* D\7prés une note trouvée dans les iers de la Bajîille. L ne falloic pas moins que la prife de cette fortereffe , pour connoître enfin ce perfonnage fameux -dont la détention a tant intrinué l’Europe , & fur lequel Vol- taire lui-même ne nous a donné que des incertitudes. , On remarqua . dit cet Auteur célébré qu’aiicun homme importanî: ne dîrparut alors, La chofe eft exaflefnent vraie , puifque füivanî la découverte qu’on vient d’en faire 5 le prifonnier en qàeftion ne fut conduit à la Ballille que long-temps après fa difcrace, O Eu vain les uns ont avancé que c’étoit un frere adultérin de Louis XÎV , dont on avoir voulu cacher i’exiilence ; en vain les autres ont prétendu qu’il s’agiffoit du Prince de Vermandois 5 ou du Duc de Beaufcrrc ; autant de chimères dont on peur facilement démontrer i’abfurdicé. Voici le fait 5 qui 5 à la vérité ^ n’efi: appuyé que lur une fimpîe carte qu’un homme curieux de voir la Baftiücj prit^ au hafard avec plufieurs papiers ; mais cette carte donnant l’entiere folucion des ? -xi J _ ( 3 ) difficukés que jufqu'ici i’on O/a pu réfou- dre, deyienc un piece de conviction. La carte contient le N®. ^438^000 ( chiffre inintelligible) 8c la notefuivante : Foucqiiet urrivant des IJles S aime Marguerite ^ avec un mafque de fer. Eafuite trois X.,.X...X... Et au - deffous 5 Kerjaiion. Ce n’efl; pas la feule carte qu’on ait tirée de la BaflÜle. Il y en avoir pîufieurs iîgnces de quelques Minifîres^ ou de quel- ques perfonnes inconnuesj avec des ordres relatifs aux prifonniers. Quant à celle que je cite , 8c que j’ai vue, perfonne n’ignore que le Surinten- dant Foucquer, donc Colbert avoir juré k ruine, & que LouisXlV pourfuivic jufqu a Saumur , fut conduit? la forcerelTe de ( 4 ) Pîgnerol , qui appartenoic alors à'^Ia France ^ qu’il y pafTa plufieurs années ; qu’enfuire il trouva le moyen de s’échapper. Ce fait eft attefté dans les Mémoires de GourvilJe , l’ami de Foucquet; & Vol»» raire le rapporte lui-même ^ en doutant du lieu où cet exilé mourut. On pourroit dire ^ d’après cela ^ que Foucquet fur repris ^ conduit aux ides Sainte - Marguerire , & qii’i! en partit quand on trouva i’affiette fur laquelle on avoit écrit un nom , 8c qu’on jetra ^ 011-00 ^ par une fenêtre. On lui aura mis pendant la route un mafque de fer , pour qu’on ne pût le re- connoître ; on l’aura vu arriver à la Baflille ainfi déguifé;! & le bruit s’en fera répandu dans Paris ^ où cet événement aura pro- duit mille commentaires. * Il feroit abfurde'de croire qu’il porta ^ (5) toute la vie ce mafque de fer , p.uifqu il eft indubitable qu’un viiage ne tarderoic point à s’échauffer , Sc que la gangrené s’y mettroic infailliblement. D’ailleurs, c’eût été une cruauté inouïe dont LouïS-le«Grand n’écoit pas capable , Sl une cruauté à pure perte , les prifon- niers de la Baftilie étant abfolumenc oubliés , à moins qu’on ne leur permette de fe promener fur la terralTe. t _ K Nouvelle Preuve. On obfervâ qu’il aimoit finguliérement les dentelles & le lino-e fin. & tout le monde fait que le Surintendant pafToic pour le perfonnage de fon temps le plus magnifique , le plus dé- licat & le plus fenfuel. Les inconvaincus objeûeront qu’il n’y eut point de raifon pour tenir cette dé- tefttion aufli cachée j mais on leur re- pondra que Louis XIV ^ le Monarque îe ^ plus ablolü J defendic qu’on lui pariâc jamais de cette affaire où il parut fe compromettre d’une maniéré qui ne lui fit point honneur 5 & qu’i! n’aura point voulu qu on réveillât l’idée d’un homme qu’on croyoit mort ^ d’un MiniPire qui conferva tant d amis ^ une ^ Mademoifelie Scuderi ne craignoit point de publier que plujieurs perfonnagcs confidérablcs y dont elle fe met- tait du nombre , diraient toujours du bien de Foücquet y aux rlfques de perdre leur fortune & leur vie» Pehffon fouffrit la captivité plutôt que de s’en détacher. Il eft vrai que Foucquet eut une ame vraiment royale, & qu’on ne peur s’empêcher d’en faire réloge en blâmant fa prodigalité. I! auroit voulu qu’on établît l’ufage des monitoircs , pour découvrir les gens de mérite , & pour les fecourir. Il treffailloit de joie toutes les fçis^ qffon lui demandok quel-^ ( 7 ) / que grâce ; tandis que toutes les petites âmes tremblent quand il s’agit d’obliger. Il faut avouer qu’à la maniéré donc Voltaire raconte l’hiftoire de Foucquet dans fon Siecls de Louis XIV^ on croit qu’elle eft fabuleufe. Queüc'apparence en effet, qu’un prî- fonnief qui pouvoir parler, eût pris un mafque de fer devant fon Médecin, pour qu’il ne tranfpirât rien d’un pareil fecret 1 quelle apparence qu’on ait obfervé la plus grande étiquette devant un per- • fonnage qu’on vouloit laiiTer ignoré. Difons que l’amour du merveilleux a fait d’une hiftoire très-fimple une avan- ture extraordinaire , d’autant plus qu’en paiTant de bouche en bouche, elle a pris tous les accroilTemens donc elle étoic fuf- ccptible. b ^ ( « ) Qui fait réellement fi Louvois fe tenoit debout devant l’homme au mafque de fer ? Qui fait fi Chamillard a dit que c était le fecret de l'Etat ? Voltaire aimoit à donner on ton d’importance aux anecdotes qu’il difoit tenir des gens de la Cour. Au refte, il en fera tout ce qu’on vou- dra ; mais nous nous obftinerons à croire que Foucquet fut réellement l’homme ^au mafque de fer , julqu’à ce qu’on nous en indique un autre , qui réuniffe autant de preuves de conviélion. ; FIN,