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Les uns (i) ont couvert de ce masque Louis de Bourbon y comte de f^^rmandois^ grand amiral de France (a), ou le duo de i '■ (i) Principalement le père GHflet. (2) Fils naturel de Louis XIY et de M«^. de la Valière. /• (6) Beaufort (i); les autres l'ont donne au duc de Montmouth (a) , ou bien à Fouc- quel ; et de plus hardis encore n^ont pas craint d'avancer que c'était un fils à! Anne et Autriche et de Mazarin, oubliant que, par le rapprochement et la combinaison des dates et des faits ^ ce prisonnier ne pou- vait être aucun 4es illustres personnages de la cour brillante du grand roi , qui a ré- pandu sur son règne un éclat que ses enne- mis ne parviendront jamais à ternir, et bien moins encore son frère aîné, ni le fruit de l'amour prétendu du duc de Buckiligham pour la reine (3). , (i) La Grange-Chancel. Le dac de Beaufort était fils de César de Vendôme et petit-fils de Henri lY et de Gabrielle d'Estrées. (2) Fils naturel de Charles II, roi d'Angleterre, et de Lucie Walthers. C'est Saint-Foix qui a ima- gine que c'était le duc de Montmouth. (3) Comment a-t-on pu écrire que le prétendu frère aîné de Louis XIY naquit au plus tard en 1 63'] y et qu'il eut pour père le duc de Buckingkam, qui fut assassiné à Fortsmouth d'un coup de cou- ( 7 ) Si ropinioD publique est encore flottante à travers cette foule de suppositions émises au hasard^ et non moins absurdes les unes que les autres ; si personne n^a atteint le véritable but j si aucun écrivain n'est par* venu à répandre la lumière sur cette partie aussi curieuse qu'intéressante de nos an-* ûales^ je viens avec les preuves authenti* ques^ qui seules doivent guider la plume d^un bistorien^ détruire les erreurs propa- gées pendant si long-temps j et montrer en- fin aux yeux du lecteur le prisonnier in- connu et les causes secrètes de sa longue captivité. Sans doute^ il est bien étonnant que l'his- torien de Louis XIV^ de Gbarles XII et de Piérre-Ie-Grand^ qui nous a rendus si dif- ficiles sur les productions des autres par ce teau , par un gentilhomme écossais nommé Felton , le 3 septembre 1628? Il est bien clair que ce duc ne put être père en France ni ailleurs en i636 ou 1637; mais chaque historien fait sa conjecture et la donne hardiment pour la vàrité» (8) coloris brillant et celte magie séduisante qui caractérisent la plupart de ses ouvrages, n'ait point pensé que le prisonnier ne pou- vait être qu'une innocente ou coupable victime de la politique; alors il aurait. puisé dans les archives du gouvernement qui ren- fermaient les secrets de notre vieille diplcj- matie, et par la correspondance ministé- rielle il serait arrivé à la solution du pro- blème^ et aurait fait jaillir le mot de Ténigme historique. H est vrai que le philosophe de Fernej est le seul qui raconte le fait sans rien affirmer sur le personnage, et que les dépôts Uttéraires qui renfermaient ces do- cumens furent long-temps d'un accès dif- ficile; aussi n'est-ce. peut-être qu'à la li- berté qu'on m'a donnée d'y pénétrer, que je dois les matériaux qui m'ont mis à même de dévoiler le secret, si vainement cherché, de Yhomme au masque dont je vais tracer riûstoire (i). L (i) Je m'estima bcureux de pouvoii* exprimer ici (9) Mais pour démontrer^ avant d'entrer en matière, que le prisonnier ne fut ni le duc de Beaufort, ni Montmouth^ ni aucun de ces hommes qui réveillent dans les cœurs de si grands souvenirs, passons d'abord en revue tous ces illustres personnages , pour écarter sans retour les fausses idées que les divers écrivains ont émises sans preuves, ce qui suffît déjà pour ôter toute confiance dans leurs narrations conjecturales; et dis- cernons la vérité à travers le voile mystérieux dont le temps Fa couverte. La détention de Foucquet et celle de Lauzwi sont connues aujourd'hui ainsi que leur mort (i). La fin du comte de Ver^ mandois est fixée au i8 novembre i683. Il fut inhumé dans Téglise cathédrale d' Ar- ma reconnaissance à M. le comte d'Hauterlve; pour ]a grâce qu'il a bien voulu metlre à me communi- quer des pièces relatives à cette histoire. (i) FiJ(yez l'ouvrage intitulé : 'f^es Philosophes et les gens de lettres des xvu®. et xviii^. siècles à la Bastille; t. 1er. (lO ) ras le 25 (i)^ et tout le monde sait que lorsqu'on annonça cette nouvelle à madame de la Yalière , sœur Louise de la Miséri- eorde s'écria : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort (2). d (1) Louis XIV désira que le comte de Verman- dois fût inhume au milieu du chœur de cette égh'se,. parce qu'en 1600 on avait découvert qjj! ÉUscïbein) comtesse de Vermandoisj femm.eie Philippe d'Al- sace, comte de Flandres, y avait été enterrée en ii8îi. (2) Cependant plusieurs écrivains n'ont pas craint d'avancer que sa niort fut simulée; qu'un morceau de bois fut mis dsuis le cercueil à sa place ^ et que pendant que l'on conduisait ma jestueusement au tom- beau le simulacre du prince, une vigilante escorte le menait y plein de santé , à l'exil qui lui était pré- paré. Comment peut-on écrire de semblables ab- surdités! Louis XIV donna, le 28 janvier 1684, 10,000 liv* pour la fondation d'un obit à perpé- tuité dans l'église d'Arras , |K)ur le repos de l'âme de ce comte. En 1687, il donna ^u chapitre un or- nement complet de velours noir et de moire d'ar- gent, etc., etc. Ce grand roi aurait-il soulSert et ordonné un service annuel pour un homme vi- vant ? - ( II ) Aucun historien de bonne foi n'a révo- qué en doute la fin tragique du brave et briUant MonimoiUh, qui périt sur un écha- faud le i5 juillet i685 (i) : on n'ignore pas non plus que le duc de Beaufort fut tué au siège de Candie le ^5 juin 1669, ^^ que lé grand visir erwoja sa tête à Cons^ tantinople, où elle fut portée pendant trois jours par les rues au bout ^une pique ^ (1) n fut exëcuté à Londres. Le bruit coumt qa*un officier de son armée, qui lai ressemblait i>eau£onp, avait subi la mort à sa place. On raconte même qa'tme éune de ipoditë, laJIy Ff^etUworth, ayant gagné à force d'argent ceux qui pouvaient ouvrir son cercueil, l'examina au bras droit, et s'écria avec saisisteinent : Ah! ce n*est pas lui. On verra plus tard que nous n'avons pas besoin de nous arrêter à ces faits, qui nous paraissent de la plus grande absurdité. Qu'on se rappelle seulement que MonimoiUh avait été enterré dans la diapelle de la Tbur, où l'on ne pouvait pénétrer qu'avec permission et accompagné. Comment a-t-on pu imaginer que ladj- FVentworth et les fossoyeurs aiciit pu pénétrer dans la chapelle, et y déterrer le corps de Montmouth sans être vus 7 (la) comme une marque de la dëfaitô des chré- tiens (i). ri'ëtait-il pas ridicule de si^pposer que Louis XIV eût condamné ce prince à une prison perpétuelle , parce que dans sa charge d'amiral il pouvait traverser les desseins de Colberf sur la marine? Le grand roi ne pouvait-il point déplacer ou ne pa^ employer cet amiral ? Il ne reste donc plus qu'à discuter I9 question délicate de savoir si Vhomme au masque était frère aîné^ frère jumeau , frère légitime ou illégitime de Louis XIV? Si les vertus sont paisibles et se plaisent dans l'ombre^ la médisance n'est jamais oi- • sive; eUe tient une chronique régulière de nos démarches^ et leur donne souvent une fausse interprétation. Aussi plusieurs histo- riens ont eu le soin de nous apprendre qu'avant et après la naissance du grand (i) Le marquis de Saint-André-Monthruriy qui commandait alors dans Candie ^ fut témoin oculaire de la mort du duc de Beaufofi, {Vqyez ses Mé- moires, pages 362 1 363, etc. ) (i3) roi^ l'altier Richelieu et le rusé Mazarin jouissaient d*une haute fayeur auprès de la reine Anne^ ot que lorsque le sëduisant Buckin^amj ambassadeur d'Angleterre^ pamt à la cour de France^ on prétendit qu'il avait inspiré une vive passion à cette princesse. Sans 4oute les rois comme les reines n^aiment pas assez secrètement pour laisser ignorer leurs intrigues, et l'on voit souvent la calomnie empoisonner les choses les plus simples et même les plus louables. Mais l'histoire exige plus que des probabilités, plus que des pièces apocryphes, il faut des preuves authentiques, et non des fables grossières ou des contes , fils du tra- vers d'esprit ou de la mauvaise foi des his- toriens. Anne d'Autriche, née le 22 septem- bre 1601 , et fille de Philippe III, roi d'Es- pagne, épousa Louis XIII le 24 novem- bre i6i5 (i). Au mois de mars 1622, s'é- (1) Cette princesse naquit cinq jours avant Louis XIII. Les flatteurs ne manquèrent pas d'observer (M) tant blessëe en courant avec la conuéta* ble de Lujnes et M^e. de f^emeuily elle fit une fausse couche étant enceinte de six semaines (i). Soupçonnée^ en 1626, d'a- voir trempé dans la conspiration de Cha^ lais y grand-maître de la garde-robe , elle devint un objet d^aversion et de haine pour son royal époux qui l'accabla de duretés (2). cette circonstance comme mi présage assuré qu ils étaient destinés l'mi pom* Fautre. (i) On imputa cette chute à la malice de la con- nétable de Lujnes. Le Roi fut si chagrin de cet ac- cident^ qu'il écrivit à ces deux dames de se retirer de la cour. ( Anecdotes des Reines et Régentes de France^ tom. 6, p. 224. — Mémoires du maréchal de Bassompierre, tom. 2, p. i5o.) (2) On a prétendu que, dans cette conspiration, il s'agissait d'oler la vie au Roi , ou de le reléguer dans un monastère , d'élever ensuite son frère au trône, et de lui donner la Reine pour épouse. Henri de Taleyrand , prince de Ghalais , eut la tête tranchée le 19 août 1626. On raconte que peu de jours avant la mort de (i5) Mais an commencement de décembre iGSy^ Louis Xin étant demeuré fort lard au cou- vent dés Filles de Sainte -Marie, près la porte Saint-Antoine^ où il était allé voir mademoiselle de La Fayette, sa favorite (i), Louis XIII t M. de Chavigr^y alla le trouver de la part de la reine pour lui demander pardon de tout ce qui lui avait déplu dans sa conduite; le suppliant particulièrement de ne pas croire qu'elle eût eu aucune part dans Tafiaire de Clialais, ni qu'elle eût formé le dessein d'épouser Monsieur^ après que CJuUtàs aurait fait mourir le roi. Il répondit sur cela à M« de Chavigny^ sans s'émouvoir : «En l'eut ou je suis, je dois lui pardonner, mais je ne dois pas la croire. » ( Anecdotes des Reines et Régentes de France, t. 6, p. a38. — Galerie de l'ancienne cour, tom. i«r. , p. i24j ae. édition. ) (i)On sait que la vertueuse M^. de La Fayette, s'étant aperçue des senlimens de Louis XIII , se fit religieuse de la Visitation en 1637. liO roi ne lui en resta pas moins attaché, et lui fit de fréquentes visites au parloir. On croit même que cette demoi- selle l'engagea souvent à se rapprocher de la reine. (i6) et une tempête affreuse rempéchant de re- tourner à Gros^Bois, d'autres disent à St.- MauPy il rentra au Lom?re , et partagea le lit de la reine. Cette nuit fut l'heureuse époque de la conception de Louis XIV, qui naquit neuf mois après à Saint-Germain, le 5 sep- tembre i638 (i), à onze heures un quart du matin, en présence de la marquise de Senecejy dame d'honneur • de MoN^iEtiR (2)5 de Bouvard , premier médecin du roi j ai Honorât y chirurgien renommé pour les accouchemens, et de la dame Peronne , sage-femme, qui présenta le jeune prince au monarque enchanté. Lé dauphin fut ondoyé par révêque dé Meaux, sous les yeux de la reine et devant le roi qui, à midi et demi, se rendit en grand cortège à (i) Et non pas te i5^ comme on Ta dît dans la Biographie universelle. Voyez d'ailleurs le procès- verbal de la naissance de Louis XIV. ( Supplément au corps universel diplomatique du droit des gens, par Dumonl; tom. 4 ; p. 1 76. ) (1) Gaston, \ Ci?) la chapelle du vieux château, pour y eh- teûdre le Te Deum. Le peuple, dans son aUégresse , surnomma Dieu-Donné le royal enfant qui, depuis, a été placé à là tête des grands hommes , parce qu'il témoigna sans cesse la noble confiance d'être digne de ce rang, et l'histoire lui a décerné le titre de Louis-le-Grand (i), A qui persuaderait- on maintenant que sous les yeux d'une cour nombreuse la reine , entourée de sa maison, ait pu, quelques heures après ce premier enfantement, met- tre incognito un second fils au monde, et que le roi, qui désirait ardemment de lais- ser un héritier de sa couronne, ait soustrait ce second enfant ! D'ailleurs, quels motifs au* rait-U pu avoir pour commettre cet acte de , I (i) On regarda cette naissance comme un mi- racle; c'est pourquoi quelques auteurs disent que Richelieu voulut qu'il portât le nom de Theodos^ ou Dieu-Donné. {Histoire universelle de Mcusel y tom, ao, p. 68. ) 2 - I (i8) b2|ibarie? Ne se serait-il pas plutôt double-r ment réjoui de la naissance d*un double reie-r Ion? En second lieu, comme aucune femme n'a porte' plus loin qu'Anne d'Autriche les attentions maternelles , cette reine n'aurait- elle pas réclamé son fils (i)? Non, sans doute, il n'est pas un homme de bonne foi qui ne convienne avec nous que Louis XIV n'eut point de frère jumeau; et si l'esprit ï I) A.nne d'^utrichç Sfi piquait d ua grand amour pour la vérité. Un libraire voulait publier un recueil de pièces et les joindre à Y Histoire du cardinal de Riche- lieu, mais il Craignait que ces pièces ne donnassent lieu à des mécontentemens; il s'adressa a la reine; « Faites imprimer, lui dit- elle, et ne craignes rien; je protégerai toujours la vérité. Faites tant de honte au vice, qu il ne reste que la vertu on France. » (Ga/ene de l^ ancienne cour, tom. i«'., p. i36; se. édit.) . C^te princesse, était sensible aux beautés de la poésie et encourageait ceux qui s'y distinguaient. Qn prétend, qu'elle fît donner dix mille écus k Mai- re t pour un sonnet ^ifr la paix des Pyrénées, (19) humain n^avait pas généralement un pen- chant décidé pour le merveilleux , et une parfaite indifférence pour la vérité dépouil- lée de prestiges, l'inventeur de cette pi« toyable histoire n'aurait trouvé certaine- ment aucun prosélyte. Au surplus, qu'il reste ou non quelques doutes au lecteur sur ce point, et qu'il veuille admettre que Louis XIII, étouffant dans son cœur la tendresse paternelle , ait pu faire élever en secret le prince infortuné qu'il aurait proscrit, et qu'après il l'eut fait enfermer dans les prisons d'état pour éviter des difficultés sur le droit de succession au trône (i), cela ne m'empêchera point de faire connaître Yhofnme au masque, et de prouver que ce n'est aucun des person- nages fantastiques à qui les historiens ont attribué ce fatal honneur. (i) Ce sont les Mémoires de Richelieu qui nous ont dit que c-ëtaîl un frère jumeau de Louis XIV qu'on avait supprimé. Ces Mémoires sont un rama$ impur et informe d*anecdotes misérables , sans vé- rité comme sans vraisemblance. ( ^o ) , On se rappellera peut-être que Pignerol , petite ville à Feutrée de la riante vallée de JPérouse, dans le Piémont, fut acquise à prix d'argent par la France de la maison de Savoie, en lôSa, et qu'aussitôt que les Français Teurent en leur puissance, ils la rendirent très forte en y faisant élever une citadelle (i). Néanmoins, comme la posi- tion de la forteresse de Casai , ville capitale du Mont-Ferrat, offrait à la France de bien plus grandes facilités pour pénétrer en Ita- lie, contrée sur laquelle Louis ÏXIV avait des vues de conquête, afin de diminuer rinfluehce de la maison d'Autriche sur cette nation, l'abbe d'Estrades, ambassa- deur du grand roi près de la république de Venise, conçut le projet d'un traité dont le but était d'engager Gonzagues, duc de Mantoue^ à recevoir dans cette place une gar- nison française (2) . Sans doute l'ambassa- (i) Elle ne fut démantelée que lorsque cette place fut rendue au duc de Savoie par le traité de 1696. (2) En 1677. ( =»o deur secondait bien par-là lés projets de Louis XIY, dont le bouillant courage s'indi- gnait d'un trop long repos; mais l'intérêt de la maison d'Autriche et de plusieurs autres princes souverains^ leur commandait l'obli*- gation de s'opposer à cette entreprise aussi délicate que difficile. D'ailleurs, quoique le duc de Mantoue fût déjà majeur (i), il n'en était pas moins encore sous la dépen- dance de sa mère , sur l'esprit de laquelle le moine Bulgarini^ aussi dévoué que cette princesse à la maison d'Autriche , avait su prendre un empire absolu. 11 est vrai que le jeune duc, entièrement adonné aux plai- sirs, avait l'ambition de secouer ce joug in- supportable, afin de se rendre indépendant de la puissance autrichienne ; mais pour entamer cette négociation , il fallait un homme en qui Gonzagues put placer sa confiance , et l'abbé d^ Estrades y non moins adroit qu'habile politique, crut l'avoir (i) Ferdinand' Charles de Gonzagues^ ne leSi trouvé dans le comte Maithioli^ qui^ après avoir été secrétaire - d'état du précédent duc de Afa/itowe (Cliarles III ), et se voyant fort instruit des secrets des princes d'Italie , avait Lautement témoigné le désir de se reâdre agréable au roi de France (i). Ce- (i) Ercolo w^n/OTzibHaUhioli; d'une famille an- cienne et distinguée dans la robe ; naquit à Bologne le i"% décembre i64o. Il était fils de P'aleriano Maithiolt et de Girolama Maggi. Le 7 juillet i65g^ Ercolo Matthioli obtint le lauréat en droit civil et canonique. Plu» tard, il devint lecteur public à l'université de ^o/ogr/ze. Le i3 janvier 1661, à peine âgé de vingt -un ans^ il épausa Camilla, fille de Bemardino Paleotti, et veuve SAlessandro Pia- tcsi. De ce mariage provinrent deux enfans mâles , dont l'ainé, Cesare Antonio , né à Mantoue, le 2 octobre i665^ eut seul de la postérité , qui s'est éteinte. Ferdinand Charles IV créa Matthioli sénateur surnuméraire de Mantoue; dignité qu'avait eue précédemment son aïeul Costantino^ et lui accorda le titre de comte pour lui et ses descendans. Ou a attribué à Ercolo Matthioli quelques ou- vrages estimés imprimés en italien; mais ne l'aurait- Ca3) pendant avant de s'ouvrir à cet étranger , agent accrédite du duc, Tambassadeur crut devoir le faire observer secrètement à Vé- rone, où il résidait, par un nommé GiU' liani (f), qui, ayant déjà reçu de Targent et des instructions du diplomate français, offrait d«s garanties de sa fidélité. En effet, GiuUani partit aussitôt pour Vérone y terroir où germe depuis tant de siècles le goût des sciences, des lettres, des arts, et qui vit naître les Caftt/fe, les Pline ^ les Véronese et d'autres poètes , peintres ou naturalistes I dont les chefs - d'œuvre immortels ont rendu les noms impéris- sables (a). on pas confondu avec And. Matlhioli y mëdecio, né à Sienne, le 23 mars iSooy auteur de // magno Pa- iazzo del cardinale di Trente , poema in-octava rime) in vent. Fr. MarcoUni, i SSg , în-4p'^ etc. (0 Benedetti} Giuliani, florentin y rédaclei» de feuilles publiques, l Venise. Voir la lettre du i^r. juillet 1679. . (3) Quelques écrivains ont avancé que Catulle ^^ (a4) ■. A peine arrivé, GiuUani eut une entre- vue avec MatthioU. Il apprit adroitement que le» Espagnols, ayant tonçu le dessein de se rendre maîtres de Casai, et de dtïpôuil- 1er le duc de Mantoue de tous ses e'tats , alimentaient dans sa cour des intrigues et des divisions pour arriver plus vite à leur but ambitieux. Si les cours ne nianquent point de flat- teurs , elles ne manquent pas non plus dVsT pions! GiuUani dissimula, et fit pressentir que la protection du Roi de France pouvait prévenir les malheurs dont Gonzagues était menacé. MatthioU^ qui désirait vivement reprendre ses anciennes fonctions de se- crétaire d'état, donna dans le piège, du moins en apparence, et offrit de se rendre auprès du jeune prince , Torgane des vues naquit à Sirmiuniy Tan de Rome 667, quatre-vingt- six ans avant Jésus-Christ, et que Pline naquit à Corne; njais il est pins probable qu'ils naquirent à Vérone. Pline, dans Tépître dédicatoire de son Histoire naturelle , appelle Catulle son compa- triote. politiques de Louis XIV, siteletait le vœii du diplomate français. Ou sent combien Giulianiùkt satisfait du résultat de sa première démarche; cepen* , dant il crut prudent do ne. pas aller plus avant sans de nouvelles instructions; aussi reprit-il la route de J^eriise pour rendre compte du succès de sa mission à Y abbé à^ Estrades. MatlhioU de son côté était aiguillonné parole désir de rentrer en faveur ; peut-^tre même se voyait-il déjà le second person- nage de l'état , si le jeune duc prenait les rênes du gouvernement. Comme las siècles se ressemblent à peu de chose près, et que les hommes sont toujours pressés de jouir, le comte italien eut le lendemain, avec GonzagueSy une conférence secrète dont il donna connaissance aussitôt à l'ambassa- deur, qui dépécha de nouveau GiiiUani à Vérone.. Le duc Ferdinand Fhonora d'une - audience particulière et l'accueillit de la manière la plus flatteuse. Il goûta si bien- ses observations qu'il consentit à remettre Ca- sai au pouvoir de Louis XIV, si on le dé- i (26) livrait des inquiétudes sans cesse renais- santes que TËspagne lui donnait. Lé succès de cette nouvelle démarche fut immédiatement connu de l'ambassadeur de France qui ^ pour mieux négocier cette affaire^ voulut avoir lui-même une entrevue avec le jeune prince. Ce duc j consentit et assigna Pépoqu« du carnaval^ afin que l'on pût conférer plus aisément sous le masque pour mieux cacher les desseins que Ton avait ^ attendu d'ailleurs qu'il n'était pas extraordinaire de voir des personnes de dis- tinction et même des princes, à Venise, dans ces jours consacrés à la folie. Ce projet ainsi arrêté, l'ardent Matthioli eut Fair d'cmplc^er le temps qui s'écou- la depuis cette convention jusqu'à l'épo- que déterminée^ à tromper la vigilance des princes voisins, et se rendit à Milan. Il écrivit bientôt au grand Roi une lettre dans laquelle il faisait le plus bel éloge des connaissances diplomatiques de l'abbé d'Es- trades^, du zèle qu'il mettait à servir son prince, en certifiant qu'il ne songeait qu'à Tagrandissement de ses états : lui-même ( =»7 ) 5'oflrrit pour seconder et hâter l'exécution de tous les projets de conquête que pouvait avoir le monarque qu'il regardait et révérait comme undemi-Dieu. £nfin^ en rusé courti- san, il terminait par faire des vcRxuipour les progrès de ses armes victorieuses (i). Le Roi l'honora d'une réponse affectueuse qui dût faire naître dans son âme ambitieuse l'es- poir d'arriver bientôt aux plus hautes di- gnités (2). Enorgueilli de cette distinction , il par- lit peu de jours après pour Venise, afin dy oûufsrer avec .l'ambassadeur d'Estra- des. Le point sur lequel le comte ita- lien insista le plus, fut que Louis XIV donnerait au duc de Mantoue cent mille pistoles pour la concession de Casai, pré- tendant au surplus que cet argent serait employé à des choses utiles pour le service et la prospérité de la France. Cette somme (0 yçyez aun pièces justificatives la lettre da ççmte Matthioli à Louis XIV. i4 Décembre 1677* (2) ^q^^ez cette réponse. la Janvier 1678. (.8), parut énorme à l'abbë d'Eslrades, et après plusieurs débats il fut arrêté d'un commua accord qu'on ne donnerait que cent mille écus^ avec la condition expresse que le paie- ment n'en serait fait qu'après l'échange des ratifications (i). Les conventions préliminaires ainsi ar- rêtées^ le temps du carnaval arriva. Ferdi-^ nand se rendit à Venise , mais il informa aussitôt l'ambassadeur que, pour écarter quelques personnes qui, par Tordre de l'ar- chiduchesse sa mère , observaient ses dé- marches, leur entrevue serait différée, et qu'ils se réuniraient plus tard, ainsi qu'il eu recevrait l'avis (2). En effet, l'entrevue, eut lieu le i3 mars 1678, dans une place publique, à minuit, et la conférence dura une heure entière (3). (i) Voyez la lettre de Vabbé d^ Estrades à Loais XIV. 29 Janvier 1678. (2) Voyez la lettre de l'ambassadeur à M. de Pomponne. 12 Février 1678. (3) Lettre de Vahbe d'Estrades a Louis XIV; 19 Mars 1678. ( ^0 ) L'abbé d'Estrades donna au Jeune prince l'assurance positive que Louis XIV était datis les dispositions les plus favorables à son égards et qu'il ne devait avoir aucune inquiétude ^ur les intentions ambitieuses de l'Espagne. Gonzagues, plein de confiance , crut qu'il serait prudent, pour accélérer cette négociation , d'envoyer en France le comte MatthioUy afin qu'il fît lui-même un tableau de sa situation au grand Roi. L'ambassa- deur prévoyant d'avance le résultat de cette mission, pensa que le confident du duc fe- rait connaître plus facilement encore les môjefas qu'on pourrait employer pour con- quérir le Milanais, et il consentit à cette résolution. Le départ du comte italien fut fixé à la fin de mars, et puis différé jusqu'au mois d'octobre suivant. Mais si la soif des honneurs et le grand désir qu'avait il/flWA/ô// dé se voir bientôt à k tête d'une fortune aussi rapide que brillan- te, semblaient garantir à l'abbé d'Estrades l'activité qu'il mettrait à cette négociation , (3o) Pambassadeur ne devait-il pas avoir aussi quelque défiance ? L'argent est la première des puissances et surtout le nerf des affaires politiques ! Plus on en répand^ mieux on est servi. L'italien écrivit de nouveau au Roi de France pour lui annoncer son départ et lui renouveler l'assurance que le duc de Mantoue» son maître^ persévérant dans ses projets de se mettre sous sa puissante pro- tection ^ les habitans de Casai manifestaient déjà les meilleures dispositions en faveur des Français. En effet, le comte partit ac- compagné de Giuliam} ils traversèrent la Suisse pour écarter tout soupçon , et arri- vèrent à Paris vers la fin de novembre 1678. Le soi-disant ministre du duc de Moih' toue se présenta le lendemain de son arri- vée chez M. de Pomponne , ministre des affaires étrangères, où il trouva l'abbé d'Es- trades i ils négocièrent et conclurent sous le plus grand secret à Versailles^ le 8 décem- bre, le traité que voici en substance. 10. Que le duc de Mantoue recevrait des troupes françaises dans Casai ; so. Que si le hasard voulait que LouisXIY 1 / / V' / , / (30 fît passer une armée en Italie y le jeune duc en prendrait le commandement. 3^. Qu'immédiatement après Fexëcutioa da traité^ on compterait au prince une $om« me de cent mille écus (i), etc., etc. Matthioli fut ensuite accueilli en au- dience secrète par le Roi dont il reçut uno fort belle bague et une somme d'argent (2) ; on lui fît en outre la promesse d'une ré* compense beaucoup plus grande, après la ratification du traité (3). Enfin, pour mieux acheter ses services et sa fidélité, on luipro* mit de placer son fils dans les pages du lioi (4) , et de nommer son frère k une bonne abbaje^ Certes il eût été difficile de porter la générosité plus loin. Louvois lui donna une instruction dé- (i) Vqyez un manuscrit italien aux archives du miuistère des affaires étrangères, qui parait écrit par Giulianù (2) 4oo doubles. (3) 400 mille doubles. Peut-être a-t-on commis uDe erreur; mais nous croyons devoir reproduire h somme telle qu'elle est dans le manuscrit. (4) Matthioli avait alors trente-huit ans. 1 (3a) taillée sur la manière d'exécuter les ar- ticles du traité , et le comte italien re- partit aussitôt pour Màntoue où l'atten- dait le prince Ferdinand y son maître , qui agissait loyalement, et qui lui avait pro- mis de le rétablir dans ses anciennes fonc- tions de secrétaire d'état si la négociation pour Casai réussissait. Les mesures ainsi prises , le marquis de Boufflers, colonel général des dragons ^ alla prendre le commandement des troupes qu'on réunissait sur la frontière (i). Ca- tinat y brigadier d'infanterie , qui s'était déjà fait remarquer par plusieurs actions ' d'éclat et qui devait servir sous ses or- dres, se cacha dans la citadelle de Pigne- rol en prenant le nom de Richemont (a). Le hdivoii d^jdsfeldy colonel des dragons, se rendit à Venise avec l'importante mission (i) Sous Briançon. {'^) Voyez trois lettres de Louvois , da 29 dé- cembre 1678, 7 et i5 février 1679, à Saint-Mars, commandant à Pignerol depuis le mois de jan- vier iG65. \ ) ! 1 (33) (Techanger les ratifications du traité^ et se réunit à cet effet k Pincheshey chargé des affaires diplomatiques en l'absence de Tabbé d'Estrades. Matthioli différa de se rendre auprès d'eux, et peu de jours après il leur annonça que le duc de MantoUe ^ voulant offrir dans sa capitale le spectacle d!woLcarrousel^ différait l'exécution du ti'aité. Bientôt la marche des troupes françaises vers Pignerol répandit l'alarme dans toute l'Italie. On ne doutait plus que Louis XlV n'eut conçu le projet d'attaquer Casai, Gè- nes, ou d'envahir la Savoie. > Les an^bassadeurs de Vienne et de Ma* drid, près la république de Venise, se ren- dirent à Mantoue et représentèrent au jeune duc les graves inconvéniens qui pouvaient naître de la concession de Casai, pour la maison d'Autriche et pour l'Italie. Gonza - gués eut beau leur assurer que ces bruits étaient dénués de fondement, les ambassa- deurs des puissances étrangères n'en étaient pas moins persuadés que le grand Roi per- sistait dans le dessein de se mettre en pos- session de la capitale du Mont-Ferrat. 3 (34) Matthioli , aussi perfide que dissimulé ^ assura pourtant MM. d!!Asfeld et Pin- chesne, au nom de son maître, que re- change des ratifications aurait lieu le 9 mars à Notre-'Dame d' Incréa y village à quelques milles de Casal^ et que le duc se rendrait dans cette place pour y recevoir les troupes françaises ^ ie 18 du même mois. D'Asfeld partit pour Pignerol afin de se réunir à Catinat^ mais il fut arrêté dans le ^ours de son voyage et conduit au château de Milan, d'après un ordre du comte do Melgaty gouverneur du Milanais. Il devait rester ainsi détenu jusqu'à ce que les me- sures qui avaient été prises pour envahir le Mont-Ferrat fiissent détruites;. Au lieu de se rendre à Casai avec le duc de Mantooe, Matthioli retourna à Venise, et apprit à Pinchesne que Gonzagues avait été forcé de conclure avec la république de Venise un traité dans un sens tout-à-fait op- posé > et qu'il ne pouvait plus tenir ses en* gagemens envers la France. Ici, le chargé d'afiaires, en l'absence de Tambassadeur, manqua sans doute de sa- ( 35) gactté. n était informé que Maltlûoli sVtait caché quelques jouts à Milan, et comme il n'avait pas été inquiété lors de l'arrestation 4a baron d'Asfeld ^ cela' supposait que le comte italien avait quelque intelligence avec le gouvernement espagnol^ si toute- fois il n'avait déjà divulgué le secret* Néan- moins , Pinchesne lui peignit le danger auquel il s'exposait si cette affaire venait à échouer^ et il fut convenu qu'il se rendrait à Turin. Le roi de France , informé que le comte de Melgar avait violé le droit des gens en faisant arrêter le baron d'Asfeld, et igno- rant en outre les mauvaises intentions de Mattbioli, fit donner l'ordre à Gatinat de sq transporter au village dilncrea pour y ef- fectuer l'échange des ratifications. Gatinat, sous le nom de Richement, partit de Fi- gnerol , accompagné du gouverneur Saint- Mars et d'un homme de confiance donné par l'ambassadeur. Get officier apprend que le comte italien n'a point encore paru, et ^envoie un émissaire à Gasal. Le lendemain au jour naissant, il est informé que les 3., (36) paysans ont pris les armes^ et q^a^un deta-» chement de cavalerie naarçhecvers lui pour le sommer de se rendre dans la ville. Il ca-; che la ratification du traité et 3e rend lui-« même à Casal^ où il se fait passer adroite- ment pour un officier de la garnison de Pignerol. Le gouverneur;, qui était de Man- toue^ et fidèle sujet de son prince^ Tac- cueille et le fête. On porte même au difO^r' la santé du roi de Franqe avec enthoii.** siasme , et bientôt après Gatinat repart pour, Pigneirol sans avoir enlendu parler du eom- te italien. L'ambassadeur d'Estrades^ inquiet du retard qu'éprouvait l'échange dea ratifie^-* tions^ écrivit à Matthioli et loi apprit son arrivée à la cour de Turin , où il avait rem- placé le marquis de Villars pour terminer cette négociation; il lui faisait sentir les malheurs auxquels lui et le prince seraient exposés si Louis XIV pouvait croire qu'on eût agi de mauvaise foi après un traité fait dans toutes les formes et fondé sur un plein pouvoir dont V inexécution ne servie' rait quà la ruine d^un prince qui saban^ (37) donnait à ses conseili. Ënfia dkos celU lettre il cherchait à inspirer toiiiN-A*toar deé craintes et des espérances ^ «hisi que ^it A>tt jours le faire un habile diplomate (t)« Déjà depuis quelque temps le comte tta* lien errait de tous côtés en Italie, L'abbé d'Elst rades en fut informé; Matthioli devint suspect à ses yenx^ et les soupçons se chân*- gérent en certitude lorsqu'il apprit par la duchesse de Saçoie, princetoe sincèrement dévouée à la France et régente des états de Victor-Amédée II y son fils, que f intrigant italien lui avait remijs, lors de son passage k Turin {pL), liss copes des pièces relatives ^ la négociation de GaBal^ et lui avait fait même, jusqu'aux moindres circonstances , l'aveu de tous les secrets diplomatiques. Ij'am)>âssQdeur r^sta tout interdit de celte révélation } il recôniiut là lettre du duc de Mantoue,. celle du roi de France, Finstruo- (i) Vqjrez aux pièces justificatives cette lettre 4u ^4 mars 1679. (a) Le 3i décembre 1678., (38) tlôn de Loûvois, et De douta pius que le fourbe italien n'eût éventé le secret à la cour de Turin , qui était dans les intérêts de la maison d'Autriche, et dont il avait reçu en effet 2,000 livres pour prix de sa perfidie, au sénat de Venise et aux agens de l'Espagne dont il avait été sans doute mieux payé (i). Le but de la négociation fut manquéi^ Il n'en fallait pas tant pour exciter le res« sentiment d'nn monarque aussi imjpérieux que Louis -k-Grand. La perte de cet italien fut résolue. D'Estrades , qui cependant ne perdait pas encore l'espérance de voir Casai au pouvoir de la France , reçut l'ordre de venger son roi de cette trahison en essayant de faire en-* lever l'astucieux Matthiolijiet Louvois, natu- rellement dur et inflexible,^vertit en même tomps Saint-Mars (2), commandant de la I . I i 't V i ^i^^wy»"^^'^*^>"*^*<— ^^**^*?***y8t (i) Leures de l'abbé d'Estrades à M- de Pom- pornie et de Catinat à Louyois. 7 Mai i^"}^* ■( 4i ) _ qu'en lui offrant tout celui qu'il désirerait^ On^e donna rendez-vou^ pour cet effet è^ vin demi-mille d/^ Turin^ dans uoe église où l'ambassadeiir, accompagné de l'abbé de Montesquieu , alla cberdier le comte italien à six heures du matin. Arrivés à trois milles^ du lieu où le vaillant Catinat , qui n'était pas encore marécjialvde-earap (i), les at-r ].endait^ un ruisseau débordé les arrêta. Matthioli travailla lui*méme au rétablis -i sèment du passage qui le conduisait à Sh perle. Le petit pont étaQt réparé y l'ambas- ^deur laissa sa voiture et les gens de sa ^uite aux bords dq ruisseau. Us se rendirent ^ pied , à travers les plus mauvais diemins ^ au lieu où ils étaient attendus. Catinat^ suivi de deu]( officiers, le chevalier de Saint" Martin et de YiUeboi^, et de quatre soldats, de la garnison de Pignerol^ avait fait c^^ rar (î) Il ne fut fait maréchal-de-camp que le a6 août 1681. Voyez le brevet dans les Mémoires du piare'chal de Catinai , aux pièces justificatives , ^pm. l«^,; p. 25o. (40 cher son monde. Aussitôt que Matthioli fut introduit dans k chambre où Gatinat Tat- lendait , l'ambassadeur, avec tout Fart du diplomate le plus rusé, fit convenir le fourbe Italien qu'il avait tou» les papiers relatifs à la concession de Casai ; et il protesta qu'ayant refusé de les remettre au jeune , duc, il les avait laissés à Bologne entre les mains de son épouse , qui était re- tirée dans le couvent des Filles de Saint - Louis (i). D'Estrades n'en demanda pas davantage et sortrl. Matthioli fut aussitôt arrêté , sans qu'il opposât la moindre résistance, quoique portant sans cesse sur lui un poignard et des pistolet», et on le conduisit immédiatement k la citadelle de Pignerol , où il arriva fort tard, sans que les officiers ni les soldats eus- sent connaissance de l'homme qu'ils escor- taient (2). Catinat remit ce prisonnier à (i) Elle y mourut en 1690. ip) Le î mai 1679. (43) Saiot-Mars^ qui fut seul dépositaire du se« cret; et pour que l'Europe entière igno^ rat si Matthioli avait élé arrét^^ et le Heu où il était détenu y Câlinât lui donna le nom de Lestang (i)^ sous lequel il fut souvent désigné dans la correspondance ministé* rielle. Sans doute cette violation du droit des gens^ dans la personne d'un agent diplo- matique^ exigeait le plus grand secret. En ^SeïçSmiiU-Mars. prit.toutes les précautions pour soustraire le prisonnier aux regards da public^ et n'en confia d'abord la garde. 4 aucun officier; mais il le traita honnêter ment, ainsi qiien avait prié Vabbé (PEs^ tradeSy jusquà ce que ton connût les v(h lentes du roi sur son sujet (a). L'ambassadeur y par ses soins et son adresse^ trouva moyen d'envoyer aussi « (i) V(^cz la lettre Je Câlinai, sous le nom de Kïchemonty à Louvois. 3 Mai 1679. (a) Même lettre* (44) Pigoérol le vs^let du prisonnier avec aea bardes et ses papiers (i). Le surlendemain Catinat alla interroger rinild^le Matthioli dans sa prison, pour tlicher d'avoir les pièces relatives à Taf- faîre de Casai , en lui faisant connaître ^ et rudement^ les malheurs ou sa mam^aise çofidiiite ^exposait. Gomme la vëritë est seule éternelle, et que les mensonges, semblables aux nuages , passent et «é dissipent, Catinat apprit que les papiers n'étaient pas entre les mains de l'épouse de MatthioK^ ainsi qu'il l'avait dit quelques instans avant son arrestation, maisi bien à Paaouey cachés dans un trou de muraille d'une chambre qui était au logi^ de son père (a). Enfin , comme il était de la dernière im- portance d'avoir ces papiers, on lui fît écrira (i) Lettre de Catioat^ da 6 mai 1679. On ne dit pas le nom du domestique. (si) Lettre de Gatinatà Louvois. 6 Mai 16^9, y <45) deni letlres à son père y dont GiuUaniîut lô porteur, et les papiers furent remis (i); Après Texamen de ces pièces, Catinat et l'abbé d'Estrades acquirent la conviction de toute la culpabilité du fourbe Italien (a), qui, dans la crainte d'éprouver les effets de la colère du militaire irrité , avoua que le duc de Mantoue n avait jamais souscrit de ratification ; il convint n'en avoir reçu seu- lement qaun blanc^seing. Les troupes cantonnées sur la frontière rétrogradèrent, et Catinat à leur tête ren- tra en France. A peine de retour de cette ^ négociation infructueuse, il fut nommé gou- verneur de Longwi (3). Louvois écrivit à Saint'Mars (fOL il devait tenir le nommé de Lestang dans la rude (i) Vqyez la leure du !«'. juillet 1679, pour la récompense que reçut Giuliani» (a) Lettre de l>bbë d'Estrades à M. de Poni- ponne. 3 Juin 1679. (3) Le 10 mai 1679. Ployez la pièce originale dans les Mémoires du maréchal de Catinat, t. ler.^ p. ^42 et suivantes. prison qu'il lui avait marquée, et que Tîn- tention du roi était qu'il ne fût pas bien traité; qu'on ne devait enfin lui donner que les choses nécessaires à la vie (i). L'ordre fut si bien exécuté, que Mat-- ihioli se plaignit bientôt qu'on ne le trai-^ tait pas en homme de qualité, et comme le ministre d*un grand pnnce. Enfin, après avoir joué les rôles les plus vils et faits pour de véritables fripons, il feignit d'être fou. Il disait à Saint-Mars , qu'il parlait tous les jours à Dieu et à ses anges ; qiiil avait F honneur d'être proche parent du roi^ a qui il voulait écrire pour se plaindre du mauvais traitement quon lui faisait , etc • , et c r(2) . Comme Saint-Mars , qui ne voulait pas être dupé, avait pour prisonnier un jaco- (i) Lettre du i5 mai 1679. (a) On permit à Saint*Mars de lui donner du pa- pier pour écrire, (^qx. les lettres du 25 juillet 1679 et du 21 août. ) (47) bio (i) qui paraissait rëellement fou à foire même d es extravagances^ il obtint de Louvois la permission de mettre de Lestang avec ce religieux dans la tour (Pen bas y et de le laisser confesser une fois Tannée (a). L'ex^ministre n'y fut pas plutôt , qu'il crut que c'était un espion qu'on lui donnait, et il était d'au-> tant mieux fondé dans sa croyance, que Fecclésiaistique , toujours assis sur son gra - bal, appujfé les deux coudes sur ses ge^ noux y le regardait gravement sans técour- ter. Mais il fut étrangement désabusé quand un jour le jacobin, sortant de son lit tout nu comme un furieux, se mit à prêcher des choses sans rime et sans raison (3). Néanmoins , soit que les sombres voûtes de sa prison, ou la présence de l'ecclésias- tique, lui donnassent de l'humeur^ Mat^ (i) Il est quelquefois nommé Dominicain da.ns la correspondance. (a) Lettre du 10 juillet 1680. (3) Lettre de Saint-Mars à Louvoîs. 7 Septem- bre 1680. (48) thioli accompagnait le plus souvent s^à plaintes d'expressions si peu mesurées, et en écrivait de si méchantes aPec du chat^ bon sur la muraille de sa chambre ( i ) , que Blainvilliers^ lieutenant de Saint-Mars, lé menaça du gourdifi et d'une détention plus dure s'il proférait encore des propos aussi ifidécens^ Effrayé par la crainte de se voir plus à l'élroit, l'ex-miinstre saisit le niomeùt où cet officier le servait un jour à table, pour lui dire : Monsieur^ voilà une petite ba^ue dont je vous fais présent ^ et que je vous prie d^ accepter (^i). Blainvilliers la prit et la donna à Saint-Mars, qui en ayant in- formé Louvois-, reçut l'ordre de garder ce diamant pour le remettre au prisonnier , si (i) Lettre du a6 octobre. (2) C'était peut-être le diamant que Louis XTV lui avîiit donné lorsqu'il fut question à Versailles du traité de CasaL Sainl-Mars estimait ce diamant 5o OM 60 pistoles. (49) le roi consentait un jour à lui rendre sa li- berté (i). A cette époque, on apprit que le gouver* neur de Milan était parvenu à se procurer le plan de la vifle et de la citadelle de Pi- gnerol. Aussitôt Louvois ordonna à Saint- Mars, au nom du roi, de renvoyer de sa compagnie, sous prétexte de leur mauvais sen^ice, les soldats piémontais, savoyards ^ italiens y ou natifs du gouvernement de Pi- gnerol (a). 11 exécuta Tordre et ne garda que trois domestiques de cette nation qu'il avait depuis sept ans et dont il était sûr (3). Louis XIV, toujours généreux , pour ré- compenser Saint - Mars de ses longs servi- ces, voulut lui donner le commandement de cette citadelle ; mais celui-ci ayant quel^ que répugnance à accepter ce poste, et (i) Vqyez la lettre de Louvois à Saint-Mars, a No- vembre i68o. (t2) Lettres du ii novembre et du 5 décem- bre i68o« (3) Lettre du 5 déœmbre i68o. 4 ( 5o ) Ton ne dit pas pourquoi, fut nommé, le La mai 1 68 1, au gouvernement d'Exilés ( i),va- cant par la mort du duc de Lesdiguières. De plus', comme le traitement n'était que de quatre mille livres, le roi lui en accorda six mille,. /70wr que ses appointemens Jus^ sent aussi forts que ceux des goui^erneurs des grandes places de Flandres (9.). Il re- çut en même temps Tordre d'aller visiter , avec le commissaire du Channoy, les buti- mens d'Exilés , afin d'ordonner les répara- tions nécessaires pour lesquelles le roi lui donna secrètement mille écus , lui recom- mandant même d'avoir l'air de faire ces dépenses à ses frais. Ce ne fut que le i3 juillet suivant qu'il partit pour le lieu de sa nouvelle destina- tion, menant avec lui les prisonniers qui étaient assez de conséquence pour rCêtre pas mis en d^ autres mains que les siennes , c'est-à-dire Mattliioli et le jacobin (3). (i) A douze lieues de l^igneroL (a) Lettre de Louvois à Saint-Mars. 12 Afati i68i. (3) Lettrede Louvois à.Saint-Mars. g Janvier 1681 . (6. ) La translation de Pii^nerol à Exiles s'ef- fectua dans une litière bien fermée de tous côtés ^ ne recevant le jour qae par le haut; un détachement d'infanterie les escorta, et M. de Yillebois fut reconnu commandant de la citadelle de Pignerol (i). Le premier soin de Saint-Mars^ en arri- vant à Exiles, fut de placer jour et nuit deux sentinelles des deux côtés de la tour où étaient les prisonniers. Des domestiques leur portaient à manger ; cependant , pour qu'ils n'eussent aucune relation avec eux y l'officier de Saint-Mars (p^) prenait sur une table un peu éloignée les plats, et les don- nait aux détenus. Quand ils étaient mar- lades^ le gouverneur faisait appeler un mé- decin de Pragelas, à six lieues d'Exilés, et il était toujours présent à ces visites. Mais le jacobin mourut bientôt, et Matthioli fut même atteint d'une maladie grave. Saint- Mars ne se trouvant plus bien portant, et (i) Lettre du 9 juin 1681. (a) M. Vignon. 4.. (5a) ne doutant pas que l'air de ce pajs ne fAt malsain^ sollicita son changement» Louis Xiy lui accorda le gouvernement des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat^ dans la mer de Provence (i), où il alla d'abord seul pour faire préparer son logement et celui de son prisonnier; ce qui prouve évidem- ment qu'il le quittait quelquefois, quoique les historiens aient prétendu le contraire. On voit d'ailleurs dans une de ses lettres ^ qu'il demanda à Louvois la permission d'al- ler prendre congé de M. le duc de Savoie^ de qui il avait toujours reçu mille honneurs^ avant de partir pour sa nouvelle destina- tion, se reposant, pour la garde de Mat- thioli, sur son lieutenant, à qui il avait dé- fendu de lui parler, et duquel il répondait ainsi que de son prisonnier (2). (i) Ce gouvernement était vacant par la mort de M. de Gui tant; arrivée le 27 |décembre i685. Les \\e& Sainte-Marguerite sont à deux lieues d'^/i- fibes. (a) Vc^ez la lettre du ao janvier 1687. (53) Le lit de Matthioli éuit si vieux, tes meubles et son linge en si mauvais état^ que le gouverneur y jugeant que cela ne valait pas la peine d'être emporté j vendit le tout pour treize écus (i). Ce fut le i8 avril 1687^ que Sainte-Mars emmena Matthioli dans une cfiaise cou^ verte de toile cirée , de manière qu'il eut assez d*air, sans que personne pût le voir ni lui parler fendant la route y pas même les soldats ; ce qui détruit aussi l'assertion des historiens^ qui ont assuré qu'il avait $ans cesse un masque dont les ressorts d* acier lui laissaient la liberté de boire et de man- ger. N'était -il pas d'ailleurs absurde de croire qu't/ portait un masque de fer? Son visage ne se serait-il pas échauffé au point de faire naître tôt ou tard une affection cu- tanée, et aurait- il pu vivre long •< temps? Est*il dans la nature qu'un homme puisse supporter seulement quelques ^ours une pa- reille contrainte ? En outre , c'eût été une (l) Lettre de Saint-Mars. 3 Mai 1687. (54). cruauté indigne du grand roi, et dont Saint- Mars ne dit pas un mot. U homme uu masqué de fer n'a donc pas encore dé masque jus- qu'g. présent, du moins dans les prisons* Sans doute on voit que le gouverneur prenait, dans les difïerens voyages qu'il faisait faire à «on prisonnier, les plus grandes précautions pour que personne ne put le voir, et il ne serait pas extraordinaire qu'au nombre de ces mesures ait été l'invention d'un masque mobile appliqué sur sa fi- gure. ' Le voyage d'Exîles aux îles Sàinte^Mar- guérite ne dura que douze jours, attendu que le priso^nnier tomba' malade pour ri a-- vùirpas autant df air qu'il en aurait sou^ haité (i). • La prison de Matthioli n'était éclairée que par une feiiêtre du côté du nor/d, per- cée dans un mur qui avait près de quatre pieds d'épaisseur, et oùl'on avait adapté trois (i) Lettre de Saint-Mars. 3 Mai 1687. \ 1 (55) grilles de fer placées à une distance égale. Cette fenêtre donnait sur la mer (i). Les mesures prises par Saint-Mars, des gens armés, une voiture voilée, durent faire naître sans doute des conjectures bizarres. On a vu au prisonnier, disent quelques his- toriens^ du linge fin, de beaux vétemens, de superbes dentelles ; le gouverneur lui- même lui fournissait àes habits aussi riches qu il paraissait le désirer; et dès-lors, aux: yeux des gens subalternes, le prisonnier ne peut être un homme ordinaire. C'est un personnage important, un prince, un frère de Louis XIV, le duc de Beaufort.... , un fils de Cromwel..., et le secret que Ton garde ajoute à l'idée qu^on s'en forme. La curiosité interroge Saint-Mars. Celui-ci fait des contes jaunes; ce sont ses expressions (a). S'il entend dire : Cestun président, le fils de Gromw'el, un maréchal de France , il sourit de la mé- (i) Voyez Y Histoire générale de Provence j par le P. Pappn. (2) Ce gouverneur employait aussi les mêmes expressions lorsqu'on l'interrogeait sur Foucquet. ( 56 ) prise, et s'applaudit du change que prend l'opinion publique. La manière dont je tai gardé et conduit pendant toute ma routa^ dit-il y /ait que chacun cherche à deviner qui peut être mon prisonnier (i). Ici, je prie le lecteur de ne pas oublier que l'usage, dans les prisons d'état, était d'exercer envers tous les prisonniers la même surveillance ; et la manière dont Matthioli était gardé ^ correspondait à la dureté du traitement qu'on lui faisait éprou- ver, car Louvois écrivait à Saint-Mars : Il faut que les habits durent trois ou quatre ans à ces sortes de gens-là. Mais voici bien une autre anecdote dont les historiens ont profité, sans faire attention qu'elle portait l'invraisemblance avec elle. A la captivité près , a-t-on dit , le Mas- que de fer était traité dans sa prison avec tous les égards possibles et le plus profond respect ; il était servi en argenterie et par le gouverneur lui-même qui, prenant les plats (i) Lettre de Saint-Mars du 3 mai 1687. (57) à la porte de l'appartement, de la main des caisiniersy se retirait après avoir servi les mets sur la table. Cependant on a vu que l'ambassadeur d'Estrades avait fait enfermer le domesti* que de MatthioU pour qu'il n'éventât pas le secret et qu'il servit son maître. On ra« conte même à ce sujet que ce valet étant mort aux îles Sainte- Marguerite ^ on cher- cha une personne du sexe pour servir le pri- sonnier ; qu'une femme du village de Man^ gins vint s'offrir dans la persuasion que ce serait un moyen de faire la fortune de ses enfkns , et que lorsqu'on lui dit qu'il fallait renoncer à les voir et même à conserver au- cune liaison avec le reste des hommes^ elle refusa de s'enfermer avec un prisonnier dont la connaissance coûtait si cher (i). (i) Le P. Papon donne ce fait comme certain ^ d'après les témoignages qu'il recueillit sur les lieux le a février 1778. 11 ajoute même qu'ayant trouvé dans la citadelle un officier de la compagnie ^ran- che^ âgé de soixante-dix-neuf ans, ce militaire lut raconta que son père qui était; pour certaines (58) Je rappellerai qu'à Tépoque de la révo- cation de Te'dit de Nantes (i) , Sahes^ mi- nistre protestant, fut enfermé aux îles Sain^ te^Marguerite. Cet individu avait la fu- reur d'écrire sur sa vaisselle (Pétain et sur son linge pour faire entendre qu'on le re- tenait injustement pour la pureté de la foi (2) 'y et voilà ce qui a fait naître l'anec- dote suivante. V choses y l'homme de confiance de Saint- Mars^ avait '^ été prendre le mort à Theure de minuit dans la prison, et qu'il l'avait porté sur ses épaules dans le lieu de la sépulture. Il avait cru d'abord que c'é- tait le prisonnier lui«méme qui était mort; mais plus tard il sut que c'était la personne qui le ser- vait , et ce fut alors qu'on chercha une femme pour le remplacer. ( Histoire générale de Provence, dédiée aux Etats. ) (i) Octobre 1686. On sait que lors de cette révo- cation, des milliers de protestans s'expatrièrent et portèrent en Angleterre et en Hollande leur for- tune, leur industrie^ etc., etc. (2) Lettre de Saint-Mars>au ministre. 4 Juin 1692. F (59) tJn pécheur qtd était sûr le rivage de la mer au pied de la tour de cette prison , trouva , dit-on, une assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci étonné, demanda au pêcheur : « Avez -vous lu ce qui est écrit, et quelqu'un l'a-t-il vueeûtre vos mains ? — Je ne sais pas lire , répondit naïvement le pécheur , je viçns de la trouver et personne ne Ta vue, » Cet homme fut retenu jus- qu'à ce que le gouverneur fut hien informé qu'il n'avait jamais lu , et que l'assiette n'a- vait été vue de personne : « Allez, lui dit Saint-Mars , vous êtes hien heureux de ne savoir pas lire (i). » Des écrivains, pour donner plus d'au- torité à cette anecdote , dont il n'est nul- lement fait mention par Saint-Mars , ont ajouté que, sarleplai d'argent, l'illustre in- connu avait gravé, avec la pointe d'un cou- teau : Louis de Bourbon^ cotnte de Ver- (i) Anecdotes pour sentir à l'Histoire des règnes de Louis XI F et de Louis XV, tom. 2; p. 3i5; 2». édit. V / (6o) mandoisyjils naturel de Louis XIV. ^SJuin 1698 : » que le pécheur entre les mains de qui tomba cette assiette crut faire sa cour en la portant au commandant , et se flatta d'en être récompensé j mais que ce malheu- reux fut trompé, et que Fou s-en défit $ur- le*champafin d'ensevelir, ayec cet homme^ un secret d'une si gr^^nde importance (i)* (i) Mémoires secrets pour servir à rHistoire Je Perse. On peut voir aussi la Galerie de l'ancienne cour, tom. 2^ p. 820 ; a^. édit« Le F. Papon donne cette anecdote d'une manière différente. « Un officier de )a compagnie Franche ( dit-il ) , m'a dit que son père , qui servait dans la même compagnie, lui avait rapporté plusieurs fois qu'uu frater de cette conxpagnie aperçut un jour^ sous U fenêtre du prisonnier, quelque chose de blanc qui flottait sur Teau; il Talla prendre et l'apporta \ M. de Saint-Marc («c). C'était une chemise très fine; pliée avec assez de négligence; et sur laquelle le prisonnier avait écrit d'un hbut k l'autre. M. de Saint-Marc^ après l'avoir dépliée et avoir lu quel- ques lignes, demanda aujfhi/cr, d'un air fort em^ )>«irrassé, s'il n'avait pas eu la curiosité de lire c^ ( 6i ) Voltaire ^ qui était très-éloignë de croir« que ce prisonnier fat fils de madame de la» Valière , puisque selon cet écrivain il I fut transféré aux îles Sainte-Marguerite en 1661 , et que le comte de Vermandois n'é- tait né à Saint-Germain que le 2 octobre 1667 , dit : « Le marquis de Louvois alla voir le prisonnier dans cette île et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. » Certainement le style des lettres de ce ministre ne prouve pas le grand respect qvi!i\ avait pour cet homme ^ si même toutefois il soit vrai que Louvois ait fait ce voyage ; j'en ai vainement cherché la preuve. L'histoire ne parle d'aucune course ministérielle faite par Louvois en provence. Mais nous savons qu'il y avait. Lejrater lui protesta plusieurs fois qu'il n'avait rieu lu; mais , deux jours après, il fut trouvé mort dans son lit. C'est un fait que l'officier a entendu raconter tant de fois à son père et à un aumônier du fort, qu'il le regarde comme incon- testable. » {Histoire générale de Provence, ) ( 6â ) . que rbîstorien de Louis XIV aimaità don- ner un ton d'importance aux anecdotes qu'il disait tenir des gens delà cour Çi)^ et qu'en les rëpâant sa cpulume était de les embellir. Quoi qu'il en soiJt ^ Saint^Mars vieillissant dans le gouvernement des prisons d'état y et le grand roine laissant jamais les services ni le mérite sans récompense^ nomma cet ancien serviteur, gouverneur delaSastille, en rempla^cement de M. de Bezemaux qui venait de mourir (2). Avant son départ, Saint-Mars. ayant de- mande qu'on lui assurât des logemens pen- dant le cours de son voyage, le ministre lui * répondit : // suffira que cous logiez , en payant y le plus commodément et . le plus sûrement qu'il i^ous sera possible (3). (i) Aucan auteur ne parle de ce voyage. Ma- dame deSévigné, si occupée de tout ce qui se pas- sait en Provence, où. sa fille résidait^ ne dît rien du voyage de Louvois; cependant elle rappelle celui quMI 'fit ^ en 1680^ dans le Languedoc. (2) Il mourut le 18 décembre 1697, (3) Lettre du 4 août 1698. — \ (63) Ce fut donc après onze années de s^our aux îles Sainte-^Marguerite , que Saint- Mars conduisit Matthioli à la Bastille; mais la correspondance ministérielle ne nous apprend plus les précautions qui pu- rent être prises pour ce voyage. On ne voit ni la route qu'il suivit , ni les mesures de sûreté dont il s'entoura. Cependant^ cela n'empêcha pas La Grange^-Chancel d'affir- mer que plusieurs personnes lui avaient raconté que lorsque Saint^Mars alla pren- dre possession du gouvernement de la Bas- tille ^ où il conduisit son prisonnier y on entendit ce dernier, qui portait son masque de fer , dire à son conducteur : Est-ce que le roi en veut à ma vie? — Non, mon prince, répondit Saint-Mars, votre vie est ensûf^eté; vous TjUavez quà vous laisser conduire (i). (i) Lettre à Frëron, au sujet de Thomme au masque de fer. {Année littéraire y 1768^ tom. 3ïi^ p. 189.) Il est bon de se rappeler que la Grange - Gliapcel assurait que X homme au masque était le duc de Beaufort. (H) I)*autrcs prétendirent avoir recueilli et publièrent quelques circonstances du voyage de ce prisonnier. Voici les termes dont Fun d'eux s'est servi : « En 1698, M. de Saint^Mars passa du gouvernement des îles Sainte-Marguerite à celui de la Bastille. En venant en prendre possession^ il séjourna, avec son prisonnier, à sa terre de Palteau près de J^illeneuve^ le-Roi. L'homme au masque arriva dans une litière qui précédait celle de M. de Saint-Mars ; ils étaient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les paysans allèrent au-devant de leur seigneur. M. de Sainte- Mars mangea avec son prisonnier , qui avait le dos opposé aux croisées de la salle à manger , qui donnent sur la cour ; les pay- sans que j'ai interrogés ne purent voir s'il mangeait avec son masque; mais ils ob- servèrent très-bien que M. de Saint-Mars y qui était à table vis-à-vis de lui, avait deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient ^our les servir qu'un seul valet de cham- bre, qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans l'anti-chambre , fermant soi- (65) gneusement sur lui la porte de la salle k manger. Lorsque le prisonnier traversait 1^ cour , il avait toujours son masque noir sa^ le visage. Les paysans remarquèrent qu'on lui voyait les dents (i) et les lèvres; qu'il était grand et avait les ches^eux blancs. M. de Saint^Mars couclia dans un lit qu'on avait dresse auprès de celui de t homme au m^is-- que. Je n'ai pas oui dire qu'il eut aucun accent étranger (a). » Je ne m'arrêterai pas à ces misérables versions, j'ajouterai seulement que Sainte (i^Les dénis prouveraient encore que ce n'était pas le duc de Beaitforl à qui Mn»«. de Choisi avait rq>ondu un jour, sur une plaisanterie qu'il lui fai- sait : « M. de Beaufort voudrait mordre et ne le peut pas. » Il n'avait alors que çinqnante^trots ans, et n'avait déjà plus de dents. Si c'eut été lui. qu'on transférait à la Bastille en 1698, et que l'anecdote des paysans fut vraie, le duc de Beaufort aurait eu quatre-vingt-deux ans: il était né en janvier 1616. (2) Lettre de Palteau à Fréron , en date du 19 juin i7r>8, insérée dans le même mois de XAn- née liitcraire, • 5 (66) Muté y ëtant arrivé à la Bastille le jeudi t9 toptembt^e 1698 , à trois heures après midi, f èudit un fcompte verbal de ^on toyage au 3tekistre. Il est vraisemblable *^ (î) L6tiîs XrV ici^ h charge de lièutbiiatit de ro! de la Bastille en faveut de M. Dttfofita, éxem^^t à^ gardëS'da-coi'|)S iè la totnpàgnie de Duras. Dès <|U'il ^ vit installé dans cetie placée le préctiiet sbih de cet blficiei^ t\it â^'exaihiner les raisons que plu- sieurs prisonniers détenue depuis lôbg- temps à là Bastfflé pouvaient avbir de demander l'eut liberté; après qu'il éh eut reconnu la justice ^ il s^empl^^ avec ardeur pour la leui^procurer. Des iiâe& kitàttu tout entier de sa main, nous apprend qua le prisonnier qa'on faisait tenir toujours masqué y fut mis d'abord dans la tour de la Basimère en attendant la nuit y et que lui- ^éme le conduisit, sur les neuf heures du soir dans la troisième chambre de la tour BeLiudière (ï) , is e| dix-huit jours, mourut, presque de mort subite, le 19 novembre Î703, sur les dix heures du soir. Il fut enseiTeli dans un hû- çeul d0 toile neuve, et inlmmé le lendemain ^ quatre heures du soir sous le nom dé A/a/*« cfùalj', dans le cimetière dé Saint-Paul, et SQU enterrement coûta 4o livres (a). ■rfMik (i) Voycï \e& Philosophes et les gins de lettre^ des xvn<&- ^t xvine, siècles à la BasiiUe , k Fart. Lenglet du Fresnoy. Cet abbé fut mis à la Bastille, ppur la première fois, le iS septembre 1718; Mat- thioll n' existait plus depuis lopg-temps : donc l'a- necdote est controuye'e. (a) Extrait des registres mortuaires.de l'église royaiie et paroissiale de Saint-ftiiil: « L'an mil sept cent trois, le dix-n^uf kioveia-' (70 On a prâanduqiie le tronc du cadavre fut ^ulemf qt io]i«mé ^ que la tête ayait bre^ Marchiafy-y âgé de quarante-cinq ans environ , esl Aécéèé à la BastiUef duquel le corps a été in- hniné dam le cimelière de cette paroisse , le vingt diidit inoîf 9^9n pi^ésmcoéie M» Rasargos^ major de h B^stilh, ist de M. Reiih, chirurgien loajor de 1» Bastille y qui ont signé. 9 GoUationné k la minute et délivré par nous soussigné^ bachelier en théologie et vicaire de Saiot- f^ttl ; à Pftris^ le mardi neuf février 1790. » Signé VoiTEviv. m L'âge de quarante^inq uns qu'on $, fait mettre dans le registre ne mérite aucun commentaire. t)u- jottca devait mentir lorsqu'il avait à s'expliquer sur- tout ce qui avait trait à Thomme au masque. Il est clair qu'il avait soixante-trois ans moins onze jours. Quelque -temps avant sa «ert^ il dit Im-^méme à l'apotbiç^re de la Bastille , qu'il crqyah woir toixfinte ans. Il «e trompait de d^u^aps oiue mois et dix-neuf jours; mjais une sçn^blable erreur esi aisée à concevoir de la part d'un bpmme auASÎ étroitement renfermé. On fit des combinaisons à l'ipiîpi sur ce nom de Jfarchiafyj tronqué à dessein , maie qui cepesdani le rapproche asses de «on nam vjéritabkf que 80u« (70 été partagée en divers monceaux et puis en- terrée dans diiférens endroits. On a nieme ajouté qu'une personne de distinction ayant engagé, à force d'or, le fossoyeur à le déter- rer et à le lui laisser voir, ils trouvèrent un gros caillou à la place de la tête (i). Nous ne pouvons point garantir l'exatetitude de ces détails, mais il paraît certain qu'on brû- la tout ce qui avait été à son usage; qu'on fît regratter et reblanchir les murs de la chambre où il était logé. On poussa même les précautions jusqu'à fondre l'argenterie, le cuivre ou l'étain dont il s'était servi, et l'on enleva tous les carreaux dans la crainte qu'il n'eût caché quelque marque ou quelque billet qui aurait pu le faire connaître. On a dit que M. de Chamillart fut le vent dans sa correspondance Saint-Mars écrivait Marthiofy, On y trouva l'anagramme des deux mots latins hic amiral y et Ton dit que cela signi- fiait en français r ici gît Vamiral ou c^est famiraty parce que le comte de J^ermandois et le duc de Beaufort avaient ëté amiraux; mais ce n'étalent Vk que des suppositions* (i) Saint'Foix; tom. 5, p. Î89, notes. (73) dernier ministre qui eut cet étrange secret^ et qu'au moment de sa mort^ le second ma- réchal de la Feuillade, son gendre, le con- jurant à genoux de lui apprendre ce que c'était que ce prisonnier, M. de Ghamil- lart répondit , que c'était le secret de tétat et quU avait fait serment de ne le réi^éler jamais {i). (i) On raconte que lorsque le P, Griffèt et *$*/.- Foix agitèrent dans leurs écrits la qneslion du se- cret, en réfutant leurs système» respectifs, il échap- pa à Louis XY ,de dire, en présence do plusieurs courtisans : Laissez-les disputer; personne na en- core dit la ve'rite' sur le masque de fer. Le roi, dans ce moment, avait à la main le, livre du pève Griffet. Le duc de Choiseul , curieux de pénétrer ce m>j^ lère, pria un jour Louis XV de le lui dévoiler. I^ roi ne voulut jamais lui rien dire de plus , sinon « que de tout ce quon avait i/nprÛTitf jusque-là sur le masque de fer, H n'y avait pas un mot de vrai; et que de toutes les conjectures qu'on avait faites l;\- dessus, il n'y en avait pas une de vraie. » On lit dans les Mémoires d* un voyageur qui se re- pose, t. 2, p. 208; que Mrae.de Pompadpur, excitée (74) Sans (}oute il^'y a ppiat d'exemple daw rhistoire d'un seçrçt d'état amn bien garde que celui-ci* H était plu3 facile de d\vt oe qu'il n'était pas que ce qu'il était; mais j'a-^ jouterai que ce secret n'est demeuré impayé- trabk que parce qu'il portait sur un Uomme obscur et parfaitement inconnu k toute li| France, et que tput ce mystère n'a eu lieu qu^ pour ne pas irriter contre le cabinet de Ver- sailles, les souverains dont les prérogatives et parle duc de Choîseul /ayi^ut pres«é Louis XV sur ce sujet I le rai lui répondit que c'était un mimsir» d*un prince d^ Italie* Cette déclaration de - Louis XY Raccorde avec tous les iàm qui précèdent, el leur applique le sceau de la vérité. Quelques historiens ont prétendu que le P. Grtf^. fety ayant été «confesseur èxA prisonniers «le la Bas- tille ; devait être plus instruit que bien d'autres sur ce qui concernait ce personnage. Mais il «se facile 4e prouver que leur assertion porte à faux, pui»« que ce j^uite ne Cîit nommé confesseur desdits pri- sonniers qu'en 174^7 c'c6t-à' et même y si Vohre Majesté l'or- donne ^ il se détachera du service de l'Espagne ^ qui ne sait pas récompenser les travaux et les ta- lens de ceux qui la servent avec fidélité. Je crois qu'il seroit inutile de m'étendre «davan- tage pour vous faire connoitre de quelle impor- tance est la place de Cazal. Votre Majesté doit se rappeler qu'à différentes époques elle a arrêté la. marche de plusieurs armées j et qu'elle est le seul point d'appui d'où dépend; pour les Espagnols ^ la perte ou la conservation des états de Milan , états qui ; à plus d'un titre ^ devroient appartenir à la Couronne de Votre Majesté. On sait que dans ce moment les AutricUiens arment pour s'emparer, par surprise, de Cazal^ aa préjudice du duc Ferdinand , mon maître , son possesseur légitime. Ce prince , neveu du prince Charles I^i*. (ce dernier plutôt François qu'Italien, et par l'intervention duquel . Ja place de Pignerol est restée a votre maison royale ) , ce prince, dis- je , Ferdinand , fera voir en temps et lieu qu'il ( 8. ) ' fi^est pas dégénéré de ses ancêtres ; il a promis de vous servir avec la plus grande fidélité^ et de com- battre pour vous d'une manière digne de sa nais- sance; et, comme il est extrêmement avide dj gloire , j'espère que Votre Majestd aura lieu d'ap- plaudir à la conduite qu'il tiendra dans les armées. De l'aveu même des observateurs politiques, il est à Tabri des soupçons que peuveat inspirer les autres princes d'Italie. M. l'abbé d'Estrades est ins- truit que Son Altesse a des liaisons avec de grands personnages qui se plaignent avec raison du joug insupportable des Espagnols , et qui pi'endront les armes avec lui , pour combattre et pour chasser plus promptement de l'Italie une puissance qui s'y établit pour l'opprimer. Si le destin le vouloit ainsi, je ne doute pas que les autres princes de ce pays ue fussent bien aises de jouir d'une paix inaltérable sous les auspices de Votre Majesté. Je fais des vœux pour les progrès de ses armes victorieuses , - et je prie le ciel qu'il prolonge ses jours pour la consolation du monde , etc. Ercolo a. Matthioli (i). (i) On pent voir cette lettre écrite en chiffires , traduite en italien et puis en français > aux ArchiTes des affaires étran- gères. Je dois dire ici qu^il iîit convena , lors de son séjour à Paris y qii^il eoTerrait ses lettres à M. de Ghannoy, commis- 6 («a) A LOUIS XIV. Venise, le i8 de décemlire 167T. SinE; Comme la douleur que je ressentois d'avoir dé- plu à Votre Majesté éloit extrême , ma joie n'est pas moindre d'apprendre par M. de Pomponne que V. M. a eu la bonté de me pardonner la trop grande facilité que j'ai eue , et qu'elle a bien vou- lu écouter favorablement les raisons que j'ai pris la liberté de lui apporter pour justifier l'innocence de mes intentions ; mais , Sire , ce mallieur m'o- bligera d'agir dorénavant en toutes clioses avec une si grande circonspection , que j'espère que Votre Majesté n'aura jamais sujet d'être mal satisfaite de ma conduite. J'ai différé d'informer Votre Majesté d'un projet^ taire des guerres à Pignerol \ elles devaient être souscrite» quelquefois Costantino Maggi: Costantino était le nom de son aïeul, et Maggi celui de sa mcre. Les lettres étaient adressées aussi à M. de Secournam , à Lyon, à qui Ton avait mandé' dW prendre soin et de les adresser avec diligence, ( Note extraite d*un manuscrit déposé aux Archivée des affcùrts étrangères. ) (83) que la passion que j'ai pour son service m'avoit ins- piré; parce que le succès m*ea paraissoit diilicit'ey que je n'ai osé le proposer que je né visse aupara- vant quelque apparence de le faire réussir; mais comme rafifaire est présentement en bon éiat,.jepuîs presque assurer V. M. qu'il dépendra d'elle de là conclure. Je lui en rendrai un compte exact pour pouvoir recevoir les ordres qu'il lui plaira de me donner et que j'exécuterai très ponctuellement. 11 y a environ quatre mois qu'ayaut appris les divi- sions de la cour de Mantoue plus particulièrement que je ne le savois, et que M. le duc de Mantoue n'étoit pas si abandonné à ses plaisirs qu'il n'eût de l'ambition et un grand chagrin de l'état où il étoit réduit par madame sa mère et par les ombrages qu'il prenoitdesEspagnolS; j'espérai qu'il neseroît pas impossible de le détacher entièrement d'eux', de le mettre dans les intérêts de V. Majesté, et de lui persuader de traiter réellement de Casai. J'ai cru ne pouvoir employer dans cette affaire une personne qui fût plus propre à la ménager qu'un nommé le comte McUtkioliy qui est entièrement dé- voué à ce prince; je le conttoissois déjà depuis long-temps;'il m'avoit témoigné un grand désir de se rendre agréable à Voire Majesté par quelque ser- vice. Je savois qu'il avoit été secrétaire-d'état de iPeu M. le duc de Mantoue; que celui d'aujourd'hui itvoit conservé beaucoup d'affection pour lui^ et qu'il étoit bien instruit des intérêts des princes 6.. \ (84) d'Italie^ mais comme il avoit beaucoup d'habitude dans le Milanais et d'accès auprès des ministres espagnols y je ne voulus prendre aucune confiance en lui que je ne l'eusse bien examiné. Je chargeai le nommé Giulianik qui Votre Majesté eut la bouté de faire , il y a six mois , une gratification ^ et qui a un zèle pour son service qui ne permet pas de douter de sa fidélité^ d'observer Matthioli aivec soin et secrètement; et après avoir été suffisamment informé qu'il étoit fort mécontent des Espagnols qui l'avoient toujours amusé par des espérances et qui l'avoient ensuite abandonné^ j'envoyai dans le mois d'octobre dernier Giuliani k Yérone , ovt il alla sous prétexte de ses affaires particulières ^ mais en effet pour mettre Matthioli y qui y éto't ^ sur le sujet de M. le duc de Mantoue^ suivant Tins- truction que je lui en avois donnée^ et pour lui représenter que ceux qui avoient un attachement pour ce prince dévoient être bien affligés de le voir , à l'âge qu'il avoit^ encore sous la tutelle de madame sa mère^ sans argent ^ sans autorité^ tou- jours dans la défiance de <:eux qui étoient conti- nuellement auprès de lui , et; qui pis est, dans une si grande insensibilité qu'il ne songeoit qu'à passer sa vie avec des comédiennes ou des femmes pu- bliques; ce qui lui avoit fait perdre l'estime de tout le monde et la considération que son rang lui devroit donner 5 qu'une si étrange façon de vivre et l'opinion qu'on avoit qu'il n'auroit janiais d'en* (85) fsms dé madame sa femme; quoiqu'elle fût avsri jeune que lui^ portoient les Espagnols à entrelenhr les divisions (jni ëtoient dans cette cour-là pour en profiter et tâcher de s'emparer de Gasalet de tout le Montferrat; que ledit 6riui dire que j'dtois bien averti que l'impératrice Éléonore s'étoit dëjà déclarée sur les prétentions qu'elle a de se mettre en possession de cette partie de l'état de Mantoue; que le roi d'Espagne appuyoit haute- ment celles d'un seigneur espagnol qui, en vertu de son mariage avec la nièce du duc de Gastalle, dont il a des enfans^ soutient qu'il est l'héritier univei'sel de ce duc au préjudice dé M. le duc de Mantoue quf en a épousé la fille et qui est son plus proche parent; que, d'un autre côté, le pouvoir ab- solu des états de ce. prince et tous le^ revenus étoient entre les mains de madame sa mère et du moine Bulgarini-; que tous ceux qui lui servent de ministres, les uns sont gagnés par les Espagnols, les autres par rimpératrice Eléonore, les autres par le duc de Gastalle; que madame sa mère en avoit une partie pour elle, mais que le plus petit nombre étoit dans son parti , et qu'enfin c'étoit une espèce de miracle qu'il ne fût pas encore dépouillé; qu'il en couroit tous les jours- le risque, et que ce mal- heur lui arrive roit peut-être lorsqu'il y penseroit le moins; qu'il n'avoit pas à choisir sur les moyens de s'en garantir, et que la seule protection de Votre Majesté étoit capable de le mettre dans une en- (36) tière sûreté. Matthioli lui répondit quç tdnt c6 qu'il veuoit de lui dire étoit très^véritable^ qu'il y avoit long-temps qu'il le voyoit avec douleur^ mais qu'il y avoit encore du remède à un si grand mal; qu'il connoîs3oit assez M. le duc de Mautoue pour sçavoir qu'il avoit plus d'esprit et d'ambitioa qu'on ne croit; que si je le irouvois bon ij décou- vriroit ses sentimeas^ et qu'il se cbargeroit dételle négociation que je voudrois. Que cependant il alloit aller à pour être plus près de Mantoue^ où il ne pouvoit aller sans se rendre suspect à l'é- gard des dilférens partis qui s'y gouvernent ^ et que là il attendroit que je lui fisse sçavoir mes inten- tions. Quelques jours après il me manda qu'il avoit trouvé moyen d'être introduit secrètement auprès de M. le duc de Mantoue^ et que pour concerter toutes choses je lui envoyasse Giulianiy. dont je me suis toujours servi pour les diâerens voyages qu'il a fallu faire ^ parce que sou emploi d'envoyer les nouvelles publiques dans toute l'Italie^ lui donnoit occasion d'aller d'une ville à Vautre, et qu'on n'a aucun soupçon de lui comme l'on en ^uroit i^ifailliblement de quelqu'un de ma maison* Je le dépécbai aussitôt avec une nouvelle instruc- tion^ et non-seulement il eut audience de M. le duc de Mantoue^^à qui Jl parla comme je l'avois diargë de faire y mais même ce prince goûta fort la proposition qu'on lui fît de le délivrer des in- quiétudes continuelles que lui causoientles £spa« (37) gnds^et ée remettre Casai entre les mains de Voire Majesté ^ sur l'assurance qu'on lui donna que }e tû- cherois d'obtenir d'elle , en sa faveur, tout ce qu'il pourroit raisonnablement dësirer. Enfin il dé- clara c[u'il etoit tout résolu, et que pour ajuster mieux les choses il vouloit communiquer cette af- faire à deux de ses conseillers en qui il pourroit prendre plus àe ccnHance^ qu'il en donnoit le choix k Matthioliy afin qu'il fiit assure d'eux. Matthioli nomma MM. le marquis Caitriane eft Josçph Ve- rano qui ne lui sont point suspects. Cependant M. le duc de Mantoue me dépêcha Ghdiani pour m'informer de ce qui s'étoit passé, et il lui recom- manda de revenir au plus tôt pour prendre le projet qui auroit été dressé et me l'apporter. J'eus bien de la joie. Sire , de voir que l'affaire prenoit un si bon chemin. Je renvoyai promptement Giuliani avec ordre de dire à M. de Mantoue que je le priois de faire en sorte que j'eusse une conférence avec lui ; que Yotre Majesté n'avoit encore aucune connoissance de ce traité , parce que je n'avois osé lui faire une telle avance sans être assuré oupara* vaut qu'il ne me désavoueroit pas de ce que j'au- rois l honneur de mandera Votre Majesté, et qu'il seroitenpouvoird'exécuterce qui auroit été arrêté. Giuliani revint hier m^apporter des réponses aussi favorables que je les avois souhaitées. Il me dit que ces deux conseillers de M. de Mantoue s'é- loieot, avec toute sorte de précautions, abouchéi ( 86 ) ârvec Mauhioli) qu'ils avoieiit approuvé la résolu- tion de leur maîlre^ et qu'ils avoient réduit dans les articles du mémoire dont ils l'avoient chargé, et que je joins à celte lettre, ce qu'il supplioit Votive Majesté de lui accorder; qu'ensuite M. de Mantoue l'avoit fait appeler; qu'il lui avoit ordonné de me prierd'assurerîVotre Majesté de son respect et de son attachement à tous ses intérêts , et de me dire qu'il avoit remis entièrement ses soins au comte MtH- thiolî' qu'il iroit bientôt à Venise, où nous nous verrions commodément et sans ctre observa, à cause du carnaval qui est un temps où tout le monde, mtlme le doge, les plus vieux sénateurs,, les cardinauiE et le nonce, ne vont qu'en masque^ et que )6 ne perdisse point de temps pour rendre compte à Votre Majeslé de toute cette affaire, parce qu'il craignoit quelque surprise des Espa- gnols; mais que si ]è voulois qu'il tînt sa parole, il. falloit surtout que je ne la communiquasse point à M. le cardinal d'Ëstrée , parce que le bruit étoil si, répandu en Italie qu'il avoit ordre de Votre Ma- jesté d'y négocier avec tous les princes, et que les. Espagnols en avoient une si grande jalousie^ que sur le moindre soupçon qa'ils auroient de lui ils le rui- neroient avant qu'il pût être secouru par Votre Majesté, qivi perdroit en même temps l'espérance d'avoir Casai ; qu'il alloit prendre des mesures pour les endormir et leur ôter toute sorte de défîancede sa conduite; et si M. le cardinal d'Eslréc lui faisoit / (89T des proposîtionSy il ne les écauteroit qu'en pleliV conseil pour donner des réponses générales qui ne le rendroient suspecta pei'sonne. Je me vois par-là les mains liées ^pai la confidence que j*a vois d^nein- den faire à M. le cardinal d'£strëe qui, je croii , sera bientôt ici y et je suis dans la nécessité dis garder scrupuleusement ce secret jusqu'à ce que j'aie reçu les ordres de Votre Majesté. M. de Mantoue s'ofTre encore de faire un régiment^ pourvu que ce soi taux (lépenr» de Votre Majesté, et il représente qu'en disant battre la caisse à Mantoue et à Casai ^ il fera grand tort aux Espagnols qui y lèvent tous les jours des soldats; que Joseph Yerano^ qui est un des deux conseillers dont j'ai parlé, promet d'en tirer une bonne quantité du Ferrarois où il a du crédit y étant seigneur du Camérigo. Il supplie aussi Votre Majesté de faire un effort pour envoyer une armée ei) Italie, assez forte pour y pouvoir entreprendre quelque chose de considérable; et il l'assure qu'en ce cifs-là il ne se contentera pas d'avoir remis Casai entre les mains de Votre Majesté, mais qu'il a de» liaisons étroites avec d'autres états dltaliedont elle tirera de grands aivaniages. Que l'état de Milan n a jamais été si foible et si dénué de toutes choses qu'il l'est; mais que pour en être plus particulier rment instruit, il a donné ordre à Matthioli de se rendre à Milan, d'y observer tout avec application, et par- ticulièrement de pénétrer l'intention des Génois- »ir le bruit qui court depuis quelque temps en I Italie^ ou l'on y ajoute une entière fbi^ que Votre Majesté y doit envoyer une armée au printemps^ prochain au plus taiti. Comme il peut arriver ac- cident aux paquets, je n'ai osé mettre dans le mien la lettt*e que le comte Maithioliy qui a assu*- liment "bien servi Votre Majesté dans cette occa^ sioU; se donne l'honneur de lui écrire^ et j'ai cru qu elle devoit être en chiffres aussi bien que le mé' moire des préten tiens de M. le duc dé Manloue; mais j'en garde les originaux avec le plan de Casai que ]i n'envoyé point à Votre Majesté par la même raison. Je puis assurer Votre Majesté que je n'ai jamais parlé à Ghtlianî ni à Matthioli qu'elle eut dessein de * faire marcher des troupes vers le Mi- lanois^ mais il le marque dans^a lettre parce qu'il s'est servi du bruit qui a été répandu pour porter* M. de Mantoue à ce que je voulois, ayant connu qu'il en vouioit le commandement g^éral avec plus de passion que tontes les autres choses ^ ou plutôt que c'étoit la seule qu'il désiroit fortemeni pour être en considération dans l'Italie comme feu M. le duc de Modène et comme feu M. le duc de Mantoue qui ^ à Tâge de celui-ci^ commanda en chef l'armée de Tempereur, avec le titre de vi- caire général de l'empire. Quand ce prince sera ici, il n'y aura dans la conférence que nous aurons en- semble* qœ lui^ Matthioli; à qui il a promis de le rétablir dans la charge de secrétaire-d'état y et de le faire son premier ministre aussitôt qu'il se verra (91 ) en autorité^ et que le irailé qu'il pr^end faliv avec Votre Ma jesté sera exéculé ; le sieur Giuliaai|^ le sieur de Fincbesne qui est secrétaire de. cette ambassade et dont M. de Pomponne, qui la mit auprès de moi, peut répondre de la fidélité et de la sagesse à Votre Majesté, et moi. Ainsi le secret, si nécessaire dans cette affaire , sera assurément impénétrable» J*ai Fbonneur d'étré, etc. L'abbé d'EsTRADSs (i). A M. DE POMPONNE. Venise, 1« 24 d« décembre 1677. MoiVS1£t7I!L., Je n'ai que quelques particularités à ajouter h la lellre que je me donnai Thonneur d'écrire au roi la semaine passée ; mais comme M. le duc de Mautoue (1) Archives des afHiires ëtritTigères, \ ( 9^ ) m'a fait savoir depuis qu'elles peuvent servir a vous faire encore mieux connoître combien il est important à ce prince de prendre des mesures se- crètes et d'user de toute la diligence qui lui sera possible pour la conclusion de l'affaire dont j'ai ren- du compte à Sa Majesté, j'ai cru. Monsieur , qu*ît ëtoil nécessaire que vous en fussiez informé. Il y a trois jours que M. le duc de Mantoue me donna avis qu'il avoit trouvé moyen d'avoir entre les mains la copie des ordres par écrit, que l'impératrice Éléonore et l'empereur, de concert avec les Espa- gnols, avoi eut donnés au comte Villaliano Borro- mei, milanois et commissaire impérial. Ils portent que si les François venoient en Italie , et qu'il lui parût que M. le duc de Mantoue eût quel qu'inten- tion de se jeter dans leur parti, il se servît de ce prétexte pour «c rendre promptement le maître de Casai yely par ce moyen, des partisans qu'ils y ont en grand nombre , et entr'autres le gouverneur de la ville et celui du chAteau, àfîn de conserver celte place et tout le Mont- Ferrât à l'impcratrice Éléo- nore. Le marquis Canossa a reçu un pareil ordre pour Mantoue. Il est aussi commissaire impérial , et où il lui seroil assez aisé de l'exécuter, le gouverneur de la citadelle étant son beau frère, et le major de la ville son intime ami ; de sorte que M. le duc de Mantoue m'a fait dire que dans la situation où il éloit, et se voyant observé de plus par madame sa mcrc, par le moine Bulgarini, qui la gouverne, et (95) f>ar la plus grande partie de ses ministres^ qui sont dévoués à la maison d'Autriche, il est obligé de ne témoigner aucune ambition y de paroître n*avoir aucune connoissance de ses affaires , et de ne don- ner aucun soupçon de sa conduite; mais aussi qu'il ne peut se déclarer ouvertement^ comme il le fera, pour les intérêts du roi^ ni livrer Casai à Sa Ma- jesté^ si elle n'envoie une armée en Italie assez con- sidérable pour se conserver cette place y et pour le «nettre à -couvert des malheurs qui lemenaceni et des desseins que la maison d'Autriche a contre lui ; que c'est ce qui l'oblige do supplier et d'exhorter Sa Majesté de faire un effort pour cela ^ quand même elle n'auroit pas été tout-à-fait résolue de porter la guerre dans le Milanois y puisque <]asal est aine acquisition assez importante pour l'y dé- terminer^ Mais. Matthioli, à qui M. le duc de Man- toue a remis l'entière disposition de cette affaire^ va plus loin^ et il assure qu'en ce cas on trouveroit bien le moyen de mettre un gouverneur dans la ci- tadelle de Manloue et un major dans la ville, qui fussent autant attachés au service du roi que ceux qui occupent ces deux postes le sont à la maison d'Autriche. Il y a de plus, Monsieur, à considérer que le • duc de Gastalle étant le plus proche parent de M. le duc de Mantoue, et devant succéder au du- ché , il y auroit à craindre que si la duchesse sa Aile; qui est fort mal et qui n'a point d'enfans, ve- y \ (94) noitli mourir, il n'arrivât ht M. le duc de Mantoue quelque malheur qui assureroit son état au sei^ gneur espagnol qui a épousé la seconde lille du duc de Gastalie, et dont les Espagnols, dans cette vue sans doute, ont ti*aité le mariage à Vienne par le moyen de dom Yincenze, qui est revenu depaia quelque temps. Vous connoissez beaucoup mieux que moi , Monsieur, de quelle conséquence il seroît pour le roi, non seulement d'enlever le flfaniouan et le Mont^Ferrat à la maison d'Autriche , qui ne perdra' pas une occasion favorable dç s'en servir, maiseocore d'avoir entre- ses mains ces deux états ^ par lesquels Sa Majesté tiendroit aisément en bridé les princes d'Italie. Ainsi je ne prends pas la liberté d'entrer plus avant dans cette matière, et de mêler mes réflexions à celles que vous y pourrez faire. ' Je suis, etc. L'abbé d'Estrades (i). d) Arcbiyes des affaires étrangères. (95) JL M. DE POMPONNE. A Venise, le M'.'do janvier 1678. Monsieur , J'ai si peu de chose à vous mander d*iciy au- joard'hui , que je vous aurai bientôt informé de ce que j*ai appris , el que je puis espérer que la lon- gueur de cette lettre ne vous fatiguera point. Je sais qu'un sénateur, qui est du Prégadi , a dit qiie TeiEpereur et les Espagnols sollicitoient vive- ment les nonces et les ambassadeurs de Venise, qui- résident' à Madrid et à Vienne, de porter leurs maîtres à s*unir avec eux contre la France , et de leiu* représenter qu'ils avoient un intérêt commun de conserver Tltalie et d'en éloigner les armées du roi dont elle étoit menacée. Je ne crois pas que le pape soit fort disposé à leur faire ce plaisir; mais , Monsieur, j'oserois presque assurer que si la république doit renoncer aux avantages de la neutralité qu elle a jusqu'à présent si bien observée, ce ne sera pas pour partager les mal- heurs de la maison d'Autriche, et c'est en effet dans ce sens-là que ce sénateur en a parlé. L'abbé d'ËsTRADSS (i). (1) Archives des affaires étrangères. / (96) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Saint-Grermain , 5 )«nTi«r 1678. Monsieur 7 N'ayant pas encore eu le temps de rendre compte au roi de votre dépêche du 18 du mois passé^ je ne vous informerai point des sentimens de Sa Majesté, touchant ce que vous lui mandez des dispositions de M. le duc de Mantoue. Ce sera seulemeqt par le premier ordinaire Pomponne (i). AU MÊME. Du ra ianYier 1678, à Saint ( 104 ■) toutes les marques possibles de re^ect et de connoissancejf et je luy ay àît, co«AVk« Vostns Ma^- jesté me l'a ordonné, qu'elle ne se Gopt^ntok pa& de luy témoigner elle-m^sme le §ré qu'elle lujr sçauroit du zèle n'ae- voientpu luy refuser l'argent d^nt il auroit eu besoin pour celaj que je sçavois que ses sujets y contri- buoient avec plaisir, et qu'ils avoient témoigné de la jore que leur prince s'appliquast luy-méme à ses affaires; que jusques à la conclusion du traitëjy qui le dcYoit attacher si fortement à Yostre Ma- jesté , il n auroit point d^occasion de faire de nou- velles dépenses, et qu'il reccvroit alors tout le se- cours et tout le soulagement qu'il devi*oit attendre de Vostre Majesté j qu'en s'engageant de payer et d'entretenir les garnisons qu'elle tiendroit dans Ca- zal, elle cédoit à M. le duc de Mantoue la jouis- sance de la propriété et des revenus sans aucune charge, et que Vostre Majesté ne trouveroit dans cette affaire d'autre utilité que celle de le délivrer du joug que luy a. imposé la maison d'Autriche, et d'avoir plus de facilité de faire, dans le Mtlanois, r ( «07 ) des conquestes dont elle avoit dessein de luy don- ner part ; de sorte que le présent qu'il demandoit devait estre considërd comme une pure gratifica- tion^ cent mille pistoles estoient une prétention si excessive, que Yostre Majesté n'avoit pas jugé à- propos de faire aucune offre là-dessus , et qu'elle m'avoit seulement ordonné de luy dire qu'elle ne s'esloigneroit pas de luy iaire un présent d'une somme plus modérée; qu'il falloit donc qu'il s'ex- pliquast nettement là-dessus. Le comte Matthioli se deffendit Ion g -temps de parler, et il prit un party fort honneste en appa- rence, qui fut de se remettre à la générosité de Vostre Majesté. Mais voyant que je m'opiniastrois à vouloir qu'il parlast, il se relascha peu à peu à cinq MBi mille livres. Je luy dis que je jugeois à- peu-près de ce que M. le duc de Mantoue pouvait espérer de Vostre Majesté; mais que je ne me chargerois pas de luy faire cette proposition, et que je ne pouvois m'empescher de luy dire que pour on homme aussy bien intentionné qu'il me té- moignoit l'estre, il me paroissoit bien ferme sur un petit intérest , dans une négociation dont il m'advoueroit sans doute que M. le duc de Man- toue tireroit de grands et de solides avantages. En- fin, Sire , je l'ay réduit à se contenter de cent mille escus, à condition néanmoins que Vostre Majesté u en fera le payement qu'après la signature du trai- té et l'escliange des ratifications, et que si elle ue ( »o8 ) veut point donner la somme entière en one seule fois, M, le duc' de Mantoue recevra d'abord dur quante mille escus , et les autres cinquante mille, trois mois après. J'ay encore déclaré au comte Mat-< tbioli que je ne luy répondois pas que Yostre Ma-* jesté trouvast bon que je me fusse fixé à une somme si forte y mais je luy promettois de faire tout ce qui dépendroit de moy pour n'en estre pas désavoué. Non-seulement les auti'es articles de la dépesche de Yostre Majesté n'ont reçeu aucune difficulté , mais mesme ils ont confirmé puissamment le comte Matthioli dan« la pensée que M. le duc de Mantoue ne pouvoit prendre un meilleur parti que celuy de s'abandonner entièrement à la protection de Yostre Majesté. Il fait un fonds si assuré sur la r^lutioa qu'il croit qu'elle a prise de faire passer cette an- née une armée considérable ea Italie ^ que je n'au- rai pas de peine de l'en persuader toujours plus fortement; mais je suis un peu embarrassé de l'em* pressement que M. le duc de Mantoue a de con- clure cette affaire, à cause des frayeurs continuelles que luy donne le dessein qu'il est averti que les Es- pagnol s ont toujours de se saisir de ses places sur le premier prétexte et à la première occasion fsvorable qu'ils en auront. Cependant je tascheray de tirer cette négocia tien en longueur, autant que Yostre Ma- jesté le trouvera cle, très obéissant,, et U-èi fidelle sujet etscnriteor, L*abbé D*£sTRADES (i). A M. DE POMPONNE. A Venise, le ta férrier 1678. MoKSlEXTR, Quoiqu'il y ait quinze jours que M. le duc de Man- toue est à Venise , je n'ay pourtant pu le voir en- core; mais il m'a fait dire plusieurs fois, par le (i) Archives des afiaires étrangères. comte Matlhioli^ qu'il avoit plos d'impatience qvtm moy que nous eussions une conférence ensemble; qu'il ne dlfféroit à se donner celte satisfaction que pour se débarrasser de ceux de ses gens qui luy sont les plus suspects ^ et particulièrement de qua- tre hommes dont madame sa mère l'a fait accom- pagner icy pour observer toutes ses actions , ce qu'ils font avec un très-grand soin ; et que deux jours avant que de partir pour s'en retourner dans ses étals, où il n'appréhendoit pas qu'on luy fist une surprise, lorsqu'il y seroit, il m'avertiroît du lieu et de l'heure où nous pourrions nous voir. Il est vray que la démarclie qu'il a faite, de se mettre hautement en possession des estais du feu duc de Gastalle, a si fort inquietté les Espagnols, qu'on voit qu'ils cherchent, par toute sorte de voies, à s'es- • claircir si M. le duc de Mantoue n'a point recher- ché l'appuy du roy. Son résident à Venise, qui est dévoué au parly de la duchesse-mère, vint de- mander il y a deux jours au sieur de Pinchesne, de la part de son maistre, si je despeschois un courrier extraordinaire en France, parce que Son Altesse seroit bien aise de se servir de cette com- modité pour y envoyer un pacquetde conséquence j il luy répondit que les affaires estoient si peu vives icy, que j'avois toujours escrit par les voyes ordi- naires , et que je n'avois présentement aucune rai- son d'envoyer un courrier ^ si M. le duc de Man- toue le souhaittoit, j'en ferois partir un sur son (III ) service. J'ay fait savoir ceiu à ce prince, qui a este sarpris de ce que son résident , en son nom y et sans son ordre y eust fait une demande de cette nature, et comme il a jugé, aussy bien que moy, que ce résident avoit eu dessein de pénétrer par ce moyen si un pacquet qu on disoit que M. le duc de Man- loue avoil reçeu de M»ne. la grande -duchesse estoit important , il a agréé l'expédient que je luy avois fait proposer de luy envoyer faire publiquement chez luy les mesmes oflfres qui avoient esté faites à son résident, afin qu'il luy pust tesmoigner devant ses ministres qu'il trouvoit fort mauvais qu'ils les fissent entrer en commerce, sans son aveu, avec l'ambassadeur de France, sçacliant les mesures qu'il avoit à garder. Il a chargé Matlhioli de me dire qu'il avoit eu une lettre de Mnie. la grande- duchesse, à qui il faisait réponse, pour la prier seulement de vouloir appuyer ses droits auprès du roy, ayant appris que M. le duc de Modène avoit porté ses plaintes à Sa Majesté de ce qu'il s'estoit emparé de la succession de M. le duc de Gastalle , sur laquelle il avoit des prétentions. Le sieur de Pinchesne Fa esté trouver chez luy de ma part, et la chose s'est exécutée comme elle avoit esté réso- lue; mais cette aventure, et plusieurs autres choses que M. le duc de Mantoue découvre tous les jours, luy font bien connoistre que les Espagnols se dé- fient de lui , et il en est dans une si grande inquié- tude, qu'il souhaitte avec passion que Sa Majesté M I ( I" ) le ttiette biéntost en seureté contre leurs entreprises L'abbé d'ëstradss ( i )^ A M. DE POMPONNE. À Venise j le 19 de février 1678. Monsieur , Vous aurez veu, par les dernières lettres que je me suis donné l'honneur de vous escrire, que je prenois soin d*entretenir la négociation que j'ai liée avec M. le duc de Manloue, et de la tenir toujours en estai d'estre terminée de la manière que le roy jugera la plus convenable à ses intérêts. Ainsi , Monsieur, je n'ay qu'à vous asseurer que je m'ap- pliquerai, comme vous me l'ordonnez dans vostre lettre du 2 dé ce mois, à gagner du temps, et à confirmer M. le duc de Mantoue dans la résolution qu'il a prise de s'abandonner à la protection du roy. Il est aussy persuadé qu'on le peut désirer (i) Archiyes deç affaires étrangères. \ ( "3) qu^il ne sauroît prendre un meilleur party, quoi- que les Espagnols luy fessent depuis peu de grandes offires d'argent et d'ehiploys pour l'obliger à se dé^ ckrer ouvertement en leur faveur, et pour intro- duire une garnison d'Allemands dans Casai; mais comme il appréhende toujours que l'on ne s'aper- çoive du peu d'inclination qu'il a pour la maison d'Autriche , il ne peut se croire en seuretë que lors- qu'il se verra appuyé par un traité , et c'est ce qui luy donne tant d'impatience de conclure celny qu'il a dessein de faire avec le roy L'abbé d'Estrades (i). A M. DE POMPONNE. y«niie , le a6fémer 1678. MONSIBUR, Je n'ai point eu l'honneur de receveur de vos lettres cette semaine , mais )'ai bien crû que les (1) Archives des affaires étrangères: 8 ("4) embarras^ du départ du roy m'en priveroient. J'ay sçeu de bonne part que l'on avoit appris icy qi«e lesËBpafpols renouveloient leurs instances poiu- forpaer une ligue des princes d'Italie contre la France p et que ç*estoit à Borne qu'ils concertoieni les moyens d'y réussir; c'est sans doute ce qui a donné Utu au bruit qui court depuis quelque» )oursyi{ue le cardinal Porto Carrero en retournant en Ëspagfie^ou il va prendre possession de Tarcbe- vdcbé de Tolède^ doit passer par les Cour» d'Italie pour tâcher de les.engager dans le parti qu'ils ap« pellent la cause commune. L'on dit que. M. le grand duc s'estoit déjà fait entendi'e que s'ils avoient à s'unir ;11 faudrait le faire pour le maintenir dans leur liberté; mais non pas pour s'engager dans une grande guerre ^ et à aider une des deux puissances ennemies à les accabler plus facilement dans la suite. Ces advis m'ont obligé à donneur tous mes soings pour pénétrer dans quels sentimens on estoit à Yenise sur ce sujet, et j'ay été bien informé que jusqu'à cette heure l'on y a intention de se déli- vrer des importunités des Espagnols^ s'ils sont trop pressanS; par une réponse semblable à ce qui s'est dit à Florence; mais il m'a paru que 1^ crainte et ht jalousie qu'on avoit Ici de la puiasioiee du roy>se réveillent fortement , et qu'on y appréhende que les desseins de Sa Majesté ne se bornent pas à la conservation des conques tes qu'elle a faites, ni mesme à celles de Flandre. Le sénat est confirmé (ii5) ^ns cette opinion par les dernières lettres de M. Gontarini^ qui lai mande qu'il ne faut pas s'at- tendre à la paiX; parce que le roi ne le veut point. Cette façon de parler me persuade que M. Conta- rini est mal intentionné ou mal instruit , et elle est bien capable d'augmenter les inquiétudes du sénat. J'ai fait voir, du mieux qu'il m'a été possible, à ceux avec qui j'en ai parlé, qu'on ne pouvoit agir avec plus de sincérité pour la paix, n'y j apporter plus de facilités que Sa Majesté avoît fait. Il n'y a pas lieu néanmoins d'appréhender que , dans l'état cil sont les affaires de la république de Venise, et dans la défiance continuelle où elle est à l'égard du premier visir, elle ose se déclarer en faveur des ennemis du roi ^ mais. Monsieur , je puis vous as- surer, sur les lumières que j'en ai, qu'il ne faut compter à l'heure qu'il est que sur la foiblesse des Vénitiens et sur l'épuisement de leurs finances, et non pas sur leur bonne volonté. S'il m'étoit permis de dire mon sentiment sur la conjoncture présente, je croircis qu'il n'y a pas de moyen plus prompt et plus assuré de rompre toutes les mesures des Es- pagnols en Italie, et de terminer en faveur du roi les irrésolutions du sénat, que de lier M. le duc de Mantoue par le traité qu'il veut faire avec Sa Ma- jesté; non seulement il est toujours dans la même l'ésolution de conclure cette aSkire , que l'empe- reur lui a fait dire qu'il ne voulait pas le priver de la succession * du doc son beau-père, et qu'il déi^i- 8.. ( ri6) roit seulement (pi'il retirât la garnison qu'il avoi-t mise dans Guastalle p et encore parce que Sa Ma- jesté impériale le presse d'exécuter le traité fai( autrefois avec le feu duc son père, qui s'estoit en- gagé de n'avoir que des Allemands eu garnison dans Gasal. M. le duc de Mantoue me témoigne une confiance entière^ et il me faitsçavoir, par le comte Matthioli, ce qui se délibère survies affaires, pour sçavoir mes seotimens avant que de rien résoudre. Vous jugez bien, Monsieur ^ que je n'oublie rien de mon côté pour nourrir ses bonnes dispositions et pour tenir toujours la négociation en estât que le roi en soit le maître. M. le duc de Mantoue me fit prier, il y a dix jours, de l'aller voir monter à cheval à l'académie. J'y allai ^ et dans la vérité je trouvai qu'il y étoit très-ferme quoiqu'il n'y soit pas de bonne grâce, parce qu'il a eu autrefois une jambe rompue et qu'on porte icy les estriers fort courts. Comme il se pique d'estre bon cavalier, il m'a sçeu très-bon gré des louanges que le comte Matthioli lui a dit que jeluy donnois, et de ce que je luy ai promis d'en rendre témoignage dans la première lettre que j'aurois l'honneur de vous escrire. Deux gentils'hommes des plus considérables de cette république, qui sont : Comaro l'aisné, qu'on appelle de la Grande Maison, et un Foscarinî, fout déjà de grandes brigues pour succéder à M. (lontarini dans l'ambassade de France, quoi- ("7) que ce choix ne doive se faire qu'au mois ile sep- tembre prochain; sur lequel des deux qu'il tombe, celuy qui sera nommé remplira dignement cette place, surtout par la dépense, estant tous deux fort riches et fort gâiéreux. Quoique j'aje pris la liberté, Monsieur , de vous demander, dans ma dernière lettre, votre protection auprès de M. Colbert pour le payement de mes appoîntemens , et surtout des six premiers mois de l'année 1676 dont j'ai les ordonnances il y a long- temps , je n'ai encore pu les toucher. Je suis pourtant forcé par mes pressans besoins de vous en renouveler aujourd'huy les instances', et de vous supplier très-humblement de me procurer cette grâce de M. Colbert. J'espère, Monsieur, que vous me voudrez bien donner cette marque de votre affection^ qui est la plus grande que j'en puisse recevoir dans l'embarras où je me trouve, et que vous serez toujours persuadé que je suis avec un profond respect et un attachement inviolable, Monsieur, etc. L'abbé d'EsTaiDES (i). (1) ArchÏTes des affaires étrangères. ( n8) A M. L'ABBÉ D*ESTRADES De Cambray, le i^'. mais 1678. MoifSIEVAy J'ay readu coipg^te au roy , durant le voyage, de vos dépêches de» 29 janvier et 5 février. Je n'au- rai pas le lemps d'y f^ire une fort longue réponse. Je vous dirai seulement que Sa Majesté y a vu la suite de la n^égociation que vous avez liée avec le comité Matthipli; que vous étiez entré dans la dis- cussion des pointa qu'il vous avoit proposés, et de ceux que Sa Majesté ne pouvoit admettre ou re- fuser; quç même vous étiez descendu dans le détail de lasom|ike qui avoit été demandée^ et que vous l'aviez réduite k cent mille écus. Ce que je puis vous dire, Monsieur,^ sur ce sujet, est que Sa Ma- jesté a bien agréable que vous entreteniez une né- gociation dont l'effet dans la suite pourroit être fort considérable; mais il faut que les temps se dis- posent pour cda^ d'autant plus que le fondement de tout ce qui se traite avec vous est toujours sur le pied que le roy envoyé une puissante armée delà les monts. Vous voyez assez^ je m'assure , que jus- qu'à cette heure les choses ne se disposent pas à cela; il est bon toutefois de continuer à en nourrir ("9) la créance, et c'est ce que Sa Majesté juge à propos que vous fassiei; mats elle ne Yoit pas que vous dévies contracter aucun engagement sur un point qui ne pourrait avoir de succès et qui rendroit inu- tile la dépense que Sa Majesté pourroît faire. Ainsi, Monsieur y ce que vous pouvez^est de cultiver tou- jours les bonnes intentions du comte Matthioli, et par lui celles de son maître; de ne point détruire Vespérance qu ils ont de voir les armes de France en Italie , et de remettre la réponse qu'ils atten- dent de VOUS; tantôt sur les occupations du voyage et de la campagne où Sa Majesté se trouve en- gagée, qui vous auronC privé de ses réponses, tan- tôt sur d'autres raisons, mais enfin de tenir autant qu'il vous sera possible une négociation en estât dont, selon la conjoncture des affaires, Sa Majesté profîteroit avec plaisir i . - Pomponne (i). (i) ArckiTei àes affaires étrangèrea. ( lao ) A M. DE POMPONNE. Venise, le 12 de mars 167S*. Monsieur^ Le» embarras que je sais qu'on a toujours dans les marches d'un voyage, me laissoient peu d'espé- rance de recevoir de vos nouvelles jusqu'à ce que vous fussiez arrivé à Metz, et je vous suis bien obligé de la bonté que vous avez eue de m'en donner, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire de Yitry le i5 du mois passé. Je n'ay encore rien de certain à vous mander aujourd'hui; mais la semaine prochaine j'aurai l'honneur de rendre compte au roi de la conférence que je dois avoir infailliblement demain au soir avec M. le duc de Mantoue. Toutes les mesm-es sont prises pour cela, et ce prince m'a seulement fait dire qu'il m'expliqueroit les raisons qui l'obli- gent d'envoyer en diligence le comte Matthioli à Sa Majesté; il ne partira pourtant que dans dix ou douze jours, et je lui ai fait comprendre qu'il es- toit nécessaire que je fusse instruit auparavant de la commission dont il seroit chargé. J'ai cru de- voir en prendre connoîssance, afin que Sa Majesté en soit pleinement informée avant que M. Mat- ( lal ) lliioli se rende auprès d'elle. • Je puis seulement vous assurer dès à présent, que les choses ne sçau- roient estre mieux disposées pour former ime ligue puissante en Italie et pour en chasser entièrement les Espagnols, si le roi veut tourner ses armes de ce coté-ci; c'est ce que vous sçaurez plus au long et plus particulièrement dans ma première dé- pêche, parce que je pourrai vous en parler avec certitude après que j'aurai appris du comte Mat- thioli le succès d'une négociation qu'il a liée de- puis peu avec la république au nom de M. le duc de Mantoue et de concert avec moi. Le prétexte dont nous sommes convenus qu'il se sei*viroK, a été que ce prince désiroit se régler sm* les conseils du sénat, après lui avoir communiqué les droits légi- times qu'il a sur Guastalle, et la juste deffiance que luy donnent les sentimens que la maison d'Autriche lui jfaît paroistre sur cette affaire. M. Malthioli a déjà eu deux conférences avec un sage de Terre^ Ferme, nommé Landoy député par le collège , et il en doit avoir encore trois celte semaine, qui nous découvriront les véritables dispositions du sé- nat pour Sa Majesté. Il est aisé de juger par la ma- nière dont ce sénateur a déjà parlé, que si une ar- mée de France vient en Italie, la république aime- ra mieux profiter des malheurs et de la faiblesse de la maison d'Autriche , en joignant ses armes à celles du roi , que de demeurer dans une neutralité ^ui lui sembleroit dangereuse dans le temps qu'elle ( i2a ) verroit un si puissant prince Êiire la guerre à ses portes. Cette politique des Yëni tiens justifie ce que î'ay déjà eu Thonneur de vous en mander^ qu'il ne faut rien attendre d'eux ^ que ce que la crainte ou rintérét les obligera de faire L'abbé d'Estrades { i). A M. DE POMPONNE. A Venise, le 19 déniais 16.^6. Monsieur ; Je n'ai point eu l'honneur de recevoir de vos lettres cette semaine : vous verrez, par le compte que j'en rends au roi, ce qui s'est passé dans la con- férence que j'ai eue avec M. le duc de Mantoue. J'y adjousterai seulement, Monsieur, que s'il con- vient à Sa Majesté que ce prince s'attache à elle, aux conditions qui ont esté proposées, il meparoît qu'il sera nécessaire, avant que le comte Matthioli parte de la cour, de mettre cette affaire en état de (1) Archives des afiitires étraof ères. ( 123 ) ne pouvoir plus estre rompue, parce que j*ay vu M. de Mantoue si allarmé ^e9 inenaces que les Es- pagnols luy font et de la protection qu'ils donnent hautement au comte de Prades y qui prétend que le duché de Guastalle lui appartient, que je n'ai pu le remettre dé ses frayeurs qu'en lui faisant espérer que le retour du comte Matthioii le iireroit de toute sorte d'embarras; et s'il le voyait revenir sans' le consentement du rot pour conclure l'affaire et sans une asseurance infaillible d'un prompt se- cours^ je ne sçais si la peur d'être dépouillé ne le feroit pas changer de résolution. J'ai cru, Mon- sieur, vous devoir informer fidellement de la si- tuation où j'ai trouvé l'esprit de M. de Mantoue, afin que vous pussiez vous régler là-dessus. Le sénat a pénétré que le pape n'a laissé tomber d'elle-même Tafiaire de l'ajustement de la républi- que avec l'Espagne, sur ce qui s'est passé àTrieste, que parce que Sa Sainteté est bien aise d'être seule média tiîce des princes catholiques à l'assemblée de Nimègue, et qu'elle ne veut pas qu'un ambassadeur de Venise partage cet honneur avec son nonce. ' . Je suis , etc. L'abbé d'Estrapes (i). (i) Archives des a£Diircs étrangores . ( M) A LOUIS XIV. A Venise, le 19 de mars 1676. SlR£> Il y a huit jours que je mandai à M. de Pom- ponne que je dey ois avoir le lendemain uae confé- rence avec M. le duc de Mantoue. Nous nous yis- vieSj comme nous l'avions concerté , à minuit^ dans une petite place qui estoit à une distance égale de sa maison et de la mienne. Je fus une heure entière avec luy, et non seulement je luy dis tout ce que Yostre Majesté m'a voit commandé de lui faire sça- voir^ et qu'il avoit déjà appris par le comte Matr thioli y mais encore je le rassurai le mieux qu'il me fut possible sur les de/fiances continuelles çt bien fondées qu'il a des Espagnols. Je ne m'expliquai point avec luy du présent que Vostre Majesté lui feroit en argent^ aussitost après la conclusion du traité 7 e», je me contentai de lui promettre qu'il auroit lieu d'en être content. Il a paru être fort satisfait de noire conversation, et^ de mon costé^ je n'ai pas moins sujet de l'estre , puisqu'il m'a con- firmé tout ce que le comte Matthioli m'avoit dit de sa part. J'en ai rendu un compte si exact à Vos- tre Majesté dans les lettres que je me suis do^né ( ia5 ) « l'honneur de lui écrire et à M* de Pomponne , qu'il est inutile que je m'dtende davantage sur cette ma- tière. Lorsque nous fûmes sur le point de nous sé- parer> M. le duc de Mantoue et moi, il me repré- sénla le risque dans lequel il estoit d'estre accablé par les Espagnob^ dont il ne pouvoit douter des mauvaises intentions, après les instances pressantes qu'ils lui avoient faites depuis peu, d'introduire les Allemands dans Oizal, d'en tirer la garnison de Cuastalle , et de sedéclarer ouvertement et sans délay en leur £akveur.Il adjousla que je pouvois bien penser que dans la résolution où il estoit de servir Vostre Majesté de sa personne et de ses états, il ne feroit rien qui pût être préjudiciable à ses intérêts, mais que si les Espagnols ne lui fournissoient plus l'ar- gent qu'ils avoient accoutumé de lui donner pour l'entretien de la garnison de Cazal , comme ik le lai avoient déclaré , ilneseroit pas en pouvoir d'en soutenir la dépense lui-même et de conserver cette place ; que le danger étoit si présent, qu'il n'y avoit point de temps à perdre pour le mettre en seureté, et que les affaires se traittoient si lentement par la voye des dépesches, qu'il se voyoit dans la néces- sité d'envoyer le comte Matthioli à Vostre Majesté pour lui exposer Testât où il se trouvoit réduit, et pour la supplier de l'en vouloir tirer le t>lus tost qu'il seroit possible. Je n'ai osé , Sire , m'opposer à ce voyage , parce que je me suis apperçu que M. le duc de Mantoue ( 126 ), avoit pris quelque ombrage, ou du moins qu'il a voit eu de Tinquiétude de la longueur de cette nëgociatioD, que j'ai éloignée sur plusieurs pré- textes différens autant que je l'ai pu sans rien hazar^ der, comme Vostre Majesté me Tavoit ordonné^ et encore parce que j'ay cru qu'elle seroit plus as- surée de la fermeté de M. le duc de Mantoue, lors- que le comte Matthioli, en qui il a une confiance aveugle et qui le gouverne absolument, seroit au- près d'elle. Il fera connoître à Vostre Majesté, mieux qu'on ne le sçauroit faire dans des lettres , les facilités qu'elle trouveroit à conquérir le Mila- nais, les intelligences qu'on y aura, et le détail de toute la négociation qu'il a eue avec la r^ublique de Venise au nom de M. le duc de Mantoue, qui a detnandé au sénat ses conseils sur l'affaire de Guas- talle, et ses assistances en cas qu'on le voulût trou- bler, par la force, dans ïa possession de ce duché. Le sénat a été dire à Matthioli , par un sage de Terre- Ferme qui a^été député pour ce sujet, que M. le duc de Mantoue devoit conserver Guastalle^ que la république lui rendroit tous les offices qu'elle pourroit, et que quand son intercession seroit inu- tile, elle l'assisteroit secrètement et de ses avis et de son argent plutôt que de l'abandonner. Ce séna- teur lui a fait entendre que si Vostre Majesté en- voyoil une armée en Italie , et que M. le duc de Mantoue fut dans ses intérêts , la république ne s'esloigneroit pas d'entrer dans le mesme parti ; et ( 1^7 ) M« le procurateur Nany; avec qui il a eu deux con- versations; s'en est encore explique avec lui plus clairement. ' G>mine le comte Matthioli ne doit recevoir ses instructions qu après-demain ^ il ne partira d'icy que vers la fin de la semaine. J'aurai l'honneur d'informer Yostre Majesté de ce qu'elles contien- dront de plus important^ et du temps qu'il pourra se rendre auprès d'elle. Je suiSy avec toute sorte de respect et de soumis- sion , SiaE; De Yostre Majesté^ Tr^ humble , très obéÎMâiit , et très fidelle serviteur et sujet, L'abbë d'Estrades (i). (i) Arcbires des afiairet étrangères. (ia8) A M. DE POMPONNE. Venise^ le 36 de mars 1678 MoirsisURy Mes dernières lettres vou) auront fait voir que j'ai prévenu en partie les ordres que je reçois dans celle que vous m'avez fait l'honneur de m'ëcrire du 4 de ce mois. J'avois jugé que ^ dans la conjonc- ture présente^ il ne seroit pas facile au roy d'en- voyer aussi promptement *qu'on le souhailoit une puissante armée en Italie. U me paroissoit néan- moins que Sa Majesté regardoit la négociation que j'avois liée avec M. le duc de Silantoue ^ par le moyen du comte Matthiolr^ comme une affaire qui lui pouvoit estre utile dans la suite ^ et dont elle seroit bien aise d'estre toujours en état de profiter. Ainsi y Monsieur^ j'ai apporté tous mes soins k nour- rir l'opinion qu'on avoit de voir les armes de France dans le Milanois, et à confirmer M. le duc de Mantoue dans les bons sentimens qu'il a pour Sa Majesté ^ et dans la defEance que les Espagnols lui donnent. Je me suis même servi des raisons que 'vous me marquez^ pour modérer l'impatience qu'il avoit de conclure le traité qu'il souhaite de faire avec le roi. Avant que Sa Majesté partit de Saint- ( Ï2f) ) Germain^ je reprëftentois au comle Miltliîoli que ks négociations d'Angleterre Toccupoienl trop pour lui permettre, dans des temps si difficiles , de s'ap- pliquer autant qu'il estoit nécessaire à nne nouvelle ^ entreprise de l'importance de celle qu'elle mcdi- loit de (aire en Italie , et depuis je lui ai allégué la difficulté de recevoir des réponses dans les embar- ras d'un voyage, et dans les occupations de la cam- pagne qui obligeoient le roi de passer souvent d'un N Heu à un autre. J'j ai adjousté que je n'eu étois point surpris, et que les années passées j'avois eu rarement de vos lettres dans ces temps-là. Il s'est contenté, jusqu'à cette heure, des defTaites que je lai ai données; mais M. le duc de Mantoue s'est si fort alarmé du péril dans lequel il croit être, et de la longueur de cette négociation , qu*il a voulu absolument envoyer le comte Matthioli au roi, et ^ue je n'ai osé mi'y opposer de crainte de le jetter dans la deffianc^ et de le rebuter entièrement. Il est vrai. Monsieur, qu'après avoir bien examiné de quelle manière, ce voyage se pouvoit faire, j'ai cru qu'il u'y avoii point de moyen plus facile et plus infaillible que celui-là pour s'assurer davantage de M. le duc de Mantoue et pour faire durer cette af- faire autant que le roi le jugera à-propos. J'ai , pour cela , persuadé au comte Matthioli qu'il étoit important qu'il n'allât pas trouver directement Sa Majesté, et qu'il fulloit qu'il allât auparavant dans quelques villes d'Italie , sous le prétexte des in:d- 9 ( '3o ) rt'ls (le son maître et des démele's qu'il a avec M. Je duc de Modène pour le duché de Guasulle, afin qu'on n'ait aucun soup départ pour la cour en sera différé de quelques jours de plus que je n'avoiscru. Je tâcherai de sça- voir pour quel sujet le résident de Manloue a en de fréquentes audiences du collège depuis quelques joui'S. L'abbé d'Estrades (i). A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. 5 Arril 1678. MorrsiEVR ; Vous nous voyez à la un de notre voyage, et par-là à la fin de mon peu de ponctualité de vous écrire. Le séjour de Saint- Germain me va rendre plus régulier. J'ai pris hier le temps de rendre compte à Sa Majesté de vos lettres des 5, 12 et 19 du mois passé. Elle témoigna de la satisfaction de la manière dont vous avez suivi l'affaire de M. le (i) Aicliivei des affaires étrange les. ( «33 ) duc de Mantoue, et elle y a vu qu'après Tentrelî^n «jue vous avez eu avec ce prince, il a voit pris la résolution d'envoyer le coin te Matthioli en France. Tous aurez dv'jk vu par mes dépêches qu'il y avoit peu d'apparence que Sa Majesté put faire passer cette année une armée considérable en Italie, Il a. paru toutefois que cette vue faîsoit le fonde- ment de tous le» desseins que M. le duc de Mantouc TOUS avoit communiqués. Vous jugez assez qu'il n'est point bon deTen détromper, parce que ce seroit rompre une' négociation qui peut autrement avoir de» suites considérables; ainsi, un des avantages du voyage du comte Matthioli, est qu'il fait gagner dur temps, et que peut-être même pourra lever des difficultés , et prendre des mesures avec lui qu'il seroit difficile d'établir de plus loin. Ainsi vou» voyez, Monsieur, que le roi ne pouvant guère ac- corder fes principauic articles qui vous ont été de- mandés, pnrce qu'ils roulent tou» sur une action en Italie, l'on doit peu se flatter que vous puissiez rien conclure avec ce prince. C'est ce qui me fart croire que s^il- est autant de votre intérêt que vous le témoignez que vous repassiez en France, rien nt5- doit vous etnpéclier d'en exécuter la pensée; Sa Majesté me paroit tellement satisfiiite de vos ser*- vices , que bien qu'elle en prenne un sans doute de s'en servir dans un lieu où vous trouvassiez um champ plus étendu de lui en rendre qu'à Venise elle vous l'accordera volontiers. Je l'ai m&ae yuss ( iH ) sentie sur ce sujet; et il me paroît que vous élcê maître du parti que vous voudrez prendre ou de Venise; ou d^ Paris* POMPONICE (i). *A M. DE POMPONNE. V«Di4e , le g d^airril 167$^ Il j a six )Ours que lé comte Matthioli arriva ici,; j'eus une conversation avec lui le même soir, et le lendemain il partit pour aller à Bologne , où il doit trouver M. le duc de Mantoue, qui Ten- voyera de là à la cour^ après lui avoir donné les derniers ordres. Il m'a assuré qu'il étoit déjà chargé de confirmer à Sa Majesté tout ce que je me suijs donné l'honneur de lui mander^ et que son maître lui avoit seulement recommandé de ne consentir à mettre dans, Casai une garnison frs^nçoise que quand (1) Archives des alT^u'es.^trdOgcrcss. / C i35 ) 3 ne pouiToit pluss'cn dcffeudre. Mais^ Mousicur^ il m*a dit en même tempd qu'il voyoit trop bien que cette condition étoil le fondemeut du traité qui étoit proposé pour le vouloir tourner en négocia- tion^ et qu il avoit fait comprendre à M. le duc de Mantoue qu'il falloit ctjre de bonne foi avec le roi , et ne pas balancer à l^i donner cette sdreté et cette salisfaction^ s'il VQjuloit s'attacher aux intérêts d» Sa Majesté, comme il l'avoit résolu. Je m'aperçus néanmoins, quoiqu'il ne m'en parlât pas ouverte- ment, que l'elemple de Messine Ijii faisoit Caire àes réflexion» sur les suites de l'engagement que »on maître prendroit avec le roi , qui m'obligèrent de lui représenter combien cette crainte seroit mal fondée, et la dlfTévence qu'il y avoit d'im traité so- lemnel entre princes souveri^ins, comme seroit ce- lui dont il s'agissoit,,aux assistances que Sa Majesté u'avoit données aux Messinois que par pure géuc* rosilc Le comte Malthioli me témoigna qu'il étoit de mon sentiment, et qu'il avoit beaucoup de joye de voir liss choses aussi bien disposées qu'il l'avoit sou- haité. L'abbc d'Estradls {\). (i) Archives dvs afTaircs clranj^uos. \_" (i36) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES, Saiot Germain, lé i3aTril iC^Sy- Monsieur, Je vous ai déjà mande que le roi a voit fort ap-' prouvé la manière dont vous aviez maintenu la né- gociation avec M. le duc de Mantoue^ sans Télôi- gner ni la trop engager. Il est même avantageu:t que pour gagner un temps qui parott assez natu- rel, ce prince ait pris le parti d'envoyer au roi le comte Matthioli. Selon les propositions dont il sera chargé, on pourra traiter avec lui; mais il seroiC fâcheux que le fondement en fut la condition de faire passer celte année une puissante armée en' Italie, parce que je puis vous dire confidémmenc que le roi n'a pas encore pris ses mesures. Pompon NJB (i). (i) Arcbiyes des affaires étrangères. (>37) A M. DE POMPONNE, Venise , le 3o d'aTril 1678* MONSIEUR; le m'esCiitffe bien heureux que le foi ait autant âjTprouiré la manière dont je me suis conduit dans rafTaire de M. le duc de Mantoùe, que vous me le témoignez dans la lettre que vous m'avez fah Fhonneuf de m'éerire le i3 de ce mois^ et que Sa Majesté ait eu la bonté de considérer davantage le zèle que j'ai pour son service , que ma capacité. Je ne pourrai plus à l'avenir vous rien dire de nou'- veau sur ce sujet, et le comte Matlhioli vous in- formera amplement^ quand il sera arrivé à la cour, des sentimens de son maître , de l'état de ses af*^ iaires et de ce qu'on peut s'en promettre; mais Iti disposition ou je l'ai vu me fait espérer qu'il ne sera pas impossible de traiter cette négociatiou sans courre le risque de la rompre, jusqu'à ce que la saison d'agir soit passée, et que lorsqu'il counoîtra la nécessité qu'il y a d'attendre que le roi puisse prendre des mesures pour faire passer une armée en Italie, il employera assez volontiers le crédit qu'il a sur l'esprit de M. le duc de Mantoue pour lui ôter toute sorte de défiance et pour Tem^ ( i38 ) pcclier de s'impatienter de ce retardement; peutv être même pourroit^l porter son maître, s'il l'a- voit bien entrepris , à se mettre sous la protection déclarée du roi^ comme il a été jusqu'à présent sous celle de là maison d'Autriche, et à se con- tenter que Sa Majesté payât la garnison qu'elle éta- bliroit dans Casai. Enfin ^ Monsieur, cette affaire va être en de si bonnes mains, puisque ce sera vous* même qui la ménagerez ^ que ce qui y paroît Te- plus difficile pourra réussir. Je vous dirai seule- ment que je sçais que le comte Mattbioli a besoin et a grande envie de faire $41 fortune , et qu'il y a peu de choses auxquel\es $on maître ne se déter- minât pour avoir une somme d'argent un peu forte, et par l'espérance d'un grand emploi^ dont au fond on pourroi& ne lui donner qu/e le titre, comme M. le duc de Modène en a eu un au service de la Fi-ance^ et feu M. le duc de Mantoue à celui de l'empereur I dont il a été vicairergénéral e^ Italie^ avec ufi corps d'armée qu'il y oomman- doit. 4 .....•%••*...«....•... .. L'abbé d'EsTRADEs (1). I ' ■ I I » ■ I I I m^ifmammuif^mm-mm^ii^- (1) Arcllivcs (les ailaircs ctraDg«rcs. (ih) A M. DE POMPONNE, Venite^Uai de mai 1678. Monsieur^ Le comte Matthioli est ici depuis quatre jours avec son maître^ il vint hier me voir pour me dire que les Espagnols avoient fait de si grands efforts depuis près de deux mois auprès de M. le duc de Mantoue, qu'ils l'auroient peut-^lrc obligé de con- sentir à tout ce qu'ils en ddsiroient^ qui étoit de retirer la garnison de Guastalle^ d'introduire les Allemands dans Casai ^ et de se déclarer ouverte^ ment contre la France , s'il s'étoit éloigné un mo- ment de lui^ parce que la duchesse-mère et tout le conseil de ce prince sont à la dévotion de la maison d'Autriche f qu'il a iklluqu'il ait attendu que le marquis Galerati soit retourné k Milan ^ et qu'il demeurât encore trois semaines ou un mois auprès de M» le duc de Mantoue^ qui doit aller dans ce temps-là k Casai oit il lui a persuadé d'attendre son retour de France^ qu'ainsi il ne pourra partir que vers la fin de juin^ mais qu'il ne différera pas davantage. Je lui ai repondu qu'il avoit eu raison d't'lre aussi assidu auprès de son maître dans un ( i4« > temps oiisa présence lui étoitaussi nécessaire; qu'iï ne devoit point se mettre err chemin peur aller à la cour, qu'il ne fût auparavant bien assuré que- son absence n'apporteroit aucun changement aux sehtimens et aux affaires de ce prince , mais que je- le pouvois assurer que le roi le verroit avec joie, et qu'il recevroit toute sorte de salisfâction de ce' voyage. • L'abl^ë d'EstRADES (i). A M. DE POMPONNE Yenise , le 1 1 jùi».,! 678: Monsieur , Le comte Mattbioli, qui ue perd pas de vue M. de Mantoue, par les raisons dont j'ai déjà, eu l'honneur de vous informer, est venu ici Êiiie un voyage de trois ou €{uaU'e jours avec ce prince; il m'a assuré qa il éioit toujours da^s U (1) Archives des affaires étrapgèreft. ( i4i ) résolaiion de partir à là fîn de ce mois pour aller ii la Courbet qu'il accompafjperoit auparavant son maître à Casai , où il avoit découvert depuis peu (les pratiques que les Espagnols y faisoient pour s*eni parer de cette place. J*en pris occasion^ Mon* sieur; de lui représenter que , quand le bruit qui s'étoit répandu de la paiK générale seroit véritable, M. le duc de Mantoue en auroit encore plus de besoin de la protection du roi; que la maison d'Autriche ne seroit pas en état de faire de la peine à aucun ptince tant qu'elle auroit la puissance de Sa Majesté à combattre; mais que si elle n'avoit plus cet obstacle, il lui seroit aisé d'exécuter les desseins que son maître ne pouvoit pas douter (p'clle n'eût contre lui; qu'il avoit un grand in- térêt à se mettre en état de ne pas craindre d*éire djépouillé de Casai et du Mont-Ferrat, dont la cour de Vienne s'étoit déclarée vouloir mettre en pos- session l'impératrice Eléonore, qui n'avoit d'autre vue que de le laisser un jour à M. le prince de Lorraine, en faveur de son mariage avec une^ veuve de Pologne; que'M. le duc de Mantoue ne pourroit éviter ce malheur qu'en se procurant Tappui du roi par une étroite liaison d'inlérols, comme seroit celle qu'il prendroit avec Sa Ma- jesté si elle avoit une garnison dans Casai, qu'elle entretiendrait à ses dépens et aux mêmes condi- tions dont nous étions déjà convenus; qu'il seroit d'autant plus en seureté que Sa Majesté n'avoit ( '43) jamais eu de prëtenlions svèf ses états, et qu'elle seule étoit capable de les défetidre hautement contre ceux cpi croyoient en avoir de bien fondés. J'y ajoutai que s'il faisoit réflexion sur ce que je Ini disois, il oonnoitroit sans doute que M. le duc de Mantoue ne pouvoit pas prendre un ibeîlleur parti que celui que je venois die lui proposer. Le comte Matthioli -me répondit qu'il en éloit si per- suadé, et qu'il étoit.si assuré de l'ayersion que ce prince a pour les E^x^nols, et de son inclmàtion pour la France, que quand la paiat seroit conclue et publiée lorsqu'il arriveroit à la cour, et qu'il n'y auroit par conséquent plus d'espérance de voir dans le Milanois la guerre que son matcfe y àuroit tant souhaitée, il ne laifiseroit pas de teritiiher en son nom l'affaire que nous avons commencée ici , pourvu que le roi l'ait agréable* Si cela convient à Sa Ma^té , vous saurez, M^msieur , ménager mieux qv^ personne du monde, lë^ bôdileé inten- tions du comte Matthioli quand il sera auprès de vous. . . • , L'abbé d'EsT rades (i). (i) Archives des afiaires étrangères. ( i43) A. M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Samt-GennaÎD , ce i5 {nin 1678. MONSIETTR, Je réponds ensemble à vos lettres des ai et iS mai et 4 de ce mois; la première a fait voir au roi les raisons qui avoient arrêté M. le comte Matthioli. Si elles sant telles qu'il vous les a dites, et qu'il ait cru sa présence nécessaire pour em- pocher les fâcheuses xésolutions où les Espagnols auroient pu porter' son maître , il est bon qu'il n'en soit pas éloigné; il est de même avantageux qu'il le puisse bientôt retirer de Mantoue pour l'amener h Casai. Il lui sera plus aisé alors de faire le voyage de France et de faire réussir les mesures qu'il a commencé à lier avec vous Pomponne (i). («) Archive* des Affaires étrangt»res. ( i44 ) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. Du 29 juin 1678L Monsieur, Le roi a vu la lettre. qu'il vous a plu de m'es- crire, et Sa Majesté y a appris avec plaisir que le comte Matthioli est toujours dans les marnes senti- mens d'affection et de zèle qu'il a fait paroître pour Sa Majesté. Continuez à J'y affermir par le mêmes avantages que vous lui avez déjà fait voir que le duc son maître trouveroit dans Talliance et dans la protection du roi ^ n'étant pas en état de soutenir Casai sans une assistance plus haute y il ne peut la recevoir plus utilement et plus sûre- ment que des mains de Sa Majesté. Travaillez, ainsi que vous avez fait, à lui en inspirer le des eia par le plaisir que vous aurez à rendre un service très-agréable à Sa Majesté Pomponne (i). (i) ArchiTQS des affaires étrangères. (i45) A M. DE POMPONNE- Veniie , le a jiiinet 1 678. MoMSIElTR y \e vois par la lettré que vous m'avez fait l'hon^ bear de m'écrire du i5 du mois passé^ que vous ayez approuvé Tassiduité que le comte Matthioli a eue auprès de M. le duc de Mantoue , par Jes rai- sons que je vous en avois apportées. Elle vous pa- roitra encore plus utile quand vous sçaurez qu'il a obligé ce prince de rompre le mariage du petit neveu de dom Vincent de Gonzagues, vice-roi de Sicile y avec la seconde fille du feu duc de Guas- talle et sœur de Madame la duchesse de Mantoue y qui étoit déjà conclu et qui avait été ménagé par les Espagnols^ dans la vue de le mettre plus facile- ment en possession du duché de Guastalle^ de sorte que M. le duc de Mantoue est présentement si brouillé avec les Espagnols^ qu'il n'est pas difficile de lui faire comprendre qu'il n*y a point de parti assuré pour Ini^ que celui de se mettre sous la pro- tection du roi 9 et de prendre avec Sa Majesté les engagemens dont on est convenu; c'est ce que j'ai représenté au comte Matthioli ^ dans le dernier voyage cpi'il a fait ici; et il en est demeuré d'ac- 10 ( i46 ) cord d'autant plus facilement qu'il a iln grand in- térêt que cette afiaire réussisse^ parce que les Es- pagnols , qui ont tout pouvoir dans le conseil de son maître; et qui ont madame sa mère de leur côté^ se sont biem apperçus que c'étoit lui seul qui leur nuisoit auprès de ce prince ^ et qu'ils ne manque-^ roient pas de se venger de lui y s'il tombait jamais entre leurs mains. Il partit hier pour aller joindre M. d^ Mantone^ qu'il ne quitte point^ et qu'il doit accompagner à Mantoue et ensuite à Casai y d'oà il ira en France; mais, par le compte que nous avons fait ensemble y il ne sçauroit y être avant la fin du mois prochain « Je suis obligé^ Monsieur^ de vouï dire que M. )e Nonce est si dévoué aux Espagnols ^ et qu'il voit avec tant de chagrin la puissance du roi et la foi- blesse de la maison d'Autriche, qu'il seroit capable de me fiaiire une histoire de cette nature, quand même elle ne seroit pas vraie L'abbé d'EsTa^DES ( i ) . (i) Ardiires des^ affaires étrangères. r ( i47) A m: de pomponne. Venise ^ le 9 juinet 1678. AfoNSIEUR y Après ce que j'ai eu l'honneur de vous mander dans ma dernière lettre^ sur le sujet du eomte IMbtthioli , je n'aurois rien à ajouter aujourd'hui s'il ne m'a- voit prié de vous faire sçaroir qu'il n'est resté à Venise^ quelques jours de plus qu'il n'avoit cru, que pour quelques petites commissions que M. le duc de Mantoue lui avoit données en partant d'ici , mais qu'il ira celte semaine trouver ce prince à Man- toue; qu'il le suivra à Gasal^ et que de là il partira pour se rendre à la cour^ où il prétend arriver dans lemois deseptembre. Nous avons ensemble mesuré le temps^ et il ne peut ni ne doit s'éloigner plus tôt de son maître. Il a pourtant appréhendé que ces re- tardemens ne donnassent méchante opinion de lui, et il a voulu, pour se mettre l'esprit en repos, que je vous envoyasse les lettres qu'il écrit au roi et à vous , Monsieur, quoique je l'assurasse qu'il pou- voit s'en dispenser, et qu'il suffiroit que je rendisse témoignage de son zèle et de ses intentions. L'abbé d'Estrades (1). (1) Archiyes des affaires étrangères. lO.» V ( i48) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES. i3 Juillet 167$. MoHSIEUR; La lettre qu'il vous a plu de m'ëcrîre le :i de ce mois, a fait voir au roi que le comte Matthioli continupit dans les mêmes intentions pour son ser- vice et dans le dessein de passer en France. Sa Ma- jesté verra avec plaisir qu'il se mette en état d'y finir la négociation que vous avez commencée avec lui, et a été bien aise cependant que, pour empé-^ cher son maître de prendre de plus étroits engage- mens avec les Espagnols^ il ait rompu le mariage qui étoit sur le*point de se faire du petit-neveu de domViucenzo de Gonzagues, vice-roi de Sicile, avec la seconde fille du duc de Guastalle Pomponne (i). (1) Archives des afTaires étrangères. ( i49) A M. DE POMPONNE. yeniseï le 3o de |oUlet 1678. Monsieur y Je n'ai rien de nouveau à vous faire sçavoir sur ce que vous me mandez dans la lettre que vous m avez fait l'hon^Deur de m'écrir« du 1 3 de ce mois. Mais lorsque M. le duc de Mantoue sera à Casai, je pourrai vous informer précisément du jour que M. le comte Matthioli partira pour aller à la cour. J'ai sçeu que ce prince avait ramené à Mantoue madame sa mère, et qu'elle y est malade- de la fièvre. Si Dieu l'appeloit à luy, Tafifaire de Casai seroit sans doute plus aisée à conclure^ et l'exécu- tion du traité en Sfsroit moins difficile, quoiqu'il n'y ait pas lieu de douter, jusqu'à présent, qu'elle ne soit infaillible , si Sa Majesté est toujoiurs dans le dessein de s'assurer de cette place L'abbé d'Estrajdes (i). (1) Arcbi^es des afTaires étrangères. ( i5o) A. M. L'ABBÉ D'ESTRADES. SaintfGermaiQ , lo août 1678. Monsieur^ Gomme le roi continue toujours dans le senti- ment de profiter des bonnes intentions de M. le duc de Mantoue , Sa Majesté désire ^e vous con- tinuiez à les entretenir^ ainsi que vous ayez eu tant de part & les faire nattre. $01^ arrivée à Gasal^ et le voyage du comte Matlhioli en France , feront voir plus clair aux dispositions qu'il auroi| de remettre cette placîe à âa Majesté . . •. PoHPorrvE (i). ^■«T»»— *■*»#— *— ■ • • (1) Archires 4e8 paires étrangères. ( »50 AU ROI. Yenîfe , le ao août 1678. Sire » Le comte Matthioli arriva avant-hier ici , et il en doit partir ce soir pour Mantoue. Il n'y est venu qae pour m'assurer qu'il partiroit in&illiblement dans la première semaine du mois prochain pour se rendre auprès de Votre Majesté^ comme il s'est donné l'honneur de le lui mander lui-même } que M. le duc de Mantoue ëtoit toujours ferme dans le dessein de le ^lettre sous la protection de Votre Majesté ; que tous ceux qui avoient quelque com- mandement dans Gasal^ étoient dévoués aux volon- tés de ce prince et d'inclination françoise^ et qu'on faisoit une garde d exacte dans cette place; que rien ne pouvoit y entrer ni en sortir que par l'or- dre des commandants. Je l'ai exhorté à ne point dif- férer son départ au-delà du temps qu'il avoît pris , et je lui ai dit qu'il seroit aussi bien reçu de Votre Majesté qu'il le pouvoit désirer L'abbé d'Estrades (i )• (i) Archives des afiktret éirapi^èrei^ ( i5. ) A M. DE POMPONNE. I A Veoiseylc 3 septembre 167$:. Monseigneur^ M. le comte MatthioH a fait sçavoir à M. l'am- bassadeur; par le sieur Giuliani, qu'il lui avoit en- voyé à Padoue pour apprendre des nouvelles de sa santé; que sa maladie commençoit à diminuer, et qu'il espéroit qu'elle le laisseroit bientôt en état de se mettre en voyage pour se rendre à la cour, dans. !e temps qu'il a résolu avec lui ^ Db Pinghesne (i)^ AU MÊME, Ycuise, le 17 septemj^re 1678^. MoNSEIGNEtJR;. Le sieur Giuliani étant allé un des jours de cette (') Archives des afiaires étrangères. ( '53 > semaine pour apprendre des nouvelles de la santé de M. le comte Matthioli^ il a apporté à M. l'am- bassadeur la lettre qu'il se donne Thonneur de vous écrire^ et qaéje^^tenêi hi liberté; Monsei- gneur ; de vous envoyer. 11 a lait assurer en mesme temps Son Excellence que présentemrent^ qu'il n'a plus de fièvre; il s'en retournoi t à Mantoue pour satisfaire à l'empressement qu'avoit M. le duc de Mantoue de le voir, et que dès qu'il auroit un peu repris ses foices^ il ne manqueroitpas de se mettre en voyage pour se rendre à la cour le plus tôt qu'il lui sera possible. De PlNCUESNE (i).. A M. DE PINCHESNE. Fontainebleau, du 6 octobre 1678L J'ai reçu. Monsieur, cette semaine , votre lettre du l'y, avec les deux autres qui y étoient jointes ^ de M. Matthioli; mais je ne pourrai vous y ré- pondre que par l'ordinaire prochain , n'ayant pu (i) Arcbives des affaires étrangères. • ( i54 ) encore en rendre compte au roi. On attendra Tar- rivëe dudit sieur Matthioli , pour sçavoir quelles^ propositions il a à ikire^ Je suis; etc. POMPONNZ (l). A M. DE PINCHESNE. Paris, du i4 octobre 1678L Depuis le dernier ordinaire^ j'ai trouvé le tempa de lire au roi votre lettre du 1 7 de septembre, qui me paroît approuver le compte que vous lui ren- dez de ce qui regarde «es intérêts au lieu où vous êtes. Sa Majesté a appris, avec plaisir, que le comte Matthioli fût bientôt en état de se rendre ici où elle l'écoutera agréablement. •.•.........« Pomponne (2). (i) Archives des affaires étrangères, (a) Ibid. ( »55) A M. DE POMPONNE. Venise, le i5 octobre 1678L Monseigneur^ Je vous mandai il y a quelque temps y Monsei- gneur ; que M. Tabbé d'Estrades ëtoit allë à la campagne d'où il devoit continuer son voyage en France. La peine que lui faisoit le retardement que M. le comte Matthioli apportoit à son départ, bien que cela ne provint que de sa maladie et des affaires qu'il avoit auprès de son mattre^ et l'envie qu'il a eue de le voir partir avant lui, ou du moins en même temps, sont cause qu'il a toujours différé de s'en aller; mais ayant eu, il y a quatre jours, une conférence avec lui , dans laquelle M. le comte Mattbioli l'a assuré qu'il partiroit aujourd'hui, sans faute, pour France, et qu'il en avoit même l'ordre de M. le duc de Mantoue De PllfCHESNE (1). (i) Archires des affaires étrangères. (i56) A M. DE POMPONNE. TviiiM, le aa octobre 167& Monseigneur^ Lorsque je croyais M. le comte Matlhioli parti pour la èour ^ suivant la promesse qu'il eu avoifc faite à M. Tabbë d'Estrades dans la dernière confé- rence que je vous ai mandé , Monseigneur^ qu'il» avoient eue ensemble^ j'ai été surpris d'apprendre dans ce moment, par une lettre qu"il a écrite au sieur Giuliani qui vient de me l'apporter, que quelques affaires^ qu'il a eues depuis avec M. le duc deMantoue, l'avoient obligé de différer son départ jusqu'aujourd'hui. Il a écrit audit sieur Giuliani d'être demain au soir à Vérone, pour de là çon-^ tinuer son voyage à la cour. Il a j|ugé à prqpos^ pour t,enir l'affaire plus secrète, de le mener plus tôt qu'un autre, parce qu'il en est déjà informé^ M. l'abbé d'Estrades s'étant servi de lui pour tous- les voyages qu'il a été nécessaire de faire pour la conduite de cette affaire. C'est un fort bon homme^ qui est déjà tout-à-fait Français, et qui est fort af-^ r -^ ( »57) fectionné au service et aux intérêts du roi. DePinghesne (i). A M. DE POMPONNE. Venise , le 39 octobre 1678. Monseigneur y Je reçois dans ce moment. Monseigneur , une lettre de M. le comte Matthîoli qu il m'écrit de Berheta, du 16 de ce mois , par laquelle il me mande qu'il continuera incessamment son voyage à la cour, avec le sieur Giuliani, où peut-être se- ront-ils arrivés avant que vous receviez cette lettre De Pinchesne (2). (1) Arthires des affaires étrangères, (a) Ibid. (,58) A M. DE PINCHESNE. Versailles, 4 noyembre 1678. Selon les apparences, M. l'abbé d'Estrades sera bientôt ici de retour, et avec lui M. le comte Mat- tbioli> par qui l'on pourra connoître plus distincte- ment les sentimens de M. le duc de Mantoue. . . . Pomponne (1). AU MÊME. Da II noreiubre 1678. J'ai reçu votre lettre du 22 , qui a appris prin- cipalement au roi la raison pour laquelle M. le comté Matthioli n'étoit pas parti aussitôt qu'il l'a- voit promis à M. l'abbé d'Estrades. Il faudra at- tendre son arrivée , pour sçavoir ce qu'il a à pro- poser au roi. POMPOIINE (a). (1) Archives des affaires étrangères. (2) IbiJ. (•59) A M. DE PINCHESNE. da iStiofeinbn 1678. M. le comte Matthiolî| ni le sieur Giuliani^ ne sont point encore arrivés. Pomponne (i). A M. DE POMPONNE. V«mfe , le 19 noTembre 1678. MoifSElONïlïR; Je viens de recevoir tout présentement une lettre de M« le comte Matthioli^ écrite de Zorie^ le 5 de (i) Archives des affaires étrangères. (i6o) ce mois y par laquelle il me donne avis que leê mauvais chemins ont été cause qu'il n'a pu faire toute la diligence qu'il souhaitoit pour se rendre à la cour^ mais qu'il espère y élredans p6' ) de ses lettres de Soleurra, dat^ da gde ce mois, par laquelle il me demie avis qu'il fait toutes les diligences possibles pour s'y rendre au plus tAt* w • . . • ; '...••• DS PXKCHISVB (l)^ À M. DÉ iPINCHESNE- Da 3 décembre 1678. :.tii&4.«.«««. Je vous envoyé seulement un paquet de M. le comte Matthioli| qui est arrivé ici depuis quelques jours et qui en donne part à M. le duc de Mantoue. Il faudra que vous preniez soin de faire tenir seure- ment les lettres qui sont dans le paquet. JesuiSy etCé POMPOITNX (a). (i) ÂrclÛTes des affaires étrangères, (a) Ilnd, II ( l(h ) M. le duc de Mantoue ayant fait témoigner à Sa Majesté; par le sieur comte Matthioli ^ le désir ex- trême qu il auroit de lui faire cognoistre son zèle pour ses intérêts y et de s'acquérir^ par les liaisons plus particulières qu'il pourroit prendre avec elle , la même amitié et la même protection que ses pré- décesseurs ont reçeues de la France ^ dans de grandes et importantes occasions^ Sa Majesté^ qui a tou- jours conservé une affection véritable pour la mai- son dudit sieur duc et pour sa personne ^ a reçu av.<9e plMÀi^.lM seniimens qu'il lui a fait paroistre; et pour prendre avec lui des mesures d'une alliance plus étroite «t avantageuse -audit sieur* duc ^ elle a* dqnn^plçia pouvpis t# siesgr de-Pomppi^»3,. eon- sjsil^r ord,inajc€|.e|^to^f .«lj9ç çoni^il^ , secreliftiire dl& tal et d£ 9es^ cof^^^ga^^^inq^ip^ et finai^cftj^ JpWf avec le^t sieur, comte lV!|a,tiliip)ii.; çonvj^s^ tfiftitsc.ieL signer tels a^ti^cleS' q^'il «vi^ero^ bon éite pouit cetbs particulière alliance avec ledit sieur duc de Man- toue; promettant; en foy et parole de roi, d'avoir agréable; ferme et sîable^ et toujours ; à tout ce que ledit sieur de Pomponne aura été... à cet effet, conclu et arrêté, sans y contrevenir ni permettre qu'il y soit contrevenu en quelque manière que ce soit; et d'en fournir sa ratification en bonne Corme dans le temps qui sera stipulé par le traité. En té- moignage de quoi Sa Majesté a signé la présente (i63) de sa jnaîn^ et y a fait apposer le scel de son se- cret. Fait à Versailles, le 5«. jour de décembre 1678. Louis (i). A M. LE DUC DE MANTOUE. M^n cousin y le sieur comte Matthioli vous ins- truira si parliculièrement^ et de la manière dont il s'est acquitté j^es ordres dont vous l'aviez chargé auprès de moî^ et de l'extrême ^tisfaction avec la- quelle j'ai reçeu les assurances qu'il m'a données de v— .— IIIIP III M » I I ■ Mlll ■■■III ■»!<■■ I ■ l^l II (i) Archives des afTaires étrangères. ( i67) point descendre chez vous comme courrier y mais d'entrer à Venise comme un marchand ou un simple François qui y airrSve pour ses affaires par- ticulières; il est muni pour vous d'un chiffre dont vous vous servirez seulement dans les affaires qui regarderont les affailres de M. le duc de Mantoue, selon les occasions que vous en aurez y lorsque le comte Màtthioii sera de i^tour. On A cramtque^ dans une affaire si importante; le chiffre de M. VAhé d*Estradcs ne fût trop vieux et ne pAt avoir été découvert depuis le long temps qu'il passe pat l'état de Mitaii. Vous vous en servirez à l'accoutumée dans vos dépêches ordmaites^ mais vous n'écrirez sut les affaires de Mfetnloue que du nouveau que ce courrier votis poite. Ayez«oiii d'in- former exactement de l'arrivée du comte Màt- thioii y et de tout ce qu'il Vous commaniquera sûr le sujet de son v^;)^age« Je suiS; etc. Pomponne (i). (i) ArcliiveA des afiaïrcs étrangères. ( i68 ) A M. DE SAINTrMARS. ■ Saint-Germain-reu-Lajey ce ag décembre 1678I Ce ma^ est'pour vous faire sçavqir qu'il est du ^rvice du roy, que celuy qui vo^8 enyoyeva ce billet y entre dans le donjon de la citadelle de Fî- goerol sans que personne en ait cognoissance. Pour cette fiu; laictes en sorte que h^ porte du secours demeure ouverte jusques. à la nuict f^mëe, et luy envoyez un de vos domestiques f ou bien , si vous estes en estât de ce faire, ailes, vous^mesme le trouver au )ieu où sotn valet vous conduira, pour le faire entrer à vos.tre suite dans ladite citadelle, et de là audit donjon, sans que personne s'en appev-. çoive. Je suis tout à vous. De Lovvois (0. (1) Ârçhiyes du royaume, section historique j K. 1 39. C 169) A M. DE PINGHESNE. ^aint-Germûn , 3o décenibre 1678^ Le roi fait partir aujourd'hui le siei:^ d'Asfeld;^ colonel de dragons , qui s'en va à Venise sous pré- texte d'un voyage de curiosité et de plaisir. U ne descendra point d'abord chez vous^ et paroîtra comme un étranger^ que la simple cairiosi.^ mène fiu lieu où vous êtes. Il vous verra enfin comme par l'obligation naturelle aux François de visiter ceux qui sont dans uq pays, pour le service de Sa Majesté. U vous rendra une kêtre de moi , de peu de ligne»! ep créance sur luiycç^^'r laquelle je vous prie de contribuer à faire réussir les intérêts parti- culiers qu'il a k Venise. U vous communiquera les» ordres qu'il a reçus , et vous prendrez avec lui les mesures nécessaires pour faire sçavoir son arrivée au comte Matthioli, et pour les faire voir ensemble s'il est nécessaire. Je suis f etc. Pomponne (i). (1) Ârchiycs ^çs afiairçs étraDgèrcs, / . ( Ï70 ) A M. DE PINOHÉSNE. Saint-Crermain , 3o décembre 1678. M ONSlfUA j Vous recevrez cette lettre par M. d'Asfeld, qui va à Venise pour une afifatre qu'il vous communi- quera lui-même, et dont vous aurez eu, avant son arrivée, une instruction plus particulière par mes lettres. Ce que j'y ajouterai seulement, est que vous donniez une créance entière à ce qu*il vous dira, et que vous JLribuyez de tout ce qui dépen- dra de vous, poui* laîre réussir les intérêts particu- liers qu'il a au lieu ou yous êtes. ' Je sais, etc. PotfPONje«s (1). (1) Archives des affaires étrangères. L. (171 ) A M. DE POMPONNE. Venise, 3i décembre 1678. Monseigneur ; Je piesuis servi, pour rendre à M. D.Joseph Vara- no la lettre que j'ai reçeuepour lui de M. le comte Matthioli; avec celle que vous m'avez fait la grâce de m' écrire du 9 de ce mois , de la voie dont j'eus Thonneur de vous mander, par ma dernière lettre, que nous étions convenus ensemble pour le temps que M. le duc de M antoue resteroit II Venise. 11 me dit, quand il la reçut, que ce prince avoit eu beaucoup de joie d'apprendre, par la première, que rafTaîre étoit en bon état, et qu'il avoit toute l'impatience possible d'en sçavoir la conclusion^ à quoi je lui répondis, en deux mots, que c'étoit une espérance de laquelle Son Altesse se pouvoit flatter avec beaucoup de raison De Pingbesne (i). (i) Archive» des afiaires étrangères. ( i7« ) A M. DE POMPONNE. Venise, le 7 jçnrier 167^ MoiYSEIGNSURy Quand le comte Matthioli sera arrivé à Venise , je lui rç^iettrai piussiçôt entre les mains la lettre ^ue le roi ^ fait l'hoiineui' d'écrire à M. de Mantoue. Ce prince partit avant-hier dMci y pour retourner dans sçs états , mais il doit revenir à Venise sur la fin de oe mois y pour y passer le reste du carnavaL Je tiendrai secret le voyage de M. le comte Mat- thioli, comm.e vous me l'ordonnez; mais je vous suppVe de. croire, ]\Ionseîgneur, qu'il .n'étoit pas^ nécessaire que vous prissiez la peine de me le rç- coi^mander, puisque je sçais très-bien de quelle importance il est de garder un secret inviolable dans cette affaire. Pe Pincbesne (i). (1) Archives des aflàires étrangères. (173) À M. DE POMPONNE. Yeiiiie, I» iSianVict 1679. Monseigneur y J'exécuterai avec toute la ponctualité possible .tous les ordres qu'il vous plaît de m'y donner; et sitôt que M. le comte Matthioli sera de retour ici , je ne manquierai pas de vous en donner avis y et de vous rendre un compte exact de tout ce qu'il me dira^ touchant Taffaire qu'il a été négocier à la cour. De Pinghesne (i). (1) Archiyes des affaires étrangères. (174) A M. DE POMPONNE. Yeniie, leai janvier 1679. Monseigneur y Auparavant que d'avoir reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , du 3o du mois passé, par laquelle vous me donnez avis que le roi envoyoit ici M. le comte d'Asfeld , colonel du ré- giment de dragons, il y étoit déjà arrivé et m'é- tbît venu trouver pour nie communiquer les ordres qu'il avoit reçus de Sa Majesté; mais comme il n'étoit chargé d'aucune lettre de votre part^ pour moi, j'aurois fait difficulté de me découvrir àlui^ sur une affaire de cette conséquence^ si M. Gialiani, qui se trouva avec moi dans ce temps-là ^ et qui m'étoit verra voir pour la première fois depuis sou retour, nem'avoitdit^quelques momens auparavant, qu'il devoit bientôt arriver ici un gentilhomme de la part du roi, et si je ne l'avois trouvé lui-même si bien informé de toute l'affaire, que je n'eus plus lieu de douter de la vérité de ce qu'il me disoit^ puisqu'il me parut impossible qu'il en pût tant sça- voir sans l'avoir appris de vous ou de ceux de qui seulement elle est sçeue. Il me dit que M. de Lou- vois l'avoit obligé, auparavant de partir, de brûler y ( '7«) Ja lettre que "y OUI Ittiariez doondopour me rendre/ de peur que si. on l'arrétoit dans le Milanais^ elle ne pût donnet) quelque défiance aux Espagnols. Il me marqua mente si précis^neot tout ce qu*elle coutenoity que ]e u'at plus eu lieu de rien craindre après qne j'ai va que ce qu'il m'avoit dit se rap« portoit si bien h. tout ce que vous me faites la grâce de me mander sur son suj^t. T^ous n'avons pu rien résoudre ensemble depuis qu'il est ici y parce que M. le.ccntte Maltthîoli .i^' ^r est pas. encore arrivé; mais comme il m'a écrit et à M. Giuliani , duquel il s'est séparé près de Turin , pour moins d'obser- vation^ qu'il sera ici dans peu de jours^ j'espère, par le premier ordinaire , vous pouvoir rendre compte de tout ce que nous aurons arrêté avec lui. Je ne manquerai , Monseigneur, de lui repré- senter fortement, suiVant l'ordre que m'en a donné M. d'Asfeld^ de la paft du roi , qu'il est d'une né- cessité absolue que M. le duc de Mantoue se rende à Casai dans le no^. du mois procl^ain^ ppur y faire Técliange des traités, et je lui ferai si bien con- noître* que lu diligence est tellement nécessaii-c di»s -wne affaire de celte importances die peur qu'eUe ne se^ découvrit si elle tmÎAoit en Idngneur, qae j'ose quaisi m^ promettre qu'il* portem son maître à- s-'jr rendre dans ce temps-là. Cependant, Monseignouii) &î eeprîiice, qui a accoutumé de passer ici tou»^ les ans, les derniers jours du car- naval, vouloit faire. eoettse la: ménae chose c^tlc ( t76 ) année j pour ne rien faire paroiUré «Fextraordinairé dans sa conduite, et qu'il trouvât que depuis le i5 février, qui sera'^le^premier jour de carême, il y eût trop peu de temps jusqu'au %o pour se rendre à Casai) sans Inarquer quelqii'empressement qui pourroit faire douter de quelque ckose, et qu'ainsi il souhaitât qu'on différât pour quelques jours c^ui de l'échange du traité , je crois que voiis agréerez que je vous dépêche un courrier extraordinaire^ pour vous en donner avis , m'étant impossible de le pouvoir faire assez à temps par l'ordinaire* . • • De PiNGHESNS (i)« A M, DE POMPONNE. Venise, te a8 janvier 1699. Monseigneur, Suivant les lettres que M. Giuliani et moi aurions reçues la semaine passée, de M. le comte Mat- thioli, nous crûmes n'avoir auam lieu de douter qu'il ne dût être cette semaine à Venise avec M. le duc de Mantoue. Cependant ni l'un ni l'autre ne (1) Ârebires des afiaiiei étrangères^ C Ï77 ) «ont point encore arriva, à cause d'une peliiè ma- ladie que madame la duchesse douairière de Man« toue a eue, qui a obligé ce prince à demeurer au- près d'elle; mais le sieur Giuliani a reçu aujour- d'hui une lettre de M. don Joseph Tarano, par la- ^lelle il lui mande que M. le comte Matthioll est présentement à Padoue , oh il attend M. le duc de Mantoue, pour se rendre ici ensemble lundi ou mardi sans faute; ce qui nous a obligés, M. d'Âs- feld et moi , d'envoyer ce soir Giuliani à Padoue trouver le comte Matthioli, pour lui donner avis de l'arrivée de M. d*Asfeld à Venise, et pour lui re- présenter qu'il est de la dernière importance, à cause de l'arrivée du temps, que nous ayons au plus tôt ensemble une conférence pour prendre toutes les mesures qui seront nécessaires, pour faire trouver M. le duc de Mantoueà Casai, dans le ao ou 25 du mois prochain , comme le roi le désire. Je croîs pouvoir vous dire aujourd'hui , plus sûrement que je ne le fis la semaine passée, que je vous informerai , par le premier ordinaire, de tout ce que nous aurons arrêté avec M. le comte Mat- thioli, puisqu'assuréraent la semaine qui vient ne se passera pas sans que nous nous voyons, . . . De PurCHESNE (i). (i) Archives des «flaires élrng^es. 12. ( Ï78) A M. DE POMPONNE. Yenise, U 4 f^^Trier 1670. MOKSEIGWEUR, M. le duc de Manloue est ici depuis mardi. M. le comte Matthioli y devoit venir avec lui, mais la fièvre qu'il a depuis dix ou douze jours l'en a em- pêché, et l'a obligé de demeurer à Padoue, où il est encore pour y prendre quelques remèdes. Ce- pendant, Monseigneur,, comme le temps nous presse, M. d'Asfeld et moi nous lui avons envoyé M. Giuliani deux fois cette semaine , pour lui i*e- présenter le besoin que nous avons de lui parler pour régler ensemble le jour que M, le duc de Mantoue se doit trouver à Casai. Il nous a fait ré- ponse que demain sans faute il sera à Venise, en quelqu'état qu'il puisse être, et que lundi ou mardi au plus tard nous nous verrions pour terminer toutes choses, après quoi M. d'Asfeld pourroit s'en aller à Pignerol; que cependant il nous âssuroit que dans les entretiens qu'il avoit eus avec M. le ducdéMantoûe, depnièson retour de France^ il h ( 179 ) «nroit trouva ce prince dans les meilleures disposi- tions du iBoode pour faire rëussir rafTâire dans le temps qui aroil été fixé avec vous, et qu'il s'éloit même donné Thonneur de vous le mander par une lettre qu'il vous avoit écrite. J'ai vu aussi depuis deux jours, M. don Joseph Tarano, qui m'en a en- core assuré de la part de son maître. Ainsi , Mon- seigneur , il y a tout lieu d'espérer que le roi aura bientôt la satisfaction qu'il attend de ce côté-là. Quand M. d'Asfeld et moi verrons le comte Mat- thioli, nous lui représenterons la diligence qu'il est nécessaire d'apporter dans cette affaire , d'autant plus que la marche des troupes vers Pignerol com- mence à donner de l'inquiétude aux. Espagnols dans le Milanob, bien que jusqu'à cette heure ils soient persuadés qu'elles ne vont dans cette place que pour travailler aux fortifications. M. d'Asfeld, à qui le retardement de M. le comte Matthioli donnoit beaucoup d'inquiétude^ aussi bien qu'à moi^ avoit résolu vendredi au soir de l'aller trouver à Padoue pour lui parler, et de prendre le prétexte d'aller voir quelques villes de terre ferme; mais nous avons fait réflexion que deux jours plus tôt ou plus tard n'étoîent pas d'une grande conséquence , et qu'outre rimitiHté de ce voyage, puisqu'il est né- cessaire que M. le comte Matthioli parle encore à M. le duc de Mantoue avant que de rien arrêter avec nous, il poi^rroit donner quelque défiance dans son auberge où il y a plusieurs étrangers, si on le ( i8o ) voyoit sortir de Venise peodanl le temps qae les diveriissemens y sont les plus grands , pour s'aller promener dans des villes où il n'y en a point. Ain^ nous avons cru qu'il valoit mieux attendre l'ar- l'i vée du comte Matthioli en cetle ville y pour ne rien risquer par trop de précipitation , dans une a autre où le secret est si nécessaire et datii laquelle 90 ne sçauroit assez prendr« de précautions. . . . DePinchesnc (i)« A M. SAINT-MARS, Dn 7 férrier 1679, k Saint-G^maîo. Je vous envoyé un pacquest pour celuy auquel vous debvez remettre les deux ballots (a) que le nommé Barrère doibt vous avoir remis présente- ment. Je vous prie de le luy rendre ^ et de m'en^ voyer par le retour du mesme courrier qui vous rendra ce pacquest^ la response qu'il y fera. Geluy (1) Archires des affaires étranger es. (1) Cette personne était chez le capitaine Saint-Mars le 1,5 fcTrter, sons le nom de Richemonl. Voyez la lettre de liOUvois à M. deS*int<-MarSy du i5 lérrier 1679. ( i8i ) cpii dëpesckera ce courrier de Lyon, a ordre de luj dire que ce sont des lettres de madame Fouc- quet. U" sera bon que vous luy disiez- la mesme chose en lie redépeschant. Vous observerez^ s'il vous platf, de mettre pardessus mon enveloppe une pour le sieur du- Bois, commis des postes étrau* ^res,. à Lyon. Si celuy à qui vous devez rendre ce pacqucst, n'es- toît pas arrivé (i) , vous me le manderez par le re- tour du courrier, et garderez le pacquesl jusqu'à son ajrivée. D&Louvois (a)c A BI. I>E POMPONNE; J Terrier i6^ Noos avions espéré, M. d*Asfe1d et moi, suivant fes paroles que nous en avoit données- M. le comte (i) Riclieinotit était encore à Pignerot lë 8 nvriT. Voyez une antre lettre de M. de Louvois à Saint-Mars, du i«r. jm'n. {i) Archhref du royaume, section histoririue , K. lag. ( ï80 Matthioli par M. Giuliani^ toutes les fois que non» Tavions euvoyé à Padoue^ que nous pourrions dis- );oser M. le duc de Man^oue de se rendre à Casai le 35 de ce mois; suivant Tintention du roy; mais nonobstant tout ce que nous avons pu alléguer au comte dans deux conférences que nous avons eues avec luy jeudy dernier et aujourd'huy matin ^nou»* n'en avons pu venir à bout, et nous avons esté obliges de différer le jour de l'échange des ratifi- cations du traité jusqu'au lo du mois de mars pro- chain, auquel jour M. le duc de Mantoue promet de se rendre très assurément et sans aucune remise à Casai. Nous vous dépeschons ce courrier extraordinaire^ Monseigneur, pour vous en donner ad vis, et nous luy avons si fort recommandé la diligence que nous espérons que nos 1 étires arriveront encore assez à temps à la cour pour que le poy aye le temps de donner les ordres que Ça Majesté jugera nécessaires pour le retardement de la marche des troupes vers Pignerol. M. d'Asfcld escrît dans cette conformité à Mon- îe'gneur. de Louvois; mais je prendray la liberté de vous supplier. Monseigneur, qu'en cas que le roy eût de nouveaux ordres à nous donner sur celte afpaire, de me les faire directement mander à moy, parce que, comme il pourra estre que M. d'A^ feld Sera obïigédé partir auparavant qu'ils arrivent, \e ne pourrois pas le Sçavoir si on les mandoit k <. ( i83) luy , le cbifTre qu'il a de Monseigneur de Louvois estant différeat de celui que yous m'avex envoyé. Nous croyons cependant. Monseigneur, vous pou- voir assurer que dans ce retardement de temps , nous ne voyons aucun lieu de douter de la sincérité des sentimens de M. le duc de Mantoue, qui nous a encore fait a»9ureir^ par M. le- comte Matthioli, qu'il es toit plus que jamais dans le dessein d'exé- cuter le traité qu il venoit de faire avec Sa Ma* jesté, et détenir 1» parole qu'il luy a donnée» M. le comte Matthioli vous avoit escrit; mais comme sa lettre n'estoit point en chiffres et qu'elle ne contient que ce que je vous mande par celle-- cy, je n ai pas cru devoir vous l'envoyer. FlJfGB£SlfE (l). (») ArcfaÎTee «lee «iTaircfi étrangcrc». ( 184) A M. SAINT-MARS. Saint-6«miaiii, oe i;5 téwneir 1679, Lorsque les aifaîres pour lesquelles le sieur de Ricbemont est chez vous^ seront passées^ vous pourrez , . ^ ». • . » Dx Lovrois (i). A M. DE PINCHESNE. Du 17 février 167^ Tdl rendu compte an roi de ce que vous m^avez hiarqu<$ dan» votre dernière lettre du a8 janvier, (i) Cette lettre se trouTe imprimée en entier dans Toaiwai^ intitulé : les PJUlosophes et Ut gens de kttrei des XYU*. ek XV m', siéeles, etc. A relûmes du ro jaune, K. 1^9. ( «85) de ce que vous aries ùAx toachanl l'aflEure qui vom est ccHifiëey et que tous attendiez bientôt le comte Haubîoli , anr F atsurance que le sieur Gialkni vont en avoit donnée. Sa Ma jesté a été bien aiae de Yoîr Fespéranceqne toos conaernei toajoon et da iocoès de l'afEtice-y et de faire partir M. le duc de Mantone de Venise aa 20 oo aS de ce mois.. Je tt'ai rien dé particulier à tous faire sçayoir «u-delà dece qui vous est déjà oonna. Vous conti- nueresy. s^tl vous plait, à m'avertir exactement de ce qui se passera sur œ- sujet , mime par un cour* rier exprès , selon que vous jugeriez' que la ehose k cecpensoit;. PoMPOlflfE (l). A M. DE POMPONNE. YtniM^ 1« 18 Uwnn 16791 MoVSUGVSUAy li-'abligation où nou»nous trouvimes, M . d'Asfeld et (i) ArdÛTes des aUres étranfirei. ( i86. ) moi, il y a ati)Ourd*hui huit jours ^ de £ttre partir en toute diligente le courrier que nous dépêchâmes^ à la cour y m'empêcha ^ Monseigneur , dé pouvoir vous mander^ dans la lettre que je me donnai Thon^ neur de vous écrire , les raisons que M. le <^omte Matthioli nousavoit alléguées pour nous faire con- noître que M. le duc de Manioue ne pouvott être à Casai le 25 de ce mois, conune le roi nous avoit ordonné de lui tonoigner qu il le sonhàitoit. Il nous en dit trois: la première , que ce prince vou- lant faire vMiir.àXasal^ sitôt qu'il j sera arrivé^ ses gardes et quasi toute sa cour^ dans le dessein qu'il a d*y faire quelque séjour après là oosichisfon de TafTaire, il avoit besoin pour cela d'avoir de l'argent qu'il ne pou voit pas trouver en si peu de temps. La seconde y qu il étoit d'une nécessité absolue de disposer auparavant don Vicenzo Gonzagues^. qui est présentement à Mantoue y de faire ce voyage avec Son Altesse, puisqu'étant le présomptif héri- tier de M. le duc de Matitoue , il seroit très-dange- reux de le laisser à Mantoue dans le temps que ralTaire de Casai éclatera, parce qae les Mantouans le regardant comme pouvant être un jour leur sou- verain, il y auroit lieu de craindre qu'ils ne se laissassent pers^uader par lui de se soulever contre M. le duc de Mantoué, ce qu'il ne manqueroit sans doute pas de tâcher de leur faire faire lorsqu'il verra que Son Altesse s'attache, au parti de la N. < »87) France^ et abandonne celui db la maison d^ Autri- che, à laquelle don Vincent est absolument dévoué; et la troisième, l'obligation dans laquelle M. le . duc de Mantoue se trouvoit de faire ici une espèce de. carrousel avec plusieurs gentils-hommes véni- tiens auxquels il en avoit donné sa parole, qu'il ne pouvoit plus retirer sans donner ici quelque soupçon. Cette dernière raison, Monseigneur, quoi- que la moins considérable de toutes, me paroi t pourtant plus véritable que les autres, parce que ce prince est tellement attaché à tous les plaisirs, de quelque nature qu'ils soient, que les plus im- portantes affaires ne L'en peuvent détourner, quand il trouve occasion de les prendre. Ce petit carrou- sel se doit faire sans faute un des jours de la se- maine prochaine , après lequel le comte Matthioli oous a assuré que M. de Mantoue partira indubita- blement d'ici pour se rendre à Casai le lo du mois prochain, comme il nous l'a promis; ses gens doi- vent même partir aujourd'hui pour retourner a Mantoue. Nous devons demain avoir encore une conférence avec le comte Matthioli pour régler de quelle manière M. d'Asfeld doit s'aboucher à Casai avec M. le duc de Mantoue pour y faire réclmngc des ratifications du traité. Cependant, Monseigneur, je crois être obligé àe vous donner avis que là mar- che des troupes à Pigncrol, les munitions et l'ar- gent qu'on y a fait porter, donnent beaucoup de crainte à toute l'Italie , et qu'on y dit publique- ( 188 ) aient que le roi a quelque graud dessein sans que f on puisse pénétrer quel il est ^ le soupçon tom- bant sur Casaï^ sur Genève , sur la Savoie, et par- ticulièrement sur la république de Gènes , à cause de ce qui s'est passé depuis peu avec el4e; je sçais même que Mi. Gontarini en a écrit en ces termes à Venise. Il est aussi arrivé deux courriers dé Turin^ à Milan, depuis huit ou dix jours; Tun dépécltépar madame royate k son réûdent, et Tautre par lê dira- de Gioninazze au gouvernement de Milan, pour^ leur donner aviis- de ces mouvemens. M. le comte ~ Matthiôli nous a dit que M. de Mantoue en pren- droit le prétexte de son voyage à Casai , en disant que là. crainte qfi'iî'a des desseins de la France To- blige-djadler à cette place pour y donner les ordres nécessaires à sa sûreté; Je viens d'apprendre pré- sentement qu*îl étoit arrivé un courrier de Milan & l'ambassadeur d'Espagne. Je crois bien que c'est pour les mêmes raisons». De PiNGaESit£(i). (i) ÂrolÛTes dei^affaires étrangères. (i89) A M- LE COMTE MATTHIOLÏ. Monsieur > Tay reçeu les lettres que vous avec pris la peine de m'escrire, et je crois ne pouvoir mieux adres- ser la response que je vous y rends qu'entre les mains de M. l'abbé d'Estrades^ puisque vous dévies faire le voyage de Turin. Je n'ay point manque de rendre compte au roy de la peine que vous aviez du long retardement d'une affaire qui a este com- mencée et qui devoît estre achevée par vos soins. Sa Majesté veut toustours s'en promettre un bon succez, et ne veut pas douter que l'on ne luy tienne nue parole qui luy a esté si s<^emnellement don- née. Vous sçavez ce que vous avez droit de vous promettre de sa bonté lorsque vous contribuerez à ïaire réussir le projet dont vous avez jette les fon- demens. C'est ce dont M. l'abbé d'Estrades vous par- lera encore plus particulièrement ^ et je .ne m'é- tends qu'à vous assurer que je suis , etc. Pomponne (i). {1) Arcbires des affaires étrangères. / ( »9o ) A M. DE POMPONNE. Veaise, le a5 de férrier 107g, M0NSEIONEUB j «■ •- Je vous mandai^ Monseigneur, par ma dernière lettre , le bruit' que faisoit par toute Tltalie la marche des troupes à Pignerol; il y a de beaucoup ^ augmenté cette semaine par la nouvelle qu'on y a eue que M. de Vaubah y étoit allé par ordre du roi; ce qui fait croire plus fortement que jamais ^ q[ue Sa Majesté médrte assurément quelque grand dessein de ce côté-ci , quoique le plus fort soupçon tombe toujours sur Gènes, comme l'on doute ausi de Casai. L'ambassadeur d'Espagne et l'abbé Fré- déric, résident de l'empereur, allèrent ensemble mercredi chez M. le duc de Mantoue, pour lui dire qu'ils avoient appris de Turin, qu'il voul oit donner Casai et le Mont- Ferrât au roi, et pour lui représenter les inconvéniens qui en pourroient arri- ver à toute l'Italie, et particulièrement à la maison d*Auirîche , à cause du duché de Milan. Ce prince \ 1 i I lear répondit qu'il s'étx)nnoit qu'ils pussent ajouter foi à des bruits de cette nature, qui n'a voient aucun fondement solide.... Cette réponse fut tout ce qu'ils purent tirer de lui sur ce sujet. Cependant , Mon- seigneur y comme il est toujours dans le dessein d exécuter le traité qu'il a avec le roi, suivant qu'il nous en a encore fait assurer par M. le comte Mat* thioli , M. d'Asfeld et moi avons encore eu deux conférences cette semaine avec ledit comte, doni la dernière fut hier au soir, dans laquelle nous avons arrêté que M. d'Asfeld et lui se trouveroient le 9 du mois prochain à Notre-Dame d'Incréa , qui est un village à dix milles de Casai, pour y faire réchange des ratifications, et que M. le duc tle Mantoue se rendroitsans faute à Casai le i5 au soir pour y attendre les troupes de Sa Majesté, et les mettre en possession de la place lorsqu'elles y arri- veront le i8, qui est le jour que M. d'Asfeld a dit qu'elles y seroient, ayant, suivant l'ordre de M. de Louvois , demandé neuf jours depuis l'échange des ratifications jusqu'à celui de leur arrivée à Casai. M. d'Asfeld partit hier d'ici, après cette conférence, pour se rendre h Pignerol, et M. le comte Mat- thiolLdoit partir ce soir pour aller à Incréa; mais comme M. de Mantoue ne veut demeurer qu'un jour k Mantoue, et qu^il prétend faire le voyage de Casai en poste, il restera ici jusqu'au ii ou vx du mois prochain; il est même bon qu'il le fasse, parce 4jue tant qu'on le verra amuser ici à un carrouzel / ( «92 ) et à de semblables bagatelles , Ton aura moins de soupçon de lui que si on l'en voyoit partir De Pincbeuik (i). A M. DE POMPONNE. Venise, le 4 mars lôfrg. MoKSEIGNEUft^ Tous les avis qui viennent de France et de Turin disent si positivement que M. le duc de Mantoue a fait un traité avec le roi pour la cession de Casai et du Monl-Ferrat^ qu on commence à changer ici presqu'eu certitude les soupçons que je vous ai mandés y Monseigneur^ par mes deux dernières lettres qu'on en avoit^ sitôt que la première nou- velle en arriva à Milan par les courriers que ma* dame royale et le duc de Gioninazze avoieut dé- péchés 'y le gouverneur de Milan en dépêcha aussitôt ^ i^M (i) ArchiTes des affaires étrangères. ( 193 ) deax autres à Madrid età Vieime> pour en donner avis à l'empereur et au roi d'£$pagne. Celui qui ëtoit allé à Vienne retourna ici mercredi au soir avec des ordres exprès au marquis Ganozza , yî* Caire impérial dans l'Italie , de parler fortement à M. le duc de Mantoue pour tâcher à le détourner de faire une chose si contraire aux intérêts de tonte la maison d'Autriche^ et d'aller ensuite à Milan et à Turin pour y concerter les moyens deTempêcher, en cas que cela se trouvât véritable. Ce marquis Ganozza étant depuis cinq ou six mois dans les pri'» sons de Venise, accusé d'avoir fait assassiner un gentilhomme de Vérone, l'empereur a aussi écrit par ce même courrier, à la république pour lui de* mander son élargissement , ce qui fut fait jeudi au soir. Il n'a pu , jusqu'à cette heure , voir M. le duc de Mantoue, qui diffère autant qu'il peut de lui donner audience pour gagner du temps. La crainte que j'ai eue, Monseigneur, que ce qu'il a à dire à ce prince, de la part de l'empereur, ne fût capable de produire en lui quelque changement^ mi'a obligé .de charger M. Giuliani d'aller trouver de ma part M. don Joseph Varano, qui est présentement le seul confident de M. de Mantoue, depuis le départ de M. le comte Matthioli , pour tâcher de savoir de lui quels étoient les sentimens de son maître sur cet envoi. Il m'a fait réponse qu'il exécuteroit as« sûrement le traité qu'il a fait avec Sa Majesté^ non- obstant les oppositions qu'y apporte la maison i3 ( 194 ) d'Autriche^ et qa'il partiroii d'ici mercredi oti jeudi pour se rendre a Gasal^ dans le temps qu il a promis d'y être* Tout ce qu'il y \^ cfaindre, c'est que les Espagnols, qui sont extr^l^ement sur la défiance, ne le fiissent épier et ne mettent opposi- tion à son passage et à celui du comte Matthioli y de qui ils ne se défient pas moins. DePiughesne (i). A M. DE POMTPONNE. Venise, le ii mars 1679 MONSEIÛNEVR j Le courrier que nous vous dépêchâmes, il y a au- jourd'hui un mois, n'ayant pas satisfait \ l'ordre que je lui avois donné de m'écrire aussitôt qu'il se- roit arrivé à Lyon , pour m'apprendre s'il a voit passé par le Milanois sans qu'on Teûi arrêté > j'ai été dans une grande inquiétude jusqu'à xsq qUe f aie eu reçu la lettre par laquelle vous me faites la grâce (1) Archives des Affairé» étrangères. ( »95) de me donner avis qne vous avez reçu la dépêche que je vous ai envoyée par lui. Vous pouvez bien croire , Monseigneur j que, lorsque nous fûmes obligés, M. d'Asfeld et moi, de difTérer le jour de l'échange des ratifications jusqu'au lo de ce mois, ce ne fut qu'après avoir vu qu'il étoit impossible de porter M. le duc de Mantoue à le faire dans le temps que le roi le soubaitoit Tout le monde dit ici qu'il doit s'en aller ce soir ou demain sans suite , et il nous a toujours fait dire par le comte Matthioli, qu'en partant d'ici il ne feroit que passer par Mantoue, pour de là aller eu poste à Casai. Il a encore plus de temps qu'il ne lui en faut pour s'y rendre avant le 18 de ce mois, qui est le jour que les troupes du roi y doivent en- trer, suivant que nous en sommes demeurés d'ac- cord avec le comte Matthioli. M. Giuliani a reçu une lettre de lui cette se- maine, par laquelle il lui mande que M. d'Asfeld a été arrêté à la Canonica , qui est un bourg au-de- là de Bergame , et qu'il a été relâché peu de temps après. Je ne sçais^ Monseigneur, si cette nouvelle est bien véritable, m'ayant été impossible de la vé- rifier, et M« le comte Matthioli ne la mandant que sur ce qu'un voiturier, qu'il avoit rencontré par les chemins, lui avoit dît qu'un gentilhomme , qu'il avoit conduit depuis trois ou quatre jours, de Vé- rone à la Canonica, y avoit éié arrêté, et relâché i3.. ( igs ) depuis. En tout cas^ je ne doute pas que vous n^eii soyez déjà infonné puisque ce comte marque, par cette même lettre, qu'on l'a écrit à M. l'abbé d'Es- trades, qui n'aura pas manqué^ sans doute, de vous en donner avis. • • • • t» • Je viens d'apprendre, tout présentement, Mon- seigneur , que M. le duc de Mantoue étoit parti hier au soir à quatre heures de nuit, et que le mar- quis Lanozze étoit aussi allé à Vérone , qui est sou pays, d'où l'on croit qu'il pourra bien aller à Milan. De Pimghesme (i)* A M. LE COMTE MATTHIOLL SainNGrermain, du i4 mars 167g. MoNsiBirit, Le roi a été informé, par le sieur de Pinchesne, de toutes les mesures que vous avez prises avec lui (i) Archives des afiaires étrangères. ( 197 ) et avec M. d'Asfdd pour l'exëcation de Taffaire qui a esté conduite par vos soins ^ et du temps que Itf , le duc de Mantoue avoit pris pour se rendre à GasaL II a sçeu encore qae M. d'Asfeld estoit parti quelques jours auparavant de Venise , selon le con* eert que vous en avez pris ensemble; mais comme il apprend , par les lettres qui luy arrivent de Pié- mont , quUl pourrait V>®n avoti! esté arresté k son passage dai^ le Milanois et conduit dans le clv^steau de Mil^ 9 il a jugé à propos de suppléer à son défaut pa^celayqui vous rendra cette lettre; c'est luy qu'il, a hqnoré principalement de sa confiance pour l'exécution et la conduite de tout ce qui sera à Caire i^vec vous, et avec M. le duc de Mantoue^ lorsque ce prince sera arrivé à. Casai* Ainsy, vous luy adjouJterei, s'il vousplaît, une créance entière, et particulièrement aux assurances qu'il vous donnera de la bonne volonté de Sa Majesté pour vous , et du gré qu'elle conserve du. service que vous luy rendez. . Pour moy. Monsieur, je vous prie de me croire avec une entière vérité, etc. Pomponne (i). (i) Archives des affaires étrangères. ( '98) A M. LÉ COMTE MATTHIOLl. Turin , le ^4 i^urfl 1679. J'ai cm, Monsieur, vous devoir donner avis de mon arrivée en celte cour, afin que vous puissiez m'y faire sçavoir ce que vous jugerez à propos ; et que ce qui reste k faire pour terminer ce qui a déjà ëtë résolu , soit plus facile à exécuter, par la proximité des lieux où nous somnies. Vous ne doutez pas que ce ne soit dans cette vue qu'on a voulu que je me rendisse ici , et j'ai eu d'autant plus de joie d'y venir , que j'ai espéré que je ne serois pas long- temps sans voir l'effet des engage* mens que vous avez pris avec le roi. Si je ne con- noissois votre probité et votre zèle pour les intérêts de Sd Majesté, et pour les avantages du prince au- quel vous êtes attaché, j'aurois eu une terrible in- quiétude du retardement de notre affaire , qui de- voit sans faute, et tout au plus tard, être conclue au commencement de ce mois. Mais quoique nous soyons déjà au 24 f 6t que tout ce que vous pouvez désirer soit tout prêt, je ne saurois me persuader que les intentions de Son Altesse et les. vôtres ne soient toujours les mêmes. Vous avez si bien connu combien cette affaire lui seroit utile présentement, et glorieuse dans la suite , et vous le lui avez si ^ ( 199 ) bien fait comprendre^ que je ne puis entrer en au- cune défiance là-dessus; j'en ai encore moins quand je me représente l'intérêt si considérable que vous avez d'achever un ouvrage de cette importance ^ dont la conclusion vous fera un si grand mérite au- près du plus puissant et du plus généreux roi du inonde y qui vous a téipoigné lui-même le gré qu'il vous en savoit; qui vous a loué de l'adresse avec laquelle vous avez conduit cette négociation ^ qui a commencé de vou^ donner quelques marques die son estime et de sa libéralité^ et qui vous en a promis de si grandes qu'elles suffiroient pour éta- bliv toute votre famille ^ et pour vous rendre heu- reux le reste de vos jours. G)mme sa parole a tou- jours été inviolable y vous y faites sans doutQ un fonds assuré; vous croyez bien aussi qu'il seroit dangereux de lui en manquer, et qu'après tontes les démarches qu'il a faites^ et les mesures qu'il a prises y vous exposeriez Son Altesse et vous à de très-grands malheurs , si Sa Majesté avoit lieu de juger qu'on eût agi de mauvaise foi avec elle, après im traité fait dans toutes les formes avec elle-même, et fondé sur un plein pouvoir, dont l'inexécution ne serviroit qu'à U ruine d'un prince qui s'aban- donne à vos conseils , et qui seroit infailliblement dépouillé par les Espagnols, qui voudroient pour toujours se délivrer des alarmes que leur a donnés le bruit qui s'est répandu partout de cette affaire. Je vous ai déjà dit. Monsieur, que je vous croîs aussi ( 200 ) bien intentionné que vous l'avez été, et ce n'est paa pour vous exciter à reprendre ces bons sentimens., ou pour.les fortifier, que je vous parle de celte ma- nière; c'est seulement afin qu'un plus long délai ne puisse pas diminuer la bonne opinion qu'on a de vous y et qu'on ne prenne pas ombrage de ce qu'une affaire, dont le secret étoit si important, a été pu- bliée, quoique le roi et ceux qui ont l'honneur de le servir, l'aient si bien gardé qu'il nV pu être pé- nétré de leur part "j j'espère néanmoins que noua serons bientôt satisfaits, et que j'aurai le plaisir de vous voir dignement récompensé de votre zèle; je vous assure. Monsieur, que votre intérêt, plus que le mien, quoique j'y en aye beaucoup, me le fait souhaiter. L'abbé d'EsTRADES. A M. DE SAINT-MARS. » Saint-Germain, ce 26 mars 1679. J*ai reçu votre lettre du ai de ce mois. Vous devez avoir veu, par mes précédentes, que le roy trouvoit bon que les officiers de la citadelle de Pi-- gnerol rendissent visite à vos prisonniers^ et pas-. ( 20I ) •assent des matinées ou des après-dinées avec eux quand ils le désireroient , en présence de Ton de vos officiers. Je ne puis que vous répéter la mesme chose ; et vous dire qu'à Tesgard du gouverneur ^ des officiers et des habitans de la ville , vous en pourrez user de méme^ lorsque vous le jugerez à propos, après y néanmoins, que l'affaire pour la- quelle le sieur de Richement est à Pignerol, sera faite ou manquée. Je vous adresse im paquet pour M. l'abbé d'Es- trades, que vous lui envoyerez s'il vous plaît, par vn de vos officiers, avec une suscription de votre main; et lorsqu'il vous en aura adressé la response, vous me la ferez tenir par le retour de ce cour- rier , que vous tiendrez cependant caché dans le donjon. r :^ - De Louvois (i). A M. DE PINCHESNE, SÂnt-GrermaiD , du 29 mars 1679. Le roy est extrêmement dans l'attente du succès de Vaffaire de M. de Mantoue. On n'a point de nou- (1] Cette lettre se trouvera imprimée dans Touvrage intitu \ ( 202 ) voiles de M. d'Aifeld, et on ne peal guère douter qu'il ne ^oît prisonnier dans le Mîlanois. La nou- velle que vous aviez eue qu'il a voit esté arresté à la Ganonica ^ estoit sans doute aussi véritable que celle qu'il avoit esté relasché; ne l'estoit pas. Il faut voir si la fermeté de M. de Mantoue^ qui avoit ré- sisté jusqu'à cette heure aux efforts du comte Car- rosse et de la république de Venise^ ira jusqu'au bout; l'on ne peut estre long- temps sans en estre éclairciysiy comme vous le marquez par vostre lettre du 1 1 ^ il estoit parti la veille pour se rendre à Casai. Vos premières lettres nous en apporteront de nouvelles cognoissances. Pomponne (i). A M. DE PINCHESNE. ■ Saint-Grermain ^ du 5 ayril 1679. J'ay reçu vostre lettre du 18 de mars y qui a fait voir le mauvais estât où le comte Mattbioli vous lé : les Philosophes et les gens de leUrts à la BasUUe. ( Ar- chives du royaume/ K. 129. ) (i) Archiyes des afEaires étrangères. ( 2o3) avoit fait dire luy-mesmequ'estoit Taffiiirede Man- loue; il pourroi( bien estre^ tomme vous dites, le seul ouvrier de tous les accidents et incoavéniens qu'il mandoit y arriver, par sa lettre à Giuliaoi. Vos premières nous eclairciront encore mieux là- dessus^ mais il y ti beaucoup de sujets d'appré- hender qu'une négociation poussée, cesembloit, si avant, ne vienne à échouer lorsqu'on estoit à la veille d'eii voir une heureuse conclusion. Pomponne (i). A LOUVOIS. BePignerol^ le 5 avril 1679. Comme j'ai reconnu , Monseigneur , depuis le dernier ordinaire, que M. le marquis d'Herleville ( gouverneur de Pignerol ) avoit connoissance que M. de Bicbemout (a) étoit incognito dans la cita- (1) Archives des affaires étrangères. (i) C'est-à-dire Gatinat. N \ ] ( ao4 ) délie de cette ville, et qu*il savoit effectivement 80D nom f je me donne rhoaneup de vous en donner avis. M. de Saint- André même , assure qu on lui a dit à Turin que M. de Gatinat le devoit mener à Casai. Je ne sais pas d'où ils en peuvent tant sça- voir y si ce n'est que l'absence de M. de Gatinat ait donné lieu à quelques«uns dos gardes (i) d'écrire de Paris, qu'il étoit dans ces quartiers. Ces aires savent aussi les jours qu'il est sorti de la citadelle et le lieu où M. l'abbé d'Estra^doa lui est venu parler la dernière fois de Turin. Je n'ai rien ré- pondu quand j'ai entendu parler de ces sortes d'af-. faires, sinon que j e ne connoissois personne à la xi-" tadelle, et que je ne sa vois rien. M. le marquis de S^ÎQt-Maurice (2) a dit à plu- sieurs personnes que M. l'ambassadeur de France faisoit le fin; qu'il savoit très-bien qu'il y avoit eu un traité de fait entre le roi et le duc de Mantoue, pour Casai; mais qu'il savoit bien aussi que depuis, dix jours tout étoit rompu absolument. La rétro- cession des troupes logées dans le Briançon et vallée de Cbaumont, du côté du Daupbiné et Pro- vence, semble confirmer le dire de M. le marquis (1) Officiers aux gardes françaises, corps daos lequel ser- vait alors Catinat. {1) Piémontais. ( ao5 ) àe Saint-Maurice; mais l'arrivée du bataillon dii régiment de Piémont en cette ville , depub deux jours, fait suspendre le jugement aux gens de ce pays, qui aiment à philosopher sur toutes choses; leur raisonnement ne produira rien , si la volonté du duc est toujours bien disposée, car entre ici et Casai ^ il n'y a aucun lieu fermé, ni aucun obstacle qui puisse retarder la marche des troupes du roi. Je suis toujours avec un profond respect , etc. De Chanois (i). À LOUVOIS. De Pignerol, le 8 ayril 167^. Monseigneur , Les chemins étant beaux et les Ijours aussi longs qu'ils sont présentement, un corps à cheval peut aller, en moins de trente heures , de Pignerol à Ca- sai. Il n'y a aucun lieu fermé par lequel on soit obligé de passer, et je ne connois nulle difficulté (1) Commissaire. ( 20G ) que l'on puisse trouver sur le passage ^ en surpre- nant le pays par cette marche. J'ai cru devoir de- mander cela à Monseigneur, parce que c'est une assez grande diligence pour qu'elle puisse aider aux mesures que l'on voudroit prendre. M. de Mantoue n'a jamais été à Casai ^ ce qui me paroît un obstacle à trouver de bons prétextes d'y venir, dans un temps où il est si ëpié et soupçonné dans sa conduite. Mais Ton s'y passeroit bien de lui y s'il est toujours bien intentionné et maître d'une bonne partie de sa garnison. Le gouverneur est de Mantoue, son vé- ritable sujet } ce peut élre une circonstance favo*> rable. Je suiS; etc. Catinat. A LOUVOIS. i5 Arril 1679. MoV SEIGNEUR; 1 Il faut que M. d'Herleville ait reçu quelques let- tres de Paris, par le dernier ordinaire^ qui lui aient donné soupçon que je pouvois être ici ; an naokis a-t-il donné des indices asFez pressans à M. du Cha- iioîs; il n'est pas homme sans curiosité; il a cm. ( a«>7 ) par ce moyen ^ se donner là^essuB quelqu'ëclair- cissement. Gomme il y a long-temps que je suis ab- sent, et que Ton n'a point ^utë à Paris qu'il n'y eût quelque dessein de ces côtés-ci , à cause des troupe qui s'en sont approchées, quelque raison- neur du régiment des gai^des, ou autre, lui auroit bien pu donner cette idée. Je me suis donné l'honneur de mander à Mon- seigneur tout ce qui s'étoit passé à mOn voyage êi Incréa; j'ai reçu des lettres de M. l'abbé d'Es- trades, par lesquelles il m'a mandé que les troupes se sont un peu reculées pour tomber dans des quar- tiers où elles pussent subsister plus commodément, et les avis qu*il a reçus sur le retardement de l'exé- cution de ratfaire que vous savez. Je suis ici traité avec tant d'honnêteté et de civilité, qu'un long sé- jour, en attendant des nouvelles, ne me doit don- ner nulle impatience, et je ne puis étie à plaindre que de celle que me donne la passion et le zèle que j'ai de voir achever une affaire que Sa Majesté sou- haite, et dans laquelle Monseigneur a cru me pouvoir honorer de sa confiance. J'aurois quelqu'in- qniétnde d'être si long-temps à charge et incom- mode à M. de Saint-Mars; mais il exécute aVec tant de plaisir les ordres qu'il a reçus de Monseigneur, que tous les soins quTil a de moi , ne me font nulle peine, tant s'en faut; je les reçois comme des mar- ques bien sensibles de la bonté avec laquelle Mon- seigneur lui en a écrit, dont je lui suis infmiment ( âo8 ) obligé) et de Thonnear qu'il veut bien que )*aîd d'être , avec tout le respect qui lui est dû ,*son très- humble et très-obéissant serviteur. De Righemont (i)^ A M. DE PINCHESNË. Saint'Germaixi, du 18 airril 1679. Le compte que vous m'avez rendu , par vostre lettre du a5 du mois passé; de la conversation que vous avez eiie avec M. le comte Matthioli^ ne pou- voit être plus exact. Il est bien difficile de démes- 1er encore ce qui peut estre de cette affaire^ et si la bonne foy y est telle que l'on la peut désirer. Tascbez de le découvrir adroitement , mais sans tesmoigner aucune deifiance^ et ayez soin de m*in- former de tout ce qui viendra à vostre cognoissance sur ce suject. C'est tout ce que j'ay à respondre à vostre lettre. Le reste ne demande aucune response parti- culière. Pomponne (a). (i) G^est-à-dire CatiruU. (q) Archives des affaires étrangères. ( *-«09 ) A M. DE SAINT-MARS. âaint-GermaÎDj ce i8 ayril 167^^ Tay reçeu vostre lettre du 8 de ce mois. Le temps qae M. de Richemont doit demeurer au lieu où il est^ estant incertain , je vous conseille de le faire promener avec vos prisonniers^ quand ce ne seroit que dans le donjon. Tous pouveis mesme luy permettre de leur rendre des visites et de s'entretenir avec eux^ ce qui Taydera à passer un temps que je ne puis vous dire s'il sera long ou court. . « . « * é . . « De Louvois (i). A M. DE PINCHESNE. Saint-Germain, du 19 avril 1679* Le compte que vous avez rendu par votre lettre du premier de ce mois, de l'entretien que vous (i) Extrait d^une lettre (jai se troave imprimée dans Ton- vrage intitulé : Us Philosophes et les gens de lettres à la Bastille, (Archives da royaume, K. 139.) 14 ( IIO ) avez eu avec le comte Matthioli; des assurancèfs qu'il vou&avoit dosnées de ses bonnes intentions et du voyajge qu'il faisoit estât de faire auprès de M. l'abbé d'Estrades, n'empêche pas qu'on ne le soupçonne, avec beaucoup de rai son, de son peu de fidélité. Ne luy faites point connoistre toutefois , ea cas que vous le tevoyéï , la connoissance que l'on en Si, iDJÔs tëmoigifez luy toujours que l'on ne peut doat«r "que M. ie d«€ de IVfentoue ti'erëctite les paroles qu'il a fait donner sofemnellement "par luy. En effet , oe prince lie doit pas croire qu'il biy soit toui-à'fait libre de manquer k un trahé qu'il a avec Sa Akijesté ; et, si roccasion s'eft présente, faîtes luy paroistre que vous ne doutez pas qu'on ne luy tienne ses paroles, que l'on n'exécute les engage- mens que l'on a pris une fois avec elle. Prenez soin d'informer exactement, ainsi que vous avez desjà fait, de tout ce qui se passera dans cette affaire, et de la manière dont elle continuera à estre regardée à Venise. Je suis , etc. 1V>MP0NN£ (i). (i) Ârcbtres des affaires étrangères. ( "t ) A M. DE SAINT-MARS. StmUïerziMiiiiiCQ-Lajft» ce 97 «Irrtl i^^ Le ray envoyé présentement ordre k M* VabW dfscrade» , d^esiayer de faire arrester on homoMi de la conduite duquel Sa S|a)eité n'a pfis su^el d'esue aM»»&ite; de quoi elle m'a commande de vous donner advis^ afin que vous ne fassiez point de difficulté de le recevoir lorsqu'il vous sera envoyé, et que vous le gardiea de manière que non-seule- .ment il n'ayt commerce avec personne, mais en- core qu'il ayt lieu de se repentir de la mauvaise conduite qu'il a tenue, et que l'on ne puisse point pénétrer que vous ayez un nouveau prisonnier, O ^^ Lorvois (i). A M. DE PINCHESNE. Saint-Gfrmainy du 3maj 1679. La lettre que vous m'avez écrite le i5 du mois (1) Archiyes du royann*, IL 199. ( 2ïa ) passé, a confirmé au roy la trahison du comte Mai-» thioliy qui n'es toit desjà que trop avérée.. Il n'y eut jamais de perfidie si signalée. Il faut espérer que les sentimens de son maistre ne seront pas les mes- mes, et qu'il ne voudra pas manquer aux paroles qu'il a données à Sa Majesté. Cependant; nous ap- prenons que ce comte est arrivé à Turin , où il croit sans doute en imposer de nouveau à M. ràbbéd'£&* tiades; Il importe, toutefois, de ne point témoi- gner que l'on soit informé de toute sa conduite. Pomponne (i). •t LETTRE DE CATINAT , SOUS lE NOM DE BICHEMONT, A M. DE LOUVOIS. De Fignerol , le 3 mai 1679. 1 J'arrêtai hier, à trois milles d'ici, sur les terres du roi, Matthioli, dans une entrevue que M. l'abbë d'Estrades avoit adroitement ménagée pour en Ùl- (i) Archires des affaires étrangères. (ai3) cîliter les moyens ^ entre lui, Matthioll et moi. Je me suis seulement servi ^ pour l'arrêter^ du che- valier de Siint-Martin et de Villebois^ officiers de M. de Saint-Mars , et de quatre hommes de sa com- pagnie: cela s'est passé sans aucune violence, et •personne ne sait le nom de ce fripon , pas même' les oflBciers qui ont aidé à l'arrêter; il est dans la chambre qu'occupoit le nommé Dubreuîly où il sera traité honnêtement, ainsi qu'en a prié M. l'abbé d'Estrades, jusqu'à ce que l'on cfionoisse les vo- lontés du roi sur son sujet. Je ne mande rien à Monseigneur de la conviction certaine ou l'on est des friponneries de cet homme-là, M. l'abbé d'Es- trades en ayant déjà informé Sa Majesté. Dans l'en- trevue que nous eûmes ensemble devant que de l'arrêter, nOus parlâmes de plusieurs choses, mais entr'autres du lieu où il a voit les papiers essen- tiels et originaux de l'affaire dont il s'agit , qui consistent en une lettre du duc de Mantoue au roi, le plein pouvoir qu'il a eu de traiter ; le traité de Sa Majesté fait par M. de Pomponne; la ratifi- cation dudit traité signée du duc de Mantoue; une lettre du duc de Mantoue au gouverneur de Casai , portant ordre d'y recevoir les troupes du roi, en exécution du traité. Tous ces papiers sont dans une cassette à Boulogne, entre les mains de sa femme ^ qui est retirée dans le couvent des filles de Saint- Louis. M. l'abbé d'Estrades a jugé qu'il n'y avoit point de temps à perdre pour avoir les papiers. ( a»4 ) domme )e n'ooietiai hier ici qae fort taid cel bomme-là^ et qw k poste ptri anaijininl'iitti de htm Itiatin^ je n'ai point eiia>ne eu de conversation ^yec iiii y peat ravoir les pi^pîers; nmis dans àtax heunes cl'ici> j'irai dnm aa tch«mi)i«, cm je ne doute potm ^pe ks meziROCs que je liii fem, «^ne ir destaer une foete par laqneDe il évite de passei^sur ks terres dA roi d'ËJapagoe* le ffondraii coaapte k Monioi^eîir , ou premier ordi- naipe^ de tcmi ce que j'aurai fait là-dessus avec liaiUïieli^ à qui j'ei deuné ici le nom de Lçsumgy, pervenne ne sachant ici qui ii est. 'Je tvàiiy etc. BiÊQSKDirar (t). A M. DE liOUVOIS. !@le Bigaerol, le t$ mai «t que l'oa n'en soit persuadé» C'est un fripon; mais je le crois de bonne foi sur l'enyie de remet- tre les papiers, soit à cause de la peur que l'état où il est lui donne , eu par la vue de rendre un service qui soit agréable au roi , et qui lui donne les moyens de faire oublier le passé. Les papiers ori- ginaux sont à Padoue, caches dans un trou de mu- raille d'une chambre qui est au logis de son père, qu'il dit ^tre connu de iui seul. Ces papiers sont ie traité fait par M. de Pomponne, signé de iui et de Matthiolt, signé au bas par M. de Mantoue^ lais- sant du blanc pour écrire la ratification lorsque l'échange s'en seroit fait avec celle du roi; un blanc, signé de M. de Mantoue , pour écrire au gouver- neur de Casai de recevoir les troupes du roi ; Le plein pouvoir donné k M. de Pomponne pour trai- ter avec lui de Casai ; aa mémoîne des troupes des- tinées à l'euécution de cette affaire. Si l'on a une {ois ces papiers, c'est vme affaiiie au moins ache- I (a,6) vée^ quant à ce qui regarde la négociation; et ce sera une vérité que l'on ne fera connoitre que loi^ que l'on le jugera à propos. Comme je connois de quelle conséquence il est d'avoir ces originaux^ j'ai mandé à M. l'abbé d'Estrades les expédiens dont on se pourroit servir pour les retirer^ pour m'aider là-dessuB de ses avis; je ne les mande point à Mon- seigneur^ parce que j'attends aujourd'hui le sieur Giulianiy qui m'est envoyé par M. l'abbé d'Estrades, avec l'abbé de Montesquiou y son parent y pour «tre confronté avec le sieur de Lestang. Cette en- trevue devant me donner des moyens bien plus surs pour retirer ces papiers , je ne manderai en- core rien à Monseigneur de ceux que j'avois pro- posés. Il y a encore d'autres papiera à Bologne , qui ne sont que des lettres et des papiers dont il me paroît que l'on a peu de besoin^ connoissant pai* le mémoire de ceux qui sont k Padoue, que ce sont les seuls qui regardent particulièrement l'afiaire dont il s'agit. Je me donnerai l'honneur de mander à Monseigneur, au premier ordinaire , quelle aura été l'issue de l'entrevue du sieur de Lestang et de Giuliani. M. l'abbé d'Estrades, par ses soins et son adresse^ a trouvé moyen d'envoyer à Pignerol le valet du sieur de Lestang avec ses hardes et tous ses pa* piers. J'en ai fait un inventaire ; cela consiste dans des tables de chiffres et des lettres, que j'ai cotées çX dont j'ai écrit la substance; elles ne soqt de nulle ( 217 ) conséquence. J'enverrai à- Monseigneur, au pre« mier prdinaire, une copie de ce que j'ai fait là<* dessus^ et un petit extrait de ce que j'ai pu ap- prendre du sieur de Lestang, dans les conversations que j'ai eues avec lui , dont il m'a dit avoir déjà in-^ formé le roi y ou M. l'abbé d'Estrades , ce qui a di- minué l'impatience que j'aurois eue d'en informer Monseigneur. M. de Saint-Mars traite fort honnête- ment le sieur de Lestang , pour ce qui regarde la propreté et la nourriture; mais bien soigneusement pour tout ce qui peut lui 6ter tout commerce. Je suiS; avec tout le respect^ C. (î). Ins^entaire des petits papiers que le sieur de Lestang avoitsur lui, ein^ojé par M. de Catinat. i^. Un mémoire de ce qu'il avoit k faire à Tu« rin, à l'endroit où il devoit recevoir des lettres de Carbonini. 20. Un petit mémoire des papiers de conséquence qu'il a à PadouO; parmi lesquels sont ceux que (i) Gatihat. (ai8) le roi souhaite avoir, et que le sieur Giuliaiiî eal allé prendre, 3o. Mémoire du chemin quHl doit tenir pour aller à Casai. 40. Un autre mëmoire portant qu'il a envoyé quatre blancs^ signés de M. le duc de Mantoue, au gouverneur de Casai, les dates du départ de Vei uise pour hii &ire signer la latificatton^ écrire une lettre au gouverneur de Casai ^ par laquelle il kn recom^iandoit de faire tout ce qui lui seront dit p9t le sieur de Lestang. Une autre lettre en cowmaa*- dément audit gouverneur de recevoir les troupes du roi; en un mot^ il fut muni datis ce moquent de toutes les choses n^ssairea pour consommer ea- tièrement cette affaire. Sous peu de jours après , il fut averti que son maître avoit changé de r^so^ lution> et que m^mie son intenUod éloit de retirer 4^entre ses niiains ce qu il avoit fait et signé , et qui pouvoit (aire foi de son traité. Que M* de Itfan- toue commençoit à dire qu'il ne s'é^oit rien fait dans cette affaire de sa participation, et qu'il désa- vouoit hautement tout ce que Iui| âeur d^I^^es- xangi avoit pu &ire. Ce prince ne pouvoit gguère faire autrement, les Espagnols et madame sa mèie étant si particulièrement informés de ^tte affaire , qu'ils lui moBtrèreut des copias pnslef d^ tout le traité. ( Ce qu'ils avoienl eu padP une seconde &i- ponnerie du ^ieur de LesiUngi ou pajr la cour de Savoie. ) Le sieur de Iiestang dit que, sous divers ( 4a3 ) )>irëlex^te9; il ëluila toujours de rendre leâ originaux il M. de Mantoue, pour demeurer maître de Faf- faire^ et qu*en cherchant des expédions pour sur* Inouter les obstacles survenus y il n'avoit point dé* «espéréde pouvoir achever cette affaire , par Tin- teltigence qui étoit entre lui et le gouverneur de CaBal: Il dit que les Espagnols le sachant maître des papiers y lui ont fait des offres considérables pour Jes avoir. Que les Espagnols étant si particulière^ ment informés^ il a cru être obligé de leur en faire 11 lie favsse confidence , pour les amuser , en leur disant que c'étoit Jine affaire absolument manquée^ pottr^ dans cette confiance; diminuer leurs soup- çons et les précautions qu'ils auroient pu prendre pour empêcher qu'il ne profitât des moyens que l'intelligence qu'il avoit avec le gouverneur de Casai; lui donnoit pour achever cette affaire. Qu'il prit même ce chiffre ; dont j'ai parlé ci-dessus ; de k part de M. de Meigar ; pour entretenir plus sûre- ment de son côté cette fausse confidence. Voilà èomme ce fripon prétend échapper à l'accusation que l'on lai fait sur ce chiffre espagnol ; dont il a ëté trouvé saisi. Il nous a dit positivement que M. de Mantoue avoit été 'empoisonné chez un nommé le Romain ; à Venise; oà il alloit boire des eaux à la glace; que le coup avoit été fait par les Espagnols ; et le poi- sson domié par un de ses domestiques Inême; que 1 ( "4 ) te prince ne ponvoit pas vivre plus de trois oii quatre mois; il dit avoir appris cela des Espagnols^ avec qui il entretenoit commerce pour les amuser. Dans toutes ces conjonctures^ il dit avoir pris le rendez-vous dlncréa, où il devoit se rendre le sep* tième mars avec d'Asfeld, pour l'échange des rati- fications; ensuite de quoi il ne do'utoit poiiit qu'il n'eût achevé l'affaire^ ayant tous les ordres néces- saires ^ joints avec l^ntelligence qu'il avoit avec le gouverneur, pour que l'on n'y trouvât nul obstacle, ni nulle difficulté. Qu^en venant audit Incréa, il avoit été fouillé et volé sur les frontières du Bressan et du Milanez; que néanmoins étant demeuré maî« tre de ses papiers, qui étoient cachés dans une selle , il avoit ensuite continué son chemin jusques k Buffacore, où la prison de d'Asfeld lui fut con- firmée de manière à n'en pouvoir douter. Que M. de Villars , étant encore ambassadeur à Turin ^ qui n^avoit nulle connoissance de cette affaire, et doutant, venant h Pignerol , que je prisse con- fiance en lui, il prit la résolution de s'en retourner à Venise, donner avis à M. de Pinchesne de tout ce qui étoît arrivé , et pour voir à prendre de nou- velles résolutions; que sur une simple lettre de M. Fabbé d'Estrades, qui lui mandoit qu'il étoit nécessaire qu'ils eussent une entrevue, il n'avoit pas perdu un moment de temps à se rendre à Turin; que de la participation dudit sieur abbé d'Estrades,' il avoit été à Ast, pour se pratiquer une entrevue ( aà5 ) secrète avec le gouverneur de Casai ^ à un mille de Montcalvo, pour^ en lui prometlant de grandes récompenses , l'engager à recevoir les troupes^ lorsque^ pour sauver son honneur, on lui auroit donné un ordre de son maître, et montré qu'il avoii fait un traité avec le roi. Il dit l'avoir laissé dans une fort bonne disposition. Qu'ensuite il étoit revenu à Turin, ou M. l'abbé d'Estrades lui a pro- posé une entrevue avec moi, dans laquelle je l'ai arrêté. Voilà , Monseigneur , un narré simple et véri- table de ce que m'a dit le sieur de Lestang, qui me confirme dans la croyance que c'est un franc fripon, ne m'ayant su dire aucune bonne raison pourquoi il avoit donné à connoître cette affaire à M. le président Turki , en passant à Turin. Pour- quoi il avoit caché à M. de Pinchesne le com- merce qu'il avoit avec les Espagnols, l'acceptation de leur chiffre, et ses eptrevues avec un inquisi- teur de l'état de Venise, puisqu'il ne le faisoit que pour mieux acheminer l'affaire dont il s'agit. Je lui ai fait faire trois lettres pour retirer les papiers originaux qui sont à Padoue, lesquelles ont été mises entre les mains du sieur Giuliani , par le sentiment de M. l'abbé d'Estrades, qui prend une entière confiance en lui ; il se servira de ces trois lettres, comme il jugera à propos, selon l'esprit 011 il trouvera le père du sieur de Lestang. La pre- mière est seulement une lettre du sieur de Lestang' i5 ( aa6 ) à son père y "par laquelle il lui maiide des raison» qui Tobligenl de demeurer à Turin ou aux envi- rons^ mais qa'il peut prendre une entière confiance au sieur Giuiiani, en lui remet lant eu main tels et tels papiers y dont je lui ai fait donner le mémoire à Giuliani. La seconde apprend à son père le véri- table état où il est y et qu'il y va de sa vie et de son honneur y que ses papiers soient incessamment re* mis entre les mains du sieur Giidiani.Par la troi* sième^ qui est la dernière dont il se servira , si les deux premières ne font rien y il lui mande dé venir à Turin; que chez M. l'abbé d'Estrades il saura oit il esty ei les moyens de lui pouvoir parler. Le sieur de Lestang.ne doute pas que dans cette entrevue de lui et de son père^ il ne lui persuade tout ce que l'on voudra. Je lui ai inspiré une si grande crainie sur les châtimens que sa mauvaise conduite lui de- vroit attirer y qiie je ne lui trouve nulle répugnance à fa\re tout ce que l'on lui demande , et il paroît de bonne foi sur l'envie de faire remettre les pa- piers ^. lesquels sei'ont portés à Venise^ à M. de Pin- chesne y pour éviter le^ accidents qui pourroient en arriver y en étant si long^témps sur le chemin , pour venir de Padoue idi où à Turin. Je n'ai nulle confiance dans tout ce que me dit ce fourbe-là ; cependant )e crois devoir dire à Mon- seigneur, qu'il assure positivement que le gouver- neur de Casàl est de ses amis; qu'en lui promettant quelque récompense UQ peu forte^ et lui fournis- ( î^a? ) saut un prétexté qui mette son honneur k couvert, ce qui se peut en lut donna ni l'ordre dé son maître, que le sieur de Lestang dit être à Pàdoue, de re- cevoir les troupes du Roi , on lui fera faire ce que l'on voudra. Qu'il peut livrer la ville, et que le gouverneur de k citadelle est entièrement de ses amis, à qui il fera faire tout ce qu'il lui ordonnera» Pour le cMteau, que j'ai vu en passant; lorsque je fus k Casai, c'est plutôt une espèce de petite citadelle qu'un simple château. Le sieur de Les- tang dit qu'assurément lie gouverneur ne se sou- mettroit point aux ordres du gouverneur de Casai, quoiqu'il ait le commandement sur lui , parce que ledit gouverneur, que l'on appelle Vialardo , est absolument aux Espagnols; que c'est une chose qu'il a su par les Espagnols mêmes, et que sur le moindre changement à Casai , ou de marche de troupes de ces côtés-là , les gouverneui*s de Yalence, de Novarre et de Pavie , ont ordre d'envoyer des dëtachçmens de leurs garnisons audit Casai ^ et qu'ils y seront infailliblement reçus par le châ- teau. Ce Vialardo est frère d'un secrétaire de M. de Mantooe, qui porte le même nom. que lui , qui est aussi tout-à^àil de la faction espagnole. Cependant y quand on aura les papiers^ il n'est point impossible que Ton ne pût pratiquer quel- que chose avec le gouverneur de Casai, s'il est dans les sentimens que dit le sieur de Lestang, et qu'il soit maître de recevoir des troupes dans la i5.. ( aaS ) ville et citadelle j celte affaire menée fort secrètcf- ment, la marche diligente d'un régiment ou deux de dragons, pourroit sui-prendre les Espagnols de manière qu ils nauroient pas des avis assez prompts pour y remédier. Étant maître de la ville et cita- delle , et ayant un aussi grand nombre de troupes que celui que Ton avoit destiné à l'exécution de cette affaire, je ne doute pas que le château dût empêcher les résolutions que l'on pourroit prendre. L'on recevroit là-dessus de grands éclaircissemens dans une entrevue avec le gouverneur de Casai. La difficulté est de se la pratiquer pour pénétrer ses sentimens, sans passer par les mains de notre fri- pon, en qui l'on ne peut prendre nulle confiance. Mais, que l'on aitles papiers, si cette affaire éloit désespérée du côté de M. de Mantoue , et que le roi pût croire que ce fût une voie à tenter, que celle que îe mande à Monseigneur, je verrois à agir, de concert avec M. l'abbé d'Estrades , suivant les or- dres que je recevrois là-dessus. Je demande pardon à Monseigneur de l'importuner d'une si longue lettre, mais je ne pouvois guère lui mander en moins de paroles la conduite du sieur de Lestang, et de ce qui s'est passé entre lui et moi. Je suis, avec tout le respect qui vous est dû, etc. C. A M. DE PINCHESNE. Saint-Gennaiii, ce lo nufy 1679. Vostre lettre y Motlsieur, du ai du mois passe, sert encore à confirmer la fourberie du comte Mat- thioli^ dont nous n'avions desjà que trop de preuves. Il estoit en effet arrivé en Piedmont^ et avoit vu M. l'abbé d'Estrades. L'on ne peut guère com- prendre avec quelle insolence il ose se présenter lorsque toute l'Italie est remplie de sa mauvaise foy. Cependant^ il seroit à souhaiter qu'il remît la ratification de M. le duc de Mantoue, s'il est vrai^ ainsi que ce prince l'a tesmoigné, qu'ill'ayt re- tenue entre ses mains. Si le sieur Tarani a plus de fidélité que lui , on peut désirer qu'il ayt la con- fiance de son maître, et qu'il pust le disposer à sa- tisfaire Sa Majesté, en luy faisant cognoistre qu'il est dangereux de manquer à des paroles que l'on luy a si solemnellement données Je suis, etc. Pomponne (i). (1) Archives des affaires étrangères. ( a3© ) À M. KE POMPONNE. Venise, le t3 mai 1^79. Moi«3£iGN£17R; Je VOUS supplie très humblement d'estrè per- suadé que ]e ne manquerai pas d'exécuter^ avec touCe Texactitude et tout le zèle possibles^ les or- dres qu'il Vous a plu de me donner par la letti^ que vous m'avez fait l'honneur de ni'escrire du 76 du mois passé, de vous informer de tout ce qui viendra à îna connoissance sur l'affaire de Casai, el sur le sujet du comte Matthiolî, Le déplaisir que l'avois de n'avoir pu descoiivrir ce que M. le duc de Mantoue estoit Venu faire àYënlse, dans le der- nier voyagé que je vous ay mandé qu'il y a fait, ni'a obligé de redoubler mes soins pour tascher à en apprendre quelque chose ^ et enfin je ne les ay pas perdus, puisque je sçais présentement, sans en pouvoir douter , que ce prince a çu , pekïdaitt ce temps-là, deux longues conversations dans les Ca- pucins, avec M. Foscarinî^ sage, grand, qui est celuy que la république a nommé pour continuer l'histoire que faisoit M. le procurateur TUani , et qui est un des plus habiles hommes de cet estât; (»3. ) dbns InqncUei ce sénaietir haj reprëBeata très vive- ment le danger qu'il y atiroit paur lai et fiour toute riUliey si il cédoit Gasal ta roy, comme on disoît qa'il en avtnt le dessein, et qu'il en avoit mesme fiait le traite avec Sa Majesté, et que la rë-~ publique espéroit qu'il ne feroit point une dë-t marche si préjudiciable à tous les princes d'Iti^lie ; à quoi je sçais que M. le duc de Mantoue respondit qu'il connoissoit ses intérêts, et qu'assurément il ne céderoit jamais volontairement Oisal au roy; mais que Sa Majesté estoit le plus puissant prince de l'Europe, et en estât de tout entreprendre, sans qu'il soit presque possible de l'en empescher; qu'il fatlott chercher les moyens les plus propres pour le faire, ce qu'on ne pouvoit espérer, à moins que d'avoir des troupes considérables pour opposer aux siennes, en cas qu'elles voulussent faire quelqu'en- Ireprise; que par lui-mesineil n'estoit pas assez fort pour résister à Sa Majesté; que c'estoit à eux, qui avoient autant d'intérest que luy dans la con- servation de cette place, à trouver les voyes de la conserver, sans quoy il ne respondoit pas de ce qui pouvoit arriver , et que l'on nepourroit pas mesme luy en a|;tribuer la faute, mais à sa mauvaise for- tune et au défaut d'assistance. Je sçais de plus, que la république tient pour as- suré que Casai doit estre attaqué par le roy, et quelle dit le sçavoir de si bonne part, qu'elle n'en peut douter i. ( »3a ) ■ Je ne puis. Monseigneur ^ m'empescher dé vous tesmoîgner la joye que fai eue en apprenant cette semaine y par une lettre de M. l'abbé d'Estrades ^ que le comte Matthioli estoit arrestë prisonnier à Pignerol, et qu'ainsi ce fourbe ne sera plus en estât de faire tous les jours de nouvelles trahisons. . . , Je suis avec une soumission très respectueuse, et tout l'attachement possible , Monseigneur ^ Votre très hninbld et trè& * obéissant serviteur, De Pinghesne (i). A M- DE SAINT-MARS. Saint-^jrermain , ce i5 may 1679, J'ay reçeu vostre lettre du 6 de ce mois, laquelle ne désire de response que pour vous dire que vous aurez connu par mes précédentes que l'intention du roy n'est pas que le sieur de Lestang soit bien (i) Archives des affaires étrangères. ( ^33 ) traite; et que Sa Majesté ne veut pas qne^ hors les choses nécessaires à la vie, vous luj donniez quoy que ce soit de ce qui la luy peut faire passer agréa- blement. Je vous adresse un pacquet important pour M. de Richemont; que je vous prie de luy rendre en main propre, et de dire au commissaire du Chan- noy de ne point renvoyer le courrier qui luy porte celiiy-cy^ que vous ne luy en ayez donné la response, t)i Lovvois (i). A M. DE LOUVOIS. Pignerol, le i6 mai 167g. J'envoyeà Monseigneur un second interrogatoire fait à M. Matthioli^ sur Tordre que j'en ai reçu par le courrier exprès qu'il a dépéché ici. Il le trouve- ra peu différent du premier. Je lui ai donpé toutes les appréhensions possibles de tourmens^ s'il ne di- (1) Archives du royaume , S. H., K. 199. (»34) soit pas la vérité. L'on voit bien, pajr ses r^ioQseS;^ que sa couduite a été fori méchante. Je n'y vois nulle bonne raison qui puisse l'excuser d'avoir eu des commerces si étroits avec la cour de Savoie ^ Tabbé Frédéris^xésident de l'empereur à Venise, et avec don Francisco Yisconti^ partisan de l'Fs^ pagne, sans aucune participation ni correspondance sur cela avec M. de Pomponne, M. l'abbé d'Es- trades et M. de Pinchesnç } cela m'ôte toute con- fiance en lui. Cependant il persiste, avec la der^ nière opiniâtreté, que le gouverneur de Casai est bien intentionné; que ce gouverneur voit bien que M. de Mantoue est un homme perdu ; qu'il voit bien qu'il ne peut point arriver de changement dans cette petite cour^ que l'on ne le retire de Ca> sal, et que c'est un homme qui sera sensible aux offres que l'on lui fera; ce que lui, Matlhioli, ré- pond sur sa tête ; que lui fournissant un prétexte spécieux de recevoir les troupes du roi , il le fera assurément, ce qui est facile, ayant les originaux que son père doit remettre entre les mains de Giu- liani; que pourvu qu^il ne découche poiiit de Ca- sai, il trouvera moyen de pratiquer une entrevue entre ce gouverneur, moi et lui Matthioli; que je toucherai au doigt et à V dant des nouvelles; sur quoi il a toujours répondu qu*elle ne se feroit point; pour diminuer la certi- tude dam laquelle il lui aroit répondu qu'il y avoit un traité pour cette place. Interrogé où il est allédeXuriu; a dit : avoir tenu le chemin de Plaisance ^ où il a trouvé des lettres de DonNevani et deCabriani^qui lui témoignaient seulement la joie de son retour; que M* de Man- toue Tattendoit avec impatience y et qu'on lui avoit envoyé au-devant de lui uji bateau pour s'embar- quer sur le Pô. De Plaisance il est allé droit à Mantoue; il y trouva M. de Mantoue , lequel même jour de son arrivée ^ prit la peine de l'aller voir chez lui où il étoit couché^ étant fort malade; il lui fît seule- ment des honnêtetés sur son incommodité ; deux jours après il i^touroa le voir y et lui demanda une copie de tout ce qu'il avoit Caiit en France, ce qu'il lui donna fort exactement , mais avec beaucoup de peine, à cause de sa maladie. Ce même jour, il lui fit signer tous les originaux nécessaires pour que le traité fût entièrement achevé^ pour ce qui regarde la forme. Trois ou quatre jours après , ayant reçu des avis du sieur Carbonini , qu'on te vouloit empoisonner, et que même il s'étoit ap» perçu qu'on lui avoH mis^ du poison dans une mé- decine qu'il avoit fait semblant d'avoir prise, ayant trouvé moyen de la jetter , ce qui lui avoit fait prendre la résolution , sous prétexte dé recouvrer ^ santé y qiii lui dit que Fabbé Fréd^ris,. résident de l'Empereur, à Venise, sayoit toute l'affaire d© Casai; à quoi ledit Matthioli répondit qu'il ne s'en* ëtonnoit point, et qu'assurément madame sa mère^, ayant tout su de lui-même, n'avoit eu aucune ré- serve sur ce sujet avec ledit abbé Frédéris. Il lui demanda ensuite les papiers originaux, lesquels il dit ne lui pouvoir donner, les ayant Is^issés à Pa- doue, sur l'avis que Iniavoit domié Giuliani ^ de sa part,. de prendre garde que les Vénitiens le faisant chercher, ne l'en pussent pas trouver chargé. M. de Mantoue lui dit quil Calloit absolument rompre cette affaire; à quoi il répondit .qu'il, prît bien garde à sa conduite à l'égard du roi ; qu'il étoitdans des engâgemens à ne s'en pouvoir lirer qu'en manquant de parole, ce qui étoit bien dan- gereux avec un prince si puissant. M. de Mantoue l'obligea ensuite d'avoir une entrevue en tiers avec lui et l'abbé Frédéris, laquelle il eut dans la cham- bre d'un religieux de Saint-Georges; ils y furent masqués pour n'être point connus. M. de Mantoue dit au sieur de Matthioli : « Je vous laisse avec M. l'abbé Frédéris , avec lâq[uel vous vous entre- tiendrez; il faudra faire tout ce qu'il vous dira.» JjC- dit abbé Frédéris lui montra une copie du traité, ^tlui parut si particulièrement iastruity qu*il ne Yit ' nulle apparence d'm pouvoir disconvenir. Ledit sieur abbé lui dit que c'étoit une affaire qu'il falloit rompre ; que c'étoit la perle de Vltalie et de sott maître méme^ et qu'il £dloit absolument chercher les jnoyens de s'assurer que cela ne put pas être; qu'il pouvoit s'attendre à de grandes reconnois- sauces de la maison d'Autriche^ s'il s'y conduisoit bien. Il confesse avoir paru entrer dans ses senti- mens y ne pouvant pas faire autrement; mais que demeurant maître des originaux ^ il a toujours cru avec cela pouvoir achever l'affiàire^ ce qu'il pré- tendoit en celte manière* Le gouverneur de Casai étant de ses amis^ il ne doutoit point qu'il ne lui fit faire tout ce qu'il vou- droit. Pour cet effets il fit un paquet de quatre blancs y signés de M. de Mantoue^ qu'il lui avoit lait signer à Mantoue lorsqu'il y arriva^ et que ce prince étoit encore bien intentionné; que' pour donner 'p\us de foi au gouverneur de Casai > qu'il ne feroit ^ien^ lui^ sieur de Matthioli.^ qu'avec l'ordre de son maître, il lui avoit fait adresser ce paquet par un autre secrétaire de M. de Mantoue, jque l'on nomme Magous , qui a pour département les affaires du Mont-Ferrat, lui disant : Voilà un paquet qj^e Son Altesse m a dit d'envoyer à Casai. Comme vous faites les affaires de ce pays-là, écri- vez une lettre au gouverneur de mettre à exécu- tion tout ce qui sera porté par ce paquet, ce qui 16 ( a4a ) lui attiroit une entière confiance du gouverneur , lui faisant voir par-là qu'il ne lui demanderoit rien qu'il ne pût exécuter avec "honneur; qu'il avoit fait partir de Venise^ deux ou trois jours après^ d'Asfeld^ pour arriver à-peu-près en m^me temps k Incrëa^ oii il auroit pria toutes les mesures avec ledit gouverneur pour consommer l'affaire. Interroge pourquoi il agissoit avec cette surprise^ puisqu'il étoit convenu dans Fentrevué que lui , M. de Pinchesne et d'Asfeld avoient eue ensemble, le 24 février^ que M. de Mantoue se rendroit le i5 mars à Casai, ce qui étoit bien une marque des bonnes intentions de son maître, dit : que son maître étoit véritablement bien intentionné, sur la crainte qu'il lui aVoit donnée des ressendmens du roi; mais que^ connoissant l'incertitude de son es- prit, il avoit voulu prendre ses mesures {)our ache- ver l'affaire, au cas qu'il ne fut pas venu à Casai. Interrogé pourquoi il ne faisoit pas cette confi- dence aux sieurs de Pinchesne et d'Asfeld, a dît : n'avoir voulu découvrir l'intelligence entre lui et le gouverneur, et leur donner aucune incertitude sur cette affaire, qui leur en avoit peut-être (ait suspendre l'exécution ; que lui la regardant comme sa fortune, s'il en venoit à bout, et que ne doutant point de l'événement par les mesures qu'il avoit prises, il vouloit éviter tout ce qui en pouvôit re- tarder l'exécution; que lé sieur de Pinchesne pedt ( «43 ) iire que si lui , siear de Matthioli , ne lui a pas too- jours réponda que l'afifaire se feroit, ne liri en ayant cependant jamais voulu dire les moyens. Interrogé s'il n'a pas parlé de l'affaire de Xllasal avec quelques Vénitiens ^ a dit : qu'ils en étoient si informés , qu'il a bien pu en causer avec quel- ques-uns sans façon; mais en leur disant que c'étoit une affaire rompue et manquée; qu'il a vu le che- valier Comaro; inquisiteur de l'état ^ seulement une fois^ pour lui demander permission de porter des armes ^ M. de Mantoue le voulant faire assassine^ pour mieux autoriser le désaveu qu'il faisoîtde tout ce que lui , sieur de Matthioli , avoit fait en France, ce qui étoit une raison bien injuste de la part de son maître; pour le faire périr; que comme il étoit d'un esprit changeant/ ses sentimens changeroient •sur cela comme sur antré^ chose; qu'usant pendant quelque temps -de précaution , il s'échappe roi t à ce tnalheur; laquelle permission lui fut promise; mais ne lui a point été donnée. Interrogé s'il n'a point parlé à Venise; à quelque partisan d'Espagne : a dit que non; qu'il en est parti le a8 février ; deux jours après M. d'Asfeld ; pour venir à Incréa. Interrogé s'il n'avoit rien su que le' sieur d'As- feld dût être arrêté : il dit n'en avoir eu aucune comioissance ^ et n'avoir même pu savoir avec cer- titude sa détention qu'à Buffacorc; jusqu'où il est venu pottï le rendez-vous d'Incréa^ avec tous les pa- ie.. picrs nécessaires pour consommer l'aiFaire de Casal^ qu'il avoit si bien cachés dans une selle qu'on ne les trouva point ^ quoiqu'il eût été fort exactement fouillé sur les frontières du Bressan et du Milanez; que, de Bufifacore^ il étoit retourné droit à Venise, .ne doutant de la prison d'Asfeld, par les non- velles qu'il en avoit apprises ; qu'il n'y avoit de- meuré que deux jours, pour informer M« de Pin- .chesne des accidents qui étoient arrivés. Interrogé s'il parla avec d'autre^ k Venise: a dit que non. Il partit de Venise et s'en revint à Padone, où il a toujours demeuré, hors quelques petits voyages qu'il a faits à Venise, d'nn jour au plus, pour parler avec M. de Pinchesne. Interrogé si à Padoue il n'a pas eu commerce avec quelque partisan .d'J^pagne: a dit que oui ; avec le nommé don Francisco Viscomti , fils na- turel du comte Viscomti , commissaire-général du Milanez, lequel lui a parlé de la part dé son père et du comte de Melgar, étant porteur d'une copie du traité, et parfaitement instruit de tout, ce qui lui avoit Ole tout moyen d'en disconvenir ; mais il en parla comme d'une affaire manquée, et s'attira la confiance dudit Francisco, lequel lui offrit nii lie pistoles et un fief en Milauez^, s'il vouloit remettre a M. de Melgar les papiers orignaux qu'il avoit entre les mains. Il lui répondit que cette affaire lui ayant paru manquée, qu'il les avoit donnés à M. de ( î»45) PSnchesne, et quil v!en «toit plus le maUre. Ledit FFanciseo lui persuada d'avoir intelligence avec M. de Mel^r, pour éviter à l'avenir que cette af* &ire ne pût s'exécuter^ etpiûtàvec lui des mesure^^ vers le 10 ou i a mars^ pour avenir de tout M. le comte de Melgar^ et prit pour cet effet le chiffre espagnol trouvé dans ses papiers. Il dit qu'il ne fai- soit le tout que pour les surprendre et les emp^ cher de prendre d'autres mesures que par fui , pour être informé des résolutions- que le roi pren^ droit dans» celte affaire. Interrogé s'il n'a passu^, pan don Francisco ^ la prison d'Asfeld : a dit que oui , et que ledit Francis- co lui a dit qu'il avoitété arrêté à Canonicque^^iV?^ à Vingt-cinq milles de Milan ^ du coté de Ber- game^ et que l'on y avoit attendu plus de quinze jours. Interrogé s'il sait quels gens l'ont arrêté, il.dit Bc le pas savoir précisément ^.mais que don Fran^ eisco lui a dît que c'étoient des gens de la part de M. Melgar^ et que l'on en avoit mis sur plusieurs chemins pour ne le pas manquer. Don Francisco lui' a dit de pîuS; qu'il étoit prisonnier au château de MiJan; qu'il y étoit fort honnêtement traité ^ et qu'il nWoit été ni interrogé; ni trouvé chargé d'aucuns papiersr Interrogé s'il n'a donné à personne copie du traité : a yiré afErmativemeotn'en avoir donné à personne du monde ^ et que celles qui ont couru n'ont pu ( a46 ) venir d'autre pari que de la mère de M. le dac de Mantoue^ à qui son fils avoit confié toute l'af- faire. Il est venu de Padoue à Turin ^ sur la lettre de M. Tabbé d'Estrades^ pour se pratiquer une entre* vue avec le gouverneur de Casai ^ ce qu'il avoit fait y et avoit trouvé le gouverneur dans de bons sentimens pour contribuer à l'achèvement de cette affaire. Il est delà revenu à Turin ^ où M. Vabbé d^Estrades lui a persuadé une entrevue avec moi, dans laquelle je l'ai arrêté. Je mande cette fin & Monseigneur^ sommairement y parce que je lui ai déjà mandé avec assez d'exactitude. A M. DE SAINT-MARS. SàLnt-Gennain , ce qo may 1679. Vostre lettre du lo de ce mois m'a esté rendue^ je n'ay rien à ad jouter à ce que je vous ay mandé de la dureté avec laquelle il faut traiter le nommé Lestang. A l'égard de Tfaomme qui a mené M. de Riche- ( a47 ) iliont en Piedmont^ vous pouvez le laisser aller^ après l'avoir satisfait honnêtement^ observant de me mander ce que vous luj aurez 4onné. De Louvois (i). A M. DE LOUVOIS. Fignérol , le ai- mai 1679. Je n'envoyé à Mcmseigneur que les réponses que le sieur deLestangm'a faites sur les chefs qu'il m'a ordonné de l'interroger^ les interrogatoires précé- dents^ que )'ai pris la liberté de lui envoyer^ Vin- fprmant de tous les autres^ et généralentent de tout ce que j'ai pu apprendre dudit sieur de Les- tang. C'est un homme dont la conduite est si mati-< vaise^ que l'on ne saurait répondre en rien pour lui sur tout ce qu'il 'dit; je le crois néanmoins de bonne foi sur l'envie qu'il fait paroître que les pa- piers originaux soient remis au pouvoir du roi. Il voit bien qu'il n'a que cette porte-là pour sortir (1) Archives du royaume, K. 129. ( a4« ) cTaffaire; j'ai d^à iHandé à Monseigneur lestïKfyeM dont on se servoit pour les retirer: je suis aussi' persuadé qaû a des liaisons étroites avec legou'- Yerneur de Casai; peut-être que la détention du sieur de Lestîang aura changé la situation de soi» esprit. Le sieur de Lestang m'a dit qu'à leur der- nière entrevue proche Montcalvo, ledit gouver-- neur le pressoit d'achever celte affaire^ disant que^ l'éloignement de l'exécution en étoit dangereuse^ que les quatre blancs signés qui liû aveient été en- voyés y étoient sufBsans p y écrivant ce qui conve- noity pour que lui agît suivant des ordres ; qu'il ne fallbit que le faire aboucher avec quelque homme de confiance de la part du roi, avec lequel il con- viendroît de tout; il lui dit menue que les égards qu'il avoit eus pour moi , lorsque je fus à Casai , n'étoient que parce qu'il me crut homme ayant part à cette affaire, quoique je me dise offièier al- lant à Verceille, et qu'à tout hasard il avoit voulu en user extraordinairement bien avec moi. Les- tang m'a dit avoir conté tout cela exactement à M. l'abbé d'Estrades; je lui ai demandé pourquoi le gouverneur, étant de si bonne volonté, il avoit ëhidé une exécution prompte, qui lui éloit pro- pesée; il répond à cela qu'il s'étoit engagé par' feure à- M. de Mantoue, d^étre à- Venise à TÀs- cension, où il espéroit encore le pouvoir assez gou- verner pour tirer un dernier consentement de lui. Qu'il ser oit aussitôt reparti avec les originaux , ei. qtt^ayant dëfà pri» ses mesures arec les gouvemeun de larille et de la citadelle^ c'étoit une affaire dont Texécudon ne recevroît aucune difficulté; que Yia- lardo, gouverneur du château^ étant de la faction espagnole, auroit pu étre^un petit obstacle, mais que ce n'étoit pas une ailaire, étant maître de la ▼ille et de la citadelle. Je mande à Monseigneur tout ce que m'a dit cet homme-là , sans être sa: caution. Je partirai le deuxième du mois prochain^ comme je me suis donné l'honneur de mander k Monseigneur^ si entreH:i et ce temps-là j'apprends' que les papiers soient remis à M. de Pinchesne« Je sub avec tout le respect, etc. Sîgn^ C. »ii mm Interrogatoire Jait au sieur de Lesiang^ le 21 mai 1679. * Interrogé s'il n'a pas va M. le Président Turki à son retour de France, a dit : qu'il est vrai qu'if lui a ditqu'ily avoit un traité pour Casai , et qu'il lui en avoit même dit les conditions, mais qu'il ne' lui en a pu donner une copie juste, parce qu'il n'àvoitpas les papiers qu'il avoit envoyés de Lyon à ( 25o ) Plaisance, et adresse» àun de ses amis iioBunë M.Ri- gueti-Cannevavi y cbaQcelier général des postes, pour éviter de les avoir sur lui en traversant l'Italie. Interrogé pourquoi il faisoit cette confidence au, sieur président Turki, dit : qu'il connoissoit le pré- sident depuis quatre ou cinq ans ; que dans le cours de la conversation, par indiscrétion et volubiiitQ de langue, il s'étoit laissé aller à lui en trop dire. Interrogé sur ce que lui dit ledit sieur président, en apprenant de lui qu'il j avoit un traité pour Casai, dit : que M. TurU lui fit voir que cela alloit troubler toute Tlialie, et que cela y amèneroit la guerre; que ledit sieur président lui en dit plu- sieurs bonnes raisons • Interrogé pourquoi, lui, qui avoit l'honneur d'être le chef d'une si grande et belle négociation, l'avoit commencée sur le pied d'en traverser l'exé- cution, ainsi qu'il avoit dit à Turin, a dit : que ce n'a jamais été son dessein. Qu'il est bien vrai qu'il a dit au président Turki qu'il n'y avoit point d'ap- parence que ce traité s'exécutât , parce que cela dé- pendoit de la paix, et que si la guerre finissoit , il étoit persuadé que l'on n'en viendroit point à l'exé- cution. Ledit pr^ident, là-dessus, lui dit. que la paix alloit assurément se faire } mais , en tout cas , que s'il devoit arriver quelque changement à Casai , il souhaitoitplusqueles Français en fussent maîtres que les Espagnols-. Interrogé pourquoi il écrivoit de Venise et de ( =»5. ) Padoue si exactement audit préBident sur cette af^ &ire^ dit : que ledit président le pria en partant de Turin y de le faire ^ et de l'avertir exactement de tout ce qui seferoit touchant cette affaire; qu*en exécution de la promesse qu'il lui en avoit fadte, il lui en avoit toujours rendu compte^ mais sur le pied qu'elle ne se feroit point ^ la paix étant présente- ment faite; et l'affaire de Guastalle accommodée, ce qui étoit un des puissans motifs qui avoient poB4sé M* de Mantoue à se mettre sous la protec- tion du roi. Qu'il persuadoit exprès audit président que cette affaire né se feroit point; pour que les avis qu'il lui donnoit fussent conformes à ce qu'il di- soit au duc de Mantoûe même, et à l'abbé Fré* déris; résident de l'empereur à Yenise, entrete- nant cette confiance dans l'esprit de tout le monde; pour mieux venir à ses fins; et parvenir au dessein qu'il avoit de mettre les troupes du roi dans Casai; par rintdligénce qu'il avoit avec le gouverneur. Que ce dessein ne l'a pas quitté un moment ; et que ce qui faisoit son crime; paroi troit. un tour de la dernière habileté; si l'on vient jamais à bien con- noitre le fond de tout cela. Que l'opiniAtreté qu'il a eue à garderies originaax; et l'intelligence qu'il a avec le gouverneur de Casai; en est une vérité cons- tante; que s'il n'avoit pas eu une volonté bien as- surée de servir le rei ; il n'auroit point gardé des papiers dont la conservati avec tout le respect qui vous est dû^ Monseigneur; Yotre très4kumbley etc« A M, DE POMPONNE. Venise, le l'i*. jaillet 1679. MoNSIEtTR, Pour répondre à la lettre qu'il vous a plu de m'écrire du i4 du mois passé, je me donnerai l'honneur âe vous dire que , bien que \e sache que ï7 (a58) Giuliahi . dèyervices qui ont été agréables au roi; ' je sois persuadé de sa fidélité et de son incli tibn poui* ' la France y qui le peuvent rendre jore très utile i'f *'•, je ne puis m'em, -ner de vous représ la récom- pense que M. l'abbé d'Estrades voui A procu- rer ne lui convient pas^ et je m'y sens d'autant plus obligé; que vous me faites l'honneur de me mander que Sa Majesté désire de recevoir de nouvelles in- formations sur ce qui le regarde. Je prendrai donc. Monsieur; la liberté de vous dire que c'est un petit gazetier ; dans la boutique duquel on écrit des feuillets de nouvelles ; parce que l'usage n'est pas ici de les imprimer ; il y travaille lui-même ; aussi bien qu'à copier pour le public , et il est à-peu- près en cette ville ce que sont à Paris les secré- taires de Saint-Innocent. Ainsi ce seroit une chose très mescéante que de donner le secrétariat d'une ambassade à un homme de cette profession ; qui y d'ailleurs^ ne me paroît ? propre à soutenir di- gne. nent un tel e if rœtmémede pouvoir donner des avis, des *^a il seroit publiquement r'&on- nu attaché à la France ; parce que les personnes avec qui il a commerce ; ne le voudroient et ne l'ose- - —roient plus pratiquer. Mais comme c'est un furet f îqui va déterrer tout ce qui se passe y j'estime qu'il est nécessaire de fomenter son zèle par quelques gratifications qui pourroient ét^e de 4o ou 5o pis* tôles par an^ ou telles qu'il plairoil à Sa Majesté. \ Je erois même que cette rëcon\,f.'. ^ ^ toucheroit davantage f et le feroitagir ave* (^^^ «jme chaleur qu'il a fait jusqu'à, présent dans les ^^oses dont il se mêle. ,;, /,. ,. » . • • • • ^1 r»*n3fT • • • • • j. ff • • • • 'ulu- '•■' ^ <<* Varenoeville (i). A M. DE SAINT-MARS. / •^- Sainl^Cermain , le a5 jaillet 1679. J'ay reçeu vostre lettre du % de ce mois. J'ay escrit par l'ordinaire d'hier à M. de Rissan, que l'intention du roi est qu'il fasse ouvrir la porte de la citadelle de Pignerol^ quand vous en aurez be- soin. Vous pouvez donner au sieur de Lestang du papier et de l'ency par compte^ pour mettre par escnt ce qu'il vç . , * ""r. e^, j)uis me renvoyer, et je vyus feray^sç^iOiA..w. ^cpL. méritera quelque considération. De Louvois (2). (1) Archives des affaires étrangères. On a déjà vu que a- reogeville fut nommé à TambasMide de Venise, à la pl».e ck i!abbé d'Estrades. (a) Archives durojaumey.Ktiag. ' 17.. / / f ( a6o ) A M. DE SAINT-MARS. Saînt^Geràiain , ce ai août 1679L , A l'égard du ^ieur de Lestang, vous pouvez lui donner du papier toutes les fois qu'il voudra escrire^ et après me l'envoyer. De Louvois (i). A M. DE LOUVOIS. Pfgnerol , le 34 férrier 1680. Le sieur de Lestang, qu; est depuis près d'un an à ma garde^ se'plaint de ce que l'on ne le traite (1) Extrait dVne lettre qui sera imprimée dans Tourrafçe intitulé : les Philosophes et les gens de lettres à la -Bastille,. ( Archiires du royaume, K> 1 29*) V ( a6i ) pas eu homme de sa qualité et miontre d'un grand prÎBGe. Cependant y je suis les commandeniens de Monseigneur y sur ce sujet, au pied de la lettre , ainsi -qu'en toutes choses; je crois que la cervelle lui a* tourné par les discoursqa'il m'a tenus, me di- sant qu'il parle tous les jours à Dieu et à ses anges; qu'ils lui ont appris la mort de M. le duc de Man- toue et de M. le duc de Lorraine; et pour vérifier sa folie ^ c'est qu'il dit qu'il a l'honneur d'être pro- che parent du roi, à qui il veut écrire et se plain- dre du traitement que je lui fais. Je ne lui ai pomi voulu donner du papier ni de l'encre pour cela, ner le voyant pas dans son hon s^is. Je suis;.etc^ De. Sauit-Maas». jl m. de saint-mars; Saint-Germ^rm , ce lo jnillet i68ô^ Tay reçeu f avec vostre lettre du 4 de ce moîâ ^ ce qui' y esloit joint , dont je feray l'usage que je dois. 11 suffira de faiie confesser une fois l'aniiéeies habitans de la tour d'en bas. I A Tesgard da sieur de Lestaiig ^ j'admire vosfrr patience y et que vous attendiez un ordre pour trai- ter un fripon comme il le mérite, quand il vous manque de respecta Mandez-moi comment il est possible que le nom- mé Eustache ayi fait ce que vous m'avez envoyé, eh où il a pris les drogues nécessaires pour le faire*, ne pouvant croire que vous les luy ayez fournies. De Louvob (.i). nrfk A M. DE SAINT-MARS. PhilippeTille , le i6 août 16S0J J*ay Veu , par vostré lettre du 7 de ce mois , Xx {proposition que vous faites de mettre le sieur de Lestang avec le jacobin pour éviter Tentretien de deux aumosniers. Le roy approuve ce que vous projetez sur cela, et vous navez quà l'exécuter. De Louvois (2). (1) Archires du royaume, K. 129. (^3) A M. DE LOUVOIS. ' 7 Septembre 1680-- Depiiis que Monseigneur m'a perjnis de mettre Matthioli avec le jacobin dans la tour d'en bas, le- dit Matlhioli a été quatre ou cinq jours à croire que le jacobin étoit un homme que j'avois mis avec lui pour prendre garde à ses actions. Matthioli, qui est presque aussi fou qujs le {acobin^ se promenoit à grands pas , son manteau sur le nez, en disant qu'il n'étoit pas un dupe; qu'il en savoit plus qu'il n'en vouloit dire. Le jacobin, qui est toujours assis sur son grabat, appuyé les deux- coudes surses ge- noux, le regardoit 'gravement sans l'écouter. Le signor Matthioli étant toujours persuadé que c'étoit un espion qu'on lui avoit donné, fut désabusé, lorsque le jacobin un jour descendit de son lit tout nud , et se mit k prêcher tant qu'il pouvoit des choses sans rime et sans raison. Moi et mes lieute- nans avons vu toutes leurs manœuvres par un troa au-dessus de la porte. De Saiiît-Mars. ^r" A M. DE LGUVOIS; Du 9 octobre i68be- n me reste à rendre compte à Monseigneur d'une Bague que le sieur Mathioly (sic) a donnée à Biaiu*» TiilierSy lequel me l'a remise aussitôt. Je la garde- rai jusqu'à ce qu'il plaise à Monseigneur m'brdon- ner ce que j'en ferai. > Jesuis^etc- Be Saint-Maas^ 36 Octobre 1680; Pour expliquer plus amprement, que jet n'ai fait à Monseigneur, ce que c'est que la bague de dia- mant que le sieur Mathioly a donnée à Blainvilliers, je prendrai la liberté de lui dire que je crois que ça été autant par peur qu'il lui a fait ce présent ^ que pour aucune autre chose, ce prisonnier lui ayant dit de très fâcheuses paroles, et en avoit écrit encoi e de très méchantes avec du charbon sur la muraille de sa chan^bre; ce qui àvoit obligé celw ( aes ) officier à lui Eure des menaces d'une rudedtscipline> »'il n'étoit plus sage et modéré dans ses parole» à Vavenir. Lorsque l'on l'a mis dans la tour avec le jacobin, j'ai chargé Blainvilliers de lui dire , en lui» faisant voir un gourdin, qu'avec cela l'on rendoit les extravagans honnêtes, et que, s'il ne ledevenoit,- l'on sauroit bien le mettre à la raison. Ce compli-^ ment lui fut fait, jBt quelques jours après, comme Blainvilliers lui servoft à dîner , il lui dit : Mon- sieur, voilà une petite bague dont je vous Jais pré- sent ^ et que je vous prie d'accepter, Blaib- villiers lui répliqua qu'// ne la prenoii que pour me la remettre ^ et quil ne prenait rien des pri- sonniers. Je crois qu'elle vaut bien cinquante ou soixante pistoles. De Saint-Maas. ■tea A M. DE SAINT-MARS. Versailles, ce } novembre 1680. J'ay reçeu Vostre lettre du 26 du mois passé, J'es- cris au sieur du Channoy de faire faire les répara- tions nécessaires aux casernes de la citadelle de Pi- gncrol^ à l'égard des ronces qui sont dans les n\u- ( 266 ) jTaiUes^ je crois qu'il vaut mieux attendre au prin- temps à les faire arracher , parce que cela les fera mourir plus sûrement , et que l'on pourra en mesme temps couler du mortier dans lés joints. Il faut garder la bague que le sieur Matthioli a donnée au sieur de Elainvilliers, pour la ]ui rendre^ si jamais le roy ordonnoit qu'il fût mis en liber té,. De Louyois (i). A M. DE SAINT-MARS. Tersailles, co ii noyembre i6S&. Le roy a esté informé qtie le gouverneur de MP ]an a reçeu le plan de la ville et de la citadelle de^ Pignerol^ des mains d'un nommé Quadro^ qui a esté quelque temps au donjon à montrer les forti- fications à un de vos neveuxf et comme il importe au service de Sa Majesté que les Italiens ne puis- sent jamais avoir aucun commerce dans la citadelle de Pignerol^ non plus que dans le donjîon, Sa Ma-« Jesté m'a commandé de vous faire sçavoir qu'elle ne veut pas que vous y retiriez qui que ce soit , (?] Archives du royaume, K. 13g» (267) sans sotL ordre exprès^ et que si vous avei des sol-, dats oti.dés domestiques qui soient Piémontais^ Savoyards ou Italiens^ son intention est que^ sans faire semblant de rien^ vous voib en deflfassiez^ en les congédiant sous prétexte de leur mauvais ser- •vicor De Louvois (i). A M. DE SAINT-MARS. r Saint-Germaia, ce 5 décembre 1680; Vostre lettre du 27 du moi«^ passé m'a esté ren^ due. Le roy ne veut point que vous ayez dans ' Vostre compagnie , de soldats Piémontais y Sa- voyards^ Italiens^ ni natifs du gouvernement de 'Pignerol. A Tesgard des trois domestiques de cette nation, que vous avez depuis six ou sept ans, vous pouvez les garder, puisque vous en estes assuré* « ; De Louvois (2). (i) Archives du royaume, K.. laQ. {2)Ibid. , ( 270 ) «xpédier. L^inlen^iMi d^Sa Majesté est qu'aussitost que le lieu que vous aurez jugé propre audit Exiles .pour garder seuren^eût les deux prisonniers de la tour d'en-jMS; sera en e&tsit de les recevoir^ vous les fassiez sortir d^ la citadelle de, Pignerol dans une litière, et les y fassiez conduire sous l'escorte de- vostre compagnie, pour la marche de laquelle les ordres sont cy-joints; et aussitost après jie despart, desdits prisonniers, l'intention de Sa Majesté est. que vous alliez audit Exiles patail- lon , qui peut changer de jour en jour, je voi» adresse un ordre du roy pour faire reconnoistre le sieur de Yillebois en qualité de commandant dans ladite citadelle de Pignerol , jusques au retour de M. de Rissan, ou à l'arrivée de celuy que Sa Ma- jesté commettra pour commander dans ladite cita- delle. En c^s que la santé dudit sieur de Rissan ne luy permette pas d'y revenir, vous en avertirez s'il vous plaist ledit sieur de Yillebois, auquel le sieur du Ghannoy a ordre de faire payer deux escus par jour, pour la nourriture de ces trois prison* niers. - Vous verrez, par les ordres. du roy ci-jointe ^ (^70 qae vostre compagnie doit estre réduite à qua- rante-cinq hommes , à commencer du quinziesme de ce mois y et par Testât qui les accompagne^ le pied sur lequel elle doit estre payée ^ aussy bien que ce que le roy vous a ordonné pour la subsis* tance des susdits deux prisonniers y que Sa Majesté s'attend que vous garderez avec la mesme exacti- tude que vous avez fait jusques à préient. Ainsy^ il ne me reste qu'à vous recommander de me donner de temps en temps de leui*s nouvelles. A l'esgard des bardes que vous avez au sieur Mat- tbioli y vous n'avez qu'à les faire porter à Exiles pour les luy pouvoir rendre ^ si jamais Sa Majesté .ordonnoit qu'il fàt mis en liberté. Vous recevrez ces ordres-là au premier jour. De Louvois (i). A M. DE SAINT-MARS. I Versailles, ce ii juin i68r. J'ay rendu compte au roy de vostre lettre du dernier du mois passé ^ et du mémoire des répara^ (i) Archives du rojatune, K. 1 29. ( ^7^ ) tiens à faîrek la lour d'Exilés , que vous jugez pro- pre à piettre les prisonniers que Sa Majesté laisse à vostre garde. Le roj a trouvé bon de vous ac- corder mille escuSy tant pour lesdites réparations que pour celles que vous jugerez à propos de faire à vostre logement; à quoy^ moyennant cela, vous prendrez soin de faire travailler incessamment^ comme si cette despense se iaisoit à vos despens; et lorsque la prison sera en estât y l'intention de Sa Majesté est que vous y transfériez lesdits deux pri- sonniers y conformément à ce que je vous ay mandé par ma dernière lettre , et qu'en conséquence d'i- celle^ et de l'ordre qui y estoit jointe vous remet- tiez en ce temps-là au sieur de Yillebois le com-^ mapdement de la citadelle de Fignerol. «De Louvois (i). A M. DE SAINT-MARS. Versailles , ce 9 juiUet 16B1: Jl'ay reçeu vostre lettre du 29 du mois passé. Tous pouvez faire faire à Exiles les portes dont (1) Ârchiyes da royaume, R. 129. I ,. . .• ('^^) • . vous àrez besoin pour la seureté de vos prison- nieiis, sans vous charger d'y en faire transporter de INgnerol. J'éscrîs au père de Lachaïse, pour le bénéfice que vous demandez au roy pour un de vos enfans âuquei Je sôuhaile que Sa Majesté l'acçoide. De'Louvoïs (i). A LOUVOIS. De Pignerol, le ïa juillet 1681, moment d^aller à Eiileg. au Pour qate Ton ne voie poitttlesiw'isbnniers ( à Exiles ) , ils ne sortiront point de leur chambre pour entendre la messe; et pour les tenir en plus grande sùvelé, f iln dé mes lieutenants couchera au- dessus d'eux, et il y aura deux sentinelles jour et raxï^ qai verront tout le tour de la toui", sans qu'eux et les prisonniers se puissent voir nî parler, tû pas iâém:e entendre; ce seront des Soldats dié ma èt)iiipagn!ê qui seront toujoiits poâés en faction atit. (1) Archives dh i^oyiiurhè, jK.. ïftt^. 18 j I « (»74) prisonniers. Il n'y a qu'un confesseur qui m'inquiète un peu; mais si Monseigneur le juge à propos ^ je leur donnerai le curé d'Exilés, qui est un homme de bien et fort vieux, auquel je lui pourrai dé- fendre^ de la part de Sa Majesté, de ne point sça- voir quels sont ces prisonniers-là , ni leurs noms^ et ce qu'ils ont été, et de ne parler jamais d'eux en nulle manière du monde, ni de recevoir de vive voix, ni par écrit, aucunes communications ni billets. Je suis, etc. Dz Saint-Mars.. A M. DE SAINT-MARS. Tenailles, ce aa jiuUet 2681. Tai reçea voslre lettre du i a de ce mois, par la- quelle je vojs que les réparations que vous faites faire à Exiles ne vous permettront pas de partir de Pignerol avant la fin du mois prochain; comme le service du roy pourra requérir que vous y demeu- riez encore tout le mois suivant, il sera bon que vous diUgentiez assez peu lesdites réparations ( ^75 ) d'Exilés pour que vous ayez prétexte de ne partir de Pigaerol que vers les premiers jours du mois d'octobre; observant de vous condttire.de manière qu'il ne paroisse point d'affectation au séjour que vous y ferez. Je vais faire expédier Tordonnance nécessaire pour le remboursement de la dépense que vous avez faite pour vos prisonniers ; et vous la recevrez au premier jour. Vous trouverez ci-joint un paquet pottr M. de Pianesse^ que je vous conjure de lui faire rendre seurement. De Louvois (i). A M. DE SAINT-MARS. Foiitaiiid>lean, ce 3 aoust 1681. Vostre lettre du a3 du mois passé m'a esté ren- due. Le roy trouve bon que vous alliez voir M. le .marquis de Pianesse à sa maison de campagniB^ et faire un tour à Turin, si vous le désirez, pourveu (9) ArekîTM dn royanme, K. 199. 18t. I / • ( 376 ) q^ vous ne àécowikm pas plus d'une nuifet id siiit^ de la citadelle de PigoevoL A l'esgaiHt du voyage d'ExUeft, et du cp9g^ <{»e vous demandez pour le $leur Tourtebat^ que vous s^^uhaîiiterieE mener avec vous, vous aurez veu par mea préeé^ de»te$. cpi^ l'intemioft diu roy » est pa» que youi y alliez. De tiotrvofs (j). A M, DE SAINT-MARS. FoBUÛP^hbiV > le i3 août i6Si. Le» roy ayant ordonné à M. de.Catipat de se rendre au premier jour à Pîgnerol, pour la mesme affaire qui l'y avoit mené au commencement de l'année ijS7^ (:») ^ }9 \qu» fins ces lignes par ordre (i) Archiites du ?Qj«am9» IL. 1^9» (p) On ftfut (jpe la dua 4e Mantoœ vendit; Gtsal- aU' roird» France en 168 t. Cotte |br.tere$se fiit reitdue,, démantelée, en 1695, ayant été prise par les alliés. Les Français b re- prtrent-et ht for t ifièient de u o u T eau » mai s le l o i d e Saidaigue s''en rendit maitre en 1 706^ et^. de-Sa Majesté, pour vous en donner ad vis afin que vous lui pr^ipariezun logement danslecfiiel il puisse demeurer caché pendatit trois ^eittaineis ou un mois; et aussy pour vous dire que lorsqu'il vous en- yojrvra advertir qu iV sera arrivé au lieu pu vous Tallastes trouver en ladite année 1679, l'intention de Sa; Majesté est que vous l'y' alliea prendre, et lé conduisiez dtfns le donjon de la citadolte dudît Vi* gnerol y aveo tonte» le^prëcautioiàs néceemireéfwà ffue penonne ne sache qu'il sôil aveo vini6% Je ne TVtts rBcommande point de l'ayder de vos gens, dé vos cheVàun et des voitures îotxt il pMry* avoir besoin, ne doutant pas que vous ne fassiez avec plaisir, suir cela, ce qu'il vous demandera. Si d'ici à son arrivée on vous adressoit de Pié- mont ou d'Italie quelque paquet pour luy, vous le garderiez, s'il vous plaist, pour le luy remettre. - Dit LotJVois (i). \ (1) Archives du royaume , K. Jag^ - + (...8) A M DE SAINT-MARS. Fontainebleau, e« 23 aoiut 168 r. J'ay receu vostre lettre du 1 3 de ce mois, qui ne 'désire de résponse que pour vous dire que'j'ay doBoë ordre que Ton envoyast un commis frauçoit pour avoir la direction du bureau de la poste as Pigneroly moyennairt quoi Ton sera assure qu'il ne se commettra plus d'abus à l'esgard des Ifsttres. De LoTJvpis (i). AU MÊME, Fontainebleau , ce 3o septembre 1681. Ce mot est seulement pour accuser la . réception de vostre lettre du 16 de ce mois. Le roy ne trou- vera point mauvais que vous alliez voir de temps en temps le dernier prisonnier que vous avez entre (i) ÂrchÎTet du^royaume, K. lag. ( 279 ) les mains, lorsqu'il sera estabf^r ^ns sa nouvelle prison y et dès qu'il sera parti de celle o^ vous le tenez; Sa Majesté désire que vous exécutiez Tordre qu'elle vous a envoyé pour vostre establissement à Exiles. Je vous prie de rendre le paquet cy-joint en mains propres à M. de Richemont (i). Ds Louvois (a). A M. DE LOUVOIS. D^ExilMy b II mars i68a. MoNSElOMEVRy J'ai reçu celle qu'il vous a plù me faire l'hon- neur de m'écrire le 27 du passé , par laquelle vous me mandez , Monseigneur, qu'il est impor- tant que mes deux prisonniers n'aient aucun com- merce. Depuis le commencement que Monsei- gneur m'a fait ce commandement-là, j'ai gardé ces (1) Ce nom veut dire 3f. de Cotawi, ^ueje tenois pouF lors enferma à PigneroL (Note de la miib de Saint-Mars. ) (a) ArcliiTes du royaume , K. 109. daux prisoqniersuqui sotkX, à, oaa g%r4e (i V Aussî sé^ vèrement et exacteioAiDi qjoe )i*ai fmt autcdbiai MJiL Foucquet et Lauzua^ lecpiel ne se peut pa& vanter d'avoir donné ni reçu- de» inmv^Ueg ^ tant qu'il a été enfesiDiS. Ceux-ci peuvent entendre^ par-» 1er le monde (gû passe au chemin Le 4it ife mon ptiseoiiier étoit m vie«x et nontr pu , (fms tout ce dé&t il se sit^ Uml lîngqr de table que meubles, qu'il ne valpiUjMiâ la peiiiê d'apporter ici , Ton n'en a eu que treize ëcus • • • « I J'ai donné à huit porteurs^ qui m'ont apporté une dnisé dv TuriDy «t rnion priBC««ner^ jusque» ici, eomptaiit ladite chaké^ éèùt, ééat iPùii liVfes que ^'ai déboutsëeç. Db Saint-Mars. De& lies Sainte-Margueritç^ le 4 juin 1699. •««... Le premier de ces ministres (protestant); qu'on a conduit ioi ; chante^ nuit et jeut>, à baute voix, àe» psauiftes^ exprès pour se Êiir6 connokre pour tel qu'il est. Après lui aroûr dëfcndn par plusieurs fois de discontiimer^ sur peine d'une grosse discipline , que je lui ai' donnée , ainn qu'à son pureté db la fcô. D£ âAui:r-MABS. (a86) JOURNAL DE DUJONCA^ Lieutenant de roi de la Bastille; youmo/ écrit tout entier de sa main, et dont la première jmhlicité est due au père Henri Griffet , puis à Sainte- Foix (i). « Jeudi y x8 septembre 1698 , à trois heures après midi y M. de Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, est arrivé, pour sa première entrée, ve- nant des tles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat , ayant amené avec lui, dans sa diligence, un ancien prisonnier qu'il avoît à Pignerol, dont le nom né se dit pas; lequel on fait tenir toujours masqué, et qui fut d'abord mis dans la tour de la Basinière en attendant la nuit, et que je conduisis ensuite moi-même^ sur les neuf heures du soir, dans la troisième chambre de la tour de la Bertaudière^ laquelle chambre j'avois eu soin de faire meubler de toutes choses avant son arrivée, en ayant reçu Tordre de M. de Saint-Mars En le conduisant dans ladite chambre , j'étois accompagné du sieur Rosarges, que M. de Saint-Mars avoit (i)T.5, p. 373. (aÔ7) aussi amené avec lui , et lequel étoit^chargë de servir et de soigner ledit prisonnier^ qui étoit nourri par le gouverneur. » Dans l'ouvrage intitulé : la Bastille dévoilée , il est dit (page ^7, ge. livraiscm) qu'on a soustrait du registre %le la Bastille avec beaucoup de soin, lejblio lao; qui correspondait à Tannée 1698; mais qu'une feuille, divisée en colonnes , imprimée et Communiquée par M. Di^al, secrétaire de la po- lice , confirme le journal de Dujonca , et porte les paroles : * Noms et qualités des prisonniers. « Ancien prisonnier de Pignerol , obligé de poiv ter toujours un masque de velours noir, dont on n^a jamais sçu le nom ni les qualités, » Dates de leurs entrées. « 18 Septembre i6g8^ à 3 heures après midi. » Tome . • . Page . • . c Dujonca y volume 37. » Motif de la détention. « On ne Ta jamais sçu. » ( »88 ) Observaàloiu. iR C^est le fameux homme aii masque y (|ue pef - « Nxita. Ce prif^ounier a^té «b^néii l^^ JBasiîUe par ]!l|v de Saint-Mans ^-àxm sa litière > lorsqu'il eat VeQu prendre possassipu du govrenaenicait Ae U Bastille y venant de son ^^euTcrnenieotdes il^^ Suinte-Marguerite et £loKonU, et tqu'il avait ci«de- vant à Pignerol. » Ce prisonnier étoit traité avec une grande dis- tinction de Ms le gouvernfiur, et«'étai,tyu l^ue de lui et de M. de Aosarges y major du château , qui seul ai Aveiltsom. » Le même journal de DujojDC4 annonce la tn^t du prisonnier en ces termes : « Du, lundi 19 novembre 170^^ h prisonnier in- connu y toujours masqué a un masque de velours noir, que M. de Sai^t^Mt^rS^^wX' «vmné a'iec^ui y venant de» îles Sainte-Marguerite j et qu'il gardoit depuis lông-temp&^s'^nt .trouva liier un peu plus ipal^ en sortant de la messç, est mort aujourd'hui sur les dix heures du Soir, san^ aVéir eii*illife grande maladie, il ne se peut pas moins. M, Girault^ notre aumônier, le conies^ir hif^r^ surpris de la mort, il n'a pu recevoir ses. sacrenifns^ et notre aumônier l'a exhorté un moment avant que de ( ^89 ) ■ mourir. Il fut. enterré le mardi, 20 novembre, à tjuatre heures après midi, dans le cimetière de Saint-Paul, notre {^rois^ : son enterrement coûta 4o livres. » Nous avons donne Textrait mortuaire dans l'ou- vrage (i). Mais voici ce que portait la feuille du t&ajor Cl^Jivalier (i), m m Date de la mort» « Le 19 novembre 1706.» Tome • • •, pci>§c • • • « Dj)onca, vol. 8». » ^ Observations. « Mort le 19 novembre 1708, âgé de 4^ ans ou «nviron; enterré à Saint-Paul, le lendemain, à 4 heures après midi, sous le nom de Marchiali, en présence de M. de Rosarges, major du château, et de M«. Reilh, chirurgien-major de la Bastille, qui ont signé sur les registres extraits mortuaires (i) Page 70. (9) L^«xtrait mortuaire était en tont semblable à celui qui «e trouvait en 1786, chez M. Amelot, ancien ministre de la maison du roi, à qui CAepafter Favait communiqué. Le sa* ▼ant M. Vatipraet eu prit également connaissance. '9 C 290 ) de Saint-Pàul. Son ènterremenl 9k coàtë ^[oarante livres. » Ce prisonnier a reslé k là Bastille 5 années et 62 joursy non compris le jour de son enterrement. • Nota. Il n'a point éié malade que quelques heures^ mort comme subitement^ il a été enseveli dans uix. linceul de toile neuve ^ et gënâ-alement tout ce qui s'est trouvé dans sa chambre a été brûlé , comme son lit tout entier^ y compris les matelas, tables , chaises et autres ustensiles, ré- duits en poudre et en cendres, et jettes dans les lat* trines. Le resie a été fondu,. comme argenterie^ cuivre, étain. Ce prisonnier é toit logé k la troi- sième cbanÉbre de la tour Bertaudièrey laquelle chambre a été fregrattée et piquée jusqu'au vif dans la pierre, et reblanchie de neuf de bout à fond* Les portes et fenêtres ont été brûlées comme le reste* 9 II est à remarquer que dans le nom de Mur- chiali que l'on lui a donné sur le registre mor- tuaire de Saint-Paul, on y trouve lettres pour lettres ces deux mots, l'un latin, l'autre françois : Hic amiral , c'est l'amiral (i). » Satnte^Fotx aroit déjà r ap porté pre squ e tontes ces circonstances. (0 Voyez la BastiUe dévoiléty IX'. livraison, pages 33 fX 8UlTADtf4. ( 291 ) NOMINATION DU P. GRIFFET» A M. DE LAUNET, Cupitaia* et GauTerncur de mon cUtem de U Bastille^ M. de Launey , je vpus fais cette lettre pour vous dire qu'ayant fait choix du père Griffet^ de la compagnie de Jésus ^ sttr lieu* du feu P. Couvri- gny^ pour confesser les prisonniers qui sont par mes ordres dans mon château de^la Bastille, monr intention est que rotrs donniez vos ordres pour qu'if puisse y entrer librement lorsqu'il sera requis pour (aire ses fonctions. Sur ce^ je prie Dieu qu'il vou»- ait , Mons. de Launey, en sa ster gardCr » Écrit k Versailles, ce i3 décembre 174^- L0T7ISr Plus bas. Ph£LYP£AU]U C 292 ) Lettre aux auteurs du Journal encyclopé- dique, au sujet' de VHovnue au Masque- de Fer^ « Messieurs^ » Depub Vanecdote de l'homme au masque de fer y que nous a donuée M. de Yol taire ^ dans son Siècle de Louis XiV, j'ai toujours été très cu- rieux de cberdker à découvrir quel pouvoit être ce prisonnier; mais toutes mes recherches ne m'avoient jusqu'ici rien donné qui pût me. contenter; le Btasard vieni de me faire trouver une feuille détachée dSm ouvrage qui a pour titre : Histoire abrégée de t Europe y pour le mois d'août 1 681; , imprimée la même année à Leide, chez Claude Jordan, A l'article Mautoue^ , j'ai lu la lettré dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie y traduite de Titalien. Il paraît que ce secré- taire 'de M., le duc de Mantoue, dont il est ques- tion^ pourroit hien être cet homme au masque de fer , transféré de Pignerol aux îles Sainte-Margue- ritC; et de là à la Bastille en 1690^ lorsque M. de Saint-Mars en eut le gouvernement. Je le croirois . d'autant plus, que, comme dit M. de Voltaire, et tous ceux qui ont fait des recherches à ce sujet^ il ( ^93 ) ^ n'est disparu dans ce temps-là aucun prince ^ ni personne -de marque dans toute FEurope. » Si vous trouvez, Messieurs, quelque proba- bilité à ma remarque, et que vous croyiez que cela puisse intéresser le public, vous êtes les maîtres de l'insérer dans votre journal , etc. » Le baron de Heiss^ » Ancien oapiUùne du régiment d* Alsace» » À Phdsbourg, k a8 JTii& 1770. » f Lettre au sujet de V Homme au Masque de ' Fer^ annoncée dans la précédente. « Messieurs , » Un de mes amis m'a dit qu'il avoit lu dans l'histoire abrégée de V Europe (^tom. 2, pag. 33 ), qu'on disoit que M. le duc de Mantoue avoit des- sein de vendre sa ville capitale, mais que Tauteur de cette histpire n'en croyoit rien. » Vous êtes mal informés j il est certain qu'on a négocié cette affaire, et .qu'elle étoit déjà bien avancée. Le secrétaire de ce duc, qui avoit beau- (=«94) coup de crédit auprès de sou maître^ Ta dëtcmrné'* de ce dessein; mais il lui en a coûté cher ^ comme vous l'allez apprendre* » Ce fidèle ministre fit entendre au duc qu'il y alloit de son intérêt et de son honneur de conser- ver son duché^etiui fit changer de sentiment f il fit bien plus^ il l'obligea de s'unir avec les au- tres princes de V Italie ^ pour s'opposer aux des- seins de la France. Ce fut lui qui négocia l'entre- vue de» princes^ qui se fit à Venise iTiiver passé^ dans le temps du çapuival : on choisit ce. ten^ps pour mieux cachet les deaieÎBS yxe l'onavoit; vous le savez sans donte^ il n'est pas extraordinaire de voir beaucoup de princes et 'de personnes de qualité à Venise dans ce-femps^à» Ce secrétaire alla ensuite à Romej où il séjourna quelque temps; il passa i& là presque dans toutes les cours de VI- tàiie'f il alla à Venise et à Gènes ^ et il réussit partout si bien^ qu'il avoit presque détaché toutes ces puissances des intérêts de la France. Il alla etiK fin à Turin pour le même dessein f comme il croyait ses négociations fort secrètes^ il visita souvent le marquis d'Arcy^ ambassadeur de France à la cour de Savoye; mais €pà est-ce qui peut échapper aux yeux pénétrants de la France? Le ministre de celte couronne étoie averti de tous les desseins du secrétaire avant qu'il arrivât à Turin. Il lui fit pourtant mille civilités ^ le régala fort souvent^ e% l'invita enfin à aller prendre le divertissement de la chasse y à une ou deux lieues de Tïtrin. Le secrë- taire y qui n'avoit point de temps à perdre^ et qui jugeait celui de l'absence de l'ambassadeur de France , fort propre pour ses négociations , s'enex- cusa d'abord sur ce qu'il n'aVoit point de chevaux ; l'ambassadeur lui en pffre que le secrétaire n'ose refuser^ de peur de faire soupçonner quelque chose de la vérité. Le jour de la chasse étant venu^ ils partirent ensemble ; mais ils ne furent pas à une lieue de la ville que le secrétaire fut environné de dix ou douze cavaliers qui l'enlevèmnty le ddg^ sèrenty le me^fiquèfentj et le conduisirent h Pi- gneroL II s'imagina bien sans doute quel étoit celui qui lui jouait ce tour; mais le moyen de résister ? Il étoit à Pignerol trop près de l'Italie , et quoi- qu'il y fût gardé très-soigneusement, on craignit que les murailles ne parlassent ; on l'en tira donc pour le conduire aux îles Sainte-Marguerite, où il est à présent, sous la garde de M. de Saini-Marsy qui en est le gouverneur. Voilà une nouvelle bien surprenante, mais qui n*en est pas moins véritable^ s Je suis, etc. (i). » (i) Voyez le Journal encyclopédique, 1770 , tome 6, i'«. partie, p. i33. — Le Journal de Paris , 3a décembre 1779, pug. 1470. Cette lettre frappa tellement le feu duc de Choiseul^ quMl caroya exprès de Ckantelottp â Paris, M. Dutsns,'pova A la lettre étaient jointes ces réflexions, « On parle d'utl royage fait à Vienne par le » duc de Manloue. Quelques politiques croyen^ » que c'est l'aflaire qui est arrive'e à son secrétaire » qui est cause de son voyage, et qu'il a dessein de » faire alliance avec l'empereur et le roi d'Es- » pagne. » Térifi^ à la BiblioUièque du Roi la citation de VHistoire abrégée de VEiwopê, En 178a ou 1783, il mourut à Turin un marquis de- Pancalier de Prié, dans les manuscrits duquel on trouva aussi l^anecdote de ce secrétaire du duc de Mantoue. Tous les journaux italiens la publièrent^ quoiqu^on la regardât comme nouvelle , elle ne fit pa& une grande sensation. \oyezla Bastille dévoilée, IX*. livr., pages 7^ et 74. Flir DZS PIÈCES JUSTIFICATIVES. ^HBB 1 S^'t. .■^ •w»»«'t