x^ui i\.cciui:i;< iVv^uxii wiiiy UNIVERSITY of CALIFORNIE, AT LOS ANGELES LIBRARY ARCHIVES LA BASTILLE VIII PARIS. — IMPRIMERIE A. PILLET FILS AÎNÉ 5, rue des Grands- Augustins. ARCHIVES 1) E LA BASTILLE DOCUMENTS INEDITS RECUEILLIS ET PUBLIÉS FRANÇOIS RAVAISSON Con^ervaleur-adjoiiit à la Bibliothèque de l'Arâenal. RÈGNE DE LOUIS XIV (1675 A 1686) PARIS A. DURAND ET PÉDONE-LAURIEL, LIBRAIRES RUE CDJAS, 9 (ancienne RUE DES GRÈS, 7) 187 6 88470 A^7 AVERTISSEMENT Louis XIV avait cru assurer la tranquillité de l'Église en in- terdisant les disputes sur le jansénisme ; la paix avait été jurée avec enthousiasme et d'abord observée de bonne foi; mais, dans les querelles religieuses ou politiques, les trêves ne servent guère qu'à préparer de nouvelles hostilités. Les évêques étaient, en général, opposés au jansénisme, dont ils redoutaient l'esprit nive- leur, tandis que beaucoup de simples prêtres et de curés embras- saient volontiers une doctrine qui coniondait les rangs et rappro- chait les dignités. Le bas clergé avait pris dans les discussions passées l'habitude de censurer ses supérieurs, et ne pouvant plus, aux termes de la foi jurée, s'espacer sur la doctrine, il s'attaquait à la personne et à la conduite privée des prélats. Un simple théologal de Séez, nommé Le Noir, osa bien tour- ner en ridicule les archevêques de Paris et de Rouen, dans un pamphlet intitulé l'Èvêque de cour opposé à VÈvèque aposto- lique; cette audace émut l'assemblée du clergé; elle trouva que a haute égUse gagnait peu à voir les discussions sur le texte de Jansénius remplacées par la censure amère et plus ou moins juste des évêques; elle supplia le Roi de punir l'auteur du libelle. Le Noir se tint caché pendant longtemps, et la police ne put d'abord mettre la main que sur les imprimeurs et quelques prê- tres. M. de La Reynie avait déjà prononcé diverses condamna- tions lorsque Le Noir fut enfin arrêté. \\ refusa de répondre aux interrogations du heutenant de police, qui fut obligé de lui faire le procès comme à un muet volontaire. On le condamna aux ji AVERTISSEMENT. galères. Comme il aurait été par trop fâcheux d'exposer à la pitié du public, sur les bancs des forçats, un prêtre, pour avoir dit brutalement ses vérités à un prélat concubinaire comme M. de Harlay^ l'archevôque de Paris, la peine fut commuée en une prison perpétuelle. Colbert avait été chargé de la direction de cette affaire; on lui remit la garde de Le Noir, qui passa le reste de ses jours dans des châteaux situés sur le bord de la mer et placés sous l'autorité immédiate du ministre de la marine*. S'il était dangereux de médire des évoques, il était périlleux de vanter le pape outre mesure, et l'abbé Lamont séjourna près d'un an à la Bastille pour avoir imprimé un sermon oii il exaltait l'autorité du Saint-Père ^. Ce ne sont pas là les seules affaires que le gouvernement eut avec l'Église; il lui disputait le produit de la régale ; le Roi finit par l'emporter, mais la lutte fut pénible. L'évêque de Pamiers avait déployé, dans des livres publiés contre le fisc, beaucoup de courage et surtout un talent que personne ne lui avait connu jus- qu'alors; aussi lorsque le hasard fit découvrir celui qui rédigeait les écrits de l'évêque, il fut envoyé à la Bastille et y mourut ^ On laissa aussi mourir au Mont Saint-Michel un bénédictin, nommé Chavigny, pour avoir écrit trop librement sur les intri- gues galantes de la cour ^ Le soin de réprimer les écarts des auteurs religieux et profanes était le principal souci du ministère, il avait encore des embarras avec ce qu'on appellerait maintenant la presse officieuse; ces écrivains étaient bien payés, mais lorsqu'il s'agissait de les désa- vouer, on était obligé de les mettre quelque temps à la Bastille. On en usa ainsi avec Amelot de la Houssaye, qui avait pubhé une Histoire de Venise trop sincère au gré du Doge '\ et avec Primi ^, qui avait révélé au public les négociations de Madame 1. Page 1. 2. Page 368. 3. Page :i5/|. '4. l'âge 336. 5. Page 93. 6. Page 228. f AVERTISSEMENT. m d'Orléans ; on peut penser que cette satisfaction donnée aux gou- vernements étrangers était dérisoire et ne trompait personne. Au milieu de ces préoccupations, le Roi cherchait à corriger la rudesse et la grossièreté des mœurs, très-grandes encore malgré le vernis superficiel qui éblouit les yeux de la postérité. Il n'épargnait pas même ses courtisans les plus affidés ; ainsi il en- voya successivement à la Bastille le marquis de Mouy, pour in- sulte à la comtesse de Mansfeld ^ ; le fidèle Dangeau, qui avait bâtonné Langlée au milieu du ^ Louvre ; M. de Tallard, un mili- taire, pour avoir appelé en duel son supérieur ^ ; puis le grand écuyer, qui souffletait le duc de Grammont aux courses et en sa présence. Après cela, le Roi n'avait garde de laisser impunie l'insolence du prince d'Elbeuf, qui, non content de battre le guet, avait, ri table, frappé au visage le marquis de Thury avec une éclanche de mouton*; ni l'audace sacrilège de M. de Clermont, qui insultait l'évêque de Lodève ^; ni la cruauté de M. de Beau- vais '', qui assommait les collecteurs de l'impôt; ni l'extravagance de M. de Rhodes, frappant un huissier du Roi coupable de re- garder sa maîtresse''; il épargna moins encore M. de Nancré, qui avait insulté le commissaire du quartier^, et MM. de Ba- rentin ^ et de Bord ", qui maltraitaient leurs vassaux. Cette sévérité, soutenue par la conduite personnelle du Roi, qui fut toujours un modèle de politesse et de douceur dans les relations de la vie, eut le plus heureux succès, et depuis lors l'urbanité est devenue un des traits les plus saillants du caractère français. Des méfaits plus graves motivèrent d'autres entrées à la Bas- tille ; nous nous contenterons de signaler les plus sérieux. C'est d'abord un abbé qui fabrique une lettre de cachet afin de faire 1. Page 103. 2. Page 159. 3. Page 207. h- Page 225. 5. Page 230. 6. Page 243. 7. Page 272. 8. Page 468. 9. Page 217. 10. Page 215. ;^.?'' IV AVERTISSEMENT. sortir de Port-Royal une présidente trop aimable * ; puis le pro- cureur général de Troyes, qui commet un faux semblable pour arrêter les poursuites de «^es créanciers^; ensuite une femme, en haine de son beau-frère, commandant de Montmédy, fait re- mettre au Roi des lettres forgées, par lesquelles le commandant semblait entrer en marché avec les ennemis^; il ne faut pas oublier la querelle du sculpteur Jaillot avec l'Académie de pein- ture '', ni le procureur du Roi de Montauban, convaincu d'avoir promis, moyennant récompense^ de délivrer la ville de Moissac des logements militaires ^. Toutes ces affaires nous semblent curieuses pour l'histoire des mœurs au xvn* siècle. Mas une autre plus importante, celle du protestantisme, exige une men ■ tion spéciale. En 1685 le peuple était heureux et obéissait avec joie aux ordres d'un prince dont la prudence éclatait dans les moindres actes de l'administration ; jusqu'alors, en effet, presque tout avait été digne de louange. Mais ce fut à ce moment même que Louis ordonna la révocation de l'édit de Nantes. C'était une faute, et la [dIus grande qu'il eût jamais commise ; il s'attaquait à une chose I sacrée, au droit qu'a tout homme de choisir lui-même la voie du salut; il oubliait que la puissance des rois cesse à ce mo- iment redoutable oii l'âme va comparaître devant son Dieu. La Révolution de 1789, il faut le dire bien haut, est la mère de la liberté religieuse. Ce sera la gloire éternelle de la France d'avoir été la première à déclarer que chacun avait le droit de faire son salut comme il l'entendait, et c'est l'honneur impéris- sable de ses enfants d'avoir défendu ce principe au prix de leur sang ; ils l'ont fait reconnaître par le monde entier comme une vérité incontestable et comme le fondement de toutes les libertés. Personne avant eux n'avait osé proclamerl'égalité des croyances devant la loi. Yoltaire, dans ses rêves les plus hardis, n'avait imaginé que la tolérance, c'est-à-dire cette espèce de liberté que 1. Page /i67. 2. Page 246. 3. Page 142. h. Page 165. 5. Page 160. AVERTISSEiMENT. v la police accorde aux mauvais lieux; cependant cette audace parut insupportable, ses livres furent brûlés et il dut se mettre en sûreté à l'étranger. Si, à la veille de la Révolution, le gouver- nement et, il faut le dire, le sentiment populaire étaient hostiles à la liberté des cultes, ils l'étaient encore bien davantage cent ans plus tôt dans l'Europe entière, lorsque la Guerre de trente \ ans avait éclaté entre les protestants et les catholiques. La paix de Westphalie mit un terme à cette lutte fratricide, et depuis lors les Européens ne se sont plus détruits les uns les autres à^ propos de la route à suivre pour gagner le ciel. La tempête avait été si violente que tous les trônes avaient failli crouler dans la tourmente, et l'amour de la patrie était de- venu un vain mot. La minorité religieuse, quelle qu'elle fût, étant écartée des emplois, se réfugiait dans le commerce et s'en- richissait, tandis qu'avec la déplorable administration d'alors, la majorité, dans chaque pays, était toujours dépourvue d'argent; il lui fallait recevoir les subsides de ses coreligionnaires à l'étran- ger ; on n'était plus ni Français ni Allemand, mais catholique ou protestant. Lorsque le calme se rétablit, les rois s'émurent de cette disposition des esprits qui aurait fini, quelle que fût la croyance, par mettre le pouvoir aux mains du clergé. Pas un ne s'avisa de décréter la liberté de conscience ; on trouva plus expé- dient d'imposer aux dissidents la religion dominante. En Angle^ terre, les catholiques étaient incapables d'hériter ni d'exercer aucune charge ; en Hollande, la législation était encore plus sé- vère; par contre, en Espagne, en Autriche et dans l'Italie, les huguenots étaient livrés aux tribunaux ecclésiastiques. En France^ l'administration, plus clémente et liée parles dispositions de l'édit de Nantes, s'était contentée de mesures restrictives prises à petit bruit, et les protestants y étaient plus heureux^ plus riches que dans les autres pays catholiques. Jusqu'en 1685 ils exercèrent leur culte librement, mais sans faire beaucoup de prosélytes; le caractère facile des Français sympathisait mal avec la doctrine trop sévère de Calvin. On sait quelle est son inflexible rigueur. Dieu a, de toute éter- nijéj destiné les uns au salut, les autres à la damnation; le péché VI AVERTISSEMENT. I originel ayant fait déchoir le genre humain de la grâce divine, . L..tpus les hommes ont été damnés jusqu'au moment où Jésus- \ Qhrist a racheté ceux que Dieu avait déjà élus, par sa seule bonté { et sans considération des œuvres qui ne peuvent couvrir l'indi- gnité native; mais aussi, la grâce une fois impétrce, les démérites ne la font jamais perdre, et l'homme n'a qu'à se soumettre à un destin inéluctable. Il est vrai que les ministres, en France, cher- chèrent à pallier la dureté doctrinale de Calvin, et ils avaient adopté, en les adoucissant encore, les opinions d'Arminius^ que les calvinistes purs traitaient de corrupteur et d'esprit relâché. il Le culte religieux était des moins compliqués ; il se réduisait U à deux sacrements : le baptême et la cène. Le rôle du pasteur se I bornait à la prédication; celui des fidèles à louer et prier Dieu, î Plus de messe ; c'était un outrage à la cène ! Plus d'invocations ni d^images des saints ; c'était le reste de l'idolâtrie ! Quant aux évêques, au Pape et à l'Église romaine^ on les tenait en abomi- nation comme les fils et les suppôts de l'enfer 1 L'administration était très-simple; le pasteur percevait les revenus du temple et les offrandes des fidèles, il faisait les dépenses et touchait un salaire assez élevé parce que ses ouailles étaient riches ; il était i^ surveillé par les anciens ; c'est ce qu'on appelait le consistoire. Dans chaque province, les députés des consistoires se rassem- blaient en synode pour la discussion de leurs affaires, et de temps à autre une assemblée générale décidait les questions d'intérêt public ; un député élu défendait à la cour les intérêts de la R. P. R. et servait d'intermédiaire auprès des ministres d'État, qui envoyaient aux assemblées un commissaire catholique chargé de surveiller les discussions. Depuis la paix de Westphahe, les protestants étaient restés tran- quilles, sans se mêler aux querelles de la Fronde. Peu leur impor- tait, en effet, d'être gouvernés par un cardinal italien ou par l'archevêque de Paris ; cette neutralité fut regardée comme un crime. Une fois la paix rétabhe, leur perte fut décidée; mais Col- bert sut persuader à son maître d'agir avec prudence contre des gens qui avaient en main les finances et le commerce. Tant que ce ministre vécut, la persécution se réduisit à des mesures de AVERTISSEMENT. vn détail; mais lui mort, le Roi n'hésita plus et consomma son œuvre, croyant par là faire son salut et assurer la paix de son peuple ainsi que l'intégrité du royaume. Il se trompait étrangement ; mais jamais erreur ne fut plus populaire, et, il faut bien l'avouer, l'édit de révocation a été \ accueilli avec acclamation par les catholiques, qui s'imaginaient | voir étouffer par là toutes les semences de révolte et de division. Aussitôt après, le bail de la ferme monta considérablement. Louis, ainsi que la plupart de ses sujets, acceptait purement et simplement les vérités du catéchisme, sans aller au delà. En- tendre la messe, expier ses fautes par la pénitence, et communier au temps prescrit, c'est à quoi il se réduisit toujours ; il avait en horreur les nouveautés théologiques ; il sévit avec le même soin contre les jansénistes, les quiétistes et les protestants. Au reste^ les religionnaires étaient en minorité ; il n'y a ja- : mais eu plus de deux millions de protestants en France, et ils étaient descendus bien au-dessous de ce chiffre en IG80. La noblesse protestante était revenue presque toute au catholicisme, et les manants ne l'avaient jamais quitté; ils avaient toujours repoussé une religion qui imposait un culte sans cérémonie et le repos monotone du dimanche dans la chaumière sombre et enfumée, tandis qu'il eût été si doux de jouir de la vie en plein air ; les paysans du Midi aimaient trop les processions avec toutes les pompes de l'église et les réjouissances prises en commun le jour du Seigneur, les fermiers du Nord tenaient trop aux ker- ' messes et aux danses après la messe dévotement entendue, pour écouter avec faveur les exhortations des ministres. 11 en fut ainsi dans les pays de plaine surtout ; dans les mon- tagnes oi!i les communications étaient rares et difficiles, les vil- lages isolés et les maisons perchées sur des hauteurs écartées, le fidèle était souvent obhgé de suivre de chez lui la messe célébrée au loin, dans une chapelle inaccessible, oii le sacristain sonnait le tocsin pour indiquer les divers incidents du saint sacrifice. Le père de famille était forcé souvent de baptiser ses enfants et d'exhorter lui-même les malades à une bonne fin; il accepta volontiers un culte qui supprimait la messe déjà perdue pour lui, vm AVERTISSEME^T. qui rendait inutile un clergé qu''il ne voyait presque jamais, et lui donnait pour guide infaillible la Bible, son unique compagnon f ici-bas. Aussi les paysans des Cévennes et du Vivarais comptè- rent beaucoup de protestants, quoique les catholiques fussent en- ^ core bien plus nombreux ; dans les villes, presque tous les ouvriers étaient protestants comme aussi les propriétaires de fabriques. Plusieurs étaient des étrangers que Colbert avait appelés en France. Pour nous résumer, la plus grande partie des P. R. étaient des montagnards, et l'immense majorité des gens de la plaine des catholiques. L'aristocratie protestante, à part un petit nombre de familles nobles, occupait la banque et le haut commerce; elle se canton- nait dans les villes comme Paris, Lyon et Toulouse, oii elle tint toujours une place éminente par son opulence. La richesse avait amené un grand relâchement. Les huguenots avaient dépouillé les habitudes austères des premiers réformateurs; beaucoup avaient leur hôtel à la ville et une terre de luxe, sans rapport, afin d'éviter les convoitises des intendants. Les femmes étaient fort élégantes, et les procès-verbaux, de saisie faits en 1685, sur de simples bourgeoises, attestent qu'elles avaient en général des robes de velours et de soie, de riches dentelles et des bijoux pré- cieux. On voit dans les mémoires les amours des belles calvi- nistes et les infractions qu'elles faisaient, tout comme les jolies papistes, aux engagements du mariage, tandis que les hommes se livraient à tous les plaisirs de ce monde. Rien ne faisait pres- sentir le courage avec lequel un très-grand nombre supporta les persécutions, la ruine et l'exil plutôt que de renier sa croyance. Louis XIV y fut trompé tout le premier; il crut qu'il en aurait facilement raison^ et qu'il n'y avait qu'à frapper pour réaliser le projet qu'il préparait depuis bien longtemps. rEn effet, il avait commencé vingt ans auparavant à battre en , brèche l'édit de Nantes, sans s'inquiéter des engagements pris par Henri IV, son aïeul, et par Louis XIII, son père ; il cédait en cela aux sollicitations du clergé, qui réclamait de nouvelles ri- gueurs en échange des subsides de l'Eglise catholique. Dès 1666, le Roi, par édit du Conseil, avait défendu aux pas- ' AVERTISSEMENT. ix teurs de prêcher hors des temples, qu'il faisait démolir sous le moindre prétexte. En 1679, l'autorisation royale et l'assistance d'un commissaire catholique furent de rigueur pour les synodes, tandis que les chambres de l'édit étaient supprimées dans la pro- vince comme elles l'avaient été au Parlement de Paris. En 1680 paraît la défense d'exercer leur ministère aux sages -femmes pro- testantes, de contracter des mariages mixtes, d'entrer dans la ferme, aux pasteurs de recevoir la conversion d'un catholique, à peine d'amende et de bannissement, et de la confiscation des biens pour le néophyte; l'ordre aux juges et aux marguilliers cathohques d'aller au chevet des moribonds leur demander s'ils persistent à mourir dans la R. P. R. En 1681, le Roi déclare que les -enfants de sept ans sont assez avisés pour se convertir, et que les bâtards des P. R. seront élevés en la R. C. En 1682_, il commande aux P. R. de vendre leurs charges dans le Parlement, et en 1683, celles qu'ils avaient à la cour. Depuis longtemps les \ officiers de mer et de terre avaient dû opter entre leur grade et leur croyance. Ces mesures ne paraissent pas avoir rencontré de résistance. Le Béarn, à la voix de son intendant, s'était converti tout entier j^à / Nîmes, 60,000 huguenots avaient embrassé la R. C. ; le terrain | sembla suffisamment déblayé ; le Roi réunit son conseil ; à l'una- \ nimité moins une voix, celle du Dauphin, la révocation de l'édit ( de Nantes fut résolue. M. de Châteauneuf , qui avait la surveillance des P. R., dressa l'édit le 12 octobre, et, après que le chanceher l'eut scellé, on le fit enregistrer le 22 au Parlement, pendant les vacations, afin d'éviter jusqu'à l'ombre d'une remontrance. Le nouvel édit ordonnait la démolition des temples, chassait | les ministres hors de France, interdisait ^exercice de la R. P. R., 1 défendait aux P. R. d'émigrer, leur promettant qu'ils ne seraient l point molestés jusqu'à leur conversion; mais les enfants devaientj être élevés en la R. C. Les protestants auraient dû prévoir ces rigueurs ; mais ils s'étaient laissé leurrer par un édit de 1684, qui permettait aux ministres de rester douze ans en exercice. Ils croyaient avoir au moins dix ans de tranquillité. Ce fut pour eux comme un coup X AVERTISSEMENT. de foudre; ils furent d'abord altérés; un instant le Roi put croire que le protestantisme avait vécu. Les acclamations des catholiques lui persuadèrent qu'il venait de faire l'acte le plus héroïque de son règne. Le clergé mit Louis bien au-dessus de Constantin; les parlements, malgré leur hostilité persistante, lui donnèrent des louanges sincères cette fois; le pape, quoique brouillé avec le Roi, ne put s'empêcher d'applaudir au zèle de ce chrétien qui faisait si peu pour le Saint-Père mais tant pour l'Eglise, et le cardinal d'Estrées l'écrivit au Roi, qui lui répondait ainsi : 17 janvier 1686. «Mon cousin, votre lettre du 25 décembre m'informe de ce qui s'est passé dans la cérémonie du repas que le Pape donne aux cardinaux dans le temps de Noël, et je suis bien persuadé que ce que vous y avez dit de la conversion de mes sujets n'aura rien diminué de l'admiration qu'on doit à la promptitude étonnante avec laquelle il a plu à Dieu ramener tous mes sujets dans le gi- ron de l'Eglise, etje puis vous dire que, de plus de 8 ou 900,000 âmes qui étaient infectées de l'hérésie dans mon royaume, à peine y en a-t-il aujourd'hui 12 à 1,500, et il n'y a point de jour que je n'apprenne l'abjuration de quelques-uns de ce petit nombre, en sorte qu'il n'y a plus lieu de douter que je n'aie le plaisir cette année de voir tous mes sujets dans une môme créance. » Et dans cette autre lettre : 15 février 1686. (( Mon cousin, j'apprends par votre lettre du 21 janvier que le Pape est toujours dans la résolution de donner des témoignages publics et éclatants de la joie que lui a causée la révocation de l'édit de Nantes et de tous les autres accordés par mes prédéces- seurs à ceux de la R. P. R. « l\ est bien juste aussi qu'il donne des marques de son appro- bation à la perfection d'un ouvrage si intéressant à notre religion. ^ AVERTISSEMENT. xi et les hérétiques ne pourraient pas avoir un plus grand plaisir que de lui voir garder le silence dans une affaire qui leur donne tant de mortification. » Dans les premiers jours qui suivirent l'édit, comme on ne se montrait pas difficile sur les conditions du renoncement à la foi protestante^ les abjurations se multiplièrent; mais lors- qu'on voulut obliger les néophytes à se confesser ou à recevoir la communion, leur résistance montra quelle était la valeur de ces réunions forcées. A prendre les armes, personne n'y songea ; le pouvoir absolu du Roi était trop affermi; mais beaucoup cherchèrent à quitter une patrie où il n'était plus permis de prier avec tranquillité. Malgré les efforts de l'administration, plus de cent mille protestants purent sortir de France ; quelques-uns avaient fait passer leur fortune à l'étranger ; ceux-là n'eurent à supporter que l'ennui de ne plus voir le ciel aimé de la patrie ; mais le plus grand nombre végéta dans l'exil, en proie à la mi- sère, malgré les secours que leur donnait la charité de leurs co- religionnaires ; leur sort fut cependant moins à plaindre que la triste situation des fidèles restés en France sans avoir voulu se convertir. Heureusement pour celui qui écrit ces lignes, sa tâche '^, se borne à parler des prisonniers de la Bastille, c'est-à-dire des / Parisiens, que les rois ménageaient parce que Paris était à craindre, ou des gentilshommes que l'on cherchait à ramener par la douceur, et sans autre supplice que celui de l'emprisonnement plus ou moins prolongé dans la Bastille ou dans les couvents. Les rigueurs déployées en province contre les protestants furent l'œuvre des intendants, qui craignaient de perdre leur place; Colbert les eût empêchées; mais il était mort avant la révocation de l'édit de Nantes *. Ce ministre avait employé les derniers temps de sa vie à rétabhr la discipline dans la marine. On mit à la Bastille plu- sieurs officiers coupables d'avoir chargé des marchandises à bord ou d'avoir dissimulé des prises faites à la mer^. Lui et Seignelay 1. Pages 208, 233, 3Û2. a. Page 83. XII AVERTISSEMENT, se préoccupaient des menées des Espagnols et des Génois, qui payaient des incendiaires pour brûler la flotte dans le port do Toulon *, et cette crainte peut avoir déterminé plus tard le bom- bardement de Gênes et la mise à la Bastille de M. Marini, mal- gré l'immunité due à son caractère d'ambassadeur-. Louis XIV et ses ministres n'eurent jamais d'égard pour les privilèges diplo- matiques, et ils avaient déjà emprisonné le secrétaire de l'ambas- sade d'Autriche par manière de représailles, pour une affaire moins grave encore ^. Ce court exposé suffira, nous l'espérons, pour montrer que la publication de ce volume ne sera pas sans utilité pour l'histoire de France. F. R. 1. Page 193. 2. Page 275. 3. Page 97. ABRÉVIATIONS A. G. Archives de la Guerre. A. I. Archives Impériales. A. M. Archives de la Marine. B. A. Bibliothèque de l'Arsenal. B. C. L. Bibliothèque du Corps législatif . B. I. Bibliothèque Impériale. B. M. Bibliothèque Mazarine. N. G. Nouveau ou Nouvelle Catholique. P. B. Prétendu réformé. R. C. Religion catholique. R. P. R. Religion prétendue réformée. c. p. c. m. Commençant par ces mots, f. p. c. a. m. Finissant par ces autres mots. PAPIERS INEDITS DE LA BASTILLE ESCLASSAN frères, PRUSSUROT, DUPLESSIS, LEFEBVRE, CHAMBRETTE, JOSSE^; l'abbé LEFEBYRE^; G0NNET3; REMY*; 'BOULANGER et sa belle-sœur 5; MARS0LLIER6; DESCHIENS et BORDES^; DUBOIS, CURÉ, ET l'abbé CR0UY«; l'abbé VALRICHER^; l'abbé BORDIN"; FAUVEL^'; l'abbé BONTE*^; CONTAT et BAUDOUIN 13; LEMAIRE^*; l'abbé LENOBLE^^; BUISSON i«; l'abbé HÉBERT i'; DOM ESLIES^». QUILLET, prieurI^; DOM GOVICQUET, DOM BRUSLÉ, DOM FOURNEE ^O; DOM CONVENANT 21; DUMOULIN ^2. jjqM SEROUX^^; 1. Ordres d'eutrée Idem, Idem y Idem, Idetïi, Idem^ Idem, 8. Idem, 9. Idem^ 10. Idem, 11. Idem, 12. Idem, 13. Idem, 14. Idem, 15. Idem, 16. Idem, 17. Idem, 18. Idem, 19. Idem, 20. Idem, 21. Idem, 22. Idem, 23. Idem, du 27 22 9 26 26 7 7 2 14 15 16 19 21 24 25 25 25 13 24 6 6 26 26 décembre 1674, janvier 1675. février 1675. juillet 1678, et août 1678, août 1080, mars 1681, mai 1681, juillet 1681, août 1681, mars 1682, mai 1682, et de sortie du 30 août 1675. de sortie du 2 mai 1679. — 6 septembre 1678. — 7 mai 1079. — 13 décembre 1680. — 5 mars 1082. — 11 mars 1686. — 15 mai 1085. — 25 mai 1683. 15 mars 1682. 15 janvier 1082. 29 avril 1682. 6 avril 1682. 21 mars 1682. 21 juillet 1082. 30 mai 1082. 1 LE NOIR. l'abbé DUMOULIN 2<; l'abbé CHERTEMPS^^; DUBOIS ET RACINE, abbés ^S; DU BREUIL, curé"; DE BRYE28; PERROrTÉ29; x^e NOIR, théologal 3°; LEMUR^^; ALTON ^2; l'abbé DUBOIS ^^ Jansénisme. LE TELLIER au lieutenant GÉNÉRAL DE LA FLECHE. A Saint-Germain, le 16 mars 1666. Je vous adresse une dépêche du Roi pour Le Noir', qui est un ecclésiastique qui a eu ordre de se rendre à La Flèche, afin que vous preniez, s'il vous plaît, la peine de la lui remettre en mains propres et de me faire savoir l'exécution de ce qu'elle contient. (A. G. 2ti. Ordres d'entrée du 21 juin 1682, et de sortie du 2/t juillet 1682. 25. Idem, 24 juillet 1682, — 4 novembre 1682. 2G. Idem, 16 octobre 1682, — 12 janvier 1683. 27. Idem, 27 novembre 1682, — 4 mars 1683. 28. Idem, 8 décembre 1682, — 26 mail 683. 29. Idem, 8 — — 4 mars 1683. 30. Idem, 19 juin 1683, — l"'' juillet 1684. 31. Idem^ 23 juillet 1683, — 7 février 1685. 32. Idem, 23 — — 25 avril 1684. 33. Idetn, 27 novembre 1683, — — 1. Jean Le Noir, chanoine et théologal de Séez, mort au château de Nantes, le 22 avril 1692, âgé de soixante-dix ans. Les jansénistes affectaient de tenir tous les membres du corps de l'Église pour égaux, et ils n'accordaient guère aux évoques que le droit d'administrer; ce système leur valut dans le bas clergé beaucoup de partisans, les uns parce qu'ils souffraient de la discipline imposée par l'autorité trop absolue des évoques, les autres parce qu'ils jalousaient des supérieurs que les richesses, la naissance et leur position tenaient h une hauteur inaccessible. Les mômes sentiments rallièrent a-u jansénisme plusieurs ordres religieux, qui, après avoir joui d'une liberté sans contrôle, ne pou- vaient se faire à ce qu'ils appelaient la tyrannie épiscopale, dont la sévérité était d'ailleurs aggravée par la rivalité existant entre les moines et le clergé séculier; mais cet esprit de nivellement effarouchait la haute Église. Les prélats, sans en excepter ceux qui étaient entachés de jansénisme, écrasèrent ces révoltés sous toutes les foudres ecclésiastiques; ils invoquèrent en outre l'appui du gouverne- ment, et il ne leur fit pas défaut. Louis XIV voulait en tout et partout une disci- pline exacte et rigoureuse, et le respect de la hiérarchie établie ; il importait d'ailleurs de soutenir les évoques, dont le vote dans les assemblées du clergé lui assurait les plus clairs et les plus nets des subsides nécessaires à l'administration; il prit leur défense en main et accabla sans méu.:igement tous ceux qui les attaquèrent. En 1665, lorsque Alexandre VII prescrivit l'acceptation du formulaire imposé par son prédécesseur, l'évoque de Séez, comme tous ses conTrères, avait lancé un mande- ment pour proclamer la bulle du pape, et avait fait publier un catéchisme très- orthodoxe, mais dout le style bizarre prêtait à la critique. Un de ses chanoines, qui était en même temps théologal de la cathédrale de Séez, Le Noir, trouva l'occasion bonne pour attaquer l'évêque, ancien militaire, et plus habitué à se faire obéir qu'à LE NOIR. 3 LE MÊME A L'ÉVÊQDE DE SÉEZ*. Le 23 mars 1666. Par l'ordonnance qui arriva hier, j'ai reçu une lettre du lieute- nant général de La Flèche, par laquelle il me mande que Le Noir, théologal 2 de Séez, était parti pour se rendre à Vannes 3, en vertu de l'ordre du Roi qu'il lui avait remis ; j'ai cru que je devais avoir l'honneur de vous faire savoir l'exécution des intentions de S. M. et que, pour vous informer plus particulièrement de la sorte que la chose s'était passée, je devais vous envoyer la lettre que j'ai reçue du lieutenant général. (A. G.) LE ROI A l'ÉVÊQUE DE BEAUVAIS *. Mon cousin, j'ai été averti que le sieur Le Noir, théologal de l'é- glise cathédrale de Séez, a obtenu un rescript ^ en cour de Rome, sur quelques plaintes qu'il fait contre l'évêque de Séez, qui vous discuter; il l'accusa d'avoir farci d'hérésies son mandement et le catéchisme. M. de Séez ayant dédaigné de répondre, le théologal s'adressa à l'archevêque de Rouen, métropolitain de Séez, et lui écrivit une lettre très-longue, dans laquelle il énumérait les hérésies contenues dans ces ouvrages. L'archevêque n'en tiut pas compte non plus; Le Noir fit alors imprimer sa lettre et la débita à grand nombre. Le scandale étant devenu public, M. de Séez présenta requête aux évoques de Normandie pour qu'on examinât son mandement et le catéchisme; les prélats, réunis en assemblée provinciale, les déclarèrent parfaits. Le théologal ne se tint pas encore pour battu et porta sa requête au Roi lui-même ; la réponse fut une lettre de cachet pour le reléguer à La Flèche. 1. Nous avons déjà parlé de cet évêque; il était alors à Séez et fut ensuite nommé archevêque de Rouen, en 1671 . 2. Le théologal était un professeur de philosophie religieuse attaché à la cathé- drale du diocèse. 3. Les jésuites avaient à La Flèche un grand collège; ils craignirent sans doute pour les élèves le voisinage d'un janséniste et d'un niveleur tel que Le Noir; on l'envoya en Bretagoe. Quelque temps après, Le Noir revint à Paris sans permission, et fut enfermé à la Bastille. Comme il refusait de répondre aux commissaires, le Roi le renvoya devant son métropolitain, M. de Harlay, et le fit mettre hors de prisoQ. Le Noir ne jugea pas qu'il dût attendre la décision de l'archevêque et se tint si bien caché que, pendant de longues années, la police ne put découvrir sa retraite. 4. Nicolas Choart de Buzenval, évêque de Beauvais, mort le 21 juillet 1679. Le diocèse de Beauvais devint le refuge des jansénistes pendant la vie de ce prélat, qui appartenait à une famille de la robo et avait été lui-même maître des requêtes. 5. Les rescripts sont des lettres apostoliques données par le pape en faveur d'un suppliant; elles n'étaient reçues en France qu'après l'autorisation royale, et le parlement ne les enregistrait pas qu'elles ne fussent accompagnées de lettres pa- tentes et qu'il n'eût été vérifié qu'elles ne contenaient rien de contraire aux libertés gallicanes. On voit que les jansénistes, qui refusaient d'obéir aux décisions des papes lorsqu'elles leur étaient contraires, invoquaient leur secours quand ils en avaient besoin. 4 LE PÈRE EUDES. est adressé pour en prendre connaissance, et comme je désire et qu'il importe au bien de mon service que je sois informé du con- tenu au rescript, je vous fais celte lettre pour vous dire que mon intention est qu'aussitôt que vous l'aurez reçue, laissant toutes choses en l'état qu'elles sont, vous ayez à m'envoyer le rescript ; ce que me promettant que vous exécuterez, je ne ferai la présente plus longue ni plus expresse. (B. N.) A Saint-Germain, le 6 octobre 1670. M. DE HARLAY, PROCUREUR GÉNÉRAL, A SEIGNELAY. A Paris, le 21 février 1674. Ayant écrit en Normandie, suivant l'ordre qu'il vous a plu me donner, pour savoir s'il y avait un Louis Boniface dans la congré- gation du P. Eudes, j'ai appris que celui qui porte ce nom était un prêtre, son ami, confesseur des filles de la Charité de Caen, qui a été à Rome en 1662, y a sollicité l'établissement de sa congréga- tion, et présenté les suppliques que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer; et comme j'ai su qu'il était en cette ville, après avoir été quelques jours à Rouen dans le séminaire que le P. Eudes y a, et que le hasard me le fit trouver chez M. l'archevêque de Paris ; je lui dis ce que je vous écris, et je le priai de vouloir bien le con- fronter avec le P. Eudes, ce qu'ayant bien voulu faire, il est de- meuré persuadé de l;i vérité de ce que je vous mande, nonobstant les petites subtilités que ce bon homme voulut apporter. Il s'est chargé de vous en conter le détail, samedi, après en avoir informé le Roi ; après quoi, j'espère que S. M. jugera à propos de donner ses ordres pour dissiper une congrégation formée par un esprit si dangereux '. (B. N.) LE PERE EUDES A SEIGNELAY. Je reçus hier au soir une lettre de cachet qui me fut apportée de votre part, m'ordonnant de me retirer au séminaire de Caen ; je me suis mis aussitôt en état d'obéir et je sors présentement de 1. Jean Eudes, né à Rye en 1601, mort à Caen le 19 août 1680; c'est le frère de Mézeray. Le P. Eudes avait fondé à Caen, vers 1643, une congrégation de chanoines réguliers, pour former des missionnaires et des directeurs de séminaires; en 1074 il établit une succursale dans la rue Saint-Josse, à Paris. Cette maison devint une espèce d'auberge à l'usage des ecclésiastiques de province. Le P. Eudes avait été élevé à l'Oratoire et était soupçonné d'être janséniste. ^ LE PÈRE EUDES. S Paris, pour aller attendre sur le chemin une chaise roulante qu'on me doit envoyer d'Evreux, n'ayant pu trouver de place dans les coches ni dans les carrosses, et mon âge ne me permettant pas d'aller à cheval ni à pied ; j'ai cru être obligé de vous rendre compte de ma ponctuelle obéissance. (B. N.) Ce dimanche au matin, 25 d'avril 1674. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Je VOUS envoie ci-joint les deux ordres en blanc que vous de- mandez à mon père, outre ceux qui vous furent envoyés hier pour arrêter Louvet et Glopié. (B. N.) Saint-Germain, 16 novembre 1674. M. ROBERT, PROCUREUR DU ROI, A COLBERT. L'affaire contre ceux qui débitent VÉvêque de cour * est toujours en même état ; M. de la Reynie espère très-peu de chose du côté de Praslard. Il juge néanmoins à propos de le suivre encore quel- que temps, pour tâcher de découvrir par lui ce qu'il ne voudrait pas que nous sussions. Nous tenons cependant les autres en ha- leine, et tâcherons de tirer de nouvelles lumières et de vaincre leurs défiances ; mais si dans deux ou trois jours on ne sait rien du côté de Praslard, il faudra conclure de l'autre, de peur qu'un trop long retardement ne fasse tout échapper. (B. N.) Ce 26 novembre 1674. 1. Du fond de sa retraite Le Noir avait lancé «n pamphlet intitulé : l'Èvêque de cour oppose à l'évêque apostolique, entretiens sia- l'ordonnduce de M. févéque d'Amiens contre la traduction du Nouveau Testament en français. Cette tra- duction avait d'abord été l'objet de poursuites judiciaires, mais depuis la paix de l'Église le gouvernement la laissait vendre. Port-Royal tout entier y avait travaillé, et pour cela seul bien des évéques la tenaient pour suspecte; celui d'Amiens défendit à ses diocésains de la lire. Au mois de janvier 1674 Le Noir fit paraître l'Èvêque de cour, où il arguait de nullité l'ordonnance épiscopale; mais la laissant de côté, il s'avisa de peindre sous le titre de Portrait de l'Evêque de cour^ avec les couleurs les plus odieuses, MM. de Ilarlay et de Grancey, tandis que dans l'Image de l'Evêque apostolique il donnait tous les attributs de la sainteté aux prélats favo- rables à Port-Royal. A la virulence près, ce pamphlet est des plus ordinaires, mais ce fut un acte de courage; Le Noir s'attaquait aux archevêques de Paris et de Rouen, prélats bien en cour et appartenant à de* familles puissantes; malgré son audace, Le Noir avait gardé l'anonyme et se tenait bien caché, et la police ne put d'abord s'en prendre qu'aux imprimeurs et aux libraires. 6 PRUSSUROT. M. DE LA REYNIE A COLBERT. Ce 6 janvier 1876. Le commissaire Picart est de retour de Sens, d'oii il a fait con- duire Prussurot, imprimeur, et trois de ses compagnons ; il a fait aussi transporter les papiers et les imprimés qui peuvent servir à l'éclaircissemenl et à l'instruction du procès; mais s'il plaît au Roi que cette affaire soit jugée en dernier ressort, il nous faut avoir une commission pour continuer une procédure régulière; après les premiers interrogatoires que j'ai faits aux accusés, j'ai eu l'hon- neur de vous en remettre le projet entre les mains. Le commissaire Picart n'a point appris à Sens, comme il le croyait, des nouvelles du sieur Le Noir, mais il a reconnu qu'on avait eu avis de tout ce qui s'était passé ici, et que si le courrier que j'envoyai à M. le lieutenant général de Sens y fût arrivé deux heures plus tard, Prussurot se serait retiré. On a trouvé chez cet imprimeur une très-belle imprimerie, plusieurs presses et beau- coup de caractères, et il y a tout sujet de croire, par plusieurs cir- constances, que la plus grande partie des ouvrages qui ont paru depuis quelque temps contre l'intention du Roi * et au préjudice des défenses de S. M. ont été imprimés en ce lieu, et même avec quelque sorte de sûreté, à cause de la protection particulière sous laquelle l'imprimeur avait accoutumé d'y travailler^. J'ai reçu les ordres du Roi que M. le marquis de Seignelay m'a fait l'honneur de m'envoyer touchant le sieur Allauri^. Le jour de sainte Geneviève, ce prêtre dit la messe dans l'église de Saint-Ger- vais, dès cinq heures du matin, et depuis ce temps on n'a pu appren- dre de quoi il est devenu ni en quel lieu il s'est retiré. Desgrez tra- vaille à le découvrir. Le sieur Le Noir n'est point assurément à Rueil ; on n'est pas encore assez éclairci du côté de l'hôtel d'Aiguillon*. 1. En faisant la paix de l'Église le Roi avait imposé un silence absolu à tous les partis; jamais ordre ne fut plus mal exécuté. 2. L'archevêque de Sens, Gondrin, parent de M. de Montespan, était un jansé- niste des plus avérés. 3. Michel Allauri. C'était un janséniste; il mourut le 3 janvier 1685, au château de Saint-Malo, et fut inhumé dans la cathédrale. ù. La duchesse d'Aiguillon s'était depuis longues années mise dans la dévotion et avait de grandes accointances avec les jansénistes; M. de la Reynie pensait qu'elle pouvait bien avoir donné retraite à Le Noir. ^ L'ABBÉ ALORY. 7 On commence d'imprimer en Flandre les Évêques de cour, et j'en ai reçu par le dernier ordinaire un exemplaire en petit, des deux premières parties, que je prends la liberté de vous envoyer. J'oubliais d'avoir l'bonneur de vous écrire qu'il a paru ici, ces jours derniers, un autre petit imprimé que je vous envoie, sous le titre de Prise dliabit de madame de la Vallière, et que je crois être le sermon de M. l'évêque d'Aire, (B. N.) M. DE SAINTE-MARIE, LIEUTENANT DE ROI A SAINT-MALO, A COLBERT*. M. de Pomponne m'a mandé qu'il vous a donné les parties et un mémoire que je lui avais envoyés des gens qui ont travaillé au donjon de cette place, pour le mettre en état de loger le prisonnier que S. M. y a envoyé. Vous aurez, s'il vous plaît, agréable de les faire payer. Il y a quatre jours que ce prisonnier est ici, et que je le nourris et entretiens. Je crois que l'intention de S. M. sera de me faire toucher de l'argent pour fournir à sa dépense ; si vous avez agréable de lui en parler, je vous en supplie très-humblement, A Saint-MalOj le 20 janvier 1675. Apostille de Colbert : Bon, accordé. A Saint-Malo, 29 janvier. J'ai reçu en cette place Alory, prêtre, que S. M. y a envoyé; vous me ferez, s'il vous plaît, savoir la conduite qu'il faut que je tienne pour le garder, et si je dois lui laisser la liberté d'écrire à ses amis et en recevoir des lettres. C'est un homme vieux et infirme, qui me demande la permission de se promener dans la place, en lui donnant un soldat qui le suive toujours. Je le nourris comme l'autre prisonnier que j'ai en cette place, il y a cinq mois. Je crois que S. M. me fera donner de quoi fournir à cette dépense. Je me donnai l'honneur de vous écrire dernièrement pour des mémoires que vous avez entre les mains, touchant des ouvriers qui ont tra- vaillé au donjon où est enfermé ce prisonnier; ils me demandent souvent de l'argent ; vous donnerez, s'il vous plaît, ordre qu'ils soient payés. J'apporte tous mes soins et je m'applique très-fort pour la garde de ces prisonniers, cette place n'étant pas trop 1. Madame de Sévigné dit que cet ofQcier était la consolation de tous les prison- niers de Saint-Ualo. 8 LAMOTHE. sûre, n'y ayant pas de logements fort propres pour y mettre des gardes. Apostilles Seiqnelay a écrit au dos de la lettre : de Colbcrt : ^ " Non. 11 demande comment il doit en user à l'égard d'Alory, prêtre, s'il doit lui donner la liberté d'écrire et de rece- voir des lettres. Oui. Et la permission qu'il demande de se promener sur la place à la garde d'un soldat. A rembourser 393 pour travaux. Idem. Un prisonnier à 40 sols par jour, pour 4 mois 240 Par avance pour 3 mois 180 Pour Alory, pour 3 mois 180 993 (B. N.) LE PREMIER PRESIDENT PELLOT A COLBERT. A Rouen, ce 30 janvier 1675. Quelles diligences que l'on ait pu faire, l'on n'a point pu trouver Lamothe, imprimeur ; il est certain qu'il n'a point paru et s'est sauvé, il y eut hier huit jours, deux jours avant que j'eusse reçu l'or- dre pour l'arrêter, et je vois par les faits que vous avez pris la peine dem'envoyerdela part de M. de la Reynie, qu'il paraît par des lettres que l'on a trouvées qu'il était sur ses gardes et qu'il voulait se sauver ; de sorte que croyant qu'il ne fallait plus attendre davantage, j'ai fait arrêter aujourd'hui ses compagnons qui travaillent sous lui, et ses autres gens, et saisir tons les imprimés, papiers et hardes, que l'on verra exactement et à loisir ; j'ai fait aussi arrêter sa mère et son frère et leurs gens, quoiqu'ils travaillent à une imprimerie dif- férente, parce qu'ils pourront peut-être nous découvrir quelque chose, et qu'ils sont dans la môme maison et sous le même toit. Je les ai fait tous conduire au vieux palais de cette ville, où ils seront interrogés par le sieur Poret, lieutenant criminel, qui est un très- honnête homme, intelligent et fidèle, auquel j'en ai donné la charge; il verra aussi leurs imprimeries et papiers, et j'aurai l'œil sur tout ce qu'il fera ; cependant l'on n'oubliera rien pour tâcher s'il se peut à découvrir où est Lamothe, et nous vous rendrons bon compte de tout ce qu'il se fera. (B. N.) ROSERCH. 9 LE PREMIER PRÉSIDENT LAMOIGNON A COLBERT. J'ai reçu le mémoire que vous m'avez fait l'honneur de m'en- voyer aujourd'hui de la part du Roi On suivra exactement le contenu au mémoire. Il porte que l'on mandera dans la suite les officiers de police si on le trouve nécessake, pour les exciter à continer leurs soins pour la recherche et punition de ceux qui ont publié ces méchants libelles qui ont fait tant de bruit. Je vous dirai que je trouve quelque difficulté à proposer cela au Parle- ment, parce que le Roi lui en a ôté la connaissance, l'ayant attri- buée par une commission au Châtelet, et quoiqu'on cela nous n'ayons rien à dire, et que l'on se conforme entièrement à la vo- lonté de S. M., qui a cru que ces sortes de crimes seraient plus promptement punis par cette voie, néanmoins, si on mandait pour ce sujet les officiers de police, MM. du Parlement pourraient croire que S. M. trouverait bon qu'ils entrassent en quelque connaissance de cette affaire; ainsi il me semble qu'il n'y a qu'à la laisser aller dans le chemin qu'elle a pris. Néanmoins, s'il plaît au Roi que nous mandions les officiers de police sur ce sujet, nous le ferons dans la suite, ainsi qu'il est marqué dans le mémoire, qui se rapporte à nous pour juger s'il est nécessaire ; j'attendrai donc vos ordres sur cela si c'est la volonté de S. M. (B. N.) Paris, ce 2 février 1675. INTERROGATOIRE SUR LA SELLETTE. Du 1«' août 1673. Roserch, dit Duplessis. Il est accusé d'avoir fait commerce de livres et libelles inti- tulés VEvêque de cour, ce qui n'est pas véritable; il est vrai qu'il a acheté quelques exemplaires A eu de Launay l'état de Marie Desvallée, n'en a point fourni à personne. Ne sait point s'il a donné à l'abbé d'Aubesne deux exemplaires de VEvêque de cour, et il se peut faire qu'il lui en ait fait voir. N'en a point vendu à Langlé. Et depuis a dit que, si c'est des Evéques de cour, il de- meure d'accord qu'il lui en a donné, et Langlé les lui a payés à raison de 15 sols la pièce, parce que Langlé lui demanda ceux qu'il avait, et les voulant payer, l'obligea de recevoir l'argent qu'ils lui coûtaient, à raison de 13 sols pièce. Connaît M. Le Noir de ré- iO ESCLASSAN. pulation seulement. Connaît aussi M. Alory, mais n'a point eu de fréquentation avec eux; il est vrai qu'il n'y a guère de gens de lettres ni de libraires qu'il ne connaisse, puisqu'il est homme de lettres. Josse, imprimeur- libraire. Il a eu un cent de chaque exemplaire de VEvêque de cour dont il y avait six parties, et il en a fait le débit, et lorsqu'il a été arrêté il ne lui en restait plus, parce qu'il s'en était défait. Sa femme en a vendu à plusieurs personnes. En a donné quelques- uns à Duplessis à raison de lo sols la pièce et peut lui en avoir vendu une douzaine. Achetait 10 sols chaque exemplaire des par- lies de Berthe, garçon d'Esclassan, avec lequel il avait fait marché à raison de 50 livres le cent Ce qui le porta à se charger de ce commerce a été les honnêtes gens qu'il connaît et qui sont bien aises d'avoir de ces sortes de nouveautés, et en cela n'a point autrement pris garde à ce qu'il faisait. Il est vrai qu'il les vendait en secret, et tenait chez lui les exemplaires dans sa salle et sur son lit Il a fourni une douzaine d'exemplaires des première et deuxième parties de VEvêque de cour, à raison de 15 sols la pièce. Clopié lui fut indiqué par un de ses amis, qui lui dit qu'il pouvait lui en porter Esclassan, libraire à Paris. C'est un prêtre des amis d'Alory qui lui a donné les manuscrits de VEvêque de cour, mais n'a jamais connu ni su le nom ou la demeure de cet ami d'Alory; le manuscrit lui fut donné tout ca- cheté, et l'a envoyé de la sorte à Prussurot, à Sens, pour l'imprimer. Il est vrai que le prêtre le lui donna à imprimer, lui disant qu'il y gagnerait quelque chose, et que cela était pour l'indemniser de la perte qu'il avait faite au débit du livre des Avantages incontesta" blés * que le môme prêtre lui avait auparavant donné à imprimer. On lui apporta cachetés les manuscrits des quatre dernières parties; il les a envoyés de la sorte à Prussurot pour les imprimer, et ils étaient convenus de partager également le profit des première et deuxième parties, et n'y a point eu de convention pour les autres. A envoyé à Prussurot la première partie et la troisième et qua- trième et les deux dernières parties; la deuxième fut envoyée par 1. C'était un ouvrage de controverse, intitulé : Avantages incontestables de l'Eglise sur les calvinistes. PRUSSUROT. 1 1 Berthe, son garçon. II a fait porter par Berthe à Josse un cent d'exemplaires à raison de 50 livres le cent de chaque partie, de convention faite avec Josse; a donné le surplus de l'impression à Âlory pour en faire le débit. Josse lui doit encore 200 livres de reste des 600 exemplaires qu'il lui a fait porter par Berthe. Les troi- sième et quatrième impressions ont été envoyées à Alory, ayant été envoyées h lui sous l'adresse de Deschamps parPrussurot et par la voie du coche d'eau de Sens à Paris, où il les envoya prendre par Berthe qui les porta chez Alory, d'où il en a été porter à Josse. Alory lui a payé une partie du prix de l'impression Prussurot, libraire. Il a été associé avec P. Esclassan à l'impression du livre des Avantages incontestables, et à autre impression du livre intitulé les Evéques de cour; le marché était entre eux pour l'impression qu'il ferait des Evéques de cour, à raison de 12 livres la feuille; il est vrai qu'il se serait contenté de moins, mais Esclassan le vou- lait payer grassement. Il y a plus d'un an qu'il a imprimé la pre- mière partie de VEvêque de cour dont, le manuscrit fut par lui pris à Paris chez Esclassan, que fréquentent les ecclésiastiques, et néanmoins croit qu'ils furent voir Alory, prêtre, qui leur promit de leur donner quelque récompense pour les indemniser d'un livre des Avantages incontestables qu'ils avaient imprimé pour lui, et au débit duquel ils avaient perdu; le manuscrit de la deuxième partie de VEvêque de cour lui a été envoyé à Sens par Esclassan, ainsi que les quatre dernières parties, et il a fait l'imiiression dans sa maison à Sens des six parties. Il l'a envoyée à Paris, à Esclassan, sous l'adresse de Deschamps, et a brûlé le manuscrit après l'im- pression. C'est Le Noir qui est l'auteur des manuscrits. Il a aussi fait l'impression du livre de la Grâce victorieuse *, et ce fut Pras- lard qui la lui fit faire; a aussi imprimé la première et deuxième partie des Entretiens d'Eiido.xe et d'Euchariste. Il est vrai qu'il a fait l'impression de la seconde parlie des Entretiens quoiqu'il eût su, par la Gazette, que la première partie eût été brûlée par l'exé- cuteur de la haute justice à Paris. Connaît Lefebvre, vicaire de Saint-Benoît. Xe sait pas comment lui en est venue la connaissance, mais fit marché avec lui à 10 francs la feuille, et lui en envoyait 1. De la Grâce victorieuse de Jésus-Christ, ou Molina et ses disciples convaincus de l'erreur des pélagiens , par M. de Bonlieu, nom sous lequel s'était caché un abbé Lalane. V2 DUPUIS. l'impression sous la fausse adresse de Lebrun. Il a tiré 500 exem- plaires de chaque partie des Evéques de cour; a réimprimé la pre- mière partie par l'ordre d'Esclassan; a aussi imprimé le manus- crit de V Avocat des pauvres, qui lui fut donné par Dupuis, libraire à Paris, et ne sait point pour quelle raison Dupuis lui a donné à faire l'impression, si ce n'était à cause du bon marché Dupuis, libraire. Il est vrai qu'il a donné à imprimer l'Avocat des pauvres à Prussurot, et le lui donna par compassion, lui étant venu demander de la besogne. S'il a donné à Prussurot à imprimev V Avocat des pauvres, c'a été à cause de la difficulté d'en avoir le privilège; il ne sait point comment il lui donna le manuscrit, et c'est son cha- grin. Prussurot lui a envoyé les deux premières feuilles de l'im- pression et une troisième pour la faire voir à l'auteur, qui est M. Thule, pour la corriger. (A. N.) M. DE LA REYNIE A COLBERT. Ce 1" août 1675. Le procès des prisonniers qui avaient été arrêtés à la Bastille par ordre du Roi, à cause des derniers libelles qui ont paru, a été jugé ce matin au nouveau Châtelet, après avoir demeuré sur le bureau depuis lundi dernier. Vous verrez, par le mémoire que je me donne l'honneur de vous envoyer', ce qui a été jugé, et à quoi chacun des 1. Voici ce mémoire. Les écrits intitulés : VEvêque de cour opposé à l'évêque apostolique, et le Deuxième entretien d'Eudoxe et d'Euchariste, déclarés injurieux et diffamatoires, remplis de propositions téméraires, fausses et scandaleuses, et comme tels devoir être brûlés par l'exécuteur de la haute justice. Prussurot, imprimeur de Sens, condamné à faire amende honorable et au bannis- sement hors du royaume, déclaré déchu de sa maîtrise, avec défense de faire ci- après la profession de libraire-imprimeur. La considération de son grand âge a fait qu'il n'a pas été condamné à la peine des galères; il y a eu néanmoins cinq voix contre quatre, ce (jui faisait partage en matière criminelle, il a passé in mitiorem. Esclassan, libraire de Paris, condamné aussi à faire amende honorable et an bannissement hors du royaume, et déclaré déchu Je mèuie que Prussurot. La com- plicité du crime a f;iit qu'Esclassan n'a pas été cond:imné aux galères, parce qu'il y avait quelque chose à dire si la peine avait été différente entre lui et Prussurot, après qu'un crime semblable les avait rendus entièrement égaux; cinq voix contre quatre, de même que dessus. Josse, autre libraire de Paris, banni pour cinq ans, déclaré déchu avec défense, ainsi que les deux premiers. Duplessis, homme de lettres, ordoimé qu'il videra la ville et s'abstiendra de la prévôté et vicomte pendant cinq ans. Esclassan, garçon imprimeur de Prussurot, mandé et blâmé. Chambrette et Lefebvre, imprimeurs de Paris, admonestés. ^ LAMOTHE. 43 accusés a été condamné. J'aurais cru, si les deux misérables qui doivent faire amende honorable avaient été condamnés aux galères, que le Roi, en leur faisant grâce, et en leur accordant des lettres de commutation ou de rappel, s'il lui eût plu ainsi, et sur les ins- tances et à la supplication de M. l'archevêque ', que cette grâce aurait pu faire en toutes manières un assez bon effet; mais le juge- ment tel qu'il est, eu égard à la qualité du crime et à la nécessité de faire quelque exemple, ne peut être, ce semble, adouci en rien, du moins quanta présent. M. le premier président de Rouen m'a écrit qu'il attendait, pour le jugement des prisonniers qui sont à Rouen, de savoir ce qu' serait fait ici, el je vous en donnerai avis si vous l'avez agréable. (B. N.) M. PELLOT A COLBERT. A Rouen, ce 18 août 1675. L'on a jugé hier l'imprimeur de VEvêque de cour, et le colpor- teur de Paris. Ils ont été condamnés au bannissement et à faire amende honorable. Je vous enverrai demain copie du jugement. A Rouen, ce 20 août 1675. Je vous envoie copie du dispositif de la condamnation faite par le bailliage de Rouen, de Lamolhe, imprimeur de celte ville, et du colporteur de Paris, touchant VEvêque de cour et autres. Us ont fort chargé le P. Joseph Marcellin, carme billette, et le P. Delfaut, religieux bénédictin, pour avoir débité lesdits livres. Vous nous ferez savoir, s'il vous plaît, si l'on souhaite qu'on les poursuive, car on dit que le dernier est homme de capacité et de savoir, et si l'on fera confirmer ce jugement par arrêt du Parlement 2. (B. N.) Dupuis, libraire de Paris, injonction d'observer les règlements, condamné à au- môner cinquante livres. Décrets de prise de corps contre Le Noir, théologal de Séez ; Alory, prêtre de Saint-Germain; Louvet, prêtre de Saint-Gervais; et contre Lefebvre, sous-vicaire de Saint-Brnoît, et autres; seront exécutés, leur procès fait et parfait, suivant la rigueur des ordonnances. Le Noir est eu fuite; Alory, par ordre du Roi, au château de Saint-Malo; Louvet est en fuite; Lefebvre à la Bastille, aussi par ordre du Roi. 1. CVst-à-dire M. de Harlay, archevêque de Paris, qui avait été traité sans mé- nagement par Le Noir. 2. Le colporteur Gonnet fut condamné à l'amende honorable et au bannissement de l'Ile de France et de Normandie. Le P. Delfaut fut relégué en Bretagne. U GARNIER. M. DE LA REYNIE A COLBERT. Bien que la sentence du bailliage de Rouen soit à l'ordinaire, il n'est point nécessaire, ce semble, qu'elle soit confirmée, ni de la porter au Parlement, à moins qu'il n'y eût un appel à minima; car pour les accusés, ils n'ont garde d'appeler d'un jugement si favo- rable, et il ne serait pas avantageux au public de le confirmer et d'en faire un préjugé. Si l'imprimeur de Rouen, qui a été convaincu par sa propre confession et par toutes les autres preuves, d'avoir imprimé en secret une édition tout entière des six parties de VEvêque de cour, avait eu à prononcer sa sentence lui-même, il se serait sans doute condamné à une peine plus rude que celle du bannissement pour trois ans du bailliage de Rouen. Il semble qu'il est nécessaire que les officiers de ce môme bail- liage soient avertis de ne faire aucune poursuite contre Le Noir, ni contre les P. Marcellin et Delfaut, parce que leurs procé- dures ne s'accorderaient pas avec les ordres du Roi, que vous avez donnés du côté de Paris, ni avec ce qu'il vous a plu de dire aux supérieurs de ces mêmes religieux, contre lesquels il eût été aussi à désirer, à cause des embarras et du bruit que cela peut faire parmi les moines, qu'on se fût dispensé de décréter "ajournement personnel, comme on a fait par la sentence. (B. N.) M. MARIE, LIEUTENANT GÉNÉRAL D'AUXERRE, A COLBERT. Celle qu'il vous a plu m'écrire, le 31 août, à Fontainebleau, ne me fut rendue que le jour d'hier sur le midi. Je fis en même temps arrêter Ganiier, libraire en cette ville, prisonnier, et pendant que l'on le mit dans la geôle, sans l'écrouer, j'allai chez lui avec le procureur du Roi, le greffier et un autre offi- cier de justice. Je visitai la chambre entière, oîi il fait ses Impressions, ses plan- ches, où il n'y avait que des caractères assemblés pour imprimer des passavants, ses casses où sont plusieurs lettres et caractères de plusieurs façons et en grande quantité, tous ses livres, tant dans ladite chambre que dans sa boutique, et tout ce qui n'est point encore relié; je n'ai fait rencontre d'aucune chose sur le fait de votre lettre. Je fis faire ouverture, dans sa chambre, de ses coffres et cabinets LAMOTHE. IS de bois; il ne s'y trouva, dans ses coffres, que des habits et quelque linge, tant pour son usage que pour la table. Dans ses cabinets de bois, que la lettre que je vous envoie, datée à Paris, le 22 août dernier, et dont l'adresse est à Verrier, serru- rier, son proche voisin, laquelle lettre lui donne avis du bruit qui courait à Paris contre lui, au sujet de l'impression dudit livre, écrite présomptivement par un de ceux qui a été arrêté et repris pour le même sujet; on lui parle dePrussurot, imprimeur à Sens, chez lequel il a fait autrefois sa demeure. Il a reconnu que Chevrette, qui lui a écrit la lettre, a aussi fait sa demeure en sa maison, en qualité de compngnon, il y a quelque temps. J'ai fait assembler dans la chambre de son imprimerie tous ses caractères, lettres, livres reliés et non reliés, et tout ce que j'ai cru devoir être renfermé, et fait mettre le scellé à ses coffres, et à la porte de la chambre un huissier, en attendant les ordres qu'il vous plaira me donner. Vous ferez voir son interrogatoire, s'il vous plaît, et la manière de ses caractères les plus frais, dont je vous envoie des épreuves ; je vous supplie de m'ordonner ce qu'il y aura à faire, tant sur sa personne que sur ce qui est sous scellé. (B. N.) Auxerre, le 3 septembre 1675. M. PELLOT A COLBERT. A Rouen, ce 15 mars 1676. Nous avons jugé hier, à la grand'chambre, Lamolhe, imprimeur, et La Chapelle, colporteur, pour avoir imprimé et débité le livre de VEvéque de cour, et autres défendus. Ils ont été tous deux con- damnés à faire amende honorable, nus en chemise, à la grande audience du palais et devant le grand portail 'de Notre-Dame, à neuf années de bannissement hors de la province de Normandie et de l'Ile-de-France, comme vous pourrez voir par l'arrêt que je vous envoie. L'on le fera exécuter jeudi prochain, ce qui servira d'un grand exemple dans celte ville, oii il était fort nécessaire; car l'on avait accoutumé d y imprimer plus de méchants livres qu'en aucun autre endroit du royaume; mais l'on y sera plus sage à l'avenir par cette bonne justice, et à cause d'un arrêt du Parlement, que j'ai fait donner, qui apporte de si grandes précautions, qu'il n'y a plus guère rien à craindre de ce côté-là. (B. N.) «6 ALORY. M. DE LA RETNIE A SEIGNELAT. Ce 7 de décembre 1676. Le syndic des libraires et imprimeurs de Paris a trouvé, en fai- sant sa visite, deux cents exemplaires en blanc d'un livre composé contre la traduction du Nouveau Testament, imprimée àMons, et il a arrêté ces deux cents exemplaires, et comme je ne sais si c'est toujours rintention du Roi qu'il ne soit rien mis au jour sur ces matières, d'un côté ni d'autre, je vous supplie très-humblement de me faire l'honneur de me prescrire ce qui devra être fait sur ce sujet, et si ces exemplaires doivent être retenus ou s'il les faut rendre. Ce livre est imprimé avec approbation de deux carmes, doc- teurs de la faculté de Paris, et avec permission. Cependant il y a dans la préface, et en quelque autre endroit que j'ai parcouru, des termes qui semblent un peu forts, et même assez d'aigreur pour craindre que cet ouvrage n'attire quelque réponse. Ce 21 décembre 1677. Le procès de Bougy, qui tenait ci-devant boutique de libraire sur le quai des Augustins, a été jugé ces jours passés en consé- quence de la commission qu'il vous avait plu de faire expédier, et il a été condamné, par défaut et contumace, aux galères pour neuf années, par jugement rendu en dernier ressort, au nouveau Châ- telet. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA EEYNIE. Saint-Germain, le 4 avril 1679. Je crois que vous vous souviendrez d'Alory, prêtre, qui fut arrêté il y a quatrj ans, et conduit au château de Saint-Malo, sur ce qu'il fut soupçonné d'avoir part à la distribution de quelques libelles, et comme il a demandé au Roi sa liberté, S. M. m'a or- donné de vous écrire pour savoir votre avis sur sa demande. A Saint-Germain, le 23 avril 1679. Le Roi s'étant fait donner le mémoire des prisonniers qui sont à la Bastille, dans lequel Montandré père et fils, Josse et Remy, libraires, sont compris, S. M. m'a ordonné de vous écrire pour savoir le sujet de leur détention, et en même temps votre avis sur leur élargissement. (B. N.) ^ VIRET. 17 LE MÊME A M. ROBERT. A Saint-Germain, le 2 mai 1679. Le Roi ayant donné ses ordres pour faire transférer Remy et Marsollier dans les prisons du Châtelet, S. M. m'a ordonné de vous en donner avis et de vous dire en même temps que son intention est que leur procès leur soit fait à votre requête. (B. N.) LE MÊME A M. DE LA REYNIE. Monsieur, j'ai rendu compte au Roi de ce que M. Robert m'a écrit au sujet de Remy, libraire, prisonnier à la Bastille. S. M. ap- prouve fort ce que vous avez fait, et elle se remet à vous de le faire transférer quand vous le jugerez à propos. (B. N.) Ce 4 mai 1679. M. LE BLANC, INTENDANT DE ROUEN, AU CHANGEUER LE TELLIER *. 24 décembre 1679. Je fais toute la diligence possible pour trouver H. F. Viret, ac- cusé d'avoir imprimé le Combat des deux Clefs ^; il s'est retiré depuis six semaines; j'ai envoyé des gens inconnus chez tous les libraires et imprimeurs de Rouen pour retrouver ce livre, et, en cas qu'ils en eussent été trouvés saisis, je n'aurais pas manqué de les faire arrêter, afin d'en savoir l'auteur, ou celui qui l'aurait imprimé ; mais je n'ai pu encore en avoir des nouvelles. Je me suis même adressé à F. Vaultier le jeune, qui est accusé de faire de semblables impressions, et qui, à ce que je crois, vous a envoyé la lettre ; je l'ai entendu, et deux garçons imprimeurs ; par leurs dépositions, ils chargent Viret; mais j'aurai l'honneur de vous dire que Vaultier le jeune est fort suspect, et que, dans sa déposition, il a déclaré que F. Viret avait imprimé le Garennier spirituel, qu'il a imprimé lui-même. J'ajouterai qu'au mois de septembre, M. de Ghâteauneuf m'en- voya ordre de faire arrêter les nommés Lorin, prêtre, et Vaultier le jeune, libraire, qui se mêlaient d'imprimer et de débiter plu- 1. Louis Le Blanc, nommé intendant en 1677 et révoqué en 1682, mort à Cler- moDt le 10 octobre 1707. 2. Le Combat des deux Clefs, ou défense du miroir de la piété chrétienne, recueil d'ouvrages dans lequel opposant la clef de la science à celle de la puissance, on fait voir l'abus des prétendues censures de quelques évoques contre ce livre, à Duro- cortor, 167S et 1679. 2 iS DUBOIS, CURÉ. sieurs libelles diffamatoires, faits par les jansénistes; ce qui fut exécuté; il ne s'en trouva point chez eux, ni aucuns mémoires. Depuis, le Roi ayant envoyé ordre au Parlement d'instruire cette affaire, Maillard, garçon libraire, a été arrêté, qui est l'un de ceux que j'ai entendus. Je n'omettrai rien pour trouver F. Viret ou pour avoir connaissance de ceux qui ont fait l'impression. (B. N.) l'archevêque de rheims le tellier a m, le blanc. De Saint-Germain, 19 février 1680. Vous trouverez, dans ce paquet, une lettre que j'ai reçue d'un homme que je ne connais pas; je vous prie de voir si ce qu'on me mande a du fondement, et de faire sur cela ce que vous jugerez pour le mieux, pour faire punir ces imprimeurs de libelles; j'en fis, dès l'année passée, châtier un à Paris; surtout si ce que l'on me marque est vrai, qu'on vous ait porté un de ces libelles contre moi, je vous supplie de me l'envoyer avec votre réponse. Ce 23 février, à Paris. Je vous rends très-humbles grâces des éclaircissements que vous m'avez donnés sur l'affaire dont je vous avais écrit; je lirai le livre que j'ai trouvé dans votre paquet, et le garderai pour vous le ren- voyer toutes les fois que vous me le demanderez. (B. N.) CHATEAUNEUF A M. DE BESMAUS. Ces lignes ne sont que pour accompagner la lettre de cachet ci- jointe, que S. M. vous écrit pour recevoir du sieur Masson le sieur Dubois*, curé d'Haluin, et l'abbé de Grouy, autrement dit Le Noir; 1. Ce Dubois, docteur en théologie à la Faculté de Valence, était depuis trente ans curé d'Halluyn, petit village dans le diocèse de Beauvais; il avait avec lui un abbé de la maison de Croy, qui était venu se cacher dans son presbytère pour y vivre en pénitence, sous le nom de Lenoir. Un jésuite du pays s'imagina que c'était là le théologal de Séez et le dénonça à l'archevêque de Paris; on les fît conduire à la Bastille, où M. de Chàteauneuf alla les interroger. Quoique le jésuite se fût trompé, la capture était bonne, les prisonniers étaient des jansénistes; le curé disait à la messe, avant de communier, l'oraison suivante : « Mon Dieu, je crois aussi ferme- ment que les jésuites sont vos ennemis que je crois que votre corps est réellement sous les espèces du pain et du vin. » C'était en outre un ami de Nicole d'Arnauld et de Sacy. On trouva parmi leurs papiers des lettres d'un régent de troisième au collège de Beauvais, nommé Du Buisson; il fut aussi mené à la Bastille, où il mourut le 11 mars 1681 et fut enterré à Saint-Paul. Dubois et de Croy furent mis en liberté et exilés en province, par ordre du 5 mars 1682. L'ABBÉ BORDIN. i9 mais, comme il est important qu'ils ne communiquent point en- semble, et que personne ne leur parle, il sera bien à propos que vous les mettiez séparément, et ne souffriez pas qu'ils soient vus de personne; et parce que ledit sieur de Crouy a un valet avec lui, vous pourrez aussi le recevoir pour être avec son maître et demeu- rer dans le même lieu sans en pouvoir sortir, ce que ne doutant pas que vous n'exécutiez ponctuellement, etc. (B.A.) A Saint-Gennain, 2 mars 1681. l'ambassadeur FOSCARINI a CONTARINI, doge de VENISE. 19 mars 1681. On a envoyé, ces jours-ci, à la Bastille, plusieurs prêtres soup- çonnés de répandre des écrits contre l'archevêque. Les menaces et les tourments forceront leur silence à avouer les auteurs et les complices de ces satires. (Arch. de Venise.) {Traduit de l'italien.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Le 15 mai 1681. J'ai rendu compte au Roi du contenu de vos deux lettres du jour d'hier. S. M. a estimé la capture de l'homme qui n'a voulu dire son nom ^ très-importante; elle m'ordonne de vous dire qu'elle veut que vous suiviez cette aifaire avec le soin que vous avez accoutumé d'apporter à tout ce qui regarde son service. Je vous envoie pour cela les ordres du Roi, pour retenir à la Bastille cet homme inconnu et Fauvel, et un autre ordre pour suivre celui que vous appelez l'abbé de Bonté. Je crois que vous pourriez en- voyer Auzillon après cet homme. (A. N.) LE COMMISSAIRE DE LA MARRE A M. DE LA REYNIE. J'ai eu l'honneur de vous mander que l'abbé Bonté faisait adres- ser ses lettres à Paris, sous le nom de Desprez, médecin, fils de son hôte -. On a reçu aujourd'hui un gros paquet de lettres pour 1. C'était un ami de Le Noir, l'abbé Bordin; lorsqu'on l'arrêta il était occupé à corriger des épreuves de VEvêque de Cour. Les agents manquèrent de quelques minutes l'abbé Bonté, contre lequel M. de la Reynie avait reçu des avis, et qu'ils cherchèrent inutilement; ils prirent à tout hasard le correcteur d'épreuves, auquel on n'avait pas songé. 2. Cet abbé logeait en chambre garnie et changeait souvent de demeure ; il y donnait ses audiences aux prêtres jansénistes et aux libraires du parti. 20 L'ABBÉ BORDIN, lui. L'hôte me l'a apporté; je lui ai dit de le garder, et que, si l'abbé Boule revenait, de ne lui point dire qu'il l'a reçu; le tout jusqu'à nouvel ordre; j'ai cru être obligé de vous donner cet avis. (B. N.) Ce 16 mai 1681. M. DE LA REYNIE A DE LA MARRE. 16 mai 1681. Je revins hier avec la fièvre , mais je me porte mieux, Dieu merci ; faites-vous remettre ce paquet; il est important peut-être de s'en assurer; faites-en un procès-verbal. Faites entendre à ces gens-là qu'il leur est important de continuer à agir fidèlement, et essayez à savoir, autant que vous pourrez, si l'homme qui a été pris chez eux n'y allait pas souvent, sous quel nom il était connu, comment on l'appelait; cela est de consé- quence; il est nécessaire de le savoir; attachez-vous à chercher tout ce que vous pourrez pour connaître cet homme, sa demeure, et tout ce qui se peut savoir par tous les gens du logis. (B. N.) M. DE LA MARRE A M. DE LA REYNIE. Je me suis acquitté ce matin de l'ordre que vous avez eu pour agréable de me donner envers le Père Du Breuil ; et cette après-dînée, j'ai ouï quatre témoins du logis où logeait l'abbé Bonté; outre ces faits dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte touchant l'occa- sion de son séjour en cette ville, vous verrez encore, par le mémoire que je prends la liberté de vous envoyer, les autres faits extraits de leurs dépositions; il me sera facile, sans donner aucun soup- çon, de savoir l'auberge de la rue de l'Hirondelle, oîi il a logé avant que d'entrer en celle du pont Saint-Michel, et par ce moyen on pourrait peut-être ensuite faire quelque nouvelle découverte. J'ai envoyé chez la blanchisseuse pour savoir seulement son logis, que j'ai appris, pour l'entendre, si vous le jugez à propos. L'un des témoins m'a aussi promis de découvrir son barbier, qui sait, à ce que dit ce témoin, beaucoup de choses. Vous voyez comme ils parlent de Gilles sous le nom de Rolland. On ne peut douter que cet homme ne soit parfaitement instruit. J'ai fort inté- ressé ceux que j'ai ouïs à garder le secret; je leur ai fait comprendre que, l'affaire s'étant passée chez eux, s'ils n'avaient discrétion de ^ L'ABBÉ BORDIN. 21 ne rien dire, ils se rendraient complices. S'il vient de nouvelles lettres, on me les apportera. 18 mai 1681. Apostille de M. de la Reynie. — Ce que vous proposez est parfai- tement bien ; travaillez-y sans interruption, pendant que j'essaierai de faire quelque progrès par d'autres endroits. (B. N.) M. DE LA REYNIE AU COMMISSAIRE DE LA MARRE. Ce 20 mai 1681. Je ne sais si vous mîtes hier sur vos notes pour maître Gilles, que le prêtre prisonnier à la Bastille l'a mené prendre au Renard rouge des feuilles imprimées dans un sac qu'il prit du nommé Debo, roulier de Flandre. Ne le faites pas assigner non plus, jusqu'à ce que je vous marque précisément de le faire. Il sera nécessaire que vous entendiez J.-B. Verdussin, garçon de Léonard, sur le fait du nommé Contât, autre garçon de Léonard, prisonnier à la Bastille. Contât, après avoir appris que Baudouin était arrêté, tira de sa poche un livre in-12, avec son porte-lettres et ses papiers, et il le chargea de porter le tout à Buot, prêtre, au collège d'Autun. Ver- dussin sait que Contât avait écrit à son père, à Anvers, pour avoir toute sorte de mauvais livres, même celui du Père Simon *. SEIGNELAY A CHATEAUNEUF. Le 21 mai 1681. Fauvel ayant été arrêté depuis peu pour le commerce de livres défendus, l'on a reconnu, par son interrogatoire, qu'il a beaucoup d'habitude avec Granger Bertrand, libraire à Dijon, et qu'ils s'en- voient souvent des paquets par l'ordinaire, j'en ai rendu compte à S. M., qui m'a ordonné de vous en donner mémoire, afin que vous preniez, s'il vous plaît, ses ordres pour faire faire une visite exacte dans sa maison à Dijon, de toutes les impressions qui s'y trouve- ront, quand même elles se trouveraient sous des titres qui paraî- traient bons, et en cas qu'il s'y trouvât quelques ouvrages défendus, 1. Le père Simon avait été renvoyé de la congrégation de l'Oratoire à cause de la hardiesse de ses opinions; on l'avait relégué au pays de Caux, à sa cure de Belleville. 22 L'ABBÉ BONTE. S. M. veut qu'il soit arrêté, et que celui qui sera chargé de cette visite en donne incessamment avis, afin qu'on puisse donner les ordres nécessaires suivant ce qu'en apprendra S. M. (A. N.) SEIGNELAY A LOUVOIS. Le 21 mai 1681. L'abbé Bonz ou Bonté ayant été accusé d'avoir exposé et distri- bué des libelles scandaleux et difTamatoires, j'en ai rendu compte au Roi, qui a donné ses ordres pour le faire arrêter, et comme l'on a eu avis qu'il poursuivait au conseil une affaire de domaine pour le baron de Nevel, à cause d'un droit appelé droit d'espier ', que M. de Nevel prétend dans la ville de Furnes, et qu'étant sorti de Paris, il y a quelques jours, pour se rendre à Bruxelles, il pourrait passer à Furnes pour voir M. de Nevel, S. M. m'a ordonné de vous en envoyer un mémoire, afin que vous preniez, s'il vous plaît, ses ordres pour l'y faire arrêter. Cet abbé est de la plus petite stature, le visage un peu long, les cheveux blonds, âgé de trente ou trente- cinq ans et parle mal français. 25 mai 1681. Il a été arrêté un homme soupçonné du commerce des libelles que l'on a débités depuis quelque temps, et, par son interrogatoire et les papiers dont il était saisi, on a reconnu que Wantier, gen- tilhomme que l'on dit être garçon, âgé d'environ quarante ans, demeurant à Lille, peut avoir beaucoup de part à ce commerce. Pour tirer les éclaircissements dont on a besoin en cette afi'aire, il serait nécessaire d'avoir de l'écriture de ce Wantier et de savoir s'il est en Hollande, où l'on croit qu'il peut être, c'est de quoi le Boi m'a ordonné de vous envoyer mémoire, afin que vous preniez, S'il vous plaît, ses ordres pour charger quelqu'un à Lille, qui puisse découvrir où il peut être et tâcher d'avoir de son écriture. (A. N.) DÉCLARATION DE LECLERC ^ DU 25 MAI 1681. Environ quinze jours avant Pâques il fut préposé par Masson, huissier de la cour, pour observer Baudouin, colporteur soupçonné 1. C'était un droit domanial établi en Flandre, qui était assez considérable pour qu'il y eût des receveurs attitrés. La perception de cet impôt donnait souvent lieu à des procès interminables. 2. Nous avons inséré ici cette déclaration, parce qu'elle nous a paru donner des détails curieux sur le prix des livres défendus. Baudouin mourut à la Bastille, ainsi qu'il résulte de l'acte de décès qui se trouvait aux archives de la ville de Paris. y BAUDOUIN. 23 de faire le débit de mauvais livres... qui lui montra la Lettre d'un chanoine à un évêque, et que ce livre était curieux, mais qu'il était bien cher; il l'acheta et paya à Baudouin 50 sols...; il lui a vendu en différents temps trois exemplaires de la même pièce, 50 sols le premier, et les deux autres fois 25 ou 30 sols. Le Combat des deux clefs, ou la Défense du miroir de la piété contre M. de Reims, imprimé à Durocortor, 8 liv. 10 s. et donna par dessus le marché un exemplaire de la Lettre d'un chanoine à un évêque. Lui a aussi vendu deux exemplaires de la copie de la lettre écrite de Rome à Mgr l'archevêque de Reims par M. l'abbé Granati, 3 liv. pièce, la Satire Menippée, le Bouclier d'État ou de justice, le Prétendu ennemi de Dieu et de la foi, imprimé à Lille, VEurope esclave si le Roi d'Angleterre ne rompt ses fers, imprimé à Cologne; les quatre derniers livres payés 6 liv. et à goûter dans le cabaret de la Corde, proche le collège de Reims. 11 y a trois semaines ou environ, étant à la boutique, Baudouin lui dit qu'il y avait un livre qui courait qu'il tâcherait d'avoir, les quatre Évangélistes de Satan, et dans le même temps dit, pour l'explication de ce titre, que c'é- taient MM. de Paris, de Reims, le P. de la Chaise, et pour le qua- trième ne s'en souvient plus, croit néanmoins qu'il nomma M. le car- dinal de Bouillon. Comme aussi Baudouin lui a vendu le Traité de la Régale fait par M. de Pamiers, pour avoir lequel livre Baudouin le remit plusieurs fois de jour à autre, lui disant qu'il avait bien de la peine à en avoir, parce que l'on les renchérissait, et enfin il lui en donna un qu'il lui vendit 6 ou 7 livres, ou environ, et dit qu'il n'y gagnait rien, qu'il les achetait autant, et que pour n'y faire aucun profit ne s'en voulait plus mêler. A aussi vendu un ma- nuscrit contenant 10 feuillets et demi, intitulé : Traduction de la lettre d'un oficier de la cour de Rome, écrite à un de ses amis à Pa- ris, du 22 novembre 1680, et se souvient que ce manuscrit concerne l'affaire des religieuses de Charonne, que Baudouin lui vendit 4 fr. ou 100 sols. La dernière fois que Baudouin a vendu des livres fut, il y a seize ou dix-sept jours, qu'il lui vendit la Lettre d'un cha- noine à un évêque, et un exemplaire du Divertissement royal, qu'il garda dans sa poche jusqu'au lendemain qu'il retourna au banc de Baudouin, oii il acheta deux exemplaires àn.Procès-verbal de ras- semblée extraordinaire de MMgrs les archevêques et évêques, tenue à Paris au mois de mars ou de mai dernier. (B. N.) 24 L'ABBÉ BONTE. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Le & juin 1681. Vous verrez, par le mémoire de M. de Louvois qui avait eu ordre de faire arrêter l'abbé Bonté à Furnes, qu'il est encore à Paris ; je ne doute pas qu'à présent il ne soit aisé de l'arrêter. (A. N.) M. DE LA REYNIE A DE LAMARRE. Ce 5 juin 1C81. Je vous prie de m'envoyer un prDJet de lettre au pape au nom de quelques religieux, que je vous ai donné et que vous trouverez, parmi les pièces cotées et paraphées, dans la chambre de l'abbé Bonté. C'est un projet raturé en plusieurs endroits et d'un fort petit caractère; retenez, s'il vous plaît, une copie de cette lettre avant de me l'envoyer, mais envoyez-la-moi le plus tôt que vous pourrez. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 6 juin 1681. J'ai rendu compte au Roi du contenu en la lettre que vous m'a- vez écrite ce matin au sujet de l'abbé Bonté, et S. M. a donné les ordres nécessaires pour envoyer dans les places frontières le por- trait de cet homme, afin qu'on puisse l'arrêter s'il va à Bruxelles. Je m'étonne que vous n'ayez pu avoir la huitième lettre imprimée dont vous m'écrivez, vu que S. M. a été informée qu'elle a été distri- buée à plusieurs personnes; je vous prie de me l'envoyer, si vous la pouvez trouver, comme aussi le livre intitulé les Amours de M. lo Dauphin. A Versailles, le 16 juin 1681. Le sieur Wantier, de Lille, ayant appris en Hollande que le ca- marade de l'abbé Bonté avait été arrêté, a écrit à M. le Pelletier la lettre ci-jointe que le Roi m'a commandé de vous envoyer, afin que vous me fassiez savoir s'il y a quelque chose à faire sur cela, et que S. M. donne les ordres que vous estimerez nécessaires. A Versailles, le 5 juillet 1681. Le Roi me demande souvent des nouvelles de l'affaire dont vous êtes chargé contre ceux qui ont été arrêtés pour les libelles, et, comme vous ne m'en avez rien mandé depuis longtemps, et que > WANTIER. 25 S, M. témoigne de l'impatience de savoir en quel état est cette affaire, je vous prie de me le faire savoir, afin que je puisse lui en rendre compte. A Fontainebleau, le 29 septembre 1681. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de Wantier, sur quoi S. M. m'a ordonné de vous écrire qu'elle trouve plus à propos de le faire venir à Paris, afin que vous l'inter- rogiez s'il est nécessaire, que de le faire interroger sur les lieux. C'est pourquoi vous n'aurez qu'à me faire savoir quand il sera besoin de le faire venir, afin que S. M, donne ses ordres à cet effet, sans que Wantier sache le sujet de son voyage. (A. N.) SEIGNELAY A M. LE PELLETIER DE SOUZY. 11 décembre 1681. Le Roi m'ordonne de vous écrire qu'il est nécessaire, pour le service de S. M., que le sieur Wantier, bourgeois de Lille, dont il vous a déjà été écrit, vienne ici pour donner quelques éclaircisse- ments sur des affaires importantes, et, comme vous avez fait savoir, en réponse des lettres qui vous ont été écrites sur ce sujet, que cet homme ne ferait pas difficulté de venir ici lui-même rendre compte, S. M. veut que vous l'obligiez à partir pour venir faire un voyage à Paris, et que vous me fassiez savoir bien précisément le jour qu'il devra partir de Lille, par quelle voiture il vient et quel jour à peu près il devra arriver à Paris ; ne manquez pas, s'il vous plaît, d'exécuter ce que je vous fais savoir des intentions de S. M. sur ce sujet. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 28 décembre 1681. J'ai remis à Auzillon un ordre du Roi pour arrêter Wantier, qui arrive aujourd'hui de Lille, et de le garder dans sa maison jusqu'à nouvel ordre ; c'est de quoi je vous donne avis, afin que sur cela vous preniez les mesures que vous jugerez nécessaires pour tirer de lui les éclaircissements dont vous avez besoin. (A. N.) DE LODVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 28 décembre 1681. Lorsque le sieur Desgrez arrêta l'abbé de Villers-Cottrets, qui est en prison à la Bastille , il fit poser le scellé sur toutes les portes 26 WANTIER. de la maison où il était. Comme l'hôtesse de cet abbé, qui est re- venue de la campagne, ne peut entrer chez elle, le Roi trouve bon que vous ordonniez la levée du scellé. Je ne vous dis point où est située la maison, parce qu'elle vous sera indiquée par Desgrez. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le G janvier 1682. J'ai rendu compte au Roi de tout ce qui était contenu dans votre lettre du 3 de mois, et dans le mémoire qui y était joint. Pour vous faire savoir la résolution que S. M. a prise, elle veut que M. Wantier soit mis demain mercredi en liberté, suivant l'ordre adressé à Auzillon, que vous trouverez ci-joint, S. M. m'ayant ordonné de lui parler demain moi-même, pour l'exciter à révéler de bonne foi tout ce qu'il apprendra dans la suite, sur les affaires pour lesquelles on l'a fait venir à Paris. S. M. estime très-nécessaire de faire arrêter, dès à présent, le PèreGerberon, et j'expédierai demain, à mon arrivée à Paris, l'or- dre à Auzillon pour cet effet *. (A. N.) DE LOUVOIS A M. DE BESMATJS. A Saint-Germain, le 18 janvier 1682. Ce mot est pour accompagner la dépêche du Roi ci-jointe, par laquelle S. M. vous ordonne de mettre en liberté l'abbé de Villers- Cottrets, laquelle vous exécuterez, s'il vous plaît, sitôt qu'elle vous aum été rendue. (A. G.) M. LE BLANC A CHATEADNEUF l«r février 1682. Je donnai hier, au sieur Métayer, la lettre de cachet pour l'en- voyer au Havre, que vous avez pris la peine de m'adresser; il l'exa- mina fort et me dit qu'il n'avait nul commerce de lettres ni de livres avec MM. de Port-Royal, qu'il n'avait rien à se reprocher à cet égard, qu'il allait prendre quelque argent et qu'à la fin de la semaine il serait au Havre. (B. N.) 1. L'ordre d'arrêter le P. Gerberon fut expédié le 8 janvier, et l'on fit pendant sept jours perquisition de sa personne dans l'abbaye de Saint-Pierre-de-Corbie sans pouvoir l'arrêter; il avait été averti et s'était sauvé, mais Auzillon saisit les libelles de Le Noir et de Gerberon, déposés dans le couvent. > DOM BRUSLEY. 27 M. DE LA REYNIE A M. DE LA MARRE. Ce lor février 1682. Je suis persuadé que vous avez eu fort peu de commerce avec Wantier, mais il ne laisse pas de vous connaître par de très-bons endroits. Si la lettre qu'il vous a écrite est venue par la voie de la poste, vous pouvez lui faire un mot de réponse pour lui marquer que vous avez reçu sa lettre, et que vous avez rendu celle qu'il y avait jointe suivant son adresse ; je crois qu'il est bon de ne rien répondre au compliment de celui dont il vous fait des recomman- dations, et de ne se pas commettre à des gens dont on n'est pas bien assuré. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA RBYNIE. A Saint-Germain, le 16 février 1682. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 15 de ce mois, et S. M. m'ordonne de vous dire que vous pre- niez la peine de faire avertir le religieux bénédictin qui vous a parlé, de venir ici demain ou après-demain pour me parler*, et la première fois que j'irai à Paris, je vous prierai que je puisse vous entretenir de toute la suite de cette affaire ^. (A. N.) INTERROGATOIRE DE DOM BRUSLEY. Du 8 mars 1682, à la Bastille. Dom Brusley, conventuel de Corbie ^. Pendant l'Avent, il a été employé par le P. Gerberon à trans- crire une Protestation du maître d'école contre l'assemblée du clergé, et un autre écrit qui contenait une relation de ce qui s'é- tait passé à Rome et à Pamiers toucbant la régale....; ces écrits étaient manuscrits, il les lui donnait feuille à feuille. Depuis la sor- 1. Ce religieux est sans aucun doute un de ceux qui avaient trahi Gerberon, et qui .l'avaient dénoncé au père La Chaise comme ayant collaboré aux pamphlets de Le Noir. On avait non-seulement envoyé arrêter Gerberon, mais le prieur de Corbie avait été cassé. L'irritation des bénédictins contre les trois faux frères fut telle que le gouvernement dut les faire conduire h. la Bastille pour les mettre à l'abri. 2. L'ordre d'arrêter Le Noir fat expédié le 5 mars, et comme on ne savait pas où il s'était caché, cet ordre s'étendait à toute la France. L'on renvoya de Crouy, dit Le Noir, dans son diocèse; Hébert, vicaire d'Halluin, à Séez, et Dubois, curé d'Halluin, au séminaire de Cahors. 3. On appelait conventuels les religieux attachés à poste fixe à une maison religieuse. 28 DOM GOVICQUET. tie du P. Gerberon, il a trouvé à Corbie la Protestation de Certes dans la bibliothèque de Corbie, avec d'autres papiers qui étaient en confusion dans l'armoire particulière des livres défendus, qu'il fut visiter après la retraite du P. Gerberon, par ordre du prieur qui lui avait dit d'en retirer tous les livres qui faisaient du bruit et particulièrement VÉvéque de cour, qui sont les mêmes papiers dont Auzillon s'est saisi, à l'exception de la protestation de Cerles qui est restée à Corbie; il trouva aussi dans cette armoire \e Miroir de piété ^, le Miroir sans tache, les Lettres du Clerc tonsuré ; il re- mit les livres entre les mains de dom Mummole Geoffroy, prieur de Saint-Denis, lorsqu'il fut à Corbie en qualité de commissaire -... Le P. Gerberon, en sortant de Corbie, s'était retiré à Amiens. Le P. Gerberon s'est absenté crainte d'être arrêté ; il officia à ma- tines et à laudes le jour de saint Marc, fut ensuite dans l'infirme- rie où était le prieur, auquel il dit qu'il était obligé de s'en aller; il partit sur une cavale du couvent, le cellerier^ lui donna 10 ou 12 écus, et il prit à Amiens 100 écus que le prieur de Corbie fit ren- dre dès le lendemain, par le père cellerier, à celui qui avait prêté à la prière du prieur nommé Fournel. (B. N.) INTERROGATOIRE DE DOM GOVICQUET. Du 15 mars 1682, à la Bastille. Dom Govicquet, religieux de Corbie. Le P. Gerberon était grand pénitencier et sous-prieur de Cor- bie, fut aussi officiai ou vice-gérant Dom Brachet, vice-gérant, avait envoyé un ordre au prieur de Corbie, de ne se point laisser prendre et de venir à Paris par che- mins détournés. Lorsqu'il fut reçu nouvelle à Corbie que Wantier était arrêté, le P. Gerberon fut dans des agitations continuelles, et dès le lende- main fut à Amiens. Le P. Gerberon auteur de V Apologie de VÉvéque, approuvée 1. Le Miroir de la piété chrétienne où l'on considère avec des réflexions morales l'enchaînement des vérités catholiques avec la liberté de la créature, par Flore de Sainte-Croix. A Bruxelles, 167G. Gerberon en était l'auteur. 2. Au début de l'affaire, pour éviter un scandale public et donner moins d'ennui aux bénédictins, le Roi avait chargé un des leurs, le prieur de Saint-Denis, de visiter l'abbaye de Corbie, pour saisir les ouvrages défendus et rechercher les cou- pables; le prieur fit sa visite avec grand fracas et ne découvrit rien. 3. Le cellerier était l'économe du couvent. DOM FOURNEL. 29 par Mgr de Grenoble. Duplessis lui a dit, que le Miroir de piété venait de chez eux. Le P. Bonnefond surprit un paquet que le P. Gerberon envoyait à une demoiselle à Amiens, où il y avait des Évêques de cour. Le P. Gerberon était à Fréjus, il y a environ deux ans. et avant que de partir il avait écrit à plusieurs de ses amis ; ce fut Gandrin, de Saint-Germain-des-Prés, qui donna avis au P. Ger- beron que Wantier était arrêté, qui est un de ceux qui travaillaient au saint Augustin. Le P. Gerberon a pris le nom de Rigberius dans l'un de ses ouvrages, croit que c'est au MercatorK Gerberon avait intrigué à Rome pour faire condamner le livre du père Strix, jésuite. (B. N.) INTERROGATOIRE DE DOM FOURNEL. Du 17 mars 1682, à la Bastille. Fournel, promoteur de Gorbie. Le P. du Candas, étant à Amiens, lui dit que Bry, son cousin, qui est un huissier ou archer, étant à la porte de la citadelle d'Amiens le 17 janvier du matin, avait rencontré un religieux bénédictin, de petite stature, le visage rouge, qui lui avait dit qu'il était de Corbie ; ce religieux lui demanda le chemin d'Avesne et de Bapaume, il croit que c'est le P. Gerberon. Huit ou neuf jours après sa retraite, le P. Gerberon écrivit au prieur de Corbie et au P. Brusley de lui écrire à Mons, d'adres- ser les lettres à un père de l'Oratoire qui les lui ferait tenir à Bruxelles, à une adresse vers les Minimes ; les lettres furent en- voyées au couvent de Corbie par Audiguier. Le prieur s'étant aussi retiré, lorsque la lettre de dom Gerberon fut arrivée à Cor- bie, dom Diéez l'avait ouverte, et après l'avoir lue l'avait envoyée au père Brachet, vicaire général de la congrégation. La veille de la retraite du P. Gerberon, il fut longtemps en conférence avec le prieur; le jour de la retraite, lui Fournel dit au prieur : Voilà de belles affaires, voilà l'anniversaire de la fuite de l'année passée. Cette première fuite fut environ la fin du mois de juin 1680, et le P. Gerberon fut en Flandre pendant quinze jours environ ; le mois d'avril suivant, étant revenu quelque avis de Paris 1. Acta Marii Mercatoris S. Augustini , ecciesiœ doctoris disciplini cum notis Pdberii theologi franco ^erwa?2t. Bruxelles, types Lambert-Marchant, 1671, in-16. Gerberon y avait ajouté ua commentaire janséniste. « 30 GERBEHON. au P. Gerberon, il s'absenta derechef, ce qui alarma tout le monastère, où il fut dit qu'un jeune écolier avait été pris chez Léo- nard, imprimeur, un dimanche, à acheter un imprimé pareil à celui qu'il tenait entre ses mains, avait été arrêté ; cela ayant été suivi, le P. Gerberon avait été averti par une demoiselle, il s'était aussi- tôt absenté. Il avait été cette fois deux mois absent, et à son retour dit qu'il avait été à Gand, à Bruxelles, à Matines, à Saint-Guillain, à Saint- Denis en Hainaut, à Flessingue, comme aussi chez M. le prieur d'Auray. A ouï dire au P. Rodier que dom Marsolier, le général de la congrégation, avait écrit au P. Gerberon, et lui mandait que l'imprudence de Gerberon causait bien de la peine à Ger- beron {sic). (B. N.) SEIGNELAY A M. DE BRETEUIL *, INTENDANT DE PICARDIE. A Versailles, le 30 mars 1682. Je vous envoie les procédures qui ont été faites contre les reli- gieux de Corbie accusés d'avoir eu part au commerce du P. Gerberon, et je vous envoie pareillement un mémoire des faits qu'il est plus important d'éclaircir ; je vous prie d'y travailler sans relâche, et de me faire savoir souvent ce que vous avancerez ; je crois que vous serez suffisamment éclairci par les mémoires et par l'interrogatoire joint à cette lettre, ainsi je n'ai rien à y ajouter. A Saint-Germain, 31 mars 1682. Pour réponse à la lettre que vous m'avez écrite ce matin, vous trouverez ci-joint l'ordre du Roi, en vertu duquel vous devez vous transporter à Corbie, pour exécuter ce qui est porté dans les mé- moires que je vous envoyai hier, et vous observerez que cet ordre doit vous suffire pour l'exécution de tout ce que vous avez à faire à cet égard, votre qualité d'intendant vous autorisant suffisamment pour toute la procédure. A Saint-Germain, le 12 avril 1682. Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez écrite le H de ce mois; je ne doute point que vous n'ayez apporté tous les soins possibles pour l'exécution des ordres qui vous ont été donnés au 1. François le Tonnelier de Breteuil, intendant de Picardie depuis 1674, et de Flandre en novembre 1683, intendant des finances en lG8/( et nommé conseiller d'État en 1685, mort le 10 mai 1705, âgé de soixante-six ans. ^. NEUFGERMAIN. 31 sujet de l'affaire de Corbie, et j'attends avec impatience les procé- dures que vous aurez faites sur ce sujet, que je vous prie de faire transcrire au plus tôt, ne doutant pas que vous ne trouviez aisément deux écrivains fidèles qui puissent avancer le travail. Je vous écris aujourd'hui une lettre qui vous sera rendue par les religieux bénédictins, que le Roi avait fait arrêter et conduire à Paris; je vous prie de faire exécuter ponctuellement ce qu'elle con- tient, et de tenir la main à ce que ces religieux ne puissent être maltraités par l'animosité que leurs supérieurs pourraient avoir contre eux, je me remets pour le surplus à la lettre qui vous sera rendue par les religieux lors de leur retour à Corbie. A Saint-Germain, le 12 avril 1682. Les religieux qui vous rendront cette lettre sont les pères Four- nel, Govicquet et Bruslé, que le Roi avait fait venir à Paris pour affaires importantes à son service, et comme dans l'éclaircissement qu'ils ont donné sur ces affaires ils ont montré beaucoup de zèle, et que S. M. est satisfaite de leur conduite, elle a bien voulu leur accorder sa protection, et elle a donné ordre aux supérieurs géné- raux de leur congrégation de les maintenir dans les mêmes em- plois qu'ils avaient auparavant dans le monastère de Corbie, et de leur laisser une entière liberté de vous écrire et de m'envoyer les lettres lorsqu'ils l'estimeront nécessaire, et d'autant que leurs supérieurs pourraient avoir quelque animosité contre eux, S. M. veut que vous envoyiez de temps en temps quelques personnes fidèles à Corbie pour s'informer des traitements qui leur sont faits, afin que vous me le fassiez savoir ensuite. A Saint-Germain, le 14 avril 1682. Pour réponse à la lettre que j'ai reçue de vous en date du 12 de ce mois, je vous envoie par ce courrier l'ordre pour faire arrêter et mettre dans la citadelle d'Amiens, Neufgermain, duquel vous vous servirez si vous l'estimez nécessaire. La raison principale pour laquelle je vous envoie ce courrier, est pour rapporter les procédures que vous avez faites sur le sujet de l'affaire de Corbie, et s'il est nécessaire même de le garder un jour ou deux pour cela, j'estime à propos que vous le fassiez. Le Roi a donné ses ordres pour empêcher qu'il ne soit changé aucun des religieux qui sont à présent à Corbie, tenez la main à ce 32 MÉTAYER. qu'ils soient exécutés et prenez la peine de me faire savoir s'il vient à votre connaissance qu'il aura été changé quelque chose sur ce sujet. (A. N.) SEIGNELAY A M. D£ LA REYNIE. A Saint-Germain, le 20 avril 1682. Je vous envoie les interrogatoires et les lettres de M. de Breteuil au sujet de l'aflaire de Gorbie, et je vous prie de vouloir bien les examiner, étant nécessaire que je vous entretienne mardi sur plu- sieurs affaires importantes et pressées. (A. N.) M. LE BLANC A CHATEAUNEUF. 26 avril 1682. Mardi dernier, le sieur Métayer*, à qui vous avez ordonné d'aller du Havre à Vire, étant dans le coche de Caen pour s'y rendre, fut attaqué à la Rivière-Thibouville d'un rhumatisme et d'une fièvre continue très-violente ; on le fit reporter à Évreux, où la maladie a beaucoup augmenté ; il ne verra personne, et dès qu'il sera un peu mieux il partira pour exécuter vos ordres. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE BRETEUIL. A Paris, le 27 aviil 1682. Le vicaire général de la congrégation de Saint-Maur m'ayant dit que le P. Carette, religieux du couvent de Gorbie, en était sorti sous prétexte de vous aller parler au sujet de la déposition qu'il avait faite devant vous, ainsi qu'il paraît par le procès-verbal ci- joint qui m'a été remis, je vous prie d'examiner si ce qui est con- tenu au procès-verbal est véritable, et de me le faire savoir, n'é- tant pas juste que les religieux tombent sous ce prétexte dans une telle désobéissance. Je vous envoie l'ordre nécessaire pour faire mettre en liberté le premier relieur qui a été mis dans la citadelle d'Amiens ; pour l'autre que vous avez fait arrêter, vous n'avez pas besoin d'ordre pour le mettre en liberté. (B. N.) 1. Ce Métayer était un prêtrCj dont la doctrine était suspecte comme janséniste. > ABBAYE DE CORBIE. 33 SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, du 15 mai 1682. Le Roi ayant pris plusieurs résolutions sur l'affaire des béné- dictins, j'estime nécessaire de vous en donner avis : 1° S. M. a exa- miné le pouvoir qu'ils ont de faire des constitutions nouvelles, et vous verrez par les papiers que je vous envoie que ce pouvoir est fondé sur les bulles des papes et les lettres patentes du Roi, et S. M. a seulement ordonné à M. Chéron ^ à qui j'écris sur ce sujet, d'exa- miner ce qui paraît être de bonne discipline dans ces constitutions pour en rendre compte à M. l'archevêque de Paris et à moi, que S. M. a nommés pour cet examen. Ainsi il reste seulement ce qui regarde l'administration de leur temporel, à l'examen duquel S. M. veut que vous travailliez inces- samment, et que pour cet effet vous mettiez entre les mains du P. Brachet le mémoire sur lequel il doit vous donner l'éclaircis- sement, et que vous trouverez ci-joint. Comme j'ai dit au P. Brachet que vous étiez nommé par S. M., je ne crois pas qu'il soit besoin d'autre ordre 2. Mémoire de ce dont les supérieurs de la congrégation de Saint- Manr doivent informer M. de la Reynie. Donner un mémoire de ce en quoi consistent les revenus des menses conventuelles des monastères de la congrégation ; de la dépense ordinaire pour le nombre des religieux qui y sont; de la manière dont se fait cette dépense, quel ordre il y a pour les comptes? à quoi sont employés les restes des revenus? quelles sont les contributions ordinaires de chaque couvent? Rapporter les registres et les preuves par écrit de ces points 3. (B. N.) 1. Chéron, officiai de Paris, mort le 2 janvier 1692, âgé de quatre-vingts ans. Il avait commencé par être laquais d'un chanoine de Chartres; dans la suite, après avoir été chanoine et officiai de Bourges, il fut nommé officiai à Paris. 2. L'abbaye de Corbie, un des plus anciens établissements religieux de la France, puisqu'elle avait été fondée en 660, éiait située à quatre lieues d'Amiens, à côté de la petite ville de Corbie. Cette abbaye était fort richej quoiqu'elle eût beaucoup souffert dans les guerres qui ont dévasté si longtemps la Picardie; elle doit sa principale renommée aux écrivains de l'ordre qui s'y retiraient dans les temps de persécution religieuse comme dans un asile, parce qu'elle était placée entre la capi- tale et la frontière, ce qui leur permettait de se retirer en Flandre avant que les agents de l'administration eussent le temps d'arriver jusqu'à eux, la même raison en avait fait le dépôt central des publications jansénistes des Pays-Bas. 3. Il est bien probable que l'enquête avorta, le clergé ne voulant jamais donner à l'autorité séculière de renseignements précis sur la fortune de l'église; il n'a fallu rien moins que la révolution de 1789 pour que la lumière se fît. 3 34 DUMOULIN. SEIGNELAY AU P. BRAGUET, VICAIRE-GÉNÉRAL DE SAINT-MAUR. A Versailles, le 2/i mai 1682. Le Roi voulant que M. Chéron prenne avec vous quelques éclair- cissements concernant les constitutions de votre ordre en ce qui regarde le spirituel, il se rendra chez vous à cet effet, et S. M. m'a ordonné de vous écrire que son intention est que vous lui donniez tous les éclaircissements qu'il vous demandera, pour l'exécution de ce dont il est chargé. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 2G mai 1682. Je vous envoie copie d'un procès-verbal qui a été fait à Péronne, dans lequel il est fait mention de plusieurs livres et papiers qui pa- raissent avoir beaucoup de rapport aux libelles dont nous cher- chons les auteurs. Vous verrez par ce procès-verbal que Dumoulin devait aller prendre ces livres chez Galand, courrier de la malle de Flandre, qui loge rue du Ghevalier-du-Guet. Je vous envoie l'ordre du Roi pour arrêter Dumoulin, afin que vous puissiez dé- couvrir par lui tout ce qui regarde l'envoi de ces livres. A Versailles^ le 1" juin 1082. J'envoie l'ordre à Auzillon d'arrêter Dumoulin et de le conduire à la Bastille dès aujourd'hui, en vertu des ordres du Roi que je vous ai envoyés, S, M. n'ayant pas estimé à propos de différer plus longtemps d'arrêter cet homme. (B. N.) A Versailles, le 8 juin 1682. J'ai reçu votre mémoire ce matin et l'interrogatoire du prieur de Corbie ; j'écris à tous les intendants pour la vérification de ce qui regarde le temporel de la congrégation de Saint-Maur, et je vous ferai savoir aussitôt les réponses que j'en aurai reçues. Je vous envoie toutes les lettres que j'ai reçues de Péronne; j'es- time à propos d'arrêter Galand, et comme il est sous la charge de M. de Louvois *, je lui en parlerai aujourd'hui. Je crois qu'il est temps à présent d'expédier l'arrêt qui vous commette pour faire le procès au P. Gerberon, et je vous l'en- 1. Parce que la Flandre était dans le département ministériel de Louvois. ' DUMOULIN. 35 verrai incessamment afin qu'il vous plaise y travailler avec toute la diligence nécessaire ; je vous envoie de nouveaux interrogatoires qui ont été prêtés par les religieux de Gorbie par-devant M. de Bre- teuil, y ayant beaucoup de choses qui regardent le temporel dont vous pourrez vous servir. Je crois qu'il sera nécessaire d'examiner soigneusement, d'où peut venir le billet joint à l'interrogatoire du P. Brusley, et si vous estimez à propos de faire arrêter la demoiselle Bailly *, je vous prie de me le faire savoir. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE BRETEUIL. A Versailles, le 14 juin 1682. Je vous envoie les ordres nécessaires pour faire mettre en liberté Neufgermain et le Grut, prisonniers dans la citadelle d'Amiens ^ (B.N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 21 juin 1682. Galand vient de me dire que Dumoulin était de Saint-Nicolas ou de Saint-Thomas du Louvre, en sorte que c'est assurément celui dont Auzillon vous a parlé. Je vous envoie l'ordre pour le faire mettre à la Bastille, et faire sortir celui qui a été mis à sa place ^. 5 juillet 1682. Il serait bien nécessaire de suivre l'affaire de la dame Alton, et si vous croyez que le moyen proposé par Auzillon de gagner quel- qu'un de ses domestiques soit bon, il faut le faire sans difficulté. J'attendrai ce que vous avez à m'écrire sur le sujet des notes de plain-chant que l'homme que vous connaissez assure être un chiffre. Aussitôt que j'aurai reçu réponse de M. de Breteuil sur ce que je lui écris, je vous le ferai savoir'''. (B. N.) 1. C'était elle qui avait averti Gerberon qu'on allait l'arrêter. 2. On avait cru que ces deux hommes avaient imprimé et relié des ouvrages de Gerberon. 3. Nous n'avons pu rien découvrir sur ces abbés Dumoulin. Il- Alton, son fils, passait pour ne pas croiie en Dieu; ce qui aurait été sans im- portance aux yeux du Roi, si, en outre^ il n'avait été avec cela un janséniste avéré. 36 GERBERON. SEIGNELAY A M. DE BRETEUIL. A Versailles, le 5 juillet 1682. Étant nécessaire pour l'instruction du procès du P. Gerberon d'avoir quelques pièces de son écriture pour servir de pièces de comparaison, je vous prie de m'envoyer quelques actes authenti- ques écrits de sa main; il ne sera pas difficile d'en trouver, le P. Gerberon ayant été sous-prieur du couvent de Gorbie, et officiai et grand pénitencier ; en qualité d'official il doit avoir écrit des dis- positifs de jugements, des monitoires, et autres actes publics qui se trouveront dans le dépôt de l'officialité. Il est aussi nécessaire que vous vous fassiez représenter les comptes du temporel de Gorbie pendant les dix dernières années, et que vous en tiriez un extrait pour me l'envoyer, d'autant qu'il paraît par les états qui ont été donnés par le P. Martin, que le revenu est de 32,271 liv, et les charges de 9,602 liv. seulement, il doit y avoir eu de net chaque année 22,669 liv., et il n'est pas à croire que trente religieux aient pu dépenser cette somme, vu que les lieux réguliers et l'église sont en assez mauvais état, et il sera même nécessaire que vous tâchiez de pénétrer par ce moyen quel usage on peut avoir fait des revenus du couvent '. (B, N.) 1. On s'abuserait étrangement de croire que l'ordre de Saint-Benoît se composait uniquement d'érudits; beaucoup de moines s'occupaient à faire valoir les domaines de la communauté; le nom de ces humbles travailleurs s'est éteint avec eux, mais durant leur vie ils étaient fort estimés dans l'ordre qu'ils enrichissaient, tandis que les savants et leurs ouvrages coûtaient beaucoup d'argent. 11 est certain que le père caviste qui découvrit le Champagne mousseux fut plus utile à ses confrères et à la France que les déchiffreurs de vieux manuscrits, dont les compilations historiques s'adressent à un petit nombre d'érudits, tandis que le pétillement joyeux de la liqueur inventée par le bon père se fera toujours entendre dans le monde entier. Les Bénédictins étaient fort riches, mais ils devaient leur fortune à leur travail; dans l'ancien régime, comme h présent, les propriétaires cherchaient à faire leur salut à bon marché et ne donnaient aux moines que les plus mauvaises terres, mais grâce à un parfait aménagement les friches les plus arides se métamorphosèrent en domaines très-productifs; les laboureurs n'y épargnaient pas les peines qui leur gagnaient le ciel, et 1rs receveurs étaient fidèles, parce que le vol fermait l'entrée du paradis. Au \\n^ siècle, l'ordre de Saint-Benoît servait de pourvoyeur aux tables royales et princières ; ses vignobles de la Champagne étaient des crûs fameux qui conquirent une telle vogue que Louis XIV et sa cour ne burent plus d'autre vin que celui de ces jansénistes, car ils l'étaient et le furent toujours, et encoururent par ce côté une défaveur contre laquelle les flatteries des écrivains de l'ordre ne purent rien gagner. Louis XIV, qui n'aimait pas les moines, voyait avec jalousie ces religieux s'enrichir sans qu'il pût imposer leurs revenus, dont ils dérobaient soigneusement la connaissance à l'administration ; aussi , lorsqu'on avait pu mettre a main sur leurs archives, les contrats de donation et d'acquêts étaient soumis au DUMOULIN. 37 SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Le 6 juillet 1682. Je viens de recevoir votre lettre, par laquelle j'apprends que Dumoulin que nous avons à la Bastille n'est pas encore celui que nous cherchons ; cependant observez que Galand assure que Du- nnoiilin à qui il devait rendre les lettres de Flandre demeure au cloître Saint-Thomas ou Saint-Nicolas du Louvre, et d'ailleurs ce Galand étant à Paris, il est bien aisé de le faire venir pour lui faire dire si le Dumoulin que nous tenons est celui dont il est question. Je vous avoue qu'il serait fâcheux de manquer cet homme qui pa- raît l'acteur important dans l'aCf^iire dont il s'agit. Vous pourriez même, en vous assurant de la demeure de chaque prêtre qui porte ce nom de Dumoulin, trouver moyen de les faire voir à Galand pour savoir de lui lequel est celui qui est venu reti- rer ses lettres. Enfin, il n'y a pas un moment à perdre en celte affaire, étant fort à craindre que le véritable Dumoulin, informé de ceux de son nom qui auront été arrêtés, ne s'en aille pour éviter d'ôtre pris. (B. N.) A Versailles, le 26 juillet 1682. Je vous envoie les mémoires que j'ai reçus jusqu'à présent con- cernant l'administration du temporel des abbayes de la congréga- tion de Saint-Maur ; je vous prie d'exam.iner s'ils sont conformes à ceux qui vous ont été donnés par les supérieurs de la congréga- tion. Vous trouverez aussi ci-jointes des pièces écrites et signées par le P. Gerberon dont vous avez besoin pour l'instruction de son procès. Il est bien nécessaire de s'appliquer à tirer toutes les lumières du commerce que Chertemps*, prêtre, avait en Flandre, et j'atten- drai à vous entretenir sur ce sujet samedi prochain, que je serai à Paris. (A. N.) contrôle le plus fsévère, et sur le moindre doute confiscation avait lieu au profit du Roi. On voit ici que les fautes du P. Gerberon servirent de prétexte pour examiner les comptes de i'abbaye de Corbie. 1. C'est le prêtre désigné par le courrier Galand sous le nom de Dumoulin; c'était un grand ami d'Arnault; il est mentionné avec honneur dans les martyro- loges jansénistes. 88470 3S CHERTEMPS, CHANOINE. INTERROGATOIRE DE CHERTEMPS. 26 juillet 1682, à la Bastille. Chertemps*, prêtre, chanoine de l'église royale et collégiale de Saint-Thomas du Louvre -. — Si Galand ne lui a pas porté et rendu des paquets et lettres de Flandre? — Il en a reçu six ou sept fois par la voie de Galand. Il croit que c'était de Bruxelles Galand lui disait que c'était d'un père de l'Oratoire de Bruxelles, appelé de Honte Il ne lui disait pas qu'il s'appelât Dumoulin, mais bien qu'il venait lui demander les lettres adressées à M. Dumoulin, et il n'a point dit son nom à Ga- land Il l'a fait parce qu'il a cru par là être de quelque utilité à M. Arnauld Il n'a point voulu savoir qui était Dumoulin ni où il demeurait, de crainle qu'il n'arrivât ce qui est arrivé 11 a affecté d'ignorer qui était Dumoulin et sa demeure, ne voulant pas le sacrifier, ni être obligé de le déclarer s'il venait à se trouver en l'état où il est aujourd'hui Il voyait bien que ce devait être pour les affaires de M. Arnauld, et qu'il écrivait à ses amis Il n'a considéré que de rendre service à M. Arnauld, et n'a point cru qu'il y eût rien d'extraordinaire dans les paquets ni qui fût dangereux — S'il n'a pas gardé les lettres de M. Arnauld, et de ceux qui lui écrivaient pour lui? — Non, et comme M. Arnauld lui écrivait quelquefois pour lui demander quelques éclaircissements sur l'Écriture sainte, ou sur quelque passage des Pères, il n'a pas cru devoir garder les lettres, et il les a brûlées. (B. A.) l'exempt auzillon au commissaire de la marre. Je viens ûe recevoir un ordre de M. de la Reynie, qui m'ordonne de prendre un carrosse et de me rendre à la Bastille, à trois heures après-midi, il m'a marqué de vous le faire savoir, je ne manquerai pas d'être à deux heures chez vous avec les cassettes du sieur Cher- temps. (B. N.) A Paris, ce 27 juillet 1(582. 1. Chertemps, chanoine de Saint-Thomas-du-Louvre, mort le 9 avril 17U. 2. Cette église s'appelait royale, parce qu'elle servait de paroisse au Louvre, et collégiale, parce qu'en vertu d'une grâce spéciale elle avait un chapitre de cha- noines quoiqu'il ne dût y en avoir que dans une cathédrale. ' LE NOIR, THÉOLOGAL. 39 SEIGNELAY A M. DE BRETEUIL. A Versailles, le 2 août 1682. Les supérieurs majeurs de la compagnie de Saint-Maur ont de- mandé permission au Roi de faire sortir de l'abbaye de Corbie les pères Bruslé, Govicquet et Carelte *, suivant le mémoire que vous trouverez ci-joint, qui m'a été remis entre les mains; et comme S. M. ne veut pas que les religieux soient maltraités pour avoir donné les éclaircissements qui leur ont été demandés, elle m'ordonne de vous écrire que vous vous informiez d'eux s'ils veu- lent bien consentir à s'en aller dans les couvents marqués dans le mémoire, et que vous les portiez, s'il est possible, de satisfaire en cela aux ordres de leur supérieur. J'ai reçu aussi les éclaircissements que vous m'avez donnés sur l'abbaye de Corbie. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, 2 août 1682. Je VOUS envoie les extraits tirés du registre de la recette et dé- pense de l'abbaye de Corbie depuis dix ans, que M. de Breteuil m'a adressés, afin que vous examiniez, s'il vous plaît^ ce qui y est con- tenu. A Versailles, le 9 août 1682. Je vous envoie la lettre que Le Noir a écrite à M. l'évèque de Séez, et j'espère même que nous pourrons par cette voie parvenir à l'arrêter. (B. N.) SEIGNELAY AU PÈRE BRACHET. A Versailles, 23 août 1682. Le Roi m'ordonne de vous écrire que S. M. ne désire pas, quant à présent, que vous fassiez sortir de Corbie les pères Govicquet, Bruslé et Carette, S. M. n'entendant pas cependant que la protec- tion qu'elle leur donne en cette occasion aille à les dispenser de la règle. (A. N.) 1. Ce Carette apostasia dans la suite et se fit protestant. 40 CONTAT. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIB. 25 août 1682. Prosper Contât, Savoyard, détenu à la Bastille, ayant présenté au Roi le placet ci-joint, S. M. m'a ordonné de vous l'envoyer et de vous dire que vous vous informiez de ce qu'il contient; je vous prie de me faire savoir ce que vous en apprendrez, afin que j'en puisse rendre compte à S. M. A Versailles, le 30 août 1682. Je vous envoie l'ordre pour donner la liberté de la cour à Cher- temps. Je vous envoie copie de l'interrogatoire de Contât, et je rendrai compte au Roi de tout ce que vous m'avez écrit sur ce sujet. A Chambord, le 5 octobre 1682. S. M. veut que vous continuiez la procédure contre le P. Ger- beron, et non-seulement il n'y a rien qui en doive empêcher la perquisition à Corbie, en vertu du décret de prise de corps donné contre lui, mais même il est bon qu'elle se fasse avec quelque éclat, afin que ce qui sera fait en cette occasion serve d'exemple aux autres qui se mêlent de pareils commerces. (B. N.) COLBERT A M. ROBERT, PROCUREUR DU ROI. Môme date. S. M. veut que vous envoyiez le procès-verbal de perquisition du P. Gerberon à Corbie, et que la procédure contre cet homme soit continuée dans le cours ordinaire de la justice, sans qu'il soit nécessaire d'avoir aucun ménagement pour rendre la chose se- crète*. (B. N.} 1. Le Roi, ennuyé des lenteurs de l'instruction et fort aigri par la résistance (l'inertie que les bénédictins opposaient aux reclierclies de l'administralion, avait déjà résolu de ne plus ménager ces moines; son irritation fut accrue par la décou- verte inattendue des syn.pathies de la congrégation de l'Oratoire pour Arnauld, Le Noir et Gerberon. Un de ses membres, simple curé à Rouen, mais qui aurait été nommé général de l'ordre si la cour ne s'y était formellement opposé, le P. Du Breuil, cachait leurs ouvrages dans son presbytère et faisait entrer ka ballots dans Paris. / L'ABBE DUBOIS. 41 M, DE LA RETNIE A M. DE LA MARRE. Ce 8 octobre 1C82. M. le commissaire de la Marre se transportera incessamment dans l'île Saint-Denis, et il saisira quatre ballots qui sont dans une maison de l'ile Saint-Denis appartenant à M. Bignon, procureur fiscal de Saint-Denis, et après avoir vu ce que les ballots contien- nent il se transportera dans les autres lieux oi!i il sera nécessaire, le tout en exécution des ordres du Roi '. Ce 9 octobre 1682. La déposition de ce témoin est extrêmement considérable, et ce que vous avez suivi du fait donne un grand éclaircissement. J'en- tends beaucoup par les noms qu'on vous a marqués, et vous ne vous trompez point à l'adresse de madame de Fontpertuis^. Si vous avez des affaires à Versailles, je vous prie d'y aller demain, car il sera nécessaire pour le service du Roi que vous soyez ici après- demain, et que vous continuiez de travailler à cette affaire où vous avez si bien commencé. Envoyez-moi, je vous prie, les lettres que vous me montrâtes hier, et si vous avez paraphé quelques exemplaires de ce dernier ouvrage contre la politique du clergé, prenez la peine aussi de me l'envoyer. Ce 10 octobre 1682. Je vous renvoie l'imprimé que vous m'envoyâtes hier, c'est la première partie de la réponse au traité de la politique; je ne sais si nous trouverons aucun exemplaire de la deuxième qui vient de pa- raître; quoi qu'il en soit à l'égard de ceux qui ont fait la faute, c'est toujours la même chose ^. Auzillon est allé à Saint-Denis pour voir 1. M. de la Reynip avait appris que des rouliers déposaient la nuit des ballots de livres chez l'abbé Dubois, chapelain de l'Hôîel-Dieu de Saint-Denis; il envoya l'exempt Auzillon suibir les paquets, et chargea le commissaire de la Marre d'en vérifier le contenu. La prise se trouva bonne, on avait mis la main sur la deuxièmft partie de Y Apologie du clergé de France et des catholigues d'Angleterre contre le ministre Jurieu, qu'Arnauld adressait à Paris. On commença par envoyer l'aumô- nier à la Bastille, en attendant que ses complices fussent connus. Pendant qu'on examinait les ballots, un prêtre de Rouen, l'abbé Racine, vint les réclamer; il fut aussi arrêté. 2. Cette dame était en effet la correspondante attitrée d'Arnauld, elle donnait beaucoup d'argent aux jansénistes, et ici il paraît qu'elle devait payer les frais de roulage de cet envoi. 3. M. de la Rcynie veut dire que les accusés ne sont pas moins coupables pour avoir introduit une partie seulement du libelle, au lieu de l'ouvrage complet; du reste, cette seconde partie était à Rouen, chez le curé Du Breuil. X 42 L'ABBE DUBOIS. ce qu'il pourra apprendre, et quels témoins vous pourriez entendre de nouveau. Ce 13 octobre 1682. Je reçus hier au soir votre lettre avec, le mémoire' et les impri- més que vous m'envoyâtes ; tout cela est considérable, e[ je r.e doute point qu'avec de tels commencements ceux qui reçoivent les ordres d'aller sur les lieux ne fassent encore un plus i^rand pro- grès ; on attend des nouvelles et des mémoires de Saint-Denis, afin de connaître les personnes que nous devrons entendre. Ce 16 octobre 1682. J'ai reçu, ce matin, le billet que vous avez pris la peine de m'é- crire, et en le voyant je n'ai presque pas douté que vous ne par- vinssiez à quelque chose de considérable, par le chemin et la con- duite que vous teniez ; j'ai depuis appris par un autre billet, que je viens de recevoir de M. Auzillon, que la cassette est retrouvée, et cette cassette donnera sans doute de grands éclaircissements. Ce 18 octobre 1682. Je suis bien marri de ce que vous avez eu à travailler autant que vous avez fait, et je vous prie de ne vous pas presser; j'ai avec ce que vous m'avez envoyé ce que j'avais préparé, et assez de ma- tière pour quelques jours ; je crois même que nous pouvons faire nos instructions sur les minutes, et que cela ne produira aucun inconvénient; j'ai chargé M. Auzillon de vous envoyer demain matin un carrosse pour vous rendre à la Bastille, supposant, comme je fais, que vous avez apposé le scellé sur la cassette trou- vée dans la chambre du sieur Dubois, et que c'est de votre cachet que vous vous êtes servi, car si cela n'était point il ne faudrait pas, à l'égard de cette cassette, vous donner la peine de venir demain matin à la Bastille. (B. N.) COLBÈRT A M. LE BLANC, INTENDANT DE ROUEN. A Fontainebleau, le 16 octobre 1682. Vous verrez, par les ordres du Roi ci-joints, les intentions de S. M. sur la découverte d'une affaire qui a paru assez extraordinaire, 1. On avait trouvé sur l'abbé Racine un mémoire rédigé par le curé Du Breuil et signé de Perroté, secrétaire de l'intendant de Rouen, où l'on indiquait la marche à suivre pour introduire les livres dans Paris, et les noms des personnes auxquelles on devait les remettre. LE P. DU BREUIL. 43 et quoique par tout ce que je vous envoie il soit parlé de quelques- uns de vos domestiques qui sont fort impliqués dans celte affaire, et particulièrement Perroté, votre secrétaire, je dois vous dire que S. M. n'a pas hésité à vous en renvoyer la connaissance, étant in- formée, comme elle l'est, de votre probité et du zèle que vous avez pour son service, elle n'a pas douté que vous ne lui en donnassiez une preuve certaine dans cette occasion, et il est bien nécessaire que vous me donniez part le plus souvent que vous pourrez de tout ce que vous ferez en cette affaire, et en cas que vous ne vous trouviez pas à Rouen, il est nécessaire que vous partiez aussitôt que vous aurez mon paquet pour vous y rendre et travailler inces- samment à tout ce qui regarde cette affaire. (A. N.) NOTE. Le premier mémoire parle du nommé Urbain de Ville. Il faut chercher soigneusement à Rouen, s'il n'y a quelqu'un de ce nom, et en ce cas le faire arrêter, mais comme ceux qui se mê- lent de ce commerce cachent leurs noms sous des noms faux et empruntés, il y a apparence qu'Urbain de Ville est Maubert, et soit qu'il y ait un Urbain de Ville, soit qu'il n'y en ait pas, il faut faire arrêter ce Maubert et sa mère, et les faire interroger sur-le-champ, et faire exécuter au surplus le contenu en ces deux mémoires. L'instruction doit avoir été signée par Perroté, secrétaire de M. le Blanc, et comme il paraît l'un des principaux agents de cette affaire, S. M. veut pareillement qu'il soit arrêté et interrogé, étant impossible qu'il n'en sache tout le détail ; et outre ces connais- sances générales S. M. donne ordre à M. de la Reynie, qui a la suite de cette affaire, d'en envoyer un mémoire exact à M. le Blanc, l'intention de S. M. étant qu'il exécute ponctuellement ce qui sera contenu au mémoire. En cas qu'il y ait à Rouen un Urbain de Ville, S. M. veut qu'en l'arrêtant on visite dans sa maison et dans ses papiers, pour trou- ver les papiers, mémoires et manuscrits qui y peuvent être, ensem- ble tout ce qui peut servir à faire connaître les correspondances qu'il a avec les gens qui sont en Flandre. S'il se trouve quelqu'un dans la maison de cet Urbain de Ville qui ne soit pas connu, S. M. veut pareillement qu'il soit arrêté et interrogé. S'il se trouve une femme venue depuis peu de Paris, chez Ur- 44 LE P. DU BREUIL. bain de Ville ou Maubert, qui ait part à l'envoi de ces ballots, S. M. ne veut pas qu'elle soit arrêtée, mais seulement que M. le Blanc le fasse savoir ^ Le commis des fermes qui a reçu le billet concernant les trois ballots qui ont passé à la porte Martinvillc, à Rouen, doit être pa- reillement arrêté et interrogé sur le billet en vertu duquel il a laissé passer ces trois ballots. Au lieu de la Baume on a envoyé un prêtre, Jean Racine, de la paroisse de Sainte-Croix, dépêché par le P. Du Breuil, prêtre de l'Oratoire, curé de la même paroisse ; la Baume fut envoyé sur-le- champ par le P. Du Breuil du côté de la Picardie, et il lit partir sur-le-champ Racine avec cette instruction pour l'exécuter. S. M. veut que M. le Blanc travaille avec soin à l'éclaircissement de tous ces faits. (B. N.) M. LE BLANC A COLBERT. 19 octobre 1682. J'arrivai hier ici à trois heures; comme le P. Du Breuil est le principal auteur, j'ai envoyé une personne toute la nuit qui le tira adroitement de chez lui, et qui l'entretint de peur qu'il ne pût faire réflexion sur ce qui se passait. Je l'interrogeai hier quatre heures et ce matin trois; il reconnaît la vérité, et en quelque manière que c'était bien lui qu'on avait appelé Urbain de Ville, mais que ce nom avait été donné à d'autres; qu'il a fait et écrit l'instruction trouvée entre les mains de Ra- cine, ce qui m'a obligé de lui en faire parapher la copie que vous avez pris la peine de m'envoyer. II convient avoir vu le prieur Hervault et trois fois Croisier, mais qu'il ne sait quels ils sont ; j'approfondis autant qu'il m'est possible l'intrigue, et tâche de ne rien omettre pour l'cclaircisscmcnt de l'affaire. Il m'a déclaré avoir encore trois ballots chez lui, qui y ont été apportés pendant son absence par un ami du prieur Hervault qu'il ne connaît point, il a ajouté qu'il en avait écrit le 16 à M. l'archevê- que de Paris, qu'il avait averti le syndic de la librairie de les visiter lorsqu'on lui eut dit qu'il en était arrivé, et à un des intéressés des 1. On savait déjà que madame d" Fontprrtuis faisait de fréquents voyages à Rouen, aussi les ménagements que le ministre a pour elle semblent bi'^n singuliers; il est vrai que le Roi paraît avoir méprisé cette dame, qu'il traitait de vieille folle. , LE P. DU BREUIL. 45 fermes unies, afin qu'on les mît dans l'entrepôt de la Romaine' à la décharge du vaisseau. Je visiterai et dresserai aujourd'hui procès-verbal de ce qui se trouvera dans sa maison et dans son cabinet ; j'apposerai mon ca- chet sur les ballots et les ferai mettre en lieu de sûreté. J'ai su que Maubert s'était retiré, ayant appris par Hardy, voitu- rier, que Racine avait été arrêté, ce qui est cause que je n'ai pas envoyé chez lui ; j'espère l'avoir bientôt. Dès que j'aurai fini l'interrogatoire du P. Du Breuil, je me donnerai l'honneur de vous l'envoyer, et ensuite ceux desquels il est parlé dans l'instruction et dans les mémoires. Le sieur Perrnté est en lieu de sûreté. (B. N.) M. DE LA REYNIE A M. DE LA MARRE. 20 octobre 1682. Envoyez-moi, je vous prie, les dates des jours que vous avez tra- vaillé à l'information, et celles des autres actes que vous avez faits touchant les sieurs Dubois et Racine. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Fontaiiiebleau, le 21 octobre 1682. En arrivant ici du voyage que je viens de faire, mon père m'a remis entre les mains tous les mémoires que vous lui avez envoyés en mon absence concernant les libelles qui se distribuent à Paris, et comme l'instruction donnée au nommé Racine par le secrétaire de M. le Blanc a été envoyée à M. le Blanc sans qu'on en ait retenu copie, je vous prie de m'en envoyer autant, afin que je puisse savoir la suite de cette affaire (A. N.) M. LE BLANC A COLBERT. 21 octobre 1682. Je me suis donné l'honneur de vous rendre compte que j'avais fait arrêter le P. Du Breuil ; comme il s'est beaucoup chargé par 1. A Rouen on appelait la Romaine un magasin où étaient dt'posés les ballots qui devaient subir la visite des douaniers. 11 était devenu l'entrepôt des libraires de Hollande, depuis que la surveillance exercée à la frontière avait rendu plus difficile l'introduction des livres défundus. Ces marcliands avaient imagine de les envoyer par mer à Bordeaux et à Rouen surtout, à cause de la proximité de Paris, et des rouliers ou des chasse-marée les portaient ensuite dans des coches aux en- virons de la capitale. 46 LE P. DU BREUIL. son interrogatoire, étant convenu de tout ce qui le pouvait regar- der, je le fais garder à vue. J'ai visité sa maison, dont j'ai dressé procès-verbal en sa pré- sence, l'y ayant fait conduire j'y ai trouvé trois ballots de livres ; et sur la table de son cabinet cinq ou six livres en blanc qui sont la réponse au livre du sieur Malet, ce qui s'est passé sur la régale jusqu'à la mort de M, d'Alet, l'apologie des catholiques contre la politique du clergé, et quelques autres que je lui ai fait parapher. Comme Maubert s'était retiré et que La Baume ne se montrait pas aisément, je ne les fis arrêter qu'hier et la veuve Maubert; je les ai interrogés, et les ai envoyés dans une tour du vieux palais oîi ils se nourriront ; je visitai la maison de Maubert qui est très-petite et qui n'est pas propre à serrer des ballots, étant très-exposée. J'ai envoyé celte nuit à Bavedon, il ne s'est rien trouvé dans sa maison ni dans celle de Hardy, voiturier. J'ai interrogé mes domestiques, j'interrogerai aujourd'hui la ser- vante de Maubert nommée Catherine, et la femme du routier que j'ai fait conduire ici; je parachèverai demain le reste. J'aurais eu l'honneur de vous envoyer aujourd'hui les interroga- toires et les procédures si elles avaient pu être mises en grosse ; si vous jugez à propos de m'ordonner de faire le récolement et con- frontation des accusés qui sont ici et le reste de l'instruction, je le ferai avec la dernière exactitude. Plus j'ai fait de réflexions sur l'instruction du P. Du Breuil en instruisant cette affaire, et plus j'ai reconnu vos bontés et la grâce que vous m'avez faite do m'honorer de votre protection; je vous supplie de me la vouloir continuer, j'espère que dans la suite vous connaîtrez que je n'y ai nulle part. (B. N.) M. DE LA MARRE A M. DE LA REYNIE. Je vous envoie les extraits des deux petits livres, je les remettrai entre les mains de M. Sagot; j'ai donné à M. de Louvois le mémoire des livres trouvés dans le cabinet de Saint-Denis*. Ce 23 octobre 1C82. Apostille de M. de la Reynie. Je vous remercie de tout cœur du soin que vous avez pris de 1. C'est-à-dire des ouvrages d'Arnaud, de Le Koir et de Gerberon, déposés chez l'abbé Dubois, à Saint-Denis. ' LE P. DU BREUIL. 47 déchiffrer ces deux petits registres, il sera très-utile pour le bien de la justice et pour l'éclaircissement d'une affaire aussi impor- tante que celle-ci. Je vous prie de m'envoyer le plus tôt que vous pourrez un mé- moire des livres que vous aurez trouvés dans le cabinet du sieur Dubois. (B. N.) M. LE BLANC A COLBERT. 23 octobre 1682. Je me donne l'honneur de vous envoyer les interrogatoires, infor- mation et instruction que j'ai faits en exécution de l'ordre du Roi, du 16 octobre 1682, que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer. Du Breuil, la veuve Maubert, son fils, La Baume, et Herbin, con- trôleur à la porte de Martinville, sont prisonniers dans les tours du vieux palais ; à l'égard du sieur Perroté, il est si dangereusement ma- lade qu'il faut attendre qu'il soit un peu mieux pour l'y transporter. Les espions que j'ai envoyés à la maison de Maubert à Rouen, et à Bavelon, n'ont point vu la femme depuis peu arrivée à Rouen. Par l'interrogatoire de du Breuil vous verrez toute l'intrigue, qu'il n'a fait l'instruction que pour autoriser la fausseté, et qu'il peut être celui qu'on appelle Urbain de Ville. J'ai éclairci dans ces interrogatoires et dans les autres ce com- merce autant qu'il m'a été possible; il n'a point encore voulu dé- clarer qui sont Hervault et Croisier. J'attendrai vos ordres pour continuer l'instruction et faire l'ou- verture des trois ballots de livres que j'ai trouvés chez Du Breuil. (B. N.) M. LE BLANC AU CHANCELIER LE TELLIER. 26 octobre 1682. Du Breuil, prêtre de l'Oratoire et curé de Sainte-Croix Saint- Ouen de cette ville, ayant envoyé plusieurs ballots de livres venant de Hollande, à Saint-Denis, à Dubois, chapelain de l'Hôtel-Dieu, et quoiqu'il se fût servi de la facilité d'un de mes domestiques pour faire sortir trois de ces ballots, lui ayant dit que c'étaient des bardes et des cartes de géographie, le Roi ma fait l'honneur de m'ordon- ner de faire le procès à ceux qui s'en trouveraient coupables et de les faire arrêter; je me donne l'honneur de vous envoyer l'extrait 48 LE P. DU BREUIL. de l'information et des interrogatoires des accusés ; lors de la per- quisition que je fis dans la maison de Du Breuil, je trouvai trois gros ballots de livres dans l'écurie, et sur la table de son cabinet cinq ou six livres en blanc qui étaient la réponse à l'extravagant livre de Malet, l'Apologie des catholiques contre la politique du clergé, ce qui s'est passé au sujet de la régale à Pamiers et Alet jusqu'à la mort de l'évêque d'Alet, et quelques autres de cette na- ture. Je prendrai la liberté de vous dire que, quoique je n'eusse aucun commerce avec Du Breuil, ni mes domestiques, il a fait un mémoire pour un homme qu'il a envoyé à Paris, dans lequel il nous fait tous complices de l'intrigue ; je vous supplie de m'hono- rer de vos ordres. (B. N.) M. LE BLANC A COLBERT. lef novembre 1682. Je me donne l'honneur de vous envoyer deux interrogatoires de Du Breuil, un de la veuve Maubert et un de Perroté, que j'ai fait sur de nouveaux mémoires de M. de la Reynie, et sur quelques avis que j'ai eus. Du Breuil a reconnu par celui du 23 octobre que, quoiqu'il ne connût ni Croisier ni Ilervault, et qu'ils ne lui eussent apporté aucunes lettres de créance, les livres contre le sieur Malet étant faits par M. Arnauld étaient un passe-partout, et qu'il croit que Croisier et Hervault venaient de sa part ou de ses amis. Par celui du 28 octobre, que la seule considération des ouvrages de M. Arnauld l'a engagé de faire ce qu'il a fait, et par un autre ar- ticle, qu'il a eu quelques contestations avec Malet, à cause que sur son certificat les Commentaires de Jansénius sur les Évangiles et sur la Genèse furent brûlés à Rouen, joint que dans l'examen de la tra- duction de Mons il traite les auteurs de la traduction comme ennemis de la pureté et du célibat des prêtres, ce qui fait voir avec ses autres réponses qu'il s'est mêlé de ce commerce par entête- ment. J'avais oublié de vous envoyer la signification des écrous aux accusés, je l'ai jointe aux interrogatoires. Je continuerai l'instruction ainsi que vous m'ordonnez, j'exécute exactement ce qui est porté par les mémoires de M. de la Reynie. J'approfondirai cette affaire autant qu'il me sera possible. / LE P. DUBKELIL. 40 Je ferai l'ouverture des ballots en présence de du Breuil, dont je me donnerai l'honneur de vous envoyer le procès-verbal, et le reste de l'instruclion, que j'avancerai fort si je ne la finis cette semaine. Celle affaire a fait un si grand éclat, que je me persuade qu'il ne passera de longtemps de ballots de livres défendus. (B. N.) SElGNtLAY A M. DE LA P.EYNJE. Il novrmbre 1G82. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre en liberté Cherlemps, vi S. M. a bien voulu lui accorder 400 liv., suivant la proposition que vous avez faite '. 6 novembre JC82. J'ai reçu toutes les procédures qui ont été faites à Rouen et qui vous avaient été remises par mon père, et je conviens avec vous qu'il est extraordinaire que dans une affaire qui paraît si particu- lière on reçoive aussi peu de lumières par toute la suite de la procé- dure que M. le Blanc a faite ; je lui en écris fortement par ordre du lloi, et nous verrons par la suite ce que cela produira. Je vous envoie les seconds interrogatoires qu'il a fait prêter au P. du Breuil et autres, desquels on ne tire autres éclaircisse- ments, si ce n'est que ce P. du Breuil est dans une intime liai- son avec M. Arnauld, ce que nous savions déjà sans cela. Je vous enverrai incessamment l'arrêt du Conseil que vous avez demandé sur cette affaire, qu'il est bien important d'éclaircir une bonne fois, et pour laquelle il me semble que nous avons des lu- mières qu'on n'a jamais eues jusqu'à présciit (A. N.) M. LE BLANC AU CHANCELIER LE TELLIER. 5 novembre 1682. M. de la Reynie m'ayant mandé que Dubois était de Buchy, à huit lieues de cette ville, j'ai appris qu'il s'appelle Gilles, qu'il a été sous-principal du collège des Grassins, et qu'il a un frère chasse- marée. 1. Malgré cette gratification, les jansénistes ont fait de ce chanoine un martyr, parce qu'il mourut à quelques années de là d'une maladie gagnée, disent-ils, dans les chambres de la Bastille. 4 50 PERROTÉE. Je prends la liberté de vous envoyer trois extraits de ceux qui seront trouvés dans les ballots ; si vous en souhaitez davantage, faites-moi l'honneur de me le mander. (B. N.) SEIGNELAY A M. LE BLANC. A Fontainebleau, le 7 novembre 1682. Le voyage que j'ai fait à Rochefort, et celui que je viens de faire à Seignelay, ayant fait passer par mon père l'aflaire des libelles dis- tribués par le moyen du sieur du Breuil dont il vous a écrit, il m'a remis entre les mains, à mon retour, les interrogatoires que vous avez fait prêter à du Breuil et aux autres nommés dans l'instruc- tion et les mémoires envoyés par M. de la Reynie, et c'est sur cette affaire que le Roi m'ordonne à présent de vous écrire. Vous devez être informé qu'on a averti S. M. que Perroté, qui paraît un des principaux auteurs dans cette affaire, a épousé la veuve de feu M. votre père *, qu'on a prétendu par là que vous n'é- tiez pas en état de pouvoir faire les diligences nécessaires pour découvrir la vérité de cette affaire. Il est d'ailleurs arrivé que le P. du Breuil a écrit plusieurs lettres à Paris depuis sa détention, dont quelques-unes étant tom- bées entre les mains de M. l'archevêque de Paris, il en a donné avis au Roi ; ce qui a fait croire qu'il n'était pas gardé comme il le doit être, et on a même dit à S. M. que vous aviez une liaison intime avec ce P. du Breuil, qu'il mangeait souvent chez vous et fré- quentait fort dans votre maison ; il a même paru par les interroga- toires qui ont été envoyés que vous n'avez pas poussé la matière oh elle doit aller eu égard aux pièces convaincantes qu'on a entre les mains, et S. M. s'est étonnée qu'en une affaire si claire, oh il y a tant d'auteurs trouvés saisis, tant de preuves littérales contre eux par des mémoires et des instructions qu'ils ont écrits, on n'ait pu parvenir à l'éclaircissement du moindre fait, en sorte que toute cette affaire, que S. M. estime très-importante à son service, se ré- duit à un état inutile et duquel on ne peut tirer aucun éclaircisse- ment. Je suis trop de vos amis, pour ne pas m'intéresser à ce qui peut vous regarder dans une affaire de cette conséquence, dans laquelle vous ne sauriez apporter trop d'exactitude et de précaution ; pou- 1. Angélique Courlot, veuve de Louis Le Blanc, procureur au parlement. DUBOIS. 51 vanl même vous dire que c'est une marque très-essentielle de l'es- time que S. M. a pour vous que la résolution qu'elle a prise de vous laisser la suite de cette affaire, dans laquelle je l'ai assurée qu'oubliant tout autre intérêt que celui de son service, vous tra- vailleriez avec tout le soin nécessaire à découvrir la vérité. Le 8 novembre 1682. Je rendrai compte au Roi de la lettre que je viens de recevoir de vous, et vous ne devez pas douter que je ne me serve avec plaisir de cette occasion pour vous marquer la part que je prends à ce qui vous regarde, vous connaissant d'ailleurs aussi intègre que vous l'êtes, et aussi incapable de toute autre vue que de celle de votre devoir. S. M. m'ordonne de vous envoyer ce courrier exprès pour vous dire que, comme l'affaire du P. du Breuil ne se termine pas à ce qui s'est passé à Rouen, et que l'on a trouvé ici plusieurs choses qui vont à prouver qu'il est fort mêlé dans le commerce des libelles, il faut se donner de garde de continuer les confrontations que vous avez commencées, parce que cela serait capable de rendre inutiles les preuves que l'on a contre lui ; ainsi vous devez vous contenter de ramasser toutes les lumières que vous pourrez rece- voir sur les lieux, et de le faire garder avec grand soin. (À. N.) M. LE BLANC A SEIGNELAY. 9 novembre 1682. Permettez-moi, en vous rendant très-humbles grâces, de vous témoigner combien je suis pénétré de toutes vos bontés, et la re- connaissance que j'en ai ; je ferai tout ce qui me sera possible pour mériter l'honneur de votre protection. J'ai envoyé à Buchy quérir P. Gilles, père de Dubois, chapelain de l'Hôtel-Dieu de Saint-Denis, et deux de ses fils qui sont chasse- marée ; M. de la Reynie m'ayant mandé qu'on avait mené six che- vaux chargés d'imprimés à Saint-Denis, je ne doute point que ce ne soient eux. J'ai eu avis qu'il y a deux ans, ou environ^, que le P. du Breuil fit imprimer les premières feuilles de la réponse au livre de M. Ma- let; j'espère avoir demain quelques procédures qui furent faites. Je discontinuerai les confrontations comme vous me l'ordonnez; o2 Mi P. DUBllEU!!.. j'avais commencé par celles qui étaient le moins de conséquence pour profiter des lumières que j'en aurais pu tirer. Je fais une exacte recherche de la vie du P. du Breuil ; il est gardé avec la dernière exactitude. (B. N.) SEIGNELAY A M. LE BLANC. A Foiitaiitebleau, le 11 novembre 1082. J'ai reçu par le retour de mon courrier la lettre que vous m'avez écrite le 9 de ce mois, et vous pouvez vous assurer que je conti- nuerai avec plaisir, dans toute la suite de cette affaire, de vous donner des marques de l'estime et de la considération particulière que j'ai pour vous. Je vous prie de me tenir exactement informé de tout ce que vous apprendrez, et de ce que vous aurez pu découvrir par le moyen du père et des frères du sieur Dubois, chapelain de Saint-Denis, étant certain par tout ce que nous voyons ici que le grand débit de tous ces livres défendus s'est fait par Rouen; il est nécessaire que vous envoyiez deux exemplaires du livre intitulé VApologie des catho- liques contre la jwlitique du clergé, et je vous prie de n'y perdre pas un moment de temps, en ayant besoin ici. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 11 novembre 1682. La balle des livres trouvée chez le P. Du Breuil contenait l,OiO exemplaires de la seconde partie de VApologie des catholiques contre la politique du clergé, j'écris à M. Le Blanc de m'en envoyer (juelques exemplaires que je vous ferai remettre aussi. A l'égard de la Gazette qu'on fait imprimer en Hollande, je crois qu'il ne faut pas relever cela ; je fais suivre toujours à M. le Vayer l'affaire des libelles du côté de Soissons. Quoique je n'estime pas qu'il y ait beaucoup à apprendre de la part des religieux de Corbie et que j'avoue franchement que j'ai peine à soutenir d'aussi mau- vais moines contre leurs supérieurs, je ne laisse pas de donner ordre à Auzillon de s'en aller à .Vmiens pour entendre ces reli- gieux, et j'écris à M. deBretcuil de les faire venir l'un après l'autre, ainsi que vous le proposez. J'oubliais de vous dire que j'ai envoyé ordre à M. Le Blanc de cesser les confrontalions qu'il avait com- mencées et qu'il m'a fait réponse. (A. N.) DUBOIS. S3 SEIGNELAY A M. DE BRETEUIL. A Fontainebleau, le 11 novembre 1G82. Les religieux de Corbie, que vous connaissez, gens inquiets et peu satisfaits de leur condition, ont encore écrit des lettres par lesquelles ils avertissent qu'ils ont des choses très-importantes h dire sur ce qui regarde les libelles composés et distribués par le P. Gerberon, et, quoiqu'il n'y ait pas grande confiance à prendre en ces religieux, le Roi m'ordonne cependant de vous envoyai- Au- zillon et de vous dire en même temps qu'il est nécessaire que vous envoyiez quérir ces religieux l'un après l'autre, à Amiens, sans affectation et sans donner de nouveaux soupçons à leur supérieur pour prendre en présence d'Auzillon leurs dépositions que vous prendrez la peine d'envoyer ensuite. (A. N.) M. LK BLANC A SEIGI'xELAY. 13 novembre 1G82. Je ne puis assez vous rendre grâces de l'honneur de votre pro- tection et de la continuation de vos bontés. Je me donne l'honneur de vous envoyer la déposition de Gilles, père de Dubois, qui dépose que son fils lui envoya, il y a un an, deux muids d'imprimés, quel- ques jours après quatre ou cinq muids et un demi-inuid, que son fils les accommoda dans des paniers; qu'il conduisit deux sommes à Saint-Denis, que le commis qui reçoit le barrage sur le pont près Saint-Denis lui dit qu'il y avait trois jours qu'on l'attendait, qu'avanl NojI de 1681 il mena deux autres sommes et une de différentes denrées, que son fils lui paya un louis par somme •. Par celle de Thomas, fils de Gilles et frère de Dubois, il recon- naît que Desessars a demeuré sept mois avec son frère depuis; qu'il y fut arrivé. Par celle de Ferrand, maître du Cheval blanc de Buchy, qu'il y a un an que deux paysans du hameau de HouUebec, paroisse de Sainte-Geneviève en Bray, amenèrent chez lui deux muids, qu'ils avaient une lettre pour P. Gilles; qu'ils lui dirent qu'on avait fait marché avec eux pour en amener d'autres; que P. Gilles, le lende- 1. Les lettres de M. Le Blanc sont obscures, parce que sa conduite n'était pas nette dans toute cette affaire; il vent dire que les imprimés étaient cachés d'abord dans des tonneaux et mis ensuite dans des paniers h. poisson par les cliasse-niarée, qui en composaient une somme, c'esl-à-dire la charge d'un cheval. 54 LE P. DUBREUIL. main malin, vint avec une charrette prendre les deux muids; que, douze jours après, un de ces particuliers et le fils de l'autre dé- chargèrent chez Gilles des'muids dont il ne sait pas le nombre, vin- rent coucher chez lui. J'ai mandé ces deux particuliers et le jeune garçon pour savoir où ils ont chargé à Rouen, qui a fait marché avec eux et qui leur donna la lettre. J'espère dans peu avoir des lumières en consé- quence. Je me donne l'honneur de vous envoyer par la poste six des livres en deux paquets. Herbin, commis, qui a été arrêté pour avoir laissé passer les ballots, dressa la requête ci-jointe, lors de la confrontation, et sa fille m'a apporté les certificats des médecins; comme lïnstruction est toute faite à son égard, et qu'il ne paraît pas avoir eu part à l'intrigue, vous me ferez savoir ce qu'il vous plaira que j'en fasse. 15 novembre 1682. Je me donne l'honneur de vous envoyer l'interrogatoire que je fis samedi au P. Du Breuil, quoiqu'il en ait nié une partie et qu'il ait dit ne s'en pas souvenir ; il s'est si mal défendu qu'on ne doit pas douter qu'il ne soit Urbain Deville, n'y ayant pas une lettre à changer de Jean Du Breuil et Urbain Deville; il a reconnu avoir envoyé à Paris, par l'ordre de Croisier, depuis le 19 août 1682 jusqu'au 17 septembre, quinze valises, un ballot, une malle rem- plie d'imprimés, sous des noms supposés, qui ont été retirés par des inconnus, ainsi qu'il paraît par la feuille de la messagerie de Rouen et par la lettre du commis du 14 novembre, ci-jointes, et un ballot à Desprez, libraire, rue Saint-Jacques. Par l'interrogatoire, deux des valises qu'il a reconnu lui appartenir lui ont été ren- voyées par madame de Fontpertuis, les 22 août et 3 septembre derniers, dont elle a payé le port suivant la feuille. Il ne sera pas difficile de savoir qui est Croisier par Desprez, libraire, qui a reçu un ballot à lui adressé par Du Breuil, par l'ordre de Croisier et par la dame de Fontpertuis, qui a eu le soin de ren- voyer et de payer le port de deux des valises. Par la lecture dudit interrogatoire, vous verrez que je l'ai autant pressé qu'il se pou- vait. J'ai su par les dépositions des charretiers qui ont voiture les muids chez P. Gilles, à Buchy, qu'ils les ont chargés à Rouen, h l'hôtel- '' LE P. DUBREUIL. 55 lerie des Trois Maures, près la porte Beauvoisine, et du maître de l'hôtellerie, que Dubois les avait fait apporter par un charretier du port. Auparavant que de recevoir sa déposition, je lui ai ordonné de chercher dans la ville et sur le port s'il ne pourra reconnaître les charretiers pour savoir où ils ont été pris. Je n'omets rien pour avoir des lumières de cette affaire. (B. N.) SEIGNELAY A M. LE BLANC. Fin novembre 1682. J'ai reçu, avec votre lettre du 15 de ce mois, les nouveaux inter- rogatoires que vous avez fait prêter au P. Du Breuii, et je vous prie de continuer à vous appliquer à cette affaire que je puis vous dire de la dernière importance pour le service du Roi. Le P. Du Breuii ayant été exclu de la congrégation de l'Ora- toire, suivant l'acte que vous trouverez ci-joint, S. M. désire que vous le remettiez entre les mains de deux des pères de l'Oratoire de Rouen que vous choisirez à cet effet, et que vous les fassiez en- trer dans le vieux palais pour lui signifier ladite exclusion. On m'a donné divers mémoires contre Lamotte, imprimeur à Rouen, que l'on prétend être fort mêlé dans l'affaire de la distri- bution des libelles; il faut, s'il vous plaît, que vous le fassiez obser- ver pour être éclairci de la vérité de ce dont il est accusé. 11 faut que vous disiez à la veuve Maubert qu'elle vous présente requête tendant à être élargie sous caution de se représenter toutes fois et quantes, à quoi vous ne répondrez, s'il vous plaît, qu'après m'avoir envoyé copie de la requête. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE MENARS. Novembre 1682. ■ Les pères Goviquet et Brusley, religieux bénédictins, ayant donné quelques avis utiles au service du Roi, S. M. leur a accordé sa protection et donné ordre, pendant qu'ils étaient au couvent de Corbie, à ce qu'il ne leur fût fait aucun mauvais traitement de la part de leurs supérieurs, et comme elle a consenti que le P. Goviquet fût envoyé par ses supérieurs dans l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens, et 1", P. Brusley dans celle de Saint-Lucien de Beauvais, oG LE P. DUBREUIL. S. M. m'a en même temps ordonné de vous écrire que son intention est que vous envoyiez tous les six mois une personne de confiance dans les abbayes pour s'informer de quelle manière les religieux seront traités et s'ils n'auront reçu aucuns mauvais traitements. (A. N.) M. LE BLANC A SEIGNELAY. 26 novembre 1682. Je ne perds un moment à l'affaire du P. Du Breuil; les per- sonnes que j'emploie m'ont donné plus de quarante avis qui n'ont rien produit après les avoir approfondis; je me sers de tout pour avoir quelque lumière. Je me donne l'honneur de vous envoyer l'interrogatoire que je lui fis hier. Il a reconnu que Groisier lui a écrit deux fois de Hollande, l'une en directe et l'autre par la voie de la veuve Maubert; qu'il lui a fait deux fois réponse en Hollande; que ceux de l'intrigue l'ap- ])elaient Urbain Deville lorsqu'ils parlaient de lui ; que, lorsqu'il lut h la Romaine retirer les trois ballots qui ont été arrêtés à Saint- Denis, un commis lui ayant dit qu'il revenait de Hollande puisqu'il en faisait revenir des bardes, livres et caites de géographie; qu'étant surpris, pour déguiser la chose, il dit qu'il ne faisait que Toffice d'ami, et que c'était au prieur Hervault, et l'homme qui vint chez lui est une fiction, n'y en ayant jamais eu, quoiqu'il l'ail dit dans ses précédents interrogatoires. Comme je le pressais extraordinairement de déclarer ceux qui faisaient le commerce de livres et à qui il adressait les lettres d'avis à Paris, après des peines incroyables et après avoir dit que, si je le faisais écrire, il ne le déclarerait point, que c'était à une femme * à qui il adressait toutes les lettres à Paris, qu'il était parlé de cette femme dans la lettre du 9 octobre, dontlM.Colbert m'a envoyé une copie; qu'il lui avait adressé toutes les lettres d'avis des valises, ballots et malle d'imprimés qu'il avait envoyés à Paris en août et septembre derniers, que l'envoi des dernières valises ayant fait quelque bruit, elle lui avait écrit de n'en plus envoyer, et que les valises étaient demeurées à Paris; que, dans l'appréhension d'être découverte, elle était venue à Rouen, environ le 6 octobre, qu'elle l'avait vu le 9 ou le 10: qu'elle l'avait prié de ne plus lui adresser 1. C'e:-t-à-dire madame de Foiitpertuis, qu'on n'avait pas voulu arrêter. LE P. ULHRELIL. 57 les lettres et lui parla de tout ce commerce; que ce fut elle qui lui écrivit le 11 que Dubois u'était plus à Saint-Denis, qu'il avait changé d'air, que, si les ballots n'étaient point envoyés, qu'il ne fal- lait pas les faire partir, et que, s'ils étaient partis, qu'il eût soin qu'ils fussent mis en lieu de sûreté ; que le 17 elle alla à confesse à lui; qu'ayant été arrêté le 18, il n'entendit plus parler d'elle. Après lui avoir remontré que le nom et la demeure de cette femme n'étaient pas un péché, et tout ce qu'elle lui avait dit devant la confession ayant refusé avec chaleur de mêle déclarer, et m'ayant demandé du papier et de l'encre pour vous envoyer l'espèce de re- quête ci-jointe, j'ai cru que, quoique je ne dusse rien écouter que pour insérer dans l'interrogatoire et que je ne lui dusse pas per- mettre d'écrire de placet, que néanmoins il valait mieux le faire pour avoir de lui quelque chose qui servît à avoir des lumières que de m'en tenir à la règle. Je me donne l'honneur de vous envoyer la signification qui a été faite à Du Breuil de son exclusion de la congrégation de l'Oratoire parle P. Peré, supérieur, et Leroy, et la requête qui m'a été pré- sentée par la veuve Maubert et son fils. A l'égard de Perottée, quelque chose qu"on ait pu dire, il est gardé avec la dernière exactitude; je l'ai averti, lorsque je reçus les ordres de S. M., que je ne pouvais plus me servir de lui ; j'atten- drai ce qu'il vous aura plu d'ordonner à cet égard pour m'en dé- faire, n'ayant pas encore été en état d'être transporté sans danger à cause de la faiblesse où il est et des quatorze pierres qu'il a jetées depuis cinq semaines. Je m'étais donné l'honneur de vous envoyer une requête d'Her- bin, commis des entrées, duquel l'instruction est toute faite, et qui parait le moins coupable. Comme sa femme est à l'agonie, vous me ferez savoir, s'il vous plaît, si on lui donnera la liberté d'aller dans sa maison avec un soldat de la garnison ou en donnant caution de se représenter. ■ Lamothe, imprimeur, est un fripon; j'envoyai dès hier pour m'informer de sa conduite et de la distribution des libelles. Je me donnerai l'honneur de vous rendre, tous les deux ou trois mois, compte du P. Garette que vous envoyez au Bec'. (B. N.) 1. C'était une abbaye de bénédictins, située à neuf lieues de Rouen. 58 LE P. DUBREUIL. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, le 27 novembre 1G82. Je vous envoie les nouvelles procédures que M. Le Blanc a faites sur l'affaire du P. Du Breuil. Le Roi a permis aux supérieurs de la congrégation de Saint-Maur de tirer du couvent de Gorbie les PP. Goviquet, Brusley et Carette, et de les envoyer dans les abbayes de Sens, Béarnais et du Bec; mais il leur a été en même temps or- donné de les faire passer à Paris ; pour plus grande sûreté, il sera à propos d'y renvoyer Auzillon pour les faire venir à Paris, et à l'égard de la difficulté que vous faites de les mettre à l'abbaye Saint-Germain, on pourra les tenir un jour ou deux chez Auzillon avant que de les faire aller dans l'abbaye, et, selon ce qu'on saura d'eux, on pourra prendre des mesures pour ce qui regarde les PP. Chevallier et du Candas. (A. N.) SEIGNELAY A M. LE BLANC. 8 décembre 1682. Le Roi, envoyant à Rouen le sieur Prévost, exempt de la prévôté de l'hôtel, pour amener à la Bastille M. Perrotée et faire venir en même temps les exemplaires qui sont dans vos mains, provenant des ballots saisis, je vous prie de donner ordre qu'on lui remette tous les exemplaires et de lui marquer auquel de vos gens il s'adressera pour cet effet '. ' (A. N.) M. BRAYER A M. DE MAZAUGES. A Paris, ce 9 décembre 1G82. On amènera ici le P. Du Breuil afin qu'il passe par les mains de M. delà Reynie ; sa conduite a été bien peu circonspecte; il en coûte l'intendance à M. Le Blanc. Le Roi lui renvoya l'instruction de cette affaire ; mais, parce qu'il a épargné son secrétaire qui était le ressort de toute cette machine, bon ami du P. Du Breuil, qui était son directeur, on a jugé à propos de le révoquer. Un intendant ne doit point avoir de ces considérations. Ce 16 décembre 1682. Les paroissiens de Sainte-Croix, dont le P. Du Breuil est curé, et 1. On mit également le P. Du Birnil à la Bastille; quant à M. Le Blanc, on lui retira son intendance et il ne fut jamais employé depuis. ' LE P. DUBREUIL. 59 fort estimé et aimé de sa paroisse, se sont plusieurs fois attroupés, disant des injures et appelant molinistes ceux qu'ils croyaient avoir contribué à la disgrâce de leur curé; mais, étant avertis qu'on en ferait des exemples comme on fit autrefois à Saint-Nicolas-des- Champs de Paris, la prudence normanique a prévalu sur l'affection qu'ils avaient pour leur pasteur. Il est arrivé dans cette affaire une chose fort plaisante, c'est qu'on a trouvé parmi les papiers de Per- rotce, secrétaire de M. Le Blanc, un contrat de mariage de Perrotée avec la mère de M. Le Blanc, si bien que le secrétaire était le beau- père de son maître; jugez si M. l'intendant devait le condamner; mais ce qui a déterminé le Roi à révoquer M. l'intendant, c'est que, le Roi lui ayant renvoyé l'affaire pour l'examiner, l'intendant ac- cepta la commission, demanda au principal commis de la douane de Rouen de lui apporter son registre, ce que fit le commis. Après que ce registre eut été entre les mains de M. l'intendant, on le ren- voya au commis; mais le commis trouva qu'à Tendroit oti il était parlé de ballots de livres on avait falsifié le mot de livres, qu'on avait mis linges au lieu de livres. Le commis a soutenu hautement qu'on avait fait ce changement sur son registre; c'est ce qui a obligé le Roi de révoquer l'intendant. A Paris^ ce 23 décembre 1682. Les affaires du P. Du Breuil empirent tous les jours; outre le ballot qu'il a reconnu avoir fait venir, il y en avait encore un autre où il y avait plusieurs livres; le volume de la Morale pratique des jésuites, qu'on n'avait encore point vu. Je ne sais comment il s'en tirera; il a bien mal à propos engagé ses amis là dedans. (BiBL. DE CARPENTRAS.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. A Versailles, le 3 janvier 1683. , Sur la difficulté que vous me proposez au sujet de l'homme que le Roi a permis à Perrotée d'avoir auprès de lui, je crois qu'il n'y a point d'inconvénient de lui faire venir le valet qu'il vous de- mandera pour le servir en prenant les précautions nécessaires en pareille rencontre*. (B. A.) 1. Il n'est plus question de cet homme, qui mourut probablement h la Bastille avant la fin de l'affaire. 60 \.E P. GERBIlHON. SEIGNELAY A M. DE LA REVNIE. A Versailles, le 12 janvier 1G83. Les religieux de Saint-Maur sont convenus d'envoyer pour quel- que temps les trois religieux qui sont à Saint-Martin, à Saint-Denis, et de la manière dont ils seront traités, j'enverrai l'ordre de S. M. au supérieur pour faire venir le P. Fourncl, ainsi que vous le désirez. Je vous envoie l'ordre pour faire sortir Racine, prêtre. (A. N.) SEIGNELAY AU PREMIER PRÉSIDENT DE ROUEN. A Versailles, le 27 janvier 1683, J'ai VU ce que vous m'écrivez sur le sujet de la Baume, prison- nier dans les prisons du vieux palais de Rouen; comme il n'y a point de charge considérable contre cet homme dans l'affaire qui regarde le P. Du Breuil, vous pouvez sans difficulté l'interroger, et je vous envoie même Tordre pour le faire transférer dans la Con- ciergerie. Je vous envoie aussi l'ordre pour faire mettre en liberté sous caution Maubert. (A. N.) M. D£ LA REYNIE A M. DELAMARRE. Cm 7 de février 1683. Je vous prie de prendre la peine de passer chez moi demain lundi, entre neuf heures et dix heures du malin, et d'y apporter le papier que je vous ai donné l'autre jour, le journal de l'abbé Bonté. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, le 15 février 1683. Je vous envoie la lettre que le P. Gerberon m'a écrite, dans laquelle vous trouverez le môme esprit d'opiniâtreté qui lui inspire les mau- vais ouvrages qu'il a faits. Le Roi veut que vous fassiez toutes les diligences nécessaires pour empêcher la distribution des imprimés de cette lettre dont les religieux qui sont à Saint-iVIaur vous ont donné avis, et S. M. désire que vous acheviez promptement son procès afin qu'il puisse être bientôt jugé. / 130HJJ1N, (.IIAAOINE. 61 A Con,piègne, le 13 mars 1683. S. M. fera parler à M. de Soubise pour faire entendre la déposi- tion du domestique dont je vous écrirai, puisque vous estimez cela nécessaire pour l'instruction du procès du P. Gerberon. Le '20 mars 1083. J'écris à M. de Bouville pour avoir des actes écrits ou signés de Bordin ou de Le Noir, pour servir de pièces de comparaison aux écritures qu'on a d'eux; j'ai expédié l'arrêt portant que le procès de Fauvel sera par vous continué sur la procédure faite contre lui en 1673. (A. N.) INTERROGATOIRE DE L .\BBE BORDIN'. Du 'M mars 1683, à la Bastille. Bordin, prêtre, chanoine de Seez, qui a le bien et l'avantage d'être persécuté depuis près de vingt ans pour la cause de Dieu, de son Église, du Roi et de l'État... Sa cause est pendante dans l'Église, contre ses parties et ses persécuteurs, pour hérésie, simonie et crime de lèse-majesté, et il est empêché de poursuivre sa cause par la persécution qu'on lui fait, et n'a voulu dire autre chose, et depuis a dit que toutes les demandes qu'on lui fait ne sont que pour favoriser ses parties, et M. Robert, procureur du Roi, ne peut rien requérir contre lui, sans être manifestement fauteur de M. l'archevêque de Paris et de ses autres parties, et leur complice, et de l'assemblée du clergé, par ordre de laquelle il s'imprime et se vend publiquement, chez F. Léo- nard, des procès-verbaux imprimés par l'ordre de l'assemblée de l'année 1670 et suivantes, qui comprennent d'autres procès-ver- baux des assemblées précédentes, dans lesquels il se trouve une doctrine contraire à l'autorité du Roi et aux droits les plus essen- tiels de sa couronne, et il a fait ses protestations contre, par bons actes communiqués, signifiés à ses parties... Il persiste à deman- der sa liberté pour poursuivre sa cause dans l'Église contre ses par- ties, et n'a voulu répondre autre chose de ce interpellé... Toutes les 1. Déjà le 9 janvier précédent M. de la Reynie avait essayé de faire prêter inter- rogatoire à l'abbé Bordin, sans avoir pu lui faire rompre le silence obstiné dans lequel il se renfermait; le 31 mars il fit une nouvelle tentative, qui ne fut guère plus heureuse, le prisonnier répondit à toutes les demandes par les protestations dont ou va voir un extrait. 62 BORDIN, CHANOINE. demandes que nous lui faisons ne sont faites qu'en faveur de ses parties, et il est question d'hérésie, de simonie, et n'a point voulu répondre autre chose de ce interpellé, et il persiste à demander sa liberté. (B. A.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 7 avril 1683^. J'ai rendu compte au Roi de l'interrogatoire de Bordin, et il n'y a rien qui parte de cet homme qui ne persuade de la nécessité qu'il y a d'en faire un exemple, et S. M. se remet aux ordres que vous avez ci-devant reçus sur ce sujet. Vous trouverez ci-joints les ordres de S. M. pour faire arrêter et mener à la Bastille, Remy, Boullanger et sa belle-sœur. J'écris à M. le Pelletier, intendant à Lille, de faire venir ici Henri. (A. N.) SEIGNELAY AU PRIEUR DE' l'aBBAYE DE SAINT-MARTIN. 10 avril 1683. Le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous donniez aux Pères Goviquet, Brusley et Lamotte, la permission de sortir de votre couvent pour aller faire leurs dévotions, (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Paris, le 19 mai 1683. J'ai rendu compte au Roi de la condamnation intervenue contre Rordin et Dubois, et S. M. veut qu'elle soit entièrement exécutée, et que, pour cet effet, ils soient gardés à la Rastille jusqu'au dé- part de la première chaîne à laquelle ils seront attachés. A l'égard de Remy et de Boulanger, vous trouverez ci-joint un ordre du Roi pour les faire sortir de la Bastille. Le Roi a renvoyé l'affaire qui regarde les trois religieux bénédic- tins qui sont à Saint-Martin, à son confesseur; ainsi, ni vous ni moi n'en serons plus importunés. (A, N.) M. BRAYER A M. DE MAZAUGES, A Paris, ce 19 mai 1683. )n a jugé Bordin et Dubois; le premier est un chanoine de Seez, qui fut trouvé saisi de plusieurs libelles diffamatoires contre * LE NOIR. 63 M. l'archevêque; on l'a condamné aux galères perpétuelles; le second est un autre prêtre qui fut arrêté à Saint-Denis, lequel avait grand commerce avec le P. Du Breuil ; on l'a condamné à cinq ans de galères. (Bibl. de Garpentras.) M. BIORD A M. GÉRARD, CHANOINE DE BEAUVAIS. Paris, le 20 mai 1683. ... MM. Bordin et Dubois furent, vendredi, condamnés aux ga- lères, le dernier pour cinq ans, l'autre aux perpétuelles; Remy blâmé et amendé de 4 liv., Boulanger absous, et le reste des pri- sonniers seront jugés lundi. On craint encore quelques peines pour Lenoble ; je prie Dieu que cela ne soit point ; il n'y a rien à craindre pour notre pauvre garçon savoyard qu'on renvoie en son pays; je les recommande tous à vos prières. (B. A.) LE NOIR A LA REINE. Madame, Dieu faisant une infinité de biens à la France, en vue de votre piété et de vos prières, on peut tout espérer de Votre Majesté si elle a la bonté de s'employer auprès de Jésus-Christ dans une affaire où le Roi même est intéressé, par le jugement rendu au Châ- telet, contre un prêtre innocent, dont les ennemis mêmes n'ont pu accuser la vie exemplaire d'aucun crime que de celui dont les pharisiens ont accusé Jésus-Christ même, et pour lequel il a été crucifié; ce prêtre innocent, après avoir passé deux ans dans la Bastille, sans changer de linge ni d'habit, a paru depuis huit jours au Ghâtelet, n'ayant plus quasi l'apparence d'homme, les cheveux et la barbe longue jusqu'à la ceinture, abattu de mauvais traitements, accablé déjeunes et de misères, et, pour comble de rigueurs, con- damné aux galères dans un royaume très-chrétien et sous le règne triomphant de notre invincible monarque. . On ne l'a pas trouvé coupable d'avoir manqué de fidélité au Roi, puisqu'on ne l'a pas condamné à la mort, et néanmoins on a mêlé dans sa cause des traits de cette calomnie, pour étourdir l'esprit des juges qui n'étaient pas en garde contre de telles surprises ; sa partie est M. l'archevêque de Paris , dont il n'a pas loué la doctrine devant le pape, ni béni l'intégrité de la conduite et la sainteté des mœurs. Au nom de Jésus-Christ, Madame, ayez la bonté d'obtenir 04 LE NOIR. du Roi la grâce de jeter les yeux sur un placet que je prends la liberté de vous adresser et de me pardonner cette hardiesse, qui n'a pour fondement que votre piété et la nécessité extrême de ce prêtre '. (Bibl. de la Sorb.) Le 24 mai jG83. SEIGNELAY A l'AIU'.HEYËQUE DE REIMS, Mai 1083, Ayant demandé ce matin au Roi les ordres pour mettre en liberté Remy et Marsollier, S. M, m'a ordonné de surseoir pour quelques jours à l'égard de Remy, d'autant qu'il est en quelque sorte mêlé dans les affaires qui se traitent présentement à la Bas- tille; et à l'égard de Marsollier, je vous envoie l'ordre pour le mettre en liberté, que vous remplirez, s'il vous plaît, du nom de l'exempt que vous en voudrez charger. Vous trouverez aussi ci-joint un billet à M. le procureur du Roi, par lequel je lui donne avis de l'ordre de S. M. (A. N.) COLBERT A M. DE LA RRYNIE. Le 8 ji:in 1G83. Je vous* envoie l'extrait d'une lettre que j'ai reçue de M. de Bou- villc, avec les papiers qui y étaient joints, ne doutant pas qu'ils ne vous soient nécessaires. (B. N.) 1, Le pauvre Le Noir était bien fou à d'autres écrards, mais an point de vue de la morale il jugeait sainement M. de Ilarliny, dont la conduite, trop relâchée, était si publique qu'on le chansonnait, comme on va voir dans ce couj)iet^ qui est un des moins sanglants : Notre archevêque de Paris, A l'exemple du grand Louis, Combat les hérétiques, Eh bien ! Et fait des catholiques, Vous m'entendez bien ! Il faut dire cependant que la doctrine de l'archevêque était plus orthodoxe que celle de ce niveleur janséniste. Les jansénistes répandirent dans le public des copies de cette lettre, dictée par un zèle imprudent et qui ne servit qu'à irriter le Roi et les ministres contre les condamnés et contre Le Noir; on pensa qu'il était caché dans Paris même, on mit à ses trousses Desgn^z et ses agents, et peu de jours après Le Noir fut envoyé à la Bastille. / LE NOIR. fis DON DURAND A D. BULTEAU. Rome, 15 juin 1683. Le Roi fera une chose louable d'interdire dans son royaume, par la rigueur des châtimenls, cette liberté effrénée qu'on s'y est don- née et qui pourrait continuer à s'accroître et diffamer tous, sans épargner les personnes les plus sacrées. Ainsi, bien que Le Noir, Bordin et Dubois soient à plaindre comme le sont tous les misé- rables, ils serviront néanmoins d'exemple pour retenir les autres dans les bornes du respect et de la modération et charité chré- tiennes. Rome, 27 juin 1683. J'ai eu de la joie que tous les coupables de ces méchants libelles et principalement qui ont trempé dans le plus pernicieux qui a été, à ce qu'on dit, VÉvêque de cour, aient été punis sévèrement; mais il avait couru un bruit qu'un nommé Gerb... en était soupçonné; mais ne le voyant pas entre les condamnés, je me persuade qu'il se sera purgé. On a vu ici, à Farnèse, son manifeste, que je n'ai pu voir; mais M. Diroys m'a dit qu'il n'y avait ni esprit ni jugement. (B. N.) M. BRAYER A M. DE MAZAUGES. A Paris, ce 30 juin 1683. Dimanche dernier, M. Le Noir, théologal de Séez, qu'on cher- chait depuis longtemps, et qu'on accuse d'être auteur de tous les libelles diffamatoires faits contre des personnes ecclésiastiques, fut arrêté sortant de la messe des Minimes. Ce pauvre homme pas- sera mal son temps, car si son disciple a été condamné aux galères, jugez ce que deviendra le maître; il y a plus de six ans qu'on le cherchait à Paris et en province. (Bibl. de Carpentras.) M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. Ce 30 juin 1683. 'attendis hier au soir des nouvelles de M. Robert, et je l'ai attendu encore depuis ce matin jusqu'à cette heure pour savoir si nous travaillerions à la levée du scellé de Le Noir. Je viens d'envoyer chez lui tout présentement, et je vous prie, si vous êtes obligé de 5 60 LE NOIR. sortir de chez vous, qu'on sache où \ous pourrez être, afin que, s'il est nécessaire d'aller à la Bastille, je puisse vous en donner avis aussitôt. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Bourguenon, le !<"■ juillet 1683. Le Roi a été bien aise d'apprendre que Le Noir est enfin arrêté, et S. M. a bien voulu accorder à celui qui vous a aidé à le faire prendre, la grâce de n'aller point aux galères, et il faudra le garder à la Bastille jusqu'au retour de S. M., auquel temps j'expédierai l'ordre nécessaire pour l'envoyer en prison en quelque autre en- droit. (A. N.) M. DE SAINT-POUENGES A LOUVOIS. l^r juillet 1683, à Bourguenon. S. M. m'a commandé de vous mander qu'elle avait eu avis que le sieur Le Noir, théologal de Séez, avait été arrêté à Paris. (A. G.) LOUVOIS A M. DE SAINT-POUENGES. A Strasbourg, le 2 juillet 1683. J'ai vu avec beaucoup de joie que M. Le Noir, théologal de Séez^ ait été arrêté ; le gibet ne perd jamais son droit. (A. G.) M. BRAVER A M. DE MAZAUGES. A Paris, ce 20 juillet 1683. Le sieur Le Noir, théologal de Séez, ne veut point répondre, si l'on ne lui donne un tribunal ecclésiastique libre; cependant on prononça, mercredi dernier, que, sans avoir égard à son déclina- toire, on lui ferait son procès comme à un muet. M. de la Reynie fait ce qu'il peut pour le faire parler, mais on ne voit pas qu'il ob- tienne rien d'un homme qui paraît fort ferme, et qui apparem- ment soutiendra ce pas jusqu'à la fin. Sa vie est fort en danger; on prétend faire revivre contre lui une ordonnance de 1529, qui con- damne à mort ceux qui calomnient les ministres d'État. (BiBL. DE CARPENTRAS.) LE NOIR. 67 M. DE LA REYNIE A M. DELAiMARRE. Ce 1" août 1683. J'oubliai hier au soir de vous écrire que nous devons aller à la Bastille aujourd'hui, 1" août, pour lever les scellés de la cassette d'Alton, et que ce doit être sur les quatre heures; si vous voulez bien vous rendre un peu devant celte heure-là chez M. Robert, vous viendrez à la Bastille avec moi . (B. N.) INTERROGATOIRE DE LE NOIR. Du 27 septembre 1683, à la Bastille. Il persiste en ses protestations, et y ajoute, tant contre M. le procureur du Roi que contre tout le corps du présidial du Châtelel, qu'ils ne peuvent être juges dans cette affaire qui le regarde et M. l'archevêque de Paris et tous les évêques de l'assemblée de 1681, sur le sujet de la protestation qu'il a faite de nullité de leur assemblée, dans laquelle il prétend que les évêques ont des prétentions contraires au service du Roi et aux intérêts de l'Église, auxquels les sieurs du corps du présidial du Châtelet sont aussi pareillement intéressés et engagés de soutenir la cause des évêques contre le Roi et le Pape, pour soutenir celle qu'ils ont eue depuis quelques années contre les intérêts du Roi, et contre l'autorité de ses édits dans la cause qu'ils avaient entreprise contre Petitpied ', curé de Saint-Martial, docteur de Sorbonne et conseiller clerc éta- bli et reçu sous l'autorité des édits du Roi, qui lui donnaient droit de jouir des mêmes privilèges, honneurs, émoluments et préroga- tives, dont les conseillers du Châtelet, laïques, ont accoutumé de jouir, entre lesquels est l'honneur de présider à son tour en l'ab- 1. Nicolas Petitpied , conseiller au Châtelet, docteur en théologie, sous-chantre et chanoine de l'église de Paris; il avait été curé de Saint-Martial. Parmi les con- seillers du Châtelet il y avait un certain nombre d'ecclésiastiques, et ce n'étaient pas les moins instruits ni les moins capables; l'un d'eux, l'abbé Petitpied, avait prétendu, en 1678, lorsqu'il se trouvait le plus ancien présent, soit à l'audience, soit dans la chambre du conseil, faire fonction de président; mais les conseillers laïques s'y opposèrent, soutenant qu'un prêtre ne pouvait pas présider des juges séculiers. La contestation avait traîné en longueur, mais l'assemblée du clergé prit en main la cause de l'abbé, et un arrêt du conseil du 17 mai 1682 reconnut le droit de Petitpied, 68 LE NOIR. sence du doyen dans les audiences, ce que les conseillers du Châ- telet lui ont disputé par les mêmes raisons sur lesquelles l'arche- vêque et autres évêques de l'assemblée disputent à S. M. le droit de présider aux jugements qu'elle voudrait rendre contre les évê- ques criminels de lèse-majesté notoire, et ils disputent au Roi cette autorité, et la liberté même d'avoir recours en cela au Pape en première instance contre les évêques criminels, soutenant qu'en ce cas le Roi ni le Pape n'ont aucune puissance légitime contre les évoques, et sur ce fondement les évêques (comme il paraît par leurs écrits) ont entrepris d'établir en France Une nouvelle Eglise, qui eut assurance de l'assistance du Saint-Esprit, qui n'est promise qu'à l'Église universelle, jusqu'à la fin des siècles, s'attribuant la nouvelle Eglise à elle en particulier dans les sentiments qu'elle a séparés du Roi et du Pape, et contraires aux prétentions de Sa Sainteté et de S. M., l'assistance du Saint-Esprit, sans pouvoir manquer de lumières pour pouvoir former des résolutions, ni de courage pour les faire exécuter; en quoi les évêques semblent me- nacer publiquement et manifestement le Roi et le Pape, comme en effet, en ce qui regarde la personne du Roi, ils ont imprimé, dans une de leurs harangues du clergé, qu'il n'est pas de la prudence de l'Eglise d'entreprendre contre les rois, quand on n'a pas le pouvoir de les réprimer, mais que, quand on croit avoir ce pou- voir, on ne peut lors s'empêcher de les guerroyer. De plus, la nou- velle Eglise s'attribue le droit, en ce cas de discord entre eux avec le Pape et le Roi, et de diversité de sentiments, de dire que les lettres patentes du Roi et les brefs du Pape qui sont donnés pour les punir, sont des plaies faites à l'Eglise, mais qui leur vien- nent du dehors, faisant connaître par là qu'ils prétendent, en ce cas, que le Pape et le Roi sont hors de leur Eglise ; ils disent, de plus, que tous les pères et les enfants légitimes de l'Eglise gémis- sent de ces plaies qui lui sont faites par le Pape et par le Roi, ce qui fait voir manifestement qu'ils prétendent, en ce cas, que le Pape n'est pas père légitime de leur Eglise, que le Roi n'en est point enfant légitime, ni, par conséquent, fils aîné de l'Eglise. Que le Pape et le Roi, en ce cas ou autres semblables, sont déchus de ces qualités, et que le Saint-Esprit leur est comme dévolu à eux seuls, et ainsi se nomment-ils lorsqu'ils disent que les évoques criminels de lèse-majesté n'ont jamais été jugés par des rois, ni à leur re- quête par le Pape en première instance, mais par l'Eglise, ab eccîe- LE NOIR. 69 sia, id est nobis^, dans toutes lesquelles prétentions les sieurs du présidial du Ghâtelct ont intérêt de soutenir la cause de la nou- velle Eglise : 1° parce qu'elle est opposée à l'autorité du Roi qui est en ce point leur partie, et que les sieurs du Châtelet ont été oppo- sés aux volontés du Roi, dans la cause qu'ils ont eue contre M. Pe- tilpied, et qu'ainsi ils n'avaient, par ainsi dire des évêques et du Châtelet, qu'une même partie qui était le Roi, contre l'édit duquel ils ont plaidé en justice ; et 2" parce que les sieurs du Châtelet ont ap- porté, dans leurs écrits, à peu près les mêmes raisons que les évêques dans les leurs. La raison des sieurs du Châtelet pour se défendre de souffrir qu'un conseiller-clerc présidât à leur corps, qui est un corps laïc, était que M. Petitpied était membre naturel d'un autre corps, à savoir celui du clergé, étant clerc, et qu'un clerc comme tel ne peut pas présider un corps laïc. Que la présidence est une fonction parfaite du corps qui ne peut appartenir qu'aux meatbres naturels, qui peuvent porter leurs actions jusqu'à la perfection des fonctions du corps, mais qu'un membre étranger, étant trans- porté dans un corps qui né lui est point naturel, était comme une plante transplantée dans une terre qui lui est contraire, où elle ne peut prendre son accroissement parfait. Que les règles d'un corps laïc sont tout à fait contraires et opposées aux règles natu- relles d'un corps ecclésiastique. Que ces corps ne prennent leurs noms que de leurs têtes ou de leur chef, et qu'un corps laïc pré- sidé par un chef ecclésiastique ne serait plus un corps laïc. Que ce sont des contrariétés naturelles auxquelles les édits du Roi ne peuvent pas suppléer^ comme le Roi ne peut pas réparer les dé- fauts naturels, ni faire par exemple, qu'un aveugle ne soit pas aveu- gle, ou qu'un boiteux ne soit pas boiteux, ni qu'un clerc ne soit pas clerc, et qu'ainsi S. M. ne peut pas, par ses édits, faire qu'un clerc soit capable de présider un corps laïc, ce qui s'oppose avec les évêques qui ont les uns et les autres leurs corps, et certaines règles naturelles et des ordres qu'ils se sont établis à eux-mêmes, au-dessus desquels le Roi ne se peut pas mettre à l'égard des sieurs du Châtelet; ni le Pape uni de sentiments avec le Roi. et à sa 1, En 1657, cette doctrine avait été approuvée par un arrêt du conseil, en vertu duquel les cardinaux et le.- évêques ne pouvaient Cire traduits que devant les juges ecclésiastiques. Il est probable qu'en 1680 le conseil n'aurait pas été aussi favorable aux grands dignitaires de l'Église; mais il avait obéi alors aux ordres de Mazarin, qui ne se souciait guère, en cas de malheur, de tomber entre les mains du par- lement. 70 LE NOIR. prière, ne peut pas se mettre à l'égard des évêques et de leur Eglise nouvelle. Par ces raisons tant des sieurs du Ghâtelet que des évêques, il paraît qu'ils ne croient pas qu'un membre d'un corps étranger puisse présider sur un corps qui uq lui est pas naturel, el qu'ils trouvent qu'il y aurait une incompatibilité naturelle entre le chef et le corps qui ne lui est pas naturel, ce qui retomberait dans la maxime du théologien politique Spinosa, qui dit qu'il serait contre la nature de vouloir faire présider la raison de l'homme à son appétit naturel opposés l'un à l'aulre, et qu'il n'y aurait non plus de justice en cela, que si on voulait faire vivre, par exemple, un chat selon la nature du lion, ce qui serait impossible ou in- juste, parce que leur nature est tout à fait opposée l'un à l'autre. Que le principe naturel de l'appétit de l'homme est de pousser ses actions aussi loin que sa puissance le peut sans autre règle, et ce principe est justement celui de M. l'archevêque de Paris, qu'il a exprimé dans la lettre qu'il écrivit au pape Alexandre, en l'an- née 16S5 *, où, pour exciter le Pape à faire ce qu'il désirait de lui, il établit cette maxime que c'est diminuer une autorité dont on est dépositaire, que de ne l'accroître pas, et ne la porter pas jus- qu'où elle peut aller; il était question des intérêts du Roi contre lesquels et contre ses intentions, M. l'archevêque avait déclaré M. l'évêque de Coutances suspect pour avoir conféré les ordres dans l'archevêché de Paris en l'absence et sans aucun pouvoir de M. le cardinal de Retz, pour lors prisonnier, par l'ordre du Roi, à Vincennes. L'évêque de Coulances prétend qu'en ce cas, il n'avait besoin que de la permission de MM. du chapitre de Notre-Dame de Paris, parce qu'en ce cas, la puissance de Pévêque est dévolue au chapitre ; mais, nonobstant les écrits et raisons du chapitre, l'archevêque crut pouvoir et devoir, pour ses intérêts contraires aux intentions du Roi, déclarer que M. l'évêque de Coutances avait encouru suspens, et par là se faire nommer lui, archevêque, en la place de l'évêque de Coutances, pour assister en l'assemblée géné- rale du clergé de France, où cette contestation ayant été portée, il faut voir ce que l'archevêque dit de l'assemblée dans laquelle il ne fut pas approuvé, et comme tout cela ne se peut voir que dans les écrits qui furent faits de part et d'autre, et qui étaient parmi ses papiers dans ses coures, et qu'ils auraient dû être mis 1. En 1655, le siège archiépiscopal de Paris était occupé par le cardinal de Retz, qui était alors en révolte déclarée contre le Roi et le cardinal Mazarin. ^ LE NOIR. 71 par mémoire dans les liasses qui en ont été faites à la diligence et en la présence du procureur du Roi, le procureur du Roi, pour couvrir tous les faits historiques qui eussent fait connaître les inté- rêts de la nouvelle Eglise opposée aux intérêts du Roi, n'en a fait faire aucune mention, ni requis aucun acte, quoique quelques-uns de ces libelles composés par M. l'archevêque fussent manifeste- ment diffamatoires contre les personnes élevées en dignité, comme sont les évêques de la province de Normandie, dont l'évêque de Coutances, qui est présentement encore vivant et trésorier de la Sainte-Chapelle, était du nombre, et que l'archevêque ne fait pas néanmoins difficulté d'appeler de ce nom ignominieux stercorarius autistes, il laisse la traduction de ces termes à la liberté de ceux qui les voudront traduire, ce qui fait voir de quelle importance il aurait été que le procureur du Roi eût fait faire un mémoire exact des papiers qui lui auraient pu servir pour l'exécution de sa commission, selon les intentions du Roi, s'il n'avait pas préféré en cette occasion les intérêts de l'archevêque, et ceux de tout son corps, contre les intérêts particuliers et personnels qu'il y peut avoir, sur tous lesquels il a à poursuivre ce qu'il a à dire, se con- tentant pour cette fois de faire connaître les raisons particulières qu'il a eues de protester de nullité de la commission accordée au procureur du Roi, et envoyée aux sieurs du Châtelet comme étant juges en cette occasion dans leur propre cause, dans laquelle il ne serait pas juste de vouloir l'obliger de répondre devant eux, n'é- tant pas l'intention du Roi que l'on fasse servir les saintes inten- tions de S. M. à l'injustice et aux intérêts que l'on peut avoir, con- traires h la foi de l'Eglise, à l'autorité du Pape uni de sentiments avec ceux de S. M., contre un particulier qui s'est sacrifié pour leur défense, et partant a déclaré, lui Le Noir, ne pouvoir et ne vouloir prêter serment, outre qu'étant ecclésiastique, il ne peut ni ne veut répondre, sinon qu'il s'appelle Jean Le Noir, prêtre, chanoine et théologal de Séez. 1. En suite de ccUe protestation, qu'il répétait à chacun de ses interrogatoires. Le Noir refusa de répondre aux questions du M. de la Reynie, et l'on fut obligé de lui faire le procès comme à un muet volontaire. 72 LE xNOIU. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 30 novembre 1683. J'ai reçu voire lettre d'hier, et je vous envoie l'ordre pour faire sortir de la Bastille Lamur. (A. N.) Le 7 février 1684, Gilles Dubois ^ prêtre, prisonnier à la Bastille, est décédé à la Bastille, duquel le corps a été inhumé dans le cimetière de l'église Saint-Paul, le 8 dudit mois. N. Goujon. (Arch. de la Ville.) seignelay a m. de la reynie. A Versailles, le 23 février 1684. La veuve Alton ayant présenté au Roi le placet ci-joint, par lequel elle demande permission de communiquer avec son fils pour leurs affaires domestiques, S. M. m'a ordonné de vous écrire qu'elle ne voit pas d'inconvénient à donner à Alton le mémoire ci-joint, concernant ses aflaires domestiques, afin qu'il le réponde, pour donner à sa mère les éclaircissements dont elle a besoin. (A. N.) M. BRAYER A M, DE MAZAUGES. A Paris, le 26 avril 1684. Hier le sieur Le Noir, théologal de Séez, auteur de tant de libelles diffamatoires, fit amende honorable devant Notre-Dame, nu en chemise, la corde au col, je ne sais s'il avait un pourpoint, mais il n'avait point de chausses, car on lui voyait les cuisses ; ce pauvre homme disait tout haut dans le chemin : Vexilla régis, et quand il fut arrrivé devant la porte de Notre-Dame, il cria tout haut : Monstra te esse matrem. Quand on lui voulut faire pro- noncer les paroles de la réparation, il dit que, si c'était une for- malité, il le ferait pour plaire aux juges, mais que, si on prenait cela pour une vérité, qu'il ne le ferait pas, parce que c'était un men- songe, offrant de prouver ce qui était dans ses écrits. Il prononça donc les paroles qu'on lui marqua ; mais disant : C'est une simple 1, C'est l'aumônier de l'Hôtel de Diou de Saint-Denis, correspondant de Du Breuil; il était déjà malade lorsqu'il fut mis à la Bastille. LE NOIR. 73 formalité, car je n'ai rien dit de faux ; ensuite en allant au feu dans lequel on jeta les libelles diffamatoires, il chauffa ses pieds à ce feu, car ils étaient bien morfondus; il avait une grande barbe blanche, un visage fort serein, et qui montrait beaucoup de fer- meté, cependant l'entêtement de cet homme est terrible de vou- loir s'ériger en censeur public. On a raison de réprimer ces sortes de démangeaisons d'écrire, et de calomnier les personnes consti- tuées en dignité ; ensuite de cette amende honorable, on le mit dans un carrosse ; il est condamne aux galères perpétuelles. (BiBL. DE CaRPENTRAS.) M. DE CROISSY A M. DE BESMAUS. A Péronne, le 27 avril 1684. Vous trouverez ci-joint ordre du Roi pour faire sortir Alton de la Bastille, et S. M. m'ordonne de vous écrire que vous empêchiez que Le Noir, qui y est actuellement prisonnier, ait aucune liberté, et qu'il parle à personne. (B. A.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Je vous remercie de la peine que vous avez prise de me faire savoir, par votre lettre du 2o du mois passé, le jugement qui a été rendu contre Le Noir, par lequel il est condamné à faire amende honorable et à servir le Roi sur ses galères sa vie dura»^! ; je ne doute point que S. M. ne donne les ordres nécessaires pour le faire enfermer dans une prison, et qu'elle ne prenne plutôt ce parti que de l'envoyer aux galères; sur quoi il est nécessaire d'attendre ses ordres*. (B. N.) A Toulon, le 4 mai 1684. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. A Versailles, le 18 juin 1684. J'accompagne de ces lignes l'ordre du Roi pour mettre en liberté Bordes. (B. A.) 1. Le jugement rendu par le Cliâtelet était trop rigoureux, et l'on n'osa pas l'exé- cuter; malgré leur irritation contre Le Noir, les ministres se contentèrent de l'envoyer au fort de Saint-Malo. 74 LE NOIK. SEIGNELAY A M. DE SAINTE-MARIE. A Versailles, le 25 juillet 1684. Pour réponse à la lettre que vous m'avez écrite le 16 de ce mois, je dois vous dire que vous pouvez donner à Le Noir la li- berté d'entendre la messe, en observant, au surplus, ce qui vous a été ordonné sur ce sujet. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE GUÉMADEUC. A Chambord, le 26 septembre 1684. Ne vous ayant point fait réponse à votre lettre du 10 de ce mois, parce que le Roi n'avait pas encore donné ses ordres sur ce qui regarde M. Le Noir, j'eslime nécessaire de vous dire que S. M. a fait écrire à M. l'évoque de Saint-Malo de choisir un prêtre de la fidélité duquel il puisse répondre, pour servir de confesseur à Le Noir; et S. M. désire que vous donniez à ce prêtre entrée dans le château, dans les occasions où Le Noir voudra se confesser. Pour des livres, vous ne devez point lui en donner. (A. N.) A Versailles, le 12 janvier 1685. Le Roi a été informé que M. Le Noir a la liberté d'écrire, et que même il a envoyé un placet à Paris, c'est de quoi je vous donne avis, el que S. M. n'aurait pas lieu d'être satisfaite de votre exacti- tude, si vous n'empêchiez que pareille chose n'arrive à l'avenir. (A. M.) A Versailles, le 27 janvier 1685. Le Roi ayant résolu de faire transférer Le Noir au château d Brest, je vous envoie les ordres nécessaires à cet effet, que vous ferez exécuter par un officier de la fidélité duquel vous soyez assuré. (A. N.) SEIGNELAY A M. CHASERON. A Versailles^ le 27 janvier 1685. Le Roi ayant donné des ordres pour faire conduire au château de Brest Le Noir, S. M. m'ordonne d'ajouter, à ce qu'elle vous pres- crit par sa lettre, que vous devez prendre de grandes précautions pour empêcher qu'il n'ait commerce avec qui que ce soit, de vive voix ou par écrit, et qu'il n'ait aucuns livres. (A. N.) LE NOIR. 75: SEIGNELAY A M. DE LA YO(iADE, Du 5 février 1685. Le Roi ayant donné ordre à Brest pour faire conduire Du Breuil au château d'Oléron*, je vous envoie à l'avance l'ordre de S. M., afin que vous lui fassiez préparer une chambre dans laquelle vous puissiez être sûr qu'il ne pourra écrire ni comnouniquer avec qui que ce soit. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE MOLAC. A Versailles, le 6 février 1685. Il y a quatre jours que j'envoyai à Brest les ordres du Roi pour faire transférer Du Breuil au château de Nantes, et S. M. ayant de- puis changé de résolution, elle m'ordonne devons adresser ses or- dres pour le faire conduire dans l'île d'Oléron; en cas qu'il y ait été amené, vous prendrez la peine de me renvoyer ces ordres qui seront inutiles, en ayant envoyé de semblables à Brest, en vertu desquels il sera conduit à Oléron s'il se trouvait encore à Brest, (A. N.) SEIGiNELAï A M. DE GUEMADEUC. A Versailles, le 12 février 1685. J'ai rendu compte au Roi de l'avis que vous m'avez donné de la mort d'Allory. S. M. approuve que vous disposiez, en faveur de ceux qui ont pris soin de lui, de la somme de 100 liv. que vous aviez pour son entrelien. (A.N.) SKIGNELAY A M. DE CiNÏRÉ. A Versailles, le 7 mars 1685. Pour réponse à ce que vous m'écrivez au sujet de Le Noir, le Roi ne veut pas qu'il ait aucun commerce avec qui que ce soit, de vive voix ou par écrit, et S. M. m'ordonne de vous dire que s'il arrive quelque chose de contraire à cela, soit par les gens qui le serviront ou autrement, elle s'en prendra à vous. S. INL veut bien qu'il entende la messe les fêtes et dimanches, et qu'il fasse ses dévotions lorsqu'il le demandera, mais vous devez choisir un 1. L'île d'Oléron est à quelque distance de Marenne, sur la côte de Bretagne. 76 DU BREUIL. prêtre pour lui dire la messe et lui administrer les sacrements, du- quel vous soyez sur et dont vous puissiez répondre, et empêcher qu'il n'ait aucune conférence avec eux que lorsqu'il voudra se con- fesser. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE CHASERON. A Versailles^ le 14 mars 1685. Le Roi veut bien que vous laissiez entendre la messe à Le Noir, les fêtes et dimanches, mais il ne doit avoir commerce avec les officiers ni autres personnes, ainsi que le portent les ordres que vous avez reçus sur cela. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA VOGADE. A Versailles, le 16 mai 1685. Le Roi veut bien que le sieur Du Breuil dise ou entende la messe les jours de fêtes et dimanches, mais il faut que vous vous assuriez de la fidélité du prêtre qui pourra dire la messe ou de celui qui répondra alors qu'il la dira. (A. N.) seignelay a m. de janvelle des bauries, lieutenant de roi d'angoulème. Le 30 mai 1085. Le Roi paiera la nourriture de Bordin à 20 sols par jour, vous pouvez le régler sur ce prix. A l'égard de la messe, le roi veul bien qu'il l'entende les fêtes et dimanches, mais il faut que vous vous assuriez de la fidélité du prêtre et de celui qui répondra àla messe. (A. N.) SEIGNELAY AU LIEUTENANT DE ROI DE LOCHES. S avril 1686. Le Roi vous fera payer la nourriture de Valricher à raison de 30 sols par jour. Vous pouvez lui donner un confesseur et un médecin, pourvu que ce soient des gens dont vous soyez sûr et qu'ils n'aient avec lui aucun autre commerce que celui de l'entendre en confession, et lui ordonner les remèdes dont il peut avoir besoin. (B. N.) DU BREUIL. 77 SEIGNELAY A M. DF LA REYNIE . 18 décembre 1686. Je VOUS envoie un placet présenté à S. M. par Claude Lenoble, condamné au bannissement pour avoir gardé deux cassettes de li- belles appartenant à Le Noir; il marque par ce placet que la con- damnation est intervenue avant que Le Noir fût arrêté, et que, ne l'ayant point chargé par son interrogatoire, il aurait eu sujet d'es- pérer une condamnation moins sévère, si son procès n'avait été jugé qu'avec celui de Le Noir; sur quoi S. M. m'ordonne de vous écrire pour savoir si vous estimez que cet homme mérite quelque considération dans la demande qu'il fait. (A. N.) LOUVOIS A CROISSY. Versailles, ce 19 janvier 1689. Le Roi me commande de vous faire souvenir de prendre son or- dre pour renvoyer dans une autre place que Brest Le Noir qui y est prisonnier (A. G.) SEIGNELAY A M. DE JANVELLE DES BAURIES. 26 aVril 1689. Le Roi trouve bon que l'entretien de Bordin soit payé sur le pied de 100 liv, par an. Je vous enverrai au premier jour une ordon- nance par année. (B. N.) LE ROI A M. DE LA VOGADE. Estimant à propos de faire retirer de la citadelle d'Oléron le père Du Breuil qui y est par mes ordres, afin de le faire conduire au fort de Brescou *, je vous fais cette lettre pour vous dire de le remettre à celui qui vous la rendra. (B. N.) Versailles, le 17 juillet 1690. PONTCHARTRAIN A M. DE RY. 10 février 1695. Le Roi envoie au château de Saumur trois prisonniers qui étaient à Loches, sachant que vous avez des chambres commodes pour les y tenir, et que vous en prendrez soin. 1. C'est un fort situé dans une lie de la Méditerranée, dans le voisinage d'Agde. 7s vai.rk;hi;r. M. de Valricher doit y demeurer le reste de ses jours, et vous lui permettrez de lire les livres qu'il voudra, mais non d'écrire, parce qu'il a une doctrine suspecte. Vous pouvez aussi lui donner la liberté de se promener dans le château, en vous assurant de sa personne. Le Roi payant 30 sols par jour à Loches tant pour sa nourriture que pour son entrelien, vous aurez la même chose ; usez-en avec charité. (A. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE LA VOGADE. 9 novembre 1695. Le père Du Breuil, curé de Saint-Ouen de Rouen, fut transféré en 1685 de Nantes en l'île d'Oléron; je vous prie de me mander s'il y est encore et qui a soin de payer sa pension'. LE MÊME A M. DE MOLAC. Même date. M. Le Noir, ci-devant théologal de Séez, qui était au château de Brest, fut transféré à Nantes en février 1689, je vous prie de pren- dre la peine de me mander s'il y est encore, et qui a soin de payer sa pension, (A.N.) LE MÊME A M. DE LA REYNIE. 11 mai 1696. Je ne puis rendre compte au Roi du placet de Valricher, pri- sonnier au château de Saumur, qui demande permission de dire la messe, à moins que je ne sache à quoi il avait été condamné; je vous prie de prendre la peine de me le mander, et quel était son crime. (A. N.) MÉMOIRE DES PRISONNIERS d'aNGOULÊME EN 1697. Bordin, condamné aux galères pour distribution de libelles, envoyé à Saumur en 1683 ; il était compagnon du fameux Le Noir, théologal de Séez. Apostille de M. Desgranges. M. de Bernage dit qu'il s'est bien conduit et qu'il travaille à l'in- struction des nouveaux catholiques qui sont dans le château, qu'il 1. Le P. Du Breuil avait été relégué à Alais, dans les Cévennes, où il mourut au mois de septembre 1696, âgé de quatre-vingt-trois ans passés. VAI.RICHEU. 70 croit qu'on pourrait lui donner la ville pour prison, avec 250 liv. pour sa subsistance. L'évêque dit que, si le roi lui fait grâce, il pourra être utile, et qu'il n'en a ouï dire que du bien, mais qu'il ne veut pas répondre de lui, ne le connaissant pas particulière- ment. IDEM DE SAUMUR EN 1700. Valricher. prêtre, fut arrêté en 1680, et mis à la Bastille pour l'affaire du théologal de Séez et de Bordin. M. de La Reynie dit qu'il n'avait pas tant d'esprit qu'eux, mais qu'il était beaucoup plus fol, et qu'il était nécessaire de le tenir enfermé. En 1695 il fut envoyé à Sauraur pour décharger la Bastille. Apostille de M. Desgranges . Est réduit en enfance; il faudrait le mettre en quelque lieu oi!i on eût soin de lui : il reste souvent couché dans son ordure au mi- lieu de sa chambre. Apostille de Pontchartrain. Dans quelque hôpital. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE MIROSMÉNIL. A Versaille-, 16 juin 1700. A l'égard de Valricher qui est au château de Saumur, S. M. veut bien le faire mettre dans quelque hôpital, et y payer sa pension; prenez la peine de voir où il conviendra de le placer et de me le mander. (B. N.) Versailles, 28 juin 1700. Suivant l'avis que vous me donnez par votre lettre du 25 de ce mois, je vous envoie ordre pour faire recevoir à Thôpital de Tours Valricher, prêtre. Sa pension sera payée par le Roi sur le pied dont vous conviendrez; prenez la peine de me le mander. (A. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNAGE. 16 juin 1700. Le Roi veut bien que Bordin soit mis en liberté, à condition de rester à Angoulême où S, M. lui fera donner 2o0 liv. pour sa sub- sistance, ainsi que vous le proposez; c'est une grâce très-singu- 80 GERBERON. Hère qui doit bien l'exciter au repentir de ses fautes passées, et à les réparer par une conduite sage et édifiante, à quoi S. M. veut que vous ayez attention. (B. N,) PONTCHARTRAIN A l'ÉVÊQUE DU MANS. 10 avril 1703. Bordin, prêtre, qui avait été condamné aux galères pour libelles par lui faits contre feu M. l'archevêque de Paris, fut enfermé, il y a 18 ans, au château d'Angoulême pour le reste de ses jours; il en est cependant sorti depuis quelques années à cause de ses infirmités, à condition de demeurer dans la ville d'Angoulême, où S. M. a la charité de lui donner 300 liv. pour sa subsistance. Il demande au- jourd'hui, à cause de ses mêmes indispositions, à se retirer dans tel lieu de votre diocèse que vous jugerez à propos. S. M. m'a ordonné de savoir de vous si vous le voulez bien, et si vous vous chargez de sa conduite. (A. N.) DOM CORDIER A DOM RUINART. 10 janvier 1707. Vous savez que dom G. Gerberon est transféré à Vincennes, comme il était expressément marqué dans les lettres de M. de Torcy à M. l'intendant; il est parti sans aucune peine, avec toute la constance et la résignation possibles, et a d'abord dit et d'un air agréable à la première nouvelle qu'il lui était indifférent de mourir à Vincennes ou à Amiens. On ne croit pas qu'il soit si bien qu'il était; chacun, dans Amiens, prend toute la part possible à cette translation'. (B. N.) MEMOIRE SUR LES PRISONNIERS DE VINCENNES. Gabriel Gerberon, âgé de 80 ans, originaire de Saint-Calais, dans le duché de Vendôme. Accusé de jansénisme. Son grand âge et la rigueur de l'hiver l'avaient affaibli, mais il a repris une partie de ses forces qu'il con- 1. Gerberon avait trouvé dans les Pays-Bas un asile inviolable durant le règne de Charles II; mais lorsque Philippe V fut devenu roi d'Espagne, il fit arrêter Gerberon le 30 mars 1703, à Bruxelles; on le transféra dans la citadelle d'Amiens, et il fut mis ensuite h Vincennes. SÉGO.NZAC. 81 serve par le secours de deux ou trois bouteilles de vin qu'il boit tous les jours. Apostille de M. Desgranges. M. d'Argenson ne dit rien sur ce qu'on pourrait déterminer à l'égard de ce prisonnier. PONTCHARTRAIN A M. DE LAUNAY, A VINCENNES. A Versailles, le l^r avril 1710. M. le cardinal de Noailles doit envoyer à Vincennes un de ses grands vicaires, pour recevoir la déclaration du père Gerberon, concernant sa doctrine ; le Roi souhaite que vous l'y laissiez entrer pour cela autant de l'ois qu'il sera nécessaire '. (B. N.) SEGONZAC^; MEZANGE^ Faux. NOTE AUTOGRAPHE DE M. DE LA REYNIE. Mésange, prisonnier à la Bastille, fut arrêté avec Ségonzac •*, mousquetaire, parce qu'on le crut être valet et instruit des affaires de Ségonzac, mais on a reconnu depuis qu'on s'était mépris, et que ce Mésange est le garçon d'un marchand de vin qui n'a rela- tion ni commerce avec le même Ségonzac. Un ordre du Roi pour le mettre en liberté. (B. N.) 1. Le P. Gerberon avait sans doute reconnu ses erreurs; on le rendit aux supé- rieurs de l'ordre, qui le gardèrent à l'abbaye de Saint-Denis, où il mourut l'annexe suivante, à quatre-vingt-deux ans. 2. Ordre d'entrée commun du 25 j:\nvier 1675. 3. Ordre de sortie du 12 août 1G75. k. Il paraît que Ségonzac avait fait un faux pour toucher de l'argent au trésor royal. Voici son acte de décès trouvé dans les archives de la ville de l'aiis : Le 17 septembre 1676^ Dumont de Ségonzac est décédé au château de la Bastille, à midi, duquel le corps a été inhumé dans le cimetière de l'église Saint-Paul, le 18 du mois. Grevier, prêtre indigne. — L. Jullien. G 82 DE MEUTAUD. DE LA ROQUEFONTIEZ*; BITAUD DE BLEOR^; DE LIEUTAUD3. Discipline. ORDRES DU ROI. S. M. étant mal satisfaite de la conduite du chevalier de Lieu- taud, commandant les deux barques longues* de S. M., armées en guerre au port de Toulon, et qui servent à présent sur les côtes de Languedoc et de Catalogne , S. M. ordonne à de Tivas, commandant l'une des barques, de passer sur le bord de Lieutaud, et, lorsqu'il y sera, de l'arrêter en vertu du présent ordre et de le remettre es mains de l'officier qui lui sera envoyé par M. d'Aguesseau, pour le conduire en lieu de sûreté. Mons Arnoul, la mauvaise conduite que le chevalier de Lieu- taud a tenue au sujet de la prise qu'il a faite d'un vaisseau étran- ger sur lequel il y avait plusieurs Espagnols, et qu'il a relâché de son propre mouvement, m'ayant fait prendre la résolution de le faire arrêter, j'ai en même temps donné ordre à M. d'Aguesseau, intendant de Languedoc, de le faire conduire à Toulon, et comme je désire être plus particulièrement éclairci des motifs pour les- quels le chevalier a relâché le vaisseau, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est, aussitôt qu'il sera arrivé à 1. Ordres d'entrée du 24 mars et de sortie du 30 juillet 1675. — Il avait été nommé capitaine de vaisseau le 5 mars 1GG6, et il fut cassé le 3 août 1675. 2. Ordres d'entrée du 26 mars et de sortie du 30 juillet 1675. — Nommé capi- taine de vaisseau le 20 février 1666, il fut cassé le 3 avril 1675. 3. Ordres d'entrée du 27 juillet et de sortie du 12 août 1675. Ordres contre-signes Colbert. Un des premiers soucis de Colbert, lorsqu'il prit en main l'administration de la marine, fut la réforme des abus; il eut beaucoup à faire. Les officiers, mal payés jusqu'alors et qui souvent avaient acheté leurs grades, cherchaient par tous les moyens à rentrer dans leurs avances. En 1669, Colbert édicta une ordonnance qui fut désormais le code de la marine ; lorsqu'il s'agit de la faire exécuter la résistance des officiers fut diflicile à vaincre. On prit le parti de faire un exemple, en mettant les plus récalcitrants à la Bastille; la leçon fut efficace, et le corps de la marine devint dès lors, le point d'honneur aidant, le modèle de toute l'Europe. /j. La barque longue est une embarcation sans pont et basse de bord, qui marche à la voile et à la rame; on s'en servait dans la Méditerranée pour surveiller les côtes et empêcher les pirates de faire des descentes à terre. > LA ROQUEFONTIEZ. 83 Toulon, vous le fassiez conduire à la grande tour du port, qu'en- suite vous l'interrogiez sur le relâchement du vaisseau, et les cir- constances du fait, et que vous m'envoyiez son interrogatoire ; après quoi je vous ferai savoir plus particulièrement mon intention à cet égard. Au camp, près de Viset, le 12 juin 1675. Du 3 août 1675. S, M. ayant été informée que de la Roquefontiez, capitaine de marine, n'a fait aucun rapport ni déclaration , à son arrivée aux îles de l'Amérique, ni à son retour dans les ports du royaume, de la prise qu'il a faite, vers les Açores, d'un vaisseau espagnol nommé la Notre-Dame-de-Begogne, lorsqu'il commandait le vais- seau le Hardy, et S. M. voulant que les capitaines commandant ses vaisseaux de guerre qui se dispenseront, sous quelque prétexte que ce puisse être, de l'exécution des ordonnances et règlements donnés sur le fait de la marine soient punis, S. M. l'a cassé de la charge de capitaine de marine, lui faisant défenses d'en prendre à l'avenir le titre et qualité, et à tous officiers de marine et autres de le reconnaître. Enjoint à M. Du Seuil, intendant de la marine, à Brest, de le rayer sur les listes et, au surplus, de tenir la main à l'exécution du présent ordre. Du 4 août 1675. S. M. ayant été informée qu'encore qu'il soit fait des défenses très-expresses par son ordonnance du 18 août 1669, à tous capi- taines et autres officiers commandant ses vaisseaux de guerre, de prendre ni recevoir sur leurs bords aucunes marchandises pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse ôtre, Bitaud de Bléor, capitaine de marine, a rapporté sur son bord plusieurs barriques de sucre et autres marchandises à son retour des îles de l'Amérique, et voulant qu'il soit fait une punition exemplaire à une contravention si préjudiciable au bien de son service et au commerce des pays, S. M. a cassé Bitaud de Bléor de la charge de capitaine, lui fait défenses d'en prendre à l'avenir le titre et qua- lité, et à tous officiers de marine de le reconnaître. Enjoint à de Vauvré, commissaire général de la marine au Havre de Grâce, de le rayer sur les listes, et, au surplus, de tenir la main à le'xé- cution du présent ordre. (A. M.) 84 DE BLEOR. COLBERT A M. DE VAUVRÉ. Versailles, 6 août 1675. Vous trouverez ci-joint l'ordre du roi pour casser M. Bitaud de Bléor et le rayer sur les listes; ne manquez pas de tenir soigneu- sement la main à l'exécution de cet ordre. (A. M.) SEIGNELAY AU COMTE DE SCHOMBERG. A Versailles, le 16 août 1675. J'ai reçu la lettre que vous avez bien voulu m'écrire, le 31 du mois passé ; j'ai rendu compte au roi du témoignage avantageux que vous rendez de la conduite que le chevalier de Lieutaud a tenue pendant qu'il a commandé les barques qui sont sur les côtes de Roussillon, et en môme temps S. M. m'a ordonné de le faire sortir de la Bastille où il avait été mis, et de continuer à le faire servir dans la marine. (A. M.) COLBERT A M. DE RDVIGNY. A Saint-Germain, le 4 décembre 1875. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 25 du mois passé; il est vrai que le sieur de la Roquefontiez, ci-de- vant capitaine de marine, a été cassé, et comme le roi ne le veut pas rétablir, il sera bon que vous empêchiez, autant qu'il vous sera possible, que le roi d'Angleterre n'écrive en sa faveur. (A. M.) BITAUD DE BLEOR A SEIGNELAY, A PARIS. Ce 8 avril 1677. Je viens d'apprendre par M. de Cavoie les soins que vous vous êtes donnés pour obtenir ûu roi mon rétablissement. Je ne sais comment vous en témoigner la reconnaissance telle que je la res- sens, sachant que vous ne vous êtes pas voulu contenter de me donner simplement la vie en me tirant du désespoir, où j'étois près de tomber, de me voir inutile et abandonné dans un temps où un chacun travaille à son élévation et à sa gloire, mais aussi que vous avez voulu y ajouter des marques de votre protection par vos manières obligeantes dont vous vous êtes servi auprès du roi en ma faveur; c'est ce qui rend ma joie parfaite, n'ayant jamais rien désiré au monde avec plus de passion que de pouvoir m'at- PERROT. 85 tirer votre estime, et, quoique vous ayez bien voulu prévenir mes services, j'espère que vous me ferez naître les occasions de la pou- voir mériter, et que de toutes les personnes qui vous sont le plus obligées, vous ne trouverez jamais de créature qui vous soit et plus fidèle et plus soumise que je le serai toute ma vie *. (D. N.) PERROT Insubordination. M. DE FRONTENAC ^ A SEIGNELAY. Je vous ai donné avis, par Boston, de l'étrange insulte que M. Perrot* avait faite au lieutenant de mos gardes, pour avoir arrêté M. Carion, qui était autrefois lieutenant, et lequel en avait fait une autre à un sergent envoyé chez lui par le juge du lieu, peu de jours après la publication de la dernière ordonnance du Roi contre les coureurs de bois ^, pour en arrêter deux qui s'y étaient réfugiés, et je me donnai l'honneur de vous écrire que cette injure 1. Cet officier avait été rétabli sur les états de la mariue le 6 avril 1G77, mais ce n'était pas pour longtemps, il fut rayé en 1678. 2. Ordres d'entrée du 1, et de sortie du 13 mai 1675. Contre-signes Colbert. Perrot, ancien capitaine au régiment d'Auvergne, gouverneur de Montréal du 20 avril 1670 à 1684, nommé commandant de l'Acadie le 10 avril 168/i, mort dans la traversée, en 1687, lorsqu'il repassait en France. 3. Louis dé Buade Palluau, comte de Frontenac, maréchal de camp, gouverneur général de la Nouvelle-France, mort le 28 novembre 1698. C'était le fils d'un maître d'iiôtel du Roi. « Il avait beaucoup d'esprit, dit Saint-Simon, et mourut parfaite- ment ruiné. » Ajoutons qu'il avait laissé en France sa femme, dont il est souvent question dans les lettres de madame de Sévigné, sous le sobriquet de Divine. h- Le Roi avait donné an séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, l'île de Montréal en toute propriété. M. de Bretonvilliers, supérieur du séminaire, confia, le 20 avril 1670, le gouvernement de l'île à M. Perrot, ancien capitaine au régiment d'Auver- gne. L'intendant de la colonie, M. Talon, dont il avait épousé la nièce, lui fit donner l'investiture royale. Après avoir été, en 168/), commandant de l'Acadie, province du Canada, M. Perrot fut rappelé en 1687, et mourut dans la traversée. 5. Colbert avait établi au Canada une compagnie à laquelle était attribué le monopole du commercp, elle avait des foires et des marchés spéciaux où les sau- vages apportaient volontiers les fourrures et les peaux de castor, aussi les inté- ressés firent d'abord d'excellentes affaires, tout en traitant les natifs avec une probité relative et en donnant un prix rémunérateur de leurs marchandises. Cette mesure froissait les intérêts des petits colons, qui faisaient auparavant ce commerce eux-mêmes ; ils le continuèrent malgré les défenses. Sous prétexte de chasse, ils allaient dans les bois au-devant des sauvages, achetaient leurs peaux, et ne se gênaient pas pour les dépouiller quand ils étaient ivres d'eau-de-vie, et s'ils venaient 86 PERROT. sans exemple, et la protection ouverte que M. Perrot donnait dans son gouvernement, et dans son île, à ces sortes de gens, m'avait obligé de le faire arrêter prisonnier, de mettre son affaire au con- seil et d'y nommer des commissaires qui allassent sur les lieux informer de toutes choses. Je vous rendais compte aussi qu'il n'avait pas voulu d'abord les reconnaître pour juges, et qu'à la fin, il s'était résolu de répondre avec des protestations si injurieuses pour eux et pour moi, qu'il faut les lire pour les croire. Depuis ce temps, l'impossibilité des communications pendant l'hiver ayant empêché les commissaires de pouvoir monter à Montréal * devant la fin d'avril, les procé- dures en ont été plus longues, et les nouveaux incidents que M. Perrot a fait faire dans cette affaire les ont multipliées presque à l'infini. Cependant, j'ai fait poursuivre les coureurs de bois à toute ou- trance, qui, se trouvant dénués de la protection qu'ils avaient par l'emprisonnement que j'ai aussi fait faire de M. de Brusey, princi- pal correspondant de M. Perrot, dans l'île duquel il a bonne habi- tation, et duquel il a élé lieutenant, s'étaient enfuis jusqu'à 200 lieues au-dessus de Montréal; mais cela n'a pas empêché que je ne les y aie envoyé chercher, et qu'après avoir fait attraper celui qui avait été l'auteur du premier désordre arrivé à Montréal, chez M. Carion, et l'avoir fait pendre par arrêt du conseil, en conséquence des ordres que je reçus l'année passée, tous les autres n'aient été tellement intimidés de cet exemple, qu'ils ont cru n'avoir plus de parti à prendre que celui de changer et se venir rendre à ma merci, comme je le leur avais fait proposer. Ils y sont venus au nombre de plus de trente, et comme j'ai vu cette soumission et leur repentir, j'ai cru qu'il ne fallait pas ré- pandre davantage de sang, et que vous ne trouveriez pas mauvais que je l'épargnasse pour le bien de la colonie, et que je les con- damnasse seulement à des amendes et à prendre des habitations. Ainsi, ce désordre qui était si grand, auquel on croyait qu'il était presque impossible de remédier, et dont vous aviez raison à les rencontrer en trop petit nombre pour se défendre, ils les volaient à main armée. Ils vendaient leur butin à des contrebandiers et, à leur défaut, aux mar- chands anglais. Les officiers eux-mêmes, séduits par l'énorraité du gain, entraient en société avec ces coureurs de bois. 1 . Montréal était la capitale du Bas-Canada. Elle est située dans une île du fleuve Saint-Laurent, sur la côte méridionale de l'île, à cinquante lieues de Québec. PERROT. 87 d'appréhender si fort les suites, a été apaisé quatre ou cinq mois après que MM. Perrot et de Brusey ont été arrêtés, vous pouvant assurer avec certitude qu'il n'y a plus que cinq coureurs de bois dans le Canada, dont il y en a trois qui étaient soldats de la garnison de M. Perrot, et qu'il a laissés et fait déserter sans m'en avertir, de peur que je ne les châtiasse, et un autre fermier de l'habitation qu'il a dans l'île qui porte son nom, par où vous connaîtrez si j'ai eu raison ou non de le retenir prisonnier. Je n'ai pu venir à bout de cette entreprise sans quelque fermeté et de la dépense; mais je sacrifierai toujours mon bien et ma vie même, quand il sera nécessaire, pour exécuter les ordres de S. M. et les vôtres. Je dois vous dire que j'ai obligation aux soins que M. de la Nouguere, que j'ai mis commandant à Montréal, en l'ab- sence de M. Perrot, a pris et prend tous les jours pour l'observa- tion des ordres du Roi et des miens, dans un lieu d'où provenait toute la source du mal, et comme aussi à M. de Verchères, en- seigne, qui a fait cette expédition à 200 lieues de Montréal, s'en étant l'un et l'autre acquittés d'une manière qui mérite assuré- ment quelque récompense, lorsque le Roi voudra songer à ce pays. Cela ne leur a pas attiré, non plus qu'à moi, l'affection de beau- coup de gens ; mais quand j'ai entrepris la chose, je m'y suis attendu et n'ai point craint de m'exposer à tout ce qui pourrait arriver, pourvu que j'exécutasse les ordres qu'il me paraissait que S. M. avait si fort à cœur, dans la confiance que j'ai eue en l'honneur de sa protection. Il est vrai que, si elle me manquait, je serais en butte à beaucoup de mauvais offices qu'on essaiera de me rendre, puisque, de la fa- çon que je connais les cabales et les menaces qui se font ici, je dois m'attendre qu'on dira contre moi tout ce que la plus noire et la plus artificieuse calomnie pourra inventer. Mais je ne demande point d'autre grâce que celle devons souve- nir de tout ce qu'on a fait et dit autrefois contre les autres gouver- neurs qui m'ont précédé, de ce que les ecclésiastiques ont été et sont capables de faire en ce pays, leur crédit, leurs directions et leurs autres moyens souterrains, et ne me condamnant pas sans m'entendre, de trouver bon que le secrétaire que je vous dépêche vous éclaircisse de tout ce qu'on pourra avancer contre moi, et vous donne une pleine et entière connaissance de l'état du pays et 88 PEU BOT. de la conduite de ceux qui y font la plus considérable figure, les- quels n'ont point changé d'esprit ni de sentiments depuis tout ce que M. Talon vous en a pu apprendre. Il semble que ce soit une fatalité pour tous les gouverneurs d'avoir de semblables démêlés, et vous me fites l'honneur de me dire, en prenant congé de vous, que je serais bien heureux si je m'en exemptais. J'ai néanmoins fait humainement tout ce que j'ai pu pour les éviter : à l'égard de M. Perrot, je ne voulus point vous mander, l'année passée, mille algarades qu'il me fit, et qu'un autre que moi, dans la place où je suis, n'aurait pas souffertes si patiemment. S'il vous plaît de vous informer de son humeur et de sa conduite, vous apprendrez facilement ses emportements et la manière dont il s'est gouverné partout où il a été, et môme à l'égard de son oncle à Lisbonne, dont M. de Saint-Romain fut témoin. M. de Courcelles ' vous pourra aussi dire les plaintes qu'il a eues contre lui quand il était en ce pays, et ce qu'il a été obligé d'en souflrir. Pour moi, l'alliance dans laquelle nous sommes à cause de ma femme, la considération de son oncle, et l'espérance qu'il profite- rait des remontrances que je lui faisais et changerait de façon de faire à l'égard des coureurs de bois, me fît, il y a un an, mettre tout sous les pieds, et faire toutes les avances pour le faire rentrer en lui-même parle moyen de ses amis. Si l'injure que j'en ai reçue cette année avait été de la même nature des autres, et que l'auto- rité du Roi n'y eût pas été blessée, j'en aurais usé de même, mais il n'y avait pas de moyen de la dissimuler, à moins que de s'expo- ser au dernier mépris, et de laisser les ordres du Roi sans exé- cution. Vous verrez, dans toutes les pièces du procès que je vous envoie, qu'il y a quatre chefs dont il ne peut se disculper. Le premier, d'avoir emprisonné le lieutenant de mes gardes ayant son bâton de commandement ù la main, et venant d'exécu- ter les ordres que je lui avais donnes, en conséquence de ceux que j'avais reçus de S. M., de lui avoir j(4é au nez la lettre qu'il lui présentait de ma part, en lui disant qu'il la rapportât à son maître, et qu'il lui apprît une autre fois mieux son métier, et d'avoir mis en prison M. Leber, le plus considérable des négociants de Mont- 1. Daniel de Rémi, seigneur de Courcelles, avait été nommé gouverneur de la Nouvelle-France en 1665j il venait d'être rappelé en 1672. PERROT. 89 réal, pour avoir signé le procès-verbal que mon lieutenant avait dressé de tout ce qui s'était passé. Le second, d'avoir donné une protection ouverte aux coureurs de bois, et souffert que d'autres, principalement M, de Brusey, leur en donnassent, à Montréal et dans l'étendue de l'île qui porte son nom, d'avoir donné des congés aux habitants de Montréal et des lieux circonvoisins, pour aller à la chasse ou plutôt à la traite, contre les ordonnances du Roi et les miennes publiées en consé- quence dès le mois de septembre 1672, d'avoir forcé quelques-uns qui en avaient de moi, de les lui remettre entre les mains, et leur en avoir offert et donné des siennes à la place. Le troisième, d'avoir souffert que toute la garnison ait générale- ment déserté sans m'en avertir et sans se mettre en peine de faire rattraper ses soldats après des vols manifestes qu'ils avaient faits, qu'il s'était chargé lui-môme de payer par des billets qu'il en avait donnés de sa main, dans l'espérance d'en retirer son argent avec usure, par la permission qu'il leur donnait d'aller dans les bois, ne les employant presque qu'à cet usage. Et le quatrième, d'avoir maltraité et mis aux fers avec beaucoup d'inhumanité des personnes, pour leur avoir dit seulement qu'ils se plaindraient à moi de ce qu'ils les avaient battus et maltraités. Il ne s'est défendu de tout cela que par des injures qu'il a dites contre moi et contre la plupart des conseillers du conseil, par des lettres offensantes qu'il m'a écrites, par des requêtes de récusation et de prise à partie, etc. Je fais repasser M. Perrot en France. (B. N.) M. PERROT AU ROI. Perrot, gouverneur de l'île et ville de Montréal, remontre très- humblement à V. M, , qu'ayant été pourvu de sa charge par ses lettres patentes du 14 mars 1671, il s'y est toujours comporté avec ' toute la fidélité d'un sujet très-soumis et très-zélé pour son service, et de telle manière qu'il ne croit pas avoir rien oublié dans la fonc- tion de sa charge qui lui puisse être imputé; néanmoins, M. de Frontenac, gouverneur de Québec et lieutenant-général de la Nouvelle-France, se serait avisé, pour prétexter son animosité par- ticulière, de lui susciter une accusation capitale pour prétendue désobéissance aux ordres de V. M.; mais, comme ce n'est qu'une 90 PERROÏ. couleur empruntée pour déguiser une affaire particulière et mêler l'autorité de V. M. avec ses intérêts, le suppliant, qui doit par toutes sortes de moyens se disculper d'une faute aussi grave que serait celle qu'on lui veut malicieusement imposer, a recours aux bontés ordinaires de V. M. el à sa justice, pour lui faire connaître que, dans toute l'affaire qui a donné lieu aux vexations qu'il a éprouvées pendant une étroite prison de dix mois, il n'y a que le nom de V. M. qui le soutienne, et que, s'il lui plaît de la vouloir approfondir, elle y verra des duretés et des calomnies punissables. A ces causes, Sire, attendu que la procédure a duré pendant dix mois, que la discussion en sera longue, et que la justification du suppliant dépend d'un examen exact des charges par lesquelles il prend droit, sauf reproches et sauf ses récusations, il plaise à V. M. nommer des commissaires pour procéder à la visite dudit procès et être par eux fait rapport à V. M., et par elle ordonné des répa- rations proportionnées aux injures que le suppliant a reçues de M. de Frontenac en sa personne, et pourvu aux dommages soufferts en ses biens, et il priera Dieu pour la prospérité et la santé de V. M. (B. N.) LE ROI A M. DE FRONTENAC. A Versailles, le 22 avril 1675. J'ai VU et examiné avec soin tout ce que vous avez envoyé con- cernant tout ce qui s'est passé à l'égard du sieur Perrot, gouverneur à Montréal, et, après avoir même vu tous les mémoires qu'il a donnés pour sa défense, j'ai condamné l'action qu'il a faite d'avoir donné un sergent et un soldat à l'officier de vos gardes que vous aviez envoyé à Montréal, et pour l'en punir, je l'ai fait mettre dans la Bastille pour quelque temps, en sorte qu'en retournant en ce pays-là, non-seulement cette punition le rendra plus circonspect sur ce qui concerne son devoir, mais qu'il servira encore d'exemple pour contenir les autres. Mais pour vous instruire de mes sentiments, après avoir donné satisfaction fi mon autorité qui a été violée en votre personne, je vous dirai que, sans une nécessité absolue, vous ne devez point faire exécuter ces ordres dans l'étendue d'un gouvernement parti- culier sans en avoir donné part au gouverneur, et la punition de dix mois de prison que vous lui avez fait souffrir m'a paru assez grande pour la faute qu'il avait faite ; c'est pourquoi je ne lui ai fait PERROT. 9f souffrir la prison de la Bastille que pour réparer publiquement le violement de mon autorité. Une autre fois, j'estime qu'en faute pareille, en cas qu'il en arrive, vous devez vous contenter des sa- tisfactions qui vous seront offertes, ou par quelques mois de pri- son ; ou me renvoyer l'aflaire pour la décider, en faisant repasser en France l'officier qui aura manqué, la prison de dix mois étant un peu trop rigoureuse. (A. M.) COLBERT A M. DE FRONTENAC. A Paris, le 13 mai 1675. A l'égard de M. Perrot, comme les dix mois de prison qu'il a soufferts, et celle de trois semaines dans la Bastille, doi- vent suffire pour expier la faute qu'il a faite, et que d'ailleurs il est parent et allié de personnes que je considère beaucoup, je vous prie de recevoir les excuses qu'il vous fera avec agrément, et comme il n'y a aucune apparence qu'il puisse jamais retomber en aucune faute qui approche celle qu'il a faite, vous me ferez aussi un singulier plaisir en lui accordant l'honneur de vos bonnes grâces et votre amitié , de lui donner les moyens de servir agréa- blement en ce pays-là '. (A. M.) LE ROI A M. DUCHESNAU, INTENDANT DU CANADA. A Versailles, le 30 avril 1681. Je ne puis vous faire savoir mes intentions sur ce que vous m'é- crivez être arrivé à Montréal ni sur la violence que M. Perrot a faite à un marchand, non plus que sur ce que vous me dites qu'il a excité une sédition, puisque vous n'avez envoyé aucune pièce qui justifie ces deux faits. (A. M.) INSTRUCTION DE M. DE LA BARRE. A Versailles, le 10 mai 1682. Les plaintes continuelles que S. M. a reçues depuis quelques années de la conduite de Perrot, gouverneur de Montréal, ont enfin obligé S. M. à le révoquer, et comme il est nécessaire de 1. M. de Frontenac dut être mal satisfait de l'accueil fait à ses plaintes; il obéit cependant, et M. Purrot revint à Montréal, sans être corrigé; il se fit plus tard avec les intendants des querelles qui amenèrent sa destitution. 92 DEHAME. pourvoir quelqu'un à ce gouvernement qui soit sage et capable de conduire les peuples avec autant de modération et de douceur, que Perrot a eu de violence et d'emportement, S. M. veut qu'il examine à loisir quels de tous les officiers établis dans le pays il estimera plus capables, et qu'il informe de son avis par le retour des premiers vaisseaux. (A. M.) SEIGNELAY A M. DE MEULES, INTENDANT DU CANADA. 10 avril 1684. S. M. n'ayant pas estimé à propos de continuer le gouverne- ment de Montréal au sieur Perrot, elle a bien voulu lui accorder celui de l'Acadie, à la place de M. de La Valière, et comme elle a reçu plusieurs plaintes de sa conduite, Elle a fait expédier l'ordon- nance que vous trouverez ci-jointe à l'exécution de laquelle elle veut que vous teniez la main. Elle a accordé le gouvernement de Montréal au chevalier de Calières, et comme il a servi longtemps dans l'infanteiîe *, et qu'il est intelligent, il pourra soulager M. de la Barre, en cas qu'il fallût faire la guerre aux Iroquois. (A. M.) DEHAME^ Discipline militaire. LOUVOIS A M. DEHAME, CAPITAINE AU RÉGIMENT DE NAVARRE. A Saint-Germain, le 16 février 167G. Le Roi ayant reçu des plaintes contre vous, qui rendent S. M. très-mal satisfaite de votre conduite, elle m'a commandé d'expé- dier l'ordre que vous trouverez ci-joint, par lequel elle vous or- donne de vous rendre prisonnier à la Bastille, où vous serez reçu, en vertu de la dépêche que je vous adresse pour M. de Besmaus. (A. G.) 1. M. de Calières ^tait un ancien capitaine du régiment d'Auvergne. 2. Ordres d'entrée du 12 et de sortie du 23 février 1()76. Contre-signes Le Tellier, AMELOT DR: la HOUSSAIE. 93 AMELOT DE LA HOUSSAIE Libelles. LE PROCUREUR GENERAL CHOLLET AU MARQUIS DE SAINT-TUOMAS. Il n'y a rien de nouveau chez les libraires qui soit digne de cu- riosité, qu'un livre qu'on a mis au jour depuis Pâques, qui est l'Histoire du gouvernement de Venise; il est Irès-bien écrit; il y est parlé de M. le président Billouz en deux ou trois endroits. L'am- bassadeur de Venise a fait grand bruit à la cour contre l'auteur, sur ce qu'il prétend que ce livre est injurieux à la république, et a tant fait qu'il a été mis à la Bastille, ce qui est cause qu'on a de la peine à avoir ce livre présentement; j'aurai l'honneur de le porter à Votre Excellence, si je puis en avoir un. (Arch. de Turin.) Paris, le 17 avril 1676. Du lundi 17 janvier 1677, six heures de relevée. Delamarre, etc., en conséquence des défenses qui ont été faites d'imprimer, vendre ni débiter un livre intitulé : l'Histoire du gou- vernement de Venise, sommes transportés en la maison de Léonard, imprimeur ordinaire du Roi et du clergé de France, auquel ayant fait entendre le sujet de notre transport et l'ordre de S. M. pour la suppression d'une nouvelle édition du livre auquel il a été ajouté un supplément de la même histoire, et interpellé de nous représenter fidèlement tous les exemplaires qu'il en a fait tirer, il nous a dit que depuis les défenses il n'a fait ou fait faire aucune impres- 1. Ordres d'entrée du 2 avril et de sortie du 15 mai 1676. Contre-signes Arnauld. Amelot de la Houssaie, né à Orléans en 163/i, mort à Paris le 8 décembre 1706. Amelot venait de publier une histoire du goiiverneuiont de Venise, où il s'était espacé sans aucun ménagement sur les défauts de l'administration vénitienne et sur les causes de sa décadence. Cette franchise lui valut un séjour de six semaines à la Bastille, mais ce fut une satisfaction pure et simple donnée à l'ambassadeur de Venise; l'ouvrage avait été dédié à Louvois et iniprimé chez l'imprimeur du Roi. Il est probable qu'il avait été autorisé tacitement, le Roi et ses ministres trouvant qu'il était toujours utile de faire voir qu'un gouvernement républicain était le plus mauvais qu'on pût imaginer. 94 AMËLOT DE L/V HOUSSAYE. sion, vendu ni débité aucun exemplaire du livre de VHistoire de Venise, que, s'il en paraît une deuxième édition, elle est sans doute contrefaite par quelque imprimeur qui abuse de son nom, qu'il est bien vrai qu'il a fait faire l'impression d'un autre livre in- titulé : Supplément à l'histoire de Venise, duquel il en a fait tirer 800 exemplaires, qu'il a dû depuis entièrement débiter; mais n'es- time pas avoir rien fait par entreprise et au préjudice des défenses, puisque, jusqu'à présent, il n'est point venu à sa connaissance que ce supplément ait été défendu. (B. N.) M. DE LA REYNIE AU COMMISSAIRE DELAMARRE. Ce 25 janvier 1677. M. le commissaire Delamarre donnera à M. Robert, procureur du Roi, un des volumes reliés de VHistoire du gouvernement de Venise, et prendra la peine de m'en apporter un autre. (B. N.) NOTE DE l'abbé DROUYN. Amelot de laHoussayeest l'auteur de VHistoire dii gouvernement de Venise, qui parut au mois de mars 1676, et qui fut supprimée au mois d'avril suivant, à l'instance de Justiniani, alors ambassa- deur à Venise, ce qui n'empêcha pas Léonard de l'imprimer une deuxième fois dans la môme année, avec un supplément contenant une relation de l'interdit de Venise et la traduction de plusieurs écrits publiés, au nom de la république, contre le monitoire du pape Paul V. Cette seconde édition attira une seconde suppression, et cette suppression fit encore plus de bruit que la première, h cause des emportements de l'ambassadeur Contarini, successeur de Justi- niani, contre l'auteur, ce qui fut cause qu'en moins de trois ans il se fit 22 autres éditions de cette Histoire du gouvernement de Venise, en Hollande, en Angleterre, oti elle fut traduite en anglais, par un secrétaire de mylord Falconbridge, gendre de Cromwell; en Alle- magne, en Piémont et en Espagne, oii elle a été traduite en cas- tillan. Il fit à la Bastille une traduction du Squittino délia liberta Ve- neta; il resta vingt-un jours à la Bastille. (B. A.) CARU. 95 DAME CARU*. Intrigante. M. DUPLESSIS AU PROCUREUR GÉNÉRAL DE HARLAY. La Reine ayant été informée des considérations très-pressantes qui ont obligé madame la duchesse d'Enghien de faire mettre dans le couvent du Refuge de la ville de Paris, Henriette et Gene- viève de Turgis, filles de la nourrice du duc d'Enghien, fondées sur la mauvaise vie de leur mère, S. M. a donné ordre à la supé- rieure du couvent de les garder, sans les rendre à qui que ce soit sans ordre du Roi, et comme la Reine a aussi appris que leur mère voulait se pourvoir en Parlement, afin de pouvoir retirer ses filles du couvent, ce qui leur serait préjudiciable, S. M. m'a commandé de vous écrire cette lettre de sa part, pour vous dire que vous n'ayez égard à aucune requête que la mère ou autres pourraient présen- ter au Parlement sur ce sujet, jusqu'à nouvel ordre du Roi. (B. N.) A Compiègne, le 19 juin 1667. NOTE DE M. DUVAL. Geneviève de Turgis, femme de Jacques Caru, native d'Avignon, âgée de vingt-deux ans. Elle avait remis à M. le duc une prétendue lettre de M. de Jau- velle, commandant de la seconde compagnie des mousquetaires, par laquelle on donnait avis à M. le duc que des malintentionnés voulaient lui nuire, ainsi qu'à M. le prince, auprès du Roi, au moyen d'une poudre qu'on aurait fait toucher à S. M. , C'était une fable inventée par cette femme, qui voulait par là s'attirer l'attention de M. le duc et le séduire par sa jeunesse et par sa beauté ^. (Arcii. de la préfecture de police.) 1. Ordres d'entrée du 4 octobre et de sortie du 4 décembre 1676. 2. Cette dénonciation pouvait avoir un air de vérité, puisque dans le même temps le bruit était qu'on voulait empoisonner le Roi au moyen de poudres qui devaient Être jetées sur son mouchoir ou sur ses habits. % BRiSACFER. BRISACIER ET SA MÈRE 1; DE MOUY^; DE CHASSIGNET DUEIL^; PÉLISSIER5. j Affaires de Pologne et de Hongrie. L ABBE DE CHAULIEU A LA DUCHESSE DE BOUILLON. Le 18 septembre 1676. Je VOUS remercie très-humblement de la bonté que vous avez eue de me mander des nouvelles de l'affaire du roi de Pologne. Je suis aussi surpris que vous du choix bizarre de M. de Brisacier pour remplir le brevet ; je vous assure que, si j'avais appris par une 1. Ordres d'entrée du 5 octobre 1676 et de sortie du 11 février 1678. 2. Ordres d'entrée du 19 et de sortie du 23 juillet 1682. 3. Ordres d'entrée du 27 septembre 1682 et de sortie du k janvier 1683. Ordres contre-signes Colbert. U. Ordres d'entrée du 17 août 1683 et de sortie du 13 février 1684. 5. Ordres d'entrée du 16 septembre 1683 et de sortie du 30 mars 1684. Ordres contre-signes Le Tellier. Louis XIV ne faisait aucune distinction entre les différents titres de raristo- cratie ; pourvu qu'il fut d'extraction noble, chacun prenait le titre de marquis ou de comte, sans que le Roi s'en mêlât, se contentant de veiller, et cela dans un intérêt fiscal, à ce que les manans et les bourgeois n'usurpassent pas les privilèges de la noblesse; la dignité ducale faisait exception, il fallait des lettres royales pour la conférer, le Roi traitait les titulaires de cousin, ils siégeaient au parlement, on leur réservait le gouvernement des provinces, mais sans l'ombre d'autorité qui restait tout entière aux mains des intendants, leurs femmes s'asseyaient sur un tabouret à la cour et maugeaieiit avec le Roi ; tout cela était bien mince, cependant le prestige était tel que Louis XIV avait cru séduire Sobieski, alors simple maréchal de Polo- gne, en lui proposant un duché. Lorsque le héros fut passé Roi, sa femme, qui était une française, pria le Roi de France de conférer ce titre au marquis d'Arquien, son père, tandis que M. de Béthune, ambassadeur de France à Varsovie et beau- frère de Sobieski, le sollicitait pour lui-même. Par des raisons diverses, Louis ne voulut pas leur accorder cet honneur, et ses ministres avaient fourni des excuses honnêtes, lorsque Sobieski lui-môme intervint dans le conflit et demanda cette grâce pour son fils naturel, par déférence, disait-il, à une lettre écrite par la Reine de France, qui lui avait recommandé ce fils, M. Brisacier, officier de la maison royale, investi de son estime et de sa confiance. Cette demande, tombée sur les deux autres, surprit Louis XIV. M. de Béthune fut chargé d'aller aux renseignements, Sobieski remit la lettre de la Reine, qui, tout en reconnaissant sa signature, déclara qu'elle n'y comprenait rien. Tout finit cependant par s'éclaircir : Brisacier était secrétaire de Marie-Thérèse, il avait fait signer cette lettre parmi des papiers indifférents et l'avait envoyée à Varsovie, avec un portrait de la Reine, dont le cadre était chargé de diamants. Sobieski fit bon accueil à la demande; les souve- rains accordaient de ces faveurs à leurs bâtards lorsque lu mère en valait la peine, mais madame Brisacier n'était qu'une bourgeoise des plus minces et, en outre. BRISACIEK. 97 autre voie plus suspecte que la vôtre qu'il était duc, je l'aurais été chercher au milieu de la plaine Saint-Denis, quand le Roi va voler * pour lui faire mon compliment. Je viens de recevoir des lettres du marquis de Bélhune, qui me charge de vous assurer de ses très-humbles respects, et me mande qu'assurément le Roi de Pologne a été trompé, et n'a rien su de tous les beaux manèges qu'on a faits pour le duché. (B. N.) ORDRE DU ROI. 11 est ordonné au capitaine Lagrange, exempt des gardes du corps de S. M., d'arrêter Brisacier et la dame sa mère, et de les conduire sous bonne et sûre garde, au château de la Bastille 2. Versailles, le 5 octobre 1G76. COLBERT AU PERE CHANNEVELIE, JÉSUITE. Le Roi, ayant bien voulu permettre à M. et à madame de Bri- sacier de conférer avec vous, demain 25 de ce mois, S. M. a donné ordre à M. de Besmaus de vous laisser entrer à la Bastille; c'est de quoi je vous donne avis. (A. N.) A Saint-Germaiûj le 24 décembre 1675. COLBERT AU PERE GIROUST ^. Le Roi ayant bien voulu permettre à madame de Brisacier de conférer avec vous, demain, lundi dernier de ce mois, S. M. a donné ordre à M. de Besmaus de vous laisser entrer à la Bastille; c'est de quoi je vous donne avis. (A. N.) Saint-Germain, le 29 novembre 3 676. Louis XIV pensait qu'il n'appartenait pas à un Roi par élection de marcher sur les brisées des Rois de race et de par la grâce de Dieu. Brisacier, qui avait été assez mal avisé pour se jouer à deux souverains, fut mis avec sa mère à la Bastille, parce qu'on pensa qu'elle avait confié à, son fils le secret de ses amours avec Sobieski. A cette époque les femmes, en général, se trouvaient aussi honorées d'être maîtresses d'un Roi qu'elles l'eussent été dans l'antiquité d'être las favorites de Jupiter. 1. C'est-à-dire quand le Roi chassait avec les oiseaux de la fauconnerie. 2. Ils avaient quitté la cour et s'étaient retirés aux environs de Lagny, où ils furent arrêtés. 3. Jacques Giroust, jésuite, né en 162i, mort à Paris en 1687; il a laissé cinq volumes de sermons qui eurent alors beaucoup de succès. Madame de Brisacier avait été traitée avec plus d'indulgence que ne le fut son fils, on lui avait laissé une femme de chambre; mais M. de Brisacier dut se dé- chausser lui-môme, dit madame de Sévigné. 7 9S BRISACIER. COLBERT A M. DE BESMAUS. Paris, le 9 mars 1677. La Reine veut bien permettre à la dame de Brisacier et à son fils de voir le Père Giroust, jésuite, pour se confesser ; je vous prie de leur faire savoir, et en même temps de faire avertir le père Giroust. (A. N.) COLBERT AU PERE GIROUST. Le Roi ayant bien voulu permettre à madame de Brisacier de conférer avec vous le 12 de ce mois, S. M. a donné ordre à M. de Besmaus de vous laisser entrer à la Bastille; c'est de quoi je vous donne avis. (A. N.) 7 août 1677. COLBERT A M. DE BESMAUS. A Saint-Germain, le 19 janvier 1678. Je vous envoie ci-joint une lettre pour M. de Brisacier ; il est nécessaire que vous lui remettiez es mains, et que vous preniez la peine de m'envoyer sa réponse. COLBERT A M. DE BRISACIER. Môme date. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous m'avez écrite ; S. M. vous permet de donner à votre oncle la démission de votre charge, pour la remettre ensuite es mains de S. M. A Saint-Germain, le 26 janvier 1678. Le Roi ayant disposé de la charge de secrétaire des commande- ments de la Reine en faveur de M. de Saint-Pouenges, S. M. m'a commandé de vous dire qu'elle lui a ordonné de vous donner la somme de 200,000 livres pour la récompense de la charge, aussi' tôt que vous en aurez remis entre mes mains la démission, que je crois que vous m'enverrez en faisant réponse à celte lettre. COLBERT A M. DE BESMAUS. A Saint-Germain, le 26 janvier 1678. Je vous envoie la lettre ci-jointe pour la rendre à M. de Brisa- cier ; il aura besoin d'un notaire pour exécuter ce qu'elle contient ; BRISACIER. (,'9 c'est pourquoi vous ne ferez point de difficulté de lui faire venir celui qu'il vous demandera, et de me faire tenir ce qu'il vous char- gera de m'envoyer. A Saint-Germain, le 28 janvier 1678. Je vous envoyai mercredi dernier une lettre pour M. de Brisacier, dont je n'ai point eu de réponse; je vous prie de me faire savoir si vous la lui avez remise et ce qu'il a fait en conséquence. (A. N.) COLBERT A M. DE BRISACIER. Je vous écrivis mercredi dernier que le Roi avait ordonné à M. de Saint-Pouenges de vous payer 200,000 livres pour votre charge de secrétaire des commandements de la Reine, et que l'in- tention de S. M. était que vous m'envoyassiez votre démission; comme je n'ai point encore eu de réponse de vous, je vous prie de me faire savoir ce que vous désirez que je réponde à S. M. sur ce sujet. (A. N.) A Saint-Germain, le 28 janvier 1678. LE ROI A M. DE BRISACIER. J'écris à M. de Besmaus de vous permettre de sortir de mon château de la Bastille, et je vous fais en même temps cette lettre pour vous dire que vous ayez à vous rendre incessamment en ma ville de Blois, et à y demeurer jusqu'à nouvel ordre. (A. N.) Saint-Germain, le 2 février 1678. SEIGNELAY A M. PUSSORT. Le Roi m'ordonne de vous écrire que vous fassiez l'ouverture des cassettes de M. de Brisacier, qui vous sont restées entre les mains, et que vous remettiez audit de Brisacier les papiers qui le concernent, et qu'à l'égard de ceux qui concernent la maison de la Reine, vous les reteniez pour les remettre à M. de Saint-Pouenges. (A. N.) Metz, le 23 février 1678. COLBERT A POMPONNE. 20 janvier 1670. M. l'abbé Brisacier a supplié le Roi de donner ordre à celui qui est chargé- des affaires de France à Venise de faire les instances 100 MORSTETX. nécessaires auprès de la république pour faire arrêter le fonds de 200,000 liv. que Brisacier, son neveu, a mis à la banque de cette république, au préjudice de la destination que S. M. avait faite pour la subsistance de sa mère et de ses sœurs, ainsi que vous verrez par le mémoire ci-joint, et je vous prie de prendre l'ordre du Roi pour écrire en conformité. (B. N.) M. desnoyers' a m. bouilliau. Varsovie, le 13 septembre 1680. Enfin, M. de Morstein ^ est parti de Paris; on dit qu'il va passer à Ghâteauvilain, et il y a des gageures ici qu'il y laissera madame sa femme, parce qu'elle y voudra demeurer. Varsovie, le 20 septembre 1680. Nous n'avons point encore ici de nouvelles de M. le marquis de Vitry^; il faut qu'il se soit arrêté quelque part pour faire quaran- taine ; j'ai cinq paquets chez moi qui l'attendent. On dit ici que M. le grand trésorier ne doit pas rentrer dans le royaume par la grande Pologne, de peur que la noblesse de ce pays-là, qui est assez mutine, ne lui fit quelque insulte, tant parce qu'il a acquis des biens en pays étranger, et que l'on s'imagine que c'est des deniers publics, que parce que l'on y est persuadé qu'il a travaillé à faire rappeler M. de Béthune *, qui y est fort aimé, et ces gens-là ne sont quelquefois pas capables de comprendre d'autres raisons que celles dont ils sont prévenus. Ses amis donc lui ont donné avis de venir parDantzig et par la Prusse, oti le peuple est plus pacifique; il aura des affaires à la diète, et il lui en coûtera pour en sortir. On s'imagine ici qu'il est allé pas- 1. Secrétaire d'Anne de Gonzagiie, reine de Pologne. 2. M. de Morstein était administrateur général des revenus de la république de Pologne et gardien des archives et des ornements royaux. Il fut accusé de dilapida- tions et d'intelligences avec les ennemis de Sobieski. Il paraît que le dévouement à la France fut son véritable crime; il y avait transporté la majeure partie de sa for- tune et avait épousé une Française, mademoiselle de Gourdon. 3. Nicolas-Louis de l'Hôpital, marquis de Vitry, mort le 11 février 1685, âgé de quarante-neuf ans. 11 était, suivant les mémoires de Dalerac, d'une probité, d'une fidélité et d'un secret admirables, mais il n'avait pas l(^s ménagements nécessaires dans une république. 11 arrivait alors avec M. Forbin de Janson, évoque de Beauvais. II. François-Gaston de Béthune, né à Selles, le 13 mai 1638, mort le h octobre 1692. Ambassadeur ordinaire de France, beau-frère de Sobieski, Roi de Pologne, qui proposa aux Hongrois de prendre M. de Béthune pour Roi; il avait épousé Marie-Louise d'Arquien, dame d'atour de la Reine de France. MORSTEIN. 101 er en sa maison de Châteauvilain, et que madame sa femme, sous quelque prétexte, y demeurera ; un peu de temps nous en éclair- cira. Varsovie, le 28 septembre 1680. L'occasion qui s'offre ne me donne pas le temps de vous entre- tenir beaucoup; je vous dirai donc que le moyen de vous dire plus franchement nos nouvelles, est que, lorsque j'aurai blâmé quel- qu'un sur le rapport public, et que je ferai suivre des raisons pour la défense, il ne faudra pas croire à ces raisons. Notre cour fait ouvrir les paquets et copier ce qu'on écrit, et ces copies lui sont envoyées, et si dans les lettres il y a quelques choses contre elle, on envoie les originaux, et cela est ordonné à tous les confins du royaume, où la chose se fait secrètement, et s'il y a du chiffre, on retient la lettre et la cour envoie demander le chiffre; quelques- uns y ont déjà été exposés, et bien qu'on prétende le faire se- crètement, tout le monde le sait, si bien que le gazetier de Hol- lande l'a mis dans les gazettes. Notre cour a ses desseins, et croit que l'on écrit, et contre elle, dans les pays étrangers, ce qu'elle ne veut pas. Elle n'a pas la même curiosité pour les lettres qui vien- nent du dehors, parce qu'elle n'en peut pas demander raison à ceux qui les écrivent, aussi ne les ouvre-t-elle pas, si ce ne sont des lettres des ministres qui ont affaire avec elle, auxquels on n'en par- donne pas une, bien qu'on le dénie; aussi envoient-ils quasi tous des exprès hors du royaume. Apostille de Bouilliau. Reçu par l'envoi extraordinaire d'un Polonais arrivé à Paris, le 4 novembre. Varsovie, le 8 novembre 1680. M. le grand trésorier Morstein arriva en cette ville, lundi 4 de ce mois, avec toute sa famille; ses enfants n'ont plus qu'un peu de faiblesse de leur maladie. Varsovie, le 22 novembre 1680. Le grand trésorier partit limdi 18 de ce mois pour aller à la cour endre compte de son ambassade. COLBERT A MADAME BRISACIER. Madame, le Roi voulant bien vous permettre de venir à Paris pour vaquera vos affaires, et d'y rester pendant six semaines, ainsi 102 RRISACIER. que vous l'avez demandé, celte lettre n'est que pour vous en don- ner avis. (B. N.) A Saint-Germain, le 27 février 1681. M. DESNOYERS A M. BOUILLIAU. A Varsovie, 14 mars 1681. On tourmente toujours extrôm ement M. le grand trésorier Mors- tein, à cause de ses acquisitions en France, et sur les derniers comptes du trésor, de ce qui s'est passé par ses commis durant son absence. (B. N.) Varsovie, 2 de l'an 1682. L'on dit que M. le marquis de Brisacier est bien vu de notre cour ' ; il a mené avec lui une belle dame pour se désennuyer; il veut pas- ser à Dantsick pour y armer un vaisseau à ses dépens pour aller se signaler contre les corsaires. Varsovie, le 9 janvier 1682. M. de Brisacier est fort caressé en notre cour; étant prié à dîner chez le vice-chancelier, son carrosse versa dans la boue ; il en eut, pour en sortir, jusques à la ceinture ; il fut obligé de retourner chez lui pour changer d'habit ^. Varsovie, le 10 avril 1682. Nous attendons en cette ville M. de Brisacier, pour lequel on a retenu un logement; il n'y fera que passer, allant à Dantzig, où on dit qu'il veut armer des vaisseaux contre les corsa res; il veut, dit-on, aller faire le Polexandre sur la mer, avec le marquis de Fleury. Dieu leur donne un sort pareil à ce héros de M. de Gom- berville. Varsovie, 17 avril 1682. M.' de Brisacier, que l'on disait partir hier de notre cour pour passer à Dantzig par cette ville, ne paraît point encore. Varsovie, le 2lx avril 1682. M. de Brisacier est en cette ville depuis hier, dans la résolution d'armer un vaisseau, à ce qu'il dit ^. (B. N.) 1 . On pourrait inférer de ce bon accueil que les prétentions de Brisacier n'étaient pas aussi chimériques qu'on l'avait dit, et q- e Soijieski le croyait son fils. 2. Los boues de la Pologne ont toujours été fameuses, et les vétérans de la grande armée, sous Napoléon, les com; talent au nombre de leurs plus cruelles soufl'rancfs. 3. Brisacier mourut peu de temps après, à Moscou, au moment d'aller tenter une meilleure chance aux Grandes-Indes. MARQUIS DE MOUY. Iv3 M. DE CROISSY AU MARQUIS DE MOUY. 19 juillet 1682, à Versailles. La comtesse de Mansfeld, douairière de Lorraine, s'élant plainte au Roi de l'insulte que vous lui avez faite, et S. M. ayant eu d'ail- leurs quelques preuves de la violence de vos gens, elle m'a or- dotmé de vous écrire que, jusqu'à ce qu'elle ail fait informer plus amplement de ce qui s'est passé dans cette affaire, elle veut que vous vous rendiez à la Bastille, et elle ordonne, pour cet elfel, par la lettre ci-jointe, à celui qui y commande, de vous y recevoir. (A. G ) FOSGARINI, AMBASSADEUR, A CONTARINI, DOGE DE VENISE. La comtesse de Mansfeld, douairière de Lorraine, ayant fait sa plainte au Roi de ce que le marquis de Mouy avait maltraité sa livrée, il a été envoyé à la Bastille, et depuis lors elle n'a pas encore pu obtenir sa liberté, malgré toutes ses prières. (Arch. de Venise.) Paris, 22 juillet 1682. (Traduit de l'italien.) LE ROI A M. DE BESMAUS. 22 juillet, à Versailles. Ayant bien voulu accorder à la très-humble prière de la dame de Mansfeld la liberté du marquis de Mouy, qui était détenu par mes ordres dans mon château de la Bastille, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à le laisser sortir. (A. G.) RAPPORT DU COMMISSAIRE LEPAGE. L'an 1682, le mercredi 5 août, dix heures du soir, etc., nous sommes transportés rue Saint-Martin, en la maison de Gui- bernay, maître chirurgien, dans la boutique duquel nous avons trouvé Lenoir, bourgeois de Paris, y demeurant, cloître Saint-Jac- ques de l'Hôpital, la tête, le visage et les mains tout couverts de sang, blessé à la lôte de trois grandes plaies, lépaule gauche dé- mise, plusieurs plaies sur les mains et plusieurs contusions en diverses parties de son corps, lequel, etc., dit qu'il y a trois quarts d'heure, ou environ, se retirant chez lui et passant dans la rue Saint-Martin, près la rue de la Petite Corroierie, et ayant cntendn derrière lui un carrosse dont les chevaux allaient à toutes jambes, f04 MARQUIS DE MOU Y. il se serait retourné, et, voyant que les chevaux et le carrosse ser- raient extrêmement le mur, en sorte qu'il était en danger d'être écrasé entre les maisons et le carrosse, il se serait à l'instant écrié, et aurait prié le cocher de s'arrêter; mais au lieu de le faire, ser- rant plus qu'auparavant son carrosse près les maisons, à l'endroit oîi il était, pour éviter d'être écrasé, il aurait, d'une canne qu'il avait à la main, frappé sur le nez des chevaux du carrosse, au moyen de quoi le cocher ayant arrêté, deux ou trois particuliers seraient sortis du carrosse, Tépée nue à la main, et, assistés de plu- sieurs laquais ayant des bâtons ou cannes, en ont donné tant de coups au plaignant qu'ils l'ont laissé sur la place pour un homme mort, blessé ainsi qu'il est dit ci-dessus, après quoi ils se sont reti- rés, et le plaignant a été porté dans la boutique du sieur Gui- bernay. (A. N.) SEIGNELAY A M. LE CAMUS, LIEUTENANT CIVIL. Versailles, le 9 août 1682. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de M. le marquis de Mouy, et S. M. veut que l'on continue la pro- cédure contre lui, ainsi que je l'ai déjà expliqué. Observez seule- ment qu'il a soutenu au Roi avec une telle assurance qu'il était à la chasse lorsqu'on l'a accusé d'avoir maltraité le bourgeois dont il s'agit, que S. M. a été ébranlée, ne comprenant pas qu'un homme de cette qualité osât lui avancer une chose comme celle-là, avec tant d'effronterie, ayant nié, entre autres choses, qu'il eût un More; et je ne vous explique cela qu'afîn que vous agissiez avec plus de circonspection en cas que ce ne fût pas le marquis de Mouy; faites-moi savoir la suite de ce qui se passera à cet égard. (A. N.) LE BARON d'iIOGGER, GRAND CHANCELIER D'AUTRICHE, A l'AMBASSADEUR DE FRANCE A VIENNE '. Illustrissime seigneur marquis, révérendissime seigneur, envoyé extraordinaire du Roi très-chrélien à la cour impériale : Le devoir de ma place m'a obligé à transmettre, avec la soumis- 1. Bernardin Cadol de Sebbeville, mort le 11 novembie 1711, âgé de soixante-dix aus. « C'était un fort honnête homme, dit Saint-Simon, et qui n'était pas sans nK'rite et sans talent, n Louis XIV regardait la maison d'Autriche comme l'ennemio naturelle de la France; aussi, lors môme que les deux pays étaient en pleine paix, il cherchait CHASSIGNET. 105 sion convenable, à la sacrée Majesté Impériale, mon très-clément seigneur, les lettres que m'a montrées Votre Illustrissime Seigneu- rie, et je lui ai fait connaître ce dont V. I. S. m'a menacé par le por- teur de ces lettres, c'est-à-dire l'envoi d'un courrier à son Roi, et d'autres éventualités fâcheuses, si de Fayel, emprisonné récem- ment, n'était mis sur-le-champ en liberté et rendu à V. I. S. Sa S. M. I. a examiné avec bienveillance le contenu de ces let- tres, et dans sa bonté m'a commandé de représentera V. I. S., comme je le fais à présent, que cet homme, qui de son propre aveu s'appelle Louis de Men..., et non pas, comme on le suppose à tort, Louis-Alexandre de Fayel, a été arrêté en vertu d'un édit général contre les vagabonds, promulgué depuis longtemps par l'ordre clémentissime de S. M. On l'a remis à la garde chargée de ces sortes de gens, et il résulte du procès instruit à bon droit contre lui, qu'étant sorti de France à la suite d'un duel, sans espoir de rentrer dans sa patrie et dans les bonnes grâces de son Roi, qu'il n'a pu obtenir même avec l'intercession de V. I. S., après avoir inutilement cherché çà et là de l'emploi, il lésolut enfin, et je ne sais dans quel but, de s'enrôler dans l'armée impériale. Comme il était déjà convaincu de délits graves, et soupçonné sur les fondements les plus sérieux de crimes encore plus grands, on l'a livré à la jus- tice et avec raison, ainsi que V. 1. S. l'avait elle-même autorisé volontiers, désirant seulement une prompte expédition. On se de- mande avec surprise pourquoi, changeant d'idée, elle veut, à l'insti- toujours à créer de nouveaux embarras à l'Empereur. Il encourageait les mécon- tents, nombreux alors parmi la noblesse iln Hongrie, qui voyait avec chagrin le gou- vernement de Vienne restreindre ses jjriviléges et la réduire à la stricte obéissance. Le Roi leur envoyait beaucoup d'argent et autorisait ses officiers à entier au ser- vice du comte Tekely, dont la révolte faillit faire tomber la monarcliie autrichienne aux mains des Turcs. Un de ces officiers, qu'on appelle Fayel ou de La Fayette dans la correspondance échangée à propos de ceite affaire, mais qui selon toute apparence est un des fières d'A^feld, fut la victime de son zèle. D'AsPcld, officier très-jeune encore, mais qui avait déjà mérité la confiance de Louis XIV et de Louvois par son habileté lors de l'arrestation de Maitioli, ce ministre infidèle du duc de Mantoue, aurait été chargé du soin d'examiner les places de l'Autriche; il se rendit à Vienne caché sous la livrée d'un domestique, ou tout au moins sous l'habit d'un scribe de l'ambassade, et se disposait à remplir sa mission; mais la chose ne put être si secrète que la police de Vienne n'en fut informée. On fit arrêter le chevalier, et prenant au sérieux son déguisement, on le traita comme un espion de la dernière classe, et on parlait de le pendre. M. de Sebbeville réclama son prétendu domestique, et les ministres d'Autriche lui firent la réponse que l'on va lire. Claude-François Bidal d'Asfeld mourut en 17/|3, âgé de soixante-dix-huit ans, maréchal de France et gouverneur de Strasbourg. 106 CHASSIGNET. gation des parties intéressées, troubler Tadministrcation de la jus- tice, inviolable jusque-là, et solliciter l'oppression de l'innocence, et le renvoi avec impunité d'un homme justement accusé, sans autre motif que le prétexte d'être sujet du Roi et domestique de S. I. S. Il est certain qu'on n'a jamais vu de privilège qui donnât aux sujets de la France, et surtout à ses proscrits, la licence impunie chez ce misérable de remplir, en changeant de nom et de religion, à l'aide de faux papiers, le rôle d'espion dans l'empire et dans les provinces héréditaires de S. M, T. Il est impossible de compren- dre comment il aurait pu être le domestique de V. I. S., qui lui a défendu l'entrée de sa maison, et ne lui a accordé des entrevues qu'hors de la ville, en lui ordonnant de changer ses vêtements ou plutôt de changer sa figure avec ses habits, de manière à ne pas être reconnu par les serviteurs de V. I. S., et on le dit à présent leur camarade. Cet homme n'a jamais eu de domicile, changeant de logis continnellement et même au bout de la journée. Dans cet état de choses, la bonté de S. M. I. lui persuade que V. I. S., avec sa modération connue, porte trop de respect à la jus- tice, pour, en favorisant une aussi grande iniquité, soutenir des choses qui peuvent être réfutées avec une évidence plus claire que le jour en plein midi, et qu'on ne peut comprendre dans les im- munités diplomatiques (S. M. et ses ministres ont toujours eu le plus grand soin de les conserver saintes et inviolables tant qu'elles sont renfermées dans les limites convenables), S. M. I. se pro- met plutôt que V. I. S., s'en tenant à sa première déclaration, fera en sorte, par ses soins et par sa diligence à détruire les rapports fâcheux faits à la cour du Roi très-chrétien ou ailleurs, que la jus- tice ait son libre cours, et que l'on ne mette aucun empêchement à la continuation d'une sincère amitié. Voilà ce que j'avais à dire à V. I. S. par l'ordre de S. M. Je me recommande avec instance à votre favorable bienveillance. (State paper Office.) Vienne, 20 septembre 1G82. {Traduit du latin.) LE IlOI A M. DE BESMAUS. Le marquis de Sebbeville m'ayant écrit qu'on avait arrêté à Vienne un gentilhomme, sun domestique, appelé le sieur Fayel, et qu'encore qu'il l'ait fait redemander à l'Empereur et à ses minis- CHASSIGNET. 107 très, néanmoins on prétend lui faire le procès comme à un vaga- bond, j'ai ordonné au sieur de la Reynie de faire arrêter pareille- ment le secrétaire du comte de Mansfeld, ou, au cas qu'il ne se puisse trouvera Paris, faire prendre quelque autre domestique des plus considérables de cet envoyé, et de le faire mener à la Bastille pour y attendre le même traitement qui sera fait au sieur Fayel ; je vous écris aussi celte lettre pour vous dire que mon intention est qu'il demeure à la Bastille jusqu'à ce que j'en aie autrement or- donné, et cependant vous lui laisserez un libre commerce avec les autres domestiques du comte de Mansfeld, et une entière liberté d'écrire à Vienne l'état où il se trouve, et les raisons pour les- quelles il est détenu, sans lui donner aucun autre sujet de plainte que sa détention. (B. A.) A Cliambord, le 27 septembre 1682. LORD PRESTON, AMBASSADEUR d'aNGLETERRE , AU SECRÉTAIRE d'État jenkins. Paris, octobre 3 ; S. N. 1682. La Gazette à la main ci-incluse vous donnera tout au long l'bis- toire de l'emprisonnement de M. Chassignet, secrétaire de l'Empe- reur, qui a fort étonné tout le monde ici. C'est en représailles de l'emprisonnement de M. de La Fayette à Vienne, où il a été arrêté, comme ayant arrangé et ménagé la correspondance entre la cour de France et le comte Tekely et les rebelles, mais il est réclamé par l'envoyé de France, comme son écuyer. (State paper Office.) {Traduit de Cunglais.) DE LA FUENTE, AMBASSADEUR d'ESPAGNE AU DLC DE MEDINA. Paris, le 5 octobre 1682. • V. Exc. verra, dans le mémoire ci-joint, la nouveauté que l'on vient d'introduire ici vis-à-vis du secrétaire du comte de Mansfeld, je me suis cru obligé d'intervenir en l'absence de l'ambassadeur impérial. La réponse verbale que l'on m'a envoyée se réduit à ce que j'en dis, et que j'envoie au Seigneur Empereur; à tout hasard, je l'ai fait savoir au marquis de la Grana, à don Pedro Ronquillo et à don Baltazar do Fueuma. 108 CHASSIGiNET. Rapport de la réponse faite par le marquis de Croissy, aetuellement à Chambord, à la dépêche de l'ambassadeur d'Espagne, motivée par V emprisonnement, fait sur l'ordre du Roi, de Chnssignet, secrétaire de l'ambassade de S. M /., en cette cour. Le marquis de Croissy, après avoir lu la susdite dépêche, en pré- sence de celui qui l'avait apportée, lui dit que l'ambassadeur d'Es- pagne avait tort de prétendre que l'arrestation et la prison de Chas- signet fussent contre le droit des gens ; que c'était l'Empereur qui en était la cause, et qui avait donné lieu à l'arrestation de Chassi- gnet par celle qu'il avait fait faire à Vienne de la personne d'un gentilhomme du marquis de Sebbeville, ambassadeur auprès de S. M. L, Fayel, à qui l'on prétendait faire le procès comme à un vagabond, ce qui avait obligé le marquis de Sebbeville à s'adresser aux ministres de l'Empereur, pour leur représenter qu'on ne pou- vait pas faire le procès à Fayel comme à un vagabond, puisqu'il le réclamait en qualité de son domestique , et qu'il l'était très-cer- tainement, puisqu'au vu et au su de tout le monde, il buvait et mangeait chez lui depuis trois mois, et qu'il était encore dernière- ment dans son hôtel, et qu'ainsi on ne pouvait pas lui faire le pro- cès comme à un vagabond. Là-dessus, le porteur de la dépêche répondit que Fayel était peut-être accusé de quelque autre délit. M. de Croissy repartit qu'il était véritable qu'on prétendait l'ac- cuser d'avoir fait un voyage dans le Tyrol, pour reconnaître le chiffre des troupes que l'Empereur y avait et pour observer leurs mouvements ; mais que M. de Sebbeville en était demeuré d'ac- cord, et que Fayel l'avait fait par son ordre, parce que le Roi ayant écrit au marquis de Sebbeville de lui rendre compte des arme- ments de l'Empereur, et d'observer les mouvements des troupes, il avait envoyé Fayel, afin d'être en étal de rendre fidèlement au Roi son maître le compte qu'il avait demandé, que ce n'était pas une faute, et que les ambassadeurs d'Autriche et d'Espagne en fai- saient autant en France, et qu'ils le pouvaient faire sans qu'on leur imputât à crime. Le porteur de la dépêche répliqua là-dessus qu'il était possible que Fayel fût accusé de quelque autre délit, comme de s'être mêlé, contre son devoir, de quelques intrigues. A cela M. de Croissy répondit que, si les ministres de l'Empe- CHASSIGNET. 109 reur avaient déclaré que la conduite de Fayel leur eût donné quel- que méfiance ou le moindre soupçon, on l'aurait rappelé et fait sortir du pays; que s'ils l'accusaient de quelque crime d'État, il fal- lait lui donner un juge qui le constituât prisonnier, ce qu'ils n'ont pas fait, et qu'il était nécessaire, pour le cas où l'on ne pourrait pas prouver les chefs d'accusation, que Chassignet souffrît autant que Fayel ; que, si l'accusation était justifiée, le marquis de Sebbeville le livrerait à la justice et désavouerait tout ce qu'il aurait fait, n'étant son intention ni celle du Roi son maître de se servir de personnes dont les actes pussent troubler la bonne intelligence qu'on dési- rait conserver avec l'Empereur ; que, les minisires de S. M. I. ne s'arrêtant pas aux instances que leur a faites le marquis de Sebbe- ville, il n'a pu en tirer aucune satisfaction, ce qui l'a obligé de re- courir à la personne même de l'Empereur, qui est un prince juste et bon, et avec lequel le Roi désire se maintenir toujours en bonne intelligence; que S. M. 1. était en pourparlers avec quelques-uns de ses ministres, afin de donner à M. de Sebbeville la satisfaction qu'il réclamait, mais que le chancelier Hogger s'y était opposé tout seul, soutenant qu'il fallait faire à Fayel, comme à un vagabond, son procès suivant la loi du pays ; tout cela avait obligé M. de Seb- beville d'écrire au Roi, le 3 septembre dernier, pour se plaindre du mauvais traitement fait à son domestique ; qu'au vu de cette lettre le Roi n'avait pu faire moins que d'envoyer prendre Chassi- gnet, secrétaire du comte de Mansfeld, par droit de représailles, jusqu'à ce qu'ils aient donné satisfaction au marquis de Sebbeville, son envoyé. Le porteur de la dépêche répondit à cela, qu'il y avait dans cette affaire une différence à observer, parce que, si Fayel était domesti- que du marquis de Sebbeville, Chassignet était revêtu par l'Empe- reur d'un caractère qui devait le mettre absolument à l'abri d'une semblable résolution. Le marquis de Croissy répliqua là-dessus que, Chassignet n'ayant pas présenté les lettres de créances de l'Empereur, on ne le regar- dait ici que comme secrétaire de M. de Mansfeld, que le Roi avait hésité quelque temps à donner ordre de l'arrêter, parce qu'en sa personne il n'y avait rien à redire, et que sa conduite avait été parfaite. La fin de tous ces discours se trouva être la proposition de faire connaître à l'Empereur les intentions du Roi, auquel il avait parlé { ÎO CHASSIGNET. en montrant la dépêche de l'ambassadeur d'Espagne, afin qu'après satisfaction faite à M. de Sebbeville, on pût mettre Chassignet en liberté. (A. N.) [Traduit de l'espagnol.) l'ambassadeur FOSCARINI a CONTARINI, doge de VENISE. Samedi est arrivé ici en poste un gentilhomme de la comtesse de Mansfeld, avec un long mémoire de l'ambassadeur d'Espagne, pour se plaindre de l'arrestation du secrétaire de S. M. 1. et de- mander sa liberté. On l'avait conduit h la Bastille deux jours aupa- vant, par ordre de S. M. adressé au lieutenant de police. Cet ordre portait qu'on eût à arrêter le secrétaire, et que, si par hasard il était absent, on prît le plus considérable des domestiques de Mans- feld, pour lui faire subir un traitement pareil ù celui qu'on avait infligé à l'écuyer de M. de Sebbeville, emprisonné et vainement réclamé par Sebbeville, et auquel on voulait même faire le procès comme à un vagabond. La Reynie, lieutenant de police, lut à Chas- signet (c'est le nom du secrétaire) l'ordre signé par S. M. et par Croissy, et lui fît entendre que plus tôt il ferait connaître son arres- tation à Vienne, et obtiendrait la libération de l'autre, plus vile il sortirait de la Bastille. D'après l'avis du marquis de la Fuente, la marquise envoya un exprès à l'Empereur, puis elle s'adressa à la cour, ainsi que je l'ai dit, avec force plaintes, et demanda qu'on lui rendît son domestique. L'ambassadeur d'Espagne n'a pas oublié dans cette alfaire son style naturellement piquant; il a dit, après avoir parlé de l'at- tentat, que la pratique de telles représailles était une chose inouïe, surtout si l'on comparait l'innocence certaine de Chassignet avec la culpabilité presque évidente de l'autre; bref, il conclut en som- mant de lui produire, s'il est possible, des exemples d'une violence pareille, dans les limites des pays où on porte un chapeau, et en s'espaçant sur celte action comme inouïe et barbare. Croissy a répondu de vive voix : que S. M. n'entendait pas violer le droit des gens prétendu, pas plus que ne le faisait l'Empereur; que le plus ou le moins de qualité des domestiques ne rendait pas leurs pri- vilèges inégaux : que Chassignet, présenté seulement par le comte de Mansfeld, au moment de son départ, sans lettres de créance, n'était qu'un domestique tout comme l'autre ; que depuis plusieurs mois CHASSIGNET. fH La Fayette (c'est le nom de l'écuyer en question) demeurait chez l'envoyé de S. M.; que celui-ci l'avait en vain réclamé ; qu'on sa- vait cependant que l'Empereur était disposé à le faire relâcher, ce que tout le Conseil, sauf Hogger, trouvait convenable ; qne proba- blement la résolution ne tarderait pas à se produire, et qu'alors Chassignet sortirait aussitôt. Qu'on n'avait aucun grief contre lui autre que celui-ci. Le gentilhomme ayant répliqué qu'il serait fort étrange et injuste de faire souffrir à un innocent des peines qu'on pourrait tout au plus infliger à un coupable convaincu de crimes contre l'État, Croissy repartit que, si l'Empereur prouvait que le prisonnier fût entaché de quelque pratique avec les ennemis de S. M. L, ou de quelque intelligence avec les rebelles, le Roi l'aban- donnerait, afin de prouver l'horreur qu'il avait de profiter de leur insurrection, et pour montrer avec quelle sincérité il était éloigné de se mêler à des affaires semblables ; que, d'un autre côté, quand on prouverait que La Fayette eût été dans le Tyrol pour espionner les forces et les dispositions militaires de ce côté, on ne pouvait le regarder comme un criminel d'État, que c'était un soin que les ministres de S. M. I. pouvaient prendre à leur gré dans ce royaume. Le tort de l'arrestation faite à Vienne ayant été ainsi plutôt dé- montré qu'on ne justifiait les représailles dans la personne de Chassignet, la réponse ne conclut à rien, et le messager fut ren- voyé à l'ambassadeur avec des lettres de compliments de Croissy, répétant ce qu'il avait dit de vive voix à l'exprès. (Arch. de Venise.) Blois, le 7 octobre 1682. {Traduit de V italien.) l'ambassadeur preston au secrétaire d'État jenkins. Paris, 7 octobre; S. N. 168'2. Vous avez su par le dernier courrier la nouvelle de l'emprison- nement de M. Chassignet, secrétaire de l'Empereur. Depuis lors, madame de Mansfeld a reçu de M. de Croissy, pour réponse à la lettre qu'elle avait écrite à ce sujet, qu'on avait arrêté M. de Chassi- gnet pour mettre complètement en sûreté la personne de M. de La Fayette à Vienne, lequel était depuis trois mois domestique de M. de Sebbeville, et qui avait effectivement été dans le Tyrol pour y voir les troupes de l'Empereur, mais par l'ordre de l'envoyé, auquel il est permis, comme à tout homme revêtu de son caractère, d'user i 1-2 CHASSIGNET. de tous les moyens pour prendre des infornialions sur ce qui ton- cerne le service de son maître. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.) AU SECRETAIRE D ETAT WILLIAMSON. A Paris, le 7 octobre 1682. Le courrier que madame la comtesse de Mansfeld a envoyé en la cour a rapporté que M. de Croissy lui avait dit que le Roi ne s'était résolu qu'avec peine à donner les ordres de faire arrêter le sieur Ghassignet, mais qu'on avait tellement maltraité son envoyé à Vienne, en emprisonnant son écuyer sans lui en avoir fait la moindre honnêteté ni lui faire aucune raison quand il l'a réclamé, que S. M. n'avait pu se dispenser de donner ledit ordre et de le faire exécuter ; qu'au reste le sieur de Ghassignet n'a rien à crain- dre du ressentiment de S. M., quand même on ferait quelque chose de violent, à Vienne, contre le domestique de son envoyé, S. M. ayant assez d'autres moyens pour se ressentir de l'outrage qu'on lui ferait si on en venait là ; d'ailleurs que S. M. n'entend pas pro- téger le prisonnier s'il a fait des choses dont on le puisse convain- cre qui puissent donner lieu à lui faire son procès; mais que, n'étant accusé que d'avoir été dans le Tyrol, voir faire les revues des troupes de S. M. I., et d'en avoir envoyé des mémoires, ce n'est pas là un crime punissable, M. de Sebbeville ayant déclaré qu'il y était allé par son ordre, ce qu'il a pu faire, tous les ministres qui sont chez les princes étrangers pouvant s'informer de ce qui se passe pour en rendre compte à leurs maîtres, pourvu que ce soit en temps de paix, et qu'enfin ledit sieur Ghassignet n'a été arrêté que pour obliger la cour de Vienne à donner quel- que satisfaction au sieur de Sebbeville. Le courrier est revenu avec cette réponse et une lettre de M. de Croissy à M. l'ambassadeur d'Espagne, par laquelle il lui mande qu'il a dit au courrier les in- tentions du Roi sur cette affaire, sans rien toucher de ce qu'il a dit de bouche touchant les assurances que le sieur de Ghassignet n'a rien à craindre, quelque chose qui arrive de delà; ainsi on n'a pas trop lieu de s'y fier, et il y a apparence que l'avis qui sera donné à l'Empereur de tout ceci fera qu'on n'ira pas si vite en l'affaire du prisonnier de Vienne. (State paper Office.) D'ASFELU. H3 l'ambassadeur preston au secrétaire d'état jenkins. PariSj 14 octobre; N. S. 1682. Les lettres de Vienne du 28 du mois passé rapportent que la cour impériale est pleine de confusion et de désordre, parce que, outre les revers et les pertes journalières en Hongrie où on vient de perdre un endroit nommé Padoc, et oia Neutra est sur le point de se rendre, on vient de découvrir un grand complot contre la vie de l'Empereur. C'est pour cela qu'on a rappelé Stragoldo de Hongrie, et. qu'on l'a arrêté à son arrivée à Vienne. On dit qu'on accuse un grand nombre de personnes de qualité d'avoir formé ce dessein contre S. M. I. On n'en connaît pas encore les détails. On dit que La Fayette, récemment emprisonné à Vienne, avait sur lui des lettres ayant rapport à ce complot. L'Empereur a été si alarmé et si affligé de la perte de Caschau, que personne n'a osé l'infor- mer de la prise d'aucune place importante, mais seulement de quelques villages et villes peu considérables. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.) AU SECRÉTAIRE d'ÉTAT WILLIAMSON. Paris, le Ih octobre 1682. On a ici plusieurs avis qui parlent d'une grande conspiration qui s'est découverte à Vienne, que La Fayette, écuyer de M. de Seb- beville, s'y trouve fort intrigué, ayant été surpris avec des papiers qui font sa conviction. On croit que le général Stragoldo et les trois officiers qu'on a arrêtés sont impliqués en celte affaire, dont la découverte développera bien des intrigues; de sorte que l'em- prisonnement de La Fayette est pour des causes plus importantes qu'on ne se l'élait d'abord immaginé. (State paper Office.) M. de chassignet a croissy. 19 octobre 1682. J'ai reçu par le dernier ordinaire une lettre de S. M. L, mon maître, qui me fait faire un détail fort au long de tout ce qui s'est passé à Vienne à l'égard du sieur Fayel, domestique prétendu de M. le marquis de Sebbeville, afin que de mon côté je puisse, par 8 114 D'ASFELD. un véritable rapport, désabuser ceux que l'on aurait pu préve- nir par de fausses impressions; il faut que celles qu'on a données au Roi soient bien sinistres pour avoir porté S. M. à me faire arrê- ter de la manière dont je l'ai été, par une troupe de satellites qui m'ont saisi dans l'enclos d'un lieu saint, avec autant de violence que si j'avais été le plus scélérat de tous les hommes, sans que pourtant j'aie jamais eu le malheur, bien moins la volonté, de rien faire ou rien dire qui me dût attirer un semblable traitement. J'ai cru qu'il était de mon devoir de vous donner part de la relation que l'Empereur, mon maître, m'en a fait faire, afin que, convaincu du contraire, vous puissiez ensuite désabuser le Roi de la fausse opinion qu'on lui en a voulu donner. Il y a quelque temps que des soldais constitués par ordre exprès de S. M. I. pour purger la ville de Vienne de plusieurs gens de mauvaise vie, trouvèrent un homme étranger, inconnu, sans maî- tre, sans aveu de personne, et, outre cela, suspect par plusieurs en- droits, qu'ils arrêtèrent prisonnier en vertu du décret général donné contre tous les vagabonds déjà depuis longtemps; mais, comme on le voulut mettre en justice, M. de Sebbeville s'avisa de vouloir le répéter, alléguant qu'il était sous la protection du Roi et sous la sienne, mais ayant été averti au nom et par ordre de l'Empereur que cet homme, qui d'ailleurs était indigne de la grâce et protection du Roi, étant fugitif du royaume, n'avait été arrêté qu'en vertu du décret ci-dessus mentionné contre les vaga- bonds et pour des raisons qui ne regardent ni S. M. T. C, ni sa personne, il se désista très-modestement de sa poursuite en l'aban- donnant à la justice, pria seulement qu'on la lui rendît la plus courte qu'il se pourrait. Mais comme les députés à son procès travaillaient à le poursui- vre, ledit envoyé extraordinaire, contre sa déclaration donnée, recommença à répéter cet homme comme sujet du Roi, et comme son domestique, se plaignant hautement et dans des lettres parti- culières au maréchal de la cour, qu'on opprimait un innocent, et qu'on violait le droit des gens, ce qui obligea l'Empereur de le faire avertir par M. le baron d'Hogger, grand chancelier d'Autriche, que les raisons qu'il alléguait pour faire délivrer ce prisonnier n'ayant aucun fondement, on ne devait pas, par de vains et de si- nistres prétextes, mettre des obstacles au cours de la justice, à l'af- fermissement d'une véritable amitié entre S. M. I. et le Roi, son D'ASFELD. 115 maître, et à rétablissement de la paix entre ces deux grands mo- narques. Toutes ces raisons, tous ces avis salutaires, bien loin de le faire désister de sa poursuite, il semble qu'il s'y opiniâtre davantage dans la réponse qu'il a faite au chancelier d'Autriche, même avec moins de respect qu'il ne convient, et ce qui est de plus surpre- nant, c'est que^ sans répondre la moindre chose à la démonstra- tion qu'on lui a faite du peu de fondement qu'il a dans toutes les raisons qu'il allègue, il ait osé avancer que c'est par ses ordres que le prisonnier a agi, entrepris les choses dont il est coupable, quoi- qu'il en ait commis une partie avant d'arriver à Vienne et de con- naître M. de Sebbeville, et que l'autre serait peu sortable à la qua- lité d'un ministre comme d'avoir déguisé et changé son nom ma- licieusement; et tout au moins quatre fois sa religion, aujourd'hui catholique, demain luthérien et ensuite calviniste, selon qu'il le jugeait à propos, pour faire mieux réussir ses fourbes et ses intri- gues, ayant sur soi de fausses attestations de chacune de ces reli- gions ; d'avoir, de plus, fait le métier d'espion dans le Tyrol, pris clandestinement le plan des forteresses qui en couvrent le passage, outre plusieurs autres sujets contre lui, sans avoir jamais fait au- cune mention d'y avoir été envoyé de la part de M. de Sebbeville, mais disant y être venu pour apprendre la langue allemande, à quoi il faut ajouter l'insolence qu'il a eue de se vanter d'avoir commis plusieurs autres griefs bien plus considérables, et qu'il ne peut présentement plus excuser que par l'infâme aveu de n'avoir pas dit la vérité. Après toutes ces raisons, y peut-il avoir de la vraisemblance qu'il n'ait fait en cela qu'obéir aux ordres de M. de Sebbeville, et quand même il serait véritable, serait-on obligé de le souffrir im- punément? Je m'assure que vous en jugerez plus équitablement et que vous trouverez sans doute que M. de Sebbeville a passé dans cette occa- sion les limites que le droit des gens accorde aux ambassadeurs^ quand il a voulu les étendre jusque sur des Français proscrits de leur patrie et des scélérats tels que se trouve par plusieurs chefs la personne dont il s'agit. J'ai de plus un ordre exprès de témoigner en toute sorte d'occa- sions le désir sincère que S. M. I. a de conserver en tout une véri- table amitié avec le lloi. H6 CHASSIGNET. Voilà tout ce que je crois de mon devoir de vous rapporter, en attendant que j'aie une réponse au courrier que j'ai envoyé à Vienne pour y donner part de ma détention . (State paper Office.) CROISSY A M. DE CHASSIGNET. Je n'ai rien à répondre à la lettre que vous m'avez écrite, sinon que vous devez attendre votre délivrance de celle du sieur de Fayel, gentilhomme de M. de Sebbeville, et vous n'avez à vous plaindre que de ceux qui ont porté S. M. I. à un procédé si contraire au droit des gens. On doit attendre de son équité qu'elle fera bientôt cesser cette manière d'agir, et j'en aurai d'autant plus de joie qu'elle vous procurera la liberté que je vous souhaite. (Idem.) Fontainebleau, le 21 octobre 1682. M. MIGNON, PREMIER COMMIS DES AFFAIRES ETRANGERES, A M. CHASSIGNET. A Fontainebleau, ce 21 octobre 1682, Je vous conjure de me vouloir bien faire la justice de croire qu'on ne peut pas être plus sensiblement touché que je l'ai été de voire petite disgrâce, je dis petite, car enfin votre détention ne vous peut être en aucune manière désavantageuse, puisqu'elle re- garde directement le fait de S. M. I. et de ses ministres. Je puis vous assurer que, lorsque M. de Croissy signa les ordres pour vous faire arrêter, il témoigna, par ce qu'il me fît l'honneur de me dire, qu'il avait pour vous de l'estime et de la considération ; par les lettres que nous avons reçues, ce soir, de Vienne, nous ap- prenons que l'on avait un peu adouci les mauvais traitements que l'on avait jusque là faits à M. Fayel. 11 faut espérer que, quand le courrier que l'on a renvoyé à M. de Sebbeville sera arrivé sur les lieux, que l'on prendra des mesures qui tendront à votre satis- faction et à celle dudit Fayel. Je le souhaite aussi de (ont mon cœur. Quoique ce que je vous écris de ce qui se passe à Vienne sur le sujet du sieur Fayel soit une vérité, je vous supplie de n'en point parler, parce que je vous donne cet avis de mon chef, et pour ma satisfaction particulière. (Arch. de Venise.) CHASSIGNET. H7 FOSCARINI, AMBASSADEUR, A CONTARINI, DOGE DE VENISE. La négociation au sujet de la prison de La Fayette et de la libé- ration de Chassignet exigée par l'Empereur s'est adoucie de la part de Groissy. S. M. a répondu qu'on transmettrait à Sebbeville ce dont les informations l'accusent, afin qu'il puisse y répondre, et ensuite envoyer ici sa défense jiar écrit. On s'est avancé ainsi, croyant obliger l'Empereur à relâcber La Fayette par le grand dé- sir qu'a S. M. L d'envoyer Mansfeld en Espagne. (Arch. DE Venise.) Fontainebleau, k novembre 1682. (Traduit de l'italien.) AU SECRÉTAIRE D'ÉTAT WILLIAMSON. Paris, le /j décembre l(i82. Chassignet a été nommé par le conseil de TEmpereur pour aller résider auprès du Roi de Danemark; il est cependant toujours pri- sonnier à la Bastille. Paris, le 9 décembre 1G82. Le bruit n'est pas vrai qui disait que l'Empereur avait fait arrê- ter M. Sebbeville. (State paper Office.) LE roi D ESPAGNE AU MARQUIS DE LA FUENTE. Informé de ce que contiennent les papiers que vous avez envoyés au duc de Médina touchant les représailles faites à la cour où vous êtes, sur la personne du secrétaire du comte de Mansfeld, j'ap- prouve les démarches que vous avez faites par l'ordre et au nom de l'Empereur, mon oncle, et je vous charge de me rendre compte de l'issue finale de cette affaire. (A. N.) Madrid, 10 décembre 1682. {Traduit de l'espagnol.) AU SECRÉTAIRE d'ÉTAT WILLIAMSON. Paris, le 30 décembre 1682. M. de Sebbeville n'a point encore donné avis de l'élargissement du sieur Fayel à Vienne,, du moins on le dit ainsi à la cour, on le siit pourtant d'ailleurs', mais on a trouvé fort mauvais qu'il n'ait 1. M. d'Asfeld avait été conduit h Brisach dans une cbarette, les fers aux pieds et aux mains. 118 CHASSIGNET. pas été fait sur cela la moindre honnêteté audit sieur de Sebbeville, car on a fait sortir et renvoyé le prisonnier sans lui en donner avis, ce que l'on regarde ici comme une marque de mépris pour la per- sonne de ce ministre, dont on pourrait se ressentir contre celui qui est à la Bastille. A Paris, 16 janvier 1683. Le sieur Chassignet fut mis en liberté jeudi au soir; on envoya aussitôt un courrier à M. le comte de Mansfeld à Bruxelles, il sera ici sur la fin de la semaine. 1683. On dit que celui qui a été prisonnier à Vienne, sous le nom de Du Fayel, était un officier de conséquence et des plus grands sei- gneurs que celui qui l'avait pour son écuyer ; il est constant qu'on l'a cruellement maltraité. Le sieur Chassignet n'a point été remercier M. de Croissy depuis qu'il est en liberté, ne croyant pas lui avoir obligation. (State papeu Office.) LE ROI D ESPAGNE AU MARQUIS DE LA FUENTE. Madrid, 21 janvier 1G83. J'ai vu ce que vous dites par votre lettre du 20 du mois dernier sur la détention du secrétaire du comte de Mansfeld; en réponse, je vous dirai de me rendre compte de ce que l'on aura fait sur vos remontrances. Février 1683. Etant informé, par ce que vous écrivez dans votre dépêche du 17 janvier, de vos démarches pour la liberté du secrétaire du comte de Mansfeld, et de la manière dont vous êtes sorti de cet embarras, j'approuve tout ce que vous avez fait. (A. N.) (Traduit de r espagnol.) LORD PRESTON AU SECRÉTAIRE D'eTAT JENKINS. Paris, le 31 mars; N. S. 1683. Il y a un grand trouble en Pologne à cause de quelques lettres du grand trésorier qui ont été interceptées. Plusieurs étaient en chifTres, et le Roi de Pologne lui ordonna de les expliquer, ce qu'ayant refusé de faire, il lui reprocha d'intriguer contre les in- térêts de son pays, et d'avoir conspiré contre lui. Cette affaire MORSTEIN. H 9 n'était pas terminée lorsque le dernier courrier a quitté ce pays. Ici on craint un peu pour lui, mais on espère qu'il se tirera d'af- faire. Paris, li avril; S. N. 1G81. On a enlevé h un courrier allant à Berlin ses dépêches sur la frontière de Pologne, par ordre du roi de ce pays, et l'électeur de Brandebourg a donné ordre d'en faire autant pour le courrier se rendant à Vienne, parce que ces princes s'entendent des deux côtés. Pas un courrier n'est arrivé ici depuis la saisie des lettres de M. de Morstein en Pologne. Comme on n'ose pas écrire libre- ment sur ces conjonctures, on attend tous les jours des lettres avec impatience. La saisie du paquet de lettres adressées à cette cour par M. de Morstein a singulièrement entravé les mesures de la cour pour dis- soudre la Diète de Pologne, et dont je vous envoyai il y a quelque temps un compte rendu authentique. On n'a pas déchiffré la partie de ces lettres qui élait en chiffres. Il a prétendu que sa femme avait la clef des chiffres, et lorsqu'on la lui a demandée, elle a dit l'avoir brûlée, parce qu'elle voyait qu'il était fatigant pour son mari d'écrire autant; et lorsqu'on lui demanda à quelle époque elle l'avait brûlée, elle répondit : six jours auparavant, ce qui faisait cinq jours avant la date des lettres. On a pourtant réussi à en ex- traire un projet conçu pour changer ou plutôt pour renverser toutes les affaires là-bas pour élire un autre roi plus attaché aux intérêts de la France, et pour déposer celui qui règne présentement. J'ap- prends qu'on est décidé à ne pas faire de procès à M. de Morstein, mais de se servir de lui pour diriger un parti dans la Diète, à l'avantage de la ligue; sachant que son parti et lui feraient tout au monde pour l'amener à bien, dans l'espoir de le tirer du péril où il se trouve maintenant. J'ai su ceci de l'envoyé de Pologne d'une façon certaine et en grande confidence. Veuillez en user avec mé- nagement. Paris, avril 17; ^^ S. 1683. Il paraît qu'on a récemment appris à la cour qu'une ligue a été conclue entre l'Empereur et le Roi de Pologne, et que depuis qu'on a déchiffré les lettres de M. de Morstein, ce Roi a ordonné à M. de Vitry de se retirer de la cour. Ce dernier bruit demande confirma- tion, bien que j'aie d'assez bonnes raisons pour le croire véritable, puisqu'on dit que le trouble a été si grand dans la Diète que les 120 VITRY. partisans de la France ont jugé bon de céder entièrement et d'abandonner le pouvoir à leurs adversaires. On a appris aussi ici avec beaucoup de chagrin la nouvelle que M. de Morstein avait été obligé de se démettre de sa charge de grand trésorier de Po- logne. Si l'Empereur paie exactement les 200,000 écus stipulés (comme il le fera sans doute quand même il lui faudrait mettre sa couronne en gage), on ne doute pas ici que la Pologne ne four- nisse effectivement 40,000 hommes qui pourront faire une puis- sante diversion contre les Turcs. Les mêmes lettres qui contien- nent ces nouvelles ajoutent que la Diète siégera jusqu'à Pâques. On attribue une grande partie de ces contretemps d'abord à l'in- capacité de M. de Vitry, l'ambassadeur là-bas, qui n'a pas, à ce qu'on dit, fait son devoir, puis à l'arrestation, par ordre de l'Em- pereur, d'un courrier français allant à Varsovie, ce qui retarda de quinze jours l'arrivée des lettres au grand préjudice des négocia- tions de France en Pologne. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.) AU SECRÉTAIRE D'ÉTAT W'ILLTAMSON. A Paris, le 17 avril 1683. Enfin on a eu avis en cette cour de la ligue entre le Roi de Po- logne et l'Empereur; et on ne la met plus en doute; il est arrivé depuis peu un courrier de M. de Vitry qui en a apporté les nou- velles et que S. M. polonaise lui en avait fait la déclaration pour en donner avis au Roi, afin que S. M. y prît ses mesures et qu'elle regardât à présent la Pologne engagée dans un parti opposé à ses intérêts. On sait quelques circonstances de ce qui s'est passé avant cette déclaration, les lettres du comte de Morstein ont été déchif- frées', et on a découvert par là ses intrigues avec cette cour, et que M. de Vitry en entretenait aussi de secrètes en la cour de S. M. polonaise contre ses intérêts, cela l'obligea de mander M. de Vitry et de lui dire qu'elle avait été fort surprise d'apprendre qu'il fai- sait depuis longtemps des cabales en sa cour qui n'allaient à rien moins qu'à lui ôter sa couronne; qu'elle voulait être éclaircie si le 1. Sobie?ki avait intercepté et fait décliiffrer des lettres dans lesquelles M. de Vitry disait que la nation polonaise n'avait ni bonne foi ni amour de l'iionnfiteté, et qu'elle ne faisait rien sans exiger de salaire ; il comparait le Roi de Pologne i Sardanapale, et prétendait avoir distribué 50,000 impériales en pensions et avoir fait passer des fonds à ïékéli. Sobieski lut ces lettres en plein Sénat. VITRY. m Roi son maître lui avait donné ses ordres el qu'il s'en expliquât. M. de Vitry répondit qu'il n'avait rien fait en toutes ses démarches que par ordre de S. M, et qu'il en serait avoué. S. M. polonaise lui répliqua qu'elle se plaindrait au Roi son maître de son procédé, que cependant il pouvait lui faire savoir qu'elle était résolue de signer la ligue, et pressa M. de Vitry de lui dire s'il n'avait rien à lui proposer là-dessus. A quoi il fit réponse à S. M, polonaise qu'elle pouvait faire ce qu'il lui plairait et qu'il n'avait rien à lui dire de la part du Roi que ce qu'il lui avait déjà dit. M. de Vitry a informé le Roi de tout ceci par le courrier qui est arrivé; on a quelque avis d'ailleurs que le comte de Morstein s'est sauvé, le bruit court aussi que M. de Vitry a été prié de se retirer. (State paper Office.) M. TEMPEST AU SECRÉTAIRE D'ÉTÂT JENKINS. 21 avril Paris, — 1683. l<=r mai La situation des affaires de Pologne semble ici destinée à avoir de graves conséquences. Je crois donc devoir rapporter à Votre Seigneurie ce que j'en ai appris d'une personne bien informée. M. de Vitry, l'ambassadeur de France dans ce pays, est si mal dans ses affaires qu'on croit qu'il sera obligé de quitter avant l'arrivée du courrier qu'on a expédié il y a quelques jours de la cour de Pologne, avec les ordres dont j'ai eu l'honneur de vous parler dans une de mes dernières lettres. Le dernier ordinaire n'a pas apporté de lettre de lui, mais le ministre de Rrandebourg résidant à cette cour a communiqué à l'Électeur son maître ce qui s'y était passé. On a envoyé ici une copie de sa dépêche, elle est ainsi conçue : Le Roi de Pologne s'étant aperçu, par la ligue conclue avec l'Em- pereur et par la disposition de la Diète à poursuivre M. de Mors- tein, que son influence est aussi grande qu'il le puisse désirer, a repris plus d'espoir que jamais de se rendre absolu et de faire élire ' son fils pour lui succéder; et afin d'engager l'Empereur plus forte- ment à le soutenir dans ce dessein, ainsi qu'il le lui avait promis, il semble résolu à ne garder aucune mesure avec la France ou ses alliés. De là le manque d'égards envers l'ambassadeur et l'empri- 1. Les Turcs étaient entrés en Autriche avec une armée formidable, pour assié- ger Vienne; l'Empereur, effrayé, sollicita le secours de Sobieski, et l'obtint malgré les démarches de Louis XIV. i22 VITRY. sonnement de M. de Morstein, le chef du parti. Le Roi a ouverte- ment exprimé son déplaisir envers tous ceux qui ont prétendu s'intéresser à eux, afin que la noblesse craigne de le faire à l'avenir, et lorsqu'on dissoudra la Diète au temps voulu, il est décidé h con- voquer le Pospolite, ou arrière-ban de la noblesse, qui terminera le procès de M. de Morstein, de façon à ce que cette assemblée soit pleinement convaincue de ses crimes, et encore plus irritée contre la France en voyant qu'il n'a agi que sous son influence, et que le Roi puisse plus facilement leur persuader de se venger non- seulement sur elle, mais sur ses alliés, et, en conséquence, attaquer l'Electeur de Brandebourg en Prusse. Il ajoute pourtant, que malgré les efforts du Roi, la noblesse s'opposerait encore à ses desseins, si elle était soutenue par un ambassadenr de France habile et par de fortes sommes d'argent, sans lesquelles on ne peut rien faire là- bas; le comte Wallstein lui-même ayant dû avancer 100,000 écus en extraordinaire avant qu'on ait pu conclure la ligue. Dans ces conjonctures, l'envoyé polonais d'ici a insisté, et surtout dans un entretien qu'il eut avec M. de Croissy, pour avoir une au- dience; mais on lui a répondu que S. M. était si mécontents de la manière dont on venait de traiter son ambassadeur en Pologne, que ce n'était pas le moment de lui demander d'audience. On ajouta que le Roi de Pologne reconnaissait fort mal les obligations qu'il a à S. M., en persécutant des personnes de mérite, seulement parce qu'elles étaient ses amies, et en osant accuser son ambassadeur de crimes auxquels il n'avait jamais songé; mais que S. M. saurait convaincre tout le monde de la vérité dans celte affaire et se venger de ceux qui l'offensaient. A cela l'envoyé ne répondit rien, mais on croit qu'on finira par lui refuser toute audience. Paris, 5 mai 1683. Le secrétaire de M. Vitry est arrivé de Pologne ici en poste. C'est à lui qu'on attribuait tous les derniers troubles. On l'accusait d'avoir vendu le chiffre de l'ambasseur à la Reine, au moyen de quoi les Polonais découvrirent toutes les intrigues entre le comte de Morstein et lui. Il s'est si bien justifié, ou il a de si bons amis, que personne ne lui dit rien maintenant qu'il est ici. Paris, 8 mai 1683, N. S. L'envoyé de Pologne a eu cette semaine une conférence avec M. de Croissy. Mais loin d'obtenir l'audience qu'il demande à VITRY. ^23 S. M., on lui rendit, sans Cire décachetées, les lettres du Hoi son maître qu'il avait apportées et remises, et on lui dit que S. M. ne recevrait lui et ses dépêches que lorsqu'elle saurait comment enfin on traiterait son ambassadeur à Varsovie. L'envoyé chercha alors à convaincre M. de Croissy de la vérité du complot dont on accuse le grand trésorier et l'ambassadeur. On lui répondit que les lettres de l'ambassadeur disaient tout le contraire de ce que l'en- voyé faisait entendre, et qu'on devait regarder comme une calom- nie l'accusation qui faisait de T'ambassadeur un complice, que par conséquent il ne fallait pas la croire. Enfin M. de Croissy, prenant alors un ton plus haut et plus emporté, lui demanda s'il avait reçu l'ordre de parler comme il faisait. L'envoyé répondit qu'il n'avait pas d'ordre particulier là-dessus, et que ce qu'il disait était de son propre mouvement. On me dit que M. de Croissy répondit presque en ces mots ; Apprenez donc à parler, monsieur, et sachez que M. de Vitry a deux caractères, celui de gentilhomme et celui d'ambassadeur. Comme gentilhomme vous ne devez pas parler de lui de cette manière, sans vous soumettre à souflrir les peines dues à un calomniateur, si ce n'est pas vrai ; et comme ambassadeur, vous lui devez trop de respect pour lui dire de telles injures; apprenez donc à parler, monsieur. Un des courriers expédiés au commencement de ces disputes en Pologne est maintenant de retour. Il portait à M. de Vitry un nouveau chiffre pour remplacer celui qui était devenu inutile par la trahison d'un de ses domestiques. Paris, 15 mai 1683, N. S. M. de Vitry a dernièrement expédié ici ses deux secrétaires. On en a cofïré un hier à la Bastille comme ayant vendu au Roi de Pologne le chiffre de l'ambassadeur. La chose est si bien prouvée contre lui, qu'on sait même le prix de son crime, c'est-à-dire environ GOO écus de France. Il recevra probablement maintenant une récompense beaucoup plus convenable. Paris, 22 mai 1683, N. S. Il paraît que je me suis trompé lorsque j'écrivis, il y a quelque temps, à Votre Seigneurie qu'on avait arrêté et conduit à la Bastille un des secrétaires de M. de Vitry, récemment arrivé en poste de Pologne. Les personnes chargées d'arrêter le coupable ont. 124 VITRY. par erreur, saisi le frère de la personne accusée. Celle-ci a élé elle- même chez M. de Croissy, et a supplié qu'on l'envoyât à la Bas- tille, afin de relâcher son frère, protestant toutefois de son inno- cence, et accusant l'autre secrétaire, qui est encore en liberté. On lui a facilement accordé sa demande, il est maintenant en prison et son frère est relâché. (State paper Office.) [Traduit de Vanghns.) M. DESNOYERS A BOULLIAU. Varsovie, 28 mai 1C83. Le marquis de Vitry est parti aujourd'hui pour son retour en France, il va passer ;\ Dantzig et verra M. Helvetius, et de là il ira passer à Berlin. Varsovie, le h juin 1683. M. le marquis de Vitry prit congé de notre cour le 28 mai, et, le 30, des gens que l'on dit qui avaient trop bu vinrent faire une algarade devant sa maison, mais quand ils virent qu'on leur répon- dait à coups de pistolet et de mousqueton, ils s'en allèrent plus vite qu'ils n'étaient venus. Dieu veuille que cette action n'ait pas d'autres suites; ceux qui s'en retournent en France diront plus particulièrement comment la chose s'est passée'. Varsovie, Il juin 1G83. Je vous dis, la semaine passée, que M. le marquis de Vilry était parti de cette ville ce môme jour-là pour retourner en France; il est allé passer à Dantzig pour y faire embarquer ses hardes, et lui ira passer à Berlin. Notre cour a envoyé à Paris pour justifier le procédé qu'elle a tenu à son égard, sur quoi il y aurait bien des réflexions à faire qui ne sont pas de saison. Varsovie, le 18 juin 1683. J'ai bien connu ici les secrétaires de M. le marquis de Vitry, Pellissier et Deuil, dont vous me parlez, mais je les ai peu fréquen- tés, je ne puis rien dire de leurs faits. L'on écrit de Dantzig que cette Excellence y arriva le 10 de ce mois et que les magistrats 1. Aprfes de longues négociations le grand chancelier de la couronne Wielopolski alla, en 1685, porter à Louis XIV les excuses du gouvernement de Pologne pour cet attentat. DEUIL. 123 l'avaient fait complimenter en lui envoyant les régals accoutumés; il passera de là à Berlin après avoir fait embarquer ses hardes pour Rouen. (B. N.) Varsovie, le 13 août 1683. M. le grand trésorier Morstein * a été jugé cette semaine et con- damné à bien des choses, premièrement de perdre sa charge, à remettre les pierreries dans le trésor, à jurer que ce sont les vérita- bles, à remettre de grandes sommes de deniers dans le trésor et autres choses, et d'exécuter tout cela dans trois mois, à peine de la confiscation de tous ses biens. On me dit présentement que le décret contre M. le grand tréso- rier est écrit et explique que les pierreries qu'on lui demande sont celles qu'il a dégagées de l'évêque de Gracovie et que l'on dit va- loir 800,000 livres, et qu'un sien domestique a dit qu'il avait déga- gées pour 3,000 ducats et emportées. Pour punition de les avoir emportées on le condamne à les rendre sans qu'il puisse prétendre l'argent qu'il a déboursé pour les retirer, et qu'il jure entre les mains de deux gentilshommes français qu'elles n'ont point été changées, qu'il restitue la somme qu'il a touchée pour les contrats qu'il a faits et les émoluments de la monnaie qu'il a tenue, et rende compte de l'administration de sa charge depuis la Diète de Grodno, dont il n'a point de quittances, le tout dans trois mois, ;\ peine de la confiscation de tous ses biens en Pologne et de tous ceux qu'il a en France, au profit du Roi très-chrétien; c'est ce que l'on me dit maintenant. (B. N.) LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. Ce 17 août 1683, à Fontainebleau. Le Roi vous ayant commis pour interroger sur faits et articles Deuil, prisonnier à la Bastille, je vous envoie les faits avec ordre de S. M. et une lettre de cachet à M. de Besmaus pour vous repré- senter à cet effet Deuil, toutes fois et quantes que besoin il sera. (A. G.) 1. M. de Morstein fut expulsé du Sénat et des diètes de Pologne;, dépouillé de la charge de grand trésorier, condamné à entretenir un régiment à ses frais, à livrer le chiffre dont il se servait pour correspondre avec la France et à rendre ses comptes. Il se sauva en France au mois de septembre suivant. 126 DEUIL. INTERROGATOIRE DE DUEIL. Du 18 août 1683. J.-B. Dueil *, âge de trente-six à trente-sept ans, etc.. — Par quelle voie il croit que la cour de Pologne a eu commu- nication du chiffre? — Il ne le sait pas; ce qu'il sait bien, est qu'il n'y a contribue ni directement, ni indirectement, qu'il n'avait aucune relation avec les personnes qui étaient dans la confidence du Roi et de la Reine de Pologne, et entre lui et l'autre secrétaire de M. de Vitry il doit être fait beaucoup de différence à cet égard, puisque M. Pélissier, son camarade, avait des correspondances particulières à la cour de Pologne, que lui n'y avait pas, Pélissier recherchant en mariage une des filles de la Reine de Pologne, la demoiselle Dufaure, fille de la dame de Listreux 2, et ayant avec cela beaucoup d'accès auprès du Roi et de la Reine de Pologne, et de tous ceux qui ont part à leur confidence, ce qu'il ne dit point néanmoins, pour accuser Pélissier, qui pouvait d'ailleurs n'être pas content de ce que M. de Vilry l'avait préféré pour l'emploi de secrétaire de l'ambassade, à lui Pélissier, qui néanmoins n'a pu donner communication des chiffres, s'il l'a donnée, que depuis qu'ils lui ont été remis entre les mains, et ce qui n'a pu être fait qu'après son départ; d'ailleurs, il croit pouvoir dire qu'il n'est pas impossible que l'abbé Zaroski, grand secrétaire de la couronne, n'ait déchiffré les dépêches inter- ceptées, sans avoir eu communication du chiffre, puisqu'il avait bien pu déchiffrer sept lettres du chevalier Lubormiski, qui étaient écrites en trois chiftres différents, et déchiffrer pareillement une lettre de M. Du Vernet Boucot... (B. A.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. 8 septembre 1C83, à Fontainebleau. J'ai rendu compte au Roi de l'interrogatoire que vous avez fait prêter à la Bastille, à Dueil; vous trouverez encore ci-joint quel- ques autres articles sur lesquels il sera nécessaire que vous l'in- terrogiez encore. 1. Il est impossible de savoir si le nom de ce secrétaire doit s'écrire Deuil ou Dueil, mais c'est un détail sans importance. 2. Madame Listreux était une femme de chambre favoiite de la Reine de Pologne. PÉLISSIER. 127 Pélissier, qui a été aussi un des secrétaires de M. de Vitry, doit se rendre chez vous, à Paris, et S. M. m'a ordonne de vous en- voyer les faits ci-joints el le mémoire qui a été donné par Deuil, sur lesquels vous pourrez l'interroger ; mais vous ne ferez point arrêter Pélissier que vous n'ayez auparavant appris les intentions de S. M. après l'interrogatoire que vous lui aurez fait prêter, et que vous m'enverrez, s'il vous plait, aiin que j'en puisse rendre compte as. M. (A. G.) INTERROGATOIRE DE PELISSIER. Du 13 septembre 1683. Jean Pélissier, âgé de quarante ans, ci-devant secrétaire de l'am- bassade de M. de Vitry — Par quels moyens il s'est procuré les agréments, les entrées qu'il a eus à la cour de Pologne? — 11 n'a point eu d'entrées particulières/ et, quant aux agréments qu'il peut y avoir trouvés, ce n'a été que parce que le Roi de Po- logne est ordinairement, et hors le temps des Diètes, à la cam- pagne, et étant à la suite de M. de Vitry, il a vu le Roi et la Reine de Pologne, ainsi que les autres secrétaires. — S'il n'a pas commencé à se distinguer des autres par quelques écrits et par des vers qu'il a faits quelquefois à la louange du Roi et de la Pleine de Pologne? — Il est vrai qu'il a fait quelquefois quelques petites choses de cette qualité, qu'ils lui ont témoigné même n'avoir pas désagréables, et qu'il a toujours eu soin de faire voir à M. de Vitry avant de les présenter... C'est un prologue fait à une comédie qui a été repré- sentée devant eux à la cour de Pologne ; et ce qu'il fît en cela fut sur ce que la Reine de Pologne lui en fit parler, et ayant demandé à M. de Vitry s'il y pourrait travailler, M. de Vitry lui dit qu'il n'y avait aucun inconvénient, parce que, s'il refusait de le faire, il au- rait semblé qu'on aurait voulu s'opposer à leurs divertissements. ... Le Roi et la Relue de Pologne lui témoignèrent être fort con- tents de toute sa conduite, et même en présence de M. de Vitry... — Auprès de quelles personnes, entre auj,res, de la cour de Po- logne il a cherché d'avoir qnelque accès? — n en a eu encore avec la dame de Listreux et la dame Fay- dherbe. 128 PÉLISSIER. — S'il n'a point eu quelque accès auprès de la demoiselle de la Boissière? — Il est vrai qu'il était de ses amis, et il croit que les autres Fran- çais l'étaient aussi... — Si la dame Fayderbe ne lui a point parlé de la part de la Reine de Pologne * ? — Oui; elle lui a proposé de le faire secrétaire du Roi de Po- logne, qui le prendrait en cette qualité à son service; la dame de Listreux lui en a aussi parlé. — S'il n'est pas vrai qu'en termes généraux la Reine de Pologne lui a parlé sur ce sujet? — Non, et elle ne s'en est point expliquée de bouche ni autre- ment que par les dames Fayderbe et Listreux, qui lui ont parlé de sa part, et c'a été la dame de Listreux qui lui en a fait les pre- mières propositions. . . Il ne lui fut proposé autre chose, sinon que de s'attacher au service du Roi de Pologne, et on lui demandait ce qu'il pourrait prétendre en s'attachant au Roi de Pologne, et il demanda 800 écus par an. — S'il n'est pas vrai qu'avec l'emploi de secrétaire du Roi de Pologne, il avait aussi mis comme une condition la liberté d'épou- ser la demoiselle Dufort, lille de la dame de Listreux? — Il n'y a point eu de conditions dans la proposition de l'emploi de secrétaire du roi de Pologne, et lorsqu'il a été parlé de ce ma- riage, il avait en vue de revenir en France, les établissements de Pologne n'étant point solides et assurés... Tous ces établissements de Pologne sont si incertains, que la dame de Listreux et sa fille souhaiteraient d'en trouver elles-mêmes en France, quand même ih seraient médiocres, et en ce cas elles n'auraient pas de peine à quitter ceux qu'elles ont en Pologne — Pour quel sujet il a pris soin, comme il a fait, de solliciter et parler pour la pension du chevalier Lubormiski 2, et surtout de- puis qu'il a pris quelques engagements avec l'Empereur, s'il ne lui en a jamais parlé? 1. La Federba était la seconde femme de chambre de Marie d'Arquien; ses que- relles avec la Listreux faisaient la risée de tout le palais et le supplice du Roi et de la Reine de Pologne; elles se disputaient les grâces et vendaient au plus offrant les charges de la cour. 2. Lubormiski, chevalier de Malte ^ commandait trois régiments polonais à la solde de l'Empereur, et était parti avec Sobieski pour faire lever le siège de Vienne. C'était, suivant d'Alerac, un des hommes les plus braves de l'époque. PÉLISSIER. 129 — Non, mais il sait bien qu'il en a parlé à d'autres gens, et s'est plaint de ce qu'on ne lui payait pas sa pension, et M. de Vilry sait bien ce qu'il lui a dit sur ce sujet. — S'il n'est pas vrai que le Roi de Pologne a désiré cela de lui; si ce n'est pas par la même considération qu'il s'est mis en soin de parler et de faire quelques diligences sur le sujet des dettes des villes de Prusse? — Il ne désavouera pas qu'il a parlé sur ce sujet à M. de "Vitry, et qu'il a pris la liberté de lui témoigner que s'agissant de peu de chose, il croyait qu'il était de conséquence, pour le service du Roi, d'acquitter cette sorte de dette, et d'autant plus qu'il croyait que cela pouvait donner de bonnes dispositions pour ménager la cour de Pologne... M. de Vitry avait deux secrétaires en partant de Paris, qui avaient tous deux la qualité de secrétaire d'ambassade, dont R... était l'un et Noblet l'autre. Noblel, ayant voulu revenir en France, et étant chargé des chiffres de la cour, dit que c'était à lui à avoir les chiffres après son départ; mais comme à la cour on ai- mait à voir un beau caractère, et que M. Deuil écrivait mieux que lui, il serait mieux qu'il les eût que lui, qui dit dès lors à Noblet qu'il ne s'en souciait pas, et lui-même en porta la parole à Deuil, qui lui fit sur cela des honnêtetés Il est vrai que cela fut fait à son préjudice, quoiqu'il n'en a rien témoigné qu'à une seule per- sonne, qui est M. l'évêque de Beauvais, auquel il écrivit que, s'il n'avait pas eu encore quelque chose à faire pour son service en Pologne, il aurait après cela quitté son emploi, mais qu'il lui sacri- fiait le déboire qu'il avait eu en cette occasion — Ce qu'il a su des lettres du Roi, que l'on a dit avoir été in- terceptées et déchiffrées en Pologne? — M. de Vitry en ayant été averti, il l'a su par les gens qui ve- naient en avertir M. de Vitry. C'est Talenty, secrétaire du Roi de Pologne, qui en parla devant lui à M. de Vitry — Le chiffre ne peut avoir été donné que par Deuil ou par lui. 11 paraît que Deuil n'a point eu le commerce des entrées et des correspondances qu'il a eu à la cour de Pologne ; Deuil n'a cherché aucun établissement en Pologne, et quand la vérité ne pourrait pas être établie, d'ailleurs toutes les présomptions qui peuvent être à désirer sur un tel fait sont toutes généralement contre lui. — L'on se veut servir de toutes ces apparences contre la vérité et contre la justice. M. de Vitry a su tout ce qu'il a fait, et les 9 130 DEUIL. entrées qu'il a eues dans la cour de Pologne ne lui ont pas élé inutiles, ayant quelquefois fait passer des choses qui n'auraient passé qu'avec peine ou peut-être avec beaucoup de temps, et à l'égard des entrées et du commerce qu'il a eus à la cour de Polo- gne, qui le doivent rendre suspect, Deuil le pourrait être encore davantage, puisque c'était lui qui avait les chiffres dans le temps qu'on a parlé des lettres, et d'ailleurs il était en commerce parti- culier avec mademoiselle Arnaud, qui est une des filles de la Reine de Pologne, et avec la fille de Brahon, médecin du Roi de Pologne, et avec la gouvernante de mademoiselle de Béthune, et Deuil a été à la cour de Pologne aussi fréquemment pour le moins que lui, et il était soigneux de tenir toutes ses intelligences couvertes pendant que lui ne faisait aucun mystère de toutes ses habitudes qu'il y avait (B. A.) INTERROGATOIRE DE DEUIL. Du 6 octobre 1683. -r- Si pendant le séjour qu'il a fait en Pologne, et depuis qu'il a été attaché à M. de Vitry, il n'a pas eu quelque relation particu- lière et secrète avec mademoiselle Arnault, l'une des filles de la Reine de Pologne? — Il n'a eu aucun commerce secret ni particulier avec elle; il est bien vrai qu'elle lui a fait quelques avances obligeantes qu'il soupçonnait être faites à dessein, et par l'ordre de la Reine de Po- logne; mais cela n'a duré que cinq ou six semaines au plus, et même pour détourner le dessein qu'elle aurait pu avoir à cet égard, il rechercha les occasions de parler à la demoiselle Braun — Quel commerce il a eu avec Petitjean, huissier de chambre de la Reine de Pologne? — Petitjean lui a toujours paru affectionné au Roi, et de tous les avis qu'il a eus de Petitjean, il en a toujours averti M. de Vitry ; il entendait bien ce que Petitjean lui voulait dire, mais il ne s'est confié pour cela à Petitjean, ni à qui que ce soit en Pologne; ils ont pris quelquefois des rendez-vous, et môme Petitjean lui pro- posa un jour pour le sonder, au moins il le crut alors de la sorte, de lui donner le moyen de faire passer de l'argent ou des lettres en Hongrie, en cas qu'on en eût affaire, et deux autres fois Petitjean lui a donné des rendez-vous avec M. Sagiski, qui gardait tous les DEUIL. 131 papiers du Roi de Pologne, et par lequel Petitjean prétendait lui faire voir tous les papiers, et plusieurs fois avec Baron, officier du gobelet de la Reine — Quel commerce il a eu avec l'évêque de Luscovie? — Il a eu sa connaissance par le moyen de M. le général Bohan, de qui il était ami particulier, et a mangé plusieurs fois avec l'évêque, tant chez lui qu'en autres endroits; et M. de Bohan lui ayant un jour écrit de remercier l'évoque de Luscovie de l'estime qu'il avait pour lui, et même que l'évêque avait envie de l'attacher à son service, ce qui l'obligea de porter la lettre à M. de Vitry. ■— En quel temps précisément la cour de Pologne a eu connai;- sance des lettres écrites en chiffres par M. le marquis de Vitry? — Il n'en sait rien, et il n'en a entendu parler que depuis son retour en France, quoiqu'il ait entendu dire, du temps qu'il était à la cour de Pologne, que Pélissier, son camarade, donnait avis de tout au Roi et à la Reine de Pologne, et à la dame de Listreux, mère de sa maîtresse, et qui couchait dans la chambre du Roi et de la Reine de Pologne, oîi elle avait plus de liberté qu'un autre de les entre- tenir. Petitjean lui en a parlé plusieurs fois, ainsi que Pillon, prêtre, aumônier de M. d'Arquien, et Timon, courrier du Roi de Pologne en Transylvanie et en Hongrie, et Lespine, valet de chambre du roi de Pologne. Et se souvient que Timon, parlant de Pélissier, l'ap- pelait toujours Moybrat, qui veut dire, en langue polonaise, mon frère; et lui demandant pourquoi il l'appelait son frère. Timon dit que c'était parce que Pélissier trompait de son côté comme Timon trompait du sien, et que c'était pour cela qu'il l'appelait son frère; mais Timon craignait sur toutes choses que Pélissier le vît lui parler, croyant bien que Pélissier en donnerait avis au Roi et à la Reine de Pologne, et il en a rendu compte à M. de Vitry dans les temps, comme de tous les avis qu'il avait par le moyen de Timon; et ce ne sont pas les seuls à qui la correspondance de Pélissier avec le Roi et la Reine de Pologne a été connue, et qui en ont parlé, même "M. le grand chancelier et M. Lubormiski en ont fait donner avis à M. de Vitry, et Akakia en était tellement persuadé, qu'il obligea par cette raison M. de Vitry de lui confier les chiffres au préjudice de Pélissier, lorsque Noblet s'en revint en France... Il n'a point été parlé, pendant le séjour qu'il a fait en Pologne, après la première lettre écrite, qu'elle eût été déchiffrée, ni que le Roi de Pologne en eût su la teneur vingt-quatre heures après ; car, pendant les 132 DEUIL. quinze jours qu'il demeura en Pologne après la première lettre écrite, il n'en fut pas dit un seul mot, sinon que la lettre avait été interceptée, suivant l'avis même que M. Dalerac lui en donna, et qu'il y avait dans la lettre interceptée un grand article qui n'était pas chiffré^ ce qui était véritable, et l'on ne parla point de la te- neur de la lettre, ce qui est bien différent, et qui fait qu'il n'est pas impossible que la lettre n'ait été déchiffrée avec le chiffre depuis son départ et depuis que les chiffres n'ont plus été entre ses mains; et pour faire voir que la lettre a été interceptée, il a été vérifié que les lettres de la marquise de Vilry, qui étaient dans le même pa- quet, c'est-à-dire sous la même enveloppe de Varsovie à Dantzick, avec les lettres de la cour, avaient été décachetées Avons représenté une demi-feuille de papier ayant pour titre: Copie d'une partie de lettre écrite par. M. le marquis de Vitry à madame sa femme, de Varsovie, le il avril 1683 '. — Si M. le marquis deVitry l'a écrit, c'est un effet de son malheur, croyant bien que M. deVitry aurait écrit ce qu'il a pensé sur ce sujet, étant plein d'honneur, de zèle et de fidélité pour tout ce qui regarde les intérêts de S. M. ; mais il lui permettra de dire, pour sa propre justification, etsans manquer au respectqu'il lui doit, queM. deVitry n'est pas sans intérêt dans cette affaire, et qu'il est obligé, par cette raison, de faire tomber le soupçon plutôt sur lui que sur Pélissier, contre lequel il avait reçu tant d'avis différents et de divers en- droits, après lesquels il ne semblait qu'il eût pu remettre le chiffre entre ses mains, surtout après les avoir donnés à son préjudice, et à cause des soupçons qu'il avait déjà eus contre Pélissier, tant sur les avis qui lui avaient été donnés qu'à cause du commerce et des agréments que Pélissier avait à la cour de Pologne; et, de plus, il paraît que M. de Vitry n'a écrit que près de deux mois après son départ, pendant lequel temps Pélissier a jugé à propos, pour se jus- 1. Voici celte lettre : « Varsovie, le 11' d'août 1683. (( Il faut que vous sachiez que, jusqu'au lendemain que M. Dueil est parti d'ici, jamais M. Pélissier n'avait eu aucune connaissance des cliifl'res de la cour, et que le dernier qui m'a été envoyé de la cour, trois semaines avant le départ de Dueil, et rendu en main propre, duquel il avait chiffré trois dépr^ches avaut que je l'en- voyasse à la cour, a été découvert dès la seconde dépêche, que je ne puis douter qui n'ait été déchiffrée ici, avant que de passer en France, ce que je n'ai découvert que longtemps après le départ de iVI. Dueil, qui est une preuve convaincante contre lui, et qui fait voir clairement que la connaissance que cette cour ici a de mes chiffres est venue de son temps, et devant que IVI. Pélissier les ait jamais eues entre les mains. » (B. N.) DEUIL. 133 tifier, de faire parler à M. de Vitry contre lui ; et, en son absence, il lui a été facile de le faire, et ne doute point que la pièce n'ait été prise et demandée par précaution par Pélissier, puisqu'il recon- naît, en la voyant, qu'elle est écrite de la main de Pélissier, pour s 'en servir sans doute contre lui... — Comment il croit que les lettres de M. de Vitry à la cour, en chiffres, tant du premier que du nouveau chiffre, ont été déchif- frées en Pologne? — Ce ne peut être que par l'habileté de l'abbé Zarouski, à pré- sent évêque de Ricovie, ou par l'infidélité de Pélissier, et les lettres enlevées et interceptées par la cour de Pologne font encore une partie de sa justification; car, si du temps qu'il était en Pologne, et qu'il avait les chiffres entre les mains, le Roi de Pologne avait eu le corps des chiffres et quelque intelligence avec lui, il aurait eu, non-seulement connaissance de tout dès ce temps-là, mais encore le Roi de Pologne n'aurait pas voulu violer le droit des gens, faire enlever les paquets du Roi et les décacheter comme l'on a fait, et l'on ne se serait pas porté à cette extrémité de faire assassi- ner les courriers *, si l'on avait été informé par une voie secrète et facile ; et en effet, depuis qu'il est parti de Pologne pour venir en France, on n'a pas entendu dire qu'on ait continué en Pologne de faire assassiner les courriers pour avoir leurs paquets. — Quelles connaissances il a eues de l'attachement qu'il a pré- tendu que Pélissier avait pour la fille de la dame de Listreux? — Cela a été tellement connu du public que personne ne l'a ignoré en Pologne, et ce n'était pas un amusement, mais bien une affaire sérieuse, par le moyen de laquelle Pélissier prétendait avoir un établissement en Pologne, et il serait trop ennuyeux de mar- quer tout ce qui pourrait justifier cet attachement et ce dessein; et la marquise de Vitry lui a fait l'honneur de lui dire que Pélissier prétendait être, par le moyen de ce mariage, résident du Roi de Pologne en France. Le Roi de Pologne envoyait assez souvent .chercher Pélissier, qui disait quelquefois que c'était pour des cu- riosités touchant la lecture de quelques auteurs-; ne peut dire si 1. Il faut dire, à la décharge de Sobieski, qu'alors les souverains ne se faisaient pas scrupule de dévaliser les courriers; les archives de la guerre contiennent plus d'un ordre de Louvois pour enlever, ou même tuer au besoin, les porteurs de dé- pêches à leur passage par la France. 2. Sobieski était un grand amateur do littérature, et ne passait pas un jour sans lire et sans entamer des discussions avec ses amis sur l'histoire ou la poésie. 134 DEUIL. c'était la véritable raison ou des prétextes seulement. Il fut pour accompagner un courrier qui passait en Transylvanie, et ayant invité Pélissier de monter à cheval pour couvrir davantage l'envoi du courrier jusqu'au bout du faubourg de Varsovie seulement. Pélissier n'en voulut rien faire, et, à son retour, il apprit que, dès le môme jour du départ du courrier de Varsovie, le Roi de Pologne en avait été averti, et ce fut pour cela qu'il fut dépêché un autre courrier après lui^ mais il ne le put pas joindre. — Par quel moyen il croit que la course de Noblet a été connue en Pologne, après y avoir été longtemps inconnue? — Il a toujours cru que c'était Pélissier qui en donna avis, lui ayant vu prendre quelque prétexte de l'observer lorsqu'il déchif- frait les lettres de la cour que Noblet avait apportées, nonobstant les précautions qu'il avait prises pour cela. — Comment il prétend que Pélissier a eu commerce avec M. le chevalier de Lubormiski, et qu'il a été dans se& intérêts, et néan- moins aujourd'hui il prétend que le chevalier Lubormiski a donné les avis de l'infidélité de Pélissier? — Pendant que Lubormiski a été dans les intérêts du Roi, et qu'il avait son agent à Paris, appelé Darcy, il a fait donner des avis contre Pélissier, mais, après que Lubormiski est entré avec la cour de Pologne dans d'autres engagements avec l'Empereur, il s'est adressé à Pélissier pour ses intérêts particuliers, et il a vu deux fois le valet de chambre de Lubormiski parler à Pélissier depuis cet engagement. Il a déclaré la vérité sur tous les faits, et tout le monde sait la conduite extraordinaire qu'il n'a point voulu marquer jusqu'à présent. Pélissier a reçu un appel en forme, et il s'est battu en duel, étant à M. de Vitry, ambassadeur du Roi, de la maison duquel on lui a entendu dire plusieurs fois qu'il n'avait pas épousé la maison, que c'était son pis-aller, et qu'on verrait dans la suite ce qui en arriverait; et Pélissier le lui a dit en différents temps, jusqu'à trois fois, dont la première fut après que les chifTres eurent été donnés ù lui ; la seconde, au sujet d'une lettre que madame de Vitry écrivit à Pélissier, et où elle ne l'avait pas traité de Monsieur, et la dernière sur quelque satisfaction qu'il demandait à M. de Vitry, de son écuyer, et que M. de Vitry ne jugea pas raisonnable, et s'expliqua même avec quelque sorte de chagrin à Pélissier, tou- chant son attachement pour la fille de madame de Listreux, sur laquelle il lui que ce commerce ne lui plaisait guère; mais puis- DEUIL. m qu'iJ était si avancé, il pouvait l'achever. Et un gentilhomme de M. de Riberac, qui était à la cour de M. l'Électeur de Brandebourg, a dit que tout le monde disait dans cette cour que c'était Pélissier qui avait commis l'infidélité des chiffres, et les deux courriers appe- lés Molet et Chanel lui ont dit la même chose, même qu'on avait employé la fille de la dame de Listreux pour engager Pélissier et tirer par ce moyen son secret; et il y a encore cette différence entre sa conduite et celle de Pélissier, que, lors de son départ de la cour de Pologne, il a tenu son voyage extrêmement secret et caché; et s'il n'eût pas même pris une fausse route, il aurait couru risque d'être assassiné, et à plus forte raison que deux Français qui ont été assassinés depuis sur la route qu'il avait prise ; et, pour cet effet, il ne prit qu'un seul passeport de M. de Vitry, sans en faire demander à la cour de Pologne, et partit à minuit de Varsovie, au lieu que Pélissier, en partant, parla publiquement de son départ et prit des passeports de la cour de Pologne, à ce qui lui a été dit depuis son retour en France, et M. de Béthune lui a fait l'honneur de lui dire que Pélissier lui avait avoué qu'à la cour de Pologne, on avait essayé de le dissuader de revenir en France, ce qui a donné lieu de dire à M. de Béthune qu'ils avaient l'un et l'autre donné une grande marque de leur innocence en se rendant à la cour, mais que, s'il y en avait un de coupable, il y aurait à parier mille contre un pour son innocence à lui Deuil '. (B. A.) LE CHEVALIER D'ESTRADES Discipline militaire. LOUVOIS A M. HOTMAN. A Saint-Germaiu, le l*'' janvier 1677. Sur ce que le Roi a appris des désordres que M. le chevalier d'Estrades a faits dans ses quartiers, S. M. Ta fait mettre à la Bas- 1. Les deux secrétaires d'ambassade furent mis en liberté trois ou quatre mois plus tard; il est probable que tout leur crime se réduisait à des liaisons trop intimes avec les Françaises de la cour de Pologne, et que l'évêque de Ricovie avait déchiffré les lettres de M. de Vitry par sa seule liabileté. Nous avons cru bon de donner quelque étendue aux documents relatifs à cette affaire, h cause des renseignements qu'ils contiennent sur Tintérieur du palais de Sobieski. 2. Ordres d'entrée du 31 décembre 167G et de sortie du 28 janvier 1677. Contre- signés Le Tellier. 136 CHEVALIER D'ESTRADES, tille, et elle m'a commandé de vous faire savoir que son intention est que vous informiez de ce qui s'est passé contre ses ordonnances et que vous m'envoyiez les informations, aûn qu'après en avoir fait lecture à S. M., elle puisse prendre les résolutions qu'elle jugera à propos. (A. G.) POMPONNE A M. l'ABBB û'ESTRADES. A Saint-Germain, le 6 janvier 1677. Je ne puis finir cette lettre sans vous témoigner que je prends part à la disgrâce qui est arrivée à M. le chevalier d'Estrades, puisque vous savez quelle est celle que je prends à tout ce qui vous touche. (B. N.) LE MARÉCHAL D'eSTRADES A l'ABBÉ D'eSTRADES. A ÎNimègue, ce 19 janvier 1677. Vous aurez appris que votre fvbve le chevalier est à la Bastille pour des malversations que son régiment a faites aux environs de Sens dont l'archevêque a fait de grandes plaintes ; vous pouvez croire que cela m'a fort louché pour plusieurs considérations dont vous jugerez bien de la conséquence. (B. N.) l'abbé d'estrades a pomponne. 21 janvier 1677. Je suis plus vivement touché de ce que la conduite de mon frère le chevalier a déplu au Roi que de tous les autres malheurs qui pourraient lui arriver, et je suis très-sensible à la bonté avec laquelle vous me témoignez vous intéressera la douleur que j'en ai. (B. N.) M. le prince au maréchal d estrades. A Chantilly, le 5 février 1677. J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite du 22 janvier ; vous ne devez pas douter que je n'aie eu bien du déplaisir de la prison de votre fils; j'ai aussi une très-grande joie de ce qu'il en est de- CHEVALIER D'ESTRADES. 137 hors*, et je ne puis m'empêcher de vous le témoigner par l'intérêt que je prends à tout ce qui regarde votre famille, et n'y ayant per- sonne au monde qui vous estime en votre particulier et qui vous honore autant que je fais; c'est de quoi je vous supplie d'être for- tement persuadé. (B. N.) LE MARÉCHAL D'ESTRADES A l'aBBÉ D'ESTRADES. Ce 26 février 1678. M. le maréchal de Créqui est avec 15,000 hommes au delà du Rhin, et mon fils le chevalier était, le 20, à Paris, à passer son temps, quoique son régiment soit dans Fribourg, et qu'il eût le commandement de mille chevaux qui sont dedans; celui qui les commande en son absence y a enlevé trois quartiers des impé- riaux, où il a acquis beaucoup de réputation; je me lasse fort de voir mes enfants tenir des conduites si éloignées de mes senti- ments et de mes conseils; aussi fais-je état de me retirer après cette ambassade et de vivre en repos, ce sera à eux de voir si le chemin qu'ils tiennent sera le meilleur. Ce 4 mars 1678. Le chevalier était encore le 20 du passé à Paris à jouer et passer son temps, ce pendant que le maréchal de Créqui marche au delà du Rhin avec une armée de 20,000 hommes. S'il continue à se con- duire de la sorte, le Roi fera fort bien de ne l'avancer pas ; si j'en avais usé ainsi pendant ma jeunesse, je ne serais pas maréchal de France; vous pouvez croire que je ne vois pas tout cela sans chagrin. Ce 27 mai 1678. Votre lettre du 18 m'a été rendue dans le même temps que j'ai appris la mort de mon fils le chevalier, la petite vérole étant ren- trée. Je suis vivement touché de cette perte, mais il faut se sou- mettre à la volonté de Dieu. (B. N.) 1. La Gazette de France du 30 janvier annonçait eaces termes la mise en liberté du chevalier : « Le chevalier d'Estrades, mestre de camp de cavalerie, qui avait été mis à la Bastille sur des plaintes des habitants d'un village où une des compa- gnies de son régiment est en garnison, en sortit hier par ordre du Roi. S. M. ayant connu que ces habitants s'étaient plaints sans fondement. » 138 I/ABBÉ DU PETITPUY. L'abbé DU PETITPUY ^ Faux avis. DU PETITPUY AU ROI. Sire, je ne sais par quel coup de la divine Providence j'ai appris aujourd'hui l'horrible dessein d'attenter à la vie de votre sacrée personne qu'avait conçu un malheureux, et qu'il a vainement tâché d'exécuter; je le sais de sa bouche même, et je suis témoin de son dernier sort. Je n'ai osé m'ouvrir à personne, parce que des affai- res pareilles ne doivent pas, ce me semble, faire d'éclat, et qu'elles devaient même être étouffées dans un éternel oubli; cependant il m'a été impossible de trouver aucun moyen de l'apprendre à S. M.; je me suis opiniâtre à ne point sortir d'aujourd'hui du châ- teau que je n'eusse tout mis en œuvre pour lui en donner connais- sance, sans laisseràceuxàquijem'adresserais aucun soupçon d'une vérité si étrange. J'ai essayé de parler à madame de Montespan, pendant que V. M. était à l'Opéra, mais on ne m'a point voulu lui faire savoir qu'on lui demandait audience, qu'on n'apprit aussi de quoi on lui voulait parler. Comme je ne savais personne qui eût plus de zèle pour V. M. que cette dame, je lui aurais fait sans scrupule le récit de cette histoire. M. le major de ses gardes m'ayant demandé à qui j'en voulais, après que V. M. est entrée, et ayant apris par lui-même sa qualité de major, je lui ai dit naïve- ment que j'avais quelque chose à dire à V. M., qui lui était de conséquence, et qui regardait sa personne, et je lui ai ajouté que, s'il le jugeait à propos, je le mettrais par écrit afin d'ôter à V. M. l'ennui et l'embarras de m'entendre; il l'a approuvé, et je l'exécute sans en venir au dernier détail, jusqu'à ce que V.M. m'ait fait dire qu'elle le souhaite. De la sorte, je ne sais, Sire, si je me suis rendu coupable dans ma conduite, mais je proteste à V. M. que, si j'ai fait quelque faute, ce n'a été que pour n'avoir pas su mieux faire, n'y ayant aucun sujet au monde si passionné, et, si j'ose le dire, si tendrement dévoué à son Roi que je le suis à V. M. ^. 1. Ordres d'etittée du 28 mars et de sortie du 10 juillet 1G77. Contre-signes Le Teliier. 2. C'est dans l'antichambre même du Roi que ce pauvre prêtre écrivait sa lettre; les gardes lui ayant demandé pourquoi il y restait si longtemps. Ceci prouve, et L'ABBÉ DtJ PEtlTPUY. lS9 INTEBROGATOIRÉ de tETlTPUY. 1678. Il a fait ses premières classes à Poitiers, et même sa rhétorique ; depuis il a fait sa philosophie à Paris et ensuite sa théologie à Bor- deaux. Il était jésuite, et a pris l'hahit à l'âge de 14 ans, et il pou* vait avoir 28 ans lorsqu'il en est sorti. C'était à cause de sa surdité qui était encore beaucoup plus grande qu'elle n'est à présent. Il s'est adressé pour cela au Père général, lequel étant enfin bien éclairci de son incommodité, qu'il ne cherchait pas à se retirer sans cause, lui donna la liberté qu'il demandait, ce qui était d'au- tant plus facile à lui accorder qu'il n'avait pas encore fait pro- fession '. — Si c'est pas à cause des oppositions qui furent faites à sa sortie, et du ressentiment qu'il en a eu, qu'il a composé un écrit contre les jésuites et leur société. — Il n'a jamais eu de ressentiment contre les jésuites, il serait bien méchant s'il en avait quelqu'un, ayant toujours été bien traité d'eux pendant qu'il en a porté l'habit et s'étant aussi bien ménagé avec eux depuis qu'il en est retiré ^ (B. A.) LE ROI A l'archevêque DE LYON. 1678. Ayant ordonné à de conduire en mon château de Pierre-en- Cise Laurenceau du Petitpuy, je vous fait cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à faire recevoir Petit- puy et détenir jusqu'à nouvel ordre, sans permettre qu'il ait com- munication avec qui que ce soit de vive voix ou par écrit. (A. N.^ c'est pour nous le véritable intérêt de ce document, insignifiant d'ailleurs, que le public pénétrait sans difficulté dans l'intérieur de ces palais, qu'on représente tou- jours comme accessibles aux seuls courtisans. Sur cette lettre, du Petitpuy fut arrêté et mis à la Bastille, et M. de la Reynie eut ordre de l'aller interroger. • 1. L'ordre des jésuites est le corps d'armée du catholicisme; la règle autorise les chefs à rayer des cadres tous ceux que la santé, le dérangement des mœurs ou la faiblesse de leur esprit met hors d'état de combattre pour l'église et la reli- gion, et aussi à maintenir dans les rangs les soldats valides qui manquent à leur engagement sous des prétextes imaginaires. 2. La suite de l'interrogatoire n'est qu'une narration longue, diffuse et menson- gère d'un entretien tenu dans les Tuileries avec un inconnu auquel la misère aurait suggéré d'entrer dans un complot tramé pour tuer le Roi à la chasse. Nous avons cru inutile de reproduire tout ce fatras, imaginé par un pauvre diable dans l'espoir de toucher quelques écus dont il avait grand besoin. \ iO DUFOUR. LOUVOIS AU MÊME. A Versailles, le 6 décembre 1684. Le Roi ne jugeant pas à propos de retenir plus longtemps l'abbé Petitpuy à Pierre-en-Cise^ S. M. m'a commandé d'expédier l'or- dre que je vous adresse pour le faire mettre en liberté. (A. G.) Abbé DUFOUR, veuve DUVAL^; D'ALERAC^; DE BOURNIQUEL^ Faux. LE ROI A M. DE LA REYNIE. Ayant fait arrêter Longchamps, dit Dufour, et sa femme sur l'avis qui m'a été donné de plusieurs faussetés par lui commises, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à vous trans- porter dans sa maison pour y apposer le scellé et faire description et inventaire des papiers qui s'y trouveront ^ (B. N.) Au camp de Thulin, près Saint-Guilaitij 21 mai 1G77. INTERROGATOIRE DE DUFOUR, DIT DE LONGCHAMPS. F. Dufour, dit de Longchamps, âgé de trente-huit ans, natif de Chaumont en Bassigny, ci-devant ecclésiastique, et en a fait la profession, mais a eu depuis la permission du Roi de porter les armes pour son service, a été secrétaire de M. de la Gardonnière, lieutenant-général. 1. On l'avait gardé à Pierre-en-Cise bien longtemps. Le Roi aurait été moins sévère si l'abbé ne s'en était pris aux jésuites. 2. Ordres d'entrée du 21 mai et de sortie du 6 novembre 1677. Ordres contre- signés Colbert. 3. Ordres d'entrée du 12 novembre 1677 et de sortie du ler août 1678. ù. Ordres d'entrée du 22 décembre 1677 et de sortie du 4 mai 1679, h la soumis- sion de se retirer îi quarante lieues de Paris. Ordres contre-signes Le Tellier. La veuve Duval était une pauvre blanchisseuse que l'abbé avait abusée sous pro messe de mariage. 5. Le U juillet le Roi donna commission à l'ancien Cliâtelet pour les juger, mais nous n'avons pu retrouver l'arrêt qui a dû intervenir. DUFOUR. 141 Du 24 juillet 1677. Demeure d'accord d'avoir fourni des procurations au trésor royal, pour les jésuites de Nancy deux procurations, l'une du P. Rus- Iriic, l'autre du P. procureur; pour les religieuses de Poligny et reli- gieuses de Neufchâteau, il a donné au trésor royal quatre quit- tances... Demeure d'accord avoir porté au trésor royal deux procu rations dont a été payé 150 livres, mais ne peut dire si le corps d'icelies procurations est de sa main à cause du mal d'yeux. Représenté trois quittances en parchemin, les reconnaît, et quant aux religieuses de Poligny, ne les connaît pas, mais un inconnu lui ayant apporté une procuration, il se serait employé à recevoir la somme et recouvert de ses avances; demeure d'accord d'avoir été arrêté es prisons de l'officialité pour raison du ciboire et de Marie Lahaze, et d'avoir reçu 130 livres en vertu de la procuration des religieuses de Neufchâteau du 2 janvier 1677, suivant la quittance, l'a mise es mains de Boissy, dans un cabaret; la procuration lui avait été envoyée par M. de la Cardonnière. A reçu aussi 130 livres pour les jésuites. Demeure d'accord d'avoir écrit une procuration suivant la lettre du P. Gournay, trouvée dans son coffre. A reçu 100 livres pour les religieuses de Salins, a reçu 100 livres pour les religieuses de Poligny. Du 12 août 1677 A lui représenté une pièce dite être la prise de possession du bénéfice de la chapelle de Saint-Gabriel d'Andelot. Demeure d'ac- cord d'avoir écrit le corps de la prise de possession de bénéfice et signé du notaire apostolique. A lui représenté quatre fragments, déclare qu'il y a trois frag- ments de procuration écrits de sa main; quant au-dessus du titre, ne sait de quelle main c'est; dénie pourtant avoir écrit de sa main le mot étant au bas d'un des fragments : Durant sup., et ayant en- voyé à M. de la Brosse, gouverneur de Dinan, deux corps de pro- curations, l'un pour les religieuses de Saint-Vinox, l'autre de Di- nan; il en envoya deux, l'une adressant à M. du Metz, l'autre à lui. Reconnaît encore avoir écrit et signé de sa main la promesse de 450 livres signée Givry. A écrit le corps du placet, mais ne connaît l'écriture de celui qui a fait l'ordonnance au bas, a mis le mot de Jonchères pour lui servir seulement de mémoire. Le passeport est écrit de sa main, mais la signature de la Cardonnière est véritable (A. N.) «48 DESHAULES. LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 30 noTembre 1677. J'ai reçu la leltre que vous avez pris la peine de m'écrire le 28 de ce mois sur les interrogatoires de d'Alerac; j'en ai rendu compte au Roi, qui a différé de prendre sa résolution jusqu'à ce que, Delort étant arrivé, vous l'ayez interrogé et que S. M. ait été infor- mée de ce qu'il aura répondu. (A. G.) Éfolx D'L\CAR ville, de COURCELLE, D'ARAMON, DE LA FOREST, Époux DE LA COUR DES BOIS ^ Dénonciation calomnieuse. LOUYOIS A M. DESMADRYS, INTENDANT SUR LA FRONTIERE DE CHAMPACiNE. A Condé, ce IG mai 1677. Je VOUS envoie une lettre qu'une madame d'Incarville prétend avoir reçue de Luxembourg, avec deux de M. Deshaules, par les- quelles il paraît qu'il a quelque commerce contraire au service de S. M. et au serment qu'il lui doit, et, comme en ces sortes d'affai- res on ne saurait avoir trop de précaution, S. M. a trouvé bon de faire expédier les ordres que vous trouverez ci-joints, et de me commander de vous faire savoir que son intention est que vous vous rendiez incessamment à Montmédy^, qu'y étant arrivé vous remettiez à M. de Vandy la lettre du Roi qui est pour lui, aGn qu'en exécution d'icelle il fasse arrêter M. Deshaules et saisir tous ses papiers, desquels vous ferez un inventaire et m'enverrez un extrait, que vous interrogiez Deshaules sur le contenu auxdites lettres et m'envoyiez ses interrogatoires; après quoi vous le ferez conduire sûrement au château de Sedan, où vous le ferez remettre à M. de la Bourlie. Si vous apercevez par les lettres et son interro- gatoire que ce gentilhomme soit innocent, vous lui adoucirez la 1. Ordres d'entrée de juin et juillet 1677. Contre-signes Le Teilier. 2. Montmédy est une petite ville du Luxembourg, qui appartenait à la France depuis la paix des Pyrénées; DESHAULES. 143 résolution que S. M. a prise tout le plus que vous pourrez, lui fai- sant entendre que S. M. fera une telle justice de ceux qui l'accu- sent faussement, qu'il aura lieu d'être content. (A. G.) LOUYOIS A M. DE LA BOURLIE. A Versailles, le 10 juin 1677. Le Roi ayant vu des lettres par lesquelles Deshaules paraît jus- tifié des accusations qui ont été faites contre lui, S. M. m'a com- mandé de vous faire savoir qu'elle trouve bon que vous cessiez de le faire garder avec l'exactitude que vous avez eue jusqu'ici, et que vous vous contentiez seulement de lui défendre de ne point sortir du château de Sedan jusqu'à nouvel ordre de S. M. ; j'espère de vous en pouvoir adresser au premier jour de plus favorables pour lui et dont il aura sujet d'être content. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 15 juin 1677. Un gentilhomme nommé Morand de Courcelles m'apporta à l'ar- mée trois lettres par lesquelles il paraissait que M. Deshaules, lieute- nant de Roi de Montmédy^ avait commerce à Luxembourg. Quoi- que, parla construction de ces lettres dont l'on supposait qu'une était écrite d'une autre main que les deux autres, il y eût lieu de juger qu'elles avaient été écrites de la même main, et qu'ainsi c'était une supposition que l'on faisait à un officier qui a toujours passé pour un très-honnête homme, S. M. ne laissa pas de juger à propos de faire arrêter Deshaules et de prendre ses papiers, et il est depuis un mois dans le château de Sedan, sans que ni par ses in- terrogatoires ni par les papiers que l'on a trouvés chez lui, non plus que par la vérification de son écriture, il reste aucun soup- çon qu'il ait pu avoir la pensée de manquer à son devoir; et S. M. n'ayant pas trouvé qu'il fût de sa justice de laisser calomnier un officier de cette qualité, elle a jugé à propos de faire mettre à la Bastille M. et madame d'Incarville et M. de Courcelles Morand, qui a apporté ces lettre de la part de la dame, et m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que vous les interrogiez tous trois 1. Le lieutenant de Roi était un officier qui commandait dans les places de guerre en l'absence du gouverneur. 144 COURCELLES. séparément, et que vous tâchiez de savoir celui qui a fabriqué ces fausses lettres. M. Morand ne manquera pas de vous dire que la dame d'Incarville les a reçues du distributeur de la poste, sur quoi vons le pourrez facilement convaincre de fausseté, en faisant ve- nir devant vous ceux qui ont coutume de distribuer les lettres dans son quartier. J'écris présentement à Sedan pour ravoir les lettres, lesquelles je vous enverrai incessamment. (A. G.) LOUVOIS A DESGREZ. A Versailles, le 16 juia 1G77. J'ai reçu votre lettre du 13 de ce mois; l'homme qui m'a apporté les lettres de la dame d'Incarville a été arrêté ici où il s'était rendu et il a été mené à la Bastille, il s'appelle Morand de Courcelles ; il est bon que vous vous informiez dans son quartier quelle habitude il avait avec la dame d'Incarville K (A. G.) INTERROGATOIRE DE COURCELLES. Du 17 juin 1677, à la Bastille. Madame d'Incarville tira de dessous son chevet trois lettres missives qu'elle mit entre ses mains. Voyant qu'il s'agissait d'une affaire importante, et qu'il paraissait par l'une des lettres de quel- que trahison que celui qui les avait écrites marquait qui devait êtrejfaite 'par M. Deshaules, lieutenant de Roi de Montmédy, beau-frère delà d'Incarville... H remit à M. Le Tellier les trois lettres dans sa salle. Après la lecture desquelles, M. Le Tellier dit qu'il devait aller à l'armée por- ter ces mêmes lettres à M. deLouvois, et alla couchera Senlis, d'où ayant poursuivi son chemin jusqu'à Condé, où M. Le Tellier lui avait dit qu'il trouverait infailliblement le Roi, il fut aussitôt, après y être arrivé, trouver M. de Louvois, auquel il rendit les trois let- tres, et après la lecture desquelles M. deLouvois ayant dit s'il de- mandait quelque chose, il répliqua qu'il ne demandait aucune chose pour lui, mais que, s'il y avait dans la suite quelque confis- cation, il le suppliait de la faire accorder aux personnes qui don- 1. Il avait été de bonne foi porter de véritables lettres de M. Deshaules pour les comparer aux fausses qu'il avait remises à Louvois; il entretenait cette dame. DKSHAULES. 145 naient l'avis, sur quoi, M.deLouvois ayant dit que cela était raison- nable, et qu'à son égard le Roi se souviendrait de l'affection qu'il témoignait avoir pour son service, il se retira de Condé et s'en re- vint à Paris. (B. A.) LOUYOIS A M. DE LA ilEYNIE. A Versailles, le 22 juin 1677. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 19° de ce mois, sur laquelle je vous dirai qu'apparemment ce qui a obligé les d'Incarville à écrire les lettres qui m'ont été rendues contre M. Deshaules est la haine qu'ils ont contre lui et sa femme, avec lesquels ils sont en procès, et de ce que la dame de Villette témoignait avoir plus d'affection pour la dame Deshaules que pour la dame d'Incarville, qui sont toutes deux ses filles. 24 juin 1677. M. Desmadrys, intendant sur la frontière de Champagne, m'a renvoyé les trois lettres ci-jointes que l'on a prétendu être écrites par Deshaules et qui ont donné lieu à le faire arrêter. Je vous en- voie aussi quelques autres lettres écrites par d'Incarville sur la même affaire et l'interrogatoire prêté par M. Deshaules à Sedan, et quelques autres lettres encore, afin que de toutes ces pièces vous puissiez vous en servir pour tirer la vérité des d'Incarville et de Courcelies, prisonniers à la Bastille. (A. G.) LOUVÛIS A M. DESHAULES. 24 juin 1677. Vous verrez par la lettre ci-jointe que le Roi vous écrit que S. M. vous a accordé voire liberté avec ordre de vous rendre à la suite du grand Châtelet jusqu'à ce qu'il soit intervenu un juge- ment contre M. et madame d'Incarville et contre M. de Courcelies, pour raison de fausses lettres qui vous chargent d'avoir intelli- gence avec les ennemis de l'Etat. S. M. a cru que votre satisfac- tion serait plus authentique en la faisant prononcer par une juri- diction, que si S. M. vous renvoyait du château de Sedan directe- ment reprendre votre charge de lieutenant de roi du gouvernement de Monlmédy. (A. G.) 10 1*6 L'ABBE DE LA FOREST. LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le !«' juillet 1677. J'ai rendu compte au Roi de la conversation que j'ai eue avec vous concernant l'affaire des d'Incarville et de Courcelles; S. M. a trouvé bon de faire arrêter de la Forest et d'Aramon et d'ordon- ner à Deshaules de se rendre ici pour y demeurer à la suite de l'ancien Châtelet avec lequel S. M. vous a commis pour le juge- ment de cette affaire, et elle a trouvé bon de me commander de vous dire que, lorsque ladite affaire sera instruite et prête à juger, elle aura bien agréable que vous lui en rendiez compte auparavant que de passer à un jugement déûnitif*. (A. G.) INTERROGATOIRE DE l'ABBÉ DE LA FOREST. Du 10 août 1677, à la Bastille?... — S'il connaît Bernard ïournet-, prêtre. — Il ne le connaît pas particulièrement, quoiqu'il le soit venu voir deux fois; mais lui a vu dire la messe au Saint-Esprit. Bien est vrai que Tournet, qu'il croit être un prêtre d'Avignon, lui vint demander quelques secrets pour un des amis de Tournet qui était incommodé d'une loupe, et cela sur ce qu'on sait qu'il se mêle un peu de médecine et qu'il a des secrets; et Tournet lui en a aussi donné quelques-uns des siens. Il lui en donna qu'il disait être pour le jeu, mais il ne l'a pas regardé. II croit qu'il lui en donna un au- tre pour avoir l'amitié des femmes, mais il ne l'a pas non plus re- gardé ; et cela doit avoir été trouvé parmi ses papiers dans un coffre. Tournet lui donna avec le papier un bout de corde qu'il di- sait être de la corde de pendu, et lui dit qu'il avait encore le secret de séparer les métaux, ce qui l'obligea de donner 10ou12pis- toles d'or et de cuivre qui étaient ensemble, afin de faire la sépa- ration, mais n'a pu savoir depuis ce qu'était devenu Tournet; et Tournet ne lui a pas rendu l'or et le cuivre qu'il lui avait donné. C'était une forme de masse, de la grosseur d'environ deux pouces et plus, cela était fort ancien et avait été trouvé dans un trésor dans une chapelle fort ancienne 1. L'abbé de lu Forest était un mauvais prêtre que le goût du plaisir avait lié avec madame d'Incarville; d'Aramon était un jeune homme séduit par ses charmes. 2. Ce Tournet fut brûlé en place de Grève, pour avoir fait commerce de poison. Il u été souvent question de lui et de son frère dans l'aiiaire de la Voisin. LA COUH DES BOIS. 147 Il a eu les secrets d'une demoiselle de cette ville et de sa con- naissance, nommée Bussière, qui avait un livre où étaient les se- crets, et il la pria de le lui vouloir prêter, afin que, s'il en pouvait trouver quelques-uns de bons, il les pût copier, et la demoiselle de- meure chez son frère, qui est le maître des courriers dans la rue Tirechappe; il les a à peine bien lus, et n'en a expérimenté aucuns (B. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Fontainebleau, le 6 septembre 1677. Desgrez m'ayant mandé qu'il était nécessaire de se saisir de la personne de la dame de la Cour, qui se trouve dans les intrigues des d'Incarville, le Roi a trouvé bon de m'ordonner d'expédier les ordres ci-joints, que je vous adresse, afin qu'il vous plaise de les faire exécuter. A Fontainebleau, le 13 septembre 1677. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire hier. S. M. trouve bon que Desgrez se transporte au lieu où l'on croit qu'est de la Cour des Bois pour l'arrêter, et le conduire au château d'Angoulême, se saisir de ses papiers et en faire l'inven- taire. Je vous adresse Tordre de S. M. qui est nécessaire pour cela, qui porte injonction aux prévôts des maréchaux de l'assister et de lui fournir les escortes dont il aura besoin pour le conduire sûre- ment, s'il le juge à propos, à la Bastille; j'y joins aussi une lettre du Roi pour le gouverneur d'Angoulême, pour lui ordonner de recevoir la Cour des Bois, et le garder autant que Desgrez l'en re- querra. Après cela, il ne tiendra plus qu'à vous de le faire partir avec la diligence que vous désirerez. J'ai donné au bureau de la grande poste l'ordre que vous proposez. (A. G.) LOUVOIS A M. ROBERT. A Fontainebleau, le 13 septembre 1677. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 11 de ce mois, sur les nouvelles preuves que vous avez découvertes de la calomnie faite contre M. Deshaules ; je n'ai pas manqué d'en ren- dre compte au Roi, qui m'a commandé de faire savoir à M. de la Reynie ses intentions, et vous apprendrez, s'il vous plaît, par lui ce qu'il a plu à S. M. de résoudre. (A. G.) 148 LA COUR DES BOIS. INTERROGATOIRE DE LA COUR DES BOIS. L'an 1677, le 27 septembre de relevée, à la Bastille. Nicolas Caron de la Cour des Bois, âgé de 36 à 37 ans, natif de Paris, demeurant à Montbrun en Angoulême, ci-devant lieutenant d'une frégate légère au service du Roi, et à présent occupé à la conduite des mines d'argent et de plomb, qui se sont trouvées et devaient encore se trouver par son moyen dans les pays d'Angou- mois, Périgord, Limousin et Aunis Il a été arrêté à Montbrun en Angoumois, il y a environ huit jours Il est prêt à nous dé- clarer ingénument la vérité, qui est qu'étant obligé à la d'Incar- ville de certaines honnêtetés qu'elle avait eues à son égard, pen- dant qu'il avait peine à subsister, et de ce qu'elle avait donné de temps en temps à sa femme quelque argent, quoique ce fût peu de chose, il faisait ce qu'il pouvait pour témoigner sa reconnais- sance, ce qui ayant donné lieu à la d'Incarville de s'expliquer avec lui des sujets de plainte qu'elle avait contre M. Deshaules, son beau-frère, de ce qu'au lieu de lui donner les secours qu'elle devait retirer de sa mère qui était à Montmédy, Deshaules envoyait ce qu'il avait à lui donner à son mari, qui le dépensait aussitôt ; et elle, prétendant avec cela avoir divers autres sujets de se plaindre de Deshaules, avait formé la résolution de chercher les moyens de le tirer de Montmédy pour un temps, afin de pouvoir se rendre auprès de sa mère ; et pour cela dit qu'elle avait pensé à faire contrefaire des lettres de Deshaules, et qu'elle en avait conféré avec un religieux cordelier qui lui avait prorais de contrefaire l'é- criture et la signature de Deshaules, et lui donner les moyens de supposer des lettres, comme si Deshaules les eût écrites, et le sollicitant de lui vouloir faire le plaisir de contrefaire les lettres, et qu'elle lui eût cette obligation plutôt qu'au cordelier, il s'en défendit pendant plus de trois mois; mais enfin, le persuadant tou- jours, et ayant une extrême peine de la voir en état de se prosti- tuer et de se livrer à un religieux cordelier, eut la faiblesse lui- même de condescendre à ses propositions, et de la servir en ce qu'elle lui demandait au sujet des lettres, en telle sorte qu'il est vrai que c'est lui qui a écrit de sa main trois lettres, à ce qu'il croit, savoir, deux qu'il a conlretirces sur plusieurs lettres et signatures de Deshaules qu'elle lui remit en main pour cet effet, et la troi- sième il l'a aussi écrite et datée de Luxembourg ; laquelle il a LA COUR DES ROIS, 149 écrite d'un caractère déguisé, ainsi que le dessus d'une enveloppe qui enfermait la lettre.. .. Il est vrai qu'il a aussi contrefait le ca- chet de Deshaules sur les empreintes de cachet qui étaient aux lettres qui lui avaient été données par la d'Incarville pour faire celles qu'il svait conlretirées, et iî s'est servi pour cela de la terre qui sert à modeler — Si la d'Incarville lui avait porté des projets de lettre? — Non, mais elle lui avait dit le sens, et il les a composées tou- jours dans la pensée qu'elles pussent servir à éloigner M. Des- haules de Montmédy pour un temps Elle lui promettait de le servir de tout ce qu'elle pourrait, et dès qu'elle aurait de l'argent de sa mère, elle l'en aiderait sans qu'il eût après cela besoin de personne Un matin, la d'Incarville étant dans sa chambre, il fit un paquet en sa présence des trois lettres, et écrivit la suscription du paquet qu'il cacheta, et après remit le paquet entre les mains de la d'Incarville Elle dit qu'elle prétendait le faire rendre au Roi, sur quoi il lui demanda par qui elle prétendait le faire ren- dre, et que, si elle le faisait rendre par Morand, elle l'exposerait et mettrait en danger d'être arrêté; et elle lui dit qu'elle n'avait garde, mais qu'elle le ferait rendre par une femme, et qu'il n'y avait point de risque ; et que par le moyen des lettres elle reviendrait de beaucoup d'affaires que son mari avait faites avec Deshaules, et desquelles elle ne pourrait revenir tant que Deshaules serait à Montmédy. (B. A.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 6 octobre 1677. Je vous ai mandé, par ma lettre du 1" juillet, que, lorsque le procès que vous avez eu ordre de faire aux d'Incarville et à de Courcelles Morand avec l'ancien Châtelet serait instruit et prêt h juger, le Roi souhaiterait que vous lui en rendissiez compte aupa- ravant que de passer au jugement définitif. Depuis ce temps-là S. M. ayant été informée de l'atrocité de leur crime, qui est de telle qualité qu'elle ne veut point accorder de grâce aux coupables, S. M. m'a ordonné de vous faire savoir que son intention est que vous procédiez à leur jugement, conformément à la commission qui vous a été expédiée, et que vous le fassiez exécuter nonobstant ce qui est porté par ma lettre. (A. G.) 150 LA COUR DES BOIS. DÉCLARATION DE LA COUR DES BOIS. L'an 1677, le 13° jour d'octobre, 8 heures du matin, la Cour des Bois nous a représenté qu'ayant fait réflexion sur ce que la dame d'Incarville dénia hier en sa présence lorsqu'il lui fut confronté * d'avoir eu aucune part aux lettres qu'il a faites par son induction et ses sollicitations pour faire tomber sur lui seul le blâme qui peut suivre une telle action, il croit être obligé de nous déclarer certaines circonstances qui peuvent servir à faire connaître la vé- rité et comme les choses se sont passées. La dame voulant, par toute sorte de moyens, l'engager à faire les deux lettres de Deshaules son beau-frère et la lettre de Luxembourg, lui porta dans sa cham- bre un écrit entièrement écrit et signé de sa main, par lequel elle lui promettait à peu près en ces termes et autant que la mémoire lui peut fournir : « Vu les grandes obligations que j'ai à M. de la Cour des Bois, je promets d'être plus à lui qu'à mon mari et à M. de Gourcelles, et de n'avoir jamais de bien dont il ne soitle maître plus que moi, » et il y avait quelques autres termes dans le billet qui avaient une relation assez précise à l'affaire des lettres dont il ne se peut ressouvenir, et il ne veut pas non plus dans ce défaut de mémoire marquer plus précisément pour ne pas charger sa conscience; mais le billet lui parut en tout si extraordinaire et si dangereux à garder, que, voulant bien avec cela lui témoigner quel- . que honnêteté, il déchira le billet en sa présence, et lui dit qu'il la servirait sans une telle assurance, et en effet ayant commencé de travailler dans son cabinet aux lettres en question, la dame, qui était cependant restée dans la chambre auprès du cabinet, écrivit un autre billet, et comme elle l'achevait en sortant de son cabinet, il vit qu'elle écrivait, et ayant voulu voir ce que c'était, elle lui fit voir que c'était une autre assurance qu'elle lui voulait donner, afin d'être engagée elle-même à garder le secret, et par laquelle assu- rance en des termes beaucoup moins forts que ceux du premier billet déchiré, elle lui promettait qu'il pourrait disposer de tout le bien qu'elle aurait, et, après l'avoir lu, elle le signa sur-le-champ en sa présence; il le reçut de ses mains et le mit à l'instant dans une petite cassette de tapisserie, dans laquelle il se doit trouver, 1. Madame d'Incarville avait répondu à toutes les accusations de la Cour des Bois par une dénégation pure et simple. Nous avons supprimé toute la confronta- tion, comme nous avons fait pour tous les interrogatoires de cette femme. MARQUISE D'INCARVILLE. 151 et si la dame, qui est artificieuse, n'a pas trouvé moyen en son absence de l'ôter, ce qui peut lui avoir été d'autant plus facile que sa femme n'a aucune connaissance de cet écrit, lui ayant toujours caché cette affaire; mais si la cassette n'a point été détournée, ni le papier soustrait, en demandant la cassette à sa femme, on l'y trouvera. (B. A.) PROCÈS-VERBAL DE QUESTION ' . Marie-Anne de Roucy, femme de Bierre d'Incarville Saint- Aubin A été livrée es mains du questionnaire, déliée et déshabillée, et mise sur le siège de la question, liée par les bras et les jambes, a été étendue. — Elle est innocente, et, si l'on veut, elle dira ce qu'on voudra. A été admonestée de reconnaître la vérité, et de ne rien dire qui ne soit véritable. A été passé le premier tréteau ; elle dira qu'elle a fait faire les lettres, et ne les a point fait faire. — Si ce n'est pas elle qui a formé le complot de faire des fausses lettres pour perdre son beau-frère? — C'est elle, et qu'on l'ôte de là, ce n'est point la Cour des Bois, et c'est elle. — Si Morand n'est pas du complot? Elle prie qu'on la soulage, et elle dira la vérité des choses comme elles se sont passées; c'est elle qui a fait faire les lettres et ne sait comment cela s'est fait. — Si c'est elle qui a sollicité la Cour des Bois, de les faire? — Oui. — Avec qui elle a comploté le dessein de les faire? — Elle le dira étant soulagée, et la Cour des Bois la voyant triste, lui dit qu'il savait le plus beau secret pour se venger de leurs ennemis, et a pris dans le coffre d'elle, qu'il voyait éplorée, de véritables lettres de Deshaules, sachant très-bien où elles étaient; il dit qu'il savait un homme qui savait fort bien contie- 1. Le 18 octobre le Cliâtnlet avait condamné madame d'Incarville à avoir la tête tranchée, parce qu'elle était noble, et la Cour des Bois à être pendu, comme un simple roturier qu'il était tous deux préalablement appliqués à la question. Le lendemain, 19, MM. Belinet et de la Porte, conseillers au Châtelet, se rendirent avec Sngot, greffier, à la Bastille. Mous avons supprimés tout le préambule du pro- cès-verbal, madame d'Incarville se tenant toujours retranchée dans la négative la plus sèche et la plus entière; c'ia n'offrait aucun intérêt. f52 MARQCTSE D'INa\RVrLLE. faire des écritures pour plus de trente personnes, et sa femme sait fort bien qu'il a un secret, et dira le reste étant soulagée. — A été soulagée d'un tréteau par dessous elle ; elle a dit qu'il était celui-là même qui avait le secret de contrefaire toutes sortes d'écritures, qui avait de quoi la venger de Deshaales, son beau- frère, et elle lui dit sur cela qu'elle ne voulait point faire de mal ; à quoi il répliqua que les lettres qu'il contreferait de Deshaules ne lui feraient point de mal, et sa femme n'était point présente, mais dans sa chambre, et n'ouït rien de ce discours, parce qu'elle est sourde; il dit qu'elle eût à le considérer et l'aimer, et qu'il la ser- virait, et qu'il la vengerait, en faisant enrager Deshaules, son beau- frère, le faire haïr du Roi, et le déposséder de sa charge ; qu'il lui était aisé de réussir ayant des lettres véritables de Deshaules, les- quelles il prit dans le coffre où il savait qu'elles étaient, et c'est lui qui lui a mis en main les trois lettres en un paquet, qu'il avait faites chez lui. et les cacheta devant elle; et elle n"a donné l'écrit de gage d'amitié qui est au procès que trois ou quatre jours avant qu'il partît de Paris, et il n'a point travaillé devant elle, et la femme a aidé à son mari à la fabrique des fausses lettres ; ce qu'il lui a dit en présence de sa femme, étant elle dans la chambre de la Cour des Bois. Elle entra dans le cabinet où il travaillait aux fausses lettres, et sa femme, qui était enfermée avec lui, dit que son mari était mystérieux, qu'il ne voulait pas être vu de personne, et lui dit, tenant une chandelle allumée, ces mots : Mon mari ne veut pas être vu de personne en travaillant; nous venons d'achever de faire vos lettres. En lui remettant les trois lettres, il lui demanda si elle les ferait rendre au Roi par Morand de Courcelles ; elle lui répon- dit qu'elle les lui ferait porter, ou par un autre ; et trois jours après, Morand étant venu chez elle au matin, elle les lui donna pour les porter au Roi; Morand en fit la lecture, et après, elle les lui ayant voulu arracher, il lui qu'il était plus au Roi qu'à sa famille, et ne voulut point les reudre, et elle lui dit de bien prendre garde et de demander au Roi la confiscation des biens de Deshaules pour elle, quoique Deshaules n'eût aucuns biens que ceux de la famille d'elle. Si elle n'eût pas connu la Cour des Bois, elle n'aurait jamais été capable d'une pareille action que celle qu'elle a faite. Après avoir contretiré les deux lettres de Deshaules, il déchira les véritables lettres qui lui avaient servi, à cause qu'il y avait des marques, de crainte qu'elle ne fussent trouvées, et c'est elle qui les a brûlées MARQUISE D'INCARVILLE. 153 seule, la Cour des Bois les lui ay^nt premièremeDt rendues en la présence de sa fernrne. Le billet daté du 16 mai n'a point été par elle donné à la Cour des Bois en reconnaissance du contretirement des fausses leltres, et c'est lui qui lui demanda les billets avant de se retirer, pour marque de son amitié en son endroit, et il est vrai qu'elle avait fait un premier billet qu'elle avait signé de sa main, mais il ne le trouva pas assez fort et le déchira. — Si Morand n'est pas du complot des fausses lettres, et si Morand, lorsqu'il s'en chargea pour les porter à la cour, ne savait pas bien qu'elles fussent fausses? — Non. et il n'y a personne qui soit de ce complot qu'elle, laCuur des Bois et sa fernrne. — Si. ;ors ij ; M tnd apporta la seconde fois des lettres véri- tables de De^LdiiiL- à M. de Louvois, il ne savait pas bien que les premières lettres portées à Condé, où était lors le Roi, étaient fausses ? — Non, et il ne porta les trois dernières lettres qu'à cause du soupçon qu'ils eurent que les premières lettres pouvaient venir de quelqu'un de leurs enn'^mis. et quand elle donna à Morand les lettres en question, elle lui dit expressément de ne pas aller si nte, de bien prendre garde, parce qu'elle et sa famille avaient des enne- mis, et il lui cit sur cela que >LM. Ics ministres étaient personnes très-éclairées^. et qu'elles sauraient bien découvrir la vérité. — Si d'Aramon et la Forest ont su que les premières lettres por- tées à la cour fussent fausses, et sils ont pris |)art au complot ? — Non. — D'où elle connaît la Forest? — Elle le connaît pour être venu fréquenter son mari, et étant venu à la Bastille la voir, son mari lui donna des lettres de Deshaules. — Si so:i mari n'a pas eu connaissance des fausses lettres avant qu'elles fussent portées à la cour, et s'il n'a pas été du complot? — Non. et la Cour dcS B is a toujours dit qu'il avait des secrets merveilleux pour contrefaire toutes sortes d'écritures et toutes sortes de cachets, lui ayant dit qu'il pouvait faire brouiller toutes sortes de familles, qu'il savait faire toutes sortes de choses, qu'il avait servi quantité de gens par ses secrets et par des faussetés, qu'il avait des secrets pour faire bien des choses. — Si ce qu'elle vient de déclarer contre lui et contre sa femme iU MARQUISE D'INCARVILT.E. n'est pas en haine, et pour se venger d'eux de ce qu'ils ont dé- claré contre elle?... — Non, et elle a dit la vérité. — Si Morand n'est pas du complot? — Non, et il n'en a jamais rien su; il est homme d'honneur et, s'il l'eût su, elle ne serait pas au lieu où elle est présentement, et il n'y a que la Cour des Bois et sa femme qui ont été du complot, et aucun autre n'en a eu connaissance ; d'Incarville avait dessein de le faire enlever, parce qu'il promettait beaucoup sur le fait de son secret des mines et du salpêtre, et ne faisait rien voir, et Morand a eu aussi pareillement dessein de le faire enlever à cause de la four- berie de la Cour des Bois, qui les trompait tous. A été ôté le tréteau. Au premier pot d'eau : Il n'y a rien que la Cour des Bois et sa femme et elle qui sont du complot. Au deuxième pot d'eau qu'on voulait continuer, s'étant trouvée mal par la longueur du temps qu'elle a été suspendue et liée, les médecins et chirurgiens présents ayant reconnu la disposition pro- chaine à la convulsion, a été relâchée et n'a été passé outre à plus ample question, A été aussi amené en la chambre de question, par l'exécuteur de la haute justice, de la Cour des Bois. — Trois mois avant la fabrication des lettres par lui, la dame d'Incarville Saint-Aubin le mena dans une maison auprès du boule- vard, dans une rue qu'il croit des Tournelles, oti il n'y a que deux étages, lui fit regarder dans la main et au front par une femme qu'il croit être une sorcière, et qui tient la maison, pour savoir s'il était capable d'un secret et d'autres choses; depuis, il croit avoir été en- sorcelé, et n'a pas su se défaire des sollicitations et des poursuites qu'elle lui a faites pour fabriquer les lettres, et la preuve de son ensorcellement est qu'étant lié sur un cheval lorsqu'on l'a amené d'Angoulême, et les pieds liés sous le cheval, le cheval étant tombé avec lui, lui ni le cheval n'ont point été blessés, — Si ce n'est pas lui qui a contrefait les lettres?,.. — Oui, et c'est par l'induction de la d'Incarville. — Si elle lui a dit par qui elle enverrait au Roi les lettres, et si elle lui a dit qu'elle les enverrait par Morand? — Elle lui dit qu'elle se servirait d'une femme, et ne lui a pas parlé de Morand. — Si elle ne lui a pas avoué et dit que Morand était du complot, LA COUR DES BOIS. s arrêts du conseil; il excommunia tous les régalistes nommés par le Roi, et soutint, sans broncher, les censures de ses métropolitains les archevêques de Toulouse et d'Alby. Par son ordre, lorsqu'un régaliste, c'est-à-dire un bénéficier nommé par le Roi, entrait dans l'église, les prêtres quittaient l'autel en laissant inachevé le service divin ; ils ne s'arrêtaient que j-our monter en chaire et répéter les excommunications lan- cées par l'évêque. Cela ne suffit pas, et M. Caulet se mit en liaison avec les jansénistes, fauteurs nés de tous les troubles, et il entretint une correspondance active avec le pape, toujours opposé aux mesures qui tendaient à diminuer des finances dont une bonne partie allait à Rome. Il publia mémo un traité sur la ma- tière et de nombreux mandements, sans oublier des attaques virulentes contre les jésuites. Il finit par être un véritable embarras pour le gouvernement, qui ne savait quel parti prendre envers un évêque, homme de bien, et auquel il n'y avait à reprocher que son entêtement financier; sa facilité à écrire étonnait les supé- rieurs, qui n'avaient jamais reconnu en lui qu'une nature aussi médiocre qu'elle était honnête. On pensait qu'à sa mort la tranquillité reviendrait. Mais lorsqu'il décéda, en 1680, la guerre de plume continua, plus violente que jamais; les vicaires généraux lancèrent des mandements prolixes et des excommunications violentes; les quêtes furent plus fructueuses qu'auparavant ; au lieu d'un adversaire, l'admi- nistration avait contre elle la cohue des vicaires généraux et des chanoines. On enferma les uns, les autres furent envoyés au loin; cela ne fit rien. Cependant un M. de Cambiac, sous-chantre de l'église d'Alby, jouissait en môme temps d'un canonicat à Toulouse; il avait reçu ces deux bénéfices sans l'agrément du Roi; on lès donna à des régalistes. Le chantre évincé porta sa cause au parlement de Paris; les juges firent inventorier ses papiers, mêlés à ceux de son frère, M. Du Ferrier, théologal d'Alby, qui était relégué à Tonnerre à cause de ses liaisons avec M. de Pamiers et ses vicaires. C'était une simple mesure de précaution, elle amena des dé- couvertes inattendues. On sut enfin le secret de la résistance du défimt; l'archevê- que d'Alby s'empressa de le faire connaître au P. de La Chaise, comme on va le voir, 2. Ce prélat, nommé Hyacinthe Serroni, était un ancien dominicain venu de Rome en France avec le frère de Mazarin, dont il était le conseil. Il fut ensuite intendant de la marine et de l'armée; il fut nommé archevêque d'Alby en 1676 et mourut en 1687, à soixante-dix-sept ans. 3. François de La Chaise, né à Aix en Forez, mort en 1709, âgé de quatre-vingt- 254 DU FERRIER. officiers qui ontprocédé à l'inventaire des papiers de M. Du Ferrier', à la requête du procureur du Roi, avaient trouvé beaucoup de lettres et des mémoires qui contenaient des choses contraires au service de S. M. ; ils ont depuis continué leur procédure, et ils en ont encore découvert d'autres bien plus considérables que dans le commencement; il paraît clairement que M. Du Ferrier était le con- seil principal dans les affaires de Pamiers, qu'il a fourni les mé- moires et le livre qui a été imprimé contre les droits du Roi et de la couronne-; que c'est lui qui a dressé les actes et les ordon- nances que M. de Pamiers a faits aux régalistes et à M. de Toulouse ; que c'est lui qui a fait les lettres que ce prélat a écrites au Roi, au pape et aux ministres, à MM. du parlement et de la chambre des comptes; enfin, qu'il a eu une si grande part dans les affaires de Pamiers, et qu'il donnait des conseils si violents, que l'évêque même s'excusait souvent de faire tout ce que M. Du Ferrier lui pro- posait, pour ne pas faire dire dans le monde qu'il songeait à exci- ter une sédition. Il travaillait encore à d'autres grands desseins dont on a trouvé les mémoires et les manuscrits qu'il avait composés pour les faire réussir; mais comme les officiers n'ont pas achevé toute leur pro- cédure, on n'en a pas encore le dénouement. Cependant, M. de Cambiac, son frère, qui a toujours eu bonne part à toute la con- duite de M. Du Ferrier, fait tout ce qu'il peut pour arrêter cette pro- cédure; il a fait signifier un acte injurieux aux officiers, par lequel il les menace de les poursuivre criminellement, et quoique les offi- ciers aient répondu à cet acte qu'il s'agissait du service de S. M., qu'ils ne travaillaient qu'à la réquisition du procureur du Roi, que la cour était avertie de leur procédure, et qu'ils porteraient leur plainte au Roi du trouble qu'il voulait leur donner, il n'a pas laissé de leur faire donner assignation au sénéchal de Carcassonne. Le cinq ans; il tétait provincial des jésuites à Lyon lorsqu'il fut nommé confesseur du Roi, en 1675. C'était un esprit doux et modéré, dont tous les partis, et môme les jésuites, ont médit, parce qu'il n'entra jamais dans aucune cabale; les maîtresses du Roi ne pouvaient le souflVir, et madame de Moutespan le traitait de chaise de commodité ; madame de Maintenon fit tout au monde pour le faire renvoyer. Il aurait dû. leur plaire, car c'était un fort bel liomme et un grand amateur du luxe et des plaisirs peranis. 1. Du Ferrier, né h Toulouse en 1609, théologal d'Alby, mort à la Bastille, âgé de quatre-vingts ans. 2. Cet ouvrage, intitulé Traité de la régale, avait paru sous le nom de M. Caulet. en 1681, quelque temps après sa mort. DE CAMBÏAC 2S5 procureur du Roi a requis les officiers de continuer cette procé- dure, nonobstant l'assignation, ce qu'ils ont fait, et M. de Cambiac ne cesse depuis ce temps-là de les menacer et de les intimider par toutes les voies imaginables. Je vous avoue que, dans cette occasion, je ne puis m'empêcher de vous supplier de représenter au Roi de quelle importance il se- rait, non-seulement à toute cette province, mais encore au bien du service de S. M., qu'elle donnât ordre de faire conduire M. de Cambiac dans quelque place oij il fût étroitement gardé. C'est un esprit très-dangereux, qui a commencé à se faire connaître dans les guerres civiles où il prit le parti des ennemis du Roi, qui est entré dans toutes les autres cabales, qui entretient à pot et à feu une femme séparée de son mari, quel soin que feu M. l'évêque d'Alby et moi ensuite ayons pris pour rompre ce mauvais commerce i, qui, dans les dernières affaires de Pamiers, a fait toutes les allées et les venues pour le service de ceux de ce parti, parlant haute- ment dans tout ce pays et dans Toulouse même, avec beaucoup d'impudence, contre le service du Roi et les ordres qui venaient de la cour, et qui enfin a aidé son frère dans les lettres et les mémoires qu'il a envoyés à M. de Pamiers, les ayant mis en bon français, comme il paraît par les minutes écrites de sa main qu'on a trou- vées maintenant dans les papiers de son frère. Quoique j'aie lieu de me plaindre moi-même d'un horrible libelle diffamatoire, qu'il répand contre moi dans la province, et dans lequel il traite aussi d'une manière outrageante M. le coadju- leur de Glandèves, je vous avoue que je mets dans cette occasion mon propre intérêt aux pieds du crucifix, et que je ne pense uni- quement qu'au bien du service du Roi, et que rien qui me puisse venir de la part de M. de Cambiac ne saurait m'arrêter dans cette rencontre, qui est peut-être la plus favorable que j'aurai de ma vie, de faire connaître à S. M. combien de gens complotaient ensemble contre son service et les intérêts de S. M. • En cas que le Roi jugeât à propos de faire conduire M. de Cam- biac dans quelque place, il serait bon en même temps qu'on se sai- 1, Ce janséniste fougueux avait toujours été un homme de plaisir; Bussy, qui médit beaucoup, mais qui ne calomnie guère, assure que pendant la Fronde Cam- biac fut un moment l'amant favori de madame de Chàtillon, et le complice de ses intrigues. Le choix de la princesse n'était pas mal placé : l'abbé était, dit-on, doux, modeste, beau, propre et fort intrigant; on voit que les années n'avaient rien changé à ses goûts, mais qu'il était tombé d'une grande dame à une bourgeoise. 256 DE CAMBIAC. sît de tous ses papiers; car, ayant été, depuis la relégation de son frère, le bureau d'adresse de toute la cabale, il est indubitable qu'on lui trouvera beaucoup de choses qui donneront encore des lumières nouvelles sur tous les desseins que ces gens projetaient. Tous les bons serviteurs de S. M. qui sont dans cette province lui en auront obligation, et moi plus que personne, n'ayant pu jus- qu'à cette heure réformer les mœurs ni la mauvaise conduite de M. de Gambiac, qui a été chassé par mon clergé de tous les emplois qu'il avait, ;\ cause du grand scandale qu'il en recevait. (B. N.) LE COADJUTEUR DE GLANDEVÈS AU MEME. Alby, 13 juillet 1G83. Quant à M. de Gambiac, je ne vous en dis rir'u de plus que ce que M. l'archevêque vous en écrit, et je vous avoue de bonne foi que je ne sn'^ pas sensible à ses outrages, qui ont commencé à mon égard depuis l'année passée; il est vrai qu'il les met mainte- nant sur le papier, ce qu'il ne faisait auparavant que de bouche; mais je ne doute pas que vous n'ayez la bonté de vous employer for- tement auprès de S. M. pour obtenir ce que M. l'archevêque vous prie de lui demander contre ce mauvais prêtre ; c'est une chose qu'il mérite depuis longtemps ; mais, si on le met en lieu de sûreté, il faudrait en même temps faire arrêter ses papiers, aussi bien que ceux de beaucoup d'autres que vous trouverez nommés dans les extraits qu'on vous envoie ; l'occasion n'en saurait être meilleure. M. de Toulouse * vous a écrit, à ce qu'on publie, en faveur de M. de Gambiac; je ne désespère pas qu'il ne vous écrive bientôt pour un mahométan ; il l'a aussi recommandé à M. de Ghâleauneuf. Je vous demande pardon du désordre de cette lettre ; je vous écris avec tant de hâte que je ne sais ce que j'y mets ; il faut aussi vous demander pardon de sa longueur; mais je vous réponds que, cette affaire achevée, je ne vous en écrirai que de très-courtes. D'Alby, le 24 septembre 1683. Je vous envoie le contenu dans les d eux gros paquets qui partiront aujourd'hui par le courrier de Bordeaux, pour M. de Ghâteauneiif ; vous trouverez qu'il y a des choses qui ne sont pas moins atroces 1. Joseph de Montpezat de Carbon, mort en 1687. ABBÉ DU FERRIER. 2o7 que celles qu'on a déjà envoyées ; Dieu veuille qu'on y fasse main- tenant la même attention qu'elles méritent. J'ai déjà eu l'honneur de vous écrire que Gambiac est parti pour Paris *, chargé de lettres de recommandation pour une infinité de personnes du parti ; les gens de bien de ces quartiers disent qu'on découvrirait bien des choses si on le pouvait arrêter et le sur- prendre avant qu'il ait eu le loisir de les rendre à ceux auxquels elles s'adressent. (B. N.) AU PÈRE CERLE*. Je ne saurais vous dire autre chose de l'emprisonnement de M. Du Ferrier, que ce qui est marqué dans la lettre dont je vous en- voie une copie ^. Après avoir assuré V. G, de mes plus profonds respects, je lui porterai une triste nouvelle, c'est celle du départ de M. Du Ferrier pour se rendre à la Bastille par ordre du Roi, qui lui fut donné par un exempt, le 23 de ce mois, à huit heures, après avoir dit la messe ; je m'y trouvai heureusement dans ce moment, et si je fus surpris de ce coup, je fus bien édifié de la tranquillité avec laquelle M. Du Ferrier reçut cet ordre; il dit, après l'avoir lu, qu'il fallait obéir, qu'au reste, il ne connaissait rien en sa conscience qui l'eût jamais séparé de la fidélité qu'il devait à son roi, mais que, considérant ses péchés, Dieu le traitait encore d'une manière trop douce. Après cela, il se rendit à son logis avec l'exempt qui lui demanda tous ses papiers et toutes ses lettres, et fit faire l'ouverture de sa cas- sette ; on en fit un paquet cacheté ; l'exempt, donna seulement deux heures à ce prisonnier pour se disposer à partir; cependant, le bruit s'étant répandu dans toute la ville, on vit en un moment tout le peuple qui vint en larmes au logis de M, Du Ferrier pour baiser sa robe comme celle d'un saint, et toutes les rues étaient bordées de monde quand il partit; et sa fermeté ne put s'empêcher de s'at- tendrir un peu à la vue de tant de larmes. Un de ses amis lui fit trouver un soufflet ^ pour le mener plus commodément à Paris, et 1. 11 était parti afin de suivre son procès devant le parlement. Il fut rais à la Bastille en arrivant à Paris. 2. Le P. Cerle était un des grands vicaires de fea M. de Pamiers; il s'était signalé dans l'affafre de la régale et se tenait caclié pour éviter la prison. 3. L'auteur de la lettre est un curé de Tonnerre et son correspondant un évêque janséniste. 4. On appelait soufflet une voiture légère à deux places et couverte d'une capote qui se pliait comme un soufflet de cheminée. 17 258 ABBÉ DU Fl^RRIER. il est arrivé, le mardi 28 décembre, à la Bastille. Comme je sais la tendresse que vous aviez pour lui, il n'est difficile déjuger le déplai- sir que vous aurez eu de cette triste nouvelle. Excusez si mon style n'en est pas assez juste; V. G. se persuadera, s'il lui plaît, qu'ayant autant de douleur que j'en ai, je suis incapable d'avoir l'assiette qu'il faut pour bien écrire à un si grand prélat. On ne sait que penser de cet ordre ; je n'ai jamais connu à M. Du Ferrier que des sentiments de respect et de vénération pour notre grand monarque, avec une vie et des lumières d'ange. Je prie le Seigneur qu'il le justifie sans retard; j'ai fait des prières, et nos bonnes âmes prient encore pour lui. Excusez encore si je vous écris si mal; outre ma douleur, la poste qui va partir me presse extrêmement, et nos fêtes de Noël ont pris tout mon temps pour le donner à la prière de mon troupeau. Tonnerre, le 30 décembre 1683. M. BRAYER A M. DE MAZAUGES. Vous avez sans doute su la prison de M. Du Ferrier et de M. de Cambiac, son frère, et cela dans un temps qu'on traite, dit-on, l'ac- commodement des affaires principales ^ M. le nonce est toujours en conférence avec M. l'archevêque de Paris et le P. de la Chaise, et ces deux personnes, qui ont fait tout le mal, veulent bien être récompensées de leur iniquité. Ce 8 Janvier 1684. Paris, 19 janvier 1684. Je pense que vous savez pourquoi on a transféré M. Du Ferrier, d'Auxerre où il était, à la Bastille; c'est M. d'Alby qui a découvert qu'il est l'auteur du livre de la Régale ; cet ouvrage est assez dans le génie de M. Du Ferrier. Voilà tout ce que je sais. (BiBL. DE CaRPENTRAS.) AU PERE GERLE. On dit que l'affaire de M. Du Ferrier et de Cambiac est en très- bon état, et que même IVl. de Cambiac a gagné l'affaire civile qu'il avait au parlement de Paris, et qu'ainsi il tirera dorénavant les re- 1. Le résultat de ces conférences fut un compromis, par lequel le Roi dut se con- tenter d'un droit fixe. ABBÉ DU FERRIER. 259 venus de son bénéfice, que M. d'Alby avait fait conférer comme vacant par régale; mais cependant il se trouve toujours en prison avec son frère, sans qu'on ait nommé des commissaires pour les ouïr, comme le bruit en avait couru. (Bibl. de Carpentras.) Le 3 mai 168A. DE CHATEAUNEUF A M. DE BESMAUS. Il y a quelque temps que M. Du Ferrier a été mis, par ordre du Roi, au château de la Bastille; et comme S. M. trouve bon que M. Courcier, théologal de Paris, le puisse voir quand il le jugera à propos, elle m'a ordonné de vous mander de sa part de laisser à M. Courcier la liberté de l'entretenir en particulier toutes les fois qu'il se présentera pour cela, observant néanmoins de ne le laisser communiquer avec aucune autre personne ; mais s'il a besoin d'un valet, au cas qu'il n'en ait pas, l'intention de S. M. est que vous lui en fassiez donner un, et que vous preniez soin de lui faire fournir les autres nécessités dont il pourra avoir besoin. Versailles, 23 juin 1684. Je vous écris par ordre du Roi, pour vous dire que S. M. trouve bon que M. Du Ferrier dise la messe, quand il le jugera à propos, dans le château de la Bastille, aussi bien que M. de Cambiac, son frère, s'il est prêtre, et au cas qu'il ne le soit pas, qu'il ait la liberté de l'entendre, après qu'ils y auront été disposés l'un et l'autre par les confesseurs qui leur seront envoyés par M. l'archevêque de Paris, sans toutefois que ces deux frères pussent avoir aucune communi- cation; en quoi ne doutant pas que vous ne vous conformiez exac- tement à l'intention de S. M., etc. Versailles, juillet 1684. Comme l'on m'a fait entendre qu'il est nécessaire que MM. Du Ferrier et Cambiac passent quelque procuration pour leurs affaires domestiques, vous pouvez laisser communiquer avec chacun d'eux M. d'Olive, qui prend soin de leurs intérêts, et le notaire qu'il mè- nera avec lui en votre présence, toutefois, et sans souffrir qu'ils parlent d'autre chose que desdites affaires domestiques, ni que MM. Du Ferrier et Cambiac aient aucune communication en- semble. (B. A.) Versailles, 28 août 1084. 260 ABBÉ DU FERRIER. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. Versailles, 5 décembre 1684. Le Roi ayant été informé que l'abbé Du Ferrier, prisonnier à la Bastille, est fort malade, S. M. m'ordonne de vous dire de lui don- ner toutes sortes de secours, soit pour sa santé, en lui faisant venir les médecins dont il aura besoin, soit pour sa conscience, en lui donnant un confesseur toutes les fois qu'il voudra. (A. N.) Du 20 avril 1685, messire Jean Du Ferrier, prêtre, chanoine et théologal de l'église métropolitaine d'Alby, est décédé au château de la Bastille, à onze heures et demie du soir, duquel le corps a été inhumé dans la cave, au-dessous du crucifix de l'église Saint-Paul, le 22 du mois. (Arch. de la ville de Paris.) CHATEAUNEUF A M. DE BESMAUS. Le Roi trouve bon que vous laissiez à M. de Cambiac la liberté de se promener dans la cour ou sur la terrasse du château de la Bastille, pourvu qu'il n'y parle à personne. Versailles, 19 mai 1685. LE ROI A M. de BESMAUS. M. de Cambiac, chanoine et sous-chantre de l'église métropoli- taine d'Alby, m'a fait entendre qu'ayant droit en cette qualité de nommer à un bénéfice qui a vaqué depuis peu, il désirerait pouvoir s'entretenir avec M. d'Olive et un notaire, pour en faire les titres nécessaires, sur quoi je vous fais cette lettre pour vous dire que je trouve bon qu'en présence d'un des officiers de mon château de la Bastille, d'Olive voie de Cambiac avec le notaire qu'il mènera pour conférer de ce qui regardera la collation du bénéfice, et en faire les expéditions qu'il conviendra. (B. N.) Versailles, 18 juin 1685. CHATEAUNEUF A M. DE BESMAUS. M. de Brugnières, qui prend soin des affaires de M. de Cambiac, prisonnier à la Bastille, m'a écrit qu'auparavant de s'en retourner ABBÉ PISTOLI. 261 en province, il aurait besoin de le voir pour lui faire passer quelque procuration touchant le revenu de ses bénéfices ; sur quoi j'ai estimé à propos de vous mander que vous pouvez permettre à M. d'Olive, qui vous remettra cette lettre, de voir M. de Gambiac, à l'etfet de ce que je vous marque, accompagné d'un notaire, pourvu que ce soit en présence d'un officier de la Bastille, que vous commettrez pour être présent à l'entretien qu'ils auront ensemble. (B. A.) Chambord, 15 septembre 1685. M. Du Ferrier, docteur de Sorbonne, ayant demandé au Roi, par un placet, la liberté de voir quelquefois M. de Gambiac ', son oncle, prisonnier dans le château de la Bastille, S. M. m'a ordonné de vous mander de sa part qu'elle trouve bon de lui aciurder celte permission, pourvu que ce soit en présence d'un officier. Versailles, 31 mai 1686. L'abbé PISTOLI. LOUVOIS A M. DE CROISSY. A Versailles, le 31 décembre 1682. Le Roi m'a commandé de vous faire souvenir de prendre son ordre sur un grand prêtre italien, qui se promène le long du jour dans le château de Versailles 2. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. Sur la difficulté que vous me proposez au sujet de l'homme que le Roi a permis au sieur Pistoli d'avoir auprès de lui, je crois qu'il n'y a pas d'inconvénient à lui faire venir le laquais qu'il vous de- mandera pour le servir, en prenant les précautions nécessaires en pareille rencontre. Le 3 janvier 1683. 1. M. de Gambiac fut mis en libertù en 1687, sous la condition de se retirer à l'Oratoire. 2. On voit qu'on entrait alors dans les châteaux royaux comme on fait à présent au Louvre, dans les galeries du musée. 262 ABBÉ MESiNARD. L'abbé MESNARD ' ; Le père MARCHAND, Suspects. M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. 16 Janvier 1683. Il me semble que, lorsque nous étions dans la chambre de M. l'abbé Mesnard, vous me dîtes que vous saviez quelque chose de sa con- duite, et je vous prie de me faire savoir ce qui peut être venu à votre connaissance à cet égard. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Vous trouverez ci-joint l'ordre de S. M. pour faire arrêter l'abbé Mesnard, que vous ferez, s'il vous plaît, exécuter par Desgrez, et il £st nécessaire que vous preniez la peine de vous rendre chez lui, en même temps qu'il aura été arrêté, pour prendre tous ses papiers, les lire et rendre compte de ce que vous y aurez trouvé; je vous prie de faire en sorte que cela soit fait aujourd'hui ou demain. (A. N.) 12 Janvier 1683. A WILLIAMSON. Paris, 19 janvier 1683. On mit vendredi dernier à la Bastille l'abbé Mesnard, frère du procureur général de la Table de marbre. M. de la Reynie s'est saisi de ses papiers et est allé l'interroger. On a avis qu'un autre abbé a été aussi arrêté à Lyon, en allant en Italie, et qu'il a été mis à Pierre-en-Cise. On soupçonne que c'est pour des intrigues avec la cour de Rome. (State paper Office.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 22 janvier 1683. J'ai rendu compte au Roi de ce qui regarde le P. Le Marchand, célestin, et S. M. veut qu'après vous être bien assuré s'il est vrai qu'il soit à Rouen, vous fassiez partir Auzillon pour l'arrêter, en 1. Ordres d'entrée du 12 janvier etde sortie du 8féviierl683conlre-signésColbert. ABBE MESNARD. 263 vertu de l'ordre que je vous ai envoyé à cet effet. Il est fort impor- tant que l'abbé Mesnard n'ait aucune communication avec per- sonne. J'écris à M. de Besmaus sur ce sujet. (A. N.) M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. Ce 23 janvier 1683. M. Delamarre prendra une entière créance en ce que lui dira M. Auzillon, qui a été chargé de l'exécution d'un ordre important au service du Roi, et il y tiendra la main en ce qui dépendra de lui. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 31 Janvier 1683. Je VOUS envoie les papiers de l'abbé Mesnard, que vous avez de- mandés. Aussitôt que le P. Le Marchand sera arrivé, je vous prie de l'in- terroger, afin que, s'il se trouve innocent, on puisse le faire mettre en liberté. (A. N.) INTERROGATOIRE DE MESNARD. 1" Février 1683, à la Baslillc. Louis Mesnard, âgé de vingt-neuf ans, clerc tonsuré du diocèse de Paris, natif de Paris. — De quelles affaires il s'est entremis? — A dit n'avoir aucune habitude ni commerce extraordinaire qu'avec M. l'abbé Laury, lequel il a vu fréquemment sans aucun dessein qui pût être contraire aux intérêts et au service du Roi. — Depuis quand il est de retour d'Angleterre? — Il en est revenu le 10 ou le 12 novembre dernier. C'a été par curiosité, et il n'a demeuré en Angleterre que dix-huit ou vingt jours, et il y a été voir les curiosités d Oxford, Cambridge et de Newmarket — Depuis quand il connaît Dubuat? — Il le connaît depuis que Dubuat est à M. le prince Guillaume de Furstemberg, évèquf^ de Strasbourg. — Quelles drogues il demandait à Dubuat. à Cologne? — C'était une drogue dont il ne peut se souvenir. Un célestin, appelé le P. Pagevin, et croit qu'il y avait encore un autre religieux, 264 LE PÈHii LE MARCHAND. mirent entre ses mains une lettre d'un apothicaire d'Avignon, lequel marquait qu'on ne pouvait trouver la drogue en Avignon, et qu'elle se pouvait trouver en Allemagne, et le P. Pagevin, sachant qu'il avait des habitudes chez M. le prince Guillaume, le pria d'en écrire à Cologne, à quelqu'un de ses domestiques, ce qu'il fit, et Dubuat lui ayant fait réponse que l'on n'avait pas voulu vendre à Cologne la drogue, à cause que c'était un vrai poison, et qu'il fallait ré- pondre de l'usage qu'on en voulait faire, et qu'on trouvait partout, et à Paris mieux qu'en tous autres lieux du monde, de la drogue, il fit savoir à Pagevin la réponse qu'on lui avait faite. — Quels autres religieux il connaît dans les Célestins? — Il connaît leur provincial général, appelé le P. Le Marchand, et il a connu de même les autres provinciaux et prieurs de Paris, depuis cinq ou six ans que les Célestins de France eurent un dé- mêlé avec un supérieur général du même ordre des Célestins en Ita- lie, qui prétendait avoir droit de visite et d'inspection sur les Cé- lestins de France. Toutes les années, à la réserve de celle-ci, le P. Le Marchand lui a donné une lettre adressante au procureur général de l'ordre des Célestins, à Home, pour faire rendre au premier jour de chaque année, et faisait mettre la lettre dans le paquet de l'abbé Laury, et encore une autre fois un paquet, à ce qu'il croit, et qui était pour des livres, dont le P. Le Marchand disait qu'il faisait pré- sent au général de l'ordre pour une bibliothèque qu'il faisait à Rome. INTERROGATOIRE DE LE MARCHAND. Louis Le Marchand, âgé de 51 à 32 ans, prêtre religieux, profès de l'ordre de Saint-Benoît, congrégation des Célestins et provin- cial général des Célestins de France, et parties unies', natif de Rouen. Le 1" février 1683. il a été arrêté à Rouen... Il y était pour la visite du monastère de la ville, depuis le 17 janvier dernier. 11 y a deux ans et neuf mois qu'il est provincial général, et pendant ce temps, il a visité tous les monastères de la congrégation, soit ou dedans ou dehors le royaume. Aux Pays-Bas, il a visite le monastère de Hesvres-lès- Louvain, situé dans les terres de l'obéissance du roi d'Espagne... 1. Le provincial général était le chef des Célestins eu France; il était élu et demeurait trois ans en charge. LE PÈRE LE MARCHAND. 265 Étant obligé, par le dernier concordat passé, de l'autorité du Roi, avec le général de l'ordre qui est en Italie, en qualité de provincial général de France, d'envoyer ses pouvoirs à trois diverses per- sonnes, afin qu'une des trois puisse satisfaire à défaut l'une de l'autre, pour assister à l'élection et nomination qni se fait en Italie, du général de l'ordre, il envoya, étant à Mantes, il y a environ un an, au prieur de Paris, deux lettres, l'une pour le général, et l'autre pour le procureur général de l'ordre, avec les pouvoirs, le tout dans le paquet, que le prieur porta à l'abbé Mesnard, pour faire tenir à Rome ' ; il y a envoyé les 22 écus portés par le concordat, et le général, qui devait sortir de charge, ayant écrit qu'il avait réta- bli la bibliothèque du Saint-Esprit de Suhnone, et que, s'il voulait contribuer quelque chose pour la remplir, il lui ferait plaisir, il lui envoya pour 200 francs de livres, qui furent pris chez Des- prez, libraire, qui se chargea de les faire tenir à Rome, et auquel Desprez il donna 20 pistoles, afin qu'il payât aussi le port, ce qu'il fit pour l'honneur de la nation 2. (B. A.) A VVILLIAMSON. A Paris, le 10 février 1683. L'abbé Mesnard s'est trouvé innocent; il est sorti de la Bastille ; mais on a trouvé à propos qu'il change d'air; il va à Redon, en Bretagne, jusqu'à nouvel ordre. Le principal des Gélestins s'est pa- reillement trouvé innocent. (State paper Office.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, le ti février 1683. J'envoyai hier, à M. de Besmaus, l'oidre du Roi, pour faire mettre en liberté le P. Le Marchand. A l'égard de l'abbé Mesnard, il a ordre de s'en aller à Redon, et un valet de pied de S, M. le lui doit porter aujourd'hui ^. (A. N.) 1. Seignelay voulait sans doute connaître les noms des fondés de pouvoir et les instructions que leur avait envoyées Le Marchand; et comme il ne pouvait plus intercepter les letircs, on mit le bon ])ère à la Bastille pour être mieux informé. 2. Les Gélestins étaient un des ordres les plus considérables de l'Europe, et le général qui les gouvernait un |)ersonnage très-important. Il résidait à Rome; sa correspondance avec les couvents de France était surveillée soigneusement loi-s- que le pape ei Louis XIV étaient mal ensemble, ce qui arrivait assez souvent. 3. On venait de fermer la chambre des poisons, et tout ce qui regardait les re- 266 DE SOUDÉ. De soudé*. Indiscipline. ORDRE DU ROI. II est ordonné à de la Pommeraye, exempt de la prévôté de l'hô- tel et grande prévôté de France, de se transporter, avec le nombre de gardes qu'il estimera nécessaire, dans l'hôtel d'Anjou, à Paris, pour arrêter le chevalier de Soudé, enseigne de marine, et le con- duire à la Bastille, voulant qu'à cet effet, il fasse ouvrir toutes les portes de la maison pour en faire perquisition, et que le maître d'icelle soit tenu de lui représenter le chevalier de Soudé, à peine de répondre en son propre et privé nom de l'inexécution du pré- sent ordre. (B. N.) Vincennes, k janvier 168^4. SEIGNELAY A LOUVOIS. A Versailles, le 30 janvier 1684. Le Roi ayant été informé que le chevalier de Soudé, ci-devant enseigne d^ marine, a rendu son brevet, sur ce que S. M. ne l'a pas avancé à la dernière promotion des officiers de marine, elle m'ordonne de vous écrire qu'elle ne veut pas qu'il soit employé dans les troupes de terre. (A. M.) HIS2. Racolage. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 9 janvier 168/i. Le Roi ayant été informé que His a fait embarquer par force lations avec les apothicaires étrangers, surtout lorsqu'il s'agissait de drogues in- connues, était très-suspect; cela suffit pour motiver l'exil de l'abbé. 1. Ordres d'entrée du 16 janvier et du sortie du 8 avril 1684, coutre-signés Colbert. Ordre du Roi. Cet officier était le fils de de Godet de Soudé, maître des comptes; ces enfants de Paris et surtout dans les familles de robe, avaient conservé le vieux levain de la Fronde et un esprit d'indépendance qu'on ne put jamais dompter. 2. Ordres d'entrée du 3 janvier et de sortie du 16 février 168/i, contre-signes Colbert. HIS. 261 plusieurs jeunes gens pour les faire repasser aux îles de l'Amé- rique, S. M. veut qu'il soit arrêté, et vous trouverez ci-joints les ordres pour le mettre à la Bastille, et le mémoire de sa demeure ; tenez la main, s'il vous plaît, à ce qu'ils soient exécutés. 27 janvier 1684. Je vous envoie ces mémoires qui m'ont été donnés contre His, afin que vous en fassiez l'usage que vous trouverez à propos. 6 février 1684. S. M. ayant examiné ce qui est porté dans l'interrogatoire de His , elle m'a ordonné de vous envoyer la lettre ci-jointe pour le faire mettre en liberté, et elle veut qu'en le faisant sortir, vous lui dé- fendiez de faire jamais un pareil comnerce, et que vous lui décla- riez que, s'il continue, elle lui fera faire son procès. Elle sera aussi bien aise d'être informée s'il y a eu des sentences données sur des avis de parents qui aient ordonné que ceux dont on se plaignait seraient envoyés aux îles de l'Amérique. (A. N.) 6 mars 1684. J'écris, par ordre du Roi, à MM. les lieutenants civils des deux Ghâtelets, que S. M. ne veut pas qu'ils donnent à l'avenir de pareilles sentences à celles qu'ils ont rendues pour envoyer quelques gens aux îles de l'Amérique, par forme de punition ; cependant, son in- tention est que vous empêchiez dans la suite un commerce sem- blable à celui que His a fait. (B. N.) SAINT-Al\DRÉ, servante ^ Folie. M. DE LA REYNIE A M. DE BESMAUS. 2 février 1684. Je vous supplie de vouloir bien recevoir cette femme à la Bas- tille, en attendant que vous receviez l'ordre du Roi pour cet effet, le bien de son service m'obligeant de le devancer et de me donner l'honneur d'écrire dès ce soir à M. de Seignelay, pour en rendre compte à S. M. C'est M. Auzillon qui vous la remettra. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 3 et de sortie du 6 février 168/), conlre-;igiié.s Colbert. 268 SAINT-ANDRÉ. INTEREOGATOIRE, Du 3 février 1684, à la Bastille. M. de Saint-André, de Folleville, eu Normandie, âgée de vingt- quatre ans, ou environ. Elle s'est blessée elle-même eu cassant hier les glaces d'un car- rosse... Étant au désespoir, ne voulant point demander l'aumône, et ne sachant que devenir, elle cassa les glaces... elle croyait que c'était le carrosse de la Reine, et elle cassa les glaces, parce qu'on l'obligea à descendre du carrosse où elle était montée... Elle fut dans la salle des gardes ; et s'étanl présentée pour entrer dans la chambre oi!i le Roi mangeait, et dans le temps qu'on servait le fruit à son dîner, on lui ferma la porte et n'y put pas entrer, et elle demeura dans la salle des gardes plus de trois heures à se chauffer, et les gardes la firent sortir pour aller se retirer quelque part, et lui don- nèrent même quelque argent, voyant qu'elle n'avait rien... C'était pour voir dîner le Roi et pour savoir ce que S. M. voulait qu'elle fît... C'était son intention, et elle se serait jetée à genoux devant lui. Elle attendait toujours pour voir si elle ne pourrait point entrer, ou si le Roi ne viendrait point à passer dans la salle des gardes... Elle se serait jetée à ses pieds, et c'a aurait été pour lui demander pardon des peines que le Roi s'était données pour elle... — Pourquoi, après avoir hier cassé les glaces de carrosse, elle dit qu'elle les avait ainsi cassées pour se venger du Roi? — Ce fut la première chose qui lui vint dans l'esprit, et parce qu'on ne lui avait apporté un habit, que l'homme qui la mena cou- cher au Pot d'Étain, à Versailles, avait promis de lui envoyer. C'est un grand homme bien fait, mais ne sait pas son nom*. (B. A.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 6 février 1684. Je VOUS envoie un ordre du Roi pour mettre Geneviève de Saint- André à l'hôpital général, avec injonction aux administrateurs de ne la point laisser sortir. Prenez la peine de le faire exécuter. (A. N.) 1. Nous avons déjà signalé la facilité donnée alors au peuple d'approclier du Roi, en voici un nouvel exemple : une simple servante reste trois heures à se cliaufTer dans l'antichambre royale, on ne lui interdit que l'entrée de la salle à manger par la crainte du poison, mais les gardes ne la mettent dehors qu'après lui avoir fait l'aumône. Elle casse ensuite les glaces du carrosse de Mni*" de Maintenon, el alors seulement on l'arrête. JERINE. 269 RAPPORT DE M. D'aRGENSON. MM. les administrateurs de l'hôpital général disent qu'elle est de Folleville, près Honfleur, où elle prétend avoir quelque bien; ils croient qu'elle fut arrêtée à cause qu'elle avait dit des injures à une dame qui était dans le carrosse du Roi ; elle s'est bien conduite, du reste, depuis le temps qu'elle est enfermée, et cette femme pourrait, s'il plaisait à S. M., être mise présentement en liberté, en lui ordonnant de se retirer en son pays. Mise en liberté, le 26 janviei 1698. (B. N.) JERINE*; B0TAT2; SERYATOR' Menaces proférées contre le Roi. INTERROGATOIRE DE JERINE. Du 6 mars 1684, à la Bastille. J. Jerinc, âgé de 34 ans, d'Esté, hors de Venise, valet de pied de l'ambassadeur de Venise — Des domestiques de l'ambassadeur étaient présents lorsqu'il a parlé du Roi, et qu'il a dit qu'il voudrait avoir trouvé un homme qui eût voulu lui donner cent louis d'or, et qu'il se vantait de poi- gnarder le Roi, et qu'il se sauverait après et en viendrait à son hon- neur. — Il n'a jamais parlé de cela ni même eu la pensée ; si les domes- tiques de M. l'ambassadeur de Venise disent cela de lui, c'est qu'ils lui veulent mal pour quelque sujet qu'il ne sait pas — S'il n'a pas entré quelquefois dans les appartements du Roi au château de Versailles, et s'il n'a pas approché de la personne du Roi en quelque lieu oii il l'a vu passer? — Il a été à la salle des gardes en suivant son maître, mais il n'a pas entré plus avant et a vu le Roi d'autres fois allant à ia messe, mais il n'en a point approché. ^ (B. A.) 1. Ordre d'entrée du 5 mars 1684. 2. Ordres d'entrée du 19 mars et de sortie du 18 décembre 1684. 3. Ordre d'entrée du 27 août 1685. Ordres contre-signes Colbert. 270 BOTAT. INTERROGATOIRE DE BOTAT. Du 30 mars 1684, à la Bastille. Michel Botat, dit Champagne, âgé de 37 ans, ci-devant valet de pied de M. Venier, ambassadeur de Venise — Joseph parlait toujours comme un extravagant et comme un enragé, disant que, si l'on ne pendait point comme Ton faisait à Paris, il en aurait déjà fait de bonnes, et que, si l'on était à Paris comme l'on était en son pays, et qu'il n'y eût pas loin à aller d'un État à un autre, il se sauverait sans qu'on l'en pût empêcher M. l'ambassadeur de Venise, étant un jour en visite chez madame de Bonnelles, Joseph, qui, avec les autres, avait suivi l'ambassa- deur, étant pour lors dans une antichambre auprès du feu^ dit en ces termes : Qui est-ce qui pourrait m'empêcher d'aller tuer le Roi ? Ce qu'ayant entendu, il se retira sans lui rien dire aussi bien que les autres domestiques de l'ambassadeur, qui entendirent aussi bien que lui ce qu'il avait dit; mais le lendemain matin il menaça Joseph à cause de ce qu'il avait dit le jour précédent, et lui dit qu'on le ferait pendre. Ce qu'il ne lui voulut point dire le jour précédent, croyant que Joseph pouvait avoir bu, lorsqu'il dit ces paroles, quoiqu'il ne lui parût pas ivre, et comme il menaça Joseph, les autres domestiques de l'ambassadeur étaient présents, et ce fut au pied de l'escalier de l'hôtel de l'ambassadeur*. (B. A.) SEIGNELAY A l' AMIRAUTÉ DE PONANT. Versailles, 2 août 1685. Le Roi m'ordonne de vous écrire que vous ayez à faire toutes les diligences nécessaires pour faire arrêter un homme qui s'est évadé de la Bastille, en cas qu'il aille dans quelqu'un des ports de votre juridiction pour s'y embarquer; toute la description que je vous en puis faire, c'est qu'il est âgé de 30 ans, d'une assez médiocre ou petite stature, bien pris dans sa taille, fort et ramassé, les che- veux noirs, le visage assez bien fait. Il parle un assez mauvais ita- lien, et il n'entend ni ne parle aucune autre langue; il est vêtu d'un méchant habit gris, où il y a quelques pièces; ne manquez pas de me rendre compte des diligences que vous ferez sur ce sujet. (A. M.) 1. La procédure en resta là, ce valet ayant trouvé moyen de s'évader de la Bastille sans qu'on pût le reprendre. JERINE. â7i LOUVOIS A l'archevêque DE LYON. Versailles, 3 août 1685. Ce mot est pour vous dire qu'il s'est sauvé de la Bastille un pri- sonnier qui se faisait appeler Joseph, qui a été à l'ambassadeur de Venise, âgé de 30 ans, d'une assez médiocre ou petite stature, bien pris dans sa taille, fort et ramassé, les cheveux noirs, le visage assez bien fait, qui parle un assez mauvais italien, n'entend et ne sait aucune autre langue, vêtu d'un méchant habit gris, où il y a quelques pièces ; le Roi m'a commandé de vous en donner avis, afin que, s'il passait à Lyon quelqu'un qui lui ressemble, vous le fassiez arrêter et garder sûrement, auquel cas je vous supplie de m'en faire part en même temps '. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE CROISSY. Brest, 26 août 1685. Vous vous souviendrez que vous m'envoyâtes, un peu avant mon départ, un billet pour écrire aux officiers de l'amirauté pour faire arrêter Joseph qui s'était évadé de la Bastille, en cas qu'il se pré- sentât pour s'embarquer dans quelqu'un des ports du royaume, et comme j'ai reçu la letlre ci-jointe du lieutenant de l'amirauté de Dunkerque, je vous l'envoie parce qu'elle me paraît pressée, afin qu'il vous plaise de prendre les ordres de S. M. sur ce qu'elle con- tient et les envoyer ensuite pour retenir cet homme, ou le faire relâcher si ce n'est pas celui que l'on cherche. (A. M.) CROISSY A M. DE LA REYNIE. Chambord, 10 septembre 1685. L'intendant de Dunkerque ayant donné avis au Roi qu'il avait chargé le lieutenant de la maréchaussée d'Ipres de conduire à la Bastille le moine arrêté à Gravelines, et qui se fait appeler frère Servator, S. M. m'a commandé de vous dire qu'aussitôt qu'il sera 1. Cette évasion fit grand bruit, car on en parla dans les nouvelles à la main, en ces termes : M Depuis quelques jours, dix personnes ont trouvé le moyen de se sauver de la Bastille, nonobstant toutes les précautions dont on se sert; ils ont rompu les portes et les fenêtres. » On voit ailleurs qu'il n'y eut que quatre personnes de sauvées : c'étaient, en outre de Jerine, deux domestiques et un nommé Dupuy. 272 DE RHODES. arrivé, vous l'examiniez, et au cas que ce ne soit pas l'Italien qui s'est ci-devant échappé, vous le fassiez mettre en liberté et lui fas- siez aussi payer dix pistoles, dont S. M. ordonnera son rembourse- ment à celui qui en aura fait l'avance. Chambord, 17 septembre 1685. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous avez pris la peine de m'écrire, et S. M. a approuvé ce que vous avez fait touchant le moine Servator *. A l'égard de Gollini, arrêté à Dunkerque, elle m'a ordonné de vous communiquer les deux lettres ci-jointes qu'il m'a écrites, et de vous dire de m'envoyer votre avis sur ce qu'elles contiennent. (A. G.) Marquis DE RHODES^. Duel. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. Versailles, 21 mars 1684. J'ai rendu compte au Roi du contenu en votre lettre d'hier, S. M. veut bien que vous permettiez à M. de Rhodes d'écrire et faire venir tel notaire qu'il voudra pour passer l'acte dont il a besoin, mais elle ne veut pas que vous le laissiez parler à per- sonne. (A. N.) Versailles, 14 avril 1684. J'accompagne de ce billet l'ordre du Roi, pour faire mettre en liberlé M. de Rhodes. (B. A.) 1. Il est probable que le domestique de l'ambassadeur de Venise avait gagné la frontière; quant à ce Servator, il paraît que c'était un espion, travesti en moine. 2. Ordres d'entrée du 18 mars et de sortiedu 15 avril 1684, contre-signes Colbert. Charles Pot, marquis de Rhodes, grand maître des cérémonies de France, il vendit sa charge en 1684 et mourut en 1705. Saint-Simon nous dit qu'il avait été extrêmement galant avec grand bruit, et que c'était un grand homme fort bien fait avec beaucoup d'esprit et fort orné. Plus tard, il quitta la cour et se retira à Paris. C'était aux yeux du Roi, qui détestait sa capitale, passer à l'ennemi, et M. de Rhodes demeura le reste de sa vie dans une disgrâce absolue, dont il ne s'in- quiétait guère. DE RHODES. 273 A WILLIAMSON Paris, 15 avril 1684. Il y a déjà quelque temps que j'ai mandé que M. de Rhodes avait été mis à la Bastille par ordre du Roi, sans expliquer le sujet dont je n'étais pas bien informé : c'est pour avoir donné un soufflet dans la chambre de la Dauphine à un huissier du cabinet qui avait re- gardé, à ce qu'il prétendait, trop tendrement mademoiselle de Tonnerre, une des filles d'honneur de la Dauphine, dont il est éper- dument amoureux, et jusqu'à ne pouvoir soutTrir qu'on la regarde. Cette demoiselle n'a pas apparemment d'indifférence pour lui, car elle a voulu parler en sa faveur depuis qu'il a été arrêté pour solli- citer sa liberté. Gela n'a pas été bien reçu, et la Dauphine a fait mettre la demoiselle dans un couvent^. (State paper Office.) Le marquis de Rhodes, grand maître des cérémonies, qui est passionnément amoureux de mademoiselle de Tonnerre, fille de madame la Dauphine, tit dernièrement la plus grande extravagance du monde, étant fâché contre l'évêque de Noyon, oncle de la de- moiselle, qui a tous les soins qu'un bon oncle peut avoir de sa nièce, et cela continuant, cette demoiselle, en étant extrêmement fâchée, refusa dernièrement au bal le marquis qui la vint prendre pour danser. Enragé de ce refus, il s'en prit au duc de Luxembourg, cousin germain de M. de Noyon, qu'il trouva dans la chambre du Roi, et sans respect du lieu, et sans songer qu'il parlait à un ma- réchal de France, lui dit mille impertinences et le menaça du bâ- ton, dont M. de Luxembourg ne fit que se moquer; mais, ayant songé la nuit à ce qu'il avait fait, il crut que le meilleur était de demander pardon à M. de Luxembourg, lequel ne le voulut point voir, mais lui fit dire que non-seulement il lui pardonnait, mais qu'il allait supplier le Roi, auquel il ne pouvait pas s'empêcher de dire la chose, de vouloir lui pardonner, et il y a si bien agi qu'il a obtenu de S. M. ce qu'il souhaitait, sans cela Rhodes aurait été longtemps à la Bastille. (B. N.) 1. Nous donnons les deux versions qui coururent dans le public sur l'emprison- nemeat de M. de Rhodes, sans trop savoir quelle est la véritable; peut-être le sont- elles toutes deux. 2. Louise-Madeleine de Clermont-Tonnerre fut mise aux Filles de Sainte-Marie et ensuite au Port-Royal de Paris, et elle épousa, en 1G86, un geutilliomme, son parent, M. de Mussy, tandis que M. de Rhodes s'était marié avec une veuve, madame de Simiane. 18 274 KLEH. ELERi. Suspe et. LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 22 mars 168/i. J'ai rendu compte au Roi du contenu au mémoire que vous m'a- vez envoyé, touchant le séjour que fait le major Eler à Paris. S. M. ayant jugé à propos de le faire arrêter, je vous adresse les ordres du Roi nécessaires pour cet etfet, que vous aurez soin, s'il vous plaît, de faire exécuter ; S. M. désire qu'aussitôt que Desgrez l'aura mis à la Raslille, vous alliez interroger cet officier et lui mande- rez si vous jugez à propos qu'on le fasse sortir du royaume ou qu'on le garde plus longtemps. A Versailles, le 10 avril 1684. Le Roi ayant vu par les interrogatoires du major Eler qu'il n'é- tait pas venu à Paris pour aucun mauvais dessein, et plusieurs per- sonnes de considération ayant répondu de sa conduite, elle m'a commandé d'expédier l'ordre que je vous adresse pour le faire sortir de la Rastille. (A. G.) De FRUGE. LOrVOIS A DESGREZ. Versailles, J 6 juin 1684. Je vous adresse les ordres du Roi nécessaires pour arrêter et conduire à la Rastille le comte de Fruge, dont je vous recommande la ponctuelle exécution. 27 juin 1684. J'ai reçu votre lettre ; c'est le comte de Fruge le père que le Roi désire que l'on arrête, et pour lequel j'ai expédié les ordres de S. M. que je vous ai adressés. (A. G.) 1. Ordres d'entrée du 21 mars et de sortie du 8 avril 1684, contre-signes Le Tellier. 1. Ordres d'entrée du 11 juin et de sortie du 27 juillet 1684, contre-sigués Le Tellier. MAKINI. 278 DUHAJND K Dilapidation. LE CHANCELIER LE TELLIER A M. DE BESMAUS. Le Roi, ayant su l'indisposition de Durand, trouve bon que M. de Besmaus, el en son absence celui qui commande à la Bastille, per- mette à la femme de Durand d'y entrer pour demeurer enfermée avec lui, et une fille qu'elle mènera avec elle pour le secourir et servir pendant sa maladie. Paris, 28 octobre 1684. Le séjour de la dame Durand et de la fille qu'elle avait menée avec elle dans la Bastille devenant inutile par le décès de Durand, je prie M. de Besmaus, et en son absence celui qui commande à la Bastille, d'ouvrir les portes du château à cette femme et à la fille, moyennant quoi il en demeurera bien et valablement déchargé. (B. A.) Pans, 4 novembre 1684. MARINI \ DE BRETEUIL, AMBASSADEUR, AU ROI. A Mantoue, 28 mai 1684. Nous ne savons ici que des nouvelles fort confuses de ce qui se passe à Gênes, mais les avis de Milan assurent positivement que les 1. Ordre d'entrée du 20 mars 1684. Cet homme était le directeur ou le commis général d'une caisse dite des em- prunts, et sa gestion paraissait suspecte. Ses interrogatoires roulent exclusive- ment sur des détails de comptabilité et sont à peu près incompréhensibles; nous les avons laissés de côté, et nous ne mentionnons ce prisonnier que parce qu'il est mort au château. 2. Ordres d'entrée du 21 mai 1684 et de sortie du 4 janvier 1685, contre-signes Colbert. Vers la fin de 1683, la guerre éclata entre la France et l'Espagne, à propos des prétentions de Louis XIV sur les Pays-Bas. Les hostilités furent courtes, mais menées avec une violence extrême, et chacun prit parti pour ou contre les adversaires. La République de Gênes parut se ranger du côté de l'Espagne, et sans se déclarer ou- vertement, construisit des galères et fit des levées d'hommes et d'argent. Le rési- dent de France à Gênes déclara au sénat que le roi prendrait ces mesures pour une déclaration d'hostilités, on n'en mit pas moins les galères à l'eau. Les Génois invoquèrent le secours du roi d'Espagne qui se déclara leur protecteur et 276 MARINI. Espagnols ont déjà profité de cette conjoncture pour faire entrer leurs tic.npes dans Gênes et dans Savone, d'où elles ne sortiront pas apparemment que quelque puissance supérieure ne les en vienne chasser. Deux marchands français s'étant trouvés auprès de Gênes, le 18 de ce mois, lorsque l'armée de S. M. commença à y jeter des bombes, ont couru risque d'être mis en pièces par le peuple de Sestri de Levant, et ils ne se sont sauvés que par un bon- heur fort singulier... (B. A.) LE ROI A M. DE BRETEUIL. Valenciennes, 31 mai 168Zi. Je viens d'apprendre que, la ville de Gênes n'ayant pas voulu réparer, par les satisfactions qui lui ont été demandées de ma part, les sujets de mécontentement qu'elle m'avait donnés, et au con- traire ayant eu l'insolence de faire liier jusqu'à 80 coups de canon sur mes vaisseaux et galères, ils avaient commencé d'exécuter les ordres que j'ai donnés de témoigner mon ressentiment à cette ville, et que, pendant la nuit du d8 de ce mois que mon armée navale était arrivée à la rade, il y avait déjà été tiré 1,400 bombes qui avaient mis le feu en plusieurs endroits de la ville, je ne doute pas qu'elle ne reçoive encore de plus grands dommages d'un nombre bien plus considérable de bombes, dont ce premier essai doit être suivi, et de temps à autre elle doit s'attendre à de pareils châtiments jusqu'à ce qu'elle se soit mise à son devoir. (B. A.) Péronne, 5 juin 1684. Je ne doute pas qu'on ne soit à présent informé au lieu oti vous êtes de tout ce que mon armée navale a fait devant Gènes, pour la châtier du peu d'égard qu'elle a eu à mes demandes et de tous les sujets de mécontentement qu'elle m'a donnés depuis quelque leur envoya des troupes. Louis fut extrêmement piqué de la hardiesse de cette petite république, et résolut de punir son insolence. Cela était facile, ou avait sous la main, dans la Méditerranée, la flotte qui venait de bombarder Alger. On n'eut qu'à renouveler les approvisionnements, et le 17 mai, Seignelay parut devant Gênes avec une escadre de lli vaisseaux et de 20 galères et 10 galiotes à bombes, commandée par Duquesne, sans que les Génois eussent eu le moindre soupçon. Cependant l'envoyé de Gênes, le marquis Marini, était resté sans méfiance à la cour, ignorant tout ce qui se passait. Il apprit à ses dépens ce que valaient les immunités diplomatiques aux yeux de Louis XIV. On le mit à la Bastille où il fut gardé comme un otage nécessaire contre les représailles que les Génois auraient . exercées sur les marchands français. MARINI. 277 temps ; je m'assure que cette ville sera plus sage à l'avenir et qu'elle ne voudra plus s'exposer à de semblables effets de mon ressenti- ment. (B. A.) l'ambassadeur VENIER a JUSTINIANI, doge de VENISE. Le nonce* a reçu avant-hier, de Rome, un courrier extraordi- naire au sujet des affaires de Gênes. On lui ordonnait de solliciter une audience particulière pour demander le pardon du Roi très- chrctien, et de faire en sorte qu'il tourne ses armes contre le Turc. Le prélat s'est entretenu avec M. de Groissy, et ce ministre a mis en œuvre un de ses accès si bien connus de colère pour exa- gérer les mauvais procédés des Génois, qui, dit-il, mériteraient non-seulement d'être humiliés, mais d'être anéantis et réduits en poussière. Ce sont ses paroles mêmes. Le Roi, ayant fait enten- dre ensuite au nonce que, si la chose ne pressait pas absolument, il aimerait mieux remettre l'audience à Versailles, S. S. L crut devoir se conformer aux convenances du Roi, et différer l'exé- cution de ses ordres jusqu'au retour à Paris. Il n'espère que peu ou rien de son intervention, tous les ministres disant ouvertement que l'insolence de la République a été trop grande, et son repentir trop tardif. Cependant, M. le nonce a expédié cette nuit, pour l'Es- pagne, le courrier même venu de Rome, tout en gardant le secret le plus absolu sur les motifs et les causes de cet envoi. Si mon départ, dès le point du jour, pour visiter le camp du Roi qui se trouve encore à Bossu, commandé par le maréchal de Schomberg, n'avait gêné ma pénétration, j'aurais espéré apprendre quelques détails. J'ai pourtant trouvé moyen de remettre au courrier lui- même une lettre pour S. Exe. Foscarini, et s'il m'est permis de juger des motifs de cet envoi, je crois que ce n'est pas seulement pour«expédier en sûreté à Madrid une lettre de Grana ^, mais pour tâcher que S. M. Catholique dissimule autant que possible la pro- tection qu'elle accorde aux Génois, puisque c'est là leur plus grand crime, les Français ne pouvant souffrir qu'on fortifie le parti espa- gnol, ainsi qu'il résulte clairement du mémoire ci-joint des réponses faites par M. de Seignelay aux députés de cette République. Ici on fait croire que la ville est incendiée et presque entièrement dé- truite, et qu'on continue à ravager les côtes voisines. Je ne manque i . Ranuzzi, évoque de Fano, nonce extraordinaire du pape, et plus tard cardinal. 2. Marquis de Grana, gouverneur général des Pays-Bas espagnols. 278 MARI NI. pas de surveiller tous les mouvements de la flotte; mais, comme les nouvelles viennent de Provence, lieu écarté et sans communi- cation avec Paris et la cour, il est difficile d'en pénétrer le secret, et elles ne sont pas toujours sûres. M. de Croissy a dit à M. le nonce que le Roi avait trouvé bon de s'assurer de la per- sonne du marquis Marini, envoyé de Gênes à Paris. D'après cette expression, il paraîtrait qu'il est arrêté, et on montre une lettre du 3 courant où on le dit à la Bastille; j'ai reçu une lettre du 2, écrite par un de ses amis intimes, et il ne m'en parle pas. Ce serait la plus grande des violences de toucher au droit des gens, et d'outrager le caractère sacré des ambassadeurs. Tout le monde craint que celte hostilité contre les Génois, comme ils ont considérablement agité l'Italie, ne les pousse à troubler les facilités espérées pour la paix, puisqu'on ne peut pas en ce moment songer à un accommo- dement sans l'intervention de cette République, et que, par consé- quent, il est bien difficile de trouver des arrangements favorables à la paix. (Arch. de Venise.) {Traduit de l'italien.) Valenciennes, 5 juin 168/j. M. DE BRETEUIL AU ROI. La plupart des Ualiens souhaiteraient de tout leur cœur que les Génois imitassent les soumissions des Algériens, et, qu'à leur exemple, ils envoyassent promptement demander pardon à S. M. par la peur que les plus sensés ont que l'obstination d'une poignée de républicains n'attire les armes de S, M. en Ralie. M. le duc de Mantoue est, je crois, le seul qui souhaite ardemment que l'af- faire de Gènes soit une occasion à S. iVI. de iiorter la guerre au delà des Alpes, et il me dit encore hier qu'il sacrifierait tout ce qu'il a au monde à l'envie qu'il a de servir V. M. de sa personne, (B. A.) Mantoue, 9 juin 1684. LORD PRESTON AU COMTE DE SUNDERLAND. Paris, 10 juin 1684. Le marquis de Marini, envoyé de Gênes, est à la Bastille depuis mardi; il y a été bien traité jusqu'à présent, et tout le monde peut MAKINI. 279 le voir ', mais le bruit court qu'il va être rais au château de Vin- cennes; si cela est, j'ai peur que ce ne soit un mauvais présage pour lui. (State paper Office.) (Traduit de l'anglais. L AMBASSADEUR VENIER A JUSTINIANI, DOGE DE VENISE. L'arrestation de l'envoyé Marini ne se trouve que trop confirmée. Il est à la Bastille, où on l'a mené avec les formes ordinaires em- ployées envers les sujets du Roi. Le pi^texte a été qu'on voulait le dérober aux insultes que pourrait lui faire le peuple de Paris. On justifie cette violence (et quelle violence, la prudence du sénat le comprendra) en disant qu'après que les Génois ont violé le droit des gens en imposant des tailles sur les Français, on ne doit plus garder de mesures avec eux. Ce malheureux ministre n'a pas fait de résistance à cet ordre. Il a informé de son -malheur^ par son secrétaire, tous les ministres des princes. J'ai reçu le même avis, et j'y répondis comme je le devais en envoyant mon écuyer, suivant l'usage, les convenances et l'exemple du nonce. Ce prélat n'a obtenu d'audience que ce matin, bien qu'il l'eût demandée à Valenciennes. On voudrait espérer qu'après les démar- ches du nonce, Marini pourrait obtenir sa liberté; ces espérances sont pourtant bien faibles, et, quoiqu'il ait demandé dans une lettre à M. de Groissy, non-seulement la liberté, mais la permission de partir, il n'a pas encore eu de réponse. Paris, le 14 juin 1684. L'envoyé .Marini est toujours à la Bastille, et n'a pu obtenir de réponse à la lettre qu'il avait fait transmettre à M. de Croissy, Ainsi que je vous l'ai dit humblement, Mgr le nonce a parlé en sa faveur, et a dit, entre autres choses, que si l'on veut traiter sur les satisfactions prétendues, il faut que le ministre soit en liberlé. On a dit qu'on avait l'intention de donner une réponse favorable 11 y a de cela deux semaines, et cet envoyé n'a pas reçu de let- tres, ce qui est sa plus grande privation. Du reste, il supporte son malheur avec sagesse et courage. Paris, 21 juin 1684- 1. La lettre de cachet ordonnait en effet à M. de Besmaus de le traiter avec hon- nêteté et de lui laisser la liberté de se promener dans le château. 280 MARINI. 12 juillet 1684. M. de Croissy m'a dit que l'affaire de Gênes, étant arrivée après les autres affaires courantes avec la maison d'Autriche, devait être traitée à part; qu'on s'était engagé à ne pas attaquer cette ville sur son territoire; que, quant aux hostilités par mer, les Génois pou- vaient les faire cesser quand il voudront; entendant par là quand ils donneront satisfaction, qu'il ne les croyait pas si attachés à la couronne catholique qu'ils ne puissent réfléchir et sortir de leurs embarras ; que, s'ils se trouvent tellement engagés qu'il ne leur reste plus assez de liberté pour pourvoir à leurs intérêts, ils ver- ront combien leur coûtera cher une amitié trop inconsidérément recherchée. Je dois ajouter, de plus, qu'ayant parlé dans la conver- sation de la question très-délicate des droits de la souveraineté, il dit qu'on ne touchait pas à celle des Génois, en désirant le désar- mement de deux galères. Mais qu'elle était bien plutôt frappée et avilie par les titres serviles de protection assumés par l'Espagne, à laquelle il affirma nettement que cette République était soumise. Il insiste donc pour traiter séparément, ce qui est d'un mauvais présage, parce que, si les Espagnols n'abandonnent pas Gênes, comme cette couronne-ci ne peut attaquer le Roi catholique en Flandre, on doit craindre qu'elle ne l'attaque ailleurs, el Dieu veuille que ce ne soit j)as dans les États italiens. Mais s'ils délais- sent les Génois et que ceux-ci ne fassent pas une pleine satisfaction on pourrait chercher un prétexte pour les envahir, parce qu'on y verra d'autant plus d'avantage qu'ils seront abandonnés de tous. Mgr le nonce dit qu'ici on aura égard aux bons offices du pape et du roi d'Angleterre '; ces bons ofûces ne devront pourtant concer- ner que les propositions des Génois, et ce conseil est plein d'arti- fices, parce que, quand même la République se résoudrait à négo- cier après les offres déjà faites (et on ne pourra pas manquer de négocier), des prétextes surgiront à mesure des événements, ainsi qu'il est arrivé jusqu'à présent. Le prélat ajoute que cette cour se contenterait de la neutralité des Génois, mais il peut bien se faire qu'on veuille comprendre dans cette neutralité tous les privilèges dont jouissent les Espagnols, leur entrée dans la darse, et peut- 1. Lord Preston, envoyé extraordinaire de Charles 11, à Versailles, avait essayé de plaider la cause des Génois, mais il n'avait pas mieux réussi que le nonce du pape. MARINI. 281 être l'armement de leur escadre de galères, comme étant com- mandée par le duc de Tursis au nom du Roi catholique. L'envoyé Marini pressé par le nonce d'entrer dans la négociation s'y est absolument refusé, disant qu'étant prisonnier, il ne peut parler que de sa libération, et qu'il attend là-dessus la réponse de son gouvernement, pour savoir s'il pourra obtenir de ne pas sortir du royaume. Le nonce dit aussi qu'il a écrit fortement à Rome, afin qu'on empêchât les Génois d'irriter davantage cette couronne; s'il était vrai, comme le bruit en a couru, que les Génois et les Espagnols se soient montrés sur les côtes de la Provence, avec des projets de débarquement et d'incendie, on eût bien pu s'attendre plutôt à voir leurs blessures se rouvrir que se cicatriser; si ce n'est dans le moment actuel, parce qu'une grosse flotte les protège, au moins dans une autre occasion, et on ne les laisse jamais échap- per ici. Mgr le nonce a cherché, par son auditeur, à persuader à l'envoyé Marini d'écrire à la République, dès l'arrivée du courrier d'Es- pagne, pour qu'on lui accordât la facilité de traiter séparément de ses intérêts particuliers, lui assurant qu'ici ils ne seraient certai- nement pas compris dans les affaires générales. L'envoyé a répondu qu'étant prisonnier, il ne pouvait traiter que de sa liberté, et qu'il ne voulait pas paraître à sa République par trop ennuyé de sa cap- tivité; qu'il était probable que le ministre de Gênes en Espagne avait déjcà expédié une dépêche, et que la sienne arriverait à con- tre-temps ou après l'affaire terminée; que si ses maîtres avaient quelque ordre à lui donner, ils pouvaient, de leur propre mouve- ment, lui envoyer un courrier avec leurs ordres. Jusqu'à présent, Marini ne veut, en aucune façon, s'occuper des traités, lesquels, d'après ce que j'ai pu savoir du ministre et d'après l'air de la cour, ne passeront qu'au moyen du nonce, l'Angleterre ne faisant montre que d'une disposition empressée d'intervenir. Paris, 26 juillet 1684. Mgr le nonce a obtenu audience au sujet des intérêts de Gênes, mais, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous en informer, il n'a pvis obtenu, comme on le désirait, la prolongation du délai qui est sur le point d'expirer. Aussi ces affaires prennent-elles un aspect de plus en plus menaçant, et marchent vers un état de choses fort dangereux. La première réponse du Roi fut que sa résolution 98B MÂRINI. était désormais tîxée et établie, et que sa décision était irrévocable. Le nonce répliqua que la justice la plus rigoureuse accordait au moins trois délais dans les fautes les plus graves; S, M. répondit que ce n'était pas un procès, et qu'il regrettait de ne pouvoir céder aux instances du prélat. Celui-ci fit savoir tout cela à l'envoyé Ma- rini, afin qu'il expédiât un courrier, et que, dans l'extrémité où se trouvent les choses, on cherchât par la prudence à tirer de l'abîme ce gouvernement, beaucoup trop tranquille devant les mallieuisqui se préparent. Marini, étant pi-isonnier, n'a voulu se mêler d'aucune négociation, et s'est borné à dire qu'il était au courant de tout ce qui se passait, ce qui prouve combien lui et la République sont peu satisfaits de ce prélat, bien qu'il ait toujours mené les affaires, en cette occurrence, avec un grand zèle et un empressement Irès-vif. Le nonce a écrit en Italie, et s'est excusé sur ce que les nouvelles, allant d'abord à Rome, puis à Gênes, elles ne pouvaient arriver avant ic terme fixé, et que, par conséquent, la diligence élail inulile. Paris, 27 décembre 1684. 3 janvier 1685. Cette très-humble dépèche parviendra à l'excellentissime sénat avec promptitude et en sûreté, parce que Mgr le nonce expédie un courrier à Rome, et je saisis cette occasion pour adresser les feuilles présentes à Turin, et rendre compte à W. EE. du motif de cet envoi et les mettre au courant de ce qu'il y a de plus important pour le service révéré de Votre Sérénité. Le lendemain du dernier ordinaire il arriva un exprès à Mgr le nonce avec un bref de Sa Sainteté fort pressant, adressé au Roi sur les affaires de Gênes. S. S. enjoignait au nonce de demander une audience particulière pour implorer la clémence de S. M., et offrir les satisfactions con- tenues dans le mémoire présenté par Brignole * au cardinal Cibo, La diligence prudente et intelligente de S. Exe. Lando ne laisse rien ignorer au sénat d'important et de curieux; aussi ne dirai-je que pour donner un éclaircissement nécessaire, que ce mémoire propose l'envoi de quatre sénateurs pour implorer la clémence du Roi, et la mise de toutes choses en l'état où elles étaient au mois de janvier 1683. Avec cela, les Génois déclarent qu'ils comptent désar- 1. Marquis François de Brignole, envoyé extraordinaire de Gênes à Rome. MARINI. 283 mer les galères, renoncer à l'alliance de l'Espagne, et congédier toutes les troupes de la couronne catholique qui se trouveraient sur leur territoire. Ils offrent en outre de remettre entre les mains des sujets du Roi tout ce qu'ils ont pu sauver de leurs biens dans l'incendie de la ville. Ils justifient leur refus d'envoyer le doge sur les lois fondamentales de l'État qui le leur défendent sous les peines les plus graves, et ils représentent que l'affaire du comte de Fiesque est désormais décidée par le conseil aulique de Vienne, regardé comme juge compétent, ce qui ôte tout prétexte à la demande des 100,000 écus. Telles sont les j)ropositions et les excuses portées par le nonce, d'abord à M. de Groissy, puis à M. le chancelier et aux autres ministres, et enfin au Roi, hier matin, dans une très-longue audience. S. M. déclara qu'afin de faire connaître à tout le monde qu'il n'avait aucun dessein sur l'Italie, ni aucune disposition de donner des sujets de jalousie à ses princes, quoique ses troupes fussent déjà en marche, il accordait encore tout le mois de janvier à la République de Gênes pour se décider, à con- dition que, si elle n'adoucissait pas d'ici là son refus, par trop fier, de donner satisfaction au Roi, il éiait résolu de lui imposer une amende de 100,000 écus par semaine, à commencer du 1" janvier, pour finir seulement quand sa soumission viendrait y mettre un terme. Il assura qu'il aurait voulu ne pas attaquer Gênes ni Savone, mais qu'à cause de l'orgueil entêté de cette République, il ruine- rait absolument le pays, de façon à ce qu'il n'y restât pierre sur pierre, et que pendant plusieurs lustres durât le souvenir cruel de sa royale colère. On rae dit que le nonce a aussi demandé, en faveur de l'envoyé Marini, si, ayant reçu de ses maîtres l'ordre de se soumettre à la volonté du Roi, et S. M. persistant dans sa résolution première, il pouvait espérer sortir de la Bastille, et se trouver bientôt dans une prison moins étroite. Quand j'aurai vérifié cette particularité, je pourrai vous en donner des nouvelles plus certaines et des détails plus exacts. Pour le moment, j'ajouterai que M. de Groissy m'a dit que Mgr le nonce a parlé comme si les Génois étaient disposés à se soumettre à la contribution de 100,000 écus pour le comte de Fiesque, sans cependant en avoir encore pris l'engagement positif. 1. Cette contribution était une véritable avanie que le Roi imposait aux malheu- reux Génois, uniquement pour faire plaisir a madame de Fiesque, une des femmes les plub aimables de son temps, mais qui s'était ruinée elle et sa famille (>ar ses 284 MAHINI. Il m'a confirmé que le Roi ne voulait attaquer aucune place qui pût causer de la jalousie aux princes d'Italie, mais seulement châ- tier les fautes des Génois par la ruine de leur ville, et par tout l'or qu'il tâcherait d'en tirer. Paris, 10 Janvier 1685. L'envoyé Marini sortit vendredi dernier de la Bastille après avoir obtenu de la République plein pouvoir de se conformer aux désirs de S. M.; il prit auparavant l'engagement de ne pas s'éloigner à plus de quinze lieues de Paris, sans la permission préalable du Roi. II a obtenu, en outre, par le moyen de Mgr le nonce, l'autori- sation de visiter M. de Croissy, bien qu'il n'ait guère à traiter des affaires de ses maîtres, dont il parle peu; soit qu'il ait reçu ou non des instructions soit qu'il ne veuille pas en avoir eu, il prétend ignorer le passé et être incertain de l'avenir. On n'en peut donc rien tirer pour asseoir le jugement de ce qui peut se décider à Gênes, au sujet de la condition humiliante concernant le doge; on parle diversement, du reste, et les opinions sont partagées; la cour est cependant convaincue qu'il viendra, et que les différends s'arrangeront. Lorsque cette lettre vous parviendra, le sort des intéressés sera probablement fixé, et on aura pris la décision répu- tée la meilleure, pour le refus, ou pour l'assentiment. Gomme les réflexions sur cette matière sont inutiles, je me borne à vous trans- mettre les sentiments et les résolutions du cabinet. Il paraît que, de toutes les prétentions, trois seulement paraissent fermement ancrées dans l'espril du conseil royal : la venue du doge, le don de 100,000 écus au comte de Fiesque et le rétablissement des sujets de cette couronne. Quant au reste, la volonté du Roi semble moins arrêtée, cependant le ministère pense que les Génois seront tou • jours les ennemis au moins secrets de la France, et que, si l'al- folles dépenses. C'est celle-là môme qui trouvait avantageux de changer une ferme qui ne valait que de l'argent contre un miroir de Venise où elle pouvait se mirer à l'aise. Le comte de Fiesque, résident de Gûnes à Constantinople, avait emprunté, à un taux usuraire, 60 ou 70,000 écus pour acquitter le tribut que la République payait aux Turcs, et dont la finance était en retard. Le doge suspecta la probité de son agent et le destitua, et l'on mit embargo sur ses biens. 11 allait être traduit devant le Conseil lorsqu'il se retira en France, où il laissa des enfants. Madame de Fiesque soutenait que les biens, étant un majorât, ne devaient pas être saisis, et de- mandait qu'on les lui rendît ou qu'on lui payât une indemnité; c'était une affaire privée et qui n'avait aucun rapport avec la conduite politique des Génois. Malgré cela, il leur fallut céder et madame de Fiesque eut son argent. MARINI. 28o liance avec l'Espagne n'est pas dans les traités, elle n'en existera pas moins dans le cœur de la République, et, pour ce qui est du désar- mement des galères, on regarde l'augmentation des quatre comme d'un faible secours aux armées qui s'uniraient contre les forces si supérieures de cette couronne. Il est certain qu'un des principaux ministres parle ainsi, est-ce une appréciation réelle ou simplement une impression passagère? On le saura lors de la rupture ou de l'heureuse issue de cette négociation, et le terme du mois présent décidera de la partie essentielle de l'affaire, ainsi que des détails accessoires. L'opinion qu'en fin de compte les Génois voteront plutôt pour leur salut que pour leur destruction fait qu'on a sus- pendu la marche des 18 compagnies du régiment des gardes et des Suisses, que je vous annonçais dans ma dépêche précédente devoir se diriger sur Lyon, jusqu'au retour du courrier expédié, il y a aujourd'hui huit jours, par Mgr le nonce, qui fut hier à Versailles pour se plaindre, mais avec modération, de ce qui était arrivé à Givita-Vecchia. L'excellentissime sénat ayant bien voulu me communiquer la copie des lettres de S. Exe. Lando *, qui veille avec une circonspection si soigneuse et une attention si louable aux intérêts de la patrie, et me faire connaître les circon- stances du fait, je m'étendrai sur les bons olfices plutôt que sur la vigueur déployée dans cet incident. De la part du nonce, les expressions furent très-modérées, ne sachant si la nouvelle était venue ici que les galères pontificales eussent amené dans le port la barque française et si la cour s'en formaliserait il passa habi- lement aux prières pour qu'on respectât davantage les côtes des États de l'Église, et qu'on épargnât à ses sujets les troubles et la crainte. Cette cour-ci assure que, dès qu'on saura que les barques et les marchandises n'appartenaient pas aux Génois, contre les- quels l'avidité des corsaires a le champ libre pour exercer les droits de la force ou de la ruse, on n'arrêtera plus aucun navire, de sorte que cet incident ne fournira pas matière à de nouvelles plaintes. L'envoyé Marini, à sa sortie de la dure prison de la Bastille, est allé voir M. de Groissy, qui lui fit bonne mine, tout en exagérant la puissance invincible de la couronne et la fermeté du Roi légiti- mée par tous les motifs qu'il invente; il lui fil connaître que le salut 1. Lando était envoyé extraordinaire de Venise à Rome. 286 MARINI. de Gênes était seulement dans leur buuiilialion, et qu'il fallait en- voyer le doge ou périr. 11 est à remarquer que M. de Croissy m'a communiqué cet entrelien. En me racontant la visite que lui avait faite cet envoyé, il me dit que Marini, après avoir déclaré d'abord qu'il parlait pour lui seul comme simple particulier, et non de la pari de la République, ni en sa qualité de ministre, avait demandé ce que le doge devrait dire à S. M., dans le cas où il viendrait. M. de Croissy répondit qu'il croyait que le Roi désirait que la République exprimât ses profonds regrets de tous les événements qui avaient déplu à sa personne royale, que, se confiant dans la clémence extraordinaire de S. M., elle espérait qu'il voudrait lui pardonner le passé, et croire qu'à l'avenir les témoignages de soumission seraient si évidents qu'on ne pourrait douter de son respect. Il ajouta d'autres expressions qui ne sont pas aussi dignes de remar- que. D'après tout ceci, W. EE. peuvent facilement juger de la tournure de l'alfaire. n'étant pas probable que l'envoyé eût, de son propre mouvement, abordé une matière si délicate sans avis préa- lable de son gouvernement. Autant la réserve de Marini est pru- dente, qui, d'après ce que j'en sais, n'a confié cette démarche à personne, autant est artificieux et habile le bruit qu'en fait courir M. de Croissy ^ (Arch. de Venise.) {Traduit de l'italien.) Paris, 17 février 1685. 1. Marini, ayant reçu ses pleins pouvoirs, signa les articles de la soumission à faire par la République de Gênes, ils furent ratifiés par le sénat, et le doge vint por- ter aux pieds du Roi les excuses de ses concitoyens. Le pauvre ambassadeur avait grande envie de revenir à Gênes pour sauver quelque chose des ruines de son palais incendié par les bombes, mais personne ne voulait le remplacer; il finit par s'en aller, laissant le poste de l'ambassade vacant. Il fut mal accueilli par ses compa- triotes qui ne lui pardonnèrent jamais de n'avoir pas mieux surveillé la marine lorsqu'elle préparait le bombardement de Gènes. CRUSSOL DE MONTSALEZ. 287 Marquis DE CRUSSOL DE MONTSALEZ'. Folie. SEIGNELAY AU DUC d'uZÈS *. 18 octobre 1685. Il y a déjà quelques mois que le Roi m'ordonna d'avertir la fa- mille de M. de Crussol de Montsalez que S. M. ne désirait pas qu'il demeurât plus longtemps à la Bastille, et qu'elle donnerait volontiers les ordres nécessaires pour le faire mettre dans tel autre lieu que vous voudriez, je le fis dire en ce temps à M. le duc de Montausier, qui à présent se remet à vous de me faire savoir la résolution que vous prendrez à cet égard; ayez donc agréable, s'il vous plaît, de me mander ce que vous désirez que je dise à S. M. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. Fontainebleau, 3 novembre 1685. Le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est qu'à l'a- venir, M. de Crussol de Montsalez soit nourri et entretenu aux dé- pens de sa famille, et qu'au surplus vous preniez soin de lui, et d'empêcher qu'il ne fasse du désordre dans la Bastille, comme il a ci-devant fait. Versailles, 16 novembre 1685. Je vous prie de me faire savoir si M. le duc d'Uzès a donné ordre pour la subsistance de M. de Crussol de Montsalez, qui est par ordre du Roi à la Bastille. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mercredi 23 septembre 1696, à neuf heures du matin, le dis- tributeur des paquets de la cour a porté à M. de Besmaus un paquet de M. de Pontchartrain, dans lequel était l'ordre du Roi pour 1. Ordre d'entrée du 11 juin I68/1, contre-signe Colbert, et de sortie du 10 sep- tembre 1696, contre-signe Pliélypeaux. Louis de Crussol, né le 18 juin 1653, il épousa, le 23 octobre 1697, Judith d'Au- malle, veuve de Jean deMaubert, seigneur de Boisgibaut. 2. Emmanuel de Crussol, (uc d'Uzès, mort le 30 juin 1692, il avait épousé la fille du duc de Montausier. ?8S CRUSSOL DK MONTSALEZ. mettre clans une pleine et entière liberté M. de Giussol, après treize années de prison, lequel est sorti dans le moment après, sans au- cune soumission ni être obligé à rien. (B. A.) PROCÈS-VERBAL DU COMMISSAIRE DAMINOIS. Le 18 août 1702, deux heures de relevée, etc., est comparu M. de Boisgibaut, abbé de Notre-Dame du Bouchet, et lequel nous a fait plainte contre le marquis de Crussol, son beau-père, comme ayant épousé dame Judith d'Aumale, sa mère, auparavant veuve de M. de Boisgibaut, son père, et dit que M. de Crussol, non content de tous les mauvais traitements qu'il a exercés envers la dame sa mère, qui l'ont obligée de se pourvoir en justice et d'obtenir sentence de séparation de corps d'avec lui au Châtelet, et au mépris des ordres exprès de S. M. qui lui ont été donnés de sa part par M. le maréchal de "Villeroy, portant défenses de faire aucune insulte à la dame ni à lui de parole ni de fait, M. de Crussol ne laisse jouriiellement de faire au plaignant toutes les insultes imaginables qu'il publie partout en pleine rue et h. sa porte avec le dernier scandale, et en présence du peuple qu'il ameute par ses cris et ses extravagances, même à toutes les personnes et dans toutes les maisons de la connaissance du plaignant, qu'il a tué son frère, qu'il est un b..., un s..., un empoisonneur, un sorcier, un voleur public, un faux monnayeur, un banqueroutier prêt à se re- tirer en Hollande, et que la dame sa mère n'est à Versailles que pour se plaindre à S. M., que le plaignant son fils lui a donné mille coups de bâton, et le menaçant de lui faire faire amende honorable, et de lui faire finir ses jours par les mains de l'exécu- teur, ce dont plusieurs personnes de sa connaissance l'ont averti; toutes les fois qu'il rencontre le plaignant, soit dans les rues, soit dans les Tuileries, il l'arrête pour lui rire au nez, en grinçant des dents, et faisant plusieurs grimaces et contorsions, et se mettant au devant de lui pour l'empêcher d'avancer, il lui répète ses injures et menaces, notamment, hier le plaignant se promenant sur les cinq ou six heures du soir avec M. de la Boutinière, officier, dans la grande allée des Tuileries, où était un nombre infini de toutes sortes de personnes, M. de Crussol, qui s'y promenait aussi avec un quidam de Flandre, qu'il a amené de Bruxelles en celte ville, et qu'il y entretient, l'ayant aperçu, avait quitté le quidam pour venir CRUSSOL DE MONTSALEZ. 289 en boitant au plaignant, et le contrefaisant et arrêtant par les bras M. de la Boutinière qu'il ne connaît pas, lui aurait dit fort haut en ces termes : Vous venez ici pour m'assassiner, jevous donnerai cent coups d'épée ! Savez -vous bien que j'ai tué un grand? D'où vient, fréquentez-vous ce b...-là? parlant du plaignant, et que vous me regardez entre deux yeux? ce qui aurait excité une huée et une risée d'un chacun qui se serait récrié que c'était un fou, lequel dés- honorait la maison d'Uzès. Ajoute que la désobéissance de M. de Crussol aux ordres du Roi, par rapport à la dame sa mère, va jus- qu'à publier, avec le même scandale, qu'elle est une gueuse qu'il fera mourir sous le bâton, et va chez tous ceux qui fournissent sa maison leur tenir les mêmes discours, et leur dire qu'elle n'a au- cuns biens, qu'elle est sur le point de faire banqueroute, et n'a pas le premier sol pour payer sa dépense journalière, et comme il a intérêt pour l'honneur de sa famille et la conservation de sa l'épu- lation de se pourvoir pour engager M. de Crussol à se contenir, c'est pourquoi il a été conseillé de venir nous rendre contre lui la présente plainte *. (A. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BERNAVILLE. Versailles, 1" mars 1705. Les parents de M. de Crussol étant obligés de faire des poursuites pour le faire interdire, M. le lieutenant civil aura à le voir ; ainsi il faut lui donner une entière liberté de l'interroger, Versailles, 25 septembre 1706. La famille de M. le marquis de Crussol a obtenu qu'il sera trans- féré au couvent de la Charité, à Charenton, où il sera mieux par rapport à son état et pour votre repos ; faites-l'y transférer, s'il vous plaît, j'ai promis à madame sa femme que je vous en enverrais l'ordre. (B. N.) RAPPORTS DE M. d'aRGENSON. En 1707, M. le marquis de Crussol, mis à l'hôpital des Frères de Charenton, le 1®^ octobre 1706. Il a été transféré de Vincennes où il avait été conduit de l'ordre du lloi, à. la prière de MM. ses parents, justement alarmés des extravagances qu'il pourrait faire par celles qu'il a faites. l. A la suite de cette plainte, M. de Crussol fut arrêté et mis à Vincennes. 19 290 CRUSSOL DE MONTSALEZ. IlseniMe même que le changement d'air ait augmenté ses in- quiétudes, et plutôt affaibli sa raison qu'il ne l'a rétablie. Il pleure, il gémit, il se désespère, il regrette la prison dont il est sorti. Il se plaint de sa femme et de l'abbé de Boisgibaut, son fils; mais quel- que peine qu'on ait de voir un homme de sa naissance dans la si- tuation malheureuse oi!i il se trouve, on n'ose proposer sa liberté, de peur qu'il n'en fît un usage encore plus mauvais que celui qui a obligé de l'en priver. En 1708, il semble que l'égarement de son esprit soit encore augmenté, il ne veut point sortir de sa chambre, il refuse de pren- dre l'air, il craint que, s'il allait dans le jardin, il n'y trouvât des sergents et des significations, ainsi l'on ne doit pas penser encore à le rendre libre. En 1709, il a toujours les mêmes fantaisies, et sa pauvre tête est plus dérangée que jamais, cependant, il y aurait quelque justice que l'administration de ses biens lui fût interdite judiciairement, et qu'il lui fût donné un curateur qui suivît ses affaires et pourvût à la défense de ses droits personnels, par rapport aux prétentions respectives que madame sa femme et lui peuvent avoir l'un contre l'autre. Il est dû aux religieux de la Charité dix-huit mois de sa pension, et ils n'espèrent plus d'en être payés si le Roi n'a la bonté d'en donner l'ordre. En 1710, il est toujours d'une violence qu'on a peine à contenir, et son imagination est toujours la maîtresse de son jugement ; pour peu qu'on veuille le contredire, il s'emporte jusqu'aux derniers excès, il crie, il se plaint qu'on le maltraite quoiqu'on ne le touche pas. Quand on veut lui faire prendre l'air, il s'obstine à vouloir demeurer dans sa chambre, et sa mauvaise humeur augmente de jour en jour. Le placet que madame son épouse a présenté à M. le comte de Pontchartrain n'a d'autre prétexte, sinon que, la veille de la Notre-Dame de septembre qui est la fête de la maison, une personne étant venue pour lui parler de cette dame lorsqu'on expo- sait le Saint-Sacrement pour les premières vêpres, le religieux qui a soin de lui pria cette personne de revenir une autre fois, le carac- tère de son esprit ne permettant pas de le perdre un moment de vue pendant qu'il est en conversation, de peur que ses fantaisies ne le portassent à se jeter sur des personnes ou à s'évader de la chambre. Au reste, le père prieur m'a expressément assuré qu'il a tout le CRUSSOL DE MONTSALEZ. 2. (A, G.) LOUVOIS AU ROI. Versailles^ jeudi au soir, 9 novembre 1684. Le comte de Morlot a été arrêté hier avec Bidal, sa femme et la demoiselle Cutin, leurs papiers ont été scellés, et M. de la Reynie doit avoir travaillé aujourd'hui à en faire l'inventaire ; il a paru à Desgrez que le comte de Morlot voyait avec inquiétude que l'on mît sous le scellé des papiers qu'il avait donnés à la Cutin, dans un temps qu'il croyait que personne ne le regardait. Apostille du Roi. Je n'ai rien à dire là-dessus ; l'affaire ira fort bien. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 18 novembre 1684. J'ai rendu compte au Roi des lettres que vous avez pris la peine de m'écrire et de tous les papiers qui y étaient joints; elles ne dé- sirent de réponse que pour vous dire que j'aurai soin d'entretenir M. Alvarez^ sur ce qu'il sait de la conduite de Chrestien, avec lequel il a eu commerce au dernier voyage qu'il a fait en Hollande. 1. Loyauté était un maître écrivain employé souvent par M. de la Reynie comme expert dans les affaires de faux ou d'écritures contrefaites. 2. Cet Alvarez était un juif converti, joaillier de son état; il faisait de réguliers voyages en Hollande, sous ombre de commerce, et menait ses affaires de front avec celles dont les ministres le chargeaient souvent. 318 COMTE DE MORLOT. 29 novembre 1684. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire et du mémoire de Loyauté qui y était joint. S. M. s'est conformée à votre avis à l'égard des demoiselles Gutin et de la Chrestien, qu'elle trouve bon que vous fassiez arrêter et conduire au château de Vincennes, en exécution des ordres que vous trouve- rez ci-joints. (A. G.) LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 18 décembre 1684. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle S. M. a vu avec surprise ce que la Chrestien vous a dit du déguisement du comte de Morlot, et ce que vous a dit Morlot pour vous cacher son inquiétude. S. M. a approuvé la manière dont vous lui avez répondu, et s'attend que vous n'oublierez rien pour découvrir par la Chrestien, les Gutin et par Morlot, ce qui peut avoir donné lieu à un déguisement si peu ordinaire à un homme de son âge. 22 décembre 1G84. J'ai rendu compte au Roi des lettres que vous avez pris la peine de m'écrire et des mémoires qui y étaient joints. S. M. a approuvé les propositions que vous faites de fairearrêter arrêter Terrier, ser- vante congédiée par les Gutin, et vous trouverez ci-joints les ordres nécessaires pour cet effet. Au surplus, S. M. se remet à vous de mettre quelque femme auprès d'elle dans la prison, si vous le jugez à propos. 26 décembre 1084. Un domestique de l'abbé Siri étant allé trouver M. de Groissy pour lui dire que les Gutin avaient beaucoup de commerce par écrit avec l'abbé, le Roi a chargé M. de Groissy de faire en sorte que, la première fois qu'il irait à Paris, ce domestique pût vous parler chez M. de Groissy; de quoi le Roi m'a commancié de vous donner avis, afin que, lorsque M. de Groissy vous le mandera, vous vous rendiez chez lui pour entendre le domestique. 27 décembre 1684. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec la copie du billet commencé, que vous avez trouvé parmi les papiers COMTE DE MORLOT. 319 de Morlot, quoiqu'il n'y ait guère d'apparence que ce billet puisse avoir un double sens, néanmoins, S. M. approuvera fort qu'en in- terrogeant Morlot et Gulin la jeune, vous essayiez de pénétrer ce qui en est. Versailles, 9 janvier 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec la copie de l'interrogatoire de Morlot qui y était jointe, sur laquelle S. M. m'a commandé d'écrire à M. le comte d'Avaux, au sens que vous proposez, pour savoir si Morlot n'a point déguisé la vérité, quand il a dit qu'il ne connaissait point la veuve Hontan, et j'aurai soin de vous envoyer sa réponse. Cependant, je vous supplie de continuer à me donner des nou- velles de ce que vous avancerez dans l'instruction de cette affaire. (A. G.) LOUVOIS A M. D AYAUX. 9 janvier 1685. Pour la continuation des recherches que l'on l'ait ici de l'auteur des lettres qui ont été écrites à M. le prince d'Orange, au nom de Bidal, il serait nécessaire de tirer encore quelques éclaircissements de la veuve Hontan, à qui la première de ces lettres avait été adres- sée, pour servir à la conviction du comte Morlot, qui a été soup- çonné d'avoir écrit les lettres, et contre lequel il y a déjà des preuves assez considérables ; mais comme la principale chose dont on est en peine est de savoir si Morlot connaît la veuve Hontan, et s'il est connu d'elle, l'intention de S. M. est que vous chargiez M. de Saint-Didier, ou quelque autre de vos domestiques, qui ait assez d'habitude auprès de cette femme pour essayer d'en décou- vrir la vérité, en discourant avec elle sans affectation, et lui deman- dant, par exemple, bien naturellement, si elle n'a pas ouï dire que Morlot avait été arrêté en France, si elle le connaît, à quoi il l'a em- ployée, soit pour ses affaires au pays de Clèves, où était la femme de Morlot, soit à Paris ou ailleurs? Je vous marque ces dernières circonstances, parce que Morlot a dit, dans son interrogatoire, qu'il ne connaissait point la veuve Hon- tan, à moins que ce ne soit une femme qu'il avait vue deux ou trois fois chez vous, à la Haye, qui lui avait fait offrir, par un gen- 320 DEMOISELLE CUTIN. tilhomme français, nommé Beauregard*, de faire tenir de l'argent à sa femme, qui était au pays de Glèves. Vous vous servirez, s'il vous plaît, de toutes ces particularités pour instruire celui que vous en chargerez, en lui recommandant sur toutes choses de parler à la veuve Hontan, de manière qu'elle ne puisse entrer en aucun soupçon de ce que l'on veut savoir, et de bien recueillir tout ce qu'elle pourra lui dire, qui ira à faire voir qu'elle s'est effective- ment employée pour Morlot, et qui marquera qu'il la connaît sous le nom de la veuve Hontan, soit qu'il ait été chez elle ou autrement. Enfin, je vous supplie de me faire savoir tout ce que vous en aurez pu apprendre pour me mettre en état d'en rendre compte à S. M. (A. G.) INTERROGATOIRE DE LA CUTIN. Du 13 janvier 16SS, à Vincennes. Elle supplie f.èà-humblement S. M. de lui pardonner la faute qu'elle a faite de n'avoir pas d'abord reconnu la vérité; mais elle n'a pas cru qu'il s'agît de son service de dire précisément ce qui était de sa connaissance, et, d'ailleurs, elle a eu quelque peine à demeurer d'accord qu'elle eût été avec Morlot travesti; mais il est vrai que, dans le temps que le Roi était en campagne, en 1683, Morlot, étant venu chez elle, la pressa extrêmement, pendant sept ou huit jours, de voir l'abbé Siri ''', afin qu'il le pût voir, parce que l'abbé Siri avait alors la goutte, et y ayant été pour cela, et lui ayant dit de la part de Morlot de lui envoyer son carrosse, et que les valets de l'abbé Siri le connaissant tous comme ils le connais- sent, Morlot ne voulant pas être connu, il viendrait chez lui habillé en femme, et avec un masque; et l'abbé Siri ayant dit sur cela qu'il ne pouvait voir Morlot le lendemain samedi, parce qu'il pre- nait médecine, il la chargea de dire qu'il lui enverrait son carrosse le dimanche, à une heure après midi, qui était une heure où l'abbé ne voyait personne. Et de fait, l'abbé envoya son carrosse le di- 1. Ce Beauregard avait été obligé de sortir de France, mais il n'en était pas plus mal avec M. d'Avaux, qui lui confiait souvent des missions fort délicates. 2. L'abbé Siri est assez connu par ses écrits, il suffit de dire que c'était un moine, ancien bernardin ; il avait su mettre à contribution les têtes couronnées : le Roi de France lui faisait une pension de 0,000 écus, le duc de Parme et le grand-duc de Toscane une de 500 pistoles chacun. On voit, en outre, qu'il était en relation secrète avec les ennemis de la France, et les services qu'il leur rendait n'étaient pas gra- tuits, c'est chose certaine. DEMOISELLE CUTIN. 321 manche, à l'heure qu'il avait marquée, et Morlot ayant pris un habit de crépon noir de sa sœur, avec un bonnet de femme et un masque, monta dans le carrosse de l'abbé Siri, et elle se souvient que sa sœur et la Chrestien montèrent aussi en carrosse avec Morlot et elle, et furent tous ensemble chez l'abbé Siri, à Chaillot, où, étant entrés par la porte du jardin, elle et Morlot furent introduits dans la chambre de l'abbé Siri, qui était malade; il est vrai aussi qu'il fut dit quelque chose de M. le grand-duc (de Toscane), et que M, le prince d'Orange lui avait envoyé des cabinets, des porcelaines et d'autres curiosités des Indes, et qu'on devait même lui envoyer au premier jour des chevaux pour servir d'étalons, et elle n'entendit point parler d'aucune affaire de Hollande, sinon que le Roi était allé voir ses troupes, qui étaient les plus belles du monde, et que les Hollandais se devraient souvenir de ce qui leur en coulait par le passé, et que, s'ils prenaient un méchant parti, partout oii les troupes du Roi passeraient, elles se feraient craindre, et qu'elles étaient en état de faire trembler toute l'Europe... Étant pressée par Morlot de voir l'abbé Siri de sa part, et de lui proposer d'aller chez lui, elle demanda quelle raison il pouvait avoir pour cela, sur quoi il dit qu'outre l'amitié qu'il avait pour l'abbé Siri, M. Dickfell et lui Morlot avaient un si grand désir de mettre M. le prince d'Orange dans les bonnes grâces du Roi, et M. le prince d'Orange disait tant de bien de l'abbé Siri, sur le récit que lui en avait fait M. Dickfelt, que Morlot était persuadé que, si l'abbé voulait écrire quelque chose sur cela, pour le faire voir à M. le prince d'Orange, il ne doutait pas que ce dessein-là ne réus- sit, M. le prince d'Orange prenant une grande confiance à l'abbé Siri; mais Morlot doutait que l'abbé voulût s'en mêler, et l'envie qu'elle a eue de voir toute l'Europe soumise à S. M., et le zèle qu'elle a eu pour cela, l'ont engagée en tout ce qu'elle a fait, parce qu'elle croyait bien faire. — Pourquoi, si les lettres que Siri et Morlot s'écrivaient ne con- tenaient rien qui ne dût être écrit, ont-ils néanmoins affecté d'en- voyer leurs lettres sans suscription et sans adresse? — Morlot dit que l'ambassadeur de Hollande était entièrement attaché aux intérêts du prince d'Orange, et il ne voulait pas que l'ambassadeur put voir ses lettres, qu'il était extrêmement curieux et connaissait l'écriture de Morlot; que d'ailleurs il n'était pas bien aise qu'on sût ce qu'il faisait savoir en France, parce qu'il écrivait 322 COMTE DE MORLOT. quelqupf lis des choses quinze jours avant que l'ambassadeur le pût savoir, et que cela lui aurait fait des affaires dans son pays, parce qu'on aurait bien jugé qu'elles venaient de lui, autre que lui ne les pouvant savoir, et elle n'a eu garde d'entrer en aucune défiance de Morlot, sachant qu'il avait perdu 500,000 liv. de bien pour avoir été attaché aux intérêts de la France, et aussi pour avoir changé de religion, et voyant d'ailleurs que tout le bien de sa femme était en France, et lui ayant ouï dire plus de cent fois, les larmes aux yeux, qu'il aurait voulu donner la moitié de son sang, et que le Roi eût pu connaître quelles étaient ses intentions. (B. A.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 3 janvier 1685. J'ai reçu les lettres que vous avez pris la peine de m'écrire, avec les interrogatoires qui y étaient joints, desquels ayant rendu compte à S. M., elle n'a pas jugé à propos de rien ordonner contre l'abbé Siri, jusqu'à ce que vous ayez trouvé quelque chose de plus précis touchant sa conduite qui puisse vous obligera le faire arrêter. Versaillas, 1" février 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec les papiers qui y étaient joints, par lesquels il semble qu'on est tout à fait sur le point d'éclaircir l'affaire de Morlot, puisqu'il n'y a guère d'apparence qu'il puisse avoir entendu parler d'un autre que de Bidal que l'on tient prisonnier, par la lettre qu'il a écrite du 8 du mois de juillet ; dernier il me semble qu'il vous sera facile soit par Morlot, soit par Bidal, soit par les Cutin, de pénétrer un fait aussi important que celui-là, et je suis bien persuadé que vous y emploirez toute votre industrie. Je vous supplie de me faire part de tous les progrès que vous ferez, cependant le Roi a fort approuvé que vous ayez recom- mandé à M. Rouillé de faire chercher dans les lettres de rebut s'il n'y en aurait point d'adressantes à la Cutin ou à Bidal ; je lui re- commande d'en faire la recherche avec grand soin et de vous les porter, s'il en trouve quelques-unes Versailles, 5 février 1685. J'ai reçu l'extrait du dernier interrogatoire que vous avez fait à Morlot, qui ne désire de réponse que pour dire que j'écrirai inces- COMTE DE MORLOT. 323 samment à M. d'Avaux , pour savoir s'il y a un Bisdomer à la Haye, et de quelle profession il est. (A. G.) LOUVOIS A M. ROBERT. Versailles, 5 février 1685. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, S. M. approuve que vous requerriez un décret de prise de corps contre l'abbé Siri*, et que M. de la Reynie l'or- donne, mais elle ne veut pas qu'il soit exécuté jusqu'à nouvel ordre. (A. G.) LOCVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 27 février 1685. Je VOUS envoie la lettre que j'ai reçue de M. d'Avaux, par la- quelle vous verrez qu'il ne se passe rien en Hollande sur l'emprison- nement du sieur Morlot, et ce qu'il me mande concernant M. Bido- raer, de quoi j'ai cru devoir vous informer. 11 avril 1685. C'est le 10 octobre 16:4 que M. Dickvelt a remis à M. d'Avaux la première lettre, signée Bidal, datée du 23 septembre, dont vous êtes en peine. J'ai écrit à M. de Saint-Ange pour savoir en quoi consistait le déguisement de Morlot lorsqu'il l'a rencontré à Aire, sur des che- vaux de poste. Aussitôt que j'aurai reçu sa réponse, je ne manque- rai pas de vous l'envoyer. (A. G.) INTERROGATOIRES DE MORLOT. Du 0 février 1683, à la Bastille. — Tout ce qu'il a écrit lui-même et ce qu'il a vu par les pièces qui lui ont été représentées justifierait, quand il n'y aurait pas d'autres ■ preuves, qu'il ne reconnaît pas la vérité ; il paraît que depuis la fin de 1683, jusqu'à la veille de la conclusion de la trêve-, il a agi avec ordre et charge de M. le prince d'Orange auprès de M. d'Avaux, pour un accommodement et traité avec le Roi ; et enfin M. le prince d'Orange n'ayant pas intérêt ou ne jugeant pas à propos de con- 1. Siri était malade et mourut peu de temps après. 2. Une trêve de vingt ans avait été conclue entre la France, l'Espagne et la Hollande le 10 août 1684. 324 COMTE DE MORLOT. courir à la paix, la trêve avait été conclue indépendamment de la négocialioa qu'il avait commencée et dont M. le prince d'Orange, se trouvant surpris et piqué, lui donna ordre de dire à M. d'Avaux qu'il ne se mêlerait jamais de cette affaire, c'est-à-dire, du traité qui se faisait alors, et que, s'il le faisait, le Roi aurait raison de le croire fol et insensible, et qu'il n'était ni l'un ni l'autre. Lui, Morlot, a aussi écrit, dans ce temps-là, qu'il espérait être un peu soulagé dans l'at- tente de quelque changement, et ce changement attendu n'étant point arrivé, ainsi qu'il l'avait espéré, au contraire sa négociation ayant été rompue même avec ressentiment de sa part, il prit après cela des voies et des mesures tout opposées, étant venu secrète- ment à Paris, au mois de mai dernier, oii, s'étant caché, il s'appli- qua à diverses pratiques contre les intérêts du Roi, après lesquelles étant de retour en Hollande, ainsi qu'il paraît par les termes de sa lettre, il croyait être obligé, pour les continuer, d'aller à Bruxelles et de revenir à Paris, et qu'il avait fait depuis le voyage de Bruxelles et qu'il faudrait qu'il achevât ce qu'il avait commencé, et qui l'a- vait obligé d'aller à Bruxelles par un retour qu'il devait faire en France. 11 paraît, par ses propres écrits depuis la trêve conclue, qu'il a toujours agi sur les mêmes principes et pour le même dessein, il paraît même que M. Dyckvelt lui avait promis de l'argent pour l'accommodement de M. le prince d'Orange avec le Roi, suivant qu'il l'a écrit; dans cette vue il a aussi écrit à Gourville et de- mandé la liberté et la permission de venir en France, sous pré- texte de ses procès et de ses affaires domestiques, mais, après être arrivé, il a, sous le même prétexte spécieux de ses procès et de ses affaires domestiques, écrit à Dickvelt par deux différentes let- tres, et sous un sens couvert, le peu de dispositions qu'il avait trouvées en France pour cet accommodement. Du 14 avril 1685, à la Bastille. — Il est vrai qu'après avoir euordre de sortir du royaume, il n'a pas laissé d'y revenir deux ou trois fois sans permission, mais ce n'a été que pour ses affaires particulières. — Il a toujours pris le même prétexte pour couvrir ses mauvais desseins, et la dernière fois qu'il est venu à Paris, ce n'a été encore qu'après avoir formé le projet de la détestable proposition contre la personne du Roi, qui est contenue dans la lettre qu'il a signée Bidal ; mais, après avoir conçu cet horrible projet, il s'est tout de nouveau appliqué faire valoir le prétexte spécieux du désir qu'il COMTE DE MORLOT. 325 disait avoir de remettre le prince d'Orange dans les bonnes grâces de S, M., et le besoin qu'il disait aussi avoir de travailler à ses affaires domestiques, afin d'obtenir, sur l'un ou sur l'autre de ces prétextes, la liberté qui lui était nécessaire de venir à Paris, pour y travailler à faire réussir ses mauvais desseins. — Tl n'a demandé la liberté de venir en France que pour ses affaires particulières, et il n'a jamais rien fait ni écrit pour obtenir la permission que pour ses affaires domestiques, et il n'a point fait ni eu aucune part au projet contenu aux lettres signées Bidal. — S'il n'est pas vrai que depuis la trêve faite, pour des desseins contraires aux intérêts du Roi, croyant qu'il était important pour le succès de ces mêmes desseins qu'il parût que M. le prince d'O- range désirait de se remettre aux bonnes grâces de S. M., il écrivit plusieurs fois sur ce sujet à Gourville, feignant de vouloir entrer dans une négociation sérieuse pour cet accommodement, quoi- qu'il sût bien qu'elle ne devait avoir aucun succès?.... S'il n'est pas vrai que s'étant offert, et proposé lui-môme pour conduire cette prétendue négociation jusqu'au point où il le jugeait nécessaire pour son dessein , il s'y engagea enfin avec M. Dickvelt, sous des conditions particulières pour lui, et moyennant l'argent qui lui fut promis pour cela? — Il n'a fait aucune condition particulière pour cela avec M. Dickvelt ni avec personne — Il ne dit pas la vérité, mais, outre la reconnaissance qu'il en a déjà faite, outre ce qui est su sur cela d'ailleurs, il est justifié, par la lettre à la Cutin, qu'il lui a fait savoir en termes précis qu'on don- nerait tout ce qu'il lui fallait, si on l'envoyait exprès, ou si Gourville faisait ce qu'il lui avait promis, c'est-à-dire si ses propositions de remettre M. le prince d'Orange dans les bonnes grâces du Roi étaient écrites, ou si Gourville obtenait pour lui la permission du Roi de venir à Paris pour ses affaires, interpellé ,de reconnaître la vérité. . . — Il a toujours cru que, quand M. le prince d'Orange verrait qu'il pourrait s'accommoder avec le Roi, il lui donnerait de l'argent pour faire son voyage, et à l'égard de ce qu'il a écrit en ces termes : ou si Gourville fait ce qu'il a promis, il avait conçu que, lorsqu'il parlerait à Gourville, et sur ce qu'il lui ferait connaître le grand désir qu'il croyait que le prince d'Orange avait de se remettre dans les bonnes grâces du Roi, et sur les apparences qu'il y avait à cela, 326 COMTE DE MORLOT. et il avait cru que, cela étant ainsi connu, Gourville voudrait bien s'en mêler, el lui traiterait ave.c Goui ville, el écrirait ou irait en Hollande pour cet effet, et qu'en ce cas, étant ainsi employé, on lui donnerait de l'argent Il n'a pris aucun engagement en Hol- lande, et tout ce qu'il a fait, il l'a fait de lui-même, et sur les dispo- sitions qu'il a vues à M. le prince d'Orange, à M. de Bentinck, son favori, et à M. Dickvelt, et ne se souvient point s'il a écrit ce que nous lui demandons à Gourville*... — Il ne dit pas la vérité, et voyant son détestable projet découvert, et se trouvant arrêté, son écriture et sa main étant reconnues, et lui, par conséquent, pour être l'auteur de la proposition faite par les lettres signées Bidal, il a dissimulé la vérité, lorsqu'il nous a dit que l'affaire dont il avait écrit était une affaire qu'il avait en Hol- lande, et cela pour détourner autant qu'il le peut l'application qui doit être justement faite de l'affaire par lui commencée aux pro- jets et propositions des lettres signées Bidal, mais il lui est arrivé ce qui arrive à tous les auteurs des grands crimes, et au milieu des précautions qu'il a essayé de prendre pour se cacber, il a établi lui-même la preuve qui était nécessaire pour le convaincre, ayant écrit d'un autre côté à Gourville, après lui avoir marqué qu'il se servirait de la permission que le Roi lui faisait la grâce de lui accor- der : « Mais pour faire voir que le service du Roi me tient plus à cœur que mes propres affaires quelque pressantes qu'elle puissent être, je ne partirai point d'ici tant que je croirai y pouvoir être utile à S. M.; j'ai remarqué quelques dispositions à un accommo- dement, j'ai fait un voyage à la cour pour cela, et je n'ai pas encore vu M. d'Avaux depuis mon retour, parce qu'il n'est pas encore ar- rivé d'Amsterdam oii il a été avec madame de Mesmes, » et ainsi aux termes de cette lettre, il est clair que le dessein de ce pré- tendu accommodement de M. le prince d'Orange était l'affaire à laquelle il travaillait et qui le retenait en Hollande. S'il n'est pas vrai que, pour couvrir son dernier voyage à la cour de M. le prince d'Orange, il continua de prendre le même prétexte qu'il avait déjà pris, et écrivit aussi qu'il n'abuserait pas de la permission que le Roi lui faisait la grâce de lui donner, et qu'il ajouta à cela ces au- tres termes : « Et quand toutes mes affaires devraient périr, je ne partirai pas dici tant que je croirai y être utile pour le service de 1. Gourville a laissé des mémoires curieux; il n'y parle pas de celte intrigue. COMTE DE MORLOÏ. 327 S. M. Je suis présentement dans de grandes espérances de pouvoir faire quelque chose, si M. d'Avaux me veut aider; j'irai faire un voyage à la cour dans quelques jours et, à mon retour, je vous man- derai ce que j'aurai fait ; je ne sais si tout mon zèle me sera compté pour quelque chose, mais je vous puis assurer que le Roi donne des pensions \ des gens qui ne font pas assurément pour son service ce que j'ai fait et fais encore, et si M. d'Avaux n'en voulait pas avoir tout l'honneur et me rendre quelque justice, je serais mieux connu du Roi et de ses ministres que je ne suis? » Il paraît bien aux termes de la lettre qu'il ne dit pas la vérité, et qu'il n'était pas allé à la cour de M. le prince d'Orange pour prendre congé seulement. Il n'y a aucune sincérité dans ses réponses, non plus que dans toute sa conduite, mais les faits n'en sont pas moins constants pour cela; il est certain qu'il est venu plusieurs fois dans le royaume après en avoir été chassé, qu'il y est venu sans permission, qu'il s'y est tenu caché et travesti, qu'il y a entretenu des correspondances, et que, pour mieux couvrir et faire réussir ses pratiques secrètes, il s'est empressé et a voulu paraître affectionné au service du Roi, quoiqu'il eût des engagements contraires, et en dernier lieu, à la faveur du prétexte qu'il a pris d'une prétendue négociation, il s'est porté à cette extrémité d'offrir, par ses lettres signées Bidal, de faire mourir le Roi, et qu'il n'a pu avoir pour motif d'une propo- sition si détestable que son propre ressentiment, ou le dessein d'avoir l'argent dont il était convenu sous prétexte du prétendn accommodement de M. le prince d'Orange avec le Roi, et c'est à lui d'expliquer présentement le motif qu'il a eu en écrivant les let- tres signées Bidal? — Il n'a à dire sur cela, sinon qu'il est innocent sur le fait des lettres et du dessein des lettres comme l'enfant qui vient de naî- tre ; il n'a point cru mal faire quand il est venu dans le royaume sans permission, et quand il s'est travesti, et il n'y a point entre- tenu de correspondance criminelle, et il avait des affaires pressantes à Paris en son particulier qui l'obligeaient d'y venir. — S'il n'est pas vrai que pendant que le Roi était à Valenciennes, il partit secrètement de Hollande pour venir en France, qu'il fil le voyage en poste, et que pour n'être pas connu sur le chemin il s'était déguisé ? — Il est vrai qu'il fit ce voyage audit temps et qu'il prit la poste à Saint-Omer, mais il n'était point déguisé... (B. A.) 328 COMTE DE MORLOT. LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 19 avril 1685. Gomme par toutes las vérifications qui sont faites sur le sujet pour lequel le comte de Morlot est prisonnier à la Bastille, il n'y a presque pas lieu de douter que les lettres signées Bidal ne soient écrites de sa main, je vous supplie de me mander s'il ne vous est jamais revenu aucun mémoire ou lettre écrite ou signée de la main de Morlot qui pût servir à convaincre cet accusé qu'il n'est pas vrai, comme il l'assure, qu'il ait toujours été attaché au ser- vice du Roi, auquel cas je vous supplie de m'envoyer ce que vous pouvez avoir. Versailles, 1er mai 1685. Le Roi a vu avec plaisir, par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, que le ministre de l'ambassadeur se soit engagé de donner avis de tout ce qui pourra venir à sa connaissance ; S. M. approuve que l'on risque une trentaine de pistoles pour voir si l'on pourra tirer de lui quelque chose d'utile, et afin que vous soyez en état de lui faire donner de l'argent lorsque vous le jugerez à pro- pos, je vous envoie un billet pour les tirer de M. de Turraénies. S. M. se remet à vous du temps dans lequel il sera à propos de le sonder sur l'affaire de Morlot i, 8 mai 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec les trois mémoires qui y étaient joints, elle ne désire de réponse que pour vous prier de continuer à m'informer de ce qui se passera entre l'homme que vous avez commis pour négocier avec le minis- tre de l'ambassadeur et le ministre. (A. G.) M. DE LA REYNIE A M. DE LOUVOIS. Paris, 21 mai 1685. Je vous renvoie la lettre de M. le comte d'Avaux que vous m'a- vez fait l'honneur de m'envoyer. Je vous envoie aussi un extrait qui contient en substance ce qui résulte des dépositions des quatre experts ; vous y verrez une par- 1. Il s'agit du chapelain de l'ambassade de Hollande; on voit qu'il trahissait à boa marché. COMTE DE MORLOT. 329 tie des lettres figurées à la marge et sur quoi en général ils se sont fondés pour connaître, comme ils le disent tous également, que c'est le comte de Morlot qui a écrit toutes les pièces dont il s'agit. J'aurais travaillé dès aujourd'hui au récolement et à la confronta- tion, mais M. Sagot a tant écrit tous ces jours derniers qu'il l'a fallu saigner aujourd'hui ; j'espère néanmoins qu'il sera en état de travailler vendredi ou samedi, et que dans une journée entière la confrontation des experts pourra être faite. (A. G.) Paris, 2h mai 1G85. Les quatre experts, maîtres écrivains, qui ont travaillé à la véri- fication des pièces qui sont au procès du comte de Morlot, lui ont été confrontés aujourd'hui : il a été extrêmement attentif à la lec- ture de leurs dépositions, mais il n'a avec cela contredit aucune de leurs observations, quoiqu'elles soient fortes et en grand nom- bre ; il a seulement dit en général qu'il espérait qu'on trouverait un jour le coupable, et qu'en ce temps-là on verrait que ceux qui sou- tiennent qu'il a écrit les lettres dont il s'agit s'étaient trompés au jugement qu'ils en avaient fait. Cette confrontation l'a obligé ce- pendant de demander un confesseur avec le même empressement qu'il a accoutumé de témoigner toutes les fois qu'il aperçoit quel- que nouveau sujet de crainte, et je lui ai dit qu'il pouvait juger lui- même, par la grandeur et par la qualité du crime dont il était accusé, aussi bien que par l'état de son procès, que ce qu'il de- mandait ne lui devait pas être accordé. Tl sera bon, sans doute, d'attendre deux fois vingt-quatre heures, s'il voudra dire quelque chose de lui-même, mais après ce temps- là, s'il ne dit rien, je l'interrogerai de nouveau. On travaille cependant auprès de la femme que le ministre de l'ambassadeur prend soin de visiter ; il paraît que les deux hommes de Saint-Innocent le reconnaissent si bien, et il y a d'ailleur.- tant de convenances, que c'est lui sans doute qui a fait écrire les deux billets qui ont été portés au bureau de la poste. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA RBYNIE. Versailles, 8 juin 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire avec le billet qui y était joint, duquel j'ai rendu compte au Roi. S. M. se 330 COMTE DE MORLOT. remet à vous de régler ce commerce suivant que vous le jugerez à propos, et comme il ne peut y avoir rien d'avantageux à tirer que des éclaircissements sur l'affaire du comte de Morlot, c'est à vous à juger quand on pourra entrer en commerce sur cela avec ce mi- nistre et de quelle manière. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 1" août 1685. Je viens d'apprendre tout à l'heure l'accident arrivé à la Bas- tille, par l'évasion de trois des prisonniers, et S. M. m'ordonne de vous écrire sur-le-champ pour vous dire de vous y transporter et dresser un procès-verbal de cette évasion, voulant être informée si cela n'est point provenu de la faute et de la négligence du lieute- nant de la Bastille ou de quelque autre, afin d'en faire en ce cas une justice exacte. J'attendrai de vos nouvelles sur l'un et sur l'autre de ces articles, etc. (A. N.) LODVOIS A M. DE BESMADS. Je vous envoie un des prisonniers ' qui se sont sauvés, qui a eu la bonne foi de me venir trouver; je vous prie, en attendant que j'en aie rendu compte au Roi, de le recevoir et garder comme portent les ordres de S. M., mais avec la douceur que mérite un homme qui se vient rendre lui-même en prison. (B. A.) 3 août 1685. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 6 août 1685. S. M. veut que vous teniez la main à ce que le valet du major de Bourgogne, qui s'était évadé de la Bastille et qui est revenu, ne soit pas plus maltraité qu'auparavant. LODVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 7 août 1685. J'ai reçu les deux lettres que vous avez pris la peine de m'écrire, qui ne désirent point de réponse, puisque le valet de M. de la Ber- 1. C'était le valet (\p M. df la Berlière, COMTE DE MORLOT. 331 lière est rentré à la Bastille ; je ne doute point que vous n'ayez appris, par les interrogatoires de re valet, combien les pri'^onniers sont durement traités à la Bastille et mal gardés, et qu'ils commu- niquent d'une chambre à l'autre au vu et su de ceux qui leur por- tent à manger. Versailles, 9 août 1685. Je vous prie de me mander en quel état est l'affaire de Morlot, et s'il y a apparence que Ton puisse bientôt juger si M. de la Berlière est coupable ou non, S. M. voyant avec peine que cette affaire dure un SI longtemps. 22 août 1685. Le Roi a jugé à propos de faire mettre en liberté M. de la Berlière et son valet, et j'en adresse présentement les ordres de S. M. à la Bastille. 30 août 1685. Le Roi ayant jugé à propos de faire transférer à Vincennes Morlot qui est prisonnier à la Bastille, je vous adresse les ordres de S. M. nécessaires pour cet effet. (A. G.) CROISST A M. DE LA RETME. 10 septembre 1685. Voici, une lettre que M. d'Avaux a envoyée de la Haye, par laquelle il parait que celui qui l'a écrite de Paris a quelque com- merce avec l'ambassadeur de Hollande. Vous verrez quel usage vous pouvez en faire pour découvrir si ce commerce n'est pas con- traire au service du roi. Je vous envoie aussi l'extrait de la lettre que M. d'Avaux a écrite à S. M. sur ce sujet. [A. G.) LOUVOIS A M. DE LA RETME. Versailles, 18 juin 1686. Le Roi ayant fait réflexion au long temps qu'il y a que le comte de Morlot est retenu en prison, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle aura bien agréable que vous dressiez un mémoire des charges qu'il y a contre lui, de l'apparence qu'il y a de trouver des preuves pour sa conviction et de votre avis sur ce qu'il y a à faire à son égard. 332 COMTE DE MORLOT. 26 juin 1686. J'ai reçu, avec la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, le mémoire qui y était joint, concernant l'ailaire de Morlot, duquel S. M. ayant entendu la lecture, elle a résolu de faire mettre en li- berté tous ceux qui ont été arrêtés à l'occasion de Morlot, môme les demoiselles Cutin, et comme je ne puis exécuter cela que je n'aie un mémoire du lieu oh. chacun est en prison, je vous supplie de me l'envoyer au plus tôt et de ne pas omettre de marquer oh est Morlot, afin que si, comme je crois m'en souvenir, il est à Vin- cennes, je puisse le faire transférer à la Bastille, où le Roi a or- donné qu'il demeurerait jusqu'à nouvel ordre. 2 juillet 1686. Comme je déchire les lettres que je reçois de vous concernant les affaires qui ne doivent pas être vues, à mesure que j'y réponds, je n'ai plus celle que vous m'avez écrite, et c'est ce qui m'oblige à vous supplier de m'eiivoyer l'état que je vous ai demandé des noms de tous ceux qui ont été arrêtés à l'occasion de Morlot, et du lieu oti ils sont en prison. S. M. trouve bon que vous fassiez entendre à la Chrestien et aux demoiselles Cutin, qui sont de la religion, qu'elles ne sortiront point du lieu où elles sont qu'elles ne soient converties, et si, pour retirer du désordre la jeune Cutin, vous croyez qu'il la faille met- tre dans un couvent, S. M. veut bien y payer sa pension pendant un an; vous aurez soin de me mander celui où vous croyez qu'il la faudra faire conduire. Versailles^ 6 juillet 1686. Vous trouverez ci-joints les ordres du Roi nécessaires pour mettre en liberté tous les prisonniers arrêtés à l'occasion de Morlot. S. M. trouve bon que vous confrontiez ceux que vous jugerez à propos auparavant que de faire exécuter cet ordre, et que vous ne fassiez point mettre en liberté les trois personnes qui sont de la religion qu'elles ne soient converties. A l'égard de Cutin la jeune, S. M. dé- sire que vous la fassiez conduire dans un couvent, et je vous adresse l'ordre de S. M. nécessaire pour l'y faire recevoir; il est en blanc comme vous avez témoigné le désirer, et je ne doute point que vous n'observiez de le remplir de concert avec la supérieure du couvent où vous l'enverrez. COMTE DE MORLOr. 333 Versailles, 29 août 1686. Le Roi ayant entendu la lecture du mémoire que vous m'avez envoyé et de la lettre de M. Dumoulin qui y était jointe, S. M. a bien voulu accorder 600 liv. à la jeune Cutin pour payer sa pen- sion d'un an au couvent des Feuillantines, et lui donner moyen d'avoir les choses nécessaires pour y entrer ; le Roi a en même temps accordé 300 liv. par charité à la Chrestien, et j'en ferai expédier les ordonnances que je vous adresserai incessamment. (A. G.) LOUVOIS A BOURDALODE. Versailles, 6 avril 1687. 11 y a un prisonnier à la Bastille, le comte de Morlot, qui de- mande la permission de se confesser, que le Roi a bien voulu lui accorder, mais comme S. M. ne veut pas que ce soit par un autre que vous, je vous prie de vous donner la peine d'y aller à la pre- mière heure qui vous sera commode ; M. de Besmaus ne fera point de difficulté de vous le laisser voir, snr ce que je lui mande présentement de l'intention de S. M. Versailles, 20 janvier 1691. Je vous adresse la dépêche du Roi nécessaire pour voir M. de Morlot, prisonnier à la Bastille. S. M. ne désire pas que vous vous serviez de la permission qu'elle vous donne plus d'une fois par mois. (A. G.) M. DE LA REYNIE A PONTCHARTRAIN. 2 novembre 1691. La demoiselle Cutin n'est pas, pour cause de religion, dans le couvent des religieuses anglaises, qui vous ont fait donner le cer- tificat que je vous renvoie. . C'est une fille dont la conduite n'était pas bien régulière, et qui, sous le titre d'anie et de maîtresse du comte de Morlot, prison- nier à la Bastille, était sa correspondante à Paris. Le comte de Morlot est Hollandais, fils du gouverneur du feu prince d'Orange, pensionnaire et créature du prince d'Orange d'à présent, homme d'esprit, catholique en sa manière ; il avait épousé une Française qui avait des terres en Poitou, et de laquelle il a eu des enfants qui demeurent actuellement en France. 334 DEMOISELLE CUTIN. Il a été ci-devant arrêté et mis au château de Saumur, d'oi!i après treize années de prison, il sortit avec défense de revenir en France sans permission du Roi. En 1684, le prince d'Orange recherchant en apparence les bonnes grâces du Roi, et voulant établir quelque confiance, et par là don- ner quelque ombrage au feu Roi d'Angleterre, avec lequel il était lors brouillé, et troubler, parce moyen, la bonne correspondance où il était avec S. M., fit remettre à M. le comte d'Avaux, à la Haye, deux lettres qu'il prétendait avoir reçues par le bureau de la poste, et par lesquelles on lui offrait û'atlenter à la personne du Roi, et d'exécuter ce projet moyennant 100,000 écus. M. d'Avaux envoya ces lettres au Roi, et après quelques recher- ches, on découvrit que le comte de Morlot était à Paris, caché chez la Cutin; il y fut arrêté avec elle, et ses papiers ayant été exami- nés avec quelque attention, on reconnut par plusieurs circons- tances que c'était le comte de Morlot qui avait écrit les lettres que le prince d'Orange avait fait remettre à M. d'Avaux. Le Roi ne jugea pas qu'il fût à propos, dans les conjonctures de ce temps-là, de faire éclater une aussi noire malice, et quoiqu'il n'y eut point de guerre, le prince d'Orange ne fît aussi aucune ins- tance pour réclamer le comte de Morlot; mais il a paru depuis, par différent? endroits, que le prince d'Orange a beaucoup désiré d'être informé jusqu'où l'on avait percé dans ce mystère d'iniquité, et le comte de Morlot ayant été soigneusement gardé, tant à Vincennes qu'à la Bastille, il lui a été difficile de faire savoir en Hollande l'état de son affaire, et parce que la Cutin, sa maîtresse, avait été interro- gée sur quelque partie des faits, S. M. jugea nécessaire, pour le bien de son service, de la tenir dans un couvent, en la faisant sortir de Vincennes, pendant qu'il serait de quelque conséquence de l'em- pêcher de passer en Hollande, où l'on savait qu'elle était de- mandée. Cette fille était, à la vérité, de la R.. P. R,, lorsqu'elle fut mise à Vincennes; mais elle y fit abjuration; elle avait deux sœurs à Paris, aussi de la R., dont une est encore vivante et sans aucun bien; on eut de la peine à trouver un couvent, et il n'y eut que les seules anglaises du faubourg Saint-Victor qui, sachant ce qu'était cette fille, voulurent bien s'en charger moyennant 600 liv. que le Roi leur fait payer pour sa pension et pour son entretien ; on l'a tenue jusqu'à présent en ce lieu, sous prétexte d'instruction dans le com- DEMOISELLE CUTIN. 335 mencement, et depuis, sur ce qu'une fille, qui n'a ni feu ni lieu, dont la conduite n'a pas été tout à fait régulière, et qui n'a rien pour subsister, ne peut être plus heureuse qu'en l'état où elle se trouve par la bonté du Roi. Elle a cependant cherché d'en sortir par diffé- rents moyens, et sous divers prétextes d'établissement, et le pré- tendu mariage d'à présent en doit être encore un ; mais il n'est pas nouveau, et il ne faut pas douter, si elle sort du couvent où elle est, qu'elle ne passe aussitôt en Hollande, ce qui ne semble pas conve- nable au service du Roi, par les raisons ci-dessus expliquées. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BESMAUS. Versailles, 20 décembre 1691. Le Roi veut que vous permettiez au P. Bourdaloue de voir le comte de Morlot, prisonnier à la Bastille, lorsqu'il le jugera néces- saire. (A. N.) LE ROI A M. DE BESMAUS. Mon intention est que vous permettiez au comte de Morlot, dé- tenu en mon château de la Bastille, de prendre quelquefois l'air sur la plate-forme du château, comme aussi de parler à son procureur lorsqu'il le jugera nécessaire pour ses affaires. 27 juin 1695. Mon intention est que vous permettiez à Morlot d'entendre la messe les dimanches et fêtes avec les autres prisonniers, ou en particulier s'il veut la faire dire, et aussi que vous lui permettiez de voir son avocat toutes les fois qu'il aura à lui parler. 15 janvier 1696. Mon intention est que vous laissiez voir au comte de Morlot, pri- ' sonnier détenu en mon château de la Bastille, Lavocat, maître des requêtes, et Severe, receveur des consignations du Palais à Paris. (A. G.) U mars 1697. JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du mardi 29 octobre, à dix heures du matin, M. le comte de Morlot est sorti seul de la Bastille dans une entière liberté d'aller 336 CHAVIGNY. où bon lui semblera, par ordre du Roi expédié par M. de Torcy*, lequel ordre a été tenu secret, que M. de Besmaus avait reçu, il y avait quelques jours, pour faire plaisir à M. deMorlot, qui conaptail avoir assez de crédit auprès de M. de Pomponne pour rester partie de l'hiver encore à la Bastille aux frais du Roi ; lequel comte de Morlot est Hollandais, et fut arrêté et mené au château de la Bas- tille, le 6 de novembre de l'année 1684, y ayant resté treize années moins quelques jours, à 15 livres par jour que le Roi donnait pour son entretien à M. de Besmaus, lequel avait un valet de chambre avec lui et a gagné 2,000 écus par ses épargnes, avec M. de Bes- maus et son maître d'hôtel, sur sa nourriture. (B. A.) CHAVIGNY^. Libelles. Chavigny de la Bretonnière, fils d'un homme de robe, à Paris, fut contraint, à ce qu'il a toujours dit, de se faire moine bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Comme il est fort bon esprit, né dans les affaires et pour les affaires, il parvint à être leur procu- reur à Saint-Denis etàSaint-Germain-des-Prés, et comme il ne se croyait religieux par force, un jour qu'il reçut 600 pistoles pour le monastère, il disposa sourdement des chevaux et s'enfuit à Amster- dam avec l'argent du couvent; il a prétendu qu'il n'apostasia pas de la R. C, et qu'il n'y fît aucun acte de protestant; quoiqu'il en soit, il vécut comme il y était entré, en fripon, et il fit toutes sortes de débauches; mais comme il avait fort bon esprit, il s'y insinua auprès des princes; il fît imprimer les fameux Lardons^ et on lui donnait 22 livres par semaine, soit de pension ou de profits; mais il en mangeait le double. Etant sorti de France avec une grande rancune contre M. de Rheims, de qui il se prétendait vive- ment off'ensé, et d'ailleurs voulant se faire un mérite auprès des hérétiques, il composa, avec son genre satirique, une pièce fort 1. La paix de Riswick venait d'être conclue, et Louis XIV et Guillaume 111 vi- vaient en bons termes, la détention de Morlot devenait inutile, on le mit enfin hors :^e la Bastille. 2. Ordres d'entrée du 18 février et de sortie du 3 mai 1685, contre-signes Le Tellier. Cette notice, que nous avons extraite d'un recueil de nouvelles à la main, donne toutes les explications nécessaires; nous n'avons rien à y ajouter. CHAVIGNY. 337 diffamatoire, intitulée le Cochon mitre ^, et fit faire à la tête de son libelle deux planches fort satiriques, M. d'Avaux, ambassadeur de France à la Haye, ayant connaissance de cette insolence, trouva moyen de parler à la Bretonnière pour faire supprimer le libelle, lui faisant craindre le crédit de cette maison, quoiqu'en pays libre et sous la protection des Étals; il promit qu'il supprimerait le livre autant qu'il pourrait, mais qu'un marchand de ses amis en avait un exemplaire. M. d'Avaux l'envoya chercher pour le retirer; le marchand dit qu'il en avait donné 100 pistoles, et composa à 30 en rendant le libelle. Alvarès, riche portugais, autrefois juif, qui a ses parents à Amsterdam, y alla de Paris pour y acheter des pierreries, étant joaillier du Roi; il ouït parler de ce libelle, demanda à !e voir à la Bretonnière, qui s'excusa beaucoup et longtemps, à cause de l'en- gagement qu'il avait pris avec M. l'ambassadeur, et qu'il avait tout supprimé; Alvarès le pressa tant dans la débauche, qu'il dit qu'il rappellerait ses idées sur quelques copies et mémoires qui lui res- taient; il fit un nouveau libelle, déguisant un peu son style. Alvarès, de retour à Paris, ne put se tenir de le montrer à quelques gens. M. de Reims en fut averti. M. de Louvois menaça Alvarès de le perdre s'il ne faisait prendre la Bretonnière; il retourna dans ce dessein à Amsterdam; il fit force débauches avec la Bretonnière, un nommé Chapusot la Chaise, natif d'Issoudun en Berry, qui a fort couru, qui avait apostasie à Genève, et s'y était marié, depuis re- tourné en son pays, veuf, s'était remarié, s'étant fait catholique, et un nommé Crosnier, de Normandie, qui fait la Gazette burlesque, en France; mais, ayant enlevé une fille et tué un homme, il s'était sauvé à Amsterdam. Ces trois amis de la Bretonnière, apparem- 1. Chavigny avait imaginé de faire rencontrer, à son arrivée sur les bords du Styx, l'âme de Furetière avec l'âme de Scarron, débarquée depuis longtemps déjà et sans nouvelles de la Cour. Après s'ôire épanché en récriminations contre sa lubrique veuve, le poëte burlesque demande s'il n'y a pas encore des maris aussi marris que lui. Furetière lui cite M. de Créquy que sa Jémme trompait avec plu- sieurs courtisans, et entre autres avec le frère de Louvois, M. Le Tellier, arche- vêque de Reims, qui l'entretenait aux frais de l'Église; comme ce prélat était fort gras, Furetière le traite de cochon mitre : de ]h le titre du libelle. De son propre aveu, madame de Maintenon regretta toujours la bourbe où elle avait été jeune et heureuse, mais elle ne pardonnait jamais à ceux qui la lui repro- chaient; d'autre part Louvois était fort bon parent, et tenait pour siennes k'S injures faites à sa famille; sa raucune était d'ailleurs inexorable. La marquise s'unit à lui pour prouver au Roi que Chavigny n'était (ju'un infâme calomniateur dont il fallait puuir l'iusoleuce. 2-2 338 CHAYIGNY. ment de concert, l'engagèrent à sortir d'Amsterdam, non sans grande répugnance de sa part; Alvarès avait fait venir des demoi- selles de Rotterdam, avec lesquelles ils commencèrent à se prome- ner autour de la ville, puis on l'induisit presque par force à passer à Bruxelles, lui disant : Grana ne nous fera point de mal, parlant ainsi familièrement du gouverneur des Pays-Bas. On le mena à la Bastille ; M. de Louvois fit rechercher s'il était ma- rié en Hollande; en ce cas, on l'eût fait pendre; mais on ne trouva que de la débauche sans mariage; on n'eut pas môme de preuve qu'il eût apostasie de la R. C, mais seulement du cloître, soit qu'il n'y eût pas preuve des libelles, ou qu'on ne voulût pas approfondir juridiquement cette matière délicate, on le fît remettre entre les mains des religieux qu'il avait volés ; Crosnier a eu grâce de son crime et permission de continuer la Gazette burlesque pour avoir fait prendre la Bretonnière. Il est de Rouen. M. de Reims voulut voir le libelle; Chapusot, qui l'avait écrit, lui lut son exemplaire; il en avoua quelques faits, rejeta plusieurs autres, et il en eut 20 pistoles pour cela ou pour récompense de ses soins. (B. N.) LOUVOIS A M. d'AVAUX. Versailles, 7 décembre 1684. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire de votre ■ main. Je saurai de M. Alvarès pourquoi il a pris de Chavigny le manuscrit dont vous me parlez; je vous rends très-humbles grâces des diligences que vous avez faites auprès du pensionnaire d'Ams- terdam et de M, Borel, pour achever de le faire supprimer. 2 janvier 1C85. A l'égard du libelle, je suis persuadé que vous devez en envoyer un à M. de Croissy pour en rendre compte à S. M. 30 janvier 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par la- quelle je vois que vous avez trouvé moyen de faire arrêter Cha- vigny; je ne puis m'empêcher de vous remercier de tout ce que vous avez bien voulu faire sur celte affaire. Versailles, 5 mars 1G85. Aussitôt que la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire CHAVIGNY. 339 concernant Chavigny m'a été rendue, j'ai pris l'ordre du Roi pour envoyer ceux de S. M. nécessaires, à Condé, pour le faire arrêter, et ayant reçu hier matin un courrier d'Alvarès, qui me mandait qu'il devait passer sur le soir, au Bourget, avec Chavigny, j'y ai fait trouver un exempt du grand prévôt, qui l'a arrêté et conduite la Bastille; c'est de quoi vous pourrez informer Grosnier, et si vous jugez à propos de lui faire donner quelques pistoles pour récom- pense de sa bonne volonté, en me mandant ce que vous lui aurez fait payer, je vous enverrai une lettre de change pour vous en faire rembourser *. Alvarès prétend que les minutes des livres qu'.i composés Cha- vigny sont chez un imprimeur, duquel on pourra les retirer pour peu d'argent; je vous prie de faire les diligences nécessaires pour les recouvrer, principalement d'un exemplaire de celui que vous m'avez envoyé, qu'on prétend être écrit en caractère grec. (A. G.) M. BRAYER A M. DE MAZ AUGES. Paris, 21 mars 1685. Ces jours passés, on a arrêté, à deux lieues d'ici, le faiseur du Lardon de Hollande; vous savez ce que c'est que ce Lardon, qui venait tous les huit jours avec la Gazette-; il donnait le fouet à toutes les puissances, ce qui ne plaisait pas; ce lardeur était un moine défroqué, de Saint-Benoît, de la réforme de Saint-Maur; il s'était marié en Hollande; il est Parisien et de bonne famille ; je ne sais comment Alvarès, le joaillier, l'a tourné étant en Hollande ; il a si bien fait qu'il l'a fait venir avec lui. Étant au Bourget, on a saisi ce fralate, on l'a mis à la Bastille, et celui qui lardait les au- tres sera assurément lardé à son tour. (Bibl. d:; Garpentras.) LOUVOIS A M. d'AVAUX. Versailles, 22 mars 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec quelques fragments du livre composé par Chavigny; je vous prie de brûler ses autres papiers et de me mander ce que vous avez 1. Grosnier ne jouit pas longtemps de la faveur de LouvoiSj et il fit lui-môme un long séjour à la Bastille. 2. C'était un supplément ajouté à la Gazette. 340 CHAVIGNY. donné pour les avoir, afin que je vous en fasse rembourser. Je pro- fite de cette occasion pour vous témoigner combien je suis sensible aux soins que vous avez pris pour cette affaire, et vous assure que je voudrais pouvoir m'en revancher. 6 avril 1685. Comme les papiers de Chavigny qui regardent la magie peuvent servir à lui faire son procès, je vous supplie de me les envoyer. (A. G.) M. DESNOYERS A BOULLIAU. Varsovie, G avril 1G85. II y a eu des lardons en Hollande, d'exquis et de mitigés ; si le lardonnicr mis ii la Bastille est auteur des premiers, il court grand risque d'être accommodé en hareng sauret ; on saura pour qui il lardonnait ordinairement, et de qui il avait son attache pour satiriser, Varsovie, 13 avril 1G85. Le lardonneur a été peu fin d'aller passer à Paris pour aller à Genève; il est vrai que ses lardons ont été assez malins et sanglants. L'on a vu ici les Conquêtes du grand Alcandre, mais on n'a pas en- core le Cochon mitre, ni la Religieuse toute nue^ ; apparemment, ce misérable est renégat ou plutôt athée. (B. N.) LOUVOIS A DESGREZ. Versailles, 0 avril lG8j. Je vous adresse des ordres du Roi pour aller prendre à la Bastille la Bretonnière, dit Chavigny, et le remettre entre les mains du su- périeur de l'abbaye de Saint-Germain des Prés; je dois seulement vous faire observer qu'auparavant d'exécuter lesdits ordres, il faut que vous voyiez le supérieur et concertiez cela avec lui, de manière qu'il soit disposé à le recevoir. (A. G.) 1. Le crime de Chavigny était dL'jà assez grand, et on le lui fit bien voir; il n'était pas besoin de lui imputer ni les Conquêtes ni la Religieuse, qui sont les unes de Courtils, et la seconde d'un jeune homme poursuivi longtemps auparavant. Tous ces libelles ont eu plusieurs éditions, et les libraires de Belgique n'ont pas n^.anqué de les réimpiin,er tout récemment. CHAYIGNY. 341 LOUVOIS A M. d'aVAUX. Versailles, 21 avril 1685. J'ai reçu, avec la lettre que vous avez pris la peine de m'ccrire, es papiers de Chavigny qui l'accompagnaient; je vous remercie du soin que vous avez eu de me les envoyer. (A.. G.) LOUVOIS A DESGREZ. Versailles, /j mai lC8o. Je vous envoie des ordres du Roi pour tirer de la Bastille Cha- vigny, et le transférer au Mont-Saint-Michel, dont vous chargerez quelque officier assuré de la compagnie du chevalier du guet, au- quel vous recommanderez de le conduire avec toutes les précau- tions nécessaires pour qu'il ne puisse se sauver en chemin, et de le remettre au supérieur du Mont-Saint-Michel, avec une lettre qu'il faut que vous alliez demander à dom Boudon, religieux de Saint- Germain des Prés, contenant la manière dont Chavigny doit être gardé au Mont-Saint-Michel. (A . G.) LOUVOIS AU PRIEUR DE l'aIÎBAYE DU MONT-SAINT-MICIIEL. Versailles; 27 août 1685. J'ai lu au Roi le placet que vous avez présenté à S. M. sur la con- duite de Chavigny. S. M. ne trouvera pas mauvais que l'on fasse contre lui les procédures accoutumées en pareil cas K (A. G.) 1. Ce pauvre diable s'était sans doute révolté contre ses bourreaux. L'indulgence n'était pas la vertu favorite du Louvois ; cooime il s'agissait ici de l'honneur outragé de sa famille, il fut impitoyable. Chavigny resta jusqu'en 1698 enfermé dans une cage en bois, formée de solives distantes de trois pouces, et assez éloignée du mur pour qu'on pût passer autour : il y était couché sur la paille, sans feu ni lumière, an pain et à l'eau. L'intendant Foucault, malgré sa dureté habituelle, fut touché de cette misère et le fit sortir de la cage. Chavigny devint fou et mourut sans avoir quitté la prison. Les religieux disaient qu'il avait été mangé par les rats. On montrait aux curieux, moyennant rétribution, les ornements qu'il avait gravés sur un des poteaux à l'aide d'un clou. Madame de Geulis, ayant un jour con- duit ses él'ives au mont Saint-Michel, fit démolir cette cage à coups de hache par le jeune prince qui devait être plus tard le roi Louis-Philippe. 342 PROTESTANTS. Marie CllABIN, veuve LEMAITRE*; DUSSAU^; ROC- QUIER=^; P. BOUjONNIER ^' ; époux BOUJONNIER ^ ; BOUJONNIER MÈRE ET FILLE «; La BELLANGER^; BAR- DOU; DUCHOCQUET; DUBOIS «; DESLOIRES et CHA- LIGN Y 9 ; GRANDONIÈRES i» ; de TOUCHIMBERT frè- res ^^; SAINT-YON^^; époux MALNO^^; CROMELIN*' DELAMOTïE '"> ; BERTRAND '" ; DOLON '' ; GOBELIN '' MARGAS^9. jjE BRIQUEMAULT^"; AUSSON et BALEÏ^» femme SCHENAUYER"; CUVILLÉ^^. dELSERS^*. Protestants. LOUYOIS A M. d'AVAUX. Versailles, 15 février 1685. L'on a donné avis auR.oi que Bayle^^, natif du diocèse de Kieux, 1. Oi dres d'entr 5e du 22 mai et de soi tie di 17 juin 1685. 2. d» du 14 aoûtlG85 et d i sortie du 9 février 1686.' 3. d° do d" du 22 septembre 1085. 4. d» do do du 20 novembre 1088. 5. d» do do du 22 septembre 1085. 6. à" do do do 7. d° du 24 août. d» 8. d» du 6 novembre. d" 9. d" du 7 novembre do du 23 décembre 1685. 10. d° do do du 27 mars 1687. n. do du 11 novembre do du 4 et 7 février 168G. 12. d» du 17 novembre ds du 12 avril 1686. 13. d" du 30 novembre do du 16 déceuibre 1685. 14. d« du 5 décembre do du 12 juillet 1687. 15. d» du 11 décembre do du 7 janvier 1686. 16. d» d" do 17. d» do do du 18 septembre 1686. 18. do du 19 décembre. d» 19. do do d° 20. d» du 22 décembre do du 26 novembre 1686. 21. do du 27 décembre do du 29 août 1686. 22. do du 30 décembre. d° 23. do du 31 décembre d" du 14 janvier 1G86. 24. d° du 19 février 1G86 de du 4 janvier 1691. Ordres contre-signes Colbert, Le Teilier. La loi qu'on s'est imposée de ne rien publier qui ne fût inédit a fait supprimer ici nombre de pièces publiées déjà par les historiens protestants, et comme c'étaient celles qui concernaient la noblesse et les illustrations du parti, notre travail roule à peu près sur la bourgeoisie et les petites gens; nous espérons que malgré cela c::s documents offriront encore quelque intérêt. 25. Pierre B;iyle, né en 1647, mort à Rotterdam en 1706. Il s'agit ici de l'écrivaii bien connu et sur lequel il n; nous reste rien à dire. BAYLE. 34'â d'un lien appelé le Cariât, entretient en France des commerces cri- minels avec les gens de la Religion, et compose la plupart des li- vres qui s'impriment en Hollande, contre la religion catholique; l'on dit qu'il a une pension de M. le prince d'Orange, et qu'il a fait placer auprès de lui Lafaye, son cousin, qui est natif du même lieu et a suivi M. de Lauzun dans sa prison, pendant qu.'il était à Pigne- rol. S. M. aura bien agréable que vous fassiez les diligences néces- saires pour savoir si ces deux hommes sont auprès de M. le prince d'Orange, et à quoi ils sont employés. (A. G.) LA REYNIE A LOUVOIS. Paris, 22 mars 1685. J'ai reçu, cette après-dînée, la lettre que vous m'avez fait l'hon- neur de m'écrire, avec celle de M. le comte d'Avaux, que je vous renvoie. Cette lettre justifie enfin que l'avis donné touchant Bayle était juste en toutes ses circonstances; sa Lettre sur les comètes, la Critique du calvinisme et les Nouvelles de la république des lettres peuvent bien faire juger de son habileté; mais la (inesse et la déli- catesse de ces mômes écrits ne les rendent pas moins suspects; et, bien que cet auteur se soit beaucoup contraint dans son journal, pour le faire recevoir en France, il n'a pu cependant si bien ca- cher sa mauvaise volonté et son dessein, que le chancelier ne s'en soit aperçu, et que le débit n'en ait été ici arrêté par ses ordres ; enfin, si cet homme a plus d'esprit et de discrétion que Jurieu et les autres, il en est un peu plus dangereux, et le lieu où il loge à la Haye, la considération 011 il est auprès du prince d'Orange, et son père et son frère, qui font actuellement la fonction de minis- tres de la R. P. R. en France, doivent .rendre sa conduite extrê- mement suspecte '. (A. G.) M. DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 16 mai 1685. La veuve Lemaistre, partie ce matin par le carrosse de Valen- ciennes, est une femme de quarante-cinq à quarante-six ans, de petite taille, plus maigre que grasse, le visage rond, brune, vêtue 1. Le père de Baylo mourut le 30 mars. Son frère, qui était minisrre du Cariât, fut arrêté et conduit au Cliàtcau-Tronipetie, à Bordeaux; il y mourut le 12 uovembre sans avoir voulu se convertir. 344 FEMME VAILLANT. d'une robe de serge rouge, un manteau ou robe de chambre de toile peinte, brune, un tablier blanc et un mouchoir de col en biais uni. Avec elle, une fille de dix-huit ans, assez bien faite, les cheveux châtains, le visage rond, un peu brune, vêtue d'étamine grise et une jupe rouge, et huit jeunes garçons, le plus âgé vingt ans ou en- viron, bienfaits et assez bien mis, façon de gens de métiers hon- nêtes, comme perruquiers, orfèvres. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Vorsaillos, 30 mai 1083. Les deux femmes qui avaient été arrêtées à Péronne, sur le mé- moire que vous m'en avez envoyé, ont été mises à la Bastille par l'officier porteur de cette lettre, qui vous rendra compte de ce qu'il peut avoir appris d'elles. S. M. désire que vous les alliez in- terroger, et si vous découvrez qu'elles aient été pour s'en aller, que vous me fassiez savoir ce que vous estimerez à propos de faire à cet égard. (A. N.) M. DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 12 juin 1G85. ...Vaillant, marchand épicier, qui demeure rue de Bussi, est passé en Angleterre, avec sa famille, il y a six mois. Sa femme est repas- sée en France, esta présent logée dans cette même rue de Bussi, chez Costé; les P. R. disent que c'est pour recueillir le reste de leurs effets et repasser. .. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 10 juin 1085. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de Lemaistre et Ghabin, que S. M. veut bien faire mettre en liberté, suivant votre avis; à l'égard de MM. Beringhen et Tassin, que vous proposez de charger de répondre d'elles, je crois qu'il suffira que vous les en chargiez de la part du Roi; cependant, failes-moi sa- voir s'il est nécessaire de quelque ordre pour cela, et je vous l'en- verrai aussitôt. FEMMK VAILLANT. 345 7 juillet 1G85. Le Roi estime qu'il serait à propos d'arrêter la femme de Vail- lant, épicier, que vous marquez par votre mémoire être prête de repasser en Angleterre; mandez-moi si vous avez besoin d'un ordre de S. M. pour cela, afin que je vous Tenvoie. (A. N.) M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE, 9 jniliot 1G85. Je vous prie de me mander incessamment si la femme de Vaillant, épicier, qui devait repasser en Angleterre, est encore ici, et s'il se peut, il sera bon aussi de savoir si elle se dispose bientôt à par- tir ; mais il faut prendre garde, sur toutes choses, de lui donner aucun sujet de défiance. 11 faudra pareillement observer si cette femme est logée au même lieu que vous m'avez ci-devant marqué, et surtout me faire un por- trait capable d'empêcher qu'on ne se méprenne en exécutant les ordres du Roi. (B. N.) M. DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 9 juillet 1G83. La femme de Vaillant est encore à Paris, et loge certainement chez Cosié, épicier, rue Saint-André-des-Arts, à la première chambre, sur le devant; c'est une femme de trente-cinq ans, assez grande pour être de belle taille, les cheveux blonds, le front gi-and, les yeux bleus, à fleur de tête et bien fendus, le nez aquilin, la bouche médiocre, le visage un peu ovale et fort blanche. A l'égard de ses habits, on ne l'a vue que dans sa chambre, en déshabillé. Elle avait une robe de chambre courte, de toiles indiennes, de cou- leurs mêlées de noir, rouge et blanc, nouée par le devant, depuis le haut jusqu'en bas, de rubans noirs à grosses boucles, avec un peignoir à dentelles. Elle doit partir incessamment; l'on n'a pas pu savoir le jour précis, dans l'appréhension de donner de la dé- fiance en pressant sur cette circonstance; mais il est toujours Mjr que ce sera dans peu de jours... 14 juillet 1085. Il y a des ordres expédiés touchant la femme de Vaillant; j'écris à M. Desgcez d'en conférer avec vous. (H. N.) 346 FEMME VAILLANT. M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. La femme qu'on mena hier souhaite de se faire instruire, et demande un docteur qui l'a déjà instruite, qui, je crois, s'appelle M. Gerbais. Elle en a p.'.ric à M. Desgrez pour vous le dire. Elle me paraît en avoir envie, lu'ayant dit que son mari ferait de son côté ce qu'il voudrait.; je lui ai promis de vous le dire, et j'attendrai vos ordres pour les exécuter. (B. N.) M. DE LA REYNIE A M, DELAMARRE. 19 juillet 1685. Je vous prie de me faire savoir s'il y a quelque chose dans les papiers de la demoiselle Vaillant, qui mérite quelque précaution, ou sur quoi il y ait lieu de faire réflexion ; vous pouvez dire à ma- dame deCh... qu'on lui donnera les dixécus dont elle vous a parlé pour le loyer de sa chambre, non à cause de ce qu'elle dit qu'on lui a promis, mais parce qu'elle sert bien. Souvenez-vous du lit et de la chaise que la femme de Vaillant a demandés; M. Desgrez se chargera du soin de l'envoyer à la Bas- tille, au premier avis que vous lui en donnerez *. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 14 août 1683. Je vous envoie l'ordre du Roi pour faire mettre à la Bastille Bel- langer, de la R. P. R., au sujet de laquelle vous m'avez envoyé un mémoire. (A. N.) M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. 29 août 1685 Faites-moi savoir si vous avez trouvé ou appris quelque chose dans la chambre de Guillaume Boujonnier, rue Saint-Louis, qui mérite quelque attention. Cet homme a été trois années en Angle- terre ; il y a épousé la femme que vous arrêtâtes hier. Elle est fille d'un homme de Dieppe, appelé Bongard, qui a été longtemps en 1. On a déjà dit que le gouvernement ne fournissait que le local tout nu à, ses prisonniers; s'ils étaient logés à Paris, on portait les meubles nécessaires h la Bas- tille, sinon on en louait chez un tapissinr de confiance, h leurs frais quand ils avaient quelque argent, et quand ils étaient trop pauvres aux dépens du Roi. BOUJONNIER. 347 prison pour quelque chose touchant la religion ; la fennme de Bou- jonnier a deux sœurs mariées en Angleterre, et deux frères qui s'y sont retirés. La dame Boujonnier mère est sœur d'Adam Gilon, lapidaire, qui demeurait dans la rue du Harlay, et qui s'est retiré depuis deux ou trois ans à Londres. Vous pouvez vous informer de cet homme, quel était son caiaclère d'esprit et de ses liaisons. Boujonnier et sa femme font profession de la R. P. R., aussi bien que la dame Boujonnier mère ; mais Jean Boujonnier lils, qui de- meurait à la place Dauphine, prétend être fort bon catholique, et n'avoir fait aucun acte contraire depuis trois ans qu'il a fait abju- ration avec Pierre Boujonnier, son frère et sa sœur, qui demeurent avec la mère, tous ensemble, un même jour à la maison professe, et entre les mains du Père Bobinet, jésuite; il paraît, par ce que Boujonnier m'a dit, que depuis son abjuration il n'a pas laissé d'aller au prêche, à Gharenton. (B. N.) LOUVOIS A M. DESMADRYS, INTENDANT. Versailles, le 22 septembre 1685. Delzers, qui est de Dunkerque, et qui, en dernier lieu, s'était mis chanteur à TOpéra, étant parti de Paris pour passer en Angle- terre, je vous prie de veiller à Dunkerque s'il y passe, et en ce cas de le faire arrêter. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Chambord, 22 septembre 1G85. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire. S. M. a approuvé ce que vous proposez à l'égard de tous ceux qui ont été mis en prison sur la fausse dénonciation de Delzers, etje vous adresse les ordres nécessaires pour les faire mettre en liberté successivement, et avec les précautions que vous jugerez conve- nables, pour qu'ils ne manquent pas de vous tenir parole sur leur conversion. Vous n'en trouverez pas pour Boujonnier, parce que, suivant votre avis, le Roi a trouvé bon de continuer à le faire garder à la Bastille jusqu'à ce que, l'occasion se présentant de l'envoyer aux îles, on puisse l'embarquer. (A. G.) 34S PEIXISSON PELLISSON A M. DE LA REYNIE '. Chambord, 18 septembre 1685. J'ai reçu, il y a quelques jours, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, du 10 de ce mois ; mais je n'ai que d'hier au soir un mémoire de M. de Groissy pour M. de Moulacroix; j'en ai pris lecture, et vous pouvez envoyer ce gentilhomme à M. Clément, à l'Ahbaye, qui lui donnera 15 pistoles. Je n'avais point su que le commissaire Delamarre eût fait avertir M. l'abbé Desprez de ce qui regarde M. d'Esquilat, apothicaire. 11 serait bon que je susse si les 100 écus destinés pour lui ont été consumés; il m'a dit n'en avoir reçu que 15 du commissaire Dela- marre, et que le reste lui devait être fourni. Je puis vous assurer que la pension de 300 liv. lui fut accordée le lendemain de sa con- version, et qu'il la reçut cinq ou six jours après. 11 devait être payé depuis le jour de l'abjuration, quand M. Clément apprit qu'il avait touché autre chose, et qui le retint. Si le commissaire Delamarre lui a voulu ménager son argent, et qu'il ne l'ait pas encore mangé, je crois qu'il n'y a pas d'inconvénient, après la petite supercherie qu'il nous a voulu faire, que la pension ne commence pas à courir sitôt; j'attendrai vos ordres là-dessus. 11 y a encore quelques autres personnes dont on m'a dit la même chose, entre autres un qui se dit parent du ministre Daillé, sa mère et sa sœur, dont l'une est ancienne convertie, Catillon et Piian, lapidaires, et quantité d'autres du bas peuple, qui prennent de tous côtés, de moi, du P. de La Chaise, de notre commissaire, et quelquefois encore par un autre endroit que je ne vous nomme pas -; le Roi est bon, pieux, magnanime ; il a peine à refuser sur ces sortes de choses ; mais c'est pour cela môme qu'on doit plus soigneuse- ment prendre garde qu'il n'y soit pas trompé. Puisque vous en cherchez les moyens vous-même, comme je suis bien persuadé, je vous dirai, avec la liberté d'un honnête homme fort votre serviteur, qu'il y en a deux, l'un pour le passé, l'autre pour l'avenir. 1. Pellisson était chargé de gérer les économats de Cluny, de Saint-Germain- des-Prés et de Saint-Denis, et le Roi lui avait confié le soin de distribuer le tiers des revenus aux nouveaux convertis pauvres et nécessiteux. Les économats recevaient l'argent qui revenait au Hoi en vertu du droit de ré- gale pendant la vacance des bénéfices. 2. Cet endroit, qu'il ne nomme pas, doit être l'antichambre de madame do Main- tenon, qui faisait des aumônes aux nouveaux convertis. PELLISSON. 349 Pour le passé, il serait bon que le C. Delamarre me donnât, par votre ordre, le mémoire de ceux à qui il fait quelque distribution depuis environ un an ; car, qui peut savoir, dans cette foule de gens qui se présentent, si ce ne sont pas les mêmes qu'il a déjà secourus. Pour l'avenir, il serait bon que, quand il trouve de pareilles per- sonnes en son chemin, vous eussiez la bonté de m'en avertir; car comment saura-t il autrement si ce ne sont pas les mêmes qui au- ront pris d'un autre côté leurs mesures avec moi, comme il est arrivé déjà plusieurs fois, et vous en eûtes un exemple sur un de ses mémoires de l'année dernière, qui passa par les mains de M. de Seignelay ; cela ne m'empêche pas de louer son zèle et sa bonne in- tention, qui seront encore plus louables quand il y ajoutera des précautions. D'ailleurs, à vous parler encore avec plus d'ouverture de cœur, il est aisé de juger que ces sortes de demandes, encore que ce ne soit pas votre dessein, ne se font point par les particuliers, sans quelque honorable mention de moi, auprès du maître ou de ses ministres, comme ne faisant pas mon devoir, ou n'y pouvant suf- fire, en n'exécutant pas bien ce qu'il a ordonné, et il est très-vrai que nous pouvons tous faire des fautes, mais il ne s'ensuit pas que nos amis les doivent relever pour le public, au moins avant que de nous les faire connaître; et en mon particulier, je vous assure que, s'il me venait quelque avis contre votre police, ou contre le com- missaire Delamarre, même dans les fonctions de sa charge, vous seriez le seul qui en entendrait parler. J'avais prié une personne que nous honorons beaucoup, vous et moi, de vous en parler eu ce seus-là môme; je crois qu'elle n'en aura pas eu le temps. (B. N.) M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. 25 septembre 1G85. Je vous prie de dire à M. Cellier, vicaire de Saint- Barthélémy, de prendre la peine de venir chez moi aujourd'hui, sur les trois heures; c'est pour le faire aller à la Bastille, prendre des mesures pour l'abjuration de la femme de Boujonnier, à laquelle elle est tout ;\ fait disposée ; je suis cependant bien aise de concerter quel- que chose sur ce sujet, et à l'égard même du mari, afin qu'il n'y ait pas de mécompte; mais vous ne direz rien de cela à M. Cellier, 350 BOCJONNIER. et simplement quil prenne la peine de se trouver sur les trois heures chez moi. 26 septembre 1G85. Je VOUS envoie un billet pour le donner à M. Cellier, vicaire à Saint-Barlhéleniy, pour le rendre h M. de Lanoue, lieutenant de la Bastille, afin qu'on ne fasse pas difficulté de le faire parler à la femme de Guillaume Boujonnier; j'oubliai de vous l'envoyer hier au soir, et je vous prie de le lui faire remettre ce matin, le plu- tôt que vous pourrez, car je l'attends pour aller à la Bastille. 27 septembre 1685. Je vous envoie un billet pour M. le gouverneur de la Baslille, que je vous prie d'envoyer dès ce soir à M. Cellier, afin qu'il s'en puisse servir demain, et aller dès le matin à la Baslille, suivant que nous en sommes convenus. Vous lui ferez aussi savoir que je ne lui en- voie pas l'ordre du Roi pour faire sortir la femme de Boujonnier, parce que j'estime qu'il sera plus décent, après qu'il sera demeuré d'accord avec cette femme de ce qui devra être fait pour son abju- ration, qu'il l'envoie prendre avec un carrosse par la dame qui lui a parlé de celte femme, ou par quelque autre personne qu'il jugera à propos, pour la conduire à l'église oîi il l'attendra, ainsi qu'il en sera convenu, et en me faisant savoir la manière dont cela devra être disposé; je lui enverrai l'ordre et je ferai payer le carrosse qu'on- prendra pour elle. 1er octobre 1G85. Faites-moi savoir, le plus tôt que vous pourrez, des nouvelles de M. l'abbé Cellier, et si l'abjuration de la femme de Boujonnier est faite ou non, ou s'il y a heure prise pour cela; car il me paraît né- cessaire qu'elle soit faite avant que le mari sorte de la Bastille ; je le vis hier au soir, mais cela est préalable. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 2 octobre 1685. Je vous envoie le placet ci-joint de la femme Vaillant, prison- nière à la Bastille, afin que vous preniez la peine de me faire sa- voir votre avis sur ce qu'il contient. (A. N.) FEMME VAILLANT. 3ol M. DE LA REYNIE A SEIGNELAY. U octobre 1685. Ceux qui ont présenté ce placet pour obtenir la liberté de la femme Vaillant ont exposé : 1° Que Vaillant, marchand épicier, et sa femme sont passés en Angleterre pour leur commerce ; 2° qu'ils sont partis au vu et au su de chacun; 3° qu'ils sont sortis de France par un temps libre; 4° qu'ils ont pris un passeport du gouverneur de Calais. Il est prouvé, au contraire, par des lettres trouvées chez la femme de Vaillant, que tous leurs parents et amis avaient été extrême- ment surpris de leur retraite, et qu'ils avaient été blâmés d'avoir pris une aussi grande alarme pendant que le Roi promettait la liberté de conscience. Il n'est pas véritable non plus qu'ils se^sont retirés dans un temps libre, les défenses ayant été faites dès le mois d'août 1669, et par conséquent il ne leur était pas permis de sortir du royaume en 1681. Quant au passeport du gouverneur^de Calais, il ne semble pas que ce titre suffise pour couvrir cette retraite, d'autant plus que tout le monde sait qu'elle n'a été faite qu'à cause de la R., que Vail- lant est connu pour être extrêmement zélé dans sa religion, et on sait d'ailleurs que le même zèle l'a fait choisir en qualité d'ancien de la Savoie à Londres, aussitôt qu'il y a été arrivé ; mais comme l'objet que le Roi a eu est de faire revenir le mari, il semblerait nécessaire de faire répondre à ceux qui ont présenté le placet, qu'il n'y a point d'autre moyen d'obtenir la liberté de cette femme que celui du retour de son mari et de son rétablissement dans son commerce, à Paris; qu'on est informé que cet homme est en quel- que sorte persuadé que, s'il revenait en France, on le traiterait sui- vant la rigueur des édits et déclarations, et il est aussi nécessaire, à cause de cette prévention, de lui faire entendre et de l'assurer qu'il peut revenir en toute sûreté, et qu'on ne lui donnera aucun sujet d'inquiétude. S'il plaisait même à S. M. de faire donner quelque ordre pour cela à M. de Barillon, la confiance que Vaillant pourrait prendre en ce qui lui serait dit par cette voie, lui pourrait faire prendre le parti de revenir, et son exemple pourrait aussi ramener d'autres personnes qui ont passé en Angleterre, et qu'on sait être dans la même crainte. (B. N.) 3u2 PROTESTANTS DE VILLIERS-LE-BEL. M. DE LA MARRE A M. DE LA REYNIE. 5 octobre 1685. Pour vous rendre compte de ce qui s'est passé à Villiers-le- Bel, dans le voyage de M. Léger, il m'a rapporté que, pendant les cinq jours qu'il a demeuré dans ce bourg, il a appris qu'il y a soixante-deux familles de la R. P. R. , qui composent environ quatre cents personnes, que tous ces gens-là de la R. P. R. sont beau- coup plus à leur aise que les catholiques, que néanmoins il n'y en a que trois familles de riches, celles des Tavernier, des Chastelain, et des Haultduroy, et que ces trois familles, qui consistent en cinq ou six maisons, entretiennent tous les autres et les font sub- sister. Leur commerce consiste en dentelles d'or et d'argent. Ces principales familles fournissent les matières et font le grand com- merce, et les autres travaillent sous leurs ordres et pour eux. Il ap- prit encore qile M. Tavernier faisait la charge d'ancien, et que Z. Chastelain faisait presque la fonction de ministre, parce que, passant entre eux pour le plus savant, il les instruisait et parlait dans leurs assemblées. Cela lui fit juger qu'il fallait d'abord s'atta- quer à ces deux hommes. M. Ledoux, qui a une maison dans ce lieu, où il était pour lors, et qui était de concert avec M. Léger, lui procura des entrevues, et il a eu quatre ou cinq conférences avec eux, mais il a trouvé des gens opiniâtres et résolus à demeurer dans une réticence perpétuelle, disant toujours qu'ils n'osaient parler de la religion; quelquefois, que cela leur était défendu; d'autres fois, qu'ils n'étaient pas assez habiles pour soutenir une conférence, et n'a jamais pu en obtenir aucune de réglée; et lorsque, dans quelques moments qu'ils n'étaient pas si fort sur leurs gardes, il leur échap- pait d'en parler, il a remarqué qu'ils sont fort ignorants dans leur religion. Pour le menu peuple, il a parlé à plusieurs et n'y a trouvé que de l'opiniâtreté et de l'ignorance, et une confiance aveugle à la conduite des premières familles, avouant franchement que, si ces premières se convertissaient, ils en feraient tous autant. Il les a pres- sentis du côté des récompenses et du secours qu'ils pouvaient espé- rer en se convertissant. Peut-être que cela aurait pu faire quelque effet, mais aucuns ne l'ont voulu croire, et tous lui ont rapporté l'exemple d'Onzel, tailleur d'habits de ce même lieu, qui se con- veitit il y a trois ans, sur l'espérance qu'on lui avait donnée qu'il serait secouru, qu'après sa conversion on le [mena à M. Pellisson, BOL'JONiNlER. 353 qui lui promit une somme, et qu'après lui avoir fait faire soixante voyages à Paris, pendant un an, où il avait dépensé 40 liv., on lui en donna 36, de sorte qu'il avait dépensé 4 liv. de plus qu'il ne re- çut et perdu son temps ; que cela l'avait tellement ruiné qu'il avait été obligé de se retirer en Hollande, oh. il a été un an, et à présent est de retour à Villiers-le-Bel, dans une fort grande nécessité, et sur les bras de son père, qui est toujours de la R. P. R., et qui le détourne de faire son devoir dans la R. G. M. Léger, a vu ce Ouzel, qui lui a dit que les faits sont véri- tables, et que cela peut avoir détourné beaucoup d'autres de suivre son exemple. N'ayant pu réussir de ce côté des récompenses, et ayant remarqué qu'ils appréhendaient fort d'avoir des garnisons cet hiver, il leur a laissé voir que cela pourrait arriver, et s'est en- core servi de cette crainte pour leur parler de conversion; mais pas un n'a voulu écouter; ils lui ont seulement dit que, quand on les forcera d'aller à la messe, il faudra bien s'y résoudre, de sorte qu'il semble qu'ils attendent cette occasion, et que lorsqu'elle arri- vera, si le Roi juge à propos d'employer ce moyen, ils ne se laisse- ront pas longtemps fatiguer par la garnison. A l'égard de leur conduite pour leurs exercices, ils viennent à Gharenton ; mais comme ils en sont éloignés de six lieues, ils n'y sont pas fort assidus ; mais ils s'assemblent chez Tavernier ou chez Ghaslelain ; et ce dernier, qu'ils appellent le petit ministre, les ca- téchise et les prêche, et Tavernier, qu'ils appellent le Golbert du pays, tient la bourse et a soin des charités ; les assemblées se font secrètement, et même la nuit; il s'en fit une dans le temps que M. Léger fut dans ce lieu, et c'était au juge du lieu à les en em- pêcher. On dit même qu'ils y chantent des psaumes (B. N.) DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. 8 octobre 1685. Je croyais vous avoir déjà fait savoir que le Roi avait accordé la liberté de G. et de J. Boujonnier ; vous pouvez leur faire remettre tout ce qui a été scellé en exécution des ordres de S. M. Vous m'avez renvoyé le placet de la femme de Vaillant, sans me faire savoir votre avis, que je vous avais demandé sur ce sujet. (B. N.) 2.3 354 SAINT-MARTIN. M. DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 9 octobre 1685. Si VOUS avez pour agréable de lire le mémoire que j'eus l'hon- neur de vous envoyer hier au soir, vous y trouverez ce que j'ai pu penser sur le placet de la femme de Vaillant; je ne vous l'ai envoyé ce matin seul que parce que j'oubliai hier de le mettre dans le pa- quet avec le mémoire, comme j'avais l'honneur de vous le mander par le même mémoire. Il est vrai que vous m'aviez fait l'honneur de me mander que le Roi avait la bonté d'accorder la liberté àG. et J. Boujonnier, et que je pouvais leur faire rendre les bardes qui sont dans leurs cham- bres ; mais comme vous ne me parliez point des papiers qui sont au greffe et chez Desgrez, et qui peuvent être de plus de considération que les hardes, j'ai pris la liberté de vous demander un autre ordre, que je viens de recevoir, et que je ne manquerai pas d'exé- cuter. ' (B. N.) SETGNELAY AU PROCUREUR GÉNÉRAL DE HARLAY. Fontainebleau, 23 octobre 1685. J'ai rendu compte à S. M. de ce que M. de Saint-Martin, conseiller au parlement, vous est venu dire; elle a paru apprendre avec déplaisir qu'un homme, dont elle estime le savoir et la pro- bité, fût si éloigné de s'éclaircir sur les points de la religion; et elle m'a ordonné de lui dire de vous parler encore de sa part, afln d'obtenir de lui, s'il est possible, qu'il veuille bien entrer en quelque éclaircissement. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 17 novembre 1685. Le Roi ayant été informé que de Saint- Yon, médecin de S. M., fait profession de n'avoir aucune religion, et qu'il a ramassé en Angleterre plusieurs livres d'athéisme, et autres livres impies, S. M. m'ordonne de vous envoyer l'ordre ci-joint pour le faire mettre à la Bastille, et vous dire en même temps de vous transpor- ter dans sa maison pour y visiter les livres qui s'y trouveront. 22 novembre 1685. S. M. veut que vous interrogiez M. de Saint-Yon sur les accusa- DE LA BRANDONIÈRE. 355 lions faites contre lui, qu'il s'était déclaré en Angleterre n'avoir aucune religion, et sur les prétendues impiétés dont il est pareille- ment accusé. Je vous prie de me faire savoir ce que vous ferez à cet égard. (A. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 23 novembre 1685. Le Roi trouve bon que vous donniez la liberté de la cour de la Bastille à M. de la Brandonière, pour lui donner lieu de se faire instruire, et que vous lui disiez qu'après qu'il aura fait son abjura- tion, et qu'il l'aura rendue publique, il peut espérer que S. M. ou- bliera sa faute • et lui fera rendre sa liberté. (A. G.) SEKiNELAY A M. DE LA REYNIE. 29 novembre 1685. Vous pouvez assurer M. Margas que, moyennant la parole qu'il vous a donnée, on n'enverra point de troupes dans sa maison de Ghatou... Vous trouverez ci-joint l'ordre pour envoyer M. de Montginot, médecin, à Noyon, que vous ne manquerez pas, s'il vous plaît, de lui faire rendre. Faites savoir à M. de la Ferté-Civille qu'il peut retirer ses en- fants des Nouveaux-Catholiques^ et faites-les-lui remettre entre ses mains... Je trouve fort à propos que vous fassiez observer M. Malno, avo- cat, dont vous m'écrivez, pour empêcher qu'il ne s'en aille. (A.N.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 30 novembre 1685. M. Malno, avocat, et sa femme, ont été arrêtés ce matin, par ordre du Roi, à ce qu'on vient de me dire. 11 y a eu un autre ordre expédié, par lequel il est ordonné à M. Montginot, médecin, faisant profession de la R. P. R., de se rendre à Soissons. Meusnier, banquier, vient de me dire bien nettement qu'il ne 1. MM. de la Brandonière, de Chaligny et de Loire avaient été députés à la cour par la noblesse protestante du Poitou. 356 MEUSNIER. peut croire autre chose que ce qu'il croit, ni professer autre cho«e que sa religion, quand il entrera dans l'église catholique. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 30 novembre 1685. J'enverrai demain à Chatou, dans la maison de Margas, pour lui faire craindre qu'elle ne serve au logement des troupes. Je vous envoieH'ordre pour faire arrêter la femme de Malno, ainsi que vous l'estimez nécessaire. (A. N.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 2 décembre 1685. On transféra hier de Péronne trois femmes et deux hommes qu'on y a arrêtés, et qui furent menés devant ma porte après avoir traversé Paris à cheval. La compagnie était nombreuse, car le peuple s'était attroupé à ce spectacle nouveau; il n'y avait ni lettre ni ordre pour cela, si ce n'est qu'on avait dit à ces archers, à Pé- ronne, que c'étaient des gens de la R. P. R. qui voulaient sortir du royaume et qu'il fallait les ramener à Paris; ils laissèrent avec cela des procès-verbaux à ceux à qui ils parlèrent chez moi, et il m'a paru, par ce que j'en appris dans la suite, que ce qui était â faire à cet égard pouvait être mieux concerté, et qu'il peut arriver des inconvénients de cette sorte de procédé; d'ailleurs, les prisons sont fort chargées, et dès que ces gens-là sont plusieurs ensemble, ils se nuisent les uns aux autres et se fortifient réciproquement. 4 décembre 1685. M. Meusnier, banquier négociant, que je croyais tout à fait éloi- gné, m'est venu dire qu'il avait étudié depuis la dernière conversa- tion, et que dans la fin de la semaine il pourrait parler plus pré- cisément. 5 décembre 1685. Adrien Cromelin, gendre de Lemaistre, banquier, a été arrêté ce soir et mis à la Bastille. (B. N.) CROMELIN. 3o7 SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 5 décembre 1685. J'ai remis entre les mains du capitaine des gardes du corps du Roi, le signal de Cromelin; je vous prie de ne pas perdre cette affaire de vue et de tâcher de faire exécuter promptement l'ordre que vous trouverez ci-joint pour le faire arrêter; mettez, s'il vous plaît, Desgrez et Auzillon après lui, et faites en sorte que cet homme ne puisse échapper... 11 décembre 1685. Vous trouverez ci-joint l'ordre à M. de Besmaus de laisser entrer à la Bastille M. Gerbais *, pour conférer avec de Malno... M. de la Ferté-Giville- ayant fait supplier S. M. d'empêcher que la dame Caron, sa belle-mère, ne vende ses biens, S. M. m'ordonne de vous dire d'avoir une particulière attention à empêcher que cette femme ne puisse détourner ses effets... J'ai envoyé quatre gardes de la prévôté chez Margas, à Ghatou, avec ordre de s'y faire payer une demi-pistole chacun par jour, et de se faire nourrir; il y a lieu de croire qu'une charge aussi forte l'obligera enfin à prendre sa résolution... J'ai été fort fâché d'apprendre que les deux hommes dont Cro- melin a parlé s'en soient allés, et on ne peut dire s'il est important de prendre des mesures pour les faire revenir en France, pour les arrêter, qu'après qu'on aura vu par les interrogatoires de Crome- lin la part que ces gens peuvent avoir à ses mauvaises intentions. (B. N.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Décembre 1685. ... J'attends l'ordre pour M. Malno et son fils; ne l'oubliez pas, s'il vous plaît. M. Gerbais achèvera; tout est prêt pour cela. (B. N.j LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 13 décembre 1685. De Méry, capitaine au régiment d'Asfeld, me mande qu'il vous a adressé une lettre que les dames de Chaligny et de la Brandonière 1. Jean Gerbais, docteur en Sorbonne, né en 1626, mort en 1G90. 2. Ce gentilhomme est peut-être Isaac de la Ferté-Civille, capitaine dans le régi- ment de Silly. 358 BARON DE LA MOTTE. écrivent à leurs maris, qui sont par ordre du Roi à la Bastille; S. M. trouve bon que vous les leur remettiez et désire que vous m'en envoyiez les réponses. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 14 décembre 1685. Je vous envoie l'ordre du Roi pour donner la liberté de la cour à M. de Malno. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 15 décembre 1685. Le Roi ayant été informé qu'un gentilhomme d'auprès de la Fère, Lamotte ', est à Paris, et qu'après avoir promis de se convertir il pourrait prétendre à y demeurer pour éluder l'effet de sa parole; S. M. m'ordonne de vous dire qu'il faut que vous le fassiez cher- cher, n'ayant pu être informée où il est logé, et que vous me fas- siez savoir quelle est la résolution de cet homme. (A. N.) CHATEAUNEUF A M. DE BESMAUS. M. de la Berchère, intendant à Montauban, m'a mandé qu'il a eu avis que M. le baron de la Motte, de la R. P. R,, qui est à la Bas- tille depuis cinq ou six semaines, a fait enlever les papiers du con- sistoire de la ville avant d'avoir quitté le pays, qu'il a fait ouïr des métayers et quelques particuliers qui le chargent de les avoir fait porter chez lui à la maison de la Garde, et que, pour parvenir à savoir bien précisément oii sont ces papiers qu'on a détournés avec grand soin, et qui peuvent être de conséquence, tant pour con- naître les biens dont jouissait le consistoire que pour les registres de baptêmes et mariages , il m'envoie une lettre que je vous adresse, laquelle est écrite au baron de la Motte par celui qui fait ses affaires, afin qu'elle lui soit rendue à la Bastille par une personne interposée, et que l'on puisse connaître, par la réponse qu'il y fera, le lieu 011 ont été mis ces papiers; ce qui m'oblige de vous adres- ser ladite lettre, pour que vous ayez agréable, après l'avoir lue, de la cacheter d'un chiffre inconnu, pour lui rendre de la manière que 1. Charles de Lamotlie, sieur de Saint-Pierre, à Soissons? GOBELIN. 3S9 VOUS estimerez le mieux, en sorte qu'il fasse réponse, et qu'elle puisse vous être remise pour avoir agréable de me l'adresser, et que, suivant ce qu'elle marquera, j'écrive à M. de la Berchère. (B. A.) Versailles, 15 décembre 1685. SEIGNELAY A M. DE HARLAY. Versailles, 19 décembre 1685. M. Gobelin étant aussi opiniâtre qu'il l'est, S. M. m'a ordonné d'expédier l'ordre ci-joint, pour le faire mettre à la Bastille ; il vous plaira le faire exécuter. (A. N.) M, DE LA REYNIB A M. DE HARLAY. , 19 décembre 1685. Le commissaire du Mesnil, qui est bon officier et sage, ayant été chargé depuis quelques jours de veiller à ce qui se passerait chez M. Margas, a vu ce matin qu'on en tirait des balles et des tonnes, et qu'en même temps il sortait de cette maison des crocheteurs chargés ; il m'en a donné avis après qu'il a su les lieux où le tout avait été conduit, et je lui ai dit de saisir ce qui serait à sa portée, et d'arrêter Margas, ce qu'il a fait, à ce qu'il vient de me mander, et qu'il a aussi arrêté Durand, gendre de Margas, sur ce que M. le procureur du Roi lui a aussi dit de l'arrêter; le commissaire Gazon a saisi, d'un autre côté, la charge d'un des crocheteurs. Enfin, cet homme a tant fait par ses journées, qu'il s'est mis en état de servir d'exemple à d'autres. Il demande à parler, mais il semble qu'on le doit entendre ailleurs, et que tout ce qu'il fera sera bien meilleur, quand il aura rendu raison en forme de sa mauvaise conduite. J'ai parlé à Meusnier, banquier, et il est plus ferme que jamais. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 19 décembre 1685. S. M. approuve que lorsque MM. de Chaligny et de Loire vou- dront faire répondre par quelqu'un qu'ils se convertiront, ou qu'ils retourneront en prison, vous les mettiez en liberté, et je vous prie de me mettre en état de rendre compte au Roi de ce qui se passera sur cela. (A. G.) 360 DE CHALIGNY. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 21 décembre 1685. M. de Besraaus m'ayant écrit que la Vaillant veut faire abjura- tion, je vous envoie l'ordre pour la faire mettre en liberté quand vous le jugerez à propos. (A. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 23 décembre 1685. Sur le compte que j'ai rendu au Roi des bonnes dispositions oh l'exemple de M. de la Brandonière a mis MM. de Chaligny et de Loire pour leur conversion, S. M. a trouvé bon de me commander d'expédier l'ordre que je vous adresse pour les faire mettre en liberté, que vous pourrez faire exécuter lorsque M. de Pardaillan ou quelque autre personne connue se sera engagée de les repré- senter s'ils ne font pas leur abjuration; cependant j'écris à M. Fou- cault de faire retirer les garnisons qui sont dans leurs maisons, lui marquant que, si après le temps d'un mois qu'ils ont pour se con- vertir sera expiré, ils ne lui justifient pas de leur abjuration et de celle de toutes leurs familles, il les nous renvoie. 25 décembre 1685. Le Roi me commande de vous faire savoir que son intention est qu'au cas que l'on vous demande de la part de M. de Soubise à voir MM. de Lilo et Touchimbert, pour des affaires particulières, vous leur fassiez parler. (A. G.) SEIGtfELAY A M. DE MÉNARS, INTENDANT A ORLÉANS. 25 décembre 1685. M. Gobelin, de Paris, qui a une terre proche Élampes, appelée Gillevoisin, a refusé avec opiniâtreté d'entendre ceux qui ont voulu lui faire connaître les erreurs de sa religion, sur quoi S. M. l'a fait arrêter et conduire à la Bastille, et elle m'ordonne de vous écrire qu'il sera bien nécessaire, quand vous serez de ce côté et que vous y aurez des troupes, que vous chargiez beaucoup cette maison pour obliger cet homme à être plus docile. (A. N.) D'USSAUX. 361 SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 27 décembre 1685. Vous pouvez permettre à M. de Saint-Yon de voir sa mère seu- lement, à M. de Bligny de voir sa famille, et à M. Gobelin de voir M. de Brissac, major des gardes, et M. Alcérié. (A. N.) LOTJVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 29 décembre 1685. Ce mot est pour vous dire que le Roi ne trouvera point mauvais que vous fassiez parler M. de Grancombe à M. de la Motte, ingé- nieur, qui est prisonnier à la Bastille. (A. G.) 3 janvier 1686. Le Roi étant informé que M. de la Motte est disposé à faire son abjuration, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle trouve bon que vous lui laissiez la liberté de la cour de la Bastille et que vous lui laissiez parler les gens que vous croirez qui ne pourront point l'empêcher de se convertir. (A. G.) 8 janvier 1686. Le Roi veut bien que vous donniez à M. le baron de la Motte la liberté de la cour de la Bastille et que vous l'assuriez que S. M. l'en fera sortir dès qu'il aura fait son abjuration. S. M. veut bien aussi que vous permettiez à M. de la Motte, in- génieur, d'avoir son valet près de lui. (A. G.) LE ROI A M. DE BESMAUS. Versailles, 8 janvier 1686. Sur ce que vous m'avez fait représenter que M. d'Ussaux, gentil- homme de la R. P.R., de ma province de Béarn, et prisonnier dans mon château de la Bastille, vous a témoigné être dans un des- sein sincère de se convertir à la R. et de faire son abjuration entre les mains du P. de la Chaise, je vous écris cette lettre pour vous dire que je vous permets de le mener vous-même à cet effet au P. de la Chaise. * (a.. G.) 9 janvier 1686. Ayant été informé que M. d'Ussaux fit hier son abjuration avec édification entre les mains du P. de la Chaise, je vous écris cette 362 BARON DE TOUCHIMBERT. lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'aurez reçue vous le fas- siez mettre en pleine liberté. (A. G.) LOUVOIS A, M. DE BESMAUS. Versailles, 13 janvier 1686. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle j'ai été bien aise d'apprendre l'abjuration de M. de la Motte. A l'égard du baron de la Motte, j'écris à l'intendant de la géné- ralité de Montauban de retirer les gens de guerre qu'il a mis pour jusqu'au 15 du mois prochain, après lequel il les y renverra s'il n'a point de nouvelles de l'abjuration de ce gentilhomme. Le Roi se remet à vous de faire ce que vous jugerez à propos pour la liberté que le baron de Touchimbert demande de pouvoir voir son frère et son fils, selon que vous croirez que cela pourra avancer ou retarder sa conversion. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 14 janvier 1686. Vous ne sauriez rien faire de plus agréable à S. M. que d'obliger les gens de la R. P. R. qui sont à la Bastille à se convertir. On prétend que M. de Briquemault est devenu entièrement fol, et ne parle que des visions de l'Apocalypse ; faites-moi savoir ce qui en est. Vous pouvez sans difficulté laisser voir à M. de Touchimbert M. de Lilo, son frère, et vous me ferez plaisir de me faire savoir le succès de cette entrevue. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. ili janvier 1686. Cuvillé, prisonnier à la Bastille, ayant fait demander sa liberté à condition de faire abjuration, je vous envoie un ordre pour le faire conduire à l'archevêché et le faire mettre en liberté après qu'il aura fait abjuration. 15 janvier 1686. ... J'écris à M. de Besmaus de laisser voir M. de Cagny par M. de Saint-Contest, et M. de Montginot par son frère. M. de Besmaus DE BRIQUEMAULT. 363 m'ayant écrit que M. de Malno veut se convertir, je vous envoie l'ordre du Roi pour le faire mettre en liberté quand il aura fait ab- juration. (A. N.) LOUVOIS A. M. DE BESMAUS. Versailles, 15 janvier 1686. Le Roi m'a commandé de vous faire savoir qu'il trouve bon que vous permettiez à M. de Touchimbert, qui est prisonnier à la Bas- tille, de voir M. de Brassac, son frère, gentilhomme du bas Poitou, qui s'est converti depuis peu. (A. G.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 20 janvier 1686. Cuvillé ne sait rien, à ce qu'il dit, touchant Cromelin; l'ordre du Roi, pour le faire sortir de la Bastille, marque qu'il doit être con- duit à l'archevêché et être mis en liberté s'il fait abjuration, sinon remis à la Bastille; il est déjà résolu à prendre le premier parti, et il se souvient de tout ce que vous lui avez fait la grâce de lui dire. (B. N.) M. DE BESMAUS A SEIÛNELAY. Paris, 24 janvier 1686. M. de Briquemault vient de me promettre de faire son abjura- tion, quand il plaira au Roi, en présence de M. de Sainte-Marthe, supérieur de l'Oratoire, et de M. l'abbé de Lamont, lesquels ont opéré cette bonne action par l'application qu'ils y ont eue depuis sa détention. J'attendrai vos ordres pour les exécuter; il vous sup- plie très-humblement de vouloir assurer le Roi qu'il est au déses- poir de lui avoir déplu et de lui rendre tous les bons offices que vous pourrez pour le désabuser des mauvaises impressions qu'on lui a données de lui, et il nous assuré qu'il ferait son devoir dans la suite du peu de vie qui lui reste. J'ai reçu hier la lettre ci-jointe de M. de Briquemault, son beau- frère*; je crois qu'il est de mon devoir de vous l'envoyer; il est inutile que je vous dise que je n'ai nul commerce avec lui. M. de Gagny, le plus éclairé de tous ceux qu'on voit ici, ne du- rera pas longtemps. (B. N.) 1. Il était sorti de France et passé au service de l'électeur de Cologne, qui le fit gouverneur de Lipstadt. 364 DE CHAMPAIGNAC. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 26 janvier 1686. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit sur la dis- position où est M. de Briquemault de se convertir, et S. M. m'a ordonné d'expédier l'ordre pour le faire mettre en liberté; je l'en- voie à M. de la Reynie, pour en user à son égard comme on a fait avec ceux qui en ont obtenu de pareils. Vous me ferez plaisir de m'informer de tout ce qui se passera au sujet de M. de Gagny. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 26 janvier 1686. M. de Briquemault, qui est à la Bastille, ayant promis de se con- vertir, je vous envoie l'ordre du Roi pour le faire sortir aux condi- tions que ceux qui ont obtenu ci-devant les mêmes ordres, c'est- à-dire qu'il faut que vous le fassiez accompagner par l'officier auquel vous remettrez cet ordre, qui ne doit pas le laisser en liberté qu'après qu'il aura fail son abjuration. (A. N.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, 27 janvier 1686. M. de Gampaignac convient de faire sa réunion, comme il me l'a promis. On lui a dit que l'ordre de sa liberté porte qu'il s'en ira à l'official; il vous prie de lui donner un jour ou deux sur la caution de MM. de Loslange et Quelin ou Dorât, et qu'il ne manquera de suivre fidèlement ce qu'il vous promettra. J'ose vous dire qu'il le fera assurément, mais il a passion de voir M. de Seignelay aupa- ravant... M. de Seignelay vient de m'écrire qu'il vous envoie l'ordre pour la liberté de M. de Briquemault, et que je l'exécute comme on a fait avec ceux qui en ont obtenu de pareils. Envoyez-le-moi, s'il vous plaît, avec votre sentiment là-dessus. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 29 janvier 1686. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, signée de M. de Touchirabert, par laquelle j'ai appris avec plaisir les CROMELIN. 365 bonnes dispositions où il est, et vous pouvez l'assurer que S. M. le fera mettre en liberté dès qu'il aura fait son abjuration. Cependant S. M. trouvera bon que vous laissiez conférer avec lui celui de ses frères qui s'est converti en Poitou, qui est présente- ment à Paris, autant qu'il le désirera. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 30 janvier 1686* Le Roi a accordé 200 livres à M. deBriquemault ; j'en expédierai incessamment l'ordonnance, et pour ne le point faire attendre j'écris à M. Lubert, trésorier de la marine, de lui payer cette somme aus- sitôt qu'il se présentera. (A. N.) LOUVOIS AU MEME, 5 février 1686. Je vous adresse un ordre du Roi pour mettre en liberté M. de Touchimbert, que vous n'exécuterez qu'après avoir pris sa parole par écrit et celle de son frère, qui est en liberté, qu'ils se conver- tiront entre ci et quinze jours. (A, G.) SEIGNELAY A M. DE LA RETNIE. 6 février 1686. M. Cromelin, qui est à la Bastille, ayant consenti à se faire ca- tholique, je vous prie de me faire savoir si vous croyez qu'on puisse le faire sortir. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 9 février 1686. Le Roi ayant bien voulu se contenter de la parole que lui ont donnée les deux Touchimbert, que leurs frères se convertiraient, l'intention de S. M. est qu'en vertu de l'ordre que vous avez déjà reçu et de celui ci-joint vous mettiez en liberté les deux frères qui sont encore prisonniers à la Bastille. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 20 février 1686. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle le Roi a appris avec plaisir que Delzers ait été arrêté; l'in- 366 CROMEl.IN. tention de S. M. est qu'il soit jugé par vous au Châtelet, par juge- ment dernier, et comme il vous faut pour cela une commission, je vous prie de m'en envoyer le projet, oh le fait que je ne sais pas bien soit marqué. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS, 18 mars 1686. Je vous ai envoyé un ordre pour permettre à Cromelin de voir sa femme, et comme M. Lemaistre, son beau-père, n'est pas expres- sément nommé dans l'ordre et que vous pourriez faire difficulté de lui laisser voir, je vous écris ce billet pour vous dire de lui en donner la liberté. (A. N.) LE COMMISSAIRE DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 29 avril 1686. Thort, marchand d'eau-de-vie en magasin, de la R. P. R. , qui de- meurait proche la Grève, et qui s'est retiré en Hollande, au mois de janvier dernier, avait laissé plusieurs effets à recevoir entre les mains de Cromelin, banquier, aussi de la R. P. R.; Cromelin a fait abjuration et a fait les recouvrements des effets de son ami, et à pré- sent l'on dit qu'il se dispose de partir dans deux ou trois jours et de se retirer aussi en Hollande, et qu'il a envoyé sa fille devant, qui l'attend à Saint-Quentin. Ce Cromelin demeure rue de la Chanvre- rie, du côté de la rue des Prêcheurs, à une porte carrée, qui est la seconde porte à main gauche, en sortant de la halle, à la troisième chambre, joignant une grande porte oij logent des rouliers. C'est Noblet qui m'a donné cet avis, qui le sait d'un des débiteurs de Thort que Cromelin poursuit, et qui lui a dit aussi que ce Crome- lin recevait tous les jours des lettres de Thort qui est à présenta la Haye. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE CREIL, INTENDANT DE MOULINS. M. de Briquemault ayant présenté au Roi le placet ci-joint par lequel il demande la jouissance des biens que la dame de Brique- mault, qui s'est absentée, a laissés, S. M. m'ordonne de savoir si la dame de Briquemault n'a point d'autres parents plus proches ou en même degré que M. de Briquemault '. (A. N.) Versailles, 8 juillet 1686. 1. M. de Briquemault avait épousé, le 10 août I68/1, Marie deCaumont La Force. CROMELIN. 367 SEIGNELAT A M. DE LA REYNIE. 26 décembre 1686. J'ai parlé au Roi de la proposition qui avait été faite d'envoyer Cromelin hors du royaume, et S, M. a estimé plus à propos de l'en- voyer à Saint-Quentin, en ordonnant au lieutenant de Roi de l'ob- server et d'empêcher qu'il n'en sorte. Je suis bien aise de vous en donner avis avant que d'expédier cet ordre, afin que vous preniez la peine de me faire savoir votre sentiment à ce sujet. J'expédierai des ordres pour faire conduire dans des châteaux les guides et les religionnaires opiniâtres que vous marquez par vos mémoires être bon d'enfermer; la demoiselle Jacqulnot, que vous dites être du nombre de ces opiniâtres, est petite-fille du premier valet de chambre de Henri IV et fort délicate, et semble mériter quelque considération ; je vous prie de me mander s'il ne serait pas plus à propos de la mettre dans un couvent pour essayer de la convertir. (A. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 27 avril 1689. Le Roi a fort approuvé que vous n'ayez pas fait exécuter l'ordre de S. M. que je vous avais adressé pour faire mettre en liberté Del- zers, prisonnier à la Bastille, et je vous supplie de me le ren- voyer. (A. G.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 18 juin 1690. M. le Tonnellier, conseiller au grand conseil, a demandé au Roi la permission de voir Majou de Trouligny, son fermier, prisonnier à la Bastille, pour examiner les comptes qu'il a à régler avec lui; S. M., qui l'a trouvé bon, désire que vous la lui accordiez, obser- vant seulement de prendre les précautions nécessaires pour la sûreté de Trouligny, et de faire qu'il y ait toujours un officier pré- sent pour entendre ce qu'il dira. VersaUlcS; 13 novembre 1690. Le Roi ayant bien voulu ordonner la liberté de MM. Ghaligny, La Primaudaye, La Javelière et Majou, qui sont détenus à la Bastille, je vous adresse Tordre de S. M. nécessaire pour les en faire sortir. (A. G.) 368 L'ABBE DE LAMONT. LOUVOIS A M. DE LA BOURDONNAYE, INTENDANT DE POITIERS. Versailles, 13 novembre 1690. Le Roi faisant mettre en liberté MM. de Chaligny, de La Primau- daye, La Javelière et Majou, gentilshommes du Poitou, qui sont détenus à la Bastille pour le fait de la religion , S. M. m'a commandé de vous en donner avis afin que vous fassiez veiller leur conduite de manière que vous puissiez être informé de tout ce qu'ils feront, et que s'ils s'écartaient de leur devoir vous me mettiez en état d'en rendre compte au Roi. (A. G.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du samedi 23* décembre, à onze heures du matin. Pierrot, valet de la Brandinière et ensuite à M. Ghapellier, a été pris et mis au cachot, ayant été surpris qu'il faisait plusieurs signes aux prison- niers de dessus le boulevard, arrêté par les soldats de la garnison de la Bastille. Du lundi au soir, 1" janvier 1691, j'ai mis Pierrot, valet de feu la Brandinière et de M. de Ghapellier, en liberté à condition qu'il n'approchera plus à l'avenir de la Bastille. (B. A.) DE BARBEZIEUX A M. d'ABLEIGES, INTENDANT DE POITIERS. Versailles, l^f janvier 1700. Le Roi désirant être informé delà conduite que tient M. de Tou- chimbert, gentilhomme de Poitou, nouveau converti, je vous sup- plie de me mettre en état d'en rendre compte à S. M. (A. G.) L'abbé De LAMONT.^ Libelles. M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. 5 août 1682. Je VOUS envoie un arrêt du conseil que vous prendrez le soin de faire exécuter. 11 sera nécessaire que Josset fasse une déclaration 1. Ordres d'entrée du 25 août 1685 et de sortie du 21 juillet 1686, contre-signes Colbert, de Croissy. ABBE DE LAMONT. 369 exacte de toute l'impression de ce livre, et qu'il se donne bien de garde d'en cacher et d'en débiter aucun exemplaire. (B. N.) Arrêt du Conseil. Le Roi ayant été informé que l'abbé de Lamont ayant, en 1679, voulu donner au public divers sermons de la hiérarchie de l'Église qu'il avait prononcés, et Pirot, docteur de la Faculté de théologie de Paris, ayant été commis pour les examiner, l'abbé de Lamont, quoique Pirot eût refusé de lui donner son approbation pour l'im- pression des sermons, aurait trouvé moyen de surprendre un pri- vilège, le 25 août 1679, en vertu duquel il aurait fait imprimer les sermons seulement en la présente année, par Josset, libraire, au- quel il aurait cédé son privilège, et S. M. ne voulant pas que le livre soit publié, vendu ni débité, S. M., étant en son conseil, a ordonné et ordonne que Lamont ou Josset seront tenus de rap- porter dans trois jours, à compter de la signification du présent arrêt, à M. le chancelier, le privilège, etc., et à faute de ce faire, qu'ils y seront contraints, etc. (B. N.) 3 août 1682. CROISSY A M. DE BESMAUS. Chartres, 5 septembre 1685. Ayant rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit, S. M. m'a ordonné de vous dire que vous pouvez permettre à M. l'abbé de Lamont de se promener où se promènent les autres prisonniers de la Bastille, à condition toutefois qu'il ne parlera à personne. Fontainebleau, 11 octobre 1685. Le chevalier de la Trousse, sous-lieutenant aux gardes, a de- mandé à S. M. la permission devoir l'abbé de Lamont, son oncle. S. M. m'a ordonné de vous écrire que vous pouvez le lui laisser voir. Fontainebleau, l»' novembre 1685. Je vous ai déjà écrit que S. M. avait permis au sieur de la Trousse, enseigne aux gardes, de voir quand bon lui semblerait l'abbé de Lamont, son oncle, qui est prisoonier à la Bastille; de- puis ce temps-là, S. M. m'a encore ordonné de vous écrire que vous permettiez à l'abbé de Lamont de dire la messe et de se promener quelquefois dans la cour du château pour prendre l'air. (A. G.) 24 370 CARETTO. SEIGNELAY A M. DE BESMAl'S. 17 décembre 1685. Puisque l'abbé de Lamont a du talent pour les conversions, vous pouvez l'employer auprès de ceux de la R. P. R. qui sont à la Bas- tille, pour tâcher de les convertir. (A. N.) NOTE DE LABBE DROUYN. Jean de Lamont, prêtre, ancien abbé de Notre-Dame de la Châtre, prédicateur zélé particulièrement pour la conversion des hérétiques, ayant travaillé avec succès dans la province de Poitou. Il était fils de Robert de Lamont, Écossais, qui vint s'établir en France sous le règne de Henri IV; feu M. le cardinal de Retz l'avait mené à Rome dans son dernier voyage et l'avait toujours honoré de sa confiance; il mourut à Paris le 27 février 1697, Il avait été longtemps habitué dans la paroisse de Saint-Paul ; il fui mis en la Bastille pour un sermon de saint Pierre, où il élève trop l'autorité du pape. Ce sermon a été supprimé, et il ne se trouve pas parmi les autres, quoiqu'il y en ait eu quelques exemplaires vendus secrètement. (B. A.) CARETTO ' ; De BLEGNY \ Charlatans. CROISSY A M. DE LA REYNIE, Chambord, 10 septembre 1685. Si, dans la suite, Caretto n'a rien fait contre les intérêts des sujets de S. M., elle pourra bien, sur vos avis, le faire mettre en liberté. 1. Ordres d'entrée du 27 août et de sortie du 5 septembre lC85j contre-signes Col bert. 2. Ordre d'entrée du 19 décembre 1685, contre-signe Colbert. Ces prisonniers doivent être deux charlatans fameux h cette époque. Le premier était un italien nommé Caretti ou Caretto, qui entreprenait la guérison des mala- dies désespérées, après que le médecin avait certifié par écrit qu'il abandonnait son patient. Caretto guérit ainsi les ducs de Caderousse et de la Feuillade. On con- signait les honoraires à l'avance, et le prix de la cure était considérable, puisque la goutte du spécifique infaillible valait deux louis chaque. Quoiqu'il eût échoué BLEGNY. 371 J'écris à M. de la Noue, par ordre de S. M., de ne point faire de difficulté de remettre Garetto entre les mains de ceux qui seront porteurs de vos ordres^ pour être transféré de la Bastille au For- l"Évôque. 17 septembre 1685. Quant à Garetto, S. M. trouve bon que vous le fassiez mettre en liberté, après toutefois qu'il aura entièrement payé ce qu'il doit, et lui ordonnerez de sortir du royaume sous telles peines que vous jugerez à propos. P.'S. Le Roi veut que vous retiriez d'auprès de Garetto le page dont vous m'écrivez et tous autres semblables sujets d'abomination, et qu'après que Garetto aura satisfait à tout ce qu'il doit, vous le fassiez accompagner jusque sur la frontière par quelque archer ou exempt de la maréchaussée '. (A. G.) Nouvelle à la main. IG janvier 1686. Blegny, chirurgien, a été mis à la Bastille pour s'être voulu mêler d'enseigner la manière d'user des remèdes que le prieur de Cabrières avait donnés au Roi, que S. M. fait distribuer gratuite- ment; il avait dit des impertinences. (B. N.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. 27 janvier 1686. J'ai l'ordre de la liberté de Blegny. (B. N.) devant la maladie de mademoiselle de Fontanges, cet empirique conserva sa vogue et s'enrichit à la barbe de la Faculté. Le moiif de la détention n'est pas indiqué, mais il n'est pas impossible que les médecins n'aient obtenu d'être débarrassi's d'un intrus qui guérissait sans diplôme. Blegny, qui avait commencé par être bandagiste, devint chirurgien de la Reine et de Monsieur. 11 se piquait de littérature, et fonda un journal de médecine qui fut supprimé par la la police, on ne sait trop pourquoi. La dignité de sa robe ne l'em- pêcha pas de faire un cours de perruque à l'usage des garçons coifTuurs, et malgré sa détention, qui fut très-courte, il fut, en 1C87, nommé chirurgien du Roi; mais il ne sut pas se maintenir en ce degré de prospérité; sa mauvaise conduite lui valut la perte de sa charge et plusieurs années de prison au château d'Angers. Il mourut à Avignon, âgé de 70 ans. 1-. Garetto se retira en Italie, et se fit reconnaître à Florence pour l'unique héri- tier de la maison Savoli ? et recueillit 100^000 liv. de rente dans les Étals du Pape. 37-2 MASSON. MASSON; Veuve YIEL '. Faux. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. Je prie M. de Besmaus, et en son absence celui qui commande à la Bastille, de recevoir Masson et Madeleine Rousseau, et de les tenir sous bonne et sûre garde jusqu'à nouvel ordre du Roi, sans permettre qu'ils aient communication avec qui que ce soit, de vive voix ni par écrit, hors avec M. de la Reynie, lorsqu'il les inter- rogera. Paris, 12 septembre 1685. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. li décembre 1685. Le Roi ne se souvient plus du prisonnier de la Bastille qui doit être envoyé aux îles de l'Amérique; faites-moi, s'il vous plaît, sa- voir quel il est et pour quelle raison il doit y être envoyé, pour en rendre compte à S. M (A. N.) SEIGNELAY A M. DE CUSSY. Versailles, 23 avril 1686. Le Roi ayant donné les ordres nécessaires pour faire passer à Saint-Domingue Henri Masson, fils d'un des grands valets de pied de S. M., elle m'a ordonné de vous écrire que son intention est que vous l'y fassiez recevoir, et comme cet homme est convaincu de plusieurs faussetés, et que S. M. ne veut pas qu'il revienne plus en France, son intention est que vous preniez toutes les mesures nécessaires pour empêcher qu'il n'y puisse repasser. (A. M.) 1. Ordre d'entrée commun du 12 septembre 1685 et ordres de sortie, lui, du 25 iuar9 1686, elle, du 18 mars, contre-signes Colbert. Ils avaient fait de fausses ordonnances payables au trésor royal et imité les si- gnatures du Roi et de Colbert. DE BLÉMON VILLE. 373 De BLÉMON ville K Débauche. S. M. étant informée de la rébellion que de Blémonville, garde de la marine de Toulon, a faite aux ordres que M. de Sartous lui a donnés, étant à la tête du bataillon, et, voulant qu'il soit puni exemplairement, elle a ordonné et ordonne que le procès lui sera fait et parfait en la forme ordinaire, et que le conseil de guerre sera pour cet effet assemblé, pour y être jugé suivant la rigueur de nos ordonnances; enjoint S. M. au marquis d'Amfreville, chef d'escadre de ses armées navales, de tenir la main à l'exécution du présent ordre. (B. N.) 1684. SEIGNELAY A M. DE FIEUBET, CONSEILLER D'ÉTAT. 14 septembre 1684. A l'égard du chevalier de Blémonville, vous savez aussi bien que personne combien le Roi est exact sur le chapitre de la disci- pline militaire entre les gens de guerre, mais je vous assure qu'il ne tiendra pas à moi qu'il ne ressente les effets de la protection que vous lui donnez. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Chambord, 17 septembre 1685. Le Roi ayant été informé que M. de Blémonville, garde de la marine du département de Toulon, a été convaincu d'avoir commis le crime de s avec un garçon de douze à treize ans, S. M. veut que vous fassiez arrêter ledit garde suivant les ordres que vous trouverez ci-joint, et que vous recommandiez à Auzillon de le chercher soigneusement à Paris. (A. M.) 1. Ordre d'entrée du 12 septembre 1685, contre-sigaé Colbert. 374 BARTHOLIN. BARTHOLIN*. Détournement de papiers d'État. INTERROGATOIRE. Du 8 octobre 1685, à la Bastille. François, comte deBartholin, natif de Lodi, près de Pérouse, en Italie, âgé de quarante-cinq à quarante-six ans, demeurant à Paris, aux galeries du Louvre. — L'abbé Siri mourut la nuit du vendredi au samedi, à une heure après minuit, dans l'appartement qu'il avait aux galeries du Louvre. — Quels papiers il a brûlés aussitôt après le décès? — C'étaient des papiers inutiles qu'il a brûlés en présence des domestiques et du confesseur de l'abbé Siri, qui est un religieux théatin dont il ne se souvient point du nom. 11 les a brûlés parce que ces papiers incommodaient, étant sous la table et sous le lit dans de petites caisses. Il les a brûlés en qualité de maître des effets de feu l'abbé Siri... Ce fut dans la cheminée de la chambre oh l'abbé Siri est décédé, et dans la cheminée de la cuisine. Ce fut vers les neuf ou dix heures du matin que l'abbé était décédé. — S'il ne sait pas qu'il a été détourné des papiers diidit appar- tement où logeait l'abbé Siri, de son vivant et durant sa maladie? — Il ne sait point qu'il en ait été mis hors dudit appartement d'autres que ceux des guerres civiles, que l'abbé Siri ne voulait pas, pour diverses considérations, garder chez lui, et après avoir fait état de les lui laisser, l'abbé Siri lui dit qu'il avait depuis jugé plus à propos de les envoyer hors de France, les papiers étant plus propres à lui faire des affaires qu'à lui produire aucune sorte d'avantage, et pour cet effet l'abbé Siri envoya l'original de ce qu'il avait écrit touchant les guerres civiles de France, avec la 1. Ordres d'entrée du 7 octobre et de sortie du 22 novembre 1685, contre-signes Colbert. Cet homme, qui était le parent ou plutôt un fils du moine fameux sous le nom d'abbé Siri, avait brûlé les papiers de l'abbé à sa mort, et si maladroitement qu'il mit le feu à une cheminée du Louvre. Le chancelier les ayant réclamés parce que l'abbé recevait une pension comme historiographe du Roi, Bartholin répondit avec insolence; on l'arrêta au milieu de la cérémonie fuiièbro. GUELPHE. 375 copie, à M. le duc de Florence, et de cela il peut y avoir environ dix-huit mois ou deux ans, et ne sait si c'était pour le conserver ou pour présent que l'abbé Siri les lui envoya... (B. N.) DE CROISSY A M. DE BESMAUS. Fontainebleau, 30 octobre 1685. Le Roi m'ordonne de vous écrire que vous pouvez permettre à la femme de Bartholin de le voir dans la Bastille. (B. A.) GUELPHE*. Jansénisme. SBIGNELAY A L'ARCHBVÊQUE DE PARIS. 20 octobre 1685. Le 12 de ce mois, Guelphe a été arrêté dans la maison qui avait été indiquée, rue Royale, et a été conduit à la Bastille, mais il a fait entendre que c'est son frère qu'on a voulu arrêter et non lui; de quoi S. M. m'ordonne de vous donner avis, afin que vous preniez la peine, s'il vous plaît, de m'envoyer un mémoire de ce que vous apprendrez concernant celui qu'on a manqué, et les moyens de le pouvoir faire arrêter, et s'il est vrai que celui qui a été arrêté ne soit mêlé dans aucun commerce défendu, afin que S. M. le fasse mettre en liberté. 25 octobre 1685, Suivant ce que vous proposez, j'écris à M. l'intendant de Lille .de faire en sorte d'arrêter Guelphe, qui y est sous le nom de Petit. (A. N.) SEIGNELAY A M. DU GUÉ DE BAGNOLS. 25 octobre 1685. Le Roi serait bien aise de f.iire arrêter un particulier nommé Guelphe, qu'on a manqué à Paris. On a eu avis qu'il est à Lille, chez la dame de Bellisi, et qu'il se fait nommer Petit. Il a un ami appelé Pega, de la part duquel il faudrait l'euvoyer demander pjir 1. Ordres d'entrée du 10 et de sortie du 30 octobre 1685, contre-signes Colbert. 376 BAILLE. quelque homme entendu, et, si on le peut découvrir, S. M. reut que vous le fassiez arrêter, et que vous m'en donniez avis, s'il vous plaît, afm qu'elle donne ordre pour le faire conduire à la Bastille. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 30 octobre 1685. Je VOUS envoie un mémoire que j'ai reçu concernant Guelphe, fort mêlé dans les affaires des jansénistes, et que le Roi avait voulu faire arrêter; je vous prie de vérifier s'il y a quelque fondement à ce mémoire, et en cas que Guelphe fût encore à Paris, il faudrait le faire arrêter '... (A. N.) BAILLE 2. Établissement de manufacture à l'étranger. SEIGNELAY A M. DE FEUQUIÈRES, AMBASSADEUR EN ESPAGNE. Versailles, 13 juin 1685. S. M. a vu ce que vous m'avez écrit concernant Baille. Vous trouverez ci-joint une lettre de crédit de 4,000 liv., afin que vous puissiez lui donner l'argent dont vous serez convenu avec lui pour le faire passer en France ; mais il faut que vous fassiez en sorte que Charas, son associé, et le frère de Baille, le suivent, et que vous observiez surtout de lui donner le moins d'argent que vous pourrez, et que vous preniez les précautions nécessaires pour empêcher que cet homme ne demeure en Espagne après avoir reçu l'argent que vous lui aurez donné. (A. M.) PONTCUARTRAIN A M. DE BESMAUS. Octobre 1692. Le Roi trouve bon que la femme de Baille lui parle seulement pour ses affaires domestiques. (A. N.) 1. 11 paraît que ce janséniste sut se soustraire aux recherches de la police; son frire en fut quitte pour une vingtaine de jours passés en prison. 2. Ordres d'entrée du 18 octobre 1685, contre-signe Colbert, et de sortie du 5 jan- vier 1693, contre-signe Phélipeaux. BAILLE. 377 PONTCHARTRAIN A M. DE LA REYNIE. 13 décembre 1692. Baille, dont le crime est d'avoir voulu établir des manufac- tures hors du royaume, est chargé de famille et fait compassion ; s'il peut donner caution de demeurer dans le royaume, S. M. veut bien le faire mettre en liberté. (A. N.) NOTE DE M. DE LA REYNIE. Cet homme avait voulu porter les manufactures de France en Espagne. M, de Seignelay lui écrivit, et, lui promettant un établis- sement, le fit revenir et mettre à la Bastille, où il coûte au Roi 892 liv. par an. Si on lui donnait de l'emploi, on pourrait l'arrêter en France. Si on a dessein de le garder, il sera mieux dans un château pour la moitié de ce qu'il coûte à la Bastille. Apostille de Pontchartrain. Lui parler et voir si Ion peut prendre quelque sûreté avec lui. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BESMAUS. Versailles, 4 janvier 1693. Le Roi estimant inutile de garder, au château de la Bastille, Cha- pellier, Pavilloy et Baille, j'ai remis à du Poy, lieutenant de la pré- vôté de l'hôtel, les ordres pour les transférer ailleurs; dites, s'il vous plaît, à Baille, qu'il faut qu'il prenne patience, qu'il ne peut pas encore être mis en hberté, et qu au lieu de tenir ses deux fils oisifs, il devrait les mettre dans le service ou leur faire prendre quelque autre parti, et pour les aider, le Roi leur donnera à cha- cun une gratification annuelle de 250 liv. (A. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BETHOMAS, COMMANDANT DU PONT-DE-L'ARCHE. 2 janvier 1693. Je n'ai rien à ajouter à la lettre du Roi ci-jointe, si ce n'est que la nourriture de Baille et Pavilloy sera payée à 20 s. par jour, el qu'à l'égard de Chapellier, il a du bien et doit se nourrir et entre- tenir à ses dépens. (A. N ) JOURNAL DE M. DU JUNG A. Du mardi 6 janvier, à sept heures du matin, M. de Poix, exempt 3-8 GRUSLÉ. de la prévôté de l'hôtel, a porté l'ordre, etc., pour lui remettre sous sa garde et conduite trois prisonniers, M. de Chapellier et MM. de Baille et Pavillois, les deux derniers sont de la religion, les- quels trois prisonniers on transfère ensemble pour les mener au château du Pont-de-l'Arche, pour y rester, jusques à nouvel ordre, dans le gouvernement de M. le marquis de Béthune, lesquels on a menés dans un carrosse escorté de trois hocquetons de la prévôté. (B.A.) PONTGHARTRAIN AU COMMANDANT DU CHATEAU DE CAEN. Versailles, 22 novembre 1694, Le Roi envoie un prisonnier, Baille, dont la dépense sera payée à 20 s. par jour; vous pouvez lui donner la liberté de se promener dans le château, pourvu qu'il en use sagement et que vous ayez pris des mesures pour vous assurer de lui. (A. N.) Versailles, 28 mars 1606. Je VOUS envoie l'ordre du Roi pour mettre en liberté Baille; vous pouvez lui donner 00 liv. pour se rendre au lieu où il voudra; je VOUS en ferai rembourser; faites-lui mettre sa soumission au bas de l'acte ci-joint, par laquelle il promettra de ne point sortir du royaume. (A. N.) GRUSLÉ ÉPOUX, GRUSLÉ frère *; LEQUINT, notaire ^ NOISET, agent de change^. LE pelletier a M. DE BESMAUS. Fontainebleau, 9 novembre 1685. Je viens de rendre compte au Roi que Desgrez a conduit par son ordre, à la Bastille, la femme de Grulé, et Lequint et Noisette. S. M. me commande de vous dire que vous ayez soin qu'ils soient gardés fort exactement, et qu'ils ne puissent avoir aucun commerce ensemble ; cette femme est fort artificieuse, et vous y devez prendre garde de près. 1. Ordres d'entrée du 16 octobre 1685 et de sortie du 19 mars 1686; autres ordres de réintégration du 24 septembre 1686 et de sortie du 7 janvier 1691. 2. Ordres d'entrée du 16 octobre et de sortie du 22 décembre 1685. 3. Ordres d'entrée du 16 octobre 1685 et de sortie du 19 mars 1687, ordres con- tre-signes Colbert. GRUSLÉ. 379 Versailles, 28 septembre 1686. Le Roi ne veut point que ces deux frères communiquent en- semble; que le gouverneur s'arrange de façon que cela n'arrive plus. S. M. ne juge pas nécessaire que ce prisonnier s'établisse un bu- reau à la Bastille, et elle veut qu'il parle avec son frère sur des comptes qu'ils avaient à faire ensemble, et le Roi se lasse que cela ne finisse pas. (B. A.) Versailles, 22 février 1687. NOTE. Les deux Gruslé frères, banquiers. Ils étaient au For-l'Évêque, parce qu'ils sont fort redevables aux fermiers; comme ils ne se mettaient pas en état de payer, et qu'ils voyaient trop de monde, ils furent mis à la Bastille, l'un au mois d'août 1684, l'autre au mois de septembre 1686, où ils coûtent au Roi l,4f 0 liv. chacun, par an. Il semble qu'il faudrait obliger ceux qui les retiennent à payer leur nourriture ou eux-mêmes. Apostille de Pontchartrain. Dire aux fermiers d'y pourvoir, soit en les faisant juger, soit au- trement. (B. N.) PONTCHARTRAIN A M. DE BESMAUS. Vendredi 7 janvier 1601. Le Roi a résolu de ne plus payer la dépense des deux Gruslé, ni de Martinon, et les fermiers généraux et ceux du huitième denier la paieront à l'avenir. Je vous en donne avis afin que vous ne les mettiez plus sur vos mémoires. Un des Gruslé sera incessamment transféré au For-l'Évêque. (A. N.) JOURNAL DE M. DU JUNCA. Du vendredi matin 2-2 janvier 1691, M. de Gruslé l'aîné est sorti de la Bastille pour être traduit à la Conciergerie par l'ordre de M. de Pontchartrain. Du mercredi 24 janvier 1693, à neuf heures du matin, M. De- vaux, huissier au Châtelel, a porté l'ordre, etc., pour remettre à sa garde M. de Gruslé !e cadet, pour le traduire au grand Châtelet, à 380 SOLABEL. la sollicitation de MM. les fermiers généraux, pour avoir pris 500,000 liv., et son frère, au Roi, à M. l'HuilIier, et à ces MM. les fermiers généraux. (B. A.) SOLABEL*. Faux avis. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Versailles, 15 novembre 1685. Ayant rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit au su- jet de Solabel, prêtre, S. M. m'a ordonné d'expédier l'ordre que je vous envoie pour le faire mettre à la Bastille. 30 novembre iG85. S. M. veut que vous fassiez arrêter Solabel, prêtre, en vertu de l'ordre que je vous ai envoyé. Il décembre 1685. Je vous envoie les ordres pour faire transférer à Saint-Lazare, Solabel. LE MÊME A l'archevêque DE PARIS. 25 mars 1689. Il y a à Guise, depuis le mois de novembre 1685, un prêtre nommé Solabel, qui avait donné avis que deux hommes avaient dit, dans les Tuileries, qu'ils voulaient tuer le Roi, lequel avis se trouva faux LE MÊME AU COMMANDANT DU CHATEAU DE GUISE. Versailles, 12 septembre 1689. Je vous envoie un ordre du Roi, pour faire sortir du château de Guise Solabel, prêtre, qui y est détenu depuis quelque temps ; ex- pliquez-lui bien la défense que porte la lettre de rentrer à Paris, et dites-lui que, s'il y paraît, il sera mis en prison pour le reste de ses jours. (A. N.) 1. Ordres d'entrée du 17 novembre 1685 et de sortie du 17 avril 1689, contre- signés Colbert. PROTESTANTS. 381 MONTGINOÏ ET CAGNY*; MEUSNIER2; de la SABLIÈRE'; DE CAMPAGNAG*; TAVERNIER^; de VENNE VILLE «; ÉPOUX DERSIGNY et LACOMBE ' ; époux de BESSÉ ^ ; DUVIGNAU»; MALLET *« ; femme MALLET •• ; LAU- TREC^2; veuve BERCHET*^; LAUTREC^^; dame de LA- FONTAINE *5; DEMOISELLES DE LAFONTAINE *«; demoiselle de LESPINAY 1^ ; BELliOMME '^ ; du BREUIL, de SA- PONNET, DE MONTMORENCY ^9; MASCLARY^"; SOU- LET^i; FEMME VION, DE VERDEILLE " ; de THORS ^^ . d'AULNOY^*; DE BONCŒUR-^; du PERAY^«; CONS- TANT 2^; DE BERENGHEN^^; PIGEON ^9; SAINTE-HER- MINE'«; DE NEZ 31; DE YIRASEL^^; DELACROIX ^3; de 1. Ordres d'entrée du 5 janvier 1686 et de sortie du 4 août 1687. 2. d° du 11 janvier d" du 17 janvier 1686. 3. d<' du 12 janvier d" d" 4. d» d» do du 31 janvier 1686. 5. do d" do du 19 juillet 1686. 6. d" du 13 janvier d» du 12 juillet 1686. 7. do du 15 janvier d° du 17 février 1686. 8. do du 20 janvier d» du 11 mars 1686. 9. do du 29 janvier do do 10. do du If^r février d» du 23 janvier 1687. 11. d" do d° du 3 mars 1686. 12. d» do d» du 17 mars 1686. 13. do d» do do 14. do du 2 février do du 3 mars 1686. 15. do du 13 février do du 4 août 1687. 16. d* d» do du 20 février 1686. 17. do do do do 18. do du 14 février d» du 11 mars 1686. 19. d» d» d» du 12 mai 1686. 20. d» do d» du 10 mars 1686. 21. do do d» du 25 février 1686. 22. do du 17 février d» d» S3. d" du 21 février do du 12 juin 1686. 24. do do do du 20 janvier 1687. 25. do du 25 février do du 7 mars 1688. 26. do du 1er mars dS- du 25 avril 1686. 27. do do d» du 23 janvier 1687. 28. do du 2 mars do du 29 août 1680. 29. do du 3 mars d» du l^r octobre 1687. 30. do du 10 mars do du 17 avril 1687. 31. do du 14 mars do do 32. d» do do du 12 mai 1687. 33. , d" du 15 mars d» du 3 juin 1686. 382 AMMONET. LANGEY<; SAINT-MARTIN '; AUFRÈRE^; dame de LAFERTÉ CIVIL*; PESSON, PREVOST et de la SE- CHERYE^; de GAGEM0NT«; époux AMONNET'; curé de BOUET, LEFÈVRE, DUFOUR, REGNAULT«; BEAU- MONT, DE LA PÉNISSIÈRE% ÉPOUX FARGOT i»; TESTU^* GRIMPREZ ^2 ; CAHANEL '' ; VERTOT et COIGNARD ** SAINT-JEAN '-, MELON ''-, époux JANDUN '^; RAPIN '« BECK^9. DEMOISELLE BRUNIER 20; fille VANDERBOURG^*. Protestantisme. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 5 janvier 1686. Comme Ammonet n'est pas converti^-, S. M. n'a pas estimé de vous accorder l'exemption de troupes à la maison qu'il a près de Tours, mais elle approuve d'envoyer à la dame Ammonet, ses filles, avec une sœur des Nouvelles-Catholiques. Elle veut que vous envoyiez chercher d'Alais et que vous le fas- siez conduire par quelqu'un chez le P. de la Chaise. Elle veut que vous envoyiez chez M. de Théobon pour lui décla- 1. Ord res dent rée du 18 mars 1686 et de se rtie du 27 février 1687. 2. d" du 26 mars do du 23 juillet 1686. 3. do du 6 avril d" du 21 avril 1686. h. d» du 8 avril d" du 4 juillet 1686. 5. d" du 15 avril do do 6. do du 17 avril do du U août 1686. 7. do du 25 avril do du 4 août 1687. 8. do du 6 mai do du 29 août 1686. 9. do du 13 mai do do 10. do du 20 juin do du 3 août 1686. 11. do du 17 juillet do du 16 mai 1687. 12. d» du 15 septembre do du 21 décembre 1686. 13. do du 22 septembre do du k août 1687. 14. do du 2b octobre do do 15. do du 4 novembre do do 16. d» du 7 novembre do du 8 septembre 1687. 17. do do do do 18. do du 12 novembre do du 19 décembre 168G. 19. do du 15 novembre do du 27 novembre 1686. 20. do du 18 novembre do du II août 1687. 21. do du 25 novembre do du 23 janvier 1687. Ordres contre-signes Colbert et Le Tellier. 22. Auimonct était un ancien du consistoire deCharenton; il fut inébranlable. CONSTANT. 383 rer de la part du Roi qu'il peut sortir de Paris pour s'en retourner dans sa province *. Le Roi veut que vous fassiez arrêter Montginot, médecin; Cagny, son gendre, et la Massaye, et qu'ils soient mis tous trois séparé- ment à la Bastille. 11 janvier 1686. Je vous envoie l'ordre du Roi pour arrêter Meusnier, banquier. (A. N.) LE COMMISSAIRE GALLERAND A M. DE LA REYNIE. 11 janvier 1686. M. le lieutenant de police ne se souvient pas que, sur l'avis que je lui donnai de M. Constant, il m'écrivit un billet par lequel, en propres termes, il mande : «Je donnerai l'ordre pour ce M. Cons- tant, » et n'en ayant point eu depuis aucunes nouvelles, c'est ce qui m'a obligé de l'en faire ressouvenir; et pareillement de M. Dubreuil, comme une affaire de conséquence, et si l'on trouve à propos de le faire arrêter, ne pouvant le faire ni paraître, je donnerai l'bomme qui l'a suivi, qui l'indiquera ; il demeure rue Galande, à l'hôlt'l de Brissac, attenant l'hôtel de Luynes. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE HARLAY, PROCUREUR GENERAL. 32 janvier 1686. Je VOUS envoie l'ordre pour faire mettre M. de la Sablière à la Bastille, et la dame Misson aux Ursulines ou aux Nouvelles-Catho- liques, ainsi que vous l'estimerez plus à propos 2. (A. N.) 1. Charles Bordeaux de Rochefort, marquis de Tliéobon, qui avait épousé, le 21 février l67i, Marie de Caumont La Force? 2. Nicolas Rambouillet fie la Sablière, alors âgé de trente et un ans, sortit de France avec sa femme; madame Misson, sa sœur, avait épousé un conseillpr au parlement, qui se retira en Angleterre. La Sablière et madame Misson étaient les enfants de madame de la Sablière, fameuse alors par sa liaison avec M. de Lafare et depuis par l'asile qu'elle donna à La Fontaine. Les Ursulines se consacraient principalement à l'éducation des filles; elles avaient deux couvents à Paris, l'un rue Saint-Jacques et l'autre rue Sainte-Avoie; il s'agit sans doute de celles-ci. 11 y avait aussi deux maisons de Nouvelles Catholiques; ii s'agit probablement ici de celle des Filles Saint-Chaumoni. 384 MEUSNIER. SEIGNELA.Y A M. DE LA REYNIE. 12 janvier 1680. S. M. a bien voulu accorder la grâce de Brunel ; faites-moi sa- voir, s'il vous plaît, de quelle façon il faudra l'expédier •. (A. N.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 12 janvier 1686. Les filles de M. de Théobon on été mises aux religieuses du Chasse-Midi, au lieu des Nouvelles-Catholiques^. J'ai envoyé, à trois heures, chez madame de la Sablière, ainsi que vous l'avez ordonné. M. et madame de Misson ne sont revenus chez eux que fort tard; M. Misson aurait choisi un autre lieu s'il lui avait été per- mis; il a pris la peine de passer chez moi, ce soir, et la conversa- tion n'a fini qu'entre dix et onze, et on a conduit à cette même heure ses enfants chez madame de la Sablière. (B. N.) CROISST A M. DE LA REYNIE. Versailles, 13 janvier 1686. Je vous envoie un ordre du Roi pour faire arrôter et conduire à la Bastille M. de Vermenel, avec une lettre de cachet à M. de Bes- maus pour l'y recevoir; il sera bon que vous donniez à connaître à Janson, chez qui est Vermenel, que c'est par ordre de S. M. qu'on le fait arrêter. (A. G.). M. DE LA REYNIE A M, DE HARLAY. 13 janvier 1686. ... Meusnier, banquier, a été arrêté par Desgrez; il l'a trouvé prêt, son paquet disposé pour la Bastille, et muni d'une grande ré- solution pour demeurer dans sa religion. J'ai envoyé ce malin, à Auzillon, l'ordre du Roi, que vous me fîtes l'honneur de m'envoyer hier au soir, à l'égard de madame 1. Il s'était mêlé de vendre des livres calvinistes, malgré les défenses du Roi. 2. Mesdemoiselles de Théobon étaient les nièces d'une ancienne fille d'honneur de la Reine. — Quant aux petites la Sablière, dont la plus âgée n'avait pas encore cinq ans, elles furent remises aux soins de leur grand'mère, madame de la Sablière, dont la conduite n'avait pas toujours été très-édifiante, mais qui, après tout, était une bonne catholique. MEUSNIER. 383 Misson, et ayant voulu faire l'homme habile et philosopher sur ce qu'il vous plut de me faire savoir à l'égard de M. de la Sablière, j'ai cru qu'il était bon que ceux qui exécuteraient les deux ordres ne se rencontrassent pas, et j'ai marqué à Auzillon de venir chez moi avant de se mettre en devoir de rien faire, pour lui donner quelque instruction, et depuis, jusqu'à l'heure qu'il est, je n'en ai aucune nouvelle. 14 janvier 1686. Auzillon me fit savoir, dès hier au soir, qu'il avait exécuté l'ordre du Roi, et conduit madame Misson chez madame de Miramion *... (B. N.) SEIGNELAY AU MÊME. 15 janvier 1686. Je vous envoie les ordres pour faire arrêter la Combe et d'Er- signy. Le Roi donne ordre pour faire exempter de logement de troupes la maison de Champrobin, apparlenant à M. Amiraut. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 16 janvier 1686. M. de Besmaus m'ayant écrit que M. Meusnier veut se convertir, je vous envoie l'ordre pour le faire mettre en liberté quand vous le jugerez à propos. S. M. m'ordonne de vous dire que son intention est que vous fas- siez remettre les deux filles de M. de Théobon entre les mains de mademoiselle de Théobon, leur tante. (A. N.) 1. C'est-à-dire au couvent des Filles de Sainte-Geneviève, fondé en 1670 par ma- dame de Miramion, pour l'éducation des jeunes filles. M. Muisson ou Misson sortit de prison après avoir abjuré; mais il se réfugia bientôt après en Angleterre, fit acte de repentance et revint à la R. P. R. Le parlement de Paris lui fit son procès comme à un relaps et déclara sa cliarge de conseiller éteinte et ses biens confisqués; il fallait vivre, et Misson entra comme précepteur chez un lord anglai?, dont il accompagna le fils dans son tour d'Eu- rope; la relation de ce voyage fit grand bruit alors, à cause des remarques satiri- ques dirigées contre les cérémonies de l'Église et contre le clergé en Italie. ^2^ 386 MEUSNIER. M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 16 janvier 1686. D'Ersigny a été arrêté, etDesgrez l'a conduit à la Bastille. II a aussi arrêté un gentilhomme de la R., appelé M. de Campa- gnac, de la province de Gascogne, et qui disait être Allemand. (B. N.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. PariSj 17 janvier 1686. Je vous envoie la réponse de madame Brunier, qui n'a pas eu grand empressement à la faire ; elle a vu le P. Dubois, qui n'en est pas trop édifié ; il y doit revenir. M. de Saint-Jean a donné quelque légère espérance à M. de Saint-Laurent, à qui j'ai dit que madame Malet avait promis de faire positivement ce qu'il faut; il ne l'a pu voir à cause qu'elle est tombée malade; il doit revenir. Paris, 18 janvier 1686. Madame Meusnier vient de sortir d'ici; je suis fâché que M. de Lanoue ne l'ait laissée parler à son mari, car c'est elle qui l'a fait résoudre, lui ayant permis de le voir sur la parole que M. et ma- dame de la Conde, ses parents, me donnèrent, qu'elle avait pris des mesures pour aller ensemble voir M. le curé de Saint-Michel, leur bon ami, en cas qu'il ne pût revenir ici, quand même le mari ne se résoudrait pas; je lus chez vous avec elle pour vous rendre compte de l'opération de cette entrevue, et n'ayant pu vous voir, je la menai chez M. Robert, et j'écrivis à M. de Seignelay pour avoir l'ordre de ce qu'il fallait faire ; elle a dit que vous l'aviez reçu ; nous avions arrêté qu'en cas que M. le curé ne pût pas venir ici , qu'ils iraient à Saint-Denis, si j'en avais l'ordre, M. et madame de la Ccnde avec sa famille, et M. et madame Meusnier avec la leur, et une parente de M. Gillevoisin qui m'a promis être de la partie, feront tout ce qu'il vous plaira me prescrire. L'amitié que ce curé a pour eux de longue main leur faisait souhaiter de faire cette ac- tion entre ses mains; je leur baillais mon carrosse et me chargeais du mari sous le bon plaisir du Roi, en cas que le curé ne pût venir à la Bastille, où tout se serait trouvé; je vous aurais dit tout cela. Vous n'avez qu'à parler; je ne doute pas que tous ne fassent agréa- blement ce que je leur dirai de votre part. Je voudrais pouvoir DE BERINGHEN. 387 vous répondre de tous ceux que vous m'avez envoyés comme de ceux-ci. P.-S. Ils ont envoyé à Saint-Denis ; le curé est incommodé. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. ... S. M. veut que vous fassiez conduire la dame Legoux, mère de M. de Montginot, médecin, au couvent de Saint-Eutrope, dans le parc de Chantelou, près de Chartres, et que vous preniez à cet effet les mesures nécessaires avec la dame du Plessis, sa belle-fllle. Le mémoire que je joins à cette lettre vous instruira de ce qu'il y au- rait à faire. (A. N.) Vf^rsailles, 20 janvier 1686. SEIGNELAY A M. DE BEZONS. 20 janvier 1686. ... Les sieur et dame de Beringhen, qui sont relégués à Montar- gis, ont avec eux leur fille qui empêche leur conversion, ce qui a obligé S. M. à prendre la résolution de la faire mettre dans le cou- vent des Ursulines de la ville; et je vous envoie les ordres néces- saires à cet effet, que vous ferez, s'il vous plaît, exécuter le plus promptement qu'il se pourra '... (B. N.) CHATEAUNELF A M. DE BESMAUS. Madame de Cagny 2, sœur de M, de Saint-Contest, a abjuré la R. P. R., et elle est si satisfaite de son changement, qu'elle lâche de persuader à son fils, qui est à la Bastille, de suivre son exemple. Lui lire sa lettre. (B. A.) Versailles, 23 janvier 1684. 1. Jean de Beringhen, seigneur de Flehedel, de Langarreaux et de Menoir, secrétaire du Roi ; c'était un des anciens de Cliarenton. Sa femme s'appelait de Menoux. 2. Mare Barberie, fille d'un maître des requêtes, avait épousé Louis Mesnage, seigneur de Cagny, près de Caen. Un de Caguy avait été ambassadeur sous Fran- çois I^f. 38S LA MEI.ONNIERE. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 23 janvier 1686. Vous trouverez ci-joints les deux ordres nécessaires pour faire sortir M. de Campagnac de la Bastille, et vous prendrez, s'il vous plaît, les mesures pour lui faire faire son abjuration. (A. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. 26 janvier 1686. Le Roi ayant eu avis que M. de la Melonnière, lieutenant-colonel du régiment d'Anjou infanterie, projette de sortir du royaume, l'intention de S. M. est que vous le fassiez arrêter et mener à la Bastille, et je vous adresserai, par l'ordinaire de demain, les ordres de S. M. pour l'y faire recevoir. 31 janvier 1686. Le Roi ayant appris que les comtes de Campagnac, de Bel-Gastel, et de Pangars Vivans, gentilshommes de Périgord, se sont retirés pour fuir leur conversion, et qu'ils sont logés à l'hôlel de Hollande, sur le quai Malaquais, S. M. m'a commandé d'expédier les ordres ci-juinLs pour les faire arrêter et recevoir à la Bastille, à l'exécu- tion desquels je vous supplie de vouloir bien tenir la main. (A. G.) NOTE D'AUZILLON. Vion, sa femme et sa servante, qui conduisaient dans le carrosse de Bruxelles madame Mallel, trois de ses enfants, les deux enfants de M. Lisle du Gas et deux gentilshommes du Poitou. Vion est prisonnier au Châtelet, la Vion est à la Bastille, sa servante est à l'Abbaye; la Perle, qui était de leurs intrigues, est au grand Châtelet. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 29 janvier 1686. Je vous envoie l'ordre du Roi pour faire transférer Brunel à la Bastille, ainsi que vous le proposez. 30 janvier 1686. S. M. a voulu accorder des lettres de grâce à Brunel; je vous prie de m'envoyer un mémoire de l'état de son affaire pour les dresser. SAINT-JEAN DE VÉDAS. 389 1« février 1686. Vous trouverez ci-joinl l'ordre pour faire transférer Lautrec du Châtelel à la Bastille, ainsi que vous l'avez demandé. 2 février 1686. Il est bien important de découvrir où s'est retiré M. de Saint- Gelais *, afin de l'arrêter suivant l'ordre que je vous envoie. (A. N. 3 février 1686. S. M. veut que vous fassiez mettre à la Bastille la Malet, et ses trois filles aux Nouvelles Catholiques; elle veut aussi que vous fas- siez conduire à la ^Bastille, Vion et la veuve Berchet, belle-sœur de Gervaise. (A. N.) LOUVOIS A M. DE BEZONS. Versailles, 4 février 1686. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle S. M. a été informée de l'opiniâtreté de M. et de madame de Beringhen ; l'intention du Roi est que la garde qui est dans leur maison continue à y vivre à leurs dépens, et que s'ils ne fournissent pas à sa subsistance, la garnison commence toujours la première à manger. (A. G.) M. D AGUESSEAU A M. DE LA REYNIE. J'use de la liberté que vous m'avez donnée, et vous supplie de m'envoyer un billet pour que je puisse voir M. de Saint-Jean de Védas à la Bastille; outre que vous avez voulu que je me servisse de cette voie, j'ai cru qu'un billet vous incommoderait moins qu'une visite. (B. N.) M, DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, 7 février 1686. iM. l'abbé de Lamont m'a assuré que M. d'Ersigny et sa servante ont pris le parti de faire leur réunion. Voyez, s'il vous plaît, si vous désirez que je fasse venir pour cela M. Perceval, vicaire de Saint- Paul, M. de Blampinon ou M. Gerbais, et, après l'exécution, que je les laisse à la liberté de la cour jusqu'à ce que l'ordre soit venu 1. D'une famille noble du Poitou. 390 SAINT-GELAIS. pour leur sortie. Trois ou quatre visites de M. l'abbé Lamont ont fort bien opéré. J'attends vos ordres. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Je viens d'apprendre que le marquis de Saint-Gelais avait fait abjuration, et comme les ordres du lloi que je vous avais envoyés pour le mettre à la Bastille sont à présent inutiles, je vous prie de me les renvoyer pour les supprimer. Versailles, 10 février 1684. Versailles, 12 février 1686. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre dans le couvent de Saint-Avoye les filles de M. d'Ersigny, ainsi que vous le demandez. (B. N.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAT, 13 février 1686. Je vous renvoie les mémoires des livres hérétiques qui furent sai- sis en exécution de l'édit du mois d'août dernier; je vous envoie aussi en môme temps deux autre^ mémoires des livres et des libelles qui ont été arrêtés, et que Brunel et Pigeon avaient fait venir de Hollande, afin qu'il vous plaise de les voir et de marquer ceux qui vous manquent. On arrête beaucoup de gens de tous côtés sur la frontière, et ce- pendant il en passe beaucoup avec cela dans les États voisins, sui- vant les avis qu'on en reçoit. Il y a des gens de province qui sont cachés à Paris, et qui attendent l'occasion. On en prend tous les jours quelqu'un, et, s'il est possible d'en trouver encore quelques autres, il y a grande apparence que la peur prendra ceux qui y se- ront, et qu'ils se retireront. On prit avant-hier une homme qui ne voulut pas dire son nom, et on a su aujourd'hui que c'est un gen- tilhomme appelé M. de Verdeille. On prit encore hier un autre homme qu'on ne connaît pas bien nettement, et on a trouvé au- jourd'hui l'un des deux jeunes gentilshommes, qui partaentpar le carrosse de Bruxelles, et qui avaient échappé. (B. N.) DE MONTMORENCY. 391 M. DE BESMADS A M. DE LA REYNIE. Je VOUS supplie do m'envoyer nu billet pour voir mademoiselle de Lespinai ^ qui m'en prie instamment, M. de Lamont avait com- mencé à la toucher, et à mesdemoiselles de la Fontaine. Elles sont bien fâchées de m'avoir quitté. Je ne gâterai rien si vous me per- mettez de les voir toutes trois, et je vous en rendrai compte... (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. lU février 1686. Vous trouverez ci-joinls les ordres pour faire mettre à la Bastille les hommes et les femmes contenus dans le mémoire que vous m'avez envoyé. Je vous prie de m'envoyer un exemplaire de chacun des livres saisis sur Brunel et Pigeon, dont je vous envoie le mémoire. (A. N.) S£IGNELAY A M. FOUCAULT, INTENDANT DE POITIERS. 14 février 168G. S. M. m'ordonne de vous écrire de faire saisir les biens que Du- vignau, ci-devant ministre, peut avoir dans votre généralité. (B. N.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 16 février 1686. Auzillon arrêta hier une Anglaise, femme de Vion, aubergiste ^, qui paraît avoir fait un grand commerce de passeports des minis- tres étrangers, et avoir facilité par ce moyen la sortie du royaume à plusieurs sujets du Roi de la R. J'ai reçu des ordres pour faire mettie à la Bastille M. de Mont- morency, et sa femme dans un couvent; c'est, comme vous sasez, du quartier Saint-Honoré. A l'égard de M. Masclari, M. Soulet, ci-devant avocat au conseil, et de leurs femmes, je vous supplie très-humblement de me faire l'honneur de me mander si vous jugez qu'il y ait lieu, pour la tin que le Roi se propose, de retarder ou d'avancer l'exécution de ces ordres. (B. N.) 1. M. de Besmaus paraît avoir eu un grand talent pour la controverse, car en 1687, cette demoiselle était la meilleure catholique du monde, à ce que prétend madame du Noyer. 2. Elle était d'intelligence avec l'ambassadeur d'Angleterre et vendait aux fugitifs des passeports. 392 MASCLARY. SEîGNELAY A M. DE LA REYNIE. 17 février 1686. Je VOUS envoie les ordres pour faire mettre en liberté M. d'Ersi- gny et sa femme, et faire conduire à la Bastille M. de Verdeille et la Vion. Le Roi veut bien que M. de la Ferlé Giville * envoie ses enfants au collège, à Rouen, J'envoie à M. de Noiutel des ordres pour faire arrêter M. de risle ^ et le faire mettre au château de Loches jusqu'à ce qu'il ait fait revenir sa femme d'Angleterre. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE UARLAY. 19 février 1686. Je vous envoie l'ordre que vous demandez pour laisser conférer Varet, vicaire de Saint-Eustache, avec M. Masclary, prisonnier à la Bastille». . (A. N.) SEIGNELAY A M. DE BAURIES, LIEUTENANT DE ROI, A ANGERS. Vous pouvez permettre à M. de Beringhen de se promener dans le château, en prenant vos mesures pour empêcher qu'il ne confère avec personne du dehors et qu'il n'écrive point à votre insu. (B. N.) M. DE LA REYNIE A M. DE HARLAY. 21 février 1686. ... On m'a dit, en entrant ce matin à la Bastille, que M. Mas- clary était tout à fait disposé à suivre l'exemple de sa femme, qui a mieux aimé se faire catholique que d'aller dans un couvent; et M. le curé de Saint-Eustache ayant encore vu depuis M. Masclary, il a achevé de le résoudre. M. Soulet, aussi prisonnier à la Bastille, est à peu près dans la même disposition, sa femme ayant fait abjuration sur-le-champ, pour éviter l'exécution de l'ordre du Roi à son égard. Je n'ai point encore su s'il y a eu quelque chose de fait à l'égard de M. et de madame de Montmorency. 1. D'une famille de Normandie. 2. Louis de l'Islo, marquis de Marivaux, d'une famille de Picardie. 3. Gaspard Masclary avait été avocat au Conseil, et ancien du temple de Cha- renton. DU PERAY. 393 22 février 1686. M. Soulet, avocat, a fait aujourd'hui abjuration à la Bastille, entre les mains de M. le curé de Saint-Benoît. M. Auzillon arrêta hier madame de Villarnou la mère, et quatre de ses filles, dont la plus jeune a dix-neuf ans, dans une maison vers l'Estrapade, où elles étaient seules avec une servante, depuis cinq semaines; elles ont été mises a la Bastille. C'est la mère du marquis de Villarnou qui est passé en Hollande *. (B. N.) LOUVOIS A M. DE SEIGNELAY. Versailles, 23 février 1686. L'on a mis à la Bastille, par ordre du Roi, M. Bessé Bataillère, gentilhomme de Poitou, et sa femme. S. M. m'a commandé de vous avertir de prendre son ordre sur la femme de ce gentilhomme, qu'il m'a paru que S. M. avait l'intention de faire mettre dans un cou- vent. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 23 février 1686. Je vous envoie un ordre du Roi pour faire arrêter le marquis de Saint-Gelais, et S. M. désire que vous employiez Auzillon et Des- grez pour tâcher à le découvrir, et que vous leur recommandiez bien d'y travailler avec application. 25 février 1686. Je vous envoie les ordres nécessaires pour faire mettre en liberté Soulet. (B. N.) AUZILLON A M. DE LA REYNIE. M. et madame du Peray, qui sont de la R. P. R., sont logés aux Deux Anges, avec deux de leurs filles. Il y a aussi un garçon qui a été capitaine. Le Roi lui ayant donné un passeport avec lequel il a fait passer plusieurs personnes. Du Peray est cousin germain de 1. Jeau-Philippe de Jaucourt, marquis de Villarnou, commissaire du Roi pour les calvinistes, mort en Hollande, en 1687 ; Marie Gareau, sa femme. Leurs enfants : Philippe de Villarnoul, colonel au service de Guillaume III, mort à La Haye, le 20 mai 1728, à 68 ans; Catherine de Jeaucourt, comtesse du Bellay, morte le 21 avril 1724; Marguerite, morte en 1739; Marie-Bénigne, retirée en Hollande. 394 PETITOT. M. de Dangeau, el oncl'^, à la mode de Bretagne de ces deux en- fants qui sont chez moi. Ils sont de Poitou et ont carrosse avec des couleurs jaunes. Dans le même logis des Deux Anges, il y a d'autres personnes de la R., et il y a longtemps que madame du Peray tient le bureau cl l'adresse de tous ceux de la R. qui vien- nent à Paris, même elle prend soin de les faire placer. L'on dit qu'elle est si zélée pour saR., qu'elle se ferait brûler plutôt que de changer. La nuit, une grande partie de ceux qui sont cachés à Paris vont la voir. La Laperle est l'embaucheuse de la dame du Peray. (B. N.) Paris, 25 février 1686. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIB. 27 février 1686. Le Roi veut que vous fassiez mettre au collège des Jésuites les deux fils de M. de l'Isle du Gas ; à l'égard des biens de leur père, j'écris à M. de Nointel pour savoir en quoi ils consistent. Je vous envoie les ordres du Roi pour faire mettre dans des cou- vents la fille de Ferdinand, peintre, et la dame de Bessé Bataillère, qui est à la Bastille, et un autre ordre pour faire mettre au For- l'Évêque Petitot, peintre K 2 mars 1686. S. M. veut que vous fassiez arrêter Constant, et on peut même l'arrêter chez celui que vous appelez l'envoyé de l'Électeur pala- tin, qui n'est qu'un secrétaire. Je vous envoie un ordre pour faire arrêter Taret de Loubens, gentilhomme de Gascogne, qui est chez André, maître d'armes, au bout du quai des Aiigustins, sur ce qu'on a avis qu'il est de la R. P. R. (B. N.) LOUVOIS A M. DE LA MELONNIÈRE. Versailles, 2 mars 1686, Ce mot est pour vous dire de me venir parler ici lundi prochain. (A. G.) RAPPORT DU COMMISSAIRE DELAMARRE. Mars 1686. L'on a su d'une nourrice de madame Callé, fille de M. Montginot, 1. Jean Peiitot, né à Genève en 1607; on ne put venir à bout de le convertir, et il se retira dans le canton de Berne, où il mourut en 1691. MONTGINOT. 3§5 que M. et madame ont fait passer beaucoup d'argent en Angleterre et à Genève, depuis deux ans; qu'ils ont établi en Angleterre M. Goubert, leur beau-frère, pour prendre le soin de leurs affaires en ce pays-là, et qu'ils avaient dessein d'y faire passer l'un de leurs enfants; que depuis la mort du Roi d'Angleterre, ils témoignent beaucoup de chagrin et de crainte pour les affaires de ce royaume; qu'ils ont retranché toutes les charités qu'ils donnaient aux gens de la R. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 3 mars 1686. Je VOUS envoie les ordres nécessaires pour faire recevoir à la Bastille Pigeon, et faire sortir M. Malet et la dame Bechet. (A. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, U mars 1686. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire sur ce qui regarde de la Melonnière; l'intention du Roi est que vous vous expliquiez plus clairement du lieu où est son fils, et sur le nom de celui qui vous a donné l'avis de son projet, vous pouvez vous assu- rer que le secret sera gardé de la manière que vous le désirez. . (A. G.) M. DE BESMATJS A M. DE LA REYNIE. Paris, 6 mars 1686. M. de Montginot me prie de lui permettre de voir M. l'abbé Pa- geot, et de m'adresser à M. de Longueil, conseiller, son ami, pour le trouver. Il chancelle toujours, et ne laisse de conférer avec M. de Lamont; je crois que, si vous l'approuvez, il s'expliquera avec lui. Il m'a demandé aussi s'il ne pourrait pas parler avec M. de Ca- gny, en ma présence. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 5 mars 1086. S. M. veut que vous fassiez observer et suivre de près M. le comte de Saint-Gelais, pour empêcher qu'il n'exécute le dessein qu'il a de faire sortir du royaume les deux enfants dont vous m'é- crivez. . (A. N.) 396 LA MELONNIÉRE. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 6 mars 1686. Le Roi m'ordonne de vous faire savoir que S. M. a permis à M. de Dangeau d'entrer dans la Bastille pour y voir M. du Péray. Ainsi, vous ne devez faire aucune difficullé de lui laisser la liberté de lui parler. (A. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 6 mars 1686. J'ai vu aujourd'hui M. de la Melonnière, qui m'a paru avoir l'es- prit fort embarrassé quand je lui ai parlé du retour de sa femme; il m'a dit qu'il ne croyait point la pouvoir faire revenir, qu'elle était partie à son insu, qu'elle était à Londres, qu'elle avait caché ses enfants à Paris, et qu'il n'avait pu découvrir où ils étaient que depuis deux ou trois jours; je lui ai demandé en quoi consistait sa famille; il m'a dit qu'il y avait un garçon de sept à huit ans, que sa femme avait mis, sous un nom emprunté, dans une pension ; je lui ai demandé quel nom; il m'a dit que c'était sous celui de Doglas, qui était un nom fabriqué à plaisir, qu'il allait le retirer avec une de ses filles, et qu'il le tiendrait chez lui; qu'à l'égard de l'autre pe- tite fille, il la laisserait en nourrice où elle était ; je l'ai congédié en lui disant qu'il était difficile que le Roi pût croire qu'il fût con- verti de bonne foi tant que sa femme demeurerait hors du royaume, et que, si elle ne revenait pas sur ses premières lettres, ce qui ne réussissait pas en un mois se faisait dans deux ou trois; je garderai le secret que vous pouvez désirer sur le nom de ceux qui vous don- nèrent l'avis contenu en votre lettre d'hier. Versailles, il mars 1686. L'intention du Roi est que le fils de M. de la Melonnière soit mis au collège des Jésuites, si son âge le comporte, sinon dans quelque petite pension dont vous puissiez être assuré qu'il ne sortira point sans ordre de S. M. Vous pouvez dire au père que l'on a pris ce parti en attendant que, par ses soins, il ait fait revenir sa femme, et que, lorsqu'elle sera convertie, on ne fera point de difficulté de lui remettre cet enfant. Vous recommanderez, s'il vous plaît, au principal des Jésuites DE THORS. 397 ou au maître de la pension où cet enfant sera mis, de ne le point laisser sortir que par ordre du Roi... (A. G.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. 7 mars 1686. Je vous supplie que M. Auzillon n'exécute pas l'ordre qu'il a pour madame de Bessé. M. l'abbé de Lamont l'a mise à la raison aussi bien que son mari, qui en sait autant que M. Masclary. Tous deux méritent de la louange d'avoir très-fort combattu et d'avoir pris cette résolution. Madame de Bournau, aussi éclairée que madame de Bessé, est de la partie, et si M. Gerbais a le loisir, vous saurez bientôt l'exé- cution; je lui écris. (B. N.) LOUVOIS A M. DE GOURGUES, INTENDANT DE CAEN. Versailles, 8 mars 1686. Le Roi ayant fait mettre à la Bastille le marquis de Thors et le comte d'Aunay, S. M. désire que vous fassiez arrêter le neveu de ce dernier, et mettre la femme et la fille du premier dans des cou- vents tels que vous jugerez à propos. (A. G.) 10 mars 1686. .... L'intention du Roi est que vous fassiez saisir toutes les terres de MM. de Thors et d'Aunay, et mettre madame de Thors et sa fille dans des couvents de votre département, séparés jusqu'il ce qu'elles se soient converties. (A. G.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, 11 mars 1686. M. le curé de Saint-Laurent' n'est pas venu; si vous vouliez qu'il vienne pour la réunion de MM. de Beringhen et du fils de M. du Peray, qui ont promis à M. de Lamont et à moi de la faire, je lui remettrais ce soin, quoique M. Gerbais espère de le faire, qui arrêta hier avec M. Belhomme de recevoir la sienne ; j'accommoderai les deux doucement, si vous le trouvez bon, et ferai voir au curé M. du 1. C'était un bien honnête homme et fort mitigé sur le chapitre de la religion, dit madame du Noyer dans ses mémoires. 398 VIRASEL. Peray le père, qui sera dur, quoiqu'il écoute M. de Lamont avec plaisir, en apparence, et M. le comte de Launay, de qui il espère mieux. Vos ordres, s'il vous plaît. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 11 mars 1686. Je suis surpris que vous ne m'ayez point mandé si M. de Thors est arrivé à la Bastille, et il serait bon que vous ne me laissassiez pas ignorer longtemps pareille chose. 13 mars 1686. Je ne demande point que vous m'informiez de tous les gens qui arriveront à la Bastille, mais seulement de ceux qui y seront remis sur les ordres du Roi, que j'aurai contre-signes. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 14 mars 1686. Je vous envoie les ordres du Roi pour faire mettre M. de Netz à la Bastille. On a donné avis à S. M. que M. de Virasel, conseiller au parlement de Guyenne, retiré aux Pères de l'Oratoire, veut vendre sa charge et sortir du royaume. S. M. veut que vous examiniez si cet avis est véritable, auquel cas elle désire quo vous le fassiez arrêter en vertu de l'ordre que je vous envoie à cet effet. 16 mars 1686, L'abbé de Ghalucet, nommé à l'évêché de Toulon, m'ayant fait savoir les bonnes dispositions où se trouve la dame de la Ferté- Civille pour sa conversion, le Roi a bien voulu lui donner quinze jours pour achever de s'instruire, et la faire mettre en liberté sui- vant l'ordre que je vous envoie; mais S. M. veut que vous preniez soin de la faire observer, afin d'empêcher qu'elle ne sorte du royaume. Je vous envoie les ordres pour faire arrêter M. le marquis de Langers *, sa femme et ses enfants, de la manière que vous les demandez. 1. Ce prisonnier doit être René de Cordouan, marquis de Laiigey, fameux alors par le procès en impuissance que lui avait intenté sa première femme, Marie de Saint-Simon de Courtomer. Cette affaire mit en liesse le public affamé de scan- SAINTE-HERMINE. 3'j9 S. M. se remet à vous de faire mettre les enfants de M. de l'isle du Gas où vous trouverez le plus à propos. Je vous envoie les ordres du Roi nécessaires pour faire mettre le chevalier de Sainte-Hermine à la Bastille. (A. N.) LOUYOIS A M. DE MAULEVRIER. Versailles, 16 mars 1686. Rapin, qui a été condamné aux galères par le parlement de Tournay, ne doit point sortir des prisons de Tournay pour y être conduit que je ne vous aie fait savoir les intentions du Roi sur les précautions avec lesquelles S. M. désirera que l'on l'y fasse mar- cher'. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 16 mars 1686. Je vous écris ce billet pour vous dire que M. le chevalier de Sainte-Hermine, qui sera conduit à la Bastille par ordre du Roi, est parent de madame de Maintenon, et comme il est fort infirme, il faut, s'il vous plaît, que vous ayez soin de lui faire donner tout ce qui lui sera nécessaire. 16 mars 1686. Le Roi veut bien que vous permettiez à M. de Marconay de voir madame de Villarnou, sa belle-mère, qui est à la Bastille. (A. N.) 18 mars 1686. Il a élé expédié des ordres pour faire mènera la Bastille M. le marquis de Langers et son fils; le Roi veut qu'ils soient mis dans des chambres séparées, qu'ils n'aient aucune communication entre eux, et que l'un ne sache pas que l'autre soit à la Bastille. Voici un ordre pour mettre en liberté la Rousseau. dale. M. de Lang> y en sortit à sa honte et à l'entière justification de son épouse; le mariage fut déclaré nul en 1659. Cet échec ne l'empêcha pas d'épouser plus tard Diane de Montant, sœur du ma- réchal de Navailles, dont il eut postérité, à sa grande joie, voyant par là sa répu- tation rétablie; mais lorsqu'il s'en étaya pour faire annuler la première procédure, il lui fut réparti que cela ne prouvait rien, et que la capacité de mademoiselle de Navailles n'avait jamais été soupçonnée. Toutes ces familles étaient fort zélées pour le calvinisme. 1. Rapin avait été convaincu d'aider les protestants à sortir de France. 4uU DE NETZ. 20 mars 1685. Le Roi a su que M. de Sainte-Hermine, qui est à la Bastille, était souvent vu par son frère aîné, et quoique S. M. vous ait permis de lui laisser voir qui il voudrait, elle n'a pas entendu que cela dût s'étendre jusqu'aux gens de la R. P. R.; ainsi, vous ne devez pas laisser entrer M. de Sainte-Hermine aîné, ni personne autre de laR. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 23 mars 1680. S. M. étant informée que M. de Netz*, intendant du comte de Roye, a promis de faire abjuration, vous pouvez lui donner temps jusqu'à ce que madame la comlesse de Roye soit partie. (A.N.) LOUVOIS A M. DE BAGNOLS, INTENDANT DE LILLE. Versailles, 25 mars 1686. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, par laquelle S. M. a vu que le parlement de Tournay a condamné aux galères trois religionnaires fugitifs, dont l'arrêt doit être exécuté, hors à l'égard de Courtan qui s'est converti, au- quel le Roi veut bien accorder sa grâce ; je vous en adresserai l'expédition au premier jour. Pour ce qui est des deux vieillards qui sont convaincus d'avoir contrevenu à l'édit, ils doivent être jugés sans aucune considéra- tion pour leur âge, et ce sera aux offlciers des galères, quand ils seront entre leurs mains, à y avoir tel égard qu'ils jugeront à propos. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 26 mars 1686. J'ai parlé au Roi de la proposition que M. de Peray vous a faite, et S. M. m'a ordonné de vous dire qu'il faut absolument qu'il fasse sa réunion à Paris, et qu'elle ne lui permettra pas de s'en aller à Grenoble pour cela; ne doutant pas que, puisqu'il a surmonté la répugnance qu'il avait à se convertir, il ne surmonte aisément, pour faire la chose de bonne grâce, l'envie qu'il aurait de s'en aller à 1. Sa femme était protestante et avait quitté la France. VIRASEL. 401 Grenoble; ne manquez pas de me faire savoir ses dispositions à cet égard. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 1" avril 1686. Je VOUS ai envoyé un ordre pour faire mettre à la Bastille M. de Virasel, conseiller au parlement de Guyenne, lequel est retiré aux Pères de l'Oratoire, sur l'avis qu'on avait eu qu'il voulait vendre sa charge pour sortir du royaume, et comme on est encore mieux in- formé de sa mauvaise intention, S. M. désire que vous le fassiez incessamment arrêter*. 2 avril 1686. M. de Besmaus m'ayant dit que, si madame et mademoiselle du Peray étaient mises pendant trois jours avec M. du Peray, cela pourrait produire un bon effet pour leur conversion, je vous en- voie les ordres nécessaires pour les tirer du couvent où elles ont été mises et les envoyer à la Bastille. (B. N.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. PariSj ti avril 1686. M. le marquis du Peray m'a donné sa parole par écrit qu'il ferait BS réunion dans un mois qu'il demande encore pour faire ses ré- flexions; je n'ai pu vous l'écrire plus tôt. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 6 avril 168C. S. M. ne veut donner que quinze jours à M. du Peray pour faire sa réunion, et elle désire, avant qu'il soit mis en liberté, que vous preniez des assurances qu'il ne sortira point du royaume; je vous envoie l'ordre pour le faire sortir de la Bastille quand vous aurez pris ces sûretés. J'ai expédié l'ordre pour faire transférer à la Bastille M. Aufrère, qui a été arrêté à la Bussière. (A. N.) 1. M. de Virasel, dit l'historien Benoist, couronna toutes les belles actions de sa vie par une persévérance à toute épreuve. -2G 402 DU PERAY. M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, 6 avril 1686. J'ai exécuté votre ordre à l'égard de Crommelin; M. le curé de Saint-Laurent est fort content de lui; je vous envoie son abjura- tion; vous ferez pour sa liberté ce qu'il vous plaira, il en a grand besoin; il m'a promis que sa femme ferait ce qu'il faut*. Je crois que les deux filles plus jeunes de madame de Yil- larnou veulent songer à leurs affaires Je ne puis vous rien dire encore de madame du Peray; leur entrevue fut fort gaie, mais elle ne mangea rien à souper, et je m'aperçus que nature pâlissait en ma présence; je les étudierai et vous avertirai bien de la suite; Dieu y mette la main, ils en ont bien besoin. M. du Peray ne laissa d'écrire hier au soir à M. de Seignelay; c'est toujours confirmer son engagement; j'y ferai de mon mieux. M. de Lamont espère que M. du Breuil ne durera plus guère; je m'adresserai à M. de Saint-Laurent si j'en ai besoin et que vous l'approuviez. (B. N.) SEIGNELAY A l'ARCHEVÊQUE DE PARIS. 8 avril 1686. Je vous envoie l'ordre à M. de Besmaus de laisser entrer à la Bastille le P. Bordes pour conférer avec M. de Virasel. (A. N.) seignelay a m. de la REYNIE. 8 avril 1086. J'ai rendu compte au Roi de ce qui regarde M. du Peray. S. M. m'a ordonné de faire ôter d'auprès de lui sa femme et sa fille, et de les faire remettre dans les couvents où elles étaient; prenez la peine, s'il vous plaît, de les y faire conduire; vous n'aurez pas besoin de nouveaux ordres pour cela, parce que ceux en vertu desquels elles ont été tirées des couvents portent qu'elles y seront reçues lorsqu'elles y seront conduites. 1. Il paraît que l'on fut content d'eux, car A. Crommelin fut confirmé dans sa noblesse en 1708. DE BÉRINGHEN. 403 S. M. a donné ordre de faire retirer les dragons hors de la mai- son de M. du Peray. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre madame de la Ferté- Civille à la Bastille. M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, 15 avril 1686. Je vous supplie d'avoir la bonté de m'envoyer un billet pour voir seul madame du Peray à Saint-Gervais, et un de même pour voir mademoiselle sa fille aux Nouvelles-Catholiques *. Je vous rendrai compte de ce qui s'y passera. (B. N.) RAPPORT D'AUZILLON. De Beringhen, ci-devant secrétaire du Roi, père de madame la duchesse de la Force et de M. le Cocq, conseiller au parlement, âgé de plus de soixante ans, honnête homme, dont l'esprit est assez doux, fort zélé dans sa R.; il passe pour être riche, ami très- particulier de M. de Massanne; il est présentement à sa terre de la Rivière, proche de Fontainebleau. Madame de la Ferté-Civille, au couvent de Sainte-Marie du fau- bourg Saint- Jacques, en étant sortie à la caution de son mari, nous l'avons reprise et mise à la Bastille. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 13 avril 1680. Je vous envoie les ordres pour faire mettre à la Bastille MM. de la Sécherie et Prévost, et un autre ordre pour y faire mettre la dame d'Heucourt, qu'il faut que vous preniez la peine de faire chercher. La femme de Crommelin demande la liberté de son mari qui a fait abjuration, et S. M. m'ordonne de vous en écrire pour savoir s'il y a quelque inconvénient à le faire sortir A l'égard des deux ministres que l'on vous a dit être cachés à 1. Madame du Peray doit avoir été mise aux Hospitalières de Saint-Anastase, dites dames de Saint-Gervais; sa fille fut ramenée aux Nouvelles-Catlioliques. Ces dames finirent par suivre l'exemple de leur époux et père. Mademoiselle du Peray, dit madame du Noyer, était une fille d'importance; elle avait beaucoup lu, et depui= qu'elle avait changé, elle avait écrit à M. Jurieu et l'avait attaqué sur la religion. 404 DE GAGEMONT. Paris, S. M. désire que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les découvrir. (A. N.) M. DE BESMAUS A M. DE LA RETNIE. 18 avril 1686. Madame de la Ferté vous supplie de lui permettre de voir M. l'évoque de Toulon; je vous demande votre ordre là-dessus, possible, cela servira de quelque chose. (B. N.) DESGREZ A M. DE LA REYNIE. Je me suis donné l'honneur de me présenter à votre porte, mais votre portier m'a dit que vous étiez indisposé, dont j'ai bien de la douleur; c'était pour vous rendre compte que j'ai arrêté à midi M. de Gagemont, gentilhomme de Poitou. Il a d'abord jugé que cela venait de la part de M. Foucault, intendant de la province, qu'il a vu en passant à Poitiers, mais qu'il ne lui a point dit qu'il s'en venait à Paris, et que Ton a grand tort de le soupçonner de vouloir quitter sa famille; que voyant madame d'Olbreuse, sapa- rente, qui s'en venait à Paris pour trouver son mari pour passer en Allemagne, qui l'a prié de l'accompagner, et qu'il n'avait d'autre dessein que de rester huit jours en cette ville, et huit pour s'en retourner. Voilà ce qu'il m'a dit, et de vrai, à entendre madame d'Olbreuse et M. son mari, je ne crois pas qu'il eût dessein que ce qu'il m'a dit, car madame d'Olbreuse m'a dit que sûrement elle avait bien de la douleur de lui causer son emprisonnement, et qu'elle était trop bien zélée pour le service du Roi pour ne pas souffrir que ses sujets sortissent du royaume avec elle. La comtesse de Morsan y était, qui m'en a dit de même, qu'elle serait sa cau- tion; je ne sais si vous savez que madame d'Olbreuse est nièce de madame de Maintenon, et sœur de M. le chevalier de Sainte-Her- mine, qui est prisonnier à la Bastille. Ce M. de Gagemont me paraît fort honnête homme et d'une grande obéissance; il n'a nul équipage que deux chemises, et sans valet. Je suis allé à deux heures rue des Prouvaires, et ai envoyé de- mander M. Roger Costard, banquier; l'on a dit, comme hier, qu'il n'y était pas. Sa femme s'est présentée et a fort questionné ce qu'on lui voulait; il y a de la méfiance, et si je le connaissais, j'y entrerais. Vous verrez ce que je dois faire à cet égard, si on y en- AMMONET. 40o trera pour le chercher, ou si je m'informerai adroitement si on le voit dans le quartier. (B. N.) 18 avril 168G. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 20 avril 1686. Le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que le chevalier de Sainte-Hermine ne voie point sa mère ni aucun de sa famille. (A. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 22 avril 1686. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous avez pris la peine de m'écrire au sujet de M. de Gagemont, prisonnier à la Bastille; S, M. trouve bon que vous lui donniez la liberté de la cour, et je vous prie d'avoir soin de me faire souvenir dans trois semaines de vous mander l'intention du Roi sur ce qui le regarde. (A. G.) SEIGXELAY A M. DE BESMAUS. 25 avril 168G. Je VOUS envoie les ordres du Roi pour mettre en liberté M. du Pcray et M. Gostard. Il ne faut pas que vous laissiez sortir Costard qu'il n'ait fait son abjuration; à l'égard du M. du Peray, S. M. est persuadée qu'il tiendra parole, et vous pouvez le laisser sortir aussitôt que ce paquet vous sera rendu; dites-lui, s'il vous plaît, que les ordres pour faire ôter la garnison de sa maison ont été envoyés. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 25 avril 1686. M. de Nointel m'ayant donné avis que M. Ammonet *, qui était relégué à Mayenne, en est sorti, et que sa femme peut être coupable de sa retraite, je vous envoie les ordres du Roi pour la faire mettre à la Bastille et y demeurer jusqu'à ce qu'elle ail fait revenir son mari, et comme on mande qu'Ammonet a pris la route de Paris, je vous envoie aussi des ordres pour le faire arrêter, si on peut le trouver. (A. N.) 1. Ammonet était un des anciens de Charenton. 406 AMMONET. MÉMOIRE, Ammonet, marchand de points et de dentelles à Paris, est natif de Loudun. Il n'a aucuns immeubles qui paraissent; il est en répu- tation d'un homme très-riche, et on prétend que ses effets excè- dent 200,000 écus. Son frère, qui était aussi marchand h Paris et dans le même commerce, fut s'établir à Londres il y a trois ou quatre ans, et il y est décédé. On prétend qu'il a emporté avec lui et sa famille en Angleterre pour 400,000 liv. d'effets, qui y sont demeurés après sa mort. La femme d'Ammonet, ci-devant ancien, a été arrêtée ces jours passés à Valenciennes, et deux de ses en- fants. Il y a une information faite contre elle à la requête de M. le procureur du Roi, et dans laquelle le mari se trouvera assez impli- qué pour décréter contre lui, et on prétend avoir la preuve de ce qu'il a retiré ses effets de la main de ses débiteurs, qu'il les a mis sous des noms empruntés, et qu'il a pris des mesures pour sortir du royaume dans le temps que sa femme s'est retirée. Il serait à désirer que la procédure qui se fait à Paris à cet égard pût être mesurée sur ce qui se fait à l'égard des prisonniers qui ont été ar- rêtés sur la frontière. On est dans le même cas à Tégard de plu- sieurs autres qui se sont absentés de Paris et qui ont été aussi arrêtés, à l'égard desquels et de leurs familles on pourrait faire quelque chose pour les attirer, s'il plaisait au Roi qu'on se servît de ces conjonctures pour les disposer par les procédures et par la crainte de la peine de la loi, ou par l'espérance de la grâce de S. M. On a parlé plusieurs fois à Ammonet sans avoir fait beaucoup de progrès auprès de lui; c'est un bonhomme qui a peu de lumières hors de son commerce, entêté de sa religion, et qu'il sera difficile de ramener, à moins que l'embarras où il s'est mis lui-même en contrevenant aux défenses ne serve à le réduire, et encore, s'il se réduit, sera-t-il nécessaire de prendre des précautions avec lui, et comme il est tombé dans une véritable faute, peut-être qu'en dé- crétant contre lui, s'il y a lieu de le faire, changera-t-il de dispo- sition. (B. N.) 1686. l'abbé GERBAIS a m. de la REYNIE. 27 avril 1686. Crommelin, qui a fait sa réunion il y a déjà longtemps, de- MADAME DE LA FOiNTAINE. 407 mande sa liberté avec bien de l'instance; je lui ai promis de vous en parler, sur les bons témoignages que M. l'abbé de Lamont m'a rendus de la sincérité de sa conversion; il prétend que ses affaires périront sans ressource si on le relient plus longtemps pri- sonnier M. le marquis de Thors est dans une obstination qui me paraît invincible; ce n'est pas qu'il ne m'entende fort honnête- ment, mais ses préjugés l'aveuglent à ne pouvoir s'en guérir. Je suis persuadé que la mère Garnier vous rend compte de ce qui se passe aux Nouvelles-Catholiques; elle vient de me mander présentement que l'aînée des demoiselles Lafontaine paraissait être en de bonnes dispositions; je m'y rendrai après dîner pour tâcher d'en profiler. Au reste, il serait de la générosité du Roi de faire quelque chose pour ces deux demoiselles, supposé qu'elles se réunissent; elles sont toutes deux jeunes, ont du mérite et de la qualité, et se trouvent dans un dénûment extrême par le désordre des affaires de leur père et par les engagements où s'est jetée leur mère; je ne doute pas que vous ne leur rendiez volontiers vos bons offices. Pour madame de Lafontaine, elle n'a pas encore voulu prêter l'oreille, depuis plus de deux mois et demi qu'elle est à la Bastille, et je ne sais quelles mesures on peut prendre pour l'obli- ger d'entendre; c'est une opiniâtreté sans pareille Comme il ne m'est pas possible de vous rencontrer chez vous pour vous rendre compte de nos huguenots et huguenotes, trouvez bon, s'il vous plaît, que je m'en acquitte par écrit. Je commen- cerai par ceux que je vois à la Bastille. Vous savez la disposition et les vœux de M. le marquis du Peray, sur quoi je ne puis vous dire autre chosC;, sinon qu'il me semble qu'on pourrait bien lui accorder sans crainte la liberté qu'il de- mande,' et j'appréhende qu'il ne s'aigrisse et qu'il ne s'obstine, si on continue de la lui refuser (B. N.) M. DE BESMAUS A SEIGNELAY. 28 avril 1686. Le chevalier de Sainte-Hermine vous supplie très -humblement de lui vouloir permettre de voir madame sa mère et madame sa sœur, mariée avec M. d'Olbreuse, qui a permission du Roi de s'en aller à Zell; je vous supplie de ne trouver pas mauvais que je le 408 DE LA PÉNISSIÈRE. fasse; vous m'avez ordonné de lui faire tout le plaisir que je pour- rais et d'en avoir soin; il guérira de son hydropisie, et frère Marc le tirera d'affaire, son remède opérant beaucoup. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE BERINGHEN. 29 avril 1686. Le Roi vous envoyant M. Varet ^ pour conférer avec vous et vous instruire des vérités de la R. G., S. M. m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous l'écoutiez et que vous lui donniez tout le temps nécessaire pour cela. Elle ne doute point que vous n'exécutiez ponctuellement ce qu'elle désire de vous en cette occa- sion, et que vous preniez le parti qui est seul convenable à votre salut et à votre repos. (B. N.) DESGREZ A M. DE LA RliYNIE. Je vous supplie, au nom de Dieu, que je sois débarrassé de M. de la Pénissière; depuis hier matin il n'a pas mangé, et je ne puis en venir à bout, n'ayant autre chose à me dire que si sa femme savait où il est et qu'il n'est pas mort qu'il serait content (et ce sont des pleurs sans cesse), et d'où vient qu'il est plus mal- traité que les autres puisqu'il se soumet à obéir aux volontés du Roi, et qu'on ne le veut pas entendre, que son crime n'est pas plus grand que les autres. Si l'on ne se presse à la cour, sa femme pourrait bien échapper, car je sais qu'elle cherche d'ailleurs à se tirer d'affaires. (B. N.) lef mai 1686. M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, li mai 1680. J'ai reçu un ordre pour laisser voir à M. Masclary sa femme. M. de Lamont le presse fort; il est fort opiniâtre et je crains que cette visite ne le gâte, car je trouve que les négociations ne sont pas trop bonnes Madame Malet dit qu'elle vous a tout avoué, qu'elle vous prie d'excuser sa conduite, d'avoir soin de son mari, et elle prend grand plaisir à raisonner avec M. de Lamont, aussi bien que M. du Breuil et madame de Villarnou et madame de Bournan, pour qui 1 . François Varet, qui avait traduit en français le Catéchisme du concile de Trente . DE LA PÉNISSIÉRE. 409 j'ai un ordre de lui laisser voir M. Pavillon, M. du Lignon et l'abbé de Lavau. M. de Lamont presse aussi fort M. de Bessé et sa femme, et en espère beaucoup; je m'y applique de mon mieux et vous avertirai de la suite. Je n'ai pas encore rien dit de ces ordres. (B. N.) DESGREZ A M. DE LA. REYNIE. Je ne fais présentement que de venir chez le commissaire Dieves. J'ai vu tons les livres des chambres garnies de la rue Gît-le-Cœur, et comme son clerc n'est pas sûr, pour le tromper je lui ai dit de me les montrer les uns après les autres, tout de suite, comme sont les maisons garnies; il a commencé par le bout de la rue qui donne dans la rue Saint-André-des-Arcs, et en finissant par le bout qui donne sur le quai des Augustins; j'ai trouvé la maison que m'a désignée Pilotât et Gournon, que c'est le petit hôtel de Luynes, et qu'il y a M. et madame de Beaumont, qui sont du pays du Maine, arrivés dans cet hôtel le 22 avril dernier. Je ne doute pas que ce ne soit l'homme, car Pilotât m'a dit qu'il a entendu ce matin qu'en parlant à la femme qui doit emmener, qu'elle a dit : Je ferai tout ce que M. de Beaumont voudra. Voilà tout ce que j'ai appris, et je crois que c'est la vérité. M. Juliot a demandé à parler à moi avec empressement; comme je nV étais pas, ma femme y a monté, et elle l'a trouvé avec un grand frisson ; elle lui a fait faire bon feu pour le réchauffer; il lui a dit que, si on lui voulait donner du papier, qu'il écrirait à ma- dame sa femme, et qu'en lui envoyant une clef avec le billet, que sûrement elle viendrait; qu'il donnera M. le lieutenant de Roi de Poitou, qui loge à l'hôtel de Mouy, rue du Dauphin, pour sa cau- tion qu'il ne sortira point après sa réunion. Voilà les sentiments où il est; ordonnez ce que vous jugerez convenable. (B. N.) 6 mai 1686. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 6 mai 1686. A l'égard de la demande que font les dames de Montginot ^ et de Cagny de voir leurs maris, S. M. se remet à vous de faire ce que vous estimerez de plus convenable. 1. De La Sale Montginot; elle était fort riclie et donnait beaucoup aux pauvres de la R. P. R. 410 DE BERINGHEN. Je vous envoie l'ordre pour faire mettre à la Bastille Guillard et celui qui a été arrêté avec lui ; il faut, s'il vous plaît, que vous les y fassiez conduire incessamment. J'ai chargé Auzillon des ordres nécessaires pour arrêter et con- duire à la Bastille le curé de Bouel et la Lefebvre, hôtelière de l'Écu, du môme lieu. (A. N.) DESGREZ A M. DE LA REYME. Ci-joint est la lettre que M. de la Pénissière écrit à sa femme; vous verrez si vous jugez à propos de m'ordonner si on lui enverra. Il avait dit qu'il enverrait une clef, il l'a tenue dans sa main pour la donner, et après il l'a remise dans sa poche, en disant qu'il n'était pas bien nécessaire de l'envoyer, qu'il avait signé sa lettre; il m'a demandé du papier pour écrire à un de ses amis, au cas qu'elle ne fût plus à l'hôtel de Soissons, qu'il lui mande oii elle est. Voilà tout ce qu'il dit. Je ne lui ai point voulu donner de pa- pier pour écrire à son ami. Je vous supplie de me mander l'heure que je me rendrai à Vin- cennes. (B. N.) 7 mai 1686. AUZILLON A M. DE LA REYNIE. Étant arrivé à Laon, j'ai appris que le curé de Voy a été arrêté pour avoir donné plusieurs certificats, et le dernier qu'il a donné fut à la sœur de M. Misson, conseiller au parlement. Le curé fut mis dans les prisons de Guise. L'intendant ayant eu quelque différend avec le gouverneur au sujet du curé, il y eut un ordre de la cour pour M. l'intendant, lequel l'a fait transférer à Landrecies où je me dois rendre aujourd'hui; si l'on veut me le donner, je le con- duirai à Paris. Je m'en vais passer à Voy pour arrêter Lefebvre, hôtelière de l'Écu du lieu, que je ne crois pas qu'elle y soit. L'on a été pour arrêter son mari, et, ne l'ayant pas trouvé, on a tout en- levé. El ayant parlé au maître des Trois-Pigeons de Laon, lui disant que j'avais un grand chagrin de la prise du curé qui était de mes amis, il m'a dit qu'il y a quelque temps un jeune homme vint de Paris en grande diligence, même qu'il lui prêta son cheval pour aller jusqu'à Voy, avertir le curé qu'on avait arrêté à Paris quel- ques personnes qui étaient de son intrigue. Le jeune homme, ayant été et appris qu'il était arrêté, revint et s'en retourna à Paris. J'ai vu DE BERINGHEN. 4H aussi un gentilhomme qui m'a dit qu'il a été à Mons avec un passe- port que lui-même avait fait. Quand un homme sait écrire, et qu'il a un cachet, il peut passer partout sans être arrêté et sans aucune difficulté. A Laon, ce 8 mai, à cinq heures du matin, d'où je pars pour aller passer à Voy, pour me rendre de là à Landrecies. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 12 mai 1686. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de ce qui est contenu dans votre lettre, S. M. a résolu de faire arrêter M. de Beringhen et de le faire mettre à la Bastille. Elle veut que vous fassiez mettre dans les prisons ordinaires la Capelle et le Breton, qui ont été arrêtés conduisant la demoiselle de Villarnou, et que vous leur fassiez faire leur procès. A l'égard de la demoiselle de Villarnou, je vous envoie un ordre pour la faire mettre dans tel couvent que vous jugerez à propos. M. d'Avaux écrit de Hollande que Meusnier, marchand drapier de Paris, y envoie tout ce qu'il peut dans le dessein de s'y retirer; il sera bon d'observer si cet avis est véritable. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE MÉNARS. 13 mai 1686. Le Roi ayant résolu de faire arrêter et conduire à la Bastille M. de Beringhen, ci-devant conseiller au parlement, qui a été re- légué à Vezelay, je vous envoie ses ordres pour cela, afin que vous les fassiez, s'il vous plaît, exécuter promptement par le prévôt des maréchaux ou autre officier que vous trouverez le plus propre. (A. N.) DESGREZ A M. DE LA RRYNIE. Le sieur de la Pénissière m'a tant prié de lui donner du papier pour se donner l'honneur devons écrire, que je lui en ai donné; il y a aussi une lettre pour madame sa femme; je n'ai jamais vu un homme si inconsolable. Je crois que Massanne se prépare fort à partir. On a fait voir des passeports à sa femme, qui a donné rendez-vous pour demain matin pour prendre des mesures pour le départ. 412 PETITOT. M. de Beaumont est encore rue Gît-le-Cœur, dans son auberge K La femme de Pelitot a fait dire à son mari qu'il signe, à quelque prix que ce soit; ils voudraient l'avoir tiré des Augustins pour s'en aller par après, mais il a fait réponse qu'on l'écorcherait plutôt que de signer, et sa femme a dit qu'elle ne se pouvait pas résoudre h s'en aller et laisser son mari 2. Il y a ici trois marchands du Languedoc qui sont prêts à partir; ils sont des plus riches du pays. Madame Vincent donne de l'inquiétude au sieur Perrin; je vous supplie de faire ressouvenir M. de Seignelay pour des ordres tant pour elle que pour le sieur de la Pénissière, (B. N.) 13 mai 1686. LA SUPERIEURE DE SAINTE-AVOIE A M. DE LA REYNIE. Nous avons reçu, il y a six mois, une lettre de cachet que M. de Trahan nous porta, de votre part, pour faire entrer dans notre maison les deux filles de d'Ersigny, nouveau converti, son beau- frère, qui alors était à la Bastille par votre ordre, et ordre précis était à nous de garder et d'instruire ses filles durant un an. Cependant cet homme a surpris apparemment une lettre de ca- chet qui nous ordonne de rendre ces deux filles à leurs parents qui sont fort mal convertis, à ce que nous avons appris de bonne part. Ainsi nous vous conjurons, par le zèle que vous avez pour le salut des âmes, d'empêcher que ces pauvres filles ne sortent avant le terme prescrit et ordonné par S. M. Que si le prix de 300 liv. paraît trop fort, nous en diminuerons ce qu'il vous plaira, quoique le père ait plus de 300,000 liv. de bien, à ce qu'on dit. Nous atten- dons vos ordres. Apostille de M. de la Reynie. Répondre à la supérieure de Sainte-Avoie que c'est l'intention du Roi que ces filles soient rendues à leur père, et que S. M. a jugé à propos de lui donner cette satisfaction. (B. N.) i. Il avait fait marché pour faire sortir de France mesdemoiselles de Villarnou; il fut arrêté par ordre du 16 niai. 2. On sait que c'est le célèbre peintre de portraits sur émail; il finit par se retirer à Gen^>ve. DE LA PÉNISSIERE. 4l3 SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 13 mai 1686. Je VOUS envoie l'ordre du Roi pour faire mettre les trois filles de M. de Viilarnou dans les maisons que vous proposez, et un ordre en blanc pour faire arrêter le gentilhomme qui s'est mêlé de né- gocier leur retraite. A l'égard de leur gouvernante, S. M. désire qu'elle soit mise dans les prisons ordinaires et que vous lui fassiez son procès. J'avais écrit par ordre du Roi à madame la princesse de Carignan pour lui donner avis de la retraite de la femme et de la fille de M. Julliot de la Pénissière dans l'hôtel de Soissons, et pour vous dire de les envoyer aux Nouvelles-Catholiques; elle m'a écrit en ré- ponse et assuré qu'elles ne sont point dans l'hôtel de Soissons, et je vous envoie un ordre pour mettre Julliot à la Bastille, si vous le jugez à propos. Voici les procédures qui ont été faites par le juge de Mayenne sur l'évasion de M. Amonnet. Les deux hommes seront incessam- ment amenés à Paris. (A. N.) DESGREZ A M. DE LA REYNIE. M. de la Pénissière a écrit à M. le comte de Pardaillan, lieutenant de Roi de Poitou. Il a dit à celui qui a porté la lettre qu'il enverrait sur les deux heures son gentilhomme pour parler à la Pénissière. Je me donne l'honneur de vous demander si je le laisserai parler. Je crois que M. Lardeau y sera aussi pour le même sujet. Sa femme est cachée, et il en enrage contre elle; je crois qu'elle peut encore être à l'hôtel de Soissons, mais qu'elle se tient couverte. J'ai mis ce matin, de l'ordre du Roi, à la Bastille le sieur de la Croix, capitaine au régiment d'Enghien, pour la R. (B. N.) 18 mai 1686. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 20 mai 1686. Vous trouverez ci-joints les extraits de trois lettres écrites à M. de Louvois par M. de Magaloti et par le lieutenant de Roi de Tournay, par lesquels vous verrez que le maître du Saumon de Courtray, accusé de faire un grand commerce pour la sortie des sujets du Roi hors du royaume, est à Paris ; je vous envoie l'ordre 414 DE LA PÉNISSIÉRE. pour le faire mettre à la Bastille, et un autre ordre pour faire met- tre au For-l'Evêque la Lulier, qui a vendu un passeport à une fille arrêtée à Valenciennes. La marquise de Langey ayant fait abjuration à l'abbaye de Pan- tbémon, je vous envoie les ordres de S. M. pour la faire sortir, et pour y mettre en même temps sa fille qui est aux Récollettes, et un autre ordre pour faire remettre la dame Paul qui est aux Nouvelles- Catholiques entre les mains de son mari. A l'égard de ce que vous m'écrivez au sujet de M. du Peray, il faut encore attendre jusqu'à ce que M. Yaret soit de retour de Montargis. (A.. N.) DESGREZ A M. DE LA REYME. Je VOUS envoie les deux routes qui se sont trouvées dans les po- ches de Bouquet, valet de M. de la Pénissière. La plus petite qui est rompue, c'est lui qui l'a voulu rompre en le fouillant. Je croirais que madame de la Pénissière pourrait être cachée devers la Jonquière où son enfant est en nourrice, pour s'en aller par cette voie pour aller en Suisse, trouver son père. Si vous jugiez à propos de faire écrire sur les deux routes, on la pourrait trou- ver ; même il serait bon de parler au maître des coches de Picar- die et Flandre, car les places n'ont été prises qu'à Louvres, et je crois que cela est contre l'ordre. Je viens d'être averti que l'homme que vous savez va partir sur les cinq heures avec la fille huguenote. Je partirai cette nuit quand je saurai ce soir où ils doivent aller coucher. Je vous supplie de vous souvenir d'écrire ce soir pour M. de la Pénissière et pour une gratification pour l'homme que j'emploie, que j'ai eu l'honneur de vous parler à midi. (B. N.) 21 mai 1686. SEIGNELAY A LA SUPÉRIEURE DES NOUVELLES-CATHOLIQUES. 26 mai 1686. J'ai parlé à madame de Maintenon sur ce que vous m'écrivez au sujet de mademoiselle de Sainte-Hermine, et elle m'a témoigné qu'elle désirait qu'à la réserve de madame de Yizé et de madame de la Mazzelière qui la pourra voir une fois, vous ne lui permettiez pas de parler et d'écrire à personne. (B. N.) DE GAGEMONT. 415 SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 26 mai 1686. Il ne faut rien oublier pour arrêter le maître du Saumon de Courlray, s'il vienl à Paris. S. M. approuve la proposition que vous faites de mettre M. de la Pénissière entre les mains de M. de Pardaillan, après qu'il aura fait sa réunion, en tirant parole de M. de Pardaillan de le tenir près de lui et de prendre les précautions nécessaires pour l'empêcLer de sortir du royaume. Je vous prie de me mander à combien doivent monter les pen- sions et entretien des trois filles de M. de Yillarnou, afin que j'é- crive à l'intendant de Poitiers de les faire payer sur le bien du père. J'écris à M. de Besmaus d'empêcher que la dame Amonnet n'ait communication avec ses filles ni avec qui que ce soit. Voici les ordres pour faire mettre dans des couvents Dorothée Breteau et la gouvernante des demoiselles de Yillarnou. Le parlement de Tournay fait le procès au curé de Bouet et à la Lefebvre ; je vous prie de me mander s'il convient au bien du ser- vice de le laisser condamner à Tournay et de le faire transférer ensuite à Paris. J'écris à l'intendant de Rouen de faire avertir les parents de P. Baurin et de Marthe Lornier, qui ont été arrêtés à Péronne par Auzillon, de les retirer près d'eux après qu'ils auront fait abjura- tion, et je vous envoie les extraits des lettres que j'ai reçues de quel- ques intendants sur les avis que je leur avais donnés des gens qui avaient été ainsi arrêtés. (A. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 2 juin 1686, J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous m'avez écrite au .sujet de M. de Gagemont, que je ne vois point S. M. disposée à faire sortir de la Bastille qu'il n'ait donné caution de se représen- ter ; c'est ce que je vous prie de lui expliquer. Versailles, 3 juin 1686. Le Roi ayant vu par une lettre que j'ai reçue de M. de la Croix, capitaine au régiment d'Enghien, la disposition où il est de se convertir, S. M. m'a recommandé d'expédier l'ordre ci-joint pour 416 MINISTRES DANS PARIS. le faire mettre en liberté, que vous n'exécuterez qu'après qu'il aura fait son abjuration. (A. G.) LE COMMISSAIRE DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 3 juin 1686. Un nouveau converti du faubourg Saint-Germain, qui me fut amené par Noblet, il y a huit ou dix jours, m'avait donné avis qu'il y a dans ce faubourg une cave où l'on fait le prêche la nuit, et que sa femme la savait, et qu'elle y avait été, mais qu'il n'avait encore pu tirer d'elle le lieu, et qu'il ferait tout son possible de le décou- vrir; je n'ai point eu l'honneur de vous en rendre compte parce que cet avis était encore trop général ; je dis seulement à cet homme, qui est un soldat de la compagnie du guet, de beaucoup s'appliquer à cette découverte, et que s'il la faisait, aussitôt qu'il en aurait donné connaissance, je le ferais bien récompenser. Je n'en ai pas ouï parler depuis, mais aujourd'hui un garde de la gabelle est venu me donner le même avis, et m'a dit qu'il sait à peu près le lieu et qu'il connaît deux nouveaux convertis de ceux qui com- posent cette assemblée, qu'il s'appliquera dès aujourd'hui à les observer et les suivre, et qu'il espère faire cette découverte et qu'à l'instant, sans rien ébruiter, il m'en donnera avis (1). Je prends la liberté de vous envoyer le placet de cette femme de Bordeaux, nouvelle convertie, qui demande une lettre de faveur pour le gouverneur de la Guyenne. On m'a averti que la femme Lemarchand, nouvelle convertie, qui demeure au Grand-Louis, sur le quai de l'Horloge, et le mari de laquelle est un des plus opiniâtres prisonniers du For-l'Évêque, a loué depuis huit jours un grenier ou galetas à quatre hommes que l'on croit gens de province, qui sortent le matin à sept heures et ne rentrent que le soir. J'ai l'homme dans la même maison avec qui j'ai correspondance qui les examine et me doit informer plus pré- cisément quelles gens ce sont, pour prendre ensuite les mesures que vous jugerez à propos. J'en aurai des nouvelles demain, et j'aurai l'honneur à l'instant de vous en rendre compte (2). Apostilles de M. de la Rcijnie. (1) Il n'est rien de plus important; on a donné avis au Roi qu'on fait des assemblées, qu'il y a deux ministres à Paris qui se dégui- sent et se travestissent en maçons, et que c'est dans des lieux DE VIRASEL. 417 divers où les assemblées se font et qu'on ne retourne pas deux fois en même lieu. Ce sont des gens qui ont passé dans les pays étran- gers, qui ont assisté eux-mêmes à ces assemblées, qui donnent cet avis. Si Noblet ou quelqu'un pouvait donner quelque moyen de trouvet les gens sur le fait, il serait bien récompensé. (2) Si l'avis se trouve véritable, il faudra sans doute faire arrêter ces gens-là'. (B. N.) CHATEAUNEUF A M. DE BESMAUS. Versailles, 8 juin 1686. Le fils de M. de Virasel ayant témoigné désirer de rendre visite à M. son père, le Roi trouve bon que vous lui permettiez de le voir quelquefois en présence d'une personne telle que vous estimerez à propos. (B. A.) SEIGNELAY A M. DE LA RETNIE. 10 juin 1686. M. le marquis de Congnée, ami de M. du Peray et qui était chargé d'en faire savoir des nouvelles de temps en temps, m'écrit, comme vous, qu'il y a quelques jours qu'il ne paraît plus ; ainsi il n'y a plus à douter qu'il ne se soit caché à dessein de se retirer, et il faut que vous mettiez quelqu'un pour le faire chercher. Le Roi a donné ordre pour faire amener Amonnet à Paris, et il y sera incessamment conduit. La femme de Crommelin présente incessamment à S. M. des placets pour la liberté de son mari; il faudrait voir s'il pourrait être mis en liberté, et s'il y aurait quelque assurance à prendre de sa conduite pour l'avenir. 15 juin 1G86. Je vous envoie les ordres pour faire transférer les demoiselles de Villarnou de la Bastille dans la maison des N. C. (A. N.) LOUVOIS A M. FOUCAULT, INTENDANT DE POITIERS. Versailles, 18 juin 1686. Je vous adresse un mémoire par lequel vous verrez les gens que M. de Gagemont, prisonnier à la Bastille, offre de donner pour cau- 1. Ce rapport fut pris en considération, et le l^r juillet suivant, le Roi édicta la peine de mort contre les ministres et contre ceux qui assistaient à leurs exercices, les galères perpétuelles contre ceux qui leur auraient donné retraite, et promit 5;500 liv. pour la capture d'un ministre. 27 418 MADAME DE LA FERTÉ CIVILLE. tion de sa personne ; je vous supplie de me mander s'ils sont assez riches pour répondre de lui. (A. G.) DESGREZ A M. DE LA REYNIE. Il y a une personne de mes bons amis qui veut présenter un pla- ce! à M. de Louvois, il doit par ce placet donner avis qu'il y a un trésorier de France qui dit cent imperlinences sur la conduite de S. M. et sur sa personne bien des médisances, entre autres sur le couvent de Saint-Cyr que madame de Maintenon établit. Cet ami m'a dit de lui donner quelque personne en qui j'aie confiance, il entendra tous ses insolents discours. Je lui ai dit de ne rien écrire, que je me donnerais l'honneur de vous en parler *. (B. N.) 22 juin 1686. LOUVOIS A SEIGNELAY. Versailles, 25 juin 1686. J'ai cru devoir vous faire ce mot pour vous donner avis que le marchand Amonnet, qui a été prisonnier à Tournay, en est parti pour être transféré à la Bastille. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 2 juillet 1686. L'on a arrêté par ordre du Roi, et conduit à la Bastille, un homme que l'on prétend avoir été le confident de Fromont, ban- quier, et avoir connaissance de toutes les malversations qu'il a commises dans les choses qu'il a gérées pour S. M., laquelle vous recommande de l'interroger au plus tôt et de me mettre en état de lui rendre compte de ce que vous aurez pu tirer de lui. Vous verrez, par la lettre ci-jointe, qu'auparavant qu'il fût entré à la Bastille, il était assez dis[)Osé à parler. (A. G.) M. DE BESMAUS A M. DE LA REYNIE. Paris, 3 juillet 1686. Le compliment que vous avez eu la bonté de m'inspirer de faire à madame de la Ferté a fait l'opération entière de sa réunion entre 1. Personne ne croyait encore à la conversion de Louis XIV; son mariage avec madame de Maintenon était un mystère; aussi madame de Montespan et ses amis répétaient-ils partout que le couvent de Saint-Cyr était un sérail préparé par les soins de la favorite actuelle pour les plaisirs du Roi. CHASTELAIN. 419 es mains du P. de Bordes, à qui, sans perdre un moment, j'ai en- voyé mon carrosse ; il s'en est retourné aussi satisfait que M. de Lamont de ses soins. Écrivez, s'il vous plaît, à M. de Seignelay ce que vous jugerez pour sa liberté : elle désire avec passion s'en aller au plus vile avec M. de Villerets joindre son époux. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, & juillet 1686. Je me suis informé par ordre du Roi de l'état des affaires de M. de Ceré, gentilhomme du Poitou, que M. de Gagemont, prison- nier à la Bastille, offre pour caution de se représenter ou de se con- vertir, et l'on m'a mandé que tout le bien de Ceré est saisi réelle- ment, de quoi je vous donne avis, afin que vous informiez M, de Gagemont que S, M. ne peut se contenter de la proposition qu'il fait pour sortir de prison. (A. G.) LA PRIEURE DE L'ANNONGIADE A M. DE LA REYNIE. Je me trouve obligée de me donner la liberté de faire savoir à votre bonté que madame de Massanes , qui a été mise par ordre de S. M. dans notre monastère depuis quelques jours, se trouvant enceinte de quelques mois, dit s'être blessée en venant dans le car- rosse et en danger d'une fausse couche, comme il lui est déjà arrivé plusieurs fois ; c'est ce qui me fait vous supplier d'y mettre ordre au plus tôt. (B. N.) 6 juillet 1686. SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. 21 juillet 1G86. Le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous empêchiez la communication que les religionnaires qui sont à la Bastille peuvent avoir ensemble, et que vous apportiez toute l'ap- plication nécessaire à cela. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 31 juillet 1686. Chastelain que vous avez fait arrêter est celui dont il est le plus parlé dans les avis qui viennent de Hollande; je vous envoie l'ordre pour le faire mettre à la Bastille. 420 MADAME DE VILLARNOU. 1er août 1686. Le Roi m'ordonne de vous envoyer le mémoire ci-joint, conte- nant la déclaration de Chastelain, au sujet de ceux qui contribuent à l'évasion des sujets de S. M. hors du royaume, et de vous dire que son intention est que vous fassiez arrêter M. Charron, marqué dans ce mémoire, Landrieux, et Lepetit et les autres qui se trou- vent leurs complices, et que vous preniez la peine de les interroger sur les choses dont ils sont accusés, et sur le commerce qu'ils avaient avec Chastelain, et de m'envoyer copie de leurs interroga- toires. (B. N.) SEIGNELA.Y AU LIEUTENANT DE ROI DU CHATEAU D ANGOULEME. 1G86. M. de Beringhen ayant fait demander au Roi la permission de se faire apprêter à manger et de disposer à sa volonté de la pension de 1,200 liv. qu'il peut prendre sur ses revenus saisis., l'intention de S. M. est que vous lui en donniez la liberté en prenant vos sû- retés pour empêcher qu'il n'ait de commerce par écrit, ni autre- ment, que par la voie de M. de la Reynie, qui lui peut adresser les lettres qu'on veut bien qu'il reçoive. (B. N.) LE PÈRE BORDES, ORATORIEN, A M. DE LA REYNIE. 8 août 1G86. N'ayant pas eu le bien de vous trouver, je prends la liberté de vous représenter que M. de la Mésangère pourrait servir utilement à la conversion de M. de Verdeille, son parent, s'il avait votre per- mission de le voir à la Bastille; comme il n'a plus que trois jours à être à Paris, il n'a pas le temps de recourir à M. de Seignelay. Vous en jugerez, et on viendra savoir votre résolution. C'était aussi le sentiment de M. l'archevêque, que madame du Breuil eût pu voir utilement madame de Viilarnou, sa sœur, et mesdemoiselles ses nièces, si vous l'eussiez jugé à propos. (B. N.) DESGREZ A M. DE LA REYNIE. Ce mot vous informera que je viens de la Bastille, et que M. de Besmaus a dit à madame de Viilarnou que M. Marchant, ci-devant ministre, était retourné en son pays; elle en St fâchée; elle veut DE GRIMPRÈ. 421 bien voir M. Desloges, frère de Marchant, et vous lui ferez plaisir de donner vos ordres qu'il prenne la peine de la venir voir. M. de Besmaus m'a dit qu'elle a écrit à son gendre de se trouver en cette ville à la fin de ce mois ou au plus (ard au commencement de sep- tembre. Il semble que voilà de bonnes dispositions que cette dame prend. Voilà deux lettres que M. de Besmaus m'a données pour vous remettre de la part de M. Testu. (B. N.) 8 août 168G. LE COMMISSAIRE DELAMARRE A M. DE LA REYNIE. 19 août 1686. Il y a deux mois que je fus averti que M. Grimpré, capitaine de grenadiers au régiment de la Reine, nouveau converti^ a fait venir sa famille de province, je crois que c'est de Poitou, et qu'il a loué une maison rue Beaujolais, proche la rue Chariot, et l'on me dit que c'était assurément dans le dessein de passer dans les pays étrangers à la première uccasion qu'il pourrait trouver; je donnai ordre de l'observer, et depuis l'on m'a donné avis qu'il avait un frère qui était aussi venu à Paris, et qui est passé pour se retirer en Hollande. M. Grimpré est à présent, avec sa compagnie, à Main- tenon ; il avait donné ordre à un homme, à Paris, de recevoir ses lettres; j'en ai intercepté une qu'on lui écrit de Liège, du 7 du présent mois d'août; l'on voit qu'elle est de son frère; elle n'est pas signée, et celui qui écrit ne le traite que de mon cher ami ; il parait qu'en effet c'est un correspondant qu'il a dans ce pays pour y faire passer des gens, et peut-être pour y passer lui-même, comme je le soupçonne ; il y avait double adresse, la première sur l'enveloppe, à l'homme de Paris seul, et la seconde sur la lettre, à M. de Grimpré ; c'est une réponse à deux lettres de M. de Grimpré. Celui qui écrit lui mande qu'il a un ami qui est un habile homme pour exploiter une banque, en ayant déjà pratiqué plusieurs de la Conséquence dont peut être celle de ces marchands; que l'affaire ne peut pas tomber en meilleures mains, que les soins et la dé- pense ne seront point négligés, que c'est un homme sage, fidèle et intrigant, qui fera plus que celui qui écrit, lequel dit qu'il ne servira que de témoin et pour faciliter la retraite. Que cet homme a de grosses recommandations auprès du gou- verneur de la ville de kur ami de Lorg.. ., lequel pourra faire passer 422 DE GRIMPRÉ. les marchandises plus vite, et sans trop de visites; que M. de Grim- pré lui fera plaisir de faire diligence; que lui qui écrit demeurera avec son ami jusqu'à ce que la marchandise soit arrivée, et qu'il fera rester tous les ballots ensemble jusqu'à ce que le dernier soit arrivé, ou qu'il ait des nouvelles de M. de Grimpré; qu'il est de retour de chez M. de F..., où il a vu M. Vany. en passant. Il lui mande de faire réponse aussitôt la présente reçue, et d'adresser sa lettre au maître de la poste pour la rendre en main propre à M. le major à Cha..., qui est la ville près la maison de Lorg... Au bas de la lettre, il met que Lorg... vient de lui écrire qu'il est de retour à sa garnison et qu'il n'a point reçu de nouvelles de lui Grimpré. Les termes de banque, marchandises et ballots, dans cette lettre, sont les chiffres ordinaires dont se servent les passeurs de gens ; il y en a déjà plusieurs autres exemples. Le nom de son ami de Lorg... se trouve dans un endroit de la lettre, tout du long de Lorgny, en interlignes; apparemment que cela est échappé par inadvertance; c'est un homme qui est dans les troupes, car il est fait mention qu'il est de retour à sa garnison, et sans doute un officier. La ville Cha... est apparemment Charleville, qui est une des der- nières places du côté de Liège. Il est fait mention dans la lettre que c'est Caylus, proche de l'ami de Lorgny; cela n'empêche peut-être pas qu'il ne soit de la garnison de la même ville, parce qu'il paraît que, lorsque la lettre a été écrite, il n'était pas à sa garnison, et peut-être était-il à quel- que lieu proche; en tout cas, sa garnison ne peut être loin de cette ville, et elle ne peut être qu'à Sedan ou Mézières. Il paraît que le major de celte ville de Cha... est en correspon- dance avec eux. Et que le gouverneur de cette ville où de Lorgny est en garni- son les traite favorablement en faveur des recommandations qu'ils ont auprès de lui. S'il vient d'autres lettres, on me les apportera. Apostille de M. de la Reynie. Envoyé à M. de Louvois, avec ma dépêche du 20 août 1686. (B. N.) DE BERINGHEN. 423 LOUVOIS A M. d'hUXELLES. Versailles, 21 août 1686. Le Roi mo commande de vous faire savoir que son intention est que vous fassiez arrêter M. de Grimpré, capitaine des grenadiers du régiment de la Reine, et je vous informerai demain, de bouche, des ordres de S. M. à son égard. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 22 août 1686. J'avais cru faire arrêter ici M. de Grimpré, capitaine des grenadiers du régiment de la Reine; mais comme il ne s'est point trouvé, je vous supplie de donner ordre à Desgrez de le faire arrêter. L'on m'a dit qu'il demeure dans la rue duHarlay, au Dauphin-d'Argent, près le Palais. Je vous envoie un placet, présenté au Roi par M. de Beringhen fils, afin que vous examiniez s'il est vrai qu'en haine de sa conver- sion son père lui fasse les mauvais traitements dont il se plaint, et que vous me mandiez ce qu'il y aurait à faire à cet égard, pour obliger son père à lui procurer un établissement. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 31 août 1686. J'ai VU les mémoires que vous m'avez envoyés sur les lettres trou- vées entre les mains de Chastelain, et le Roi a envoyé ses ordres à MM. Lebret et Delafont, intendants à Lyon et à Besançon, pour faire arrêter ceux qui se trouveront convaincus d'avoir contribué à l'évasion des nouveaux convertis, et de faire observer ceux qui en sont accusés. Pour réponse à votre mémoire, le Roi trouve bon que vous met- tiez Chastelain en liberté en faisant observer sa conduite. Le Roi veut que M. de Beringhen donne à son fils jusqu'à 2,000 liv.; s'il ne le fait pas, il faudra voir quel expédient il y aura à prendre pour l'y obliger. (B. N.) 424 DE VERTOT. SEIGNELAY A M. DE LA NOUE, LIEUTENANT DE LA BASTILLE. 31 août 1686. Le Roi a été informé que M. de Beringhen, détenu à la Bastille, écrit des lettres; il faut que vous y preniez bien garde, parce que S. M. aurait sujet de n'être pas contente de vous, si cela continuait. (B. N.) l'exempt» AUZILLON a m. de LA REYNIE. 9 septembre 1686. Cejourd'hui, nous avons arrêté, proche du Bourget, un carrosse dans lequel il y avait deux hommes, l'un desquels était vêtu d'un justaucorps rouge, qui nous a dit se nommer M. de Vertot, pre- mier chambellan de Monsieur, et qu'il allait au Bourget prendre la poste pour aller à Bruxelles avec l'homme qui était son valet de chambre; il nous a présenté un passeport du Roi, signé Colbert; ayant remarqué que le passeport était du mois de janvier, et que le signal du valet de chambre avait les cheveux noirs, et l'homme qu'il faisait passer pour son valet de chambre a les cheveux châtain clair ; môme dans le signé de M. Colbert il y a pour paraphe la grille*, qu'on n'a pas accoutumé de la mettre aux passeports ; toutes ces considérations nous ont obligé de les arrêter et de les conduire chez nous, avec un jeune homme et une vieille femme que nous avions arrêtés sur le même chemin, montés chacun sur un cheval blanc. Etant chez nous, les avons fouillés et avons scellé tous les papiers et argent de Vertot; l'homme qui passait pour son valet de chambre nous a dit qu'il se nommait Coignard, marchand de Rouen ; le jeune homme, Jean de Chabrol, de Thouars en Poitou ; la vieille femme, Jeanne Sevet, de Bersy en Poitou. (B. N.) . SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 11 septembre 1686. A l'égard de M. Vertot, chambellan de Monsieur, qui emmenait Coignard, S. M. veut que le procès leur soit fait à l'un et à l'autre, suivant les déclarations 2. (A. N.) 1. On appelait grille un paraphe en forme de grille que les secrétaires d'État ajoutaient à leur signature ordinaire. 2. Ce chambellan doit Être un parent de l'abbé de Vertot, qui faisait aussi partie de la maison de Monsieur. 11 ne faut pas oublier qu'on appelait chambullans les valets de chambre de la maison royale. GIRARDOT. 4-25 LOUVOIS A M. FAULTRIER, INTENDANT MILITAIRE. Versailles^ 12 septembre 1686. Le Roi a été informé que M. de Grimpré, capitaine des grena- diers du régiment de la Reine, a été arrêté près de Pliilippeville, et conduit dans les prisons de la ville. Comme c'est un homme qui, après avoir fait abjuration et reçu des grâces du Roi, a ensuite quitté sa compagnie sans congé pour sortir du royaume, S. M, dé- sire qu'après que son procès aura été instruit par un conseiller du parlement de Tournay, qui arrivera incessamment à Philippeville, vous le fassiez traduire, ainsi que ceux qui ont été pris avec lui à Tournay, avec telle précaution qu'il ne puisse point se sauver. (A. G.) FILHOS, DIRECTEUR DES NOUVEAUX-CATHOLIQUES, A M. DE LA REYNIE. Paris, 13 septembre 1686. Girardot, envoyé dans cette maison par ordre du Roi, s'échappa hier au soir, à neuf heures environ, pendant que je faisais la prière avec nos nouveaux catholiques. J'ai cru que je devais vous en don- ner avis aussitôt. (B. N.) LA MÈRE GARNIER, SUPÉRIEURE DES NOUVELLES-CATHOLIQUES, A M. DE LA REYNIE. 13 septembre 1686. Notre malade est en son lieu, Dieu merci, et mademoiselle Dugas avec elle. Nous l'avons mise dans un carrosse, couchée sur un ma- telas avec des oreillers pour la soutenir, d'un côté mademoiselle Dugas, et de l'autre la sœur qui était avec moi ce matin; je viens de lui envoyer du bouillon, de l'eau de poulet et de la tisane, et à dîner pour mademoiselle Dugas. Pour aujourd'hui^ cela est bien, mais, pour l'avenir comment ferons-nous? car si l'on vient à faire quérir ce qu'il leur faut, le secret, assurément, ne sera pas gardé; j'attends vos ordres pour les suivre exactement. La malade a fort bien reçu le compliment de sortie ; il semble même que ses forces sont revenues pour se mettre elle-même dans le carrosse. Je n'ai point encore vu la sœur; je crois que M. le curé de Saint-Laurent servirait à la malade plus qu'un autre; on m'a dit, depuis que j'ai eu l'honneur de vous parler, que M. Varet n'y serait pas propre ; si vous vouliez bien envoyer dire à M. de Saint-Laurent d'y venir 426 MADAME DE LA FERTÉ CIVILLE. aujourd'hui ou demain matin, cela pourrait bien faire ; il n'aurait qu'à entrer chez M. Aubert, chirurgien, devant la Croix-des-Petits- Champs, on le conduira à la chambre de la malade. C'est demain l'Exaltation de la Sainte-Croix, fôte de notre maison. M. l'abbé de Bertier nous fera l'honneur d'y prêcher; et, je crois, de chanter la grand'messe *. (B. N.) M. DE LA FERTÉ CIYILLE AU R. P. DE RONSEROLLES, SUPÉRIEUR DE l'oratoire de LA RUE SAINT-HONORÉ. Saint-Nicolas, 13 septembre 1686, Je me donnai l'honneur de vous rendre réponse hier matin, et depuis ce temps-là il est bien arrivé des choses chez moi qui me mettent au désespoir. Madame de la Ferlé a profité de douze heures de temps que j'ai été obligé d'être absent pour une affaire indispensable, et est partie en mon insu avec trois de ses filles et un petit garçon, ne m'ayant laissé que mon fils aîné, que j'avais amené avec moi. Vous voulez bien que je vous en donne avis sur- le-champ, et que je vous demande instamment votre secours en cette rencontre qui me désole. Il y a toute apparence que madame de la Ferté va droit à Paris; je ne sais pas si ce ne serait point pour aller plus loin par après; mais il sera aisé à M. de la Reynie de l'empêcher par l'autorité du Roi. Je crois, à son arrivée dans la ville, qu'elle ne peut aller loger que dans la maison de madame Le Caron, sa mère, qui est au faubourg Saint-Germain, dans la rue des Saints-Pères, vis-à-vis l'hôtel de Cossé, oii on la trouvera sûrement si elle a pris le chemin de Paris, comme il y a lieu de s'en douter; elle ne peut arriver au plus tôt que dimanche l'après-midi, ou lundi au plus lard, par la porte de Saint-Denis ou Sainl-Honoré ; elle est dans un carrosse neuf à quatre chevaux noir brûlé, et un cocher avec des livrées vertes. Il y a des armes au carrosse, dans l'écu qui est mi-parti; à droite sont les armes de ma maison, qui sont d'argent au chef d'azur chargé de deux molettes d'éperon et d'une fleur de lis d'or, et à gauche sont les armes de madame de la Ferté, qui sont d'argent à la bande d'azur chargée de fleurs de lis d'or sans nombre, le tout accompagné de deux licornes pour support, et une couronne de marquis. Le carrosse est à arçons. Vous ne sauriez plus m'obliger, aussitôt la présente reçue, d'aller 1. I^a mère Garnier a oublié de dire le nom de sa prisonnière, qui était quelque belle calviniste en couches. MADAME DE LA FERTÉ CIVILLE. 427 trouver M. de la Reynie, afin de lui donner avis de tout ce que je vous mande. Il lui sera très-facile, aux marques que je viens de donner, de faire arrêter madame de la Ferté, ou aux portes, ou à la maison où elle doit loger. Je vous prie de faire en sorte qu'il veuille bien donner cet ordre pour cela, et pour me la renvoyer ensuite avec mes enfants, et un ordre du Roi qui lui ordonne de ne point sortir de ma maison de Saint -Nicolas sans nouvel ordre, et qui m'enjoigne à moi d'y veiller et d'y prendre garde; quand cela sera de cette manière, je serai fort exact auprès d'elle et en répondrai, vous donnant bien ma parole qu'elle ne me jouera plus de pareilles escapades. Au nom de Dieu, mon révérend père, se- courez-moi en cette occasion, et me pardonnez toute la peine que je vous donne. Depuis ma lettre écrite, je vous supplie de voir ce que je dois faire. Je songe qu'en l'arrêtant aux portes, mes chevaux, mes meu- bles qu'elle peut avoir seront perdus; je vous supplie que le valet, les chevaux reviennent, et donnez quelque argent au cocher pour sa dépense, elle ne voudra rien donner, ou de renvoyer les enfants par le même carrosse, il m'est impossible de leur payer pension à Paris. Si madame de la Ferté voulait être quinze jours ou trois semaines pour s'instruire, qu'elle soit chez sa sœur, madame de Grandbonne. M. R. P., songez à tout ceci; je crains les suites; peut-être qu'elle a dessein de s'instruire mieux qu'elle l'est; il faut me renvoyer mes enfants, et que la mère soit chez madame de Grand- bonne. Je n'ai pas le temps de vous écrire plus au long; j'attends de vos nouvelles avec impatience; assurément elle va à Paris des- cendre à la maison de madame Caron, rue des Saints-Pères. J'ai écrit à M. l'intendant de Rouen. Saint-Nicolas, 24 septembre 168G. Je suis au désespoir de vous donner tant de peine pour mes aflaires. ■ J'apprends ce matin que madame de la Ferté ne doit pas arriver aujourd'hui à Paris, qu'elle va jusqu'à Villerets et qu'elle y sera un jour, et me doit renvoyer mes chevaux; je ne sais si cela est trop vrai; mais il est très-certain qu'elle sera à Paris cette semaine, qu'elle descendra dans la maison de sa mère, rue des Saints-Pères; s'il était possible vous la puissiez voir, elle m'a protesté que ce n'était que pour s'instruire encore, et qu'elle n'a pas d'autre des- sein; cependant je crains mes pauvres enfants; qu'on s'assure de 428 DE GRIMPRÉ. mes enfants, me les renvoyer dans mon carrosse et les chevaux qui l'ont amenée, ou, si cela ne se peut, les mettre chez M. de Grand- bonne. Je suis dans le dernier chagrin; j'ai des affaires ici qui me donnent de la peine, et de plus je crains qu'on ne mette mes en- fants dans des lieux oii il me faille payer leur pension, ce que je ne peux faire ; j'ai mon aîné qui est au collège ; la mère a grand tort d'en user ainsi, cela me ruine et cela fait un méchant effet. Je vous suppUe de faire les choses comme vous le trouverez à propos, au- près de M. de la Reynie. Si elle assure qu'elle a un bon dessein, j'en aurai bien de la joie; je le souhaite avec la dernière passion; cependant sa sœur Caron et les intrigues qu'elle a à Paris me don- nent des soupçons très-grands; j'écris aujourd'hui à M. le curé de Villerets pour qu'il y donne ordre et qu'il tâche de retenir les en- fants à Villerets; si elle est à Villerels et qu'elle aille avec MM. de Villerets, je crains on ne biaise en sa présence ; il vaut mieux que cela se fasse lorsqu'elle y sera arrivée. M. Villerets n'y est que d'aujourd'hui chez lui ; je ne suis pas certain de cela; elle n'arri- vera qu'un des jours de celte semaine. (B. N.) NOTE D AUZILLON. Les trois filles de M. de Villarnou, l'aînée aux Nouvelles-Catho- liques, la deuxième chez madame de Miramion, la troisième aux Filles de la Croix, au faubourg Saint-Antoine ; présentement, l'aînée et la seconde sont avec leurs tantes, à la communauté de Sainte- Agnès, proche de Saint-Eustache *. (B. N.) LOUVOIS A M. FAL'LTRIER. Maiotenon, 15 septembre 1686. Je VOUS donne avis afin que vous preniez les mesures néces- saires pour faire transférer M. de Grimpré à la Bastille, où il sera remis en exécution de l'ordre de S. M. ci-joint, faisant garder les autres personnes qui ont été arrêtées avec lui, de sorte qu'il n'en mésarrive point. (A. G.) 1. Les communautés religieuses étaient remplies de femmes de la Religion. Elles abjuraient presque toutes pour en sortir; elles craignaient les couveuts plus que les dragons, remarque l'intendant Foucault dans ses Mémoires. Cependant les demoiselles de Villarnou donnèrent l'exemple d'une constance qui mérite une éter- nelle louange, dit l'historien protestant Benoist. DE VERTOT. 429 M. DE LA REYNIE AD COMMISSAIRE DELAMARRE. 15 septembre 1686. Je VOUS envoie le passeport dont je vous ai parlé, et dont M. de Vertot a été trouvé saisi; travaillez à cet interrogatoire le plus tôt que vous pourrez. (B. N.) LOUVOIS A M. DELAHAMAYDE, PROCUREUR GÉNÉRAL. Maintenon, 15 septembre 1686. Depuis ce que je vous ai écrit à l'égard de M. de Grimpré, quia été arrêté à Philippeville, le Roi ayant jugé à propos de le faire trans- férera la Bastille pour le faire interroger, pour avoir connaissance, par ses réponses, des correspondances qu'il a eues dans les pays étrangers pour faciliter sa sortie hors du royaume, je vous en donne avis, afin que vous ne sollicitiez plus le parlement pour la dépulation d'un conseiller pour instruire son procès. (A. G.) M. DE LA REYNIE AU COMMISSAIRE DELAMARRE. 17 septembre 1686. J'ai vu l'extrait que vous m'avez envoyé de l'interrogatoire que vous avez fait à M. de Vertot ; il sera nécessaire que vous trouviez moyen de l'interroger encore une fois, soit sur ce que vous aura dit Coignard, ou sur quelqu'un des papiers que vous aurez trouvés ; mais il faut trouver moyen de lui faire entendre qu'il n'a pas dé- claré la vérité touchant le nombre des personnes qu'il a fait passer dans les pays étrangers, et le commerce qu'il a eu pour cela avec Lebrun; il faut qu'il puisse comprendre qu'on sait tout, et qu'il a eu plusieurs personnes de la Religion dans sa maison, d'où il les faisait partir pour passer dans les pays étrangers, et par mer et par terre; je sais que cela a été fait ainsi, et il lui faut dire qu'il y a eu un si grand nombre de personnes avec qui cela a été traité, et qui ont passé par ses mains, qu'il est inutile de le dissimuler, et qu'il se trouvera non-seulement convaincu à cet égard, mais que ses ré- ponses et sa déclaration feront connaître qu'il n'est pas même en- core de bonne foi; il est important de le mener, s'il est possible, à reconnaître quelque chose de la vérité sur ce point articulé. Je serai bien aise de voir les papiers, car je cherche en tous les endroits d'une certaine écriture qu'il serait important de trouver entre les mains de quelqu'un qui pût en rendre raison... (B. N.) 430 AMMONET. SEIGNELA.Y A M. DE LA REYNIE. 18 septembre 1686. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de l'homme revenu d'Hollande, après y avoir conduit une servante, et du soupçon que vous avez que la dame de la Ferlé Civille peut être une de celles qui se disposent à passer par cette voie; sur quoi S. M. m'ordonne de vous recommander de la faire chercher et de la faire arrêter, et si son mari avait quelque part à cela, il faudrait aussi le faire arrêter. t La dame de Massannes, qui est dans la maison des religieuses de l'Annonciade céleste, étant enceinte, je vous prie de me man- der où vous croyez qu'on la puisse faire mettre, ne pouvant pas rester plus longtemps dans ce couvent. On sait que la demoiselle de Menou, parente de M. de Beringhen, se tient cachée à Paris, par la crainte qu'elle a, à ce qu'on dit, d'offenser Dieu en embrassant laR. C. Il faut tâcher de découvrir où elle peut être, et la faire arrêter et mettre dans un couvent. La dame de Yillarnou, qui est à la Bastille, ayant fait entendre que si elle était dans un couvent elle ferait plus de progrès pour son instruction, je vous prie de me mander si vous croyez qu'il convienne de la mettre dans une communauté, et où il serait à pro- pos de la mettre. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA NOUE. 18 septembre 1686. Le Roi veut bien que madame la marquise de Langey voie son mari ; mais S. M. ne veut pas qu'elle couche à la Bastille. Il faut que vous empêchiez M. de Sainte-Hermine de voir aucun nouveau catholique, hors M. de Sainte-Hermine son frère, étant nécessaire qu'il n'ait commerce qu'avec d'anciens catholiques. (A. N.) M. AMMONET A SEIGNELAY. J'ai VU M. Chardon, par la permission que vous m'avez donnée, qui m'a dit les supplications qu'il avait eu l'honneur de vous faire pour une pauvre désolée famille. Ce n'est pas moi qui vous de- mande ma liberté; puisque je suis si coupable, il est juste que je souffre pour la punition de mes crimes; mais ayez compassion DE CAHAXEL. 431 d'une pauvre femme infirme et malade, et qui depuis onze mois en a été déjà plus de huit enfermée dans les prisons, et de quatre pauvres orphelines qui soupirent sans cesse après leur mère ; dont la mère et les enfants n'ont en ceci d'autre péché que l'im- prudence d'un père et d'un époux, et qui seul doit en être la victime. Dieu sera le rémunérateur de votre charité, qui ne peut s'étendre sur de plus tristes objets, et pardonnez à la liberté que je prends. (B.N.) De la Bastille^ 20 septembre 1686. M. DE LA REYNIE A M. DELAMARRE. 23 septembre 1686. Envoyez-moi dès aujourd'hui les minutes des interrogatoires de M. de Vertot et de Goignard, avec le passeport que vous avez re- présenté, afin que, suivant la minute, M. le procureur du Roi mette dès aujourd'hui des conclusions pour les faire arrêter et recom- mander, car on croit chez lui qu'il reviendra ce soir de la cam- pagne, et demain de grand matin je ferai transférer les prisonniers. (B. N.) MÉMOIRE AU ROI. M. de Gahanel, natif de Saint-Lô en Basse-Normandie, de la R. P., fut arrêté, au mois d'octobre dernier, chez un de ses amis, à uue lieue de la mer, comme s'il avait voulu sortir du royaume. 11 est constant qu'il avait des affaires à régler avec le curé, au sujet d'un procès qu'ils avaient poursuivi en commun; et en effet, lorsqu'il fut arrêté, on lui trouva un compte signé et seulement douze écus d'argent; cependant il faut demeurer d'accord que, s'il avait eu occasion de passer, il n'y aurait pas manqué dans la suite. Tous ses biens furent aussitôt saisis par les juges de Saint-Lô. Il n'y a pas eu moyen de le persuader de changer de sentiment, quelque soin qu'on ait eu de le vouloir faire instruire, et c'est peut-être un des plus opiniâtres huguenots du royaume; mais il est constant qu'il est d'ailleurs un parfait honnête homme, à la tête d'une grande famille qu'il a toujours conduite comme il a voulu. Gomme c'est un homme d'esprit, on croit qu'il ne s'obstine 432 DE CAHANEL. dans sa religion que parce que, dans les provinces, il se trouve peu de gens capables de ménager et d'instruire des gens prévenus et qui ont vieilli dans une religion qu'ils croient bonne, et que d'ail- leurs il a été traité jusqu'ici avec beaucoup de rigueur. En effet, après avoir essuyé de grandes maladies dans les prisons de Coutances, il a été condamné, par les juges du bailliage de ce lieu, à une prison perpétuelle et en 100 liv. d'amende. Par un autre jugement de l'amirauté, il a été aussi condamné à une prison perpétuelle, en 200 liv. d'amende et tous ses biens confisqués. Madame de Gahanel, sa femme, et deux de ses filles firent réu- nion après avoir essuyé une garnison de quarante personnes pen- dant six semaines, et une autre de quatre-vingt-dix-neuf cuiras- siers, qui firent un dégât extraordinaire de tout ce qu'ils trouvèrent dans la maison et sur les terres. Depuis sa réunion, elle demanda d'être mise en possession d'une de ses terres pour subsister; elle lui fut accordée, ensuite de quoi elle la fit ensemencer et fit beaucoup de irais pour la mettre en valeur; mais les mêmes juges qui la lui avaient accordée la lui re- tirèrent aussitôt et l'ont laissée sans aucuns biens, sans avoir pu obtenir pendant un an qu'une provision de 100 écus, dont la pour- suite lui a coûté plus de 200 liv. de frais, quoiqu'il y ait dans sa maison 4,000 liv. de rente, en sorte qu'elle a été obligée de vendre sa vaisselle d'argent et tout ce qu'elle avait de nippes pour faire subsister sa famille, qu'elle a été obligée de disperser depuis chez les uns et les autres de ses parents. M. de Gahanel est à présent à Rouen, par appel. Si on le faisait transférer à la Bastille, sa famille, dans laquelle il y a de bons ca- tholiques établis dans ce pays-ci depuis longtemps, espérerait qu'en lui faisant voir des personnes éclairées et instruites, et le fai- sant traiter plus doucement qu'on n'a fait jusqu'ici, ils le persua- deraient de changer de sentiment. La femme de M. de Gahanel, quatre filles et un fils osent de- mander cette grâce à S. M., et qu'elle aura la bonté de les faire jouir des biens de M. de Gahanel pour les aider à se remettre de toutes les pertes qu'ils ont souffertes. Une circonstance qui fera connaître que M. de Gahanel n'avait pas eu dessein de se retirer, c'est que, la veille de son départ, il avait payé 800 liv. à l'Ilôlel-Dieu de Saint-Lô. (B. N.) VERTOT. 433 SEIGNELAV A M. DE LA REYNIE. 22 septembre 1686. J'ai rendu compte au Roi de tout ce que vous m'avez écrit au sujet de M. Vertot, et S. M. m'a ordonné de vous dire que son in- tention est qu'on lui fasse son procès suivant les ordonnances, cet homme ne méritant aucune considération. J'ai aussi rendu compte à S. M. de ce qui s'est passé au sujet de l'avis venu par M. l'archevêque, qu'il s'assemble des gens de la Religion du côté de Saint- Mandé, et je puis vous assurer que S. M. est sur cela dans des sentiments à votre égard tels que vous les pouvez désirer. Je vous envoie l'ordre pour faire transférer à la Bastille M. de Cahancl, ainsi que vous l'avez proposé, et j'expédierai une ordon- nance de 200 écus de gratification pour sa femme, qui vous sera remise entre les mains, afin qu'il vous plaise lui faire tenir cette somme. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA BRIFFE, INTENDANT DE ROUEN. 22 septembre 1686. On a arrêté à Paris M. Vertot, ci-devant chambellan de Monsieur, qui avait dessein de conduire hors du royaume Coignard, mar- chand de Rouen, qui a sa femme et ses enfants en Hollande. Je vous prie de vous informer de la conduite de ce marchand et de me mander ce que vous en apprendrez. Par l'interrogatoire de Vertot, il paraît qu'il était en commerce avec E. Péraire, agent de change à Rouen, logé rue Herbière, pour faire sortir les religionnaires hors du royaume, et il nomme, entre autres, Tranchepain, avec lequel il avait négocié pour sa sortie, et ils étaient convenus de 500 pisloles qu'ils devaient partager en- semble; sur quoi S. M. m'ordonne de vous écrire de faire arrêter Péraire, de l'interroger sur ce commerce et de m'envoyer son in- terrogatoire. S. M. voulant, pour des considérations, faire transférer à la Bas- tille de Gahanel, de Saint-Lô, prisonnier à, Rouen, qui est accusé d'avoir voulu sortir du royaume, je vous envoie les ordres néces- saires pour cela, et vous les ferez, s'il vous plaît, exécuter avec le moins de frais qu'il se pourra. (A. N.) 28 i3i MADAME DE LA FERTÉ CIVILLE. SEIGNELAY AU GÉNÉRAL DE l'ORATOIRE. 25 septembre 1G86. J'ai expédié un ordre du Roi pour permettre à M. de Sainte- Hermine de sortir de votre maison et d'y rentrer toutes les fois qu'il s'y présentera; mais comme cet ordre ne lui a été accordé qu'à condition de s'y rendre tous les soirs, il est nécessaire que vous lui expliquiez, s'il vous plaît, sur cela, les intentions de S. M., aûn qu'il s'y conforme. (A. N.) M. DE LA FERTÉ-CIVILLE A SA FEMME. Saint-Nicolas, 25 septembre 1C86. Si vous aviez suivi mon avis, vous ne seriez pas tombée dans le malheur où vous êtes, d'être ainsi arrêtée et mes pauvres enfants. Que de peines et de dépenses à tout cela, et môme l'on me croit consentant de votre départ. Il y allait avoir des ordres pour m'ar- rôter et me faire la dernière peine, à ma personne et à mes biens. 11 me semble, rien ne vous obligeait à cela. Vous êtes assez affligée; je ne peux vous dire tout ce que je pense et ce que je sais là-dessus. "Voilà qui est fait; songez à votre repos, au nom de Dieu, je vous en conjure; l'on aura pitié de vous si vous faites les choses de bonne foi, et si l'aviez fait du commencement, vos affaires et les miennes iraient mieux. Je vous prie de m'écrire si cela vous est permis; je ne doute pas que vous ne me reprochiez que c'est moi qui suis la cause que vous étiez arrêtée; il ne faut pas le trouver mauvais, tout le monde ne me blâmera pas d'en avoir donné avis. Je vous prie, ne me souhaitez pas de mal de cela; je ne l'ai fait que par un bon motif, et mes enfants que j'aime beaucoup. Je trouvais très -mauvais d'être partie ainsi sans en avoir donné le pouvoir* Je suis au désespoir de ne pouvoir aller à Paris, mes affaires ne me le permettent pas, et de plus je suis assuré que je ne pourrai rien faire encore; il faut prendre patience; pour ce que vous pouvez avoir, qu'il ne soit pas perdu, mettez-le à quelque endroit sur le carrosse* M. l'abbé d'Argouges le fera serrer le panier, si voulez bien que ce soit chez lui. Le pauvre de Rame vous plaint à chaque moment; il se porte bien; donnez-moi de vos nouvelles. Je vous prie, embrassez mes enfants pour moi; le pauvre Pierrot, je ne sais où il est; s'il est aux Nouveaux-Catholiques, il sera très-mal. Je MADAME UE [,A FERTÉ CIVILLE. 435 prie Dieu qu'il vous donne les consolations nécessaires, et que vous suiviez le conseil d'honnêtes personnes vous verrez qui n'ont pas d'autre intérêt que voire bien et votre repos; n'abondez pas tant à voire sens, vous ne vous rendez jamais à aucune raison, quelque bonne qu'elle soit. En fait de religion, il n'est rien de plus facile que de soutenir le contraire, pour peu qu'on n'ajoute pas de foi aux mystères. J'ai compassion de votre état; je souhaiterais vous pouvoir en délivrer. A Dieu, priez-le qu'il vous donne les forces et les consolations qui vous sont les plus nécessaires. Je suis entièrement à vous. (B. N.) StlGNELAY A M. DE LA UEYNIi;. 29 septembre 168G. J'ai rendu compte au Iloi de ce que vous m'avez écrit concer- nant la dame de la Ferté-Civille. S. M. veut que son procès lui soit fait suivant les dernières déclarations, et à l'égard de ses enfants, elle approuve que vous fassiez mettre les garçons au collège et que les filles restent aux Nouvelles-Calholiques. (A.. N.) 10 octobre 168G. S. M. veut bien que le procès ne soit pas fait à la dame de la Ferté-Civille, mais il faut la mettre dans un couvent où elle soit en sûreté, et je vous envoie l'ordre pour cela. (B. N.) MADAME DE LA FERTÉ-CIVILLE A M. DE LA REYxME. Comme je ne reçois aucune réponse depuis l'interrogation qu'on m'a faite, et que je me porte plus mal de jour en jour, je prends la liberté de vous supplier très-humblement d'avoir la bonté de me faire savoir ce qui a été ordonné sur mon sujet. Si je ne me portais mal tous les jours, en sorte que sans une grande peine et danger même je ne puis demeurer enfermée, j'aurais patience; mais mon mal ne me permet pas d'attendre. Ayez donc la bonté, je vous en supplie, d'obtenir ma liberté, et si, malgré ma déposi- tion, on se méfie de moi, je donnerai telle caution que l'on voudra, au moins j'espère bien en trouver, j'ai une sœur et un beau-frère a Paris, et je pourrais encore trouver d'autjes amis; je n'ai man- qué, au reste, à rien de ce que j'ai promis en faisant ma réunion, et si je pouvais avoir l'honneur de vous voir, vous verriez combien plus je suis malheureuse et non coupable. Je vous ferais voir les raisons qui ont obligé apparemment mon mari i en user ainsi. 436 VERTOT. Enfin la bonté que vous avez eue autrefois en vous intéressant à mes peines, me fait espérer que vous regarderez en compassion le triste état où je suis; privée et séparée de mes enfants, éloignée et accusée par un mari dont il ne m'est permis d'avoir aucune nou- velle, et malade sans assistance ni secours, jugez si j'ai tort de de- mander grâce et secours, et si je ne dois pas l'attendre d'une per- sonne bonne et charitable comme vous êtes, puisque vous êtes en pouvoir d'accorder la liberté de celle qui est avec respect, etc. (B. N.) LOUYOIS A L'ARCniiVÈQUE DE REIMS. Fontainebleau, 20 octobre 1686. Il me paraît, par le mémoire que vous a envoyé le curé de Sedan, des gens qui y sont en prison pour la Religion, que ce sont tous gens qui, après avoir fait abjuration, ont été pris voulant sortir du royaume. S. M. a résolu de n'accorder aucune grâce à ceux qui sont tombés en cette faute ; vous me direz qu'elle n'en a pas usé de même à l'égard de M. de Haultcharmoy, mais en même temps que S. M. voulut bien lui accorder sa grâce et à M. de Grimpré, elle résolut de n'en plus faire de pareilles. M. de Grimpré est celui dont vous me demandez les nouvelles; il doit arriver au premier jour à la Bastille, où, après quelque temps de séjour, je suis per- suadé que S. M. le renverra à sa charge. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Fontainebleau; 26 octobre 1686. Le Roi ne voulant pas que le procès soit continué contre Vertot, je vous envoie l'ordre de S. M. pour le faire traduire à la Bastille '. A l'égard de Coignard, je donne l'ordre de le faire traduire au Vieux-Palais de Rouen, et vous pouvez lui dire qu'il sera mis en liberté aussitôt qu'il aura fait revenir sa femme et ses enfants. On propose, par le mémoire ci-joint, de faire faire abjuration à M. de Saint-Jean- et de le remettre entre les mains du lieutenant général de la prévôté de Langres, qui s'y en retourne, pour le re- 1. On voulait par là éviter le scandale d'une condamnation qui aurait appris au public qu'un domestique de Monsieur se mêlait de favoriser la fuite des protestants. 2. N. Seigneur de Saint-Jcan-de-Vedas, près de Montpellier; il avait tenu un proche dans son cliàteau après la démolition du temple de Montpellier. BECK. 437 mettre avec sa famille. Mandez-moi, s'il vous plaît, si on peut en user de cette manière. (B. N.) Fontainebleau, 6 novembre 1686. Je vous envoie les ordres du Roi pour faire mettre à la Bastille MM. de Saint-Jean et la Melon. S. M. a donné ordre de faire accommoder des logements dans deux ou trois châteaux, pour mettre les religionnaires opiniâtres qui embarrassent h Paris. A l'égard de Beck, qui se dit résident de Brandebourg, cet homme n'a aucun caractère, et S. M. veut que vous îe fassiez sortir du royaume, suivant Tordre que je vous envoie. 8 novembre 1686. Le Roi ayant été informé que M. de Jandun, gendre de M. Dauger, gouverneur de Mézières, est à Paris avec sa femme, dans le des- sein de sortir du royaume, S. M. m'ordonne de vous dire que son intention est que vous le fassiez arrêter et mettre à la Bastille. M. de Jandun logeait à la Ville-de-Montpellier, rue de Seine, et de- vait changer de logis ; sa femme doit être arrivée à Paris depuis peu. M. de la Noue ayant fait arrêter la Garnier, sa fille et deux sol- dats, à cause de l'évasion de la Vion, il m'a mandé depuis que la lille du jardinier, qu'il a aussi fait arrêter, est seule coupable, ainsi que vous le verrez par la déclaration de cette fille qu'il m'a envoyée. Je vous prie de voir ce qu'il y a à faire sur cela, soit pour ' faire punir les coupables, soit pour faire mettre en liberté ceux qui ne le sont pas. 15 novembre 1686. Je vous ai envoyé, il y a quelques jours, un ordre du Roi pour faire sortir de Paris un certain Beck, et comme S. M. a depuis ap- pris de plus grandes particularités de la mauvaise conduite de cet homme, elle m'a ordonné de vous en envoyer un autre pour le faire mettre à la Bastille, et il est nécessaire que vous le fassiez • exécuter aussitôt que vous l'aurez reçu, en cas qu'il soit encore à Paris; mais s'il en était sorti, il faudra, s'il vous plaît, que vous preniez la peine de vous informer de la route qu'il aura prise, et que vous me le fassiez savoir, afin que je. puisse envoyer après. J'attendrai votre réponse sur cela pour en rendre compte à S. M, Je vous envoie les ordres du Roi pour faire retenir à la Bastille la femme de Beck, y faire revenir la demoiselle Brunier, et per- mettre h madame de Beringhen de voir une fois son mari. (A. N.) m FEMME VION. SKIGNELAY A M. Di: BESMAU?. 18 novembre 1G8G. Vous pouvez permettre à M. le cure de Saint-Germaiu-l'Auxer- rois, à l'abbé Brueys ^ et à MM, Pougel et Fagis de voir le sieur Saint-Jean de Vedas lorsqu'ils se présenteront. (A. N.) M. DE BESMAUS A SKIGNELAY. Paris, 23 novembre 1686. J'ai appris avec un sensible chagrin l'évasion de la demoiselle Vion, du sot voyage qu'il m'a fallu faire à Dieppe, et j'ai trouvé en arrivant ici que le lieutenant de la Bastille n'avait pas exécuté l'ordre que je lui avais donné en partant pour les eaux, de la re- mettre dans le donjon de la Bastille, dans la chambre qu'occupait M. de Gagemont, où la sûreté était entière, et pour cet effet je l'avais retirée du lieu où, suivant l'ordre du Roi, je l'avais mise à kl ville pour m'en assurer sans inquiétude, ne doutant pas qu'elle ne fît tous ses efforts pour s'évader, impénétrable et maligne comme je l'avais fort étudiée, et par le bon conseil de M. de la Reynie, que je suis exactement en tout ce qui se passe à la Bas- tille, croyant ne pouvoir mieux faire; je n'ai pas été obéi, quels ordres que j'aie donnés au lieutenant; si je pouvais garder seul la Bastille^ je ne demanderais aucune grâce ni quartier; ayez donc, s'il vous plaît, la bonté que le lieutenant et deux officiers que je lui donne pour le soulager, quoiqu'ils ne soient pas sur l'état du Roi, se justifient s'ils peuvent de leur conduite et de leur négli- gence, dont je suis si pénétré de douleur que je ne saurais jamais m'en consoler; il m'assure qu'il vous a donné avis de tout ce qui s'y est passé, et que vous aviez approuvé qu'il ait arrêté ceux qu'il estime avoir participé à cette évasion, et que M. de la Reynie at- tendait les ordres du Roi pour examiner toutes choses; cela m'oblige, par le respect que je dois à la connaissance que vous avez de tout, à ne l'interdire pas, et les mettre tous trois en arrêt, comme ils le méritent, mais je vous demande en grâce que tout soit exactement examiné et puni, et moi le premier s'il y a rien de 1. C'est l'abbé Brueys, le collaborateur de Palaprat; il avait été protestant, mais Bossuet le convertit. Il entra dans les ordres et devint d'abord un bénéficier des mieux rentes. Il écrivit plusieurs ouvrages pour justifier la révocation de l'édit de Nantes, et ce ne fut que plus tard qu'il se fit auteur comique. DE CAHAKEL. 439 ma faute, vous proteslant qu'il y a trois ou quatre années que je ue fais que languir de ne pouvoir remédier aux divers accidents qui surviennent, quoique je fasse tous mes efforts pour les prévenir. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 24 novembre ÎG86. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de la lettre que M. de Grim- pré, prisonnier à la Bastille, m'a écrite, S, M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle trouve bon que vous lui permettiez d'écrire à sa femme et d'en recevoir des réponses, pourvu que vous voyiez les lettres de l'un et de l'autre. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE . 25 novembre 1686. Je vous envoie l'ordre du Roi pour faire recevoir à la Bastille la Vanderbourg. 28 novembre 1686. Le Roi veut bien faire mettre en liberté Beck et sa femme, et j'ai chargé un officier de les accompagner à quinze lieues de Paris. 2 décembre 1686, Je vous envoie un ordre pour faire mettre à l'hôpital général la négresse qui a été trouvée avec la Vanderbourg, d'où on pourrait la faire passer aux îles. Beck peut prendre la voie d'un bateau pour descendre à Rouen, et s'il ne peut à présent entreprendre ce voyage, il faut le laisser à la Bastille jusqu'à ce qu'il soit en état de partir. Je vous prie de me mander pourquoi le Tessier de la Guindon- nière a été mis à la Bastille. (A. N.) LABBÉ VARET A M. DE LA REYNIE. 2 décembre 1686. J'attends votre ordre pour madame de Beringhen. J'y puis aller aujourd'hui; ayez la bonté de me marquer comme vous souhaitez que j'agisse, et je le ferai le plus ponctuellement que je pourrai. AposiiUo (le M. de la Reynie. Remis l'ordre du Roi à Desgrez le 2 décembre. (B. N.) 440 DE GRIMPRÉ. LOUYOIS A M. DE LA HEYNIE. Versailles, 5 décembre 168G. J'a reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, de la- quelle ayant rendu compte au Roi, S. M. a résolu de faire mettre à la Bastille M. de la Coudrière, gentilhomme de Poitou, nouveau converti, qui est à Paris, accusé de faire passer des religionnaires hors du royaume, et je vous adresse l'ordre de S. M. nécessaire pour le faire arrêter et remettre à la Bastille. (A. G.) M. DE VARENNES A M. DE LA REYNIE. Mgr de Meaux' me fait espérer qu'il se donnera la peine de voir demain matin M. de Cahanel; je vous supplie très-humblement d'avoir la bonté de donner les ordres nécessaires, afin qu'il puisse voir le prisonnier dans l'appartement de M. le gouverneur; je prends aussi la liberté de vous envoyer le mémoire ci-joint pour mademoiselle de Cahanel; comme elle est chargée d'une grosse famille et qu'elle ne jouit d'aucune partie de son bien, elle a be- soin que S. M. ait la bonté de lui accorder la grâce qu'elle de- mande. Vous avez entré dans les intérêts de cette famille d'une manière si obligeante et avec tant de charité, que j'espère que vous voudrez bien lui continuer vos bontés. (B. N.) Ce jeudi au soir, 12 décembre 1G86, LOUYOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 17 décembre 1G8l;. Le Roi trouve bon que vous mettiez madame de Grimpré avec son mari, et que vous donniez à M. de Grimpré la liberté de la cour, et que vous lui permettiez de voir les gens qu'il jugera <\ propos de faire venir à la Bastille pour son entière instruction. 26 décembre 1686. Ce mot n'est que pour accompagner la lettre du Roi ci-jointe, par laquelle S. M. vous ordonne de mettre en liberté les sieur et dame de Grimpré. (A. G.) AVIS. M. Aufrère, un des vingt-quatre anciens de Charcnton, qui a été 1. Jacques-Bénigne Bossuet, évêqiie de Meaux, mort en 1704, à 77 ans. COIGNARD. 441 exilé, doit venir, et on a envoyé pour l'aller quérir. II a donné sa maison, où il habite à Paris, à un ancien catholique, qui, sous pré- texte d'avoir des malades chez lui, retire des gens de la Religion, et quand on vient à visiter chez lui, il dit que ce sont des filles de joie qui ont du mal. Ces gens-là lui donnent une pistole par jour; il y a une fille ici qui y a été dix jours, et qui lui a donné dix pis- toles; les guides les vont prendre dans celte maison. (B. N.) Décembre 1686. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. l\ janvier 1G87. Pour la dame de la Ferté-Civille, il est juste de l'ùter du couvent de l'Assomption en l'état auquel elle est; mandez-moi où vous croyez qu'il convient de la mettre. 9 janvier 1687. S. M. veut que vous fassiez payer la pension des enfants de M. de la Ferlé-Civille sur les biens de leur père, et celle de la de- moiselle de Saint-Surin, qui est au couvent de Popincourt, sur les biens de ses père et mère. (B. N.) SEIGNELAY A M. FEYDEAU DE BROU, INTENDANT DE ROUEN. Versailles, 19 janvier 1687, M, Goignard, marchand, prisonnier au Vieux-Palais de Rouen, ayant demandé d'être mis en liberté en donnant pour caution un conseiller au parlement de Rouen, son cousin, le Roi m'ordonne de vous écrire qu'après que vous aurez examiné si cette caution est suffisante, vous ayez à la recevoir et à faire mettre Goignard en liberté, suivant l'ordre que je vous envoie à cet effet. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 23 janvier 1C87. J'ai expédié des ordres pour envoyer dans des châteaux et dans des abbayes ceux que vous avez marques par vos mémoires y de- voir être envoyés, et je vous en envoie pour tirer la dame Mallct de la Bastille lorsqu'elle aura fait abjuration, et pour en tirer aussi la Melon et la mettre, ainsi que vous le proposez, dans les prisons 442 MADAME DE LA FERTÉ CIVILLE. ordinaires le temps que vous le jugerez à propos. A l'égard de J. Lemaistre, vous pouvez la faire mettre aux Nouvelles-Catho- liques. (A. N.) SEIGNELAY A M. d'AUTICUAMP, COMMANDANT DU CHATEAU d'ANGERS. 23 janvier 1C87. Jeanne Brochon et Vanderbourgsont coupables d'avoir contribué îi l'évasion des sujets de S. M. hors du royaume; ainsi, en quelque disposition qu'elles se trouvent, elles doivent être gardées soigneu- sement jusqu'à nouvel ordre. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 7 février 1C87. S. M. trouve bon qu'on remette la dame de la Fertc-Civille entre les mains de ceux que son mari indiquera, en prenant les sûretés que vous estimerez nécessaires. A l'égard des pensions de ses enfants, j'en ai ci-devant écrit à l'intendant de Rouen, qui me mande qu'on ne les y connaît point; il faudra découvrir s'il y en a. 13 février 1087. Le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous fassiez sortir madame de la Ferlé-Civille du couvent de l'Assomp- tion, et que vous cherchiez un endroit où la mettre pour y accou- cher, auquel vous la donnerez en garde ;\ deux archers qui seront payés aux dépens de M. de la Ferté-Civille jusqu'à ce qu'elle ait fait sa réunion ou qu'elle puisse être remise dans un couvent. (B. N.) MADAME DE LA FERTÉ CIVILLE A M. DE LA REYNIE. 25 février 1C87. J'ai l'honneur de voir M. le curé de Saint-Etienne, qui juge à propos que je prenne la liberté de vous écrire la résolution que Dieu me permet de prendre ; si vous voulez bien avoir quelque bonté pour moi et quelque indulgence pour ma faiblesse, jamais je ne me suis senti moins d'opposition pour l'Église catholique, et je me soumets à la suivre, si vous faites la grâce de permettre à ma chère mère de me venir quérir pour me mener à la messe à l'église de l'Assomption, où son exemple, ses bonnes instructions MADAME DE LA FERTÉ CIVILISE. 443 et les saintes prières des religieuses me feront obtenir, j'espère, les grâces dont j'ai besoin, et où j'ai dessein de joindre mes vœux les plus ardents pour que rien ne se fasse que pour la gloire de mon Dieu et le salut de mon âme. Après cela, je vous supplierai de m'accorder de retourner avec ma mère, dans sa maison, afin d'g- voir plus de commodité pour l'état oîj je suis, je n'attends que l'heure d'accoucher, étant extraordinairement incommodée, outre que ma mère est plus propre que personne à me fortifier et à m'é- difier dans les sentiments de l'Église, puisque c'est elle qui a le plus contribué à me faire entrer dans ceux où je suis. Si cependant vous y avez toujours de la répugnance , je me sou- mets à n'être pas chez elle, et à aller dans une maison libre, où je serais avec M. de la Ferté, qui répondra toujours de moi; mais, si vous avez un peu de bonté pour moi, ma consolation et ma commodité seraient d'être avec ma mère aussi à la veille peut-être de mourir en mon état. Je vous supplie très-humble- ment de me permettre de voir mes chers enfants, et de me donner l'espérance de les avoir bientôt avec moi entièrement, car enfin, si on n'a cette indulgence pour moi qui suis assez faible pour m'éloigner de l'Eglise par ses peines, je craindrais que, voyant toujours mes enfants retenus et séparés de moi, je ne retombasse dans mes difficultés; et pourquoi ne m'accorderiez-vous pas cette grâce? ne dois-jepas, pour faire entièrement mon devoir, instruire mes enfants moi-mônie? leurs petits exemples même me soutien- dront ; accordez cela à ma tendresse maternelle, et que je goûte après tant de maux un éternel repos. Souvenez-vous que si je ne fusse véritable, si j'avais pu me résoudre de promettre la moitié de ce que je promets, je serais en liberté, qu'au moins on me le disait; mais je n'ai su parler contre ma conscience, et je ne souffre que pour ne vouloir pas cacher mes sentiments ; le couvent où j'é- tais et plusieurs pères seront mes témoins, et l'avenir vous fera connaître que j'aime Dieu, le repos de ma conscience, et que je ne suis pas capable de vous dire ceci si je ne le pensais. (B. N.) SEIGNKLAV A M. DE LA REYNIK. 11 mars 1G87. Je vous ai déjà écrit au sujet de madame de la Fcrtc Civille qui m'envoie des mémoires pour demander d'être mise chez sa mère, 444 MADAME DE LA PERTE CIVILLE. parlant comme si elle avait fait sa réunion ; je vous prie de me mander ce qui en est, et ce que vous jugez qu'il y ait à faire à son égard. (B. N.) SEIGNELAY A l'ÉVÊQUE d'aNGERS. 12 mars 1G87. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire au sujet des femmes qui sont au château d'Angers ; Vanderbourg et Brochon ne sont pas seulement coupables d'opiniâtreté, ce sont deux femmes qui se mêlaient de faire pa^^ser les autres religion- naires hors du royaume, et il est nécessaire qu'elles soient en lieu de sûreté ; à l'égard des trois autres, aussitôt qu'elles auront fait leur réunion, elles seront mises en liberté. (B. N.) LE MÊME A M. D'AUTICHAMP, COMMANDANT DU CHATEAU D'ANGERS. 12 mars 1687. M. l'évoque d'Angers m'a écrit comme vous, que Vanderbourg et Brochon ont fait abjuration, mais comme ces deux femmes ne sont pas arrêtées seulement pour fait de religion, mais pour avoir fait passer des religionnaires hors du royaume, il faut les garder soigneusement jusqu'à nouvel ordre; à l'égard des trois autres, si elles font abjuration, je vous enverrai les ordres pour les faire mettre en liberté. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Ih mars 1687. Le Roi veut bien que vous fassiez lever la garnison que vous avez fait mettre dans la maison oii loge la dame de la Ferté Civille, et j'ai pris parole de son mari qu'elle ne sortira pas du royaume. M. le baron de Marcé demande permission de voir la dame de Beringhen, sa fille, qui est aux Filles du Saint-Sacrement, et M. de Beringhen, son gendre, qui est à la Bastille; je vous prie de me mander s'il fait son devoir de catholique. 18 avril 1687. M. de la Ferté Civille demande que ses cinq enfants, ses deux sœurs et ses deux nièces qui sont dispersés en diverses maisons lui soient rendus, parce que les pensions qu'il est obligé de payer MADAME DE BERINGHEN. 445 pour eux le ruinent; je vous prie de me mander ce que vous esti- merez qu'on puisse faire pour lui h cet égard. 0 mai 1687. Je vous envoie des ordres pour faire mettre à Saint-Martin-des- Champs M. de Virasel qui est à la Bastille. (A. N.) LOUYOIS A M. FOUCAULT, INTENDANT DE l'OITIERS. Châlons, 11 mai 1687. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de ce que vous me mandez de la mauvaise conduite que tiennent MM. de Gagemont, gentil- homme de Poitou, et Choisy, capitaine du château de Chefbou- tonne, nouveaux convertis, S. M. m'a commandé de vous adresser les ordres ci-joints pour les faire arrêter et recevoir dans le château de Pierre-en-Cise, où elle désire que vous les fassiez conduire sûrement à leurs dépens. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 13 juia 1687. Je VOUS envoie un ordre du Roi pour faire mettre madame de Beringhen dans un autre couvent. La mère Garnier, qui savait le peu de progrès qu'elle faisait au couvent des Filles du Saint-Sacrement, m'avait fait dire qu'elle avait une chambre propre pour elle, et qu'elle espérait réussira sa conversion ; ainsi je crois que nous ne pourrions mieux faire que de la mettre dans cette maison; je vous envoie cependant un ordre en blanc pour en disposer ainsi que vous le jugerez le plus à propos. (B. X.) NOTE DE DESGREZ. La dame de Beringhen, arrêtée le 16 mars 16.^.6, et menée au couvent des Filles du Saint-Sacrement, rue Saint-Louis au Marais du Temple, et le 10 juin 1687, j'ai transféré la dame de Beringhen du susdit couvent en celui des Nouvelles-Catholiques. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA FERTÉ CIVILLE. Versailles, 25 juin 1C87. Le Roi a été informé que madame votre femme, qui est à Paris, cherche les moyens de passer en Hollande ; sur quoi S. M., qui a de 446 MADAME CARON. la considération pour vous, m'ordonne de vous dire que son inten- tion est que vous la fassiez revenir près de vous pour empêcher les suites de son mauvais dessein, qui ne pourraient en attirer que de très-fâcheuses pour le repos de votre famille. (B. N.) SEIGNELAY A M. D'::: LA RKVNII::, 25 juin 1087. Aufrère, ci-devant procureur au Chàlelet, qui a fait sa réunion après avoir été relégué longtemps à Ghâteaudun, demande permis- sion d'aller en Hollande pour tâcher d'obliger ses enfants qu'il y avait envoyés avant sa conversion de repasser en France, et il oft're pour sûreté de son retour ses biens qu'il fait monter à 40,000 liv.; sur quoi S. M. veut que vous examiniez si les sûretés qu'il donne sont suffisantes, et si elle peut sans inconvénient lui accorder celte permission. La dame de Beringhen, qui est aux Nouvelles-Catholiques, a près d'elle une femme de chambre qui est un obstacle à sa conversion ; le Roi veut non-seulement qu'on la lui ôte, mais que vous fassiez en- fermer cette femme de chambre où vous jugerez le plus à propos. 26 juin 1087. Je vous prie de me mander si madame Caron fait son devoir de catholique, le Roi voulant être informé de sa conduite avant de lui faire payer sa pension. La dame de la Ferté Civille se plaint de ce que vous avez fait conduire ses enfants à R,ouen, quoique S. M. ait eu l'intention qu'ils lui fussent rendus ; comme je ne doute point que vous n'ayez eu de bonnes raisons pour cela, soit à cause de la mauvaise dispo- sition où elle se trouve, soit parce que M. de la Ferté Civille l'aura désiré, je vous prie de me le faire savoir pour en rendre compte ù S. M. (B. N.) Le p. bordes a m. de la reynie. Saint-Magloire, 7 juillet 1087. .i.Cela pourrait vous animer encore davantage, s'il était néces_- saire, à la protection que vous promîtes dimanche de si bonne grâce à la pauvre madame Caron, qui en a un grand besoin; elle était encore plus abattue des rebuis qu'elle a reçus depuis quelque MADAME DE LA FEKTÉ CIVILLE. 447 temps chez M. le contrôleur général, que de la séparation de sa fille de la Ferlé, quoiqu'elle en ait été touchée sensiblement. Elle se défie terriblement d'un voisin de M. le contrôleur qui a de grandes adresses partout et qu'elle soupçonne de leur avoir bien rendus de méchants offices; j'ai eu beau leur dire que les méchants convertis sont seuls capables de décrier les bons, sans épargner madame et mademoiselle du Peray, dont ils publient mille faussetés semblables contre l'évidence publique, de quoi je me sers pour confondre la malignité de leurs principes. Elles ont eu toutes les peines à se remettre jusqu'aux bonnes paroles que vous leur don- nâtes dimanche. Elles font grand fond sur la bonté de M. de Sei- gnelay, étant redevables à feu M. de Colbcrt de tout ce qu'elles peuvent espérer en France. Elles oublieraient volontiers les trois années d'arrérages de son temps qu'on ne lui a point voulu passer, et les mille francs rabaltus sur la pension depuis un an, si on vou- lait bien avoir égard à ces pertes et à celles que causent les autres enfants à la mère, dans les confiscations dont on dit aussi qu'on va disposer, et en attendant si, pendant que madame de la Ferté se dispose à obéir promptcment et à édifier dans les lieux où elle ira, on voulait permettre à ^a lille. Constance de la Ferté, qui est h la Visitation de Rouen, de venir à sa place auprès de sa grand'mcre, j'aurais mille choses à vous dire sur tout cela, si je ne craignais d'abuser d'un temps aussi précieux que le vôtre. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNlE, 7 juillet 1G87. Calianel persistant dans la Pi. P. Pi., S. M. est résolue de donner à ses enfants la jouissance de ses biens ; en cas qu'il en ait, faites- le-moi, s'il vous plaît, savoir. J'écrivis, il y a quelques jours, à M. de la Ferté Civille pour l'o- bliger à retirer sa femme près de lui^ afin d'empêcher le mauvais dessein qu'elle a de s'absenter : il m'a fait réponse qu'il n'a aucune part à ce dessein et m'a prié de prendre l'ordre du Roi pour la faire arrêter, et l'envoyer à Rouen par le carrosse avec ses fils, et de lui faire ôter une femme qui est auprès d'elle, qui est mau- vaise catholique. Je vous envoie les ordres nécessaires pour cela, et S. M. veut que vous preniez les mesures que vous estimerez né- cessaires pour l'envoyer à Rouen en sûreté, à ses dépens. Quand 448 MADAME DE VILLARNOU. cela sera tait, je vous prie de m'en donner avis, afin que je le fasse savoir à M. de la Ferlé Civille, qui est au Havre et qui se rendra à Rouen pour la recevoir. (B. N.) DKSGllEZ A M. DE LA REVNli:. J'ai arrêté ce matin madame de la Ferlé Civille; elle est indispo- sée d'une fluxion sur les dents qui l'incommode beaucoup. Elle demande du temps pour partir pour Rouen. Je lui ai donné jusqu'à lundi qui est après-demain ; elle dit n'avoir pas un sou, et que, si elle part, il la faut défrayer. (B. N ) 12 juillet 1C87. LE l'ÈRE BORDES, ORATORIEN, A M. DE LA REYNIE. Salnt-Magloire, 15 juillet 1G87. Ce mémoire ne sera pas tant pour vous faire ressouvenir des livres que vous avez eu la bonté de me faire espérer, et dont je ne dirai qu'un mot à la fin, que pour vous rendre compte, et par vous à M. de Seignelay, de quelques personnes auprès desquelles j'ai eu l'honneur de travailler pour la Religion, comme j'en ai rendu compte par le passé, dans les mémoires dont M. l'archevêque a bien voulu prendre la peine de se charger, et dans les audiences que vous m'avez fait la grâce de m'accorder de temps en temps; je m'y crois d'autant plus obligé à présent, qu'on m'a dit qu'il y a quelque dessein de changement dans ce mois pour lequel je me tiendrais heureux de pouvoir donner quelque lumière. Je commence par la Bastille, où je ne suis allé qu'avec votre per- mission et la lettre de cachet que M. de Seignelay me fît l'honneur de faire expédier sur un mot de recommandation de M. l'arche- vêque, à mon retour des premières conférences que j'avais ou- vertes à la Rochelle et à Orléans, qui furent suivies de plusieurs conversions. Nous n'avons pu encore gagner celle de madame de Villarnou mère, depuis près d'un an et demi qu'elle est à la Bastille ; je ne sais si on ne gagnerait pas davantage en la mettant ailleurs, où elle aurait plus de secours, comme à Sainte-Agnès', près Saint-Eusta- 1. La communauté de Sainfe-Agiiès était située rue J.-J. Rousseau; c'était un externat où l'on onseiynait gratuiienicnt un métier aux liiles pauvres de la paroisse. 11 y avait aussi des internes logées à part et qui payaient pension. Cet établissement était nouveau, n'ayant été autorisé qu'en 1683. Db: VRIGNY. 449 che, quoique ti'ois de ses filles, nouvelles catholiques, y soient. La mère est moins dangereuse que son autre fille de Jaucourt, qu'elles voient librement; leurs caresses et les services de mademoiselle du Gast pourraient lui aider davantage. Vous donneriez de bons ordres pour leur commerce, et si on s'apercevait de quelque chose, ou que la mère ne profite pas, dans quelque temps, de ce secours, on pourra vous indiquer un dernier lieu plus éloigné, comme je crois qu'on a dessein d'en user avec les autres opiniâtres qui abusent de l'éclat de Paris. En attendant, cette demeure de Sainte-Agnès fer- merait la bouche aux trois filles converties, qui auraient honte de demander plus de liberté qu'elles ont étant avec leur mère; il est difficile de trouver un autre expédient pour les contenter. Mais un autre avantage, c'est qu'en donnant conjointement à madame de Villarnou mademoiselle du Gast, qui sait ses besoins particuliers, on pourrait lui ôter celle qu'elle a à la Bastille, et qui n'est point convertie, et la mettre aux Nouvelles-Catholiques ou ailleurs. On m'a assuré qu'elle ne tiendra pas longtemps. 11 serait bon aussi de séparer les deux aînées de Villarnou qui restent à la Bastille; la seconde paraît moins dure et pourrait peut- être faire quelque chose aux Nouvelles-Catholiques; l'aînée de'toutes semble la plus désespérée, comme la mère même me l'a fait con- naître, étant plus douce qu'elle. M. de Vrigny Joigny, que j'ai vu quatre ou cinq fois à la Bastille, paraît d'abord de bonne foi, témoignant être prêt de reconnaître les Pères; mais quand on le presse, comme il arriva la dernière fois en présence de M. de la Noue, il se défend comme les autres, et demande au moins un an pour étudier à fond. Une commu- nauté écartée lui serait plus propre, où il trouvât facilement des livres sans dispute, dont il cherche Ainsi, aucune de nos mai- sons de Paris, s'il vous plaît, où il y en a déjà assez. Je m'imagine, au contraire, qu'on ne songe qu'à nous en délivrer dans ce chan- gement général, comme de gens qui ne sont pas moins désespé- rés que tous les autres que j'ai vus à la Bastille, et qui sont bien aises de donner le spectacle. Vous trouverez bon, au moins, que je p^rle en particulier pour la maison de Saint-Magloire où je suis; c'est un séminaire exposé aux yeux de toute la France, où il nous vient de jeunes ecclésias- tiques. Tandis qu'on nous a donné des huguenots qui eussent quelque disposition à profiter, cela n'est pas mal allé, et de douze 2ti i;iO MADAMIi DE VILLARNOU. que nous avons eus par ordre du Roi et de MM. ses oHiciers, huit se sont convertis, sans compter les autres qui sont venus de temps en temps; mais pour ce qui est des autres, le lieu ne ::;ert qu'à causer un plus grand scandale. Nous en avons encore deux, MM. Leroy et de Thoré. M. de Sei- gnelay ne s'est point trompé sur le premier, quand il a dit à notre R. P. général que l'on savait bien qu'il avait pris son parti, mais que c'était a(in de lui fermer entièrement la bouche; on n'a rien négligé pour cela; mais quand nous nous vîmes menacés de M. de Thoré, que j'avais vu à la Bastille le plus extraordinaire des hommes, j'en avertis M. le marquis de Ménars, patron de M. le Coq, pour détour- ner le coup qui achèverait de perdre mon ami, quelque précaution que nous prenions pour les écarter. Aussi nous avons vu que l'or- dre de M. de Thoré avait été d'abord pour Saint-Lazare, où il y a certainement un lieu plus propre que tout autre pour ces mes- sieurs; mais nous savons que ce ne fut qu'à la sollicitation du ne- veu de M. de Thoré que M. de Seignelay elfaça Saint-Lazare pour mettre Saint-Magloire ; j'en parlai dimanche au soir à M. de Mé- nars, qui eût bien souhaité redemander le changement avant son départ pour son département, quand ce ne serait que pour intimi- der, s'il y a moyen, M. le Coq. Il me conseilla de prendre la liberté d'en écrire moi-môme à M. de Seignelay, ce que je crois assez faire en me donnant l'honneur de vous le communiquer. Vous userez du tout selon votre prudence. J'oubliais à vous dire que ce voisinage de M. de Thoré avec l'ins- titution où est M. le comte d'Aunay, son jeune neveu, n'a pas beaucoup servi à celui-ci, que je trouvais beaucoup mieux disposé auparavant. Vous pourrez prendre, s'il vous plaît, vos mesures là- dessus. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE CRElL, INTENDANT. 31 juillet 1GS7. Le Roi a fait mettre en liberté madame de Villarnou, qui était à la Bastille, à condition de se rendre près de madame de Breuil sa belle-sœur, à trois lieues d'Orléans, et S. M. m'ordonne en même temps de vous écrire de prendre parole de la dame de Breuil, que la dame de Villarnou ne sortira point du royaume, et de l'exciter à travailler de son mieux à la conversion de cette dame, en quoi S. M. DE CAHANEL, iol ne doute point qu'elle ne réussisse, sachant qu'elle a beaucoup de confiance en elle. (13. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 31 juillet 1687. Je vous envoie des ordres pour faire sortir de la Bastille la dame de Villarnou, et faire mettre ses deux filles et sa femme de chambre aux Nouvelles-Catholiques. S. M. se remet à vous de prendre les précautions que vous jugerez nécessaires pour empêcher que M. de Villarnou sorte du royaume. Elle trouve bon aussi que vous fassiez remettre entre les mains de M. et madame Montaigu mademoiselle de Jaucourt de Rouvre, et les deux demoiselles de Villarnou, ses nièces, qui sont dans la communauté de Sainte -Agnès. Vous avez bien fait d'obliger la dame Caron de donner caution pour le temps que madame de la Ferté Civille a à demeurer à Paris. Vous verrez, par la copie d'une lettre qu'on m'écrit de Rouen, qu'elle est toujours dans de mauvaises dispositions; il est bon d'examiner la conduite du secrétaire dont il est parlé dans cette lettre. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE GOURGUES. Il août 1G87. Le Roi étant informé que la famille de M. de Cahanel, qui est détenu à la Bastille à cause de son opiniâtreté dans laR. P. R., fait bien son devoir de catholique, et que cette famille n'a rien oublié pour porter M. de Cabane! à se convertir, S. M. m'ordonne devons écrire que son intention est que vous fassiez mettre la sœur de Cahanel et la veuve do M. Fumichon en possession de son bien, et mùnic que vous les protégiez en toutes les occasions qui se pré- senteront. (B. N.) SEIGNELAY AU GOUVERNEUR DE UAM. [l août 1G87. Le Roi envoie au château de Ham M. Vertot, qui avait voulu faiic passer des religionnaires en pays étrangers; il faut que vous le fassiez soigneusement garder et qu'il soit nourri à 15 sols par jour. (A. N.) 452 VERTOT. LOUYOIS AU COMMANDANT DE LA CITADELLE d'aMIENS. Versailles, 11 août 1687. L'on doit mener dans la citadelle d'Amiens M. de Grimpré, ex- capitaine de la compagnie des grenadiers du régiment de la Reine ; l'intention du Roi est que vous le fassiez garder de manière que vous puissiez répondre à S. M. qu'il n'aura commerce avec qui que ce soit. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 30 août 1687. La Melon est une pauvre fille qui servait dans la maison des Nouvelles-Catholiques, et qui lit évader la dame Brunier; cette fille serait mieux à l'hôpital général qu'en tout autre endroit. Je vous prie de me mander voire avis, afin que je le propose à S. M. En examinant l'état des prisonniers de la Bastille, j'en ai trouvé trois dont on pourrait la décharger; le premier est Pigeon, auquel il me semble qu'on devrait faire le procès, sur le commerce de mauvais livres dont il a été trouvé saisi. (A. N.) LE P. BORDES A M. DE LA REYNIE. Saint-Magloire, 12 septembre 1687. Vous avez vu qu'il n'a pas tenu à moi qu'on n'exécutât prompte- ment, selon vos intentions, les ordres du Roi, en transférant, dès aujourd'hui, madame de Yillarnou de la Bastille; mais il est sur- venu un accident à l'aflaire de mademoiselle de la Roche Chesnard, qui nous oblige de différer jusqu'à demain samedi, sans plus dif- férer. Ainsi, vous êtes très-humblement supplié de surseoir pareil- lement le transport de la femme de chambre de la dame et mes- demoiselles ses filles aînées. Si la permission de mademoiselle Amonnet venait aujourd'hui, il serait encore temps. (B. N.) SEIGNELAY AU GOUVERNEUR DE IIAM. 23 septembre 1687. On m'a dit que M. Vertot, qui est dans le château de Ham, est dans un cachot, et comme ce n'est point l'intention du Roi, je vous prie de me mander ce qui en est, et en cas qu'il y soit de l'en ôter, et de le mettre le mieux que vous pourrez. (B. N.) DE SAINT-JEAN. io3 SEIGXELAY A M. DE NOINTEL. 23 septembre 1687. Parmi les prisonniers qui sont au château de Loches, il y en a un de Saint-Jean, qui a écrit le billet ci-joint, par lequel il de- mande de parler au Roi pour quelque chose de conséquence; sur quoi S. M. m'ordonne de vous écrire de vous y transporter pour savoir ce qu'il y a à dire, en faire un mémoire et me l'envoyer. Cet homme est détenu h cause de son opiniâtreté dans la R. P. R. ; lors- qu'il fut conduit à Loches, il parut un peu ébranlé; si vous pouviez le déterminer à faire sa réunion, vous pourriez lui dire en même temps que ce serait le moyen d'avoir occasion de dire au Roi ce qu'il lui veut faire savoir et de s'attirer la protection de S. M,, qui prendrait soin de lui. (A. N.) SEIGXELAY A M. DE BAS VILLE, INT?:NDA>*T DE MONTPELLIER. 5 octobre 1687. M. de Saint-Jean, de la province de Languedoc, étant détenu par ordre du Roi dans le château de Loches, à cause de son opiniâ- treté dans la R. P. R., S. M. a estimé à propos de l'obliger à se nourrir à ses dépens dans cette prison, et elle m'ordonne à cet effet de vous écrire de vous informer si le revenu de ses biens qu'il dit être situés auprès de Montpellier, et que vous devez avoir fait sai- sir, est suffisant pour payer sa pension. Je vous prie de me faire savoir au plus tôt ce que vous en aurez appris pour en rendre compte à S. M. (B. N.) SEIGNELAT AU GÉNÉRAL DE L'ORATOIRE. 11 octobre 1687. Le Roi aj-ant donné à M. de Sainte-Hermine une entière liberté de sortir de votre maison et d'aller où il lui plaira, je vous en donne avis, afin que vous ne lui fassiez aucune difficulté. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 31 octobre 1687. Vous trouverez ci-joints les ordres que vous demandez pour faire transférer Pigeon de la Bastille au Chàtelet. (B. X.) ioi VIRASEL. SEIGNELAY A M. LE COMTE D'AVAUX. 27 décembre 1C87. Madame de Malno, dont le mari et le fils passèrent en Hollande, il y a quelque temps, après avoir fait abjuration, a écrit à son fils des lettres si pressantes qu'elle croit l'avoir déterminé h repasser en France ; elle n'a osé, h. cause de son mari, écrire ouvertement de revenir, mais elle lui mande de s'adresser ;i vous et de vous expli- quer son dessein ; sur quoi le Roi m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous donniez à ce gentilhomme toute sorte de protection pour son retour, et que vous lui donniez aussi de quoi faire son voyage et l'assurance qu'il ne manquera pas d'em- ploi en France. (B. N.) LE MÊME A M. DE LA REYNIE. 28 décembre 1687. J'ai écrit à M. le comte d'Avaux, au sujet du fils de madame de Malno, dans le sens que vous m'avez mandé : il lui donnera toute protection et de quoi faire son voyage. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE BEZONS. 6 février 1G88. Lorsque M. de Virasel fut arrêté et mis au château d'Angoulême où il est depuis le mois d'août dernier, le Roi régla qu'il serait pris 1,200 liv. par an sur son bien pour sa subsistance. Je vous prie de prendre la peine de faire tenir cette somme au lieutenant de Roi de la ville ou au moins les cinq derniers mois de l'année 1687, et d'en faire continuer le piyeraent tant qu'il sera détenu au château. _____ (B. N.) SEIGNELAY A M. DE MENARS. 13 mars KiSS. Le Roi trouve bon que M. de Reringhen, qui est h Sens, s'en aille à Montargis pour y prendre sa fille, et de lii sortir du royaume. J'ai écrit par ordre de S. M. à M. de Creil de la lui faire remettre; elle m'ordonne de vous en donner avis, afin que vous laissiez à la dame de Beringhen la liberté d'aller à Montargis <. 1. Ils se réfugièrent en Hollande. VERTOT. 4oo S. M. veut bien aussi que la dame de Beringhen mène avec elle une fille appelée Certon, que l'on dit être dans le couvent des Ursulines de Sens, et qui n'a point fait sa réunion. (B. N.) SEIGNELAY A LA SUPÉRIEURK DES NOUVELLES-CATHOLIQUES. Versailles, 24 avril 1688. Le Roi veut que mademoiselle de Thors soit remise à madame de Miramion; ainsi, il faut que vous la conduisiez chez elle aussitôt que vous aurez reçu ce billet; à l'égard de sa femme de chambre et de celle de sa mère, gardez-les et tâchez de les convertir. _____ (B. N.) SEIGNELAY A M. DE MANNEVILLE, GOUVERNEUR DE DIEPPE. 10 juin 1688. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de M. Yertot, S. M. a bien voulu consentir à ce qu'il soit mis en liberté, mais il la charge qu'il se rendra en sa maison, et qu'il ne viendra point à Paris ni à Versailles. Expliquez-lui l'in- tention de S. M. et, sur la réponse que vous me ferez, j'expédierai l'ordre pour sa liberté. Je vous envoie l'ordre du Roi pour faire mettre en liberté M. de Verlot, et j'ai été bien aise à votre considération d'avoir trouvé occasion de lui rendre ce service. (B. N.) SEIGNEL.\Y A MADAME DE MIRAMION. 25 septembre 1688. Le Roi a donné ses ordres pour envoyer hors du royaume madame de Thors et sa fille, ainsi vous pouvez remettre celte demoiselle entre les mains de l'officier qui vous rendra ma lettre. (A. N.) LOUVOIS A M. DE LA BOURDONNAIE, INTENDANT DE POITIERS. Versailles, 10 mai 1690. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de la mauvaise conduite que tiennent les demoiselles de Villarnou, de la province de Poi- tou, S. M. m'a commandé d'expédier ses ordres pour les faire arrê- ter et conduire dans la maison des Nouvelles-Catholiques de Pai-is; vous les trouverez ci-joints. (A. G.) V;if. DEMOISELLES DE VILLARNOU. PONTCHARTRAIN ' A M. LE CAMUS. Sur le compte que j'ai rendu au Roi de ce que vous m'avez écrit au sujet de l'administration des biens de M. de Beringhen sorti du royaume, S. M. m'a ordonné de vous dire qu'elle estime que vous devez en donner la régie tant à M. de Beringhen fils qu'au tuteur des enfants de la dame de Beringhen, et de M. Lecocq, germain de M. de Beringhen père. (B. N.) Versailles, 30 mai 1G90. LE MÊME A M. DE JIIROMÉNIL, INTENDANT DE TOURS. Versailles, 31 mai 1691. Le Roi ayant été informé qu'il y a une des filles de M. de Villar- nou à Saumur qu'on avait crue passée en Angleterre, S. M. m'a ordonné de vous écrire que son intention est que vous fassiez reti- rer celte petite fille du lieu oia elle sera, et que vous l'envoyiez par quelque voie sûre et convenable à la qualité de cette demoiselle dans la maison des Nouvelles-Catholiques à Paris, rue Sainte-Anne, où il y aura ordre de la recevoir sur le premier avis que vous me donnerez de son départ. La lettre que je joins à celle-ci, écrite par un homme de Saumur, indiquera où elle peut être, et les diligences qu'il y a à faire pour la trouver. (B. N.) LE MÊME A M. DE LA BOURDONNAIE. 1" juillet 1691. Nous avons à Paris deux filles de M. de Villarnou, bonnes catho- liques à présent, et sur ce qu'elles exposent qu'une de leurs sœurs pourrait être restée à Saumur, j'en ai écrit à M. de Miroménil, qui m'a fait la réponse que je joins à cette lettre avec un interrogatoire par lequel il paraît que cette petite fille fut menée l'année passée en la terre de la Forest. Prenez la peine, s'il vous plaît, de vous informer si elle y est encore ou ce qu'elle est devenue, et, si on la peut trouver, de la mettre dans quelque couvent ou autre maison sûre et de m'en donner avis. 1. Louis Pliélipeaux, comte de Pontcliartrain, né le 29 mars 1G/i3. Contrôleur gériiîral en 1089; ministre secrétaire d'État de la marine le 0 novembre 1690; chancelier et garde des sceaux le 3 septembre 1699. Il se retira en 1714. Mort le 22 septembre 1727, à 85 ans. Il avait épousé en 1688 Marie de Maupoou, morte en 171/|. DEMOISELLES DE VILLARNOU. 457 26;juillet 1C91. Les demoiselles de Viliarnou qui sont à Paris disent que certai- nement leur sœur n'est pas hors du royaume, ainsi il faut que vous fassiez tout ce qui sera nécessaire pour obliger cette femme qui loge au château de la Forest à dire où elle est. (B. N.) LE MÊME A LA SUPÉRIEURE RES NOUVELLES-CATHOLIQUES. Fontainebleau, 2/4 septembre 1691. Le Roi a bien voulu|faire remettre à M. do Boisdavid la demoi- selle de Viliarnou pour l'emmener dans sa province et la remettre entre les mains de madame de Montaigu, afin de lâcher de lui faire faire sa réunion. Je vous adresse la lettre que j'écris à ce gentil- homme, et vous n'aurez qu'à lui remettre la demoiselle lorsqu'il sera près de partir. Fontainebleau, 26 septembre 1691. Je vous envoie des lettres que j'ai reçues de M. de la Bourdon- naie, au sujet de la recherche qu'il a eu ordre de faire d'une des demoiselles de Viliarnou. Si après avoir parlé à ses sœurs vous avez quelque nouvelle lumière à me donner sur cela, je lui enverrai ordre d'achever sa recherche. (B. N.) LE MÊME A M. BEGON, INTENDANT DE LA ROCnELLE, Versailles, 20 novembre 1691. Il y a longtemps qu'on cherche une fille de M. de Viliarnou, reli- gionnaire fugitif, qu'on croyait être dans la généralité de Tours. On a donné avis qu'elle est à la Rochelle, devant l'hôtel de ville, entre les mains d'une femme appelée Milon, qui est une femme qui vend des liqueurs. Le Roi veut que vous vous informiez si l'avis est véri- table, et en ce cas que vous fassiez retirer cette fille et la fassiez remettre entre les mains d'anciennes catholiques, ou dans un cou- vent, et que vous m'en donniez avis. (B. N.) LE MEME A M. FOUCAULT. Versailles, 11 décembre 1691. L'avis qu'on m'avait donne que la demoiselle de Viliarnou que nous cherchons était à la Rochelle ne s'est pas trouvé véritable : 458 DEMOISELLES DE VILLARNOU. j'écris à M. de la Bourdonnaie de faire arrêter de Doiiy à Thoiiars et de le faire interroger. Je vous enverrai son interrogatoire aussi- tôt que je l'aurai reçu. (B. N.) LE MÊME A M. DE BOISDAYÎD. Versailles, l/j janvier 1692. Le Roi veut bien encore donner trois mois à nnademoiselle de Villarnou pour s'instruire, puisque vous espérez que cela se pourra faire dans ce temps, et S. M. m'a ordonné de vous dire de sa part d'y apporter tous vos soins. (B, N.) LE MÊME A M. DE LA REYNIE. Versailles, 10 janvier 1G93. M. Theval restera à la Bastille jusqu'à ce que vous ayez vu ce qu'on peut espérer de lui après que M. de Meaux l'aura vu, ainsi que vous le proposez, et j'écris à M. de Besmaus de l'y laisser entrer autant de fois qu'il le jugera nécessaire. (A. N.) LE MÊME A LA SUPÉRIEURE DES NOUVELLES-GATOOLIQUES. Versailles, 1/j avril 1C93. Le Roi a bien voulu, sur le témoignage que vous avez rendu de la conversion sincère de mademoiselle de Villarnou, lui permettre de se retirer auj)rès de madame deSaint-Hilaire, suivant la propo- sition que vous en avez faite; mais il faut que vous l'avertissiez de continuer à bien faire son devoir de catholique, afin que par sa conduite S. M. puisse juger des véritables sentiments de son cœur. Vei'saillcs, 2 avril 1G94. Le Roi trouve bon que mademoiselle de Villarnou cadette soit remise entre les mains de madame de Parabère ; ainsi vous pouvez la conduire chez elle dans le temps dont vous conviendrez avec madame de Parabère. (B. N.) LE MÊME A MADAME DE PARABÈRE K Le Roi ayant été informé que vous voulez bien vous charger de mademoiselle de Villarnou cadette, S. M. a consenti avec plaisir 1. Jeanne-Thérèse de Mayand, comtesse de Parabère. DEMOISELLES DE VILLARNOU. 4b9 qu'elle vous soil remise, dans la pensée qu'elle a que cette demoi- selle ne peut être mieux qu'auprès de vous pour s'instruire en la religion et profiler des bons exemples que vous lui donnerez en toutes choses. (B. N.) LE MÊME A LA SUPÉRIEURE DES NOUYELLES-CATHOLIQUES. Versailles, 9 décembre lG9i. Le Roi veut bien que mademoiselle de Yillarnou soit mise en liberté de la manière que vous le proposez. Je serai bien aise d'ex- pliquer à madame de Rouvray et à M. l'abbé Girard la conduite qu'ils auront à tenir; je vous ferai avertir, au premier voyage que je ferai à Paris, afin que je puisse leur parler. (B. N.) LE MÊME A MADAME DE MAILLOC '. Versaillas, 13 mars 1695. Le Roi ayant permis à mademoiselle de Yillarnou de sortir de la maison des Nouvelles-Catholiques et de se mettre chez quelque dame, de vertu, on a assuré S. INL que, si vous vouliez bien la rece- voir, elle ne pourrait pas ôtre mieux que chez vous; sur quoi S. M. m'a ordonné de vous écrire que vous lui feriez plaisir de prendre cette demoiselle avec vous. La manière sincère avec laquelle vous avez fait votre réunion fait croire à S. M. que cette demoiselle, qui n'est point bonne catholique, profiterait plus de votre exemple et de vos conseils qu'elle ne ferait d'une ancienne catholique; je ne vous dis rien de sa pension, elle jouira de 3,000 écus de rente, ainsi elle ne sera en aucune manière à votre charge. (B. N.) JURIEU- AU DUCDE SQREWSBURY. Mylord, je prends la liberté de vous envoyer un placet en faveur d'une fille de qualité de mes amies, d'un très-grand mérite. Elle s'appelle mademoiselle deBeringhen; feu la reine avait pour elle une amitié particulière, et eût souhaité lui faire l'honneur de la mettre au nombre de ses filles, si la qualité d'étrangère n'y eût pas fait obstacle; ce que je demande au Roi pour elle n'est proprement rien, c'est une prébende qui ne vaut pas 300 liv. de rente, et cette 1. D'une famille de Normandie. 2. Pierre Jurieu, né en France, établi ministre à Rotterdam depuis 1G81, mort en 1713. 460 DE GAGEMONT. demoiselle possède en France, ou devrait posséder, 2 ou 300,000 liv. de bien ; mais tout ce bien lui ayant été enlevé à cause de la persé- vérance en sa religion, pour laquelle elle a été prisonnière trois ou quatre ans, elle ne laissera pas de recevoir avec reconnaissance cette petite gratificalion qui ne coûtera rien au Roi que son seing. Ce petit bénéfice est à la nomination de plusieurs seigneurs du pays, entre lesquels le Roi a son tour, et cette prébende prochai- nement vacante est à la nomination du Roi. Si vous pouviez obtenir du Roi la signature de mon placet, cela m'encouragerait à consa- crer de plus en plus mes très-humbles services à S. M. Au reste, Mylord, je sais bien que vous auriez droit de me dire que cela n'est pas de votre département, puisque vous ne vous mêlez pas des affaires de deçà la mer, mais je m'adresse seule- ment à vous comme à un intercesseur dont je sais que l'interces- sion sera de grande efficacité. (State paper Office.) PONTCIIARTRAIN A M. DE RY. Compiègnej 30 avril 1695. M. de Gagemont est envoyé au château de Saumur pour y rester jusqu'à ce qu'il donne des marques d'une meilleure disposition sur le fait de la religion, et comme il doit écrire à son évùque et à l'intendant de la province, vous lui en donnerez, s'il vous plaît, la liberté, et de recevoir aussi les lettres qui lui seront adressées. (B. N.) LE MÊME A MADAME DE MAILLOC. Versailles, 6 janvier 1698. Le Roi a appris avec plaisir la conversion de mademoiselle de Villarnou, et la chose lui est d'autant plus agréable que S. M., en la mettant chez vous, le faisait sans scrupule de donner aune nou- velle catholique une protestante à gouverner. Vous avez parfaite- ment répondu à la bonne opinion que S. M. a eue de vous, et c'est par son ordre que je vous écris la satisfaction qui lui reste. (B. N.) LE MEME A M. DE RY. Versailles, 30 janvier 1701. Le Roi avait donné ses ordres au mois d'août dernier pour faire transférer M. de Gagemont du château de Saumur en celui de DE GAGEMONT. 461 Nantes, mais son indisposition empêcha rexécution de cet ordre. S. M. souhaite de savoir en quelle situation il est à présent sur le fait de la religion, s'il est dans de meilleurs sentiments que par le passé, ou s'il persiste dans son opiniâtreté; je vous avais prié de m'en rendre un compte exact, car je puis vous dire que S. M. serait très-aise d'apprendre que ce gentilhonmie fût entièrement persuadé des vérités de la religion catholique, afin de pouvoir lui rendre sa liberté. (B. N.) LE MÊME AU COMTE DE ROUCY. Versailles, 18 août 1701, J'ai obtenu du Roi que M, de Gagemont sortira du château de Saumur pour aller pendant trois mois à Poitiers, où sa tille espère de le convertir; mais s'il ne profite pas de ce temps pour sa réu- nion, il sera renvoyé en prison. Ainsi c'est à ceux qui s'intéressent pour lui à tâcher de lui faire entendre raison, afin qu'on ne soit pas obligé d'en venir à cette extrémité. (B. X.) LE MÊME A M. DE CHAMILLY. Versailles, 1*^ mai 1703. Le Roi m'a commandé d'expédier l'ordre pour faire mettre au château de Saumur M. de Gagemont, en cas qu'il ne fasse pas son devoir sur la religion après le terme d'un mois que vous lui avez donné. J'adresse cet ordre à M. Pinon pour le faire exécuter dans le temps prescrit. 23 janvier 170/». S. M. a vu avec plaisir que vous êtes enfin parvenu, par votre patience et votre bonne conduite, à persuader M. de Gagemont, et elle n'a pas moins de joie de voir que vous ayez été aussi heu- reux à l'égard de madame Duquesne. Je vois que les soins de ma- dame de Chamilly ne vous sont pas en cela inutiles, et que vous n'êtes point jaloux que le Roi le croie de même. (B. N.) 462 DE HAM. DE IIAM ou DE ^AN^ES *. Insensé. SEIGNELAY M. DE LA REYNIE. 25 février 1G86. Je vfuis envoie les ordres nécessaiiTs pour... retenir à la Baslille le père de Hannes, jacobin -. (A. N.) DESGREZ A M. DE LA REYNIE. 13 mai 168G. Je vous supplie de me dire quel nom je donnerai au père jaco- bin que j'ai arrêté, et si j'emploierai ce que j'ai dépensé à l'ha- biller dans le mémoire de sa capture. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 30 août 1G87. Le jacobin irlandais qui a été enfermé sur l'avis que les reli- gieux du couvent de la rue Saint-Jacques donnèrent qu'il tombait dans de grands emportements, je crois qu'on pourrait le faire re- passer en Angleterre. (B. N.) 11 décembre 1689. A l'égard du jacobin, S. M. veut que ses supérieurs se chargent de le garder, soit dans le couvent à Paris, soit ailleurs, et il faut que vous les envoyiez quérir pourleur expliquer l'intention de S. M. et leur dire qu'ils prennent de si bonnes précautions qu'ils puis- sent répondre de sa conduite. (A. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 25 mai 1C91. J'ai reçu une lettre de M. d'Autichamp, lieutenant de Roi an château d'Angers, par laquelle je vois que, comme il n'avait pu rien tirer de Mallet dej)uis les premiers discours qu'il a tenus, 1. Ordre d'entrée du 23 février 1686^ contre-signe Colbert. 2. On donnait alors ce nom aux dominicains établis eu France. DE HAM. 403 il l'avait mis dans un cachot, d'où l'ayant fait sortir à cause de la maladie qui lui est survenue, il l'a sollicité et fait solliciter de dire ce qu'il avait appris du jacobin qui était à la Bastille , sans que M. d'Autichamp l'ait pu obliger à rien déclarer ; à quoi il ajoute qu'il ne laisse pas d'être persuadé que Mallet sait le secret du jaco- bin, quoiqu'il s'en défende ; c'est de quoi j'ai cru vous devoir faire part. (A. N.) M. DE LA. REYNIE AU COMMISSAIRE LABBÉ. 20 mai 1692. Si M. le gouverneur de la Bastille vous fait avertir de vous trans- porter à la Bastille pour dresser procès-verbal et informer du fait dont vous m'avez parlé ce matin, vous pouvez, de l'ordre du llui, faire ces actes pour établir la vérité, car cet accident ayant été causé par un fou, il n'y a point d'autre diligence à faire. (A. N.) PROCES-VERBAL DE M, LABBÉ. 20 mai 1692. Nous sommes transporté en une chambre étant au pre- mier étage de la grande cour occupée par Saint-Jean, où étant avons trouvé icelui Saint-Jean étendu mort sur la paillasse de son lit, qui nous a paru avoir perdu la vie de plusieurs coups qu'il a reçus sur la tête et sur le corps, le sang lui découlant encore de tous côtés de la tète, et ayant le visage presque tout défiguré et un œil hors de la tète, et étant tout meurtri et contus à l'estomac et autres parties du corps, etc. Avons été conduit dans un cachot où était enfermé le prisonnier accusé du meurtre de Saint-Jean, que nous avons trouvé ayant les fers aux pieds et aux mains, attendu sa force et sa violence, étant un homme d'une grandeur extraordinaire; et ayant voulu icelui interroger sur ce que dessus, le prisonnier nous a répondu d'un langage étranger et a marqué par sa contenance et ses actions qu'il n'avait pas l'esprit bien tourné, se moquant de l'accusation qu'on lui imputait, etc. Duclos, prisonnier, etc. — Hier, sur les deux heures de relevée, il entendit de sa chambre Saint-Jean, porte-clefs du chàtcauj lequel était dans une chambre au-dessus pour y desservir un pri- sonnier, comme il fait à son ordinaire, et fut surpris d'entendro 404 DE HAM. beaucoup de bruit daus la chambre et la voix de Saint-Jean qui criait ces paroles : Ah ! mon Dieu ! je suis mort, je n'en puis plus. Ce qui l'obligea de prendre un gros bâton de sa chambre et de frapper à grands coups contre la porte d'icelle pour avertir, par le bruit qu'il ferait, quelque sentinelle de venir, et croyant ne pou- voir assez se faire entendre, il cria môme par sa fenêtre grillée afin qu'on vînt au secours de Saint-Jean, qui criait qu'on l'assassi- nait; et peu de temps après vit monter à travers de la porte M. du Junca, lieutenant de Roi du château, auquel il dit de monter en haut, et qu'il croyait que le prisonnier qui y était tuait Saint-Jean; et quelque peu de temps après, il entendit que l'on rapportait Saint- Jean^ qu'on disait être mort Etienne du Junca, lieutenant de Roi au château de la Bastille, âgé de quarante-neuf ans, etc. — Hier, sur les deux heures de relevée, étant dans la cour du châ- teau, il entendit qu'on frappait à grands coups à la porte de la qua- trième chambre de la tour de la Comté, et étant monté dans la tour, il entendit élever quelque voix plaintive, et s'étant adressé à la chambre, le précédent témoin lui dit de monter plus haut; et étant à la cinquième chambre, il trouva la porte d'icelle bien pous- sée, la clef d'icelle à la serrure, et ensuite voulant ouvrir la porte, et l'ayant un peu entr'ouverte, il vit Saint-Jean, porte-clefs, étendu comme mort, n'ayant aucune marque de vie et étant tout plein de sang, et voulant entrer plus avant dans la chambre pour parler au prisonnier, qui est un étranger, qui ne paraissait pas, il remarqua quïl s'était caché derrière la porte, ne disant rien, tenant une grande barre de bois de lit, lequel lui déchargea un coup de la barre sur la tête, qu'il para heureusement, ensuite de quoi le pri- sonnier voulut se rendre le maître de la porte pour l'empêcher de fermer, et lui s'en étant emparé, et l'ayant fermée, il alla pour appe- ler du secours, pendant l'intervalle duquel temps leprisonnier donna plusieurs coups sur le corps de Saint-Jean et ensuite le traîna, du lieu de sa chambre où il était, contre la porte, et le mit de travers pour empêcher qu'on ne la pût ouvrir; et quelques personnes étant survenues et voulant entrer dans la chambre, on eut de la peine à en faire l'ouverture et l'entrée, le prisonnier la défendant avec la barre, qui était teinte de sang par les deux bouts et où il y avait un gros clou. Le prisonnier ayant été saisi, on lui attacha les fers aux pieds et aux mains, attendu sa violence, et Saint-Jean fut trouvé DE HAM. 465 tout baignant dans son sang, sans jugement ni connaissance, étant tout défiguré, et est mort cette nuit sans avoir pu parler. Pierre Lupé du Garanay, lieutenant du gouverneur et de la com- pagnie de la Bastille, demeurant au château, âgé de trente-deux ans. — Hier, sur les deux heures de relevée, étant dans la cour du château, il entendit du bruit dans la tour de la Comté, et M. du Junca qui s'écria que Saint-Jean, porte-clefs, était mort, et qu'il venait d'être assassiné par un prisonnier; et y étant promptement monté avec quelques soldats, et voulant entrer dans la chambre au cinquième étage occupée par un religieux écossais, il trouva la porte fermée, qu'on eut bien de la peine à ouvrir, le prisonnier en défendant l'ouverture et l'entrée, et par après il remarqua qu'il te- nait une grande barre de bois de lit où était un gros clou, laquelle était ensanglantée, et vit Saint-Jean qui était étendu par terre, sans jugement et sans connaissance, tout baignant dans son sang, comme mort, ayant la tête fracassée en plusieurs endroits et étant tout défiguré, et remarqua que le prisonnier lui faisait signe du doigt de regarder le corps de Saint-Jean, qu'il témoignait avoir accom- modé comme il était, le menaçant de lui en faire autant s'il avan- çait, tenant toujours la barre fort haut ; lequel prisonnier fut ensuite saisi et mis au cachot, et attendu sa violence, mis aussi les mains et pieds aux fers; et Saint-Jean ayant été porté de la chambre dans la sienne, y est mort celte nuit vers le minuit sans avoir pu avoir aucun jugement ni connaissance. (B. N.) NOTE DE M. DE LA REYNIE. 15 février 1695. Deshannes, jacobin, furieux contre la personne du Roi, est en- chaîné dans un cachot à la Bastille, pour y avoir tué un valet avec la barre de son lit; doit y rester toute sa vie. Apostille de M. Desgranges. Il était furieux dans le couvent des Jacobins, ayant l'esprit fort altéré. M. de la Reynie dit qu'il a des visions dangereuses et qu'il ne doit pas être mis en liberté, sous quelque prétexte que ce soit. RAPPORT DE M. d'aRGENSON. Le p. de Ham, jacobin irlandais, âgé de soixante-deux ans. est entré le 29 décembre 1688 {sic). 30 4«6 DE HAM. Il avait tenu contre la personne du Roi des discours pleins d'em- portements; les supérieurs du couvent de la rue Saint-Jacques n'avaient pu même le réduire ni le contenir, et depuis qu'il est à la Bastille il a tué un porte-clefs, nommé Saint-Jean, avec des barres qui soutenaient son lit. En 1711, le dérangement de sa tête était encore augmenté; il voulait absolument qu'on lui donnât des bottes sans dire pourquoi, et apparemment sans le savoir. L'année dernière, il parut un peu plus tranquille, mais il n'en élait pas moins extravagant, ce qui obligeait à le servir toujours par un trou fait à sa porte, de peur qu'il ne s'avisât de tuer encore ceux qui auraient voulu s'approcher, ce qui me lit conclure qu'il n'était pas â propos de le rendre libre. Il n'y a aucun changement dans son état, et il y aurait beaucoup d'inconvénient à rendre à sa propre conduite un scélérat tel que celui-là, à qui il ne reste de raison que pour mal faire. 30 octobre 17U-1715. Il se porte bien et est maintenant assez tranquille, mais il y au- rait toujours beaucoup d'inconvénient à le rendre libre K (B. N.) DE LANGEZIERE \ SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 10 mars 1686. Je vous envoie un ordre en blanc que vous remplirez, s'il vous plaît, du nom de l'étudiant que Desgrez a arrêté, pour le faire mettre à la Bastille, et les autres ordres dont vous me parlâtes Mer. (B. N.) CROISSY A AUZILLON. Versailles, 17 avril 1686. Je vous adresse les ordres du Roi nécessaires pour arrêter et conduire à la Bastille Briou; vous verrez par le mémoire ci-joint 1. Ce prisonnier mourut le 3 décembre 1720, et fut enterré dans le jardin de la Bastille parce qu'il n'avait donné aucune n^.arque de religion. 2. Ordres d'entrée du 10 mars et de sortie du 8 avril 1(580, bauni b. dix lieues de Paris et de la résidence du Roi, contre-signes Colbert. Il paraît que cet homme avait dit (lue l'appartement du Roi était peu sur et que la garde s'y faisait mal. On le mit à la Bastille pour le faire s'expliciuer. Il fut exilé en Normandie. ABBÉ DE LANNION. 467 OÙ l'on croit qu'il loge à Paris, et son signal que vous aurez soin de me renvoyer après que vous aurez exécuté lesdits ordres. (A. G.) Versailles, 1" mai 1686. J'ai reçu votre lettre pour me donner avis que les papiers du garçon que vous avez conduit ù la Baslille sont entre les mains du chef de cuisine de M. de Montauzier; vous devez rendre compte de celte affaire à M. de Seignelay et exécuter les ordres qu'il vous en- verra. (A. G.) Abbé DE LANNION Faux. GAZETTE A LA MAIN. 2 octobre 1686. L'abbé de Lannion est à la Bastille depuis quelques jours pour iivoir contrefait une lettre de cachet en faveur de madame Ferrand. (B. N.) SEIGNELAY A l'aBBÉ DE LANNION. 10 octobre 1686. Sur le compte que j'ai rendu au Uui de ce que vous m'avez écrit, S, M. veut bien consentir que vous entriez dans la maison des pères de la Doctrine chrétienne, pourvu que vous n'en sortiez point sans son ordre, et que les supérieurs répondent que cela sera exécuté ponctuellement. (B. N.) GAZETTE A LA MAIN. Octobre IGSG. L'abbé de Lannion, breton, a été élargi de la Bastille; on dit qu'il y était pour avoir contrefait une lettre de cachet ordonnant à l'abbesse de Port-Royal d'ouvrir la porte à la présidente Ferrand ; le Iloi lui a enjoint de se retirer en ses bénéfices en Poitou. (B. N.) 1. Ordres d'entrée du 18 septenibie et de sortie du 2 octobre 1686, contre-signes Colbert. Bayle dit que cet abbé avait beaucoup d'esprit et qu'il faisait partie de l'Acadé- mie des sciences; en 1097 il se retira en Hollande, et son st^^jour îi la Bastille lui avait laissé une rancune qui s'exlmlait eu iœprécntions contre le gouveruement français. 468 M. DE NANCRE. M. DE N ANCRÉE Violences. PROCÈS-VERBAL DU COMMISSAIRE LABBÉ. Le lo mai, etc. Avons trouvé [beaucoup de populace amassée au-devant du cabaret tenu par Descampeaux, marchand de vin, à côté et attenant la maison des bains, rue Sainl-Antoine, près de notre logis, et avons reconnu M. de Nancré, qui est logé en chambre garnie en la maison des bains, ayant l'épée au côté et tenant un bâton de cotret à la main, lequel nous ayant aperçu, nous a dit avec chaleur et emportement qu'il venait d'envoyer en notre logis pour lui aider à arrêter son laquais qui était dans le cabaret, lequel il voulait assommer à coups de bâton; et lui ayant remarqué que ce n'était point les maximes de la justice d'en user ainsi, qu'elle avait ses règles ordinaires sans y employer les voies de rigueur, de violences et excès, il s'est ;\ l'instant emporté avec fureur, jurant et blasphémant le saint nom de Dieu en ces termes : Je renie Dieu ! mordieu ! tête Dieu ! je veux qu'on m'aide à avoir mon laquais pour le tuer, car c'est un insolent. Lesquels jurements et blasphèmes ont fait que nous lai avons en- core remontré que ces manières d'agir n'étaient point permises et ne pouvaient être autorisées en façon quelconque, particulière- ment ces blasphèmes et emportements. Et au lieu, par M. de Nan- cré, de se retirer, lui ayant été môme certifié par la populace que son laquais s'était évadé pour éviter sa fureur, il s'est de plus en plus emporté de colère, et suivi qu'il était d'un particulier, gros homme, ayant l'épée au côté, que nous avons appris se nommer Charmont, qui l'accompagne ordinairement, a dit parlant à nous commissaire : Mordieu, bougre, sais-tu bien à qui tu parles? Et jurant l'un et l'autre avec emportement, M. de Nancré a porté la main à notre visage, pris et jeté par mépris notre chapeau à terre, disant qu'il avait bien affaire d'un commissaire foutu comme nous, et que nous étions un bon bougre, quoique nous fussions revêtu de notre robe, ce qui a fait que, nous voulant retirer, il nous a derechef ôté notre chapeau de dessus la tête et marché sur le bas de notre robe afin 1. Ordres d'entrée du 20 mai et de sortie du 5 juin 1086, contre-signes Colbert. M. DE NANCRÉ. 469 de la déchirer et de nous faire tomber en arrière; et étant rentré en notre logis, tant par la prudence que les officiers de justice doivent avoir, que pour éviter le scandale que M. de Nancré faisait et qui excitait quelque émotion dans la populace, il nous y a suivi accompagné de Charmont, en nous insultant et nous disant : Hé ! je m'en vais chez le lieutenant civil, tu n'as qu'à y venir. Usant encore de quelques paroles de hauteur, violences et de mépris. Et à l'instant est comparu Sernit, dit Laforôt, laquais de M. de Nancré, lequel nous a dit et fait plainte qu'étant à son service de- puis le 21 janvier 1685, et lui ayant toujours rendu bon service, il lui aurait demandé quelque argent sur ses gages qui lui sont dus, servant M. de Nancré à raison de 80 liv. par an, et n'ayant reçu que 18 liv. Au lieu par M. de Nancré de lui donner quelque argent, il l'aurait voulu battre et maltraiter il y a quelques jours, ce qui a fait que voyant par expérience que M. de Nancré ne payait pas ses domestiques, qu'au contraire il les maltraitait, et qu'il a fait em- prisonner un cocher pour récompense de ses services, lequel a clé renvoyé absous de l'accusation qu'il lui avait imposée, ayant cher- ché depuis deux jours une autre condition, et s'étant présenté, il y a environ une heure, devant M. de Nancré pour le prier de trouver bon qu'il sortît do son service, à même temps M. de Nancré s'est jeté sur lui, l'a battu et excédé de coups de poings, et avec le plom- beau de son épée lui a fait une contusion à l'œil gauche, et s'il ne s'était sauvé de ses mains il l'aurait tué; et s'enfuyant dans l'église de Saint-Paul, il y a été par lui poursuivi, de sorte qu'il a été obligé de se réfugier ensuite en la maison de Descampeaux, mar- chand de vin, afin que dans icelle, y étant connu, il pûtôtre h. cou- vert des violences de M. de Nancré, et comme il y voulait entrer armé d'épée et de bâton, accompagné qu'il était de Charmont. il s'est encore évadé de la maison ; et attendu qu'il n'est pas en sûreté de sa personne par les violences de de Nancré, qui l'a menacé de le tuer, il nous requiert acte de sa plainte Apostille du commissaire Labbé. Le Roi ayant été informé du contenu ci-dessus, par le procès- verbal que j'envoyai en cour, donna une lettre de cachet à Desgrez, lieutenant du guet, pour conduire à la Bastille M. de Nancré, qui fut arrêté chez lui trois jours après, du matin, et conduit à pied prisonnier, oîi il resta six semaines. (A. N.) 470 PRADEL. SEIGNELAY A U. DE LA REYNIE. 20 mai 1686. M. Robert m'ayant écrit que M. le marquis de Nancré, fils du gouverneur d'Arras, a insulté le commissaire Labbé, S. M. a ré- solu de le faire mettre à la Bastille, et je vous envoie l'ordre à cet efïet. (A. N.) PRADEL ET LONGCHAMPS ^ Faux. tOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Versailles, 19 septembre 1686. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec le mémoire qui y était joint; je vous supplie de faire promptemenl arrêter Longchamps et Pradel, et de les interroger sur les faits ré- sultant du mémoire fait par Desgrez, et aussitôt que je saurai qu'ils seront à la Bastille, je vous adresserai les ordres du Roi nécessaires pour qu'ils continuent à y être gardés. (A. G. ) Versailles, 20 avril 1089. A l'égard de Pradel, Longchamps et la Borderie, dit la Bas- tonnière, le Roi s'est conformé à votre avis; vous trouverez ci- joint les ordres de S. M., qu'elle trouve bon que vous fassiez exé- cuter. (A. G.) DANIEL 2; LEROUX ^ Suspects. LOUVOIS A DESGREZ. Versailles, 12 juillet 1686. 11 faut que vous continuiez à faire veiller le cordelier que vous 1. Ordres d'entrée du 23 septembre 1686 et de sortie du 20 avril 1689, avec ordre de se retirer dans leur pays. Ils étaient accusés d'avoir fabriqué des lettres de chevalier de Saint-Lazare et des titres de noblesse. 2. Ordres d'entrée du h juillet et de sortie du 8 août 1686, et remis à Delacoste, exempt de la prévôté de l'hôtel. 3. Ordres d'entrée du 29 septembre 1680 et de sortie du 25 août 1688, contre- signés Colbert. LEROUX, 471 avez ordre d'arrêter, afin de ne le pas manquer s'il retourne dans le quartier de la Glef-d'Argent ; cependant il faudrait vous infor- mer doucement quel âge il a, comme il est fait, et me le mander. (A. G.) LOUVOIS A M. DE BESMAUS. Versailles, 30 juillet 1686. Comme j'espère aller jeudi prochain à Paris, je vous prie de m'amener le lendemain chez moi, à huit heures du matin, le cor- delier dont vous me parlez, afin que je puisse l'entretenir ; je crois qu'il est inutile de vous recommander de prendre les précau- tions nécessaires pour qu'il ne puisse vous échapper en chemin. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE SÉRAUCOURT, INTENDANT DE BOURGES. 29 septembre 1686. Je vous envole un ordre pour faire conduire à la Bastille l'homme que vous avez fait arrêter au Blanc en Berry; mettez cet ordre entre les mains de quelqu'un qui l'amène avec le moins de frais qu'il se pourra. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 30 octobre 1686. Je VOUS envoie l'interrogatoire de Leroux qui a été arrêté en Berry et mené à la Bastille, le Roi voulant que vous l'interrogiez et que vous examiniez si c'est l'homme au sujet duquel l'on avait donné le mémoire que je joins à cette lettre. (A. N.) INTERROGATOIRE DE LEROUX. Du 5 novembre 168G, à la Bastille. Pierre Leroux, ûgé de 48 ans, natif de Casteljaloux, n'ayant point de profession particulière ni de demeure réglée, et il a été arrêté au Blanc en Berry, en passant pour s'en aller dans son pays, et il avait avec lui sa femme et son garçon âgé de 10 ans. 472 LEROUX. Il est sorti à l'âge de 12 ans, et un marchand de Bretagne, de Belle-Isle, l'emmena de Bordeaux, où il était avec d'autres gens de son pays. Il a demeuré chez M. Kéranki, gentilhomme de Bretagne, proche de Quimperlé, environ quatre ou cinq ans, de là il passa en Canada où il a demeuré environ dix ans, et de Canada il s'en revint en Bretagne avec M. de Courcelle, qui avait une terre en Beauce, et se maria en Bretagne avec une femme de Quimperlé, appelée Margue- rite Kerblouse, où il a demeuré chez sa belle-mère l'espace d'en- viron quatre ans; après il passa avec sa femme à Hambourg et depuis ils ont toujours demeuré en Allemagne ou en Danemark. Il est revenu le jour de Pâques dernier, et il débarqua à Rouen avec sa femme et deux de ses enfants d'un navire hambourgeois où il s'était mis, et lui et sa femme firent leur abjuration de la R. P. R. cl Rouen, entre les mains de M. le coadjuteur de Rouen. Il vint ;\ Paris après avoir fait son abjuration en Normandie, avec sa femme et ses enfants, et ce fut la mère de M. le baron de Bidal qui lui avait donné un passeport à Hambourg et lui enseigna la maison où il vint loger h Paris vis-à-vis la Bastille, dans une petite rue qui va sur le rempart où il a vu loger des cadets qui sont de la garnison de la Bastille ; et après avoir demeuré deux mois à Paris, il en partit pour s'en aller en son pays, et il prit la route d'Orléans par le Bourg-la-Reine, Montlhéry, Élampes. SEIGNELAY AU SÉNÉCHAL DE QUIMPERLE. Fontainebleau, 8 novembre 1686. On a arrêté un homme dont il est nécessaire de savoir la con- duite ; il s'appelle P. Roux, dit avoir épousé à Quimperlé une femme appelée Kerblouse, qu'il a demeuré trois ou quatre années à Quimperlé chez sa belle-mère, et a passé ensuite en Allemagne; je vous prie de vous informer qui est cet homme, quelle a été sa con- duite, et pour quel sujet il a passé en Allemagne, et de me le faire savoir. (A. N.) SEIGNELAY A M. DE BEZONS, INTENDANT DE BORDEAUX. 8 novembre 1686. On a arrêté à Paris un homme appelé P. Roux, accusé d'avoir LEROUX. 473 tenu de mauvais discours contre le Roi, et il a dit d'abord qu'il était de Bergerac, et ensuite de Casteijaloux où son père était mar- chand, vendant de la mercerie, et qu'il n'y connaît personne, parce qu'il en est sorti à l'âge de 12 ans ; je vous prie de prendre la peine de vous informer s'il y a eu à Casteijaloux une famille de ce nom, dont le père fut marchand vendant de la mercerie, décédé depuis vingt-six ans, et s'il y a eu dans cette famille un fils appelé Pierre Roux qui en soit sorti dès l'âge de 12 ans, et même dans un âge plus avancé, et pour quelle cause il a quitté sa famille et son pays. (A. X.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. 17 août 1G88. P. Leroux, prisonnier à la Bastille, qui fut arrêté il y a deux ans au Blanc en Berry, sur le portrait qu'on y avait envoyé d'un homme qui avait parlé du Roi avec insolence, demande d'être mis en li- berté et prétend être innocent. S. M. désire que vous examiniez s'il est coupable ou non, car il ne serait pas juste que cet homme demeurât pendant toute sa vie eu prison sur un simple soupçon; je vous ai dans le temps envoyé l'interrogatoire qu'il avait prêté devant M. de Séraucourt, et copie d'une lettre que M. de Bezons écrivit sur les éclaircissements que vous me demandâtes. (B. N.) SEIGNELAY A M. DE BEZONS. 25 août 1688. Le Roi avait fait arrêter, il y a deux ans, en Berry, P. Roux, qu'on accusait d'avoir tenu à Sens quelques discours séditieux; il a aujourd'hui été mis en liberté, avec ordre de se retirer en la ville de Bergerac, et S. M. m'ordonne de vous écrire de faire observer sa conduite, et de vous en faire rendre compte. (A. N.) 474 PHELIPEAUX. DE VASSÉ, CAPITAINE * ; PHELTPEAUX, mestre de camp \ Discipline. JOURNAL DE HUREL. On a mis à la Bastille M. Phelipeaux, mestre de camp de cava- lerie, pour quelques désordres que son régiment a faits au Mans, oh il n'a pas apporté tous les soins nécessaires. (B. N.) NOUVELLES A LA MAIN. Ml décembre 1686. L'on a mis à la Bastille des officiers pour des désordres de leurs troupes. (B. N.) 1. Ordres d'entrée du 2 octobre et de sortie du'28 novembre 1686. 2. Ordres d'entrée du 25 novembre et de sortie du 17 décembre 1686, contre-si- nés Le ïellier. Raymond-Baltha/.ar Phelipeaux, mestre de camp au régiment de Villeneuve, de- puis ambassadeur h Turin, lieutenaiit-générai, vice-roi du Canada, mort à la Mar- tinique le 13 avril 1713. FIN TABLE DES MATIERES Ai.AURY, prêtre, est envoyé au château de Saint-Malo, 6 et 7 ; il demande sa liberté, 16; il meurt, 75. Ai.BERTi, soupçonné d'avoir fait faire la macliine infernale trouvée dans le port de Toulon, 190 et 192. Albï (comte d'), on lui accorde les liber- tés de la Bastille, 172; on l'envoie à Calais, 173. Aliez, agent des protestants, son inter- rogatoire, 240. Alvarès, joaillier, se fait donner le ma- nuscrit du Cochon milré, 338; il fait arrêter Cliavigny, 339. Amelot de la HoussAiE, arrêté pour avoir écrit l'histoire du gouvernement de Venise, 93 ; le livre est saisi chez l'imprimeur, 93; note sur Amelot, 9i. Ammonet, protestant, on met des troupes chez lui, 382 ; il quitte Mayenne, 405 ; Mémoire sur son évasion, 406; on le mène à Paris, 417 et 418; il demande la liberté de sa femme et de ses en- ' fants, 430. Ammonet (femme), protestante, on lui rend ses filles, 382; on la met ;\ la Bas- tille, 405. Armagnac (comte d'), sa querelle avec M. de Grannnont, 207. Arnoul, intendant de la marine, descrip- tion d'une machine infernale trouvée dans la mer à Toulon, 182; il fait arrêter un étranger suspect^ 183; in- cendie de l'étuve, 186; le maître de l'étuve s'est sauvé, 188. AsFELD, dit Fayet ou Laiayette, est arrêté à Vienne, 105; il est relâché 117. AuFRÈRE, protestant, est mis à la Bas- tille, 401 ; il recevait les malades do la R. P. R., 441. AuNAY (comte d'), protestant, est mis à la Bastille, 397. Auvergne (comte d'), se querelle avec M. de Tallart, 174. Aydone, suspect de débiter du poison, 201 ; rais en liberté, 202. B Baille, on le fait revenir en France, 376; il avait voulu établir une manufacture en Espagne, 377; il est mis au Pont- de-l'Arche, 377-, à 20 s. par jour, puis mis en liberté, 378. Barby (abbé), soupçonné de correspon- dance avec les ennemis, 102 et 163. BAREiSTi\, il est arrêté pour avoir fait maltraiter un paysan, 217. Bartholin, est mis à la Bastille pour avoir brûlé les papiers de l'abbé Siri, 374. Baudouin, colporteur, vend des livres prohibés, 22. Bayle, Louvois demande des renseigne- ments sur lui, 342; M. de la Reynie répond qu'il est très-suspect, 343. Beaujeu, toousqnetaire, mis à la Bastille pour les profanations de l'église de Sauge, 180. Beauvais frères, ils avaient bàtonné un collecteur, 243. Bechet (veuve), protestante, est mise à la Bastille, 389 ; et en liberté, 395. 476 TABLE DES MATIÈRES. Beck, protestant, on le met à la Bastille, 427; on l'envoie ensviite à Rouen, 437. Beliiomme, protestant, se convertit, 397. Bei.langer, protestante, est mise à la Bastille, 346. Benoist (femme), mise à la Bastille, 244 ; on vend ses meubles, 245. Behinchen et sa femme, protestants, on leur ôte leur fille qui les empêche de se convertir, 387 ; la garde de leur maison vivra à leurs dépens, 389; le mari peut se promener dans le châ- teau d'Angers, 392; c'est un honnûte liomme et riche, 403 ; l'abbé Varet con- fère avec lui, 408; il est mis à la Bas- tille, 411. Bernage (de), accusé d'avoir mis en liberté un prisonnier, 227; son inno- cence est reconnue, 228. Beutuand, libraire de Dijon, ordre de faire perquisition dans sa boutique, 21. Bessé Bataillf;re et sa femme, protes- tants, sont mis à la Bastille, 393; la femme au couvent, 394 ; ils se conver- tissent, 397. BiDAL DE LA Berlière, cst arrêté et mis à la Bastille, 312 et 313; ordre de le con- fronter aux écrivains des Innocents, 316; il est mis en liberté, Bidal (époux), sont conduits à Vincennes, 317. Bitaud de Bleor, capitaine de marine, cassé pour avoir pris des marchandises :\ bord, 83 ; il est rétabli, 84. Blf.ony, charlatan, est mis àja Bastille, 371. Blemonville (de), est mis à la Bastille pour S..., 373. Blessebois, il est mis à la Bastille, 179. BoNESKi (comtesse), elle est conduite à la frontière, 247; elle est jugée au Ghàte- let et envoyée à l'hôpital, 248. Bonnet, ordre de le mettre en liberté, 220. Bonté (abbé), son évasion, 19; on le re- cherche, 20; à Furnes, 22; il est à Paris, 24; ordre de l'arrêter à la fron- tière, 24. Bord de Sainte-Maure, gentilhomme qui tyrannise ses vassaux et ses voisins, 215; il est arrêté et envoyé à Pierre- Encise, 216. BoRDiN (abbé), son arrestation impor- tante, 19; son interrogatoire, 61; il est condamné aux galères perpétuelles, 63; sa pension, à Angoulôme, est de 20 sols par jour, 76; son entretien à 100 livres par au, 77; est mis en liberté, 79. BoTAT, son interrogatoire, 270. BouGY, libraire, condamné par défaut à neuf ans de galères, 16. BoDJONNiER (famille), arrêtés sur une dénonciation calomnieuse, sont libérés sauf ceux qui sont calvinistes, 347; faire faire abjuration au mari et à la femme, 349; ils sont mis en liberté, 353; on rend leurs bardes, 354. Brandonière, protestant, sera mis en liberté après abjuration, 355; cor."es- pond avec sa femme, 357. Breau, contrôleur, est mis ;\ la Bastille, 249; a fait de fausses quittances, 207; condamné à l'amende, 251. Bretesche (de la), a fait détacher un homme de la chaîne, 227; il a eu tort, 228. Brkteuil, intendant, est chargé do la procédure contre Gerberon et les béné- dictins de Corbie, 30, 31 et 32; est chargé de juger les trésoriers de l'ex- traordinaire des guerres, 218; il est récusé, 219; doit se rendre à Amiens pour finir leur affaire, 221. Briquemault, protestant, est devenu fou, 362; il promet d'abjurer la R. P. R., 369 ; ordre de le mettre en liberté, 3G'r, le Roi lui donne 200 liv., 365; il de- mande à jouir du bien de sa femme, qui s'est retirée, 366. Brisacier, est mis îi la Bastille, 97; don- ne sadémissi on moyennant 200,000 liv, 98 et 99; on lui rend ses papiers, 99; ordre de faire saisir les 200,000 liv. qu'il a mises h la banque de Venise, 100; il amène sa maîtresse h Varso- vie, 102. Brisacier (Mm"), est mise à, la Bastille, 97 ; on lui permet de venir à Paris, 101. Brusley, bénédictin; son interrogatoire, 27 ; il est envoyé à l'abbaye de Saint- Lucien, 55. Bdzenval, évoque de Beauvais; ordre d'envoyer à la Cour un rescrit du pape, 4- Cagny, protestant, est sur le point d'ab- jurer, 363; il est mis à la Bastille, 383 ; sa mère l'engage à se convertir, 387. Cahanel, protestant; rapport sur sa con- duite, 431; le transférer à la Bastille, 433 ; Bossuet va le voir, 440; ses biens sont donnés à sa famille, 447 et 451. Cameiac (de), poursuit criminellement les officiers qui inventorient les papiers de Duferrier, son frère, 254 ; sa vie dé- bauchée, 255 ; il va à Paris, 256 ; il gagne son procès, 258; autorisé adon- ner sa procuration à M. d'Olive, 257; a la liberté de se promener, 260; et de voir son neveu, 261. Gampagnac, protestant, promet d'abjurer, 364 ; il est arrêté, 386 ; mis en liberté, 388. Caretto, le faire conduire au fort l'E- vêque et mettre en liberté, 371. TABLE DES MATIERES. 477 Caru, mise a la Bastille pour avoir don- né ua faux avis, 95. Cellier, vicaire, fait faire des abjura- tions à la Bastille, 349 et 350. CuALiGNY, protestant; le mettre en li- berté sous caution, 359 et 360; il est mis en liberté, 367. CuANEVELLE, jésuitc, confcssc M. et Ma- dame Brisacier, 97. Chapelain, l'arrêter et faire perquisition de ses papiers, 292; il avait fait de faux ordres du Roi, 294 ; il s'est éva- fié, 299. Chassignet, secrétaire de l'ambassade devienne, est mis à la Bastille, 107; sa protestation contre bon emprison- nement, 113 ; il est nommé résident en Danemark, 117; il est mis en li- berté, 118. Chasïamer, dit connaître celui qui avait porté une machine infernale trouvée- à Toulon, 193 ; paraît suspect à M. de la Revnie, 195; on le laisse en pri- fon, 200. Chastelain, protestant; il est mis à la Bastille, 419 ; et en liberté, 423. Chavigm', bénédictiu; son histoire, 336; il est arrêté au Bourget, 339 ; on fait .supprimer son livre, 340 ; et brûler ses manuscrits, 341 ; il est envoyé an Mont-Saint-Michel, 341. Cheron, officiai de Paris, est chargé de vérifier les constitutions de Saint- Maur, 33 ; s'abouche avec le vicaire général de l'ordre, 34. Chertemps , chanoine ; son commerce avec Arnauld, 37; son interrogatoire, 38 ; il a la liberté de la cour, 40 ; sort de la Bastilln, 49. Chrestien, (femmej, est mise à Vincen- nes, 318. Clermo.nt (comte de), est mis à la Das- tille pour insultes au commissaire de l'assiette, 230 : ordre d'aller faire sa- tisfaction à ce commissaire et à l'é- vècjuc de Lodève, 231. CoiG.NARD, protestant, estarrôiéau Bour- get, 424; son procc^s lui sera fait, 424. CoLBERX, ordonne à l'intendant des ga- lères une surveillance exacte, parce que des Messinois veulent brûler les galères, 190 ; et de les faire sortir de Marseille, 191 ; et du royaume, 199. CoMMI^GEsnE Vervins, remisa sa famille à cause de sa folie, 171. Constant, protestant, est dénoncé, 383; le faire arrêter, 394- CoNT.\T, garçon libraire, est mis à la Bas- tille, 21. Coquet, mis à la Bastille aux frais de ses parents, 209; mémoire sur ses dé- bauches, 211. Cosiard, protestant, est "mis à la Bas- tille, /|04; sera mis en liberté après abjurtîjion, 405. CotRCi'.LLE JIorand; il est mis Ji la Bas- tille, 143; on s'informe de ses habitu des avec Madame d'Incarville, 144. Cour des Bois (de la) est arrêté à An- goulème, 147; ses interrogatoires, 148 et 150 ; procès-verbal de question , 155. Cour des Bots (dame de la), est mise à la Bastille, 147. CouRTiN, dit Charleton, son interroga- toire, 238; il est mis à la Bastille, 239; il en sort, 239. Crisafi, suspects, leur interrogatoire, 204. Croissy; il écrit à Chassignet que sa délivrance dépend de celle de M. Fayel, IKi. Cromelin, protestant, est mis à la Bas- tille, 356; il consent à se convertir, 363; il peut voir sa femme et son beau-père, 366; il est accusé de faire passer do l'argent en Hollande, 366 ; il est exilé à Saint-Quentin, 367 ; il abjure, 402 ; demande sa liberté, 403 et 406. Crosnier, reçoit sa grâce et de l'argent pour l'arrestation de Chavigny, 339. Crol'ï (abbé de), est mis à la Bastille, 18. Crussol de Montsalbz ; il sera entretenu à la Bastille par ses parents, 287; il en sort, 287; plainte de son beau-fils, 288 ; il est interdit et transféré à Cha- renton, 289 ; rapport sur son séjour à Charenton, sa mort, 290 et 291. CuRK DE BouET, est mis à la Bastille pour avoir favorisé la sortie des P. R., 410 ; le parlement de Douai lui fait son procès, 415. CuTiN (D"e), est mise à Vinccnncs, 317 ; son interrogatoire, 320; on la met dans un couvent, 332 ; aux Feuillan- tines, 333 ; rapport sur son compte, 333. CuviLLÉ, protestant, demande sa liberté après abjuration, 362 et 363. Da.\geau (marquis de) , est mis à la Bastille pour avoir battu M. Langlée, 159. Darras, prêtre, meurt à la Bastille, 159. Delacroix, protestant, est mis à ht Bas- tille, 413 ; le faire sortir après son ab- juration, 415. Delatorest (abbé), misa la Bastille, son interrogatoire, 146; il est envoyé î'i Saint-Lazare, 157. Delaizesient', pasteur de la Rochelle, mené de la Conciergerie à la Bastille, 309. Delfaut, bénédictin, a 'débité r/vi'r7//e de coter, 12 ; ordre de ne pas le pour- suivre, 14. Delzers ; il est mis à la Bastille, 365. 478 TABLE DES MATIEUES. Desciiamps, 1g mettre en liberté sous camion; il est innocent, 220. Deshaulïs, ]i(Hitenant de Roi de Mont- médy, accusé rie trahison, 1/|2; il est mis au château de Sedan, l/i3; son innocence est reconnue, ou jugera ses calomniateurs, 1/|5, Deuil, secrétaire de l'ambassade de Var- sovie, est mis à la Bastille, 125 et 12G ; son interrogHtoire, 130. Dubois, curé, e^tmis à la Bastille, 18; condamné à cinq ans de galères, 63; sa mort, 72. DuDnEUiL, protestant, est disposé à se convertir, 602. Du BiîEuiL, oratorien, il est interrogé par M- Le Blanc, hk; il a envoyé des livres de Hollande à Saint-Denis, 47; est exclu de l'Oratoire, 55; il écrivait à madame de Fontpertuis, 56; il est mis à laHastille, 58; est envoyé au château d'Oléron, 75; sans communication, 76; il peut entendre la messe, 76; il est envoyé à Brescou, 77. DucuAUFFOUR, pcrmissiou de recevoir des visites, 218. DuFEnniEr. (abbé), on découvre qu'il était le conseiller de l'evêque de l'amiers, 25/i; est arrêté à Tonnerre et conduit à la Bastille, 257; ordre de le laisser voir au théologal de Paris et dire la messe, 259; lui donner un confesseur h. sa mort, 260. DuFOUR (abbé), quittances fausses don- nées au Trésor, liO; ses interroga- toires, IH. DuGRAviER, commis de la poste, ordre de l'arrêter, 295; il était d'intelligence avec les pillards de la marine de Bour- gogne, 296. DuGUAY, premier président de la chambre des comptes de Dijon; il est arrêté à Dijon, 292; Seignelay demande l'in- ventaire de ses papiers, 292 ; et son re- gistre, 293; on doit le mener à Toulon, 293; il ne doit voir que son médecin, 293; on le conduit à la Bastille, 294; il se justifie mal, 295; on met le scellé chez lui, 298; ordre de lever le scellé, 298 ; de lui laisser prendre l'air à la Bastille, 299; et se confesser, 300; et entendre la messe, 301 ; il demande la liberté de la cour et de voir ses fils, 302; il est enterré à Saint-Paul, ^03; ses biens sont saisis, 303. DuMOUMN, par erreur est conduit à la Bastilk-, 3/i, 35 et 37. Dui'ONT (femme), ordre de l'arrêter, 233; elle est arrêtée à Dieppe, 235 ; elle avait fait ba()tiser son enfant par un ministre, 2/i0. Dupuis, libraire, a fait imprimer rJvocai des pautres, 12. DupuY, s'évade de la Bastille, est arrêté à Lyon, 298. Durand, caissier infidèle, sa mort, 275. DuviGNAu, ministre, ordre de saisir ses biens, 391. Elbeuf (prince d'), il insulte le guet, 224; ses gens insultent l'ambassadeur d'An- gleterre, 226; il est mis à la Bastille, 220. Eler (major), suspect, ordre de le mettre en liberté, 274 Emery, on le met en liberté après qu'il a satisfait à sa condamnation, 303. ERSiGPiY, protestant, il est mis ;i la Bas- tille, 385 et 386; il se convertit, 389; ses filles envoyées au couvent de Sainte- Avoie, 390; il est mis en liberté, 392; et ses filles aussi, 412. Escr.AssAN, libraire, a imprimé YEv(;qrie do. cour, 10; est condamné à l'amende et banni de France h perpétuité, 12. Estrades (abbé d'), avertit que les Espa- gnols projettent d'incendier la flotte de France, 185. Estrades (chevalier d'), mis à la Basiillo, 135; pour des pillages faits par son régiment, 136; sa mort, 138. Eudes, se retire au séminaire de Caen, 4- Fontpertuis (dame de), est la corres- pondante du P. Du Breuil, 41 ; ordre de ne pas l'arrêter, 44; son voyage à Rouen, 56. Foscarini, ambassadeur de Venise, son rapport sur l'emprisonnement de Chas- signet, liO. Fournel, bénédictjn, son interrogatoire, 29. FourneRet, commis au contrôle des dé- penses des bois de la marine, est arrêté à Dijon, 292. Fronti.nac, gouverneur de la Nouvelle- France, sa plainte contre M. Perrot, 87 ; le Roi et Colbert l'engagent à lui pardonner, 91. Fruge (comte de), il est mis h la Bas- tille, 274. FuENTE (marquis de la), ambassadeur d'Espagne, rapport sur l'affaire de Chassignet, 108 ; le roi d'Esp;igne ap- prouve sa conduite, 117 et 118. Gagejiokt (de), protestant, est mis à la Bastille, 404; on lui accorde la liberté de la cour, 403; sortira sous caution, 41o; il en donne une, 417 ; elle est mau- vaise. 419; on l'envoie à Pierre-Encise, 445; il sort de Saumur, et se con- vertit, 461. Gaunieii, libraire, est arrêté h, Auxerre, ■u. TABLE DES MATIERES. 479 Gau (femme), elle est mise à la jBastille, 2^8; et est mise en liberté, 249. GEnBERON, bénédictin, ordre de l'arrêter, 27; il se sauve de Corbie, 28; et se retire à Mons, '28: décrété de prise de corpij 40; écrit à Seignelay, 60; il est mis à Vincennes, 80, GiLLiER, mousquetaire, mis à la Bastille pi.ur des profanations, 180. GiovENAZ/.o (duc de), paie des incen- diaires pour brûler les vaisseaux de la France, 188. GiROUST, jésuite, confesse madame de Brisacier, 97 et 98. Glatte\s, il est mis à la Bastille, 160; il avait promis l'exemption des loge- ments militaires à Moissac, 161 ; il sort de prison, 162. GoiiELiN, protestant, est mis à^la Bastille, 359 ; on charge de troupes sa terre de G ille voisin, 360. GovicQUET, bénédictin, son interrogatoire, 28; est envoyé à l'abbaye de Sainte- Colombe, 55. Grammont (duc de), se dispute aux courses avec M. d'Armagnac, 207. Grimfré, protestant, cherche à passer à l'étranger, 421 ; ordre de l'arrûter, 423; il est arrêté près de Philippeville, 425; on l'envoie à la Bastille, 428 et 429; il aura sa grâce, 430 ; il est mis en liberté, 440; ou le conduit à la citadelle d'A- miens, 452. Gni'SLÉ (frères), mis à la Bastille, 378; pour 500,000 livres dues à la Ferme, 379. Glelphe, est mis à la Bastille par erreur à la place de son frère, 375. GuiiiERT, pasteur de la Bochellc, conduit de lu Conciergerie à la Bastille, 309. H Ham (de), jacobin, mis à la Bastille pour violences; on le renvoie à >on couvent, il revient à la Bastille, 402; il tue un valet, 463 ; il a des visions. Rapport de M. d'Argenson sur ce prisonnier; 465. Hame (de), capitaine, est enfermé par correction, 92. ilARLAY-BoNNEtiiL, intendant de Dijon, . est chargé de la gestion des bois de la marine, 294; irleni, 296. IIelcourt (iiame d'), protestante, est mise à la Bastille, 403. IIelyot de Boissy, enfermé à cause de ses dissipations et mis à Saint-Lazare, 212. His, racoleur qui faisait embarquer des jeunes gens pour l'Amérique, 260; il sort de prison, 267. HoNTAiN, marchande îi la Haye, rensei- gnements demandés sur son comptu, 311 et 319. Incarville (marquis d'), il est mis à la Bastille, 1/j 3; chassé à dix lieues de Paris, 157. Incarville (dame d'), dénonce calom- nieusement son beau-frère, 142 • elle est mise à la Bastille, 143; procès- verbal de question, 151. Jaillot, sculpteur, se querelle avec l'A- cadémie de peinture, 165 ; est sommé de comparaître, 106 ; à la séance parle insolenmient, 168 ; il est expulsé, 169 ; est soupçonné d'avoir écrit un libelle contre Lebrun, 170. Jerine, son interrogatoire, il se défend d'avoir menacé le Boi, 269; il se sauve de la Bastille, 270 et 271. JossE, libraire, a vendu le libelle : l'E- vcijue de mur, 10; banni de Pariss pour cinq ans, 12. Jl'liot DELA Pemssière, protestant, sch désespoir, 4O8, 409 et 410: i! écrit à M. de laReynie, 411 ; sa femme est ca chée dans l'hôtel de Soissons, 413; ou chez Mme de la Jonqnière, 414; on leremet à M. de Pardaillan, 415 . La eacme, mis en liberté, 60. La chapelle, banni pour avoir vendu VEui'que île cour, 13 ; et condamné à l'amende honorable, 15. Lacombe, protestant, il est mis à la Bas- tille, 385. Laferté-Civille, nouveau converti, de- mande que sa belle-mère ne vende pas ses biens, 357; il peut mettre ses en- fants au collège de Bouen, 392 ; sa lettre à sa femme, 434. Laferté-Civille (M""^ de), protestante, elle est mise à la Bastille, 403 ; de- mande à voir l'évêque de Toulon, 40 i ; elle fait abjuration, 418; elle se sauve de chez son mari, 426; voulait passer en Hollande, 430; son procès lui sera fait, 435; sa lettre à M. de la Reynie, 435; les pensions des enfants seront payées par le père, 441; autre lettre à M. de la Reyuie, 443; elle retour- nera auprès de son mari, 445; on lui rendra ses enfants, 446; sa mère est bien malheureuse, 446 ; Desgrtz ;irrète Madame de Laferté, 448. Lafitau, procureur du Boi, est interdit pour prévarication, 101. La Massaye (de), protestant, est mis à la Bastille, 383. 480 TABLE DES MATIERES. La Melonniëre, protestant, ordre de le mener à la Bastille, 388; on cherche son fils, 395 ; pour le mettre au col- lège, 39G. Lamoigmon, preraier président, croit inutile de mander les officiers de police devant le Parlement, 9. Lamont (abbé de), son recueil de ser- mons est saisi, 368; l'abbé peut se promener et recevoir son neveu à la Bastille, 369 ; et travailler à la conver- sion des P. R.,370. Lamothe, imprimeur à Rouen, perquisi- tion dans son imprimerie, 8; banni pour trois ans de Rouen, 13 et l/i; et sur appel pour 9 ans et à l'amende honorable, 15. Lamotte (baron), protestant, lui donner la liberté de la cour, 361 ; on retire les dragons de cliex lui, 362. Lamotte, protestant, lui faire restituer les papiers de son consistoire, 358; lui donner la liberté de la cour, 301 ; il se convertit, 3G2. Lajiy, commis du trésorier de la marine, à Dijon, ordre de le mettre au châ- teau de Dijon, 293; est mis hors de la Bastille, 301. Langey (marquis de), saifemme et ses enfants, ordre de les arrêter, 398; on le met à la Bastille avec son fils, 399 ; la marquise fait abjuration, liHi', qu'elle voie son mari, /i30. Langle (femme), protestante, est mise à la Bastille, 233; voulait faire sortir de France une femme P. R., 23i ; elle peut voir son mari, 234. Lanmon (abbé de), il avait contrefait une lettre de cachet, 667. La Sablière (de), protestant, est mis à la Bastille, 383. La Secherie (de), protestant, est mis à Bastille, 403. Lactrec, protestant, ordre de le transfé- rer du Châtelet à la Bastille, 389. Lay, il est envoyé aux iles, 232. Le Blanc, intendant de Rouen, est char- gé d'instruire l'affaire de Du Breuii, 43; il interroge le P. Du Breuii, qui qui l'accuse d'ûtre son complice, 48 ; on lui relire cette affaire, 51. Le Blanc, ministre de la Rochelle, con- duit de la Conciergerie à la Bastille, 309; reçoit la visite du théologal de Paris, 399; il demande avec ses con- frères un certificat de sa détention, 310. Lecebvre, hôtelière, est mise à la Bus- tille pour avoir favorisé la sortie des P. R., 410. Lemaistre, protestante, est arrêtée à Pé- ronne et mise en liberté, 344. Lemarchand, célestin , son inti^rroga- toire, 264 ; il est mis en liberté, 265. LE^oBLE, procureur général, a contrefait une lettre de cachet, 246; il est en- voyé au For-l'Evôque, 247. Lenoir, théologal de Séez, est exilé à la Flèche, 2 ; et à Vannes, 3; publie l'E- véque de eour, sa lettre à la Reine, 68 ; il est arrêté, 65 ; le Roi en est bien aise, 66 ; son interrogatoire, 07; fait amende honorable, 72 ; il est condamné aux galères à perpétuité, 73 ; il est envoyé au fort de Saint-Malo et au château de Brest, 74; il peut dire ou entendre la messe, 76. Lenoir, bourgeois, est assommé par les gens de M. de Mouy, 103. Leroux, il est arrêté au Blanc, conduit à la Bastille et interrogé, 471; il est mis en liberté, 473. LiEUTAcn, capitaine de vaisseau, n'a pas déclaré une prise faite à la mer, 82 ; ordre de le mettre à la tour de 'Tou- lon, 83. LoiRE (de), protestant, sera mis en li- berté sous caution, 359 et 360. LoMBVRD, pasteur, suspect, son interro- gatoire, 208. LoNGCHAMPs, il est mis à la Bastille pour faux, 470. Longueval (comte de), fait des sortilèges et des avortements, 305 ; est mis à Saint-Lazare, 307; y est maltraité, 308. Luxembourg (duc de), raconte à Louvois la querelle de MM. d'Auvergne et de Tallart, 174; demande qu'on étouffe cette affaire, 178. M Mallet (dame), protestante, ordre de la mettre à la Bastille, 389 ; et de l'en faire sortir, 395; lorsqu'elle aura fait abjuration, 443. Malno, protestant, est arrêté, 355; con- fère avec l'abbé Gerbais, 356; a la liberté de la cour, 358; le mettre en liberté quand il aura abjuré, 363; il est passé en Hollande, 454. Mansfeld (dame de), se plaint au Roi de l'insulte du marquis de Mouy, 103. Mahc Antonio, ordre de Varrêter, 197. Marcellin, carme, a débité l'Evéque de cour, 13; ordre de ne pas le pour- suivre, 14. Margas, protestant, on n'enverra point de troupes dans sa maison, 355; on en envoie, 356; à une demi-pistole par jour, 357 ; il déménage, 359. Mabim, envoyé de Gênes, les Espagnols font entrer des troupes dans Gênes, 275; bombardement de la ville, 276; le nonce intervient en sa faveur, 277 ; Marini est mis à la Bastille, 278 et 279; il refuse d'entrer en négociation. 281 ; le nonce sollicite, mais en vain, sa liberté, 283; Marini sort de la Bas- tille, 284. MAiisor.LiER, transféré au Châtelet pour son procès, 17. Masclary, protestant, est mis à la Bas- TABLE DES MATIÈRES. 4SI tille, 391; confère avec l'abbé Varet et se convertit, 392; visite de sa fcmme^ ItOS. Maubeut, libraire de Rouen, ordre de l'arrêter, 43; s'est sauvé, 45. Mesnard, ministre, est mis à la Bas'ille pour avoir fait sonir son frère de France, 242. Mesnap.d (abbé), soupçonné d'intrigues avec la cour de Rome, 262; son inter- rogatoire, 263; ou l'envoie à Redon, 265. MÉTAYER (abbé), est exilé au Havre, 26; il tombe malade en route, 32. MED3NIER, protestant, déclare qu'il ne croira pas quand il sera converti, 355 et 359; il est mis à la Bastille, 384; il se convertit, 385 ; grâce à sa femme, 386 : il fait passer son argent en Hol- lande, 411- Mezange, est innocent le mettre en li- berté, 81. Mignon, commis de Croissy, écrit à Chas- signet qu'il sera traité comme d'Asfeld l'aura été à Vienne, 116. Ministres protestants, cachés dans Paris, 416. Misson ^Inadame), protestante, ordre de l'envoyer au couvent, 383; chez ma- dame de Miramion, 385. Mo^TANDRÉ père et fils, mis à la Bastille, 16. MoNTGiNOT, protestant, est exilé à Noyon, et ensuite à Soissons, 355; mis à la Bastille, 383; sa mère au couvent, 387; il a fait passer de l'argent en Angleterre, 394; il demande à voir l'abbé de La- mont, 3C'. Montmorency, protestant, est mis à la Bastille, 391. MoNTiGNY (de), demande à révéler au Roi des choses importantes, 164. MoRLOT (comte de), est conduit au châ- teau de Saumur, 311 ; il e-t cliassé de Paris à cause de sa correspondance avec le prince d'Orange, 311 ; ordre de l'arrêter, 312; il est conduit à la Bas- tille, 317; s'était déguisé en femme, 318; chez Siri, avec qui il avait une correspondance secrète, 321; son in- lerrogatoi^^\ 323; il est convaincu d'a- voir écrit les lettres incriminé'S, 328 et 329; il est transféré à Vinccnnes, 331; le Roi detnande un mémoire sur cette affaire, 331 ; Bourdaloue confesse Morlot, 333 et 335; il sort de la Bas- tille, 335. MonsTEiN, grand trésorier de Pologne, (|uitte Paris, 100; arrive à Varsovie, 101 ; sa correspondance est intercep- tée, 118; son procès lui est fait, 125. Mol'y (manniis de), est mis à la Bastille sur la plainte de madame de Mansfeld, 103; se défend d'avoir fait battre uu bourgeois de < aris, 104. N NANcnÉ, il insulte un commissaire, 468; on l'envoie à la Bastille, 470. Nava, prêtre, son interrogatoire, 205. Netz (de), protestant, ordre de le mettre à la Bastille, 398; on lui accorde un délai, 400. NoiROT, ordre de le mener à la Bastille, 300; on n'a pu l'arrêter, 301. Paransy, voulait tuer la Dauphine, 223. Pélissier (femme), dénonce un complot contre le Roi, 248. Pélissier, secrétaire d'ambassade, est accusé d'avoir vendu le chiffre de l'am- bassade, 122 et "23; ordre de l'inter- roger, 127; son interrogatoire, 127. Pellisson, indique les mesures à prendre pour la distribution des aumônes aux nouveaux convertis, 348. Përay (M. et Mme du), protestants, tien- nent le bureau de placement des P. R., 394; Dangeau visite à la Bastille le mari, 396; qui doit fîiire abjuration h, Paris, 400; demande un mois de délai ; on lui accorde quinze jours, 401; sa femme et ses filles avec lui à la Bastille, on les lui ôte, 402; on retire les dragons de sa maison, 403; M. de Besmaus visite la mère et la fille, 403; M. du Feray a disparu, 417. Perrot, gouverneur de Montréal, insulte le lieutenant des sardes de M. de Frontenac, 85; adresse au Roi un placet contre M. de Frontenac, 89; il est révoqué, 91 ; et nomiré gouverneur de l'Acadie, 92. Perroté, secrétaire de M. Le Blanc, im- pliqué dans l'allaire de Du Breuil, 43; il est arrêté, il a donné une instruction à l'abbé Racine, 45; est malade, 47; avait épousé la mère de M. Le Blanc, 50; il est malade de la pierre, 57; il est conduit à la Bastille, 58; on lui donne un valet pour le soigner, 59. Pester (de), est mis à la Ba' tille, 158. Petupuy (ablié du), dénonce un complot imaginaire, 138; est envoyé à Pierre- Encise, 139; sort de i)rison, 140. Phflypeadx, mis à la Bastille pour in- discipline, 473. Pestoli (abbé), le mettre à la Bastille. Plauchut, député des protestants de Montpellier, est mis à la Bastille, 236 ; ses instruction^, 237. Pradel, ii est mis à la Bastille pour faux, 470. Preston, ambassadeur d'Angleterre, an- roncel'emprisonnenient de Chassignet, du, 112, 113. Prévost, protestant, est mis à la Bas- tille, 403. 482 TABLE DES MATIÈRES. Primf, il est mis à la Bastille pour son Histoire de la r/uerre de Ho/lande, 228 ; sur la demande de l'ambassadeur d'Angleterre, 229. Prussurot, imprimeur, est arrêté à Sens, 6; a imprimé plusieurs livres jansé- nistes, 11; condamné à l'amende et banni de France à perpétuité, 12. Racine, prêtre, est arrCté à Saint-Denis, lil et tili ; il est mis en liberté, 60. Refuge [comte et comtesse dp), sont mis au Châtelet, 308; et à la Bastille, 309; jésuite envoyé pour les convertir, 309. Regnault, notaire de Dijon, ordre de le mener à Vincennes, 300; transféré de Vincennes à la Bastille, est mis en li- berté, 30li. Remy, l'envoyer au Châtelet pour son procès, 17. Rhodes (marquis de), ordre de le mettre en liberté, 272; il avait souffleté un huissier du Roi et insulté M. de Luxem- bourg, a'/S. Roquefontiez, capitaine de marine, est cassé pour n'avoir pas déclaré une prise faite à la mer, 83; on empêche qu'il ne passe au service de l'Angle- terre, 8 II. Roserch, a vendu le libelle l'Evêque de cour, 9; banni de Paris pour cinq ans, 12. Saint-André, servante, elle avait cassé les glaces du carrosse royal, 268; en- voyée à l'hôpital, 268; et à Ronfleur, 269. Saint-Gelais, protestant, ordre de l'ar- rêter, 389; supprimé parce qu'il s'est converti, 390 ; nouvel ordre de l'arrê- ter, 393; et d'empêcher qu'il ne fasse sortir de France ses enfants, 395. Saint-Georges, a la liberté de la cour à la Bastillp, 302; est mené au For-l'E- vêqne, 305. Saint-Germain-Beaupré, est mis à la Bastille pour avoir insulté un commis- saire, 158. Saint-Jean de Vedas, protestant, donne espoir de sa conversion, 386; M. d'A- gutsspau le visite à la Bastille, 389; il est au château de Loches à ses dé- pens, -453. Saint-Martin, protestant, refuse de se convertir, 35^. Saint-Yon, athée, ordre de le mettre à la Bastille et de l'interroger, 35Z(. Sainte-Hermine, protestant, ordre de le mettre à la Bastille; il est fort infirme, 399; défense de h; laisser voir à ceux de la R. P. R., 400 et /jOô ; il demande à voir sa mère et sa soeur, /i07 ; il est mis en liberté, 453. Segonzac, faussaire, sa mort, 81. SiRi, avait beaucoup de commerce avec la maîtresse de Morlot, 318; on ne juge pas à propos de l'arrêter, 322; mais seulement de le décréter de prise de corps, 323. Servator, moine, arrêté pour un Italien évadé de la Bastille, 271. SoBiESKi, roi de Pologne, fait ouvrir à la poste les lettres 101. S01.ACEL, prêtre, il avait donné un faux avis. De la Bastille, il est mis au châ- teau de Guise, puis en liberté, 380. Soudé, enseigne de marine qui avait donné sa démission, 266. Soi'LET, avocat protestant. Il est mis à la Bastille, 391; il fait abjuration, 392; il sort de la Bastille, 393. Stappens, est mis à la Bastille, 158. Tallart (comte de), provoque en duel le comte d'Auvergne, 174; ordre de se rendre à la Bastille, 177; il reçoit les visites de sa fen:inie et de ses amis, 178: le Roi a toujours de la bonté pour lui, 179. Tallon, mis à la Bastille, 218; ordre de visiter ses papiers, 219 ; et de le mettre en liberté, 222. Tandebaratz, pasteur de la Rochelle, transféré de la Conciergerie au Palais, 309. Tavernier, fait la charge d'ancien à Vil- liers-le-Bel, 352. Terbier, servante, est mise à Vincennes, 318. Thaumas, janséniste, est exilé à Quimper, avec 300 livres pour frais de route, 21/». Théobon, protestant, peut aller dans sa province, 383 ; ses filles mises au cou- vent du Chasse-Midi, 384 ; et entre les mains de leur tante, 385. Thors (marquis de), protestant, est mis à la Bastille, 397; il est dans une ob- stination invincible, 407 ; madame de Thors et sa fille sont envoyées hors de France, 455. TiiURY (marquis de), est insulté par le prince d'Elbeuf, 226. Touchimbert, protestant, promet de se convertir, 364; ordre de le mettre en liberté, 365 ; on s'informe de sa con- duite, 368. Trovato, Messinois, mis à la Bastille, 200; en sort, 202. U Urbec, horloger, soupçonné d'avoir fait une machine infernale à Toulon, 189; il est interrogé à Aix; détails sur Urbec, 192; ordre de l'interroger en- core, 198. UssAux (d'), protestant, abjure entre les mains du P. La Chaise, 361. TABLE DES MATIÈRES. 483 Vaillant, protestante, est revenue d'An- gleterre, Stili; elle doit repartir, 344; elle est mise à la Bastille et demande à se faire instruire, 346; examen d'un placet présenté pour elle, 351; ordre de la mettre en liberté, 360. Valricher, sa pension à Loches est de 30 sols par jour, 76; il est envoyé à Saumur, 78 ; il est en enfance et mis à l'hôpilal de Tours, 79. Varennes (marquis de), porte à M. d'Au- vergne l'aopel en duel de M. de Tal- lart, 176. " Vassé, capitaine, mis à la Bastille pour indiscipline, 473. Vbrd£ili.e, protestant, est arrêté à Paris, 390. Vermenel, protestant. Il est mis à la Bastille, 384- Vep.tot, est arrêté au Bourget; on lui fera son procès, 424 et 425; l'interro- ger, 429 ; il est envoyé à Ham, 451 ; et mis en liberté, 455. ViLLARNou (madame de) et ses filles, pro- testantes, sont mises à la Bastille, 393; elle voit son gendre, 399 ; ses filles dis- posées à. leur conversion, 402; l'une d'elles est enfermée dans un couvent, 411; et les autres aussi, 413; leur pension est payée sur le bien du père, 415; les filles transférées de la B. aux N. C, 417; la mère demande à être mise dans un couvent, 430; elle est inflexible, 448 ; on la met en liberté, 450; et ses filles aux N. C, 451 et 455; on recherche une petite de Villarnon, 456 et 457; une d'elles se convertit, l'autre est remise à madame de Para- bère, 458; l'aînée est mise en liberté, 459. Villiers-le-Bel. Rapport sur les P. R. de cet endroit, 352. ViON (femme), jwotestante, est mise à la Bastille, 389; elle vendait des passe- ports. 391; elle s'évade du château, 438. ViRASEL, protestant, le surveiller, 398; mettre à la Bastille, 401 ; le P. Bordes confère avec lui, 402 ; sou fils le visite, 417; il est entretenu à ses frais au château d'Angoulème, 454. ViRET a imprimé le Combat des deux Clefs, 17. ViTRY, ambassadeur à Varsovie, est ren- voyé en France, 121; il quitte la Po- logne, 124. Vrigny-Joigny (de), protestant, demande un au pour se convertir, 449. W Wantier, estrsoupçonné d'être complice de Bonté, 22; il écrit à M. Pelletier, 24; il vient à Paris el est arrêté, 25; est mis en liberté, 26. FIN DE la table DES MATIERES. Paris. — Imprimerie Pillet fils aîné, rue des Grands-Augustins, 5. University of California SOUTHERN REGIONAL LIBRARY FACILITY 405 Hilgard Avenue, Los Angeles, CA 90024-1388 Return this materlal to the library from which it was borrowed. 14 Porm L5. 000 229 497 Il ^ -A U]