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DELOBT. he niMiiue timiliïM, PARIS, CHEZ DELAFOREST, LIBRAIRE, TA />• 'JNIYEnSlTY 1^ î\ n - OCT \W ?| « HISTOIRE DE L'HOMME AU MASQUE DE FER. 99» i^ uoiQiJE^ depuis uu siècle et demi^ plusieurs écrivains distingués aient essayé d'éclaircir l'histoire du célèbre personnage connu sous le nam très-impropre de t homme au masque de fer y ce problème, qui n'est pas encore résolu, occupe toujours la curiosité du monde politique et de l'Europe savante. Les uns (i) ont couvert de ce masque Louis de Bourbon, comte de J^ermandois, grand amiral de France (a), ou le duc de (i) Principalement le père Griiret. ipL) Fils naturel de Louis XIV et de Mme. de la Valière. -.♦• (6) Beaufort (i); les autres l'ont donné au duc de Montmouth (2) , ou bien à Fouc~ quel ; et de plus hardis encore n'ont pas craint d'avancer que c'était un fils diAnnç d'Autriche et de Mazarin^ oubliant que, par le rapprochement et la combinaison des dates et des faits, ce prisonnier ne pou* vait être aucun des illustres^ personnages de^ la cour brillante du grand roi , qui a ré- pandu sur son règne un éclat que ses enne- mis ne parviendront jamais à ternir, et bien moins encore son frère aîné, ni le fruit de l'amour prétendu du duc de Buckingham pour la reine (3). (1) La Grange-Chancel. Le àiic de Beaitforl élait fils de César de Vendôme et petit-fils de Heuri lY Cl de Gabrielle d'Estrées. (2) Fils naturel de Charles II, roi d'Angleterre, et de Lucie Walthers. C'est Saint-Foix qui a ima- gine' que c'e'tait le duc de Montmouth. (3) Comment a-t-on pu écrire que le prétendu frère aîné de Louis XIV naquit au plus lard eu 1 637, el qu'il eut pour porc le duc de Buckingliam ^ qui fut assassiné à Porlsmoulh d'im coup de cou- (7) Si l'opinion publique est encore flottante à travers cette foule de suppositions émises au hasard^ et non moins, absurdes les unes que les autres ; si personne n'a atteint le véritable but j si aucun écrivain n'est par- venu à répandre la lumière sur cette partie aussi curieuse qu'intéressante de nos an- nales., je viens avec les preuves authenti- ques^ qui seules, doivent guider la plume d'uu historien, détruire les. erreurs propa- gées pendant si long-temps^ et montrer en- fin aux yeux du lecteur le prisonnier in- connu et les causes secrètes de sa longue captivité* Sans doute, il est bien étonnant que l'his- torien de Louis XIV, de Charles XII et de Pierre^le-Grand, qui nous a rendus si dif- ficiles sur les productions des autres par ce teau , par un gentilhomme écossais nommé Felton , le 2 septembre 1628? Il est bien clair que ce duc ne put être père en France ni ailleurs en i636 ou 1637) ™^^ chaque historien fait sa conjecture et la donne hardiment pour la vérité. (8) coloris brillant et cette magie séduisante qui caractérisent la plupart de ses ouvrages, n'ait point pensé que le prisonnier ne pou- vait être qu'une innocente ou coupable victime de la politique; alors il aurait puisé dans les archives du gouvernement qui ren- fermaient les secrets de notre vieille diplo- matie, et par la correspondance ministé- rielle il serait anûvé à la solution du pro- blème^ et aurait fait jaillir le mot de Ténigme historique. Il est vrai que le philosophe de Ferney est le seul qui raconte le fait sans rien affirmer sur le personnage, et que les dépôts httéraires qui renfermaient ces do- cumens furent long-temps d'un accès dif- ficile; aussi n'est-ce peut-être qu'à la li- berté qu'on m'a donnée d'y pénétrer, que je dois les matériaux qui m'ont mis à même de dévoiler le secret, si vainement cherché, de ïhomme au masque dont je vais tracer riiisloire (i). (i) Je m'estime heureux de pouvoir exprimer ici (9) Mais pour démontrer^ avant d^entrer en matière, que le prisonnier ne fut ni le duc de Beauforty ni Montmouthj ni aucun de ces hommes qui réveillent dans les cœurs de si grands souvenirs, passons d'abord en revue tous ces illustres personnages , pour écarter sans retour les fausses idées que les divers écrivains ont émises sans preuves , ce qui suffit déjà pour ôter toute confiance dans leurs narrations conjecturales; et dis- cernons la vérité à travers le voile mystérieux dont le temps l'a couverte. La détention de Foucquet et celle de Lauzun sont connues aujourd'hui ainsi que leur mort (i). La fin du comte de F^er^ mandois est fixée au i8 novembre i683. Il fut inhumé dans l'église cathédrale d' Ar- ma recoxmaissance à M. le com^ d'Hauterive^ pour la grâce qu'il a bien voulu mettre à me communi- quer des pièces relatives à cette histoire. (i) Voyez l'ouvrage intitulé : Les Philosophes et les gens de lettres des xvue. et xviu^. siècles à la Bastille ^ t. I«r. (lO ) ras le aS (i)^ et tout le monde sait que lorsqu'on annonça cette nouvelle à madame de la Valière , sœur Louise de la Miséri-- corde s'écria : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort (2). )^ (1) Louis XrV désira que le comte de Vermari' dois fût inhumé au milieu du chœur de cette égb'se, parce qu'en 1600 on avait découvert t:^ Elisabeth, comtesse de Vcrmandoisy ïemme de Philippe d^ Al- sace, comte de Flandres, y avait été enterrée eu 1182. (2) Cependant plusieurs écrivains n^ontpas craint d'avancer que sa mort fut simulée ; qu'un morceau de bois fut mis dans le cercueil à sa place , et que pendant que l'on conduisait majestueusement au tom- beau le simulacre du prince, une vigilante escorte le menait, plein de santé, à l'exil qui lui était pré- paré. Comment peut-on écrire de semblables ab- surdités! Louis XIV donna, le 28 janvier 1684, 10,000 liv. pour la fondation d'un obit à perpé- tuité dans l'église d'Arras , pour le repos de l'àme de ce comte. En 1687, il donna au chapitre un or- nement complet de velours noir et de moire d'ar- gent, etc., etc. Ce grand roi aurait-il souffert et ordonné un service annuel pour un homme vi- vant ? ( " ) Aucun historien de bonne foi n*a révo- qué en doute la fin tragique du brave et brillant Montmouthy qui périt sur un écha- faud le i5 juillet i685 (i) : on n'ignore pas non plus que le duc de Beaufort fut tué au siège de Candie le 25 juin 1669, et que le grand visir ens^oja sa tête à Cons- tantinople, où elle fut portée pendant trois fours par les rues au bout d^une pique y (i) Il fut exécuté à Londres. Le bruit courut qu'uQ officier de son armée ^ qui lui ressemblait beaucoup, avait subi la mort à sa place. On raconte même qu'une dame de qualité ^ lady fVenXworth, ajant gagné à force d'argent ceux qui pouvaient ouvrir son cercueil^ l'examina au bras droit; et s'écria avec saisissement : Ahl ce nest pas luL On verra plus tard que nous n'avons pas besoin de nous arrêter à ces faits , qui nous paraissent de la plus grande absurdité. Qu'on se rappelle seulement que Montmouth avait été enterré dans la chapelle de la Tour, où l'on ne pouvait pénétrer qu'avec permission et accompagné. Gomment a-t-on pu imaginer que lady TVentworth et les fossoyeurs aient pu pénétrer dans la chapelle, et y déterrer le corps de Montmouth sans cire vus ? comme une marque de la défaite des chré- tiens (i). N'é.tait-il pas ridicule de supposer que Louis XIV eût condamné ce prince à une prison perpétuelle y parce que dans sa charge d'amiral il pouvait traverser les desseins de Colbert sur la marine? Le grand roi ne pouvait-il point déplacer ou ne pas employer cet amiral ? Il ne reste donc plus qu'à discuter la question délicate de savoir si Yhomme au masque était frère aîné, frère jumeau , frère légitime ou illégitime de Louis XIV? Si les vertus sont paisibles et se plaisent dans l'ombre, la médisance n'est jamais oi- sive; elle tient une chronique régulière de nos démarches^ et leur donne souvent une fausse interprétation. Aussi plusieurs histo- riens ont eu le soin de nous apprendre qu'avant et après la naissance du grand (i) Le marquis de Saint- Andre-Montbrun , qui commandait alors dans Candie , fut témoin oculaire de la mort du duc de Beaitfort, {F^qyez ses Me'- moires^ pages 362, 363; etc. ) (i3) roi, Faltier Richelieu et le rusé Mazarin jouissaient d'une haute faveur auprès de la reine Anne, et que lorsque le séduisant JBuckingham, ambassadeur d'Angleterre, parut à la cour de France, on prétendit qu'il avait inspiré une vive passion à cette princesse. Sans doute les rois comme les reines n'aiment pas assez secrètement pour laisser ignorer leurs intrigues, et l'on voit souvent la calomnie empoisonner les choses les plus simples et même les plus louables. Mais l'histoire exige plus que des probabilités, plus que des pièces apocryphes, il faut des preuves authentiques^ et non des fables grossières ou des contes , fils du tra- vers d'esprit ou de la mauvaise foi des his- toriens. Anne d'Autriche, née le 22 septem- bre 1601 , et fille de Philippe III, roi d'Es- pagne, épousa Louis XIII le 24 novem- bre i6i5 (i). Au mois de mars 1622, s'é- (1) Cette princesse naquit cinq jours avant Louis XIII. Les flatteurs ne manquèrent pas d'observer ( i4) tant blessée en courant avec la conuéta-* ble de Lujnes et M^^. de Verneuily elle fit une fausse couche étant enceinte de six semaines (i). Soupçonnée, en 1626, d'a- voir trempé dans la conspiration de Chau- lais ^ grand-maître de la garde-robe, elle devint un objet d'aversiom et de haine pour son royal époux qui Taccabla de duretés (2). cette cîï'constance comme un présage assuré qu ils étaient destinés Tun pour Tautre. (i) On imputa cette chute à la malice de la con- nétable de Luynes, Le Roi fut si chagrin de cet ac- cident^ qu'il écrivit à ces deux dames de se retirer de la cour. ( Anecdotes des Reines et Régentes de France y tom. 6, p. î224- — Mémoires du maréchal de Bassonipierre, tom.* 2, p. i5o.) (2) On a prétendu que^ dans cette conspiration, il s'agissait d'ôter la vie au Roi , ou de le reléguer dans un monastère, d'élever ensuite son frère au trône , et de lui donner la Reine pour épouse. Henri de Taleyrand , prince de Ghalais , eut la tête tranchée le 19 août 1626. On raconte que peu de jours avant la mort de ■v; ( .5 ) Mais au commencement de décembre iG37, Louis XIII étant demeuré fort tard au cou- vent des Filles de Sainte -Marie, près la porte Saint-Antoine, où il était allé voir mademoiselle de La Fayette, sa favorite (i), Louis Xltl , M. de Chavigny alla le trouver de la part de la reine pour lui demander pardon de tout ce qui lui avait déplu dans sa conduite^ le suppliant particulièrement de ne pas croire qu'elle eût eu aucune part dans TafTaire de Chalais, ni qu'elle eût formé le dessein d'épouser Monsieur, après que Chalais aurait fait mourir le roi. Il répondit sur cela à M. de Chavignyy sans s'émouvoir : «En l'état ou je suis, je dois lui pardonner, mais je ne dois pas la croire. )> ( Anecdotes des Reines et Récentes de France, t. 6, p. ^38. — Galerie de l'ancienne cour, tom. icr, ^ p. 124- 2^. édition. ) (i)On sait que la vertueuse M^c.de La Fayette, s'étant aperçue des sentimens de Louis XIII, se fit religieuse de la p^isitation en 1637. Le roi ne lui en resta pas moins attaché , et lui fit de fréquentes visites au parloir. On croit mcme que cette demoi- selle l'engagea souvent à se rapprocher de la reine. (i6) et une tempête affreuse Tcrapéchant de re- tourner à GroS'BoiSy d'autres disent à St,- MauTy il rentra scaLom^rey et partagea le lit de la reine. Cette nuit fut l'iieureuse époque de la conception de Louis XIV, qui naquît neuf mois après à Saint-Germain, le 5 sep- tembre i638 (i), à onze heures un quart du matin, en présence de la marquise de Senecejy dame d'honneur j de Monsieur (2)^ de Bouvard , premier médecin du roi ; dH Honorât y chirurgien renommé pour les accouchemens, et de la dame Peronne y sage-femme, qui présenta le jeune prince au monarque enchanté. Le dauphin fut ondoyé par l'évéque de Meaux, sous les yeux de la reine et devant le roi qui, à midi et demi, se rendit en grand cortège à (i) Et non pas le 15^ comme on Ta dit dans la Biographie universelle, "Voyez d'ailleurs le procès- verbal de la naissance de Louis XIV . ( Supplément au corps universel diplomatique du droit des gens, par Dumonl; tom, 4 ? P- * 7^' ) (2) Gaston, ( »7 ) la chapelle du vieux château, pour y en- tendre le Te Deum. Le peuple , dans son allégresse , surnomma Dieu-Donné le royal (enfant qui, depuis, a été placé à la tête des grands hommes, parce qu'il témoigna sans cesse la noble confiance d'être digne de ce rang, et l'histoire lui a décerné le titre de Louis-le-Grand (i). A qui persuaderait- on maintenant que sous les yeux d'une cour nombreuse la reine ^ entourée de sa maison, ait pu, quelques heures après ce premier enfantement, met- tre incognito un second fils au monde, et que le roi, qui désirait ardemment de lais- ser un héritier de sa couronne, ait soustrait ce second enfant! D'ailleurs, quels motifs au*- rait-il pu avoir pour comniettre cet acte dô (i) On regarda cette naissance comme un mi- racle j c'est pourquoi quelques auteui*s disent que Richelieu voulut qu'il portât le nom de ITieodos, ou Dieu-Donné. {Histoire universelle de Mcusel y tom. 20, p. 68.) ( i8 ) barbarie? Ne se serait-il pas plutôt double- ment réjoui 4e la naissance d'un double reje- ton? En second lieu, comme aucune femme n'a porté plus loin qu'Anne d'AutricJie les attentions maternelles, cette reine n'aurait- elle pas réclamé son fils (i)? Non, sans d,oute, il n'est pas un homme de bonne foi qui ne convienne avecnpus que LouisXlV n'eut point de frère jumeau; et si l'esprit {}) kmxe d'A.ujtriche se piquait d'un grand aniour pour 1^ vérité. Un libraire voulait publier un recueil de pièces et les joindre à Y Histoire du cardinal de Riche- iie^, mais il craignait que ces pièces ne donnassent lieu à. des mécontentement; il s'adressa à la reine. a Faites inciprimer, lui jdij^^elle^ et ne cr^gnez rien j je protégerai toujours la vérité. Faites tant de honte au vice, qu'il ne reste que la vertu en France. » {Galerie de l'ancienne cour, tom. icr.^ p. i36; ae. çdit.) Cette princesse jetait ^ensibJe aux l^eajités de la poésie et encourageait ceux qui s'y distinguaient. On prél^i\d qu'elle fît donner dix mille écus à Mai- ret pour un sonnet sur la paix des Pyrcne'es. (19) liiimain n^avait pas génëralement un pen-* chant décidé pour le merveilleiuL , et une par&ite indiflféreDce pour la yérké dépouil- lée de prestiges^ l'inventeur de cette pi- toyable histoire n'aurait trouvé certaine- ment aucun prosélyte. Au surplus^ qu'il reste ou non quelques doutes au lecteur sur ce point ^ et qu'il veuille admettre que Louis XIII ^ étouffant dans son cœur la tendresse paternelle y ait pu faire élever en secret le prince infortuné qu'il aurait proscrit, et qu'après il l'eût fait enfermer dans les prisons d'état pour éviter des difficultés sur le droit de succession au trône (i), cela ne m'empêchera point de faire connaître V homme au masque, et de prouver que ce n'est aucun des person- nages fantastiques à qui les historiens ont attribué ce fatal honneur. (i) Ce sont les Mémoires de Richelieu qui nous ont dit que c'était un frère jumeau de Louis XIV cpi'on savait supprimé. Ces Mémoires sont un ramas impur et informe d'anecdotes misérables , sans vér rite comme sans vraisemblance. a.. On se rappellera peut-être que Pignerol , petite ville à Tentrée de la riante vallée de Pérouse, dans le Piémont, fut acquise à prix d'argent par la France de la maison de Savoie, en i632, et qu'aussitôt que les Français l'eurent en leur puissance, ils la rendirent très forte en y faisant élever une citadelle (i). Néanmoins, comme la posi- tion de la forteresse de Casai, ville capitale du Mont-Ferrat, offrait à la France de bien plus grandes facilités pour pénétrer en Ita- lie, contrée sur laquelle Louis XIV avait des vues de conquête, afin de diminuer l'influence de la maison d'Autriche sur cette nation, l'abbé d'Estrades, ambassa- deur du grand roi près de la république de Venise, conçut le projet d'un traité dont le but était d'engager Gonzagues, duc de Mantoue^ à recevoir dans cette place une gar- nison française (2), Sans doute l'ambassa- (i) Elle ne fut démantelée que lorsque cette place fut rendue au duc de Savoie par le traité de 1696' (a) En 1677. deur secondait bien par-là les projets de Louis XIV, dont le bouillant courage s'indi- gnait d'un trop long repos ^ mais l'intérêt de la maison d'Autriche et de plusieurs autres princes souverains, leur commandait l'obli- gation de s'opposer à cette entreprise aussi délicate que difficile. D'ailleurs, quoique le duc de Mantoue fût déjà majeur (i), il n'en était pas moins encore sous la dépen- dance de sa mère , sur l'esprit de laquelle le moine Bulgariniy aussi dévoué que cette princesse à la maison d'Autriche , avait su prendre un empire absolu. Il est vrai que le jeune duc, entièrement adonné aux plai- sirs , avait l'ambition de secouer ce joug in- supportable, afin de se rendre indépendant de la puissance autrichienne ; mais pour entamer cette négociation, il fallait un homme en qui Gonzagues pût placer sa confiance, et l'abbé d^ Estrades y non moins adroit qu'habile politique , crut l'avoir -(i) Ferdinand» Charles de Gonzagues ; né le3i (") trouve dans le comte M^Hthioli y qui^ après avoir été 8ettr mieux cacher les desseins que Ton avait, attendu d'ailleurs qu'il n'était pas extraordinaire de voir des personnes de dis- tinction et même des princes, à Venise, dans ces jours con'sacrés à ta folie. Ge projet aîtisî a^rrêté. Tardent Matthioli eut l'air d'employer le temps qui. s'écou- la depuis cette convention jusqu'à l'épo- que détei'minée, à tromper la vigilance àes princes voisins, et se rendît à Milan. IT écrivît bientôt au grand Roi une lettre dans laquelle il faisait le plus bel éloge àe& connaissances diplomatiques de l'abbé d'Es- trades , du zèle qu'il mettait à servir son prince, eh certifiant qu'il ne songeait qu'à l'agrandissement de ses états : lui-même (^7) s^offrîtpour seconder et hâter relëcuUon de tous les projets de conquête que pouvait avoir le monarque qu'il regardait et référait' comme un demi-Dieu. Enfîn^ en rusé courti- san, il tef minait par faire des yœuxpour les progrès de ses armes victorieuses (i ). Le Roi IHionora d'une réponse affectueuse qui dût faire naître dans son âme ambitieuse Tes- poir d'arriver bientôt aux plus hautes di- gnités (2). Enorgueilli de cette distinction, il par- tît peu de jours après poiu» Venise, afin d*y conférer avec Tambassadeiu* d'Ëstra- (ïes* Le point sur lequel le comte ita- lien insista le plus , fut' que Louis XIV donnerait au duc de Mantoue cent mille pistoles pour la concession de Casai, pré- tendant au surplus que cet argent serait employé à des choses utiles pour le service et la prospérité de la France. Cette somme (i) Vqyez aux pièces jnsttfîcatiVes la lettre du comté MatthioH à Louis XIY. i4 Décembre 1677. (a) Fqyez cette réponse, la Janvier 1678. ( =»8 ) parut énorme à l'abbé d'Estrades, et après plusieurs débats il fut arrêté d'un commun accord qu'on ne donnerait que cent mille écus, avec la condition expresse que le paie- ment n'en serait fait qu'après l'échange des ratifications (i). Les conventions préliminaires ainsi ar- rêtées, le temps du carnaval arriva^ Ferdi-^ nand se rendit à Venise , mais il informa aussitôt l'ambassadeur que, pour écarter quelques personnes qui, par l'ordre de l'ar- chiduchesse sa mère , observaient ses dé-» marches, leur entrevue serait différée, et qu'ils se réuniraient plus tard, ainsi qu'il en recevrait l'avis (2). En effet, l'entrevue eut lieu le i3 mars 1678, dans une place pubhque, à minuit, et la conférence dura une heui*e entière (3). (i) P'qyez la lettre de Y abbé d^ Est rades à Louis XIV. 29 Janvier 1678. (2) Voyez la lettre de l'ambassadeur à M. de Pomponne. 12 Février 1678. (3) Lettre de Y abbé d'Estrades à Louis XIV. 19 Mars 1678. (29) L'abbé d'Estrades donna au jeune prince l'assurance positive que Louis XIV était dans les dispositions les plus favorables à son égard, et qu'il ne devait avoir aucune inquiétude sur les intentions ambitieuses de l'Espagne. GonzagueSy plein de confiance , crut qu'il serait prudent, pour accélérer cette négociation , d'envoyer en France le comte Matthioliy afin qu'il fit lui-même un tableau de sa situation au grand Roi. L'ambassa- deur prévoyant d'avance le résultat de cette mission, pensa que le confident du duc fe- rait connaître plus facilement encore les moyens qu'on pourrait employer pour con- quérir le Milanais, et il consentit à cette résolution. Le départ du comte italien fut fixé à la fin de mars, et puis différé jusqu'au mois d'octobre suivant. Mais si la soif des honneurs et le grand désir qu'avait Matthioli de se voir bientôt à la tête d'une fortune aussi rapide que brillan- te, semblaient garantir à l'abbé d'Estrades l'activité qu'il mettrait à celte négociation , (3o) Fambassadear ne devait-il pas avoir aussi quelque défiance ? L'argent est la première des puissances et surtout le nerf des affaires politiques I Plus on en répand^ mieux on est servi. L'italien écrivit de nouveau au Roi de France pour lui annoncer $on départ et lui renouveler Tassurance que le duc do Mantoue, son maître, persévérant dans ses projets de se mettre sous sa puissante pro- tection , les habitans de Casai manifestaient déjà les meilleures dispositions en faveur des Français. En effet, le comte partit ac-* compagne de Giuliani^ ils traversèrent la Suisse pour écarter tout soupçon , et arri- vèrent à Paris vers la fin de novembre 1678. Le soi-disant ministre du duc de M^^- toue se présenta le lendemain de son arri-» vée chez M. de Pomponne , ministre des affaires étrangères, où il trouva l'abbé d'Es- trades ; ils négocièrent et conclurent sous le plus grand secret à Versailles, le 8 décem- bre, le traité que voici en substance. 10. Que le duc de Mantoue recevrait des troupes françaises dans Casai ^ ao. Que si le hasard voulaitque Louis XIV Icuj&Sl. l^-Wa^^ \ (3a) laillëe sur la manière d'exécuter les ai^- licles du traité , et le comte italien ré- partit aussitôt pour Mantoue où Tatten- dait le prince Ferdinand y son maître , qui agissait loyalement, et qui lui avait pro- mis de le rétablir dans ses anciennes fonc- tions de secrétaire d'état si la négociation pour Casai réussissait. Les mesures ainsi prises , le marquis. " J- Boufïlers, colonel . général des dragons, alla prendre le commandement des troupes} qu'on réunissait sur la frontière (i). Ca- tinat , brigadier d'infanterie , qui s'était déjà fait remarquer par plusieurs actions d'éclat et qui devait servir sous ses or-^ dres, se cacha dans la citadelle de Pigne- rol en prenant le nom de Ulchemont (a). Le baron di^sfeld^ colonel des dragons, se rendit à Venise avec l'importante mission (i) Sous Briançon. {*>) Voyez trois lettres de Louvois , du 29 dé- cembre 1678, 7 et i5 février 1679, à Saint-Mars ^ commandant à Pignerol depuis le mois de jan- vier i665. .1 1 fatfé 33 > f. ^e t^«//«^fcVx_ ^. ^L^ y'^yy/dr ^/y^ ^ Gua^'taJle \ ( 33 ) d^écUanger les ratifications du traité, et se réunit k cet effet à Pinchesne^ chargé de^ affaires diplomatiques en l'absence de Tabbé d'Ësti^ades. Matthioli différa de se rendre auprès d'eux, et peu de jours après il leur aanoi>ça que le duc de Mantoue , \Qulant offrir dans sa capitale le spectacle d un carrousçly difféiait rexécution du traité* Bientôt ia marche des troupes françaises \etB Pignerol répandit l'alarme dans toute l'jLtalie. On ne doutait plus que Louis XIV n'eut conçu le projet d'attaquer Casai, Gè- nes, ou d'envahir la Savoie. Les ambassadeurs de Vienne et de Ma- drid, près la république de Venise, se ren- dirent à Mantoue et représentèrent au jeune duc les graves inconvéniens qui pouvsuent naijtre de la concession de Casal^ pour la nuû&on d'Autriche et pour l'Italie. Gonza gués eut beau leur assurer que ces bruits fuient dénués de fondement^ les ambassa- deurs des puissances étrangères n'en étaient pas moins persuadés que le grand Roi per- sistait dans le dessein de se mettre en pos- session àe k captale du Mont-Ferrat. 3 (34) Matlhioli f aussi perfide que dissimulé ^ assura pourtant MM. diAsfeld et Piîi^ chesney au nom de son maître^ que l'é- change des ratiûcalions aurait lieu le 9 mars à Notre-Dame d' Incréa ^ village à quelques milles de Casai ^ et que le duc se rendrait dans celte place pour y recevoir les troupes françaises y le 18 du même mois. D'Asfeld partit pour Pignerol afin de se réunir à Gatinat^ mais il fut arrêté dans le cours de son voyage et conduit au château de Milan, d'après un ordre du comte de Melgar, gouverneur du Milanais. Il devait rester ainsi détenu jusqu'à ce que les me- sures qui avaient été prises pour envahir le Mont-Ferrat fussent détruites. Au lieu de se rendre à Casai avec le duc de Mantoue, Mattliioli retourna à Venise, et apprit à Pinchesne que Gonzagues avait été forcé de conclure avec la république de Venise un traité dans un sens tout-à-fait op- posé, et qu'il ne pouvait plus tenir ses en- gagemens envers la France. Ici, le chargé d'affaires, en l'absence de Tambassadeur, manqua sans doute de sa- ( 35 ) gacit^. Il était informé que Matthiolî sVtait cadié quelques jours à Milan, et comme U n'avait pas été inquiété lors de l'arrestation du baron d'Asfeld , cela supposait que le comte italien avait quelque intelligence avec le gouvernement espagnol, si toute- fois il n'avait déjà divulgué le secret. Néan-» moins, Pinchesne lui peignit le danger auquel il s'exposait si cette affaire venait à échouer, et il fut convenu qu^il se rendrait à Turin. Le roi de France , informé que le comte de Melgar avait violé le droit des gens en faisant arrêter le baron d'Asfeld , et igno- rant en outre les mauvaises intentions de Matthioli, fit donner l'ordre à Catinat de se transporter au village d^Increa pour y ef- fectuer l'échange des ratifications. Catinat, sous le nom de Richemont, partit de Pi- gnerol , accompagné du gouverneur Saint- Mars et d'un homme de confiance donné par l'ambassadeur. Cet officier apprend que le comte italien n'a point encore paru, et envoie un émissaire a Casai. Le lendemain au jour naissant, il est informé que les 3.. ( 3G ) paysans ont pris les armes, et qu'un déta- chement de cavalerie marche vers lui pour le sommer de se rendre dans la ville. Il ca- che la ratification du traité et se rend lui- même à Casai ^ où il se fait passer adroite- ment pour un officier de la garnison de Pignerol. Le gouverneur, qui était d« Man- •toue, et fidèle sujet de son prince, Tac- cueille et le fête. On porte même au dîner la santé du roi de France avec enthou- siasme , et bientôt après Catinat repart pour Pignerol sans avoir entendu parler du com- te italien. L'ambassadeur d'Estrades, inquiet du retai'd -qu'éprouvait l'échange des ratifica- tions, écrivit à Matthioli et lui apprit son arrivée à la cour de Turin , où il avait rem- placé le marquis de Villars pour terminer cette négociation; il lui faisait sentir les malheurs auxquels lui et le prince seraient i^xposés si Louis XIV pouvait croire qu'on eut agi de maus^aise Jbi après ua traité fait dans toutes les formes et fondé sur un plein pouvoir dont . V inexécution ne j?e/v/- rait qua la ruine d'un prince qui sahan- (37) donnait à ses conseils. Ëofin duns cette lettre il cherchait à inspirer tour-à*tQur de$ craintes et des espëradces , ainsi que doit toujours le faire un habile diplomate (t)« Déjà depuis quelque temps le comte ita* lien errait de tous côtes en Italie. L'abb^ d^Ëstradesen fut informe; Matthioli devint suspect à ses yeux^ et les soupçons se chan^- gèrent en certitude lorsqu'il apprit par la duchesse de Savoie, princesise sincèrement dévouée à la France et régente des étals de f^ictor^Amédée II ^ son fils, que l'intrigant italien lui avait remis, lors de son passage à Turin (a) , les copies des pièces relatives à la négociation de Casai, et lui avait fait même, jusqu'aux moindres circonstances, l'aveu de tous les secrets diplomatiques, L'ambassadeur resta tout interdit de cette révélation ; il reconnut la lettre du duc de Mantoue, celle du rbi de France, l'instruo- (i) Voyez aux pièces justificatives cette lettre du 24 mars 1679. (a) Le 3t décembre 1678. (38) liDi^ de Louvoia, et ne douta plus que le fourbe italien n'eût éventé le secret à la COUT de Turin y qui était dans les intérêts de la maison d'Autriche^ et dont il avait reçu en effet 2,000 livres pour prix de sa perfidie, au sénat de Venise et aux agcns de l'Espagne dont il avait éfé sans doute mieux payé (r). Le but de la négociation fut manqué^ Il n'en fallait pas tant pour exciter le res«« sentiment d'un monarque aussi impérieux que Louis -Je-Grand. La perte de cet italien fut résolue; D'Estrades^ qui cependant ne perdait pas ctocore l'espérance de voir Casai au pouvoir de la France , reçut l'ordre de venger son toîi de cette trahison en essayant de faire en- lever l'astucieux Matlhioli; et Louvois^natu- rellement dur et inflexible, avertit en même leiiips Saint-Mars (a), commandant de la (1) Oh sut bientôt, en eiTet, que Matthioli avait rërélë le s6(:ret au gouverneur espagnol de Milan , dont il avait i^çu 5oo écus d'or. (a) Bénite d'jénvergne de Saint - Mars , lië en (39) prison 4'etat de Pigoerol, depuis la déten- tion du surintendant Foucquet , de recevoir un nouveau prisonnier qu'on lui amènerait^ sans que personne fut dans la confidence^ et de le traiter fort durement pour qu'il eût Ueu de se repentir de la mauvaise conduite qu'il avait tenue ( i ) . L'abbë d'Estrades con£a son dessein à Jeanne' Baptiste de Nemours , duchesse de Savoie , devenue veuve à la fleur de Tâ- ge (2) , qui lui promît de garder le secret , mais elle exigea que le fourbe ne fut pas en- levé sur son territoire» L'^ambassadeur apprit encore que ce traî- tre s'était rendu doublement coupable en refusant de remettre les pièces originales du traité au duc de Mantoue ; et dans un nouvel entretien qu'il eut avec cet indigne 1626, fut seigneur de Dùnon et de Paiteau , bailli et gouverneur de Sens^ etc. , etc. (1) y oyez la lettre de Louvoi» à Saint -Mars. 27 Avril 1679. (2) Veuve du duc Charles-Emmanuel II. ( 4o ) fripon^ à travers son langage équiroque il démêla facilement tons lés fils de sa per- fide trahison. Mais d'Estffldfes dissîmtila à son tour. Sachant que Mdtthioli dervâit aller à Casai , il fit pendant ce temps toutes les préparations pour l'exécution de Penlève- ment. Non content saris doute de l'argent qu'il avait reçu dé la générosité du monar- que français , ce scélérat^ revenu h Turin ^ déguisa toujours sa pensée^ et s'efTotça de persuader à Giuliarti et à l'ambli^deur que les frais énormes de ses fréquent voyages , et les présens qu'il avait faits aux maîtresses du jeune duc^ l'avaient mis sans argent. L'abbé d'Estrades , avec l'artifice d'un diplomate consommé^ lui annonça que Ca^ tinat (i) étant à la tête des troupeis qui de- vaient entrer dans Casai ^ avait des somme» considérables à sa disposition, et que cet argent appartenant au roi de France, on ne pouvait en faire un' plus noble usage (0 Lettres de l'abbé d'Estrades à M. de Pom- ponne et de Câlinât à Louvois. 7 Mai 1679. . ( 4i ) . . _ qu'en lui offrant tout cehii <|u'il dë.sîreFaît. On êe donna tendesi-YOtis pour tel effet à un demi-mille deTurin^ dans une église où l'âimbassàdeur^ accompagné de l'abbé de Montesquiou^ alla cliereher le cdmte italien à six heures du matiti. Arrivés à trois milles du lieu où le vaillant Catinat y qui n'était pas encore maréchal-dè-càmp (i), les at- tendait^ ud ruisseau débordé les arrêta. Matthioli travailla lui-méoïc au rétablis- sement du passage qui le conduisait à sa perte. Le petit pont étant réparé , l'ambas- sadeur laissa sa voiture iet les gens de sa suite aux bords du ruisseaué Us s6 rendirent à pied , à travers le^ plus mauvais chemins , au lieu où ils étaient attendus. Catinat^ suivi de deux officiers, le chevalier de Sainte Martin et de Villebois, et de quatre soldats de la garnison de Pignerol , avait fait ca- (i) Il ne fut fait maréchal -de-camp que le 26 août i68i. Voyez le brevet dans les Mémoires du maréclial de Catinat j aux pièces justificatives, tom. I«ï".; p. aSo. ( 40 cher son monde. Aussitôt que Matthioli î\xi introduit dans la chambre où Catinat Fat- t^ndait y l'ambassadeur, avec tout Fart du diplomate le plus rusé , fit convenir le fourbe Italien qu'il avait tous les papiers relatif» à la concession- de Casai ; et il protesta qu'ayant refiisé de le» remettre au jeune duc, il les avait laissés à Bologne entre les mains de son épouse ^ qui était re- tirée dans le couvent des Fïlles de Saint - Louise (i). D'EsCrades n'en demanda pas davantage et sortit. Matthioli fut aussitôt arrêté , sans qu'il opposât la moindre résistance, quoique portant sans cesse sur lui un poignard et des pistolets, et on le conduisit immédiatement à la citadelle de Pignerol, où il arriva fort tard, sans que les officiers ni les soldats eus- sent connaissance de l'homme qu'ils escor - taient (2). Catinat remit ce prisonnier à (i) Elle y mourut en 1690. (:») Le a mai 1679. C 43 ) Saiul-Mars^ qui fiit seul dépositaire du se^ crei; et pour que l'Europe entière igno- rât si Matthioli avait élë arrêté^ et le lieu où il était détenu ^ Catinat lui donna le nonr d« Lestang (i), sous lequel il fut souvent désigné dans la correspondanee ministé- rielle. Sans doute cette violation du droit des gens, dans, la personne d'un agent diplo- matique, exigeait le plus grand secvet. En cflFet, Saint-Mars prit toutes les précautions pour soustraire le prisonnier aux regards du public, et n'en confia d'abord la garde à aucun officier j mais il le traita honnête^ ment , ainsi qu'en avait prié Vabbé cFEs" tradeSj jusqua ce que Von connût les vo^ lontés du roi sur son sujet (2). L'ambassadeur, par ses soins et son adresse, trouva moyen d'envoyer aussi à (0 y^(^et la lettre de Catinat, sous ïe nom de Richemônt , à Louvoisr 3 Mai 1679. (a) Même ïetUe. (44) Pignerol le valet du prisonnier avec ses hardes et ses papiers (i)^ Le surlendemain Catinat alla interroger l'infidèle Matthioli dans sa prison, pour tacher d'avoir les pièces relatives à l'af- faire de Casai, en lui faisant connaître , et rudement, les malheurs oîi sa maus^aise conduite l! exposait. Gomme la vérité est seule éternelle, et que les mensonges, semblables aux nuages, passent et se dissipent, Catinat apprit que les papiers n'étaient pas entre les mains de l'épouse de Matthioli^ ainsi qu'il l'avait dit quelques instans avant son arrestation, mais bien à Padoue, cachés dans un trou de muraille d'une chambre qui était au logis de sou père (2). Enfin , comme il était d^ la dernière im- portance d'avoir ces papiers, on lui fit écrire (1) Lettre de Catinat, du 6 mai 1679. On ne dit pas le nom du domestique. ('i) LeUre de Catinat à Louvois. 6 Mai 1679. (45) deux leltres à son père , dont Giuliani fut le porteur, et les papiers furent remis (i). Après rexamen de ces pièces, Catinat et Tabbé d'Estrades acquirent la conviction de toute la culpabilité du fourbe Italien {i) , qui, dans la crainte d'éprouver les effets de la colère du militaire irrité , avoua que Iç duc de MaLUtoiie n'aidait Jamais souscrit: de ratification; il convint n'en avoir reçu seu- lement qu*2^ blanc-seing. Les troupes cantonnées sur la frontière rétrogradèrent, et Catinat à leur tête ren- tra en France. A peine de retour de cette négociation infructueuse, il fut nommé gou- verneur de Longwi (3). Louvois écrivit à Saint-Mars qu'il devait tenir le nommé de Lestang dans la rude (i) F^qyez la lettre du ler. juillet 1679, pour la récompense que reçut Giuliani, (2) Lettre de Tabbë d*Eslrades à M. de Pom- ponnée 3 Juin 1679. (3) Le 9.0 mai 1679. Voyez la pièce originale dans les Mémoires du maréchal de Catinat j 1. 1®**.; p. 1^1 et suivantes. »■-, (48) ihioli accompagnait le plus ^souvent ses plaintes d'expressions gi peu mesurées^ et en /écrivait de si méchantes eu^ec du char* i^n sur la muraille de sa chambre (f ) , que SJainvilliers ^ lieutenant de Saint-Mars, ie menaça du gourdin et d'une détention plus dure s'il profei'ait encore des propos ausisi indecens. Effrayé par la crainte de se voir plus à l'étroit, rex-ministre saisit le moment où cet officier le servait un jour à table ^ pour lui dire : Mon^eury voilà une petite bague dofU je vous fais présent , et que je vous prie d'accepter {%). Blainvilliers la prit et la donna à Saint-^Mars , qui en ayant in- formé LouTois, reçut l'ordre de garder ce diamant pour le remettre au prisonnier , si (i) Lettre du iQ octobre. (2) CV'tait peut-être le diamant que Louis XÏV lui avait donne lorsqu'il fut question à Versailles du traité de Casai. Sainl-Mars estimait ce diamant 5o ou 60 pistoles. 8! le roi consentait un jour à lui rendre sa li- berté (i). A cette époque, on apprit que le gouver- neur de Milan était parvenu à se procurer le plan de la ville et de la citadelle de Pi- gnerol. Aussitôt Louvois ordonna à Saint- Mars, au nom du roi, de renvoyer de sa compagnie, sous prétexte de leur mauvais service y les soldats piémontaisy savoyards ^ italiens y ou natifs du gouvernement de Pi- gnerol (2). 11 exécuta Tordre et ne garda que trois domestiques de cette nation qu'il avait depuis sept ans et dont il était sûr (3). Louis XIV, toujours généreux, pour ré- compenser Saint - Mars de ses longs servi- ces, voulut lui donner le commandement de cette citadelle i mais celui-ci ayant quel- que répugnance à accepter ce poste, et (i) Voyez Ulettre de Louvois à Saint-Mars, a No- vembre 1680. (a) Lettres du ii novembre et du 5 décem- bre 1680. (3) Lettre du 5 décembre 1680. 4 (5o) l'on ne dit pas pourquoi, fut nommé, le 12 mai 168 1, au gouvernement d'Exilés ( i), va- cant par la mort du duc de Lesdiguières. De plus , comme le traitement n'était que de quatre mille livres , le roi lui en accorda six mille ^ pour que ses appointemens fus- sent aussi forts que ceux des goui^erneUrs des grandes places de Flandres (2). Il re- çut en même temps l'ordre d'aller visiter , avec le commissaire du Channoy, les bâti- mens d'Exilés , afin d'ordonner les répara- lions nécessaires pour lesquelles le roi lui donna secrètement mille écus , lui recom- mandant même d'avoir l'air de faire ces dépenses à ses frais. Ce ne fut que le i3 juillet suivant qu'il partit pour le lieu de sa nouvelle destina- tion, menant avec lui les prisonniers qui étaient assez de conséquence pour rCêtre pas mis en d autres mains que les siennes , c'est-à-dire Mattliioli et le jacobin (3). (i) À douze lieues de PJgnerol. (2) Lettre de Louvois à Saint-Mars. 11 Mai 1681. (3) Lettre de Louvois à Saint-Mars. 9 Janvier 1681 . ( 50 La translation de Pignerol à Exiles s'ef- fectua dans une litière bien fermée de tous côtés, ne recevant le jour que par le haut; un détachement d'infanterie les escorta, et M. de Villebois fut reconnu commandant de la citadelle de Pignerol (i). Le premier soin de Saint-Mars^ en arri- vant à Exiles, fut de placer jour et nuit deux sentinelles des deux côtés de la tour où étaient les prisonniers. Des domestiques leur portaient à manger ,• cependant , pour qu'ils n'eussent aucune relation avec eux , l'officier de Saint-Mars (2) prenait sur une table un peu éloignée les plats , et les don- nait aux détenus. Quand ils étaient ma- lades^ le gouverneur faisait appeler un mé- decin de PragelaSy à six lieues d'Exilés, et il était toujours présent à ces visites. Mais le jacobin mourut bientôt, et Matthioli fut même atteint d'une maladie grave. Saint- Mars ne se trouvant plus bien portant, et (i) Lettre du 9 juin 1681. (îi) M. Yignon. 4.. (5.) ne doutant pas que Fair de ce pays ne fut malsain , sollicita son changement. Louis XIV lui accorda le gouvernement des îles Sainte-Marguerite et Saint-H onorat ^ dans la mer de Provence (i), où il alla d'abord seul pour faire préparer son logement et celui de son prisonnier; ce qui prouve évidem- ment qu'il le quittait quelquefois, quoique les historiens aient prétendu le contraire. On voit d'ailleurs dans une de ses lettres , qu'il demanda à Louvois la permission d'al- ler prendre congé de M. le duc de Savoie, de qui il avait toujours reçu mille honneurs^ avant de partir pour sa nouvelle destina- tion, se reposant, pour la garde de Mat- thioli, sur son lieutenant, à qui il avait dé- fendu de lui parler, et duquel il répondait ainsi que de son prisonnier (2). (1) Ce gouvernement était vacant par la mort de M. de Gui tant, arrivée le 27 'décembre i685. Les îles Sainte-Marguerite sont à deux lieues àîAn' tibes* (a) Voyez la lettre du ao janvier 1687. ( 53 ) Le lit de Malthioli était si vieux ^ ses meubles et son linge en si mauvais état, qu« le gouverneur, jugeant que cela ne valait pas la peine d'être emporté, vendit le tout pour treize écus (i). Ce fut le i8 avril 1687, que Saint-Mars emmena MatthioU dans une chaise cou^ uerte de toile cirée y de manière qu'il eut assez d'air y sans que personne pût le voir ni \xii parler pendant la route ^ pas même les soldats ; ce qui détruit aussi l'assertion des historiens, qui ont assuré qu'il avait sans cesse un masque dont les ressorts d'acier lui laissaient la liberté de boire et de man- ger. N'était - il pas d'ailleurs absurde de croire qu't/ portait un masque de fer? Son visage pe se seraitJl pas échauffé au point de faire naître tôt oju tard une affection cu- tanée, et aurait- il pu vivre long -temps? Est-il dans la nature qu'un homme puisse supporter seulement quelques jours une pa- reille contrainte ? En outre , c'eût été une (i) Lettre de Saint-Mars. 3 Mai 1687. y ( 54 ) cruauté indigne du grand roi, et dont Saint- Mars ne dit pas un mot. U homme au masque de fer n'a donc pas encore de masque jus- qu'à présent, du moins dans les prisons. Sans doute on voit que le gouverneur prenait^ dans les différens voyages qu'il faisait faire à son prisonnier, les plus grandes précautions pour que personne ne pût le voir, et il ne serait pas extraordinaire qu'au nombre de ces mesures ait été l'invention d'un masque mobile appliqué sur sa fi- gure. Le voyage d'Exilés aux îles Sainte-Mar- guerite ne dura que douze jours^ attendu que le prisonnier tomba malade pour n'a- voir pas autant é^ air qu'il en aurait sou- haité (i). La prison de MatthioU n'était éclairée que par une fenêtre du côté du nord, per- cée dans un mur qui avait près de quatre pieds d'épaisseur, et où l'on avait adapté trois (i) Lettre de Saint-Mars, 3 Mai 1687. ( 55 ) grilles de fer placées à une distance égale. Cette fenêtre donnait sur la mer (i). Les mesures prises par Saint-Mars, des gens armés, une voiture voilée, durent faire naître sans doute des conjectures bizarres. On a vu au prisonnier, disent quelques his- toriens, du linge fin, de beaux vétemens, de superbes dentelles ; le gouverneur lui- même lui fournissait des habits aussi riches qii il paraissait le désirer; et dès-lors, aux yeux des gens subalternes, le prisonnier ne peut être un homme ordinaire. C'est un personnage important, un prince, un frère de Louis XIV, le duc de Beaufort.,.. , un fils de Cromwel...,etle secret que Ton garde ajoute à l'idée qu'on s'en forme. La curiosité interroge Saint-Mars. Celui-ci fait des contes jaunes; ce sont ses expressions (2). S'il entend dire : C'est un président, le fils de Cromwel, un maréchal de France , il sourît de la mé- (1) YoyezY Histoire genemle de Provence j par le P. Papon. (2) Ce gouverneur employait aussi les mêmes expressions lorsqu'on l'interrogeait sur Foucquet. (56) prise, et s'applaudit du cliauge que prend l'opinîoD publique. La manière dont Je tai gardé et conduit pendant toute ma route ^ dit-il y Jàit que chacun cherche à deviner qui peut être mon prisonnier (i). Ici, je prie le lecteur de ne pas oublier que l'usage, dans les prisons d'état, était d'exercer envers tous les prisonniers la même surveillance ; et la manière dont Matthioli était gardé, correspondait à la dureté du traitement qu'on lui faisait éprou- ver, car Louvois écrivait à Saint-Mars : Il faut que les habits durent trois ou quatre ans à ces sortes de gens-là. Mais voici bien une autre anecdote dont les historiens ont profité, sans faire attention qu'elle ^portait l'invraisemblance avec elle. A la captivité près , a-t-on dit , le Mas- que de fer était traité dans sa prison avec tous les égards possibles et le plus profond respect ; il était servi en argenterie et par le gouverneur lui-même qui, prenant les plats (i) Lettre de Saint-Mars du 3 mai 1687, (57) à la porte de l'appartement, de la main des •cuisiniers, se retirait après avoir servi les mets sur la table. Cependant on a vu que l'ambassadeur d'Estrades avait fait enfermer le domesti- que de Matthioll -pour qu'il n'éventât pas le secret et qu'il servît son maître. On ra- conte même à ce sujet que ce valet étant mort aux îles Sainte- Marguerite , on cher- cha une personne du sexe pour servir le pri- sonnier ; qu'une femme du village de Man~ gins vint s'offrir dans la persuasion que ce serait un moyen de faire la fortune de se» enfans, et que lorsqu'on lui dit qu'il fallait renoncer à les voir et même à conserver au- cune liaison avec le reste des hommes, elle refusa de s'enfermer avec un prisonnier dont la connaissance ôoùtait si cher (i). (i) Le P. Papon donne ce fait comme certafi» , d'après les témoignages qu*il recueillit sur les lieux le 2 février 1778. 11 ajoute même qu'ayant trouvé dans la citadelle un officier de la compagnie Fran- che, âgé de soixante-dix-neuf ans, ce militaire lui raconta que son père qui était, pour certaines (58.) Je rappellerai qu'à Tépoque de la révo- cation de l'e'dit de Nantes (i) , Sahes^ mi- nistre protestant, fut enfermé aux îles Sain- te-Marguerite. Cet individu avait la fu- reur d'écrire sur sa vaisselle d^étain et sur son linge pour faire entendre qu'on le re- tenait injustement pour la pureté de la foi (2) ; et voilà ce qui a fait naître l'anec- dote suivante. choses , rhom me de confiance de Saint- Mars, avait été prendre le mort à Theure de minuit dans la prison^ et qu'il Tavait porté sur ses épaules dans le lieu de la sépulture. Il avait cru d'abord que c'é- tait le prisonnier lui-même qui était mortj mais plus tard il sut que c'était la personne qui le ser- vait; et ce fut alors qu'on chercha une femme pour le remplacer. ( Histoire générale de Provence y dédiée aux Etats. ) (1) Octobre 1686. On sait que lors de cette révo- .cation; des milliers de proiestans s'expatrièrent et portèrent en Angleterre et en Hollande leur for- tune, leur industrie^ etc., etc. (2) Lettre de Saint-Mars au ministre. f\ Juin 1692. (59) • Un pécheur qui était sur le rivage de la mer au pied de la tour de cette prison , trouva , dit-on, une assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci étonne, demanda au pêcheur : « Avez -vous lu ce qui est écrit, et quelqu'un Fa-t-il vue entre vos mains ? — Je ne sais pas lire, répondit naïvement le pêcheur , je viens de la trouver et personne ne l'a vue. » Cet homme fut retenu jus- qu'à ce que le gouverneur fut bien informé qu'il n'avait jamais lu , et que l'assiette n'a- vait été vue de personne : « Allez, lui dit Saint-Mars , vous êtes bien heureux de ne savoir pas lire (i). » Des écrivains, pour donner plus d'au- torité à cette anecdote , dont il n'est nul- lement fait mention par Saint-Mars , ont ajouté que, sur le plat d'argent, l'illustre in- connu avait gravé, avec la pointe d'un cou- teau : Louis de Bourbon^ comte de V^er- (1) Anecdotes pour servir a l'Histoire des règnes de Louis XI F et de Louis XF, lom. 2; p. 3i5; 26. édit. (GO que riiistorien de Louis XIV aimait à don- ner un ton d'importance aux anecdotes qu^il disait tenir des gens de la cour (i), et qu'en les répétant sa coutume était de les embellir. Quoi qu'il en soit ^ Sainte-Mars vieillissant dans le gouvernement des prisons d'état, et le grand roi ne laissant jamais les services ni le mérite sans récompense, nomma cet ancien serviteur, gouverneur de la Bastille, en remplacement de M. de Bezemaux qui ' venait de mourir (2). Avant son départ , Saint-Mars ayant de- mandé qu'on lui assurât des logemens pen- dant le cours de son voyage, le ministre loi répondit : // suffira que vous logiez, en payant , le plus commodément et le plus sûrement quil i^ous sera possible (3). (i) Aucun auteur ne parle de ce voyage. Ma- dame déSevigné, si occupée de tout ce qui se pas- sait en Provence, où sa fille résidait^ ne dit rien du voyage de Louvoisj cependant elle rappelle celui qu'il fit, en 1680, dans le Languedoc. (2) Il mourut le 18 décembre 1697. (5) Lettre du 4 août 1698. (63) Ce fui donc après onze années de séjour aux îles Sainte-Marguerite , que Saint- Mars conduisit Matthioli à la Bastille ; maïs la correspondance ministérielle ne nous apprend plus les précautions qui pu- èrent être prises pour ce voyage. On ne voit ni la route qu'il suivit , ni les mesures de sûreté dont il s'entoura. Cependant^ cela n'empêcha pas La Grange-Cliancel d'affir- mer que plusieurs personnes lui avaient raconté que lorsque Saint-Mars alla pren- dre possession du gouvernement de la Bas- tille , où il conduisit son prisonnier , on entendit ce dernier, qui portait son masque de fer , dire à son conducteur : Est-ce que le roi en veut à ma vie? — Non, mon prince, répondit Saint-Mars, votre vie est en sûreté; vous rHavez quà vous laisser conduire (i). (i) Leltre à Fréron, au sujet de rhomme au masque de fer. {Année liuéraire , 1768, tom. 32, p. 189.) Il est bon de se rappeler que la Grange - Chancel assurait que V homme au masque était le duc de Beaufort. (64) D'autres prétendirent avoir recueilli et publièrent quelques circonstances du voyage de ce prisonnier* Voici les termes dont l'un d'eux s'est servi : « En 1698, M« de Saint-Mars passa du gouvernement des îles Sainte-Marguerite à celui de la Bastille. En venant en prendre possession^ il séjourna, avec son prisonnier, à sa terre de Palteau près de J^illeneui^e^ le-Roi. L'homme au masque arriva dans une litière qui précédait celle de M. de Saint-Mars; ils étaient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les paysans allèrent au-devant de leur seigneur. M. de Sainte Mars mangea avec son prisonnier , qui avait le dos opposé aux croisées de la salle à manger, qui donnent sur la cour; les pay- sans que j'ai interrogés ne purent voir s'il mangeait ai^ec son masque; mais ils ob- servèrent très-bien que M. de Saint-Mars^ qui était à table vis-à-vis de lui , avait deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient pour les servir qu'un seul valet de cham- bre, qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans l'anti-chambre , fermant soi- (65) gneusemeiit sur lui la porte de la salle à manger. Lorsque le prisonnier traversait la cour^ il avait toujours son masque noir sur le visage. Les paysans remarquèrent qu'on lui voyait les dents (i) et les lèvres; qu*il était grand et avait les cheveux blancs. M. de Saint-'Mars coucha dans un lit qu'on avait dressé auprès de celui de P homme au mas- que. Je n'ai pas oui dire qu'il eut aucun accent étranger (2). w Je ne m'arrêterai pas à ces misérables versions, j'ajouterai seulement que Sainte (i) Les dents prouveraient encore que ce n'était pas le duc de Beaufort à qui M^e, de Choisi avait répondu un jour, sur une plaisanterie qu'il lui fai- sait : a M. de Beaufort voudrait mordre et ne le peut pas. » Il n'avait alors que cinquante-trois ans, et n'avait déjà plus de dents. Si c'eût été lui qu'on transférait à la Bastille en 1698^ et que l'anecdote des paysans fût vraie, le duc de Beaufort aurait eu quatre-vingt-deux ans : il était né en janvier 1616. (a) Lettre de Pakeau à Fre'ron , en date du 19 juin 17O8, insérée dans le même mois de V An- née littéraire. (66) Mars y étant arrivé à la Bastille le jeudi 1 8 septembre i6()8^ à trois heures après midi, rendit un compte verbal de son voyage au ministre. Il est vraisemblable que depuis son départ des îles Sainte - Marguerite , Saint-Mars avait mis un masque de velours noir^^arni de baleines très-fortes, et attaché par derrière avec un cadenas scellé, sur la figure de son prisonnier. Ce masque était fait de manière qu'il ne lui était pas pos- sible de l'oter lui-même, et qu'il pouvait -boire et manger sans beaucoup d'incom- modité. C'est Dujonca^ lieutenant de roi de la Eastille (i), qui, par son journal, écrit ( 1 ) Louis XIV créa la charge de lieutenant de roi de la Bastille en faveur de M. Dujoncay exempt des gardes-durcorps de la compagnie de Duras. Dès qu'il se vit installé dans cette place, le premier soin de cet officier fut d'examiber les raisons que plu- sieurs prisonniers détenus depuis long' temps à la Bastille pouvaient avoir de demander leur liberté; après qu'il en eut reconnu la justice, il s'employa avec ardeur pour la leur procurer. Des âmes atroce^ («7) tout entier de sa main^ nous apprend que le prisonnier^ qu'on faisait tenir toujours masqué y fut inis d'abord dans la tour de la Basinière en attendant la nuit^ et que luii- ménae le conduisit^ sur les neuf heures du ^soir^ dans la troisième chambre de la tour .BertaudièreÇ^i)^ qu'il avait eu soin défaire .meubler de toiUçs qlios^ ui^ant son ac^iv^ée^ ^en ayant reçu V ordre de M. de Sainfr- Mars.... Il ajoute qu'en le conduisant daps cette chambre, il était accompagné du sieur RosargeSy que Saint^Mars assoit em- mené avec lui y et lequel était chargé , de lui représentèïeat qu'il ajl&it se priver d'tln reredu considérable en faisant ouvrir les prisons. «,Je n'ai c[ue de l'argent à perdre ^ leur r^^pondit-il, et ces malheui^eux ne jouissent pas d'un bien qu ils esti- ment plus' que la vie. » Cette noble et généreuse sensîbilitil fut très ap- plaudie ^méme^à la. £oiir. -. . . .- ( Galerie de l'ancienne cour, tom. 3, p. a4; ae. édit. ) m ■ h " ■ . ' (i) On croit que ces tours portaient le nom des architectes qui les avaient bâties. S.. (68.) sejvir et de soigner ledit prisonnier qui ^tait nourri par le goui^erneur (i). D'autres^ moins véridiques que Dujonca , t)nt affirme avoir vu ce prisonnier masqué , et assurent qu'il tutoyait le gouverneur qui, au contraire^ lui rendait de grands- res- pects (3). Ils ont dit même qu'il pinçait de la guitare^ ce qui n'a rien d'étonnant^ surtout chez un Italien; mais comme Louis XIV et même Louis XIII en jouaient supérieure- ment, on en conclut que l'éducation du pri- sonnier avait été dirigée par les mêmes personnes qui avaient présidé à celle du grand roi. Enfin ^ on rapporte encore que Y abbé Lenglet du Fresnoy, qui avait fait de fré^ quens voyages à la Bastille, avait vu sou- vent l'homme au masque. « Il m'a dit, vers 1754, ajoute M. Anquetil, à-peu-près tout ce qu'on raconte de sa taille mé- (0 yc^ez aux pièces justificatives à la fin du volume , l'article de Dujonca, (n) Galène de V ancienne cour, tom. a, p. 3ît ; a*, ëdit. (69) diocre^ de son esprit vif et orné ^ du respect du gouverneur pour lui. On jugeait^ par sa conversation^ qu'il avait voyagé presque par toute TEurope, qufil parlait très-bien d'af- faires^ de politique^ d'histoire, de religion, et était au fait des nouvelles courantes. Comme je pressais t'abbé de me dire ce qu'il en pensait^ il me répondit : Voudriez- vous me faire aller une neuvième fois à la Bastille ( i ) ? » Sans doute^ le secrétaire du duc de Mantoue avait beaucoup voyagé^ personne ne pouvait mieux disserter sur la politique, puisqu'il se fit connaître par ses talens et sa dextérité à manier les affaires; mais Ânque- til, en racontant cette anecdote, qui nous pa- rait de toute fausseté, avait oublié vraisem- blablement le nombre de fois que l'abbé Lenglet lui dit avoir été à la Bastille . Il n'y fut que cinq fois, au liieu de huit, et il dut trouver que c'était bien assez, surtout pour (i) Voyez TA)uis XIV, sa cour ri le vexent, !• i«»\, p. ao2. (7o) \in jxomme qui chérissait la liberté (i). En secoDd lieu^ si Y homme au masque eut été un ,frèr(B de Louis XIV, on ne l'aurait pfis iait voyager dans ptesque toute. TEuh rope^çt certainement il n'aurait pas été in»^ tfuit des affaires .des divers royaumes. . Enfin Matthioli, ausâi malheureux que coupable, après avoir expié sa faute par ùnâ détention de vingt^uatre ans, six mois et dix-huit jours, mourut, presque de mort subite, le 19 novembre 1 708, sur les dix beures du soir.v Jl fut enseveli dans un lin- ceul de tpilq neuve,. et inhumé le lendemain à quatre heures du soir sous le nom dé Mar-^ chialj, dans le cimetière dé Saint-Paul , et son enterrement: coûta ^o livres (2). . "^^ (i) Voyet les Philosophes et les gens Hé lettres fies xy^t. et xyiU©. siècles à la Bastille , L Fart» LeDglet du Fxe$poy. Cetabbç fut mis à la Bastille, pour la première fois, le i5 septembre.! 71 8^ Mal- tliioli n'existait plus depuis long-temps : donc Va- necdote est controuvée. (2) Extrait des registres mortuaires de Vcglis^ i-oyale et paroissiale de Saint-Pâul: « L'an mil sept cent trois, le dix-neuf norem- / (70 On a prétendu que le tronc du cadavre fut seulement inLumé et que la tête avait bre , Marchiafyy âgé de quarante-cinq ans environ , est décédé à la Bastille; duquel le corps a été in- humé dans le cimetière de cette paroisse , le vingt dudit mois y en présence de M. RosargeSf major de 1(1 fiastille, et de M. Reilk, chirurgien major de la Bastille y qui ont signé. » Collationné à lu minute et délivré par nous foussigné^ bachelier en théologie et vicaire de Saint* Paul , à Paris y le mardi neuf février 1790. » Signé VoiTzy IV, » L'âge de quarante-^inq ans qu'on a fait mettre dans le registre ne mérite aucun commentaire. Du- jonca devait mentir lorsqu'il avait à s'expliquer sur tout ce qui avait trait à l'homme au masque. Il est clair qu'il avait soixante-trois ans moins onze jours. Quelque temps avant sa mort; il dit lui-même à l'apothicaire de la Bastille, qu'il croyait avoir soixante ans. Il se trompait de deux ans onze mois et dix-neuf jours; mais une semblable erreur est aisée à concevoir de la part d'un homme aussi étroitement renfermé. On fit des combinaisons à l'infîni sur ce nom de Marchiafyj tronqué à dessein^ mais qui cependant s« rapproche assez de son nom véritable^ que lou- ( 70 été partagée en divers morceaux el puis en- terrée dans différens endroits. On a même- ajouté qu'une personne de distinction ayant engagé^ à force d'or, le fossoyeur à le déter- rer et à le lui laisser voir, ils trouvèrent un gros caillou à la place de la tête (i). Nous ne pouvons, point garantir l'exactitude de ces détails, mais il paraît certain qu'on brû-* la tout ce qui avait été à son usage; qu'on fit regratter et reblanchir les murs de la chambre où il était logé. On poussa même les précautions jusqu'à fondre l'argenterie,, le cuivre ou l'étain dont il s'était servi , et l'on enleva tous les carreaux dans la crainte qu'il n'eût caché quelque marque ou quelque billet qui aurait pu le faire connaître. On a dit que M. de Chamillart fut le ^— ^-^^ vent dans sa correspondance Saint^Mars écrivait Marthioly, On y trouva l'anagramme des deux mots latins hic amiratj et Ton dit que cela signi- fiait en français : ici gît l^amiral ou c^est ramiraly parce que le comte de Vermandeis et le duc de Bcaufort avaient été amiraux; mais ce n'élaicntli que des suppositions. (») Saint Foix; tom. 5; p. a8g, noies.. (73) dernier ministre qui eut cet étrange secret, et qu'au moment de sa mort, le second ma- réchal de la Feuilladey son gendre, le con- jurant à genoux de lui apprendre ce que c'était que ce prisonnier, M. de Cliamîl- làrt répondit, que c était le secret de Vetat et quil aidait fait serment de ne le révéler jamais {i). (i) On raconte que lorsque le P. GriffeteX St,- Foix agitèrent dans leurs écrits la question du se- cret, en réfutant leurs systèmes respectifs, il échap> pa à Louis XY de dire^ en présence do plusieurs courtisans : Laissez-les disputer ) personne n'a en- core dit la vérité' sur le masque de fer. Le roi , dans ce moment^ avait à la main le livre du père Griffet. Le duc de Choiseul , curieux de pénétrer ce mys- tère, pria un jour Louis XV de le lui dévoiler. Le roi ne voulut jamais lui rien dire de plus, sinon « que de tout ce quon avait im^m/2e jusque-là sur le masque de fer, il n'y avait pas un mot de vrai; et que de toutes les conjectures qu'on avait faites liir dessus, il ny en avait pas une de vraie. » On lit dans lesMe'moires d'unvoyageurqui se re- pose^ t. 2,^ p. 208; que M™^.^de Pompadour^j excitée (74) Sans douté il n'y a point d'exemple dans l'histoire d'un secret d'état aussi bien gardé . que celui-ci. U était plus facile de dire ce qu'il n'était pas que ce qu'il était; mais j'a- jouterai que ce secret n'est demeuré impéné- trable que parce qu'il portait sur un homme obscur et parfaitement inconnu à toute la. France, et que tout ce mystère n'a eu lieu qu« pour ne pas irriter contre le cabinet, de Ver- sailles, les souverains dont les prérogatives et par le duc de Choiseul, ayant pressé Louis XV sur ce sujet, le roi lui répondit que c'était un ministre d'un prince d^ Italie, Celle déclaration de Louis XV l'accorde avec tous les faits qui précèdent, et leur applique le sceau de la vérité. Quelques historiens ont prétendu que le P. Gri/^ fety ayant été confesseur des prisonniers de la Bas- tille, devait être plus instruit que bien d'autres sur ce qui concernait ce personnage. Mais il est facile de prouver que leur assertion porte à faux, puis- que ce jésuite ne fut nommé confesseur desdits pri- sonniers qu'en 1745, c'est-à-dire qnaranle-deux ans après la mort de Mattliioli\Voyez aux pièces jus- tificatives la lettre inédite du roi, qui vient à l'apr pui de ce que nous avançons. ) (75) la dignité étaient comme attaquées par une violation aussi manifeste du droit des gens. Si c'eût été un des personnages qu'on avait supposés, on serait venu à bout de le de- viner, car tôt ou tard le public firiit par être dans la confidence de ces sortes do secrets. Je ne terminerai pas sans rappeler que ce point historique, plus curieux qu'impor- tait, qui était caché aux contemporains, ûiàis qui ne le sera pas a la postérité quoi-? qu'on ait osé l'avancer (l), puisque je le crois décidé maintenant, n'a fourni matière à abuser la crédulité humaine que parce qu^on n'a pas voulu se donner la peine de puiser aux sources; car une lettre insérée dans V Histoire abrégée de V Europe en 1 687, avait en quelque sorte dévoilé le secret (2), et même depuis on publia une brochure (i) Dans la Biographie de Chaudon et de Lan« dine, à Tarlicle Beaufort. (2) Voyez cette lettre aux pièces justificative?; k ]a fin du volume. (7^) ^ui décidait presque la question (i); mais comme une séduisante erreur est plus pro- pre à flatter les esprits que la vérité nue et appuyée seulement de preuves authenti- ques^ le plus grand nombre des historiens^ amants du merveilleux^ s'attachent à com- poser des tableaux imaginaires; ils exagè- rent pour plaire davantage y et d'une his- toire très-simple en elle-même , ils font le plus souvent une aventure extraordinaire * où tout est calculé pour exalter^ en l'é- garant^ la curiosité du lecteur. (i) Recherches sur t Homme au masque de fer ^ par Roux ( Fazillac ). UN. Af* 7^- il y^tryv^^t >^ iiojy/iC/ PIÈCES JUSTIFICATIVES. t 1 PIECES JUSTIFICATIVES. A LOUIS XIV. i4 Décembre 1(577. SlRK y J'ose attester à Votre Majesté que parmi les grands ministres que , dans sa sagesse suprême , elle aenvoyéi en divers temps en Italie, son ambas- sadeur à Venise, M. l'abbé d'IÇstrades, doit être distingué par son habileté et par son zèle à saisir toutes les occasions qui peuvent lui procurer des avantages et l'agrandissement de ses états. Cet ambassadeur m'ayant confié que, pour réus- sir dans l'entreprise que vous méditez sur les états de Milan , il seroit nécessaire de détacher le duc de Mantoue du parti autrichien et de l'attirer dans celui de Votre Majesté , je me suis empressé de contribuer de mes foibles moyens à le mettre à même d'arriver à ce but. Votre Majesté apprendra tout ce qui s'est passé par les dépêches deM.l'Am- (8o) bassadeur. Je béiiU le sort qui me procure Thon" neur signalé de servir un aussi grand monarque^ que je regarde et que je révère comme un demi- dieu. Je transmettrai à Votre Majesté tout ce qu« j'apprendrai de la place de Cazal , qui a été forti- fiée par un des plus habiles ingénieurs du Milanais. Cet ingénieur nous a promis des plans de toutes Lss places de cet état, et même , si Votre Majesté l'or- donne y il se détachera du service de l'Espagne ^ qui ne sait pas récompenser les travaux et les ta- lens de ceux qui la servent avec fidélité. Je crois qu'il seroit inutile de m'étendre davan- tage pour vous faire connoître de quelle impor- tance est la place de Cazal. Votre Majesté doit se rappeler qu'à différentes époques elle a arrêté la marche de plusieurs armées ^ et qu'elle est le seul point d'appui d'où dépend, pour les Espagnols, la perte ou la conservation des états de Milan , états qui f à plus d'un titre , devroient appartenir à la couronne de Votre Majesté. On sait que dans ce moment les Autrichiens arment pour s'emparer, par surprise, de Cazal, au préjudice du duc Ferdinand , mon maître , son possesseur légitime. Ce prince , neveu du prince Charles I«'. (ce dernier plutôt François qu'Italien, et par l'intervention duquel la place de Pignerol est restée à votre maison royale ) , ce prince, dis- je , Ferdinand ,,fera voir en temps et lieu qu'il (8i) n'est pas ddgënéré de ses ancêtres ; il a promis de vous servir avec la plus gi-ande fidélité^ et de com- battre pour vous d'une manière digne de sa nais- sance 9 «t; comme il est extrêmement avide de gloire , j'espère que Votre Majesté aura lieu d'ap- plaudir à la conduite qu'il tiendra dans les armées, De l'aveu nicme des observateurs politiques , il est à l'abri des soupçons que peuvent inspirer les autres princes d'Italie. M. l'abbé d'Estrades est ins- truit que Son Altesse a des liaisons avec de grands personnages qui se plaignent avec raison du joug insupportable des Espagnols ^ et qui prendront les armes avec lui , pour combattre et pour chasser plus promptement de l'Italie une puissance qui s'y établit pour l'opprimer. Si le destin le vouloit ainsi^ je ne doute pas que les autres princes de ce pays ne fussent bien aises de jouir d'une paix inaltérable sous les auspices de Votre Majesté. Je fais des vœux pour les progrès de ses armes victorieuses , et je prie le ciel qu'il prolonge ses jours pour la consolation du monde ^ etc. Ergolo a. Matthioli (i). (i) On peut voir cette lettre ^rite en chififres , traduite en italien et puis en français, aux Archives àw affaires étran^ ^ires. Je dois dire ici qu'il fût convenu, lors de son séjour à Paris y qtCil enverrait ses lettres à M. de Channoy, commis- 6 (80 A LOUIS XIV. Venise» le r8 de décenilirt 1677. SiRE; Comme la douleur que je ressentois d'avoir dé- plu à Votre Majesté éloit extrême , ma joie n'est pas moindre d'apprendre par M. de Pomponne que V. M. a eu la bonté de me pardonner la trop grande facilité que j'ai eue , et qu'elle a bien vou- lu écouter favorablement les raisons que j'ai pris la liberté de lui apporter pour justifier l'innocence de mes intentions ; mais j Sire , ce malheur m'o- bligera d'agir dorénavant en toutes cboses avec une si grande circonspection , que j'espère que Votre Majesté n'aura jamais sujet d'être mal satisfaite de ma conduite. J'ai différé d'informer Votre Majesté d'un projet^ saire des guerres à Fignerol ; elles devaient être souscrites quelquefois Costantino Ikfaggi: Costantino était le nom de son aïeul, et 3faggi celui de sa mère. Les lettres étaient adressées aussi à M. de Secournam , à Lyon, à qui Ton avait iDandé d^en prendre soin ^t de les adresser avec diligence, ( lYote extraite d'un manuscrit déposé aux jirchiyes des affaires étrangères, ) (83) que la passion que f ai pour son service m'avoit ins- piré; parce que le succès m'en paraissoit difficile^ que je n'ai osé le proposer que je ne visse aupai*a- vant quelque apparence de le faire réussir ; mais comme l'affaire est présentement en bon état^ je puis presque assurer V. M. qu'il dépendra d'elle de la conclure. Je lui en rendrai un compte exact pour pouvoir recevoir les ordres qu'il lui plaira de me donner et que j'exécuterai très ponctuellement. Il y a environ quatre mois qu'ayant appris les divi- sions de la cour de Mantoue plus particulièrement que je ne le savois, et que M. le duc de Mantoue «l'étoit pas si abandonné à ses plaisirs qu'il n'eût de l'ambition et un grand chagrin de l'état où il étoit réduit par madame sa mère et par les ombrages qu'il prenoit des Espagnols^ j'espérai qu'il ne seroit pas impossible de le détacher entièrement d'eux, de le mettre dans les intérêts de V. Majesté^ et de lui persuader de traiter réellement de Casai. J'ai cru ne pouvoir employer dans cette affaire une personne qui fut plus propre à la ménager qu'un nommé le comte Matthiolij qui est entièrement dé- voué à ce prince^ je le connoissois déjà depuis long- temps; il m'avoît témoigné un grand désir de se rendre agréable à Votre Majesté par quelque ser- vice. Je savois qu'il avoit été secrétaire-d'état de îfXL M. le duc de Mantoue; que celui d'aujourd'htii avoit conservé beaucoup d'affection pour lui ^ et qu'il étoit bien instruit des intérêts des ptinees 6., •s. (84) d'Italie; mais comme il avoit beaucoap d'habitude dans le Milanais et d'accès auprès des ministres espagnols y je ne voulus prendre aucune confiance en lui que je ne l'eusse bien examiné. Je chargeai lenommé Giitlianih. qui Votre Majeslé eutla bonté de faire, il y a six mois, une gratification^ et qui a un zèle pour son service qui ne permet pas de douter de sa fidélité^ d'observer Matthioli ayec soin et secrètement; et après avoir e'té suffisamment informé qu'il étoit fort mécontent des Espagnols qui l'avoient toujours amusé par des espérances et qui l'avoient ensuite abandonné, j'envoyai dans le mois d'octobre dernier Ginlianl à Vérone, où il alla sous prétexte de ses affaires particulières ^ mais en effet pour mettre Matthioli , qui y éloir-, sur le sujet de M. le duc de Mantoue^ suivant Tins- tiniction que je lui en avois donnée ^ et pour lui représenter que ceux qui avoient un attachement pour ce prince dévoient être bien affligés de le voir f à l'âge qu'il avoit, encore sous la tutelle de madame sa mère, sans argent, sans autorité, tou- jours dans la défiance de ceux qui étoient conti- nuellement auprès de lui , et, qui pis est, dans une si grande insensibilité qu'il ne songeoit qu'à passer sa vie avec des comédiennes ou des femmes pu- bliques, ce qui lui avoit fait perdre l'estime de tout le monde et la considération que son rang lui devroit donner ; qu'une si étrange façon de vivre et l'opinion qu'on avoit qu'il n'auroit jamais d'en-^ (.85) fans de madame sa femme, quoiq^u'elle fut aussi jeune que lui^ portoient les Espagnols à entretenir les divisions qui étoient dans cette cour-là pour en profiter et tâcher de s'emparer de Casai et de tout le Montferrat^ que ledit Giuliani in ay oit ouï dire que j'étois bien averti que Timpéralrice Éléonore s'étoit déjà déclarée sur les prétentions qu elle a de se mettre en possession de cette partie de Tétai de Mantoue; que le roi d'Espagne appuyoit haute- ment celles d'un seigneur espagnol qui, en vertu de son mariage avec la nièce du duc de Gastalle^ dont il a des enfans^ soutient qu'il est l'héritier univci'S^ de ce duc au préjudice de M. le duc de Mantoue qui en a épousé la fille et qui est son plus proche parent; que, d'un autre côté, le pouvoir ab- solu des états de ce prince et tous les revenus étoient entre les mains de madame sa mère et du moine Bulgarini ; que tous ceux qui lui servent de ministres, les uns sont gagnés par les Espagnols, les autres par l'impératrice Eléonore, les autres par le duc de Gastalle; que madame sa mère en avoit nne partie pour elle, mais que le plus petit nombre /étoit dans son parti , et qu'enfin c'étoit une espèce de miracle qu'il ne fut pas encore dépouillé ; qu'il en couroit tous les jours le risque, et que ce mal- heur lui arrive roit peut-être lorsqu'il y penseroit le moins; qu'il n'avoit pas à choisir sur les moyens ^e s'en garantir, et que la seule protection de Votre Majesté étoit capable de le mettre dans une en- % (86) tière sûreté. MatthioU lui répondit que tout ce qu'il venoit de lui dire étoit très-véritable; qu'il y avoit long-temps qu'il le voyoit avec douleur^ mais qu'il j avoit encore du remède à un si grand mal; qu'il eonnoissoit assez M. le duc de Mantoue pour sçavoir qu'il avoit plus d'esprit et d'ambition qu'on ne croit ; que si je le trou vois bon il décou- vriroit ses sentimens, et qu'il se chargeroit dételle négociation que je voudrois. Que cependant il alloit aller à pour être plus près de Mantoue^ où il ne pouveit aller sans se rendre suspect à l'é- gard des différens partis qui s'y gouvernent ^ et que là il attendroit que je lui fisse sçaveir mes inten- tions. Quelques jours après il me manda qu'il avoit trouvé moyen d'être introduit secrètement auprès de M. le duc de Mantoue^ et que pour concerter toutes choses je lui envoyasse Giuliani, dont je me suis toujours servi pour les difiérens voyages qu'il a fallu faire ^ parce que son emploi d'envoyer les nouvelles publiques dans toute l'Italie^, lui donnoit occasion d'aller d'une ville à l'autre ^ et qu'on n'a aucim soupçon de lui comme l'on en auroit in&illiblement de quelqu'un de ma maison. Je le dépêchai aussitôt avec une nouvelle instiuc- tion^ et non-seulement il eut audience de M. le duc de Mantoue/ à qui jil parla comme je l'avoi» chargé de faire ^ mais même ce prince goûta fort la proposition qu'on lui fit de lé' délivrer des in- quiétudes continuelles que lui causoient les £spa- (37) gnols^ et de remettre Casai entre les mains de Votre Majesté , sur l'assurance qu'on lai donna que je tâ- cherois d'obtenir d*elle, en sa faveur ^ tout ce qu'il pourroit raisonnablement désirer. Enfin il dé- clara qu'il étoit tout résolu^ et que pour ajuster mieux les choses il vouloit communiquer cette af« fifire à deux de ses conseillers en qui il pourroil prendre plus de confiance; qu'il en donnoit le choix à Matlhioliy afin qu'il fût assuré d'eux. Malthioli nomma MM. le marquis Cauriane et Joseph Vu- rano qui ne lui sont point suspects. Cependant M. le duc de Mantoue me dépécha Giuliani pour m' in former de ce qui s' étoit passé ^ et il lui recom** manda de revenir au plus tôt pour prendre le projet qui auroit été dressé et me l'apporter. J'eus bien de la joie^ Sire y de voir que Tafiaire prenoit un si bon chemin. Je renvoyai promptement Giuliani avec oixlre de dire à M. de Mantoue que je le priois de faire en sorte que j'eusse une conférence avec lui ; que Votre Majesté n'avoit encore aucune • mT connoissance de ce traité y parce que je n'avois osé lui faire une telle avance sans être assuré aupara- vant qu'il ne me désavoueroit pas de ce que j'au- rois l honneur de mander à Votre Majesté^ et qu'il seroit en pouvoir d'exécuter ce qui auroit été arrêté. Giuliani revint hier m'apporter des réponses aussi favorables que je les avois souhaitées. Il me dit que ces deux conseillers de M. de Mantoue s'é- toieoty avec toute sorte de précautions; abouchi^ % (88) ftvec Matthioli'y qu'ils av oient approuve la résolu- tion de leur maître^ et qu'ils avoient réduit dans les articles du mémoire dont ils ravoieut chargé, et que je joins à celte lettre y ce qu'il supplioit Votre Majesté de lui accorder; qu'ensuite M. de Mantoue l'avoit fait appeler; qu'il lui avoit ordonné de me prier d'assurci'^Votre Majesté de son respect et de son attacliement à tous ses intérêts , et de nie dire qu'il avoit remis entièrement ses soins au comte Mat- thioii'f qu'il iroit bientôt à Venise^ où nous nous verrions commodément et sans être observés^ à cause du carnaval qui est un temps ok tout le monde^ même le doge, les plus vieux sénateurs, les cardinaux et le nonce, ne vont qu'en masque; et que je ne perdisse point de temps pour rendre compte à Yotre Majesté de toute cette affaire, parce qu'il craignoit quelque surprise des Espa- gnols; mais que si je voulois qu'il tint sa parole, il falloit surtout que je ne la communiquasse point à M. le cardinal d'Estrée^ parce que le bruit étoit si répandu en Italie qu'il avoit ordre de Votre Ma- jesté d'y négocier avec tous les princes , et que les Espagnols en avoient une si grande jalousie^ que sur le moindre soupçon qu'ils auroicnt de lui ils le rui- ner oient avant qu'il pût être secouru par Votre Majesté, qui perdroit en même temps Tespérance d'avoir Casai ; qu'il alloit prendre des mesures pour les endormir et leur ôter toute sorte de défiance de s% conduite; et si M. le cardinal d'Estrée lui iaisoit (89) des propositions^ il ne les écouteroit qu'en pleifï conseil pour douner des réponses générales qui ne le rendroient suspect à personne. Je me vois par-là les mains liées^pai la confidence quej'avois dessein d'en faire à M. le cardinal d'£strée quî^ je crois , sera bientôt ici y et je suis dans la nécessité de garder scrupuleusement ce secret jusqu'à ce que j'aie reçu les ordres de Votre Majesté. M. de Mantoue s'offre encore de faire un régiment^ pourvu que ce soi taux dépens de "Votre Majesté, et il représente qu'en faisant battre la caisse à Mantoue et à Gisal, il fera grand tort. aux Espagnols qui y lèvent tous les jours des soldats; que Joseph Verano, qui est un des deux conseillers dont j'ai parlé, promet d'en tirer une bonne quantité du Ferrarois où il a du crédit , étant seigneur du Camérigo. Il supplie aussi Votre Majesté de faire un effort pour envoyer une armée en Italie, assez forte pour y pouvoir entreprendre quelque chose de considérable; et il l'assure qu'en ce ais-là il ne se contentera pas d'avoir remis Casai entre les mains de Voire Majesté, mais qu'il a des liaisons étroites avec d'autres états d'Italie dont elle tirera de' grands avantages. Que l'état de Milan n'a jamais été si foible et si dénué de toutes choses qu'il l'est; miais que pour en être plus particulièrement instruit, il a donné ordre à Matthioli de se reudre à Milan, d'y observer tout avec application, et par- -ticulièrement de pénétrer l'intention des Génois sur le bruit qui court depuis quelque temps en (9o) Italie^ où l'on y ajoute une entière foi; que Votre Majesté y doit envoyer une armée au printemps^ prochain au plus tard. Comme il peut arriver ac- cident aux paquets ; je n'ai osé mettre dans le mien la lettre que le comte Matïhioli\ qui a assu- rément bien servi Votre Majesté dans cette occa- sion ^ se donne l'honneur de lui écrire ; et j'ai cru qu'elle devoit être en chiffres aussi bien que le mé- moire des prétentions de M. le duc de Manloue; mais j'en garde les originaux avec le plan de Casai que ]i n'envoyé point à Votre Majesté par la même raison. Je puis assurer Votre Majesté que je n'ai jamais parlé à Giuliani ni à Matthioli qu'elle eut dessein de faire marcher des troupes vers le Mt- lanois; mais il le marque dans sa lettre parce qu'il s'est servi du bruit qui a été répandu pour porter M. de Mantoue à ce que je voulois, ayant connu qu'il en vouloit le commandement général avec plus de passion que toutes les autres choses j ou plutôt que c'étoit la seule qu'il désiroit fortement pour être en considération dans l'Italie comme feu M. le duc de Modène et comme feu M. le duc de Mantoue qui; à l'âge de celui-ci; commanda en chef l'armée de l'empereur; avec le titre de vi- caire général de l'empire. Quand ce prince sera ici; il n'y aura dans la conférence que nous aurons en- semble que lui ; Matthioli ; à qui il a promis de le rétablir dans la charge de secrélaire-d'état ; et de le faire son premier ministre aussitôt qu'il se verra (91 ) en autorîtd^ et que le traité qu^il prétend faîrr avec Votre Majesté sera exécuté ^ le sieur Giuliani, le sieur de Pinchesne qui est secrétaire de cette ambassade et dont M. de Pomponne^ qui Ta mis auprès de moi, peut répondre de la fidélité et de la sagesse à Votre Majesté ^ et moi. Ainsi le secret^ si nécessaire dans cette affaire y sera assurément impénétrable. J'ai l'honneur d'être^ etc • L'abbé d'£sTRAD£S (i). A M. DE POMPONNE. Venise y 1« ^4 d« décembre 1677. MofTSiEVR ; Je n'ai que quelques particularités à ajouter a la lettre que je me donnai l'honneur d'écrire au roi la semaine passée; mais comme M. le duc de Mantoue (1) Archires d«s «flairts étrangles. m'a fait savoir depuis qu'elles peuvent servir âr vous faire encore mieux connoitre combien il est important à ce prince de prendre des mesures se- crètes et d'user de toute la diligence qui lui* sera possible pour la conclusion de l'aiFaii^e dont j*ai l'en- du compte à Sa Majesté', j'ai cru. Monsieur, qu'il étoit nécessaire que vous en fussiez informé. Il y » trois jours que M. le duc de Mantoue me donna avis qu ilavoit trouvé moyen d'avoir entre les matins la copie des ordres par écrit, que l'impératrice Elconore et l'empereur^ de concert avec les Espa- gnols , avoient donnés au comte Villaliano Borro- mei, milanois et commissaire impérial. Ils portent que si les François venoient en Italie , et qu'il lui parût que M. le duc de Mantoue eut quelqu'inten- tion de se jeter dans leur parti, il se servît de ce prétexte pour se rendre promptement le maître de Casai , et, par ce moyen, des partisans qu'ils y ont en grand nombre , et entr'autres le gouverneur de la ville et celui du cbâteau, afin de conserver cette place et tout le Mont- Ferrât à Timpéralrice Éléo- nore. Le marquis Canossa a reçu un pareil ordrepour Mantoue. Il est aussi commissaire impérial , et où il lui seroil assez aisé de l'exécuter, le gouverneur de la citadelle étant son beau frère, et le major de la ville son intime ami ; de sorte que M. le duc de Mantoue m'a fait dire que dans la situation où il étoit, et se voyant observé de plus par madame sa mère , par le moine Bulgarini, qui la gouverne, et (93) par la plus grande partie de ses ministres^ qui sont dévoués à la maison d'Autriche, il est obligé de ne témoigner aucune ambition, de paroître n'avoir aucune connoissancc de ses affaires , et de ne don- ner aucun soupçon de sa conduite; mais aussi qu'il ne peut se déclarer ouvertement, comme il le fera, pour les intérêts du roi, ni livrer Casai à Sa Ma- jesté, si elle n'envoie une armée en Italie assez con- sidérable pour se conserver cette place , et pour le mettre à trouvert des malheurs qui le menacent et des desseins que la maison d'Autriche a contre lui; que c'est ce qui l'oblige de supplier et d'exhorter Sa Majesté de faire un effort pour cela , quand même elle n'auroit pas été tout-à-&it résolue de porter la guerre dans le Milanois, puisque Casai est une acquisition assez importante pour l'y dé- terminer. Mais Matlhioli , à qui M. le duc de Man- toue a remis l'entière disposition de cette affaire, va plus loin, et il assure qu'en ce cas on trouveroit bien le moyen de mettre un gouverneur dans la ci- tadelle de Mantoue et un major dans la ville, qui fussent autant attachés au service du roi que ceux qui occupent ces deux postes le sont à la maison d'Autriche. Il y a de plus. Monsieur, à considérer que le duc de Gastalle étant le plus proche parent de M. le duc de Mantoue, et devant succéder au du- ché , il y auroit à craindre que si la duchesse sa fille, qui est fort mal et qui n'a point d'enfans, ve- (94) noit à mourir, il u'atrivâl à M. le duc de Mantone quelque malheur qui assureroii acn état au sei- gneur espagnol qui a épousé la seconde fille du duc de Gastalle, et dont les Espagnols , dans cette vue sans doute , ont traité le mariage à Tienne par le mojen de dom Yincenze, qui est revenu depuis quelque temps. Vous connoissez beaucoup mieux que moi y Monsieur, de quelle conséquence il seroit pour le roi , non seulement d'enlever le MofUouan et le Mont-Ferrat à la maison d'Autriche , qui ne perdra pas une occasion favorable de s'en servir, mais encore d'avoir entre ses mains ces deux états , par lesquels Sa Majestétiendroit aisément en bride les princes d'Italie. Ainsi je ne prends pas la liberté d'entrer plus avant dans cette matière, et de mêler mes réflexions à celles que vous j pourrez CsLire. Je suis, etc. L'abbé d'Estrades (i). /^ r ^]) Arcbàves des affaires étrangcres. (95) A M. DE POMPONNE. A Venise, le i»'. de janTier 1678. Monsieur , J'ai si peu de chose à vous mander d'ici , au- jourd'hui , que je vous aurai bientôt informé de ce que j'ai appris ,.et que je puis espérer que la lon- gueur de cette lettre ne vous fatiguera point. Je sais qu'un sénateur, qui est du Prégadi , a dit que l'empereur et les Espagnols sollicitoient vive- ment les nonces et les ambassadeurs de Yenise, qui résident à Madrrd et à Vienne , de porter leurs maîtres à s'unir avec eux contre la France, et de leur représenter qu'ils avoient un intérêt commun de conserver l'Italie et d'en éloigner les armées du roi dont elle éloit menacée. Je ne crois pas que le pape soit fort disposé à leur faire ce plaisir^ mais, Monsieur, j'oserois presque assurer que si la république doit renoncer aux avantages de la neutralité qu'elle a jusqu'à présent si bien observée, ce ne ser^ pas pour partager les mal- heurs de la maison d'Autriche, et c'est en effet dans ce sens-là que ce sénateur en a parlé. L'abbé d'EsxRADES (i). I i t II. ..,■..■ I .... II. —^1^ (1) Archives des afiaires^angères. (96) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Saint-Grermaioy 5 janTier 1678. MOHSIEUR^ N'ayant pas encore eu le temps de rendre compte au roi de votre dépêche du 18 du mois passé, je ne vous informerai point des sentimens de SaMajesté, touchant ce que vous lui mandez des dispositions de M. le duc de Mantoue. Ce sera seulement par le premier ordinaire , ^ Pomponne (i). AU MÊME. Du la janvier 1678, à Saint-Germain. Monsieur, Vous verrez par la lettre du roi, ci-joinle, com- bien Sa Majesté a approuvé la négociation que (1) Archives des aflfaires étrangères. (97) . VOUS avez liée avec M. le duc de Manloue pour une affaire qui est assurément très-importante en tous temps ^ mais principalement dans cette conjoncture. Vous ne pouviez aussi vous y con- duire avec plus de prudence ni plus de secret que voŒS avez fait. J'ai bien de la joie de voir que vous vous soyez attiré cette ôceasicm de témoigner votre zèle au service dé Sa Majesté^ et je souhaite que le succès de Tafiaireaide à vous ptocurer plus tôt de Sa Ma- jesté la grâce que vous lui avez demandée. Nous n' avonis pr&entement aucunes nouvelles à vous mander de ce coté-ci; les gros bagages du roi partirent lundy malin pour Saint-Quentin , comme je vous l'avois mandé^ mais Sa Majesté ne fait pas encore état de les suivre. Je suis ; etc. Pomponne (i). A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Bu lar janvier 1679, à Saint«Germain. M. l'abbé d'Estrades , j'ay veu avec plaisir, par (i) Archiyes des affaires étrangères. (98) votre lettre du i8 du mois passé; rapplication qu« vous avez donnée pour tirer le duc de Mantoue , non-seulement de l'assoupissement des plaisirs et des débauches où il paroît enseveli , mais pour Tex- citer à secouer le joug de Tarcbiduchesse sa mère, et du moine Bulgarini qui, sans lui laisser aucune part au gouvernement de son estât, augmente de jour en jour les liens et la dépendance par lesquels ils Tout soumis à la maison d'Autriche. Je m'inté- resserois d'autant plus aux résolutions plus géné- reuses qu'il pourroit prendre, que je ie regarde toujours comme sorti d'une maison qui a esté si long- temps Françoise, et à laquelle le roy mon père a donné de si grandes marques de son amitié et de sa protection* Aussi désirai -je que, par les mesmes canaux des- quels vous vous estes servi pour lier cette négocia- lion , vous luy fassiez cognoistre que j'ay appris avec beaucoup de satisfaction les sentimens qu'il vous a fait paroistre pour n^s intérêts et pour prendre des partis plus conformes à sa gloire et à sa naissance; que pour cela j'entre avec plaisir dans les propositions qu'il vous fait faire de s'atta- cher à moi par des mesures plus estroites^ et de remettre mes armes dans Casai au mesme estât qu'elles y ont été si long-temps. L'expérience a dû Ituy faire xognoistre que jamais l'authorité du duc son père n'a esté plus estabiie dans le Montferrat , que lorsque cette place et ces estais on tété appuyés (99) âe ma protection; et l'afiTectioa qai est encore restée dans ses peuples pour le nom françois*, est un assez grand témoignage de Tavantage et de la douceur qu'ils en ont tirés. Mais aûn de respondre aux articles qu'il vous a fait communiquer^ je commenceray à respondre par le premier, que, pour l'oiffre de me remettre la citadelle et le château de Casai, je me contenteray volontiers de les tenir en la mesme forme que je les ay tenus autrefois, c'est-à-dire, de les conserver pour le duc de Mantoue, et de faire payer les gar- nisons que j'y entretiendrais. Je pourray mesme, pour seconder l'inclination que ce prince témoigne pour la guerre , prendre des mesures avec luy pour le commandement des armées que j'enverrois delà les monts. Mais il doit juger que je ne puis du tout entrer dans l'article par lequel il demande que je luy fasse instituer les terres du Montferrat qui ont été cédées au duc de Savoye. Elles sont authorisées par tant de traités dans lesquels j'ay esté comme partie principale, que je ne pourrais y donner atteinte; ce qui me resteroit seulement, seroit de m'em- ployer, ainsi que je l'ay fait diverses fois, pour accommoder les différends qui restent entr'eux tou- chant l'évaluation de ces mesmes terres, et les sommes qui dévoient estre payées par le duc de Savoye. Il n'en seroit pas de mesme des pertes que le • • ( loo ) duc de Mantoue pourroit faire dans la guerre où il s'engagerait avec moy. Je m'obligerais volontiers à ne point faire de paix sans qu'il ne fui dédommagé^ et j'entrerois de mesme avec plaisir dans le parti de lui faire part des conquestes que mes armes fe- roient dans le Milanois. Pour la condition qu'il demande du présent^ que je devrois lui faire à cette heure de cent mille pis- tôles comme d'un simple r^ale^ vous devez luy faire cognoistre qu'autant que cette somme est excessive; autant ye seray prest de convenir d'tme plus modérée selon les engagemens que ce prince voudra prendre avec moy j et sans vous expliquer le premier quelle elle pourroit estre, vous l'obli- gerez à parler le premier^ et à se renfermer dans des bornes plus raisonnables. Vous continuerez cependant à nourrir l'opinion que je dois faire passer cette année une armée con- sidérable en Italie; et aurez pour principale vue dans vostre négociation ^ de la tenir toujours en estât et de la faire durer sans vous exposer au ha^ ^rd de la rompre ; puisqu'il est de mon service de l'entretenir toujours de telle sorte que je sois maistre de la conduire en me relaschant ou m'a- vançant plus ou moins sur les conditions. C'est pour ce sujet que comme le comte Mat- thioli a eu jusqu'à cette heure le principal secret de cette affaire ; et qu'il en doit estre le plus fort ins- trument 9 il importe que vous le rendiez toujours ( lOI ) favorable par l'assurance du gré particulier que je luy en scay, et par l'espérance des marques que je voudrais bien luy en donner. C'est ce que vous pourrez ad jouter à la lettre que je vous envoyé en rcsponse à celle qu'il m'avoit escrite. Je suis, etc. Louis (i). 13 Janvier 1678. M. LE COMTE MaTTHIOLI; • J'ai VU; par la lettre que vous m'avez escrite , et par ce que m'en a mandé l'abbé d'Estrades^ mon ambassadeur ; l'affection que vous témoignez pour mes intérêts. Vous ne devez pas douter que je ne vous en sache beaucoup de gré, et que je n'aye plaisir de vous en donner des preuves en toutes rencontres; et me remettant encore à ce qui vous en sera dit plus particulièrement de ma part par ledit abbé d'£slrades, je ne vous ferai la présente plus longue, que pour prier Dieu qu'il vous ait, M. le comte Matthioll, en sa sainte garde. Louis (3). (1) Archives desaiTaircs étrangères. ( loa ) A M. DE POMPONNE, A Yeiufe> le 39 de janvier 1678L Monsieur ; Je n*ay rien à adjouter^ Monsieur^ à ce que vous verrez que je me âonne Hionneur de mander au rby sur Testât où est l'afiàire que je traite avec M. le duc de Mantouef elle va si vite que je suis réduit à estre fascfaé de n*y trouver pas des diffi- cultés qui; sans en rendre le succès douteux^ pour- roient faire durer la négociation aussi long-temps que Sa Majesté semble le désirer; mais j'ai toutes les peines du monde à rassurer M. le duc de Man- toue de la défiance qu'il a des Espagnols, laquelle^ à dire vrai; est assez bien fondée ^ et il ne se peut croire en seureté s'il ne se voit appuyé de toute la protection du roy. Néanmoins je ferai en sorte que ce prince ne nous échappe pas , quand la chose ne seroit pas aussy promptement conclue qu'il le dé- sire. Je vous rends mille grâces très-humbles , Mon- sieur y de toutes les bontés que vous me faites pa- roistre dans cette occasion ^ et je puis vous assurer que je serois beaucoup plus sensible au succès de (io3) cette affaire par le plaisir que j'aurois d'avoir iaît cognoistre au roy le zèle que j'ai pour son service, et de m'estre rendu digne de la grâce que vous m'avez faite de me procurer l'emploi dans lequel je suis, que je ne serois touché de l'espérance d'une meilleure fortune • * L'abbé d'EsTAADES (i). AU ROI. ymii«, I« 99 d« JMYi*r 1679. Sire, Dans le temps que j'ay reçeu la lettre que Vosire Majesté m'a fait l'honneur de m'escrire du in de ce mois y ayant appris que le comte Matthioli es- toit arrivé à Venise, je Fay fait avertir que je dé- sirois avoir une conférence avec luy, et il est venu chez moi avec les précautions ordinaires. Je luy ay d'abord remis entre les mains la lettre dont Votre Majesté m'avoit chargé pour luy, qu'il a veue avec (1) ArchiTM dM «ffairet étrangèret. ( io4 ) toutes les marques possibles de respect et de rc- connoissance ; et je luy ay dit, comme Vostre Ma- jesté me l'a ordonné, quelle ne se contentoit pas de luy témoigner elle-mesme le gré qu'elle luy sçauroit du zèle qu'il faisoit paroistre pour ses in- térêts , mais qu'elle me commandoit encore expres- sément de l'assurer qu'elle voudroit bien luy en donner des marques dans la suite; j'y ay adjousté qu'il devoit s'estimer heureux d'avoir trouvé une occasion de mériter la bienveillance et les grâces de Vostre Majesté, comme il le pouvoit aysément par la confiance entière qu'auroit en luy M. le duc deMantoue, à qui il auroit la satisfaction de rendre en mesme temps le plus grand service qu'il pou- voit recevoir de luy. Il m'a répondu d'une manière qui ne me permet pas de douter qu'il ne soit aussy touché qu'on le peut estre des bontés de Vostre Majesté, et qu'il n'ayt une très-forte passion de la servir. Ensuite je luy ay lu les termes obligeans dont Vostre Majesté se sert pour marquer l'affec- tion qu'elle a pour M. le duc de Mantoue, et les autres endroits de la dépesche de Vostre Majesté, que j'ay cru devoir communiquer, pour luy faire connoistre qu'elle a appris avec plaisir les proposi- tions de ce prince , et qu'il tireroit des avantages considérables de l'estroite liaison dans laquelle il entreroit avec Vostre Majesté par le moyen de Ga- zai , qu'elle tiendroit dans la même forme qu'elle Ta déjà eu autrefois ^ en payant les garnisons qu'elle (io5) entrelieudroit dans cette place ; et en la conservant pour le duc de Mantoue. Nous sommes enfin tom- bés sur les difTérends qu'il a avec le duc de Sa- voye, pour la restitution qu'il en prétend des terres du Montferrat qui lui ont été cédées , et ce n'a été qu'après quelques légères contestations que j'ay fait convenir le comte Matthioli ^ par les mesmes rai- sons que Yostre Majesté m'a fait l'honneur de me marquer^ qu'elle ne pouvoit entrer autrement dans celte affaire qu'en s'employant pour l'accommo- der^ et que l'intercession de Yostre Majesté étoit assez puissante pour eih faire obtenir un heureux succès à M. le duc de Mantoue. Le comte Matthioli s'en est contenté ^ mais il a eu beaucoup plus de peine à se relascher sur la de- mande du présent de cent mille pistoles. Il s'obsti- noit d'autant plus à n'en rien rabattre , qu'il disoit que c'estoit même pour les intérêts de Vostre Ma- jesté qu'on devoit s'en servir; et que M. le duc de Mantoue s'estant mis en possession deGastalle^ sans en donner avis aux Espagnols , il a voit jugé néces- saire de se précautionner contre les ombrages qu'ils pourroient prendre de cette démarche; que pour cet effel, il avoil fait entrer dans Gastalle el dans Cazal des soldats qu'il avoit levés et qu'il estoit obligé de payer; qu'il avoit fait porter dans cette dernière place de grandes provisions de blés et de fourrages, et qu'il ne pouvoit pas soutenir cette dépense dans Testât où Tavoit réduit madame sa (iq6) mcre; qui disposoit absolument de ses revenus. Je luy ay répondu que la somme d'argent que M. le. duc de Mantoue souhaitoit que Vostre Majesté luy donnast présentement , ne luy estoit point nécessaire pour les dépenses qu'il alléguoit; que l'augmentation de la garnison de Gazai et ces grandes provisions estoient regardées par les Es- pagnols mesmes comme des seuretés qu'il prenoit sagement contre les entreprises de la France y dans un temps où l'on ne doutait pas qu'elle ne dust porter la guerre en Italie; et qu'ainsi les partisans qu'ils ont auprès de luy, iiy madame sa mère, n'a- voient pu luy refuser l'argent dmit il auroit eu besoin pour cela; que je sçavois que ses sujets y contri- buoient avec plaisir, et qu'ils avoient témoigné de la joye que leur prince s'appliquast luy-méme à ses affaires; que jusques à la conclusion du traité], ' qui le devoit attacher si fortement à Vostre Ma- jesté, il n'auroit point d'occasion de faire de nou- velles dépenses, et qu'il recevroit alors tout le se- cours et tout le soulagement qu'il devroit attendre de Vostre Majesté; qu'en s'engageant de payer et d'entretenir les garnisons qu'elle ticndroit dans Ga- zai, elle cédoit à M. le duc de Mantoue la jouis- sance de la propriété et des revenus sans aucune charge, et que Vostre Majesté ne trouveroit dans cette affaire d'autre utilité que celle de lé délivrj# du joug que luy a imposé la maison d'Autriche, et d'avoir plus de facilité de faire, dans le Miianois, ( '07 ) des conquestes dont elle avoit dessein de luy don^ ner part j de sorte que le présent qu'il demandoit devant estre considéré comme une pure gratifica- tion y cent mille pistoles estoient une prétention si excessive, que Vostre Majesté n'avoit pas jugé à- propos de faire aucune oflfre là-dessus , et qu'elle m'avoit seulement ordonné de luy dire qu'elle ne s'esloigneroit pas de luj faire un présent d'une somme plus modérée ; qu'il falloit donc qu'il s'ex^ pliquast nettement là-dessus. Le comte Matthioli se deficndit longtemps de parler, et il prit un party fort honneste en appa- rence, qui fut de se remettre à la générosité de Vostre Majesté. Mais voyant que je m'opiniastrois à vouloir qu'il parlast, il se relascha peu à peu à cinq cent mille livres. Je luy dis que je jugeoîs à- peu-près de ce que M. le duc de Mantoue pouvoit espérer de Vostre Majesté^ mais que je ne me chargerois pas de luy faire cette proposition, et que je ne pouvois m'empescher de luy dire que pour un homme aussy bien intentionné qu'il me té- moignoit l'estre, il me paroissoit bien ferme sur un petit intérest, dans une négociation dont il m'advoueroit sans doute que M. le duc de Man- toue tireroit de grands et de solides avantages. En- fin, Sire , je l'ay réduit à se contenter de cent mille escus, à condition uéantnoins que Vostre Majesté n'en fera le payement qu'après la signature duti*ai- lé et l'eschange des ratifications, et que si elle ne ( io8 ) veut point donner la somme entière en une seule fois^ M. le duc de Mantoue recevra d'abord cin- quante mille escus ^ et le$ autres cinquante mille ^ trois mois après. J'ay encore déclaré au comte Mat- tliioli que je ne luy répondois pas que Vostre Ma- jesté trouvast bon que je me fusse fixé à mie somme si forte, mais je luy promettois de faire tout ce qui dépendroit de moy pour n'en estra pas désavoué* Non-«eu]ement les autres articles de la dépesche de Vostre Majesté n'ont rcçeu aucune difHculté, mais mesme ils ont confirmé puissamment le comte Matthioli dans la pensée que M. le duc de Mantoue ne pouvoit prendre un meilleur parti que celuy de s'abandonner entièrement k la protection de Vostre Majesté. Il fait un fonds si assuré sm* la résolution qu'il croit qu'elle a prise de (aire passer cette an- née une armée considérable en Italie, que je n'au- rai pas de peine de l'en persuader toujours plus fortement^ mais je suis un peu embarrassé de l'em-' pressement que M. le duc de Mantoue a de con- clure cette affaire, à cause des frayeurs continuelles que luy donne le dessein qu'il est averti que les £^ pagnols ont toujours de se saisir de ses places sur le premier prétexte et à la première occasion favorable qu'ils en auront. Cependant je tascheray de tirer cette négociation en longueur, autant que VostreMa- jesté le trouvera convenable à ses intérêts, comme elle me l'ordonne, et je me garderay bien de me meltrc au hazard de la rompre. Je supplie Vostto ( to9 ) Majesté d*estre persuadée que je n'oublierai jamais rien de tout ce qui pourra estre de son service, et luy faire connoistre mon zèle et le profond respect avec lequel je suis , Sire , De Vostre Majesté, Le très hamble, très obéissant, et très fidelle snjet et serviteur, [' L'abbé d'Estrades (i). A M. DE POMPONNE. A Venise, le la février 1678. Monsieur, Quoiqu'il y ait quinze jours que M. le duc de Man- toue est à Venise, je n'ay pourtant pu le voir en- core^ mais il m'a fait dire plusieurs fois, par le (1) ArcTiives des affaires étrangères. comte Matthioli^ qu'il avoit plus d'impalience que moj que nous eussions une conférence ensemble; qu'il ne difTéroit à se donner celte satisfaction que pour se débarrasser de ceux de ses gens qui luy sont les plus suspects , et particulièrement de qua- tre hommes dont madame sa mère Ta fait accom- pagner icy pour observer toutes ses actions y ce qu'ils font avec un très-grand soin ; et que deux jours avant que de partir pour s'en retourner dans ses étals ; où il n'appréhendoit pas qu'on luy fist une surprise, lorsqu'il y seroit, il m'avertiroit du lieu et de l'heure où nous pourrions nous voir. Il est vray que la démarche qu'il a faite, de se mettre hautement en possession des estais du feu duc de Gastalle, a si fort inquietté les Espagnols, qu'on voit qu'ils cherchent, par toute sorte de voies, à s'es- claircir si M. le duc de Mantoue n'a point recher- ché l'appuy du roy. Son résident à Venise , qui est dévoué au party de la duchesse-mère, vint de- mander il y a deux jours au sieur de Pinchesne, de la part de son maistre, si je despeschois un courrier extraordinaire en France, parce que Son Altesse seroit bien aise de se servir de cette com- modité pour y envoyer un pacquetde conséquence j il luy répondit que les affaires estoient si peu vives icy, que j'avois toujours escrit par les voyes ordi- naires , et que je n'avois présentement aucune rai- son d'envoyer un courrier j si M. le duc de Man- loue le souhaittoit, j'en ferois partir un sur son (m) service. J'ây fait savoir cela à ce prince^ qui a este sarpris de ce que son résident ^ en son nom ^ et sans son ordre; eust fait une demande de cette nature ^ et comme il a jugé ^ aussy bien que moy^ que ce résident avoit eu dessein de pénétrer par ce moyen si un pacquet qu'on disoit que M. le duc de Man- toue a voit reçeu de M"^^. la grande -duchesse estoit important , il a agréé l'expédient que je luy avois fait proposer de luy envoyer faire publiquement chez luy les mesmes offres qui avoient esté faites à son résident; afin qu'il luy pust tesmoigner devant ses ministres qu'il trouvoit fort mauvais qu'ils les fissent entrer en commerce ; sans son aveu; avec l'ambassadeur de France ; sçachant les mesures qu'il avoit à garder. Il a chargé Matthioli de me dire qu'il avoit eu une lettre de M^ie. la grande- duchesse ; à qui il faisait réponse, pour la prier seulement de vouloir appuyer ses droits auprès du roy, ayant appris que M. le duc de Modène avoit porté ses plaintes à Sa Majesté de ce qu'il s'estoit emparé de la succession de M. le duc de Gastalle , sur laquelle il avoit des prétentions. Le sieur de Pinchesne l'a esté trouver chez luy de ma part; et la chose s'est exécutée comme elle avoit esté réso- lue ; mais cette aventure; et plusieurs autres choses que M. le duc de Mantoue découvre, tous les jours ; luy font bien connoistre que les Espagnols se dé- fient de lui ; et il en est dans une si grande inquié- tude; qu'il souhaitte avec passion que Sa Majesté (lia) le mette bientost en seurelé coutre leurs entreprises. L'abbé d'Estrades (i). A M. DE POMPONNE. A Venise, le 19 de février 1678. Monsieur , Vous aurez veu, par les dernières lettres que je me suis donné l'honneur de vous escrire, que je prenois soin d'entretenir la négociation que j'ai lie'e avec M. le duc de Mantoue^ et de la tenir toujours en estât d'estre terminée de la manière que le roy jugera la plus convenable à ses intérêts. Ainsi y Monsieur; je n'ay qu'à vous asseurer que je m'ap- pliquerai , comme vous me l'ordonnez dans vostre lettre du 2 de ce mois^ à gagner du temps , et à confirmer M. le duc de Mantoue dans la résolution qu'il a prise de s'abandonner à la protection du roy. Il esw^ssy persuadé qu'on le peut désirer (1) Archives des alTaires étrangères. ( "3) qu'il ne ôauroil prendre un meilleur parly, quoi* que lés Espagnols luy fassent depuis peu de grandes oflfres d'argent et d'employs pour l'obliger à se dé- clarer ouvertement en leur faveur, et pour intro- duire une garnison d'Allemands dans Casai; mais comme il appréhende toujours que l'on ne s'aper- çoive du peu d^inclination qu'il a pour la maison d'Autriche, il ne peut se croire en seureté que lors- qu'il se verra appuyé par un' traité , et c'est ce qui luy donne tant d'impatience de conclure celuy qu'il a dessein de faire avec le roy» •...••• » * • • • • « L'abbé d'Estrades ( i ). » ■ Il ^m^mÊ^^U» A M. DE POMPONNE. Venise , le 26 février 1678. Monsieur; Je n'ai point eu l'honneur de recevoir de vos lettres cette semaine , mais j'ai bien crû que les (i) Arcliiyes àeé affaires étrangères. 8 ("4) embarras du départ du roy m'en priveroieal. J'ay sçeu de bonne part que l'on avoit appris icy quM les Espagnols renouveloient leurs instances pomr former une ligue des princes d'Italie contre la France ^ et que c'estoit à Rome qu'ils concertoient les moyens d'y réussir; c'est sans doute ce qui a donné lieu aa bruit qui court depuis quelques jours^quo le cardinal Porto Ccurero en retournant en Espagne I où il va prendre possession de l'archer vécbé de Tolède , doit passer par lies G>urs- d'Italie pour tâcher de les engager dans le parti qu'ils ap- pellent la cause commune. L'on dit que.M^ le grand duc s'estoitdéjà fait entendre que s'ils avoient à s'unir y il faudrait le feirepour le maintenir dans leur liberté^ mais non pas pour s'engager dans une grande guerre ^ et à aider une des deux puissances ennemies à les accabler plus facilement dans la suite. Ces advis m'ont obligé à donner tous mes soings pour pénétrer dans quels sentimens on estoit à Venise sur ce sujet , et j'ay été bien informé que jusqu'à cette fleure Ton y a intention de se déli- vrer des importunités des Espagnols, s'ils sont trop pressanS; par une réponse semblable à ce qui s'est dit à Florence ; mais il m'a paru que la crainte et la jalousie qu'on avoit ici de la puissance du roy^se réveillent fortement, et qu' duc de Manloue, el elle y a vu qu'après T^ntretiea que vous avez eu avec ce prince ^ il avoit. pris la résolution d'envoyer le comte Matthiolien Fiance. Vous aurez déjà vu par mes dépêches qu'il y avoit peu d^apparence que Sa Majesté pût faire passer cette année une armée considérable en Italie.. Il a paru toutefois que cette vue faisoit le fonde- ment de tous les desseins que M. le duc de Mantouc: vous avoit communiqués. Vous jugez assez qu'il n'est point bon de l'en détromper, parce que ce seroit^ rompre une négociation qui peut autrement avoir des suites considérables^ ainsi y un des avantages du voyage du comte Matthioli, est qu'il fait gagner du temps y et que peut-être même pourra lever des difficultés, et prendre des mesures avec lui qu'il seroit difficile d'établir de plus loin. Ainsi vous voyez, Monsieur^ que le roi ne pouvant guère ac- corder les principaux articles qui vous ont été de- mandés , parce qu'ils roulent tous- sur< une action eu Italie, l'on doit peu se flatter que vou» puissiez rien conclure avec ce prince. C'est ce qui me fait croire que s'il est autant de votre intérêt que vous le témoignez que vous repassiez en France^ rien ne doit vous empêclicr d'en exécuter la pensée; Sa Majesté me parott tellement satisfaite de vos ser- vices, que bien qu'elle en prenne un sans doute de s'en servir dans un lieu où vous trouvassiez un champ plus étendu de lui en rendre qu'à Venise, c'.le vous l'accordera volontiers. Je l'ai mê:nc près- (i34) gentie sur ce sujets et il me patoît que vous éic9 maître du parti que vous Voudrez prendre ou de Venise, ou de Paris Pomponne (i). A M. DE POMPONNE. Venise, le 9 d'arrA 16^8; Monsieur y Il y a six jours que le comte Mitthioli arriva ici; j'eus une conversation avec lui le même soir^ et le lendemain il partit pour aller à Bologne , où il doit trouver M. le duc de Mantoue, qui l'en- voyera de là à la cour^ après lui avoir donné les derniers ordres. Il m'a assuré qu'il étoit déjà chargé de confirmer à Sa Majesté touf ce que je (me suis donné l'honneur de lui mander, et que son maître lui avoit seulement recommandé de ne consentir à mettre dans Casai une garnison frauçoise que quand (1) Archives des affaires étrangères. ( i35 ) il ne pourroil plus s'en detfendrc. Mais, Monsieur^ ^ il m'a dit eu niéine temps qu'il voyoit trop bien que cette condition étoit le fondement du traite qui etoit proposé pour le vouloir tourner en négocia- tion, et qu'il avoit fait comprendre à M. le duc de Mantoue qu'il fuUoit être de bonne foi avec le roi , et ne pas balancer à lui donner cette sûrele et cette satisfaction y s'il vouloit s'attacher aux intérêts de Sa Majesté, comme il l'avoit résolu. Je m'aperçus néanmoins, quoiqu'il ne m'en parlât jias ouverte- ment, que l'exemple de Messine lui faisoit faire des réflexions sur les suites de l'engagement que son maître prendroit avec le roi , qui m'obligèrent dô lui représenter combien cette crainte seroit mal fondée, et la différence qu'il y avoit d'un traité so- lemael entre princes souverains, comme seroit ce- )ui dont il s'agissoit, aux assistances que Sa Majesté n'avoit données aux Messinois que par pure géné- rosité he comte Matlhioli me vimoigna qu'il étoit de mon sentiment, et qu'il avoit beaucoup de joyc de voir les choses aussi bien disposées qu'il l'avoit sou- haité. L'ubbc n'EsTivADts (i), (i) Archives des aflaiics clrau^» •<»». ( i36 ) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Saiotûermain , lë iSayril 1678^.- MoNSIEURy Je vous ai déjà mandé que lé roi avôit fort ap- prouvé la manière dont vous aviez maintenu la né- gociation avec M. le duc de Mantoue^ sans l'éloi- gner ni la trop engager. Il est même avantageux que pour gagner un temps qui paroîl assez natu- rel , ce prince ait pris le parti d'envoyer au roi le* comte Ma tthioli. Selon les propositions dont il sera chargé^ on pourra traiter avec lui ; mais il seroitf fâcheux que le fondement en fût la condition de faire passer celte année une puissante armée en' Italie^ parce que je puis vous dire confîdemment que le roi n'a pas encore pris ses mesures. PoMPONNj: (i). (f) Arcliives des aiSnires étrangères. (ï37) A M. DE POMPONNE. Venise , le 3o iVaTril 1658. Monsieur, Je m'estime bien heureux que le roi ait autant approuvé la manière dont je me suis conduit dans l'affaire de M. le duc de Manlooe, que vous me le t(fmoignez dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le i3 de ce mois^ et que Sa Majesté ait eu la bonté de considérer davantage le zèle que j'ai pour son service , que ma capacité. Je ne pourrai pla» à l'avenir vous rien dire de nou- veau sur ce sujet; et le comte Matthioli vous in- formera amplement^ quand il sera arrivé à la cour, des senti mens de son maître, de l'état de ses af-^ fuires et de ce qu'on peut s'en promettre^ mais la disposition où je l'ai vu me fait espérer qu'il ne sera pas impossible de traiter cette négociation sans courre le risque de la rompre, jusqu'à ce que la saison d'agir soit passée, et que lorsqu'il connoîtra la nécessité qu'il y a d'attendre que le roi puisse prendre des mesures pour faire passer une armée en Italie, il employera assez volontiers le crédit qu'il a sur l'esprit de M. le duc de Mantoue pour lui oter toute sorte de défiance et pour l'em- ( »4o ) (emps où sa présence lui étoit aussi uécessairc^ qu'il ne devoit point se mettre en chemin pour aller à la cour^ qu'il ne fût auparavant bien assuré que son absence n'appovteroit aucun changement aux senlimens et aux affaires de ce prince , mais que je* le pouvois assurer que le roi le verroit avec joie^ et qu'il recevroit toute sorte de satbfaction de cer voyage , L'abbé d'EsTRADES (i)^ A M. DE POMPONNE. VcDiM , le 1 1 join i ^jSf^ ^ Monsieur ^ Le comte Matthioli, qui ne perd pas de vue^ M. de Mantoue^ par les raisons dont j*ai déjà eu l'honneur de vous informer, est vemi ici faire un voyage de trois ou quatre jours avec ce prince; il m'a assuré qu'il étoit toujours dans la (i) Ar€Lives des alFarircs étrangère». ( i4i ) rcsolulioîi de partir à la fin de ce mois pour aller à la Courbet qu'il accompafçneroit auparavant son, maître à Gisal , où il avoit découvert depuis peu des pratiques que les Espagnols y faisoient pour 8«mparer de cette place. J'en pris occasion, Mon- sieur, de lui représenter que , quand le bruit qui s'ëtoit répandu de la paix générale seroit véritable, M. le duc de Mantoue en auroit encore plus de besoin de la protection du roi; que la maison d'Autriche ne seroit pas en état de faire de la peine à aucun prince tant qu'elle auroit la puissance de Sa Majesté à combattre; mais que si elle n'a voit plus c6t obstacle, il lui seroit aisé d'exécuter les desseins que son maître ne pouvoit pas douter qu'elle n'eut contre lui; qu'il avoit un grand in- térêt à se mettr^e en état de ne pas craindre d'être dépouillé de Casai et du Mont-Ferrat, dont la cour de Vienne ^s'étoit déclarée vouloir mettre en pos- session l'impératrice Ëléonore, qui n'a voit 4'autre vue que de le laisser un jour à M. le prince de Lorraine, en faveur de son mariage avec une veuve de Pologne ; que M. le duc de Mantoue ne pourroit éviter ce malheur qu'en se procurant l'appui du roi par une étroite liaison d'intérôis, comme seroit celle qu'il prend roi t avec Sa Ma- jesté si elle avoit une garnison dans Casai, qu'elle entretiendrait à ses dépens et aux mêmes condi- tions dont nous étions déjà convenus; qu'il seroit d'autant plus en seureté que Sa Majeslé n'avoit ( '4» ) jamais eu de prëteu lions sur ses états , et qu'elle seule étoit capable de les dëfeudre luiutement contre ceux qui crojoicnt en avoir de bten fondes. J'y ajoutai que s'il faisoit réflexion sur ce que je Ini disois; il connoitroît sans doute que M. le duc. de Mantoue ne pouvoit pas prendre un meilleur parti que celui que je veoots de lui proposer. Le comte Matthioli me répondit qu'il en étoit si per- suadé ; et qu'il étoit si assuré de l'aversion que ce prince a pour les Espagnols^ et de son inclination pour la France ; que quand la paix seroit conclue et publiée lorsqu'il arriveroit à la cour^ et qu'il n'y auroit par conséquent plus d'espérance de voir dans le Milanois la guerre que son maître j auroit tant souhaitée y il ne laisseroit pas de terminer en son noniL l'aiTaire que nous avons commencée ici , pourvu que le roi l'ait agréable. Si cela convient à Sa Majesté ^ vous saurez^ Monsieur y ménager mieux que personne du monde , les bonnes intén* tiens du comte Matthioli quand il sera auprès de vous 1 /abbé d'EsT n a des ( i ) . (i) Ârchires 4es afTaircs étrangères. .--r ( i43 ) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Saint-Germain, ce i5 jain 1678. Monsieur, Je réponds ensemble à vos lettres des 21 et 28 mai et 4 de ce mois^ Li première a fait voir au roi les raisons qui avoient arrêté M. le comte Matthioli. Si elles sont telles qu'il vous les a dites, et qu'il ait cru sa présence nécessaire pour em- pocher les fâcheuses résolutions où les Espagnols auroient pu porter son maître , il est bon qu'il n'en soit pas éloigné^ il est de même avantageux qu'il le puisse bientôt retirer de Mantoue pour l'amener à Casai. Il lui sera plus aisé alors de faire le voyage de France et de faire réussir les mesures qu'il a commencé & lier avec vous Pomponne (i). (1) Archire» des afTnircs étrangères. ( «41 ) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Du 33 juin 167S. Monsieur ^ Ix roi a vu la lettre qu'il vous a plu de m'es- crircy et Sa Majesté y a appris avec plaisir que le comte Matthioli est toujours dans les muveroit dans l'alliance et dans la protection du roi ^ n'étant pas en état de soutenir Casai sans une assistance plus haute , il ne peut la recevoir plus utilement et plus sûre- ment que des mains de Sa Majesté. Travaillez, ainsi que vous avez fait, à lui en inspirer le desein par le plaisir que vous aurez à rendre un service Irès^gréable à Sa Majesté Pomponne (1). (1] Archives des affaires étrangères. (i45) A M. DE POMPONNE. Venise , le a iaillet 1 678. MONâlEtJIl y Je vois par la lettre que vous m'avez fait Thon* neur de m'ëcrire du i5 du mois passé ^ que vous avez approuvé Tassiduité que le comte Matthioli a eue auprès de M. le duc de M antoue ^ par les rai* sons que je vous en avois apportées. Elle vous pa- roîtra encore plus utile quand vous sça^rez qu'il a obligé ce prince de rompre le mariage du petit neveu de dom Vincent de Gonzagues^ vice-roi de Sicile^ avec la seconde fille du feu duc deGuas- talle et sœur de Madame la duchesse de Mantoue ^ qui étoit déjà conclu et qui avait été ménagé par les Espagnols^ dans la vue de le mettre plus facile^ ment en possession du duché de Guastalle^ de sorte que M. le duc de Mantoue est présentement sî brouillé avec les Espagnols^ qu'il n'est pas difficile de lui faire comprendre qu'il n'y a point de parti assuré pour lui^ que celui de se mettre sous la pro* tection du roi, et de prendre avec Sa Majesté les engagemens dont on est convenu j c'est ce que j'ai représenté au comte Matthioli , dans le dernier voyage qu'il a fait ici; et il en est demeuré d'ac- 10 (i46) cord d'autant plus facilement qu'il a un grand in-* tcrét que cette affaire re'ussisse^ parce que les Es- pagnols , qui ont tout pouvoir dans le conseil de son maître^ et qui ont madame sa mère de leur côté^ se sont bien apperçus que c'étoit lui seul qui leur nuisoit auprès de ce prince^ et qu'ils ne manque^ roient pas de se venger de lui y s'il tombait jamais entre leurs mains. Il partit hier pour aller joindre M. de Mantoue^ qu'il ne quitte points et qu'il doit accompagner à Mantoue et ensuite à Casai y d'où il ira en France; mais^ par le compte que nous avons fait ensemble y il ne sçauroit y être, avant la fin du mois prochain .' Je suis obligé^ Monsieur^ de vous dire que M. le Nonce est si dévoué aux Espagnols ^ et qu'il voit avec tant de chagrin la puissance du roi et la foi- blesse de la maison d'Autriche ^ qu'il seroit capable de me faire une histoire de cette nature^ quand même elle ne seroit pas vraie • L'abbé d'EsTRADss (i). (i) Archives des afikires étrangèret. (i47) A M. DE POMPONNE. Venise ^ le 9 juillet 16^8. Monsieur ^ Après ce quej^ai eu l'honneur devons mander dans ma dernière lettre^ sur le sujet du comte Matthioli ^ je n'aurois rien à ajouter aujourd'hui s'il ne m'a- voit prié de vous faire sçavoir qu'il n'est resté à VenisC; quelques jours de plus qu'il n'avoit cru, que pour quelques petites commissions que M. le duc de Mantoue lui avoit données en partant d'ici , mais qu*il ira celte semaine trouver ce prince à Man* toue^ qu'il le suivra à Casai, et que de là il partira pour se rendre à la cour^ où il prétend arriver dans le mois de septembre. Nous avons ensemble mesuré le temps^ et il ne peut ni ne doit s'éloigner plus tôt de son maître. Il a pourtant appréhendé que ces re- tardemens ne donnassent méchante opinion de lui, et il a voulu', pour se mettre l'esprit en repos ^ que je vous envoyasse les lettres qu'il écrit au roi et à vous , Monsieur, quoique je l'assurasse qu'il pou- voil s'en dispenser, et qu'il suffiroit que je rendisse témœgnage de son zèle et de ses intentions. L'abbé d'Estrades (1). (i) ArchÎTes des affaires étrangères. 10.. ( i48) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES i3 Juillet 167$. Monsieur; La lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 3 de ce moiS; a fait voir au roi que le comte Matthioli continuoit dans les mêmes intentions pour son ser- vice et dans le dessein de passer en France. Sa Ma- jesté verra avec plaisir qu'il se mette en état d'y finir la négociation que vous avez commencée avec lui; et a été bien aise cependant quo; pour empê- cher son maître de prendre de plus étroits engage- mens avec les Espagnols^ il ait rompu le mariage qui étoit sur le point de se faire du petit-neveu de domVincenzo de GonzagueS; vice-roi de Sicile^avec la seconde fille du duc de Guastalle Pomponne (i). (i) Archives des affaires étrangères. ( i49) A M. DE POMPONNE. Yenise, le 3o de juillet 1678. MONSIEUR; Je n'ai rien de nouveau à vous faire sçavoir sur ce que vous me mandez dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 1 3 de ce mois. Mais lorsque M. le duc de Mantoue sera à Casai, je pourrai vous informer précisément du jour que M. le comte Matthioli partira pour aller à la cour. J'ai sçeu que ce prince avait ramené à Mantoue madame sa mère^ et qu'elle y est malade de la fièvre. Si Dieu l'appeloit à luy^ l'affaire de Casai seroit sans doute plus aisée à conclure , et l'exécu- tion du traité en seroit moins difficile ; quoiqu'il n'y ait pas lieu de douter, jusqu'à présent, qu'elle ne soit infaillible , si Sa Majesté est toujours dans le dessein de s'assurer de cette place. . . • . • L'abbé d'Estrades (i). (i) Archives des ailaii-es étrangères. ( i5o) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Saint-Germain , lo août 1679.. Monsieur, ^ Gomme le roi continue toujours dans le senti- ment de profiter des bonnes intentions de M. le duc de Mantoue , Sa Majesté désire que vous con- tinuiez à les entretenir, ainsi que vous avez eu tant de part à les Csdre naître. Son arrivée à Casal^ et le voyage du comte M^tthioli en France , feront voir plus clair aux dispositions qu'il auroit de remettre cette place à Sa Majesté « POMPONFE (i). (1) Archives des affaires étrangères^ ( x5i ) AU ROI. Venise , le ao août 1678. SiRE; Le comte Matthioli arriva avant-hier ici , et il en doit partir ce soir pour Mantoue. Il n'y est venu que pour m'assurer qu'il partiroit infailliblement dans la première semaine du mois prochain pour se rendre auprès de Votre Majesté^ comme il s'est donne l'honneur de le lui mander lui-même; que M. le duc de Mantoue ëtoit toujours ferme dans le dessein de se mettre sous la protection de Votre Majesté j que tous ceux qui avoient quelque com- mandement dans Gasaly étoient dévoués aux volon- tés de ce prince et d'inclination françoise^ et qu'on faisoit une garde si exacte dans cette place, que rien ne pouvoit y entrer ni en sortir que par l'or- dre des commandants. Je l'ai exhorté à ne point dif- férer son départ au-delà du temps qu'il avoit pris , et je lui ai dit qu'il seroit aussi bien reçu de Votre Majesté qu'il le pouvoit désirer L'abbé d'Estrades (i ). (i) Archives des afiaires étrangères. A M. DE POMPONNE. A Venise y le 3 septembre 16791. Monseigneur ;. M. le comte Matthioli a fait sçavoir à M. Tam- bassadeur^ par le sieur Giuliani /qu'il lut aroit en- voyé à Padoue pour apprendre des nouvelles de sa santé y que sa maladie commençoit à diminuer, et qu'il espéroit qu'elle le laisseroit bientôt en état de se mettre en voyage pour se rendre à la cour, dans le temps qu'il a résolu avec lui De PlNCBESNE (l)c AU MÊME. Venise^ le 17 septembre 1678. Monseigneur y Le sieur Giuliani étant allé un des jours de cette ( ' ) Archives des aflaires étrangères. ( i53 ) semaine pour apprendre des nouvelles de la santé de M. le comte Matthioli^ il a apporté à M. l'am- bassadeur la lettre qu'il se donne l'honneur de vous écrire, et que je prends la liberté, Monsei- gneur, de vous envoyer. Il a fait assurer en mesme temps Son Excellence que présentement, qu'il n'a plus de fièvre, il s'en retournoi t à Mantoue pour satisfaire à l'empressement qu'avoit M. le duc de Mantoue de le voir, et que dès qu'il auroit un peu repris ses forces, il ne manqueroitpas de se mettre en voyage pour se rendre à la cour le plus tôt qu'il lui sera possible ^ De Pinchesne (i). A M. DE PINCHESNE. Fontainebleau, du 6 octobre 1678'. J'ai reçu^ Monsieur^ cette semaine, votre lettre du 17, avec les deux autres qui y étoient jointes , de M. Matthioli; ratais je ne pourrai vous y ré- pondre que par l'ordinaire prochain , n'ayant pu (i) Archives des affaires étrangères. k (.54) encore en rendre compte au roi. On attendra Tar* rivée dudit sieur Matthioli; pour sçavoir quelles propositions il a à faire. Je suis; etc. Pouponne (i). A M. DE PINCHESNE. Paris, du i4 octobre 1678.. Depuis le dernier ordinaire, j'ai trouvé le temps de lire au roi votre lettre du 17 de septembre, qui me paroi t approuver le compte que vous lui ren- dez de ce qui regarde ses intérêts au lieu où vous êtes. Sa Majesté a appris, avec plaisir, que le comte Matthioli fût bientôt en état de se rendre ici où elle l'écoutera agréablement Pomponne (2). (1) Archives des afiàires étrangères. (2) Ibid, ( i56) A M. DE POMPONNE. Venise, le 1 5 octobre 1678* Monseigneur ;. Je vous mandai il y a quelque temps , Monsei- gneur f que M. l'abbé d'Estrades étoit ailé à la campagne d'où il devoit continuer son voyage en France. La peine que lui faisoit le retardement que M. le comte Matthioli apportoit à son départ^ bien que cela ne provînt que de sa maladie et des affaires qu'il avoit auprès de son maître^ et l'envie qu'il a eue de le voir partir avant lui ^ ou du moins en même temps y sont cause qu'il a toujours différé de s'^en aller; mais ayant eu, il y a quatre jours, une conférence avec lui , dans laquelle M. le comte Matthioli l'a assuré qu'il partiroit aujourd'hui; sans faute ; pour France, et qu'il en avoit même l'ordre de M. le duc de Mantoue De Pingqesne (1). (i) Archives des affaires étrangères. ( '56) A M. DE POMPONNE. Venise, le %2 octobre iCV^S^ MoNSEIGPfEUR^ Lorsque je croyais M. le comte Matthioli parti pour la cour , suivant la promesse qu'il en avoil faite à M. Tabbé d'Estrades dans la dernière confé- rence que je vous ai mandé ^ Monseigneur ^ qu'ils avoient eue ensemble^ j'ai été surpris d^apprendre dans ce moment, par une lettre qu"il a écrite au sieur Giuliani qui vient de me l'apporter y que quelques affaires^ qu'il a eues depuis avec M. le duc deMantouC; l'avoient obligé de différer son départ jusqu'aujourd'hui. Il a écrit audit sieur Giuliani d'être demain au soir à Vérone , pour de là con-- tinuer son voyage à la cour. Il a jugé à propos^ pour tenir l'affaire plus secrète, de le mener plus tôt qu'un autre, parce qu'il en est déjà informé, M. l'abbé d'Estrades s'étant servi de lui pour tous les voyages qu'il a été nécessaire de faire pour ta conduite de cette affaire. C'est un fort bon homme^^ qui est déjà tout-à-fait Français, et qui est fort af- ( ,57 ) ^ fectioniië au service et aux intérêts du roi, De Pinceesne (i). A M. DE POMPONNE. Venise , le 29 octobre 1678. Monseigneur , Je reçois dans ce moment^ Monseigneur, une lettre de M. le comte Matthioli qu'il m'e'crit de Berheta, du 26 de ce mois , par laquelle il me mande qu'il continuera incessamment son voyage à la cour, avec le sieur Giuliani, où peut-être se- ront-ils arrivés avant que vous receviez cette lettre De Pinchesne (2). (i) Archiyes des afiaires étrangères. à (i58) A M. DE PINCHESNE. VersaiUes, 4 novembre 1678. Selon les apparences, M. Tabbë d'Estrades sera bientôt ici de retour, et avec lui M. le comte Mat- thioli^ par qui l'on pourra connoître plus distincte- ment les sentimens de M. le duc de Mantoue. . . . Pomponne (i). AU MÊME. Da II novembre 1678. J'ai reçu votre lettre du 112 , qui a appris prin- cipalement au roi la raison pour laquelle M. le comte Matthioli n'étoit pas parti aussitôt qu'il l'a- voit promis à M. Tabbë d'Estrades. Il faudra at- tendre son arrivée , pour sçavoir ce qu'il a à pro- poser au roi. Pomponne (î»). (i) Archives des affaires étrangères, (a) IbiJ, (ï59) A M. DE PINCHESNE. Versailles, dn iSnoyembre 1678. M. le comte Matthioli^ ni le sieur Giuliani^ ne sont point encore arrivés. Pomponne (i). A M. DE POMPONNE. Venise , le 19 norembre 1678. Monseigneur 7 Je viens de recevoir tout présentement une lettre de M. le comte Matthioli^ é^n:ite de Zurie^ le 5 de (i) Archives des affaires étrangères. ( ï6o) ce mois; par laquelle il me donne avis que les mauvais chemins ont été cause qu'il n'a pu faire toute la diligence qu'il souhaitoit pour se rendre à la cour, mais qu'il espère y être dans peu de jours, et peut-être sera-t-il arrivé avant que vous re- ceviez celle-ci De Pinchesne (i). A M. DE POMPONNE. Venise, le 16 novembre 1678. Monseigneur, J'ai reçu cette semaine les deux lettres que vous m'avez fait la grâce de m'écrire du 4 et du 7 de ce mois. Je vois dans l'une et dans l'autre , les dis- positions ou est le roi de bien recevoir M. le comte Matthioliy et d'écouter volontiers ses propositions quand il sera arrivé à la cour ; je crois qu'il y sera présentement, ayant encore reçu aujourd'hui une (1) Archives des affaires étrangères. ( i6i ) de ses lettres de Soleurra^ datée du 9 de ce mois, par laquelle il me donne avis qu'il fait toutes les diligences possibles pour s'y rendre au plus tôt. De Pinchesne (i). A M. DE PINCHESNE. Du 3 décembre 1678. Je vous envoyé seulement un paquet de M. le comte Ma tthioli, qui est arrivé ici depuis quelques jours et qui en donne part à M. le duc de Mantoue. Il faudra que vous preniez soin de faire tenir seure ment les lettres qui sont dans le paquet. Je suis, etc. Pomponne (2). (i) ArchÎTes des ajQTaires étrangères. (^) Ibid, II ( «G. ) M. le duc de Mantoue ayant fait témoigner à Sa Majesté, par le sieur comte Mattliioli , le désir ex- trême qu'il auroit de lui faire cognoistre son zèle pour ses intérêts , et de s'acquérir, par les liaisons plus particulières qu'il pourroit prendre avec elle, la même amitié et la même protection que ses pré- décesseurs ont reçeues de la France, dans de grandes et importantes occasions, Sa Majesté, qui a tou- jours conservé une affection véritable pour la mai- son dudit sieur duc et pour sa personne, a reçu avec plaisir les sentimens qu'il lui a fait paroistre; et pour prendre avec lui des mesures d'une alliance plus étroite et avantageuse audit sieur duc, elle a donné plein pouvoir au sieur de Pomponne , con- seiller ordinaire en tous ses conseils , secrétaire d'É- tat et de ses commandemens et finances , pour, avec ledit sieur comte Matthioli, convenir, traiter et signer tels articles (ju'il avisera bon être pour cette particulière alliance avec ledit sieur duc de Man- toue j promettant, en foy et parole de roi, d'avoir agréable, ferme et stable, et toujours, à tout ce que ledit sieur de Pomponne aura été... à cet effet, conclu et arrêté, sans y contrevenir ni permettre qu'il y soit contrevenu en quelque manière que ce soit, et d'en fournir sa ratification en bonne forme dans le temps qui sera stipulé par le traité. En té- inoignage de quoi Sa Majesté a signé la présente (i63) ûe sa main^ et y a fait apposer le scel de son se- cret. Fait à Versailles y le 5^, jour de décembre 1678. Louis (i). A M. LE DUC DE MANTOUE. Mon cousin y le sieur comte Matthioli vous ins- truira si particulièrement; et de la manière dont il s'est acquitté des ordres dont vous l'aviez chargé auprès de moi, et de l'ôxtréme satisfaction avec la- quelle j'ai reçeu les assurances qu'il m'a données de votre zèle pour mes intérêts, que je n'aurois rien davantage à y ajouter. Je suis seulement bien aise de vous témoigner moi-même la confiance en- tière que je désire que vous preniez en mon amitié. Vous devez vous la promettre utile et glorieuse dans toutes les occasions, et faire toujours un fon- dement certain et solide sur mon alliance. J'espère être en état de vous en donner des marques bien (i) La pièce originale est aux Archives des affaires étran- gères. II.. ( iG4 ) expresses dans la suite , et après vous avoir té- moigné la satisfaction que j'ai eue de la conduite dn sieur Matthioli dans toute celte affaire ; je ne ferai la présente plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ait, mon cousin , en sa sainte et digne garde. Écrit k Versailles, ce 8 décembre 1678. Louis. Et plus bas, Arnaud (i). A M. DE PINCHESNE. 16 Décembre 1678. Je vous envoyé une lettre du roi à M. le duc de Mantoue , que vous remettrez à M. le comte Mat- thioli lorsqu'il sera à Venise, tenant toujours son voyage fort secret. Je suis , etc. Pomponne (2). (1) Archives des affaires étrangères. (2) Ibiil. ( i63) A M. DE POMPONNE. Yenise, le a4 décembre 1678. Monseigneur 7 Aussitôt que j*eiis reçu , avec la lettre que vous m'avez fait la grâce cle m'écrire du a de ce mois , celle que M. le comte Matthioli m'envoyoit pour M. le duc de Mantoue, sous le pli de M. don Jo- seph Varano, qui est ici avec ce prince ^ et qui est un des deux à qui Son Altesse a confié le dessein qu'elle a de remettre Casai entre les mains du roi, je fis sçavoir à M. Yarano^ par le fils du sieur Giu- liani^ que je souhaitois bien lui pouvoir rendre une lettre d'un gentil-homme françois de ses amis^ qui m'aVoit prié de la lui donner en main propre. Il entendit bien ce que cela vouloit dire^ et il me fit réponse en même temjps que si je me voulois trouver le soir, masqué, à l'Opéra, il ne manque- roit pas de s'y rendre aussi } ce qui fut exécuté comme nous l'avions résolu. Jl me témoigna, quand je la lui donnai, que M. le duc de Mantoue auroit bien de la joie de la recevoir^ parce que depuis quelques jours il marquoit beaucoup d'im- patience de sçavoir l'arrivée de M. le comte Mat- thioli à la cour, et en quel état étoit l'affaire qu'il (i66) j est allé négocier; il me demanda même si je ne pcuvois pas lui en apprendre des nouvelles^ mais comme je n'en suis nullement informé, je me con- tentai seulement de lui dire que je ne doutois point qu'elle ne fût en bon chemin , et que j'étois persuadé que Son Altesse recevroit, en cette occa- sion f des marques de l'estime et de l'amitié que Sa Majesté avoit pour elle. Je crus, ^Monseigpeur, pouvoir lui parler en ces termes, puisque je ne lui disois rien que de mon chef et non pas comme en ayant reçu l'ordre. Nous convînmes après en- semble que y pendant que M. de Mantoue demeu- reroit à Venise, nous nous servirions encore de cette voye pour lui rendre les lettres qui pour- voient me venir de M. le comte Matthioli De Pinghesne (i). A M. DE PINCHESNE. Saint-Germain , du aS dëcembro 1 6yS. Ce courrier, que je vous dépêche , a ordre de ne (i) Archives des affaires étrangères. ( i67 ) point descendre chez vous comme courrier , mais d'entrer à Venise comme un marchand ou un simple François qui y arrive pour ses affaires par- ticulières j il est muni pour vous d'un chiffre dont vous vous servirez seulement dans les affaires qui regarderont les affaires de M. le duc de Mantoue^ selon les occasions que vous en aurez y lorsque le comte Matthioli sera de retour. On a craint que y dans une affaire si importante ; le chiffre de M. Tabhé d'Estrades ne fût trop vieux et ne pût avoir été découvert depuis le long temps qu'il passe par l'état de Milan. Vous vous en servirez à l'accoutumée dans vos dépêches ordinaires ^ mais vous n'écrirez sur les affaires de Mantoue que du nouveau que ce courrier vous porte. Ayez soin d'in- former exactement de l'arrivée du comte Mat- thioli , et de tout ce qu'il vous communiquera sur le sujet de son voyage. Je suiS; etc. Pomponne (i). (i) Arcbiycfl des affaires étrangères. ( i68) A M. DE SAINT-MARS. Saint-Germain-eu-Laje , ce ag décembre 167& Ce mot est pour vous faire sçavoir qu'il est du service du roy, que celuy qui vous envoyera ce billet , entre dans le donjon de la citadelle de Pi- gnerol sans que personne en ait cognoissance. Pour cette fin , faictes en sorte que la porte du secours demeure ouverte jusques à la nukt fermée^ et luy envoyez un de vos domestiques , ou bien ^ si vous estes en estât de ce faire ^ allez vous-mesme le trouver au lieu où son valet vous conduira^ pour le faire entrer à vostre suite dans ladite citadelle^ et de là audit donjon^ sans que personne s'en apper- çoive. Je suis tout à vous. De Lovvois (i). (1) ArcbiTcs du royaume , section historique j K. 129. ( ï69) A M. DE PINCHESNE. Saint -Germaiii , ^ décembre 167& Le roi fait partir aujourd'hui le sieur d'Asfeld^ colonel de dragons , qui s'en va à Venise sous pré- texte d'un voyage de curiosité et de plaisir. Il ne descendra point d'abord chez vous, et paroîtra comme un étranger, que la simple curiosité mène au lieu où vous êtes. Il vous verra enfin comme par l'obligation naturelle aux François de visiter ceux qui sont dans un pays , pour le service de Sa Majesté. Il vous rendra une lettre de moi , de peu de lignes, en créance sur lui, et par laquelle je vous prie de contribuer à faire réussir les intérêts parti- culiers qu'il a à Venise. Il vous communiquera les ordres qu'il a reçus, et vous prendrez avec lui les mesures nécessaires pour faire sçavoir son arrivée au comte Matthioli, et pour les faire voir ensemble s'il est nécessaire. Je suis, etc. PoMPOIfWE (i). (1) Archives dee alTaiies étrangères. ( »7o ) A M. DE PINCHESNE, Saint-Germain, 3o décembre 1678. Monsieur ^ Vous recevrez cette lettre par M. d'Asfeld, qui va à Venise pour une affaire qu'il vous communi- quera lui-même^ et dont vous aurez eu, avant son arrivée; une instruction plus particulière par mes lettres. Ce que j'y ajouterai seulement; est que vous donniez une créance entière à ce qu'il vous dira, et que vous contribuyez de tout ce qui dépen- dra de vous, pour faire réussir les intérêts particu- liers qu'il a au lieu où vous êtes. Je suis, etc. Pomponne (i). (i) Archives des affaires étrangères. (171) A M. DE POMPONNE. Venise, 3i décembre 1678. Monseigneur, Je me suis servi , pour rendre à M . D. Joseph Vara- no la lettre que j'ai reçeuepour lui de M. le comte Matthioli, avec celle que vous m'avez fait la grâce de m' écrire du 9 de ce mois , de la voie dont j'eus l'honneur de vous mander, par ma dernière lettre, que nous étions convenus ensemble pour le temps que M. le duc deMantoue resteroit à Venise. Il me dit, quand il la reçut, que ce prince avoit eu beaucoup de joie d'apprendre, par la première, que ra£faire étoit en bon état, et qu'il avoit toute l'impatience possible d'en sçavoir la conclusion^ à quoi je lui répondis, en deux mots, que c'étoit une espérance de laquelle Son Altesse se pouvoit flatter avec beaucoup de raison De Pinghesne (i). (i) Archives des ajSaires étrangères. ( '7^ ) A M. DE POMPONNE. Venise, le 7 janvier 1679, Monseigneur ; Quand lé comte MatthioU sera arrivé à Venise y je lui remettrai aussitôt entre les mains la lettre que le roi a fait Thonneur d'écrire à M. de Mantoue. Ce prince partit avant-hier d'ici , pour retourner dans ses états ; mais il doit revenir à Venise sur la fin de ce mois^ pour y passer le reste du carnaval. Je tiendrai secret le voyage de M. le comte Mat- thioU y comme vous me l'ordonnez; mais je vous supplie de croire , Monseigneur, qu'il n'étoit pas nécessaire que vous prissiez la peine de me le re- commander, puisque je sçais très-hien de quelle importance il est de garder un secret inviolable dans celte affaire. Pe Pincuesne (1). (1) Arcliives des aiSaircs étrangt-rcs. ( t73) A M. DE POMPONNE. Yeiiise^ le iSjanTier 1679. Monseigneur y J'exécuterai avec toute la ponctualité possible tous les ordres qu'il vous plaît de m'y donner^ et sitôt que M. le comte Matthioli sera de retour ici, je ne manquerai pas de vous en donner avis, et de vous rendre un compte exact de tout ce qu'il me dira, touchant l'aflfaire qu'il a été négocier à la cour. De Pinchesne (i). (1) AFchiyes des affaires étrangères. • *'.'• ( 174) A M. DE POMPONNE. Venise, le ai janyier 1679. Monseigneur, Auparavant que d'avoir reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , du 3o du mois passé, par laquelle vous me donnez avis que le roi envoyoit ici M. le comte d'Asfeld , colonel du ré- giment de dragons , il y étoit déjà arrivé et m'é- toit venu trouver pour me communiquer les ordres qu'il avoit reçus de Sa Majesté; mais comme il n'étoit chargé d'aucune lettre de votre part, pour moi, j'aurois fait difficulté de me découvrir à lui, sur une affaire de cette conséquence^ si M. Giuliani, qui se trouva avec moi dans ce temps-là, et qui m'étoil venu voir pour la première fois depuis son retour, ne m'avoit dit, quelques momens auparavant, qu'il devoit bientôt arriver ici un gentilhomme de la part du roi, et si je ne l'avois trouvé lui-même si bien informé de toute l'affaire, que je n'eus plus lieu de douter de la vérité de ce qu'il me disoit , puisqu'il me parut impossible qu'il en pût tant sça- voir sans l'avoir appris de vous ou de ceux de qui seulement elle est sçeue. Il me dit que M. de Lou- vois l'avoit obligé, auparavant de partir, de brûler ( 175 ) la lettre que vous lui aviez donnée pour me tendre, de peur que si on l'arrêtoit dans le Milanais, elle ne pût donner quelque dëliance aux Espagnols. Il me marqua même si précisément tout ce qu'elle contenoit, que je n'ai plus eu lieu de rien craindre après que j'ai vu que ce qu'il m'avoit dit se rap- portoit si bien à tout ce que vous me faites la grâce de me mander sur son sujet. Nous n'avons pu rien résoudre ensemble depuis qu'il est ici , parce que M. le comte Matthioli n'y est pas encore arrivé; mais comme il mi'a écrit et à M. Ginliani ^ duquel il s'est séparé près de Turin , pour moins d'obser- vation, qu'il sera ici dans peu de jours, j'espère, par le premier ordinaire, vous pouvoir rendre compte de tout ce que nous aurons arrêté avec lui. Je ne manquerai , Monseigneur, de lui repré- senter fortement, suivant l'ordre que m'en a donné M. d'Asfeld, de la part du roi, qu'il est d'une né- cessité absolue que M. le duc deMantoue se rende à Casai dans le 20^. du mois prochain, pour y faire l'échange des traités, et je lui ferai si bien con- noitre que la diligence est tellement nécessaire dans une affaire de cette importance, de peur qu'elle ne se découvrît si elle traînoit en longueur, que j'ose quasi me promettre qu'il portera son maître à s'y rendre dans ce temps-là. Cependant, Monseigneur, si ce prince, qui a accoutumé de passer ici tous les ans, les derniers jours du car- naval, vouloit faire encore la même chose cette (176) année , pour ne rien faire paroîlre d'extraordinaire dans sa conduite^ et qu'il trouvât que depuis le i5 février, qui serale'premier jour de carême, il y eût trop peu de temps jusqu'au 20 pour se rendre à Casai , sans marquer quelqu'empressement qui pourroit faire douter de quelque chose, et qu'ainsi il souhaitât qu'on différât pour quelques jours celui de l'échange du traité, je crois que vous agréerez que je vous dépêche un courrier extraordinaire, pour vous en donner avis , m'étant impossible de le pouvoir faire assez à temps par l'ordinaire. . . . De Pinghesne (1). A M. DE POMPONNE. Venise, le a8 janvier 167g. Monseigneur, Suivant les lettres que M. Giuliani et moi avions reçues la semaine passée, de M. le comte Mat- thioli, nous crûmes n'avoir aucun lieu de douter qu'il ne dût être cette semaine à Venise avec M. le duc de Mantoue. Cependant ni l'un ni l'autre ne (1) Archives des aiSaires étrangères. (^77) ^soiit point encore arrivés ^ à cause d'une petite ma- ladie que madame la duchesse douairière de Man« loue a eue-, qui a obligé ce prince à demeurer au- près d'elle^ mais le sieur Giuliani a feçu aujour- d'hui une lettre de M. don Joseph Tarano^ par la» quelle il lui mande que M. le comte Matthioli est présentement à Padoue j où il attend M. le duc de Mantoue^pour se rendre ici ensemble lundi ou mardi sans faute; ce qui nous a obligés, M. d'As- leîd et moi;, d'envoyer ce soir Giuliam à Padoue trouver le comte Matthioli, *pour lui donneravis de l'arrivée de M. d'Asfeld à Venise, et pour lui re- présenter qu'il est' de la dernière importance, à cause de l'arrivée du temps , que nous ayons au plus tôt ensemble une conférence ppur prendre toutes les mesures qui seront nécessaires, pour faire trouver M. le duc de Mantoue à Casai , dans le 20 ou^ i5 du mois pi*ochain , comme le roi le désire. Je crois pouvoir vous dire aujourd'hui, plus sûrement que je rie le fis la semaine passée, tjne je vous informerai , parle premier ordinaire, de tout ce que nous aurons arrêté avec M. le comte Mat- thioli, puisqu'assurément la semaine qui vient ne se passera pas sans que nous nous voyons. . . J De PlNCHESNE (i). (i) ArchtTes des Jifiàires létrangères. 12. ( 178) A M. DE POMPONNE. Venise, 1« 4 férrier iG7<>. MoNSEIGWErB^ M. le duc de Mantoue est ici depuis mardi. M. le comte Matthioli y devoit venir avec lui , mais la fièvre qu'il a depuis dix ou douze jours l'en a em- pêché, et l'a obligé de demeurer à Padoue^ où il cat encore pour y prendre quelques 'remèdes. Ce- pendant y Monseigneur , comme le temps nous presse, M. d'Asfeld et moi nous lui avons envoyé M. Giuliani deux fois cette semaine , pour lui re- présenter le besoin mie nous avons de lui parler pour régler ensemble le jour que M. le duc de Mantoue se doit trouver à Casai. Il nous a fait ré- ponse que demain sans faute il sera à Venise, en quelqu'état qu'il puisse être, et que lundi ou mardi au plus tard nous nous verrions pour terminer toutes choses, après quoi M. d'Asfeld pourcoit s'en aller à Pignerol ^ que cependant il nous assuroit que dans les entretiens qu'il avoit eus avec M. le duc de Mantoue , depuis son retour dç France, il ( «79 ) avoit trouvé ce prince dans les meilleures disposi-* lions du monde pour faire réussir TafTaire dans le temps qui avoic été fixé avec vous, et qu'il s'étoit même donné l'honneur de vous le mander par une lettre qu'il vous a voit écrite. J'ai vu aussi depuis deux jours ; M. don Joseph Tarano, qui m'en a env core assuré de la part de son maître. Ainsi > Mon- seigneur, il y a tout lieu d'espérer que le roi aura bientôt la satisfaction qu'il attend de ce côté-là. Quand M. d'Asfeld et moi verrons le comte Mat- tliioli, nous lui représenterons la diligence qu'il est nécessaire d'apporter dans cette affaire , d'autant plus que la marche des troupes vers Pignerol com- mence à donner de l'inquiétude aux Espagnols dans le M ilanois, bien que jusqu'à cette heure ils soient persuadés qu'elles ne vont dans cette place que pour travailler aux fortifications. M. d'Asfeld, à qui le retardement de M. le comte Matthioli donnoit beaucoup d'inquiétude^ aussi bien qu'à moi, avbit résolu vendredi au soir de l'aller trouver à Padoue pour lui parler, et de prendre le prétexte d'aller voir quelques villes de terre ferme j mais nous avons fait réflexion que deux jours plus tôt ou plus tard n'étoient pas d'une grande conséquence , et qu'outre l'inutilité de ce voyage, puisqu'il est neV cessaire que M. le comte Matthioli parle encore à M. le duc de Mantoue avant que de rien arrêter avec nous, il pourroît donner quelque défiance dans «on auberge où il y a plusieurs étrangers, si on le 12.. .# ( -80 ) voyoit lortÏT de Venise pendant le Icmpj qne les divenissemens y sont les plus grands, pour s'aller promener dans des villes où il n'y en a point. Ainsi nous avons cru qu'il valoit niieni attendre l'ar- rivée du comte MatlhioU en celle ville, pour ne rien risquer -par trop de précipitation, dans une affaire où le secret est si nécessaire et dans laquelle on ne -sçauroit assez prendre de précautions. . . . . A M. SAINT-MAHS. Dn •} fërriei T&jg, i Saiot-Gnuuin. Je vous envoyé un pacquest pour ceJuy auquel vous debvez remettre les ileux ballots (i) que le nommé Barrère doibt vous avoir renais présente- ment. Je vous prie de le luy rendre, et de m'en- voyer par le letour du mesme courrier qui vous rendra ce pacquest, la response qu'il y fera. Celuy (i) ArchiTM àtt aflairgi élringirn. (3) Celta pertODoe était chex le capitaine Saint-Man le i5 février, loni le nom de Richeraont. Vu;« la l«ttre àm LouToii à M. da Suot-Man, du iS février 16;^ ( '«I ) c{ui dëpescliera ce courrier de Lyoïij a ordre d^ kiy dire que ce sont des lettres de madame Fouc* quet. Il sera bon que vous Iuy> disiez^ la mesma chose en le redépeschanl. Vous oLserverez^s'il vous plaît; de- mettre pardessus mon enveloppe uno pour le sieur du Bois^ commis des postes étran-> gères ; à Lyon.. Si celuy àqui vous devez rendre ce pacquest^ n'es*- toit pas arrivé (i) ; vous me le manderez par le re- tour du courrier; et garderez le pacquest jusqu'à soa. arrivée. DeLouvois (a).. A M. DE POMPOJNKE. 7 Février 1(579». Nous avions espéré; M. d*Asfeld et moi, suivant fes paroles que nous enavoit données M. le comte / (1) Richemoiit était encore à Fignerol le 8 Avril. Voyez nii^ aotre lettre de M. de Louvois à Saint-Mar», du i*^. juin. (^) Arckiret du royaume, stetioa lii»tari(pi«, K. lag. V .'L. • ( 18^) Matthioli par M. Giuliani^ toutes les fois que noif^ l'avions envoyé à Padone^ que nous pourrions drs« |.x>ser M. le duc de Mantoue de se rendre à Casai le 25 decemois^ suivant l'intention du roy; mais nonobstant tout ce que nous avons pu alléguer au comte dans deux conférences que nous avons eues avec luy jeudy dernier et au jourd'huy matin, nor3 n'en avons pu venir à bout, et nous avons esté obligés de différer le jour de rechange des ratifi- cations du traité jusqu'au lo du mois de mars pro- chain, auquel jour M. le duc de Mantoue promet de se rendre très assurément et sans aucune remise à Casai. Nous vous dépeschons ce courrier extraordinaire. Monseigneur, pour vous en donner advis, et nous luy avons si fort recommandé la diligence que nous espérons que nos 1 étires arriveront encore assez à temps à la cour pour que le roy aye le temps de donner les ordres que Sa Majesté jugera nécessaires pour le retardement de la marche des troupes vers Pignerol. M. d'Asftl.i escrit dans celte conformité à Mon- seigneur de LouVois ; mais je prendray la liberté de vous supplier. Monseigneur^ qu'en cas que le roy eût de nouveaux ordres h nous donner sur cette affaire, de me les faire directement mander à moy, parce que, comme il pourra estre que Mv d' A s- feld sera obligé de partir auparavant qja' ils arrivent, ^e ne pourrois pas le sçavoir.sion les mandoit à ( ï83) luy , le chiiFre qu'il a de Monseigneur de Louvois estant^différent de celui que vous m'avei envoyé. Nous croyons cependant^ Monseigneur^ vous pou- voir assurer que dans ce retardement de temps ,. nous ne voyons aucun lieu de douter de la sincérité des sentimens de M. le duc de Mantoue, qui nous a encore fait assurer^ par M. le comte Matthioli^. qu il estoit plus que jamais dans le dessein d'exé- cuter le traité qu'il venoit de faire avec Sa Ma- jesté^ et de tenir la parole qu'il luy a donnée. M. le comte Matthioli vous avoit escrit; mais comme sa l<&ttren'estoit point en chiffres et qu'elle ne contient que ce que je vous mande par celle- cy, je n'ai pas cru devoir vous l'envoyer. PtNCHESifE (l). (i) Arebire^ Jos alTaiics éu-angtrci. —^11^ Il > ■ 1 ■■ ■ BBM— i^ TT i i rn-r ( i84) A M. SAINT-MARS. Sa:iit-G«nnain y ee x5 fënier 167g; Lorsque les afifaires pour lesquelles le sieur de Richemont est cliez vous^ seront passiées', vooeis pourre2 De Louvois (i).- wiimÊmÊ^m A M. DE PINCHESNE. Du 1 7 férrier 1679. J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'*àvez i&arquédans votre dernière lettre du 28 janvier, (i) Cette lettre se troui^ imprittëe eti entier dans Touvrage intitulé : les Pliilosophes et les gens de lettres des xYii*.€t^ iTiii*. siècles f etc. A'rekives du ro]raume, K. 19^ C i85 ) dèrce qtte vous aviez fait touchant râ£Paire qui vous est confiée ^ et que vous attendiez bientôt le comte Matthioli y suf l'assurance que le sieur Giuliani vous en avoit donnée. Sa Majesté a été bien aise de voir l'espérance que vous conserviez toujours et du succès de l'afifairey et de faire partir M. le duc de Mantoue de Venise au 20 ou 25 de ce mois. Je n'ai rien de particulier à vous faire sçavoir au-delà de ce qui vous est déjà connu. Vous conti- nuerez, s'il vous plaît , à m'avertir exactement de ce qui se passera sur ce sujet y même par un cour- rier exprès , selon que vous jugeriez que la chose- lé requerroil. Pomponne (i). A M. DE POMPONNE. Venife, I« 16 février' 1679. Moir8£IGirEVR> L'obligation où nous nous irouvâmcs, M.d'Asfeid Qt (1) Aichirei des affaires étrangèrcf. ( i86 ) moi, il y a aujourd'hui huit jours j èe faire partir en toute diligence le courrier que nous dépéchâmes à la cour^ m'empêcha ^ Monseigneur ^ de pouvoir vous mander^ dans la lettre que je me donnai l'hon- neur de vous écrire ; les raisons que M. le comte Matthioli nous avoit alléguées pour nous faire con- noître que M. le duc de Mantoue ne pouroit être à Casai le 25 de ce mois^ comme le roi nous avoit ordonné de lui témoigner qu'il le sonhaitoit. Il nous en dit trois: la première ^ que ce prince vou- lant faire venir à Casai, sitôt qu'il y sera arrivé , ses gai^s et quasi toute sa cour, dans le dessein qu'il a d'y faire quelque séjour après la conclusion de Tafiaire, il avoit besoin pour cela d'avoir de l'argent qu'il ne pouvoit pas trouver en si peu de temps. La seconde, qu'il étoit d'une nécessité absolue de disposer auparavant don Vicenzo Gonzagues,^ qui est présentement à Mantoue^ de faire ce voyage avec Son Altesse, puisqu'étant le présomptif héri- tier de M. le duc de Mantoue , il seroit très- dange- reux de le laisser h Mantoue dans le temps que l'affaire de Casai éclatera, parce que les Mantouans le regardant comme pouvant être un jour leur sou- verain, il y auroit lieu de craindre qu'ils ne se laissassent persuader par lui de se soulever contre M. le duc de Mantoue, ce qu'il ne manqueroit san» doute pas de lâcher de leur faire faire lorsqu'il verra que Son Altesse s'attache au parti de l» ( i8.7 ) France ; et abandonne celui de la maison d*Auiri- che j à laquelle don Vincent est absolument dévoué; et la troisième, l'obligation dans laquelle M. le duc de Mantoue se trouvoit de faire ici une espèce de carrousel avec plusieurs gentils-hommes véni- tiens auxquels il en avoit donné sa parole ^ qu'il ne pouvoit plus retirer sans donner ici quelque 8oupçon. Cette dernière raison, Monseigneur, quoi' que la moins considérable de^utes^ me paroît pourtant plus véritable que les autres, parce que ce prince est tellement attaché à tous les plaisirs , de quelque nature qu'ils soient, que les plus im- portantes affaires ne Ten peuvent détourner, quand il trouve occasion de les pi-endre. Ce petit carrou- sel se doit faire sans faute un des jours de la se- maine prochaine, après lequel le comte Matthioli nous a assuré que M. de Mantoue partira indubita- blement d'ici pour se rendre à Casai le lo du mois prochain, comme il nous Ta promis^ ses gens doi- vent même partir aujourd'hui pour retourner à Mantoue. Nous devons demain avoir encore une conférence avec le comte Matthioli pour régler de quelle manière M. d'Asfeld doit s'aboucher à Casai avec M. le duc de Mantoue pour y faire l'échange des ratifications du traité. Cependant, Monseigneur, je crois être obligé de vous donner avis que la mar- che des troupes à Pignerol, les munitions et l'ar- gent qu'on y a fait porter, donnent beaucoup de crainte à toute l'Italie , et qu'on y dit publique- ( iQo ) A M. DE POMPONNE. Venise /le a5 de fërrier 1679. Monseigneur , Je vous mandai; Monseigneur^ par ma dernière lettre ; le bruit que faisoit par toute l'Italie la marche des troupes à Pignerol; il y a de beaucoup augmenté cette semaine par la nouvelle qu'on y a eue que M. de Vauban y étoit allé par ordre du roi; ce qui fait croire plus fortement que jamais, que Sa Majesté médite assurément quelque grand dessein de ce côté-ci , quoique le plus fort soupçon tombe toujours sur Gènes , comme l'on doute aussi de Casai. L'ambassadeur d'Espagne et l'abbé Fré- déric, résident de l'empereur, allèrent ensemble mercredi chez Mi le duc de Mantoue, pour lui dire qu'ils avoient appris de Turin, qu'il vouloit donner Casai et le Mont-Ferrat au roi , et pour lui représenter les inconvéniens qui en pourroient arri- ver à toute l'Italie, et particulièrement à la maison d'Autriche , à cause du duché de Milan. Ce prince^ ■. ^ ( iqO leur rëpoiuKt qu'il s'étonnoit qu'ils pussent ajouter foi à des bruits de cette nature ^ qui n'a voient aucun fondement solide.... Cette réponse fat tout ce qu ib purent tirer de lui sur ce su)et. Cependant , Mon- seigneur y comme il est toujours dans le dessein d'exécuter le traité qu'il a avec le roi, suivant qu'il nous en a encore fait assurer par M. le comte Mat- thioli y M. d'Asfeld et moi avons encore eu deux conférences cette semaine avec ledit comte, dont la dernière fut hier au soir, dans laquelle nous avons arrêté que M. d'Asfeld et lui se trouveroient le 9 du mois prochain à Notre-Dame d'Incréa, qui est un village à dix milles de Casai, pour y faire l'échange des ratifications, et que M. le duc de Mantoue se rendroitsans faute à Casai le i5 au soir pour y attendre les troupes de Sa Majesté^ et les mettre en possession de la place lorsqu'elles y arri- veront le i8, qui est le jour que M. d'Asfeld a dit qu'elles y seroient, ayant, suivant l'ordre de M. de Louvois , demandé neuf jours depuis l'échange des ratifications jusqu'à celui de leur arrivée à Casai. M. d'Asfeld partit hier d'iei, après cette conférence, pour se rendre à Pîgnerol, et M. le comte Mat- thiolî doit partir ce soir pour aller à Incréa; mais comme M. de Mantoue ne veut demeurer qu'un jour à Mantoue, et qu'il prétend faire le voyage de Casai en poste, il restera ici jusqu'au ii ou 12 du mois prochain; il est même bon qu'il le fasse, parce que tant qu'on le verra amuser ici à un carrouzel ( 19» ) ei à de semblables bagatelles , l'on aura moins de soupçon de lui que si on l'en voyoit partir • •••••••■••••••a ••••••••••• De PiNcnESifE (i)- A M. DE POMPONNE. Teoise, le 4 mars 167^ M01fS£IGIf£UR; Tous les avis qui viennent de France et de Xuriu disent si positivement que M. le duc de Mantoue a fait un traité avec le roi pour la cession de Casai et du Monl-Ferraty qu'on commence à changer icji presqu eu certitude les soupçons que je vous ai mandés y Monseigneur^ par mes deux dernières lettres qu'on en avoit^ sitôt que la première nou- velle en arriva à Milan par les courriers que ma- dame royale et le duc de Gioninazze avoient dé- péchés; le gouverneur de Milan en dépêcha aussitôt (1) ÂrchiTes des affaires étrangères. ( Ï93 ) deux autres à Madrid et à Vienne, pour en donner avis à lempereur et au roi d'Espague. Celui qui étoit allé à Vienne retourna ici mercredi au soir avec des ordres exprès au marquis Ganozza, vi- caire impe'rial dans l'Italie , de parler fortement à M. le duc de Mintoue pour tâcher à le de'tourner de faire une chose si contraire aux intérêts de toute la maison d'Autriche, et d'aller ensuite à Milan et à Turin pour y concerter les moyens deTempécher, en cas que cela se trouvât véritable. Ce m irquis Canozza étant depuis cinq ou six mois dans les pri- sons de Venise, accusé d'avoir fait assassiner un gentilhomme de Vérone, l'empereur a aussi écrit par ce même courrier, à la république pour lui de- mander son élargissement, ce qui fut fait jeudi au soir. Il n'a pu, jusqu'à cette heure, voir M. le duc de Mantoue, qui diffère autant qu'il peut de lui donner audience pour gagner du temps. La crainte que j'ai eue, Monseigneur, que ce qu'il a à dire à ce prince, de la part de l'empereur , ne fût capable .de produire en lui quelque changement, m'a obligé décharger M. Giuliani d'aller trouver de ma part M. don Joseph Varano, qui est présentement le seul confident de M. de Mantoue, depuis le départ de M. le comte Matthioli , pour tâcher de savoir de lui quels étoient les sentimens de son maître sur cet envoi. Il m'a fait réponse qu'il exécuteroit as- surément le traité qu'il a fait avec Sa Majesté^ non- obstant les oppositions qu'y apporte la maison i3 ( 194 ) d'Autriche^ et qu'il partiroit d'ici mercredi cû jeudi pour se rendre à Gasal, dans le temps qu'il a promis d'y être. Tout ce qu'il y a à craindre ^ c'est que les Espagnols, qui sont extrêmement sur la défiance; ne le fassent épier et ne mettent opposi- tion à son passage et à celui du comte Matthioli , de qui ils ne se défient pas moins. Dx PlNCHESirE (s). A M. DE POMPONNE. Venise, le ii mars 1679 Monseigneur , Le courrier que Bou» vous dépêchâmes, il y aatH jourd'hui un mois, n'ayant pas satisièdt k l'ordre que je lui avois donné de m'écrire aussitôt qu'il se- roit arrivé à Lyon , pour m'apprendre s'il a voit passé par le Milanois sans qu'on l'eut arrêté^ j'ai été dans une grande inquiétude jusqu'à ce qne^ j'aie eu reçu la lettre par laquelle vous me faites la grâce (1) Archives de* fffairei étrangèM». ( 195 ) ûe me donner avis qae vous avez reça la dépêche que je vous ai envoyée par lui. Voué pouvez bien croire , Monseigneur y que, lorsque nous fûmes obligés j M. d'Asfeld et moi^ de différer le jour àû réchange des ratifications jusqu'au lo de ce mois^ ce ne fut qu'après avoir vu qu'il étoit impossible de porter M. le duc de Mantoue à le faire dans le temps que le roi le souhaitoit. . Tout le monde dit ici qu'il doit s'en aller ce soit ou demain sans suite , et il nous a toujours fait dire par le comte Matthioli^ qu'en partant d'ici il ne feroit que passer par Mantoue^ pour de là aller Ba poste à Casai. Il a encore plus de temps qu'il ne lui en faut pour s'y rendre avant le i8 de ce mois, qui est le jour que lei troupes du roi y doivent en- trer , suivant que nous en sommes demeurés d'ac- cord avec le comte Matthioli. M. Giuliani a reçu une lettre de lui cette se- maine , pair laquelle il lui mande que M. d'Asfeld a été arrêté à la Canonica y qui est un bourg au-de- là de Berganae , et qu'il a été relâché peu de temps après. Je ne sçais^ Monseigneur , si cette nouvelle est bien véritable, m'ayant été impossible de la vé- rifier y et M. le comte Matthioli ne la mandant que èvif te qu'un vorturier, qu'il avoit rencontré par les chemin^, lui avoit dit qu'un gentilhomme , qu'il avoit conduit depuis trois ou quatre jours, de Vé- rone à la Canonica , y avoit été arrêté, et relâché i3.. ( '96) depuis* En toat cas, je ne doute pas que vous n^en soyez déjà informé puisque ce comte marque ^ par cette même lettre ^ qu'on l'a écrit à M. l'abbé d'£s- trades^qui n'aura pas manqué; sans doute^ de vous en donner avis. Je viens d'apprendre ^ tout présentement^ Mon- seigneur > que M. le duc de Mantoue étoit parti hier au soir à quatre heures de nuit, et que lé mar- quis Lanozze étoit ajissi allé à Vérone y qui est son pays y d'où l'on croit qu'il pourra bien aller à Milan. De Pinchesnb (i). .1 ; I . .' A M. LE COMTE MATTfflOLI. Saitit'tirerfnain , du 1 4 mars 1679. - • • ■ i ' • MoNSlEtJR, . f ». Le roi a été informé^ pat le sieur de Pinchesne^ de toutes les mesures que vous avez prises avec lui '■-■.• I ■ . ' (1) Archives des affaires étrangères. ( »97 ) el avec M. d'Asfeld pour Texëculion de l'affaire qui a esté conduite par vos soins , et du temps que M. le duc de Mantoue avoit pris pour se rendre à Ca«5al. 11 a sçeu encore que M. d'Asfeld estoit parti quelques jours auparavant de Venise ^ selon le con- cert que vous en avez pris ensemble ; mais comme il apprend , par les lettres qui luy arrivent de Pié- mont y qu'il pourroit hien avoir esté arresté k son passage dans le Milanois et conduit dans le chastes^u de Mils^n y il a JHgéàpix>pos d&suppléer à son défaut par celuy qui vous rendra cette lettre; c'çst luy qu'il a honoré principalement de sa confiance pour l'exécution et la conduite de tout ce qui sera à faire avec vous et avec M. le duc de Mantoue^ lorsque ce prince sera arrivé à Casai. Ainsy, vous luy ad)outerez^ s'il vous plaîty une créance entière^ «t particulièrement aux assurances qu'il vous donnera de la bonne volonté de Sa Majesté pour vous , et du gré qu elle conserve du servi<;e que vous luy rendez. Pour moy, Monsieur, je vous prie de me croire avec une entière vérité, etc. PoMPOWNE (i). (i) Archives des affaires étrangères. ( ion A M. LÉ COMTE MATTHIOLl. Turin, le a4 "^^^ >^9^ J'ai cru, Monsieur, vous devoir donner avis de mon arrivée en cette cour, afin que vous puissiez m'y faire sçavoir ce que vous jugerez à propos j et ({ue ce qui reste à faire pour terminer ce qui a déjà été résolu , soit plu& facile à exécuter, par la proximité des lieux où nous sopimes. Vous ne doutez pas que ce ne soit dans cette vue qu'on a voulu que je me rendisse ici, et j'ai eu «jTautant plufi de joie d'y venir , que j'ai espéré que je ne serois pas long- temps sans voir l'efiet des engage- mens que vous avez pris avec le roi. Si je ne con- noissois votre probité et votre zèle pour les intérêts de Sa Majesté, et pour les avantages du prince au- quel vous êtes attaché , j'aurois eu une terrible in- quiétude àja. retardement de notre a&ire, qui de- voit sans faute, et tout au plus tard, être conclue au commencement de ce mois. Mais quoique nous soyons déjà au 24, et que tout ce que vous pouvez désirer soit tout prêt, je ne saurois me persuader que les intentions de Son Altesse et les vôtres ne soient toujours les mêmes. Vous avez si bien connu combien cette aiOfaire lui seroît utile présentement, et glorieuse dans la suite , et vous le lui avez si ( 199 ) bien fait comprendre, que je ne puis entrer en au- cune défiance là-dessus; j'en ai encore moins quand je me représente l'intérêt si considérable que vous avez d'achever un ouvrage de cette importance , dont la conclusion vous fera un si grand mérite au- près du plus puissant et du plus généreux roi du monde, qui vous a témoigné lui-même le gré qu'il vous en savoit; qui vous a loué de l'adresse avec laquelle vous avez conduit cette négociation, qui a commencé de vous donner quelques marques de son estime et de sa libéralité, et qui vous en a promis de si grandes qu'elles suffiroient pour éta- blir toute votre famille , et pour vous rendre heu- reux le reste de vos jours. Gomme sa parole a tou- jours été inviolable, vous y faites sans doute un fonds assuré; vous croyez bien aussi qu'il seroit dangereux de lui en manquer, et qu'après toutes les démarches qu'il a faites, et les mesm^es qu'il a prises, vous exposeriez Son Altesse et vous à de très-grands malheurs, si Sa Majesté avoit lieu de juger qu'on eût agi de mauvaise foi avec elle, après un traité fait dans toutes les formes avec elle-même, et fondé sur un plein pouvoir, dont l'inexécution ne serviroit qu'à la ruine d'un prince qui s'aban- donne à vos conseils , et qui seroit infailliblement dépouillé par les Espagnols, qui voudroient pour toujours se d^ivrer des alarmes que leur a donnés le bruit qui s'est répandu partout de cette affaire^ Je vous ai déjà dit, Monsieur, que je vous crois aussi ( aoo ) bien intentionné que vous l'ave* été, et ce n*esl pas pour vous exciter à reprendre ces bons sentimens^ ou pour lés fortifier, que je vous parle de celte ma- nière; c'est seulement afin qu'un plus long délai ne puisse pas diminuer ' la bonne opinion qu'on a de vous f et qu'on ne prenne pas ombrage de ce qu'une affaire y dont le secret éloit si important, a été pu- bliée, quoique le roi et ceux qui ont l'honneur de le servir, l'aient si bien gardé qu'il n'a pu être pé- nétré de leur part ; j'espère néanmoins que nous serons bientôt satisfaits, et que j'aurai le plaisir de vous voir dignement récompensé de votre zèlej je vous assure. Monsieur^ que votre intérêt, plus que le mien, quoique j'y en aye beaucoup, me le fait souhaiter. li'abbé d'EsTRADE^. A M. DE SAINT-MARS. Saiat-Germain, ce 26 mars 1679. J'ai reçu votre lettre du 21 de ce mois. Vous devez avoir veu, par mes précédentes, que le roy tiouvoit bon que les ofiicicrs de la citadelle de Pi-^ gnerol rendissent visite à vos prisonniers^ et pas^ ( *o« ) sasscnt des matinées ou des après-dinécs avec eux quand ils le désireroient ^ en présence de l'un de vos oiTiciers. Je ne puis que vous répéter la mesmo chose; et vous dire qu'à Tesgard du gouverneur^ des ofllciers et des habitans de la ville ^ vous en pourrez user de même; loi^sque vous le jugerez à propoS; après ; néanmoins ^ que l'affaire pour la-« quelle le sieur de Richemont est à Pignerol, sera faite ou manquée. Je vous adresse un paquet pour M. l'abbé d'Es- trades^ que vous lui envoyerez s'il vous plaît; par un de vos ollicierS; avec une suscription de votre niain^ et lorsqu'il vous en aura adressé la response, vous nie la ferez tenir par le retour de ce cour- rier , que vous tiendrez cependant caché dans le donjon. De Lorvois (i). A M. DE PINCHESNE: Saint-Grermain , du 29 mars 1679. Le roy est extrêmement dans l'attente du succès (le raiïaire de M. deMantoue. On n'a point de nou- (1) Cette lettre se irouvcia imprimée dansTouvragc iiililu ( ao2 ) velles de M. d'Asfeld^ et on ne peut guère douter qu'il ne soit prisonnier dans le Milanois. La nou- velle que vous aviez eue qu'il a voit este arresté à la Ganonica , estoit sans doute aussi véritable que celle qu'il avoit este relasché^ ne l'estoit pas. Il faut voir si la fermeté de M. de Mantoue^ qui avoit ré- siste jusqu'à cette heure aux efforts du comte Car- rosse et de la république de Venise ^ ira jusqu'au bout; l'on ne peut estre long-temps sans en estre éclairci , si , comme vous le marquez par vostre lettre du 1 1 , il estoit parti la veille pour se rendre à Casai. Vos premières lettres nous en apporteront de nouvelles cognoissances. Pomponne (i). A M. DE PINCHESNE. Saint-Germain^ du 5 ayril 1679. J'ay reçu vostre lettre du 18 de mars ^ qui a fait voir le mauvais estât où le comte Matthioli vous lé : les Philosophes et les gens de lettres à la Bastille, (Ar- chives du royaume, K. 139. ) (i) Archiyes des afiaires étrangères. ( ao3) avmt fait dire luy-mesme^'estoit l'affaire de Mai^- t X^es chemins étant beaux et les jours aussi longs qu'ils sont présentement, un corps à cheval peut aller^ en moins de trente heures, de Pignerol à Ca- sai. Il n'y a aucun lieu fermé par lequel 011 soit obligé de passer, et je ne connois nulle difficulté « M il IIP» i.f; I ■ ■ ; ■ ;■ ■ ■ ; ■ ■■■ . 111.. («) Commissaire. ( uo6 ) que l'on puisse trouver sur le passage ^ en surpre- nant le pays par celte marche. J'ai cru dëVdit de*- mander cela à Monseigneur^ parce que d'est Utit assez grande diligence pour qu'elfe puisse aider an mesures que l'on voudroit prendre. M. de Màntdue n'a jamais été à Casai y ce qui me pârott un ob^acle à trouver de bons prétextes d'y venir, dans un temps où il est si épié et soupçonne dans sa conduite. Mais l'on s'y passerdit bien de lui , s'il est toujours bien intentionné et maître d'une bonne partie de sa garnison. Le gouverneur est de Mantoue, son vé- ritable sujet ; ce peut élre une circonstance favo- rable. Je suis • etc. Catinat. A LOUVOIS. 4 Monseigneur ; Il faut que M. d'Herleville ait reçu quelques let- tres de Paris, par le dernier ordinaire, qui lui aient donné soupçon que je poirvois être icf;^ air moins a-t-il donné des indices assez pressans à M. du Cha- nois; il n'est pas homme sans curiosité; il a cru, ( ao7 ) par ce moyen, se donner là-dessus quelqu'ëcîaîr- cissement. Comme il y a Ion g- temps que je suis ab- sent, et que Ton n'a point douté à Paris qu'il n'y eût quelque dessein de ces côtés-ci, à cause des troupes qui s*en sont approchées , quelque raison- neur du régiment des gardes , ou autre , lui auroit bien pu donner cette idée. Je me suis donné l'honneur de mander à Mon- seigneur tout ce qui s'étoit passé à mon voyage ^ Incréa; j'ai reçu des lettres de M. l'abbé d'Es- trades , par lesquelles il m'a mandé que les troupes se sont un peu reculées pour tomber dans des quar- tiers ou elles pussent subsister plus commodément, et les avis qu'il a reçus sur le retardement de l'exé- cution de l'àlTaire que vmis -savez. Je suis ici traité avec tant d'honnêteté et de civilité, qu'un long sé- jour, en attendant des nouvelles, ne me doit don- ner nulle impatience, et je ne puis être à plaindre que de celle que me donne la passion et le zèle que j'ai de voir achever une affaire que Sa Majesté sou- haite, et dans laquelle Monseigneur a cru me pouvoir honorer de sa confiance. J'aurois quelqu'in- quiétude d'être si long-temps à charge et incom- mode à M. de Saint-Mars; mais il exécute avec tant de plaisir les ordres qu'il a reçus de Monseigneur, que tous les soins qu'il a de moi , ne me font nulle peine, tant s'en faut; je les reçois comme des mar- ques bien sensibles de la bonté avec laquelle Mon- seigneur lui en a écrit, dont je lui suis infiniment ( ao8 ) obligé, et (le riionneur qu'il veut bien que j'aicî d'clrc, avec tout le respect qui lui est du, son Irès- luimble et trcs-obëissant serviteur. De Righemont (i). A M. DE PINCHESNE. • Saint-Grermain, du 18 avril 1679. Le compte que vous m'avez rendu , par vostre lettre du ^5 du mois passé, de la conversation que vous avez eiie avec M. le comte Matlhioli^ ne pou- voit être plus exact. Il est bien difUcile de démes- 1er encore. ce qui peut estre de cette affaire, et si la bonne foy y est telle que l'on la peut désirer. Taschez de le découvrir adroitement^ mais sans tesmoigner aucune deftiance, et ayez soin de m'in- formcr de tout ce qui viendra à vostre cognoissance sur ce sujecl. C'est tout ce que j'ay à respondre à vostre lettre. Le reste ne demande aucune respouse parti- culière. Pomponne (2). (i) Cest-à-dirc Catinat. (a) ArchÎTCs des affaires étrangères. ( '^og ) A M. DE SAINT-MARS. Saint-GrcrmaiD , ce 18 avril 1679. J'ay reçeii vostre lettre du 8 de ce mois. Le temps que M. de Richemout doit demeurer au lieu où il est; estant incertain ^ je vous conseille de le faire promener avec vos prisonniers, quand ce ne seroit que dans le donjon. Vous pouvez mesme luy permettre de leur rendre des visites et de s'entretenir avec eux, ce qui Taydera à passer un temps que je ne puis vous dire s'il sera long ou court De Louvois (i). A M. DE PINCHESNE. Saint-Germain, du 19 avril 1679. Le compte que vous avez rendu par votre lettre du premier de ce mois, de l'entretien que vous (1) Extrait d'une lettre qui se trouve imprimée dans l'ou- vrage intitule : les Philosophes et les gens de leUres à la Bastille. (Archives du royaume, K. 129.) 14 ( ato ) avez eu avec le comte Malthioli^ des a$suranc(^d qu'il vous avoit données de ses bonnes intentions et du voyage qu'il faisoit estât de faire auprès de M. Tabbd d'Estrades, n'empêche pas qu'on ne le soupçonne, avec beaucoup de raison, de son peu de fidélité. Ne luy faites point connoistre toutefois , en 00» que vous le revoyez, la connoissance que Ton en a, mai» témoignez luy toujours que l'on ne peut douter que M. le duc de Mantoue n'exécute les paroles qu'il a fait donner solemnellement par luy. En ellet, ce prince ne doit pas croire qu'il luy soit tout-à-fait libre de manquer à un traité qu'il a avec Sa Majesté j et, si l'occasion s'en présente, faites luy paroistre que vous ne doutez pas qu'on ne luy tienne ses paroles, que l'on n'exécute les engage- mcns que l'on a pris une fois avec elle. Prenez soin d'informer exactement, ainsi que vous avez desjà fait, de tout ce qui se passera dans Cv;tte affaire, et de la manière dont elle continuera à estre regardée à Venise. Je suis, etc. Pomponne (i). (i) Archives des aiTaires étrangères. (211 ) A M. DE SAINT-MARS. Saint-Germain-en-Laye, ce 27 avril 1679. Le roy envoyé présentement ordre à M. l'abbé d'Elstrades , d'essayer de faire arrester un homme de la conduite duquel Sa Majesté n'a pas sujet d'estre satisfaite 5 de quoi elle m'a commandé de vous donner advis, afin que vous ne fassiez point de difficulté de le recevoir lorsqu'il vous sera envoyé, et que vous le gardiez de manière que non-seule- ment il n'ayt commerce avec personne ^ mais en- core qu'il ayt lieu de se repentir de la mauvaise conduite qu'il a tenue, et que l'on ne puisse point pénétrer que vous ayez un nouveau prisonnier. De Lotjvois (i). A M. DE PINCHESNE. Saint-Germain, du 3maj 1679. La lettre que vous m'avez écrite le i5 du mois (1) Archives du royaume , K. 139. i4-. ( 212 ) passé, a confirmé au roy la trahison du comte Mat' thioliy qui n'estoit desjà que trop avéréei 11 n'y eut jamais de perfidie si signalée. Il faut espérer qne les sentimens de son maistre ne seront pas les mes- mes y et qu'il ne voudra pas manquer aux paroles qu'il a données à Sa Majesté. Cependant, nous ap- prenons que ce comte est arrivé à Turin , où il croit sans doute en imposer de nouveau à M. l'abbé d'Es- tiades. Il importe, toutefois, de ne point témoi- gner que l'on soit informé de toute sa conduite. Pomponne (i). LETTRE DE CATINAT , SOUS LE NOM DE RICHEMONT , A M. DE LOUVOIS. De Pignerol, le 3 mai 1679. J'arrôlai hier, à trois milles d'ici, sur les terres du roi, Matthioli, dans une entrevue que M. l'abbé d'Estrades avoit adroitement ménagée pour en fa- (1) Archives des affaires étrangères. (ai3) ciliter les moyens , entre lui, Matthioli et moi. Je me suis seulement servi , pour Tarréter^ du che- valier de Siint-Martin et de Yillebois, officiers de M. de Saint-Mars , et de quatre hommes de sa com- pagnie : cela s'est passé sans aucune violence, et personne ne sait le nom de ce fripon , pas même les officiers qui ont aidé à l'arrêter ; il est dans la chambre qu'occupoit le nommié Dubreuil, où il sera traité honnêtement, ainsi qu'en a prié M. l'abbé d'Estrades, jusqu'à ce que l'on connoisse les vo- lontés du roi sur son sujet. Je ne mande rien à Monseigneur de la conviction certaine où l'on est des friponneries de cet homme-là, M. l'abbé d'Es- trades en ayant déjà informé Sa Majesté. Dans l'en- l revue que nous eûmes ensemble devant que de l'arrêter, nous parlâmes de plusieurs choses, mais entr'autres du lieu où il avoit les papiers essen- tiels et originaux de l'affaire dont il s'agit , qui consistent en une lettre du duc de Maiitoue au roi, le plein pouvoir qu'il a eu de traiter^ le traité de Sa Majesté fait par M. de Pomponne^ la ratifi- cation dudit traité signée du duc de Mantoue; une lettre du duc de Manloue au gouverneur de Casai , portant ordre d'y recevoir les troupes du roi, en exécution du traité. Tous ces papiers sont dans une cassette à Boulogne, enlre les mains de sa femme ^ qui est retirée dans le couvent des filles de Saint- Louis. M. l'abbé d'Estrades a jugé qu'il n'y avoit point de temps à perdre pour avoir les papiers. (ai4) Comme je n'amenai hier ici que fort tard cet homme-là^ et que la poste part aujourd'hui de boti matin ^ je n'ai point encore eu de conversation avec lui y pour ravoir ses papiers ; mais dans deux heures d'ici, j'irai dans sa chambre, où je ne doute point que les menaces que je lui ferai, que sa conduite criminelle lui rendra fort croyables, ne l'obligent de faire tout ce que je voudrai. J'ai choisi M. de Blainvillîers , ce qui est aussi au godt de M. de Saint-Mars, pour aller à Bologne, conime ca- pable de se bien conduire en pareilles affaires. Je verrai à lui pouvoir donner une route par laquelle il e'vile de passer sur les terres du roi d'Espagne. Je rendrai compte à Monseigneur, au premier ordi- naire, de tout ce que j'aurai fait là-dessus avec Malthioli, & qui j'ai donnd ici le nom de Lestang,, personne ne sachant ici qui il est. Je suis, etc. RlGHSMOIfT (i). A M. DE LOUVOIS. De Pigncrol , le 6 mai \ 679. Monseigneur , Depuis que je me suis donné l'honneur de vous (1) Cest-à-dire Càtiitat. ( '^«5 ) cxrire, j*ai pris sommairement par écrit tout ce que î'ai pu tirer du sieur de Lestang. Je l'ai réduit en lui faisant connoître^ et rudement.yles malheurs où sa mauvaise conduite Texposoit^ à chercher les moyens de les éviter en faisant^ sans supercherie ^ tout ce que Ton pouvoit désirer de lui. Je ne lui ai rien dit qui puisse li^* faire conuoître les voies par lesquelles Ton a été si sûrement informé de sa four- berie } mais je lui ai parlé de manière , là-dessus ^ qu'il ne peut pas douter que l'on ne la connoisse ^ et que l'on n'en soit persuadé. C'est un fripon; mais je le crois de bonne foi sur l'envie de remet- tre les papiers, soit à cause de la peur que l'état où il est lui donne ^ ou par la vue de rendre im service qui soit agréable au roi y et qui lui donne les moyens de faire oublier le passé. Les papiers ori- ginaux sont à Padoue^ cachés dans un trou de mu- raille d'une chambre qui est au logis de son père^ qu'il dit être connu de lui seul. Ces papiers sont le traité fait par M. de Pomponne^ signé de lui et de Malthioliy signé au bas par M. de Mantoue^ lais- sant du blanc pour écrire la ratification lorsque l'échange s'en seroit fait avec celle du roi; un blanc^ signé de M. de Mantoue, pour écrire au gouver- neur de Casai de recevoir les troupes du roi ; le plein pouvoir donné à M. de Pomponne pour trai- ter avec lui de Casai ; un mémoire des troupes des- tinées à l'exécution de cette affaire. Si l'on a une fois ces papiers^ c'est une aiTaire au moins ache- ( 2i6 ) vée , quant à ce qui regarde la négociation; et ce sera une vérité que Ton ne fera connoître que lors- que Ton le jugera à propos. Comme je connois de quelle conséquence il est d'avoir ces originaux , j'ai mandé à M. Tabbé d'Estrades les expédiens dont on se pourroit servir pour les retirer, pour m'aider là-dessus de ses avis; je ne les mande point à Mon- seigneur, parce que j'attends aujourd'hui le sieur Giuliani, qui m'est envoyé par M. l'abbé d'Estrades, avec l'abbé de Montesquiou , son parent , pour être confronté avec le sieur de Lestang. Cette en- trevue devant me donner des moyens bien plus sûrs pour retirer ces papiers , je ne manderai en- core rien à Monseigneur de ceux que j'avois pro- posés. Il y a encore d'autres papiers à Bologne, qui ne sont que des lettres et des papiers dont il me paroît que l'on a peu de besoin^ connoissant par le mémoire de ceux qui sont à Padoue , que ce sont les seuls qui regardent particulièrement l'afiaire dont il s'agit. Je me donnerai l'honneur de mander à Monseigneur, au premier ordinaire , quelle aura été l'issue de l'entrevue du sieur de Lestang et de Giuliani. M. l'abbé d'Estrades , par ses soins et son adresse, a trouvé moyen d'envoyer à Pignerol le valet du sieur de Lestang avec ses bardes et tous ses pa- piers. J'en ai fait un inventaire ; cela consiste dans des tables de chiffres et des lettres, que j'ai cotées et dont j'ai écrit la substance; elles ne sont de nulle ( 217 ) conséquence. J'enverrai à Monseigneur^ au pre- mier ordinaire y une copie de ce que j'ai fait là- dessus^ et un petit extrait de ce que j'ai pu ap- prendre du sieur de Lestang, dans les conversations que j'ai eues avec lui , dont il m'a dit avoir déjà in- formé le roi , ou M. l'abbé d'Estrades , ce qui a di- minué l'impatience que j'aurois eue d'en informer Monseigneur. M. de Saint-Mars traite fort honnête- ment le sieur de Leslang, pour ce qui regarde la propreté et la nourriture; mais bien soigneusement pour tout ce qui peut lui ôter tout commerce. Je suis y avec tout le respect^ C. (I). Inventaire des petits papiers que le sieur de Lestang aidait sur lui, em^ojré par M. de Catinat, 1°. Un mémoire de ce qu'il a voit à faire à Tu-^ rin , à l'endroit où il devoit recevoir des lettres de Carbonini. 20. Un petit mémoire des papiers de conséquence qu'il a à Padoue, parmi lesquels sont ceux que (i) Càtiràt. (ai8) le roî souhaite avoir^ et que le sieur Giuliani est allô prendre. 3o. Mëmoire du chemin qu il doit tenir pour aller à Casai. 4^. Un autre mémoire portant qu'il a envoyé quatre hlancs, signés de M. le duc de Mantoue, au gouverneur de Casai ^ les dates du départ de V^e- uise de M. d'Asfeld, et du jour que lui siéur de Lestang et sieur d'Asfcld se dévoient rendre à In- créa. 5o. Un hillet pour se ressouvenir du nom d'un homme demeurant à Plaisance , auquel il a engagé une lettre pour 5oo liv. 60. Un petit mémoire d'endroits où il avoit ache- té quelques petits tonneaux de bon vin , pour en faire présent à M. de Varangeville, nouvel ambas- sadeur à Venise (1)5 et qu'il devoit écrire au gouver- neur de Navarre des nouvelles de ce qui se passe- roit sur les affaires touchant Casai. 70. Un mémoire portant que le marquis de Re- bouf peut donner des intelligences au roi dans Gè- nes^ et à M. le marquis de Cavetto des raisons pour prétendre sur Savone. 80. Un autre disant que M. de Mantoue a pris du poison le U2 février à Venise, que l'on soup- çonne lui avoir été donné par un nommé Georges (1) Il fut nommé à la place de Fabbé d'Estrades. ik ( 2Î9 ) Ilacquet, homme demeurant auprès de lui, et le servant à ses plaisirs. 90. Un autre mëmoii-e, par lequel il paroit que M. de Mantoue a reçu de madame sa mère, le ï.J janvier, deux mille cinq cents pistoles j le 10 fé- vrier, trois mille pistoles de Tabbë Frëdëris , rési- dent de l'empereur à Venise; et l'intelligence que lui sieur de Lestang a avec le gouverneur de Casai. loo. Mémoire par* lequel il paroît qu'il a vu , proche Moncalvo, le gouverneur de Casai, le 26 avril } qu'il lui a dit qu'il falloît qu'il retournât encore une fois à Mantoue ou à Venise , parce qu'il lui avoit écrit qu'il se rcndroit auprès de lui le jour de l'Ascension; que ledit gouverneur étoit con- tent des expédiens qu'il lui avoit proposés de livrer la place au i*oi, par lesquels son honneur lui pa- roissoit être à couvert. Que pour cet effet , au re- tour du sieûr de Lestang, il faudroit qu'il se fît une entrevue de lui sieur de Lestang, du gouverneur, et d'un homme de la part du roi , pour exécuter cette affaire et convenir des moyens pour qu'elle ne put pas manquer; qu'il livreroit la porte de campagne de la citadelle; à quoi Panissa^ qui en est gouverneur, n'apporteroit nulle opposition. Que le comité Vialardo , gouverneur du château, est entièrement aux Espagnols; que le gouverneur de Casai demande que cela s'achève promptement, craignant continuellement qu'on ne le change; qu'il ( 220 ) fera savoir audit gouverneur ce qu'il aura fait au- près de M. de Mantoue, par le père Yiveti, jaco- bin, demeurant à Padoue. Écrira toujours dans toutes les cours que l'affaire de Casai est manquée , et qu'elle ne s'achèvera point. iio. Un petit papier, grand comme une carte, sur lequel il a e'crit quatre ou cinq raisons pour être insérées dans un manifeste lorsque les troupes du roi seront introduites dans Casai ; que l'on a agi en vertu des ordres du duc , sur un traite signé et ra- tifié par luij qu'il en a voulu faire un autre avec les Espagnols contre sa parole donnée , et qu'il en a même reçu de l'argent. A M. DE LOUVOIS. DePignerol, le i ornai 1679. J'ai remis à M. l'abbé d'Estrades , par les mains de M. l'abbé de Montesquiou , son parent, toutes les lettres et les papiers du sieur de Lestang, qui consistoient en plusieurs lettres , dont j'ai gardé un mémoire qui contient succinctement ce qu'il y a dans chaque lettre. Ces lettres ne marquant rien que ses allées et venues^ quelques-unes ou l'on lui donne avis de prendre garde à lui ; une entr'autres , des ministres de Mantoue , qui marque la joie que ( 221 ) M. le duc de Mantoue a de sou heureux retour de France, et qu'il lui a envoyé une barque à Plai- sance, pour qu'il se rende auprès de lui plus sûre- ment et plus commodément. Il avoil plusieurs au- tres papiers, parmi lesquels je n'ai vu de conse'- quence qu'un chiffre espagnol qu'il a avoué être de M. le comte de Melgar. Je lui ai fait conter devant moi , à l'abbé de Montesquiou, tout ce qu'il a voit fait depuis son retour de France, sans l'interrompre, lui ayant néanmoins fait connoltre auparavant que de lui donner audience, que Ton étoit parfaitement bien informé de sa friponnerie, pour voir les couleurs qu'il donneroit au méchant pas qu'il a fait. Il dit, à son retour de France, avoir passé à Turin, où, par des raisons de reconnoissance de ce que cette cour lui a fait l'honneur de se servir de lui en plu- sieurs affaires, il s'est cru obligé, par civilité, de voir M. le président Turki; qu'il est vrai qu'en causant de nouvelles et des affaires présentes, il lui est échappé de faire connoître qu'il s'alloit passer quelque chose de nouveau en Italie, et que ledit sieur président, dans la suite de la conversa- tion qu'il a eue avec lui , a fait connoître qu'il ne doutoit point qu'il n'y eût un traité fait pour Casai. Voilà comme le sieur de Lestang conte ce qu'il a fait à Turin, pour prétexter la fourberie qu'il y a faite, dont Monseigneur est d'ailleurs parfaitement informé, et de l'argent qu'il en a touché. C'est la ( 222 ) première découverte qui a clé faite de cette affaire, couduite si secrètement. De Turin , il est allé par Plaisance à Mantoue , joindre son maître qu'il a trouvé toujours bien in- tentionné pour achever Taflaire. Même deux jours après son retour , élant tombé malade^ M. le duc de Mantoue le vint voir, et il prit cette occasion pour lui faire signer la ratification, écrire une lettre au gouverneur de Casai , par laquelle il lui recommandoit de faire tout ce qui lui seroitdit par le sieur de Lestang. Une autre lettre en comman- dement audit gouverneur de recevoir le» troupes du roi ; en un mot, il fut muni dans ce moment de toutes les choses nécessaires pour consommer en- tièrement cette afi'aire. Sous peu de jours après , il fut averti que son maître avoit changé de réso- lution, et que même son intention étoit de retirer d'entre ses mains ce qu'il avoit fait et signé , et qui pouvoit faire foi de son traité. Que M. de Man- toue commençoit à dire qu il ne s'étoit rien fait dans cette affaire de sa participation, et qu'il désa- vouoit hautement tout ce que lui, sieur de Les- tang, avoit pu faire. Ce prince ne pouvoit guère faire autrement, les Espagnols et madame sa mère étant si particulièrement informés de cette affaire, qu'ils lui montrèrent des copies justes de tout le traité. (Ce qu'ils avoient eu par une seconde fri- ponnerie du sieur de Lestang, ou par la cour de Savoie. ) Le sieur de Lestang dit que, soufi divers ( 2a3 ) prétextes, il éluila toujours de rendre les originaux à M. de Mantoue, pour demeurer maître de Taf- faire, et qu'en cherchant des expe'diens pour sur- monter les obstacles survenus, il n'avoit point dé- sespéré de pouvoir achever cette affairé, par Tin- telligence qui étoit entre lui et le gouverneur de Casai. Il dit que les Espagnols le sachant maître des papiers, lui ont fait des offres considérables pour les avoir. Que les Espagnols étant si *particulière- ment informés, il a cru être obligé de leur en faire une fausse confidence , pour les amuser , en leur disant que c' étoit une affaire absolument manquée, pour, dans cette confiance, diminuer leurs soup- çons et les précautions qu'ils auroient pu prendre pour empêcher qu'il ne profitât des moyens que Tintelligence qu'il avoit avec le gouverneur de Casai, lui donnoit pour achever cette affaire. Qu'il prit même ce chiffre, dont j'ai parlé ci-dessus, de la j>art de M. de Melgar, pour entretenir plus sûre- tnent de son côté cette fausse confidence. Voilà comme ce fripon prétend échapper à l'accusation que l'on lui fait sur ce chiffre espagnol, dont il a été trouvé saisi. Il nous a dit positivement que M. de Mantoue avoit été empoisonné chez un nommé le Romain , à Venise, où il alloit boire des eaux à la glace; que le coup avoit été fait par les Espagnols , et le poi- son donné par un de ses domestiques miême; que (224) ce prince ne ponvoit pas vivre plus de trois ou quatre mois; il dit avoir appris cela des Espagnols, avec qui il entrelenoit commerce pour les amuser. Dans toutes ces conjonctures, il dit avoir pris le rendez-vous d'Incrëa , où il devoit se rendre le sep- tième mars avec d*Asfeld, pour l'échange des rati- fications; ensuite de quoi il ne doutoit point qu'il n'eût achevé l'affaire, ayant tous les ordres néces- saires, joints avec l'intelligence qu'il avoit avec le gouverneur, pour que l'on n'y trouvât nul obstacle, ni nulle difficulté. Qu'en venant audit Incréa, il avoit été fouillé et volé sur les frontières du Bressan et du Milanez; que néanmoins étant demeuré maî- tre de ses papiers, qui étoient cachés dans une selle , il avoit ensuite continué son chemin jusques à Buffacore, où la prison de d'Asfeld lui fut con- firmée de manière à n'en pouvoir douter. Que M. de Villars, étant encore ambassadeur à Turin , qui n'avoit nulle connoissance de cette affaire, et doutant, venant à Pignerol , que je prisse con- fiance en lui , il prit la résolution de s'en retourner à Venise, donner avis à M. de Pinchesne de tout ce qui étoit arrivé , et pour voir à prendre de nou- velles résolutions; que sur une simple lettre de M. Tabbc d'Estrades, qui lui mandoit qu'il étoit nécessaire qu'ils eussent une entrevue , il n'avoit pas perdu un moment de temps à se rendre à Turin; que de la participation dudit sieur abbé d'Estrades, il avoit été à Ast, pour se pratiquer une entrevue ( 225 ) secrète avec le gouverneur de Casai, à un mille de MontcalvO; pour, en lui promettant de grandes récompenses , l'engager à recevoir les troupes^ lorsque^ pour sauver son honneur ^ on lui auroit donné un ordre de son maître^ et montré qu'il avoit fait uu traité avec le roi. Il dit l'avoir laissé dans une fort bonne disposition. Qu'ensuite il étoit revenu à Turin, où M. l'abbé d'Estrades lui a pro- posé une entrevue avec moi, dans laquelle je l'ai arrêté. h Voilà f Monseigneur , un narré simple et véri- table de ce que m'a dit le sieur de Lestatig, qui me confirme dans la croyance que c'est un franc fripon, ne m'ayant su dire aucune bonne raison pourquoi il avoit donné à connoître cette affaire k M. le président Turki, en passant à Turin. Pour- quoi il avoit caché à M. de Pinchesne le com- merce qu'il avoit avec les Espagnols, l'acceptation de leur chiffre, et ses entrevues avec un inquisi- teur de l'état de Venise, puisqu'il ne le faisoit que pour mieux acheminer l'affaire dont il s'agit. Je lui ai fait faire trois lettres pour retirer les papiei*s originaux qui sont à Padoue, lesquelles ont été mises entre les mains du sieur Giuliani , par le sentiment de M. l'abbé d'Estrades, qui prend une entière confiance en lui } il se servira de ces trois lettres, comme il jugera à propos, selon l'esprit oii il trouvera le père du sieur de Lestang. La pre- mière est seulement une lettre du sieur de I^estang i5 ( 226 ) à son père; par laquelle il lui mande des raison» qui robligeni de demeurer à Turin ou aux envi- rons^ mais qu'il peut prendre une entière confiance au sieur Giuliani^ en lui remettant en main tels et tels papiers^ dont je lui ai fait donner le mémoire à Giuliani. La seconde apprend à son père le vëri* table état ou il est , et qu'il y va de sa vie et de son honneur y que ses papiers soient incessamment re- mis entre les mains du sieur Giuliani. Par la troi- sième ^ qui est la dernière dont il se servira ^ si le» deux premières ne font rien ^ il lui mande de venir à Turin; que chez M. l'abbé d'Estrades il saura od il est y et les moyens de lui pouvoir parler. Le sieur de Lestang ne doute pas que dans cette entrevue d# lui et de son père, il ne lui persuade tout ce que l'on voudra. Je lui ai inspiré une si grande crainte sur les châtimens que sa mauvaise conduite lui de^ Vroit attirer, que je ne lui trouve nulle répugnance à faire tout ce que l'on lui demande , et il paroît de bonne foi sur l'envie de faire remettre les pa-- piers , lesquels seront portés à Venise, à M. de Pin- chesne, pour éviter lès accidents qui pourroient en arriver, en étant si long-temps sur le chemin , pour venir de Padoue ici ou à Turin. Je n'ai nulle confiance dans tout ce que me dit ce fourbe-là; cependant je crois devoir dire à Mon- seigneur, qu'il assure positivement que le gouver- neur de Casai est de ses amis; qu'en lui promettant quelque récompense un peu forte, et lui fournis- ik ( 2^7 ) sant un prétexte qui metle son honneur à couvert, ce qui se peut en lui donnant Tordre de son maître^ que le sieur de Lestang dit ^tre à Pàdoue, de re- cevoir les troupes du Roi ^ on lui fera faire ce que Toii voudra. Qu'il pèiit livrer la ville ^ et que le gouverneur de la citadelle est entièrement de ses amis^à qui il fera faire tout ce qu'il lui ordonnera; Pour le château y que j'ai vu en passant^ lorsque je fus à Casai y c'est plutôt une espèce de petite citadelle qu'un simple château. Le sieur de Les- tang dit qu'assurément le gouverneur ne se sou- mettrolt point aux ordres du gouverneur de CasaU quoiqu'il ait le commandement sur lui, parce que ledit gouverneur, que l'on appelle Vîalardo , est abâolnment aux. Espagnols ; que c'est une chose qu'il a su par les Espagnols mêmes ^ et que sur le moindre changement à Casai , ou de marche de troupes de ces côtés-là, les gouverneurs de Valence^ de Novarre et de Pavie , ont ordre d'envoyer des détachemens de leurs garnisons audit Casai ^ et qu'ils y seront infailliblement reçus par le châ- teau. Ce Yialardo est frère d'un secrétaire de M. de Mantoue, qui porte le même nom que lui ^ qui est aussi tout-à-fait de la faction espagnole. Cependant, quand on aura les papiers ^ il n'est point impossible que l'on ne pût pratiquer quel- que chose avec le gouverneur de Casai ^ s'il est dans les sentimens que dit le sieur de Lestang^ et qu'il soit maître de recevoir des troupes dans la i5.. ( 228 ) ville el citadelle; <:ette affaire menée fort seerèté^' ment y la matche diligente d'un régiment ou deux de dragons y pourroit surprendre les Espagnols de manière qu'ils n'auroient pas des avis assez prompts pour y remédier. Etant maîtte de la ville et cita-> deile ^ et ayant un aussi gf and nombre de troupes que celui que l'on avoit destiné à l'exécution de cette affaire, je ne doute pas que le château dût empêcher les résolutions que Ton poilrroit prendre. L'on recevroit là-dessus de grands éclaircissemcns dans luie entrevue avec le gouverneur de Casai. La difficulté est de se la pratiquer pour pénétrer ses sentimens, saiis passer par les mains de notre fri- pon , en qui l'on ne peut prendre nulle confiance. MaiSy que l'on aitles papiers ^ si cette affaire étoît désespérée du coté de M. de Mantoue , et que le roi pût croire que ce fût une voie à tenter, que celle que je mande à Monseigneur, je verrois à agir, de concert avec M. l'abbé d'Estrades , suivant les or- dres que je recevrois là-dessus. Je demande pardon à Monseigneur de Fimportuner d'une si longue lettre, mais je ne pouvois guère lui mander en moins de paroles la conduite du sieur de Lestang, et de ce qui s'est passé entre lui et mou Je suis, avec tout le respect qui vous est dû, etc. C. k A M. DE PINCHESNE. Saint-Gennain , ce lo may 1679. Yostre lettre , Monsieur ^ du 22 du mois passé, sert encore à confirmer la fourberie du comte Mat- thioli; dont nous n'avions desjà que trop de preuves. Il estoit en efFet arrivé en Piedmont , et avoit vu M. l'abbé d'Estrades. L'on ne peut guère com- prendre avec quelle insolence il ose se présenter lorsque toute l'Italie est remplie de sa mauvaise foy. Cependant^ il seroit à souhaiter qu'il remît l'a ratification de M. le duc de Mantoue, s'il est vrai, ainsi que ce prince l'a tesmoigné , qu'il l'ay t re- tenue entre ses mains. Si le sieur Tarani a plus de fidélité que lui , on peut désirer qu'il ayt la con- fiance de son maître, et qu'il pust le disposer à sa- tisfaire Sa Majesté, en luy faisant cognoistre qu'il est dangereux de manquer à des paroles que l'on luy a si solemncllement données. Je suis, etc. Pomponne (i). (1) ArchivM d«5 af^ires étrangères. ( a3o ) A M, DE POMPONNE. Venise, I? i3> mai fC^jg^ Monseigneur , Je vous supplie très humblement d^esUe per- suadé que je ne manquerai pas d'exécuter, avec toute l'exactitude et tout le zèle possibles^ les or- dres qu'il vous a plu de me donner par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de ni'escrire du a6 du mois passé , de vous informer de tout ce qui viendra k ma connoissançe sur l'affaire de Casai, et sur le sujet du comte Matthioli. Le déplaisir que î'avois de n'avoir pu descouvrir ce que M. le duc de Mantoue estoit venu faire à Venise, dans le der- nier voyage que je vous ay mandé qu'il y a fait, m'a obligé de redoubler mes soins pour tascher à en apprendre quelque chose ; et enfin j^e ne les ay pas perdus, puisque je sçais présentement, sans en pouvoir douter^ que ce prince a eu, pàidant ce temps-là, deux longues conversations dans les Ca- pucins, avec M. Foscarini^ sage, grand, qui est celuy que la république a nommé pour continuer l'histoire que faisoit M. le procurateur INani, et qui est un des plus habiles hommes de cet estât ^ ( a3. ) dans lesquelles ce sénateur luy repràenta très vive- ment le danger qu'il y auroit pour lui et pour toute ritalie, si il cédoit Casul au roy, comme on disoit qu'il en avoit le dessein^ el qu'il en avoit mesme fait le traité avec Sa Majesté, et que la ré- publique espéroit qu'il ne feroit point une dé* marche si préjudiciable à tous les princes d'Italie ; à quoi je sçais que M. le duc de Mantoue respondit qu'il connoissoit ses intérêts, et qu'assurément il ne céderoit jamais volontairement Casai au roy ; mais que Sa Majesté estoit le plus puissant prince de l'Europe, et en estât de tout entreprendre, sans qu'il soit presque possible de l'en empescher; qu'il falloit chercher les moyens les plus propres pour le faire, ce qu'on nepouvoit espérer, à moins que d'avoir des troupes considérables pour opposer aux siennes, en cas qu'elles voulussent faire quelqu'en- t reprise; que par lui-niesme il n'estoit pas asses^ fort pour résister à Sa Majesté; que c'estoit à eux, qui avoient autant d'intérest que luy dans la con- servation de cette place, à trouver les voyes de la conserver y sans quoy il ne respondoit pas de ce qui pouvoit arriver^ et quel'onnepourroit pas mesme luy en attribuer la faute, mais à sa mauvaise for- tune et au défaut d'assistance. j Je sçais de plus, que la république tient pour as- suré que Casai doit estre attaqué par le roy, el qu'elle dit le sçavoir de si bonne part, qu'elle n'en peut douter (a30 Je ne puis^ Monseigneur , m'cmpescher de vous tesmoigner la joye que j'ai eue en apprenant cette semaine y par une lettre de M. l'abbé d'Estrades ^ que le comte Matthioli est oit arresté prisonnier à Pigneroly et qu'ainsi ce fourbe ne sera plus en estât de faire tous les jours de nouvelles trahisons. . . . Je suis avec une soumission très respectueuse, et tout l'attachement possible , Monseigneur , Votre très hnmble et très obéissant serviteur, De Pinghesne (i). A M. DE SAINT-MARS. Saint-Grermain, ce i5 may 1679. J'ay reçeu vostre lettre du 6 de ce mois, laquelle ne désire de response que pour vous dire que vous aurez connu par mes précédentes que l'intention du roy n'est pas que le sieur de Lestang soit bien (1) Archives des affaires élrangèros. ( 233 ) traité, et que Sa Majesté ne veut pas que, hors les choses nécessaires à la vie, vous luy donniez quoy que ce soit de ce qui la luy peut faire passer agréa- hlement. Je vous adresse un pacquet important pour M. de Richemont, que je vous prie de luy rendre en main propre, et de dire au commissaire du Chan- noy de ne point renvoyer le courrier qui luy porte celuy-cy, que vous ne luy en ayez donné la response. De Louvois (i). A M. DE LOUVOIS. Fignerol, le 16 mai 1679. J 'envoyé à Monseigneur un second interrogatoire fait à M. Matthioli , sur l'ordre que j'en ai reçu par le courrier exprès qu'il a dépêché ici. Il le trouve- ra peu différent du premier. Je lui ai donné toutes les appréhensions possibles de tourmens, s'il ne di- (1) Archircs du royaume , S. H., K. 159. (»34) soit pas' la vëritd. Uoa voit bien^ par ses réponses^ que sa conduite a été fort mécLante. Je n'y vois nulle bonne raison qui puisse l'excuser d'avoir eu des commerces si étroits avec la cour de Savoie , l'abbé FrédériSy résident de l'empereur à Venise, et avec don Francisco Yisconti, partisan de l'Es- pagne, sans aucune participation ni correspondance sur cela avec M. de Pomponne, M. l'abbé d'£s- ti'ades et M. dc' Pinchesne; cela m'ôte toute con- fiance en lui. Cependant il persiste, avec la der- nière opiniâtreté, que le gouverneur de Casai est bien intentionné; que ce gouverneur voit bien que M. de Mantoue est un homme perdu ; qu'il voit bien qu'il ne peut point arriver de changement dans cette petite cour, que l'on ne le retire de Ca- sai, et que c'est un homme qui sera sensible aux offres que Ton lui fera; ce que lui, Matthioli, ré- pond sur sa tête ; que lui fournissant un prétexte spécieux de recevoir les troupes du roi , il le fera assurément, ce qui est facile, ayant les originaux que son père doit remettre entre les mains de Giu- liani; que pourvu qu'il ne découche point de Ca- sai, il trouvem moyen de pratiquer une entrevue entre ce gouverneur, moi et lui Matthioli; que je toucherai au doigt et à l'œil les moyens de rendre le roi maître de Casai. Comme je suis prévenu que c'est un fripon qui me parle , et qu'il faut presque de nécessité, par ses propositions, remettre en danse dans cette affaire, je ne puis me résoudre de ré- EL ( 235 ) pondre en rien pour lui ; cependant j*aî cru devoir donner cet avis à Monseigneur. Le roi ayant les pa- piers y c'est une tentative qui ne coinméttroit rien que l'entrevue que j'aurois avec ce gouverneur ; je n'y vois d'inconv^iens que de hasarder que le sieur de Malthioli ne se sauvât dans les démarchés qu'il faudroit hien lui permettre^ quelque surveil- lant que je fusse auprès de lui ; il faudroit que j'al- lasse avec lui à Ast^ où il connoît un dominicain qui iroit ^ Montcalvo porter un hillet à un méde- cin que l'on appelle Viveti; ce Viveti iroit à Casai pouf dire au gouverneur le rendez-vous que nous aurions pris pour parler à lui. Mais il est comme impossible dans toutes ces démarches de répondre de la personne dé Malthioli ; comme ce moyen ne peut pas être sans cet inconvénient; M. l'abbé d'Es- trades y s'il est au goût du roi de faire faire quel- que proposition à ce gouverneur, pourroit, sur les ordres qu'il eh recevroit, lui faire parler par quel- qu'un , et sonder ses intentions. Je supplie^ Mon- seigneur, d'être persuadé que je mets dans cette af- faire mon intérêt sous les pieds y et que je ne ha- sarde .de lui ûiire là-dessus des propositions, que par l'envie que j'aurois que cela réussît à la satis- faction du roi. Comme les papiers qui sont à Padoue doivent êire portés, au moins à ce que je crois, à M. de Pinchesne, pour éviter les accidens qui pourroicu^ ( a36 ) en arriver en les apportant en droiture ici ou à Tu* rin^ je prendrai mes mesures pour partir d*ici ^ lorsque je saurai qu'ils sont remis à M. de Pin* chesne. Comme Monseigneur pourroit me man- der de nouvelles résolutions que Ton auroit prises dans cette affaire , dans lesquelles je pourrois être de quelqu'utilité ici, je prends la liberté de lui mander que je serai jusqu'au 9 ou lo de juin à Pignerol. Si Monseigneur ne m'honore d'aucun ordre, entre-ci et ce temps-là, j'exécuterai celui qu'il m'a donné de passer en France. Je lui serois bien obligé de me faire savoir où je dois me rendre, si c'est droit à la cour ou à Dunkerque, ou est ma compagnie, ou tout autre part ou il lui plaira m'ordonner. J'aurai de grandes précautions à me cacher et à ne point paroître devant les parens de MM. Foucquet et Lausun. Je ne puis répondre à Monseigneur qu'ils ne diront à personne du monde que je sois ici. Je n'ai pris nulles mesures avec M. l'ambassadeur pour ce dernier interrogatoire, parce que j'avois été particulièrement informé par lui de toutes les convictions qu'il y avoit contre Matthioli. Je suis avec tout le respect, etc. •G... (1). (1) Ccst-à-dire GATinrAT. (a37) Mémoire de tout ce qua dit M. Matthioli^ dans V interrogatoire qid lui a été fait. ïnWrogé, le sietir comte de Matthioli , de ce qui lui est arrivé en passant à Turin ^ dit : avoir éié chez M. le marquis de Saint-Thomas pour le sa- luer; que l'ayant trouvé malade , il n'a pu le voir; qu'ensuite il est allé chez M. le président Turki, fequcl il trouva fort défiant sur le voyage qu'il ve- noit de faire en France; et que comme c'est un homme souple et adroit, qu'il l' engagea insensible- ment à parler des aflaires de M. de Manloue et de Casai ; qu'il est vrai que, surpris par la subtilité de l'esprit dudit sieur président, et par l'affection qu'il faisoit paroître pour les intérêts de la France, il s'ouvrit assez avec ledit président pour qu'il ne doutât plus qu'il y avoit quelque traité pour Casai; qu'il est vrai qu'il a reçu deux mille livres de cetle cour, mais que ça été plutôt une reconnoissance de quelques services qu'il a eu l'iionneur do lui rendre, qu'une récompense des choses qu'il a dites. Il dit : que le président Turki Ta prié, lorsqu'il est parti de Turin, de lui écrire soigneusement tous les progrès de cette affaire ; qu'il lui a écrit depuis cda plusieurs fois de Venise, lui en dcman- ( 238 ) dant des nouvelles; sur quoi il a toujours répondu qu'elle ne se feroit point^ pour diminuer la certi- tude dam laquelle il lui avoit répondu qu'il y avoit un traité pour cette place. Tnterrogé où il est allé de Turin, a dit: avoir tenu le chemin de Plaisance , où il a trouvé des lettres de Don Nevani et de Cabriani , qui lui témoifl^icnt seulement la joie de son retour; que M. de Man- toue Tattendoit avec impatience y et qu'on lui avoit envoyé au-devant de lui un bateau pour s'embar- quer sur le Pô.. ' - De Plaisance il est allé droit à Mantoue; il y trouva M. de Mantoue y lequel même jour de son arrivée ; prît la peine de l'aller voir chez lui où il étoit couché y étant fort malade; il lui fit seule- ment des honnêtetés sur son incommodité ; deux jours après il retourna le voir y et lui demanda une copie de tout ce qu'il avoit fait en France , ce qu'il lui donna fort exactement y mais avec beaucoup de peine ; à cause de sa maladie. Ce même jour, il lui fît signer tous les originaux nécessaires pour que le traité fut entièrement achevé^ pour ce qui regarde la forme. Trois ou quatre jours après , ayaut reçu des avis du sieur Carbonini, qu'on le vouloit empoisonner, et que même il s'étoit ap- perçu qu'on lui avoit mis du poison dans une mé- decine qu'il avoit fait semblant d'avoir prise, ayant trouvé moyen de la jetter, ce qui lui avoit fait prendre la résolution , sous préte^^te de recouvrer ( ^^9 ) sa santé, de s'en aller à Padoue, ou il avolt éth-; porté tous les papiers originaux avec lui. Le a4 ou ^5 janvier y M. dé Mantoue passa par Padoue en allant à Venise , où il alla voir le sieur de Matthioli qui étoit malade , où il dit au sieur de Matthioli; qu'il n'a voit pas pU se dispenser de par* 1er de cette affaire à madame sa mère; que c'étoit une affaire qu'il falloit trouver moyen de rompre , parce qu'elle ne lui étoit point avantageuse. A quoi ledit Matthioli répondit plusieurs choses , mais^ entr'autres , qu'il avoit encore écrit tout nouvelle- ment à la cour; que tout étoit signé ^ quec'étoient des engagemens dont il ne lui étoit pas aisé de se départir. M. de Mantoue lui demanda ensuite les papiers originaux j à quoi il répondit qu'ils étoient serrés , et que ce lui seroit une grande incommo- dité de les aller chercher ^ étant aussi malade qu'il étoit; qu'il se rendroit le plus tôt qu'il pour- roit à Venise^ où il lui remettrait tout entre les mains. Il dit que le sieur Giuliani le vint trouver à Pa- doue^ de la part de M. de Mantoue^ pour lui don- ner avis que les inquisiteurs de l'état de Venise le faisoient chercher , et qu'il prît ses mesures là- dessus^ pour n'être pas pris avec les papiers y ce qui l'ohligea, les mêlant avec beaucoup d'autres^ de les mettre dans une autre maison que la sienne. Après avoir été trois semaines à Padoue ^ il est ( 24o) parti pour aller à Venise^ laissant les papiers ori- ginaux et ne les portant point avec lui. Il arriva malade à Venise; il se mit au lit en y arrivant ^ ou il demeura trois joui*s; ensuite il alla voir M. de Mantoue^ qui lui dit que l'abbé Frédéris, résident de l'Empereur, à Venise, sa voit toute l'affaire de Casai; à quoi ledit Ma tthioli répondit qu'il ne s'en étonnoit point, et qu'assurément madame sa mère, ayant tout su de lui-même, n'avoit eu aucune ré- serve sur ce sujet avec ledit abbé Frédéris. Il lui demanda ensuite les papiers originaux, lesquels il dit ne lui pouvoir donner, les ayant laissés à Pa- doue , sur l'avis que lui avoit donné Giuliani , de sa part, de prendre garde que les Vénitiens le faisant chercher, ne l'en pussent pas trouver chargé. M. de Mantoue lui dit qu'il falloit absolument rompre cette affaire ; à quoi il répondit qu'il prît bien garde à sa conduite à l'égard du roi ; qu'il étoit dans des engagemens à ne s'en pouvoir tirer qu'en manquant de parole, ce qui étoit bien dan> gercux avec un prince si puissant. M. de Mantoue l'obligea ensuite d'avoir une entrevue en tiers avec lui et l'abbé Frédéris, laquelle il eut dans la cham- bre d'un religieux de Saint-Georges; ils y furent masqua pour n'être point connus. M. de Mantoue dit au sieur de Matthioli : « Je vous laisse avec M. l'abbé Frédéris , avec lequel vous vous entre- tiendrez; il faudra faire tout ce qu'il vous dira. «Le- dit abbé Frédéris lui montra une copie du traité, 'ellûi parut gi particulièrement instruit, quil ne rit nulle apparence d'en pouvoir disconvenir. Ledit sieur abbé lui dit que c'étoit une affaire qu'il falioit rompre ^ que c'étoit la perte de l'Italie et de son maître même; et qu'il falioit absolument cbercheF les moyens de s'assurer que cela ne pût pas être; qu'il pouvoit s'attendre à de grandes reconnois- sances de la maison d' Autriche , s'il s'y conduisoit bien. Il confesse avoir paru entrer dans ses senti- menS; ne pouvant pas faire autrement; mais que demeurant maître des originaux , il a. toujours cru avec cela pouvoir achever l'affaire, ce qu'il pré- tendpit en celte manière. Le gouverneur de Casai étant de ses amis, il ne doutoit point qu'il ne lui fît faire tout ce qu'il vou- droit. Pour cet effet, il fît un paquet de quatre blancs, signés de M. de Mantoue, qu'il lui avoit fait signer à Mantoue lorsqu'il y arriva, et que ce prince étoit encore bien intentionné; que pour donner plus de foi au gouverneur de Casai , qu'il ne feroit rien, lui, sieur de Matthioii, qu'avec l'ordre de son maître, il lui avoit fait adresser ce paquet par un autre secrétaire de M. de Mantoue, que l'on nomme Magnus , qui a pour département le» affaires du Mont-Fer rat, lui disant : Voilà un paquet que Son Altesse m'a dit d'envoyer à Casai. Comme vous faites les affaires de ce pays-là, écri- vez une lettre au gouverneur de mettre à exécu- tion tout ce qui sera porté par ce paquet, ce qui 16 ( a42 ) }ui attiroit une entière confiance du gouverneur, lui faisant voir par-là qu'il ne lui demanderoit rien qu'il ne pût exécuter avec honneur; qu'il avoit fait partir de Venise^ deux oii trois jours après^ d'Asfeld^ pour arriver à-peu-près en même temps à Incréa ; où il auroit pris toutes les mesures avec ledit gouverneur pour consommer l'affaire. Interrogé pourquoi il agissoit avec cette sui*prise, puisqu'il éloit convenu dans l'entrevue que lui , M. de Pinchesne et d'Asfeld avoient eue ensemble, le 24 février^ que M. de Mantoue se rendroit le i5 mars à Casai ^ ce qui étoit bien une marque des bonnes intentions de son maître , dit : que son inaître étoit véritablement bien intentionné^ sur la crainte qu'il lui avoit donnée des ressentimens du roi; mais que^ connoissant l'incertitude de son es- prit^ il avoit voulu prendre ses mesures pour ache- ver Taffaire ; au cas qu'il ne fût pas venu à Casai. Interrogé pourquoi il ne faisoit pas cette confi- dence aux sieurs de Pinchesne et d'Asfeld^ a dit : n^avoir voulu découvrir l'intelligence entre lui et le gouverneur, et leur donner aucune incertitude sur cette affaire, qui leur en avoit peut-être fait suspendre l'exécution ; que lui la regardant comme sa fortime, s'il en venoit à bout, et que ne doutant point de l'événement par les mesures qu'il avoit prises, il vouloit éviter tout ce qui en pouvoit re- tarder l'exécution; que le sieur de Pinchesne peut ( 243 ) dire qae si lui^ sieur de Matthioli , ne lui a pas tou* jours répondu que l'affaire se feroit, ne lui en ayant cepiendant jamais voulu dire les moyens. Interrogé s'il n'a pas parlé de Paffaire de Casai avec quelques Vénitiens, a dit : qu'ils en étoient si informés^ qu'il a bien pu en causer avec quel- ques-uns sans façon, mais en leur disant que c'étoit une affaire rompue et manquée^ qu'il a vu le che- valier Cornaro, inquisiteur de l'état, seulement une fois, pour lui demander permission de porter des armes , M. de Mantoue le voulant faire assassiner pour mieux autoriser le désaveu qu'il faisoitdetout ce que lui , sieur de Matthioli , avoit fait en France, ce qui étoit une raison bien injuste de la part de son maître, pour le faire périr; que comme il étoit d'un esprit changeant, ses sentimens changeroient sur cela comme sur autre chose; qu'usant pendant quelque temps de précaution, il s'échapperoit à ce malheur ; laquelle permission lui fut promise, mais ne lui a point été donnée. Interrogé s'il n'a point parlé à Venise, à quelque partisan d'Espagne : a dit que non; qu'il en est parti le 28 février , deux jours après M. d'Asfeld , pour venir à Incréa. Interrogé s'il n'avoit rien su que le sieur d'As- feld diU être arrêté : il dit n'en avoir eu aucune connoissance ^ et n'avoir même pu savoir avec cer- titude sa détention qu'à BuffaCore, jusqu'où il est venu pour le rendeetYous d'Incréa, avec tous les pa- i6«. ( M4 ) piers nécessaires pour consommer Taffatre de Gasal^ qu'il avoit si bien caches dans une selle qu'on né les trouva point, quoiqu'il eût été fort exactement fouillé sur les frontières du Bressan et du Milanez; que, de BufTacore, il étoit retourné droit à Venise , ne doutant.de la prison d'Asfekl, par les nou« velles qu'il ^n avoit apprises; qu'il n'y avoit de- meuré que deux jours, pour informer M.- droit dans cette affaire. Interrogé s'il n'a pas su , par don Francisco^ la prison d'Asfeld: a dit que oui, jet (pie ledit Francis- co lui a dit qu'il avoitélé arrêté à Canonicque^^iV?,. à vingt-cinq milles de Milan, du côté de Ber- game, et que l'on* y. avoit attendu plus de quinze- jours. Interrogé s'il sait quels gens l'ont arrêté , il die ne le pa» savoir précisément , mais que don Fran- cisco lui a dit que c'étoient des gens de là part de M. Melgar, et que l'on en avoit mis sur plusieurs chemins pour ne le pas manquer. Don Francisco* lur a dît de plus ; qu'if étoit prisonnier au château- de Milan ^ qu'il y étoit fort honnêtement traité, et qu'il n'avoit été ni interrogé, ni troirv-é chsn-gé d'aucuns papiers. Interrogé s'il n'a donné à personne copiedu traité : a Juré aiBrmativement n'en avoir douriéà persouiie du monde, et que celles qui ont coupu n'oul^pu ( 246 ) venir d'autre part que de la mère de M. le duc de Mautoue, à qui se» fils avoit confié toute l'af- faire. n est Tenu de Padoue à Turin , sur la lettre de M. l'abbé d'Estrades^ pour se pratiquer une entre- vue avec le gouverneur de Casai, ce qu'il avoit fait , et avoit trouvé le gouverneur dans de bons sentimens pour contribuer à l'achèvement de cette affaire. Il est delà revenu à Turin, où M. l'abbé d'Estrades lui a persuadé une entrevue avec moi , dans laquelle je l'ai arrêté. Je mande cette .fin à Monseigneur , sommairement , parce que }e lui ai déjà mandé avec assez d'exactitude. A M. DE SAINT-MARS. Saint-Germain , ce )o may 1679. Vostre lettre du 10 de ce mois m'a esté rendue, je n'ay rien à ad jouter à ce que je vous ay mandé de la dui^té avec laquelle il faut traiter le nommé Lestang. A l'égard de l'homnie qui a mené M. de Riche- ( î'47 ) mont en Piedmont; vous pouvez le laisser aller^ après l'avoir satisfait honnêtement^ observant cle me mander ce que vous luy aurez donné. De Louvois (i). A M. DE LOUVOIS, Pigncrol , le 31 mai 1679. Je n'envoyé à Monseigneur que les réponses que le siem* de Lestang m'a faites sur les chefs qu'il m'a ordonné de l'interroger^ les interrogatoires précé- dents^ que j'ai pris la liberté de lui envoyer , l'in- formant de tous les autres, et généralement de tout ce que j'ai pu apprendre dudit sieur de Les- tang. C'est un homme dont la conduite est si mau- vaise, que l'on ne saurait répondre en rien pour lui sur tout ce qu'il 'dit; je le crois néanmoins de bonne foi sur l'envie qu'il fait paroi tre que les pa: plers originaux soient remis au pouvoir du roi. Il voit bien qu'il n'a que cette porte-là pour sortir (1) Archives du royaume , K. 139. ( 248 ) d^affàire; j'ai déjà mandé à Monsdgneor les moyeifil dont on se servoitpour les retirer: je suis autoi persuadé qu^il a des liaisons étroites avec le gou- verneur de Gisal; peut-être que la détention du sieur de Lestatig aura changé la situation de son esprit. Le sieur de Lestang m'a dit qu'à leur der^ nière entrevue proche Montcalvo, ledit gouver- neur le pressoit d'achever celte affaire, disant que Téloiguement de Texéculion en étoit dangereuse^ que les quatre blancs signés qui lui avoient été en- voyés, étoient suffisans, y écrivant ce qui conve- noit, pour que lui agit suivant des ordres ; qu'il ne fatloit que le faire aboucher avec quelque homme de confiance de la part du roi, avec lequel ilcon- viendroil de tout; il lui dit même que les égards qu'il avoit eus pour moi, lorsque je fus à Gàsal, n'étoient que parce qu'il me crut homme ayant part à celte affaire, quoique je m'e dise officier al- îatit à Terceille> et qu'à tout hasard il avoit voulu en user extraoîdinairement bien avec moi. Les- tang m'a dit avoir conté tout cela" exactement à M. l'abbé d^strades; je lui ai demandé pourquoi le gouverneur, étant de si bonne volonté, il avoit éludé une exécution prompte, qtri lui étoit pro- posée; il répond à cela qu'il s'étoit engagé par lettre à M. de Mantbue> d'être à Venise à l'As* cension, où il espéroit encore le pouvoir assez gou^ verner pour tirer un dernier consentement de lui. Qu'il seroit aussitôt reparti avec les originaux, el^ qu'ayant dëjà pris ses mesui-es avec les gouverùeuft de la ville et de la citadelle; c'étoit une affaire dont retsécution ne recevroit aucune difficulté; que Viïi- lardoy gouverneur du château^ étant de la faction espagnole, auroit pu' être un petit obstacle, mais que ce u'étoit pas une affaire, étant maître de la ville et de la citadelle. Je mande à Monseigneur tout ce que m^a dit cet homme-là, sans être sa caution. Je partirai le deuxième du mois prochain^ comme je me suis donné F honneur de mander â Mouseigneui*, si entre-ci et ce temps-là j'apprends que les papiei*s soient remis à M. de Pinchesne; Je suis avec tout le respect, etc. Si^né C. Interrogatoire fait au sieur de Lestafig^ le m mai 1679. Interrogé s'iï n'a pas Vu M. le Président Turki à son retour de FrancCT, a Ail : qu'if est vrai qu'it lui a dit qu'il y avoit un traité pour Casai , et qu'il* lui eh avoit même dit les conditions, mais qu'il né lui en a pu donner une copie juste, parce qu'il n'avoitpas les papiers qu il avoit envoyés de Lyon à ( 25o ) Plaisance, et adresses à un de ses amis nommé M.Ki- gueti-Cannevavi , chancelier général des postes, pour éviter de les avoir sur lui en traversant l'Italie. Interrogé pourquoi il faisoit cette confidence au sieur président Turki, dit : qu'il connoissoit le pré- sident depuis quatre ou cinq ans ; que dans le cours de la conversation, par indiscrétion et volubilité de langue, il s'étoit laissé aller à lui en trop dire. Interrogé sur ce que lui dit ledit sieur président, en apprenant de lui qu'il y avoit un traité pour Casai, dit : que M. Turki lui fit voir que cela alloit troubler toute l'Italie, et que cela y amèneroit la guerre; que ledit sieur président lui en dit plu- sieurs bonnes raisons . Interrogé pourquoi, lui, qui avoit l'honneur d'être le chef d'une si grande et belle négociation, l'a voit commencée sur le pied d'en traverser l'exé- cution, ainsi qu'il avoit dit à Turin, a dit : que ce n'a jamais été son dessein. Qu'il est bien vrai qu'il a dit au président Turki qu'il n'y avoit point d'ap- parence que ce traité s'exécutât , parce que cela de- pendoit de la paix, et que si. la guerre finissoit, il étoit persuadé que l'on n'en viendroit point à l'exé- cution. Ledit président, là-dessus, lui dit que la paix alloit assurément se faire ; mais , en tout cas , que s'il devoit arriver quelque changement à Casai , il souhaitoitplusqueles Français eu fussent maîtres que les Espagnols. Interrogé pourquoi il écrivoit de Venise et de ( =»5' ) Padoue si exactement audit président sur cetto af- faire , dit : que ledit président le pria en partant de Turin y de le faire , et de l'avertir exactement de tout ce qui seferoit touchant cette affaire; qu'en exécution de la promesse qu'il lui en avoit faite, il lui en avoit toujours rendu compte, mais sur le pied qu^elle ne se feroit point , la paix étant présente- ment faite, et l'affaire de Guastalle accommodée, ce qui étoit un des puissans moti& qui avoient poussé M. de Mantoue à se mettre sous la protec- tion du roi. Qu'il persuadoit exprès audit président que cette affaire ne se feroit point, pour quelesavis^ qu'il lui donnoit fussent conformes à ce qu'il di- aoit au duc de Mantoue même, et à l'abbé Fré- déris, résident de l'empereur à Venise, entrete- nant cette confiance dans l'esprit de tout le monde,* pour mieux venir à ses fins, et parvenir au dessein qu'il avoit de mettre les troupes du roi dans Casai, par l'intelligence qu'il avoit avec le gouverneur. Que ce dessein ne l'a pas quitté un moment, et que ce qui faisoit son crime, paroi troil un tour de la dernière habileté, si l'on *vient jamais à bien cpn- noître le fond de tout cela. Que l'opiniâtreté qu'il a eue à garder les originaux, et l'intelligence qu'il a avec le gouverneur de Casai, en est une vérité cons- tante; que s'il n'avoit pas eu une volonté bien as- surée de servir le roi, il n'auroit point gardé des papiers dont la conservation lui a attiré l'indigna^ tion de son maître, et l'a .même exposé à des périls ( 25a ) ivès p¥esflan$ de sa vie; et que TipteiHgencesecrèlis' avec M. le gouverneur^ lui étoit fort inutile^ .9'il> B^avoit eu un bon et fidèle dessein. Interrogé de ce que portoient les lettres qu'il re* eevoit du président, a dit : entr'autrés qu il en avoit reçu une par laquelle ledit sieur^résident luiman- doit qu'il l'amusoit de lui mander toujours que l'af- faire de Casai ne se feroit point ; qu'il étoit avancé des troupes dans des quartiers derrière Pignerol,. ce qui ne pou voit être à autre dessem. que pour l'afTaire de Casai. Interrogé sv le président Turki ne lui a point iait paroi tre d'envie que cette affaire manquât: a dit que non> et qu'il lui avoit toujours ténu là-des- sus des propos de conversation ,- lui- faisant néaB» moins paraître beaucoup de curiosité d'être infor- mé exactement de tout ce qui pourvoit re^garder cette affaire. Interrogé s'il a vu M. le marquis de Saint-Mau- rice: a dit que non. Interrogé par qui la cour de Savoie a pu être si particulièrement informée^ a dit rcpi'il faut que ce soit par le comte de' Juvenasque^ résident d'E»- pagne à cette cour, qui a grand coioamerce avec le père Bulgarinf , et que ledit Bûlgarini a tout su par la mère du duc de Mantoue. Interrogé pourquoi il a averti le comté Hev^ eules Viscomti , du départ de Venise du sieur d* As- ield, a dit : qu'il n'a eu aucun commerce avec lui<|. (253) qu'à son retour de Buflacore à Padoue^ après la dé- tention du sieur d'Asfeld , où don Francisco^ le fils naturel du comte Hercules Viscomti, Ta vu, et a eu le commerce avec lui , qu'il a avoué dans les premiers interrogatoires. Interrogé si les papiers originaux sont à Pa- doue, a dit affirmativement qu'oui, et qu'il est de bonne foi à ce qu'ils soient remis au roi , voyant bien qu'il n'y a que cette voie pour rectifier sa con- duite. Interrogé si en arrivant à Turin il n'a pas de- mandé à M. le pr^ident Turki , de parler à Ma- dame royale , ayant des affaires de grande consé- quence à lui communiquer; a dit que non, et n'avoir souhaité et demandé à parler qu'audit sieur président. Interrogé s'il n'a pas écrit de Padoue à Madame royale j qu'il lui fut envoyé un homme à qui il pût dire l'état de toutes choses , a dit affirmativement que non , et qu'il le diroit aussi librement, si cela éioit, que d'avouer qu'il a toujours eu sur cette af- faire commerce avec le président Turki , voulant Tamuser en lui mandant qu'elle ne réussiroit point. Son interrogatoire élude, mais ne détruit point tout ce qui a été dit de lui^ il fait servir d'un con- tinuel prétexte, aux intelligences qu'il a eues, qu'il a été obligé de les avoir pour amuser et pai*venir à faire l'affaire par surprise, se servant de l'intel- ligence qu'il avoit avec le gouverneur. ( 254 ) A M. DE SAINT- MARS. SainUGrermain , le aa may 1679. J'ay reçeu vostre dernière lettre sans date. Il faut tenir lo nommé Lestang dans la dure prison que je vous ay marquée par mes précédentes^ sans souffrir qu'il voye de médecin que lorsque vous connoistrez qu il en aura absolument besoin. L'on ne peut qu'approuver le projet que vous laites pour empescher que le sieur de Pressigny ne puisse avoir connoissance du séjour de M. de Riche- mont, auquel je vous prie de remettre la lettre cy- jointe. De Louvois (i). (1) Archives du royaume, K. 129. ( 255) A M. DE LOUVOIS. Pignerol , le 3 juin 1 679. Monseigneur; Les papiers originaux ont élë remis à Giuliani , qui les a portés à Venise ^ à M. de Pinchesne; qui consistent dans le traité que ledit Lestang a fait à la cour y signé de lui et de M. de Pomponne. Une instruction que l'on donna^ en partant de la cour^ audit Lestang; le plein pouvoir donné à M. de Pom- ponne de traiter avec lui^ qui est signé de la main de Monseigneur; une lettre de Sa Majesté à M. de Mantoue. Tous ces papiers étoient dans une botte qui avoit été portée dans un couvent de capucines. Giuliani a bien fait son devoir , et a si bien per* suadé le père dudit Lestang ^ qu'ils lui sont remis entre les mains avec confiance. La ratification de M. de Mantoue ne s'est point trouvée , quoique le sieur Lestang eût dit qu'elle y étoit : sur quoi je l'ai interrogé; mais prenant auparavant sur lui de grands avantages^ de paroles injurieuses, et ayant fait entrer des soldats comme prêts à lui donner la question ; ce qui lui donna une grande frayeur, et lui fît promettre de dire la vérité. Interrogé si M. de Mantoue avoit ratifié : a dit qu'il n'a jamais ( 256 ) -souscrit tous les articles; mais Lien qu'il a tiré de lui quatre blancs signés^ dont uaest $ur un blanc de deux feuilles , à la tête duquel il avoit écrit : Ratification du traité fait avec le roi très-chre'tien. Trois autres J>lancs signés; d'une feuille, desquels il se vouloit servir pour écrire de la part de son maître aux trois gouverneurs de la ville ^ citadelle et château, de recevoir les troupes du roi. — Inter- rogé où sont pr^ntement ces blancs signés ', a dit qu'ils sont entre les mains du gouverneur de Casai, auquel il les a envoyés dans le temps que d'Asfeld est parti de Venise. -^ Interrogé pourquoi il les a envoyés au gouverneur de Casai, en blanc : a dit les lui avoir fait tenir par une lettre de Magnus , secrétaire de M. de Mantoue, par laquelle il lui ctoit ordonné de faire, sans difficulté, tout ce qui lui seroit dit touchant l'exécution de ce que pour- roi t porter ce paquet.^ .«. que cela éloit en blanc, parce qu'il vouloit faire cette ratification sur celle du roi, ne sachant point, à ce -qu'il dit, comme cela devoit être dressé.— -Interrogé pourquoi, dans son premier interrogatoire, il avouoitque cette ra- tification étoit à Padoue : a répondu n'avoir point voulu dire devant Giuliani , pour ne lui faire cou- Roître en aucune manière qu'il eût intelligence avec le gouverneur; a dit n'avoir eu jamais d'autre ratification que celle-là; et que quelques maux que l'on lui fasse , il ne peut dire autre chose. Il ne m'a non plus rien dit de nouveau, touchant la pri^ y ( ^57 «sen d'Àsfeldy il dit n'en avoir d'autres connoissances ^ue celles^^ue j'ai déjà mandées à Monseigneur. J'ai pris congé de M. l'abbé d'^^trades, et nous sommes convenus de l'inutilité dont j'étois présen- tement ici; j'en partirai le six pour me rendre à la cour, comme Monseigneur me l'a ordonné, oà j 'aurai l'Jionneur de lui témoigner la vive^econnois- sance que f ai des grâces que Sa protection m'at- tire, et de la bonté avec laquelle il m'a mandé la «dernière qu^il m'a procurée. Je suis^ avec tout le respect qui vous est dû^ Monseigneur, Votre très-humble^ etc. À M. DE pomponne: '^nise , Je i*»»". juillet 1679, Monsieur, Pour répondre à la lettre qu'il vous a plu ie «n'écrire du 14 du mois passé, je me donnerai l'honneur de vous dire que , bien que je sache que »7 (a58) Giulianl a rendu des services. qui ont e'te' agréables au roi, et que je sois persuadé de sa fidélité et de son inclination pour la France, qui le peuvent rendre encore très utile à l'avenir, je ne puis m'empêcher de vous représenter que la récom- pense que M. Tabbé d'Estrades a voulu lui procu- rer ne lui convient pas, et je m'y sens d'autant plus obligé, que vous me faites l'honneur de me mander que Sa Majesté désire de recevoir de nouvelles in- formations sur ce qui le regarde. Je prendrai donc. Monsieur, la liberté de vous dire que c'est un petit gazetier , dans la boutique duquel on écrit des feuillets de nouvelles , parce que l'usage n'est pas ici de les imprimer j il y travaiiie lui-même, aussi bien qu'a copier pour le public, et il est à-peu- près en cette ville ce que sont à Paris les secré- taires de Saint-Innocent. Ainsi ce seroit une chose très mescéante que de donner le secrétariat d'une ambassade à un homme de cette profession, qui , d'ailleurs^ ne me paroît guère propre à soutenir di- gnement un tel employ. Il cesseroit mémedepouvoir donner des avis, dès qu'il seroit publiquement recon- nu attaché à la France , parce que les personnes avec qui il a commerce, ne le voudroient et ne l'ose- roient plus pratiquer. Mais comme c'est un furet qui va déterrer tout ce qui se passe , j'estime qu'il est nécessaire de fomenter son zèle par quelques gratifications qui pourroient être de /^o ou 5o pis- toles par an, ou telles qu'il plairoit à Sa Majesté. ( 259 ) Je crois même que cette récompense le touclieroit davantage , et le feroit agir avec la même chaleur qu il a fait jusqu'à présent dans les choses dont il se mêle. Varengeville (l)» A M. DE SAINT-MARS. Saint -Germam , le a5 juillet 1679. J'ay reçeu vostre lettre du i de ce mois. J'ay escritpar Tordinaire d'hier à M. de Kissan, que l'intention du roi est qu'il fasse ouvrir la porte de la citadelle de Pignerol, quand vous en aurez be- soin. Vous pouvez donner au sieur de Lestang du papier et de l'encre, par compte, pour mettre pat «scrit ce qu'il voudra dire , et puis me l'envoyer, et je vous feray sçavoir «i cela méritera quelque considération. De Louvois (2). (i) Archives des affaires étrangères. On a déjà va que Ya- rengerillc fut nommé À Tambassade de Venise, à la place de Tabbé d'Estrades. (2) Archires du royaume, K. 139. 17.. .•4- ( aCo ) A M. DE SAINT-MARS Saint-Gepmahi , ce 9i août 1679» A regard du siear de LestaDg, vous pouvez lui donner du papier tontes les fois qu'il voudra escrire^ et après me l'envoyer. De Louvois (i). A M. DE LOUVOIS. Pign«rol , le a4 (érner 1680. Le sieur de Lestang j qui est depuis près d'un an à ma garde ^ se plaint de ce que Ton ne le traite (1) Extrait à^une. lettre qui sera imprimée dans Touyrage iiHitiilé : les Philosophes et les gens de lettres d la Bastille ( Archives du royaame,K,. 139.) C =^61 ) ^as en homme de sa qualité et ministre d'un grand prince. Cependant , je suis les commandemens de Monseigneur, sur ce sujet, au pied de la lettre , ainsi qu'en toutes choses ; je croîs que la cervelle lui a. tourné par les discours qu'il m'a tenus, me di- sant qu'il parie tous les jour» à Dieu et' à ses anges; qu'ils lui ont appris la mort de M. le duc de Man- toue et de M. le duc de Lorraine; et pour vérifier sa folie ^ c^est qu'il dit qu'il a l'honneur d'être pro- che parent du roi, à qui il veut écrire et se plain- dre du traitement que je lui fais. Je ne lui ai point voulu donner du papier ni de l'encre pour cela, ne- le voyant pas dans son hon sens. Je suis, etl;. De Saiht-Mars.. Â. M. DE SAINT-MARS; Saint-Germain', ce lo juUlct 168Ô». J'ay reçeu , avec vostre leltre du 4 de ce mois-, ce qui y estoit joint, dont je feray l'usage que je dois. Il suiïiva de faire confesser une fois l'anntV les kabitans de la tour d'en bas. v> ( 2fo ) A Tesgard du sieur de Lestang , j'admire vostre patience y et que vous attendiez un ordre pour trai- ter un fripon comme il le mérite ^ quand il vous* manque de rfôpect^ Mandez-moi comment il est possible que le nom- mé Eustache ayl fai* ce que vous m'avez envoyé, et où il a pris les drogues nécessaires pour le taire, ne* pouvant croire que vous les luy ayez fournies. De Lo,uveis (j). A M. DE SAINT-MARS^. Philippeville , le 16 août i6S&. J'ay veu , par vostre lettre du 7 de ce mois , la proposition que vous faites de mettre le sieur de Lestang avec le jacobin pour éviter Tentretien de deuK aumosniers. Le roy approuve ce que vouS' projetez sur cela, et vous n'avez qu'à l'exécuter. De Louvois (2). (1) Arcliivci du royaume, K. 13g. ( 2G3 ) A M. DE LOUVOIS. 7 Se[ftembre i6So, Depuis que Monseigneur m'a permis de maître Matlhioli avec le jacobin dans la lour d'en bas , le- dit Mallhioli a été quatre ou cinq jours à croire que le jacobin éloit un homme qu€ j'avois mis avec lui pour prendre garde h ses actions. Matthioli^ qui est presque aussi fou que le jacobmv^ ge promenoic à grands pas, son manteau sur le nez, en disant qu'il n'étoit pas un dupe^ qu'il en savoit plus qu'il n'en vouloit dire. Le jacobin , qui est toujours assis sur son grabat, appuyé les deux coudes sur ses ge- noux, le regardoit gravement sans l'écouter. Le signorMatthioli étant toujours persuadé que c'éloit un espion qu'on lui avoit donné, fut désabusé , lorsque le jacobin un jour descendit de son lit tout nud , et se mit à prêcher tant qu'il pouvoit des choses sans rime et sans raison. Moi et mes lieute- nans avons vu toutes leurs manoeuvres par un trouî^ au-dessus de la porte. De SAiNT-MiRSr- .* 9^ S 4 ' ( 264 ) A M. DE L0trV0I5. Du 9 octobre iGfifô:- II me r€ste à rendre compte à Monseigneur d'une Iiague que le sieur Matlîioly {sic) a donnée à Blaiii^- yiHiers, le pour le logement des deux prisonniers de la tour - ■ - ■ (i) Colbert, marquis' de Groissy, remplaça M. dePompoiine- «B^ Dovemlne 167g. Il était frère du, grand Colberti 'ta d'en-bas, qui sont, je crois, les seuls que Sa Majesté fera transférer à Exiles. Envoyez-moi un mémoire de tous les prisonniers dont vous estes chargé, et marquez-moy, à costé, ce que tous savez des raisons pour lesquelles ils sont ar restés. A Tesgard des deux de 1^ tour d'en-bas, vous Bravez qu à les marquer de ce nom, sans y mettre autre chose. Le roy s'attend que, pendant le peu de temps que vous serez absent de la citadelle de Pignerol, pour aller avec le sieur du Channoy à Exiles, vous mettrez un tel ordre à la garde de vos pri- sonniers qu'il n'en puisse mésarriver d'aucun , et -qu'ils n'auront pas plus de commerce avec qui que ce soit, qu'ils en ont eu depuis que vous eu estes chargé. De Louvois (i). A M. DE SAINT-MARS. Versailles , le 9 juin 1681. Je vous adresse les provisions de gouverneur d'Exilés, que le roy a trouvé bon de vous faire (1) Archives du rojaumei K. 139. ( 270 ) expédier. L'intention de Sa Majesté est qu aussitost que Iç lieu que vous aurez jugé propre audit Exiles pour garder seurement les deux prisonniers de la tour d'en-bas, sera en estât de les recevoir, vous les fassiez sortir de la citadelle de Piguerol dans une litière, et les y fassiez conduire soua rèscorle de vostre compagnie, pour la marche de" laquelle les ordres sont cy-joints ^ et aussitost après le despart desdits prisonniers, Tintention de Sa Majesté est que vous alliez audit Exiles pour prendre posses- sion du gouvernement et y faire , à l'avenir^ vostre résidence. Et parce que Sa Majesté ne désire pas que le reste des prisonniers qui estoient à vostre garde , lesquels doivent rester dans la, citadelle de Pigne- rol, demeurent sous celle dW capitaine de batail* Ion , qui peut changer de jour en jour, je vous adresse un ordre du roy pour faire reconnoistre le sieur de Villehois en qualité de commandant dans ladite citadelle de Pignerol, jusques au retour de M. de Rissan , ou à l'arrivée de celuy que Sa Ma- jesté commettra pour commander dans ladite cita- delle. En cas que la sanlé dudit sieur de Rissan ne kiy permette pas d'y revenir, vous en avertirez s'il vous plaist ledit sieur de Villehois, auquel le sieur du Channoy a ordre de faire payer deux escus par jour, pour la nourriture de ces trois prison- niers. Vous verrez , par les ordres du roy ci-joints , ■V (=^7ï ) que vostre compagnie doit estre réduite à qua- rante-cinq hommes , à commencer du" quinziesme de ce mois, et par Testât qui les accompagne, le pied sur lequel elle doit estre payée, aussy bien que ce que le roy vous a ordonné pour la subsis- tance des susdits deux prisonniers, que Sa Majesté s'attend que vous garderez avec la mesme exacti- tude que vous avez fait jusques à présent. Ainsy, il ne me reste qu^à vous recommander de me donner de temps en temps de leurs nouvelles. A l'esgard des hardes que vous avez au sieur Mat- ihioli , vous n'avez qu'à les faire porter à Exiles pour les luy pouvoir rendre, si jamais Sa Majesté dordonnoit qu'il fût mis en liberté. Vous recevrez ces ordres-là au premier jour. De Louvois (i). A M. DE SAINT-MARS. Versailles, ce ii juin i68r. J'ay rendu compte au roy de vostre lettre du dernier du. mois passé, el du mémoire des rcpara- (i) Archives du royaume, K. I'jq. ( a?» ) lions à faire à la tour d'Exilés, que vous jugez pro* pre à mettre les prisonniers que Sa Majesté laisse à vostre garde. Le roy a trouvé bon de vous ac- corder mille escuS; tant pour lesdites réparations que pour celles que vous jugerez à propos de faire à vostre logement; à quoy, moyennant cela, vous prendrez soin de faire travailler incessamment, comme si cette despense se faisoit à vos despens ; et lorsque la prison sera en estât, l'intention de Sa Majesté est que vous y transfériez lesdits deux pri- sonniers, conformément à ce que je vous ay mandé par ma dernière lettre, et qu'en conséquence d'i- celle , et de l'ordre qui y estoit joint , vous remet- tiez en ce temps -là au sieiir de Yillebois le com- mandement de la citadelle de PigneroL De Louvois (i). A M. DE SAINT- MARS. Versailles , ce 9 juillet 1681.' J'ay reçeu vostre lettre du 2g du mois passé. Vous pouvez faire faire à Exiles les portes dont (1) Archives du royaume, K. 129. ( 273 ) VOUS avez besoin pour la seurete' de vos prison- niers^ sans vous charger d'y en faire transporter de Pigncrol. Tescris au pore de Lachaise; pour le bénéfice que vous demandez au roy pour un de vos enfans , au(|uel je souhaite que Sa Majesté l'accorde. De Louvois (i). A LOUVOIS. ^ De Pignerol, le la juillet i68r, au moment d^aller à Exiles. Pour que l'on ne voie point les prisonniers ( à Exiles ) , ils ne sortiront point de leur chambre pour entendre la messe; et pour les tenir en plus grande sûreté, l'un de mes lieutenants couchera au- dessus d'eux, et il y aura deux sentinelles jour et nuit qui verront tout le toiir de la tour, sans qu'eux et les prisonniers se puissent voir ni parler, ni pas même entendre; ce seront des soldats de ma compagnie qui seront toujours posés en faction aux (i) ArchÎTes du royaume, K. lag. i8 (^74) prisonniers. Il n'y a qu'un confesseur qui m'inquiète un peu; mais si Monseigneur le juge à propos, je leur donnerai le curé d'Exilés , qui est un homme de bien et fort vieux, auquel je lui pourrai dé- fendre^ de la part de Sa Majesté, de ne point sça- voir quels sont ces prisonniers-là , ni leurs noms^ et ce qu'ils ont été, et de ne parler jamais d'eux en nulle manière du monde, ni de recevoir de vive voix, ni par écrit, aucunes communications ni billets. Je suis, etc. De Saint-Mars. A M. DE SAINT-MARS. Venaillei, ce 92 juillet 1681. J'ai reçea voslre lettre du i a de ce mois^ par la- quelle je voys que les réparations que vous faites faire à Exiles ne vous permettront pas de partir de Pignerol avant la fin du mois prochain; comme le service du roy pourra requérir que vous y demeu- riez encore tout le mois suivant, il sera bon que vous diligentiez assez peu lesdites réparations ( *75 ) d'Exilés pour que vous ayez prétexte de ne partir de Pignerol que vers les premiers jours du mois d'octobre, observant de vous conduire de manière qu'il ne paroisse point d'affectation au séjour que vous y ferez. Je vais faire expédier l'ordonnance nécessaire poui- le remboursement de la dépense que vous avez faite pour vos prisonniers, et vous la recevrez au premier jour. Vous trouverez ci-joint un paquet pour M» de Pianesse, que je vous conjure de lui faire rendre seurement. De Louvois (i). . A M. DE SAINT-MARS. Fontainebleau, ce 3 aoust 1681. Vostre lettre du 23 du mois passé m'a esté ren- due. Le roy trouve bon que vous alliez voir M. le marquis de Pianesse à sa maison de campagne, et faire un tour à Turin, si vous le désirez, pourveu (a) Archives du royaume, K. lag. (.76) qae vous ne découchiez pas plus d'une nuict de suite de la citadelle de Pignerol. A Tesgard du voyage d'Exilés ^ et du congé que vous demandez pour le sieur Tourtebat^ que vous souhaitteriez mener avec vous, vous aurez veu par mes précé- dentes que l'intention du roy n'est pas que vous y alliez. De Louvois (t). A M. DE SAINT-MARS. FoBtainebleau , le i3 août 1G81. Le roy ayant ordonné à M. de Catinat de se rendre au premier jour à Pignerol, pour la mesme affaire qui l'y avoit mené au commencement de Tannée 1679 (2), je vous fais ces lignes par ordre (1) Archives du -royaume, K. 129. (s) On sait que le duc de Mantoué vendit Csisal au roi de France en 1681. Cette forteresse fut rendue, démantelée, en 1 695 , ayant été prise par les aUiés. Les Français la re* prirent et ta fortifièrent de umiTeau , mais ieroi de Sardaigne s'en rendit maître en 1706^ etc. ( a?? ) de Sa Majesté y pour vous en donner ad vis afin que vous lui prépariez un logement dans lequel il puisse demeurer caché pendant trois semaines ou un mois; et aussy pour vous dire que lorsqu'il vous en- voyera advertir qu'il serat arrivé au lieu où vous l'allastes trouver en ladite année 1679^ l'intention d^ Sa Majesté est qi^ vous l'y alliez p^en^rci et le conduisiez dans le donjon de la citadelle dudit Pi- gnerply avec toutes les précautions pécessaireçpovT que personne ne sachç qu'il soit avec yoiis. ^e na vous recomn^ande poin^de l'ayder 4e vos gep^i de vos chevaux e| des voitures dont il pourra avoir besoin 7 ne doutant pas que vous ne fassiez avec plaisir y sur cela, ce qu'il vous demandera. Si d'ici à son arrivée on vous adressoit de Pié- mont ou d'Italie quelque paquet pour luy ^ vous le garderiez; s'il vous plaist; pour le luy remettre. De Lovvois (i). (1) Archives du royaume, K. lag. . * *. f V, (278) A M. DE SAINT.MARS. FontaineMeau , ce a3 aonst i68j, J'ay receu vostre lettre du 1 3 de ce mois^ qui ne désire de response que pour vous dire que j'ay donné ordre que Ton envoyast un commis françois pour avoir la direction du bureau de la poste de Pignerol; moyennant quoi l'on sera assuré qu'il ne se commettra plus d'abus à Tesgard des lettres. De Loyvois (1). AU MEME, Fontainebleau , ce 3o septembre x68i. Ce mot est seulement poui- accuser la réceptioq de vostre lettre du 16 de ce mois. Le roy ne trou- vera point mauvais que vous alliez voir de temps en temps le dernier prisonnier que vous avez entre ^ (i) Archives dujoyaume, K. 129. (^79)' les mains y lorsqu'il sera estably dans sa nouvelle prison ^ et dès qu'il sera parti de celle où vous le tenez j Sa Majesté désire que vous exécutiez Tordre qu elle vous a envoyé pour vostre establissement à Exiles. Je vous prie de rendre le paquet cy-joint en mains propres à M. de Richemont (i). De Louvois {2), A M. DE LOUVOIS. D^ExileSy le 11 mars 168a. MONSEIGNEUR; J'ai reçu celle qu'il vous a plu me faire l'hon- neur de m'écrire le 27 du passé ^ par laquelle vous me mandez ^ Monseigneur, qu'il est impor- tant que mes deux prisonniers n'aient aucun com- merce. Depuis le commencement que Monsei- gneur m'a fait ce commandement-là , j'ai gardé ces (1) Ce nom veut dire M. de Catinat, que je tenais pour lors enfermé à Pignerol. (Note de la main de Saint-Mars. ] (a) Ârchiyef du royaume , K. 1 99. 'i < 280 ) deux prisonniers, qui sont k ma garde (i)^ aussi se* vèrement et exactement que j'ai fait autrefois MM. Foucquet et Lauzun, lequel ne se peut pas Tanter d'avoir donné ni reçu des nouvelles , tant qu'il a été enfermé. Ceux-ci peuvent eniendrc par- ler le monde qui passe au chemin qui est au bas de la tour où ils sont ; mais euX; quand ils voudroient; ne sauroient se faire entendre; ils peuvent voir les personnes qui seroient sur la montagne qui est de- vant leurs fenêtres^ mais on ne sauroit les voir^ à cause des grilles qui sontau-dçvant de leurs cham- bres. J'ai deux sentinelles de ma compagnie nuit et jour des deux côtés de la tour, d'une dislance rai- sou nable^ qui voient obliquement la fenêtre des prisonniers. Il leur est consigné d'entendre si per- sonne ne leur parle, et s'ils ne crient point par leurs fenêtres, et de faire marcher les passans qui s'ar- rêleroient dans le chemin ou sur le penchant de la montagne. Ma chambre étant jointe à la tour, qui n'a d'autre vue que du côté de ce chemin, fait que j'entends et vois tout, et même mes deux senti- nelles , qui sont toujours alertes par' ce moyen-là. Pour le dedans de la tour, je l'ai fait séparer d'une maiiière où le prêtre qui leur dit la messe ne les peut voir , à cause d'un tambour que j'ai fait faire, qui couvre leurs doubles portes. Les domestiques (i) Dç Lestapg ou Mfitihioli; et le Dominicain ou Jacobin* ( 28i ) qui leur portent à manger^ mettent ce qui fait de besoin aux prisonniers, sur une table qui est là> et nion lieutenant le prend et le porte. Personne ne leur parle que moi, mon officier, M. Vigneron ( le confesseur), et un médecin qui est de Pragelas, à six lieues d*ici , et en ma présence. Pour leur linge et autres nécessités, mêmes précautions que je lai- sois pour mes prisonniers du passé. Je suis, etc. De Saint-Mars. AU MINISTRE. b^Exiles, le aS décembre i685. Mes prisonniers sont toujours malades et dans les remèdes^ du reste, ils sont dans une grande quiétude* De Saint-Mars. ..- % ■" * *ri^ .V .1 ( 28a ) A M. DE LOUVOIS. D^Exiles, le ao janvier 1687. Monseigneur j Je suis pénétré de la nouvelle grâce que je viens de recevoir de Sa Majesté (le gouvernement des îles Sainte-Marguerite ). Si vous m'ordonnez d'y aller dans peu, je vous supplie de permettre que ce soit par le Piémont y à cause de la grande quantité de neige qu'il y a d'ici à Embrun } et à mon retour y qui sera le plus prompt que faire se pourra , de trouver bon que j'aille y en chemin faisant; pren- dre congé de M. le duc de Savoye, de qui j'ai tou- jours reçu mille honneurs. Je donnerai si bien mes ordres y pour la garde de mon prisonnier ^ que je puis bien vous en répondre , Monseigneur ^ pour son entière sûreté y et même pour l'entretien que j'ai toujours empêché d'avoir avec mon lieutenant, à qui j'ai défendu de lui jamais parler, ce qui s'exé- cute ponctuellement. Si je le mène aux îles, je crois que la plus sûre voiture seroit une chaise, couverte de toile cirée , de manière qu'il auroit assez d'air, sans que personne le pût [voir ni lui parler pendant la route, pas même mes soldats que ( 283 ) je clioîsirois pour être proches de la chaise , qui seroit moins emhairassante qu'une litière qui peut souvent se rompre. Je suiS; etc. De Saint-Mars. At MINISTRE. Des 1»s Sainte-Marguerite , le a3 mars 1687. Il y a trente jars que je suis arrivé ici; j'en ai passé vingt-six 11 lit , avec une fièvre continue. J'ai tant pris dquinquina en poudre , que depuis trois jours je su sans fièvre. J'ai envoyé prendre ma litière à Tdon , pour partir d'ici* le 26 du courant; et j'eère d'être à Exiles en huit jours, par la route dmhrun et de Briançon. Dès que j'aurai reçu l'inneur de vos commandemenS; Monseigneur, jme remettrai en marche avec mon prisonnier jue je vous promets de conduire ici en toute sùré, sans que personne le voie ni lui puisse parleiJe ne lui ferai point entendre la ( ^86 ) JOURNAL DE DUJONCA, Lieutenant de roi de la Bastille ;/oi/rfta/ écrit tout entier de sa main^ et dont la première publicité est due au père Henri Griâet , puis à Sainte- Foix (i). <( Jeudi y i8 septembre 16^^ à trois heures après midi; M. de Saint-Mars y gouverneur de la Bastille; est arrivé, pour sa première entrée, ve- nant des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat , ayant amené avec lui, dans sa diligence, un ancien prisonnier qu'il avoit à Pignerol, dont le nom ne se dit pas^ lequel on fait tenir toujours masqué, et qui fut d'abord mis dans k tour de la Basinière en attendant la nuit, et que je conduisis ensuite moi-même, sur les neuf heures du soir, dans la troisième chambre de la tour de la Bertaudière; laquelle chambre j'avois eu soin de faire meubler de toutes choses avant son arrivée, en ayant reçu Tordre de M. de Saint-Mars En le conduisant dans ladite chambre , j'étois accompagné du sieur Rosarges, que M. de Saint-Mars avoit (i)T. 5, p. 273. * é . ( 287 ) aussi amené avec lui ^ et lequel étoit 'chargé de servir et de soigner ledit prisonnier^ qui étoit nourri par le gouverneur. » Dans Touvrage intitulé : la Bastille dévoilée , il est dit (page 27^ 9e. livraison) qu'on a soustrait du registre de la Bastille avec beaucoup de soin, \e folio 120, qui correspondait à l'année 1698; mais qu'une feuille ^ divisée en colonnes^ imprimée et communiquée par M. Duval^ secrétaire de la po- lice ^ confirme le journal de Dujonca , et porte les paroles : Noms et qualités des prisonniers. « Ancien prisonnier de Pignerol , obligé de por- ter toujours un masque de velours noir^ dont on n'a jamais sçu le nom ni les qualités. » Daiesde leurs entrées, « 18 Septembre 1698^ à 3 heures après midi.» Tome . . . Page . . . « Dujonca, volume 37. » Motif de la détention. « On ne l'a jamais sçu. » t. ( ^88 ) . Observations. o C'est le fameux homme au masque , que per- sonne n'a jamais su ni connu. » - « Nota. Ce prisonnier a été amené à la Baslille par M. de Saint-Mars , dans sa litière , lorsqu'il est venu prendre possession du gouvernement de la Bastille y venant de son gouvernement des îles de Sainte-Marguerite et Honorât , et qu'il a voit ci-de- vant à Pignerol. » Ce prisonnier ëtoit traité avec une grande dis- tinction de M. le gouverneur, et n'étoit vu que de lui et de M. de Rosarges, major du château ^ qui seul en avoit soin. » V Le même journal de Dujonca annonce la mort du prisonnier en ces termes : a Du lundi 19 novembre 17 o3^ le prisonnier in- connu y toujours masqué d'un masque de velours noir, que M. de Saint-Mars avoit amené i^vec lui, venant des îles Sainte-Marguerite y et qu'ail gardoit depuis long-temps , s'étant trouvé hier un peu plus mal, en sortant de la messe y est mort aujourd'hui sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie, il ne se peut pas moins. M. Girault^ notre aumônier, le confessa hier; surpris de la mort, il n'a pu recevoir ses sacremens, et notre aumônier Ta exhorté un moment avant que de • * ( =89 ) TrtouTÎr. il fut enterré le mardi, 20 novembre, k <[uatre heures après midi, dans le cimetière de Saint-Paul, notre paroisse î] son enterrement coûta 4© livres. » Nous avons donné l'extrait mortuaire dans Fou- vragc (i). Mais voici ce que portait la feuille du major Chevalier (2), Date de la mort, « Le 19 novembre t^o3.» Tome . . ., pcLgG , . . « Dujonca^ vol. 80. » Observations, a Mort le 19 novembre 1703, âge de 45 ans ou environ j enterré à Saint-Paul, le lendemain, à 4 heures après midi; sous le nom de Marchiali, en présence de M. de Rosarges^ major du château^ €t de M. Reilh, chirurgien-major de la Bastille ^ qui ont signé sur les registres extraits mortuaires (1) Page 70. (3) L^extrait mortuaix'c ctail en tout semblable à celui qui fie trouvait en 17S5, chez M. u^melot, ancien minisire de la maison du roi, à qui C^cv/i/iVîr Tavait communiqué. Le sa- vant M. Vanpraet eu prit également connaissance. ï9 ( 290 ) de Saint-Paul. Son enterrement a coûté quarante livres. » Ce prisonnier a resté à la Bastille 5 années et 62 jours, non compris le jour de son enterrement. » Nota, Il n'a point été malade que quelques heures, mort comme subitement^ il a été enseveli dans un linceul de toile neuve ^ et généralement tout ce qui s'est trouvé dans sa chambre a été brûlé, comme son lit tout entier^ y compris les matelas, tables , chaises et autres ustensiles, ré- duits eu poudre et en cendres, et jettes dans les lat- trines. Le reste a été fondu, comme argenterie, cuivre, étain. Ce prisonnier étoit logé à la troi- sième chambre de la tour Bertaudière^ laquelle chambre a été regrattée et piquée jusqu'au vif dans la pierre, et reblanchie de neuf de bout à fond. Les portes et fenêtres ont été brûlées comme le reste. » Il est à remarquer que dans le nom de Mur- chiali que l'on lui a donné sur le registre mor- tuaire de Saint-Paul, on y trouve lettres pour lettres ces deux mots, l'un latin, l'autre françois : Rie amiral , c'est l'amiral (i). » Sainte-Foix avoit déjà rapporté presque toutes ces circonstances. (0 Voyez la Bastille déi^oilée^ IX*". livraison, page» 33 et suivantes. ( 291 ) NOMINATION DU P. GRIFFET. A M. DE LA.UNEY, Capitaine et Gouverneur de mon château de la Bastille. M. de Launey , je vous fais cette lettre pour vous dire qu'ayant fait choix du pcre GrifFet, de la compagnie de Jésus , au lieu du feu P. Couvri- gny, pour confesser les prisonniers qui sont par mes ordres dans mon château de la Bastille; mon intention est que vous donniez vos ordres pour qu'il puisse y entrer librement lorsqu'il sera requis pour faire ses fonctions. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, Mons. de Launey^ en sa ste. garde. Écrit à Yersaillci , ce i3 décembre 174^* LoTJis. Plus bas. PhELY PEAUX. ( 292 ) Lettre aux auteurs du Journal encyclopé- dique, au sujet de V Homme au Masquix de Fer. (c Messieurs ^ » Depuis l'anecdote de riiomme au masque de fer, que nous a doune'e M. de Yoltaire, daus sou Siècle de Louis XIV y j'ai toujours été 1res cu- rieux de chercher à découvrir quel pou voit cire ce prisonnier; mais toutes mes recherches ne m'avoient jusqu'ici rien donné qui pût me contenter; le hasard vient de me faire trouver une feuille détachée d'un ouvrage qui a pour litre : Histoire abrégée de V Europe j pour le mois d'août 1 687 , imprimée la même année à Leide, chez Claude Jordan, A l'article Mautouc, j'ai lu la lettre dont j.'ai l'honneur de vous envoyer copie, traduite de l'italien. Il parait que ce secré- taire do M. le duc de Mantoue, dont il est ques- tion, pourroit bien être cet homme au masque de fer , transfcr(î de Pigoerol aux. îles Sainte-Margue- ritc, et de là à la Bastille en 1G90, lorsque M. de Saint-Mars en eut le gouvernement. Je le croirois d'autant plus, que, comme dit M. de Voltaire, et tous ceux qui ont fait des recherches à ce sujet, il ( 293 ) n'est disparu