MEMOIRES SECRETS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE PERSE Digitized by Google Digitized by Google MEMOIRES SECRETS POUR SERVIR. A L'HISTOIRE PERSE. .„. Vitiis nemo fme nafchttr, cptimusille efi.. mïnimis urgetHt. H o rai. A AMSTERDAM, jWK DUiNS D£ L4 COMPAGNIE. M D G C X L V. Digilized by Google AVERTISSEMENT. Hcrcher à prévanir le tVi?* des Anecdotes qu'on lui preTente, ce fèroit douter de fon difeernement. llncparoic que trop d'Ouvrages pour les- quels on demande grâce ; & ce avec d'autant plus de raiibn , qu'il n'en eft preique point qui méritent qu'on la leurfaflè. Le LeclieurjugeradoncdeccsAîf- moiris. Mon but étant de l'a- mufer & de lui plaite, je m'efti- * i merai AVER TISSEMENT. mcrai trop heureux fi le fuccès re'pond à mes defirs. Mon def- fein dans cet Avtrtijfemmt, eft feulement de rendre compte de quelle façon le Manufcrit m'eft tombé entre les mains. 11 y a quelques années qu'un de mes intimes Amis, Anglais de Nation, àiant envie de con- noitre le Royaume de Perfe , partit pour IJpahan. Un anez. long fe'jourdans cette Ville lui rendit la Langue Perftne aullî familière que fi langue naturel- le :. beaucoup d'efprit , & fur- tout une politelTe infinie lui ac- quirent à la Cour plufieurs A- mis du picmier tang. De qe nom- AVERTISSEMENT. nombre fut AU- Couli- Kan Premier Secrétaire d'Etat , Sei- gneur d'un mérite diftingué. Il avoit dans fa Bibliothèque quantité de Mémoires Secrets manuicritscn Langue Perfane, dont il laifla la diipofition à YAnglois , qui entreprit de tra- duire une partie de ceux du Rè- gne de Cha-Séphï L du nom. A (on retour en Angleterre il me fit part de fon Ouvrage, & le plaifir que je pris à le lire me fit préfumer que le Public ne fcroit pas fâché de connoître an peu particulièrement une-- Gour, qui jufqu'à préfenta été allez ignorée en Èuroft. : Sur t * J cette AVERTISSEMENT. cette prélâmtion , & de l'aveu de mon Ami , j'ai traduit Tes Mémoiresen François. Jen'ofè pas me flater d'avoir atteint à la pureté' & à la finelfe de l'Ori- ginal Anglais ; ainfi, fi le Lec- teur n'eft pas fatisfait , c'eft à moi feul qu'il doit s'en pren. drc. Je le prie cependant de confide'rer que le génie de la Langue Anglotfe eft bien diffé- rent de celui de la Langue françoije. Celle-ci eft plus clai- re , plus méthodique , mais moins abondante & moins énergique que la Langue An- glotfe, dont j'ai éprouvé plus d'une fois, dans le cours de la Tra- AVER. TIS S EMENT. Traduclion , qu'il m etoit im- poffible de rendre toute la force. Indépendamment de ce qui concerne la Perfi , on trouve- ra dans ces Mémoires planeurs morceaux d'autant plus dignes de curiofite', qu'ils donnent fur ^ les affaires générales de Xjljk des lumières abfolumcnt né- ceflaires. Digitized by Google MEMOI- Digitized by Google LISTE o u CLEF, DES NOMS PROPRES DE CES MÉMOIRES. Abdoui, îïs de Rtffl Mr. le Comte de Motville , premier Secrétaire d'Etat , fous le Aiiuïa-Kan ,Raja de Mulua, Clemens-Augufle, Duc dcBuvlirt, Electeur de CùUgne. M*i*r , Mr.LeBlanc , Miniftre de la Guerre, fous le Régent. JM- Koull-Xan, Raja de Br* m pimr, Charles Phi- lippe-Théodore, Electeur Palmia , Se Prince de Ali-HsmujuH, M. Ducd'OHeans.Régent de France. AmAdahiu, Francfort fur le Mein. "*iaïj, la Princclïe de Modéae, mariée au Duc de Pemhii-vrt , fils du feu Comte de Thau. 'A"temm, la Tofcàne. Arméntm, Négçcians, Digitized by Google ( o Mi, ['Europe. iï-Xa», Raja de Br*»^w, Philippe- Charles, Electeur Pato;« défunt. Athtmtinulei , Premier Mi mitre, ^««t, l'Electoral de Brandebourg. . le Novatroiï&leTortonnojs, partie du Mi- ^ul« l'un des 4 Secrétaires d'Etat. ■jtctr, Mr. De Maillub :-is, Mîrcchjl de France. Axurnf, . . . Gouverneur de M. leDuc deChartres. Babm, la Silefie. '■ XaUi, le Royaume de Danrsetnarc Bjisr , "Mr. le Corme de K h ev en huiler, General de la Reine de Hongrie. B*ftc-K*a, Mr. Louis -Guy De Vaureal, Eve. ques .de -Rennes , Ambafisdeur de France en XelfïdM*^ Mr. le Duc de Montemar . Générai &,:,t«ki, Mr.. le. Duc de Berwick, Maréchal de France. l'Electoral Palatin, Buektr , l'HeÉîOKK de Trêves. ; VjA"»rjt , l'Electorat d'Hannover. ■C,Ji (li Grmi) le l ieutenant de Police de Pans. C^«r,le R rand Cordon de l'Ordre duSi.Efprie. C 'Un i les fei^c Provinces Unies. C'.'.irr.-.- , les Holhndois. , , „ . C-i- I l.'îa'i'i XIV. furnomme le Grand. Chtslike'i, Ru! ti-Cùrh, Jean V. Roi dePoitugal. . £ b*-* 3 ,im lUj* m iïfow, Charles- Albert, lefta.EhrftcHr de Bavière, ScEmiieieur fous le nom de Charles Vif. ■Cbx-tekdiU Leopo^d I. Empereur des Romains. ( 3 ) Ci! al. Gt'or^ II. Rui d'Anq'cterre & Elec- teur dUatmSver. Chu- Régi»!- Prol* , Empereur Au Uagtl, Char- les VI. Hiri'f'Eir -ics Rrrruins défunt. Cha.Sépkl I. RM' de Perfe , Louis XV. Roi de Chtknur Roi du Thiiti , Stanislas L Roi de Po- logne. Gfe.'ï U"E™r.V< rff /a ) le Mov^rr.e d'Elbagne. Ct^'M/jief^s liovi^Tci ^\.;pki& Je ïicilcs. V.lyCZ O'nhi &C E.-.4n.1d'll. Cfi'i, le Rov.;ur.it P. . r ;m l-.i ! . C*., Mr. Umivel.T. (anie des Sceaux. Cm» Câ* . Mi. De Vilie-Neuve , «-devant Ambailadeur de France à la Coût Otcomanne. D. D.v JWsvr-di Hafee/eft, R,; de JalékeliaT, F:ede- rie I. Roi de ï-L-.i- t V Lmid-Gïjve de HeÛe- Caflèl. Darac&a, Mr. D'Angenfon . Lieutenant de Police, & e.ifuirc G.n-.lc.Jes Sce.iiiï Inus le- Régent, Del!/. Archidushé d'Autriche. Vkum-BrsM , le Chancelier. THghdo* jaur de Retima , Mad. . . . Sceur de Mad. De M.iili & de Madame la Ducheiïe de Châ- teau Roux. Dersga . Procureut Général.. JTMni , le Mein. Empereur du Msgol, Empereuir des Romains. Eveneg, le Priai.' Ew-xér.i. Uàicra jffime de l'Em- pereur & de l'Empire. Euxica Saur j'OjîrU A, Reilme. fimme de Z'm- grli, Madame De la Ton nelle, Soeur de Mad, laDiichtflè de nhatean Knux,3i de Mad. De Mailly , Epoufe de Mr. De la Tournelle. (4; JTAtime , Madame De Nesle. Kmmt, (la Princefle^, Madcmoifelle De Charo- lois , Sœur de Mr. le Duc de Bourbon. ■ X*z.tl, Mr. d'Armenonviile, Garde-des-Sçeaux, RUrtH , la Flandre. ïtrlz-adt (U Prlnafle) Mad. la Douairière du Duc de Bourbon , (fe Mère du Duc de ce nom. Teydr, M r . Hérault, Lieutenant de Police. Suivit (U PrbKijfi) Sœur du Prince de Conti & Epoufe du Duc de Chartres. VTAvc» (U rnyi m d,li du) l'Italie. Gauns , les Reformés en France. G.hanaiad , Capitale de la Princlpunt' di Dclly & Sligide l'Empire du ilegol. Vienne, Capitale de l'Archidndié d'Autriche & Rélîdence de l'Em- pereur Charles VI. GeUUdJla Empereur de la Chine , Philippe V. Roi Gemchld Génirxl ferfin , Mr. le Duc de Villarï Maréchal de France. G/mene (leFleuve) le Danube. eUfir, Mr. ieDuc de Vcrmandoiî, FilsNaturel de Louis XIV. & de la Valière né en Sbre. i Admirai de France , mort à Couriray en Nov, G'un-Ksn, Ri! du sagathey , Frede.ic II. Soi de Prune. Goltondi (U Roy*umt de} le Royaume de Hon- Gefenuhls , les Hongrois. Gnw*tt, l'Eiedtorar, de Mayencc. H. C 1 ) H. H A i b ï i Gtniral Japimth > Mylord Comte de Scair, Général Ahsfois. Haly , Seâe des jéfuites. n*ram , Palais. H.v.b n-fion , Homme de confiance du Cardinal de Pleury Hafftia , Mr. le Comte de St. Florentin Sécrétai. re d'Etat. Herti, Ambaffadeuf Turc à la Cour dt France. Huffiin , Officier François , Capkaina d'un Vaiffeau Efpagnol. h J A» ï r , M. le Duc d'Aremberg. Général Autri- chien , Commandant à la Bataille de Dettin. TtftieUar , le Royiuroc de Suéde. faMMariém, les' Suédois. japon, U Grande-Bretagne ou l'Angleterre. liit», Mr. De Breteuil, Mirriftre de ta Guerre. tibi, Frire itZeUis, Mr.leDUcde Noailles.Ma- réchal de France , frère de la ComtelTe de Touloufe. Urakln» Mr. D'AguelTcau Garde-des-Sjeaux. leanp , le Royaume de Bohème. TeoHpar, la Ville de Prague. Tifova , le Duché de Savoye. np,ingllefri«ç c } Mr. le Duc d'Orléans -, Fils du Ilmtnt, {h Fhuvt) la Mofel'e.- Imam, Moines ou E ce] c lia lïiques. fyiianu, F;voritcde Louis XIV. ' IndHiXU Vlcitvi) le Rhin. ( 6 ) Ifwaïl-Eaz (/* MtulUi) le Cardinal d^Flcury. Ifpahtn, l J ii m. ÎCffijG - Sa/M* M. le Comte de Saxe, Maréchal de France. K*(ib«*«, les Ligues SuîITes. K.al Cnllcl, commandeur le Rhin, jtftfi» , Mr. le Comte De Clermorit, frère de Mr. le Duc de Bourbon. Mnhir, Secrétaire d'Erit. JW>f/- Mi/a ; le Princr) Mr. le Duc de Chartres. I/Br-Kxjf'in* Fdi d* Chuntvm-Kan , Empereur Ah Tapcn, Mr. le Duc de Cumbcriand , Fils du Roi d'Angleterre. M\r K,:*,,!i ^n , S/r'V .!> (,V^-.i'ifr, jean Frede- rk- Charles , Comte d Oltein , Electeur de Mayenee. M,Vl,a , Gm-vtxnntr in Prince de Firfi , Mr. le Duc de Criitillorr, Gouverneur de Munfijr. le Dauphin. Min*-Had£ , Mr. le Duc de Bourbon. Mi'- Tbliar, SdsuuLi I'<';j"in, cf ûiife Doghdori Sœur de Rerima & d'Olîrie. Mrtsl ■ VT.mphe du- l'EsTijjj: e Romain. M>b*ii, Rùdt B*lck , Chrétien VI. Roi deDan- M-, K«k:hi , Mr. ie Prince de Centi. Mmllh*, Archevêque ou Evéque. hixitan-, l'Electoral de Cologne. Mmftta, Mr. Pierre-Guerin DeTeflcin,Caràiijal & Archevêque de Lyon. N. Ab.d-A':il Kiij Rfjn à< Gminau, PhïlTppe- Gliarles , Seigneur De Elu , Electeur de Mavcnce défunt. Xm-dir, n» du mitZstidt, Mr. le Marquis D'An- tin , Fils de la Comtefle de Toulouie du pre- Ncr*' . Marie- Thérife; Reine de Honenc Se de Bohème, &c. UmB- K"aJi , R*ja de Buthr, François - George Comte de Schônborn E'edtcur de Trêves. Hartnm. . ...... , homme d'ai&i tes de la Com- cheffe de Touloufs. Surfit, N Digitized by Google : ( 8 ) Surffe, Mr. le Duc de Lorraine, Grand - Duc de Tofcane. NtamtJ, Mr. D'Argeofiffl, Miniftre de la Guerre. JteW.le Royaume de Sardj^n;-. KtltMia , Don Philippe, Infant d'Efpagne. . Btgtf- Ctuli-Bii , Général T*lihiJ*rita , Mr. le Comte de Leuwenhaupt , Général Suédois. Etjpr, Ogekr Génital Perfan ,Mr. De Bioglio, Ma- réchal de France. i,,:!k , i'Abbè de Broglio, Abbé du Mont S. Mi- chel. O. Ol, _ , Don Carlos, Roi de Naples & de Omar yUSrllii') Sefle des Jantèniftes. Onnm*T , Mr. le Comte de Plelo Ambafladeur de Fiance en Danncmarc, tué près de Danrzig. Orcan, Mr. leComte DeCharoIoiSj fréreduDuc ite Bourbon. Orlxn (Comt>ai),h Bataille do Parme. Ormm {Çkndtlli *) ia Baftiile. q/ïrii, Mad. la Ducheffe de Chateau-Roux, fœut de Rtri/na & favorite de Louis XV. Ofmim , Mr. D'A nge rviili ers , Miniftre de 1» Guerre. I E»ss (la) la France. ph*dict , Empirer di Rugi , Pierre L Czar de Mofcovie. towpv* il* Boitille dt) Pultova. Ra , les Electeurs de l'Empire. Rimant , l'Archi -Duehefle d'Autriche, Marie- Anne , Epoufe du Prince Charles de Lorraine. Rnima, Mad. DeMailli, Favorite de Louis XV. Mr. le Comte dcThôring Général Ba- yatois, BAtiB, ( 9 ) Rliidi , Mr. Orr7 , Contrôleur Général & Iix." tendant des Finances. Rica, Mr. le Comte de Maurepas. StKfi., to rj . Efpeces d'Or & d'Argent. Rcx-am , Mad. la Duchefiê De Bourbon la MérC. Rujlan, Mr. le Cardinal Du Boit. Shw-C-1*, Mr. le Duc d'Harcourt. OAhib , Mâdemoifelle De Sens , Sœur du- Duc De Bourbon. SaUh ir , le Prince Charles de Lorraine. , Samarcande Capitale du Zaralkai , KoniCiberg Capitale de h Pruflô. Sambal , la Moravie S "i'" i C e Mr " k Duc de BelIis,e • Maréchal de Sfitr^Wf , M.id. la Duchelîe de Modéne Sccue du Dlc d'Orléans, & Fille du Régent. Scblra,, la Ville de SoilTons. Secandra Ville de la Principauté di Delly , Linta Ville de l'Archiduché d'Autriche. Segedin , Mr. le Comte de Gages, Général Elpa- Rnol en Italie. &if, Mr. le Maréchal de Coigni. Siipht, l'Empereur Joreph. SeUiibeb , Reine Douairière d'E^agne , Veuve de Louis t Fille du Duc d'Orléans , Résefir. StUtibti, Elifabeth Impératrice de Ru flic. Smb , Mr. le Comte De Merci, Général Au- trichien. S,llm (le Mtthcr) ..... Secrétaire d'Etat. Siiim-Km , AuRiifte III. Roi de Pologne. & Eicdleur de Saxo. S,mei» I Enpertm de la Chine , Louis I. Roi d'Ef- pasne, Fils de Philippe V. S»; hir Afiru , Monter, le- Dauphin, Fils de Louïj JU.V. Se Père de Philippe V. Roi d'EfpaRne. , _ Digitized by Google »/u*fî h Vht , Mr. le Comte de Touloufe , Fils NatuicI de Louis XIV. Sévtr! U tilt , Mr. le Duc De Penthiévre , & Fils du Comte de Tou'ouiè. Slgsfon, Mr. le Comte de Konigsegg , General Autrichien. Siliman, Mr. le Duc Du Maine , Fils Naturel de Louis XIV. SeaUlti, Mr. De la Mina, Général Erpagnnl. Sujah , Mr. d'Asfeld , Maréchal de France. ShI<*i' R'int , Epoufe de Louis XV Sydfm/chi Mr. le Marquis de U Chctardie , ri. devait Ambaffadeur de France en Kuilk. X Achbsns. Mr. le Chevalier d'Àntia. Tamtl, Mr. Amclot , Secrétaire d'Etat. Taira, le Duché de Lorraine. Taxis , Mr D'Argenlbn , Secrétaire d'Etat pour ■ les affaires éir.ingéres. Thiiit le Roysumt d» ! le Royaume de Pologne; Tunqiiin , la République de Venife. "Vlî*poun , l'Elc&orat de Bavière. Ufltct, Mr. De Maillv, Epoux de Raimn. Vp-tcU (Ai> ks Prufiïens. CrrWi le Duché de BruniVic. X„.. , Mr. De Berenklau , Général Au- trichien Te jette dans la Bauére & s'empare de Munich la Capitale. Y, .De Glimes , Geneial Efpigno! fous Don Philippe. Z. ( II ) z. Zachi , Mari. De Vintimille , Sœur de Rttim», favorite de Louis XV ztMt U Pr; B «(fiïMad. laComtefledeTpnloufc. Ztiûn , Mr. De Chavigni, Ambaffadeur deFiance à la Cour de Munich. Zmsc», Mr. De Jenfac Officier François qui corn. mandoirâ Lauterbourglorsdupaifrge du Rhin par le Prince Charles. ... Ziphh, Mad. la Princefle de Conti i , Douairière. " ZiUy , Mr. le Prince de Lobkowlti ,.Generil Autrichien. , ,. z;fc»»™,MadIle. Le Couvreur , Comédienne, favorite du Maréchal de Saxe. Zingh , Mr. De la TourneLIe, Seigneur FraQEOiS, Epoux d'Euxia. Z*l\m* , M, De Pue. Digitizpd by Google MEMOIRES SECRETS POVR SERVIR A L'HISTOIRE PERSE. mourut dans un âge très avancé , & ne lainapour SucceiTeur qu'un Petit- fils en- core enfant, refte infortuné d'une famille nombreufe. Ce jeune Prince,quï s'appel- lohCbj-Sépbi, avoir, par une protection iîngulièredu Ciel, évité le trifte fort de fon Père , de fes Frères & de Tes O.icles, que la mort avoir enlevés en très peu de tems à la fleur de leur âge. Comme il étoit. d'une complexion foible, il fut élevé liiez délicatement par des Femmes iuf- qu'à l'âge de feptans. qu'il fut mis entre les mains des Hommes ; mais les unes & les autres s'attachèrent moins à l'inftruire dans l'art de gouverner, 8c à former fon D E efprit, Digitlzad by Google % Mémoires Secrets efprit, qu'à ménager fa fanté ; c'étoît d'ailleurs l'unique efpérance , & le feul foutien d'un grand Empire : ces motifs parurent fuffifans pour lui épargner les fatigues de l'étude du Gouvernement, , & les dégoûts inféparables d'une étude f. feche. Cba-Abas , avant de mourir , avoit eu la précaution de régler par fon Term- inent' la manière donc il entendoic que T'Etat fût gouverné pendant la Minorité de fon Petit- fils, Ii excluoit du manfmene des affaires AU-Homajou fon Neveu, Prin- ce d'un génie fuperieur, & poffédant tou- tes les qualités néceflaires pour conduire un grand Etat ; & il confioit le foin du Gouvernement au Prince Soliman , l'un de fes Fils, né d'une Efclave qu'il avoit tendrement aimée. Ce Prince étoit bien digne de la confiane de fon Père , & pat fon efprit & fes lumières, il n'étoit guères inférieur à Ali-H»majon : maison peut dire qu'un amour paternel aveugle, & une ancienne haine, que, fur un fonde- ment aflez léger, Cba-Abas avoit conçue 1 contre fon Neveu, avoient fermé les yeux ■de ce Monarque fur les droits de la Na- j lure & du Sang. C'eft ainfi que Cba-Abas ïOUlttt faite régner encore après lui cette auto-; pow fcrvtr à ÎHifloire de Perfe. j autoritéabfolue, à laquelle rien n'avoir, réfifté pendant fa vie. Mais que les hom- mes s'abufent! Le même inftant anéan- tie Cba-AbasSc fon autorité, fon Tefta- menefut cane. Si l'ambition d'Ali-Homa- jou n'eut aucune part à ce grand événe- ment, le fuccèsen fut du moins dû dfx profonde politique & a fon habileté. Ce trait d'biitoire eft affez intéreflant pour mériter qu'on s'y arrête. * L'autorité des Sopbis eft fans bornes; ils ont droit dévie & de mort fur leurs Sujets, & i! n'eft point de Souverains qui foient fi abfolument & fi promtement obéis ; mais dans le cas d'une Minorité, il faut que les dernières volontés du Mo- narque défunt foient reconnues par les Princes, par les Grands du Royaume, par le Divan-Bégbi , qui eft le Chef de la Juftice, & par ceux qui compofent avec lui ce Corps refpedao'e. A cet effet on s'affemble en préfence du jeune Sopbi , on lit à haute voix le Tcftament, on l'exa- mine , on en pèfe toutes les di fpo Ci ri ons; & dans cette Affemblée, qui repréfente la Nation ( ce Teftament reçoit toute fon autenticité, ou eft infirmé. Telle eft la conftitutionde l'Etat. Ali-Homajou qui ne l'ignorait pas, & qui comme premier A a Prince *4 •. Mémoirts Secrets Prince du Sang avoir à figurer plus qu'au- cun autre dans cette AlTemblée, ne s'en- dormit pas. Il' pratiqua , & fît pratiquer par fes Favoris) les plus puinans desSeU gneurs, & les plus accrédités du Corps de la Juftice. Les promenés, les mena- ces , les largefies, les raifonnemens les plus forts, rien ne fut épargné pour en gagne/ une partie, & inrimider l'autre. Tout répondit aux vues du Prince ,& le -jour de la Cérémonie fut pour lui un jour de Triomphe. Comme il pofTédoit au fu- prème degré le don de la parole , il pro- nonça un difeours très éloquent, qui ne roula que fur le droit que fa naiflance lui donnoit à la Régence du Royaume; droit qu'il prouva que le feu Sofbi n'a voit dû ni pu transmettre à d'autres à fon pré- judice; & en homme habile, gliffant lé- gèrement fur fes qualités perfonncllcs , ÎI laiiTa à i'Affemblée le foin de décider du mirite & de la capacité des deux Concur- rent Tous les (uffrages fe réunirent en fa faveur ; le Teftament de du- Abus fut annulé) & Ali - Hotnajoa unanimement déclaré Tuteur du jeune 0>a-Sépbi Se Régent du Royaume. Cet afle de politique & d'autorité tout cnfemble fut fuivi d'Etabliffemens, de Con- feils pour fervir à i'ffi/îoire de Perfe. 5 feits & de Promotions, on les créatures d'Ali- flomajou , & ceux qui ne pouvoient lui faire obilacle, eurent la meilleure part. Le Prince Suliman, fes partifans, ceux qui parurent fufpecTrs furent exilés. Ge fuC fans doute un bien pour le Royaume, que les chofes eûflent pris cette tournure ; par-là tous motifs de jaloufie & de diuen- fron , maux bien dangereux dans une Mi- norité, furent ôtés. Tout piia d'autant plus-aifément , que l'autorité fe trouvoit entre les mains d'un Prince , à qui on convenoit qu'elle étoit légitimement due, & qu'on connoiflbit capable de bien gou- verner. Le premier foin â'Ali-Hvinœjou fut de fe faite rendre compte de l'érat des Finan- ces , qu'il trouva dans un défordre extrê- me. Cba-Abas avoir épuifé fes tréforspour foutenir de grandes & longues guerres ; ii avoir contraâé des dettes pour des fom- mes immenfes avec des Arminienst&at reg- nicoles qu'étrangers , qui lui avoienc avancé des fonds confidérables pour l'en- tretien de fes nombreufes Armée?. Il falloir, acquiter ces dettes , &Ie Royau- me n'étoit rien moins qu'en état d'y four- nir. Les Gouverneurs des Provinces, ac- coutumés de tout tems à envoyer aux Rois '6 Mémoires Secrets de Perfede trèsgrands préfens, fur-tout en Roupies d'or, ne pouvoient plus tirer de leurs Gouvernemens de quoi y fatis- faire. Les Campagnes étoienc déferres, les Terres fans culture, le Commerce lan- guilfoir, la Confiance & le Crédit étoienc perdus ; en un mot le Royaume étoirdans lacrife la plus violente. Cependant l'Etat jouïflàtit d'une paix piofonde , Ali-Homa- jou fe fkra qu'en peu d'années il viendroit à bout de rétablir les Finances , qui fans contredit méritent par préférence l'atten- tion d'un Souverain. Mais ledéfordrede cette partie aiant influé fur toutes celles de l'Etat, !e Prince fetrouvoit dans un embarras des plus grands. Il travailloit pendant une partie des jours Si des nuits ï des arrangemens que, par fa grande ca- pacité & fa facilité pour le travail , il éroie feul en état d'imaginer & de faire exécu- ter. Il fe déchargeoit d'une partie des af- faires, & principalement des détails, fur un Eunuque qui depuis plufieurs années avoir l'intendance de fon Haram; ilfe nom- ■ moîtRufian ; c'étoit un homme de la plus obfcure nailfance , d'une taille ordinaire, d'une phiiîonomie rude & baffe , d'un abord dur, fans religion, fansaurre mérite que l'efprit d'intrigue, &qui n'avoird'au- pour fervir à tHiJîoire de Perfe. 7 tre capacité que celle de ravoir déterrer chaque jour des Femmes de toute condi- tion pour les plaifirs de fon Maître. Em- ploi que la difficulté de trouver tout ce qu' 'Ali- Homajou dtfiroit dejeunefle, d'a- grémcns & d'efprir dans une Femme, & ion inconftance extrême, rendoient péni- ble ; mais qui par cette raifonmêmeavpit acquis à toute la confiance du Prin- ce, & une (î grande autorité) quejbuvent i! ofa refufer avec la dernière dureté & les expreffions les plus indécentes des grâces ou des places qu'Ali Homajou avoir accor- dées. Un excès de bonté fermoir les yeux du Maître fur l'imperrinenteconduite d'un Efclave , qu'affurément il méprifoit, mais que des ralens peu communs pour fervir la luxure lui faifoient cftimer néceffaire, & qui! éleva, plutôt parcomplaifanceque par tour autre feiuiment, à des poftesqui rendoient Rnfi an d'autant plus méprifable, qu'ils étoîent plus éminens. Rica & Haffcin, dont nous parlerons dans la fuite , avoit dès- lors chacun leur , diftrifl. La guerre étoit fous la direction d'Ib- ben, homme dont la capacité ne fuffifoit pas à un aufTi grand détail , & que le cré- dit des Femmes avoit élevé ; d'ailleurs af- A 4 fez Digilized by Google jt Mémoires Secrets fez aimé , liant le cœur bon , les manières aflcz nobles, & toutes lesdifpofitionspof- libles à rendre fervicc. Il avoit fuccédé à jikpbar, qui setoit fait avec jufticeune granderéputation,&quefon mérite, fon expérience , fon a Habilité pour les gens de Guerre, fon zèle à tes obliger, &phis en- core fes malheurs, faifoient journellement regreter. Soupçonné de s'être prêté à quelques malverfations, Ali-Htmapu lefît arrêter: mais malgré une longue & ri- goureufe détention, malgré le defiein de 3e perdre , marqué par la paffion avec la- quelle on initruifit fon procès & celui de fes prétendus complices , on ne put trou- ver matière a le punir que par l'exil ; en- core fes Juges furent-ils taxés de s'être livrés en cela â trop de complaifance pour fes ennemis. la Jufiice étoir régie & administrée par Ibrahim, C'étoit l'homme le plus favanc de la Perje; il avoit longtems rempli avec diftinàtion la place de Déroga , & s'y étoic fait un grand nom. Son méritefeul l'éleva au pofte de Divan - Bégbi , auquel on joi- gnit la garde du Cachet du Sopbi. Exemple rare & d'autant plus glorieux pour Ibra- him , que le choix qu'on fk de lui fut gé- néralement applaudi! Que nepouvoit-on pas Digitized by Google poar fervir à CHiftoire de Perfe. o pas fe promettre d'un Magiftrat qui en- froic par une fi belle porte, dont l'efprie étoit tranfcendant , l'intégrité à toute épreuve, Je zélé ardent pour le bien de l'Etat, & qui étoit conlommé dans l'étu- de & l'admirnïtration de la Jtiflice ? Ses prémières démarches donnèrent en effet les plus hautes efpérances. Dans le tems: où tout plioit fous Ali-Homajou , on vit avec étonnement Ibrahim , qui lui devoir fon élévation, ofer réfifierà ce Prince, & oppofer à fes volontés une fermeté inébranlable dans des circonftances qu'il eftima préjudiciable â l'Etat. L'exil fut le prix de fa réfiftanee, & un honneur infini celui de fon exil ; trop heureux Se trop grand s'il eût fu foutenir fa disgrâ- ce ! mais trop tôt dégoûté de fa retraite , Ou fatigue des vives follicitations de fes proches & de fes amis ; ou ébranlé- d'un côté parles efpérances dont on leflatoir â la Cour, de l'autre par le defirdavan' cerfesenfitns, il céda . Si facrifia à des motifs frivoles la gloire qu'il avoir fi chè- rement achetée. Oh lé rétablit dans les tondions qui concernoient la Juftice feu- lement ; mais abattu par l'âge ou parles réflexions , ce ne fut plus dans la fuite qu'un hommetrèsordinaire, (bibles inde* A 5 ris,. ïo Mémoires Secrets ris , uniquement occupé de formalités & de petits détails, n'expédiant aucune af- faire à force de vouloir l'éplucher, autant mefeftimé qu'il avoit été honoré, trop li- vré à fon fi!s , dont les. projets hafardés & lesconfeils violens l'expoférent à com- promettre l' Autorité Souveraine, & la di- gnité de fa place avec des Membres de Juftice du fécond ordre , qui s'imaginanr. qu'on ne pouvoir fe palfer d'eux , avoient ofé s'élever conrre leur Chef avec une opiniâtreté mal placée, dont ils furent à la fin les victimes. Les fonctions d'Jbrabim, au moment de fa disgrâce , furent confiées à Daracha , homme de naiifance , de beaucoup d'ef- prit, capable ; d'ailleurs dur & intraita- ble, défauts que foutenoit bien fon vi- fage noir & fec& fa phifionomie rébar- bative, mais qui ne lui croient pas natu- rels, car il ecoit né gai & galant. Il avoit longtems occupé la place de Grand Cadi, qui demande un extérieur rude & févère , auquel il s'éroit fi fort accoutu- mé qu'il a avoit pu s'en défaire. En rendant à Ibrahim, à fon rappel l'exercice de ce qui concernoitfa charge , AU-Hbmapu jugea à propos de conferver Parafba dans le poftç de Çardien du Ca- sh" Digitized by Google pour fervir à ïffijloire de Perfe. n cbet du Sopbi , pofte de confiance & lu- cratif, dont Ibrahim ne fe vit pas privé iâns chagrin. Mais le Prince aiant voulu faire fentir au Divan- Bégbi le danger qu'il .y a de déplaire aux Grands , ce dcmen- brement fut une continuation de punition à laquelle Ibrahim eut tout le tems de fe faire , la garde du Cachet ne lui aiant été donnée de nouveau que plus de feizeans après la mort d'Ali-Homajou. • A Daracha , mort peu de tems avant Ali-Homajon, Çaccédz. Fazfl, petit-fils d'un Marchand qui s'ètoit enrichi par fon com- merce. C'etoït un homme b'anchi dans diffërens emplois qui avoient rapport aux Finances, d'un génie trop borné pour en faire unMinfftre, toujours de l'avis qu'on voulok. Se qui ne devoit la con fi dé ration qu'on avoit pour lui qu'à fon fils Abdoul, qui étoit premier Secrétaire d'Etat. Ce- lui-ciavoit beaucoupd'efprit, étoit aimé de la Nation , honoré par les Etrangers , bien voulu d'Ali-Homajou, faîfoit fa place avec diftinâion , étoit grand politique &- honnête- homme. Sous YAtbématdoulei Ifmaël-Beg, dont nous parlerons dans la fuite, le Cachet du Sopbi aiant été ôté à fonPére qu'il foutenoit par fon mérite & fon crédit , cette dîfgrace lui tourna la A & tete is Mémoires Secrets tête an point qu'il fit la folie de fe démet- tre de la charge de premier Sécretaire d'Etat. Dès ce moment le Pére & le fils tombèrent dans un oubli univerfel, (acci- dent commun à la Cour ) & fe virent ré' duits à une Solitude qui leur fut d'autant plus fenfible , qu'ils avoient vu leur cour brillante & nombreufe. Le chagrin s'em- para de l'un & de l'autre, & les mit en peu de tems au tombeau. On nous reprochera fans doute d'avoir fiiivi peu exactement l'ordre des tems Si des matières ; mais nous avons cru qu'il convenoit, pour la commodité même do leâeur , de raconter de fuite ce qui tou- che le même homme , ou ce qui fe trouve lié avec le même fait , afin d'éviter les repétitions , & le defagrément de couper les événemens , ce qui caufe toujours de l'embarras & de la confufion. Telle eft la méthodeà laquelle nous nous fommes af- fujettis dans tout le cours de cet Ouvra- ge. Si on la trouve blâmable , nous de- mandons grâce pour elle. AU-Honmjou donnait les matinées aux audiences & aux affaires , 8c les après- di- nées à fes plaifîrs , qu'il poulfoit fouvent bien avant dans la nuit. Alors , enfermé dans fon Haram avec d'aimables Femme» Digitized by GoogI fourfervîr à l'FJiJîoire de Perfe. ij Se quelques Seigneurs qu'il admettait à & familiarité, il le dédommageoit dans le fein de la volupté , & fouvent de la dé- bauche) des fatigues du Gouvernement; N'aiant deffein de le faire voir que com- me Homme d'Etat, on ne dira rien de fa vie privée , & on ne fera point la de- feriptien de ces fameux banquets, où les plaifirs de toute efpéce , même ceux qui font rougir la nature, fe fuccédoisnt tour à tour. C'eft une carrière qu'il n'appar- tient de courir, qua ceux qui voudront entreprendre d'écrire l'Hiftoire de ce Prince. Quoïqu' Ali- Homajou ne fê réfutât au- cuns plaifirs, il n'en étoitni moins atten- tif à ce qui concernoit le Gouvernement, ni moins actif à donner à propos des or- dres & à les faire exécuter. Aîant été in- formé qu'il fe tramoit une confpirattor) dans une Province feptentrionale de la Perfe, il vint à bout de découvrir que quelques Seigneurs puiflans de cette Pro- vince en étoient 1er Chefs , & qu'ils a- voient été gagnés par les Emiflaires dfe l'Empereurde UCbitie, qui s' é toit engage de foutenir les révoltés. Aufficôt, fouslfc prétexte de faire foire des mouvemens aux différentes Garnirons du Royaume) A 7 AU- 14 Mémoires Secrets Ali-Homajou fait pafler dans cette Provin- ce plufieurs Corps de troupes , dont les Chefs lui étoient dévoués, & il fait arrêter les coupables; mais comme il n'étoitpas fanguinaire, il n'en coûta la tête qu'à un très petits nombre des principaux conju- rés. Il prévint ainfi la révolte générale d'une Province , que plufieurs autres au- raient fans doute imittée. Exempïejrare de clémence dans un Prince oifcnfé , & qui peut punir ; mais en même tems belle leçon, qui apprend à ceux qui gouver- nent que, dans les révoltes, c'eil moins la quantité, que la qualité du fang qu'on répand , qui fait rentrer les peuples dans le devoir , ou qui contient ceux dont la fidélité chancelle , que le choix des mo- yens de fe (âifir des coupables , le fecret & la promtitude dans l'exécution! Le calme rétabli, Ali-Homajou ne penfa plus qu'à fe venger de l'Empereur de la Chine y en portant la guerre dans fes Etats. Mais n'étant pas de la prudene de fe dé- clarer avant d'avoir afliiré les frontières contre les Princes voifins , à qui l'envie pouvoir prendre de profiter de cette guer- re & d'un tems de Minorité pour faire quelque entreorife fur le Royaume , il conclud roc Ligue oâeniîve $ défenfive avec Dlgitized by Google pour fervir à l'Hifloire de Perfe. i y avec l'Empereur du Mogol, celui du Ja- pon, & les Souverains de l'Ile de Ceylan. A peine ce Traité, qui fur tenu fecret, fut-il ligné, qa'Ali-Homajou levé le mas- que , & fait enrrer fubitemenr une armée dans la Chine. L'Empereur furpris, & qui redoutoit avec raifon fon ennemi, cède au tems ; il fait faire quelques avances à la Cour de Perfe , on négocie, & enfin la paix fe fait au moyen d'un triple mariage d'une Princefle Chinoife avec le jeune Cba- Sèpbi, Si de deux Filles d'Ali-IIomajou avec les deux Fils ainés de l'Empereur de la Chine. Ali-Homajou fe prêta d'autant plus volontiers à la paix , que fon deffein n'avoir pas été de faire une guerre ferieu- fe au Monarque Chinois, mais feulement de l'inquiéter, Si de lui donner dans fes propres Etats affez d'affaires pour l'em- pêcher de fe mêler de celles de la Perfe, Ainfi finit cette guerre , prefque auffitôc terminée que commencée. Pour remplir les conditions du Traité»' les trois Princeffes furent en même tems échangées fur la fronriére ; mais de ces trois mariages un feul fut confommé , & les deux autres, attendu l'enfancedes par- ties , furent différés , & n'ont point eu lieu dans la fuite par des raifons d'Etat. 16 Mémoires Secrett Ce fut à peu près dans le tems de fir guerre dont on vient de parler , qu'il ar- riva à Ifpaban un japonais , homme d'un; efprrtfyftémarique, & que le défîrde fai- re fortune avoir conduit à la Cour de dif- férais Princes , à qui il n'avoit pu faire- goûter Tes idées. H trouva de l'accès »a- ptèsà'Ali-FIomajou, ce qui n'étoit pas dit ficile ; & comme il connoiffôit parfaite- ment Je mauvais état des finances de la* Perfe & l'embarras du Prince , il lui fit part d'an Projet , par lequel il k faifoit fort , non feulement d'acquiter en très- peu de tems les dettes de Cba-Alns, mais même d'enrichir le Royaume, & de le rendre plus puiffant & plus florifiant qu'il n'avoit jamais été. Ce projet fi beau dans làfpéculation, plut à AU-Homajou , &Ie Japonais reçut ordre de travailler fans dé- lai â le mettre en exécution-, On ne re- vient point defon étonnement, quand on voit un Prince fi éclairé donner tête baiG fée dans un projet dont on ne peut dou- ter qu'il ne fentît tout le faux ; & on fe- roit porté à croire , ou qu'il eut des vues indignes de fa naiflan.ee & d'un Homme d'Etat 3 ou qu'il penfa , ce qui eftplus vraifemblable , que le défordfe~ne pou- yoit être réparé que par un défordf e plus pour fervir à FHiftoire de Perfe. 1 7 grand. En effet , en moins de dix-huit lunes, fa fortunedes Particuliers fut bou- le verfée , & le Royaume ruiné. Ce projet confiftoir , entre autres cho- fes , à fubftituer aux Roupies d'or & d'ar- gent, dont la Per/êabondoir, de petites amandes arriéres , qui fervoient de menue monnoie dans les Etats voifins, de les fai- re même préférer à l'efpéce réelle . en mettant le Public dans une efpèce*de né- ceffité, mats volontaire, de leur donner une valeur beaucoup au deflus des mon- naies , & enfin de rétablir le crédit , en faifant paflèr tout l'argent de l'Etat dans les mains du Souverain , qu'on entendoït rendre ainfi le Caiffier- General de la Na- tion. Moyen bien fîngulier de faire revi- vre la confiance , & dont les fiécles à ve- nir ne fourniront point un fécond exem- ple! Nous ne nous étendrons point fur cet événement, ni fur la plus grande partie de ceux qui font arrivés pendant les fept an- nées & quelques lunes qa'Alî-flomajou s tenu les rênes de l'Empire , les Mémoires du tems en aiant amplement parlé. N'aianc d'autre deflein que de raconter deschofes ignorées, ou qui n'ont point été écrites, ou qu'il eft impoflible de taire, nous al- i8 Mémoires Secrets. Ions pafTer à un fait peu connu qui con- cerne le Prince Qiafer, qu'AU-Homajou al- la vifiter dans la Forterefle d'/fpahan, oùil étoit prifonnier depuis p lu fi eurs années. Cette vifite n'eut vrajfemblablement point d'autre motif , que des'ailurer del'exif- tence d'un Prince cru mort de la peite depuis près de trente- huit ans., & dont les obfèques s'étoienr faites à la vue de toute une Ajmée. Pour mettre ce trait d'bifîoi- re dans tout fon jour , il faut reprendre les chofes dès le régne du Grand Osa. Ab*s. Ce Prince aima pafïionnément les Fem- mes , & il eut plufieurs Favorites. Une des premières fut une Indienne fans beau- té , grande & affez bien faite , maïs que le Ciel avoit bien dédommagée du côté de l'efprit & des fentimens. Son cœur étoit plein decette tendrelfe délicate qui fait le charme de l'amour, & peut-être le principal mérite d'une Femme, Cba- Abas l'aima au-delà de toute expreftion ; il en eut un Fils, qu'il fir appeller Giafer. Ce jeune Prince fut élevé avec tout le foin poflible: il étoit beau, bienfait, plein d'efprit , mais fier , emporté & ne pou- voir prendre fur lui de rendre à St'phî- MWka , feul Fils reconnu de Cba-Abas & l'Héri- pour fervir à Fflifîoire de Perfe. 19 l'Héritier de fa Couronne , le refpecï qu'il démit à un Prince né pour être fou Roi, Ces deux jeunes Princes à peu près de mê- me âge, étoientdecaraâèrestrès oppofés. Sépbi-MirzA, a urtî bien partagé que Giafer ducôrédes agrémens, l'emportoit infini- ment par fa douceur, par fon affabilité, & par la bonté de fon cceur. C'étoient ces qualités d'autant plus admirables qu'el- les font plus rares dans un Prince né à l'ombre du trône , qui rendoient Scpbi- Mirz.11 l'objet des mépris de Giafer ; & ce- lui-ci ne laiffoit échapper aucune occafïotl de dire qu'il plaignoit les Perfans de ce qu'ils étoienr deftinés à obeir un jour à un Prince fans efprit & fi peu digne de commander. Cha-Abas, à qui on rendoit compte de la conduire de Giafer , en fen. toit bien route l'irrégularité; mais l'auto- rité cédoit à l'amour paternel , & ce Mo- narque fi abfolu n'avoir pas la force d'en impofer à un Fils qui abufoir de fa ten- dreife. Enfin Giafer s'oublia un jour au point de donner un fouflet au Prince Sé- pht-Mrzjt. Cha-Abas en eft aufiïtôt infor- mé , il tremble pour le coupable; maïs quelqu'envie qu'il ait de feindre d'ignorer cet attentat , ce qu'il fe doit à lui- même & à fa couronne, Si l'éclat que cette ac- 30 Mémoires Secrets tion avok fait à la Cour , ne lui permet- tent pas d'écouter fa tendrefle. II affem- b!e, non fans fe faire violence , feseonti- dens les plus intimes, il leur lailfe voir route fa douleur, & leur demande confeil. Attendu la grandeur du crime , & confor- mément aux loix de l'Etat) tous opinent à la mort. Quel coup pour un Père trop- tendre ! Cependant un des Minifttes, plus fenfible que les autres àl'affliâion de Cba~ Abus i lui dit qu'il y avoit un moyen de punir G'utfer fans lui ôter la vie; qu'il fal- loir l'envoyer au plutôt à l'Armée, qui pour lors etoit fur les frontières du côté du Feldrm : que peu après fon arrivée on femerait le bruit qu'il étoir attaqué de la pefte , afin d'effrayer & d'écarter tous ceux qui attroient envie de le voir ; qu'au bout de quelques jours de cette maladie feinte, on le feroït paffer pour mort ; & que, tandis qu'aux yeux de toute l'Armée on lui ferait des obfeques dignes de fa naiffance, on le transférerait de nuit avec tin grand fecret a la Citadelle de l'Ile d'Or- mus, pour y finir fes jours. Cet avis fut généralement approuvé, & fur-tout par l'affligé Cba-Abas. On choifit des gens fidèles & diferets pour la conduite de cette affaire, Gitfer part pour fervir à VfflJUire de Perfc. 2 1 parc pour l'Armée avec un équipage ma- gnifîquei Tout s'exécute ainfi qu'on l'a projette, & pendant qu'on pkure au camp Ja mort de cet infortuné Prince, on le conduit par des chemins détournés à l'Ile à'Ormns , & on le remet entre les mains du Commandant , qui avoit reçu d'avance ordre de Chu- Abat de ne lai (Ter voir fou Prifonnier â qui que ce fur. Un feul domeflique , qui étoi* du fe- cret, fut transféré avec le Prince; mais étant mort en chemin, les chefs de l'ef- corte lui défigurèrent le vifage à coups de poignard, afin d'empêcher qu'il ne fût reconnu , le laiflférent étendu d-.ns le che- min après l'avoir fait dépouiller pour plus de précaution, & continuèrent leurroure. Le Commandant de la Ciradelle d'Or- mus traitait fon Prifonnier avec le plus profond refpefl; il le fervoir lui-même, & prenoit les plats à la pnrtc de l'appar- tement des mains des Cuifïniers, dont au- cun n'a jamais vu le vifage de Giafer. Ce Prince s'avifa un jour de graver fon nom fur le dos d'une aUïette avec la pointe d'un couteau. Un Efelave entre les mains de qui tomba cette aflïette, crut faire là cour en la portant au Commandant , & fe flata d'en être récompenfé: mais ce mal- hea- . Digilized bu Google sa Mémoires Secrets heureux fiit trompé , Se on s'en défit fur le champ, afin d'enfévelir avec cet hom- me un feçret d'une fi grande importance. Précaution déplacée! puifqu'il eftplûsque vraifemblable par les faits qu'on vient de rapporter , & par ceux qu'on va lire , que le fecret a été mal gardé. Accident très ordinaire, fur-tout dans les affaires des Grands, qui font expofés à confier leurs fecrecs*à plulïeurs gens , parmi lefquels il s'en trouve toujours d'indifcrets ou par tempérament , ou par dès vues d'intérêt, & fouvent par haine & par ingratitude. Gùfer refis plufieurs années dans la Ci- tadelle d'Ormus. On ne la lui fitquiter, pourletransférerdanscelle àïlfpaban, que lorfque Cha-Abas , en reconnoifiance de la fidélité du Commandant , lu; donna le Gouvernement de celle A'Ifpaban, qui vint à vaquer. Il étoit en effet de la prudence de faire fuivre à Giafer le fort de celui â qui on l'avoit confié ; & c'eût été agir contre toutes les règles, que de fe donner un nouveau confident , qui auroic pu être moins fidèle Se moins exact. On prenoit la précaution rant à Ormus qu'à Ifpahan de faire mettre un mafque au Prince, lorfquepourcaufede maladie, ou pourqueiqu'autrefujet, onétoit obligé de pour fervirà Vfflfhàre de Perfe. aj l'expofer à la vue. p] ufieurs perfonnes di- gnes de foi ont affirmé avoir vu plus d'une fois cePrifonnier masqué) &ont rappor- té qu'il tutoyoit le Gouverneur, qui au contraire lui rendoic des refpects infinis. ■ Si l'on demande pourquoi , aiant de beaucoup furvécu à Cha-Abas & â Scpbi- Mkzj., G/a/èrn'a pas étéélargi, comme il femble que cela auroit dû être , qu'on falTe attention qu'il n'éroit pas poflîb'.e de réta- blir dans fon Etat , fon Rang & fes Digni- tés , un Prince dont le tombeau exiftoit encore, &desobfeques duquel il y avoic non feulement des témoins, mais des preuves par écrit, dont, quelque chofe qu'on pût imaginer, on n'auroit pas dé- truit l'autenticité dans l'efptit des Peu- ples, encore perfuadés aujourd'hui que Gitifer eft mort de la pelte au camp de l'Armée du Fddran. Ali-Homajou mourut peu de tems après la vifite qu'il fit à Giafer , & la même année que Cba-Sépbi fut déclaré majeur. Sa mort fut fi promte , qu'on a foupçon- né qu'elle n'a pas été naturelle, A ce Prin- ce fuccéda dans le manîment des affaires MirKji'Haddi Prince duSang Royal, moins capable que fon prédéceffeur, maisautant livré que lui i la débauche, tes Femmes eurent î4 Mémoires Secrets eurent tout crédit fous cer Arhématdoulet, qui , aprè« trois ans & demi d'adminiff ra- tion , fut exilé par 'es menées d'anAfehter nommé Sttin , qui étoit fon ennemi décla- ré. Ce Mebter éroit un homme fingulier, d'urj efprir,bizarre, d'un commerce dur, fe parant d'une philofouhie auftère & d'un grandamour du bien de l'Etat; mais dans le fond jaloux, aimant à être confulté fur le Gouvernement, voulant être de ce qu'on appelle petits confeils, ennemi des gens en place qui ne lui donnoic pas leur con- fiance; d'ailleurs homme d'efprit, con- noifleur en bien des chofes, aimant & protégeant les Beiux-Arts*i curieux & allez inftruit dans la partie des Mathéma- tiques qui concerne la Mécanique. I! fe fervit pour perdre Mïtka- Haidîd'an Mont- lab qui avoir été Précepteur de Oia Séphi , fur fefp rit duquel il avoir beaucoup d'em- pire. Nous aurons occafion dans la fuite de parler de ce MoullaL I! ne fe pana rien de remarquable pen- dant le court miniftère de MirzA-H^iddi Cjue le renvoi de la Princeffe de la Chine , le mariage de CbaSèpbi avec la Fille de Chêkaur Roi de Tbibet fugitif & errant, au- quel depuis nombre d'années une Provin- ce de Perfe fervoit d'azile , & loccafion que pour fervir à tHifioirt de Perfi. »i que îaifla échapper Mirzjt-Haddi de met- tre la couronne fur la téte d'une de fes Sœurs. Le JLecTreur fera, fans doute, bien- aife d'être inftniit de ce qui fit manquer cette affaire. Après le renvoi de la Pr in celle de !a Chine, il fut queftion de faire choix d'une Epoufe pour Cba-Sépbi. Rox.tne , Mèrede MÏYzjt-Haàài, Princeffe qui avoit joué un grand rôle fous le régne de Cha-Aoss, Se dontl'efpritégaloit l'ambition, s'imagina que fon Fils étant à ia tête des affaires, il ne feroit pas impoffible , de faire parta- ger le trône de Perfe à une de fes Filles. Elle s'en ouvrit à fon Fils, qu'elle trouva difpofé à entrer dans fes vues, mais qui ne jugea pas à propos de paroftre fe mê- ler de cette intrigue, ne voulant pas qu'une affaire de cette nature venant à manquer , le mauvais fuccès & la témérité du projet pûfTent lui être imputés , mais au contrai- re, que l'un & l'autre pûflent être exeufes, par l'excès de la tend refit d'une Mère pour fa Fille : fentiment bien naturel , & par l'ambition d'une Femme, autre fenti- ment pour le moins auffi puilfant fur le cœur du Beau-fexc. Il s'en rapporta donc entièrement à la Princeffe fa Mère de la conduite de cette importante négociation. ï6 ' Mi-moires Secrets Celle de fes Filles fur laquelle elle jetta les yeux, s'appclloit Sabeb , PrincelTe ex- trêmement belle, âgée pour lors d'envi- ron vingt-deux ans, grande, parfaitement bien faite, aiant beaucoup d'cfprit, &des connoiflances rares parmi les Femmes Perfanes , même de la plus haute naif- fance, une bonté de cceur peu commune, un caractère doux & aimable, l'ame gran- de & ferme; PrincefTe en un mot bien digne du rang auquel on la vouloir élever. Elle éroit retirée depuis fon enfance dans uaHaram, dont elle n'avoit jamais voulu fortir , même pour aller prendre l'air à la campagne. Entourée des Femmesqui l'ai- moient & la refpeftoient , elle menoic une vie afTez folitaire, mais tranquile. Sa Mère fe rendit auprès d'elle, accom- pagnée de deux "Femmes perdues de ré- putation, qu'il eft à propos de faire con- noître. L'une appellée ;Tatime , quoique dans un âge peu avancé , avoit perdu de cet- te, grande beauté. avec laquelle elleavoic débuté dans le monde.; elle étoir cepen- dant encore fort belle. C'étoit une blon- de avec de grands yeux langitifTans où l'amour fembioit avoir établi le fiègede .fon empire , une bouche charmante , un nez pour fervir à tHifioire de Perfe. 27 -nez parfaitement bien fait, un cour de vifage admirable , une gorge & des bras plus admirables encore; fa taille auroît été au deffus de la médiocre, fi elle eût été moins épaiffe. I! règnoit dans toute fa perfonne un air de volupté, pour ne rien dire de plus, qui annonçoit fon caraéïére. Son ameétoit l'efdave de fes fens, fon cœur fourbe , & fon efprit médiocre. Elle pari oit gras & lentement, elle avoir un fon de voix féduifaut , & entendoit le manège de la Cour. Quoique mariée à un Seigneur du Royaume , elle partageoit les bonnes grâces de Mirw-Haddi avec Zklima , qui eft celle dont il nous refte à faire le portrait. Znlimt, Femme d'un autre Seigneur, étoir grande, bien faite , brune, moins belle â la vérité que Fatime , mais plus vive , plus enjouée, aiant plus d' efprit, le caractère auffï méprifable, mais l'ame plus ferme, un penchant auffi vif pour le plaifir, fe fouciant peu qu'on l'eftimât, pourvu qu'on rendît à fes appas des hom- mages , qu'elle vouloit réels & fréquens. Ces deux Femmes vivoient dans une parfaite intelligence , & ne fe montroient rivales que dans l'art d'inventer des plai- firsj Si que dans la gloire de lesfavoir B 2 mieux aS Mémoires Secrets mieux goûter ou faire fentir. L'une & l'autre fans pudeur , elles n'avoient d'au- tre mérite, que celui de poflïder parfai- tement la frience de conduire les fens par degrés jufqu aux plus grands excès , que la débauche & la luxure puiflent faire imaginer. On ne pouvoir fe défen- dre de reffentir de l'amour pour elles, & en ( même tems de rougir de honte d'une foiblefle, que!a délicateflecondam- noir. Telles éroient celles par qui la Mère de Mirzjt- Hadii Ce fit accompagner : faute ÏTrexcufable , qui lui fit perdre le fruit de fbn voyage , & détruiiit les efpérances dont fon cœur ambitieux s'étoit fkcéJ Sabeb ne felaifla point éblouïraux pro- portions de fa Mère. Le trône, bù on lui faifoit voir qu'elle étôit la maîrreffe de s'afTeoir, loin de la tenter, lui déplut; & la couronne préfentée par des négocia- trices infâmes, ne fut pour elfe qu'un ob- jet de mépris. Senfible aux bontés de fa Mère, elle lui en marqua fa reconnoif- fance, mais en même rems elle ne put s'empêcher de lui dire , en préfence mê- me de FatimeSc deZuiitna, „ qu'elleétoit ,, bien éloignée, de croire ferieufe une „ négociation pour laquelle elle avoie » jugé pour firvir à l'Hifloire de Perfe. 29 j, jugé ne devoir faire choix, que des deux „ Femmes de la Cour ies plus méprifees „ & les plus méprifables ; que vivant „ dans la retraite depuis fa plus tendre „ enfance, elle s'étoit accoutumée à re- . „ garder les grandeurs d'un œil indiffé- j, rent , & qu'elle y renonçoit pour toir- ,, jours. ,, La Prince/Te fa Mère fit de vains efforts pour la ramener à des fen* timens plus conformes à fes vues*, elle ne putyréuffir; & outrée de dépit elle fut obligée de repartir fans avoir pu n'en ■ ' r gagner. Rare & admirable exemple de fermeté & d'une noble indifférence pour le rang fuprème dans une Princeffe jeune, belle, & qui s'en connoiffoit digne ! Ce fut ainfi que Mirzjt-Hxddi , par trop de confiance en l'habileté de fa Mère , ou par une prudence mal entendue > manqua l'occafîon d'élever fa familleau plus haut degré de puiffance & de grandeur , & de fe mettre lui-même à l'abri du coup que lui portèrent dans la fuite fes ennemis, qu'il auroit vu ramper devant lui ,' s'il eûtfu fe procurer l'avantage d'être Beau- frère du Sopbi. La Fille de Chêk$ur, comme nous l'avons dit, profita des refus àeSit- beb, & époufa Cba-Sépbi. A MrzA-Haddi fuccéda dans !a place B 3 d'Atbé- Digitized by Google jo. Mémoires Secrets à' Atbématdùulet , Ifmaêl Btg, ce même Mouliab qui avoit été l'inuTument de fa difgracc. Avant de parler des nouvelles fcènes qui vont remplir le théâtre de la Cour âePerfe, il efl à propos d'en faire con- noître les principaux Afleurs, en com- mençant par le Sopb't même , dont nous n'avons point encore dépeint la perfon- ne &> le caractère. Cba-Séphi , â l'âge de fei'ze à dix-fepe ans, étoit beau, d'une taille avantageu- fe; il avoit la jambe parfaitement bien faite, l'air noble, les yeux grands, le regard plus doux que fier, les fourcils bruns, & un tempérament délicat, que l'âge fortifia cependant au point qu'il foutint dans la fuite les plus grandes fa- tigues. Son éducation aiant été négligée, fon efprit étoit peu orné ; il avoit un ca- . ra&ère doux & timide, un dégoût in- vincible pour les affaires, dont il n'ai- mait pas même à entendre parler. II faifoit de la chiffe fon occupation ordi- naire, parloir peu, à moins qu'il ne fûc avec des Favoris familiers & hors delà vue des Courtifans : il fe montra d'abord indifférent pour les Femmes & pour la Table, qu'il aima beaucoup darjslafuftei vou- pour fervir à l'Hifloire de Perfc. j r voulant être obéi, plutôt par le fcntimenr de fon rang que par tempérament ; fa phifionomie ne portant point cet air dé- cidé qui caractcrife les hommes abfolus. Bien différent de fon Prédécefleur , il n'aimoir ni la magnificence , ni ces céré- monies d'éclat, où le Grand- Homme fi- gure fi bien. Il ne favoit pas récompen- ser, & ne favorifoit ni les Sciences, ni les Sa vans, ni les Hommes excellons dans leur Art ; il parloir cependant très bien de quantité de choies , & pofiedoit par- faitement l'hiftoire de fon Royaume & celle des autres Etats de Y A fié. II étoic fort attaché à fa religion , au moinsauffi zélé qu'aucun de fes PrédécefTenrs pour ' la Sede a" Mali; bon Roi, bon Maître, capable d'amitié , & fâchant en donner des marques ; plus pacifique que guerrier, plus foib'e que grand , trop peu feniïble à la belle gloire, indoienr, haïffant &crai- gnanr le travail, peu libéral ; ne manquant pas d'efprit , mais ne voyant cii:e par les yeux de S ' Athèmitdoulet Ifmacl- Beg , donc il étoit trop dépendant ; en un mot un Prince manquant de cette ame, qui fait à coup fur diftinguer les Rois, Sf qui doit mettre le fceau à leurs actions. La Sultane Reine étoit plus âgée que B 4 Put- Mémoires Secrets Cba-Sépbi. Sa taille & fa beauté étaient médiocres, fa phiiionomie & fort main- tien peu nobles : elle avoit un caraâère doux & aimable , le cœur bon, de l'efprir affez pour ne fe mêler de rien & n'en- trer dans aucune intrigue de Cour, beau- coup de vertu & de raifon ; trop fouvent laiiTéeà elle-même , elle avoit le talent de ne pas faire fentir qu'elle s'apperçût de cesdéfeuts d'attentions d'égards. On ju- ge bien qu'avec ces qualités, & dépendan- te par contre- coup d'un Athimatàoulet qui gouvernoit ie Supbt fon Epoux, elle n'a- voit que peu ou point de crédit. La première Perfonne de l'Etat , après Cba-Séphi & fesEnfans, étoit ^cffeitigVïls à' Ali- Homajou , Prince à la fleur de fon âge , vivant dans la retraite, paroifiânt peu à la Cour , ne prenant prefque point de part aux affaires , dévot outre mefure, en affectant tout l'extérieur, fe livrant tour à tour à différens Imans , réglant fon zèle par le leur , & dès !ors fouvent la dupe de fon zèle; aimant à faire le bien, marquant chaque jour de fa vie par des charités, quelquefois mal placées; entier dans fes fentimens; voulant être regardé comme entend antpatfaitementlcGouvernemenc, dont il n'avoic qu'une légère théorie, mais pour fervir à VHifloire de Perfe. 3 3 d'ailleurs plein de vertu & de bonnes in- tentions. Mrw-Haddi,dont nous avons déjà par- lé , étoit grand , maigre , d'une figure peu revenante , d'une humeur brufque & peu commode ,- curieux, aimant les cliofes ra- res&précieufes,- poffeifeur d'une très belle Femme, dont il ne connoiffoic pas tout le prix ; cherchant ailleurs des plaifirs qu'il étoit peu en état de goûter ; faifint une grande & belle dépenfe; &n'allant, depuis Ton rappel, que rarement à la Cour. Des deux Princes fes Frères, l'un, nom- mé Orcan, avoit eu une jeuneue extrême- ment ïrrégulière ; la débauche la plus ou- trée avoit été longtems l'ame defes plai- firs, Si la cruauté le terme de fes aâions: Prince bien fait, doué d'un beau génie & à qui l'âge & la raifon firent enfin mé- riter qu'on oubliât fes écarts. L'autre, qu'où appelloit Mirant, étoit beau, d'une taille un peu épaifle , d'un efprit borné, aimant la dépenfe , faifant chercher de toutes parts des Femmes pour peupler fon Haram , voltigeant de l'une à l'autre , ne donnant pas toujours la préférence à cel- les qui l'auroient méritée, & capable de facrifier toutes fes richeffes pour fatis faire fon goût inconitant, * B 5 Morat- '$4 Mémoires Secrets' Aîorat Bii^c/je.Filsd'une Sœur deMrrzjt- Haddi, fut dans fes jeunes années un Prince d'une grande beauté & bien fait. Il avoir, de l'efprit, il étoit d'un caractère aimable, & il ne démentit guères en croilfant les grandes efpérances qu'on en avoir con- çues. Il étoit brave, aimant le métier delà Guerre, vif, jaloux de fon rang, mais trop prodigue, défaut qui dérangea fes affaires. Entte les Princes qui hguroienr à la Cour , étoient deux Frères Fils de Cba- Abas , & d'une Efdave qu'il avoir beau- coup'aimée. L'aîné , dont il a déjà été queition , s'appelloit Solimxn : il avoit un ■cfprit brillant , de la vivacité , de la gran- deur d'ame, de la probité, & delacapa- cité pour le Gouvernement; mais toutes ces bonnes qualités étoient un peu ob- fcurcies par un trop grand panehant i l'avarice. Le cadet , qu'on nom moi c Sévagh étoit beau, bien fait, généreux , doux, compa- tiflant : il avoit moins de brillant que So- liman , mais un jugement exquis & des mœurs très réglées. Il étoit généralement ciiimé, & n'étoit pas moins aimé, même dans fon domeftique, qu'il traitoit cepen- dant un peu trop fèchement. Sous le Prince M-HvmajQH il «voit eu quelque part aux pour fervir à l'Hi/loire de Perfe. affaires, & s'en croit bien acquité; mais des fentimens trop épurés, & ce qu'on appelle cfprit de dérail, ont fait juger qu'il auroit difficilement réuHr en Cher", Si que les affaires, à force de vouloir les exa- miner , auraient fouvent langui ; en un mot, on letrouvoit trop honnête- homme pour croire qu'il put être un bonMiniilre. Nous aurons encore occalîon de. parler de ce Prince. Ifma'tl-Beg avoir au moins foixante & treize ans quand Cba-Sépbi'e nnmmz Athè- tnatdoulet. Né dans une Province méri- dionale de la Perfe de parens, finonob- fcurs, du moins peu connus , il fut defti- né a l'état à'Jman, & inftruit dans les Sciences convenables à cette profeffion, qu'il embralîà de bonne heure. Son j^une cœur dévoré d'amb::ion ne lui permit pas de voir, fans une efpèce de défcfpoir, qu'il fût condamné â palier fes jours dans le fond d'une Province , Si fes defirs fe por- toient chaque pur avec violence ver^ \a Cour : il s'intrigua , & vint enfin à bouc de s'y préfenter muni d'alTez bonnes re- commandations , qu'une grande jeunelïe _& une jolie figure rendirent efîkaces. Ce- jeune Iman débuta avec une nob'e har- dieffe fur ce nouveau théâtre , où il ne B: 6 parut %6 Mémoires Secrets parut pas longtems étranger : bientôt il obtint une place de AtoulUh , & quelques années après, à force d'intrigues , il fiiE nommé par Cktt-Abas (a) Scbeick^el-Sélom dans une Province ; polie qu'il ne quira que pour venir derechef à la Cour, par ordre du même Cha-Abas , remplir celui de Précepteur de Cba-Sêpki , fur l'efprit duquel il fut prendre un empire abfolu, qu'il conferva toujours. Dans fa plus hau- te élévation, il ne vît jamais avec étonne- ment la diftance immenfe qu'il y avoir de Ton état prêtent à fon origine : il s'étoit accoutumé de bonne heure à fe croire né pour les places les plus éminentes, idée dans laquelle il avoir été confirmé par les Aftrologues , aux prédictions defquels il donnoit beaucoup de créance : foiblefle commune à la Nation Perfane. Malgré fon âge avancé, lorfqu'il prit Je timon des affaires, Ifinoël-Beg étoit en- core un homme d'une belle figure: ilavoit le teint frais , les yeux vifs, le regard per- çant, le front élevé, le nez bien fait, la bouche vermeille , la taille au deflus de la médio- (a ) Dignité qui donne à celui qui en eft revê- tu , le droit de décider tous les Points de Reli- gion. „. pour fervir à tHijïoirs de Perfe. 37 médiocre , droite & aifée , la jambe bel- le , la démarche ferme & le porc noble ,- un c(prit délié > une ambition démefurée ; poffédant mieux que le plus fin Courtifan le manège de la Cour, fâchant fe plier aux circonfi ances , habile à en tirer parri ; un extérieur modefte, un air de candeur tout propre à faire des dupes ; parlant bien , aïant des vues même dans les converfa- tions indifférentes, flateur près des Grands, poli avec tout le monde, extrêmement galant auprès des Femmes, pour qui il étoit foupçonné d'avoir eu des calens peu communs , & de s'être par-là procuré foti élévation; voluptueux par goût, fobre & réglé par raifon , ennemi redoutable , ami méprifable ; fourbe non feulement par état mais par réflexion, payant de. la plus noi- re ingratitude lesfervîces qu'il avoit re- çus ; aianc des connoiffances affez éten- dues j mais l'ame trop peu élevée pour pouvoir bien gouverner un grand Royau- me j toujours indécis , & par conféquent lent à expédier les affaires; ne fâchant faire à propos ni la guerre ni la paix , n'entendant rien à la première; avare des t réfors de fon Maître au-delà de toute cxpreiïîon , 6i cependant allez foible pour acheter à force d'argent l'amitié des Prin- B 7 ces pour firvir à l'i/ijîoire de Perft. 3 fa faveur pour s'enrichir , aianr longtems réiîftéà la vanité d élever fa famille; mais blamab!e en ce qu'auffitôr après y avoir cédé , il porta à un trop haut rang quel- ques-uns de fes proches parens. Te! étoit celui dont Cba-Sîpbi fit choix pour être à la tête des affaires. Le Royau- me prit bientôt une nouvelle face ; l'épui- fetnent où l'avoir réduit le coup fatal que lui porta Ali-Homajou, la méfiance qui n'avoit fait qu'augmenter fous le gouver- nement de Mirzji- Haddi , la difette de grains arrivée l'année qui précéda fa dis- grâce , la mifére & les maladies , fuites inévitables d'une Famine, le taux defavan- tageux desMonnoies , le défordre quiré> gnoit dans toutes les parties de l'Etat, 8c fur-tout dans les Finances , tous ces maux difparurent , la Confiance reprit le defltis au dedans & au dehors du Royaume , le Commerce fe ranima, l'Ordre fut rétabli par- tout , & la Per/e, qui quelques mois auparavant reûembloità un Pais dévalîé, fut en peu de rems plus flor: liante qu'elle n'avoir peut-être jamais éré. N'y eut-il que ce feul événement pendant tout !e miniftère d' Ifmaël- Beg , il lui fait un hon- neur infini , & méritoit qu'à l'exemple de l'ancienne &>w, on lui élevât des Statues» COOfc; 40 Mémoires Secrets comme au reftaurateur de la Patrie. Mais s'il procura le bien général du Royaume , on eut . peu de tems après , à lui repro- cher d'avoir caufé la ruine de pl ufieurs fa- milles par la réduâion de certains reve- nus affedés a vie fur les fonds même de l'Etat ; revenus qui auroient dû être d'au- tant plus facrés, que la néceflité des tems, plutôt que la confiance publique , avoit forcé tes Particuliers , dès le gouverne- ment même d'Ali-Hmajou , à dépofer leur fortune dans les mains du Souverain à un modique intérêt. Cet arrangement rendit Ifinaèï-Beg odieux à toute la Na- tion. On trouva injufte de faire gagner au Sophi en moins d'un jour , ce qu'un petit nombre d'années lui auroit naturel- lement & légitimement acquis par la mort des inrérelfés ; & l'injuftice parut d'autant plus criante , que le bénéfice fut médio- cre pour le Prince , & la perte très gran- de pour chaque Particulier. Jfmael-Btg fentit le tort qu'il s etoit fait dans l'efprit des Peuples , & pour fe réta- blir dans l'eftime publique, il crut devoir facrifier Mabamtt , qui avoit le détail des Finances. Il s'imagina qu'en le disgra- ciant , il perfuaderoit aux Perfans que ce Sous-miiuihe avoit été le feul auteur du mal. pour fervir à VHifioire de Perfc. 41 mal , mais il fut trompé dans fon attente. Quoique l'on connût Mabamtt pour un homme dur , & attentif à faifîr les mo- yens de procurer l'avantage du Souverain, il paffoit pour judicieux ; i! avoir une lon- gue expérience, il étoit très capable, par- faitement inftruit de l'état du Royaume, & porté à balancer , avec une efpèce d'é- quité, les intérêts du Prince & ceux des Sujets. Loin de le foupçonner d'avoir propofé ce funefte projet , on favoit , à n'en point douter, qu'il s'y étoit forte- ment oppofé. Auffi fut-il généralement plaint , & Ifmaiï-Beg refta chargé de la haine publique. Mabamet furVéquit peu i {à difgrace. Sa place fut donnée à Rbédi , homme d'une nailfance très ordinaire) aiant pane une partie de fa vie dans !e Corps des (a) Gouttons, où il commandait une trou- pe de cinquante cavaliers. Rbédi , quand Ifmaël-Beg jetta les yeux fur lui , étoit déjà fur le retour ; il étoit d'une grande taiiie , d'une phifionomie rude, aiant lœil (a) Corp) de Cavalerie compote d'efclaves ou d'enfans d'efcias'cs ; ils (ont la plupart Géorgiens. Ce Corps tien: le fécond rang dans la Cavalerie ^ligitized by Google 4ï Mémoires Secrets dur, le fourci! froncé, la voix raaqnc t % l'abord fauvage, le ton extrêmement bt uf- que; taxe d'aimer les préfeus, même de fouffrir que Tes plus proches fuient ache- ter fa protection à prix d'argent ; aiant , au moyen de fon polte, établi folidemenr fa fortune & celle de fa famille ; entêté , ignorant les affaires, refufant prefque tou- jours, accordant rarement, & l'un & l'au- tre fans connoiffance de caufe ; facrifiant tout aux intérêts de Cha-Sépbi, incapjble de procurer quelque foulagement aux Peu- ples^ ne fer. tant pas qu'en exigeant d'eux outre mefure , c'étoit tarir la foQrce des tréfors du Prince ; ne fâchant donner au Gommerce ni facilités ni faveur; ne fe foutenant dans fi place que par une dure- té extrême, & une très grande attention^ avoir toujours de gros fonds prêts (forte de mérite eftimé bien au-delà defava'eur, & qu'il poffédoit au fouverain degré ; ) re- tardant, pour faire fa cour à /fmaël-Beg en paroiftant entrer dan? fon goût d'éco- nomie, des payemens néceffaires , & re- tranchant fur les mémoires des Fournif- feurs & des Ouvriers fans aucun examen & fans enrrer dans le détail : au -refte homme d'efprit , aiant acquis pendant !e longtems qu'il a été en place » des lumiè- res t 'Digitized byt^ooglt tSoogle pour fervir à ï'Hiflo'tre de Perfe. 4? res qui lui manquoient, & aiant dans quel- ques occafions ouverr de bons avis fur des entreprîtes difficiles , dont le fuccès heu- reux ou malheureux dépendoit, demefu- res'préalablement bien prifes & de prépa- ratifs proportionés à leur grandeur, en quoi l'événement a juftifié qu'il avoitpen- fë jufte. Cependant le Royaume jouïfloit d'une paix profonde ; mais Ifmail-Beg doutoic avec quelque ef/èce de raifon , qu'elle pût durer encore longtems. Lajaloufie de cer- taines Puiffances ennemis de tout tems delà Perfc, le méptis qu'elles avoient peut- être conçu pour l'adminiftration d'un homme dont legenre de vieavoit été jus- qu'alors bien éloigné du Gouvernement» des Traités entre differens Princes, des Ar- méniens confidérables qui fefaïfoient dans les Etats voîlins.toutannonçoituneguerrc prochaine, & ç^ki Ijmaël-Beg jitgeoic inévi- table pour la Perfe, attendu fa pofition & l'influence qu'elle avoit dans les affaires générales de VAfie. En conféquence, ce Miniîrre renouvella les anciennes allian- ces , en fit de nouvelles , & fe mit à tout événement en état. Les troupes furent augmentées , tous les Officiers eurent or- dre de faire leurs équipages, Si deferen- dre Digitized by Google 44 Mémoires Secrets dre inceflamment à leurs Corps; les Gé- néraux furent nommés, les places & les frontières pourvues. On étoit au moment d'une rupture, & les armées croient fur le point d'enrrer en campagne, quand un efpritdeconciliation s'empara de toutes les Puiffances : ainfi le grand appareil qu'avoit fait Jfmaël-Begnc ïervit à rien , fi ce n'eft peut- être à faire rentrer les Ennemis delà Perfe en eux- mêmes, & à leur infpirer pour elle plus d'égards & de circonfpeâion. Tous les Princes mirent bas les armes, & envoyè- rent à l'envi leurs Ambafiadeurs à Scbiras , ville de Perfe qa'Jfmaël-Beg leur avoir ali- gnée , pour y difcuter les intérêts refpec- fifs des Parties, & travailler àaflurerla tranquilitéde toute YAfie. Ce fut ainfi que toutes les Puiuances fe virent réduites à venir traiter fous les yeux , pour ainfi di- re , de \' Athématdoukt , &-à prendre le ton qu'il lui plut de donner. La Perfe acquit beaucoup d'honneur & de gloire dans cette conjoncture : mais la meilleure partie en fut due à Cofrou, fur la tête duquel lfmaël-Beg, qui !e deftinoit à Jui fuccéder, avoir réuni la charge de pre- mier Secrétaire d'Etat, & la garde du Ca- chet du Sopbi aptes la difgrace de Fatfl & la pôurfervir à PHifioire de Perfe. 45 la démifïïon de [on fils Abdoul, deux hom- mes donc nous avons parlé ci-devanc. Cofrôu éto'it d'une famille diiling née en- tre les Gens dejuftice, parmi Icfquels il avoit rempli avec éclat une des principa- les charges. Il étoitgrand politique.doué d'un génie fupérieur mais à craindre: à un efpritfin & délicat il joignoir unabord fa- cile & gracieux, un commerce charmant, une converfarion feduifante. Il éfbit lié avec les plus grand.' Seigneurs de la Cour, vivoit avec eux fans baffefle, étoic bien voulu des Femmes , attentif à fe faire des amis puiflans dont le crédit pùr le toute- nir en cas de difgrace, lubi'eà découvrit fes ennemis; déconcertant leurs projets d'autant plus furement, qu'il connoilfoic parfaitement toutes les intrigues de la Cour; aiantdes vues étendues, des def- feins v ailes & des correfpondances extrê- mement multipliées ; fecret fans affecta- tion, facrifiant une partie de fon fommeil aux affaires, & conféquemmenc expédi- tif; embraffant beaucoup d'objets, mais capable d'yfuffire; aimant les gens de mérite, protégeant les Beaux-Arts, ar- dent à les faire fleurir ; aimé & recher- ché par les Etrangers qui fortoient d'au- près de lui toujours contens, toujours en- 46 Mémoires Secrets chantés , craint par toutes les PnifTances de ['A fie, ne refufant que ce qu'il lui étoit impofliblc d'accorder , accompagnant Tes refus de beaucoup de poli te (Tes & de té- moignages d'aiïeâion , fupérieur en tout àrlfmait - Beg , dont il avoit toute la con- fiance, mais s'ennuyant d'erre en fécond, d'autant plus qu'il fenroit fa fupériorité. En unmor, on peut dire que c'étoit un homme de mérite. A l'exception des Finances & du Com- merce intérieur du Royaume , dont ROédi étoit chargé, le détail des affaires étoit partagé encre trois hommes qui eu ren- doient compteàCOjn)*, qui enconféroit ■enfuite avec Jfmaïl- Beg. Le prémier avoit la Marine & le Corn- merce extérieur, il fe nommoit Rien. Il avoit le vifage long & maigre, le front .grand , les yeux bleus fort ouverts, le re- gard affez doux, le nez long, la bouche ni grande ni petite , le menton pointu, la tête un peu aplatie , la phifïonomie re- venante, le teint pâle, l'air délicat , la taille grande & mince, la jambe fêche, le port affez noble. Il étoit vif, ambitieux, né avec beaucoup d'efprit ; poffédant tou- tes les délrcatelfes de fa Langue, s'expri- tnant avec grâces, capable & travaillant [avec pOHrfervîr à l'Hifloirc de Perfe, 47 avec facilité , mais pareffeux, défaut que fon goût pour la table & les plaifirs, aux- quels il donnoit fouvçnt des nuits entiè- res , rendoit forcé , par la nécefnré indif- penfable de reprendre fur le jour le repos qu'il perdoit la nuit. Il étoit entré jeune, fous le régne de Cba Abas , dans le pofte qu'il occupoit ; & l'aiant rempli pendant plufieurs années , il y avoit acquis une grande expérience, dont il ne faifoïï pas tout l'ufage qu'il auroit du & pu faire. II aimoitles Gens- de- lettres & les Beaux- Arts , il s'étoit fait des amis & favoit fe les conferver , mais il ne fe livroit qu'à un petit nombre de voluptueux comme lui, avec lefquefs, & alfez Couvent en compagnie de. Femmes galantes, il faifoit le foir des parties fecrettes, dont les mets les plus exquis & les vins les plus déli- cieux faifoient moins l'agrément, que l'a- bondance des chofes fines, délicates, ga- lantes, mêmes libres qui s'y difoient, & les /cènes originales qui s'y pafToienr. Il étoit aimé de tout le Corps de la Marine, pour lequel il s'intérelfoit fortement en toute occafion. II avoit fu plaire â Cha- Sipbi, dont i! étoit regardé de bon œil, & n'étoit pas ma! dans l'cfprk d'Ifmaël- Beg, auquel on lui a reproché d'avoir fait 48 Mémoires Secrets la cour avec quelque forte debaneffe; foi- bleife que le foin de fa fortune , la confi- dération & les avantages attachés à une grande place, pourroient rendre excufable. Le fécond étoit Ofman , qu' Jfmaël-Beg avoit tiré du gouvernement d'une Provin- ce frontière pour lui donner le détail de la Guerre: homme trop peu capable pour cet emploi, dont il ne rempliffoit les fonc- tion? que par le fecours de Génies con- fommés , des lumières & des travaux def- qucls il tiroir tout l'honneur. Il étoit dur, peu aimé du Militaire , qu'il ne foutenoic pas affez ; ufé, moins par le travail & fon âge un peu avancé , que par l'ufage trop fréquent des plaifirs. Le troifiéme, qui s'appelloit Haffiin , avoir fous fa direction les affaires généra- les de la Religion des Gaures, & l'expédi- tion des places de Moullahs & autres Gens de Loi. C'étoit un petit homme toutrond, fans ambition , de peu de capacité, & que les plaifirs & le commerce des Femmes occupoient plus que les affaires, Ifmaïl- Beg l'avoir trouvé en place Si l'y laiffai aiant jugé apparemment que le détail dont il étoit chargé) ne demandoit pas un hom- me d'une plus grande intelligence. A bien examiner les différens Hommes d'Etac pour fervir à tHîflolre de Perfe. 49 - d'Etat dont nous avons parlé, i comparer leur efprit, leurtalens, leur caractères , leurs vertus & leurs défauts , on ne peut guères juger favorablement du Gouverne- ment delaPer/è,- & il y a lieu d'être éton- néque ce Royaume, quoique riche, puif- fant & peuplé de Sujets braves , induf- trieux , pleins d'un attachement inviolable pour leurs Souverains, ait pu fefoutenïr. Cofrou étoit le feul qu'on pût dire- avoir prefque toutes les qualités néceflaires à un grand Miniflre: mais fi la jaloufie de fes confrères ne réuHîfïbtt pas à faire rejetter » lesprojetsavantageuxqu'il propofoit, leur incapacité, leur parefie, ouleurpeude bonne volonté, en faifoientmanquerl'exé- cution. Ainfi cet Empire fc gouvernoit de lui-même, pour ainfi dire, Scparl'ha- bitude d'un certain efprit d'ordre & d'ar- rangement contractée depuis longrems ; eu plutôt le fouverain Maître des Cou- ronnes protégeait celle de Perfe , & fa divine Providence veilloicàfa conferva- tion. i Que le fort des Roîs eft à plaindre ! leur grandeur , leur gloire, le bonheur de leurs Peuples, dépendent de ceux qu'il choifilfent pour l'adminiflration de leurs Euts ; & ce choîs a'eft prefque jamais Ç l'effet Mémoires Secrets l'effet de la connoiffance qu'ils ont des hommes & la récompenfe du mérite , mais le plus Couvent l'ouvrage de la fa- veur ou du Iiazard, Delà la ruine des Mo- narchies le pl us folidement fondées , ruïne plus ou moins promte, à proportion du plus ou du moins d'hommes incapables & vicieux , qui fe trouvent en place Se du temsqu'ils y retient. Grande Si utile le- çon, qnel'Hifloire de tous les fiècles don- ne aux Souverains, Si qu'on ne peut trop leur répéter î Qui tons un moment \zPerfe, pourren- dre compte d'un événement qui furprit toute l'Afte. K_oturi , Prince de fléfova , & qui depuis dix ans avo.'t fu ajouter à fa Principauté le Royaume de Neebai, las décommander à des Sujets qui nel'éroienc pas moins d'obéir, fe détermina rout-à- coup à abdiquer en faveur de fon Fils JÇorfula , âgé de vingt- neuf à trente ans. Il ne fe réferva qu'un revenu honnére , & un château où il fe retira avec une Efclave qu'il aimoit beaucoup , & un pe- tit nombre d'Officiers. L'abdication de ■ ce Prince trouva des incrédules , jufqu'au momentqu'on futaffuré, que Kprfida étoic en effet paifible poffeffeur des Etats du Roi fon Père. Entre les différens motifs i „ qu'on pour fervir à rHiffoire.de Perfe, $t qu'on a cru avoir déterminé Kpturi , celui qui paroi t le plus vraifemblable, eftquece Prince, déjaavancéenâge, ne doutant pas que fes Sujets peu contens de lui, & ex- trêmement attachés à fbn Fils , qu'il ne regardoit pas comme le moindre obftaele à (es vL:es, refuferoient de reconnoître pour leur Souveraine , l'Efclave dont on vient de parler, avec laquelle , aveuglé par fon amour , il avoit formé le denein de partager fon trône, aima mieux pré- férer , au danger de commettre fon auto- rité , & au desagrément de ne pas réunir dans une chofe qu'il avoit à cœur, de me- ner, loin du trône, une vie douce& tran- quileavec cette même Femme, qu'on dit qu'il époufa. Mais excjÉ par les difcours artificieux de cette FJmmre ambitieufe , qui avoit tout pouvoir fur lui, il ne tarda pas â fe repentir d'avoir abandonné le trône. I! ne lui manquait qu'un prétexte plaufible pour y remonter, & que des moyens fuffifans pour ne pas manquer fon coup. On lui fournit les moyens dans le grand nombre de mécontans que fon Fils venoit de faire , en déplaçant , fans nul c- gard à fa recommandation , les Minîftres & les principaux Seigneurs dont fes Con- feils étoient compofés , 3t on lui fit trou- C i ver 5 î Mémoires Secrets ver le prétexte dans la conduite du Gou- vernement préfent , qui ne pouvoit être regardée quecomme une cenfure du lien: condiritequi, difoit-on, donnoitdejuftes craintes que des Etats, qu'il avoir agran- dis & rendus fioriffàns pendant un long règne , ne tombâffent en décadence par le peu de lumières & par l'imprudence d'un Prince qui fe li'vroir à des Minières , quele'vjouvernemenr précédent, fi éclai- ré , avoir, cru devoir toujours tenir éloi- gnés des affaires : gens d'ailleurs qu'on pouvoir avec raifon foupçonner de ne penfer qu'à leursintérêts au détriment de TErar, puisqu'ils ne s'attachoient qu'à é- cattertous ceux qu'une grande expérien- ce & une exaâeAfélité mettoient feuls en état de s'oppoler à leurs pernicieux delTeins. Ces difeours fouvent répétés firent leur effet. Kpiwri fe forma fecret- tement un parri puiffant , à l'aide duquel ïl feroit certainement remonté fur le trô- ne, fi JÇorfula, prefque au moment de l'exécution, n'avoit pas, par les foins d'un Miniltre habile & vigilant , été in- formé de ce qui fe rramoit contre lui. Ii prévint Kpturi s Si le refTerra dans fon châ- teau de façon, qu'on l'auroit pris plutôt pour wi Criminel d'Etat, que pour Je Père Pourfervir à FHifioire de Perfe. du Roi régnant, IÇptm ne furvéquit que deux ans environ à fon abdication. Il mourut peu regretté , avec la réputation d'un Prince fourbe , diffîmulé , fans foi > abandonnant un parti auffitôc qu'il trou- voit mieux dans le parti oppofé, toute là vie aiant été employée a faire un hon- teux trafic de fon alliance, 'au mépris des Traités tes plus folemnels : au refte fin politique, habile à parvenir à fe*s fins» entendant parfaitement fes intérêts, & lâchant tirer avantage de la pofition de Tes Etats, dont il connoiSôit toute l'utili- té pour les Puiffonces qui Te nviron noient» Son Fils, Prince brave & favant dans la Guerre, fît voir dans lafuire à toute \'A- .fie , qu'en fuccédant aux Erats de fon Pè- re, ilavoit aufli hérité de fon efprit , de fon ambirion , & de fa politique rafinéc- Cependanr la Cour de Perfe n'étoit pas fans intrigues. Chaque Miniftre avoir fon parti, chaque parti des Chefs accrédités & puiffans, & les Femmes déterminées ou par leur goût , ou par leur caprice , quelquefois par des intérêts particuliers, étoient l'âme de ces différens partis. La Famille de Mir^jt-Hadii , avec quantité de Seigneurs dont le rang & la puifïance de cette Famille règloient les fentimens, fou- C 5 tenoitt 54 Mémoires Secrets tenoit Cofrou. Roxtae , Mère de Mirxjt- Haddi, Princeflè fière, abfolue, violente* vindicative, aimant un peu le trouble , ja- loufederepréfenter, animoit cette faction. ffeffeing , Soliman & Sèvagi , fans être ou- vertement oppofés à Cofiou , inclinoient pour Rica & Ibrahim. L'autorité de ces Princes jointe au crédit de leurs Parais & dejeurs Amis , qui croient en grand nombre, les mettoit d'autant plus en état de contrebalancer le parti de Cofrou , que 1' ' Atbémutdoukt & Sévigi étoient amis. Ce dernier s'étoit fur- tout déclaré pour Rica , &c'étoitauez pour que Roxane, qui de- puis longtems cherchoit à traverfer ce Prince kSolimam, avec lesquels, quoique fes Frères, elle vivoit en mefintelligen- ce, tint unSparti contraire. IJmael-Beg, maître de lefprit de Cba-Sépbi protégeoit Rhédi&L Ofinan , que cette puifiante pro- tection mertoit fumTamment a l'abri des événemens. Quant à Haffà», fon bon- heur & le peu de jaloufie qu'il donnoit, le maintenoient peut-être autant que l'in- térêt qu'y prenoient quelques Femmes, moins cependant à caufe de lui & des fervices qu'il pouvoit rendre , qu'en con- fidération de gens qui l'affedionnoient. DeuxFemmes, entre autres, figuroieac avec pour fervir à tHijîoire de Perfe. j f avec éclat à la Cour ; & par la diftinction que Chu- Séphi leur témoignoir, donnoienr un grand avantage à Sévagt & à Tes parti- fans. L'une, qui s'appelloit Fatmè, étoit Fille de Roxane & Sœur de Mir^-Haddï; Princefie qui avoit été extrêmement bel- le, &qui, quoiqu'elle eût palfé le prin- tems de fon âge, avoit encore des jours d'une grande beauté. Elle n'étoit ni gran- de ni petite , mais bien faite ; aiant des grâces en tout, le port noble, l'efpric hn & délicat, d'un commerce aimable; bonne maîtrefie , amie tendre & confian- te, extrêmement fenfible aux procédés, évitant d'y donner fujet, ne perdant fes amis qu'à regret Se par leur faute ; aimant a rendre fervice, en faififlànt avec viva- citélesoccafions; fière & douce, mélan- colique & enjouée, indolente & vive, quelquefois capricieufe; jaloufe de fon rang, entière dans Tes fentimens ; aimant le plaifïr , faifant de !a nuit le jour & du jour la nuit; parlant pour s'être mariée en fecret à un Seigneur du premier rang, que l'on difoit avoir fu depuis longtems lui plaîre , & dont par des rations d'Etat ellen'avoit pu obtenir de faire hautement fon Epoux. La féconde, nommée Zélide , fut long- "| C 4 tems Digitizad by Google Jo* mémoires Secrets tems unie à Fatmi par la plus tendre ami- tié. Tant que vécut le Prince Sèvagi Epoux de Zélide, n'en n'altéra cette union ; mais peu après fa mort elle fe brouilla tout-à-coup avec Famé , & ces deux Prin- cenes t inféparables auparavant , ceflerent absolument de fe voir. Ce changement étonnad*autantplus,queZeWf aiant beau- coup d'efprit , on ne préfumoït pas qu'el- le ignorât, de quelle conféquence il étoit pour elle-même & pour fon Fils jeune en- core, de fe tenir plus étroitement liée que jamais avec Fatmè. Mais gouvernée par Nargum, homme de fortune en qui elle avoit mis toute fa confiance , elle ne pen- foit & n'agiffoit que par lui. Il haïflbit Famé, dont il redoutoit l'afcendant, & & qui il favoit qu'il déplaîfoit; & il étoit yenu i bout de faire paner fes fentimena dans le cœurde Zélide. Nargum, quoique né avec de l'efprit & destalens, necon- noiiToit pas aflèz le terrain de la Cour, & s'imaginant pouvoir réufîîrdans des en- îreprifes difficiles , fans autre fecours que fes propres lumières, & fans autre appui que le rang & le crédit de Zélide , il dé- daignoit de fe communiquer , de prendre confeil , & de réunir les Amis de la Fa- mille de Sévagi, dans les occurrences qui Digitized^y Google pour fevvir frFHif&irc de Perfé. 57 întérelîbient ou Zélide ou fon Fils. Le trop- grand empire que cet homme peu efti- mé avoit pris fur Zélide, & les fentimens qu'il lui avoit infpirés, refroidirent Famé & d'autres Amis puîlfans ; & les démar- ches qu'il lui fit faire à contre-tems dans des occafions de la dernière importance pour le jeune Sêvagi, portèrent coup au crédit de cette Princede, & diminuèrent la coniîdérarion qu'elle s'étoit acquife. Zélide , ifltie d'une Famille extrèmemenr illuftrée par les plus grandes alliances, & par les charges & les emplois les plus diftingués, avoit beaucoup d'efprit, le ca- ractère fièr , mais le cœur bon : très atta- chée à fa religion elle en rempliftbit feru- puleufemenr tous les devoirs, & n'avoir aucun goût pour les plaifirs bruyans :; elle favoit , fuivant les tems & les circonftan- ces.Te rendre aimable, penfoît finement, s'exprimoit avec délicatefTe, étoit amu- sante : elle aimoic la dépenfe ■ foutenoîc fon rang avec dignité , fe lailîoit facile- ment prévenir , n'en revenoit point : am- bitieufe , jaloiuc de la faveur , habile à fe la ménager, promte à entreprendre, fer- me àexécuter , quelquefois petite & trop fouventdure dans fon domeftique, trop peu en garde contre ceux qui étudioienc C s foa. S*: Mémoires Secrets fon foiblc à défiera de la gouverner ; don- nant & ôiant Ta confiance fans trop favoir pourquoi ; elle étoit peu reconnoi (Tante , & encore moins généreufe. Elle avoit les yeux brun- noirs, un peu couverts, !e re- gard fîèr ou gracieux félon les gens , mais Je plus ordinairement dur, le vifage plein* la bouche belle, le fouris charmant, le teint un peu échauffé, la gorge , les bras & la main d'une grande beauté, la taille; épaîfîe , la démarche pefante & embar- raffée , la voix perçante & le ton abfolu.. Veuve d'un jeuneSeigneurPÊr/ân ,avec qui elle ne paila que trois années , fes grâces & fon efprit touchèrent le cœur de Sêvagi : il lui fit longretns l'amour, & obli- gé à des ménagemens pour AU-Homajout. il ne l'époufa qu'après la mort de ce Prin- ce, qui certainement n'auroit pas confenti i cet hymen. Elle avoit environ trente-fix ans, quand Sèvagi, avec fa main, lui don- na le rang & le due de PrincefTe. Leur- union fut des plus heureufes, Zélide paya du plus parfait retour l'extrême tendteffe de Sévagi, qui, renonçant pour elle à tou- tes les Femmes , l'aima uniquement juf- qu'à la mort , & lui donna dans ce dernier moment des marques bien fortes de fon amour. Ces tendres Epoux vécurent en^ Digitizedtoy Google pour fervir à l'Hiflocre de Perfe. j jf vfron treize ans enfemble, & ne purent -conferver des fruits de leur mariage, qu'un Prince , qui leur étoit d'autant plus cher, qu'il avoit été extrêmement difficile â'éle- ver. Sa Mère l'àdoroir, & accoutumée depuis l'inftant de fa naiffance à trembler pour fes fours, la plus légère indîfpofîtion fui caufoit des frayeurs mortelles. Depuis fort mariage , le Prince Sèvagî paffoit.la pins grande partiedei'annéêdans une belle Terre qu'il avoit à environ dix 1 heures de chemin à'ifpaban. Le châceaif étoit un bâtiment ancien, dont le dehors n' avoit pas une grande apparence, mai? dont les dedans : par la prodigieufe de- penfe que Sèvagi y avoit faite, étoientfu- perbes. Le bon goût règnoit dans tous les appartenons , dont la diftribution n'étoit" pas moins commode que bien entendue. La fituation de ce château étant dans un- fond marécageux , le féjour n'en étoif pas fort fain ; mais les agrémens que les Maîtres favoient y procurer , & le plaifir de la charte , qu'dffroit un- parc trèsvafte' rempli de bêtes fauves, y attiraient fans' cefle grande compagnie. L'air de magni- ficence qui règnoit dans cette maifon , an- nonçoit l'opulence & la grandeur de Si- vagi; l'attention de fes Efclaves sfecon-* C 6 for- "46 Mémoires Secrets former en tout à la générofité & à la no- bleffe de Tes fcntimens , acquérait au Maî- tre l'amour Se le refpeâ , & à eux une eftime univerfelle. C'étoit-Ià que Cha-Siphi alloit de rems en tems fedélafler des fatigues d'une Cour importune. Ce n'étoit point le Monarque qui venoit chez Sëvagi , mais un Ami ten- dre, charmé depaflèrquelquesjonrsavec lui &ifZÈliâe , Se un petit nombre de Da- mes & de" Courtifans choi'fïs. La chafle que ce Prince aimoit paffionnément , l'oc- cupoit une partie du pur ; Je foir le jeu & la table lui procuroient de nouveaux plaifirs , qui fepouffoientatTez avant dans la nuit. Là le Sophi content, parce qu'il étoit libre, étoit gai, aimable, animoit la converfarion, fe pretoit volontiers â l'en- jouement de Zéliie, & de Faimé , étoit at- tentif à adrefTer la parole à vp chacun, & à mettre toute cette petite Cour à fon aife. Quoiqu 1 Ami particulier de iïv&gi , Ifmaél- Beg j foit à caufe de fon âge avancé, foit à caufe de fa fanté , étoit rarement de ces parties. Cba-Séphi pendant douze ans, c'efl-i- dire tant que vécut Sévagi , ne manqua pas de faire chaque année divers voyages à ce château; mais depuis fa mort il en fie Jt Digitiz^J by Google pour ftrvir à PHiftùîre de Pcrfe. éi fit très peu , grande preuve de l'eftime & de l'amitié qu'il avoit pour ce Prince. Il eiîvrai cependant que (î Zélide, devenue veuve, eût mené une vie moins retirée; que l'intérêt de fon Fils lui eût ouvert les yeux fur la néceflîré de continuer de pa- roître & de figurer à la Cour pour y pro- duire ce jeune Prince; & que lors des derniers voyages du Sopbi elle n'eût point évité d'être des foupers; ou plutôt fi A'*r- gum, ordonnateur peu entendu, n'eût pas, par fes airs impérieux & une léfine dépla- cée, mécontenté quelques Perfonnes delà imeieCba-Sèphi , qui, fans être d'un cer- tain ranç, ne laiffoient pas d'avoir fort oreille ,* il eft vrai, dis-je, qu'il y avoit lieu d'efpérer que ce Prince , qui aimoit tendrement la Mère & le Fils , continue- rons ces parties de plaifir. Mais on trouva le fecret de l'en dégoûter, & bientôt ce- lui de tourner fes pas d'un autre côté. Le Sopbi n'étoit pas toujours occupé de plaifirs pendant fes féjours chez Sévap ; il s'enfermoir quelquefois avec lui , Zélide &Fatmé ; quelquefois avecl'un ou l'autre,- &dans ces momens précieux, ils obte- noient du Monarque tout ce que leurs in- térêts pcrfonnels , ou ceux de leurs amis & de leurs créatures , leur fàifoient de- C 7 maa- Si Mémoires Secrets mander ; mais c'étoit avec réferve , Se prefque toujours d'accord avec VAtbémat- donlet, qu'on avoic foin de prévenir d'a- vance , ou de fe concilier dans la fuite. Ce fut dans ces petits Confeils qu'on mé- nagea pourle jeune Prince, Fils deSévagi, la furvivancedes Charges & des Gouver- nemens de fon Père; qu'on parvint à faire rappellerde fon exil Nadir Fils de Zêlide- du premier lit, qui , par une imprudence- que fa jeuneffe feule pouvoit faire excu- fer, étoit entré dans un complot, dont !e butéroit de détruire Ifmaël-Beg. Ce fut- dans ces tète-à-tête qu'on prépara de loin ladifgrace de Cofrou, qu'on lui porta des coups d'autant plus certains qu'il les igno- roit , & que par le confeil d'Ifmaèl-Beg- même , qui fongeoit à la retraite , on prir des arrangerons pour mettre le Prince Sévagi i la tête des affaires. Enfin ce fut dans ces parties de campagne, qu'on crur découvrirdans Cba-Sipbi un goût naifiant pour ie Beau-Sexe , & que, dans ia crain- te, qu'il ne conmltât que fes yeux & fon- cœur, pour élever au rang de Favorite une Femme jeune & belle , & dès lors ambi- tieufe & capable de le gouverner, on efti- ma ne pouvoir mieux faire pour l'intérêt commun > que de déterminer fon panchant pour fervir à l'HiJîoire de Perfe, 6? en faveur de Rétima, qui n'avoit aucune des qualités qu'on redoutoit, mais Femme fur laquelle on pouvoir compter , & à qui on eut foin de faire promettre qu'elle s'en tiendroit aux feuls honneurs du Mouchoir» & ne tenterait rien auprès du Sophi , fans le concours des perfonnes qu'elle iàvoit- avoir la confiance & l'eftime de ce Prince. Traité fingulier ! par lequel Rétima achè- te it bien cher une apparence de crédit, & l'honneur de figurer à côté de Cba- Sépbi- dans les parties où il n'admetroit que fes Favoris ; mais Traité qu'elle obferva relî- gieufement tant que dura fa faveur ! Sa bonne foi mérite des éloges d'autant plus- grands, qu'elle eft peut-être unique, & qu'elle n' ignorait pas fans doute, qu'il eft des momens de triomphe , où une Favo- rite peut tout ofer , tout exiger du Sou- verain même le moins galant, fur-tout- lorsqu'elle eft fa première inclination. Mais apparemment que les partions de Rétima, tournèrent toutes au profit du cœur, & qu'elle chercha moins le Mo- narque dans Cba-Scpbi , qu'un Amant au- quel elle put s'attacher fincèremenr. Aufiï aima- 1- elle véritablement ce Prince. Rétima, Epoufe d't/yJec^Seigneur Per- fan t a'étoit ni jeune ni belle : elle avoir, près- 64 Mémoires Secrets , près de trente-cinq ans , le vîfage long-, le nez de même . le front grand & élevé , les joues un peu plattes, la bouche gran- de, le teint pins brun que blanc, deux grands yeux allez beaux , fort vifs , mais dont le regard étoit un peu dur ; le fon de fa voix étoir rude , fa gorge & fes bras- laids ; elle paflbitpouravoirla jambe fine, beauré,que peut- être, elle devoit à fa mai- greur- Elle étoit grande) marchoitd'un air aflez délibéré , mais n'avoit ni grâces ni nobleffe , quoiqu'elle fe mit d'un très grand goût & avec un art infini , talent qui lui étoit particulier , & que les Fem- mes de la Cour richoienr cnvain d'imiter. Elle avoit beaucoup d'efprit, delà probi- té, peu ou point d'ambition. Elle étoit amufante , enjouée, d'une humeur égale, amie fure, généreufe, compatiflante.cher- chant à rendre fervice, mais par des .voies ipdireâes.neiepouvantfairepar elle-mê- me fans s'expofer à perdre fa faveur , l'a- mitié des per formes à qui elle fa de voi t,& fur-tout l'appui d'Ifmaël-Beg, qui, fentant la néceffité de fouffnr une Favorite, fut affez bien confeillé pour ne pas defàprou- ver le choix qui avoit été fait de Rétima, qu'il favoit n'être pas d'un caraftère â tra- vailler à lui enlever l'empire quïl s'éxoit acquis fur le Sopbi. Ça four fervir à PHiJloire de Pcrfc. iff On a prétendu que cette paflîon n'étoft pas férieufe,& qu'elle fervoit de manteau à un commerce fecret de Cba-Sépbi avec une Sœur de Rélima nom mteZachi, mariée depuis peu à un jeune Seigneur de la Cour. Zacbi étoit grande.aufii peu pourvue d'at- traits que Sef/aid, mais plus jeune qu'elle. Elle avoit un efprit infini; elleétoit altiè- re, entreprenante , envieure, vindicative ; aimant à gouverner & à Te faire craindre ; aiant peu d'amis, peu propre à s'en faire; ne penfant qu'à fes intérêts ; n'aiant d'au- tre but que de tirer parti de fa faveur , & qui y auroïc réaflfî, fi la mort ne l'eût pas arrêrée au commencement de fa car- rière. En un mot, c'eût été une Favorite dangereuff. Elle mourut en couche peu legretée , Se non fans quelque foupçoh que & trop grande faveur, & fbn eiprif remuant & ambitieux, n'avoient pas peu contribué à faire abréger fa vie. Sa perte fit couler pendant plufîeurs jours les lar- mesde Cha-Séphi. La tendre Rétima.dom le cœur étoit excellent, le féconda bien dans ce trille office, & elle pleura fa Sceur de bonne foi. Comme le Sopbi regreta beaucoup Zachi, & qu'il prit un foin tout particulier de l'enfant qu'elle avoit mis au jour , on crut avoir de fortes raifons de €6 Mémoires Secrets penfer qu'il l'avoir tendrement aimée. Les plaifîrs que cette mort avoir fuf- pendus, reprirent leur train ordinaire. La chaflb, quelques voyages tantôt chez Sê- ■vagi, tantôt à d'autres Maifons de plai- fance peu éloignées de la Capitale , le tendre attachement & les foins de Rèti- ww.quifuivoit Cba-Sèfbi par-tout.l'atten- tion de Fatmè & de Zélide à le divertir, & fur-tout ces foupers , qu'il avoit coutume de faire dans ces réduits délicieux accef- fibles à fes feuls confldens , lui firent ou- blier Zachi. Ces réduits étoient l'ouvrage du SopM : fans être abfolument feparés de fon Palais , il n'y avoient cependant de communication que ce qui! en falloir né- ceflairement pour le fervice. Une porte fecretre pratiquée dans l'ap patte ment de Cba-Sépbr,\m donnoîi la liberté de s'y ren- dre, quand il le jugeoità propos, avec ceux qu'il vouloir bien y admettre. Tout y éroit galamment & commodément dif- tribué. Pour en donner une idée afiez jufte , nous croyons ne pouvoir mieux faire que de tranferire ce qu'un Auteur du Tems, mais peu connu, en a écrir. „ C'étoit , ( a ) dit-il , un petit Temple (a) Hiiloice des différentes Religions qui fit * font TDigitizsd by Google pourfeniràtHiftoire de Perfe. 67 ,, oiil'on célébroitfréquemment des fêtes „no*âurnes en l'honneur de Batchus & de Vénus. Le Sophi en étoit le Grand- „Prêrre, Rélima la Grande-Prêrrefie , le refte de la troupe facréc étoit compofé ï, de Femmes aimables & de Courrifans ,jgalans , dignes d'être initiés à ces 5 j myftères. Là> par quantité de libations „ les plus exquifes , & par différentes „ hymnes à la gloire de Bacchut , on tâ> j, choit de Te le rendre favorable auprès j.delaDéeffe de Cythère, i laquelle ert- „ fuite on faifoir de tems en tems de pré- „ cieufes offrandes. Les libations fe fai- foient avec les vins les plus rares , les s, mets les plus recherchés étoient les victimes : fouvent même , ( & c'étott j, aux jours les plus folemnels, ) ces mets „ étoient préparés par les mains du 5 , Grand- Prêtre. Cornus étoit l'ordonnateur „ de ces fêtes , Motnus y préfidoir. Il n'é- 3 , toit permis à aucun efclave d'ofer trou- j, bler ces auguftes cétémonies, ni d'en- trer dans l'intérieur du Temple, qu'au î, moment que les Prêtres & lesPrêtreffcs, „ com- font introduiras dans la Vcrft , depuis la conquete qu'en a fait AUsgiuire U CrWjufqu'i i tcleac, Par «8 Mémoires Secrets „ comb'és enfin des faveurs divines, rom^ ,,boien: dans une extafe , donc la piéni- tude prouvoit la grandeur de leur zè!e, & annonçoic la préfence des Dieux. „ Alors touiétoit confommé, on enlevoit „ avec refpeftces Favoris des Dieux, Se ,,on fermoir lesportesdu Temple. „ Il y avoir cerrains jours de l'année qui „ n'étoient confacrés qu'au Dieu Bacchus, & Uont les honneurs Ce faifoient pareil- „ lemenc par Cornus. Ces jours, qu'on peut „appeller les petites fêtes, croient ceux où „ le Grand-Prêtre admertoit dans le Tem- M ple Sèvqgî , Fatmé , Zélide & quelques. „ autres, aux yeux defquels, comme pro- j, fanes , on ne célébroit que !es petits „ myftèrcs. En effet, loin de mériter d'ê- „tre du nombre fortuné r à qui les fonc- „ rions importantes & eflcntielles du cul- te étoient confiées, à peine étoient-ils dignes du peu donton vouloit bien leur «faire part. Pendant que Cba-Sèphi fe livroït aux plai- firs , Ifmaïl-Beg & Cofrou étoient occupés de foins importans. La morr inattendue de Mahmoud, Roi de Thibet, mertoit tou- teVAfieen mouvement. Chaque Puiflànce defiroic ne voir ce trône rempli que par un Prince fur qui clie pût compter , & la Perfe, fçur fervir à tHijîoîre ie Perfe. 69 Perfe en particulier, avoir, intérêt de ne pas biffer échapper une -fi belle occasion, de remettre fur la tête de Qjékpur Beaupére deCba-Sephi , une couronne, qu'il avoir, autrefois portée. LeTbibet, pays grand & fertile, eft fi- tué dans ligrande Tartarie. Il confine au Royaume du Zagmbiy , & aux Empires de Ruflie , du Mogol Se de la Chine . Il fe divi- fe en grand & petit Thibct. Lcj Grands du Royaume ont droit de vie & de mort fur le Peuple , qui eft cfclave. Toute la for- ce du pays confîfte en Cavalerie. Le Gou- vernement y eft mi-parti , le Roi ne peut tien faire fans le concours & le confente- ment des Grand*, mais il a le droit de dif- pofer des Charges & des Gouvernemens, qui ne peuvent cependant être polfédés que par des Thibétiens. Cette Couronne a de tout tems été élective , & fe vend à qui plus en offre ; c'eft alors que les Thi- bétiens , naturellement intéreffe$& avides d'argenr, font acheter leurs fuffrages bien cher , prenant à toutes mains, fe donnant in dift in clément à tous les Prêrendaus, te- nant aujourd'hui pour l'un, demain pour l'autre, fouvent même changeant de parti j»lus d'une fois dans le même jour. Lors- qu'il s'agit d'élire un Roi , l'ufage eft que 70 Mémoires Secrets chaque Seigneur fe rende au lieu indique pour l'Aflembléc générale avec un certain nombre de troupes : ces differens Corps réunis compofent une armée nombreufe, deftinée à mettre les vocaux à l'abri des entreprifes de quelque Candidat mal in- tentionné i & à procurer à celui qui eft proclamé , un moyen promt & efficace de réduire par la force , ceux qui pourroient lui devenir contraires. Il y avoir nombre d'années que Mah- moud, RajadeLahor, avoitétééluRoi de ce pays. A peine avoit-il pris pofïeffion. de fes nouveaux Etats, qu'enhardi par la pro- ximité de fa Principauté de Lahor , d'où il pouvoit tirer aifément de puifîans fe- cours, il tenta de porter fon autorité plus loin, quen'avoïent fait Ces Prédéceffeurs, & d'opprimer la liberté des Grands. II fut même aflez imprudent pour attaquer , fans en avoir aucun prétexte , le Roi de Jalékeldiir, dont il méprifoit hautement la jeunefle. Ce Roi offenfé entra à main armée dans le Thibet, & fécondé parles mécontens, il détrôna Mahmoud, qui s'en- fuit dans fa Principauté. Enfuite aiant fait afîembler les Grands du Royaume, il fie élire Cbêkç/ir, Seigneur Thtbélien des plus puiflàns qui lui étoit dévoué. Mais le Roi - de Eat£tSi»«^ i. to^rofita , pour , fous le prétexte fpj- S&'e " &»» «uBeaupére d = polant aux drfetas du Cr^-J^-" 1 * |„erre dont le toc ftcM «°" "°"; f = [ t r ment de faire aux dépens dçeet ™*g?£ un Etat confidérable à un F.ls de celui de UtM» , Sr d'augmenter les potïeffions du 5„U« a g .ec l.fquels «ce. effetla PeWi s'étoit étroitement unie , mais enco- re ieptocurerà Cb.-Sifhi de 8™°*»^ 7i Mémoires Secrets . . Avantque d'entrer dans le détail de cet- te guerre , & des fuites qu'elle eut, nous croyons devoir rapporter, ce qui fe paua dans le Tbibet au fujer de l'éleâion d'ua Le Mogol , fécondé par la Ruffie , re- commandoit fortement auprès des Sei- gneurs Thibêiiens le Fils de Mahmoud, qui avoir fuccedé à fon Pére dans la Princi- pauté de Labor , fituée dans fou Empire & en relevant, & qui d'ailleurs avoir é- poufé une de fes Nièces ; morifs qui par- toiflbient bien fuififans pour jt:ftifter l'in- térêt qu'il y prenoit. Dans la vue d'ap- puyer plus efficacement ce Prétendanr , !e Mogol & la Rujjït rirent marcher chacun une armée vers les frontières du Tbibet; moyen bien propre i déterminer les fuf- frages des Grands , qui voyoient tout à craindre en mécontentant deux Princes, qui fuplioient les armes à la main, if- maïl-Beg, plus modéré en apparence, fai- foit représenter dans toutes les Cours de VAfie, qu'il éroir odieux de gêner ainfi la liberté des Tbibétiens ; mais il faifoit ache- ter fous main leurs voix de l'argent de la Perfe , par un Emiflaire habile qu'il avoit dans le pays. Cette manœuvre , qui étoit plus du goût des Grands du Tbibet, jointe aux pour fervir à l'Hlfloire ie Perfe. 73 aux promettes, que la Perfe faifôît, de les fecourir puiïfamment en cas qu'on les at- taquât, &aupanchant qu'ils avoient pour Cbèkour né parmi eux , & qui les avoît déjà gouvernés, eut tout l'effet qu'lfmaël-Beg s'en étoit promis. Il n'étoit plus queftion que de la préfence de ce Prince , pour le- ver tout ce qui pouvoit refter d'obftacles. On fait en Perfe de grands préparatifs pour le voyage de Gtéhour , & tandis qu'un grand cortège s'achemine vers le Tbibet, s'imaginant avec le Public accompagner ce Prince, il prend, déguifé, une route tou- te oppofée , & fe rend heureufement au Thibet, fuivi d'un feul homme de confian- ce. Il eft aulïitôt élu par les Grands du Royaume ; un feul , qui ne lui donna pas fon fuffrage , fortit de l' Aflemblée , & fe retira à quelque difiance du champ de l'é- leeïion, avec les troupes qu'il avoît ame- nées , à la têté desquelles il proclama le Fils de Mahmoud. Cet événement n'auroit eu aucune fuite facheufe pour Cbékeur , fi fe mettant fur le champ à ia tête de l'ar- mée des Seigneurs , comme on l'en pref- foit, il eût marché droit à ce traître, qu'il auroit certainement taillé en pièces : mais foit qu'il ne.voulùt pas marquer fon avè- nement au trône par l'cfFufion du fang D de 74 Mémoires Secrets de Tes Su-jets, foit indolence , foi t mépris pour les rebelles, dont le petit nombre ne lui paroiffoit pas redoutable, il ne fe don- na aucun mouvement , & laiffa au parti op- pofé tout le tems de fe fortifier, & de mettre le Fils de Mahmoud à fa tête. Cet- te conduite imprudente lui coûta une fé- conde fois la couronne : la plus grande partie de fes parrifans l'abandonna , &fc rangea du cûré de fon adverfaire. Le pe- tit nombre qui lui étoitrefté fidèle, ne put tenir contre des forces fupérieures. Ôiè- kpur fut ob'igé de prendre la fuite , & de le réfugier, avec ceux qui volurent bien fuivre fa fortune, dans une ville frontière- du Thibet , où il fut auffitôt affiégé. Ces fâcheufes nouvelles arrivèrent bien- tôt en Perfe. Tout le Rnyaume qui regar- doit l'affaire du Thibet comme la fienne propre, difoit hautement que la gloire du Sopbi & l'honneur de la Nation étoient intérefies à foutenir Oiikour. Ifmdël-Beg , ou plutôt Cofrou , charmé de ces difeours, qui jufiifioient aux yeux de toute ÏAfie Jes grands préparatifs de guerre qui fëfai- foient , fit prendre le chemin du Thibet à un petit Corps de troupes , qu'il donnoit à entendre devoir être fuivi de rems en .tçmspar d'autres, ne voulant pas, difoit- pour fervirà fHÏJloire de Perfe. 75 Il , envoyer tout d'un coup un grand fe- cours , dans la crainte de donner de la ja- loufie aux Pu i flancs voifînes , qu'il étoic eil'entiel déménager; & convenant enco- re moins d'éloigner les forces de l'Etat, dans un tems où le Grand- Magot , que l'on foupçonnoit,avecraifon,d'avoir des def- feins contraires aureposdelaPe/fe, écoit en armes. La première colonne de ce fecours fe rendit fans accident à la Capitale du Ro- yaume de Bdel^, dont le Souverain étoic dans l'alliance de la Perfe. AuHitôt Ommur, Miuiltrc du Styèi à la Cour de BaUl^, flam- me vif > entreprenant, & que fonzèlegui- doit plutôt que la prudence , fe met à la tète de cette colonne, &, contre l'avis du Commandmt qui vouloir attendre lerefte des troupes , marche à la ville alïîégée , vue des lignes des Affiégeans , l'impatien- ce le prend , & avec une poignée de gens, à- la- vérité de bonne volonté & qui fe pré- férèrent fièrement , i! tenta de forcer le palfage ; mais i! perdir beaucoup d: mon- de à cette action , & y fut tué en s'expo- fant comme un fimplc foldar. L? Com- mandant qui avoit bien prévu ce mauvais fuccès, fit retraite, & gagna en bon ordre Arrivé à la D 2 7^- Mémoires Secrets la Capitale de Balek^, où le refte du fc- cours arriva quelques jours après. Alors on réfolut de taire une féconde tentative , & de fc procurer le partage plutôt par la rufe que par la force. On marcha aux Ennemis , mais on employa inutilement toutes fortes de ftratagèmes , & on aurait été obligé defe retirer ho nteufe ment fans rien faire , fi un jeune Officier d'environ vingt ans, n'eût pas offert, & répondu fur fiitêrè , défaire entrer unepartïe des trou- pes dans la ville , en les tranfportant de nuit dans des batteaux par la rivière, qui arrofoit les murs delà ville. Cette propofi- tion fut acceptée , & l'Officier , malgré le feu des Aflîégeans à qui le bruit des rames donna du foupçon, mit heureufement fes troupes dans la ville, & revint par le mê- me chemin & avec le même bonheur re- joindre le gros. Ce petit renfort ranima les Aflïégés , & dans l'efpérance d'en voir arriver de plus confidérables , ils fe défen- dirent avec vigueur,- mais n'étant point fecourus, ils perdirent tout efpoir. Cbî- lyur même fentant bien par l'état où la vil- le étoit réduite: quelle ferait forcée d'ou- vrir inceffamment fes portes à l'Ennemi , & n'aiant pas lieu de compter fur la gé- uérofité du Chef des Afliégeans, qu'il fa- pour fervir à CHiflotre de Perfe. 77 voie en vouloir fur- tout à fa perfonne, fortir de nuit de la ville, deux jours avant la capitulation, accompagné d'un Officier fidèle,quiconnoilîoir parfaitement lepays, avec lequel > après bien des dangers évités & beaucoup de détours , il arriva enfin à Samarcande vilîe du Zagatbay , où par or- dre du Roi il fut traité avec tous les hon- neurs dus à fon rang. Il fit quelque. féjour dans cette ville , &-ne la qui ta que pour revenir en Perfe , où il mena une vie pl us tranquile & plus heureufe, qu'il n'auroït fait fur le trône du Tbibet, dontà la paix, qui Ce fit peu de tems après , on lui con- ferva le titre de Roi. On y joignit même d'autres diftindions furEfantes, pour con- tenter ce Prince peu ambitieux, mais dont la fource fut pour la Perfe an ample dé- dommagement & bien réel des grands fraix, qud fous le prétexte de foutenirfon Beaupcre , Gba*Sépbi fit dans la guerre qu'il déclara au Magot. Lorsque Cbékgur quita Samarcande , il avoir cinquante-neuf ans. Cétoit un Prin- ce d'une moyenne hauteur , d'une taille cpauîe, aiant les épaules hautes, le vifa- ge plein , la phiiïonomie revenante , le maintien afiez fans façon , ce qui ne lui donnoit pas cet air impofant & majef- D j tueu* 78 Mémoires Secrets rucux qu'on veut trouver dans les Souve- rains. A une grande borne il joignoit beau- coup de douceur , & un fond de género- fité que fa fortune ne lui permettok pas d'exercer : il n'étoir pas guerrier , encore moins ambitieux , & Ce montroit tin peu trop familier. B : cn différent de la Reine fonEpoufe, Femme haute , ambitieufe, regreunt fa grandeur palïée , il préferoit la iciraite & Ja liberté au fafte de la Cour. La vie de ce Prince fut remplie de traver- ses. Deux fois il fe vit s Si s fur le trône daTbiht: la première, par l'autorité d'un Roi victorieux jointe au mécontentement des Ihibhkns contre Mahmoud : la fécon- de, par l'appui du Sopbi fon Gendre. Deux fois il fut forcé d'y renoncer: l'une , par la défaite de celui qui l'avoit fait Roi , & par l'inconftance de Tes Sujets ,- & l'autre, par fon indolence ÎV un excès de confian- ce : en un mot par fa faute. Cert ainfi que la Fortune traita ce Prince, digne par fes bonnes qualités d'un meilleur fort, mais en effet plus propre à n;ener une vie pri- vée qifà commander. La l'erfe aiant déclaré la guerre an Ma- got -, le Sapbi mit deux grandes armées en campagne , l'une defiinée a agir fur V In- dus , & l'autre dans les pays qu'arrofe le Gange. Boa- pour fcrvir à VHiftoire de Pcrjè, 79 Boulaki, à la té te , de la prémièrerearant paffé V Indus , s'empara d'abord fans beau- coup de réfiftance d'un Fore alfez confi- dérable , & pénétrant dans le pays, il alla mettre le liège devant Dohabai, place for- te qui ne fit pas une auffi belle défenfe qu'on l'auroit cru. Malgré les obfracles du terrain& une pluye continuelle, il pouffa fes travaux avef vigueur : le foldaç animé par fa préfence & par fon exemple, alloic aux attaques, lecorpsàmoiriécUns l'eau, avec un zèle & une bravoure dignes des plus grands é'oges. Boulaki > msitredela plus grande partie des défenfes, fe prépa- joit à attaquer le corps de la place , lors- qu'il fut tué , au milieu de fes enfans & de quelques Offi:iers-Généraux,d'iin coup de canon , au moment qu'entraîné par fou humeur vive ik pétulante, ou plutôt par fa mauvaife deftinée, il examinoit à dé- couvert de detfus le revers de la tranchée, l'effet des batterie; qu'il avoir ordonnées. Cha Sipbi perdit en lui un Général brave, expérimenté, aûif, vigilant , faifant ob- ferver uneaxafte difeipline, & d'une pro- bité peu commune. Sa marc afflige* les foldats, maisnelesdécouragea pas. Sujab Silbbi fes Lieutenans-Gcnéraux, bien in- férieurs à lui pour la capacité, eurent tour D 4 l'hon- 8o Mémoires Secrets. l'honneur de ce fiège, la place s'émit ren- due à eux peu de tems après la mort de Boulakl. Sujab, homme blanchi dans le mé- tier des Armes, & qui avoir été l'artifan de fa fortune , avoir l'intendance de ce qu'on appelle en Europe le Génie, qu'il n'entend oit cependant pas parfaitement: il étoit indécis, ne fe formoit jamais un plan fixe , mais agiflbit à rnefure ; il fai- fbit /ouvent des fautes , & ne favoit pas allez profiter desavantages que fa pofitîon, ou celle de l'Ennemi pouvoient lui donner. Jhbi, Frère de Zélide, de laquelle nous avons parlé » avoir beaucoup d'efprit , des connoiflances très étendues fur d'autres parties que la Guerre, qu'il vouloir per- fuader qu'il entendoit parfaitement, peut- être parce que depuis très longtems il ea faifoitlc métier, mais au fond guerrier médiocre, par trop précautionné ; défaut qui , en donnant lieu au foldat de penfer que fon Général n'elî pas exemt de crain- te , lui ôte cette confiance qui fait l'ame d'une armée , & le plus folide efpoit de 3a victoire. Il avoir la vue courre, autre défaut, qui dans des occaflons efientielles lui avoit fait prendre l'ombre pour le corps. Il éroit avantageux , exrraordinai- rement vif & entête , peu eflimé des Digitized by GoogI pour fervir à l'Hi/toire de Perfe. %t troupes ; d'ailleurs fin courtifan & heu- reux. La conduite de l'armée de Boufokj fut confiée à ces deux' Généraux , qui ja- loux l'un de l'autre , n'agirent pas de con- cert , & ne firent rien le refte de cette- campagne , ni la Mvante. La troifième, afin de prévenir le préjti- dice, quepouvoit apporrer aux opérations la me (intelligence des deuxChefs, onfic pafler Ibbi à l'armée du Gange; & Seif, l'un des Généraux de cette armée, eut ordre d'aller prendre la place d'ibbi. Mal- gré cette fage précaution, & quoique Sit- jab & Stiffufitnt afTez bien d'accord , ce- pendant les armes du Sophi ne firent pis de grands progrès fur ïbidus, l'Empereur du Mogol leur aiant oppofé un grand Gé- néral. I! fe nommoit Eveneg: vieitlidans le métier des Armes, aiant fait la guerre en des Pays Se contre des Peuples diffé- rens , il avoir acquis une très grande expé- rience, & acoic mérité â jufte titre le renom du plus grand Capitaine de fon tems. Il étoit d'une haute naiffance, & foutenoit la noblefie de fon fang par un mérite rare : à beaucoup de génerofitc il joignoit une grandeur d ame & une valeur qui lefaifoientadorerde fesfoldats, crain- dre & admirer de fes ennemis. Des dé- D J. goûts 8a Mémoires Secrets goûts qu'il avoit effuyés dans fa jeuneffe à la Cour de Perfe , le forcèrent à aller de- mander du fervke au Grand Mogol , qui le reçut à bras ouverts & l'employa fur le champ. Ses premiers faits d'armes annon- cèrent ce qu'il feroit un jour, & des qu'il fut paivcrtu eux premiers grades , il don- na à la Perfe, de fréquens fujets de fe ré- pentir, de ne fe l'être pas attaché. Tout ce que purent faire Sujah & Seif vis-à-vis d'un Guerrier fi reduurable, & qui rnfoit fans ceffe, ce fut deconferver les conquêtes , & de fe pofier toujours â avantageufement , ou de fe retrancher fi bien, qu'ils ne pûficnt être forcésà com- battre. Mais dans l'état défefpéré où étoient les affaires du Mogol, par les pertes confidérab'es.qu'il faifoit dans fes provin- ces du Gange , c'étoit un coup de maître de !a part d'£ve»eg, de réduire les Perfans a une efpècc de defenfive, même dans leurs propres conquêtes ; car fi la Perfe avoit eu d'auiTi grands fuccès (axVInius, qu'elle en avoit fur le Gange, on peutdire que c'en étoit fait du Mogol. Il eft vrai que ce Prince avoit entrepris cette guerre contrel'avis â'Eveneg, qui étoit bien éloi- gnée de penfer, comme fon Maître , que la Perfe fût un Ennemi à méprifer. Cet pour fervir à thlifloire de Pcrfe. Sj Empereur s'appelloit Cba-Rtjfm-Frola -. nous parlerons dans la fuite de fa Perfon- ne, de Tes Etats, & de fon Gouvernement. Gemcbid, vieuxGuerrierde quatre-vingt ans, qui s'étoit fait une haute réputation, plutôt par fa bravoure , qu'un grand bon- heur & beaucoup de préfomtion.ne con- tribuoient pas peu à rendre quelquefois téméraire, que par une expérience fon- dée fur une étude profonde de fon Mé- tier , où il entra fort jeune avec un bien des plus médiocres, & dans lequel il trou- va le fecret d'amaffer de très grandes ri- cheiTes, fut nommé Général de l'Année deftinée à opérer fur le Gange. Il avoit en quelque forte follicité ce pofte, & ce fut unechofe rifible , de voir ce Vieillard tout blanc , fous un harnois de guerre , faire à fon départ des fanfaronnades,qu'on pardonneroit àpeineà un Jeune-homme. Ses ordres portoienrde joindre fes trou- pes à celles du Roi de Necbal , & d'atta- quer vivement le Mogolà'an côté, tandis que les Chinois l'attaqueroicnt d'un autre. La jonction fe fit, & cette armée , que le Roi de Necbal commandoit en chef, de- venue formidable , fe trouva en état de faire une brillante oftenfive. Gemchid s'y comporta bien, nuis les infirmités infépa- D 6 rables 84 Mémoires Secrets rables d'une vieillerie avancée , & qu'aug- mentèrent encore les fatigues du camp , lui caufércnt une maladiej dont il mourut vers la fin de la campagne , dans une ville peu éloignée de l'armée , & dans la même chambre, dit-on, où il étoit né. Le Roi de Necbal parut le regreter , mais au fond il ne fut pas fâché d'être débaraffé d'un homme qui Pctourdiflbit fans ceflè'de fa capacité, & qui s'oppofoit à tout ce qu'il vouloir avec d'autant moins de ménage- ment, que les troupes qu'il commandoit étant nombreufes , faifoient la principale force de l'armé combinée. Nejftr & &;/"Lieutenans- Généraux fous Gemcbid prirent, après fa mort, le com- mandement de l'Armée Perfane. Tous deux étoient vifs, avides de gloire, fer- mant un peu trop les yeux fur la difciplî- ne, & dès lors aimés du foldat, très pro- pres à bien faire, ce qu'on appelle un coup de main , excellens en un mot en fécond & à la tête d'un corps peu confid^rable , mais hommes à qui le détail immenfe d'u- ne grande armée faifoit tourner la tête ; au relte braves , Si agifiant de concerc pour le bien de la caufe commune. M(Jïrefluyadansle cours de cette guerre un petit revers, que lui attira fou entête. ment poxr fervir à V Hifloire de Perfe. 8 ? ment, à ne point garnir, quoi qu'en lui eut dit , un polie à la vue de l'Ennemi, qu'il foutenoit être hors d'infulre par la nature & la*difpolition même du terrain. & par lequel toutefois il fut furpris de nuit , & forcé dans fon quartier. I! étoit même fi plein de confiance , qu'après avoir vifité un foir Stafluré tous les autres poftes, il fe livraau fommeil delà même façonj &avec autant de tranquilité que s'il eût été dans fon Palais au milieu d'If- pahan. Il y avoir à peine deux heures qu'il repofoit , qu'il fut réveillé en furfaut par un grand bruit d'armes & par les cris des combattans. Il fc lève au plus vite, & veut fe mettre en état de courir où le danger l'appelle ; mais l'attaque avoic été fi imprévue & fi bien conduite, que les Mogoliens avoient déjà pénétré jufqu a fa tente, deforte qu'encore dans le défordre où fe trouve un homme qui fort des bras du fommeil , il eft forcé de fuir ; trop- heureux de fauver fa perfonne aux dépens de fes équipages. Cette petite difgrace, fuite néceffeire de fa préfomtion Se de fon imprudence, donnalieu pendant quelques jours aux bons-mots du foldat, toujours difpofé à s'amufer de tout, fans même ref peâer fon Général J mais comme fa bra. D 7 voure - -^,^9! lized b V Google gff Mémoires Secrets voiire n'ctoit point équivoque, fa réputa- tion n'en fouftrit pas. Ce fut à peu près dans ce tems-là que Cha-Scfhi , en récompenfe àcî bonsfcrvi- ces que J/y'jfc , Ihbi , Nejfir & SWf lui ren- doicnt dans fes armées > leur envoya le même jour à chacun le grand Calant. Quoique le Mogol eue porte fur \eGan- ge l'élite de fes troupes , & qu'il en eût donné Je commandement à Sémir Général brave & expérimenté, cependant il y fut mal-mené. Des actions fréquentes entre des détachemens.où les troupes Mogolien- nes avoient prefque toujours du defavan- tage , les défilés forcés, plufieurs villes emportées coup fur coup , ouvroient aux Ennemis le chemin vers les plus belles Provinces de l'Empire, & jl y avoit .d'au- tant plus d'apparence, qu'iïs s'en empare- roient en peu de tems, que Sémir, dans un combat qu'il avoit engagé, fut tué dans le moment que l'ardeur de fes troupes & une efpèce de défordre dans celles des Ennemis, qui jufques-là s'étoïent battus vaillamment, luidonnoient lieu defe fla- ter d'une victoire complette. Quelque foin qu'on prît de cacher cette mort aux trou- pes, elles en furent bientôt inftruires. A- lors effrayées, elles n'attaquèrent plus avec pour fervir à l'Lfifloire de Perfe. 87 Ja même vigueur ; ce moment de relâche fit reprendre cœur à l'armée combinée, elle tomba avec fureur furies Mogoliens, qui découragés ne firent qu'une foiblc ré- fiflance, & prirent enfin la fuite. Les brjlians fuccès de cette campagne, joints aux progrès qiie les Chinois firent de leur côté, décidèrent du relie de cette guerre. Sigckçn , qui fuccéda à Sémir, ne put rétablir les affaires, les Mogoliem fu- rent poufTés de polie en pofle. Le Roi de Necbal fe portoit par- tout avec une acti- vité & une valeur peu communes. Sa ca- pacité à un âge où l'on peut fans honte en manquer , furpaffjit celle des plus vieux Généraux , & falloir l'atfmiration de l'Officier & du Soldat. Sur Tes pas tous comptoient marcher à la victoire. Ce fut dans ces difpofitions , fi flateufes pour un Général & défi bon augure, que fe don- na le combat d'Orixa : combat fameux, & 3ui fut d'autant plus meurtrier, que les eux armées s'attaquèrent par corps déta- chés j qui fe fuccédérenr tour à tour, de- forre qu'on peut dire qu'il fe donna autant de combats, qu'il y eut de corps qui allè- rent à la charge. Sigok?» y fît tout ce qu'on pouvoir attendre d'un grand Géné- ral, Si les Mogolitns, comme fi c'eut été là 8 S Mémoires Secrets leur dernier effort, fe battirent en défef- péres ; mais'enfin , après une longue ré- fiftance qui leur coûta beaucoup de mon- de, ils abandonnèrent le champ de batail- le à l'Ennemi, qui, accablé de ialfitude, & aiant été lui-même fort maltraité, les laif- fa faire leur retraite Tans les inquiéter,, content d'un avantage acheté bien cher. Ce fut à cette occafion qu'un Per/a», Of- ficier de marque , menant fa troupe à la charge, eut le malheur de tomber, & dë- tre pendant un te m s confïdérable foulé aux piéds des hommes & des chevaux, qui lui pafférent fur le corps. II fut enfin, ciré delà dans un état déplorable , mais qui n'eut aucunes fuites fâche ufes. C'étoit un des plus beaux hommes que l'on pûc voir , & qui étoit taxé de s'aimer autant qu'une femme; ce qui donna lieude dire, que tremblant pour fa beauté il avoit , au- danger prefque inévitable d'être tué ou au moins défiguré, préféré de fe laifler tom- ber. Depuis ce combat il ne fe pafta rien- d'important. L'armée combinée s'apro- cha des villes fortes, dans des difpofitions & avec des préparatifs, qui annonçoienc un fiège de conféquence ; mais des pro- pofitions de paix qui vinrent à la traver- peur fervir à VHifloire de Perfe. Sf fe , procurèrent une fufpenfion d'armes. Cependant on refta armé tant fur le Gan- ge que fur Y Indus, jufqu'au moment que les PuuTances belligérantes étant d'accord, retirèrent réciproquement leurs armées, & on laifia , jufqu'à la fignature du Traité> les choilfc en l'état qu'elles étoient. Aux pertes confîdérables , que l'Empe- reur du Mogol avoir faites pendant cette guerre , & qui lui en faifoient defirer la fin , fe joignoient d'autres confédérations non moins propres à le porter à la paix. Ce Prince avoir cinquante & un ans, & étoit d'un tempérament délicat ; il ne fe voyoit pour toute poftérké que des tilles, & l'âge de J'Impératrice , qui aprochoic de quarante-cinq ans, ne lui donnoitguè- res d'efpérance d'avoir un Prince qui re- levât là Maifon, qui s'éteignoit en lui. D'ailleurs, la crainte de laiffer à des Prin- ceffes, jeunes encore, à foutenir uneguerre ruïneufe , & fi l'on veut, le deffein de ma- rier l'ainée à quelque Prince, qu'il fe pro- mettoit de faire agréer à fes Sujets pour lui fuccéder , en quoi il ne vouloir point s'expofer à être traverfé par les Puilfances avec lefquelles il étoit actuellement en guerre , tous ces motifs le rendirent trai- Digitized by Google ço Mémoires Secrets Après quelques négociations prélimi- naires entre tes Minières & ceux de la Pcrfe, que l'on tint fecret tes, dans la crain- te que l'Empereur de la Cbine,&c le Roi de Necbal, ne filïent naître quelques difficul- tés, qui en retardaient le iuccès , les arti- cles furent (ignés à Gèhanabad ^Siège de l'Empire du Mogol. Ilsportoient,u il ferait misenpoffiffwnpai- fible de la Principauté de Tatta, pour en jouir fa vie durant, & qu'après fa mort cette Prin- cipauté ferait réunie en pleine fouveraineté & à toujours à la Couronne de Perte. Jgj? le Fils de Mahmoud ferait reconnu Roi de Thi- bet par Chékour & par toutes les Puiffances engagées dans la guerre. Qt/e pour indemni- fer le Prince de Tatta du facrifice qu'il faifoit de fes Etats au bien de la paix , il auroit la Principauté d'Aracam. Que le Fils de l'Em- pereur de la Chine ferait reconnu Roi delà Cochinchint & Pays en dépendant, gue Le Roi de Necbal auroit le Territoire (i. Aua & fes dépendances. gue toutes les conquêtes fai- tes par la Pcrfe fur le Mogol , pendant la guerre, lui feraient rendues, indépendamment de quelques domaines, qu'un lui cédoh cnpro- priété. Et qu'enfin la Perte garantirait le fa- meux .Digitized GpQgle pour fervtr à l'fii faire de Perfi. çt meux Edit, par lequel le Mogol avait réglé la Succeffion aux Biens héréditaires de fa Fa- mille. Tels furent les évènemens , & la fin d'une s,MeiieAoT\iCba Reffinc-Frola,réà\i\t aux plus grandes extrémités, trouva le fecret de fortir heureufement aux dépens des Princes de Taita & à'Amcam. Car le (àcrifice qîi'il fit du Royaume de la Cocbin- cbine, du Territoire d'Ava & de îeurs dé- pendances, étoït moins un facrifice, qu'u- ne ntccflicé impofceau Vaincu ; puifqiie les C/jiboti a voient entièrement fournis la Cocbincbîne , fur la plus grande partie de laquelle ils avoient même des prétentions; & que d'un autre côté le Roi de Necbal & les Perfans, étaient maîtres non feulement d'Ava, mais encore des plus belles Pro- vinces de l' Empire j fituées aux environs du Gange. D'ailleurs les «(fions que le Mogol faifoit, fetrouvoient bien balancées par la générofité de la Perfe , en lui ren- dant toutesles conquèccsqu' elle avoir fai- tes fur lui , & par les domaines qu'on lui ■abandonna en pleine propriété par le Trai- té : titre plus certain que fes prétendus droits fur les Erars qu'il cédoit. Dès que ces articles, dans lefqucts cha- que Puiflance, & fur-tout le Grand Mogol) trou- pï Mémoires Secrets trouvoit fes avantages , furent fîgnés , ce Prince s'emprefla de conclure le mariage de Nagar fa Fille ainée avec Narfic Prince A'Aracam , qui avant la paix portoit le nom de Prince de Tatta. Mais Cba-Ref- finc- Frôla fe flatant toujours d'avoir un Héritier, fit renoncer les deux Epoux â la Couronne du Mogol, en cas qu'il lui naquît un Fils; & il fut iupulé parle même Aéèe, que fi Nagar n'avoit point d'Enfans mâ- les, & que fa Sœur Rêmana au contraire en eût, ceux-ci , à l'exclufiôn des Filles de Nagar , auroient feuls droit à la Suc- ceffîon des Biens héréditaires du Mogol, auxquels Narfic , pour ce qui le regardoit perfonuellement, ne pourrait jamais for- mer aucune prétention. Cofrou, àquion ne pouvoir refufer la gloire d'avoir procuré à Cba-Sêphi & à fes Alliés de grands avantages par la paix, donnoit tous fes foins à faire jouir la Perfe des fruits de fes travaux, lorfqu'il futdif- gracié. On lui reprochoit d'avoir, parle Traitéde Gthanabad, facrifié les intérêts des Alliés à l'Empereur du Mogol, Si de ne lui avoir pas fait acheter Ja paix aux con- ditions les plus dures: conditions que ce Prince, battu de tous les côtés, auroit été forcé d'accepter, à moins qu'il n'eût vou- lu Digitized by Google pour fervir à i'Hifloire de Perfe. 93 Jli tour perdre. On l'accnfoit encore d'a- voir reçu des fommes immenfes pour prix d'un iî grand fervice. Cba-Sépbi même avoit, dit-on, averti Ifmaël-Beg d'éclairer la conduite de Cofrou, & lui avoir fait en- tendre, qu'il étoit bien informé, qu'il abu- foit de fa confiance : mais YAcbêrnatdouUt, prévenu en faveur d'un homme qui croit fa créature,& dont les lumières lui étoient devenues nécenaires, le juftifioit fans cet fe, Se. atrribuoit à la feule jalouiîe les traits evenimés qu'on lançoit contre lui. En- fin j foit qu'on fur parvenu à avoir des preuves convaincantes de l'infidélité de ce Miniftre , ou qu'7/wdÉ'/-Be^fentic qu'il lui devenoit impoffible de le foutenir plus longcems, il fut enlevé & confiné dans un château fort , où on ne le laùToit voir, ni parler à qui que ce fût , même de fa fa- mille. Châtiment trop doux pour un fi grand crime , fi on en étoit certain, mais trop rude pour un fimplefoupçon ! Il y a même toute apparence , qu'on n'avoir pas pu découvrir des preuves fufnTanres con- tre lui , puifque fa détention ne fut pas longue i & qu'on le transféra dansla ville capitale d'une Province du Royaume, où, jouiflant de la iiberté qu'on accorde à un homme qui n'eft point criminel d'Etat , il voyoit 94 Mémoires Secrets voyoit fa famille, rendoir les vifitcs qu'on lui faifoir, recevoir & écrivoit des Lettres. Telle fat la deftinée d'un homme capable, dont peut-être un peu d' imprudence, mais fur-tout le crédit des ennemis de la Fa- mille dcMrv./farfifl.qui le foutcnoit.cau- férent la chute,plutôt qu'un défaut de pro- bité bien avéré. Tamel lui fuccéda dans la place de Pré- mier- Sécrétai rc d'Etat, & laGardedu Ca- chet du Sopbi fut rendue au vieux Ibrahim, à qui on l'avoir ôtée il y avoir plus defei- ze ans. Tamel, hTu d'une famille connue dans la Politique, avoit longteimrempli des em- plois rélatifs à la Finance , à laquelle il étoit plus propre qu'à la placeoù on l'avoir élevé, dans laquelle il ne repréfentoit pas des mieux. Il avoit de I elprit, étoit labo- rieux, vif, ambitieux & jaloux. Il b;ga- yoic, défaut confidérable dans un homme deftinc à conférer journellement avec des Minières érrangers. Pour l'aider dans les fondions pénibles de fa place , il eut le bonheur de trouver d'excellens Ouvriers, qui depuis longtems en faifoicnr le détail, & connoiffoient parfaitement les intérêts de la Perfe, & ceux de toutes les Puiffan- ces étrangères. Ces Ouvriers , moins en pour fervîr à l'Hiftoire de Perfe. 95 bute que les Minières aux traits de l'en- vie , & d'autant moins expofcs aux révo- lutions) qu'il faut pour les remplacer une grande capacité, qui ne peut s'acquérir que par une longue expérience, font leshom- mes de l'Etat ; les MinHlres changent, Si eux meurent en place. 1! femble dès lors qu'un Miniftxe doit les ménager , & les regarder en quelque forte comme fes fé- conds; mais Tamd , fier, ialoux de fon rang , & qui d'ailleurs en vouloir à un de ces hommes , parce qu'il avoir eu , & avec raifon , toute la confiance de Cofrou, s'attacha à le perdre. Pour y réuftïr plus furementj il l'accufa d'entretenir des cor- refpondances fufpeâes, air-tout avec Cof- rou, & de refufer de lui découvrir des fe- crets importansà l'Etat, dont il difoit le favoir inftruit. Sans autre examen , cet homme fut arrêté, & refierré ii étroite- ment , que fa femme même ne put obte- nir ia permifTion de le voir. Quoiqu'un traitement fi févére pût donner lieu de penfer qu'il étoit criminel, cependant fa probiré étoir fi univerfellement reconnue, qu'on ne le foupçonna pas de la faute !a plus légère; & fon malheur fut unique- ment attribué à la jaloufie Se au mauvais caractère de Tamel , à qui cette affaire fit du $6 Mémoires Secmi du tort chez les Etrangers & dans Fcfprîr de la Nation» Ce fut peu après la disgrâce deCofio» qù Ifmasl-Beg penfa à quiter le timon des affaires , & qu'il détermina le Sopbi à )et- tcr les yeux fur le Prince Sévogf pour le remplacer. Quant à la droiture , au zèle pour le bien de l'Etat , & à un excellent jugement , on ne pouvoir faire un meil- leur choix ,■ & ce font- là des qualités bien effentielles dans un Homme d'Etat , & peut-être les feules â y chercher ; car pour le travail & les détails, on fait qu'un Miniftre eft toujours entouré de gens , qui ne demandent pas mieux, que de lui en épargner la peine. Ainfiil femble qu'il fuf- fife qu'il ait de la probité , de l'amour pour la gloire , des vues Aires , & fur- tout un efprit net , fuite & de précilîon, avantages, que fans injuftice on ne pou- voir refufer à Sévagi. Ce Prince né parefîèux , d'un âge où l'on penfe plutôt à fe repofer qu'à fe livrer aux affaires , Se à qui d'ailleurs une fanté un peu dérangée, Ôc la mort de fon Frère Soliman arrivée depuis environ un an, fai- foient faire des réflexions, avoit longtems rélifté aux vives follicitations d'Jfmaël-Beg, & même de Cba-Sépbi. Mais comme il aimoit pourfervir à Cf-Uftoire de Perfe. 97 aimoic tendrement le Sophi , Se qu'il ne pouvoir, fans ingratitude, ne pas lui don- ner cette preuve de fon entier dévoue- ment, il le rendit. Les mefures furent prifes pour le nommer Athènmdottkt, à une Maifon de Plaifance à douze heures de chemin d'Ifpahan , où Cba-Séphi devoir, al- ler piller une partie de l'Automne avec toute fa Cour. Mais que la Providence fe joue des projets des foibles mortels! Sé~ vagi, qui avoir eîfuyé il y avoit plus de vingt ans l'opération de la Pierre , & qui depuis deux a trois années refientoit de tems en tems des douleurs dans la veffie , qui lui faifoîent apréhender le retour de cette terrible maladie , ufoit de remèdes qui fembloit lui procurer du foulage- ment , mais qui n'étoient en effet que des palliatifs. Aux approches du départ du Sophi, il eut des attaques plus vives & plus fréquentes qu'à l'ordinaire, auxquel- les fcjoignirctit des fy triplâmes qui étoient d'un mauvaispronoiHc. Ons'allarmaavec raifon , on appella les plus fameux Méde- cins, & un Chirurgien franc, qui pour lors fctrouvaheureurementà^nîiia. Ilsexa- mmerent avec toute l'attention pcfllble l*étât du Malade , ils comparèrent les ac- cidens aftuels avec ceux que Stf><%i avoïc E m 9! Mémoiret Sczren eus par le paffé , le Chirurgien franc apliquala fonde. Leréfulrat futquelefiè- ge de la maladie étoit l l'urètre , qu'il y avoir, ulcère, & que, pour arrêter les pro- grès du mal & éviter une mort certaine, i! falloit faire l'opération, de laquelle.quoi- que dangereufe, onnedoutoit pas que Sé- vaginc fe tirât bien, attendu fa bonne con- fiitution & fa vie réglée. Ce Prince s'y dé- termina i & le Chirurgien franc fit l'opé- ration , qui fut aufft heureufe qu'on pou- voitledefirer: les fuites même donnèrent d'autant plus d'efpcrance, que l'on ga- gnoit du tems , chofe effenriclle dans ces fortes de maladies. 'Mais le dix-neuvième jour au matin , Sévagik trouva rrès mal , & tomba dans une fyncope totale qui du- ra vingt-quatre heures, accompagnéede mouvemensconvulfifs affez fréquens. De- puis cetaccident il empira à vue d'œi! , & mourut enfin le vingt-deuxième jour vers le foir, après avoir, depuis l'inftant de l'opération , foutenu avec unefermeté ad- mirable les douleurs les plus aiguës. Il ne laifla qu'un Fils âgé de treize ans, auquel, avant de mourir, il donna les plus gran- des & les plus belles infrruâions. Zélide eut une grande part à fes dernières difpo- fitions , par le/quelles il Ordonna aulfi â roue pour fervir h VHilîoire de Perfe. 99 tous les Domcfriques des récompenfes proportionnées à leur état & i leurs fer- vices. Il fut univerfellement regreté, & méritoitde letre. Zélide fur-tout futîn- confolable. Cha- Sépbï envoyoit tous les jours fatoir des nouvelles de Svagi t & tous les Grands, autant par inclination que pour faire leur cour au Sophi , fuivoient fon exemple. Le dix-neuvième jour que nous avons dit avoir été fi dangereux, Daltémo vint de grand matin de !a part de Cba-Séphi, Se aiant ordre de voir Sêvagi, il defira d'être introduit auprès de lui , malgré le trille état où on lui dit qu'il étoit. On en in- forma Ibbi , qui étoit auprès du Malade. Il préfuma qu'en annonçant un Exprès du Sopbï , cela pourroic donner un grand ébranlement à l'âme , & rendre le mouve- ment aux efprits. Dans cette efpérance. il s'aproche de Sévagi , & lui dit d'une voix forte , que DaUétno demandoit à le voir dp la part de Cba-Séphi , mais qu'at- tendu la foiblefle où il étoit,iI alloit ie re- cevoir. Sévagi fortant comme d'un pro- fond fommeil dit à Ibbi , que ce n 'étoit pas trop de foi-même, pour recevoir de femblables Meifagers, & il ordonne qu'on faffe entter Daltémo. Il entre & fait parc loo Mémoires Secrets au Malade de l'inquiétude du Sopbi. Sévagi, avec unepréfenced'efprit qui étonne tous ceux qui favoient l'état d'où il fortoit, prie Valtimo à'i(CaieT<3ja-Sépbi de fon refpeâ, de la reconnoilîance & de fa fidélité , & le xhargedetendrescomplimenspouri/nwS/- &eg, auquel il recommande fïngulièremenl fon Fils & -Zélide. A peine Daltémo fut-il forti , que ce Prince retomba en fyncope, & quelque chofc qu'on pût faire , il ne fut pas pofÏÏble de tout le jour de rappeller îèsfens. Circonftance bienfinguliere 1 . qui ne laiffê aucun lieu de douter que Sévttgi n'aimât très tendrement le Sapin , Se que ■ce nom fi cher n'eût fait fur fon ame une jiUpreffion fi forte, que les efprits du fang Se ranimèrent dans le moment. La mort de Sévagi dérangea tous les projets de Cba-SépJùSi d'Jfmdël-Beg. Ce- lui-ci oublia fes idées de retraite pour fa- ■crifier le cafte de fes jours au fervice de ion Maître. Les foins qu'il donna â l'Etat ne lui firent cependant pas perdre de vue le Sévagi , il lui continua la tendre amitié qu'il avoit vouée â fon Père , & lui en donna des marques 'bien effectives, ea lui procurant , malgré les intrigues des ja- loux &descontradiâeurs, toutes les char- ;gesque ccPrinceavoicpoifédées. Cha-Sé- pourftrvir à l'Hijloire de Ptrfe. lor phi , fidèleàla mémoire de Sévagi, conti- nua même pendant deux ans , d'honorer fou château de fa préfence; mais les dé- gouts que Nargian, comme-nous l'avons dit, donna à quelques perfonnes de fa fui- te qu'il affeâionnoir, & l'occafion qui fe préfenta de lui faire acheter une Maifon de Plaifance avantageufement fi tuée fur les bords du Z'endérou à quelques milles d'IJpabati, firent ceiTerces voyages. Le Sopbi fe donna tout entier au plaifîr dé rendre ce féjour digne d'un Souverain;, il fit des augmentation s con (î d érables dans lesbâtimens, qui n'étoientpas alîez vaf- tes. Ony admiroit entre autreschofcs un petit appartement pratiqué au deffus de celui de Cha-Sépbi , auquel il communi- quoit par un efcalier dérobé C'étoit l'ap- partement de la Favorite. La finefle de la fculpture, l'or, l'azur.un meuble des mieux snteiîJus, & quantité de iièa l™ies ghees- avantageufement placées en relèvement la fimplicité , Si lui donnoient un air galant qui frappoir. En un mot l'art s'y étok épuifé pour les commodités , le bon goûc & la galanterie. Un des Favoris de Cbtt- Sépbi nommé JZfgon., fils de Scif, eut le gouvernement de cette Maifon , où le Sa* fbi ailoit fréquemment , accompagné de E js Rétimit loi Mémoires Secrets Kttima &l des perfonnes de fa Cour qu'il h on or oit de h familiarité. Ce lieu devint bientôtaufiî fameux que les perits réduits du Palais d'Jfptban , & plus agréable par le champêtre & la folitude dont on y pou- voir jouir à tous momens. Mrzjt-Haddi mourut â peu près dans ce tems-là , & fut fuivi de près par Qfmm, qui avoir le détail de la Guerre. Celui-ci fut remplacé par Ibben , qui l'avoir précé- dé dans ce pofte après la difgrace de l'in- fortuné Akabar. Cette même année les Vsbecks du Zaga- tbay perdirent leur Roi , Prince âgé d'en- viron cinquante-deux ans, & qui par fa vie réglée & fon bon tempérament pro- mettoit une plus longue carrière. C'etoit lefecond Roi dece Pays. Son Père, Raja d , Attoch,àans les Etats du Afogol, aiant puiflammenraidé de fes troupes Gba-Polè- dol , lots Empereur du Mogd , embarqué dans une guerre facheufe, en obtint pour, récompenfeque \e Zagatbay , dont il étoit Souverain , feroit érigé en Royaume. Le Prince, de la mort duquel nous par- lons, étoic d'une moyenne taille, un peu gros, fe mettoit très uniment, ou plutôt îans façon, vivoit de même. II étoit ava- re, ne faifoit dedépenfe que pour l'en- tretien pour fervir à l'Hifloire de Pcrfe. 103 tretien de fes troupes , dont il avoir tou- jours un corps nombreux fur pié. Vou- lant de grands hommes , & n'épargnant rien pour s'en procurer ; ^'occupant de revues & de chaffe ; abfolu , peu aimé de fes Sujets , & même de fes Enfans qu'il traitoit durement. Au refte aimant à vivre en bonne intelligence avec fes Voifînsi ne fâifantla guerre que pour de fortes rai- fons, aiant beaucoup de bon-fens, & une très-grande connoiflance de fes vrais in- térêrs. I! laifiâ fes Etats & des rréfors immen- ses à G'ton-lÇan fon Fils ainé, âgé de vingt- neuf ans. Les Usbecks furent ravis de voir Gif le trône ce Prince, qu'ils aimoient ten- drement , & dont ils avoient conçu des efpérances d'autant plus flateufes , qu'ils n'ignoroient pas qu'il avoit fouvent blâmé la dureté & l'avarice de fon Pére. Il avott l'efprit extrêmement cultivé > mais trop tournéâlaDialedique; ils'occupoie uti- lement, aimoit les Gens- de- Lettres. A- vanc de monter fur le ttône i! étoit affa- ble, doux, carefiant, généreux , mais i peine y fut-il affis, que] ces belles qualités difpaturent : il fe montra Roi ambitieux, Politique dangereux. Allié peu fùr, Voifio inquiet , Maitre dur, en un mot plus fier, E 4 plus 104 Mémoires Secrets plus abfolu quefon Père, & encore moins généreux, ' Cependant la Perfè n'étoir occupée que du mariage de la Fille aînée de Cb*-Sépbi, avec un Fils de l'Empereur de la Chine. Il (e fit avec tout l'éclat & toute la pompe poffibles. Les fêtes les plus galantes, les fpeéhclcs les plus magnifiques , les arcs de triomphe ornés de de viles & d'infcrïp- tïons, les feftinslesplusfonitucuxfe Suc- cédèrent tour à tour , & firent pendant plufieurs jours famufëment de la Cour & de la Ville , & l'admiration des Etrangers» qui croient accourus de toutes parts a ces fêtes. La PrincefTe n'avoir que treize ans; elle {toit extrêmement aimable, & qu'ils favoienc que Gtlaleddin ne l'accor- doif que très difficilement. Ils firent fi- bien ■ qu'ils parvinrent à leur but > du moins en partie ; car Gélalcddi», qui crai- gnoît, en leur accordant un privilège in- défini , d'augmenter leur puifïânce , qui faifoit déjà beaucoup d'ombrage à la plus grande partie des Souverains , le reftraî- gnit à un feul Navire. Les- japonais furent habilement en, tirer parti , en envoyant i E S !» Jo6 Mémoires Secrets \à Chine un Vaiifeau fi confidérable , que fa charge étoit équivalente à celle de plu- fieurs Bitimens ordinaires ; & pour fe dé- dommager des bornes que l'Empereur de la Chine avoit prétendu donner à fon pri- vilège, ils avoient la précaution , lors des retours, de tenir fur la route, desNavires dans lesquels on déchargeoit la cargaifon du grand Vai fléau, qui de cette manière fe trouvoit en état de faire en très peu de temspluiîeurs voyages à la Chine. En effet, on peut dire qu'on l'y voyoit toujours, car à peine étoit-il forci des Ports qu'il y rert- troit. Ce manège dura plufieurs années, pendant lesquels les Japonais firent des profits inconcevables- On ouvrit enfin les yeux à !a Chine , on vit qu'on avoir été la dupe des Japonais ; & pour les pu- nir de leur mauvaife foi, on, pour mieux dire, de leur habileté, Gélaleddtu voulut retirer fon privilège. La Cour du Japon fit tout au monde pour parer ce coup. Après bien des tentatives inutiles, les Ja- ponais jugèrent que, plutôt que de foufrir l'affront que Gélaleddin vouloit leur faire , il étoit plus expédient de tâcher , puiffans comme ils l'étoient , de conferver par la force des armes un avantage que leur pis- aller étoit de perdre. Tel Digilized by Google pour fervtr à l'HiJloire Hé Perfe. ï 07 Tel fut le motif de cette guerre, donc f événement tetioit toute VA fie attentive, lorsqu'on aprit la mort de Cba-Refflnc- Frola Empereur du Mogol. Ce Prince , qui étoit le treizième Empereur de fuite de fa Famille , vit éteindre fa Maifon avec fa vie. Il h'avoit que cinquante-cinq ans lors- qu'il mourut j & il en avoir paffé vingt- neuf fur le trône, prefque toujours les ' armes à la main. Il avoir hérité de toute la fierté , de l'ambition & du défir de do- miner de fa Maifon. Sa politique étoit ra» finée, fa haine contre la Perfe implacable, fon humeur fombre & mélancolique, fon earaâère plus doux que celui de fon Pré- déceiTeur, maisabfolu ; fon gouvernement dur, défaut commun à tous les Empereurs de cette Famille. Sa Cour étoit belle fans être galante , fa dépenfe grande fans être magnifique. Il ne fouffroit pas volontiers les avis qui ne s 'accord oient pas avec fes idées, il n'éroit ni généreux , nicompa- tiflant. Il avoir fait fes preuves de bra- voure à la tére des armées avant qu'il fût Empereur ; mais depuis , ne faifant la guerre que de fon cabinet , il avoir ou- blié que les Armes font journalières , & que la Fortune , cette Déelfe capricieufe-, tourne quelquefois le dos au Guerrier le ieg Mémoires Stcrttt plus brave & le plus expérimenté- Sur ce principe, il puniflbitfansrniféricorde, par la perte de la tête ou de la liberté , un Gé- néral quis'étoit laiflè battre. Politique peu propre à former des Capitaines du pre- mier ordre! Sévérité d'autant plusinjufte, que pour l'ordinaire les ordres de la Cour, pour les difpofîttons néeelfaircs aux opé- rations de campagne , étoient ou fi lents ou fi mal exécutés, qu'un Général ne pou- voir guéres fe promettre de ne pas efluyer quelque échec. 1 Sa mort fut caufée par une indigeiKon qui l'emporte en huit jours. De fon ma- riage avec Sêlatiheb , Princeflê de Vrisknub, qu il avoit époufée.il y avoit trente-trois ans, it ne laiflà que deux Filles, Nagat mariée quatre ans avant fa mort au Prin- ce d'Aratam, Si Rèmana qui écoit encore Fille. Ne prévoyant pas que là vie dût être fitôt terminée , il n'avoir pris aucu- nes mefures pour fe donner un Succeflèur à l'Empire, & fe contentant de laiiTer en- trevoir fes difpofitions en faveur de fou Gendre , qu'il avoit quelque envie de fai- re déligner de fon vivant, il s'en étoit tenu à fonder la bonne volonté des Rajas, fans Élire aucun arrangement férieuxi 01 £ toi de la Maifoa de Dtlty , qui de- puis ptw firvir ù FHiflmrc de Perfe. 1 09 pais plus de trois iîècles occupoit le trône du Magol, qu'elle s'étoit, quoiqu'éleôtif par fa conftitution , rendu comme héré- ditaire. Un efprït de politique toujours le même , plufieurs grands Royaumes Se quantité de Souverainetés entrés de rems à autre dans cette Maifon , les uns à titre de Succeffion, les autres qu'elle s'étoitap- propriés i mefure, qu'elle avoir vu croître fon autorité, partie par Droit de conquê- te, quelques-uns par des Traités, a voient élevé cette Famille à un fi haut degré de puiffance.que tout l'Empire tre m bkm.fur- tout fous les trois derniers Empereurs] & que dans les Afiemblées qui fc convo- quaient pour y prendre des réfol lirions fur lés affaires générales, on n'ofoit délibérer que conformément à leurs ordres. La li- berté publique gémiffoit fous le joug d'un defpotifme d'autant plus injufte, d'autant plus odieux, que ces Princes a"ignoroîenc pas les Conflitutions de l'Etat, & qu'an mépris des fêrmens les plus facrés par les- quels, avant leur Couronnement»onavoîc pris la précaution de les lier envers tout le Corps de l'Empire, ils ne s'attachoienr chique jour qu'à éluder les conventions» eu à en détourner le fens. t Le Royaume de GoUonde fut rendu hé- no Mémoires Sëcrttt '■ . rédi taire par Cba-Polêdol, qui, en fa pré» fence , en fit couronner Horion Fils dans une Aflëmblée qu'il avoir convoquée dans la Ville capitale, pour la forme feulement, puifoue de fa propre autorité, i] abrogea les formalités, qui depuis plus de fept fiè- cles s'étoient inviolablement obfervées lors des Editions : violence qui ibuleva la plus grande partie du Royaume, &y caufa une guerre opiniâtre, qui dura plu- fieurs années , & qui coûta enfin aux Gol- eondois la perteentière de leur liberté & de tous leurs privilèges. Ce Prince traita de même la Principauté de Balaguate , qu'il rendit Province héréditaire. Avec laméme autorité il dépouilla un Raja de fa dignité, & en créa un au-delà du nombre ordinai- re , l'un & l'autre fans la participation & le confentement des Etats derEmpire> auxquels le droit de création, ainfique Celui de deftitution, eft attribué par les Loix: enfin de fa pleine puiuance il éri- gea le Zagatbay en Royaume. Son SuccefTeur Seipko , plus violent & plus ardent encore à faire valoir fon au- torité , regarda le Royaume de Jénupar comme un bien héréditaire, &en prit le titre de Roi , fans s'être fait élire ni cou- ronner par les Etats de ce Royaume, qui ce- pour fervir à l'Hifioire de Perfe. rrr cependant le reconnurent fansaucune pro- testation , & femblérent renoncer ainfi au privilège délire leurs Rois; privilège con- firmé par un Edit aurenrique, donné il y afott près de quatre fiècle , &quiétoic regardé comme la Loi fondamentale de l'Empire. Il fit proferire dans Ton Confeil les Rajas de Multan & de Vifapow, du der- nière defquels la tête fut même mife à prix. Il déchira lui-même la minute de l'Acte que Cha-Polédol fon Pére avoir fait expédier pour les invertir de leur dignité, e* jetta les morceaux par terre, les foula aux piés , s'empara de leurs Etats, qu'il traita comme Pays de conquête, fit en- lever les Enfans du Raja de Vifapour , les fit conduire dans une place forte, & leur ôta yufqu'au nom de leur Maifon. Il ufur- pa des Souverainetés fur les légitimes hé- ritiers , en vendit d'autres qui ne lui ap- partenoient pas , &c exerça enfin des vio- lences inouïes tant au dedans qu'au de- hors de i'Empire. Cha-Refmg- Frôla, à fon avènement au trône , n'eut' aucun égard aux inftances des Golcondois pour le rétabiiflement de leurs droits & privilèges, & fur- tout à la demande qu'ils firent, que l'héréditéde la Couronne de Gokonde ne pûï être tranf- mife lis Mémoires Secrets mile â l'avenir aux branches féminines de la Famille de l'Empereur. Il forma le def- fein de retenir, 8c retint en effet quelque rems les Domaines & Souverainetés des Rajas de MttUan & de Vifipour , que fon Prédéceffeur avoir envahis: il fit reconnoî- tre le Raja que fon Père Cba-Polédol avoit créé, fut engager l'Empire dans des guer- res quiluiétoient perfônn elles: enfin il fit jurer i ce grand Corps l'exécution du Dé- cret , par lequel , deux ans après fon élé- vation à la Couronne Impériale , il avoit jugé à propos de régler l'ordre de fucaé- der dans tous les Royaumes, Etats , Pof- feflions & Biens héréditaires de fa Maifon ; Décret, que par fon autorité il vint i bout de faire recevoir comme Loi de l'Empire, & qu'il eut la fatisfaâion de voir garanti par la plus gtande partie des Pui fiances de YÀfu. Ce Décret dépofë dans les Monumens publics , pour avoir force de Règlement perpétuel tk irrévocable, portoit qu'en cas que Cka-ReJJînc- Frôla mourût faits aucune Lignée mafeuline, F aînée de fes Filles, l'ordre & droit de primo géniture indivifible toujours thfervê, lui [accéderait dam tous fes Royau- mes , Provinces & Etats, fans qu'il y eût jamais Heu à aucune divisa e*fip*T*tit* en pour firvir 4 ?Hifioire de Perfe, 113 faveur de ceux, oit celles, qui feraient âe la féconde , troiftème ou dernière ligne , ou degré * ou autrement four quelque caufe que ce pût ttre , ce même ardre& droit de primo-géni- ture indivifMe devant fubftfler dam tout les autres cas,&à perpétuité , dans tous les tems & dans tous les âges également, toutes fois ' &quan%es qu'il pourrait être queflion de la fuccejfmn aux Royaumeij Provinces & Etats héréditaires de cet Empereur. La Succeffion de ce Prince éf oit immen- fe. Indépendamment des Royaumes de Golconde & de Jénupar, des Principautés de DeUj , de Sambal, de Bacar Se de Bengale , il laifla encore lesEtits de Gandis, deBa. laguate, de Télenga, de Carnatica, de Pat- na,&£ quantité d'autres Païs & Domi- nations. Immédiatement après fa mort, Nagar fa Fille ainée fut proclamée Reine de Golconde & de Jènupar, Princefle Sou- veraine de Delly, Si de toutes les Provin- ees&Pays hérédiraires de ion Pére, félon i \ l'ordre établi par le Décret dont nous ve- nons de parler. Elle fut reconnue non feu- lement dans tous fes Etats , & par les Ra- jas, mais même par la plus grande partie de Y A fie. \.eîe\x\RajadeVifapour refufade la reconnoître, à caufe de fes prétentions /. fur la Succeffion du feu Empereur, qu'il avoit Digitized by Google 1*4 ' Mémoires Secrets avoir réfolu de faire valoir , & qui étoient fondées Air d'anciens Traités de Famille, & fur le Teftament de l'Empereur Sepper- /Çn» 7. mort il y avoitprès dedeux-cent ans, qui portoit, J$ue la Prince ffe fa Fille einie, laquelle fe trouverait en vie au tems où la fuccejjion ferait ouverte , fuccèderoh aux deux Royaumes de Golconde & de Jénupar, & autres Etats , dans le cas oà il n'y aurait plus d'Héritiers mâles d'aucun des trois Frèr res de cet Empereur; Par une autre claufe de ce Teftament, ce Prince ordonnait, que tous fes Etats bérér- ditaires ifeDelly & leurs dépendances appar- tiendraient Kprèsl'exùnBiondc fes Defcendane mâles légitimes à fan Frère & à fes Héritiers mâles, qui feraient les feuls & uniques . ..... excepté celle de fes Filles qui fuccèderoit à fes Royaumes&les poffèderoit. Et par un Co~ dicile, poftérieur de quatre ans à ceTet rament, il confirma cette difpofition, & déclara expreffément, que dans te cas dont il efl queftion , les Royaumes de Golconde & de Jénupar fer tient hérités par l'aïnée de fes Filles, qui dans ce tems-làje trouverait en vie. Cet Empereur maria fa Fille aînée à art Raja de Fifapour , 8c c'eft de ce mariage que defcendlaMaifon régnante, Se qu'el- le tire fes prétentions fur laSuccefiionde pour fervir à f Hifloke de Perfe. % 1 5 Cha Reffm- Frôla. La Princefïè Nagar ré- pondit.que l'article du Teflamenr produit par le Raja de Vifapour, n'écoit pas con- forme à l'Original , dans iequel , au- lieu de ces mots, dans le cas oi il n'y suroît plus d'Héritiers mâles , on Jifoit, dans le cas où il n'y aurait plus d'Héritiers légitimes ,• qu'en conféquencedc cettedifpofitionfaï- te, conformément aux droits de laNature & a tous autres , la préférence fur qui que ce fût lui appartenoit, comme Fille ainée du dernier vivant des mâles; & que d'ail- leurs il étoit confiant, que lorsqu'il s'agit d'une Succeflïon.qui n'exclut pas les Fem- mes, elles doivent être comprifes fous le nom deDefcendans légitimes. A ce Prétendant il s'en joignit encore d'autres. L'un fut le Roi Necbal, qui re- clamoît la Principauté de Bengale; l'au- tre, l'Empereur de la Chine , qui fe fou- doit fur un Pacte de Famille (igné il y avoir cent vingt-trois ans dans la Capi- tale du Royaume de génupar entre les Empereurs du Mogol & de la Chine règnans alors, par lequel celui de la Chine cédoit au prémier, l'expeftative de la Succeflïon aux Etats de Bacar, de Sambal,Si à plu- fïeurs autres Provinces, à condition tou- tefois, que fi la Poftéritc raafcujine de L'Era- Digitized by Google kl# Mémoires Setrets l'Empereur du Mogol venoic à s'éteindre, les Etats cédés, reviendroient à celui de la- Ghine, ou à fa Poftérité, de manière que IcsFilles exclueroient la Poftérité de l'Em- Eereurdu Ji/çgo/. D'où Ton concluoit,que ;s Princes & Princeffes iflus de laFemme de Cha-Abas le Grand, (laquelle defcen- doit de l'Empereur de la Chine, dont eft queftkm) avaient droit i la Succelfion Impériale, avant les Filles AcCha-Polèdol . Il de fes Succeffeurs. Le Roi du Zagatbay, Te mit auflî fur les rangs. Il revendiquoit, comme Raja à'At- tock_, les droits incontestables de Ta Mai- fon fur les Etats Se Pays de Bacar, fondés fur d'anciens Traités de Famille &d'Aflb* ciacion entre lesRajas $ Attachâtes Prin- ces de Bacar , & fur d'autres titres en- core. En confëquence, à la tête d'une nombreuse armée il entra dans la Province <îe Bacar, où il trouva d'autant- moins d«- réfîftance, que fon entreprife ayant été tenue fecrette, jufqu'au moment qu'elle éclata, Nagar n'avoit pas pu fe mettre en ' état de s'y oppofer. Cette démarche éton- na d'autant plus toute \'Afie,qae ce Prin- ce venoit de donner à Nagar, les plus for- ces afTurances de fon attachement inviola- ble à fes intérêts, & de Ta fincère difpoii- ized bj> Google poHr'ftrvir à.fHiJloire de Perfc. ï 17 tion à maintenir la tranquilité dans l'Em- pire. Il crue pouvoir fuffifamment [ufti- ficr fa conduite, en déclarant, que lacir- conftance préfente, & lajufte crainte, de fë voir prévenir par ceux , qui fbrmoient des prétentions fur la Succeffion du fea Empereur,avoïentdemandétantdeprom. titude dans fentreprife & de rigueur dans l'exécution , qu'il ne lui avoit pas été pof- fible, de s'éclaircir préalablement avec la Reine de Golconde;; que fon deffein en en- trant à main armée dans la Province de Jtaear , n' avoit été que de la garantir de toute attaque ou invafion de la part des Prétendans à la Succeffion Impériale, qui ■auroient pu s'en emparer à force ouverte, dans un tems où l'on fembloi't être mena- cé d'une guerre générale , & qu'au fur- plus, fon intention ne toit pas de désobli- ger la Reine de Golconde, avec laquelle au contraire, il fouhaitoit ardemment d'en» [retenir une étroite amitié , & de contri- buer de tout fon pouvoir à les véritables intérêts & à fa confervation. Malgré tontes ces belles protestations , le Roi du Zngttbay fe lia quelque tems après avec la Perfe, le Raja de ViÇapour & celui âeLabor, par un Traité qui ne ten- doit pas i moias,qu'a d'époiuller la Reine îi 8 Mémoires Secrets de Golconde; & la marche des troupes de ce Prince fut le fîgnal de la guerre pref- cjue généra le, qui s'alluma bientôt en A fie. Cependant le choix du SuccelTeur de Cba Rejfînc- Frôla, mettoit toute les Puif- fanecs en mouvement, & fur-tout la Perlé, â qui il importoit fort , que la Couronne Impériale ne fût déférée, qu'à un Prince , dont elle pût en quelque forte difpofer, mais fingulièrement au Raja de yifapour, dont la Maifon s'étoit de tout tems dé- clarée pour les Sopbis. Les fréquens mal- heurs , que l'alliance de Perfe avoit attirés à cette Maifon, & le ravage encore ré- cent de fes Etats, méritoient bien , que Cba-Sépbi donnât dans cette conjoncture» des marques elfentielles de reconnoiflance & d'attachement à Cba-Baskan , pout lors Raja de yifapour. Mais avant de rappor- ter ce que le Sopbi fit en faveur de ce Prince , il ne feraf pas hors de propos , de dire un mot de l'Empire AnMogà,às fes ■ conftirutions, de fon état ,& de celui du reftede YAfie àla mort de Cka-Rejfinc-Frola. Cet Empire fi vafte, fi puifiant, a été pendant longtems héréditaire , & eft à préfent électif. Il renferme plufieurs Etats, qui font gouvernés par des Rajas fubord'onnés, il eft vrai,à l'Empereur, mais aux- ponr fervir àl'HIfloire de Perfe. 119 auxquels la Souveraineté de l'Empire ap- partient conjointement avec les Omrahs Si quelques Villes principales & libres. Ce tout compofe trois claffes, qui réu- nies forment le Corps de l'Empire. Ce Corps a le droit de décider des affaires géneralesquileconcernent, dans des Af- femblées qui fc font à cet effet. L'Empe- reur peut feul convoquer ces AfTemblées, & y faire faire fes propofïtions par des Commiffaires qu'il y envoie pour y pré- :fidcr de fa part. L'Empire eft divifé en plulîeurs gran- des Provinces, dont les Princes , les Om- rahs & les Villes qui les compofent, s'af- femblent dans des tems indiqués pour les affaires particulières. Ces Provinces con- tribuentaux befoins de l'Empire , dont el- les font membres ; elles fournifient des troupes & de l'argent , à proportion de ce qu'elles peuvent fupporter. Ces contin- gens ne font que pour le fervice de l'Etat en général, enforte que fi l'Empereur a 3 foucenir une guerre.qui n'intéreffe point le Corps entiers, ou qui ne foït pas déclarée, en pleine Affemblée, guerre de l'Empire, îl ne peut prétendre ces contingens , ni aucun fecours de la part des Provinces; mais c'eft à lui à 6ire feul , à fes frais & avec Iïo Mémoires Secrets avec fes troupes, une guerre qui eft re- gardée, comme lui étant perfonnelle : & c'eft pour cette railbn, que les Rajas ont «ne grande attention^ ne mettre la Cou- ronne Impérialejque fur latête d'un Prin- ce qui (bit aflez riche & alîez puiflant, pour pouvoir iê maintenir par fes pro- pres forces. Les Rajas auxquels il appartient d'élire l'Empereur, font ceux de Gut/irate, afin qu'il pniflè foutenir avec dignité la Couronne Impériale. P Aux Tîi Mémoires Secrets Aux termes de l'Edïc de Sdcker IV. les Rajas doivent fe rendre en perfonne au lieu de l'Election, ou s'y faire repréfenter par des perfonnes chargées de leurs plein- pouvoirs ; & fi un Raja n'y venoit pas ■ou n'y envoyoit point, il perdroit, pour cette fois feulement, l'ufage & le droit de fa voix. L'Eleâion doit être faite dans le terme d'une Lune, à compter du jour de la preftation de ferment par lesRajas. Aufïitot que l'Election efl faite, on fait figner au Prince élu, les conditions aux- quelles il a été appelle à l'Empire, & on lui en fait jurer E'obfervation, enfuiteoti le proclame. Ces conditions contiennent Jes précautions qu'on prend pour limiter Ion pouvoir, l'empêcher de prétendre au- cune Succelïîon héréditaire dans l'Empi- te, de fe la procurer, l'apliquer à fa Perfonne, ou a fes Héritiers ou Defcen- dans , ni i qui que ce foit ; & enfin pour maintenir les prérogatives dont les Rajat fontenpoiTeflîon, S: les droits & libertés de l'Empire. Le jour de fon Couronne- ment , on lui fait de nouveau prêter fer- ment , entre autres chofes , de conferver tes droits & recouvrer les biens de l'Em- pire , & de les employer fidèlement à l'u- tilité publique. pour fcrvir à l'Hifloire de Perfe. iij Suivant les Loix & Confti curions de l'Empire, l'Empereur ne peut, fans le confentement général de tous les Etats, proferire quelque Raja, Omrab , ou Etat immédiat, confiTquer leurs biens, les pri- ver du droit de féance & de vois dans les AlTernblées, engager ou aliéner les biens de l'Empire, difpofer des princi- paux Fiefs vacans , dénoncer ou faire la guerre hors ou dans l'Empire, de même que la Paix 611 des Confédérations , & quantité d'autres chofes, qu'il feroir trop long de rapporter; mais, tous ces cas exceptes, il agit de fa pleine puifTance,& avec une autorité fouveraine, A la mort de Cba-Reflinc- Frôla, Nabal- Akcl-Gan ,i(fu d'une ancienne Famille no- ble, étoit Raja de Guzjtrate, Dignité à la- quelle fon mérite l'a voit élevé depuis quel- ques années. Sa place, qui tenoit le pré- mîer rang dans la claflè des Rajas , luî donnoit beaucoup de crédit & d'autorité, qu'il n'employoit que pour le bien de l'Empire , que pour entretenir l'union Se la concorde parmi tous fes Membres, & procurer à l'Etat un digne Chef. II avoir, fa fe concilier l'eftime Si l'amitié de l'Em- pereur défunt , celle de tout l'Empire & même de la Perfe, ayee laquelle fur-tout F 2 le -fîjf Mémoires Secrets levoifînage de fes Etats , demandoit qu'il vécût en bonne intelligence. Comme il n'étoit pas guerrier, il n'enrretenoir qu'un petit corps de troupes pour la garde de fes Places. Il entendoit parfaitement les intérêts de l'Empire, & dans les Alfem- blées on avoit tant de refpeâ pour Ton âge avancé , & de confïanceen fon expé- rience, qu'on déférait volontiersàfesavis. Le-Kiy's de Btiekgr, qui renoit le fécond rang, s'appelloit Nali-Kan. La nobkfle de fon origine & fes qualités perfonnelles avoient déterminé les Grands de Bucksr à l'élire. I! étoitbon, affable, & quelque panchant qui! montrât pour la Maifon tieVétty, il entrait aflez en général dans les vues du Raja de Guxjtrate. Le troifieme, nommé Abdula- Kjin, étoit tic la Maifon de Vifaptur, & avoit fuçcé- dé à un de fes Oncles dans la Dignité de ïRaja de Multan. Il avoit l'ame grande, -généreufe : il étoit magnifique, zélé pour ics intérêts de fa Maifon, & fort uni avec fon Frère le Raja de Vifapour : union qui i'avoit quelquefois rendu contraire aux .deifeins du feu Empereur, dont ces Prin- -ces foufroient impatiemment l'efpècede ^erpotïfme. . Le quatrième Raja étoit celui àegétm- pour fervîr à VHifloïrede Perfe. iîJ ' fur, Dignité dont Cha-Rcjfinc- Frôla, com- me Roi de Jénufar , étoit revêtu , & qui par conféquenr le trouvoit vacante par fa mort. Qja-Baskgn, Raja de Vifapour , dont & Maifon étoit en poflelfion depuis plus d'un fiècle , tenoit le cinquième rang. Ce Prince étoit grand, il avoir le vifage long , les yeux affez beaux , le regard doux, lenez long, la bouche unpeugran- de. En tout, ce n'étoit pas ce qu'on ap- pelle un bel homme, mais il avoitle cceuc excellent , beaucoup d'affabilité, le carac- tère aimable, l'humeur douce. Il étoit généreux, reconnoifïant , confiant dans fes affeftions, fidèle dans fes engage- rons. Il paflbit- pour entendre médio» crement la Guerre , & pour n'avoir pae beaucoup de génie. Quoique l'alliance qu'il avoit contractée avec Cba-Rejfmc- Frola, dont il avoit époufé une Nièce, femblat devoir l'attacher à la Maifon de Dftfy., cependant le bien de l'Empite, fes propres intérêts , & !e reftentiment des rigueurs que cette Maifon avoit exercées contre fes Ancêtres, lui avoient fouvent fait prendre un parti oppofé à celui du feu Empereur. Le fixième Raja étoit celui de Labor. ïl F s & 126 Mémoires Secrets fe nommoit Sélim-Kan, & avoit suffi époufé une Nièce du feu Empereur. Ce Prince étoit grand, beau de vifage; il avoir la tête dans les épaules, & étoit pro- digieufement gros pour fon âge. II eroit bon, magnifique, généreux, &d'unfa- cileaecès. Malgré l'alliance qu'ilcontrac- ta avec la Perfe , le Roi du Zagathay & le Raja de Vifapour , contre la Reine de Gol- çonde , il étoit plus porté à la paix qu'à la guerre,- & quand même il auroit été d'un caraftère tout oppofé, fon propre intérêt à caufé de la pofïtioti de Tes Etats limitrrophes de ceux de la Maifon de Del- ty, & le panchant des Grands de fon Royaume du Tbibet pour cette Maifon , exigeoienc qu'il fe conduisît avec de grands ménagetnens. Gion-Kjm, Raja iTAttock,8cKoi du Za- gathay , tenoit lefeptièmerang. Le por- trait de ce Prince que nous avons donné ci-devant, & fon irruption dans la Pro- vince, de Bacar auffitôt après la mort de Cba-Refinc- Frôla , fufnTent pour mettre au fait de fa politique & de fes vrais fen- timens pour la Maifon de DtUy. Nous ajouterons feulement que ce Raja, fier de fa puiïfance, paroiffoit avoir oublié que Cba-Polédoiivoit décoré fon Aieul du titre de . * Digitized by Google ■ pour fervir à FHiJloire de Perfe. 1 17 de Roi du Zagatboy , & qu'il fe croyoit difpenfé de toute efpèce de reconnoïfian- ce pourun fervice fi vieux, qu'il eftimoit fans doute que fes deux Prédécefîeurs avoienr fuffîfarnment reconnu. Le huitième étoit le Raja de Brampour ; il s'appclloit Afl K«n- Le voifinage de la Perfe, qui au moindre mécontentement: pouvoir envahir fes Etats, & celui des Domaines de Ja^faifon de Delty , l'obli- geoient à de grands ménagemens pour ces deux PuilTances, avec lefquelles il lut étoic d'un notable intérêt de vivre en bon- ne intelligence. Cependant, dans certaines conjonctures, & furtoutdans la guerre que Cha-Reffinc- Frôla avoir fou tenue contre la perfe, l'Empereur de la Chine & le Roi de Necbal, *il n'avoir pas cru devoir s'unit à l'Empereur , à qui cette guerre étoit en effet perfonelle. On comptoit le Raja de &W pour le neuvième. Cbanavas- JQan étoit letroifîè- me de fa Maifon qui polfédoic cette Di- gnité , que Cba- Polédol avoit , de fa propre autorité, créée en faveur de iÇaâtu de Vrishpub, Aieul de celui dont nous par- lons, fous la condition (îngulière, que lui Se fes Defcendans ne donnerait jamais leur voix pour, l'élcâion d'un Empereur ï ï8 Mémoires • Secrets qu'à un Prince de la Maifon de DeHy- Aulfi Cbanavas- K_an étoit-il entièrement dévoué à cette Maifcm, pour le maintien de laquelle, après la mort de Cha-Rejfinc- Frela, il fit les plus grands efforts. L'al- liance de ce Prince fut d'aurant plus utile à la Reine de Golconde, qu'à fa follicita- tion, les Japonais, donril étoic Empereur, non feulement aidèrent cette Princeffede Ébmmesconfidérables, rnaismêmeprirent dans la fuite hautement fon parti : démar- che qu'ils firent d'autant plus volontiers , qu'elle les mettoit aux prifes avec les Per~ fans , dont ils ont été de tout tems enne- mis. Peut-être an [fi que dans cette con- joncture, il en a été des Japonais comme d'un Créancier confidérablcment en avan- ce, qui croit devoir rifquer encore de nouveaux fonds dans t'efpérance d'être en- fin totalement remboursé, finon de s'em- parer de tous les bien de fon Débiteur, ou du moins de ceux qui feront le plus à fa convenance. Quoi qu'il en foit, il y a lieu de s'étonner que Cbanavas -/Çan ait pu difpofer fi fort à fon gré des Japonais , qu'on fait être peu dociles , peu complai- fans pour leurs Maîtres 1 , jaloux de leur li- berté, & qui d'ailleurs étoient peu faris- filits en général du gouvernement de leur Em- pour ftrair à l'Hiftoire de PerfiH m? Empereur , dont ils ne voyoient pas vo- lontiers les voyages fréquens dans fa Prin- cipauté de Cabul. Cependant' ce- Prince étoitdanseetEmpireArifto-démocratique, peur- être plus abfolu qu'aucun de-fesPré- déceffeurs, & il fe fallait accorder tout c< qu'il defïroir r fruits de la politique 8c de l'habileté de Tes Miniflres, qui lui don- noient toute autorité dans la féconde claf- fe du Sénat , qui eft la plus nombreufe, & dans laquelle ils trouvoient moyen de pro- curer l'entrée â quantité de gens accrédi- tés, qui devant a l'Empereur leur fortune ou leurs emplois , fe déclaroient toujours pour lui , Se l'emportoient dans les délibé- rations par- leurs Suffrages , & par ceux des Membres qu'ils gagnoient,. quelques- uns par menaces , Ta. plus grande patrie par l'efpoir des récompenfes. .Ce Prince étoit plus petit que grand -, il avoit le re- gard fier , l'air peu prévenant ; & maigre fa conduite allez conforme à la bonne po- étique & aux intérêts de fon Etat , on ne lui trouvoit pas beaucoup de génie. Il ne fe mêloit gitéresdes affaires, lesquelles,, comme beaucoup d'autres Princes. il abandonnoit à Tes Miniflres. II fit fouvenC des mécontens , même parmi fes Enfans,. dont rainé étoit. fi fort aimé d'un grand E $ nom- 130 jf Mémoires Secrets nombre de Japonais, qu'il aurait pu fe fai- re un parti redoutable, s'il eût voulu pro- fiter de leur bonne volonté, & écouter les pernicieux confeils des flatcurs dans les tems de mefintelligence entre fon Pére & lui. Cbanavas - IÇan eut quelque panchant pour les Femmes, & peu ou point pour les grandes chofes. Quoiqu'il fe foit fait voir à la tête de Tes armées , il n'étoit pas guerrier. Son caractère n'étoit pas décidé : il n'étoit ni vif , ni indolent ; n'avoir ni fierté) ni douceur,' plus mélancolique que gai ; fa Cour étoit moins brillante par les plaifirs qu'il y procurait & par la depenfe qu'il faifoit, que par celle des Seigneurs japonais , qui pour la plupart étoienc très riches , & qui aiment tous le faite. Outre ces neuf Rajas , il y avoit enco- re dans l'Empire-plufieurs Omrabs , dont la pui fiance faifoit rechercher l'alliance Se l'amitié, & quelques Villes libres qui n'é- toient pas fans confédération. Au refte les Mogoliens en général, las de la domination de la Maifon de Delfy , fe virent avec plai- fir rentrer, par la mort de G>à - Rtffine- Frola , dans la jouïflànce de leurs anciens droits , & maîtres enfin de fe choifir un Chef, auquel il leur ferait Ioilible d'im-, pofer, pour Je maintien de la liberté pii-i Diqitized bu Go( pour fervir à tHifîoirede Ptrfë. ïj t blîque, celles loix qu'ils jugeroienc à pro- pos. Le trône de la Chine écoit rempli par Gèlaleàdin , Prince d'un âge déjà avancé , & qui , fle-mème que le Sopbi donc il écoit très proche parent , n'aimoit pas les af- faires. Ilétoitbon, humain, pacifique; & fon règne auroic été des plus heureux , s'il ne s'étoit pas trop laifle gouverner par l'Impératrice Ta Femme, Princefle douée d'un très grand génie , haute, fiére, am- bicieufe , enrreprenante , entière dans Ces fentïmens, aimanta dominer . voulanrà quelque prix que ce fut faire des établine- mens confidérables à (es Enfans ; Princef- fe en un mot plus généralement crainte qu'aimée dans toutes lés Cours de Y A fie. Gélaleddin Si Cba-Sépbi , que venoit d'unir encore plus étroitement le mariage d'une Princefle de Perfe avec Négeddin Prince de la Chine du fécond lit, avoient les mêmes vues & les mêmes intérêts ; & de plus l'Empereur de \iChine ..comme nous l'a- vons dit, avoit des prétentions fur la Suc- ceffion de Cba-Reflinc-Frola. Oiabi fils aine de Gélaleddin du fécond lit , que la Perfe , avec laquelle il lui im- portoit d'être en bonne intelligence, avoit îi fort contribué à mettre far le trône, ré- F 6 gnoic ïjâ Mémoires Secrets gnoit à la Cocbincbine. Ce Princej quoique jeune encore , gouvernoit avec fagefle & prudence ; & ce qui fait fon éloge , c'eft qu'il étoit aimé de fes Sujets Peuple in- quiet j iaconflant , & difficile ârtwduire. Dans le cceur il éroit ennemi de la Mai- fou de Delly, mais fes Etats pouvant être facilement infultés par la Reine de Golcan- de & par fes Alliés , cette confédération le fit long-terns balancera fe joindre à la Per- /é&àla Chine; d'ailleurs $elim-Kan, Roi du Thibet & Raja de Labor , fon Beaupére, lui infpiroit des fentîmens pacifiques. CbarAskgri régnoit en Corée. Ce Prince, comme Beaufrére du feu Empereur du Mo- gol, avoit formé quelques prétentions fur la Succeffion Impériale, pour lefquelles il avoit été fur le point d'entrer en guerre avec la Reine de GoUonde ; mais la crainte que lui infpira la puifTance fur Mer de l'Empereur du Japon , dont les vaiifeanx pouvoient infefler fes côtes., t'empêcha d'éclater. Au refte il n'y avoit pas grand fonds à faire fur'ce Prince , dont l'efpril o'étoit pas dans une très bonne alTïetre.. Le Royaume de Necbal étoit pofledé parA>M*Souverain defféfova. Quoique nous aions déjà parlé de ce Pnncc à l'oc- Sâiioo de l'abcUeatiori de fon. Pye î^otitri. & four fervir à FHiftoire de PtrÇe. Se de la guerre qu'il fit à Cba-Retfmc-FroU, conjointement avec ii Chine & hPerfe, ùt conduite dansles préfentes conjonctures, nous oblige à le mettre de nouveau fur les rangs. Ce Monarque, qui. avoir époufé depuis peu une Sœur du Prince A'Aracam Epoux de la Reine de Golconde, étôit vi- vement follkité par cette Princefie. Les offres qu'elle faifoir de lui céder une por- « non confîdérable de la Principauté de Ben- gale, fur laquelle il prétendoic avoir des droits, auroient été bien capables de le dérerminer; mais les propofitions que , d'un autre côté , la Chine & !a Perfe lui faifoient faire, letenoienten balance. Au fonds il paroifToir naturel qu'il s'unît a la Reine de Gokonds, qui étoit la maîtreflè d'exécuter à tout inflant les conditions du Traité; mais la guerre une fois déclarée:, il étoit.à craindre que les armes de la Per~ fe&nde la-CWnenelui enlevâflent non feu- lement ce que la Reine de Golconde lui au- roït cédé, mais même fes propres Etats. Ce Prince, en habile politique, tira donc les négociations enlongueur, pourgagner du rems, & ne fe décider que feJon le train que les affaires prendroient. Cependant il Ce raifort marchander par les deux Partis-» $ peux- être. Jfi.fçroic- il enfin déclaré cprir E 7» m Digitized by Google TJ4 Mémoires Secrets tre la Reine de Golconde , fi le ffapon ne l'eut déterminé en faveur de cette Prin- ceflè , par l'offre qu'il lui fit de grofies fommes d'argent â titre defubfides, &de troupes pour la défenfede Tes Etats. Cell ainfi que ce Prince.qui , comme fon Père, aimoit à pêcher en eau trouble, ne fe ren- dit que lorfqu'ii vie des avantages réels. Si l'Impératrice de la Chine n'avoir pas trop hérité à accorder à Kprfida la part qu'il de- mandoit dans les Païs,qu'on fe promettoit de conquérir fur la Reine de Golconde, on aurait paré ce coup; mais les vues quelle avoit fur ces mêmes Païs, pour former un établifiementà celui defesFils,qui étoit Gendre du Sopbi, la firent s'obftiner, con- tre la bonne politique, à ne point céder ce qu'elle ne courroir aucun rifque de pro- mettre, puifqu'il éroit encoreà conquérir. La Ruffie avoir pour Empereur un Prin- ce encore à la mamelle, dont le Père, en qualité de Régent, gouvernoit les Etats. La Reine de Golconde pouvoir d'autant plus compter fur ce puiffant Empire , que le Régent & le Miniflèrc étoient tout dé- voués à la Maifon de Delfy, DahurdeHaffeclegètègnoiciyalélçldar, & Mohadi à Bdck- Ces deux Rois voyoient avec peine la fermentation que la mort de , pour fervir à Cffljloire de Perfe. 135 deCha-Retfaic-Frola caufoit dans les diffé- rences Cour de X'Afie. Tout leur annon- çoit une guerre prochaine, qu'ils auroienc defiré détourner. Mabmoutb étoit Empereur des Turcs : mais quelque penchant qu'il eûtâ traver- fer îa Maifon de Delly, i! étoit trop oc- cupé de la défenfe de fes propres Etats, pour penfer à fe mêler des affaires de l'Empire du Mogol. Après les différens Etats dont nous ve- nons de parler , les Ceylanoh figuraient avantageufcment dans VAfte , & leur al- liance étoit recherchée par tous les Prin- ces. Leur Gouvernement eft Républicain. L'Autorité publique rélîde bien dans un certain nombre de Députés, que) chaque Province nomme, qui repréfentenr tout le Corps de l'Etat , Se agi n'est en fon nom : mais comme chaque Province eft libre Se maïrrene de prendre telle réfolution que bon lui femble , & de fe gouverner à fa fantaifîe , ceux qui font à la tête des af- faires, ne peuvent rien déterminer dans certains cas importans , fans en commu- niquer aux Provinces refpeftives , dont ils font obligés de prendre l'avis. L'oppofî- tion d'une feule Province fuffit pour faire rejeîîer les proportions, ou pour arrête* rj5 Mémoires Secrett , l'exécution d'une délibération. D'ailleurs, la grande Aflemblée, àlaquelle le pouvoit èiprêine eft confié, eft compofée d'un fi rind nombre d'hommes & de caraftères différens , qu'il eft prefque impoffible, qu'il y ait de l'unanimité, & que tous marchent d'un pas égal pour l'intérêt pu- ,blic. On lent à combien d'inconvéniens ce Gouvernement peut être fujer, com- bien il eft aifé de faire naître la divifion .«ntre les Députés, & d'en profiter au defavantage de la Nation. Il eft même étonnant que cet Etat ait fubfifté fi long- tems ; les diverfes fecouffes qu'il a efluyées depuis environ deux-cent ans que les Cey- lanois ont fecoué le joug de la Chine pour fe mettre en République, la defunion pref- que continuelle qui règne dans la grande Affemblée r le mécontentement des Peu- ples qui fe font quelquefois portés jufqu'à la révolte, l'attention qu'on apporte à éloigner des affaires les Sujets capables, 8c fiir- tout le manque d'un Chef, dont la naif- iànce enimpofe, & qui réunîfTe en ià per- fonne la plus grande partie de l'autorité, pourroient faire prédire que cet Etat ne fe confervera pas encore Iongtcms tel qu'il eft, d'autant plus qu'il a déjà reçu quel- ques altérations , .qui» quoique peu confi- pourfervir aTHifibire de Perfe. rjrj- dérables en apparence , influent fur 'fi fonds de la confticution. Les Souverains de cet Etat tinrent après la mort de Gba-Refme- Frôla une conduite qui parut fingulière aux uns , & très pru- dente aux autres. Ils négoaojent i la Cour de Perfe avec laquelle ifs n'avoient garde de vouloir fe brouiller, ils ménageoïcnt également la Maifon de DeUy, l'Empereur du Japon, & toutes les Parties intéreflees. Il leur importoic beaucoup en effet d'en- tretenir la paix dans Yjtfie, La guerre ne pouvoir que caufer un très grand préjudi- ce à leur Commerce) qui étoit extrême- ment étendu, Si faïfoit le feul foutien de ■ leurs Etats , qui ne produifent pas à beau- coup près ce qui efi néceflaire pour la fubfiftance d'un nombre prodigieux d'ha- bitans. Leurs Sujets font tous Négocians, & en quelque forte les Fafteurs de toute VAfie; leur Capitale eft un entrepôt géné- ral; il entre chez eux des richeffes im- menfes , qui en faifant l'opulence du Par- ticulier rendent l'Etat très puilfant. Es courroient rifque de perdre ces avanta- ges par la guerre. II leur étoit donc d'u- ne très grande conféquénee d'apporter tous leurs foins pour empêcher une rup- ture ; maïs il étoit bien difficile de tenir un Digitized by Google 138 Mémoires Secrets un milieu qui pût contenter des Puilfan- ces dont les intérêts étoient fi oppofés. La Perfe avec fes Alliés vouloir: le démem- brement de la SuccerEon du feu Empe- reur , & l'abaiffement de !a Maifon de DcUy , à laquelle l'extinction des mâles en .la perfonne de Om-Reffinc- Frôla venoit déjà déporter un grand coup : elle fepro- ■ pofoit encore de faire pafîer le Sceptre Impérial dans les mains du Raja de^ï/â- four. A bien des égards il étoit indifférent aux Çeylanois que ce Prince , plutôt qu'un autre, fut élu Empereur ; mais ils av oient un intérêt bien fenfible au maintien de la Maifon de Delly , & à la confervation de la Succeflion Impériale en entier fur la tête de la Reine de Golconde, à caufe des Commet confidérables que cette Reine Se (à Maifon leur dévoient, pour fureté def- quclles on leuravoit engagé quelques Vil- . les dans le Feldran , qui leur convenoienc d'autant mieux, qu'elles couvraient les poffërtîons qu'ils avoient de ce côté- là. Se déclarer ouvertement contre la Reine de Go/coniff, c'étoits'expofer à petdre ce nan- tiffeinent; d'autant plus qu'en ce cas les Japonais, avides depuis longtems d'avoir un pié dans le voifinage de la Perfe & du JUtgpl , pouvoient avancer à cette princeffé PJnitgedJw Google pour fervir à l'Hi/leire de Ptrfe. rjo les fonds néceffaires pour rembourfer les Ceylanois , & fe mettre ainlî à leur lieu Se 'place: coup qu'il étoit eflentiel de parer, la puiffance des Japonois donnant déjà trop de jaloufie aux Habitans de Ceyian , pour qu'ils ne craigninent pas plus que tout au monde,de les avoir pour proches voifîns. Une autre raiibti non moins piaffante pour tenir les Souverains de Ceyian atta- chés à la Reine deGolconde, étoit les Trai- tés d'alliance ofïénfive& défenfive entre la Maifon de De Uy , le Japon & eux. D'ail- leurs les Japonais primoiene fur Mer, & pouvoient beaucoup nuire au Commerce des Ceylanois , auquel , à la fuite d'une guer- re qui ne fut pas avantageufe â ceux-ci » le Japon porta une rude atteinte ^en leur ôtant la faculté de négocier de Ceyian au Japon, & réciproquement, que par des Vaiffeaux Japonais même. Pour remplir leurs engagemens avec la Maifon de Delly & l'Empereur du Japon , les Souverains de Ceyian ordonnèrent de grands préparatifs de guerre par terre Se par mer r mais en même cems, pour ne pas donner Heu à une rupture avec la Per- lé & fes Alliés, ces préparatifs fe fireBt fi lentement, qu'il étoit aifé de voir que ce n'écoic que pour faciskire purement aux J4t> Mémoires Secrets aux Traités: obligation dont en effet iis k faifoient , fur- tout à la Cour de Perfe , une excufe qui les mettoit à l'abri des re- proches. Cependant , en refiant unis à ïa Reine de GoUonde, ils s'expofoient à voir emporter par les armes de la Perfe les Villes qui leuravoient été engagées par la Maifon de DeUy, attendu que Nager en étoit toujours Souveraine, & que la Pwyèdevoitnaturëilement commencer fes hoftilités contre cette Princeflc,,par l'art». que des Places qui lui appartenaient, fûf- fent- elles même défendues par les trou- pes de Ceylan : ce qui arriva en effet , dès que la guerre fut déclarée, comme nous le dirons dans la fuite. Tandis que les Souverains de Cejlan fa comportoient avec tant de ménagemens-t beaucoup de leurs Sujets, indifpofcs con- tre le Miniftère de Perfe, blâmoient ouver- tement leur conduite. Les lieux d'afli m- blées neretentiffoientquede plaintes con- tre le Gouvernement, que de témoigna- ges d'affeâion pour la Reine de Golconde, & que de difeours injurieux contre fes adverfàires. Ceux qui gouvernoient ne fai- foient nulle attention à toutes ces chofes; ils n'ignoroient pas que ces difeours fe tenoient le foir, fur - tout & après avoit pour fervir à t'Hiftoire de Perfe. up bu amplement. Us penfoienc que c'étoit bien le moins qu'on put faire, que de laif- fer l'entière liberté de critiquer à des Né- gocia ns à qui l'Etat devoit toute fa force; gens d'ailleurs qui cherehoient à fe délaf- fer des fatigues du jour, & qui , à îeur ré- veil aiant perdu le fouvenir des propos de la veille , n'avoient plus d'autre foin que celui de leur commerce , au prix du- quel on favoit que, jusqu'aux heures d'af- femblées , tout leur écoit indifférent. Le Tunquin , autre République riche & puiifante , quoique d'une petite étendue , n'étoit pas moins considérable que Geyian. Le timon de l'Etat eft confié â un certain nombre de Nobles, à la tête desquels eft un Chef, qui n'a de pouvoir que conjoin- tement avec le Confeil Suprême. Indé- pendamment deceConfeil, ilyaun Tri- bunal Souverain composé de dix Citoyens juftes , incorruptibles , & poifédanc les loix & les conftitutcîons de l'Etat, Ce Tribunal eft redoutable aux Grands & aux Petits , & contient chacun dans le devoir. Cette forme de Gouvernement eft très an- cienne; beaucoup de fagefle Si de pru- dence en ont été de tout tems la bafe, Si l'Etat leur doit fon opulence & fa force. Xes.T*»?«)B«>) fe conduifant toujours.par 14* Mémoires Secrets les mêmes principes, ne voulurent point prendre de parti dans Jes querelles , aux- quelles il y avoic apparence que la mort de Cba-Rej]înc-Frota alloit expofer la plus grande partie de \'Afte. Attentifs à met- tre leur Pais à t'abri de toute infu1te> ils «fièrent fpeéUteurs des événemens. Les Kalmoucs, qui forment un Peuple nombreux , difperfé dans des montagnes inacceflîbles , belliqueux, frugal, exemt du luxe Afiatique & de l'ambition de s'a- grandir, Te faifoienu aulfi rechercher. Ils font divifés en différentes Hordes , in- dépendantes les unes des autres , Se dont chacune fe gouverne à fou gré, mais al- liés enfemble pour l'intérêt commun. Ils vivent en bonne intelligence avec toutes les Puiffances de l'Afte , Se ne refufent des fecours d'hommes à aucune en payant : politique qui décharge d'autant le Pais qui n'eft pas abondant, & y fait entrer beau- coup d'argent , qui , fans cette efpèce de trafic , y ferôit très rare. Ces Peuples gardèrent une exacte neutralité, & ne s'apliquérent , ainfi que les Tunquinois , qu'à mettre leurs frontières en fureté. Il y avoit encore la Principauté à'Ara- cam, Ava, Se plufieurs autres petits Erats, qui par leur pofition étoient emportés t dans jvur fervir k l'Hlfloire de Perfe. 14J dans le tourbillon des grands Etats dont ils étoient voifins , où dans lesquels ils ctoïent enclavés. Telle étoit la fituation de l'Afte à la mort de Cbx-Reffinc-FroU. Cependant les Rajas, mvitéspar celui de Gmjtwe, fedîf- pofoient â fe rendre à Amadabat, pour procéder ài'élection d'un Chef de l'Empi- re. Cette grande affaire mettoit toutes les Puiflances en action. La Perfe faifoit ■de grandes levées de troupes & des ma- gafins confidérables fur fes frontières , Se fe préparoir néanmoins à envoyer un Am- balfadeur à Amadabat , ainfi quelle eft dansl'ulâge défaire iors de l'éleâiond'un Empereur. Il y avoit alors à la Cour de Perfe un nommé Scadecl^, hommede beâncoup d'ef- prit, & qui n'avoir pas moins d'ambition. Il n'étoit plus jeune, & il avoit palfé tou- te fa vie dans le métier de laGuerre» dont il avoit fait une étude férieufe II étoit brave , quelquefois téméraire , mais bon Officier & très capable. Quoiqu'il fatiguât le foldat par des revues fréquentes & des exercices continuels, ilenétoit cependant fort aimé > parce qu'il lui procurait des revenans-bons , en l'employant aux tra- vaux desplaces defon Gouvernement, & Mémoires Secret i qu'il le foutenoit contre l'Officier , qu'on trouvoit qu'il ne traitoit pas avec afTez degards. Il étoit vifj entêté dans fes fen- ttmens. occupé de projets , & defiroic avec raifon de parvenir aux grades les plus diftingués du Militaire , dans lequel, malgré fa capacité , il avoit fait aflez len- tement fon chemin. Son origine, fans être ancienne , étoit illuftre ; fon aieul avoir été dans le Minifière, & étoit mort disgracié. Cette disgrâce diminua beau- coup le crédit de cette famille ; mais com- me elle étoit fort riche, ellefe&utint, ScScadeck., qui en étoit devenu le chef , n' étoit pas fans confidérationàla Cour. Il vouloit favoir de tout , ne negligeoit rien de ce qui pouvoit l'inftruire du fort & du foible des différentes Puiflànces dtYAfie; Ce qui , joint aux correfpondances qu'il entretenoit par-tout, lui donnoit tant de travail , qu'on affare qu'il occupoit jour- nellement. fix Sécretaires. Il étoit entre- prenant, n'étoit pas fans envieux, &paf- loit dans l'efprit de bien des gens pour ne moyens neceflaires pour les faire réuffir. Il avoit un frère de quelques années plus jeune , auffî Officier dans les troupes de é>erfe, qui ne lui cédoit pointpour l'efprit à Ces projets les mais four fervir à FHifloîre dePerfe. mais plus pofé, plus prudent, qui exami- noit les choies avec plus de fang-froid, & vouloir toujours , avant de faire quelque entreprife, voir comment il en fortiroir. Les deux Frères vivoient dans une gran- de union , & l'ainé confultoit volontiers fon cadet, dont on prétend que les avis lui ont été Couvent très utiles. Sctidetks tel que nous venons de le re- •préfenter, avoit, dit- on , formé un grand projet, dont il fit part à 1' ' Atbématdoulet. Il confiftoir , non feulement à procurer la ■couronne du Mogol au Raja de Vifapour , en gagnant quelques-uns des principaux Rajas , & en inrimidant les autres , mais encore à porter un coup morrel à la Mai- fon de Delly, en lui enlevant fes plus beaux Etats, pour en faire un établitfe- ment iCha-Baskan, qui n'étoit pas afez puiuantparlui-méme, pour ibutenir con- venablement la Dignité Impériale. Il fai- foîtvoir, que pour réuffir dans ce projet, il falloit faire choix pour l'ambanade à'A- maiabat d'un homme au fait des différens caractères des Rajas , capable de manier leurs efprits, & alfez inftruit des affaires de l'Empire du Mogol , pour leur faire fen- tir, quejleurs véritables intérêts , étoient d'entrer dans les delfeins delà Pe'rfe; que G pour 145 Mémoires Secrets pour appuyer efficacement ces négocia- tions , & abattre pour toujours la Maifon de Dell} : il étoit néceflaire de faire paf- fer dans les Etats de Vifapour, une armée de cent mille hommes, qui fous le nom de troupes auxiliaires du Raja , & fous le prétexte de lui aider à faire valoir fes droits fur la Succeflion de Cka-Rejfmc-Fro- h, s'empareroit de la Principauté deDei- ty, du Royaume de génupar, & des plus belles Provinces de la Reine de Golconde, & tiendroit en même tems en refpeft de ce côté-là , les Rajas & les Princes , qui au- roient quelque panchant pour cette Prin- cefle; qu'il falloir faire marcher une au- tre armée de quarante mille hommes, au moins, dans les Etats du Raja de Mdian, pour les protéger, contenir fes Voifîns, 8c pour être à portée d'entrer dans la Prin- cipauté de Cabul, dont l'Empereur du Ja- pon, qu'on favoit être pour la Maifon de Deliy , étoit Raja; Si fur-tout s'aflurer du Roi du Zagatbay, dont l'irruption récente" dans la Province de Bacar, étoit une puif- fante diverfîon toute faite, dont il étoic eflenticl de profiter ; que cependant l'Em- pereur de la Chine, attaquât conjointement avec le Roi de la Cocbincbine fon Fils, les Etats que la Reine de Golconde pofledoir _j 1 pour fervir à Fffiftoire de Perfe. 147 au-delà du Gange; mais que de la prom- titude dans l'exécution & de la profufioit de l'argent, dépendoit la réuflite de cette affaire , qui ne pouvoir pas durer plus de fix mois, fi on fuivoit exactement ce plan. Ifmaël-Beggafai le projet, mais la dé- penfe de deux armées montant à cent quarante mille hommes , indépendam- ment des fraix de Tambanade , l'effraya. D'ailleurs il avoit la vue trop courte pour voir, que l'invafion dans les Etats de la Reine deColconde, devoit être traitée com- me un coup de main , pour lequel il fal- loir abfolument être en force, qu'autre- ment on donnerait le rems àl'Ennemi de fe rcconnoîrre , & de faire acheter bien cher, peut-être mêmed'empêcherde faire, les conquêtes) qu'on fe propofoit de faire ; mais en acceptant le plan, il fe réferva intérieurement d'y faire les changemens que fon économie lui dicterait. Cepen- dant l'auteur fut récompenfë du titre d'Ambaflàdcur à \'Affanb\ée d'Âmadabat, il fut décoré du grand Calaat, & on lui remit des fommes immenfes. Il est Or- dre de pratiquer les Rajas & les Princes de l'Empire du Mogol , dont l'alliance mé- ritoit d'être recherchée; de n'épargner ni 14S Mémoires Secrets infînuattons nî argent pourles gagner; de concerter avec le Raja de yifapoiir, les opé- rations de guerre déduites dans le Pro- jet; & enfin de s'aboucher avec !ç Roi parce que Sca- deck^ ne pouvoit pas être en même tems à la tétte de l'armée & à Amadabat , lui re- préfenca envain les dangereufes confé- quences de cette conduite. Rien ne put lui faire changer fa marche : il fe conten- ta de laiffer dans la Principauté de Defy, Kjtzjtc Officier Perfan avec un corps de dix milles hommes, la plupart Perfans , pour contenir la Province , & conferver les places conquifes. Après ces difpo/i- tions qui lui parurent fuffifanees , il par- tagea fon armée en plufieurs colonnes , Si continua fa marche vers Jenupar Capitale du Royaume, fous les murs de laquelle routes les troupes avoient ordre de fe réu- nir pour en former le fiège. La Reine de Golconde n'aiant point alors de corps d'ar- mée dans lePaïs, mais feulementquelque Cavalerie légère difperfée çà & là , qui étoit moins redoutable qu'inquiétante , on parvint, pour ainfi dire fans perte , de- vant 3énn}ar , qu'on invertit aulfirôr. La Ci 6 gar- SjS Mi'mehet Secrets garnifôn étoir au plus de deux mille hom>- mes de troupes réglées, qui tirèrent à pei- ne un coup de fuiil , & il n'y avoit pref- que point de munitions. On n'ignoroit pas le mauvais état de la place ; aufli Cba- Boskgn n'ccoit-il pas d'humeur d'en faire le fiége dans les formes i mais bien de s'en rendre maître au moyen des intelligences qu'on y avoit, ou de l'emporter d'imulte.. Elle fut en effet prife par efealade au bout de quelques jours ; fait d'armes d'autant plus éclatant qu'il cft rare. Le projet & l'exécution en furent dus à K.*U je- Sultan , Officier brave, très expérimenté, & efi qui les troupes avoient de la confiance. Il étoit Fils de Mahmoud Roi du Thibct , dont nous avons parlé, & d'une de fes Favorites d'une naiflance rlluftre. 1! étoit depuis plusieurs années au fervice de la ferfe-, & Cba-Séphi l'aimoit beaucoup. H' avoit le vifage fec, le teint un peu bafané» unairrobuite, une très grande taille , Bc une force extraordinaire. Son efprit étoic délicat , fon commerce aimable ; il avoie du panchanc à la tendrefle , & paflbic pour avoir des talens fupérieurs, mérite qui l'avoit mis en grande confidération> auprès des Femmes , chez lesquelles «n afliuoit qu'il s'étoic fait à. juûe tiwe , . une Diçiiliz-ed by Google pour fervir à tffiftoire de Perfe. i^y ane grande réputation. On a prétendu r qu'il s'étoit pris de belle paffion pour une Fille nommée 2j7am/re,incomparabledans l'arc derepréfenter les paflîons, mais moins célèbre encore par ce talent , que par fon génie & la aobfeue de fes fentimens. Elle voyoit chez elle tout ce qu'il y avoit de grand & dediftingué iJfpaban. Ellemou- rut en très peu d'heures dans des douleurs aiguës, qui firent foupçonner qu'elle avoit été empoifonnée. On alla même jufqu'â dire, quelle avoit été la victime d'une Femme jaloufe des vifîtes trop fréquen- tes àfongré, que IÇdift Sultan lui ren- doir. Peu après fa mort , on parla beau- coup de prétendues Lettres de ce SeigHeur & d'elle; mais , foitqu'elles aientété fup- primées , ou que ce bruit fik fans fonde- ment, il n'en a paru aucune. Dès qu'on eut mis ordre à tout dans $i- iwpar, Chu- Bxskftn en fut élu & couronné Roi aux acclamations des habirans , qui s'eftimérent trop heureux que le Vain- queur eût bien voulu ne pas les traiter à tonte rigueur, fuivant lesloix de la Guerre. La Fortune n'étoit pas fr favorable à ce Prince dans la Principauté de DeUy , ni dans fes Etats de Vifapour. K&t.ac , que nous avons dit avoir été laiûe avec ur* C 7 corps 158 Mémoires Secrets corps dedïx mille hommes , pour affûter les conquêtes qu'on avoir faites dans cette Principauté, fe fenranr trop foible pour ofer renir la campagne devant Bakçi" Gé- néral Golcondois , fe retira fous Sécandra , ville affez forte firuée fur le fleuve Gé- tnénê, par lequel il efpéroit faire venir fes convois. Mais Baker lui en ôra la commu- nication , & le réduifit en peu de jours à manquer abfolument de vivres. Koutc, n'aiant plus de reflources, aima mieux capituler, que de tenter , à la tête de fa petite armée , de s'ouvrir honorablement un paffage l'épée à la main : aâion qui ne lui fit pas d'honneur, quoiqu'on aitaf- furé qu'il produifit, pour fa juitificatidn , des ordres par écrit d'Ifmaëi-Beg d'en ufer ainfi ; à quoi il y a quelque apparence, puifquilfutbienrcçuduio^/, & employé dans lafuite. Mais une faute dont il ne put fe laver, fut de n'avoir pas eu l'attention de faire fpécifier dans la Capitulation, la route que fes troupes tiendroient dans leur re- traite; enforte qu'on le força de faire une marche longue & pénible, qui fit périt Janlusgrandepartiedes foldars, auxquels même on refufa les cliofes néceffaires à la vie. KjtK/ic étoit un grand homme , beau & bien fait; il avoir de. la vivacité, de Digilized by Google pour fervir à l'Hifloire de Perfe. i l'enjouement, étoit tout à- fait propre pour la Cour , où fa belle ligure lui avoit fait plus de réputation que fa capacité pour la Guerre. Baker, après cette expédition, fournit en peu de tems le reftede la Prin- cipauté de Delfy. Xura , à la tête d'une autre armée , fe jetta dans le l'ifapouran. Il pafla fur le ventre de Rezjyi, Général peu capable de l'arrêter; & mettant tout à feu & à fang, il s'empara des principales villes, & mar- cha vers la Capitale, dont il forma le fïège. Elîe fe défendit avec vigueur, mais enfin elle fut forcée de fe rendre. On reprocha zuxGolcondois, non feulement d'avoir pillé toutes les Maifons & le Palais du R-ya , d'où ils enlevèrent de grandes richefies, mais même d'y avoir exercé toutes fortes de cruautés. Le feul rrait que nous allons rapporter , fuffira pour donner une idée de l'inhumanité avec laquelle on dit qu'ils traitèrent les Vaincus. Un riche Mar- chand, voyant l'Ennemi prêt à forcer un pont qui communiquoit à la ville, le fît couper au plus vite , & de fa maifon li- mée en face , & dans laquelle il avoit raf- fèmblé quelques gens délite, il incom- moda fort les Afliégeans. Après la réduc- tion delà ville, les Golcandoh, loinderef- pefler t6v Mémoires Sècrett pecter ce brave homme, qui n'a voit faîr que fon devoir , en combattant pour fort' Prince & pour fa Patrie, le pendirent au bout du même pont qu'il avoit fi bien dé- fendu. Xura, maître de la Capitale, ne tar- da pas à l'être de tout le Pais. Ainfi Cbif Baskan, dans une campagne, fe trouva fans Etats, & réduit à mener une vie aïfez trifte à Amadabat , où il tenoit fa Cour. Ces revers & ia marche du Prince SaU eber , Beaufrère de la Reine de Golcond'e ,. déterminèrent ies armées combinées du Zagatbay Se de Lehar à la retraite; elles évacuèrent la Province de Sambal, mais la mefintelligcnce s'étant mife entre les Chef», elles fe féparérent, & celle de labor alla fe joindre aux Perfans dans le Royaume de Jénupar. Cependant le Prin- ce Sdcber fuivit le Roi du Zagatbay de fr près, que ce Monarque ne put éviter d'en venir â une bataille. Elle fe donna dans- la plaine de K<*!ftU : les Dellyens culbutè- rent tonc, & perçant jnfqu'au corps de réferve, ils pénétrèrent dans le camp en- nemi. Là le foldat avide de butin fe dé- bande , & s'amufe â pilier; faute trop or- dinaire à la guerre. Le Roi du ZJgatboy «n profite , rallie fes troupes, tombe fut fcs Dellycns , en fait un horrible carnage,- four fervir à CHlfloire de Perfe. 1S1 & leur arrache la viâoire des mains. La Reine de Gotcondc penfa alors à dé- tacher Gion-Kan de la grande alliance, en lui abandonnant une partie de ce qu'il avok conquis. Ces négociations ne purent être fi fectettes, qu'il n'en tranfpirât quel- que chofe. Nejfir en avoir même informé la Cour de Perfe , Si avoir mandé plufieurs fois, qu'il ne falloir avoir aucune confian- ce au Roi du Zagotbay ; que ce Prince ne cherchoit que fes propres avantages; Se qu'avant qu'il fût peu on le verroit pren- dre le parri de la Reine de Gokonde , ou du moins faire fa paix avec elle , fans égard pour la Perfe Si fes Alliés. On don- noit d'autant moins de créance en Perfe à eesdifeours, que Scadetl^, qui >. malgré toute fa pénétration & fou efprit, fe laif- fa amufer par ce Prince , près duquel il fe rendoit fréquemment, mandoït tout le contraire. Cependant ces bruits n'étoient que trop bien fondés , 5t l'événement juf- rifia , que Nejfir ne s'étoit pas trompé. Le Roi du Zagatbay fit en effet fon Traité avec la Reine de Gokonde , & retira fes troupes. Cetre Princefie eut même la fa- tisfaâion peu de tems après, de voirie Raja de Labor accéder à ce Traité par les bons offices de l'Empereur du Japon. I&Î Mémoires Secrets La conduite du Roi du Zagaihay fut gé- néralement improuvée , & fit à ià gloire une tache qu'il n'a jamais pu effacer. La Perfe auroit paré ce coup , fi, au-lieu de quarante mille hommes, Jfmaél-Beg, moins économe , en avoit envoyé cent mille au Raja de Vifapour , dont la grande Jupério- rité auroit contenu le Roi du Zagathay. Quoi qu'il en foit , après la defeâion de Gion-fan, la Reine de Golconde , maîtref- fe defaireagir les croupes qu'elle lui avoir oppofées, les fit matcherau plutôt vers le Royaume de Jénupar , &, fes Sujets s'em- preflant de lui fournir des fecours , ellefe vit bientôt en état de fe faire d'autant plus redouter, que les maladies & la mortalité avoient conUdérablcment diminué l'armée Perfant. Ce qui en reftoit , avoit été dif- tribué dans différais quartiers éloignés, & qui n'avoient pas même entre eux une communication aifée. C'étoit le Raja de Vifapour qui , contre l'avis de Ntjftr, avoit fait cette mauvaife difpofition. On a pré- tendu même que Scadetk^, qui avoit fait différens voyages d'Amadabac à l'armée, l'avoit confeillée; & quoiqu'elle ne s'ac- corde pas avec le génie qu'on lui attri- buoit pour la Guerre , il n'efl pas moins certain qu'on lui en donna le blâme. Peu pour fervirà rBifloire de Ptrfe. 163 detems après cette manœuvre, Gbit-Bas* k/m, aiant apris,qu'il venoit d'être élu Em- pereur du Mogol, laiffa le commandement à Nejftr, Si fe rendit à Atmdabat pour re- cevoir la Couronne Impériale. Vers le commencement de l'année il avoit paru une Comète, qui setoit fait voir pendant tonte une Lune. Elle étoit fort brillante) & fa queue extrêmement chevelue, s'étendoit très loin du côté du Nord. Sa grandeur & la durée de Ton appa- rition .donnèrent lieu à bien des dîfcours , auxquels , fans le concours de la Comète , la fituation des affaires étoit plus que fuf- fîfante pour donner quelque poids. Mais c'eft ainfi que le Vulgaire s'effraie de ces Météores , tout naturels qu'ils font , Se qu'il en tire, toujours des pronoftics iînis- tres , qui n'ont de fondement que dans fon ignorance. Cependant l'armée de la Reine de Gol- conde s'avançoit à grandes journées vers Je Royaume de ffcmtpar, & recevoit cha- que jour des renforts conlidérables. Nvjjir, qui en fut informé . ordonna de lever les quartiers, mais le grand éloignement & le défaut de communication ne permirent pas de les mettre enfemb'e : tout ce qu'on put faire, fut de former, avec affez de peine* Digitized by Google 11*4 Mémoires Secrets peine, deux ou trois corps, & de cher- cher à fe réunir au plutôt : l'Ennemi , de beaucoup fupérieur, n'en donna pas le tems. Neffir, donr le corps éroit le plus conlîdérable, venoit de recevoir un échec, qui l'avoic déterminé â fe retirer fous $é- nupar , & à la mettre en état de défenfe.. Comme il en avoir fait fa place d'armes, & qu'elle étoit allez bien munie, il comp- ta bien en faire acheter cher la conquête aux Gdcondois. Il mit une partie de fes troupes dans la ville, & fie camper le refte autour des murs derrière de bons re- tranchemens qu'il fit faire , & auxquels il ajoura tout ce que fou expérience lui fit juger néceuaire. Scadcchjy vint joindre, & s'y enferma avec lui. Les Golcondoh commandés par le Prince SaUher, ne tar- dèrent pas i fe préfenter devant. Auflï- tôt Scadeci offrir de remettre la ville aux troupes de la Reine, pourvu qu'il fût per- mis à l'armée & à la garnifon de fe re- tirer. Le Prince Saltber accepta la propo- rtion pour l'armée feulemenr, & voulut que la garnifon fût prifonnière de guerre- Scadeck_8t Nejfir , aiant rejette ce parti , on les ailiégea dans les formes ; mats comme ïls étoient retranches jufqu'aux dents, le ÉègealJoit feulement; & on vit fi peu. Digirized by Google •pour fervirà l'BiJîoire de Pcrfe. ifiç d'apparence à pouvoir forcer les Perfaut, qu'on fe détermina à changer le fiège en blocus. Salcber ferma fi bien cous les paf- fages , qu'il écoit impofliblc à ScadeckJ&c i ÀV^r, d'à voir aucune communication avec le dehors. Cependant de gros détache- •mens Golcondoit battoientla campagne, & ne faifoient aucun quartier aux Perfans. Un de ces partis tomba fut un petit en- droit fans défenfe, dont on avoit fait un hôpital , ou il y avoit au moins huit cent Perfans malades, gardés par environ deux cent hommes , qui fe rendirent fur le champ -. tout fut pafie au fil de l'épce fans mi/ericorde. La Reine de Gokonde , animée par fes Jûccès , ordonna enfin le fiége de $énu~ par. Sdcber fit aulTitôt toutes les difpofi- tions néceflaires pour forcer les recran- chemens de Neffir. Ils furent attaqués avec vigueur, & défendus de même. Les ColcondoU retournèrent envain plufieurs jours de fuite à la charge , ils ne purent gagner de terrein. Sakber, voyant fes troupes reburées i & qu'il avoit inutile- ment facrifié beaucoup de monde , revint à fon premier projet , qui écoic de tenir l'Ennemi bloqué , & de le prendre par famine. Ce parti , qui étoir le plus fur , 166 Mémoires Secrets aurait infailliblement réum" , fi Cba-Sêpbi , bien informé du trille état de fes croupes, n'avoir pas envoyé l'armée de Multan à leurs fecours. En peu de mois !a mifére avoit fait périr un grand nombre de Per- fans; & ceux que la mort avoit épargnés, étoient réduits à manger ia chair de leurs propres chevaux, dont, fur la fin dublo. eus , la livre fe vendoit même quatre à cinq (a) Momoudis. On a prétendu qu'if. maët-Beg avoit caché avec foin au Sopbi la fituationde Nejfir, & que ce Prince n'en fut inftruit que par une Lettre qu'on vint à bout de faire parvenir à Rêtitna. Après l'avoir lue , elle la laiflà fans affeflation fur une table , prévoyant bien que Je So- phî curieux, & peut-être jaloux, ne man- querait pas de s'en emparer. Cet inno- cent firatagème réutlît , & Cha-Sêphi ap- prit par ce moyen àqu'elle extrémité Nef- fir étoit réduit. Il parut piqué , mais fon foible pour Jfmael-Beg étoit fi grand, qu'il ne lui en fit pas plus mauvaife mine ; iî fe contenta de faire aflembler le Divan en fa préfence : on y difeura fi on fecourroit ou non Jes troupes enfermées dans Jénupar. VAtbé- (a) Un M4nt0tt.il vaut environ douze fols fil «mers, monnoic do F,*ncc, Digitized by pour fcrvir à tHtflofrc de Petfe. isf V Athimatdoulet fur pour la négative , & reptéfenta les fommes immenfes qu'il en a voit coûté jufqu'alors, pour un Prince qui nes'aidoit pas lui-même: mais la plus grande partie des Minières, & fur- tout Khédi , qui parla avec fermeté, quoiqu'il dût fon élévation à Ifmaël-Bcg , firent voir que la gloire du Sopki, & l'honneur de la Nation, étoientintéreffées, non feulement à dégager Nejfir, mais à continuer de fou- tenir Cbn-Baskan, d'au tant plus qu'on avoit plus fait pour lui ; & qu'enfin , le danger étant extrême, il n'y avoit point à balan- cer d'ordonner à Atfr de marcher en dï- ligenceà Jènupar. SMtf allamêmejufqu'à dire que l'argent ne manquerait pas , & qu'il avoit au moins trois millions de ( a) Tomans prêts pourcette expédition. 1! fut donc décidé qu'on fecourroit Neffir , & en confequencejfer reçut ordre démarcher à grandes journées. A cette nouvelle fon armée témoigna une joie inexprimable. Se une ardeur qui donna tout lieu d'efpé- rer, que malgré l'éloignemenr, ellearrive- roit affez tôt pour tirer Neflir d'affaire. On étoit cependant dans une très grande inqiué- r -, i i - ■"—«vaut à pin près ». 1. fterlingon Digitized by Google ifig Mémoires Secrtts inquiétude à !a Cour de Perfe , Se on ne . fe raflura ■ que lorfqu'on aprit qu'^vr étoit fur les frontières du Royaume de Jé- nupar , qu'il avoir été renforcé par dix mille hommes de recrues , qu'on avoir, envoyés il y avoir quelques mois , & qui n'avoient pu pénétrer ; Se qu'enfin malgré Salcher , qui avoir, levé le blocus paur al- ler à fa rencontre , il comptoit joindre dans peu Nejfa, qui de fon côtés'éroic mis ea marche, avec une partie de fes troupes, pour faciliter la jonction, tandis que Scadeck_était refté dans gènupanvez le refte. J^alife- Sultan , qui poifédoitla Carte du Pais, s'etoitauffi avec environ quatorze miile hommes rendu auprès d'A- OT> & répondit fur fa tête, dans un Con- feil de guerre, de faire paffer l'armée, fans aucun obftacle, par un débouché qu'il con- noitfbit; mais rien nepuedéterminer Axtr i marcher en avant. Soit terreur panique , foit ordres particuliers d'Ifmaël- Beg, com- me on le foupçonna , avec une armée de près de foixante mille hommes, belle, pleine de feu , & qui ne demandoit qu'à ailer à l'Ennemi, il fe recira & prit la rou- te du fleuve Géminé , dans le deffein de fe jeteer dans le yifapouran. La conduite d'A#i vr fut d'autant plus blâmée, que la jonc- pour fervir à tHîJloirc de Perfe. ttfj tîon étoit un coup de partie eflentiel, & qu'il étoic afiez fort pour la pouvoir faire malgré les Golcondoh. Aufli ce Général fut-il rappelé & disgracié) mais trop tard; car l'ardeur de fes croupes s'éroit ralentie, & la rigueur de la Saifon , qui étoit de- venue extrême, pendant qu'on perdoic le rems en Confeils de guerre & en délibé- rations, en avoir fait beaucoup périr. Il faut convenir que la Perfe avoit pris Je plus mauvais parti. Son but étant de délivrer l'armée affiégée dans génupar, le moyen le plus fimple étoit , de conduire celle d'Aifr dans les Etats de Vifapour, dont elle «'étoit pas fort éloignée, & dans lefquels elle aurait pu fe rendre en pea de jours-, fans craindre de grands obila- cles. Cette diverfion aurait infailliblement dégagé Neflîr, parce qu'-elle aurait forcé le Prince Sakber à abandonner le Royaume de $é>tupar,pc»iT aller au fecours du fiji- pouran , & couvrir Gébanabad qui suroît Couru des rifques. On en revint à cette opération , mais il n'é toit plus rems , l'ar- mée d'Aztr étoit aux abois, & elle s'ache- va par une marche longue & pénible, fens magafîns, fans munitions, â travers an Païs peu fertile par lui-même , & dé- jà ruiné par le Dallage des amis & des i7o Mémoires Secrets ennemis, & fans cefle harcelée par Sat- tber , qui la fuivoit. Toutefois l'arrivée de cette armée , quoique délabrée, dans les Etats de Vifapoxr , contribua à en pro- curer le recouvrement; mais malgré les fèconrs que le Supbi y fit paiTer, Neffir, qui après le rappel à'Axjr avoit pris le commandement, ne put les conferver : les Dtllyens le délogèrent de ce Païs, qui fut pris Si repris juiqu'à trois fois , & en- fin totalement ruiné à la troifième con- quête, qu'en fit la Reine de Golconde. Les Perftns étoienc encore maîtres de quelques places dans le Royaume de $è- nitpar, qu'on alfiéga fucceflivemenr. Sca- deck. étoit enfermé dans la Capitale avec environ onze mille hommes, fans comp- rer les malades. Le Piince Sakber , en quitant ce Royaume pour fuivre l'armée d'sfw, y avoit laiffé Zk\y , avec ordre d'invefiir de nouveau JJinupar. Ce Géné- ral obéit, & coupa à Scadeck^touK com- munication ; mais , après pfus de deux mois de blocus-, celui- ci- forma le projet de forcir de la place , & de dérober fa retraite à l'Ennemi. Pouraffurer le fuccès d'une fi grande entreprife, Se donner le change , même â fe$ troupes , quatre jours avant l'exécution il ordonna à la Garni- Digitized by Google pour fervir à rjJifhire de Perfe. ijf foh de fe tenir prête à faire une ferrie gé- nérale : en conféquence on pourvut les foldats d'une certaine quantité de muni- tions , & on enleva rous les chevaux qui étoienc dans la ville, qu'on diftribua aux diffcrens corps. II ne découvrit fon def- fein que la veille du départ, & fortît en effet le lendemain avant le jour, à la tête d'environ dix mille hommes, dont feize cent chevaux, un train d'artillerie de cam- pagne, des chariots, des bagages Se des- caiiTons. II emmena plufieurs otages , tant pour répondre de U fureté des malades , que par reprefailles de ce qui s'étoit paffé à la prifc de Vifapour. Il s'étoit mis en fonds par de fortes contributions, qu'il avoir levées fur les h„bitans, & pour le payement defquei les, ils s'étoient dépouil- lés de ce qu'ils avoient de plus précieux. A fon départ il eut la précaution de faire fermer les portes de la ville, afin d'empê- cher que Ziéky, qui y avoit des intelligen- ces , ne fur informé de ce qui fe paiïbir. Ses mefures furent fi bien prif;s, que fon avant-garde aianc été rencontrée par les patrouille? ennemies, celles-ci crurentque les Perfans alloicnt à un grand fturaje. Mais quoîqu'i! eut deux marches fur Ziê- V» U fut cependant atteint par quel- H a que tfpi ^Mémoires Secrets ■ que Cavalerie légère. Il perdit au moins 'trois mille hommes , tant par le fer des ennemis & par la défertion , que parle ■froid qui étoit extrême. On lui enleva ■prefque toute fon,artillerie, les bagages. -& jufquà fes équipages & ceux du Com- .mifïaire-Ginéral de Ton armée. Il avoh laifiTé dans la place un Officier- Général , & environ neuf cent hommes) avec ordre de ;iaire la meilleure compofition qu'il feroie poflible. Huit jours après.Z/efy< fit fom- ^mer cet Officier, qui obtint une capitula- tion honorable, la Garnifon aiant eu la liberté defortir avec tous les honneurs de Ja Guerre, On trouva dans la ville une uiombreufe artillerie, un gros maga fia de «munitions, dans le château, des pontons, beaucoup d'attirails de guerre, & plus de trois mille malades, qui furent faits pri- sonniers. Malgré les disgrâces que Scadec^ .effuya dans fa retraite, ilmérite des élo- ges d'autant plus grands., que la réuffîte de fon projet étoit, fînonimpoflible, du tfnoins très difficile, Ziéky aiant fait rom- pre rousTes ponts , & que , nondbftant une indifpofition qui ne luipermettoitpas ■de monter à cheval, il n'abandonna point xfa petite armée, & fe fit porter.par-rout •oùûjiéfence étoit néceûaire, Larécom- penfe Digitized by Google pour fervir à £ 'Hifioire de Pïrfe. 173- penfe de tant de foins & de fatigues, fur;, à fon arrivée à la Courj une réception fi froide , qu'il crut devoir fe retirer dans une- Maifon de plaifance, qu'il avoir &>■ quelques mille d'ifpahan. Ea Reine de Golconde célébra la reddi> tion de Jinupnr par une fête magnifique & des plus galantes , qu'elle donna dans Gêbanabad: c'étoit une courfe de chevaux & de chars, à l'imitation des Grecs, qui' fut d'autant plus fingulière , qu'il n'y eut que les Dames, à la tête defquellei étoient N"gir Si fa Sœur Rématta, qui en-* trérent en lice pour y difputer les pris r ipcctacle inconnu jufqualors dans J'Em- pire du Mogoly & peut-être dans le refta du Monde. Peu de tems après elle établit dans §ê* nupar un Tribunal chargé de faire le pro- cès aux Citoyens, mêmeles plus diftin-i gués : ïl en coûta la-vie aux uns, & des femmes immenfes aux autres. Une trop" grande afféâion pour Cha-Bask&n fut le 'prétexte de ces chdtimens, mais on pen-> fo que le véritable crime de la plus gran-- de partie étoit d'être très riches , & qu'il- falloir à Nagar des fecours confidérablesr & promts. La iëvérité que cette Princef- feexerçaeo cette occafion, loin de con- H-3 tri« »74 Mêmoites Secrets tribuer à affaiblir l'idée de cruauté que lès Ennemis s'en étoient formée , ne fit que l'augmenter. Nous avons parlé fi fouvent de cette Reine , qu'il eft à propos de la faire connoître un peu plus particulière- ment, ainfi que le Prince fon Epoux tk le Prince Salcber fon Beaufrère. Nsgar, Reine de Gçkonde & de tfénupar, étoir jeune, d'une taille avantageufe, & d'une grande beauté au goût de quelques- uns. Elle avoit le vifage plein, le front grand & élevé, les yeux beaux, le coup d'œil fier, le regard fixe, le ne2 un peu trop formé, la bouche affez belle, quoi- qu'elle eût les lèvres épaifles, le teint beau, & le port noble. E'Ie joignoit à beaucoup d'efprit une fermeté d'ame rare dans fon fexe : elle étoit impérieufe, em- portée, vindicative, maïs généreufe & reconnoiffante : elleaimoit a dominer, & vouloit être ponctuellement obéie. Les cruautés de fes troupes, & le traitement . qu'elle fit aux villes de Vifapour & de VHpar, lui ont donné, peut-être avec quel- que fondement, le renom d'avoir aimé à arrofer fes lauriers de fang , & d'avoir fait la guerre en Femme furieufe. Il eft vrai que l'acharnement de fes Ennemis à lui enlever fes Etats , & que l'extre- " miré Digitized by Google pour fervir à l'Hiftoire de Perfe. 1 7 s initié où elle avoit été réduite, étoient bien fiiffiians pour exciter fa haine , Se pour lui faire fouhaiter de trouver l'occa- lïon de fe venger; mais le retour inespé- ré de la Fortune auroit dû étouffer des fentimens fi peu généreux, & ne Iaifter voir qu'une noble ambition de l'emporter fur eux en grandeur dame , & de le$ vaincre de belle guerre. Au refte fa fer- meté dans l'adverfité, & les reflburces qu'elle fut trouver pour fe relever) méri- tent autant d'éloges, que Ton obftination à ne point reconnoitre pour Chef de l'Em- pire le Prince, que les Rajas avoient élu, & par confèquent à prolonger une guer- re, qui coûta tant de fang a l'Empire du Mo%ol &su refte de l'Jfie, lui ont attiré de blâme. N-irfic, Prince à'Aracam fon Epoux, étoit d'une moyenne taille , d'une phiiîo- nomie affez ordinaite , quoiqu'avec de beaux traits. II étoit bon , d'un efprit bor- né, n'avoit nulle capacité pour la Guerre, & ne s'étoit pas même fait de réputation dans fes campagnes. LaReine fonEpoufe l'avoir afiocié au Gouvernement, plutôt pour fe faire honneur , que par le belbin qu'elle crut en avoir, ou l'utilité qu'elle prévit en pouvoir tirer. ■. - . " H 4 Son I7 fort maltraité de la petite- vérole: il ai- moit la Guerre , l'entendoit bien , étoit brave, chéri des foldats, mais peu des Officiers, qu'il traitoit quelquefois avec hauteur. II étoit actif, vigilant, du moins le matin , car il pafioit pour fe foucier peu des affaires de Guerre après fon diner. Son illuflre origine & le titre de Beau- frère de la Reine écGolconée lui donnoient beaucoup d'autorité; Se Nagar, en lut confiant le principal commandement de fes armées, agit prudemment, & prévint la jaloufîe & la meiïnrelligence qui ne ré- gnent que trop entre des Généraux, qui ordinairement ne £è veulent rien céder en naifiance . en mérite, & en capacité. Cependant le Sopbi, las dune guerre mïneufe, offrit de retirer fes troupes , & de laitier à l'Empire même le foin de fou- tenir le Chef qu'il s' étoit donné. Après Îuelques difficultés de la part de la Reine e Golcande, ces propositions furent enfin acceptées. En conféquence Nejftr rafTem- bla fes troupes, Se prit la route de V Indus pour rentrer enPerfe. On lui fit donner des ôtages pour fureté, qu'il ne commet- tait aucune hoftilité dans fa retraite : précaution bien inutile; puifque JWciw, avec Digitized by Google pour fervir à FHifloire de Perfe. 177 - a»ec coûte fon armée," fui vit les Perfans jufqu'aux frontières. De cenc trente mil- le hommes environ que le Sophi avoir, en ■■ différens rems, fait marcher dans l'Em- pire du Mogal, A'ejfir n'en ramena que vingt- cinq mille , & beaucoup moins, fé- lon quelques- uns; mais ce fur quoi on s'eft trouve d'accord, c'eft que ce qui revint étoit dans un état déplorable. On eftime cpeCha-Sépbi perdit en deux «mpagnes, - non pas par les armes (car il y eut peu de fang répandu) mais parla misère, le froid - & la, déferrion, au moins- quatre-vingt mille hommes de fes plus belles troupes : : perte confidérable& difficile à réparer, li lui en coûta plus de fept millionsde (a) Tomans , beaucoup de braves Officiers , & un très grand nombre de gens chargés do différentes fonctions- rélatives au fervics- des armées. Après avoirmis fes troupes- enquanier - fur les frontières, Nejfirk rendïtàlaCour, - où il fut mal reçu. - Ce Général % dont on ■ avoit exalté la bravoure & la conduite à ... génupar, au point qu'on le regardoit com- me le feul Capitaine qu'élit Ja Ptrfc, ne- trouva 1 fa) XIV. minions de livres flerling , ou'en.- viron jis, millions monnoie de B-w^. 178 Mémoires Secrets trouva pas un ami, qui voulût on ofât parler en fa faveur; & ce Guerrier , que l'Ennemi même avoir, admiré & rerpeftéi eut ordre de fe retirer dans fes Terres. Quelques- uns ont cru que Cba-Sêpbi ne s'étoit porté à le difgracier, que pour complaire à Cba-Baskfl" > qui nel'aimoit pas : d'autres ont dit qu'il avoir effective- ment bien fait dans les commencemens , mais qu'à la tin il n'avoit plus de tête; & qu'au lieu de s'occuper de fon métier, il paflbir le rems à table, qu'on lui repro- choit d'aimer outre mefure. Quoiqu'il en foit, on ne peut pas : difeonvenir qu'un Officier de foixante-qninze ans au moins, reconnu pour brave, & qui avoir bien fervi, méritoit un autre fort) fur-tout après une guerre 11 difficile, qu'on avoue que ceux qui l'ont faite) ont plus fouffert en deux campagnes, qu'on ne fait ordi- nairement en vingt. Il avoir un frère puifné 1 qui avoir embraifé l'état d'Irtian ; il fe nommoit Mabamet-Nejfir. Il avoir été répandu dans tin très grand monde, & avoir fait du bruit à la Cour, autant par fon caraâère d'efprir, fa vivacité & fon enjouement , que par fes talens & fon goût pour les plaifirs de la Table & l'exercice delaChaffe, iïutfij/TaïOic aifez ordinaire- pour fervîr à T Hifloire de Perfe. ij$ ment chez lui, ce qui lui procura l'hon- neur d'être fouvent admis aux parties de Cb.i-Sépbi. Il ne favoir pas mal faire fa cour , & c'écoit un. homme aflez à la mo- de, quoiqu'il ne fût plus dans la fleur de l'âge, & qu'il portât une phifionomie ru- de. Dégoûte tout à coup du monde, il s'éroit , peu de teins après la mort de Sé~ vagi , confiné dans une Solitude avec quel- ques Faquirs , dont il étoit le chef, Se auxquels il fervoit d'exemple par fa vie régulière. Sa retraite étonna la Cour & la Ville, & ceux qui le connoilfoient, dou- toient qu'il foutînt conftammenr un parti fi fort oppofé à fon humeur. Cependant, foitque fon zèle fût fincère» ou qu'il crai- gnît le qu'en dira-t-on, il y perfifta; & il n'y eut que la fâcheufe pofition de fon frère dans le Royaume de fënupar , qui fut capable de le déterminer à reparaître s la Cour , où il vint folliciter qu'on le dégageât. Son objet rempli , il reprit le chemin de fon Défert , & ne le quita plus. Depuis deux ans les japonais avoient tenu avec la Couronne de Perfe une con- duite qnï pouvoit être regardée comme infultante. Iftnaël-Beg lavoir toujours difiîmulée, & peut-être que fesménage- mens n avoient pas peu contribué à ren- H 6 dre >8o Mémoires Secrets Art les gaponois plus entreprenans. Pour Jeuremmpofer, & faire refpcâér le Nom Perfan , on avoit fait un-armement confî- dérable; effort qui avoit paru d'autant plus fùrprenant , que la Marine n'étoit pas en vigueuren Perfe. Le Commande- ment de la Hotte avoit été donné à T avec la Mai fou de Delly , au préjudice de Traités antérieurs avec d'autres Princes ; & il avilit le Nom Perfan par la médio- crité des forces qu'il employa pour faire valoir 1 infraction de ce Traité. A fon entrée dansIeMiniftère, il trouva le Gou- vernement dans un desordre extrême , & I 7 il zoS Mémoires Secrets ii le rétablit en peu detems: époque bien glorieufe à fa mémoire ; mais il ne fur point affez habile pour mettre à profit les occafions qui fe préfentérent d'augmenter la puinance de la Perfe , ni pour prévoir celles qui furvinrenc dans la fuite. En un mot les grands événemens qui arrivèrent pendant fon Miniftère , lui ouvrirent une belle & vafte carrière de gloire, qu'à la honte & au détriment de fa Nation il fut incapable de fournir. Auflïtôt après la mort /d(,&delui dire, que le So- pbi avoit oublié de le lui donner. Rhédi l'ouvrit dans le moment , & voyant de quoi il étoit queJîion, il rentra dans l'ap- partement, & dit à Qia-Séphi qu'il étoit étonné de la modicité de la (bmme; qu'il avoit compté fur une plus grande ; Se qu'il s'étoit arrangé fur (b) trente-cinq mit- (a) Hooo.l. fterling valant à peu près itifooo. L de fronce. (b) 70000.I. ilerling, ou environ 1575000. 1. de *>■*»«. pour Çerv'ir à l'HiJloire de Perfe. soo mille Tomans. Le Sapin fut charmé du zèle & de la complaifance de fou Minif- tre , & lui en fut d'autant meilleur gré , qu'il ne s'y attendoit pas. Cette bagatelle mit Rbédi très bien dans l'efprit de fon Maître. Tant il eft vrai qu'auprès des Grands tout dépend de l'à-propos ' Cofrou le manque , & achève de feperdre; Rhédi Je faifit , & augmente en faveur. Pendant que ces chofes fe pafioient en Perfe , on regretoit dans l'Empire du Mo- got Nabd Akçl-Kjtn , Raja de Gu<.arate , mort dans fa Capitale à l'âge de foixante- dïx-huit ans. C'étoit une perte, fur-tout dans les circonftance où l'Empire fe rrou- voit. Les Grandi- de Guzjtrate élurent pour fon Succeffëur Mir-Kjtfî-m- Kfln. Ses intérêts demandant qu'il reliât neutre dans les querelles qui divifoient l'Empire, il ne montra à fon avènement aucun fau- chant pour un parti préfèrablementà l'au- tre. Dans !a fuite i! parut favorifer un peu la Reine de Golconde , ce qui déplut fort à l'Empereur. Au refte , la purflance de ce Raja étant moins conlîdérabte par lis troupes que par l'autorité que fa di- gnité lui donne, fon alliance n'eft pas d'un grand poids quant à la guerre. Quelques mois après mourut à Ifpaban la zïo Mémoires Secrets la Princefie Roxane Mère de MirtA- Haddi; à l'âge de foixante- dix ans. Elle laifla le parti de Cofiou , en quelque forte , fans Chef, & une SuccelÏÏon très opulente. La neutralité à. laquelle le Roi de la Eochincbine s'étoit engagé, n'étant que l'ef- fet de la crainte qu'il avoit , que les japo- nais ne fiuenttinedefcente dans fes Etats, elle ne l'empêcha pas d'envoyer a Ségédiit quelques Régimens, qu'on publia être les mêmes que Gélaleddin avoit autrefois prê- tés pour la conquête de la Cocbinchine , Se qui aiant toujours été à la folde de cet Empereur , dévoient marcher à fes or- dres. La Cour du japon eut beau fe plain- dre de ce procédé , comme d'une infrac- tion à la neutralité , elle n'en put tirer d'autre fatisfaâion ; elle s'en contenta , du moins en apparence , d'autant mieux que peu de tems après, Olabi retira l'artil- lerie Si les munitions qu'il avoit envoyées l'année précédente, pour le fervice des Chinois: mais ce Prince ne demeura dans l'inaction, qu'autant de tems, qu'il lui en fallut pour mettre fes côtes à l'abri ds toute infulte, & fes ports en (t bon état de défenfe, qu'il n'eut rien â redouter des japonais. Ces précautions prifes, il arma puiffamment , & marcha en perfonne au four fervir à l'Hifîoire de Pcrfe. in fêcours de Stgcdin. Les [accès du Prince Négeddin dans les Etats de Kprfula, le de- fir de contribuer à l'établiflement d'un Frère, fentiment bien naturel ! les vives follicitarions des Cours de la Chine & de Perfe, & une forte averfion pour la Mai- fon de Dctiy déterminèrent le Roi de la Cocbinibine a rompre la neutralité. La jonction des Cocbintbinoh ne produifit ce- pendant pas tout ce qu'on en avoir efpé- ré. Les Dellyens étoient fupérieurs, & tout ce qu'on put faire , fut de fe tenic fur la défenfive jufqucs vers la fin de l'an- née fuivante, que Je Général Dcllj/en fe retira, pour fe mettre à portée de foute- nir le Roi de Necbd, & de couvrir la Prin- cipauté de Bengale, dans laquelle les pro- grès des Chinois, & des Perfms faifoienc craindre une prochaine invaiïon ; elle fe- roit vraifemblablementarrivéc, fî, comme nous l'avons dit, la rigueur de la faifon ne les avoir pas contrainrs de lever le fîège d'une ville forte , limée prefque dans le cœur des Etats de Kprfitla. Cba~ Bisl^n peiifou néanmoins à la paix, & faifoit faire de tems en tems à la Rei- ne de Golconde des propofitions que , ré- folue de n'entendre à aucune paix parti- culière, elle rejet toit toujours : conduite qui 2i î Mémoires Secrets qui fie dire à fes ennemis, qu'elle vouloir perpétuer la guerre, mais conduite d'au- tant plus régulière vis-à-vis de fes Alliés, que, fans leur fecours, elle n'auroit pas pu Te défendre! La néceftîté & l'efficacité de ces fecours, donnèrent un beau champ aux patrifansde A^g^oui en concluoient, que les Etats de la Maiibn de Delly , con- fervés même dans leur indîvifibilicé , étoient plus foibles que les Puifiances ar- mées conrre elle. Conféquencefauffe quant aux hommes, pnifque les nombreufes ar- mées que la Reine de Cohonde mit fut pié , prouvoient que fes Etats étoient une pépinière de foldars ; mais jufte -quant à la difetre d'argent, qui la mettoit en effet hors d'état de pouvoir par elle-même fai- re ufage de fes forces. Les Etats & .les Princes de l'Empire étoient partagés entre l'Empereur du Mo- g4 & la Reine de Golconde; chacun avoit pris parti fuivanrfon penchant ou fes in- térêts. C'étoit ainfî que ce Corps (î puif- fant , fi redoutable, travaiiloit à fa propre ruine en fc déchirant le fein, & forgeoit lui-même les fers, dont fon aveuglement i ne lui permettoir pas de voir, que le parti victorieux pourrait un jour l'accabler. Ce n'étoit pas l'Empire du Magol feul, que la Digiii fisi by pbur fervir à tfiifloire de Perfe. iij difcorde avoit infecté de fon foulle em- poifonné; l'Empire de Ruffie & le 'îoyau- me de falekçldar en avoient eu leur part, ils fe faifoienr une guerre cruelle, à la- quelle Jfmaël-Beg, dit-on, avoit fu exci- ter les ffalek&àariens , fans doute i deÇ- fein d'occuper la Rajfie , Se de priver la Reine deGolconde, des fecours qu'elle au- roit pu s'en promettre par l'eneremife de l'Empereur du Japon, quiavoit un grand crédit dans cette Cour. Cette guerre fut, du commencement à la* fin , desavanra- geufe aux ffalekglditritns , & auroit pu leur devenir funeile, fî l'Impératrice da Rujfie n'eût pas eu la généralité de fe prê- ter aux propofitions de paix,qui lui furent faits, à quoi on la difpofa favorablement, par la promeife qu'on lui fît d'atelier un de fes proches Parens au Trône de ffde- kgldar, qui étoit électif. Deux Généraux payèrent de leur tête ( fuplice infamant à gdekfldar ) les mauvais fuccès de cette guerre. On fit l'impollible pour leur fau- ver la vie, fur-tout à l'un des deux nom- mé h'égef-Couli-Beg, qui prouva qu'il n'a- voit pas encore ioint, ni pu joindre l'ar- mée Jalikftdarienne , loriqu'clle fur mîfe en déroute par les Rufiens. Rien ne put vaincre l'animofité du plus grand nombre des -5-14 ' Mémoires Secrets des Membres des Etats , à qui cette dé- route tenoît au cœur; ils furent exécutés. L'infortuné Nêgef-Couli-Beg, la veille de fonfuplice, tenta de s'évader, &yréuf- fit, du moins en partie; mais des conrre- tems, que la prudence humaine ne peut prévoir, l'aiant empêché de s'éloigner allez pour n'avoir point à craindre d'ê- tre repris, il fut reconnu, ramené dans la ville capitale, & décapité Je lendemain de fon arrivée. La haine de la Nation expira avec lui , & ce grand-homme fut généralement regreté. Trifte & mémo- rable exemple de l'ingratitude & de fia- confiance du Peuple! Versle commencement de cette année, quelques Vaiffeaux de guerre Japonais & un Brûlot fe préfentérent devant Ja barre d'un port neutre , dans lequel s'étoit reti- ré un Vaiïféau de guerre Chinois de foi- xante-dix pièces de canon commandé par Huffein , Officier Perjzn d'une intrépidité peu commune. Deux des Vaifleaux^a- potiois k détachèrent , entrèrent dans le port , & fommérent Huffein de fe rendre. Ce brave Officier ne répondit que par une décharge de toute fon artillerie ; mais voyant que les Japonais n'en fuivoienc jas moins leur pointe, & que le Comman- Digifecd by Google- pour fervir à Fïli/loire de Perfe. 215 dant du Fore , ne fc merroit pas en devoir de le défendre, il fit paffer fon équipage à terre, mit le feu à fon vaiffeau & le fie fànrer. Les malades y périrent : accident bien fâcheux , mais forcé , le peu de tems qu'on avoit n'aiant pas permis de les dé- barquer. Cependant la Reine de Golcmde avoir, fur les bords de ['Indus , une armée nom- breufe fous les ordres du Prince Sakber , qui menaçoit de paffer ce fleuve, & de rendre à la Perfe invafion pour invaiion , en portant chez elle le fort de la guerre. Il ctoit S'aatanr plus à craindre, que ce projet ne réuffit , que, dans ce même tems , Nagar & fes Alliés aflemblércnt plus haut une autre grande armée aux environs A'Amadzbat , dont on préfuma que le but étoit de fe joindre au Prince SaUber. Pour rompre ces projets, Oia- Séplù mit Ibbi à la térede cinquante-cinq mille hommes deftinés à s'oppofer à la jonction ; & il en donna environ autant à Seif, avec ordre de défendre le partage de Y indus, & de couvrir les Provinces jqui en fonr voifine?. . l'obi paffa V Indus , & s'avança vers le fleuve Emni, dans le deiî'eïn de s'emparer d'un pofte avantageux; mais, aiant été pré- il6 Mémoires Secrets prévenu par/Varier, Général ^po no «actif, il fc pofta furies bords du fleuve Emni, fur lequel il jetta deux ponts pour en avoir le partage libre , & pouvoir profiter des mouvemens , que ferok l'armée con- fédérée campée de l'autre côté. L'Em- pereur du tfapon venoit de fe rendre à la tête decette armée , où un de fes Fils, nommé Mr-Koffiro , l'avoit devancé. Les troupes des différens Peuples qui la com- pofoient, étoient commandés par desGé- néraux de leur nation, braves & expéri- mentés; Hdider commandoit les japonais & les corps qui étoient à leur fcfde , les Dettyens étoient fous les ordres de Jaber Se de Mamet. On s'obferva pendant plu- fieurs jours. Enfin les Alliés aiant fait un mouvement fur leur droite en remon- tantle fleuve, pours'aprocher, felonquel- ques- uns, d'un renfort de vingt-mille Cey- ùnois quis'avançoit ; félon d'autres , pour fe mettre à portée d'avoir des vivres & desfourages.qui leur manquoient abfolu- ment , Ibbi, qui fut informé de ce mou- vement, fitaulTitôt paiîer le fleuve à en- viron trente mille hommes, l'Infanterie fur les deux ponts & la Cavalerie parles gués, dans l'intention de tomber en force fur l'ar- rière-garde des Ennemis , & de la défaire. Hdi- Digîffeed by Google pour fervir à l'HIjIohe de Perfe. i iy Hdider, s'appercevant de la manœuvre A' Mi , & en concluant, que toute l'armée Perfant pafloit, rangea au plus vite en ba- taille les japonais, qui fai (oient l'arrière- garde, tandis qu'on envoya ordre â l'a- vant -garde de revenir inceffamment fur fes pa?. Les Perfans , ayant marché par un défilé, qui leur déroboitlesdifpofitionsde l'Ennemi, furent étonnés, endébouchant, de le trouver en pleine bataille; mais, comme ils avoient fait trop de chemin pour reculer, &que d'ailleurs ils comp- taient n'avoir à faire qu'à l'arrière- garde, ils marchèrent fièrement aux Jjponois, dont ils eiïuyérenc tout le feu, qui fut ter- rible. Les Perfans , dont les rangs s'étoienc confidérablement éclaircis, fe mirent un peu en détordre) & perdirent du terrain; leurs Chefs les rallièrent , leur firent faire une féconde charge, qui n'eut pas un meil- leur fort que la prémière, & enfin une troifième qui réuflït aullî peu , les BeUyens étant futvenus pour lors. Mirgi-Mola Fils du Prince $effemg , Miram Frère puîné de Mirzjt-Haâ&i , les deux Fils de Soliman & Sèvagi y firent des prodiges. Quelques Régimens d'Infanterie fe comportèrent bravement, mais ils furent ma! fécondés par un Corps de Fantalïins conlidérable K par -.ai S Mémoires Secrets ■par le nombre, & diftingué par le rang qu'il tient dans la Milice Pcrfane. Ce Corps, ayant lâché pié à la troificme charge .com- muniqua fon épouvante à la plus grande partie de l'Infanterie , qui prit la Fuite & abandonna la Cavalerie, qui fut obligée repalfa l'7»(i«î, s'en- ferma dans des lignes formidables, qu'il abandonna enfuice pour s'aprocher de Scif, qui avoit befoin d'être fourenu, & pourcouvrïren même rems les Provinces, îisr lefquelles on lavoir que le Prince Sé- cher avoit des deifeins. Ce Prince avoit ouvert la campagne avec avantage. Un des Généraux de Cba-Bœsk?n battu, l'autre hors d'état d'ofer tenir la campagne, le yijapoMran fournis ,• l'Armiftice convenu récemment entre l'Empereur & la Reine de Gdconde, la Neutralité à laquelle les troupes même de ce Prince venoient de s'engager, un fameux Capitaine Perfan enlevé avec fa troupe, Nejfir pouffé de pofte en porte , toutes les Places , dont les Perfms S «oient emparés , reprifes , l'obli- gation où le Sopbi s'étoit trouvé réduit, à retirer fes troupes de l'Empire du Ma- gol , étoient autant de trophées pour Sd- cher. Enfuite de ces fuccès il avoit marché vers Y Indus, & faifoit des difpofïtions qui annonçaient qu'il vouloir le paflèr. Self retranché fur le bord oppofé du fleuve, donr différens Corps placés dediftance en diflance étoient chargés de défendre le palfage, obfervoit tous les mouvemens de l'Ennemi, qui lui donnoitde fréquentes pour fervir à tHiflohe de Perfe. 2 2 1 allarmes. Enfin Sécher fe détermina une nuîc à tenter de pafler par deux endroits en même rems. Il avoir conftruir un pont qui abouti/Toit dans une lie, que la Nature avoit formée au milieu de V Indus : il paffa fur ce pont, &, malgré le feu continuel des Perfans placés dans l'Ile , il y prit porte avec environ douze mille hommes. Ce- pendant Kjthiced, l'un de fes Généraux, à Jatête de trois mille hommes d'élite, qu'il mit dans des bateaux , fit une autre tenta- tive vis-i-vis d'un pofie défendu par famir, Offiricr - Générât brave & expéri- menté, qui l'obligea à fe retirer avec per- te. J^aliiced fe fignala en cetre rencontre, & peut-être auroit-il réuflî, s'il n'avoîtpas euiÇaftmir en tête. Ce coup manqué .Sé- cher ne penfa qu'à fe maintenir dans l'I'e, à en déloger les Perfans , & achever fon pafïàge. Seif n' croit pas affez forr pour refifter à un Ennemi de beaucoup fupé- rieur , & d'ailleurs fes troupes étaient ex- trêmement fatiguées : ce fut ce qui déter- mina \eSophi à faire marcher Ibbi pour le foutenir. Les Alliés fe mirent fur les pas de ce Général ,& chemin faifant raférent les lignes qu'il avoir abandonnées; après quoi, lafaifon s'avançanr, ils repafl'erent \' Indus, & fe réparèrent. D'un aurre côté K 3 Sol- 2ii Mémoires Secrets Stdcbtr réduit à l'impofïibilité d'exécuter fon projet depuis l'arrivée d'Jbbi, & crai- gnant le débordement du fleuve, fe retira & mît fon armée en quartier d'hiver. Kp- famir, quelques femaines après, profita de l'éloignement des DeUjens , pafia Vîn- tes avec un Corps confidérable , releva des ouvrages dans une Ile, autre que celle dont nous venons de parler, & les munit: ex- pédition qui fut regardée comme contrai- re aux Traités , mais que la raifon de guerre fit juger néceliàire. Peu de teins auparavant un Général Golcondois, que la fortune & une valeur farouche avoient élevé d'un état obfcur aux prémiers grades militaires, pénétra , à la téte d'une troupe déterminée & avi- de de pillage, dans la Principauté AcTatta. cette même Province cédée en toute Sou- veraineté à la Perfe, par le Traité de Gêba- nabad: il y commit toutes fortes d'excès » & y répandît un Ecrit tendant à exciter les Peuples à la révolte, & à rentrer fous la domination de leurs anciens Maître?. De fortes contributions qu'il exigea, 6c un butin confidérable, furent tout le fruit qu'il remportade cette invafion, qu'il au- roit pu payer cher, s'il ne fe fût pas reti- ré en diligence, fur l'avis qu'on lui donna Digilized by Goc jle pour fervir à l'Hifloire de Perfe. »*y qu'un gros Corps de Perfans ajloir lui tom- ber fur les bras. Pendant que ces chofes fe pafioient er» AÇie, la Rvjfie fc vit à la veille d'une ré- volution , dont le plan étoit de détrônes l'Impératrice, & derappellerle jeune Em- pereur. On arrêta quelques-uns des Con- jurés , du nombre defquels étoient plu- lïeurs Femmes de la Cour : huit furene condamnés à mort , auxquels l'Impéra- trice donna la vie , mais on leur coupa la langue, & ils furent exilés. Le Miniflre de la Reine de Golconde dans cette Coue fut nommément aceufé par l'Impératrice , -d'avoir trempé dans !a confpirarion , & promis des fecours aux méeontens. El- le en demanda fatisfaérion à Nagar, qui» intéreffée à ménager cette Princetfe, s'em- preflkdela donner.. Le Miniflre fejufti- fia. Mais quelles impreflions rte laifienc pasdefemblablcs aceufations, fur- tout en- fuite de la découverte que Sélatiheb avoit faite, peu après fon avènement au Trône», de correfpondances fufpedes entre Tes Miniflres & ceux de Goleende ? Il femble qu'il y avoit une efpèce de fatalité attachés- à la petfonne de l'Impératrice, qui la met- toit en bute aux intrigues : car l'année mi- rante Sydameç^, que Cba-Sépbi, dans I» 224 Mémoires Secrets vue de travcrjer la Reine de Goleonde & fes Alliés, vcnoit de renvoyer en Rujfie, avec le Caractère d'AmbaiTadeur, qu'il y avoir eu deux ans auparavant, aiant été chargé d'imputations à peu près fembla- bles, eut ordre de l'Impératrice defortir dans vingt-quatre heures de la Vilie Ca- pitale, 8d dans huit jours de l'Empire. On failît fes Papiers , dans lerquels on publia qu'on avoit trouvé les projets d'une ré- volution prochaine. Il y eut cependant cette différence entre ce Miniftre & ce- lui de Goleonde, que Sèlatiheb ne demanda pas an Sopbi de fatisfadtion de la conduite de Sydameckj différence qui donna lieu de douter de la réalité de l'accufation , & de foupçonner plutôt ce .Seigneur de procé- dés plus injurieux à Sèlatiheb qu'à Ta Cou- ronne , & d'autant plus offenfans qu'elle l'avoir comblé de bienfaits , & traité avec une diftinétion finguliére. Peut- être audt quelques jaloux , auxquels il ne donnoit que trop de prife par fon extrême pan- chant pour les Femmes, & fon peu de circonîpeâion dans fes avantures galan- tes , parvinrent-ils à le noircir dans l'ef- prit de cette Princeffe. Quoiqu'il en foie, fon crime dut être très grand, puisqu'il fut forcé de tendre tout ce qu'il tenoit de Digitiied by Go( pour fervir à l'fJÏJioire de Pcrfe. 1 1 j la libéralité de l'Impératrice , jufques aux marques d'honneur, dont elle J'avoit déco- ré) lors de fa première ambafTade. 11 fut remplacé par un homme qui avoir fait un long fé}our en Ruffw , dont il poiTédoit !a langue, maisqui manquoir, difoit-on, des parties néceflaires à un Minifrre du pre- mier ordre. Zélim , qui avoit été pendant quelques années AmbaiTadeur de Perje auprès du Roi de Corée , en étoit depuis peu de re- tour. Le Sopbi jetta les yeux fur lui pour l'envoyer exécuter auprès de l'Empereur Cba- Baskgn une commiffion importante, qui fervir de prétexte à des négociations fecrettes avec quelques Princes de l'Em- pire du Mogol , & à des infinuations qu'il étoit chargé de leur faire relativement aux conjonctures prefentes. C'étoit un grand politique, & peut-être le plus habile Né- gociateur qu'il y eût en Afte. II jouïffoit, même chez l'Etranger, d'une grande ré- putation , juftement méritée. Il étoit d'un commerce aifé j bon ami, prudent, d'une pénétration rare, exemt d'ambition, & de cet ait fuffifant & avantageux , qui ne fiéroit bien qu'au vrai mérite , mais qu'il n'a jamais. Il avoit la phifionomie revenante, l'air gracieux & doux, l'abord K 5 froid, t,i6 Mémoires Secrets . froid, la taille haute, & les épaules un- peu rondes. Ce ne fut pas-là le feul voya- ge qu'il fit à la Cour d'Amadabat : comme- il étoit en quelque forte l'unique reffour- ce de la Perfe , il y fur encore envoyé l'année fuivante. Le Prince Aiirgi-Mela, â fon retour der l'armée de Y Indus à Jfpaban , époufa Fulnic Sœur de Matât- Bakçhe, PrincefTe d'environ dix-huit ans , belle, bien faite, d'un ca- ractère charmant, & d'un efprit fin & dé- licat. Le Prince fon Epoux, à peu près> du même âge , étoit afféz beau , mais, prodigieufement gros.d'une humeur quel- quefois peu commode, & d'un génie dont- on ne vouloit rien dire. Au refte il étoit bon&Jiumain, quoiqu'au fond trop peu généreux. Son -enfance avoir donné les plus grandes efpérances , & il eft à pré- fumer qu'elles auroient été remplies, fi celui qui préfida en fécond â l'éducation de ce Prince, eût fuivi les traces du pré^ mier qui en a voit été chargé. Tant il eft rare en matière d'éducation , que le chan- gement: ne tombe pas en pure perte poun le Sujet qu'on élève !- La Perfe fit, pendant l'hiver, de très grands préparatifs, par terre & par mer» IjQar la campagne prochaine, qu'elle ou, — Digtfized Dy Go'C pour fervir à Clliflùire dans lequel s' éroienr réfugiés, l'année pré- cédente^ uelques vaifleaux de guerre Chi- nois , qu'une Flotte Japonoifi- avoir tenus, . pour ainii dire , bloques depuis ce tems- là. Lcî Chinois, bien réfolus à combattre ■ les {Japonais,- quoique de beaucoup fupé- rieurs , s'ils fe préfentoient , mirent â'a* voile en compagnie des Pcrfans. L'Amiral ■ {japonais parut en effet fur le midi en or- dre de bataille., & attaqua les Chinois, qui" avoient l'avant-garde de l'armée combi- née. Les Chinois fe battirent avec toute la . bravoure imaginable, &.foufrirenc beau- coup , aiant efïiiyé feuls pendant trois heures le feu des japonais. Leur Amiral fur-touts'y fignala; fonvaiffeau fut extrê- mement maltraité, mais il eut la gloire da démâter &. de défagréer l'Amiral fjaponoisj qui ne put s'emparer que d'un feu! vaif- ièau , qui fut même repris dans la fuite de l'action. Le combat dora cinq heures avec un acharnement inexprimable de la- part des japonais, qui avoient l'avantage du vent. L'Amiral Perfœnne donna que- vers la fin; manœuvre finguliére, & d'au- tant plus blâmable , que s'il eut foutenu ■ KcT d'abord! _-^t.'-i^ by Google fiî8 Mémoires Secrets d'abord îps Chinois , il eft à préfumer que l'Amiral Jjponois anroit été défait, ion Contre- Amiral, avec qui il étoit en més- intelligence, étant fort éloigné avec fa di- viiïon, qui faifoit an moins un tiers de la Flotte , & hors de portée de le feeou- rir. Les japonais , quoiqu'ils eùffent plu- (îcurs vaifleaux fort endommagés , & fur- tout leur Amiral , demeurèrent maîtres du champ de bataille , les Flottes combinées s' étant retirées dans les ports de la Chine. Le Général Perfctn fit tous fes efforts pour fejuflifier, mais on n'y eut nul égard, &ilfutdifgracié: châtiment trop doux au jugement du Public. Muit pas exemt d'ambition , & il auroit fort défîré fe voir à la tête des Affaires , dont, à bien des égards, & fïn- guliérementpource quiconcernoit la Po- litique, il fe feroit bien tiré , quoiqu'en difient fes ennemis & fes envieux. Il avoit à cœur la gloire de l'Etat, mais il s'aban- donnoit peut-ctre trop à fes projets. On lui en attribua un que U Perfe fit éclôre dans lemêmetems du combat naval,dont nous venons de parler. Ce projet, que Muxjim étoit bien capable d'avoir imagi- né, confiftoit à faire une defcente dans le Japon , & à y caufer une révolution en faveur d'un jeune Prince , dont l'Aïeul avoit autrefois été aflîs fur le trône de cet Empire , que des mécontens le forcèrent d'abandonner. On n'avoit rien négligé pour afTurer le fuccès d'une fi grande entreprife. On «voit fait fortir les Vaiftèaux Chinois & Per- fans, dont nous venons de faire mention, préAimant bien que l'Amiral Japon*is pro- K 7 fiteroit t$o Mémoires Secrets Hier oit de l'occafion pour engager un com- bat. C'étoit tout cequ'on demandoit, par- ce que cecombat donneroit le tems d'exé- cuter la defcenre au Japon, &que, quand même les Japonais remporteroiem la vie- toire , ils ne fe trouveroient pas en état de voler au fecours de leur Patrie , (étant moralement impoffiblequ ilsnefoufrfflent pas beaucoup dans une action qui devoir être fort chaude , ) ou qu'au pis aller ils y. arriveroient trop tard. Ces raifonnemens croient juSes , & fondés fur [expérience journalière des combats fur mer. On avoir, armé dans d'autres ports plufieurs vaif- feaux, qu'on difoit deftinés pour une tout autres expédition que celle du Japon : on y avoit embarqué quantité d'armes & deejui- pages de guerre : ces vailîeaux avoient or- dre de relâcher à une ville maritime, & d'y prendre différens corps de troupes qu'on y avoit raflemblés pour faire la defccnre. Le fecret, qui eft lame des grandes affaires , avoit été fî bien gardé j que les Comman- dans même ignorèrent leur deftinationjuf-r qu'au moment du départ ; avec la. même précaution on s'étoit fait un parti confîdé- rable dans le Japon. On avoit fait venir d'un Pais fort éloigné à Ifpaban le jeune fjinec, quidevoit jouer Je principalrôJe, . pour fervir à CHiJloire de Perfe. 2j ï & on avoir eu Padrefie de le faire pafler.,. au milieu de fes plus redoutables ennemis,, fous un nom Jnppofé & fous la foi refpec- table du Droic des Gens, accompagné d'un Frère deA/aorj'm.-circonfiance qui ne con- tribua pas peu à faire croire ceMouUab l'au- teur du projet. La nuit d'une réjou'iffance publique, qu'on avoir à deflèin fait courir le bruit que Cha-Sépbi honoreroit de fa pré- fence, & à laquelle bien des gens furent perfuadés qu'il afïifta.'ce Monarque eut une conférence fecretre avec le jeune Prin» ce, qui partit enfuit e incognito pour le lieu de l'embarquement. Tout répondoit aux- defirs du Sophi : le combat s'étoit donné: la Flotte Japonoife y a voit été maltraitée affez, pour n'avoir pu regagner les ports àafapon; la féconde E/cadre Perfane étoit à la rade de la ville maritime,, d'où fe de- voir faire le tranfport de rroupes. Le jeu-r ne Prince y étant arrivé fans accident, on s'embarque, on met â la voile, on part avec les plu$ flateufes efpérances ; mais une temp&e s'élève , diffipe en peu d'heu- res tour ce grand appareil, & fait échoues le projet. Ces.fortes d'entreprifesdeman-r dent toujours beaucoup de célérité, & fur- tout en hiver, où l'inconflauce de la mer tend le& momços précieux. On ne, fie pas une aji Mémoires Secrets une affez grande diligence en Perfe , ou , pour mieux dire, on ne put pas en faire d'avantage; car, ma'gré la précifion des ordres qu'on avoit donnés, malgré la juf- telfedes mefures qu'on avoit prilès, quel- ques bâtimens de tranfport n'aianc pu fe trouver au rende2-vous à point nommé , on ne pur mettre â profit plufieurs jours d'un rems favorable. Ce retardement fit non feulement manquer un coup effen- tiel, mais même perdre beaucoup d'hom- mes & quelques vaifieaux. La fortune fer- ait hien les japonais en cette occalïon : ils étoient fi peu fur leurs gardes , qu'ils n'a- voient prefque point de vaiffeaux, & en- core moins de troupes chez eux à oppo- ser à l'Ennemi, La Flotte Perfane rentra dans fes ports pour fe remettre du dora- mage qu'elle avoit fouffert, & le jeune Prince revint à Ifpaban attendre de la gé- nérofizê de Cba-Sepbi, de nouveaux moyens pour faire une féconde tentative. >eu après cet événement JTamef fut re- mercié; cet Ex-miniftre fut peu regretté. Quoique le Sofbi , pour ôter à ce dépla- cementTair d'une difgrace, le récompen- iat magnifiquement, on ne penfa pas moins qu'il y avoit quelque mécontente- ment fecret, Cba-fiiff>i fut quelque rems pour fervir à fHifioin de Perfe. ijj fans lui donner de fuccefleur. }]>bi fut en- fin chargé de ce détail i on mit fous lui Zéiim , dont nous venons de parler, & qui , par fa capacité & l'honneur qu'il s'ctoit acquis dans plufieurs grandes négo- ciations, étoit autant digne , que qui que ce fût de cette place .-on lui joignit Kjbelt, connu par fa longue expérience , quel- ques commifiions importantes dont il avoit été chargé) & par le Traire de Gè- banahaà. Cet arrangement fut de peu de durée ; foit que le Sopbi crût Ibbi plus uti- le à la tête de fes armées , foir par d'autres raifons, au nombre defquelles le Public mettoit le peu de confiance, qu'en géné- ral on avoit depuis longtems en Ibbi, Caitton-Cka, créature du feu Atbématdoulet, & qui avoit été quelques années Ambafla- deur à la Cour Ottomane, fut choifi. Comme il étoit déjà fur le retour, & que depuis fonambahade il s'étoit confiné dans fes Terres, il préféra fa retraite au bril- lant éclat d'une place qu'i! connoiflbit dé- licate, fur-tout dans les circonftances où l'on éroir. A fon refus Taxis , frère ainé de Nèamed, fut nommé. Il avoit un ef- prir folide & profond , & étoit très capa- ble de remplir avec diftinftion toutes for- tes de portes ; mais on le crouvoit moins liant Digilized by Google î34 Mémoires Secrets ' . -. liant que fon Frère , plus froid & pltu fec. Le Sophi combla cette famille d'hon- neurs & de dignités , un des enfans aiant eu dans le même tems la place de Grand Cadi qu'on ôta a Feyde, que fes plaiiïrs occupoient plus que les fonctions de fon porte. Cette place étoit en quelque forte due aux defcendans de Daratha aieul du nouveau Cadi , qui y avoir acquis beau-» coup de réputation) & avoir fu , d'un em- ploi borné, & allez peu honorable, en fai- re un diilingué & d'une très grande im- portance. Le Sophi, déterminé à agir vigoureufe- ment cette campagne, déclara enfin Ja guerre à la Reine de Gokonde , à l'Empe-i reur du ffapon , & au Roi de Necbal, Cent vingt mille hommes marchérenr dans le Feidran fous les ordres d'ibbi & de Khalife- Sultan. Seif, i la tête de cinquante mille Fer fans, fe. porta fur les bords de Y Indus, & couvrit les Provinces fituées en -deçà de ce fleuve. Scadeck^, qui avoit repris faveur, étoit avec un corps confidérable fur le fleuve Riment , d'où il protégeoit la Principauté de Tatta & les Païs voifins. Rutor-Cba, à la tête de quarante mille hommes, fe renoit à portée d'agir fuivant les circonilances & le befoin. Indépen- dant . Digilized 6y Google pour finir à t'Hifioire dé Perfe. %% j dammentde ces différens corps , Cha-Sé- fèi avoiz fourni à l'Empereur, Cha-Baskan près de vingt mille hommes de vieilles troupes, & envoyé à Nègeddin un renfort de vingt-deux mille hommes fous le Prin- ce Morat-Bakchc , ainfî que nous l'avons dit en parlant de la guerre de ^éfova. Cba-Sépbi fit cette année fa premiers campagne à la tête de fon armée du FeU dran. Ce fur alors que les CeyUnots éprou- vèrent , comme nous l'avons obfervé ci- devant, qu'en reliant unis à !a Reine de Golcondeils s'expofoient à voir emporter, par les armes de la Perfe , les villes qui leuravoient été engagées par la Maifos de BeUy. En effet, malgré la bonne in- telligence qui règnoît entre le Sopbi Se les Ceylanois , ce Prince fît le fiege de quel- ques villes, où ceux-ci avoient garnifon, Si ii s'en rendit maître fans beaucoup ds refiftance. Les So'uverains deCeylan n'é- toient pas d'humeur à facrifier leurs fol- dats pour une caufe, dans laquelle la poli- tique & les circonftances les retenoienc bien plus que l'inclination , 8c par cette raifonils n'avoient eu. garde de garnir ces places fuffifamment , pour qu'elles fiiTent une défenfe convenable. Cependant ils fc plaignirent hautement des entreprifes d» i ?5 Mémoires Secrets Sopbi fur ce qu'ils appâtaient leurs villes, & d snnérenc à entendre , que , s'il conti- nuait , ils ne pourroient fe difpenfer de fe déclarer ouvertement. Miis le Sopbi , toujours en traitant les troupes de Ceylan avec les égards , qu'on n'a pas pour des Ennemis > n'en alla pas moins fon chemin', & répondit , qu'il croyoit avoir autant de d oit d'afïîfter Cba- Baskjn , que les Cey- Unois croyoient en avoir de recourir Na- g.ir, attendu que de part & d'autre on prétendoity ctreautorifé par des Traités. La Reine de Gakdnde & fes Alliés éroient fi fort inférieurs à Chtt-Sepbi , qu'il y avoit toute apparence, malgré leurs propos avantageux, que ce Prince foumettroit dans cette campagne la meilleure partie de ce que la Maifon de Delfy pofledoit dans le Feldran. Rutor-Cba avoit eu ordre de s'aprocher, avec fes quarante mille hommes , d'une des plus fortes ville , qu'on ne doutoit pas qu'il n'invertît inceffara- ment: on étoit dans la. même apréhen- fion , à la Cour de Golconde, pour d'autres places d'une auffi grande conféquence. Nagar s'efforçoit en vain de piquer les Cey- ianois d'honneur: ils lui alléguoienr, qu'ils avoient rempli, & memeau-delà) leurs engagemens ; qu'il n'était ni de laptuden- ce Digitaed by Google pour fervir à l'Hifloirs dcPerfe. 237 ce, ni de leur intérêt, qu'ils s'expofàffent à attirer la guerre dans leur propre Pais, en fe facrifiant pour autrui ; qu'ils avoiene déjà aiTez perdu dans cette campagne , pour penfer à fauver le refte par la voie des infinuations amiables, & des négocia- tions; & qu'enfin, ce qui les engageoirâ ne point rompre avec la Perfe , écoit le defir deconferver toujours , parleur mé- diation, une porte ouverte à un accom- modement : conduite , qui ne pouvoir pa- roïtre que louable à leurs Alliés. C'étoit par ces railons que les Ctylanois fe dé- fendoient de faire de plus grandi efforts , ou de fe déclarer ouvertement. La rapidité des conquêtes de Cha.- Stpbi dans le Feldran , auxquelles les Alliés n'é- toient nullement en état de s'oppofer, fut tour-à-coup arrêtée par la nouvelle que le Prince S.iUber avoit palîé \' Indus, & qu'à la tête de quatre-vingt mille hom- mes i il pouffoit vivement Seif, qui avoit été obligé d'abandonner avec beaucoup de précipitation le Pais qu'il occupoit en avant, & de fe retirer fur fes derrières , afin d'empêcher l'Ennemi de pénétrerdans la Perfe. Ce paffage furprit d'autant plus, que , quoique Seif fût aifcz fort pour le faire acheter du moins bien cher, Salcbcr n'é- ■238 Mémoires Secrets ■■«'éprouva aucune réfiftance de la part de ces mêmes Perfans, qui, l'année précé- dente, avoient eu la gloire de faire échouer les tentatives qu'il avoir faites. On, foupçonna, que le Sopbi, afin de détermi- ner le Roi du Zagatbay , qu'on follicitoit fortement de fe déclarer contre la Reine de Golconde , & qui ne demandoit qu'un prétexte pour le faire, donna ordre à •^e/fdelaiirerpafler V Indus aux Gokondoit fans oppoficion. Ce pafiâge étoit en effet un prétexte des plus fpécieux, pour jufti- fier aux yeux de toute YAfte la conduite de Gion -K_an. La néceffité , où , par cet événement , Cba-Sépbi alloit fe voir réduit de cefler d'aider Cha-Baskgn , pour défen- dre fes propos Etats; les fuites fâcheufes qui en réfulteroient pour l'Empereur da Mogol , qui alloit fe trouver dénué de tout fecours; la crainte que la Reine de Gol- eonde, en fe vengeant de ce Prince, ne travaillât à afërvir l'Empire même; la majeftédu Chef de l'Empire , la dignité du Corps entier expofées ; l'honneur des. Rajas, intérefTéà foutenir lePn'nce, qu'ils avoient élu ; toutes ces raifons pouvoient paroître fuffifantes, pour engager le Roi du Zagatbay â prendre la défenfe de Cba- ■£ask4ii ; & il s'en fervic , dumoins en par- ■pourfervir à TH&oire * Perjc. v& tie, pour autorifer le Traité qu'il venoit de faire avec cet Empereur, le Sopbi de quelques autres Prince , & pour motiver (es -hoftilîtés contre Nagar. CbaSépbi, craignant cependant que les Golconiois ne lui fïilènt payer cher la com- plaifance qu'il avoit eue.de leur laifier paP- fer Y Indus fans coup férir , laifla Kjûife- Sul- tan, qu'il avoit depuis peu décoré du grand Calaat, à la tête de l'armée du Fel- drttu , & avec trente-cinq mille hommes qu'il en détacha, il vola au fecours de Seif. Rutor - Cha eut ordre d'y conduire aulïi l'armée qu'il commandoit. Ces diffé- rens corps firent des marches forcées» & vinrent à bout de fe réunir, malgré les précautions que Sakber avoit prifes pour les en empêcher. ■ De part & d'autre les -forces étoienr formidables, l'ardeur égale; dans les Golamdois.ane ferme réfolution de conferver leurs avantages , même de les poufïer ; dans les Perfans , un defïr vif de faire pafler X Indus à l'Ennemi , & de fe (îgnaler fous les yeux de leur Roi. Ces difpofitions ne laiffoient aucun lieu de ■douter, qu'on n'en vînt aux mains , & on s'y attendoit chaque jour, lorsque le Sopbi tomba dangereufement malade. En peu de ,|onrsil futi toute extrémité , & même 24° Mémoires Setrets. le bruit courut qu'il étoitmorr. Toutau- rre intérêt fit place dans le cœur des Per- fans à celui qu'ils dévoient prendre à une téte fi chère ; leur amour pour ce Prince, la jufle apréhenfion de le perdre , fur- tout dans les conjonctures où l'on croit, fufpendirenr toutes les opérations , & les Généraux s'apliquérent feulement à fe mettre en fi bonne pofture , que l'Ennemi ne pût profiter de fa confternatïon des Perfms , ni du malheur qui les menaçoir. Mais dans le tems qu'on n'efpéroit plus rien que de fa vigueur de l'âge & de la narure, unecrife favorable furvint , Se tira ce Prince des bras de la mort. Alors la mefurede la douleur, qu'on avoit ref- fentîe, fut celle de l'allegrefle publique. Tous les Ordres de l'Etat firent à l'envi éclater leur joie, & la Perft ne fut occu- pée, pendant plus de deux mois, que de réjouïflances & de fêtes , qui cauférent line dépenfe prodigieufe , malgré l'atten- tion qu'on eut d'y mettre des bornes , dans la crainte, que la fortune des par- ticuliers n'en fouffnr. ' Témoignages de zèle & de tendrelTe bien honorables pour la Nation , & encore plus glorieux pour fon Prince. Le paffage de V Indus par le Prince Sat- cber, pour fervir à tHifîoire de Perfe. 241 cher, & fon irruption dans les Provinces voifines, n'eurent pas pour la Perfe des fuites auflï funeftes, qu'il y avoit eu lieu de Je craindre. Lit marche du Roi du Za- gathay , à la tête de cent mille hommes > vers le Royaume de Jénupar , obligea Salcher à repafler le fleuve au plus vite , pour aller s'oppoferà ce nouvel Ennemi. Mais quelque diligence qu'il fit, il ne put arriver aflèz-tôt pour empêcher la prife de la Capitale, & la réduction d'une par- tie du Royaume. La conduite de Giott- Kjm fit beaucoup crier les Alliés de la Reine de Golconde , & fur-tout les Ceyla- nots , qui ne le ménageoient nullement dans leurs difeours. La haine des Peuples de Ceylan pour ce Prince écoit fi grande» qVelle les aveugloit fur leurs propres in- térêts , au point qu'ils ne fentoient pas combien il leurétoit avantageux, qu'il eût pris parti contre Nagar, dans un tems où des prétentions fur leurs poffeflions , qu'il paroiflbit difpofé à faire valoir par la force, ne pouvoient manquer d'occafionner une guerre ouverte entre le Zagatbay & CeyUn: ils ne voyoient pas que les engagemens que Gion-K,an venoit de prendre, éloi- gnoient d'eux l'orage, & que la guerrequ'il enrreprenoit devant vraifemblableme nt lui L cou- 241 Mémoires Secrets conter beaucoup d'hommes & d'argent, il ne fe trouveroit de longtems en état de les inquiéter. • La diverfion du Roi du Zogathay étoit un coup terrible pour la Reine de Çolcon- 4e, Par-là les Etats de cette Princefle de- venoient de nouveau le Théâtre de la Guerre, Par-là Cba~Baskan Si fes nouve- aux Alliés écoienc à portée, non feule- ment de recouvrer le yifapouran s malgré trente mille hommes que SaUher avoir eu la précaution d'y jerter, en marchant au Tecours de Jétiupar, mais même de por- ter leurs armes dans laPrincipauté deDe/- iy. Par-là, enfin, \tsPerfans, délivrés» du fâcheux voifinage des Golcondois, fe -voyoient maîrres-d'entrer à leur tour dans les Provinces fou mi fes à Nngar, avec l'ef- pérance d'yçoufler loin leurs conquêtes. Il étoit difficile que la Reine de Golconde pût faire face par-tout à la fois : l'armée confédérée du Feidran reftoit dans une •jnaâion, qui dément oit les brnitsqu'on avoit fait courir.qu'elle attaqueroit incef- ÏAmmentJÇalifc- Sultan ; il n'y avoit guères ■à' apparence : en effet , que les Alliés pen- faifent à entreprendre quelque chofe fur un Général expérimentée van tageufement .polie-, & vis-à-vis duquel il étoit dange- reux pour fcrvir à CHiJloire de Terfe, 343 reux tfofer s'expofer avec une armée de bien peu fupérieure. Heureufement pour la Reine de Golcoade, Selim-l^an, Roi da Tbibet & Raja de Lahor , déterminé par les follicitations, & encore plus par les fùbfides de l'Empereur du Japon, fe dé- clara pour elle , & envoya un fecotirs de vingt-deux mille hommes au Prince Sd- ■cber. Ce renfort le mit en état de repren- dre la plupart des Places dont le Roi du -Eagatbay s'étoit rendu maître , & de con- traindre ce Monarque à fe retirer avec d'autant plus de précipitation, que d'un côté il craignoït d'être forcé d'en venir i nnebatai!Ie,qu'i]auroitvraifemblab!ement perdue, la défertion & les maladies aiant confidérablement diminué fon armée ,• & que de l'autre , il lui étoit important de couvrir la Province de Bacar, qu'un ar- mée de Gokondoit nouvellement formée menaçoit d'une ïnvafion, La retraite de Gion-lÇan fut fi promte, qu'il n'eut pas le rems de retirer les garnirons qu'il avoit dans la ville de Jênupar, Se dans deux ou trois autres places : la plus grande partie fut faite prifonnière de guerre ; plus de huit mille hommes, qui étoit dans^»«- far en fortirent avec un butin immenfe, mais ils furent fi mal menés par l'En- ■î- î m* 544 Mémoires Secrets nemi, que très peu rejoignirent la gran- de armée. Telle fut l'ifiue de l'entreprife de Gion- Kjin, que les Parrifans de Nagar rraitoienC hautement d'équipée. Elle auroit pu ce- pendant mériter un tout autre nom, fi la maladie de Cha-Sépbi n'eut pas mis d'ob- flacles à l'exécution du deflèin, qu'on avoit formé d'attaquer Salcber, de le forcer à repafler V Indus, 8t de le harceler dans fa retraite au point qu'il fe vit hors d'état , de faire tête au Roi du Zagatbay ; ou fi > après le rétabliflement de la fanté du So- pbi , il eût été poflible de forcer de mar- che aflez pour tomber fur les Gokondois , ou pour les mettre entre le feu des trou- pes du Zagatbay & des Perfans; ou enfin, fi la iaifon eût permis de pénétrer dans les Etats de la Reine de Golconde aflez avant pour obliger Sakber à s'y porter, & pour dégager par cette diverfion le Roi du Zagaibay, qui alors fe feroit trouvé fuffifamment en force pour pouvoir a» moins conferver fes conquêtes. Les fuccès de la Reine de Golconde con- tre Gion- ^an furent balancés, par la perte de quelques places, entre autres d'une confidérable dont le Sopbi s'empara après un fiège long & meurtrier, & par le re- cou- pour fervir à CPtifieire de Perfe. 345 eouvrement pue dtCba-Biskan d'une par- tie du yijjpouran. Ces différentes expé- ditions terminèrent la campatme, & cha- que parti prit des quartiers d'hiver. La Perfe, dîns l'intention de fe mettre à por- tL-e de commencer de bonne heure les hoftilités l'année fuivante , fe difpoià à faire hiverner , de gré ou de force , dans les Etats des Rajas de Gui.iraie , de Buckpr & de M ait an , quarante mille hommes fous les ordres d'Atjr, qui étok rentré en grâce. On publia même que cette armée étoit deftinée à attaquer la Principauté de Cabul, ou à pénétrer jufqu'aux Etats du Roi du Zagatbay, pour le forcer à tenir bon, s'il penfoit à abandonner U caufe commune, comme on croyoit avoir lieu de le craindre. Le Sopbi était attendu avec impatience À JJpaban. Il s'y rendit enfin , & y fut reçu aux acclamations des habitarïs, auflî touchés du plaiiir de recevoir un Prince qu'ils adoroient, qu'ils l'avoient été de la crainte de le perdre. Sa maladie n'a- vnit été fatale qu'à Ofirie & à fa Sœur Dogbdon. Elles l'avoient fuivi , ainfi que .plufieurs Dames de la Cour , dans le Fel- dran,& de- là fur V Indus : tontes deux eu- rent ordre de fe retirer i nce (famine ut , & L 3 on &4* Mémoires Secrets on leur ôta des poftes qu'elles dévoient d la tendrefle du Sopbi. Mais le recour de Ù. faute fat le terme de leur dilgrace: el- les jevinrentàla Cour, où leur triomphe fut d'autant plus éclatant, que leurs pof- tes leur furent rendus ,& que Cba-Sêpbi donna à Ofirie de nouvelles preuves de fon arrachement. Cette Favorite, peu après fon rappel, fut attaquée d'une ma- ladicquilamitau tombeau. Les unsfoup- çonnérent qu'elle avoit été empoifonnée ; d'autres attribuèrent fa mort à un remède fait â contretems; quelques-uns enfin s'i- maginérenc qu'un excès de joye l'avoîe caufée. Elle laifla de grandes richeffes, dont elle difpofâ en faveur de fes fœurs. Cba-Sépbi fut extrêmement touché de la perte d'Ofîrie , mais des foins importans firent diverfion à fa douteut. Le mariage du Prince dePerfe avec une Fille de l'Em- pereur de la Chine , n'étoit pas un des moindres : il venoit d'être arrêté , & il fal- loir penfer à faire faire folemnellement la demande de la Princefie par un Ambafia- deur. Tous lesSeigneurs du premier rang ambitionnoient cet honneur. Mirzji , Gou- verneur du jeune Prince prétendoit qu'en cette qualité, il lut appartenoit de droit: fon illuflre naiflance, fon rang, fon mé- rite. Digitized by Google pour fervir à CHifloire- de Perfe. 247 rire , indépendamment de l'avantage d'a- voir élevé l'Héritier prefomtif de la Cou- ronne, auraient bien pu faire paneher Cba-Siphï en fa faveur; mais il avoit été exilé peu de jours avant le retour de ce Prince. Sa difgrace avoit même été fi mafquée, qu'on. ne lui avoit accordé, Se à fa femme, que quelques heures pour fc difpofer à obéir, C'étoit un homme d'un âge un peu avancé, d'un abord froid, iné- branlable dans fes réfolutions, peu ambi- tieux , ne demandant rien; d'un cara&cre peu indulgent, & qui ne plioit pas; mais d'ailleurs bien digne, par la noblefle de fes fenrimens& par fa grande probité, de Ja. préférence que Cba-Sêpbi lui avoit don- née pour l'éducation de fon Succeffeur- Quelques difeours tenus mal à propos , & encore plus ma! à propos rapportés , cau- sèrent fon exil. Cependant les nouvelles varîoient cha- que jour, fur le choix du fujet pour l'am- bafiade à la Glrine; mais enfin leSopbi fixa l'incertitude publique , en nommant la Moullab Bautec-lÇitn , qui étoic alors fon Ambafladeur â la Cour de Pekjng. Le. goût de Gba.Sèphi pour l'économie n'eut peut-être pas moins de part ;i la nomina- tion de ce Moullah, que les vives Toilicir L 4 cations Digilized by Google 248 Mémoires Secrets rations de Tes Amis, qui n'eurent garde de laiflèr échapper une fi belle occafîon, de lui faire faire la fortune la plus écla- tante. ■ Dans le même rems de l'exil de Mirxjt, A*S"tf , qui avoir été Gouverneur du Fils du Prince Jïffeing , eut le même fort. On en fut d'autant plus furpris, qu'iî étoit proche parent de Taxis & de Néamed, Mi- niftres qui étoient en grande faveur , & qui J'avoienr produit & foutenu jufqu'a- lors. II s'etoit li peu fait aimer , qu'il ne fe trouva prefque perfonne qui prît part à fon malheur. Plufieurs Conrtifans, parmi lefquels îl y en avoit , que le Sofhi avoi't traités avec diftinâïon, furent auflî disgraciés, pour avoir pris la liberté d'improuver l'inten- tion où Cba-Séphi étoit de rétablir le jeune Sévagi , & conféquemment les deux Princes fes Coufins, Fils de Soliman, dans tous les honneur») rangs, droits&préro- gatives que Cha-Abas le Grand avoit fo- lemnellement accordés à leurs Pères, tk dont, après la mort de ce Monarque, ils furent aurentiquement privés, du moins quant à leur Poftériré. On fit cette in- jufïice à ces Princes, à la requifition prin- cipalement de Mirw-Haddi, & par les Digilized bÇ Google pour fervir à l'Hiflôire de Perfe. 349 inftigations de fa Mère Roxane , Sœur de ces Princes. Femme extrême, qui ne fcn- tit pas qu'elle fe deshonornit elle-même, en pourfuivantainii fon propre fang. Ce qu'il y eut de plus odieux dans le procédé de cette Princefle, c'eftqu'elleforça, pour ainfi dire , fort Fils à porter les premiers coups dans le tcms même , qu'il étoit en partie de plaifîr au château de Sévagi le Père. Le motif qui engageoit le Sopbi à faire revivre les Décrets de Cba-Abas le Grand . étoit le mariage du jeune Prince Sévagi avec Andis Nièce du Prince Jeffcing , danz 011 defiroit , que la célébration fut précé- dée par cet aifte de l'Autorité Royale. Il étoit afièz naturel que Cba-Sîpbi donnât des marques éclatantes de fon amitiéà une Princefle de fon fajig , & qu'il fît en fa- veur des Enfans qui naîtroient d'elle, tout ce qu'on pouvoir attendredu Pouvoir Sou- verain. C'étoit à quoi laplupartdei Grands, jaloux de transmettre à leurs Defcendans leurs droits & leur rang fans aucune al- tération , prétendoient mettre obftacle. Cette affaire mettoit la Cour dans une agitation extrême : les plus prudens des Courtiians agiflbient fourdement ; les moins circonjpeâs éclatèrent , & en fu- L s rent (bjo Mémoires Secrets rent punis par l'exil. Mais , malgré ces marques de la fë vérité du Sapbi , & quel- ques favorables que fûlTe fes difpo (irions pour Sévdgi , Ton deflein ne pouvoit ren^- contrer que de grandes difficultés , & fa volonté fuprème, empêcher au moins les proteftations & autres actes conierv a foi- res. Anais , jeune , belle , & iffue du Sang Royal par Ta Mère , étoit un parti bien capable de flater le goût Se l'ambition de Sévagi. peu «'en étoit falu qu'elle n'eût epoufé Mirgi-MoU. Sa Mère Scbèrazjtâe s'étoic conduite fi habilement, qu'elleétok venue à bout de l'emporter fur Zèpbis Mè- re de Faillie ; & l'on étoit â la veille de prendre les demi eraarrange mens , quand celle-ci fit jouer de nouveaux reflbrts, qui détruifirent les efpérances de Scbérazjide. La Cour étoit alors dans une Maifon de ban. Sthérazfide y jouïflbit de toute la fa- tisfaâion que peut faire goûter à une Mè- re la certitude d'un grand établiflement pour fa Fille ; elle ne fe méfioit de rien, & ce fut avec la dernière furprife qu'elle éprit un foir , qu'il ne faloit plus compter fur le Prince Mrgi-Mola : elle en doux* d'abord* mais voulant s'en afforer , elle; >Iaifance à une journée de chemin à'ifftt- partit u Digitized bf Google pour fervk à l'Hifloire de Perfe. 2$t partit fur le champ pour Ifpahan, & fe rendit au Palais dejejfeing, où cette trifrs nouvelle lui fut confirmée. Sa douleur fut extrême, mais eue ne lui fit point oublier, que la cérémonie n'étant pas encore prê- te à fe faire-, rien n'étoit défefpéré : elle fe donna tous les mouvemensqueméritoic une affaire fi avanrageufe à tous égards^ elle eut le chagrin d'échouer. L'alliance du Prince Sévagi la confola, fi quelque diffé- rence dans le rang & les richefles peut confoler un cœur ambitieux. D.ins ce même rems Ztnfea , Officier Perfan qui avoit été dégradé quelques mois auparavant , avec les ftétriffures les plus infamantes , pour avoir fait une capi- tulation peu honorable dans une Forteref- k, qui lui avoit été confiée , & dans la*, quelle on avoit jugé qu'il auroït pu fe maintenir, fe juftifia 3t fut rétabli dans fon premier état. Bel exemple de la-jufli- ce ; & encore plus de la bonté & de la modération de Cba-Sépbi ! Sous un Gou- vernement moins indulgent on auroit agi bien différemment : fur le champ on au- roit fait perdre la vie à cet Officier, d'au- tant plus à plaindre alors dans fon mal- heur, qu'une trop grande précipitation Digitized by Google i 152 Mlmokes Secrets lui auroït ôté les moyens de réparer fon II honneur & fa réputation. Les préparatifs pour !e mariage du Prin- ce de Perle, n'empè'choienr pas que le So- fbi ne donnât des foins particuliers aux ï moyens de pouffer la guerre avec vigueur: on faifoiede nouvelles levées, on faifoit marcher beaucoup de troupes dans leFeL- dran , on on publîoit que les Perfans OU- vriroient de bonne heure la campagne pat ]e fiège d'une place importante,- on pat- loit fortement d'une prochaine & nom- breufe promotion d'Officiers-Généraux; on fe difpofoit en un mot à faire une bril- lante offenfive l'année fuivante , malgré Jes projets d'accommodement,qui étoient fut le tapis, & lafincère inclination que le déclaroit avoir deeontribueràpa- cifier Y A fie, La Reine de Gokonde, l'Em- pereur du Japon & leurs Alliés, .ne néglt- geoiencrien de leur côté pour rendre leurs armes victorieurcs : ils comptoient fur des fecours confïdérabies de la Rujfte au prin- tems; ils fe flattoient de parvenir pendant l'hiver â engager encore différent Princes dans leur alliance, & même de vaincre lé- i Joignemenr. que les Jaiékeldariens mon- traient pour entrer dans la guerre , ou pour fe déclarer contre Cba-Bask&n, avec lequel Digitized-by Google peur fervir à ClJifloire de Pçyfe. 35$ lequel leur Roi , comme Prince de l'Em- pire du Mogol , s'étoit lié depuis quelques mois par le Traité A'Amudabat, conjointe- ment avec le Roi du Zagathay , le Raja de Brampour Se quelques autres Princes, Telle étoit la (îtuation des affaires gé- nérales, lorfque/ïtTBiWJiï, Sœur unique de la Reine de Golconde, & mariée depuis en- viron un an au Prince Sakber, mourut dans la capitale de la partie du Feldran, qui ap- partenoit à la Maifon dcDelly, & dont elle étoit Gouvernante. Cette Princeffe fut extrêmement regretée; elle n'avoir que vingr-fix ans: fa bonté, fon humanité, un caraâére charmant , fa beauté , que bien des gens mettoient au deflus de celle de la Sceur , l'avoient fait adorer des Peuples , & rendirent fa perte plus fenfible. Un ac- couchement fâcheux, &qui neproduifît qu'un enfant mort, lui caufa une maladie de langueur qui dura plus de deux mois , & que tout l'art des plus fameux Méde- cins ne put guérir. Cette mort procura un avantage à la Reine de Golconde, en rendant nulle la claufe de fon contrat de mariage avec Narftc , par laquelle il étoit ftipule qu'en cas qu'elle n'eût point d'En- fans mâles , & qu'au contraire Rémana en eut, ils auroient fculs droit à la Succeffion Digitized by Google 354 Mémoires Secrets des Biens héréditaires de la Maifon de Del- ly, i l'exclufiondes Filles de A^gar. Quoi- que là Reine de Gokonde eue un Prince, & qu'elle pût en efpérer d'autres, il y auroic toujours eu lieu de s'inquiéter pour l'ave- nir, fi Rémana eût laine des Princes, au- lieu que fa mort arrivée fans aucune pos- térité, ôtoit tout fujet d'inquiétude: mo- tif aflez propre à confoler de fa perte ! Un événement, qui arriva peu de tems après Ja mort de Rémana-, donna une am- ple matière aux Spéculateurs politiques. Après que les Troupes Perfanes eurent ptis leurs quartiers , Scadeck, , au-lieu de retourner à Jfoaban -, partit de l'armée avec fon Frère & une fuite nombreufe, H fe rendit d'abord auprès de Cha-Bask&n: delà il prit fa route par les frontières de Gabld pour aller, difoit-om concerter avec le Roi du Zagatbay les opérations de la campagne prochaine. Peut-être étoit-ce suffi pour raflnrer ce Prince inquiet 8c mécontent) qui fe plaignoit hautement de ce que les Perfans n'a voient pas attaqué les Go/ctmdowjlorfqu'ilsavoientrepaflèrA- àus, ou du moins de ce qu'on ne les avoit pas fuivis dans leur marche vers génupari double faute, difoit-il, qui avoit extrême- nent préjwdicié à la caufe commune> par- ce ponrfervirarni(ioiredePerJè. 25 J ce qu'elle l'avait réduit i abandonner fes conquêtes , & à fe retirer précipitamment devant un Ennemi,qu'on aurait pu défaire fi on l'eût combattu, ou mettre entredeux feux fi on l'eût fuivi. La guerre qui fe faifoit étant en quelque forte l'ouvrage de Scadeckj, c'étoic â lui à travailler à en fai- re fortir la Perfe avec honneur : il étoît très connu & efïimé du Roi du Zagatbap itérait donc très apparent que Ton voya- ge n'avoir point d'autre but que de con- férer avec ce Prince. Scadeck_, dont on n'ignoroit pas la marche, arriva fur les frontières de Gabul, & comme Général Perfan il fut arrêté avec toute- fa fuite , faute de paflcports & fur le prétexte de la guerre que Gha-Séphi avoir déclarée à Cba- navas-Kjtn Empereur du Japon , Raja de Cabul. Les uns regardèrent cette affaire comme devant avoir de grandes fuites» d'aurrcs comme un coup fait à la main. En effet il paroifToit contre le bon-fens que Scadeck,, pour lè rendre à Attock:, eût choifi la route de Cabul préférablemenc au chemin ordinaire , & qu'en ce cm il eût négligé de fe munir de paCTeports, à moins qu'il n'eût un defiein prémédité de fe fai- re arrêter > afin que par fa détention h Berfd quipeufréttefeiHéfioit, oufe laf- a 5*5 Mémoires Secrets foir du Roi du Zagatbay , eût un prétexte plauiïb'e pour rompre avec lui , ou pour fe jitftifier il les opérations à venir n'al- loient pas au gré de ce Prince , iuppofé qu'il reftât conitamment dans l'alliance. Mais le départ précipité de ce Monar- que de Ta capitale pour Ton armée , qu'il n'avoit quitée que depuis quelques jours, dans le tems précifémentque Scadeci^étoit en route , & qu'on publioic qu'il fe ren- doit près de lui , donna lieu de penfer que Gion ■ K.an vouloit évitertoute conférence & par conféquent renoncer au Traité à'Amadabat. Quelques- uns foupçonnérent que ScadecK. n'avoit dirigé fa marche par Jes frontières de Cabul, qu'afin d'examiner par lui-même s'il ne feroit pas pofltble de faire pénétrer dans cette Principauté l'Ar- mée Perfant , qui étoit du côté de Guut- rate & de Multan , en la conduifant par des montagnes de difficile accès à la véri- té j mais non pas infurmontables. Ce foupçon étoit d'autant moins deftitué de fondement , que ces montagnes , qu'on regardoit comme unedéfenfe fufHfante, n'etoient ni gardées ni fortifiées , & que Scadeck^ affecta d'y paner avec toute ta fuite , parmi laquelle on difoit qu'il y avoir plufïeurs Officiers entendus & très capa- pour frrvir à tHifiotre de Perfe. i^j capables de tirer le plan du terrein. Oa alla plus loin; on s'imagina que l'arrêt de Scadec^ dans les Etats de Cabul, n'avoîc été fait que pour lui procurer un moyen fîmpie& naturel, d'entrer en quelque né- gociation avec l'Empereur du japon, ten- dant à une paix générale] ou à un ac- commodement particulier; à l'effet de i]ui on ne doutoit pas que les ordres de le transférer au Japon n'arrïvâfient itt- ct! laminent. Dans ce même tems on fit courir le bruit, que Cba-Sépbi alloir incenamment accorder aux Gaures le libre Ôipublic exer- cice de leur Religion dans fes Etats. Ce projet , que plufieurs regardèrent comme un grand trait de politique, trouva bien des contradicteurs; quelques-uns le révo- quèrent en doute; d'autres en jugèrent l'exécution impraticable , parce qu'il heur- toir de front les Gens de Loi, toujours prêts â faire parade d'un zèle outré , & qui , par la facilité qu'ils ont à tourner â leur gré l'efprit du Peuple, toujours fu- perftitieux Oc conféquemment ignorant, font capables de bouleverfer un Etat , plutôt que de fouffrir certaines innova- tions. S'il eft permis de hazarder fon fenti- menc *jg Mémoires Secrets ment fur les defTeins qu'on prête aux Sou* verains , ce projet ne devoit paroitre ni imaginaire, niimpolîible dans l'exécution. Quelque vafte & peuplée que fût la. Perfe, les grandes pertes qu'elle avoit fai- res en trois années & demie de guerre, lui avoient confidérablement enlevé des hommes; les nouvelles levées n'avoient pu fe faire fans de grandes difficultés » puifqu'au défaut de garçons on avoit été obligé de faire marcher des gens mariésj même depuis quelques années; les hom- mes que les différentes Provinces avoient fournis, étoient, pour la plupart» au def- fous de la taille ordinaire, trop jeunes & fi foibles , qu'il en étoit mort beaucoup avant de joindre les Corps ou les Garni- rons, auxquels ils étoient deftinés ; les vieux Régimens étoient fondus , il n'en reftoit que le nom: i peine y avoit-il dans cha- cun une centaine d'hommes qui eûûent vu la guerre, Se qui fûffent en état de former les nouveaux-venus au manîment des armes , à la difcîpline & aux travail* militaires, & de leur infpirer ce qu'on ap- pelle l'efprit du Corps. Il y avoit toute ap- parence que la guerre feroit longue & meurtrière ; on ne pouvoit compter fur les nouvelles milices qu'après trois ans panés. Digitized by Google pour fcrvir à VHifloire-ie Perfi. 25 9 panes dans des Gîrnifons ; il falloir cepen- dant compléter les Corps, & remplacer .ceux qu'on tiroit chaque année des Garni- rons pour le fervice de campagne: les Eaïfans, efpèce d'hommes qui peuple 'es armées , manquoient,- rimpoïfibilité de payer les impôts, & une miiere qu'on ne peut bien dépeindre, en 3voient forcé de- puis plufieurs années , un grand nombre à abandonner leurs villages Se la culture des terres, mêmes à fuir leur patrie, ce qui avoît nécelfairement occafionné une di- minution des revenus du Sopbi :. partie non moins importante en fait de guerre! II étoit effentiel derémédier auplutôtà tous ces maux; & le moyen de le faire, étoit atfurément de chercher à fe pr ocurer de nouveaux habitans, qui devinrent une reflburce pour l'Etat, foit en hommes, foi: en contributions aux charges. Le choix de ce fond d'un Peuple nouveau n' étoit point indifférent ; il étoit naturel de préfé- rer ceux qui par leur naiflance, ou parleur ©rigine , tenotent à l'Etat même , Si qui portoient dans le cœur cet amour de la Patrie , qui femble né avec tous les hom- mes , ou ce panchant fecret que les enfans ont ordinairement pour le Païs de leurs Pères. Les Gaures, en général, avoienr. toutes. atfo Mémoire! Secrets toutes ces qualités: de plus leur féjnur dans les Païs étrangers les avoir, rendus plus indultricux > plus habiles dans le Commerce > plus opulens , plus toupies même, & par conféqucnt très propres à faire fleurir un Etat. Les motifs refpec- tables de Religion à part , la perfécucion qu'on avoir exercée contre eux , avoir faic un préjudice inexprimable à la Perfe : la population en avoir fouffert, les Arts y avoient perdu, les T réfors du Prince en avoient été diminués, & l'Etranger en avoir été enrichi, Quels objets ! Qu'ils fontintéreflanspourun Souverain ! Qu'ils aient frappé Chu-Sêpbi, Se qu'il ait penfc à agir en conféquence , il n'y a rien d'é- tonnant. Tout Prince fenfé, inftruit delà vérité , aimant le bien de fon Etat , & ha- bile politique, en ufera de même. D'autres motifs encore auroienr pu dé- terminer le Scpbi à rendre cet Edir en fa- veur des Gaures. I! y en avoir une quanti- té prodigieufe dans différens Pais, & fur- tout dans ceux avec, lefquels il étoit en guerre. La confiance en leur Souverain, l'amour de la Patrie, la température du Climat, les moyen? plus fréquens de fai- re fortune, pouvaient en ramener beau- coup en Perfe. Quelle perte pour les Puif- Digilized by Google pour fervir à F Hijfoire de Perfe. iHl Tances ennemies , ou qui pouvoient le de- venir dans la fuite ! On n'avoir pas, fans doute, encière- menr perdu de vue le projet d'une révo- lution dans le Japon; des conjonctures favorables pouvoient le faire revivre : il étoit de la faine politique de fe concilier les Gaures , qui (ont nombreux dans cet Empire, & de les difpofer d'avance, du moins à ne point rraverfer l'entreprife. 1! paroifloit plus que vraifemblable,que les Ceylanois fedéclareroienr enfin ouver- tement pour la Reine de Golconde : les Gaures faifoient la plus forte partie de leurs Sujets ; le reflentiment des maux qu'ils av oient éprouvés en Perfe, leur don- noit pour le Gouvernement Perfan une averfion, que n'avoient pas les Naturels ; il étoit important de détruire ces fâ'cheu- fes impreffions , & d'en faire naître de plus favorables, quipûflent, finonren- dre les Coures a leur Patrie, du moins leur faire defirer , & [peut-être faciliter la conquête des Etats de Ceylan en tout ou en partie , fi la guerre venoit une fois à fe déclarer entre le Sopbi Si les Cey- lanois. La Perfe avoit encore dans fon fein nombre.de. familles Gaures, exerçant en fe- cret a 6% Mémoires Secrets crer leur Religion, à qui cette obfcuritë, cette contrainte tenoit au cœur. Les En- nemis de la Perfe nel'ignorojentpas; il croit à craindre qu'ils ne vînffènt à bouc d'engager ces Gaures , parmi lefquels il y en avoit de puilfans, à arborer l 'étendait de la révolte, & qu'une guerre mteftine, enfantée par celle du dehors , ne mît l'E- tat à deux doigts de & perte. I! étoîï de la prudence de prévenir de fi grands ■ malheurs , Se d'intéreuer ces familles â la gloire &aufoutien de la Patrie, en les prenant par l'endroit le plus fenfible aux hommes, c ! eft-à-dire, leurcroyance & la liberté d'en faire une profeffion publique. Cette conduite politique ne pouvoir man- quer de réufiir, parce que ces Giures fe fcroient eftimés heureux d'être de ni- veau avec les autres Sujets du Sopbi , aux- quels alors ils n auraient cédé ni en zèle, ni en fidélité. Quant à l'oppofition des Gens de Loi, en l'examinant fans prévention, -on ne la trouvera pas infurmontàble. Le droit d'in- terpréter la Loi efl dévolu aux Chefs ; c'eft âeuxà fermer la bouche ou â l'ou- vrir à ceux qui font chargés en foufor- dre de l'inftruaion desPeuplesj ils don- nent le-ton à -ceux qui dépendent d'eux. Digitized by Google pourfervir à VHîfloire deperfe. 26} On n'ignore pas que ces Chefs , pour ra plupart , ne font exemts ni d'ambition, ni d'Intérêt , ni du defir d'être bien en Cour, d'y figurer & d'y pouvoir avancer leur famille- Quelles reflburces la Politi- que n'a-t-elle pas dans ces différentes paf- fions pour-faire agir & parleras Chefs à fon gré , & conféquemment tout ce qui leur efl fubordonnc] li eft en Perfe une autre efpèce d'hotn-: mes plus dangereux , parce qu'ils ne tien- nent à rien , & qu'ils n'ont perfonnelîe- ment rien à perdre ; ce font les Faquirs. ■ Mais une attention tant foit peu réfléchie fur l'utilité dont ils font dans l'Etat, fur leur inftitution, & les changemens con- lîdérables qu'ils y ont fucceffivement in- ■ troduits; fur l'intérêt qui les domine; fur leur génie, Se l'art qu'ils emploient pour ■ parvenir a leurs fins ; fur la crainte où ils font d'une recherche exacte de leurs biens ■ primitifs & aâuels; fur les avantages qui léfulterôient de leurinterdire tonte com- munication au dehors , régulièrement avec les femmes Se les enfans , de les ren- dre immédiatement dépendans des Chefs des Gens de Loi , & de leur faire fur- tout desdéfenfes expreffes, &rigoureu- * .frmcMmaintenues,dewc^cnrparraîcujc 4es 364 Mémoires Secrets des gens d'un certainàge, ne pourroit- elle pas, entre ancres moyens, en four- nir de propres à leur en impofer , & à les empêcher de nuire? Au furplus, que pourroit-on craindre des infinuations, désinflations, Toit des Gens de Loi) foie des f nquirs, fi onap- porcoit des foins continuels à faire fleurir les Arts & le Commerce ; à animer l'A- griculture par des récompenfes , même par desdiftinétions; à répandre des libé- ralités furies familles nombreufes ; à ren- dre la juftice fans acception de perfonnes ; & à mettre le Peuple dans un certain bien - erre , qui détournât le fen ciment de fa mifère réelle ? Les hommes, quelque peu éclairés qu'on les fuppofe , préfére- ront toujours en général un état attiré à mi avenir incertain, capable de les expo- fer à perdre un préfent qui leur plaît, & dont ils jouïffent paifiblement. Les inté- rêts temporels font le premier objet qui les touche , ceux de la Religion ne font que le fécond ; & s'ils ne voient pas clai- rement qu'elle puifie affermir on amélio- rer leur fortune , ils ne feront rien pour elle. Sentimens qu'on feroic porté à croi- re, que la Providence a voulu mettre dans four fervir à l'Hifloire de Perfs. 2#ï leurs cœurs, pour fervir de barrière à la fuperltition & au faux zèle. On trouvera , fans doute , ces réflexions trop longues , & même d'autant plus dé- placées, qu'elles ne portent que fur un projet qui a pu n'avoir d'autre fondement qu'un bruit populaire: mais fi l'on confî- dère de quel importance eft ce projet en lui-même, on nous faura peut-être quelque gré d'avoir recherché les mo- tifs, qui auraient pu en faire naître l'i- dée à la Cour de Perfe, & d'avoir ex- pofé quelques-uns des moyens qui nous ont paru propres à en rendre l'exécution poffible. F I N. M TABLÇ Digitized by Google TABLE DES PRINCIPALES MATIERES Continua dam ce Volme. fous j&-H,mw« : fon , elo SV è a d . ] . r S rlce ¥ fou Pire lui tourne la têtes ■! le démet, Ht meurt de cha.rin. . n* •>?"■ MUU,m< de tient le troiteme rana; fon crigine & fmj portrait. u* at.î;,» (belle 1 d'un ieune Officier Ptrf»*. 7* JS. mrJh de fc Guerre kwJll-Bmg! fon Mose.elt arrêté, & pourquoi i on lui fait fon oroïil i événement de te procès. ». ekc #SS»h>lk à 4f-tm dans I.Difn.té de ««'« de fon igt Se fa c.naWe. ^ii Haraa/o" ( le Prince ) eft cvdu du Gouverne- menTpa, leTefame», de a % M.,&v^- quoi... Fait calferleTetlament, Se efl déclare ■fureur du jeune S,phi 8; Régent du Royaume, a. Trouve l'Etat dans un aefordrc entremet Jaurès de ce détordre s travaille à y remédier -, fe décharge des détails fut l'Eunuque *.JI.. fon Favori, e. Fait arrêrer jiknb* Minrltre de la Guerre , lui fait faire fon procès, 8e pourquoi -, fait miumtKmMlU «e Gardien du Cachet du SwWil' exile enfuite.&pourquoi çfait fa.re fcsfdnclionsparD*-;*-i le "PPe™, le réta- blit , mais ne lui rend pas UCachet du Stfhi, Digitizad by Google I TABLE DES MATIERES. 267 il fait des -ne confpira- I'aflbupit& comment, ij. Pente à dé- clarer la guerre- à l'Empereur de la Ch'nu, Se pourquoi ; fiir un Traité d'alliance avec l'Em- pereur du UtgU, celui du Jjp™ & les Souve- rains AeCciUn; fait entrer une armée dans la Chine ; négociations ; la Paix Te fait , à quelles conditions; courte durée de cetre guerre. 14. Execution du Traité de Paix en partie, & pour- quoi en partie. Arrivée d'un 7*psn!s à Ijpa- han; Ali -Humai ou donne tête baillée dans un projet que cet homme lui propofe ; ce qui en arrive; plan de ce projet. \6 &c. Vifîte qu'il fait tu Prince GUfir.Se quel en-eft le motif. 18. Sa mort. r ij Amaiabat , Ville Impériale dans l'Empire duWo- gd, oil doivent fe faire les AlTemblées pont l'Election d'un Empereur. 111. Scailetk s'y rend avec le caractère d'Ambalfadeur de Cha-Séphi. Jbiaït (la Princeffe) Nièce du Prince ?»/&iMf fon portrait; fon origine; avoic été deftinée au Prince MWgi -UiU; comment cette affaire manqua ; elle époufe le jeune Prince Stvagi. Aracam C la Principauté d') affûtée à Narfîfl' rince de Tatta; quand & pourquoi, 90. Sa pofîtion. Ajîe, fon état & quels en étoient les Souverains â la mort de Cba-Rijfmc Frôla, j^j &c. AJl-Kan, Raja de Brampoitr , eft le huitième des Rajas; fes intérêts. 117- Sa mort. ijj Anock (le Raja d') tient le feptiéme rang. us. Voyez Gion - Kan. Ava (.le Territoire d 1 } cédé au Roi de Kechal; quand Se pourquoi. 90. Sa pofition. . 141, At,amus , l'un des quatre Maktn , a part à l'éle- A 1 vation Digitized by Google 2 6S T A B L E vatinn i'ofirh au rang de Favorite du Sofa; fon portrait ; ils galanteries; fes takns Se Ton ambition. ISÎ BîC ^i,«r, Général JVr/*» , commande l'Armée de jUï/mji; fon po: trait , &r ce qu'on pente de Cl capacité, ijj. Reçoit ordre de marcher au fc- couts de rSj?r; fa conduite en cette occaiion.i eft rappelle & dirVacié. i§i Sec. Rentre en faveur Sz commande. i4ï Acouf, Gouverneur de Afirgi MeU, Fils duPrince , eft exilé & n'eft point plaint. mS Sec, "Tî^-ir (La Province de) Voyez GUn-Kan. JjB:i*er, Général de la Reine de Gulmntit , ré- duit K*l*c a capituler , &: foumet toute la Principauté de Dclit. ni Sec «jfr* (Le Royaume de! Voyez Mahaii. J««i«-K«. (Le*fc'''UO Ambaftadeur du à la Cour de P.kiag ; fon portrait , fa réception à la Chine. r6; Sic. Eft choifl pour faire la. demande de h Fille de QéUUdH» ; motifs de ce choix. Î4Z ■Sidndria , Général Chinois > joint aiiXCocbiachlniiU entre dans les Erats de la Maifon de JJitty fitués fur le G«n$r ; eft rappelle. 1S4 - -BmUki , Général P*r/iii , paffe V indus ; tes expé- ditions ; êft tué djns la tranchée; fon éloge. 7a Sec ■Br^aur ( Le Ra/s de) tient le huitième rang. Voyei AJl-K.n Se AU Cwli-KM. mirkcr [Le R*j* de) tient le fécond rang. Voyez NaIi.K*n. ~*Xhnl (LcRaj* de) tient le neuvième rang. > Voyez ChaitnuMi - KM. Ciiim Digltizad by Google DES MATIERES. 159 Cellm (Les Souverain! de) font un Traité d'il, liance avec la ftrfi contre la Cite*. I* Leur Gouvernement! leur conduite apri* la mort de Cba-Rifiac-rrcl.-. , ^ leitrs m énas; miens fur quoi fondés; avant.ip-s S; iiîccnviiiicns qui en ré- fultent-, murmuies d'unepartie de leursSujets; ils n'y font point d'attention ,& pourquoi. 13I &c. Ils fe p'.j^ncnt des trutepsifes dlL Sophi dans le titirim ; leur politique au fujet de leurs Garnifons; leurs réponfes aux vives Ib'licita- tions de la Reine de GohonAc. ï?f . &c. Haine des CtiUaoh pour Gha-Kn», Se difeours du Peuple contre ce Prince. >4I CfUmaU. ( Les ) Voyez Crif*** Cha-Abv I, du nom , Koi oie WJÎ", mérita le furnom de Gs-W ,- fa mort ; l'on ttllament ; il eft caiTé , par qui 3; à la pourfuicë de qui payés, i . &c. Epuisement où il avoit lailîé fes rréfots & pourquoi, r, Sa paflion pour les Femmes , ™ fur-tout pour-une Indienne .-il en a un Fils nom- mé Gixfir ; fon amolir. aveugle pour ce Prince; il le fait enfermer & pourquoi 18 &c. Donne à Ifinaïl-Btig une place de Meulinh, enfuile le faitSifc;c*-t/-S.7cm dans une Province, & enfin le nomme Précepteur de Chu-S'pkl. iî &c. Cha-Aïkîri, Roi AcCorh-, fes prétentions fur U Succeffion de ci.i - Signe ■ FroU , & à quel titre; ne les fait pas valoir, & pourquoi ; fitua- tion de fon efpnt. 131 tAa-B»sk»a.R*jn de Vifapour ; tefllfê après h mort de Ch X -g. f„H F,:.U de reconnoitre Ns**- en . qualité d'Héritière de la Maifon de Delly , & pourquoi, ni &c. S'allie avec la pirft, leRoî du zagnth*/ & le fla/a de Lafcor contre cette Princelfe. 117. Tient le cinquième rang parmi les Rs/rti ,* fon portrait . fon caractère & fes - qualités; oppofé à la Maifon de Dttly, & pour- quoi, izj &c. Se met à la tâte des Troupes . M î Sir- 270 TABLE ïctfimet comme Généraliflîme ; fait femblant de marcher droit à la Capitale de la Priscipauté de Dtlfy, Se Te jette dans le Royaume de yénu. manœuvre; il s'empare cependant Atjènupnr Capitale du Royaume, & comment; en elt élu & couronné Roi. 1 14 Sic. Perd fes .conquêtes dans la Principauté de Dtlty, & méjfe f« P ro- prcsEtats; mauvaises difpofi[ions.ife'il fiit de les troupes; eft élu Empereur du sfogol; laiflè le commandement à Ki$r & fe rend à Amn- dain pour fe faire couronner. 8ce. Pro- pofitions de pais qu'il fait â la Reine de Cof- cmdt rejertées > Se pourquoi, ait. Chaitavas-K.au , Empereur du Japia &Z Raja de Ctf- U, fait un Traité d'alliance avec la Pirfi contre l'Empereur de la Ch!m. 14. Entre en guerre avec cet Empereur, & pourquoi. 104. Tient le •neuvième rang parmi les Rajas; par qui cette Dignité a été établie; pourquoi Se à quelles conditions ; fon dévouement pour laMaifon de Drif^fon alliance utile à la Reine de Getcmde , Sf pourquoi; fon autorité dans fon Empire, à quoi il la doit; fon portrait 1 fa conduite, fon caractère & fes panchans. 117 &c. Se rend à l'armée affemblée près d'-fe»*i*iar;acîion en. tre cette armée & celle de Pt'fi- 11 f Sec. Cha - RtÊnt- Frôla , Empereur du Wifof, fait un Traite d alliance avec la Ptrfi contre l'Empe- leur de la Chine. 14. Secondé par la RuJJte il veut faire élire lcFils de MahmoudUoi du Thi- tii. 70. Eft attaqué par le Stfbi, l'Empereur de la Chint & le Roi de Nictal ; évènemens de cette guerre 77. &c. Se détermine à la paix , & par quelles raifons. 83 Négociations avec la Cour de Perfe, fecretr.es & pourquoi ; le Traité eft ligné à Gthanaiad; principaux articles de ce Traite. ?o &c, Réaexjgns fur ce Traité. 9 t. Digilized by Google DES MATIERES. 271 Marie itagar fa Fille ainée à N*r/îcPrmce d'Art- . cam, & Tous quelles conditions. 91 &c. Sa mort; extinflmn de fa Maif< n avec lui; fen taradtù c , fon pouvc-memenr; ù fèréricé envers fes Généraux i quelle fut la caiife de fa mort ; ne laiiTe que deux Filles ; n'avoit pris aucunes mefures pour fe donner un SuccelTcur ; il ètoit de la Maifon de Dclly. 107 8rc Digre filon fur les trois derniers Empereurs de cette Maifon. 10s &c. Son Dtcret pour régler l'ordre de fa Succefiion eftiecu par leCorps de l'Empire, & - r la plus grande partie des Puiifances 1 &c. Teneur de ce Décret; Sue. .._ __ _e Prince immenfc; fa Fille N-jar lui fuccède m. Prétendans à fa Succefiion. ni Sic. Guerres après mort- 117-144. Cha - SéfU t du nomRoidePw>, encore enfant, fuccède à Ton Aïeul Cht-Aim I. ; fon éduca- tion. I. Eft mis fous la tutelle à' AU-Hom*jeu. 4. Eft deftinéà époufer laPrincefledelaC^Bî.^. EU déclaré Majeur, i}. Son portrait , fon ca- ractère & fes inclinations. 30 &c. Ses voyages au château duPrinceSmufti fes amufemens & fa conduite dans ce château; ceffe d'y aller après la mort de Sévagi, & pourquoi. 60 &rc. Ses entretiens fecrets avec Sivxgi, Faimélk Zs- lUt pendant fes voyages, & diverfes intrigues. et. Son panchant^our le Sexe femble fe dé- montrer , on le détermine en faveur de Résina r t'tma ; fes regrets à la mort de Zathi, &le foin qu'il prend de fon enfant , fondemens de ce fôupçon 61 &c. Reprend fes plaints que cette mort a fufpendus; fes fouperî dans les petits réduits de fon Palais ; defeription abrégée de ces réduits, Sr de ce qui s'y pratiquoit.âtr Sic. Fournit de médiocres fecouts à ChtkoHT fon M 4 Bwu- *7* TABLE" Beaupére. 74, Déclare U guerre à Cb*- BtMn Frôla ; quels en font le précepte & le but véri- table; marche de deux armées, l'une fur I7a- #■») S; l'autre fur le Gnn z , ,, précédée d'une alliance avec l'Empereur de la dix* Se le Roi de NicUl; fuects de l'une & de l'autre armée. 78 &c. Envoie en un même jour le grand C»;«r à SuM, aK, Nfjfîr, & Sc ;f fe s Généraux Kff. Négociation* fecrettes avec l'Empereur du Me- I°l . & pourquoi ; font fuivies d'un Traité qui fe%ne àGlbwfitad; articles de ce Traité; la Principauté de Tuia y eft cédée î toujours i la Ptrfi. l 9 &c. Il fait arrêter Ctftm. Si &c. SolliCKe le Prince Sévugi à prendre le timon des affaires, ps. Envoie tous les jours lavoir des nouvelles de la famé de ce Prince dan- gereufement malades?. Continuefes voyages deuv ans encore après la mort de ce Prince ; les celle, & acheté uneMaifon de plaifance, i lembelli/Temenr de laquelle il fe donne tout entier ;defcription abrégée de cette Maifon ; i qui il en donne le gouvernement ,&quelle y . étoitfa compagnie. 100 &c. Marie fi Fille ainéc avec un Fils de l'Empereur de la Chlnt; portrait de cette Princeflè. 1 04. S'allie avec CA* B***» , le Koi du Zagalhr, &C le Rajm de Labor contre la Reine de CoUmdt. 117. Fait de grandes le- vées de troupes & des magaiins ; penfe à en- voyer un Ambafladeur 3 Amaiabsi pour l'É- lection duSucceflèur decha-Rijfîxc-Frola; nom- me Scudick à cette ambaffade ; envoyepar lui à Ch» - Baiktm h Patente de Géiiéraliffime des Troupes Ptr/ant,: Suc. Affemble une armée du cote de Ombrait deftinée à fervir fous les Ordres do Cba-Bxkvi , & une autre dans k St. ttjlan deilinee à couvrir les Etats de Malt ou ; marche de ces deux armées; leurs expéditions & leurs fuccès. 113 - 174. Retire fes troupes de l'Empire DES MATIERES. s?3 l'Empire du Magot; Ces pertes en deux campa- unes-, diiVacic.V^. r 77 &c. Armement con- iidérable par mer. 180. lltivit liss Ainb-iU.^ur Bnr, & lui fait de riches préfens. !8r &C. Envoie à la Chine avec ie caraciu-e d'Ambiliadciir , &: pourquoi. i3i- Portrait du * jeune Prince: de ferU iiid Ai niée dans le Fe(- on !c séi'out a la fuie agit & pourquoi 5 . Ijjr&i la commande; il r.c te pille rien & pour- quoi i modération de Cha.Séphi en cette occa- lïon. -s-* &c. D-lVide^f/^ ; élevet^i au ■ rans; de Favoiii^: . rvaiti-inent '.;u il taie a 1 une & à l'autre. 19-1 &c. Vifîte ifmeêl.Bcg malade; fes reprets à la mort de cet Athimntdotila ; ce qu'il fait à fa mémoire, ioi&c. Déclare quil gouvernera par lui-même , agît en confïquence -, ce qu'on en pen*c ; fou indignation contre Cofro» fur quoi fonde; 1 ; conduite lir.gulière de ce ■■ Prince avec Sit'-i.îOjî &e. Met deux armées fur pié pour les oppofer à la Heine de Cilccndi 8c a fes Alliés.; leurs expéditions, i [ i &c. Fait de grands préparatifs par terre & rîr mer; fait fortir Tes vaïlTeaiiv n! comp.^uiede ceux de la Chine ; combat entre eux & les Japwek • CDn " duite de l'Amiral Prrfas, il efUiferacié. us &c. Projet d'une dtfcente au ^opens mefures eu cotifèquence; mauvais fuccès & pourquoi. i:9 &c. Déplacera»™;, charge rout quelque ttms léiidece détail', nomme enfuite Coiusu-Ch», & à Ion refus Taxis, m &C. Décliic enfin la guerre à laRcinc de Gatémii , à l'Empereur du Japon & au Roi de Nccbal ; grandes armées en mouvement; fait fa préunue camp^nc à U tête de fon armée du FcUran ; fes fuccès; fes réponfes aux plaintes des CttianfU; cii arrête dans-fes conquêtes pai la ncuvdie luele Prince Ss/cisr a pané X Imhu : loi p;.rjns qu'on a fur ce paflage ; lailTe Kalife-Suhan dans ie ftW"».^ 174 T A B L ,E vole au fecours de Siïf; donne ordre à Rwrar- CA*d'y marcher aufliiiombe malade à la veille d'une aclion ; eft (ru morr ; en revient ; a:lcgrcflc publique à [a convaleftence. 134 Prend une ville forte i la Reine deG.A*ni«; le riifpofe à faire hiverner une armée dans les Etats de Guz.ar^ h, dcBwi.tr & dcAWiflB.à quel deffem. 144- Son retour à Ç£a'.«o ; ranpelle Qfiû &d«jMm» qui avoienc été difgradés pendant fa maladif ■ perd cette Favorite peu après ; fej regrets , il en eft difrrait par des foins importuns. 14 r. Nomme Ba«iic Kan pour faire fa demande de ]a PrinceiTe de la Chine. 14?- Exile différent projet de rétablir les Gaurir dans Ces Etats i réflexions à ce fujet. 147. iufqu'd la fin. cUhur Roi du Thièet réfugié en Ptrfi. 14, S» Fille époufe Cha-Sîfhï 19. Avoir été élu pour ]a première fois Roi duTS/iî» par l'autorité du Roi de Jdiitliar qui détrôna Mahmiui; fut détrôné à fon tour par MiArmud , & obligé de fe réfugier en Pirft jnfyu 3 la mort Aetiohmiid, t «u'il le prêta aux defleins de la Ptrfe pour le faire remonter fur le trône du Tbitet; eft de nouveau élu , & par fa conduite imprudente perd la couronne que le Fils de Mahmoud fon Concurrent lui arrache i fe fauve dans une ville fiontière, y eft afliégéi en fort de nuit lui fe- ' cond, fe retire à Samt'canic ville capitale du Z/tgKihay , Se delà revient en Ptrfi; fon âge Jota de cet événement; fon portrait, fon ci- radière; celui de la Reine fon Epoufe, Scrécit 1 abrégé delà vie de ce Prince. 77 &c. Abdique a la paix, à quelles conditions. 9» Chim, (.l'Empire tic la) Voyez Gétdtddl*. Ctifiachm (leRoyamc de la) Voyez Olah! & BrédrtMm. , - " -' —~ T -- DinitUed buGoOfft^l DES MATIERES. 275 Ctmbat nival entre les CS&wô joinrs aux ftrfml & entre les jMftntii ; quel en eu I événement ufï&C. Csméii, fon apparition , fa durée , fa grandeur , on en cire des pionoftics lïniftres. iffj Coréf ( le Royaume de ) Voyez Ch*-jiiiir\. Cofrmi eft fait par Ifmtil-Bt S Gardien du Cachet du Sophi & premier Secrétaire dEtat. 44? Son origine, fes emplois, fon portrait, fes talens. 45. Sa difurace préparée de loin , & où. £1. Seconde tfmtttl-Bii dans le projet de remettre Chikour fur le trône du Thlbct. si &e. Eft dif- gra ci é & enfermé dans une Citadelle ,& pour- quoi ; réflexions fur le fort de ce Miniftre. sa. &c. Penfe à rentrer dans le Mïmftère après ja mort A'tfmaU-Begi ce qu'il fait pour y parvenir; il achève de fe perdre par-là. 107 &ç. Cmtm-Cha, autrefois Ambaifadeur de Ptrfi a la Cour or«m#™, eft nommé premier Secrétaire d'Etat, & lefufe. tjj DAbur-famSiclifi, Roi de JaUlc.Har. Ut Voyez jMkAim: Oaruchn eft chargé pif. Ail- HommjiM des fondions dSl/rnhim; fon origine, fon caraflère 8; fon portrait; avoh été longtems GrW Cfidi,- con- ferve la garde du Cachet du Sopbi après le rap- pel dltrabim; fa- mort. io 8rc. Un de fes petits-fils eft nommé Grand - CmiIi i la place de TV*,. Dtlly (la Principauté de) Voyez Cha-B*s(/m, N.i£*r , Sa/cher , 3w*ir & Koiute. jjj-i/an - B^W, Chef de la Juitice en Ptrfi. Vuyez Mit «h'tm. ijf TABLE DiihdoH, l'une des Sœurs de Riiim», Ion por- tait. Ton âge; elle époufe Mir-Ttbiiar. 19g &C. Suit le Sephi dans \tFtldjm S; fur V Indus ; eil difgraciée & rappellée. 141 &t Elîai (le fleuve 1 ailioti fur fes bords" entre les PorcraiCi fon mépris pour SïplA-MirZrt Héritier prefomptif de Cha- Abas; Il lui donne un foufRet, en eft puni, 8c comment. 18 &c. Ginn-Km fuccédeàfon Père au Romumedez*- gathay 8c aux Etats d'Atiuci; à quel âge; joie des UsbteU 1 l'avènement de ce Prince au trô- ne ; fon efprit; fon caractère avant Sf après fon élévation, toi. Ses prétentions fur la Succeuîon de Cha-Rejpnc-TroU; arme pour les faire va- loir , & fait une irruption dans la Province de Bacar. US. S'allie avec 11 Ptrfi , la Raja de VifapouT 8c celui de Lahur contre !a Reine de GelionJt; foninvalîon eft le fignald'uneguerre prefque générale en Afit. 117. Tient le feptiè- rae rang parmi les "Rajas, \%s. Réception qu'il fait à Scaditi; réiiiltat de leur entrevue 15 1 Bfc Mefintelligence entre fes troupes 8c celles dc lahtr; elles fe féparent; bataille dans la plaine- de Kaffà/fl contre le Prince Weénr; en fort vic- torieux fait fon Traité avec U Reine de g„U DES MATIERES. z 79 émit, Sl met les armes bas ; tache qu'il fait à la gloire par cette conduite, iûo&c. Se lertdu, prétexte du pj!làge de 1 ln,im par le Prince SaU ehtr pour e déclarer de nouveau contre la Rei- ne de Gultoai: i^R. Marthe vers le Royaume de Jitmfmr , s'empare de h capitale & d'une partie du Royaume, iji. DanRer de cette di- Verfion pour la Reine de Gahon&c. jjt. Il cil forcé d'abandonner fes conquêtes, 8c de fe re- tirer avec précipitation, tçj. Seniimens des Partifans de Naçar fur lentrcpriTe de ce Prince i, fans la maladie rie cha-Séphi elle eut pu avoir de grandes fuites. iu Gtkonit ( le Royaume de ) Voyez Nar»r. Caltuniaa (les ) leur cruauté fur- tout à laprife de ViftfBur. \j9 Guerre de la Ptrfi contre la Chine fous Aïl-Homa- >n«;quel en eft le motif; elle rluicpeu. ii&c. Entre le Roi de JaliirUar Sl Mahmoud Roi dir 2Ï>»<* ; celui. ci eft détrôné , Se chïfaur eit mis à fa place. 70, Entre Mahmitii Se Ckiitwr ; ce dernier eft détrôné. 71. Pour maintenir Chtiiur élu de nouveau Roi du Thiin après la mort de MnhmiHîi. 21^ Sec. Entre l'Empereur du Megpt cha-RtJÏHc-FreU d'une part, l'Empereur de la C*fw,le Sephi & le Roi de Nrrial d'autre part, Et quel en eft l'événement. 78 &rc. Entre l'Em- pereur de la Chiot & celui d j 7*pm , Se quel en eft te véritable motif, tôt Entre raWK« & la Reine de Gtlcmde, Se à quel fujet. ntf &c. De la Ptrfi, de la Chlnt &: delà Cocbinchmi con- Ire la Rejne de Gotconds Su fes Alliés en faveur de Cbti.Bailtm, Se quels en font les èvènemens. Ifi.kfi. De la Rugit contre les JatAMaruns, defavantageux à ceux-ci. 113; Oim™i< (le de ) tient le premier rang parmi les R*j«t, Voyez N*i»I.Mtl-KM!, & J&r-Kaf- H. ^riinilizjj rt by Googk 38t> T; A- B X E HAdtr, Général fafnea aflif, brave 8i expé- rimente ; fa manceuvre à l'aiiion fur les bords du fleuve Emai. ne etc. JfjiJ/ ( L'Iman } l'homme de confiance à'ifisaïù Big ; fa conduite odieufe envers Ibbm. ioi &c. H*Jèi» déjà dans les affaires fous laRéfienced'^- ti-Homajm; fon diftiifl, fon portrait, fes ta- lens , fes inclinations ; il relie en place fous If- vnàd-Beg , & pourquoi. 48. Y eft maintenu , Se par où. s4 Uarcb , Ambafladeur Tare à la Cour de Pirfe; fon arrivée ; fon entrée à Ijptfaa ; fon portrait ; fes avantures galantes, & celles d^s principaux de fa fuite; fon avarice; fon départ. ,8i &c. Hufliin, Officier ftrftn commande un Vaifleau de guerre chinois; fon intrépidité; eft fommé par les JafinoU de. fe rendre, comment il lê conduit, 1I4 I. & J. JlAlet, Général Dtlljt» à l'action fur les bords 1 du fleuve Emnl. ' llS e!tketiar{l.e Roi de) détrône Mahmoud Roi du Thibti, Sz fait élire Chikour; eft défait à to- tupva. 70. D*i ur dt H^/f^fonSucceiTeLir, lors de la mort de Cha-R,J}! Be .T,ola cherche à détourner la guerre prête à éclater. 114. Les 3Mi,Md„U» s incites par^i-B^ déclarent la Ruerre a 1 la elle leur eft desavantageufe ,• la pau fe fait, & à quelles conditions; TupH- çc de deux Généraux l a \tMd„itm. lOd. Sec. Elojgnement des J*Uk.U*rUn S pour entrer dans Ja querelle de la Reine de CWr ; le Roi de fakktldar, comme Prince de l'Empire du Afo- DES MATIERES. xgi gol, s'allie avec Cka-Bukan , le Roi àaZtga- le A*/» île J?r«n^inr & autres Princes, i^a .7*/uu ( l'Empire du ) Voyez Chtn*-v*i-Kaa ££. Japonais C Les ) font la guerre à l'Empereur de la Cii'i*, & pourquoi. 104 8fc. Ils fomniflent des fommes confide râbles à la Reine de GalnttAe, 8c prennent enfin parti pour elle, réflexions fur leur conduira cet égard; leur caraftère; quoi, que peu fatisfaits de Chanuvas- Km leur Empe- reur ils lui font cependant entièrement fournis. 11R. Leur conduite avec h Pirfi. 13^ Leurs, perces dans la guerre contre les chinais; leurs relTourcis ,- leurs armemens prodigieux; leur puiiTance&r leur courage, ii^ Sfc, Leur eûtre- prife fur un Vailfeau de guerre Chiniis dans un port neutre, ijj La fortune les fert bien lors de la defeente au Japm projettéc par les Pir- libtn eft fait Mîmftre de U Guerre par Ali-Ht- mviu, à la place £Akmt*r; fes talens. ^ Eil remplacé par Ofmaa. ^ Eft remis en place aprts la mort Je celui-ci. rai. Sa mort. 1Q1 Itii, Frère de m, l'un des Lieutenans-Gcnê- raux de Boulait commande conjointement avec Snjuh ; fes ralens 8c fon carEclère ; il s'accorde mal avec Sujah & palTe à l'Armée du Gangi. f2 &c. Reçoit le grand C'itas. gfi. Commande faimée du F,ld>*n ; ce qu'il fait pendant cette campagne. 191 Sic. Marche pour s'oppofer aux deflein^ des Alliés; s'a vante fur l'Emut; engage une action désavantage'.! le aux Perfani; décam- pe ; s'enferme dans des lignes formidables; les abandonne & s'aproche de Sri/. Hf. &c. Fait par intérim les fonctions de Tumtt, refte peu dans cette place , & pourquoi ,- commande dans le TtUra». ijj rfcc. Jitahiia a dm irai lire la juftice fous Ali-Hsm*j<»*7 •— «rgrtized by Google agi TABLE. avait été Dirsg*; fon mérite l'élève au poile de Dh-Mt.Bégki & de Gardien du Cachet du Se- fb\; fon éloge; il réfifte i Mt-thmM» &c eft exilé ; foutient mal fa disgrâce ; eft rappellé &C rétabli dam les fondrions de Dhian-Bêghi feu- lement j fon portrait & fa conduite après fon rappel, g. Pourquoi on ne lui rend pas le Ca- chet du Safki. jo. Eft fôutenu par les Princes Jejjcing , Scliman & Sévtgi. fi On lui rend le Cachet du Soph!. t Si Jimtpar(\t Royaume de) avec dignité deJUja, tient le quatrième rang ; elle fe trouve vacante par la mort de Cha-Rtflinc-frtïa. ija. Pour le fittplU voyez Cha-Baskaa , Cha-Sffhi , Gien- Kai , Nafar , Salcktr Sec. Jinufar ( la Ville de ) Capitale du Royaume de ce nom affligée &prife par ckn-BmAan. i« f£c Eft affiégee parle Prince Saltbir, enfuite par 2%, & fe rend à celui-ci. ifi* Sec. Eftprife par GioB-Kan. iji. Et reprife par le Prince S ni cher. ( 14} S*fiva C la Principauté de ) Voyez XnfiU & *«- 11 caractère & fes vettus. Jl_ Soutient Rica & Ibrahim. 54 lUmtni { Le fleuve ) Voyez Scaiick. hdirnni, Favorite de Cha-Ahm L 18 Inaus(Le fleuve) Voyez Cha-Ri^ne-Rila, Cha- Sepbi, F.vinifi Salchtr 8fC. 1/mail-Bii ( Le MohUJ, ) Précepteur de Cba-Sifhi, fait exiler Afirz,* HaAdi. 14. Lui fuccède. 19 Pce. Son âge, fon origine, fon état, fon arrives à la Cour i dignités & poftel qu'il obtient ; s'empare de l'efprir du Sephi ; Ton foible pour les Àftrolosires ; Ton porrrait , Tes bonnes 8e mauvaifa qualités, ïç. &c A fon entrée dans le Miniftère trouve la Pi'fi dans un éiat dé. Digltized by Google DES MATIERES. 283 pjorable ; 1 a rétablit en peu de tenu ; ruine rlu- iîeurs familles , facrifie Mahtmti , & pourquoi j n'en eft pas moins haï ; met Rhlii à la place de Mnhamtt; n'efl pis en grande eftime chez les PuiiTances de ÏAfti; prévoit la guerre 8t s'y prépare, mais inutilement, les négocia- tions venant â la triverfci Ambaffàdeurl Schi- tm ville dcPirfi;cc qu'ils y font. 1* &c, Don. ne à Co/rm les places de ffe a^&iiml. Soutirnt «hédi & Ofman. Complot pour le détruire. Si, Pcnfe à la retraite, & codtl::? au S»?*; de mettre le Prince Sémgi à la tète des affaires, itid. Ne defaprouve point l'élevatma de Mtim» au rang de Favorite , Si pourquoi, iî. Projet de remettre Chiksur fur le trône du Thiin; Tcrt de prétexte à une guerre contre Cht-Rijfpic-PriU: but fecret il/maïl-Bigi al- liances en conféqucnce.gg &(lSi conduite avec les TbiUtiats; préparatifs pour le voyage de Chéktut au Thiitt ; foibles fecours qu'on lui fournit! mauvais fuccès. 71 &c. Abandonne Cofria. Réflexions fur Tes qualités nécef- faires à unMïniftre Sri. La mort de shjagi le force à relier dans le Miniftère,- il donne au jeune Sévagi des marques effectives de Ton amitié. 100. Accepte en partie un projet que ScÂdfcIr lûTcommunique, & pourquoi en par- tie; déclaration qu'il fait à Scadtck Su l'exécu- tion de ce projet. 147 Sic. Eft caufe de la ca- pitulation de KmM à Sictndra^ tj!. Sa grande économie occafîon ne la défeflion de Gh»-K*n ifî... Pourquoi il choifit Banbic-Xm pour l'am- baffade de la Chine. 18^. Sa fante s'altère. 100. Sa mort. iql. Examen de ce Miniftre & de fi conduite. loi &c. Ifpaktm > Capitale du Royaume de tetfi. Voyez AU-Hemajsu, Cha-Stphi, Giafcr, Scvtgi, &C. *84 TABLE KAlife-Snltan .projette & exécute l'efcalade de la ville de Jénupa,; fa bravoure. Ion expé- rience , foi) portrait , fi force extraordinaire , fes talens pour l'amour, là paffiôn prétendue VûurZ;tan,ire. iftf. 8rc. Joint A%,er , & répond fur Ta tète de faire pafler l'Armée (V/W iuf- ou'à 7nufiMr. Liïfi. Eft décoré du grand CaUmi, & commande l'armée du Seldrm après le départ de Ch* St/if/i pour ïlndiu. ^ 9 XdmoKcs i Les ) leur fituation ; leur bravoure & leurs bonnes qualités ; leur gouvernement; leur bonne intelligence avec les Puiflances de i'^fir, avantages qu'ils en retirent ; reflent neutres ap-es la mort de Ch*-Rtftx c -F r ,U. 141 Xaincerf , l'un des Généraux QuleonisU fous le Prince S*l,krr tente le paffjge de Ylnin, s'y ùgnale, ma:s eit repouift avec perte, m Sfc. Kmfimlr , OfFk ier General Pirfmn brave & expéri- mente repoufte K;/««J au partage de Vlndu; pafle lui-même ce fleuve quelques femaines après, Se relève des ouvrages; ce qu'on penfe de cette expédition. m, K*o 'C Officier-Général P«yàn cft laiffé par Cba- Bnk.m pour aiTurer les conquêtes faites dans la Principauté de DeUy. irs. Sa retraire fous SecanJra & pourquoi ; fait une capitulation nonteufe&sen juftifie; fon portrait, m Brc. Jt '4 s " '/' ,s de S "^' eft nommè Gouverneur d une Maifon de plaifance de cba-Stthl. 101 Xibttt efl joint â pour les affaires étran- fons S expÉticnce & fes négoc"- Xirftla C le Prince 1 fuccérie J fon Père au RoyiTf: me de Hcinl & à la Principauté de 7éf ova ,Sc wmmentj fon âge ; fait échouer les projets bES MATIERES. iffy formés par Ton l'ère pour remonter fur le trô- ne ; le rtlTerre étroitement ; 3 hérité de l'eiprir, de i'jiiibitinii S: de h politique rarinée de (on l'ère, so Sec. S allie avec l'Empereur delaCWnr & Je Sopbl contre Cha-8.tfmc-.Frd». ft. Se joint aux Pitfn.ru fur le Gange & commande en Chtf; regrette peu Gemchii Se pourquoi, gj. Sa bravoure, fa capacité. 3_j. Obtint à la Vùi Tlë Territoired Avxlx. feî dépendances.?^. Ses pré- tentions fur la SuccefTion de Cha-Rrfmc-FroU. ni- Sa conduite après la mort de cet Empe- reur ; il fe détermine pour la Reine de GoUindi, & pourquoi ; on auroit pu parer ce coup, lî^ &c. Se joint aux Diltytm . £f marche contre les . Chaais & les CoMncblnëi. 18+. Vole au re- tours de Tes Etats attaques par NéiedJli; lui enlève Tes conquêtes; abandonne tout-à-coup L l'rinciiMUtc du Jr/oiw» & fe retire-, foupçons que fait naître cette retraite; il la juililïe;fa valeur & fa capacité daMie cours de cette pierre. \M &c. Kiwi, Prince de J-efiva&iRaidc Uabal .abdique en faveur de Ton Fils Kirf-la ,- motif le plus vrailemblable de cette abdication ; fon amour aveugle pour une Favorite; fe répent d'avoir abdiqué; tente de remonter fur le trône & n'jr féunTr pas ; cil étroitement refferré ; fa mon & Ton caractère. SA 8cc. KuflaU { Bataille de ) entre le Prince Salcbsr & GIoi.Km; celui-ci eft vainqueur. là» I Ahst ( Le Raja de ) tient le fixième rang. Vo- vu Digilized by Google x%6 TABLE. M. MAhmmt aiant le détail des Finances fous ÏAlbimatdialet Ifatail-Btg elf disgracié 8c pourquoi; fon caractère Sr fes talens; il eft plaint, & ne furvit que peu à fa di [grâce. 40 Itthamtt-Ntjpr, Frère de MftfSr ; Ton Etat, loiï portrait -, le dégoûte du monde Siferetire dans une folitude ; réparait à la Cour & pourquoi i il retourne dans Ta retraite. u8 Sic. Mahmoud, Roi du )ttn & Raja de Eaiar , fa mort inattendue met toute l'ASt en mouvement 8c fur-tout la Ftrfi, avoit été élu Roi du Thibtt il y avoit longtems; fa conduite trop abfolue avec, les Thibttiini; il attaque le Roi de laliktUar, eft détrôné ; détrône à fon tour Chéhiir qui avoit été élu à là place. 20 8cc. Mahmtmk, Empereur des Turcs, ne fcinclc point des affaires du Mafol après la mort dcCbn-Rcf- finc-Frola i x Si pourquoi. 13Ï, Mamtt, Général Oillym , commande à l'aflion fur les bords du fleuve Emvl. iiû Miram ( Le Prince ) Frère de Mirx,a-Hiddi ; fon portrait & fes inclinations. 33. Se dillingue à l'action fur les bords du fleuve Emu!. ilî Mlrgi-M,!» ( Le Prince ) Fils du Prince S&Stf, fe dillingue à l'adlion fur les bords du fleuve Enou. Lt H époufe Fulnie foeur du Prince Jtf»- ral.Babcht; portr»ir& caraflère de ce Prince; réflexions fur fon éducation. u£ Sec. Uir-Kajfcin, Fils de Chaiuwas-K»n Empereur du Japon* ferend à l'armée affemblée près A' Am*- ■ dabatSt trouve à l'afHon furies bords de {Sm- ' ni; y cft blefic ; belle action .de ce Prince en- vers'un Cavalier Fer/an. us SfC. 3&r-X.ajfim-KAH eft élu Succefleur de Nabal-AkiL «•wàtadignitédea»/.» det5nx*-*e;facondui- DES MATIERES. 1S7 te après fon éleftion. iog Miri""i Gouverneur du jeune Prince de P*r/ï,Tes prétentions en cette qualité; fa naiifance, fon portrait , fon exil , caufes de fon exil. 14s &c. kGrz,a -HiuUU { le Prince ) eft AihimaUoxht amcï la mort tf-ifl Humai eu; fon panchant; crédit des Femmes fous fon Miniilère; eft exilé après trois ans S; demi de Gouvernement, 14 Sec. Ken- . voie la Princefie de la chiot , & manque l'occa- fion de faire fa Sœur Salué Sultane- Reine; ré. lation & mauvais fuccès de cette affaire. iS &c. Marie le Sofhi à la Fille de Chtktur. 15. Son por- trait, Ton caractère Se fes inclinations, j j. Sou- tient le parti de Cefmu. ^î. Sa mort. rot Mir-Trht'inr, Seigneur Ptifan, épouiè Dijbdm Sœur de Ritima Se d'ofirit ; portrait Se rang de ce Seigneur. 1S8 Mugit ( 1 tmpire du ) eft pendant plus de trois ficelés dans la Maifon de Dilly 1=8 &c. Des- cription de cet Empire; fon Gouvernement, fes Conftitutions & Ton Etat à la mort de Cha- Btjpoc-Frtia. tlS &"c. Cha-Btikaa en eft élu Empereur, 1S3. Les Etats & Princes de cet Em- pire partagfertntre cha-Baïkan Se la Reine de Gilcsoit forgent leurs fers. m Ètârctinu { les ) rentrés dans la jouïflimce de leurs droits par la mort de .Cha-Rejfmc-frolA. 130 tdihadS, Roi de Baick, eft dans l'alliance de la Parfit reçoit dans fa capitale les troupes que Cha-Séphi envoie i Chtkinr. 7t- Veut empê- cher la guerre après la mort de cha-Rt/Jïoc- trlU. lU tdorat-Bakchi C 1= Prince ) Fils d'une Soeut de Afir- z,a-Hmdai; Ton portrait, fa bravoure &fon ca- . radlère. n. Eft choifi par le Saphi pour com- mander leTecours envoyé à Sé[,dd!n ; raifon de ce choix; fe joint à Sîgtii'm; Confeil de guerre & opératiorjî en confêquencedevée duftige Se Digilized by Google *88 T A B L "H quartier d'hiver. iSS'&c. Miilian ( Le Raja de ) tient le troiiïtme rang:. Voyez AUuU-Kan. 34#ca»i, {te Mùnâah ) cft dcfiervi P>T Ifmaïl-Btg auprtîde Ch a .s?pb;, & pourquoi, ioî. 11 par- vient à avoir entrée dans les Confeils ; Ton efprit , fon cara&tre , les talens , fou âge & Ton portrait ; projet qu'on lui attribue. u8 Sie. N. NAhal.Aicï-Kan , Raja de Gu^trati ; Ton ori- gine; fon mérite l a élevé à cette dignité; eft le prémier des Rajas ; fon portrait, izj &c. Vtdir , l'un des Fils de z/lid, du Premier lit feft rappelle d'exil j quelle avoit été la caufe de fi disgrâce. ôj, Hagat ( la PrincdTe ) Fille aince de Cha-Rifilnc- Fmla Empereur du Mt£ol , époufe Narjîc Prince d'A racam ; à quelles conditions, st. Après 11 . mort de fon Père elle efi proclamée Reine de Gtlceni, ScdefiaHpar, & Héritière de tous les Biens de la'Maifon de Dilly; eft reconnue pat les Rajas , à l'exception de celui de nfatiur, & par la plus grande partie de l'jtfir. ut Èfc. Ses léponfes aux prétentions de cha-Baskaa. if*. Eft attaquée par Ghn- Kaa. ibld. Sa politioH Facheule & pourquoi- Eft attaquée pat Cha-Batkan joint aux ferjam; abandonne Gé- ■hanaLad & fe retire à GoIcbhiU. 1^4- Soumet la Principauté de Dttly, s'empare de tout le Vifs- peuran. Se envoie le Prince Salcher fon Beaufrè- re contre les Rajas d'Attock Se de Lahir. Ul Bec. Ses troupes font battues à Ktffala par Girni-Kan ! *Uc Vient à bouc de le détacher de l'Alliance de Digitized by Google DES MATIERES. «8? 'Cha-Siikan , &.- fait avec lui un Traité auquel accède le de Inisr. i îS, &c. Elle fait mar- cher fes troupes vers h capitale du Royaume de Jénnfir, en ordonnele ficge,6\r s'en rend maî- rrefTe. &c. Donne une féte à l'occafion de h reddition de Jinitp/ir ; y établit un tribunal févére. i7j. Portrait de cette Princefle, 174- Fair paiîer :oniointement avec Tes Alliés ura grande armée dans le Fddrim , Se dans quelles vues. 191. Rejette les proportions de paix que lui fait faire Cha-Bwk*» ,Sc pourquoi; examen de fa conduite en cette occafïon , & d'une pro- pofition avancée par fesPartifans. 111. &c. For- me une grande armée fur les bords de ['nuits, 8: jointe à Tes Alliés en aOemble une autre aux environs SAmMati à quel deflein. 11 j. Ac- tion entre cette dernière armée & les Ptrfint furies bords du fleuve Emnl, HU. Sec. Eft atri. quéedans te&ldran parleS^èi; s'efforce en- vain de piquer \esCciUnols d'honneur, île. Sec. l'affage de Ylndus par le Prince Sttchcr, fans coup férir, n'a pas de fuites ,&: pourquoi, ijj. Sec. Eft attaquée de nouveau puGïon-Km.i^t. Secourue par le Raja de Lalmr elle repoulTe Gion-Kun. 141 Sec. Perd quelques places d'un autre côté tVurie partie AaViftpourim zjj. Se prépare fortement pendant l'hiver avec fes Alliés à faire une brillante campjgne ; fes efpé- rances 8c fes defleins.ifi. Motif de confolation de h mort de fa Sœur Simm». iU Kn/i - Km , R*ja de Buekir , lien: k fécond tangi ' Ton origine & fon portrait. H4 Uargutn , homme de fortune , a toute la confiance de Zilide 5c la gouverne ; fa haine pourFarw^ fer quoi fondée; l'infpïre iziHdt; fon efptit. ffS tafenîj défauts dans fa conduite; eft peu cftimé; caufe le refroidinement des Amis de ZiliAe; lui fait faire des démarche? à comre- N Etais. îfo TABLE teins. $6. F.ft caiife que le Saphl ceffe Tes voya- ges nu château desïv.i$; , Se iiourquoi. de kc. KjrJfc.C le Prince) on lui afltire à la paix la Prin- cipauté d'Aratam , & pourquoi, sa II époufe iT^jwFiile ainéc- de Chr>-R-Jf,nc-Frola ; à quel- les conditions. sl± Son portrait, Se fes qua- Kéumed , Fils de D.iracha, fuccède à liitn dans la place de Minière de la Guerre; fnn por. trait, fon ambition , S; fa conduite habile. iot Nccl>al le Kovaume de ) Voyez KùrfnU &r Kmriri, UkiAdin, fécond Fils deC'Ultiidisdu fécond lit, epoufe la Fille aînée de Cha-Siphi \ [ Ton âge 8c fon portrait. 104. Eft chargé par fon Père d'a- re diverfion dans les Etats du Tîoi de Niclol; fes fuctxî i court rifque de la vie &: comment ; eft joint par le Prince Morat -Bnkche ; expédi- tions enfuite de cette jonflion. ifi &c. Héetf-Cauil-Btg , Général JatiieUarUtt-, con- damné à perdre la tête, & pourquoi; réuflïr. à s'évader; elf repris & eiécucéi ell générale- ment regreté. ru Sec. Nrjfîr, Officier - Général Ptrfon , prend après U mort dcGimch'ri le commandement conjointe- ment avecSii/; portrait de ces deux Généraux. g(, Eft forcé de nuit dans fon quartier; fon en- itèiement en efteaufe; fuites de cet événement! reçoit le grand Calaat. lild.Sez. Il va comman- der fous cia-Basian à h place de Scadict ; Tes repréfentations à xe Prince fur fa conduite. -m. Prévoit la défection de aim-Kan, en don- ne avis â laCourde?«-Ji,Bf n'eftpas cru.ttfr. A la nouvelle de la marche des GUcsndeh levé Jes quartiers , fe r : 3innpar pour a'Ier à la rencontre d'Aza-r , qui lui mène du fe- ;j la jonction ne ie fait point , ^pourquoi; DES MATIERES. "api il prend le commandement à la place & Ax.tr, ne peur conferver \t~V.fapi*ran , Si efl: obligé fie l'abandonner. 1^4 &c. RamOne les dibiîs de fes troupes en Pirfe; fe rend à la Cour, eft dîf- graciéi réflexions fur le for: de ceGcnéral.i7 de Ghmy.-.u. 11S &c. Ils Te difpofcnt à Te rendre à' Amaiakia pour î'éleclion du Succefleur du Cba - RtjSnc ■ Froin. T4Î i&Waa (LaPrmceire)fec 0 ndeFillede<:*.-JÎ les formes, change le ficge en blocus, reprend le iïège par ordre de la Reine de Goiconde , en revient au blocus; le lève pour marcher à Ax*r, qui vient au fecours de Jinupitr à la tête d'une nombreufe armée; fuit cette armée dans le VI- fapourmn, &r cependant donne ordre à Zïéty dïh- veltir de nouveau Jinutxr, 164 &c. Son per. trait. 17s. Marche vers Y Indus, & menace la Pirfi d'une invalîon. ut. Tente de pafler par deux endroits en même teins, quelle eft ta réuf- fite; fe retire après l'arrivée A'iiiUfc- prend des quartiers no&c. Paffe l'année fuivante Ytodui fans coup férir 5 ce qu'on penfe de ce paflage repalTc pour aller au fecours du Royaume ne $t»upar attaqué par Glon-Kan; n'arrive pas aiîU tôt pour empêcher la prife de la cai'itale ; reçoit un renfort coniîdérable du Raja de Lahor ; re- prend tout ce que tUsn-Kan a pris , & le foi ce à fe retirer avec précipitation. 137 8îc. Avoit êpouié Rîrnuna Sœur de. la Reine de-Ga&™i», Sumircanis , Capitale du Ztgathty ; ChéHur s'y réfugie après fa malheureufe expédition du Tkiéet. 77 Samial (la Prorince de ) Voyez G/on- Km & S«- ion origine; ce quon renie ae iui; portrait ne fon Frire cadet; ScnAcck communique un grand projet à ifip+sl-B!* ; en quoi confille ce projet &r les moyens de l'exécuter. 143 &c. Eft nom- mé AmbiiTadeur du Stphï à Amadfl.iu, & décoré du j;rand C'a/«ai;fesinftruition5, la magnificen- ce de fon ambaflade,&fa prodigieufe dépen- "^^^^^^rr.ii-îd by Google *)6 TABLE fe ; Ton peu de fa.tisfac'lion a fon départ ; fes re- préfenrations infrufrueufe* , & à quoi i] fe re- fond ; il vilîte plufieurs Ra/«i& Princes ,â quel delTein i Si les avantages qu'il en retire ; ferend auprès de Cbx-Baïknn ; ce qu'il y fait ,- vï trou- ver G';oa-Kan, comment il en dl reçu ; réfultat de leur entrevue s prend la route ftAmniabut. 147. &c. A le commandement de l'Armée Pir. fane fous Gba-Btstan. 149. On lui fubftitlie Kejfi' Se pourquoi, rfrr. Se laifle amufer par çh>: K.:/i; mauvaife diipoiîtïon dont i! eft foup- çonné. ici. &c. Va s'enfermer dans?en«^«r avec Nrjflr; proportions qu'il fait au VùnceSaUbtr acceptées en partie ; le fiege fe forme ; eft de nouveau affiégé après la retraire AeNeglr ,- pro- jette de fortirde la place, y réuflït, elt attaqué dans fa marche; éloge de fa retraite; il revient nlaCour.&fe retire dans une Maifon deplai- fance,& pourquoi, i«4 Sic. Rentre en faveur & commande. iu. Safàcbeufe avanture furies frontières de la Principauté deCiUal; réflexions à ce fuier , & difcourS qu'on tient. i(« &c. SthiTelt caufe de l'exil de Mir*J*-H*i- di; fon portrait, & dequi il fe feri pour perdre Mirz,a-HaddL 14 Sitim-Km , Fils de Mahmoud Roi du & «m* de LmW, fuccéde à fon Père, le met fur les rangs pour la couronne du liibet; eft proclamé par un Seigneur Thibéùen ma'gré l'élection déji faire de Cnéhur. 71 Stc. A ]a paix r«onnoic chékoar Roi du Thibtt, qui cependant abdique i eft lui même reconnu Ko: de ce Pais. ?a. S'al- lie 3VKCha-Bukan,Ch*-Séfl>i Se Gion-Ka» con- tre la Reine de Gticende; eft le lîxièraedes Ra- jas; fon pourrait, ils. Sépare fes troupes de celles de Gioa-Kaa, & les joint aux Perfans, t6o. Accèdeau Traité fait entre Nagar&z Glon- Xan, & retire fes troupes. 161. Se déclare pont Hagar&C envoie unrenfortcorjfidérableau Prin- ce Salcher* î4Î Sémôa I. Empereur de la chine , par l'abdication de fon Père (jiUUdM» nr 1 è^rie pas un an ; il avoit époulé Sî ! ,-.t;h,b i-'ille A H>l\-Hsm*joa. 194 Simir, Général Me&tieit fur le Giage, engage un combat, & y eft tué. gis &c. Séphi-Mlrx,», Fds de Cba-Abas h & fon Héritier préfomprif ; fon Portrait , reçoit un foufflet de Giafer. 18 8rC. Sévagî ( le Prince! Fils de cha.Abm I. & Frère de Solimaa; fon éloge , & ce qu'on penfe de ce Prince. 54- Soutient Rica & Ibrahim f4- Aime Zilide Veuve d'un Seigneur Fer/an ,Sc ne l'épou- .Ni t 9 i TABLE. fe qu'après la mort à' Ali- Hmajsu , & pourquoi j fa tendrefle pour elle ; depuis Ton mariage P affe la plus grande partie de l'année dans une belle Terre aux environs d'IspokiW; defcuption abré- ■ eée du château ; agrémens que S->«x' Y Pleu- re ; fa magnificence & fa génetofite ; il y reçoit le Sefhi tous les ans pendant douze ans. (8. Ses entretiens Tecrets avec Cha-Séihi.-ifc. Eft rare- ment admis aux petits réduits du Palais àljpa- h/ut, & pourquoi. «8. Qualités neceffaires a un Miniftre , & qu'il pofftde. 9«. Réfute longtems de prendre le timon de l'Etat , & pourquoi ; y confent à h fin ; tombe malade prefque auflltor, & meurt; circonftance fingulière de fa maladie. ibib. &c. S7*flî;(le jeimePrince ) Fils unique de SivagiSc de 2e«di,leut eft fort cher , & pourquoi, c?. On lui ménage la furvivancedes charges de fon ■ Père «i Reçoit de fon Père mourant de grandes & belles inftruflions.se. Efl revêtu de toutes les charges de fon Pète. ioo. Fait fi première campagne , honneur qu'il y acquiert y fe diftm- gue a l'aflion qui fe paffe fur les bords du fleu- ve Emni. m. Projet de le rétablir dans tous les droits de fon Père ; ce qui donne occafion. à ce projet; difficultés dans fon exécution ; il époufe la Princeffe Aniùs >4' &c - Sigcha , Gênéml , fuccéde à Shmt , & ne peut rétablir les affaires; combat dOraa, oû les MigolUns abandonnent le champ de bataille. 87. Soliman ( lePrinccl FilsdeCfcrf-^il. & Frère du Princes™^;, eft nommé pour gouverner l'Etat pendant h minorité de Cha-Sîfbi. 1. Ce choiK n'a pas lieu, & pourquoi. 3 &c. Il eft e&iie. r, Ses qualités. 14. Soutient Rica & Ibrahim. î1- Sa mort. 96. Ses deux Fils fe diflinguent à l'ac- tion fur les bords du fleuve T.mm. îi? StHltà, Général chinois, temfl.ice TtrU fous H*. DES MATIERES. l?j gtd&n-.ks expéditions; eft pointilleux, îîs&c. Sujah, Lieu tenant- Général Psrfan prend le com- mandement après la mort de BeaUH conjointe- ment avec lié!; ils continrent ie fiège commen- cé parce Général, & s'emparent de la ville"; ca- ractère de Sujah Se fa capacité pour la Gnerre.79. Il s'accorde mal avec /i*i;on lui donne svi/avec qui il vitmieux,ils ne font cependant pas depro- grès 1 & pourquoi. 81 Sec. Reçoit le grand Ca- hot. 8tf Sultane R'îat ( la ) Fille de Chkoar époufe Ch*- Slplji- 19. Elle eft plus dgée que lui ; Ton por- trait, fon caractère ; elle n'a point de crédit. % l. Syd-mtck , Ambaftadeur de P»fi à la Cour de K»/- Jlt lors delà révolution en faveur de SéSailhtl; fon portrait s fon crédit dans cette Cour ; quels avantages i! en retire. 183. Eft envoyé une fé- conde fois en R*> avec le même caractère , & i quel defTein ; eft accule de projets- contraires au repos de l'Empire , a ordre d'en fortir; lé- flexions fur cette accufàtion & fur le traitement qu'on lui fait. îij Sic. TAchniint fécond Fils de Jï&Vedu premier lit, commande fur mer; fon âge; fon portrait 8É fon éloge; fa mort; difeours tenus après fa, mort; il ne lailfe point d'enfans. 180 &c. Tamel (accède â Co/Wdans la place dePrémier- Sécrétaire d'Etat feulement; fon origine, fes ta- lens, fon portrait Se fon caractère; fa haine con- tre un homme qui avoit eu toute la confiance de C-frfu; effet! de cette haine qui lui font tort. 94 &-"c. 11 eft déplacé, ce qu'on en penfe. 131 Tittiai, la Principauté dei cédée à Cbiftnr, Se après lui à la Ptrfe en toute Souveraineté, so. Inva- fîon dans cette Principauté pat un Général GsU tmittis, Se les fuites qu'elle a, Taxis, ?oo T A ff L E TmxU , Frère ainé de Ulamti, eft nommé Premier- Secrétaire -d'Etat fur le refos de Counu-cba ; fon efprit, fes takns & fon carafttre. i;î &c.' I*;ie/ C le Royaume du ) fa pofition , fa divifion , les conftjtutions&ufages lors del eledtiond'un Roi. 69- Eleâion de Mahmcui; fon détrône - ment ; élection de ciékùur, & fon détrènement. 70. Nouvelle élection de Chihcur ; dans-le mê- me tems le Fils de littmMtà eft élu ; guerre 1 entre les dëu-t Concurrens, & évtnemens de cette guerre. Itid, &c. A la paix le Fils de Mah- ' moui en cil reconnu Roi , & cMiour abdique. Traité de paix entre Cha-Rtfflnt-PnlA, Cha-SipÙ & fes Allies i conditions de la paix ; réflexions fur ce Traite. 90 8rc. Tmqtùn ( la République du) fa richefie&fapuif- fance quoique peu étendue; fon Gouvernement! ne prend point de parti après la mort de Cha- E'Jfinc-Frel*. ■ 141 VlftpourdeRoy* de) tient le cinquième ran"* Voyez Ch*-B* commandant fous NéfrdJin, eft rappelle j & pourquoi, ils Z. ZAchU l'une des Sœurs de Kftlm*, foupçonnée d'un commerce fecret avec cha-Sephi; elle étoit mariée depuis peu à un jeune Seigneur; portrait de cette Favorire , Ton caractère & fes deifeins; meurt en couche. s; &c. Zitiii (lal'rincefle) figure avec, éclat à h Cour de ttrfe- Sic. Son amitié pour Faune; elle fe brouille avec elle j caufe de cette brouille- rie ; confiance aveugle de ZilMt en Nurgam ; préjudices qu'elle caufa à cette Princefle; l'on origine, foii caractère Sifon portrait; eft aimée du Prince Sèvagi & l'époufe; fuites heureufes de cette union ; fa tendre inquiétude pour fou Fils unique. îBU. Sec. Sa trop grande retraite après fon veuvage préjudicie aux intérêts de fort Fils , Si eft en partie caufe que le Sjfft ce fie fes voysgis au château àstivagi. ea. PolTède l'art d'amufer Cbn-Sê, hi, fes entretiens fecrets avec ce Prince, ufnge qu'elle en fait pour le jeune Stvafi & Ntiir , l'un de fes Fils du prémier lit. r>i &c. N'eft que rarement des parties des petits léduits du Palais d'Cpuban , & pourquoi. 68, Sa douleur à la mort du Prince Stvagibn Epoux, 99. Ses regrets à la mort de Xuhmàu. iS r. &c. Ses inquiétudes au départ de fon Fils Stvagi pour fa première campagne. mj Zétim de retour de fon ambaffade à la Cour de Ciréi eft envoyé par Ch*.Slphi auprès de Cbn- Bmkxn Empereur du Msgcl, Se pourquoi; fes talens, fa réputation, fon caractère & fon por- liait. %ai TABLE &e. trait, itt. &c. Eft à II tête des affaire) étran- gères fouî llki m Zmfca-, Officier Tttf&i dégradé ,& pourquoi ; eft rétabli j bel exemple delajuftice& delà bonté de CbA-Séjhi. z ,i Zé;hh (la Princefle) Mère de Palau, vient 1 bout de la marier à Mirgl -MsU. z$q Z'itky , Gênerai GsitmiUïs , afiïêge de nouveau ; ?tn«/>ar, & s'en rend maître. 170 &c. ZîUmtrt , Mairrelfe prétendue de Kx!!fi- Sultan; ce qu'elle étoit; fa réputation Se Ton génie-, fa mort. iç 7 Zingh, Seigneur ■Perftm Epou* d'Euxtc*. igt Zutina accompagne Roxme auptes de Sabtl ; fon pottrait & fon caractère. Sec, Fm de h TABLJL, 9356915 À Digitized by Google Digitized by Google