire, à Tinstigation de ceux de sa nation. Il a répondu qu'il ne le savait pas, et qu'il ne le croyait pas, puisqu'il avait bien vécu avec eux, qu'il avait dit souvent à ceux du clergé arménien, lorsqu'ils étaient trop animés contre les AVEDICK. 497 Francs ou Latins, qu'il fallait vivre en paix, qu'ils avaient la même foi et les mêmes sacrements, que c'était contre les Nestoriens, les Ariens et les Luthériens qu'il fallait avoir du zèle, mais non pas contre les Latins; Qu'en une occasion, quelques Arméniens réunis ayant été mis en prison, M. l'ambassadeur de France le lit prier de s'employer auprès des Turcs pour les faire mettre en liberté, ce qu'il obtint, et il fut remercié par le même ambassadeur. A cette occasion, je lui ai fait diverses questions pour tâcher de découvrir s'il avait quelque soupçon contre lui. Il a fait paraître dans toutes les réponses qu'il n'en avait aucun ; au contraire, il s'est loué des honnêtetés qu'il en avait reçues, de sorte que s'il a parlé contre sa pensée, on ne peut s'imaginer une plus parfaite dissimu- lation ; s'il a dit ce qu'il pense, cela peut donner lieu à prendre des mesures toutes différentes de celles qu'on pourrait prendre dans l'hypothèse contraire. Je lui ai demandé si les missionnaires francs, le vicaire patriar- chal, avaient bien vécu avec lui, et s'il n'avait point eu sujet de se plaindre de quelques-uns; ses réponses ont été de même que sur l'article de l'ambassadeur, et telles que les aurait pu faire un homme qui ne saurait rien de toute l'aventure. Il a dit, entre autres choses, qu'il connaissait le P. Hyacinthe, capucin, dont il a dit beaucoup de bien. Sur ce propos il m'a demandé s'il était vrai qu'il était arrivé du trouble à Gonstantinople contre les Arméniens, et sur ce que j'ai répondu qu'il en était arrivé de grands et que quelques-uns avaient mieux aimé souffrir le martyr que de renoncera J.-C. ; cela l'a attendri, et il a prié qu'on s'en informât plus en détail. Je l'ai tourné en toutes manières pour lui faire dire s'il avait quelque soupçon qu'on eût part du côté des Francs à ce qui lui était arrivé, sans qu'il ait dit autre chose, sinon que Martyros était la cause de tout. Je lui ai dit que ces questions n'étaient que pour éclaircir la vérité et lui rendre service comme on pourrait faire, étant informé des faits, parce qu'il devait être assuré que s'il s'était commis quelque injustice, c'était à l'insu et sans les ordres de S. M., de laquelle il devait espérer toute sorte de justice ; mais qu'il pouvait arriver partout, principalement en des pays étrangers, des choses très contraires à ses intentions, mais que, dès que S. M. connaissait 32 498 AVEDICK. la vérité, la justice était aussitôt rendue; qu'ainsi il me pouvait par- ler librement, parce que je trouverais bien moyen de faire parve- nir ses justes plaintes, s'il en avait quelques-unes à faire, aux pieds du trône de S. M. Il n'a répondu à cela que par des inclinations profondes, et il a répété ce qu'il avait dit dans le premier entretien, qu'il demande- rail comme une grande grâce d'aller se jeter aux pieds de S. M. et lui demander pardon s'il avait fait quelque chose qui eût pu lui déplaire. Je lui ai dit que je ne savais pas qu'il y eût rien en quoi on l'ac- cusait d'avoir rien fait contre le service du Roi, qu'il n'était point regardé comme criminel, qu'il était peut-être venu des avis d'Es- pagne ou d'autres endroits qu'on n'avait pu bien éclaircir; que dans la multiplicité des grandes affaires, celles des particuliers demeuraient quelquefois sans être éclaircies ; qu'ainsi il pensât encore à ce qui pouvait avoir rapport à la sienne, qu'il pouvait par- ler librement et tout espérer de la justice et de la bonté de S. M. Il a dit à cela qu'il espérait donc obtenir sa liberté et la permis- sion de s'en aller jeter aux pieds de S. M. et lui en demander par- don, ce qu'il a répété à diverses fois, savoir si cela part d'une conscience qui se fait quelques reproches, ou si ce n'est qu'une façon de parler orientale, c'est ce que je ne puis juger d'une pre- mière conversation. Il a ensuite demandé qu'on lui donnât un confesseur, et sur cela je lui ai dit qu'on aurait peut-être assez de peine à en trouver un à Paris, que cependant j'y penserais, mais qu'avant cela il était bon de l'avertir qu'il y aurait de la difficulté à cause des points de reli- gion qui nous séparaient d'avec les Arméniens. Sur cela il a commencé à faire une espèce de profession de foi ; j'ai fait dire distinctement à M. de la Croix tous les principaux articles, et ceux particulièrement qui sont contraires à la créance des Arméniens ; il a dit qu'il croyait tous les articles qu'enseigne l'Église catholique, et il les a expliqués en détail. Il a ajouté qu'il était prêt à se réunir, qu'il ne demandait pas mieux, et à cela je lui ai répondu qu'il fallait faire cette action avec délibération, que pour ne pas laisser croire que l'état oh il se trouvait l'ait porté à un acte de religion qui devait être entièrement libre, je lui enver- rais un livre arménien où la créance des catholiques était exposée, et qu'après nous en parlerions plus amplement. AVEDTCK. 499 Telle a été la première conférence sur laquelle il y a, comme vous en jugerez sans doute, de grandes réflexions à faire. La première fois que je le verrai, je le remettrai sur les mêmes matières, pour tâcher de reconnaître s'il ne varie point, et à l'égard de plusieurs faits qui regardent l'enlèvement; quoique j'en sache une partie, je puis néanmoins avoir été mal informé, et je ne puis savoir, sans des instructions plus précises, ce que je dois dire et ce que je dois taire. J'ai pu et j'ai dû faire l'ignorant dans le premier abord, mais dans la suite je perdrais toute créance, si je n'avais que des questions à faire. Il sait quelques mots français, mais si peu, qu'on ne peut lui faire un discours suivi qu'il entende. Je crois avoir remarqué dans ses yeux ce qu'il nous a dit d'abord, qu'il n'entendait point le français non plus que l'italien, en laquelle langue j'ai essayé d'ouvrir la con- versation. Voilà un assez long récit pour un vieillard qui n'a plus sa tête ni sa plume de 30 ans, et qui est revenu assez tard de la visite *. Samedi, 3 arril 1710. Voici un récit que je n'ai pu, à cause des raisons que je vous mandais hier, vous envoyer plus tôt. Il serait bon que je pusse avoir quelques mots d'instruction pour la visite de mercredi; je crois qu'il ne faut pas de nouveaux ordres pour faire ajouter quelque petite honnêteté à son habillement, quoiqu'il l'ait demandé fort simple à M. de Bernaville. Le 1" de ce mois, j'allai voir A..., auquel, après les premières civilités, je dis que M. le ministre avait trouvé bon qu'on lui don- nât du papier et de l'encre, afin qu'il pût écrire ce qu'il nous avait dit. Il en témoigna de la joie, et me chargea d'en remercier le ministre. Après cela, je lui dis que ce qu'on le priait d'écrire se réduisait à ceci : 1° Qu'il mît par écrit toute son histoire, ainsi qu'il l'avait rap- portée dans nos premières conversations, et particulièrement les affaires que lui avaient suscitées l'ambassadeur d'Angleterre elles autres Anglais avec lesquels il avait plaidé devant le Kadilesker, et gagné sa cause, pour n'être pas obligé de payer les sommes que ces Arméniens, dont il nous avait parlé, avaient empruntées sous le 1. L'abbé Renaudot était alors dans sa soixante-unième année. 500 AVEDICK. faux prétexte de les employer pour les besoins de l'Église armé- nienne de Jérusalem ; 2° Qu'il expliquât sincèrement et en détail les motifs qui l'en- gageaient à demander sa réunion avec l'Église catholique ; 3* Qu'il marquât ses difficultés, s'il lui en reste, touchant la religion, par rapport à la connaissance qu'il en avait, depuis la lec- ture qu'il avait faite du catéchisme que je lui avais porté, parce que j'espérais qu'on lui donnerait sur ce sujet tous les éclaircisse- ments qu'il pourrait souhaiter, et qu'il fallait faire celte réunion avec connaissance de cause ; 4" Qu'il mît aussi par écrit les demandes qu'il avait à faire. 11 parut content de tout cela, et M. le gouverneur qui était pré- sent, lui promit de lui faire donner tout ce qu'il fallait pour écrire. Il demanda aussi qu'on lui permît de copier pour son usage le catéchisme qu'on lui a fait lire, et s'il le souhaite, c'est de quoi l'occuper et le désennuyer, sans aucune conséquence. M. le gouverneur lui dit ensuite qu'il avait ordre de le faire habiller, et véritablement il en a besoin, sa soutane ou veste étant tout en lambeaux. Il dit d'abord, après avoir remercié du soin qu'on prenait de lui, que c'était beaucoup de peine qu'on prenait, et qu'on l'aurait pu épargner, en lui faisant rendre les hardes qui avaient été mises à Marseille entre les mains de M. l'intendant. Ensuite on examina comment il voulait être habillé, et on convint que, mercredi prochain, on mènerait le tailleur qui porterait des échantillons, et que cela serait conclu : et il dit qu'il taillerait bien lui-même l'étoffe ; c'est ce qu'on verra ce jour-là. Après cela, il demanda si on n'avait point de nouvelles de Gon- stantinople sur les affaires des Arméniens et sur ce qui pouvait le regarder. On lui dit qu'on en attendait, et que depuis qu'on lui avait parlé la première fois, il n'y avait pas eu assez de temps pour avoir des informations exactes de son affaire, qu'il était nécessaire d'avoir, auparavant que de pouvoir prendre aucunes mesures justes sur son retour en ce pays-là; que ce qu'il nous avait appris de ses aventures était tellement nouveau à l'empereur de France et à ses visirs, qu'on avait reconnu que jusqu'à présent on n'avait eu que de fausses relations, et qu'on n'avait rien su des persécutions que lui avaient suscitées les Anglais ses ennemis, ni les malices que les Arméniens avaient employées contre lui ; qu'on pouvait lui faire AVEDICK. 501 espérer que S. M. pensait à le renvoyer sûrement, et qu'il devait regarder le retardement, et même la précaution de le mettre en un lieu où il ne fût vu de personne, comme une preuve de l'atten- tion qu'on avait eue pour sa sûreté, puisqu'après ce qu'il avait expérimenté, il était aisé de reconnaître qu'il y avait tout à craindre d'ennemis aussi méchants que ceux qui l'avaient persécuté. A cela il dit que s'il était à Constantinople, il mettrait bien tous ces gens-là à la raison, et qu'il se défendrait bien : qu'au cas qu'il y eût du risque, il ne craignait rien, et qu'il s'y exposerait volontiers. Je lui répliquai qu'on avait lieu de louer son courage et son zèle, dont il offrait de donner des preuves quand il se serait réuni à l'Église catholique, mais que s'il était digne de louanges, ceux qui avaient les ordres de l'empereur de France sur son sujet, mérite- raient toute sorte de reproches s'ils n'avaient pas toute l'attention possible pour ne le pas exposer à ces dangers qui pouvaient être regardés comme certains, jusqu'à ce qu'on pût être informé de la disposition oti étaient à Constantinople les affaires de ceux qui l'avaient dépossédé et chassé, et qui avaient cherché à le faire périr; Que depuis ce qu'il nous avait dit, on voyait encore plus claire- ment leur méchanceté, puisqu'en le conduisant à Messine au lieu de l'amener en France, ils avaient eu dessein de le mettre en lieu oîi jamais on n'entendit parler de lui; que ce dessein était de le faire envoyer en Espagne, où ordinairement on renvoie de Sicile ceux qu'on accuse d'hérésie ; que c'était une protection visible de Dieu sur lui, de ce qu'alors il y avait un vice-roi qui était le cardi- ral dei Guidice, très honnête homme et mon ami, parce qu'un autre l'aurait fait transporter en Espagne, où il aurait été mis dans les prisons de l'Inquisition, dont il ne serait jamais sorti, parce qu'on ne visite ceux qui y sont mis qu'une ou deux fois l'an, qu'il n'aurait pas trouvé un homme qui eût pu l'entendre, et qu'ainsi il y serait resté toute sa vie dans une véritable captivité et guère plus douce que celle des prisons de Turquie ; Qu'il ne fallait pas regarder sa détention comme une prison, mais comme une précaution nécessaire pour sa sûreté, puisqu'il ne pourrait pas être 8 jours dans Paris sans que des Arméniens n'en eussent connaissance; que la plupart de ceux que nous avions vus ici étaient des hommes très dangereux et de grands fripons ; que 502 AV15D1CK. sous prétexte de le venir voir, ils lui diraient mille faussetés qui ne feraient que l'embarrasser et lui donner de la défiance ^e la bonté de l'empereur de France, et de l'envie qu'on avait de lui procurer des marques de la protection de S. M. ; Qu'ensuite ils viendraient rapporter des choses qu'il n'aurait jamais dites, ce qui le rendrait suspect tt lui ferait peut-être perdre la protection dont il pouvait être assuré; Que ces Arméniens, à cause de leur négoce, avaient des corres- pondances avec les Anglais qui lui avaient fait tant de mal, et que personne ne pourrait répondre que lorsqu'il partirait, ils n'en don- nassent avis aux Anglais, qui pourraient l'enlever en mer ou lui dresser d'autres embûches, ou écrire à Constantinople pour lui en préparer d'autres quand il y retournerait ; Qu'ainsi je lui disais en confiance que c'était par cette raison qu'on l'avait tenu fort caché, et qu'on ne lui avait pas accordé une liberté qui lui pourrait être funeele à son retour, et qui ne lui ser- virait de rien pour avancer la conclusion de ses atfaires, mais qui pourrait au contraire y mettre de grands obstacles. Que tant qu'il ne verrait que des personnes qui pensaient uni- quement à le servir et à lui procurer les grâces de l'empereur de France, qui lui feraient oublier toutes ses disgrâces passées, il n'arriverait rien qui lui pût donner de la peine, au lieu que s'il se trouvait dans une ville immense comme Paris, à la merci de quel- ques fripons d'Arméniens, il était presque impossible qu'il ne lui arrivât quelque chose de fâcheux. A cette occasion nous lui contâmes plusieurs histoires de ses compatriotes avec toutes leurs circonstances, leurs friponneries, leurs trahisons, leurs mensonges, en attribuant à ceux qu'ils avaient voulu perdre ce qu'ils n'avaient jamais dit, et autant qu'il nous fut possible déjuger par ses réponses et sa constance, tout ce discours fit impression sur son esprit. Après cela, je lui dis que je ne lui voulais point donner de meil- leures preuves de la bonne volonté que le visir avait de le servir auprès de l'empereur de France, et de le renvoyer sûrement, que le soin avec lequel il avait été recommandé ;\ M. le gouverneur qui cherchait à prévenir tous ses besoins ; que s'il lui manquait quel- que chose, on y pourvoirait à sa satisfaction, et qu'il avait assez vu le monde pour savoir qu'on ne traitait pas ainsi ceux à qui on vou- lait du mal. AVRDICK. S(3 Il parut content, et après quelques autres discours il revint sur le péril qu'il avait couru d'être envoyé à l'Inquisition d'Espagne. Il recommença à dire du mal des Anglais, et ajouta qu'ils l'avaient en effet menacé de le poursuivre et de lui faire du mal partout où il serait. A cela je répliquai tout ce qui me vint dans l'esprit, pour le confirmer de plus en plus dans cette opinion, dans laquelle on reconnaît qu'il persiste sans aucune variation, ayant répété ce qu'il en avait été dit dans les premiers entretiens, sans qu'il dît un seul mot qui pût donner le moindre soupçon qu'il crût que des Fran- çais eussent eu part à ce qui lui était arrivé. Comme je lui fis plusieurs questions sur les difficultés qui me paraissaient fort grandes pour son rétablissement dans le patriar- chat de sa nation en cette capitale, puisqu'il y trouverait toujours les mêmes ennemis, qu'on en pouvait juger presqu'autant par rap- port à celui de Jérusalem, et qu'il faudrait peut-être encore du temps avant que d'en être éclairci, je lui ouvris comme de moi- même une proposition à -laquelle il ne pouvait être préparé. Je lui dis donc qu'il m'était venu une pensée qui était de le ren- voyer droit en Perse, qu'en ce pays-là il serait auprès du grand patriarche et avec les autres de sa nation bien intentionnés, où il pourrait mettre en exécution les bons desseins qu'il nous avait témoignés pour en ramener un grand nombre à l'Église latine; Que les Turcs ne lui pourraient faire aucun mal dans les États du roi de Perse, et que les Anglais, joints aux Arméniens de Conslan- tinople qui l'avaient persécuté, ne seraient plus en état de lui susciter des avanies et des persécutions; Que de Perse il pourrait plus facilement travailler pour le patriarchat de Jérusalem, en cas qu'il y eût lieu de l'y rétablir, par le secours qu'il tirerait des Arméniens qui sont riches en ce pays-là, qu'enfin il serait au moins en sûreté, et qu'on aurait ici la consolation de l'avoir mis en état de ne rien craindre de ses ennemis. Il parut d'abord être très content de cette proposition, et il dit qu'il serait fort aise de s'en retourner droit en Perse, qu'il serait là en liberté, et que, comme il avait souvent pensé à se retirer dans un monastère pour y passer le reste de ses jours, il pourrait le faire en ce pays-là. Je ne manquai pas aussitôt de lui dire qu'en cas que cela lui convînt, l'empereur de France le recommanderait aux ministres de 504 AVEDICK. la cour de Perse, que les évêques français qu'il connaissait lui ren- draient toutes sortes de bons offices, et qu'on leur en écrirait très fortement, et cela lui fit plaisir. M. delà Croix, qui a été dans le pays, lui fit sa route, et A** en convint. Il est inutile d'en faire le détail, et il suffit de dire que le voyage se ferait par mer, et qu'on irait le débarquer au Bender Abbassi*, sans toucher nulle part aux pays de l'obéissance des Turcs. Je crois, selon mes courtes lumières, que cet expédient que je propose pourra être le dénouement d'une affaire très embarras- sante et dans laquelle il y aura toujours à risquer," quelques mesures qu'on puisse prendre avec les ministres de la Porte, s'il va àConstantinople. On l'embarquerait sur les premiers vaisseaux de la compagnie qui iront aux Indes orientales, et on évitera par ce moyen tout ce qu'il y aurait à craindre en le conduisant à Constantinople, à Smyrne ou en Jérusalem. Les Turcs ni les Arméniens ne peuvent lui faire en Perse aucun mal, ni se servir de lui pour en faire, en cas qu'il voulût tromper. 11 n'est pas extrêmement difficile de le recommander en ce pays- là à l'Etmadoulet, qui est en Perse, comme le grand visir en Tur- quie, afin qu'il ne le laissât pas retourner à Constantinople. Le voyage est long et, pendant ce temps-là, on peut terminer plus facilement avec les ministres de la Porte les affaires qui sont survenues à son occasion, pendant qu'il sera absent, que s'il était présent, parce qu'il est de la prudence d'être jusqu'au bout sur ses gardes avec de tels ouvriers. De plus on gagne beaucoup de temps, parce qu'il est très diffi- cile que toute l'année et plus ne se passe avant qu'on puisse avoir des nouvelles sûres de Constantinople, sur lesquelles on puisse prendre des mesures justes, d'autant plus que sans donner trop de créance aux récits que nous a faits Avedicket dans lesquels jusqu'à présent il ne s'est pas coupé, on est obligé de convenir que ce qu'on a su de toutes ces affaires par les lettres particulières et les missionnaires, est très confus. On peut rectifier les faits parles lettres de M. de Ferriol, mais d'un autre côté il n'a pu en savoir une grande partie que par des mis- 1. Depuis que Shah Abba?, roi de Perse, avait expulsé les Portugais de l'ile d'Ormus, Bender Abbassy était le principal comptoir des Européens en Asie. AVEDTCK. 505 sionnaires ou par des Arméniens, ou mal informés ou mal inten- tionnés, et M. des Alleurs arrivant, ne peut pas être si^ tôt au fait, et peut trouver de grandes difficultés à tirer les éclaircissements nécessaires pour entamer sur cela une négociation avec les Turcs. Il ne paraît pas de la justice de retenir plus longtemps un homme sur lequel on n'a aucune juridiction, et qu'on n'a entre les mains que par une entreprise qu'on désapprouve. Il semble aussi que, sans pénétrer le fond de son cœur, ce que les hommes ne peuvent faire, on ne doit et on ne peut pas en conscience refuser à un hérétique qui demande à se réunir à l'Église catholique, de l'y recevoir, parce qu'un soupçon, quoique légitime, qu'il veut ou peut tromper, n'est pas une raison suffisante de lui refuser la grâce qu'il demande. On apportera toute l'alten- tien possible pour n'être point trompé, après cela on sera exempt de tout reproche devant Dieu et devant les hommes. On lui fera signer des actes les plus authentiques qu'on enverra dans le pays ; quand il s'en rétracterait lorsqu'il sera en liberté, ils serviront toujours à le rendre suspect parmi les schismatiques. S'il les exécute fidèlement, ce sera un grand avantage pour la Religion, et il est certain qu'il peut plus facilement se déclarer catholique en Perse qu'il ne le peut faire à Conslantinople. Ces avis méritent une réflexion très sérieuse, et s'ils sont approuvés, il faudra instruire M. le cardinal de Noailles de l'état de ce nouveau pénitent, afin de concerter avec lui ce qu'on peut faire par préliminaire pour le disposer à faire son acte de réunion quand il sera temps. Quelque méchant ou suspect que soit un homme, lorsqu'il demande pénitence, on ne la lui peut pas refuser, et celui-ci est depuis plus de 4 ans sans sacrements : s'il mourait en cet état-là, on devrait en avoir un grand scrupule. Dans la dernière conversation, ainsi que dans la pénultième, on l'a remis à diverses fois et sans affectation, sur les faits qu'il avait dit dans les premières, on y a remarqué partout une entière con- formité. M. de la Croix a examiné les lettres qui lui furent prises et qu'il écrivait à ses parents et à ses amis en sa langue, et par conséquent il est à présumer qu'elles ont été écrites selon sa pensée ; il ne s'y est rien trouvé qui donne sujet de croire qu'il attribuât sa disgrâce à l'ambassadeur de France. 500 AVEDICK. Il est aussi à remarquer que les papiers turcs contiennent des requêtes présentées à son nom contre les Arméniens catholi- ques et quelques commandements du Grand Seigneur obtenus sur ces mêmes requêtes, ce qui pourrait le rendre suspect, et il le parut un peu en effet, lorsque je lui en fis mention comme de bruits que ses ennemis avaient répandus contre lui, ses lettres qui y ont un rapport naturel, ne le chargent pas et ne font pas con- naître autre chose que ce qu'il nous a dit, qu'il s'était défendu comme il avait pu contre Martyros et ses autres ennemis. Paris, 6 mai 1710. Je n'ai pu vous rien mander depuis ma dernière lettre, parce que devant toutes choses, il fallait achever la confrontation des aven- tures arméniennes qui est fort longue, et que M. de la Croix fit, il y a aujourd'hui huit jours, et il a ensuite travaillé à mettre au net la longue histoire de l'anachorète. Je n'ai pu encore l'étudier assez pour vous envoyer sur ce sujet- là des observations que je pourrai faire ; il parait seulement que ce qu'il a écrit s'acorde assez à ce qu'il nous a dit et à ce qui se trouve dans les lettres qu'il ne sait pas que nous ayons. On n'y voit non plus aucun vestige de soupçon contre M. de Ferriol, mais tout est retourné contre Martyros, son disciple et son Judas, aussi bien que contre les Anglais. A l'égard du voyage de Perse, je vous mettrai par écrit mes pen- sées un peu en détail, en relisant vos commentaires, et j'espère que vous reconnaîtrez encore plus la sûreté de l'expédient de sor- tir d'intrigue par le Bender Abbassi. J'irai demain à la B., et j'aurai peut-être de quoi vous entretenir. Vous ne m'avez point marqué si vous avez dit quelque chose du Bender Abbassi à M. de Torcy.Je ne lui en ai point parlé et j'atten- drai sur cela vos ordres, comme pour en parler à Mgr le cardinal de Noailles. Paris, 9 mai 1710. 11 n'y avait rien de particuHerà vous écrire, louchant la visite de mercredi dernier. Une partie se passa avec le tailleur qui apporta l'habit neuf, dont l'anachorète a été fort content, et il nous chargea fort de remercier le visir de l'attention qu'il avait eue pour ses besoins, et de sa charité pour laquelle il dit qu'il priait Dieu de lui donner la vue de lumière dans l'éternité bienheureuse. AVEDICK. 507 Il lui faudra une échappe, car les Orientaux sont toujours ceints, une perruque d'ecclésiastique et un manteau par-dessus, enfin un chapeau. Je crois que M. de Bernaville le pourrait faire promener sur les terrasses, et comme à cette occasion je lui dis qu'autrefois j'avais vu dans le château des chambres un peu plus gaies que la sienne, on pourra dans la suite, si vous le jugez à propos, lui donner cette consolation. Mais celle où il est sera entre ci et quelque temps plus commode, parce qu'il ne faut point passer dans la cour pour aller aux terrasses. Je lui touchai un mot du voyage par la Perse, et il témoigna qu'il en était fort content. Je le priai de mettre par écrit, pour la première fois, les points de religion sur lesquels il voulait ou avait besoin d'être éclairci, afin que je lui donnasse sur cela toute la satisfaclion qui était nécessaire pour le repos de sa conscience. Sur cela, il dit qu'il avi- serait, qu'il ne savait pas bien auparavant ce que l'Église catho- lique croyait, et que le livre que je lui avais porté, qu'il a tout copié de sa main, et qu'il a prié qu'on lui fît relier, l'en avait par- faitement éclairci. Il a aussi donné une requête que M. de la Croix traduit, et elle vous est adressée. Il a achevé la traduction des mémoires de sa vie, dont il faudra vous faire un abrégé, car il y a bien des paroles perdues ; mais le temps n'est pas perdu puisque cela l'amuse. Je travaillerai incessamment au mémoire que je vous ai promis des observations que je ferai sur le passage par le Bender, et sur tout le système que vous avez approuvé. 25 juillet 1710. Il me semble que vous laissez ma négociation bien en arrière, après avoir témoigné que vous en étiez content*. Cependant les choses sont en un état que le plus grand savoir-faire du monde ne pourrait pas, à mon avis, les soutenir plus longlem[îS, si on n'ap- prochait de la conclusion ; je crois donc devoir vous prier d'y tra- vailler, et surtout de penser à ceci^. Apostilles de Pontchartrain. 1. A qui en est la fiute, à votre avis? Je suis à vos ordres, j'attendais de vos nou- velles, résolu de voir jusqu'où vous pousseriez le tacet. 2. Quand il vous plaira. — Envoyez-moi votre mémoire sur tout le passé, et votre plan de ce qu'il faut faire par degrés, et vous serez obéi, après que j'en aurai parlé au 508 AVEDICK. Il demande depuis 4 ou 5 mois avec instance de se réunir à l'Église catholique. On l'a retardé en lui faisant entendre que M. le cardinal de Noailles était occupé d'une telle manière, que jusqu'à ce que l'assemblée fût finie, on ne pouvait pas avoir de lui le temps nécessaire pour traiter une affaire aussi sérieuse. Je n'examine pas si Avedick parle avec bonne intention ou non : il n'y a que Dieu qui le sache; mais il est certain qu'on ne peu!, sous aucune raison de morale chrétienne, refuser cette réunion, non plus que les sacre- ments à celui qui les demande *. Avec sa courte grosseur, le repos et l'ennui, au lieu de quelques maux qu'il a eus et pour lesquels on lui a fait des remèdes, il peut avoir une attaque d'apoplexie qui l'envoie dans l'autre monde, et assurément on aurait la conscience chargée. Je persiste dans l'avis que vous avez approuvé ^^de prendre le chemin de la Perse, et puisqu'on ne peut pas disconvenir qu'on l'a enlevé mal à propos, sa longue détention n'est pas justifiée par cette première faute '. Ayez donc la bonté de penser à cette affaire, et de me faire savoir si vous en parlerez au Roi et à M. l'archevêque *, afin que je vous prépare un mémoire sommaire \ Paris, 4 août 1710. Je n'ai pas cru devoir joindre ensemble deux retours aussi diffé- rents que celui qui reconduit en Perse, et celui qui ramène au giron de l'Église^. Ce n'est donc que celui-ci dont je crois qu'il est à propos que vous parliez à celui qui en a les clefs en ce pays, qui est le cardinal de Noailles. 11 y a -4 ou 5 mois qu'Avedick demande cette réunion ''; il a lu l'ex- Roi qui, ayant approuvé la fin qui est le retour en Perse par le cap de Bonne-Espé- rance, approuvera tous les moyens et les degrés que vous proposerez. 1. Quoique je n'y ajoute aucune foi, je pense comme vous: il faut faire comme si on était assuré de ses intentions, ainsi marquez-moi quand, comment, et où le mettrez-vous ? Sera-t-il en liberté? — Sera-t-il vu du public? — Comment vêtu? Songez-y et parlez. 2. Et moi aussi. 3. Si elle n'est pas justifiée, elle était nécessaire, mais l'auteur en mériterait autant. 4. J'y ai en tout pensé : Addictus jurare in verba magistri, j'en parlerai à qui, quand, et comment il vous plaira. 5. C'est ce mémoire que vous m'aviez promis et que j'attends. Voyez bien tous {sic) mes apostilles ; vous ne me mandez rien de nouveau de cet honnête homme. 6. Plus vous les séparez et mieux ce sera, puisque cela multipliera notre commerce. 7. 11 faut le lui accorder en connaissance de cause, tant pis pour lui s'il nous trompe. AVEDICK. 509 position de la foi dans le catéchisme de Bellarmin, en arménien, qu'il a transcrit de sa main. Il dit qu'il croit tout ce qui y est con- tenu, et il demande à en faire profession. On dira d'abord que telles conversions sont très-suspectes, et j'en conviens *, que celles de cette nation sont au-dessus de toutes les autres en fourberie, et Avedick distingué en cela môme dans sa nation . Tout cela peut être, mais ce qu'il est à propos de demander au cardinal de Noailles est si on peut refuser de recevoir dans l'Église un hérétique qui fait instance pour y rentrer, surtout après qu'on l'a laissé 4 ans sans sacrements; si avec sa courte et grosse taille, il venait à mourir subitement, on en aurait la conscience chargée. Ayez donc la bonté de parler dès ce voyage-ci, s'il est possible, au cardinal de Noailles ^, ou me donner mission pour le faire. Après cela, je vous ferai un plan de la manière dont on pourra exécuter cette œuvre, ce que je ne pourrais faire sans cela que d'une manière très imparfaite^. A l'égard du surplus-, je vous mettrai par écrit tout ce que vous m'avez ordonné ci-devant*; mais si, depuis que vous m'avez donné cette pratique, il était venu des avis de Constantinople surce qui a suivi la persécution faite aux Arméniens, il serait bon que vous m'en fissiez informer s. 1er septembre 1710, avant midi. Dès que j'eus reçu votre réponse, je mandai par un billet à M. le cardinal de Noailles ce qu'elle contenait; j'avertis aussi M. de Ber- naville, afin que quand il recevra les ordres nécessaires, tout soit prêt; ainsi, comme je compte qu'ils ne tarderont pas beaucoup, on pourra faire la première visite sur la fin de la semaine. L'extrait de la lettre ne m'instruit pas beaucoup, sinon qu'il Apostilles de Pontchartrain, 1. Je ne suis pas grand casuiste, mais j'en sais assez pour vous dire qu'on ne peut refuser un homme instruit qui demande à rentrer dans le giron de l'Eglise, et quelque apparence qu'il y ait qu'il veut frauder, ce serait une témérité condamnable de ne pas l'admettre sur ce seul soupçon. 2. Je n'ai point parlé à M. le cardinal, mais le Roi m'a ordonné de vous mander de lui parler, de lui expliquer tout le fait sous le secret, et de concerter tout cet article avec lui. 3. Bon, je l'attends et le succès de votre conférence. 4. Bon, je vous prie, et au plus tôt et sans sortir de votre plan du cap de Bonne- Espérance. 5. Il en arrive tout nouvellement de M. des Alleurs, à qui les Turcs redemandent Avedick avec instance. Que faut-il lui répondre et que faut-il faire? 510 AVEUICK. paraît que c'est le visir déposé qui a fait la demande, ce qui est moins grief que si c'eût été le nouveau. Au surplus, permettez-moi de faire mes réflexions sur une matière aussi délicate, afin de ne vous rien mander de mal à propos. Il serait aussi nécessaire de savoir ce que M. de Ferriol a dit pour amuser le tapis depuis 4 ans. P.-S. Après-midi. Puisque vous avez envoyé les ordres né:essaires à M, de Berna- ville, il ne restera plus qu'à prendre le jour de M. le cardinal de Noailles, et comme la scène doit être àConflans^il ne pourra être que sur la fin de la semaine, à moins qu'il n'y aille exprès ; vous serez informé de tout. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNAVILLE. Marly, 8 septembre 1710. J'ai rendu compte au Roi de l'empressement avec lequel l'Ar- ménien qui est à la B. demande d'être reçu à faire abjuration de ses erreurs ; mais S. M. trouve à propos qu'il soit examiné aupa- ravant et interrogé par M. le cardinal de Noailles, qui jugera de ses dispositions. C'est pourquoi je vous prie de savoir le jour de cette semaine qu'il y pourra donner son attention, et de faire con- duire à Conflans le prisonnier, par un officier de confiance, si vous ne pouvez le faire vous-même, dans un carrosse fermé, afin d'évi- ter tout éclat et le concours du peuple. Vous aurez soin de le faire présenter dans l'habillement décent et conforme aux désirs que l'on vous a rapportés de M. le cardinal, et de m'informer du résul- tat de la conférence, afin que j'en rende compte à S. M. (A. M.) l'abbé RENAUDOT a PONTCHARTRAIN. 10 septembre 1710. J'ai averti M. le cardinal de Noailles, afin qu'il donnât un jour. M. de la Croix est allé aujourd'hui confronter la copie de la con- fession de foi avec l'original, afin que tout soit prêt, et nous achè- verons le reste. Je suppose qu'on a toujours nié qu'on eût part à l'enlèvement d'Avedick; sur cela et sur d'autres faits, il faudra régler le sys- 1. Le chùleau de Goullaus était la maison de campagne des archevêques de Paris. AVEDICK. 5H tème, mais il y faut encore penser, et j'aurais besoin que vous n:ie renvoyassiez ce que je vous ai écrit sur cela, car je n'en ai pu gar- der la copie. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DES ALLEURS ^ Versailles, 17 septembre 1710. En cas que quelque ministre de la Porte vous envoie demander des nouvelles de l'Arménien Avedick, il ne vous sera pas difficile de justifier que vous n'en avez pas ouï parler, ou de demander du temps pour vous faire instruire par votre devancier de ce qu'il en asu^. (A. M.) LE MÊME A M. DE BERNA VILLE. Versailles, 17 septembre 1710. M. le cardinal ayant rendu compte au Roi des dispositions qu'il a trouvées dans l'Arménien, et du sentiment oii est S. Em. de re- cevoir l'abjuration de s'es erreurs, S. M. m'a chargé de vous écrire qu'il est nécessaire que, par vous-même ou par l'entremise de M. l'abbé Ronaudot, vous soyiez informé du jour que cette cérémo- nie pourra se faire à Conflans, afin d'éviter tout éclat et de prendre vos mesures pour s'y faire conduire avec les mêmes précautions que vous avez observées dans son voyage précédent. (B. A.) LE CARDINAL DE NOAILLES AU MEME. 26 septembre 1710. Voilà le seul prêtre que je connaisse à Paris capable d'entendre notre néophyte arménien. Je vous prie de les mettre ensemble, afin qu'il puisse travailler à la confession dont il s'agit présente- ment. J'en parlai mercredi au Roi lui-même, qui le trouva fort bon. (B. A.) l'abbé RENAUDOT a PONTCHARTRAIN. 5 octobre 1710. Vous savez combien l'affaire dont il est question embrasse de difficultés, et ainsi il ne faut pas, s'il vous plaît, vous étonner que 1. Pierre Pucliot, marquis des Alleurj;, lieuteriant-géuéral, ambassadeur à Constan- tinople, mort le 25 avril 1725, àyé de 82 ans. 2. M. de Ferriol avait été remplacé par le comte des Alleurs ; il resta pourtant à CoQstanlinople et ne rentra eu France qu'à la fin de 1711. 512 AVEDICK. j'aie un peu difFéré à vous mettre par écrit mes pensées sur un tel sujet, que je roule dans ma tête depuis plus de huit jours; je tra- vaille à les réduire, et j'espère vous envoyer un mémoire demain ou après, disposé sur des différents expédients qu'on peut pro- poser ♦. On vous a mandé la confession et la communion - ; il ne reste qu'à dresser l'acte de la profession de foi et de l'absolution 3, dont M. le cardinal de Noailles retint la date pour la mettre du même jour; comme il est au montValérien depuis huit jours, cela ne se pourra faire qu'à son retour *. PONTCHARTRAIN A L ABBE RENAUDOT. 5 octobre 1710. Vous serez, je crois, plus long à faire votre mémoire sur Avedick qu'il n'a été à copier Bellarmin; il est pourtant nécessaire de déci- der et de prendre un parti, le temps presse à tous égards, et j'ai chargé M. de Givry de vous presser de m'envoyer votre mémoire des différents partis, après lequel j'attends pour finir. (B. N.) MEMOIRE DE L ABBE RENAUDOT. 8 octobre 1710. Quand celui dont il s'agit présentement n'aurait pas d'autre ca- ractère que celui de sa nation, il y aurait assez de sujet de se défier de lui, parce qu'on sait par une longue expérience, qu'il n'y a guère de Levantins qui soient plus subtils, plus dissimulés et plus fourbes que les Arméniens; que même la plupart de ceux qui se sont réunis à l'Église catholique n'y ont pas dans la suite été plus attachés, et que même ils sont souvent devenus les persécuteurs de leurs compatriotes, qui étaient disposés à la réunion. Mais outre les préjugés généraux qu'on peut avoir contre lui par cette raison, il y a des faits particuliers qui l'ont fait regarder Apostilles de Pontchai'train. 1. Ce n'est que pour vousdire que j'ai reçu votre lettre du 1, avec le mémoire joint au sujet d'Avedick. Je vous ferai savoir aussitôt les intentions du Roi, à qui j'en rendrai compte incessamment, l'affaire est importante et délicate. 2. J'ignorais l'une et l'autre, et je vous prie de m'expliquer le lieu, la forme et les acteurs. 3. Je croyais cela fait du même jour. A quoi tient-il 1 Expliquez-le moi s'il vous plaît. 4. Un archevêque et un solitaire sont deux. AVEDICK. 513 comme un des plus grands ennemis qu'eussent les catholiques, et comme l'auteur de plusieurs persécutions qu'ils ont essuyées à Constantinople, outre qu'il a été cause de la dernière, dans laquelle plusieurs Arméniens ont renoncé à la foi catholique, quelques-uns se sont faits mahométans, et quelques-uns ont souffert le mar- tyre. On a des preuves que cet homme-ci a sollicité et obtenu divers commandements des ministres de la Porte, contre ceux de sa na- tion qui se faisaient Francs, c'est-à-dire catholiques; c'est ce qui est prouvé par les papiers qu'il avait quand il fut amené à Mar- seille, et ce qui peut augmenter le soupçon contre lui, est que de- puis que j'ai commencé à le voir, quelques questions que je lui aie pu faire à différentes reprises, et en des temps différents, ou sous divers prétextes, il ne lui est pas échappé une seule parole qui eût rapport aux affaires qu'il a eues avec ceux de sa nation qui s'étaient faits catholiques, ni avec les missionnaires ; qu'il n'a pas fait la moindre plainte de ceux-ci, ni de M. l'ambassadeur de France; mais seulement de ce Martyros, son disciple, qui l'avait dépossédé du patriarchat de Constantinople, et de quelques autres Arméniens comptables des deniers qui avaient été reçus pour les dépenses des saints lieux, qui avaient concerté sa ruine avec les Anglais. 11 est cependant fort difficile de croire qu'il n'ait pas su la véri- table cause de sa disgrâce, ce qui peut faire croire qu'il fait sem- blant de l'ignorer; c'est ce que personne ne pourra garantir. Il suffit de dire, selon la vérité, que depuis le commencement de l'année que M. de la Croix et moi le voyons, il ne nous en a pas paru le moindre indice. Mais retournant dans le pays, il ne peut pas manquer de savoir la vérité, et comme il trouverait assez d'oc- casions de se venger, il y aurait sujet de craindre qu'il ne le fît. C'est pourquoi ceux qui savent comment les choses se sont passées, ne craignent rien davantage que son retour à Constanti- nople, disant qu'on ne peut le renvoyer sans exposer les Armé- niens catholiques et même les autres Orientaux bien intentionnés pour la réunion, à une cruelle persécution, et qu'on pourrait même craindre quelque grosse avanie pour toute la nation française et pour tous les missionnaires francs, qui sont cause, par leurs divi sions, de tout le vacarme *. 1. Les capucins ont joui d'une grande popularité en Orient; leur habitude d'aller pieds nus et de porter une robe grise et grossière avec un capuchon pointu, leur don- 33 514 AVEDICK. Le commencement a été les disputes des capucins et des jésuites, pour ce qui regardait les Arméniens. Il y en avait plusieurs que les premiers avaient instruits de la foi catholique, et dont ils avaient reçu les abjurations en secret; en conséquence desquels ils leur permettaient d'aller de trois dimanches l'un au service public dans les églises arméniennes, et de payer aux Vartabiets ou supérieurs arméniens, une petite contribution telle que la donnent les autres, moyennant quoi ils fermaient les yeux, et n'inquiétaient pas leurs compatriotes qui se réunissaient à l'Église catholique. A l'égard de la communion, ils ne leur permettaient pas de la recevoir des mains des hérétiques. Les capucins prétendent qu'ils agissaient de concert avec le vicaire patriarchal et avec l'approbation de la con- grégation de propaganda flde, ce qu'on ne sait pas certainement; mais cela n'est pas impossible, eu égard aux mauvaises mesures qu'on y a très souvent prises, et au peu de connaissance de l'état du christianisme en Orient, qu'on reconnaît dans ceux qui com- posent celte congrégation. C'est un fait dont je puis être témoin, puisqu'après en avoir souvent entretenu le Pape, il en est convenu, de telle sorte qu'il me fit écrire, il y a environ cinq ans, pour m'or- donner de lui envoyer un mémoire très ample sur cette matière, et je l'envoyai à Sa Sainteté *. Les jésuites prirent une méthode tout opposée, et déclarèrent aux Arméniens qu'ils avaient convertis, qu'ils ne pouvaient, en sû- reté de conscience, aller aux églises arméniennes, puisque c'était communiquer avec les hérétiques, d'une manière défendue par les canons, que d'assister à leur service, même sans recevoir les sa- crements. En cela, il semble qu'ils avaient raison ; car l'Église n'a jamais connu ces dissimulations ni ces tolérances 2. liait un air de ressemblance avec les fakirs ; la pauvreté dont ils faisaient profession, s'en remettant au hasard des aumônes pour lnur pain quotidien, plaisait au fatalisme des Turcs. Ils étaient les maîtres des missions de Gonstantinople, lorsque leur autorité fut menacée par les jésuites, qui prétendaient à la domination des âmes dans le Levant comme dans le reste du monde. Les bons Pères, dédaignant les habitudes populacières de leurs rivaux, et s'appuyant sur leur crédit à la cour, s'étabhrent dans les bureaux de l'ambassade de France, et faisaient delà signifier des ordres du Roi qu'ils avaient eux- mêmes dictés. Ils auraient dû se cantonner, les jésuites dans l'aristocratie, et les capu- cins dans les classes populaires, mais ils ne purent jamais s'entendre. 1. L'abbé traite bien légèrement le collège établi à Rome en 1621 parle pape Gré- goire XV pour travailler à propager par tout l'univers la religion catholique. C'est encore une des congrégations les plus puissantes et celle qui a le plus contribué à défendre l'Église contre ses adversaires. 2. On n'est pas habitué à voir co rigorisme chez les jésuites, il n'en est que plus méritoire. AVEDICK. 515 Les capucins justifiaient leur procédé en disant que les autres n'avaient pas la même rigueur à l'égard de plusieurs Grecs et d'autres chrétiens des diverses nations, et que celle qu'on voulait pratiquer envers les Arméniens était pour ôter aux capucins cette mission dans laquelle ils avaient travaillé avec beaucoup de suc- cès. Il eût été à souhaiter que les uns et les autres eussent terminé ce différend à l'amiable, et qu'ils eussent attendu des réponses de Rome; mais il n'y eut pas de moyen; ainsi plusieurs Arméniens n'allèrent pas à leur église; le préjudice que les ecclésiastiques en souffraient anima leur zèle, et ils déférèrent tous ceux qui s'étaient réunis secrètement comme s'étant faits Francs : le visir déposé appuya de toute son autorité ces zélés, et ce fut là par oti com- mença la persécution. Avedick était alors à leur tête, et comme les jésuites ne trouvèrent aucun moyen de le gagner ni de l'adoucir, ils lui suscitèrent di- verses affaires dont il sut se tirer, en sorte qu'ils jugèrent que le seul expédient qui restait pour s'en délivrer, était de le faire chas- ser et de l'enlever. Ce fut apparemment ce Martyros dont il a fait tant de plaintes, qui se joignit à eux, et il n'y aurait eu aucune suite si on était demeuré là ; mais le Père de Moustiers, avec un autre de ses confrères*, concerta l'enlèvement, assurant le consul de Chio qu'il n'avait que faire de se mettre en peine, et qu'ils fe- raient en sorte que tout serait approuvé à la cour. Ainsi, Avedick fut enlevé à Chio, de là mené à Messine, puis à Marseille, etc. 11 s'agit donc d'un enlèvement, non seulement d'un particulier, mais d'un homme constitué en dignité parmi les siens, fait dans les pays du Grand Seigneur, ce qu'on ne peut justifier sous aucun prétexte, et aussi on n'a pas entrepris de le justifier ; mais on l'a toujours nié. Or, comme il paraît par ce qui a été écrit depuis peu par M. des Alleurs, que les Arméniens et les Turcs croient que l'enlèvement a été fait par des Français, et qu'on serait peut-être fort empêché à leur prouver le contraire, la voie qui reste est de faire déclarer aux ministres de la Porte, que jamais S. M. n'avait donné de pareils ordres, que le corsaire qui a fait l'enlèvement n'a osé débarquer Avedick dans les ports de France, après l'avoir pillé; que quand on l'a amené à Marseille, on n'a pu le connaître, 1. Ce jésuite s'appelait le Père Tarillon; il parait avoir joué un rôle secondaire, mais très actif, dans reulèvemeiit du patriarche. Ou voit que l'abbé, qui devait être bien informé, rejette sur les jésuites tout le blâme de cette affaire. 546 AVEDICK. parce qu'il ne parle que sa langue et la turque, que sous des rela- tions ambiguës, qu'on ne pouvait pas moins faire que de le mettre en lieu de sûreté, oîi il a été toujours bien traité, et que dès qu'on l'a connu pour ce qu'il est, on n'a pensé qu'aux moyens de le con- tenter et de le renvoyer satisfait. Que si on ne lui a pas donné aus- sitôt sa liberté entière, ce n'a été que parce que, sur son propre récit, qu'il a fait non seulement de vive voix, mais qu'il a écrit en sa langue, il a paru qu'on n'aurait pu le faire avec sûreté, puis- qu'il a déclaré que ses ennemis qui l'ont fait déposséder du patriar- chat de Constantinople, s'étaient unis avec les Anglais pour le perdre ; que ces mêmes Anglais l'avaient menacé plusieurs fois, à cause du procès qu'il avait gagné contre eux à Gonstantinople, en conséquence de quoi il avait été déchargé de payer une somme considérable que les Arméniens, agents pour les affaires de la terre sainte, avaient empruntée d'eux. Ce sont les principaux points sur lesquels on peut se justifier à l'égard des Turcs, touchant l'enlèvement d'Avedick, en cas qu'on ne puisse plus leur cacher qu'il ne soit en France ; mais comme on ne trouve guère d'expédient pour le faire avec sûreté qu'en désavouant l'action, il paraît d'une conséquence infinie de ne faire cette déclaration, ni quelque autre semblable, telle qu'on le jugera à propos, qu'après que M. de Ferriol sera parti ; que le consul de Ghio ne demeure pas exposé au ressentiment des Armé- niens et des Turcs ; qu'on fasse croire que le Père de Monstiers, craignant le châtiment qu'il méritait, est sorti du royaume, et s'est attaché à un sujet rebelle contre lequel on procède criminelle- ment *, selon que S. M. l'ordonnera; on pourra ajouter diverses circonstances qui rectifieront et rendront plus vraisemblables les choses que M. des Alleurs sera chargé de dire au grand visir sur ce sujet. A l'égard de ce qu'on peut faire présentement, voici les partis qu'on peut prendre : 1° De le retenir ici d'autorité et de soutenir toujours qu'il n'est point en France ; 2° De l'engager par des bienfaits, et en lui donnant une subsis- tance honnête, à vouloir demeurer ici; 3° De l'envoyer à Rome et de le remettre entre les mains du Pape ; 1. Ce jésuite était peut-être sorti de France avec le cardina de Bouillon. AVEDICK. 517 4" De le renvoyer par la Perse, en le faisant conduire par le pre- mier vaisseau qui ira aux Indes orientales ; 5° De le renvoyer droit à Constantinople. Le premier expédient est celui que proposeraient les mission- naires et les Arméniens réunis, et que tous ceux qui ont quelque connaissance de ce qui s'est passé à Constantinople depuis quatre ans ont souhaité qu'on prît, persuadés, comme ils sont, que si Avedick retourne en ce pays-là, il fera pis que jamais ; que les mis- sions auprès des Arméniens seront perdues sans ressource ; que non seulement ceux-ci auront à souffrir une grande persécution, mais que les Français et tous les Européens pourront s'en repen- tir; qu'il ne faut pas se fier aux conversions de ces gens-là, qui, étant en liberté, se rétractent de tout, et n'en sont que plus grands ennemis de l'Église catholique. On convient de bonne foi qu'une partie de ces inconvénients sont à craindre; qu'il n'y a que trop d'exemples de fausses conversions, qu'on ne peut pas trop compter sur les protestations d'un homme qui est occupé du désir de sa liberté, et peut-être encore moins sur celui d'Avediek; mais il y a deux raisons très fortes contre ce premier moyen. La première est que, si on pouvait étouffer si bien la mémoire de tout ce qui s'est passé, et qu'on pût espérer de persuader aux Turcs qu'il n'est point en France, on pourrait peut-être trouver des tempéraments sur ce sujet; mais puisqu'après plus de quatre ans les Turcs le redemandent, il faut bien qu'ils aient des avis po- sitifs qn'il y est; et les Arméniens qui ont des correspondances partout, ne manqueront pas de les entretenir dans la pensée qu'ils ont. Ainsi, l'embarras dont on veut tâcher de sortir sera toujours le même, et le seul soupçon dans lequel les Arméniens entretien- dront le grand visir pourra avoir tous les mauvais effets qu'on au- rait sujet de craindre du retour de celui qu'ils redemandent. Car on ne peut pas toujours mentir, surtout avec des hommes aussi dé fiants et aussi fourbes que sont les Turcs et les Arméniens. La deuxième raison est que pour suivre ce premier moyen et en tirer l'avantage qu'on se propose, il faut tenir Avedick enfermé et sans communication avec personne, c'est-à-dire le condamner à une prison perpétuelle. Or, si ceux qui l'ont enlevé ont commis une injustice criante, qui n'est pas moins contre la loi de Dieu que contre le droit des gens, ce n'est pas une moindre injustice de le 518 AVEDICK. retenir, puisqu'on n'a pas plus de droit pour le faire qu'on n'en a eu pour l'enlever. Et il n'est pas permis de faire une chose reconnue mauvaise dans la vue d'éviter un mal qui peut arriver, mais aussi qui peut ne pas arriver, en conduisant l'affaire par des voies plus simples et plus douces. De plus, ceux qui proposent cet avis, comme ont fait dès le com- mencement ceux qui, sans ordre du Roi et sans autorité, ont em- ployé des voies de fait aussi odieuses contre le chef d'une nation très nombreuse et très puissante en Levant, sont frappés unique- ment des suites qu'ils craignent de son retour. Mais on doit en même temps prévoir celles qui seraient à craindre de sa détention, supposant que les Arméniens la sachent, comme il faut croire vrai- semblablement qu'ils la savent, ne peuvent-ils pas s'en éclaircir? il n'y a point de précaution humaine qui puisse empêcher que de pa- reils secrets ne soient découverts. Que sur cela les Turcs fassent prendre le vicaire patriarchal, et quelques autres missionnaires, et que le visir leur fasse dire qu'ils seront mis en liberté, lorsqu'on aura renvoyé Avedick, cela ferait une affaire beaucoup plus fâcheuse que celle qu'on veut tâcher de terminer. Le Roi serait accablé de lettres du Pape et de tous les ordres religieux; et peut-être que ceux mêmes qui craignent tant le renvoi d'Avedick, seraient les premiers à solliciter qu'on le ren- voyât. Ainsi il ne paraît pas qu'on puisse proposer ce premier moyen. Le second, qui est de l'engager à souhaiter et à demander de demeurer ici, serait plus recevable, parce qu'il n'y a rien qui puisse blesser la conscience. Un étranger qui, étant né hors de la communauté de l'Église, demande à y rentrer, et qui le fait en fai- sant profession de la foi catholique, comme Avedick l'a fait entre les mains de M. le cardinal de Noailles, évêque diocésain, peut souhaiter de s'établir en un autre pays, et les Arméniens ont fait diverses tentatives pour obtenir la permission de s'établir à Mar- seille et d'y bâtir une église; mais, si on a quelque défiance de la réunion d'Avedick, et qu'il y ait raison de craindre son retour à Constantinople, dès qu'il sera ici en liberté, il trouvera cent occa- sions de s'en aller, ou au moins d'écrire, surtout dans un autre temps que celui-ci, puisque, quand le commerce est ouvert, il passe et repasse tous les jours des Arméniens de Hollande, d'Angleterre et de Marseille. Si ceux de Constantinople le font encore deman- AVEDICK. 519 der, il faudra l'empêcher d'y aller : ainsi, par ce second moyen, on n'évite aucun des inconvénients du précédent, et on en peut craindre encore de plus grands, quand on l'observerait continuel- lement, puisque, dès qu'il sera libre, on ne pourra pas l'empêcher d'écrire. Le troisième moyen serait d'envoyer Avedick à Rome ; et il semble qu'on pourrait faire quelque usage de celui-là, quoiqu'il ne soit pas sans difficulté. Je crois d'abord pouvoir assurer qu'il acceptera cette proposi- tion avec joie, car il m'en a parlé plusieurs fois, et dans les histoires qu'il nous a faites, il a témoigné qu'il avait eu autrefois cette pen- sée qui lui avait été inspirée par le grand patriarche d'Echmiazin; le Pape serait fort aise que son pontificat fût honoré par la récon- ciliation d'un patriarche. On gagnerait du temps, et on ferait sa- voir à Constantinople qu'il aurait demandé à faire ce voyage, qui pourrait lui ôter une partie de son crédit parmi les Arméniens hé- rétiques. Il y aurait cependant deux choses à craindre : la première que les ministres autrichiens, dans la vue de faire plaisir aux Turcs, et des affaires aux Français, à Constantinople, ne l'y renvoyassent eux-mêmes, comme ils pourraient faire facilement par tant de vais- seaux anglais de la Compagnie de Turquie : la deuxième que les missionnaires ne lui rendissent de mauvais offices en ce pays-là, le dénonçant comme l'auteur de la persécution qui a mis de si grands obstacles à la réunion des Arméniens. Tout homme qui connaîtra bien le cardinal Fabroni et son humeur, et qui saura qu'une bonne partie des désordres sont arrivés dans la mission de Constantinople par sa faute, pendant qu'il était secrétaire de la propagande, pourra croire que cela ne serait pas impossible ; car, comme il a toujours été en liaison intime avec les auteurs de l'enlèvement, et très peu équitable à l'égard des autres missionnaires, il peut y avoir eu quelque part. Il faudrait donc, avant de laisser aller Avedick à Rome, prévenir le Pape sur son sujet, prendre des précautions pour la sûreté de sa personne, et avoir parole qu'il serait bien traité, de manière qu'il eût sujet d'être content, ce qui serait d'autant plus nécessaire que les honnêtetés qu'on lui pourra faire à Rome le rendront suspect aux hérétiques et aux schismatiques, 'ce qui le mettra hors d'état de faire tout le mal qu'on appréhende. 520 AVEDICK. On pourrait aussi penser à lui proposer de demeurer à Rome, où les Arméniens ont une église qui est celle de Sainte-Marie Égyptienne, et il y avait autrefois un hospice pour ceux de cette nation; mais il n'y en a que deux ou trois ; et comme ces fonds, et plusieurs autres semblables, ont été employés ailleurs, ce ne serait pas une grande ressource, à moins que le Pape n'y suppléât, ce qui se pourrait faire sans beaucoup de dépense, parce qu'on lui donne- rait ce qu'on donne ordinairement aux évêques étrangers, qui est le carrosse entretenu et le plat*. Mais siAvedick était mal inten- tionné, il pourrait bientôt gagner Livourne ou Venise, et retourner à Constantinople. Le quatrième moyen, et qui avait été d'abord proposé, était de le renvoyer en Perse par mer. 11 aurait pu passer pour le plus simple et le meilleur de tous, s'il avait été exécuté il y a quelques mois, parce qu'on aurait pu mander à Constantinople qu'il était parti, et qu'il avait lui-même choisi cette route comme plus sûre, quoique plus longue, par les raisons alléguées ci-devant; mais présentement la chose est toute changée, et si on le faisait embar- quer, cela pourrait être représenté en Turquie comme un second enlèvement, et produire les mêmes mauvais effets qu'on craint de son retour. Ainsi, à moins que les circonstances ne changent, il ne paraît pas qu'on puisse faire usage de ce moyen. Enfin, le cinquième est de le renvoyer à Constantinople. On a marqué ci-devant que, selon les missionnaires et les Levan- tins catholiques, tout est à craindre de son retour, et on ne répète point ce qui a été dit sur ce sujet. Il faut seulement examiner de quelle manière on peut le ren- voyer sûrement, et de telle sorte qu'en conservant la dignité du Roi, on évite les inconvénients qu'il y aurait à craindre de la part des ministres de la Porte. Ce serait s'y exposer témérairement que de le renvoyer avant que M. des Alleurs ait fait savoir au visir ce que S. M. jugera à propos qu'on leur déclare, comme entre autres choses que S. M. n'a jamais donné aucun ordre par rapport à l'enlèvement, qu'elle ne l'a pas approuvé, que les auteurs de cette action l'ont cachée; que dès qu'elle en a été informée elle Ta désavouée et ordonné 1. Nous savions déjà que les papes cherchaient par tous les moyens à raccourcir le séjour des évêques étrangers dans Rome. Cela se comprend aisément, puisqu'ils avaient à payer leur voiture et leur table. AVEDICK. 521 qu'on en informât, pour punir sévèrement ceux qui en étaient coupables, et que son ambassadeur est chargé d'écouter sur cela les plaintes des Arméniens et des autres personnes intéressées, pour en faire justice ; enfin quelque chose de semblable. Suivant la manière dont cette déclaration sera reçue, et dès que M. l'am- bassadeur pourra dire sûrement qu'on a trouvé Avedick après plu- sieurs perquisitions, alors on pourra le renvoyer ouvertement sur le premier vaisseau qui partira pour Constantinople. Avant qu'on ait pris des sûretés sur cet article, il serait très périlleux de le faire embarquer. On pourrait penser à le mettre sur quelque vaisseau dont le ca- pitaine aurait ordre de le conduire secrètement et de le remettre à M. des Alieurs, qui le produirait quand il le jugerait à propos ; mais cela ne se pourrait faire sans un très grand péril de tomber dans des embarras plus grands que jamais. Car si on peut supposer que cette manière de transporter Avedick soit praticable, on doit supposer pareillement qu'il est encore plus possible que les Armé- niens et les Turcs découvrent la chose ; en ce cas-là on pourrait craindre que les Turcs ne fissent ce qu'ils ont souvent fait en pa- reilles occasions, qui serait d'envoyer visiter le vaisseau oîi il serait ou de faire à M. l'ambassadeur et aux principaux de la nation, de ces insultes qui sont très fréquentes parmi une nation qui ne res- pecte guère le droit des gens, et il est aisé de voir quelles en se- raient les conséquences. Il suffit que cela puisse arriver pour ne pas s'y exposer, et ce qui est arrivé cent fois peut encore arriver, no- nobstant toutes les précautions imaginables ; outre qu'on ne pour- rait pas envoyer Avedick content, comme il faut tâcher de faire, si durant tout le trajet, il était enfermé comme prisonnier, sans par- ler à personne qu'à ceux qui lui porteraient à manger. On proposerait peut-être de le mettre en quelque lieu d'entre- pôt jusqu'à ce que M. l'ambassadeur eût mis l'affaire en terme d'ac- commodement; mais cela ne serait pas sans péril, car rien ne lui serait plus facile que d'en sortir et d'aller droit à Coi^'antinople. Quand même on pourrait supposer qu'on le conduirawa=ssez secrè- tement pour le mettre dans le palais de France, sans'que personne le sût, lorsque M. l'ambassadeur le produirait, il se rendrait cou- pable d'une nouvelle entreprise contre la souveraineté du Grand Seigneur, en retenant prisonnier un de ses sujets. Toutes ces difficultés font croire qu'il faut prendre d'autres me- 522 AVEDICK. sures pour finir cette affaire, et voici celles qui paraissent les plus simples et les plus sûres. Il est certainement échappé des discours à M. de Ferriol, ou à ceux qui étaient auprès de lui, desquels il ne peut traiter la ma- tière avec succès, jusqu'à ce qu'il soit parti, ni renvoyer Avedick avant cetemps-l;\. On peut donc envoyer par les vaisseaux qui iront le prendre, une instruction très-précise à M. des Alleurs, de ce quMl devra dire au grand visir, sur quoi il faudra préparer un mémoire à part, et on ne le peut bien faire jusqu'à ce qu'on sache lequel des expé- dients proposés sera approuvé. Supposant donc que le visir et les Arméniens reçoivent bien cette première déclaration, qui semble nécessairement devoir contenir un désaveu de l'enlèvement et une assurance que jamais S. M. n'a donné de pareils ordres, alors M. des Alleurs promettra de faire revenir promptement Avedick. Aussitôt qu'on en aura l'avis, on publiera sa réconciliation avec l'Église catholique afin de détacher de ses intérêts les hérétiques qui, à son occasion, ont fait tant de bruit. On enverra par avance des copies authentiques qu'il a faites de sa confession de foi et l'acte de sa réunion, afin que M. des Alleurs les puisse faire voir à ceux de la nation, et à qui on le jugera à propos. Il ne serait peut-être pas inutile de dresser un ordre du Roi par lequel il paraîtrait que S. M. étant informée de l'attentat commis en la personne d'Avedick contre le droit des gens et l'amitié et bonne correspondance entre elle et les rois ses prédécesseurs et l'Eccelse Porte a ordonné à son ambassadeur, à ses intendants et officiers des ports, etc., de prendre connaissance de tout ce qui a rapport à cette affaire, pour en punir les auteurs et complices. On peut appuyer ce qu'on dira pour justifier la longue détention d'Avedick, en marquant qu'on n'a rien trouvé dans les papiers qu'il avait, qui pût faire connaître certainement qui il était, puisqu'il ne s'est trouvé dans ce qu'il portait, quand il est arrivé à Marseille, ni lettres d'ordination, ni aucunes autres semblables, et que le peu qui était resté était en langue arménienne dont on ne trouve pas facilement des interprètes. Il semble que si on se détermine à le renvoyer particulièrement à Gonstantinople, on peut, sans attendre les réponses de ce pays-là. AVEDICK. o23 lui donner plus de liberté, puisque si les Turcs et les Arméniens savaient qu'il est actuellement en prison dans le -temps qu'on né- gociera ce qui a rapport à son retour, cela pourrait faire naître de nouvelles difficultés; ce qu'il y aura d'embarrassant est que, comme il ne sait pas la langue, on ne peut le mettre en aucun en- droit qu'il ne lui faille un interprète. On pourrait se servir du prêtre Dominique, Syrien, qui l'a confessé, après avoir pris toutes les précautions nécessaires, et il semble qu'on peut s'y fier plus qu'à aucun autre, parce qu'il est établi ici aux Nouveaux Convertis, de- puis plus de vingt ans, et que depuis ce temps-là, sa conduite a toujours été fort réglée, et que les supérieurs en ont rendu bon témoignage à feu M. l'archevêque de Paris et à M. le cardinal de Noaiïles. Pour engager Avedick à bien faire dans la suite, outre quel- ques présents qu'il sera à propos de lui faire avant son départ, on pourrait lui établir une petite pension comme le Roi en a sou- vent donné aux patriarches syriens et à d'autres afin de les engager à bien vivre avec les catholiques. On lui donnera aussi des lettres de recommandation pour l'am- bassadeur de France, pour les consuls et pour tous ceux qui peu- vent lui rendre service en ces pays éloignés, et on recommandera très-expressément aux missionnaires de ne lui donner aucun trouble et de ne se mêler en aucune manière de toutes les affaires particulières qui surviennent fréquemment entre les prélats des églises d'Orient, et de ne prendre part ni pour les uns ni pour les autres. (B. N.) PONTCHARTRAIN A RENACDOT. 17 octobre 1710. J'ai lu hier tout votre mémoire au Roi^ qui l'approuva fort et le trouva très bien ; l'affaire est certes très difficile ; le Roi se déter- mine absolument au parti que vous proposez ; je vous prie de nous conduire pas à pas dans l'exécution ; de dresser tous les mé- moires, etc. Ne pourrait-on pas, après que le mémoire à M. des AUeurs sera parti (ce qui presse très fort), le mettre en liberté, avec le prêtre syrien, aux Nouveaux Catholiques, et en attendant la réponse de la Porte, tenter les expédients de le retenir ici par les bienfaits, et de le faire passera Rome, toujours dans l'intention de l'envoyer à Gonstantinople, s'il le faut, ou s'il le veut, mais après 524 AVEDICK. avoir rendu sa conversion plus publique, et par là son crédit moindre. Ce sont des idées que je vous propose. Le Roi vous remet cette affaire; vous l'avez bien conduite, achevez, je vous prie, et au plus tôt, car le Roi a une vraie peine de sa détention, et vou- drait la finir. Pressez tout ce qu'il y a à faire, et encore un coup, conduisez-nous, nous sommes dociles; j'ai cru que vous auriez besoin de votre mémoire ; je vous le renvoie, mais il faut qu'il me demeure, ainsi, renvoyez-le-moi au plus tôt, je vous prie. De vos nouvelles, je vous prie. Faites mes compliments à Avedick. (A. M.) LE MÊME A M. DE BERNAVILLE. Versailles, 29 octobre 1710. J'ai vu ce matin M. le cardinal de Noailles, qui m'a dit que le Roi trouve à propos que vous conduisiez vous-même à Notre-Dame, samedi matin, le patriarche nouveau converti, parce que vous trouverez mieux que personne le moyen de lui faire voir les céré- monies de la messe solennelle, que S. Em. célébrera dans une place d'où il pourra moins être remarqué par le peuple ; je suis persuadé que vous trouverez à propos de le faire habiller pour cet effet en prêtre séculier, et que vous ne serez pas fâché d'apprendre que vous en serez bientôt délivré, S. M. m'ayant ordonné de lui faire préparer une chambre aux Nouveaux Convertis, oti il sera plus en liberté. Vous pouvez lui annoncer cette bonne nouvelle. (B. A.) L ABBÉ RENAUDOT A PONTCHARTRAIN. 7 no-vembre 1710. Je vous envoie un mémoire qui est la suite des précédents, et franchement je ne verrais pas trop de sûreté à mettre Avedick où on proposait de le mettre ^ A l'égard de Rome, il faut un peu penser à la manière de traiter cette affaire avec le Pape, et avant que d'écrire à Gonstantinople, il faut avoir une liste de quelques actes, dont on fera dans la suite Apostilles de Pontcharirain. 1. Ce mémoire a eu le même sort que les précédents et que tout ce qui vient de vous; il a été applaudi et sera suivi en tout. J'ai chargé M. de Givry de vous voir pour TOUS expliquer tout ; il faudra que vous voyiez, s'il vous plaît, le cardinal de Noailles pour lui expliquer les raisons du changement des Nouveaux Convertis, sur quoi il comptait. AVEDICK. 525 des copies authentiques touchant Avedick ; ce sera particulière- ment l'acte de réunion ^ Vous pouvez faire état que si on ne donne quelque somme comptant à M. de la Croix, il ne pourra pas être gardien 2. Paris, 16 novembre 1710. M. de Givry m'a instruit de tout, et j'ai aussitôt averti M. de la Croix de faire une copie de la lettre qu'il avait entre les mains, c'est-à-dire la minute de la traduction de cette lettre à M. le car- dinal de Noailles, par laquelle Avedick lui demande sa réconcilia- tion à l'Église catholique. On y joindra quelques extraits d'autres écrits, où il a fait la même demande, mais dont tout le narré se- rait inutile. Je priai jeudi M. le cardinal de Noailles de faire expédier une copie de l'acte qu'il a fait dresser, et je lui en écris encore, afin qu'il puisse le porter à Versailles à son premier voyage ^. Ce sont là les papiers qui suffisent présentement pour envoyer à M. des Alleurs, et dès que l'homme sera au lieu que vous lui des- tinez, qui est certainement le plus sûr et le plus commode, nous lui en ferons faire d'autres qu'on pourra envoyer à la première commodité "*. Il reste à vous faire un mémoire pour ce qui regarde Rome, et comme c'est une matière toute différente, je vous demande encore quelques jours pour y penser. En pareilles occasions, on instruit les nonces, tant afin qu'ils préparent les voies que pour éviter les longueurs inévitables dès que le Pape n'apprend rien d'une affaire par son ministre. Comme apparemment vous aurez vu M. de Torcy, qui devra écrire de son côté, vous verrez ensemble si et comment on doit parler à M. le nonce ^. (B. N.) Apostiileg de Pontehartrain. 1. J'écris actuellement à Gonstantinople; faites-nous faire la copie des actes au plus tôt, cela presse; 10 jours après le départ des lettres à M. des AUeurs, on mettra le personnage en liberté et non devant, et pour cause. 2. On lui donnera ; M. de Givry doit tous expliquer tout. Travaillez, je vous prie, à présent et au plus tôt, à ce qui regarde Rome, c'est à présent le plus pressé pour TOUS. Il faut mettre M. le cardinal de la Trémoille au fait de tout, pour qu'il y puisse mettre le pape, et convenir avec lui de ce que vous aurez marqué. Comme avec ces messieurs-là les affaires traînent, il n'y a pas de temps à perdre pour a commencer ; je vous prie de me mettre au plus tôt en état d'opérer. Vous conviendrez que quand on me fait bien ma leçon, je dis bien. 3. Boû. 4. Bon. 5. Bon. 526 AVEDICK. PONTCHARTRAIN A L'aBBÉ RENAUDOT. Marly, H février 1711. J'ai lu au Roi vos mémoires pour le Pape et pour M. le cardinal de laTrémoille; S. M. les a trouvés parfaitement bons, et a vu avec une extrême satisfaction que votre pénétration a été jusqu'à prévoir les incidents que S. Em. pourra trouver dans sa négocia- tion, et à lui indiquer les moyens de les éluder. Vous devez croire que je n'en omettrai aucun dans la lettre que je lui écrirai sur ce sujet au premier jour par ordre du Roi, et que je vous ferai part de sa réponse en vous demandant votre avis sur les difficultés qu'il me proposera, et que vous lèverez plus facilement que per- sonne par la grande pratique et connaissance que vous avez de la cour de Rome. Mon commis a ordre de vous faire faire des copies de ces derniers mémoires, supposé que vous n'en ayez point gardé. Je vous ai beaucoup d'obligation des moments et de l'attention que vous y avez bien voulu donner, et je vous en aurai encore de m'informer de la manière dont se conduit notre patriarche, et si son hôte ne s'est point aperçu jusqu'à présent de quelque commerce suspect par écrit ou par autrement de sa part *. (A. M.) l'abbé RENAUDOT A PONTCHARTRAIN. Paris, 14 février 1711. Je suis plus que satisfait de mes travaux, dès qu'ils ont l'appro- bation du Roi et la vôtre ^ ; ce dernier n'a pas été fait par moments, j'aurais eu tort si je n'y avais pas donné toute mon attention, et je vous assure que je l'y ai donnée ^. Le grand mémoire pour le Pape est composé pour être envoyé en entier, parce que, comme il entend le français *, il le lira et sera plus au fait qu'on ne pourrait l'y mettre par des extraits ou autres mémoriaux qu'il renverrait à 1. Le malheureux Avedick était enfin sorti de la B., et on l'avait mis en pension chez Petis de la Crois, interprète du Roi pour les langues orientales, et qui savait la langue arménienne. Apostilles de Pontchartrain. 2. C'est une satisfaction qui ne vous est pas nouvelle, et dont vous êtes toujours assuré par la perfection que vous y mettez. 3. Je le crois aisément. 4. Je le sais, et je mande, même à M. de la Trémoille, de le remettre en entier au pape. AVEDICK. 527 la congrégation de propaganda fide S outre qu'il y a des choses qui sont précisément pour lui, et que j'y ai insérées comme propres à le tourner oti il faut, que peut-être d'autres n'entendront pas comme moi, qui ai eu de longs et fréquents entretiens sur les affaires des missions avec S, S. qui, même comme je crois vous l'avoir dit, me fît demander, il y a 5 ou 6 ans, un ample mémoire dans lequel je récapitulasse ce que je lui en avais dit, et je le lui envoyai. Par exemple j'ai mis un extrait d'une relation de Mgr Cerri. Tout homme d'esprit qui ferait un extrait du mémoire, passera cette citation, parce qu'il ne peut pas savoir pourquoi je l'ai mise. Or, je l'ai fait parce que je sais que le Pape fait grand cas de cette pièce, et qu'il fut étonné quand une fois je lui en parlai. Mais la principale raison est qu'elle contient tout ce qu'il faut que le Pape ait dans l'esprit pour juger sainement de cette affaire, parce qu'elle marque toutes les fautes des missionnaires, pareilles à celles qui ont causé le présent embarras, et le détermine à les reconnaître. Ainsi, je crois que vous devez envoyer une copie à Rome de ce grand mémoire-, et vous me ferez plaisir de m'en faire une et de me renvoyer la mienne, car je n'en ai pas de brouillon; même, et à cause du secret, n'ayant personne à moi qui écrive bien, je n'en ai pu garder de copie 3. Notre homme fait bien et est gardé très exactement*, quoique sans le moindre air de contrainte. On l'a mené à Notre-Dame, à l'office de la Chandeleur, puis au dernier sacre ; et comme M. le cardinal de Noailles a donné ordre de le placer en des lieux oîi il n'est pas fort vu, personne n'a encore rien découvert^. Comme il est sur la paroisse de Saint-Sulpice, oii on est exact, et qu'il fut assez mal, il y a quelques jours*', j'ai instruit par ordre de Mgr le cardinal M. le curé de Saint-Sulpice, afin d'épargner la curiosité à son clergé ^, et le lui recommander, s'il avait besoin de son secours. 1. Très bien. 2. Ainsi fais-je. 3. Gela est fait, et vous en devez recevoir incessamment une copie. 4. Bon. Voilà tout ce qu'il y a à désirer en tout genre, et que cela continue. 0. Bon. 6. Serait-ce un bien, serait-ce un mal qu'il mourût? Qu'en pensez-vous, s'il vous plaît; je crois, moi, que ce serait un mal ; votre avis et les raisons ? 7. Bon, cela était nécessaire ; vous avez apparemment recommandé le secret au curé. 528 AVEDICK. J'ai déterré un grand livre arménien * qui ferait la charge d'un homme, pour lui donner de l'occupation ; je vais lui donner son thème 2, afin qu'il écrive au Pape. M. de la Croix en a tous les soins imaginables, non seulement pour le bien traiter, mais pour l'ob- server, en sorte que nous pouvons vous répondre que depuis qu'il est chez lui, il n'a ni reçu ni écrit de lettres 3, ni parlé à aucune personne, ou pour mieux dire, il n'a vu que le prêtre syrien, son confesseur, et le chevalier Monier de l'archevêché *. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE LA CHAUSSÉE ^ CONSUL A ROME. Marly, 18 février 17H. Un Arménien nommé Avedick, patriarche de cette nation, à Constantinople, a été enlevé dans l'île de Scio et conduit en France en 1706. M. de Ferriol a fait faire cet enlèvement sans ordre ni permission ; l'affaire a causé de grands embarras, et elle n'est pas encore terminée avec la Porte. Avedick, qui a reçu toutes sortes de bons traitements depuis qu'il est en France, a témoigné tant d'empressement de se réunir à la R. C, que le cardinal deNoailles a reçu son abjuration le 25 du mois de septembre dernier, et il ne demande à présent d'autre grâce au Roi que la permission d'al- ler à Rome pour renouveler sa profession de foi entre les mains du Pape. J'écris aujourd'hui, par ordre de S. M. à M. le cardinal de la Trémoille d'engager Sa Sainteté à donner un asile à cet Armé- nien, et je lui explique les raisons que l'on a de le faire passer à Rome, en lui envoyant des mémoires qui le mettront entièrement au fait de cette affaire et de tout ce qui regarde Avedick. Comme je n'ai point de chiffre avec M. le cardinal de la Trémoille, je me suis servi de celui que j'ai avec vous, pour chiffrer la lettre que je lui écris et les mémoires que j'y joins ; ainsi il faut que vous lui prêtiez le vôtre, dont il aura besoin pour les faire déchiffrer, et quoique je lui marque de vous les communiquer, il est nécessaire que vous le priez aussi de votre côté de vous en faire part, afin que vous puissiez être en état de m'informer du succès de sa négocia- tion et de tout ce qui se passera sur ce sujet, et je vous prie d'y 1. Quel est le titre de ce grand livre? L'oisiveté est mère du vice. 2. Bon. Faites-la la plus forte qu'il se pourra ; nous en garderons copie collationnée pour Constantinople, 3. Bon. 4. Il n'y a là rien de trop. AVEDICK. 529 avoir une sérieuse attention et à vivifier, s'il !e faut, M. le cardinal de !a Trémouille, en cas que vous ne le sentiez pas porté à suivre celte affaire avec assez de vivacité; au surplus, vous concevez aisé- ment qu'il faut garder un très grand secret sur ce que je vous ai marqué touchant cette affaire. (A. M.) LE MÊME AU CARDINAL DE LA TREMOILLE. Marly, 18 février 1711. Quoique je n'aie rien à ajouter à la dépêche que j'ai l'honneur d'écrire à V. Ëm., je ne puis m'empecher de lui ajouter qu'elle ne peut rendre un service plus agréable au Roi, que de réussir dans la négociation dont il s'agit, et elle en concevra aisément l'impor- tance lorsqu'elle aura lu et examiné avec attention ma lettre et les mémoires qui y sont joints ; comme je ne me souviens point de vous avoir envoyé de chiffre, je me suis servi de celui du sieur de la Chaussée, à qui d'ailleurs je crois qu'il sera bon que vous com- muniquiez l'affaire, étant un homme capable de garder le secret nécessaire, de vous bien seconder et de vous épargner la nécessité de le communiquer à d'autres qu'à lui ; je compte cependant vous envoyer un chiffre par le premier ordinaire et prendre toutes les précautions convenables pour qu'il vous soit fidèlement rendu. J'ai l'honneur d'envoyer à V. Ém. séparément, quoique dans le même paquet, une pièce originale qui sera nécessaire dans la suite poursuivre l'affaire en question; je vous supplie d'examiner si cette pièce se trouvera bien conditionnée lorsque vous la recevrez et le dessus écrit de ma main. (A, M.) LE MEME AU COMTE DES ALLEURS. Marly, 18 février 1711. Je vous ai envoyé, par ordre du Roi, une relation des aventures du patriarche des Arméniens, Avedick, jointe à l'acte de son abju- ration et aux lettres instantes qu'il avait écrites pour la faire rece- voir par M. le cardinal de Noailles, S. M. ayant jugé à propos que vous rendiez sa conversion publique à Constantinople, aussitôt après que vous jugerez que le vaisseau VÉclatant, sur lequel M. de Ferriol doit être embarqué pour revenir en France, aura dépassé les rades de Smyrne, afin que vous vousintormiez de la manière dont cette nouvelle aura été reçue par les gens de sa nation, de même 34 530 AVEDICK. que par leg^'urcs, et des effets qu'elle aura faits sur leurs esprits. 11 lui a paru nécessaire que vous ayez encore la dernière lettre que j'ai reçue, signée de la main de ce nouveau converti, dans laquelle vous trouverez des termes et des preuves d'une conversion si solide et si stable, selon toutes les appnrences, que vous estime- rez sans doute devoir la publier ainsi que les précédentes. Le Roi est persuadé que vous en tirerez tout l'avantage que l'on doit attendre de votre prudence, et que vous prendrez soin de distri- buer cette nouvelle parmi ces schismatiques, de manière qu'elle puisse les détacher absolument de la bonne volonté qu'ils pour- raient avoir conservée pour le chef de leur secte, et s'animer au contraire contre sa conduite et contre sa personne, du ressenti- ment qu'ils auraient exigé de ses ministres de la Porte contre les missionnaires ou autres personnes soupçonnées d'avoir eu part à son enlèvement. Je dois vous instruire encore que ce patriarche, demandant avec instance au Roi, depuis qu'il est en liberté, la per- mission d'aller à Rome renouveler entre les mains du Pape la pro- fession de foi qu'il a donnée à M. le cardinal de Noailles, S. M. m'a commandé de charger M. le cardinal de la Trémouille d'en faire la proposition à Sa Sainteté, et comme il est à présumer qu'elle sera acceptée par toutes sortes de raisons et qu'Avedick sera entretenu aux dépens du Saint-Siège, je suis bien aise de vous apprendre ces particularités, afin que vous puissiez vous servir utilement dans l'occasion des précautions que je prends pour ôter tout prétexte aux Turcs de représailles ou de vengeance, soit contre les mis- sionnaires, soit contre la nation, si on voulait mal à propos l'impli- quer dans une affaire dont elle n'a eu aucune connaissance. Vous informerez, s'il vous plaît, M. le cardinal de la Trémouille direc- tement, par voie de Venise ou de Raguse, de la manière dont la nouvelle de cette conversion aura été reçue tant par les Turcs que par les Arméniens, afin qu'il agisse en conformité. De sa part, il aura soin de vous marquer les démarches et la conduite que Sa Sainteté exigera de vous par rapport à cette affaire dont M. de Ferriol se serait bien passé de nous embarrasser. (A. M.) LE MÊME A M. DE MONTMORT, INTENDANT DE MARINE. Versailles, 4 mars 1711. L'Arménien Avedick, qui vous a été adressé en 1706 par M. de AVEDICK. 531 Ferriol, ayant été mis en liberté par ordre du Roi, redemande avec empressement les bardes et livres qu'il prétend vous avoir été remis par le capitaine lors de son débarquement ; comme je ne doute point que vous n'en ayez chargé quelque dépositaire par un inventaire qui contiendra pareillement les papiers dont cet étran- ger était saisi, je vous prie de me l'envoyer aussitôt, afin que je donne ordre à Marseille que le tout me soit adressé par une voie prompte. (A. M.) M. DE MONTMORT A PONTGHARTRAIN . — mars 17H. Je reçois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet des robes et effets que l'Arménien Avedick réclame, et qu'il prétend m'avoir été remis lorsqu'il fut arrêté à Marseille, Il est vrai qu'en 1706 cet homme m'ayant été adressé par M. de Ferriol, je le fis mettre, suivant vos ordres, dans les prisons de l'hôpital des for- çats, où après m'être fait représenter par le patron qui l'avait conduit et amené à Marseille, les coffres et effets qui pouvaient appartenir à cet étranger, j'en fis faire sur-le-champ l'inventaire ; dans ce même temps-là, j'eus l'honneur de vous envoyer tous les papiers, ordres et catacherifs dont cet Arménien se trouva saisi, qui ne nous ont point été depuis renvoyés, ayant su seulement que vous les aviez fait remettre à M. de la Croix ou à quelque autre drogman du Roi pour les examiner. Lorsque j'ai quitté Marseille, j'ai fait remettre le reste de ces bardes à M. Blondel, comme pareillement les robes d'un second Arménien du depuis pour le même sujet que le précédent, pour n'en disposer que suivant les ordres que vous pourriez lui en don- ner dans la suite ; j'espère que ce contrôleur vous rendra un bon compte de ces deux affaires, lui ayant remis le tout fort réguliè- rement. Vous voulez bien qu'à ce sujet j'aie l'honneur de vous représenter que l'officier et les archers qui ont été chargés de la conduite de cet étranger au mont Saint-Michel, n'étaient point encore payés de leur voyage lorsque je sortis de ce port, ce qui a beaucoup incom- modé tous ces gens-là. Permettez que je vous recommande leurs intérêts, afin que vous ordonniez qu'on remette des fonds inces- samment pour celte dépense extraordinaire, et que le trésorier des galères les paye comptant. (A. M.) 532 AVEDICK. PONTCHARTRAIN A l'ABBÉ RENAUDOT. Versailles, 18 mars 1711. M. de Montmort m'ayant fait savoir qu'en quittant Marseille il a remis au contrôleur général des galères les bardes et livres de notre patriarche avec l'inventaire, je mande au dernier de me les adresser par la voie la plus prompte. Je vous ferai part de celle qu'il aura prise, afin que vous preniez la peine de les retirer par M. de la Croix, en lui recommandant de vérifier exactement s'il ne manque rien, et de faire valoir à son hôte l'attention que vous avez de remplir tous ses désirs. A l'égard de ses papiers, je sais qu'ils sont déposés en lieu sûr et que vous en ferez l'usage qu'il conviendra suivant les nouvelles que nous aurons de Rome. Versailles, 15 avril 1711. Je suis trop édifié de la sagesse avec laquelle vous dirigez le patriarche et tout ce qui a rapport à lui, pour ne pas faire exécuter ponctuellement ce que vous proposez en sa faveur. Je mande au contrôleur des galères, dépositaire de ses hardes et de tout ce qui est compris dans l'inventaire modeste que vous avez vu, qu'il me les adresse à Paris, après les avoir fait plomber pour empêcher, autant qu'il se pourra, la dissipation des débris de la fortune de votre pupille. J'aurai soin de vous faire part de l'avis que j'aurai de leur arrivée, afin que vous puissiez charger M. de la Croix de les retirer. Vous pourrez cependant, quand vous le jugerez à propos, faire avertir son pensionnaire du recouvrement prochain de ses livres, et de ce que vous avez obtenu pour lui procurer de nou- velles satisfactions. Le bon Père qui a donné de l'inquiétude à l'hôte, se justifie beaucoup sur la pureté des motifs de ses curiosités, et assure n'avoir point écrit en Levant en termes qui permettent de conjec- turer qu'il n'a pas observé la même discrétion pour Rome. (A. M.) LE MÊME AU CARDINAL DE LA TRÉMOUILLE. Marly, 29 avril 1711. Le Roi a vu avec plaisir le zèle et la diligence que vous avez appor- tés pour l'exécution de ce qu'elle m'avait ordonné de vous recom- mander, et le succès de vos premières démarches en faveur d'Ave- AVEDICK. 533 dick ; il y lieu d'espérer que le Pape prendra volontiers le parli de recevoir ce patriarche à Rome, surtout y étant encore excité par vous et flatté par la gloire que son pontificat en recevra. J'atten- drai avec quelque impatience la décision que vous aurez obtenue, et je me flatte que vous aurez agréable de me mettre en état de rendre compte au Roi de tout ce qui aura été fait. Je ne vois pas qu'il y ait grand inconvénient que MM. les cardinaux Sacripante et Fabroni entrent dans le secret, puisque c'est une obligation indis- pensable, et qu'ils ne pourront se rendre absolument les maîtres de l'afl'aire. Du reste, elle est en bonnes mains, et du moment que vous en êtes chargé, on doit en attendre un bon succès; je dois vous ajouter que la conversion de ce patriarche paraît de jour en jour plus fervente et plus sincère; il dit régulièrement la messe avec beaucoup de piété et d'édification ; il n'est occupé que de bonnes lectures, entre autres la Vie des saints, qu'on lui a donnée traduite en arménien. (A. M.) LE MEME A M. DE LA CHAUSSEE. 29 avril 1711. Je réponds aujourd'hui à la lettre que j'ai reçue de M. le car- dinal de la Trémouille au sujet du patriarche Avedick, et comme il vous a mis au fait de celte affaire, je vous prie de la suivre avec attention et de m'informer de tout ce qui se passera à cet égard. (A. M.) LE MÊME A M. DE LA CROIX. Fonlainebleau, 22 juillet 1711. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite hier pour m'informer des particularités de la maladie dont est mort l'Arménien qui était confié à votre garde ^ ; j'en ai rendu compte au Roi, et je mande par ordre de S. M. à M. l'abbé Renaudot les formalités qui lui ont paru nécessaires à cette occasion. Vous me ferez plaisir de le sou- lager autant que vous pourrez en ce qu'il exigera de vos soins, et vous pouvez compter que j'aurai égard aux dépenses de l'enterre- ment et des médicaments qui n'étaient point de votre marché. (A. M.) 1. Avedick élait mort le 21 juillet. 534 AVEDICK. LE MÊME A l'abbé RENAUDOT. Fontainebleau^ 22 juillet HH. J'ai rendu compte au Roi de la mort d'Avedick; S. M. a beau- coup approuvé le parti que vous avez pris de demander à M. le curé de Saint-Sulpice qu'il fût enterré à Saint-Sulpice, sans bruit et sans pompe ; mais comme il est nécessaire de prévenir toutes les explications que les Turcs pourraient demander dans la suite au sujet de ce prétendu patriarche, elle a jugé à propos qu'il soit dressé des actes dans la meilleure forme qu'il se pourra, pour jus- tifier qu'il a joui d'une pleine liberté, longtemps avant la fin de ses jours, qu'il a reçu dans sa maladie tous les secours temporels praticables, bien loin que l'on puisse soupçonner personne d'avoir usé de violence ni de trahison pour les avancer, et qu'enfin ses derniers sentiments, jusqu'au moment qu'il a expiré, ont été d'un catholique zélé. Je vous adresse par ordre du Roi une lettre pour M. d'Argenson, qui aura soin de diriger la forme qu'il jugera nécessaire à ces actes pour les rendre authentiques, après que vous l'aurez instruit des aventures du défunt et des raisons que l'on a eu de le soustraire aux yeux du public. Vous lui représenterez, s'il vous plaît, la nécessité qu'il y a sur toute chose de bien établir le fait de sa liberté, et de me faire avoir au plutôt des copies colla- tionnées ou légalisées de ces trois actes, afin que je les envoie à M. le comte des Alleurs, avec ordre de les produire en même temps que l'acte d'abjuration et les autres pièces qu'il a de la main de l'Arménien, s'il arrive que le visir ou autre ministre de la Porte lui en demande raison. Vous avez conduit et suivi cette aflaire depuis le commencement avec toute sorte de prudence et de pré- cautions, ainsi vous savez mieux que personne celles qui restent à prendre pour y mettre la dernière main et prévenir toutes les suites qu'elle pourrait avoir. C'est pourquoi je prie instamment M. d'Argenson de conformer autant qu'il pourra la procédure à vos vues. Il ne me reste plus qu'à vous demander ce que vous estimez que M. de la Croix peut avoir dépensé en médecins, médicaments et enterrement, voulant du moins le faire rembourser de ses dépenses, si la conjoncture ne permet pas de lui procurer une gra- tification *. 1. La guerre désastreuse, que Louis XIV soutenait alors contre toute l'Europe, avajt réduit à uéant les finances de l'État. AVEDICK. B3a Fontainobleau, 2;J juillet 17H. Pour réparer autant qu'il est en mon pouvoir la bizarrerie du portier, j'adresse directement à M. d'Argenson ma première lettre, et lui en écris une seconde par laquelle je le prie instam- ment de vous faire savoir quand il pourra vous entretenir sur l'af- faire en question, dont vous jugerez sans doute que le point prin- cipal est d'établir le moins mal qu'il se pourra la liberté dont le défunt a joui du moment qu'il a été entendu, et comment, et la religion dans laquelle il est mort ; faites-moi envoyer une de ses belles lettres au Pape. (A. M.) LE MÊME A M. D'ARGENSON. Fontainebleau, 25 juillet 1711. Je vous écrivis, par ordre du Roi, sur une affaire de conséquence, qui demande que vous en appreniez les particularités de la boucbe de M. l'abbé Renaudot; je ne sais par quel malentendu votre por- tier n'a voulu recevoir ma lettre, quoique contresignée, ni le billet qu'il vous écrivait pour vous demander l'heure de votre commo- dité ; je vous prie de vouloir bien l'en faire avertir et de nous aider de vos lumières et de vos soins à mettre la nation à l'abri de tout ressentiment ou avanie de la part des Turcs, en prescrivant la forme que vous jugerez nécessaire et authentique aux actes qui vous seront proposés. (A. M.) LE MÊME AU CARDINAL DE LA TRÉMOUILLE. Fontainebleau, 27 juillet 1711. J'ai différé de répondre aux dernières lettres que V. Ém. m'a fait l'honneur de m'écrire au sujet du patriarche Avedick, parce que le Roi, peu satisfait, et avec raison, des irrésolutions de la cour de Rome, ne s'était encore déterminé à aucun parti ; mais la mort de ce patriarche a mis fin en un moment à toutes ces difficultés. 11 a témoigné dans les derniers moments de sa vie beaucoup de piété et de résignation, et un sincère et parfait attachement à la R. C, ayant demandé lui-même les sacrements et les ayant reçus avec beaucoup de ferveur et d'édification. Il est mort le 20 de ce mois, chez M. de la Croix, interprète du Roi pour les langues orientales, où il logeait depuis près d'un an, et où il a reçu tous les secours S3fi AVEDICK. temporels et spirituels qu'il pouvait souhaiter. Le Roi m'a ordonné de vous faire part de cette nouvelle qui ne doit être, s'il vous plaît, que pour vous seul, S. M. ne voulant point que la cour de Rome en soit informée, et elle désire même que si on vous parle dans la suite touchant ce patriarche, vous vous contentiez de dire que vous n'aviez point reçu de nouveaux ordres sur son sujet, ni même de réponse aux dernières lettres que vous avez écrites. (A. M.) LE MEME A M. DES ALLEURS. Fontainebleau, 29 juillet 1711. Je vous donne avis par ordre du Roi que l'Arménien Avedick, ci-devant patriarche de sa nation à Constantinople, est mort à Pans le 20 de ce mois, dans la maison bourgeoise où il était entre- tenu aux dépens du Roi, en attendant l'occasion de le faire passer à Rome, ainsi qu'il le demandait avec instance. Cette nouvelle est pour vous seul, à moins que vous ne vous trouviez dans l'obliga- tion de la divulguer par des raisons que je ne puis prévoir, avant que vous receviez les actes juridiques auxquels on travaille pour justifier que cet étranger a joui d'une entière liberté aussitôt qu'il a su se faire entendre et connaître, qu'il a persisté en mourant dans la profession de foi qu'il a faite, il y a près d'un an, de son bon gré, entre les mains de M. le cardinal de Noailles, et que sa mort n'a été ni violente ni prématurée, mais causée seulement par l'usage immodéré qu'il faisait en son particulier, et à l'insu même de son hôte, d'eau-de-vie et autres drogues malfaisantes*. J'aurai soin de vous envoyer ces pièces aussitôt qu'elles seront en forme, afin que se joignant à celles que vous avez déjà de sa main sur son abjuration, ainsi que sur son empressement d'aller visiter les saints lieux, et rendre ses hommages au Pape, vous soyez en état de justifier incontestablement aux ministres de la Porte en cas de besoin, que S. M., bien loin d'avoir approuvé les procédés irré- guliers que des particuliers peuvent avoir tenus à l'égard de ce disgracié, elle a au contraire ordonné qu'il fût traité avec toute sorte d'humanité sur le premier récit qu'il a pu faire de ses aven- tures. (A. M.) 1. 11 est bien probable que M. de Pontchartrain calomnie le pauvre Avedick, la longueur de son injuste captivité suffit seule à expliquer cette mort prématurée. AVEDICK. 537 LE MÊME A l'abbé RENAUDOT. Fontainebleau, 29 juillel 1711. Je réponds, puisque vous le voulez, à tous les articles de vos lettres, et quoique vous sachiez mieux que personne les pièces dont M. le connte des Alleurs peut avoir besoin pour être en état de répondre correctement aux questions qui lui seraient faites tou- chant le patriarche défunt, j'écris sur la principale qui est sa per- sévérance dans la foi catholique jusqu'aux derniers soupirs, à M. le curé de Saint-Sulpice, dans les termes que vous avez désirés, et je vous adresse ma lettre, afin que vous la lui remettiez vous-même, si vous le jugez à propos. Je n'ai besoin quant à présent que des pièces que je dois envoyer à Constantinople, parmi lesquelles il est de conséquence de ne pas omettre les trois lettres en arménien, avec leur "traduction, étant bien aise de prendre du temps pour délibérer de ce qui concerne Rome. La froideur dont MM. de la Congrégation ont reçu, nos propositions, nous mettant en droit de les laisser dans l'ignorance de notre conduite à cet égard '. Je suis bien aise de vous dire que j'ai mandé, par ordre du Roi, la mort d'Avedick à M. le cardinal de la Trémouille pour lui seul, en lui marquant qu'il est à propos qu'il réponde aux Italiens qui lui demanderont des nouvelles sur l'état de cette affaire qu'il y a long- temps que ses dépêches n'en font aucune mention. A l'égard de M. de la Croix, j'ai assuré le Roi, suivant votre attestation, qu'il avait parfaitement bien rempli en tous sens la commission dont il était chargé. Pour lui donner des marques de la satisfaction de S. M., je vous demande s'il n'aura pas lieu d'être content des 200 écus de gratification pour remboursement de tous ses frais d'enterrement et autres sans exception. C'est une somme considérable dans la conjoncture, et je compte qu'il a depuis le premier jour été payé d'un mois d'avance pour la subsistance. (A. M.) LE MÊME AU CURÉ DE SAINT-SULPIGE. Fontainebleau, 29 juillet 1711. J'ai rendu compte au Roi des attentions particulières que vous 1. Pontchartrain en parle bien à son aise ; le pppe, qui n'était pas en état de résis- ter aux descentes des Turcs, s'ils s'étaient avisés d'user de représailles, ne se souciait pas de se les mettre snr les bras pour réparer les fautes de l'ambassadeur de France à Constantinople. 538 AVEDICK. avez eues pour faire administrer les sacrements et tous les secours spirituels de votre ministère à un étranger, nouveau converti, qui est mort le 20 de ce mois, chez M. la Croix, interprète des langues orientales, rue Férou. J'ai informé en même temps S. M. de la déférence que vous avez eue d'adhérer sans aucune difficulté à tout ce qui vous a été proposé par M. l'abbé Renaudot pour faire l'en- terrement sans bruit et sans éclat ; elle m'a ordonné de vous mar- quer qu'elle vous sait gré de ce que vous avez fait à cette occasion, et comme il est nécessaire que M. l'ambassadeur du Roi à la Porte soit muni au plutôt d'actes authentiques qui justifient suffisam- ment que l'Arménien dont est question a persisté en mourant dans a profession de la foi catholique qu'il avait faite entre les mams de M. le cardinal de Noailles, je dois vous assurer que vous ferez chose agréable à S. M. de signer ceux qui vous seront présentés pour cet effet par M. Renaudot ou par M. d'Argenson, qui est chargé d'v donner la forme qu'il jugera plus convenable. (A. M.) LE MÊME A M. D'aRGENSON. Fontainebleau, 30 juillet 1711. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire pour m'informer de la mort de l'Arménien Avedick. J'en ai rendu compte au Roi sur-le-champ, et S. M. m'a paru sensible à cette nouvelle, ainsi qu'elle l'avait été ci-devant au récit des infortunes de ce disgracié patriarche. Elle a vu avec une extrême satisfaction a profession de la foi catholique dans laquelle il a persévéré jus- qu'au dernier moment : mais comme il y a lieu d'appréhender que sur la nouvelle de cette mort à Constantinople, les Arméniens ou autres ennemis de la nation voudront peut-être faire entendre aux ministres de la Porte qu'Avedick a fini ses jours dans ses pre- mières erreurs, en prison ou d'une manière violente, pour préve- nir toute explication à ce sujet, et mettre l'ambassadeur du Roi en état de justifier du contraire, S. M. m'a commandé de vous écrire qu'il est nécessaire que vous rédigiez un acte juridique dans la forme la plus authentique que vous y pourrez donner pour les Turcs, qui fasse connaître la liberté dont il a joui publiquement depuis le moment qu'il a su se faire entendre, et les sentiments orthodoxes dans lesquels il a persisté jusqu'au dernier soupir, ainsi que les causes naturelles de sa mort, qui ont prévalu à tous les AVEDICK. 539 remèdes de la médecine. 11 ne faut point douter qu'une attestation si respectable, jointe anx autres pièces que j'ai eu soin d'envoyer à M. le comte des Alleurs, n'opère l'efTet que l'on en doit attendre, qui est de convaincre les officiers du grand Seigneur que le Roi n'a jamais approuvé les voies de violence, et encore moins les attentats qui peuvent avoir été commis en Turquie à l'insu de S. M., sur la personne du défunt. Je vous prie de m'envoyer le plus tôt que vous pourrez une expé- dition de l'acte que je vous demande par ordre du Roi. 6 août 1711. Le Roi ayant approuvé la voie que vous avez proposée comme la plus naturelle pour vous autoriser dans le procès-verbal d'enquête que S. M. a désiré que vous dressiez sur les traitements iaits en France à l'Arménien Avedick, je vous envoie une lettre ci-jointe dans le style que j'ai compris que vous la demandiez; si vous jugez à propos d'y réformer ou ajouter quelque chose, vous me la ren- verrez, s'il vous plaît, avec vos observations, me remettant entiè- rement à vos lumières de la forme qu'il convient donner aux actes qui paraissent nécessaires pour mettre les Turcs hors d'état de pouvoir marquer ni violence ni ressentiment contre la personne de la nation établie ou commerçant chez eux, à l'occasion de l'enlè- vement de ce patriarche en 1706; une compilation de certificats ne vaut rien, une espèce d'enquête est ce qu'il faut. Gela presse. (A. M.) LE MÊME A M. l'ABBÉ RENAUDOT. 6 août 1711. J'envoie par ordre du Roi, à M. d'Argenson, une lettre dans le style qu'il a proposé, pour servir de fondement aux enquêtes dont sera composé le procès-verbal qu'on lui demande pour Gonstanti- nople. Je suis persuadé qu'une seule pièce qui comprendra toutes les dispositions en bonne forme, à l'exception, si vous voulez, du certificat de M. le curé de Saint-Sulpice, et celui de M. le cardinal sera plus de voire goût et du sien, que diverses déclarations sépa- rées qui paraîtraient mendiées ; si cependant il se trouve des diffi- cultés dans l'exécution, je me remets, quoique avec peine, à ses lumières et aux vôtres. Les lettres dorées et enluminées du patriarche sont jusqu'à pré- 340 AVEDICK. sent destinées, sauf votre meilleur avis, pour M. le comte des Alleurs, S. M. étant persuadée que nous ne saurions trop munir ce ministre de pièces originales qui justifient de la sincérité ainsi que de la constance de l'abjuration d'Avedick, et ne voyant point de raison de bienséance qui oblige d'informer la cour de Rome des nouveaux incidents survenus dans une affaire où elle n'a pas jugé devoir entrer. A l'égard de M. de la Croix, si je n'avais affaire qu'à lui, je le croirai, amplement remboursés au moyen de 200 écus, de toutes ses dépenses pour subsistance, médicaments, funérailles et autres généralement quelconques, dans une conjoncture surtout où les grâces sont toujours infiniment au-dessous de ma bonne volonté, mais j'ai vos désirs à remplir, et je vois qu'outre cette petite grati- fication, vous exigez encore le mois de subsistance qu'il devrait effectivement avoir toucbé d'avance le 15 juillet: mandez-moi du moins si, avec cela, vous serez content, parce qu'autrement je ne saurais l'être ni de moi ni de la passion que j'ai de vous marquer mon estime en toutes occasions. L'accablement d'affaires de toute espèce ne me permet pas toujours les apostilles. (A. M.) l'abbé renaudot a pontcuartrain. . 8 août 1711. J'ai vu ce matin M. d'Argenson, et je lui ai rendu compte des pre- miers certificats que nous avons eus. Il y en a un du médecin sur le détail de la maladie, un autre du cbirurgien, un du prieur des Carmes déchaussés, où il a souvent dit la messe, un du Père Syriaque qui l'a confessé, et j'attends celui de M. le curé deSaint- Sulpice. M. d'Argenson est d'avis de dresser un acte dans lequel, prenant votre lettre pour fondement, il dira que suivant le devoir de sa charge d'informer de tous les étrangers qui meurent à Paris, il a fait les informations nécessaires touchant la mort d'Avedick, et qu'ayant entendu M. de la Croix, chez qui il logeait, il lui a dit, etc. Puis il inséra ce que je dirai touchant sa conversion et la connaissance, et le commerce que j'ai entretenu avec lui; on insérera aussi les autres certificats s'il est nécessaire. Mgr le cardi- nal de Noailles légalisera ceux du curé et du confesseur, et moyennant cela, vos intentions seront, comme j'espère, parfaite- ment exécutées. AVEDICK. 54 1 Je me range à votre avis sur la lettre au Pape, parce qu'elle peut faire plus d'effet à Constanfinople pour fermer la bouche aux Arméniens, quelle n'en aurait à Rome, quoique je croie qu'on en aura une copie de la main du défunt, car j'avais prié d'en faire deux. Je vous assure et je crois que vous n'en douiez pas, que l'amitié ne me fait rien dire autant que je puis contre la raison, surtout à l'égard de M. de la Croix, car son attention et ses peines ont été si grandes pour exécuter sa commission exactement et contenter son hôte, que je suis persuadé qu'en meilleur temps vous lui auriez procuré quelque récompense considérable. Ici après être entré dans le détail, j'ai trouvé que n'ayant pas touché le mois de juillet, 200 écus chargés des frais funéraires, ne seraient pas une gratifica- tion, mais lui faisant toucher ce mois-là et les 200 écus de même manière, non par une ordonnance du trésor royal dont il ne serait pas payé, il sera très content, et vous ferez une justice et une bonne œuvre, car je me suis fait donner un mémoire des frais funéraires, et quoique j'eusse prié M. le curé de Saint-Sulpice d'observer la simplicité en conservant le décorum, ces frais mon- tent à 200 francs, et il ne serait pas honnête d'aller chicaner, puis- qu'ils sont faits. Vous avez vu combien de fois on a donné de grosses gratifica- tions à des meneurs d'étrangers qui n'avaient qu'à les promener et à faire bonne chère avec eux; dans cette commission-ci, il n'y a eu que de la fatigue, une attention continuelle et des travaux conti- nuels, à quoi IM. de la Croix a gagné un peu d'arménien, mais qui sera à votre profit, puisque vous avez moyennant cela un interprète sur cette langue-là, qui n'aura rien coûté au Roi. De plus, si Ave- dick avait vécu, en deux mois il aurait coûté autant, sans parler de ce qu'il aurait coûté à l'envoyer à Rome, outre l'embarras de savoir comment et avec qui, sur quoi j'étais bien embarrassé, quoique je ne vous le disse pas. Ayez donc la bonté de donner vos ordres, afin d'envoyer à M. de la Croix ce que vous avez résolu. Je crois qu'il faut toute la semaine prochaine pour acheverTacte de M. d'Argenson. Apostille de Clairembaiilt. — M. Argout se souviendra, s'il lui plaît, que Mgr a promis pour 900 francs d'ordonnances pareilles, suivant la lettre ci-jointe. Vous pouvez toujours lui envoyer celle- ci; on en expédie une autre à présent, et l'autre le sera à la fin du mois. (A. M.) 342 AVEDICK. PONTCHARTRÂO A l'aBBÉ RENAUDOT. Fontainebleau, 12 août 1711. Vous ne devez pas douler que pour profiler de toutes les occa- sions de faire votre cour, je n'aie informé le Roi amplement des préliminaires dont vous m'expliquez que vous êtes convenu avec M. d'Argenson. S. M. est bien persuadée que votre attention, jointe aux soins de ce magistrat, nous fournira dans peu tous les actes nécessaires et dans la meilleure forme pour convaincre les Turcs que le pauvre Avedick, dans ses infortunes qui sont assuré- ment particulières, a trouvé un asile en France tout autre qu'un Français disgracié n'en pourrait espérer dans les états du grand Seigneur. Je suis bien aise de vous voir convenir que les lettres dorées et enluminées sont faites pour Gonstantinople, et point du tout pour Rome, et je les tiens d'une telle utilité pour M. l'ambassadeur, que je ne dois pas omettre de les lui envoyer par le premier vaisseau de force qui fera voile pour son échelle ou pour celle de Smyrne ; faites-les moi donc envoyer toutes au plus tôt avec la traduction. Je suis bien aise de vous prévenir encore que vous aurez satis- faction pour M. la Croix, le Roi ayant bien voulu le récompen- ser sur les témoignages avantageux que vous avez rendus de l'exac- titude avec laquelle il a rempli l'inspection dont il était chargé ; il recevra des ordonnances au premier. jour pour 900 francs. (A. M.) LE MÊME AU CARDINAL DE LA TRÉMOUILLE. Fontainebleau, 9 septembre 1711. S» Ém. aura vu que la mort du patriarche Avedick a terminé en un moment tous les embarras où l'on était sur son sujet ; je vous ai observé en même temps qu le Roi ne voulait point que la cour de Rome fût instruite de cet événement, et quoique S. M. m'ait ordonné de vous envoyer une lettre qu'on a trouvée dans les papiers du patriarche, elle compte aussi qu'elle ne sera que pour vous seul et pour votre propre satisfaction, sans que vous en fassiez aucun usage, à moins que de nouvelles circonstances qui pour- raient arriver, n'obligeassent dans la suite S. M. à souhaiter que le Pape fût instruit par vous de la mort du patriarche et de la lettre qu'il lui avait écrite, à quoi néanmoins je ne vois aucune appa- rence. AVEDICK. , 543 Versailles, 30 septembre 171]. Je suis persuadé comme vous qu'il serait à souhaiter que la cour de Rome n'eût jamais donne au lloi de plus grand sujet de mécon- tentement que dans l'aftaire du patriarche des Arméniens, aussi bien rien n'a fait de la peine à S. M. à ce sujet, que de voirie Pape loin de la vouloir délivrer de l'embarras où elle se trouvait par rapport à Avedick, a craint lui-même de s'en charger et d'entrer dans cet embarras ; mais quoi qu'il en soit, il n'en doit plus être question, puisque cette allaire doit être regardée comme finie. Quant à la confidence que vous jugeriez à propos que l'on fit au Pape de la mort du patriarche, S. M. n'y voit aucune nécessité et croit au contraire qu'il faut toujours garder le secret qui vous a été recommandé, à moins que les nouvelles qui viendront de Constan- tinople n'obligeassent à le déclarer dons la suite, ce qu'en ce cas on sera toujours assez à temps à faire. Quant à vous, le Pape ne pourra vous accuser d'avoir voulu lui en faire mystère, puisque vous n'avez qu'ù dire qu'on vous l'a fait à vous-même. (A. M.) LE MEME A M. d'ARGENSON. Versailles, 30 septembre 17 H. J'ai rendu compte au Roi de la forme que vous avez donnée à votre procès-verbal ainsi qu'aux attestations particulières concer- nant la conduite et religion du patriarche arménien ; S. M. l'a beaucoup approuvée, et elle m'a paru persuadée qu'au moyen de ces preuves, on est en droit de ne craindre aucun ressentiment de la part des Turcs, ni pour les religieux missionnaires, ni pour les marchands de la nation résidant en Levant. J'aurai soin de les envoyer à M. le comte des AUeurs par la première occasion, avec ordre d'en faire usage dans le besoin, et comme les papiers peu- vent se perdre dans le trajet par diverses aventures de mer, je ne saurais trop vous louer de la précaution que vous avez prise de faire signer les parties qui ont déposé sur la minute qui est restée dans voire greffe pour y avoir recours dans l'occasion. (A. M.) LE MEME A M. DES ALLEURS. Versailles, 7 octobre 1711. Je vous écrivis par ordre du Roi, pour vous instruire de la mort du patriarche Avedick, et des précautions que je prenais en même 544 AV1£DICK. temps pour mettre les missionnaires, ainsi que le corps de la na- tion, à l'abri de tout ressentiment de la part des Turcs à son occa- sion. On a trouvé que rien ne convenait mieux pour leur justifier les bons traitements qu'il a reçus depuis qu'il s'est fait connaître, et sa persévérance dans l'abjuration qu'il avait faite de ses pre- mières erreurs, jusqu'au dernier moment de sa vie, qu'un procès- verbal d'information de ses vie et mœurs, par M. le lieutenant-gé- néral de police, à Paris. Vous le trouverez ci-joint en bonne forme, avec l'original de la dernière lettre que le défunt écrivait au Pape en arménien, pour le solliciter de trouver bon qu'il se rendît près de Sa Sainteté, pour renouveler entre ses mains la profession de foi qu'il avait faite entre celles de M. le cardinal de Noailles, un an avant sa mort, et pour visiter les tombeaux des saints Apôtres. Je vous en adresserai la traduction française au premier jour, avec les attestations en original des mêmes particuliers, dont les dépo- sitions forment le procès-verbal de M. d'Argenson, afin qu'en cas que les premières pièces ne puissent aller jusqu'à vous par quelque contre-temps de mer, vous en receviez l'équivalent, et que vous vous trouviez par ce moyen en état de fermer la bouche aux enne- mis de la nation qui voudraient insinuer aux officiers de la Porte qu'elle aurait eu quelque part aux disgrâces d'Avedick, S. M. est persuadée que, dans ce cas, vous en lirerez toute l'utilité que l'on doit attendre de voire expérience, et je vous prie de m'en accuser la réception. (A. M.) PONTCHARTRAIN A M. DE FONTENU.? 28 octobre 1711. S. M. a bien voulu pourvoir M. Bonnal du consulat de Tétouan, sur lez témoignages avantageux que vous avez rendus de sa bonne conduite à Scio, d'où la prudence a voulu qu'on l'ait retiré pour ne le point laisser en proie aux caprices des officiers turcs, qui n'auraient pas manqué d'exercer contre lui quelques violences, sous prétexte de l'enlèvement prétendu d'Avedick. Ce patriarche est mort, jouissant d'une pleine liberté, le 20 juillet, dans les sen- timents d'un zélé catholique, et il y a lieu d'espérer que les minis- tres de la Porte n'imputeront rien à son sujet aux gens delà nation ni aux missionnaires, par les soins que j'ai pris de remettre à M. le comte des Allcurs des preuves authentiques de son abjuration vo- AVEDIClv. S45 lontaire, ainsi que des bons traitements qu'il a reçus en France depuis qu'il a su s'y faire connaître. (A. M.) LE MÊME AU CARDINAL DE LA TRÉMOTJILLE. Versailles, 18 novembre 17H. Le Roi a été satisfait d'apprendre qu'on gardera le secret à la cour de Rome sur tout ce qui concerne l'affaire du patriarche Ave- dick, et S. M. a approuvé ce que vous me marquez des mesures qu'il y a à prendre à cet égard; on continuera d'observer de ce côté-ci toutes celles qui seront convenables, et je suis persuadé que V. Ém. tiendra la main à ce qu'on ait la même attention à celle de Rome. (A. M.) PONTCHARTRAIN A M. DUQUESNE, GOUVERNEUR DES ILES SOUS LE VENT. Versailles, 30 décembre 1714. J'écris par ordre du Roi à M. Arnoul, intendant des galères, de faire passer à la Martinique un prisonnier d'État nommé Cachadur ', Arménien de nation ; l'intention de S. M. est qu'aussitôt qu'il vous aura été remis, vous le fassiez garder soigneusement jusqu'à la première occasion que vous trouverez de le faire passer à la Gua- deloupe, où S. M. désire qu'il fasse à l'avenir sa résidence, parce qu'il sera moins à portée qu'ailleurs de s'évader. J'écris à M. de la Malmaison la lettre que vous trouverez ci-jointe, que vous aurez agréable de lui faire remettre en lui envoyant l'Arménien. Vous verrez que je lui marque d'avoir une vive attention que cet homme ne puisse point sortir de l'île, ce qu'il est très-important et de la der- nière conséquence d'empêcher; et de faire en sorte, par le secours des missionnaires, de le déterminer à embrasser le christianisme, et à mettre tout en usage pour le marier, afin de l'attacher dans cette île et lui ôter l'envie d'en sortir. Vous aurez agréable d'y con- tribuer de votre part en tout ce qui pourra dépendre de vous, et de recommander à M. de la Malmaison d'y avoir beaucoup d'at- tention. 1. Cet liomme élait im ancien serviteur ilu patriarche Avedicli ; il éiait venu en 1707 pour tâcher de découvrir le lieu où l'on gardait son maître ; 31. deMontmort l'avait fait arrêter à Marseille, et on le gardait depuis ce temps-là dans les cachots de l'hôpital des galères. L'indigne récompense de sa fiilélité avait ému jusqu'à ses bourreaux et, pour mettre fin à sa misère sans se brouiller avec la Turquie, on imagina de lui fau'eun élabUssement aux lies de rAmériquc 33 d46 CACHADUR. S. M. a destiné une somme de 500 livres par an pour la subsis- tance et entretien de cet étranger; je mande à M. de Yaucresson que, pour cet efTet, j'ai fait expédier une ordonnance de gratification au nom de M. de la Malmaison, qui n'a qu'à envoyer sa procura- tion ici, je lui ferai payer en argent ces 500 livres. Je marque la môme chose à M. de la Malmaison, et en cas qu'il vînt à manquer, je vous prie de donner à celui qui commandera à la Guadeloupe des ordres pareils à ceux que j'envoie à M. de la Malmaison, par rapport à cet Arménien. Je vous prie de me donner de temps en temps des nouvelles de cet Arménien et de ce qui se passera à son sujet. (A. M.) LE MÊME A M. DE VAU CRESSON, INTENDANT DES ILES SOUS LE VENT. 30 décembre 1714. J'écris par ordre du Roi à M. Arnoul, intendant des galères, de faire passer à la Martinique un prisonnier d'État nommé Cacha- dur, Arménien de nation, et de l'adressera M. du Quesne, auquel je marque de le faire garder jusqu'à ce qu'il le remette à M. de la Malmaison. J'écris à ce dernier que l'intention de S. M. n'est point qu'il soit mis en prison, qu'elle veut au contraire une apparence de liberté, mais qu'en même temps il ait une grande attention pour qu'il ne puisse pas s'évader; la chose est de conséquence; comme il va peu de vaisseaux à la Guadeloupe, il sera facile de l'en empê- cher, s'il en avait envie, et je suis persuadé que M. de la Malmai- son prendra de si justes mesures que cela n'arrivera point. Je lui demande que pour attacher cet étranger à la Guadeloupe pour toute sa vie, et lui ôter l'envie qu'il pourrait avoir d'en sortir, il n'y a pas de meilleur moyen que celui de le marier, s'il est pos- sible, et de commencer à le déterminer, par le secours des mission- naires, d'embrasser le christianisme. Je vous prie d'y donner tous vos soins de votre côté, et d'écrire au sieur de Machicourt au sujet de cet étranger, afin que, de sa pai^t, il ait aussi la vue sur lui; vous aurez soin de m'en mander de temps en temps des nou- velles quand vous m'écrirez. Le Roi a destiné une somme de oOO livres par an pour la subsis- tance et l'entretien de cet étranger, et je ferai expédier tous les ans une ordonnance de gratification de cette somme, au nom de M. de la Malmaison; je la ferai payer en argent ici, au porteur de CACHADUR. 547 sa procuration; par ce moyen, il lui fera fournir ce qui lui est né- cessaire pour vivre. (A. M.) LE MÊME A M. DE LA MALMAISON ', GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE. Versailles, 30 décembre 1714. Le Roi a donné ordre à M. Arnoul, intendant des galères à Mar- seille, de faire passer à LiMartinique Cachadur, Arménien de nation. J'écris à M. Duquesne, à qui j'adresse cette leltre, de faire passer cet étranger à la Guadeloupe, oîi S. M. désire qu'il fasse sa résidence, parce qu'il aura moins d'occasion d'en sortir que dans les autres îles. C'est un prisonnier d'État qu'il est très important et de la dernière conséquence de retenir à la Guadeloupe, sans que, pour aucune raison que ce soit, il n'en puisse sortir. L'intention de S. M. n'est point cependant qu'il soit détenu dans les prisons, mais qu'au contraire il ait une apparence de liberté, parce qu'elle est persua- dée que vous prendre^ de si justes mesures qu'il ne pourra point s'évader. Gela mérite toute votre attention, et je ne puis trop vous recommander de répondre par votre exactitude à la confiance que S. M. veut bien avoir en vous. Pour attacher cet étranger à la Guadeloupe pour toute sa vie, et lui ôter l'envie qu'il pourrait avoir d'en sortir, je ne vois pas meil- leur moyen que celui de le faire marier, s'il est possible, ou de commencer à le déterminer, par le secours des missionnaires, d'embrasser le christianisme, je vous prie d'y donner tous vos soins. S. M. a destiné une somme de 500 livres par an pour sa subsis- tance et son entretien, et pour cet effet, j'ai fait expédier une or- donnance de gratification de cette somme en votre nom ; je la ferai payer en argent, tous les ans, à celui qui sera chargé de votre procuration ici. Je vous prie d'avoir soin de cet étranger, et de lui faire fournir ce qu'il aura besoin moyennant cette somme. Vous aurez soin de me donner, toutes les fois que vous m'écrirez, des nouvelles de cet étranger, et de me marquer tout ce qui se passera à son sujet ; mais encore une fois, je vous recommande de prendre de justes mesures pour qu'il ne puisse point s'évader et de faire en sorte de le marier. (A. M.) 1. M. de la Malmaison, lieutenant au gouvernement général, commandant en l'ab- stuce du gouverneur général, mort à la Guadeloupe le 1"^' mai 1716; £48 CACHADUR. LE MÊME A M. ARNOUL, INTENDANT DES GALÈRES. Versailles, 20 février 1715. Le Roi a approuvé que vous ayez fait rembarquer l'Arménien Cachadur sur le vaisseau du capitaine Martinenq, destiné pour l'Amérique, avec les précautions que je vous ai recommandées. A l'égard de la dépense qui a été faite pour les bardes de cet étran- ger et de celle de son passage, vous n'aurez qu'à les employer dans l'état des extraordinaires du quartier courant. (A. M.) LE MÊME A M. DE LA MALMAISON. Parisj 30 janvier 11 10. Vous trouverez ci-joinl le brevet de don de la succession de Ga- briel Licker, Allemand, mort à la Guadeloupe, que vous estimez valoir environ 800 livres, et que le conseil a procuré sur votre demande à l'Arménien Cachadur, pour lui faciliter les moyens de s'établir à la Guadeloupe. Il vous recommande d'avoir toujours une grande attention sur cet étranger. A l'égard de sa pension de 300 livres, le conseil a donné ordre aux trésoriers de la marine de la faire payer annuellement par leur commis à la Martinique et sur vos quittances. Les originaux des ordres de fonds leur oiil été remis pour les années ITio et la présente, et le conseil vous en envoie des copies ^ (A. M.) 1. Le Réj^'eiil avait élabli à la tèle des ministères des conseils qui dûcidaieut de l jutes les atiaires, et c'est du conseil de la marine dont il est question. FIN TABLE DES MATIERES Albateree, il est mis à la B. pour des mauvais discours tenus contre le Roi, p. 239, 240 et 241 ; rapport sur ce pri- sonnier, p. 242 ; qui de Charenton est relégué à Beaucaire, p. 244. Alleurs (des), ambassadeur à Constanti- nople, est charg:é d'apprendre au divan les aventures d'Avedick, p. 529; et sa mort, p. 536; on lui envoie les procès- verbaux faits à cette occasion, p. 543. Altremand, nouvelliste, est mis àlaB., p. 19; il est chassé de Paris, p. 21. Anguenet, chimiste, est mise a la B. et à l'hôpital, p. 165 et 166; chassée dans son pays, p. 169. Argenson, est chargé de rédi^^er le pro- cès-verbal de la mort d'Avedick, p. 535 et 538 ; cet acte est vu et approuvé par le Roi, p. S43. AuLMONT, sorcier, est mis àlaB., p. 151 ; il vendait des talismans, p. 152; il est mis en liberté, p. 155 et 157. AvEDiCK, patriarche des Arméniens à Coustantinople, il est dépossédé du pa- triarchat, p. 478: et est exilé, p. 479; conduit à Messine, et mis dans les pri- sons de l'inquisition, p. 480; et delà con- duit à Marseille, p. 483; on l'envoie au mont Saint-Michel, p. 484; il y est gardé avec soin, p. 493; est transféré à la B. où il est visité par l'abbé Renau- dot, p. 495, 510 et 512 ; fait abjuration et va à Notre-Dame, p. 524 et 527 ; il est mis en liberté, p. 528; il meurt chez De la Croix, p. 533, on fait un pro- cès-verbal de son décès, p. 534; M. d'Ar- pensou est chargé de le rédiger, p. 535 ; instruction de l'abbé Renaudot à ce sujet; p. 540: garder le secret sur cette affaire, p. 545. B Baptiste, ournit des jeunes garçons à M. de Vendôme, p. 6. Barbier, commisde la poste, est mis à la B., p. 430. Beaumont le Normand, malgré la dé- fense du ministre, vient à Paris, p. 447; il se rend à laB.,p. 448; on le renvoie à Dunkerque, p. 448. Bellevaux, directeur delà poste de Liège, est suspect, p. 228; rapport sur son sé- jour dans Paris, p. 231 et 232; il est misa la B., p. 233, 234 et 235. Bellot de Floranxourt, suspect, p. 285; est mis à la B., c'est un notaire ruiné, p. 288. BencioliiNI, escroc, rapports sur ses filou- teries, p. 404, 406 et 407; on l'envoie à l'hôpital, p. 409; en 1715 il est chassé du royaume, p. 410. Bp:rtrand, faussaire, est misa laB., p. 63; il y restera jusqu'à sa mort, p. 68. Bertrand, fanatique, est mis à la B., p. 62. Bienaise, médecin des urines, est dé- noncé par la faculté de médecine de Poitiers, p. 13; il est mis à la B., p. 14; il est relégué au Mans, p. 15; avec dé- fense d'exercer la médecine, p. 16. Blette, protestant, il entre à la B., p. 90; il est mis en liberté, p. 91. BoiLE (du), s'est battu en duel dans les rues de Versailles, p. 293; il est arrêté, à Melun, p. 294; il entend la messe à la B., p. 294. BoiSLORÉ, qui vendait les emplois de la marine, est mise à la B., p. 34; elle est reléguée en Auvergne, p. 50 ; et enfermée aux Hospitalières de la Roquette, p. 54. BoNNELLi, espion, est mis à la B., p. 173 et 174; et renvoyé à la Trappe, p. 195. BOOMHOCER, espion, arrêté par le guet, p. 183, 184 et 185: son interrogatoire, p. 190; il restera à la B., p. 192. BORDENAVE, tailleur, est mis à la B., il n contrefait une lettre de cachet, p. 205. BoRN, il est rais à la B., p. 218 et 219: il y a eu erreur de personne et on le met dehors, 219. 530 TABLE DES MATIÈRES. DosTAL, partisan militaire, est mis à la B., p. 368. BoucHEix, souffleur, est mis à la B., p. 161; et envoyé à l'abbaye d'Ebreuil, p. 162. Bourges, mis à la B. pour avoir fait une affiche extraordinaire de recrue, p. 432; reconnaît sa faute, p. 433; et est mis eu liberté, p. 434. BoUTET, fou, il est mis à la B., p. 315. Boutez, quiétiste, est mis à la B., p. 22; et renvoyé chez lui, p. 23. BrÉAUTÉ (marquis de), se charge, moyen- nant 50,000 liv., de solliciter l'établis- sement d'une manufacture de dentelles, p. 41. Bredeville, chanoinesse, est mise à la B., p. 7; elle avait écrit des lettres men- songères, p. 72; on la laissera en prison jusqu'à ce qu'elle avoue la vérité, p. 75; ses femmes sont mises en liberté, p. 77; sur son refus d'avouer elle est envoyée aux Ursulines de Chàteaubriant, p. 82 et 83. Brock, espion, mis à la B., p. 412 et 413; sorti en 1714, p. 426. BUCQUOY, espion, il est arrêté à la Fère, p. 325; sa tentative d'évasion, p. 327; ordre de l'envoyer à la B.,p. 331; il est interrogé par M. d'Argenson, p. 336; il est inconnu aux Missions étrangères, p. 338; à l.i Trappe et à la maison Dubuc- quoy, p. 339; c'est un fourbe et un scé- lérat, p. 340; il se sauve de la B.,p. 341; 342, 343 et 344 ; ordre de le faire recher- cher en Lorraine, p. 347; il est allé de Suisse en Hollande, p. 350; ordre de l'y surveiller, p. 351 et 352. BucQUOY (comte du), arrivé à Dun- ke impi rque, p. 345; il vient à Paris, p. 346: [possibilité de le découvrir, p. 347; il est arrêté, p. 348; ce n'est pas celui qui s'est évadé, p. 348. C Cachadour, domestique d'Avedick, est arrêté à Marseille, p. 494; et envoyé à la Martinique, p. 545; et de là à la Gua- deloupe, p. 546 et 547; il s'y établit, p. 548. Cajauac, prêtre, accuse le mari de sa maîtresse d'avoir tenu des propos con- tre leBoi, p. 77; il est mis à la B. et exilé en Auvergne, p. 80. Campistron (abbé de), fournit des jeunes gens à M. ae Vendôme, p. 6. _ Cantau, il avait transporté de l'or à l'é- tranger, p. 50; il est condamné à mort, p. 52; sa peine est commuée en bannis- sement, p. 52. Cassin, espion, p. 176; mis à la B., p. 177; détails sur ses intrigues, p. 178 et 179; il est renvové dans son pays, p. 187. Caubron, chef de la députationdeLaloue, p. 317; il est arrêté avec 122 habitants et mené à la B., le pays est occupé militairement, p. 320 et 321; Caudron sollicite une indemnité, p. 322. Cayoie, commis de la poste, est mis à la B., p. 430. ChabertdeFauxbonne, prêtre, rapports sur sa conduite, p. 213; ordre de le mettre à la B., p. 215; on l'envoie à l'hôpital, p. 215 ; et à Valence, p. 216. GuAMi'iON, espion, mis à la B., p. 237; il est envoyé en Poitou, p. 238. Chah PRENAULT, suspect, est pris en pleine mer, p. 415; il est envoyé à la B., p. 417; c'est un émissaire de l'abbé de la B'iurlie, p. 421; il lui écrit par l'or- dre de :\L d'Argenson, p. 422 et 423; la Bourlie lui répond, p. 424 et 425. Charbot, espion, mené devant M. d'Ar- genson, p. 335; qui demande son em- prisonnement, p. 337 ; il est mis en li- berté, p. 340. Charpentier, est rais à la B., et relégué à Saint-Quentin, p. 161. Châtelain, fou, est mis à la B., p. 469: et ensuite à Charenton, p. 470. ChaubbuèRE (de la), est mis à la B. pour avoir écrit sur les affaires de l'artillerie, p. 208 ; il peut écrire à ses parents, p. 205; il est mis en liberté, p. 211. Chelleberg (de), il est arrêté au Pecq et mis a la B., p. 373; et chassé du royaume, p. 376. Chesneau, sorcière, ordre de la mettre à la B., p. 152 et 156. Chester, ordre de le conduire à la B., p. 56. Choisy, est conduit à la B., p. 249. Clereau, ordre de le conduire à la B., p. 244 ; il tenait des assemblées de filles, p. 245 ; il est mis en liberté, p. 245 et 246. Collier (époux), sont mis à la B., p. 26; et sortent, p. 43 et 45. Considin, cordelier, suspect, est mis à la B., p. 180, 181 et 182; chassé du royaume, p. 199. Courtois, prêtre, tient de mauvais dis- cours sur le roi, p. 77 ; on l'envoie à la B , p. 78; et au couvent de Quimperlé, p. 82. CreutzeRj est conduit à la B., p. 57; et mis en liberté, p. "8 ; ramené à la B., p. 64 ; il avait refusé de se convertir, p. r;6. GuRK DE Saint-Sulpice, il est invité à signer les actes faits à propos de la mort d'Avedick,- p. 537. CoRRiE, détails sur cet espion, p. 181; il est mis à la B., p. 183 et 188; il est chassé du royaume, p. 193. Cyrano de Bergerac, commet des in- décences dans l'église N.-D., p. 383 et 384; on le met à la B., p. 384. Dayid, il est mis à la B., p. 26. TABLK DES MATIÈRES. 5.^1 Dfxachoix, lier^'er, o?t mis i\ la B., p. :I:J8 ; et en liherlfîi, p. IC:]. Dklafontaine, espion mis ô la 15. el ;'i riiôpital, p. 291 ; eL en lil)..'rté, p. 292. Delfino, secrétaire de Walstein est mis à la B., p. 99; il peuteutemlre la messe et avoir des livres, p. 99; il est bon de l'interroger, p. 108. DiCDDATi, suspect, est mis à la B., p. 28:; ; ordre de l'interroger, p. 28(i; il a été dénoncé par un capitaine, p. 28G : c'est un agent des Cévenols, p. 250; il res- tera à la B. jusqu'à la paix, p. 291. Deprade, sorcière, détail de ses escro- queries, p. 150. Desclaux, suspect, est mis en liberté, p. 62. Desforges, est mis à la B., p. 'j ; et envoyé à Bicètre, p. 9. Desmures, chercheur de la pierre philoso- phale, est mis à la B., p. l.Ki. Dev AUX, sorcière, rapport sur sa conduite, est envoyée de la 13. à l'hôpital, p. 301 ; mise en liberté, p. 303. Dons, capitaine de brûlot, s'est mal con- duit à Alger, p. 294; il rompt ses arrêts, on le cherche dans Paris, il est mis à la B., p. 295 ; et en liberté, p. 290. DuBUissoN, dénonce le iinancier Charles Bernard, p. 133: il est mis à la B., p. 135; on propose de le mettre en liberté, p. 149. DucouDRAY, il est conduit à la B., p. 280. DULiON, servante, est mise à la B. pour fausse monnaie, p. 157; el à l'hôpital, p. 160. DUMARAIS, il est mis en liberté, p. 177 ; et envoyé au château de Caen, p. 197. DUMAY, porte-clefs, il est mis à la B. et à l'hôpital, p. 435. DuMONCEAU, intrigant, est mis à la B., p. 27. DUPASQUIER, espion, est mis à la B., p. 183 ; etrenvové dans son pays, p. 187 et 188. DuPUY, faussaire, est misa la B., p. 216. Eptn'OY (princesse d'), entreprend, moyen- nant finance, de faire établir l'étalon- nage des tinettes de beurre, p. 30; et les charges de tuteurs, p. 44. Erlach (d'), est mis à laB. pour l'empê- clier de faire un mauvais mariage, p. 293. EsTRÉES (duc d'), scandalise tout Paris avec son laquais, p. 7. EsTRÉES (comte d'), patronne moyennant gratification le droit domanial des mines, p. 36. EsTRÉES (maréchale d'), patronne moyen- nant finance l'affaire du contrôle des écritures, p. 37. Fauconnier (demoiselle), vendait des places d(! fermier général, p. 51. Fenocj, protestant, il est mis ;\ la B., p. 90; ordre de le mettre en liberté pour trois mois afin de se faire instruire, p. 70. Ferrari, est pris, mis à la B., p. 178; et en liberté, p. 195. FerrÉOL, le roi approuve sa conduite dans l'affaire d'Avedick, p. 482; il doit répandre le bruit de sa mort, p. 485; on va lui renvoyer les effets (lu défunt prétendu, p. 489; la conduite de M. de Ferréol blâmée, p. 490; il doit tâcher de finir cette malheureuse affaire, p. 492. Fleury, il est mis à la B., il faisait embar- quer des marchandises sur les vaisseaux un Roi, p. 357 ; on l'envoie à la Ro- chelle, p. 358. Fliack, espion arrêté en Franche-Comté, p. 413 : et mis à la B., p. 414 ; rapport sur ce prisonnier, p. 427'. FloqUET (frères), ont fait écrire une lettre supposée, venant des Cévennes, p. 297 et 298 ; ils avouent liMir faute et sont traduits devant le Châtelet, p. 299. Florac (demoiselle de), vend les places de la marine, est mise à la B., p. 97; elle n'a pas fait grand mal, p. 40; elle est reléguée à Montpellier, p. 42. FlorEiNCE, ses amours avec le P. de Léon, p. 381 ; elle est mise à la B. en 1707, p. 387; elle est grosse de trois mois, p. 388 ; elle veut bien entrer au couvent, p. 389 ; il faut la traiter avec honnêteté, p. 390 ; elle demande son linge, égare dans un fiacre, p. 391; elle accouche d'une fille, p. 392; elle est mise en liberté, p. 393 ; le duc de Roban refuse de payer l'accoucheur et la pension, p. 393, 394, 395, 396 et 397 ; Florence demande à se retirer dans le couvent de la Roquette, p. 399. Fontaine, Suisse, est accusé d'avoir tenu de mauvais propos, p. 78 ; son inno- cence est reconnue, il est mis en li- berté, p. 79. Frezeltère, est mis à la B. par mesure de discipline, p. 434. FusTEMUERG, enseigne de vaisseau, mis à la B. pour s'être absenté sans congé, p. 211 ; il est mis en liberté, p. 212. Gacourt (dame de), folle, est mise à la B. et transférée à Sainte-Pélagie, p. 200; et rendue libre, p. 203. fiALOCHE, est mis ta la B. pour débit de mauvais Ijvres, p. 225 ; rapport sur ce prisonnier, p. 227. Garnier, séditieux, est mis à la B., p. 467 ; il voulait introduire le prince Eugène dans Paris, p. 468. TABLE DES MATIÈRES. 5o2 Gary^ aide-major, est mis à la B., p. 57 : il est dénoncé par le duc de Barwick, p. 58. Gaky, espion, est mis à la B., p. 23G, Gavirati, mis à la B. en 1707, chassé du royaume en 1715, p. 37C. Gemeykh, suspect, est conduit à la B., p. 423, sorti en 1714. G'tNi'DOT, ingénieur suspect, p. 338; il restera en prison jusqu'à la paix, p. 339; le roi donne une récompense à ceux qui l'ont fait prendre, p. .''.40. GÉNÉRAL DE Saint-Maur, on lui donne des instructions pour la conduite à tenir vis-à-vis d'Avedick au mont Saint- Michel, p. 487 ; et pour envoyer un confesseur sachant l'arménien, p. 451. Gebardi, arlequin, fait un marché pour le rétablissement des comédiens italiens, p. 28 et 44. GiROUX (demoiselle), qui vend des emplois, est mise à la B. et interrogée, p. 25 ; exilée à 50 lieues, p. 43. Godart, libraire, est conduit à la B., p. 128. GoMBAUT (dame), faiseuse de mariages, est mise à la B., p. 24; elle est reléguée à 30 lieues, p. 52. Gordon, Ecossais suspect, il est mis à la B., p. 181 et 188; et en liberté, p. 187 et 189. GoiiLlART, valet, est mis à la B., p. 25. Grojits, Piémontais, est mis à la B. par représailles, p. 105; il est envoyé à Orléans, p. 113. G n ILLIER, séditieux, est mis à la B., p. 467; chassé du royaume, p. 4G8. GriTAUD (de), se rend à la B., p. 445 ; il est mis eu liberté, p. 446. H Hainfrvy, commis de la poste, est mis à la B., p. 431. Hamilton, est mis à la B., p. 55; il y meurt en 1708, p. 68. Hamart, protestant, il est mis à la B., p. 84. Harcourt (princesse), était de mauvaise foi dans les affaires, p. 37. Hardy, ordre de le mener à la B., p. 284. Hardy, suspect, est mis à la B., p. 172: sa mort, p. 198. Harlay Cély, est mis à la B. par cor- rection, p. 1. HÉRAULT, domestique de Pontcharlrain, vend sa protection, p. 45. lloiATT, graveur, est mis à la B., p. 226. HUCHRT, vend des livres prohibés, et est mis à la B.. il e.-l ensuite relégué dans Alençon, p.' 263. , HuMBERT, donneur d'avis, est mis à la B., p. 61 ; pour déclarer ce qu'il sail, p. 62 ; il refuse et est conduit à Bicè- Ire, p. 66; il y devient fou, p. 67. Hyacinthe, custode des capucins, à Gons- tantinople; on le félicite d'avoir obtenu la dépossession d'Avedick, p. 478; on lui annonce la maladie dangereuse du patriarche, p. 486 ; on l'engage à ter- miner cette triste affaire, p. 493. Pedro de Jésus, fils du roi de Maroc, insensé, p. 438. Joyeux, est mis à la B., p. 55 ; chassé du royaume en 1714, p. 68. JULIANIS, lieutenant des galères, est mis à la B., est parti sans congé, il sort de la B., p. 210. Julien (fille), tranférée de la B. à la Salpètrière, elle y est devenue folle. p. 195. K KOCK, envoyé de l'électeur de Mayence, est pris sur mer, p. 94: il est amené à la B., p. 99 ; on lui déclare qu'il sera r traité de même que de Meyerkroon,pris "^ par les Allemands, p. 101 ; il peut se confesser, p. 103; et se faire faire des habits plus chauds, p. 106 ; Walslein lui envoie de l'argent, p. 108; il peut se promener le matin, p. 115; ses intrigues avec Broomfield, p. 116; on traite de son échange, p. 118 et 119 ; il est envoyé à Bruxelles, p. 120. La Boulaye, il a rendu aux ennemis la forteresse d'Exilés, p. 439 ; sera puni avec sévérité, p. 440 ; on le fera servir d'exemple, p. 442 : il devrait être cassé et ses officiers roués et dégradés, p. û42; il se rend à la B., p. Zi43 ; M. d'Ar- genson a ordre de l'interroger, p. 444 et 446 ; M. de La Boulaye est traduit devant un conseil de guerre, p. 447 ; et condamné, p. 449; sa pension à Pierre- en-Cise est réglée à 400 liv., p. 450. La Brumaudière, protestant, est amené du For-l'Evêque à la B., p. 245. La Chaussée, consul à Bome, est chargé de surveiller la négociation pour le voyage d'Avedick à Rome, p. 528. Lacrolx, espion, est mis à la B., p. 461. LAFAUE(marquisde), sollicite le privilège de fabriquer une nouvelli- monnaie, p. 31. Laferté (veuve), est reléguée dans son pays, p. 107. La Guillaumie, conseiller au Parlement, est accusé d'être sodomite, p. 6. Lalande, tailleur: il entre à la B., p. 206: est mis en liberté, p. 207. La Malatie, curé, fait usage d'une lettre de cachet fausse, p. 204 ; il s'échappe des prisons de Saint-Aignan, est repris et mené à la B. et renvoyé en Auvergne, p. 208. TABLE DES MATIÈRES. 553 Lamy, est mise à la B., p. 165. Langlois, sodomite, mis ;'( la B. et à Bicètre, p. 283. LarmessIiX, graveur, a fait des carica- tures contre le Roi, p. 223. Laroche, valet de la Bourlie, est conduit au petit Châtelet, p. 220 ; et envoyé à la B., p, 221; prétend n'avoir jamais servi M. de la Bourlie, p. 223. La Rue (abbé de), vend son crédit dans les bureaux de la marine, p. 47. La Suze, dénonce Uéodati comme espion, p. 28G; on le fait venir à Paris, p. 288 ; ses hésitations pour déposer. p. 290. La Tourxelle, soufileur, est mis à, la D., p. 157 ; et en liberté, p. 16u. La Tremoille (cardinal de), est charg-é , de négocier le voyage d'Avedick à Rome, p. 529 ; on applaudit à son zèle, p. 532 ; l'affaire est terminée par la mort de ce patriarche, p. 535 ; il est inutile d'en parler à Rome, p. 542. Laurent, est mis à la B., p. 265 ; et à Bicètre, p. 268. La Valette, espion, conduit à la B., p. 414 ; on ne découvre rien de ses intrigues, p. 413 ; il restera en prison jusqu'à la paix, p. 420 ; conduit à Glia- renton en 1714, p. 427. Lavadte, sorcier, est mis à la B., p. 151, il vendait des talismans, p. 152. Lebègue, époux, faux sorciers, p. 435 ; transférés du grand Châtelet à la B., p. 436; et à l'hôpital, p. 437; lui mort en 1709, la femme mise en liberté en 1711, p. 438. Lebel, sodomite, est mis à la B., p. 3, et envoyé à Saint-Lazare, p. 10. Le Bœuf, commissaire, est mis à la B. pour avoir écrit sur les affaires de l'ar- tillerie, p. 209; il en sort, p. 211. Lebrun des Marettes, janséniste: il se retire dans le diocèse d'Orléans, p. 401 ; il meurt en 1763, p. 402. Lecointe, abbé, est un corrupteur de la jeunesse, p. 6. Legrand, espion, est mis à la B., p. 424. Lemaire, faussaire, est mis à la B., p. 62. Le Noir de Sainte-Claude, il est mis à la B., p. 400 ; c'est un janséniste en- durci, p. 401 ; il sort en 1716, p. 401. Léon (prince de), se charge d'affaires moyennant finance, p. 38; id. d'une place de fermier général, p. 44; il aime Florence, danseuse de l'Opéra, p. 381; sa fureur quand elle est arrêtée, p. 387: il reste brouillé avec sa famille et épouse ]\I'ie de Roquelaure, p. 398 ; il payera la pension de Florence, p. 399. Leperche, est mis à la B. pour ses dis- cours séditieux, p. 11; il est mis eu liberté, p. 12. Lesdiguières (duc de), aime un grand page, p. 7. Lespinasse-Despras, il est conduit an' For-1'Evêque, p. 280: saisie de ses pa- piers faite à Metz, p. 281 : il est relégué en Limousin, p. 283. Lestocq, femme de chambre de M"" d'Orléans, partage des profits avec la Rozemain, p. 36. Liberté, suspect, est mis à la B., p. 174, renvoyé devant le conseil de guerre, p. 173. LiNANGE, suspect, est mis à la B., p. 462, c'est un aventurier, p. 462 ; on le gardera jusqu'à la paix, p. 465^ 466 et 467. LOMB, espion, rapports sur sa conduite, p. 185 et 186; ordre de le mettre à la B., p. 189 et 190; il doit y être retenu comme très suspect, p. 191 et 193. Lorraine (abbé de), demande des affaires à la Rozemain, p. 144. LOUYART, sodomite, est mis à la B., détail de ses débauches, p. 5; se coupe la gorge, p. 8. LUDE, (duchesse du), sollicite, moyennant gratilication, l'établissement d'une ban- que à réméré, p. 37. LuLLY, charlatan, est mis à la B., p. 164 et 165. LULLY, femme, est mise à laB., p. 166; et en liberté, p. 169. M Mackensie, est mis à la B., p. 36; et en liberté, p. 66. Mahuet, précepteur, séduit sa pupille, p. 433 et 455; il est mis à la B. •Maixville et sa SŒUR (abbé), sont mis à la B., p. 266 : et relégués à Evreux, p. 268. Maisontiers (de), se rend à la B. et en sort, p. 445. Marescot (la), ordre de la faire travailler pour connaître ses secrets, p. 155; elle entre à la B., p. 156 ; est envoyée à l'hô- pital, p. 158. Marconay, est mis à la B., p. 143 ; ses essais pour la pierre philosophale, p. 146 et 147 ; il est rélégué à Loudun p. 148. Martin, protestant, profère des injures contre le pape et le Roi, p. 86 et 87. .Massillon, sa liaison avec la marquise de l'Hôpital, p. 382. Melun (D'ie de), se charge de patronner, moyennant gratification, l'établissemen d'une loterie, p. 41. Meunier, ermite qui pansait les bles- sures, p. 153; fait essai de ses remèdes, p. 154; ordre de le mener à la B., p. 155 et 136 : relégué à 30 lieues, p. 164. Meurcy (colonel de la), se charge, moyen- nant finance, de l'affaire de la marque des dés, j). 37. 554 TABLE DES MATIÈRES. ]\riGEON, protestant, blasphème contre Dieu et le Roi, p. 8j : il est mis à la H.. p. 85 et 90 ; il est converti et sort de la B., p. 93. MiLHAU, suspect, mis à la B., p. SO: il est exilé à GO lieues, p. 50. MiLOiN, fou, mis à la B, et à Charenton, mort en 1711, p. 37f». Minet, est mis à la B. pour avoir prêché dans des assemblées de filles, p. 244 ; il est mis en liberté, p. 245 et 246. Monceaux, est mis en liberté, p. 40. MONTEREAU, colonel, entre à la B., il a la liberté de se promener dans les cours, p. 449. MoNTGOMMERY fconite de), il est mis à la B., p. 314 ; il y meurt, p. 315. MONTIGNY (M"''), est mise à la B., et exi- lée à Saumur, p. 157. Montmorency (de), est misa la B. pour avoir quitté l'armée sans congé, p. 123 : il sort au bout de huit jours, p. 124. Montmort, intendant de la marine, le Roi approuve sa conduite dans l'affaire d'A- vedick, p. 488: il a remis tous les effets du patriarche, p. 531. Montkoy'AL fils, est mis à \ incennes, p. 721. MONTROYAL (M"e de), estamenée à la B., p. 117; rapport sur cette personne, p. 122. Mdret (marquis de), sollicite, moyennant finance, l'affaire des cartes et tarots, p. 41. et 4, et enrôlé dans le régiment de Noailles, p. 11. Pigeon, sorcière, est envoyée à la B., à l'hôpital, p. 300 : mise en liberté, p. 30."). PiGKORY, dénonce un complot imaginaire contre les rois de France et d'Espagne, p. 73 et 74 ; il est mis à la B., p. 74; il reconnaît son imposture, p. 80. PlNGHÉ (femme), elle veut empoisonner son mari, p. 385 : elle est mise à la B., p. 386. Platet, est mis à laB., et reconnu inno- cent, p. 264. Plessis (marquis du), est mis à la B., p. 128; il prétend être aveugle, p. 130. POGGENBERGDITBEAnCANBEURE,Danoiy, tient une conduite suspecte, p. 63 : il est mis à la B., p. 64; et renvoyé en Danemark, p. 65. PoNSY (capitaine), faussaire;leRoi ordonne de le casser et de lui retirer la croix de Saint-Louis, p. 334; et de lui ôter toute communication, p. 356. Port ije Saint-Martin (époux), sont mis à la B., p. 26 ; et en liberté, p. 49. Prévost, suspect, vient à Paris avec un mauvais passeport, p. 323 ; il est remis à un chirurgien, p. 324. Prieur du Mont Saint-Michel, on lui prescrit la manière de se conduire vis- à-vis d'Avedick, p. 488, 489; sa con- duite est approuvée, p. 492. Osmont, retient sans les payer les billets de monnaie des officiers, p. 456 ; pour plus de 50,000 écus, p. 457; M. d'Ar- genson est chargé de les faire restituer, p. 457 ; Osmont est mis a. la B., p. 460. Pallières (comtesse de), elle s'est servie d'une lettre de cachet fausse, p. 361 ; elle est mise à la B., p. 363; où elle est interrogée, p. 365 : et mise en liberté, p. 366. Penicot, arrêté sur la route de Versailles, p. 16 : il est mis à Charenton aux dé- pens de sa famille, p. 18. Pennes, on lui enjoint de rentrer en Franct^, p. 304 : avec ordre de le mettre à la B., p. 305; il a son valet et mange avec le gouverneur, p. 306 : et peut écrire à sa famille, p. 307 ; il donne un mémoire justificatif, p. 307; M. des Ur- sins y fait une réponse, p. 311 ; il est recommandé par le régent au grand maître de Malte, p. 312. Periciiûn, notaire, mis en liberté, p. 354. Perichon, a calomnié l'abbé Mainville, p. 266. Petit, sodomite, est mis à la B., p. 2, 3 QUEROl'ART, colonel, est mis à la B. pour avoir quitté son régiment sans congé, p. 124; il est renvoyé à son régiment, p. 125. QUERU DE Maisonrouge, séditieux, est mis à la B., p. 60; et conduit à Bicê- tre, p. 66 : c'est un blasphémateur et un impie, p. 67. R Remy, renseignements sur ce prisonnier, p. 282. Renaddot, abbé, visite Avedick à la B., p. 495 : son mémoire sur ce patriarche, 1>. 513; il est approuvé par le Roi, p. 523 et 524 : il en fait un autre pour le pape. p. 526. Rochefort, sorcière, est menée de laB. à l'hôpital, p. 300. RoHAN (duchesse de), sollicite le monopole de la -fabrication de la faïence, p. 30; moyennant finance, p. 34. Rolland, espion, ses lettres sont inter- ceptées à la poste, p. 411 et 412; il est mis en liberté, p. 425. Romagnesi, dit Cintio, propose de réta- blir les bouffes italiens, p. 20. Ro(jUE, intrigant, est mis à la B., p. 356: ordre de le mettre en liberté, il a donné des sûretés à ses créanciers, p. 357. TABLE DES MATIÈRES. 55S RossET (du), suspect, outre à la B., p. 55 : il est relégué à Caliors, p. 69 ; meurt en route, p. 70. RoossEAU, devineresse, ordre de la met- tre à la B., p. 59; et de la rendre à ses parents, p. 1G8. RouvROY (M'"'' de), sollicite, moyennant finance, l'affaire du recouvrement des taxes à payer, p. 36. RozEMAiN (dame de), est mise à la B., p. 26: elle propose d'établir une nouvelle troupe de comédiens italiens, p. 28: se désespère à la B., p. 50 : elle est relé- g:uée en Auverg^ne, p. 49 ; elle est mise à Ihôpital général, p. 53. RozEMBKRGBEiilN, est conduite à la B., p. 285; et à l'hôpital, p. 285; chassée du royaume en 1707, p. 292. Saby, qui vendait les emplois de la ma- rine, est mis à la B., p. 34 : il est relé- gué en Gascogne, p. 50. Saint-Amand, protestant, est mis à la B., p. 89 et 90: et en liberté sur l'avis du P. IJiglet, jésuite, p. 92 et 93. Saint-Ange, suspect, est arrêté sur la route de Versailles, p. 333 ; c-est un en- fant naturel sans ressources, p. 334. Saint-Curistophe, de Savoie, est mis k la B., p. 109 et MO : il sort de la B., p. m. Saint-Herem (marquis de), intrigue pour l'établissement de la halle aux blés, p. 30. Saint-Lambert, a fait faire une fausse lettre de cachet pour en imposer à des religieux, p. 360 ; il s'est sauvé en Lor- raine, p. 362 : on le met à la B., il en sort après avoir subi interrogatoire, p. 367. SAiNT-ViDAL, sorcier, envoyé à l'hôpital, pour 6 mois, p. 302. Salouox, fou, est mis à la B., p. 59 : et transféré à Bicètre, p. 60 ; où il demeure comme fou, p. 67. Sapai]>lé, major, qui a volé la caisse de son régiment, estfarrèté, p. 471 ; à Se- dan et mené au ror-rEvêque, p. 472 : et à la B., où il restera jusqu'à la paix, p. 474 et 476. Sassy (AI"p de), est mise à la B., p. 258 ; et transférée au Chàtelet, p. 2()0 ; le lieu- tenant civil instruit son procès et elle est condamnée, p. 261 ; retour de M. de Sassy, p. 262. ScnuLEMBOURG, Conduit à Bicètre où il meurt en 1709, p. 341. SCHDSTER, enseigne l'alchimie, p. 132 : et sort de la B., p. 143. Segray, protestant, est accusé d'espion- nage, p. 87; il restera dans la B., jus- qu'au retour de sa famille, p. 71. Seigneurie, chimiste, est mis à la B., p. 164; et exilé en Bretagne, p. 167. Servien, abbé, se livre à la sndomit^ dans sa petite maison, p. 7. Serville, s'échappe de chez le commis- saire, p. 209. Serville (M me ,|e)^ est mise à la B., p. 271; elle consigne de l'argent pour les créanciers de son mari, p. 272; et sort de la B., p. 273. SlRTAyuE, sorcier, ordre de le mettre à l'hôpital, p. 301 et 302. SocnuART, commissaire, est mis à la B., p. 138 et 142. SoREL, espion, arrêté en Franche-Comté, p. 413; et conduit à la B., p. 414. SoULANGES, espion, est mis à la B., rap- port sur ce prisonnier, p. 238. Stamfort, suspect, est mis àlaB.,p. 192; et en liberté, p. 195. Streter, espion, meurt à la B. et est enterré à Saint-Paul, quoiqu'il ait refusé les sacrements, p. 345. Stuard, notaire de Turin, suspect, p. 229 ; est mis à la B., p. 230; d'où il en sort pour retourner en son pays, p. 237. Sully (duchesse de), sollicite, moyennant liuance, l'établissement de la petite poste, p. 40. Surville, querelle entre lui et M. de la Barre, p. 250 ; ordre de le mettre huit jours en prison, p. 251; dans le fort llonterey, p. 253; et dans la citadelle d'Arras, p. 254; et à la B., p. 25b; à sa sortie il salue le Roi, p. 257. Tavanes (de), ses violences envers les femmes publiques, p. 246 et 247 ; il est enfermé dans la citadelle d'Amiens, p. 248; il se querelle avec M. deLuynes, p. 2i8 : il est mis à la B., p. 248 et 249. Terrail (marquis du), se charge, moyen- nantlinance, de faire créer 50 brasseurs, 50 perruquiers, p. 42. Thierry, bénédictin, il est mis à la B., p. 127; et envoyé à Vincennes, p. 129. Thirou, bénédictin, est mis à la B., p. 127, il peut entendre la messe, p. 129. Thomassin, chimiste, est mis à la B., p. 163 : et à l'hôpital, p. 165 et 166; et mis en liberté, p. 169. TiLLY, chercheur de la pierre philoso- phale, est mis à la B., p. 155 ; et en- voyé à Bicètre, p. 157. TiLLY, espion, chassé de France fn 1767. TiROL, est mis à la B., p. 377; et en liberté, p. 379. TISSERON, il est mis à la B., p. 386. Tonnerre (comte de), il est mis pour un an à la B., p. 403; ses lettres de grâce sont entérinées, p. 404. 536 TABLE DES MATIERES. Varquoix, fou qui excitait des rassem- blements, conduit à la B., p. 201: et envoyé à l'hôpital, p. 203 : où il est mort, p. 204. Vezangherix, est conduite de la B. à l'hôpital, p. 285 ; chassée de France on 1707, p. 292. ViARD, espion, est mis à la B., p. 417; il y restera, p. 418: mort en 1713. p. 42G. YiNACHK, vend un secret pourgap:ner au jeu, p. 131; détails sur sa fortune, p. d34, 138 et 141: ordre de l'arrêter, p. 130: il entre à la B., p. 137: se coupe la gorge, p. 142. VlvoNNE (duchesse de), sollicite, moyen- nant linance, la création de présidial de Mende, p. 36. W Walsteix, ambassadeur, est pris en mer, p. 94 : il est conduit à Vincennes, p. 9U et 97 ; sera traité comme les Français le sont à l'étranger, p. 98 : il peut se promener dans le parc, p. 99; il doit remettre les pierreries qu'il avait sur lui, p. 100; il peut voir le médecin de la B., p. 101 : sera traité comme l'était M. de Yilleroy, p. 102: et en- vové à Bourges, p. 103 et 104; son séjour dans cette ville, p. 106, 107, 108. 109, 110, 111, 112, 113 et 114. VVambel, espion, est mis à la B. et chassé du royaume, p. 171 et 172. WiLLAERT, est conduit à la B., p. 127 : c'est un janséniste obstiné, p. 130; sa mort, p. 131. FIN DE LA TABLE DES MATIERES TABLE DE LA CORRESPONDANCE Angervilliers, ministre, p. 322. Anonyme, p. 11, 131, 138, 301, 363. 461. Argenson, lieutenant de police, p. 5, 10, 20, 21, 27. 39, 40, 41, 43. 4o, o3, 65, 66, 67, 68, 78, SO, 89, 121, 122, 129, 132, 141, 146, 147. 149. 151, 161, 162, 167, 173, 174, 176, 100, 198, 203, 215, 227, 231, 232, 235, 236, 238, 242, 246, 259, 263, 266, 2b7, 268, 269, 272, 278, 281, 283, 291, 302, 313, 324, 336, 337, 340, 3.il, 342, 346, 348, 332, 357, 364, ^74, 379, 381, 386, 387, 389, 393, 393, 398, 399, 400, 401, 409, 414, 415, 418, 421, 423, 435, 437, 438, 460, 463, 465, 466, 468, 470, 473, 476. AULMONT frères, exempts, p. 56, 85, 134, 150, 133, 181, 184, 185, 213, 220, 229, 230, 231, 233, 239, 240. Avignon (d'), lieutenant de la B., p. 341. Barentin, intendant, p. 189. Basvillk, intendant du Languedoc, p. 192, 416. Bavière (électeur de), p. 254. Bazin, exempt, p. 391, 432. Beau MONT le Normand, p. 448. Bedmar (marquis de), p. 484. Bernage, intendant de Bezançon, p. 360. Berxaville, gouverneur de la B., p. 343, 347, 444, 443, 449. BiGNON, intendant d'Amiens, p. 288, 339. Bi/.OTON, commissaire, p. 1, 2, 411. BouiN (dame), p. 131. Le p. Brisacier, missionnaire, p. 338. Cailly, commissaire, p. 432. Gamuzet, commissaire, p. 146, 223, 373, 418, 433. Chauillart, ministre, p. 50, 31, 52, 37, 38, 62, 123, 124, 125, 133, 138, l'fO, 143, 172, 173, 209, 210. 211, 216, 217, 228, 233, 236, 238, 247, 250, 23^1, 253, 236, 237, 281, 293, 317, 320, 321, 323, 338, 339, 340, 342, 354, 336, 368, 369, 370, 371, 373, 377, 378, 379, 412, 413, 414, 420, 423, 424, 434, 440, 441, 443, 444, 443, 446. Ghantepie, exempt, p. 154, 159, 211. Chevalier, commissaire, p. 183. Clément, accoucheur, p. 392. Daminois, commissaire, p. 201, 230. Delascze, capitaine, p. 286. Desgranges, premier commis, p. 290. Deslandes, commissaire, p. 457. Douaire, exempt, p. 233. DUGUAY, intendant de la marine, p. 413. Dugué-Bagnols, intendant de Lille, p. 181, 202, 324, 339. Florence, danseuse, p. 391. Gagé, lieutenant général, p. 319, 321. Gaudion, greffier, p. 22. GoURDON, curé, p. 70. Harlay, premier président, p. 222. Harodys, intendant de Chalons, p. 362. Hautkriye, lieutenant de roi de Sedan, p. 471. HÉRAULT, lieutenant de police, p. 69, Hoguette (de la), archevêque de Sens, p. 323. JoURDiEU, lieutenant de police de la Fère, p. 325, 331. Junca, lieutenant de roi de la B., p. 1, 4, 5, 8, 9, 12, 14, 16, 17, 18, 19, 21, 23, 24, 26, 40, 42, 43, 49, 52, 53, 55, 56, 57, 59, 60, 61, 6i, 65, 66, (58, 71. 74, 77, 78, 79, 82, 83, 84,90, 91, 92, 93, 99, 103, 109. 111, 117, 124, 125, 127, 135, 137, 142, 145, 151, 155, 156, 158, 160, 163, 164, 165, 166, 167, 171, 174, 175, 177, 178, 180, 183, 188, 189, 190, 192, 193, 195, 196, 197, 200, 201, 203, 204, 206. 208, 209. 210, 211, 212, 215, 216, 219, 22i; 223, 226, 234, 236, 237, 241, 244, 243, 246, 248 249, 258, 260, 263. Labbé, commissaire, p. 422. La Bourdonnaye, intendant de Bor- deaux, p. 316. La Closure, p. 288. Lacoste, lieutenant du grand prévùt, p. 137. Lafosse, commissaire, p. 63. La Marre, commissaire, p. 383. Langlade, exempt, p. 70. La Y.'.lette, p. 87. 558 TABLE DE LA COURESPONDANCE. La V'rillièRE, ministre, p. 204, 207, 313, 314, 315, 363, 366. Le Blanc, ministre, p. 69. Le Bret, intendant de Provence, p. 242. Legendre, intendant de Montauban, p. 206, 207. Legrand, exempt, p. 372, 373. Loir, exempt, p. 132, 164. Louis XIV, p. 251, 253. JLvgnac, commandant en Artois, p. 317. May, officier, p. 456. MÉDECINS DE Poitiers, p. 13. Meyercroon, ambassadeur de Suède, p. 64. Moxteran, prévôt des marchands de Lyon, p. 179. Montmort, intendant de la marine, p. 531. MoRi.v, p. 429. Naurois, p. 455. NoAiLLES, cardinal, p. 511. Orléans, régent, p. 312. Ormesson, intendant de Soissons, p. 331, 333. Pelletier, exempt, p. 157. Pennes (chevalier des), p. 305, 306, 307. PÉRIGNON, bénédictin, p. 126. Perrault, exempt, p. 402. PiNON, intendant à Dijon, p. 282. Pommereuil, exempt, p. 450, 452. Pomponne (abbé de), p. 409. Pontchartbain, ministre, p. 4, 5, 9, 10, 11, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 45, 49, 52, 53, 54, 55, 56, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 68, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 89, 90, 91, 92, 93, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 108, 115, 116, 117, 118, 119, 120, 122, 127, 128, 129, 145, 147, 148, 152, 155, 158, 161, 162, 163, 165, 166, 167,171,172, 174, 175, 177, 178, 179, 181, 182, 183, 187, 188, 189, 190, 192, 193, 194, 195, 196, 198, 200,201,202,203, 211,215, 216, 218, 219,221, 224,225, 226,230, 236, 237, 238, 240, 241, 242, 244, 245, 248, 260, 261, 262, 264, 265, 268, 271,278,280, 283, 284,287, 290,291, 294, 295, 296, 300, 302, 304,305, 306, 307, 311,312,314,315,316, 323, 324, 325, 331, 333,342, 344, 345, 346,347, 350, 351, 352, 357, 358, 359, 361,368, 374, 379, 384, 386. 389, 390, 393, 394, 395, 396, 398, 399, 400, 401, 403, 405, 409, 417, 418, 419, 420, 421, 423, 424, 425, 431, 432, 434, 435, 436, 447, 448, 452, 453, 455,461, 467,469, 477, 478. 479, 480, 481, 482, 483,484,485, 486, 487, 488, 489, 490, 491, 492, 493, 494, 495, 512, 523, 524, 526, 528,529.530, 532, 533, 534,535, 536, 537, 538,539, 540, 542, 543, 545, 546, 547, 548. IIegnard, commissaire, p. 185. REGNIER, chirurgien des gardes françaises, p. 475. Renaudot (abbé), p. 495, 510, 511,512, 524, 526. RICOUART (de), p. 94. Riglet, jésuite, p. 93, 307, 311. Rivière, lieutenant de robe courte, p. 249, 280. Rohan-Chabot (duc de), p. 394. Rouillé, intendant, p. 370. Saint-Contest, intendant de Metz, p. 281, 350. Saint-Mars, gouverneur de la B., p. 235. Saint-Olon (introducteur des ambassa- deurs), p. 106, 107, 108, 110, 111. Saint-Simon (duc de), 344, 467. Savery, exempt, p. 249. Sergeant, jésuite, p. 74. SiMONNET, exempt, p. 384, 385, 387. SocQUARD, commissaire, p. 404. SossiONDO, p. 288. SoucY, commissaire, p. 430. SouRCHES, grand prévôt, p. 414. Thomin, commissaire, p. 170, 266. TORCY, ministre, p. 101, 103, 106, 107, 108, 110, 115, 117, 187, 335, 340, 412, 425,429, 430. TouRTON, commissaire, p. 458. TURGOT, intendant de Tours, p. 4C6. Valbin, p. 132. VoYSiN, ministre, p. 67. 449, 450, 457. 458, 459, 463, 472,474. FIN D£ LA TABLE DE LA COJIRESI'ONDANCE ERRATA Page 382j du poète Massillon, lisez du père Massillon. Page 4.9b, l'alibé Renault, lisez l'abLé Renaudot. PARIS. — IMPRIMERIE PILLET ET DUMOULIN, o. rue (les Grands-Augustins. University of Califomia SOUTHERN REGIONAL LIBRARY FACILITY 405 Hilgard Avenue, Los Angeles, CA 90024-1388 Return this materia! to the library from which it was borrowed. SOUTHERN RESa ^^R< FAULiy."^,, 7 000 229 500 4 UNIVERSITY of CALIFORNIA AT LOS ANGELES LIBRARY Tl. U