'i'^M msR ^ m£yÀ. *%5 ^^^ ^ ^^Tt'. 1 , l^m .^ k^^y ■^ ^ ^ JET X' ^^^^ JTm -à K^^^BLg, /0^ .*■ « i *^*: ^^^ ïS-^jb^ ^^-^ • r ^ '^^-^iJ fL^ i km ^ t-J^^j IE![^ 'T'. I Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa Iittp://www.archive.org/details/archivesdelabast07rava PARIS. — IMPRIMERIE A. PILLET FILS A^NÉ .5, rne des Grands- AcgBstins. iC^^t^*^* ARCHIVES DE LA BASTILLE DOCUMENTS INEDITS RECUEILLIS ET PUBLIES FRANÇOIS RAVAISSON Conservateur-adjoint & la Bibliolbique de l'ArseDal RÈGNE DE LOUIS XIV (1681 ET 1665 A 1674) PARIS A. DURAND ET PEDONE-LAURIEL, LIBRAIRES RDE CDJAS, 9 (ancienne RUE DES GRÈS, 7) 1 874 % • - p p^ X f AVERTISSEMENT L'exposé de la procédure instruite contre les empoisonneurs a rempli les deux volumes précédents ; nous terminons dans celui- ci le dépouillement de cet immense dossier, heureux si ce travail a mis en lumière des faits tenus dans l'ombre jusqu'à présent et dont la connaissance pourra servir à l'histoire des mœurs au dix-septième siècle. On a vu que Louis XIV, affligé par les révé- lations faites contre des personnes qui avaient tenu la première place dans ses affections, arrêta les recherches dont il n'avait pas soupçonné d'abord toute la gravité; dans l'incertitude des me- sures à prendre, la chambre avait provisoirement suspendu ses séances, lorsque le hasard fît arrêter un auditeur des comptes, ancien ami de Sainte-Croix et de M""* de BrinvilHers. Le Roi saisit cette occasion d'enterrer avec éclat la procédure, et de dé- tourner sur des parlementaires l'indignation publique soulevée contre les gens de la cour. La Chambre ardente fut rouverte, l'auditeur et ses complices furent exécutés à grand bruit, tandis qu'on ei'figiait en place de Grève un conseiller, mort depuis longtemps, mais qui s'était associé à ces pratiques dans l'espoir de tirer de Pignerol le surintendant Foucquet. Ensuite le Roi déclara la procédure bien et dûment close, les juges retour- nèrent chez eux, et on lança dans le public un édit général, donU les sages dispositions devaient empêclier le retour de crime' pareils. Cependant Louvois et M. de la Reynie vidaient en silence \ n AVERTISSEMENT. Vincennes et la Bastille. Parmi les prisonniers, les moins com- promis furent renvoyés dans leurs provinces ou conduits à la frontière ; quelques-uns demeurèrent dans des couvents ou des hôpitaux éloignés. Quant aux complices des abominations repro- chées à M"" de Montespan, ils passèrent le reste de leur triste existence dans des châteaux lointains, attachés par une chaîne à la muraille de leur prison, vêtus de cilices et réduits au pain et à l'eau ; quelques-uns ont subi ce martyre pendant plus de qua- rante ans. Ces mesures avaient été suggérées par M. de la Reynie, Louvois les fît exécuter avec une rigueur inflexible; elles furent couronnées du plus entier succès. Hormis quelques-uns des juges, le roi et les ministres, personne n'eut connaissance des faits secrets de la procédure, et Saint-Simon lui-même donne les regrets d^un amour envolé comme la seule cau-e des terreurs qui empêchaient M"^ de Montespan de dormir sans lumière et sans avoir des femmes pour veiUer à son chevet ' . La fureur d'empoisonner n'était pas la seule chose qui dût attirer l'attention et les sévérités du gouvernement. Sous une enve- loppe très-briUante, le corps social cachait encore d'autres souil- lures que Louis XIV travailla toujours à effacer. Pour faire apprécier convenablement les services qu'il rendit à la France, il nous faut revenir à I660. On s'était arrêté à cette époque pour ne pas scinder l'affaire des poisons. Ces documents paraî- tront moins importants peut-être, mais ils nous semblent éclairer d'un jour nouveau bien des côtés bons à connaître. Ainsi l'on assassinait alors en plein jour sur le Pont-Neuf; un marquis, soupçonné d'avoir payé la mort d'un écrivain oublié, mais connu alors, et mari très-malheureux d'une précieuse, fut déclaré innocent, mais le meurtre était réel, et le coupable fut condamné jpar le Châtelet ^. Si la vie n'était pas en sûreté au coin de la rue, l'honneur des familles n'était pas non plus respecté, et des écrivains sans ver- gogne faisaient dans des libelles anonymes litière de la réputa- tion des femmes de la cour et de la ville. Louis XIV fit de vains 1, Voir page 1. 2. Voir page 187. AVERTISSEMr:NT. m efforts pour réprimer une licence odieuse, mais dont les complices étaient partout, et que la malignité du public favorisait. Bussy, qui était un grand seigneur, paya d'une seule année passée à la Bastille le plaisir d'avoir écrit les Amours des Gaules, et fut quitte pour rester dans ses terres, mais les écrivains qui avaient copié son œuvre e1 les libraires qui l'éditèrent furent punis du fouet et des galères. Les ouvrages défendus se repro- duisaient d'abord au moyen de copies faites par des hommes dont c'était la spécialité; le talent d'une belle écriture donnait alors le moyen de subsister. Paris regorgeait de misérables qui cherchaient à vivre de leur plume dans le sens le plus étroit du mot; c'étaient des officiers réformés, des prêtres interdits, des clercs ou des étudiants. Un très-petit nombre travaillait chez les maîtres écrivains; les autres vivaient dans la plus abjecte misère et transcrivaient les rituels et les livres jansénistes ou molinistes, les libelles obscènes ou diffamatoires et les gazettes à la main, s'inquiétant de la morale tout aussi peu que du secret de l'État, ce principe vital du gouvernement d'alors. Aussi le roi les tenait pour les pires de ses ennemis et les traitait en conséquence ; mais il ne put jamais les détruire. La police semble avoir fort amoindri la vente des livres obscènes, mais tous ses soins échouèrent contre les nouvelles à la main; la curiosité publique et l'intérêt du com- merce furent les plus forts. On prétendait imposer un silence absolu sur les affaires de la cour et de Paris, c'était ce qu'il était important de savoir pour un négociant. Le roi et ses favorites faisaient varier les modes à leur gré ; les marchands avaient tout intérêt à être informés du caractère de ces dames et des vicissi- tudes de leur crédit et c'est ce qu'ils trouvaient dans les bulletins des gazetiers. On les remettait à domicile aux abonnés de Paris, les rouliers emportaient les exemplaires de la province, et des colporteurs débitaient le reste dans la rue. Le journal avait ordinairement quatre pages et se vendait de cinq à dix sols le numéro; c'était un salaire bien mesquin pour un métier dont la fin probable était le fouet, les galères ou la potence K 1, Voir page 193. IV AVKKTISSEMENT. Ces pauvres scribes étaient traités plus durement que les espions anglais ; on se contentait de garder ceux-ci à la Bastille, La liaison de Charles II et de Louis XIY ressemblait à ces unions irrégulières oii l'argent sert de lien , et dont la méfiance est l'accom- pagnement ordinaire, aussi la Tour de Londres et la Bastille abri- tèrent souvent ceux qui se dévouaient à un service dangereux, mais nécessaire pour déjouer les perfidies que se permettaient les deux amis et dont Louis XIV, tout le premier, ne se faisait pas scrupule. Par exemple, en 1G66, il était avec les Hollandais con- tre l'Angleterre : au moment de livrer bataille, la flotte française resta dans le port sous prétexte d'avaries majeures, et des volon- taires furent mis à la Bastille pour avoir voulu combattre avec nos alliés *. Six ans plus tard, l'Angleterre et la France faisaient la guerre à la Hollande, au premier combat naval la flotte de France se tint à l'écart ; les Anglais auraient été détruits si un lieutenant-général français n'était venu à leur secours ; il aggrava sa faute en publiant un rapport où il s'espaçait sur la poltron- nerie de l'amiral de France; cet officier n'avait pas compris qu'on avait voulu laisser nos rivaux se détruire l'un par l'autre, son ingénuité fut récompensée d'un séjour prolongé dans la Bastille. On eut fort à faire pour réparer sa bévue ; rien de plaisant comme l'embarras de Charles II, entre la crainte de son Parlement et la peur de perdre les pensions de la France^. Tout cela entrete- nait l'aigreur entre les sujets des deux couronnes; à Paris même, les insultes et les coups de bâton n'étaient pas épargnés aux gens de l'ambassade anglaise, et le roi fut obligé de mettre à la Bastille des courtisans qui avaient poussé les choses trop loin ^. Il ne faut pas trop s'étonner qu'à Paris on battît les valets du corps diplomatique, puisqu'à Toulouse les conseillers se don- naient des coups de canne au milieu de la rue *. L'agresseur fut mis à la Bastille, car Louis XIV ne pardonnait rien aux gens de robe. Il était aussi très-sévère pour les ecclésiastiques ; ainsi il laissait la cour des monnaies admonester un vicaire de 1. Voir page 278. 2. Voir page 378. 3. Voir page 23^. !i. Voir page 252. AVERTISSEMENT. v Saint-Paul qui avait marchandé la conscience d'un juge ' ; il met- tait à la Bastille les prêtres jansénistes ^. Un ecclésiastique avait accepté du pape le vicariat d'un ordre qu'on venait de supprimer, il fut aussi renfermé et finit par mourir à Charenton ^; un abbé de Franche-Comté, suspect de relations avec l'Espagne, après avoir subi une rude prison, fut chassé du royaume '. 11 est vrai qu'en même temps on cassait un maître des requêtes qui avait insulté l'archevêque de Paris, et on l'exilait après l'avoir gardé quelque temps à la Bastille ^. C'est que le roi voulait avant tout soutenir l'autorité des chefs de son administration religieuse et temporelle. Louis XIV accueillait volontiers les instances de ses sujets; mais ce fut toujours à la condition qu'elles seraient transmises par les intendants, les réclamations directes étaient interdites et les porteurs de plaintes durement punis. Les villes de Marseille, de Carcassonne et de Bergues envoyèrent des députés porter leurs doléances au pied du trône, ils furent tous mis à la Bastille-. On fut plus sévère encore pour des curés du Yivarais, venus plaider la cause de leurs paroissiens que la gabelle avait poussés à la révolte; ces prêtres furent livrés au Châtelet, qui les envoya aux galères^. Cette sévérité porta ses fruits, désormais toute agitation fut comprimée; mais il en resta dans les provinces un levain que les ennemis cherchèrent à exploiter, et Charles II lui-même entretenait un agent sur la frontière Suisse, pour encourager des rebelles et peut-être même des assassins. Tu- renne fit enlever ce misérable sur le territoire helvétique, sans se préoccuper du droit des gens. En cas de besoin, Louis XIV ne se gênait pas pour agir chez les autres comme il eût fait chez lui''. Il savait cependant, quand il le fallait, montrer des égards à ses alliés : ainsi, on avait laissé paraître un traité des justes prétentions du roi sur des provinces de l'empire; c'était une 1. Voir page 258. 2. Voir page 262. 3. Voir page 363. II. Voir page 301. 5. Voir page 280. 6. Voir pages 290, 207 et 3/il. 7. Voir page 305. VI AVERTISSEMENT. maladresse, car il venait précisément de conclure avec l'empe- reur un traité secret pour partager l'Espagne entre eux; on coffra le malencontreux auteur dans la Bastille, et la pureté des intentions du roi ne fut plus mise en doute '. D'autres affaires donnent encore des détails curieux : c'est d'abord une femme galante qui pousse un amant à dénoncer son mari comme criminel de lèse-majesté, afin de se débarrasser d'un époux gênant et de lui voler sa fortune, cela n'a rien de bien neuf, mais cette dame est la comtesse d'Aulnoy, dont les contes sont un des premiers livres que lisent nos enfants, et il n'est pas sans intérêt de savoir ce que valait l'auteur-. Une autre, moins criminelle, fut punie plus sévèrement; elle demeura vingt-quatre ans en prison pour s'être dénoncée elle-même comme ayant envie de tuer le roi ^. Notons encore un président de Maupeou qui avait fait assassiner son gendre*, et deux pri- sonniers qui se sauvent de la Bastille en glissant la nuit sur une corde tendue du haut des tours à travers l'espace ^. Le procès du chevalier de Rohan termine ce volume. Nous avons trouvé peu de choses nouvelles à dire ; les historiens et les romanciers ont épuisé la matière, et nous n'avons eu à notre dis- position qu'une copie de la procédure, tronquée, avec l'intention évidente de dérober les incidents les plus graves aux recherches des curieux®. Malgré cela, nous espérons que la lecture des pièces qui concernent cette affaire aura encore quelque intérêt. F. H. 1. Voir page 285. 2. Voir page 335. 3. Voir page 3i9. i. Voir page 369. 5. Voir page 368. 6. Voir page ^02. ABRÉVIATIONS A. G. Archives de la Guerre. A. M. Archives de la Marine. A. N. Archives Nationales. B. A. Bibliothèque de l'Arsenal. B. G. L. Bibliothèque du Corps législal. B. M. Bibliothèque Mazarine. B. X. Bibliothèque Nationale. PAPIERS INÉDITS LA BASTILLE AFFAIRE DES POISONS (suite) LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 27 juillet 1G81. Monsieur, je vous adresse les ordres du Roi nécessaires pour faire mettre en liberté la Yertemart et Anne Dclahaye, après qu'elles auront satisfait à l'arrêt qui a été rendu contre elles. A l'éyard de Marguerite Lahaye, S. M. m'a paru disposée à la retenir en prison; mais elle voudrait bien que ce ne fût pas dans un lieu où son en- trelien coulât aussi cher qu'à Vincennes et fi la Bastille. Mandez- moi, s'il vous plaît, s'il y aurait de l'inconvénient de la mettre â l'hôpilal général, avec ordre aux directeurs de la tenir enfermée '. S. M. approuverait que vous remissiez aux parents de la Verlc- mart l'ordre pour sa sortie, afin que, s'ils ont résolu dans la famille de l'enfermer, ils ne la puissent manquer en sortant. (A. G.) PROCES-VEUBAL DE OUESTION DE LALANDE. L'an 1G81, 31 juillet, huit heures du matin... Lalandç a été saisi par l'exécuteur de la haute justice, lié parles l. Elle resta cependant à la Bastille, où ello mourut plusieurs années après la lin du procès, ainsi qu'il résulte du registre mortuaire de Saint-Paul : « Novembre 1G91. — Le 23, Marguerite Lajiayc, bourf;eoi:-e de Paris, est dcci!dée au château do la Bastille, de laquelle le corps a été inhumé dans le cimetière de l'église Saint-Paul, sa paroisse, le 24 dudit mois. » I 2 PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE LALANDE. bras el les mains, et. mis sur la sellette. 11 a été dûment averti qu'il doit, en l'état qu'il est, jugé et condamné, déclarer la vérité, et de ne plus user de déguisements pour la dénier, et admonesté de ne rien dire qui ne soit véritable, soit à charge ou à décharge. — Il n'a rien à déclarer; il n'accusera personne, et qu'on lui fasse souffrir tels tourments que l'on voudra, il ne dira rien et il meurt innocent. — Quelle connaissance Oudot a eue de la messe dite chez maître Jean, la nuit du jeudi au vendredi saint? — Oudot vint chez maître Jean, et parla à la du Renan à l'oreille, dans le moment que la messe allait être dite. Tout était préparé pour la messe, lorsque Oudot vint chez maître Jean, et vit l'autel et tout le reste préparé. On n'a que faire de lui rien demander, il n'a rien à dire, à moins que de se damner... — S'il ne sait pas que le mari de la Ridel a été empoisonné, et que Oudot a eu part à cet empoisonnement? — Il n'en sait rien; Oudot lui donna un billet pour portera Gui- bourg, à Saint-Denis, et par lequel il demandait une platine de ca- lice, et c'était pour la Ridel; ayant porté le billet à Gnibourg, à Saint-Denis, Guibourg mit une platine de calice dans un sac, et l'apporta à Paris... Nous recherchons les gueux, et on doit rechercher plus haut... — Exhorté de déclarer ceux de sa connaissance qui sont dans le commerce des poisons et des maléûces, et à lui remontré qu'il ne peut obtenir de Dieu sa miséricorde qu'en déclarant la vérité de ce qu'il sait sur ces méchants commerces, et les noms de ceux qui y sont engagés de sa connaissance. — Il n'a rien à nous déclarer, et, au contraire, il veut décharger sa conscience. Saint-Cernin, dont il a parlé au procès, est inno- cent, et les creusets et les livres qu'il a dit lui appartenir ne lui appartiennent point, et ils appartiennent à Simbert, suisse et peintre, et le livre Honorius lui a été donné par Durand, auquel livre il a, à la vérité, augmenté quelque chose. Ce fait, a été Lalande mis sur le siège de la question, déshabillé, lié par les bras et les jambes et mis et étendu sur le tréteau, et exhorté de déclarer ce qu'il sait des faits dont il a été enquis. — Allons, qu'on me donne telles gênes qu'on voudra, je les souf- frirai, et je n'ai rien à dire. PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE LALANDE. 3 — L'avons derechef exhorté de déclaref la vérité, et qu'il ne lui peut plus de rien servir de la dénier ni de la dissimuler. — Ah ! mon Dieu ! que je souffre 1 II appelle son Dieu pour té- moin de la vérité; il le prie qu'il ne lui fasse jamais miséricorde s'il se réserve à rien déclarer, il ne sait rien. A été ôté le tréteau. — Au premier pot d'eau. — Il appelle Jésus-Christ pour son juge, et n'a rien dit. Au deuxième pot d'eau. — S'est écrié : Ah ! mon Dieu I — Ce qu'il sait de Gérard sur le fait du secret de l'arsenic et du savon noir pour poison? — Gérard lui a dit qu'il avait quelque chose... et n'a point achevé. Au troisième pot d'eau. —Ah! que voulez-vous que je dise? je ne sais rien, et depuis a dit qu'il est vrai que c'était de la soude avec de l'arsenic et du savon noir pour blanchir le cuivre. Au quatrième pot d'eau ot dernier de l'ordinaire. — Il ne sait rien davantage, et ces mots : Allons, Messieurs. — Exhorté de déclarer ce qui a été fait chez le prieur de Saint- Arnoul, et si le prieur de Saint-Arnoul, Debray, berger, et lui, n'y ont pas fait du poison avec la préparation des crapauds? — Il ne sait rien. — A été passé le grand tréteau. — S'est écrié : Sainte Vierge ! Gérard ne lui a jamais parlé de poison ; il ne connaît point le prieur de Saint-Arnoul. Au cinquième pot d'eau et premier de l'extraordinaire. — S'est écrié : Ah! mon Dieu! prenez-moi; j'ai dit la vérité; je n'ai rien à dire davantage. Au sixième pot d'eau et deuxième de l'extraordinaire. — Ah ! voulez-vous que je me damne? je ne sais rien de Perceval et du prieur de Saint-Arnoul. Ah! mon Dieu , ne me faites jamais misé- ricorde si je ne dis la vérité. Au septième pot d'eau et troisième de l'extraordinaire. — N'a rien dit. Au huitième pot d'eau et dernier de l'extraordinaire. — Je ne sais rien, et n'a rien dit. Au moyen de quoi, et de ce que Lalande n'a plus rien dit, et qu'il paraissait môme comme évanoui, a été à l'instant ôté et délié, et mis et porté sur le matelas auprès du feu, où quelque temps après Lalande s'est plaint sans articuler aucunes paroles, et lui a 4 LA JOLY. pris un grand tremblement de tout son corps, on il a été soulagé; h lui donné, par M. Morel, chirurgien, qui avait été présent à la question, un peu d'eau-de-vie, et les forces lui élant revenues, et après qu'il a été un temps considérable reposé sur le matelas, lec- ture lui a été faite de ses déclarations et dénégations par lui faites pendant la question qu'il a dit contenir vérilé; y a persisté, et lui ayant été présenté la plume pour signer, par le greffier, Lalande a dit qu'il ne peut signer, et depuis a dit qu'il ne se souvient plus de ce qu'il a dit pendant la question. — El environ une heure après, exhorté de déclarer la vérité de ce qu'il sait de Perceval et de Barenlon, — 11 n'a autre chose à dire. — Exhorté de déclarer le nom de ses connaissances qui sont dans le commerce des impiétés et des maléfices. — N'a rien à dire, et ne se souvient plus si c'était pour du cuivre ou pour aulre chose que Gérard lui dit cela, et ce qu'il a dit de Gérard, il l'a dit par hasard et n'a point entendu parler de poisons. Ce qu'il vient de dire contient vérité, et lui ayant été pré- senté par le greffier la plume pour signer, a dit qu'il ne pouvait signer *. (B. A.) INTERUOGATOIRE DE LA JOLY -. Du 1" août 1081, à Vincennes. — S'il n'est pas vrai qu'elle a eu encore plus de commerce qu'elle ne nous l'a dit avec la Hugot? — Il est vrai que Hugot avait entre les mains deux femmes ou filles qu'on appelait les Baraudc, qui étaient deux sœurs, et dont elle n'a connu que la cadette, qui lui a été amenée par Hugot, à cause qu'elle était enceinte et pour la faire avorter, et à laquelle elle donna pour cela de la poudre en la présence de Hugot, et dont la fille fut bien malade après l'avoir prise. La Hugot lui fit donner par la Baraude 10 pistoles, chez Courtille, où elle logeait alors, à la première chambre, sur le derrière, et oi^i Louison et Poignard 1. Lalandi; fut cxi'cuté le mAme jniir. 2. Le l'^'' août la cliambre acquitta Destorcl, vonvc d'un prociireur de Gcno^sf^, qui av.'iit été accusée d'avoir fait empoisonner par la Voisin un autre procureur du I.A JOI.Y. ;: ont mangé plusieurs fois avec Ijaraudc. lingot lui a encore mené bien d'antres gens, mais au lieu de lui donner de l'argent, a donné plusieurs billets, promesses et parties arrêtées pour ce qni Ini élait dû par diverses personnes, alin qu'elle s'en fit payer. Hngot l'a aussi beaucoup sollicitée pour l'abbé Tartarin, qui demandait avec elle de quoi se défaire de sa sœur qui s'appelait la dame de Barade et fille d'un apothicaire; mais elle ne leur voulut rien donner pour cela, quoiqu'ils l'en aient sollicitée plus de vingt fois. Dit de soi que Lalande a fait bien des machines dans le cul-de-sac de la rue des (Juatre-Vents, proche la foire, et Méline, la Poignard et la Lc- gros lui ont dit que Lalande et un prêtre y avaient sacrifié des enfants. Ladmirault lui dit après cela que Lalande avait fait dire par un prêtre la messe sur le ventre de deux femmes, dont l'une était la mère et l'autre la fille, et elle ne croit pas l'avoir vu plus de deux fois, et ne voulut point entendre parler de toutes ces choses-là. BouCfet lui ayant un jour parlé de la servante d'un confi- seur, qu'elle lui a dit avoir déjà fait avorter par trois fois, dit que le maître de la servante était veuf, et que la servante, qui élait encore enceinte pour la quatrième fois, voulait savoir quelque chose, et que, pour cet effet, elle la lui amènerait; et, en effet, ayant amené la servante un lundi de Pâques, il peut y avoir sept ou huit ans, elle, après avoir considéré la servante, lui dit qu'il fallait qu'elle lui parlât en particulier; mais la servante ne l'ayant pas voulu, et ayant dit qu'elle ne craignait rien et qu'elle pouvait par- ler, sur cela elle lui demanda ce qu'elle avait fait de trois cnfanis, et la servante lui ayant marché sur le pied pour l'empêcher de parler davantage, elle lui dit qu'il n'élait plus temps, et qu'elle prît garde au quatrième; et môme elle dit à Bouffet que tôt ou tard elle y serait attrapée. Poignard sait pareillement cela, parce qu'elle élait présente, et Bouffet se souviendra encore bien d'un autre avorlement qu'elle a fait à une fille, et contre le gré de celui qui l'avait engrossée, lequel ayant su que c'était Bouffet qui avait fait avorter la fille, dit qu'il lui donnerait un coup de pislolet dans la lête; et même cet homme l'ayant envoyé chercher sous un autre nom, elle et la Poignard furent avertir la Bouffet qu'elles rencon- trèrent chez elle au bas de la montée et prête à sortir pour aller où elle était mandée, et la firent remonter à sa chambre et lui dirent de ne pas sortir, parce que l'on voulait la maltraitera cause de cet avorlement. 5 LA JOLY. — Si elle a connu Barenton ? — Oui, et elle a été trois fois chez lui, et lorsque la femme de Barenton a été mise dans sa chambre, à Vincennes, oii elle est détenue, et oh. la femme a demeuré quatre ou cinq jours, elle la reconnut aussitôt, et la fit souvenir de l'avoir vue chez elle, dont elle demeura d'accord en la présence des deux autres femmes qui sont aussi dans la chambre. Elle y a été avec une dame dont elle ne peut présentement dire le nom, mais dont elle se souviendra bien, et laquelle fut chez Barenton pour lui demander quelque chose de semblable à ce qu'il avait déjà donné à un jeune homme pour se défaire et faire mourir une femme qui l'avait trompé, et elle l'y accompagna avec trois hommes à cheval, qui ne parurent pas néanmoins être de leur compagnie, et qui furent coucher et passer la nuit chez Barenton, et elles furent coucher à Gallardon, dans im cabaret. Barenton vint parler à la dame dans le bois, où sa femme leur apporta la collation, et il lui promit de faire son affaire, pourvu qu'elle n'en parlât à personne, et même lui dit que si elle voulait passer là la nuit, il leur ferait voir de belles choses; et elle a fait souvenir de cela la Barenton, qui lui a dit qu'elle avait encore, parmi les papiers qu'on lui avait pris lors- qu'elle avait été arrêtée, une lettre et un billet de la dame. La dame, lorsqu'elle parla à Barenton, lui donna 3 pistoles, et Baren- ton ayant donné à la dame de la poudre, la poudre ne se trouva pas assez forte, ce qui obligea la dame de retourner chez lui, où elle l'accompagna encore deux autres fois, et lors il dit à la dame qu'il lui donnerait de l'eau qui ferait plus d'effet que la poudre ; et, en effet, il lui donna une petite fiole d'eau de la hauteur du doigt, et sait que celte eau a fait son effet, parce que la dame lui dit de- puis que l'homme n'avait duré que cinq jours après l'avoir prise; elle se souviendra bien du nom de cet homme, qui était un homme de robe, et Barenton et sa femme n'en disconviendront pas*. (B. N.) 1. En effet, Barenton convint que c'était la marquise de Vassé. Le 2 août la chambre acquitta purement et simplement la Sylvestre, prêteuse sur gages, Jour- dain et sa femme, herboristes, qui avaient vendu des plantes et des crapauds à la Bosse et à Vanens, et ordonna que le uomuié Delaistre serait mis hors de prison et qu'il serait plus amplement informé à son égard pendant trois mois. DEBRAY. LOUVOIS A M. DE LA lŒYNIE. A Fontainebleau, le /i août 1681. Je vous envoie une lettre que j'ai reçue de M. Hubert, sur la- quelle le Roi m'a commandé de vous demander votre avis, c'est-à- dire un mémoire des personnes jugées que vous croyez que l'on peut mettre en liberté sans inconvénient, de celles que vous croyez qu'il serait bon de faire enfermer à l'hôpital général, et de celles qu'il faut continuer de garder à Yincenncs. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'éciire le der- nier du mois passé; je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà dit à l'égard de Debray, que le Roi se remet à vous de faire que M. Pirot le voie ou non, suivant que vous le jugerez à propos. S. M. croit qu'il ne faut pas hésitera ôteràla Joly le poison que l'on vous a dit qu'elle avait dans sa coiffure. Je ferai expédier l'ordonnance que demande le sieur Auzillon, et vous l'enverrai aussitôt après. J'ai lu au Roi vos lettres des 2 et 3 de ce mois, avec les deux in- terrogatoires qui les accompagnaient, lesquels vous trouverez ci- joints. S. M. a trouvé qu'il était important d'empêcher que qui que ce soit, autre que ceux qui gardent Debray, ne lui parlassent encore de quelques jours. Je croyais vous avoir dit que M. Des Chapelles me parut extrêmement interdit lorsque je lui ai demandé des nou- velles, mais qu'il m'a entièrement nié de l'avoir connu ni mené chez lui. 11 n'y a plus rien à dire sur la nommée Lemaire, puisque l'on m'a mandé que ses parents l'avaient mise auxMadelonnettes. L*on comprend bien qu'il n'est pas temps présentement de mettre en liberté le nommé Lemaire. J'ai écrit au sieur Desgrez ce qu'il faut pour que, s'il lui montre ma lettre, il supporte avec moins de dou- leur sa longue détention '. N'y ayant plus lieu de douter, après la déclaration de Malhu- 1. Cette Lemaire avait été condamnée à un bannissement perpétuel; mais le Roi ne voulut pas la laisser en liberté, il craignait ses indiscrétions sur le compte do madame de Montespan; il la lit remettre à son mari, qui avait eu beaucoup à s'en plaindre, et qui la fit enfermer dans un couvent établi pour garder les femmes de mauvaise vie. Quant à Lemaire, il était fort innocent des fautes de sa sœur; mais il avait été enfermé avec Guibourp, qui lui avait fait des confidences qu'on voulait tenir se- crètes. 8 BARENTON. lin Chapon, que M. le marquis de Termes et le nommé Monle- ran ne soient ceux dont a voulu parler le nommé Debray, et les autres qui ont été interrogés sur le même fait, sous le nom du chevalier de la Brosse et du nommé Dubois, le Roi a résolu de les faire arrêter. Vous trouverez ci-joint les ordres de S. M. né- cessaires pour cet effet, l'exécution desquels vous prendrez soin de faire concerter, de manière qu'ils puissent, si faire se peut, être arrêtés tous deux ensemble, et menés à Vincennes dans des lieux séparés, oîi ils ne puissent avoir commerce l'un avec l'autre. Comme je ne sais point où est présentement M. le marquis de Termes, j'ai expédié des ordres séparés, un pour lui et l'autre pour Monleran. Vous vous servirez du sieur Desgiez, ou du sieur Au- zillon, ou de quelque autre officier que vous jugerez à propos pour les faire arrêter, et pour cela j'ai fait laisser en blanc, dans lesdils ordres, le nom de ceux qui les doivent exécuter. La personne, les cheveux et le parler du sieur de Termes sont si connaissables, que je ne doute pas que le nommé Debray ne se souvienne bien de la difficulté qu'a ledit sieur de Termes de par- ler, s'il veut parler de bonne foi, quand même il n'aurait jamais su sou nom. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA EEYKIE. A Fontainebleau, le 5 août 1C81. Monsieur, ce mol est pour accompagner l'ordre du Roi que je vous adresse pour mettre en liberté la vinaigrière nommée la Cha- ruau, que S. M. se remet à vous de faire exécuter, si vous croyez qu'il n'y ait point d'inconvénient. (A. G.) INTERROGATOIRE DE BARENTON. Du G août 1G81, à Vincennes. — Combien il y a qu'il n'a vu madame de Vassé? — il y a quatre ans à présent qu'il ne l'a vue. — Lui avons représenté une lettre... — C'est une lettre qu'elle écrivit, à ce qu'il croit, lorsqu'il fut chez elle, à Paris ; il est vrai qu'elle avait été avant cela chez lui, en carrosse, avec une autre femme, et ne peut dire si ce n'était point la Joly ou une autre, mais la dame lui parla chez lui, d'abord de chevaux malades, et néanmoins elle lui dit après qu'elle avait quitté BARKNTON. 9 ses gens à la sortie de Paris et qu'elle avait pris un autre carrosse pour le venir trouver, parce qu'elle ne voulait pas être connue ; elle lui fit lors promettre de venir chez elle, à Paris; et, en efiet, lui ayant envoyé depuis son laquais pour le conduire, il fut intro- duit chez elle sur les dix à onze heures du soir, où, après avoir soupe avec elle et deux hommes, -dont l'un était, ù ce qu'il croit, ecclésiastique, et auxquels elle dit qu'il était un de ses fermiers qui lui avait apporté de l'arj^ent, elle l'envoya coucher; et le len- demain la dame, étant encore dans son lit, le fit venir dans sa chambre, où, après lui avoir parlé de plusieurs choses, lui demanda s'il ne lui pourrait pas dire des nouvelles de ses enfants, qui étaient en mer, et lui demanda aussi s'il ne pourrait pas faire mourir une servante qui était entretenue par sou mari, et s'il ne savait point faire des poudres; et ayant, dans ce temps-là, aperçu deux hommes derrière une tapisserie et à l'entrée de la porte, il eut quelque crainte, ce qui l'obligea de donner un billet ù la dame pour sortir d'avec elle. — La lettre ne s'accorde pas avec ce qu'il dit, et il a eu un plus grand commerce que celui qu'il dit avec la dame, avant que de venir chez elle. S'il n'est pas vrai qu'elle avait été plusieurs fois chez lui avant cela? — Cela se peut bien faire, et ceux qui venaient chez lui y ve- naient ordinairement déguisés. — S'il n'est pas vrai qu'il avait déjà donné des poudres chez lui à la dame de Vassé? — 11 ne s'en peut pas souvenir, si c'était devant ou après que la dame était venue chez lui, qu'il lui a donné, et il lui dit, en lui donnant la poudre, que cela ferait l'elfet qu'elle demandait contre sa servante, ou bien contre son mari, pour faire mourir l'un ou l'autre; lui dit aussi qu'il fallait mettre la poudre dans le boire ou dans le manger, et c'est sans doute la raison pour laquelle il a eu depuis des réprimandes de la dame, de ce que la poudre n'a pas fait l'ellet qu'elle prétendait, et il savait bien aussi que la poudre n'était pas capable de faire mourir. — S'il n'est pas vrai qu'il lui donna aussi la poudre à l'intention de rendre malade seulement et faire languir ceux à qui la dame la devait faire prendre, et qu'elle la lui avait demandée pour cela? — Cela se peut faire, mais il ne s'en souvient pas. — S'il n'est pas vrai que la dame lui envoya depuis demander 10 MONTERAN. quelques autres drogues plus fortes que la poudre qu'il lui avait donnée? — Cela se peut bien faire, et s'il a donné de l'eau h la dame, ce ne peut être que de l'eau avec du vitriol. Ce fut chez lui que la danie était convenue de faire mourir son mari; mais depuis, elle lui demanda, ainsi qu'il est écrit par la lettre, de le faire malade et à l'extrémité, afin qu'elle eût le temps de prendre connaissance des affaires, el si son mari était malade, ce n'est pas de ce qu'il lui a donné. — Ce qu'il dit à la dame qu'il avait fait pour rendre son mari malade? — Il est vrai qu'il dit à la dame qu'il avait travaillé pour faire mourir son mari. — Ce qu'il avait fait pour cela? — 11 ne sache point avoir fait autre chose pour cela que d'avoir donné à la dame la poudre dont il a parlé, et la fiole, s'il l'a donnée aussi, lorsque la dame lui fit des reproches que la poudre n'avait point fait son effet. FAÏe ne lui dit point de qui elle s'était servie, il ne le lui demanda point aussi, et elle lui avait dit avant cela que ce serait elle-même qui la ferait prendre à son marii. (B. A.) NOTE DU PRESIDENT BAILLEUL. Ce jeudi matin (7 août 1681), sur les sept à huit heures, M. le marquis de Termes a été arrêté par Desgrez, dans la rue Coq-Hé- ron, étant en chaise, et mené prisonnier dans un carrosse de louage au bois de Vinconnes, en vertu d'une ordonnance de M. de laRcy- nie, commissaire de la chambre pour les poisons, établie dans l'Arsenal. (B. A.) RÉSUMÉ DE l'interrogatoire DE MONTERAN. 7 août 1G81. Antoine Dublet de Monteran , ci-devant capi- taine, âgé de cinquante-huit ans, ayant servi d'écuyer au marquis de Termes. A donné une bâtarde à nourrir ù. Chapon, a pu lui dire que la dame de Fonlenay ayant perdu son bien par la chambre de jus- tice, le marquis de Termes était ruiné; nie le surplus. (B. C. L.) 1. Malgré ces déclarations, madame de Vassé ne fut point arrêtée; son mari vivait toujours, et il ne mourut que bien des années après. MARQUIS DE TERMES. H LE TELLIER A M. DE LANODE, LIEUTENANT DE ROI. A Fontainebleau, le 8 août 1081 . J'envoie un ordre à M. de Besmaus, concernant la permission que M. de Fresne a demandée au Roi pour aller aux eaux de Ser- maisc ; je vous prie de la rendre à M, de Besmaus; mais en cas qu'il soit parti, vous pouvez faire savoir h M. de Fresne ce qui est con- tenu dans mon billet, que je laisse ouvert. (B. N.) RÉSUMÉ DE L INTERROGATOIRE DU MARQUIS DE TERMES. 9 août 1C81. Roger de Pardaillan, marquis de Termes, natif de Toulouse, âgé de quarante-deux ans, décrété du 21. Connaît Pastel et Monteran, n'a jamais entendu parler de Pinon du Martroy et de Moreau que par le bruit public d'empoisonne- ment, et n'a jamais changé de nom. (B. C. L.} LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. A Fontainebleau, le 11 août 1681. Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'é- crire le 9 de ce mois, par laquelle le Roi a été informé de ce qui s'est passé à l'interrogatoire de M. de Termes et de Monteran, el de l'état où est TafFaire du sieur Barenton, par le jugement duquel et de celui de Moreau, si l'on y peut parvenir, ii y a lieu de croire que l'on éclaircira entièrement cette affaire. ' J'ai écrit à M. de Valicourt père, au sens que vous proposez, et je ne doute point qu'il ne se rende ici, entre ci et sept ou huit jours. Je vous envoie un ordre pour faire mettre en liberté de Laistre, prisonnier à Vincennes, duquel S. M. trouve bon que vous retar- diez l'exécution autant que vous jugerez à propos. (A. G.) LOUVOIS A M. RICAMET. A Saint-Germain, le 11 août 1681. Quand M. de la Ferronnaye ne voudra pas fournir aux prison- niers ce que vous lui demanderez pour leur subsistance, vous 12 MOREAU. n'aurez qu'à l'envoyer prendre chez un traiteur, je lui ferai dé- duire celte dépense sur le mémoire que vous m'en adresserez. A l'égard de la dame de Ronville, il faut que vous lui disiez, que si elle n'est plus tranquille, on la mettra dans la lanterne au-dessus du donjon, oii elle fera tout le bruit qui lui plaira. (A. G.) INTERROGATOIRE DE MOREAU. Du 20 août 1681. — S'il n'a jamais été à Bièvre parler à M. Maillard? — Il est vrai qu'il le connaît et qu'il lui a parlé, et c'était lui qiù vint à Haute-Maison, chez Barenton, avec le chevalier de la Brosse, cette fois qu'il vint ramener les chevaux à Paris, et s'il n'a' pas sur cela reconnu la vérité, c'est qu'il n'a pas pu se résoudre à en parler plus tôt. — Si Maillard se fit connaître chez Barenton sous le nom de Maillard? — Non, et on l'appelait à ce voyage-là M. l'abbé. — Comment il sait que M. Maillard est auditeur des comptes? — Il le sait d'un laboureur de sa connaissance qui lui dit qu'il avait rencontré le chevalier et Maillard qui s'en retournaient de Chevreuse, et lui dit le laboureur que M. Maillard était auditeur des comptes. (B. A.) LOUVOIS A DESGREZ. A Fontainebleau, le 23 août 1681. J'ai reçu votre lettre d'hier, par laquelle je vois que vous avez arrêté Maillard. Gomme il y a bien de l'apparence que le procès de Barenton va bientôt être jugé, ainsi que ceux des autres gens qui y ont part, et que cette affaire est de très-grande conséquence, l'intention du Roi est que vous assistiez à la question de ceux qui seront condamnés et que vous fassiez en sorte qu'elle soit donnée avec beaucoup de sévérité. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REVNIE. A Fontainebleau, le 23 août 1G81. Je vous envoie une lettre non signée qui m'a été écrite tou- chant Rabel; vous ferez, s'il vous plaît, sur ce qu'elle contient les réflexions que vous jugerez à propos. MAILLARD. 13 Vous en trouverez aussi une autre ci-jointe par laquelle vous ver- rez que M. de Berlize a été se présenter à la Haslillc pour y ôtrc re(;u prisonnier'. (A. G.) INTERROGATOIRES DE MAILLARD. Du 23 août 1681, à Vincennes. Jean Maillard, conseiller du Roi, auditeur de la chambre des comptes ; âgé de 42 ans ou environ, demeurant rue Mézières, fau- bourg Saint-Germain, natif de Paris — S'il n'a pas une maison de campagne ? — Oui, et elle est située i\ Bièvre, à quatre lieues de Paris, et lui vient de son père; il l'a louée une année à feu Sainte-Croix 2, et depuis à M. de Mondestre et à M. Salle, maître des comptes. — En quel temps il a loué la maison à Sainte-Croix? — 11 ne saurait le dire, et couinio il avait en ce temps-là deux maisons, et que Sainte-Croix lui demanda qu'il lui louât celle de Bièvre, il la lui loua. — Qui lui a donné la connaissance de Sainte-Croix? — Il l'a connu comme l'on connaît mille gens dans la vie, — Si c'est longtemps avant la mort de Sainte-Croix qu'il lui loua la maison ? — C'est trois ou quatre ans, à ce qu'il croit, devant sa mort. Il la lui loua cinquante écus et il n'y avait point de bail, et le loyer lui en est dû encore. — Quel jardinier il y a eu ? 1. Ce iM. de Berlize avait été dénoncé par Lcsage et par la Voisin ; on ne voit pas qu'il ait été arrêté. 2. On se rappelle que la mort extraordiiiairo de Sainte-Croix avait donné lien aux pren.ières poursuites dirigées contre madame de Briiivilliers et les empoison- neurs de sa cabale; la police d'alors croyait tout savoir sur leur compte; et ce n'est pas une des -.noindrcs bizarreries de cette étrange afTaire, que ces révélations inattendues qui se firent jour h la fin du procès. Les magistrats pressèrent fort Maillard, qui se retrancha toujours dans des dénégations sèches et laconiques, et dont les interrogatoires font par là défiourvus d'intérêt; aussi n'en avons-nouy reproduit qu'une très-faible partie. La cliambre qui, après avoir été longtemps fermée, n'avait eu que des séances courtes et rares, reprit ses travaux avec activité. La procédure fut soumise aux juges sans être tron'iuée comme elle l'avait été Jus- qu'alors; le r.oi et Louvois firent grand bruit de cotte nouvelle instruction; elle fournit une excoilt'nte occasion d'enterrer la procédure avec honneur, et de faire oublier au public qu'on venait de laisser sans jugement des affaires aussi graves que celle-ci. louis XIV fut heureux de pouvoir cacher les dames de la Cour à l'ombre de MaiUard et de Sainte-Croix. 14 MAILLAtlD. — Il a ca Marins Leduc, qu'il a mené à Chevreuse, et Claude Amelin. — Qui lui a donne la connaissance de Moreau, berger? — C'est M. Pinon du Martroy', lequel est mort. Pinon le mena voir Moreau, sur quelque secret et qu'il disait qu'en jetant de la poudre il prenait des lièvres. Il y a bien six à sept ans qu'il n'a vu Moreau, et il ne l'a vu qu'une seule fois. — S'il n'a pas été voir Sainte-Croix pendant qu'il demeurait chez lui à Bièvre ? — Oui, et il y a été quelquefois pendant ce temps, et il n'y allait que pour voir si la maison était bien en ordre. — Quelles affaires il a eues avec de Lange, notaire? — De Lange a payé quelque argent pour lui à Belleguise, il y a quelques années; il devait quatre mille livres, c'était une lettre de change qu'il avait faite. — A qui la lettre était payable, et quelle était la valeur de la lettre^ et de qui il l'avait reçue? — On lui apporta quatre mille livres, et il ne sait pas de qui ve- uait cet argent. — Si Sainte-Croix ne s'entremit pas pour cette affaire, et si elle ne fut pas faite de son vivant? — Non, et depuis a dit qu'il est vrai que Sainte-Croix était vi- vant, et même il était obligé conjointement avec lui, et comme Sainte-Croix lui devait deux mille livres, il fut bien aise de l'accro- cher par là. — Comment il a fait payer par de Lange pour Sainte-Croix ? -— Sainte-Croix étant mort, il. a bien fallu qu'il ait payé pour lui. — A qui de Lange a payé la somme? -^ C'est à Belleguise. 1. Jacques Pinon da Martroy, conseiller à la quatrième des enquêtes. Quoiqu'il fût parent de Foucquet, il est assez maltraité dans le rapport que le surintendant se fit adresser sur le Parlement de Paris : on le traite d'homme faible, sans capa- cité, sans application, vain sur ses biens et sur ses desseins. 11 avait dû être fort riche, car il était seigneur de Matroy, Vitry-sur-SeJne et Villejuif, et avait acheté en 1C56 la baronnie de Courcy eu Orléanais, mais elle fut plus tard saisie et ven- due par ses créanciers. Les vau'ievillistes de son temps no l'épargnèrent pas; on lui fait dire dans un noël de l'époque : Je suis Martroy, conseiller assez drôle; On dit que je suis fou, Et j'aime aussi une petite folle Que l'on nomme Chaillou, etc. MOHEAU. Ib — D'où venait sa créance dos deux mille livres sur Sainte-Croix ? — C'c'lait pour lui avoir autreluis servi de caution, et il y avait quinze ou seize ans. — Par quelle voiture lui et M. Pinon furent trouver Moreau ? — 11 fut à cheval, et M. Pinon à pied, et il laissa son cheval à Chevreuse d'où il furent tous deux à pied chez Moreau — Quelle était la raison pour laquelle M. Pinon prenait le nom de la Brosse au lieu du sien, lorsqu'il allait chez Moreau et ailleurs? — C'était pour n'Olre pas connu et de crainte que ses créanciers ne le fissent arrêter. — Pourquoi Pinon alFectait d'y aller à pied ? — C'était parce qu'il n'avait pas d'argent, et qu'il était gueux. — Comhien de temps M. Pinon a demeuré chez lui? — Il y a demeuré jusqu'à ce qu'il y est mort, et c'est chez lui à Paris que Pinon est mort. — Si M. Pinon ne demeurait pas chez lui à la campagne? — Il y a demeuré pendant trois semaines ou un mois, et ea ce temps-là il ne sortait pas du lit. — Si M. Pinon et Sainte-Croix ne se sont pas vus chez lui? — Non, et il croit qu'en ce temps-là Sainte-Croix était mort. Du 24 août 1G81, à Vincennes. — En quel temps est décédé Pinon? — Il croit qu'il est mort il y a trois ou quatre ans, et que ce fut au mois de seplemhrc. Il fut malade cinq ou six jours d'une grosse fièvre, au bout desquels il mourut. Il en avertit M. Pinon, conseiller de la grande chambre, son frère, et madame Charpentier, sa sœur, mais il n'y vinrent ni envoyèrent personne qu'après sa mort. — Quel nom il a pris au lieu du sien ? — M. Pinon l'appelait seulement monsieur, sans lui donner au- cun nom, et il appelait Pinon M. le chevalier. — En quel quartier il logeait lorsque Moreau vint le trouvera Paris? -^ Il logeait dans une rue qui est au milieu de la rue Dauphine et qui est un cul-de-sac, et ne se souvient point d'y avoir demeuré plus de trois mois •. — Combien de temps en tout M. Pinon a demeuré chez lui? 1. C'était dans cette impasse, appelée alors rue d'Anjou, que logeaient aussi Vanens, Tcrron et la Cliaboissière; l^laillard avait sans doute de bonnes raisons pour glisher sur le séjour qu'il y avait fait. Ifi I/AHBÉ GUIBOUUG. — II y a été près de deux années, mais il allait el venait. — Si lui Maillard était lors remarié? — Oui, et il n'y avait pas longtemps. — S'il n'est pas vrai qu'il avait chez lui M. Pinon dans le même temps qu'il avait mis dans sa maison de Bièvre Sainte-Croix? — Il ne peut dire cela, mais Pinon et Sainte-Croix ne se sont pas vus ensemble chez lui, du moins il ne le croit pas. — Comment s'appelle le jardinier qu'il avait lorsqu'il avait loué sa maison à Sainte-Croix ? — • Il s'appelait Claude Amelin. — Pourquoi Sainte-Croix disait qu'il avait besoin de sa maison ? — 11 disait que c'était pour y prendre l'air (B. A.) DECLARATION DE MOREAU. L'an 1G81, le 24 août. — Perceval lui écrivit un billet, un jour, pour lui faire savoir qu'il avait trouvé ce que M. le chevalier de la Brosse demandait, et qu'il eût à le lui faire -savoir, ce qui fut cause qu'il vint à Paris, chez Lamotle, Suisse, qui demeurait dans la rue de Grenelle , à rimage-de-Saint-Pierre, oîi le chevalier lui avait dit de venir lors- qu'il aurait quelque chose à lui faire savoir; et y étnnt, Lamotte le conduisit dans une maison du Marais, dont il ne peut dire la rue, et il fut mené par une servante dans une chambre haute, où il trouva le chevalier couché. Se souvient que c'était une petite chambre, el comme une petite voûte, et que dans la maison il y avait des faisans privés. Après quoi le chevalier lui donna une pièce de 30 sols, et lui dit de s'en retourner, et qu'il serait sur les lieux aussitôt que lui; et, en effet, ne manqua pas de se rendre dès le jour môme ;\ la Ferté, où Debray s'étant aussi rendu, Curent avec le chevalier et Dubois à Saint-Arnoul, où ils couchèrent chez Jon- quet, et où Perceval s'étant rendu, ils attendirent l'homme que Perceval avait dit qui ferait l'affaire, et n'étant pas venu, Perceval et lui, avec Dubois, furent à deux lieues de Saint-Arnoul, chez un maréchal qui refusa de venir avec eux à Saint-Arnoul — Ce qu'il sait du dessein du chevalier? — Il ne sait autre chose, sinon qu'il voulait faire pacte avec le diable. Il y avait trois demandes, dont l'une était pour fdire reve- nir M. Foucquet, et ne se souvient pas des deux autres. L'ABBÉ GUIBOURG. 17 - S'il n'est pas vrai que riinc des deux autres demandes regar- dait la personne du Roi? — Il n'en a point de connaissance. Perceval nous peut avoir dit, s'il l'a voulu, ce qu'il lui a dit, qu'il y avait eu trois messes dites la nuit, en quelque lieu des environs de Saint-Arnoul, et que mùme Debray, Bourguignon et le Bonnet blanc avaient fait tirer quelque chose d'un livre d'église, où l'on dit la messe et dont ils se ser- vaient pour faire mourir du monde; mais il ne croit pas que ce soit pour l'aflaire du chevalier, lequel lui dit que ces gens-là n'avaient que des sottises qui n'étaient pas capables de faire ce qu'il cher- chait, et ce n'a été que depuis que le chevalier les eut quittés que Perceval lui a dit ce qu'il vient de nous dire. (B, A.) INTERROGATOIRES DE l'aBBÉ GUIBOURft. Du 24 août 1681, à Vincennes. — S'il n'a pas été ci-devant à Vitry, et pour quelles affaires? — Lahoussaye et Mony lui donnèrent la connaissance de M. Pi- non du Martroy, et il y fut pendant neuf jours*, durant lesquels il fut fait quelque cérémonie dans une salle et sur un autel que M. Pinon avait fait dresser. M. Pinon voulut l'obliger de venir de- meurer avec lui, et lui donna pour cet effet, et par avance, trois quadruples d'or, sur cent écus qu'il lui promettait de lui donner tous les ans, et de cela il y a quinze ou seize ans. Il y a environ huit ou neuf ans que M. Pinon passa chez lui, à Saint-Denis, où il lui proposa d'aller avec lui du côté d'Orléans, où il disait avoir un marquisat, et lui dit que s'il voulait y venir, il lui ferait voir en passant un homme qui savait quelque chose ; mais il s'en exempta, et donna 10 écus à M. Pinon. M. Pinon coucha chez lui cette fois-là. Il y avait alors un jeune garçon de seize ou dix-sept ans, velu de gris, et ils étaient venus à pied à Saint-Denis. Il ne l'a point vu depuis qu'il le vit à Saint-Denis, et il mourut la môme année, à ce qu'il apprit par un chanoine du Sépulcre. — S'il n'a pas connu madame de Brinvilliers, et s'il ne l'a pas vue plusieurs fois? 1. La neuvaine de Guibourg doit avoir eu lieu en 1665, alors que la clianibro de justice, après le jugement de Foucquct, condamnant à restitution ceux qui avaient pris part au pillage des finances, les biens de M. Pinon avaient été saisis au profit du Roi. Le quadruple était une pièce d'or qui valait environ 20 livres. 18 L'ABBÉ GUIBOÙRG* — Il l'a vile pendant qu'elle était fille, et depuis il l'a vue avec son mari. — S'il n'est pas vrai qu'il a eu quelque conférence particulière avec elle? — Non, et cela ne se trouvera pas. -^ Si M, Pinon ne lui a pas dit qu'il eût quelque dessein da côté de la cour, et que c'était pour cela qu'il avait besoin de lui? — M. Pinon lui dit qu'il avait des ennemis et qu'il voulait s'en venger. Il prétendait faire donner quelque breuvage à ses ennemis. — Si c'était pour cela que M. Pinon lui dit qu'il allait du côté d'Orléans lorsqu'il passa par Saint-Denis? — Il dit que c'était pour achever son aflaire^ et ce ne pouvait être pour autre chose que pour cela. — S'il lui dit qu'il ait eu déjà quelqu'un de ces sortes de breu- vages dont il prétendait se servir? — On lui avait déjà donné des poudres, et il en avait. Croit que Lahoussaye était celui qui accommodait ces sortes de choses à M. Pinon, parce qu'il était fort entendu aux simples, et était tou- jours dans le jardin du Roi, proche de Saint-Victor, et dans un autre jardin de simples, du côté de Saint-Médard; et même, si M. Vallot ne fut point décédé, Lahoussaye aurait été établi con- cierge au jardin du Roi *. — De quelles simples Lahoussaye se servait? — Il ne le peut dire, mais il lui en a vu préparer pour M. Pinon. Se souvient que Lahoussaye lui montrant une de ces simples, lui dit que s'il marchait dessus nu-pieds, l'herbe le ferait mourir. La- houssaye est mort lui-même il y. a déjà du temps. — Si M. Pinon lui fit voir, lorsqu'il passa chez lui à Saint-Denis, la poudre qui lui avait été donnée pour se venger de ses ennemis? — Oui, et c'était de la poudre grisâtre, qu'il tenait dans une pe- tite tabatière à deux étages... — Depuis l'interrogatoire qu'il a prêté ce matin, il s'est souvenu qu'étant un jour dans l'ile Notre-Dame, et sur le quai qui est vis-à- vis de la maison de madame de Miramion, avec de Lahoussaye» M. Pinon du Martroy, qui était toujours dans l'ile, chez une dame, et qui fait le coin de la rue proche le pont, vint le rejoindre et leur 1. Vallot, médecin du Roi et surintendant du Jardin des Plantes, était mort le 9 août 1671, on voit que les pratiques de Piuon et de Maillard doivent remonter à 1605, et s'être arrêtées à la mort de Pinon. L'ABBÉ GUIBOURG. 19 parla de ce qu'il avait commencé, et leur dit qu'il fallait achever, et lors il entendit que c'était une pensée que M. Pinon avait de chercher à s'élever par cette voie, mais h l'égard de ce que M. Pi- non lui dit, lorsqu'il passa chez lui à Saint-Denis, c'était pour une autre affaire à laquelle il travaillait, et il est vrai que M. Pinon lui dit qu'il avait dessein défaire empoisonner le Roi, qui est ce qu'il avait à nous déclarer, et se souvient qu'il lui a témoigné qu'il était parent de M. Foucquet, et beaucoup de ressentiment contre la personne du Roi, de ce qu'il avait fait emprisonner M. Foucquet. Pinon lui dit qu'il avait quelque accès à la bouche, et qu'il y en- trait librement, et néanmoins ne lui nomma aucun officier de la bouche. — Exhorté de déclarer tout ce qu'il sait sur ce sujet, et s'il n'est pas vrai que M. Pinon lui a parlé plusieurs fois de cela. — M. Pinon lui en a parlé deux ou trois fois sur le quai, parce qu'il ne voulait pas qu'on allât chez lui, et une autre fois a été à Saint-Denis, lorsque M. Pinon y vint coucher chez lui, où il arriva sur les quatre heures après dîner, et en partit le lendemain entre sept et huit heures du malin. Il proposa de dire des messes et de faire des conjurations entre les deux élévations; c'était pour faire quelque charme et quelque chose sur l'esprit du Roi; et au cas que les conjurations ne pussent réussir et avoir l'effet qu'en préten- dait M. Pinon, il faisait état de se servir du poison. — En quel lieu M. Pinon prétendait lui faire dire les messes? — Il prétendait les lui faire dire au lieu oh il allait, et c'était sur la route de Chartres (B. A.) LOCYOIS A M. DE BEZOSS. A Fontainebleau, le 25 août 1G81. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 22 de ce mois. Le Roi approuve fort la pensée que vous avez eue de proposer à la chambre de revoir demain ce que l'on a vu samedi, afin que MM. de Pomereu et de Thuisy puissent assister au juge- ment des autres procès dont celui-ci est le fondement. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REÏNIE. A Fontainebleau, le 25 août 1G81. J'ai reçu les lettres que vous avez pris la peine de m'écrire, les 21, 22 et 23 de ce mois, par lesquelles il parait qu'il pourrait 20 MAILLARD. arriver que M. de Termes ne fût point le chevalier de la Brosse. S. M. attendra avec impatience d'être informé par vous de la suite de cette affaire'. (A. G.) INTERROGATOIRE DE MAILLARD. Du 31 août 1G81, à Vincennes. — Si les voyages qu'il a faits avec M. Du Martroy, lorsqu'il y a pris le nom de chevalier ou marquis de la Brosse, ont été faits avant ou depuis la mort de Sainte-Croix? — Ils ont été faits depuis la mort de Sainte-Croix; il y avait en- viron trois ou quatre années -. — Si Sainte-Croix n'était pas encore en la maison de Bièvre en 1670 et 1671 ? — Il ne peut dire l'année, mais il n'y a été qu'un an. — Quel était le sujet pour lequel il se rendit caution de Sainte- Croix? — Ce fut Sainte-Croix qui l'en pria, c'est envers Frémont, ban- quier, qui demeure derrière Saint-Julien-des-Ménétriers, et qui est huguenot. Sainte-Croix reçut l'argent; il n'en toucha aucune partie; c'était pour une somme de 800 écus, et il l'a payée depuis la mort de Sainte-Croix. — Qui de lui ou de Sainte-Croix reçut l'argent provenant de la lettre de change de 4,000 livres? — Ce fut lui. — Pourquoi il la fit souscrire à Sainte-Croix? — C'était à cause de la somme de 2,400 livres pour laquelle il s'était rendu caution pour Sainte-Croix, et il prétendait par ce moyen, lorsqu'on viendrait à lui pour lui demander le payement des 2,400 livres dont il était caution pour Sainte-Croix, obliger Sainte-Croix par l'autre engagement du billet de change des 4,000 livres à lui faire raison. — S'il n'est pas vrai que ce fut Sainte-Croix qui reçut la valeur de la lettre de change de 4,000 livres? — Non, et ce fat lui. — Si ce fut lui ou Sainte-Croix qui trouva le crédit des 4,000 livres? 1. Il cst probable que Pinon du Martroi' avait pris ce nom-là. 2. Si Maillard dit vrai, ces voyages auraieat été faits en 1075 ou 1676. MAILLARD. 21 — Ce fut lui. — Au profit de qui fut fait le billet de change? — 11 fut fait au profit de Masson; mais le billet a été depuis payé à Belleguise. — Pourquoi il n'a point fait de diligences depuis la mort do Sainte-Croix pour se faire payer des deux parties? — Comme il a su que Sainte-Croix devait à beaucoup de gens, et que ses poursuites auraient été inutiles, il n'en a point fait — S'il n'est pas vrai qu'il donna à Sainte-Croix l'indemnité du billet de 4,000 livres ? — Il est vrai qu'il lui donna l'indemnité. — Si le billet n'est pas du mois de janvier 1G72? — Il ne se souvient pas bien de l'année. — S'il n'est pas vrai que devant satisfaire Sainte-Croix, et n'ayant pas lors d'argent, Sainte-Croix s'offrit de lui faire trouver le crédit de la lettre, et que ce fut le sujet pour lequel Sainte-Croix la sous- crivit avec lui, et la raison pour laquelle aussi Sainte-Croix désira son indemnité, afin que la lettre de change demeurât, par ce moyen, au profit de Sainte-Croix? S'il n'est pas vrai que le billet est du mois de janvier 1672, et l'indemnité du mois de février sui- vant? — 11 ne se souvient pas du temps. — Si sa première femme était décédée lorsque Sainte-Croix est venu demeurer dans sa maison de Bièvre ? — Non. — Combien il y a que sa femme est décédée ? — Il n'en peut dire le temps ; elle est décédée d'une fièvre lente, et môme elle était malade avant leur mariage — S'il n'est pas vrai que Sainte-Croix le pria de lui prêter sa maison de Bièvre dans le dessein qu'il avait de se venger de Di- dier, et qu'il lui en fit confidence? — Non, et il ne lui en parla pas. — S'il fut au repas où Sainte-Croix pria M. Didier de venir man- ger dans sa maison de Bièvre? — Non. — S'il ne sait pas que Sainte-Croix empoisonna Didier dans le repas ? — îl n'a jamais connu Sainte-Croix sur ce pied. — S'il n'était pas présent lorsqu'on vint dire à Sainte-Croix que Didier se trouvait mal, et si Sainte-Croix ne dit pas lors en ces mots : Voilà Didier qui va crever? 22 DERRAY. — Il n'était point h Bièvre alors. — Si M. Du Martroy et lui n'ont pas été souvent et coucher en sa maison de Bièvre? — M. Du Martroy y a demeuré un mois de temps, et il n'y fut qu'une fois pendant ce temps. (B. A.) CONFRONTATIONS DE DEBRAY A MONTERAN ET MAILLARD. Du 3 septembre 1681, à Vincennes. Débraya dit qu'il le connaît; ill'a vu à Samt-Arnoul, et il se faisait appeler M. le marquis. Monteran a dit ne point connaître Debray, et il ne l'a jamais vu; il n'a jamais été à Saint-Arnoul, et ne sait pas même où c'est. Ce n'est point lui dont a parlé Debray. Debray a dit que lorsqu'il fut à Saint-Arnoul et au cabaret de Jonguet, celui qui se faisait appeler M. le marquis, et qui est celui auquel il est confronté, et l'autre homme qui était avec lui, et qui passait pour son valet de chambre, y étaient arrivés dès le mer- credi précédent, et de là ils furent à Sainte-Julienne-au-Val, et il n'y fut point avec eux, mais bien Moreau et Perceval, et furent tous ensemble à Sainte-Julienne pour y chercher un berger; non- seulement il a vu donner la petite bouteille par Moreau au marquis qui est l'accusé, dans le cabaret de Choisel, mais il porta même deux crapauds qui servirent à faire le poison qui fut fait par Mo- reau, et qu'il donna au marquis qui est l'accusé. Ce qui a été dénié pareillement par de Monteran. Debray a dit qu'il connaît fort bien celui auquel il est confronté, et lorsqu'il l'a vu, il n'avait pas une perruque avec des cheveux si grands ni si longs qu'il l'a présentement. Maillard a dit ne point connaître Debray, n'avoir reproches pour ne connaître celui auquel il est confronté, et ne sait ce que c'est de tout ce qu'il a dit, et n'a été qu'une seule fois avec Moreau et M. Pinon du Martroy chez Barenton. Debray a persisté et dit que c'est Maillard qu'il a vu, qui passait pour valet de chambre de celui qui se faisait appeler M. le mar- quis, lesquels ont été à Sainte-Julienne avec Moreau et Perceval pour y chercher un berger, et la petite bouteille qui fut donnée par Moreau au cabaret de Choisel, au-dessus de la Ferté, fut don- née au marquis en sa présence, et lorsqu'il fut chez Barenton, c'a PROCftS-VERRAL DE QUESTION DE BARENTON. 23 été Moreau et Perceval qui l'y ont mené, et B.ircnton passe pour un magicien et un homme qui se môle de toutes choses. Le Roi ne pouvait rien faire de meilleur que ce qu'il a fait en faisant faire justice de ces sortes de gens qui ont fait beaucoup de mal depuis longtemps. (B. A.) DE LODVOIS A M. BOUCHER AT. A Fontainebleau, le 4 septembre 1681. Vous verrez par la lettre du Roi ci-jointe, la liberté que S. M. vous donne de faire faire l'exécution de Debray, h quoi elle me commande d'ajouter que, comme on s'est bien trouvé jusqu'il présent d'avoir sursis ladite exécution, elle vous recommande do ne la faire faire que lorsqu'elle sera absolument nécessaire pour le parachèvement de la conviction de quelqu'un des complices du- dit Debray. (A. C.) DE LOL'YOIS A M. ROBERT. A Fontainebleau, le li septembre 1681. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le l" de ce mois, laquelle ne désire de réponse que pour vous dire que le Roi approuve que vous alliez trouver M. de Lamet, lorsqu'il sera question d'exécuter quelqu'un de ceux que la chambre va juger, et que vous lui témoigniez que le Roi a jeté les yeux sur lui pour assis- ter ces gens-là dans la pensée que S. M. a qu'il contribuera, en ce qui dépendra de lui, h leur faire avouer la vérité dans un fait aussi abominable que celui dont ils sont accusés. (A. G.) PROCES-VERBAL DE QUESTION DE BARENTON '. L'an 1681, le sixième jour de septembre, sept heures du matin... Barenton a été saisi par l'exécuteur de la haute justice, et lié par les bras, à l'instant de quoi il est tombé en faiblesse, et a été cou- ché par terre, la tête un peu relevée sur un matelas, où il a été en cet état hors de connaissance pendant une heure et demie; et ayant été secouru par MM. Duchesne, médecin, et Morel, chirurgien, 1. Le 5, la chambre avait condamné Barenton à la roue, avec ce rotentum quil serait étranglé avant de recevoir aucuns coups vif; on craignait sans doute que la douleur ne lui fit révéler au public les secrets qu'on croyait utile de cacher. 24 PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE BARENTON. qui étaient présents, et la connaissance et les forces lui étant re- venues, a été mis sur le siège de la question Exhorté de déclarer la vérité de tout ce qu'il sait de celui qui se faisait appeler le chevalier de la Brosse el de ses desseins contre la personne du Roi, et des complices du chevalier, et de ne rien dire qui ne soit véritable. — Il est jugé et il est innocent; il a vu le chevalier de la Brosse ; il a dit ce qu'il savait, et il lui a donné de l'eau pour le mal des yeux, et il n'en sait point davantage; il mourra innocent, que l'on fasse de lui ce qu'on voudra, que l'on lui donne, si l'on veut, la question, il se damnera, et qu'on le fasse mourir tout à l'heure... Il n'a autre chose h dire; il a dit la vérité ; personne ne lui a dé- claré qu'il eût des desseins contre la personne du Roi, que le che- valier, lequel ne lui a jamais demandé de poudre contre le Roi, et il ne lui en a demandé que pour sa femme. — S'il ne s'est pas mêle de poisons et fait commerce, et inter- pellé de déclarer à qui il en a donné; s'il n'en a pas donné à la dame de Vassé ? — Non, et qu'on lui fasse venir la dame devant lui, et mourra innocent. Et haussant sa voix, a dit qu'il n'en dira pas davantage, et qu'on fasse ce qu'on voudra de lui, il ne dira plus rien... A été mis sur le siège de la question, et à lui été donné la ques- tion des brodequins, les médecins et chirurgiens présents ayant dit que l'état présent de Barenton ne permettait pas de lui donner l'extension ni la question de l'eau, et à l'instant Barenton dit que ce qu'il a dit au procès du chevalier de la Brosse et de l'homme qui était avec lui est véritable ; il est vrai qu'il avait promis à la dame de Vassé d'empoisonner son mari, mais il ne l'a pas fait et ne lui a rien donné pour cela... ; il a dit au procès la vérité, et il ne sait rien davantage; il n'y a eu qu'une personne qui est venue lui demander du poison, et elle y vint de la part du chevalier de la Brosse, et il donna de la poudre à cet homme, mais ce n'était point du poison. — S'il n'a pas donné des poudres pour poison à plusieurs per- sonnes qui lui en ont demandé pour faire mourir; exhuzté de re connaître la vérité. — Il en est venu à lui peut-être plus de trente, il s'est moqué d'elles, et ne sait rien de plus. Au premier coin. — N'a rien dit. PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE BARENTON. 2j Au deuxième coin. — Exhorté derechef de reconnaître la vérité, s'est écrié qu'il a dit la vérité; Jésus ! Maria! je meurs cruellement. — Exhorté de dire la vérité, et déclarer quelles sont les gens qui sont venus à lui lui demander des poudres pour empoisonner le Roi. — Ah ! Messieurs, ayez pitié de moi, j'ai tout dit. Au troisième coin. — N'a rien dit. Au quatrième coin et dernier de l'ordinaire. — S'est écrié : Ah ! faut-il me damner! On lui a demandé s'il savait faire du poison suhtil, mais ne lui dit point pour qui c'était; on lui demanda un livre et un billet pour faire mourir le Roi, et il a donné un billet, mais ce n'était pas pour cela, et c'est le chevalier de la Brosse. Au cinquième coin et premier de l'extraordinaire. — N'a rien dit, et depuis a dit : Je ne me damnerai pas ; j'ai dit la vérité, et on ne veut pas la croire; que veut-on que je dise? Au sixième coin. — Exhorté de déclarer la vérité : 11 n'en dira pas davantage, et n'a rien dit de plus. Au septième coin. — Il est vrai qu'on lui a demandé de la pou- dre pour le Roi et pour l'empoisonner, et il a donné de la poudre pour cela, mais il s'est moqué d'eux. — Exhorté d'achever de reconnaître la vérité et de ne rien dire qui ne soit véritable, et de déclarer s'il n'a pas dit à ceux qui lui ont demandé des poudres pour empoisonner le Roi, comment il fallait s'en servir, et de qui ils se serviraient? — Il leur dit qu'il fallait mettre la poudre dans le vin, et ils lui ont demandé de la poudre faite avec le venin des crapauds, et quelque chose qui fût subtil; le chevalier lui a dit que Moreau lui avait donné quelque chose, mais ne lui nomma pas ce que c'était ; et depuis a dit qu'il lui dit que Moreau lui avait donné une bouteille, et ne lui dit pas ce que c'était, et le chevalier lui a dit que cela n'avait de rien servi, et qu'il cherchait quelque chose de plus fort. Il est vrai que Moreau était présent lorsque l'on a parlé chez lui, et était avec le chevalier et l'autre homme, et c'est le chevalier de la Brosse qui a donné le louis d'or; le chevalier l'est venu trouver plusieurs fois, et il cherchait encore ailleurs, et il ne sait pas si le chevalier en avait parlé au prieur de Saint-Arnoul, qui savait mieux que lui ce qu'il fallait au chevalier pour son dessein; le chevalier s'est dit aussi le prévôt de Melun, et est toujours venu déguisé chez lui, comme il l'a dit au procès, et il n'a jamais offensé S. M. ; Moreau Î6 PROCÉS-VERRAL RE QUESTION DE BARENTON. n'était pas présent lorsque le chevalier lui dit qu'il avait eu de Mo- reau la petite bouteille; il n'y a eu que le chevalier qui lui ait de- mandé précisément du poison pour son dessein contre le Roi, et ne lui en a point parlé devant l'homme qui avait le bonnet. Au huitième coin et dernier de l'extraordinaire. — Exhorté de reconnaître la vérité et de ne point user de déguisement, et si ce qu'il vient de dire est véritable? — II a dit la vérité, et le billet qu'il a donné au chevalier était aussi pour son dessein contre le Roi... Le vicaire d'Ermenonville a donné des hosties consacrées à Regnard, qui est celui qui a brûlé la maison, et deux autres hommes, dont l'un est Pelet. — A qui il a dit ce que le chevalier lui avait demandé contre la personne du Roi? — Il en a parlé à sa femme, mais elle est innocente ; il peut bien avoir donné de la poudre au chevalier, et elle était composée de gomme-gutte, d'antimoine, de cristal minéral, de sucre et d'une mouche cantharide, et aussi d'oriolle, et le chevalier vint quatre fois chez lui. — Si Perceval n'a pas eu connaissance des desseins du chevalier, s'il n'a pas eu part à ce qui a été fait ou entrepris contre la per- sonne du Roi? — Il a dit au procès ce qu'il savait, et nous prie d'avoir pitié de lui; il n'en peut plus. Et à l'instant est retom.bé en faiblesse; au moyen de quoi, de l'avis des médecins et chirurgiens, et de ce qu'il a souffert entièrement la question ordinaire et extraordinaire, lui ont été ôlés les brodequins, et a été mis sur le matelas, oii, après avoir demeuré une bonne heure et y avoir un peu repris ses forces, etc. Et environ une demi-heure après... — Si ce qu'il a dit, pendant la question, du chevalier de la Brosse est véritable? — Oui, et il l'a déjà dit, et c'est la vérité. — Si ce qu'il a dit de Moreau, qu'il était présent lorsque le che-i valier et rhommc qui portait un bonnet et son frère conférèrent ensemble chez lui, et avec lui, dans le bois ou son jardin, sur les desseins du chevalier contre la personne du Roi, est véritable ; si l'homme qui portait le bonnet et qui était avec le chevalier était aussi présenta cette conversation? — Oui, et il l'a déclaré au procès. — Si ce qu'il a dit à la question, que le chevalier lui avait dit PROCÉS-VERRAL DE L'EXÉCUTION DE RARENTON. 27 que Moreau lui avait donné la petite bouteille dont il a parlé, est véritable? — Oui, et le chevalier le lui a dit, mais il ne lui dit point ce qu'il y avait dans la petite bouteille ; et nous prie de le laisser en repos, il a tout dit, et n'a rien à dire davantage... Il est vrai que madame de Vassé a demandé du poison pour faire mourir son mari, mais il ne lui en a point donné, et ce qu'il lui donna était pour se moquer d'elle... Il a tout déclaré, et n'a rien à dire davantage. (B. A.) PROCES-VERBAL DE L EXECUTION DE BARENTON. L'an 1G81, le G septembre, sur les quatre heures de relevée. Barenton a dit qu'il y aGastineau, berger, demeurant au moulin de Lonsu, paroisse de Lerinville, lequel fait mourir du monde et des bestiaux, et il est très-dangereux; et il y a encore un menuisier demeurant à Nogent, allant à Dreux et parrrielà Mainlenon, et qui demeure proche l'église, et dont la femme est potière de terre, et qui fait aussi mourir du monde par des poudres et drogues qu'il donne ; et il y a encore un homme qui demeure à Maintenon, tisse- rand de son métier, lequel fait mourir par billets etparmagie,nesait son nom, maisMatburin Furon, qui a été gâté', nous le dira, et il y a un billet de lui signé dans ses papiers ; il y a pareillement un labou- reur à Lerinville, appelé Pirot, lequel fait mourir du bétail et est très-dangereux; plus, Germain Chevalerie, qui demeure à Aunay- sur-Oigneau, lequel est le plus dangereux de tous, et fait mourir beaucoup de monde par poison, ainsi que des bestiaux. Il est im- portant pour le public d'arrêter tous ces gens-là, parce qu'ils font bien du mal; qui est tout ce qu'il avait à nous déclarer pour la dé- charge de sa conscience, parce que cela regarde le public (B. A.) JOURNAL DE HUREL. Un berger du marquis de Termes fut conduit en Grève, où il fut roué après avoir été étranglé, le samedi 6 septembre 1681. Il devait faire amende honorable devant Notre-Dame ; mais il était trop ma- lade, et on craignait qu'il ne mourût en chemin. (B. N.) 1. C'est-à-dire qui a eu une maladie vénérienne. 28 DEBRAY. DECLARATION DE DEBRAY. L'an 1681, le 9 septembre, trois heures de relevée. Depuis qu'il a été jugé et condamné à mort, il croit que Dieu a permis que son exécution ait été différée jusqu'à ce jour pour lui donner le temps nécessaire pour bien songer à sa conscience ; et s'étant examiné sur les choses qu'il pouvait avoir faites ou su avoir été faites, et où il pouvait avoir quelque part, il s'est souvenu de choses qu'il croit importantes, et comme il ne veut rien cacher à la Justice, il a cru devoir nous en faire avertir. Environ quinze jours après la petite bouteille donnée par Moreau, dans le cabaret de Choisel, à celui qui se faisait appeler le mar- quis et dont il a parlé sous la désignation de l'homme de condi- tion, lors de la question, et qu'il a reconnu à la confrontation; lui et Perceval furent chez Moreau, à la Ferté, et tous trois furent de là joindre à Choisel, dans un cabaret, l'homme qui se faisait appe- ler M. le marquis, et l'autre homme qui passait pour son valet de chambre et qu'il a pareillement reconnu à la confrontation, et lesquels avaient laissé leurs chevaux à Chevreuse et étaient de là venus à pied et ayant des guêtres à Choisel, d'où ils partirent tous cinq et furent trouver Barenton à Haute-Maison, et là il fut fait du poison en leur présence, et mis dans une petite bouteille de verre, que Barenton donna au marquis, et fut dit que c'était pour s'en servir contre le Roi, et fut donnée en la présence de lui Debray, de l'homme qui était avec le marquis et de Perceval. Ne se sou- vient pas bien si la femme de Barenton était présente, mais elle savait tout le commerce de son mari. Déclare de plus, que le poi- son fut fait avec de l'arsenic et du sublimé, et avec des crapauds que Barenton avait amassés lui-même; déclare encore qu'il y a un prêtre, à Rongis, qui lui a donné des hosties consacrées pour mettre sous son troupeau ou pour faire d'autres maléfices, mais il ne s'en est point servi; ne se souvient point du nom du prêtre, mais c'est le curé du lieu, qui est un petit homme grison, et lequel lui a donné deux fois des hosties consacrées, et une fois à son com- père Robert. Déclare en outre que Vassart, qui demeure à Pont- Evrard, fait du poison et est très-dangereux; c'est lui qui travaillait pour le curé de Pont-Evrard, qui s'empoisonna lorsqu'il sut que Bourguignon, berger, était pris ; et Josse, du village d'Ablis, est un autre empoisonneur qui a bien fait mourir du monde. (B. A.) PHOCÉS-VERBAL DE L'EXÉCUTION DE DERRAY. 29 CONFRONTATION DE DEBRAY A MONTERAN, MAILLARD, MOREAU ET PERCEYAL. Du neuvième jour de septembre 1G8I, ù la Bastille, quatre heures de relevée. Monteran a dit ne point connaître la personne qui lui est con- frontée. Debray a dit qu'il reconnaît celui qui lui est confronté pour être celui dont il a parlé sous le nom du marquis, et lequel avait des guêtres lorsqu'il vint chez Barenton. Maillard a dit qu'il ne le connaît point. Debray a dit qu'il le reconnaît bien, lui, pour celui qui passait pour valet de chambre du marquis dont il a parlé. Maillard a dénié. Debray a persisté et dit qu'il n'avait pas alors de perruque, et avait des petits cheveux noirs frisés. Debray a dit connaître Moreau. Moreau a dit aussi connaître Debray. Moreau a dit pour reproches que Debray a été de mauvaise vie toute sa vie. Debray n'a rien répondu. Moreau a dénié les déclarations. Debray a persisté. Perceval a dit qu'il n'a pas souvenance de cette dernière bou- teille dont parle Debray; se souvient bien néanmoins que les deux hommes dont il parle avaient des guêtres, et ne peut dire si c'est la fois dont il parle, et ne se souvient point non plus d'avoir été chez Barenton, mais sait bien que les deux hommes parlèrent de Barenton, et que l'homme qui se faisait appeler marquis laissa sa canne à Saint-Arnoul. (B .A.) PROCÈS-VERBAL DE l'EXÉCUTION DE DEBRAY «. Étant proche de l'église de la Madeleine, Debray a demandé à boire un peu de vin qui lui a été donné, et étant après arrivé de- vant la principale porte de l'église de Notre-Dame, l'arrêt a été de- rechef prononcé et proclamé par l'exécuteur en la manière accou- tumée, et Debray y a fait l'amende honorable, après laquelle, haus- 1. Le jour même Debray fut mené à la Grève, sur les iiuit heures du soir. 80 MOREAU. sant la voix, a dit de soi qu'il était justement condamné et qu'il demandait derechef pardon à Dieu, au Roi et à la justice, de tous ses crimes, et se tournant de côté et d'autre, a dit au peuple qu'il demandait à chacun un pater et un ave, afin que Dieu lui fît misé- ricorde. Ce fait, a élé conduit à la place de Grève, où l'arrêt a été pour la troisième et dernière fois proclame, après quoi Debray a été attaché par l'exécuteur, au poteau, pour y être préalablement étfanglé, suivant le retentum étant au bas de l'arrêt, et en cet état, a demandé derechef qu'on lui donnât un peii de vin, qui lui a été apporté, et qu'il a bu, après quoi, et que les prières ordinaires ont été chantées, Debray a été étranglé au poteau, et son corps lùort brûlé. (B. A.) DE LOUYOIS A M. DE BEZONS. A Fontainebleau, le 10 septembre 1G81. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire hier, laquelle ne désirant point de réponse, je n'ai qu'à vous supplier de continuer à me donner part de ce qui se passera à la chambre. Je vous adresse les ordres du Roi nécessaires pour arrêter Josse et Vassard; vous les ferez, s'il vous plaît, remplir du nom de celui que vous chargerez de leur exécution. (A. G.) DECLARATION DE MOREAU. L'and681, le H septembre. Il s'est souvenu, en continuant de chercher dans sa mémoire, ce qui s'est passé avec le chevalier ou marquis de la Brosse, que la dernière fois qu'il l'a vu a été à Chevreuse, et le chevalier le vint trouver proche des murs du parc de Chevreuse, où il était avec son troupeau, et le chevalier était lors accompagné d'un autre homme qui ne parlait pas bien français, et lui ayant demandé qui c'était, il lui dit que c'était un Italien ', et l'invita à venir avec eux coucher à Trappes, ce qu'il leur promit, mais il n'y fut pas pour cela. (B. A.) 1. Cet Italien pourrait bien être Exili, que M. de Termes et Sainte-Croix avaient connu à la Bastille, et qui, malgré un ordre d'expulsion, paraît être resté à Paris jusqu'à la mort de Sainte-Croix. MOREAI . 31 DE LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Fontainebleau, le 12 septembre 1C81. S. M., en entendant la lecture de ce que vous me mandez, que Morcau a dit à Desgrez qu'il y avait un Italien avec le marquis de la Brosse lorsqu'il le vint trouver une fois dans la campagne, m'a commandé de vous faire remarquer que M. de Termes avait tou- jours un Italien à sa suite il y a huit ou dix ans. (A. G.) DECLARATION DE MOREAU, L'an 1681, le 13 septembre environ, trois heures et demie de relevée. S'est souvent! que dans le temps que celui qui se faisait appeler le chevalier de la Brosse cherchait pour son dessein contre la per- sonne du îloi, il a vu venir dans le pays, avec le chevalier, outre Maillard et DubqiS; trois autres personnes qui ont passé chez lui, à la Ferté, avec le chevalier, et qui disaient qu'elles s'en allaient trou- Ver h Ablis, Jossc, pour le même dessein du chevalier, et a remar- qué que ces trois personnes, quoiqu'elles fussent ù. pied avec le chevalier, paraissaient être personnes de qualité, dont la plus jeune pouvait n'être guères au delà de l'âge de vingt-cinq ans ; et à l'égard des deux autres, c'étaient des hommes faits, et ne peut dire leur âge; mais ils étaient tous en perruque; et entre les personnes, il y en avait une d'une assez grande taille et déliée, et il les a vus quatre différentes fois avec le chevaHer, mais n'a point su quelles elles étaient, sinon qu'elles étaient de la cabale du chevalier, pour son même dessein, et il a été avec eux chez Josse, auquel ils pro- posèrent les mêmes choses qui avaient été proposées à Barenton, à Haute-Maison. Déclare de plus que ce qu'il a dit à la question, de la lettre du chevalier à Guibourg, et par lui Moreau portée à Guibourg, et de la réponse de Guibourg à la lettre, est véritable. Qu'il a cherche pour la décharge de sa conscience tout ce qu'il a pu pour faire connaître l'homme qui prenait le nom, et se faisait appeler le chevalier de la Brosse; il s'est souvenu d'une circons- tance qui pourra le faire connaître, qui est que le chevalier écrit d'une lettre italienne, et comme une écriture moulée, et qu'il écrit fort bien, et on verra bien si c'est celui qui s'appelle le chevalier de la Brosse ; et en se rappelant le souvenir de la personne du che- 32 PROCÈS-VERBAL DE L'EXÉCUTION DE MOREAU. valier de la Brosse, il croit que c'est celui auquel il a été confronté le matin, et qui a ôlé devant lui sa perruque, et qu'on lui a dit à la confrontation s'appeler Monteran. (R. A.) PROCÈS-YERBAL DE l'EXÉCUTION DE MOREAU 1. Moreau a fait l'amende honorable avec peine, et disant qu'il mourait innocent. Ce fait, a été conduit en la place de Grève, où l'arrêt a été pour la dernière fois prononcé et proclamé, et étant encore Moreau dans la charrette, m'a fait appeler, et dit qu'il me priait de faire modérer la rigueur de son supplice, et qu'on ne le fit point languir, et ne rn'a dit autre chose; et étant descendu de la charrette et monté sur l'échafaud, m'a fait dire par M. Desgrez, qu'il a fait appeler, qu'il n'avait point donné la bouteille de poison au chevalier de la Brosse dans le cabaret de Choisel, et que cela est faux ; et les prières ordinaires ayant été chantées, Moreau a été rompu vif et ensuite mis sur la roue, d'où il m'a encore fait dire par M. Desgrez, que M. de Lamet a appelé, et fait monter sur l'échafaud, qu'il n'avait point été parlé de poison dans le jardin de Barenton, et qu'il en déchargeait Maillard à cet égard, quoiqu'il l'eût dit ainsi, et soutenu à la confrontation, à Maillard, et que son confes- seur lui avait dit de se réconcilier', et environ une demi-heure après, suivant l'ordre verbal à nous fait donner par M. le président de la chambre, par M. de Thou, son secrétaire, avons ordonné à l'exécuteur d'étrangler Moreau, ce qu'il a fait, et après que Moreau a expiré sur la roue, nous nous sommes retirés. (B. A.) DE LOUYOIS A M. BOUCHER AT. A Fontainebleau, le Ik septembre 1681. Monsieur, le Roi ayant été informé de ce qui s'est passé à Vin- cennes, depuis que l'on a lu à Moreau son arrêt de condamnation, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle ne juge pas à 1. Le 13 septembre, Moreau fut conduit au supplice, vers les six heures du soir. 2, C'est-à-dire que Moreau venait de révéler à l'instant même à M. de Lamet quelque chose d'oublié, et l'abbé lui avait dit de le déclarer avant de recevoir l'absolution, pour se réconcilier avec Dieu; les magistrats pensèrent que le con- damné parlait trop devant la foule, et l'on craignit que sous la pression du confes- seur il ne finit par rétracter tout ce qu'il avait avoué auparavant; en conséquence, il fut étranglé. Nous avons déjà fait remarquer combien la conduite du clergé dans cette affaire avait éveillé la méfiance de l'administration. f L'ABBÉ GUIBOURG. 33 propos que l'on mette le procès de Maillard sur le bureau qu'après que l'on aura instruit celui de l'homme du côté d'Ablis, qu'Au- zillon est allé chercher, lequel Moreau a dit avoir été présent lors- que l'on a parlé du détestable dessein contre la personne de S. M., et qu'elle trouve bon que pendant le temps que l'on sera à instruire ce procès, ce qui, apparemment, ne durera pas plus de huit ou dix jours, MM. les commissaires de la chambre, après avoir jugé Per- ceval, puissent aller où leurs alfaires les appelleront. (A. G.) INTERROGATOIRE DE l'ABBÉ GUIBOURG. Du 15 septembre 1681. — Pinon l'étant venu joindre sur le quai *, parla de ce qu'il avait commencé, et dit qu'il fallait achever, cl lors il entendit que c'était une pensée que M. Pinon avait de chercher à s'élever par cette voie; mais à l'égard de ce que M. Pinon lui dit à Saint-Denis, lorsqu'il y passa, c'était pour une autre affaire, à laquelle M. Pinon lui dit qu'il travaillait, qu'il avait dessein défaire empoisonner le Roi, et lorsqu'il lui dit cela, il lui parut qu'il avait beaucoup de res- sentiment contre la personne du Roi, de ce qu'il avait emprison- né M. Foucquet, duquel il lui témoigna qu'il était parent M. Pinon lui dit qu'il avait quelque accès à la Bouche, qu'il y entrait librement, et néanmoins il ne lui nomma aucun officier de la Bouche. Pinon lui en a parlé deux ou trois fois sur le quai dont est parlé, parce que M. Pinon ne voulait pas qu'on allât chez lui. Une fois, il vint à Saint-Denis, chez lui, oti il arriva sur les quatre heures après midi, et en partit le lendemain entre sept et huit heures, et lui proposa de dire des messes et de faire des conjura- tions entre les deux élévations, et cela pour faire quelque charme et quelque chose sur l'esprit du Roi ; et M. Pinon prétendait se servir de poison en cas que les conjurations ne pussent réussir et produire l'effet qu'il en prétendait. Il prétendait faire dire les messes en quelque lieu, du côté de la ville de Chartres où il allait. — Qui était avec M. Pinon lorsqu'il vint à Saint Denis, chez lui? — C'était un garçon vêtu de gris, de seize ou dix-sept ans, ne sait point son nom, et de cela il y a près de trois années — Exhorté de reconnaître la vérité sur ce que Moreau, berger, lui a soutenu après la question et sur le point de son exécution. 1. Sur un quai de l'ile Saint-Louis. a 34 PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE PERCEVAL. — Moreau porta la lettre chez M. Pottier, bénéficier dans Notre-Dame, qui lui fît savoir qu'il avait reçu une lettre de Pinon, par laquelle il lui demandait s'il ne savait pas où il demeurait alors. Il sait bien que Moreau lui a dit et soutenu que la lettre qu'il lui avait apportée s'adressait à lui, et qu'il la lui avait rendue, même qu'il lui en avait donné une autre en réponse. Il n'a point vu la lettre, et ne peut dire s'il a écrit en réponse à la lettre ou non, mais il ne le croit pas. Il s'est souvenu d'avoir vu M. Maillard chez M. Pottier, et une fois chez M. Pinon, à Paris, dans la rue de Notre-Dame, La maison de Pottier était le rendez- vous des chercheurs, et Deschault, Pasquier, Lacour, Lalande, la Houssaye, Demouchy et plusieurs autres y allaient très-souvent pour conférer avec Pottier, lequel est flamand de nation, et M. Pi- non le connaissait aussi particulièrement, au sujet de quoi il croit être obligé de nous déclarer que M. Pinon recevait beaucoup de lettres des pays étrangers, qui étaient en chiffres, et lui, Guibourg, lésa jetées lui-même dans le feu, ayant dit à M. Pinon qu'elles étaient capables de le perdre, sur la connaissance que M. Pinon lui donna des lettres de ses mauvais desseins. (B. A.) RESUME DE L INTERROGATOIRE DU MARQUIS DE TERMES. 16 septembre 1681. — A la Bastille, Egidio ayant été mis dans sa chambre, fit sa figure et celle de M" de Fontenay; ne sait ce qu'elles sont devenues. (B. C. L.) PROCES-VERBAL DE QUESTION DE PERCEVAL L'an 1681, le 18 septembre, six heures du malin A été Perceval déshabillé, mis sur le siège de la question, et lié par les bras et les jambes, et sous lui passé le petit tréteau, et exhorté de déclarer tout ce qu'il sait des abominables desseins du chevalier, Dubois et complices contre la personne du Roi, et de ne rien dire, soit à charge ou à décharge, qui ne soit très-véritable, et à lui remontré que s'il veut que Dieu lui pardonne ses fautes, il doit entièrement et sincèrement dire la vérité qui lui est deman- 1. La veille, ia cliambre avait condamné Perceval à la roue, avec ce retentum qu'il serait étranglé avant d'avoir rc;u les coups vif; on a supprimé la partie de l'interrogatoire qui précède les tourments de la question, les réponses étaut dénuées d'iotérêt. PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE PERCEVAL. 3K dée de ce qu'il sait, ou eu part louchant ces détestables desseins. — Il nous prie qu'on ait pilié de lui; il a dit la vérité, et s'il sa- vait quelque chose de plus que ce qu'il a déclaré, il le dirait aussi bien qu'il a fait, quand il a dit et soutenu à iMoreau que Moreau avait donné au chevalier la petite bouteille de poison pour empoi- sonner le Roi; et s'il savait quelque chose, il ne se ferait pas tour- menter pour le déclarer. A été ôlé le tréteau. — Messieurs, jai dit la vérité. Mon Dieu! ayez pitié de moi; miséricorde! miséricorde ! — Quelles sont les personnes qui ont eu part au détestable des- sein contre la personne du Roi? — Il ne sache autres personnes qui aient eu part que Moreau, le prieur de Saint-Arnoul, le chevalier, Dubois, et il en eut la con- naissance dans le cabaret de Ghoisel, lorsqu'il a vu donner la bou- teille de poison. — Si la ligure de cire n'était pas aussi pour faire mourir le Roi? — Il ne sait point cela. Au premier pot d'eau. — Ah ! mon Dieu ! j'ai tout dit; que vou- lez-vous. Messieurs, que je dise? Miséricorde ! miséricorde! — Si la figure de cire, pour faire mourir le Roi, ne fut pas pro- posée dans le cabaret de Jonguet? — Mon Dieu ! mon Dieu ! je ne sais rien de plus; j'ai tout dit, faites-moi mourir. Au deuxième pot d'eau. — S'est écrié : Ah ! mon Dieu ! je ne sais rien! Mon Dieu, je vous demande pardon! 11 a été parlé de grimoire. Au troisième pot d'eau. — Ils cherchaient à faire mourir le Roi par poison et par magie, et par vengeance, à cause de M. Fouc- quet, auquel le chevalier et Dubois disaient qu'on avait ôté tout son bien; il en fut parlé chez le prieur, chez Jonguet et chez Mo- reau, et ce fut le chevalier, qui est boiteux, qui parlait de cela; lui a été chez Barenton avec Debray, où il fut fait du poison avec des crapauds et du venin ; le chevalier et Dubois y étaient aussi. Le prieur parla de trois messes et dit qu'il les dirait pour les desseins du chevalier contre la personne du Roi, et le prieur lui a dit depuis qu'il les avait dites et croit qu'il lui dit que c'était dans son prieuré qu'il les avait dites ; et nous prie qu'on le soulage et il dira la vé- rité. A été passé dessous lui un tréteau et a été soulagé. — Pour 36 PROCÉS-VERBAL DE QUESTION DE PERCEVAL. l'article de Barenton, il y a été avec le chevalier et Dubois ; croit qu'outre Dubois, il y avait encore quelqu'un avec eux, et ne peut dire si ce n'est point Moreau; le prieur lui a dit qu'il avait dit trois messes pour le dessein du chevalier et pour faire naou- rir le Roi; il fut fait du poison chez Barenton avec le venin des crapauds; il lui semble avoir vu avec le chevalier un autre homme que celui qui se faisait appeler Dubois, et ne l'a vu qu'une fois. Il a vu donner du poison qui fut fait chez Barenton, dans une bou- teille de verre, au chevalier, en présence de Dubois et de Debray, et d'un autre homme qui était avec eux, et ne peut dire si ce n'é- tait point Moreau. Moreau avait fait le poison qui fut donné à Choi- sel, dans une petite bouteille de terre; et un soir qu'il était chez Moreau avec le chevalier et Dubois, ils firent du feu toute la nuit et bouillir quelque chose, pendant lequel temps il était sur un coffre où il s'endormit; Moreau fut môme prendre quelque chose dans son grenier; la figure de cire qui était demandée était pour le dessein contre la personne du Roi, et lorsque Moreau mit son chien dehors, ce fut cette fois-là qu'ils firent bouillir quelque chose. L'homme qu'il a reconnu à la confrontation, qui se faisait appeler chevalier, se faisait aussi appeler marquis de la Brosse, et il a tou- jours soupçonné que c'était un homme qui cachait son nom et qui ne voulait pas être reconnu, aussi bien que celui qui se faisait ap- peler Dubois. Ne sait pas bien si Barenton, lorsqu'il donna au che- valier la bouteille de verre de poison, ne dit point que c'était pour l'appliquer et le mettre sur du linge ou sur quelque chose pour le faire fleurer. Sait bien qu'il fut entre eux assez raisonné chez Ba- renton sur la bouteille de poison que Moreau avait donnée à Choi- sel; il fut dit lors chez Barenton que cela n'était pas si subtil que ce que Barenton donnait. Sait aussi que Josse, du village d'Ablis, vint dans ce même temps- là chez le prieur de Saint-Arnoul ; croit même avoir ouï dire que Moreau avait été trouver Josse à Ablis, et Petit pourra dire quelque chose de cela, parce qu'il fiéquentait le prieur, et Petit et le prieur ont acheté ensemble un livre. On offrait 2,000 livres si l'affaire réussissait, et c'est le chevalier qui lui offrit la somme, et qu'on aurait récompense. Dieu a permis que le che- valier ait parlé de ce misérable dessein devant trois ou quatre per- sonnes, afin qu'il fût découvert. Dubois avait des cheveux noirs et avait la façon d'un officier; il l'a vu avec un chapeau et ne se sou- vient pas de l'avoir vu avec un bonnet; il n'a aucune idée de la PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE PERCEVAL. 37 personne qui lui a été représentée pour connaître si c'était Dubois, ni de l'autre homme, dont il a présentement parlé, et qu'il n'a vu qu'une fois avec le chevalier, et lui semble que l'homme qu'il n'a vu qu'une fois était un noiraud. Se souvient bien d'ôtre revenu une fois de Sainte-Julienne, parler à un berger, et croit qu'il fut lui par- ler dans les champs. Moreau lui dit un jour qu'il avait un prêtre du côté de Chevreuse, dont il se servait pour les affaires qu'il faisait; mais ne lui a point entendu parler de sacrifice. Barbu se mêle de la recherche des trésors, de faire paraître l'esprit et de médecine, et ne sait point s'il se mêle ou non de poison et de faire mourir des personnes. — Si c'est tout ce qu'il sait, et exhorté de ne rien réserver de ce qui est de sa connaissance sur les choses qui lui ont été deman- dées. — C'est tout ce qu'il sait, et il veut que Dieu ne lui fasse point de miséricorde s'il se réserve à déclarer quelque chose qui soit de sa connaissance. L'homme qu'il n'a vu qu'une fois avec le cheva- lier, est un homme qui pouvait avoir quelque trente ans, et était de moyenne taille et un peu plus gros que menu, et ce fut en reve- nant de Saint-Arnoul et allant à Chevreuse, qu'il le rencontra, qu'il était avec le chevalier. Et au moyen du long temps que Perceval a demeuré à la ques- tion, MM. Duchesne et Morel, médecin et chirurgien présents, nous ont dit qu'il pourrait être nécessaire de l'ôter de la question, ayant remarqué une grande élévation et mouvement à la poitrine, qui le met hors d'état de souffrir le supplice de la question, et même qu'il pourrait y avoir du péril s'il n'était promptement relâché. Pourquoi il a été à l'instant ôté et mis sur le matelas auprès du feu, et n'a été procédé au surplus de la question; et après qu'il a repris un peu de ses forces, lui a été fait la lecture de ses déclarations pendant la question, qu'il a dit contenir vérité ; y a persisté, et augmentant, a dit que Deschauît le mena une fois chez un prêtre, du côté et proche le pont Marie, dans une chambre où il y avait une grosse femme, qui est de Monlihéry ; et le prêtre, qui est louche et âgé S lui demanda un secret pour faire mourir par magie, parce qu'il voulait faire mourir, à ce qu'il disait, un curé pour avoir son bénéfice, et il lui dit qu'il ne savait rien, sinon quelques paroles 1. Cet ecclésiastique lOLiche et âgé est l'abbé Guibourg, et la grosse femme est la Chanfrain, sa maltresse. 3S PERCEVAL. qui lui avaient été données pour donner le flux de ventre, outre lesquelles paroles il fallait piquer avec une aiguille les excréments de la personne à qui on voulait le mal, et ne sait s'il donna ou non à ce prêtre les paroles — S'il n'a autre chose à déclarer que ce qu'il a dit devant et pendant la question touchant le dessein du chevalier contre la per- sonne du Roi? — Non, mais ce qu'il a dit sur cela est véritable. — S'il ne sait point les véritables noms du chevalier et de Dubois? — Non, et c'étaient des gens qui ne voulaient pas être connus. — Si ce qu'il a dit de Moreau et de Barenton, et du poison qui a été fait chez eux et donné au chevalier, est véritable? Si ce qu'il a dit du prêtre qu'il dit être louche, et sur le secret de faire mou- rir par magie, est véritable? — Oui, il a dit tout ce qu'il savait, et il n'a rien dit qui ne soit véritable, et il faut qu'il meure, et en l'état où il est, il ne voudrait point dire une fausseté ni charger sa conscience d'aucune chose qu'il aurait dite contre la vérité. (B. A.) CONFRONTATION DE PERCEVAL A MONTERAN ET A GUIBOURG. Du 18 septembre 1681, à Vincennes, en la chambre de la ques- tion. Monteran a dit ne connaître Percerai. Perceval a dit que Monteran, qu'il a connu sous les noms de che- valier et du marquis, doit pourtant bien le connaître, et il l'a vu chez Moreau, chez Barenton, chez le prieur, et c'est celui qui se faisait appeler chevalier de la Brosse, et il est la cause de son malheur et des autres. Monteran a dit n'avoir reproches pour ne point connaître Per- ceval. Perceval a dit que Monteran se peut souvenir qu'il l'a mené chez un maréchal de Rambouillet et qu'ils couchèrent chez un tailleur appelé Manteau, lequel vend du vin. Ce qui a été dénié par Monteran. Guibourg a dit ne point le connaître. Perceval a dit qu'il le reconnaît pour le prêtre Guibourg. Guibourg a dit n^avoii icproches pour ne connaître Perceval à PERCEVAL. 39 présent qu'il sait son nom, a dénié et dit qu'il en savait sur cela plus que Perceval. Perceval a dit qu'il vit Guibourg dans une petite chambre, rue des Nonains-d'Hières, et il est si vrai qu'il lui demanda le secret pour faire mourir par magie, qu'il lui dit lors qu'il demeurait du côté du Chesnay, et que si l'on avait afl'aire de lui on l'y trouverait ; qu'il disait aussi la messe dans une chapelle proche de là, appelée Saint-Antoine-du-Buisson. C'est une chose étrange que les mé- chants prêtres fassent autant de maux qu'ils en font. Il connaît si bien Guibourg, qu'il lui a fait demander de l'eau bénite des fonis par la Grangère, qui a chez elle un enfant de Guibourg, et cela pour un troupeau qui avait le claveau, et Guibourg le connaît si bien, que lorsqu'il le vit entrer dans la chambre, il l'appela par son nom de Perceval, et c'est un prieur et non un curé que Gui- bourg demandait à faire mourir. Guibourg a dit que c'est dans la rue Tiron et non dans la rue des Nonains-d'Hières que Perceval a pu le voir, et il est vrai qu'il a demeuré au Chesnay, et qu'il disait la messe dans la chapelle de Saint-Antoine-du-Buisson. (B. A.) DECLARATION DE PERCEVAL. L'an 1681, le 18 septembre, quatre heures de relevée. Étant sur le point d'aller rendre compte de ses actions à Dieu, il ne veut point que sa conscience demeure chargée de quel- ques déclarations qu'il a faites ce malin à la question, et par la force des tourments, concernant le poison qu'il a dit avoir vu faire chez Barenton et avoir été donné à l'homme qui se faisait appeler chevalier de la Brosse, et ce qu'il a dit en cela est faux, et il ne se souvient pas même d'avoir été chez Barenton; mais a bien ou dire que Barenton, quand il avait jeté un sort, faisait mourir tous ceux qu'il voulait, et lui semble avoir entendu le chevalier parler de Barenton ; quant à l'autre bouteille qu'il a dit avoir été donnée, à Choisel, par Moreau au chevalier, et que c'était pour le Roi, il n'entendit point parler que ce fût pour le Roi; ne se souvient pas môme s'il fut donné quelque chose par Moreau au chevalier dans le cabaret de Choisel, où néanmoins il est bien assuré d'avoir été avec eux, et quoiqu'il ait dit que lui et Debray s'étaient entretenus en s'en retournant de chez Moreau et sur le chemin, que si l'on venait 40 PERCEVAL. à savoir que Moreau eût donné au chevalier la bouteille de poison, et qu'il eût dit que c'était pour empoisonner le Roi, Moreau serait perdu, néanmoins il n'a point de mémoire de cela, non plus que des trois messes dont il a parlé, et ce qu'il a dit aussi sur le fait des trois messes a été par la force des tourments, et n'en a point de con- naissance ; et quoiqu'il ait dit présentement qu'il ne se souvenait point de l'entretien que lui et Debray eurent en sortant d'avec ledit Moreau, au sujet de la bouteille, il a néanmoins quelque idée qu'il a été dit quelque chose de semblable entre lui et Debray, et que si l'on savait ce que faisait Moreau, Moreau serait perdu; mais ne peut pas bien se souvenir à quel sujet cela a été dit. Il est vrai que le soir où il coucha chez Moreau, et oh étaient le chevalier et Dubois, il fut fait par eux la nuit quelque chose sur le feu, et ne peut dire quoi, parce qu'il s'endormit sur un coffre ; s'il n'a pas eu une plus grande connaissance de ce qui a été dit des desseins du chevalier, c'est qu'ils ne s'en sont jamais expliqués à lui Perceval, et c'étaient le prieur de Saint-Arnoul et Moreau qui avaient connaissance de tout, et auxquels le chevalier s'en était expliqué ; le chevalier est le même qu'il a vu ce matin après la question et auquel il a. été confronté, et qu'il a reconnu pour être celui qui se faisait appeler le chevalier ou marquis de la Brosse, et avec lequel il a vu Dubois et une autre personne, une fois seulement, qui allaient avec le che- valier à la Ferté ; persistant, au surplus, aux autres choses qu'il a dé- clarées, à la réserve qu'il n'a point entendu parler d'aucun dessein contre la personne du Roi. Il est bien vrai que le prieur de Saint- Arnoul l'envoya chercher Bourguignon pour la figure de cire, et il le mena chez le prieur où se trouva Debray, que Bourguignon prit en passant, et cela dans le même temps que le chevalier cherchait ce qu'il cherchait pour ses desseins. Il y a dix ans que toutes ces choses-là se sont passées, depuis lequel temps elles sont sorties de sa mémoire, et ensuite il ne peut dire précisément si la bouteille dont il a parlé fut donnée ou non au lieu de Choisel, et sa mémoire le peut tromper sur cela, et ne peut assurer si cela a été fait ou non, et craindrait, en assurant l'un ou l'autre, de se tromper con- cernant la bouteille et ce qu'il a dit qui fut dit sur ce sujet dans le cabaret de Choisel *. (B. A.) 1. Perceval fut roué en place de Grève, vers les cinq heures du soir. LA JOLY.' 41 RÉSUMÉ DE l'interrogatoire DE CHA.POS. Du 29 septembre i681. Sur la demande de la Brosse, il s'adressa à Piquet pour avoir un grimoire du curé de Saint-Forget ; Piquet l'adressa à Bnrenton du Fargis, celui-ci à Barenton de Haute-Maison, et Piquet, de retour de chez le curé, l'adressa à Moreau; Monteran lui dit ôlre dû à son père, pour le bâtiment du Val-de-Giâce et du Louvre, 100 ou 150,000 livres, pourquoi il souhaitait la liberté de M. Foucquet. (B. C. L.) INTERROGATOIRE DE LA JOLY. Du 2 octobre 1681 , à Vincennes — Si la Hugot avait quelque inlelligence dans la maison de M. Desgrez, avec quelque valet ou servante delà maison, pour exé- cuter le mauvais dessein qu'elle avait contre lui? — La Hugot avait pratiqué Isabelle, servante, qui demeurait lors chez M. Desgrez, et lui fît beaucoup de promesses pour cela, il y a sept ou huit ans ou environ. C'était à cause d'un démêlé qu'ils avaient eu ensemble, et Hugot prétendait non-seulement se dé- faire de son beau-frère, mais encore de sa fille. Hugot l'a tenue pendant quinze jours chez elle pour chercher les moyens d'empoi- sonner son beau-frère. Il fui fait une figure de cire qui fut achetée devant Sainte-Geneviève, qui était une figure de saint Jean, avec un petit ruban rouge, et elles furent ensemble pour acheter la figure et une boîte de sapin pour la mettre dedans, et après cela on la fit fondre sur le feu chez Hugot; mais ce ne fut point elle qui la fît fondre, ce fut un homme qui fut dans ce temps-là avec Hugot, la- quelle l'entretenait, et il disait des paroles en faisant fondre la figure, qui avait été percée de trois clous Après qu'elle eut été fondue à petit feu, elle fut voir Desgrez pour connaître si la figure avait fait quelque effet en lui, et ne l'ayant pas rencontré, elle sut par sa femme qu'il se portait bien, ce qu'elle rapporta à l'homme qui était avec Hugot et qui l'avait envoyée chez Desgrez, et sur cela lui dit qu'on avait manqué d'avoir un cierge bénit, et la Poignard lui en porta un le soir, n'ayant pas voulu y retourner. — Ce qu'Isabelle, servante, a lait pour ce même dessein? — Après qu'Hugol l'eut engagée à la servir pour son dessein contre M. Desgrez, et qu'elle lui eut promis de lui apprendre à faire 42 ÉFJSABÊTH SAINT-MARS. les mouchoirs pour femme, de sa façon, elle lui mit entre les mains un petit paquet de poudre pour deux prises; Isabelle lui dit en la présence de Thomme, qu'elle avait donné toute la poudre à Des- grez, et la lui avait fait prendre dans un bouillon. — D'où venait la poudre ? — Elle n'en sait rien, et c'était de la poudre grisâtre, et l'ayant fait voir à un chirurgien chez lequel logeait lors Desgrez, et qui couchait avec elle, le chirurgien ayant su pourquoi c'était faire, mit quelque chose dans la poudre pour la rendre plus forte, et Isa- belle mit la poudre dans un bouillon qu'elle fit prendre à Desgrez, qui s'en trouva depuis fort mal. Il y a bien six ans qu'elle ne l'a vu. — Si Isabelle demeura longtemps après chez Desgrez? — Non, elle allait souvent après cela chez la Hugot. — A quoi Isabelle lui dit qu'il avait tenu que Desgrez ne fût mort de ce qu'elle lui avait donné? — 11 en fut extrêmement malade, et Isabelle ne disait autre chose, sinon qu'elle ne savait pas pourquoi il n'était point crevé ; mais qu'elle lui en avait bien donné. (B. N.) INTERROGATOIRE D'ELISABETH SAINT-MARS. Du 42 octobre 1681, à Vincennes. Elisabeth Saint-Mars, âgée de vingt-cinq ans ou environ, native de Vaudeur, près de Sens en Bourgogne, fille, demeurant rue Ja- cob, près la Charité, chez la marquise de la Baume. Elle a demeuré chez M. Desgrez, chez M. Formé, et depuis chez M. Mercier, proche les Blancs-Manteaux — S'il n'est pas vrai que M. Desgrez se trouva mal peu de temps avant qu'elle sortit de son service? — Non, elle ne se souvient point qu'il eût aucune maladie con- sidérable. Il est bien vrai que lorsqu'elle fut demeurer chez lui, sa femme lui dit qu'elle craignait qu'on eût donné quelque chose à son mari, à cause de l'affaire de Sainte-Croix, parce qu'il paraissait extrêmement échauffé. — Combien il y a qu'elle est sortie de chez M. Desgrez? — Elle ne le peut pas dire précisément, mais ce fut l'année qu'on fit mourir madame de Brinvilîiers *. 1. C'est-à-dire en 1676. Il pourrait se faire que les amis de madame de Brinvil- liers aient fait quelque tentative de ce genre contre Desgrez, dont l'habileté était dès lors bien connue, et qui avait arrêté en Belgique cette malheureuse criminelle. MONTERAM. 43 — S'il n'est pas vrai que la Hugot lui a donné de la poudre pour la faire prendre dans un bouillon à M. Desgrez, que venant dire à la Hugot ce qu'elle avait fait de la poudre, et qu'elle l'avait fait prendre dans un bouillon à AI. Desgrez, lui dit qu'elle s'étonnait bien qu'il n'en était pas crevé? — Non. (B. A.) RÉSUMÉ DE l'interrogatoire DE PIQUET. 42 octobre 1681. Chapon était le solliciteur des affaires du chevalier, et lassés de n'avoir pu trouver le grimoire, ils avaient dit qu'ils prendraient une autre route; le chevalier avait dit : Il faut que M. Colbert pé- risse et meure. (B. C. L.) RESUME DE L INTERROGATOIRE DE MONTERAN. \A octobre l6Hi. — A connu G. Bastel? son beau-frère M. Puy- don?Ne sait si Egidio, italien, est celui qui fut arrêté à la Bastille avec Sainte-Croix, et lui a enseigné ses secrets, ses poisons, a sol- licité pour faire rentrer le marquis de Termes dans ses biens que la Chambre de justice lui avait ôtés après la détention de Fouc- quet. (B. C. L.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 25 octobre lG8t. J'ai reçu les lettres que vous avez pris la peine de m'écrira les 22 et 23 de ce mois; je vous adresse les ordres du Roi que vous avez demandés pour faire arrêter la dame Baliron et la Guesdon, mais je n'ai pu faire expédier celui nécessaire pour prendre le mari de la dernière, parce que vous ne le nommez en aucune ma- nière. Si vous voulez prendre la peine de venir ici lundi prochain, je vous entretiendrai des affaires dont vous êtes chargé, soit le matin sur les dix heures, ou l'après-dîner en sortant de table. (A. G.) 44 MÉMOIRE DE M. DE L\ ÏÎEYNIE. MÉMOIRE ENVOYÉ A M. DE LOUVOIS AVEC MA LETTRE DU 1" NOVEMBRE 1681. L'extrait de l'interrogatoire de madame de Brînvilliers •, après sa condamnation, sur le fait de M. Foucquet, de Glazer^ et de Sainte- Croix, et qui a été envoyé le 27 octobre 1681 , peut donnerlieu déjuger de quelle conséquence il serait d'avoir de plus grands éclaircisse- ments sur ce sujets mais ce qui est arrivé depuis, et ce qui paraît de plus en plus, même depuis les derniers procès jugés à la Cham- bre de l'Arsenal, fait croire qu'il serait d'une très-grande impor- tance de pouvoir apprendre de la veuve de feu Glazer qui est pré- sentement à Bâle, et qui a épousé en deuxièmes noces HofTman, marchand joaillier ^, de Relier qui était garçon apothicaire dans la 1. Voir au tome V du présent ouvrage les déclarations de madame de Brinvil- liers, pages 236, 244 et 250. 2. Christophe Glazer, issu d'une famille établie à Bâle, on Suisse, ("tait venu comme beaucoup de ses compatriotes chercher fortune à Paris; il devint apothi- caire ordiiiai'-e du Roi et de Monsieur, et sa clientèle était des meilleures. Il avait eu la confiance de Foucquet, dont la mère, qui était un médecin en jupon, fort célèbre alors, faisait préparer chez lui ses remèdes. En 1662, il tenait sa boutique d'abord au faubourg Saint-Germain, près le petit marcbé, il la transporta ensuite tout près, rue du Petit-Lion, à la Bose-Rouge. Vallot, premier médecin du Roi, et comme tel directeur du Jardin des Plantes, l'y nomma démonstrateur de chimie. Le cours paraît avoir été fort si.ivi, et Glazer publia, en faveur de ses élèves, un Traité de ChimiP, qui semble le résumé de ses leçons; comme beaucoup d'auteurs, il n'avait pas trouvé de libraire et il dut vendre lui-même son ouvrage; le succès fut très-grand, le livre eut deux éditions et reçut les honneurs de la traduction en Allemagne et en Angleterre. Les libraires voulurent bien s'en charger alors, mais celui qui fit paraître la troi«.ième édition, en 1672, nous apprend que l'auteur ve- nait ('e mourir. Fontenelle, qui parle sur des ouï-dire, prétend que notre apothicaire était un vrai chimiste, plein d'idées obscures, avare de ces idées-là même, et peu sociable. Il se peut faire que les poursuites exercées contre Foucquet, et la p -ur incessante des révélations probables sur leur, association, aient rendu l'apothicaire morose et discret à propos des recettes dont il avait la connaissance; mais dans son livre il parait tout autre, il est presque gai et raille les alchimistes, qui font passer le meilleur métal en fumée, à moins qu'ils n'eu fassent passer quelque partie dans leurs mains, ce qui n'est pas la moindre de leurs opérations Et plus loin : « Je m'assure qu'on ne peut être ni bon médecin ni bon philosophe sans être bon chimiste. » On ne voit pas ce que pensèrent les philosophes, mais les médecins vécurent en bons termes avec lui, et nous avons plusieurs fois trouvé son éloge dans leurs lettres. Au moins ce n'était pas un ingrat; il dédia son livre à Vallot, comme un témoignage de sa reconnaissance pour la grandeur de ses libéralités. Quoi qu'il en soit, notre pharmacien ne paraît pas avoir été inquiété, et lorsque madame de Brinvilliers fit sa déclaration de mort contre Foucquet et contre lui, Glazer était décédé depuis quatre ans; on ne sait pas s'il eut des enfants de N. Lemarchand, sa femme. 3. Les aventures de la veuve Glazer étaient alors de notoriété publique, et la Gazette de Hollande en parlait comme d'une chose qui devait intéresser tout le MÉMOIRE DE M. DE LA REYNIE. 45 boutique de Glazer, à Paris, lorsqu'il est décédé, et qui s'est retiré à Zurich, ce qu'ils savent du commerce de Glazer avec M. Fouc- quct et avec Sainte-Croix, des voyages de Glazer et de son travail. Comme ces deux personnes sont hors du royaume, et qu'elles ne seront jamais entendues comme témoins, il serait nécessaire de les faire ménager par toutes sortes de moyens et par des gens de leur connaissance, s'il est possible, qui fussent capables de leur de- mander et d'en tirer des mémoires. 1° Après avoir employé les moyens qui pourront être les plus propres à persuader, il sera nécessaire de faire entendre à ces deux personnes que, bien loin d'avoir rien à craindre, elles rendront au contraire un service considérable en donnant des lumières, et fe- ront beaucoup pour elles et pour leur famille, c'est-à-dire à l'égard de la famille de sa veuve, parce qu'elle est de Paris. 2° Il sera bon apparemment, en cherchant les moyens de faire parler cetle fomme, d'éviter que son mari et la famille de son mari en aient connaissance, parce qu'il ne lui conviendrait peut-être pas qu'il sût ce qu'on peut avoir à lui demander sur cette sorte d'affaires. 3° Après qu'on aura pris des précautions pour approcher de ces deux personnes et pour les assurer, et après qu'on se serait in- formé de ce qui est marqué ci-dessus de M, Foucquet et de Sainte- Croix, des voyages à Florence et du travail sur le poison de Glazer, il serait bon de savoir en quel lieu Sainte-Croix et Glazer se voyaient ordinairement. 4° S'ils n'allaient pas à la campagne proche Paris, et entre autres lieux, à un village appelé Bicvre et dans la maison d'un M. Mail- lard, auditeur des comptes, et si ce M. Maillard n'allait pas aussi chez feu Glazer avec Sainte-Croix assez souvent. monde; le 27 août 1676 elle publiait l'article suivant, qui peut bien avoir été fait sur commaude du ministère français : « Le Roi ayant ai)pris que la veuve de défunt Glazer, apothicaire, qui préparait les poisons de madame de Brin villiers, s'est retirée et mariée à un orfèvre à Genève, S. M. y a envoyé un exempt avec des archers pour la demander aux Seigneurs de cette ville-là, pour la conduire à Paris pour voir si elle n'est pas complice de cette dame. » La veuve Glazer ne se souciait pas de revenir en France, et répondit dans le numéro de septembre : « La veuve Glazer^ qui est remariée, fait à présent sa de- meure à Bâie, avec son mari, et le brevet que le Roi lui a donné avant que de partir de France portait permission de ^e retirer en Suisse; elle y a transporté tous ses biens, c'est une preuve assez convaincante de l'innocence de son premier mari et de la sienne aussi, n On remarquera que ces biens ne devaient pas être minces pour qu'elle ait pu épouser un orfèvre, professioQ dans laquelle la valeur de l'argent est appréciée et bien connue. 46 L'ABBÉ GUI BOURG. 5» Qui étaient les autres personnes qui avaient relation avec Sainte-Croix et Glazer. 6° Si l'on n'a pas connu dès ce temps-là un homme de Paris appelé M. Pinon du Martroy, qui était de leurs amis et de leur commerce. 1° Si l'on n'a pas entendu parler du chevalier de la Brosse et si en ce même temps on ne l'a pas vu ou entendu parler de lui, 8° Si ces personnes savent en quel lieu peut être retiré Genebat, bon ami de Sainte-Croix et de Glazer, et de Martin et Lapierre qui étaient avec Sainte-Croix. 9° Celui de qui on a su le nom du mari de la veuve Glazer, à Bâle, et le lieu de la demeure de Relier, selon toute apparence, leur doit avoir donné avis qu'on s'est informé d'eux, parce qu'il est Suisse et apothicaire lui-même, et qu'il a fermé sa boutique à Paris pour se retirer en Angleterre à cause de la religion. Il sera nécessaire de se ménager les moyens d'approcher et d'entrer en matière avec ces deux personnes ; on les trouvera sans doute sur leurs gardes si elles ont eu quelque avis. (B. N.) INTERROGATOIRE DE GUIBOURG. Du 4 novembre 1681, à Vincennes.... — S'il n'a pas connu une gouvernante de la maison de M. Pinon appelée Anne Vilain? — Oui, et elle doit savoir tout ce qui se passait chez Pinon à Vitry, et ce fut elle qui portait à dîner et à manger à lui , Lahous- saye et Mosny , dans une chambre au haut de la maison où ils étaient tous trois, et oti aucun autre domestique n'entrait, et ce fut pendant ces neuf jours qu'ils y demeurèrenl à travailler à l'affaire pour laquelle M. Pinon les avait fait venir chez lui à Vitry... Ils se revêtirent chacun d'une soutane qu'ils avaient été louer chez Beauvais, fripier, et ayant été apporté chez Pinon des chandeliers d'autel et du linge et des cierges par Mosny, le tout fut mis dans la salle de la maison, où il trouva qu'il avait été dressé un autel au milieu de la salle, sur lequel il y avait un vase; et après que les cierges eurent été allumés et qu'ils eurent pris des surplis, il fut fait plusieurs encensements au vase et récité diverses conjurations, au commencement, pour avoir par M. Pinon les bonnes grâces du Roi, et sur la fin, les conjurations portaient qu'au cas qu'il ne pût L'ABBÉ GUI BOURG. 47 obtenir du Roi ce qu'il prétendait pour lui et pour M. Foucquet, que le Roi -mourût, et en ce cas-là c'était pour le faire mourir que les conjurations furent faites; ce qu'ils continuèrent de l'aire pen- dant neuf jours, et auprès du vase qui élait sur l'autel, il y avait une figure de cire blanche qui élait la figure du Roi. Pinon n'assista pas aux cérémonies, et il n'y avait lors aucun domestique de Fiiion dans la maison autre qu'Anne; et au bout des neuf jours, M. Pinon leur ayant dit qu'il leur donnerait ;\ déjeuner le lendemain, ne le fit pas néanmoins, et s'en vint à Paris, où étant aussi venu avec La- houssaye, ils furent ensemble chercher M. Pinon au palais, à la quatrième chambre des enquêtes, où Lahoussaye ayant demandé à M. Pinon si Guibourg s'en retournerait sans argent, M. Pinon prit du greffier ou du buvetier trois écus qu'il lui donna. Mais quelque temps après, lui ayant mandé à Montlhéry, où il était alors, de se rendre à Vitry, il y fut deux ou trois jours après coucher, où il trouva avec Pinon un autre prêtre qu'il appelait Bruno; et après qu'il eut été quelque temps avec eux, M. Pinon leur dit qu'il fallait être dans la chapelle le lendemain à deux heures du matin, et que ce serait lui, Guibourg, qui y dirait la messe, ce qu'il fil, et à la- quelle Pinon assista et le prêtre répondit à la messe, pendant la- quelle il bénit du sarment qui lui fut présenté par le prôtrp, et à l'endroit de la préface le prêtre prit un livre manuscrit dans lequel il lui les conjurations qui étaient à faire, parce que lui, Guibourg, ne les pouvait lire à la lueur des cierges, mais il répétait les mots des conjurations que le prêtre lisait, ce qui fut fait à plusieurs fois depuis la préface jusqu'après la communion; et était la figure du Roi sur l'autel entre le calice et l'hostie, et après que la messe fut dite, la figure fut brûlée avec le sarment qui avait été bénit, dont M. Pinon recueillit les cendres, qu'il mit dans une boite. Se sou- vient d'avoir vu depuis le même livre de conjurations qui servit à cette messe entre les mains de la Voisin, et l'ayant reconnu, la Voisin lui avoua qu'elle l'avait déjà prêté à ce prêtre — Si aux derniers voyages qu'il a faits à Vitry, et lorsqu'il a été chez M. Pinon, il n'y fut pas fait aussi quelque chose pour le môme dessein pour lequel il avait travaillé et du temps qu'il demeurait à Montlhéry? — Non, et il y a pour le moins neuf ou dix ans d'intervalle enlre ces temps-là. — Si dans les derniers temps, et depuis qu'il fut établi à Saint- 48 L'ABBÉ GUIBOURG. Denis, qu'il a été chez M. Pinon à Vitry, il n'y a pas vu M. Maillard, auditeur des comptes? — Il ne l'a vu qu'une seule fois à Vitry, lequel se trouva dans la chambre de Pinon et avec lui, mais ne le fit qu'entrevoir, parce que M. Pinon lui fît dire de descendre dans la cuisine et de s'aller chauffer et sécher, parce qu'il était lors fort mouillé et crotté, et dans la cuisine lui fut dit que c'était M. Maillard qui était avec M. Pinon Il l'a encore vu une fois chez M. Pottier, près Notre- Dame. — Interpellé de déclarer la vérité sur le fait de la lettre que Mo- reau, berger, lui porta de la part de M. Pinon, et que Moreau lui a dit avoir rendu, lui étant alors avec une grosse femme, et il doit d'autant plus reconnaître la vérité, qu'il sait bien de quoi il s'agis- sait, et que s'il n'eût pas su ce que M. Pinon faisait avec Moreau, M. Pinon ne lui aurait pas écrit de la campagne comme il fit par Moreau, et s'il n'eût pas eu affaire de lui sur les lieux. — Moreau s'est trompé, et c'est à M. Pottier qu'il rendit la lettre de M. Pinon, et la grosse femme dont il a parlé demeurait chez M. Pottier et était de la connaissance de la de La Grange ; il a bien vu la lettre entre les mains de M. Pottier qui la lui montra peu de temps après, en passant par Saint-Denis pour aller à sa cure de Conflans- Sainte-Honorine, et la lettre de M. Pinon ne contenait autre chose, sinon qu'il était en peine de savoir en quel lieu lui demeurait alors, et quelques jours après, M. Pinon vint à Saint-Denis le trouver, étant alors accompagné d'un jeune homme de seize à dix-sept ans, et dit qu'il le venait trouver parce qu'il avait besoin de lui du côté de Chevreuse et vers le pays chartrain ; sur quoi lui ayant dit qu'il fallait demander son congé au curé de Saint-Marcel et au marguil- lier, ils furent chez le curé, appelé Martin, et lequel leur donna la collation, et chez Bauton, orfèvre, qui était le marguillier, chez le- quel ils soupèrent ; et après souper étant revenus ensemble chez lui, où ils avaient fait porter quelques bouteilles de vin, et le curé ayant entendu qu'ils se réjouissaient et qu'ils faisaient du bruit, se fâcha contre lui, ce qui fut cause qu'il dit à M. Pinon qu'il ne le pouvait pas suivre alors, ni aller avec lui où il le voulait mener, parce que le curé était de trop méchante humeur et, que s'il s'ab- sentait dans cette disposition, le curé ne manquerait pas de faire quelque chose contre lui L'était pour dire quelques messes. Il lui dit que c'était toujours pour le même dessein qu'il avait contre L'ABBÉ GUIBOURG. 49 la personne du Roi; sur quoi lui ayant dit qu'il avait lorl d'avoir toujours celte niOnie pensée, el qu'il dc\ait ûler cela de son esprit, rinon lui répliqua qu'il fallait qu il mourût bientôt lui-même ou qu'il vînt à bout de son dessein M, Pinon lui dit qu'il faudrait dire une messe que lui seul pouvait dire, et à laquelle il faudrait faire un sacrifice, et qu'il ne voulait pas se confier de cela à d'au- tres qu'à lui. — Si M. Pinon ne lui dit pas quelles étaient les personnes sa- vantes qui lui avaient promis de faire son affaire en ce pays-là? — Non, mais lui parla d'un prieur et d'un curé desquels Des- chault lui a aussi parlé, et croit que c'était le prieur de Saint-Ar- noul, parce que Deschault le lui nomma. — Pourquoi M. Pinon lui dit qu'il ne se servait pas des dits prieur et curé pour leur faire dire la messe qui était à dire pour l'affaire? — M. Pinon ne se confiait pas de toutes choses à eux, et il était plus fin qu'on ne pense, et se souvient, à ce sujet, d'avoir un jour reconnu chez la Voisin les ornements pour la messe de M. Pinon, qui étaient blancs et de quelque autre couleur, et où il y avait des pommes de pin pour les armoiries, et qui étaient les ornements dont il s'était, une fois entre autres, servi chez la Voisin * — Quel élait le sujet du ressentiment que M. Pinon disait avoir contre le Roi? — 11 lui dit que c'était à cause de la prison de M. Foucquet, qu'il disait être son parent. — Si M. Pinon ne lui parla pas d'une terre qu'il avait du côté d'Orléans? — Oui, et il lui dit même qu'après qu'ils auraient fait son af- faire, ils iraient ensemble se réjouir dans cette terre — Combien il y a que M. Pinon passa à Saint-Denis chez lui pour le mener du côté du pays chartrain? — 11 ne le peut dire précisément, mais il se souvient bien que c'était après Pâques, et dans le mois d'avril, et il ne peut y avoir plus de huit ou neuf ans- — Si M. Pinon ne lui a jamais parlé de poisons ? — Oui, il en avait toujours sur lui. 1. Ces ornements avaient été prêtés à la Voisin pour dire la messe sur le ventre d'une de ses clientes; il semblerait que ce fût madame de Montespan. 2. Cela se passait donc vers 1672 ou 1073. 30 LA BALIRON. — Comment il a su que M. Pinon était décédé, et s'il n'a pas su le lieu où il était mort? — 11 a su la mort de M. Pinon par hasard, et on la lui apprit dans l'église du Sépulcre, et n'a point su le lieu où il est décédé, ni sa maladie. -^ Lequel des deux, de Lahoussaye ou de Mosny, était sergent aux gardes? — C'était Lahoussaye, qui avait encore les noms de Desfontaines et de Saint-Quentin, et même avait été chanoine de Saint-Quentin '. (B. A.) INTERROGATOIRE DE LA BALIRON. Du H novembre 1681, à Vincennes. Marie Dupin, femme de Paul de Pujol de Baliron, âgée de trente- huit à trente-neuf ans, demeurant rue Montorgueil, paroisse de Saint-Eustache, native de Paris. — Si c'est en secondes noces qu'elle a épousé M. de Baliron? — Oui, son premier mari s'appelait Violet, et était procureur en parlement. Elle croit qu'il mourut en 1665 ou 1666, et ne le peut dire précisément — Combien il y a qu'elle connaît Maillard, auditeur des comptes? — 11 y a bien quinze ou seize ans ; elle l'a connu un an ou deux avant d'être mariée, et il avait même dessein de l'épouser. — Si elle ne l'a pas connu du vivant de son premier mari? — Oui, et il la venait voir souvent. — Si c'est par Maillard qu'elle a connu Sainte-Croix? — Non, et c'a été par le moyen de la femme de Sainte-Croix, qu'elle connaissait il y a fort longtemps, et lorsqu'elles étaient jeu- nes l'une et l'autre; Sainte-Croix a toujours eu de l'éloignement pour elle, parce qu'elle était dans les intérêts de sa femme, et même il fit tout ce qu'il put pour détourner Maillard du dessein qu'il avait de l'épouser, et le mena pour cela chez une femme appelée Monnar, où ils étaient très-souvent à boire et à manger. Le sujet du mécontentement de Sainte-Croix venait de ce qu'elle avait dé- couvert qu'il avait empoisonné sa femme, et ayant été une fois à 1. Le chapitre de Saint-Quentin n'était pas un des moindres de France; le Roi eu était le premier chanoine et nommait aux places vacantes. On voit que les choix n'étaient pas toujours heureux, si Guibourg dit vrai. LA BALIRON. 51 Saint-Germain, à la prière de Sainte-Croix, et avec lui, |)our parler ;\ une personne d'une affaire qui regardait son frôrc ', clic lui dit qu'il avait empoisonné sa femme; sur quoi il lui dit en ces termes : En ce temps-là, j'étais un sot et je n'y entendais rien; parce qu'en effet c'avait été avec un gros poison qu'il l'avait empoison- née, et qui avait noirci l'écuelle où il avait été mis et donné, et il ajouta que sa femme ferait bien de garder des mesures avec lui ; et à quelque temps de là, elle tomba dans une grande maladie dont elle faillit à mourir, fut abandonnée des médecins, et serait sans doute morte s'il n'eût vu qu'elle ne lui laissait rien par son testa- ment, ce qui l'obligea de lui donner du contre-poison et de la reti- rer, à ce que sa femme lui a dit, sur ce qu'elle lui fit entendre ce que Sainte-Croix lui avait dit. — Si elle n'a pas été plusieurs fois à Bièvre, dans la maison de Maillard ? — Oui, mais elle n'y a point été depuis que Maillard eut loué la maison de Bièvre à Sainte-Croix... Du 21 novembre 1G81 — La Guesdon, qui s'appelait Hébert, et servait son mari, vint chez son beau-frère nommé Moran, chez lequel elle demeurait, pour lui dire que M. Violet était malade, et qu'elle eût à le venir voir, et qu'il la demandait. — Combien il y a qu'elle n'a vu la Guesdon ? — Il y a environ deux ans, et elle est mariée en Normandie, à Maulle, qui est une terre qui appartient à la dame de Mauloy, et Guesdon faisait état alors d'aller demeurer à Versailles; après la mort de Violet, elle la prit à son service, où elle demeura pen- dant treize mois qu'elle resta veuve, et environ trois ou quatre mois après qu'elle fut remariée ; mais M. de Baliron n'ayant pas voulu qu'elle la gardât davantage à son service, elle la congédia ; mais aus- sitôt que Sainte-Croix eut su cela, il obligea sa femme de la prendre à son service, et la dame de Sainte-Croix ne l'ayant pas gardée longtemps, et environ huit mois seulement, il la donna à la dame de Brinvilliers et la mit à son service, et Guesdon quitta quelque temps après cette dame à la campagne, et lui a été depuis confron- tée lors de son procès, ce qu'elle a su de la Guesdon qui le lui vint dire après avoir été confrontée. Sainte-Croix avait donné à garder 1. Nous n'avons point de renseignements sur ce frère de Sainte- Croix, on sait seulement qu'il était militaire. 32 LA BALIRON. sa cassette, qui a l'ait tant de bruit, au mari de Guesdon, parce que toutes les fois que Saiute-Croix allait à la campagne, à des petits voyages qu"il faisait, il ôtait la cassette de chez lui, disant que sa femme était curieuse et qu'il craignait qu'elle ne voulût savoir ce qui était dans la cassette, et disait que c'étaient des papiers de conséquence qu'il y avait, et la donnait à gardera quelqu'un... Il est vrai qu'elle a été séduite par Maillard, et il n'a pas tenu à lui qu'elle n'ait empoisonné Violet. Maillard ayant résolu de s'en défaire, lui proposa, étant à Bièvre tous ensemble, de mettre Violet dans son carrosse, sous prétexte de l'emmener prome- ner, et quand il serait dans le carrosse, sur les hauteurs qui sont, aux environs de Bièvre, il ferait verser le carrosse et rompre le col à Violet, et c'était dans le temps des vacances qu'ils étaient à Bièvre, et Violet y était aussi. Depuis, il fut fait plusieurs autres projets de s'en défaire par Maillard et de l'em- poisonner; et un jour entre autres, Maillard étant dans sa salle', elle y survint comme il en sortait, et ayant vu qu'il tenait une ser- viette dans laquelle il y avait quelque chose de noué, et le trou- vant tout interdit, elle qui se douta de quelque chose, entra dans la salle et, sur ce qu'il lui avait parlé avant cela de son dessein, elle le laissa sortir et fut regarder dans un demi-setier de vin qui était sur la table pour le déjeuner, et ayant remarqué qu'il y avait une petite mousse blanche sur la surface du vin étant dans le demi- setier, elle le fit aussitôt verser par la fenêtre, dans le jardin; et raprcs-dîner, ayant trouvé le moyen de parler seule avec Maillard en se promenant, elle lui dit ce qu'elle avait fait, et lui demanda s'il n'était pas vrai qu'il avait mis du poison dans le vin; il lui avoua que ce qu'il avait dans le coin de la serviette, le matin, était de l'arsenic, qu'il avait fait tremper dans le demi-setier de vin, et que c'était pour Violet, son mari, qu'il l'avait préparé, et pour son déjeuner. Maillard avait toujours, en ce temps-là, de gros mor- ceaux d'arsenic et disait qu'il s'en servait pour les loirs qui man- geaient son fruit. L'autre projet qui fut fait pour empoisonner Violet fut fait à Bièvre, et pour cela Maillard lui donna un mor- ceau d'arsenic de la grosseur d'une noix ou environ, et lui dit 1. La eallc était dans les appartements une pièce destinée à recevoir les visites; c'est ce qu'on appelle à présent le salon. Madame de Baliron en avait un, comme toutes les femmes de son rang, et c'est chez elle-même qu'eut lieu cette première tentative d'empoisonnement. LA BALIRON. :;:\ qu'il n'y avait qu'à tremper l'arsenic dans du vin ou du bouillon, et le retirer après cela pour le lairc prendre à son mari; et elle cl son mari étant revenus à Paris, elle en mit un jour tremper dans un bouillon qui lui préparé pour son mari, avec lequel clic avait eu un grand démêlé auparavant; mais la fille de Violet étant venue prendre le bouillon pour le donner i\ son père, s'aperçut de quel- que chose de blanc qui était sur le bouillon, et dit à son père de ne point prendre le bouillon, et qu'il n'avait pas bonne mine ; elle le fît jeter par l'évier dans la cuisine, où elle et son mari étaient lors ensemble; et Maillard lui ayant demandé depuis comment elle avait fait, et ayant dit ce qui s'était passé sur le fait du bouillon, Maillard ouvrit sa cassette où elle avait mis l'arsenic, et le jeta par la fenêtre, et avec précipitation, et ne sait point si ce fut de colère que cela n'ait pas réussi, ou qu'il eût crainte qu'on ne trouvât l'.n- senic, (B. A.) INFORMATION. Du 22 novembre 1681. M. Rocher, femme de Duval, chirurgien à Palaiseau, et aupara- vant veuve de N. Maneu, aussi chirurgien, âgée de quarante ans, ou environ. Elle a vu plusieurs fois dans la maison de feu Maneu, père de feu son mari, et qui était un honnête homme et fort habile en tontes choses, M. Maillard, auditeur des comptes, avec Sainte-Croix, et elle a même une fois mangé avec eux; elle y a vu aussi une fois avec eux la dame de Brinvilliers et une femme de chambre; ne sait pas pour- quoi ils venaient ainsi chez Maneu son beau-père. Feu Robert Maneu, frère de son mari, était souvent chez M. Maillard, à Bièvre, avec Sainte-Croix, et ils lui avaient donné commission de chercher des couleuvres et des lézards; sur quoi son mari dit à Robert qu'il ne devait point se charger de cela, et qu'il ne savait pas ce que Sainte-Croix en voulait faire, à quoi Robert répliqua qu'il avait de fort beaux secrets, et qu'il lui avait dit que c'était pour faire du contre-poison. Elle a vu une autre fois la dame de Brinvilliers, qu'on appelait la marquise à Palaiseau, laquelle venait lors dn côté d'Étampes (B. A.) 54 LA BALIRON. INTERROGATOIRE DE LA BALIRON. Du 23 novembre 1681. — S'il n'est pas vrai que Violet, son mari, mourut la nuit du 21 au 22 du mois de novembre 1665 *... et qu'elle a été à la maison de Maillard, à Bièvre, depuis la mort de son mari? — Oui, et elle l'a vu pendant quatre mois après le décès de son mari, et Sainte-Croix les y venait voir quelquefois, parce que sa femme était aussi à Bièvre. — Si elle ne se remaria pas avec M. de Baliron au mois de janvier 1667? — Oui. — Qui lui avait donné la poudre et le poison qui fut trouvé dans son écritoire par Baliron -? — Ce n'était point du poison, et c'était de la poudre que la Belhomme ou la Rose lui avait donnée avec une petite rainette do- rée, et pour être aimée, et cela lui fut donné pendant qu'elle était veuve. — Combien de temps la Guesdon a demeuré avec elle? — Guesdon a toujours demeuré avec elle pendant tout le temps qu'elle a été avec Violet, son mari, et elle la trouva dans la maison lorsqu'elle fut mariée. Huit, dix, douze ou quinze jours après qu'elle fut veuve, Guesdon vint demeurer avec elle, et trois ou quatre mois après qu'elle fut remariée avec M. de Baliron, elle sor- tit de son service. — Si elle a dû quelque argent à Guesdon? — Elle lui avait fait une promesse de 200 livres pour ses gages... — Elle ne pouvait pas devoir toute cette somme pour ses gages, la Guesdon ne l'ayant servie que seize mois. S'il n'est pas vrai que, pendant qu'elle s'en alla sous le prétexte du voyage de Liesse 3, Guesdon empoisonna Violet, son mari, et que le voyage fut fait à dessein par elle de ne se pas trouver à Paris dans le temps que l'on devait exécuter ce qui avait été projeté pour l'empoisonne- ment de son mari ? — Non, (B. A.) 1. Violet avait fait une plainte contre sa femme dans les premiers mois de 1665; cette démarche fut sans doute le motif de son empoisonnement. 2. Baliron fit aussi, en lfi67, par-devant commissaire, une plainte pareille à celle de Violet. 3. Liesse est un village des environs de Laon. Leglise du lieu possède une image de la Vierge fort ancienne et fameuse par ses miracles. On y allait en pèlerinage au xvii<^ siècle, et le concours des dévots y est encore grand. DELAISTRE. 53 LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le '2[i novembre 1681. Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avoz pris la peine de mé- crire le 19 de ce mois, avec les lettres de M. de Termes qui y étaient jointes, lesquelles je vous renvoie; comme j'espère pouvoir vous voir dans peu de jours, je vous prie de trouver bon que je dif- fère jusqu'à ce temps-là à vous expliquer les intentions de S, M., sur les propositions contenues dans votre susdite lettre. (A. G.) INTERROGATOIRE DE LA CALLET, Du 27 novembre 1681. — Si elle n'a point connu Malescot, curé de Saint-Lambert? — Oui, et elle lui porta ses papiers après la mort de son mari, et elle le chargea en conscience de brûler ceux qui n'étaient pas bons. — S'il n'est pas vrai qu'elle faisait avorter des filles et des fem- mes enceintes, et qu'elle et Malescot partageaient les profits qu'elle faisait à faire des avortements et à d'autres mauvais commerces? — Non, et c'était une autre personne dont Malescot se servait du côté de Chcvreuse, et c'était d'un chirurgien qu'il se servait, et depuis a dit qu'elle ne sait point s'il faisait du mal et ne lui en a point vu faire... (A. N.) INTERROGATOIRE DE DELAISTRE. Du 27 novembre 1681, à la Bastille. François Delaistre, âgé de vingt-huit ans. Il a été enfermé pendant un assez long temps avec Vanens, Gobert et Lapie, en même chambre, et jusqu'à ce que tous ceux qui étaient dans la même chambre, avec Vanens, en ont été séparés à cause des impiétés que faisait Vanens dans la chambre, et sur les plaintes qu'ils en ont faites, après l'avoir averti inutilement de les discontinuer; il avait un chien tanné et blanc, en manière d'épa- gneul, sur le ventre duquel il disait à diverses heures du jour et de la nuit, et ordinairement sur les onze heures de nuit, plusieurs sortes de prières, et entre autres ces mots : Et verbum caro fnctum est, et faisant diverses bénédictions en prononçant les paroles, et récitait d'autres prières qui se disent à la messe, après quoi il pre- 56 LA GUESDON. nait ses heures, et mettait l'image qui est dans ses heures sur le cul du chien, en disant ces mots : Sors, diable, voilà ta bonne maîtresse*, et disant à l'oreille du chien les mêmes choses, ce qu'ils lui ont vu faire un très-grand nombre de fois, et jusqu'à ce qu'en ayant averli M. de Beaulieu qui les faisait servir, le chien fût ôté à Vanens; et quelques remontrances qu'ils pussent lui faire, il ne voulut jamais discontinuer tant qu'il eut le chien, et il se souvient de lui avoir ouï dire à ce sujet, que Dieu et le Roi ne lui empêcheraient pas de faire ce qu'il faisait, et ne leur disait autre chose. (B. A.) JOURNAL DE IIUREL, DU 28 NOVEMBRE 1681. Madame de Dreux, femme du maître des requêtes, qui avait été ci-devant mise à la Bastille pour poison, et qui enfin en était sortie plus par la considération de quelques personnes de sa iamille que par son innocence, a encore été accusée de nouveau par la Joly, qui a déclaré la semaine dernière, dans l'interrogatoire qu'on lui a fait subir, qu'elle avait vendu du poison à la dame Dreux, de ma- nière que c'est à elle à présent de se réfugier en lieu de sûreté pour ne pas retomber entre les mains de ses juges 2. (B. N.) INTERROGATOIRE DE LA GUESDON. Du 30 novembre 1681, à Vincennes. A. Hébert, femme de J. Guesdon, autrement Poitevin, âgée de trente-cinq ans, native de Dampmartin, près de Mantes, demeu- rant présentement à Maulle — Elle a été mariée en 1671, après être sortie de service de la dame de Brinvilliers Personne ne s'est entremis de leur ma- riage. Guesdon avait demeuré chez Sainte-Croix aussi bien qu'elle, et après la mort de M. d'Aubray, le dernier mort, au service du- quel il était lorsqu'il mourut, il la fit demander en mariage à sa mère. — En quelle qualité il avait servi M. d'Aubray, et sous quel nom? — C'est en qualité de laquais, et sous le nom de Poitevin. 1. Vanens lisait les prières dans les Heures de la Vierge, dont le portrait se trou- vait en tête du volume. 2. Madame Dreux, informée à temps, se sauva sans qu'on ait pu l'arrêter; d'ailleurs les recherches ne furent pas très-exactes, avec l'intention du Roi de mettre fia à toute cette procédure. LA (lUESDON. 57 — Si ce n'était pas Lachaiissée qui l'avait placé en qualité de laquais auprès de M. d'Aubray, et recommandé de se donner bii-n garde de dire qu'il eût été à Sainte-Croix? — Oui. — Combien il y a qu'elle et son mari sont retirés à la campagne? — 11 y a cinq ans, et ils ont toujours demeuré depuis ce temps- là à Maulle ». — En quel lieu ils ont été depuis son mariage jusqu'à ce temps ? — Ils ont demeuré à Paris, et ils ont travaillé en cheveux jus- qu'au temps que l'on fit l'édil de création des perruquiers-, — En quelles maisons elle a servi en condition, étant fille? — On l'amena jeune de son pays; elle fut mise en condition chez Violet, procureur en parlement, où elle a demeuré quatre ans et plus; ensuite elle servit la dame de Baliron, femme d'un président du côté de Toulouse; après cela elle servit la dame Sainte-Croix, et depuis la dame de Brinvilliers. Elle fut quelque temps auprès de mademoiselle de Bourdeille^, mais comme elle mourut dans le temps qu'elle y était et qu'elle n'y demeura que quatre ou cinq mois, cela ne mérite pas d'être compté au nombre des conditions qu'elle a faites. — Si ce ne fut pas elle qui vint avertir la femme de Violet de sa maladie, et qu'il demandait à la voir? — Oui, et ce fut quelques jours avant la mort de Violet, et elle l'y mena — Quelle raison l'obligea de sortir du service de la Baliron? — Baliron était fâché d'avoir épousé sa femme, et disait que c'était elle qui en était la cause. — S'il n'est pas vrai que Sainte-Croix ayant été averti qu'elle était obligée de sortir de chez la Baliron, il obligea sa femme de la prendre à son service ? 1. C'est-à-dire en 1676, lorsque madame de Brinvilliers fut arrêtée. Maulle est un village h. trois lieues de Mantes. 2. La fabrication des perruques fut d'abord une industrie libre. En 163/j on créa quarante-huit maîtres perruquiers ; ils suffirent longtemps aux besoins du public, mais la mode des perruques devint si générale qu'ils furent débordés et une foule de fabricants interlopes s'établit dans Paris. Au mois de mars 1072 on fit une seconde création de deux cents maîtres, avec défense à tous autres d'exercer cette utile profession ; ceux qui n'aclietèrent pas les nouvelles maîtrises allèrent s'établir en province. Guesdon et sa femme avaient quitté Paris à la mort de Sainte-Croix, ce que lu Guesdon ne veut pas avouer. 3. Serait-ce une des deux tilles que Monlrésor avait eues de mademoiselle de Guise, qui l'avait épousé de la main gauche? 88 LA GUESDON. — Ce fut la femme de Sainte-Croix qui l'obligea de la venir ser- vir, et non Sainte-Croix. — Elle ne dit pas la vérité, et ce fut Sainte-Croix lui-même qui la donna depuis et la plaça auprès de la dame de Brinvilliers? — Pour celui-là il est vrai. — Si ce ne fut pas Sainte-Croix qui la plaça ou fit placer aussi au service de mademoiselle de Bourdeille? r— Non, et elle était lors retirée chez la Desforges, par l'entre- mise de laquelle elle fut placée chez la demoiselle de Bourdeille. — Combien de temps avant la mort de la demoiselle elle sortit de son service ? — Ce fut trois semaines ou un mois de temps, et ne peut s'en souvenir, et par la jalousie d'une femme de chambre. — Si elle n'a pas su de quelle maladie était morte la demoiselle de Bourdeille? — Elle entendit dire qu'elle était morte subitement dans l'hôtel de Soissons *. -r— Si elle n'a pas été à Bièvre, chez Maillard, avec Violet, sa femme et sa fille, Sainte-Croix et sa femme, et pendant les vacances ? — Ils y ont été plusieurs fois, et ils y étaient quelquefois huit ou dix jours de suite, plus ou moins, et elle demeurait cependant à la maison de Paris, et néanmoins elle y a été aussi quelque- fois. — Si, après que la femme de Violet eut quitté la maison de son mari, elle ne fut pas la trouver plusieurs fois à Bièvre? — Elle y a été une fois avec la femme Violet, et elles y demeu- rèrent environ quinze jours — De quelle maladie Violet est décédé? — 11 avait un grand dévoiement. — Qui visitait Violet pendant sa maladie ? — Elle n'y a vu que Bourlier, chirurgien. — Qui obligea la femme Violet de quitter la maison de son mari? — Elle le voulut bien quitter, et ils avaient souvent des démêlés ensemble. — Si elle ne sait pas que ce fut Maillard qui l'obligea à cela? — Cela se peut faire, et ils s'entendaient ensemble. 1. A l'hôtel de Soissons les morts étaient suspectes en général; on voit que M. de la Reynie partageait les inquiétudes du public. LA GUESDON. 59 — Si elle ne sait pas qu'ils avaient, de concert fait emprisonner Violet? — Oui, et ce fut sous prétexte d'une dette dont on avait fait un transport — Si Maillard et Sainte-Croix n'étaient pas ordinairement en- semble? S'ils n'allaient pas quelquefois ensemble à Bièvre? — Oui, ils y allaient quelquefois pour huit et quinze jours et trois semaines. Elle a bien ouï dire qu'ils distillaient quelque chose dans la maison, mais elle ne sait pas à quoi ils travaillaient. Elle ne peut dire précisément qui le lui a dit et si ce n'est point Martin * ou la dame de Baliron. — Si elle et son mari n'ont pas eu plusieurs fois entre leurs mains la cassette de Sainte-Croix, et s'il ne la leur donnait pas à garder lorsqu'il allait en campagne? — Sainte-Croix ne leur donna la cassette qu'une seule fois à garder, et ils l'ont gardée près de six semaines ou deux mois. Elle croit qu'il était lors à Paris, et elle demeurait lors à la porte Dau- phine ; il la leur donna à garder trois ou quatre mois avant sa mort, et ce fut au mois d'avril qu'il la leur donna, et elle la rendit à Martin à la fin de juin, un mois ou cinq semaines avant la mort de Sainle-Croix. (B. A.) DE LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 2 décembre 1681. Ce mot est pour vous informer que j'ai rendu compte au Boi de la conversation que j'ai eue hier avec vous, et que S. M. a trouvé bon que la chambre se rassemblât prochainement pour travailler au procès de laJoly; j'en parlai hier à M. le chancelier, qui se chargea d'en faire avertir MM. Boucherai et de Bezons. (A. G.) HENRI SAVILE A JENKINS, SECRÉTAIRE d'ÉTAT D'ANGLETERRE. Paris, 13 décembre 1681. A propos de l'incident survenu ces jours-ci en Hollande, le Roi a jugé convenable de donner une grande publicité aux explications que vous trouverez plus loin. Un comédien, nommé Brécourt -, qui 1. Ce Martin était un domestique do Sainte-Croix et môle à tous ses commerces. 2. Guillaume Marcoureau, sieur de Brécourt, avait fait partie de la troupe de Molière; il avait des prétentions à la noblesse, car dans l'impromptu de Versailles 60 SARDAN. s'était réfugié en Hollande après un assassinat, ne pouvant obtenir sa grâce, avait résolu de la mériter par quelque service considé- rable; il crut en avoir trouvé l'occasion dans la découverte et l'arrestation du nommé Sardan', qui est accusé de crimes étranges par-devant la cbambre des poisons. Il en écrivit à M. de Louvois et demanda pour l'aider un officier et quelques dragons. Vous savez quel a été leur succès. On s'offusque fort ici qu'on puisse donner un autre but à cette entreprise, soit en Hollande, soit ailleurs, et le Roi a envoyé dire au prince d'Orange que ces hommes sont à son service et qu'il attend des États qu'ils les mettent en liberté, s'ils ne sont pas tous pendus haut la main, comme il est probable. Pour Brécourt, il s'est retiré à Bruxelles, et comme on l'y poursuivait, il s'est réfugié dans les quartiers de l'armée fran- çaise, de sorte qu'à présent ou il aura compte à rendre de son premier assassinat, ou il aura son pardon comme un homme qui l'a gagné par un service signalé, ce qui est toujours un dilemme fâcheux. NOTE DE l'ambassadeur DE FRANCE. Vous aurez sans doute ouï parler d'un nommé Sardan, qui est un fort méchant homme; le Roi m'a ordonné de pressentir MM. d'Amsterdam, s'ils voudraient le lui remettre entre les mains. La plupart en étaient d'avis, mais M. Vanbcuningen empêcha for- mellement. Un officier qui suit Sardan, il y a déjà du temps, et Brécourt, se sont offerts de l'enlever si on leur donnait dix dra- Molièro l'appelle M. de Brécourt. Il jouait les liéros et les rôles à manteau avec succès. Le Roi l'invitait à ses chasses, et Brécourt tua un jour un sanglier énorme qui les pressait tous deux de trop près. Le Roi, émerveillé, dit qu'il n'avait jamais vu donner un si furieux coup d'épée; il était donc en faveur; mais il eut une fois la malechance d'allonger une autre estocade sur la route de Fontainebleau à un cocher, qui en mourut. Le Roi ne pardonnait pas ces licences aux nobles; il fut inexorable pour un comédien, et Brécourt dut sortir de France. 1. Cet homme s'était sauvé en Flandre parce qu'il avait été convaincu d'avoir volé la recette des tailles du Puj-, et s'était trouvé compromis dans les affaires de madame de Brinvilliers et de Penautier. Il passait sa vie à conspirer contre le gouver- nement français, et il fut successivement à la solde de l'Espagne et de la Hollande; il avait pris part à la conspiration du chevalier de Rohan comme à toutes les entreprises des ennemis. Il parait que devant la chambre de nouvelles accusations avaient été élevées contre lui, et Louvois aurait voulu s'assurer d'un sujet aussi dangereux que celui-là; il chargea de cette entreprise un nommé Laguarigue, lieu- tenant de dragons. L'affaire, bien concertée d'ailleurs, miuiqua par l'infidélité de deux déserteurs; on n'avait pas songé au prince d'Orange, mais il est à présumer que si le lieutenant avait pu l'enlever et le conduire à Versailles, personne ne lui en aurait su mauvais gré. LA GUESDON. 6i gons. On les leur a envoyés ; ils ont donc été à Amsterdam, et dès le lendemain du jour qu'ils y sont arrivés, ils avaient une très- belle occasion de l'enlever; cependant ils l'ont manqué par un contre-temps qui est arrivé. Cet accident se pouvait réparer le même jour ou le lendemain; mais un des dragons ayant déserté, ils ne se sont pas crus en sûreté dans Amsterdam; ils se sont re- tirés le long du bord de la mer pour trouver le bâtiment qui les y devait attendre; mais ne l'ayant pas rencontré à cause que le vent l'a obligé d'aller au ïexcl, ils ont jeté toutes les armes qu'ils avaient pour se défendre, afin que s'ils étaient poursuivis on ne les trou- vât que comme de simples bourgeois, et ils ont continué leur route le long du bord de la mer jusqu'à Rotterdam, où ils sont demeurés caches, attendant que le bâtiment français les vint qué- rir, n'osant pas se confier sur un autre, sur lequel ils auraient sans doute été pris. Cependant, le bruit du départ de Brécourt, les per- quisitions qu'on a faites en conséquence, et un valet de cet officier, ont été cause qu'on les a été chercher h Rotterdam, où on les a plis; cela a fait dire d'abord mille contes ridicules et sans fonde- ment; je ne sais encore ce que ces gens-là auront dit, mais quand ils auront avoué tout ce que je viens de vous mander, je ne doute pas qu'on ne les renvoie ; car après que la ville d'Amsterdam a re- fusé un sujet de S. M. aussi coupable que celui-là, il n'y a pas d'ap- parence que les Etals veuillent faire une aflàire de l'entreprise que Brécourt a faite d'enlever cet homme, surtout contre ces gens-ci, qui n'ont fait aucun mal et qui n'ont jamais eu d'autre ordre que d'aller à Amsterdam pour suivre les ordres qu'on leur donnerait; et ces ordres ayant été de prendre un Français, les môme gens qui leur avaient dit de le prendre leur ont dit de se retirer, et qu'il n'y avait rien à faire, parce qu'ils étaient sans doute découverts par leur camarade qui avait déserté. (State paper Off/ce.) INTERROGATOIRE DE LA GUESDON. Du 14 décembre 1G81, à Yincennes... — La Baliron, demeurant lors chez la Minissier, sur le quai des Augustins, lui dit que Maillard, auditeur des comptes, lui avait fait voir à Bicvre un gros morceau d'arsenic qu'il avait, que c'était un méchant homme, et qu'il n'avait pas tenu à lui qu'elle n'eût empoisonné Violet, son premier mari; et une autre fois, ayant 62 SARDAN. 1 reçu quelque déplaisir de M. de Fleiirs, qui se retirait d'avec elle, dit sur cela qu'elle se voulait empoisonner, et prit un peu d'alun qu'elle avait dans du papier, et le mit dans sa bouche, faisant croire qu'elle allait s'empoisonner, et après que Violet, son mari, et ses enfants lui eurent ôté des mains un couteau qu'elle tenait, disant qu'elle se voulait tuer, et ayant vu qu'elle avait mis dans sa bouche quelque chose, ils coururent à elle et lui ôtèrent le papier qu'elle avait dans sa bouche, et la firent cracher; et sur ce que la fille Vio- let dit le lendemain, pourquoi elle leur faisait de telles peurs, et d'où venait qu'elle avait du poison, elle dit qu'elle n'avait point voulu s'empoisonner, et en tirant de sa poche un morceau d'alun dit que c'était de cela qu'elle avait mis dans sa bouche. — Si elle connaît BoufTet, sage-femme, et si elle ne sait pas qu'elle a fait avorter plusieurs fois la Baliron? '■^ Elle ne la connaît pas, mais elle a bien entendu reprocher à la Baliron, par Morand, sa sœur, qu'elle s'était fait avorter deux fois par une sage-femme, et elle ne sait pas si c'était de la Boutfet, sage-femme, que Morand voulait parler. Morand connaît bien la sage-femme, et une des fois que Baliron s'était fait avorter, c'était chez Menissier, sur le quai des Augustins, et l'autre fois dans la rue i\euve-des-BonS'Enfants. (B. A.) LE MARQUIS DE LA FUENTE, AMBASSADEUR, AU ROI d'eSPAGNE. Paris, 15 décembre 1681. Un fameux comédien, nommé Brécourt, s'était sauvé d'ici à cause de plusieurs crimes qui l'avaient mis mal avec le Roi, et s'était relire à La Haye pour y jouer dans la troupe du prince d'Orange. Afin d'obtenir sa grâce, il se fit fort, à ce qu'on assure, d'enlever ce prince lorsqu'il passerait près d'une maison de plaisance située dans les dunes, à une demi-lieue de La Haye; il y avait caché quantité de pistolets, d'arquebuses, de poignards, de grenades et d'épées; il avait fait faire deux carrosses et deux chariots énormes à double fond, et avait acheté des chevaux de selle et de voiture, et des embarcations françaises se tenaient sans doute à portée. Ce comédien s'est enfui, laissant sa malle remplie de pierres et de foin; mais l'on a pris à La Haye et à Rotterdam dix ou douze sol- dats des gardes françaises. On prétend ici que cette entreprise était faite contre le comte de Saint-Paul, qu'ils disent être con- SARDAN. 03 vaincu de plusieurs crimes ; il s'est lait recevoir bourgeois d'Ams- terdam, où il se tient en sûreté. Le Roi réclame la remise des prisonniers avec beaucoup d'insis- tance et de hauteur. (A. N.) (Traduit de F espagnol.) l'ambassadeur FOSCARINI au doge de VENISE. Prince sérénissime, dans les rapports que je transmets à Votre Seigneurie, vous remarquerez que d'Avaux soutient hautement l'attentat qu'on méditait contre un certain Sardau ou Suint-Paul, un des complices présumés du chevalier de Rohan, qui a été déca- pité, et avec quelles menaces il demande l'élargissement des dra- gons et de l'ofQcier arrêtés. Les États ont répondu que, dans une matière aussi grave que l'interruption du cours de la justice, ce serait olîenser le droit de la souveraineté dont on ne pouvait aban- donner ainsi le respect. Quoiqu'on n'ait pas éclairci la réalité du complot, ou plutôt quoiqu'on n'ait pas pu vérifier s'il a été formé contre le prince d'Orange, néanmoins, pour venger seulement la franchise des États, le lieutenant et les dragons sont condamnés, l'officier à avoir la tête tranchée, et les autres, comme ignorants du fait et forcés d'obéir, à un exil perpétuel. Deux jours après, la sen- tence n'était pas encore exécutée; un des États (je ne sais vraiment lequel), s'étant, dit-on, interposé pour demander grâce, en avait fait suspendre l'exécution. Celte cour-ci frémit cependant de voir qu'on ait tenu si peu de compte des déclarations menaçantes de d'Avaux, et de ce qu'à la face du monde un officier de S. M. doive périr, et que se trouver armé des ordres du Roi, ratifiés par la déclaration publique de son ministre, cela ne suffise pas pour le soustraire au supplice. Les lettres des Pays-Bas apprennent que l'ambassadeur avait dit confidentiellement aux députés des États qu'il ne savait ce qui pourrait arriver aux sujets des provinces résidant en France, si on violait le respect dû à un officier reconnu par S. M., et qu'on lui aurait répliqué vigoureusement que si les gens de bien et les inno- cents devaient souffrir pour une cause aussi légitime, il pourrait arriver quelque inconvénient aussi à l'ambassadeur de France; car les États ne pouvaient répondre de la colère du peuple. Il peut arri- ver que cette allaire se termine par la demande comme en grâce, par d'Avaux, de ce qu'il a lente d'exiger de haute lutte, et que les 64 LA JOLY. Etats apaisent la colère du Roi en accordant sa requête après avoir satisfait à la justice et aux droits de leur souveraine liberté. Paris, le 17 décembre 1681. (Archives de Venise.) (Traduit de l'italien.) DE LOUVOIS A M. DE BEZONS. A Saiot-Germain, le 18 décembre 1681. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrirc hier, par laquelle le Roi a vu ce que la Joly dit hier dans la chambre; sur quoi S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'en cas que dans la question elle vint à parler de pareilles choses, l'on les mette dans un cahier séparé'. (A. G.) PROCES-VERBAL DE QUESTION DE LA JOLY. L'an 1681, le 19 décembre, sept heures du matin, à Vincennes... — S'il n'est pas vrai que les trois écrits qu'elle a fait faire par la Méline, dans le Temple, étaient trois traités faits avec le diable, dans lesquels elle avait entre autres choses fait écrire les renoncia- tions à Dieu et au baptême ? — Cela est véritable; mais son intention en faisant cela n'était pas d'y consentir, mais d'avoir de l'argent de ceux qui y croyaient. — Qui lui avait appris à faire ces traites? — C'était Rrigallier, aumônier de Mademoiselle - — Si tout ce qu'elle a dit au procès touchant la dame de Dreux est véritable ? — Il n'est que trop véritable, et la dame de Dreux est pire que la dame de Rrinvilliers, et la plus grande empoisonneuse qu'il y ait; et d'abord qu'elle sait que quelque personne regarde M. de Ri- chelieu, elle songe à s'en défaire ; elle a outre cela empoisonné M. Pajot et M. de Varennes, ce que la dame lui a avoué elle-même, et elle en a bien empoisonné d'autres, et entre autres celui dont elle a parlé, et qui vint depuis parler à la dame de Dreux dans l'église Notre-Dame, et dire qu'il s'était trouvé mal la nuit; mais 1. La Joly avait été condamnée à Ctre brûlée et à subir la question; le Roi n'a été que trop bien obéi, et le procès-verbal n'offre pas grand intérêt. 2. La maison de la grande Mademoiselle était bien mal composée : Brioude, son médecin, était un empoisonneur, et son aumônier faisait des traités avec le diable ; Lauzun doit avoir eu part à ces choix-là. F.A JOLY. 6b elle ne sait pas si cet homme, qui était un homme de robe, est mort depuis de ce qu'elle lui avait donné dans des confitures, chez un chapelier, en sa présence, et la dame avait encore d'autres pou- dres donl elle se servait, que celles qu'elle lui avait données, et qui venaient de la Poulain. Elle a vu aux Jésuites la dame de Dreux depuis sa sortie de Vincennes, et voulait alors la dame se défaire d'une personne que M. de Richelieu considérait et dont elle était jalouse, et ne sait point ce qu'elle a fait depuis sur ce sujet — Si ce qu'elle a dit des desseins de la dame de Dreux pour se défaire de madame de Richelieu par poison et par sacrilège est vé- ritable? — Cela n'est que trop véritable, aussi bien que le dessein qu'elle avait de se défaire de son frère et de sa belle-sœur ', et Louison sait cela aussi bien qu'elle, et ce fut Louison qui l'avertit d'aller trouver la dame de Dreux quelque temps après sa sortie de Vin- cennes.... Elle a été mise entre les mains du questionnaire, mise sur le siège de la question, déshabillée et liée par les bras et les jambes. .. — Elle a tout dit, elle n'en dira pas davantage, et nous prie qu'on lui donne un confesseur, et elle mourra à la question. Lui a été passé le petit tréteau... — Il faut qu'elle meure puisqu'elle est jugée et condamnée; clic a tout dit dans la vérité et ne sait rien davantage; c'est Mclinc qui a donné à la dame Chaladet une fiole d'arsenic pour empoisonner son mari ; Méline prenait les eaux avec lesquelles elle empoison- nait chez sa mère, et elle Joly ne l'a pas voulu dire. C'est Méline qui a donné le poison dans un bouillon pour le mari d'elle Joly, dont il est mort; l'eau dont Méline s'est servie pour empoisonner était faite avec de l'arsenic. A été ôlé le petit tréteau. — S'est écriée, Ah! mon Dieu I qu'on la détende, et elle dira quelque chose. Méline a empoisonné et donné le poison à la mère pour empoisonner ses deux filles appe- lées Sevin, d'Orléans, et c'est la mère qui les a empoisonnées, parce qu'elle avait trop d'enianls; ce qu'elle a dit de la dame de Dreux est véritable et trop véritable. Au premier pot d'eau de l'ordinaire. — Elle n'a plus rien à dire. 1. Pierre Saioctot, maître des cérémonies de France, et Claudine de l'Isle, sa femme. 66 LA JOLY. Au deuxième pot d'eau de l'ordinaire. — S'est écriée qu'elle se meurt; elle a dit la vérité; c'est des poudres de Poulain qu'elle a donné à la dame de Dreux, pour se défaire des gens qu'elle a dé- clarés. La dame de Drenx, depuis sa sortie de prison, lui demanda des poudres pour se défaire d'une personne dont elle était jalouse ; ce qu'elle a dit de la Hugot et d'Isabelle, sa servante, est véritable, et n'a rien dit sur tout cela qui ne soit véritable. Exhortée de reconnaître la vérité sur les sacrifices d'enfants qui sont de sa participation et de sa connaissance. — Elle a tout dit. Au troisième pot d'eau. — S'il n'est pas vrai que l'enfant ûe Mé- line et le neveu de la Poignard ont été sacrifiés? — Cela est vrai; c'est elle et un charretier qui l'ont fait, et cela pour un trésor, et ne fut fait autre chose, sinon que le charretier prit l'herbe de Maupertuis ? et l'enfant de Poignard mourut, ce qui fut fait en la présence de Poignard ; l'homme prit un couteau; il y avait un prêtre qui a été depuis condamné à Orléans, et c'était le curé de Saint-Mesmin, à Orléans...; et n'a point achevé, et depuis a dit qu'on la soulage et qu'elle dira tout, puisqu'il faut qu'elle meure. A été soulagée et passé sous elle un tréteau. — Poignard vint lui dire que son neveu était ensorcelé; elles furent avec le curé de Saint-Mesmin voir l'enfant, et dit le curé, voyant l'enfant, qu'il était quasi-mort et qu'il fallait l'achever et le sacrifier, et pour cela le curé dit : Nous avons notre affaire; il prit un couteau tout neuf et coupa la verge à l'enfant ; cela fut fait chez la Gourdine, à Orléans; Poignard était présente, et cela fut fait la nuit, dans le jardin, où le curé dit la messe avec des habits sacer- dotaux tout neufs, et était de même que les prêtres sont quand ils disent la messe ; cela fut fait sous un berceau, et celui qui répondit à la messe fut le charretier; et l'enfant étant mort à ce sacrifice, le curé de Saint-Vincent ne le voulut point enterrer, ayant ouï par- ler de quelque chose ; ce sacrifice d'enfant fut fait pour faire réussir un mariage qu'elle avait entrepris, et eut pour cela 200 livres, dont elle donna la moitié au prêtre qui fit le sacrifice; Poignard ni sa mère n'eurent rien de cet argent, quoiqu'elles eussent donné l'en-^ fant, disant que l'enfant était déjà comme mort. L'enfant de Méline n'a point été sacrifié ; mais ce qu'elle a dit du sacrifice dont la Oranger lui a parlé est véritable ; ce fut elle qui présenta chez Gourdine, au sacrifice, le neveu de Poignard, et il fut mis, par le LA JOLY. «7 curé de Saint-Mesmin, du sang de l'enfant sacrifié dans le calice, lequel sang le prêtre emporta, disant que cela servirait ;\ d'autres mariages. 11 a été fait un autre sacrifice d'enfant pour le mariage de la dame de Saint-Lnurcns , qui s'appelait auparavant la demoiselle Figue, et demeurait avec la dame de Grandchamp ; et le sacrifice fut fait chez la dame de Grandchamp, par M. Brigallier, aumô- nier, et elle y était présente; l'enfant fut présenté au prêtre par une servante nommée Jeanne, vachère et fille, qui était de la terre de la dame de Grandchamp, qui demeurait à l'hôtel de Saint-Ger- main, et était une grande femme ; ne sait point qui avait fourni l'enfant, qui était un garçon âgé de trois ans; la dame de Saint- Laurens était aussi présente au sacrifice où l'enfant mourut; elle Joly avait demeuré chez la de Saint-Laurens, et l'a vue plusieurs fois avant et depuis le sacrifice; la dame de Saint-Laurens lui a donné plusieurs fois de l'argent; il y a bien vingt-deux ans du temps de ce sacrifice ', depuis lequel elle n'a point eu de com- merce avec la dame de Saint-Laurens. Bien est vrai qu'elle l'a vue il n'y a pas longtemps. C'est le fils de Méline qui a porté à la Sevin, pour faire mourir ses deux filles, de la poudre et une fiole; la poudre était une poudre d'arsenic que Méline prit d'un apothicaire d'Orléans, par son ordre, et la fiole était d'eau d'arsenic, dans laquelle l'arsenic avait trempé deux ou trois jours, et l'apothicaire s'appelle Macé; et Sevin mère, ayant vu elle Joly arrêtée à Orléans, eut grande crainte qu'elle ne parlât, et mit son collier entre les mains du lieutenant criminel d'Orléans pour la faire sortir de prison. La dame Dreux, lorsqu'elle lui dit qu'elle avait empoisonné M. Pajot, lui dit que c'était en soupant avec lui; c'était d'un apo- thicaire de Paris qu'elle avait eu le poison, et ne lui dit point le nom de l'apothicaire, mais qu'il demeurait dans la rue Saint-Antoine. Elle Joly a empoisonné la Motte, ayant pour cela donné de la poudre à un homme de la connaissance de Jamet, lequel homme mit la poudre dans du vin, dont il empoisonna la Motte; la pou- dre était de celle qu'elle avait eue de la Poulain; la Motte l'ayant persécutée pour ravoir son argent, Méline lui dit que si elle fai- sait bien elle s'en déferait, et sur cela elles lui donnèrent à dîner 1. Cet horrible sacrilège aurait donc été commis ea 1G59. 68 LA JOLY. au Pilier-Vert, et mirent d'une eau avec de l'arsenic, qui était une infusion, dans son vin, laquelle eau elle avait eue d'un apothicaire demeurant dans la rue de Condé, et lequel lui en donna plus de quinze fois à différents temps, et elle s'en est servie ;\ empoisonner la Motte et Charles; elle ne se souvient pas du nom de cet apothicaire ; mais elle n'est pas encore morte, et elle s'en souviendra; elle lui dit en lui demandant de ladite eau, que c'était qu'elle avait des gens qui lui voulaient du mal, et sur cela l'apothicaire lui dit : Donnez-leur de cela, parlant de cette eau; Méîine sait cela. Bellefeuille travaille en poisons, et c'est Bellefeuille qui donna le premier poison pour le premier breu- vage dont elle a parlé, et elle acheva avec cette eau d'arsenic qu'elle avait eue de l'apothicaire ; Bellefeuille a donné des poudres de cantharides à Méline; elle n'a eu de commerce avec Belle- feuille qu'après qu'elle Joly eut été chassée du Pilier-Vert, et sait qu'elle travaille pour des breuvages, parce que ses voisins le lui ont reproché. Elle a donné en tout, à cet apothicaire, 10 pistoles, et il y a plus d'un an à présent qu'elle ne l'a vu; elle allait le trou- ver chez lui et lui demandait de l'eau pour farder, ce qu'il enten- dait du poison pour envoyer des gens à l'autre monde; mais ils étaient convenus ensemble que quand elle viendrait chez lui pour avoir de cette eau, elle lui demanderait de l'eau pour le fard, et ordinairement elle lui donnait une pistole de la prise; et cet apo- thicaire est entre deux âges, porte une perruque, et demeure en baissant, en commençant par la porte Saint-Germain, parce qu'elle appelle tout cela la rue de Condé ; et se souviendra de son nom et le dira avant de mourir, et elle l'a vu six mois avant qu'elle ait été mise prisonnière à Vincennes. Ce qu'elle a dit d'Isabelle, servante de la Hugot, est la vérité même. BoufTet a encore fait plus d'avortements que ce qu'elle nous a déclaré, et lui a dit qu'elle avait porté à la Jacob et à la Bergerot des enfants pour des sacrifices. Poignard a eu connais- sance du dessein de Martine, boulangère, de se défaire de son mari. La Motte a pris à sept différentes fois, dans son boire et dans du polage, de l'eau qu'elle a eue de l'apothicaire de la rue de Condé, et cette eau n'a aucun goût et ne change point la couleur du vin. Méline était du complot avec elle pour l'empoisonnement de la Motte, et cela a été fait dans la maison du Pilier-Vert, et si LA JOLY. fi» elle n'a pas été voir la Moite qui la demandait dans sa malauic, c'est qu'elle avait peur d'être arrêtée; lorsque Méline demanda des canlharides h Beliefeuille, qui les lui donna, c'était pour s'en servir contre deux soldats des gardes, dont l'un s'appelait la Violette; Poignard a eu connaissance de rempoiionnemcnt de la Motte; Méline, Poignard et Denise eurent d'une porteuse d'eau, qui demeure proche la Charité, 20 écus, qu'elles ont partagés entre elles, et laquelle demandait de se défaire de sa partie; mais elle ne lui a rien donné, et c'est Denise qui la lui amena, lui apporta un factum où était le nom de sa parlie; elle lui donna une tiole d'eau de celle dont elle a parlé et qu'elle prit chez l'apothi- caire, rue de Condé, et elles dirent à la porteuse d'eau qu'elle la servirait dans son dessein et lui donnerait de quoi se défaire de sa partie; Poignard et Méline ont partagé l'argent que la porteuse d'eau lui donna, et même le justaucorps que Poignard a encore à présent sur elle vient de cet argent. Et après que la Joly a demeuré près de cinq quarts d'heure dans l'extension, MM. Duchêne et Morel, médecin et chirurgien pour ce présents, ont dit qu'il y a péril de la laisser davantage dans cet état, et môme de procéder à plus ample question; sur lequel rap- port avons ordonné au questionnaire de la délier, et n'a été pro- cédé à plus ample question, et a été portée et mise sur le matelas, auprès du feu, où ayant peu à peu repris ses forces autant que l'état où elle était le lui pouvait permettre'... — Le neveu de la Poignard n'a point été sacrifié, c'a été le char- retier qui l'a fait mourir; il n'est pas vrai qu'elle ait empoisonné la Motte, ni Charles; ce qu'on lui a demandé d'ailleurs n'est pas sa faute, et si la dame de Dreux et d'autres lui ont demandé quel- que chose, elle n'a point consenti à leurs mauvais desseins ni ne les a sollicités... — Si ce qu'elle a dit devant et pendant la question, de la dame de Dreux, est véritable? — Oui, et elle y persiste. — Si ce qu'elle a dit des sacrifices d'enfants, de l'apothicaire de la rue de Condé, et de l'empoisonnement des deux filles de la dame Sevin, de la ville d'Orléans, est véritable. — L'apothicaire ne lui a donné que des eaux pour débarbouiller; 1. La Joly était trop disposc^e à 'parler, et les commissaires ne voulurent pas pousser plus loin les tourments de la question. 70 LA JOLY. elle n'a jamais empoisonné personne ; ce qu'elle a dit de l'empoi- sonnement des filles Sevin n'est pas véritable. — Si ce qu'elle a dit de Charles est véritable? — Noua son égard; mais Mcline et Poignard lui ont donné quel- ques breuvages. — Si ce qu'elle a dit de la dame de Saint-Laurens, touchant le sacrifice, et de la Hugoi et d'Isabelle, est véritable? — Oui. — Si ce qu'elle a dit deBouffet et deLouison est véritable? — Il n'est que trop vrai. Elle n'a rien à dire de plus. — Si ce qu'elle a dit de Méline et de Poignard est véritable? — Oui, à la réserve de ce qu'elle a dit sur les deux filles d'Or- léans et sur la Motte. — Si Méline ne lui a pas empoisonné son mari? — Elle ne le sait pas ; mais elle l'en a toujours soupçonnée. — Si ce qu'elle a dit des cantharides, touchant Méline, est véritable? — Oui, et Bellefeuil'e les a données à Méline; mais elle ne sait pas ce qu'elles en ont fait. (A. N.) FOSCARINI, AMBASSADEUR, AU DOGE DE VENISE. 24 décembre 1681. Prince sérénissime, au moment où on allait exécuter la sentence capitale prononcée contre le lieutenant des dragons français arrê- tés en Hollande, le comte d'Avaux a demandé sa grâce au prince d'Orange et l'a obtenue ^ La cour de France est néanmoins mécon- tente, de la condamnation et de la grâce; de Tune, parce qu'elle prétend que le prince d'Orange l'a sollicitée; de l'autre, parce qu'il a plutôt voulu par là montrer son pouvoir que faire chose agréable à S. M. Une circonstance de cet événement a pourtant produit une impression générale à la louange du prince, c'est la prudence et une certaine supériorité magnanime qui font qu'il n'a témoigné ni crainte ni soupçon qu'on en ait réellement voulu à sa personne. Les grands princes savent dissimuler les injures qu'ils ne peuvent pas prouver, et pour le prince d'Orange, il était indis- pensable de feindre. Sa patience ne se lassera pas d'ailleurs par la 1. Le pauvre Lugarrigue eut la peur tout entière : on le fit monter sur l'écliafaud, où était un cercueil couvert de drap noir ; le bourreau lui banda les yeux, et comme il n'attendait plus que le coup mortel, ou lui annonça qu'il était gracié. Il reçut, dit-on, pour récompense une maigre gratification de 500 écus. LA POIGNARD. 71 laligue d'avoir les armes en main, puisque, sous prétexte des offenses faites ;\ la république hollandaise, il pourra manifester sa haine et tenter de rendre injures pour injures, s'il est vraiment persuadé que le complot ait été tramé contre lui. C'est une chose qui passera indécise aux interprétations de la postérité. (Aiicii. DE Venise.) JOURNAL DE IIUREL. DU 25 DÉCEMBRE 1681. Enfin la Joly fut brûlée vive samedi dernier, après avoir été mise ;\ la question et avoir accusé jplusieurs personnes à qui elle a fourni du poison, entre lesquelles madame Dreux, qu'elle a accu- sée de nouveau; il y a des personnes de la première qualité qu'on est fort empêché de tirer du crime, quelque soin qu'on emploie pour cela *. (B. N.) HENRI SAVILLE A SIR JENKINS -. Le comédien Brécourt, qui a eu part à cette affaire qui a fait tant de bruit en Hollande, est revenu; il a obtenu son pardon au sujet d'un meurtre qu'il avait commis. (State paper Office.) [Traduit de l'anglaù.) INTERROGATOIRE DE LA POIGNARD. 30 décembre 1681. — La Joly envoyait porter des couronnes de fleurs sur le saint- sacrement, et en envoyant d'autres, elle retirait et gardait celles qui avaient servi ; elle en a porté pour cela ù Saint-Cosme 3, et ne sait ce que Joly en faisait après cela. — Qui avait donné la connaissance du curé de Saint-Mesmin ^, près Orléans, à la Joly? — Elle n'a point connu le curé, mais sait que la Joly allait quel- quefois à Saint-Mesmin. — Pour quelle raison le curé de Saint-Vincent, d'Orléans, fit difficulté d'enterrer son neveu? 1. On voit combien le secret des affaires portées devant la cliambre était mal gardé, puisqu'un simple particulier savait que le Roi avait empêché de poursuivre des gens de la cour. 2. En effet, Brécourt revint à Paris et reparut sur les plnnclies; il mourut en 10S5, après s'être rompu une veine on jouant avec tro]) de clialeur devant le Roi. 3. Cette église se trouvait dalis la rue de La Harpe, à Paris. h. Saint-Mesmin est un bourg, à deux lieues d'Orléans. Tl LA POIGNARD. — Elle ne sait point que ce fût pour autre sujet, sinon pour le cœur que Joly avait fait pour l'enfant. — Si l'enfant ne mourut pas chez la Gourdine, mère de sa belle- sœur? — Oui — Ce que fit le charretier au petit enfant, son neveu, pour le faire mourir? — Le charretier donna trois chapeaux d'herbes *, que la Gour- dine avait été cueillir dans le jardin par son ordre, et à laquelle le charretier dit en ces mots, ce qu'elle voulait faire de laisser tant languir l'enfant, et lui dit de porter les trois chapeaux d'herbes en Irois endroits qu'il lui marqua, et que lorsqu'elle reviendrait elle trouverait l'enfant mort; et, en effet, Gourdine trouva l'enfant mort lorsqu'elle revint; l'enfant était fort méchant, jurait et disait beau- coup d'injures. — Si elle était chez Gourdine lorsque l'enfant mourut? — Non, et elle n'y était pas même lorsque la Joly fit un cœurpiqué. — Comment le curé de Saint-Vincent fut averti de ce qui avait été fait à l'enfant? — Ce fut par une voisine, et sur ce qu'il fut parlé du cœur et de quelque neuvaine faite à l'église de Saint-Mesmin d'Orléans, la Joly fut trouver le curé de Saint-Vincent, et furent ensemble par- ler à M. de Fourcroy, grand vicaire, qui ordonna au curé d'en- terrer l'enfant... — Si elle n'était pas présente lorsque la Bouffet fît avorter la Dublezel? — Joly l'ayant envoyée chez Dublezel pour lui aider à faire sa besogne, elle se trouva dans sa chambre lorsque M. Desvarennes y vint avec Bouffet, laquelle, après avoir préparé une petite seringue qu'elle lui vit mettre sur la table, fit ce qu'elle avait à faire à la Du- blezel, qui disait qu'elle avait une grande colique, qu'elle sentait bien du mal; et comme cela fut fait, Bouffet enveloppa tout ce qui avait été vidé par Dublezel dans les draps, qu'elle emporta; et pendant que Bouffet était après Dublezel, elle demeura toujours à la fenêtre, parce que Bouffet lui dit qu'il ne fallait pas que les filles vissent cela; mais après qu'il eut été porté d'autres draps blancs, elle les mit au lit de Dublezel, étant aidée à cela par Bouffet, qui emporta les draps qui avaient été retirés du lit 2. (B. A.) 1. On appelait ainsi une couronne de fleurs. 2. Le 31 décembre 1081 la Bouffet fut condamnée à la question et à la potence. LA BALIRON. 73 CONFRONTATION DE LA BALIRON A LA GUESDON. Du 8 janvier iG82. L;i Baliron dit que, parlant avec Guesdon de Sainte-Croix, elle dit qu'elle était bien heureuse de n'avoir point voulu avoir rien de parti- culier avec lui, et que si elle s'y fût embarquée, la femme de Sainte- Croix ne l'aurait peut-être pas plus ménagée que d'autres; et sur cela Guesdon se peut souvenir de ce qu'elle lui a dit sur ce sujet touchant cette femme, et sur ce qu'elle lui avait refusé de l'argent pour acheter quelque coupe de cheveux qu'elle trouvait à acheter à bon marché; que la femme Sainte-Croix avait fait absenter une rie ses parentes et l'avait mise dans un couvent pour l'empôcher de parler, parce que sa parente pouvait bien dire des nouvelles, et Guesdon lui dit aussi lors que celte femme n'était pas telle qu'on pensait, et qu'il devait y avoir de l'argent dans la maison de Sainte- Croix lorsqu'il mourut, et que sa femme avait dans ce moment en- voyé tous les valets hors de la maison, et savait fort bien ce qui était dans la cassette de son mari lorsqu'elle l'avait fait remettre entre les mains de la justice *. (B. A.) M. BRAYER A M. DE MAZAUGES. Ce 9 janvier 1682. La chambre ardente éclaire toujours la Grève, et de temps en temps on pend et on brûle. La plus considérable affaire qu'ils aient maintenant est celle de Maillard, auditeur des comptes; je ne sais ce qu'il en arrivera, mais on n'oublie rien pour éclaircir les choses dont on l'accuse. Il était ami de feu Sainte-Croix, ce fa- meux empoisonneur. Sainte-Croix donna un repas, dans la maison dudit Maillard, à un avocat qui y fut empoisonné; ce qui a réveillé cela, c'est que depuis trois mois on a exécuté un empoisonneur qui a chargé ledit Maillard d'avoir été chez lui pour acheter du poison. La Joly, fameuse empoisonneuse, brûlée depuis dix-sept jours, a beaucoup parlé ; elle était pour le moins aussi habile que la Voisin. (Bibl. de Carpentras.) 1. Il ne serait pas impossible, en effet, que madame de Sainte-Croix ait voulu se venger de la marquise de Brinvilliers, qui était depuis si longtemps la maîtresse de son mari. I 74 BARBU. DÉCLARATION DE BARBU, JARDINIER DE MAILLARD. L'an 1682, le 13 janvier, de relevée. Il n'a osé, jusqu'à présent, reconnaître qu'il eût vu un homme duquel nous lui avons ci-devant parlé, parce que, lorsque cet homme vint le trouver la première fois à Senlis, près Che- vreuse, il lui avait demandé un esprit, et dit que c'était pour des gens de qualité qui n'étaient pas bien auprès du Roi et auxquels on avait pris tout leur bien, et qu'il y avait même un grand pro- cès pour cela*, et que si, par le moyen de cet esprit, ils pouvaient rentrer en grâce, l'argent ne manquerait pas. Sur quoi il avait dit à cet homme que ni lui ni aucun autre ne ferait point ce qu'il lui de- mandait, et que lorsqu'on parlait du Roi, on n'entrait point dans ces sortes d'affaires; qu'à l'égard des autres affaires, l'on pouvait en entendre parler sans danger et sans faire mal, mais que lors- qu'il s'agissait du Roi ou de l'Élat, ce que l'on disait sur cela et ce que l'on entendait était punissable; et cet homme lui dit sur cela en ces mots : Qui est-ce qui saura cela? et ajouta qu'il chercherait tant qu'il trouverait enfin quelqu'un qui lui donnerait contente- ment, et lui dit même qu'il avait déjà été aux Gastines, paroisse de Plaisir, chercher Bouette, lequel s'était trouvé malade, et qui était un homme extrêmement savant, et avec lequel sans doute il aurait fait son affaire sans sa maladie. Et fut après cela avec cet homme jusqu'à Cernay, chez le maréchal, oii ils burent, et cet homme se retirait à la Selle et était un homme assez haut de taille, délié de corps, ayant une perruque et la barbe blonde, et boitait un peu d'une jambe ; et environ neuf à dix jours après, étant à l'abbaye de Vaux, il le rencontra avec un autre homme assez gros et noiraud, et qui y était avec Moreau, à pied, Moreau marchant devant eux, mais il ne parla point à eux. ni eux à lui, mais vit qu'ils furent tous trois ensemble dans un cabaret des Vaux, et il ne les a point vus depuis; et la première fois qu'il le vit, cet homme blond lui parla et lui dit les choses qu'il a déclarées au sujet de l'esprit qu'il de- mandait, et que c'était pour des gens de qualité, dit môme que c'était pour madame Foucquet, et lui parla aussi de M. Foucquet et 1. Il s'agit, sans conteste, du procès de Foucquet; le surintendant était depuis longtemps jugé et enfermé à Pignerol, mais les procédures se continuaient contre les financiers, auxquels la chambre de 1661 chercliait à faire lestituer ce qu'ils avaient pris au gouvernement. M. Pinon et le marquis de Termes avaient dû payer des sommes considérables. L'ABBÉ Hue. 75 de sa prison, et pour le remettre bien auprès du Roi; et lorsqu'il fut depuis demeurer chez Maillard, à Bièvre, Maillard lui dit un jour, dans son jardin, qu'il avait été avec quoiqu'un de ses amis aux Gastinos, paroisse de Plaisir, chercher Bouettc, qu'ils avaient trouvé malade, et que si Bouette ne fût pas venu h mourir ils auraient fait leur affaire, parce que c'était un homme fort savant, et parce qu'il avait de grands secrets et qu'il était en pouvoir de faire bien des choses. (B. A.) 1NF0RMATI0>'. 11 janvier 1682. Guillaume Hue, prêtre, curé d'Igny, diocèse de Paris, âgé de cin- quante-cinq ans ou environ, demeurant à Igny, joignant Bièvre.... — Il connaît Maillard fils, auditeur des comptes, l'a vu plusieurs fois à Bièvre, avec Sainte-Croix, et une fois à Igny; a vu aussi feu l'abbé Dulong *, et se souvient qu'un maréchal de Bièvre, Nicolas, étant malade d'une maladie, se plaignait conlinuellement qu'il se sentait brûler dans l'estomac, et comme si on lui eût arraché les boyaux. Sainte-Croix venait soigneusement le prendre au presby- tère pour aller visiter le maréchal, et il y allait avec Sainte-Croix, lequel lui donnait en particulier de l'argent pour solliciter à pren- dre soin du maréchal pendant sa maladie, et Sainte-Croix lui don- nait aussi quelquefois de l'argent pour d'autres charités. Ce fut environ ce temps que M. Didier, avocat, mourut, et après lui la dame Bocager^. Et un jour, Sainte-Croix et Maillard fils étant venus au presbytère où il logeait, et l'ayant mené avec eux du côté de la maison de Maillard, Sainle-Croix, en présence de Maillard, lui parlant de charités, dit qu'il y avait des trésors cachés qui ne ser- vaient de rien, et qu'en les tirant des lieux où ils étaient on en pour- rait faire du bien et des charités, et que s'il voulait se transporter sur les lieux et leur apporter un corpus 3, ils pourraient les lever, et que cela empêcherait la puissance des démons; sur quoi leur ayant dit que quand il serait question de sauver sa vie, et pour tout ce qui était sur terre, il ne le ferait pas , il les quitta aussitôt, et le lende- 1. Cet abbt5 Dulong avait été accusé d'avoir empoisonné Pérefixe, archevêque de Paris, mort en 1070; il fut mcme traduit eu justice lors du procès de madame de Brinvilliers. 2. C'était la femme d'un professeur de l'École de droit, et le mari avait été fort soupçonné de s'en être déballasse. 3. C'est-à-dire une hostie consacrée, corpus Jesu Christ i. 76 L'ABBE HUE. main ou deux jours après, Sainte-Croix envoya son laquais au pres- bytère pour le prier de venir jusque chez Maillard, où étant, Sainte-Croix fit des excuses de ce qu'il lui avait dit, lui disant ces mots : Vous nous quittâtes le dernier jour en colère de la proposi- tion qui vous a été faite, mais qu'il le priait de n'y pas penser, et pour rien du monde il ne voudrait le fâcher et lui faire de la peine, et qu'il ne voudrait pas cela non plus que lui, et que ce qu'il avait dit n'était que pour rire; et deux ou trois jours encore après, étant allé chez Maillard pour se promener dans le jardin, comme il avait accoutumé de faire, et ne sachant point qu'ils fussent lors dans la maison, il vit proche d'une petite futaie un homme assez âgé et un jeune garçon qui étaient proche d'un fourneau qui était allumé, et ayant demandé à G. Hamelin, jardinier de Maillard, qui était dans le jardin, ce que c'était qu'ils faisaient là, Hamelin lui dit que c'é- taient deux charbonniers que Sainte-Croix avait fait venir du côté de Chevreuse, et que c'était du charbon de bois de pin ou de sapin ; ne se souvient pas ce que l'on en faisait, et ne savait pas ce qu'on en voulait faire; et pendant qu'il parlait au jardinier, Sainte-Croix, qui se promenait dans une allée avec Maillard, l'ayant aperçu, vint à lui et lui dit en ces mots : Que faites-vous là, notre ami? allons, allons dîner, vous dînerez avec nous, puisque vous voilà ; et quoi- qu'il n'y fût pas venu pour y dîner, Sainte-Croix ne laissa pas de l'emmener et il dîna avec eux; et comme ils allaient pour dîner, Sainte-Croix lui demanda s'il se souvenait encore de la proposition qu'ils lui avaient faite et s'il y pensait encore, et lui ayant dit que s'il y pensait il ne serait pas là, Sainte-Croix dit à Maillard en ces mots : qu'il venait de lui demander s'il pensait encore à cela; et sur cela Maillard prenant la parole, lui dit s'il ne voyait pas bien que ce qu'ils en avaient dit, et sur quoi il s'était fâché, n'était néanmoins que pour rire; et furent sur cela dîner tous trois en- semble dans la maison de Maillard ; et ce fut en montant de l'allée du jardin pour entrer dans la cour, quo cela lui fut dit ce jour-là par eux; depuis quoi il eut toujours de la peine de ce qui lui avait été dit sur ce sujet, et ne voulut plus les voir, et ne les vit en effet depuis, sinon une fois que revenant ensemble, à ce qu'il croit, du côté de Palaiseau, et passant par-devant sa porte, à Igny, ils bu- rent, étant lors à cheval, un doigt de vin qu'ils lui demandèrent, et furent de là, à ce qui lui fut dit, à un petit cabaret d'Igny. Et depuis la mort de Sainte-Croix, Maillard est venu néanmoins LA MÉLINE. 77 une fois chez lui, oi!i il soupa, et il croit aussi avoir été encore deux fois chez Maillard, h Bièvre ; et le bruit étant venu après tout cela du mauvais commerce de Sainte-Croix, il ouït alors dire que les deux charbonniers qui avaient travaillé au charbon étaient morts quinze jours après y avoir travaillé. Entendit dire aussi dans le môme temps, que M. Didier avait aussi été empoisonné, et fut dit encore la môme chose de la dame Bocagcr, à cause de quelque difrérend qu'elle avait eu au jeu avec Sainte-Croix et l'abbé Dulong, ce qui lui donna lieu de dire à la damePijard la proposition qui lui avait été faite, et que si Dieu ne l'en avait préservé en cessant de les voir, comme il fit, il était persuadé qu'on se serait défait de lui, de même qu'ils avaient fait de tous les autres. (B. A.) RÉSUMÉ DU PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE LA MÉLINE ». Du do janvier 1682. Elle n'a su que par soupçon le sacrifice de son enfant par la Joly ; la charge de la mort de Charles et des deux filles de la Sévin; la Bellefeuille, de poisons ; Meignan offrait de donner des hosties consacrées à Joly, et a vu les deux enfants sacrifiés; Guibourg sa- crifia un enfant présenté par Oranger fille, et avec Lottinet, dit la messe sur un parchemin écrit du sang de Lottinet, qu'on mit dans l'os du petit doigt d'un mort; charge Regnaut- de mauvais desseins contre madame de Nemours; filles de Lottinet adonnées à la ma- gie, etc. ; la Colignon lui a donné le livre dont elle a été trouvée sai- sie ; les sœurs Chevreau 3, de mauvais desseins; Guibourg, de fausse monnaie. Joly, prisonnière à Orléans, ayant fait venir l'enfant d'elle , l'a empoisonné ; ayant manqué de le sacrifier par son empoisonne- ment, a sacrifié le neveu de Poignard en présence de Poignard ; la Bellefeuille lui avait promis poudre de canlharidcs ; Regnaut a attenté à madame de Nemours, au maître d'hôtel, à sa femme à lui, par cœur piqué chez la Joly; la Joly a empoisonné la Motte et Charles, et prenait des herbes de la Bellefeuille. (B. C. L.) 1. Le 14 janvier, la Méline avait été condamnée à être pendue et son corps brûlé, et la Poignard à trois ans de bannissement, le Roi supplié cependant de la tenir enfermée toute sa vie. 2. Ce Regnaut était un maître d'hôtel de la duchesse de Nemours; on avait réduit ses mémoires, et dans son dépit il avait demandé à la Joly les moyens de se dé- barrasser d'une maîtresse de maison trop avare. 3. Une des Chevreau avait olTert son enfant au diable, mais n'avait pas eu le courage de le laisser égorger par^Deschault; elle furent blâmées et admonestées. n LA DESLOGES. DÉCLARATION DE LA DESLOGES <. Elle nous a dit qu'elle voulait faire quelque déclaration qu'elle croyait nécessaire de faire avant d'aller à la mort, qui est que l'homme, duquel elle ne désirait pas être tant aimée qu'elle l'était, et en être moins importunée, est la cause de son malheur; c'est un homme très-pernicieux, dangereux, et qu'elle croit sor- cier ; il lui a prédit sa prison, et qu'elle serait pendue; il lui a dit aussi qu'il lui arriverait à lui-même la même chose, et il s'appelle Nicolas Charpentier; il est architecte et juré- bourgeois, et demeure rue des Escoufles. Ce même homme a enlevé une fille de onze ans, qu'il a depuis retenue et gardée, de manière qu'on n'a jamais pu savoir ce qu'il en avait fait, ni si elle était morte ou vivante, et elle sait qu'il Ta tenue enfermée, et même qu'il l'a tenue quelquefois en des lieux cachés et dont les portes étaient murées pendant quelque temps, à ce qu'il lui a dit, et même défunt M. le cardinal, l'ayant un jour envoyé quérir pour lui demander ce qu'il avait fait de la fille, laquelle était la filleule de M. le cardinal, lui avait dit qu'il fallait qu'il la trouvât et qu'il la rendît à ses parents, et même qu'il ferait toutes choses pour l'obliger à la lui faire trouver; et sur cela Charpentier avait dit à M. le cardinal qu'il pouvait remuer ou faire remuer toute la terre, s'il voulait, pour cela, mais que lui, Charpentier, remuerait le ciel. Il lui dit aussi que M. le cardinal mourut quinze jours après, et lui parla de la mort de M. le cardi- nal comme s'il eût voulu lui faire comprendre que c'était lui qui lui avait causé la mort par son grand savoir et sa science ^. Déclare aussi qu'il y a Baucherj qui est un homme encore très- dangereux et pernicieux, et de la manière qu'elle l'a entendu une fois parler à une demoiselle qui est morte à présent, voulant qu'elle comprît qu'il était un grand empoisonneur, et dans le temps 1. Le 16 janvier 1682, la chambre avait condamné Louison Desloges à la potence; l'arrêt fut exécuté le lendemain, à trois heures. Au moment de marcher au sup- plice elle fit appeler le greflSer Sagot, et lui fit cette déclaration. On n'a pu retrou- ver le procès-verbal de la question qu'elle dut subir. 2. Dans les communautés ouvrières le juré était élu pour veiller aux affaires do la communauté. 11 y avait alors une famille d'architectes du nom de Charpentier, mais rien ne nous autorise à dire que N. Charpentier en fit partie. 3. Si cette histoire est vraie, tout cela se passait au commencement de 1661; au reste, ce récit vient confirmer encore les bruits d'empoisonnement qui coururent à la mort de Mazarin, et rendus plus vraisemblables p:on confesseur dans la charrette de l'exécuteur; et étant devant la porte de la Bas- tille, rue Saint-Antoine, son arrôt a été prononcé, proclamé par l'exécuteur au peuple assemblé, de la manière accoutumée, après quoi il a été conduit au-devant de la principale porte de l'église Notre-Dame, où l'arrêt a été prononcé et proclamé pour la deuxième fois par l'exécuteur, et Maillard étant descendu de la tharretle avec son confesseur, s'est mis à genoux au-devant de la principale porte de l'église, où ayant commencé de prononcer ces mots : Je déclare que j'ai su, n'a voulu achever le reste, et a résisté ù la semonce qui lui en a été faite, môme par son confesseur, après quoi il est remonté dans la charrette avec son confesseur. Et étant arrivé à la Grève, l'arrêt a été prononcé et proclamé pour la der- nière fois, et ayant été appelé par le Maillard nous a ditqu'il sait que la Baliron a demandé du poison à son jardinier, qui lui en a donné, pour empoisonner Violet, son premier mari, et que lui, Maillard, a reçu les -4,000 livres pour Sainte-Croix. Lui ayant de- mandé le nom de son jardinier dont il a parlé, il a dit qu'il était inutile, qu'il y avait longtemps, qu'il donna le poison à la Baliron pour son mari quelque dix-huit mois avant que Violet mourût; et lui ayant aussi demandé s'il n'avait pas à déclarer quel était le service qu'il avait reçu de Sainte-Croixct pour lequel lui, Maillard, lui avait fait toucher les 4000 liv.. Maillard nous a dit en ces termes : Monsieur Sagot, c'est assez, ne parlons point de cela. Ce fait, et les prières ordinaires ayant été chantées, la tète lui a été tranchée par l'exécuteur, après quoi nous nous sommes retirés et (avons) dressé le présent procès-verbal '. (B. A.) LE ROI A M. D AGUESSEAU -, INTENDANT DE TOULOUSE. La dame de Villedieu m'a fait représenter que, lui ayant accordé la confiscation des biens du feu sieur de Fais, son mari, elle aurait donné procuration au sieur do Fais, son beau- père, et au prieur de ïrin, son neveu, pour agir en son absence , 1. Maillard jouissait des privilèges de la noblesse comme membre d'une cour souveraine; cela lui sauva l'infamie de la potence. Le procès fut fait à la mémoire de M. Pinon, le complice de Maillard, et il fut efligié en place de Grève. 2. Henri d'Aguesseau, intendant et conseiller d'État, mort en novembre 171C, âgé de quatre-vingt-un ans. Il ai'ait épousé en 1603 Claire Lepicart de Périgny. lille d'un maître des requêtes. 90 CHAPON. mais ayant appris qu'ils abusent de sa procuration, vendant les terres et recevant de l'argent sans en rendre compte, elle se trouve obligée d'aller sur les lieux pour veiller à ses intérêts ; et comme je veux bien avoir quelque égard à sa supplication, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous contri- buiez à pacifier tous ces différends, et à ce qu'il lui soit rendu bonne et prompte justice. (B. N.) I^crit à Saint-Germain-en-Layc, le 28^ jour de février 1682, LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 28 février 1682. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 23 de ce mois, laquelle ne désire de réponse que pour vous dire que le Roi fera ce que vous proposez à l'égard de la Baliron et de la Guesdon». (A. G.) RÉSUMÉ DU PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE CHAPON 2. 3 mars 1G82. —Il a \u trois fois le marquis, primo seul, secundo avec un homme noiraud, troisièmement avec Monteran. Labrosse avait envie de faire mourir le Roi par le grimoire (2° pot). C'est chez Moreau, et Monteran présent, qu'il les a entendus dire et qu'on devait faire figure de cire blanche pour cela (grands tréteaux); le prêtre de Saint-Denis devait dire la messe sur la figure; on voulait faire mourir le Roi, M. Colbert, la femme Baranton parla des herbes et poudres de son mari. Monteran espérait de la dame de Fontenay 3 grande récompense. (B. G. L.) 1. Il est probable que les liaisons de ces deux femmes avec la famille Sainte-Croix leur sauvèrent la vie; on ne voulut pas commettre en public des complices trop bien informés des projets de Foucquet et d'autres personnes de la cour. Elles furent simplement condamnées au bannissement perpétuel; mais l'avis de M. de laReynie fut de les oublier dans quelque prison éloignée de Paris. Voici ce qu'il écrivait à Louvois : « La dame Poulaillon, la dame de Baliron, ces deux femmes bannies à perpétuité, n'ont pu être enfermées dans le monastère des Filles de la Madeleine, à Paris, suivant les derniers ordres, à cause des diflicultés qui s'y sont trouvées, et à cause du peu de sûreté de la clôture et de l'impossibilité d'empêcher à ces deux femmes la communication au dehors. 11 y a à Angers une très-bonne maison de la môme institution, très-sùre et très-bien administrée, où l'on peut tenir en toute sûreté la dame Poulaillon. On cherche un autre lieu hors de Paris pour la dame Baliron. » 2. Chapon avait été condamné à être pendu, le 27 février, 3. Il a déjà été question de cette dame de Fontenay, qui était la maîtresse de M. de Termes. LE MARQUIS DE TERMES. 91 JOURNAL DE HL'REL. Un meunier que l'on dit être de l'intelligence du sieur Maillard, sortit de la Bastille et fit amende honorable devant Notre-Dame, puis fut conduit en Grève, où il fut pendu, le 3 mars 1682'. (B. N.) M. BRAYF.R A M. DE MAZAL'GES. Ce 13 mars 1082, L'affaire de iMaillard n'a point eu de suite; depuis qu'il a été exécuté il y a une autre affaire sur le tapis, celle du marquis de Termes, parent de M. de Montespan ; on ne sait pas bien de quoi il s'agit, car les affaires de la chambre ardente sont fort secrètes, mais son écuj'er qui fut arrêté avec lui eut hier la question. La semaine prochaine nous éclaircira toute cette intrigue qui roule sur le poison ; cette question qu'on a donnée n'est que préparatoire, ce qui montre qu'il n'y a eu que des demi-preuves contre eux, mais la question fait quelquefois dire ce qu'on ne voudrait pas. (BlBL. DE CaRPENTRAS.) LOUVOIS a m. boucher AT. A Saint-Germain, le IG mars 1G82. Le Roi me commande de vous faire savoir que S. M. trouve bon que la chambre travaille au jugement de M. le marquis de Termes. J'écris à MM. de Bezons, de la Reynie, pour leur faire part de l'in- tention de S. M. '-. (A. G.) LODVOIS A M. DE LA REYNIE. Saint-Germain, le 18 mars 1682. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 5 de ce mois; vous trouverez ci-joint les ordres du lloi nécessaires pour transférer de la Bastille à Vincennes Cadelan et Terron; comme j'espère aller coucher vendredi à Paris, si vous avez agréable de passer chez moi samedi au matin, je pourrai vous entretenir^. (A. G.) 1. On voit bien que ce meunier c'est Chapon. 2. M. de Termes fut acquitté par arrùt du 18 mar?. Il tenait de trop près h madame de Montespan pour qu'une condamnation fût possible. 3. Le Roi les avait envoyés h Vincennes pour être oubliés, jusqu'à ce qu'on eût de plus grandes lumières sur la mort du duc de Savoie; mais les ténèbres qui cou- vraient cette malheureuse affaire n(^ se perçaient pas; il voulut tout finir, en les faisant juger par la chambre, et pour cela il les fit remettre à la Bastille. 02 LE MARQUIS DE TERMES. M. BRAVER A M. DE MAZAUGES. Ce 18 mars 1682. Cet écnyer de M. de Termes, qui eut lundi dernier la question, y mourut, et voici comment cela se passa. On l'accuse d'avoir porté six bouteilles empoisonnées à madame de Fontanges, lors- qu'elle était dans l'abbaye de Chelles. Le médecin lui ordonna un matin de prendre des eaux, et l'après-midi on lui apporta de la part de ce médecin six bouteilles empoisonnées; on ne fit point de réflexion sur ces bouteilles, on les laissa là jusqu'à ce que le lendemain le médecin vint faire sa visite. On dit au médecin qu'on avait apporté ces six bouteilles, il répondit qu'il ne savait ce que c'était; cela fit soupçonner, on ouvrit ces bouteilles, on fit l'épreuve, et on trouva qu'elles étaient toutes empoisonnées; on arrêta en même temps cet écuyer aussi bien que son maître. L'écuyer, à ce qu'on prétend, avait le secret de l'affaire. Sur quelles conjectures on l'arrêta, c'est ce que je ne sais point; mais, sur présomptions ou demi-preuves, il eut jeudi matin la question ordinaire et exlraor- naire. Il souflrit l'ordinaire sans rien dire; après qu'il eut à moitié souffert l'extraordinaire, il dit : Je me meurs, Messieurs, je dirai ce que je sais, lâchez-moi; cependant le médecin qui était présent ne s'aperçut pas bien de l'état de cet homme, dont on l'a fort blâmé; on débanda les moulinets, on approcha la planche dessous lui : aussitôt qu'il fut sur la planche il expira. On a ouvert son corps pour voir s'il ne s'était point empoisonné; il n'en a paru aucune marque dans son corps. Il n'eut les deux questions qu'à l'eau. Voilà ce que je sais et qui est très-vrai. (Bibl. de Carpentras.) LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 27 mars 1682. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 24 du mois, du contenu de laquelle ayant rendu compte au Roi, S. M. a trouvé bon de me commander d'expédier ses ordres pour faire sortir de Vincennes Anne Thuillier, mademoiselle Brunet, Catherine Chevreau et le nommé Pelletier, et de la Bastille Anne Chevreau; je vous les adresse afin qu'il vous plaise de les faire exécuter '. (A. G.) 1. Toutes ces femmes avaient été acriuittées ou condamnées à des peines légères. LESâGE. 93 CONFRONTATION DE LESAGE A VANENS. 31 mars 1682, dudit jour de relevée. Ont dit ne se point connaître. Vanens dit n'avoir reproches. Vanens a dit qu'il est vrai qu'il a connu le chevalier de Chastuel et le comte de Castelmajor, et il a aussi vu un capitaine de vaisseau, ?i ce qu'il croit, chez Cadelan, et ne sait s'il s'appelait de IJaix ou non; il y a pareillement vu Rabci ; mais il ne s'ensuit rien de tout cela. Il est vrai aussi qu'il a loge chez Déniante dans le Temple, mais il n'y a point été travaillé, et c'est chezBachimont, lequel logeait rue des Fontaines, et dans son laboratoire; demeure aussi d'accord d'avoir fait travailler dans la maison de la Chappelain au faubourg Saint-Antoine, et ne sait point qu'elle connût le chevalier de Chas- tuel. Lesage a persiste et dit que Vanens doit bien connaître de Baix, parce que Dupin, commis de Cadelan, et de Baix étaient tou- jours ensemble, et c'était chez Demante que Vanens travaillait avec eux. Vanens sait trop bien que ce qu'il dit est vrai, et même Vanens a travaillé avec Chastuel à quelque composition de poison, ainsi que Chastuel le lui a dit élant à Aix. Chastuel s'appelle en son nom Marc-Antoine, et il retint chez lui à Aix, dans sa maison, pendant treize, quatorze ou quinze jours, lui Lesage, où il avait clé envoyé par la comtesse de Castres que le Roi avait fait mettre alors dans un couvent en Provence, et par la dame d'Allard de Malte, bonne amie et confidente de la dame de Castres. Vanens a dit qu'il est vrai que Chastuel s'appelait Marc-Antoine et était chevalier de Malte et major de la cornette blanche, et c'est celui et le môme qu'il a toujours désigné quand il en a parlé sous le nom de chevalier de Chastuel, mais n'a fait avec le chevalier autre chose que boire et manger deux ou trois fois avec lui. (B. A.) DÉCLARATION DE LA CHABOISSIÈRE. Du 31 mars 1G82. Vanens l'envoya à la Charité pour savoir si le laquais de la Chap- pelain était mort, et l'ayant su, et rapporté à Vanens qu'il était mort, Vanens l'envoya chez la Chappelain lui dire que son laquais était mortj et Vanens lui dit que le laquais n'avait garde d'en ré- chapper et que la Chappelaiîi lui avait donné son lait, et il croit 94 LA CHABOISSIÈRE. que c'était par magie, parce qu'elle disait qu'elle avait un esprit; mais ne l'ayant pas trouvée, il le dit à une servante de la Chappe- lain. Vanens craignant que Finette ne le perdît, à ce qu'il disait, cherchait par tout moyen de s'en défaire, et avait avant cela cher- ché à la mettre au Refuge ', et y ayant trouvé quelques difficultés, il chercha depuis d'autres voies, et cela dura pendant quinze jours, et il lui entendit dire plusieurs fois qu'il s'en déferait, et croit que c'était à cause qu'elle savait et avait vu que Yanens avait eu affaire à une grande chienne qu'il avait et qu'il enterra lui-même à l'hôtel de Francfort lorsqu'elle mourut. Lui Chaboissière et la Finette ont parlé plusieurs fois de cela, et de ce que la Longy lui avait reproché ce crime avec la chienne, Yanens maltraita la Longy à cause de ce reproche, et depuis elle lui a dit que Yanens lui avait donné quelque argent et qu'ils s'étaient raccommodés. Ya- nens lui a fait voir de la fausse monnaie qu'il avait faite, et qui était des pistoles et doubles pistoles d'Espagne, et même lui en fit voir une fois 300 dans la rue d'Anjou, et y avait des personnes qui les faisaient passer, et à qui il donnait les espèces d'or en gros, et n'exposait point la fausse monnaie en détail, ne voulant point en courir le risque; et Yanens lui ayant donné une fois un quadruple pour le porter chez un limonadier, et ayant eu quelque méfiance sur la pièce, il ne voulut pas la donner au limonadier et la donna au cabaretier où il la laissa ; de quoi Yanens lui ayant demandé raison, s'en fâcha, et il ne sait point si Yanens la retira ou non ; et pour décharger entièrement sa conscience, dit qu'il est obligé de dire que Yanens fabrique lui-même de la fausse monnaie, et lui en fit voir de celle qu'il avait faite, aussi bien que de celle qu'il faisait faire par d'autres gens, et lorsque Yanens fut en Normandie, il travailla pour cela dans une verrerie, et à ce voyage-là môme il vola la chambre où il était logé. (B. A.) CONFRONTATION DE LA CHABOISSIÈRE A VANENS. Du 31 mars 1682, à Yincennes. Ont dit se connaître. Yanens a dit n'avoir reproches. Il est vrai qu'il a employé Chaboissière à faire les distillations, comme aussi à l'égard des fioles, demeure d'accord d'y avoir mis du safran 1. Le Refuge était une maison fondée par madame de Miramiou et \:, duchesse d'Aiguillonj pour recevoir les femmes perdues de mœurs. MÉMOIRE DE M. DE LA REYNIE. 95 pour le décorroder, et du soufre d'or, et elles furent portées chez Cadelan. Quant au surplus, il faut dire la qualité du poison dont il s'est servi et qui sont ceux qu'il a empoisonnés. Chaboissière a dit que tout ce qu'il a dit de Vanens contient vérité. Les fioles d'eau que Vanens a envoyées dans une boite où il y avait du son ne furent point portées chez Cadelan, et c'était pour les pays étrangers; Vanens sait bien qu'il a porté du poison dans un biberon de faïence à rhôtel d'Angleterre; et il a dit ce qu'il savait, et ne peut pas dire ce qu'il ne sait pas, Vanens ne lui ayant pas tout dit, mais il sait bien que les soufres d'or n'en sont point, mais des drogues qui servent h de méchants usages; et il n'a rien dit de Vanens sur le fait de la fausse monnaie qui ne soit très-vé- ritable, et outre cela Vanens disait qu'il savait faire de l'argent, et même il l'a vu travailler chez Bachimont. Vanens a dit qu'il dénie ce que dit Chaboissière sur le fait de la chienne; et ce fut lorsque la Finette sortit de l'hôtel d'Angleterre que la chienne mourut, et sur ce qu'il crut que la chienne avait été empoisonnée, il fut prendre une boîte d'orviétan, mais il lui fut dit par une femme que cela était inutile, et ne se souvient pas s'il l'enterra. (B. A.) MÉMOIRE DE M. DE LA REYNIE. A avril 1682. La chambre établie à l'Arsenal par lettres patentes du 7 avril 1677 a tenu 810 séances jusqu'au 4 avril 1682. Pendant ces séances, la chambre a décrété de prise de corps contre 311) personnes. Ue ce nombre il en a été emprisonné 194 à qui on a fait le procès. Les autres, au nombre de 123, se sont absentées. Des 194 emprison- nés, la chambre en a jugé jusqu'à présent 88. Prisonniers qui res- tent, 106. De ce nombre on en peut encore juger 14 avant le procès de Vanens, et en peu de jours. En jugeant le procès de Vanens, on en jugera 13 autres. Et le Roi voulant finir par une déclaration après les séances de la chambre, on pourrait encore, si S. M. le jugeait à propos, mettre en ce temps-là hors de Vincennes et de la Bastille jusqu'au nombre de 24 autres prisonniers de ceux qui paraissent être les moins chargés, en prenant quelques précautions à leur égard. 00 MÉMOIRE DE M. DE lA REYiNlE. Après quoi il resterait encore 3o prisonniers, sans compter les 14 dont le Roi a fait surseoir le jugement ou comme principaux accusés ou par quelque rapport des uns aux autres ^ Décédés du nombre des IG, la Trianon, Mariette. La Vautier, qui est de ce nombre, est très-malade depuis plus de quinze jours, et quoi qu'on ait pu faire depuis pour l'obliger à se confesser et que même un confesseur se soit présenté trois fois pour la confesser, elle n'en a voulu rien faire, et a toujours dit des injures. Il y a d'autres prisonniers qui ont été jugés ; le Roi en a fait re- tenir 12 pour la sûreté du public, au nombre desquels sont la dame Poulaillon et la Baliron; ces deux femmes, moyennant une pension médiocre, pourraient être mises aux Filles-de-la-Made- leine -, et elles seraient beaucoup moins à cbarge que dans les lieux où elles sont. Autres prisonniers. — Mulbe, mari de la Bosse, tiré de la chaîne, peut y être remis. Marville, qui s'en est tiré en y mettant deux Turcs en sa place, peut y être remis, s'il est en état de servir. Lemaire, contre lequel il n'y a point de charge, n'est détenu de- puis longtemps que pour avoir eu le malheur d'être mis à Vin- cennes dans la chambre de Guibourg et pour avoir su ce que Gui- bourg lui a voulu dire de ses affaires. Manon Debosse et Manon Aubert, arrêtées avec la Pilastre, sont détenues à Vincennes par de semblables considérations et pour avoir été enfermées avec la fille de la Voisin. Il y a encore trois autres personnes qui, s'étant mises volontaire- ment avec des prisonniers dont on craignait qu'il ne mésarrivât, demandent leur liberté. Labatiste a été dans la chambre de Guibourg et avec lui, mais Leraaire assure qu'il ne sait rien et que Guibourg ne lui a rien dit. La Desfossé a été avec la Pilastre cl avec la Chappclain, et celle- ci lui a parlé de ses affaires. 1. On a déjà vu que le Roi avait arrcté l'instruction relative aux nit'faits de madame de Montespan, dont il voulut ménager la réputation; cette mesure sauva les horreurs du dernier supplice aux accusés dont les noms suivent, mais ils expièrent leurs crimes par une captivité qui dura autant que leur vie. Ces per- sonnes sont : la dame Chappelain, Lesage, la Delaporte, la Bergerot, Latour Renard, la fille Voisin, la Pelletier, la Bellier, Gallet, Vautier, Romani, Bertrand, Guibourg. 2. C'est-à-dire aux Madelonnettes. C'était alors un couvent où l'on recevait les filles de mauvaise vie, afin de les ramener à une conduite meilleure. MÉMOIRE DE M. DE LA REYNIE. 07 La Violette a été avec la Bergerot, mais il n'y a pas d'apparence qu'elle ait rien su de particulier. Étant dangereux de relâcher les prisonniers jugés retenus, et ceux à l'égard desquels le Roi jugera encore la même précaution nécessaire pour la sûreté du public, et d'un autre côté, la dépense étant à charge et le pouvant être encore davantage à l'avenir, il serait à désirer qu'on pût trouver quelque expédient qui diminuât beaucoup la dépense sans rien ôter du côté de la sûreté. Il paraît difficile de trouver un lieu à mettre sûrement tous les prisonniers et d'oi!i ils ne puissent avoir aucune communication au dehors. Quant à la sûreté, plusieurs de ces personnes ensemble sont de difficile garde; d'ailleurs, elles ont rapporta tant d'autres qu'il ne faut pas douter qu'on ne tente toute sorte de moyens pour leur procurer la liberté. A l'égard de la communication, la précaution de garder ces pri- sonniers serait inutile s'ils donnaient de leurs nouvelles ou s'ils en recevaient, parce qu'ils pourraient non-seulement enseigner leurs malheureux secrets, mais parce qu'ils pourraient aussi les exécuter par leurs confidents, comme s'ils étaient eux-mêmes en pleine liberté. C'est ce qu'on ne saurait éviter à l'hôpital général, et ce qui donne sujet de croire que ces prisonniers ne peuvent être gardés hors du lieu où ils sont présentement, s'ils ne sont envoyés et mis dans des places ou châteaux éloignés de Paris, où ils subsisteraient avec une dépense médiocre et convenable à leur état. Sur quoi on peut encore observer qu'il est, ce semble, d'une grande conséquence de conclure et de mettre la dernière main à ces malheureuses affaires, de telle sorte qu'il reste de la terreur dans l'esprit des méchants, et qu'ils puissent se souvenir de la re- cherche qui en a été l'aile. On ne doit pas perdre le fruit de tout ce que le Roi a fait à cet égard, et on le perdrait sans doute si ceux qui sont dans le commerce du poison et dans la pratique des plus étranges sacrilèges, pouvaient penser comme ont fait plusieurs de ceux qui ont été exécutés à mort, et comme d'autres, qui se tiennent cachés, le disent encore à ceux qui leur font des proposi- tions, qu'il y aura plus de liberté après celte recherche finie, et qu'ils travailleront avec moins de péril et à meilleur marché. Entre les moyens qui p'jurraient être proposés pour contenir 7 08 GOBERT. celte sorte de gens, celui de la détention de ceux qui sont gardés est peut-être un des plus efficaces, étant un exemple continuel et subsistant dans l'esprit de ces scélérats et de leurs correspon- dants, et un exemple, selon eux, cent fois plus terrible que la mort; à quoi il peut être aussi ajouté que l'expérience du passé a fait assez entendre que tous ceux qui ont eu part à ces malheu- reuses pratiques se connaissent et qu'ils savent respectivement les affaires les uns des autres; c'est à cause de cela qu'il est de quel- que précaution pour le public que ceux qui restent d'entre eux en liberté puissent craindre que s'il leur arrivait d'être surpris, il s'en trouverait parmi ceux qui seraient détenus qui pourraient achever de les convaincre par la conduite du passé dont ils ont connais- sance. (B. N.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 14 avril 1682. J'ai rendu compte au Roi du jugement qui a été rendu contre la Simon et l'abbé Deshayes *. S. M. a trouvé bon, suivant votre avis, de faire demeurer la Simon en prison, et à l'égard de Deshayes de le faire mettre à Saint-Lazare; je vous adresse l'ordre du Roi né- cessaire pour l'y faire recevoir avec une ordonnance de 600 liv. pour le payement de la première année de sa pension. S. M. se remet à vous d'instruire M. Joly, supérieur de Saint- Lazare, de la manière dont vous jugerez à propos qu'il soit gardé. (A. G.) INTERROGATOIRE DE GOBERT. 9 avril 1682. — ...,. S'il n'a pas vu faire quelques impiétés à Vanens pendant le temps qu'il a été avec lui ? — Ayant fait avec du charbon un crucifix et une image de la Vierge avec une Véronique ^ au-dessus de la cheminée de la cham- 1 . La Simon avait été condamnée au bannissement perpétuel et à l'amende hono- rable; l'abbé Deshayes à cinq ans de bannissement. Le 9 avril 1682, la chambre condamna la Salomond et l'abbé Lemeignan au bannissement de la vicomte de Paris pour neuf ans; le 22, elle ordonna la mise hors prison de la Poulain; le 24, elle décida que la Salomond serait appliquée à la question avant de sortir, et que le nommé Bault ferait six mois de prison. 2. C'est-à-dire la figure du Christ, dessinée d'après la vera icon exposée à la vénération des fidèles dans l'église de Saint-Pierre, à Rome. On voit qu'à la Bastille les prisonniers étaient bien moins gênés que les détenus des maisons centrales, et qu'ils avaient souvent des chiens et des oiseaux pour se distraire. gobp:rt. 99 bre de la Bastille où il était avec Vanens, et ayant dessiné le cru- cifix sur des heures que Vanens lui prêta pour cela, Vanens ayant eu quelque démêlé avec lui cl lui ayant môme donné un soufflet, et s'en étant plaint à M. de la Noue, lieutenant de la Bastille, et h Labrie, porte-clefs, en présence de Vanens, Vanens lui donna un autre soufflet en leur présence, ce qui ayant obligé M. de la Noue de malmener Vanens en lui disant qu'il était très-hardi de le frap- per en sa présence, et lui ayant demandé après cela s'il se tiendrait en repos, Vanens lui ayant répondu que non, M. de la Noue le fit lier avec une sangle; mais Vanens s'étant lui-même délié la nuit, et après s'être levé le matin de son lit à son heure ordinaire, prit de l'ordure qui était dans le pot de chambre qu'il mit dans une écuelle de terre, avec laquelle il barbouilla le crucifix et l'image de la Vierge qu'il avait dessinés, disant qu'ils ne l'avaient pas vengé lorsqu'il avait été maltraité; ensuite de quoi il proféra d'autres pa- roles horribles et impies, et sur ce qu'il était rejailli quelque peu de l'ordure sur son visage en barbouillant le crucifix, Vanens, après avoir repris une seconde fois de la même ordure du pot de chambre avec la même écuelle dont il s'était déjà servi, monta sur un siège ployant et jeta avec la main de l'ordure sur le crucifix en disant ces mots : Voilà pour la plaie de ton côté; et dit encore plu- sieurs choses de celte nature, parlant à l'image de la Vierge qu'il avait aussi gâtée et barbouillée, en lui disant ces mots entre autres : Te voilà belle à présent! ah! que tu es laide! et lui montrant les cornes. Ce qu'ayant dit dès le jour môme à Labrie, lorsqu'il vint dans la chambre leur porter leur pain, Labrie dit à Vanens que cela n'était pas bien, et qu'il fallait qu'il fût fou; mais Vanens ne lui répondit rien. Et environ trois semaines après, Vanens ayant eu quelques accès de fièvre tierce, M. de la Noue revenant avec M. Vezou, médecin, de la chambre d'un malade qui était à l'étage au-dessus de sa chambre, Vanens appela M. de la Noue auquel, étant entré dans leur chambre, Vanens dit que lui Gobert faisait des impiétés horribles; et s'en étant excusé, parce que cela n'était pas véritable, il dit à M. de la Noue, en lui montrant les crucifix et image, qu'il pouvait voir ce que Vanens avait fait et quelles folies il avait faites, et sur cela Vanens dit à M. de la Noue qu'il savait bien ce qu'il avait fait et qu'il répondait de ses folies ; et lors- que cela fut dit, M. Vezou, médecin, était présent, et la pre- mière fois qu'il montra led'ucifix ainsi gâté à M. de la Noue, qui 100 MUBLE ET MERVILLE. était un mercredi 18 septembre, jour des quatre-temps, à ce qu'il croit, Yanens dit à de la Noue, parlant du crucifix, que ce crucifix lui avait dit de l'adorer. — Si Yanens n'avait pas apporté de la Bastille à Vincennes le chien qu'il avait dans sa chambre, et s'il n'a pas récité quelque- fois des prières sur ce chien? — Oui, et depuis le mai dernier jusqu'à ce qu'on lui ait ôté son chien, Yanens a récité tous les jours, matin et soir, des prières sur le cul du chien en lui faisant plusieurs signes de croix et disant ces paroles, Et Verbum caro factum est, et il lui a entendu lire sur le chien la passion de Notre-Seigneur selon saint Mathieu, et plu- sieurs difl'érents évangiles en divers jours, aussi bien que des lita- nies du saint nom de Jésus, et faisait baiser au derrière du chien l'image de la Yierge qui était dans ses Heures, à l'endroit des ma- tines, et prenant après l'image du crucifix qui est au commence- ment de l'office de la sainte Croix, la faisait baiser au derrière du chien en disant ces mots : Tiens, tu as baisé la mère, baise le fils ; ce qui l'obligea et les autres d'en avertir M. de Beaulieu et autres qui les ont servis. Yanens disait que son chien était possédé et qu'il voulait faire sortir le diable du corps du chien, et ne disait point d'autres raisons. . (B. A.) SEIGNELAY A M. BRODART, INTENDANT DES GALÈRES. A Saint-Gornniin, le 18 avril 1682. J'ai donné ordre à Fabre, qui est parti de Paris le 18 de ce mois avec les condamnés aux galères par le Parlement, de prendre garde que Muble et Merville qu'il a ordre de conduire à Marseille ne s'évadent. Aussitôt qu'ils y seront arrivés, S. M. veut que vous les fassiez mettre sur les galères et qu'ils y demeurent enchaînés, et que sous quelque prétexte que ce soit, même d'invalidité, vous ne les employiez sur le rôle des invalides, et comme Merville a fourni un Turc pour servir à sa place, ne manquez pas de lui faire remet- tre ce qu'il a déboursé pour l'achat de ce Turc '. (A. M.) 1. Muble était le mari de la Bosse; on l'avait tiré des galères, où il avait été conduit comme faux monnayeur, pour en obtenir des éclaircissements; le procès fini, on le renvoya à son banc. Jh^rville était un faussaire, ami de la Voisin ; il sera question de lui plus loin. Il était difficile de tenir au complet les bancs des rameurs, tant les maladies faisaient de ravages dans la chiourme, et le ministère avait fini par autoriser les hommes épuisés à sortir eu founiissant des recrues valides. LA CHABOISSIERE. 101 M. BRAYER A M. DE MAZAUGES. Ce 24 avril 1682. La chambre ardente jugea mercredi un prêtre normand nommé Meignan que la Voisin, par testament de mort, avait accusé de plu- sieurs impiétés, et les lui avait soutenues; c'était lui qui disait les messes de saint Raboni pour rabonnir les maris, il bénissait du pain à la messe comme on fait le dimanche, il en donnait à celles qui lui venaient faire dire des messes, et disait que quand leurs maris auraient mangé de ce pain bénit à la messe de saint Raboni, ils deviendraient meilleurs dans l'année ou ils mourraient. Ce té- moignage de la Voisin ayant été singulier, il n'a été condamné qu'au bannissement de neuf ans; s'il avait été plus jeune, on l'eût condamné aux galères. Il y en a encore plus de quatre-vingts à ju- ger; les juges expédient le plus qu'ils peuvent, car celte chambre coûte furieusement au Roi. (Bibl. de Garpentras.) INTERROGATOIRE DE LA CHABOISSIERE. Du2o avril 1682 — Si lui, Vanens, Lempérier et l'abbé Ghappelle ne furent pas ensemble en Normandie? — Oui, et ils furent jusqu'à vingt lieues de Paris, à un lieu ap- pelé le Roule. C'était pour un trésor auquel Vanens et Lempérier devaient travailler, mais ils ne furent point jusqu'au lieu où l'on disait qu'était le trésor, et qui était à quinze lieues encore plus loin, et ayant été par eau jusqu'au Roule, et ne leur ayant point été envoyé en cet endroit des chevaux pour les mener plus loin et jusqu'au lieu du trésor, ils revinrent à Paris. L'abbé Chappelle avait donné la connaissance de Lempérier à Vanens. Un abbé dont il ne se souvient pas du nom, l'ayant vu avec Vanens, vint le trouver pour le faire parler à Vanens, ce qu'ayant fait, Vanens demanda à l'abbé, en sa présence, s'il voulait faire pacte, et qu'en ce cas il ne prendrait point de son argent, et qu'au contraire, s'il ne voulait point faire de pacte, il fallait qu'il baillât 500 ccus pour faire son affaire, et l'abbé n'ayant point d'argent, Vanens ne fit point son affaire. — Si Vanens ne faisait pas,écrire ordinairement, dans les pactes avec le diable, es mêmes renonciations qu'il lui avait fait écrire? 102 LA CHABOISSIÉRE. — Il n'a vu d'écrit de cette nature que celui que Vanens écrivit lui-même sur un parchemin pour lui, et ayant copié l'écrit et ren- versé l'ordre des lettres, il découvrit par ce moyen les renoncia- tions que Vanens voulait lui faire faire par le pacte. — Si la Chappelain ne commença pas son commerce avec Va- nens par un semblable prétexte de traité et de pacte avec le diable? — Chappelain n'en avait point affaire, parce que Vanens disait qu'elle avait elle-même un esprit, et elle se mêlait elle-même de distillations et de souffler, à ce qu'il a entendu dire, et ce fut la Morand, qui demeurait dans la rue du Roi-de-Sicile, qui donna la connaissance de Chappelain à Vanens, auquel elle est venue plu- sieurs fois parler dans Thôtel de Mantoue, lorsqu'il y logeait; et comme Vanens était lors en réputation pour ces sortes d'affaires, il venait beaucoup de monde le demander, et donnait ses audiences dans une grande salle chez la Beauregard, dans l'hôtel de Man- toue, et il n'y avait point de jour qu'il n'y vînt plus de vingt per- sonnes pour lui parler de ces sortes d'affaires, de trésors, de ma- riages et autres secrets. — En quel lieu étaient faites et préparées les fioles d'eau que Vanens faisait porter chez Cadelan? — Elles étaient préparées par Vanens seul, et il n'y a fait autre chose, après que Vanens les avait bouchées avec du linge, que de mettre sur l'une des fioles et sur le bouchon de la cire, sans savoir autrement ce que c'était, et il n'en a point porté chez Cadelan ni ailleurs, et c'était; par d'autres que par lui que Vanens envoyait les fioles, et il fallait bien qu'aucunes des fioles fussent pour être por- tées bien loin, puisqu'il les mettait dans des boîtes avec du son, qu'il cachetait ensuite — Quelle personne mena Catherine Leroy au couvent où était mademoiselle de Montalais pour l'y faire recevoir'? — Ce fut lui qui la mena lui-même. — Pour quel dessein on la voulait placer auprès de cette demoi- selle? — 11 ne sait point qu'il y ait eu aucun dessein pour cela, sinon pour retirer Catherine du vice, et il la fit confesser pour cela. (B. A.) 1. Mademoiselle de Montalais avait joué le rôle de complaisante auprès de la Vallière et de madame de Montespan; néanmoins le Roi la tint longtemps au cou- vent, parce qu'elle avait été mêlée à toutes les intrigues de la cour. PROCÈS-VIÎRBAL UE QUESTION DE LA SALOMOND. 103 PROCÈS- VERBAL DE QUESTION DE LA SALOMOND '. L'an 1682, le 27 avril, ;\ sept heures du malin Elle a été mise entre les mains du questionnaire, mise sur le siège de la question, et à elle donné les brodequins. M. Morel, chirurgien, pour ce mandé et présent, nous a dit qu'attendu la constitution de la personne de la femme Salomond, qui est grosse, grasse et replète, il pouvait y avoir péril à lui donner la question de l'eau et l'extension. Et exhortée de dire la vérité. — Elle est innocente, elle a dit la vérité, on n'en saura pas da- vantage; qu'on la fasse mourir si l'on veut, elle ne sait rien de plus que ce qu'elle a dit. Au premier coin. — Elle est innocente et ne dira rien de plus. Au deuxième coin. — S'est écriée : J'ai dit la vérité. Au troisième coin. — S'est écriée qu'on la lâche; elle l'a fait et elle dira la vérité. Au quatrième coin. — S'est encore plus écriée; il est vrai qu'elle l'a fait, elle a mis de l'eau dans le verre de Marchand, et ce fut le berger qui lui donna l'eau, et il faut bien qu'elle dise cela puis- qu'on lui fait du mal. Au cinquième coin. — Il n'est pas vrai, et s'est extraordinairc- ment écriée qu'il n'est pas vrai. Au sixième coin. — Elle n'en peut plus; c'est le mal qu'on lui fait qui lui fait dire ce qu'elle dit; il n'est pas vrai ce qu'elle vient de dire de l'eau, et n'a rien donné, n'a point vu aussi écrire sur l'hostie; qu'on la lâche, elle a eu tort, elle n'en peut plus, elle dira tout. Au septième coin. — S'est écriée : tout est vrai, l'eau que le berger lui donna était dans une bouteille de grès, et l'homme appelé Marchand mourut quelques jours après. Ce fut Marchand qui donna au berger la camisole blanche pour les affaires qu'ils devaient faire ensemble. Il est vrai ce qu'on lui a dit de l'hostie, et ce fut la dame - qui se piqua le doigt pour en tirer du sang, mais 1. Dans l'ancienne jurisprudence, les tourments de la question n'étaient point infligés comme une peine, mais on les estimait un bon moyen d'instructio'i judi- ciaire, et lorsqu'il y avait de puissants indices de culpabilité sans certitude absolue, lesma:;istrats ordonnaient avant le jugement di^finitifquc l'accusé subirait une question préparatoire; l'arrêt était prononcé ensuite. La Salomond ne fut condamnée qu'au bannissement. / 2. C'cst-à-dirc mada;iic de C.iradas, qui voulait épouser M. de Vizé. 104 PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE LA SALOMOND. elle ne fut point présente à la messe, et elle vit écrire sur l'hostie. Ce fut le berger qui lui parla pour faire mourir Marchand, qui de- vait faire faire un pacte, et le sujet pour lequel ils allèrent à la campagne était pour aller faire le pacte, la nuit, et avant partir, on avait donné son fait à Marchand, et ce fut en donnant à boire au déjeuner qu'elle mit de l'eau dans le verre de Marchand; il y avait un autre berger avec Debray, mais il s'en était allé; et elle avait promis de coucher avec Marchand, et craignant qu'il n'en parlât à son mari, ce fut pour ça qu'elle lui donna de l'eau dont est parlé dans son verre; lorsque la dame se piqua le doigt, il n'y avait dans la chambre de Deschault, où cela fut fait, que le prêtre ', Deschault, la dame, la femme de Deschault, Debray et elle. — Si la fille de la Grangère n'y était pas? — Elle ne s'en souvient pas. — Qui lui avait dit que Debray, berger, était un empoisonneur? — C'est Deschault. — Quel effet il lui fut dit que ferait l'eau ? — Debray lui dit qu'elle ferait mourir par un dévoiement. Elle nous prie de la faire relâcher, et elle nous va dire encore le nom d'un homme qui se mêle de faire des poudres, et l'homme s'ap- pelle Martin. — A l'instant la Morel a été retirée de la question et mise sur le matelas, après quoi elle a dit de soi qu'il y a un nommé Martin, que Deschault amena un jour chez elle, et lui dit que c'était un homme bien savant. Martin fît un jour chez elle des poudres dans un pot avec des herbes, et disait que c'était pour la dame pour laquelle était l'hostie dont est parlé, et la poudre était pour faire aimer A dit de soi qu'elle a ci-devant dénié au procès qu'elle eût été chez Marchand avec Debray et Deschault, dans le temps qu'il était malade ensuite de ce qui lui avait été donné au déjeu- ner, mais elle resta à -la porte de la rue pendant qu'ils montèrent à la chambre de Marchand, parce qu'elle croit que la femme de Mar- chand leur dit quelque chose, et après lui dirent qu'ils avaient vu Marchand, lequel était bien mal, et qu'il était continuellement sur le pot de chambre, et néanmoins il ne mourut que trois semaines après du jour qu'il eut pris l'eau. (B. A.) 1. Ce prêtre, qu'elle ne nomme pas, est l'abbé Guibourg. VANENS. 105 RÉSUMÉ DE l'interrogatoire DE VANENS. 28 avril 1682. A eu de Boineau le secret pour la recherche des trésors, qui consiste dans la préparation du mercure qu'on porte sur les lieux, — ne se sert de paroles, et le curé de Launay lui dit avoir une conju- ration dans sa manche; convient que le prêtre Lempérier fut avec eux en Normandie pour cela, — plusieurs femmes de la connais- sance de la Beauregard se sont adressées à lui pour cela, aussi hien pour avoir des poudres pour les mariages. — Nie avoir dit que la Chapelain avait donné son fait au petit laquais, — convient avoir dit que les grains devaient être faits sur la figure de la personne et qu'il en faisait le rapport à Boineau, nie d'avoir dit être poison pour tout autre personne, — excuse la liqueur jaunâtre de poison, — s'excuse d'avoir empoisonné, — s'ouvre sur les conjurations laites dans sa chamhre à la Bastille, disant des évangiles sur son chien, qu'il tenait couché, deux fois par jour; son chien était pos- sédé du diable; le diable lui dit d'adorer un crucifix fait avec du charbon sur la cheminée, et de peur de le faire, il barbouilla de fiente le crucifix et une image de la Vierge, faite aussi avec du charbon'. (B. C. L.) SEIGNELAY AU NOMMÉ LAMOTTE. A Paris, le 8 mai 1C82. Gomme je ne doute pas que Blessis, condamné aux galères par la chambre de l'Arsenal, n'ait été remis à présent dans les prisons de la Tournelle, prenez un soin particulier de cet homme, en sorte qu'il ne puisse pas s'évader, et lorsque vous le remettrez entre les mains de celui qui conduira la première chaîne qui partira de Paris, ne manquez pas de lui recommander d'en avoir le même soin, et de le remettre sûrement h Marseille. (A. M.) FOSCARINI, AMBASSADEUR, A CONTARINI , DOGE DE VENISE. Sérénissime prince, un certain Sardan, qu'on avait voulu faire enlever, est mort à Amsterdam, non sans soupçon que le poison a hâté la fin de sa vie. On le croit auteur de deux petits ouvrages 1. A la suite de cet interrogatoire, Vanens fut condamné aux galères à perpé- tuité; mais ou lui épargna le supplice de la question. 106 PUOCÉS-VERBAL DE QUESTION DE LA CHABOISSIÉRE. très-contraires à la France. L'un porte le titre de : «La Suisse rentrée dans ses vrais intérêts ; » l'autre : c< Les conséquences de l'acquisition de Casai et de Strasbourg. » Ils ont été fort applaudis. (Archives de Venise.) Paris, le 3 juin 1C82. {Traduit de l'italien.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, ce 12 juillet 1C82. Celui qui vous rendra cette lettre étant chargé de conduire Va- nens à Marseille pour être mis aux galères, je vous supplie de lui faire remettre une expédition du jugement qui a été rendu contre Vanens^ (A. G.) PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE LA CHABOISSIÉRE. Le 16 juillet 1682 2, six heures du matin — De quelle personne il sait que Vanens a appris les secrets de faire du poison ? — C'était le chevalier qui a donné à Vanens des drogues, et il apporta de Rouen, où il fut, des poudres que le chevalier lui donna, lequel lui en a donné d'autres encore et des grains. Il le sait de la bouche de Vanens. — S'il a su de Vanens que les drogues, poudres et graines que le chevalier lui donna, furent du poison? — Non, et il n'a jamais su cela. 1. Vanens ne fut point mis aux galères. Toulon et Marseille étaient trop proches de la Savoie, et il y avait trop de communication entre les galériens et les gens du pays pour que les secrets que l'on voulait cacher eussent été en sûreté. 2. La Chaboissière avait été condamné à être pendu^ après la question préalable. Le supplice de cet homme est la scène finale de la procédure. Le Roi laissa la justice suivre son cours envers ce misérable, pour donner le change au commun public et dérouter les soupçons qu'avait fait naître la mort d'Emmanuel, duc de Savoie. Si on eût fait subir les tourments de la question aux véritables crimi- nels, on avait h craindre qu'ils ne révélassent ce qui devait rester caché. Le gouvernement résolut d'assurer leur silence en les tenant ensevelis dans une prison perpétuelle à l'extrémité du royaume, mais il laissa juger le valet de Vanens; c'était un empoisonneur de bas étage et qui avait mérité la mort aussi bien que Vanens, dont il était le préparateur, mais sa condition infime l'avait mis hors de toute confidence, et l'on n'avait pas h craindre ses déclarations intempestives devant les juges ni à la place de Grève. Après cette condamnation la procédure fut bien et dûment close, sans que la justice parut lésée. Le Roi fit cesser les séances de la chambre et imposa à tout le monde un silence qui a duré près de deux cents ans. PROCÈS- VERBAL DE QUESTION DE LX CHAROISSIÈRE. 107 — Comment donc il sait que Vanens est un empoisonneur et un méchant homme, coumie il l'a dit au procès et sur la sellette? — C'est à cause que Vanens l'a empoisonné deux fois et qu'il lui a dit qu'il avait fait mourir des gens. — Comment il sait que Vanens l'a empoisonné deux fois? — Il le sait parce que Vanens lui ayant fait prendre quelque chose où il avait mis quelques poudres, et lui se voyant fort ma- lade, fit du bruit de cela, de quoi Vanens lui dit que s'il faisait du bruit davantage cela redonderait sur lui, et qu'il ne le garderait pas, et lui fit prendre du contre-poison, qui était une autre sorte de poudre; depuis, Vanens lui ayant voulu faire prendre de l'eau jaune, il n'en voulut point prendre. — Pour quelle raison il ne voulut point prendre de l'eau jaune? — Il n'en avait pas besoin. — Comment il sait que Vanens envoyait de ses drogues et poi- sons en pays étrangers, et de quelle voie il se servait pour cela? — Il ne sait pas où il envoyait de ses drogues, ni par qui, ni même ce que c'était que les drogues, mais il lui a vu mettre des bouteilles dans des boîtes avec du son Il a dit ce qu'il savait au procès, et s'il est jugé et condamné tant mieux, et demande qu'on le fasse mourir. Il a été livré entre les mains du questionnaire, et à lui donné les brodequins, après qu'il a été rais sur le siège de la question, et exhorté de reconnaître la vérité. — Il sait bien qu'il n'en reviendra pas, mais n'en dira pas da- vantage. S'il est criminel, qu'on le fasse mourir. Au premier coin. — Exhorté derechef de reconnaître la vérité, et de déclarer le commerce qu'il a eu avec Vanens et autres, sur le fait des poisons et des empoisonnements que Vanens a faits de sa connaissance, et où il a eu part et que lui-même a faits? — Il ne peut dire autre chose. Au deuxième coin. — S'est écrié qu'il ne sait, et que le diable le puisse abîmer s'il sait autre chose. Au troisième coin. — Cela n'était pas. — Exhorté de reconnaître la vérité. — Il n'a autre chose à dire. Au quatrième coin et dernier de l'ordinaire. — Il n'a rien fait, ou que le diable l'abîme; ne sait autre chose que ce qu'il a dit au procès, qu'on ne le fasse pîl's damner. lOS PROCÈS-VERBAL DE QUESTION DE LA CHABOISSIÉRE. Au cinquième coin, premier de l'extraordinaire. — Il prie que l'on ne lui donne pas deux fois la mort, et il n'a autre chose à dire. — Il a dit qu'il avait beaucoup de choses à dire pour l'intérêt du Roi et pour le bien de la justice, et que cela allait sauver la vie à plus de cinquante personnes par an, et exhorté de déclarer ce quïl sait sur cela, et il ne peut pas, à moins de laisser sa conscience chargée de tous les maux qui ont été faits ou qui pourront être faits ci-après, se dispenser de le déclarer. Au sixième coin. — Il demande la mort, et cela n'est pas; il ne dira rien davantage. Au septième coin. — Il ne sait autre chose et il demande la mort. Au huitième coin et dernier de l'extraordinaire. — N'a dit autre chose. Attendu qu'il a souffert la question ordinaire et extraordinaire, a été délié et à lui ôté les brodequins, après quoi il a été porté et mis sur le matelas — S'il n'est pas vrai qu'il s'est mêlé de la fabrication, commerce et débit des poisons ? — Non. — Il ne lui sert de rien de s'obsliner comme il fait à ne pas re- connaître la vérité, et s'il veut obtenir de Dieu sa miséricorde, il doit déclarer la vérité de toutes choses qui sont de sa connaissance sur tous les faits dont il a été ci-devant interrogé et cejourd'hui, et exhorté de la déclarer. — Il n'a autre chose à dire que ce qu'il a dit au procès, et y persiste, et demande qu'on le fasse mourir*. (B. A.) FOSCARINl, AMBASSADEUR, A CONTARINI, POGE DE VENISE. S, M. a fermé, par une lettre de cachet, la chambre établie pour la recherche des poisons, en la remerciant des soins qu'elle a pris jusqu'à présent. On discourt librement sur la sévérité passée, et sur les causes qui l'ont amenée. Bien des particularités aussi cu- rieuses qu'importantes mériteraient d'être rapportées, si la pru- 1. Le soifj vers les six heures, Chaboissière fut pendu en place de Grève; M. de Lamet, son confesseur, cria à deux reprises aux assistants : « 11 vous demande à tous pardon du scandale qu'il a fait. » CADELAN. 109 dence ne prescrivait pas la réserve et ne commandait d'en remet- tre la relation à un autre temps *. (Arcu. de Venise ) {Traduit de F italien.) Paris, le 29 juillet 1682. LOUVOIS A M, DE BESMAUS. A Versailles, ce 29 juillet 1682. Depuis ce que je vous ai mandé des intentions du Roi à l'égard de la femme et des enfants de Cadelan, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle trouve bon que vous leur permettiez de le voir tous les jours, même que vous souffriez qu'ils mettent un valet avec lui pour le secourir dans ses infirmités. (A. G.) LOUVOIS A M. CHAUVELIN, INTENDANT DE FRANCHE-COMTÉ 2. A Versailles, ce 3 août 1682. J'ai reçu votre lettre du 30 du mois passé; étant fort important au bien public d'empêcher que Vanens n'ait aucune communica- 1. Le Roi avait envoyé la lettre de cachet le 21 juillet; la surprise du public dut être extrême en voyant la chambre se séparer définitivement sans avoir jugé des criminels comme Lesage et Guibourg, dont l'emprisonnement avait été opéré à grand bruit, parce que les magistrats et les ministres, ignorant alors leurs liaisons avec les personnes de la cour, n'avaient pensé qu'à imprimer une crainte salutaire à leurs complices. Il faut que les commentaires aient été bien violents pour que l'ambassadeur n'ose pas les coucher par écrit, sans doute parce que le secret de la poste et l'inviolabilité des courriers n'étaient pas mieux respectés pour les ambas- sadeurs que pour les simples particuliers. Quoi qu'il en soit, Louis XIV voulut que les travaux de la chambre reçussent une éclatante consécration; il rendit un édit, demeuré fameux, qui fut porté au parle- ment et registre le 30 août 1682. Colbert et la Reynie avaient rédigé, de concert, les dispositions principales; elles restèrent en vigueur jusqu'à la Révolution. Le Roi commençait par chasser de France tous les devins; il édictait la peine de mort contre les sacrilèges et les empoisonneurs en amnistiant les révélateurs. Il prescrivait les mesures à prendre pour réglementer la vente de l'arsenic, du réalgal, de l'orpiment et du sublimé, substances nécessaires à la médecine et à l'iodustrie. Les marchands domiciliés seuls purent les vendre aux personnes obli- gées de les employer, mais en inscrivant sur un registre les noms des acheteurs et la quantité vendue ; les substances nuisibles durent être toujours sous clef. Les médecins et les apothicaires eurent seuls désormais le droit d'employer les serpents, crapauds et vipères; à tous autres il fallut une permission spéciale, donnée par lettres du grand sceau, pour tenir un laboratoire de chimie. Ces dispositions, appliquées avec fermeté par des magistrats comme M. delà Reynie et M. d'Argenson, contribuèrent beaucoup à empêcher le retour des crimes que nous avons eu la tâche, souvent pénible, de mettre sous les yeux du lecteur. 2. Louis Chauvelin, seigneur de Grisenoye et de Chandenier, intendant de Franche-Comté depuis 1675, intendant de Picardie de 1684 à 1694, mort conseiller d'Eiat ordinaire le 30 juin 1719, âgé di soixante-dix-neuf ans. no MADAME POULAILLON. tion avec qui que ce soit, l'intention du Roi est que vous vous informiez de temps en temps si M. de la Barthe le garde avec les précautions que S. M. lui a ordonnées, et si qui que ce soit entre en commerce avec ce misérable, qui est un des habiles hommes pour faire du poison, et qui, pour s'insinuer auprès de ceux qui le gardent, ne manquera pas de leur promettre de les faire riches en leur apprenant le secret de la pierre philosophale. (A. 3.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE, A Versaille'î, !>> 12 août 1C82. Ayant à vous parler sur ce qui regarde les prisonniers qui sont à Vincennes et à la Bastille, je vous prie de venir dîner samedi à Meudon, oîi je vous expliquerai les ordres qu'il a plu à S. M. de me donner*. (A. G.) LOirVOIS AUX ADMINISTRATEURS DE LA MAISON DE SAINTE-MADELEINE, DITE DES PÉNITENTES d'aNGERS. A_ Versailles, le 17 août 1682. Le Roi ayant résolu de faire transférer la dame Poulaillon dans la maison des Filles pénitentes de la ville d'Angers, pour y être gardée sûrement jusqu'à nouvel ordre de S. M., je vous adresse la lettre que le Roi vous écrit sur ce sujet, à laquelle S. M. m'a commandé d'ajouter qu'elle veut bien faire payer 500 liv. par an pour la pension de la Poulaillon ; vous trouverez ci-joint l'ordon- nance nécessaire pour le payement de la première année ; et en m'écrivant tous les ans, deux mois auparavant le temps que vous devrez recevoir la pension, j'aurai soin de vous expédier une pa- reille ordonnance, et de vous la faire tenir. (A. G.) LOUVOIS A DESGREZ. A Versailles, le 18 août 1682. Je VOUS adresse l'ordre du Roi nécessaire pour tirer de la Bas- tille Guillaume Bosse, que le Roi désire que l'on enrôle dans une compagnie d'infanterie autre que celles du régiment des gardes; ainsi vous devez prendre soin de le donner à quelque capitaine 1. C'était sans doute afin de conférer avec M. de la Reynie sur les mesures à prendre pour achever de vider Vincennes et la Bastille. LBIAIRE. ni qui fasse présentement des levées à Paris, en prenant les précau- tions que vous jugerez à propos pour l'empêcher de s'évader. M. de la Reynie vous remettra un autre ordre pour la liberté de Lemaire, avec un billet pour toucher 130 pistoles de Laclos *, qui est i\ Paris. L'intention de S. M. est que vous conduisiez Lemaire jusqu'à Péronne, oîi vous lui remettrez les 130 pistoles, et lui expli- querez que c'est pour lui donner moyen d'aller voyager, que lo Roi lui défend de revenir dans le royaume sans sa permission expresse, qu'en vous écrivant tous les ans, vous lui ferez tenir pa- reille somme, et que même, s'il se gouverne bien, S, M. aura soin de lui ; mais que, s'il lui arrive de jamais écrire ni parler de ce qu'il a entendu pendant qu'il était à Vincennes, elle le fera arrêter et renfermer pour le reste de ses jours-. J'ai reçu votre lettre d'hier au soir, par laquelle je vois que vous n'avez pas exécuté les ordres que vous avez pour faire mettre en liberté plusieurs des prisonniers de Vincennes, parce que monsei- gneur le Dauphin était dans le parc; c'était une bonne raison pour vous en empêcher, mais le Roi désire que ces gens-là sortent au plus tôt ; vous me dites que ce sera au premier jour, je vous avertis que vous ne devez pas différer un moment à les faire tous élargir, sans vous en dispenser sous quelque prétexte que ce puisse être. (A. G.) LOTJVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 18 août 1682. Vous trouverez dans ce paquet tous les ordres que le Roi m'a commandé d'expédier pour la liberté de ceux des prisonniers de Vincennes et de la Bastille que S. M. trouve bon d'en faire sorlir ; lesquels vous ferez, s'il vous plaît, exécuter suivant ce qui y est porté des intentions de S. M., et ce que je suis convenu avec vous. Le paquet ci-joint pour Desgrez contient les ordres du Roi né- cessaires pour faire enrôler Guillaume Bosse dans une compagnie d'infanterie autre que celles du régiment des gardes, et pour con- duire Lemaire à Péronne, où il lui remettra 130 pistoles que Des- grez touchera d'un de mes gens à Paris, sur le billet que je vous 1. Premier valet de chambre de Louvois. 2. Ce Bosse était le fils de la femme Bosse, qui fut exécutée au début de la pro- cédure. Lemaire était frère de la Vertemard et avait été renfermé dans la môme chambre que Guibourg, dont il avait reçu les confidences. H2 M. DE TERMES. adresse pour lui remettre ; et il ordonnera à Lemaire, de la part du Roi, d'aller voyager jusqu'à nouvel ordre ; je vous supplie de rendre le tout à Desgrez. A Versailles, le 19 août 1682. Puisqu'il n'y a point d'inconvénient à remettre à M. de Termes les papiers qu'il vous demande concernant ses affaires domesti- ques, le Roi trouve bon que vous ordonniez au greffier de les lui remettre. A Versailles, le 25 août 1G82. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 20 de ce mois, avec le mémoire qui y était joint des prisonniers que vous proposez au Roi de faire retenir, et comme il s'en trouve jusqu'à la quantité de quatre-vingt-cinq, S. M. n'a pas jugé à propos de se charger de la garde et de l'entretien d'un si grand nombre de pri- sonniers, et a trouvé bon de me commander de vous renvoyer le mémoire, afin que vous l'examiniez encore et voyiez au juste à quoi cela se peut réduire ; c'est sur auoi j'attends de vos nouvelles. (A. G.) LODYOIS A M. CHAUVELIN, INTENDANT. A Versailles, ce 26 août 1682. Le Roi ayant jugé à propos d'envoyer dans le château de Saint- André de Salins quelques-uns 'des gens qui ont été arrêtés en vertu des décrets de la chambre qui a connu du fait des poisons, S. M. m'a commandé de vous faire savoir que son intention est que vous fassiez accommoder dans le château de Saint-André deux cham- bres, de manière que Ton puisse dans chacune y tenir en sûreté six de ces prisonniers, lesquels devront avoir chacun une paillasse dans le lieu où ils seront, et être attachés, ou par un pied ou par une main, à une chaîne qui sera attachée dans la muraille, laquelle aura néanmoins la longueur nécessaire pour ne les pas empêcher de se coucher; comme ces gens sont des scélérats qui ont mérité les derniers supplices^ l'intention du Roi est qu'ils soient ainsi atta- chés, de peur qu'ils n'insultent les gens qui seront commis à leur garde, et qui entreront et sortiront de leur chambre pour leur porter à manger et vider leurs ordures. L'intention de S. M. est aussi que vous fassiez accommoder MKMuiRt: m-: m. de la heyimk. ii3 deux pareilles chambres dans la citadelle de Besançon, en sorte que l'on y puisse encore garder sûrement douze des prisonniers. Vous observerez que ces chambres-là doivent être en un lieu où Ton ne puisse entendre ce que ces cens-là diront '. (A. G.) MÉMOIllE DE M. DE LA REVNIE. 27 août 1C82. La bonté du Roi et la sage prévoyance avec laquelle il dispose toutes choses, feront que ce qu'il lui plaira d'ordonner à l'égard des prisonniers qui restent à la Bastille et à Vincennes sera tou- jours ce qui peut être pensé et tout ce qui peut être fait de mieux dans une telle conjoncture, où S. M. a seule le droit de juger de l'intérêt particulier de ces malheureux et de celui du public. Sur les premiers ordres expédiés pour la liberté de quarante de ces prisonniers, le mémoire général avait été déjà examiné et ré- duit suivant l'intention et les vues de S. M. pour la sûreté publi- que, et il est à souhaiter pour cela même, beaucoup plus qu'il n'y a peut-être sujet de l'espérer, que plusieurs d'entre ceux qui sont sortis, et qui paraissaient être les moins dangereux, aient oublié leurs méchantes pratiques. Cependant, s'il plaît au Roi d'étendre sa grâce encore plus loin, et à d'autres de ces prisonniers, ceux à qui elle pourrait, ce sem- ble, être appliquée avec le moins de danger et d'inconvénient se- raient : L'abbé Sachi ; il est du bas Languedoc, il est prêtre sans condi- tion, sans subsistance, extrêmement chargé et accusé, et de divers endroits, sur le fait du poison, lié et en commerce intime avec plu- sieurs de ceux qui ont été exécutés, compagnon de l'abbé Seys- son, qui s'est absenté pour les mêmes causes; il est malade présen- tement; il prétend être parent du père Gaillard, jésuite -; peut-être pourraii-on le renvoyer en son pays par le moyen de ce religieux ; la difficulté est de savoir s'il convient, et même s'il se tiendra au lieu où il sera renvoyé. Lépreux, prêtre bénéficier de Notre-Dame, au sujet duquel; on 1. On voit avec quel soin Louvois se prémunissait contre les indiscrétions pos- sibles des prisonniers. 2. Honoré Gaillard, né à Aix en Iti'il, mort à Paris en 1727: c'était un prédica- teur distingué et un confesseur fort couru, 8 114 MÉMOIRE DE M. DE LA REYNIE. doit oser dire, lorsqu'on n'est plus juge, qu'il paraît être un étrange prêtre, par toutes les abominations dont il est chargé; il pourrait être enfermé à Saint-Lazare ou ailleurs, et subsister du revenu de son bénéfice. Trabot est un méchant paysan de Normandie, qui était absent de son pays, et qui a été pris à Versailles, en commerce avec la dame Chapelain ; on pourrait le renfermer à l'hôpital général. La Desponts a été autrefois sage-femme, elle est chargée de tous les mauvais commerces par ceux qui ont été exécutés, elle a de l'esprit et a été catholique, elle fait à présent profession de la R. P. R., elle fut arrêtée après s'être absentée de sa maison, et lorsqu'elle se disposait à passer en Angleterre, où son mari était déjà ; s'il convient, on peut la faire conduire en quelque port, et de là elle passera infailliblement en Angleterre. La Gaigncre est une femme qui sait beaucoup de secrets, elle a été la confidente et la correspondante de Bachimont, Yanens, Ro- mani; et de plusieurs autres, elle pourrait être mise à l'hôpital général. La Dufayet est une méchante femme, contre laquelle il y a plu- sieurs charges sur le fait du poison, et par ceux qui ont été exécu- tés, et par d'autres; elle est malade présentement; elle a 700 ou 800 écus entre les mains d'un homme de Paris, qui pourrait les remettre à l'hôpital général, s'il convenait de l'y enfermer. La Delespine est une femme chargée et suspecte, elle était compa- gne de la Chéron, elle était aussi bien qu'elle souvent à la suite de la cour, elle est de Normandie; on peut lui enjoindre de s'y reti- rer ou la mettre à l'hôpital général. La Alexandre est de la même trempe, elle est considérablement malade et hors d'état d'être transférée ; elle est de Saint-Seyne, en Bourgogne, elle y a des parents et du bien, à ce qu'elle prétend; elle y pourrait être renvoyée. Grémont est un artiste qui a travaillé avec Bachimont, Vanens, Blessis et autres, chargé, dangereux, sans emploi et sans moyen de subsister; peut être de même, s'il convient, enferm.é à l'hôpi- tal général. Pilastre, frère de celle qui a été exécutée, chargé, et de la qua- hté des autres; comme il a été dans une brigade des archers des gabelles et qu'il est assez bien fait, il pourrait être envoyé sur la frontière, et enrôlé dans quelque compagnie de cavalerie. On dit .MKMOIRE DE M. DE LA REYNIE. 115 qu'il parait louché, et qu'il prie Dieu régulièrement à la Bastille où il est. Cet expédient peut cire dangereux, mais il peut aussi réussir. Martin Bicq, Petit Charles, ce sont deux bergers, méchants, trouvés saisis de poison, et d'un très-mauvais commerce, l'un et l'autre valides, et capables d'être employés aux travaux; la garde en peut être difficile, et le commerce dangereux. La Drodelot, c'est la sœur de la Poligny, qui fut condamnée et exécutée pour l'empoisonnement de feu M. de Lescalopier; le commerce était commun entre les deux sœurs; celle-ci, appelée Aymée, a reconnu avoir travaillé en fausse monnaie, elle sait appa- remment quelque chose de plus; elle pourrait ôtre, s'il convenait, renfermée à l'hôpital général. Le jeune Tournet, ci-devant prisonnier avec Tournel, prêtre, sou frère, exécuté à mort, il y a quelques années, dès lors arrêté, en- core pour la deuxième fois, avec son frère; comme il a moins d'es- prit et de capacité que les autres, quoiqu'il ait travaillé avec eux, il pourrait être renvoyé au Cantal d'où il est, et où vraisemblable- ment il ne demeurera pas, ayant épousé à Paris une misérable blanchisseuse, qui est une de celles que le Roi, en dernier lieu, a fait mettre en liberté. Dalmas, aveugle, engagé, lié de commerce avec Vanens, la Cha- boissière, etc., accusé de plusieurs empoisonnements, trouvé saisi de véritables poisons préparés, pourrait être, à cause qu'il est aveu- gle, enfermé à l'hôpital général. Il est impossible, en rappelant en sa mémoire tout ce qu'on a vu sur ces misérables aifaires, de s'empêcher de faire cette réflexion, que c'est peut-être une étrange précaution, et qu'il y a un grand danger, et peut-être aussi un grand mal, à mettre ces sortes de gens à l'hôpital général, où il est si aisé de communiquer toutes ces horribles pratiques dont le Roi, par sa piété, par sa justice et par sa bonté, a cherché à délivrer son peuple et ses sujets. Tout ce que le Roi a fait jusqu'ici pour cela, avec tant de soin et d'application, et avec une si grande dépense, fait oser dire en cette occasion que S. M. continuera de faire une grande aumône et une grande cha- rité au public, quand il voudra bien être toujours chargé de taire nourrir ces malheureuses personnes qui n'ont eu, pendant qu'elles ont été libres, d'autre profession et d'autre emploi pour vivre que celui de faire périr des hommes, ou d'enseigner des crimes encore 116 MADAME POULAlLLOiX. plus horribles et plus odieux que les empoisonnemenls. Au nom- bre de ces personnes, il y en a vingt de celles qui ont été jugées, et que le Roi a bien voulu faire retenir, ayant été informé dans les temps que les juges avaient estimé cette précaution nécessaire pour l'intérêt du public, et qu'ils n'avaient pas eu le pouvoir de l'ordonner (Le reste manque.) (B. S.) LOUVOIS A M. DE LA FEIUIONAIE. A Versailles, le 31 août IC82. Le Roi ne voulant pas continuer à faire autant de dépense qu'il en a été fait à présent, pour la nourriture des prisonniers qui sont restés à Vincennes, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que vous régliez leur subsistance sur le pied de 20 sols par jour pour chacun, à commencer du premier jour du mois prochain. (A. G.) LOUVOIS A M. LEMASSON. A Cliambord, le 1'' octobre 1682. J'ai reçu votre lettre du 20 du mois passé ; l'intention du Roi est que la dame Poulaillon, que S. M. a envoyée dans le couvent des Filles pénitentes d'Angers, soit traitée comme toutes les autres qui sont dans cette maison, puisque le Roi ne l'y a fait renfermer que pour y être mortifiée et faire pénitence de sa vie passée. (A. G.) LOUVOLS A M. DE LA REÏNIE. A Fontainebleau, le 21 octobre 1682. La Dufayet devant être conduite à Lyon, pour y être enfermée dans l'hôpital général, où il sera bon qu'elle n'ait pas à sa dispo- sition les 700 ou 800 écus que vous m'avez mandé qui sont entre les mains de quelqu'un à Paris, il serait nécessaire qu'il vous plût d'ordonner à ce dépositaire de les envoyer aux administra, teurs de l'hôpital général, pour lui aider dans ses nécessités. (A. G.) MADAME DE VILLEDIEU. 417 I-OrVOIS A l'ARCIIEVÊOL'E de LYON*. A Fontainebleau, le 21 octobre 1C82. Le prévôt de Pontoisc est chargé de conduire à Lyon Gaignière et Dufayet, qui sont depuis longtemps prisonnières à Vincennes, pour Ctrc enfermées dans l'hôpital général, et leur ôter par ce moyen le commerce qu'elles avaient avec quantité de gens accusés de vivre de poison ; c'est ce qui m'oblige de vous en donner avis, afin qu'il vous plaise d'ordonner qu'on ne les laisse point sortir de l'hôpital, et d'avertir les administrateurs qu'il leur doit être en- voyé, par les soins de M. de la Reynie, une somme de 700 ou 800 écus qui appartient à Dufayet, dont ils pourront l'aider dans ses nécessités. (A. G.) LOUVOIS A M. d'AUTICHAMP '-. A Versailles, le 26 novembre 1682. J'ai reçu votre lettre du 18 de ce mois ; la dame Poulaillon, que le Roi a fait conduire aux Filles Repenties de la ville d'Angers, doit y vivre comme toutes celles que l'on y tient le plus sévère- ment; et il me semble que j'avais mandé assez clairement les in- tentions de S. M. à M. Masson, qui proposait un relâchement en sa faveur, pour être surpris de voir que l'on fasse encore la moindre difficulté sur cela. (A. G.) LOUVOIS A l'ABBESSF DE CHARLY. A Versailles, le !i décembre'1682. J'ai reçu votre lettre du \[) du mois passé ; il est juste que vous soyez payée de la pension de la demoiselle de Villedieu, que le Roi a fait mettre dans votre maison, et ceux qui se mêlent de ses afiaires y pourvoiront entre ci et dix ou douze jours. (A. G.) 1. M. de Villeroy, archevêque de Lyon, gouvernait la province avec un pouvoir presque absolu pour le temporel comoîe au spirituel; au lieu de lui commander, les intendants recevaient ses ordres. 11 avait soûl conservé l'autorité que Louis XIV avait ôtée à tous les autres gouverneurs. 2. Charles de Beaumont, seigneur d'Autichamp, maréchal de camp et gouver- neur du château d'Angers, né eu 1621, mort le 8 juin 1G92. 118 ÉVACUATION DE VINCENNES. DE LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 8 décembre 1C82. J'ai expédié tous les ordres du Roi nécessaires pour faire sortir les prisonniers de Vincennes et de la Bastille qui ne doivent pas être enfermés, suivant le projet que vous m'avez envoyé, et commue depuis que je l'ai reçu il y a eu quelques prisonniers qui sont morts, je vous prie de m'adresser au plus tôt un état contenant les noms de ceux qui doivent être conduits dans les places que vous savez, les mettant dans un tel ordre que je puisse distinguer ceux qui doivent être gardés ensemble d'avec ceux qui ne le doivent pas être, et aûn que vous puissiez en faire le partage plus juste, vous observerez, s'il vous plaît, qu'on a préparé des lieux pour les gar- der à Belle-Isle, au fort de Saint-André de Salins, au château de Villefranche, au château de Salces, et au fort des Bains qui est en Cerdagne. Ce mot n'est que pour accompagner les ordres du Roi que j'ai expédiés pour faire mettre en liberté Trabot et Tournet le cadet, ceux nécessaires pour faire conduire la Alexandre à Saint- Seyne, Grémont et la Lespine à l'hôpital général de Rouen, la dame Baliron au Refuge de Dijon, le prêtre Lépreux à Saint- Lazare, pour faire enrôler Pilastre, lesquels doivent être exécutés par Desgrez. Vous remettrez, s'il vous plaît, en même temps à Au- zillon les ordres ci-joints pour conduire à l'hôpital général de Tours Martin Bicq, Petit Charles, la Drodelot et Dalmas. (A. G.) ORDRE DU ROI DU 15 DÉCEMBRE 1682. s. M. ordonne au sieur Auzillon, de la compagnie du prévôt de l'Ile de France, de se transporter, incontinent du présent ordre reçu, dans ses châteaux de la Bastille et de Vincennes, pour, en vertu des lettres ci-jointes que S. M. a écrites à ceux qui comman- dent, en retirer Terron, Bertrand, Lefranc, prêtre, Rabel, Vautier, la Marottière, Chedeville, Dufos, la Tour, du Mesnil, Turet, Lemei- gnan, la Frace, André Bault et Lacoudraye, la Petit, la Faure, la Duclos, la Henart, la Guesdon, la Jacob, la de Refuge, la Cha- pelain, la du Soulcie et la Doublet, et les mener et conduire sous bonne et sûre garde, savoir : Terron, Bertrand, Lefranc, prêtre, Rabel, Vautier, la Marottière, Chedeville, Dufos, la Tour, du Mes- nil, Turet, Lemeignan, la Frace, André Bault et Lacoudraye dans ÉVACUATION DE LA BASTILLi:. Il'J le château de Salées ; Petit, Faure, Duclos, Ilenart et Guesdon dans le fort des Bains ; Jacob, de Refuge, Chapelain, du Soulcie, Doublet dans son château de Villcfranche; où ils seront reçus en vertu des lettres ci-jointes que S. M. écrit aux commandants des- dits forts et châteaux; mande et ordonne S. M. à tous ses officiers et sujets de donner au sieur Auzillon toute aide, assistance et main-forte, et aux geôliers des prisons des lieux par où il passera de lui prêter, s'ils en sont par lui requis, si besoin est, pour l'exé- cution du présent ordre. Ordre du môme jour à Auzillon, pour conduire à Belle-Isle la Deslauriers, la Pelletier, la PouUain, la Delaporte, la dame Chape- lain, la demoiselle Robert, la Voisin, la Bellefeuille, Catherine Le- roy, la Poignard, la Callet et la Marescot. (A. G.) LOUYOIS A M. CHAUVELIN, INTENDANT. A Versailles, le 16 décembre 1682. Les prisonniers que je vous ai mandé, par ma lettre du 26 août dernier, qui devaient ôtre envoyés dans la citadelle de Besançon et au fort Saint-André, partiront incessamment de Paris, sous la conduite du sieur Desgrez ou de l'un de ses officiers, pour être transférés dans ces deux places, savoir: onze hommes dans la cita- delle de Besançon, et treize femmes dans le fort de Saint-André, dont les noms sont dans le mémoire ci-joint. Je vous prie, d'expliquer h M. le chevalier de Moncault et à M. de la Barthe que, comme ce sont tous gens fort entreprenants, ils doi- vent être gardés avec beaucoup de précaution, et traités fort sévè- rement sur le moindre sujet qu'ils en donneront, en sorte que s'ils s'échappent en quoi que ce puisse être^ le châtiment qu'ils en rece- vront les oblige à se contenir ; surtout recommandez, s'il vous plaît, à ces messieurs, d'empêcher que l'on n'entende les sottises qu'ils pourront crier tout haut, leur étant souvent arrivé d'en dire touchant madame de Montespan, qui sont sans aucun fondement, les menaçant de les faire corriger si cruellement au moindre bruit qu'ils feront, qu'il n'y en ait pas un qui ose souffler '. Vous direz, s'il vous plaît, à ces messieurs, que le Roi leur fera payer dix sols par jour pour chacun de ces prisonniers, sur quoi il 1. On voit encore avec quelle prévoyance Louvois allait au-devant des révéla- tions possibles des prisonniers. ^20 l.ACOUnRÂYE. faut qu'ils prennent le salaire de ceux qui les serviront et qui leur accommoderont à manger. Vous visiterez, s'il vous plaît, ces prisonniers une fois par mois, pour voir en quel étal ils seront, et me manderez des nouvelles de ce qui se passera à leur égard. Il sera bon que vous avertissiez M. de Moncault qu'il y a Ro- mani, qui est plus vigoureux et adroit que les autres, afin qu'il le fasse veiller de plus près. Je crois qu'il est inutile de vous faire observer que les femmes doivent être servies et soignées par d'autres femmes, afin que le commerce que des hommes pourraient avoir avec quelqu'une des prisonnières ne les leur rendît pas favorables pour leur évasion. Vous observerez aussi que ces gens-là ne doivent avoir com- merce avec qui que ce soit, et que même aucun officier ni soldat de la garnison ne doit savoir leurs noms. (A. G.) LODYOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 22 décembre 1682. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 20 de ce mois; vous verrez par les ordres du Roi que je vous renvoie, que S. M. a ordonné que Lacoudraye soit conduit en Roussillon, avec les autres prisonniers que l'on y doit mènera Vous trouverez ci-joint l'arrêt du conseil, que j'ai expédié pour faire reconnaître le scellé, et procéder à l'inventaire des effets de feu Gadelan et de sa femme -. (A. G.) SEIGXELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 22 décembre 1682. Monsieur, M. l'abbé Faure ayant présenté sa requête à M. Cho- pin, lieutenant criminel, tendant :i faire informer contre son fils sur les cas dont il a été accusé en la chambre royale, S. M. m'a ordonné de vous écrire pour savoir de vous s'il n'y a point d'incon- vénient que les procédures faites en la chambre soient portées au grefl'e du Châtelet de Paris. (A. N.) 1. II est probable que ce prisonnier est l'amant de la Pilastre, sur lequel on n'avait pu mettre la main d'abord, et dont M. de la Reyiiie aura fait supprimer les interrogatoires trop compromettants pour les dames de la cour. 2. Il s'agit sans doute de quelque parent d^» Cadelan, puisque ce prisonnier e"^! porté comme envoyé à Besançon en lf)83. M. ET MADAME DE BACHIMONT. l!?l LOUYOIS A ^^. ciiauyelin. A Versailles, le 29 décembre 1G82. J'ai reçu voire lettre du 24 de ce mois; vous vous souviendrez de ni'écrire, un mois devant Pâques, de la proposition que vous me faites, d'envoyer quelque religieux ou ecclésiastique dans la citadelle de Besançon et au fort Saint-André, pour exhorter les prisonniers qui y sont et ceux que l'on y doit mener, et en ce temps-là je vous adresserai l'ordre du Roi. A l'égard de Bachimont et sa femme, je mande à M. le cheva- lier de Moncault que S. M, trouve bon qu'il les mette ensemble, et qu'il les fasse confesser deux fois l'an ; observant que ce ne soit pas par le même confesseur ni du même ordre. Ce mot n'est que pour vous donner avis que Desgrez a ordre de conduire au château Saint- André une prisonnière, mademoi- selle Lagrange ', qui doit être gardée de la même manière que celles portées par le mémoire que je vous ai ci-devant adressé ; vous en donnerez, s'il vous plaît, avis ;\ M. de la Barthe, afin qu'il se conforme à l'intention de S. M. (A. G.) LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 2 janvier 1G83. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire hier, avec les deux mémoires qui y étaient joints, sur l'un desquels j'ai expédié les ordres que je vous adresse pour faire transférer en Roussillon Montemajor, Oudot et Bartes? parce qu'il n'y a point de place pour eux dans les chambres qui ont été préparées en Franche-Comté. A l'égard du mémoire de la distribution des prisonniers de Belle-Isle, je ne lai point adressé à M. de Louvat, parce que, comme il n'y a eu que deux chambres préparées à Belle-Isle, elles ne peuvent pas être partagées en cinq comme vous le proposez, et je vous renvoie le mémoire, afin que vous les sépariez en deux, de la manière que vous le jugerez ;\ propos. (A. G.) 1. On ne sait pas ce que peut être cette prisonnière, dont il est fait mention ici pour la première fois. 122 RÉGIME DES CONDAMNÉS. LOUVOLS A M. DE LOUVAT ' . A Versailles, le li janvier 1683. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 26 du mois passé ; le Roi approuve que, dans une grande né- cessité, vous fassiez visiter par le chirurgien-major de Belle-Isle les prisonnières que S. M. y fait conduire, et que vous les lassiez confesser par un prêtre sage, à Pâques seulement, ou en cas de péril évident de mort. S. M. approuve aussi que vous fassiez four- nir aux prisonnières, outre leurs paillasses, des draps et des cou- vertures pour les coucher. (A. G.) LOUVOIS A M. C II AU VELIN. A Versailles, le 9 janvier 1683. Le Roi se remet à M. de la Barthe de faire enchaîner ou non les femmes qui doivent être enfermées dans le fort de Saint-André de Salins, c'est-à-dire que, si elles font la moindre peine, il doit les faire enchaîner, et si elles sont sages, il peut ne le pas faire, pourvu qu'il réponde de leur sûreté. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LOUVAT. A Versailles, le 10 janvier 1683. Le Roi trouve bon que vous fassiez garnir les lits de vos prison- nières, chacun un matelas, draps et couvertures, même que vous fassiez ouvrir le trou qui donne jour au lieu où elles sont, autant que cela se peut accommoder avec la sûreté de leur garde. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 22 janvier 1683. Ce que vous m'avez dit au sujet de Vanens est véritable, il n'a pas été envoyé aux galères 2. (A. N.} 1. Claude de Louvat, maréchal de camp, commandant à Belle-Isle, mort le 16 avrill693. 2. Ces deux lignes montrent la mésintelligence qui existait entre Colbert et Louvois; celui-ci n'avait pas daigné avertir son collègue qu'il avait, sur l'ordre du Roi, fait détacher un galérien pour le transférer ailleurs; le Roi l'avait peut-être ainsi commandé, pour mieux dissimuler aux complices présumés où était la prison de Vanens. BICQ ET PETIT CHARLES. 123 LOUVOIS A M. DE LA REVNIE. A Versailles, ce 24 janvier 1683. Je vous pnvoie une lettre d'un des administrateurs de rh(>pital général de la Charité de Tours, par laquelle et le procès-verbal qui y est joint, vous verrez que Bicq et le Petit Charles, qui y ont été envoyés, se sont sauvés ; je vous supplie de me mander, en ren- voyant ces papiers, si vous croyez qu'il y ait quelque diligence ù faire pour trouver ces gens-là, et si vous jugez qu'il soit fort im- portant de ne les pas laisser en liberté. A Versailles, ce 27 janvier 1683. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 25 de ce mois; s'il est aussi important que vous le dites de se saisir de Bicq et Petit Charles, je vous supplie de donner ordre à Des- grez de faire les diligences nécessaires pour les reprendre, en cas qu'ils paraissent dans Paris. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LOUVAT. A Versailles, le 31 janvier 1G83. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 24 de ce mois; vous ne devez point faire entendre la messe aux pri- sonnières qui ont été amenées à Belle-Isle, mais seulement les faire confesser et communier, lorsqu'il y aura péril imminent de mort. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 1" février 1G83. M. de Louvat, en me mandant que la Marescot est morte, m'a envoyé le mémoire ci-joint, que je vous adresse, afin que me man- diez si vous croyez qu'il y ait quelque chose à faire sur ce qu'il contient. A Versailles, le 9 février 1683. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, le G de ce mois, sur laquelle j'ai pris l'ordre du Roi, pour expédier ceux de S. M. nécessaires pour envoyer à Villefranche la Duval, et je vous l'adresse, afin qu'il vous plaise de le faire exécuter par Auzillon. (A. G.) 154 I.ESAGE. LOUYOIS A DESGREZ. A Versailles, le Il'i février 1G83. J'ai reçu votre lettre d'aujourd'hui, sur laquelle j'ai fait expé- dier les ordres du Roi, pour faire remettre à Auzillon et transfé- rer à Salces la Marlonnière ; je vous les adresse, afin que vous pre- niez soin de les rendre à Auzillon, et qu'il puisse les exécuter. (A. G.) LOUYOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 16 février 1083. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 13 de ce mois, de laquelle ayant rendu compte au Roi, S. M. m'a commandé d'expédier ses ordres pour faire transférer à la Bas- tille la Golignon, lesquels je vous adresse, afin qu'il vous plaise de les faire exécuter. (A. G.) SEIGNELAY A M. DELÂFONT, COMMISSAIRE DES GALÈRES. Versailles, le 17 février 1683. S. M. veut que le nommé Blessis soit gardé avec la dernière exnctifude, et qu'il soit retenu sur la Réale, où il est à présent, sans qu'il lui soit permis d'aller à terre (A. M.) LOUVOIS A M. DE MONCAIJLT ^ A Versailles, le O avril 1683. J'ai VU la lettre que vous m'avez écrite le dernier du mois passé....; je vous remercie de l'avis que vous m'avez donné de ce que vous a dit Lesage, qui depuis longtemps fait le métier d'un fripon ; aussi le discours qu'il vous a tenu ne mériterait pas une longue attention, s'il n'y avait point mêlé la personne du Roi ; mais, comme l'on ne peut sur ce sujet rien négliger sans se rendre criminel , il est bien à propos que vous lui ordonniez de vous expliquer ce qu'il a voulu vous dire, et que s'il voulait en faire dif- ficulté, vous l'y obligiez en le mettant au pain et à l'eau, et en le faisant bien étriller matin et soir, jusqu'à ce qu'il se soit résolu à 1. Louis de Fabry, comte de Moncault, lieutenant de Roi de Besançon en 167^, commandant de la citadelle par ordre du 28 décembre 1677, gouverneur et maré- chal de camp en 1681, mort le 28 septembre 1717. DALMAS. l2o vous dire la vérité. Vous ne sauriez agir trop durement envers ce fripon-là, qui pendant tout le temps qu'il a été à Vincennes n'a pu jamais dire un mot de vérité ; vous m'informerez, s'il vous plaît, de tout ce qui se passera entre vous et lui '. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REÏ.NIE. A Versailles, le 20 avril 1683. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrirc le 11 de ce mois. S. M. m'a commandé d'écrire à l'intendant de Touraine d'entendre les administrateurs de l'hôpital général de Tours sur la liberté qu'ils ont donnée à Dalmas, au préjudice des ordres du Roi, de faire un procès-verbal de ce qu'ils diront et de me renvoyer; cependant, S. M. a trouvé bon que j'expédiasse les or- dres ci-joints pour arrêter Dalmas, Petit Charles et Martin Bicq, les- quels le Roi fera conduire dans un autre hôpital, lorsque S. M. saura par vous que ses ordres auront élé exécutés A l'égard des nommées Alexandre et Lefèvre, vous trouverez ci-joints ceux que vous demandez. A Versailles, le 3 mai 1683. J'ai écrit aux administrateurs de l'hôpital de Tours, sur la liberté que Dalmas vous a assuré lui avoir été donnée par les ad- ministrateurs, ce qu'ils m'ont répondu être entièrement faux, et qu'au contraire il s'est sauvé de l'hôpilal, quoiqu'ils eussent donné tous les ordres qui dépendent d'eux pour l'en empêcher ; sur quoi S. M. étant bien aise de savoir la vérité, elle m'a commande de vous faire savoir qu'elle désire que vous l'interrogiez sur son évasion et essayiez de tirer de lui quelles en sont les circonstances, afin que S. M. puisse connaître qui de lui ou des administrateurs a dit la vérité. (A. G.) LOLYOIS A M. C UAL VELIN. A Foiitaiuebleaii, le 31 août 1683. Le Roi ayant résolu d'envoyer dans la citadelle de Besançon, Cadelan, Dalmas, Petit Charles, Martin Bicq, les nommées Alcxan- i. Loin ois n'avait pas toujours témoigné le même dédain pour les déclaralions de Lesage, et il avait élé de sa personne, à Vincennes, l'entendre et lui promettre l'indulgence du Roi ; ce misérable le crut et fit des révélations trop sincères et trop détaillées contre madame de Montcspan. Ses aveux le sauvèrent de la potence, mais lui valurent la prison pour le reste de ses jours. 126 CHEVALIER D'HAN.MVEL. dre et Lefèvre, je vous prie de voir avec M. Moncault où on les pourra mettre, et de lui faire entendre qu'on ne saurait tenir Cade- lan en lieu trop sur ni trop sévèrement, parce qu'il est extrême- ment mauvais et capable de tout entreprendre. S. M. fera aussi conduire au fort Saint-André la Parterre, la Colignon et maître Pierre ; concertez, s'il vous plaît, avec M. de la Barthe ce qu'il a à faire pour les mettre sûrement, et vous lui ferez entendre que ces prisonniers doivent être gardés aux mêmes conditions que ceux qui y sont déjà. (A, G.) LOUVOIS AU CHEVALIER DE LORRAINE. A Fontainebleau, du 31 août 1683. Le Roi m'a commandé de vous avertir que le chevalier d'Hani- vel, contre lequel il y a eu plusieurs décrets de la Chambre de l'Arsenal, est au Palais-Royal dans la chambre de M. Mannevillette', son parent, et que S. M. sera bien aise que Monsieur donne ordre qu'on ne lui donne plus de retraite au Palais-Royal. Je vous sup- plie, en rendant compte à S. A. R. de l'ordre que j'ai reçu, de lui faire un peu ma cour. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA BARTUE. A Versailles; le 4 novembre 1G83. Ce mot est pour vous donner avis que M. de la Fond, qui va relever M. Chauvelin, a ordre du Roi de voir M. de Bachimont et de l'entendre sur le dernier paquet qui était adressé à M. de Duras, que vous m'avez envoyé, afin que vous ne fassiez point difficulté de laisser voir M. de Bachimont et sa femme à M. de la Fond; vous observerez seulement de ne leur point faire savoir que M. de la Fond soit intendant de la province, parce quïl est bon de leur laisser croire qu'il a été envoyé exprès pour savoir ce qu'ils ont à dire. (A. G.) LE MEME A M. CUAUVELLN. A Versailles, le 5 novembre 1683. M. le chevalier de Moncault me mande qu'il y a une des prison- nières qui ont été amenées dans la citadelle de Besançon qui fait 1. Adrien de Hanivel, seigneur de Mannevillette, marquis de Crevecœur, secré- taire des commandements de Monsieur. On voit que la maison de Monsieur était un lieu suspect, et le refuge des criminels et des gens de débauche. M. ET MADAME DE BACIHMONT. 127 beaucoup de bruif, et qu'il serait nécessaire de la mettre ailleurs, pour ciiipecher les cadets d'entendre toutes les sottises qu'elle dit; le Roi ayant jugé à propos de la faire transférer au fort Saint- André, il est nécessaire que vous y fassiez préparer un endroit pour la recevoir et que vous l'y fassiez conduire. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA FOND '. A Versailles, le 28 novembre 1683. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'ccrirc le 18 de ce mois, par laquelle S. M. a été informée de ce qui s'est passé entre vous et M. et madame de Bacbimont, et de l'opinion que vous avez qu'ils sont extrêmement méchants et n'ont rien à dire ; vous verrez, par la copie qui sera ci-jointe de la lettre que j'écris à M. de laBarthe, ce que le Roi a ordonné pour leur sépara- tion et pour leur punition en cas qu'ils continuent à crier. Je vous adresse la commission nécessaire pour instruire leur procès, de laquelle S. M. désire que vous ne vous serviez que pour les intimider et essayer, en leur faisant appréhender un jugement que vous ne rendrez point, de les obliger à dire s'ils savent quel- que chose touchant la conspiration dont ils ont parlé, que S. M. croit n'être qu'une invention qu'ils ont imaginée pour se rappro- cher de Paris. Vous me mettrez, s'il vous plaît, en état de rendre compte à S. M. de ce que vous ferez en exécution de ladite com- mission. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA BARTIIE. A Versailles, le 10 décembre 1683. J'ai reçu votre lettre du 3 de ce mois, par laquelle j'ai vu ce qui s'est passé dans la conversation que vous avez eue avec M. et ma- dame de Bachimont après les avoir séparés. Vous pouvez déclarer à la femme, que si elle veut dire la vérité sur ce qu'elle sait de la conspiration qu'il y a eu contre le Roi, et en donner des preuves, elle peut s'assurer qu'ils seront protégés de S. M., et que je ferai ce qui dépendra de moi pour leur avantage ; vous pouvez môme lui montrer ma lettre pour la mieux persuader de ce que je vous mande de lui dire sur ce sujet. (A. G.) 1. Claude de la Fond, seigucur de la Beuvrièi-c, maître des requêtes, d'une Tamille de Paris. 128 CADtLAN. LOLYOJS A M. DE L.V FOND. A Versailles, le 31 décembre 1683. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 26 du mois passé, avec les interrogatoires de M. et madame de Bachi- mont qui y étaient joints; ce qu'ils ont dit faisant voir leur mau- vaise foi, l'intention du Roi est que vous cessiez de les interroger, et qu'en les laissant longtemps séparés l'un de l'autre on leur fasse faire pénitence de leur imposture. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 15 mars 168/i. Je vous adresse une lettre de M. de Manse, lieutenant de Roi de Salces, par laquelle vous verrez que Jean Lacoudraye, qui y était prisonnier, est mort le 23 du mois passé, de quoi j'ai cru devoir vous donner avis. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYME. A Versailles, le 4 septembre 1684. Je vous envoie un placet du sieur de la Mesnardière. par lequel il demande que des procédures que vous avez faites contre Margue- rite Voisin, et sur lesquelles il n'a été rien prononcé, soient remises à M. le procureur général, pour être jointes au procès pendant au Parlement, S. M. désirant savoir de vous si ces procédures peuvent être données *. (.\. N.) LÙUVUIS A M. DE LA REY.NIE. A Cliambord, le 30 septembre 1684. Ce mot est pour vous donner avis que Cadelan est mort, afin que vous puissiez faire avertir sa famille, si vous le jugez à propos, et lui faire donner en môme temps la bague ci-jointe, qu'on lui a trouvée au doigt. {A. G.) 1. La Voisin avait laissé des enfants en bas ùge, et dont il est à peine question dans le procès; tout porte à croire que l'héritage de leur mère, qui devait être con- sidérable, était devenu l'objet d'un procès porté devant le Parlement. VICOMTESSE DR J'OI.IG.N'AC. 129 LODVOIS A M. DE LOUVAT. A Versailles, ce 24 novembre 1684. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 10 de ce mois; le Roi trouve bon que tous les ans à Pâques, et point davantage, vous fassiez confesser les prisonniers qui sont dans la citadelle de Belle-Isle, mais S. M. vous recommande de choisir pour cet effet un ecclésiastique de la fidélité duquel vous puissiez répondre. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 28 décembre 1G84. Ce mot est pour vous donner avis que j'apprends par des lettres de Belle-Isle que la Pelletier y est morte le 10 de ce mois. (A. G.) LOUVOIS A l'aBBESSE DE CUARLY. A Versailles, le 20 mars 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 24 de ce mois; je l'ai communiquée aux parents de la dame de Ville- dieu, qui ont été surpris de voir que vous sollicitiez le payement de ses pensions, qu'ils prétendent justifier par vos quittances avoir payées et au delà ; à quoi il n'y a guère d'apparence qu'ils n'aient pas satisfait, puisque la dame de Villedieu a été en état de faire pendant sa vie et en mourant tant de bienfaits à votre maison. CA. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le l^r avril 1685. Je vous adresse un placet que la vicomtesse de Polignac a pré- senté au Roi ; je vous prie de me mander votre avis sur ce qu'il con- tient, et de me faire savoir en quel état étaient les poursuites que l'on a faites contre elle, et quelles preuves il y avait quand elle s'est retirée*. (A. G.) 1. Le Roi ferma les yeux sur le retour de cette dame en France, mai- il ne lui permit jamais de demeurer à Paris ni à Versailles; elle resta dans ses terres, en Auvergne. Apiès la mort de Louis XIV, le Régent se montra plus indulgent, et son exil fut enfin levé. 9 130 COMTE DE CASTELMELHOR LOUVOIS A M. LA FOND. A Versailles, le 11 avril 1685. J'ai reçu vos lettres des 3 et 6 de ce mois; le Roi approuve que l'on fasse confesser à Pâques tous les prisonniers qui sont dans la citadelle de Besançon et au fort Saint-André de Salins, mais S. M. vous ordonne de choisir pour cet effet des confesseurs de la fidélité desquels vous puissiez répondre, et approuve que vous fassiez savoir à M. de la Barthe que son intention est qu'il se tienne dans la chambre du sieur de Bachimont pendant qu'il se confessera. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 13 avril 1685. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 5 de ce mois, avec les papiers qui l'accompagnaient touchant ma- dame de Polignac ; j'en ai rendu compte au Roi, qui n'a pas jugé à propos d'accorder à cette dame ce qu'elle demande. (A. G.) AMELOT, AMBASSADEUR EN PORTUGAL, AU ROI. Le comte de Castelmelhor ' arriva mardi à Cascais sur un vais- seau anglais, et il en repartit mardi pour se rendre à la terre de Pombar, qui lui a été marquée par le Roi dom Pedro pour le lieu de sa demeure; il a reçu des présents considérables du Roi et de la Reine douairière d'Angleterre ; les deux fils qui sont revenus avec lui vinrent avant-hier saluer l'infante. (B. N.) 2 décembre 1685. SEIGNELAY A M. BEGON ", INTENDANT DE LA MARINE. A Versailles, le 6 janvier 1686. S. M. a été informée que Poculot dit Blessis, qui s'est fait catholi- que, et qui est aux galères depuis plusieurs années, fait quelques 1. Castelmelhor, dont il a été souvent question à propos de la mort du duc de Savoie, était depuis longtemps retiré en Angleterre; il assista à la mort de Charles II, et ce fut lui qui amena le prêtre catholique qui administra l'extrôme- onction au roi d'Angleterre. 2. Michel Begon, né à Blois le 27 décembre 1638, trésorier de la marine à Toulon en 1677, commissaire-général de la marine à Brest en 1680, intendant des îles françaises de l'Amérique en 1683, intendant des galères à Marseille en 1685, inten- dant de la marine de Rochefort en 1688, et de la Rochelle on 1694, mort à Roche- fort le 4 mars 1710. COMTESSE DE SOISSONS. !3i diligences pour obtenir sa liberté, mais comme elle ne veut point la lui accorder, il faut que vous recommandiez aux argousins et sous- argousins de prendre bien garde que cet homme ne s'évade, et qu'il ne soit point détaché de la chaîne pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit. (A. M.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le IG janvier 1686. Je vous fais ce mot pour vous donner avis de la mort du prêtre Guibourg, qui était prisonnier dans la citadelle de Besançon. (A. G.) SEIGNELAY A MADAME DE POLIGNAG. Il mars 1G86. J'ai rendu compte au Roi de la soumission avec laquelle vous aviez reçu l'ordre qui vous a été porté de la part de S. M., et sur ce que j'ai représenté à S. M. que vous aviez besoin de quelques jours pour vous mettre en état de partir, elle m'a fait réponse que son intention était que vous sortiez de Paris dans le temps qui vous a été prescrit. (B. N.) WILLIAM TRUMBULL AU COMTE DE ROCHESTER, LORD PRÉSIDENT DU CONSEIL. Paris, le 9 mars 1686. Mylord, j'ai eu l'honneur de recevoir hier la lettre de S. M. * en faveur de madame la comtesse de Soissons ; je n'avais pas encore remis celle de la Reine, ainsi je les présenterai toutes deux à la fois. Les choses ont cependant beaucoup changé de face au sujet de celte affaire. S. M. très-chrétienne étant encore indisposée, quoique beaucoup mieux portante ^, je vous prie humblement de m'excuser si je prends la liberté de faire quelques observations sur cette affaire, de les soumettre à Leurs Majestés et d'attendre leur bon plaisir et leurs ordres au sujet de la remise de ces let- tres. La comtesse de Soissons s'est embarquée dernièrement à Rotter- dam, et s'en est allée en Espagne. Elle a écrit ici que M. le prince 1. Jacques II, mort à Saint-Germain, le 16 septembre 1701, à soixante-liuit ans. 2. Le hoi venait de se faire opérer d'une tumeur douloureuse qui lui était sur- venue au dedans de la cuisse. 132 COMTESSE DE BOISSONS. Eugène, avant de passer en Hongrie, avait été obligé de se rendre à Madrid pour remercier S. M. catholique des faveurs signalées qu'il en avait reçues pendant la dernière campagne, aussi bien que pour les obligations qu'elle avait elle-même contractées envers le roi d'Espagne pendant son séjour en Flandre ; ce qui lui avait fait sai- sir l'occasion d'accompagner son fils, afin de remercier en per- sonne le Roi K Ici ce procédé a extrêmement déplu à la cour. On le considère comme un projet d'intrigue contre les intérêts de la France, et comme une marque du mécontentement de la comtesse de ce qu'on lui a retiré son appartement au Louvre, ce qui fut fait avec beaucoup de précipitation. Aussitôt sa fuite, elle fut citée à com- paraître devant la justice, par trois fois à son de trompe, afin qu'on pût confisquer ses biens, ce qui est une procédure usitée envers les gens de la plus basse condition, et qui marque suffisamment combien on est irrité contre elle. Déjà la conjoncture semblait peu favorable pour solliciter en sa faveur, mais elle l'est encore moins dans les circonstances actuel- les. C'est ce qui m'a rendu coupable de présomption, dans la crainte surtout d'exposer la requête de Leurs Majestés à un refus certain, accompagné peut-être d'autres circonstances désagréables. Mais comme je n'ai pas la prétention de discuter en aucune façon, mais seulement d'obéir, je vous supplie humblement de m'honorer d'une prompte réponse, d'après laquelle je m'empresserai de prendre les mesures qu'on m'indiquera. „ . 17 5 Pans, mars 168 — . 27 6 Mylord, j'ai saisi l'occasion de présenter la lettre de S. M. en fa- veur de M. le marquis de Cessac, et de l'appuyer de mon mieux. Le Roi s'est contenté de dire qu'il la lirait et me rendrait réponse ^. Depuis que je vous écrivis au sujet de la comtesse de Soissons, je me suis informé plus amplement de cette affaire. J'ai appris qu'on avait sollicité des lettres de Leurs Majestés à l'occasion des 1. ^ladame de Soissons demeura longtemps en Espagne, et comme les morts étaient suspectes partout où elle se trouvait, la reine d'Espagne passa généralement pour avoir été empoisonnée, et par la comtesse elle-même. Elle quitta Madrid et mourut en 1708, à Bruxelles, pauvre et méprisée, dit Saint-Simon, 2. M. de Cessac s'était retiré en Angleterre dès les premières poursuites de la chambre des poisons; il venait de se battre en duel avec M. d'Albergotti, qui l'avait blessé. COMTE DE SOISSONS. 13 < mesures prises, il y a quelque temps, par le comte de Soissons pour frustrer son oncle, le prince de Carignan, de la succession en meubles, vaisselle, bijoux, etc., qui devaient lui revenir après la mort de la vieille princesse de Carignan Cette princesse étant, croyait-on, sur le point de mourir, le comte de Soissons s'était arrangé pour s'emparer de ses effets, et se disait autorisé par la cour de France, Le prince de Carignan, ayant eu vent de la chose, envoya ici une procuration h sa sœur, la j)rincesse de Bade, [jOur qu'elle veillât à ses intérêts. Mais comme elle se trouvait intéressée aussi à la succession de sa mère, elle ne jugea pas à propos d'accepter la procuration, et préféra écrire en Angleterre pour obtenir les bons offices de Leurs Majestés, afin de déjouer les projets du comte et d'empêcher qu'il fût protégé ici. Je prie humblement Votre Seigneurie de m'excuser si je me méprends dans ce rapport. Je n'ai d'autre dessein que d'être honoré des ordres de Leurs Majestés, quand et de quelque façon que leur sagesse le jugera bon, en rapportant à Votre Seigneurie ce qui dans cette affaire est parvenu à ma connaissance. (State paper Office.) (Traduit de F anglais.) LOCVOIS A M. TRGBAT, INTENDANT A PERPIGNAN. A Versailles, le 10 août 1686. Le Roi ayant entendu la lecture de tout ce qui m'a été mandé sur l'évasion des prisonniers de Salces, S. M. a bien connu qu'ils n'étaient pas gardés avec le soin qu'elle s'était attendue, puisqu'ils n'auraient jamds pu faire un aussi long travail que celui de percer le mur de leur prison, qui était d'une épaisseur extraordinaire, sans que l'on s'en fût aperçu, si on les avait visités de temps en temps et à des heures irrégulières, et que de plus il est bien difficile qu'on ne leur ait donné les outils dont ils se sont servis; c'est ce qui oblige S. M. à vous recommander de vérifier s'ils n'ont point eu d'intelligence avec les gens qui les gardaient, et de faire savoir à M. de Manse que s'il lui arrive plus de s'absenter de Salces sans un congé du Roi, S. M. y pourvoira d'une manière qui ne lui sera pas agréable. A l'égard de Rabel, qui a averti de l'évasion des autres, S. M. trouve bon que vous fassiez ordonner qu'il soit gardé avec tout l'adoucissement qui peut s'accorder avec la sûreté de sa personne. (A. G.) 134 LA DES OEILLLTS. LOUVOIS A M. DE LA REVNIE. A Versailles, le 25 août 1686. Le Roi sera bien aise de voir un mémoire des charges qui résul- taient contre M. de Cessac des procédures qui ont été faites à la Chambre de l'Arsenal. Je vous supplie de me l'envoyer le plus tôt que vous pourrez *. Le 8 septembre. Ce mot est pour vous donner avis de la mort de la Duclos, qui était prisonnière au fort des Bains en Roussillon. Le 12 septembre. Je vous envoie une lettre du commandant du fori Saint-André, par laquelle vous verrez qu'il est mort une des prisonnières, la Du- vivier ; je vous supplie de me mander votre avis sur ce que con- tient le reste de la lettre. Le 22 septembre. Le papier que vous trouverez ci-joint vous fera connaître que la Des Œillets , qui était enfermée par ordre du Roi dans l'hôpital général de Tours, y est morte le 8 de ce mois, c'est de quoi j'ai cru qu'il était bon de vous donner avis. Le 29 septembre. Ce mot est seulement pour vous dire que l'on me mande du fort des Bains que la Parisot, dite Duclos, qui y était prisonnière, est morte le 24 du mois passé. • (A. G.) LOUVOIS A M. LOUVAT. A Fontainebleau, le 26 octobre 1686. J'ai reçu avec la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 23 de ce mois, celle du mari de feu la dame Chapelain, qui est morte à Belle-Isle, laquelle je vous renvoie; vous pouvez lui adres- ser le certificat qu'il vous demandera, mais à l'égard du testament, s'il y en avait un, il faudrait me l'envoyer avant de le lui faire tenir. (A. G.) 1, Le Roi demandait ces renseignements pour répondre h. la lettre de Jacques II eu faveur de M. de Cessac. M. de la Reynie doit avoir été d'avis contraire, car M. de Cessac n'eut la permission de revenir en France qu'au mois de septembre 1690. COMTE DE MONTEMAJOR. 135 LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. Le 5 décembre 1686. L'on me mande du fort Saint-André de Salins, qu'il est mort une prisonnière, la Colignon, de quoi j'ai cru vous devoir donner avis. M. TROBAT A LOUVOIS. A Perpignan, ce 9 janvier 1G87. Ensuite de ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire, et de ce que M. de Manse m'avait mandé, je me suis rendu à Salces avec M. de Chazeron, qui, ayant eu le même avis que j'avais eu, a voulu être de la partie, et c'est ce qui a fait le retardement d'un courrier. Vous trouverez ci-joint la lettre qui contient ce que ce prison- nier, appelé le Comte ^, a voulu vous faire entendre, qui a été écrit en présence de M. de Chazeron, M. de Manse et moi, sur le papier et avec l'encre et plume que nous lui avons fournis et retirés ensem- ble, après lui avoir fait cacheter la lettre du cachet de M. de Manse. Ce prisonnier nous a dit que ce qu'il vous mande lui a été confié par Terron avant sa mort, qui arriva il y a environ deux mois, et qu'ayant averti M. de Manse qu'il avait quelque chose à me dire, et M. de Manse lui ayant dit que j'étais en course, il avait attendu mon retour pour ipe le faire savoir. Nonobstant que ce qu'il a mis dans la lettre nous ait paru de petite conséquence, et que ce prisonnier peut bien avoir inventé cela pour pouvoir trouver les moyens de vous écrire, néanmoins je n'ai pas jugé que nous dussions rien négliger en prenant les pré- cautions que nous avons prises, le nom et les affaires dont il parle nous étant tout à fait inconnus; l'on a remis le prisonnier aux fers, et j'ai recommandé à M. de Manse de redoubler ses soins pour la sûreté des prisonniers. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 13 janvier 1687. Ce mot est pour vous donner avis que l'on me mande du fort Saint-André de Salins, que la Parterre, qui y était prisonnière, est morte le 4 de ce mois. (A. G.) 1. Ce doit être le comte de Montemajor, prétendu sorcier, qui avait fait partie de la maison du duc de Luxembourg. 136 MÉMOIRE DE M. DE LA REYiME. LA EETNIE A M. DUFRESNOY, PREMIER COMMIS DE LOUVOIS. Paris, ce 23 janvier 1687. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, par ordre de M. le marquis de Louvois, touchant Grémont et la Lespine, et je vous envoie un mémoire succinct qui pourra faire connaître les causes de leur détention. Grémont et la de Lespine, envoyés et détenus par ordre du Roi en la maison de l'hôpital général de Rouen, après avoir été trans- férés de Yincennes, ont été décrétés de prise de corps, savoir: Gré- mont le 6 du mois de mars, et la de Lespine le 24 avril 1679. Grémont est artiste et il a beaucoup travaillé avec Vanens, Blessis et Bachimont et avec la Voisin, qui l'a chargé de lui avoir donné du poison pour quelque secret, les charges étaient très-considéra- bles. C'est un misérable qui n'a quoi que ce soit pour subsister, et il serait dangereux de lui laisser la liberté de sortir du lieu ot!i il est. A l'égard de la de Lespine, qui prenait quelquefois le nom de Lafleur, elle avait beaucoup d'habitude à Saint-Germain, la Rosse et la Chéron Tout beaucoup chargée dans les procès-verbaux de question ; la Pilastre, la Deslauriers et la Dufayet l'ont aussi char- gée, et il ne convient pas, ce semble, que cette femme soit mise en liberté. . (B. N.) LOUVOIS A M. DE LOUVAT. A Versailles, le 31 janvier 1687. J'ai reçu la lettre que vous avez pris ia pei;;e de m'écrire au sujet des prisonnières détenues à Belle-Tsle, lesquelles n'ayant point de cheminées dans leurs chambres et ne pouvant s'y en pra- tiquer parce qu'elles sont voûtées les unes sur les autres, deman- dent qu'on leur donne des terrines de braise pour les chauffer pen- dant l'hiver; le Roi trouve bon que vous leur en fassiez donner dans la plus grande rigueur de la saison. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 18 avril 1687. Je vous fais ce mot pour vous avertir qu'il est mort à Salccs un des prisonniers, qui est Bertrand. (A. G.) DUCHESSE DE BOUILLON. 137 LODVOIS A M. DE SAINT-MARS. A Versaille-, le Ift mars 1688. J'ai reçu votre lettre du 28 de ce mois passé; vous me ferez plai- sir de m'envoyer votre secret par écrit, mais llabel ' étant un fri- pon, je ne veux point avoir de commerce avec lui. A Versailles, le 17 avril 1688. J'ai reçu, avec votre lettre du 3 de ce mois, les mémoires de Ra- bcl qui l'accompagnaient; le Roi veut bien dissimuler le séjour qu'il fera chez le gentilhomme de vos amis dont vous me parlez pour y travailler t\ ses remèdes. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Du 7 mai 1688. Le Roi désire d'être informé du sujet de la détention de Gérard, prêtre, qui est à la Bastille depuis huit ans, et de Picire Rolland, qui y est depuis neuf ans ; je ne trouve point ce dernier sur les rôles que M. de Besmaus donne tous les mois pour être payé de la nourriture, il faut qu'il y soit sous quelque autre nom. A l'égard de Gérard il marque dans quelques mémoires qu'il m'a ci-devant donnés qu'il y est retenu pour l'affaire du poison ; je crois qu'il serait bon que vous prissiez la peine de faire une revue géné- rale de tout ce qu'il y a de prisonniers à la Bastille, et que vous en fassiez un mémoire avec les raisons de leur détention pour le faire voiras. M. (A. N.) XXX AU COMTE DE SUNDEIILAND, PRÉSIDENT DU CONSEIL. Dimanche matin, j'eus une audience particulière de S. M. très- chrétienne dans son cabinet, et je lui remis la lettre du Roi, en lui rapportant ce que j'avais ordre de dire en faveur de la duchesse de Bouillon. Le Roi me répondit en ces propres termes : Il n'en est pas encore temps et je l'ai souvent dit à Barillon; je regrette que le Roi votre maître me demande une chose que je ne puis faire, mais je lirai sa lettre et j'y répondrai moi-même. Il ajouta que quant à 1. On avait sans doute tiré Rabel de Salces pour le dérober à la vengeance de ses compagnons, qu'il avait trahis dans leur projet d'évasion; il fut remis aux soins de M. de Saint-Mars, et plus tard on lui donna quelque argent, paralt-il, avec ordre de quitter la France; il se serait retiré en Italie. 138 MADAME DREUX. lui il n'intercéderait jamais auprès de S. M. en faveur d'aucun sujet qui l'aurait offensé. Il a pourtant dit ceci avec beaucoup de politesse et de douceur, mais je m'aperçois qu'il est extrêmement irrité contre la duchesse de Bouillon, et il sera fort difficile de calmer son ressentiment *. (State paper Office.) (Traduit de l'anglais.) Paris, 21 juillet 1688. LOUVOIS A M. DE LA BARTHE. A Forges, le 23 juillet 1688. J'ai reçu votre lettre du 15 de ce mois; le moyen d'empêcher que M. de Bachimont et sa femme ne recommencent leurs crieries et à jeter des paquets écrits sur de la toile, c'est de les faire jeûner un mois au pain et à l'eau, comme je l'ai déjà mandé, toutes les fois que pareille chose leur arrivera. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Fontainebleau, 10 octobre 1688. Labicque, qui demeurait proche Lagny en Brie et qui était prison- nier dans la citadelle de Besançon, étant mort;, j'ai cru vous en devoir donner avis. A Versailles, le 25 décembre 1688. L'on me mande que la Froment, qui était au fort Saint-André, est morte le 15 de ce mois. Ce 13 mars 1689. Ce mot est pour vous donner avis que le chevalier de Bernières, prisonnier dans la citadelle de Besançon, est mort le 6 de ce mois. A Versailles^ le 27 mai 1689. Ce mot est pour vous donner avis que celui des prisonniers que l'on a envoyés à Besançon, qui avait été capucin, est mort^. (A. G.) LOUVOIS A M. DREUX. MAITRE DES REQUÊTES. A Versailles, le 29 mars 1690. Le Roi a appris avec surprise que madame votre femme soit à Paris, au préjudice des ordres de S. M., qui m'a commandé de vous 1. La duchesse fut néanmoins rappelée; mais elle passa le reste de sa vie à Paris et n'allait que rarement à la cour. 2. Ce capucin était un ami de la Bosse et de la Trianon, empoisonneuses avérées. LOUVOIS. 139 faire savoir que si elle n'est sortie entre ci et huit jours du royaume, S. M. la fera nrrôler et mettre dans une dure prison ; vous me ferez, s'il vous plaît, savoir comment elle aura obéi à l'ordre que le Roi lui donne et oîi elle se sera retir(''c. (A. G.) LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 23 mai 1600. Ce mot est pour vous donner avis que la Bellier, qui était prison- nière au fort Saint-André de Salins, est morte le 9 de ce mois. A Versailles, le 7 juillet 1G91. Je VOUS envoie le mémoire ci-joint, afin que vous vouliez bien me donner votre avis sur la manière dont S. M. peut accorder à M. de Cessac la grâce qu'il demande. BARBEZIEUX ' AU COMTE DE TESSÉ ^. A Marly, le 21 juillci. 1C91. Cette lettre sera un peu plus sérieuse que la dernière que vous avez reçue, mais la perte que j'ai faite de M. de Louvois m'ôte toute envie de plaisanter. Il mourut lundi plus subitement que l'on ne peut se l'imaginer; il s'était plaint un demi-quart d'heure aupara- vant d'avoir quelque chose dans l'estomac qui l'étouffait. L'on le saigna du côté gauche, et se sentant soulagé par cette saignée, il demanda qu'on lui en fit autant de l'autre bras; son médecin lui refusa par l'extrême faiblesse où il était. Il demanda oti j'étais, et qu'on m'allât quérir ; j'étais malade dans mon lit, l'on me vint avertir. M. Fagon, pour qui il avait beaucoup de considération, sur ces entrefaites entra dans sa chambre; il commença à lui conter ce qui lui faisait mal, mais un moment après il dit qu'il étouffait, il me demanda encore avec empressement et dit qu'il se mourait; après ces dernières paroles, la tête lui tomba sur les épaules, ce qui fut le dernier mouvement de sa vie. J'arrivai comme la tête lui tombait, et voyant tout le monde désolé, et ne poavaiU croire ce que le triste visage de chacun m'apprenait, je me jetai ;\ lui, 1. Louis-François-Marie Le Tellicr, marquis de Barbezieux, né le 23 jniii 16G8, mort les janvier 1701, âgé de trente-deux ans. 2. René de F;oiilay, comte do Tessé, en 1694 lieutenant-général commandant sur la frontière de Piémont et Pigncrol, écuyer de la ducliesse de Bourgogne, maréchal de France le 14 janvier 1703, mort le 30 mai 17:25, âgé de soixanie- quatorze ans. 140 LOUVOIS. mais il était insensible à mes caresses, et c'en était déjà fait. L'on l'a ouvert le lendemain, et quoiqu'il n'y eût point d'indices assez positifs pour assurer qu'il ait été empoisonné, il n'y a cependant presque pas lieu d'en douter*. Voilà comment j'ai perdu tout ce qui m'était le plus cher au monde. Le Roi a bien voulu me laisser dans la charge où je suis et essayer de moi. Je vous laisse à penser si je ferai tout ce qui me sera possible pour mériter qu'elle me reste. Je suis persuadé qu'outre l'alliance qu'il y a entre nous, l'amitié particulière que vous aviez pour lui fera que vous en serez touché comme vous le devez. Je vous demande la continuation de la vôtre, et vous assure qu'il n'y a rien que je ne fasse pour vous persuader l'envie que j'ai d'être bien avec vous -. (A. G.) l'ambassadeur PIETRO VERNIER A MOROSINI , DOGE DE VENISE. Prince sérénissime, ainsi que je l'ai fait par ma dépêche précé- dente, je porte respectueusement à la connaissance de l'illustre Sénat ce que j'ai recueilli sur les mouvements des armées pendant cette semaine. On ne saurait dire de quel côté restera l'avantage, le résultat définitif est caché dans les éventualités de l'avenir, de grands changements pouvant survenir par la mort de M. de Lou- vois, l'âme de cette immense entreprise qu'il dirigeait par un tra- vail infatigable avec autant de capacité que de persévérance. Depuis quelques jours il prenait des eaux minérales pour sa santé, et elles avaient produit un effet merveilleux, lorsqu'il fut subitement saisi de douleurs aiguës au moment d'entrer au Conseil, et il dut se re- tirer. On le saigna au côté droit, et il parut en obtenir un soulage- ment momentané, mais les douleurs ayant passé du côté gauche et devenant très-fréquentes, on lui fit une saignée de l'autre côté qui ne lui procura aucun soulagement. Il espéra en obtenir en buvant un verre d'eau, mais elle n'éteignit pas l'ardeur du mal et glaça la chaleur vitale, enlevant de ce monde, après un quart d'heure de souffrance, son âme sans lui donner le temps de s'occuper des in- térêts si graves de la conscience. 1. Madame de Louvois, dit l'abbé de Saint-Pierre, était persuadée que son mari avait été empoisonné. Lafare ajoute, dans ses mémoires, que le duc de Savoie avait été soupçonné d'avoir fait faire le coup par Séron, médecin de Louvois, qu'il avait gagné. Le corps avait été ouvert le 16 ou le 17 juillet. 2. Cette lettre a déjà été publiée presqu'en totalité dans VHistoi/e de Louvois, par M. C. Rousset. LOUVOIS. 141 On attribue cotte mort subite à la violence du poison dont il y a des indices manifestes. On a trouvé le cœur flasque avec quelques taches livides à l'intérieur. Il y a des sublimés qui agissent instan- tanément. Jusqu'JÏ présent on ne peut savoir qui a commis lo crime. On soupçonne un domestique subalterne, qui est arrêté, et la jus- lice informe pour éclaireir la vérité. Il est possible que le coup vienne d'une main élevée'. Il est certain que trois jours aupara- vant il fut averti, dans une lettre particulière, par un homme se disant de la religion réformée, qu'il eût à se tenir sur ses gardes, car sa vie était menacée. Il négligea cet avis et ne prit aucune précaution, le coup fut porté et il tomba frappé. Cet événement semble à tous un grand malheur pour l'Ktat. Louvois était regardé comme l'âme du ministère. Il dirigeait les mouvements de celte vaste monarchie avec une étonnante activité, un génie étendu et une grande capacité dans les conseils. S. M. ressent tout cela, mais dissimule, afin de se donner le temps de se posséder, et a paru fort indifférente^. On a expédié de suite cinq courriers aux armées, portant ordre aux généraux de suivre les instructions antérieures données par ie ministre. On a appelé à la cour Chamlay 3, le plus illustre tacticien du siècle pour la connaissance des positions militaires, et Vauban, ingénieur fameux pour la fortification et pour l'attaque des places. C'étaient les conseillers secrets et intimes du ministre défunt pour concevoir et diriger les plans militaires. Le Roi a reçu quelques informations des premiers commis, et leur a commandé de con- tinuer leur service. A M. de Barbezieux, fils cadet du défunt et honoré de la survivance de la secrétairerie d'État, S. M. a dit qu'elle prenait part à sa douleur, et que pour elle la perte était beaucoup 1. « Lfs amis de Lonvois crurent l'honorer, dit Saint-Simon, en soupçonnant des puissances étrangères, mais elles auraient attendu bien tard à s'en défaire; ce qui est certain, c'est que le Roi en était incapable, et qu'il n'est entré dans l'esprit de personne de l'en soupçonner. » Les médecins de la cour reconnurent et déclarèrent, par le procès-verbal d'autopsie, que Louvois était mort à la suite d'une apoplexie pulmonaire. Mais il est permis de n'accepter cette déclaration qu'avec réserve; à les en croire, toutes les morts étaient naturelles alors, et jamais personne n'aurait été empoisonné sous le règne du grand Roi. 2. Saint-Simon, qui ne se croit pds tenu à la discrétion d'un diplomate, nous dit que le Roi parut fort soulagé. Cela le sauvait, en effet, d'un grand éclat et d'un terrible ennui, s'il avait résolu d'envoyer le lendemain même Louvois à la Dastille. 3. Le Fioi proposa le ministère de la guerre h M. de Chamlay; il devait sa for- tune à Louvois, il parla pour Baibezieu>i et ofifrit de travailler sous lui, et refusa absolument la dignité qu'on lui offrait. 142 LOUVOIS. plus grande, qu'il dépendrait de lui de conserver le poste oîi il se trouve. Il a vingt-trois ans, a beaucoup d'esprit et de facilité, qua- lités que son père a développées par ses instructions et par l'ha- bitude de l'application au travail ; mais il n'a pas l'expérience qu'exige une position aussi élevée, expérience que son père avait mûrie pendant trente-quatre années jusqu'à sa mort, à l'âge de cinquante et un ans. Il est donc incertain si Barbezieux restera, et si, dans ce cas, on ne lui adjoindra pas des collègues comme aides, ou plutôt comme directeurs, ou même si on ne séparera pas de son département celui de la guerre, dont on chargerait un autre ministre, ou que l'on confierait à un conseil composé de plusieurs membres. Chacun dit son avis, mais pour le moment tout est dans l'obscurité. On dit que la personne la plus avant dans la confidence intime du Roi ^ insinue qu'il vaut mieux laisser les choses dans l'état actuel tant par reconnaissance pour la mémoire d'un si grand ministre que pour que les affaires recevant mainte- nant l'impulsion directe du Roi, on puisse croire qu'il en était de même par le passé, ce qui semble ajouter à la réputation du Roi, en faisant sentir la difficulté de lui trouver un lieutenant aussi capable et l'impossibilité de rencontrer une expérience égale à celle de S. M. M. de Saint-Pouanges, premier commis, n'est pas dépourvu de capacité, mais il n'a pas le talent nécessaire pour diriger tant de troupes, d'officiers et de généraux, pour accueillir les demandes et en épargner les ennuis au Roi, en reportant à lui tout le crédit et la confiance publique. Les charges que possédait le ministre ne sont pas encore distri- buées aux nombreux candidats qui prétendent avoir les emplois et les mérites du défunt. (Il avait la plus grande part d'influence, on peut dire qu'il l'avait tout entière dans les conseils du Cabinet.) A la place de secrétaire et de ministre il joignait le déparlement de la guerre; les surintendances des haras, des joyaux de la couronne, des fortifications de la marine lui furent accordées, ainsi que celle des manufactures, après la mort de Seignelay; il avait encore la surintendance importante des fortifications des places sur terre; la surveillance des maisons royales, qui était sa grande occupation; la protection de l'Académie royale de peinture et de sculpture, le vicariat général de Saint-Lazare de Jérusalem et la chancellerie de 1. C'est-à-dire madame de Maintenon. « Elle avait perdu le père, elle fit donner a chaîne au fils, » dit Saint-Simoa. LOI! VOIS. 143 l'ordre du Saint-Esprit, pour ce qui en concerne le soin et l'hon- neur; la surintendance générale des postes, des courriers et des chevaux de louage; tout cela donnait des profils énormes. On croit qu'il retirait tous les ans de ces charges et emplois plus de deux millions de livres. On évalue les ports de lettres pour l'étranger à un million et demi; le Roi lui donna ce revenu, pensant qu'il ne dépasserait pas 60,000 livres, comme cela était au commencement, lorsqu'on remboursa les propriétaires des places de courriers, mais il s'augmenta plus tard par la surtaxe des lettres et par l'acquisition de nouveaux territoires. Ce fonds sera reporté aux finances royales. Au moyen de ces bénéfices et de son économie, il a accru le riche héritage que lui laissa le feu chancelier, et on dit que cette fortune passera à ses enfants et à sa femme, laquelle, selon les lois du pays, hérite de la moitié des acquêts, ce qui montera ;\ plus d'un million et demi de rentes. Le bruit court même que c'est bien davantage. Cette fortune dépasse celle d'aucun particulier dans l'univers et même d'aucun prince en Europe. Comme contrepoids aux dons admirables de la capacité, de l'habileté, de l'intelligence et du zèle, il faut mettre les traits d'un caractère hautain, mordant et violent dans le commandement, et exigeant une complète soumission à ses volontés. Il méprisait les plaintes des subordonnés, quelquefois même les droits et les repré- sentations des principaux personnages de la cour, et les excluait l'.u service du Roi, suivant ses rancunes particulières. Tout lui semblait dû à la monarchie française, dont il connaissait la force, quand il survenait des différends avec les autres puissances. On croit qu'après la mort de Louvois, S. M. pourra plus facilement incliner à des pensées de paix qu'elle ne faisait par le passé. Le ministre s'y était toujours opposé, et cela pour se rendre d'autant plus nécessaire, sans tenir aucun cornpte de l'énormité des dé- penses. 11 laissait aux autres le soin de fournir l'argent. L'opinion générale est qu'on ne persévérera pas dans les incendies et dans les cruelles dévastations commises dans cette guerre, et que si les hostilités continuent, elles se pratiqueront avec moins de cruauté et avec plus de modération. (ARcniVES de Venise.) {Traduit de r italien.) Paris, 21 juillet 1691. 144 BOUVARD. BARBEZIEDX A M. DE LA REYNIE, A Versailles, le 27 juillet 1691. Je crois que vous devez avoir reçu présentement, par M. de Pontehartrain, l'ordre du Roi nécessaire pour faire transférer à Vincennes le Savoyard qui était dans notre maison, que l'on a arrêté. J'ai cru vous devoir donner un avis que j'ai reçu, qui est que Ton devait faire mourir cet homme-là pour l'empêcher de parler; comme il est nécessaire d'en tirer toutes les lumières que nous pourrons, j'ai cru ne devoir point vous laisser ignorer cette circonstance, afin que vous puissiez prendre des mesures que vous jugerez à propos, pour que ces gens-là ne réussissent pas dans leur dessein. Je vous prie de me mettre en état de rendre compte au Roi exactement de ce que vous découvrirez sur cette affaire. (A. G.) NOTE DE M. DUVAL;, SECRETAIRE DU LIEUTENANT DE POLICE Claucfe Bouvard -j natif de Vertier, à trois lieues d'Annecy, en Savoie, âgé de trente-doux ans, domestique chez M. de Louvois, en qualité de froLteur. 11 résulte de l'interrogatoire de Bouvard, que c'est lui qui entra, le matin, dans le cabinet de M. de Louvois, où il remplit une cruche et un carafon avec des eaux de Forges dont ce ministre bu- vait depuis quelque temps, qu'il fut le seul qui y toucha et qui les mit dans une petite armoire oii M. de Louvois avait coutume de les trouver. Il paraît qu'il avait des correspondances en Savoie, avec ses amis ou ses parents, contre les intérêts de la France. 11 est aussi accusé de s'être réjoui de la levée du siège de Cour- tray, et d'avoir parlé hardiment et insolemment du Roi; il lui est arrivé même trois fois de ne pas vouloir ôter son chapeau lorsque S. M. passait. Ce qui le charge beaucoup de la mort de M. de Louvois, c'est qu'il s'est coupé dans ses interrogatoires, car dans le premier il 1. Les interrogatoires de cet homme ne s'étant pas retrouvés, il a fallu se con- tenter d'un extrait fait par M. Duval, secrétaiie de la lieutenance de police pen- dant le règne de Louis XV. 2. Bouvard. Ordre d'entrée à Vincennes : le 26 juillet 1691. Ordre fie sortie : le28 juillet 1693. MARQUIS DE CESSAC. 145 nie d'être entré dans le cabinet de ce ministre, ensuite il dit qu'il n'y a mis le pied qu'un instant, et dans le dernier il avoue que c'est lui qui a rincé et empli le carafon et la cruche dans le ca- binet. Il faut remarquer aussi qu'il s'absenta dès l'instant de la mort de M. de Louvois, pendant un jour et une nuit, et que venant à Paris avec deux de ses camarades, il les quitta vis-à-vis les Inva- lides, en les assurant qu'il avait des affaires très-importantes; qu'il avait dit quelque temps avant la mort de M. de Louvois que lui et sa femme se repentiraient bientôt de lui avoir donné une aug- mentation de travail à Meudon, qu'en voyant passer sur le chemin le curé de cet endroit il lui avait demandé en riant s'il avait mis M. de Louvois en paradis, et qu'en apprenant à sa maîtresse la mort de M. de Louvois il lui dit qu'il fallait s'en divertir. Il faut aussi noter que les chirurgiens, après avoir ouvert M. de Louvois, trouvèrent toutes les parties de son corps bonnes et saines à l'exception du cœur qui était entouré d'une raie rousse. De toutes les circonstances ci-dessus, il paraîtrait quelque fon- dement aux véhéments soupçons qu'on a formés contre ce parti- culier, et il y a de quoi surprendre qu'on ne l'ait pas interrogé davantage et qu'on ait laissé tomber celte affaire. Il y a eu un livre imprimé dans le temps, dont je ne me rappelle pas le titre, où il est dit que M. de Louvois a été empoisonné par un Savoyard de nation. Au surplus, il ne résulte rien des interrogatoires de Barbe Lenoir, ayant toujours répondu que Bouvard ne lui avait rien dit ni con- fié. (Arch. de la Préf. de Police.) NOTE AUTOGRAPHE DE M. DE LA REYNIE. 6 août 1691. Il y a un décret de prise de corps décerné à la Chambre de l'Ar- senal contre M. le marquis de Gessac, et l'on a commencé à ins- truire son procès par contumace ; il veut se représenter aujour- d'hui pour purger le décret et obtenir un arrêt qui le décharge de cette accusation; pour y parvenir, il faut qu'il ait des juges, et il n'en peut avoir d'autres que ceux du Parlement, s'il plaît au Roi l'y renvoyer, ou la même Chambre de l'Arsenal, si le Roi veut la ras- sembler, ou en celle qui a été assemblée pour le procès de la ma- 10 146 LA LENOIR. rine de Bourgogne, s'il plaît au Roi lui attribuer la connaissance du procès de M. le marquis de Cessac'. (B. N.) BARBEZIEtlX. A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 8 août 1691. Vous ne m'avez point mandé si vous avez découvert quelque chose au sujet du Savoyard qui demeurait chez M. de Louvois. Je vous supplie de me mettre en état, le plus souvent que vous pourrez, de rendre compte au Roi de ce que vous en apprendrez, S. M. m'en ayant demandé des nouvelles sans que je lui en aie pu rien dire. (A. G.) INTERROGATOIRE DE LA FILLE LENOIR. Du samedi H août 1691, du matin, à Vincennes. Barbe Lenoir, lille, âgée de vingt-six ans ou environ, demeurant au Faubourg-Saint-Honoré — Si Bouvard ne venait pas la voir chez laBonier? — 11 n'y est venu qu'une fois pendant six mois qu'elle y a de- meuré. — Si Bouvard ne la venait pas voir chez M. Langlois, au fau- bourg Montmartre, où elle s'était retirée? — Il y est venu quelquefois — Il y a eu toujours du déguisement en toute sa conduite et en tout ce qu'elle a fait, comme lorsqu'elle a dit, dans la maison du faubourg Saint-Honoré oii elle logeait, que Claude Bouvard, son mari, demeurait à Versailles chez M. Bontemps. Pourquoi elle en a usé ainsi? — Bouvard lui a dit de le dire de la sorte, et elle a parlé sur cela ainsi qu'il lui a dit de le faire. — Quelle raison elle croit que pouvait avoir Bouvard d'en user ainsi? — C'était peut-être qu'il ne voulait pas qu'on sût, dans la maison de M. de Louvois, qu'il fût marié. — Elle nous a dit ci-devant qu'elle n'était point mariée avec 1. C'est ce qui fut fait, et l'arrôt du conseil enregistré à la chambre le !i septem- bre 1691, La procédure instruite contre M. de Cessac ne s'est pas retrouvée, mais il résulte d'une ncU", écrite par M. Clievalier, major de la Bastille, que M. de Cessac était accusé d'avoir cherché les moyens de se défaire du comte de Cler- moni, bOii frère, et d'avoir fait faire des distillations dangereuses. \A LF.iNOIR. 147 G. Bouvard, et cependant il paraît, par l'extrait des registres des baptistères de la paroisse de la Madeleine, dat6 du i4 mars 1G91, signé Pousse, qu'elle a fait déclarer par Fromentin et par Fourny, parrain et marraine, que l'enfant dont elle était accouchée était né du mariage d'elle, Barbe Lcnoir, avec G. Bouvard. — Bouvard lui a dit de dire qu'ils étaient mariés, mais ils ne le sont pas ; c'a été néanmoins sous la promesse du mariage que Bouvard lui a faite, qu'il a abusé d'elle. — S'il n'est pas vrai qu'elle a dit qu'elle avait été mariée à Saint- Nicolas-des-Ghamps? — Oui. — S'il n'est pas vrai qu'après que Bouvard a été arrêté, étant pressée par Fourny, sa commère, pour lui dire le sujet de la tris- tesse oïl elle paraissait, elle demanda à la Fourny si elle n'avait pas ouï dire que M. de Louvois avait été empoisonné? — Fourny la trouvant triste et lui demandant le sujet de sa tris- tesse, elle demanda à Fourny si son mari, qui était revenu de Ver- sailles, n'avait rien entendu dire de M. de Louvois, à quoi elle ajouta que c'était le compère de la Fourny qui avait été arrêté. — S'il n'est pas vrai que sur cela Fourny se plaignit d'elle, et de ce qu'elle avait dit jusque-là que Bouvard demeurait chez M. Bon- temps et non chez M. de Louvois? — Ge ne fut pas Fourny qui lui fit celte plainte, et ce fut la femme de Fromentin. — S'il n'est pas vrai qu'elle dit à cette femme que si elle était arrêtée elle la ferait aussi arrêter? — 11 est vrai que la Fromentin ayant parlé de cela à ses frères et sœurs, elle dit qu'elle ne manquerait jamais de la faire prendre, et que si elle était prise la Fromentin le serait aussi ; mais Dieu sait bien son intention, et ce qu'elle en disait n'était que pour empêcher la femme de parler. (B. A.) BARBEZrEUX A M. DE LA REYNIE. A Versailles, le 9 septembre 1691. Le Roi désirant, auparavant de rien statuer sur le placet ci-joint ded'Orvilliers, savoir pour quelle raison il est détenu à la Bastille, je vous supplie de me mettre en état d'en rendre compte au Roi eu me renvoyant le placet. (A. G.) 148 MÉMOIRE SUR LES PRISONNIERS DE BESANÇON. BARBEZIEUX A M. LEMASSON. A Versailles, le 3 octobre 1691. J'ai reçu votre lettre du 16 du mois passé. Vous devez continuer à en user, à l'égard de la dame de Poulaillon, suivant les ordres que feu M. de Louvois vous a donnés. (A. G.) MÉMOIRE SUR LES PRISONNIERS DE BESANÇON. Novembre 1691. Tarel, dit Petit Charles, berger, a été arrêté à Montrouge, le 12 août 1681 ; il est de Rambouillet, près Chartres; il n'a jamais été interrogé qu'une fois pour lui demander son nom et son pays; il a été transféré de Vincennes à la citadelle, oii il est attaché par une chaîne à une muraille, depuis le 10 septembre 1683. P. Jourdain, marchand de vin et collecteur de Saint-Gervais-lès- Chastres, a été arrêté le 19 mai 1679 ; il a été fermier de M. de Marillac, à Olinville; il n'a été interrogé qu'une fois ; on lui a de- mandé son nom et son pays; il a été à Vincennes jusqu'au 26 dé- cembre 1682, qu'il a été conduit à la citadelle; il est attaché par une chaîne à une muraille, depuis ce temps-là. Romani a été arrêté le mardi de la semaine sainte de l'an- née 1680, conduit à Vincennes, où il a été trois ans, pendant les- quels il a été interrogé. Il dit qu'il fut avec la Voisin pour présen- ter un placet au Roi, pour demander la liberté d'un nommé Blessis, et qu'on lui a demandé s'il n'avait pas des desseins sur la personne du Roi ; il a été transféré dans les prisons de la citadelle, et attaché par une chaîne à une muraille, le 5 janvier 1683. J. Alexandre, tailleuse pour femmes, fut arrêtée à Paris, il y a onze ans, et conduite à Vincennes, où elle a été trois ans, et en- suite menée à Saint-Seyne, d'où elle est. On la mit en liberté, et étant retournée depuis à Paris pour répéter un coflre rempli de bardes qu'on lui avait pris en la saisissant, on l'arrêta de nouveau et mit au Petit Châtelet, dans un cachot, où elle a demeuré cinq mois, et de là transférée es prisons de la citadelle, sans qu'elle sache le sujet. M. Lefèvre, femme de Sauvage, fut arrêtée au mois d'oc- tobre 1681, et menée à Vincennes, où elle a été deux ans; fut in- terrogée une fois, et ensuite mise en liberté. Comme elle plaida pour avoir ses bardes qu'on lui avait prises en l'arrêtant, elle fut BOUVARD. 140 reprise et conduite au Petit Châtclet, dans un cachot, et de là dans les prisons de la citadelle, sans avoir autre sujet. Tournet, médecin, a été arrêté le 12 août 1679, et mis à Vin- cennes, où il a demeuré jusqu'au 9 janvier, qu'il a été conduit à la citadelle ; il est attaché d'une chaîne à une muraille, et n'a jamais été interrogé qu'une fois, où on lui demanda son nom, son pays, et s'il ne connaissait pas la Voisin. Il paraît, dans sa profession, d'une capacité extraordinaire, et d'une vertu singulière ; car outre la dureté de sa prison, il s'est chargé d'haire et de cilice les plus sévères, s'est imposé un jeûne presque perpétuel; il est dans des sentiments qui édiûent '. Nanon Auhert avait été enfermée avec la fille Voisin, qui lui avait tout dit; cela fit qu'on ne l'a point élargie, mais qu'en 1683 elle fut mise aux Ursulincs de Besançon, et depuis de Vesoul, en 1683, avec ordre de dire qu'elle était détenue pour commerce avec une dame de qualité, accusée de poison, et on la faisait passer pour demoiselle; le Roi payait sa pension sur le pied de 250 livres par an. En 1683, Manon Bosse fut envoyée aux religieuses de Baffem, h Besançon, sous le nom de demoiselle Manon Dubosc, où le Roi lui payait sa pension sur le pied de 250 livres; elle ne fut point élar- gie pour avoir été enfermée avec la fille Voisin, qui lui avait tout dit. (B. N.) BARBEZIEUX A M. DE LA RETNIE. A Marly, ce 9 novembre 1691. Ce mot est pour vous donner avis que Vanens, qui était détenu depuis treize ans prisonnier au fort Saint-André, de Salins, est mort le 22 du mois passé. A Versailles, ce 6 février 1692. Vous verrez par le placet ci-joint, que Bouvard, prisonnier à Vincennes. demande sa liberté, sur laquelle le Roi ne veut rien statuer, qu'auparavant S. M. n'ait été informée de ce qu'il a dit dans ses interrogatoires et de ce que vous aurez appris contre lui. Je vous supplie de me mettre en état d'en rendre compte à S. M. en me renvoyant ce placet. 1. Apostille de M. de la Fond : Tous les prisonniers ou prisonnières qui sont dans la citadelle de Besançon coû- tent au Roi dix sols par jour. M. de Moncault fait un profit considérable sur les nourritures. 150 lA ROBKRÏ. A Versailles, le 21 mars 1692. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 19 de ce mois, avec le mémoire qui l'accompagnait, concernant le Savoyard prisonnier à Vincenncs. J'ai eu l'honneur de la lire au Roi, et S. M. n'a pas jugé à propos de lui accorder la liberté qu'il demande. (A. G.) PONTCHARTRAIN A M. DE LA REYNIE. 29 février 1692. Je VOUS envoie un mémoire concernant une fille nommée Ro- bert, qui est depuis longtemps en prison ; il paraît que c'est pour l'affaire des poisons; mais je voudrais bien être informé du véri- table sujet de la détention de cette fille, pour en rendre compte au Roi, et je vous prie de me le faire savoir le plus tôt possible. M. l'évêque d'Angers a parlé à la demoiselle Robert, qui est au château de Nantes; elle demande à se retirer au couvent des filles de Sainte-Marie, au Mans, où elle a une cousine germaine. M. de Breauté a écrit à l'évêque que la sœur de cette demoiselle souhaiterait qu'elle fût au couvent de la Conception de Paris*. Elle est disposée à faire ce qu'on voudra. (B. N.) M. DE Là REYNIE A PONTCHARTRAIN. Le public étant délivré des monslres horribles qui l'infeslaient, et les juges que le Roi avait préposés pour cet effet ayant, pendant les séances de la Chambre de l'Arsenal, puni de mort un grand nombre de personnes de l'un et dei'autre sexe, convaincues de di- vers empoisonnements, et ces mêmes juges ayant aussi estimé né- cessaire, pour la sûreté publique, qu'il plût à S. M. de faire renfer- mer divers artistes de poisons et autres personnes instruites ou engagées dans ce malheureux commerce, S. M. jugea convenable, en finissant les séances des commissaires qu'elle avait nommés, de pourvoir, en connaissance de cause, à la sûreté des prisonniers dont les procès n'avaient pu ou dû être achevés d'instruire, par d'autres plus grandes ou plus justes considérations, et de faire mettre en liberté ceux qui pouvaient être relâchés sans péril. La demoiselle Robert fut du nombre des personnes retenues, et 1. Les RticoUettes ou filles de l'Iuimaculée-Conception avaient leur couvent dans kl rue du Bac. LA ROBERT. le métier de devineresse. Ici se termine enfin la série des documents que nous avons cru utile de publier sur cette triste et mémorable procédure. Nous allons reprendre, à partir de l'an- née 16G5, Ui siite de nos recherches. 3. Ordre d'entrée du 10 janvier; oïdie de roriie du 22 si-ptembre 1665. Contre- signés Le TelliLT. Il- Lieutenant de Roi de la Bastille. 18.S MARQUIS DE SORTOSVILLE. nuit ou le jour de ceux qui viennent crier sur le bastion Saint- Antoine et sur le rempart; n'ayant pu éviter que l'autre jour un homme à cheval ne criât à M. de Sortosville, de dessus la con- trescarpe, qu'il ne reconnût pas le lieutenant criminel '. J'ai des gens dans les fossés nuit el jour, caches d'un colé, et ai fait une porte du côté de la porte Saint-Anloine où j'en mets encore, et je n'aurai pas de repos que je n'en aie attrapé quelqu'un -. (B.N.) LE ROI A M. DE BESMAUS. Ayant été ordonné par arrêt de ma Cour du Parlement de Paris, du 18 juin dernier, que le sieur de Sortosville, qui est détenu pri- sonnier en mon château de la Bastille, sera sous mon bon plaisir transféré du château dans les prisons ordinaires, je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à faire conduire, sous bonne et sûre garde, le sieur de Sortosville de mon château es prisons du For l'Évêque, où il sera reçu en vertu de l'ordre ci-joint sans difficulté. (British Muséum.) A Saiut-Gormain-en-Laye, le 25 juillet. 1665. INTERROGATOIRES DU MARQUIS ET DE LA MARQUISE DE SORTOSVILLE. Du 23 novembre 16Go, dix heures du matin, au Palais, en la Chambre de la ïournelle. Par devant nous Hervé, etc., avons fait extraire des prisons de la Conciergerie Pierre Davy, marquis de Sortosville, âgé de cinquante ans — S'il n'avait pas un carrosse et une chaise qu'il mettait en la maison de feu Magnon ^ ? i. C'est-à-dire qu'il dcmaïKiât Ji être renvoyé devant un autre magistrat. 2. « Mes amis, dit Bussy, venaient souvent sur le fossé de la Bastille me deman- der comment je me portais; je parlais là un quart d'heure, malgré le gouverneur et les sentinelles, auxquelles ii donnait charge de tirer sur las carrosses. » 3. Un mot de Boileau et l'amitié de Mo ière, dont Magnon fut le camarade sur les planches du théâtre, ont préservé son nom de l'oubli, où il serait enseveli, quoiqu'il ait eu dis pièces jouées et le titre d'iiistoiiograjilie uu Roi. C'éiait alors un homme de notoriété, et le bruit fut grand lorsqu'on apprit, en 1662, qu'il venait d'être tué sur le Pont-iNeuf. Loret, dans sa Gazette du 19 avril, dit: Maguou, esprit tout plein de feu, Fut assassiné depuis peu; C'est-à-dire l'autre semaine, Vers, dit-on, la Samaritaine. Quoique le Pont-Neuf fut alors fréquenté par les bretteuis el les voleurs, et que Marquis de sortosyillét. fsff — Il n'avait point de chaise, mais il mellail son carrosse et ses chevaux en la maison de Magnon dont il lui payait 200 livres par an. — Si la femme de Magnon ne se servait pas de son carrosse tant qu'elle voulait? — Il prêtait son carrosse à Magnon et ;\ sa femme, comme il aurait fait à un autre cavalier chez lequel son équipage aurait été li'gé — Si, lorsque son carrosse était en la maison de Magnon, il ne Ot pas bifler ses armes et celles de feu sa femme pour mettre le chiffre de M. P. ', qui sont les nom et surnom de la femme de Ma- gnon ? — En 1661 ou environ, ayant acquis le marquisat de Croisy, et ayant été chargé par le contrat d'acquisition de payer 50,000 liv. d'arrérages, Chcfderue, créancier de M. de Croisy, avait obtenu con- damnation contre lui pour le payement de plusieurs années d'ar- rérages, en verlu de laquelle sentence Chcfderue aurait saisi son carrosse; sur cette saisie les parties s'accordèrent, et il donna à Chcfderue 2,000 liv. et ses frais, moyennant quoi il reprit son car- rosse; mais dans l'appréhension qu'il avait que Chcfderue ne le fît saisir pour une seconde fois, il en fit ôter ses armes, et mit un chif- fre ; croit qu'ils étaient entrelacés, savoir un P un S et un A pour signifier Pierre Sortosville Aufernier. Et depuis a dit ne pas savoir si c'était un D au lieu d'un A, la chose n'étant pas de con- séquence, joint le long temps. — S'il n'a pas fait venir sa vaisselle d'argent de Normandie et mis dans la maison de défunt Magnon ? — A dit l'avoir fait venir pour la changer, attendu qu'elle est très-vieille, bossuée ot rompue, laquelle il changea avec de la vais- selle neuve, qu'il mit entre les mains de Magnon et sa femme, ne croyant pas qu'elle fùi en sûreté en une chambre garnie où il de- meurait, et particulièrement pendant le dernier voyage qu'il fit — S'il n'a pas attenté à la vie de Magnon pour épouser sa femme ? — Non, et il n'est pas capable d'une pareille lâcheté, et il a vécu les assassinats n'y fussent pas rares, celui-ci, commis en plein jour sur un homme dont la pauvreté était notoire, parut singuli^.ir; l'on soupçonna sa femme et de Sortosville, qui l'entretenait, dy être pour quelque chooe. Ils furent mis en prison. 1. C'cst-à dire Marianne Ponllcin. f90 MARQUIS DE SORTOSVILLE. avec Magnon jusqu'à sa mort, de telle manière qu'il n'en a pas eu la pensée. — S'il ne sait pas que la femme de Magnon se retira d'avec lui dans une religion dans le faubourg Saint-Marceau? — II fut surpris qu'un malin Magnon vint déjeuner avec lui, et lui dit que sa femme s'était retirée d'avec lui — Si lorsque Magnon fut blessé, ce fut lui qui en donna avis à la femme de Magnon? — Non, et Magnon, sitôt qu'il fut blessé, l'envoya quérir sur les onze heures du soir, et il demeura avec lui jusqu'à une ou deux heures du matin, et lui rendit tous les offices qu'un ami peut ren- dre à son ami, entre autres donna ordre que l'on allât quérir un con- fesseur, lui fit donner une chemise de son hôte et un drap que son même hôte donna poiir faire un bandage, et le lendemain ayant été prié par lui de lui faire donner un matelas et un lit de plume à cause que le sien îie valait rien, ayant joué tout son bien, il lui fil louer par Belar, son hôtesse, un lit de plume et un matelas qui fui pris aux Halles *, et quelques jours auparavant il envoya par son hôtesse de l'argent à Magnon, et n'épargna aucune chose pour l'as- sister — Si la femme de Magnon ne lui a pas donné du poison? — II ne Ta pas cru capable d'une pareille action, et s'il l'avait cru, il se serait bien donné de garde de l'épouser. — S'il n'a pas dit à Lalande qu'il fallait qu'il le servît en une occasion importante, et qu'il le récompenserait de 30 pistoles? — Non, et ceux qui le connaissent ne l'accuseront pas d'une telle action. — S'il ne sait pas que c'est Lalande qui a assassiné défunt Ma- gnon ? — Il n'en sait rien, et même point ouit parler. — Qui a assassiné défunt Magnon ? — Il n'en sait rien, mais Magnon lui a dit que c'était un homme petit, vêtu de gris brun — Si lorsqu'il a épousé sa femme, il ne savait pas qu'elle avait eu des enfants d'autres que de son mari ? — Il a su qu'elle avait eu une fille de M. le duc d'Elbœuf sur promesse de mariage, et a vu entre les mains de sa femme des 1. C'est-à-dire au-s pilliers des Halles, où se trouvaient les fripiers. MAHQUIS DE SORTOSVILLE. lUl lettres de M. le duc d'Elbœuf qui parlaient de la promesse de ma- riage '. — Si Magnon, ajant été blessé un lundi, ne mourut pas de ses blessures le dimanche suivant, sur les six heures du matin? — Oui, ;\ co qu'il croit, ne se souvenant pas bien maintenant du jour — Si, du vivant de Magnon, il n'écrivit pas un billet à une vieille femme qu'il qualifiait de comtesse, par lequel il lui mandait que l'on avait pronostiqué à la femme de Magnon que l'événement de sa grossesse devait être malheureux, qu'il priait la femme de venir voir la femme Magnon pour la tirer de peine et d'inquiétude, et l'assurer de sa part qu'il ferait son pouvoir pour l'avantage de l'en- fant qui proviendrait de sa grossesse et pour cet elfet offert son carrosse ;\ la vieille femme? Si lorsque la femme Magnon lui dé- clara sa grossesse, il ne lui promit pas d'acquérir sous le nom et au profit de l'enfant qui naîtrait une terre proche Charenton, de valeur de 33,000 ou -40,000 liv. ? Si un jour, étant allé la voir et l'ayant trouvée seule, accompagnée seulement d'un petit laquais, il ne prit pas occasion de se défaire du laquais, l'envoyant quérir tout près du foin, lequel étant revenu et trouvé la porte fermée par lui, fut obligé de frapper rudement et longtemps avant que la porte lui fût ouverte, et que lui et la femme Magnon furent trouvés seuls en la chambre? — Non, il ne sait ce que c'est. Du 30 mars 16G6. Marie-Anne Ponllain, trente ans -, femme mariée avec M. de Sortosville. — Si M. de Sortosville n'avait pas inclination pour elle du vivant de Magnon son premier mari ? — Jamais elle n'a reconnu cela. 1. Tallemant raconte qu'en IG53 ou en lC5^i, le duc d'Elbœuf faisant la cour îi l'une des suivantes de sa femme, lui avait dit que la ducliesse allait mourir et qu'il l'épouserait aussitôt après si elle voulait ne pas lui être trop farouche. Sur cette assurance, la demoiselle eut une fille; mais le duc mourut vers 1657, laissant sa femme en parfaite santû et sa maîtresse dans l'embarras. Tallemant, plus discret que d'iiabitudt'. ne nomme pas la demoiselle, mais il est bien probable qu'il s'agit de notre marquise de Sortosville. 2. Marianne Poullain avait épousé Magnon depuis 1657. Somaize parle d'une précieuse de ce nom ci qui peut être la nôtre; elle semble avoir été jolie, avec une belle taille et un grana air; il dit que la fortune, après lui avoir fait bonne mine, l'avait trahie, et que vers 1060 elle se conservait encore, après avoir eu le nom de i9i MARQUIS DE SORTOSVILLË. — Si pour épouser Sorlosville, il n'a pas comploté avec elle de tuer son mari, pour l'épouser? — C'est la plus haute malice qui ait jamais été inventée par les ennemis de son mari. — Remontré qu'au temps que son mari fut blessé, il dit à tous ceux qui étaient présents qu'il y a longtemps qu'elle le souhaitait où il était? — Son mari l'envoya quérir pour l'assister, où elle fut jusqu'à sa mort, et lui témoigna toutes les tendresses possibles ; il lui a fait don de tout son bien. — Si elle n'a pas voulu faire empoisonner son mari? — Jamais elle n'en a eu la pensée. (A. N.) INTERROGATOIRE DE LALANDE. Du 30 janvier 1667. Julien Gosse dit Lalande, trente-deux ans> il est cordonnier de son premier métier, depuis il a été archer des pauvres. — Si ce n'est pas lui qui a tué Magnon ? Il a dit qu'il y avait mis la main ? — Il n'en a jamais parlé. — Où il était le 18 avril 1662? — Il croit qu'il était à Paris et malade. — S'il n'a pas tué un archer des pauvres? Remontré qu'il l'a avoué au procès * ? — Non. (A. N.) belle; qu'elle n'avait pas le goût moins dt'Hcat que la peau déliée; sa ruelle ne pochait pas en quantité, mais ceux qui lui rendaient visite étaient des plus honnêtes gens de Paris. C'était donc une précieuse de deuxième ordre. On voit que la pru- derie ordinaire h ces dames ne les empêchait pa-i de se livier au plaisir, et l'on voit aussi qu'. lor=, conmie aujourd'hui, les femmes entretenues devenaient quel- quefois des marquises. 1. Sorlosville et sa femme fureut acquittés, et Gosse banni pour neuf ans du baillage du Cotentin. Les magistrats pensèrent probablement que Magnon avait été un mari trop commode pour que l'idée de le tuer fut venue aux deux amants. LE COMTE DE BUSSY-RABLTIN. i93 LE COMTE DE BUSSY-RABUTIN ^ Libelles. M. PETIT A LORD ARLINGTON. 28 A Paris, le — de mars 1005. 18 La raison pour laquelle je n'ai pas eu l'honneur de vous envoyer les nouvelles manuscriles l'ordinaire passé, et que je ne vous les envoie pas à présent, est que l'auteur a été mis à la Bastille par ordre du Roi qui ne souffre pas que des particuliers s'en mêlent. (State paper Office.) le roi a m. de besmaus. Envoyant en mon château de la Bastille M. de Bussy-Rabutin 2, mestre de camp général de la cavalerie, pour y être détenu prison- nier; je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez h l'y recevoir et faire loger, et à l'y tenir sous bonne et sûre garde jus- qu'à nouvel ordre de moi, sans permettre qu'il ait aucune commu- nication avec qui que ce soit, de vivo voix ni par écrit, apportant pour cela toutes les précautions que vous verrez "nécessaires, et m'en reposant sur vous, etc., ^. A Paris, le IG avril 1665. 1. Ordre d'entrée du 16 avril 1665; ordre de sortie du 16 mai 1666. Contre.' CHARLES PATIN. LOUYOIS A M. DE RYANTZ, PROCUREUR DU ROI AU CHATELET. A Saint-Germain-en-Laye, le 9 janvier 1667. Je vous ai écrit le 5 décembre pour vous dire que sur le placet qui avait été présenté au Roi par les imprimeurs qui ont débité de mauvais livres qu'ils faisaient venir des pays étrangers, S. M. m'avait commandé de vous faire savoir qu'elle désire que pour mettre fin à leur longue détention, vous poursuivissiez incessam- ment le jugement de leur procès; mais comme je n'ai point de vos nouvelles depuis ce temps-là, je dois vous répéter la même chose et vous supplier de me donner avis de ce que vous aurez fait sur ce sujet par l'ordre de S. M. (A. G.) JOURNAL DE l'aBBÉ DESLIONS. M. Leschassier m'a appris la disgrâce du médecin Patin le jeune': son commerce de livres en Hollande, l'engagement qu'il avait pris avec Monsieur et Madame d'en retirer tous les exem- plaires du roman scandaleux des amours de cette princesse, ce qu'il avait fait; mais qu'au lieu de les rendre ou brûler, il en avait retenu ou débité quelques-uns; qu'un nommé Thierry, libraire, son ennemi, avait poussé l'affaire à bout et intéressé le duc de Roannes pour son côté-. (B. N.) 1. Charles Patin, né à Paris en 1G33, mort à Padouî en 1693. C'était un médecin assez liabile et un archéologue très-distingué. 2. Cette année dut être bien triste pour Guy Patin; malgré son opiniâtre résis- tance, il venait de voir la Faculté de médecine admettre l'émétique au rang des purgatifs officiels, et pour combler la mesure, son fils est traduit en justicf. Charles Patin avait été chargé par Monsieur, frère du Roi, d'acheter en Hollande et de détruire les éditions du libelle composé par Bussy; il réussit dans sa mission, mais il eut l'indélicatesse de rapporter plusieurs exemphiires; les syndics de la communauté des libraires le dénoncèrent. Bayle et Niceron disent tous deux qu'on n'avait jamais bien su le motif des poursuites; Guy Patin tient le même langage; pour lui il ment, et ce n'est pas chose rare chez ce malin satyrique; mais comment se fait-il que Bayle et IViceron ne fussent pas plus sûrs de leur fait, puisque le procès-verbal de saisie avait été imprimé et répandu dans le public; nous nous bornerons à en extraire ce qui suii : « L'an 1666, le 15 septembre, au Bourget, etc. Sur ce que Thierry et Léonard ont eu avis qu'aucuns de ceux qui ont conduit les livres ont été aux lieux latrines qui sont dans la cour de la maison, il nous ont requis d"y faire regarder pour voir s'ils n'y avaient point jeté aucuns livres, et y ayant été jeté du jiapier allumé, s'est trouvé sur la matière desdiis lieux des commencements d'un livre en taille douce. El à l'instant le sieur Guy Patin nous a dit qu'il s'est allé se promener aujourd'hui de relevée dans un carrosse au lieu du Bourget, son fils avec sa bru, le sieur Leblond et le sieur hoyuette, où étant ou leur a présenté des livres que l'on savait bien qui LE COMTb: DE BUSSY-RAIJUTIN. 203 LOrVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 8 mars 1C68. J'ai lu au Roi la lettre que vous vous êtes donné la peine de m'écrire au sujet du jugement rendu contre Patin', et S. M. m'a témoigné en être fort satisfaite. (A. G.) M. BOUCHU, A LE TELLIER. Du 25 juin 16C8. Aussitôt que j'ai reçu le placct que vous m'avez fait l'honneur de ra'envoyer de la part du Roi, el qui a été présenté à S. M. par les Viremaître de Bussy, contenant les plaintes qu'ils font contre M. le comte de Bussy, leur seigneur, j'en envoyai une copie à un homme d'intégrité, pour savoir si le contenu dudit placet était véritable; et, deux jours après, l'un des Viremaître me vient trouver avec Cunoir, son procureur, pour me prier de supprimer ce placel, et me dire qu'ils n'en feraient point de poursuites, qu'ils n'osaient le faire, et que M. de Bussy les maltraiterait. Je reçus ensuite une lettre que M. le comte de Bussy vous a écrite et que vous m'avez envoyée, qui est pour une autre affaire, et dont je n'ai point de connaissance, et qui s'est passée au bailliage d'Autun, à ce que M. de Bussy vous mande, celle-ci s'étant passée à Bussy, qui est du bailliage de Semur; j'ai cependant reçu éclair- cissement de celui à qui je m'étais adressé; mais comme M. de Bussy m'a présenté depuis deux jours une requête par laquelle il demande que les Viremaître soient assignés, pour lui faire répara- étaient dans une maison du Bourgel dans le carrosse; lis ont été arrêtés et menés dans le b'ireau de la douane, et que quant aux feuilles qui sont dans les lieux, il demeure d'accord que c'est lui qui les y a jetées, que ce sont les commencements ou les tiires de l'Histoire amoureuse des Gaules, au nombre d'environ cinquante, lescjuels il a jetés ayant eu peur que ce fut quelque chose de suspect Nous avons enquis Patin qui a reçu les livres? — C'est son fils qui les a reçus et qui avait eu avis que les livres étaient dans la maison du Bourget dans une balle qui a éié défaite dans la maison Ayant fait entrer dans la maison des gens des basses œuvres, ils ont tiré des lieux plusieurs commencements de taille douce où est imprimé Histoire amoureuse des Gaules, la plus grande partie pleins d'ordures, que Patin nous a dit être les mêmes qu'il a jetés. » 1. Le lieutenant général de police avait été chargé de juger, avec le Cliàtelet, le procès intenté à Ch. Patin; celui-ci avait eu soin de prendre le large et s'était retiré dans le Palatiuat; il fut condamné par contumace aux gali'res à perpétuité, et quoiqu'il ait obtenu plus tard des lettres de rémission, il ne voulut jamais ren- trer eu France. 204 MÉMOIRE DK DAM El. ELZEVIR. tion d'honneur de la calomnie qu'ils lui ont faite, sur quoi j'ai ordonné qu'ils seraient assignés, j'attendrai s'ils comparent ou non, et j'aurai l'honneur ensuite de vous rendre compte de celte affaire. (Bibl. de Troyes.) LOUVOIS A PRASLARD, IMPRIMEUR. A Saint-Germain, le 16 août 1668. Votre lettre d'hier m'a appris que vous aviez découvert un livre intitulé : Le Ministère du cardinal Mazarin. Comme je n'ai pas encore vu cet imprimé, vous me ferez plaisir de me l'envoyer. lA. G.) MÉMOIRE DE DANIEL ELZEVIR*, DE CE Qu'ON A FAIT ET DE CE QU'ON POURRA FAIRE POUR EMPÊCHER LA VENTE DES LIVRES QUI SONT INJU- RIEUX A DES PERSONNES DE QUALITÉ ET CONTRAIRES AUX BONNES MŒURS. Il y a environ deux ans qu'il parut, en Hollande, une Histoire du comte de Guiche, dont on m'envoya trois cents exemplaires. Sitôt que je les ai eu reçus, j'en donnai avis au bourguemestre qui avait le plus de crédit alors, lui remontrant que, si on ne pour- voyait à cela, on en ferait encore d'autres de cette nalurc-là. Le lendemain, les bourguemestres ^ firent venir devant eux les libraires que je leur avais marqués, et leur ordonnèrent de faire porter à la maison de ville tous les exemplaires qu'ils en avaient. Peu à peu, on m'envoya trois cents Histoires du Palais royal, dont je fis la même chose, et les bourguemestres y mirent le même ordre; et les uns et les autres de ces livres furent brûlés à la maison de ville; de sorte que, pendant deux mois, on n'en vendit point dans Amsterdam ; mais, comme dans les autres villes de la Hol- lande et les lieux circonvoisins, il n'y eut personne qui prît garde à cela, et que par conséquent ces livres s'y vendaient publique- ment, il y en eut, à Amsterdam, qui commencèrent à en vendre aussi ; et, depuis, la licence a été de mal en pis ^. 1. Ce doit être Daniel Elzevir, mort le 13 septembre 1680, et qui ferme la série des imprimeurs de ce nom. 2. Ces magistrats étaient chargés de la police dans les villes. 3. En 1665, Cosnac, évêque de Valence, favori de Madame, prétendait déjà avoir acheté en bloc la première impression des Amours des Gaules, et avait dit à la pria- cesse que moyeanaiit 2,000 pistoles qu'il avait payées l'ouvrage serait supprimé; il en coûta 20,000 livres à la duchesse d'Orléans, et cela n'empêcha pas le libelle d'avoir trois éditions dans cette môme année là. MÉMOIRE DE DANIEL ELZEVIR. 205 L'été passé, M. Joly, qui est avec M. Colbert en Angleterre', passa par Amsterdam, où, la curiosité et l'amour qu'il a pour les bons livres lui ayant donné la connaissance de plusieurs libraires et gens doctes et curieux, il apprit de quelqu'un qu'on imprimait, dans Utrecht, une Histoire de Madame; ayant su de quelle nature L'Ile était, il se mit en peine de la supprimer; et pour cela, il fît venir le libraire et acheta toute l'impression, qui était de quinze cents, et eut le manuscrit et toutes les épreuves, de sorte que per- sonne n'en a vu aucune feuille ; il les fit emballer et enfermer dans une caisse devant lui, et me les laissa en garde pour en faire ce qu'il m'ordonnerait. A cette occasion, il me pria de trouver quelque expédient pour supprimer cette sorte de livres, et pour empêcher qu'il ne s'en fit plus dans les Provinces-Unies; qu'en faisant cela, je rendrais service au Roi et aux grands du royaume. Je lui dis que j'y étais tout porté et prêt à le faire, pourvu qu'on envoyât quel- qu'un sur les lieux qui voulût suivre mes conseils, et qui eût commission de la cour pour cela; qu'en attendant, je préparerais les choses à Amsterdam, Leyde, Utrecht et autres villes, où j'ai des parents et amis qui sont dans le gouvernement; et que j'entretien- drais de cela commerce avec lui de temps en temps, comme nous avons fait depuis; et il faut avouer qu'il ne se peut rien ajouter aux soins pleins de prévoyance et d'application, qu'il a continuelle- ment employés pour remédier à ce désordre. Je pris, dans ce temps-là, occasion d'aller à Utrecht, où beaucoup de cette sorte de livres ont été imprimés, et en parlai à quelques- uns de mes amis qui ont du crédit, qui trouvèrent la chose rai- sonnable, et s'ofï'rirent de m'y servir, pourvu que je fisse en sorte que la même chose se fit à Amsterdam, moyennant quoi ils s'obli- gèrent d'en faire faire la défense à l'instant. Dans ce voyage, j'ai trouvé encore un manuscrit de la Vie de Madame, que j'achetai. Etant de retour à Amsterdam, j'en parlai à divers de la magis- trature, qui me promirent tous de m'aider à cela, pourvu que je leur pusse indiquer un moyen qui fût capable de l'empêcher; en tout cela, j'ai toujours agi de concert avec M. Joly, qui n'aura pas manqué d'en donner connaissance à la cour. Dans ce temps-là, M. Joly m'envoya l'ordre de faire des exemplaires de la Vie de Ma- 1. M. Joly était le secrétaire de Colbert de Croissy, alors ambassadeur en Anglc- leire. 206 MÉMOIRE DE DANIEL ELZEVIR. dame ce que M. Temple* m'ordonnerait, qui envoya son secrétaire chez moi, et ordonna que tous les exemplaires seraient brûlés en notre présence, ce qu'avons fait en ma maison, sans qu'aucun ait clé présent que nous, et n'en est échappé aucune feuille. La cour ayant envoyé en Hollande M. Praslard, pour y acheter tous les méchants livres et en poursuivre la défense, selon le conseil et les instructions que je lui en donnerais, il me vint voir et me montra ses ordres. Sur quoi, je lui fis voir celui des bourguemestres qui a le plus de crédit dans la ville d'Amsterdam; pris avec moi tous ces méchants livres, et lui fis remarquer les endroits les plus méchants et abominables, lui dis les moyens que je croyais être capables de réfréner cette grande licence, et lui fis si bien goûter mes raisons, qu'il me promit qu'il en parlerait le lendemain à ses confrères, et qu'il en procurerait la défense en peu de jours dans l'assemblée des Etats qui se tenait alors. Je reçus en ce temps-là une lettre de M. Joly à M. Van Beu- ningen, par laquelle il Je priait d'aider M. Praslard dans cette affaire; et une autre pour moi, où il me mandait que la cour d'Angleterre en avait écrit à M. Temple pour assister ledit Pras- lard en tout. Je donnai la lettre à Praslard, comme aussi une de ma part à M. Temple, et un mémoire de ce qu'il devait demander, et de quelle façon il devait s'y prendre; et n'ai manqué de lui écrire de jour en jour les incidents qui sont arrivés dans cette affaire, dont je ne doute pas qu'il n'ait rendu compte à la cour. La résolution fut donc prise dans les Etats qu'on défendrait tous ces méchants livres, et ordonnèrent à ceux de la cour de Hollande et du conseil d'en haut de concevoir un projet d'arrêt, sur quoi il serait résolu par ladite assemblée qui se devait tenir le i2 février suivant. En attendant, pour ne point perdre de temps, M. Praslard obtint de MM. les conseillers-députés, qui sont ceux en qui réside tout le pouvoir quand les États ne sont pas assemblés, des lettres pour les bourguemestres des villes, par lesquelles on leur ordonnait de faire venir les imprimeurs et libraires devant eux, de leur commander de porter les livres spécifiés dans les lettres, en tel lieu qui leur serait indiqué, afin de leur être payés selon leur valeur, de leur bien faire comprendre de ne plus vendre, 1. Sir Guillaume Temple, mort en 1699, âgé de soixante et onze ans; il était alors ambassadeur de Charles II auprès des Provinces-Unies. MÉMOIRE DE DANIEL ELZEVm. 207 ni imprimer aucuns livres semblables sans de grandes peines, et de tenir la main que ci-après de semblables livres ne soient plus impri- més ou vendus. M Praslard étant venu avec lesdiles lettres ù Amster- dam, par où nous devions commencer, nous allâmes voir ensemble le président des bourguemeslres, et lui rendîmes la lollre qu'il lut, et m'ordonna de venir en la maison de ville, où je fus et parlai avec quatre bourguemestres qui firent venir leur secrétaire, et lui ordonnèrent de coucher la chose en la manière que je lui dirais; ce qu'il fit, et coucha un acte par écrit, lequel, par trois huissiers de leur chambre lut signifié à tous les libraires et impri- meurs de la ville, pour porter les livres à la chambre de la com- munauté, pour être prisés par les syndics et leur ôlre payés là; ce qui se fit fort promptement, et la même chose s'est faite h Ulrecht et à Leyde, où j'avais adressé M. Praslard à mes amis et parents, qui ont fait exécuter la chose avec beaucoup de promptitude, l'acte d'Amsterdam servant de modèle à tout, duquel on trouvera ci-joint une translation; depuis mon départ, M. Praslard a fait faire la même chose dans les autres villes de la Hollande, et a agi en tout avec beaucoup d'industrie, de zèle et de diligence. Depuis mon départ, l'arrêt a été donné par les Etats de Hollande, dont j'ai joint à ce mémoire une copie ; et, depuis peu déjà, Praslard a encore obtenu un arrêt de MM. les généraux, dont je n'ai pas encore eu copie, de sorte que l'aflaire est terminée à souhait; il n'y manque plus rien que de la faire bien exécuter et empêcher que semblables choses ne s'impriment plus : pour ce faire, il est nécessaire que quelque libraire ait le soin de découvrir les choses, et qu'il ait ordre de communiquer avec M. l'ambassadeur ou quelques autres des gens du Roi, dans les provinces, afin que le libraire n'y paraisse pas; et que, néanmoins, les empêchements nécessaires y soient mis; et que, si l'arrêt obtenu n'est pas assez fort, on en puisse toujours obtenir un autre : ce que je ne doute pas d'obtenir, pourvu que j'aie quelqu'un qui m'assiste; et en faisant quelque petite gratification par ci, par là, pour découvrir s'il s'imprime quelque chose de semolable. Comme ce n'est pas seulement dans les Provinces-Unies qu'on imprime ou vend cette sorte de livres, il sera nécessaire que S M. donne ordre à ses résidents, agents ou commissaires, dans les villes de Liège, Cologne, Hambourg, Francfort, dans et hors la foire, Nuremberg, Strasbourg, Genève et Leipsick, 20S MÉMOIRE DE DANIEL ELZEVfR. OÙ on imprime et vend de semblables écrits, d'en parler aux princes et bourguemeslres pour faire faire la même chose que ceux de Hollande ont fait, dont je suis assuré qu'ils ne feraient nulle difficulté, étant ennemis de semblables écrits; je ne parle pas du Brabant et Flandre où on a, plus qu'en aucun autre lieu, imprimé de semblables livres, sachant que M. Praslard est parti pour y faire la même chose qu'en Hollande: car je ne vois pas à quoi il servira qu'en Hollande seule on ne vende pas ces livres, si on les trouve partout ailleurs; mais je m'imagine que si on s'y prend de cette sorte, on nettoiera bientôt le monde de cette nature de libelles; et que les auteurs, ne trou\ant plus d'impri- meurs et libraires pour débiter leurs folies, les esprits s'adonneront à des choses plus sérieuses; mais si, au contraire, on se montre négligent en cette affaire et qu'on n'y tienne pas continuellement la main, il est à craindre que, pendant que les esprits sont encore remplis de cette liberté de médire de tout le monde, ils ne fassent pis que par ci-devant. TRADUCTION DU HOLLANDAIS EN FRANÇAIS DE CERTAIN PLACARD DONNÉ A LA HAYE. Les Etats généraux des Provinces-Unies, etc., font savoir : d'au- tant que nous reconnaissons par expérience, que, nonobstant nos précédents placards sérieusement réitérés de temps en temps contre les libres impressions, ventes, et de (sic) divulguer des li- belles diffamateurs sales et scandaleux, écrits et livrets; néanmoins, quelques personnes mal intentionnées et perturbateurs ont entre- pris d'apporter en ces provinces, faire imprimer et divulguer plu- sieurs diffamants et déshonorants écrits par lesquels des personnes d'état de dehors le pays, de haute et moindre condition, sont infâ- mement déduites et déchirées, comme aussi d'autres vilains et im- pertinents livrets tendant à la séduction de la jeunesse, la condui- sant à toute licence et dérèglement; c'est pourquoi nous y voulons pourvoir Voici la liste des livres condamnés par ce placard : L'Histoire amoureuse des Gaules: V Histoire du Palais-Royal; l'His- toire du comte de Guiche. tant en français qu'en flamand ; Relation de madame de Savoie; Vie de madame de Braucas ; Lettre de ma- dame de Vaujour; la Déroute des filles de joie; la Comédie galante de Bussy ; l'École des filles, sans et avec figures; laPutana errante; PETIT, GAZETIER. 209 Parnasse satyrique; Cabinet satyrique; la Lupanie; Mémoires des dames galantes de Brantôme. (B. N.) Mars 1669. M. PETIT A WILLIAMSON. 16 A Paris, le — de uovembre 1609. 6 Hier, mercredi, on mit h la Bastille deux imprimeurs ou libraires. Hibou et David*, pour avoir fait venir de Hollande el avoir débite^, par Paris, des libelles touchant les amours du Roi 2. (State paper Office.) DE CROISSY, ambassadeur DE FRANCE, A LORD ARLINGTON. Mylord, le Roi, mon maître, ayant fait donner une grande chasse aux gazetiers de Paris, qui remplissent, toutes les semaines, toute l'iilurope des plus fausses et des plus détestables nouvelles que les esprits mal faits puissent concevoir; il est arrivé que le lieutenant de police ayant fait prendre, comme dans une nasse, tout à la fois, huit ou dix de ces principaux gazetiers, qui ont été conduits à la Bastille^ on a trouvé, par leurs dépositions, que la plus grande partie de ces écrits pernicieux, et qui font un préjudice inconce- vable aux affaires du Roi, mon maître, et attaquent même souvent sa propre réputation, partaient de la boutique de M. Petit, Français de nation, et qui s'est, depuis quelques années, introduit dans la maison des ambassadeurs d'Angleterre; et que, c'est sur les mé- moires que celui-ci leur donnait, que leurs gazettes étaient fabri- quées ou que les articles les plus faux et les plus pernicieux y étaient insérés; et S. M., ne pouvant plus dissimula' une chose qui est sans doute la plus préjudiciable au bien de son service, elle m'a commandé de prier instamment le roi de la Grande-Bretagne, à son nom et par toute l'amitié qui est entre LL. MM., de ne trouver pas mauvais qu'il fasse éloigner de Paris un si méchant instrument; et qu'afin que cela se fasse avec toute sa dignité, 1. Ordre d'entrée du 9 novembre 1669; ordre de sortie du 21 mai 1670, pour être conduits au Chàtelet et le procès leur être fait. 2. En 1670, Ribou fut condamné aux galères par le Cliàtelet; la peine fut com- muée en lin simple bannissement, parce que les chirurgiens déclarèrent qu'il était invalide. Le 4 mai 1672 il obtint des lettres de rappel de ban, avec permission de rouvrir sa boutique. 14 210 PIERRE ELZEVIR. il lui plaise envoyer ordre à son ambassadeur d'éloigner lui- même, sous quelque prétexte, Petit de sa maison, sans lui en apprendre la cause, s'il ne veut, ni la suite qu'elle devra avoir; le Roi, mon maître, m'ayanl aussi ordonné de dire que, s'il y avait quelque Anglais dans ma maison, je ne dis pas qui fût criminel envers S. M., comme est ledit Petit envers le Roi, mon maître, mais seulement qui lui déplût, il m'ordonnerait aussitôt, et sans en être prié, de m'en défaire; et, comme cette alfaire est extrêmement h cœur au Roi, mon maître, qui ne voudrait pas être réduit à l'extrémité de chasser, comme il y est résolu, cet homme de Paris, sans que le roi d'Angleterre lui eût donné cette marque d'amitié de me témoigner qu'il ne trouvera rien à dire, aussi S. M., qui a trouvé ma demande fort juste, me Ta accordée de la meilleure grâce et le plus obligeamment du monde; et je ne doute pas, Mylord, que vous m'envoyez aussi de même les ordres de S, M. à son ambassadeur pour cet effet, de sorte qu'il y pourvoie de. lui-même, ainsi que je l'ai dit, ou qu'il ne trouve pas mauvais que le Roi, mon maître, fasse contre un perfide et inlâme sujet ce que les lois veulent, et qu'il ne trou- verait pas mauvais que S. M. fît, en pareil cas, dans son royaume. (State paper Office.) A Londres, ce 26 novembre 1609. COLEERT A POMPONNE, AMBASSADEUR DE FRANCE EN HOLLANDE. Je VOUS envoie ci-joint un mémoire écrit de la main de M. de la Reynie, lieutenant de police, par lequel vous verrez qu'il piétend que le nommé Pierre Elzevir est l'un de ceux qui impriment la plu- part des manifestes scandaleux. Je vous prie de vous en informer, conformément au mémoire, et de m'en donner avis. A Saint-Germain, le 13 décembre 1669. « David, marchand libraire de Paris, prisonnier à la Bastille, prétend que Pierre Elzevir, d'Utrecht, frère d'Elzevir, d'Amster- dam, lui avait promis le manuscrit intitulé : Tibulle français, moyennant cent pistoles; Que le même Pierre Elzevir lui a dit qu'un chevalier de Malte l'avait entre les mains, et que ce chevalier était pour lors en Alle- magne. PETIT, GAZETIER. 2H Si vous jugez, Monsieur, cet avis assez bon pour vous donner la peine d'en écrire h M. de Pomponne, il ne sera peul-Otre pas hors de propos de l'avenir que ce même EIzevir a dil à David, ainsi qu'il le prétend, qu'il avait refusé à Praslart d'entrer en commerce sur ce manuscrit, et qu'Elzevir, d'Utroiht, suivant le môme avis, est un homme assez difficile, et qu'il faut ménager. » (B. A.) LIONNE A l'ambassadeur D'aNGLETERRE. N'ayant pas eu le bien de vous rencontrer depuis que vous m'ordonnâtes de parler au Roi sur le sujet du sieur Petit, et ne sachant quand je pourrai avoir l'honneur de vous voir, je vous prie d'agréer que je me serve de ces lignes pour vous donner la parole de S. M. que vous m'avez demandée, qui est que, pour toute la mauvaise conduite passée du sieur Petit, S. M. la lui pardonne en votre considération; et que, pourvu qu'il ne s'arrête pas à Paris, il n'a rien à craindre des ressentiments de S. M. Au reste, Monsieur, je ne saurais assez vous exprimer combien ont été agréables au Roi les expressions que vous me chargeâtes de lui porter pour l'assurer qu'il n'était pas même besoin, en ce ren- contre, de recourir en Angleterre; et que, dès que "S. M. vous ferait connaître que quelqu'un des vôtres ou ne se conduirait pas bien, ou seulement môme ne lui serait pas agréable, vous ne le voudrez pas garder un quart d'heure. S. M. s'en est tenue fort obligée à votre civilité, et a ordonné à son ambassadeur en Angle- terre de faire les mêmes offres à S. M. Britannique, et d'en venir aux effets dès qu'elle lui fera connaître qu'il y a quelqu'un dans sa maison dont elle ne sera pas satisfaite. (State paper Office.) Du 26 décembre 1G69 à Paris. interrogatoires sur la sellette. Du lundi 30 décembre 1669, en la chauibre de police, où étaient assemblés MM. les lieutenant de police; lieutenant par- ticulier. Guillois l'aîné, Dujour, Baschelior, Delaporte, Delabriffe, Duret et Gompaiu, conseillers pour le jugement du procès extraor- dinaire fait à ia requête de M. le procureur du Roi, etc. Fait asseoir sur la sellette Claude Chabot *, âgé de vingt-huit 1. Ordre d'entrée du 5 octobre 1669. 212 CHABOT, GAZETIER. ans, natif de Verdun, demeurant rue d'Ecosse, faisant profession d'écrire des nouvelles, ayant six pratiques. Il tenait ses mémoires de Pigeon, d'un ordinaire à l'autre, et communiquait aussi avec Imboty, aussi d'un ordinaire à l'autre; et n'a jamais donné que de vieilles nouvelles à ses six pratiques, qu'il tirait d'un ordinaire à l'autre, de Pigeon et Imboty; ce que l'on peut savoir de Nervèze, qui était celui qui avait des nouvelles fraîches, mais qui ne lui en a point donné. Bien est vrai qu'étant allé le jour chez Nervèze, il y trouva Imboty, qui, le soir précédent, était venu le voir pour lui de- mander des pièces manuscrites, et lui dit d'aller chez Nervèze. Lorsqu'il y fut, il demanda une pièce intitulée : Maquerellage de la cour, à Imboty, qui lui fit réponse qu'il ne l'avait point; mais bien qu'il avait ouï parler du Cocuage de la cour. Les manuscrits qui ont été trouvés chez lui sont et proviennent de Nervèze. Campa- gnac demanda les manuscrits qu'il avait pris chez Nervèze, pour savoir si, sur les manuscrits, il en pourrait composer la pièce du Maquerellage de la cour, qu'il commença à dicter, après avoir pris lecture des manuscrits, et après avoir fait élection des manuscrits qu'il voulait faire voir à de Beaumont^ les mit à part dans un tiroir de sa chambre, chez Nervèze; il ne lui demanda point de pièces noires, mais bien des amours et des pièces galantes du temps. Reconnaît que Campagnac lui avait demandé, quelques jours au- paravant, le Maquerellage de la cour; et que, môme il en avait offert vingt écus, et môme lui l'avait demandé à Imboty. Les trois écus que de Campagnac lui donna d'avance, n'étaient point pour avoir la pièce, mais bien des manuscrits qu'il disait vouloir avoir pour les faire voir à de Beaumont ; il n'y a rien de plus vrai que c'est de Campagnac qui a composé la pièce en présence de l'abbé De- lœil et de lui, en déjeunant ensemble chez de Campagnac qui, lors, tira de sa poche un papier où il y avait de ce qui est contenu en la pièce du Maquerellage de la cour, jusques où il est parlé du père Annat; et lors, leur montrant ce papier, il leur demanda s'ils n'avaient rien de semblable pour en composer une pareille et satis- faire de Beaumont, qui désirait l'avoir; et lui donna charge de dire 1. 11 est probable que ce de Beaumont était un agent de police qui avait fait marché avec ces pauvres diables et leur avait donné rendez-vous pour recevoir leurs œuvres et les payer; un commissaire les prit sur le fait. IMBOTY, GAZliriKR. 213 i\ de Bcaumont que la pièce avait dix cahiers, afin de lui en donner une plus grande envie Quatre ou cinq jours auparavant, de Campagnac lui ayant demandé la pièce du Maqtierellafje do la cour, lui parlant, chanta la chanson qui y est insérée; Campagnac la lui ayant demandée écrite, il refusa de récrire et fut écrite par un garçon qui était présent. Il est vrai qu'il l'avait commencée d'écrire, mais il cessa, parce qu'elle était dangereuse, et l'a ouï auparavant chanter à un aveugle dans la rue, et l'a retenue. Ayant promis de chercher la pièce du Maquerellage de la cour, c'était une preuve qu'il ne l'avait pas. A été aussi fait venir de sa prison et asseoir sur la sellette, Im- boty*, âgé de trente-neuf ans, demeurant au faubourg Saint-Ger- main, faisant profession de porter les armes pour le service du Roi. Il a été ci-devant repris de justice et condamné au fouet pour avoir fait commerce de nouvelles à la main, ce qui a été exécuté; et n'a point su qu'il y eût bannissement dans la sentence. Fut quelque temps après à la campagne, d'où il n'est venu à Paris que pour se faire habiller, et était sur le point de son retour à la campagne, lorsqu'il a été arrêté; depuis ledit temps, il n'a point continué le commerce de nouvelles. Bien est vrai que sa femme a pris quelques vieux mémoires pour les fournir à des personnes qui lui devaient de l'argent du passé et afin de pouvoir subsister. Demeure d'ac- cord d'avoir fait et écrit quelques vieux mémoires, qu'il envoyait par sa femme à ceux auxquels il en fournissait ci-devant, mais ne se servait que de vieux mémoires N'est point véritable que ce soit lui qui ait demandé à Nervaize le MaquereUarje de la cour; et ce fut Chabot qui demanda cette pièce à Nervaize, ou des pièces approchant de ce titre. Nervèze dit ne l'avoir point, mais donna plusieurs autres pièces du temps à Chabot, qui disait les vouloir faire voir à une personne qui en voulait acheter. 11 n'a été trouvé, ni pris chez lui aucuns manuscrits, sinon la pièce du sermon du curé de Collignac, qui est écrit de la main de Chamois. A aussi été fait entrer Nervèze^, natif de Villelranche, six lieues de Toulouse, âge de cinquante-trois ans, demeurant rue des Bou- langers, faubourg Saint-Victor. Se môle d'écrire des pièces saintes, litanies de laA'ierge et des 1. Ordre d'entrée du 10 octobre 1669. 2. Ordre d'entiée du 10 octobre 1669. 214 NERVÉZE, GAZETIER. manuscrits. Il est vrai qu'il a été arrêté prisonnier à la Bastille par Carlellier, sur ce que l'on prétendait qu'il se mêlait de nouvelles à la main, ce qui ne s'est point trouvé véritable et ne fut saisi d'aucunes nouvelles. A été une seconde fois, pour le même fait, arrêté à la Bastille. Il ne s'est point mêlé cependant du commerce de nouvelles; est vrai qu'il extrayait la Gazette de Hollande, qu'il prêtait quelquefois à Imboty et à Chabot, qui lui communiquaient aussi leurs nouvelles, mais n'a jamais rien écrit contre le Roi. Il est vrai qu'il recevait les mémoires de l'ambassadeur de Savoie, du moins de son secrétaire, pour les nouvelles de Turin. Il est vrai que Moustel et la Cliquette lui communiquaient leurs mémoires, mais il n'a rien fait dans ses gazettes à la main contre l'Etat et le service du Roi Chabot et Imboty l'étant venus trouver le dimanche, lui dirent que la Politique de la cour était vendue, et lui demandèrent s'il avait le Cocuage de la cour; et sur ce qu'il leur dit qu'il ne l'avait point, Imboly fit réponse qu'il le trouverait bien; le vendredi et le samedi précédents, ils étaient aussi venus chez lui pour lui de- mander des pièces du temps et pièces noires; et quant à la pièce du Maquerellage, ne l'a jamais vue ni ouï parler, et ne sait point qui Ta faite, se souvenant seulement qu'un Espagnol, demeurant dans la rue Saint-Marlin, à la Ville de Londres, s'étant adressé à lui, dit ces mots : a Gascon, as-tu la pièce du Maquerellage de la cour"! » Et sur ce qu'il lui dit que non, il lui fit réponse en ces mots : « Gascon, si tu avais cette pièce, elle te vaudrait plus de six cents louis d'or. » A aussi été fait entrer J.-P. Delœil\ âgé de vingt-huit ans, ou environ, natif de Senlis, demeurant rue des Postes, étudiant en théologie. A ouï dire à Campagnac, parlant de Chabot, que c'était un homme qui faisait commerce de manuscrits curieux, et n ouï aussi parler du Maquerellage de la cour, que de Campagnac deman- dait ;\ Chabot; et Chabot disait qu'il le lui ferait avoir, et ferait en sorte de le trouver. Le dimanche qu'il fut arrêté, devant aller à Charenton, Campagnac le pria de vouloir se trouver chez lui, où l'on lui devait faire voir plusieurs manuscrits; s'élanl accordé à cela, il fut chez Campagnac, où Chabot se trouva avec plusieurs 1. Ordre d'entrée du 5 octobre 1669. GAUDRY, r.AZETlJ'R. 215 manuscrits; et vit lors, entre les mains de Chabot, un commence- ment du Maqucrellage de la cour, qu'il trouva fort sale, ayant com- mencé de le lire. Il est vrai aussi que Campagnac le poursuivait de lui faire avoir la gazette ù la main pour de Braumont, qui devait s'en aller à la campagne, et qui désirait l'avoir; et lors promit, pour satisfaire Campagnac, qu'il lui donnerait upe copie de la gazette ;\ la main que l'on lui faisait voir, moyennant quoi, de Cam- pagnac pourrait contenter de Beaumont pour son argent A aussi été fait venir Gaudry ', natif de Bourges, âgé de quarante- deux ans, demeurant faubourg Saint-Germain, étant sans profes- sion, et subsistait, avant sa détention, de ce qu'il pouvait; et a eu le malheur d'avoir été pris chez Imboty, où il a fait une vingtaine de gazettes à la main pour lui, et pour lui faire plaisir, 11 est véritable qu'il a été repris de justice pour ce commerce; et est depuis revenu demeurer chez Imboty pour lui faire plaisir, et parce qu'il lui était à charge, il lui a fait deux eu trois gazettes... Il est vrai que la lettre écrite de Bruxelles, touchant la reine Christine de Suède, est écrite de sa main; il l'a copiée sur une pareille, il y a six ans environ ; et ce fut un gentilhomme qui la lui donna à copier. Demeure d'accord d'avoir dit qu'Imboly fai- sait huit gazettes à la main à chaque ordinaire; et il en a copié quelques-unes pour lui faire i)laisir Charles Odin 2, natif de Dijon, âgé de cinquante-deux ans, de- meurant rue de Richelieu, faisant profession d'écrire des maims- crits et solliciter des affaires pour ceux qui l'emploient. La plus grande partie des manuscrits ont été imprimés par Patin 3, en Hollande, et il y a plus de deux ans qu'il les a chez lui, il les a eus de Denize. 11 ne croyait pas qu'il y eût tant de copies parmi ses manuscrits, et celles copiées par son fils ont été par lui corrigées seulement pour lui montrer l'orthographe. Et demeure d'accord de les avoir collalionnées. Est vrai qu'il y a plusieurs desdites pièces écrites de sa main, mais il n'en a rien fait et n'a jamais été son intention ni de les donner ni de les vendre. Est véritable qu'il a été trouvé saisi d'une gazette manuscrite, mais elle lui a été don- 1. Ordre d'entrée du 5 octobre 1669. 2. Ordre d'eturée du 15 octobre 1669. 3. Si on peut accorder quelque confiance h une déclaration iso'ée, Ciiarles Patin, qui s'était chargé de supprimer los ouvrages édités contre Madame, aurait abuse de la confiance qu'on avait en lui pour faire imprimer d'autres libelles; cette cir- constance aggravante expliquerait la sévérité déployée envers lui. 216 MOUSTEL, GAZETIER. née par le moyen de son fils qui demeurait lors chez M. de Gour- cillon. Moustel *, âgé de trente-neuf ans, demeurant rue Royale, faisant profession de travailler pour les affaires du Palais. Il s'est mêlé du commerce des nouvelles à la main. Et il prenait ses mémoires de Petit, ne croyant point qu'il y eût péril. Est véri- table qu'il a eu quelque commerce avec Nervèze, auquel il faisait voir la gazette qu'il copiait sur celle qui était portée à M. Jeannin de Castille par le moyen de son portier ; et Nervèze lui a aussi fait voir sa gazette ; mais a cessé ce commerce depuis qu'il a appris le danger qu'il y avait, et qu'il y avait aucuns particuliers prisonniers à la Bastille pour ce sujet. Est vrai qu'il y avait plus de dix-huit mois qu'il faisait le commerce sans en connaître le péril, et c'est tout le mal qu'il a fait , ne lui pouvant point être imputé aucunes autres choses. Lesoyeur -, âgé de soixante-quatre ans, natif de Tain en Lorraine, a demeuré pendant trente-sept ans à Paris, et a écrit pour plu- sieurs personnes ; a été arrêté à la Bastille pour avoir écrit pour madame Foucquet dans le temps de la Chambre de Justice. Est venu à Paris pour gagner quelque chose et se faire habiller. Il est vrai qu'il a fait plusieurs voyages en Italie et ailleurs, il a composé le livre d'Alphabet qui s'est trouvé parmi ses papiers. Le manus- crit de V École des Filles^, qui s'est trouvé aussi, est écrit de sa main, et ne songeait point qu'il l'eût lorsqu'il a été arrêté, il faut qu'il y ait plus de dix ans qu'il ail cette pièce. Lorsqu'il montrait la jeunesse à lire et à écrire, il ne l'a jamais fnit voir, ce n'est point lui qui l'a composée, et ne sait point comment ce brouillon de pièce ainsi écrite et corrigée qu'elle est de sa main, lui est tombé entre les mains. Ce n'est point lui qui l'a composée, l'a écrite à la vérilc et l'a corrigée de la manière qu'elle est sur quelques autres pièces pareilles. Delisle'^ âgé de oO ans, natif de Fougères en Bretagne, demeu- rant chez le marquis de iMonclar, rue Saint-Dominique, faubourg Saint-Germain; le servant à ses atfaires 1. Ordre d'entrée du 17 octobre 1669. 2. Ordre d'entrée du 15 octobre 1669. 3. L'Ecole des Filles ou la Philosophie des Dames avait été écrite par le fils d'un lieutenant aux cent suisses, llelot ou Helot, qui fut pendu en efBgie au mois do juillet 1065. Ce petit livre a l-u plusieurs éditions au xvu<^ siècle, et a été réim- primé de nos jours en Belgique. k. Ordre d'entrée du 15 octobre 1669. DKLISLE, GAZETIER. 217 Jamais n'a fait commerce de manuscrits, quoiqu'il en ait été trouvé plusieurs chez lui en assez grande confusion, et qu'il y avait plus de quatre ans qu'il n'avait vus. Si on a trouve quelques vers ou pièces en vers chez lui, il ne s'y faut pas arrôter, parce que les vers sont de la production diin fou, et n'a point assez d'esprit ni de capacité pour composer les manuscrits ni aucuns de ceux dont il a été trouvé saisi. Il est vrai qu'il a fait et composé les gazettes dont il commerçait et dont il tirait les mémoires tantôt d'un valet de chambre, tantôt d'un cuisinier, et d'autres sortes de gens. A même tiré des mémoires d'aucuns ambassadeurs, et lorsqu'il trou- vait quelque chose dans les mémoires qui n'était pas aulrcmcMit considérable, il le rejetait et composait des gazettes de ce qu'il trouvait de meilleur, et n'a jamais rien écrit contre l'Étal, au con- traire, a toujours dans sa gazette (écrit) ce qui était au plus grand avantage de la France ' (B. A.) 1. A la suite de ces interrogatoires, les juges du Chàtelet condamnèrent Chabot et Odin à faire amende honorable au parc civil du Chàtelet, l'audience tenante, et aux galères à perpétuité ; Imboty à assister à l'amende honorable et aux galères pour neuf ans; Nervrze et Gaudry aux galères pour cinq ans; Delœil, Moustel et Lesoyeur au fouet et bannissement pour cinq ans; Visage à assister au fouet et à être banni pour cinq ans, et chacun des condamnés en 40 livres d'amende; et Delisle aux galères pour neuf ans, et les manuscrits et libelles durent être brûlés en Grève par le bourreau. Tout a été dit sur les tourments des galériens, il suflSt de rappeler que le fouet se donnait sur les épaules, à nu, et il dépendait de l'exécuteur de l'appliquer avec plus ou moins de rudesse, mais il est à peu près certain que les gazetiers n'étaient guères épargnés. On voit quelle était la cruauté des persécutions dirigées contre les écrivains qui n'avaient pas l'attache du gouvernement; elle fut la même pendant tout le règne de Louis XIV. Le cadre de cette publication ne permet |)as de retracer toutes les souffrances endurées par les premiers adeptes du journalisme en France, car un très-petit nombre de gazetiers fut mis à la Bastille, tandis que la foule du commun troupeau était parquée dans les prisons ordinaires, en attendant une sentence dont la sévérité ne recevait jamais d'adoucissement. Avec le système d'administration établi par Louis XIV, le silence imposé sur les choses de l'État était d'une obliga- tion aussi absolue (|ue l'obéissance exacte aux volontés du Roi. Les journalistes, dont le métier consistait à révéler au public les événements quotidiens et les actes secrets de l'administration, étaient par cela seul des ennemis en guerre ouverte avec l'autorité. Le Roi et le Parlement furent sans piiié pour eux, on les traquait partout comme des malfaiteurs, on les punissait comme les criminels les plus dan- gereux. Ils spmblent avoir été mis hors du droit commun et abandonni's sans défense aux rancunes des i-articuliers; on tolérait même les violences h s plus odieuses, témoin ce malheureux Montandré, aiiqutl M. de Wardcs fit, sans être inquiété, couper le nez pour avoir médit de Uiadame de Guébriant. Ajoutons encore qu'ils vivaient tristement dans l'inquiétude et la pauvreté, car le salaire de leur travail et de leurs ennuis était des plus mis('r:ibles et dos plus ii. certains. 2JS SUBERT, GAZETIER. INTERROGATOIRE DE SUBERT. Du 20 janvier 1670, à la Bastille. Subert, écuyer, sieur de Bostal, gentilhomme allemand, cheva- lier de l'ordre de la Concorde, demeurant rue Neuve-des-Petits- Champs, agent de M. le prince Wirtemberg Montbeliard et de M. le prince palatin de la Petite-Pierre? et faisant les affaires de la princesse d'Ootsfrise et de M. le comte d'Oldembourg, âgé de qua- rante-trois ans, et faisant profession de la religion de la confession d'Augsbourg. Il aurait à demander un conseil pour deux heures de temps seu- lement, avant que de répondre, et comme étant obligé de rendre compte de ses actions aux princes qu'il a l'honneur de servir, et de l'un desquels il est vassal*. M. de Lyonne sait parfaitement bien qu'il n'a jamais rien fait contre le service du Roi; et, au contraire, il a toujours témoigné beaucoup d'attache aux intérêts et au ser- vice du Roi, ce qui fait qu'il ne croit pas être obligé de répondre. Si on prétendait lui imputer d'avoir écrit quelque chose contre l'intérêt de l'État, il ne lui serait pas malaisé de justifier que ce serait par un mauvais dessein contre sa personne, ayant toujours pris soin de ne rien faire écrire qui ne fût avantageux à l'Etat, et jusqu'à ce point que quand il a pris des nouvelles de ceux qui ont accoutumé de les lui fournir, il a toujours p^is soin d'en retran- cher ce qui pouvait être désavantageux à la France, et n'a jamais eu aucune sorte de correspondance avec les ennemis de l'Etat. II a été ci-devant constitué prisonnier, et peut y avoir cinq ans, au Grand-Châtelet, d'où il fut ensuite transféré à la Bastille Ce fut par une adresse de sa femme, et l'on prit le prétexte de l'accuser d'avoir écrit des nouvelles à la main, et néanmoins, il ne fut rien trouvé dans ses papiers qui fût contre le Roi ou l'Etat, mais seulement quelques nouvelles que sa femme avait écrites au préjudice de la défense expresse qu'il lui en avait faite — Combien il donnait aux deux hommes qui lui fournissaient des nouvelles? — Il donnait 100 sols à l'un et à l'autre 40 sols par mois; il en 1. Les petits princes d'Allemagne et d'Italie avaient en France des agents qui tenaient un rang incertain entre le praticien et l'ambassadeur. Louis XIV n'avait pas un respect absolu pour les immunités qui le gênaient; il se réserva lonjours le droit de méconnaître la justice de leurs prétentions lorsqu'il n'était pas saiisfait de leur conduite. MKMOIRE DE M. DE LA IIEYNIE. ?i9 faisait quatre ou cinq copies de sa main, mais depuis a dit qu'il n'en faisait que trois. — A quoi pouvait aller le profil qu'il tirait des nouvelles? — Il pouvait aller à 1)00 livres par an; mais ce n'était pas propre- ment pour les nouvelles (B. A.) M. DE LA~REYNIE A COLBERT. 1670. La liberté qu'on s'est donnée en Hollande d'imprimer indiffé- remment toute sorte de livres et sur toute sorte de sujets, pour toutes les sectes, et pour et contre tous les États de l'Europe, a beaucoup aidé au grand commerce de livres qu'on y a fait depuis quelques années. Le grand proQt que les Hollandais y ont trouvé les a obligés de travailler avec beaucoup d'application à ruiner l'imprimerie dans les autres pays, et à perfectionner dans le leur un art qui leur a produit beaucoup d'utilité dans l'espace de vingt-cinq ou trente années seulement. Mais comme il a été libre à chacun de s'y employer, et que l'en- vie et la facilité de gagner ont touché plusieurs personnes, il s'y est établi insensiblement un si grand nombre d'imprimeries, qu'on y voit aussi bien qu'ailleurs un grand excès dans le nombre. Il est vrai qu'on ne s'est aperçu en Hollande que depuis peu, de cet excès dans le nombre des imprimeurs qui s'y sont établis; car tout autant qu'ils ont travaillé à contrefaire tous les livres de privi- lège ' qui s'impriment en France, et pendant qu'ils ont eu la liberté de les débiter avec le reste de leurs méchants livres, ils ont fait de très-grands profits, et à peine en ont-ils pu fournir autant qu'on leur en demandait; mais depuis qu'on a essayé de prendre quelque précaution sur cela du côté de Paris, qui était le lieu de l'Europe du plus grand débit, et qu'on y a châtié quelques-uns de leurs cor- respondants, ces imprimeurs sont, à cette heure, à la réserve de deux ou trois, aussi misérables qu'ailleurs, et sur le point d'aban- donner leur profession. Cependant, comme ce ne peut être qu'à l'extrémité, ils se son! 1. C'est-à-dire les livres qui s'imprimaient avec un privilège ar.cordé par le Roi, moyennant finance, ei qui avaient des lors une ccriaine valeur à c.-.uso du mono- pole concédé à l'éditeur. 220 MÉMOIRE DE M. DE LA REYNIE. avisés, pour se soutenir en quelque sorte, d'envoyer de leurs livres en diverses villes du royaume où ils ont cru qu'on n'y prendrait pas garde, et d'où il leur serait facile d'en faire encore une distribu- tion considérable. C'est ce qui a fait que les imprimeurs de Paris, intéressés au pri- vilège accordé pour l'impression de la nouvelle ordonnance ' ont trouvé depuis peu, en faisant leurs visites dans ces mêmes villes, un si grand nombre de mauvais livres et de livres contrefaits; mais c'est aussi sans doute la preuve de l'avis qu'on avait eu, il y a déjà quelque temps, qu'Elzevir, imprimeur d'Amsterdam, tenait un facteur en France, depuis neuf on dix mois, pour y recevoir les livres de Hollande qu'il lui envoyait par La Rocbelle et Bordeaux, et pour les distribuer ensuite dans les provinces voisines. Les mêmes imprimeurs du Code ont encore, depuis peu de jours, surpris à Bordeaux, Van Esleden^ Hollandais, qui s'y est établi depuis quelques années, vendant des livres imprimés en Hollande, et ils prétendent qu'on avait saisi sur lui un très-grand nombre de mauvais livres et de contrefaits, aussi bien que son livre-journal, duquel ils disent qu'on pourrait tirer la preuve de ce mauvais com- merce; mais que la protection que cet étranger a trouvée en ce pays-là lui a fait obtenir la main-levée du scellé qu'on avait apposé sur ses livres. Cependant, comme cette affaire est d'une très-grande consé- quence, et que le châtiment d'un étranger qui se serait avisé de venir semer en France des libelles contre des particuliers, contre la Maison royale, ou contre l'Etat, serait d'un très-grand exemple et capable de produire plusieurs bons effets à la fin; il semble très- important de donner ordre à M. d'Aguesseau- de suivre cette atfaire, de lui faire remettre entre les mains les procès-verbaux du lieute- nant général de Bordeaux, et le livre-journal de Van Esteden, qui est demeuré à son greffe. Avec cela, on avancerait beaucoup la ruine des imprimeurs de Hollande, et ce serait quelque chose pour l'avenir de ceux de France, et pour commencer à y rétablir l'imprimerie dans son premier état, s'il plaisait au Roi de donner des ordres généraux dans les provinces, à ceux qu'il jugerait capables d'empêcher l'en- 1. C'est-à-dire l'ordonnance criminelle que Louis XIV venait de faire paraître pour réformer les abus de la procédure suivie devant les tribunaux. 2. M. d'AguPsseau était intendant à Bordeaux, SUBERT, CAZliTIKR. 2Jf trée et le débit de ces mauvais livres et de ceux qui sont contrefaits. La conjoncture est importante, et encore bien que Paris soit le lieu oîi il s'en pourrait faire le plus grand débit, et qu'il y soit très-dif- licile ù présent, il est évident néanmoins que les imprimeurs de Hollande, qui ont gagné et qui ne subsistent que dans ce commerce, se soutiendront encore quelque temps, si on leur laisse le moyen d'en conserver une partie et s'ils trouvent quelque porte ouverte dans le royaume; au lieu que, s'ils ne peuvent plus y débiter cette sorte de livres qui faisait tout leur travail, il faut de nécessite qu'ils cessent et qu'ils abandonnent même leur profession. (B. N.) COLBERT A POMPONNE. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écriro le 27 du mois passé, je vous prie de suivre la recherche du libelle que nous croyons ôtre ès-mains du sieur Klzevir d'Utrecht, et comme vous en savez l'importance, je ne vous en dirai pas davantage. (B. A.) A Saint-Germain, le 3 janvier 1670 LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 28 janvier 1670. J'ai rendu compte au Roi de l'interrogatoire de Subert, prison- nier à la Bastille. S. M. ne désire pas que vous continuiez votre pro- cédure; et toutefois, pour des considérations importantes à son service, elle a résolu de le laisser au lieu où il est jusques à nouvel ordre. A Saint-Germain, le 11 février 1670. Puisque Subert vous a fait dire qu'il déclarerait tout ce qu'on pourrait désirer de lui, vous pouvez, nonobstant ce que je vous avais mandé de la part du Roi, l'aller entendre, et après que vous aurez pris la peine de me faire savoir ce qu'il vous aura appris, je vous informerai des intentions de S. M. A Saint-Germain, le 26 février 1670, Je ne suis point surpris de voir que Subert, prisonnier à la Bas- tille, n'avait aucune chose de conséquence à vous dire; mais je n'ai pas laissé de rendre compte au Roi de la peine que vous avez prise de l'avoir été entendre. ^A. G.) 222 MOREAU, GAZETIER. M, PERIW'ICK A M. ^VILLIAMSON. Le résident de Montbéliard a été dernièrement banni de France, et n'aurait pas évité les galères si M. de la Vrillière, son protecteur, n'avait intercédé pour lui; on dit que son crime était d'écrire des gazettes à la main. Notre ami ' a peur de courir d'autres risques pour celte besogne, et je crois qu'il s'est sauvé, quoique nous ayons doublé sa gratification dans son nouvel engagement. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.'^ COLBERT A M. DE LA REYNIE. J'ai rendu compte au Roi de la lettre que vous m'avez écrite sur le sujet des gazettes à la main. S. M. désire que vous con- tinuiez de faire une recherche exacte de ces sortes de gens, et que vous fassiez punir sévèrement ceux que vous avez fait arrùter, étant très-important pour le bien de l'Etat d'empêcher à Tavenir la con- tinuaiion de pareils libelles, (B. N.) A Saiut-Germaiu, le 25 avril 1670. INTERROGATOIRES. Du mardi 20 mai 1670, à la Bastille. Pierre Moreau, âgé de quarante-cinq ans, demeurant dans la grande rue de Sens, faubourg Saint-Germain, près les Petites-Mai- sons, natif de Paray-en-Charolais, duché de Bourgogne, faisant profession de faire quelques affaires. — S'il ne connaît pas la Crosnière? — Etant resté sans emploi et sans argent, il fut adressé par une personne de sa connaissance à la Crosnière, lequel lui ayant pro- posé de travailler et d'écrire pour lui, le mit dans une chambre, chez Duraay, à l'Aigle d'Or, rue des Sept-Voies, où, au commence- ment, la Crosnière lui lit écrire quelques sermons, et ensuite des nouvelles de temps h autre, pendant l'espace d'environ six se- maines... Il ne lui en faisait écrire que deux ou trois, lesquelles il faisait encore copier par d'autres personnes, et qu'il copiait aussi lui-même. Entre autres, il lui a fait copier le manuscrit intitulé : 1. Le nommé Petit, qui était le nouvelliste de l'ambassade, et dont nous avons publié plusieurs extraits. MOREAU, (iAZETlLH. 223 Le Retour du comte de Guiche en France. 11 i)eiit en avoir lait, par l'ordre de la Crosnicre, environ trois ou quatre copies; mais la (irosnière en avait d'autres qui étaient écrites d'autres mains h lui inconnues. Il croit qu'il les vendait, cl ce n'était qu'à ce sujet qu'il eu faisait des copies. — Si la Crosnière a composé le manuscrit? — Il ne le croit pas ; et un jour, la Crosnière le lisant à son hô- tesse, lui Moreau demanda à l'hôtesse si elle ne savait point qui en était l'auteur; elle lui fit réponse qu'elle n'en savait rien, mais que l'on disait que l'auteur était un homme de peu d'apparence; ce qu'ayant gardé en sa mémoire, se trouvant un jour chez Nervèze, lui demanda s'il ne savait point qui l'avait composé, à quoi Nervèze lépartit qu'il croyait que c'était Lahize, qui autrefois avait demeuré chez lui. Labize ayant été averti qu'il en était soupçonné, sortit de Paris et se retira en Bourgogne. Labize est le môme que l'on ap- pelle encore du nom de Monin; il est natif de Dijon. Ce fut sur la lin de l'année 1GG7, et auparavant ne savait ce que c'était Du 8 décembre 1670, 6 heures de relevée. Charles Delpcsche, de Chaulnes en Picardie, âgé de trente-cinq ans ou environ, chirurgien de profession, demeure rue Saint-Ger- main-1'Auxerrois, en la maison de Labize, facteur, en une première chambre, depuis quatre années, et auparavant il a demeuré, en (jualité de garçon chirurgien, chez Lallemand, maître chirurgien, demeurant à la Villeneuve-sur-Gravois. — S'il ne s'est pas trouvé en sa chambre, sur le fond de son lit, une pièce de vers intitulée : Arrivée de Tardieu, lieutenant crimi- nel au Châtelet, et de sa femme aux Enfers, et le jugement donné contre eux, contenant vingt feuillets écrits. — Oui, c'est Chevry qui la lui a donnée, et qui l'a écrite, ne sait qui l'a composée. Il ne lui a pas vendu, et il avait demandé pour un prêtre de Saint-Barthélémy, nommé Dusis, habitué en la pa- roisse, qui avait promis un écu pour la pièce; l'écu était pour Chevry Avons représenté un manuscrit intitulé: Histoire de Mademoi- selle. C'est le même qu'il a eu de Chevry, et qu'il a donné à Dusis; il croit qu'il est écrit de la main de Chevry, et en tout cas, il y a un grand rapport. (B. A.) m LE NONCE. LIONNE A POMPONNE. A Saint-Germain, le 4 juillet 1670. M. le nonce m'est venu faire, ce matin, une plainte avec beau- coup de raison, hors que je n'y puis pas bien apporter le remède. Il m'a fait voir celte gazette de Hollande, qui a si indignement traité M. le cardinal Altieri, neveu de Sa Sainteté, dont j'aurais horreur de rapporter les mêmes paroles; mais vous la pourrez voir: c'est sur l'empoisonnement qui avait été fait à Rome d'une courti- sane. Le nonce a supplié S. M., par mon moyen, d'employer son crédit pour faire cesser ce scandale et infâme désordre; sur quoi S. M. a trouvé bon que je vous écrivisse de sa part d'en parler au sieur de Witt, et lui témoigner de sa part qu'elle dissimule volon- tiers les injures que cet insolent se donne l'audace de lui faire sou- vent dans tout ce qui peut regarder la France; mais qu'elle saura gré, au sieur de Witt s'il veut bien empêcher à l'avenir qu'il ne s'emporte pas contre le pape et la cour de Rome, dans des invec- tives d'harengères, et qui donnent même mauvaise opinion de la police d'un état qui tolère ces infâmes libelles publiés contre l'hon- neur d'un prince, quand il n'aurait même qu'un médiocre état temporel. (B, A.) M. GODEFROY* A COLBERT. A Lille, le 17 juillet 1671. . Voici un libelle qui vient d'être produit au jour et qui sort tout de nouveau de la boutique des Hollandais et des Espagnols, leurs bons amis; c'est un nouveau plat de leur métier dont ils font un malin présent. Il est facile .de conjecturer par sa lecture qu'il est fort récent, puisqu'il y est même parlé du dernier voyage du Roi en ce pays-ci, et du dessein de l'ambassade future de M. de Pom- ponne; autre sur certain discours, que l'auteur prétend avoir été naguères tenu à Dunkerque, par M. de Villeroy, au sieur Grotius, ambassadeur de Hollande, pour l'éloge de la maison duquel il semble que cet écrit soit en grande partie composé. Je l'adresse, par votre permission, à M. de Carcavi. (B. N.) 1. Denis Godefroy, garde de la chambre des comptes à Lille, mort en 1681. GAZKTIERS. 225 M. DE LA REYNIE A COLBERT. A Paris, ce 19 novembre 1G7Î. Ce livre, qui vient d'être imprimé en Hollande, et qui ne fait que de sortir de dessous la presse, est de bien plus méchant aloi et plus dangereux que le dernier que j'ai eu l'honneur de remettre entre vos mains. Vous pourrez voir par le mémoire ci-joint quel en est le sujet, et quelles ont pu être les vues de l'auteur, au moins selon ce que je suis capable de juger. (B. N.) PROCES-VERBAL. L'an 1673, le mardi 2 mai, sept heures du malin, nous, J. Sa- got, etc., sommes transportés à la Bastille pour l'exécution de l'or- donnance de M. de la Reynie, etc., en date d'aujourd'hui, portant qu'en conséquence de ce que le Roi a ordonné qu'il sera sursis au jugement du p^oc^s extraordinaire encommencé d'instruire à la requête du Procureur de S. M., à Velut de la Crosnière, Boulon- nois, Lambert, Poulain, Banquet, Chevry, Deipesche, Leclerc, au- trement Ghamon ou Chamoin, Gillet, Tuboeuf, Pigeon, Moreau et Desnoyers, tous prisonniers à la Bastille, et accusés d'avoir, au pré- judice des ordonnances, fait, écrit, ou composé des nouvelles en forme de gazettes à la main, icelles débitées et fait débiter, même aucuns d'iceux fait commerce de manuscrits et de libelles dillama- toires, le tout plus au long mentionné dans leur procès, et les pri- sonniers cependant élargis et mis en liberté, à charge de prendre parti, suivant leur offre, dans les troupes du Roi, pour y ser- vir S. M,, et de faire leur soumission de ne se plus mêlera l'avenir du commerce de gazettes à la main, libelles et manuscrits, même de revenir en cette ville de Paris, sinon par permission de S. M. Ont tous, et l'un après l'autre, dit et déclaré qu'ils sont prêts de prendre parti et servir le Roi dans ses troupes, et ont signé *. (B. N.) M. GODEFROID A COLBERT. A Lille, le 12 septembre 1675. Voici le dernier libelle des Hollandais, que j'ai fait venir, qui est cette fois contre le commerce et les manufactures de France. 1. Louis XIV faisait la guerre depuis deux ans et le besoin d'hommes se faisiii: sentir à l'armée, sans cela Colbert aurait chargé le Chàtelet d'envoyer les écrivains ramer sur les galères. 15 226 CHARLES PATIN. duquel j'avais eu l'honneur de vous écrire ci-devant. J'espère que ce sera le dernier plat de leur mauvais métier, et qu'ils seront empêchés d'en pouvoir faire davantage •. (B. N.) CHARLES PATIN A L ABBE NIGAISE. Votre lettre m'apprend que vous êtes à Paris. Hé, Monsieur, que n'y suis-je avec vous ! Quoiqu'en ce pays j'aie des douceurs qui ralentissent les misères de la vie humaine, je dis tous les jours que Paris est toujours Paris, c'est-à-dire la merveille du monde, et j'ap- prends même que le Paris que j'ai connu et où je suis né, est bien au-dessous de ce Paris d'aujourd'hui, que le Roi a rendu beau, net, sûr, et bien pins de marbre, à proportion, qu'on ne le put dire de Rome à l'égard d'Auguste. Entîn, Monsieur, quand je pense à Paris, il me semble que je donnerais tous les avantages que j'ai ici pour y pouvoir retourner^. Que de curiosités, que de médailles antiques, que de savants, que d'honnêtes gens, que d'amis! et ce sont là presque autant de choses qui me manquent en ce pays-ci, quoique dans les apparences, on s'y pique de n'y manquer de rien. Au reste. Monsieur, si ceux qui aiment l'histoire de l'antiquité et les médailles prennent quelque part à mes disgrâces, et me con- tinuent dans leur affection, en me souhaitant tout à fait établi dans mon pays, j'ose vous assurer qu'ils sont bien correspondus, et que songeant souvent à tant d'honnêtes gens dont j'ai eu Thonneur d'être aimé, je m'efforce de leur témoigner ma reconnaissance en contribuant à leurs plaisirs, autant qu'il m'est possible. J'ai soin que toutes les médailles qu'on apporte d'Orient soient dessinées dans mes manuscrits, et quand j'ai quelque loisir, je m'applique volon- tiers à leur déchiffrement. J'ai des choses merveilleuses, et je suis persuadé d'avoir de quoi enrichir la curiosité plus que n'ont fait jusqu'ici tous ceux qui en ont écrit. Je songe assez souvent à la mort, mais j'avoue ma faiblesse sur ce chapitre; elle me passe in- différemment dans l'esprit, par quelque stoïcilé qui me reste, et je me trouve trop sensible au déplaisir que j'ai de ne pas mettre au jour tant de mer\ cilles que j'ai ramassées; aussi cette pensée re- 1. Godefroid vent dire que les Français, en s'emparant de la Hollande, allaient détruire ses imprimeries. 2. On ne voit pas ce qui empêchait Patin de rentrer en France, car il avait obtenu des lettres de rémission en 1681. CHARLES PATIN, 227 double ma diligence, et j'espère avancer, même finir cet ouvrage*, qui ne saurait être qu'agréable à l'égard d'une si grande quantité de monnaies antiques que je publierai. Pour l'explicalion que j'y donne, je ne sais qu'en dire, et je laisserai le jugement aux gens curieux et savants comme vous; mais c'est assez parler de curiosités, obli- gez-moi de me donner occasion de mériter vos bonnes grâces; je l'embrasserai de tout mon cœur, et vous témoignerai plus volon- tiers par des efFets que par des paroles, le désir que j'ai d'être, etc. (B. N.) De Padoue, le 29 août 1G82. CHARLES PATIN A M. DE SALINS -, A BEAUNE. Je crois être obligé de vous faire quelque détail de mes actions, depuis vingt ans que vous n'en avez peut-être point ouï parler. La malice, ou plutôt la perfidie de quelques libraires, me fit soupçonner à la cour comme l'auteur et le distributeur de quelques satires d'amourettes; là-dessus on m'a persécuté. La vérité, la rai- son, la justice se sont enfuies dans le pays de Démocrite, ou à peu près, et j'ai cru que destitué de leur secours, je ferais bien d'aller faire un tour chez les étrangers, tant pour me fortifier dans la mé- .decine, dont j'ai toujours cherché quelques lumières recondites, que pour adoucir la persécution qu'on faisait à mon bien et à mon honneur. M. Colbert, ce grand ministre d'État, en voulait à mon beau cabinet de médailles, le tout sous le nom du Roi, auquel je l'ai souvent voulu donner en présent, et auquel enfin, après beau- coup de refus, on m'a obligé de le vendre la somme de 8.000 liv., à la réserve de 100 liv. que M. de Garcavi, son intendant, s'est réser- vées, et que je voudrais bien pourtant qu'il me rendît 3. On m'a souvent flatté et fait espérer de me rappeler avec honneur, mais ce n'était qu'un leurre pour avoir mes manuscrits et les faire impri- mer sous le nom de M. Garcavi ; dès que je l'eus reconnu, j'en fis imprimer à Strasbourg la meilleure partie, sous le nom tVImpera- 1. C'est sans doute le Themurus numismatum, in-4* publié à Venise en 108^. 2. Hugues de Salins, médecin, mort le 28 septembre 1710. 3. Garcavi était garde de la bibliotluque du Roi, et il eut sans dente à débattre les condiiions d'une acquisition faite pour le compte de cet établissement; qu'il se soit attribué un dioit de courtage, nous n'en savons rien, mais il est probable que le marché a été volontaire de la part de Cli. Patin, qui, hors de France et ù l'abri des ordres du Roi, a dû faire ses conditions comme bon lui a semblé. 22^ CHARLES PATIN. torum romanorum NumismataK Depuis ce temps-là, j'ai été en dif- férentes villes d'Allemagne; j'ai été à Vienne deux fois, l'empereur m'y ayant appelé la seconde, la plupart de ce détail est contenu dans un petit livre qui a été imprimé six ou sept fois : Quatre rela- tions historiques des voyages de C. P.; on le réimprime présente- ment en italien. Je vins à Rome où j'eus bien du plaisir, et appa- remment la relation que j'en ai ébauchée sera imprimée cet automne. Quand je fus de retour à Bâle, la guerre, que je pres- sentais s'allumer tout de bon, m'empêcha de faire domicile, comme je le désignais ; chaque jour je voyais de ma fenêtre quelque incen- die des Allemands sur les Français, ou des Français sur les Alle- mands ; ce spectacle funeste acheva de me laisser aller aux persua- sions de mes amis d'Italie qui, pour m'attacher auprès d'eux, mr firent avoir une charge de professeur, à la vérité petite et de peu de gages, 250 écus de France qui font ici 300 ducats; encore était-ce beaucoup pour un jeune homme qu'on voyait un bâton à la main et l'épée au côté, plutôt en soldat qu'en homme de lettres; on disait pourtant souvent de moi : c'est un virtuose. Je n'eus pas enseigné quatre jours que la sérénissime République me fit dire qu'elle était fort contente de mon service, et qu'à l'occasion on aurait soin de moi ; cela est arrivé, quoiqu'un peu tard , par certaines conjonctures malheureuses. Au bout de cinq ans on me donna la première chaire de chirurgie, et on augmenta mon gage de 300 autres ducats. Dans ce même temps le Roi fit éclater sa justice et sa bonté en déclarant solennellement et dans les formes que C. P. était absolument innocent des cas qu'on lui avait imputés^. Me voilà donc à couvert de l'honneur ; mais la meilleure partie de mon bien y a péri : au bout de deux autres années la sérénissime Répu- blique s'est déclarée encore plus satisfaite de mes services, et m'a donné encore une charge plus haute qui est la première de prati- que, et m'a promis une grosse augmentation de gages à la première reconduite, car en ce pays-ci on augmente les gages tous les cinq ans. Mes amis espèrent même qu'on me donnera bientôt la pre- mière de toutes qui est vacante par la mort du comte Fregimelio. 1. Cet ouvrage fut imprimé en 1671. 2. Les leiircs de rémission acconlées en juin 1681, à la très-iuimble prière du suppliant, portent seulement que les ennemis secrets de Patin lui avaient adressé, à son insu, six exemplaires de la Vie de Madame, etc., et voulant préférer misé- ricorde à rigueur de justice, etc. Ces lettres ont été publiées par Depping. CHAKLES PATLN. 229 Amen. Vous serez donc apparemmonl le reste de vos jours en Italie? me direz-vous. Non, Monsieur, le cœur qui se plie si aisément vers la patrie s'échauffe tous les jours pour m'y faire retourner, mais il m'y faut un emploi digne do moi et de mon ambition *. Que sait-on, si S. M., qui est tout à fait informée de mon innocence, ne m'appellera pas à son service ? Ce serait ma plus grande pas- sion, hors de là je ne sais que devenir; je suis ici dans une douceur de famille avec ma femme, mes deux filles que j'élève dans la littéra- ture -, dont je destine l'une au mariage, quoiqu'en ce pays-ci je ne sois encore résolu à aucun choix, et l'autre au sybillat {sic) sans engagement de sacrement, ni de moinerie. Je vois des malades, je me récrée quelquefois avec mes antiquités, auxquelles pourtant je ne donne que très-peu de temps. Ce que je fais le plus ordinaire- ment dans mon loisir est de m'entretenir avec mes amis dont j'ai presqu'un nombre infini par toute l'Europe. Que je serais heu- reux, si j'en avais seulement une demi-douzaine de véritables ! Je ne dois pas oublier que je suis un des huit qui examinent et qui jugent les jeunes gens qui viennent ici prendre le degré de docteur au Collège vénitien, et que môme je suis l'informateur de la plupart, et principalement des Allemands; cela donne quel- que profit, mais beaucoup plus d'honneur encore. Je vous dirai une autre circonstance de ma vie ou plutôt de mon humeur, c'est que souvent des Français viennent en ces quartiers, la plupart hommes de lettres, qui sont bien aises d'avoir quelque connaissance du pays, j'entends de la manière de vivre à Venise et à Rome, et qui demeurent avec nous volontiers, trouvant dans noire conversation une partie de ce qu'ils cherchent, et moi je m'entretiens avec eux volontiers aussi, et j'en apprends des parti- cularités que je ne saurais que par ce moyen. Nous faisons ici bonne chère, et si bonne qu'on veut, quoique nous n'ayons point de vin de Beaune, ce premier vin du monde ^; nous nous consolons 1. Il ne l'obtint jamais et resta en Italie. 2. En effet, res dames étaient des virtuoses: madame Patin avait fait un Jiecueil de Réflexions morales et chrétiennes ; mademoiselle Cliarlotie Patin publia Tabella; Selectœ, c'est-à-dire un catalogue explicatif des tableaux les p'us fumiux de Padoue; et sa sœur Gabrielle fit paraître différents ouvrag' s de numi-îniatique et un P.itie- gyrique de Louis XIV, sans doute avec l'intention de mériter les bonnes grâces du Roi. 3. Le vin de Beaune serait bien déchu, c'est à peine un vin de grand ordinaire; Ch. Patin, qui devait être un gourmet, en qualité de médecin, le surfait ici pour faire plaisir à son correspondant. Le vin de Champagne, méprisé jusqu'alors, venait -230 CHARLES PATIN. avec des grossets, des morsannes, des gargarigo, des raoscatelles, des vins muscats de Candie et de Sicile, même d'Espagne et de Chypre ; la mer qui est voisine, nous donne abondamment du pois- son ; il est vrai qu'il n'est pas si savoureux que celui de l'Océan. Nous avons ici des nouvelles de toute la terre, nous jouissons d'une profonde paix pendant que le reste de l'Europe est troublé par la guerre, et c'est le plus grand eflet de la sagesse des Italiens. Je ne dois pas aussi oublier que je fis, il y a deux ans, Lyceum patavinum, qui contient la vie des anciens philosophes et théo- logiens professeurs en cette Académie, avec leurs portraits, et que volontiers je vous en enverrais un exemplaire ^; mais en voilà trop pour un entretien. (B. N.) De Padoue, ce 8 juin 168i. PRÊTRES^ Sacrilège. l'ambassadeur SAGREDO a CONTARINI, doge de VENISE, Un prêtre a été rais ces jours derniers à la Bastille. Cet homme, pour cacher sa méchanceté naturelle, portait, quoique interdit, l'habit ecclésiastique. Les gardes du Roi l'empêchèrent d'appro- cher de S. M. On jugea que ce malheureux devenait fou à sa phy- sionomie et sur son entêtement à vouloir forcer la consigne. En vérité, la bonté du Roi se montre toujours de plus en plus par son indulgence pour les fautes de la faiblesse et même de la scéléra- tesse des hommes. (Arch. de Venise.) Paris, le 20 mars 1665. {Traduit de l'italien.) de prendre une revanche éclatante, le Roi et tonte la conr en raffolaient; ce fut un instant la seule boisson à la mode , et les vignerons de la Bourgogne faillirent être ruinés. La guerre éclata entre les adorateurs du nouveau venu et les partisans des vieux vins. On écrivit des pamphlets pour et contre, et M. de Salins s'était jeté braveaient au plus fort de la mêlée. 1. Lyceum patacinu.n sive icônes et vitœ professorum Patavi a>ino i682 publiée ducentium. Charles Patin y a inséré sa propre biographie. 2. Ordre d'entrée : mars 1665. MARQUIS DE MONTRRUN. 231 LOUVOJS A MADAME DE SAINT-AMAND *. A Paris, ce 2/j novembre 1665. La lettre que vous m'avez fait l'honneur de nVécrirc m'apprend qu'une de vos religieuses est nièce d'un homme de Normandie, qui a été conduit depuis peu ;\ la Bastille. Il est accusé d'avoir com- mis de si grandes abominations contre Dieu et contre le Roi, qu'en vérité, elles font horreur; je souhaite qu'il puisse s'en justifier; il en aura la liberté entière, et je vous promets de le servir autant que ma conscience me le pourra permettre. (A. G.) LOUVOIS A M. DE HARLAY, PROCUREUR GÉNÉRAL. A Saint-Germain, le 3 mars 1666. Lorsque le Roi a fait transférer du château de la Bastille à la conciergerie du Palais, M. l'abbé de Neucheîles, ça été dans le dessein que son procès lui fût fait et parfait, pour des crimes de sacrilèges et d'impiétés dont il est accusé. J'avertirai un des mes- sieurs qui le poursuit de vous informer du fait, et sur les preuves qu'il administrera contre ledit sieur abbé, le Parlement pourra tra- vailler à son procès. (A. G.) MARQUIS DE MONTBRUN^ —ABBÉ DE BEAUFORT. Suspects LOUVOIS A M. SARON-CHAMPIGNY 3, INTENDANT A LYON. A Paris, le 18 mai 1665. Vous avez connaissance du dessein qu'a pris depuis longtemps le fils de M. le marquis de Montbrun, de se faire catholique, et des raisons qui l'ont empêché d'abjurer l'hérésie. Monsieur son père, qui s'oppose à un si bon dessein, s'est servi de l'expédient, pour l'engager dans sa religion, de traiter d'un mariage avec une personne de Paris, qui est dans la môme créance ; mais Monsieur son fils, qui veut éviter le piège qu'on lui tend, a résolu de faire un 1. C'est-à-dire à l'abbesse du couvent des Bénédictines de Saint-Amand, à Rom-n. 2. Jean-Louis de Laurency, marquis de Montbrun ? Ordre d entrée : 22 août 1065. Ordres de sortie: pour le marquis, le 28 août, avec exil à Bayeux; pour l'abbé, e 10 octobre, avec exil à Rliodrz. — Ordres contre-sigm s Le Tellier. 3. François Bocbart de Cliampigny, seigneur de Saron, mort en 1665, noyé dans le Rhône ou la Saône à Lyon. 232 ABBÉ DE BEAUFORT. voyage en Italie. Comme le Roi est bien aise de le fortifier dans un si bon dessein, S. M. a trouvé bon de lui accorder une somme de 6,000 fr. pour lui aider à faire son voyage. Cette partie est celle contenue en une lettre de change que M. de Bartillat' a eu ordre de vous adresser, et S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que vous la receviez, et vous la délivriez à celui qui vous la viendra demander de la part de Montbrun fils, qui est bien informé de la grâce que le Roi lui accorde. (A. G.) LORD HOLLIS A LORD ARLINGTON. 26 Paris, — août 1665. 16 Il est arrivé une chose qui intéresse tant soit peu l'Angleterre. L'abbé de Beaufort, qui n'est pas inconnu, je pense, à votre sei- gneurie, vint dire au Roi, samedi dernier, quelque chose qu'i^ avait appris récemment par une lettre d'Angleterre. Le Roi voulut voir la lettre et savoir de qui elle était. L'abbé répondit, je crois, que c'était de mylord Lauderdale; mais il chercha à éviter de la montrer. Sur l'insistance du Roi, il dit qu'il allait la quérir; il fut très-long, et enlin il en apporta une. Le Roi trouvant l'écriture récente, devina qu'il l'avait fabriquée lui-même, le lui fît avouer, et là-dessus l'envoya à la Bastille, en ordonnant à MM. Le Tellier et de Louvois de saisir ses papiers et de les lui apporter. Je l'avais rencontré la veille à Sainte-Colombe ^, et je lui avais remis trois lettres venues le jour même dans le paquet de Votre Excellence; elles étaient pour des personnes que je ne connais pas, un M. de Biscaras et un comte Des Chapelles; il avait promis de les leur remettre; je ne m'en inquiétai guère, parce que le paquet avait été ouvert ^ et ce n'était pas un mystère que j'eusse des lettres pour ces personnes-là. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.) 1. Bartillat était garde du trésor royal; il s'était illustré, dit Saint-Simon, par son d6-ii;téri?ssement. 2. C'est-k-dire chez la Reine d'Angleterre, veuve de Charles I«r et mère de Charjps II. 3. Le 5 juin précédent ordre avait été expédié pour mettre à la Bastille Lauren- deaa, maître de poste à Montrichard, petite ville située sur le Cher, parce que l'ambassadeur d'Ançleterre s'était plaint qu'il ouvrait ses dépêche!:. L'ordre de le mettre en liberté ne fut envoyé que le 10 octobre 1665. On voit que la faute avait lité punie sévèrement, mais lord Hollis n'était pas facile à satisfaire et il continua de se plaindre, parce qu'on lisait toujours ses lettres avant lui. ABBÉ DE BEAUFORT. 233 l'ambassadeur SAGREDO au doge de VENISE CONTARINI. Sérénissime prince, on croit que l'abbé de Beaufort, gentilhomnoe du Languedoc, conduit i\ la Bastille, aura beaucoup à souffrir, parce que, connaissait bien l'Angleterre, il servait d'espion double (si on peut se permettre cette expression). Le Uoi très-chrétien s'étant aperçu qu'il rapportait les choses autrement qu'on ne les lui écrivait de Londres, l'a fait arrêter; et par là, et par l'examen de ses papiers, on a reconnu ce fait, que le Roi ne peut dissimuler, quoiqu'il lui déplaise, d'avoir par tout ce qu'il en apprend^ à se méfier ainsi de ses propres sujets, et des desseins et des avances de la couronne d'Angleterre. (Arch. de Venise.) Paris, le 1*' septembre 16C5. [Traduit de Fitalien.) LORD nOLLIS A LORD ARLTNGTON. 14 Paris, — octobre 1065. h L'abbé de Beaufort, qui est à présent sorti de la Bastille, et parti pourRhodez, lieu de son exil, a, parmi ses papiers, la copie d'une lettre de M. Gourtin à M. de Lionne. Il avait rapporté cette dé- pêche d'Angleterre, et, suivant la fidélité et la curiosité françaises, il l'ouvrit et la copia avant de la remettre. Elle se compose de deux parties, l'une concernant Madame, et que je n'ose vous reproduire, qui contient quelques avis et des renseignemens sur sa conduite par rapport à l'Angleterre; dans l'autre, M. Gourtin se plaint qu'on est dur et hautain pour lui en Angleterre, et il demande qu'on en agisse ici de môme pour l'ambassadeur anglais, dans toutes les affaires qui intéressent TAnglelerre, disant que c'est le seul moyen de nous adoucir. C'est, en résumé, ce qu'il y a, et je suis sur que cela est vrai; mais je suis bien certain qu'ils auraient fait ce que propose M. Gourtin, avec comme sans ses conseils. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.) LORD SAINT-ALBANS ' A LORD ARLINGTON. Colombes, — août 16G7. Mylord, il faut vous dire que le pauvre Montbrun est dans le plus 1. Henri Jermyn, créé lord Jermyn en 1643 et comte de Saint-Albans en 1660, mort en 1683. Il passait pour avoir épousé la Reine d'Angleterre, veuve de Charles !«' et mère de Charles II. 234 DE BENEHART. grand besoin où un homme puisse se trouver, et il ne sera pas possible de l'empêcher d'aller en Angleterre, maintenant que la paix est faite, si on ne lui envoie ici une partie de son dû ; c'est l'intérêt de deux ans qu'il demande. Ce serait un objet ennuyeux et indécent à exposer aux yeux du Roi, et il vaut beaucoup mieux prévenir ce voyage par une petite dépense que d'en avoir à souffrir l'ennui. (State paper Office.) (Traduit de F anglais.) LES MARQUIS DE BENEHART», DE COIGNY^ ET DE PAULMY3. Insultes à l'ambassadeur d'Angleterre. LORD HOLLIS, AMBASSADEUR D'ANGLETERRE, A LIONNE*. 1664. Pour établir un usage, il faut, ou qu'il ait été de temps im- mémorial, ce qui n'a pas été en cette affaire ici, comme vous voyez, ou bien il faut qu'il ait été ordonné par le consentement des par- ties qui, autrement, n'y sont pas obligées. Or, le Roi mon maître 1. René de Maillé, capitaine des chasses du Maine. 2. Robert-Jean-Antoine de Franquetot, de Coigny, lieutenant-général et gou- vern'^iir de Gaen. 3. Jean-Armand de Voyer, marquis de Paulmy et de La Roche, brigadier, blessé à mort au mois de septembre 1674, à la bataille de Sin«; ici, p.ii' laquelle vous connaîtrez 200 DE SACY, que S. M. désire que vous envoyiez voUe obédience à ce religieux, pour se rendre et établir son séjour dans telle de vos autres mai- sons que vous jugerez ù propos i. (A. G.) JOURNAL DE L'ABBÉ DESLIONS. Le 14 juillet 1666, M. Tévêque de Meaux m'a parlé du lieutenant de la Bastille, qu'il avait vu le jour précédent touché de la dureté avec laquelle on traite M. de Sacy, et disant qu'il lui fallait pro- curer de l'air et la liberté de se promener sur la terrasse. J'ai parlé de cela, le 16, à M. de Billy, qui m'a dit que ce lieutenant était un fourbe, et que cela était un affût pour voir venir les gens; qu'il avait donné lui-même avis à la cour de faire resserrer plus étroite- ment M. de Sacy, et qu'on lui faisait passer des billets. Madame de la Bazinière s'est allée offrir à l'hôtel de Longueville pour cela; il a donné le môme avis : on l'a renvoyé et on ne s'y est pas voulu fier. Elle m'a dit qu'à présent il a de l'air par quatre grandes fenêtres, dans sa chambre; mais que c'est un M. Desfonlaines qui est bien mal ;\ présent et logé tout au bas -. (B. N.) LE TELLIER A l'ARCHEVÈQUE DE PARIS. A Saint-Germain, le 22 novembre 10G6. Monsieur, le Roi vous ayant accordé la liberté du libraire Save- reux% je me donne l'honneur de vous adresser l'expédition, que j'ai contre-signée pour la décharge de M. le gouverneur de la Bastille,, afin que sa femme la recevant des mains d'un de vos officiers, elle dise à son mari, ce qui est vrai, qu'ils doivent à votre recommandation un avantage si considérable à leur fortune. (A. G.) 1. Ce religieux fut envoyé dans une petite chartreuse du Nivernais ; il avait donné à M. de Sacy une rétractation par écrit de son acceptation du formulaire. 2. M. de Sacy était logé dans la chambre de Foucquet; ce ne devait pas être une des plus mauvaises. Fontaine, qui n'était qu'un simple secrétaire, fut moins bien traité ; cependant il ne se plaint pas dans ses Mémoires, il fait même le plus j^rand éloge du lieutenant de Barailli, qu'il traite d'ange du Seigneur et qui était toute la consolation de M. de Sacy. 3. Savereux était le libraire attitré des jansénistes; cet lionneur lui valut d'être mis plusieurs fois à la Bastille. Nous ne savons pas la date de cette dernière incar- cération. L'archevêque est Hardouin de Péréfixe. On voit que les ministres ne donnaient pas encore du Monseigneur aux prélats et qu'ils se traitaient de Monsieur, c'est-à-dire d'égal à égal. DE SACY, 267 rOMrONNE AU PRÉSIDENT PELIETIER. A Stockholm, ce ili juillet 1067, .,..Je ne comprends que trop, Monsieur, tout ce que voire amitié pour moi vous a fait sentir dans l'affaire de M. de Sacy. Je sais combien le contrecoup de toutes celles de cette nature, où je n'eus jamais aucune part par moi-môme, retombe depuis long- temps fort injustement sur moi; et j'ai toujours droit de craindre que les mômes mauvais offices, qui m'ont toujours nui, ne se lassent pas encore de me persécuter. Je n'ai point d'autres armes à y opposer que la conduite que j'ai toujours gardée, et que je gar- derai toujours; mais, quelque fortes qu'elles dussent ôtre, je doulo qu'elles puissent me garantir de la haine qu'un des plus puissants corps de l'Europe professe pour le nom que je porte '. Je vous en suis d'autant plus redevable de ne vous point rebuter de m'obliger, cl je suis au moins assuré que si ma destinée est malheureuse, vous trouverez toujours que je ne me la serai point attirée. Four M. de Sacy, ne pouvant ne pas condamner avec vous qu'il ait gardé des papiers inutiles après tant d'exemples, je puis vous dire. Monsieur, que sa détention a été un des plus sensibles déplaisirs que j'aie jamais reçus, parce que, outre la proximité, j'ai une très-grande amitié pour sa personne, et une estime singulière pour son mérite et pour sa vertu. Je n'ai jamais vu qu'il eût part à toutes les matières contentieuses, et je le croyais par là plus à couvert de l'orage. Une de mes plus grandes joies serait de l'en voir délivré ; el je sais que je vous puis remercier par avance des offices que vous lui avez rendus, et de ceux que je suis persuadé que vous voudrez bien lui continuer ù ma prière. (B. A.) LE ROI A M. DE BESMAUS. La dame de Pomponne m'ayant fait demander permission de voir le sieur de Sacy, que vous détenez par mon ordre dans le château de la Bastille, et lui accorder la liberté de pouvoir l'entre- tenir sur ses atfaires particulières, je vous fais cette lettre pour vous dire que je trouve bon que vous permettiez à ladite dame de voir le prisonnier toutes les fois que bon lui semblera, à la charge, 1. M. de Pomponne n'ose pas nommer les j(^suites, mais c'est bien d'eux dont il parle. 268 DE SACY. néanmoins, que vous serez présent lorsqu'ils conféreront ensemble, et que vous ne souffrirez pas qu'il soit parlé d'autres affaires que de celles qui regarderont leur domestique; à quoi m'assuranl que vous satisferez avec la ponctualité que je dois me promettre de votre fidélité et affection à mon service, etc. (B. A.) Paris, 13 décembre 1067. MADAME DE SABLÉ ' AU NONCE ROSPIGLIOSI. Mai 1G67. Monseigneur, la joie que j'ai ressentie de la grâce que vous m'avez faite de vous souvenir de moi, en partant de Paris, est si grande, qu'il me semble qu'il ne suffit pas de vous en avoir fait mes très-humbles remerciements par la personne que vous eûtes la bonté de m'envoyer, et que je dois, pour satisfaire à ma très- humble reconnaissance, prendre la liberté de vous écrire pour cela. Cette grâce, Monseigneur, a redoublé le déplaisir que j'ai eu d'avoir été privée de l'honneur de vous voir et de n'avoir pu me trouver au logis de mon frère 2, qui est ma demeure ordinaire, pour avoir l'honneur de vous y rendre mes très-humbles respects; et j'ose vous avouer que j'étais pleine du plus grand désir du monde d'avoir quelque temps de vous entretenir. Tout ce que j'ai entendu dire de vos belles et grandes qualités était suffisant pour me donner ce désir; mais, par ces mêmes qualités, qui donnent tant de sujets de prendre toute confiance en votre raison et en votre justice, j'entreprends. Monseigneur, de parler à Votre Excellence sur un sujet où tout le monde doit prendre intérêt, je veux dire de la paix de l'Eglise; et comme il n'est pas possible de ne la point espérer d'un pape qui a l'âme si grande, si belle et si douce, j'ai eu d'autant plus de passion de vous en entretenir. J'ai quelque honte, Monseigneur, n'étant qu'une simple femme, de vous oser parler de ces choses-là; mais, comme il y a très- longtemps qu'elles durent, je ne puis les ignorer, ni être insensible 1. Madeleine de Souvié, marquise de Sablé, morte le IG janvier 1678, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Cette dame, après une jeunesse des plus agitées, s'était endn reposée au sein du jansénisme; elle avait été une précieuse célèbre et avait écrit, et même avec agrément. Elle avait tenu sa place parmi les frondeurs, et il est sou- vent question d'elle dans les mémoires de ce temps-là. 2. Ce frère était Jacques de Souvré, grand prieur de France, mort i^ Paris le 21 mai 1G70. DE SACY. 269 à tout ce qui s'csl vu ici, particulièrement dans la maison que j'ai choisie, et où j'ai fait bàlir pour me retirer quelquefois du monde ' . C'était, Monseigneur, un lieu rempli de 100 ou 1^0 religieuses, toutes fdles excellentes en esprit et en piété, et si parfaitement instruites qu'elles sont encore l'exemple, par leur bonne vie, de toutes les religieuses de France; elles ont clé ôtéesde cette maison par la raison que vous savez sans doute déjà, qui est le scrupule qu'elles ont eu de signer et d'attester par serment, sur les sainis Evangiles, que des propositions hérétiques sont dans un livre qu'elles n'ont jamais lu, et qu'elles ne peuvent entendi-e, étant en une autre langue que la leur-; et elles ont toujours cru qu'il suffi- sait de signer et de reconnaître, comme elles ont fait, que les pro- positions étaient hérétiques, et qu'elles les condamnaient dans tous les sens hérétiques qu'elles ont et que les papes ont condamnés, sans être obligées à reconnaître qu'elles sont dans le livre de Jan- sénius, et à l'attester par serment; et elles sont persuadées qu'on ne peut leur en demander davantage, parce que tous les docteurs, et particuUèrement Baronius, Bellarminus, et môme leu M. le car- dinal Palavicini •^, demeurent d'accord que les papes et l'Eglise ne sont point infaillibles dans les faits; et, à cet égard môme, elles ont reconnu et signé qu'elles demeuraient dans le respect et le silence convenables à leur condition; et pour montrer que ce n'est ni par opiniâtreté, ni par passion, mais seulement par un scrupule et une tendresse de conscience, qu'elles refusent de signer, c'est qu'elles disent tous les jours que, si on voulait les obliger à signer que les propositions ne sont point dans Jansénius, elles auraient le môme scrupule sur cela que sur le reste. Pour moi. Monseigneur, j'ai tant de confiance à Icstimeque tout le monde fait de votre douceur et de votre bonté, que je crois vous ]. Il semble que madame de Sablû dir ici qu'elle s'était fait bàlir une maison à Port-Royal-des-Cliainps; cependant ses biographes sont d'accord pour affirincr qu'elle avait élevé un pavillon pour son usage au Port-Royal de Paris; mais nous sommes porté à lui donner raison contre eux. L'amour de Dieu seul ne l'aurait pas conduite dans ce pieux asile s'il est vrai, comme on le disait alors, ([u'cllc eût une lillc naturelle parmi Irs religieuses du couvent. 'J. Il peut être qu;, au Port-Royal, le commun des religieuses ne comprît pas le latin, mais les demoiselles Arnaiild le savaient parfaitement bien, et elles étaient l'àroe de toute la résistance. o. L'érudition do madame de Sab'é en tbéolopic nous semble bien grande et donne à penser que quelqu'un de messieurs de Poit-Royal l'aura aidée tlans la rédaction de cette épître. Palavicini venait de mourir. 270 DE SAC Y. pouvoir dire que j'ai vu plusieurs évoques, qui sont persuadés qu'on ne leur en peut demander davantage. C'est là l'état de ces pauvres filles, qui a attiré dans la suite tout ce qui s'est fait contre quatre des plus saints évêques de France*, et qui oblige encore tous les jours les plus habiles docteurs que nous ayons ici à écrire pour leur défense. A mon égard, Monseigneur, je prends la liberté, étant sœur d'une personne pour qui vous avez tant de bonne volonté, de vous dire en confiance qu'il m'est bien dur, qu'ayant fait bâtir dans une maison pour avoir la conscience libre de converser avec des religieuses et finir ma vie avec elles, je m'en voie privée par l'absence. Au reste, Monseigneur, ce qui est bien déplorable pour l'Eglise, c'est de voir tant de docteurs, si capables de la défendre contre des hérétiques, et de soutenir contre eux les véritables droits du saint- siége, contraints de se cacher pour avoir la liberté de travailler pour cela'^, comme iis font actuellement contre un livre d'un mi- nistre qui combat la présence réelle de Jésus-Christ au Saint- Sacrement, et qui a eu beaucoup d'éclat. Ce n'est pas à moi. Mon- seigneur, à vous parler des moyens qu'on pourra prendre pour donner la paix à l'Eglise de France, et rétablir ces pauvres reh- gieuses dans leur maison; mais j'entends dire à beaucoup de per- sonnes fort habiles et désintéressées dans cette cause, qu'il n'y avait qu'à témoigner que Sa Sainteté ne demande que la condam- nation sincère et véritable des cinq propositions et des hérésies qu'elles contiennent, en tous les lieux où elles se trouveront, et pour le reste un silence respectueux. J'aurais une grande confusion de vous dire toutes ces choses,, Monseigneur, sans que volrî; réputation ait fait tant d'impression sur moi, que je suis persuadée que vous me pardonnerez aisément l:i liberté que j'ai prise. (B. N.) 1. Ces prélats récalcitrants étalent : Pavillon, évoque d'Alet; Choart de Buzenval, évoque d'Amiens; Caulet, évoque de Pamiers, et Arnauld, évèque d'Angers. Ils appartenaient tous à des familles de la robe ou de la haute bourgeoisie. 2. Il s'agit évidemment d'Arnauld et de Nicole, qui se tenaient cachés depuis longtemps sans que M. de la Reynie se mît fort en peine de les découvrir. On avait mis M. de Sacy à la Bastille, et c'était assez. Ils employaient leurs loisirs à compo' ser le Traité de la foi de l'Eglise ratho/ique touchant VEuchai'istie, en réponse aux attaques de Claude, ministre de Cliarcnton. Dl'". SACY. 271 LOUYOIS A M. DE LA UEYKIE. A Saint-Germain, le 8 mars 1GG8. Vous avez sans doute connaissance d'un libelle qui a depuis peu été débité, intitulé : Dialogue, dans lequel M. l'archevôquc d'Em- brun se trouve indignement traité, en haine de ce que son grand vicaire a fait publier un mandement portant défense de vendre ni lire, dans l'étendue de son diocèse, une version française du Nou- veau Testament nouvellement imprimée à Mons; et comme M. le duc de Roannois *, par l'intérêt qu'il prend à l'alfaire, s'est mis en soin d'en rechercher les auteurs, et qu'il prétend avoir découvert ceux qui l'ont composé ou qui l'ont imprimé, par le moyen des habitudes que le privilège qu'il a obtenu pour l'impression du Code-, lui a donné parmi les libraires, S. M., qui désire par tous moyens empêcher la licence de publier des libelles et des écrits, soit contre la réputation des personnes ou pour fomenter le jansé- nisme, m'a commandé de vous faire savoir que vous ordonniez au commissaire du Ghàtelet, qui vous sera proposé par ledit duc, d'arrêter ceux qui lui seront indiqués de sa pari; et, en môme temps, de saisir, dans les lieux, tous les papiers et imprimés qui s'y trouveront, et que vous n'omettiez rien de ce qui dépend de l'autorité de votre charge pour appuyer la recherche que désire faire le duc des auteurs de ce libelle, pour en faire faire punition, apportant pour cela toute la diligence possible; c'est le sujet de ces lignes. A Saint-Germain, le 20 mars IGGS. Vous avez profité utilement des avis de iM. le duc de Roannois, ayant fait conduire à la Bastille les deux personnes qu'il avait indiquées 3. Le lloi a témoigné être fort satisfait de vos soins, et m'a commandé de vous faire savoir que vous ferez chose qui lui sera bien agréable d'instruire promptement le procès criminel de ces 1. Artus de Gouflier, duc de Roannois, mcslre de camp en 1G49, gouverneur et lieutenant général de Poitou en 1651; il se fit recevoir prêtre en 16GG, et mourut le k octobre 1G96. Il s'était, en quelque sorte, constitué l'homme d';tfl'aircs des jansénistes et faisait vendre leurs livres. 2. Le Code, c'est-à-dire l'ordonnance rendue pour la réforme de la procédure criminelle. 3. C'étaient Flcuriot et le libraire Praslard. « Vous permettrez, écrit Louvois à M. de Besmaus, au duc de Roannois de voir Flcuriot, ou à ceux qui vous présente- ront un billet de sa part. » 272 DE SACY. deux allrapés-là, el de lui donner compte ensuite de la preuve qui y sera trouvée contre eux des faits dont ils sont chargés, aQn que, par la connaissance qu'elle en aura, S. M. puisse vous départir ses ordres pour le plus grand avantage de la justice. A Saint-Germain, le 24 mars 1068. Pour bien connailre la qualité du crime de Flcuriot', il eh.t besoin de faire lever le scellé apposé sur ses coffres lors de sa cap- ture, afin de voir si les papiers qui s'y trouveront pourront contri- buer à sa conviction ; et comme celte procédure est ordinaire en l'instruction des procès de cette qualité-là, et qu'elle est de l'auto- rité de voire charge, le Roi se promet que vous en serez bien informé dans peu de jours. Il est vrai que Praslart avait été ci-devant mis à la Bastille pour l'impression ou l'exposition de quelques libelles défendus, et qu'il en est sorti par ordre de S. M. Les syndics des commissaires du Chàtelet, s'enquérant de leurs confrères des raisons de l'emprison- nement de Praslart, pourront vous découvrir la vérité. Cependant, on essayera de tirer des officiers qui servent au château de la Bas- tille tous les éclaircissements qu'ils en pourront donner, et je vous en donnerai avis avec beaucoup de soin; c'est ce que le Roi m'a commandé de répondre à la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 21 du courant. (A. G.) POMPONNE A M. D'aNDILLV. A Stockliolm, ce 21 avril 1668. Ma femme me mande qu'elle vous ramenait mon fils sous une nouvelle figure; et j'ai été fort aise d'apprendre qu'elle lui ait fait rendre visite à M. de Sacy, et qu'il en ait paru satisfait. Je ne le suis guère du peu d'espérance que je vois pour adoucir l'état où il est. J'envoie à ma femme ce que M. de Lionne me mande de la tentative qu'il avait faite pour lui obtenir plus de permission pour voir ses proches. La conjoncture n'était pas favorable, dans le bruit que faisait l'affaire des évêques. (B. A.) 1. Fleuriol avouii iiigéiiumcat qu'il avait besoin d'arseut, et qu'il avait fait ce commerce parce que les choses défendues sont celles pour lesquelles ou a le plus de curiosité. DE SACY. 273 M. PETIT A M. WILLIAMSON. A Paris, 27 mai 16C8. L'on a mis garnison chez le libraire que l'on nomme Praslard, prisonnier à la Bastille pour avoir vendu et distribué les libelles diffamatoires contre M. l'archevêque d'Embrun. Ce prélat fait faire ime très-exacte recherche des auteurs de ces libelles, en ayant une ample permission du Roi. (State papeu Office.) LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE A MADAME DE SABLÉ. 1668. Je ne puis m'empêcher de vous dire que si vous n'y mettez ordre, les amis de M. Arnauld gâteront l'affaire; car ils prônent tant qu'il n'en est point, et la montrent si mauvaise par là, que, si Dieu n'y met la main, cela est tout propre à obliger soit les jésuites, soit quelques dévots, d'écrire à Rome que M. Arnauld n'en est point, et qu'il faut que le pape fasse quelque chose qui donne moyen de le faire expliquer. Or, vous savez que si on pousse la chose, ce n'est pas le compte de ceux mêmes qui ont signé, parce qu'on pourrait exiger telle chose qu'il ne pourrait pas en convenir; et le vrai moyen de faire exiger ces choses-là, c'est de dire que M. Ar- nauld n'est point de ce qui a été fait. Ce dimanche matin, 14 octobre 1668. Voulez-vous qu'on aille dîner avec vous? Il n'y a pas moyen d'attendre à vous voir que vous soyez en notre quartier, mais au hasard, si vous le voudrez ou non, il faut bien vous apprendre que MM. de Sens et de Ghâlons menèrent hier M. Arnauld chez M. le nonce, qui le traita à merveille. M. de Lalane' et Nicolle y étaient aussi. Voilà proprement le sceau de la paix. (B. N.) LA MERE AGNES A M. DE SÉVIGNE ^. 2 novembre 1668. Vous pouvez bien juger de la joie que nous avons de la liberté de M. de Sacy^ par celle que vous en ressentez vous-même par un 1. Noël de Lalane, abbé de Valcrois^ant, mon en 1073. Il avait été envoyé à Rome par les jansénistes pour plaider leur cause aiipr s du pape. 2. Le chevalier do Sévigné était l'oncle du mari de madame de Sévigné; il avait aussi fait bâtir à Port-Koyal-d>s-Clianips une mai-on où il s'était retiré. ."). Le pape avait trouvé moyen de conclure la paix de l'Égliie; les jansénistes 18 274 DE SACY. mouvement tout spirituel; mais pour moi, ma joie lient de l'un et de l'autre, la double liaison que j'ai avec lui me faisant souvenir de ce verset : Cor meum et caro mea exaltai: e)unt in Deum vivum; CdiV c'est vraiment Dieu qui est l'auteur de celte délivrance, dont on nous avait ôté l'espérance, il n'y a que deux jours. Je vous supplie Irès-humblement de lui demander sa bénédiction pour nous, et de l'assurer que nous disons de tout noire cœur : Quid retribunin Do- mino? Si la grâce n'imprimait pas la gravité et le silonce, il y aurait parmi nous des transports et des cris de joie seciuiduw miiltitu- dinem dolorum meoruni. comme sa détention nous avait pénétrées de tristesse. Dimanche, 2 décembre 1668. ....Nous avons une extrême joie de la délivrance de M. de Sacy, même par notre intérêt, ne voulant pas quitter notre part des nou- velles grâces qu'il aura acquises dans sa solitude, que Dieu veut qu'il communique aux personnes. (B. A.) LIONNE A POMPONNE. A Paris, le 15 février 1669. J'accommodai avant-hier, avec M. l'archevêque de Paris, rallaire des Filles de Port-Royal, pour ce qui regarde leur participation et leur rétablissement dans les droits de voix active et passive dont il les avait privées '. Le 2 mars 1669. J'ai reçu, ce matin, une belle lettre de remerciements de la mère Agnès. Je vous prie, faites-m'en la réponse. Autrement je serai fort embarrassé. Je me suis fort réjoui de ce qu'on m'a dit que vos deux filles sont où vous les désiriez. (B. A.) POMPONNE A ARNAULD D'ANDILLY, SON PÈRE. A La Haye, ce 7 mars 1669. Je vais répondre seulement à cette heure à votre lettre du 22, à laquelle je devrais avoir fait réponse il y a huit jours. Vous jugez furent mis en liberté et les religieuses de Port-Royal renvoyées à leur couvent. Arnauld d'Andilly, madame de Pomponne et l'abbé Arnauld coururent à la Bastille annoncer à M. de Sacy son heureuse délivrance; leur joie fut extrême, aussi bien que celle du parti janséniste. 1. C'est-à-dire qu'elles pouvaient désormais voter dans les assemblées et être élues aux dignités de leur ordre. DE SAC Y. 275 de la joie qu'elle me donna en m'apprenant le rétablissement entier lie Port-Royal; mais ce que l'on me mande, quoique d'une corres- pondance moins assurée, que l'on donnait une pension à sœur Dorothée et à la sœur Flavie, la rendrait tout ù fait complète s'il était vrai, parce que je ne pourrais douter que les deux maisons ne fussent tout ;\ fait réunies, et qu'ainsi nous ne puissions espérer de revoir le Fort-Royal que nous avons vu autrefois. Ce serait un véritable miracle; et, en vérité, il y en a bien en toute cette affaire. ....Les lettres que vous et les filles avez écrites à M. de Paris ne peuvent être plus belles. M. de Lionne me mande qu'il en a reçu -^ une de remerciements, et si belle, de la mère Agnès, qu'il me charge de lui faire la réponse, si je veux qu'il leur écrive. Vous savez sa plaisanterie sur ce sujet, lorsque vous lui écrivîtes. Vous jugez si je m'acquitte bien des remerciements que nous lui devons, en lui répondant. (B. A.) LIONNE A COLBERT. Ce samedi matin, 7 février 1C71. On m'avait averti, il y a quatre h cinq jours, que l'abbé de Fro- mentières', qui doit faire l'oraison funèbre de feu M. l'archevêque de Paris, a dessein d'y traiter le chapitre de la sévérité qu'il a exercée sur les filles de Port-Royal et sur leurs amis, comme d'une vertu épiscopale, et je sais que ceux-ci le prendront comme un acte d'hostilité qui rompt la paix de l'Eglise ; car on ne peut, disent-ils, louer cette conduite dans une action publique, qu'en supposant qu'ils étaient hérétiques, et faire pis contre eux qu'on n'a fait dans le temps que la paix s'est faite. J'en parlai ù M. Le Tellier, à cause de l'amitié qu'ont le coadju- teur et l'abbé de Fromentières; et il fut d'avis qu'il fallait empê- cher la chose; mais il ne crut pas être assez fort, et me conseilla d'en parler au Roi. J'oubliai hier de le faire, et je ne savais pas même que le service de M. de Paris se fit aujourd'hui. Comme je n'aurai pas l'honneur de voir ce matin le Hoi, et que vous le verrez, je vous prie de lui en dire un mot, afin que S. M. m'ordonne là-dessus ce qu'elle estimera à propos, qui sera assez à temps si 1. Jean-Louis Fromentières des Étangs, plus tard évoque d'Aire, mort en 168i; quant au coadjuteur, son ami, c'est le frère de Louvois, qui fut dans la suite arche- vêque de Reims. 27(i SAVERKUX. elle veut envoyer quelqu'un audit abbé, lui dire ce qu'elle aura résolu 1. (B. N.) M. DE LA REYNIE A COLBERT. Ce G de juin 1679. Je VOUS envoie le catalogue imprimé qui a donné lieu à la recherche des impressions qu'on a trouvées chez la veuve Save- reux- et dans l'égUse Notre-Dame. Il est important qu'il vous plaise de voir l'extrait du procès- verbal qui en a été fait, parce que la désignation des lietix et la lecture des titres vous feront connaître de quoi il s'agit beau- coup mieux que je ne saurais faire. On commence à faire du bruit de cette affaire; et je suis Lien persuadé, après ce qu'il vous a plu d'en juger, qu'il est très-impor- tant qu'elle n'éclate guère. APOSTILLE DE COLBERT : A MON FILS. Dire à S. M. que Savereux était imprimeur des jansénistes ; qu'il est mort depuis peu ; que sa veuve ayant voulu vendre tous ses effets, elle en a fait faire un inventaire; et qu'en le faisant, elle a déclaré un magasin dans l'église Notre-Dame, dans l'une des tours, sous les voûtes des chapelles, où l'on a trouvé une infinité d'exem- plaires de tous les écrits faits pendant le règne du jansénisme, et même de beaucoup d'autres qui n'ont point été publiés. M. le lieu- tenant de police a fait saisir tout; et comme cette affaire com- mence à faire du bruit, je lui ai dit de la terminer promptement el de l'assoupir. Demandez au Roi ses ordres sur ce sujet. Les derniers articles de ce catalogue imprimé ayant donné lieu de croire qu'il pouvait être de quelque conséquence d'examiner plus particulièrement les impressions qu'on y a désignées, on a trouvé, en faisant la recherche qui était nécessaire pour cela, 1. Il ne paraît pas que le Roi ait jugé à propos d'intervenir, et l'abbé s'étendit fort sur le jansénisme et dit que le peuple et les femmes même prenant aveuglé- ment parti, la plaie de cette division ne pouvant encore souffrir de remède refusait d'être guérie. La Gazette dit que l'éloge fut prononcé avec un merveilleux applau- dissement. On voit combien était illusoire cette trêve qui avait donné tant de peine à conclure; la réconciliation ne fut jamais qu'extérieure; ie ministère fut continuellement occupé à eminJclier les partis d'to venir aux n.ains , et malgré tous ses soins les hostilités reprirent plus furieuses que jauiais. 2. Pour un libraire jauséuiste, Savereux était tombé au champ d'honneur. En allant à Port-Royal sa voiture versa, il fut blessé mortellement; on le porta dans l'abb.iye, où il mourut sans avoir recouvré la connaissance. DK TLII.V. 277 beaucoup d'autres pièces, dont quelques-unes étaient dans la maison de la veuve Savereux, et en très-grand nombre dans des magasins et autres lieux particuliers des tours et des voûtes de l'église Notre-Dame. Tout ce qu'on a trouvé de cette sorte d'écrits a été ramassé, saisi, tiré de Notre-Dame et mis dans un lieu parliculier. Il peut y avoir environ 400 rames d'impressions sous une infinité de titres, et d'une partie desquels il est fait mention dans l'extrait du procès-verbal. Le reste ne peut être vérifié qu'avec beaucoup de temps; mais il est aisé d'en juger par la lecture de cet extrait, qui contient cent soixante-dix titres difTérenls, et tout ce qu'on a pu faire pendant un jour entier qu'on y a employé. (B. N.) DE TULY'. Motif inconnu. LE TELLIER A M. DE BESMAUS. J'ai reçu une lettre de M. de ïuly, détenu prisonnier à la Bas- tille, par laquelle il demande sa liberté. J'en ai parlé au Roi, et S. M. est bien disposée à lui faire cette grâce; mais auparavant que de la lui accorder, S. M. voulant être éclaircie par lui d'une lettre en chiffres qui s'adresse à M. le cardinal de Retz, dont ledit de Tuly a connaissance, vous aurez agréable de lui faire connaître cette proposition, et lui faire entendre que le seul moyen d'avoir sa liberté est de dire ce qu'il sait de cette affaire. En cas qu'il soit disposé à donner cet éclaircissement que l'on désire, vous me le ferez, s'il vous plaît, savoir-. (A. G.) Fontainebleau, ce 26 juin 16GG. 1. Ordres d'entrée du 25 juiu ci do sortie du 18 juillet 1GG6. Contresignés Le Tcllicr. •}. Le cardinal de Retz, en faisar t l;i paix, avait (échangé l'arclievOclié dn Paris contre l'abbaye de Saint- Denis. Il paraît s'ûtre soiimis sans arrière-pcns(5t\ ot il employa le reste de sa vie à payer ses dctt< s et à cherchiT dans la pénitence et dans la retraite l'expiation dc^ fauies p;issées; mais Louis XIV n'oublia jamais que co prélat avait été l'àme de la Fronde, et le fit toujours surveiller. Dans ce mointni-là même le cardinal était à Rome, enfermé dans le conclave oii fut élu Clément iX; le Roi était bien aise de savtir ce qu'il avait écrit. 278 DES TROISFONTAINES, DES TROISFONTAINES, gendarme de la garde *; DE SAINT-JEAN, chevau-léger de la reine ^; DE TOUR VILLE, BELLEPLACE, gendarmes dauphin 3; LESTORE, gendarme écossais*; LE DUC DE FOIX, LE MAROUIS DE RAC.NY, LE COMTE DE SAULT^; LA CHENARDIÈRE, capitaine «. Discipline militaire. M. PETIT A M. WILLIAMSON. A Paris, le 8 septembre 1666. Le gendarme qui a été arrêté ces jours passés à la Bastille fut hier jugé par M. de La Salle ^, son capitaine, Courtin, maître des re- quêtes, et autres; fait défense à lui de porter armes, fut démis de sa charge et banni pour six ans. On n'a point eu égard, dans son jugement, aux officiers de la Bastille qu'il a tués, parce qu'il ne savait pas l'ordre du Boi qu'ils avaient de l'arrêter, mais à ce qu'il n'obéit pas à son officier qui lui fit commandement de quitter le rang et de se rendre prisonnier; on croit qu'il sera rétabli ^. 1. Ordres d'entrée du 27 août et de sortie du 16 septembre 1666. Des Troisfontaiaes, ca^sé par M. de La Salle, son commandant, voulut lui faire insulte à la fin d'une revue. M. Barailh, lieutenant de la Bastille, ordonna de l'ar- rêter; mais ce gendarme tua un sergent qui mettait la main sur lui et marcha le sabre haut sur M. Barailh; celui-ci, quoiqu'il n'eiît qu'une épée de parade, se dé- fendit fort bien, mais comme il ménageait son adversaire, il fut blessé; un soldat abattit Des Troisfontaines d'un coup de pistolet à la cuisse ; on le porta à la Bastille. 2. Ordres d'entrée du 10 septembre, de sortie du 17 septembre 1666. 3. Ordres d'outrée du 13 septembre, de sortie du 10 octobre 1666. II. Ordre d'entrée du 28 octobre 1666. 5. Ordre de sortie du 28 septembre 1660. Contresigné Le Tellier. Henri-François-Cliarles de Foix, dit duc de Foix, duc de Raudan et comte de Fleix, marquis de Sennecey, mon le 22 février lllli, âgé de soixante-quatorze ans. G. Ordres d'entrée du 17 octobre, et de sortie du 6 novembre 1666. Contre- signés Le Tellier. 7. Louis de Cailleboi, marquis de La Salie, capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde, de 1666 à 1673, qu'il se retira, lieutenant-général, maître de la garde- robe du Roi. Mort le le"" mars 1682. 8. M. de La Salle sollicita la grâce de son soldat et l'obtint, et voici comment Siibligny raconte cette affaire dans sa Mu'>e de la Cour : Comme le prévôt des gendarmes Allait le dégrader des armes Pour l'exiler, conformément A l'arrêt prononcé de son bannissement, DUC m FOIX. 279 Hier, l'on emmena, par ordre du Roi, à la Bastille, les comtes de Sault et de Foix, et le marquis de Termes, qui étaient partis, sans congé du Roi, pour aller sur la flotte d'Hollande K 18 septembre 1666. Le sieur Legrain, grand prévôt de la connélablic de France, a reçu ordre du Roi de l'aire le procès au sieur de Sainl-Jean, che- vau-léger, pour la désobéissance par lui laite au sieur de Marcillac, maréchal des logis, lors de la revue qui se fit dernièrement au Pont Saint-Maxencc, lequel, pour cet effet, a été mené à la Bas- tille. 21 septembre 1666. Le Roi, à la prière de M. d'Orléans, a fait grâce au sieur de Sainl- Jean, chevau-léger, qui était déjà attaché et bandé pour être pis- tolc, pour avoir tiré deux coups de pistolet sur son officier, (State taper Office.) LE KOI A M. DE BESMAUS. Je vous fais celle lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'au- rez reçue, vous ayez à mettre en pleine et entière liberté mon cou- sin le duc de Foix et les sieurs comte de Sault et marquis de Ra- gny, prisonniers en mon château de la Bastille, et moyennant la présente, vous en serez bien et valablement déchargé. (B. N.) Vincenues, 28 septembre 1666. Arriva moiisicui- de La Salle, Sujet très-innocent de ce qui s'était fait, Qui lui dit que le Roi, par sa bonté royale, l.ui faisait grâce tout à fait. Quelque temps après le Roi môme Lui vint dire lui-môme aussi Que ce brave La Salle, avec instance extrûmc, L'avait cent fois prié de lui faire ainsi. Qu'il lui devait tonte sa grâce, Et qu'au reste il reprît sa place, Ajoutant ces mots : Va, sers moi, Et crois que j'aurai soin de toi ! L Les flottes d'Angleterre et de Hollande venaient de livrer un combat indécis, et comme en ce moment lu France était i'alliée des Hollandais et que les vaisseaux de Louis XIV tenaient la mer pour prêter à Ruyter une aide qu'ils no lui donuôrent jamais, ces messieurs avaient cru bien faire en se joignant à nos alliés; leur sim- plicité fut punie par quinze jours de Bastille, et M. de Besmaus eut tout le temps de leur faire comprendre que le Roi voulait qu'on laissât les Anglais et les Hollan- dais se détruire les uns les autres au profit de la France. 280 VERTHAMON'T. LOUYOIS AU CAPITAINE DE PANDY. Saint-Germain, le 18 octobre 1666. J'ai rendu compte au Roi du peu de déférence qu'a eu pour votre ordre le sieur de la Chesnardière, capitaine au régiment d'Auver- gne, et de ce qui vous a oblige de l'interdire; S. M. a fort approuvé ce que vous avez fait, et même elle a désiré qu'il tînt prison pour dix ou douze jours à la Bastille. J'expédie les ordres pour cela, et je puis vous assurer que sans son indisposition il serait détenu un plus long temps. (A, G.) LE TELUER A M. LEGRAIN, PRÉVÔT GÉNÉRAL DE LA CONNÉTABLIE. A Saint-Germain, le 1^' novembre 1666. J'ai appris par votre lettre, qui m'a été rendue aujourd'hui, que vous avez transféré à la Bastille Lestoré, gendarme de la compa- gnie écossaise; sur quoi je dois vous dire que vous ne devez point perdre de temps à mettre son procès en état d'être jugé, de sorte qu'il le puisse être jeudi prochain au plus tard, à cause que les officiers de cavalerie qui seront à la revue mercredi puissent faci- lement y assister; il serait fâcheux qu'il fallût, pour que le procès fût instruit, les forcer à séjourner davantage. Je crois que vous n'aurez point peine à cela, estimant que les témoins se présente- ront aisément. Vous donnerez, s'il vous plaît, de vos nouvelles. (A. G.) VERTHAMONT*. Insultes à l'archevêque de Paris. MÉMOIRE. Supplie humblement de Verthamont, seigneur de Villenienon- Sernon, et en partie de Brie-Gomte-Uoberl, conseiller du \Un en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son liùtol, disant encore qu'en la qualité de seigneur de Villemenon-Senion il soit seul seigneur, haut, moyen et bas justicier dans le village et paroisse dudit Sernon, et que tous les droits honorifiques de 1. Ordre d'entrée, de décembre 1666. VERTU AMONT. 281 l'église (ludit lieu ne lui pussent être contestés, néanmoins il est arrivé que, dimanche dernier, 4 du présent mois d'octobre, M'", prêtre commis par M. l'archevêque de Paris pour desservir la cure de Sernon, qui est en litige au Parlement, a publié au prône de la grand'messe qu'on eût à faire ôler une pierre qui ferme une voûte en forme de cave, que le suppliant a fait construire il y a sept ou huit ans, dans le chœur de l'église, pour servir de sé- pulture aux seigneurs de Villcmenon-Sernon, et en laquelle il a fait porter le cœur de défunte dame Renée Quatresols, femme du suppliant, et a ajouté en faisant la publication, que faute de faire ôter la pierre dans la huitaine, il la ferait ùter, et d'autant que cette publication est une entreprise sur les droits honorifiques apparte- nant au seigneur en ladite église, et un trouble qui lui est fait en la possession du droit de ladite sépulture, il est obligé de se pour- voir et de se précautionner contre l'exécution de cette entreprise, étant menacé de voir enlever ladite pierre au premier jour; ce considéré, Nosseigneurs, et que le privilège du suppliant, qui a ses causes commises en la cour, est notoire, il vous plaise donner acte au suppliant de ce qu'il prend ladite publication pour trouble, et en conséquence Itii permettre de faire assigner en icelle'. (A. N.) LE TELLIER A M. PUSSORT, CONSEILLER D'ÉTAT. A Saint-Germain, le 4 décembre 1666. J'ai lu au Roi le procès-verbal que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser sur la conduite que M. de Verthamont- a tenue sur l'in- terpellation qui lui a été faite, d'avouer ou de désavouer le factum imprimé qui se distribue sous son nom, et comme S. M. a con!>idéré que vous vous trouverez au conseil de la réformation qui se tiendra en sa présence, lundi prochain, S. M. a jugé à propos de remettre la résolution de cette alfaire à ce jour-là, et elle m'a commandé de vous en donner avis, à quoi je satisfais par ces lignes, (A. G.} 1. Les membres drs parlem'iiits ttaieut en générai processifs cl déployaicul vis- à-vis de leurs paysans et de leiirs vassaux une firande àprtté en nsaliijrc d'argent, et une morgue inflexible pour les droits seigneuriaux. 2. Frani.ois de Veriiiamoni, d abord conseiller au j arknient en l(3i7, puis a)aitrc des requêtes en 1653, mort le 2ii juin 1697, âgé de quare-vingt-treize ans. 282 VERTHAMOiNT. M. SORBIÈRE AD CARDINAL ROSPIGLIOSi'. Ce /i décembre 1666. J'apprends qu'on a envoyé à Rome un pamphlet très-virulent, écrit par Verthamont, contre l'illustrissime archevêque de Paris. Cette insolence criminelle a fait grand bruit à la cour et à la ville; je manquerais peut-être à mon devoir si je ne vous racontais briè- vement ce qui en est. Verthamont est un homme d'une naissance obscure. Dans un temps où les trésors de la France et la fortune des particuliers étaient au pillage, le Roi n'étant pas alors maître absolu, et le bruit des clairons l'empêchant de veiller sur les biens de ses sujets, à cette époque, dis-je, il vint tout jeune à Paris, et se mit aux gages d'un maître des requêtes. Plus tard, il revint gaiement avec quel- ques épargnes dans Limoges, sa ville natale ; il y remplit les fonc- tions de receveur et gagna encore de l'argent. De retour à Paris, il augmenta son avoir. 11 crut, lorsqu'il fut enfin nommé conseiller, que tout lui était permis pour l'accroître. Je passe sous silence d'autres détails, dont il n'est pas question à présent. Cet homme de bien acheta une terre dans le diocèse de Paris, et s'appropria les biens delà paroisse. Notre illustrissime archevêque voulut les recouvrer. En visitant son troupeau, il avait eu pitié de ce presbytère dépouillé; il en usa d'abord amicalement, mais ce fut inutilement ; il attaqua par les voies judiciaires cet homme dur et enorgueilli par sa charge. L'archevêque eut à se plaindre de ses chicanes, et étant allé à la cour, il en dit quelques mots au Roi, qui songeait déjà à mettre un terme à ces sortes d'usurpations. Comme ce parvenu a pris le nom d'une famille de la robe' illustrée par ses vertus, le très-avisé prélal ajouta que le chicaneur qui avait dépouillé sa paroisse n'appartenait pas à la famille des Vertha- mont. Ce sacrilège s'enflamma, et lança un écrit virulent contre l'arche- vêque. Celui-ci, avec une indulgence paternelle, et afin de rame- ner la brebis égarée, se contenta de censurer cette inepte satire, au lieu de réprimer cette impudence par des mesures .plus rigou- 1. 11 y avait effectivement une famille de Vertliamont depuis longtemps dans les dignités de la robe, et plusieurs membres étaient aux requêtes les collègues de Ver- thamont; celui-ci était fils d'un nommé Guillaun:e de Vertliamont et de Jeanne Dubois, sans autre qualification. VERTHAMONT. 2M:< reuses. Le prétendu Verlhamonl, fort de cette douceur, a fail jja- raîlre un Examen de V examen, dans lequel il déchire son vénérable évêque... Le clergé du diocèse s'en est plaint au Roi. Dès le premier avis, S. M. fut tellement irritée de voir qu'un homme de celte qualité, qui avait élevé son enfance, et dont il voulait honorer la vieillesse de la tiare, fût tourné en dérision par un individu de cette espèce, qu'il ordonna de mettre celui-ci en prison. (B. N.) (Traduit du latin.) M. PETIT A LORD ARLINGTON. 1er A Paris, ce — de décombrp. lObO. 11 Le diflerend qui était entre M. l'archevêque de Paris et M. de Verthamont, maître des requêtes, a été jugé par le conseil d'çn haut, où le Roi a présidé en personne, qui a condamné ce dernier à aller dans l'archevêché demander pardon à ce prélat, en présence du chapitre, et de lui dire que l'invective qu'il a faite contre lui dans le factum intitulé Examen de l'examen a été faussement et mali- cieusement controuvée '. S. M. a ordonné que ce factum sera brûlé et lacéré par les mains d'un huissier, et a interdit ce maître des requêtes pour six mois, avec ordre de se défaire de sa charge dans ce temps, faute de quoi elle sera impétrable. De plus, le Roi a donné ordre au sieur de Busca, exempt de ses gardes, de conduire ce maître des requêtes à la Bastille, où il demeurera jusqu'à ce qu'on mette cet arrêt à exécution. On dit que l'archevêque a été hier à Saint-Germain pour supplier le Roi de ne pas faire exécuter ledit arrêt, disant que pour ce qui regardait son intérêt particulier, il lui pardonnait de bon cœur l'adronl qu'il en avait reçu. Cepen- dant, on croit que cet arrêt sera mis en exécution. A Paris, le 10 déccnibre 1066. L'adaire d'entre M. l'archevêque de Paris et M. de Verthamont Villcmenon, maître des requêtes, fut jugée au conseil d'Etat, le Roi présent. M. de Verthamont fut arrêté à Saint-Germain le jour même, et amené le lendemain à la Bastille; il y doit demeurer quelque temps, après quoi il fera réparation ;\ l'archevOquo, et doit, 1. Sur la demande expresse de l'archevêque, un autre arrêt du conseil releva Verthamont do cotte espèce d'anv ndc honorable. 284 Dî^C UL MONTBàZON. dans six mois, se défaire de sa charge. On dit pourtant que Tar- chevêque est allé à SaiTit-Germain pour demander grâce au Roi pour M. de Verthamont'. (State paper Office.) DUC DE MONTBAZON K Correction. LE ROI A M. DE BESMACS. Je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à remettre es mains du sieur Forlis, exempt, qui vous rendra la présente, mon cousin le duc de Montbazon, sans diffi- culté 3. (B.N.) Saint-Germain, i^r avril 1667. 1. « Il avait été, rapporte Durey de Xoinville daus ses Généalogies manuscrites des maîtres des requêtes, déclaré inhabile lui et sa postérité de posséder à l'avenir aucune charge de magistrature, pour avoir faussement accusé d'incontinence Pérefixe, archevêque de Paris, envers lequel il fut condamné par le même arrêt de faire réparation d'honneur. Il avait entrepris ce prélat pour avoir pris contre lui le parti d'un gentilhomme nommé Servon, qui était son ami et qui avait eu recours à lui pour le délivrer des vexations de l'autre, dont il était voisin à la campagne et qui voulait l'accabler. Verthamont s'étant présenté devant le Roi, à son lever, quelques jouri après l'arrêt rendu coiitie lui, eut ordre de sortir sur-le-champ de la chambre et de se retirer à la campagne, le séjour de Paris lui étant défendu. » Cet exil dura jusqu'en 1671. 2. Ordres d'entrée du 14 mars, et de sortie du \^^ avril 1067. Contresignés Le Tellier. Charles de Rohan. d'abord comte de Montauban, puis duc de Montbazon, mort aux environs de Liège en 1699. M. de Montbazon, comme aîné de sa famille, avait demandé à être reçu duc au parlement, et avait sollicité la place de grand veneur, possédée par son père, feu le prince de Guimené; mais la faiblesse d'esprit de ce jeune homme le rendait incapable de faire les fonctions de cette charge. Sur le refus du Roi, M. de Montbazon s'emporta en insolences, qui auraient attiré une punition. plus sévère à tout autre; on se contenta de le mettre quinze jours à la Bastille. 3. M. de Montbazon fut exilé dans ses terres; plus tard il passa en Flandre et se mit au service des Espngnols, qui lui donnèrent rie l'emploi et une pension con- sidérable. Les services qu'il leur rendit étaient peu de chose, mais le plaisir d'avoir le nom d'un prince français sur les cadres de l'armée espagnole ne lour paraissait pas pouvoir être trop pa3é. AUBEHV. 285 AUBERY' Libelles. M. DE GREMONVILLE, AMBASSADEUR, A POMPONNE. L'on a ici traduit en latin ce livre, qui fait tant de bruit des pré- tentions qu'a la France sur l'Empire, en ayant été tiré une manière d'extrait imprimé, dans lequel on a inséré les lettres-patentes du Roi, données en 1649, pour la permission de le débiter, j'en ai en- voyé un exemplaire en France pour le pouvoir confronte!', et à cause qu'on spécitle que ledit l'Xliait n'a été tiré que pour en faire ob- server les conséquences à tous ceux qui y sont intéressés, et par- lifulièrement à toute la nation allemande: je m'aperçois qu'il y a bien du mystère dans cette affaire. (B. A.) De Vienne, le ik septembre 1667. M. PETIT A M. WILLIAMSON. Paris, ce 15 octobre 1667. Avant-hier, par ordre du Roi, Ion arrêta prisonnier un M. Aubery, auteur d'un Viwc ii\[[iu\é Des justes prétentions du Roi sur l'Empire -; ce que l'on a fait pour montrer aux étrangers qu'il a entrepris cet 1. Ordres d'entrée du 12 octobre, et de sortie du 13 décembre 1607. Contre- signés de Lionne. Antoine Aubery, fils d'un aubergiste de la rue Saint-Denis, né à Paris le 18 mai 1616, mort le 29 janvier 109.5. 2. Jusqu'alors les ouvrages d'Aubery avaient toujours été bien accueillis par l'administration ; il avait écrit les Histoires de Richelieu et de Mazurin et elle n'avait jamais trouvé que matière à éloges. 11 est bien probable qu'avant de publier ce dernier livre il s'était assuré de l'approbation tacite du gouvernement, et même nous ne serions pas éloigné de croire qu'il l'avait fait par ordre, Louis XIV b'étant toujours considéré comme le premier souverain de l'Europe, et devant pren- dre à ce titre le pas sur tous les autres potentats ; mais on venait de déclarer la guerre à la Hollande, et la prudence exigeait de ne pas se mettre de nouveaux ennemis sur les bras; l'Allemugne était restée neutre, c'était elle qui était le plus vivement attaquée par Aubery, on voulut lui donner satisfaction, et l'auteur fut enfermé pendant deux mois à la Bastille. Les mémoires du temps nous apprennent qu'il y fut traité avec toutes sortes d'égards et de manière à lui rendre très- légers les ennuis de la prison. Cependant le conseil d'en haut ordonna la suppres- sion du livre, et le lieutenant général de police dut instruire contre l'auteur. Les princes de l'Empire qui s'étaient plaints au gouvernement français se tinrent pour satisfaits en apparence, mais depuis lors ils observèrent avec inquiétude les démar- ches de Louis XIV. 286 AUBERY ouvrage sans aveu, sur l'avis que Ton a eu que ce livre faisait grand bruit par toute l'Allemagne. (State paper Office.) INTERROGATOIRE. L'année 1G67, le IG octobre. Nous, de la Reynie, etc. Antoine Aubery, âgé de cinquante ans. avocat en la cour et au conseil, demeurant dans la cour du Palais, en la maison d'Aubery, son frère, chanoine de la Sainte-Chapelle ^ — S'il sait le sujet pour lequel il a été arrêté prisonnier? — Il ne le sait pas précisément, mais il soupçonne avoir été ar- rêté pour l'impression qu'il a fait faire d'un livre intitulé : Les jus- tes prétentions du Roi sur l'Empire, et dans lequel il n'a eu d'autre intention que d'écrire pour le Roi et la gloire de la nation... Il l'a fait imprimer en l'année 1666... Ayant eu ci-devant une grande liberté d'écrire ou d'imprimer, et surtout pendant les derniers mouvements, et en 16i9, et y ayant eu plusieurs mauvais écrits composés et débités contre le service du Roi, il vint en pensée à lui, qui a toujours été plein de zèle pour les intérêts et le service du Roi et de l'Etat, d'écrire aussi quelque chose de sa part, et portât un autre caractère que ce qui avait été écrit pendant ces temps de désordre, et crut pour cela n'avoir un meilleur sujet à choisir et à traiter que celui de la prééminence et préséance de nos rois, dont il composa le titre de son livre; lequel livre il divisa en deux par- ties, et le fit imprimer dès l'année 1649, après en avoir obtenu le privilège en date du 19 juillet 1649, et depuis, et en 1662 -, étant survenue quelque contestation en la ville de Londres, entre l'am- bassadeur du Roi et celui du Roi d'Espagne, plusieurs personnes lui vinrent demander le traité qu'il avait fait imprimer en 1649, sur le sujet de la préséance, lequel traité étant devenu rare, plusieurs personnes de ses amis lui conseillèrent et le pressèrent même d'en 1. Ce chanoine était le confesseur du président Lamoignon. C'est lui dont Boileau a dit dans le Lutrin : Alain tousse et se lève; Alain, ce savant homme, Qui de Bauny vingt fois a lu toute la Somme, Qui possède Abelli, qui sait tout Racoois, Et même entend, dil-on, le latin d'Akempis. 2. On sait qu'alors l'ambassadeur d'Espagne avait fait assommer le cocher de M. d'Estrades et couper les traits des chevaux de sa voiture, afin de prendre le pas sur lui. AUBEUY. 287 faire une seconde réimpression, ù quoi n'ayant pas voulu entendre pour redonner le môme traité sous le môme titre, et étant d'ailleurs poussé du juste ressentiment qu'il devait avoir de l'injuste préten- tion de la maison d'Espagne, il entreprit de redonner la seconde partie de son travail en établissant encore plus fortement les droits de nos rois sur le sujet de la préséance, à laquelle il ajouta des preuves claires et certaines tirées du fond de l'histoire, et des au- teurs espagnols et allemands, et donna à cette seconde partie ainsi disposée, un autre litre que celui qu'il avait donné la première fois Le libraire qui l'a imprimée lui a donné le titre Des justes prétentions sur VEminvi', lequel titre lui Aubery a estimé devoir donner à son livre pour le faire paraître encore plus nouveau, et pour en procurer un plus grand débit en faveur même du libraire, qui aurait fait difficulté de hasarder encore les frais d'une seconde impression. — S'il a obtenu quelque privilège ou permission de faire im- primer ? — Il n'en a point obtenu, et il n'a jamais cru qu'il fût nécessaire d'en obtenir aucun... Il nous a déclaré la vérité, et s'il y a de la faute en cela, elle pari d'un bon principe et d'un zèle qui lui a fait croire qu'on ne pouvait jamais trop dire et trop écrire pour le Roi et pour l'Etat. D'ailleurs, si on examine le dernier livre qu'il a fait imprimer en IGGG avec celui qu'il a imprimé en 16-49, on verra fa- cilement que le dernier n'est qu'une suite du premier, qu'il en avait dès ce temps-là l'idée, et que ce qu'il en a ajouté n'est autre chose que le fruit de ses études et de son travail, qu'il a donné volontiers au public, i\ la prière de quelques-uns de ses amis et de plusieurs personnes de lettres... Il n'a donné au chancelier aucun manuscrit du livre, et il n'a été examiné que par ses amis particuliers, les- quels, non plus que lui, n'ont pas cru qu'il fût nécessaire d'user de cette précaution, principalement en ce que le livre était la suite, comme il nous a dit, d'un autre qu'il avait auparavant imprimé, ce qui lui faisait croire que cela se pouvait entendre en quelque façon une seconde réimpression, quoiqu'il eût ajouté plusieurs choses et changé l'ordre et le titre du livre; et pour nous dire de bonne foi l'intention qu'il a eue quand il a fait imprimer, c'a été pour ré- pondre, en quelque façon, à un autre imprimé à Vienne, depuis deux ans, par lequel on avait prétendu établir cette étrange propo- sition, qu'il n'y a que l'Empereur seul de véritable souverain, et 288 AUBERY. que généralement les autres princes lui doivent hommage et sou- mission... Il n'a eu aucun ordre de répondre audit prétendu livre; ce n'a pas même été son dessein précis de répondre au livre, mais il a pensé qu'il pouvait, de son chef et sans ordre, écrire et impri- mer, sans avoir hesoin d'aucune précaution pour cela, tout ce qui pouvait servir, comme il nous a dit, au Roi et à l'Etat. — S'il ne sait pas que la matière du traité du livre par lui com- posé, et imprimé en 1666, est importante, qu'il s'y peut faire des fautes de conséquence, qu'il n'est pas libre à toute sorte de per- sonne de les traiter, et qu'en général il y a obligation précise de ne rien imprimer sans privilège et sans permission? — De tout temps et dans tous les États, il y a eu une si grande liberté d'écrire pour les princes et pour les pays dont étaient ceux qui entreprenaient de soutenir leurs droits, qu'il a cru devoir user de la même liberté, y étant d'ailleurs plus obligé qu'un autre, par la persuasion dans laquelle il est de la malice et de l'erreur de plusieurs auteurs étrangers qui ont osé, dans ce dernier temps, écrire contre leur propre connaissance, au préjudice du rang et des prééminences de nos Rois. D'ailleurs, comme il nous a dit, ayant commencé d'écrire sur cette matière dès 1649, il a cru que ce qu'il faisait et qu'il donnait au public en 1666, toujours dans le même dessein et dans la même vue, ne lui pouvait être jamais imputé. (B. N.) M. PERZ A M. BOULLTAU. Il y a ici un traité imprimé, fait par le sieur Aubery, qui déduit les droits du Roi sur l'Empire; ce petit traité flatte bien la France; il nomme votre monarque le Roi des rois et le seul monarque rie la terre. Lorsque Saumaise avait écrit Defensionem regiam, pour le Koi de la Grande-Bretagne, le grand chancelier de Suède, le sieur Oxenstiern, en disait son opinion en ce peu de mots : Ego, si Rex essem, nollem laiidari à Salmasio. Le 19 d'octobre 1667. De La Hayo, 15 décembre 1667. Messieurs les Allemands crient bien contre ce livre d'Aubery. louchant le droii du Roi sur l'Empire. Il a pourtant, la première fois, été imprimé avec privilège du Roi. M. de Castan, premier avocat du Roi au siège présidial de Béziers, fil, en l'an 1634, du I/AUBK COTIIN. iS'J lemps du cardiii;il de- lliclu'Iicii, iiti Irailc qu'il iiililula ; La rc- clinrlK' lies dioils ilii lioi cl dr la couronne ilr b'ninee sur les royaumes, duchés, etc., qui va bicu plus loiu que d'Aubcry uc lail dans sou Iraité; mais le lemps et ces occurrences sonl inégaux. (B. N.) DESiMAUTLXS, COTTIN', Motifs inconnus. LE KOI A M. DE BESMALS. 2'i avril J0o7. M. Foui'iuond, prêlrc habitué en l'église de Sainl-Barthélemy de Paris, ajant odert de faire conduire Coltin, aussi prêtre, détenu prisonnier au château de la Bastille, entre les mains de ses parenls, je vous lais cette lettre pour vous dire de le remettre audit sieur, en vous donnant un acte par écrit, lequel portera ((u'il se charge de le mener chez ses parents -. 15 iiovèmbi-j 10(3". Vyant résolu de l'aire arrêter Uesmarùns pour quelques cun- sidéialions particulières. Saiiit-Gei'iiiaii), l'2 janvier 1668. Ayant résolu de laii'e mettre en liberté Desmarlins, que le capi- taine Rolland, lieutenant du prévôt de l'île, conduisit par mon ordre, il y a quelque temps, au château de la Bastille, vous ne manquerez pas, incontinent cette lettre reçue, de le mettre entre les mains de son père, qui le doit aller demander, en vertu de la présente, qui vous servira de valable décharge. (B. A.) 1. Ordres d'entrée du 15 novembre 1607^ et de sortie du '22 janvier lOuf:. 2. iXous iubérons celle lettre, bien (juc très-ûibiguiliante, parce que cet abbé Cottin a tiguré plus tard dans l'alVaire des poisons. J'J 2aO 130NNIN. BONNIIN^ Député de Marseille à la cour. COLBERT A M. DE BESMAUS, 13 janvier 1608. Le lioi m'ordonne de dire à M. de Besmaus, de sa pari, qu'il peut permettre aux sieurs Audiffret, prieur de Saint-Victor de Marseille, et de Ramesan, religieux dans la même ville, et de Rinie- laslre, de voir le sieur Bonnin, prisonnier à la Bastille-. (B. N.) M. D ÛPPEDE, PREMIER PRÉSIDENT, A COLBEPa'. Comme j"étais venu ici pour terminer entièrement tout ce qui p-ouvait rester de mésintelligence entre M. Arnoul et les échevins de cette ville, et que je me suis opiniâtre à finir cette affaire qui recommençait tous les quinze jours, je n'ai pu retourner à Aix pour vous envoyer tout ce qui est à expédier et résoudre sur l'affaire de la noblesse par cet ordinaire, ce sera par le prochain ; mais en échange, j'ai sapé au fondement le sujet de division et de plainte, et nous avons fait en sorte que le traitant de l'agrandissement a su- brogé, moyennant son indemnité, le corps de ville à son traité, ainsi qu'il vous plaira voir par la lettre commune ci-jointe de M. Arnoul et de moi. J'ai mené ensuite les échevins chez M. Arnoul, lui de- mander pardon du passé et son amitié pour Tavenir, en sorte que je puis vous dire que cela est dans les termes qu'il faut, et que la chose durera, le sujet du mécontentement ayant cessé; c'est une bonne affaire; l'argent du Roi en sera mieux payé et plus sûr, l'agrandissement plus beau et plutôt fait, et nous éviterons le cha- grin de voir tomber en désordre cette affaire, par celui du traitant qui était infaillible. 1. Ordres d'eutrée du 13 décembre IG67 et de sortie du lo ;i\ril 16(58. Contre- signés de Lionne. 2. En 166G le Roi avait donné des lettres patentes pour autoriser la commu- nauté de Marseille à l'agrandissement de la ville, et nomma pour commissaires MM. d'Oppède, Arnoul, de Seguiran, premier président de la cour des comptes, Signier, conseiller, et Guidi, trésorier général de France. M. Arnoul ne put s'en- tendre avec les échevins ; ils envoyèrent le sieur Bonnin porter leurs doléances à la cour. Ce député fut mis à la Bastille, le Roi ne voulant jamsis écouter aucunes remontrances^ à moins qu'elles ne fussent transmises par 1 intendant de la province. iîONMN. 291 J'cslimorais que Boiiniii ayant déjà lail une péuik-ncc longue, vu son âge, ce serait mettre le dernier sceau à celle réconciliation que je viens de faire, si le Roi le sortait de la Bastille, et qu'il parût que la chose vint de M. Arnoul. Si vous estimez qu'il y a quelque dé- marche à faire sur les lieux pour cela, en me le marquant je la forai faire. Comme je ne cherche que de bien servir le Roi et de vous plaire, je m'estime heureux d'avoir Uni ù votre satisfaction celte affaire. (B. N.) A Marseille, ce 7 mars 1068. MM. b'OPl'iDE ET AKNOUI. ' A COLBiiHT. A Marseille, ce 7 mars 1G08. L'cnlrcitrise de ragrandisseiiient de cette ville par un particulier ayant causé toute la jalousie et la mésintelligence qui a paru du côté des habitants, nous avons estimé qu'il était du service du Roi de leur procurer la satisfaction qu'ils poursuivent avec tant d'ardeur; cl quoique le traitant eût fort avancé son ouvrage et dépensé des sommes considérables à la construction des murailles, préparatifs, démolitions et autres bâtiments, nous l'avons néanmoins disposé à remettre son traité, moyennant son indemnité, au corps de ville, laquelle s'est obligée aussi de payer au Roi, dans les termes porléi par les articles de ce traité, la somme de 100,000 livres, à quoi, outre le repos public de cette ville, l'impuissance oii nous voyons ce traitant réduit, nous a en partie obligés; ainsi, S. M. retirera l'avantage qu'elle a espéré de celle affaire ; l'agrandissement se fei a à la satisfaction publique, et suivant que nous le réglerons avec les échevins, et vous ne serez plus importuné de tant de plaintes; sur le tout, nous pouvons vous assurer que tout ce que S. M. s'est pro- posé de cet agrandissement pour Tutilité de son service dans les raisons d'Etal, et pour celle du public, se rencontrera dans son entier. (B. N.) M. AlU'OUL A COLBEllT. A Marseille, eu 'j octobre lHùS. Ne vous mettez point en peine, s'il vous plaît, des crieries des Marseillais ; toutes nouveautés choquent fort leurs anciennes er- ]. Nicolas Arnoul, intendant des galères en 1665, intendant de la marine à Tou- lon en 1673, mort dans cette ville le 18 octobre 167i. 29Î HOiNNIN. reurs, après cela ils reviennent, et le plus fort de leur mal vient d'ignorance et de peu de raisonnement, bien qu'en apparence ils aient de l'esprit. Ils sont non-seulement aises, mais ravis de leur jiouvelle place h bâtir, qui assurément est belle et très-commode; à l'heure que je vous écris, la nécessité a fait vertu; il y a trois de leurs machines qu'ils ont déjà mises d'eux-mêmes, pour donner (lu i'ond, où il y avait autrefois dix-huit pieds d'eau, il n'y en a pas un aujourd'hui, et où ils me soutenaient que c'était roc et où l'on ne pouvait creuser; sitôt que je commencerai à prendre soin de la cure du port qui est un des articles de l'affranchissement, je vous réponds de ce que vous souhaitez; il faudra bien qu'ils reviennent à l'agrandissement; ce sont des Protées qui changent de forme, mais quand on les tient bien, ils reprennent leur première : ni tort, ni grâce, voilà leur devise. A Marseille, ce 1 3 octobre i 6C8. J'ai \u à Aix, es mains des échevins de Marseille, le plan qu'a l'ail l'ugel, de Gênes, de l'accroissement de la ville de Marseille; ce ((ue j'en ai pu voir m'a semblé grand, noble et de grande dépense. ( hi m'a promis de me le remettre es mains pour l'examiner, après quoi je vous en manderai ma pensée au vrai '. (B. N.) MM. D OrPKDE Fr ARNOUL A COLBEKT. Nous espérons. Monsieur, vous envoyer au premier jour un nou- veau plan de l'agrandissement de Marseille, que les échevins pro- jettent plus grand depuis qu'ils savent la franchise du port résolue; on y projette des canaux dérivés du port pour aller en la plus belle et plus grande partie de cet agrandissement, qui font un bel effet, et seraient de très-grande commodité pour le négoce; assurément vous en serez satisfait. Nous devons nous rendre samedi prochain à Marseille, pour conclure et arrêter entièrement tout ce qui re- garde cet agrandissement. (B. N.) A Aix, ce 2o octobre 1G(38. 1. Ou jeta bas les auiraillcs de Li vilIC; et on lit aligner leo riie& et ouvrir des places. RONNIN. V^llî M. ARNOri. A COLDERT. A Marseille, 3 novembre 160S. J'ai créé deux nouveaux échevins, et j'eusse bien voulu, avaiil. que vous eussiez entretenu M. \c Premier'. C'en est fnil; ils me paraissent d'esprit docile; je les ai été voir; ils m'ont bien protesté union; je leur ai lait entendre que tout ce que je souhaitais d'eux était le service du Roi, la grandeur de la ville, l'acquit de Iciir^ dettes, le soulagement des peuples, et de leur bien l'aire entendre qu'ils ont un bon maître qui les saura bien maintenir et leur faire du bien quand il faudra, lorsqu'ils s'abandonneront à ses ordres et qu'ils n'auront d'autre pensée que son service et leur commerce, A Marseille, ce 2.') dtccmbro 1008. Je suis plus las que vous ne pouvez être des alternatives de l'ac- croissement de la ville, non pas par la crainte de 100,0(X) livres, le Roi ne peut manquer de les avoir quand il voudra; ils en ont déjà payé 30 -, il n'y a rien de si aisé ; quand vous écrirez à M. le premier président, c'est chose sûre et faite ; maispar la beauté où je voudrais voir cette ville florir en commerce et en grandeur. Je vous ai mandé les raisons qui font que rien n'avance ni avancera ; trois mois de plus, trois mois de moins, vous feront prendre de véritables ré- solutions. Il n'y a rien de si aisé que cette affaire entre les mains de gens qui l'entendent, n'étant point traversés des consuls qui l'ont tellement décréditée qu'on aura peine à guérir le peuple et à ache- ter des places par les raisons que je vous ai mandées. En vérité, ou en a mal usé, et cela mériterait bien quelque petite réprimande pour exemple. On a mis en prison un pauvre honmie qui n'avait autre crime que d'avoir obéi au Roi et bâti le piemier. Je vous en ai écrit et envoyé, par M. de Vivonne, un livre dédié à MM. les éclie- vins, sous le titre de : Protecteurs et défenseurs despririléf/es, qui m'a toujours choqué, ne devant appartenir qu'à celui qui l'est vé- ritablement. Si j'ai discontinué à vous en écrire, la crainte qu'on ne crût qu'il y eût de l'animosité en mon affaire m'a retenu; mais, Dieu merci ! je n'en ai point d'autre que celle du service et de la grandeur de 1. G'est-à-diie M. d'Oppède, le premier président du parlement de Provence. 2. Les dépenses furent payées par la communauté de la ville et par les pro- priétaires des terrains enfermé* dans la nouvelle enceinte. 294 TONTI. cette ville. Je vous écrivis aussi, en ce temps, à l'égard de Selier, qui voulait passer pour gentilhomme et éclievin, ce qui est défendu, et porter l'épée, non-seulement en cette qualité, mais en celle d'échevin, cela ne cadre pas avec de bons marchands. Je ne vous en enverrai pas seulement un acte justificatif de la qualité de dé- fenseurs, mais mille, la prenant en toutes rencontres jusque dans les moindres affaires, et font imprimer, ainsi qu'il paraît par celui que je vous envoie et un autre bien plus ancien, qui est bien pire; il ne faut point s'abuser, il n'y a que le temps qui puisse guérir ces esprils, sans pourtant qu'il y ait rien à craindre. (B. X.) TONTI PÈRE^, TONTI aîné S TONTI, mousquetaire noir Motifs inconnus. M. GUEFFIER A BRTENNE. Du 17 juillet lf)51. ... L'on me rendit hier la dépêche que vous m'avez écrite le 46 juin à l'instance de M.Tonti, gentilhomme napolitain, me com- mandant de prendre un soin particulier de sa famille qui est retirée ici depuis les désordres de Naples; sitôt que cet ordinaire sera parti, je ne manquerai pas de l'aller voir et de lui offrir tous les devoirs que je lui pourrai rendre.... J'ai été voir la femme du seigneur Lorenzo Tonli pour lui faire savoir le commandement que vous m'avez fait de prendre un par- ticulier soin de sa famille afin de vous pouvoir mander par ce même ordinaire ici quels services elle désirait de moi; qui a été, après m'avoir fait un grand discours de la misère où elle était réduite, de lui prêter de l'argent pour vivre, elle et sa famille, disant qu'elle me le rendrait quand elle en recevra de France; et parce que votre lettre ne m'ordonne point cela, je lui ai dit que ce que je pouvais faire était de vous écrire le mauvais état où elle m'a fait entendre qu'elle 1. Ordres d'entrée du 30 janvier IGGS, et de sortie du 26 octobre 1675. 2. Ordres d'entrée du 18 février 1668, et de sortie du 29 novembre 1075. 3. Ordres d'entrée du 3 mars 1668, et de sortie du 29 novembre 1075. Contre-signes : Le Tel lier, Colbert et Lionne. TONTI. 2fto est, et qu'en autre chose je m'eiiiploirais trOs-voIonliers où elle pourra avoir besoin de moi '. (B. N.) LE TELLIER A M. DE BESMAL'S, Le Roi ayant écouté avec sa bénignité ordinaire la supplication que la famille du s"' Tonli, détenu à la Bastille, a laite à S. M. d'or- donner que quelque personne de piété lui allât apprendre et à ses enfants la mort de sa femme, S. M. m'a commandé de l'aire savoir à M. de Besmaus qu'elle le trouve bon et qu'il choisisse pour cuL etfet un jésuite ou telle autre personne qu'il juj^era à propos. (A. G.) 9 mars 1669. TONTI A COLBERT. Je vous rends un million de grâces du secours de 000 livres que V. Exe. m'a procuré du Roi, lesquelles ont été employées h m'ha- biller et à me donner du linge, comme aussi pour donner les mêmes choses à mes deux fils qui sont détenus en ce lieu a\ec moi. J'espère aussi que S. Exe. me procurera de S. M., lorsque le bon Dieu le lui inspirera, les 1600 livres que je dois à ceux de ce châ- teau qui m'ont fourni depuis sept ans les choses qui m'ont été nécessaires et à mes fils aussi; cependant je vous conjure, au nom de Dieu et par la glorieuse mémoire de feu Mgr le cardinal Mazarin, de continuer vos bontés pour la subsistance de ma fille, qui est char- gée du reste de la famille, et laquelle est réduite dans la dernière nécessité; et comme le Roi a renvoyé à V. Exe. depuis peu l'un de ses placets, elle peut nous consoler tous en lui procurant un prompt secours de S. M. Je l'espère de la bonté que S. Exe. a toujours eue pour moi, qui continuerai mes vœux au Seigneur avec tous les miens pour la santé du Roi et pour ses prospérités et pour cellesde V. Exe. (B. X.) De la Bastille, ce fi mars 1G75. 1. Toiiti était un banquier italien. Il s'établit en France après la malencontreuse entreprise du duc de Guise sur Naples; il avait sans doute rendu des services, car Mazarin lui fit donner une pension de 0,000 livres, réduite à moitié et très-mal payée, semble-t-il, sous Colbcrt. Il avait une famille de dix-sept personnes à nour- rir, et parmi elles cinq grandes filles, bien faites et probablement très-sages, cai- Tonti criait toujours misère. C'était pourtant un financier à expédients; il avait inventé la tontine, combinaison fort goûtée alors, et dont le gouvernement se servit plusieurs fois pour remplir le trésor quand la disette d'argent se faisait sentir. On voit qu'il demeura longtemps à la Bastille et qu'il n'en sortit que pour subir l'opé- ratioD de la pierre. ?f>fi FODRNIRH. SAVAI.. I>E ROI A M. DK HESMAUS. Voulant bien permettre aux deux enfants du sieur Tonli, que vous détenez par mon ordre dans mon château de la Bastille, d'aller voir leur père à qui j'ai permis d'en sortir à la garde du sieur de la Salle * pour se faire tailler, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est qu'aussitôt que vous l'aurez reçue, vous ayez à les sortir, en les remettant toutefois entre les mains du sieur de la Salle, duquel vous retirerez une promesse par écrit de les représenter toutes fois et quantes qu'il en sera requis, moyen- nant quoi vous en demeurerez bien et valablement déchargé. (A. N.) A Saint-Germain, le 29 novembre 167."). FOURNIER, viGuiKu de Carcassonnk-, SAVAL, AVOCAT AI' PRÉSimAL DE CaRCASSONNE, DE CHOQTIEL, boirgeois de Beroues^ Députés par leurs provinces à la cour. i:OLBERT A T.OUYOIS. 8 juin 1008. Je piie M. le marquis de Louvois d'expédier un ordre d'un môme seigneur payer divers droits et impositions. D'ailleurs, Mf,'r, lesdits de Dunkerque ont détache de la châtellenic plusieurs villages et branches à noire grand lort et intérêt; prévoyant la ruine totale d'im corps si considérable, qui a rendu et souhaité avec passion donner encore de plus grandes marques de son /èle et fidélité pour le royal service, nous sommes obligés, Mgr, devons en rendre compte et supplier en toute soumission en vouloir éclai- rer S. M. et nous donner sur tous les points, et notamment rette requête, favorable apostille, dont nous n'avons aucun sujet de doute, vu votre bonté ordinaire et les marques qu'en reçoivent incessamment tous les bons et fidèles sujets de S. M.; nous y méri- terons lieu, Mgr, s'il vous plaît considérer que depuis que nous avons l'honneur d'ôlre à S. M. nous avons fait et entretenu un très- grand et considérable nombre des casernes dûment garnies pour le logement des troupes venant ici en garnison, et payé à cet elt'el plus de 150,0UU Uorins, achevé un canal d'ici passé Ilonschoote et y employé 40,000 florins , logé un très-grand corps de cavalerie et infanterie, fourni aux troupes auxiliaires les ustensiles, fourrages, avoines, écuries et autres plusieurs nécessités, rétabli aucunement les fortifications ruinées, payé plusieurs dettes et fourni pour les contributions une forte somme de deniers, et ainsi donné plus en un an qu'en six années précédentes, ce qui donne tout lieu d'espé- rer la clémence de S. M. et l'honneur de votre protection, Mgr,, pour un jour pouvoir jouir du bien qui est à nous, être exempts des droits et payer nos dettes et rentes qui nous accablent, signament par le détachement qu'ont fait ceux de Dunkerque; c'est de vous, Mgr, que nous supplions et espérons justice et soulagement afin de continuer d'être d'autant plus capables pour servir S. M. et prier le Ciel comme nous faisons incessamment pour votre prospérité. (B. N.) LOCVOIS AU ClIEYAI.TRIl ni' OrET. Le 18 août 16G8. Le Roi étant mal satisfait de la conduite du nommé Ghoquel, qui se prétend être député de la châtellenie de Bergues, S. M. m'a commandé l'expédition des ordres ci-joints pour le faire arrêter et le constituer prisonnier à la Bastille; vous prendrez, s'il vous plaît, soin de lc>; faire exécuter incessamment; l'on ne sait :^00 CHOQLIFJ-. pas où il peiiL loger à Paris, ainsi je ne puis pas vous donner d'au- tres éclaircissements, sinon que je dois vous observer que les uns l'appellent Suquel et les autres Choquel. (A. G.) LOUVdlS A M. ROBERT, A DUNKERQUE. A Saint-Germain, le 7 septembriî 1068. Vous aurez su par les gens avec qui vous avez commerce h Bergues que leur député est à la Bastille, où l'on lui donnera le temps de devenir sage. (A. G.) LOUVOIS AUX CONSULS DE PERPIGNAN. J'ai reçu avec votre lettre du 3^ de ce mois celle que vous avez écrite au Roi; en la lui remettant, je l'ai assuré qu'elle ne contenait que des marques de votre respect, et c'est ce qui a porté S. M. à en entendre la lecture, qui a vu avec satisfaction vos sentiments; elle n'a jamais douté de la sincérité de vos intentions pour son service, mais elle a bien reconnu que vous vous êtes laissé persua- der par des esprits brouillons qui vous ont porté insensiblement à faire des démarches contre votre devoir; ce sont eux qu'elle veut punir, aussi S. M. désire-l-elle qu'ils ne puissent retourner dans Perpignan ni jamais avoir d'entrée dans votre maison de ville, mais sur votre supplication, elle a eu la bonté de les faire mettre en liberté et de se contenter de les envoyer en exil. Si dorénavant il survient des affaires dans lesquelles l'intérêt de vos charges vous oblige à faire quelque remontrance, vous pouvez vous adresser à ceux que S. M. charge de l'exécution de ses ordres et qui ont la principale autorité en Roussillon, et en cas que vous n'obteniez point d'eux la satisfaction que vous désirerez, S. M. trouve bon que vous vous adressiez à elle par vos lettres, mais jamais vous ne devez faire de députation sans en avoir eu auparavant la permission de S. M. Vous savez que vos intcriMs m'ont toujours été en consi- dération, et si vous croyez que je jiuisse vous être utile, vous pouvez vous servir de moi *. (Arck. de Perptcnan.) A Paris, le 18 janvier IGon. i. Le gouvernement écoutait volontiers les réclamations faites par les gens de la province; mais c'était ;\ la condition qu'elles fussent adressées ;\ la cour par l'in- termédiaire dos intendants, et lorsque les députés venaient :\ Pari^ où à Saint- Germain ou leur faisait faite pénitence à la Bastille. L'ABBK PATOUILLET. 301 LMnp d'applaudis^(•me^ts de la compagnie. .'!. La première paix d'Ai.\-la-CiiapeIle fut conclue au mois de mai 1608. 302 I/ABBÉ PATOUILLET. Comme le Koi partira d'ici lundi prochain, je vous entretiendrai le jour suivant sur le contenu aux lettres de Patouillet que vous avez trouvées, outre celles que je vous avais envoyées; cependant, je vous remercie de la part que vous prenez à la grâce que le Roi m'a faite eu me faisant pourvoir de la charge de.général des postes. (A. G.) DON GERONIMO DE (JUINONES, ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE d'eSPAGNE, A LA RÉGENTE D'ESPAGNE. Paris, liO janvier 10G9. Par sa dépêche du ^:2 décembre, V. M. m'accuse réception de la mienne du li décembre adressée à Don Pedro del Campo et des nouvelles dont j'ai dû rendre compte à V. M. et qui ont été confir- mées avec plus de détail par celles que le confident a données au marquis de Castel Rodrigo. J'ai dit à V. M. qu'il avait été mis à la Bastille et j'ai avisé ceux qui étaient en correspondance avec lui de la cesser. On me dit qu'on a saisi chez lui les instructions et les chiffres du marquis et du connétable. J'ai pensé que des démarches de ma part achèveraient de le perdre. Apostille de la Réycutc. Madrid, 9 février IGOy. La Reine approuve. —- Faire le possible pour venir à son aide et par tous les moyens, sans laisser voir que les ministres de S. M. le favorisent, ce serait ruiner son all'airc'. (A. N.) {liaduil de resiia'jnol.) LE MÊME A DON PEDRO DEL CAMPO. Pari?, le U avril 1609. Le confident du marquis de Castel Rodrigo, qui était à la Bas- tille, est sorti il y a huit jours de prison et de la cour sans qu'on lui ait permis de voir et d'entretenir qui que ce soit. Il s'est ache- miné pour la Bourgogne avec son frère* (A. N.) {Idem.) 1. Ou voit que pour celui-là les soupçons du ministùre français étaient bleu fondés; ce prisonnier ne fut cependant gardé que peu de temps à la Bastille. L'ADBÉ PATOUILLliT. 303 L'ABliÉ l'ATOUlLLET A LA RtUENTE d'ESPAGNE. lOG'J. Je n'ose dcniarulcr u V. M. ni la pension qui m'a clé accordée, ni Je premier bénélice vacant qui me fui promis suivant les ordres de LL. Exe. les gouverneurs de Flandre, le marquis de Caslel Uodrigo et le connétable de Castille, parce que je suis en dis- grâce et frappé par la main de mes envieux; mais si \. M. veut bien considérer que par mes soins, mes efforts et mon activité, j'ai empêché la destruction des salines de Salins, que la France avait ordonnée, et qui sont la seule propriété intacte qui reste à V. M. dans ce pays, que si j'avais tardé vingt-quatre heures à agir, tout était perdu, comme le certilieront à V. M. cinq ambassadeurs; si elle me permet de lui dire que j'ai perdu beaucoup à Paris pendant l'année que je suis resté à la cour pour le service du Roi; que j'ai soullert la prison et couru risque d'y laisser la vie si je ne m'étais courageusement défendu; que, malgré les ordres de me rendre mes effets, l'on m'a pris ma bibliothèque et le meilleur de mes coffres, j'ose espérer que V. M. honorera de sa royale bienveillance la très-humble requête que je lui présente, de me dl)nner en récom- pense la petite abbaye de Rosiers ', qui vaque en ce pays, et dont le revenu ne dépasse pas cent doublons, ainsi que le connétable pourra le certifier à V. M. Je la supplie très-respectueusement de commander qu'on me la donne préférablement à toute autre ; je ne la demande i)as à Y. M. par intérêt, ma fortune est suffisante pour que j'aille la servir à mes dépens partout où elle l'ordonnera, mais afin d'avoir une dignité qui me donne l'entrée aux États de Bour- gogne et un appui contre la France, et pour en imposer à la jalousie (les Bourguignons par une récompense publique 2. (A. N.) {Idem.) DON ITURIETA A DON DIEGO DE LA TOUUE. fjuand je vins ici pour remplir ma charge, j'ai appris de Gero- nimo de Quinones, du nonce et des autres ambassadeurs les ser- 1. Rosiers était une abbaye de l'ordre des prémontrés, fondée eu 1132, dans la province de Besançon. 2. La Ficine renvoya cette pétition au conseil de régence, qui fut d'avis de la rejeter, parce que ce Patouiliet était un prêtre séculier ei non un moine, et aussi parce qu'on le soupçonnait d'avoir été un espion double, qui avait trahi et lA France et l'Espagne. 304 I)K BELI.N. vices iiii[)(»ilanls rendus à Salins, dans le coailc de Bourgogne, l)arPalouillet; il vint ici après la paix d'Aix-la-Chapelle sollicilei' l'évacuation complète des troupes françaises; et je sais qu'ayant appris qu'on avait résolu à cette cour de détruire les salines, il lit de concert avec le nonce et l'ambassadeur d'Angleterre des démar- ches si actives et des instances si efficaces, qu'il obtint sur >u demande qu'on abandonnerait ce dessein. Quand on sut ici ce que ce personnage avait fait pour tiaverseï leurs projets, ils l'arrêtèrent et le retinrent quelque temps à la Bastille, et sans les instances que le nonce et l'ambassadeur d'An- gleterre firent pour sa liberté, il s'en serait fort mal trouvé, ayant perdu tout son équipage. C'est un homme fort utile par sa vivacité, son intelligence, sa connaissance des choses du monde, et surtout par son zèle tout particulier pour le service de S. M.; il a assez de biens pour vivre, mais il désire extrêmement qu'on lui donne une marque de gratitude pour prouver que l'on a apprécié ses bons services, il demande seulement pour l'honneur l'abbaye de Dassey en Bourgogne, qui est très-petite et de très-peu de valeur. (A. X.) 'Idem., Paris, 1»^^'' février IC71. DE BELIN '. Duel. LES M.VKÉtUALX DK FKANCi; A M. DK BESMATS. M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille, est prie de recevoir M. deBelin-, que nous envoyonsà la Bastille au sujet d"unc brouil- lerie qu'il a avec M. Dangcau-^, y demeurer jusqu'à nouvel ordre. (B. A.) Fait et donné à Paris, ii Tliotel d'E-trécs, le 17 jauvicr lOGO. 1. Ordre d'eiUrée : janvier 1000. 2. Faudoas d'Avertin, comte de Beliu".' o. Philippe de Courcillou, marquis de Dangeau, comte de Meslo et de Civray, sei;j:iieur de Chausseroye et de la BourdaisièrOj baron de Sainte-Hermine, clievalier dMionneur de la duchesse de Bourgogne, de l'Académie française, mort le 13 mai 1 720. Il avait été colonel da régiment de lîoi, gouverneur de Touraine, grand maître de l'ordre de Saint-I-azare, menin du Dauphin. Saint-Simon s'est beaucoup espacé sur les ridicules de Dangeau; il aurait micu.x fait de rendre justice à ses qualités. Dangeau, dans sa jeunesse, était d'un pliy- siquc agréable; il faisait avec facilité des vers, qui ne paraissent pus avoir été plus DE MAUSILLY. 305 DE M4RSILLY'. Conspiration contre Louis XIV. CROISSY, AMBASSADEUR, A LIONNE. Londres, du 8 octobre 1668. Le mauvais état de ma sanlé ne me permit de vous écrire l'ordi- naire passé que pour vous adresser la lettre d'avis qu'on m'avait remise en main; véritablement je crus que c'était plutôt un piège qu'on me tendait pour avoir mon chiffre que l'effet d'un véri- table zèle pour la conservation de la personne du Roi; mais, comme on ne doit rien négliger en ces matières, je ne voulus point différer à.vous l'envoyer avec toutes les précautions que vous aurez mauvais que ceux de poëtes plus connus : il avait un talent précieux dans une cour où le jeu était à la mode; il fut un joueur très-habile, très-exact, et sa probité ne ut jamais mise en doute; mérite fort grand à une époque où on friponnait aux cartes, sans que le monde s'en émût beaucoup. Le bonheur constant de Dangeau irritait ses adversaires, et il dut quelquefois provoquer en duel de mauvais payeurs et des joueurs trop prompts à injurier un homme plus habile qu'eux; c'est probablement une affaire de ce genre qui motiva l'arrestation de M. de Beliu et les vers qui suivent : Un grand capitaine, Gouverneur de Touraine, Un grand capitaine, Gouverneur de gradin, Dans les ruelles De ses donzelles, Pour peu qu'on querelle, Fier et hautain, A toujours la pique à la main. Un autre couplet montre que si Dangeau présidait aux gradins duus les salles de bal, il n'était pas mal avec les dames qui les garnissaient : Aimez, belle Lamotte, D'Estrades, Dangeau et Lauzun ! Aimez, belle Lamotte, Les trois valent mieux qu'un. Si le premier est indigent, lin amour il est grand agent, Les deux autres ont beaucoup d'argeiU. Ils ne sont point vos dupes; 11 faut contenter leurs désirs: Deux vous donnent des jupes. Tous les trois des plaisirs. 1. Ordre d'entrée : avril 16(>9. 20 306 Ut: MAUSILLY. reconnu que j'ai prises. Je n'ai point encore vu le sieur Morlan? et j'attends toujours, suivant vos ordres, qu'il prenne les n:iesures nécessaires pour me parler sans que cela lui puisse nuire, ce qui lui serait assez facile s'il le voulait. 22 octobre 1CC8. Le sieur Hubaldini vient ici tous les ordinaires savoir si vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, sans néanmoins me faire aucune ouverture et sans me vouloir faire connaître ce prétendu ami qui lui a confié la lettre que je vous ai adressée, et qui ne lui a pas dit, si l'on veut l'en croire, ce qu'elle contient. (B. N.) M. DE MAUSILLY* A M. V,ILLL\M>ON . Londres, ce mardi matin, l'r décembre lOGS. Je vous prie de donnera Martin- les deux lettres que mon com- mettant m'a écrites de Paris, puisque mylord les a, sans doute, lues ; cela suffit; vous voyez que mon commettant en a bien usé, les trois de Lyon en useront de même, je vous en assure, et que lundi, s'ils ont reçu les lettres, nous en aurons avis ici. Pour n'avoir pas sollicité le rapporteur, l'affaire de mes amis a été renvoyée au prochain terme; je ne laisse pas de vous avoir obli^ gation; je souhaite avec passion avoir occasion de vous en témoi- gner ma reconnaissance. Martin vous dira qu'une vieille mégère avec lc'K[uelle je n'ai ja- mais eu aucun commerce me menace de me faire arrêter prison- nier, disant que mon secrétaire lui fît louer une chambre à un gentilhomme qui l'a bien payée, cl lequel, avec madame sa femme, elle accompagna jusqu'au yacht où lui et elle s'embarquèrent avec M. le comte de Saint-Albans. Mes amis m'ont dit qu'ici on faisait arrêter un homme pour deux ou trois schillings, ce qui me fait vous prier, après que Martin vous aura instruit de cette affairé, de prier mylord Arlington do me donner un billet, s'il lui plaît, pour me mettre à couvert d'une telle insulte, car j'ai affaire à la plus impudente et la plus insolente friponne d'Angleterre. Pardonnez, Monsieur, à mes imporlunités. (Sïate pater Office.) 1. Gui Patin prétend que Marsilly était le fils d'un chandelier de Aimes. 2. Ce Martin était le valet de chambre de Marsilly, et les commettants des espions. DE MARSILLY. 307 M. DU MAIISILLV A U)KD AIlLlNGTON. Dans la sccrétaircric, ce jeudi, à onze heures, 10(38. Je fus hier malin chez vous, depuis huit heures jusqu'à neuf et clcniie,auquelmomentou vint me quérir pour aller dire adieu à deux de mes amis; j'y ai clé ce matin, je vous ai vu monter en carrosse avec M. de Montaigu, j'ai suivi et attendu plus d'une heure pour vous re- mercier de la bonté que vous avez eue pour mes amis, auxquels à voire considéralionon a abrégé les longueurs et confirmé toutes les sentences; ils en ont oblcnu une définitive, laquelle ils n'osent exé- cuter sans votre permission ; si cela ne fait aucun préjudice aux intérêts de S. M. ni à vous, vous m'obligerez de leur accorder. Je vous avoue que vous m'avez rendu insolvable par des bontés et des grâces que vous m'avez accordées si libéralement, et que j'en suis reconnaissant; vous me ferez justice quand vous croirez qu'il n'y a personne dans toute l'Angleterre qui soit plus à vous que moi, et que je veux être toute ma vie. {Idem.) M. LE PETIT A M. WILLIAMSON. 30 A Paris, le — d'avril 16G9. 20 On a mis depuis deux jours à la l^îstilie un diseur d'horoscopes ou astrologue, qui menaçait la France de beaucoup de morts su- biles dans le mois de juin et sur les personnes de la plus haute im- portance. {Idcin.) CROISSY A LIONiNE. 26 avril 1609. .J'ai toujours continué de faire toutes les diligences qui m'ont été possibles pour avoir des nouvelles du méchant homme dont vous m'avez écrit. Le sieur Joly', qui en a parlé au sieur de Sauborn, maréchal des logis de la maison du roi d'Angleterre, sous prétexte de quelques lettres qu'il avait à lui faire tenir de la paît de l'un de ses amis, a appris qu'il avait logé ici, h. l'enseigne du Loyal-Sujet, chez un Suisse, qu'il y était sur la fin avec son valet de chambre et deux laquais, et avait toujours fort bien payé ; qu'il avait eu de fré- quentes conférences avec mylord Arlington et avec l'ambassadeuf 1. M. Joiy était le secrétaire do l'ainbassadc. 308 Dt MARSILLY. d'Espagne ; qu'il paraissait homme d'esprit et d'intrigues, et qu'il était parti d'ici il y a plus de deux mois. J'ai su aussi que Lychever, marchand français, natif d'auprès Montpellier, de la R. P. H., et du- quel je me suis servi, avait été correspondant de ce scélérat, et je lui en ai fait aussi parler par le sieur Joly, sous le même prétexte; mais tout ce qu'il en a pu tirer a été qu'il le priait de ne lui en jamais parler, que c'était un méchant homme qui tramait de pernicieux desseins contre la France, et qui traînait son licol, et que s'il était en France il n'y en aurait pas pour quatre jours, ce sont là ses propres termes; qu'îl était parti d'ici il y avait plus de deux mois, et que son correspondant à Bruxelles, que ce scélérat avait été voir dans son passage, avait écrit fi lui Lychever que c'était un méchant homme, avec lequel il ne voulait avoir aucune habitude; que lui Lychever avait aussi écrit à son correspondant à Paris, qui lui avait fait tenir deux lettres pour ce scélérat dans le temps qu'il était ici; qu'il romprait tout commerce avec lui s'il lui en adressait davan- tage et qu'il les jetterait au feu. Au surplus, qu'il n'osait dire ici ce qu'il en pensait, parce qu'il irait de sa vie, mais que s'il était une fois retiré en France il dirait ce qu'il sait; il lui a néanmoins en- core dit que cet homme avait eu de très-fréquentes conférences avec mylord Arlington et l'ambassadeur. Je dois encore vous dire que, de l'autre côté, de Sauborn a dit que Gérard, marchand français, delà R. P. R., demeurant chez un chirurgien, aussi français et de la môme religion, dans Bedford slreet, était fort son correspondant. Je vais faire tout mon pos- sible pour découvrir en quel lieu peut être ce scélérat et quel est le correspondant de Lychever, à Paris, qui pourra vous en dire davantage, et je crois qu'il serait bon d'écrire aussi à M. de Pom- ponne de faire diligence de son côté, croyant qu'il peut être pré- sentement en Hollande. Il y a chez mylord Arlington un sous-secrétaire qui est français de nation, catholique, qui s'api^elle Morinville, qui a été, en France, l'un des secrétaires du Roi, et ne s'est réfugié ici que pour ses det- tes; il est assez employé chez mylord Arlington, et pourrait peut- être servir, au défaut de Williamson, à me découvrir cette aCfaire-ci et autres semblables; si je le puis gagner, je le ferai plutôt à mes propres dépens que de manquer un éclaircissement aussi important. (B. N.) DE MAHSILI-Y. :>09 M. PETIT A M. WILLIAMSON. A Paris, avril 1669. Le Français enlevé par les sieurs Mazel et Briquemaul, en Suisse, qui y négociait pour les Espagnols, s'appelle le Roux do Marsilly. (State i'Aper Office.) LORD MONTAIGU A LOR» AULINGTOX. Je n'ai pas osé solliciter en faveur de M. Roux de Marsilly, parce que j'ignore si le Roi mon maître l'a employé, et d'ailleurs des personnes dignes de foi m'ont assuré ici qu'il avait annoncé la résolution de tuer le Roi de France un jour ou l'autre; or, je re- garde les gens de cette sorte comme également dangereux pour tous les souverains. On l'a conduit à la Baslillc-, et je crois qu'on pourrait bien lui faire son procès et le faire exécuter d'ici :\ fort peu de jours. On se réjouit beaucoup à celte cour de cette arresta- tion, et on m'a dit qu'on avait secrètement mis sa tète à prix pour 100,000 écus. L'ambassadeur de France en Angleterre le surveil- Init, et c'est lui qui a donné avis ici que Marsilly était employé par le Roi et qu'il avait été envoyé par S. M. en Suisse, pour attirer les Suisses dans la triple alliance. L'ambassadeur envenime l'affaire le plus possible au préjudice de mon maître, pour se faire valoir auprès du sien; et ici on paraît s'étonner beaucoup de ce que mon maître a employé et soutenu un homme capable d'un pareil dessein contre la personne du Roi. J'ai parlé fort longuement à ce sujet à Monsieur', en affirmant qu'il n'avait eu à ma connaissance aucun rapport avec le Roi mon maître; mais, s'il en est ainsi, je doute que le Roi le confesse; d'ailleurs, je n'ai pas à faire l'aveu ni à me mêler d'une chose qui m'est parfaitement inconnue. {Idem.) Rpçiie le 19 mai 1669. 'Trmh'if rit; i'aiigldis- ) M. DUMODLIN A LORD ARLINGTOX. 19 Paris, !e — mai 1069. 29 Votre Seigneurie a reçu par le dernier courrier une copie de la lettre du prince d'Aremberg, concernant M. Roux de Marsilly, et je présume que S. Exe vous a rendu compte des entretiens qu'elle 1. C'e^t-à-dire le dac d'Orléans, frère de Louis XIV. 310 DE MARSILLY. a eus sur ce sujet avec l'envoyé d'Espagne, et à Saint-Germain avec Monsieur. Je n'ose donc rien ajouter de mon chef, ne sachant pas ce que S. Exe. a écrit et n'ayant pas moi-même encore pu former de jugement satisfaisant d'un côté ni de l'autre. Mais, comme après de plu> exactes recherches j'ai reçu des informations plus précises, je crois de mon devoir de rendre compte ii Y. S. de ce que j'ai pu apprendre. Depuis le dernier voyage de M. de lluvigny en Angleterre*, et d'a- près les renseignements qu'il a donnés, le Roi avait un très-vif désir de prendre, s'il était possible, ce Roux de Marsilly, et on envoya plusieurs personnes à cet etfet, en Angleterre, en Hollande, en Flandre et en Franche-Comté; un certain Lagrange, exempt des gardes, entre autres, fut assez longtemps en Hollande avec cin- quante hommes des gardes, dispersés en différents endroits; mais l'affaire ayant manqué, le Roi recommanda la chose à M. de Tu- renne, qui envoya un de ses gentilshommes et des officiers pour découvrir cet homme et pour tâcher de l'amener prisonnier. Après quatre mois de recherches, ils le trouvèrent en Suisse, et l'ayant attendu, comme il sortait de chez un officier très-connu, M. Bal- thazar, ils l'enlevèrent et le conduisirent ù Gex avant qu'on ait pu les arrêter ou le délivrer. Cela fut fait en vertu seulement d'un ordre de M. de ïurenne; mais dès qu'ils furent sur le territoire français, ils reçurent un plein pouvoir et des instructions pour l'amener ici. Ceux qui l'ont pris dirent qu'ils ne trouvèrent pas de papiers sur lui, mais qu'il les supplia d'écrire à M. Balthazar pour le prier d'avoir soin de ses papiers et de lui envoyer les instruc- tions qu'il avait reçues d'Angleterre, et la lettre ayant été écrite à cet effet, le prisonnier la signa. Au lieu de l'envoyer comme on l'avait promis, elle a été apportée ici par eux. Ils sont tous d'acccrd pour dire qu'il a toujours affirmé être employé par le roi d'Angleterre, et qu'il agissait d'après ses instructions. De sorte que dans toute la ville on dit qu'un agent du roi d'Angleterre est enfermé à la Bastille, bien qu'à la cour on prétende l'ignorer, et qu'on veuille faire croire qu'on est persuadé qu'il n'a eu aucun rapport avec S. M. Y. S. a su par le bruit public la joie que le Roi a éprouvée lorsque ce prisonnier a été amené, et comme il a remercié la personne 1. D'après une lettre de M. de Ruvignj' au Roi, il aurait entendu d'un cabinet voisin, où l'avait caché le maître de la maison, qu'il ne nomme pas, Marsilly déve- lopper ses projets contre la France, pendant dix heures entières. DE MARSILLY. 314 principale employée clans cette affaire, déclarant que cet homme conspirait depuis longtemps contre sa vie. Monsieur, craignant que mylord l'ambassadeur ne vint s'inter- poser en faveur du prisonnier, lui demanda vendredi dernier, à Saint-Germain, si c'était là la cause de sa visite, et lui dit qu'il ne croyait pas qu'un ambassadeur vouli^t parler pour un homme qui avait cherché à tuer le Roi. Ce môme bruit a jusqu'à présent couru partout, mais on commence maintenant à l'étoulfer ù la cour, cl M. de lUivigny m'aurait volontiers persuadé hier qu'on n'avait jamais eu de pensées semblables. Je crois que la vérité est qu'on commence à en être honteux, et j'ai appris de très-bonne part que M. de Lionne, qui a été interroger le prisonnier h la Bastille, a avoué qu'il ne peut trouver aucun fondement à cette entreprise prétendue contre la vie du Roi, qu'on aurait bien mieux fait de laisser aller cet homme au lieu de le prendre, et qu'il regardait ce que le prisonnier avait fait comme le rôve d'un cerveau malade. Pour prouver à Y. S. qu'on est piqué et un peu. inquiet de l'issue de tout ceci, je vous dirai qu'on a envoyé le secrétaire de M. de Turenne chez plusieurs ministres étrangers pour les sonder et pour savoir ce qu'ils pensaient au sujet de la violence commise dans l'Etat d'un souverain et d'un allié; àjgçuoi l'un d'eux lui répondit que de tels procédés réduiraient l'Europe à la nécessité de faire une croisade contre les Français, comme on l'avait autrefois fait contre les infidèles*. Si j'osais, je communiquerais à V. S. les réflexions faites ici par tous les hommes publics et les personnes désintéressées sur l'aveu ou le désaveu de cet homme par S. M.; mais, comme j'ignore les détails de son affaire ainsi que les motifs qui peuvent faire agir S. M., je m'abstiendrai d'entrer en cette matière, vous faisant mes excuses pour une lettre aussi longue. {Icleni.) 1. Ce diplomate n'avait pas tort. La facilité de Louis XIV et de ses ministres à violer les prescriptions les plus sacrées du droit des gens est véritablement sur- prenante. Ou a déjà vu que le Roi avait voulu faire enlever un empoisonneur en Hollande et îi la portée du palais liabité par le prince d'Orange; mais Guillaume et les Hollandais étaient des ennemis irréconciliables de la France, cf-la rond la chose plus excusable, tandis que les Suisses avaient toujours été des alliés fidèles et leurs enfants composaient la partie la plus sùrc de la garde royale; ils durent être étran- gement surpris de l'afTrcnt inattendu que faisait le Roi de France à ':es c/iers et grands amis. 312 DE MARSILLY. RAPPORT DE LORD ARLINGTON DEVANT LE CONSEIL D'ANGLETERRE. 23 mai 1669. M. de Marsilly vint ici quand V. M. s'était unie à la Hollande pour conclure la paix entre les deux couronnes, lorsqu'il était pro- bable que l'opposition à la paix viendrait du côté de la France. On écouta ses longues histoires, mais il ne fit ni ne reçut aucune proposition. On sut que, la paix faite, Marsilly dit ouvertement que nous n'a- vions pas besoin de lui; on lui donna une petite somme d'argent pour aller peut-ôtre en Suisse, parce qu'il désirait que S. M. renouât alliance avec les Cantons. Cependant on lui répondit que S. M. ne pouvait entrer en négociation avec eux tant qu'ils n'auraient pas chassé les régicides * de chez eux, et Marsilly s'engagea à ce que ce fût fait. Sept ou huit mois plus tard, sans qu'on lui eût envoyé aucun ordre et sans qu'on l'attendît, il arriva ici, mais il fut traité avec tant de froideur qu'on me reprocha de ne pas montrer plus d'égards à un homme aussi important. Je répondis que je ne voyais pas de quelle utilité il pouvait être au Roi, puisqu'il n'avait aucun crédit en Suisse, et que, d'après ce que j'en savais, il ne pouvait nous être bon à rien, et surtout parce que j'avais découvert qu'il était espion d'un autre -, et par conséquent ne devait pas être payé par S. M. Malgré tout cela, S. M., émue de compassion, prescrivit de lui donner quelque argent, afin de le renvoyer, et me fit écrire à M. Balthazar pour le remercier, au nom du Roi, des bons offices qu'il avait rendus en cherchant à amener de bons rapports entre S. M. et les Cantons, et le prier de les continuer dans toutes les occasions. Cet homme a toujours eu la réputation d'un cerveau brûlé et d'un étourdi, et on l'a toujours traité en conséquence. On l'écou- tait, mais on ne lui a jamais rien confié au delà de ce qu'il oiTrait défaire et de ses tentatives non sollicitées pour faire chasser vos régicides de la Suisse 3. {Idem.) 1. Cliailes II demandait toujours que les puissances étrangères lui remissent les juges qui avaient condamné à mort son père Charles I"^', mais les Suisses ne con- sentirent jamais à livrer des hommes qui étaient venus se réfugier chez eux. 2. Jlarsilly se mettait nu service de tous les ennemis de la France, et recevait de l'argent du gouvernement espagnol. 3. Charles II et Arlington savaient parfaitement à quoi s'en tenir sur le compte DE MARSILLY. 313 M. PATOl'ILLET A LA RKGENTE D'ESl'AGNf. Salins, 27 mailC60. M. de Marsilly, qui négociait avec les Suisses pour les intérêts du royaume de V. M., faisait sa résidence à Saint-Claude, ville de la Franche-Comté*, d'où il allait de temps à autre en Suisse; il fut arrêté dans le bois de Saint-Surgue, pays suisse, sur la fron- tière, et pris par seize gardes françaises qui surveillaient ses dé- marches; il venait de voir le colonel Balthazar, Suisse maltraité par la France, avec lequel il vivait en grande familiarité, et qui de- meurait ù Prangins, village suisse. 11 avait concerté une partie avec le colonel et ils avaient invité un Français, religieux de l'abbaye de Saint-Claude, nommé Hagny. Marsilly venait de rencontrer Ragny lorsqu'ils furent entourés par les gardes sur le territoire suisse et conduits tous deux à Paris, en France, il y a douze jours. On m'écrit que Ragny a été mis en liberté; mais Marsilly, sujet français, qui a traité pour l'Espagne, perdra la vie. Je remets au jugement de V. M. si cette rencontre douloureuse est un coup du sort ou un concert tenu entre la France, Balthazar et Ragny contre Marsilly. (A. N.) ^^ ( Trndvil de l'espngnol.) M. PETIT A M. WILLIAMSON. 31 Paris, — mai 1609. 21 M. de Lionne a vu plusieurs fois Le Roux de Marsilly à la Bas- tille, où l'on en a encore mené huit autres depuis, qui étaient de sa cabale. Ce ministre ne put tirer, la première fois, autre parole de lui, sinon qu'il n'était pas son juge; à la deuxième, ils eurent bien trois heures de conférence, et la troisième fois, ce Marsilly dit qu'il avait des Choses de la dernière importance qu'il ne pouvait déclarer qu'au Roi. On lui a pris aussi sa cassette qui contenait toutes les négocialions de la triple alliance. de Marsilly, et le conseil d'Angleterre était aussi bien informe-. Ce rapport, fait par un des acteurs de la comédie à ses camarades, est une pii'ce officielle, rédigée pour être remise ;\ l'ambassadeur de France, et justifier le cabinet de Wliitehall -vis-à-vis de Louis XIV, qui ne dut pas en être la dupe. Le style embarrassé de ce document prouve d'ailleurs combien le ministère anglais se sentait vulnérable dans toute cette affaire. 1. La Franclic-Comté était alors une province espagnole. 3i4 DE MARSILLV. Ce Marsilly est homme d'cspril, d'intrigues et qui s'est acquis beaucoup d'expérience dans les affaires par le moyen de ses voyages et de ses négociations; son intérêt seul mit sous les armes plus de vingt mille Suisses qui voulaient empêcher sa capture ; mais à la faveur d'une alarme causée adroitement par les Français, Briquc- maut et les autres eurent le temps de l'enlever. S. M. a dit qu'elle ne voudrait pas pour cent mille écus n'avoir ce prisonnier entre les mains; elle l'avait fait suivre en Angleterre et eu Hollande aussi bien qu'en Suisse. (State paper Office.) M. PERIVVICK A M. ^V1LLTAMS0^^ Paris, ce 1" juin IGCO. Roux Marsilly a prudemment déclaré qu'il avait quelque chose d'important il dire, mais que ce serait au Roi lui-même, ce qui pourra retarder son procès; et il espère que d'ici là on intercédera en sa faveur. Mais on en parle ici de tant de différentes façons, que je ne sais si aucun prince devrait l'avouer; les Suisses ont vérita- blement plus le droit de le réclamer, puisqu'on l'a arrêté sur leur territoire. On a tous ses papiers, dans lesquels il est fort question de la triple alliance; s'il n'y a pas d'autre prétexte pour le faire pendre, je ne sais si on peut légalement le faire, puisqu'il a été naturalisé Hollandais et pris dans un pays neutre. (Idem.) [Traduit de rcaujtui-i.) CROISSV A LIONNE. Du 3 juin ICGO. Je ne saurais vous exprimer la joie que je ressens d'apprendre que ce Roux dont vous m'avez écrit soit enfin arrêté ; j'espère qu'il vous découvrira bien des choses importantes au service du Roi; il m'a paru que mylord Arlington en avait de l'inquiétude, et je ne sais même si ce n'est point à cela que je dois attribuer tout ce qu'il m'a dit de plus satisfaisant dans sa dernière visite que je lui ai rendue; il y a ici un nommé Martin, qui a servi de valet à ce scé- lérat et qui l'a quitté mal satisfait; si vous le trouvez à propos, je tâcherai de pénétrer sous main s'il sait quelque chose de la con- duite de ce méchant homme, afin que s'il pouvait faire quelque preuve contre lui et qu'il voulût passer en France pour cela, je lui en donne les moyens; j'attendrai là-dessus vos ordres. (B. X.) DE MARSII.I.V. ;tl?5 CROISSY AU ROI. Du 3jiiiii 10C9. Étant allé à ^Vhilellall pour y voir le Roi, à peino fus-jo entré dans sa chambre, qu'il en fil sortir tout le monde, même M. le duc d'York, et me dit qu'il avait appris qu'un Français de Languedoc, nommé Le Roux, avait été arrête en Suisse et mené à la Bastille par ordre de V. M., et que, comme il avait été quelque temps en Angleterre et fait dos propositions à mylord Arlington, il était bien aise de m'informcr de la vérité, de cette affaire : que Le Roux avait voulu faire croire à mylord Arlington qu'il avait beaucoup de crédit dans les cantons protestants, et lui avait dit que, comme il y avait toujours eu alliance entre les rois d'Angle- terre et eux, il savait bien qu'il serait fort approuvé s'il pouvait dis- poser toutes choses h un renouvellement de cette alliance et à les faire recevoir dans la ligue faite entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande; qu'Arlington lui ayant répondu que, si les Suisses désiraient l'alliance du Roi son maître, il fallait qu'avant toute chose ils fissent remettre en son pouvoir les auteurs de la mort du feu roi son père, auxquels ils avaient donné retraite et protec- tion, il avait fait espérer qu'il obtiendrait facilement ce point-là, s'il plaisait au Roi lui donner une commission pour retourner en Suisse en qualité de son envoyé, mais qu'Arlington, aj^anl assez reconnu par tous ses discours que c'était un homme sur lequel on ne pouvait faire grand fondement, l'avait méprisé, dont celui-ci avait fait de grandes plaintes, et qu'enfin, pour le congédier et lui donner moyen d'aller où il voudrait, il lui avait fait donner cin- quante pièces '. J'omets d'autres petites particularités qui ne tendaient qu'à me persuader que ce scélérat était parti fort mécontent d'Arlington, et m'ôter tout soupçon que ce ministre eût eu avec lui quelque négociation secrète, surtout pour les horribles desseins dont on dit ici qu'il est accusé.... Je lui dis que je n'avais aucun avis de la part de V. M., que celui dont il m'avait parlé fût arrêté; que je le remerciais très- humblement de l'information qu'il m'avait bien voulu donner dans 1. C'est-à-dire près de 2.500 francs, au taux actuel de l'argent ; c't't;iit une grande libéralité pour Charles II, dont la bourse ét;ùt toujours vide. 316 DE MARSILLV. celte affaire, dont je m'assurais que V. M. se sentirait obligée, et que, comme c'était l'intérêt non-seulement des rois, mais même de tous ceux qui ont le bonheur de vivre sous la monarchie, que ceux qui ont l'âme assez maudite pour concevoir de détestables desseins contre leur sacrée personne soient punis d'une manière qui ne laisse plus lieu d'appréhender à l'avenir de si damnables crimes, il n'y aurait personne qui ne fût bien persuadé que comme roi et comme très-galant homme, non-seulement il n'aurait pas souffert qu'aucun de ses ministres eût commerce avec ce scélérat, s'il avait été informé de ses abominables desseins, mais même qu'il l'aurait envoyé à V. M., ainsi qu'elle ferait indubitablement si elle découvrait qu'il y eût quelqu'un, dans l'étendue de sa puissance, assez méchant pour songer à de semblables entreprises contre lui ; et pour quitter une si désagréable matière, qui semblait lui faire quelque peine à cause des fréquentes conférences qu'Arlington a eues avec ce scélérat, je lui parlai du traité de commerce '... J'ai vu mylord Arlington, qui m'a dit les mômes choses que le Roi sur le sujet de l'emprisonnement dudit Roux, ajoutant seule- ment qu'il avait envoyé une information exacte à M. de Montaigu de tout ce que Roux avait dit et négocié avec lui, afin que s'il ne disait pas la vérité, le sieur ambassadeur la pût faire con- naître. (B. N.) LORD MONTAIGU A LORD ARLINGTON. Paris, 5 juin 16C9. J'ai reçu la lettre de Votre Seigneurie, du mois de mai. Je croyais bien que Roux de Marsilly n'était pas employé par le Roi mon maître, mais il l'avait donné à entendre afin d'être mieux traité. Il est toujours à la Bastille, et y restera probablement. Je n'ai pas besoin de me donner la peine de répéter ce que V. S. en a écrit, car je crois que ma lettre a été lue avant que je l'aie 1. On voit que le Roi et l'anibassaJeur restaient à côté de la véiité, sans mentir cependant; c'est ce qu'on appelle faire de la diplomatie; mais ils avaient trop d'esprit tous deux pour être la dupe l'un de l'autre, aussi leur conversation s'arrêta brusquement. Nous ne croyons pas que Charles II ait voulu l'assassinat de Louis XIV, mais il aurait été enchanté de créer des embarras sérieux à son créan- cier, pour lequel il éprouvait, croyons-nous, les sentiments acerbes qu'ont en général les dissipateurs pour ceux qui leur procurent de l'argent à des condiiions usuraires. DE MARSILLY. 317 reçue, comme la plupart des lettres qui me sont adressées; mais je ne sais comment l'empôchcr'. (Statk paper Office.) ITiuduit de l'uwjlnis. M. PETIT .V M. WILLIAMSON. 5 (If juin A Paris, le , 1009. 20 de mal Le crime d'attentat à la vie du Roi qu'on imputait à Le Roux de Marsilly ne se soutient plus dans le monde. On sait que toute l'in- trigue de cet homme n'allait qu'à réunir toutes les autres reli- gions pour soutenir la sienne, qu'on commençait fortement de persécuter en France, et je sais de bon lieu que iM. le maréchal de Turennc a confessé assez ingénument, dans une compagnie où on parlait de cette affaire, que, du temps qu'il était encore de la religion, ce même Marsilly lui avait fait des ouvertures tendant à ce dessein, et qu'il avait refusé d'y prendre parti, sur ce que le plan qu'on en faisait lui paraissait fort chimérique. Tout cela fait croire ce qu'on a dit, qu'il a eu la principale part dans le des- sein qu'on a eu de faire arrêter cet homme, pour l'élargisse- ment duquel je n'entends pas encore que les Suisses fassent aucune poursuite vigoureuse-. J'apprends que MM. Mazel et Briquemaut ' ont été récompensés de quelque somme d'argent avec promesse d'emploi pour la capture de Roux de Marsilly, et qu'on a, en outre, donné 50 pistoles à cha- cun des trois ou quatre soldats dont ils se sont servis pour exécu- ter leur dessein 3. [Idem.) l'ambassadeur MOROSINI au doge de VENISE, D. CONTARINI. On a arrêté dans le canton de Berne et conduit à la Bastille un homme qui s'appelle de Marsilly, originaire de Nîmes en Lan- 1. Louis XIV, comme tous les souverains de son temps, ne respecta jamais le secret des lettres; les fermiers de la poste remettaient au Roi la copie des corres- pondances suspectes; c'était un travail qui avait ses heures fixes, comme le conseil des ministres. 2. Ces bruits de société doivent avoir été répandus par les ambassadeurs d'Angleterre et d'Espagne; Turenne était trop discret pour laisser échapper de hcniblablcs propos. Il ne îaut pas oublier que Petit était un écrivain p.-\yé par l'ambassade, que ses bulletins passaient sous les yeux de Charles II, et qu'ils ont pu être rédigés de façon à calmer les inquiétudes de ce monarque sur la tournure que prenait cette alV.\ire. 3. Mazel était un si:nplo capitaine d'infanterie, et M. de Briquemaut devint colonel. 3!8 DE MAHSILLV. guedoc. Il était depuis longtemps exilé du royaume pour avoir enlevé une femme de condition. On le soupçonne non-seulement de traités contre le service de la couronne, mais de conspiration sa- crilège contre la personne môme de S. M. I.a première nouvelle en étant parvenue au Roi par une voie encore inconnue, S. M. confia l'affaire au maréchal de Tiirenne, excluant de ce secret les trois ministres, croyant peut-être être mieux servie dans une chose exigeant une prompte exécution, si elle s'en reposait sur Tu- rcnnc, que si elle confiait aux serviteurs même les plus fidèles un secret de cette importance. ïurenne, ayant donc exécute de tout point les ordres du Roi, a vu ses soins suivis du succès le plus complet et le plus heureux, ayant fait arrêter le coupable par ses officiers, après avoir surmonté toutes les oppositions et tous les obstacles. Ce contumace étant mis en prison , le Roi a déclaré à son conseil les motifs qui l'avaient engagé à s'en assurer, et il or- donna à M. de Lionne de s'aboucher avec lui dans la Bastille, afin de tirer la vérité précise de ses intentions, par des interroga- toires rigoureux et même par les tourments, pour venir ensuite à l'exécution très-sévère que méritent les attentats dont il est accusé de plusieurs côtés. Les ministres ont ressenti vivement le choix fait, par S. M., de Turenne, sans leur participation, pour exéculer un ordre aussi important, et non-seulement ils se plai- gnirent de ce que les intentions du Roi leur avaient été cachées, mais ils craignirent surtout qu'encouragé par cette afi'aire, le maréchal n'entrât dans la confiance de S. M., et peut-être dans le ministère. Aussi M. de Lionne, ayant conféré plusieurs fois avec l'accusé, a rapporté à S* M. qu'on ne voyait pas quels étaient les complots criminels de Marsilly, et qu'il n'avait encore découvert chez le prisonnier autre chose que quelque empressement à réta- blir ailleurs la fortune que par un sort contraire il avait perdue dans ce royaume. iM. de Turenne et ses partisans attribuent cette prétendue insuffisance dans les preuves de crimes si abominables à la crainte conçue par les ministres, que si l'on découvrait quel- que chose de considérable, il ne s'ouvrît une entrée plus grande et plus fréquente pour Turenne dans la confiance du Roi, et que c'est pourquoi ils veulent faire passer pour des soupçons en l'air et des apparences insaisissables ce que le maréchal a cru une vérité irréfragable et essentielle au service du Roi. La plupart des DE MARSlI.LV. 319 gens de la cour, suivant le torrent de la laveur, ^^oulienncnt l'avis de Lionne et des minisires, se rient de soupçons qu'ils appellent mal fondes et insullisanls, et si l'allaire marche ainsi, et ^i le parli de Turenne, ou plutôt celui de la vérité, ne prévaut pas, il n'y a pas i\ douter que le prisonnier ne soit mis en liberté, bien que plu- sieurs personnes désintéressées l'aient déclaré coupable de fautes très-graves. (Arcii. de Venise.) Saiiit-Gcrmaiii, 5 juin 1C09. [Traduit de l'italien.) CllOJSSV AL" KOI. Du 10 juin 1CG9. J'ai déjà rendu compte à V. M. de ce qui m'a été dit par le Roi et par mylord Arlington, touchant l'emprisonnement de Roux, que l'on savait ici huit jours auparavant que j'aie reçu la lettre de V. M., ainsi elle juge bien que l'on était bien préparé à ce que Ton avait à me dire. Le Roi, m'ayant fait hier l'honneur de me mener au cours avec lui, me dit qu'il avait écrit à son ambas- sadeur tout ce que cet homme avait fait ici pour en informer V. M., et me répéta encore qu'il n'avait négocié que pour faire entrer les Suisses dans la triple alliance, et qu'il était parti fort mal satisfait de mylord Arlington. M. le duc d'York ne l'a connu, à ce qu'il m'a dit, que parce qu'il s'est premièrement adressé à un de ses officiers qu'il a appris qui s'intriguait pour faire rece* voir les Suisses dans la ligue. Il n'y a personne autre dans la cour qui l'ait connu ou qui ne témoigne de ne le pas connaître, et, en cil'et, on m'a assuré qu'il n'avait eu de fréquentes et secrètes con* férences qu'avec mylord Arlington et l'ambassadeur d'Espagne, Le marchand français qui lui a servi de correspondant n'en a rien voulu dire, sinon que c'est un fort méchant homme, et qui traînait son licol; mais quelque promesse que je lui aie faite, la crainte de perdre tout le bien qu'il a ici^ et sa vie môme, s'il découvrait quelque chose, l'a empêché de parler jusqu'à présent; je saurai aujourd'hui si le valet qui l'a quitté, et qui est établi icij en peut dire davantage, et j'espère que les pressants remords que ce scélé- rat aura maintenant de ses crimes le forceront d'en confesser là vérité avec toutes leurs circonstances. (B. N.) 320 DE MARSILLY. M. d'éfita a colbert. Du 14 juin 1669. M'étant transporté aujourd'hui au château de hi Bastille pour continuer les interrogatoires de Roux, je l'ai trouvé au lit, feignant de souffrir de grandes douleursM'une rétention d'urine, qui le met- taient hors d'état de pouvoir répondre, et quoique je fusse persuade que sa maladie était simulée, néanmoins, pour observer les forma- lités de la justice, j'ai fait mander un chirurgien, qui, après l'avoir visité, m'a fait rapport qu'il ne voyait aucune apparence du mal dont Roux se plaignait; mais comme il a toujours insisté qu'il n'en pouvait plus, et qu'il demandait pour toute grâce que je diflérasse jusqu'à demain son interrogatoire, j'ai cru que je pouvais la lui accorder pour lui ôter tout prétexte de plainte, étant le plus im- portant de tous; dont j'ai dressé mon procès-verbal, après lequel m'étant retiré, il a dit au lieutenant de la Bastille que l'inquiétude de son esprit contribuait beaucoup à sa maladie, que je le pressais bien fort, et que si je lui voulais donner cinq ou six jours de relâ- che il serait entièrement guéri. En effet, je me suis aperçu qu'il n'a plus cette fermeté d'esprit avec laquelle il me répondit d'abord, et qu'il commence à connaître que le Roi sait plus de ses nouvelles qu'il ne se l'était imaginé ; c'est par cette considération qu'il le faut pousser en l'état où il est, dans lequel on doit espérer plutôt que dans un autre la reconnaissance de la vérité. Je ne manquerai pas d'avoir l'honneur de vous en rendre compte. Je vous supplie d'avoir la bonlé de vous ressouvenir de l'autre personne qui devait déposer avec le sieur Mazel. (B. N.) M. PETIT A M. WILLTAMSON. A Paris, le 15 de juin 1669. On a donné 3,000 liv. de pension sur l'évêché de Condom à un certain nommé l'abbé de Ragny, gentilhomme français et chanoine de Saint-Claude, dans la Franche-Comté, après avoir servi à faire cette capture. 22 — juin 1669. 12 Le Roux Marsilly, ayant longtemps refusé de rien confesser, se voyant menacé de la question, trouva hier moyen de se saisir d'un couteau, avec lequel il se coupa la verge et les génitoires; il en est DE MARSILLV. 321 à l'exlrémité; et afin que son crime ne demeure pas impuni, j'ap- prends qu'il va des juges à la Bastille pour le juger et faire exécu- ter avec toute la rigueur que les preuves de son forfait le pourront permettre devant que ce jour soit passé. C'est ce que M. l'ambas- sadeur m'a commandé d'ajouter à l'extrait que vous recevez sous son enveloppe, sur un rapport qu'on vient de lui faire. (State i'APEu Office.) M. D ÉFITA A COLBERT. Ce 22 juin 1G69. En exécution des ordres du Roi et de la commission qui nous a élé donnée, nous avons ce matin, procédé au jugement de Mar- silly, qui avait été mis en état dès hier. Le prisonnier a été amené dans la chambre, très-faible et dans l'extrémité de sa vie. On l'a interrogé, et il a répondu d'une voix fort basse, et presque par si- gnes, après quoi il a été jugé et déclaré duement atteint de s'être entremis de plusieurs négociations secrètes contre le service du Roi et le bien de l'État, et d'avoir tenu plusieurs discours pernicieux qui marquaient ses desseins abominables contre la sacrée personne de S. M.; pour la réparation de quoi condamné d'être roué vif, et l'exécution ordonnée devant, la porte de Paris ^ crainte qu'en le condamnant plus loin, il ne soit expiré en chemin. S'il avait été dans un autre état, la peine aurait été d'un très-grand exemple, et la question à laquelle il est aussi condamné n'aurait pas été peut- être inutile; mais, étant incapable de la souffrir, les juges ont seu- lement fait leur devoir. J'ai cru, monseigneur, être obligé par avance d'avoir l'honneur de vous rendre compte de ce détail. (B. N.) PROCÈS-VERBAL DU GREFFIER GALLYOT. Le jugcm ent a été prononcé à Roux Marsilly, dans le cabinet du greffe criminel du Châtelet, où il a été porté de la chambre cri- minelle, n'aj'ant pu èlre porté en celle de la question, à cause des faiblesses continuelles où il tombait à tout ro.omenf, causées par les blessures qu'il s'est faites lui-même, et qui ont fait qu'il n'a pu être appliqué à la question, ni même présenté conformément à la sen- tence, ce samedi 22 juin J609, sur les dix heures du matin. 1. Lu porte de Paris était proche de l'église Saint-Méiy. 21 322 DE MARSILLY. Et ledit jour sur les deux heures de relevée, sur le rapport qui nous a cl6 fait par les médecins et chirurgiens du Châtelet, que lloux Marsilly était en péril de sa vie, qu'il n'avait presque plus de mouvement ni de pouls, et que si l'on n'en faisait promptement l'exécution, il ne serait plus en vie dans une demi-heure; avons fait tirer du cabinet Roux Marsilly, et icelui porté par l'exécuteur au carrefour de l'apport de Paris, où étant étendu sur le pavé, la sentence lui a été de rechef prononcée, feignant d'être à l'agonie, et ensuite a été porté sur l'échafaud, où étant lié par les bras et les jambes, il a commencé à parler d'une voix fort haute, et avec tant de force et de vigueur, qu'il nous a paru lors que tout ce qu'il avait fait jusques-là n'était que des ruses et des feintes pour prolonger sa vie et faire illusion j\ la justice, disant qu'il avait bien entendu tout ce qui lui avait été dit et demandé par nous, comme aussi la prononciation de sa sentence, même toutes les exhortations que lui avait faites le docteur de Sorbonne qui l'assistait, mais qu'il souffrirait plutôt cent mille roues que de changer de religion, et qu'il en était martyr, et sur ce que le voyant en état de nous ré- pondre, nous nous sommes approché de l'échafaud, où l'avons in- terpellé par serment de nous déclarer les noms de ses complices et de ceux desquels il a voulu parler au procès, ensemble tout ce qu'il nous a toujours dit avoir d'importance à dire à S. M., Mar- silly nous aurait répondu que puisque le Roi l'avait fait mettre en l'état qu'il était, il n'était pas obligé de rien dire ni déclarer de ce qu'il savait être important au bien de son service et de son état, et que, néanmoins, si l'on lui voulait faire venir un ministre pour l'as- sister, il dirait toutes choses, ce qui nous aurait obligé à l'instant de mander M. Daillé *, ancien de la H. P. R., lequel avait été déjà averti plus de deux heures avant l'exécution, de se tenir prêt en cas que Marsilly demandât quelqu'un de sa religion, pendant quoi Marsilly s'est emporté exécrablement contre la personne sacrée de S. M., tenant des discours pleins de rage et de force, qui semblaient plutôt sortir d'un démon que d'im homme, criant à haute voix qu'il continuerait toujours tant qu'il aurait l'usage de la parole, et qu'il avait voulu se donner la mort pour éviter le supplice qu'il allait souffrir; et incontinent après, M. Daillé étant arrivé et monté 1. Jean Daillé, né à Cliâtelleraut en 159/(;, mort à Paris en 1G70; il était ministre à CliarentOD, cependant le procès-verbal ne lui donne qne la qualité d'ancien, c'est-à-dire de simple membre du Consistoire. DE MAUSILLY. 323 sur l'échafaud, lui a rcmonlré l'énormité des crimes et des offenses qu'il commellait, cl qu'il ne pouvait espérer de salut qu'il n'en eût demandé pardon ù Dieu, au lloi et ù la justice, et qu'autrement Dieu ne lui pardonnerait jamais, et que c'était à quoi il devait pen- ser avant que de partir de cette vie ; que dans les principes de leur religion, ils étaient obligés d'honorer leurs souverains, et que si par la loi de Dieu il est défendu de tuer et faire mal à son prochain, la défense était encore plus expresse à l'égard de soi-même, et qu'ainsi, ayant voulu se tuer, il avait péché contre la loi de Dieu et celle de la nature. A quoi Marsilly aurait répondu qu'il avait bien de la consolation de le voir pour lui faire sa confession véritable, qui était qu'il se reconnaissait coupable de tous les chefs d'accusa- tion portés par son procès; qu'il avait cru être oblige de venger sa religion, et que, pour cela, il aurait été par toute la terre pour susciter tous les princes étrangers contre le Roi, puisqu'il voulait leur ôter la liberté de prier Dieu en France; qu'il n'avait jamais eu aucun complice de ses desseins dans le royaume, qu'il priait Dieu de ne pas recevoir son âme, et de l'abîmer dans les enfers, s'il ne disait la vérité, et s'il y avait homme, femme, fille ou garçon, qui y eût part, mais qu'il était vrai qu'étant en Angleterre, et ayant com- muniqué son dessein à quelques personnes, ils l'auraient écouté et bien reçu, qu'il avait eu raison d'en user ainsi, qu'il voulait mourir martyr de la religion, que c'était la cause de tous ses frères qu'il voulait venger lui-même, que M. Dailléy avait intérêt comme les autres, et qu'il le chargeait de leur dire qu'il mourait dans l'es* prit de venger leur religion. Sur quoi M. Daillé lui aurait réparti qu'il ne voulait plus le rc* connaître pour son frère, et qu'il l'abandonnait à l'abomination éternelle, puisqu'il persistait à vouloir mourir dans de si exécrables sentiments, et qu'il ne prierait point Dieu pour lui s'il ne lui en demandait pardon* Sur quoi Marsilly aurait dit qu'il en demandait pardon à Dieu, et qu'il le priait de sauver son âme* Après quoi Mi Daillé nous aurait demandé s'il pouvait en sûreté faire quelques prières pour lui. A quoi nous lui aurions dit qu'il pouvait faire tout Ce qu'il trouverait à propos pour sa religion, et que nous de- meurerions toujours près de lui pour la sûreté de sa personne^ et tenir le peuple dans le devoir; sur laquelle assurance Daillé a pro- nonce quelques prières pour Marsilly, puis s'est retiré, l'^t aussilùl Marsilly a recommencé ses mêmes emportements abominables, cl 324 I>E MARSILLY. a dit en ajoutant qu'il mourait dans la volonté de persécuter le Roi jusqu'à l'extrémité, puisqu'il poussait à outrance ceux de sa reli- gion, et que sïl était encore en état, il n'y aurait rien qu'il épar- gnât et qu'il fit pour cela; si bien que ne voyant aucune apparence de conversion dans Marsilly, nous aurions fait faire l'exécution de sa sentence, après laquelle étant mis sur la roue, aurait encore continué ses mêmes emportements, autant que l'état où il était le pouvait permettre, jusque sur les quatre heures qu'il a expiré sur la roue. (B. N.) CROISSY A LIONNE. Du 2/i juin 1669. J'ai disposé le valet dont je vous avais écrit, à vous aller trouver, en lui payant sa dépense, et lui faisant espérer quelque récompense en cas qu'il serve aussi fidèlement qu'un sujet doit faire envers son souverain; mais comme celui qui lui a parlé m'a dit qu'il n'avait pas trouvé qu'il sût rien de considérable, je le ferai interroger au- jourd'hui par M. Joly, pour vous ne l'envoyer qu'en cas que vous ne m'ordonniez de le faire partir, quand bien il ne dirait rien ici. On pourrait cependant faire interroger ce scélérat sur les faits que contient le mémoire que je donnai à M. de la Hillière à son départ, et lui taire entendre que l'homme dont je parle est arrêté aussi et a confessé la vérité; je n'omets rien pour vous donner de plus grands éclaircissements de cette affaire, et je m'assure que vous me faites bien la justice de croire qu'elle m'est autant à cœur qu'elle le doit être à tous les bons sujets du Roi. (B. N.) CEOISSY AU r.oi. Du Si juin 16o9. J'ai entretenu le Roi d'Angleterre suivant ce qu'il a plu à V. M. me faire savoir de ses intentions, par la lettre que je reçus avant- hier, de M. de Lionne, du 12 de ce mois, et par celle de M. Colbert, de môme date, au sujet de ce scélérat qu'elle a fait arrêter et con- duire à la Bastille Il m'a témoigné bien de la joie d'apprendre que V. M. était satisfaite de la manière avec laquelle il m'avait parlé de cette affaire, et me dit qu'elle lui faisait justice de croire que s'il eût pu pénétrer que cet homme eût des desseins contre la personne de V. M., il lui aurait envoyé pieds et mains liés; que comme Roi, il DE MARSILLY. 325 en (levait user ainsi; mais qu'il y était obligé par l'innlinatinn qu'il avait à s'unir étroitement d'amilié et d'intérôt avec V. M.; à quoi il espérait parvenir avec un peu de temps. 11 me demanda ensuite s'il y avait quelque preuve que ce misérable eût été assez méchant pour conspirer contre V. M., et je lui dis qu'il me parais- sait, par la lettre de M. de Lionne, que Ton en avait déjà, et que je croyais qu'elle serait bientôt pleine et entière sur cela; il me lit entendre que les avis qu'on recevait ici, portaient que le lieute- nant criminel n'avait pu rien trouver jusqu'à présent qui put con- vaincre l'accusé. A quoi lui ayant seulement répondu que ces sortes de procédures pour crime de lèze-majeslé étaient ordinai- rement fort secrètes, et que les juges ne s'en ouvraient qu'à V. M., il me dit encore tout ce qui pouvait me persuader que mylord Arlington n'avait point eu d'autre commerce avec lui qu'au sujet de l'admission des Suisses dans la triple alliance, et je lui répartis que V. M. savait bien que ce n'était qu'avec des ministres d'Espa- gne que ce scélérat avait communiqué ses exécrables pensées; il me dit qu'il était vrai qu'il avait eu de grandes conférences avec Lisola et l'ambassadeur d'Espagne, et pour conclure, il m'assura qu'il ferait toujours tout ce qui dépendrait de lui pour entretenir une bonne correspondance et une étroite amitié avec V. M. . (B. N.) M. PETIT A M. WILLIAMSON. 26 juin 1069. Un Parisien de basse condition, bourgeois, qu'on avait mis à la Bastille, depuis l'exécution de Marsilly, pour quelque soupçon d'être de sa cabale, s'est coupé la gorge. (State paper Office.) M. PERnViGK A M. ^VILLIAMSON. Paris, 20 juin 1009. Je ne vous ferai aucun récit de IMarsilly ni de son malheur. Vous l'avez déjà tout au long. II est certain que cela fait beaucoup de bruit, et que toutes les femmes l'ont condamné d'avance pour sa cruauté envers lui-même. Qu'il meure, il n'y a plus à quoi {sic, en français*). {hlem.) {Traduit de l'anglais.) 1. Il est probable que celte lourde plaisanterie est de M. Periwick lui-même; il V(Mit ilim que les femmes ne prenaient plus d'int^'TCt îi Alar^illy depuis qu'il s'était retrancliô les mojens de leur plaire. 326 DE MARSILLY. LOI\n MONTAIGU A LORD ARLINGTOX, Paris, 20 juin 1669. Mylord, j'ai appris qu'on devait faire mourir Marsilly sur la roue, ol j'ai donné ordre à un de mes domestiques d'en informer M, Wil- liamson; je suppose donc que vous le savez déjà. On a hâté l'exé- culion dans la crainte qu'il ne mourût de la blessure qu'il s'est faite le jour précédent. On a fait venir un ministre deux fois pen- dant qu'il était sur l'échafaud, pour voir s'il ne ferait pas quelques aveux; mais il a persisté à dire qu'il n'était pas coupable, et qu'il ne savait pas pourquoi on le mettait à mort. {Idem.) M. PETIT A M. \VIUIAMSO^. 2G A Paris, — juin 1CG9. 16 Suivant ce que je vous marquai par un post-scriptum fi ma der- nière du 12 de ce mois, ce jour-là, le Roux Marsilly fut, par le lieu- tenant criminel, condamné à être rompu vif et, à une heure après midi, exécuté près la porte du Châtelet de Paris, où il avait été, pour cet effet, transféré, le soir précédent, de la Bastille. Aupara- vant, et après qu'on lui eût lu sa sentence, il s'écria fort pour avoir un ministre pour le consoler, et voyant qu'il n'en venait point, il se mit h déclamer contre le Roi, comme si c'eût été l'effet d'une dernière cruauté que S. M. eût voulu faire exercer sur lui. Ce qui induisit le lieutenant criminel d'envoyer quérir M. Daillé, ministre, lequel n'y osa venir qu'à la deuxième semonce, et avec une bonne escorte d'officiers de justice, parce que cela est défendu aux mi- nistres par les édits, qui ne leur permettent d'aller consoler les pa- tients que dans les prisons, sans les accompagner sur les lieux de leur exécution. Etant venu et s'étant abouché avec le lieutenant criminel, qui le voulut instruire des chefs d'accusation afin d'en tirer de nouvelles preuves d'une finale confession du supplicié, il attira autant qu'il put ce misérable dans le repentir de son crime et de ses péchés, et surtout de celui d'attentat à la vie dii Roi, et d'in- telligence avec le Roi d'Angleterre; sur quoi il répondit première- ment que, quant au crime d'attentat sur la personne du Roi, il vou- lait que Dieu le précipitât au fond des enfers s'il y avait jamais pensé; mais vous avez dit, lui réparlit-on, qu'il y avait encore des DE MARSILLY. 327 Ravailla(^ en Fi-ancc. Je ne l'ai pas dit, ajoiila-t-il, ou si je l'ai dit, ça été dans la colère ou la passion qui nie l'ont lait dire. Seconde- ment, il répondit qu'il était vrai qu'il avait été en intelligence avec les princes et Etats étrangers; mais que ce n'était qu'en faveur do sa religion qu'il voyait opprimée, avouant qu'il avait eu l'honneur de parler au lloi d'Angleterre et de lui demander sa protection. « Et que vous répondit le Roi d'Angleterre? » dit le lieutenant cri- minel. ((Rien «, ajouta le patient. Et après cela, M. Daillé voyant que le patient avait besoin de confort, il le lai donna par des vœux qu'il prononça tout haut durant un bon espace de temps, souhai- tant que Dieu lui donnât un véritable repentir de ses fautes, et qu'il les lui voulût pardonner, qu'il lui fit ressentir les autres effets do sa miséricorde, etc. ; puis le lieutenant criminel lui permit de faire une prière basse et courte, ensuite de laquelle M. Daillé se retira, et un docteur de Sorbonne prit sa place et poursuivit longtemps le patient pour lui faire abjurer sa religion, ce qu'il ne voulut jamais faire. Au contraire, il entra dans de nouvelles fureurs qui le portè- rent encore à plusieurs injures contre S. M., la traitant de barbare et de tyran, qui obligèrent de lui mettre un linge entre les lèvres. A quatre heures, il expira et fut traîné au bout de la charrette, dans les rues, pour être mené à la voierie. Je vous ai marqué, par ma précédente, le sujet qui a fait hâter son jugement, qui est la blessure qu'il s'était faite à la verge et au petit doigt de la main gauche, avec un couteau qu'un soldat de sa garde lui avait vendu, par la permission de son officier, après lui avoir rompu la pointe. Ce désespéré le prit le jour auparavant, après que M. de Ruvigny lui eût été confronté comme témoin des choses outrageantes et des résolutions prises contre la vie du Roi, qu'il lui avait ouï dire en Angleterre, après quoi il vit bien qu'on en voulait tout de bon à sa vie, et qu'on l'appliquerait à la question pour lui faire tout confes- ser par force, et sans avoir aucun égard aux offres qu'on dit qu'il avait faites de tout découvrir volontairement, si on lui voulait sau- ver la vie. Pour tant mieux établir sa condamnation dans laquelle il ne paraît point d'autres preuves que la déposition de M. de Ru- vigny, on y a joint au crime d'Etat, celui de rapt. {Jdem.) 328 DE MARSILLY. CROISSY A LIONNE. Du 1" juillet 1C69. M. Joly a parlé ri |Marlin et l'a véritablement persuadé qu'en allant en France déposer tout ce qu'il sait contre le roi, il ferait ce qu'un garçon d'honneur et bon sujet doit faire; mais Martin lui a dit qu'il ne savait rien, et que quand il sérail en France, on s'ima- ginerait qu'il a connaissance des déporlemenls de Roux, et qu'on le mettrait prisonnier pour lui faire dire tout ce qu'il ne sait pas, et qu'après tout, quand même il serait bien traité, qu'il ne pour- rait plus revenir ici gagner sa vie avec sa famille. Joly lui a dit qu'il y avait déjà suffisamment de preuves contre Roux, que Ton sa- vait bien qu'il avait pris de l'argent de l'ambassadeur d'Espagne et de M. Lisola'; à cela Martin a fait un signe de tête comme avouant la chose; M. Joly a poursuivi que son maître était un scélérat qui s'était emporté de menaces contre la sacrée personne du Roi, et môme avait conçu des desseins encore plus damnables, à quoi il a dit qu'il s'étonnait qu'il était encore en vie ; et enfin par les signes du visage et par d'autres petits mots, il a donné lieu de croire à M. Joly qu'il en sait davantage, et qu'il parlerait s'il était interrogé par un juge; mais il ne peut plus le résoudre de faire le voyage de Paris, quoiqu'il lui ait promis que je lui donnerais assurance pour la sûreté de sa personne et pour son retour, que je paierais sa dé- pense, et que s'il disait les vérités qu'il sait, il en aurait même une honnête récompense. Ainsi, je crains bien que je ne le puisse pas obliger par la dou- ceur à aller en France ; mais je dois vous informer que m'étant enquis de ce Veyras, dont je vous ai écrit, j'ai su de plusieurs endroits qu'il était le camarade de Marsilly, aussi méchant que lui, employé dans les mêmes affaires, dont il a une entière connais- sance, et les continue encore; il est du même pays, et était autre- fois ici, servant sous le nom de Portail, depuis s'étant intrigué dans des cabales et ayant parlé contre le Roi d'Angleterre et le gouvernement; il fut condamné à un .bannissement perpétuel, nonobstant lequel il est revenu sous le nom de Veyras, s'est associé avec Roux, a reçu des lettres de ce scélérat pendant qu'il était en Suisse, a un chiffre avec lui, et depuis sa détention conti- 1. François, baron de Lisola, diplomate au service do l'empereur d'Autriche; il a fait plusieurs pamphlets contre la France et contre Lonis XJV. DE MARSILI.Y. 329 nue ses mômes pratiques. Il a vu souvent l'ambassadeur d'Espagne, et on cioit qu'il en a aussi tiré de l'argent. Le même homme qui m'a donné cet avis, et que je !dois vous dire avoir été l'ami de Veyras, avoir gardé ses papiers et ne s'ôlre brouillé que sur des dettes et prétentions; m'a dit que le voulant faire arrêter, et ayant su que le comte d'Ossory le protégeait auprès du duc de Buekingbam, il avait voulu en parler au duc, mais que l'un de ses domestiques, qui est de ses amis, lui avait dit de n'en rien faire, que Yeyras était fort bien avec le duc, et que lorsqu'il ordonnait ù ses gens de dire à ceux qui le viennent voir qu'il n'y est pas, il en exceptait toujours celui-là, avec lequel il était quelquefois deiix heures entières enfermé. Ce donneur d'avis s'est même offert de faire arrêter ce Veyras sous le prétexte de son premier bannis- sement, et dit qu'il a un témoin qui est le secrétaire d'un évêque, qui lui soutiendra qu'il a dit encore depuis peu du mal de la personne du Roi d'Angleterre et de son gouvernement, M. Desfontaines, qui est aussi Français de la U. P. R, et méde- cin de l'armée d'Angleterre en Irlande, confirme que Yeyras est dans la même pratique que Marsilly ; mais on n'a pas jugé à propos d'approfondir de lui toutes les circonstances, de peur qu'il n'éven- ttlt l'affaire. Ce même Desfontaines a dit en confidence queDuval, ministre anglais d'une église française, pour me servir du nom qu'ils donnent ici à leurs assemblées, lui avait dit depuis peu qu'il croyait tout ce qu'on disait de Marsilly, parce qu'il avait su de gens dignes de foi, dont il ne pouvait douter, qu'il avait dit des choses épouvantables du Roi, notre maître, jusque-là que c'était un tyran, et qu'il voudrait lui avoir donné un coup de pistolet dans la tête. J'ai de l'horreur de mettre sur le papier ces détestables paroles; mais je crois que mon devoir ne me peut pas permettre de les célcr, puisqu'elles peuvent servir à interroger ce scélérat sur tout cela. Il me semble que si je disais au Roi d'Angleterre que je sais un homme dans Londres qui n'est pas moins criminel que Roux, non-seulement contre le Roi notre maître, mais aussi envers lui, Roi d'Angleterre, et qu'auparavant que de le nom- mer, je le priasse, de la part de S. M., de le faire amener à Calais, il n'en ferait peut-être point de difficulté, surtout si je lui disais que c'est un homme ennemi de toute monarchie, qui a déjà été banni pour avoir tenu des propos insolents et séditieux contre sa personne et son gouvernement, et que l'on accuse d'avoir encore 330 D1-: MARSILLY. parlé de môme depuis son reloiir. Je pourrais aussi, en même temps, demander au Roi Martin, valet de Roux; véritablement, ce qui pourrait faire un fort obstacle ;i l'égard du premier, c'est la protec- tion que l'on m'assure que le duc de Buckingham lui donne, et la conflance qu'il a en lui ; et pour cela je ferai en sorte, si je puis sa- voir bientôt ce qui en est, pour bien prendre mes mesures, non-seu- lement sur Texéculion des ordres que vous me pourrez envoyer sur ce sujet, mais même sur ce que l'on "peut attendre de ce duc, fB. N.] M. PETIT A M. WILLIAMSON. 13 A Paris, le — juillet 1669. Un épicier de la rue aux Ours, chez lequel Roux Marsilly a demeuré autrefois, fut, il y a quinze jours, arrêté et mis dans la Bastille ; il s'était vanté par plusieurs fois, ou du moins il avait dit qu'il fallait tuer le Roi. Sa femme propre, intimidée de ces vilaines paroles, en fit part à ses deux frères, et ceux-ci craignant que ce fol ne leur attirât quelque malheur, en firent aussi part h un commissaire de la ville de leurs amis, pour lui demander con- seil. Celui-ci, sans balancer, le découvrit au lieutenant de police, et le lieutenant de police à M. Colbert, qui expédia d'abord un ordre pour Tarrêter. Comme il n'y avait que sa femme qui pût témoigner contre lui, et qu'il n'y avait que de faibles conjectures qu'il eût eu des liaisons avec Marsilly, touchant son dessein, je crois que l'affaire eût été éteinte, et qu'on se fût contenté de le laisser périr en prison. Lui, pourtant, ne crut pas cela, ou du moins il fut persuadé, par je ne sais quelle raison, qu'on le voulait pous- ser, si bien que ces jours passés, après avoir toujours paru fort posé, il demanda un peu de tabac. Celui qui sert les prisonniers ne se doutant de rien, lui en donna, et ensuite un petit couteau pour le couper. En le coupant, il témoigna qu'il avait soif et émut le valet à lui aller quérir de l'eau. Pendant son absence, ce misérable s£ coupa la gorge. M. deBesmaus, gouverneur de la Bastille, sur l'heure averti, en- voya au lieutenant criminel, et celui-ci alla trouver M. Colbert, qui lui défendit d'agir jusqu'à ce qu'il en eût fait part au Roi, auquel, en ayant parlé à Saint-Germain, et l'affaire ayant été examinée de- vant le Conseil, il fut résolu qu'on laisserait cette affaire assoupie. DE MARSILLY. 331 et on onvoya ordre au lieutenant criminel de ne le point faire traî- ner par la claie pour ne réveiller la curiosité du monde sur la rai- son de sa mort. 17 A Paris, le — juillet 16G9. 7 L'épicier qui se voulut couper la gorge dans la Bastille, et qui en eOet se blessa, n'est pas encore mort, et les chirurgiens croient qu'ils le réchapperont, s'il est nécessaire. Il y a un mois qu'on mit à la Bastille un certain nommé Lasalle, fils d"un correcteur des comptes, et ci-devant exempt des gardes du corps. D'abord, on supprima le véritable motif de son emprison- nement, et on lit croire qu'il était arrêté pour crimes particuliers, comme en effet c'est un homme qui passe pour scélérat; mais on a su depuis, et il est constant qu'étant en Flandre, il y a deux mois, on lui entendait souvent parler contre la sacrée personne du Roi, jusqu'à témoigner qu'on en avait souvent tué de plus innocent, mais que bientôt, peut-être, on verrait des choses qui surpren- draient les gens. On a su, d'un autre coté, qu'il était grand ami de le Roux de Marsilly; toutes ces circonstances aggravent fort son affaire, et on croit que son exécution ne tardera pas. Encore mercredi dernier, un prêtre de l'évêché de Grasse, homme d'assez mauvaise mine, s'avançant assez hardiment vers le Roi. comme pour lui présenter un placet, S. M., qui le vit et à qui sa façon déplut, commanda aux gardes qu'on l'empêchât. Il dit qu'il avait des tablettes à présenter au Roi, et comme on lui de- manda où elles étaient, il répondit qu'elles étaient dans sa chambre, et ensuite, comme on lui demanda où était sa chambre, il répondit qu'elle était à Grasse. Cette réponse et quelques autres firent croire que c'était quelqu'un de ces hypocondres ; c'est pourquoi on l'en- voya à la Bastille, pendant qu'on s'enquête de ses mœurs, de son nom, de sa naissance et de sa vie. Le Roi dit hardiment au marquis de Bellefonds, qu'il fallait périr de la sorte, la chose étant inévi- table, et qu'il fallait s'y résoudre. 10 août A Paris, le — 1GC9. 31 juillet On a mis à la Bastille la femme de cet épicier, qui se coupa, il y a quelque temps, la gorge sans en mourir. On prétend que son véritable crime lui ayant été reproché d'après le témoignage de sa 332 DE MARSILLY. propre femme, il a répondu que ce témoignage est nul, et que si sa femme avait déposé contre lui, c'était en vengeance de ce qu'il n'avait voulu jamais lâcher la bride à son humeur coquette, pour les excès de laquelle même il l'avait souvent malmenée, et que, pour preuve manifeste de ce qu'il allègue pour la récuser, on n'a qu'à juger s'il est possible qu'une femme d'honneur puisse jamais s'oublier jusqu'à ce point-là, d'accuser son mari d'un crime aussi horrible que celui dont on l'a chargé. (State paper Office.) DON MIGUEL D'ITCRIETA A DON FERNANDO DEL CAMPO. Paris, 18 août 1600. Votre Seigneurie a bien voulu m'envoyer, avec sa lettre du 24 juillet, copie de celles que la Reine, notre maîtresse, a écrite au Roi et à la Reine de France, à l'occasion du compte que le marquis de Villars lui a rendu de la justice qui a été faite ici, d'un homme qui conspirait contre la vie du Roi, et j'apprends par là ce qu'elles contiennent, et les avis que V. S. a bien voulu me donner. Quoique ce ne soit qu'un sujet de pure curiosité, je dirai à V. S. que l'homme dont on a fait justice s'appelait Marsilly ; je pense qu'il vous était bien connu. C'était un Français, mais natu- ralisé depuis longtemps en Angleterre, pour le service de laquelle il s'était employé à des négociations désavantageuses à la France; et, enfin, on dit qu'il avait été envoyé par Charles II, pour faire en- trer les Suisses dans la triple alliance. Le duc d'York en avertit cette cour; on fit suivre Marsilly et on l'arrêta en Suisse, d'où il fut amené ici. On croyait que le Roi d'Angleterre et les Suisses le réclameraient lorsqu'ils auraient appris cet enlèvement; mais pour le justifier, on a imaginé ici un prétexte auquel on ne peut rien opposer, c'est que Marsilly a conspiré conlre la vie du Roi, et ils l'ont fait entendre ainsi à tout le monde. Ils n'ont pas eu le même soin lorsqu'ils ont arrêté, depuis qu'on a fait cette exécution, trois ou quatre individus qui en voulaient etfeclivement à la vie du Roi ; deux se sont tués en prison, et les autres, il est clair qu'on les exécutera, mais secrètement, afin de ne nas donner à connaître que cette maladie fait de si grands progrès. (A. N.) {Traduit de l'finpafjnnl.) L'ABBÉ CERMELLY. 333 MARQUIS DU CIIASTEL*, Ajjbé CERMELLY ^ Intrigues. M. PETIT A M. WILLIAMSON. 7 septembre A Paris, le — 1660. 28 août La friponnerie de l'intrigue de l'achat du marquisat del Carelto a avorté. L'abbé Cermelly, qui est ce fameux furfante entre les mains duquel mourut la Reine mère, n'avait ordre du marquis de Carelto, duquel il était en effet envoyé, que de négocier, de mettre le mar- quis et sa terre sous la protection de la France. Comme l'aflairc était avancée et môme conclue pour l'achat, l'abbé Caretto est ar- rivé en France, et a renversé la négociation par un désaveu formel de tout ce qu'a fait Cermelly contre les ordres de son frère. Cer- melly se voyant en état d'être maltraité, s'est retiré sans dire gare. M. de Lionne s'était toujours opposé à cet achat. ... J'ai oublié de dire, sur le sujet de l'abbé Cermelly, qu'un cer- tain marquis du Chastcl, de Bretagne, son complice ou son coad- juleur dans sa fausse intrigue, a été mis à la Bastille; ce marquis s'est encore mêlé de quelques négociations plus considérables, ([u'il disait avoir dans le duché de Milan, où, en effet, on l'avait en- voyé pour agir en secret; mais on a remarqué qu'au lieu de faire les affaires du Roi, il faisait les siennes. Avec le temps, nous en saurons le détail. Le marquis de Caretto a écrit à S. M. impériale que, sans avoir aucun dessein de vendre sa terre, ni de secouer le joug de l'em- pire, il avait seulement demandé la protection de France pour se mettre à couvert de la haine et de l'insulte de ses voisins, enten- dant le duc de Savoie, qu'il réputé son ennemi. State papeu Office, 1. Ordres d'entrée du 18 août ICO'J, et de sortie du 20 mars 1070. Contre signés de Lionne. 2. Ordres d'entrOc du 15 sepleiubro 1609, et de sortie du 15 janvier 1072. Contre- signés Le Tcllier. 334 L'ABBE CERMELLY. LOUVOIS A M. DE BESMAUS. A Alli, ce 7 juillet 1071. Je reçois une lellre du sieur abbc Cermelly, qui est détenu à la Bastille, par laquelle je vois les contentions qui sont entre lui et M. Doublet, sur quelque argent que le premier a promis à celui-ci, pour lui procurer la liberlé de la cour '. Je vous prie de les en- tendre sur cela, et de leur dire que, comme c'est moi qui ai pris l'ordre du lloi pour cette liberté, il ne peut être donne de gratitl- cation à qui que ce soit pour l'obtenir. (A. G.) COLBERT A M. DE BESMAUS, Vous verrez par la lettre du Roi ci-jointe, l'intention de S. M. sur ce qui regarde le sieur Laurens de Cermelly, abbé de Saint-Victor-, auquel S. M. désire que vous fassiez savoir, en le mettant en liberté, qu'elle veut qu'il sorte du royaume dans un mois, et qu'après ce temps, elle le fera mettre dans un cachot s'il y parait encore. Saint-Germain ; 15 janvier 1672. Au bas est écrit : Je promets à M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille, de sortir hors du royaume dans un mois, conformément à la volonté du Roi, portée dans l'ordre expédié pour ma liberté, à peine de punition corporelle, en cas que je contrevienne à cet ordre. Fait à la Bastille, le 28 janvier 1672. En foi de quoi je soussigné. L. DE Cermelly, abbé de Saint-Victor, ai affirmé. (B. A.) LE TELLIEU A M. LE PRINCE. A Paris, le 10 mars 1G78. L'abbé Cermelly, de la part duquel on a rendu un paquet à V. A., a été vu à la cour et entendu plusieurs fois sur des propositions de grandes conquêtes à faire en Italie; et comme on a reconnu qu'il était un affronteur, il a été mis à la Bastille, y a demeuré long» temps, et n'en a été élargi qu'à condition de sortir du royaume et 1. La liberté de se promener dans la cour de la Bastille lai avait été accordée par ordre du 20 avril 1(371. 1. Saint-Victor était une abbaye de l'ordre de Saint-Benoit. Lengltt Dufresuoy la traite d'illustre abbaye. DE LAMOIZlÉRi:. 33b n'y plus rentrer. 11 est si arlificieux, que s'étnnl lenclu ù llonic, auprès de M. le duc d'Eslrées et de M. le cardinal, son frère, ils le gardèrent longtemps au palais Farnèse, et dépêchèrent un courrier au Roi pour lui donner part de ces mômes propositions; mais comme il a vu qu'il ne pouvait plus avoir d'habitude ici, il s'est avise de s'adresser à V. A., laquelle jugera sans doute par le récit que j'ai l'honneur de lui faire, que cet abbé ne peut rien mander qui mérite aucune considération; cependant, je n'ai pas laissé d'en- voyer à la cour les paquets qui m'ont été envoyés de la part de V. A., et je ne manquerai pas de lui rendre compte du jugement que S. M. aura fait de tout ce qu'ils contiennent. Je me réjouis extrêmement d'apprendre la continuation de la santé de V. A. Je fais incessam- ment des vœux à ce qu'il plaise à Dieu de la lui conserver de lon- gues années, et me donner occasion de lui faire paraître, etc. (A. N.) D'AULNOYS LAMOIZIÈRE et LEMIÈUE-, LE MARQUIS DE COURBOYER^ LA YOILLE, lamlais. Calomnie. PLUMITIF DE LA TOURNELLE. L'an 16G9, le 12 décembre, en la chambre de la question, moi (>. Lancluse, premier commis au greffe criminel de la cour, ai fait monter Ch. Bonnenfant, écuyer, s"' de Lamoizière, lequel ayant fait mettre à genoux, je lui ai prononcé l'arrêt rendu contre lui le jour d'hier, par lequel il est condamné à avoir la tête tranchée, et auparavant à la question ordinaire et extraordinaire; après laquelle prononciation, Lamoizière a dit qu'il prend la mort en gré ; INI. de Courboyer est cause de sa mort, et l'on n'a que faire de lui bailler la question, et il dira tout ce qu'il sait M. de Courboyer le mena avec Lcmière dans, son carrosse, au logis de la dame de 1. Ordre d'entrée du 24 septembre 1669. 2. Ordre d'entrée du 30 septembre 16G9. 3. Ordre d'entrée du 3 octobre 1G69. Ordre commun de tninsféremcnt au Grand-Cliàtelci, du 30 octobre 1669. D'Aulnoy, ramené à la Ba&tillc le 20 décembre 1009, mis en liberté par ordre du 3 janvier 1070. Ordres contresignés Colbert. 336 DE LAMOIZIÈHE. Gudannei, ne sachant pourquoi, les laissa quelque temps à la porte dans le carrosse, et ensuite les fit monter, les présenta aux dames, et les assura de son service, et que s'il avait vu le conseil de ses dames, il en dirait davantage. Ils lui dirent qu'il fit en sorte de lier conversation ave la Motte d'Aulnoy, et qu'il ne manquerait pas à mal parler du Roi, qu'il fallait aller à Luxem- bourg, que Gourboyer parlerait à la Motte d'Aulnoy-, que lors- qu'il le verrait, et Lemière, il quitterait d'Aulnoy, et qu'eux le joindraient pour lui parler. Le dimanche 22 septembre, de Gour- boyer, à la prière de la dame de Gudanne^ les envoya au Luxem- bourg, où il se rendit; quelque temps après, la dame de Gudanne s'y rendit aussi, probablement à pied, mal vêtue, d'un vieil habit gris, de coiffes vieilles sales et baissées sur ses yeux, laquelle parla H Dubois, homme d'affaires de Gourboyer. Dubois ditù lui que c'é- tait la dame de Gudanne; quelque temps après trouvèrent de Gour- boyer, qui leur dit ; allons-nous-en, d'Aulnoy n'y est pas. Groit que do Gourboyer parla à la dame de Gudanne, et ils étaient tous les jours ensemble. Le soir, la dame de Gudanne écrivit à de Gour- jjoyer de revenir le lendemain au Luxembourg. — S'ils retournèrent le lendemain au jardin du Luxembourg, et s'ils ne virent pas proche la fontaine, la dame de Gudanne vêtue du même habit gris, les coiffes baissées, et si elle ne leur avait pas donné pour signal qu'elle tirerait son mouchoir? — Oui, mais elle n'était pas vêtue du même habit que le jour précédent; elle avait une méchante jupe de fulaine toute déchirée, avec une vieille cape sur la tête et des coiffes fort basses. Après avoir quitté d'Aulnoy, il la vit et parla à elle dans l'allée d'en haut; elle dit qu'ils avaient fait une longue conversation ; ensuite, sur le midi, lui et Lemière furent chez elle, où survint de Gourboyer; leur fit récit, en présence de la dame d'Aulnoy^, sa fille, de ce qu'ils 1. Madame de Gudaime était sœur du premier écuyer de Beringlien; c'est la mère de madame d'Aulnoy. 2. Le Luxembourg était réputé maison royale, et l'on n'y pouvait faire d'arresta- tion sans ordre exprès du Roi. D'Aulnoy, ancien financier, s'y était réfugié pour se mettre à l'abri des décrets lancés contre lui par la chambre qui avait jugé Foucquet. 3. Marie-Catherine, Jumel de Berneville, morte en 1705, veuve de François de La Motte, comte d'Aulnoy. Pitaval raconte que Desgrez avait trouvé madame d'Aul- noy au lit, et que s'éiant sauvée par un escalier dérobé, elle se cacha sous nn catafalque dans une église voisine. Toujours est-il qu'elle passa à l'étranger avec sa mère. Cette darao joignait au goût du plaisir des talents remarquables : elle a écrit LAMOIZIÉRE. 337 avaient entendu dire à d'Aulnoy; la dame d'Aulnoy dit qu'il fallait bien qu'il en eût dit davantage; qu'à tout moment il parlait bien plus insolemment du Roi. Courboyer parlai! souvent à l'oreille de la dame de Gudannc ; la dame d'Aulnoy lui dit qu'il en fallait dire davantage; et la dame de Gudanne, après avoir encore parlé à l'oreille de Courboyer, dit qu'il fallait déposer que d'Aulnoy avait dit que c'était une bagatelle de se plaindre au Roi, qu'il ne rendait point de justice à ses sujets, qu'il ne songeait qu'à se divertir avec les dames, qu'il était un tyran, qu'il suçait le sang de ses peuples; ùquoi bon ces 1,200 gardes? que le règne était mal- heureux, et qu'il ne pouvait pas durer; la dame d'Aulnoy ajouta seulement ces paroles : que quand on aurait de nouveaux coups à faire, on ne se soucierait pas des 1,200 gardes. Ensuite la dame de Gudanne dit, parlant de la Motte, qu'il était un désespéré ; ne se souvient qu'elle lui ait dit que c'était un désespéré, et la dame de Gudanne lui en dit bien d'autres ! Elic et sa fille dirent que d'Aul- noy ne marchait jamais sans baïonnette ni pistolet de poche, et {sic) capable de faire un méchant coup. — S'il ne proposa pas à Courboyer les termes auxquels il devait faire sa déposition? — Oui. — Si Courboyer ne lui dit pas : voilà qui est bien? — Non, mais en riant, lui dit qu'il y en avait assez pour le faire renfermer. — S'il n'a pas communiqué le mémoire trouvé dans les papiers de Courboyer; au dos, Courboyer a écrit de sa main ces mots : copie du billet donné à M. Colbert par Lamoizière, conforme à la déposition, par lui et par Lemière, rendue par-devant le lieutenant criminel contre d'Au-lnoy. — Oui, et l'ayant vue et lue, il la prit de ses mains, et le pria de lui laisser. . Sur la répugnance qu'il avait, Courboyer lui dit, vous moquez-vous? M. Colbert a des mouchards qu'il envoie en diffé- rents lieux, pour observer s'il se dit ou fait quelque chose contre le service du Roi ; il lui, en fit le récit; il se prit à rire à son ordi- naire, et lui dit qu'il y en avait assez pour faire arrêter d'Aulnoy, et en effet, ce fut lui qui donna avis que d'Aulnoy avait été arrêté. ses voyages, et on les parcourt encore avec plaisir. Perrault avait mis les contes de fées h la mode, madame d'Aulnoy fit les siens; tout le monde les a Ils dans l'en- fance, la morale en est très-pure; mais il n'est pas sans cximple que des pécheurs, même les plus endurcis, aient su faire des sermons irréprochables. -22 338 LAiMÛIZIÈRE. Et sur les deux à trois heures de relevée, ayant été avertis par le greffier que Lamoizière nous voulait parler, nous nous serions trans- portés en la chapelle de la Conciergerie, où étant, avons trouvé La- moizière avec M. Berger, docteur de Sorbonne, et Lamoizière a dit que lorsqu'il alla chez M. C&lbert avec la dame de Gudanne, le billet pour donner avis à M. Colbert fut concerté entre lui et elle chez un mercier, demeurant proche de M. Colbert. Elle en écrivit un de sa main ; croit qu'il était conforme à celui qu'il a fait et donné à M. Colbert, lorsqu'il mena Lemière au Luxembourg. Lemière ne savait rien de son dessein. Le lundi 23 septembre, étant allé avec Lemière chez la dame de Gudanne, lui accusé demanda à Cour- boyer quel appartement d'Aulnoy avait dans le Luxembourg, afin qu'il l'arrêtât lui-même, si l'ordre du Roi en était donné; sur quoi Courboyer lui donna son valet qui lui indiqua. L'arrêt prononcé au-devant de la Conciergerie, et Lamoizière conduit en la place de Grève, où étant, avant que d'être descendu de la charrette, après que l'exécuteur lui a eu coupé les cheveux et mis en état d'avoir la tête tranchée, il a dit que de Courboyer ne lui a point dit de déposer contre d'Aulnoy ; est vrai que lui, Lamoizière, a proposé et fait voir sa déposition, lequel en témoigna de la joie. Et de soi a dit qu'il décharge d'Aulnoy, lequel n'a point parlé de ce qu'il a déposé au lieutenant criminel, et a dit aussi que Lemière ne savait rien de l'aflaire, et n'a eu aucune part au secret; ce qu'il a répété plusieurs fois_, même après être descendu de la charrette. Et avant que de monter sur l'échafaud, s'étant retourné trois ou quatre fois vers moi, et ce très-haut, en présence du peuple, il a prié de prier Dieu pour lui; le Salve chanté, l'arrêt a été exécuté. L'an 1669, le 13 décembre, en la chambre de la question, moi Lanecluze, premier commis au greffe, avons fait monter J. A. de Crux, seigneur de Courboyer, lequel ayant fait mettre à genoux, je lui ai prononcé en présence de Iluby et Prévost, huissiers de la cour, l'arrêt portant condamnation d'avoir la tête tranchée, et au- paravant la question ordinaire et extraordinaire. Après laquelle prononciation il a dit qu'il veut mourir en la R. P. R., et prié Mes- sieurs de vouloir lui donner un pasteur. — Où est la contre-lettre par lui donnée àLamotte d'Aulnoy, de la somme de 108,000 liv., portée par un billet ou obhgalion, à son profit passé par d'Aulnoy ? DE COURBOYER. 339 — Il croit qu'elle est entre les mains de Plâtrier, notaire, qui l'a reçue, on entre les mains do la dame de Gudanne. — Si, pour éluder l'effet de la conire-lcdre, la dame de Gudanne et sa fille n'ont pas voulu Caire emprisonner d'Aulnoy à la Bastille ou dans les Petites-Maisons? — A dit n'en rien savoir; sait néanmoins qu'elles n'avaient pas grande amitié pour lui Ayant commandé à Barbette de faire sa charge et de l'appliquer à la question ordinaire et extraordinaire, a dit qu'il était prêt de reconnaître la vérité; savoir que le dimanche 22, la dame de Gudanne est allée au Luxembourg, mal vêtue et travestie, qu'il y alla pareillement, passa auprès d'elle, et lui dit seulement un mot d'amitié ; et elle avait obligé Lamoizière et- Lemière d'y venir pour parler à d'Aulnoy. Ne sait si elle y fut le lundi, et ce jour, il s'en alla chez lui, et ne fut point chez elle. N'a point ouï dire par la dame ni Lamoizière et Lemière, qu'il fallait déposer que Lamotte d'Aulnoy avait dit que le Roi était un tyran, suçait le sang de ses peuples, et autres discours de cette qualité. A ouï dire que la dame de Gudanne et Lamoizière avaient été un jour à pied, ne sait où. Sait que l'intention de la dame était de faire parler La- motte d'Aulnoy, pour ensuite le faire enfermer. Avons commandé à Barbette de l'appliquer à la question ordi- naire et extraordinaire. — Etant déshabillé, ayant été attaché et bandé, s'est écrié qu'il veut reconnaître la vérité et qu'on le soulage. Ayant été soulagé, a dit qu'il n'a rien su du concert des dépositions. Au premier coquemar. — Si la dame de Gudanne n'a pas dit à Lamoizière et à Lemière de déposer faux? — Oui, faisant de grands cris. — Si elle et la dame d'Aulnoy n'ont pas suscité Lamoizière et Lamière de déposer faux? — Oui, s'Hst écrié avec une grande violence et emportement, qu'il était tout rompu et qu'il avait le bras cassé. Ayant été visité par le chirurgien, a eu un peu de soulagement- — Barbette ayant continué les tourments, il a fait de grands cris, qu'il allait mourir; a été un peu soulagé. — S'il a demandé à Lamoizière un bon garçon pour maltraiter un homme? Si la dame de Gudanne ne lui a pas demandé un bon garçon? — Oui. 340 DE COURROYER. — Avons commaDdé à Barbette de continuer les tourments. — Il dira tout ce qu'on voudra. — Lui avons remontré que nous ne voulons que savoir la vérité; et s'il n'est pas vrai que la dame d'Aulnoy avait dessein de se dé- faire de son mari? — Oui, et lui a dit que si elle eût trouvé du monde, elle aurait exécuté son dessein. — Si la dame de Gudanne ne lui a pas dit la même chose? — Il faut bien qu'elle eût envie de s'en défaire, puisqu'elle avait pratiqué Lamoizière. — Pendant les tourments, ayant été soulagé par plusieurs fois, par les grands cris qu'il faisait, qu'il était rompu, qu'il avait le bras cassé ; étant couché sur le tréteau, lui avons demandé si les dépo- sitions de Lamoizière et de Lemière sont fausses. — Il sait bien que les dépositions sont fausses, et ils en sont de- meurés d'accord. A été tout à fait détaché et mis sur le matelas. — L'avons interpellé de nous dire si les dames de Gudanne et d'Aulnoy n'ont pas dessein de faire périr d'Aulnoy? — Il sait bien qu'elles ont cherché tous les moyens, et se sont servies de Lamoizière. Ensuite l'avons fait descendre à la Conciergerie, oij sommes aussi descendus, où avons trouvé jl. Pouchet et autres docteurs et ecclésiastiques ; avons fait mettre Courboyer dans une chambre, et avec lui Morus *, ministre, et deux autres de la R. P. R., pour y demeurer pendant une demi-heure seulement avec lui, pour lui donner quelques consolations, après laquelle leur* avons ordonné de se retirer, afin que M. Pouchet et autres docteurs puissent l'as- sister jusqu'à la mort. Et environ trois heures et un quart, moi Lanecluze, étant allé à la Conciergerie, et trouvé Courboyer avec M. Pouchet et autres doc- teurs et ecclésiastiques, couché sur un lit, auquel j'ai demandé s'il voulait dire quelque chose pour la décharge de sa conscience. — Non; mais il est trop importuné par les personnes, parlant des docteurs^ qui ne lui donnent pas le temps de faire la prière, et m'a dit de les faire retirer. A été amené devant la Conciergerie; l'arrêt a été par moi pro- 1. Alexandre Morus, ministre à Charenton, mort en 1670. DE HOUHK. 3i< nonce, et auquel lieu il s'est encore plaint des docteurs. Étant à la Grève, et demandé s'il voulait dire quelque chose. — Il n'a autre chose à dire, sinon qu'il est bien importuné par tes messieurs. L'arrêt, de rechef prononcé, a clé exécuté '. (A. N.) JEAN JEAN DH LA BRUYÈRE, DELISLE, ROURE Eï CONSTANT, PRÊTRES 2. Révolte du Vivarais. M. DUGUÉ, INTENDANT DE LYON, A CCLBERT. Après plusieurs séances qui n'ont point été disconlinuées, le procès de ceux qui ont assassiné en Vivarais les commis des ga- belles ^ et qui ont servi à l'injuste détention de Tulin a été jugé ; je prends la liberté de vous envoyer l'arrêt qui a été prononcé au sieur et dame de Truchot et que le chevalier de Sainte-Colombe, lieutenant des gardes de M. le duc de Verneuil, a pris pour faire exécuter en ce qui concerne le rasement de quelques châteaux et maisons ^ Le rasement des châteaux et maisons des seigneurs est la peine la plus exemplaire, et j'ose dire, celle qui les pourra plus retenir dans l'obéissance qu'ils doivent aux ordres du Roi, et les empêchera le plus de s'écarter de leur devoir. La sédition avait commencé dans la maison de Soulier, maître d'école de Saint- 1. Le pauvre d'Aulnoy était sorti parfaiiement justifié des calomnies avancées contre lui; mais, comme ancie'i traitant, il avait été condamné par les juges de Foucquet h restitution envers le Roi, et Colbert, qui ne négligeait pas les occasions de faire rentrer des fond?, le fit ramener à la Bastille; l'arrangement fut bientôt conclu, car l'ordre de mise en librrté définitive est du 13 janvier 1670. Leraière, dont l'innocence avait été démontrée, fut rais en liberté. Madame d'Aulnoy resta longtemps en Espagne et en Angleterre; les services qu'elle rendit au gouvernement lui méritèrent la permission de rentrer en France. 2. Ordres d'en'rée dn 7 juillet, et de sortie du 11 août 1670. Contre-signes Pheli peaux. 3. Les montagnards du Vivarais payaient mal la gabelle; la misère était leur excuse. Colbert fit poursuivre avec rigueur la rentrée des im|)ûtf-; plusieurs agents furent assassinés et la justice dut intervenir. û. Louis Xlil et Louis \l\ ont abattu plus de châteaux que les hommes de 1793 n'en ont détruit. Pour les renverser, tous les prétextes leur étaient bous, rapt, duel, calvinisme ou rébellion ; on faisait sauter l'édifice au moyen de la poudre, et les ruines demeuraient comme un témoignage de la justice du Roi. 342 DE ROURE. Cierge. Je viens d'apprendre par une femme que M. de Sainte- Colombe avait aussi commencé par celle-là l'exécution du juge- ment; cette femme, qui est fort pauvre, dit que cette maison était à elle, qu'elle la louait à Soulier. On pourrait lui donner quelque dédommagement, si ce qu'elle soutient est véritable, sur les amen- des auxquelles les prévenus sont condamnés. J'attendrai vos com- mandements et je me rendrai en diligence à Lyon pour le procès de ceux qui ont tué un des commis des aides à Villefranche. De Valence, ce 22 juillet 1669. Je fermais cette lettre lorsque j'ai reçu celle de M. de Sainte- Colombe, qui m'écrit qu'il a fait raser à fleur de terre les maisons de Soulier et de Blache qui étaient dans Saint-Cierge, qui étaient de peu de valeur, et qu'il y avait plus de cent hommes attachés au château de Chambrillat, et que dans deux jours il serait entière- ment démoli; on ne peut pas user de plus de diligence que fait M. de Sainte-Colombe, qui n'a considéré en cette rencontre que le service du Roi. (B. N.) LE ROI A M. DE BESMAUS. Ayant ordonné à M. de Pommereul, conseiller en mes conseils et maître des requêtes de mon hôtel, de se transporter en mon château de la Bastille pour interroger Constant, Jean-Jean dit La Bruyère, de l'Isle et Roure, ecclésiastiques du pays de Vivarais, qui ont été menés prisonniers par mon ordre sur le sujet des sou- lèvements de mon pays de Vivarais, je vous fais cette lettre pour vous dire de les faire venir par-devant ledit sieur, séparément ou ensemble, ainsi qu'il le jugera à propos, pour les ouïr et entendre sur les demandes qu'il leur fera. Versailles, S juillet 1670. LIONNE A POMPONNE. Paris, le 11 juillet 1670. Il arriva avant-hier un courrier de Vivarais qui a apporté la nou- velle que les séditieux ont mis bas les armes et implorent la clé- mence du Roi; c'est M. de Brancas' qui s'est trouvé sur les lieux, où 1. Charles, comte de Brancas, ancien chevalier d'honneur de la Reine-mère, celui-là même qui était si distrait st que La Bruyère a immortalisé sous le nom de Menalque. DE ROllRE. 343 il était allé voir le prince d'Harcourt, son gendre, qui les a rendus capables de leur faire connaître leur aveuglement et leur folie. Comme je vous écris cette lettre de Paris, je ne puis vous mander si le Roi leur voudra pardonner ou châtier les plus coupables. (B. A.) l'ambassadeur MOROSINI a CONTARINI, doge de VENISE. Les rebelles du Vivarais, ayant conçu de nouvelles inquiétude à cause du séjour des troupes du Roi dans cette province et de leurs marches de ce côté, ont abandonné leur première résolution de déposer les armes et de se remettre dans l'obéissance qu'ils doi- vent au Roi, et, par une coupable récidive, ils.persévèrcnt dans le tumulte et dans la contumace. Le château d'Aubenas est toujours assiégé par eux, il résiste encore à leurs attaques, grâce à la dili- gence que le marquis de Castres, lieutenant du Roi de la province, a mise à y jeter une compagnie d'ordonnance en bon état. Le manque de vivres chez les assiégés fait pourtant craindre ici que le château ne puisse résister longtemps. Ce qui est le plus digne de remarque c'est l'abondance de l'argent chez les rebelles et de plus de quatre raille mousquets dont ils sont pourvus, et qui leur servent à se maintenir vigoureusement dans la révolte. Grand nombre de reli- gionnaires sont présentement avec eux, et il n'y a aucun doute que ce tumulte ne soit excité par la Cour catholique et par les États de Hollande. Comme le Roi apprend ces soulèvements avec une colère extraordinaire, les ministres cherchent avec le plus grand soin à cacher l'état réel des choses à S. M., et ils flattent l'esprit du Roi d'un prompt apaisement. La cour ne sait pas encore ce qu'ont fait les troupes royales pour punir les insurgés qui, au nombre considé- rable de plus de douze mille, demeurent sous les armes, avec leur première obstination, dans des lieux très-difficiles, aidés par les gens de la province. Cependant ceux d'entre eux qui ont été amenés dans cette ville, il y a quelques semaines, restent enfermés et gar- dés à la Bastille, accusés de crimes exécrables; le gouvernement désire impatiemment terminer ces graves événements avec la di- gnité qui convient à S. M. (Archives de Venise.) {Traduit de l'italien.) Paris, le 23 juillet 1670. 344 DE ROURE. COLBERT AU MARQUIS DE CASTRIES. A Paris, le 25 juillet 1670. Vous apprendrez par M. de Châleauneuf les intentions du Roi, sur tout ce qui est à faire à l'occasion de l'attroupement des séditieux du Vivarais; ainsi je me contenterai de vous dire que S. M. se promet que par l'arrivée des troupes vous aurez une ample matière d'exercer sa justice et de rétablir son autorité qui a été blessée, en faisant faire une punition exemplaire des auteurs de cette rébellion. (A. M.) l'ambassadeur MOROSINI a CONTARIM, DOGE DE VENISE. Des nouvelles peu agréables au gouvernement arrivèrent hier du "Vivarais; elles confirment l'entêtement des insurgés, et éloi- gnent l'espoir de les ramener à leur première obéissance. Malgré la courageuse résistance des défenseurs du château d'Aubenas as- siégé par les rebelles, ceux-ci ayant pris la ville, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le rapporter, les assiégés étant réduits à une disette extrême, il leur fallut consentir à capituler, et remettre entre les mains des rebelles ce poste important. Fiers de ce succès, les insurgés marchèrent sur Joyeuse, et n'ayant rencontré qu'une courte résistance de la part de celui qui y commandait, ils mirent, par un heureux événement, la ville en leur pouvoir. Le projet des rebelles paraît maintenant être de rendre ce poste déjà important plus considérable par de nouvelles fortifica- tions extérieures. Les troupes du Roi arrivèrent cependant dans la province émue des succès des rebelles, et, comme on leur avait fait faire des marches forcées, elles éprouvèrent des pertes considéra- bles dès leur arrivée par la mort du plus grand nombre des che- vaux, qui périssaient en quelques heures, accablés par la longueur de la route et par l'excessive chaleur de celte saison. A leur arri- vée sur le terrain, les mousquetaires furent pour ainsi dire obligés de se battre à [lied ; dès le soir même, ils rencontrèrent les rebelles en nombre du côté de Joyeuse, dont j'ai parlé plus haut; après cinq heures d'un combat acharné et des pertes notables, les trou- pes royales durent se retirer en abandonnant aux révoltés le champ de bataille et la victoire. Ce résultat malheureux des premières tentatives des armées du DE ROURE. 345 Roi cause aux ministres une peur singulière, ils cherchent à cacher à S. M. l'heureuse désobéissance des rebelles, et méditent conti- nuellement sur les moyens de la réprimer et de l'anéantir. L'expé- rience de M. de Roure, officier réformé, qui est le chef de la ré- volte, la discipline militaire qu'il a su faire accepter aux rebelles, en les partageant en compagnies et en régiments, font que beau- coup de soldats mécontents du service et séduits par l'espoir du pillage ont été les rejoindre. Ce qu'on sait de Tabondance de l'ar- gent dont M. de Roure est pourvu, la sûreté des défilés dans ces montagnes souvent couvertes de forêts, le nombre redoutable des étrangers et des déserteurs, tout cela aggrave les inquiétudes et la crainte, et oblige le ministère à des réflexions sérieuses et inces- santes pour arrêter le progrès et l'extension de pareils désordres; quelques indices du penchant de l'Auvergne à suivre l'exemple de ses voisins augmentent encore les appréhensions de la cour. On a cependant expédié en diligence aux commandants du Roi à Gler- mont des commissions afin d'étouffer dès le principe toute dispo- sition hostile au service du Roi. Le premier soin des ministres est de dissimuler à S. M. ces soulè- vements pour ne pas irriter son esprit par des récils désagréables, ils s'inquiètent de la témérité des plus infîmes sujets du Roi qui osent braver ainsi l'autorité suprême, si prédominante à tous autres égards, et dont les puissances étrangères les plus redoutables crai- gnent les coups trop assurés et cherchent à s'unir et à se serrer ensemble pour y faire contrepoids; ce qui parviendra à ma faible connaissance sur ce très-grave sujet, je le rapporterai successive- ment à Votre Sérénité. On peut s'attendre à des changements im- portants ians les alfaires d'Europe, si cette révolte n'est pas répri- mée promplement et si les rebelles, dont les forces augmentent tous les jours, remportent encore quelques avantages. (Archiver de Venise.) Paris. 30 juillet 1670, {Traduit rie l'italien.) GOLBEllT AU COMTE DU ROURE. A Saint-Germain, le 15 août 1070. Le Roi a élé fort aise d'apprendre que la plupart des commu- nautés du Vivarais soient rentrées dans leur devoir, et même qu'elles se soient saisies des chefs de la révolte, parce que c'est 346 DE RODRE. une preuve certaine de leur repentir, et comme S. M. a été infor- mée des soins et de l'application que vous avez eus pour dissiper 33t attroupement, et pour rétablir son autorité, vous ne devez pas douter qu'elle ne vous sache beaucoup de gré des services que vous lui avez rendus en cette occasion; en mon particulier, prenant au- tant de part que je fais aux choses qui vous touchent, j'embrasserai toujours les occasions de les bien faire valoir. (A. M.) L AMBASSADEUR MOROSINI AD DOGE DE VENISE. Les punitions et les supplices les plus sévères continuent dans le Vivarais pour le châtiment des rebelles. Le chef de la révolte avec quelques-uns des plus endurcis restent encore en sûreté dans les montagnes sans être atteints parles punitions ou les rigueurs de la justice du Roi. Tous les autres ont mis bas les armes et livré aux officiers du Roi les places et les postes qu'ils occupaient. Ils sont soumis aux mêmes impôts et aux mêmes vexations que par le passé, et sont rentrés dans leur ancienne obéissance. On attend sous peu de jours dans leurs quartiers ordinaires des environs de Paris les troupes de S. M., envoyées dans cette province pour apaiser la révolte. Le Roi se réjouit extrêmement de voir de tous côtés souffler un vent propice à sa fortune, à sa puissance et à sa tranquillité. (ARcn. de Venise.) Paris, le 27 août 1670. {Traduit de l'italien.) COLBERT A M. LE CAMUS, INTENDANT A RIOM. A Saint-Germain, le 29 août 1670. M. de Bezous me mande qu'il vous a écrit que Roure et Deslan- des, qui sont les principaux auteurs de tous les désordres du Viva- rais, pourraient se réfugier en Auvergne, et comme il est bien im- portant de se saisir, s'il est possible, de ces deux scélérats-là, je vous prie de donner ordre promptement sur la frontière pour dé- couvrir ceux qui se retireront dans votre généralité, pour les faire reprendre et remettre entre les mains du sieur de Bezons. (A. M.) M. DE SAINT-LUC A COLBERT. A Bordeaux, le 9 septembre 1670. Ayant été averti par M. de Castries que le nommé Roure, chef des séditieux du Vivarais, avait pris la route de cette province pour DE ROURE. 347 se sauver en Espagne ou pour s'embarquer dans nos ports, j'ai envoyé en toute diligence de tous côtés avec la désignation que M. de Castrics m'en avait donnée pour l'arrêter; ce qui a réussi à Saint-Jean-Pied-de-Port, où M. de Saint-Pée, qui commande à Bayonne, et à qui j'avais donné tous les ordres et instructions né- cessaires, avait fait avertir le commandant pour y veiller de sa part. Vous verrez, par la copie de sa lettre, comme la chose s'est passée, dont j'envoie l'original à M. de Châteauneuf. J'ai cru vous devoir rendre compte des soins que j'avais pris en cette occasion pour le service du Roi. (B. N.) M. DE SAINT-PEE A M. DE SAINT-LUC. Ma réponse à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'é- crire vous aura appris que m'ayant été rendue en ce lieu qui est en basse Navarre, j'avais pris les précautions nécessaires pour faire arrêter le nommé Roure, prétendu général des rebelles du Vivarais, s'il passait en ces quartiers, et que j'avais envoyé ordre à Bayonne et dans les passages de Labour pour qu'on s'en saisît, en cas qu'il prît cette route-là. Je viens d'apprendre que M. Du Jal, commandant dans la citadelle de Saint-Jean-Pied-de-Port, à qui j'avais donné avis de la chose avec les marques désignées dans la vôtre pour reconnaître Roure, a arrêté un homme qui voulait pas- ser en Espagne qui lui ressemble fort, si ce n'est pas lui-même ; il est de grande taille, rousseau, marqueté de rousseurs jusqu'au bout des ongles, portant une perruque noire; il s'est dit âgé d'en- viron trente ans, il n'a voulu dire d'où il est natif, sinon qu'il était du pays d'Albigeois; interrogé sur son nom, il a répondu qu'il se nommait Villar; on lui a trouvé un pistolet au-dessus du canon duquel il y a gravé A. Roure, une épée tranchante d'un côté et une scie de l'autre; n'ayant point de papiers sur lui ni de l'argent que pour se conduire jusqu'à Pampelune, où il a dit avoir un frère, et paraît homme de résolution; il est arrivé à Saint-Jean- Pied-de-Port. Voilà tout ce que j'ai pu en apprendre, dont j'ai cru devoir vous rendre compte par le messager qui part aujourd'hui de Bayonne. J'ai su que le commandant de la citadelle de Saint- Jean l'a mis dans un cachot, et j'irai aujourd'hui pour lui recom- mander de bonne sorte. S'il me revient quelques particularités de plus je vous les ferai savoir. (B. N.) 348 DE ROURE. l'ambassadeur MOROSINI a CONTARINI, doge de VENISE. Pour en finir complclemenl avec la révolte du Vivarais et pour établir sur de plus solides fondements l'autorité du Roi, il ne restait à S. M. qu'à s'assurer de la personne de M. de Roure, offi- cier réformé qui en avait été le premier instigateur et l'origine de la rébellion. On fit donc de tous côtés par l'ordre du Roi les dili- gences nécessaires pour l'arrêter. On savait qu'avec peu de gens il avait quitté les montagnes de cette province pour chercher sa sûreté par la fuite. Il se trouva que quelques gardes stationnés à l'extrémité du Roussillon l'arrêtèrent et, malgré sa résistance vigoureuse, l'obligèrent à rester entre les mains du plus fort. Les gardes doutaient encore de son identité, mais on trouva fort opportunément sur les armes dont il était revêtu son nom im- primé en caractères de fer, ce qui décida de la chose et fit redou- bler la garde. Il sera conduit par ces gardes dans cette ville sous peu de jours, afin d'y recevoir la peine du dernier supplice due à ses crimes énormes. (Archives de Venise.) Paris, 1" octobre 1670. {Traduit de l'italien.) LOUVOIS A M. DE BEZONS. A Saint-Germain, le 2 octobre 1670. Toutes les lettres que M. le comte de Guiche a écrites ici depuis qu'il s'est saisi de Roure confirment que c'est certainement lui; comme il l'avoue lui-même, il ne reste plus rien à désirer, si ce n'est qu'en exécution des ordres et routes du Roi, que je vous ai expédiés que les cinquante maîtres des deux compagnies de dra- gons que VOUS avez dû envoyer à M. le comte de Guiche vous l'amènent bientôt pour lui pouvoir faire son procès, et le juger suivant Ténormité de son crime ^ Il m'a mandé qu'il vous avait fait 1. Roure fat condamné à mort et ex(^cuté. Les liabitants du Vivarais conservèrent longtemps un culte religieux pour celui qu'ils regardaient comme un martyr. Quant aux prêtres renfermés à la Bastille, les deux Duroure furent acquittés, et la Bruyère et Constant condamnés h neuf ans de galères, étant « dûment atteints et convaincus « d'avoir assisté avec port d'armes aux assemblées illicites faites dans la province « de Vivarais contre le service du Roi, et accepté la députation de la part des « séditieux et reçu d'eux des deniers levés sans pouvoir sur quelques paroisses du « pays. » Quoique le crime de ces curés fut irrémissible, ils &'éi aient chargés de porter au pied du trône les doléances ne leurs paroissiens écrasés d'impôts; on est surpris de la facilité avec laquelle, sous un gouvernement aussi religieux que celui de Louis XIV, on envoyait les prêtres aux galères. MADEMOISELLE D'ANGLEBERMES. 349 part de tontes les lumières que l'on a tirées de Iloiire, et cela vous servira de quelque ehose pour découvrir les complices secrets qu'il peut avoir, et lorsqu'il sera en votre pouvoir vous saurez assuré- ment tout ce qu'il a de plus caché. Il a été transféré de Saint-Jean- Pied- de-Port à Pau, mais ce changement ne me donne point d'oc- casion d'en faire à la route que je vous ai adressée, puisque pour aller à Saint-Jean-Pied-de-Port il faut passer dans Pau. (A. G.) DEMOISELLE D'ANGLEBERMES ^ Lèse majesté. LE ROI A COLBERT. Septembre 1671. Je vous envoie les lettres et les mémoires que Lauzun a fait de ce que cette femme a dit, vous vous en servirez comme vous juge- rez à propos; mais ne désirant pas rendre cette affaire publique, et ne voulant que tirer d'elle ce qui l'a obligée de faire ce qu'elle a lait, il me semble que M. Pussort pourrait l'interroger en parti- culier, et, après qu'il m'aura rendu compte de ses réponses, je forai ce qui sera estimé à propos. Si vous croyez qu'il en faille faire davantage je vous en donne la liberté. (B. N.) LE ROI A M. PUSSORT. * Septembre 1671. Ayant fait arrêter dans mon château de la Bastille la demoiselle d'Anglebermes, et jugeant à propos pour le biea de mon service de la faire interroger, je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est, aussitôt que vous l'aurez reçue, que vous vous transportiez dans mon château de la Bastille autant de fois que vous l'estimerez nécessaire pour l'interroger. (A. N.) 1. Ordres d'entrée du l" septembre, et de sortie du 28 septembre 1671. Autres ordres d'entrée du 9 août 1682, et de sortie du 27 mars 1(589. Contre-signes Colbcrt. 350 MADEMOISELLE D'ANGLEBERMES. LE ROI A M. DE BESMAUS. La demoiselle d'Angiebermes ayant été envoyée depuis quelques jours dans mon château de la Bastille pour y être gardée, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous la remettiez entre les mains de celui qui vous sera envoyé par l'arche- vêque de Paris, quoi faisant vous serez valablement déchargé. 28 septembre 1C71. Je soussigné certifie que, sur l'ordre ci-dessus, M. de Besraaus m'a remis entre les mains mademoiselle d'Angiebermes. De la Brunetière. (B. A.) Ce 30 septembre 1671. LE ROI A LA SUPERIEURE DES URSULINES A PARIS. Chère et bien-amée, étant bien aise de procurer à la demoiselle d'Angiebermes les moyens de faire son salut en la mettant dans une maison religieuse, en laquelle la bonne et la sage conduite de l'abbesse et la vie régulière des religieuses la puissent confirmer dans la résolution qu'elle a prise, nous vous faisons cette lettre pour vous dire que vous ayez à la recevoir dans votre maison lorsqu'elle vous sera présentée par les ordres de notre cher et bien- amé le sieur archevêque de Paris, si n'y faites faute '. (B. N.) Le 28 septembre 1G71. MADEMOISELLE D ANGLEBERMES A COLBERT. Si M. de Saintes s'était souvenu de vous dire qu'après plusieurs propositions touchant le payement de ma nourriture, je lui ai offert de soumettre mes intérêts au jugement de M. l'archevêque ou de madame votre sœur, et que si elle ne vient pas sitôt et que ce pré- lat n'en veuille pas connaître, je donnerai ce que je prétends de- voir aux religieuses, et que le surplus qui fait notre différend res- terait entre ses mains jusqu'à ce que la justice eût ordonné à qui il appartiendrait; si M. de Saintes, dis-je, avait songé à repré- senter ces choses à Votre Grandeur, je suis persuadée qu'elle n'eût pas repris les deux ordonnances qu'elle avait eu la bonté de me faire expédier. Cependant, quand M. de Saintes ne m'en serait 1. Les Ursulines se consacraient principalement à l'éducation des jeunes filles; leur couvent était situé dans le faubourg Saint-Jacques. MADEMOISELLE D'ANGLEBERMES. 351 pas une suffisante caution, et que je ne serais pas aussi assurée que je la suis qu'un grand ministre comme vous ne fait rien sans avoir bien examine s'il y a de la justice, il suffirait, pour ne m'en laisser aucun doute, du profond respect que j'ai pour vous et de l'oirre que je vous ai déjà faite, il n'y a pas longtemps, de sou- mettre mes intérêts à madame votre sœur, aussitôt qu'elle sera arrivée. Toute la grâce que je vous demande, si elle ne vient pas, et que le Roi ne veuille pas augmenter ma pension de 200 livres par an, qui me sont nécessaires pour payer 400 livres ici, est de persuader Mgr l'archevêque de ne me pas laisser davantage dans une maison où, le payement de ma nourriture n'étant que la moin- dre partie de la dépense qu'il faut que j'y fasse, il m'est impossible de payer plus de 200 livres si le Roi n'a la bonté de joindre aux bienfaits dont il m'honore l'augmentation que je demande; c'est une vérité dont vous ne douteriez pas s'il était permis d'entrer en détail avec Votre Grandeur. (B. N.) A l'abbaye de Chaillot, ce 29 août 1G77. M. LE FOUYN A COLBERT A Paris, le 20 septembre 1677. J'ai vu M. l'évêque de Saintes, auquel j'ai dit qu'ensuite de vos ordres, Monseigneur, j'avais fait faire par la mère dépensière des religieuses de Chaillot les quittances de deux années de la pension de mademoiselle d'Anglebermes montant ensemble à 1,200 liv. que j'ai mis es mains du sieur de La Balle, leur notaire; de cette somme, M. de Saintes trouve bon qu'il en reste es mains de cette dépensière 800 livres pour deux années de la nourriture et loge- ment de cette demoiselle qui écherront au 10 janvier prochain, et que les 400 faisant le surplus des 1,200 lui soient délivrées en baillant une décharge à cette mère dépensière. (B. N.) LE ROI A LA SUPERIEURE DES FILLES BLEUES DE SAINT-DENIS. Chère et bien-amée, voulant que la demoiselle d'Anglebermes demeure quelque temps dans votre communauté, nous vous fai- sons cette lettre pour vous dire que notre intention est que vous ayez à l'y recevoir et garder jusqu'à nouvel ordre, si n'y faites faute. (A. N.) A Versailles, le 29 octobre 1078. 332 MADEMOISELLE D'AiNGLEBERMES. SEIGNELAY A M. DE HARLAY, ARCHEVÈQL'E DE PARIS. A Versailles, le lU juillet 1682. La demoiselle d'Anglebermes ayant représenté que madame de Panthemont* a reçu ordre de ne la point recevoir dans son cou- vent, le roi a bien cru que cet ordre venait de vous; c'est pourquoi S. M. m'a dit de vous écrire pour savoir les raisons que vous avez eues de le donner. (A. N.) RAPPORT A M. PONTCHARTRAIN EN 1697. La demoiselle d'Anglebermes est fille d'un apothicaire d'Orléans, qui dit, il y a vingt ans, qu'elle avait dessein d'attenter à la per- sonne du Roi. Elle l'a toujours dit, et le sieur Tort, exempt des gardes qui l'arrêta, croit que c'était en vue de s'attirer quelque bienfait pour subsister qu'elle s'était avisée de cet expédient. Elle fut prise dans l'église des jésuites, mise à la Bastille, ensuite dans des couvents sous la conduite de M. l'archevêque, d'où étant sortie plusieurs fois, elle fut enfin remise à la Bastille, et envoyée à An- goulême pour le reste de ses jours. Apostille de M. Desgranges, premier commis : Son esprit n'est pas dans une bonne assiette, et elle pense plutôt à sa justification qu'à demander d'entrer dans un couvent ou autre lieu. Apostille de M. de Pontchartrain : Voir à la mettre dans un couvent à Angoulême. (B. N.) PONTCHARTRAIN FILS A M, ROUILLÉ DES FONTAINES, INTENDANT. A Versailles, le 10 août 1706. Il y a au château d'Angoulême une nommée d'Anglebermes, fille d'un apothicaire d'Orléans, qui s'était avisée, il y a vingt-cinq ans, dt; faire confidence à M. l'archevêque de Paris qu'elle avait intention d'attenter à la personne du Roi. Elle fut en ce temps-là arrêtée et mise dans un couvent où S. M. avait la bonté de payer 1. L'abbaye du Verbe-Incarné, dite de Pantliemont, avait été établie en 1643, dans la rue de Grenelle; c'était une maison d'éducation pour les jeunes personnes. L'archevêque craigniiit sans doute qnc la fréqurnta'ion de cette pauvre tille ne leur fut dangereuse. MADEMOISELLE D'ANGLEBERMES. 353 sa pension; elle témoigna tant d'inquiétude dans ce couvent et dans plusieurs autres oh elle ne se trouvait jamais bien, qu'on fut obligé de l'enfermer à la Bastille; elle y a été plusieurs années, après quoi elle fut envoyée au château d'Angoulôme, où elle est depuis assez longtemps. Comme la prison et l'âge peuvent avoir amorti ses visions et changé son tempérament, et qu'il serait à désirer qu'on pût la confiner dans quelque communauté moins ennuyeuse qu'une prison, le Roi m'a ordonné de vous écrire de la voir pour essayer à connaître la situation présente de son esprit, l'entretenir sur son état, voir si elle serait en disposition de prendre celui que je propose et m'envoyer votre avis sur ce qui la concerne ; je crois qu'il est inutile de vous observer qu'il ne faut point qu'elle espère revenir en ce pays-ci et que plus elle sera éloignée, mieux cela sera. 17 novembre 1706. J'ai rendu compte au Roi de ce que vous m'avez écrit par votre lettre du 6 de ce mois au sujet de la demoiselle d'Anglebermes, mais vous avez fait plus qu'on ne vous demandait; S. M. désirait seulement que vous vissiez à la disposer d'entrer dans un couvent, et que vous en proposassiez un où elle pût être reçue, après quoi S. M. aurait fait expédier ses ordres, si elle l'avait jugé h propos; mais vous avez prévenu ses intentions; je vous envoie donc pour rectifier la chose un ordre au commandant pour la laisser sortir, ce qu'il n'aurait pas dû faire sans cela, et un autre ordre pour la faire recevoir dans la maison de l'Union chrétienne d'Angoulème * ; j'aurai soin dorénavant d'expédier sous le nom de la supérieure l'ordonnance de sa pension. A Versailles, 26 décembre 1706. Mademoiselle d'Anglebermes écrit souvent pour changer de lieu, parce qu'elle est naturellement inquiète. Elle s'adresse à M. le chancelier, qui ne se môle plus de ces affaires depuis qu'il a quitté la charge de secrétaire d'État; prenez la peine, s'il vous plaît, de faire dire à cette demoiselle qu'on lui a fait grâce en la mettant dans la maison où vous l'avez mise, qu'il n'est plus ques- tion de revenir ici, qu'il faut qu'elle se tranquillise ; convenez aussi, s'il vous plaît, avec la supérieure de l'Union chrétienne du prix de sa pension et de son entrelènement. (A. N.) 1. Cette maisoD doit avoir été une succursale de la communauté établie à Paris. 23 . 35 'f MADEMOISEi.LI^ D'ANGLEBKRMES. MADEMOISELLE d'ANULEBERMES A M. D'ARGENSON. M. de Rivière marque tellement appréhender de vous donner trop d'affaires, et je crains si fort de lui en être un sujet, que je me trouve dans le même cas à votre éganl. Monsieur, je prendrai la liberté de vous représenter directement que madame de Mar- tinville me fit signifier hier qu'elle ne me nourrira que jusqu'au dimanche de la Passion. J'ajouterai, s'il vous plaît, Monsieur, que comme cette circonstance, jointe à l'extrémité oii je me trouve d'ailleurs, me presse de hasarder avant ce temps-là à demander quelque indemnité cà M. d'Orléans', et que je ne puis sagement l'en- treprendre avant d'être en liberté; il semble m'importer beaucoup que vous ayez la bonté de me l'obtenir en ce fâcheux contre-temps, c'est un honneur que vous m'avez fait espérer, il y a déjà plusieurs mois, et c'est aussi pour essayer d'en profiter que j'envoyai diman- che dernier à M. de Rivière un nouveau placet;je me fîalte que vous n'y trouverez plus rien à retrancher, et que, quand par vos bontés il aura eu son effet, vous voudrez bien charger le même M. de Rivière de ne point délivrer l'ordre qui en sera la marque que je n'aie pris quelques mesures avec lui. (B. A.) A l'Union chrétienne de Saint-Cbaumont-, le 11 mars. LA MEME AU REGENT. A S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, régent du royaume. La demoiselle d'Anglebermes ose humblement représenter à V. A. R. qu'après avoir été longtemps honorée de la prolection et des bienfaits du feu Roi, elle fut arrêtée le 9 août 1682^ et n'en sait pas encore le motif; que des années écoulées en ce grand intervalle, elle en a consommé plus de vingt-quatre au château de la Bastille ou dans celui de la ville d'Angouleme, et qu'elle a passé le surplus à l'Union chrétienne de la même ville, à l'abbaye de Saint-Antoine, aux Filles de la Charité de l- is, et dans cette communauté de Saint-Ghaumont où elle .<• ' • lement détenue, et dans des misères si affreuses, Monseignt .., „t si pernicieuses à sa vue, ob- scurcie d'ailleurs par les ombres et les peines de sa captivité, qu'elle vous demande en grâce. Monseigneur, la liberté de se reti- 1. C'est-i-dire au Régent. 2. Cette communauté était située près la porto Saint-Denis. D'après les statuts elle devait recevoir des filles ou des vcr.ves de qualité pauvres. LK CHEVALIER DR PAUMV. 355 rer au lieu qui lui semblera le plus convenable à ce Iriste état; elle priera Dieu et pour la prospérité do S. M. et pour la gloire des soins que V. A. R. y donne. (B, A.J RAPPORT AU RÉGENT. La demoiselle d'Anglebermes, qui est détenue par ordre du Roi dans la maison de l'Union chrétienne de Saint-Chaumont, à Paris, supplie très-respectueusement S. A R. de révoquer cet ordre, et de 'ui permettre de se retirer oh bon lui semblera. Elle expose qu'elle a été arrêtée le 9 août 1682, et qu'elle a passé trente-quatre ans' dans une détention continu( lie, tant au château de la Bastille que dans celui d'Angoulême, dans l'Union chrétienne de la même ville, dans l'abbaye de Saint-Antoiue, aux Filles de la charité de Paris, et dans la maison de Saint-Chaumont oii elle est encore très- infirme de la vue. Feu M. de Harlay, archevêque de Paris, qui avait demandé cet ordre était parfaitement instruit des motifs qui y avaient donné lieu. Liberté. P. D.s, Telle est l'apostille de la main de S. A. R. sur un extrait sembla- ble à celui-ci, que j'ai envoyé fi M. de la Vrillière le 13 mars 1716. (B. A.) LE CHEVALIER DE PAUMY^. Détoiirnement de fonds. LE PRÉSIDENT PELLOT A LOUVOIS. A Rouen, 22 septembre 1674. J'ai fait arrêter par l'Olficial un religieux camaldule qui était ici, il y a cinq semaines, logé dans une bonne hôtellerie de cette ville, que l'on ne i^avait pas ce qu'il faisait, et il est assez surprenant qu'un homme d'un ordre aussi austère que celui-là, et de la force de ce- 1. La pauvre fille aurait fait près de quarante-cinq ans de pôiiitunco, puisqu'elle avait été arrêtée en 1671; mais il se pourrait être qu'elle eût été mise un instant en liberté avant 1682, époque de sa rentrée à la Bastille; en tout cas, elle a été bien punie pour s'iHre accusée d'un délit imaginaire. 2. C'est-à-dire Philippe d'Orléans. 3. Ordre* d'entrée du 11 aotlt 1672, et de sortie du 11 mai 1675. Contre signés Le Tellier. 356 LE CHEVALIER DE PAUMY. lui des chartreux, soit ici dans une hôtellerie si longtemps, s'allant promener d'un côté et d'autre, et ne vivant pas comme un religieux de cette austérité doit faire ; il se dit de Liège, qu'il vient de Vienne en Autriche et qu'il y retourne, et qu'il a demeuré assez longtemps pour tâcher de faire sortir un beau-frère, nommé Paumy, de la Bastille, ainsi que l'on pourra voir par Textrait ci-joint de son in- terrogatoire; de sorte que si ce qu'il dit est véritable, dont vous nous ferez la grâce de nous éclaircir bientôt, l'on le sortira des prisons de l'ofûcialité où il est, où il mérite bien d'avoir été, quand il n'y aurait d'autre raison si ce n'est celle d'avoir dit longtemps ici la messe sans la permission du grand vicaire. (A. G.) A Rouen, ce 27 septembre lôH. Quant au religieux camaldule, je l'ai fait sortir de prison, et il doit, dans sept ou huit jours, s'embarquer dans un vaisseau qui doit partir pour Hambourg, lui ayant déclaré moi-même que si l'on le rencontrait en France, que l'on l'enverrait en galère. (B. N.) LODYOIS A M. DE BESMAUS. A Versailles, le 30 mars 1675. L'on a présenté un placet au Roi de la part de M. de Paumy, pri- sonnier à la Bastille, pour demander sa hberté; mais S. M., qui ne veut pas la lui accorder qu'il n'ait restitué les 7,500 liv. qu'il a tou- chées pour la levée d'une compagnie de chevau-légers, qu'il n'a pas mise sur pied, m'a commandé de vous faire savoir qu'elle ne désire plus aussi qu'il soit nourri aux dépens de S. M., et vous devez l'avertir qu'à commencer du 1" avril il n'a qu'à pourvoir à sa sub- sistance, parce que vous avez l'ordre de ne la plus mettre sur le compte du Roi. Au camp de Thimon, le 25 mai 1675. L'intention du Roi n'est pas que vous lui comptiez la dépense qu'a faite M. de Paumy depuis qu'il est à la Bastille, et quelque chose qu'il vous dise, vous ne devez point le mettre en liberté qu'il n'ait auparavant payé sa dépense jusqu'au jour qu'il en sortira. Saint-Germain, le 14 février 1677. Le Roi ne désirant pas contribuer plus longtemps à la subsis- tance de M. le chevalier de Paumy, S. M. m'a commandé de vous le faire savoir afin que vous le lui déclariez, afin que dorénavant il pourvoie à sa nourriture. (A. G.) FROGER. 357 FERRACHER^ FROGER dit MAR VILLE et CHAUD0T% DE LESTAPs'G et le prieur DE JUGON^. Faux. LE ROI A M. DE BESMAUS. Ayant ordonné au capitaine Monticourt, exempt des gardes de la prévôté de mon hôtel et grande prévôté de France, de conduire en mon château de la Bastille les auteurs et complices des faussetés qui ont été commises en mon grand sceau ■*, qui lui seront indi- qués par mon procureur général des requêtes de mon hôtel, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à y recevoir les accusés et complices qui seront conduits en mon château, et que vous donniez la liberté à M. de la Reynie, maître des requêtes ordinaire de mon hôtel, commis pour l'instruction du procès desdits auteurs et complices, de les interroger, même de les faire transférer en d'autres prisons, ainsi qu'il l'estimera néces- saire et à propos pour le bien de la justice, moyennant quoi vous en demeurerez bien et valablement déchargé. (A. G.) Saint-Germain, 23 octobre 1672. LOUVOIS A M. DE LA REYNIE. A Saint-Germain, le 1" novembre 1672. Le prévôt général de la connétablie me rendit compte hier de ce qu'il avait arrêté un marchand de chevaux qui avait produit une fausse sauvegarde ^, signée par M. Le Tellier, et Marville de 1. Ordres d'entrée du 11 octobre, et de sortie du 23 décembre 1672. 2. Ordre d'entrée du 16 obtobre 1672. 3. Ordre d'entrée du 20 octobre 1672. Ordre de sortie commun du 23 juin 1674. Ordres contre-signes : Le Tellior, d'Aligre et Colbcrt. li. Le grand sceau était celui de la chancellerie de France. Le Mercure de Hol- lande disait, au mois de mars 1G73 : « M. Le Tellier fit arrêter trois hommes qui, en contrefaisant son sceau, avaient fait plus de quarante millions de dommages au Roi. Il déclara que le sceau était si bien contrefait qu'à peine il l'aurait osé désa- vouer, mais l'écriture en découvrit assez la fausseté. » 5. Les sauve garde donnant la liberté de traverser les armées en temps de guerre devaient être fort utiles à un maquignon, qui tirait de l'étranger sa meilleure mar- chandise, et qui trouvait ainsi le moyen de la débiter à toutes les parties belligé- rantes. 358 FROGER. qui le marchand de chevaux prétend l'avoir reçue, et comme je me ressouviens que c'était le même nom que vous m'aviez nommé, lorsque vous me parlâtes de ceux qui faisaient le commerce de contrefaire ou de raccommoder les expéditions du Roi, je charge M. Legrain de traisférer ces prisonniers à la Bastille et de vous laisser l'instruction de cette affaire; vous trouverez ci-joint des or- dres du Roi pour faire arrêter et garder sûrement à la Bastille Chaudot, desquels vous vous servirez lorsque vous le jugerez à pro- pos, estimant qu'il vaudrait beaucoup mieux le prendre sur le fait que de l'arrêter sans avoir des preuves contre lui ; je m'en remets néanmoins à vous absolument. (A. G.) LE ROI A M, DE BESMAUS. Ferracher, marchand de chevaux, ayant obtenu arrêt des re- quêtes de l'hôtel, par lequel il a été ordonné que, sous mon bon plaisir, il sera mis hors de la Bastille, à sa caution juraloire' de se représenter toutes fois etquantes il sera ordonné, je vous fais celte lettre pour vous dire que je trouve bon qu'après que Ferracher vous aura remis un acte par lequel il promettra de se représenter, suivant ce qui a été porté par l'arrêt, vous le fassiez mettre e n liberté. (A. G.) Verbrie, 23 décembre 1672. LOUVOIS AU CAPITAINE DE SANTIGNY. 26 janvier 1673. Il y a quelque temps que vous avez enrôlé dans votre compa- gnie un soldat nommé Dubois, qui était imprimeur et relieur, demeurant dans la rue Saint-Jacques, à Paris, lequel a quelque part à de fausses expéditions du Roi qui ont été faites par des gens qui sont présentement arrêtés à la Bastille, et comme l'on aura besoin du témoignage de cet homme-là pour la conviction des autres, il est nécessaire que vous me mandiez si Dubois est encore dans votre compagnie, et que vous preniez des mesures pour le pouvoir représenter quand le Roi l'ordonnera, (A. G.) 1. C'est-à-dire qu'il avait promis, avec serment, de se représenter. KKOCKK. :ion de sa femme et de ses autres enfants. Les cxliérédés contestèrent la validité du testament, mais inutilement. 3. Guillaume de Slaupeou, président au parlement de Metz, avait épousé, le 17 juillet 1G69, Marie d'Hauteforr, veuve de M. de Ciiàtsa' neuf. 370 LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. NOUVELLES A LA MAIN. L'on a avis du Vivarais que l'on a pris tous les assassins du mar- quis de Senneferre, et que, comme madame sa mère a été soup- çonnée de les avoir employés, on l'a arrêtée prisonnière pour la mener à Grenoble pour l'interroger sur ce fait K (B.N.) 5 novembre 1671. LE MARÉCHAL DE LA FERTÉ-SENNETERRE A COLBERT. Novembre 1671. C'est avec beaucoup de raison que je mets ma confiance en vous, puisque j'ai reçu des marques de votre amitié dans toutes sortes d'occasions En voici une du funeste accident arrivé dans ma famille qui m'est extrêmement sensible, en laquelle je demande votre secours pour obtenir de la bonté du Roi qu'il ait pitié de mon neveu le chevalier de Senneterre, dont la jeunesse doit excuser les fautes, et toucher la compassion de S. M., il n'a pas quinze ans. Je l'envoyais à Malte au sortir de l'académie, son malheureux des- tin l'a fait rencontrer chez sa mère dans le temps des démêlés de son frère et d'elle; je n'en excuse aucun, je demande la miséri- corde du Roi tout entière, et que mon sang qui n'a jamais été ré- pandu que pour son service ne le soit point sur un échafaud. Ap- puyez, je vous conjure, ma juste requête auprès de S. M.; la goutte m'empêche de la lui présenter moi-même ^. (B. N.) M. DE BEZONS A COLBERT. Je suis venu depuis hier en cette ville pour quelque instruction du meurtre du feu marquis de Senneterre, je m'en retourne de- main à Montpellier. (B, N.) A Nîmes, ce 23 janvier 1672. 1. Maupeou, sa femme et le chevalier de Senneterre s'étaient, aussitôt après le meurtre, retirés à Montélimart; on ne put d'abord mettre la main sur le président, mais le chevalier et sa mère furent arrêtés et traduits devant le présidial de Nîmes. Madame de Maupcou fut condamnée le 17 juin 1672 au bannissement perpétuel, et son mari à mort, par contumace. 2. La veuve de M. de l'Estrange-Senneterre avançait dans sa plainte que le chevalier, après avoir fait charger les fusils des assassins, leur avait dit : tirez, tir z, et qu'il saisit ensuite un mousqueton pour achever la victime. Néanmoins la jeunesse du coupable et les instances du maréchal de La Ferté lui sauvèrent la vie, mais à cette condition qu'il passerait le reste de ses jours en prison, et que madame de l'Estrange-Senneterre jouirait, ainsi que ses enfants, de l'usufruit des biens laissés par son mari. LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. 371 MADAME DE SENNETEHRE * A COLBERT. De Nîmes, ce 15 février 1672. Je sais que voire générosité vous porte i\ protéger les affligés, jamais personne ne l'a été au point que l'est la marquise de Senne- terre; elle a vu tuer et massacrer à coups de fusil son mari à la porte de son logis par sa môre, son beau-père et un petit corps de scélérats et de coupe-jarrets qu'ils avaient postés dans leur maison en des canonières faites exprès pour commettre cet horrible assas- sinat, lequel n'a pas été commis comme la plupart des autres grands crimes qui arrivent ordinairement dans les ténèbres et dont la vé- rité ne peut être découverte que par miracle, il en est autrement au fait présent, puisqu'il est arrivé en plein jour, au milieu d'une ville, et i\ la vue de tous ses haDitants qui en ont rendu témoignage aussi bien que tous les domestiques des accusés; ce n'est donc pas le manquement de preuves qui empêche que ce grand crime ne soit puni. Non, rien ne retarde le jugement que parce que l'ac- tion est trop claire et trop connue; les amis des accusés ne pou- vant sauver ces monstres dans la justice, il n'y a sorte de chicane, de violence et d'oppression qu'ils n'exercent contre la marquise de Senneterre pour lui faire abandonner cette juste poursuite, la voyant délaissée, sans parents, à deux cents lieues de son pays où elle ne connaît personne; son état fait compassion, elle ne reçoit aucune consolation, et n'a d'autre espérance qu'en la seule bonlé du Roi qui s'est déclaré pour la justice, et la protection qu'elle espère que vous lui rendrez auprès de S. M. pour obliger ses juges à faire leur devoir et à expédier cette affaire, qui est la plus noire qui soit jamais arrivée, ainsi que vous en serez mieux informé par le récit ci-joint, après la lecture duquel cette pauvre affligée espère que le ciel qui demande justice de ce panicide. ses pleurs et ceux de deux petites pupilles qui lui restent vous loucheront et vous porteront à soutenir leur intérêt. (B. N.) M. D'ÉFITA A LOUYOIS. Ce 30 juin 1673. M. de Maupeou, accusé d'avoir eu part à l'aflaire de M. de la Ferté-Senneterre, et qui fit tant de bruit il y a déjà quelque temps, 1. Anne de Longueval, marquise de Senneterre, avait été fille d'honneur de la Reine; elle avait épousé M. d' l'Estrange en 1668. « Elle était fort j tlif;, sans avoir jamais fait parler d'elle, dit Saint-Simon. » Elle mourut en l71/(. 372 LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. fut arrêté avant-hier dans Paris, et M. Golbert l'a fait conduire à la Bastille pour y être gardé plus sûrement. (A. G.) LA DUCHESSE DE LONGDEYTLLE AU ROI. Le 4 juillet 1673. Sire, mon malheur me fournit tous les jours quelque occasion d'importuner V. M., mais puisqu'elle m'a fait l'honneur jusqu'ici de m'accorder sa protection, je la supplie très-humblement de me la vouloir continuer présentement que j'ai fait arrêter l'assassin de feu M. de Sennetcrre, nommé Maupeou, qui a été mis par ordre du Conseil de V. M. dans les prisons de la Bastille ; mais comme j'appréhende, Sire, que les présidents de Maupeou à qui ce misé- rable appartient, et qui ont mille fois importuné V. M. en sa faveur, ne surprennent d'elle quelque ordre sous de faux prétextes pour le faire élargir, je suis obligée de représentera V. M. qu'il est ques- tion d'un homme condamné à mort par le présidial de Nîmes et M. de Bezons, ainsi de supplier V. M. de laisser les choses en l'état qu'elles sont jusqu'à son retour; c'est la grâce que je lui de- mande. (A. G.) LE DUC DE LESDIGUIÈRES * A LOUVGIS. A Grenoble, ce 27 décembre 1673. Quoique vous m'ayez fait l'honneur de m'écrire, le 21 du mois passé, que madame de Sennelerre pourvoirait à ce qui était néces- saire à M. le chevalier de Senneterre^, qui est dans cet arsenal, et que je l'en ai depuis priée, il ne s'en est pourtant encore rien fait, et si je n'en eusse eu plus de soin que tout cela, il serait sans habit, et on ne lui avait fourni ni vivres, ni bois, dans la saison où nous sommes; je voudrais bien, Monsieur, n'être pas obligé de vous en écrire si souvent, mais la persécution que me font les marchands qui ont fourni leur bien, et le peu d'ordre que j'y vois donner, me fait vous demander deux choses : la première, qu'on paye ces mar- chands, ou de faire que le Roi permette qu'ils fassent saisir sur les fermiers, en Yivarais, et l'autre, de nous vouloir faire décharger 1. François de Blancliefort, duc de Lesdiguières, maréchal de camp et gouver- neur du Dauphiné, mort le 1" janvier 1677. 2. Jean-Gabriel marquis de Senneterre, comte de i'Estrange, vicomte de Privas, baron de Boulogne, Clieylane et autres lieux, mort le i juillet 1710. LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. 373 du chevalier de Senneterre; ne doutant pas que vous ne jugiez cela raisonnable, puisqu'il doit être indifI6rcnt à madame de Senneterre qu'il soit ici ou ailleurs, pourvu qu'il soit en sûreté, et qu'on lui fournira peut-être mieux ce dont il aura besoin. Apostille de Louvois : Le Roi a réglé que l'on percevrait 100 livres par an pour l'entre- tien de M. le chevalier de Senneterre. (A. G.) LE ROI A M. DE BESMAUS. 12 février 1674. Désirant transférer de mon château de la Bastille aux prisons de la ville de Nîmes, M. de Maupeou, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à le mettre entre les mains du capitaine de Monticourt, exempt de la prévôté. (B. A.) MADEMOISELLE DE l'eSTRANGE AU ROI*. 1678? Sire, ma famille accablée, ne demande point de grâce à V. M. ; nous la supplions seulement, avec un profond respect, d'avoir la bonté de lire ce placet, et de penser qu'il n'est pas absolument impossible que des malheureux puissent jamais rien représenter qui ne soit odieux et ne doive être rebuté. Si V. M. n'a pas déterminé que notre voix doive être étouflee dans un état si douloureux, nous osons espérer qu'un seul moment de réflexion suspendra la croyance qu'elle a donnée aux accusations énormes de la marquise de Senneterre, qui et représenté le marquis de Senneterre comme un monstre indigne de la lumière, de tous les droits naturels, et même d'une justice sévère qu'il demande instamment. Personne n'a vu et entretenu mon frère que les émissaires de ma belle-sœur; il n'est connu et ne peut être connu de personne; il ne se connaît pas lui-même; il avait quinze ans, et n'étant pas en âge de servir dans les troupes de V. M., il pouvait être, sans un mauvais dessein prémédité, avec ma mère, lorsque mon frère aine fut tué. Il gémit depuis sept ans dans une prison rigoureuse, comme un criminel d'Étal, menacé sans cesse, à vingt-trois ans, d'une mort 1. Henriette-Bibiane de Saint- Nectaire, demoiselle de l'Estrange. 374 LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. infâme ou d'une prison perpétuelle, souffrant toute sorte de besoins extrêmes, privé de tout commerce et de toute consolation; on lui dit sans cesse que sa partie est maîtresse de sa vie; on lui offre quelquefois sa liberté et sa grâce, s'il veut passer tous les actes qu'on lui présentera pour abandonner son bien et confesser un crime horrible qu'il n'a pas commis. J'avoue à V. M. qu'il est possible que, sensible à tant de malheurs, il parle quelquefois avec trop peu de modération de la marquise de Senneterre, qui peut être soupçonnée raisonnablement, Sire, de quelque exagération, pour jouir comme elle fait, depuis sept ans, de 10,000 écus de rente de la maison de l'Estrange, auxquelles il est incontestablement substitué, et dont l'abbé de Senneterre, qui n'a que seize ans, doit jouir après lui. Ma belle-sœur. Sire, ne veut pas que mon frère vive; elle ne veut point qu'il meure civilement ni naturellement; elle s'opiniâtre à l'accuser sans permettre qu'il soit déclaré innocent ou coupable... (B. N.) MADAME DE SENNETERRE AU ROI. La marquise de Senneterre se trouve obligée de renouveler au- jourd'hui les plaintes d'un crime qui a fait horreur à V. M. Elle apprend, par la voix du public, que mademoiselle de l'Estrange a présenté un placet à V. M., pour lui demander qu'il soit permis au marquis de Senneterre de faire juger son procès, et cette même voix du public lui apprend qu'elle se sert de beaucoup de fausses raisons, et que ce placet est rempli de plusieurs faits supposés pour appuyer l'injuste demande qu'elle fait à V. M. ; c'est ce qui engage la dame de Senneterre de dresser ce mémoire pour représenter à V. M. tout ce qui s'est passé dans cette malheureuse affaire, lui faire comprendre l'état où elle se trouverait, si mademoiselle de Lestrange pouvait persuader V. M. de la vérité des choses qu'elle avance, et répondre le plus succinctement qu'elle pourra à une partie des raisons qu'elle publie. V. M. a été informée de l'assassinat commis en la personne du feu sieur marquis de Senneterre, dans la maison de sa mère. Sa mère et le chevalier de Senneterre, son frère, auteurs du crime, furent arrêtés ; leur procès fut instruit, et la mère fut jugée et con- damnée au bannissement perpétuel, et les autres complices à la mort. Le chevalier de Senneterre étant aussi sur le point de l'être, et LE PRESIDENT IlE MAUPEOU. 375 ayant même été interrogé sur la sellette, M. le maréchal de la Ferté, son oncle, et mademoiselle de l'Eslrange, sa sœur, qui savaient mieux que personne la peine que méritait son crime, eurent recours à la bonté de V. M., lui demandèrent sa grâce, ou pour mieux dire sa vie, consentant que les biens, quoique substitués fi son profil, fussent conservés à la veuve et aux enfants du défunt sieur de Sen- neterre, pour leur tenir lieu de dommages et intérêts. V. M, eut la bonté d'accorder cette grâce aux services de M. le maréchal de la Ferté, et fit expédier des lettres d'abolition avec la clause que les fruits des biens substitués appartiendraient à la veuve et aux en- fants; V. M. ayant considéré qu'il n'était pss juste qu'un frère tirât ainsi avantage de l'assassinat par lui commis en la personne de son frère et profitât des biens qu'il s'était acquis par son crime, qu'il n'avait apparemment commis que dans cette vue. L'affaire est demeurée en cet étal depuis le mois de mars 1672, le chevalier de Senneterre n'ayant point réclamé contre sa grâce, qu'il reçut alors comme le seul moyen de lui sauver la vie et la honte de l'échafaud, n'ayant pas môme voulu présenter aux juges ses lettres d'abolition. Aujourd'hui, mademoiselle de l'Estrange présente un placet à V. M. pour demander qu'il soit permis à son frère de faire juger son procès, c'est-à-dire qu'il lui soit permis de renoncer à la grâce qu'elle a sollicitée elle-même. La marquise de Senneterre n'ayant point eu communication de ce placet, elle ne peut savoir les raisons dont se sert mademoiselle de l'Estrange pour appuyer une demande aussi extraordinaire que celle-là; elle se contentera de supplier V. M. défaire quelque ré- flexion sur les considérations qui suivent. La première, que si le procès du chevalier de Senneterre n'a pas été jugé, ce n'a pas été par le silence de la marquise de Senneterre; sa conduite a fait voir l'empressement qu'elle avait de venger la mort de son mari ; elle y était engagée par mille raisons trop fortes pour lui permettre de ne pas poursuivre un crime qui faisait hor- reur à tout le monde; le procès même était en étal d'être jugé, et par l'événement du jugement, elle avait lieu d'espérer une puni- lion entière de l'assassinat de son mari, ou si les juges sciaient relâchés de la rigueur des lois sur les instantes prières de la famille, on lui aurait conservé, et à ses enfants, la jouissance des biens de leur père, puisque le coupable et la famille y consentaient alors ; et 376 LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. par ce jugement, les choses auraient été assurées et sans retour ; mais V. M. ayant jugé à propos de suspendre les foudres de la jus- tice, la raarquiso de Senneterre a soumis ses ressentiments aux volontés de V. M. ; elle les a conservés dans son cœur, et aujour- d'hui l'on veut faire passer son obéissance pour un défaut de preuves et pour une vexation. La deuxième considération que la marquise de Senneterre re- présente à V. M., est l'impossibilité où elle serait présentement de poursuivre le jugement de cette affaire qu'elle a abandonnée dans le temps où il n'y avait que trop de preuves du crime, lesquelles sont péries ou beaucoup diminuées par la mort d'une partie des témoins, et par le soin que le chevalier de Senneterre aura pris de faire évader ceux qui restent; c'est dans cette vue, apparemment, que mademoiselle de l'Estrange demande présentement qu'on fasse le procès à son frère, et que, dans l'impunité d'un crime effroyable, elle espère enlever à la veuve d'an mari assassiné par son frère, et à ses enfants, la seule réparation qu'ils ont pu obtenir. La troisième considération est que la marquise de Senneterre se trouverait par là exposée à recommencer de nouveau une affaire de douleur, une affaire de dépense infinie, et qu'elle n'est point en étal de soutenir, ayant consommé déjà une partie des grâces que V. M. lui a faites lors de son mariage à la poursuite de ce procès. Mais Sire, comment la demoiselle de l'Estrange peut-elle vou- loir engager son frère à renoncer à une grâce qu'on a eu tant de peine à obtenir de V. M, et à faire juger son procès, après avoir joui pendant sept années du bénéfice de cette grâce; la raison, l'équité et les lois peuvent-elles autoriser une chose aussi injuste ; ce serait abuser de la bonté de V. M., mépriser ses grâces et rendre illusoires les lettres sur lesquelles on s'est reposé pendant sept années; la dame de Senneterre ne cherche point de lois ni d'exemples pour détruire la prétention de mademoiselle de l'Es- trange, n'y en ayant point du malheur dans lequel elle se trouve de voir son mari assassiné par son propre frère, qui, par ce moyen, veut s'ouvrir une succession qu'il enlève aux enfants du défunt par son crime, et qu'il veut se conserver par son impunité, ou les faire passer à un autre frère qui, par ce moyen, profiterait de l'assassi- nat de son frère aîné. Ces pressantes raisons ont touché la bonté et la justice de V. M., qui voulant accorder la grâce du coupable, a LE PRÉSIDENT DE MAUPEOU. 377 voulu en môme temps assurer une subsistance à la veuve et aux enfants du mort, en leur donnant la jouissance d'un bien qui ne peut, dans l'esprit d'aucune loi, a[)partcnir à un frcro qui a trempé la main dans le sang de son frère; il a même reconnu son crime par ses lettres ; certainement il n'est plus recevable à s'en départir, et l'on peut dire qu'il n'est plus question de lui faire son procès, puisque V. M. a imposé silence à la veuve et aux enfants lorsqu'ils étaient en état de recevoir la réparation due à la mort de leur père. Ces réflexions devraient arrêter mademoiselle de l'Estrange; mais elle fait bien voir que son intérêt particulier lui fait oublier celui de la famille, puisqu'il l'aveugle au point de vouloir remettre au jour un crime le plus horrible dont on ait jamais entendu par- ler, et faire revoir devant des juges un procès dont le jugement aurait mis son frère et son nom sur l'échafaud, et cela, dans la vue de s'accommoder, ou avec le criminel, ou avec son troisième frère bénéflcier et incommodé, pour partager avec lui un bien qu'elle veut ôter aux enfants de son frère aîné, et les réduire à ne pouvoir soutenir leur condition, qui a été jusqu'ici le seul but de leur mère. La dame de Senneterre ne peut se dispenser d'ajouter à ce mé- moire que mademoiselle de l'Estrange publie qu'elle a tiré plus de 400,000 francs de revenu des terres substituées; ce sont de fausses impressions qui se détruiront aisément en faisant connaître à Y. M. que tous les biens substitués ne vont pas à 2,000 livres de rente, dont elle n'a presque point joui par les traverses continuelles qui lui ont été suscitées sur les lieux, et sur lesquelles elle a fourni à l'entretien du chevalier. Ainsi, cette jouissance n'approche pas, à beaucoup près, des dommages-intérêts qui lui sont dûs, et qui lui auraient été adjugés assurément par le jugement du procès. 11 ne faut point d'autre preuve de ce fait que la légitime de made- moiselle de l'Estrange, qui a été réglée ces derniers jours par M. d'Ormesson et trois autres arbitres, par arrêt du Parlement. Ces considérations font espérer à la marquise de Senneterre que S. M. lui conservera, et à ses enfants, ce qu'elle a eu la bonté de lui accorder. Au dos est écrit : Madame la marquise de Senneterre supplie Monseigneur' de lire ce ipéniuire pour o-'informt r de l'aifaire qui doit être rapportée ce matin. (B. N.) 1. C'est-à-dire Colbert, qui devait assister au conseil pour entendre le rapport. 378 LE MARQUIS DE MARTEL. LE CHEVALIER DE SENNETERRE A SEIGNELAY. J'ai appris par mon homme d'affaires, qui depuis sept mois est à la suite de la Cour pour demander en mon nom justice au Roi des calomnies de madame de Senneterre, ma partie, qui veut m'o- bliger par ses brigues d'accepter un accommodement pour le prix de ma liberté, au préjudice de mon innocence et démon honneur, auquel je ne consentirai jamais, quoiqu'elle me fasse dire par toutes sortes de personnes, et depuis peu par quatre récollets, un capi- taine de dragons du régiment Dauphin, et bien d'autres personnes, que si je n'accepte ce parti, qu'elle avait le crédit en main, pour toute ma vie me faire rester dans les prisons, où depuis quinze ans elle me détient injustement. Ces discours, Monseigneur, ne feront jamais aucune impression sur mon esprit, sachant, pour ma con- solation, que le Roi est juste, qu'il aime la justice, et veut qu'elle soit rendue également à tous ses sujets. Je la demande par votre entremise, Monseigneur, à S. M., la suppliant de m'accorder, pour toute grâce, des juges, afin d'examiner mon innocence ou mon prétendu crime dans la rigueur des lois, remettant au surplus mes intérêts civils entre les mains du Roi, ainsi que je vous supplie de faire entendre à S. M. *. (R. N.) A l'Arsenal de Grenoble, ce 11 mai 1686. Le marquis DE MARTELA Insubordination. SEIGNELAY AU VICE-AMIRAL COMTE D ESTREES *. J'ai rendu compte à S. M. de tout ce que vous avez écrit à mon père au sujet de M. Martel, et elle m'a ordonné de lui écrire que 1. Le chevalier demeura vingt-ci-nq uns en prison, au bout desquels il parut dans le monde, avec un air fort hébété, dit Saint-Simon. 2. Ordres d'entrée du îà octobre 1673, et de sortie du 6 février 1674. Contre- signés t'olbf'rt. M. de Martel avait été successivement capitaine de vaisseau en 1635, chef d'esca- dre en 16/|2, et linutenant-pénéral depuis 1656. 11 mourut au mois d'avril 1681. 3. Jean, comte d'Estrées, vice-amiral et vice-roi des îles d'Amérique, néenl624, mort à Paris le 19 mai 1707. L'état-major de la marine se composait d'un amiral, de trois lieutenants-géné- raux e! de plusieurs chefs d'esc idro. En 1669, lors de la disparition du duc de Beaufort^ amiral de France, le Roi fit amiral le comte de Vermandois, son fils LE 'MARQUIS UE MARTEL. 37U son intention est qu'il vous obéisse en toutes choses comme un capitaine particulier. A l'égard des sujets do plaintes qu'il a formées contre vous. S. M. vent que vous continuiez à lui tlonner les ordres de la même ma- nière qu'il est accoutumé, c'est-à-dire: il est ordonné au sieur marquis de Martel, lieutenant-général, etc., sans entrer dans les expédients i|u'il vous avait proposés de ne point mettre son nom ; et pour les deux autres plaintes, de ce que vous ne lui donnez pas la main et la porte sur le vaisseau que vous commandez \ et de ce qu'il n'a pas été salué du canon et de la voix, elles paraissent si mal fondées que S. M. n'a pas voulu croire qu'elles vinssent de lui (A. M.) A Nancy, lo 14 août 1G73. COLBERT AU MEME. 19 août 1673. J'ai envoyé à mon fils la lettre que vous avez bien voulu lui écrire, qui était jointe à celle que vous m'avez adressée, en date du 12 de ce mois, ensemble le mémoire que M. de Martel vous a naturel; on était habitué à voir cette place remplie par un membre plus ou moins légitime de la famille royale, et cela parut tout simple. Comme le nouveau chef de la flotte était un enfant, le Roi lui adjoignit un vice-amiral, le comte d'Estrées, officier trî;s-disiingué, mais qui avait toujours servi à terre. Les lieutenants-géné- raux Duqucsne, M. de Rabesnières et M. de Martel, surtout, accueillirent très-mal celui qu'ils regarda'.ent comme un intrus. M. d'Estrées, fort de ses anciens services et de sa naissance, appnjé sur la faveur du Roi et des ministres, il était allié à M. de Lionne et fort bien avec Colbert, reçut leurs plaintes avec les dédains d'un grand seigneur et la hauteur d'un chef qui veut faire respecter son grade et la discipline. A notre époque, pas un général ne voudrait prendre le commandement d'une flotte, les connaissances techniques du militaire et du marin sont trop différentes, mais alors les ofliciers de marine, quand ils s'étaient bien battus, pensaient avoir rempli tout leur devoir, le soin de la navigation était abandonné à des subalternes, qui tenaient à peu près le rang des conducteurs de train sur les chemins de fer; pour un officier, le courage était la seule condition obligatoire, aussi les permuta- tions de l'armée de terre dans la marine n'étaient pas rares. La promotion de M. d'Estrées n'avait donc rien d'extraordinaire, mais il est probable que M. de Martei, qui était le doyen des lieutenants-généraux, avait espéré le grade de vice- amiral pour lui-même, et qu'il fut piqué de rester subalterne et d'être soumis aux ordres de son cadet. Sa rancune faillit avoir les plus graves conséciuence;. Ruyter tenait en échec lus flottes de la France e: de TAnglcterre, M de Martel reçut l'ordre de joindre, avec dix vaisseaux, l'escadre de M. d'Hstrées. Dès les premiers jours la mésintelligence éclata entre eux, et l'on va voir quelles en furent Ifs suites. 1. C'est-à-dire q'u; AL «ic Martel demandait à prendre la droite sur M. d'Estrées, et àpasFcr à la porte de rapparieineut le premier, devant l'amiral. 380 LE MARQUIS DE MARTEL. envoyé ; sur quoi je vous dirai que je ne sais pas quelle résolution le Roi prendra, mais je doute seulement qu'il soit du service de S. M., sur des premières fautes que des officiers principaux peu- vent faire pour ne savoir pas encore de quelle sorte S. M. veut être servie, de les exclure du service, et qu'il serait peut-être plus con- venable de leur expliquer fortement les intentions de S. M., après quoi, s'ils retournaient à faire des fautes, il n'y aurait pas à hésiter à les exclure du service. (A. M.) COLBERT A M. DE MARTEL. 19 août 1673. Je suis obligé de vous écrire ces lignes, pour vous dire que si vous ne prenez garde à obéir aveuglément pt à avoir une entière déférence pour les ordres de M. le vice-amiral, sans écriture, pro- cès-verbaux ni autre sorte de chicane de quelque nature que ce soit, vous recevrez des marques contraires à la satisfaction du Roi que vous souhaitez; et pour entrer un peu plus en détail sur cette matière, je vous dirai que le discours que vous avez tenu dans le conseil de guerre, l'écrit que vous avez envoyé à M. le vice-amiral, et tous les sujets de plainte que vous avez formés contre lui ne se peuvent soutenir en aucune façon; et quand même vous auriez raison, le Roi nécoutera jamais les raisons d'un subalterne contre son général, S. M. voulant une obéissance et une déférence en- tières de tous les officiers de ses armées, de quelque qualité qu'ils soient, envers celui qui a l'honneur de commander ses armées '. (A. M.) CROISSY A COLBERT. A Londres, ce 28 août 1673. Vous verrez par la copie de la lettre que j'écris à M. le marquis 1. Cette lettre arriva trop tard; dès le 21 les flottes de France et d'Angleterre livraient bataille à l'armée navale de Hollande. Ruyter avait attaqué les alliés; le choc fut rude avec les Anglais, mais l'amiral français se retira de la mêlée, sans vouloir entendre aux signaux d'appel que lui fais; it le prince Bobert : à peine lâcha-t-iî quelques volées sur les vaisseaux ennemis lorsqu'ils passèrent en fuyant à travers son escadre. M. de Martel, de son côté, feignit de ne pas comprendre l'ordre de retraite que lui donnait M. d'Estrées, et il battit, avec ses dix navires, la flotte de Zélande. Si la colère ne l'avait pas aveuglé, il aurait deviné que M. d'Es- trées n'avait pas agi sans avoir l'ordre secret de laisser les Anglais et les Hollandais s'entre-détruire au profit de la France. LE MARQUIS DE MARTEL. 381 de Seignelay, combien les relations que M. le prince Robert * a en- voyées au Roi d'Angleterre de ce qui s'est passé au dernier combat sont injurieuses à l'escadre de S. M., et ce qu'il a écrit au chance- lier 2 est encore, à ce que j'apprends de toutes parts, beaucoup plus offensant pour vous; mais comme leRoi d'Angleterre et ses minis- tres en sont autant et plus indignés contre ce prince que nous avons sujet de l'être, et qu'ils me prient d'adoucir toutes choses et de porter M, le comte d'Estrées et tous ceux qui commandent les vaisseaux de S. M. de dissimuler leur mécontentement ^ je crois qu'il est du service du Roi d'en user comrne on le désire ici, d'au- tant plus que dans quinze jours ou trois semaines au plus les vais- seaux anglais rentreront dans la Tamise et l'escadre de S. M. s'en retournera dans les ports de France, que d'ailleurs on m'assure fort que le prince Robert n'aura aucun commandement l'année prochaine (B. N.) LE MAJOR DE LA PIOGERIE ■* A M. D'eSTRÉES. Je suis arrivé ici le plus à propos du monde, car on ne parlait de rien moins à Londres que d'exterminer tous les Français qui y sont, à cause de la prétendue trahison qu'ils disent que nous leur avons faite dans le dernier combat, et qu'il faut demander justice au Roi notre maître là-dessus et particulièrement de votre per- sonne; enfin ils disent qu'il n'y a que M. de Martel et deux autres Français qui se soient battus. Ce sont des sottises et faussetés que tout le monde dit dans Londres, et la faction du chancelier et plu- sieurs autres gens de qualité dont le prince Robert en est, qui leur a envoyé une relation à sa mode. Le Roi fut ravi de me voir, et me demanda fort de vos nouvel- 1. Robert de Bavière, prince Palatin, duc deCumberland, grand écuyer et amiral d'Angleterre, chevalier de la Jarretière, né en 1619, mort le 19 décembre 1682. 2. Lord Shaftesbury, qui fut destitué le 9 novembre suivant. 3. La conduite de Charles II et de ses ministres est bien extraordinaire, s'il est véritable, comme Evelyn l'écrit à Pepys, secrétaire de l'amirauté, pour l'avoir vue, que le conseil d'Angleterre avait intercepté une lettre de *** (probablement M. d'Estrées) au Roi de Fiance, où sa conduite était dévoilée. Charles et le duc d'York, son frère, étaient tous deux trop habiles marins pour se faire illusion sur la manière dont M. d'Estrées s'était battu, et s'ils ne voyaient pas clair c'est qu'ils fermaient les yeux; il n'y a qu'une explication possible, le Roi et la cabale étaient aux gages de Louis XIV, ils préféréfrent subir tous les affronts plutôt que de perdre leurs pensions. 4. Hérouard de la Piogerie, nommé major de la marine de Ponant le 7 janvier 1672, capitaine de vaisseau le 23 septembre 1673, tué à Tabago le 3 mars 1677. 382 LE MARQUIS DE MARTEL. les; et quand il fut habillé, il me fît entrer dans son cabinet avec M. l'ambassadeur, et me dit qu'on se plaignait fort de nous, et que je lui dise la vérité. On m'apporta du papier, et avec un crayon je lui fis voir comment le combat s'était donné et tous les mouve- ments que l'escadre de France avait faits à l'heure que nous joi- gnîmes les ennemis et M. le prince Robert, et que nous ne jugeâ- mes pas à propos de perdre l'avantage ' du vent à deux heures et demie du soir; le roi fut fort satisfait et dit qu'il y mettrait bon ordre et qu'il n'avait jamais cru ce qu'on lui avait mandé contre nous; il regretta fort M. d'Estival-. Ensuite je fus chez JM. le duc d'York, et lui rendis votre lettre ; il me tint dans son cabinet seul à seul plus d'une heure, qui sautait de joie, et s'en fut incontinent trouver le Roi. Je fis le même jour la même chose à mylord Arling- ton, qui me pria de lui faire une peiite relation de ce que nous avions fait ; je la lui envoyai hier après que M. l'ambassadeur y eut mis la main et ôté les choses superflues. Si je ne fusse venu, on allait imprimer un gazette sanglante contre nous qu'on a empê- chée. Le colonel Hord envoyé du prince est enragé, disant que sa relation est véritable; on lui a répondu à la cour qu'on me connais- sait pour un véritable homme d'honneur. Cela m'attire toute la cabale contre moi, et Uiins Londres on ne parle que de moi. M. l'ambassadeur dépêcha aussitôt un courrier à Paris et de là à Brisach où est le Roi. Si j'avais été en état, il n'au- rait tenu qu'à moi d'y aller. J'appris à Yarmouth les sottises que les gens des envoyés du prince disaient, cela me fit presser davan- tage et je m'écorchai tout sur ces selles anglaises, et pour m'ache- ver de peindre, un cheval tomba sur moi qui me pensa écraser. Cela sera cause que je ne vous irai pas joindre si tôt que j'aurais fait. M. le duc d'York m'a chargé de le voir souvent. Le bruit court ■ici que son mariage est rompu. M. l'ambassadeur vous mande assu- rément toutes choses ; on ne croit pas de paix. (B. N.) Ce 28 août 1673. COLBERT AU MEME. J'ai reçu la relation du combat qui m'a élé apportée par votre 1. Avoir l'avantage du vent, c'est être entre l'ennemi et le point d'où souffle le vent, ce qui donne la possibilité de l'attaquer où de l'éviter à volonté. 2. M. d'Estival était un Français, capitaine de vaisseau, qui avait été tué dans le combat du 7 juin. LE MARQUIS DE MARTEL. :i^B secrétaire, et je V:\\ fait partir aussitôt pour la porter au Uoi ; je vous dirai seulement que je l'ai trouvée si modeste que je ne puis m'empêcher de vous dire qu'il vaudrait quasi mieux que vous n'en envoyassiez point au Roi, et que l'on no peut presque tirer par tout ce qu'elle contient ce que vous avez elfectivement fait, qui est d'a- voir conservé l'avantage du vent, d'avoir enfoncé et percé re:>cadre deZélande*, et d'être retourné ensuite pour le secours de M. le prince Robert; et je ne puis m'empêcher de vous dire ce que je vous ai déjà dit beaucoup de fois, qu'il est absolument nécessaire que vous changiez de style, parce que celui dont vous vous servez atténue extraordinairement et anéantit presque les actions que vous faites ; il est fort louable que vous soyez si modeste à votre égard, mais votre modestie ne doit pas s'étendre sur les armes du Roi, dont vous êtes obligé de soutenir l'éclat. Dieu me garde de vous persuader de dire des choses fausses , mais je crois vous devoir dire que vous devez au moins relever les véritables et les mettre en leur jour (A. M.) A Sceaux, le 29 août 1673. CROISSY AU MÊME. A LondreSj le 29 août 1673. Vous avez très-prudemment fait de nous envoyer ici M. le ma- jor, et quoique le Roi d'Angleterre, M. le duc d'York et les princi- paux ministres de cette cour aient témoigné hautement ne pas ajouter foi aux mauvais bruits qui ont couru ici de l'escadre de France, sur les lettres que M. le prince Robert a écrites au Roi et au chancelier ; néanmoins il était nécessaire que le major donnât moyeu à S. M. B. et à S. A. R., par le compte exact qu'il leur a rendu de toutes choses, de désabuser le monde de l'injuste soup- çon qu'on voulait donner d'une intelligence entre la France et les ennemis, qui est la plus ridicule chimère qu'on pouvait débiter ; cependant, quelque juste sujet de ressentiment que nous ayons contre le prince Robert, le Roi d'Angleterre désire que vous et tous ceux qui sont sous votre commandement le dissimuliez, et je crois qu'il est du service de S. M. de n'en rien témoigner, d'autant plus 1. Coibert tnf t au compie de M. d'Estrées ce qui appaneuait à M. de Martel; on est affligé de voir un ministre de cette valeur s'abaissir à de semblables mensonges. 384 LE MARQUIS DE MARTEL, qu'on me fait espérer que dans quinze jours les vaisseaux anglais se retireront dans la Tamise, et qu'il vous sera permis dans le même temps de retourner dans les ports de France sans entrer dans la Tamise, et pour l'année prochaine je vous puis assurer qu'on n'est pas ici assez satisfait du prince pour lui donner aucun commandement; que cela demeure entre vous et moi, s'il vous plaît. (A.. M.) CROISSY A COLBERT. A Londres, ce 31 août 1673. La lettre qu'il vous a plu me faire l'honneur de m'écrire, du 46 de ce mois, m'a été rendue aujourd'hui, et comme vous avez déjà été informé par M. Chapelain de ce qui s'est passé au dernier combat, et par mes lettres à M. de Seignelay de ce que M. le prince Robert en a écrit au Roi d'Angleterre de désavantageux de l'es- cadre du Roi notre maître, je ne rebattrai plus une matière qui m'a déjà donné bien du chagrin par le mauvais efiet qu'elle a pro- duit dans toute cette ville; je puis seulement vous assurer que S. M. B. est très-satisfaite de la relation que lui en a faite M. He- rouard, major de l'escadre de France, et fort mécontent de la manière d'agir et d'écrire du prince Robert, en sorte que nous n'avons pas sujet d'appréhender qu'il commande l'année prochaine, et pour celle-ci nous avons peu de temps à patienter, mylord d'Ar- lington m'ayant dit, ainsi que je me suis donné l'honneur de vous l'écrire, que dans le 15 septembre nos vaisseaux pourraient s'en re- tourner dans les ports de France. (B. N.) CROISSY A M. d'eSTRÉES. A Londres, ce 5 septembre 1673. M. le major s'en retournant auprès de vous, je ne peux rien ajouter par cette lettre aux informations qu'il vous donnera de tout ce qui s'est passé ici depuis le dernier combat, lui ayant dit tout l'entretien que j'eus hier avec le Roi d'Angleterre sur ce sujet. Si vous avez quelque nouveau moyen pour effacer entièrement les dernières impressions qu'ont faites sur l'esprit de S. M. B. les ré- ponses de M. le prince Robert, il vous plaira de me les renvoyer au plus tôt. Je crois que dans huit ou dix jours il vous sera permis de retourner dans les ports de France et que sur votre rapport le Roi, LE MARQUIS DE MARTEL. 385 notre maître, remédiera, pour l'année prochaine, à la mésintelli- gence qui nuil à son service et à la réputation de ses armes. (B. N.) CROISSY A COLBERT. A Londres, ce 7 septembre 1673. Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, du 30 août, et vous verrez, par la copie de celle que j'écris à M. de Seignclay, la raison pour laquelle on a retenu ici celles du précédent ordinaire et tout ce qui s'est pa?sé sur le sujet des plaintes que M. le prince Robert a faites contre M. le comte d'Estrées; le pre- mier, depuis son retour, parle bien plus honnêtement des Français, et dans un entretien qu'il vient d'avoir avec M. de Canaplcs, lorsque je suivais le Roi d'Angleterre, je l'ai entendu parler avec beaucoup de radoucissement, ce que j'attribue à la manière obligeante et ferme avec laquelle le Roi d'Angleterre a soutenu la justice du comte d'Estrées. (B. N.) BROUILLON d'une LETTRE DE COLBERT A M. DE MAÎITEL. 9 septembre 1673. A l'égard des plaintes contre M. le comte d'Estrées, il était bien difficile que S. M., faisant observer une exacte discipline dans ses armées de terre, pût ajouter foi aux plaintes d'un officier contre celui qui le commande. Que quand même les siennes seraient bien foriv^ées, il aurait rendu sa cause mauvaise en s'exemptant d'aller abord de M. le comte d'Estrées, parce qu'il faut toujours que le bien du service aille toujours devant les chagrins paiticuliers qu'on peut avoir, étant impossible que le manque de communication entre les officiers principaux n'y porte un fort grand préjudice; c'est pourquoi S. M. m'a ordonné de vous dire qu'elle veut que vous alliez voir M. le comte d'Estrées dans son bord, et que vous vous y trouviez dans les occasions où vous devez y être présent. [ (A. M.) SEIGNELAY A M. d'ESTRÉES. J'ai lu au Roi la relation du combat donné contre la flotte de Hollande le 20 du mois passé, et S. M. m'a ordonné de vous témoi- gner la satisfaction qu'elle a de la valeur et de la bonne conduite 2o 38(i LE MARQUIS DE MARTEL. que vous avez montrées aussi bien dans cette occasion que dans les deux autres de celte campagne; il ne reste rien à souhaiter, si ce n'est que vous releviez un peu davantage les belles actions que vous faites et que vous n'en parliez pas si modestement; à quoi vous devez être môme excité par la conduite que tiennent les enne- mis, qui n'ont pas manqué de faire imprimer des relations par les- quelles il paraît qu'ils ont battu les flottes royales avec un entier avantage, et quoiqu'il ne faille pas les imiter dans la fausseté de leurs relations, on peut orner la vérité et la faire connaître avec éclat. M. l'ambassadeur d'Angleterre ayant fait savoir à S. M. que le prince Robert avait envoyé en Angleterre des relations désavanta- geuses pour l'escadre de France, et qu'il était à craindre que, dans la disposition d'esprit oti il est à présent, il ne continue pas à ap- porter les facilités qui pouraient dépendre de lui, S. M. m'or- donne devous dire qu'elle veut que vous vous appliquiez avec grand soin à bien vivre avec lui afin de le convier par ce moyen à faire la même chose, à quoi elle ne doute pas que vous ne réussissiez* Je lui ai rendu compte des sujets de plaintes que vous avez contre M. de Martel, et quoiqu'une partie de ses prétentions soit mal fon- dée, cependant S. M. m'a ordonné de vous dire que les ordres' que les généraux de terre donnent à leurs lieutenants- généraux n'étant point conçus en ces termes : Jl est ordonné au sieur , et qu'ils les nomment ordinairement M., elle estime à propos que vous fassiez la même chose à l'égard du sieur de Martel. (A. M.) A Nancy, le 9 septembre J673. CROISSY AU MÊME, A Londres, ce lli septembre 1673. Vous n'êtes pas si indigné que moi du procédé de M. de Martel; non-seulement je suis persuadé de tout ce que vous m'en écrivez, mais je vois de plus que tout ce que les plus grands ennemis de la France s'efforcent défaire tous les jours ici pour en ruiner l'alliance avec l'Angleterre ne nuit pas tant au service de S. M. que les rela- tions qui courent à présent sous son nom, et dont je tâche d'avoir une copie pour vous l'envoyer. J'ai cependant rendu votre lettre 1. Il est évident que l'on craignait d'irriter le prince Robert, et qu'il ne dit encore plu s de vérités qu'il n'en avait déjà mises au jour. LE MARQUIS DE MARTEL. 387 au Roi d'Angleterre, et je lui ai fait voir en môme temps par une vé- ritable démonstration de ce qui s'est passé qu'il n'y a rien à blâmer dans tout ce qu'a fait l'escadre de France, sinon que M. de Martel n'a pas assez arrivé dans les eaux du prince Robert. M. de Saint- Amant a oublié de me laisser la copie de l'ordre que vous avez donné à tous les capitaines, et il est nécessaire que vous me l'en- voyiez au plus tôt, parce qu'il me servira fort à désabu^^er le monde des faux bruits qui courent. (A. M.) SEIGNELAY AU MÊJIE. A Nancy, le 15 septembre 1673. S. M. avait déjà appris par les lettres de M. l'ambassadeur d'An- gleterre les bruits désavantageux que M. le prince Robert avait fait courre contre l'escadre de France, mais elle m'ordonne de vous dire qu'elle est fort persuadée que vous avez fait dans la dernière occasion tout ce qu'elle attendait de vous, et que les mauvaises intentions du prince Robert lui sont trop connues pour que tout ce qui vient de sa part puisse faire aucune impression sur son esprit. (A. M.) SEIGNELAY A GROISSY. A Nancy, le 15 septembre 1673. S. M. a été fort satisfaite du soin que vous avez pris d'éviter qu'on n'imprimât, en Angleterre, la relation telle que le prince Robert l'avait envoyée, et que vous en ayez fait faire une par le major des vaisseaux aussi véritable et aussi avantageuse à l'escadre de France que celle du prince Robert l'était peu A Nancy, le 17 septembre 1673. S. M. a été fort surprise de la relation de M. de Martel que je lui ai lue, et pour empêcher les suites de tous les discours qu'il atenus, si contraires à la gloire de ses armes et si préjudiciables au bien de son service, elle lui donne ordre de venir en France rendre compte de ses actions, el aussitôt qu'il sera arrivé à Paris elle le fera mettre à la Bastille. Cependant S. M. est convenue que cette relation qu'il a publiée a fait à présent tout le mauvais ellet qu'elle a pu faire, et que s'il n'y est promptement remédié on doit en at- tendre des suites fâcheuses; c'est pourquoi elle m'ordonne de vous envoyer ce courrier exprès pour vous informer de ses intentions. 388 LE MARQUrS DE MARTEL. S. M. a été fort satisfaite de la conduite que vous avez tenue jusqu'à présent, et vous avez fort bien fait de ne pas partir de Londres pour aller à la flotte, n'étant pas question à présent du raccommodement de M. de Martel et de M. le comte d'Estrées, mais bien de demeurer auprès du Roi d'Angleterre pour réfuter toutes les calomnies qui ont été répandues contre l'escadre des vaisseaux de S. M., justifier la conduite de M. le comte d'Estrées et faire connaître la malice et le peu de fondement des rapports que M. le prince Robert en a faits. C'est à quoi vous devez tra- vailler avec la même application que vous avez fait jusqu'à présent, et comme il n'y a rien de plus important que de faire voir clair au Roi d'Angleterre dans cette affaire et de désabuser les Anglais de la mauvaise opinion qu'ils ont de l'action de la flotte de S. M. dans la dernière occasion, en leur faisant connaître que si le succès n'a pas été aussi heureux qu'on l'aurait pu souhaiter, il doit être im- puté au prince Robert et non à l'escadre de France; S. M. veut que vous vous serviez de tous les moyens possibles pour parvenir à cette fin, sans en venir cependant à l'extrémité de demander au Roi d'Angleterre des commissaires pour informer de ce qui s'est passé qu'après que vous aurez connu que tous les moyens dont vous vous serez servi n'auront pas assez pleinement justifié ce qui s'est passé de la part des Français en cette occasion. (A. M.) SEIGNELAY A M. D ESTRÉES. A Nancy, le 17 septembre 1673. Je crois que vous aurez appris par M. l'ambassadeur le mauvais effet que les rapports de M. le prince Robert ont fait à Londres, et comme les mauvaises intentions dudit prince ont été secondées par la relation qui a couru en Angleterre sous le nom de M. de Martel; et comme les discours qu'il a tenus sur le dernier combat ont beaucoup contribué à persuader aux Anglais les faussetés que le prince a débitées, S. M. lui envoie ordre de venir à Paris pour rendre compte de ses actions. (A. M.) CROISSY A COLBERT. A Londres, ce 18 septembre 1673. On ne m'a point encore rendu les lettres de l'ordinaire, ainsi je ne puis accuser la réception de celles dont vous pourriez m'avoir LK MARQUIS DE MARTKL. 389 honoré; vous serez informé de ce que je continue de Taire ici pour détruire le mauvais effet que les accusations du prince Robert et la prétendue relation de M. de Martel ont produit, par l'informa- tion que j'envoie à M. le marquis de Seignelay, dont je joins ici copie; je dois seulement y ajouter que le pauvre M. de Martel est au désespoir d'être tombé dans un aussi fâcheux piège et m'a fait prier par son beau-frère de faire tout ce qui me serait possible pour l'en retirer; mais je lui ai dit que le mal était plus facile à faire qu'à réparer et qu'il n'y avait point d'autre voie que de mé- nager le désaveu par écrit que je lui demande. Effectivement, c'est un pauvre homme qui n'a pas beaucoup de lumières, et il s'est imaginé que tout ce qu'il dirait contre M. le comte d'Estrées ne pouvait nuire au service de S. M. (B. N.) CROISSY AU COMTE D'eSTRÉES. A Londres, ce 18 septembre 1673. La demande que vous avez faite au roi d'Angleterre, par la lettre que vous lui avez écrite, embarrasse fort les ennemis de la France, et j'espère que nous sortirons de cette affaire-ci à leur confusion, surtout si M. de Martel peut se résoudre à donner un désaveu de la relation qui court sous son nom, qui est le seul parti qu'il a à prendre, ainsi que je l'ai fait connaître à M. de Cicé, pour se tirer du mauvais pas dans lequel M. le prince Robert l'a fait tomber. Les capitaines que vous avez envoyés. Monsieur, contribuent fort à éclaircir la vérité, et j'espère que ceci finira à votre entière satisfaction et par conséquent à la mienne. (A. M.) COLBERT AU MEME. Pour réponse à votre lettre du 14 de ce mois et à tout ce que l'ambassadeur du Roi en Aiigleterre m'a écrit, je vous dirai en peu de mots qu'il n'est pas croyable qu'un homme puisse être assez fou pour s'imaginer que par un concert avec le prince Robert il pour- rait vous destituer de votre charge et se mettre à votre place, vous avouant ingénument et dans les principes d'amitié et d'estime que j'ai pour vous que j'ai été surpris de trouver ces termes dans votre lettre, parce que de tous les fous qui sont dans les petites- 390 LI-: MARQUIS DE MARTKL. maisons, il n'y en a pas un assez perdu d'esprit pour avoir une pensée comme celle-là. J'écris à mon frère de s'éclaircir à fond de tout ce qui s'est passé en Angleterre sur le sujet du sieur de Martel pour en rendre compte au Roi, mais je vous puis assurer certainement qu'il n'a point en- voyé de relation ni à moi ni à mon fils, et qu'il n'en a été lu aucune au Roi de sa part. Lagarde me vient de dire tout à cette heure seulement que M. de Séraucourt lui avait dit qu'il avait une rela- tion de M. de Martel, mais je traite ces sortes de matières de telle sorte que M. de Séraucourt n'a pas osé me le dire; et soyez assuré que ce que je vous dis est la vérité même (A. M.) A Sceaux, le 19 septembre 1673. GOLBERT A CROISSY. A Sceaux, le 19 septembre 1673. J'ai reçu, avec votre lettre du 14 de ce mois, la copie de celle que vous avez écrite à mon fils. J'ai été surpris par ce qu'elle con- tient de la mauvaise conduite du sieur de Martel, mais comme elle n'a pu être innocente, et qu'elle est même criminelle dans toutes ses circonstances, je vous prie de bien pénétrer s'il est vrai qu'il se soit entendu avec M. le prince Robert contre M. le vice-amiral, et s'il est pareillement vrai qu'il ail donné une relation qui ait été imprimée et débitée en Angleterre, et je vous prie de m'en en- voyer même une copie. Je vous assure que je ne mo souviens pas bien s'il m'en a envoyé une ou à mon fils, mais comme Lagarde m'assure qu'il n'en a pas vu, et qu'il sait seulement que M. de Séraucourt en avait une, laquelle il n'a osé me donner, je doute fort que mon fils l'ait eue, et j'écris présentement à de Séraucourt de me l'envoyer, en cas qu'il en ait une; et vous voyez bien clairement que si de Sérau- court en avait une dont M. de Martel lait chargé, et que celle qui a été publiée et imprimée en Angleterre se trouve conforme, c'est une preuve claire et constante qu'elle vient de lui, d'autant que si elle ne se trouve pas entre mes mains, je ne crois pas que M. de Martel fût assez fou pour avouer celle qui se débite en Angleterre, et comme il est question en cela du service du Roi, en une matière fort importante, je vous prie de travailler h l'éclaicir autant qu'il dépendra de vous. (A. M.) LE MARQUIS DE MARTEL. 3.H COLBERT A M. D'ESTRÉES. Vous apprendrez par le paquet de mon fils, que je vous envoie, les intentions du Roi sur ce qui s'est passé en Angleterre. Je vous avoue qu'après avoir vu la relation dont M. l'ambassa- deur a envoyé la copie à mon fils, et qu'il m'a envoyée par le môme courrier que je vous dépêche, je me rétracte de ce que je vous dis par ma lettre d'hier; mais aussi je croyais qu'il était impossible de se pouvoir persuader que M. de Martel eût pu faire le pas qu'il a fait (A. M.) A Sceaux, 20 septembre 1673. CROISSY AU MÊME. A Londres, 20 septem' re 1673. Mylord Arlington me dit hier que le Roi son maître, ayant fait lire votre lettre en son conseil et examiné s'il était à propos de vous permettre de venir à Londres ou d'envoyer des commissaires à la flotte pour informer, après différents avis pour et contre l'un et l'autre de ces partis, S. M. B. y avait trouvé tant d'inconvénient qu'elle avait jugé plus à propos d'en prendre un troisième, qui est de vous faire sortir de la Tamise tout le plus tôt qu'il vous sera possible, afin de profiter des premiers vents d'est pour retourner dans les ports de France ; il a ajouté que vous devez avoir la satis- faction d'être pleinement justifié dans l'esprit du Roi et de toutes les personnes raisonnables, qu'à l'égard des autres il les fallait mé- priser, mais que de plus on reconnaissait de jour à autre qu'il n'y avait que la conduite du prince Robert à blâmer, et que le peuple même ne l'épargnait pas; enfin la lettre que vous avez écrite au Roi d'Angleterre pour lui demander des commissaires sert de con- viction aux ennemis de la France, et me donne moyen de repous- ser leurs calommies dans l'assemblée prochaine du parlement. Si M. de Martel m'envoie le désaveu que je lui demande, comme la seule voie de salut pour lui, selon mon sens, il ne me manquera rien pour détruire tout ce qu'on pourra dire contre nous, quoique la relation qui court sous son nom ait déjà fait dans tout ce royaume de si fâcheuses et de si fortes impressions qu'il est très- difficile de les effacer. Tous les capitaines que vous m'avez envoyés ont admirablement fait leur devoir ici, et ils vous rendront un meilleur compte de toutes choses que je ne pourrais faire moi- 392 LE MARQUIS DE MARTEL. même; on souhaite fort ici que si vos malades ne sont pas encore en état d'être guéris, vous laissiez plutôt quelques vaisseaux pour les attendre que de différer votre départ; mais je crois qu'il n'y en aura point qui n'ait assez de force pour retourner jusqu'en France. Je souhaite de tout mon cœur que vous y receviez toute sorte de satisfaction. Après avoir fermé cette lettre, j'ai reçu celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec la copie de l'ordre que M. le prince Robert vous a envoyé de partir, qui est fort conforme aux inten- tions du Roi d'Angleterre; ainsi vous ne sauriez trop tôt l'exécuter, et je crois que MM. les capitaines et officiers qui dînent avec moi seront aussitôt auprès de vous que celui qui sera chargé de ma lettre. Vous avez raison de vous excuser de voir le prince Robert, sous le prétexte de vos indispositions et en rendant les honneurs dus au pavillon d'Angleterre; je ne crois pas que S. M. B. trouve mauvais que vous soyez parti sans voir le prince. (A. M.) COLBERT A CROISSY. A Sceaux, le 20 septembre 1C73. Je vous envoie par ce courrier les lettres que je viens de recevoir de mon fils, et je vous avoue que j'ai été extraordinairement sur- pris de voir la relation de M. Martel, dont vous lui avez envoyé copie, vous avouant que je ne pouvais pas me persuader qu'un homme comme celui-là fut si fou, si emporté et si ennemi de soi- même, que de faire un pas comme celui-là. Comme je vous ai am- plement écrit par le courrier que je vous dépêchai hier, je n'ajou- terai rien; sinon, en cas que le courrier que je vous envoie ne rencontre pas M. le vice-amiral à l'entrée de la rivière pour lui donner le paquet qu'il lui porte, je vous prie de lui envoyer par la plus prompte voie que vous pourriez, et même d'envoyer quelque petit bâtiment pour lui porter en cas que le Roi d'Angleterre n'y envoie point. (A. M.) CROISSY A SEIGNELAY. A Londres, ce 21 septembre 1673. Le Roi d'Angleterre ayant fait lire, hier, en son conseil, la lettre que M. le comte d'Estrées lui a écrite, pour lui demander qu'il lui I.E MARQUIS DE MARTEI,. 393 I)Iùt faire informer par des commissaires non suspects de tout ce qui s'est passé dans le dernier combat, il m'a fait dire par mylord Arlington que la conduite de M. le comte d'Estrées et de toute l'es- tadre de France étant pleinement justifiée dans son esprit et auprès de toutes les personnes raisonnables, qui reconnaissaient de jour à autre qu'il n'y a que celle du prince Robert à blâmer, il n'a- vait pas cru devoir pousser cette affaire plus loin, de crainte d'ai- urir les nations et de ruiner la bonne intelligence ; que d'ailleurs le comte d'Estrées ne devait pas perdre un moment de temps pour sortir de la Tamise et profiter du premier vent d'est pour s'en retourner avec toute l'escadre de France Le pauvre M. de Martel est au désespoir des mauvais effets que son emportement contre M. le comte d'Estrées a produits, et vous croyez bien que s'il eût eu assez de lumières pour les prévoir, il ne fût pas tombé dans le piège où M. le prince Robert par ses caresses l'a attiré ; cependant je crois qu'il est bon d'empêcher que le comte d'Estrées et lui n'en viennent aux mains lorsqu'ils seront débar- qués. Le prince Robert a envoyé un gentilhomme à S. M. pour se justifier auprès d'elle, et quoiqu'il me fasse rechercher à présent et qu'il souhaite que je lui aille rendre visite lorsqu'il sera de retour, je différerai à le faire jusqu'à ce que le Roi soit satisfait du prince et que S. M. m'ait fait ordonner de lui aller rendre les civiUtés ordinaires. (B. N.) SEIGNELAY A D'ESTRÉES. s. M. a été fort fâchée du retour de M. le prince Robert à la flotte et des conversations qu'il a eues avec M. de Martel, si con- traires au bien de son service; mais cependant elle veut que vous viviez honnêtement avec le prince pendant le peu de temps que vous avez à demeurer joint avec les vaisseaux d'Angleterre. (A. M.) A Nancy, le 23 septembre 1673. CROISSY A COLBERT. A Londres, ce 25 septembre 1673. Votre courrier m'a rendu les deux lettres dont il vous a plu m'honorer, des 17 et 19 de ce mois, par lesquelles vous me deman- dez des éclaircissements sur la conduite de M. do Marie), à quoi il ne sera pas diflicile de satisfaire, car il confesse lui-même sa faute; 304 LE MARQUIS DE MARTEI,. au moins M. Cicé, son beau-frère, qu'il a envoyé vers moi, m'a avoué que M. de Martel, croyantpouvoir prendre confiance en M. le prince Robert, lui avait fait voir une relation qu'il a faite du der- nier combat, et qu'il dit avoir envoyée au Roi et à M. le marquis de Seignelay, et comme je l'ai fort pressé de me dire si le prince Ro- bert en avait pu prendre une copie, il m'a répondu que véritable- ment ce prince avait eu assez de temps pour le faire, mais que M. de Marlel ne l'avait pas signée. Enfin, c'est un pauvre homme qui a donné dans le panneau comme une bête brute, et, à vous dire le vrai, je crois qu'il y aurait eu quelques capitaines qui, sans exa- miner les conséquences, n'auraient pas feint de se joindre à M. de Martel pour dire les faiblesses qu'ils croyaient avoir reconnues dans la conduite de M. le comte d'Estrées, si je ne leur avais fait dire à tous par le major des vaisseaux, aussitôt qu'ils sont entrés dans la Tamise, que si quelqu'un était assez mai avisé pour blâmer la con- duite de M, le vice-amiral en cette occasion, il payerait de sa tête le préjudice que son indiscrétion causerait aux affaires du Roi ; mais il faut leur rendre cette justice à tous qu'ils se sont comportés aussi sagement que je pouvais le désirer; et je puis vous assurer que j'ai conduit cette affaire d'une manière que j'ai sujet d'espérer qu'elle ne fera pas grand tort au service du Roi et qu'elle tournera à la confusion du prince Robert... Je n'ai pu avoir de copie de la relation de M. de Martel, parce que le Roi d'Angleterre a fait tout ce qui lui était possible pour empêcher qu'elle ne fût vue et surtout qu'elle ne fût imprimée; il est vrai qu'on en a envoyé dans les provinces plusieurs traduites en anglais, et, selon ce qui m'a été dit, elle contient les mêmes choses que M. de Marlel m'a écrites. Son beau-frère m'avait pro- mis qu'il m'enverrait le désaveu pour m'en servir au cas de besoin, mais il ne l'a pas encore fait (B. N.) COLBERT A CROISSY. A Sceaux, le 27 septf-mbre 1673. J'ai reçu votre lettre du 12 de ce mois, avec la copie de celle que vous avez écrite à mon fils, sur tout ce qui s'est passé dans le com- bat, et le regret que M. de Martel fait paraître de la conduite qu'il a tenue; ces regrets sont bien inutiles dans une conduite aussi extraordinaire qu'il a tenue. Tous ces vieux officiers de marine ont des maximes dans la tête dont ils ne peuvent se déprendre; mais LE MAHOUIS DE MARTEL. 305 aussi il faut avouer que le vice-amiral les ménage peu et qu'il ne connaît guère quelle diderence il y a entre un officier qui a une expérience de trente et quarante ans de marine et un qui n'en a que de cinq ou six ans. Comme vous ôles informé à présent des ordres que le Roi a donnés sur le sujet du sieur de Martial, qui sont môme un peu doux eu égard à sa faute, il n'est plus question que de presser (\ présent M. le vice-amiral de partir pour se rendre dans les ports de France, et de souhaiter que le mauvais temps qu'il fait ne lui cause aucun accident. (A. M.) CROISSY A COLBERT. A Londres, ce !<"■ octobre 1G73. Je conviens avec vous que M. le vice-amiral n'a pas assez mé- nagé M. de Martel, ni les capitaines qui servirent sous lui, j'en ai même déjà dit plusieurs fois mes sentiments à ceux qui sont le plus dans ses intérêts, et il reconnaît si bien qu'il a manqué en cela qu'il ne sera pas difficile cet hiver de l'en corriger par les conseils que vous voudrez lui donner pour l'avenir; mais quoique cette trop grande fierté ait pu faire naître les aigreurs qui ont éclaté de- puis le dernier combat, au grand préjudice des affaires du Roi, je n'ai pas cru néanmoins qu'elle dût rien diminuer de la chaleur avec laquelle je me suis porté à soutenir sa conduite dans le der- nier combat, puisque ceux qui la blâmaient en liraient des consé- quences en même temps très-désavantageuses au service de S. M. Pour ce qui regarde les éclaircissements que vous m'avez de- mandés sur la manière d'agir du commandant de l'armée navale d'Angleterre avec ceux qui ont sous eux les principaux pavillons, comme vous savez qu'elle a été commandée ces deux dernières années par deux princes qui sont par leur naissance infiniment au- dessus des autres*, on ne peut pas prendre exemple sur ce qu'ils ont fait; mais pour ce qui regarde feu M. Sprag, il a non-seule- mont donné la main sur son bord à tous les capitaines, tant fran- çais qu'anglais, mais môme il a reconduit les premiers à la des- cente, et n'a pas témoigné être aucunement jaloux du respect dû au poste de commandant dans toutes ces petites formalités ou chi- mères d'honneurs. (B. N.) 1. De ces deux princes, le duc d'York était le frère du Roi, et le prince Rupcrt était le fils du Roi de Bohême et le cousin de Charles II; (|uant ;\ l'amiral Sprag, il s'était noyé peudant le combat naval. 3y() LE MARQUIS DE MARTEL. SEIGNELAY A M. D ESTREES. J'ai reçu en même temps votre mémoire du 26 et votre lettre du 29 du mois passé avec la lettre pour le Roi qui y était jointe. Je n'ai pas manqué de la présenter de votre part à S. M., et elle m'a ordonné de vous répéter que tout ce qu'elle a su que le prince Robert avait dit contre vous n'a fait aucune impression sur son esprit, et qu'elle est persuadée que vous avez fait votre devoir dans les occasions de cette campagne avec la môme valeur, le même zèle et la même affection pour son service que dans toutes les autres par lesquelles vous vous êtes acquis l'estime qu'elle a pour vous. . (A. M.) A Sainte-Menehould, le k octobre 1C73. CROISSY A SEIGNELAY. Il y a fort longtemps que M. le prince Robert a envoyé un gen- tilhomme au Roi, ainsi que je l'avais écrit; mais ce même gentil- homme, étant tombé malade en chemin, a adressé sa lettre à cachet volant à M, Lokart, qui, apparemment l'ayant trouvée trop pleine d'invectives contre M. le vice-amiral et de louanges indues pour M. de Martel, n'aura pas jugé à propos de la rendre; quoi qu'il en soit, le prince Robert fait de grandes plaintes ici contre Lokart de ce que sa lettre a été supprimée. M. d'Estrées m'a envoyé les observations que je lui avais deman- dées des fautes qui ont été commises dans les trois combats de mer de cette campagne ; mais je ne m'en servirai qu'au cas que le prince Robert veuille encore réveiller ses plaintes contre l'escadre de S. M., étant encore plus utile au service commun de S. M. et du Roi d'Angleterre d'assoupir entièrement cette atfaire que de la pousser plus loin. (B. N.) A LondreSj ce 16 octobre.1673. SEIGNELAY A M. D'ESTRÉES. La mauvaise disposition de l'esprit du prince Robert pouvant le porter à continuer les mêmes discours qu'il a commencé de tenir, en Angleterre, contre l'escadre des vaisseaux de S. M., elle m'a ordonné de vous écrire qu'elle veut que vous examiniez avec les principaux et les plus entendus officiers de marine et que vous TROIS ALLEMANDS. 397 lassiez un mémoire bien raisonné de toutes les fautes que le prince a faites pendant toute la campagne, cl dans la navigation et dans les trois combats qui se sont donnés afin, que S. M. puisse l'en- voyer à son ambassadeur en Angleterre et s'en servir contre le prince en cas que sa conduite ne soit pas telle que S. M. le désire. (A. M.) A Versailles, le 18 octobre 1673. CROISSY A COLBERT. A Londres, ce 21 décembre 1673. Je suis obligé de vous avertir que le mylord Jaret, qui est fort contraire à notre alliance, demanda dernièrement à M. de la Vi- gerie si M. de Martel n'était pas élargi, et il lui dit que c'était dom- mage qu'un si bon bras fût puni d'un coup de langue, et que la première chose que le Parlement demanderait serait la liberté de ce gentilhomme. Si cette petite satisfaction l'empêchait d'en de- mander de plus préjudiciables aux affaires de S. M., je ne croirais pas qu'on leur dût refuser*. (B. N.) TROIS ALLEMANDS 2. Otages. POMPONNE A M. DE BESMAUS. Versailles, 3 avril 1674. Vous verrez, par la lettre du Roi ci-jointe, que S. M. vous ordonne de recevoir trois gentilshommes allemands, sujets de l'empereur, qu'elle a résolu de faire arrêter et qui se trouvent sans passeport à Paris; comme ce sont personnes de qualité, vous les ferez, s'il vous plaît, traiter avec honnêteté, leur permettant de se promener dans la cour et de voir du monde 3. (B. N.) 1. Cette affaire fut longue h oublier en Angleterre; vers 1712, dans un pamphlet publié contre la France, on la reprochait encore comme une insigne perfidie, en ajoutant que M. de Martel reçut une forte réprimande et fut renvoyé du service. 2. Ordre d'entrée du 3 avril 1674. Contre-signe Arnauld. 3. La France était depuis un an en guerre avec l'cmppreur; on mit sans doute ces Allemands h la I3astille par mesure de représailles. 398 VARADES. DE BRIQUEMAULT'; LE MARQUIS DE CREUSy^; DE LIÈGE ^ LAFLOU^ gardes du corps. Discipline militaire. JOURNAL DE HUREL. 12 avril 167^. M. de Briquemault a été mis à la Bastille, pour avoir voulu re- metlre sa commission à M. de Louvois. (B. N.) LOUVOIS A M. BONNET. Versailles, 11 juillet 1674. Lorsque le Roi est revemi de Franche-Comté, S. M. y a laissé ses compagnies des gardes du corps, desquelles plusieurs des gardes ayant quitté sans congé pour retourner chez eux, et S. M. ayant appris que de Liège, demeurant à Grespy en Valois, de la brigade de Brun, en est un, elle m'a commandé devons faire savoir qu'elle désire que vous le fassiez arrêter et conduire sûrement à la Bas- tille. (A. G.) VARADESl Correction SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. Saint-Germain, le 31 décembre 1680. Varades ayant fait présenter au Roi le placet ci-joint, par lequel il se plaint d'être détenu par l'autorité de son père qui lui dénie toutes les choses nécessaires, S. M. m'a ordonné de m'informer de vous qui est cet homme, et si ce qu'il expose est véritable; j'attends votre réponse pour en rendre compte à h. M. (A. N.) 1. Ordre d'entrée du 12 avril lG7i. 2. Ordre d'entrée du 15 avril 167^. Ordre de sortie commun du li décembre 1674. 3. Ordre d'entrée du l^r juillet IQllt. II. Ordre d'entrée du 21 juillet 1G74. Ordre de sortie commun du 1<^'' mars 1675. Ordres contre-signes Le Tellicr et Colbert. 5. Ordres d'entrée du 24 août 1674, et de sortie du 23 mars 1682. Contre-signes Colbert. VARADES. 309 M. DE BESMAUS A COLBERT. Le sieur de Varadcs a été mis ;\ la Bastille pour sa mauvaise conduite, à la prière du sieur de La Maison, capitaine de Moret et sous-lieutenant de Fontainebleau, son beau-père, que le Roi a voulu favoriser. M. Desgranges a les réponses faites à divers placets que M. le marquis de Scignelay m'a envoyés ici, et sou beau-père l'a vu, qui vous en rendra compte s'il vous plaît, et moi j'attendrai vos ordres pour les exécuter comme je dois. On doit pourvoir à ses nécessités, comme je l'ai dit h ses proches, selon l'ordre du Roi; s'ils ne le font pas, j'ai promis à M. Dcsgrauges de l'en avertir pour avoir l'ordre du Roi pour le sortir. (B. N.) A COLBERT. La Maison, capitaine pour le Roi de la ville et château de Moret et sous-lieutenant des chasses de Fontainebleau. Réponds aux lettres que de Varades, mon gendre, a écrites à V. G., lesquelles lettres M. de Besmaus me les aurait fait voir pour en écrire à son père, à Moret où il est de présent, afin de lui faire donner très-exactement sa nourriture et entretien ainsi qu'il doit lui donner, et La Maison est bien aise de donner avis de la manière qu'il a été mené à la Bastille. Mgr saura par ce mémoire que le pauvre La Maison a donné en mariage à de Varades sa fille, laquelle il a été obligé de la retirer de chez lui avec trois de ses enfants, la maltraitant comme un fou et extravagant comme il est, lequel vint au logis de La Maison, à cheval, armé de plusieurs mousquetons et pistolets, tirer quantité de coups à ses fenêtres, et La Maison dans son lit fort malade, et encore a fait mettre deux fois l'épée à la main dans Moret, que les habitants et le curé de Thomery ont séparés, sans cela se seraient coupé la gorge. Le Roi revenant du voyage de la Comté, M. de Saint-Herem ' lui présenta La Maison et lui conta toutes ces folies, et disant à S. M. qu'assurément nous étions dans un état de nous couper la gorge; le Roi conimanda à M. de Colbert de lui donner une lettre de cachet pour le mettre dans la Bastille, et ayant la lettre de cachet, La Maison avec cela s'en alla dans les prisons de Provins oii il était pour avoir coupé quasiment un bras, une main 1. M. de Saint-Uérem était gouverneur de Fontainebleau. 400 VALDOR. et la moitié de la têle à un sergent, et assurément sans cela l'on pourrait lui avoir coupé la tête et avant l'avoir mis dans la Bastille ; le Roi ordonna qu'information fût faite de sa vie, ce qui fut fait, et de La Maison Ta entre ses mains, laquelle il fera voir à V. G. quand il lui plaira, et comme Yarades est encore plus fou que jamais; c'est pourquoi, pour éviter un grand malheur qui pourrait arriver au pauvre La Maison par sa sortie, il supplie très- humblement V. G. de le laisser dans la Bastille, et assurément, son père étant revenu de Moret, il ne manquera de voir ce qui lui sera nécessaire et il lui donnera. La Maison supplie très-humblement de le laisser là pour la sûreté. (B. N.) VALDOR*. Suspect. LE TELLIER AU CHEVALIER DU GUET. A Versailles, le 29 août 167A. Je vous envoie des ordres du Roi pour faire arrêter un homme et le conduire à la Bastille ; vous aurez soin de vous saisir de tous les papiers qui seront dans sa maison ou sur lui. (A, G.) M. DESCARRIÈRES A LE TFLLIER. A Liège, ce 13 septembre 1674. L'avis que j'ai reçu ici de l'arrêt de Valdor iîls m'a fait appro- fondir la conduite de son père, à qui j'avais fait et fait faire sou- vent de sévères réprimande?, tant sur son insolence et liberté de parler que sur les gazettes à la main, et ce que son fils écrivait ici, qu'il me déniait toujours; mais après cet arrêt j'ai pénétré qu'il avait quelque commerce avec les ennemis, qu'il recevait des paquets et en envoyait, qu'il en faisait donner ici à la femme du baron de Scharemberg, qui est ce gentilhomme qui a levé ce régiment à Liège pour l'Empereur; que Valdor était perpétuellement chez le comte d'Areberg Valangin à sa terre de Hayn, une demi-heure au- 1. Ordres d'entrée du 27 août, et de sortie du 2 décembre lC7/i. Contre-signes Le Tellier. VALDOR. 401 dessus d'Huy, d'où il ne sortait pas et où il est encore, et qui était apparemment l'entrepôt et le lieu de communication des paquets, et je ne doute point que ce ne soit le Chancelier et le comte de Groesback, grand mayeur de Liège, qui aient perdu le fils par le père, desquels il est dépendant et commensal, et je m'assure que dans ses papiers on aura trouvé quelque chose. Le Chancelier s'in- téresse si fort pour Valdor, qu'outre l'agence de Liège ' qu'il lui a fait avoir, il a écrit ces jours passés, à M. de Strasbourg, de lui faire donner de l'emploi à la cour, pendant qu'il était dans les grâces du Roi. M. de Strasbourg a répondu qu'il ne savait pas ce qu'il vou- lait faire de cet homme, qu'il croyait qu'il en voulait faire un am- bassadeur, et que ce n'était qu'un enfant ; il me fut donné hier au matin un avis, très-sûr, mais trop tard pour avoir pu faire rattra- per le courrier qui partit avant-hier au soir par un autre, qu'il fut mis avant-hier à la poste un gros paquet, dans lequel pouvaient être ces sortes de lettres, par la fille de Valdor qui est ici, avec une superscription d'une main contrefaite à l'adresse de Martineau, orfèvre, dans les galeries du Louvre, où il y aura eu des lettres d'avis ensuite de cette capture ; outre ce paquet que la fille de Valdor avait en main prêt à envoyer auparavant qu'elle eût reçu l'avis de l'arrêt de son frère, qui a été donné ici par Hermans, qui est à Paris, leur parent, à l'adresse de M. le chanoine d'Elren à Liège, il y aura encore une autre adresse suspecte d'une demoi- selle de Saint-André, à Paris, et je mande à MM. Rouillé et Pajot, par ce môme courrier, si on n'a pas encore porté le paquet parti avant-hier pour Martineau, et qu'il y ait des lettres pour celte demoiselle de Saint-André, qu'ils aient à les porte à M. de Lou- vois, et tout de même de vous porter ce qui pourra être adressé ici au chanoine d'Elren, pendant que de mon côté je vais me faire apporter les paquets en allant et venant de ces deux ou trois jours pour y prendre ce qui sera adressé au chanoine d'Elren, et enver- rai ce que j'y pourrai trouver à M. de Louvois, et enfin je n'omet- trai rien pour découvrir par toutes sortes de voies ce qui se pourra et qui sera du service du Roi, et déjà je suis informé que la fille de Valdor dit hier que son père irait à Bruxelles. (A. G.) 1 . C'est-à-dire qu'on l'avait nommé agent de Liège aupr-'^s de la cour de Versailles. On voit que les immunités diplomatiques ne prévalaient pas contre la Bastille. L'évêque de Strasbourg était un Allemand; cette ville n'appartint ii la France qu'en 1681. Rouillé et Pajot étaient les fermiers de la poste, et comme tels chargés de lire et d'arrêter les correspondances suspectes. :26 402 CHEVALIER DE ROHAN. LE CHEVALIER DE ROHAN * ; VAN DEN ENDEN^ et sa femme; D ARGENT, leur gendre; Trois domestiques du chevalier de Rohan; LANFRANC, valet de la Tréaumont^; DE CONDÉ*; LE COMTE DE CRÉQUI RERMEULLE^; BOURGUIGNET«; DE SOCRDEVAL^; La dame DE VILARS^; CHALON^; LE COMTE DE SALNT-MARTL\ i« ; La sellier*'; La dame DE BRECOURT *2; La AIGREMONT; La demoiselle DE VILLERS*^ Conspiration du chevalier de Rohan. le duc de saint-aignan '^ A colbert. Du Havre, le 19 juin 1674. Il a paru cette nuit, à la hauteur de Bleviile, à deux heures de celte place, huit vaisseaux de guerre fort près de la côle; de quoi étant averti par la correspondance que la garde de Bleviile observe avec ce fort, j'ai monté à cheval h l'heure même, et ai vu ces vais- seaux reprendre la mer, quoiqu'ils eussent un vent très-favorable, et que la grande mer soit aujourd'hui, ce qui m'avait fait croire qu'ils avaient quelque dessein. C'a été à minuit qu'ils ont commencé à paraître, et à trois heures je n'en voyais plus aucun; ils avaient tiré plusieurs volées de canon sur les deux heures; mais comme 1. Ordre d'entrée du 11 septembre 167/i. 2. Idem, 3. Ide7n, h. Idem, 5. Idem, 6. Idem, .7. Idem, 8. Idem, 9. Idem, 10. Idem, 11. Idem, 12. Idem, 13. Idem, 13 17 — 23 — 25 — 25 — 28 — ■ 3 octobre 1674. 3 — 3 — 10 — 19 — 23 — Ordre de sortie commun du 29 novembre 1674. 14. François de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, lieutenant-général, premier gentilhomme de la chambre du Roi, gouverneur du Havre, né le 30 octobre 1610, mort le 16 juin 1687. DU CAUSÉ. 403 ce n'était sur personne des côtes, je les ai pris pour des signaux. Je crois bien que quelque escadre des ennemis a paru sortant hors de la Manche, ou pour exécuter quelque entreprise en un lieu éloi- gné, ou pour donner le change en donnant par leurs détachements l'alarme en divers lieux; mais quoi qu'il en soit, il y a de leurs vais- seaux de guerre encore un bon nombre en celle Manche, et nous serons toujours sur nos gardes conlre les desseins qu'ils pourraient former, lorsque les armées du Roi seront attachées à quelque place'. (B. N.) NOTE AUTOGRAPHE DE M. DE LA REYNIE. Du Causé, gentilhomme qui étudiait chez Yan den Enden, et qui a donné les principaux et les premiers avis au Roi, loge chez Le- febvre, procureur du grand conseil, rue Saint-Bon ; sait de grandes particularités, que Rerkerin venait en France; sait toute l'histoire qu'il a apprise de la Femme de Van den Enden, outre le commerce ^. (B. N.) LOUVOIS A M. d'estrades. ler août 167/i, à Versailles. Lorsque vous trouverez l'occasion d'écrire naturellement à votre ami 3 sur les intérêts du prince d'Orange, glissez-lui, s'il vous plaît, que vous le croyez trop sage pour faire aucun fondement sur un fou que l'on sait avoir été le trouver pour lui proposer de faire soulever trois ou quatre provinces en France, et de faire remettre au pouvoir des ennemis deux ou trois places de conséquence situées dans lesdites provinces, parce que cet homme-là est si peu en état de tenir ce qu'il a promis, que s'il retourne en son pays, il n'aura pas besoin d'autre punition que d'être remis entre les mains de la noblesse, qui le fera déchirer sur-le-champ. Après quoi il n'y aura pas d'inconvénient que vous fassiez un petit reproche à votre ami de ne vous avoir rien mandé d'une affaire de cette conséquence, et que, quoique depuis qu'elle est devenue publique vous ne 1. Ces vaisseaux étaient une flotte hollandaise qui venait tâtcr la côte pour essayer de surprendre Quillebœuf ou le Havre. 2. On n'a point retrouvé la lettre de ce Du Causé; le Roi la fit lire à Colbert et à Louvois, elle donna le premier éveil. 3. Il parait que cet ami, qui recevait 100 écus par mois de M. d'Estrades, était un commis de M. de Pesters, un des ministres du prince d'Orange. 404 CHEVALIER DE ROHAN. soyez plus en état d'en faire votre cour, néanmoins vous seriez bien aise d'avoir la copie, au moins la substance du traité que ce fri- pon-là a signé avec M. le prince d'Orange. Le 2 août 167/ii. Rien au monde ne serait si important que de tâcher à pénétrer, par votre ami, la teneur du traité dont je vous ai parlé par ma der- nière lettre, et s'il se peut, le véritable nom du Français qui l'a fait, son adresse, et comme il prétend avoir commerce avec M. le prince d'Orange pour l'exécution de ce traité; mais ainsi que jo vous l'ai marqué, il faut lui demander plutôt cela pour marque de son entière exactitude, que pour une chose que l'on croie de con- séquence. (A. G.) l'ambassadeur MOROSINI a CONTARINI, doge de VENISE. Hier, le chevalier de Rohan * fut arrêté par ordre du Roi, à Ver- sailles, à l'issue de la messe, et il a été conduit sur-le-champ h la Bastille. On a saisi les papiers qui se sont trouvés sur lui. On a 1. La famille de Rohun a toujours été en querelle avec les Bourbons; ses enfants n'oublièrent jamais l'époque où leurs ancêtres étaient libres et maîtres absolus dans leur province; ils prétendaient traiter de puissance à puissance. Le duc de Rolian, ce fameux chef des protestants, avait failli faire pencher la balance de son côté. Richelieu n'eut pas trop de toute son habileté pour réduire un homme qui mettait le plus vaste génie militaire et des vertus dignes de l'antiquité au service d'une rébellion dont la réussite aurait ampné le dénumbrement de la France. Qiiaiid le protestantisme eut cessé d'être un État dans l'État, les Rohan rentrèrent presque tous au giron de l'Église, sans dépouiller pour cela l'instinct de l'opposiiiou, et lorsque la fronde vint renouveler, dans des proportions plus étroites, parce que le génie des agitateurs était moindre, les luttes passées, les Parisiens acclamèrent dans les Montbazon et les Gueménée des chefs toujours prêts à combattre l'autorité royale. Mazarin fut obligé de composer avec eux, et pour acheter la paix leui' donna des places et de l'argent. Quoiqu'ils fussent depuis lors restés tranquilles, Louis XIV tint toujours sur leurs démarches un œil inquiet et vigilant. La plupart des Rohan furent des hommes remarquables en bien comme en mal. Chez quelques-uns l'esprit touchaii à la démence; M. de Montbazon, frère aîné du chevalier, était un fou avéïé, et le chevalier semble avoir été frappé de la même maladie. Il était né en 1636, et jamais personne n'eut une entrée plus heureuse dans la vie : il avait reçu de la nature, avec une beauté rare, un esprit des plus remarquables; à la cour on citait ses réparties^ à la guerre il avait fait preuve de courage; mais ces dons étaient obscurcis par des défaillances inexplicables, on l'avait vu souvent pâlir devant un danger ordinaire et rester sans réponse aux sarcasmes de ses rivaux; il s'était posé en défenseur de la malheureuse Hcnrictie d'Angleterre, et avait bravé le chevalier de Lorraine, mais il ne sut pas soutenir avec la fermeté convenable le rôle qu'il avait voulu jouer. 11 avait été, dii-on, l'amant de madame de Thianges, et devint ensuite celui de la duchesse de Mazarin, qu'il enleva du couvent où le Roi l'avait fait mettre pendant ses querelles avec le duc, son mari. Cette hardiesse le perdit auprès du Roi, qui le contraignit à vendre LA TRÉAUMONT. 405 aussi expédié des ordres pour arrêter à Rouen un gentilhomme de SCS serviteurs; on ne sait pourquoi, mais on connaît bien les motifs qui ont obligé S. M. ;\ envoyer hier à leurs maisons de cam- pagne six gentilshommes, parmi lesquels il y a deux abbés, ceux d'Effiat et de Belesbat, le comte d'Olonne, le marquis de Vassé et M. de Manicamp; ils parlaient avec trop de licence. (Arcu. de Venise.) Paris, le 12 septembre 1C7^|. [Traduit de l'italien.) M, PELLOT, PREMIER PRESIDENT, A LOUYOIS. 12 septembre, à Rouen. J'ai reçu, sur les cinq heures du matin, la lettre du H que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire touchant le mauvais dessein de M. le chevalier de Rohan pour soulever la Normandie, dont la Tréaumont est de la partie. Je connais ce dernier, je doute qu'il soit en cette ville, ou s'il y est, il est caché, car il a accoutumé de me venir voir, et il m'est venu chercher deux ou trois fois à Paris, sans m'avoir rencontré. Je ferai toutes les diligences pour le faire arrêter s'il se trouve ici ou ailleurs, et ferai saisir ses papiers sui- vant l'ordre de S. M. Je tâcherai aussi de découvrir cet homme de cette ville qui doit venir de Bruxelles, et de l'un ou de l'autre je n'oublierai rien pour en savoir des nouvelles, et concerterai avec M. le major des gardes du corps, qui doit venir, pour savoir dans cette rencontre ce qui se peut faire pour le service de S. M.; je ne manquerai pas aussi de garder le secret qu'il faut, et surtout de la voie dont S. M. a découvert la conspiration, et vous rendrai compte ponctuellement de ce qui se fera et de ce que je saurai. M. le duc de Roquelaure doit arriver ici aujourd'hui, et plus tôt ainsi que je ne croyais, et cet après-dîner l'on fera la revue de la noblesse ; je crois que nous avons plus de gens que je ne vous man- dai hier, et que cela pourra bien aller à mille maîtres, qui sont la charge de grand-veneur et le tint en disgrâce déclarée. Sir Temple nous apprend que M. de liolian avait placé 100,000 écus sur la finance de sa cliarge chez les banquiers de Hollande, quoique riniirèl fut moindre qu'en France. Il paraît qu'alors il songeait seulement à passer au si rvice des étrangers, mais il ne put obtenir de conditions sati>f;iisantes, et cependant, ayant consommé tout son bien et criblé de dettes, il conçut le projet insensé de vendre aux Espagnols un port de mer et d'exciter une révolte en Normandie. Le complot fut dénoncé; le Roi envoya le chevalier à la Bastille et fit instruire le procès dont nous allons mettre un extrait sous les yeux du lecteur. 406 LA TRÉAUMONT. bien intentionnés, et qui seront commandés par des gens qui ont servi ; j'estime que cette noblesse fera plus d'effet qu'elle ne faisait autrefois quand elle a été convoquée, car il y aura plus de gens de service '. (A. G.) LOUVOIS AU PRINCE DE CONDÉ. Versailles, 12 septembre 1674. M. le chevalier de Rohan a, depuis quelques mois, parlé avec beaucoup d'imprudence de l'état des affaires du Roi, et depuis quelques jours fait perquisition de bons chevaux, qui ont donné lieu de croire qu'il avait quelque dessein, ce qui ayant fait juger à propos à S. M. de le faire observer, elle a appris que le sieur la Tréaumont faisait de fréquents voyages en Normandie, et y cher- chait une quantité d'armes considérable à acheter. M. de Rohan étant venu hier au lever du Roi, S. M. l'a fait arrêter et conduire à la Bastille, ayant envoyé en même temps le major des gardes du corps et quatre gardes en poste à Rouen, pour arrêter la Tréau- mont. Le major des gardes entrant dans sa chambre, et lui expli- quant l'ordre qu'il avait de l'arrêter, il se jeta sur des pistolets qui étaient auprès de lui, et en disant qu'il aimait mieux mourir sur- le-champ que d'être traîné sur un échafaud , il tira un coup de pis- tolet au major, qui ne porta pas sur lui, mais sur un garde du Roi qui était à côté; ce que ses camarades ayant vu, ils lui tirèrent un coup de mousqueton dont il a été grièvement blessé. Après quoi on l'a saisi, et des papiers de conséquence dont il était porteur, qui font connaître évidemment à S. M. que M. de Rohan s'était entendu avec les ennemis de l'État, et avait fait un traité avec eux pour faire faire un soulèvement dans la Normandie. (A. G.) 1. La convocation de l'arrière-ban était un reste de la féodalité. A l'appel du suzerain les possesfeurs de fiefs étaient obligés de se trouver en armes à un rendez- vous fixé et de faire campagne ensuite. La noblesse de l'arrière-ban né se montra pas mieux en 167û qu'elle n'avait fait précédemnient; elle était irrégulière et indisciplinée, et fit mal son service. Ce fut la dernière fois qu'elle fut réunie. On sait que mille maîtres signifie mille cavaliers. La satisfaction du président, à propos des milices de l'anière-ban, montre à quel degré de misère la noblesse était tombée alors, puisque dans une province comme la Normandie, qui a toujours été le haras de la France, on n'avait pu réunir que mille gentilshommes en état de nourrir un cheval de selle, et ce chiffre doit être encore au-dessus de la réalité, car il est bien probable que l'intendant avait com- pris dans ces levées bon nombre de cavaliers qui auraient eu peine à faire les preuves suffisantes pour s'exempter de payer les taxes par le privilège de leur naissance. LA TRÉAUMONT. 407 M. PELLOT A LOUVOIS. A Rouen, ce 13 septembre lC7i. J'eus l'honneur de vous mander hier par deux courriers que nous dépêchâmes, M. de Brissac et moi, le méchant état où était le sieur de laTréaumont, à cause de sa blessure; il est mort cette nuit, à minuit, quoique les chirurgiens m'eussent assuré qu'il pourrait vivre dix ou douze jours ; je ne l'ai quasi point quitté depuis qu'il a été blessé, et nous avons fait tout ce que nous avons pu, M. de Brissac et moi, pour tirer la vérité de lui à diverses reprises, tou- chant son méchant dessein, mais inutilement. xNous avons même employé le père Patrice, augustin déchaussé, bien intentionné, et qui est connu, pour le consoler et voir si, par le rem.irdsde con- science, il ne voudrait rien déclarer ; mais elle a été aussi sans effet, et il a persisté dans son obstination, en tenant des discours defan- faronnerie et de vanité. Sur quoi il est bon que je vous remarque quelques circonstances. Gomme il fut arrêté par M. de Brissac avec quelques-uns de mes gens, pour ne perdre temps, ainsi que je vous l'ai mandé, il était dans le lit, et M. de Brissac et lui s'entre- tenaient très-honnêtement; lui ayant fait connaître qu'il avait ordre de l'arrêter, l'on fît incontinent venir les gardes qui étaient dans une hôtellerie qui était éloignée; comme il vit que les gardes en- traient dans sa chambre, étant sur son lit demi-habillé, il alla en un endroit oîi étaient ses deux pistolets qui étaient cachés et que l'on n'avait pu remarquer, s'en saisit, et dit à M. de Brissac, en lui pré- sentant le pistolet bandé : Me voici, mais vous ne m'emmènerez pas; sur quoi M. de Brissac lui dit : Vous êtes donc bien coupable? A quoi l'autre lui répondit : Oui, mordieu ! je suis coupable. M. de Brissac, sur cela, mit la main à l'épée, se mit en garde et esquiva ainsi le coup, qui donna sur un garde qui était derrière lui et lui perça le corps ; il tira encore dans ce temps-là un autre coup de pistolet qui ne blessa personne; sur cela, un garde tira sur lui un coup de carabine, lequel perça la Tréaumont, qui dit : Je suis mort; ensuite l'on le saisit et l'on le mit sur le lit, et alors M. de Brissac lui dit : Vous nous avez dit que vous étiez coupable, dites- nous de quoi vous l'êtes, autrement, après ce que vous avez fait, il n'y a rien que l'on ne fasse pour vous y obliger; la Tréaumont se défendant de rien dire, M. de Brissac l'en pressa, ce que voyant la Tréaumont, il lui dit : Donnez-moi du papier et j'écrirai ce que 40S LA TRÉAUMONT. j'ai à dire ; l'on lui en donna. Dans ces entrefaites, étant averti de ce qui se passait au logis oii était la Tréaumont, ma maison n'en étant pas bien éloignée, j'y accourus, et comme j'entrai dans la chambre de la Tréaumont, je le vis couché sur un lit et M. de Bris- sac auprès de lui, dans une chaise, qui me dit que la Tréaumont écrivait ce qu'il savait. Après qu'il eut achevé d'écrire, je pris le billet qu'il avait écrit, que j'ai mis parmi ses papiers, et qui ne disait autre chose, si ce n'est : Je ne vous ai point dit que j'étais coupable, mais la peur ne m'a jamais surpris, et vos menaces ne tireront rien. Ensuite je lui dis qu'il avait autre chose à dire, qu'il s'était emporté à une rébellion inouïe et un crime bien énorme, que les plus grands seigneurs obéissaient aux ordres du Roi, et principalement quand ils étaient portés par un de ses principaux officiers; il me répondit qu'il ne cédait ni en vertu ni en courage à qui que ce soit; ensuite nous le pressâmes de parler; mais il nous dit toujours qu'il n'avait rien fait, et qu'il n'avait parlé contre le tiers et danger ' que comme tous les autres, et que si on l'avait voulu employer, qu'il aurait bien servi S. M. Gomme l'on le vit fort mal, l'on fit venir un chirurgien et un confesseur; il dit fort peu de chose au dernier, et apparemment ne se confessa que par forme ; ensuite on le mena au vieux Palais, où l'on le pressa encore de par- ler, mais sans effet, quoique le père Patrice y fit aussi ce qu'il put de son côté; il ne parla plus de se confesser, bien que le père lui eût demandé s'il n'avait rien à lui dire, à quoi il répondit qu'il avait tout dit à son confesseur; l'on le communia et donna l'ex- trême-onction sans qu'il témoignât de la dévotion, quoiqu'il eût le sens bon jusqu'à la mort^. Aussi un homme qui avait entrepris non- seulement contre l'État, mais contre la religion, comme vous verrez par son projet, devait être bien endurci. Tout s'est passé fort doucement en cette ville, quoique la Tréau- mont y eut force parents ,et amis; el chacun a cru qu'il était bien coupable, puisqu'il s'était porté ainsi à une action de désespoir. Vous nous ferez savoir, s'il vous plaît, si S. M. veut que l'on fasse le procès au cadavre ; si cela est, il faut donner une commission à M. de Creil, intendant, pour le juger avec le bailliage de Rouen. Cependant, je le ferai embaumer et prierai M. de Brissac de rester 1. Le tiers et danger était un impôt spécial à la Normandie, qui consistait à pré- lever le tiers sur la vente des bois et en outre un dixième en sus. 2. 11 fut enterré à la paroisse Saint-Jean de Rouen. LA TRÉAUMONT. 409 ici avec ses gardes, qui seraient nécessaires si l'on faisait le procès ; ils n'y demeureront [jas longtemps, car après-demain je peux avoir votre ordre. J'interrogerai aussi |son valet que j'ai fait arrêter, et nous verrons si nous découvrirons ceux avec qui il pouvait avoir commerce. Je viens de recevoir votre lettre du 12, que m'a apportée le pre- mier courrier que je vous avais dépêché; j'ai communiqué toutes choses à M. le duc de Roquelaure, et voire lettre du 11. M. de Beuvron a fait tout ce que l'on a pu souhaiter de lui de bonne grâce et avec beaucoup de zèle. (B. N.) LE DUC DE ROQUELAURE * A LOUVOIS. Du 13 foptembre, à Rouen. Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur l'affaire du sieur de la Tréaumont. J'arrivai hier ici, où j'avais fait assembler une partie de la noblesse, et le soir, étant dans la ville, M. le premier président me dit tout ce qui s'était passé. En arrivant au vieux Palais, M. de Brissac me pria que j'allasse lui parler, ne pouvant pas quitter le blessé; il est constant que M. de Brissac voyant la Tréaumont avec deux pistolets, il l'exhorta de ne faire point de rébellion; il répondit qu'il le tuerait s'il l'ap- prochait; il voulut mettre Tcpée à la main en lui disant : Tire si tu l'oses; la Tréaumont tira ses deux pistolets, et en même temps un garde tira par-derrière M. de Brissac. La Tréaumont se dédit de tout; il fut exhorté jusqu'à la mort par son confesseur et par M. de Brissac de dire la vérité; il dit toujours que tous les tour- ments du monde ne lui feraient dire aucune chose, et quoique M. de Brissac lui dit qu'il avait tous ses papiers, il ne voulut jamais parler. Les chirurgiens assurèrent qu'il vivrait quelques jours. Le médecin de M. le marquis de Beuvron ayant dit qu'il ne passerait pas la nuit, M. de Brissac envoya prier M. le premier président de venir au vieux Palais; il pria le marquis de Beuvron et moi de monter à la Tour; nous trouvâmes la Tréaumont mort. Le marquis de Beuvron avait, auparavant mon arrivée, donné les ordres néces- saires pour découvrir quelque chose parmi les connaissances de la Tréaumont. M. le premier président et moi n'oublierons aucune 1. Gaston-Jean-Baptistc duc de Roquelaure, lieutenant-général, mort le 12 mars 1683. Il commandait en Normandie pendant l'absonce du duc de Monlausier. 410 LA TRÉAUMONT. chose. M. de Brissac, lequel avait agi de concert avec M. le pre- mier président, vous dira toutes choses ; il porte tous les papiers du défunt; je ne manquerai pas de vous rendre compte de tout ce que j'apprendrai. (A. G.) LOUVOIS AU PRINCE DE CONDE. Du 14 septembre 167(1, à Versailles. L'on a trouvé dans les papiers du sieur de la Tréaumont de quoi justifier que lui et M. de Rohan avaient médité un soulève- ment en Normandie, avec appui des ennemis de l'État, auxquels ils prétendaient livrer une des places fortes de la province ; l'on attend à toute heure le procès-verbal de la question que l'on doit avoir donnée à la Tréaumont pour l'obliger à révéler ses com- plices. (A. G.) M. PELLOT A LOUVOIS. A Rouen, ce ik septembre 1674. Je reçus hier au soir, par un courrier que je vous avais dépêché, votre lettre du même jour du 13, avec celle de S. M., pour faire donner la question à la Tréaumont; mais comme j'ai eu l'honneur de vous le mander hier, il est mort la nuit du 12 au 13; il n'y a autre chose à faire, si ce n'est de savoir si S. M., comme je vous l'ai écrit, veut que l'on fasse le procès au cadavre, et je pourrai avoir demain votre réponse. Cependant, j'interrogeai hier le valet du sieur la Tréaumont ; il n'a rien dit de considérable, si ce n'est que M. le chevalier de Rohan et la Tréaumont ont eu de grandes conférences avec un nommé Van den Enden, Hollandais, à Saint-Mandé et ailleurs, ainsi que vous pourrez voir par l'extrait de l'interrogatoire que je vous envoie, de sorte que par lài'on peut juger que Van den Enden savait la conspiration et en était; le valet parle aussi d'un nommé Huguenet, qu'il croit étranger; mais il n'y a pas grande apparence que le chevalier et la Tréaumont vissent celui-là que par conver- sation. Nous n'avons pas pu découvrir que la Tréaumont eût grand commerce avec des gens de Normandie. Si demain nous ne rece- vons point de vos ordres, M. de Brissac s'en retournera, ne voyant pas qu'il soit plus nécessaire ici DE CRÉQUY BERNIEUr.LE. 411 A Rouen, ce 15 septembre 1674. Nous attendons vos ordres sur ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire le 13, touchant la mort de la Tréaumont. M. de Brissac est ici, qui ne partira point qu'il ne les ait reçus. Notre noblesse part tous les jours, et je crois que demain ou après-demain il n'en restera guère plus. Elle s'en va paraissant à présent bien intentionnée et bien satisfaite de ce qu'on lui a dit. 11 nous est revenu de tous côtés que la Tréaumont a fait tout ce qu'il a pu pour la mettre d'une autre humeur en tâchant de l'émouvoir sur le sujet du tiers et danger, et je crois que c'était la principale cause de son voyage en cette ville; mais, Dieu merci, il n'a guère réussi dans ce dessein, non plus que dans les autres criminels et téméraires qu'il avait; quoiqu'il eût été à souhaiter que l'on eût pu faire une justice exemplaire d'un si grand scélérat; néanmoins l'accident qui est arrivé ne laisse pas que de faire un bon effet et rendre un chacun sage, puisque l'on voit que S. M. est si bien aver- tie et donne de si bons ordres qu'il est bien difficile que l'on entre- prenne contre son service sans que l'on soit bientôt découvert et que l'on n'encoure le châtiment. (B. N.) LOUVOIS A M. PELLOT. A Versailles, ce 20 septembre 1674. Le Roi ayant sujet de croire que M. de Créquy, seigneur d'une maison qui s'appelle le Champ-de-Bataille, est complice de M. de Rohan et de la Tréaumont, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que vous concertiez avec M. de Roquelaure, et en son absence avec M. de Beuvron, les moyens de le faire arrêter sûrement et de lui prendre tous ses papiers, observant qu'il vaut mieux ne f*.irrêtcr de longtemps et en venir à bout. Il est impossible que la Tréaumont n'ait parlé de son projet à des gens de Normandie, puisqu'il est présentement très-public, dans Paris, qu'il disait à ceux qu'il voulait séduire, que pour leur montrer qu'ils ne seraient jamais abandonnés et qu'ils auraient la protection de tous les ennemis de la France, on ne leur demande- rait point qu'ils se déclarassent qu'après avoir touché de l'argent considérablement. Essayez, par quelque voie que ce puisse être, de découvrir quelqu'un de ceux auxquels il a parlé, afin que Ton puisse, par ce moyen, avoir révélation de leurs complices. 412 CHEVALIER DE ROHAN. Je vous adresse une lettre que j'envoie à M. de Roquelaure, et en son absence pour M. de Beuvron, afin qu'ils puissent agir de leur part h l'exécution des intentions de S. M. (A. G.) l'ambassadeur JUSTINIANI a CONTARINI, doge de VENISE. On garde toujours le chevalier de Rohan à la Bastille; on soup- çonne qu'il peut avoir eu des intelligences avec la Tréaumont, gentilhomme, son confident, qui est resté mort sur le carreau lorsqu'on a voulu l'arrêter à Rouen, la semaine dernière. On a trouvé des écrits qui prouvent qu'il était d'accord avec les ennemis pour essayer de soulever la Normandie, et de remettre entre leurs mains quelques places fortes. On n'a, dit-on, encore aucune preuve contre le chevalier de Rohan; cependant il est toujours bien res- serré, et personne ne peut lui parler. (Arch. de Venise.) {Traduit de l'italien.) LOUVOIS AU DUC DE ROQUELAURE. A Versailles, le 21 septembre 1C74. Van den Enden '_, qui a été conduit à la Bastille, sur ce que l'on a SU qu'il avait été envoyé par la Tréaumont au comte de Montcrey, ayant déclaré par ses interrogatoires que le comte de Saint-Martin, et un Chalon ou Chalou, de Rouen, étaient complices delà Tréau- mont, S. M. m'a commandé de vous écrire et à M. le premier pré- sident, que son intention est que vous le lassiez incessamment arrêter et conduire dans le vieux palais de Rouen, pour y être sûre- ment gardé jusqu'à nouvel ordre de S. M., faisant la chose, s'il vous plaît, de concert ensemble. (A. G.) M. PELLOT A LOUVOIS. Du 21 septembre 1674, à Rouen. J'ai reçu la lettre du 20. que vous m'avez fait l'honneur de m'é- crire avec une lettre en créance à M. le duc de Roquelaure, pour faire arrêter M. de Créquy. M. de Roquelaure n'est pas ici, de sorte que je vais en conférer avec M. le marquis de Beuvron ; nous 1 . Pendant que l'on arrêtait M. de Rolian, Van d^n Enden revenait tranquillemeiit de Hollande; il arriva chez lui à l'heure du dîner et apprit, en se mettant h table, que M. de Kohau était à la Bastille ; aussitôt le repas achevé il se sauva au Bourgei, où il fut arrêté par M. de Brissac, le lendemain. COMTE DE SAINT-MARTIN. 413 ne précipiterons rien et ferons tout ce qu'il faut pour bien cxéeuler la chose suivant les intentions de S. M. Je doute fort que la Tréauniont se soit si fort expliqué sur la conspiration aux gentilshommes qu'il a trouves en cette ville, il les a bien animés et excités à s'assembler et à se remuer, principalement pour le tiers et danger, et je ne sache pas qu'il en ait davantage dit, quoique je m'en sois informé de différents endroits. Je tâche- rai encore h éclaircir davantage ce qui en est. Il y a quelques gen- tilshommes de la R. P. R. vers Pont-Audemcr, proche Quillebœuf, où la Tréauraont devait aller, qui sont mal intentionnés et, quoique peu riches, qui ont depuis quelque temps plus d'équipages et de che- vaux qu'ils n'avaient. Je les fais observer et suis de tous les côtés sur les avis, et quand il y aura quelque chose de considérable je vous en ferai part. L'on ne peut pas mieux agir que fait M. le mar- quis de Beuvron, et alors qu'il sut que cette noblesse de l'arrière- ban se voulait remuer pour le tiers et danger, il parla si fort et si vigoureusement qu'il dissipa tout dans les commencements. Il est fort aimé dans ce pays, et assurément peut très-bien servir. Je suis bien aise que M. le duc de Roquelaure vive honnêtement avec lui, à quoi j'ai contribué en tout ce que j'ai pu. Du 22 septembre 1674, à Rouen. J'ai reçu la lettre du 21 de ce mois que vous m'avez fait l'hon- neur de m'écrire pour faire arrêter le comte de Saint-Martin et Chalon ou Chalou, qui est de Rouen, dont a parlé Van den Enden par son interrogatoire, mais afin que l'on ne prenne pas un homme pour un autre, il faudrait, s'il se peut, que vous prissiez la peine de désigner un peu ces gens ; je ne connais pas aucun qui s'appelle le comte de Saint-Martin, si ce n'est un gentilhomme qui s'appelle le comte de Saint-Martin Rubec, qui est cousin germain de Valsemé et de même maison, qui commande les gardes de Monsieur. Le comte de Saint-Martin Rubec est homme mal dans ses affaires qui a une femme qui demeure ordinairement à Paris, et qui est assez chaud et emporté. Pour Chalon ou Chalou, l'on ne peut pas bien démêler quel il est; il y a trois Chalon à Rouen, honnêtes gens, dont l'un est con- seiller honoraire du parlement, l'autre, qui est son frère, qui est officiai de M. l'archevêque, et l'autre, qui est leur cousin, a été secrétaire du cabinet; je ne crois pas que ce soit un des trois. (A. G.) 414 COMTE DE SAINT-MARTIN. M. DE BEUVRON * A LOUVOIS. Du 22 septembre 167^. Nous avons tâché ce matin, M. le premier président et moi, à connaître de quels gens on vous a voulu parler, en vous nommant Ghalon et Saint-Martin. Il y a trois hommes de cette ville qui s'ap- pellent Chalon; l'un a été secrétaire du cabinet, l'autre est conseil- ler, et le dernier est chanoine ou a quelque autre charge dans ce chapitre. Il serait bon de savoir lequel c'est, ou si même on ne s'est point mépris au nom. Pour Saint-Martin, j'en connais un qui demeure vers le Pont-L'Évêque, qu'on appelle Saint-Martin Dru- bec, cousin germain de Valsemé, lieutenant des chevau-légers de Monsieur ; il a, je crois, une maison, à l'année, à Paris, rue Saint- Louis, y demeurant souvent avec sa femme; je crois que ce pour- rait être celui-là, je n'en connais point d'autre de ce nom de Saint- Martin, quoiqu'il y en ait beaucoup qui le prétendent faire comte. Si ce n'était lui, je l'ai dit à M. le premier président, lequel a été d'avis que j'eusse votre réponse, pour être mieux informés, afin de ne rien faire au hasard ; je l'attendrai donc sur ces deux hommes et la suivrai exactement; j'espère après-demain faire exécuter l'ordre que vous me donnâtes hier, ayant envoyé reconnaître si les gens sont chez eux ou aux environs, et j'espère que tout cela se passera bien; j'avais dessein de faire la chose demain au matin, mais M. le premier président m'a conseillé, suivant ce que vous lui commandez, d'attendre plutôt un jour ou deux, pourêtre mieux informé, à ne tenter rien de mal à propos; ainsi j'ai résolu de faire faire cela lundi à la pointe du jour ; je le ferai conduire au Ponl-de- l 'Arche et vous enverrai un courrier aussitôt. (A. G.) LOUVOIS A M. PELLOT. A Versailles, le 22 septembre 1674. Par la suite des interrogatoires de Van den Enden l'on reconnaît qu'un neveu de feu la Tréaumont, nommé l'abbé de Préaux ou des Airs, est de la conspiration. Il était, il y a peu de jours, à Pacy, proche de Mantes, chez un de ses oncles ou de ses tantes; comme 1. François d'Harcourt, marquis de Beuvron , lieutenant-général de la Haute- A'ormaudie, gouverneur du vieux palais de Rouen, mort le 23 avril 1705. DE CRÉQUY BERNIBULLE. 415 il est important au service du Roi de se saisir de sa personne, S. M. m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que vous le fas- siez arrêter et conduire dans le vieux palais de Rouen, où il sera reçu en vertu de la lellre que je vous adresse en créance sur vous, pour M. le duc de Roquelaure ou, en son absence, pour M. le mar- quis de Beuvron, avec qui, s'il vous plaît, vous concerterez ce qu'il y aura à faire. A Versailles, le 23 septembre. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 22; elle m'oblige de vous dire que je ne sais autre chose contre Saint- Martin, si ce n'est que Van den Enderi m'a dit que c'était un homme fort emporté, et que, comme ce que vous me dites de lui a du rapport à cela, il pourrait bien être que ce fût lui; si j'étais à Paris, je demanderais à Van den Enden ces éclaircissements qui pouvaient vous déterminer, mais S. M. ayant résolu de nommer aujourd'hui des commissaires pour faire le procès à M. le chevalier de Rohan et à ses complices*, ils interrogeront Van den Enden sur le fait du comte de Saint-Martin et du sieur Chalon ou Chalou, et lorsque l'on aura quelques lumières plus particulières sur ce qui regarde l'un et l'autre, je vous le ferai savoir; cependant il est bon d'observer la conduite de ceux qui portent le nom de Chalon à Rouen, et de faire arrêter le comte de Saint-Martin. (A. G.) M. DE BEUVRON A LOUVOIS. Le 24 septembre 1674, à dix heures du matin, à Rouen. Ce courrier me vient d'apporter nouvelle que M. de Créquy-Ber- nieulle a été arrêté ce matin, ainsi que j'avais eu l'honneur de vous écrire que je le devais faire, Je vous l'envoie qui vous dira lui-même comme cela s'est passé. J'y avais envoyé trois gentilshommes à moi et douze de mes gardes avec trente autres cavaliers, qui ont investi sa maison la nuit; on a été deux heures à visiter tous ses papiers, on n'y a trouvé que des contrats ou procédures de pro- cès et quelques autres papiers ou mémoires; on m'a envoyé les derniers par ce porteur, nous les examinerons M. le premier pré- 1. Le Roi commit, par lettres patentes du 24 septembre, MM. de Bezons et de Pomereu pour interroger le chevalier de Rohan et ses complices. Le liMideraain, 25, M. de la Reynie fut nommé procureur-général, et le sieur Fournier, greffier des commissaires. 416 DE CRÉQUY BERNIEULLE. sident et moi, qui est ici présentement; nous n'y voyons rien que des affaires domestiques. On conduit le prisonnier au château du Pont-de-l'Arche, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous l'écrire, où je laisserai de mes gens et de mes gardes pour le garder jusqu'à nouvel ordre ; je l'ai fait mener en ce lieu-là qui est entre sa maison et Rouen et sur la route de Paris. Le procureur général de ce parlemenl, qui est son beau-frère, et sa femme, étaient chez lui, qui l'étaient allés voir de- puis trois jours; il a paru fort tranquille, disant qu'il ne craignait rien et qu'il n'était pas si fou que de faire raser encore une fois ses maisons, et que si je lui avais envoyé seulement un laquais, qu'il serait venu me trouver partout; madame sa femme, sa sœur et tous ses domestiques n'ont paru avoir aucune alarme, ont mené mes gens partout, et ouvert tous leurs coffies et cabinets fort naturelle- ment; j'en saurai encore plus de particularités, lorsque celui au- quel j'avais donné l'ordre de l'arrêter m'aura envoyé un plus am- ple détail, ce qu'il fera étant arrivé au Pont-de-l'Arche; je m'en vais tâcher à découvrir oii est cet abbé de Préaux, neveu de la Tréaumont, dont vous écrivez à M. le premier président, et qui doit être vers Pacy ou Mantes. Je crois savoir aussi à peu près qui est ce Chalon dont on vous a parlé, mais comme il porte un autre nom à sa seigneurie, qui est Megremont, nous ne le pouvions devi- ner; je l'ai fait chercher depuis hier; il n'est pas ici, je le ferai arrê- ter à la campagne, lorsque je saurai où il sera allé; je le crois en visite quelque part; c'est un homme goutteux âgé de cinquante ans, que je pensais ne songer qu'à boire et à vivre sans intrigue. A l'égard de Saint-Martin de Rubec, il demeure vers le Pont-l'É- vêque, el comme cela est à dix lieues de Caen où est M. le duc de Roquelaure, je suis d'avis de lui écrire pour cela, aussi bien que pour Sourdeval, qui demeure par-delà Caen, afin que nous lâchions de les prendre plus promptement et avant qu'ils aient des avis. M. le premier président vient de sortir pour aller au palais, il doit après revenir dîner chez moi; nous écrirons ensemble à M. le duc de Roquelaure, et cependant je vais écrire en toute diligence pour faire arrêter ceux de ce côté-ci et pour découvrir encore dans le pays s'il y a des gens de cette cabale. (A. G.) DE CRÉQUY BERNIEULLE. 417 PELLOT A LOUVOIS. Du 24 septembre, dix heures du matin, à Rouen. M. le comte de Créquy a été arrêté ce malin par les ordres de M. de Beuvron, dans sa maison du Champ-de-Bat;iille, suivant que vous le pourra dire plus particulièrement un courrier que l'on vous a dépêché qui vous rendra la présente. L'on l'a mené au Pont-de- l'Arche , où il demeurera jusqu'à nouvel ordre de S. M.; il a paru fort tranquille et est venu au-devant de ceux qui l'on arrêté, et a dit qu'il ne se semait coupable de rien, et qu'il n'était pas si fou que de vouloir faire raser deux fois' sa maison *. M. le procureur général de ce parlement, qui est son beau-frère, et madame la pro- cureuse générale, sa femme, étaient chez lui qui l'étaient allés visi- ter. L'on a arrêté des papiers qu'il avait, l'on verra ce que c'est. Je viens de recevoir en même temps les lettres des 21, 22 et 23 que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire touchant l'abbé des Préaux, neveu de la Tréaumont, le comte de Saint-Martin de Re- bec, Chalon ou Chalou, un gentilhomme nommé Sourdeval ; nous ferons tout ce qu'il faudra, M. de Beuvron et moi, pour tâcher de les arrêter. (A. G.) LODVOIS A M. PELLOT. A Versailles, le 24 septembre 1674. Vous verrez par le mémoire ci-joint que j'ai reçu ce matin de M, de Creil que quelques gens du Pont-de-l'Arche se sont accusés l'un l'autre d'avoir eu intelligence avec la Tréaumont; je vous l'adresse par ordre du Roi, afin qu'en vous faisant rendre compte de l'état de cette affaire vous [)iiissiez découvrir si elfectivement la Tréaumont avait quelque commerce au Ponl-de-I'Arche. (A. G.) M. DE BEUVRON A LODVOIS. Du 25 septembre 1674, à Rouen. Depuis la lettre que j'eus hier l'hoi.neur de vous écrire, il m'est venu un gentilhomme de ceux que j'avais commis pour arrêter M. de Créquy et qui a marché avec lui dans mon carrosse jusqu'au Pont-de-l'Arche; je lui ai fait conter ce qu'il lui avait dit par le \ 1. Ce comte de Créquy avait été compromis dans l'affaire de Bonneson, en 1659, et il avait vu raser sa maison et couper ses futaies à hauteur d'homme. 27 4)8 DE CRÉQUY BERNIEULLE. chemin; il a toujours fait fort bonne mine, disant qu'il était fort innocent et qu'il croyait qu'une visite que lui avait faite la Tréau- mont, à Paris, lui avait attiré ceci et avait donné du soupçon, et qu'il était bien heureux de ne s'être pas trouvé dernièrement chez lui à la campagne, lorsque la Tréaumont l'était venu chercher, et de ne l'avoir point trouvé aussi à Lisieux où il était allé comparaître devant l'intendant pour l'arrière-ban, parce que peut-être l'aurait- il prié de le ramener dans son carrosse; il dit qu'il y avait sept nu huit ans qu'il ne l'avait vu, lorsque dernièrement il le vint voir à Paris; il dit à mes gens aussi que si autrefois il les avait ainsi vus entrer dans son logis, qu'il aurait eu graad'peur, mais qu'à présent il n'en avait point. Hier au soir le procureur général de ce parle- ment, qui s'était trouvé là, me vint voir et, me parlant de cela, il me dit que M. de Créquy lui avait dit qu'à son dernier voyage à Paris la Tréaumont l'était allé voir un soir et lui avait fait force compliments, lui disant qu'il avait été assez malheureux pour n'avoir pas été en ses bonnes grâces, qu'il les lui demandait et autres civilités, et qu'il lui dit qu'il avait envie de les faire amis M. de Rohan et lui, qu'il l'en priait ; à quoi il répondit, dit-il, honnête- ment, étant son parent, mais sans rien que des termes généraux; qu'il fut après rendre sa visite à la Tréaumont, où il ne lui en dit pas davantage, sinon qu'il venait quelquefois en Normandie et qu'il le viendrait voir; ainsi il y a apparence que la visite qu'il fit chez lui à la campagne était pour le sonder ou lui proposer quelque chose de sa part et de celle de M. de Rohan. Voilà ce que j'en ai appris, et le procureur général m'a dit encore que dans leur famille, un jour devant, parlant de cela, ils disaient que cela pourrait don- ner du soupçon, et que M. de Créquy disait que s'il lui avait fait quelque proposition qu'il l'eût arrêté ou en eût donné avis. J'ai su que l'abbé des Préaux est malade depuis longtemps et qu'on le croit proche Pacy; j'y ai envoyé dès hier, et je crois qu'il sera pris aujourd'hui; j'ai aussi donné ordre pour arrêter Chalon de Maigremont, ayant su ce matin qu'il était à huit lieues d'ici ; je crois avoir demain ici ces messieurs; pour M. de Créquy, je le lais- serai au Pont-de-l'Arche jusqu'à ce que j'aie reçu vos ordres ; j'écrivis hier à M. de Roquelaure, ainsi que j'avais eu l'honneur de vous le mander, pour qu'il se chargeât de faire arrêter le comte de Saint- Martin, étant plus proche de Caen que d'ici et tous mes gardes étant en campagne pour chercher Sourdeval, qui a son bien et ses habi- VAN DEN ENDEN. 4i9 tudes par-delà Caen et ne vient jamais en ces quartiers ici, où je ne laisserai pas d'en faire perquisition; je priai M. le premier pré- sident d'écrire sur le môme sujet h M. de Roquelaure. Voilà tout ce que je sais à vous dire pour aujourd'hui. (A. G.) M. DE ROQUELAURE A LOUVOIS. Du 25 septembre 1674, à Caen. Je viens de recevoir une lettre de M. de Beuvron et une de M. le premier président à Rouen. Ils me mandent que M. de Saint-Mar- tin se tient à deux lieues d'Honfleur; j'ai fait partir un officier de mes gardes avec quatre gardes ; je les enverrai séparément pour se joindre demain à Ronfleur. J'écris au gouverneur, auquel j'ai en- voyé un ordre, et l'officier agira de concert avec lui pour tâcher à le prendre et ses paquets. MM. de Bezons et Pomereu m'écrivent aussi que S. M. veut qu'on arrête M. de Sourd eval; sa demeure, à ce qu'on m'a dit, est en basse Normandie. J'ai dépêché sur l'heure à M. le comte de Thorigny pour qu'il le fasse chercher et le prendre avec tous ses papiers. On ne peut pas manquer un moment pour exécuter comme on doit les commandements de S. M. Je ne manquerai de vous rendre compte de tout. (A. G.) INTERROGATOIRE DE VAN DEN ENDEN Du 26 septembre 1674, à la Bastille. François-Affînius Van den Enden, âgé de soixante-treize ans, docteur en médecine, et à Paris il enseignait les langues, demeu- rant au faubourg Saint-Antoine, de laR. G. A. etR., natif d'Anvers, n'étant habitué à Paris que depuis trois ans, et auparavant il a de- meuré dans Amsterdam pendant vin^t-neuf années, où il a fait les mêmes exercices d'enseignements Depuis deux ans il a occul- tement épousé une femme qui est originaire de Flandre, mais le vicaire de Saint-Paul n'a pas voulu autoriser publiquement son mariage, parce qu'il n'a pu prouver la mort du premier mari de 1. On a jugé inutile de publier les interrogatoires antérieurs à celui-ci, parce que Van den Enden s'était retranché dans une réserve qui leur ôte toute espèce d'intérêt. Nous n'avons pas retrouvé les originaux de la procédure, et ces interro- gatoires sont tirés d'une copie que Colbert avait fait faire, et dans la(|uelle il aura retranché sans doute ce qu'on voulait dérober à la connaissance du public. 420 VAN DEN ENDEN. sa femme, et a reconnu avoir aussi été marié une première fois avec une fille de bonne extraction, native d'Anvers et originaire de Dantzick, de laquelle il a eu plusieurs enfants dont il lui reste quatre filles, desquelles il en a deux en Flandre et deux autres en cette ville, y en ayant une mariée à Dargent qui fait le même exer- cice que lui et qui loge dans la même maison, et l'autre étant aux Ursulines de la rue Sainte-Avoie Arrivant à Paris, il chercha la Tréaumont, qu'il connaissait pour l'avoir vu plusieurs fois à Amsterdam et lui avoir enseigné quel- que chose de la philosophie, il y a environ cinq ans, et la Tréau- mont lui devait 3 ou 400 liv.; étant en Hollande, ils avaient souvent parlé ensemble des moyens d'établir une république libre en Hol- lande; M. le comte de Guiche* était souvent présent à leurs entre- tiens, qui ne regardaient jamais rien contre les intérêts de la France tant que M. de Guiche y était présent, mais bien la Tréau- mont en particulier, lui montrant la carte de la Normandie, lui disait que le faible de ce côté-là était à Unlllebœuf, que c'était une place que le feu maréchal d'Ancre avait voulu fortifier, mais que depuis le dessein en avait été transféré au Havre Lorsqu'il le vit à Paris, ou quand il alla le chercher pour avoir l'argent qu'il lui devait, la Tréaumont lui dit qu'on pourrait appliquer en France l'exécution de cette république libre dont ils avaient discouru en Hollande, pour cela il lui répétait l'avantage qu'on pourrait tirer de la prise de Quillebœuf, qu'il ne serait pas malaisé après cela de faire soulever la Normandie, qu'il l'avait fait en 1657, leur pro- posant pour chef M. le maréchal d'Hocquincourt, et en 1659, leur voulant donner pour chef alors le comte d'Harcourt, et qu'il le ferait bien une troisième fois mettant M. de Rohan à leur tête ; après lui avoir tenu ce discours plusieurs fois il lui fit connaître M. le chevalier de Rohan, qui logeait lors avec la Tréaumont, pro- che la place Royale, en un logis qu'il ne peut pas désigner M. de Rohan lui fit beaucoup d'accueil et d'honnêteté, et le fit dîner avec lui deux ou trois fois, mais quelque temps après et en- viron le temps de la déclaration de la guerre contre les Hollandais 2, étant près de s'en aller en Hollande pour affaires particulières, M. de Rohan le fit venir dans le jardin des pères Picpus du fau- 1. M. de Guiche avait été exilé liors du royaume à cause de ses intrigues avec madame Henriette d'Angleterre. 2. Probablement au mois de mai 1672. VAi\ DEN ENDEN. 421 bourg Sainl-Antoine, et là en discoiiraiil lui dit que lui Rohan était un cavalier libre qui pourrait servir à tel prince qui le voudrait et qu'il avait quelque pensée d'aller servir le duc de Brunswick, mais qu'il vit, lorsqu'iT serait en Hollande, si les Hollandais étaient assez disposés pour donner des emplois et des établissements con- venables pour un prince comme lui Environ la fin d'avril ou le commencement de mai dernier, la Tréaumont lui dit pour la première fois qu'il avait écrit à M. de Monterey une lettre en date du 6 avril, sans seing, par laquelle il lui mandait que s'il voulait faire embarquer 6,000 Espagnols sur la flotte avec des armes pour 20,000 hommes, des outils pour faire une fortification, avec deux millions d'argent, lorsqu'ils paraîtraient sur la côte, six gentilshommes les iraient trouver à leur bord dont quatre demeureraient en otages et les deux autres viendraient pour mettre les Espagnols en possession de Quillebœuf, que la Nor- mandie se soulèverait alors et formerait une république libre, sans que les Espagnols y pussent rien prétendre, sinon cette place de Quillebœul, et encore seraient-ils obligés de la remettre lorsque l'on leur livrerait le Havre-de-Grâce ou Abbeville ; et comme cette lettre n'avait point de seing ni d'adresse, la Tréaumont manda au comte de Monterey que si la proposition ne lui était pas désagréa- ble il fit mettre dans la gazette de Bruxelles, incontinent après la réception de la lettre, à l'article de Paris, que le Roi allait faire deux maréchaux de France, et à l'article de Bruxelles, que l'on y attendait un courrier d'Espagne* Il y a environ six semaines, M. de Rohan lui dit qu'ils avaient trouvé bon qu'il fit le voyage, sachant qu'il avait résolu de deman- der un passeport au Roi pour aller en Brabant pour ses affaires particulières, et que par la môme voie il parlerait à M. de Monte- rey, et M. de Rohan lui ajouta en frottant ses mains en signe de joie: J'espère que nos affaires succéderont la Tréaumont lui donna la Gazette M. de Rohan lui parla séparément et lui dit qu'il fallait que M. de Monterey pressât l'exécution promptement, qu'il n'y avait pas de plaisir de demeurer longtemps dans le crime, que si cela se remettait à l'autre été l'affaire s'évanouirait. Venant dans le carrosse de M. de Rohan, de Saint-Mandé à Paris, pourvoir la Tréaumont, il reconnaissait dans les discouis de M. de Rohan 1. M. de Monterey fit insérer l'article comme on le lui avait proposé. 422 VAN DEN ENDEN. qu'il avait de l'aversion pour la personne du Roi, et en se frottant les mains avec agitation il disait : Si nous le tenons, parlant du Roi, sans s'expliquer davantage; et une autre fois il disait: Nous l'aurons; et à l'égard de la Tréaumont, il ne dit rien contre la personne du Roi, mais bien parlant du dessein de Quillebœuf, il dit : Nous pourrons aller à Versailles et, comme il n'y a pas de monde, nous pillerons cette maison et ce qu'il y a dedans, cotant même une table et autres choses de grand prix Lui Van den Enden arriva à Bruxelles il y a trois semaines, il alla voir M. de Mon- terey, à qui il fît voir la Gazette comme une marque de sa créance, et lui demanda la réponse de la lettre du 6 avril ; M. de Monterey lui dit : Vous tardez bien à venir, je vous croyais tous morts, venez demain me parler à une heure après diner, et nous parlerons de l'affaire. Il y alla le lendemain à l'heure qui lui était marquée; M. de Monterey l'envoya à M. Dimottés, receveur géné- ral, qui avait la lettre du 6 avril, et après avoir parlé avec M. Di- mottés il le remena h M. de Monterey qui lui demanda qui étaient ceux qui l'envoyaient, à quoi il répondit que c'était M. de Rohan et la Tréaumont, et sur cela M. de Monterey, demanda si c'était M. le duc de Rohan, à quoi il répondit que non, mais qu'il était de la même maison et flls de madame de Guemenée, qu'il était un brave cavalier à qui la noblesse n'aurait pas peine d'obéir, et que la Tréaumont était un gentilhomme qui avait du crédit en Norman- die; et comme il pressait M. de Monterey de l'exécution, il dit qu'il ne fallait pas le solliciter et que cette affaire lui tenait plus à cœur qu'à ces messieurs, et qu'il aimait mieux cela que de reprendre toutes les places que le Roi avait conquises sur le Roi d'Espagne, mais que l'on venait présentement à contre-temps, que la flotte était dans la Méditerranée pour favoriser ceux qui veulent faire une république comme celle de Venise*, et qu'il avait attendu tout l'été, tout ce qui est nécessaire étant sur la flotte, mais que ces messieurs demandaient trop d'argent et qu'un million serait suffi- sant, et qu'il faudrait écrire en Espagne pour l'avoir, mais qu'il n'était pas si pauvre qu'il ne pût envoyer 100,000 liv. pour com- mencer, que pour cet effet il fallait qu'on lui envoyât deux gentils- 1. Ea effet, un soi-disant comte de Sardan qui, après avoir été compromis dans l'affaire de Foucquet et ensuite dans celle de madame de Brinvilliers, s'était réfugié à Amsterdam, avait proposé au prince d'Orange de faire soulever les Provençaux, et l'avait assuré que Marseille voulait se mettre en république et se séparer de la France. VAN DEN ENDliN. 423 hommes qui diraient précisément combien il leur fallait d'argent et d'armes pour commencer, qu'il donnerait à cet effet deux passe- ports en blanc ou remplis de ceux qu'on lui nommerait, et que cela ne se pouvait pas faire sans en parler auparavant au prince d'O- range, pourquoi il lui enverrait le lendemain le marquis d'Est qui était présent ;\ la conférence; M. de Monterey regardant sur la carte le poste de Quillebœuf, dit qu'il voyait bien que par là on pouvait se saisir de la maison du Roi Il ne nomma personne à M. de Monterey que M. de Rohaii et la Tréaumont, mais il l'assura de leur part qu'il y en avait beau- coup d'autres qui étaient engagés dans l'affaire, et sur ce que M. de Monterey objectait aucune assurance pour cette entreprise, il lui répondit qu'elle se rencontrerait tout entière par les quatre gentils- hommes qui passeraient pour otages dans la flotte à l'arrivée Il a ouï nommer par la Tréaumont M. de Créquy-Bernieulle comme ayant une petite place ou terre proche de Quillebœuf, sans savoir précisément s'il était dans l'engagement ou non. II a vu à Saint- Mandé chez M. de Rohan un homme de moyenne taille, âgé d'en- viron quarante ans, qu'il a ouï nommer de Saint-Martin, qui par- lant avec M. de Rohan et la Tréaumont murmurait avec beaucoup d'agilation, disant : Qu'on me pende, qu'on me roue, je ne souffri- rai jamais cet affront ! et après cela la Tréaumont disait que ledit homme, qu'il appelait Saint-Martin, était généreux. Il a vu d'autres gens chez M, de Rohan dont il ne sait pas le nom, qui étaient en conférence avec lui et la Tréaumont; ils n'y venaient guère plus de deux à la fois et la Tréaumont lui disait : Ce sont de bonnes gens, jugeant par ces paroles qu'il voulait dire qu'ils étaient du parti et de l'engagement (B. N.) M. DE BEUVRON A LOUVOIS. Du 26 septembre l67/i, à Rouen. J'ai fait arrêter cette nuit M. Chalon, dit Maigremont; il était à huit heures chez un conseiller de ce parlement avec qui il était parti d'ici et où il était souvent; il ne se doutait de rien, et n'avait aucun papier. J'ai fait saisir ici sa chambre et ses papiers, et j'ai ordonné aux gardes de faire sur cela ce que dirait M. le premier président, auquel j'ai donné avis de la chose pour prendre ses papiers. Chalon Maigremont est ici dans le vieux palais qui arrive, 424 MAIGREMONT. je le mettrai dans une tour et le ferai bien garder. Je ne sais si c'est celui qu'on vous a voulu dire et s'il est coupable, il dit n'a- voir jamais vu M. de Roban ni y avoir eu commerce et qu'il n'a vu laTréaumont à ce voyage ici qu'à table et en compagnie, et se tient coupable si on dit qu'il lui ait parlé en particulier, et force autres choses pour dire qu'il est innocent, me priant de le faire mener à Paris, ou partout où on le voudra confronter et interroger, et que toute la grâce qu'il demande c'est qu'on ne l'oublie pas en prison comme un homme qui n'est pas en grande considération et qui a peu de gens pour parler pour lui. J'avais envoyé, ainsi que j'avais eu l'honneur de vous écrire hier, pour prendre cet abbé des Préaux ; on a su par des espions qu'on avait mis à le chercher hier au matin avant que les gardes arrivas- sent, qu'il était monté à cheval il y a quelques jours, et qu'on ne savait oii il était allé ; ainsi on est revenu sans aller jusqu'à sa mai- son de peur de l'épouvanter, et j'ai des gens qui tâchent à décou- vrir où il sera allé ou s'il reviendra chez lui, et le ferai prendre quand je pourrai ; il y a plus d'apparence qu'il sache quelque chose que ce Maigrement ici, qui ne m'a jamais paru homme de faction. J'attendrai vos ordres au sujet de M. de Gréquy ; si on ne le mène pas à Paris, je crois qu'il le faudra amener ici, le château du Pont- de-Larche étant fort petit et le logement incommode, n'étant pas assez séparé de la garnison, où qu'on voit et entend toujours; je n'ai pas voulu le mettre à la garde de celui qui y commande sans votre ordre, ainsi j'y ai dix-huit ou vingt hommes à moi, qui le gardent très-exactement et à vue ; j'en userai ainsi jusqu'à nou- vel ordre. M. de Roquelaure m'écrit qu'il a envoyé pour prendre le comte de Saint-Martin, et qu'il a donné avis à M. le comte de Thorigny pour découvrir où est Sourdeval, et qu'il donnera les ordres néces- saires pour lui. (A. G.) M. DE THORIGNY A M. DE ROQUELAURE. Du 26 septembre 1674, à, Vizé. J'ai fait investir ce matin, ainsi que je me suis donné l'honneur de vous écrire, la maison de M. de Sourdeval avec trente chevaux et ensuite j'ai fait fouiller par des hommes ses lieux les plus secrets, où on n'a trouvé que la dame, qui n'a nul commerce avec son mari, VAN DEN ENDFN. 423 étant fort mal avec lui et qu'il n'a point été tlepuis trois ans dans sa maison qui est on décret, où je crois qu'il ne sonfi;e guère ; j'ai fait fouiller ses papiers, qui ne se sont trouvés remplis que d'af- faires. S'il est dans ce pays-ci, jo le saurai assurément, ayant mis des gens en campagne qui sauront s'il est chez ses amis comme le comte de Poille, le marquis d'Issigny et autres, et de plus ayant ordonné au prévôt de se tenir alerte. J'attendrai à Thorigny vos ordres et vous manderai ce que j'apprendrai. (A. G.) l'ambassadeur JUSTINIANI a CONTARINI, doge de VENISE. Dans les recherches faites ces jours-ci pour tirer au clair les des- seins de la Tréaumont, qui a été tué, ainsi que je vous en donnai avis, lorsqu'on l'arrêta à Rouen, on a trouvé de nouveaux complices . On a arrête un certain Van den Enden, maître d'école à Picpus, endroit oh les ambassadeurs ont coutume de faire leur entrée. Cet homme est accusé d'intelligence avec les ennemis de cette cou- ronne, ayant l'ait plusieurs voyages à Bruxelles dans le dessein de tramer un attentat de grande importance, prétendant enlever le Dauphin à la chasse, et le remettre aux ennemis. On dit que le chevalier de Rohan n'est pas étranger à ces manèges, et que plu- sieurs Normands s'étaient rendus dans cette ville avec d'aussi mau- vaises intentions, pour prendre part aux machinations tramées par les chefs de la conspiration. La chose est publique ici, et on en a même imprimé quelque chose'. On continue à arrêter un grand nombre de personnes nommées par ce maître d'école, et on les met toutes à la Bastille, afin d'obtenir des renseignements complets sur toute l'aflaire, et de donner un exemple qui détourne à l'avenir de pen- sées aussi abominables et aussi iniques. On a nommé des commissaires au chevalier de Rohan pour lui faire son procès; mais il a prétendu ne vouloir pas répondre à leurs interrogatoires, parce que ce n'étaient pas les juges accoutumés et établis par la loi pour les hommes de sa condition. On ne sait pas si S. M. relâchera {sic) le prisonnier. Il est certain qu'il est gardé fort strictement, et qu'on ne laisse arriver à lui aucune nouvelle, de quelque part que ce soit, et que sa mère même n'a pas permis- sion de lui parler. Paris, 26 septembre 167i. 1. Dans la Gazette de France. 426 CHEVALIER DE ROHA.N. M. PELLOT A LODVOIS. - A Rouen, ce 27 septembre 1674. J'ai reçu la lettre du 25 que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; la procureuse générale m'a dit quasi la même chose que son mari touchant M. de Créqui BernieuUe, ainsi que je vous l'ai mandé, et assure qu'il a dit cela devant ses gens, et tout haut, dans le temps qu'il sut que M. le chevalier de Rohan et la Tréaumont ont été arrêtés. Comme on le mène à la Bastille, l'on l'entendra et l'on pourra éclaircir la vérité. Nous avons fait arrêter Chalon, dit Maigremont, qui est à présent au vieux palais de Rouen, ayant cru que ce pouvait être celui-là dont vous avez parlé par vos lettres, parce qu'il connaissait la Tréaumont, et que pendant qu'il a été en cette ville il a été le plus souvent avec lui ; l'on a saisi ses papiers ; je verrai ce que c'est; l'on lui a parlé de Van den Enden; il dit qu'il ne l'a jamais connu, mais qu'un frère qu'il a l'a connu en Hollande, à ce qu'il lui a entendu dire; l'on éclaircira la chose, mais il ne tombe pas grand soupçon sur Chalon; il ne faut pourtant rien négliger, comme nous faisons, M. le marquis de Beuvron et moi. L'on a cherché l'abbé des Préaux à Pacy, proche Mantes, oil l'on croyait l'y trouver, ayant appris qu'il était malade; mais il en est sorti il y a six ou sept jours ; l'on s'informera où il peut être, aussi bien que Sourdeval; mais ils sont sans doute à présent en défiance. Pour le comte de Saint-Martin Rubec, nous avons chargé M. le duc de Roquelaure de l'arrêter, puisqu'il est à sa portée, et plus proche de lui que de nous. 11 a donné pour cela ses ordres, à ce qu'il nous a mandé. (B. N.) LODVOIS A M. DE BESMA€S. A Versailles, ce 27 septembre 1674. J'ai reçu avec votre lettre celle que vous avez écrite au Roi, par laquelle vous lui mandez que M. le chevalier de Rohan suppliait S. M. d'avoir agréable qu'il pût parler à M. Colbert et ensuite à moi, et S. M., en ayant entendu la lecture, m'a commandé de vous faire savoir : qu'ayant nommé des commissaires pour interroger le chevalier de Rohan, il leur pourra dire tout ce qu'il avait intention d'expliquer audit sieur de Colbert et à moi, et qu'ainsi elle ne dési- rait pas que nous l'allassions voir. (A. G.) COMTE DE SAINT-MARTIN. 427 M. DE ROQUELADRE A LOUVOIS. Le 29 septembre 161 It, à Caen, à six heures du soir. Suivant l'ordre que vous m'avez envoyé, j'ai fait arrôtcr le comte de Saint-iMartin, l'officier de mes gardes sachant qu'il était dehors avec quelque noblesse à cause, dit Saint-Martin, que le comte de Grancey voulait enlever sa fille pour l'épouser; il a été conduit ici en diligence au château, il y a une heure ; on a porté en môme temps une cassette, et on lui a pris les papiers qu'il avait sur lui. J'ai supplié MM. de Chamiilard et de la Croisette d'aller sur l'heure au château ouvrir en sa présence la cassette ; il ne s'est trouvé que des vieux papiers, et les lettres qu'il avait sur lui sont de sa femme et d'autres, par lesquelles on parle de M. le comte de Grancey et d'autres choses indilférenles. M. da Chamiilard vous rend compte de tout ce que M. de Saint-Martin a dit à M. de la Croisette et à lui ; je renvoie présentement les clefs pour ouvrir tout ; il pria l'officier de mes gardes de faire conduire sa femme et sa fille à Honfleur par des fusiliers, craignant le comte de Grancey; il le fit, et elles partirent en même temps. M. de Saint-Martin a dit qu'il avait parlé à M. le maréchal de Grancey du dessein de monsieur son fils pour épouser sa fille. Je ne manque pas de vous rendre un compte exact de toutes choses; il y a très-longtemps qu'on n'a ouï parler en Normandie du sieur de Sourdeval ; vous enverrez les ordres, ils seront exécutés du mieux que je pourrai. (A. G.) M. CHAMILLARD A LOUVOIS. Du 29 septembre 167û, à Caen. Je me suis rendu au château de Caen, suivant ce que M. le duc de Roquelaure m'a témoigné être à propos pour le service du Roi, où j'ai vu, en présence de M. de la Croisette, M. de Saint-Martin arrêté par ordre de S. M.; et comme je n'avais ordre, pouvoir, ni faits pour l'interroger, je me suis contenté de faire faire l'ouver- ture de sa cassette en sa présence, d'examiner tous ses papiers qui étaient dans icelle, qui se sont trouvés d'ancienne date, depuis 1654 jusqu'en 1667, et ne concernaient que ses affaires domestiques, ce qui m'a fait connaître qu'il en avait d'autres; et en effet, comme il y avait d'autres clefs avec celle de sa cassette, il m'a dit que l'une d'icelles était la clef du tiroir d'une table sur laquelle il écrivait et 428 COMTE DE SAINT-MARTIN. dans laquelle il y avait des essences. M. de Saint-Martin parle volontiers et parle bien; il m'a paru fourni de résolution dans tout son entretien, qui a été d'une heure, en présence de M. de la Groi- sette, et tout son discours était de l'enlèvement que M. le comte de Grancey veut faire de sa fille *, pourquoi il voulait assembler ses amis, qu'il nous a voulu faire connaître être en grand nom.bre et avoir beaucoup de considération en son quartier, ce qu'il nous a exagéré souvent et même avec quelque vanité. Par son discours il nous a paru que ses affaires étaient fort en désordre, et comme je n'avais pas de moyens pour découvrir quelle part il pouvait avoir dans les affaires contraires au service du Roi et au bien de l'Etat, je me suis servi de celui qu'il me présentait, lui remontrant que dans la conjoncture présente il n'aurait point dû former d'assemblée, que ce qui s'était passé à Paris et à Rouen obligeait de veiller plus soigneusement à la conduite d'un chacun; et ayant demandé à M. de la Groisette s'il connaissait ce la Tréaumont, pour l'engager de parler et sans qu'il m'ait pu pénétrer, il a dit de lui-même qu'il le connaissait, qu'il alla avec lui à Contlans il y a dix-huit mois, chez M. l'archevêque de Paris, et a parlé de lui comme d'un homme ferme et résolu jusqu'au dernier moment de sa vie, dont il nous a expliqué de lui-même quelques circonstances; il nous a paru dans tout son entretien fort résolu, sans varier et sans affec- tation, el nous a toujours fait entendre qu'il ne pouvait être arrêté que pour l'allaire de M. le comte de Grancey, et nous l'avons entre- tenu dans la pensée qu'il n'y en avait point d'autre. (A. G.) LOUVOIS A M. PELLOT. A Versailles, le 29 septembre 3674. J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 23 de ce mois, contenant le discours que vous a fait M. le procureur général au parlement de Rouen-, sur ce qu'il prétend que M. de Gréquy-Rer- nieulle ^ n'a point de part aux mauvais desseins de M. le chevalier 1. Ce n'était pas la première fois qu'un de Grancey avait voulu s'assurer de la sorte une riche héritière, et Mazarin avait été obligé de cacher à la Bastille un autre membre de cette famille que le parlement voulait juger pour un rapt semblable. 2. Maignard de Dernières. . 3. Alexandre, comte de Créquy-Bernieulle et de Cléry, baron de Combon, sei- gneur du Champ de Bataille, né en 1628, mort en 1702. Il avait épousé Marie Maignard, fille d'un président au parlement de Normandie. MADAME DE VILARS. 429 de Roban ; mais ce sera une chose que l'on connaîtra par la suite, lorsqu'on lui fera son procès et fi tous leurs complices. (A. G.) M. PELLOT A COLBERT. A Rouen, ce 2 octobre 1674. Ayant eu avis de quelques personnes, qu'une femme nommée la dame de Vilars ' savait quelque chose de la conspiration de la Tréau- mont, M. de Beuvron l'a fait arrêter, et elle est dans le vieux pa- lais ; elle pourra assurément servir à l'affaire de M. le chevalier de Rohan. Nous en mandons le détail à M. de Louvois, et attendons les ordres de S. M. Elle était fille de feu M. de Sarrau, qui était conseiller du parlement de Paris, de la R. P. R. ; elle a un frère qui s'appelle de Brie, qui a longtemps servi le Roi et a été gou- verneur de Sierck; elle a eu deux maris ; le dernier, qui s'appelait Vilars, qui demeurait proche Vernon et était de la R. P. R., n'est pas mort sans soupçon de poison, qui est tombé sur elle, et ses parents ont été près de la poursuivre. (B. N.) M. DE BEUVRON A LOUVOIS. Du 2 octobre 1674, à Rouen. On arrêta hier madame de Vilars chez elle, à Heudreville, à huit lieues d'ici; on me l'a amenée à midi; M. le premier président était chez moi, qui y a dîné; nous l'avons vue arriver, elle ne nous a encore rien dit, je la ferai garder fort soigneusement ; il paraît qu'elle parlera : nous avons jugé à propos de ne paraître pas savoir aucune chose ; je lui ai dit seulement que j'avais eu ordre du Roi de l'arrêter et que je n'en savais pas encore la raison, qu'elle pouvait savoir mieux que moi pourquoi, et qu'elle forait bien mieux de dire promptement tout ce qu'elle sait que d'attendre à être inter- rogée. Je fais chercher partout cet abbé des Préaux, j'ai trois partis en campagne pour cela en tous les lieux où je soupçonne qu'il a été; après cela je n'en ferai plus de bruit pour voir s'il se rassurera, et 1. E. Sue dit, dans une note du roman intitulé Latrénumo?it, que « Louise-Anne de Sarrau avait d'abord épousé Quévremont, seigneur d'Eudeville et de Boudeville, et ensuite Honoré de Mallortie, marquis de Vilars. Elle aurait eu, en 1674, trente- quatre ans. » Nous lui laissons la responsabilité de ce renseignement, que nous n'avons pu contrôler. 430 COMTE DE SAINT-MARTIN. sous main on le cherchera toujours. Je ne suis pas fâché d'avoir envoyé chez lui, quoique je susse qu'il n'y était pas ; j'y ai envoyé de quoi avoir cette femme qui nous apprendra peut-être quelque chose que nous ne savons pas ; on ne lui a trouvé aucun papier dans toute sa maison, et même chez son curé et dans le village oh. on a cherché aussi ; à propos de curé, nous ne trouvons pas celui d'Egleiville coupable et M. le premier président croit qu'on le peut renvoyer, néanmoins nous attendrons vos ordres là-dessus. Madame de Vilars est fille de M. Sarrau, conseiller au parle- ment de Paris; elle a un frère nommé de Brie, qui était gouver- neur de Sierck ; je crois qu'il n'a pas grand commerce avec elle, n'ayant pas ouï dire qu'elle soit venue en ce pays ici, dans tous les procès qu'elle y a. Voilà ce que j'ai à vous dire aujourd'hui. (A. G.) LOUVOIS A M. PELLOT. A Versailles, le 2 octobre 1674. J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 30 du mois passé. M. le duc de Roquelaure m'a mandé qu'il avait fait arrêter le comte de Saint-Martin, et sur le compte que j'en ai rendu au Roi, S, M. m'a commandé de lui faire savoir qu'elle désirait qu'il le fit conduire à la Bastille, et qu'il ordonnât à celui qu'il en char- gera de prendre en passant le sieur Chalon, qui est dans le château du Pont de l'Arche, pour être conduit aussi à la Bastille, lui ordon- nant de prendre les précautions nécessaires pour empêcher qu'ils ne se parlent par le chemin. A Versailles, le 3 octobre 1674. Les deux lettres que vous avez pris la peine de m'écrire, le 1" et le 2 de ce mois, m'ont été rendues avec celles de M. le marquis de Beuvron, et les extraits de deux billets écrits par la dame de Vilars au chevalier des Préaux. Par tout ce que vous et lui me mandez, et par le contenu de ces extraits, il est aisé de voir que cette dame avait bonne part avec le chevalier des Préaux dans la conspiration de la Tréaumont et de M. le chevalier de Rohan, aussi S. M. désire que vous l'interrogiez le plus amplement que vous pourrez et que vous fassiez votre possible pour l'obliger à dire la vérité; que si elle en faisait quelque difficulté, vous pourrez lui dire que c'est à tort qu'elle veut se charger d'une affaire de cette nature en déniant ce MADAME DE VILARS. 431 qu'elle en sait, que l'on a tout su du chevalier des Préaux après qu'il a été arrêté et que l'on a môme trouvé sur lui les deux lettres dont M. de Beuvron m'a envoyé les extraits, qu'elle lui a ci-devant écrites; vous y ajouterez encore les autres raisons qui vous con- viendront pour l'obliger ù parler. Et quand elle aura subi votre interrogatoire, je vous supplie de me l'envoyer pour en rendre compte au Roi ; S. M. a résolu de la faire transférer à la Bastille, et ;\ cette fin elle va faire partir un brigadier avec six gardes pour la prendre au Pont-de-l'Arche, où je mande présentement à M. de Beuvron de la faire conduire pour la leur mettre entre les mains ♦. ' (A. G.) LOUVOIS A M. DE BEZONS. A Versailles, le 3 octobre 1674. En exécution des ordres du Roi qui ont été envoyés à M. le duc de Roquelaure, il a fait arrêter en Basse-Normandie le comte de Saint-Martin, dont Van den Enden vous a parlé dans les interro- gatoires que vous lui avez fait subir. L'on a trouvé sa maison toute démeublée et les papiers qu'il y avait ne sont pas bien considéra- bles, mais M. de Roquelaure m'a mandé qu'il a su que le comte de Saint-Martin a une maison à Paris, proche vers Saint-Leu, dans laquelle sont ses meubles et ses papiers. Je lui écris présentement que le Roi trouve bon qu'il le fasse conduire à la Bastille, et en attendant S. M. m'a commandé de vous faire savoir ce qui en est, et de vous dire qu'elle souhaite que vous fassiez reconnaître sa maison et que vous vous y transportiez pour vous saisir de tous les papiers qui s'y trouveront. M. de Beuvron a fait faire une perquisition dans la maison de l'abbé des Préaux, située proche de Mantes, qui s'en était absenté, mais on y a trouvé deux lettres écrites par la dame de Vilars au chevalier des Préaux, dont vous trouverez l'extrait ci-joint, par les- quelles il paraît évidemment que celui-ci, qui est à la Bastille, est de 1. Il est impossible de ne pas fain^ remarquer ce qu'il y a d'odieux dans les instructions que Louvois donne à M. Pellot et officiellement, la dépCclie ayant été copiée par un employé, la minute est restée aux archives de la guerre. De nos jours un président se révolterait contre des ordres pareils et donnés à découvert, mais les ministres de ce temps-là pensaient que le service du Roi l'emportait sur toutes choses, et que pour cela tous les moyens étaient, sinon bons, au moins "ndifférents. 432 CHEVALIER DES PRÉAUX, la conspiration de la Tréaumont et de M. le chevalier de Rohan, et que cette dame, avec laquelle il était en commerce de galan- terie, la savait. M. de Beuvron l'a fait arrêter et conduire dans le vieux palais de Rouen, et selon toutes les apparences elle convien- dra de tout, et M. Pellol l'a dû interroger; et pour la faire plus faci- lement parler, il lui supposera que le chevalier des Préaux a tout dit et que l'on a trouvé sur lui les lettres ci-dessus, et après qu'elle aura subi cet interrogatoire elle sera transférée à la Bastille. Ce- pendant S. M. croirait qu'il serait bon de dire au chevalier des Préaux que son frère l'abbé a été arrêté ; que l'on a trouvé dans sa maison près de Mantes les lettres de cette dame de Vilars, que l'on l'a arrêtée e:.suite et qu'elle a tout avoué, pour voir sur tout cela ce qu'il dira. Je vous supplie de communiquer cette lettre-ci à M. de Pome- reu, qui voudra bien qu'elle soit commune pour lui comme pour vous. (A. G.) JOURNAL DE HUREL. Jeudi, Il octobre 1674. On a mis à la Bastille M. Bourguinet, secrétaire des chiffres de M. le Prince, et un carrosse plein qu'on amena hier de Normandie. (B. N.) INTERROGATOIRE DU CHEVALIER DES PRÉAUX. Du 6 octobre 1674. Guillaume Duchesne, chevalier des Préaux, âgé de vingt-quatre à vingt-cinq ans, de la R. G. A et R Après s'être longtemps examiné et considéré qu'il n'a rien de plus cher au monde que sa conscience et son honneur, il veut sa- tisfaire à ce qu'il doit à l'un et à l'autre, par la fidélité qu'il doit au Roi, et pour empêcher les maux qui pourraient arriver à sa province. Pour cet effet, reconnaît que dans le voyage qu'il lit en Bavière, il y a environ dix-huit mois *, avec M. de Rohan et la Tréaumont, il les entendait tous deux discourir souvent sur des sujets de la République, tenant des discours contre le respect qui est dû au Roi, même contre sa personne sacrée, et lorsqu'il entendait 1. C'est-à-dire au mois d'avril 1673. CHEVALlKll DLS l'UKAlJX. V.V.) (liic quelque chose contre le respect qui était dû au lloi il s'éloi- gnait de ces conversations, ce qui faisait que M. de Uohan le IraitaiL d'obstiné, disant i\ la Tréaumont que lui des Préaux aimait le Roi, ù quoi M. de Rolian ajoutait : Si vous le connaissiez comme moi, vous ne l'aimeriez pas. Il entendit même M. de Rohan et la Tréaumont, dans le voyage, parler des moyens et des facilités qu'il y aurait d'enlever la Reine et M. le Dauphin, si les Espagnols voulaient, avec 500 chevaux, lorsque le Roi était absent sur la frontière ou à la tôle de ses armées. Depuis qu'ils ont été de retour, lorsque le Roi envoya pour registrer au parlement de Normandie des édits, il entendit M. de Rohan et la Tréaumont discourir plusieurs fois sur cette matière, et disant qu'il fallait se servir de ce moyen pour en- gager la noblesse dans la révolte, en faisant que dans le parlement de Rouen l'on apportât de la contradiction aux volontés du Roi, et insinuant dans les esprits des gentislhommes combien les édits que l'on registrait étaient préjudiciables, que ce n'était rien, qu'on en verrait bien d'autres, et que s'ils souffraient cela on les traiterait comme en Turquie, qui étaient les mêmes paroles dont se servait M. de Rohan ; il leur a encore ouï dire que si les ennemis étaient d'humeur à vouloir mettre pied à terre en Normandie, la noblesse s'y pourrait joindre facilement ; d'autres fois, il leur entendit dire que Quillebœuf était une place aisée à fortifier, et que cela était nécessaire et à leur bienséance pour avoir une retraite, et ainsi il leur a ouï tenir des discours vagues sur ce sujet, témoignant leur dessein et leur intention, sans lui donner connaissance du fil de l'affaire et du plan pour y parvenir; ce qlii lui donna tant de dou- leur qu'il prit résolution de s'en détacher, poursuivant pour cet effet de l'emploi dans la marine, et ayant prié M. de Rohan et la Tréaumont de lui en procurer, M. de Rohan lui ayant promis de s'y employer; et en attendant, lui s'en alla chez M. de Saint-Mars, son père, à Préaux. Environ le mois d'avril, il vint voir M. de Rohan à l'occasion des incisions qu'on lui faisait, et alors M. de Rohan lui demanda si les gentilshommes de Normandie étaient disposés de monter achevai, et s'ils voudraient faire quelque chose, à quoi il dit qu'il ne savait pas si ceux qui avaient des chevaux voudraient monter à cheval, mais qu'il y en avait les deux tiers qui n'avaient ni chevaux ni argent; sur quoi M. de Rohan dit : Nous aurons des chevaux et de l'argent cl tout ce qu'il nous faut. La Tréaumont lui pa- '2H iVt CIIEYALIEII DES l'HÉAUX. raissait dans le môme dessein, s'entretenanl avec M. de llulian des mêmes discours sur le sujet de la révolte de Normandie, ce qui lui lit prendre résolution de s'en retourner une seconde, l'ois à Préaux, étant fort fâché de les voir persévérer dans un dessein qui allait contre le service du Roi et le bien de l'État; et avant qu'il partît, la ïréaumontlui dit de voir dans son voisinage des gentils- hommes de ses amis qui voudraient faire quelque chose, et auxquels il pût insinuer que s'ils souffraient qu'on les traitât de cette ma- nière ils en verraient bien d'autres dans la suite; il ne voulut pas refusera la Tréaumont de se charger de cette proposition, crainte que la Tréaumont ne voulût pas le servir pour l'emploi qu'il sou- haitait; et, en efftt, au bout de quelques jours qu'il fut arrivé à Préaux, il en parla à la dame de Vilars à roccasion des tiers et danger, et qu'elle parut fâchée d'être taxée pour sa part à 700 pis- loles, pour son quart des tiers et danger, sur quoi il dit à la dame: Est-ce que les gentilshommes souifriront cela? A quoi la dame ré- pondit qu'il n'y en avait pas un qui osât branler; ce qui fit qu'il lui répliqua : Mais s'ils avaient des chefs? sur quoi la dame dit : Mais quels chefs? et alors il nomma M. de Ilohan et la Tréaumont, et la dame s'offrit d'en parler, s'il voulait; et, en effet, elle en parla à quelques gens qui promirent défaire leur devoir, ainsi qu'elle lui a mandé, ce qui lui a donné du déplaisir que la dame eût travaillé tout de bon à une chose dont il ne lui avait parlé que par conver- silion; et en effet, dans les réponses qu'il fit à la dame, il ne lui parla point de l'affaire, mais des nouvelles générales; et au bout de deux ou trois jours il alla voir la dame, qui lui dit : Eh bien, Mon- sieur, tous vos projets s'en sont allés en fumée; ce qu'il lui laissa croire exprès; quelque temps après, il alla la voir au pays de Caux, et la conduisit à Rouen, où il vit MM, d'Arqués et Fuqnerolles, con- seillers en la grand'chambre, d'Heberville et Lhuillier, conseillers au même parlement, avec lesquels il ne parla de rien. De là il s'en alla à Préaux, où il a demeuré jusqu'au mois d'août dernier, qu'il vint à Paris, ayant oublié de dire que pendant le séjour qu'il fit à Préaux, la Tréaumont lui écrivit qu'on avait parlé d'une création de lieulenanccs des galères et que, si cela eût été, il aurait espéré lui eu procurer une par le moyen de ses amis, mais que cela n'étant pas, il fallait se donner patience jusqu'au mois de septembre. Lorsqu'il fut arrivé à la fin d'août, il vit la Tréaumont qui devait partir le lendemain pour la Normandie^ et il ne lui dit rien dont il VAN DKi\ KNDKN. 435 sc souvienne ; il s'en alla ù Saint-Mandé, M. de Uohan étant pour lors à Versailles, et quand M. de Uohan fut arrivé, il demanda des nouvelles de choses indifférentes; mais au bout de deux ou trois jours, il lui parla dans la galerie de Saint-Mandé, et dit qu'il aurait de l'argent, et se servit de ces mots : pcr fus et iicfas, qui sont des mots latins qu'il n'entend pas, et que le temps en allait venir; et encore deux ou trois jours après cette conversation, étani entré un malin dans la chambre de !M. de Rohan, il montra une lettre de la Tréaumout, par laquelle il mandait que ses affaires allaient bien; il y avait d'autres discours dans la lettre, dont il ne se souvient pas, mais c'en est le sens, et ensuite M. d'c Rohan dit de la jeter au fou (B. N.) LOUYOIS AU ROI. Du 6 oclobre 167/j, à P;ui=. J'ai été à la Bastille, comme j"ai eu l'honneur de le mander à V. M., ce matin. Van den Enden convient d'avoir eu celte instruc- tion; mais il dit qu'il l'a laisisée à Anvers, entre les mains de son gendre. J'ai informé MM. de Bezons et de Pomereu, qui sortaient de la Bastille au môme temps que moi, de la voie par laquelle on pourrait la tirer des mains de celui auquel il jure qu'il l'a remise; ils en rendront compte demain à V. M. Van den Enden ajoute que M. de Uohan, lui disant qu'il y avait beaucoup de gens en France dans la même disposition que lui, l'avait assure que M. de Louvi- gny était du nombre, et lui avait dit plusieurs fois que si quelqu'un revenait en France, ce ne serait pas le troisième ; je l'ai dit à MM. de Bezons et de Pomereu, et je leur ai en môme temps témoigne qu'il était de la dernière conséquence que cela fût tenu secret jusqu'à ce que V. M., en ayant eu de plus grandes preuves par l'aveu de M. le chevalier de Uohan ou de quelqu'un de ses complices, puisse prendre la résolution qu'elle estimera convenable, ne croyant pas que sur une seule déposition d'un homme comme Van den Enden, qu'il a fallu que j'aie aidé pour lui faire trouver le nom de M. de Louvigny, V. M. voulût faire arrôter ledit sieur de Louvigny. J'eus hier un ressentiment de fièvre sur le midi, qui, ayant été assez léger, me donna lieu de croire que ce ne serait rien ; je l'ai eu à môme heure aujourd'hui avec un frisson assez marqué et assez long, ce qui me met hors d'état de pouvoir me rendre auprès de 436 MARQUISE DE VlLAllS. V. M.; si je me trouve un lanl soit peu bien demain au matin, je partirai pour Versailles, afin d'y arriver auparavant l'heure de ma fièvre, et être en état, à tous les moments qu'elle me laissera libre, de pouvoir recevoir les ordres de V. M J'oubliais de dire à V. M. que les lettres de la dame de Vilars ont fait tout le bon effet que l'on pouvait désirer, le chevalier des Préaux ayant tout avoué, de manière que voilà presque deux té- moins bien contextes {sic} contre M. le chevalier de Rohan. (A. G.) LE ROI A LOUVOIS. 6 octobre 1676, à Versailles. Je suis bien en peine de la fièvre que vous avez; j'espère qu'elle ne durera pas. L'homme que Van den Enden vous a nommé me surprend, le parti que vous avez pris là-dessus est très-bon ; j'espère que je vous verrai demain..... (A. G.) NOTE AUTOGRAPHE DE M. DE LA REYNIE. Il se faut souvenir de la letlre que du Cauzé a écrite au Roi, et que S. M. nous a lue, par laquelle il lui donne avis encore touchant M. de Louvigny. (B.N.) M. PELLOT A LOUVOIS. Du 7 octobre 1(374, à Rouen. Je me donnai l'honneur de vous écrire hier par le courrier ordi- naire, et vous envoyai les interrogatoires que j'ai faits à la dame de Vilars, et vous mandai ce que je croyais vous devoir faire savoir sur ce sujet, à quoi je n'ai rien à ajouter. Je donnai aussi hier un paquet cacheté de mes armes au sieur Desbâtiments, exempt des gardes du corps de S. M., et qui est chargé de la conduite de la dame qui partit hier, et dans lequel il y a les trois lettres écrites par la dame au chevalier des Préaux et qui la chargent davantage, et sur lesquelles je l'ai interrogée. J'y ajoutai d'autres lettres, tant de la dame que de la Tréaumont et d'autres que je n'ai pas trouvées de conséquence, mais qui pour- ront néanmoins peut-être fournir à l'instruction du procès de M. le chevalier de Rohan et de ses complices. La dame arrivera demain, sans faute, à Paris. MAILLARD. 437 L'on a trouvé d'iiutres lettres à Préaux, adressantes i l'abbé des Préaux et ;\ d'autres; mais après les avoir lues et examinées avec M. le marquis de Beuvron, nous les avons mises toutes dans un sac, et comme elles ne disaient rien, nous n'avons pas cru vous les de- voir envoyer. Je vis liier cl exnminai. suivant vos ordres, une procédure cri- minelle faite par les officiers du l'ont-de-l'Arcbe, touchant quelque bruit qui avait couru qu'on avait voulu remettre Pont-de-l'Arche à la Tréaumont, où étaient mêlés le lieutenant-général et M. Tilly, garde-magasin du lieu, qui sont honnêtes gens, et comme j'ai trouvé que cela était sans fondement et sur des ouï-dire, j'ai élargi un nommé Bernard, qui avait été emprisonné sur ce sujet, et en- voyé en prison un nommé Maillard, avocat du Pont-de-l'Arche, qui a donné sujet, par son imprudence et inconsidération, ;\ tous ces bruits; je le ferai tenir en prison quelques jours, et ensuite je l'en ferai sortir après lui avoir fait payer quelques frais, et leur ai en- joint à tous d'ôtre plus sages à l'avenir et de vivre en repos. (A. U.) M. DE ROQUEL\URE A LOUVOIS. Du 7 octobre l67/i, à Caen. J'ai donné ordre à l'officier qui a conduit de Saint-Mari in et de Chalon, de vous rendre compte de son voyage, c'est pourquoi je n'ai autre chose à vous mander. (A. G.) M. DE LA REYNIE A M. DE BRISSAC '. Le Roi ayant trouvé bon que nous vous demandions les choses qui sont absolument nécessaires pour l'instruction du procès du dé- funt la Tréaumont et de ses complices, je suis obligé de vous sup- plier de me faire savoir quelle heure vous nous pourrez donner demain ou mercredi pour être chez MM. les commissaires avec MM. les gardes qui ont signé votre procès-verbal de Rouen ; nous vous tiendrons très-peu de temps; mais il est nécessaire que vous ayez agréable de me mander auparavant le jour et l'heure qui vous accommoderont le mieux, afin que nous prenions là-dessus nos 1. Albert de Grillet, de Bris?ac, major des gardes du corps et lieutenaiit-gijnéral, mort le U février 1713, âgé de quatre-vingt-six ans. L'S commissaires insirnisaient à ce moment le procès h la mémoire de la Tréaumont, et la déposition de M. de B"issac était indispensable. ns BERNARD. mesures, et que vous me fassiez aussi l'honneur de passer chez moi avant d'aller chez MM. les commissaires. (B. N.) 8 octobre 167^1 . LOrvOIS A M. PELLOT. A Versailles, le 8 octobre 1674. Je reçus hier et aujourd'hui les lettres qu'il vous a plu de m'é- crire les 6 et 7 de ce mois, et avec la première, les interrogatoires de la dame de Vilars, qui ont été remis à MM. les commissaires. Le Roi a approuvé que vous ayez élargi Bernard, qui avait été mis en prison sur des discours qui se sont tenus que l'on avait eu des- sein de livrer le Pont-de-l'Arche au pouvoir de la Tréaumont, puis- que, après avoir examiné l'affaire, vous avez trouve que cela était sans fondement; S. M. a approuvé aussi que vous ayez fait arrêter Maillard, qui, par son imprudence, a donné lieu à tout ce que des- sus, et elle trouvera bon que vous le fassiez mettre en liberté quand vous le jugerez à propos. (A. G.) M. DE BEZONS A LOUYOIS. Du 8 octobre 1C7/|, à Paris, au matin, Xous avons travaillé, M. de Pomereu et moi, ;\ la discussion des actes que M. le premier président de Rouen vous a envoyés; nous y avons trouvé des choses fort importantes et qui nous donneront beaucoup d'éclaircissement et feront tomber cette dame en des contradictions manifestes avec le chevalier des Préaux; mais il nous faudi\a rectifier cette procédure, parce que M. Pellot ne s'était point servi de greffier à qui il ait fait prêter le serment; ce serait une nullité, mais nous y remédierons; cependant, nous vous sup- plions très-humblement d'ordonner qu'on nous envoie le procès- verbal de M. Pellot et autres actes faits au sujet de la capture et de la mort de feu la Tréaumont, et nous souhaitons d'avoir le gi\and écolier, qui nous est fort nécessaire. (A. G.) LOUYOIS A M. DE BEUYRON. A Paris, ce 8 octobre lf)7/|. La lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 6 de ce mois m'a appris que vous faisiez parlir ce jour-là la dame de Vilars pour l'envoyer MAIfiRF-MONT. 'M h la Bastille. J'ai vu dans la lettre quo j'ai rcçno du m/Jmo jour, do M. le. premier président, qu'il l'avait iuterrogée trois lois, et par la lecture que j'ai faite des inlerro.iraloires, il paraît qu'elle et le che- valier des Préaux ont eu beaucoup de pari dans les desseins de M, le chevalier de Uohan, et l'on se servira de toutes les lumières que ces procédures donneront pour la conviction des complices. (A. G.) LOUYOIS A M. LE PllINCE. A Paris, le 9 octobre 1G74. Le sieur d'Aigremont, aide de camp dans l'armée que V. A . com- mande, étant accusé par les complices de M. le chevalier de Uohan d'avoir su quelque chose de ses projets, quoiqu'il n'y ait pas voulu entrer, et sa présence pouvant être utile à la conviction des cou- pables, S. M. m'a commandé de faire savoir à V. A. qu'elle désire que vous l'envoyiez sûrement prisonnier dans la citadelle d'Amiens, pour le faire mener ;\ la Bastille. (A. G.) M. DE REUVRON A LOUYOIS. Du 10 octobre 167/i, à Rouen. Je fis partir avant-hier de Chalon Maigremonf, pour se rendre au Pont-de-l'Arche, ainsi que me l'avait écrit M. de Roquelaure; cependant M. de Saint-Martin n'y est arrivé qu'hier au soir fort tard; ils en devaient repartir tous deux ce matin, et comme il n'y avait que cinq ou six gardes de M. le duc de Roquelaure à les con- duire, j'ai envoyé encore neuf cavaliers, dont partie était déjà ù garder M. de Maigremonl, et les autres les joindront ce matin. J'ai envoyé chercher M. d'Aigremont, c'est-i-dire auprès, pour savoir s'il était de retour de l'armée de M. le prince; on dit qu'il y est encore, et y a été depuis quatre ou cinq mois. Si vous esti- mez à propos qu'on envoie chez lui chercher ses papiers, faites-moi l'honneur de me le mander; je ne l'ai pas voulu faire, M. le premier président ni'ayaiit dit que, par l'interrogatoire de la dame de Vi- lars, elle le déchargeait fort; vous en aurez une certaine connais- sance par les dépositions et confrontations de cette dame et du chevalier des Préaux, et sur cela j'attendrai vos ordres. Le sieur de la Croisctte ' fut hier voir M. le premier président; il 1. M. de la Croisctte faisait les aiïaires du dur de Longiiovilie et avait éttî môle UO AIGREMONT. vint chez moi aussi; il paraît, par ses discours, qu'il ne se croit pas nommé, et qu'il se croit fort innocent; vous le saurez par ce qu'en diront les prisonniers, et si c'était avec fondement ou non qu'ils avaient parlé de lui. J'ai toujours ce curé prisonnier ici en atten- dant vos ordres. (A. G.) LE TELLIEK A M. LE PRINCE. A Versailles, le 10 octobre lG7^i. L'on a fait arrôter, en Normandie, la dame de Vilars, qui, par l'interrogatoire qu'elle a subi, charge le sieur d'Aigremont d'être complice de la conspiration de feu la Tréaumont et de M. le che- valier de Rohan, et sur ce qu'il est porté qu'il sert en qualité d'aide de camp dans l'armée de Y. A. , j'ai eu commandement du Roi de vous faire savoir que S. M. désire que vous le fassiez conduire dans la place que V. A. jugera à propos, pour y être sûrement gardé, sans permettre qu'il ait commerce avec qui que ce soit, de vive voix ni par écrit. (A. G.) M. DE BFZONS A LE TELLIER. Du 11 octobre 167/(, h Paris. M. de Louvois m'a remis toutes les procédures faites h Rouen, et j'ai interrogé deux fois cette dame de Vilars; j'ai interrogé une seconde fois M. de Rohan ; j'espère le receler aujourd'hui dans ses dépositions et les {sic) et le confronter samedi avec Van den Enden et le chevalier des Préaux; c'est la plus forte scène; le reste se fera dans la suite. Nous allons tous les matins à la Bastille, et n'en sortons qu'à deux heures de nuit; si ces confrontations sont faites, nous pourrons en aller rendre compte au Roi dimanche; mais je suis persuadé qu'entre ci et ce temps-là vous viendrez à Paris. Le chevalier des Préaux a accusé M. d'Aigremont, qui est parent de MM. de Villarceaux; il est aide de camp près M. le prince, à qui M. de Louvois en a écrit par ordre du Roi pour le faire arrêter, et M. de Louvois a trouvé bon que je mandasse à M. le premier président de Rouen qu'il ne pouvait, en cette occasion, rendre un service plus utile à S. M. que de faire chercher l'abbé des Préaux, fort avant dans les affaires de la Fronde, et depuis il s'était trouvé compromis dans la conspiration de Bonneson. Il est probable que la Tréaumont comptait que lo vieux levain n'était pas dissipé et fermentait toujours dans sou cœur. DEMOISIiLI,!' PE VII.I.I-HS. \\\ qui est un i,'iaiul aclcnr, et qui a tout su; vous clcs l)ien persuadé que nous n'oublierons rien pour l'éclaircisscmcnl tic la vérité cL l)()ur le service du Roi. (A. G.) LOL'YOIS A M. l'ELLOT. A Versailles, le 12 octobre ÏGlli. J'ai reçu les lettres que vous avez pris la peine ilc m'écrirc les 9 et 10 de ce mois, sur ce que j'ai reconnu par les interrogatoires de la dame de Yilars, que M. d'Aigremont avait part à la conspira- tion de M. le chevalier de Rohan ; j'ai expédié des ordres de S. M., que j'ai envoyés h l'arméo commandée par M. le prince, pour le faire arrêter. S'il s'y trouve, je ne fais pas de doute que l'on ne s'en saisisse. A l'égard de l'entrevue que vous proposez d'avoir avec M. de la Reynie, je vous manderai au premier jour l'intention de S. M. sur cela. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA REYISIE. Le Roi ayant eu avis que mademoiselle deYillers' avait un grand commerce avec M. de Rohan, et qu'il allait souvent chez elle, a donné ordre qu'on l'arrêtât, et de se saisir de ses papiers, que je vous envoie dans le sac que vous trouverez ci-joint. S. M. m'or- donne aussi de vous dire qu'elle a envoyé deux gardes dans la mai- son de la demoiselle de Yillers, et que vous vous y transportiez pour y apposer le scellé et faire les autres procédures que vous ju- gerez à propos. Je vous enverrai aussi un valet de pied qui a décou- vert ce commerce de mademoiselle de Yillers avec M. de Rohan, a(in que vous l'entendiez et que vous en tiriez tout l'éclaircisse- ment que vous pourrez pour rinstruction de cette affaire. (B. X.) A Versailles, ce 12 octobre ICT.'i. REGOLEMENT DE VAN DEN ENDEN. 12 QCtobic 107^. La Tréaumont dit (pi'il y avait un homme, seigneur de place ou de château, qui disait que s'il y en avait un premier, il ne serait 1. Nous n'avons pu savoir quelle était cette demoiselle, (jui devait être parcnin de M. de Viller.s, aianiuis d'O, {gouverneur du comte de Toulouse. Si l'en en croit une note d'K. Sue, elle :i:irait fait partie de la maison de la lieine. 4 42 DUCAUSÉ, pas le Iroisièmfi, cl il nomma celui qui tenait ce discours, M. de Louvigny', frère de feu M. le comte de Guiche. — S'il ne particularisa rien davantage concernant M. de Louvi- — Non, ne sachant si, lorsqu'il lui a nommé le nom de M. de Louvigny, la chose était véritable, ou si la Tréaumont lui disait pour lui faire croire qu'il y avait beaucoup de personnes de grande considération engagées avec eux; et à l'égard de celui qui avait dit : Si vous sonnez une grosse cloche, je sonnerai ma petite, la Tréaumont lui dit que cet homme s'appelait M. de Baradat. (B. N.) mi. DE BEZONS KT DE POMEREU A M. DE LA HEYNIE. Ce 12 octobre, matin. Nous oubliâmes hier à vous mander, Monsieur, que le grand éco- lier qui demeurait chez Van den Enden s'appelle Ducaux en son nom; mais il ne se faisait pas nommer de ce nom-là, mais de celui de Nacelle, qui est le nom sous lequel il est connu; il est originaire de Gascogne, et est âgé d'environ trente ans. Nous interrompons notre travail pour vous envoyer ce billet, afin que le sieur Desgrcz puisse profiter du temps pour une chose qui est nécessaire. (B. N.) LOUVOIS A M. DE BEZONS. 12 octobre 1C7'|. J'ai vu, parles lettres de M. Pellot, qu'il désirerait avoir une en- trevue avec M. de la Rcynie, sur les affaires de la dame de Vilars et de ses complices. Si vous croyez que cela soit absolument né- cessaire, je vous supplie de me le faire savoir. (A. G.) LE ri\INCE DE CONDÉ A LE TELLIEI\, A Tournay, le 13 octobre 107.'i. J'ai reçu aujourd'hui, par l'ordinaire, votre lettre du 10 de ce mois, par laquelle vous me mandez de faire arrêter M. d'Aigre- 1. Antoine-Charles, comte do Louvigny et plus tard duc de Gramont^ gouverneur de Bayonne, mort le 25 octobre 1720. Cette dénonciation ii'empècba pas M. de Gramont de jouir de la plus grande faveur auprès du Roi, mais elle lui fit perdre peut-être le titre de colonel du régiment des gardes françaises, qui était commandé par son père. DIJCAUSÉ. /, V3 mont; j'en avais reçu une autre, deux jours auparavant, de M. de Louvois, qui me mandait la môme chose, et dès aussitôt que j'eus reçu sa lettre, je dépûchai un courrier en toute diligence i\ M. de llencl, avec lequel d'Aigremont était parti, pour lui mander de le faire arrêter, et je viens de recevoir des lettres de lui et de M. de Montpezat par le retour de mon courrier, par lesquelles ils me maïKlonl qu'ils l'ont arrête à Arras, que M. de Montpezat l'a fait mettre en prison, et qu'il a donné des ordres bien précis pour le faire garder et pour empêcher que personne ne lui parle; j'ai de- mandé en même temps à M. de Montpezat de l'envoyer i\ la cita- delle d'Amiens, comme M. de Louvois me l'avait écrit, et ;\ M. de Bar, de l'y faire garder avec grand soin et de telle sorte qu'il n'ait commerce avec personne, ni de bouche ni par écrit ; à quoi je m'assure qu'il n'aura pas grand'peine de satisfaire, et je suis per- suadé que c'est une commission dont il s'acquittera fort bien '. (A. G.) INTERROGATOIRE DE DUCAUSK. Du 14 octobre 1G74. Jean Ducausé, écuyer, sieur de Nazelle, natif de Nazelle, proche Agen, demeurant à Paris, rue Saint-Bon, près Saint-Médéric, chez Lefèvre, procureur au grand conseil, âgé de vingt-six ans -. Le 11 avril dernier, il s'alla mettre en pension chez Yan don Enden, enseignant les langues à Picpus, pour y apprendre la langue latine, n'en ayant que les premici's principes; ayant de- meuré pensionnaire chez Van den Enden jusqu'au temps qu'il fut arrêté prisonnier. Pendant tout ce temps, il a reconnu Van den Enden pour un homme qui n'avait point de religion, et qui parlait avec trop de liberté de la personne du Roi, et même quelquefois contre le respect dû à sa personne sacrée, ce qui l'obligeait de le reprendre. Ayant remarqué que Van den Enden avait grande liai- son avec M. de Rohan et la Tréaumont, et que même de Rohan allait quelquefois se promener avec Van den Enden dans son jar- 1. M. de lîar avait eu le soin de garder en prison le prince deCondé pendant les agitations de la Fronde; il s'en était acquitté avec une exactitude rigoureuse, et l'on voit qu'après vingt ans M. le prince en avait conservé le souvenir et peut-être aussi la rancune. 2. C'est le grand écolier de Van den Enden, celui qui avait écrit au Roi pour dénoncer son maître, et qui paraît avoir ét5 l'âme de toute cette procédure. 444 DUCAUSE. (iin, ci passaient par la porte de derrière, et la Tréaumoiif, y allait fort souvent, s'enlVrmant avec Van den Enden, et passant les jour- nées entières ensemble. Ce commerce a duré de celle manière en- viron trois mois de sa connaissance, en sorte que lorsqu'ils étaient daus une chambre, ils ne souffraient pas qu'aucun valet ni ser- vante y restât, à la réserve de la femme de Van den Enden. Au mois de juin dernier, Kerkerin, gendre de Van den Enden, arriva d'Anvers, et fut voir le lendemain M. deRohan avec son beau-père, Kerkerin ayant rendu plusieurs visites à M. de Rohan, pendant environ plus d'un mois qu'il dem.eura à Picpus, ce qu'il sait pour l'avoir ouï dire plusieurs fois en conversation^ et même Van den Enden et Kerkerin demeurèrent deux ou trois jours de suite sans rentrer dans le logis La Tréaumont vint le dimanche d'auparavant le départ de Van den Enden, le voir, et fit entrer son carrosse et mettre ses chevaux à l'écurie de Van den Enden, et passa depuis le matin jusqu'au soir enfermé dans sa chambre ou à se promener seuls dans le jardin, et dînèrent ensemble. Le lendemain, la femme de Van den Enden le pria de lui dire à quoi son mari avait passé deux soirées, lui faisant voir un chiffre qu'elle remit dans le tiroir où elle l'avait trouvé. Le mardi matin, M. de Rohan vint prendre dans son carrosse Van den Enden, qui ne revint qu'à l'heure du souper, lequel fil voir à table une grande liste de personnes considérables, qui avaient été tuées au combat de Scncf ', avec le nombre des soldats de chaque régiment en particulier, et dit à table en raillant, que c'était là de la ma- nière que le Roi gagnait des batailles Quinze jours environ après le départ de Van den Enden, sa pré- tendue femme le pi'ia de tâcher d'avoir, par le moyen de ses amis, un extrait mortuaire de son premier mari, se plaignant de ce que Van den Enden l'avait abandonnée; et sur ce qu'il lui disait de prendre patience et d'attendre de ses nouvelles, elle lui répondit qu'elle ne croyait pas qu'il- fût parti pour ses affaires particulières, et que deux ans auparavant il était allé en Flandre pour un grand seigneur, et qu'elle croyait qu'il y était retourné pour le même sujet, que son mari n'avait pas le sol, et que néanmoins il lui avait fait voir une lettre de change pour prendre à Bruxelles, et que même il lui avait promis qu'il ne reviendrait pas sans lui apporter quel- 1. I.a bataille de Senef avait été livrée le 11 août lG7/i; ciie fut très-sanglante, et a victoire demeura incertaine. HLbuaviLLi:. 4i5 que prcseiil cuiisidùrablc. Van dcn Endeii clauL revenu de son voyage le lundi 12 septembre, il se serait mis à labié pour dincr, à ce qu'il a ouï dire à la fille do ^'an deu Endcn, cl s'en serait allé tout troublé sur ce que la fille lui dit que M. le chevalier de Rohan élait arrêté, et lu Tréaumont. (B. N.) LOUVOIS A M. PELLOT. A Versailles, le 15 octobre l(J7/i, Sur ce que le lloi a été inlormé que M. d'Heberviile, conseiller au parlement de Rouen, a eu part dans la conspiration de M. le chevalier de Rohan et de feu la Tréaumont, S. M. a résolu de le faire arrêter et constituer prisonnier dans le vieux palais de Rouen, et j'envoie les ordres nécessaires pour cela à M, de Beuvron; S. M. n'a pas jugé à propos de vous les adresser, parce que c'est un officier de votre compagnie, et néanmoins elle m'a commandé devons en donner avis. (A. G.) M. DE LA REYNIE A COLBERT. L'aflaire do la Bastille, comme procès, grossit, ce semble, jjlus qu'il ne faut. On apprend et on apprendra tous les jours quelque chose de nouveau, et si l'on se met en peine de suivre tout ce que l'on pourra découvrir, il esta craindre qu'on ne s'égare dans celte longue poursuite. On voit clairement le gros de l'affiiire; ce qu'on entrevoit au delà, et même ce qu'on n'aperçoit pas encore, s'éclaircira sans doute quand on y procédera d'une manière moins élendue. Avec cela, je ne sais s'il est bien à propos de faire le procès à tant de gens à la l'ois, s'il est à propos do remplir ainsi les prisons, et si, au lieu de la justice que tout le monde attend de ceux qui se trouveront vérilablement coupables, et de la terreur qu'elle doit imprimer, on ne trouvera point quelque chose d'affreux drI. de Rohan et la Tréaumont étaient arrêtés, il se retira hors la ville, dans un village à une lieue- et demie de Paris; le lendemain, il vint à l'église Saint-Lazare pour demandera Dieu ce qu'il pouvait faire; là, il prit résolution de tomber plutôt entre les mains de Dieu qu'entre les mains des juges; et se retirant de cette église, par hasard il trouva sa femme, laquelle ayant saluée il renvoya à Paris pour rete- nir place au coche de Bruxelles et s'y en aller, et lui apporter un habit de toile pour mettre par-dessus le sien; et ayant été à pied jp.squ'au Bourget pour attendre le coche de Bruxelles, sa femme y vint en carrosse avec une demoiselle, et ayant mis pied à terre, ils furent arrêtés et amenés à la Bastille, où M. de Louvois lui vint dire qu'il n'avait que vingt-quatre heures à vivre, et néanmoins que sa vie dépendait de sa bouche, et que s'il voulait dire la vérité il procurerait sa liberté, ce qui fit qu'il écrivit une ou deux lettres à M. de Louvois 11 a tout dit clairement et sans déguisement, et a toujours eu l'intention de déclarer tout ce qu'il a dit; étant à présent aux pieds de S. M., il continue dans sa reconnaissance qu'il ne croit pas VAN DEN END EN. 467 mériter de punition, avant tout déclaré comme son dessein était; s'il a omis quelque chose, c'a clé par faiblesse de mémoire et non par manque de fidélité. Il y a trois sortes de républiques, savoir : la république de Platon, celle de Grolius, et celle appelée l'Utopie de Morus; il avait entre- pris d'en faire une quatrième, qu'il avnil proposée aux I^lats de Hollande pour l'établir dans la Nouvelle-Hollande, dans l'Amé- rique. Il n'a jamais blâmé la monarchie de France; quand le mo- narque est bon, la monarchie est bonne; si on avait la liberté de choisir un Roi, on n'en pourrait prendre d'autre que le Roi qui a toutes les qualités que l'on peut désirer dans un grand prince. Il a ouï dire à MM. de Rohan et la Tréaumont que le Roi n'était point courageux, n'avait point de cœur, et autres mépris de sa personne. Dans sa république, il a dit que la vertu est toujours récompen- sée; il n'a jamais blâmé la monarchie de France, mais bien les mœurs des particuliers. La république qu'il a voulu établir dans la Nouvelle-Hollande porte cela, et de celte république qu'il a mon- trée à la Tréaumont, la Tréaumont en a voulu faire une semblable pour la Normandie. Il est demeuré d'accord d'avoir été à Bruxelles trouver M. de Monlercy, pour avoir sa liberté et revenir le dire au Roi ; il ne croyait pas même revenir en France, et quand il est revenu, son intention a été d'aller au Roi. Il faut distinguer le péché malériol d'avec le formel. Il n'a iioint traité avec Monterey; la Tréaumont avait écrit une lettre à Monterey, au mois d'avril, et n'avait d'autre instruction que la copie de cette lettre et la Gazette de Bruxelles du 13 avril. Ce n'était pas un crime d'aller en Flandre, ayant intention de le faire pour le service du Roi. Ce qu'il a fait a été par force, et, voulant se retirer, la Tréaumont lui a dit qu'il se mettrait en grand péril et que M. de Rohan s'en ressentirait. — Remontré à l'accusé qu'il ne servait pas le Roi en allant trai- ter avec ses ennemis. — C'étaient M. de Rohan et la Tréaumont qui négociaient, et n'en était que le porteur, et il était nécessité de sortir de France. M. de Monterey lui dit : Vous venez bien tard; tout ce que vous deman- dez est sur la flotte. 'jfj.s CULVALIEH Dli HOHAiN. — Pourquoi il n'averlisbaiL pas le Roi au lieu d'aller en Flandre? — Il n'avait rien pour prouver ce qu'il aurait dit, et aurait passé pnur faux accusateur. (li- N-) M. DE LA REYNIE A COLBERT. Aujourd'hui, dès les cinq heures du malin, iM. de Jauvello, après avoir visité l'Arsenal, a mis des mousquetaires du Roi dans tous les lieux qu'il a jugé nécessaire de garder. M. de Besmaus s'étant trouvé assez mal cette nuit pour être hors d'état d'agir, M. de Jauvelle a été oblige d'exécuter seul ce qui avait été arrêté entre lui et M. de Besmaus touchant les précautions qui étaient à prendre en conduisant M. de Rohan. En attendant la venue de M. de Rohan, la chambre a jugé, sur la déclaration de M. Besnard, qu'il ne pouvait être récusé, et qu'il n'y avait point d'alliance entre lui et la demoiselle de Villers. Le curateur à la mémoire de la Tréaumont a été ensuite ouï der- rière le barreau, et à neuf heures M. de Rohan est arrivé dans la chambre, où étant et sur la sellette, il a été interrogé pendant plus d'une heure par M. le chancelier. Après quoi, et M. de Rohan ramené à la Bastille, Van don Enden a été conduit à l'Arsenal et dans la chambre où il a été ouï, assis sur la sellette, depuis onze heures et demie jusqu'à midi. M. de Rohan n'a rien dit dont le Roi doive être informé, ni même rien de nouveau; il s'en est rapporté en général à la déclaration qu'il a faite devant MM. les commissaires rapporteurs; mais comme il a essayé de prendre un ton au-dessus de celui de M, le chance- lier, qu'il n'a pas eu à cause de cela toute l'attention qu'il aurait été nécessaire pour entendre tout ce qui lui a été demandé, et qu'enfm il ne s'est pas assez expliqué, les juges ont désiié de le faire revenir encore une fois à l'Arsenal. Van den Enden étant sift la sellette a ajouté à ce qu'il a ci-devant déclaré, que la Tréaumont lui avait dit que M. le duc était le plus grand mécontent qu'il y eût en France; et si à cette déclaration j'eusse été appelé, j'aurais cru me devoir opposer à ce quelle fût écrite dans les réponses de Van den Enden, et j'aurais demandé qu'il en fût fait seulement un mémoire pour être envoyé au Roi, parce qu'il n'y a point de juges dans le royaume ni aucun tribunal qui pnis.se et qui doive recevoir aucun fait contre un prince du CIIEVAIJEU F)!-: HOUAN. , 'iC.!l sang, ni le compieiidre dans quelque aclc que ce soild'iiin' piocé- riuic crinninellc, sans l'ordre exprès cl sans la permission du Hni. Cependant, comme j'ai trouvé la chose faite, je n'ai pas ci-u qu'il IVit à propos de m'en expliquer en quoi que ce soil, el d'aulanl plus que j'ai consitléré que le Hoi pouvant avoir sur cela [)lus;eur-i égards, il pouvait être aussi important et de son service qu'il en fût informé promptement, et que S. M. en eût fait ce qu'il lui plaira de faire, non-seulement avant que personne en eût entendu parler, mais avant même qu'on s'en fût aperçu. M. de Jauvelle doit reprendre ses postes demain matin, pour con- duire lie nouveau M. deRolianù l'Arsenal, après qu'on y aura aussi entendu demain, sur la sellette, le chevalier des Préaux et madame de Vilars. (B. N.) Mercredi, 21 novembre 167^i. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Je vous envoie cet homme exprès pour savoir ce qui se sera passé auj(j(u-(['hui dans l'affaire de M. de Rohan; le Floi m'ordonne de vous dire en même temps que, comme il y aura quelques or- dres à donner pour l'exécution du jugement qui aura été rendu, vous preniez la peine de m'avertir un jour ou deux devant, lorsque vous verrez le procès en état d'être jugé. (I], N.) Ce 22 novembre 167ti. M. DE LA REYNIE A SEIGNELAY. J'avais dcpôché un homme exprès à Saint-Germain, et je vous avais déjà rendu compte de ce qui s'est passé ce matin à l'Arsenal, lorsque j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait aujourd'hui l'hon- neur de m'écrire. M. de Rohan doit être mené encore demain à la chambre, et il reste plusieurs autres accusés à entendre, qui ne le sauront être apparemment dans toute la matinée; ainsi, ii n'y a pas lieu de croire que les juges soient- en état d'opiner samedi; mais (juchpie jour que ce soit, je puis presque assurei' que la prcjnonciation de l'arrêt ne saurait être laite le niênu' jour du jll,^(■Ille^l ; j'aurai, en attendant, l'honneur de vous infornuM' de ce qui »c passera, et même de vous demander les ordres ilu lloi dans le temps qu'ils se- ront nécessaires. (R. N.) 22 nnvembro 107/1. 470 MADAME Dt] VILARS. M. DE LA REYNIE A COLBErxT. Le chevalier des Préaux a été conduit ce malin à l'Arsenal cl interrogé le premier sur la sellette depuis neuf heures jusqu'à dix. La dame de Vilars a été menée ensuite dans la chambre, où elle a été entendue aussi sur la sellette, depuis dix heures jusqu'à onze; mais ayant articulé un nouveau fait qui charge le chevalier des Préaux aussi bien qu'elle, il a été ramené dans la chambre, et la dame de Yilars lui a été confrontée. Après cela, il a été mis en dé- libération si on enverrait chercher M. de Rohan pour l'entendre encore une fois, et la chambre a résolu qu'il y serait mené demain matin et interrogé avant les autres accusés qui restent à entendre. Ce que la dame de Vilars a dit n'allant qu'à prouver plus ou moins le commerce que le chevalier des Préaux et elle ont eu en- semble sur le fait de la révolte de Normandie, il ne semble pas qu'il y ait rien en cela dont il soit nécessaire d'informer le Roi plus par- ticulièrement. Quant au chevalier des Préaux, lorsque M. le chancelier lui a demandé quel était le sujet du voyage de M. de Rohan en Bavière, il a répondu en ces mêmes termes : que le voyage de M. de Rohan en Bavière n'était, à ce qu'il croit, que pour galanterie, qu'à son retour de Hongrie il avait fait connaissance avec madame l'Elec- Irice de Bavière ', et croit qu'il allait pour la voir. Après que le chevalier des Préaux a été retiré, la chambre a jugé à propos, d'elle-même, de faire effacer des répon.^es du chevalier des Préaux ce qu'il avait dit à cet égard, et cela a été fait sur l'heure même. Je ne sais si ce qui s'est passé en celte occasion ne rend pas la circonstance dont je me donnai hier l'honneur de vous écrire en- core plus considérable, quant à l'usage qui peut en être fait, et s'il n'est peut-être pas important que les ordres du Roi pour l'autre affaire aient précédé ce qui s'est fait ce matin ; car encore qu'on ail résolu et exécuté en môme temps sur ce dernier fait, il peut y avoir des ordres déjà arrêtés, mais qui ne peuvent et ne doivent cire exécutés encore de quelques jours, et ce qui a été fait ce malin pourrait même être, en ce cas, comme l'effet de ce ([ue S. M. auiail 1. Henriette-Ad'jlaide , tille du duc de Savoie, niorte le 18 mars 167G; c'est la mère de la dauphiue, belle-tillc de Louis XIV; celle-ci, qui était née en 1660, fui mariée le 18 janvier 1080. CHEVALIEH DE ROUAN. 171 dcjft témoigné sur la déclaration que fit hier Van dcn !']ndnn, cl à laquelle j'avoue qu'un peu de précipitation de ma part, en écrivant ma lettre, me fit omettre le terme de murmurateur qui doit être mis après les mots de plus grand mécontent. M. de Jauvclle est averti pour demain. (lî. -\.) 22 novembre 1()7.'|. INTERUU'.iATOllU: DK M. DE UOIIAN. Le 2o novembre 1G74 '. * Un lui lit sa déclaration. 11 se souvient fort bien de cette déclaration, et il a entendu les propositions de la Tréaumont comme une chose vaine et vague; n'a rien signé et n'a point entré dans l'ailairc, n'a point su les pro- positions ni le traité. La Tréaumont ne lui a jamais dit ce (|ue c'était du traité, ni ce qu'il demandait, et n'a jamais communiqué avec Vau den Enden ni la Tréaumont 11 a su que la Tréaumont a envoyé en Flandre Van den Enden, sans savoir leur dessein ni leur traité; n'a point su la révolte de Normandie, et n'a jamais eu dessein de servir contre le Roi. Van den Enden n'est pas croyable, étant jésuite, prêtre, marié à une femme qui a deux maris; il a mal parlé du Roi et de rÉl;it. Ce qu'il a dit par rinlerrogatoire el déclaration dont lecture lui vient d'être faite, n'a été que pour servir le Roi el parce que S. M. l'a voulu ; il ne peut pas être témoin contre lui-même, et n'a point cru qu'après sa déclaration le Roi lui donnerait des juges. (R. N.) M. DE LA REYNIK A COLBERT. A neuf heures précises M. de Rohan est entré dans la chambre, et, après que M. le chancelier lui a donné lieu de s'expliquer, et qu'il a dit ce qu'il a jugé à propos pour un plus grand éclaircisse- ment de son accusai ion el pour sa défense, il lui a été fait lecture de ce qu'il avait déclaré au procès devant MM. les commissaires rapporteurs, etla chambre, par des motifs raisonnables et d'cciuilé. en iaveui' môme de Taccusé, lui a l'ail relire plusieurs fuis tout ce 1 . Lfs juges tirent venir 1*' 2o novembre M. de Rolian pour lui lire sa déclaratioD du 17 octobre. 472 CHEVALIER DE ROHAN. (7ui pouvait être de quelque conséquence, en sorte qu'il est aisé de voir dans l'esprit de tons les juges, qu'ils étaient persuadés qu'a- près la conduite qu'ils ont tenue et tout ce qu'ils ont fait en cette occasion, que la justice ne devrait pas être moins satisfaite, quand bien même M. de Rohan n'aurait pas donné toutes les lumières qu'ils auraient désiré pour connaître clairement son innocence. M. de Rohan étant sorti de la chambre, et après l'ordre donné pour le ramener à la Bastille, il a fait savoir par M. de Jauvelle qu'il avait encore quelque chose à dire; ce qui m'ayant obligé de ren- trer, la chambre a résolu d'y faire revenir M. de Rohan, et lui m'ayant fait dire sur cela que c'était à moi qu'il voulait parler, je suis entré dans la chambre, où, suivant les règles, il a été résolu qu'il serait dit par M. de Jauvelle à M. de Rohan que la chambre le ferait entrer s'il avait quelque chose à lui dire; et M. de Rohan l'ayant désiré, est revenu dans la chambre où il a dit. étant sur la sellette, en ces mêmes termes, parlant de sa déclaration, que ce qu'il a dit u'esl que pour servir le Roi et parce que S. M. l'a voulu, et qu'il ne peut pas être témoin contre lui-même, et n'a point cru qu'après sa déclaration le Roi lui donnât des juges ; après quoi il s'est retiré. On a ensuite entendu le sieur de Sourdeval, et après lui le comte de Saint-Martin, et après celui-ci la femme de Van den Enden, et on a remis à demain matin à faire revenir les autres accusés qui sont à la Bastille, et la chambre prétend finir dans la même séance tout ce qui reste à faire pour être en état d'opiner après-demain lundi. La maladie de M. de Besmaus continue et le met hors d'état d'agir; cependant le sieur de la Grisolle, son lieutenant, qui avec M. de Jauvelle a ramené M. de Rohan à la Bastille, a remarqué, après y être arrivé, assez d'agitation dans son esprit pour trouver la conjoncture de l'indisposition de M. de Besmaus très-fàchense, et pour croire qu'il est plus que jamais important d'être aupiès de M. de Rohan avec toute la précaution [>ossible et beaucoup d'assi- duité. Je vous envoie cette lettre par nu liommc que je dépèche exprès, et je retiens celui qui m'a rendu la votre jiour vous en rapporter la .(ponse. (15. N.) Cp 23 novembre 167i. VAN DEN ENDEN. 473 SEIGNELAV A M. 1)13 LA REYNIE. Ju lis hier locluic au Roi de votre lettre, et S, M, m'ordonna de vous écrire pour vous demander votre avis sur ce qui a été déposé par Van den Endcn, savoir si, ee qui regarde M. le duc n'ayant point été effacé sur-le-champ, il serait temps de le faire à présent; je vous envoie cet homme exprès pour savoir des nouvelles de ce qui se sera passé aujourd'hui; il a ordre d'attendre votre réponse. (B. N.) Saint-Gcniiaiu, !>3 novembre 107 ii. M. DE LA REYNIE A SEIGNELAV. Ce 23 de novembre 1G74. Je viens de recevoir la lettre de ce jour 23, que vous m'avez lait l'honneur de m'écrire, et puisque le Roi me commande, suivant l'ordre que vous m'en donnez, d'expliquer mon sentiment sur la déclaration faite à l'Arsenal par Van den Enden, h l'égard de M. le duo, j'estime que pour mettre toutes choses dans quelque conve- nance raisonnable, -je pourrais demain, à l'entrée, demander qu'a- vant de lever la séance, et après néanmoins que tout ce qu'il y au- rait à faire touchant le procès criminel serait achevé, j'aurais à informer la chambre de quelques ordres du Roi que j'aurais aussi reçus', et lorsque je serais après cela mandé, je pourrais dire que S, M. ayant su ce qui s'était passé les 21 el 22 de ce mois, et que Van den Enden et le chevalier des Préaux, sur des faits qui sont inutiles à la justification de tous les accusés et qui ne font aussi au- cune charge contre eux, avaient fait mention dans leurs réponses, sur la sellette, de quelques récits fabuleux touchant M. le duc et madame de Bavière, S. M. avait été satisfaite de ce que la chambre avait fait sur les réponses du chevalier des Préaux, et qu'elle était aussi bien persuadée que la chambre aurait usé de la même circonspection à l'égard de ce que Van den Enden avait dit s'il n'y avait eu quelque, raison qui l'en eût empêchée, mais que l'intention du Roi était, et que S. M. m'avait commandé de la faire savoir à la chambre, qu'aussitôt que le procès criminel serait jugé, l'interrogatoire de Van den Enden sur la sellette fût transcrit, que le nom de M. le duc et ce qui en a été dit en fût ôté, et la première minute supprimée, sans que néanmoins il fût fait aucun registre de l'ordre du Roi, ni aucune mention de la remontrance. 474 ÉLKCTRICE HE BAVIÈRE. C'est, siiivaiiL le peu d'étendue de mon esprit, tout ce que je suis capable de voir présentement et de penser sur ce sujet. Les rai- sons que j'ai pour cela sont : 1° qu'il est important, ce semble, que le Roi ordonne dès à présent ce que je propose, encore que natu- rellement cela puisse être fait dans la suite sans être ordonné. En second lieu, et k l'égard du temps, il paraîtrait, en prenant celui que je marque, que l'ordre aurait été donné plus tôt, mais que S. M., ne voulant pas interrompre celui de la justice dans une affaire criminelle et de la qualité de celle-ci, aurait ordonné d'at- tendre d'en parler. Il semble aussi nécessaire qu'il paraisse que S, M. approuve ce qui a été fait à l'égard de madame de Bavière et de passer le reste doucement sans l'approuver plus qu'il ne faut et sans blesser aussi les juges; il est même bien, la chose n'étant pas faite, qu'il paraisse qu'elle ne le peut être avant le jugement du procès, et rien ne con- vient davantage à la justice, ce semble, que d'avoir dilféré à l'or- donner jusqu'à ce moment. Il serait inutile d'expliquer ma pensée à l'égard du registre, parce qu'il est aisé de voir que s'il en était fait un, il serait pire que la chose même qui est à supprimer '. Je croirais aussi qu'il serait nécessaire que je susse demain, de bonne heure, ce qu'il plaira au Roi d'ordonner sur ce sujet, afin d'en informer M. le chancelier avant qu'il entrât à la chambre (B. N.) SEICtNELAY a m. de la REYNIE. J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire ce soir, et S. M. m'ordonne de vous la renvoyer et de vous dire qu'elle approuve tout ce que vous proposez au sujet de M. le duc et de madame l'Électrice de Bavière, et que vous ne manquiez pas de l'exécuter demain matin. Je vous prie de continuer à m'infurmcr de tout ce qui se pas- sera. (B. X.) Ce '2'6 novembre IQlli, au soir. 1. On voit par iiiie noie de M. Duval, coiisrrvée aux arcliivc-. de la piélcciure de police, que les autres déclarations de Va]i duii Eridcu contre M. lu duc furent écrites sur une feuille volante. CHBVALIRR DR ROHAN. 47;; M. DE LA REVNIE A SEIGNELAY, J'ai reçu ce matin, après cinq heures, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrii-e du 23 au soir, et j'ai depuis ponctuelle- ment exécuté les ordres du lloi que vous m'avez donnés à. l'égard de ce qui s'est passé touchant M. le duc, après en avoir rendu compte à M. le chancelier. Dès que la chambre a eu connaissance de ces mômes ordres par la voie que S. M. a jugé à propos de prendre pour cela, M. le chancelier a dit au greffier de transcrire les réponses que Van den Enden a faites étant sur la sellette, el d'en ôter ce qu'il y a de M. le duc, et encore bien qu'il n'ait pas été délibéré sur cette matière, aucun des juges n'a cru qu'il pût y avoir d'inconvénient à supprimer cette première minute, après le juge- ment du procès et en la forme que S. M. a ordonné qu'elle le fût, et je puis môme dire que tous ont appris la volonté du Roi sur ce sujet avec beaucoup de respect et de satisfaction. La chambre, en continuant aujourd'hui les interrogatoires des accusés, a fait venir de la Bastille les sieurs d'Aigremont et de Cré- quy, et les nommés Maigrement cl Bourguignel, et après qu'ils ont été entendus, M. le chancelier et MM. les commissaires ont arrêté, avant de finir la séance, qu'ils entreront lundi de bonne heure à la chambre, afin d'opiner tous, s'il est possible, dans le même jour. Je ne manquerai pas, aussitôt que le jugement sera conclu, de vous en rendre compte en diligence, en attendant la prononciation de l'arrêt, qui ne sera assurément faite que le lendemain, suivant le sentiment de M. le chancelier, el il n'y a pas lieu de douter qu'en cela tous les autres juges ne soient du même avis. (B. N.) 24 de novembre 167/i. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Le Roi m'ordonne de vous écrire pour vous dire que, comme il y a apparence que M. de Rohan et ses complices soient jugés demain ou après-demain, S. M. a ordonné à M. de Saint-Saniloux', major des gardes françaises, de vous aller trouver pour se concerter avec vous sur tout ce qu'il y aura à faire pour la sûreté de l'exécu- tion du jugement du procès, en cas qu'ils soient condamnés, et.il a 1. Antoine de Ribière de Sainl-Sandoux, major au rtgimcni des gardes fran- çaises, mort le 31 janvii-r IG70. 476 CHËVALIEH DE ROHAN. ordre de faire prendre les armes aux compagnies des gardes qui sont i\ Paris, pour garder les avenues, ainsi qu'il est accoutumé en pareilles occasions. S. M. donnera pareillement ordre à M. de Forbin* pour faire montera cheval les deux compagnies des mousquetaires. Je vous prie de ne pas manquer de me faire savoir le jugement qui aura été donné. Saint-Germain, ce 25 novembre IQlli, J'ai lu au Roi la lettre que vous m'avez écrite, et S. M. m'a or- donné d'expédier la lettre de cachet à M. de Besmaus, que vous trouverez ci-joint, et, en cas que vous ayez besoin de quelque autre ordre, en me le faisant savoir, je ne manquerai pas de vous l'envoyer. S. M. veut que vous fassiez avertir promptement M. de Porbin de l'heure de l'exécution, afin qu'il fasse ce que S. M. lui a ordonné à l'égard de ses compagnies de mousquetaires. Comme S. M. veut être informée de loat ce qui se passera, et qu'elle a même trouvé un peu à redire que vous m'ayez envoyé si tard l'avis de l'arrêt rendu, dont le porteur n'est arrivé ici qu'à sept heures du soir, et tout le monde était informé de cet arrêt dès quatre heures, le porteur de ce billet demeurera auprès de vous, ou au lieu que vous lui ordonnerez, pour m'apporter prompte- ment vos lettres, et pour cela il est nécessaire que vous me fassiez savoir demain ce qui se sera passé le matin dans la lecture de l'ar- rêl et la question. J'en enverrai demain un autre qui demeurera de même au lieu que vous lui ordonnerez, jusqu'à ce que l'exécution soit entière- reraent achevée, pour m'en apporter l'avis, et surtout, en tous ces deux temps, donnez-moi avis bien particulièrement de tout ce que vous apprendrez de nouveau qui puisse être important au service du Roi. (B. N.) A Saint-Germain, le 20 novembre 167i!|. M. DE LA REYNIE A SEIGNELAY. La chambre de l'Arsenal vient de juger- le procès criminel puur lequel le Roi l'a ciablie, et par son arrêt, suivant les conclusicjub, 1. Louis de Foibin. capitaine de lu première compagnie des mousquelaiics, mon le 2 mai 1684. 2. A trois heures après midi, après sept heures de dèhbèration, suivant une note drt M. Duval, le secrétaire de la lieutenance gt'nérale de police sous I,ouis \V. ARHÊT. 477 M. de Hohaii, le chevalier des Préaiiv et la dame de ViJars sont condamnés d'avoir la tête tranchée, Van den Enden à ôtre pendu en même lieu, lui et le chevalier des Préaux préalablement appli- qués h la qucslion ordinaire et extraordinaire, pour la révélation des complices; tous leurs biens acquis et confisqués au profit du Uoi ; ;\ l'/'^Mnl de tous les aulnes accusés, ils sont réservés à juger après l'oxécution de ceux qui sont condamnes. On a môme rés(!rv('' ;\ prononcer sur Télarylssement des domestiques de M. de Uoban. Il y a eu plusieurs avis à donner la question à M. de Rohan, d'au- tres ;\ l'y présenter seulement^ et il a passé au contraire. On avait marqué pour l'exécution le' lieu de la Grève, et néan- moins on a ordonné qu'elle serait faite au-devantde la Bastille, sur ce qu'un de MM. les rapporteurs a dit, et sur ce qu'on ;i cru qu'il avait des ordres secrets pour cela; et comme il reste peu do temps, qu'il est aussi important et nécessaire de faire plusieurs interro- gatoires, et apparemment de nouvelles confrontations aux accusés dont le jugement est sursis, que ceux qui sont jugés doivent être disposés, et qu'il y a beaucoup d'autres choses qui ne peuvent pré- sentement être faites pour l'exécution de l'arrêt en tous ses chefs, la chambre a résolu d'en diUérer la prononciation jusqu'à demain matin, pour être ensuite exécuté le jour même. Les derniers exemples des personnes de qualité exécutées de mort, sont de MM. de Biron, de Marillac, de Montmorency et de Sainl- Mars. Le maréchal de Biron fut, par l'arrêt du parlement, con- (iamné d'avoir la tête tranchée en la place de Grève, et par lettres patentes d'Henri IV, expédiées à Saint-Germain-en-Laye, depuis la condamnation, le lieu de l'exécution fut changé, et elle fut faite dans l'enclos de la Bastille. Le maréchal de Marillac fut exécuté en Grève. M. de Montmorency, dans l'enclos de l'hôtel de ville de Toulouse, et M. de Cinq-Mars dans la place publique de Lyon. L'arrêt qu'on vient de rendre m'oblige de vous marquer les exem- ples de ces dilléientes exécutions, dont il y en a eu deux qui ont été faites dans des lieux particuliers, et deux autres en public. Presque tous les juges auraient cru que ce qui a été jugé aujour- d'hui, en se dispensant en cela de ce qui se fait d'ordinaire, ne de- vait pas venir d'eux, mais de la grâce du Roi; cependant il n'a pas été possible de s'y remettre après que j'ai été appelé, et après qu'on y a fait quelque réflexion, parce que deux des juges qui étaient indisposés ont été près de se retirer; cela n'empêchera pas 478 LIEU DE L'EXÉCUTION. néanmoins que Texécution à mort de quatre personnes, en même temps et en même lieu, avec la différence dans le genre des sup- plices, et ce qu'il faut d'appareil pour cela, ne fasse un spectacle qui sera non-seulement terrible, car il le doit être, mais encore assez nouveau par le nombre et par toutes ces circonstances. Je vous envoie deux lettres d'Henri IV ci-jointes, et que j'ai trou- vées dans les registres du parlement, l'une pour la prononciation de l'arrêt au château de la Bastille, et l'autre depuis la condamna- tion et avant l'exécution de M. de Biron. Le premier ordre qui fut donné pour la prononciation de l'arrêt de M. de Biron était absolument nécessaire, parce qu'étant jugé par le parlement, il aurait dû être laissé à la conciergerie du pa- lais; peut-être qu'on s'en peut passer pour l'arrêt d'aujourd'hui, étant rendu par des commissaires extraordinaires qui n'ont pas de prison. Cependant, comme il y a peu d'exemples de semblables choses, j'ai cru que je devais vous marquer celui-ci, et j'estime que dans le doute, cette précaution pourrait êlre d'autant plus raisonnable, qu'en tous les actes principaux de justice qui sont faits dans la Bastille il est toujours dit qu'ils ont été faits avec la permission du Roi, et il est non-seulement de nécessité en cette occasion qu'on y prononce l'arrêt, mais on ne peut éviter de donner la question dans le même lieu à ceux que l'arrêt a condamnés à cette peine; à l'égard des interrogatoires, ils seront faits à la question par les deux rap- porteurs. Quant au lieu de l'exécution de M. de Biron, vous verrez que le changement fut fait par des lettres patentes du même jour; les motifs sont employés dans les lettres mêmes, mais l'histoire parti- culière de ce procès marque que ce fut sur les instances du maré- chal de la Force et des autres parents du maréchal de Biron, et je ne dois pas omettre qu'elles furent enregistrées au parlement avant l'exécution et sur les conclusions du procureur général. M. de Saint-Sandoux est arrivé à une heure après minuit, et après avoir conféré avec lui suivant Tordre du Roi, nous sommes convenus qu'il se tiendrait toute la matinée en état de recevoir les avis qu'il serait nécessaire qu'il eût, qu'il ne ferait rien en atten- dant qui pût avoir la moindre application à l'affaire de l'Arsenal, et qu'à la sortie de la chambre il auraiî agréable de se rendre chez moi, où je viens de le trouver; il va dans ce moment donner les EXECUTION DE L'A II H ET. 479 ordres ilont il a accoutumé de se servir pour avertir les compagnies (le se mettre en état, et demain, dès les dix lieures du malin, il occupera tous les postes qu'il jugera nécessaire de prendre aux en- virons de la Bastille. Je vous supplie de me faire savoir s'il y a quelque choix particu- lier î\ faire d'un confesseur pour M. de llohan. le pore Bourdaloue n'en étant p:is encore satisfait à midi. (B. N.) 20 novembre 167/i, à trois heures et demie après midi. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Les parents de M. de Rohan ayant demandé au lloi que son corps leur fût remis entre les mains après l'exécution, S. M. m'ordoime de vous dire que vous le fassiez sans difficulté. (B. N.) Saint-Germain, 26 novembre 167/t. PROCÈS-VERBAL DU GREFFIER LEMAZIER. Nous nous sommes transiiorté, sur les luiil heures du matin, au château de la Bastille, pour prononcer l'arrêt donné hier, etc., et étant entré dans la seconde cour du château, M. de la Grisolle, lieutenant, nous aurait prié d'attendre quelque temps, dans une salle basse où nous serions entré; et sur les neuf heures du matin, étant allé dans le château, nous aurions prié M. de la Grisolle de faire descendre dans la chapelle du château M. de Uohan et les trois antres condamnés, cl à Pinstanl serait descendue dans la chapelle la dame de Vilars, à laquelle ayant dit que nous étions fâché que le devoir de notre charge nous obligeât de lui annoncer une aussi méchante nouvelle que celle de la mort, elle nous aurait dit qu'elle venait d'apprendre sa condamnation, que nous ne de- vions pas avoir de peine de la lui prononcer, que c'était un juste châtiment de Dieu, parce qu'elle avait été longtemps dans une fausse religion, ayant été huguenote, et que Dieu la voulait punir d'y avoir demeuré si longtemps. Kt ensuite M. de Uohan serait aussi descendu dans la chapelle, accompagné des pères Talon etBourdaloue, jésuites, que nous au- rions appris avoir passé la nuit avec lui, lequel ayant vu la dame de Vilars, lui aurait dit en ces termes : Madame, nous sommes condam- nés pour un môme crime, et nous ne nous connaissons pas. A quoi 480 EXÉCUTION DE I/ARBfiT. la dame lui aurait répondu : Monsieur, je ne crois pas avoir jamais eu l'honneur de vous voir que présentemetit. Et M. de Rohan, s'adros- santànous, nous aurait dit qu'il était bien résolu à la mort, rési- gné à la volonté de Dieu, et nous aurait demandé la lecture do son arrêt de condamnation ; sur quoi nous lui aurions dit qu'il fallait attendre le chevalier des Préaux et Van den Enden, afin de no l'aire qu'une même prononciation; et à l'instant M. de Rohan ayant aperçu l'exécuteur, aurait demandé : N'est-ce pas celui qui doit.... Sur quoi la dame de Vilars aurait dit : Que nous importe, Monsieur, que ce soit celui-là ou un autre? Et après, M. de Rohan, s'adres- sant à nous, nous aurait encore requis de lui lire l'arrêt de sa con- damnation, et lui ayant accordé, il nous aurait demandé en quel état il devait être pour entendre sa condamnation; sur quoi lui ayant dit que l'ordre de la justice voulait que ce lût à genoux, il s'y serait mis à l'instant avec une grande soumission, et la dame de Vilars pareillement, et nous leur aurions fait la prononciation du- dit arrêt, et en lisant les termes de la confiscation de biens, M. do Rohan|aurait dit : Que dira ma mère à cela ? La prononciation finie. M. de Rohan et la dame de Vilars se seraient levés, et M. de Rohan ayant demandé s'il ne devait pas être lié, l'exécuteur se serait approché de lui, qui lui aurait dit qu'oui, mais que s'il voulail, il le lierait avec un de ses rubans, sur quoi M. de Rohan aurait dit : .Non, non, mon ami, Jésus-Christ a été lié avec des cordes, je le veux être aussi; et aurait été lié de cordes; ensuite il aurait de- mandé à quelle heure se devait faire l'exécution, sur quoi lui aurait été dit que ce serait sur les trois heures après midi ; et s'adressant au père Bourdaloue, lui aurait dit : Bon, mon père, j'ai encore du temps pour me réconcilier et m'entretenir avec vous; et la dame de A'ilars ayant été pareillement liée et se trouvant seule, aurait dit à M. de Rohan : Monsieur, vous avez assez d'un de ces bons pères, parlant des pères Talon et Bourdaloue, permettez que j'en aie un; sur quoi M. de Rohan lui aurait répliqué : Madame, je n'ai pas trop de tout; et nous aurions dit à la dame de Vilars qu'il y avait dans le château un docteur de Sorbonne qui allait venir; et en effet, M. Porcher, docteur de Sorbonne, serait aussitôt entré, qui se serait assis auprès d'elle. Ensuite auraient été aussi ramenés dans la chapelle le cheva- lier des Préaux et Van den Enden, auxquels, étant à genoux, nous aurions prononcé l'arrêt; et s'étanl levés, M. de Rohan ayant aperçu EXÉCUTIOiN DE L'ARRÊT. 481 le chevalier des Préaux, lui aurait dit ces termes : Chevalier, je vous pardonne ma mort, vous en êtes la cause ; et la dame de Vi- lars aurait aussi dit au chevalier des Préaux qu'il était la cause de sa mort et qu'elle lui pardonnait de bon cœur. Après, M. de Rohan aurait aussi dit à l'exécuteur : Mon ami, je te pardonne ma mort; me pourrais-tu bien couper le cou sans ôter mon justaucorps? i quoi l'exécuteur aurait répondu qu'il y tâcherait ; et ensuite la dame de Vilars serait allée, avec une cons- tance incroyable, assistée de M. Porcher, dans une autre chapelle du château. Et sur les dix heures du matin, MM. de Bezons et de Pomereu étant entrés, la question aurait été donnée en leur présence aux- dits Van den Enden et chevalier des Préaux, dont aurait été dressé deux procès-verbaux '. Sur l'heure d'une heure et demie après midi, serait entré au châ- teau un gentilhomme que nous aurions appris se nommer M. Vassy, qui nous aurait demandé à parler à la dame de Vilars pour des atlaires particulières de sa maison, dont il nous aurait montré un mémoire contenant plusieurs articles, lequel gentilhomme nous aurions fait monter avec nous dans la chapelle où était la dame de Vilars, et le gentilhomme lui aurait dit que M. de Brie, frère de la dame, avait obtenu du Roi le don de sa confiscation, qu'il en userait en honnête homme comme il devait, qu'il lui demandait quelques éclaircissements sur les affaires contenues dans un mé- moire qu'il lui aurait montré; le gentilhomme ayant lu tout haut, la dame lui aurait rendu raison sur chaque article, qu'il aurait écrit avec un crayon, et nous aurions pris autant du mémoire et ré- ponses, que nous aurions joint à notre procès-verbal — Si elle désire voir ALM. Sarran et Brisbare, et si elle n'a rien à leur dire? — Cela l'attendrirait, et elle avait besoin de toutes ses forces en l'état où elle était Ensuite le même gentilhomme aurait assuré la dame qu'il aurait soin de faire emporter son corps et de le faire enterrer en terre sainte, à quoi la dame lui aurait dit qu'elle lui en aurait obligation, que néanmoins elle avait bien plus de souci où serait placée son âme que son corps, et le priait de faire en sorte qu'il fût fait des 1. Ces procès-verbaux ont été publiés par E. Sue, à la suite de son roman de Lutrtuuinout. Nous avons jugé inutile de les reproduire. 31 482 EXÉCUTION DE L'ARRÊT. prières pour elle, que c'était de cela qu'elle avait besoin, et priait son frère de ne la pas oublier, et le priait aussi de faire avertir ses filles de se souvenir d'elle dans leurs prières. Et la dame s'adressant à nous, nous aurait dit qu'elle devait 30 louis d'or à M. de Manevillette, dont il n'avait point de pro- messe ni d'écrit ; qu'elle voudrait bien que cette somme pût être payée pour le repos de son âme, et qu'elle eût bien voulu aussi que sa demoiselle eût tous ses habits et bardes qu'elle laissait *. Et ayant demandé à la dame de Vilars si elle n'avait rien à dire de nouveau touchant le soulèvement de Normandie, que ce qu'elle a dit dans ses interrogatoires, elle nous aurait dit qu'elle était jus- tement condamnée, qu'elle a su la révolte de Normandie, qu'elle y a pris part, et en avait parlé à quelques gentilshommes de ses voi- sins pour les exciter d'y entrer, qu'il était inutile de les nommer, parce qu'ils n'ont pas voulu y entrer ; et ayant dit qu'elle avait en- core quelque chose de nouveau à nous dire pour la décharge de sa conscience, après avoir pris d'elle le serment de dire la vérité, elle nous a dit qu'à Pâques dernier, le chevalier des Préaux lui ayant découvert la révolte qui devait se faire dans la province de Nor- mandie, elle en parla aussitôt au sieur d'Aigremont, qui lui promit viugt-cinq ou trente dragons que son frère devait amener de l'ar- mée, et d'Aigremont lui dit qu'il s'en allait à l'armée, que si l'on avait besoin de lui, qu'elle n'avait qu'à le mander, et elle ne l'a point mandé. Et sur les trois heures après midi, M. de Rohan et les autres con- damnés ayant été avertis de partir pour aller au supplice, ils se- raient tous quatre sortis à pied du château, et dans la première cour, y ayant une charrette, le sieur de Rohan aurait demandé qu'il pût aller à pied jusqu'à l'échafaud, ce que le chevalier des Préaux aurait aussi demandé, et seraient allés tous deux à pied ; et à l'égard de la dame de Yilars, le sieur Porcher, son confesseur, lui ayant dit que ce serait une plus grande humilité à elle d'aller en charrette, elle y serait montée, et Van den Enden pareillement. Dans la place de devant la Bastille, y ayant trois échafauds, le sieur de Rohan aurait monté le premier avec grande constance, et 1. M. de Mannevilette était un financier fort connu alors. On appelait demoiselle une espèce de duègne dont les convenances imposaient la compagnie aux jeunes femmes. Ces surveillantes, établies pour garantir de fâcheuses atteintes la vertu de leurs maîtresses, étaient ordinairement les confidentes et les complices des intrigues secTètes. EXÉCUTION DE L'ARRÊT. 483 s'étant mis à genoux, les yeux bandés, le Salve Rcrjina chanté, l'exécuteur lui aurait emporté la tête d'un seul coup, et son corps aurait été porté par des soldats dans la Bastille, sans être dépouillé ni fouillé, suivant l'ordre qui en avait été donné *. Après, le chevalier des Préaux se serait avancé, et en passant nous aurait dit qu'il croyait que les douleurs de la question lui avaient fait parler contre des personnes de qualité qu'il craignait d'avoir nommées ; que pour la décharge de sa conscience, il déclarait n'avoir aucune connaissance que ces personnes de qualité dussent être de l'atfaire; et sur ce que nous lui aurions dit qu'il ne devait point avoir de scrupule, parce qu'il n'avait nommé aucune des per- sonnes de qualité, et n'avait point dit qu'elles fussent de l'affaire, mais seulement qu'elles en pourraient être, il nous aurait dit que c'était la vérité et qu'il était satisfait; et étant monté sur l'échafaud, s'étant mis à genoux, les yeux bandes, le Salve Regina chanté, l'exécuteur lui aurait aussi emporté la tête d'un seul coup. Ensuite la dame de Vilars serait pareillement montée sur le troi- sième échafaud, oh s'étant mise à genoux, les yeux bandés, le Salve Refjina chanté, qu'elle aurait aussi chanté elle-même, l'exécuteur lui aurait emporté la tête d'un seul coup, et son corps aurait été mis dans un carrosse qui était proche de l'échafaud. Et après. Van den Enden ayant été monté à la potence, le Salve Regina chanté, aurait été pendu et étranglé, etc. (B. N.) M. DE LA REYNIE A SEIGNELAY, Il était hier trois heures après midi lorsque l'arrêt fut conclu, et avant qu'il fût signé. Après ce moment j'eus encore plusieurs choses à faire qui étaient de service et qu'il fut impossible de quit- ter. Je crus même qu'il serait inutile de rendre compte de ce qui s'était passé avant que les choses fussent dans un état ferme, et d'autant plus que j'étais bien assuré que je ne pouvais donner le premier avis, et que j'estimais aussi qu'il était important de vous informer un peu plus particulièrement de tout ce qui avait été fait et de ce que je pouvais prévoir dans cet instant pour la suite. M. de Forbin prit la peine, dès hier au soir, de passer chez moi 1. Le corps du chevalier fut remis à la famille et inliumé aux Mathurins de Gouperay, auprès de son père. 484 EX|î:CUTION DK L'ARRÊT, après avoir attendu toute la matinée à la Bastille; il fut ensuite trou- ver M. de Saint-Sandoux qui l'avait cherché, et ils me firent l'un et l'autre savoir depuis qu'ils avaient résolu de se trouver dès sept heures aux postes où ils ont cru à propos de se meltre dans le quartier et aux environs de la Bastille; j'ai fait tendre dès ce ma- tin les chaînes des avenues de la grande rue Saint-Antoine, Je vous envoie une copie des dispositifs de l'arrêt et des conclu- sions; et j'ajouterai à ce que j'ai eu déjà l'honneur de vous en écrire, que les seize juges ont été d'un même avis pour la peine de mort des quatre contre lesquels elle a été prononcée. M. de Besmaus me fit hier remettre entre les mains un mémoire de Van den Enden, que je vous envoie après en avoir tiré ce que j'ai cru nécessaire pour les interrogatoires ; il m'envoya aussi la lettre ci-jointe de mademoiselle de Villers pour M. de Rohan*; mais je ne saurais dire de quel temps précisément sont ces écri- tures. En écrivant cette lettre, j'apprends par Desgrez que j'ai fait ve- nir à la Bastille à dix heures précises du matin, que l'arrêt vient d'être prononcé à M. de Rohan dans la chapelle de la Bastille, et qu'il Ta entendu avec une constance merveilleuse; il a demandé premièrement s'il devait se meltre à genoux, et il s'y est mis dès qu'on lui a dit qu'il le fallait; il a dit, après la lecture, que puisque c'était la volonté de Dieu et celle du Roi, qu'il n'avait rien à dire; il a regardé ensuite l'exécuteur et lui a dit ces mots : Je crois que c'est vous? Et l'exécuteur lui ayant répondu, M. de Rohan a dit qu'il ne faisait que ce qu'il devait faire. Après cela l'exécuteur a proposé à M. de Rohan de détacher lui-même un ruhan de son habit pour être lié, et M. de Rohan n'en a rien voulu faire, disant que Jésus-Christ avait été attaché avec des cordes, et qu'il n'y avait pas d'inconvénient qu'il le fût; et dans ce moment il a mis lui- même les mains en croix et il s'est fait attacher, gardant en tout une grande modération. Le "père Bourdaloue était présent. On a prononcé l'arrêt à madame de Vilars en même temps. J'ajoute encore que dès hier au soir M. de Rohan parut être dans de grands sentiments du côté de Dieu, et que dans un certain moment qu'on lui ôta un couteau, il dit que cette précaution était 1. Ces deux documents ont été publiés par Eugène Sue à la f5n du roman qu'il a composé sur cette affaire. EXÉCUTION DE L'ARRÊT. 4.<*o inutile, et que s'il avait été capable de quelques folies par le passé, il ne voulait pas se perdre pour l'éternité '. J'oubliais de vous dire que M. de Rohan s'est confessé cette nuit et a communié avec de grands sentiments de piété. Ce 27 novembre 1674, à dix heures du matin. 27 novembre, quatre heures après midi. L'exécution vient d'ôtre présentement faite de M. de Rohan, de dame de Vilars, du chevalier des Préaux et de Van den Enden, suivant le même ordre que j'ai eu l'honneur de vous dire. Mardi, 27 novembre 167/i, à sept heures du soir. La dame de Vilars n'a été exécutée que la troisième; celui qui me l'avait rapporté s'était brouillé dans son récit, et il m'a fait mé- compter en cela en mon billet de quatre heures. M. de Rohan est mort, selon qu'il a paru, avec des sentiments dignes d'un chrétien véritablement touché, et sa fermeté n'a rien eu qui n'ait semblé modeste; il n'a rien voulu dire néanmoins, en- core que le greffier l'en ait fait souvenir plusieurs fois; il a eu de la peine à supporter la vue de Van den Enden, et bien qu'après l'avertissement que le père Bourdaloue lui en a fait dans la cha- pelle il fût disposé à le souffrir, on n'a pas laissé de mettre ce mi- sérable étranger dans un lieu séparé. La dame de Vilars a témoigné une constance extraordinaire jus- que dans le dernier moment de sa vie ; elle a chargé un peu plus le nommé d'Aigremont qu'il ne l'était dans ses interrogatoires qui sont au procès, et après avoir donné tous les ordres nécessaires aux affaires de sa famille avec une grande tranquillité d'esprit, elle a dit au greffier, en allant au lieu du supplice, qu'elle ne croyait pas que les juges eussent trouvé au procès assez de preuves contre elle, mais qu'elle le chargeait de leur dire qu'ils avaient bien jugé, qu'elle était coupable, qu'elle était entrée dans l'aflaire de la ré- volte de Normandie, et qu'elle avait agi pour ce dessein. Elle a voulu après cela nommer plusieurs personnes à qui elle avait parlé en Normandie; mais aussitôt après elle a dit qu'elle ne le devait pas faire, parce que ceux qu'elle avait voulu engager ne s'étaient point engagés en effet, et ne l'avaient pas même écoutée, et qu'ainsi 1. Tout cet aliaéa est bilTé sur le brouillon de M. de la Reynie, mais on le lit facilement. 486 EXECUTION. elle leur ferait tort sans qu'il fût nécessaire, et elle en est demeu- rée là. Le chevalier des Préaux a subi sa peine aussi sans murmurer, et avec une assez grande fermeté ; il a dit à la question, parlant des personnes de qualité qu'il avait ci-devant nommées dans ses inter- rogatoires, que la Tréaumont lui avait dit qu'ils pourraient entrer dans l'affaire, et c'est un autre sens que le premier, parce qu'il avait dit à la dame de Vilars qu'ils en étaient; et bien qu'en cette dernière façon le fait ne semble d'aucune considération, celui-là même qui l'a établi a dit au greffier, avant de mourir, qu'il crai- gnait que ce ne fût la force des tourments qui le lui eût fait dire, et qu'il en avait un très-grand scrupule. Van den Enden a paru un peu plus faible que les autres ; mais son âge et la rigueur des mêmes tourments peuvent bien lui avoir causé cet abattement; il n'a presque dit à la question que ce que j'ai marqué dans ma lettre d'aujourd'hui, écrite à deux heures, et c'est encore à peu près dans le même sens qu'il s'était exphqué par ses interrogatoires; il a dit aussi qu'il savait de la Tréaumont qu'il y avait des gentilshommes en Guyenne qui devaient monter à che- val, et que le même disait que le lloi avait fait précisément ce que lui, la Tréaumont, voulait faire en faisant monter à cheval la no- blesse de Normandie, parce qu'il y en avait beaucoup de sa corres- pondance. L'exécution entière de tous a été faite sans tumulte, quoiqu'il y eût grand concours de monde ; les soins des officiers des mous- quetaires et des gardes du Roi ont produit en tout un si bon ordre, qu'on a remarqué dans ce grand spectacle le même silence qu'on aurait dû attendre dans un lieu particulier. On peut dire, après ce qu'on a vu en ce jour, que la justice du Roi a fait un exemple terrible sur des personnes qui pouvaient être, chacune en sa manière, capables de penser et d'agir dans le mal avec force et avec résolution." M. le chancelier et MM. les commissaires arrêtèrent hier, avant de se séparer, qu'ils se trouveraient demain à l'Arsenal, afin de juger le reste des accusés et des prisonniers de la Bastille. Nous sommes tous persuadés que c'est l'intention du Roi, et je crois être obligé de vous demander les ordres qu'il plaira à S. M. de donner à l'égard de ce tribunal, qui ne pourrait être occupé avec bienséance des restes d'une malheureuse affaire, et qui consisterait seulement ARRÊT FINAL. 487 en deux décrets, contre le chevalier des Préaux, et l'autre contre le comte de Flaire, contre lesquels môme il n'est venu aucune charge nouvelle. Ce 28 de novembre 1C74. Ce matin, M. le chancelier et MM. les commissaires sont entrés à la chambre de l'Arsenal, suivant ce qui avait été résolu avant- hier, et après avoir donné les conclusions définitives que je m'é- tais réservé de prendre à l'égard de ceux qui restaient à juger, et les procès-verbaux de question et d'exécution à mort du jour d'hier ayant été .vus, la chambre a rendu arrêt par lequel elle a ordonné que les écrits de la Tréaumont qui sont au ^îrocès seraient brûlés par l'exécuteur de la haute justice, dans la place qui est au-devant de la Bastille ; qu'il serait plus amplement informé dans trois mois contre d'Aigremont, cependant mis hors de la Bastille sous le bon plaisir du Roi; comme aussi Sourdeval et Medaens, femme de Van den Enden, mis en liberté; les sieurs de Gréquy et de Saint-Martin ensemble Bourguignet, renvoyés de l'accusation et mis aussi hors de la Bastille, et que les décrets contre l'abbé des Préaux et le comte de Flaire seront exécutés, et le procès fait en la manière accoutumée. Après l'arrêt ainsi résoln, la chambre m'ayant mandé, elle m'a chargé de rendre compte au Roi de l'état oii elle se trouvait pré- sentement; de représenter à S. M. que la chambre n'a pas jugé qu'elle dût entrer plus avant dans l'instruction du procès du nommé Condé, parce qu'elle estime que le fait qui le touche n'aura dans la suite aucun rapport avec le procès criminel qui a été jugé. Et à l'égard de mademoiselle de Viilers, des nommés d'Argent, gendre de Van den Enden, et Lanfranc, valet de la Tréaumont. contre lesquels il n'a point été décrété, non plus que contre six domestiques de feu M. de Rohan, qui sont tous prisonniers, j'ai été aussi chargé de rendre compte au Roi de ce que la chambre présume de leur innocence et des motifs qu'elle a eus pour se dis- penser d'en faire mention dans l'arrêt. Je vous supplie très-hum- blement de vouloir bien me faire savoir quelle voie il plaira à S. M. que je prenne, et si elle a cependant agréable de faire mettre en liberté ceux à qui, sous son bon plaisir, les juges l'ont accordée, ou bien permettre qu'ils puissent dès à présent communiquer avec leurs parents et avec les personnes de dehors à qui ces prison- 488 CHEVALIER DE ROHAN. niers peuvent avoir affaire; vous me ferez l'honneur, s'il vous plaît, de m'envoyer les ordres nécessaires *. (B. N.) M. PERIWICK AU SECRÉTAIRE WILLIAMSON. Paris, 28 novembre 1674. En dépit des espérances et des retards du procès du chevalier de Rohan, les juges sont arrivés hier à une conclusion; ils l'ont en- voyée au Roi, qui a mitigé la sentence en ce sens qu'au lieu d'être tiré à quatre chevaux le chevalier serait décapité. En conséquence, tous les bourgeois dif faubourg Saint-Antoine reçurent hier l'ordre de rester chez eux; on tendit la chaîne dans les rues environnantes, et les mousquetaires du Roi, avec plusieurs compagnies des gardes du corps, furent envoyés pour assister au supplice. Le chevalier fut décapité à quatre heures de l'après-midi. Tous ses parents et un grand nombre de personnes de qualité quittèrent la ville pour ne s'y pas trouver lors de l'exécution. Sa confidente, madame de Vilars, fut aussi exécutée, ainsi qu'un neveu de ce la Tréaumonl qui fut tué lors de la première découverte du complot, à Rouen, et qui était le principal agent du chevalier ; plus, un maître d'école qui faisait passer les correspondances et gardait les lettres de change; celui-ci a été pendu. On croit que beaucoup d'autres pri- sonniers sont impliqués dans cette affaire, et ils resteront enfer- més jusqu'à ce qu'on leur aitfaitleurproces.il y en a encore quatre qu'on exécutera prochainement. Quelqu'un qui a vu la sentence m'a dit qu'elle portait lèse-majesté, avoir voulu tenter une révolte en Normandie, et la remise d'une partie delà province aux Hollan- dais. On dit que madame de Vilars en avait souvent détourné le chevalier, le traitant de fol et de ridicule ; mais quand elle le vit décidé, non-seulement elle garda le secret sur son dessein, mais elle l'aida. J'expédierai avec cette dépêche, sur un papier à part, ce que j'aurai pu apprendre de détails sur cette affaire. P. S. Le chevalier de Rohan ayant été plusieurs fois interrogé, et son procès fait et parfait, fut condamné lundi au soir, à cinq heures, à avoir la tête tranchée, et le même arrêt, qui fut porté de suite à la cour par un mousquetaire, condamnait le chevalier des 1. Il semble, d'après cette lettre, que l'affaire était finie; cependant il y eut des lettres patentes, expédiées le 7 décembre, pour renvoyer devant les requêtes do l'hôtel: d'Aigremont, Mégremont, l'abbé des Préaux, de Flaire et Condé. Nous n'avons pas trouvé le jugement rendu par les maîtres des requêtes. CHEVALIER DE ROHAN. 489 Préaux et madame de Vilars h la même peine, et le maître d'école Van den Enden à être pendu après avoir subi la question. A neuf heures du soir, on apporta au chevalier de Roban son souper, les morceaux tout coupés, ce qui lui fit soupçonner un malheur pro- chain, puisqu'on ne lui confiait pas de couteau comme par le passé. A minuit, le P. Bourdaloue se rendit auprès de lui et lui apprit son sort, le confessa et dit la messe, à laquelle assistèrent les autres prisonniers, dans la chapelle de la Bastille. On y lut la sentence portant que c'était pour des crimes de lèse-majesté au second chef, c'est-à-dire contre l'Étatetnoncontrelapersonne même du Roi. Pen- dant que le chevalier s'entretenait avec les deux pères, madame de Vilars n'ayant personne auprès d'elle pour la consoler, dit à M. de Rohan : Monsieur, je vous prie de me donner un de vos bons pères, ce qu'il fit aussitôt. Le chevalier tremblait en montant à l'échafaud, et semblait manquer de courage. Le bourreau se découvrit en lui demandant pardon, puisqu'il agissait d'après les ordres de la jus- tice. Le chevalier le lui accorda, s'agenouilla et fut exécuté. Quatre gardes deJa Bastille emportèrent le corps. Madame de Vilars baisa l'échafaud et parut fort calme, ainsi que le chevalier des Préaux, qui eut l'air même très-dégagé sur l'échafaud. Quant aux autres prisonniers, on dit qu'on se contentera de les bannir ou de les enfermer; ils s'appellent MM. de Créquy, Sourdeval, de Condé, d'Aigremont et mademoiselle de Villers. SEIGNELAY A M. DE LA REYNIE. Le Roi étant bien aise que vous rendiez compte à S. M. de tout ce qui s'est passé pendant la tenue de la chambre, elle m'a ordonné de vous dire que vous preniez la peine de vous trouver aujourd'hui ici à l'issue de son dîner, qui sera sur les deux heures après midi. (B. N.) SaiDt-Germain, le 30 novembre 1674. M. PERIWICK AU SECRETAIRE WILLIAMSON. Paris, 1""^ décembre 1674. Quelques parents du chevalier de Rohan, alléguant qu'il avait tout avoué etqu'il était pénétré de repentir d'avoir offensé S. M., supplièrent le Roi, avant l'exécution, d'imiter la conduite de sou 490 CHEVALIER DE ROHAN. aïeul Henri IV à l'égard du maréchal de Biron, auquel il avait déclaré qu'il pardonnerait si celui-ci voulait seulement avouer sa faute. Le Roi répondit qu'Henri IV avait ses raisons pour ce qu'il avait fait, que les Biron avaient toujours exposé leur vie pour lui, et que le maréchal avait bravement payé de sa personne dans les combats auxquels il avait assisté, tandis que le chevalier de Rohan avait été loin de vouloir le servir; et là-dessus, il les laissa dans les larmes. (State paper Office.) {Traduit de l'anglais.) LOUVOIS A M. DE BEUVRON. A Saiut-Germain, le 3 décembre 167/i. J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le der- nier du mois passé ; elle m'oblige seulement de vous dire que l'in- tention du Roi est que vous continuiez à faire garder soigneuse- ment M. Heberville, conseiller au parlement de Rouen, etGille*. A Saint-Germain, le 15 janvier 1675. La lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 11 de ce mois, m'a été rendue; j'ai parlé au Roi de M. d'Heberville, pour lui procurer sa liberté ; mais S. M. ne jugeant pas à propos de lui faire encore cette grâce, il vous plaira de le faire toujours garder sûrement. (A. G.) SEIGNELAY A M. DE LA RETNIE. Madame la princesse de Guiménée a demandé au Roi les papiers concernant sa maison, qui ont été pris chez elle par feu M. de Rohan, et qui ont été remis entre vos mains; je vous prie de me faire savoir ce qu'il est nécessaire de faire pour votre décharge en lui rendant ces papiers 2. (B. N.) A Saint-Germain, 26 janvier 1675. 1. Le 14 décembre le gouvernement faisait dire dans la Gazette : « On a fait sortir de la Bastille quelques prisonniers contre lesquels on n'a trouvé aucune preuve et dont l'innocence a été reconnue, sans que cette affaire ait eu aucune suite. 1) C'était à la fois un avis à M. de Monterey d'avoir à cesser ses intrigues, et en même temps une déclaration d'amnistie pour les complices qu'on n'avait pas voulu poursuivre. 2. Le chevalier, étant en procès avec sa mère, avait enlevé de chez elle, à l'aide de violence, tous les papiers qui pouvaient lui servir. Après la mort de son fils, madame de Guiménée quitta Paris pour se retirer à Rochefort, où elle mourut le 13 janvier 1685. HORST. 491 SEIGNELAY A M. DE BESMAUS. A Saint-Germain, le 20 janvier 1675. Je vous prie de me faire savoir, le plus tôt que vous pourrez, s'il est resté quelques bardes de feu M. de Rohan dans le château de la Bastille, et de vouloir bien m'envoyer un mémoire de celles qui y sont encore. Paris, le 17 février 1675. Un valet de cbambre de feu M. de Roban ayant présenté plusieurs placets pour avoir les bardes du feu sieur de Roban qui sont encore dans la Bastille, S. M. m'a ordonné de vous dire que vous exa- miniez ce qui peut y être resté des bardes, et que vous m'en en- voyiez le mémoire. (A. N.) HORSTS Suspect. LOUVOIS A M. DE BESMAUS. A Versailles, le 5 avril 1675. 11 m'a été remis un placet de la femme de Jean Horst, prison- nier à la Bastille, par lequel elle demande sa liberté; mais comme je ne me souviens point du temps qu'il y a qu'il est détenu, ni du sujet pour lequel il a été arrêté, je vous prie de me faire savoir ce que vous en savez. (A. G.) TURENNE A LOUVOIS. Du 28 juin 1675. J'écris par cet ordinaire, à M. de Pierrefitte, sur le sujet d'un cha- noine du chapitre de Spire -, nommé M. Horst, que l'on m'a dit être 1. Ordres d'entrée du 22 septembre 1674, et de sortie du 10 mai 1675. Contre- signés Le Tellier. 2. Spire était un évèché catholique, situé sur les bords du Rhin; le titulaire était toujours uu Allemand. Le chapitre se composait de quinze chanoines capitulaires et de douze domicellaires. Le prisonnier Horst était sans doute le parent de ce chanoine. 4^2 M. DE MAKTANGIS. prisonnier à Metz ; je lui mande qu'il faudrait avoir les moyens de l'engager à donner sa'voix pour que le baron de Raville, aussi cha- noine audit chapitre, pût être élu évêque de Spire. On m'a mandé de ce pays-là que le chapitre va procéder à l'élection d'un nouvel évêque, et il importe fort au service du Roi que celui qui sera élu à cette dignité soit affectionné pour les intérêts de la France; je connais ledit baron, et je sais qu'il est très-bien intentionné; c'est pourquoi il est bon que vous concertiez avec M. de Pierrefîtte les moyens d'engager le sieur Horst à envoyer sa voix audit baron, sous l'espérance que l'on lui peut donner de sa liberté, et cepen- dant il faut l'empêcher de recevoir ou envoyer des lettres, de crainte qu'il ne favorise le neveu de M. l'électeur de Trêves, que l'on dit avoir une forte brigue dans ledit chapitre pour se faire élire évêque. (A. G.) FOULLÉ DE MARTANGIS Correction. LOUVOIS AU MARQUIS DE LA VALLIÈRE *. A Versailles, le 25 septembre 1674. J'ai reçu les lettres que vous avez pris la peine de m'écrire les 19 et 21 de ce mois ; j'ai rendu compte au Roi de la conduite qu'a te- nue M. Foullé de Martangis, et S. M. l'a si fort désapprouvée, qu'elle m'a commandé d'expédier un ordre au chevalier du guet pour le mettre à la Bastille; cependant S. M. vous accorde la per- mission de retourner par deçà, et vous pouvez partir quand il vous plaira; je vous assure que j'aurai bien de la joie de vous y voir. (A. G.) 1. Ordres d'entrée du 25 septembre, et de sortie du 0 octobre 1674. Contre- signés Le Tellier. Hyacinthe Foullé, seigneur de Martangis, marquis de Prunevaux, maître des requêtes depuis le 31 octobre 1668; il fut en 1679 ambassadeur en Danemark. 2. Jean-François de la Baume-le-Blanc de la Vallière, gouverneur du bourbonnais et maréchal de camp, mort en 1676; c'était le frère aîné de mademoiselle de la Vallière. M. DE MARTANGIS. 495 LK TELLIER A M. DE BESMAUS. Je VOUS adresse une lettre du Roi, pour l'aire mettre en liberté M. de Marlangis, prisonnier au château de la Bastille, et je l'accom- pagne de deux lignes, pour vous dire qu'avant de le mettre en liberté, S. M. désire que vous lui fassiez entendre que son intention est qu'aussitôt qu'il sera élargi il aille faire compliment à M. de la Vallière. Vous me ferez, s'il vous plaît, savoir ce que vous aurez fait en exécution de ce qui est en cela de la volonté de S. M., afin que je puisse lui en rendre compte. ^ (A. G.) Versailles, ce 9 octobre 167/1. FIN TABLE DES MATIERES AiGREMONT. Ordre de le mener dans la citadelle d'Amiens, /i39 ; idem, à M. le prince, /j^O ; il est accusé par le che- valier des Préaux, ^40 et Uhl ; il est arrêté, hh^ ; ordre de le conduire à la Bastille, io2; il accuse divers person- nages de la cour, 455. Alexandre. Proposition de la renvoyer en son pays, 114; elle est exilée h Saint-Seyne, 118; puis mise dans la citadelle de Besançon, 125 et 148. Allemands mis à la Bastille, 397. Altieri (cardinal), est insulté dans la Gazette de Hollande, 224. Anclebermes (demoiselle d'). Pussort est chargé de l'interroger, 349; elle est envoj^ée aux Ursulines, 350; sollicite l'augmentation de sa pension, 351 ; on paye pour elle aux religieuses de Gliail- lot 1200 livres, 351; elle passe aux filles bleues de Saint-Denis, 351 ; elle avait dessein d'attenter à la vie du Roi, 352;; on la met à l'Union chré- tienne d'Angoulême, 353; ensuite à l'Union de Saint-Chaumont^ 354; sa sortie de prison, 355. Arnadld visite le nonce avec Lalanne et NicoUe, 273. Aubert (la), enfermée aux TJrsulines de Besançon et de Vesoul, 149. Aucery, mis h la Bastille pour avoir im- primé les Justes prétentions du Roi sur l'Empire, 285 ; son interrogatoire, 286; les Allemands crient contre ce livre, 288. AcLNOY (comte d') , est accusé de mauvais dessein contre le Roi, 337; il avait passé un billet de 108,000 livres au profit de Courboyer moyennant contre- lettre, 339 ; son innocence est recon- nue, 341. AcLNOY (comtesse d'), fait intenter une accusation de lèse-majeslé contre son mari afin de lui escroquer 108,000 li- vres, 339. B Bachimont (époux . Ordre de les mettre ensemble et les laisser confesser, 121 ; de les faire voir à l'intendant Lafond, 120; et d'entendre leurs déclarations sur une conspiration contre le Roi, 127; les séparer, 128; s'ils continuent h écrire, les faire jeûner, 138. Baliron (dame de), son interrogatoire, 50 ; abandonnée par son amant, elle veut s'empoisonner, 62; et son mari, 85 ; elle doit être enfermée, 90 ; au re- fuge de Dijon, 118. Balthazar, officier suisse, est soupçonné d'avoir livré Marsilly aux Français, 310. Banobi dit Pralo, gazelier à Amsterdam. Le roi demande qu'il soit châtié, 198; projet pour l'enlever, 199; il envoyait ses gazettes à Vienne, 200. Barbu, berger, sa déclaration, 74; son interrogatoire, 81. Barenton, laboureur, a donné du poison, 6; son interrogatoire, 7; procès-ver- baux de question, 23; et d'exécution, 27. Baccher, empoisonneur dangereux, 78 et 79. Baidocin se sauve de la Bastille, 368. Bault, il est enfermé au chAteau de Sal- ées, 118. Balme (marquise de la), trahit Bussy, 125. Bavière (électrice de Bavière), accusée d'avoir eu une intrigue avec le cheva- lier de Rohan. 470; on fait eff'acer cette déclaration, 472, 473 et 474. Beacfort (abbé de), présente au roi une 496 TABLE DES MATIÈRES. lettre contrefaite, 232; on l'esile à Rhodez, 233. Beacvais (chevalier de), s'évade de la Bas- tille, 368. Belin (de), il est mis à la Bastille pour s'être querellé avec Dangeau, 30û- Bellekecille lia) est envoyée au château ûeBelle-Isle, 119. Bellibk 'la) meurt au fort Saint-An- dré, 139. Benehap.t 'marquis de], insulte l'ambas- sadeur d'Angleterre, 23i et 2il ; s'en rep.nt, 2i2; fait des excuses, 2i4. Bergces. Les habitants demandent que Dunkerque acquitte sa part dans les impôts. 296 et 297. Berméres (chevalier de), il meurt au château de Besançon, 138. Bertrand, il est envoyé au château de Salces, 118; sa mort, 136. Bicq, berger, envoyé à l'Hôpital géné- ral de Tours, 118; il s'évade, 123 ; est envoyé à la citadelle de Besançon, 123; sa mort, 138. Blessis. Ordre de veiller à ce qu'il ne s'évade des galères, 105; de le retenir sur la réale, 124; et de ne le point dé- tacher de la chaîne, 130 ; fait un men- songe pour obtenir sa libération, elle lui est refusée, 178 et 179. Bocageb (dame), est empoisonnée, 75 et 77. BossiN, député de Marseille, permission de le voir, 250 ; M. d'Oppède demande sa liberté, 291; Bonnin avait le pre- mier obéi aux ordres du Roi, 293. Bosse (Guillaume^, est enrôlé dans un régiment d'infanterie, 110 et 111. Bosse 'Nanon , envoyée aux religieuses de Baffem, l/i9. BosTAL, gazetier, son interrogatoire, 218; ordre de la garder à la Bastille, 222; il est chassé de France, 222. Bouchers insultent des Anglais dans une auberge, 2^5. BotFFET, sage-femme, a fait des avorte- ments, 5; et plus de trente, 79. Bouillon ^duchesse dej. Le Roi refuse sa grâce à Jacques II, 137. Bocrdalou'e, jésuite, visite le chevalier de Rohan, 462. BoLRDEiLLE (demoiselle de), sa mort sus- pecte, 58. BoLVARD, frotteur, le garder avec soin à Vinceunes, 144; son interrogatoire, 144; Barbtzieux en demande des nou- velles, 146; idem, 149; on le gardera en prison, 150 ; est envoyé hors de Franc*^, 170. Brécourt, comédien, sa tentative pour enlever Sardan en Hollande, 59, GO, 61, 62, 63,70 et 71. Brécourt (dame de), avait en Hollande une correspondance suspecte, 458. Brigallier, aumônier de Mademoiselle, enseigne à faire des traités avec le diable, 64; sacrifie un enfant pour le mariage delà dame de Saint- Laurens, 67. Brinvilliers (marquise de}, sa liaison avec Maillard, 53. Brissac, major des gardes du corps, ar- rête la Tréaumont, 406 et 407; il dé- pose devant les commissaires, 437. Bussy.Rabutin (comte de), il est mis à la Bastille, 193; et interrogé, 194; dé- tails sur son affaire, 194 et 195 ; il a tué son cocher, 196; est visité par le père. >ouet, 196 ; lettre à Le Tel- lier, 199; et de Le Tellier à Bussy, 201 ; plaintes des vassaux de Bussy, 203. Cadelan est envoyé à la citadelle de Be- sançon, 125; sa' mort, 128. Callet, sage-femme, fait des avorte- meiits, 55 ; elle est envoyée au château de Belle-lsle, 119. C\sïELMELH0R ^comte de), son retour en Portugal, 130\ Cermelly (abbé;, sa friponnerie dans la vente du marquisat de Carreto, 333; il est chassé du royaume, 334 ; c'est un affroiiteur qui a trompé MM. d'Ea- trées, 335. Cessac (marquis de). Jacques II inter- cède en sa faveur, 132; demande de renseignements, 134; marche à suivre pour le juger, 145; se rend à la Bas- tille. 165; il comparaît devant les ju- ges, 166 ; il revient a la Bastille, le Roi presse le jugement, il est acquitté, 167; sort de la Bastille, 168. Chaboissière, valet, sa déclaration, 93; son interrogatoire, 101 ; son procès- verbal de question, 106. Chabot, écrivain, son interrogatoire, 311; Chalon de Megremont, ordre de l'arrê- ter, 412, 413 et 414 ; il est enfermé dans le vieux palais de Rouen, 423; on le mène à la Bastille, 430. Chambre .ARDENTE, elle est fermée, 108; le roi fait brûler la procédure secrète, 182. Chapelain, sa mort au château de Ville- franche, 187. Chapon, son interrogatoire, 41; et pro- cès-verbal de question, 90; il est pendu, 91. Chappelain (dame), empoisonne un laquais, 94 ; elle est envoyée au châ- teau de Belle-lsle, 119; sa mort, 134- Charles, berger, est envoyé à l'Hôpital général de Tours, 118; il s'évade, 123; est envoyé à la citadelle de Be- sançon, 125 et 126. Charles H, refuse de croire aux bruits qui couraient sur la conduite de l'ami- ral d'Estrées, 283; et promet de ne plus employer l'amiral Rupert, 284; TABLE DES MATIÈRES. 497 refuse cependant de faire une enquête, 289; demande que la flotte retourne on France, 291 ; il fait faire au Conseil d'Etat un rapport pour désavouer Marsilly, 312 et 319; confesse qu'il lui a fait donner 50 pièces, mais unique- ment pour négocier l'entrée des Suisses dans la triple alliance, 315 ; est satis- fait de le voir à la Bastille, 32/i. Charmillon (Marianne), sa déclaration, ■172. Chaupentier, architecte, enlève une fil- leule de Mazarin et empoisonne le car- dinal, 78. Chastanet, conseiller à Toulouse, con- sulte un de ses collègues, 252 ; il est transféré de la Bastille à la Concier- gerie, son interrogatoire, 256. Chastel (marquis de), complice de fri- ponnerie, 333. Chesnardiiîre, capitaine, enfermé pour fait d'indiscipline, 280. CnoQL'EL, député de Bergues, il est mis à la Bastille, 296 et 299. CoiGNY (marquis de), insultes à l'ambas- sadeur d'Angleterre, 234; son repen- tir, 242. CoiBERT engage l'amiral d'Estrées h, ex- pliquer aux officiers de marine l'ordre du service avant de sévir, 380; il or- donne à ceux-ci l'obéissance aveugle, 380; il refuse de croire à l'insubordi- nation de .M. de Martel, 389 ; il recon- naît la vérité, 391; et avoue sa sur- prise, 392; blâme cependant la dureté de l'amiral, 395; il envoie la commis- sion pour juger le chevalier de Rohan, 458 et 461. CoLiGNON (la), est transférée à la Bas- tille, 124; et de là au fort Saint-An- dré, 125. Colombier (abbé du), il est arrêté, ses papiers saisis et inventoriés, 363; le pape le réclame, 365 ; et aussi le car- dinal dataire, 364 et 305; il meurt à Charenton, 367. CoNDÉ (dit M. le duc), la Tréaumont l'accuse d'être le plus grand mécon- tent et murmurateur du royaume, 468 et 469; on ordonne de supprimer la déclaration de Van den Enden sur ce point, 470, 473, 474 et 475. CoTTiN, prêtre, est mis à la Bastille, 289. Col'Rboyer (de), procès-verbal de ques- tion, 339; il avait engagé Lamoisière à déposer faux, 341. Créquy (maréchal de), Louvois lui écri- vit de ne point s'inquiéter des déposi- tions de la dame de Vilars, 455 et 456. Créquy Bernieulle (de), ordre de l'ar- rêter, 411; il proteste de son inno- cence, 415; ^V/e?/^, 417 et 418; il est enfermé au Pont-de-l' Arche, 424. Croissy, ambassadeur en Angleterre, se plaint du prince Robert et de sa rela- tion de la bataille navale du 21 août, 380 ; il demande les moyens de la ré- futer, 384 ; il justifie M. d'Estrées au- près de Charles II, 387; le roi lui commande de se servir pour cela de tous les moyens, 368; Croissy blâme les hauteurs de l'amiral envers ses subordonnés, 395. Curé de Saint-Mesmin, à Orléans, sa- crifie un enfant pour faire réussir un mariage, 66. Curés nu Vivarais, députés à la cour par les révoltés, 341 ; interroi^és à la Bastille, 342; deux sont condamnés aux galères, 348. Dalmas, empoisonneur; on propose de le mettre à l'Hôpital général, 115; on l'envoie à celui do Tours, 118; il s'é- vade, est enfermé dans la citadelle de Besançon, 125. David, libraire, mis à la Bastille pour libelles, 209. Debray, garde du corps, son exécution est remise, 7; ordre de la faire et de lui donner un confesseur. 23; sa dé- claration, 28; il est brûléen Grève,29. Delaistre, son interrogatoire, 55. Delaporte, est envoyée à Belle-Isle, 119. Delcampe, perquisition faite chez lui, 258; il est exécaté, 261. Delespine (la), proposition de l'exiler ou de la mettre à l'Hôpital général, 114. Delisle, son interrogatoire, 214. Dei.œ;il, étudiant en théologie, son in- terrogatoire, 214. Deschenets, faux monnayeur, poursuivi devant le Grand-Conseil, 260; il est mis à la Bastille, 201. Deslauriers, est conduite à Belle-Isle, 119. Desloges (fille), sa déclaration, 78. Desmartins, est mis à la Bastille, 289. Des Œillets (la), sa mort à l'Hôpital général de Tours, 134. Desponts, sage-femme, on propose de l'envoyer en Angleterre, 114. Didier, avocat, meurt empoisonné par Sainte-Croix, 21, 75 et 77. DoNNEViLLE, président au parlement de Toulouse, demande justice des violen- ces faites à son fils, 252; il est exilé à Aumale, 257. Dreux (dame), achète du poison à la Joly, 56 ; a empoisonné plusieurs per- sonnes, 64 et 06; reçoit l'ordre de quitter Paris, 139; est exilée à Vau- godry, 108. DnouELOT (la), on propose de la mettre à l'Hôpital général, 115; on l'envoie à celui de Tours, 118. DuBLAizEL (la), son avortement, 72. 32 498 TABLE DES MATIÈRES. Du Causé de Nazelle, dénonce la cons- piration de M. de Rohan, 603; son in- terrogatoire, Ù43. DtCLOS (la), Ea mort au fort de Bains, 134. DcFAYET (la), empoisonneuse, bonne à mettre à l'Hôpital général, 113; elle est envoyée à celui de Lyon, 116 et 117. Dlfos, est envoj-é au cliàteau de Salées, 118. DiMESML, est envoj'é à Salées, 118. DiMOiLiN, liaisons suspectes avec les protestants du Languedoc, 258. Dlval (la), est envoyée à Villefranrlie, 123. DuviviER (la), sa mort au fort de Saint- André, isi. Elzevir (Daniel), son Mémoire sur les libelles imprimés en Hollande, 204. Épicier (un) se coupe la gorge à la Bastille, 330 ; sa femme y est enfer- mée aussi, 331. EsTRÉES (vice-amiral d'), les lieutenants- généraux de la marine ont ordre de lui obéir, 379; qu'il dissimule son rcsseu- tiuient contre le prince Robert, 381; Colbert lui reproche d'avoir fait une relation trop modeste du combat na- val, 383; le Roi est satisfait de sa va- leur et de sa conduite, 385 ; il demande des commissaire-, 389; Charle? H s'y oppose, 391 ; l'amiral ne visite pas le prince Robert, 392; on lui ordonne de bien vivre avec lui^ 393; on lui com- mande de faire un mémoire des fautes commises par le prince Robert, 390. Ferracher, maquignon, soupçonné de faux, 357; transféré à la Bastille, 358; et mis en liberté et acquitté, 359. Ferté (marécbal de la), demande la grâce du chevalier de Senneterre, son neveu, 370. Filastre, on propose de l'enrôler dans la cavalerie, 114 et 118. Flecriot, il est mis à la Bastille pour un libelle fait contre l'archevêque d'Embrun, 271 ; M. de la Keynie fera 1 inventaire de ses cofires, 272. Foix (comte de), est misa la Bastille, et il en sort, 279. Fontaine (Anne), doit rester à la Salpô- trière, 180. FoNTFROiDE, sa mèrc fait offrir de l'ar- gent aux juges de son fils, 259; idem, 260; il est acquitté, elle réclame 10,000 livres qu'on lui a extorquées, 261. FoRBiN, assiste avec les mousquetaires h. l'exécution du chevalier de Rohan, 476. FoLRMER, viguior de Carcassonne, il sort de la Bastille, 296. Fpesne (marquis de), permission d'aller aux eaux de Sermaise, 11. Froment, sa mort au fort Saint-André, 138. Fromentières (abbé de), dans l'oraison funèbre de Pérèfixe il vante le zèle du prélat contre les jansénistes, 275. Gaignère (la), bonne à mettre à l'hôpital, 114; elle est envoyée à celui de Lyon, 117. Gérard, prêtre, demande de renseigne- ments sur lui, 137. GiLLET, liaisons suspectes avec l'Angle- terre, 257. Glazer, Mémoire sur son compte, bk. GocEr.T, son interrogatoire, 98. GoNZ\GiE (la), morte folle à la Salpê- trière, 180. Gosse, son interrogatoire, 19-2. GrÉMONT, proposition de le mettre à l'hôpital, 114; il est envoyé à celui de Rjuen, 118; note sur son affaire, 136. Gldanne (dame de), fait faire une fausse dépositiuu contre son gendre d'Auhioy, 337; elle voulait lui escroquer 108,000 livres, 339. Glicnard, curé de Bourges, dit la messe, nu, sur le ventre d'une femme nue, 173. GoDEFp.oY, envoie un libelle, 224 et 225. GrtSDON, perruquier, laquais de M. d'Au- bray, se marie en 1671, 56. GiESDON, a servi chez la Baliron, Sainte- Croix et la Brinvilliers, gardait la cassette de Sainte-Croix, 51 et 59; elle empoisonne Violet, 54; son interroga- toire, 56; accouche de deux jumelles, 81 ; elle meurt à Villefranche, 186. Glikolug, prêtre, sa liaison avec Pinon, 19; son interrogatoire, 46; sa mort dans la citadelle de Besançon, 131. H Hamilin, conseiller à la cour des mon- naies, refuse de Targ-ent, 259. IIan.mvelle (chevalier d'), on le fait sortir du Palais-Royal, 126. HÉBERviLLE, cooseiller au parlement de Rouen, ordre de l'arrêter, 445; il est mis au vieux palais de Rouen, 449 ; on l'y garde encore après le jugement de M. de Rohan, 490. HÉROiARD, ma;or de la flotte, défend auprès de Charles II la conduite de M. d'Estrées, 381. HoLLAND (lady), ne veut pas recevoir les excuses de ceux qui ont insulté l'am- bassadeur d'Angleterre, 242 et 244. HoLLis, ambassadeur d'Angleterre, sa dispute sur la préséance, 234 ; il est insulté par des jeunes gens de la cour, TABLE DES MATIÈRES. 499 237 à 2^2; drmande Ipur grâce et re- mercie le Roi de \:\ réparaiion faite, 2/|7; les rpiis de madame de Carignan maltraitent les siens, 2?i9 ; un soldat aux gardes bat son cuisinier, 2.'i9; HoUis en fait ses plaintes an Roi, 250; il retourne en Angleterre, 251. Hon.sT, espion, il est mis à la Bastille, /i91. lIcB, curé, sa di^claration, 75. HuGOT, belle-sœur de Dtsgrez, se mCile do procurer des avortements, 4 ; a fait fondre l'image de Dcsgrez pour le faire mourir et lui fait donner du poi- son, !il. Imdoti, écrivain, son interrogatoire, 21 3. Jauvelle (de), major des mousquetaires, garde les abords de la Bastille, 4t38 et liT2. Joi.y, secrétaire de Croissy, achète en Hollande des libelles, 205. Joi.y, vitrièrc, son interrogatoire, li; idem, h\.; ordre de la juger, 59; et d'écrire ses déclarations à part, C4; son procès-verbal de question, 64 ; elle est brûlée en Grève, 71 ; ses filles mises à l'hôpital, 79. Lacoodraye, il est envoyé à Salées, 118 et 120; sa mort, 128. Lafrace, il est envoyé à Salces, 118. LAGr.A^^,E (la), est conduite au château de Saint-André, 121. Laiiaye, est gardée dans la Bastille,!. Lalanpe, procès-verbal do question, 1 ; a fait dire des messes sur le ventre de la mère et de la fille, 5. Lauoizièke, procès-verbal d'exécution, 335. La Mottk, est empoisonné par la Joly, 67, 68 et 09. Lanciieman, imprimeur, ordre de l'inter- roger, 197. Lasalle, dit qu'un en avait tué de plus innocents que le Roi, 331. Latoor, est envoyé à Salces, 1 18. Lki ÉVRE (la), est envoyée à la citadelle de Besançon, 125 et 128. Lefranc, prêtre, est mis au château de Salces, 118. LtMAini-, est envoyé hors du royaume avec une pension de 150 pistoles, 111. I.EMPERiER, prêtre, sa liaison avec Va- neiis, 101. Le.noir (fille), S'U interrogatoire, l.'iG; reçoit un secours pour aller en Savoie, 165. Lépreux, prêtre, sacrilège, bon à mettre à Saint-Lazare, 113; on l'y envoie, 118. LEnoY (la), est envoyée au château de Belle-lslp, 119. Lesaoe, ordre do le traiter sévèrement \ Besançon, 12^. Lesoyecr, écrivain, son interrogatoire, il avait écrit l'Éco/e '/p\- fiffas-, 216. I FSPl^E (la), est envoyée h l'Hôpital gi'- néral de Rouen, 117; il faut l'y gar- der, 136. l,ESTonÉ, gendarme, est enfermé ponr fait de discipline. Longl'eil, il est mis :\ la Bastille, 262; il en sort, 26'i. LoiîON, cluTrtreux, janséniste, exilé en firovince, 265. LouviGNY (de), accusé d'être entré dans les projets du chevalier de Rohan, 435 et !it\2 ; le Roi en est surpris, 430. Louvois, ministre, sa mort suspecte, 139 et 140 ; ses lettres sur l'afTaire du che- valier do Rolian, 403, 404, 405, 410, 411, 412, 414, 417, 426, 428, 430, 431, 435, 438, 439, 441, 445, 455. Lychever, marchand, dit que Marsilly était un scélérat, 308, 310. M Magnon, a'iteurei acteur, est assassiné, 190. Maillard, auditeur des comptes, son ar- restation, 12; son interrogatoire, 13; reçoit du poison, 22; demande une iinstie consacrée, 75; fabrique du char- bon, 76; ses relations avec les sor- ciers, 81 ; SOI) procès-vorbal de ques- tion, 82, et d'exécution, 88. TtlALtscoT, curé, coinplice d'avortements, 55. Marchand, maquignon, meurt empoi- sonné par la Salomond, 103. Ma!;escot (lai, est envoyée au château do Belle ls!e, 119; sa mort, 123. Margdin, courrier, est mis à la Bastille, 151; il en sort, 252. Mahlonnière (La), est envoyé à Salces, 124. Marrottière (La), est envoyé au château de Salces, 118. Marseillais, leur querelle avec l'inten- dant au sujet des embellissements de Marseille, 290 h 29'i. Marsilly (de), il est dénoncé à Croissy, ambassadeur de France en Angleterre, 305; il demande protection au minis- tère anglais, 306 et 307 ; renseigne- ments sur sa comluite; il est enlevé en Suisse sans que l'ambassadeur d'Angleterre ose intervenir, 309: do- tuils sur cet enlèvement, 310; idem, 313; Lionne linterroge à la Bastille, 313; Marsilly demande à parler au Roi, 314; joie de Croissy à propos de 500 TABLE DES MATIÈRES. la capture de Marsilly, 314; son au- dience à ce sujet, 315; Charles II le désavoue, 316 et 319; Marsilly feint d'être malade, 320; il se niutile, 320; proc6s-verbal d'cxiicutioD, 321; les femmes le blâment, 325 ; il meurt en protestant de son innocence, 326; autres détails sur son supplice, 326; et sur cette affaire, 332. Martangis (de), maître des requêtes, il est mis à la Bastille, ^92; il fera des excuses à M. de la Valiière, 493. Martel (marquis de), lieutenant-grnéral de la marine, reçoit ordre d'obéir au vice-amiral d'Estrées, 378 et 381; son escadre bat les Hollandais, 381 ; on lui ordonne d'aller voir M. d'Estrées, 385, et de revenir à Paris, 388; il est au désespoir d'avoir fait une relation hostile à M. d'Estrées, 389; on lui or- donne de la désavouer, 389; son cha- grin, il confesse sa faute, 393; il avait remis sa relation au prince Robert, 394; Groissy propose de mettre M. de Martel en liberté, 397. Martin, valet de Marsilly, va parler pour son maître à Wiliiamson, 306; refuse d'aller déposer en France, 328. Marvii.le, est envoyé aux galères, 100 ; fait des faux, 357; est condamné à neuf ans de galères, il est arrêté, 360; il avait été libéré comme infirme, 361; ordre de lui rendre le prix du Turc qu'il avait fourni, 361. Maupeou (président), fait tuer de Sen- ncterre, son beau-fils, 369; il est mis à la Bastille, 371; madame de Longue- ville demande (ju'on le garde en pri- son, 372; on le transfère à Nîmes, 373. Meignan, prêti'C, est condamné au ban- nissement, 101; il est enfermé au châ- teau de Salces, 118. Meline (la), donne du poison, 65; son enfant a été sacrifié au diable, 66; son procès-verbal de question, 77 ; le Roi demande à le voir, 79 et 80. Miraumont, conseiller au parlement de Toulouse, est insulté en public par un de ses collègues, 254. MoNTBAzoN (duc de), il est mis à la Bas- tille, 284. MoNTr.RUN (marquis), défend à son fils de se faire catholique, 231 ; Charles II lui donne de l'argent, 234- MoNTEMAJOR,est ouvoyé au fort de Salces, 121 ; ses prétendues révélations, 135. MoNTEHAN, ordre de l'arrêter, 8; son in- terrogatoire, 10; reçoit du poison, 22; fait avec de l'arsenic, du sublimé et des crapauds contre le Roi, 28; son in- terrogatoire, 43; il meurt à la ques- tion, 91 et 92. MoNTEBEY, gouverneur de Flandre, fait un traité avec la Tréaumont, 421 ; détails sur les conditions, 452j 466 et 467. MoNTvoisiN (fille), est envoyée au châ- teau de Belle-Isle, 119. MoREAc, son interrogatoire, 12; sa dé- claration, 31; il est roué en Grève, 32. MousTEL, praticien, son interrogatoire, 216. MuLBB, est ramené aux galères, 160; le faire garder soigneusement, 178. N Nervaise, écrivain, son interrogatoire, 213. Nedfgermain, libraire d'Amiens, on 1 ui fait son procès, 197, 200 et 202. Nicolas, maréchal-ferrant, est empoi- sonné par Sainte-Croix, 75, Odin, écrivain, son interrogatoire, 215. OuDOT, est envoyé au fort de Salces, 121. Parterre (la'), est envoyée au fort Saint- André, 126; sa mort, 135. Patin (Charles), son commerce de li- belles, 202; son jugement, 203; son existence en Italie, 226, 227. Patouillet (abbé), on examine ses pa- piers, 301; il est exilé en Bourgogne, 302; il demande un bénéfice à la ré- gente d'Espagne, 303 ; l'ambassadeur d'Espagne le recommande à sa cour, 303. Paulmy (marquis de), insulte l'ambas- sadeur d'Angleterre, 234; fait des excuses, 242; sort de la Bastille, 247 ; et va remercier l'ambassadeur ainsi que ses camarades, 248 et 249. Paumy (chevalier de), a dissipé l'argent de sa compagnie, 355; demeurera à la Bastille jusqu'à restitution, et se nour- rira à ses dépens, 356. Pelletier, est envoyée au château de Belle-Isle, 119; sa mort, 129. Pellot, premier-président au parlement de Rouen, ses soins pour arrêter la ïiéaumont, 405; raconte sa mort, 407; interroge son valet, 410; surveille la noblesse du pays, 413. Peuceval, berger, procès-verbal de ques- tion, 34; sa déclaration, 39. Perpignan, les députés envoyés par la ville à la cour sont exilés, 300. Petit, gazetier de l'ambassade anglaise, Croissy demande qu'on lui impose si- lence et qu'il sorte de Paris, 211. Pierre (maître), est envoyé au fort Saint-André, 126. PiNON DU Martroy (conseiUcr), ses re- cherches de poison, 14, 15 et 35; fait un pacte pour la délivrance de Fouc- quet, 18; sa liaison avec Guibourg, 17 ; lui dit qu'il veut empoisonner le TABf.E DES MATIÈRES. 501 Roi, 33; fait dire par Guibourg des conjurations pour faire mourir le Roi. 66, 68 et 76. Piquet, berger, son interrogatoire, 63. Poignard (la), son interrogatoire, 71; elle est envoyée à Belle-Isie, 119. PoiLLEViLAiN , vicaife de Saint-Paul, cherche à corrompre un juge, 239; il est admonesté et condamné à l'amende, 260. PoLiGNAC (vicomtesse de), son placet au Roi, 129; il est repoussé, 130; ordre de sortir de Paris, 131. PoNCET, mis en liberté, 171. PoïTiER, bénéficier dans Notre-Dame, est lié avec les chercheurs de trésors, 36. PouLAiLLON (dame de), elle est envoyée aux Pénitentes d'Angers, 110; pour y ttre traitée comme les autres, 116; et plus sévèrement, 117; l'évéque d'Angers témoigne en sa faveur, 172; elle demande à passer aux Bernar- dines d'Angers, les religieuses n'en veulent pas, 176; M. de la Reynie pro- pose de la laisser aux Pénitentes, 176. PouLLAiN, est envoyée à Belle-Isle, 119. Poi'PART (la), morte à la Salpêtrière, 181. Praslard, libraire de Paris, on lui fait son procès, 197, 200 et 202: est envoyé en Hollande |)our acheter des libelles, 206; en fait défendre l'impression, 207; liste de ces libelles, 208; il est mis à la Bastille pour un libelle contre l'ar- chevêque d'Embrun, 271; on met gar- nison chez lui, 273. Préaux (chevalier des), il est complice de M. de Rohan, 630; ses lettres à ma- dame de Vilars, 631; son interrogatoire, 632; idem, devant la chambre, 670; procès-verbal d'exécution, 679; sa fermeté lors du supplice, 685. Pkéaux (l'abbé des), ordre de le faire arrêter. 616; on le recherche, 616 et 618; il s'est sauvé, 626 626, 629; on le cherche dans l'hôtel de Soissons, 651; il avait tenu des propos séditieux, 656. Prêtre (un) enfermé pour s'être appro- ché du Roi, 301. Prisonniers, instructions sur la ma- nière de les garder, 112 et 119; on règle la subsistance de ceux de Vin- cennes à 20 sols par jour, 116 ; et ceux des châteaux de province à 10 sols, 119; permission de les faire confesser, 121; visiter par un chirurgien, 122; les femmes seront enchaînées à la vo- lonté des gardiens, 122; on garnira leurs lits, 121 ; les faire confesser en cas de péril, 123; et à Pâques, 129; idem, pour ceux de Saint-André et de Besançon, 130; évasion des prison- niers de Salces, 133 ; donner du feu aux femmes de Belle-Isle, 136; ne doivent avoir communication avec personne, 178; rapport sur les prisonniers de Besançon, 181 ; proposition de mettre en liberté ceux d'Angers, 183 et 186. Pt'GET, sculpteur, fait un plan pour l'agrandissement de Marseille, 292. QuEM, savoyard, il est mis en liberté, 170. Rabel, il est envoyé au château de Salces, 118; on adoucit la rigueur de sa prison, 136; se retire chez un gen- tilhomme à Pignerol, 137. Ra(;ny (abbé), fait prendre Marsilly, 313; reçoit 3,000 liv. de pension, 320. Reynie (La), lieutenant de police, ses mémoires sur les prisonniers, 95, 113, 150; idem, sur les libraires de Hol- lande, 219; propose de restreindre la procédure du chevalier de Rohan, 665; ses rapports sur la procédure, 659, 660, 662, 663, 668, 669, 670, 671, 675, 676, sur l'exécution des condamnés, 683, 685 et 687; le Roi lui donne au- dience, 687. RiBOU, libiaire, à la Bastille pour avoir édité des libelles sur les amours de Louis XIV, 209. RoANNois (duc de), fait arrêter des dis- tributeurs de libelles, 271. Robert (prince), se plaint de l'amiral d'Estrées, 381; en parle plus honnête- ment, 385; Colbert rejette sur lui l'in- succès du combat naval, 388; sa dé- marche auprès du roi de France pour se justifier, 393; l'ambassadeur Doc- kart intercepte sa lettre, 396. RoBEHT (demoiselle), est envoyée à Belle- Isle, 119: et à Angers demande sa liberté, 150; rapport de M. de la Rey- nie sur cette femme, 150; demanrie de nouveaux renseignements, 168; le Roi veut la mettie dans un bon cou- vent, 169; l'évêque d'Angers lui par- lera, 170; elle est envoyée aux Visitan- dines du Mans et à la Ferté-Bernard, 170; les religieuses n'en veulent pas, 171. Rohan (chevalier de), il est arrêté à Ver- sailles. 606 et 606; il voulait soulever la Normandie et livrer une ville aux ennemis, 610 ; envoie Van den Enden traiter avec M. de Monterey, 621; dé- tails sur son entreprise, 636 ; il avoue sa faute, 666; son interrogatoire, 663; idon, sur la sellette, 668 et 671 ; sa condamnation,476; procès-verbal d'exé- cution, 679; il meurt avec fermeté, 6^6, 685 ; autres détails sur l'exécu- tion, 689; le Roi avait refusé de lui faire grâce, 690; ordre de rendre à la famille ses papiers et ses bardes, 690 et 691. 502 TABLE DES MATIÈRES. Romani, il est attaché par une chaîne à Besançon, 148; on le déchaîne, 186. RoQUELAunE (duc de), raconte la mort de la Tréaumont, 609. RosAY, accusé de faire de la fausse mon- naie, 260; il est innocent, 261. Roussel (la), restera toujours à la Sal- pêtrière, 180. RoL'.x, chef des révoltés du Vivarais, se sauve, 346; il est arrêté, 3/i7 et 31x8. Sablé (marquise de), elle sollicite la bienveillance du nonce en faveur des jansénistes, 268; madame de Longue- ville la prie de calmer les jansénistes, 273. Sachi (abbé), empoisonneur, on propose de l'exiler, 113. Sacy (de), il est mis h la Bastille, 262; recherche de ses papiers, 263 ; son af- faire mauvaise, 263; son éloge, 264 ; il est bien traité à la Bastille, 266; sa détention afflige M. de Pomponne, 267; il reçoit la visite de madame de Pom- ponne, 267: idem, 272; joie des reli- gieii^es de Port-Koyal, 273; elles sont rétablies, 274. Saint-Jean, chevau-léger. on lui fait son procès pour indiscipline, il a sa grâce, 279. Saint-Mars, servante de Desgrez, lui fait prendre du poison, 42. Saint-Martin de Rubec (comte de), ordre de l'arrêter, 412, 413 et 414; M. de Roquelaure l'arrêtera, 41h ; il le fait mettre au château de Gaen, 427 ; on examine ses papiers, 427; on le con- duit à la Bastilk', 430 ; ordre de visiter ses papiers à Paris, 431. Saint-Sandoux, major des gardes, chargé de garder les avenues de la Bastille, 475. Sainte-Croix, Maillard lui souscrit un billet de 4,000 livres, 20 ; il emp.oi- sonne l'avocat Didier, 21 ; place la Guesdon chez madame de Briuvil- liers, 58. S.iNTE-CiiOijL (dame), est empoisonnée par son mari, 50; sa conduite à la mort de Sainte-Croix, 73. Salomond (la), son procès-verbal de question, 103. Sardan, le Roi tente de le faire enlever en Hollande, 59, 60, 61 et 03 ; sa mort, 105. Sault (comte de), est mis à la Bastille, il en sort, 279. Saval, avocat, il sort de la Bastille, 296. Saveueux, libraire, il sort de la Bastille, 267; sa mort; il avait un magasin de livres dt^fendus dans Notre-Dame, 276. Sebault, sous-diacre de Bourges, fait dire des messes sur le ventre de sa maî- tresse, 172. Seignelat règle l'ordre du service entre l'amiral et les lieutenants gém'rauxde la marine, 378 ; recommande à M. d'Es- trées de bien vivre avec le prince Ro- bert, 380; le félicite d'avoir empêché l'impression de la relation du princp, 387; ordonne d'apposer les scellés chez mademoiselle de Viliers, 441 et 462; expédie la commission pour juger le chevalier do Rohan, 458, 459 et 461 ; le Roi veut être informé tous les jours, 463 et 475; et qu'on efface les déclara- tions contre M. le duc et l'électrice de Bavière, 473 et 474. Senneterre (marquis de), est assassiné par l'ordre de sa inère, 369. SE^NETERR:^ (uiarquise de), sollicite le ju- gement des assassins de son mari, 371. StNNETERRE (chevalier de), il est enfermé dans la citadelle de Grenoble, sa sœur demande qu'il soit jugé, 373 ; sa belle- sœur s'y oppose, 374; il demande des juges, 378. SoissoNs (comtesse de), sa retraite en Espagne, elle est assignée à compa- raître en France, 131 et 132. SoRTOSViLLE (niarquis de), transféré de la Bastille au For-l'Evôque, 188; sou interrogatoire, 188. SoRTOsvu LE (marquise de), son interro- gatoire, 191. SoLRUEVAL, soins pris pour l'arrêter, 416, 417 et 4J9 ; on fouille sa maison sans l'y trouver, 424. Termes (marquis de), ordre de l'arrêter, 8; il est mené à Vincennes, 10; son in- terrogatoire, 11 ; il est acquitté, 91 ; on lui rend ses papiers, 112 ; il est mis à la Bastille pour fait d'indiscipline, 279. Terron, il est envoyé à Salces, 118. Thomas frères, les mettre ensemble, 262 ; sont renvoyés à Rouen, 264. ToNTi et ses fils, sa famille est réduite à la misère, 294 ; un jésuite chargé d'ap- lirendrc à To.iti la mort de sa femme, 295 ; ses remerciements à Colbert, pour 600 livres, 295 ; ils sortent de la Bas- tille, 296. TotiRKET. proposition de l'exiler au Can- tal, 115; on devait le mettre en li- berté, 118; il est envoyé à la citadelle de Besançon, sa pénitence, 149; auto- risation de voir M. Lafond et d'adoucir sa prison, Itij; ne devra cependant pas recevoir de visites sans permission, 168; on lui ôtera ses chaînes, 172; permission à madame de Bernage de le consulter, 179; ideyyi h la com- tesse de Graminont, 180; il propose de faire de l'or, 180; il échoue, 185. Trabot, paysan, on propose de l'envoyer à l'hôpital, 114; il est mis en liberté, 118. TARÏ.E DES MATIÈRES. 503 Tréauuont (de la), ordre de l'arrôter k Rouen, 405 ; il se fait tuer, /jOiJ; dé- tails de cette scène, 407, 409; il voulait soulever la Normandie et vendre une ville aux ennemis. 410; il est abhorré dans sa province, 457; procès fait à sa mémoire, 4t;2 et 4C8. Tr.oiSFONTAiNES, gendarme, le Roi lui fait grâce, 278. TuLY (de) ne sortira qu'après avoir dé- chiffré une lettre du cardinal de Retz, ^77. Tui»E\NE fait enlever en Suisse Marsilly, 317; les ministres s'inquiètent de la confiance du Roi pour Turenne, 318. TuRET est envoyé à Salces, 118. Vacherot (la) s'évade du château de Sa- lins, 171. Valdor soupçonné de correspondance avec les ennemis, 400. Valliére (marquis de la), il recevra les excuses de M. de Martangis, 492 et 493. Van den Ekden est conduit à la Bas- tille, 412; sou interrogatoire, 419; il prétendait livrer le Dauphin aux en- nemis, 4"2G; il était i^a^s religion, et passait ses journées avec M. de Rohan et la Tréaumont, 444 ; il a été chez les jésuites, 451 ; sa déclaration, 452; son interrogatoire, 464; procès- verbal d'exécution, 479. Vane.ns (chevalier de), fait des conjura- tions à iaBastille, 55; sa confrontation à Lesage, 93 ; il fabrique de la fausse monnaie, 94; et du poison, 95; im- piétés qu'il fait à la Bastille, 98 ; re- cherches de trésors et pactes avec le diable, 101 ; envoie du poison à l'étran- ger, 102; sou interrogatoire, 105; ordre de le mener aux galères, 106; il a voulu empoisonner Chaboisiùre son laquais, 107 ; il est mis au fort de Saint-Audré, 109; sa mort, 149. Varades, il est mis à la Bastille pour avoir maltraité sa fcmmo et son beau- pi're, 398. Vassé (marquise de), cherche à empoi- sonner son mari, 9 et 10. Vaudarques (de), frère de la Tréaumont, est arrêté, 45iJ. Vautier, il est envoyé à Salces, 118. Vendosme, libraire de Paris, est mis à' la Bastille, 198 et 200. Vertemart (demoiselle), est remise ^ sa famille qui la fait enfermer aux Made- lonnettes, 7. ViRTiiAMONT, maître des requêtes, fait un faciuin contre Péréfixe, archevêque de Paris, 280; il est traduit devant le (Conseil, 281 ; sa biographie, 282; il est condamné à demander pardon au pré- lat, et mis à la Bastille, 283. Veyras, complice de Marsilly, est pro- tégé par Buckingham et le comte d'Os- sory, 329. ViLARs (marquise de), elle est arrêtée et conduite au vieux palais de Rouen, 429; ordre de l'interroger et de la me- ner à la Bastille, 431 ; elle y est con- duite, 436 ; elle est entendue devant la chambre, 470; et condamnée à mort, 47ti; procès-verbal d'exécution, 479; elle meurt avec courage, 485. ViLLEDiEU (dame de), ses plaintes contre sou beau-frère et son neveu, 89; elle paye sa pension à l'abbaye de Charly, 117. ViLLERS (demoiselle de), amie du cheva- lier de Rohan, on l'arrête et visite ses papiers, 441 ; on maintient la garnison établie cliez elle, 461; mais aux frais du Roi, 402. Violet, procureur au parlement, il est empoisonné par sa femme et par Mail- lard, 52. VivARAis. Les révoltés du Vivarais en- voient des députés à la cour, ils sont mis à la Bastille, détails sur cette rébellion, 341, 342, 344 et 345. FIN DE LA TABLE DES MATIERES PARIS. — IMPRIMERIE PILLET l'ILS aINÉ, RUE DES GRANDS- AUGI'STINS, 5. o • o» D- 00 • CJ H C\J o iH '-^ > > < H r' 7r#- UNIYERSITY OF TORONTO LIBRARY Do not re move the card from this Pocket. Acme Library Card Pocket Under Pat. "Réf. Index File." Made by LIBRARY BUREAU V, ^ i Jf ■^r^L^ r ■' T-- N >«; mr ^ L.:^ ^ jf '^^^^^■.^K^ÊÊÊÊ n vrM^ 3K If u a^Kv ■k^Mt/^^r m ^r ,^VH^*r ^d^^^El ^^4 1 1 B^''*. -»j^B '^^^BH^H Li ■i^^ ^ ^H^KSHw'fl «4 '*•♦; -1^ ■.,»^^