A F» 3ft.i U d'/of OTTAWA 39003001 H5928 I Digitized by the Internet Archive in 2012 with funding from University of Toronto http://archive.org/details/journaldumarquis03dang JOURNAL ni MARQUIS DE DANGEAU AVEC LES ADDITIONS DU DUC DE SAINT-SIMON r v rou fi a PHIt De H. FIRMO UlDOr. — MtSMl (tlf.t), JOURNAL ni MARQUIS DE DANGEAU PUBLIÉ EN ENTIER POUR LA PREMIÈRE FOIS lJ à H >1>I SOI Lit. DUSSIEUX, DE CHENNEVIÈRES , MANTZ, DE MONTA IOLON AVEC LES ADDITIONS INÉDITES DU DUC DE SAINT-SIMON P U B L I M - FAIS M. FEUILLET DE CONÇUES TOME TROISIEME 089— 1690. — 1691 PARIS lli;MI\ DIDOT FRÈRES, LIBRAIRES IMIM5IMI .1 M l»l I I NSI I I I I Dl I I \ \< I RUE IACOB, N° 56 iviensis JOURNAL DU MARQUIS DE D ANGE AU AVEC LES ADDITIONS DU DUC DE SAINT-SIMON. ANNÉE \C>X\). Samedi 1er octobre, à Versailles. — Le roi et Monsei- gneur s'amusèrent le matin à faire tailler les arbres verts de Marly ; ils en partirent l'après-dinée, après avoir joué aux portiques. Monseigneur vint droit ici avec madame la princesse de Conty, et descendit chez madame la Dau- phkie. Son crachement de sang est entièrement cessé. Le roi revint en chassant , et, dès qu'il fut débotté, alla chez madame la Dauphine, qui lui dit qu'elle étoit résolue u //or, jeu «!<• e.uïrs <|iii se JOUUI .i\e< un jet] entier enlre ilniv >u truift personne* Voii i \ai cornes A Bonn 8 JOURNAL DE DAJNGEA.U. et qu'ils y perdirent beaucoup de monde. Ces mêmes let- tres portent aussi qu'on croyoit que la garnison capituloit, et qu'on lui accorderoit une capitulation honorable. On a eu les mêmes avis de Liège et de Dinan — M. le ma- réchal de Lorges assemble son armée dans le comté de Chiny. Tallard, maréchal de camp, lui mène douze ba- taillons, et Tessé, mestre de camp , trente escadrons qui servoient dans l'armée de M. de Duras, qui est toujours campé à Vissembourg. — M. l'électeur de Bavière est revenu à Heidelberg , et on parle dans son armée qu'il fera un pont à Manheim pour passer le Rhin ; mais nous ne croyons pas cela praticable, M. de Duras en étant si près. Samedi 15, à Fontainebleau. — Le roi, après lâchasse, revint dîner et retourna ensuite tirer. — Monseigneur, Ma- dame et les princesses ne revinrent qu'à trois heures. — Le soir il y eut comédie. — On a eu nouvelles que M. le prince Louis de Bade avoit encore battu les Turcs. — On dit aussi que Canise capitule , et on croit que les Turcs se- ront obligés à faire la paix. — Les Polonois, sans la par- ticipation de leur roi, avoient assiégé Kaminiek, Les grands généraux de Pologne et de Lithuanie y étoient; le siège n'a jamais été fort avancé, et ils ont été obligés de le lever. — Les Espagnols assemblent des troupes en Italie, et ont fait embarquer sur le Pô des canons et des mortiers. On ne sait point quel esfleur dessein. On croit qu'ils veulent se rendre maîtres de Guastalla, dont le duc de Mantoue étoit en possession. On dit que le marquis de Guastalla, qui prétend que la place est à lui, la leur cédera. Dimanche 16, à Fontainebleau. — Le roi, Monseigneur et les princesses allèrent après diner à Franchard se pro- mener à cheval; les jeunes dames étoient toutes achevai. — On a. envoyé ordre aux maréchaux de camp qui ont des régiments de cavalerie de s'en défaire. Ils sont quatre : Bertillac, qui apparemment donnera le sien à son fils, et OCTOBRE 1689. 9 Grignan, le sien à son neveu (1); les deux autres, c'est Grillon et Rivarolles, qui les vendront 2,000 louis d'or, comme le roi les a réglés. — La ville d'Angouléme lève un régiment d'infanterie de quinze compagnies; elle l'habillera et l'armera. M. de Brossac en sera colonel. La ville de Limoges en lève un de même ; le colonel n'est pas encore nommé ; et les villes de Brives-la-Gaillarde et de Tulle se joignent ensemble pour en lever un troi- sième. — On donne un régiment nouveau de dragons à M. de Montalais, celui qui commandoit les mousque- taires en Flandre. — Nous avons présentement sur pied cent deux régiments de cavalerie, dont il y en a soixante- dix de douze compagnies ; les trente-deux autres régiments ne sont que de huit compagnies, et nous avons trente- trois régiments de dragons de douze compagnies chacun. Lundi i7, à Fontainebleau. — Le roi ne sortit point le matin , et l'après-dînée il alla tirer; Monseigneur cou- rut le loup. Le soir il y eut comédie. — L'armée de M. de Noailles s'est séparée; les troupes sont en quartier, et lui il va tenir les États de Languedoc. L'armée des Espagnols dans ce pays-là est aussi rentrée dans leur quartier. — H. de Tessé, mestre de camp général des dragons, a de- mandé de lever un régiment d'infanterie; le roi lui a accordé. — Par les avis qu'on a de Rome, il paroit que M. de Chaulnes et M. le cardinal d'Estrées ne sont pas de ninne sentiment; M. de Chaulnes voudroit qu'on fit pape Olfoboni, et le cardinal d'Estrées dit que c'est le plus (I) Ce régiment passa en effet k M. le marquis de Grignan , neveu du che- valier, ensuit»' à M. de Flèche, qui en étoit major, et de Flèche le vendit en 1717, à M. le duc de Fuynes, .'{0,000 livres argent comptant, et 1,200 livres de panaJOi viagère. M. le duc deLuynes s'en démit en 173?., avec l'agrément du roi, en faveur de M. le duc de Chevreuse, son fils, lequel avant acheté la charge de mestre de camp général des dragons, le régiment fol donné à M. le du» eul comédie. — M. de Torcj a prêté seraienl de secrétaire d'Étal comme survivancier de M sou père. — .Madame d'Arpajon a obtenu pour le comte de floucy, son gendre, les entrées che$ Monseigneur; ! madame la Dauplune qui les a demandées. — L'an- cien évoque de Nîmes esl mort; il étoit Séguief; il avoil deux abbayes, Tune qui s'appelle Lire, qui \aut 20,000 livres de rente, et l'autre, qui esl Livry auprès de Paris, ne \aut pas )ilu^ <\r 1 .000 écus; mais elle esl l'orl jolie. M. de Livr) l'a demandéeau roi, parer qu'elle lui conviendroil tort. — Madame la Dauphine a commencé â se baigner dans un demi-bain; mais on ne croit pas qu'elle continue, qu'elle ne s'en trouve pas Lien . ». 20 JOURNAL DE DANGEAU. Mercredi 9, à Versailles. — Monseigneur courut le loup et revint de bonne heure à Marly faire planter des palissades de charme. — Le roi alla, après son dîner, à Marly; il y demeura quelque temps à voir planter, puis il alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. — On a eu nouvelles que la reine d'Espagne est en Hollande, et prête à s'embarquer pour passer en Angleterre et de là en Espagne. — M. le comte d'Auvergne est arrivé; tous les autres lieutenants généraux qui ne sont point demeu- rés à commander dans quelque poste reviennent. — Ma- dame laDauphine n'a pas continué ses bains. — : Le roi a donné à M. de Soubise (1) le régiment de cavalerie qu'a- voit M. le duc de Rohan, son fils; l'abbé de Soubise va quitter l'église, et va entrer dans les mousquetaires. Le roi n'a point voulu lui donner le régiment qu'il n'ait servi auparavant. — Le roi n'a pas voulu aussi donner l'abbaye à M. de Soubise, parce que celui (2) de ses enfants qu'il destine à l'Église est trop jeune. Il lui a seulement donné' 1,000 écus de pension là-dessus. Jeudi 10, à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert, et alla tirer. Monseigneur alla à Marly faire planter de nouvelles palissades. — Le soir, les appartements commencèrent. Ils seront cet hiver dans le grand appar- tement. D'abord il y eut portique, et puis le roi et Mon- • seigneur allèrent à la musique, où ils demeurèrent jus- qu'à la fin ; après la musique , le roi s'en alla , et Monsei- gneur demeura dans les appartements jusqu'au souper. — Le roi a donné à M. de Livry pour son oncle , M. l'é- vêque de Sentis, l'abbaye de Livry; ses enfants sont trop jeunes pour l'avoir. Le roi s'est fait une loi de ne point donner de bénéfices à personne qui n'eût au moins dix- (1) C'est M. le prince de Rolian d'aujourd'hui (1740). ( Xote du duc de Luynes. ) (2) C'est M. le cardinal de Rohan d'aujourd'hui (1740). {Note du duc de Luynes. ) •NOVEMBRE 1689. 21 huit ans. — M. de Vendôme est revenu, et le roi l'a fait entrer chez madame de Maintenon , où il étoit. Vendredi 11, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. — Monseigneur alla faire des battues. Le soir il y eut comédie. — Le roi a donné l'abbaye qu'a- voit M. l'abbé de Soubise à M. l'archevêque d'Aix : le roi lui en avoit promis une bonne pour le dédommager de ce qu'il avoit perdu en quittant son évèché; car Valence vaut 10 ou 1*2,000 francs plus qu'Aix. Cette abbaye qu'on lui donne est dans Évreux, et vaut 12 ou 15,000 francs. — Le roi a donné l'abbaye de Lire à l'abbé de [Calvières], qui cède son abbaye dans Aiguës-Mortes. On prend cette abbaye-là pour en composer l' évèché d'Alais. 22 JOURNAL DE DANGEAU. Voici l'ordre de bataille de L'armée du roi d'Angle* terre, en Irlande, que M. d'Avaux envoya ces jours pas- sés au roi : I. 2. 3 Gotter. 4 Luttrel . 5 Tyrconnel. 6. 7. 8. 9 Galmoy. 10 Montcassel. Il Neugent. 12 Belleir. 13 Slaine. 14 Ed. et Rich. Buttler. 15. 16 Boisseleau. 17 Glancarty et Ox- burg. 18 • Grean. 19 Gormo nston. 20. 21 Gardes. 22. 23. 24 Tyrconnel. 25 Corps. 26 Purcel. 27.28. 29.30. DTJngan. 31. 32. 33. Rarker. 34 Grand prieur et Tho. Buttler. 35. 36. • . . Dillon. 37 Haoray. 38 Galloway. 39 Antrim. 40 Kilrnaloc. 41 Grâce. 42 Eustace. 43 Hamilton et Pagnel. 44. 45. 46. Sarsfield. 47. 48 Luttrel. 49 Louth. 50. 51. ... Corm. Oneil. 52 Clanricarde. 53 Abercorn. 54 Sutherland. NOVEMBRE 1689. O? .-• Os 5 i 8 « a Os r1 i> S H ? 1 O» uc de comte Sche o» o« 0s T3 a> 3 ^ o* 0«' Os Os Q 1 1 — 1 D8 * U; • D D O O) • — 'S c ; - "S -a Ror. miillon M. Daman r> 1 / — / S 1 1 D .0 M. Bûcha Wachop. D D la 'ai S D= "n* D r 1 o »Q d 0- 0' O- - > o- O» S s : 0- o-~ 3 7 o- o- o 23 O - O Eh □ o 1 Q o» o 24 JOURNAL DE DANGEAU. Samedi 12, à Versailles. — Le roi, après son diner, alla à Marly, où il s'amusa à faire planter. Monseigneur I ;. vinl trouver, après avoir couru le cerf avec les chiens (!<• M. du Maine à Saint-Germain. Le soir il n'y eut ni comédie ni appartement. Monseigneur joua chez madame la prin- cesse de Conty à culbas. — M. le prince de Conty ar- riva de l'armée de M. le maréchal de Lorges. — M. de Louvois acheta ces jours passés le régiment de cavalerie du chevalier Duc, et il l'a donné à Roquépine , neveu de Tilladet; Roquépine étoit capitaine il y a longtemps dans le régiment que Tilladet a vendu à M. de Souvré. — On a eu nouvelles de Hongrie que le prince Louis de Bade avoit battu Tekéli, et pris Widdin et Orsova. Il y a eu un comte de Furstemberg tué à cette affaire-là. — Mon- sieur et Madame sont allés à Paris pour huit jours. M. de Harlay a pris aujourd'hui possession de la charge de premier président, toutes les chambres assemblées. Dimanche 13, à Versailles. — Le roi, après diner, s'alla promener à pied dans ses jardins avec Monseigneur, et puis revinrent au salut. Le soir il y eut appartement ; le roi et Monseigneur jouèrent aux portiques; puis le roi alla à la musique , et Monseigneur demeura à jouer à culbas avec M. de Vendôme et moi. — Le roi a donné à M. de Mornay , fils de M. de Montchevreuil , le régiment de Poitou qu' avoit M. de Biville. Ce régiment est le pre- mier après les petits vieux. — Les Espagnols, en Italie, ont pris Guastalla , et M. de Mantoue a consenti qu'il fut démoli; ensuite ils ont marché à Bercello, qui est de F autre coté du Po, et qui est à M. de Modène, qu'ils veu- lent aussi faire raser. Lundi \k , à Versailles. — Le roi alla diner à Marly, et y lit planter. Monseigneur l'y vint trouver, après avoir couru le loup. Il n'y eut le soir ni comédie ni apparte- ment. Monseigneur joua à culbas avec moi chez madame la princesse de Conty. — Le roi a donné, ces jours passés, le régiment de cavalerie qu'avoit Fontet , qui mourut le NOVEMBRE 1680, 25 mois passe, à M. de Bachevilliers , brigadier de cavalerie, qui commande en Dauphiné depuis la blessure de M. de Larrey. — M. de Seppe ville commandera cet hiver dans Ypres, et sera sous les ordres de M. de Calvo, qui commande à Tournay et à toutes les troupes qui sont derrière le re- tranchement qu'on rétablit. Mardi 15, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert et alla tirer. Monseigneur alla à Paris, et vit l'o- péra, dans la loge de Monsieur; il n'avoit point mené de dames avec lui. — M. de Tessé demeure cet hiver seul maréchal de camp en Lorraine et en Luxembourg; il sera aux ordres de MM. de Boufflers et de Catinat. Nous travaillons à raccommoder un peu Trêves, où nous avons laissé 5 ou 6,000 hommes. Le roi a donné un régiment d'infanterie à Cormaillon , celui qui fut pris en se vou- lant jeter dans Mayence au commencement du siège. — Monseigneur a donné les entrées chez lui au marquis de ftochefort, qui n'est pas encore arrivé de l'armée. Mercredi 16, à Marly. — Le roi vint ici en tirant; il y arriva de fort bonne heure, et y joua au trou-madame i terre avec Monseigneur, M. le prince de Conty et MM. de Vendôme; ensuite il joua aux portiques devant et après souper. — M. le grand prieur a eu une chambre ici pour !a première fois. — Ce matin, avant que de partir de Versailles, on a eu nouvelles que M. l'évoque de Châlons se meurt; il avoit reçu l'extrême -onction. Il meurt du pourpre qu'il a gagnées allant voir les prisonniers des troupes de Bavière qui sont dans Chàlons, et parmi les- quels cette maladie-là règne fort. Jeudi il, à Marly. — Le roi et Monseigneur s'amusèrent le malin a faire planter, l/après-dinée le roi alla tirer, el puis re\ ml jouer aux portiques ei au trou-madame à terre. Le soir il j eu1 musique comme à L'ordinaire el portique après souper. — \l. le Grand a acheté le régiment de ca- valerie qu'avoil la Valette pour Le prince Camille son fils. — Le chevalier de Grignan a eu L'agrément pour donner 26 JOURNAL DE DA.INGKA.I) . le sien ;iu marquis de Grignan, son neveu. Bertiilac a «u l'agrément du sien pour son fils, et Rivarolles pour son frère; ainsi voilà tous les régiments qu'avoient les ma- réchaux de camp vendus. — M. le prince d'Elbeuf a le justaucorps bleu qu'avoit M. le duc d'Elbeuf; le roi a consenti que le père s'en démît en faveur de son fils. Vendredi 18, à Marly. — Le roi ne sortit point de tout le jour. 11 joua à plusieurs jeux différents, aux portiques, au trente et quarante, au brelan et au trou-madame à terre. Monseigneur courut le cerf le matin avec Madame, qui vint de Saint-Cloud pour la chasse , et au retour il joua à tous les jeux avec le roi. — On a eu nouvelles que la reine de Portugal étoit accouchée d'un fils qui s'appellera le prince de Brésil, comme son aine qui mourut l'année passée. — Les troupes de MM. d'Hanovre ont chassé de Ratzebourg les troupes de l'électeur de Saxe, qui s'en étoient saisies depuis la mort du duc de Saxe-Lawem- bourg. L'Empereur prétendoit que tous ces biens-là dé- voient demeurer en séquestre, mais MM. d'Hanovre ne se sont pas contentés de s'en être rendus maîtres, ils font fortifier la place , et y ont mis une grosse garnison que commande Bois-David, sans avoir égard aux instances de l'Empereur. — Madame de Guise, qui est de retour d'A- lençon, est venue ici aujourd'hui dîner avec le roi, et s'en retourne ce soir à Versailles. Samedi 19, à Versailles. — Le roi revint ici après avoir été à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. Il y a longtemps qu'on n'a nulles nouvelles d'Angleterre ; on croit que le mauvais temps empêche les paquebots de passer. — Le soir il y eut comédie. — Monsieur et Ma- dame sont revenus de Paris. — Les États de Languedoc ont accordé au roi 3,000,000 ; ils ne donnoient d'ordinaire que 2,000,000 ou environ. — Madame la Dauphine voit tous les officiers considérables qui reviennent de l'armée ; ils ont permission de la venir saluer; mais elle ne voit point encore les courtisans ni même les dames. — M. l'é- NOVEMBRK 1689. 27 lecteur de Brandebourg est retourné à Berlin, et ne veut point aller à Augsbourg pour faire déclarer le roi de Hongrie roi des Romains. Il est très-mécontent de l'Em- pereur sur les quartiers d'hiver pour ses troupes. — L'é- lecteur de Saxe est retourné aussi à Dresde. Dimanche 20 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Il alla au salut, et à sept heures il y eut appartement, où le roi et Monseigneur jouèrent aux por- tiques et au trente et quarante. Monseigneur et Madame tinrent la musique. — M. le duc de Chartres a la fièvre. — M. le comte de Brionne doit sortir de la Bastille cette semaine; on croit qu'il y a quelques difficultés à sou mariage avec mademoiselle d'Espinay et qu'il pourroit bien ne se pas achever. — M. l'archevêque de Reims a troqué son appartement dans l'aile nouvelle, pour se rapprocher de M. de Louvois, contre M. et madame de Chevreuse, qui ont été bien aises de se rapprocher de M. de Beauvilliers, et madame de Montmorency, pour suivre sa mère, a troqué le sien contre madame de Ghâtillon , qui par-là se trouve à portée de servir Madame très-commo- dément. Ils sont tous contents de leurs nouveaux loge- ments. Lundi ±\ , à Versailles. — Le roi alla tirer l'après- «linée; Monseigneur devoit courre le loup, la gelée l'en empêcha. Qjoua le soir chez lui à oulbas avecM. le prince de Conty el moi , et puis alla A la Comédie-Italienne, où il \it un arlequin nouveau ass<>/, bon comédien. — On a eu un courrier ;is plus de 7 ou 8,000 hommes qui pâtissent beau- coup, el que cette armée diminue tous les jours. — On a nouvelles que les troupes danoises n'ont pas encore mis â La voile. — Nos troupes marchent toujours vers Brest. — L'édit que le roi avoit envoyé à la cour des aides pour le retranchement des privilèges des maîtres de poste et (1rs chevaux de louage et haras , et pour les pri- \ lièges (If quelque gens dépendants du grand écuyer et du grand maître de l;i garde-robe , a été changé. L'édit étoil déjà scellé; il est passé présentement; mais on n'a point touché aux privilèges des maîtres de postes el des loueurs de chevaux. Samedis, à Versailles. — Le roi alla, après dîner, se pro- mener A Marly etvoirses nouveaux plants. Monseigneur ail.» à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. Monsieur > alla aussi, ri y mena Mademoiselle, madame de Guise <■! madame la grande Duchesse. Lies princesses u\ voul jamais sans Monsieur ou Madame, parce (pic la reine d Angleterre ne leur donne qu'un tabouret. — M. Lecomte de Brionne e\ M. de Hautefori sont sortis de prison; 30 JOURNAL DK DAINGKAIT. le mariage de M. mai 1690. Les ar- ticles ra>és montent à prés de non, qui représentent au moins le double d'objets détruit*, tous plus précieux encore par l'art et le travail que par la matière. Les chapitres trgenl vermeil doré' et Argent blanc signalent a la fois l'exis- tence »t la destruction du mobilier le plus somptueux qui ait jamais existe cabinets, tables, guéridons, coffres , fauteuils , sièges, tabourets, banceUes a dossier, deux balustrades d'alcôve ( pesant ensemble 7185 marcs '•> onces itures de cheminées, bordures de miroirs, torchères, girandoles, bras, chandeliers, mis, ha^-în- , vases, urnes, aiguières, buires, flacons, cuvettes, plateaux, nalières, pots a Heurs, cassolettes, caisses d'orangers , brancards. v , < a^.> , écritoires, gantières, alambic, crachoir, etc. Le nombre des figurines el des bas-reliefa en vermeil et en argent ciselé est considérable; on Fond même une figure de Louis Mil • « 1 1«\ .•) Le chapitre des filigranes d'aï t. m 3 34 JOURNAL l)K DANGEAI! lettes de toutes les dames seront tondues aussi, sans en excepter celle de madame la Dauphine. — Les Maures ont pris sur les Espagnols la ville de Larache ; le château se défend encore, parce qu'on n'a pas voulu donner au commandant la capitulation qu'il demandoit. Dimanche k, à Versailles. — Le roi alla à la messe dans la tribune, et y entendit le sermon Faprès-dînée. 11 se l'ait traîner en roulette, parce qu'il a eu cette nuit une petit*- attaque de goutte. Monseigneur alla Faprès-dînée tirer dans le parc. Le soir il n'y eut ni comédie ni apparte- ment. Monseigneur joua chez madame la princesse de Conty à culbas. — On a par l'Angleterre des nouvelles d'Irlande, qui portent que M. de Schomberg revient à Londres, et que son arrière-garde a été battue par les troupes du roi. Cette nouvelle a besoin de confirmation. — M. de Lamoignon a traité avec M. le président de Nes- mond pour sa charge de président à mortier, et le roi a consenti qu'il en ait la survivance. Lundi 5, à Versailles. — Le roi continue à se trouver un peu incommodé de la goutte ; il n'a pas laissé d'aller à la chapelle dans la tribune , et ce soir à l'appartement ; on l'a traîné en roulette. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut grand appartement; le roi y joua aux portiques, et, après les portiques. Monseigneur alla tenir la musique. — On a appris ces jours passés la mort de M. de Vandis; il étoit gouverneur de Montmédy. Ce gouvernement vaut 12 ou 15,000 livres de rente. — M. Porter est arrivé à Saint- Germain. Le roi d'Angleterre l'avoit fait partir d'Irlande pour aller de sa part à Rome; mais le roi, ayant jugé à gent est rayé en entier, avec cette note : « Le présent chapitre des filigranes d'argent, composé de six cent soixante-huit numéros, est déchargé en entier, attendu que du contenu en iceluy il en a été fondu par ordre du roy 2 107 marcs 5 onces 4 gros, suivant le récépissé du sieur Rousseau, directeur général des monnoies du 17 mars 1090. » Ce chapitre se composait de coffres, bahuts, bottes, vases, saluts, chandeliers, aiguières, sièges, cahinets, etc. DÉCEMBRE 1689. 35 propos ici qu'il y eût à Rome un ministre du roi d'Angle- terre, y avoit déjà envoyé milord Melford. Ainsi M. Porter demeurera en France , et se tiendra auprès de la reine d'Angleterre. Mardi 6 , à Versailles. — Le roi garda le lit tout le jour. Il y tint conseil le matin à son ordinaire, et a réglé qu'on rendroit aux héritiers les plus proches le bien des huguenots sortis du royaume. Il y a longtemps que cela étoit proposé; mais jusqu'ici tout avoit été suspendu. — Monseigneur alla l'après-dinée à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. — Le soir, àsix heures, les princesses et les dames entrèrent chez le roi ; il y eut aussi quel- ques courtisans qui y entrèrent. Le roi, dans son lit, joua aux portiques, et ensuite nous demeurâmes avec Monsei- gneur et Monsieur à jouer dans le salon , pendant que le roi travailla avec M. de Louvois. Sur les huit heures, Mon- seigneur descendit et alla à la Comédie italienne. Le roi vit tout le inonde à son souper, puis s'est enfermé après son souper à l'ordinaire, et il y eut petit coucher. Ses douleurs sont fort médiocres, mais il ne saurai! en* core marcher. Mercredi 7 . à Versailles. — Le roi garda le lit presque tout le joui-. Il \ fini ses conseils à L'ordinaire, el sur le soir. :i m\ heures, lit entrer les courtisans privilégiés ef les joueurs: les princesses, et les dames \ étoient; il joua aux portiques el au trente et quarante. Monseigneur en sortit à sept heures pour aller à la comédie. Le roi soupa debout et \il tout le inoncle à son souper, et il n'y eut que petiteoucher. — Le roi a donnéâ d'Espérou, qui étoit lieu- tenant de roi de May en ce, le gouvernement de Rirn. — Le marquis <\<- Villars, !<• ûls, partit samedi passé en poste. On croit qu'il \;i dans quelque cour étrangère pour quel- que négociation. — Comme les ennemis de Flandre oui mis de grosses garnisons dans Namur el dans Char- i'i-'v, !<• roi a fait fortifier ka garnison de Maubeuge. •'' J « envoyé trois cents gardes du corps qui seront 36 JOURNAL DE DANGEAU. commandés par MM. de Saint-Vians et de Saint-Sans fi). Jeudi 8, à Versailles. — Le roi se leva et entendit la messe dans la tribune, où il se fit traîner en roulette. Il n'alla point au sermon; Monseigneur y alla. Le oir, il y eut grand appartement; le roi et Monseigneur y jouèrent aux portiques et au trente et quarante ; et Mon- sieur tint la musique. — Le prince d'Orange a demandé qu'on échangeât milord Montj oie, qui est prisonnier dans la Bastille, contre Maccarthy, qui a été pris en Irlande. Le roi d'Angleterre a prié le roi d'y consentir; ainsi l'é- change va être fait, et Maccarthy, que nous avons long- temps vu en France servir sous le nom de Monsery , com- mandera 7 ou 8,000 Irlandois que le roi d'Angleterre renvoie ici en la place des François que nous envoyons en Irlande ; ils viendront ici sur les vaisseaux qui passeront M. de Lauzun et les troupes qu'il mène en ce pays-là. Vendredi 9, à Versailles. — Le roi entendit la messe dans la tribune, où il se fit traîner en roulette; il dîna chez lui, mais il soupa à son ordinaire en public dans l'appartement de madame laDauphine. Il n'a quasi plus de douleur, et commence à s'appuyer sur son pied. Mon- seigneur courut le loup. L'après-dinée, sur les cinq heures, le roi fit entrer chez madame de Maintenon les joueurs, et y joua aux portiques. — Le matin, le roi avoit longtemps entretenu M. Porter, qui revient d'Irlande , et qui assure que le roi d'Angleterre a 28,000 hommes de bonnes troupes et très-bien disposés. 11 a trouvé les affaires de ce pays-là beaucoup meilleures qu'il n'espéroit; et il ne doute point que le roi son maître ne soit en état, au printemps, de passer en Ecosse ou en Angleterre avec une armée considérable. Il ne compte pas que M. de Schom- (1) Ou Saint-Jean, ajoute en note le manuscrit de la Bibliothèque de l'Ar- senal. Le manuscrit des affaires étrangères porte Saint-Vien et Saint-Estève ; notre copie donne les noms impossibles de Janiczuien et de Janick. Nous n'a- vons pu trouver l'exacte indication de ces noms dans les gazettes de 1689. DÉCEMBRE 1689. 37 berg puisse l'empêcher de réduire entièrement l'Irlande avant ce temps-là. Samedi 10, à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert et alla se promener à Marly pour voir ses plants. Monseigneur courut le loup. — Le roi a donné le gouverne- ment de Montmédy à M. d'Imecourt, vieux colonel de cava- lerie et nouveau converti; le régiment de cavalerie qu'il avoit a été donné à son fils , qui en étoit lieutenant-colo- nel, et la lieutenance-colonelle à un autre de ses enfants. Il en a huit ou dix qui servent tous dans la cavalerie. — M. de Vitry, qui avoit été fait capitaine aux gardes depuis trois mois, est mort de maladie àMaubeuge. — M. le car- dinal de Furstemberg est arrivé en bonne santé à Cannes, en Provence , d'où il a envoyé ici le courrier Manchini qu'il avoit amené de Rome. M. le Grand-Duc ne lui a pas voulu donner une galère pour l'amener en France. Il s'est embarqué sur un vaisseau chargé d'huile pour l'An- gleterre. M. le Grand-Duc a dit pour se justifier auprès du roi, que madame la Grande-Princesse, sa belle-fille, sœur de M. l'électeur de Bavière, lui avoit demandé comme la dernière grâce de ne point donner de galère à M. le car- dinal de Furstemberg, et qu'il n'avoit pu la refuser. Dimanche 11, à Versailles. — Le roi entendit la messe à son ordinaire vn bas; il alla au sermon et au salut. Il n'a plus du loul d»' goutte. Le soir il y eut apparte- ment; le roi et Monseigneur y jouèrent aux portiques, el puis le roi sortit de l'appartement, et Monseigneur alla te- nir la musique. — Le fils unique de Brissac, major des gardes du corps, est mort à Artel de lapetite vérole. — Le roi s'esl i;iil lire ce matin les nouvelles de ce qui s'est passé en Moscovie. — Le knez Galitzin et la princesse Sophie avoient conspiré contre lesezars; la conspiration ;i été découverte; !<■ knez Galitzin a été exilé eu Sibérie, et ou Ta tué en chemin; La princesse Sophie a été mis»- en nu couvent, et on a (ait mourir beaucoup de boyards. Il > m avoil plus de sia cents qui étoient t arriva A DECEMBRE 1689. 39 Marly de lionne heure. Monseigneur y étoit déjà arrivé. On y joua aux portiques , au brelan et au lansquenet. 11 y des a gens nouveaux à ce voyage-ci : M. de Thianges et Langlée , qui n'y étoient pas venus depuis près de deux ans. — Le roi fait changer toute la monnoie du royaume. Il laisse toujours sa figure d'un côté; et sur l'autre, aux louis d'or, il y fait mettre la marque qui étoit aux louis d'argent; et aux louis d'argent il y fait mettre la marque qui étoit aux louis d'or. Quand cette monnoie nou- velle sera faite , l'écu vaudra 3 livres 6 sols , et le louis d'or 12 livres 10 sols ; et comme présentement le louis d'or ne vaut que 11 livres 12 sols, le roi gagnera 18 livres sur chaque pistole, et k sols sur chaque écu blanc. Jeudi 15, à Marly. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point. L'après-dinée ils jouèrent à toutes sortes de jeux , aux portiques , au lansquenet et au trente et quarante. — Monsieur et Madame sont de ce voyage-ci, et il n'y eut jamais tant de monde à Marly. — Madame de Guise vint de Versailles dîner avec le roi. — Madame la Dauphine sYst trouvée un peu mal cette nuit; mais, Dieu merci, cela n'a pas eu de suite. — Mademoiselle Moreau, fille de la nourrice de Monseigneur, et s;i première femme de chambre, est sortie dé Versailles sàtis rien dire à personne, i\ pris mie carriole de louage, ets'en est allée àSaint-Ler- iiwmi) se jeter dans les Ursulines, disant qu'elle vouloil s'y faire religieuse. Vendredi 1(>, à Marly. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de Marly; le roi alla seulement en chaise faire un tour à ses plahtS. Oft joua dès le matin, toute L'après-dlnée et tout Le soir au Lansquenet, au* portiques cl mu trente el quarante. — Le mi u\» pas voulu que M. de Ghémerault tut colonel du régiment de Bdurbtth , cortlme M. Le hue Le souhaitoil ; ainsi il demeurera toujours colo- nel du régiment qu'il ;i\<»ii et qui est destiné pour passer '•n Irlande. — Madame la Dauphine a voit envoyé quérir la petite Moreau . et -• promis de lui pardonner; elle a 40 JOURNAL DE DANGEAU. servi ce soir madame la Dauphine comme à l'ordinaire. Samedi 17, à Versailles. — Le roi demeura à Marly jusqu'à six heures, et revint ici fort tard. Monseigneur y demeura encore à jouer après le roi. Le soir il n'y eut point ici de comédie. — Le roi a ordonné à M. de Rous- sillon, lieutenant de roi de Bourgogne, de se défaire de sa charge. — Le marquis de Yillars est revenu; on ne sait point où il étoit.allé; on croit qu'il a trouvé de grandes difficultés, malaisées à surmonter, et qui l'ont obligé de ne pas pousser son voyage plus loin. Dimanche 18, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et le salut, et ne sortit point de tout le jour. Monsei- gneur alla tirer l'après-dînée dans le parc. Le soir, il y eut appartement. — On a eu des nouvelles de Rome du 29. M. de Chaulnes a déclaré au pape que le roi lui aban- donnoit les franchises pour lui faire plaisir, et l'on ne sait point encore ce que le pape fera pour la France. Lundi i9 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de toute la jour née. L'après-dinée, on entra à quatre heures dans le grand appartement du roi, où il n'y eut que les dames qu'on avoit averties et les joueurs; on y joua aux portiques et au lansquenet; et puis à huit heures, Monseigneur descendit avec les princesses à la comédie. — M. le cardinal de Furstemberg arriva à Paris. — Le feu a pris cette nuit à l'hôtel de Liancourt, à Paris, et en a brûlé les deux tiers de la maison. — Le roi et toute la maison royale ont signé le contrat de mariage de M. le comte de Srionne avec mademoiselle d'Espinay; il n'y a que la grande Mademoiselle et M. le Prince qui n'aient point signé , parce que cela auroit pu nuire aux affaires qu'ils ont contre M. le Grand. Mardi 20, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sor- tirent point de tout le jour. Le soir il y eut comédie. — 11 est arrivé un courrier de M. de Chaulnes, qui est parti du 5 de Rome. Le pape a donné au roi le gratis pour la réunion de l'abbaye de Saint-Denis à Saint-Cyr ; le pape DÉCEMBRE 1689. 41 a encore donné de nouvelles assurances, pour le cha- peau de cardinal, à M. de Beauvais ; mais il n'y a rien encore de fait pour la régale ni pour les bulles. Mercredi 21 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour, parce qu'ils ne peuvent chasser à cause de la gelée. Le soir, il y eut appartement; on y joua aux portiques. Les banques depuis huit jours ont perdu 10,000 pistoles. — M. le cardinal de Furstem- berg a salué le roi ce matin. — M. le comte de Château- Renaud va dans la Méditerranée commander une escadre de dix gros vaisseaux ; le vaisseau qu'il montera est percé pour cent dix pièces de canon. Jeudi 22 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. Le roi a encore un peu de foiblesse au pied, et entend la messe dans la tribune. Le soir, il y eut comédie italienne , et, avant la comédie italienne, Monseigneur joua à culbas chez madame la princesse de Conty. — M. le comte de Brionne a épousé aujourd'hui, à Paris, mademoiselle d'Espinay. — Le roi a eu nouvelles que Lauzier étoit mort. Il étoit brigadier d'infanterie et gouverneur de Nimes; il servoit de briga- dier à Mayence durant le siège et s'étoit jeté dans la place avec Barbezières. Vendredi 23, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de fout le jour. Le soir il n'y eut ni co- médie ni appartement. Monseigneur joua chez madame l;i princesse de Conty au lansquenet et à un portique nouveau qu'il y a fait porter. — Monsieur et Madame al- lèrent hier à Paria passer les l'êtes. — M. le maréchal d'Humières avoil tait proposer à M. de Castanaga de ré- tablir le commerce entre les villes de Flandre, sujettes de L'Espagne ou de la France. M. de Castanaga a répondu à M. Plièlypeaux, qui \ «'toit allé de la part de M. le maré- chal d'Humières, qu'il ne croyoil pas que cela eon\ inl au service du roi sou maître. Ou croit n m* croit pas qu'il puisse revenir de cette maladie-ci. Samedi! , eu neuf filles tout de suite. — Le roi a donné aussi une petite abbaye sur la Sarre au frère de M. Bergeret , secrétaire du cabinet. Samedi 21, à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- vert, et alla tirer. Monseigneur ne sortit point. Le soir, il y eut appartement. — Le roi a donné au chevalier de Lusancy une compagnie aux gardes, qui étoit vacante par la mort de Vitry ; le chevalier de Lusancy y étoit aide-major; il est frère de feu Lusancy, qui étoit aussi capitaine aux gardes. — Les quarante chevaliers de Tordre qui ont été payés (2), sont Monseigneur, Mon- sieur, M. de Chartres, M. le Prince, M. le Duc, II. le prince de Conty, M. du Maine, M. de Vendôme, M. le Grand , M. le comte de Brionne , M. le prince de Lor- raine, M. de Marsan, M. de la Trémouille, M. d'Uzès, M. de Chevreuse, M. de Luynes, M. de Chaulnes, M. de Sully, M. de la Rochefoucauld, M. de Luxembourg, jML de Montauzier, M. de Ne vers, MM. de Saint-Simon, duc et marquis, M. de Beauvilliers (3), M. le duc de Gram- mont, M. le duc de Villeroy, M. le duc d'Estrées, M. le Premier le père , M. de Polignac, M. de Béthune, M. de Foix, M. le cardinal de Bonzy, M. de Metz , M. de Paris , M. de Reims, M, d'Orléans, M. de Lyon , M. de Mazarin, (i) C'est celui qu'on appelle le comte de Saint-Aignan. Il eut un frère qui étoit le marquis de Beauvilliers , qui étoit colonel de cavalerie. Us moururent tous deux en huit jours de temps, de la petite vérole, à Versailles, dans la maison qu'occupe aujourd'hui le contrôleur général, qui étoit l'hôtel de Beau- villiers; le cadet avoit dix ans. (Note dit duc de Luynes.) (2) M. le cardinal d'Estrées et M. de Richelieu ne sont point payés , parce qu'ils n'ont pas encore été reçus; M. de Monaco ne l'est point, parce qu'il iùvst reçu que du premier jour de l'an, et que c'est l'année passée que l'on paye, et M. de Beauvais ne l'est point , parce qu'il est d'une promotion postérieure. Le roi de Pologne et M. de Mecklemhourg ne sont jamais payés. (Note de Dangeau.) (3) Les chevaliers qu'on nomme là ne sont pas tous dans leur rangs. (Note de Dangeau.) JANVIER 1690. ;,7 et les héritiers de M. de Gamaches, mort à la lin de Tannée passée. Dimanche 22 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il alla au salut. Monseigneur joua l'après- dlnée chez lui, où il n'y eut point de dames. Le soir il y eut comédie. — On a eu des nouvelles de Rome par l'or- dinaire, qui sont du 3 de ce mois, qui portent que le pape a une grande foiblesse qui alarme fort sa famille. M. le cardinal d'Estrées est parti de Rome le 2 de ce mois ; il doit arriver le 8 à Florence ; il s'embarquera à Livourne sur une galère du Grand-Duc, ou sur un vaisseau du roi qui doit y être présentement ; il débarquera à Villefranche pour aller de là à Turin. — Le cardinal de Bonzy est en- core à Rome. — M. de Varennes, capitaine aux gardes, donne 50,000 francs à M. de Lignières , gouverneur de Landrecies. Le roi a voulu qu'il se défit de son gouverne- ment et l'a taxé à cette somme-là ; Varennes vendra sa compagnie 20,000 francs , si bien qu'il aura 30,000 francs de reste (1), Lundi 23, à Versailles. — Le roi, après son diner, alla à Saint-Cyr voir jouer Esther. Monseigneur alla à Paris à l'Opéra avec les princesses. Il entendit l'opéra de la loge de Monsieur. Ensuite il y eut grand jeu jusqu'au souper et puis un bal. Il y eut tant de masques que plusieurs per- sonnes s'y évanouirent. Monseigneur et les princesses s'en revinrent à sept heures du matin , et il faisoit si mauvais marcher, que Monseigneur et les princesses firent une partie du chemin à pied. Monseigneur étoit si bien masqué qu'il ne fui point reconnu dans tout le bal. — Les nouvelles de Hollande marquent toujours que la \ille d'Amsterdam veut faire ses magistrats sans la par- ticipation du prince] d'Orange, prétendant que le sta- (1) Esf «n il en marge •■ l'original : il <•>! vraisemblable qu'il y a bote, el que i . >i quatre-vingt mille Unes, au Ken de vingt mule livret. Notedumantu i / // de hi bibl. 0. ;,{) Berwick vacante , pour ne s'être point fait installer à Windsor dans le temps prescrit par les statuts, et a fait élire en sa place l'électeur de Brandebourg. Jeudi 26, àMarly. — Le roi, après son dîner, alla tirer et revint de fort bonne heure , voulant être de retour à Marly avant que la reine d'Angleterre y arrivât; la reine y arriva sur les quatre heures. Le roi, Monseigneur, Madame et les princesses, et toutes les dames, l'allè- rent recevoir sur le perron ; ensuite elle alla jouer aux portiques et au lansquenet. — M. le marquis de Saint- Simon *, chevalier de l'ordre, gouverneur et bailli de Senlis, mourut hier chez lui, à la campagne, âgé de quatre-vingt-dix ans; il étoit chevalier de l'ordre de la promotion du feu roi en 1633. Par sa mort il vaque une seconde place à remplir dans l'ordre. — Le chevalier de Sainte-Maure, capitaine de vaisseau, frère de Sainte- Maure, menin de Monseigneur, a eu une pension du roi de 500 écus. * Le marquis de Saint-Simon arvoit eu le régiment de Navarre en 1030, et fut, en 1642, lieutenant général désarmées du roi, et gouverneur de Pecquais. Son père, qui mourut l'année suivante, lui remit aussi le gou- vernement de Senlis, et il eut la capitainerie de Chantilly , tant que ce lieu fut au roi, et des forets d'Hallatte et de Senlis. Il avait eu Tordre, a trente-cinq ans . en (633, à la place de son père qui avoit été nommé, et qui aima mieux que son (ils aîné fût chevalier de l'ordre avec son frère cadet qui n'avoit (pie vingt-sept ans, et qui étoit déjà premier (cuver et premier gentilhomme de la chambre du roi, et grand louve- tier. Le marquis de Saint-Simon avoit épousé la serin du duc d'Uzès, chevalier d'honneur de la reine \nne d'Autriche , dont il n'eut point d'entants, et qui étofl \eu\edu marquis de l'ortes-Rudos , frère de la COmiétable de Montmorency, Olère de madame la princesse et du der- nier due de Montmorency, décapité à Toulouse. De ce marquis de Portes , qui etoit chevalier de l'ordre et vice-amiral, elle eut deux filles L'aînée ne se maria point et mourut fort vieille, ayant fail M. le prince de ContySOIl héritier, et force legS. La cadette fui la première femme du «lue de Saint-Simon, beau-frère de sa mère, et n'en eut que la pre- mière femme duduc de Brissac, frère de la leoende maréchale de \il- leroy sans enfants \a marquis de Saint-Simon avoit huit ans plus que GO JOURNAL DE DANGEAU. le duc son frère. La marquise de Saint-Simon le survécut jusqu'en avril 1695. Elle avoit quatre-vingt-onze ans, et donna tout son bien au duc d'Uzès, petit-fils de son frère. Vendredi 27, à Marly. — Le roi et Monsieur vouloient aller courre le cerf , mais le vilain temps les en a empê- chés. Ils ne sortirent point de tout le jour; on joua aux portiques et au lansquenet. — Il arriva un courrier d'Ir- lande à la reine d'Angleterre ; il n'est point vrai que M. de Schomberg soit mort ni retourné en Angleterre ; mais il est vrai que ses troupes sont diminuées considé- rablement. Samedi 28, à Versailles. — Le roi, après son diner à Marly, y joua aux portiques et au lansquenet jusqu'à six heures. Madame de Montespan y vint passer l'après-dinée et joua avec le roi. — Le soir, en arrivant de Marly, Mon- seigneur alla à la comédie. — Madame la Dauphine s'est trouvée plus incommodée pendant deux ou trois jours que le roi a passés à Marly, et est résolue de se mettre entre les mains du frère Ange, capucin. — Les Espagnols ont arrêté M. l'abbé de Croissy , qui revenoit de Rome ; ils l'ont pris sur les terres du duc de Mantoue , et ont pillé l'équi- page du prince d'Harcourt qui revenoit de Venise. Mon- seigneur de Mantoue a envoyé un courrier au roi, se plai- gnant fort de la violence des Espagnols. Dimanche 29, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, alla tirer et revint au salut. Monseigneur ne sor- tit point de toute la journée. Le soir il y eut appar- tement. — L'ordinaire de Rome , qui y est parti le 10, a rapporté de nouvelles assurances du chapeau de cardinal pour M. de Beauvais. M. de Chaulnes espère toujours que les affaires iront bien; on a eu des lettres du cardinal d'Estrées, de Gênes et de Turin ; il mande qu'il sera ici les premiers jours du mois prochain. — Les nouvelles d'An- gleterre portent que le prince d'Orange songe à passer en Ecosse, où le nombre des mécontents augmente fort. — La reine d'Espagne, qui avoit relâché à Flessingue, ne FEVRIER 1690. «I songe pas à se rembarquer sitôt, et est présentement à Anvers. Lundi 30, à Versailles. — Le roi alla, l'après-dinée, à Saint-Cyr voir jouer Esther. Monseigneur courut le loup avec Madame, et revint d'assez bonne heure pour aller à Saint-Cyr avec le roi. Le soir, il y eut comédie. — M. Bartet a salué le roi ; il y a trente ans qu'il étoit hors de la cour. Mardi 31 , à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur joua Taprès-dinée chez lui au lansquenet; les dames n'y étoient pas. — M. de Xain- trailles se défait du régiment de cavalerie de Bourbon ; M. le Prince et M. le Duc y ont consenti. Mercredi Ie' février, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur joua chez lui l'a- près-dinée. Le soir, il y eut appartement. — On a eu nou- velles que des Tartares sont tombés dans des quartiers des troupes de l'Empereur, et ont enlevé cinq ou six de ses meilleurs régiments; cette nouvelle a besoin de confir- mation. — Le voyage du roi pour Compiègne est réglé pour le premier jour de mars. Jeudi 2, à Versailles. — Le roi assista à la grand'- messe, où M. l'archevêque de Reims, prélat de l'ordre, officia. Il n'y a point eu de chevaliers novices reçus à cette fète-ci ; ils sont encore quatorze, mais ils sont tous absents. Le roi entendit le sermon du P. Gaillard, qui prêchera ce carême. Après le salut, on joua chez Monseigneur jus- qu'au souper, et. après souper, il y eut appartement extraordinaire chez le roi; on y demeura jusqu'à quatre heures du matin , ns Pignerol. — M. La Chapelle- Balon, capitaine dans !«' régiment-colonel, achète \r ré- 70 JOURNAL DE D/VNGEAU. giment de cavalerie de Bourbon qu'avoit de Xaintrailles; il en donne M, 000 francs. Jeudi 23, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur courut encore le cerf avec les chiens du roi. Le soir il y eut comédie. — Le mal de madame la Dauphine est presque toujours au même état, et augmente plutôt que de diminuer. — Le roi a donné à M. de la Frézelière , pour son fils l'abbé , l'abbaye qu'a rendu l'abbé de Fourcy quand on lui a donné celle de Saint-Vandrille. Vendredi 2k, à Versailles. — Le roi alla au sermon, et après le sermon alla tirer. Monseigneur alla tirer de son côté après la messe. Le soir il y eut comédie. — M. Millet est mort à Paris; il étoit lieutenant de roi du pays d'Aunis. Cette charge vaut 10,000 livres de rente; outre cela il touchoit encore 20,000 francs du roi , car il avoit les appointements de sous-gouverneur de monseigneur le Dauphin et de gouverneur de Château-Renaud; toutes charges qu'il avoit eues. Samedi 25, à Versailles. — Le roi fut à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. Monseigneur y alla aussi avec Monsieur, la grande Mademoiselle et madame de Guise. Le soir il y eut appartement. — M. de Bouillon a eu la permission de venir à Paris pendant que le roi seroit au voyage de Compiègne ; il y viendra lundi , et y pourra voir tout le monde . Dimanche 26, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et alla au salut; il ne sortit point de tout le jour. Mon- seigneur alla coucher à Chantilly ; avant que d'entrer au château , il prit neuf gros sangliers dans la forêt, et ensuite on lit des battues dans les petits bois proche du château ; et puis il joua au lansquenet et à culbas jusqu'à souper. — Le canton de Zurich a rappelé les officiers qui étoient au service de la France; il n'y en a pourtant eu qu'un qui a quitté , et c'est Lochman, qui avoit une demi-compagnie dans le régiment des gardes suisses. Il a emmené Vt FÉVRIER 1690. 71 hommes. Le roi fait cinq régiments suisses, qu'il compose des compagnies qui sont déjà levées ; les colonels sont Essy, Court, Salis, Obrecam et Greder. Il y a déjà quelque temps qu'il n'y a plus de compagnies franches en France. Le roi aura présentement 12 régiments suisses de 12 compagnies chacun, à 210 hommes par compagnie , qui feront 36 bataillons servant en campagne. VOYAGE DE COMPIÈGNE. Lundi 27, à Lusarche. — Le roi vintdinerà Pierrefitte, monta à cheval après diner, et vint à Lusarche en chas- sant. Monseigneur qui avoit couché à Chantilly y courut le loup le matin dans le parc, et puis prit des sangliers et vint trouver le roi à Lusarche. — Le roi mène dans son carrosse madame la Duchesse , madame la princesse dr Conty, madame de Ma intenon, la princesse d'Har- court , la comtesse de Gramontet madame do Mortomart; dans le second carrosse madame d'Urfé , madame de Bellefonds et Les dames d'honneur des princesses. Toutes ces dames el Les trois filles d'honneur do madame la prin- cesse de Cont} mangent avec Le roi. — Madame La Dau- phine a entièrement quitté Les remèdes du frère Ange, e\ sod mal augmente Ions Les jours Mardi '2H . à Compiêgne. — Le roi parti! de Lusarche à dix heures, vint dîner an Plessis I , et arriva A Compiêgne sur Les cinq heures. — Il u\ ;i aucun ministreà ce voyage- ci; .M. de Louvois ;i i;i fièvre à Paris; ML de Croissy <•! M. deSeignela} ont la goutte bien violente, et M. Pelletier ne suit point. — Monsieur <•! Madame soûl demeurés, à Paris. — Le roi crée une charge de premier président au grand conseil, qui sera vendue 100,000 francs, el qu'on croit qui sera remplie par M. talon . Pavocal se i \m • li.ifr.in ri 1 1 plr icr, -• i »| »-■ i f « ■ ii ■ »» t > M In ilin rie Sninl Sfnion i ure salant. ) 72 .10URJNAL DE DANGEAIJ. néral du parlement. Outre cela, on crée huit charges de président au grand conseil, qui seront vendues chacune 160,000 livres; ceux qui exerçoient ces charges ne les avoient que par commission, et n'avoientpour celalinancé que 35,000 francs; et ainsi il viendra de ces huit charges- là 1,000,000, outre les 400,000 livres de la charge du premier président. Mercredi 1er mars, à Compiègne. — Le roi dîna à dix heures, et ensuite alla à la Croix-Saint-Oyen faire la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps. Les prin- cesses vinrent l'après-dînée à cheval; ensuite S. M. alla tirer. Monseigneur suivit toujours le roi, et puis revint jouer au lansquenet jusqu'au souper. Le roi soupa avec toutes les dames à neuf heures , et puis joua aux portiques et au lansquenet. — Le roi renvoie à Maubeuge 300 de ses gardes du corps, qui seront commandés par Marin et Mont- pipeau ; les 300 qui y étoient sont revenus ; ils étoient commandés par Saint-Viance et Saint-Saens, qui viennent servir leur quartier chez le roi. Jeudi 2, à Compiègne. — Le roi dîna à la même heure qu'il fit hier, et alla faire la revue plus en détail des com- pagnies de Duras et de Lorges ; il vit aussi les grenadiers à cheval qui firent devant lui l'exercice à cheval avec la même justesse que l'infanterie le pourroit faire. Mon- seigneur courut le loup, et on joua devant et après souper comme on avoit fait hier. Vendredi 3 , à Compiègne. — Le roi dîna à la même heure que les jours précédents, et puis alla faire la revue en détail des compagnies de Noailles et de Luxembourg ; tous les gardes sont vêtus de neuf. Il y en a 1,680 , et le roi ne les a jamais trouvés si beaux qu'ils le sont pré- sentement. Après la revue, le roi se promena dans la forêt pour voir courre le cerf aux chiens de M. le cheva- lier de Lorraine. On jouadevant etaprès souper. A minuit, le roi et Monseigneur étant déjà couchés, le feu prit au château, à l'appartement de la princesse d'Harcourt, dont MARS 1090. 73 les meubles et les habits ont été brûlés; elle a même eu la main un peu brûlée ; deux heures après le feu fut en- tièrement éteint , et le roi, qui s'étoit levé pour donner ordre au feu , alla se recoucher dans l'appartement de Monseigneur, parce qu'on avoit détendu le sien, qui étoit plus proche du feu. Samedi k , à Compiègne. — Le roi et les princesses al- lèrent voler dans la plaine qui est entre Compiègne et Mouchy. Monseigneur voulut courre loup; mais, comme il n'en trouva point, il vint trouver le roi à la volerie. Le soir on joua avant et après souper ; madame la prin- cesse d'Harcourt s'en est allée à Paris. — Le roi a eu nou- velles que les Turcs ont repris Nissa; on croit même qu'ils se sont rendus maîtres de Widdin ; les lettres portent que l'épouvante est grande parmi les troupes allemandes qui étoient en quartier dans ce pays-là, et l'Empereur y fait marcher des régiments qui étoient destinés à venir servir sur le Rhin. Dimanche 5 , à Compiègne. — Le roi alla tirer et revint de fort bonne heure. Monseigneur voulut courre le loup ; il n'en trouva pas. 11 commença à jouer à trois heures. Le roi, après son souper, joua aux portiques et au lans- quenet, comme il a fait pendant le voyage. — M. de Coligny épousa à Paris mademoiselle de Lassay-Monta- iiiire, qui a eu présentement en mariage 180,000 francs et 80,000 francs encore pour les jouissances de son bien depuis que son père a été remarié; outre cela, elle aura après la mort de son père son douaire, qui est de 8,000 francs. Lundi (>, à l.usarche. — Le roi partit de Compiègne à neuf heures; il \mt dîner à Verberie, où il moula à cheval, et vint en chassant jusqu'au Plcssis. où il vit six compagnies «lu régiment royal-allemand H Le régiment de dragons d'Asfeld-allemand, H puis il vint jusqu'à Chantilly en volant. Les princesses étoienl à cheval avec lui. \ Chantilly . !<• roi se promena un peu dans lesjar- 71 JOURNAL DE DANGEAU. (lins, et vit les nouveaux appartements qu'a fait faire M. le Prince, et puis revint coucher à Lusarche. Mon- seigneur le suivit partout, et joua, avant souper, au lansquenet. Mardi!, à Versailles. — De Lusarche, le roi vint diner à Pierrefitte , où il monta à cheval pour venir ici en rhassant. Monseigneur suivit toujours le roi. Ils ont trouvé en arrivant le mal de madame la Dauphine fort augmenté; elle a presque toujours la fièvre. — M. de Cormaillon a épousé la veuve du président Barentin , qui lui a donné 80,000 francs et 6,000 francs de pension. — M. le chevalier de Sourdis ya commander en Guyenne, et Saint-Ruth revient servir sur le Rhin. On donne à M. de Sourdis 1,000 écus par mois. —'Madame de la Mésangère, fille de madame de la Sablière , a épousé le fils de M. de Fontenay, sous-gouverneur de M. de Chartres. Mercredis, à Versailles. — Le roi alla au sermon, et puis s'alla promener à Trianon. Monseigneur courut le cerf avec les chiens du roi, etle soir joua chez lui au lans- quenet. — Le roi a donné le gouvernement de Nîmes à Sandricourt, brigadier d'infanterie et lieutenant-colonel de Picardie ; on avoit cru que ce gouvernement avoit été donné à du Guast, mais cela n'étoit pas vrai. — Le roi a dit à Monseigneur qu'il le destinoit à commander cette année une armée digne d'un Dauphin, et que dans deux jours il lui diroit où il serviroit. — M. le vicomte de Melun, fils de M. le vicomte de Gand, épouse mademoi- selle de Montbazon, sœur de M. le prince de Guemené; il a 25,000 livres de rente, et elle a 100,000 écus. Jeudi 9, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert , alla tirer, et puis revint se promener à Trianon. Monsei- gneur alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, ei au retour joua chez lui au lansquenet. — On a eu ce soir des nouvelles d'Irlande, qui portent que 1,500 hommes des troupes du roi, commandés par Sarslield , officier de réputation, ont été attaqués par ^500 hommes des MARS IWMV 7.S troupes anglaises , qu'ils les ont repoussés par trois t'ois, et, étant ensuite sortis sur eux, les ont défaits entièrement; le lendemain il y eut encore 200 chevaux anglois défaits. — M. de Seignelay a eu nouvelles de Brest que les vais- seaux du Havre, de Dunkerque et de Rochefort sont tous heureusement arrivés à Brest , que les troupes s'embar- quent, et que, le 12 de ce mois, les trente-huit vaisseaux de guerre du roi mettront à la voile. — On a eu nouvelles que les États de la province de Hollande ont interdit la ville d'Amsterdam , qui s'en moque, et qui prétend faire un sénat qui la gouvernera. Vendredi 10, à Versailles. — Le roi vient de déclarer (jue Monseigneur commandera son armée d'Allemagne, qui sera composée de soixante bataillons et de cent qua- rante escadrons. — Le roi vient de donner à M. l'arche- vêque de Paris sa nomination au cardinalat. — Le roi a lait lieutenants généraux MM. de Langalerie et de la Ra- blière. Il a fait aussi neuf maréchaux de camp, qui soûl MM. le comte de Soissons, Longue val, Yillars, Coigny, Quinçon, Mélac, Saint-Silvestre, de Lumbres H du Guast, II ;i lait trois brigadiersdans ses gardes du corps, qui sont MM.de La Troche, de Renneville et deLostanges; un dans ses chevau-légers, qui est M. de Torcy; trois dans la petite gendarmerie, qui sont Rosamel, Villarceam <•! Croly; m dans Les dragons, qui sont le marquis d'Alègre, le comte de Gramont, Saint-Frémont, La Lande, Fimarcon ef le chevalier de Tessé ; douze dans L'infanterie, dont il \ en a Imil colonels, qui sont le marquis de Créqui^ Clérembault, Albergotti , Rebé , Thouy, Laumont, du Pleseia-Bellière, d'Usson, cl quatre Lieutenants*colonels, qui soûl La Vaisse, Juigné , Nancla H Reynold . Lieutenani-oolone] du régi- ment drs gardes suisses. Le roi afail des brigadiers de cavalerie, qui ^<>ul : !<■ marquis de Gêvres, Cayeus . Pra- comtal, Montgommery, M< »ni h;is , d'Alou, Massot, Van- deuvre, Houdetot, Magnac, Bolhen, Romainville, Ville- pion, de Harlus , du Bourg, Saint-Simon, Hontfort,du 7G JOURNAL DE DANGEAU. Rosel, Poinsegur. — Le roi alla au sermon, et puis s'alla promener en carrosse avec les dames. Monseigneur courut le loup avec Madame. Le soir il y eut apparte- ment, et le roi n'y alla pas parce qu'il avoit beaucoup à travailler. Samedi 11 , à Versailles. — Le roi alla tirer, et puis passa à Marly pour se rhabiller, et de là il fut à Saint-Ger- main voir la reine d'Angleterre. — Monseigneur courut le cerf et joua chez lui le soir. Madame la Dauphine est toujours bien malade , et il n'y a guère de remèdes qui n'augmentent son mal. — Les aides de camp de Monsei- gneur, cette campagne , seront MM. d'Heudicourt, de Sainte-Maure, le prince de Talmont, le duc de Riche- mont, Beaumont, Coigny et la Chesnaye. — Le roi a choisi pour premier président du grand conseil M. Bi- gnon, beau-père de M. de Vertamont, qui donnera 400,000 francs. On avoit fort parlé de M. Talon pour remplir cette place-là. — Pinçonnet, colonel de dragons et briga- dier, est mort; le roi a donné son régiment à Gobert , qui en étoit lieutenant-colonel. Dimanche 12, à Versailles. — Le roi, après le sermon, s'alla promener. Monseigneur alla tirer l'après-dînée, et le soir joua chez lui. — Le roi a nommé M, de la Tré- moille pour premier gentilhomme de la chambre, qui servira Monseigneur à l'armée. — Le roi a fait M. de Dénon ville maréchal de camp; ainsi il ne perdra point son rang en servant chez monseigneur le duc de Bourgogne. M. de la Frezelière le fils a épousé une fille de M. d'Oysonville, conseiller du parlement, qui est fort riche. — M. le prince de Carignan a envoyé donner part à madame la Dauphine de la naissance d'un fils (1) qui (1) C'est M. le prince de Carignan d'aujourd'hui (1740) qu'on appelle mar- quis de Suze à cause de l'incognito , qui a épousé une fille naturelle du feu roi Victor, mais qui a été reconnue. 11 a de ce mariage un fils et une fille qui sont tous deux en Savoie. Le fils qu'on appelle le prince Louis vient d'épouser de- MARS 1690. 77 éloigne beaucoup les espérances de M. le comte de Sois- sons; madame la princesse de Carignan est transportée de joie. Lundi 13 , à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert, et alla tirer. Monseigneur alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. Le soir, il y eut appartement pour la dernière fois jusqu'à l'hiver qui vient. — Le roi a per- mis à M. de Lumbres, nouveau maréchal de camp, de don- ner son régiment à son fils, qui y sert de capitaine il y a longtemps. H. de Bouf fiers a chassé les schnapans (1) de divers postes où ils s'étoient fortifiés sur les frontières du Palatinat ; ils ont fait fort peu de résistance, et on a détruit leurs habitations et leurs forts. — On a des nou- velles que le prince de Hanovre, qu'on croyoit avoir été tué à l'affaire de Kazanec, étoit prisonnier parmi les Tartares , et que les Turcs vouloient le racheter d'eux pour l'envoyer à Constantinople. — Le roi a nommé M. le Premier pour suivre Monseigneur cette campagne. Mardi \k9 à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert et alla tirer. Monseigneur alla à la chasse avec Madame. — On a eu avis que la reine d'Espagne est enfin partie de Portsmouth avec une partie des vaisseaux destinés à son escorte. — M. de Noailles, qui comman- dera l'armée de Catalogne, aura pour infanterie les trois bataillons d'Alsace, les trois bataillons d'Erlach, les deux bataillons de Sorbeck, un bataillon du roi, et un bataillon Duchesse la jeune. {Note du i,etle soir il joua chez lui. Le soir, madame la Dauphineeul un redoublement considérable sur les neuf heures. — Le 101 nous a dit que les troupes qui sont embarquées pour L'Irlande sont entièrement complètes, et qu'il \ a 7,07$ hommes, en très-bon état, dont il \ en a c.700 François, ri Le peste An,-!«»e h [rlandoisqui vont trouver le roi Leur maître, ML d'Avpux, M. Rose et M. deGassésoni a Cprk pour repasser en France sur nos vaisseau! — nu a eu des nouvelles de Suisse «pu portent «pi.- !<• canton de Berne apporte des difficultés 80 JOURNAL DK DANGKAU. à la levée que le prince d'Orange veut faire de 4,000 Suisses ; les affaires vont mieux pour nous à présent. Lundi 20, à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- vert et alla tirer. Monseigneur courut le loup. Madame la Dauphine a passé une assez mauvaise nuit; elle a été purgée ce matin, et a été assez incommodée tout le jour. — M. de Seignelay a eu un courrier de Brest, qui porte que le 17 au matin nos vaisseaux mirent à la voile avec un vent favorable ; ils doivent être présentement arrivés en Irlande; ils avoient déjà passé l'Iroise quand le cour- rier est parti. — Le roi a donné à M. de Ragny le gou- vernement des îles de l'Amérique, qu'avoit le comte de Blénac; cet emploi vaut au moins 10 ou 12,000 écus de rente ; c'est lui qui avoit été nommé en dernier lieu pour aller à Siam ; mais, comme les affaires de ce pays-là ont changé, il est allé là. Mardi 21 , à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- vert et puis alla voir six compagnies du régiment royal- allemand cavalerie qui sont en quartier proche d'ici; il avoit vu les six autres en revenant de Compiègne, auprès de Senlis. S. M. fit faire l'expérience d'un dard qui porte une grenade assez loin ; c'est une invention d'un Italien qu'a produit le signor Ammonio. Après la revue, le roi alla voir voler; Monseigneur suivit toujours le roi; les princesses y étoient aussi. — Les soir madame la Dauphine s'est trouvée encore plus mal, et les médecins ont résolu de lui donner du quinquina , quoiqu'elle ait beaucoup d'aversion pour ce remède-là. M. de Villequier a eu l'a- grément d'acheter le régiment de du Guast. Il en donne les 2,000 pistoles que le roi a réglées pour les régiments. Mélac donne le sien à son frère, qui y servoit de capitaine ; Bercourt a eu celui de..., et Forsat celui de... Mercredi 22 , à Versailles. — Madame la Dauphine a passé une très-mauvaise nuit ; elle a pris du quinquina à une heure, et a beaucoup souffert toute la journée. Le roi et Monseigneur ont passé la journée ou dans sa eham- MARS 1600 81 ou à la chapelle, à ténèbres. Monseigneur s'est confessé ce soir pour communier demain, comme il l'ait tous les ans à pareil jour. — Il est arrivé un courrier de Brest, qui porte que cinq de nos vaisseaux qui venoienl de la Médi- terranée ont joint les trente-huit vaisseaux qui vont en Irlande; ainsi notre (lotte esl présentement de quarante- trois gros vaisseaux. — Le quinquina fait tant de peine à madame la Dauphine, qu'on ne croit pas qu'elle veuille continuer à en prendre ; cependant les médecins ne savent que ce remède-là qui puisse lui ôter les redou- blements de fièvre quelle a depuis quinze jours. Jeudi 23, à Versailles. — Madame la Dauphine a été encore plus agitée qu'hier; elle a demandé si instam- ment le viatique, que, quoique son mal ne presse point, on le lui a porté sur les deux heures. Le roi et Monseigneur ont été prendre le saint-sacrement à la chapelle, et l'y ont re- conduit. M. de Meaux a communié madame la Dauphine, et lui a fait un discours fort touchant et fort chrétien, au- quel elle a très-bien répondu ; elle a édifié tout le monde par sa piété et sa résignation ; le roi a obtenu d'elle ce matin qu'elle prit encore du quinquina qu'on lui donne en extrait; mais, comme elle a été fort oppressée sur les quatre heures, elle n'a plus voulu en prendre; sur le soir, madame la Dauphine s'est trouvée un peu plus tran- quille. Le roi et Monseigneur ont passé le jour ou à la chapelle ou dans sa chambre. — Monsieur, Madame, Mademoiselle et madame de Guise sont venus ce soir ici , sur ce que le roi leur avoit mandé que madame la Dauphine avoil reçu le viatique. — L<' roi a faii la céré- monie de laver les pieds aux pauvres, comme il a accou- tumé de faire tous les ans. Vendredi ±'\ . à Versailles, — Madame la Dauphine se porte un peu mieux ; l<- roi a envoyé un courrier à Caret, qui est à Tourna} ; il lui ordonne de venir en diligence; madame la Dauphine souhaite fort d<- le voir et croit qu'il lui pourra donner quelque bon remède ; <>n compte t. r r i . *> 82 JOURNAL l>K DAÎIGEAU. qu'il arrivera dimanche. I,;» fièvre de madame la l)au- phine est considérablemenl diminuée; mais, comme elle ne veut pas absolument prendre du quinquina, on ap- préhende fort qu'elle ne la reprenne aussi forte qu'elle Favoit ei-devant. Le roi et Monseigneur ont passé toute la journée ou à la chapelle ou dans sa chambre. — Ce matin , les ducs ont été à l'adoration de la croix * après les princes du sang. MM. de Vendôme et les princes étran- gers ne s'y sont pas trouvés. — Le roi a fait donner à M. le duc d'Aumont 2,000 pistoles pour les vaisseaux qui ont échoué devant Boulogne. * M. de Vendôme, logé à l'armée avant les lieutenants généraux, de retour avant les autres lieutenants généraux, voit le roi chez madame AJaintenon en arrivant ; enfin lui et même M. son frère précèdent les ducs à l'adoration de la croix , après avoir servi à la Cène où , à cause de la concurrence , les uns ni les autres ne servoient plus. M. d'Elbeuf, qui se trouva à cette adoration de la croix , prétendit y avoir été sur- pris , et toutefois y alla après le grand prieur ; ceux de sa maison n'y allèrent point, parce qu'ils y étoient précédés par les ducs, et lui-même prenoit garde à ne pas s'y hasarder qu'en absence bien assurée de MM. d'Uzès et de la Trémoille (1). Samedi 25, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions et travailla toute l'après-dinée avec le P. de la Chaise. — Madame la Dauphine se porte un peu mieux. — Le roi a donné l'abbaye de Saint-Clément de Metz à Bessière pour son fils, qui en rend une qu'il avoit à Montreuil, que le roi a donnée à un neveu de M. de Bouville, le maître d'hôtel; l'abbaye de Saint-Clément vaut 6,000 livres de rente . Le roi a donné l'abbaye de Belleville-sur-Saône qu'a- voit le feu évoque de Chartres, au neveu de M. de Vaubau ; elle ne vaut que 4,000 francs. Le roi a donné à M. Bri- sacier une petite abbaye dans Blois (2), qui ne vaut que (1) Les princes étrangers ne s'y trouvèrent pas , ajoutent les Mémoires; s'ils étoient moins partiaux, ils ajouteroient de plus qu'ils ne s'y étoient jamais trouvés, parce que les ducs les y précédoient. {Note de Saint-Simon.) (?) L'abbaye de Platement. MARS 161)0. 83 1,000 livres de rente ; elle étoit à M. Brisacier, son oncle. — Tous les évêques qui n'ont point de bulles ou qui ont été translatés, ont eu ordre ces jours passés de se rendre à la cour ces fêtes de Pâques. Il [y en a déjà beaucoup d'arrivés; ils signeront tous une lettre qu'on écrit au pape, après quoi on espère que toutes les affaires de Rome seront accommodées, et que S. S. leur donnera des bulles. Dimanche M ,jour de Pâques, à Versailles. — Le roi, après le sermon, vêpres et le salut, alla se promener dans les jardins. Monseigneur se promena avec madame la princesse de Conty. — Madame la Dauphine s'étoit mieux portée toute la journée ; mais Caret arriva sur le soir, elle le vit un moment, et il sentoit si fort que cela lui donna des vapeurs ; elle ne put l'entretenir. On le fera baigner, on lui donnera un habit neuf, afin qu'il la puisse voir de- main. — Le roi nous dit hier à son coucher que M. d'Am- freville écrivoit du 19, que, depuis qu'il avoit été joint par lus les acci- 6. .si JOURNAL DE DANGEAU. dents de la maladie, et après <•<'!;> il veuf mettre aussi son avis par écrit pour le donner au roi , à Monseigneur et à madame la Dauphine; après quoi il recevra les ordres. — M. le chevalier de Sourdis (1) a pris congé du roi pour s'en aller en Guienne, où il s'en va commander. Le roi , en partant , lui a donné le gouvernement d'Amboise; ainsi il a présentement tout ce qu'avoit M. le marquis d'Alluye, son frère. Mardi 28, à Versailles. — Le roi et Monseigneur al- lèrent ensemble à Saint-Cyr, où ils entendirent vêpres, et puis revinrent à Trianon , qui est meublé de neuf très- magnifiquement. — Le roi a donné à M. de Tiesenhausen, lieutenant-colonel d'un régiment du cardinal de Furstem- berg , une commission de colonel ; il avoit fait la même grâce ces jours passés à M. Muller, lieutenant-colonel du régiment royal-allemand. Tiesenhausen est frère d'un des principaux ministres du roi de Suède. Le roi a donné aussi une commission de colonel d'infanterie à Danois. Pour composer son régiment on lui donne dès à présent 200 Danois de ceux qui ont été pris allant en Angleterre; ils veulent bien prendre parti en France. — Les rois de (1) H s'appeloit François d'Escoublean ; il fut comte, puis marquis de Sour- dis, et fut connu sous le nom de chevalier de Sourdis. 11 étoit gouverneur d'Orléans, Orléanois et pays Chartrain, capitaine du château et chasses d'Am- boise et commandant en Guyenne. Il fut fait lieutenant général des armées du roi en 1682, et chevalier de ses ordres en 1089. Il mourut en septembre 1707, ne laissant qu'une fille, qui épousa en 1702 François Gilbert deColbert, mar- quis de Saint-Pouanges et de Chabanois. François d'Escoubleau , dont c'est ici l'article , étoit fils de Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis etd'Alluye, mestre de camp de la cavalerie légère , mort en 1060, qui avoit épousé la fille d'Adrien de Montluc, seigneur de Montesquieu, qu'on appeloit la princesse deCarmain, princesse de Chabanois. De ce mariage Charles d'Escoubleau eut cinq garçons et trois filles ; les deux premiers portèrent le nom de marquis d'Alluye et s'appeloient François et Paul. Paul épousa, en 1007, lîénigne de Meaux. du FouiUoux, morte en 1721. Le troisième garçon fut Henri, comte de Montluc, qui épousa une le Lièvre, fille du marquis de la Grange. La maison d'Escoubleau est noble et ancienne; le premier de celte maison dont parle Mo- tériest Pierre d'Escoubleau, qui vivoit dans le quatorzième siècle. (Aote écrite en marge du manuscrit original.) MARS 1690. 85 Suéde et de Danemark ont fait une alliance offensive et défensive, et donneront des vaisseaux de guerre d'escorte aux vaisseaux marchands qui viendront trafiquer en France, trouvant fort mauvais que le prince d'Orange s1\ veuille opposer. Mercredi 29, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, alla tirer, puis passa à Marly pour changer d'habit; et de là alla à Saint-Germain voir la reine d'An- gleterre. Monseigneur courut le loup. — Madame la Dau- phine est entièrement déterminée de se mettre entre les mains de Caret, qui ne répond point du tout de la guérir; il n'a point voulu lui donner des remèdes qu'elle ne l'ait commandé, et que le roi n'y ait consenti. — Les Espagnols ont mis 700 hommes dans le château de Bossu, près de Mons. Magalotti a ordre d'y marcher avec 7 ou 8,000 hommes. Le comte de Guiche et Albergotti , qui étoient ici, sont partis en diligence, parce que leurs régi- ments sont commandés. On croit que le maréchal d'Hu- mières marchera aussi avec d'autres troupes, afin d'em- pècher que les ennemis n'entreprennent de secourir Bossu. Jeudi ■!<>. à Versailles* — Le roi dina à son pelit couvert, et alla tirer. Monseigneur courut le loup. — Madame la Dauphine .: pris des remèdes (le Caret ce matin à huit heures; elle a eu i<>uf le joui- de grandes vapeurs qui ressemblent forl ;'i descom ulsions, ei <•<> soir, Caret, voyant que les remèdes qu'il luiavoit donnés irritoient sil bien <[ii*il ne pouvoit rien faire pour l;i siinlé de madame la Dauphine. Le roi .« remis auprès d'elle les médecins or- dinaires, qui sont MM. Daquin, Fagon, Petit, Moreau, Duchesné et Féron. M. Caret s'en retournera en Flandre. — Le roi ;i donné a M. de (inirx , enseigne des gardes du <<>rp;i\^ d'Aunis, qu'avoit M. Millet; elle vaudra 19,000 livres de rente, en comptant le gouvernemenl 86 JOURNAL DE JUINGKAfl. des tours de La Rochelle qu'il avoit déjà, el S. M. donne l'enseigne des gardes A ViHaine, qui étoit ancien exempt dans la même compagnie. — M. le cardinal de Forbio s'en va à Rome; le pape le désire, et M. de Chaulnes aussi. On croit que nous aurons bientôt des bulles. Vendredi 31 , à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert et alla tirer, et puis à la volerie. Monseigneur dîna chez lui avec madame la princesse de Conty, et puis alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. — Ain- dame la Dauphine a passé la nuit un peu plus douce- ment; on lui fait fort peu de remèdes; les médecins di- sent qu'il faut la laisser un peu en repos , les moindres remèdes la tourmentent et redoublent ses vapeurs. — Bontemps a acheté la charge de premier valet de garde- robe de M. Moreau, qui est présentement premier valet de chambre de monseigneur le duc de Bourgogne; il lui en donne 103,000 francs; Moreau en auroit eu davan- tage d'un autre; Bontemps l'achète pour son second fils, et M. de la Roche en aura la survivance, et l'exercera en attendant que le cadet Bontemps soit en âge de servir. — M. de Biron le père a déclaré son mariage avec une veuve qui s'appelle mademoiselle Bernard ; il y a long- temps qu'ils vi voient en grande liaison, et même elle lo- geoit chez lui. Samedi 1er avril y à Versailles. — Le roi a dîné à son petit couvert et est allé tirer. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain avec les chiens de M. du Maine. — Madame la Dauphine a passé la journée assez doucement, mais son redoublement lui a pris ce soir plus fort qu'à l'ordinaire. — Monsieur et Madame sont revenus de Paris. — Le bruit avait couru que Montclar étoit mort, mais on a eu nouvelles qu'il se porte mieux. — Les Espagnols ont abandonné Bossu, et ont rasé les forti- fications qu'ils y avoient faites avant que nos troupes y arrivassent. — On a eu nouvelles que la reine d'Espagne est encore àTorbay. — Le roi fait armer encore dix gros VVRIL 161)0. 87 vaisseaux à Brest, qui se joindront aux quarante-trois que nous avons envoyés en Irlande , qui doivent être bientôt de retour. — Le maréchal d'Estrées a pris congé du roi pour s'en retourner en Bretagne. Dimanche 2, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour, et alla au salut. — Monseigneur se promena Taprès-dînée en carrosse avec madame la princesse de Conty. — Madame la Daupliine est toujours au même état, son redoublement a avancé ce soir. — Le roi, après sa messe, a donné la barrette à M. le cardinal de Forbin, qui s'est mis à genoux pour la recevoir ; le pape la lui a envoyée de Rome par l'abbé Trevisani , noble véni- tien (1). — Le roi a fait M. le Duc et M. le prince de Conty maréchaux de camp , M. du Maine est aussi ma- réchal de camp et commandera la cavalerie en Flandre ; et M. de Vandeuil , lieutenant des gardas du corps la commandera sous lui. M. de Neufchelles commandera la maison du roi comme la commandoit la Fitte, qui est en quartier auprès du roi, et l'on croit qu'après son quartier il se défera de sa charge, parce qu'il est vieux et incom- modé . Lundi 3, à Versailles. — Le roi alla à vêpres et au salut, ri De sortit point de tout le jour. Monseigneur se promena Tiqu'ès-dinée avec madame la princesse de Conty. — Ma- dame 1;» Dauphine a été fort mal tout le jour; elle a eu de grandes vapeurs, et a fort rêvé. — Le roi a envoyé un courrier à M. le maréchal d'Humières; il lui mande qu'il le f ail duc, el que sa duché passera à celui qui épou- sera mademoiselle d'Humières; p;ir ce même courrier le maréchal apprendra qu'A ne commandera point L'armée Me femme madame de Maintenon 88 .JOUIliVlL DK DANGEAU. Luxembourg. Tous les officiers généraux onl été uommés ce matin, et voici la liste des armées. (Test M. le maréchal de Lorges 0. 80 IMANTER1E, Bataillons Gersé Royal-Comtois. Blainville. . . Thianges. . . . Guienne. . . . CAVALERIE. Brigades. Saint-Germain Beaupré. 2 Villeroy 2 Duras 2 Souvré 3 Vivans 2 Camille 3 Forsat 2 Gesvres 3 Cayeux 3 De Harlus 3 Brionne 3 Villepion 3 Montpeiroux 3 Du Plessis 3 La Bessière 3 Bellegarde 3 Duc de INoailles. ... 3 DRAGONS. Colonel-général 3 Barbezières 3 Gobert 3 Caylus 3 Fimarcon 3 Falon-Grammont. ... 3 Escadrons. I ! I ARMÉE DE LA MOSELLE, Qut commandera M. de Souffler 8, lieutenant gênerai. LU 1 IBNANT8 &] m I M X. M. de Rubantel, M. de Saint -Kuth. M \KH.IIAI X l)F. CAMP. MM. de \ ivans, de Gacé . de Tes* MM. de Lumbres . de Villars, qui comman- dera la cavalerie. 90 JOURNAL DE DAJNGEM INFANTERIE. CAVALERIE. Bataillons. Brigades. Champagne 2 Commissaire-général. . 3 Navarre : 1 Royal-étranger. . . . 3 Piémont 2 Royal-Piémont. . . . . 3 Normandie ï ï Chartres . 2 Auvergne S 1 Condé . 2 Poitou j 1 Rare . 2 Touraine 1 Locmaria . 3 Le Maine 1 Roquelaure . 2 Limoges 1 Mélac . 2 Orléans 1 Bertillac. ...... . 2 Soissons 1 Grignan . 2 Condé 1 Roquepine . 3 Bourgogne \ Besons . 2 Vermandois 1 Châtillon. . . . . . . 3 Provence 1 Montre vel . 3 Italien 1 Romainville Pracomtal. . . 3 Bombardiers 1 ;] Soissonnois 1 Sibourg . 3 Solre. . . l Phélypeaux. . . . . 3 Bataillons. 24 [ Duterrail . 3 Imecourt . 3 DRAGONS. Dauphin 3 Asfeld 3 Saint-Frémont 3 Escadrons. 04 ARMÉE DE FLANDRE, Que, commandera M. de Luxembourg. LIEUTENANTS GENERAUX MM. de Gournay, Dauber, de Tilladet, de Choiseul , MARECHAUX DE CAMP. MM. de Montchevreuil , de Montrevel. Le duc du Maine, et com- mande la cavalerie. AVRIL 1600. LIEUTENANTS GENERAUX. MARECHAUX DE CAMP, MM. de Calvo , MM. de Ximenès , de Mau lévrier, de Genlis. Vatteville , la Valette , Rivarolles. INFANTERIE. Bataillons. . 4 . 2 Gardes-Françoises. . Gardes-Suisses. . . . Vaubecourt t Régiment du roi. ... 3 Ghappes l Guiche I La Châtre I Royal-Roussillon. ... 2 Fusiliers du roi. . . . 2 Castres 1 Greder-Allemand. ... 2 Saint-Laurent 1 Toulouse 1 Stoppa l'aîné 3 Salis 3 Greder-Suisse 3 Stoppa cadet Aoste-piémontois. . . . La Marine-Piémontois. Nicc-Piémontois. . . . Ratai lions. 3 CAVALERIE. Brigades. Petite-Gendarmerie. . . 4 Mestre-de-eamp-général . 3 Royal-Cravattes. . . . 3 Royal-Roussillon. ... 3 Royal-Allemand. ... 3 Bourgogne 3 Bu Maine 2 Chàlons 2 Lumbres 3 Pralin 2 Aubusson 2 Rohan 2 Magnac 3 Saint-Simon 3 Coislin 3 Merinville :i Vandeuvre 3 Coade 3 Courtebonne 3 Du Rosel 3 Massot 3 NonJlles 3 Rottembourg 3 DRAGONS. Royal 3 Pomponne 3 La Reine :i TeSSé* Midd < tranga ■> ilcric 92 JOURNAL DL DAJNGEAU. DRAGONS. Fusiliers 3 Furstemberg 2 Harlus _3 Escadrons. 91 ARMÉE DEDAUPHINÉ, Que commande M. de Catinat, lieutenant général. MARÉCHAUX DE CAMP. MM. Feuquières, M. d'Harcourt. Quinçon , INFANTERIE. Bataillons. Grancey Artois La Sarre Bourbon Plessis-Bellière Périgord Clérembault Cambrésis Vexin Rôle. Ëssy-Suisse 3 Bataillons. 13 CAVALERIE. Servan. . . . Pelleporte. . Montgomery. Saint-Maurice. Souatre. . . Du Chàtelet. , Geofreville. . Brigades DRAGONS. Mestre-de-camp-général . Gramont La Lande Ganges Catinat Second-Languedoc. . . Escadrons. 40 ARMÉE DE CATALOGNE, Que commande M. de Noailles, lieutenant général. LIEUTENANTS GENERAUX. MM. Bulonde, Langalerie, MARECHAUX DE CAMP. MM. Seppeville, Longueval. AVRIL 1090. 1)3 INFANTERIE. Compagnies de Picardie, commandées par la Greffe 15 Compagnies de campagne, commandées par la Robinière 15 Compagnies de Navarre, commandées par la Motte de (iuilly. ... 15 Compagnies de Normandie, commandées par Mas- sias \-i Compagnies du régiment du Roi, commandées par Launay 15 Compagnies du Roi, com- mandées par Bernoy. . 12 Compagnies du Royal, commandées par Saint- Claude 9 Compagnies de la marine. 3 Alsace 24 Krlach-Suisse 12 Sorbcc-Suisse 18 Du troisième bataillon de Zurlauben (\ Yalnié-Allcmand I Du \ erger-AUemand. . . Compagnies danoises. . . Compagnies de miquelets. i 2 18 CAVALERIE. Escadrons La Reine 3 Poinségur 3 Monbas ?, Molac 3 Légal. . . . Bacbevilliers. dragons. Premier Languedoc. La Salle. ..'.... Escadrons. 2 1 M, de Noailles formera des ba- taillons de ses troupes comme il le jugera à propos. Hardi V, à Versailles. — Madame La Dauphine a forl Lien passé la nuit; elle s'esi trouvée si doucement à son réveil, que cela ;i déterminé le n>i à aller demain à Mark jusqu'à samedi. Le i<>i h Monseigneur ii aussi. — L'abbé de la Vieui ille esl mort ce matin A Paris ; il avoif 94 JOURNAL DE DANGEAU. l'abbaye de Savigny en Normandie, qui vaut pi usde 20,000 livres de rente. — Outre les officiers généraux qui sont em- ployés dans les cinq armées , il y en a qui servent en d'autres postes. — M. de Broglio commande en Lan- guedoc, M. de Revel commandera à la Rochelle , M. du Guast, maréchal de camp, commandera dans les Céven- nes, où il est fort accrédité. M. d'Huxelles commandera à Luxembourg, Montai à Mont-Royal, Chamilly à Stras- bourg, Chazeron à Perpignan et en Roussillon , Bissy en Lorraine, Renty en Franche-Comté, et plusieurs autres qui demeurent dans leur gouvernement et dans leurs postes. Mercredi 5, à Marly. — Madame la Dauphine se porte un peu mieux. Le roi dîna à Versailles à son petit couvert, et vint ici en chassant. Monseigneur arriva ici avant le roi. Monsieur et Madame sont du voyage. La princesse de Conty, la mariée, en est aussi. — Ce matin, M. de Sei- gnelay est venu apporter au roi la nouvelle que notre Hotte est arrivée en Irlande du 22 du mois passé. Elle a débarqué à Cork ; quand la barque qui a apporté la nou- velle est partie , on embarquoit les hiandois qui doivent passer en France ; on les croit arrivés à Brest présente- ment; notre flotte passa le 17 devant les Sorlingues, et on a su que la flotte ennemie qui porte la reine d'Es- pagne y avoit passé le 18. Ainsi peu s'en est fallu qu'ils ne se soient rencontrés. M. d'Avaux, M. Rose et M. de Gacé reviennent sur notre flotte. — Le roi a changé les dispo- sitions qu'il avoit faites pour M. de Rubantel, qui devoit servir de lieutenant général avec M. de Bouffi ers. Le roi renvoie en Flandre, où il commandera les gardes. — Arnolfini, maréchal de camp, servira en Normandie à la place de la Hoguette, qui est présentement en Irlande; Crillon, maréchal de camp, sert en Guienne sous le che- valier de Sourdis. Jeudi 6, à Marhj. — Le roi, après son diner, alla tirer. Monseigneur alla le matin, à Versailles, voir madame la Dauphine , qui avoit assez bien passé la nuit ; il revint AVRIL 1690. 95 (liner ici, et après dîner il alla faire des battues. Au retour de la chasse, on joua aux portiques et au lansquenet; il n'y a pas de musique ici, ce voyage. — Le roi a eu nou- velles que le régiment de dragons de Fimarcon , qui est en garnison à Fribourg, avoit battu un parti de houssards qui étoient venus enlever des bestiaux près de la place. Ils les ont poursuivis jusqu'à la montagne, en ont tué plus de cent et pris quelques prisonniers , entre lesquels est le capitaine Georges, qui les commandoit, homme de réputation parmi eux. — M. de Mauroy, lieutenant-co- lonel de cavalerie, a acheté le régiment du maréchal d'Humières 2,000 pistoles; le maréchal d'Humières en auroit trouvé davantage , mais le roi n'a pas agréé ceux qui le vouloient avoir. Vendredi 7, à Versailles. — Le roi, après son dîner, alla tirer. Monseigneur courut le loup. Madame la Dauphine s'est trouvée un peu soulagée; elle avoit commencé ;ï prendre des eaux de Sainte-Reine, mais elle n'a pas pu s'en accommoder. — M. le marquis de Vins, maréchal de camp, commandera en Bresse comme il ycommandoit l'année passée. — M. de Vatteville , maréchal de camp, a passé la rivière au-dessus de Nainur el a forcé une re- doute que Les ennemis y avoient faite; mais, ayant voulu détacher une partie de ses troupes pour les envoyer brûler des villages qui ne vouloient point contribuer, il a donné temps à La garnison de Nainur de venir à lui, et en se retirant il a perdu trois ou quatre officiers, dont il \ en avoit deux fort distingués dans les troupes, Cerisy; lieutenant-colonel de Condé, et Langenerie, Lieutenant* colonel de dragons de Dauphin. — Les nouvelles de Vienne portenl que Canise s'est enfin rendu ; mais on en doute encore. Samedi h, à Versailles. — Le roi revint ici de Mari] en chassant. Monseigneur revint tard avec madame la princesse de Cont] , après avoir joué à Mari] jusqu'à cinq heures Madame la Dauphine a en c<> soir de grandes Ufi JOURNAL DK DAJNGKAU. vapeurs qui l'ont fort incommodée. — Le roi <» permis ;• madame la princesse de Conty de revoir la duchesse de Choiseul sa cousine. — M. de Louvois ayant découvert que quelques commis dans ses bureaux avoient pris quelque argent pour des commissions, il les a chassés honteusement, et on a mis en prison une femme qui étoit l'entremetteuse de ces commerces-là, espérant par elle en découvrir davantage. Dimanche 9 , à Versailles. — Le roi ne sortit pas de tout le jour. Il donna audience le matin à l'abbé Trevi- sani, camérier du pape, et alla à la messe. M. le cardinal de Forbin , en habit de cardinal, prêta serment pour l'é- vèché de Beauvais ; tout évêque qui devient cardinal re- prête un nouveau serment, parce que la régale est ouverte. — Monseigneur se promena l'après-dinée avec madame la princesse de Conty. Madame la Dauphine s'est trouvée beaucoup mieux aujourd'hui. — M. l'électeur de Bavière a envoyé un courrier à madame la Dauphine. Il y avoit longtemps qu'il n'avoit reçu de ses nouvelles et qu'elle n'en avoit reçu aussi, parce que les Allemands retiennent toutes les lettres de part et d'autre; ce courrier a fort réjoui madame la Dauphine. Lundi 10, à Versailles. « — Le roi dîna à son petit cou- vert, et alla tirer, et puis fut à Saint-Cyr. Monseigneur alla faire collation à Trianon avec madame la princesse de Conty; il y joua au lansquenet et aux portiques. Ma- dame la Dauphine paroit se porter mieux ; cependant les vapeurs la tourmentent toujours. — M. de Crèvecœur a vendu sa charge de secrétaire des commandements de Monsieur à M. de Vatan-Aubery, qui lui en donne 125,000 francs. M. de Crèvecœur épouse mademoiselle de Hartay, fdle de M. le chancelier, à qui on donne 25,000 francs présentement, et on lui assure 25,000 francs après la mort de son père. — Le roi a envoyé ordre à M. Hervé, doyen du parlement , de se défaire de sa charge , parce qu'il se servoit de son pouvoir pour ne point payer ses créanciers. AVRIL 16ÎK». 97 Mardi 11, à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert, et alla tirer. 11 ira demain à Marly pour quelques jours. Monseigneur s'alla promener à Trianon avec ma- dame la princesse de Conty ; il y joua et y lit collation. Madame la Dauphine a moins de fièvre. — Le roi a appris ce matin la mort de M. de Montclar, et a donné ce soir sa charge et ses emplois. Il donne la charge de mestre de camp général de la cavalerie à M. Rose, lieutenant gé- néral, qui revient d'Irlande. Le commandement d'Alsace, (pii vaut 2,000 francs par mois, a été donné à M. le mar- quis dHuxelles; outre cela, M. de Montclar jouissoit du grand bailliage de Haguenau, qui vaut 20,000 livres de rente, et qui appartenoit à M. le duc de la Meilleraye, à qui le roi le rend ; M. de Mazarin l'avoit donné à son fds par son contrat de mariage. — Le marquis d'Harcourt, qui étoit destiné à servir de maréchal de camp dans l'armée du Dauphine , commandera dans Luxembourg en la place du marquis d'Huxelles. Par la mort de M. de Montclar, il vaque une troisième place dans les cheva- liers de l'ordre. Mercredi 12, à Marly. — Le roi, après son dîner, alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, et puis vint ici où il se promena longtemps. Monseigneur alla courre le cerf avec Madame , et revint ici de fort bonne heure ; Monsieur et Madame sont de ce voyage-ci ; M. de Louvois y est aussi, qui a coutume d'aller toujours à Meudon pen- dant que h> roi est ici. — Quoique le prince d'Orange ait pu faire, il n'a pu obtenir des Hollandois qu'ils rom- pent \c commerce de lettres avec la France. — L'on ap- prend d'Angleterre que !<• parlement «-st assemblé, que le prince d'Orange leur demande beaucoup d'argent, qu'il se préparée passer incessamment en Irlande ; il leur demande d'établir une régence à La tète de laquelle sera la princesse sa femme pendant son absence. — M déNoaillesapriscongéduroi, ets*en va commander l'armée de Catalogne 98 JOURNAL DE DAKGKA1Ï. Jeudi 1 3, à Marly. — Le roi courut le cerf le matin, f t revint dîner ici. L'après-dînée il alla tirer et voler. Mon- seigneur courut le loup et revint de bonne heure. Ma- dame laDauphine a assez bien passe lajournée. — Le testa- ment de mademoiselle de Guise, qui a été confirmé depuis peu de jours, donne le duché de Joyeuse à M. de Com- mercy ; les conclusions de M. l'avocat général de Lamoi- gnon, qui ont été suivies, portent que ce duché sera con- fisqué au roi f et, comme on ne peut confisquer le bien d'un homme dont le procès n'est pas fait , on travaille présentement à lui faire son procès. M. d'Armagnac, mes- demoiselles de Lislebonne, M. le comte de Brionne et madame la princesse d'Har court ont obtenu tout ce qu'ils demandoient. — La reine d'Angleterre de voit venir ici aujourd'hui; mais le roi lui a mandé, par M. le Premier, qu'il la prioit d'attendre à un autre voyage, parce qu'on travaille aux jardins qui sont en désordre. Vendredi 14, à Marly. — Le roi se promena le matin à pied dans ses jardins, et l'après-midi alla tirer. Monsei- gneur alla le matin à Versailles voir madame laDauphine, et revint diner ici. Madame la Dauphine a été aujour- d'hui assez tourmentée de ses vapeurs. — Le roi donne V0,000 francs à M. le chancelier pour mademoiselle de Harlay , sa petite-fille, qui épouse M. de Crèvecœur-Men- nevillette. — Le roi a fait donner à madame la princesse d'Harcourt 1,000 pistoles; cet argent-là réparera la perte qu'elle fit il y a six semaines au feu de Compiègne. Samedi 15, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly en chassant. Monseigneur demeura l'après-dînée à jouer avec les princesses, et puis alla faire collation à la Mé- nagerie avec madame la princesse de Conty avant de revenir ici. — On n'est pas content ici de la conduite de M de Savoie, qui a donné 100,000 pistoles à l'Empe- reur pour être traité comme les têtes couronnées , hon- neur que l'on fait à M. de Savoie en France depuis quelque temps. L'Empereur, outre cela, lui a donné des AVRIL 1690. 90 liets qui relèvent immédiatement de l'Empire, et sont proches de Turin ; on soupçonne M. de Savoie d'avoir fait un traité avec la maison d'Autriche , qui le lie encore davantage avec elle. — Madame la Dauphine a com- mencé ce soir à vider un abcès. Dimanche 16, à Versailles. — Le roi alla au salut et se promena dans ses jardins. — Monseigneur alla à Saint- Germain voir la reine d'Angleterre. — Madame la Dau- phine a vidé plus d'une pinte d'abcès que les médecins croient qu'il vient du mésantère. Si cela ne la soulage, il y a peu d'apparence à sa guérison. — M. le premier président de la cour des aides marie sa fille à M. le mar- quis de Flamanville, officier de la petite gendarmerie. Il est venu prier le roi d'agréer le mariage et dTen signer le contrat. Lundi 17, à Versailles. — Le roi prit médecine et ne sortit point. Monseigneur se promena avec madame la princesse de Conty, et alla faire collation à la Ména- gerie. — On croit madame la Duchesse grosse. — Madame la Dauphine a passé la nuit avec une grosse fièvre; il ne paroM pas qu'elle soit soulagée. — On a fait dire à Ions 1rs officiers d'armée de partir incessamment pour se rendre à leurs régiments; M. le maréchal de Luxem- bourg partira à la fin du mois, parce qu'on veut mettre en campagne eB Flandre incessamment. Mardi 18, à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- ver!, ri alla tirer. Monseigneur alla se promener l'a près- ilnée. Madame la Dauphine «-si encore beaucoup plus mal qu'elle n'a été ; on n'en espère |)lns rien. — Madame la maréchale d'Humières a pris !•' tabouret an souper du roi, comme duchesse. — Le traite de M. le prince d'O- range avec Les Suisses, pour l«'s \ ,000 nommes qu'il sou- loi t avoir, étoil lait . mais a des eondilioiis < | ii i lui ont paru si dures qu'il a désavoué M. Koop, son ministre, et, le traité «-si rompu. — Il est sûr que Ganise s'est rendu h, Mleinands le 21 du mois p;issé. — On a en avisa 100 JOURNAL DE DAINGEAU. Bruxelles que la reine d'Espagne est arrivée à la Co- rogne le 27 du mois passé. — On ne sera obligé d'en- voyer son argent à la Monnoie qu'à la fin du mois de mai prochain; on a prolongé jusqu'à ce temps-là par la difficulté qu'il y a. Mercredi 19 , à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, et alla se promener ; Monseigneur prit médecine. Madame la Dauphine , qui avoit paru un peu soulagée durant le cours de la journée, se trouva si mal le soir qu'elle demanda qu'on lui apportât l'extrême-onction , qu'elle reçut avec beaucoup de dévotion, toute sa raison lui étant revenue. Le roi , Monseigneur et toute la maison royale assistèrent à ce triste spectacle, à deux heures après minuit; M. l'évêque de Meaux dit la messe dans sa chambre et la communia ; elle a l'esprit" dans la même tranquillité qu'elle l' avoit avant sa maladie. Jeudi 20 ; à Versailles. — Madame la Dauphine, se sen- tant à l'extrémité et ayant reçu tous ses sacrements , a parlé en particulier au roi et à Monseigneur; elle en- voya aussi chercher madame de Maintenons qui étoit allée à Saint-Cyr. Ensuite elle envoya quérir Messeigneurs ses enfants et leur donna sa bénédiction ; elle dit à Monsei- gneur de Berry en l'embrassant : « C'est de bon cœur, quoique tu me coûtes bien cher; » elle passa l'après-dinée assez tranquillement, et ne songea qu'aux choses de son salut ; on lui proposa les remèdes d'un homme qui avoit fait des cures de gens de sa connaissance ; à sept heures le redoublement commença, on vit bien qu'elle alloit expirer; le roi, Monseigneur et toute la maison royale entrèrent dans sa chambre; son agonie dura jusqu'à sept heures et demie ; elle conserva sa connoissance jus- qu'à la fin, elle ne l'a pas perdue un moment depuis hier qu'elle reçut l'extrême-onction. Après sa mort (l),le (1) Voy. Lettre, de madame de Sévignê du 26 avril 1690, et la Lettre de Bussy ;is. Les médecins H les chirurgiens oni trouvé qu'il n'y avoil rien de mal de sa couche, de madame de Haintenon, par la BeanmeUe, i. m, p. ?.cm , édit lo-12, |~7M. Le» Si, un mis tic hinilnnic rir CCffltlS, |>- 196, édit. Mirllillhl »'l l'on initial 102 JOURNAL DK DAWGEAU. comme on L'avoit cru. On lui a trouvé les poumons «i I(î DObésantère Tort attaqués, la rate un peu trop grosse, le foie et la matrice fort sains. — Le roi a nommé MM. les évoques de Mirepoix et de Nîmes pour faire IV raison funèbre, l'un à Saint-Denis , l'autre à Notre-Dame. On a réglé que, des quatre dames qui garderont madame la Dauphine,1 il y en aura deux titrées (c'est-à-dire duchesses , princesses ou maréchales de France ) et deux autres. Quand le chevalier d'honneur, la dame d'honneur, la dame d'atours, les duchesses et les ma- réchales de France viennent pour donner de l'eau bé- nite, les hérauts d'armes leur donnent des carreaux; la femme du chevalier d'honneur en a aussi ; elles en ont toujours chez les reines, et les femmes des premiers gentilshommes de la chambre. — Madame la Dauphine a été à visage découvert jusqu'à ce qu'on l'ait ouverte , et on a fait une faute ; c'est que pendant ce temps-là les dames qui n'ont pas droit d'être assises devant elle pen- dant sa vie n'ont pas laissé d'être assises devant son corps à visage découvert. Jusqu'ici les dames ont été garder le corps de madame la Dauphine sans être nommées par le grand maître des cérémonies, et, parmi celles qui y ont été , il y en a une dont on le trouve mauvais , parce qu'on ne prétend pas qu'elle doive être nommée pour y aller. Le roi a réglé qu'on ne nommera pour garder le corps de madame la Dauphine que des dames qui pourroient être reçues à entrer dans son carrosse, si elle étoit en vie *. * Madame la Dauphine fut peu regrettée. Klle avoit beaucoup d'es- prit , mais les mœurs allemandes s'y laissèrent trop sentir dans une cour qui n'étoit occupée qu'à adorer toutes les volontés et toutes les in- clinations du roi , ou ce qu'on pouvoit imaginer lui plaire. .Madame de Maintenon fut de ce côté-là une pierre d'achoppement contre laquelle elle se brisa. Le roi lit des merveilles dans les commencements, et ma- dame de Maintenon chercha aussi à lui plaire, et à l'apprivoiser ; mais, si elle y répondit d'abord avec grâce, elle ne tarda pas, après la mort de la reine, à laisser sentir que le joug de madame de Maintenon lui pesoit AVRIL 169©. 103 et que sa cause lui etoit odieuse; ses grossesses, ses couches, qui turent toutes fort difficiles, la retirèrent de le compagnie du roi et des amuse- ments de la cour, en lui rendant les voyages impossibles, et le roi qui aimoit que tout contribuât à rendre sa cour brillante et agréable , et qui ne pouvoit souffrir aucun contre-temps, et qui mesurait à sa santé celle de tout le monde , supporta d'abord cet éloignement avec peine , après avec chagrin, et, à la fin, madame la Dauphine, mal servie par madame de Maintenon, lui devint par degrés indifférente , à charge et quelque chose de plus. D'un autre côté, cette princesse, qui aimoit Monseigneur avec passion, voyoit avec peine qu'il en aimoit d'au- tres , et qu'après quelques années d'une sincère amitié, il s'ctoit peu à peu éloigné d'elle. Elle n'avoit jamais été belle ni rien d'appro- chant. Les séparations de lieux avoient accoutumé Monseigneur à l'être d'elle . Madame la princesse de Conty, fille du roi , n etoit occupée qu'à l'amuser chez elle; l'habitude, qui a plus de pouvoir sur ces princes que sur les autres hommes , rendit à Monseigneur les devoirs à madame la Dauphine importuns. L'aversion se mit entre elle et madame la princesse de Conty Monseigneur se trouva entre une épouse infirme et chagrine, et les jeux et les ris qui partout ailleurs naissoient sous ses pas. Bez/ola, que madame la Dauphine avoit amenée avec elle, devint bientôt toute sa consolation; et une très-longue maladie de Bezzola, qui ne fut pas sans soupçon de poison, aigrit encore madame la Dau- phine, qui, accoutumée à passer la plupart de ses journées tête-à-tête avec elle, ne put s'en passer longtemps, et les alla passer dans sa chambre tant que ta santé deBezzola l'empêcha d'en sortir. Klle nétoit pourtant que femme de chambre, et quoique iille d'esprit, de mérite, et qui eût bien voulu pouvoir amener sa maîtresse à une conduite plus complaisante, sa faveur si marquée aliéna fort les esprits, et donna un champ libre à madame de Maintenon et à madame la princesse de Conty, tellement que madame la Dauphine était souvent accusée de faire la malade, pour préférer le tête-à-tête avec Bezzola à tous les de- voirs et aux plaisirs même de sou état. Cette injustice alla si avani . qu'il fallut son extrémité et sa mort ensuite pour persuader sa maladie. On a toujours cru que Clément, son accoucheur, l'avoit blessée en sa dernière couche, depuis laquelle elle n'eut pas un jour de santé, et qui', comme on se SOUCioît peu d'elle, tout conspira a sauver la répu- t rit ion de Clément. Madame la princesse de Conty fut aussi fort accu- sée d'avoir approche d'elle, aussitôt après, avec des senteurs dont elle n est pas revenue. Sur la fin de sa vie, les démêlés de ses frères avec le cardinal de Furstemberg pour l'électoral de Cologne, ou le roi pril part si peu ,i propos et avec si peu de succès, ne diminuèrent pas ses depi.iisirs, et m est n'ai qu'une princesse qui par oe prodigieux mariage Madame il n'y en cul qu'une. Sur cela le roi ;i décidé qu'il y en auroil trois pour celui de madame La Dauphine. Les maîtres des cérémonies disoient qu'on ne deroil |>;is tendre de noir La porte s frères. Mardi 25, à Marly. — Monsieur, accompagné de Ma- dame, de M le duc de Chartres ei o. H1 ici garder le corps , quoiqu'elle ait reçu à Pâques une manière d'ordre de ne se point montrer à la cour. — Le mariage de mademoiselle d'Humières avec M. de Chappes est différé; M. d'Aumont veut que son fils, en se mariant et prenant le nom d'Humières , ait la duché , et le ma- réchal ne la veut point donner sitôt. — Le roi a dit A Marly qu'il étoit fâché de n'avoir point pris ses mesures pour aller à l'armée cette année, et qu'il trouve qu'il est triste de demeurer avec les cardinaux et les gens du con- seil , et que l'année qui vient il iroit assurément. S. M. s'est allée promener à Saint-Cloud avec Monseigneur et Monsieur. Samedi 29, à Marly. — Il y eut tant de contestations ail transport du corps de la reine à Saint-Denis, que, pour les éviter, le grand maître des cérémonies est allé à Marly recevoir les ordres du roi. — Le poêle qui est sur le corps de madame la Dauphine est le poêle de la cou- ronne; il y en devroit avoir un autre de velours noir par-dessus. — La dame d'honneur et la dame d'atour sonl au-dessus du chevalier d'honneur dans la chambre <>ù est le corps, quoique partout ailleurs elles soient au- dessous , parce qu'à la mort de la reine-mère, sur la dis- pute qu'il y eut entre M. de Brancas, chevalier d'honneur, i na dame de Senecey, dame d'honneur, et la duchesse de Noailles, dame d'atour, le roi pria M. de Branoas \ > 112 JOURNAL DE DANGEAU. elle dit que c'est pour assister au mariage de mademoi- selle de Nevers avec le frère du connétable Colonne; mais ce mariage est encore fort incertain. — On a eu nouvelle que nos vaisseaux sont partis d'Irlande le 18. Le marquis d'Escos, qui servoit de maréchal de camp dans l'armée du roi d'Angleterre, est mort de maladie ; il avoil un régiment d'infanterie et une lieutenance de roi en Champagne, que le roi a donnée à son fils. — 4-00 chevaux de nos troupes de la garnison de Brisach, commandés par Kergrail (1), capitaine dans Saint-Valéry , ont battu ^00 houssards ; ils en ont tué 100 et fait quelques prison- niers; tous nos cavaliers ont fait fort bien leur devoir; il a défait aussi quelque infanterie des ennemis. — On continue à Versailles à garder le corps de madame la Dauphine , et madame de Nemours et madame la comtesse de Soissons y viendront demain. — Le roi est toujours à Marly. — Monsieur est venu à Versailles, et a pris la peine d'aller rendre visite à madame la duchesse d'Ar- pajon , à madame la maréchale de Rochefort et a madame de Dangeau. Lundi 1er mai, à Marly. — Madame la comtesse de Soissons et madame de Nemours vinrent à onze heures du matin, et gardèrent le corps de madame la Dauphine. Le roi leur avoit fait dire qu'il trouvoit fort mauvais qu'elles n'y fussent pas venues, et, comme la journée étoit destinée à porter le corps de madame la Dauphine à Saint-Denis, Mademoiselle, madame la princesse et les deux princesses de Conty vinrent ici l'après-dinée, et sur les sept heures du soir, tout étant disposé pour cette triste cérémonie , elles entrèrent dans la chambre de madame la Dauphine. M. de Meaux fit les oraisons accoutumées, puis le clergé se mit en marche depuis la chambre jus- qu'au bas de l'escalier. Douze gardes du roi élevèrent le (!) Le Mercure galant nomme cet officier M. ul été obligés de rentrer dans les ports d'Espagne, où ils attendront de nouveaux agrès de Hollande et d'Angleterre avanl que de continuer leur route. Vendredi 5 . h Versailles. — Le roi donna audience au chapitre de Notre-Dame qui venoii remercier S. M. d'avoir donné à M. l'archevêque sa nomination au cardinalat; cela ne s'étoil point encore pratiqué. Le doyen portoil la parole . <•! I<- roi Lui répondit sur chaque article avec son éloquence ordinaire. — On lit le matin un service à la paroisse pour madame la Dauphine; Ions les officiers de la maison y étoient ; les hommes n'avoieni point de grand manteau, ni les dames n'avoieni point de manie, cl l'on h \ lii point la cérémonie ordinaire. — Madame de Main- tenon \ étoit. — Le toi alla à s;i grande écurie \<>u montera cheval M. de Chartres pour la première t'ois, et ensuite il alla tirer. — La flotte du roi esl arrivée à Brest 118 JOUUjNAL l)K DANGEAU. el a amené .">,8u0 Irlandois. — La flotte qui a mené La reine d'Espagne ;'» la Cçrogne a beaucoup souffert de la teinpète. Trois gros navires de guerre ont péri ou échoué. — M. de Lauzun est allé à Dublin. Le roi d'Angleterre a envoyé (in brevet de lieutenant général à la Hoguefte, et deux maréchaux de camp pour commander sous lui ; M. d'Hamilton en est un. Samedi 6, à Versailles. — Le roi reçut après son dîner les compliments du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides, de la cour des mon noies, et de la ville ; ces compagnies allèrent ensuite chez Mon- seigneur, qui se leva et se découvrit pour recevoir les trois premières. Le premier président du parlement lui dit d'abord : « Monseigneur, le roi nous avoit commandé de venir ici, » et il avoit dit, en finissant son compliment au roi : « Sire, V. M. nous commande donc d'aller chez Monseigneur. » A cinq heures après midi la reine d'Angle- terre vint ici en mante. Le roi la reçut dans son grand ca- binet ; il y avoit vingt-deux dames assises ; elle alla ensuite chez Monseigneur, chez MM. ses enfants, chez Monsieur et chez Madame. — Après que le premier président eut parlé, le procureur général et M. de Lamoignon, avocat général, s'approchèrent du roi, et le procureur général porta la parole en l'absence de M. Talon, le plus ancien des avocats généraux qui eût parlé. C'est une chose établie depuis trente ans, et les gens du roi avoient accoutumé seulement de se présenter. Quand la cour des mon noies et la ville entrèrent chez Monseigneur, il se découvrit et ne se leva point. — La ville ne se met point à genoux pour haranguer Monseigneur. Dimanche 7, à Versailles. — M. de Catinat doit être entré aujourd'hui avec les troupes du roi dans le Pié- mont. Il va d'abord àSuse. Le roi a su que M. de Savoie a fait un traité avec l'Empereur et les Espagnols. — Le roi a été voir la .reine d'Angleterre; Monseigneur y a été en- suite et y a mené dans son carrosse M. le duc de Bour- MA[ 1600 Ufl gogne ; il y fit monter M. de Beau villi ers. La reine d'An- gleterre demanda à Monseigneur s'il ne falloit point donner un fauteuil à M. le duc de Bourgogne , et lui en fit donner un. Ensuite Monsieur et Madame vinrent et eurent des fauteuils. M. de Chartres n'eut qu'un pliant. Madame la maréchale de la Mothe y mena aussi M. le duc d'Anjou et M. le duc de Berry après que Monseigneur en fut sorti. — Le mariage de mademoiselle d'Humières avec M. de Chappes est raccommodé; M. le maréchal d'Humières promet de céder la duché au mois de mars prochain à M. de Chappes, et laisse sa promesse par écrit entre les mains de M. de Lamoignon , qui étoit l'un des entremetteurs de cette affaire. Lundi 8, à Versailles. — Le chevalier de Saucoiir! .1 traité avec M. de la Trousse de la charge de capitaine lieutenant des gendarmes de Monseigneur; il lui donne en payement son guidon des gendarmes du roi pour 100,000 francs, et 95,000 francs que M. de la frousse devoii à M. de Louvois et dont madame de Saucourl se charge. Monseigneur donne au chevalier de Saucourl l< js entrées chez lui, et le roi lui donne un hrevet de re- tenue de 85,000 livres; il n'a débourse que cette somme pour son guidon, jkutc que le roi paya 15,000 francs pour lui. — Le roi ef Monseigneur ont donné audience ee matin à l'ambassadeur de Venise et à l'envoyé de Manloue, et a fait dire à l'ambassadeur de Savoie < j u î I ne vouloit pas le voir. L'après-dinée, le roi alla à la chasse, et puis cevinf à Trianon s<" promener ;iv«r les dames et \ soupa; madame de Haintenon, en revint jie bonne heure, et le i'oi y demeura H se mit à table avec Monseigneur, madame la princesse de ponty, mademoi- selle 4e Blois, madame de Beauvilliers, madame la prin- cesse d'Harcourt, madame la comlrss*' deGrammont, la duchesse de Choiseiil , madame de .Mnrfemarl , madame de Dangeau e1 I il trouvera l«,v> mousquetaires, el n'ira pins qu'à petites journées : Le 18 à \'ih\ . le f(.) à Saint-Disier, Le '20 à Ligny, le i\ à Toul . 1<' 11 à Nancy, le 2:{ à Nancy, !<■ 2V à Luné- ville, I»' -2.") à Blamonl . !<• 2(> ;'i Sarrebourg, le 27 à Sa- verne, Le 28 ô Strasbourg , le 29 à Strasbourg . !<■ 30 à 122 JOURNAL DE DAKGEAU ïlaguenau, le 31 à \V issem bourg , le 1er juin à Landau? Samedi 13, à Versailles. — Le roi signa, le matin, le contrat de mariage de M. de Chappes avec mademoi- selle d'Humières; M. le maréchal d'Humières promet de céder sa duché à son gendre au mois de mars prochain, et laisse sa démission entre les mains de M. de Lamoi- gnon, l'avocat général ; mademoiselle d'Humières a déjà reçu les présents de toute la famille du duc d'Aumont. — Le roi alla l'après-dinée à la chasse. — Monseigneur, qui a eu permission de faire son jubilé par avance, Ta achevé aujourd'hui et s'est confessé ce soir. — M. le car- dinal d'Estrées, qui doit être reçu demain chevalier de l'ordre, prétendoit que, dans la cérémonie, les cardinaux qui ont été reçus à la dernière promotion avoient laissé perdre des distinctions qui leur appartenoient ; il deman- doit d'être assis sur un tabouret, comme le sont les princes du sang, et de n'être pas sur le banc avec les évêques qui ont l'ordre ; mais on s'en est tenu à ce qui s'est fait en dernier lieu. — Le roi , avant que d'aller à la messe, a fait M. d'Arcy chevalier de Saint-Michel; il sera reçu demain chevalier du Saint-Esprit. Dimanche 14, à Versailles. — Le roi, au sortir du con- seil, marcha à la chapelle en procession par son petit ap- partement, descendit par le degré qu'on appeloit le degré de la Reine , et traversa la cour pour entrer dans la chapelle. M. de Metz, prélat de l'ordre, officioit; avant la messe, le roi reçut chevalier M. le cardinal d'Estrées, qui prêta serment à genoux ; autrefois les cardinaux le prêtoient debout. — Gomme M. d'Avaux n'a point en- core paru depuis qu'il est revenu d'Irlande, et que M. de Seignelay est malade, M. de Chàteauneuf a fait la fonction de prévôt de l'ordre. Après la messe, le roi reçut M. d'Arcy qui fut présenté par MM. de la Salle et de Beringhen , les deux plus anciens chevaliers gentils- hommes qui fussent à la cérémonie. — Monseigneur fit ses dévotions. — On a publié aujourd'hui le jubilé pour MAI 1690 123 cette semaine. — M. de la Trémoille, qui servira cette année de premier gentilhomme de la chambre auprès de Monseigneur, M. le Prince, M. de Vendôme et moi primes congé de S. M. Nous rejoindrons Monseigneur jeudi à Vitry ; il ne partira que mercredi. Lundi 15, à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert, et alla tirer. Il commence aujourd'hui son jubilé. — Monseigneur alla à Chaillot dire adieu à la reine d'An- gleterre, qui y passera la semaine pour y faire son ju- bilé. — M. de Chappes épousa, à Paris, mademoiselle d'Humières ; la noce se lit à l'Arsenal ; les mariés avoient diné à l'hôtel d'Aumont ; M. de Chappes porte présente- ment le nom de marquis d'Humières. — M. le grand- prieur se préparoit à servir cette année de volontaire avec M. son frère , mais le roi lui a fait dire qu'il souhaitoit qu'il ne vint pas dans l'armée de Monseigneur. Je partis ce jour-là de Versailles, et vins coucher à Armainvilliers avec Florensac et l'abbé de Beuvron. Mardi 16, à Versailles. — Le roi a donné à Monseigneur une instruction par écrit que personne n'a vue. — M. de Saint-Pouanges rejoindra Monseigneur à Vitry, et sera toujours auprès de lui. — M. le maréchal de Lorges a marché avec la cavalerie à Neustadt; il y fait venir quel- que infanterie, et puis, quand elle l'aura joint, il s'avan- ceraentre Wormsel Mayence. Les troupes ont commencé à camper. Le comte de Coigny. maréchal de camp, est ilétaclié avec le marquis d'IJuxelles. — Onavoit eu quel- que petit rayon d'espérance pour M. de Monta usier; il est retombé, et l'on ne croit pas qu'il passe la journée ù il fil mettre à table avec lui M. l'archevêque de Reims cl H. l'évéqùe de Unions, (parce qu'ils s<>ni pairs; il iT> l;ui point mettre les autres évêques. Monseigneur arriva â \iir\ sur les huit heures. M. de Saint-Louanges lui donna la commission du roi, scellée du grand sceau, pour commander l'armée d'Allemagne. Le connétable n'avoii pas besoin de commission pour commander les nrmées , 128 JOURNAL 1)1*: DANGKAU. et choisissent celle qu'il vouloit commander, et il faut une commission pour monseigneur le Dauphin comme pour les autres généraux d'armée. Le roi met à la sus- cription : A mon fils le Dauphin , mon lieutenant gé- néral commandant mon armée d'Allemagne. — M. de la Trémoille, M. le Premier, M. de Chiverny, M. de Flo- rensac et moi joignîmes Monseigneur à Vitry. — - Monsei- gneur a trouvé ici trois cents mousquetaires du roi , cent cinquante de chaque compagnie } qui le suivront â l'armée et le garderont partout où il n'y aura point d'infanterie et camperont à l'armée devant son quartier, hors de la ligne. Vendredi 19, à Saint-Dizier. — Monseigneur vint de Vitry, où il avoit couché, dîner à Haye, où M. le prince de Conty le joignit; Monseigneur arriva à Saint-Dizier à deux heures ; il joua à culbas et au reversis jusqu'à neuf heures. — Nous apprenons de Versailles que M. le comte de Soissons a eu permission du roi de vendre son régi- ment; il y est nécessité pour n'avoir pas une pistole ni de quoi faire sortir son équipage de Paris; il avoit espéré que le roi lui donneroit quelque gratification, comme l'année passée ; mais on croit que S. M. n'a pas été contente de lui , sur la difficulté qu'avoit fait ma- dame la comtesse de Soissons, sa femme, de venir garder le corps de madame la Dauphine. — Monseigneur fait donner 50 écus dans la maison où il couche , 50 livres dans la maison où il dîne; et un officier de ses gardes distribue en chemin, tous les jours, 50 écus aux pauvres qui se trouvent sur sa route. Samedi 20, à Ligny. — Monseigneur vint dîner de Saint-Dizier à Aunoy, et coucher à Ligny; il logera dans le château. Madame de Luxembourg s'en alla à un quart de lieue de Ligny dans un couvent, afin de laisser sa maison libre. Monseigneur, avant que de partir de Ligny, lui envoya un écuyer pour lui faire des compliments. — M. de Bissv. lieutenanl général de Lorraine . vint MAI 1690. 129 saluer Monseigneur à Ligny, et M. de Boufflers y envoya son capitaine des gardes , n'y pouvant venir. Il est à Trêves , où il fait assembler l'infanterie de l'armée qu'il commandera ; l'herbe est encore si courte en ce pays-là qu'il n'assemble point sa cavalerie. — Les nouvelles qui nous viennent d'Allemagne portent que M. de Bavière commandera l'armée de l'empereur et de l'Empire, et qu'il aura sous lui le vieux prince Herman de Bade. Dimanche 21 , à Toul. — Monseigneur vint dîner au Mesnil-l'Aorgue et coucher à Toul. Monseigneur a fait manger M. de la Chesnaye avec lui; il est un de ses aides de camp. — Avant que Monseigneur partît de Ver- sailles, madame la maréchale de la Mothe lui demanda qu'il donnât les entrées chez lui à M. de Chappes, son petit-fils, qui porte le nom de marquis d'Humières ; Mon- seigneur les lui accorda. — Nous apprenons de Versailles que le roi a donné l'appartement qu'avoit M. de Mon- tausier à madame la comtesse de Gramont. — Il est venu un second courrier de M. de Savoie, qui fait quelques pro- positions ; mais elles ne contentent pas encore le roi . Lundi 22, à Nancy. — De Toul, Monseigneur vint tout • l une traite dîner à Nancy. Le vilain temps l'empêcha de visiter les travaux de In place; le soir il fit souper avec lui MM. d'Haraucour et de Thianges, Lorrains; il trouva, ayant que d'entrer à Nancy, cinq compagnies de dragons «lu régiment de Bretoncelles. — M. de Boufflers a envoyé M le comte de Mornay savoir des nouvelles de Monsei- gneur; il assemble sa cavalerie présentement vers Arlon, et s'avancera plus avanl dans le pays de Luxembourg pour la faire subsister. Mardi 23, à Nancy. — Monseigneur séjourna à N;m<\ ; H le matin, après sa messe, visita tous les travaux u\ rages. Monseigneur vint delà coucher ici. M.deLuxem bourg s'est ^aisi de Courtray, el a mis M. de Pertuis de- dans. — On a eu nouvelles que M. de Feuquières a fait at- taquer ies Barbets il Lui étoit venu huit petites pièces de canon qui lm oui fort servi; on lésa forcés, on en a in< deux (mii! cinquante, el il espère venir bientôt à boul <\*- trois "ii quatre cents qui restent encore; ils ont tué Parât . 134 JOURNAL DE DANGEAU. lieutenant-colonel d'Artois, qu'ils avoienl pris La première fois qu'ils furent attaqués. Jeudi 1er juin, à Landau. — Monseigneur dîna à Wis- sembourg avant que d'en partir; et en arrivant ici , avant que d'entrer dans la ville, il en visita les fortifications en dedans et en dehors. Il a trouvé la place en défense et tous les ouvrages fort avancés. M. le maréchal de Lorges a envoyé ici M. le comte de Choiseul, premier lieutenant général de l'armée, qui escortera Monseigneur. — Notre infanterie, composée de trente et un bataillons, est tou- jours à Lampsen, auprès de Frankenthal, et le nmréchal de Lorges s'est avancé avec la cavalerie à Odernheim, à quatre lieues de Mayence. Il a fait attaquer par les dra- gons un petit château qui étoit auprès de son camp , où les ennemis avoient laissé quinze ou vingt soldats et quelques schnapans ; les dragons ont pris le château , et nous en avons eu douze ou quinze tués ou blessés ; Bertil- lac , maréchal de camp, y a eu une contusion. Vendredi 2, à Landau. — Monseigneur alla diner à Philipsbourg; il visita le fort avant que de se mettre à table ; après son dîner, il vit tous les ouvrages de la place en dedans et en dehors. De Philipsbourg, Monseigneur revint coucher à Landau, d'où il étoit parti. — M. de Villacerf , le colonel de cavalerie, est venu ici avec M. de Choiseul; son régiment porte présentement le nom de Berry ; le roi lui a fait cette grâce-là , l'hiver passé ; il étoit commandé pour colonel, et M. de Saint-Valéry pour brigadier. — Monseigneur a déclaré aux officiers géné- raux les postes qu'ils auront à l'armée. A l'aile droite, première ligne : M. de Choiseul, lieutenant général, M. de Bertillac , maréchal de camp. A Vaile gauche, première ligne : M. le comte d'Auvergne, lieutenant général . JUIN 1600. 135 M. de Tallard , maréchal de camp. Au centre de V infanterie de la première tir/ne . Le duc de Villeroy, lieutenant général. Lp comte de Soissons , maréchal de camp. Entre la cavalerie de l'aile droite et Vinfanterie, première ligne : M. de la Feuillée, lieutenant général. Monsieur le Duc, maréchal de camp. Entre la cavalerie de l'aile gauche et l'infanterie, première ligne : M. Rosen, lieutenant général. M. le prince de Conty , maréchal de camp. Aile droite de la seconde ligne : M. de Joyeuse, lieutenant général. M. de Coigny, maréchal de camp. Aile gauche de la seconde ligne : M. deSouhise, lieutenant général. Mélac, maréchal de camp. A l'infanterie de la seconde ligne : Tilladet, lieutenant général. Le corps de réserve : M. de Vendôme, lieutenant général CAMPAGNE DE MONSEIGNEUR. Samedi 3, du camp de Winzingen sous NêUBtadl (1). — (i) Le* Domi de tteui cttéf dani oette campagne sont déâguréa dam tous ta f3(i JOURNAL DK DAJNGLAU. Monseigneur dina à Landau à huit heures, et vint ici, où il a quinze cents chevaux, en comptant les gardes et les mousquetaires qu'il a amenés; il n'y a qu'un quart de lieue d'ici à Neustadt, où Monseigneur n'a pas voulu aller, parce que le lieu est trop serré ; il y auroit eu de l'embar- ras pour les équipages. — M. de Lorges a mandé à Monsei- gneur que M. de Mélac, avec quelque cavalerie, avoit at- taqué la petite ville d'Heidesheim, entre Mayence et Bingen, et avoit forcé les troupes qui la défendoient. 11 n'a pas voulu en attaquer le château, n'ayant point d'infanterie. M. de Blanchefort y a eu un cheval tué sous lui; la cava- erie a très-bien fait, à ce qu'il mande. — M. des Bordes, gouverneur de Philipsbourg , mande à Monseigneur que M. de Bavière est arrivé à Heildelberg en litière, fort in- commodé encore d'une chute qu'il a faite ; c'est ce qui avoit causé le bruit de sa mort. — t Voici, de l'autre côté, les ordres de bataille des armées de Flandre et d'Al- lemagne faits de la main du roi , quand Gournay , qui est entre Sambre-et-Meuse , aura rejoint avec ses troupes l'armée de M. de Luxembourg, et quand le marquis d'Huxelles, qui est vers Huningue, aura rejoint avec ses troupes l'armée de Monseigneur. manuscrits. Nous avons pu les rectifier presque tous à l'aide de la Carie du Cours du Rhin, en 12 feuilles, à l'échelle du ,00,'000> publiée par le général Pelet dans l'histoire de la guerre de la succession d'Espaguc. JU1JN 1690 131 ce £> o o - Ci w ce; Hi H = M i ■ o=. a: <û â fi. ^ j Dauphin 3 ,iSi< Saint- Valéry 2 M -S S ^ Brionne 3 S« *-S ce « Villequier 2 Dragons. Or- S «S - j: t/J Colonel général. . 3 jjj E o Barbeuères. . . • S s g ^ylus 3 W= E „ [ja";^i! Anjou 2 &| m Cayeu* "*" „• Royal. . . . ■S % Bcauvoisis. g.'- Jar/.é. . . . y Thianges. . S 1 <*> 2 NoaillesDui iir 1 S" W Q ^ O S S | l Bellegarde. 0> £jj Villep.on. . Guyi une I ■3 " Royal-Comtoli I •> Blalnville 1 - •* Bouibonnois I D Flon n-.ic ' ier». . . . «;..i.. u. Talon. . h mm. ni on, _• . v - Orléani J 2 §■» " Darleoi U È = "_' ï La Beaaière llï 1 - Monipel nroui * iei main B< aupri . ' 6 ~ & jj Daupbln étrangf r, ...■'■ fr 138 JOURNAL DE DAiNGEAU Esc. I S II Royal-Dragons. La Heine. . . . Asfcldt î. 5 O O JV4L. "^ „ "te S Saint-Simon 3 ."«o0 "ë"'' Coislin 3 H - 2 1 1 Coade | Sir S^»g Massot 3 ^,'i> « S Merinville ...... 3 " « |fg Praslin 2 «^ .do < < Fusili rf-g E S Ê= w. S "g • "§ g Castries .... Rat. S g tj Salis Vaubecourt 1 . S 2 <= J Guiche lW-ë" La Châtre 1 2«_ ^ Royal-Roussillon 2(5~S „ a 3 «*l ^ ? „ o | -g £ Grede; -Suisse. , S >i §3 "f Saint-Laurent . Gardes franeoises 4 0 .îj g «3 Gardes suisses , 3 H. J «•ë "te . |g •§ g Stoppa cadet. ° tç g Stoppa aîné. . — £"" Greder-Allemand 2 g Toulouse ,1 Le Roi 3 Esc. Charlus 3 Bouffies 3 Royal-Roussillon 3 ! Lumbres 3 Rourgogne 3 ; Mestre de camp général. 3 Si S* 38^2 1 w Esc. Courtebonne. 3 '% Langalerie. . 3 Pompone. Tessé , . JE c " •§ >k Esc. "««•S «SDu Rosel 3 H c « « es Ro"embourg .... 3 tH a ■§ -5? B Furstemberg 2 H g g •§ 3 rf « « -g s Aubusson 2 ^oî «S Marquis de Noailles. 3 O 5 .£>» Vandeuvre 3 «Ï** ."C JUIN 1690. i39 Dimanche k, au camp de Lamsheim, près Frankcnthai. Monseigneur commença à monter à cheval, et, dans la marche, fut toujours à la tète des mousquetaires. Il en- voya le matin savoir des nouvelles de M. de la Fréze- lière, lieutenant général, qui est demeuré malade à Neustadt. En arrivant ici, il vit toute l'infanterie en ba- taille sous une ligne à quatre de hauteur ; tous les officiers avec des pertuisanes ou des espontons. M. de la Feuillée , lieutenant général, qui étoit demeuré ici pour commander l'infanterie, salua Monseigneur de l'épée, à cheval. Il y a ici trente et un bataillons, et par bataillon deux cents hommes détachés, qui vont travailler à Philipsbourg et à Landau. — On apprend de Flandre que M. de Luxem- bourg est toujours campé à Deinse, d'où il fait contribuer le pays de Waes, qui a déjà donné beaucoup d'argent; et les villages qui n'ont point encore payé envoient des otages. M. de Calvo, lieutenant général dans cette armée- là, est à l'extrémité, et a reçu F extrême-onction. — M. le Duc avoit voulu choisir pour colonel de son régiment M. d« Nancré; mais le roi ne l'a pas agréé; il a choisi présentement M. de Vieuiponl , que le roi agrée; il don- nera 1,000 pistoles au lieutenant-colonel de ce régiment. Lundi 5, au camp de Lamsheim. — Monseigneur, qui voulut voir l'infanterie en détail, fit prendre les armes à La première ligne d'infanterie, et la vit compagnie par compagnie en haie, Vertillac, du régiment Dauphin, est major-général; nous avons pour intendant dans cette année-ci, Lafont, beau-frère de la Trousse; il étoit déjà intendant de L'armée L'année passée. — Nous apprenons de Paris que le marquis deGesvree, qui do il servir de brigadier de cavalerie dans cette armée, doit épouser ces jours-ci mademoiselle le Camus, fille du Lieutenanl Civil, à qui Ton donne MO, 000 francs d'argent comp- tant el 100.000 flancs en bons effets ; cela consei-x <>i;i la duché dans la maison, car les créanciers du père reu lenl (aire vendre La terre de Gesvres. — On apprend de 140 JOURJNAL K DAMiKAU. Flandre que M. de Calvo est mort; il laisse une cin- quième place vacante dans les chevaliers de l'ordre; il avoit le gouvernement d'Aire, qui lui valoit 18,000 francs, 15,000 francs du roi et 1,000 écus des bateaux. Il avoit, outre cela, 20,000 francs de pension que le roi lui donna après qu'il eut défendu Maestricht. Mardi 6, au camp de Lamsheim. — Monseigneur vit la seconde ligne en détail, comme il avoit vu la première le jour d'auparavant ; puis il vit aussi de même les deux bataillons de fusiliers qui campent à la droite et à la gauche de l'artillerie. — On apprend de Versailles que le roi a choisi quatre chevaliers de l'ordre pour porter le poêle de madame la Dauphine le jour de l'oraison funèbre, à Saint-Denis; ces quatre chevaliers sont MM. de la Salle, de Beuvron , de Lavardin et de la Vauguyon. Aux cérémo- nies pour les reines , ce sont quatre présidents à mortier qui ont l'honneur de porter Je poêle. M. le maréchal de Bellefonds fera, en mon absence, les fonctions de chevalier d'honneur, et portera la couronne; M. de Montchevreuil fera les fonctions de premier écuyer et portera le manteau royal. — » M. de Luxembourg est toujours campé à Deinse. Le pays de Waes et le Franc de Bruges font de grosses offres pour les contributions dont on n'est pas encore content. — M. de Castanaga se plaint fort de la lenteur des Hollandois et de leur général le prince de Valdeck. — Le roi mande à Monseigneur que notre Hotte doit être à la mer du 30 du mois passé. — Monseigneur marchera en avant après-de- main et laissera ici l'infanterie, et M. le maréchal de Lorges, avec la cavalerie, se rapprochera de nous, et nous nous joindrons entre Wachenheim et Pfeddersheim , sur un ruisseau qui tombe dans le Rhin au-dessous de Worms. Mercredi 7, au camp de Lamsheim. — Le matin, Mon- seigneur alla voir fourrager nos fourrageurs ; il vouloit laisser ici M. le duc de Villeroy pour commander l'in- fanterie ; mais, comme il a la fièvre, il a choisi en sa place le marquis de Tilladet. — Le milord duc de Richemont .1UIJN 1600 141 est considérablement malade; Monseigneur a ordonné qu'on en eût grand soin, et qu'on le menât à Neustadt, où il sera dans un bon air et bien logé. — M. de Savoie n'a point encore livré la citadelle de Turin, et le roi a or- donné qu'un ambassadeur nouveau qu'il envoie ici de- meure à Orléans jusqu'à ce qu'il ait tenu sa parole et que les affaires soient entièrement terminées. — On mande de Versailles que M. de Commercy a écrit au roi pour lui demander permission de revenir en France, et que le ioi n'a encore rien répondu à M. de Lislebonne, qui lui a présenté sa lettre. — On mande d'Angleterre que le co- lonel Mordan a remis au prince d'Orange son régiment L'armée de M. de Catinat. Le roi 144 JOURNAL DE DANGEAU. a fait lieutenant général milord Monteassel (1) qui les com- mande. Le roi lui donne 4,000 écus de pension, et lui a donné 4,000 écus pour se mettre en équipages. Outre la pension, il lui donne encore un sol par livre sur la paye deslrlandois. * M. de Rouillac étoit un homme fort extraordinaire, avec de l'es- prit, ni cour ni guerre, beaucoup de biens, de procès et de procèdes. C'étoit lui qu'on appeloit le faux duc d'tëpernon , parce qu'il prétendoit l'être et n'y avoit nul droit, comme cela se retrouvera ailleurs. Il s'appe- loit Goth, et étoit de la même maison de ce fameux archevêque de Bor- deaux qui fut si adroitement pape sous le nom de Clément Y , de la façon de Philippe le Bel, qui transféra la résidence de Rome à Avignon et abolit l'ordre des Templiers. Lundi 12, au camp de Wachenheim. — Monseigneur fît la revue de la réserve, qui est composée présentement des régiments de Bezons, Maurevert , Romainville, et qui étoient destinés à servir dans l'armée de M. de Bouf fiers, et qui demeureront ici jusqu'à ce que M. d'Huxelles nous ait rejoint; ces quatre régiments-là, quoique nouveaux de Tannée passée, sont presque aussi beaux que les vieux. Monseigneur fit aussi la revue des trois régiments de dra- gons qui sont ici, savoir : le Dauphin, Barbezières, et Go- bert, destinés à servir dans cette armée-ci, et Falon-Gram- mont , Breteuil , et Saint-Frémont destinés à servir dans l'armée de M. de Boufflers. — On a appris de Versailles que, lundi 5, on fit à Saint-Denis le service de madame la Dau- phine. Monseigneur le duc de Bourgogne, Monsieur et M. de Chartres menoient Madame , Mademoiselle , et ma- dame la grande Duchesse. Le clergé y étoit composé d'en- viron soixante-dix évêques. M. de Meaux y officia, assisté de quatre évêques; les quatre chevaliers de l'ordre que le roi avoit nommés portèrent les coins du poêle ; le maré- chal de Bellefonds fit, comme il avoit été réglé , les fonc- (1) Nous l'avons vu servir dans les troupes do France, sous te nom ii deux <o JOURNAL DE DANGEAU. la Lys quatorze bataillons <'t trente-cinq escadrons que M. le maréchal d'Humières va commander pour s'opposer aux troupes d'Espagne que commande M. de Castanaga, et aux troupes d'Hanovre qui les ont jointes. Mardi 20 , au camp de Wachenheim. — Monseigneur garda la chambre tout le jour; il n'a quasi plus de dou- leur, et commence à s'appuyer sur son pied. Depuis l DANGEAU. approuvé et l'a autorisé par sa signature au contrat; et même, en laveur du mariage, a vu M. de Boisiram et Ta bien reçu ; il n'avoit pas permission de se mon- trer devant le roi. — Le roi mande à Monseigneur qu'il n'a point de nouvelles de sa flotte depuis qu'elle est à la mer. — On envoie les dragons de Fimarcon et le ré- giment de cavalerie du Plessis en Bresse, aux ordres de M. le marquis de Vins, qui commande en ce pays-là. Ces deux régiments-là étoient dans le corps que commande M. le marquis d'Huxelles. Vendredi 23 , au camp de Wachenheim. — Il est venu des ordres du roi ici à Monseigneur d'envoyer M. dUrfé, M. de Valence et M. de Maugiron en prison à Landau, pour ne s'être pas rendus assez à temps à l'armée. — M. de Villeroy a pris jour aujourd'hui pour la première lois de la campagne; il avoit toujours été malade. Rang des lieutenants généraux qui sont présentement à cette armée. MM. le comte de Choiseul , MM. de la Feuillée, le comte d'Auvergne, de Tilladet. Il est présen- te duc de Villeroy, tement au camp din- de Joyeuse, fanterie , de Soubise, de Vendôme ( i ) . M. le comte d'Auvergne et M. de Villeroy sont devant M. de Joyeuse , quoique les commissions soient du même jour et que M. de Joyeuse lût plus ancien maréchal de camp, parce que M. le comte d'Auvergne et M. de Villeroy avoient pris jour devant lui. Depuis ce temps-là, le roi a t'ait un règlement différent, et on marchera par le rang de sa commission, mais cela ne fait rien pour ce qui est passé; M. de Soubise est aussi lieutenant général du (1) M. Rose n'est point encore arrivé. (JSotede Dangeau.) IU1JN 161)0. 153 même jour que M. le eomte d'Auvergne , le due de Vil- leroy et M. de Joyeuse. Samedi 2k , au camp de Wachenlieim. — Monseigneur, qui est parfaitement guéri , a monté à cheval ce soir, et s'est promené sur les hauteurs derrière son camp. — On ne sait encore rien de certain de M. de Bavière. On dit que les ennemis envoient à M. de Savoie trois régi- ments des troupes de Wurtemberg et le régiment de dragons de M. le prince Eugène. M. de Savoie donne à ce prince le commandement de son armée. — Nous appre- nons de Paris que notre flotte a été obligée, par le mau- vais temps et par les vents contraires, de relâcher à Brest. Nos quinze galères qui avoient joint la flotte ont fort bien résisté au gros temps. — M. de Catinat a pris Rivoli, qui est entre Turin et Suse ; il y a un bon château, et c'étoit une des maisons de plaisance de M. de Savoie. — L'em- pereur a fait le roi des Romains , son fils, généralissime de ses armées , et comme il est encore trop jeune, M. de Bavière exercera cette charge pour lui cette année. — Le roi a envoyé M. de Liboy, un de ses ordinaires , à Orléans pour se tenir auprès de M. de Provana, nouvel ambassadeur de Savoie, à qui on n'a pas permis de venir à Paris, et a nommé M. de Saint-Olon, autre ordinaire du roi , auprès du marquis d'Ogliani , ancien ambassa- deur de Savoie. — Monseigneur le duc de Bourgogne, en revenant de la cérémonie de Notre-Dame, alla aux Tui- leries, y mangea , eten sYu retournanl à Versailles alla voir 1rs Invalides. Dimanche 25, au camp de M ackenheim. — Monseigneur vouloii aller reconnoltre un endroit sur La gauche, où son armée puisse camper en partant d'ici , afin de pro- fiter des fourrages qui sont dans la gorge de la montagne du Tonnerre; mais un orage qui ;i commencé ce soir el qui i (lui.'' trois heures L'a empêché l. Félecteur de Bran- debourg n'étoil pas encore arrivé à son armée. M. de Bouf- tiers est toujours campé à lioyel sur le ruisseau de Lesse . entre Dinani et Gharlemont. On dit dans l'armée des enne- mis de ce rùté-lA qu'ils en veulent à Maubeuge. — L'abbé dePrugues, nommée l'évéchôde Dax, est mort. — Le roi ,■1 signé le contrai de mariage de M. de Nieokl, premier présidenl de la chambre des comptes, avec mademoiselle le Camus . ftlle du lieutenant civil , celle que le marquis de Gesvres pensa épouser il \ a quinze jours; le roi a signé aussi le contrai iv plus grande que ne nous l'avoil dit le courrier «le M. du Maine. — Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Il y eut un tonnerre <■! une pluie effroyable, qui durèrent toute la journée. — Le marquis de Gesvresj lo comte nV Saulx <'t m. de T VISSIAI \ 0 < D'Infreville. L Ardent. . . . 'éOO 06 De la Paudière. Congolin. Le Florissant. . 450 78 De Chavigny. V Aimable. . . . 140 72 Du Magniou. Le Henri. . . . 100 64 i D'Amhlimont. ' De Rhodes. Le Belliqueux. . 150 78 MM. de la Bretocbe. Le Content. . . . : 400 62 i De Saint-Pierre, De Lannion. Le Furieux. . . * 350 64 I Desnote. De Laisenai, capitaine de frégate. L'Illustre. . . . 430 72 ; De Rosmadec. De Saint-Simon , capitaine de frégate. Le Brillant. . . 400 66 ; De Beau jeu. D'Ille. L'Éclatant. . . 450 72 De Septines. Béthnnc. Le Par/ait. . . 400 66 Machault. Le (ilorieux. . . 400 64 De Belle-Isle. L'Assuré 350 54 M< MÏcourt. De Songes, capitaine de frégate. L' [gréahle. . . 380 66 La Motte-Genouillé. Gombault, capitaine de galiotte. Le Sérieux. . . . 100 64 Bellefontaine. Languillet. Le Courageux. . 330 56 De Réals. Sainte-Marie Le Ferme. . . . 350 60 Vaudricourt. Darigny. L'Excellent . . . 3G0 60 De Montbron. Le Fort. ... 350 60 De Larteloire. L'Entreprenant 350 60 De Seppeville L Apollon. . . . 350 «;o Bidault Le Vermandois. 350 60 Du Cbalart. Le Marin. . . . (80 36 De la Baume. I Mcijon 230 10 De Lorme (1). \be Pompeux. . . 150 76 D'Aligre le lion 300 56 D'Igrives. /' M mire. . . . 300 54 La Galfesonière 1 ' Duc 300 Y> Palière. 1 Le Wéreure et l 'Histoire militait 'ede Louii le Grand par Qoiocj dé- Mgnenl Bar! comme commandant >\>- V Alcyon, 106 JOURNAL DE DÀNGEAU. NOMS des VAISSEAl v. Le Fortuné. . . Le Fougueux. . Le Bourbon. . . Le Faucon. . . . Le François. . . Le Fleuron. L'Indien. . . . Le Trident. . . Le Saint- Louis. Le Solide. . . . Le Palmier. , . Le Brave. . . . Le Comte. . . . Le Prudent. . . Le Téméraire. . [je Précieux. . . Le Fidèle. . . . L'Aquilon. . . . Le Diamant. . . Le Neptune. . . Le Hardi. . . . Le Léger. . . . Le Vigilant. . . Le Brusque. . . L' Arc-en-ciel. . L'Arrogant. . . L'Emporté. . . . Le Cheval ma- rin Le Joli. . . . . . L'Eole Le Saint-Michel Le Bizarre. . Le Marquis. . 350 350 340 230 250 330 300 300 350 230 186 350 250 360 380 380 280 300 350 250 350 200 350 330 250 350 230 250 150 250 j 330 CAPITAINES. 240 360 | 44 54 48 52 58 42 36 60 44 56 58 58 48 52 60 48 58 44 58 54 ! 60 I 42 I I I 48 40 I 48 60 ! 38 De Pallas. Suivi lie la Roche. D'Hervaut. Roland. Saint-Marc. ïurgis. Sévigné. D'Ailly. Chabeit. Rouxel. Desfiancs. La Roque-Persin. De Valbelle. Ferville. De Sévigné. Champigny. De Blénac. Des Herbiers. Geoffroy. De Rivauhuet. Perrinet. Forbin. De Beaugeais. De Servigny. De Forbin. De l'O. Des Gouttes. De Rouvroy. Chalais. De Ricousse. Pontac. De Sainte-Maure. Des Adrets. Levi. Genlis. Sanson. , Riberettr. Chansanl. De Monbeau. D'Aigneux. Villars. Comte de Blénac. D'Anifreville. Château -Morant. JUILLET 1600. 107 NOMS À m 1 des 5= O CAPITAINES. VAISSEAUX. O 250 < V 48 Le Capable. . . Modeve. Des Adrets. Le Courtisan. . 330 60 De Pointi.-.. Clavier. Le Fendant. . . 300 56 De La Vigerie. Le Modéré. . . . 300 56 Des Angers. Le Prince. . . . 350 60 Chamelin. Le Sans- Pareil. 350 56 De la Rongère. Le Sage 320 56 De la Guicho. Dr Sailly. Le Vaillant. . . \ ! 300 56 De Feuqnières. De Grosbois. Total, 82 vaiss eaux, ' *9,996 hommes, 4,966 pièces de canon. Dimanche 9, au camp de Wachenheim. — Monseigneur ii détaché M. le prince deConty avec mille chevaux pour aller vers Mayence, où l'on croit que les ennemis ont mis quelque cavalerie; ces mille chevaux sont composés de si \eentsehevaux de lacavalerie légère, cent dragons, cent mousquetaires du roi et deux cents gardes du corps; il a deux brigadiers avec lui, qui sont Dalou et du Hourg ; il aura en son chemin des nouvelles de Villacerf, qui partit hier au soir, et qui pourra se joindra à lui. — b<* roi a donné la charge d'aumônier à l'abbé de la Chaire. Klle « loi! vacante par la, promotion de L'abbé de la Salle à révèehé de Tournay. — Le roi a donné 1,000 écua de. pension à Blouin , un de ses premiers valets de rhambiv. — Valence et Maugiron, exempts des gardes plu corps , que Monseigneur avoii envoyée par prdre du roi prison, niera à Landau , se son! bien justifiés «•! sont revenus ici ; mais M. d Vlïé, ensei- ne des -aides du eoi|>s. j csleneoie — On a nouvelle de M. le comte de Spissons qu'il se porte on peu mi eux ^ aiaisque la blessure est assez grande. — Monseigneur a eu aujourd'hui un courrier de M Le 108 JOURNAL D\i DAJNGKAL'. marquis d'fiuxelles, qui lui mande que le.^ ennemis ne font pas plus de mouvement de ce côté-là qu'ils en font de celui-ci . Lundi 10, au camp de Wachenheim. — Monseigneur se leva de bon matin, et alla au fourrage, qui se lit entre les deux branches du ruisseau d'Altzey. 11 croyoit qu'il y pourroit' peut-être apprendre des nouvelles de M. le prince de Conty, s'il trouvoit quelque chose; mais il n'en eut point de nouvelles au fourrage, et n'en a point eu ce soir non plus. — Le roi mande à Monseigneur que notre flotte étoit en présence de celle des ennemis , le 3 de ce mois au matin , devant l'île de Wight, et que Tour- ville lui écrit que le vent commence à se bien tourner ; que, dès qu'il sera bon^ il attaquera. — Monseigneur a eu des. nouvelles de Reims du 6. M. de Montmorency y a passé, qui porte au roi le détail de la bataille. 11 a dit que les ennemis avoient eu huit mille hommes de leur infanterie de tués , quatre mille de blessés et sept mille huit cents prisonniers. On leur a pris quarante -neuf pièces de canon ; ils n'en avoient que cinquante. On leur a pris aussi beaucoup de drapeaux, d'étendards et des timbales. On croit que Vire ville, officier des gendarmes, beau-frère de Tallard, a été tué. Le régiment de Cham- pagne a beaucoup souffert ; presque tous les officiers en sont tués ou blessés; le colonel , qui est M. de Sceaux, frère de M. de Seignelay, a eu les deux jambes percées et le petit os de la jambe droite cassé. Le régiment de Bertillac a beaucoup souffert aussi ; le colonel , le lieu- tenant-colonel et le major ont été tués. Mardi 11, au camp de Wachenheim. — M. le prince de Conty est revenu de son parti ; il a été jusqu'aux portes de Mayence. Villacerf le joignit hier sur le ruisseau de Niederulm; ils n'ont rien trouvé. — Les nouvelles de Francfort portent que les troupes de Saxe n'étoient point encorejparties de leur pays le 30 juin , et tous les prison- niers et les rendus assurent que M. de Bavière n'a pas JUILLET 1690 169 vingt-cinq nulle hommes dans son camp; cependant il parle toujours d'envoyer cinq régiments à M. de Savoie, et demande instamment le passage à MM. les Suisses. — Le roi, pour montrer qu'il ne veut point porter la guerre en Italie, et qu'il ne veut qu'empêcher que M. de Savoie ne donne moyen aux ennemis d'entrer en France, a déclaré qu'il consentiront que M. de Savoie livrât aux Vénitiens la citadelle de Turin et Verrue , et que , moyennant cela , il feroit sortir ses troupes de Piémont. — Parmi les prison- niers que nous avons faits à la bataille de Fleurus, il y a deux mille deux cents hommes des troupes de Lunebourg. Mercredi 12, au camp de Wachenheim. — Monseigneur commanda à l'ordre que l'armée marchât demain pour se rendre dans la plaine de Flonheim, sur deux colonnes et les bagages au milieu. Il laisse M. de Mélac dans Wormsavec deux régiments de dragons, qui sont Saint- Frémont et Breteuil, cent chevaux et mille mousque- taires que l'on fait venir du camp de l'infanterie ; cela assurera nos convois, et nous serons informés des petits partis qui pourroient passer le Rhin. Flonheim est sur un ruisseau qui tombe dans la Nahe, entre Kreutznach et Bingen. M. le prince de Conty, maréchal de camp de jour, a ordre de marquer le camp en deçà du ruisseau. Monseigneur a réglé que tous les officiers généraux , hormis ceux qui sont de jour, marchassent à leur poste ; M. de Vendôme avec la réserve fera l'arri ère-garde de tout. — On a nouvelles que le prince d'Orange est arrivé en Irlande; il a débarqué à Carrick-Fergus le 21 ou le 11 juin. — Le roi te\ ml samedi eiiou\ (jui ôtoii avac le m;ii(|iiis d'Iluxelles , el dix escadrons de ceux qui sont restée avec ht. de Bqufflers. — I0 roi envoie aux galères les quinoti rente François qui ont été pris à l;i bataille de Hennis. On a laissé sauver le frère de Lostanges, u douze baladions d'infanterie et ira camper auprès du forl Louis, OU il attendra Icsonlrcs de Monseigneur. — Le roi a envoyé un règlement pour les troupes (\c sa maison* qui reconnoitront en tout le colonel (\c la cavalerie ou celui qui la commandera en (t) Le eampde i infanterie esl auprès de Kerveitei h Mtdorf, entre Neustatîl • t Laadau. ! \<>/r ;issé en France et avoitvu M . de Croissy; il vit même !<• loi en p;iss;mt dans La galerie de Versailles, et fut fort content de La bonne réception qu'on lui lif. — M. le dur de Villrio\ est parti aujourd'hui au camp, selon L'ordre qu'il eu reçu! hier de Monseigneur. Lundi -l'i . an camp de /rhmh<>'n)>. — Monseigneur s'alla i 1 1 1 . i a 178 JOURNAL DE DANGEAU. promener le soir sur les hauteurs qui sont devant son camp; la brigade de Saint-Germain marcha. — On mande de Paris que le vieux M. de Persan (1) est mort. L'assem- blée du clergé est séparée. — Monsieur a donné à M. de Tonnerre la lieutenance de ses gendarmes, vacante par la mort de Salart, eX à M. de Spi le régiment de cavalerie de M. de Chartres, vacant par la mort de M. de Caylus- Fontanges. Mardi 25, au camp de Flonheim. — Monseigneur s'alla promener jusqu'à Creutznach. [Il fut six ou sept heures à cheval; il reconnut en chemin un fourrage qu'on y fera demain, qui est en deçà du ruisseau. — Il est venu quelques rendus de Mayence qui assurent que le com- mandant du parti qui attaqua la Bessière avant-hier a été dangereusement blessé. M. de Tinghen , gouverneur de Mayence , en use fort bien pour les officiers qui ont été pris à cette affaire-là. Il n'y a sorte d'honnêtetés qu'il ne leur fasse. — ■ Monseigneur a fait souper ce soir avec lui le rhingrave d'Haun, qui s'est mis sous la protection de la France et qui a un fils dans le service. Il est de même branche que le rhingrave de Flandre et que le prince de Salm, gouverneur du roi des Romains. Mercredi 26 , au camp de Flonheim. — On a fourragé aujourd'hui en deçà et en delà de la Nahe; il n'y a pas eu de fourrages pour toute l'armée; il n'y a plus du tout de fourrages en ce pays ici. — Comme M. de Tinghen en a bien usé pour les prisonniers qu'il a, Monseigneur lui a renvoyé les hussards qu'on a voit pris. — Les Suisses rassemblent une diète , mais ce n'est pas une diète gé- nérale, ce n'est que des cantons protestants. — Par les (1) « C'est ce terrible M. de Persan, élève de feu Monsieur le Prince, qui icmplissoit de'terreur les ennemis lorsqu'il alloit en parti. Aussi a-t-il eu tou- jours l'avantage dans tous les combats qu'il a livrés. Sa famille du surnom de Vaudetar, vient d'Italie et s'est établie en France. » (Mercure de juillet, nage 198.) JUILLET 1690. 179 nouvelles qu'on a eues des ennemis, M. de Bavière étoil encore avant-hier dans son camp de Bruchsal. Sainte-Li- vièreiest revenu avec le parti qu'il avoit mené ; il a été trois jours dehors et presque toujours aux portes de Mayence, sans qu'il en soit sorti personne. Jeudi 27, au camp de Flonheim. — Monseigneur a com- mandé ce soir, à l'ordre, que l'armée marchera demain sur trois colonnes , les bagages au milieu , pour aller camper par delà le ruisseau d'Altzey. Il est arrivé ce soir un courrier du roi à Monseigneur. Le roi lui mande que le roi d'Angleterre est revenu à Brest, et qu'il sera le 25 à Saint-Germain; le roi a envoyé au-devant de lui M. de Bouillon et ses carrosses sur le chemin de Normandie par où il revient. Il a repassé dans deux frégates de celles qu'avoit Foran dans la Manche de Saint-George; Léry a repassé avec lui en France. Toutes nos troupes sont de- ux'urées en ce pays-là. Nous en saurons bientôt davan- tage. — Notre flotte est revenue au Havre pour prendre des rafraîchissements H mettre à terre nos blessés et nos malades; il y en a huit ou neuf cents. La Hotte angloise est rentrée dans La Tamise encore plus en désordre qu'on ne croyoit, el 1rs Hollandois son! allés sur leurs côtes. Les ennemis <>nl perdu huit mille hommes dans le combat. Dès que notre flotte se sera un peu rafraîchie, elle fera voile vers ni<' 8,et revint en France, où il fut bien récompensé de ses charges perdues. Quoique le Portugal n'ait de grands que le duc de Cadaval et les ducs d'Aveiro, de Vera- gnar el le comte d'Oropesa et de Lemos, tous quatre établis en Es- pagne, M. de Schomberg prétendit avoir été fait grand en Portugal et en tira un tabouret de grâce. Il continua en France de servir avec répu- tation en chef, et fut un des maréchaux de l'ranee faits en 1675 à la rt d« M. (le Turenne. Il en servit sous le roi et seul avec distinction jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, un peu après quoi il se i «t ira a\cc sa famille < n Portugal, laissant en ) rance nulle n grets et une in- 182 JOURJNAL DE DANGEAU. unité d'amis. Le Portugal et sa religion ne pouvoient guère s'accorder. Ainsi, bientôt après y être arrivé, il passa par mer en Hollande, et de là chez l'électeur de Brandebourg, qui lui donna les premiers emplois de ses États, de ses armées et de son conseil. Ce fut d'où il s'attaeha au prince d'Orange, après avoir perdu à Berlin sa femme, dont il n'a- voit point eu d'enfants. Sa première femme étoit de son même nom fort différent des Sehombergs venus du temps des enfants d'Henri II avec les reîtres et devenus maréchaux de France, et enfin ducs d'Hallwin qui étaient de Livonie. Le roi fut extrêmement piqué de le voir engagé au service de ses ennemis. On prétendit que la fantaisie d'avoir la Jarretière y avoit eu part. On ne peut être plus grandement traité qu'il le fut en Angleterre, où sa postérité ne dura pas. Lundi 31, au camp d'Offenbach. — La marche du camp de Klein-Schifferstadt ici a été fort longue et fort mau- vaise par des bois et des marais ; il a fallu défiler ; quel- ques équipages sont demeurés; nous avons traversé le camp de l'infanterie qui est à Altdorf (1). Monseigneur a envoyé Tallard commander le camp de l'infanterie en la place de Tilladet, qui a la fièvre. On a renvoyé toutes les compagnies de grenadiers à leurs régiments. — Mon- seigneur a eu nouvelle que M. de Bavière est campé à Dour- lach, et qu'il y demeurera quelques jours. 11 y a grande apparence que les ennemis n'entreprendront rien de la campagne. On dit dans leur armée que le prince d'Orange a été tué. — Le roi a donné 500 pistoles à M. d'Aune , écuyer de M. du Maine. — Le duc de Duras a joint l'armée ici ; il avoit été malade à Paris durant toute la campagne. Mardi 1" mût, au camp éPOffenbach. — Monseigneur n'a point sorti de tout le jour ; il a passé toute la journée ou à tenir conseil ou à faire ses dépêches au roi. — Vissac . gouverneur de Landau, et Desbordes , gouverneur de Philipsbourg, sont venus lui faire leur cour. Ils ont asis l'un et l'autre que M. l'électeur de Bavière doit encore res- (1) Altdorf est la terre de M. de Schomberg. (Note de Dangeau. AOUT 1690. J83 ter quelque temps à Dourlach . — On a eu nouvelles que M. le duc de Villeroy a passé au fort Louis avec huit ou neuf cents chevaux et deux ou trois cents hommes de pied, qu'il a fait avancer le chevalier de la Vrillière avec un parti de trois cents chevaux pour avoir des nouvelles des ennemis et tacher à faire quelques prisonniers. Le cheva- lier de la Vrillière a trouvé les hussards, qu'il a hattus , et il auroit été coupé à son retour, si le duc de Villeroy ne s'étoit saisi d'un passage par où il falloit que le che- valier de la Vrillière se retirât. Les ennemis y étoient déjà venus, et en avoient chassé deux troupes que nous y avions laissées et qui s' étoient fort bien défendues; le duc de Villeroy mande à Monseigneur que le cheva- lier de la Vrillière s'est conduit dans cette affaire-là avec beaucoup de courage et d'habileté. — M. de la Grange, intendant d'Alsace, est venu ici ce soir recevoir les ordres de Monseigneur. Mercredi 2 , au camp (VDffenbach. — Monseigneur s'esl forf promené ce matin; il a visité les gardes du camp. Nous n'avons plus de grande garde, nous n'avons que trois gardes ordinaires de quarante maîtres chacune. Le Rhin est forl diminué, la chaussée do la petite Hollande est découverte ; ainsi le commerce es1 libre d'ici à Philips- bourg. M. de Puisieux mande que foules les nouvelles do Suisse sont que le prince d'Orange est mort; ils l'ont mis imam dans la Gazette de Zurich ; cependant nous en doutons encore ici. — M. l'électeur de Brandebourg a t'ait passer la Meuseà ses troupes entre Liège et Maastricht, auprès (le Na\aii:nes; et, s'il va joindre AI. de Valdeek . M. de Boufflers, quiesi campé sous Chai lemont, ira joindre M. de Luxembourg avec un corps assez considérable qu'il ;i présentement. — A Paris on a tait des fem de joie ' sur la nouvelle de la mort du prince d'Orange, que le roi n'a pas approuvés; mais 1rs magistrats n'ont pas pu cor tenir !<• peuple '•* JOURNAL DE DANGEAU. * On ne se contenta pas à Paris de feux de joie sur la prétendue mort du prince d'Orange : ce furent des tables établies dans les rues, où les passants étoient arrêtés, pour boire , et il n'étoit pas sûr de le refuser. Les carrosses et les plus grands seigneurs subissoient comme les autres cette folie qui s'étoit tournée en fureur , dont le prince d'Orange fut encore plus flatté, quoique piqué, et que la police eût grand'peinc à faire cesser. Jeudi 3, au camp d'Offenbach. — Monseigneur est allé à Landau; il a vu en arrivant le second bataillon du Royal-la-Marine , et le second bataillon du Vermandois. Après les avoir vus en bataille , il les a fait défiler ; ces deux régiments viennent servir dans cette armée, et sont en assez bon état. Monseigneur a fait le tour de la place; les travaux sont encore en bien meilleur état que quand nous y passâmes il y a deux mois. — On a appris au- jourd'hui que le roi faisoit passer au parlement M. de Charost* duc et pair. Il en avoit déjà des lettres où le roi le lui promettoit très-expressément. On croit que M. son fils va épouser mademoiselle de Beauvilliers. — La mort de M. de Schomberg est confirmée de tous côtés, et le prince d'Orange [ est ] blessé à l'épaule et à la jambe; mais il n'est point sûr qu'il soit mort. — D'Érouville, maître d'hôtel du roi , est mort ; il laisse une abbaye de 2,000 écus de rente vacante , qui est entre Rouen et Paris. * Charost étoit capitaine des gardes du corps en survivance de son père , qui avoit toujours fidèlement et dignement servi , et dont le car- dinal de Richelieu avoit fait la fortune. Lui avoit reçu de grandes bles- sures ; aussi irréprochable que son père en fidélité , la disgrâce de Fouquet emporta la sienne et celle de son père avec. MM. Colbert et le ïellierne purent souffrir sans crainte, si proches du roi, des gens si intéressés au malheur de Fouquet dont ils avoient pris la fille , et de gens d'une qualité et d'une familiarité à tout oser contre eux : de les chasser, les mêmes raisons s'y opposoient. Il leur fallut faire pont d'or pour leur ôter leur charge , et ce pont d'or fut le gouvernement de Ca- lais, avec la lieutenance générale uniquement de Picardie qu'on leur mit les deux sur le pied de 80,000 livres de rentes. Leur délicatesse voulut AOUT 1690. 185 un brevet de premières entrées pour marquer qu'on ne les éloignoit point, et qui leur fut accordé à condition de s'absenter pour longtemps ; mais le père, profitant habilement de la peine où il voyoit le roi à son égard , obtint deux brevets de ducs pour lui et pour son fils , et un billet de la main du roi , portant promesse qu'il ne feroit enregistrer aucun duché-pairie au parlement, que celui de Charost ne le fût le premier. C'est ce qui fit renouveler dans les suites les duchés vérifiés sans pairie qui avoient été longtemps hors d'usage dans les nouvelles érections, et à chacune dont Charost se plaignoit , le roi lui objectoit les termes de sa parole. A la fin, M. de Paris (Harlayj , qui avoit un brevet de duc, et parole d'être enregistré pair, pressa tellement le roi et usa tellement de sa faveur auprès de lui qu'il l'emporta. Cela ne put être si secrète- ment exécuté que M. de Charost n'en eût le vent. Il parla et reparla au roi ; à la fin , se servant de la commodité de ses entrées pour lui parler seul à son coucher tout à son aise , il lui représenta son billet et de plus ses propres réponses aux plaintes de tant d'érections enre- gistrées de duchés non pairies. A la fin le roi se rendit; mais M. de Paris, qui vouloit passer le premier, en forma la difficulté que le roi condamna, et, afin qu'il ne pût y avoir d'équivoque, MM. de Charost et de Paris furent enregistrés et reçus à quelques jours l'un de l'autre, et M. de Charost le premier. M. de Paris essaya au moins d'être reçu sans personne pour n'être pas précédé. Mais Charost le poursuivit jus- que dans ce dernier retranchement, avertit d'autres pairs qui se trou- vèrent à la réception de M. de Paris, et le précédèrent, comme à cela il ne pouvoit y avoir de difficulté. Ainsi, la disgrâce de M. Fouquet a valu à M. de Charost 80,000 livres de rentes en charges uniques en Pi- cardie, les premières entrées, deux brevets de duc, et enfin la pairie enregistrée pour lui faire vendre sa charge de capitaine des gardes, qui, moins de quarante ans après, est revenue à son fils, a passé avec les établissements de Picardie à son petit-fils , sans compter une bien plus grande et plus singulière fortune. Vendredi k, au camp d'Offenbach. — Monseigneur s'est allé promener ce matin sur le chemin de Langen-Kandel, où Ton croit que nous irons camper en partant d'ici ; l la f^nda Deux &id>s-maj< l Gendarmes de Mê» le duc DE BOURGOGNE. Chevau-iegers de Mgr le duc DE BOLHGOCNr:. Gend Capitaines lieutenants Virieu. Saint-Saëns. Mezières. Genli-. Beaujei Sous-lieutenants D'Illiers. Enseignes Flaman Coinhli Guidons Chaque compagnie , tant de gendarmes que de chevau-lëgers , sera composée, ontn et les compagnies qui seront chefs d'escadron auront un timbaliier : I AOUT 161)0, 197 Gendarmes DE LA HEINE. Chevau- légers DE LA REINE. Gendarmes DAUPHINS. C/hevau- légers DAUPHINS. Lannion. Chanrou. La Rivière. Sebbeville. Mortagne. Malissan. D'Estaing. D'Espinac. Bouzolles. La Tour. de premier sons-lieutenant. 'inii'i fn^cijinc. Toiras. Bethomas. Droraesnil. Cher de Toiras sers Gendarmes 1»! BEBIY. Clievati-iegers DE BEBRY. Gendarmes D'ORLÉANS. Chevau légers D'ORLÉANS. Viri ville. Sebbeville. Kerouart. Château d'Acier. cbàteauvert. Cbancvellc. Montauzé. ' m, de '• narechaax «les logis, 2 brigadiers, 2 sous-brigadiers, 76 gendarmes, 2 trompettes v lesquels il > a des barres sont eeux que le roi a nouvellement pourvus. (98 .JOUKINAL DE OANGKAU. Samedi 19, au camp de Scharzach. — M. Le marquis d'Huxelles passa le Rhin à Brisach aujourd'hui pour nous venir joindre ; il a ordre de nous attendre sur laQuinche, auprès de Strasbourg. Il ramène avec lui six bataillons, et les deux de Normandie qui sont à Strasbourg avec les trente-deux que nous avons ici composeront les quarante bataillons que nous avons toujours compté d'avoir nu delà du Rhin. — Les nouvelles qu'on a de M. de Bavière sont qu'il marche vers le Necker, mais il n'y a nulle ap- parence qu'il songe à faire un pont sur le Rhin, comme on avoit dit qu'il en feroit un à Manheim. — Monseigneur a dit ce soir à l'ordre qu'il feroit demain la revue de toutes les troupes. — On mande de Versailles que le roi a nommé M. de Beauvilliers pour gouverneur de M. le duc d'Anjou, comme il l'est déjà de M. le duc de Bour- gogne. M. de Saumery le fils en sera le sous-gouverneur. La Roche , qui a la survivance du cadet Bontemps pour la charge de premier valet de garde-robe du roi , sera premier valetde chambre de }i. le duc d'Anjou, et Hersan,. qui étoit huissier du roi, sera premier valet de garderobe de M. le duc d'Anjou. Dimanche 20, au camp de Scharzach. — Monseigneur a fait ce matin la revue de toutes les troupes, et les a trouvées en très-bon état. — Ce soir M. de Choiseul est revenu de son détachement, où il étoit depuis trois jours. — Nous avons nouvelle que, le 6 de ce mois , M. de Catinat avoil attaqué la ville de Cavour, où il y avoit quelques com- pagnies du régiment de Montferrat qui est à M. de Savoie, beaucoup de Barbets et quelques milices du Mondovi : sitôt que notre canon eut tiré et fait ouverture à la mu- raille, nos soldats entrèrent dans la ville l'épée à la main. La garnison voulut se retirer au haut de la montagne, où il y a une espèce de château; nos soldats les suivirent dans la montagne, et forcèrent la redoute qui étoit en haut, en tuèrent cinq cents bommes et en firent quatre- vingts ou cent 'hommes prisonniers de guerre , parmi les- AOUT KÎ90. 199 quels est le commandant du régiment de Montferrat et les commandants des milices de Mondovi. C'étoit M. de Gran- cey qui étoit commandé à cette attaque comme briga- dier, et Chamarandeet Château-Renaud comme colonels. Lundi 21 , au camp de Scharzach. — Monseigneur a eu des nouvelles aujourd'hui que M. de Bavière a passé le Necker et est campé entre Heidelberg et Ladenbourg. Il ne paroit pas à cette démarche qu'il ait envie de venir à nous ; il a paru quelques hussards , mais en fort petit nombre. Nos maraudeurs, qui vont en parti d'eux-mêmes, battent tous les partis des ennemis qu'ils trouvent. — M. de Luxembourg a renvoyé à M. le maréchal d'Humières onze bataillons et vingt-sept escadrons , sur l'avis qu'on a eu que les ennemis en Flandre se séparoient et vouloient forcer nos retranchements pour faire contribuer notre pays. — M. le duc de Bour non ville a remis au roi l'ab- baye de Savigny, que S. M. lui avoit donnée il y a trois mois, et le roi l'a donnée à M. le cardinal de Forbin. — M. L'archevêque de Paris sera reçu duc et pair au parle- ment; mais il nVst pas encore décidé en quel rang, si ce sera immédiatement après les pairs ecclésiastiques ou si ce ne scia qu'après les pairs laïques. A la réception duc de Villeroy à Achern. — Toutes les nouvelles qu'on a des ennemis sont fort incertaines; il paroit qu'ils n'ont encore pris aucune résolution. — Nos galères rentrent au Havre et notre flotte va un peu se radouber à Brest. Ce qu'on vouloil faire à Plymouth n'étoit pas praticable. — Le par- lement de Bordeaux est rétabli, et sortira de la Kéole à la Saint-Martin. Ce parlement donne au roi 100,000 écus, La \ill«' de Bordeaux donne 400,000 livres, et la cour des aides qui étoil à Libourne donne aussi 100,000 francs pour 202 JOIJllJN/VL DE DANGEAU. rentrer dans Bordeaux. — On fait M. le Bret premier président de Provence , etl'on donne à M. Marin, qui l'étoit, 1 30,000 livres ; il avoit un brevet de retenue ; on lui donne outre cela fo,000 livres de pension. M. le Bret étoit déjà intendant de Provence, et ainsi il sera premier présidenl et intendant tout à la fois. Vendredi 25 (1), au camp d'Achern. — Monseigneur a fait marcher la cavalerie sur deux colonnes , les caissons et les petits bagages à la tête de tout. Il eut la patience d'en faire l' arrière-garde , quoique les chemins fussent fort mauvais et que les caissons s'embourbassent souvent. L'infanterie, avec le duc de Villeroy, campe aujourd'hui entre Erlach etOberkirch, et les gros bagages campent à Willstett. Monseigneur vit auprès de Bichel [Bischofs- heim?] les retranchements des Suédois qu'ils firent l'année d'après la mort du roi de Suède ; ils tenoient depuis la montagne quasi jusqu'au Rhin. Avant que d'entrer dans son camp , Monseigneur s'est fait montrer par M. le ma- réchal de Lorges les postes qu'occupèrent M. de Monte- cuculli et M. de Turenne à Sasbach ; il a vu l'endroit où M. de Turenne a été tué, et la batterie des ennemis y est encore marquée, et l'arbre au pied duquel M. de Tu- renne alla mourir y est encore, avec force croix qu'y ont fait les paysans des environs. — Il est venu un courrier du roi à Monseigneur durant sa marche, par lequel le roi lui mande que le 18 de ce mois M. de Catinal gagna une bataille complète contre M. de Savoie, à l'abbaye de Staff arde , auprès du Po. Il a pris tout leur canon et leur bagage; il avoit déjà beaucoup de prison niers quand, le soir de bataille , il fit partir son neveu (1) Le'Mercure galant et Y Histoire militaire de Louis in Grand par Quincy disent que le 25, jour de Saint-Louis, l'électeur de Bavière envoya un bou- quet à Monseigneur par deux trompettes, et que ce prince l'en lit remercier le lendemain. 11 est peu croyable que Dangeau aurait garde le silence sur ce l'ait. s'il avait véritablement eu lieu. AOUT 1690. 203 pour en porter la nouvelle au roi ; dans peu de jours nous «m saurons les particularités. M. de Montgommery, un de nos brigadiers de cavalerie, y a eu le poignet cassé. M. de Lianeourt, M. le prince de Robec, et Lalande, des dragons, y ont été blessés légèrement; le colonel du régiment de Bourbon f nommé le marquis de Vieuxpont, qui ne venoit que d'être reçu colonel, fut tué le jour d'aupa- ravant en allant reconnoitre Saluées, et Château-Renaud fut dangereusement blessé. Samedi 26, au camp d'Urlaf [Erlach?]. — Monsei- gneur a marché ici avec sa cavalerie sur deux colonnes; il a envoyé les caissons à l'infanterie ; il a traversé avant que d'arriver ici le camp du duc de Villeroy, qui ne marche point aujourd'hui. M. de la Frézelière, qui est à Willstett avec lesgrosbagages, ne marche point non plus. M. le marquis d'Huxelles vint hier trouver Monseigneur, el a laissé les troupes qu'il commande auprès du fort de Kchl. Nous nous rejoindrons tous au premier jour. — On a nom elles que les troupes de M. l'électeur de l>a- yière .1 de M. l'électeur de Saxe se joignent, et ils disent dans leur armée qu'ils veulent venir. attaquer les Fran- çois H Les empêcher de manger leur pays; ils campè- rent la nnil passée à Wisloch, trois lieues en deçà du Necker. — M. l'abbé de Polignac, qui revient de Home , apporte des propositions du pape sur les bulles, (pion eroil qui seront reçues agréablement, Il y a longtemps qu'il est en chemin. On le dil arrivée Versailles du 2:\ , maison ne sait pas encore précisément quelle» son! oes propositions. — Il y a encore des bruits qui le renou- vellent de la inori «In prince d'Orange; cependant, «l'un autre coté, on assure qu'il doit passer bientôt eip Angle- terre. — Le pape a l'ait trois grand'crohc qui sont : un Qlfi 09 salves ce soir à l'artillerie et aux troupes; il fait marcher demain la brigade des gardes du corps avec six cents grenadiers pour aller camper à Kippenheim. — On a eu avis que les troupes de Hesse et de Hanovre ont passé le Rhin à Bingen ; on croit que c'est pour aller vers le Mont-Royal , et Monseigneur détache Tallard avec les deux bataillons deLyonnois et le bataillon de Bourgogne, et trois régiments de cavalerie, le Roi , Maurevert et la Rare, qui font huit escadrons ; ils vont sur la Sarre, où M. de Boufflers doit avoir déjà huit bataillons et dix- sept escadrons. — On mande de Versailles que le roi a donné le régiment qu'avoit Nangis au petit Brichanteau, son fils. — Le roi a déclaré qu'il ne feroit point le voyage de Normandie; les galères ne sauroient remonter jus- qu'au Pont-de-T Arche ; il mande à Monseigneur que sû- rement il ira à la lin de septembre à Fontainebleau. Jeudi 3i, au camp de Schutlern. — Monseigneur est ji lié se promener ce matin à Altenheim; M. le maréchal de Lorges lui a montré les postes qu'il occupoit et ceux qu'occupoient les ennemis quand il y gagna le combat après La mort de M. de Turenne. Comme Monseigneur if\ étoit allé que pour voir ces postes-là , il a passé à la tête du camp drs troupes de M. d'Huxelles sans s'y arrêter; il aura le loisir de les voir quand elles nous joindront. Tallard a marché aujourd'hui avec les troupes qu'on envoie joindre M. de Boufflers. Monseigneur a com- mandé ce soir à l'ordre que M. de la Frézelière marchât demain pour aller camper à Mahlberg avec l'artillerie et 1rs gros bagages, une brigade d'infanterie, qui est celle de Sault, e1 la brigade de cavalerie de Florensac. — On a eu avis que les ennemis campèrent avant-hier à Mit. Vendredi ier septembre, au camp de Schullcrn. — M. de la Frézelière, avec Les gros bagages, a marché aujourd'hui à m thlfo i . Ce soir, Monseigneur a commandé à L'ordre que len troupes marchassent demain. Il ira avec La <-;i\;k- i m. Il 210 JOURNAL DE DANGEAU. lerie camper ù Ettenheim, et l'infanterie, sous M. de Vil- leroy, ira camper àMahlberg. Monseigneur fait revenir Tallard et les huit escadrons qui étoient détachés avec lui; les trois bataillons continueront leur route et iront sur la Sarre aux ordres de M. de Boufflers, et, en la place de ces trois bataillons-là , Monseigneur en tire deux de Huningue et de Fribourg. Monseigneur fait aussi re- venir les dragons de Saint-Frémont et le régiment de cavalerie de Marivaux. — Nous avons eu nouvelle par un de nos dragons qui a marché deux jours dans l'armée des ennemis, qu'ils viennent droit à nous, à intention, à ce qu'ils disent, de nous combattre. Ils ont marché ces deux jours-ci , et campèrent hier au soir à Sasbach. — Les troupes que commande M. d'Huxelles vont camper à Rap- pel et nous joindront à Kenzingen, qui est apparemment le poste que nous prendrons pour attendre les ennemis. Samedi 2, au camp d'Ettenheim. — Monseigneur n'a commencé à marcher qu'à neuf heures ; il attendoit les caissons qui venoient de Strasbourg, et qui ne pouvaient arriver à cause des mauvais chemins. Il a fait des temps épouvantables depuis deux jours. Monseigneur a envoyé l'intendant et M. de Coignée , un de ses aides de camp, pour faire avancer ceux qui pourroient marcher chargés et pour faire jeter dans les boues le pain de ceux qui ne pourroient venir qu'à vide. Il en est arrivé assez pour qu'on ait donné le pain à l'infanterie à qui on le devoit d'aujourd'hui, et le duc de Villeroy a attendu fort tard pour le faire donner. Il s'étoit même mis en bataille der- rière la Schutter , pour n'être point surpris, si quelque corps des ennemis s'avançoit. On détacha aussi un cava- lier par chambrée pour aller prendre à Rappel le pain que nous faisons descendre de Brisach, et le porter ce soir à Ettenheim, où nous camperons. — Dans la marche, M. le prince Conty, qui étoit allé aux campements, a mandé à Monseigneur qu'un parti de cent hommes des en- nemis avoit attaqué l'abbaye d'Ettenheim, qui est à un SEPTEMBRE 4690. 211 quart de lieue du lieu où nous allons camper; nous avions dedans deux cornettes détachés avec douze maîtres qui ont repoussé les ennemis et leur ont tué neuf ou dix hommes. Comme on craignoit que les ennemis ne revins- sent en plus grand nombre les attaquer de nouveau , on a vitement détaché des grenadiers et quelque cavalerie que M. de la Feuillée et M. le Duc y ont mené, et les ennemis n'ont osé reparoltre. Monseigneur a donné de l'argent aux cornettes et aux cavaliers. Dimanche 3, au camp d'Ettcnhelm. — Monseigneur s'est allé promener sur les hauteurs de Kenzingen, où l'on avoit cru qu'on pouvoit se poster; mais le poste ne s'est pas trouvé bon pour une aussi grosse armée que celle-ci, qu'on veut pouvoir remuer aisément. Il s'est avancé une demi-lieue plus loin, a passé l'Elz et les bois qui l'en- vironnent, et est entré dans la plaine de Wihl, où il a trouvé un camp très-bon pour son armée. En venant à sa promenade, Monseigneur passa dans le camp de la brigade des gardes, et, en revenant ici, il a passé par le camp de l'artillerie et parle camp de l'infanterie qui avoit marché aujourd'hui. .Nous nous rejoindrons tous demain dans la plaine de Wihl; la brigade de Flore nsac est déjà à Ken- zingen avec une partie de nos bagages. — Le roi a en- voyéâ Monseigneur une relation delà bataille de Piémont. Nous avons douze cents prisonniers, onze pièces de canon; Les ennemis n'en avoient que douze, beaucoup de dra- peaux, d'étendards; Ions 1rs -vus de qualité de la cour de Savoir tués on pris. M. de Câlinât en a renvoyé beaucoup i Turin sur leur parole, avec promesse que dans huit jours ils reviendraient .;i Pignerol. M. deLouvigny, géné- ral des troupes d'Espagne, esl blessé à la cuisse. Après la bataille, Les ennemis qui étoienl dans Saluées abandon* aèrent la place; Les magistrats en apportèrent les clefs 1 H. de Catinat, qui B'esl mis dedans avec toutes ses troiijH s. lundi 'i . nu camp d'Endingm, dans In plaine de Wihl. 1 i. 212 JOURNAL DK DANGEAU. — Monseigneur a marché ici avec toutes les troupes, et a marqué lui-même l'endroit où il vouloit qu'on fit le camp. 11 a mis sa droite à Riegel, sa gauche à Wihl, et a choisi Endingen pour le quartier général , qui est vers le centre. Derrière la seconde ligne, on a laissé le terrain pour les troupes du marquis d'Huxelles qui nous join- dront demain; Tallard marche avec lui. Monseigneur s'est fort promené à la droite de son camp , dans les derrières de son camp et jusqu'au Rhin , qui n'est guère éloigné de notre gauche. Nous avons sur notre droite, et à la tête, la rivière d'Elz et les bois qui la couvrent; il faut que les ennemis passent cela pour venir à nous. Nous mettons quelque infanterie dans la petite ville de Kenzingen, qui n'est pas à une lieue du camp, et que nous retirerons quand il sera à propos ; nous sommes ici à quatre lieues de Bri- sach et à quatre lieues de Fribourg. — Monseigneur envoya hier au soir Dalou avec cinq cents chevaux pour apprendre des nouvelles des ennemis. — Le roi a donné à M: le duc de Richemont la compagnie qu'avoit Épinac dans le régiment Royal . — On mande de Versailles que M. l'abbé de Croissy est revenu de sa prison d'Italie. Mardi 5, au camp d' Endingen. — Monseigneur s'est allé promener dans les derrières de son camp pour re- connoître les postes que les ennemis pourroient prendre s'ils songeoient à se mettre entre Fribourg, Brisach et nous pour nous incommoder dans nos fourrages. — M. Dalou, qui avoit été détaché avant-hier, est revenu cette nuit ; la Broue qui étoitavec lui, etSanguinet, major de la Bes- sière, ont fait trois ou quatre prisonniers dans Offenbourg. Les- ennemis sont encore campés deux lieues par-delà Of- fenbourg, et ces prisonniers assurent qu'il y a quatre jours que le pain manque dans leur armée. — Nous avons fourragé aujourd'hui la petite ville d'Emmedingen et trois ou quatre villages d'alentour qui sont dans la montagne, et M. le prince deConty y a laissé 2,000 hom- mes d'infanterie, afin qu'on y puisse encore fourrager cl e- SEPTEMBRE 1600. 213 main ; par là nous mettons l'abondance dans notre camp, et nous ôtons aux ennemis ce qu'ils pourroient prendre, s'ils s'approchoient de nous. — M. de Tilladet est revenu; il est encore assez foible, et ne prendra pas jour sitôt. — La Chevalerie , premier valet de garde-robe du roi , et qui avoit servi en cette qualité-là auprès de Monseigneur au commencement de cette campagne , est mort d'apo- plexie à Versailles. Il avoit 20,000 écus de brevet de re- tenue sur sa charge, dont il y en avoit 10,000 pour ses neveux, parce que son frère avoit eu la charge avant lui. Mercredi 6, au camp d'Endingen. — Monseigneur s'est allé promener à la droite , à la gauche et à la tête de son camp , le long de la rivière d'Elz et jusqu'au bord du Rhin; il relève un peu son camp pour l'approcher davantage des bois et pour gagner jusqu'au Rhin; notre droite ne pourra plus être incommodée d'une pe- tite hauteur au delàdel'Elz, où les ennemis auroient pu mettre du canon. On a encore fourragé aujourd'hui dans Emmedingen, et Monseigneur envoie M. le comte d'Au- vergne demain vers ce pays-là pour y faire le dégât, afin que les ennemis ne puissent plus trouver de quoi y sub- sister s'ils s'en approchoient. Nous avons établi des postes entre ici et Rrisach pour la commodité de nos convois. M. deChamilly,quia envoyé des partis, mande à. Monsei- gneur que les ennemis étoient encore hier au soir entre kbsivir |Ebers\veier?] et Urlaf [Erlach?] où nous avons campé, deux Lieues par delà Offenbourg. — Chamilly le neveu, colonel du régiment de Bourgogne, quiétoit parti d'ici avec le premier bataillon de son régiment, que Monseigneur lit marcher il y a quelques jours, a a^ finies de ce coté-lâ 214 JOURNAL DK DANGEAU. et on parle de l'y renvoyer avec d'antres propositions. — La nouvelle est venue que les Turcs ont pris Widdin et Nissa; mais cela a besoin de confirmation. Jeudi 7, au camp d'Endingen. — Monseigneur sortit de chez lui à neuf heures du matin, et ne rentra qu'à onze heures du soir; il sortit par le chemin de Fribourg, et rentra par le chemin de Brisach. Il se promena sur toutes les hauteurs qui sont entre ces deux places, et en revenant il passa par un marais assez difficile, qui est ce qui fit qu'il arriva si tard. Le marquis d'Huxelles nous a joint avec ses troupes, et a eu une lettre pour servir de lieutenant général dans cette armée ; il étoit destiné à se jeter dans la place que les ennemis auroient assiégée, et, comme ils ne peuvent plus faire de siège , on le fait servir dans cette armée. — Monseigneur a reçu ordre de la cour de faire remarcher Tallard avec ses huit escadrons vers la Moselle , et de ne point tirer de Brisach et d'Hu- ningue les deux bataillons qu'on en faisoit venir et qui étoient déjà en marche; on les a renvoyés. Ils ont eu des avis certains à la cour que le général Chauvet avoit passé à Coblentz avec les troupes de Hanovre et de Hesse. — Nous avons relevé notre camp ; notre gauche va présentement à Weiswiel, et nous mêlons dans le cam- pement de l'infanterie avec la cavalerie, dans l'ordre qui suit ns la carte suivante (1). On mande de Flandre que M. de Luxembourg est à Lessines avec cinquante batail- lons et plus de cent escadrons. Dumont, colonel de ca- valerie et capitaine aux gardes suisses, a été tué dans une escarmouche auprès d'Ath. Vendredi 8, au camp d'Endingen. — Monseigneur n'a point sorti de tout le jour ; il a été longtemps enfermé à travailler avec M. le maréchal de Lorges, Chanta y et Saint-Pouanges. Il a dépêché un courrier au roi , et S. M. souhaite qu'il en dépêche présentement un tous les (1) Voir ce tableau, page 215. SEPTEMBRE 1690. ORDRE DE BATAILLE. 215 tri c/î Crt z 'A a DRAGONS. H < S3 C ce O U c/) DRAGONS. 3 < H o c5 a < u 2 Colonel-général. . . . 3 Caylus 3 Gramont ;< / / Saint-Fremont. . . 3 i Barbezieres 3 Gobert o j Fusilliers 11 1 Dauphin 3 La maison du roi. . . Saint-Valéry. . . . 2 Picardie 2 Rourbonnois. . . . ?, Souvré 3 Dauphin 1 Brionne 3 Rourgogne Villeroy 2 Villequier. .... 2 en Dauphin 1 o Bourbon 9, Reauvoisis DRAGONS. Sorsat 2 u Languedoc 1 Rlainville « H U Commissaire-général. 3 H Gesvres 3 85 2 La Couronne 2 fc w IGuienne j I ;i M;irine. ...... 2 •J Anjou 2 . 1 Villepion. . . 3 y les Vaisseaux * ï>ouergue 2 5 ^iulx S i Rellegardc. . 3 1 Q Z \niou 1 Noailles. . . . 3 8 u es 1 °" Royal-Comtoia. . . . Royal ", l O U La Fére M M W Cayeux . . . Mousquetaires i du roi. . . . 3 Rerry 2 u M 1 hianges Royal-Marine. . . ^ 2 Coadi 1 De llnrlus 3 Orléans 2 Orléans 14 La Heine 1 La Ressière 3 Vivan3 2 Rretagne La Reine 1 Camille 3 2 1 Bercourt 2 1 l'ircnsac 2 Feuquières 1 nir.i.ssicrs 3 Saint-Germain. . . 2 (ormaadic 1 \ Feuquières. . . . ( otoael-géoéral. . . 3 l in u pli in étranger. 3 Ifonaaadle 1 -"" • ^— ta 17 l') 90 i ataj général. . . 105 ■M 216 JOURJNAL 13K DAMxEAU. jours. 11 est venu des rendus de l'armée des ennemis qui en partirent hier au soir; ils sont toujours campés au delà d'Offenbourg. Ces rendus assurent qu'il y a une grande mésintelligence entre MM. les électeurs, et que M. de Saxe veut redescendre le Rhin. — Les troupes qu'avoit M. de Stadel vers Rhinfeld sont séparées ; il en a envoyé une partie rejoindre leur armée, et a jeté le reste dans Rhinfeld. — L'envoyé de l'Empereur à la diète des Suisses les presse présentement pour avoir la neutralité. — Il se réveille des bruits de la mort du prince d'Orange, et il paroit qu'il y a des gens qui la croient en Hollande et en Angle- terre même. — Nos galères sont rentrées dans la Seine et sont remontées jusqu'à Rouen. — Monseigneur a en- voyé Relvèze en parti avec soixante chevaux pour avoir des nouvelles des ennemis que nous croyons marcher, quoi qu'en disent les rendus. Samedis , au camp d'Endingen. — Monseigneur a fait partir tous les gros bagages, afin de n'avoir nul embarras quand nous marcherons ; il s'est promené vers Kenzingen et le long de la rivière , depuis Kenzingen jusqu'à la droite de notre camp. Belvèze est revenu ce matin de la guerre ; il a trouvé quelques troupes des ennemis en deçà de la Schutter qu'il a poussées et battues; il a entendu le bruit de beaucoup de troupes; mais il ne sait si c'est un gros parti ou la tête de l'armée des ennemis. Monseigneur a renvoyé Sainte-Livière avec trois cents chevaux pour lui en mander des nouvelles, et ce soir Sainte-Livière a ren- voyé un officier de son parti, qui dit qu'il a vu de des- sus les hauteurs de Mahlberg dans la plaine de Schutter, et qu'il n'y a point de camp. Il verra cette nuit s'il ne pourra pas donner à Monseigneur des nouvelles plus as- surées de la marche des ennemis. — Monseigneur a com- mandé à l'ordre qu'on se tint prêt à marcher demain , mais qu'on ne sonnât point de boute -selle. — M. le comte d'Estrées est arrivé; il revient de la mer où il a servi de vice-amiral, et vient ici volontaire. SEPTEMBRE 1090. 217 Dimanche JO, au camp d'Endingen. — Sainte-Livière est revenu ce matin à la pointe du jour; il a assuré Monseigneur qu'il n'y avoit point de camp des ennemis en deçà de la Schutter ; mais à midi il est venu des nou- velles de M. de Chamilly qui marquent que les ennemis ont marché ce matin, et, comme on croit qu'ils veulent venir par nos derrières, Monseigneur veut aller campera Langen-Denzlingen et de là à Staufen, pour leur couper le chemin, et a fait marcher cette après-dinée la première ligne de l'infanterie sous le duc de Villeroy qui ira cam- per ce soir à avec l'artillerie. — M. de Tilladet s'en est retourné avec la fièvre à Brisach; M. de Vendôme commandera en sa place la seconde ligne de l'infan- terie , et M. le marquis cVHuxelles commandera le corps de réserve. Nous faisons remonter notre pont par delà Brisach. — Monseigneur a envoyé ce soir Mazel à la guerre pour lui apporter des nouvelles des ennemis , et il est revenu depuis que Monseigneur est couché, et l'a réveillé pour lui dire que les ennemis étoient campés entre Mahlberg'et Ettenheim , et sur cela Monseigneur a pris la résolution d'attendre ici les ennemis puisqu'ils viennent. Lundi 11 , au camp d'Endingen. — Leduc de Villeroy qui avoit marché hier avec la première ligne de l'infan- terie, a reçu l'ordre cette nuit de Monseigneur démarcher ici avec l'infanterie et l'artillerie; on a fait aussi revenir la réserve qui étoii avec les bagages, et on Laisse les ba- essous Brisach. Ou [ail redescendre notre pont, et on k fera ici ;'i In gauche de notre camp. Les mille hommes d'infanterie que nous avons dans Kenzingen ont ordre de s'y retrancher. Monseigneur s'y est allé promener après dîner, et a vu quelques petites troupes des enne- mifl sur l<-s hauteurs par delà Kenzingen; on a com- mandé à Tordre que Ton iil demain deux cents fascines par escadron. — On ;« «mi nouvelle que Tekéli a battu cl, pris le général Beister, cl qu'il se rend maître de foute 218 JOURNAL DK DANGEAU. la Transylvanie dont le Grand-Seigneur l'a fait hospodar. — M. de Lauzun a envoyé un courrier qui partit d'Irlande le 25 du mois passé. Il mande au roi qu'il est dans Gallo- way avec cinq mille hommes qui lui restent des troupes françoises, et que M. de Tyrconnel est à Limerick avec treize mille hommes et douze cents officiers, et qu'il a en- levé cent cinquante chariots que le prince d'Orange en- voyoit avec huit pièces de canon pour faire le siège de cette place. Il a fait sauter le canon , et a emmené dans Limerick les cinq cents chevaux qui menoient les chariots. Mardi 12, au camp d'Endingen. — Monseigneur s'est promené l'après-dinée à la tête des camps et sur le che- min de Kenzingen , où on a marqué des endroits propres à faire des redoutes si l'on en veut faire. M. le maréchal a été jusque vers Brisach pour raccommoder les chemins, afin que si les ennemis veulent marcher par nos derrières, nous puissions faire plus de diligence qu'eux et prendre le poste de Staufen. Nos partis qui sont venus de la guerre disent que les ennemis n'ont point marché aujour- d'hui , et qu'ils sont campés , leur droite à Lahr, et leur gauche à Mahlberg ; nous les croyions hier plus avancés que cela. — M. le prince de Murbach a été élu le 9 de ce mois grand doyen de Strasbourg. — Monseigneur a commandé à l'ordre qu'on se tint prêt à marcher de- main; cela dépendra des nouvelles qu'on aura cette nuit des ennemis. Il a ordonné à M. le duc de Villeroy d'aller cette nuit à Brisach, d'y prendre tous les escadrons de la réserve qu'on y a fait rester et les régiments de Marivaux et de Saint-Frémont, et de s'avancer entre Brisach et Fribourg, où nous voulons toujours arriver avant les en- nemis, afin d'avoir derrière nous un pays qui n'ait point été fourragé. Mercredi 13, au camp d'Endingen. — Gomme l'on croit que les ennemis veulent passer par nos derrières pour arriver avant nous dans les pays qui n'ont point encore été fourrages, et que nous voyons clairement qu'ils ne SEPTEMBRE 1600. 219 songent point à nous attaquer, Monseigneur a fait mar- cher l'armée aujourd'hui sur trois colonnes, l'infanterie au milieu, notre aile droite faisant la colonne de la gauche, et notre aile' gauche faisant la colonne de la droite. Monseigneur, avant que de sortir de la plaine de Wihl, s'est promené à toutes les colonnes, et, avant que de partir, a fait retirer l'infanterie qui étoit à Kenzingen. Il n'a point paru aucunes troupes des ennemis, et nous avons appris dans la marche, par quelques prisonniers qu'un lieutenant des compagnies franches d'Alsace a faits sur eux, qu'ils sont encore campés dans la gorge de Lahr et ne songeant point à nous attaquer. Ces prisonniers disent qu'ils pâtissent beaucoup, que les paysans de la montagne leur ont tué plus de mille de leurs fourrageurs, et que M. l'électeur de Saxe menace toujours de les quit- trr, disant qu'il ne veut pas que son armée périsse de mi- sère dans ces montagnes et ces mauvais chemins (1). — Le roi a envoyé un courrier à Monseigneur, et lui mande (i) On lit dans le Mercure de septembre , page 331 : « in lieutenant des compagnies franches d'Alsace fit pendant la marche quelques prisonniers , qui dirent que les ennemis ne pensoient pointa nous attaquer; qu'ils souffraient beaucoup; que le* paysans des montagnes leur avoient tué plus de mille de leurs fourrageurs, et que l'électeur de Saxe menaçoit toujours de les quitter, «lisant qu'il ne vouloit pas que son armée périt de misère dans des montagnes et de fort inaii\.iis chemins. » Nous avons trouvé fréquemment, sans les signaler, ces ressemblances de tenues entre les nouvelles de la cour ou des pays étrangers données par Dan- gean et celles insérées dans le Mercure et la Gùtette. On pourrait croire qu'il se senoil de ces recueils pour aider sa mémoire, si on ne savoit que le Ma- tin <■ pamisMtit seulement une l'ois par mois et la Gazette une t'ois par semaine, tandis que Dangeau écrivoitjour par jour. Mais alors, si ce n'est pas Dangeau qui les ,\ copiés, il faut nécessairement que ces recueils aient , dans certaines Occasions, reçu des communications extraites de son journal ou de sa corres- pondance, ici le fait est patent. Dan-eau écrit a l'armée le 13 septembre, un mois ,i\ mi d'avoii entre les mains le volume do Mature que nous citons, donc le Mercure qyA a copie une lettre de Dangeau adressée a son ré- bi "u .i un de sis amis. Nous aurions pu an citer de nombreuses preuves pendant cette campagne de Monseigneur. D'ailleurs le Mercure galant, étmi de.in .m Dauphin, pouvoil naturellement recevoir des communications de Dangeau, Pua des familiers de ce prince 220 JOURJNAL DE DANGEAU. qu'il doit aller^aujourd'hui à Marly, et il lui ordonne encore de lui envoyer tous les jours des courriers extraordinaires, quand même il n'y auroit rien à lui mander. Jeudi \h, au camp de Mengen. — Monseigneur, en par- tant d'Achtkarn, s'est allé promener à Brisach; il a l'ait le tour de la vieille ville, et a descendu au bas d'un bas- tion pour voir une écluse nouvelle qui est la seule chose qu'on y ait faite depuis que la cour avoit été à Brisach. — Hier, en partant d'Endingen, le feu prit chez M. de Vendôme, qui brûla plusieurs maisons , et Monseigneur a fait donner aujourd'hui de l'argent à M. de la Grange, intendant d'Alsace , pour distribuer à tous ceux dont les maisons auroient été brûlées. — Il nous est venu au- jourd'hui des rendus qui sont venus par différents en- droits; ils disent tous que les ennemis sont toujours entre Lahr et Schuttern, où ils pâtissent fort, et que M. de Saxe menace toujours de vouloir s'en aller. M. le duc de Vil- leroy a rejoint ici Monseigneur; il est campé ici auprès deThiengen. — M. le chevalier de Bouillon arriva à l'ar- mée ; il a servi cette année sur la flotte, et en débarquant il est venu ici. Vendredi 1 5, au camp de Mengen. — Monseigneur a en- voyé le duc de Villeroy avec la réserve et six cents hommes détachés de l'infanterie pour se poster entre Fribourg et Waldkirch; il est campé à Zahringen, et a envoyé des partis devant lui . Il y a quelques hussards dans Waldkirch, et un de nos partis de Fribourg en a tué aujourd'hui dix ou douze qui s'étoient un peu avancés. — Monseigneur a commandé à l'ordre qu'on allât demain au fourrage dans les gorges près de Fribourg, et a donné par écrit tous les villages à M. le Duc, qui entre maréchal de camp de jour. — Le roi a donné le régiment de Marsilly, qui étoit destiné au comte de Nassau, à Narbonne , lieutenant-co- lonel de Saint-Germain-Beaupré, qui avoit commission de mestre de camp, et au comte de Nassau le régiment qu'a- SEPTEMBRE 1690. 221 voit Dumont, qui est presque tout composé d'Allemands. — L'évêque de Viviers est mort; c'étoit le doyen des évêques de France. Le roi a donné son évèché à son ne- veu Chambonas, évèque de Lodève; il lui avoit donné une abbaye qu' avoit son oncle, à qui il n'en restoit plus. C'est présentement M. de Metz qui est le doyen des évêques de France. M. de Viviers avoit été nommé évêque en 1613 ; il étoit de la maison de Suze. Samedi 16, au camp dcMengen. — Monseigneur est allé aujourd'hui à Fribourg; il a visité toutes les fortifications en dedans et en dehors des châteaux et de la ville. Le duc de Villeroy est venu l'y trouver, qui lui a dit qu'il avoit envoyé des partis à Langen-Denzlingen , qui n'ont rien trouvé, et que les hussards qui étoient à Waldkirch s'é- toient retirés. — M. de Bouligneux, qui a son régiment avec M. de Boufflers, étoit venu ici sur le bruit qu'il y pourroit avoir un combat; mais on lui a conseillé de ne point paroltre et de s'en retourner, parce que le roi veut qu'on se tienne à son régiment. — On a eu nouvelles d'Ir- lande que le prince d'Orange étoit en personne au siège de Limerick, qu'il avoit donné un assaut où il a élé re- poussé et y;» perdu 2,000 hommes; mais que les assiégés, manquanl de poudre, seront bientôt obligés de se rendre. Ces! M. de Boisseleau qui commande dans la place. M. de La^izun doit se rembarquer incessamment; il est à Gal- loway avec toutes les troupes de France, et doit ramener encore 7 à 8,000 Irlandois. — M. d'Herleville , gouver- neur de Pignerol, a pris Villefranche sur le Pô; le jour même n est retournée. Cette ville-là sera fort com- mode, et assurera La communication entre l'armée de M. de Catinal ei Pignerol. Beaucoup de sujets de M. de Savoie viennent tous les jours se soumettre <'t ne veulent | >< »i 1 1 f obéir aux ordres qu'il a envoyés de faire marcher toutes les milices h !<• ban de ses États. 222 JOURNAL DE DANGEAU. Dimanche 17, au camp de Mengen. — Monseigneur s'est allé promener dans les derrières de son camp pour voir les postes qu'on peut occuper entre ici et Neuenburg. Il n'a été que jusqu'à Heitersheim, qui est la résidence du grand prieur de Malte d'Allemagne. Il a eu nouvelle que les ennemis ont marché le 15, et sont entrés dans la gorge de Guerolset; c'est apparemment pour passer les montagnes, soit pour revenir aux villes forestières, ou pour rentrer tout à fait en Allemagne. — Monseigneur a fait marcher aujourd'hui le duc de Villeroy et l'a fait entrer dans le val Saint-Pierre; il est campé à Obenet[Ebnet?]. Il a avec lui la réserve et un régiment de dragons et cinq cents hommes d'infanterie. — Un vaisseau de Ca- nada, arrivé à la Rochelle, dit que nos colonies ont besoin d'un prompt secours; l'évêque de Québec a poussé ses mis- sions dans les espaces qu'on croyoit auparavant imagi- naires. Il dit qu'il a trouvé un peuple dont les cheveux et le poil du corps ressemblent au plumage des perroquets , et qu'il en a découvert un autre où tous les hommes sont bossus et toutes les femmes boiteuses. — M. l'électeur de Brandebourg et M. de Luxembourg se sont fait faire beaucoup d'honnêtetés, et se sont fait des présents l'un à l'autre. M. l'électeur de Brandebourg se retranche auprès d'Alost, et presse les Espagnols de lui donner ses quartiers et l'argent qu'ils lui ont promis. — Le car- dinal de Bouillon est parti de Rome et vient en France sur une galère du Grand-Duc, et le cardinal Cavalieri est mort. — Le roi mande à Monseigneur que le comte de Gramont est parti du 13 pour le venir trouver à son armée. Lundi 18, au camp de Mengen. — Monseigneur, après son dîner, s'est allé promener sur les hauteurs qui sont entre ici et Brisach ; le duc de Villeroy lui est venu rendre compte des postes qu'il a pris dans le val Saint-Pierre. Il a envoyé des. partis assez loin en avant qui ne trouvent rien„ et lui est toujours à Obeneck [Ebnet?]. Les nouvelles SEPTEMBRE 1690. 223 que Monseigneur eut hier de la marche des ennemis dans la montagne se confirment. — Le comte de Gramont est arrivé ce matin au lever de Monseigneur. — Les cour- riers qui partent tous les jours d'ici pour la cour ont eu défenses de prendre des lettres d'aucun particulier; on n'écrira plus que par les ordinaires. — Le roi a donné au petit du Bordage une compagnie dans le régiment des cuirassiers, vacante par la mort du Courreui% qui fut tué par son cornette le jour que nous arrivâmes à la plaine de Wihl. — Les gros bagages nous ont rejoint ici, et Mon- seigneur renvoie à Brisach une partie des siens qui lui sont inutiles. — Monseigneur fait manger avec lui M. de Harlus, brigadier de cavalerie, qui est écuyer du roi. Mardi 19, au camp de Mengen. — Monseigneur a vu aujourd'hui l'infanterie en bataille; il a passé à la tète et à la queue, et puis l'a fait défiler par manche; il a été ! îvs-content de l'état où il l'a trouvée. — Il y eut ces jours I» iss.s à Versailles un conseil extraordinaire sur les af- faires de Home, qui fut composé de tous les ministres, de M. le chancelier, de M. le contrôleur général et de \ . de Beauvilliers. On y délibéra sur les avis de M. de Pa- ris, de M. L'archevêque de Reims et de M. le coadjuteur de Rouen, qui avoient été chargés de mettre par écrit ce qu'ils pensoient sur les affaires présentes avec le pape; on in- renverra point M. l'abbé de Polignac à Rome. — Monseigneur a eu avis ce soir que les ennemis marchent toujours dans la montagne, mais ils ne sont encore qu'à la hauteur de Lahr; il leur faut encore quatre jours de marche pour aller à Filing [Villingen], et pour le moins autant pour aller aux villes forestières. — Le comte de Gramont nous ;( confirmé la nouvelle que Saint-É\ remont avoil permission de revenir a la cour. M. de Scissac il) a permission aussi de revenir en France. kaidc DaasjMUi . ot retirées fkngleterre |K>ur avoir filouté as i«" 221 JOURNAL DE DANGEAU. Mercredi 20, au camp de Mengen. — Monseigneur s'est allé promener jusqu'à Neuenburg pour reconnoltre le pays par où il doit marcher après-demain ; il a fait ac- commoder les chemins et les passages afin que rien ne le puisse incommoder dans sa marche. Il a chargé de ce soin-là Bernard, capitaine d'une des compagnies franches d'Alsace, qui est le meilleur guide qu'il y ait dans le inonde, depuis Mayence jusqu'à Huningue, en deçà et en delà du Rhin. — Le roi revint samedi de Marly, où il avoit passé les trois derniers jours de la semaine à son ordinaire. — Monseigneur a envoyé la Bessière à la guerre avec cinq cents chevaux et cent dragons ; il ira entre Neuenburg et Bàle. — Le duc de Bournonville est mort en Espagne; il étoit vice-roi de Navarre; M. le duc de Bournonville, son fils, qui est dans les gendarmes du roi, hérite de 50,000 livres de rente dans la Flandre espagnole, outre 20,000 écus de rente qu'il a en France ou sur les terres du roi. Jeudi 21, ait camp de Mengen. — Monseigneur ne sortit point de tout le jour; il passa la journée à écrire au roi et à travailler avec M. le maréchal , M. de Chanlay et M. de Saint-Pouanges. — Il a avis que les ennemis continuent leur marche dans les montagnes. — Le roi a donné à M. le prince de Talmond une compagnie de cavalerie dans un de ses régiments (1), vacante par la promotion de Mézières , qu'on a fait sous-lieutenant dans la petite gen- darmerie. Le roi adonné aussi au fils du Montai, qui étoit aide de camp du duc de Villeroy, une compagnie dans le régiment de Saint-Germain qu'avoit Narbonne, à qui le roi Louis XIV, » dit le Recueil de Maurepas en note du couplet suivant : On te verra dans l'almanacli, Par le soin qu'en prendra Cessac, En chaussons et en camisole Avec Briole Avec Briole. (Recueil de Maurepas, tome IV, p. 2V, année 1673.) (1) C'est dans le Royal-étranger qui serf en Flandre. (Note de Dangeeni.) SEPTEMBRE 1090. 225 le roi vient de donner un régiment. — M. de Saint-Ruth, en Savoie, a battu 1,000 ou 1,200 hommes qui s'étoiem4 retranchés, et a pris le comte de Salles, qui les comman- dent, et deux colonels qui étoient avec lui. Les Irlandois qui étoienl ;i cette action-là ont fait des merveilles, à ce que Saint-Ruth mande, et milord Monteassel, qui les com- mandent, a élé dangereusement blessé. Milord Montcassel avoii déjà servi autrefois dans les troupes du roi, sons le nom de Mouskry. Vendredi 22, au camp d'Obermullheim. — Monseigneur marcha ici sur quatre colonnes, l'infanterie et les bagages aux deux colonnes du milieu; l'aile droite faisoit la co- lonne gauche, et l'aile gauche faisoit la colonne droite. Monseigneur ne voulut pas qu'on marquât le camp qu'il ne fût arrivé ; il se promena longtemps sur les hauteurs pour reconnoître son terrain , puis commanda à M. le prince de Conty , maréchal de camp de jour, de mettre [adroite à Neuenburg et l'infanterie dans la montagne. On choisit Obermullbeim pour quartier général. On trouva mi parti de hussards dans la montagne où Monseigneur se promenoit; on en prit un, et le reste s'enfuit. Le soir, la Bessière revint de son parti; il n a rien trouvé. — Mou- seigneur l.iil faire un pont de bateaux à Neuenburg, qui sera achevé demain. Il y a peu de fourrages d'ici à Baie. M. de Stadel, qui a été Longtemps campé de ce côté-ci, en a consommé la pins grande partie, et hier encore il \ avoii 800 chevaux n camp, '•i puisa été voir !<■ ponl qu'il i'aii faire ;'i Neuenburg, qu'il i trouvé presque achevé. — Il esl venu nu envoyé des Suisses, qui est résident auprès de M. L'évèque de Baie. Il piinii Monseigneur qu'on ne fourrageai poini les trois i i ri i ;» 226 JOURNAL DE DANGEAU. villages qui sont à M. de Porentruy , et Monseignem lui vouloit accorder sa prière; mais, un peu avant qu'il entrât, Monseigneur avoit reçu ordre du roi de l mandé des travailleurs pour achever de démolir Nenen- burg, qui îféloil pas assez bien rasé. Mercredi ±~i , au camp d'Obcrmallheim. — Monseigneur s'Ysl allé promener dans Les derrières de son camp, du côté d'où revenoieiil |,s l'oiirrageurs. Il a été jusque dans l,i gOfge de Sulzburg ei dans la eonnnanderie d lleilers- lieim. Durant sa promenade il a eu des lettres de Du Kaï. gouverneur de Fribourg, qui lui mande que M. de l>a\ ière <»>s • ae s'étanl engagé de rester avei eux que jusqu'à La Sainl-Miehel. On dit aussi que M. L'électeur de Bavière renvoie si\ régiments de L'Empereur, < j m î iront s'embarquer à l'Im pour des- cendre en Hongrie. Jeudi 18, au "o/ d'Obtrmullhcim. — Le roi mande à 15. 228 JOURTN/VL DE DANGEAU. Monseigneur qu'il fera partir bien des officiers généraux avec lui, et qu'il le prie de ne donner congé à personne qu'à ceux qu'il nommera. Le roi mande à Monseigneur que toutes les lettres de Hollande portent que les Turcs ont pris Nissa l'épée à la main. — Monseigneur a ren- voyé vingt-quatre pièces de canon à Brisach, que l'on avoit tirées de Strasbourg quand nous approchâmes de la Quinche; les ennemis sont toujours auprès de Fil i Qg et de Donaueschingen , et M. de Bavière a envoyé M. de Sereni à la diète des Suisses, qui commence demain ; on ne sait pas ce qu'il va demander aux Suisses. Vendredi 29, au camp d'Obermullheim. — Monseigneur fait marcher les mousquetaires, cinquante gardes du corps et les gros bagages pour l'aller attendre à Saint-Dié. 11 partira demain ; il emmènera avec lui d'officiers gé- néraux, M. le Duc, M. le prince de Conty, M. le comte de Soissons. M. de Choiseul et M. de la Feuillée s'en vont à leurs terres; M. de Soubise s'en retourne à la cour. Il ne demeurera à l'armée que M. le comte d'Auvergne , M le duc de Villeroy , M. de Joyeuse, M. d'Huxelles pour lieutenants généraux, et MM. de Bertillac, de Mélac et de Coigny pour maréchaux de camp. M. de Saint-Pouanges revient avec Monseigneur, et M. de Chanlay demeure avec M. le maréchal de Lorges à l'armée. — M. de Cas- tanaga, à qui M. du Maine et M. de Luxembourg avoient demandé un passe-port pour faire venir des dentelles de Flandre à l'armée, a refusé le passe-port; mais il a envoyé des marchands qui ont porté pour 10,000 écus de dentelles, et, après qu'on les eut achetées, les mar- chands s'en retournèrent sans vouloir prendre l'argent, disant qu'ils avoient cet ordre-là de M. de Castanaga. M. de Brandebourg et M. de Luxembourg continuent aussi à s'entrefaire beaucoup d'honnêtetés. — Le comte de Gra- mont est reparti en poste pour porter au roi la nouvelle que Monseigneur arrivera dimanche à Fontainebleau; le roi y sera jeudi SEPTEMBRE 1690. 229 RETOUR DE MONSEIGNEUR (1). Samedi 30, à Brisach. — Monseigneur, après sondiner, «si parti de L'armée , qu'il laisse sous le commandement de M. le maréchal de Lorges; il est venu coucher ici, où te marquis d'Huxelles et Chanlay le sont venus con- duire. Monseigneur n passé le pont qu'il avoit à Neuen- burg; le maréchal de Lorges l'a accompagné une lieue par delà le pont, puis Monseigneur l'a renvoyé avec tous les officiers. Il n'a permis qu'à MM. de Villequier, deMailly el d'Antin de le suivre jusqu'à Brisach. Dimanche 1er octobre, à Schlestadt. — Avant que Mon- seigneur soit parti de Brisach ce matin , il a reçu les en- voyée de Baie; ils étoient quatre. 11 leur a fait donner à chacun cenl pistoles, au lieu de la chaîne d'or qu'on a cnui i mu de leur donner, et cinquante pistoles chacun pour leur voyage, et cinquante pistoles à celui qu'ils avoienl emmené pour interpréter leur harangue. Le roi (l) Le Mercure de septembre fait précéder le récit de* dernières opérations • le la campagne d'Allemagne d'une appréciation qui a tout le caractère d'un résumé officiel de cette campagne. «■ Il y a de différentes manières de se faire l.i guerre. Les ptas ordinaires sont de donner des batailles ou de faire des - Les deux parties perdent dans l'une et dans l'autre. Il est vrai que la perte du vainqueur n'est pas égale à celle qu'il fait souffrir à ses ennemis, mais la victoire ne laisse pas a une troisième manière (ont admirable el qui demande qu'un général ait une parfaite intelli- du métier de la guerre. C'est celle de savoir par d'heureux campements fatiguer son ennemi , ruiner son pays, \ i\ re à ses dépens , lui porter la famine < lu/ lui-même lorsqu'on ue manque de rien dans ses États, et lui faire finir la . aaipagne avec autant de pei te que s'il en étoil venu à un combat , sans (pion •ut souffert de son côté le dommage que le vainqueur même ne peut éviter lorsqu'on gagne une bataille de vive force, il est aisé de voir à quoi conclure abonnement, puisque monseigneur le Dauphin vient d'exécuter tout ce que f riens de dire. Jamais <>n n'a vu d'activité pareille à celle de ce jeune puni, h ,i toujours agi depuis qu'il est .. h tète de -es troupes et s'esl ;»<•- qiiilti d< tontes les fonctions d'un (çranri général, comme \ous pouve* »oii pu • divers campement . nai tous les mouvements qu'il a faits pendant c< moi el pat une infinité de choses digues d'être remarquée! 230 JOURNAL DE l)A\(,L\l en avoit donné autant à chacun des Suisses qui vinrent à Ensisheim pendant qu'il étoit à Brisach. Monseigneur, avant que d'entrer ici, a visité tous les travaux de La pi ace. — M. de Torcy, tils de M. de Croissy, signera présentement les ordres comme secrétaire d'État. Lundi 2 , à Saint-Dié. — De Schlestadt, Monseigneur est venu en chaise dîner à Sainte-Marie-aux-Mines, et puis a monté à cheval pour venir ici. Il est suivi dans son voyage par M. le Duc, M. le prince de Conty, M. de Ven- dôme, M. le prince d'Elbeuf, M. le comte de Soissons, M. le chevalier de Savoie, M. de la Trémoille, M. le Pre- mier, les aides de camp et moi. Il joue le soir au reversis ou à culbas , comme il a joué cette campagne quand il n'avoit rien à faire. — M. de Bissy est venu au-devant de Monseigneur, et le suivra tant qu'il sera en Lorraine. — Monseigneur, renvoie à l'armée les détachements de dragons qui l'avoient conduit jusqu'ici. Mardi 3, à Bacharacli. — De Saint-Dié, Monseigneur est venu diner et coucher ici. Il y a reçu des lettres de M. Amelot, qui mande que M. de Sereni avoit demandé aux Suisses qu'ils obtiennent de nous que nous n'avan- çassions pas plus loin les fortifications de Huningue, qu'ils empêchassent que nous n'attaquassions les villes fores- tières, et que nous ne prissions des quartiers dans le Po- rentruy. Il leur a tort remontré qu'ils dévoient prendre1 garde à la trop grande puissance de la France , et qu'il avouoit que l'Empereur et MM. les princes d'Allemagne n'auroient pas pu s'imaginer que nous eussions tant de troupes et tant de moyens de faire la guerre. Voilà tout le sujet de sa mission. Mercredi 4, à Nancy. — De Bacharach, Monseigneur est venu dîner à Lunéville , où il a trouvé M. de Lenoncourt qu'il a fait dîner avec lui , comme il a fait manger les autres grands seigneurs de Lorraine en venant à l'armée. — Le roi a donné une pension de 2,000 écus à la duchesse de la Ferté. — M. de Seignelay est au lait de femme; sa OCTOBRE 1600. 231 famille demeurera auprès de lui, et ne sera pas du voyage de Fontainebleau. Jeudi 5 , à Void. — De Nancy, Monseigneur est venu dîner à Toul et coucher ici. M. l' évoque de Châlons lui donnera demain à souper à Vitry, M. de Nointel lui donnera à diner le jour d'après au Bac à Pinson, et M. de Meaux lui donnera à souper à la Ferté-sous-Jouarre. Sa maison ne peut plus le suivre passé la dînée de demain à Ligny, où il prend la poste. — Le roi est parti aujour- d'hui de Versailles; il va coucher à Fontainebleau, où il doit demeurer jusqu'à la fin du mois. Vendredi 6, à Èpernay. — Monseigneur, qui devoit n'aller coucher qu a Vitry aujourd'hui, a trouvé le temps et les chemins si beaux qu'il a envoyé faire des excuses à M. de Châlons, qui l'attendoit à Vitry, et est venu coucher ici, d'où il partira demain d'assez bon matin pour arriver de bonne heure à Fontainebleau. — Les repas qu'on lui avoil préparés sur la route ont été fort déconcertés. — Le roi a eu nouvelle que le prince d'Orange avoil levé le siège de Limerick et repassoit en Angleterre. BoisseleaUj qui a défendu Limerick, est arrivé à Brest. M. de Lauzun et M. de Tyrconnel sont embarqués pour Tenir en France. M. le duc de Berwick est demeuré en Irlande, où Ton croit que M. de Tyrconnel retournera quand il aura pris des mesures avec le roi. Samedi 7 , à Fontainebleau. — Monseigneur arriva ici i'i quatre heures , et alla chercher le roi qui étoil à la chasse. S. M. ne L'attendoil que demain à midi, et se dis- posoil à aller au-devanl «le lui à Valvins. — M. Félix <\ l;i charge de premier valet de garde-robe qu'avoit la Che- valerie; il lui en coûte 25,000 écus pour les brevets de retenue qu'avoient les enfants et les neveua de La Che- valerie. — Le roi a donné a M. le prince de Etohan le régi- ment de cavalerie qu'avoit M de Soubise son père — L^roîet la reine d'Angleterre viendront ici mercredi, ou ils passeront quelques jouis. 282 JOURNAL DE DANGLAl Dimanche 8, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer après son diner. Le soir, il y eut appartement. On joua aux portiques, puis on alla à la musique, et ensuite on revint jouer dans le grand cabinet du roi. — M. de Luynes est à l'extrémité ; on lui a coupé l'artère en le saignant. — M. de Vendôme est arrivé ce soir; il suivoit Monseigneur en poste. M. le Duc coucha hier à Paris, et a salué le roi ce soir. — Le roi a réglé que le premier gentilhomme de la chambre en année serviroit Monseigneur. — M. de la Kochefoucauld a fait faire tout ce qui étoit nécessaire pour la garde-robe de Monseigneur, et on a renvoyé touf le linge et tous les habits qu'il avoit à madame dTzès. J'avois quitté Monseigneur à Ligny, où il prit la poste, et je suis arrivé aujourd'hui en relais de carrosse. Lundi 9 , à Fontainebleau. — Le roi et Monseigneur coururent le cerf; au retour de la chasse , le roi donna à dîner aux dames. Le soir, après souper, il y eut portiques. — Les Vénitiens ont assiégé la Valone. — M. de Luxem- bourg a fait brûler les fourrages et emmener les bestiaux qui étoient dans les chemins couverts d'Ath, et a rompu toutes les écluses qui étoient sur la Dendre. — Le roi a donné des seconds bataillons à quelques colonels qui n'en a voient qu'un; M. d'Humières et M. de Mornay en on! eu. — On a eu nouvelles que M. le prince d'Orange est arrivé à Londres le 8 de ce mois passé, et il ne paroit pas qu'il ait été ni fort blessé ni fort malade. Mardi 10, à Fontainebleau. — Le roi et Monseigneur ont chassé. Le soir, il y a eu appartement. — M. le duc de Luynes* est mort à Paris. Il n'avoit ni change, ni gouvernement, ni pension. Il laisse une septième place vacante dans les chevaliers de l'ordre. Il y a longtemps déjà qu'il étoit à demi-mort. — M. l'électeur de Bavière a donné une pension de 1,000 écus à mademoiselle Bez- zola, qui étoit auprès de madame la Dauphine ; elle n'a pas voulu les accepter sans en avoir la permission du roi, qui la lui a donnée. OCTOBRE 1690. 233 ' M de Luynes étoit fort savant, et avoit toujours été dans une grande piété. Après la mort de sa première femme , qui étoit mère de M. de Chevreuse et s'appeloit Séguier, il s'étoit retiré dans une petite maison joignant ' Port-Roy al-des-Champs, où il s'occupoit de la prière et d'une littérature sainte : on prétendit même qu'il travailloit des mains. Cette abbaye eélèbre étoit à peu de distance de sa maison de Dam- pierre, que les retraites libres et forcées de la fameuse duchesse de ( :he\ reuse, sa mère, a tant fait connoître, et qui a été renduc[si magni- fique. M. de Luynes y alloit rarement et se tenoit dans sa solitude. A la tin, ses amis l'en arrachèrent, mais à peine en fut-il sorti qu'éperdu- ment amoureux de la sœur de sa mère, du même lit que madame de Soubiseet qui étoit sur le point de faire ses vœux de religieuse, il obtint dispense et l'épousa. C'étoit une tres-vertueuse personne et parfaite- ment belle, et qui fut mère du comte d'Albert, du chevalier de Luynes et de mesdames de Gouffier, de Verrue, de Bournonville et de Sessac. Mercredi 11 , à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner, alla tirer sur le chemin par où le roi et la reine d'Angleterre venoient; ils arrivèrent ici sur les sixheures par la cour du Cheval blanc; Monseigneur les attencloit mii le h;mt du 1er achevai. Dès que le roi les eut trou- vés, ils montèrenl en même carrosse. — Le roi donna l;i main à la reine (Y AndHei t<\ en arrivant, et la mena dans L'appartemenl de la reine-mère qui lui étoii pré- paré. Le roi l'ail toujours marcher le roi d'Angleterre devanl lui. Le soir, il y eut appartement. La reine joua aux poi -tiques et au lansepicnet; il y eut musique. Le roi d'Angleterre joua aux portiques et à L'hombre avec M. le cardinal de Furstemberg el madame de Croissy. Jeudi 12, à Fontainebleau,, — Le vilain temps em- pêcha oirnn n'allai à la chasse. — Le roi mena Le roi el la reine d'Angleterre au jeude paume, où Les grands joueurs jouèrent (1). \x soir, il y eut appartement comme il lit un temps m fâcheux l'après-dlnée qu'on ne put aller courre !<• ' H l \m>i nu n'alla qu'au jni de paume, ou une partie entre les sieurs Jourdain frèrefl 1 1 !• ileai - !»• Page , Clergel e( en reaux contre eux , donna beaucoup de phi ii Mercure brt , p. M 234 JOURNAL DE DANGEAU. hier. Toutes les dames vont à la toilette de la reine (Y An- gleterre et la conduisent à la chapelle, où elle se met à genoux entre les deux rois, le roi d'Angleterre toujours à la droite. Ils sont assis de même à la table, et Monsei- gneur, Monsieur, Madame , M. de Chartres et toutes les princesses du sang mangent avec eux. — Boisseleau est arrivé d'Irlande; le roi l'a très-bien reçu, et lui a dit qu'il avoit travaillé pour sa gloire particulière et pour la gloire de la nation ; il l'a fait brigadier. Vendredi 4 3, à Fontainebleau. — Après diner, le roi mena le roi et la reine d'Angleterre à la chasse du san- glier; il y en avoit beaucoup dans les toiles, et le roi d'Angleterre en tua plusieurs. Le matin , le roi d'Angle- terre et Monseigneur avoient couru le cerf. Le soir, il y eut appartement , mais on n'y entra qu'à huit heures , et on n'eut point de musique. La reine d'Angleterre joua à l'ordinaire aux portiques et au lansquenet, et le roi d'An- gleterre àl'hombreavecM. le cardinal de Furstemberg et madame de Croissy. — M. de Noailles, n'ayant plus rien à faire en Catalogne , où les Espagnols n'entreprennent rien, s'en va tenir les États du Languedoc , et M. le car- dinal de Bonzy a pris congé du roi pour s'y en aller. Samedi 14, à Fontainebleau. — Le roi pria le roi et la reine d'Angleterre, qui dévoient s'en aller lundi, de de- meurer jusqu'à mercredi , à quoi ils ont consenti de très- bon cœur. Le roi a bien vu qu'ils se divertissoient bien ici. — Le roi d'Angleterre a été rendre visite à toutes les princesses du sang; il a fini par mademoiselle de Blois, où il refit connoissance avec madame de Montespan. — Les quartiers d'hiver sont partis pour l'armée d'Alle- magne , qui est toujours au delà du Rhin vers Fribourg. — Le roi a donné le gouvernement de Tarascon sur le Rhône à Mauroy, mestre de camp de cavalerie; il vaut 1,000 écus de rente, et c'est M. du Maine qui l'a demandé pour lui. Dimançjkfi 15, à Fontainebleau. — Après diner, le roi OCTOBRE 1690. 235 mena le roi et la reine d'Angleterre se promener à l'entour du ci nal, et puis entendit le salut aux Loges (1). Le soir, il y eut appartement comme à l'ordinaire. — M. le car- dinal d'Estrées a reçu une lettre du maréchal son frère, seront choisis pour capitaines de èarabiniers seront vendues à un lieutenant du même régiment qui en donnera 1,009 ëcus. Le roi donnera le peste de ce <|u'il faudra pour La Levée 11 y ;« présentement crut sept régiments de cavalerie en France; ainsi celé fera une augmentation de -'5,-210 cavaliers, et les e;»pi- kaines de carabiniers choisiront (l;ms les compagnies de Irurs régiments quand il manquera des hommes, comme Les capitaines de grenadiers choisissent dans Les régi- ments d'infanterie. Mardi \~ , a Fontainebleau» — Le i<>i mena le roi cl la in k demii lieue de Fontainebleau. On j célébroil la M** di S "'il- m ,im- l'église des religieux Carme? Werctire galant 236 JOURNAL DE DAJNGEAU. reine d'Angleterre à la chasse du sanglier, et au retour ils virent de la terrasse du grand appartement la curée d'un cerf que le roi d'Angleterre et Monseigneur avoient pris le matin. Ce spectacle-là aux flambeaux fut très-agréable; ensuite ils allèrent chez le roi, où il y eut appartement à l'ordinaire. — On a eu nouvelle que M. de Lauzun étoft arrivé à Paris; tout ce qu' avoit mandé M. le maréchal d'Estrées étoit vrai , et ce qui a fait qu'il n'étoit point venu de courrier de Brest, c'est que M. de Lauzun avoit voulu porter les nouvelles lui-même; il sera demain ici. Mercredi 18, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angleterre partirent d'ici à dix heures; le roi les re- conduisit dans son carrosse jusqu'au bout de la forêt du côté de Chailly. Il étoit au fond avec le roi et la reine d'Angleterre, Madame étoit au-devant avec les deux dames de la reine , qui sont la comtesse d'Almont et madame deBaucley; Monseigneur et M. de Chartres étoient aux portières. Quand on fut arrivé au bord de la forêt, le roi donna la main à la reine d'Angleterre pour la mettre dans son carrosse, et demeura à la portière jusqu'à ce qu'elle fût partie avec le roi son mari et les deux dames ; puis le roi monta dans sa calèche et alla tirer. Monseigneur et Madame montèrent à cheval , et allèrent courre le cerf avec les chiens de M. de Bouillon. Le roi et la reine d'An- gleterre vont dîner au Plessis et coucher à Saint-Germain. Le soir, le roi joua ici après son souper aux portiques sur les points. On avoit accoutumé d'y jouer sur le blanc et le noir ; cette manière-ci paroît encore plus égale , s'il se peut. — M. de Lauzun arriva d'Irlande , et salua le roi. Jeudi 19, à Fontainebleau. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur ne courut point, parce que c'étoit une fête de ce diocèse, et il ne court point les fêtes, de peur que quelqu'un perde la messe ; le soir, il y eut, avant souper, appartement. — Le roi a donné à M. de Saint-Pouanges le grand bailliage de Cassel , qu'il vendra k ou 5,000 pistoles. — M. le marquis d'Huxelles OCTOBRE I6î)0. 237 demeurera cet hiver commandant en Alsace. M. le ma- réchal de Lorges n'y restera pas ; on y laisse deux maré- chaux de camp, qui sont Tallard et Bertillac; on y laisse aussi Mailly et le comte de Luz, que l'on fait inspecteur d'infanterie. — La Hoguette, qui revient d'Irlande, a salué le roi, et il a ordre de partir pour aller servir en Savoie sous M. de Catinat, qui y va établir en quartier d'hiver les troupes qu'il commandoit en Piémont. Saint* Ruth, qui commandoit en Savoie, revient ici ; on dit qu'il «•si destinée un autre emploi. Vendredi 20, à Fontainebleau. — M. de Lauzun et M. de la Hoguette ont eu chacun séparément une grande audience du roi, et puis M. de Lauzun est allé à Saint- Germain trouver le roi d'Angleterre. — Le roi a tiré après avoir dîné à son petit couvert. Monseigneur a couru le cerf avec Madame. Le soir, après souper, il y eut portiques à la manière nouvelle. — Le roi a fait maré- ehal de camp Guiscard, colonel de Normandie, qui com- mande présentement dans Dinant. Le roi adonné un nouveau régiment de dragons à lever à M. de Saint-Her- mine, frère de madame de Mailly. — Les Vénitiens ont pris la Valone, et vont assiéger Durazzo. Samedi -21 , à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner alla avec les dames à la chasse du sanglier dans les loi les. Le soir, avant souper, il y eut appartement. Le roi el Monseigneur n'allèrent point à la musique, Madame la tint. — M. de Boufflers \;i commander en Flandre, depuis l.i mer jusqu'à Dinant ; M. de Luxembourg el M. du Naine reviennent. .M. de Maulevrier et M. de Montbron onl leur congé aussi pour revenir ; le marquis de Villars demeurera dans Tournay. — Le roi fait fortifier Cour- !r;>\ «-I Dixmude. — On a eu nouvelle que les Turcs onl marché à Belgrade, et «puis en ont formé le siège. Dimanche 22, à Fontainebleau. — Le roi alla lirer iprès avoir dîné à son petit couvert. Monseigneur courut leceri avec leschiensde M de Bouillon. Le soir, après 238 JOURNAL DR DANGEAU. souper, il y eu! portiques. — Les Turcs oui |>ns Sémeu- dria, où il y avoit 500 Allemands de troupes réglées il en un aussi. — M. le Prince et M. le Duc ont choisi pour colonel du régiment de Bourbon le marquis de Vieuxpont; il étoit l'aîné de celui qui vient d'être tué à la lrl<' de ce régiment. Le roi l'a agréé; il a servi sur mer. Mercredi 1er novembre, jour de la Toussaint, à Versailles — Le roi a entendu le sermon de l'abbé Denise; c'esl celui qui doit prêcher l'Avent qui prêche le jour de la Toussaint. Le roi a fait ses dévotions. Le roi, après avoir entendu la grand'messe, a tenu un conseil extraordinaire avec ms ministres , qui a duré fort longtemps, el cela a fait «pul a dîné beaucoup plus lard qu'à l'ordinaire. — Le roi a donné l'évêché deLodève à w. l'abbé Philippeaux, T. III. |(j 242 JOURNAL DE DAINGKAU. qui ;i été agent du clergé : il «si frère de Philippeamt, eolonel de cavalerie. Le euré de Mail y a <;u une petite abbaye qu'avoit un fils de M. Villeneuve, valet de chambre du roi. Une abbaye en Béarn qu'avoit l'abbé de Castan, frère de celui qui est exempt dans les gardes du roi, a été donnée à l'abbé Bidal , frère de feu Asfeldt. — On a donné aujourd'hui l' extrême-onction à M. de Seignelay. Jeudi 2, à Marly. — Le roi dîna à son petit couvert, et alla tirer, puis il arriva ici sur les quatre heures. Monsei- gneur a couru le cerf à Saint-Germain avec les chiens de M. du Maine, et arriva ici un peu après le roi. Monsieur et Madame vinrent ici de Saint-Cloud, et passèrent par Saint- Germain pour voir le roi et la reine d'Angleterre. — M. de Seignelay * a perdu la voix et la connoissance dès ce matin. — Mademoiselle de Blois est de ce voyage-ci ; elle en est toujours depuis quelque temps. Elle couche dans le corps du château, comme les autres princesses, et madame de Montchevreuil est chargée de sa conduite ici. — M. de Tessé commandera cet hiver sur la Meuse, et M. d'Harcourt dans Mont-Royal, dans le pays de Luxem- bourg, dans le comté de Chiny et jusqu'à la Sarre, et Tallârd depuis la Sarre jusqu'au Rhin, sous les ordres du marquis d'Huxelles. — Les quatre régiments nouveaux de dragons ont été donnés à MM. de Sainte-Hermine et le chevalier le Tellier, comme j'ai déjà marqué, et les deux autres à Damboil et au marquis de Rannes, fils aine de celui qui étoit colonel général de dragons. * M. de Seignelay avoit toutes les parties d'un grand ministre d'État, et désespéroit M. de Louvois, qu'il mettoit souvent à n'avoir pas le mot à répondre devant le roi. Ses défauts répondoient à ses grandes qualités, en débauches, en audace , en dépenses, en témérité , en ambition, en orgueil. Jamais tant de bon goût en gens, en choses, en compa- gnie , en ennemis , et, pour la haine et l'amitié, il n'eut de pareil que Louvois. Savant, éclairé, beaucoup d'esprit, de délicatesse , d'étendue, de pénétration, de justesse, beaucoup d'humeur et même avec ses amis. Sa mort sauva et perdit sa famille , en sauva le bien dont il avoit presque tout dissipé, et la perdit dans tout le reste. Le travail joint à NOVEMBRE IG90. 243 la débauche le tuèrent à la fleur de sou âge et de sa fortune. Sa va- nité l'avoit porté à cet excès de se persuader par la conformité du nom, qu'il sortoit d'une famille d'Ecosse qui portoit le nom de Cohl- berg et qui étoit bonne et ancienne parmi la noblesse. Il en fit faire des recherches, et s'en fit descendre par une généalogie dont les ministres puissants ne manquent jamais de trouver les secours. Il fut plus loin, car il écrivit au roi Charles II d'Angleterre et en obtint des certificats en manière de patentes, qui le déclaroient descendu de cette famille, et il eut la folie de les présenter au roi, qui n'en crut pas plus que le roi d'Angleterre lui-même. Le roi néanmoins fut fort choqué d'une démarche si étrange, et il en garda le silence pendant sa vie. Il s'en dédommagea trop publiquement à sa mort. M. de Seignelay en avoit persuadé toute sa famille qui n'en a plus douté, excepté la duchesse de Mortemart, qui avoit le bon esprit d'en rire avec ses amis; mais l'en- têtement de son frère étoit tel là-dessus qu'il avoit fait donner à un de ses fils un nom d'Edouard au baptême, et ne l'appeloit jamais autre- ment. Il faut avouer que lui et tous les Colbert ont eu l'âme et le cou- rage élevés, et une valeur qui ne s'est point démentie, tandis que le contraire s'est fait sentir dans tous les Telliers, leurs oncles, dont le premier qui ait montré de la bravoure est Courtenvaux , qui a exerce longtemps la charge de capitaine des Cent-Suisses pour son neveu en bas âge. Aussi faut-il dire que cette famille, et mâle et femelle sans exception, a toujours été aussi humble sur sa naissance, et à en par- ler trcs-franchemenl . que l'autre a été on peut dire folle sur le même article, bien qu'eu etïet elles ne fussent ni meilleures, ni moins nou- velles, m moins parfaitement connues Tune que l'autre. Vendredis, à Marly. — L<; roi, Monseigneur, Rfadame cl madame la princesse de Cont} montèrent à cheval, cl hirenl à La chasse dans la Corel de Marly ; ils prirent deux cerfs. Le roi d'Angleterre y vint de Saint-Germain. II. (!<• Chartres} vinl aussi, cl passa la journée ici. Le soir, entre cinq cl six heures, le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici; ils jouèrent aux portiques et au Lansquenet, el s'en retournèrenl à oeuf heures; ils furent enfermés quelque temps avec Le roi avant de se mettre au jeu. — H. de Sei- -ii«I.i\ esi mort (1) cette nuit à deux heures. i \ Versailles, dans l'un des quatre pavillons destines aux quatre l'Étal w. -, . m fi galant i 16. $44 JOURNAL DE DA1NGEAIÏ. Samedi k , à Versailles. — Le roi lit planter à Mari) le matin el l'après-dinée , et fut toujours dehors malgré le mauvais temps qu'il faisoit. Monseigneur et Monsieur jouèrent au lansquenet, et toute la cour fut ici sur les six heures. — M. de Luxembourg arriva ici; il a ramené avec lui le grand Prieur, les ducs de Choiseul , de Mont- morency et Roquelaure. 11 a laissé le marquis de Créqm dans Tournay, qui commande sous M. de Villars, et Ber- tillac commande depuis la Lys jusqu'à la mer. Les forti- fications que l'on fait faire à Courtray , à Dixmude et à Fumes sont achevées, et, comme ces places-là sont présen- tement en état de défense, on y a mis en garnison onze bataillons et huit ou dix escadrons. Dimanche 5, à Versailles, — Le roi ne sortit point de tout le jour; il donna une longue audience au comte de Tourville, à qui il n'avoit point parlé depuis son retour delà mer. Le roi alla au salut qui commence à cinq heures depuis la Toussaint. A sept heures, il y eut appartement; le roi y joua au portique au chiffre ; il y eut musique , où il n'alla point. — On a cassé les trois régiments de Sa- voie qui servoient en ce pays-ci , et l'on en forme deux régiments que l'on donne au chevalier de Morousse, Pié- montois, qui sert depuis longtemps dans le régiment de Saint-Laurent, et l'autre à un Génois nommé Perri. Ils ne seront chacun que d'un bataillon; s'il reste quelques sol- dats, on les donnera au marquis de Saint-Maurice, qui a quitté le service de M. de Savoie pour s'attacher à la France, et on lui donne à lever en Savoie et en Bresse un régi- giment de 1 ,600 hommes, qui aura la même paye que le régiment de Saint-Laurent. Outre le marquis de Saint- Maurice qui a quitté M. de Savoie, il y a d'autres Savoyards qui ont pris le même parti , entre autres le marquis de Chàtillon, gendre de l'ambassadeur d'Ogliani qui étoit ici ; on lui donne à lever un régiment de cavalerie. — On a eu nouvelle que les Turcs marchent au pont d'Eszek; ondit même qu'ils ont détaché des troupes pour investir Bude. NOVEMBRE lti'JO 245 Lundi 6, à Versailles. — A\u sortir du conseil des dé- pèches, Le roi donna à M. de Pontchartrain la place de ministre et la charge de secrétaire d'État qu'avoit M. de Seignela} avec la marine et les pierreries. M. de Louvois ;) les haras , quelques manufactures qu'il n'avoit pas. et Les fortifications du dedans du royaume qu'avoit M. de Seignelay, et pour cela M. de Louvois donne à M. de Pont- chartraifl le Poitou et la Marche, qui étoient de son dé- partement. M. de Pontchartrain avoit prié le roi de ne le point charger de la marine, parce qu'il n'en a aucune connoissance; le roi a voulu absolument qu'il s'en char- geàt. Il a présentement tout ce qu'avoit M. Colbert, hormis les bâtiments. — M. de Feuquières commandera cet hiver dansPignerol, d'où Ton fait revenir M. d'Herleville. M. de Laré commandera en Dauphiné, et M. de Saint-Silvestre en Provence, M. de la Hoguette en Savoie, et ces quatre messieurs sous les ordres de M. de Catinat. — Le roi a dîné à son petit couvert, et a été tirer. Monseigneur a couru le loup avec le roi d'Angleterre. — Le marquis de M.HsilU esl mort en allant de Fontainebleau chez lui; c'étoil le plus vieux lieutenant général de France. Hardi 7, a Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, el alla à La chasse. Monseigneur a donné à diner chez lui à madame La princesse de Conty; il y avoit de dames mademoiselle de Lislebonne, madame de Dangeau et ma- demoiselle d'Uzès. Monsieur et Madame sont allés à Paris voir l'opéra de Lavinie (1), qu'on joue pour la première fois. — M. de Chevreuse et M. de Beauvilliers ont achevé une affaire pour le lils aine de M. de Seignelay, que M. de Seignela^ avoii commencée, «jui esl de lui faire avoir La suri ivance de La charge Se* gnelaj : on rend à M. PeUetier l'appartetaenl de madame ',«' Pontchartrain, ou il logera MM ses l'mvs; on donne à M. be cardinal d'Estrées Pappartenient de M. de Mit- cnartrain, <•( on laisse ;» m;. (Lune la «aréenale d'Ëatréès 1 ■•|MM,,<""i>h|.i ;,\,,if M. le cardinal, dont Hlr a\ nil |,,u jours joui durant son absence. Ham** ii,„ \rrsailirs. — Le mi alla tirer après avoir ,,I,M" •' 9°n P«^ n„nrri. HoHse^neur donna à dlnei - 248 JOliajNAI, DE DANGEAU. madame la princesse de Conty, et puis alla à S;» i nt-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Le roi a fait ini< augmentation de charges dans le parlement, dont il tirera un argent considérable; il crée deux charges de prési- dent à mortier qui sont vendues chacune 4-50,000 livres, et une charge d'avocat général qui sera vendue 350,000, et quatorze charges de conseiller qui seront vendues cha- cune 100,000 francs. Il y aura aussi quelque création de charges de président des comptes. — M. le cardinal de Bouillon est arrivé en Provence, et sera ici au premier jour. Dimanche 12, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il alla après le salut, à son ordinaire, chez madame de Maintenon, et il y tint conseil de marine avec M. de Pontchartrain, Bonreposet Tourville. Monseigneur alla souper au Désert , petite maison de madame la Du- chesse, dans le parc; madame la Duchesse, qui est prête d'entrer dans son neuf, tomba, et on l'obligea de revenir en chaise ; madame la princesse de Conty y alla avec Mon- seigneur. — Le roi a choisi M. de Ménars et M. Talon pour remplir les deux charges de président à mortier qu'on a créées. La charge d'avocat général qu'avoit M. Talon sera pour M. de Harlay , fils du premier président, et la charge nouvelle d'avocat général sera, à ce qu'on croit, pour le fds de M. Bignon. Ils en payeront chacun 350,000 francs pour dédommager les présidents à mortier anciens de ce qu'on augmente leur nombre. Le roi augmente la fixation de leurs charges; elles n'étoient qu'à 350,000 francs, le roi les met à 500,000. — Monsieur et Madame sont allés à Paris pour quelques jours. Lundi 13, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur courut le loup. Le soir, il y eut appartement. — On crée une charge d'avocat général pour les requêtes du palais qui sera vendue 200,000 francs, et on tirera encore plus de 100,000 écus de plusieurs petites charges, comme de greffiers et autres, et en même NOVEMBRE 161)0. 249 temps le roi accorde plusieurs grâces à MM. du parle- ment. Il leur ôte les consignations, c'est une chose qui les gênoit fort, et il leur accorde les mêmes privilèges qu'aux secrétaires du roi pour la noblesse et pour les lods et ventes; ces priviléges-là leur avoient été accordés au- trefois , mais on les leur avoit retranchés. — M. de Catinat a ordre d'attaquer Suse avant de mettre les troupes en quartier d'hiver; la place doit être investie du 10 de ce mois. Mardi \k, à Versailles. — Le roi, après sondiner, alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Le duc de Tyrconnel repart incessamment pour l'Irlande , mais on n'a pas déclaré les officiers qui partent avec lui. — Le roi ôte le bonhomme la Fitte de ses gardes ; il est trop vieux, et le roi , qui le veut bien traiter, lui change son gouvernement de Guise contre celui de Pequay en Languedoc, et lui en donne la survivance pour son fils, qui est exempt des gardes, mais qui étoit encore trop jeune pour avoir le gouvernement d'une place aussi frontière que Guise. Ces deux gouvernements sont à peu près de même valeur; le major avoit le gouvernement «le Pequay, et il a bien voulu le troquer contre celui de (luise, parce que cela facilitoit une affaire que le roi vou- loit finir. Mercredi 15, à Versailles. — Le roi alla à Trianonsur les trois heures : Monseigneur y arriva en même temps avec madame la princesse de Conty; il avoit couru le cerf l<' matin, el étoil revenu ici diner; Monsieur vint dîner avec lui, H lui à Trianon. Le roi et la reine d'An- gleterre arrivèrenl à Trianon i\ quatre heures; on y joua aux portiques, et à cinq heures l'opéra commença. Le roi, !<• nu et la reine d'Angleterre, Monseigneur et Mon- sieur étaient dans La tribune, madame la Princesse ei mesdames Les princesses de Conty Imoient la cour en bas. Madame est à Paris. On représenta Topera nouveau de Lnvntiv. — On ;( eu nouvelle que la princesse de Portugal 250 JOURNAL DE DANGEAU. est A, l'extrémité. M. Taborda , qui étoit envoyé de e.-lfe couronne depuis assez longtemps, mourut à Paris ces jours passés. — Mademoiselle est de retour depuis quel- ques jours au Luxembourg, à Paris; elle a été assez long- temps malade. Elle n'a pas encore paru à la cour. Jeudi 16 , à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- vert, et alla tirer. Monseigneur courut le loup. Le soir, il y eut appartement. Madame de Guise y arriva, revenant d'Alençon, et salua le roi avant l'appartement; après le portique, le roi alla à la musique, et Monseigneur joua au lansquenet. — La Suède offre sa médiation pour la paix. Le roi a longtemps entretenu ce matin M. de Tyr- connel; il avoit couché ici. Le roi lui fait donner une chambre dans le château quand il couche ici. Le roi d'Angleterre lui donne l'ordre de la Jarretière. Il ala place du duc de Grafton, mort en Irlande dans les troupes du prince d'Orange. — M. de Creil , capitaine aux gardes, est revenu ici ; il avoit été pris à la bataille de Fleuras, et a été échangé contre le comte de Donna; le cartel pour les prisonniers s'achète. — Il y a beaucoup de colonels d'infanterie qui n'avoient qu'un bataillon, à qui on donne à en lever un second. Vendredi 17, à Versailles. — Le roi et Monseigneur al- lèrent dîner à Marly avec les dames ; les princesses n'y étoient point. Après dîner, ils s'amusèrent à faire planter des fleurs. — M. de Louvois mande de Meudon au roi que les lettres de Vienne du 30 portaient qu'Eszek avoit été pris par les Turcs le 28 ; les Impériaux l'abandon- nèrent dès qu'ils virent avancer l'armée. Le duc de Croy s etoit mis dedans depuis la reddition de Belgrade. 11 ajoute même que, depuis la prise d'Eszek, les Turcs ont déjà fait passer le pont à une partie de leur cavalerie; mais la saison est si avancée que l'pn ne croit pas qu'ils puissent entreprendre le siège de Bude. — On a eu nou- velle que trois vaisseaux de guerre hollandois el un anglois, et plusieurs de leurs vaisseaux marchands, son* ■NOVEMBRE 1600. 25! pi-ris de la dernière tempête qu'il a faite, et Ton mande (l'un autre endroit que les Hollandois ont perdu soixante vaisseaux marchands dans la mer Baltique. Samedi 18, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, et alla tirer; Monseigneur dîna chez madame la princesse de Conty, et puis alla passer l'après-dînée avec elle dans son pavillon qu'elle fait fort accommoder. — Le roi fait une augmentation dans la chambre des comptes, connue il a fait au parlement. Il crée des prési- dents . des maîtres . des correcteurs et des auditeurs. Il tirera de cette création-là plus de 2,000,000, et, pour dédommager la chambre des comptes , il y rejoint la chambre des comptes qui autrefois était à Lille , et (pie «eux de Lille demandoient fort qu'elle y fût rétablie, en donnant un grand argent. Le roi établit aussi un prési- dent à mortier et six conseillers dans tous les parlements du royaume, excepté d;ms ceux de Bretagne et de Guienne, qui donnèrent de l'argent au roi l'année passer pour un pareil établissement. — Le roi d'Angleterre doit aller ces jours-ci ;'i la Trappe, on il demeurera deux l«Mir<: il ;\ choisi le maréchal de liellelbnds (1) pour son eonductetrr darisce rc>yàge4à; il ne mène; avec lui d'An- ilois. danser voyage-là , (pie le milord Dumbarton. Dimanche 1!) . a Versailles. — Le roi ne sortit point de foui le jour; il alla au s;dut. et travailla .Invite l'après- dlnée. Le soir, il \ eu! appartement. Monsieur et Madame re\ inreiil de Paris. — Le roi apprit le matin que M. (le Câlinai s'étoit rendu maître de la ville et des deux châ- te;ni\ de Suse le i •*? de ce mc4s. M. de Louvigiry étofi dans Suse avec quatre mille hommes^ et l'abandonna avec ses troupes d«-s qu'il v il notre armé'e approcher. Il avoit laissé quatre cents hommes dans un d!es ch&tealirt, . à Versailles. — Le roi ei Monseigneui u m< ni Le cerf, ei puis revinrenl dîner à Mari} : Le roi courut en calèche avec madame de Maintenon et madame 234 .JOURNAL DE D ANGE AU. la princesse d'Ilarcourl. Après dîner, il se ii( traîner dans son chariot à bras dans ses allées , où il s'amusa longtemps à l'aire tailler ses arbres; ensuite il joua aux portiques , et puis revint ici. Il retournera à Marly la semaine qui vient. — M. le cardinal de Bouillon a vu le roi dans son cabinet , et M. de Turenne a salué aussi S. M., et a commencé à faire sa charge. — Les nou- velles d'Allemagne portent que le pont d'Eszek n'est point pris. Dimanche 26 , à Versailles, — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. — Monseigneur passa l'après-dinée chez madame la princesse de Conty, à la ville ; elle a fait meubler magnifiquement son pavillon , et on y travaille beaucoup. Le roi d'Angleterre vint ici à quatre heures et fut enfermé avec le roi jusqu'à ( iixj heures, et puis ils allèrent au salut dans la tribune. — M. de la Rochefoucauld a présenté au roi, dans son ca- binet, M. de Lian court qui est de retour, et le roi lui a parlé avec beaucoup de bonté. De la manière dont le roi traite tous les exilés, il paroit qu'il leur a pardonné de bon cœur. — Le soir, il y eut appartement. Lundi 27, à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert, et alla tirer. Monseigneur et Madame coururent le cerf. — On a eu nouvelle que l'infante de Portugal étoit morte ; on n'a pas voulu la faire ouvrir; cependant notre ambassadeur mande qu'il ne croit pas qu'elle ait été empoisonnée. Le ministre de Portugal à Londres a re- connu le prince d'Orange roi. — Le neveu de l'abbé de Chaulieu a acheté la sous-lieutenance des gendarmes bourguignons; il en donne 55,000 livres. — M. de Croissy prêta serment de la charge de trésorier de l'ordre; après avoir lu le serinent, on lui donna un manteau sur lequel étoit l'ordre. Voilà toute la cérémonie qu'il y a à la réception des officiers; cela se fait dans le cabinet du roi. Mardi 28, à Versailles. — Le roi et Monseigneur vouloient aller à la chasse , mais le vilain temps les en NOVEMBRE 1690. 25o empêcha l'un et l'autre. On a averti ce soir les dames cjui dévoient venir demain à Marly. Madame de Soubise scia du voyage, elle n'y avoit jamais été*; on y mène aussi madame de Coetquen, qui n'y étoit pas venue depuis un an. — On a laissé dans Suse trois bataillons sous M. du Plessis-Bellière , brigadier, qui y commandera sous les ordres de M. de Feuquières, qui est dans Pignerol. — M. le comte de Chamilly, colonel d'infanterie , épouse mademoiselle Poucet , à qui on donne 200,000 francs. * C'était, eu effet, une nouvelle que madame de Soubise à Marly. Ja- mais taut de constance que celle du roi pour elle; jamais tant de fidé- litéque celle qui fut établie entre elle et madame de Maintenon. Elle en fut uniquement crainte, et l'habile Soubise ne se servit de cette crainte que pour lui en faire un hommage dont toute l'utilité lui revint. Limais de particulier entre le roi et elle; jamais de voyages, de pri- vances ; presque jamais de Marly, et les autres, connue Fontainebleau, elle ne les faisoit que comme toute la cour. En revanche, tout ce qu'elle voulut, elle l'obtint; outre que le roi ne lui pouvoit rien refuser, elle es eut un gage plus assuré; madame de Maintenon s'y étoit en- gagée. M. de Soubise, en habile homme, n'avoit jamais voulu s'aper- ii ds ri n, étoit peu à la cour, et ne parloit au roi que de sa pagoii des gendarme? , vivoit assez relire à Paris entre son inten- dant et son maître dhôtel , et parvint delà sorte, de né gentilhomme 1,000 fr. de rentes, à mourir prince avec 400,000 f r , comme il le diM.it bien lui-même (tanl la rérité use de force), et à voiries prodi- gieux établissements êe sa famille qui augmentèrent bien encore après lui. Mercredi 29 , à Marly. — Le roi vint ici en chassanl ; il arriva sur les cinq heures, Monseigneur vint avec madame In princesse de <.<>nl\ : Monsieur et Madame wnl du voyage. — .M. de Turanne a au une chambre ,. Mari) ; il avoil toujours été exilé depuis qu'on y \inl. Il y • u1 le portique, Lansquenel el musique à l'ordinaire. Jeudi 30, à Marly. — Le roi s'amuse Le matin à se promenel dans ses jardins ei à faire tailler des arbres; il ne voulut poinl courre le cerf, parce qu'il étoil fête; I après-dinée, il joua au portique, et, sur Les ftùs lie mes, le 250 JOURNAL DE DANGEAU. roi et la reine d'Angleterre arrivèrent et y demeurèrent jusqu'à neuf heures. La reine joua toujours au lansquenet, le roi et le roi d'Angleterre jouèrent des réjouissances. Vendredi 1er décembre, à Marly. — Le roi et Madame coururent le cerf dans la forêt de Marly. Monseigneur aima mieux jouer que d'aller à la chasse. L'après-dînée, le roi se promena dans ses allées, et puis on joua aux por- tiques et au lansquenet, comme à l'ordinaire. M. le duc de Bourgogne vint le matin faire sa cour au roi, et madame de Guise y vint dîner avec S. M. — Madame la comtesse de Verrue, à Turin , est sortie du couvent où elle étoit. Depuis quelque temps , elle paroît à la cour de Savoie. Son mari , ses enfants et toute sa famille se retirent en France, et même l'abbé de Verrue, qui étoit du conseil de M. de Savoie. Madame de Verrue est fille de feu M. le duc de Luynes. Samedi 2, à Versailles. — Le roi courut le cerf avec les chiens de M. le duc du Maine, et revint dîner à Marly; les dames étoientà la chasse avec lui. Monseigneur n'alla point àla chasse, et l'on demeura à Marly, d'où l'on partit fort tard pour revenir ici. — Madame de Langeron (1) est morte à Paris ; elle étoit dame d'honneur de madame la Princesse. Elle laisse quatre enfants : Langeron, qui est chef d'escadre ; l'abbé de Langeron , qui est lecteur des enfants de Monseigneur, et mesdemoiselles de Langeron, qui étoient toujours avec leur mère auprès de madame la Princesse. M. le Prince donne à l'aînée 1,000 écus de pension , et 2,000 francs à la cadette. — M. le Prince a donné la députation de Bourgogne à M. Briorde; cela lui vaudra 12,000 écus ; Xaintrailles sort de cet emploi-là, et voilà deux fois de suite que M. le Prince donne cela dans sa maison. (1) Celle qui cessa, étant dame «l'honneur s qui en étoii l«' colonel. — Les Tores oui fait t. ni. 17 258 JOURNAL DE DANGEAU. entrer du secours dans le grand Varadin . dans Temeswa i et dans Giula, qui étoient bloqués depuis longtemps, et se sont emparés de Lippa et ont brûlé Valkovar. — Le marquis de Lonré, fils de feu M. de Seignelay, prêta hier serment de la charge de maitre de la garde-robe, et en fit les fonctions; il a la survivance de la Salle. Mercredi 6, à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- vert, et alla tirer. Monseigneur revint de Frémont et ar- riva à onze heures ; il dîna chez madame la princesse de Conty. Le soir, il y eut appartement. — Le roi a donné à M. Coade, colonel de cavalerie allemande , une pension de 500 écus. Jeudi 7, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur courut le cerf avec le roi d'An- gleterre. M. de Chevreuse présenta, le soir, au roi M. le comte de Verrue, son beau-frère, qui aquitté M. de Sa- voie et se retire en France avec toute sa famille ; il n'y a que sa femme * qui soit demeurée à Turin. * Madame de Verrue, fille du second lit de M. le duc de Luynes, et mariée pour peu eu Piémont , y vécut d'abord à merveille avec son mari et toute sa famille. Elle étoit belle et charmante, et M. de Sa- voie la trouva bientôt telle ; elle s'en aperçut bientôt aussi , et n'en fit aucun semblant. Les choses vinrent au point qu'elle en avertit sa belle- mère et son mari, et les pressa de la mener à la campagne. Ils n'en voulurent rien faire; elle les en pressa de nouveau et souvent, et de- manda enfin à faire un voyage aux eaux de Bourbon pour s'éloigner sous ce prétexte. La mère , qui étoit dame d'honneur de madame de Savoie, prit ce voyage pour un prétexte d'aller à Paris, et n'y consentit qu'à condition qu'elle n'en approcheroit pas plus près que Bourbon, et que l'abbé de Verrue seroit son conducteur. C'étoit le frère de son beau-père, et qui a été du conseil de M de Savoie; mais il fut comme les vieillards de Suzanne ; il devint amoureux de sa nièce, et il osa le lui témoigner. Il s'emporta jusqu'à la presser, et, n'ayant trouvé en elle qu'une juste horreur pour son amour, il se mit à la persécuter. Elle eut beau faire toutes les instances possibles à son père et à son frère de l'aller voir à Bourbon, la santé de M. de Luynes et les affaires de M. de Chevreuse ne leur permirent pas. Il fallut donc achever ce voyage avec son bourreau, sans secours, et trouver, en arrivant à Turin, DÉCEMBRE 1690. 259 sa belle-mère et son mari dans toutes les fâcheuses impressions qu'il avoit plu à l'abbé de Verrue de leur donner par ses lettres et qu'il augmenta par ses discours. Elle eut beau réclamer son innocence qui alors etoit encore entière, et accuser l'abbé, jamais elle ne les put per- suader qu'il eût été capable de si détestables desseins , et l'accusation retomba sur elle. M. de Savoie, qui continuoit à la pourchasser, s'aper- çut de ses déplaisirs qui eurent enfin plus de pouvoir sur elle que tout ce que M. de Savoie avoit pu employer; ainsi la vengeance la lui livra. M. de Verrue et sa mère se retirèrent en France, et la belle madame de Verrue régna longtemps en Piémont, par l'imprudence et ensuite par la dureté de sa famille. Vendredi 8, à Versailles. — Le roi et Monseigneur al- laient ;i vrpres, au sermon et au salut. — Le maréchal d'Estrées revint de Bretagne, où il a commandé la der- nière année. Samedi 9, à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou- vert) et alla tirer. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. du Maine; le soir, il y eut appartement. — L'Empereur fait demander aux états généraux par h* comte de Berka, son envoyé, 7,000,000 de florins, à moins de quoi L'Empereur, faute d'argent, sera obligé de s'accommoder avec quelqu'une des puissances contre qui il ;i La guerre présentement. Dimanche 10, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour; ils furent au salut. Le roi (1 Angleterre vint ici sur Les quatre heures; il fut enfermé Longtemps avec le roi. — Le roi a donné la lieutenance det cardes de la compagnie de Duras À d'Estrades, qui n-\ ieni d'Irlande, et qui étoit le plus ancien enseigne on petit couvrit, illa tirer. Monseigneur courut le loup: madame la princesse de Cont) étoit à la chasse. — Torfesl mort; ii étoit ordinaire du roi, et s. M. L'employoil souvent pour des pays étrangers : il étoit Allemand. — Le i ; . 260 JOURNAL DK DANGEAU. roi a donné à M. de Florensac la charge de grand bailli de Toulouse, vacante par La mort de M. d'Amboise. Saïnt- Sulpice, son cousin germain, l'avoit achetée k ou 5,000 pistoles. Mardi 12, à Versailles. — Le roi dina à son petit cou- vert, et alla tirer. Le soir, il y eut appartement. — Le roi d'Angleterre alla diner à Paris chez M. le maréchal d'Hu- mières, et puis alla voir Mademoiselle au Luxembourg. — Quelques troupes de M. de Savoie, sous le commandement de M. de Parère, sont entrées dans quelques villages de Provence, et se sont retirées fort précipitamment; ils n'ont fait d'autre mal que d'emporter quatre ou cinq cents francs de contribution. Mercredi 13, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur alla courre le cerf avec les chiens de M. du Maine. — Le roi a donné à Racine la charge d'ordinaire que Torf avoit; il donnera 10,000 francs à la veuve; la dernière de ces charges qui a été vendue a été vendue 53,000 francs. — Les lieutenants des vaisseaux seront chargés des compagnies d'infanterie de la marine, qui seront de cent hommes ; on leur en donne soixante qui sont déjà sur pied; ils n'en auront que qua- rante à lever. Il y aura quatre-vingt-six compagnies. Quand les vaisseaux désarmeront, ces compagnies seront sous l'autorité des gouverneurs et des lieutenants de roi, comme les autres troupes , et, en cas qu'ils fussent obligés de les faire marcher, ils prendroient la gauche du reste de l'in- fanterie; et si on étoit obligé de les faire aller d'un porl à un autre par terre, ils marcheroient par les roules qu'en verroit M. de Louvois; pour le reste, elles sont en- tièrement dépendantes de la charge de M. de Pontchar- train, comme elles étoient de M. de Seigncla\ . Jeudi 14, à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert! et alla tirer. Monseigneur ne sortit point de tout le jour; il dina chez madame la princesse de Conty. — M. de Boufflers a passé la Dendre avec un gros corps de cava- DECEMBRE 1600 261 lerie et d'infanterie ; il va faire contribuer les pays qui sont derrière Bruxelles; d'un autre côté, MM. de Ximenès et de Guiscard ont passé la Sambre pour faire contribuer, le Hasbain ; on croit que Ton tirera plus de 2,000,000 de ces courses-là. — M. de Praslin, lieutenant général et lieutenant de roi de Champagne, est mort. M. de Praslin, son neveu et son gendre, a la survivance de cette charge- là. Il étoit aussi gouverneur de Troyes : il avoit près de quatre-vingts ans. Vendredi 15, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert et alla tirer. Monseigneur devoit courre le loup avec le roi d'Angleterre, mais la gelée les en empocha. Le soir, il y eut appartement. — M. d'Aguesseau le fils aura la charge d'avocat général qu'on crée, et M. Bi- unnn , le fils du conseiller d'État, a la survivance de la charge de lieutenant de la police qu'a M. de la Reynie, ei l'exercera conjointement avec lui. M. delà Reynie a prie le roi, attendu sa vieillesse, de lui donner un sur- vivancier pour le soulager dans les fonctions de cette charge, qui est fort pénible. M. Bignon est neveu de M. de Pontchartrain . et M. d'Aguesseau est aussi son proche parent. — On a fait une promotion dans la marine, mais r<> n'a été que d'enseignes et de lieutenants; on n'a point fail de capitaines. Sanbedi 16, à Versailles. — Le roi, après son diner, alla .1 Trianon; Monseigneur, Monsieur, Madame et tous les courtisans y étoient. On y joua aux portiques et au lans- quenel ; on y lil collation et on revint souper ici. — On mi nouvelle que M. de Feuquières avoit attaqué quel- pies Barbets \>- dragons est fils du comte (\r Lucé et pa 264 JOURNAL DE DANGEAU rent du grand prévôt, et a fait cela sans ordre, n'ayant pas Le temps d'y envoyer. Vendredi 22 , à Versailles. — Le roi sortit hier au soir à minuit de chez madame la Duchesse, qu'il laissa avec les douleurs pour accoucher, et ordonna en se retirant qu'on l'éveillât la nuit, en cas que les douleurs la pressassent. A trois heures du matin, on est entré dans sa chambre; il s'est habillé et est descendu chez madame la Duchesse, où il demeura jusqu'à ce qu'elle fût accouchée. Monsei- gneur y a toujours été avec le roi ; madame la Duchesse; a eu une fille à quatre heures et demie. Le roi et Monsei- gneur se sont allés recoucher. Samedi 23, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert, et alla tirer. — M. de Chaulnes, notre ambassa- deur à Rome , demandoit son congé depuis longtemps ; on le lui a envoyé; M. le cardinal de Forbin demeurera chargé des affaires. — M. et madame de Bouillon ont envoyé M. le chevalier de Bouillon* leurfds à Turenne, pour quelques discours qu'il avoit tenu d'une de leurs parentes ; le roi n'a point eu de part à cela. * Le chevalier de Bouillon menoit une vie fort débauchée et de tout point fort étrange. M. de Bouillon, ennuyé de ses déportements, lui en fit une forte romancine. Le chevalier de Bouillon l'écouta quelque temps , puis lui dit qu'il le trouvoit bien bon de se mettre si fort en peine de sa conduite , et bien plaisant de lui en parler avec tant d'au- torité. M. de Bouillon, plus irrité que devant, lui répondit qu'il le trouvoit bien insolent , et s'il n'étoit donc pas son père et en droit de lui parler en père « Vous, mon père! lui répliqua le chevalier de Bouillon avec un grand éclat de rire : vous savez bien que non, cl que c'est M. le grand-prieur », et enfile aussitôt la porte. Voila sans doute ce qui le fit envoyer à Turenne sans que le roi s'en mêlât. Dimanche 24 ' , à Versailles. — Le roi ni Monseigneur ne sortirent point de tout le jour; ils furent en dévotion toute la journée; il n'y aura point d'appartement qu'au retour de Marly. — Les nouvelles d'Angleterre sont tou- jours que le prince d'Orange doit partir au mois de jan- DECEMBRE 1690. 265 vier pour passer en Hollande. — Saint-Sylvestre, ma- réchal de camp , et qui s'est fort distingué à la bataille de Staffarde , mécontent de ce qu'on l'a fait commander par M. de Feuquières , avec qui il avoit eu plusieurs pe- tits démêlés, a demandé son congé pour quelque temps, et on le lui a donné pour toujours; mais on lui conserve la pension qu'il avoit. Lundi 25, à Versailles. — Le roi et Monseigneur pas- sèrent toute la journée à la chapelle en dévotion. — Le roi a donné à M. l'abbé Dubois*, précepteur de M. de Chartres, l'abbaye [d'Airvau] qui vaut 6,000 livres de rente ; c'étoit la meilleure de celles qui vaquoient. — L'envoyé de Florence achève à Paris de prendre congé de la maison royale; il le prit du roi il y a quelques jours. 11 assure toujours que le mariage de la princesse de Tes- cane avec M. l'électeur palatin n'est point fait; mais on «si persuadé ici queM. le Grand-Duc a pris de trop grands engagements avec l'Empereur pour que ce ma- riage-là ne s'achève pas, quand on n'en propose poi ni de ce côté-ci. ' Cette abbaye à l'abbé Dubois fut les prémices du mariage de M de Chartres. Cet honnête abbé , mort cardinal et premier ministre , ■i i.ml fait de divers personnages, et de si bas s'est élevé si haut et par des degrés si surprenants et si étranges, qu'il est inutile de s'étendre sur lui. Tant d'autres le feront sans doute avec toute l'étendue que de- mande un point si curieux de l'histoire de ce temps. Il suffit de dire que, de valet du bonhomme Saint-Laurent , homme de peu, mais du pre- mier mérite en tout genre, et qui avoit toujours l'entière confiance et l'éducation «le M. de Chartres, il lui avoil succède après sa mort dans les fonctions de précepteur, au grand scandale de tout le monde, par le marquis d ïlfiat et le chevalier de Lorraine, au grand malheur de M. de Chartres, (|u*il sut posséder et dont il gagna entièrement l'esprit pour son mariage, de concert avec le roi et ses deux patrons qu'on Ment de nommer, et à la honte cl au dommage irréparable de l'Étal , donl il devint enfin le maître absolu pendant quelques années, que la miséricorde de Dieu daigna abrégerpar la folie dont il le frappa sur les maUX que ses débauches lui avoient donnes, et qui le tuèrent enfin faute d'y avohr voulu remédier a temps 266 JOURNAL DK DANGEAU. Mardi 26, à Versailles. — Le roi et Monseigneur al- lèrent tirer ensemble dans le parc. Le roi et Monseigneur vont tous les jours chez madame la Duchesse, depuis qu'elle est accouchée. Quand le roi ne dine pas à son petit cou- vert, il va toujours, au sortir de la messe, chez madame de Montespan , qui , depuis quelques jours , est revenue de Paris , où elle a été deux mois à Saint-Joseph. — Le roi a trouvé la pension qu'il donnoit au colonel Coade trop petite ; il la lui a augmentée. Mercredi 27 , à Marly. — Le roi alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, et arriva ici sur les six heures; Monseigneur y étoit déjà ; il étoit venu avec madame la princesse de Conty. — Comme Monsieur, Madame , ni madame la Duchesse ne sont point ici , on y a amené plus de dames qu'à l'ordinaire. Madame deRoquelaure y est , qui n'y avoit jamais été; M. le cardinal de Bouillon y est venu aussi pour la première fois. Outre cela , il y a M. de Tourville, M. de Matignon et M. de Maulevrier, qui n'y avoient jamais été. — M. de Villequier épousa le soir mademoiselle de Piennes ; la noce s'est faite à Paris chez le duc d'Aumont. Jeudi 28 , à Marly. — Le roi alla tirer, mais il revint de la chasse de fort bonne heure ; le froid étoit si grand et la terre si dure que ses chiennes s'estropioient. On joua aux portiques et au lansquenet; il y eut musique comme à l'ordinaire. Monseigneur ne sortit point de tout le jour; il commença à jouer dès le matin. — On a fait mourir à Paris un homme qui, à la potence, a avoué que c'étoit lui qui avoit fait le vol de M. de Montgommery et a justifié la mémoire de Langlade. Vendredi 29 , à Marly. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. Le roi et la reine d'An- gleterre vinrent sur les cinq heures , et y demeurèrent jusqu'à huit heures du soir; ils y jouèrent au lansquenet; la reine tenoit la carte , le roi et le roi d'Angleterre prenoient des réjouissances. Après leur départ, il y eut DÉCEMBRE 1690. 267 musique et portique après souper comme à l'ordinaire. — Maixfieldt est revenu d'Irlande depuis quelques jours ; il assure que les affaires de ces pays-là vont mieux qu'on ne croit; le prince d'Orange en retire la plupart des troupes qu'il y avoit, qui y périssoient fort. Samedi 30 , à Versailles. — Le roi revint de Marly sur les sept heures; Monseigneur y demeura encore après lui. — Nous faisons marcher neuf bataillons en Italie ; le roi compte y avoir cette année 30,000 hommes, et il y aura dans l'armée de Flandre aussi seize bataillons plus que l'année passée. — On a nouvelle que le mariage du prince Jacques , fils du roi de Pologne, est signé avec la princesse de Neubourg, et comme cette alliance marque La liaison que le roi de Pologne veut avoir avec l'Empe- reur, on ne doute point que le roi ne fasse bientôt re- venjr M. de Béthune. — La fille de M. le Duc s'appellera mademoiselle de Bourbon; sa tante reprendra le nom de mademoiselle de Condé. Le roi l'a réglé ainsi ; les avis de la famille étoient partagés là-dessus; l'on croyoit qu'elle s\ippelleroit mademoiselle de Charolois. Dimanche 31, à Versailles. — Le roi, après son lever, lit chevaliers de Saint-Michel, M. le maréchal d' H uni i ère s, M. de Moulai, M. de Maulevrier et M. de Chazeron , qui seront demain reçus chevaliers du Saint-Esprit. — Le ioi ni Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. Le soir, il y eut appartement. Monsieurct Madame sont iv- vrims de Paris. — Les armateurs de Sainl-Malo ont fait depuis peu vingt-cinq on trente prises (pie l'on estime 300,000 éens. — Le roi a ordonné pour celle année un armemenl encore pins considérable que Tannée passée; imus .inrons quatre-vingt-huit vaisseaux de ligne. ANNÉE H9i, Lundi 1er janvier, à Versailles. — A onze heures , tous les chevaliers de Tordre s'assemblèrent dans la chambre du roi, et ensuite on marcha pour aller à la chapelle par le grand degré. Après la messe, qui fut célébrée par M. d'Orléans, prélat de l'ordre, le roi s'alla placer sous son dais au côté gauche de l'autel , et donna le collier et le cordon aux quatre novices qui furent reçus, M. le maréchal d'Humières, M. de Maulevrier, M. de Montai et M. de Chazeron. M. de Charost et moi fûmes parrains de M. le maréchal d'Humièreset de M. de Maulevrier; M. de Montchevreuil et M. le comte de Gramont le furent do M. de Montai et de M. de Chazeron. — L'après-dînée, le roi et Monseigneur furent à vêpres, et ne sortirent point de tout le jour. Monseigneur alla jouer chez madame la Duchesse, qui joue dans son lit. Mardi 2 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. — Le roi a donné les étrennes ordinaires à Monseigneur et à Monsieur. 11 a donné aussi 2,000 pistoles à Madame; il ne lui en avoit pas donné l'année passée. — Les nouvelles d'Angleterre portent que milord Torrington avoit été pleinement jus- tifié; on ne sait pas même si on ne lui redonnera pas, cette année, le commandement de la flotte. — Le roi a donné deux nouveaux régiments de dragons à lever, l'un au comte de Verrue, et l'autre au chevalier de Valençay. — Il y eut appartement l'après-dinée ; on y entra à quatre heures, et il y eut une grande collation. On de- JANVIER itfOI. 260 voit aller à Trianon , mais le vilain temps fit changer cela. Mercredi 3 , à Versailles. •*— Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. Le soir, il y eut apparte- ment. — Notre flotte sera encore plus grosse que Tannée passée; nous aurons vingt vaisseaux de plus et deux mille pièces de canon aussi de plus. — M. d'Amfreville , lieutenant général de la marine , épouse mademoiselle de Lisle-Marie, fille du maréchal de Bellefonds. Leur dis- pense est arrivée de Rome ; le maréchal donne 20,000 écus à sa fille. — Mademoiselle d'Orléans est revenue à la cour. Il y avoit longtemps qu'elle étoit incommodée d'une jambe; son mal avoit commencé à Eu , et lui avoit continué à Paris. Jeudi \ , à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sor- tirent point de tout le jour. Monseigneur alla le soir jouer ehez madame la Duchesse; le reste du temps, il fut tou- jours chez madame la princesse de Conty à son ordinaire, — Le roi et toute la maison royale ont signé le contrat de mariage de M. d'Amfreville avec mademoiselle de Lisle-Marie; le mariage se fera samedi à Vincennes. — M. 1<" duc de Tyrconnel s'est embarqué à Brest pour passer en Irlande; il emporte avec lui beaucoup de vivres, d'habits et d'armes, qui est ce dont on manque le plus dans ce pays-là. On n'y enverra point d'officiers généraux qu'on n'ait eu de ses nouvelles, pour savoir l'étal de ces affaires-là. Vendredi 5, à Versailles. — Le roi et Monseigneur al- lèrent L'après-dlnée à Saint-Cyr, où il y eut une répéti- tion à'Athalieayec La musique. Au retour, le roi alla chez madame de Main tenon à son ordinaire, et Monseigneui alla jouer chez madame la Duchesse. — Le comte d<* Soissons a vendu son régiment M, ooo francs au neveu de l'abbé de Lignerac, capitaine dans le régiment du mi. i l'abbé rès- dlnée, H a joué chez madame La Um-hessr. — Le mi a 272 JOURNAL DE DAJNGLAU. donné une pension de 4,000 écus au duc de Gramont. Il lui a dit de se tenir prêt à la fin du mois pour s'en re- tourner à son gouvernement. — Le cartel pour la rançon des prisonniers a été enfin réglé avec les Hollandois; c'est le lieutenant de roi de Maubeuge, delà part du roi, et M. de Opdam , de la part des Hollandois , qui ont réglé cette affaire-là. Jeudi 11 , à Versailles. — Le roi alla voir le roi et la reine d'Angleterre à Saint-Germain. Monseigneur joua le matin chez lui. Depuis quelque temps, il joue le matin chez lui les jours qu'il ne va point au conseil. — M. Talon fut reçu hier au parlement président à mortier. — M. le duc de Savoie demande au prince d'Orange le comte de Schom- berg, à qui il veut donner le commandement de ses i pou \ «s On croit que le prince d'Orange y consentira. — M. Bon- temps a vendu la charge d'ordinaire, que le roi lui avoil donnée pour son second fils , à M. Rousseau, qui a été longtemps employé dans les pays étrangers; il en a eu 51,000 livres. Vendredi 12, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour ; le vilain temps commence à ennuyer fort le roi , qui ne peut faire aucun exercice . M. de Ménars a été reçu aujourd'hui président à mortiei au parlement de Paris. M. deHarlay , fils du premier pré- sident, et M. d'Aguesseau, ont été reçus avocats généraux. — Le soir, il y eut appartement. Le roi alla à la musique après le portique. Monseigneur demeura fort tard à l'ap- partement, et puis alla faire medianoche chez madame la princesse de Conty , qui n'a pas sorti de sa chambre depuis quelques jours. Samedi 13, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sor- tirent point de tout le jour. Monseigneur joua l'après-dlnée chez madame la Duchesse, et puis chez lui, le soir, et après souper jusqu'à deux heures du matin. — Le logement qu'avoit mademoiselle Patrocle, femme de chambre de madame la. Dauphine , morte depuis quelques jours , a ét<: JANVIER i6î)l. 273 donné à M. d'Àubigny, et on adonné à M. de Bonrepaux celui de M. Pelletier, l'intendant, qui avoit été destiné à M. d'Àubigny, et le logement de M. de Bonrepaux, dans l'aile, a été donné à M. de Saumery, sous-gouverneur des «■niants de .Monseigneur. Dimanche IV, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour; ils allèrent au salut. Le roi d'Angleterre vint ici et alla voir madame la Duchesse. Monseigneur joua l'après-dinée chez madame la Duchesse, et le soir chez lui. — On a eu nouvelles que M. de Bouf- flers avoit passé les canaux en deux endroits; il y a même Fait faire des ponts de bateaux parce que la glace n'étoil pas assez forte pour porter le canon. 11 n'a trouvé nulle opposition ace qu'il a voulu faire, et le peuple venoit de toutes parts apporter les contributions. M. de Castanaga leur a mandé qu'il n'éloit pas en état de leur donner au- cun secours ni do s'opposer aux François, et qu'ils s'ac- commodassent comme ils pourroient. Artagnan, majoi des gardes, qui avoit passé d'un autre coté, a, attaqué et pris le Toit de Plaskendal; si les ennemis avoient voulu seulement rompre la glace, on n'auroit pas songé à l'at- taquer, car c'est un très-bon fort. Nous n'avons perdu qu'un homme â cette affaire-là. On a démoli le fort; il étoit trop avancé pour que nous puissions le garder. Lundi 15, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de ce jour-là. Le soir, il y eut apparte- ment. Monseigneur joua l'après-dinée chez madame la Duchesse. — Le marquis de Coigny, mestre de camp du régiment royal de cavalerie, ;i cédé sou régiment à son Mis; le roi l'a agréé. — On ne se servira point des galères cette année dans l'Océan. On renvoie la chiourme par terre étoienl aussi L« mi lit faire .l'exercice aux grenadiers .i cheval. 278 JOURNAL DE DAJSGKAU. — Le roi a nommé le chevalier de Tessé, <|iii est brigadier de dragons, et M. d'Usson, frère de Bonrepaux, qui est brigadier d'infanterie, pour aller servir en Irlande sous M. deSaint-Ruth; il y envoie aussi le lieutenant-colonel du régiment de Thianges. M. de Lavie est mort à Paris. ïl étoit maître des requêtes, en réputation dans le conseil; ilavoit été avocat général au parlement de Bordeaux, et avoit épousé une sœur de MM. de Feuquières. Samedi 27, à Versailles. — ■ Le roi et Monseigneur re- vinrent ici de Marly sur les sept heures. — On a nou- velles que le prince d'Orange est parti de Londres ; il va s'embarquer pour passer en Hollande. — Il est arrivé un courrier de M. de Chaulnes, qui mande au roi que le pape laisse encore quelque espérance d'accommoder les affaires; cependant on croit que M. de Chaulnes reviendra sans avoir rien conclu. — M. de Savoie étoit parti de Tu- rin en poste avec peu de suite, et on raisonnoit différem- ment sur son voyage ; on vient d'apprendre qu'il est de retour à Turin , et qu'il n'a été que jusqu'à Verceil pour s'aboucher avec le gouverneur du Milanois. Dimanche 28, à Versailles. — Le roi ni Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. Le soir, il y eut apparte- ment. — On apprend de Pignerol que nos troupes dé- voient marcher le 24 pour aller attaquer en même temps Rivoli et Veillane. Il y a dans ces deux lieux-là beaucoup de troupes de M. de Savoie en garnison; mais ce sont de mauvaises places. — M. le marquis d'Huxelles a marché avec beaucoup de troupes et a passé le Rhin à Huningue . — On mande d'Allemagne que le comte Sereni est mort. 11 étoit général des troupes de Bavière, et feld-maréchal (1; des troupes de l'Empereur; il avoit épousé une sœur de madame de Dangeau. Lundi 29, à Versailles. — Le roi a jugé ce matin l'af- (1) Feld-maréchal eslà peu près comme maréchal de France en ce pays-ci. (Note de Dangeau.) JANVIER 1601. 279 faire qu'il y avoitentreM. de Blainville, grand maître des cérémonies, etM. de Sainctot, maître des cérémonies. Tout a été presque jugé en faveur de M. de Sainctot, parce qu'il < toit en possession depuis longtemps, et que MM. de Rhodes lui avoient laissé faire la charge. 11 ne prendra poinl Tordre de M. de Blainville, il marchera à sa gauche, mais sur la même ligne, sera assis sur le même gra- din , sera reçu du parlement et de la chambre des rom pics avec les mêmes honneurs que le grand maître en son absence. La seule chose qui est favorable à M. de 15 la inville, c'est qu'il aura la queue de son manteau plus Longue (Tune aune que celle de M. de Sainctot, et ainsi les charges ne sont pas égales, mais elles ne sont pas su- bordonnées. — On a eu nouvelles que le prince d'Orange est retourné en diligence à Londres, où Ton dit qu'il a découvert une grande conspiration; il a fait mettre plusieurs gens de considération à la Tour. Mardi 30 , à Versailles. — On entra à l'appartement à quatre heures , et le roi en sortit après le portique. — On a eu nouvelles que Ruvigny a pris parti dans les troupes du prince d'Orange; od lui a donné le régiment de ca- valerie qu'avoif le duc de Schomberg, eton l'a fail géné- ral-major pour sci\ if en Irlande. Dès que le roi a su cette nouvelle, il a donné ordre à l'intendant de Picar- die de confisquer la terre de Ray ne val, qui vaut 12 à I ">,(>(>0 livres de renù .et la terre de la Caille-Motte, qui est auprès de Calais; on l'avoit toujours laisse jouir de son bien . quoiqu'il fût hors de France. — Le prince d'O- range a Bail remettre milord Clarendon dans la Tour de Londres, el prétend qu'il conspiroit contre lui avec mi- Ion! Preston, qu'on a pris dans la Tamise voulant passer * ii France, ce qu'il a aie dans l'interrogatoire. — Le ■ Broglio a eu l'agrément pour lerégimenl de cava- lerie du duc d'Aumont; M. delà Meilleraye n'a pas pu l'avoir pour le régiment 290 JOURNAL l>l DANGEAU. joua poinf aux portiques. — Madame d<* Montchevreui] et madame de Mare ont présenté au roi la fille de Yil- larceaux; le roi lui u promis de lui l'aire donner les 40,000 écus qu'il avoit promis à son père sur la charge des chevau-légers Dauphin qu'avoit son fils qui fut tué à Fleurus. — Le roi et la reine d'Angleterre allèrent à Saint-Cyr, où il y eut une répétition d'Athalie. — Le roi et Monseigneur signèrent le contrat de mariage de M. de Turenne avec mademoiselle de Ventadour. M. de Ven- tadour et M. de Turenne l'apportèrent de Paris à signer au roi. 11 est signé d'un notaire, et non pas d'un secrétaire d'État, comme autrefois l'étoientles contrats de ceux que le roi reconnoissoit pour princes. Vendredi 23 , à Versailles. — Le roi dîna à son petit couvert, et alla tirer. Monseigneur, après la messe, partit pour Anet, où il va passer quelques jours /Monsieur le Duc , M. le prince de Conty, M. du Maine et plusieurs jeunes courtisans sont du voyage. — Beaucoup de gens ont de- mandé les chiens pour renards qu'avoit Villarceaux; mais on croit qu'on supprimera cette charge-là; elle n'a été créée que par le feu roi , et c'est une chasse où per- sonne de la maison royale ne va présentement. — Monseigneur trouva à Anet quatre ou cinq des meilleurs comédiens, quelques-uns des bons danseurs de l'Opéra, ce qu'il y a de meilleur pour la musique de l'orchestre, et trois ou quatre des meilleurs chanteurs; et, pendant qu'il y demeurera, on lui donnera tous les soirs quelques di- vertissements nouveaux, mais ce sera dans une chambre et non pas sur un théâtre ; on ne veut pas que cela ait l'air d'une fête. Samedi %k, à Versailles. — Le roi, après son diner, alla voir voler ses oiseaux avec Madame et les princesses. — Monseigneur, à Anet, voulut courre le loup, mais on n'en trouva point; il alla faire des battues, revint jouer au lansquenet de bonne heure, et le soir il vit le divertisse- ment qu'on lui avoit préparé , qui étoit tout différent de FÉVRIER IG9I. 201 celui d'hier. — M. le marquis de Gesvres a vendu sou ré- giment; le roi a choisi pour acheteur Souternon, neveu du P. de la Chaise, qui étoit lieutenant-colonel de Villeroy. Dimanche 25, à Versailles. — Le roi dina à son petit couvert et alla tirer, et revint entendre le salut à Saint- Cyr. — Toutes les princesses allèrent à Paris à la noce de M. de Turenne et de mademoiselle de Ventadour, qui se fit chez la duchesse de la Ferté avec beaucoup de magni- ficence. Monsieur et Madame ont fait de très-beaux présents de diamants à la mariée *. — Monseigneur courut le loup à Aint avec les chiens de M. de -Vendôme, joua au retour de la (liasse, et le soir il y eut encore un divertissement nouveau, où Raisin se surpassa. — M. de Roussillon, beau- frère de la Salle, se trouvant par sa mauvaise santé hors d'étal it préparé, compost'- ;i l'ordinaire «le scènes nouvelles, de comédies, d'entrées de ballets el d'opéra. — Madame La Duchesse donna à Mademoiselle une petite fête au Désert, ou toutes les dames étoienl en masque. Hardi 27 , a Versailles. — Le roi prit médecine (1). Mon- . unr li mi.ii. .i rigonrou p rpWc, W temps aVtant 19. 292 JOURNAL DE DANGEAU. sieur et Madame revinrent de Paris, où ils a voient passé quelques jours. Le soir, Mademoiselle et les princesse^ allèrent en masque chez lui. — Monseigneur courut le loup à Anet avec son équipage, et le soir eut encore un spectacle nouveau. Mercredi 28, à Marly. — Le roi, après son dîner, vint ici en chassant. Monseigneur revint d'Anet droit ici. En arrivant, on joua aux portiques et au lansquenet comme à l'ordinaire. Mademoiselle de Blois n'est pas du voyage parce qu'elle est malade. — Ces jours passés, à Saint- Germain, des Anglois, frères du comte de Salisbury , se querellèrent, se battirent et se blessèrent très-dange- reusement. Après leur combat, ils se raccommodèrent, se demandèrent pardon l'un à l'autre , firent venir un prêtre et abjurèrent la religion protestante, dont ils étoient. Depuis ce temps-là , l'aîné, quiavoit dix-neuf ans, est mort de sa blessure , et le cadet est encore fort malade , et l'on dit qu'il n'attend que sa guérison pour se mettre à la Trappe. Jeudi 1er mars , à Marly. — Le roi, Monseigneur, Ma- dame et les princesses allèrent courre le cerf dans la forêt de Marly, et puis revinrent dîner ici ; l'après-dînée, le roi vit jouer au lansquenet et joua aux réjouissances; après souper, il y eut portique. — Mademoiselle d'Espesses, fille de feu madame de Langeron, mourut à Paris; madame la Princesse l'avoit toujours gardée avec elle depuis la mort de sa mère. — M. de Pontchartrain est allé à Paris pour terminer deux ou trois affaires , dont il reviendra plus de 10,000,000 au roi sans qu'il lui en coûte rien. Vendredi 2, à Versailles. — Le roi , Monseigneur, Ma- dame et les princesses allèrent après dîner a la volerie ; le un peu relâché, par une nécessité de plénitude, je persuadai à S. M. de se servir de l'occasion pour prendre son bouillon purgatif, duquel il vida quan- tité d'excréments et beaucoup de bile, dont il se trouva très- bien. » (Jour nef de la Santé du, Roi, par Daquin. Manuscrit de la Bibliothèque impériale.) MARS 1691. l>!,3 roi d'Angleterre y vint et retourna avec le roi à Marly , mais il n'y arrêta point. La reine d'Angleterre s'est trouvée mal < es jours-ci. — M. d'Usson, frère de Bonrepaux, qui s'en v,i maréchal de camp en Irlande, a vendu le régi- ment de Touraine à M. de Courchamps, maître d'hôtel du roi; ils sont convenus du prix à 48,000 francs argent comptant. On lui en offroit davantage à crédit; il y a Longtemps que Courchamps étoit capitaine d'infanterie dans un vieux corps. Samedi 3, à Versailles. — Le roi alla le matin à la chasse, et revint dîner à Marly; l'après-dinée, il alla à Saint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur demeura à Marly avec les princesses jusqu'à sept heures du soir. — Le comte de Flamanville, qui étoit enseigne des gendarmes d'Anjou, a eu la sous-lieutenance des chevau-légers de Berry avec commission de colonel, et L'enseigne des gendarmes d'Anjou a été achetée par M. de M esse \ } qui avoil été, il y a cinq ou six ans, dans cette petite gendarmerie-là, et qui en étoit sorti pour quel ques démêlés qu'il avoit eus avec M. de Mouy, qui les commandoil Dimanche V, à Versailles. — Le roi ne sortit pas de toui Le jour; il entendit le sermon du P. de la Roche, et ensuite alla au salut. Le soir, il y eut appartement. — Hier au soir, M. le marquis de Mouy *, capitaine-lieute- nant des gendarmes écossois, donna au roi la démission de sa charge; c'est la première compagnie de ce qu'on appelle la petite gendarmerie ; elle a même le pas devant les mousquetaires du roi, quoiqu'elle ne soit pas de ce qu'on appelle de La maison du roi. — Villeneuve, barbier <\i\ roi . el qui servoil auprès de Monseigneur, fut chassé de la eonr, ïivcc défense de jamais se présenter devant l<- rm m Monseigneur; on l<- chasse pour des débauches ;is un officier de ceux qui sont destinés à servir cet été dans d'autres armées le suivent à cette expédition-ci. i ' -lue de Villeroj . qui est destiné à sen Lr de Lieutenanl 300 JOUUJNAL DE DAJNCLAU. général en Allemagne, a fort pressé le roi pour cela, et s été refusé. — M. le cardinal de Furstemberg suivra le roi dans son voyage. — Le jour que Monseigneur revint de l'armée d'Allemagne, le roi lui dit qu'il assiégeroit Mon s à la fin de l'hiver, et depuis ce temps-là il ne s'est quasi point passé de jour qu'il ne lui ait dit les prépa- ratifs qu'il faisoit pour cela. Il y a huit jours qu'on a envoyé à M. de Boufflers l'instruction pour en former le siège; la dépêche est de cent quarante sept pages de papier. M. de Louvois a été quatre heures à la lire au roi assez vite (1). Jeudi 15, à Versailles. — Monsieur a demandé an roi de commander l'armée sous Monseigneur, et le roi lui en a fait expédier les patentes; M. le Prince souhai- toit commander sous Monsieur, mais jusqu'ici le roi ne le lui a pas accordé. — Madame de Montespan*, qui est depuis quelques jours à Saint-Joseph, a fait dire au roi, par M. de Meaux, que le parti qu'elle prenoit étoit un parti de retraite pour toujours; elle demeurera une partie du temps à Fontevrault et l'autre à Saint-Jo- seph (2). Le roi a donné l'appartement des Bains qu'elle avoit à M. le duc du Maine , et on donne l'appartement qu'avoit M. le duc du Maine à mademoiselle de Blois, qui ne suivra point madame de Montespan; elle demeurera à la cour, et madame de Montchevreuil est chargée par le roi de sa conduite. Madame de Jussac demeurera au- près d'elle comme elle étoit. — Le roi, après dîner, a été tirer, et Monseigneur a couru le cerf. (1) Cette instruction est du 26 février ; la minute en est conservée au Dépôt de la Guerre (dans le volume 1024, Minutes de Louvois, 1691, février). Elle se compose d'un cahier de 173 pages; mais, en défalquant quelques pages blanches ou biffées , il ne reste en effet , ainsi que le dit notre exact anna- liste, que 147 pages. A la date du 26 février, on trouve dans ce volume 71 lettres de Louvois; entre autres la lettre adressée à M. de Boufilers, en même temps que l'instruction sur le siège de Mons. (2) Voir le Journal de Dangeau, au 15 avril suivant. MARS 1091. 301 * Madame de Montespan s'étoit armée contre tous les dégoûts ima- ginables qu'elle recevoit depuis plusieurs années. Madame de Mainte- tenon, qu'elle avoit fort connue à l'hôtel d'Albret, lui devoit plus d'une fois sa fortune. Elle l'avoit mise auprès des enfants qu'elle avoit eus du roi, avec lesquels elle vint à la cour quand ils parurent. Le roi , qui par sa fonction la voyoit souvent chez madame de Montespan , en avoit pris un tel éloignement qu'il pressa souvent madame de Montespan de s'en défaire avec une légère récompense. Il lui donna pourtant, à force de persécutions, une partie de la somme pour l'acquisition de Maintenon pour lui faire changer son nom de madame Scarron, et un jour que madame de Montespan, étant à sa toilette, pressoit le roi en présence du maréchal deLorges, capitaine des gardes en quartier, de donner quelque chose pour accommoder le jardin de Maintenon, il le refusa rudement, et dit plusieurs choses fâcheuses sur madame de Maintenon. A la fin la chance tourna : madame de Montespan avoit toujours eu beaucoup d'humeur et de hauteur, et le roi s'en lassa assez pour s'en plaindre quelquefois à madame de Maintenon, qui à la fin prit si bien la place de sa bienfaitrice, qu'elle en usurpa une que la \ie de la reine et celle de M. de Montespan avoient rendue impossible à l'autre d'espérer. Établie de la sorte T elle ne songea plus qu'à multi- plier le dégoût du roi et ses scrupules à l'égard de madame de Mon- tespan , et à usurper par ses fréquentes absences l'autorité et la con- fiance à l'égard de ses enfants qui demeuroient toujours à la cour. Elle s'attacha surtout a M. du Maine, qui, s'apercevant de plus de l'augmentation de l'ascendant de Tune sur le roi, et de la diminution de l'autre, prit aisément son parti là-dessus. Ce fut aussi de lui dont le roi se servit pour porter à madame de Montespan les premiers ordres de ne plus venir à la cour, qu'elle ne lui a pardonnes que lorsqu'elle sincèrement convertie. M. deMeaux, qui avoit déjà entré plus d'une fois dans les diverses séparations de ces trop célèbres amants, suivit de pics M. du Maine avec des ordres si positifs, que madame de Mon- tespan n'a jamais \n le roi depuis. Mais sa sœur, madame de Thiauges, continua à demeurer .1 la cour avec toutes ses privances et sa familia- rité, et n'en sortit que pour faire quelque voyage à Fontevrault avec madame de Montespan chez leur sœur commune, qui étoit un prodige de beauté, d'esprit, de science et d'agrément, et qui ne laissoit pas d'être religieuse et abbesse, surtout depuis qu'elle n'étoit plus atti- l la cour et dans un particulier, avec le roi et madame de Montes- pan, aussi indécenl pour une personne (le son état. Elle demeura depuis tonte renfermée dans ses devoirs, et mourut a Fontevrault, en 1701, à cinquante-neuf ans Madame . ( Bruzen de î.u Martinière.) Le Mercure • lit qu'on prononce Beleam,\e» manuscrits écrivent Belliane ei Betjames, et le loin mil cta marche» , campements , etc., par \ .initier, l'appelle l'abbaye def Danm de Bdlion. Nous avons rétabli les noms de lieux de cette campagne d'a- militaire du régne de Louit le Grand par le marquis de Omm \ \ii|«.im(I lim l été renversé de la 310 JOURNAL DE DANGEAU. terre du parapet que le canon a percé, et en ;i été tout couvert sans en être blessé pourtant. L'après-dinée, Le roi a vu monter la tranchée aux deux bataillons de la reine, qui vont à la droite avec Rubantel, lieutenant général de jour, au régiment de Poitou et à un bataillon de Porlié , qui vont à la gauche avec M. du Maine, maréchal de camp de jour; au régiment de Touraine et à un bataillon de Stoppa, qui vont au Rivage. C'est une manière de fausse attaque , qui peut-être deviendra la bonne , et qui est à la gauche de la gauche ; le brigadier y monte, et c'est le marquis de Créquy qui est de jour. Mardi 28, du camp devant Mons. — Le roi travailla tout le matin avec ses ministres , comme il a accoutumé de faire à Versailles; l'après-dinée , il a été voir monter la tranchée. Les deux bataillons des vaisseaux sont à la droite avec M. Rose, lieutenant général de jour; le régiment de Guiche et un bataillon de Greder sont à la gauche avec M. le Duc, maréchal de camp de jour, et les deux bataillons de Royal-Roussillon sont à la tranchée du Rivage avec M. de la Roche-Guyon , bri- gadier de jour. Le roi alla ensuite voiries nouvelles lignes que l'on a faites au quartier de M. le prince de Conty. Ces lignes occupent toutes les hauteurs qui regardent vers l'abbaye de Saint-Denis et le long de la Haisne, et nous pourrions mettre une armée entre cette ligne-là et la première que nous gardons toujours. — On devoit en- voyer ce soir un parti de 500 chevaux de la maison du roi et de la gendarmerie vers Bruxelles, commandé par Druy ; mais cela a été changé ; on envoie seulement cin- quante chevaux pour avoir des nouvelles. — On dit que le prince d'Orange doit arriver à Bruxelles aujour- d'hui ou demain , et qu'il a donné rendez-vous à toutes ses troupes à Notre-Dame de Hall pour le 6 d'avril. — Nous avons eu, la nuit passée, un capitaine des bombar- diers tué et cinq ou six soldats, et environ vingt de bles- sés. Notre travail est présentement au bord du fossé de la MARS 1691. 31! demi-lune et de l'ouvrage à corne, qu'on veut embrasser encore davantage avant que de l'attaquer. Jeudi 29 , au camp devant Mons. — Le chevalier de Nogenl est venu ce matin, au lever du roi, lui rendre compte de la tranchée ; on a poussé cette nuit le travail vers la branche gauche à notre égard de l'ouvrage à corne , et l'on travaille à de nouvelles batteries. Le fossé de l'ouvrage à corne est plus large et plus profond qu'on ne l'avoit cru d'abord ; nous avons eu cette nuit quarante hommes tués ou blessés. Sur les dix heures du matin, Mesgrigny, qui niveloit à la gauche de tout , où il faisoit travailler à l'écoulement des eaux, a été blessé d'un coup de canon qui lui a effleuré les deux bras; il n'y a point de chair emportée, mais les contusions sontgrandes, et la blessure est assez considérable pour le mettre hors d'état de servir à ce siège; on le fait porter à Tournay. Après son dîner, lé roi a vu monter la tranchée aux ré- giments de Vermandois et de Toulouse à la droite, avec M. de Vendôme, lieutenant général; au régiment du Perche et à un bataillon des fusiliers à la gauche, avec M. le prince de Conty, maréchal de camp; et à deui bataillons de Stoppa , qui vont à la tranchée du Rivage , avec d'Avejan, brigadier; ensuite S. M. a été visiter les Lignes du quartier de MM. de Vendôme et les bords de l.i Trouille. M. le comte de Toulouse a moulé la tranchée à La tète de sou régiment, mais le roi n'a pas voulu qu/i] v passai La nuit. Vendredi 30 , au camp devant Mons. — Nous n'avons pas eu beaucoup de gens blessés cette auil : mais, ce malin , Le feu drs ennemis s'esf réveillé , e1 ils dous on1 tué un lieutenant de grenadiers el buil ou dix soldats qui tra- vailloieni à La sape. On a commencé à jeter des Caséines dans l<- fossé, el ilesf plus qu'à demi comblé. Le roi a vu monter la tranchée aux deiu bataillons de Greder-Alle- mand qui vont à la droite avec H. de Joyeuse, lieute- n*n1 général; à demi bataillons *U- Porliéqui vont à ta 412 JOUUJNAL DE DAJNGLAU gauche avec M. le grand Prieur, maréchal de camp; et à deux bataillons de Greder-Suisse qui vont au Rivage avec le colonel Stoppa, brigadier. — Le roi a appris au- jourd'hui que la ville et le château de Villefranche s'é- toient rendus à M. de Catinat. Nous n'avons eu que quatre ou cinq soldats de blessés à cette affaire-là, et le duc de la Ferté, brigadier, a été blessé à la tète et à la mamelle d'un éclat d'une de nos bombes. — Malgré toutes les occupa- tions du siège, le roi tient tous ses conseils à l'ordinaire, et donne ordre à toutes les affaires de l'État , comme s'il étoit à Versailles. Samedi 31 , au camp devant Mons. — Le roi ne sortit point le matin ; Monseigneur alla à la tranchée , et il y fit de grandes libéralités, à son ordinaire. Quand le roi y lut, il y a trois jours, il donna 500 pistoles aux soldats; Monseigneur en a donné aujourd'hui 300. Nous avons pris cette nuit la contre-garde ^tenaillée et la demi-lune. Vauban a dit au roi que, s'il étoit pressé de prendre Mons, onpouvoit dès aujourd'hui se rendre maître de l'ou- vrage à corne ; mais , puisque rien ne pressoit , il valoit mieux encore attendre un jour ou deux et lui sauver du monde. Nous avons perdu peu de gens dans la nuit et dans la journée ; la huitième garde de tranchée a monté ce soir, et nous n'avons pas encore cent cinquante hommes à l'hô- pital. On a changé aujourd'hui les gardes de la tranchée ; il n'y a plus que deux attaques, car la droite et la gauche :jc sont jointes devant l'ouvrage à corne. — Le roi a vu, après dîner, monter trois bataillons des gardes de ce côté-là avec M. de Boufflers, lieutenant général de jour, parce que M. de Soubise est malade , et Polastron pour brigadier. Les régiments de Solre et de Provence ont monté au Rivage avec Congis, maréchal de camp de jour. Dimanche 1er avril, au camp devant Mons. — Le matin, le roi alla voir arriver dans le camp dix-huit bataillons qui étoient avec M. le maréchal d'Humières. Ils ne mon- teront point la tranchée ici; les cinquante-un qui y \\ K1L i 6t> 1 313 étoieni sont suffisants pour achever le siège; ceux-ci ne sont qu'en cas que le prince d'Orange veuille tenter de secourir la place. Après diner, le roi reçut un billet de M. de Yauban qui lui mandoit qu'on avoit fait le pas- sage du fossé de l'ouvrage à corne, et que, s'il vouloit lui envoyer six compagnies de grenadiers, il prendroit son temps pour le faire attaquer. Le roi vit les trois bataillons (1rs gardes suisses qui alloient monter la tranchée avec Rubantel, qui alloit entrer lieutenant général de jour, et Reynold, lieutenant-colonel des gardes suisses, comme brigadier des Suisses, et les deux bataillons de Navarre, qui vont monter au Rivage avec Polastron, brigadier de jour. Le maréchal de camp qui devoit monter hier à cette attaque-là a prié le roi de trouver bon qu'il montât à la grande ni ta que ; ainsi ils y demeureront toujours ; on ne laissera qu'un brigadier à celle-ci. Après avoir vu monter la tranchée, le roi alla voir les changements qu'on fait dans le camp pour les nouvelles troupes qui sont arrivées aujourd'hui. Pendant sa promenade, on lui vint dire qu'on avoit empêché les Suisses de monter la tranchée, et que l< is gardes-françoises avoient attaqué l'ouvrage à corne Peu de temps après, M. de Turenne arriva, qui pendit compte au roi de ce qui s'est passé en cette oc- casion. D'abord les deux compagnies de grenadiers de de soûl entrées dans l'ouvrage, et en ont chassé les ennemis; mais ensuite le grand feu qu'ils ont fait des demi-lunes du rempart el du chemin couvert a inquiété uns suidais : et les ennemis ic\ cini u I ;\ cu\ dans ce temps- lâ ils se sont retirés an peu vite, quoi que les officiers aient pu faire pour les arrêter. Les ennemis sont entrés dans l'ouvrage ;» corne, H eu sont demeurés maîtres Nous axons perdu assez de monde à celle affaire-là : Offnicrs aux gardes. Beauregard, capitaine des gre- nadiers, tué l); le chevalier de Saillant, pris, on tué; m de Beauregard fat l'ait prisonnier ; comme on n'en eut aucune 314 JOURJNAL DE DAJNGEAU. Boissy, fort blessé ; Brisard, blessé; la Pradencc , tué; Gontades , fort blessé ; le comte de Hautefort , blessé de plusieurs coups; Vaurouy, fort blessé; Dujardin, aide- major, blessé. M. de Boufflers, qui commandoit, a été blessé d'un cou p de mousquet à côté de l'oreille. Le cbevalier d'Estrades est mort ou pris. Le marquis de Coigny, aide de camp de Monseigneur, blessé d'un coup de mousquet à la jambe. Le marquis de Pluvau le fils, blessé. Longueuil, aide de camp de Monsieur, blessé. Sainte-Maure , blessé très-légèrement. Cormaillon, blessé légèrement; et c'est lui, du consentement de tout le monde, qui est entré le premier dans l'ouvrage à corne. Le duc de Mont- fort a eu un coup de mousquet à la tête ; on croit qu'il faudra le trépaner. Lundi 2, au camp devant Mons. — Ce matin, sur les onze heures, le roi a fait attaquer l'ouvrage à corne par les trois compagnies de grenadiers du régiment du roi , les deux du Dauphin , les deux des vaisseaux et celle de Toulouse avec cent cinquante de ses mousquetaires, com- mandés par Maupertuis, Rigauville et Artagnan, pour sou- tenir les grenadiers en cas qu'ils fussent repoussés. Les ennemis se sont fort bien défendus, mais enfin ils ont été chassés de l'ouvrage, et nous nous y sommes établis. Notre canon et nos bombes ont été fort bien servis durant l'at- taque, et les régiments des gardes suisses, qui étoient à la tranchée, ont fait un furieux feu. Presque tous les offi- ciers des grenadiers ont été tués ou blessés, et nous avons perdu quelques mousquetaires, qui ont voulu aller jusqu'à la palissade de la demi-lune qui est derrière l'ouvrage à corne. Le fils aîné de M . de Courtenay, qui étoit mousque- taire, a été tué (1). Le roi et Monseigneur étoient à cheval nouvelle, on le crut tué jusqu'à la tin du siège, ce qui lit qu'on vendit son équipage. » (Histoire militaire de Louis le Grand , par Quincy. ) (1) « Il eut la jambe cassée, et, voulant repasser la palissade, il reçut un coup AVRIL 1691. 315 au-dessus de la tranchée à voir l'attaque. Ensuite le roi est allé au quartier de M. de Luxembourg, où il fait tracer une nouvelle ligne vers Nimy, comme il y en a déjà de faites au quartier de M. de Joyeuse et de M. le prince de Conty. Les trois derniers bataillons des gardes ont relevé les Suisses. M. Rose entre lieutenant général de jour, et Villars maréchal de camp. Les deux bataillons de Champagne et celui de Castres montent au Rivage avec le comte de Solre , brigadier. Mardi 3, au camp devant Mons. — Nous n'avons eu que deux ou trois blessés cette nuit ; les ennemis tirent fort peu. Nous avons fait un logement dans l'ouvrage à corne qui communique d'une tranchée à l'autre. Le petit Vizé, officier aux gardes, a été blessé à la joue ce matin. Le roi, après son dîner, a vu monter la tranchée aux trois bataillons du régiment du roi. M. de Vendôme entre de jour comme lieutenant général , et M. du Maine comme maréchal de camp; le régiment d'Auvergne et deux bataillons de Greder montent au Rivage avec le marquis de( lasl lies, brigadier. Après avoir vu défiler les régiments, le roi est allé avec Monseigneur, Monsieur et M. de Chartres, qui le suivent toujours, à la tranchée de la -.niche, où il ne monte plus personne à cette heure; il y esl demeuré longtemps à voir à revers les deux demi- Lunes que nous allons attaquer présentement, et qui com- mencent à être fort déchirées de notre canon. On avance toujours nos batteries; on a trouvé un chemin ferré pour conduire notre canon clans l'ouvrage à corne, ce qui fa- cilite beaucoup La batterie qu'on y veul établir. A sepl heures, le roi es! allé voir monter l<> bivouac. — On ne de DMMwqnel au travers du corps, qui le fit tomber, il roulât faire un effort dm '<■ iiioiik ni pour m- relever, d recul un autre coup mousquet dans la '"ut il nourri Hercure d'avril, p. 171). Lotria <«;iston, prince \ , est] entrée aujourd'hui dans le camp. — L'abbé de Feuquières*, qui avoit soixante et dix ans passés, et qui étoil venu par curiosité pour voir le siège, tomba, malade dans l,i tranchée en arrivant; on le porta le lendemain à Valenciennes, <•! il y esl mort c<> matin. * Cet abbé de Feuquièrefl étoit un onde deFeuquières r\ de Rebe bac, fort dans l<- inonde autrefois, et qui B'étoil mis toute ta vie sur l<- pied demimre I»- roi ;> l'armée, ou le roi, pour In singularité, le trni- toil bien ,el le voyoil raremenl «lilh-urs Mercredi 6, du camp devant Wons. — Nous n'avons eu 318 JOURNAL DE DANGEAU. que trois ou quatre blessés cette nuit, et nous avons com- blé l'avant-fossé de la demi-lune de la gauche; ce matin, nous avions huit compagnies de grenadiers commandées pour faire le logement de la contrescarpe, mais nous n'en avons eu nul besoin , car les ennemis ont abandonné le chemin couvert, et nous avons fait un grand logement appuyé contre la palissade, sans avoir perdu personne ; et cette après-midi, nous avons ouvert des sapes pour en- trer dans le chemin couvert. Nous n'étions pas si avancés sur la droite, mais le roi a appris ce soir, à son coucher, par M. le prince d'Elbeuf, son aide de camp de jour, que l'avant-fossé étoit comblé. — Ce matin, à neuf heures, M. de Lostanges , enseigne des gardes du corps, a été tué d'un coup de mousquet en portant des fascines. — M. de Mézières, qu'on avoit envoyé hier à la guerre du côté de Bruxelles, a rapporté qu'il avoit vu cette nuit, à deux heures du matin, les feux de l'armée du prince d'Orange qui est campé à Hall. Depuis cela, il nous est venu des rendus qui assurent qu'elle n'a pas marché aujourd'hui, et M. Rose, qui est de ce côté-là avec 1,000 chevaux, a mandé ce soir au roi que les ennemis faisoient accommo- der les chemins vers Enghien , vers Braine-le-Comte et vers les Écossines ; ainsi on ne sait pas encore par où ils marcheront. M. de Rubantel et M. le grand Prieur sont entrés de jour avec les deux bataillons des vaisseaux et celui de Vermandois; le marquis de Créqui est à l'attaque du Rivage avec les bataillons de Touraine , de Nivernois et un des fusiliers. Le roi a été, après dîner, sur la digue de Gumappe, où il avoit donné rendez -vous à M. de Luxembourg. — Les 3,000 chevaux que le chevalier de Gassion amène de Trêves sont arrivés aujourd'hui dans le camp. — M. le maréchal d'Humières est venu ce soir prendre l'ordre du roi ; il lui a dit qu'il le feroit entrer dans les lignes quand il seroit à propos, mais que rien ne pressoit encore ; il est campé à Bossu avec trente-huit es- cadrons.— Le roi a donné l'enseigne des gardes qu'avoit AVRIL 1G91. 319 Lostanges à Castan, le plus ancien des exempts de la com- pagnie, et il a donné la place d'exempt au fils de Druy; « t !e roi a donné au fils de Lostanges, capitaine dans le régiment de Nassau, la lieutenance de roi que S. M. avoit donnée à son père il y a trois ou quatre mois. Samedi 7, du camp devant Mons. — Nous nous sommes logés cette nuit sur la palissade de la demi-lune à notre droite, comme nous étions logés sur la palissade à la gauche. — Monseigneur le Dauphin a vu monter la tranchée, est entré dans la demi-lune et dans l'ouvrage ;i corne, a passé l'avant-fossé, et a vu le logement que nous avons sur la contrescarpe. L'après-dînée, le roi a résolu de faire marcher demain M. de Luxemhoug avec 14 ou 15,000 chevaux, dix compagnies de grenadiers et quel- ques pièces de canon pour aller incommoder la mar- che de l'armée du prince d'Orange. M. Dauger et M. Rose sont les lieutenants généraux qui marchent avec M. de Luxembourg; Rose est déjà devant, il y a deuxjours, avec 1,000 chevaux. ïl y a aussi quatre maréchaux de camp commandés pour ce détachement, qui sont Vatteville, M. du Maine, M. le Duc et M. le prince de Conty. Le roi a choisi le marquis de Créqui pour commander l«-s La ville. — Nos bombes et notre canon ont fait un désordre si furieux dans la ville , que plus de la moitié des maisons sont brûlées ou renversées. — Beauregard, capitaine des grenadiers des gardes, et le chevalier d'Estrades, qu'on avoit cru tués à la première attaque de l'ouvrage à corne, étoient prisonniers dans la ville , et en bonne santé : le chevalier d'Estrades blessé fort légèrement ; mais on n'a point retrouvé le cheva- lier de Saillant. Mercredi 11 , du camp devant Mons. — Le roi a donné 2,000 pistoles à M. de Mesgrigny; il lui en avoit déjà envoyé 300 le jour qu'il fut blessé ; il a fait beau- coup d'autres libéralités dans le camp. 11 a donné 600 pistoles aux religieuses de l'abbaye de Bethléem, où il a logé durant le siège. Il a fait l'après-dlnée le tour de la place sur les remparts, et n'est pas entré dans la ville ; ensuite il est allé faire la revue de son régiment. Plus de 500 soldats de la garnison qui est sortie de Mons ont pris parti dans nos troupes , et nous n'en avions pas perdu 500 au siège. Le roi renvoie toutes les troupes dans leurs quartiers. — M. le maréchal d'Humières s'en va tenir les États de Lille ; M. de Boufflers demeurera pour quelque temps dans Mons, qui est, comme les autres villes conquises, sous l'autorité du gouverneur général de Flandre; le maréchal d'Humières a son congé pour revenir à Paris, quand il aura tenu les États, et conserve à M. de Boufflers le commandement dans tout ce pays-ri. M. de Luxembourg, M. de la Feuillade et tous les offi- ciers généraux s'en retournent à Versailles. — J'ai appris que , durant le siège , le roi avoit été un peu en colère contre M. de Louvois de T opiniâtreté avec laquelle il avoit voulu que les commissaires des guerres marquassent le camp de la cavalerie, qu'on fit entrer dans les lignes AVRIL 1691. 323 ces jours passés. Ce soin regardoit naturellement le ma- réchal des logis de la cavalerie, et le roi vouloit que cela se fit dans les formes ordinaires. Jeudi 12, au Quesnoy. — Le roi est parti ce matin du camp de Bethléem, est venu dîner à Bavay, et est arrivé ici sur les quatre heures. — M. de Louvois est demeuré à Mous pour quelques jours. — Le duc de la Ferté est ar- rivé ce matin avant que le roi fût parti du camp; M. de Catinat l'a envoyé au roi pour lui apporter le détail de la prise de Nice. On a laissé dans cette place-là le cheva- lier de la Fare pour y commander et dans Villefranche et dans tous les forts qui sont à l'entour. — M. de Luxem- bourg a eu des nouvelles de l'armée du prince d'Orange, et M. le Duc les a dit au roi de sa part. Ces nouvelles por- tant que le prince d'Orange séparait toutes ses troupes, et que «elles de Brandebourg H de Hollande, s'étant que- rellées, en étoient venues aux mains; que leurs officiers avoieni eu beaucoup de peine à empêcher le désordre, el qu'il > avoil eu assez de monde tué de pari <■ roi s donné 324 JOURNAL DK DAJNGfcATJ. une commission de colonel à M. Biélk, Suédois, neveu du maréchal Biclk , qui a été ambassadeur en France; il est capitaine dans le régiment Royal-Allemand, et re- vient présentement de Poméranie, où il a laissé son oncle. Il a trouvé en arrivant que le roi lui avoit fait cette grâce en son absence. Samedi lk,à Compiègne. — Le roi vint dîner de Saint- Quentin à Magny, dans le château; il arriva à Compiègne sur les cinq heures. Il trouva madame de Maintenonet les princesses déjà arrivées. Madame de Maintenon est venue seule dans sa calèche ; madame la Duchesse a emmené madame de Caylus, et madame la princesse de Conty amena mademoiselle de Lislebonne; mademoiselle de Blois n'est point venue. Le soir, le roi mangea avec les princesses , Monseigneur, Monsieur et. M. de Chartres. M. de Louvois manda au roi qu'il continua à venir beau- coup de déserteurs de l'armée du prince d'Orange, qu'il sépare ses troupes, et qu'on dit qu'il veut retourner en Angleterre. Dimanche 15, jour de Pâques, à Compiègne. — Le roi entendit la grand'messe à la paroisse, vêpres à Saint-Cor- neille (1), et le salut à la paroisse ; entre vêpres et le salut, (1) louis de la cavalerie; le duc de Ro- quelaure : le marquis de Créqui ; le prince d'Elbeuf; des Bordes, gouverneur de Philipsbourg; Laubanie;de Nave ; Urtagnan, major des gardes; Polastron, Lieutenant-co- lonel du régimenl ille. Mercredi :>~> , à Marly. — Le roi vinl ici l'après-dlnée en chassant; Monseigneur ^ \mt avec madame la prin- e de Conty. L<* roi, avant que de partir de Ver- sailles, a déclaré les maréchaux !, le 18 de ce mois, et arriva le lendemain matin devant Lucerne, où il y a voit 1,200 Barbets qu'il força. Il en tua beaucoup et leur prit trois drapeaux aux armes de Hol- lande et d'Angleterre, et fit mettre le feu à la ville et brûler les magasins; mais, comme il se retiroit, les ennemis, a va ni été fortifiés par de nouvelles troupes et s'étant saisis ries hauteurs, attaquèrent les nôtres dans la retraite, et nous 1 lièrent ou blessèrent plus de cent hommes et plu- sieurs officiers. Samedi ±x . à Versailles. — Le roi se promena for! le malin dans les jardins de Mari} ; il en partit après son dîner, ei revinl ici enchâssant. Monseigneur y demeura à jouer jusqu'à sis heures du soir, ei revinl avec madame la princesse de Conty. — M. le maréchal de Lorges esl venu ce soir; il prend congé du roi pour aller commander l'armée en Allemagne. Celle de Flandre s'assemble le iode mai à tarlebeck; M. de Luxembourg la commandera. Il a pour officiers généraux, savoir : lieutenants généraux : MM. de Joyeuse, Soubise, Rose, le duc de Choiseul, le (\\w de Vendôme, l<- marquis ù \\. le Prince, M le Duc, M. I<- prince nl\ e( M l son! aussi. On n'y attendent pas Monseigneur ; il arriva à l'assemblée pour courre le cerf avant que les princes y lussent arrivés , et après la chasse, il alla coucher à Chan- tilly. — Le roi a fait donner ce matin 1,000 pistoles de sa cassette au prince d'Elbeuf pour faire son équipage. — Le marquis de Villacerf commandera cette année les ca- rabiniers dans l'armée d'Allemagne. — On avoit dit le duc de Saint-Simon et le duc de Grammont morts tous deux dans leurs gouvernements ; mais on a eu nouvelle de Bayonne et de Blaye qu'ils se portent considérable- ment mieux l'un et l'autre. — Les troupes des Turcs qui étoient au siège de la Yalone ont eu ordre, depuis la prise de cette place, d'aller joindre leur armée en Hongrie. — Monsieur et Madame sont allés à Saint-Cloud pour quel- que temps. Jeudi 3, à Versailles. — Le roi a donné ce matin à M. le duc de Montmorency 500,000 francs de retenue sûr la charge de capitaine des gardes de M. le duc de Luxem- bourg, et en même temps il l'a fait gouverneur de Nor- mandie , et M. son père en aura la survivance. Il rend le gouvernement de Champagne; on lui donne le titre de gouverneur, quoique M. de Longueville soit encore en vie et que M. de Montauzier n'eût que le titre de com- mandant , mais on ne le donne que pour trois ans , comme le roi le fait présentement pour tous les gouvernements. Celui de Normandie vaut 20,000 francs plus que celui de Champagne. — Monseigneur est reparti de Chantilly. 11 a chassé en chemin, et a été ensuite à l'opéra à Paris, où madame la princesse de Conty est venue de Versailles. Après l'opéra, ils sont revenus ensemble ici. — M. de Vins a attaqué des Barbets retranchés dans la vallée de Barcelonnette ; il les a forcés dans leurs retranchements , en a tué plus de deux cents , ei l'ail plusieurs prisonniers. Il a eu un cheval tué sous lui , et Chemerault, qui étoil là avec son régiment, a été blessé au visage. M. de Vin- ;> MA! 1601. 333 détruit toutes les habitations et les endroits où les Bar- bets se pouvoient réfugier dans cette vallée-là; il a eu cinquante ou soixante soldats blessés dans cette expédi- tion-là. Vendredi i, à Versailles. — Le roi alla tirer après son dîner; Monseigneur courut le cerf . — M. de Melun, se- cond fils de madame d'Épinoy, est mort à Pbilippeville ; il sortoit des mousquetaires, et on Favoit fait capitaine de cavalerie. Il laisse au prince d'Épinoy, son frère aîné, -'Î0,u00 livres de rente du moins. — Il est arrivé un cour- rier de Home, parti du 25 de l'autre mois. Les lettres qu'il a apportées marquent que les affaires du conclave n'a- vancent point, et qu'on croit que les factions auront peine ,'i s'accommoder. Le cardinal Capisucchi est mort, et laisse une troisième place vacante dans le sacré collège. — Nos \ ;i isseaux qui vont en Irlande porter M. de Saint-Ruth , ri les secours que nous envoyons vu ce pays-là, ne sont point encore partis de Belle-Isle; mais ils n'attendent qu'un vent favorable. Samedi .">. a Versailles. — Le roi, après son dîner, alla à Mari} et à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angle- terre.— M. '•'■ll«- année au siège de Mous. I niuli t . n Versailles. — Le roi dîna â son petit cou- et alla tirer, Monseigneur prit médecine. Monsieur 334 JOURNAL DE DANGEATT. vint ici de Saint-Cloud pour être au conseil de dépêches. — Le roi a donné 2,000 écusde gratification à M. d'Urfé pour le dédommager en partie de ce qu'il perd en Piémont; le roi en a déjà fait donner autant à M. de Revel et autant à M. de Rivarolles, qui perdent aussi du bien en ce pays-là. — On a eu nouvelles que seize offi- ciers et beaucoup de soldats du régiment des gardes écossoises du prince d'Orange, qui étoient en garnison à Gand , ont déserté et sont venus se rendre à Lille et à Menin. Mardi 8, à Versailles. — Le roi, après son dîner, alla tirer. Monseigneur alla avec madame la princesse de Conty à Saint-Germain pour voir le roi et la reine d'An- gleterre. — M. de Luxembourg prêta serment pour le gouvernement de Normandie. Les capitaines des gardes du corps ont le privilège de prêter serment l'épée au côté ; demain il en donnera sa démission à son fils , mais il en gardera les appointements , et le roi lui en laisse le com- mandement sa vie durant. Il a, outre ce gouvernement, le bailliage de Rouen, qui donne beaucoup d'autorité dans la ville, dont il donne aussi sa démission à son fds — On a eu nouvelles que M. de Savoie a remis Verceil et Verrue entre les mains des Espagnols , quoiqu'il eût paru dans le voyage qu'il a fait à Milan qu'il n'étoit pas content d'eux. Mercredi 9, à Marly. — Le roi vint ici l'après-dînée en chassant. Monseigneur courut le cerf le matin, et vin ici tout droit. — Le matin, à Versailles , M. de Montmo- rency a prêté le serment de gouverneur de Normandie, sur la démission que lui en a faite M. son père au bout de vingt-quatre heures. — Monsieur et Madame ne sont pas de ce voyage de Marly. — Le roi a choisi M. d'Esclain- villiers pour acheter le régiment de M. de Roquelaure, qui est obligé de le vendre parce qu'il est maréchal de camp. — M. et madame de Pontchartrain sont du voyage de Marly; M. de Pontchartrain n'y étoit jamais venu. Jeudi 10, à Marly. — Le roi se promena le matin et MAI 1691. 335 le soir dans ses jardins; Monseigneur ne sortit point et fut tout le jour avec lui. Le roi et la reine d'Angleterre dévoient venir, et le roi manda de remettre la partie parce qu'on cto voit qu il feroit vilain temps. — La flotte angloise et hollandoise a paru vers Calais et Boulogne, forte de quarante vaisseaux; ils s'assemblent dans la Manche. Le prince d'Orange est arrivé à Chatam; il a trouvé qu'il manquoit encore plus de cinq mille matelots sur sa Mette. Vendredi 11, àMarly. — Le roi se promena le matin, • i alla courre le cerf l'après-dînée. Les princesses mon- tèrent à cheval, et le roi fit venir des carrosses pour toute les dames; on se promena fort dans toutes les routes de la forêt de Marly. Le roi d'Angleterre étoit à la chasse. — On a eu nouvelle que notre convoi pour l'Irlande est parti de Belle-Isle par un bon vent; on le croit arrivé présen- tei uent. Nous y avons trente-deux gros vaisseaux de guerre commandés par le chevalier de Nesmond, et, à son retour, il sera joint par le reste de notre flotte, et nous .Mirons quatre-\ irigts gros vaisseaux à la mer. On ne croit pas que Les Anglois et Hollandois ensemble en puissent avoir autant. — Le roi se promena dans ses jardins ,-i\e<- li ; il part demain pour l'armée de Flandre. — Quoi- que plusieurs gens eussent demandé au roi ta charge de LioK , il est certain qu'il uVsi pas mort. — Madame là Princesse ;i pris auprès (Telle une tille d'honneur, «pu s'appellera mademoiselle de Bar; elle est Bile d'un gen- tilhomme d'auprès de Sens, qui s'appelle M. de Btlfren- lilie. Mercredis, <> Versailles. — Le roi signa le contrat i Le Désert étoit une terre située sur la route de Versailles ;■ la Minière. il il-' reste den bâtiments que la maison .lu garde, qu'on appelle encore la lu Déoert Voirie plan manuscrit do l'élit parc de Versailles par Le t ie, i" 'h, .i i.i bibliothèque de la ville 4e Yei saules. i la i.MiMUsr princesse des i reins. Les manuscrits l'apiieUcnl la . a Versailles. — Le roi alla tuer l'après- dinée, et puis revint, !<■ soir, à la maison de Madame la princesse deConty, où il se promena Tort. Il veut une mde collation. Monseigneur en faisoit les konneurs avec la princesse. Il > avoil de dames : mesdames url . mesdemoiselles de Lislebonm- et d'Uzès, mesdames de Roucy, d'Urfé et de Dangeau. — M. de Boufflers est en marche avec son armée ; il va vers Liège, et l'on croit qu'il bombardera cette ville-là. Il mène beaucoup de bombes et quelques pièces de bat- te fi es. — On a eu nouvelles que notre flotte d'Irlande paioissoil ; il en est déjà venu deux bâtiments d'avis qui portent qu'elle est proche d'Ouessant. — Les armateurs de Dunkerque ont pris un vaisseau de guerre anglois qui escortoit trente-deux vaisseaux marchands que nous avons tous pris. Il y en a déjà treize arrivés à Dunkerque. Les autres n'ont pu entrer dans le port par le vent, qui a obligé nos armateurs à prendre au nord de l'Ecosse. Mercredi 30, à Versailles. — Le roi, après son dîner, alla tirer. Monseigneur alla coucher à Villeneuve -Saint- Georges pour y courre le loup le lendemain. — Les troupes qui étoient dans Hall l'ont abandonné, et sont allées camper sous Bruxelles. M. de Luxembourg en a pris quatre-vingts ou cent qui avoient attendu un peu tard à se retirer. Nous allons faire raser les fortifications et les maisons même de Hall; nous n'y laisserons que les églises. — Le prince d'Orange est encore à Loo. — Nous avons ici un beau-frère de.... à qui le roi a fait donner 400,000 francs. S. M. lui promet encore 100,000 écus quand il aura exécuté ce dont on est convenu avec lui. — On a présenté aujourd'hui au roi la comtesse d'Arrol, gouvernante du prince de Galles. La reine d'Angleterre , sans savoir qu'elle se fut sauvée d'Ecosse et sans avoir su même ce qu'elle avoit souffert pour le roi d'Angleterre, en parloit toujours depuis la mort de la duchesse de Powis, comme de la femme du monde qu'elle eût le plus souhaité pour gouvernante de son fils, et justement elle se sauva d'Ecosse dans le temps que la reine la souhaitait tant. Jeudi 31 , à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly. Monseigneur revint de Villeneuve-Saint-Georges, JUIJN 1691. 343 cl ;i\oil couru le matin le loup dans Senart ; il arriva ici de fort l)onne heure, et se promena dans tous les bosquets, où il fit aller toutes les fontaines. — Les bruits continuent que M. Télecteur de Bavière va commander les troupes en- nemies en Piémont. Nous avons ici un député de Nice, fils i lui on! donné les 3,000,000 qu'il auroil lire de La ttion des soixante charges nouvelles j il a augmenté leurs gages, et Leur donne une diminution de 200. 000 li\ PC Dimanche 3 à Versailles. — Le roi, après La grand'- 344 JOURNAL DE DANGEAU, messe, reçut M. de Richelieu, chevalier du Saint-Esprit. L'après-dinée, le roi alla à Trianon pour y régler les lo- gements qu'il veut y ^donner quand il ira coucher, ce qu'il a résolu de faire bientôt. — M. de Noailles, qui a dans son armée dix-huit escadrons et quatorze bataillons, a mandé au roi qu'il alloit assiéger la Seu-d'Urgel; il n'y a que six cents hommes dans la place, qui ne vaut rien, et point d'armée ennemie en campagne. — Le roi en- tendit l'après-dinée le sermon de l'abbé Bignon, neveu de M. de Pontchartrain. — Mademoiselle de Chabot est morte à Paris ; elle a déchiré avant de mourir le testa- ment qu'elle avoit fait en faveur de M. de Rohan; ainsi la succession, qui est de près de 100,000 écus, sera par- tagée entre lui et ses sœurs. Lundi k, à Versailles. — Le roi chassa l'après-dinée. Monseigneur alla à Saint-Cloud avec madame la prin- cesse de Conty; ils y firent collation. — On a eu nou- velles que le prince d'Orange étoit arrivé le 2 de ce mois à la Bigarde, où son armée étoit postée. En arrivant il a fait changer le camp qu'avoit choisi M. de Valdeck, et tâche à rassurer ses troupes en faisant abattre les retran- chements et ouvrir les passages, comme un homme qui ne craindroit point d'être attaqué ; heureusement pour lui, son poste n'est point attaquable. Mardi 5, à Versailles. — Le roi a eu nouvelles que M. de Bouf fiers étoit arrivé le 2 de ce mois devant Liège. Les ennemis ont fort peu défendu quelques petits postes, et des passages qu'ils avoient sur la rivière d'Ourde , mais ils se sont retirés à la Chartreuse où ils se retranchent. M. le comte de Guiche est commandé avec tous les gre- nadiers de l'armée pour l'attaquer le lundi, qui étoit hier; mais on croit que, dès que le canon tirera, ils abandon- neront le poste. — Monseigneur alla coucher à Villeneuve- Saint-Georges pour courre le loup le lendemain. — M; le maréchal de Lorges a laissé son infanterie sur le Spierbach et s'est avancé avec la cavalerie du coté de Mayence vers JU1ÎN i(59i, 345 Niederulm, comme il fit l'année passée ; les ennemis as- semblent leur armée vers Sintzheim. Mercredi 6, à Marly. — Le roi vint ici en chassant; on avoit cru que, ce voyage-ci, il n'y auroit de dames que les princesses; mais, outreceUes qu'on a accoutumé d'y mener, madame la duchesse de Chaulnes y est pour la première fois; il y a beaucoup moins d'hommes qu'à l'ordinaire. — Le roi a eu nouvelles, avant que de partir de Versailles, que les ennemis avoient abandonné la Chartreuse de Liège et que M. de Boufflers faisoit travailler aux batteries de bombes et de canon ; mais, comme il y a beaucoup de troupes dans la ville, il y a apparence que les bourgeois se laisseront bombarder. — Le roi a eu nouvelles ce soir que M. de Catinat avoit pris Veillane; les ennemis s'y sont défendus quelque temps de derrière leurs palissades. Ils nous ont tué ou blessé une vingtaine de soldats, et Tessé, maréchal de camp, y a été blessé d'un éclat de grenade ô la fesse. Les ennemis, après avoir été forcés der- rière leurs palissades, où on leur a tué quarante ou cin- quante hommes, se retirèrent dans une tour d'où ils de- mandèrent à capituler, et ils se sont rendus prisonniers de guerre. Ils étoient environ trois cents hommes, et M. de Savoie y étoit venu le jour auparavant, et avoit fori assuré, en retournant à Turin, que les François n'ose- roienl attaquer Veillane. Jeudi 7, à Marly. — L'après-dinée , le roi courut le («tC en calèche avec les dames; il fit mettre madame de Chaulnes auprès de lui. Au retour de la (liasse, le roi s'esl fori promené dans ses jardins, et, après souper, il est encore retournée la promenade avec toutes les dames; il n'y a point eu d<' portique. — M. de Luxembourg a quitté Hall, où il ne |><>ii\<>ii plus subsister, les fourrages lui manquant. Il a marché en bataille, et est venu camper à Braine-le-Comte ; les ennemis n'ont poinl songé à l'in- quiéter dans ^;i marche. Kf. le prince d'Orange, qui est encore ô la Bigarde, faisoil refermer l<'s passages qu'il nu dix mille hommes dans le duché • 1 \osic pour s'en rendre maître el empêcher La communi- cation de ce pays-lé aux troupes de M, de Savoie. On a en nouvelles de Piémonl . Irianon, Monseigneur alla coucher à Vil 3(i() JOURNAL DE l>\\(. Ml leneuve Saint-Georges, — M. de Barillon esta l'extrémité, et on n'espère plus qu'il en puisse réchapper. — Nos ga- lères et les vaisseaux que commande le comte d'Estrées dans la Méditerranée vont à Barcelone. M. de Noailles, avec 'son armée, marche de ce côté-là; M. de Louvois a dit aujourd'hui que nous allions bombarder cette grande ville-là. Cela augmentera bien le désordre qu'il y a déjà dans la cour d'Espagne. — Les troupes du prince d'O- range, en Irlande, ont assiégé Athlone. Lundi 16, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dînée avec M. de Louvois, et, sur les quatre heures, il s'aperçut que M. de Louvois se trouvoit mal. Il le renvoya chez lui. En y arrivant, il se sentit plus pressé; il se fit sai- gner. Son oppression augmentant toujours, il se voulut faire saigner de l'autre bras; il envoya chercher son fils, et mourut un instant après (1). Madame de Louvois étoit allée ce jour-là à Armai nvilliers. Une mort si prompte fait soupçonner qu'il pourroit y avoir du poison ; le roi devoit aller ce jour-là à Saint-Cloud , il n'y fut point, et sur les six heures, il alla se promener dans ses jardins (2). M. Pelletier et M. de Pontehartrain allèrent chez M. de Louvois pour faire sceller tous les papiers. M. de Louvois étoit ministre et secrétaire d'État de la guerre, surinten- dant des bâtiments, chancelier de l'ordre du Saint-Esprit , grand vicaire de lWdrede Saint-Lazare. 11 avoit l'inten- (1) Voir les Lettres de madame de Sévigné du 23 et du 20 juillet. On lit à propos de Louvois l'épitaphe suivante : Ici git sous qui tout plioit Kl qui de tout avoit connoissance parfaite, Louvois que personne n'aimoit Et que tout le monde regrette. (2) « Je remarquai qu'au lieu d'aller voir ses fontaines et de diversifier ses promenades , comme il fai soit toujours , dans les jardins, le roi ne fit jamais qu'aller et venir le long delà balustrade de l'Orangerie, et d'où il voyoit, en revenant vers le château , le logement de la surintendance où Louvois venoif de mourir, qui terminoit l'ancienne aile du château sur le flanc de l'Oran- gerie, et vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenoit \ el- le château. » Saint-Simon, Mémoires, t. XXIV, p. 98. JLILLKT 1691. 361 dance de toutes les fortifications et des haras ; il avoit le revenu de toutes les postes des pays étrangers et des che- vaux de louage du dedans du royaume *. Je partis ce jour-là pour Forges. * M. de Louvois étoit le plus grand homme en son genre qui ait paru depuis plusieurs siècles, mais dont les talents ont été aussi les plus funestes à la France par les conjonctures où il s'est trouvé. Rien de plus vaste, de plus fertile, de plus juste que son esprit pour les plus grandes entreprises et pour le secret d'en masquer tous les préparatifs et les dispositions les plus immédiates, dans l'exécution exacte et en- tière desquelles il excelloit encore plus. Infatigable dans le travail (1), et dans un tra\ail de tous les jours et de toutes les années, |il] pesoit, perçoit, dirigeoit tous les détails avec une aisance inconcevable, dont aucun ne lui échappoit jusqu'aux plus petits, et, autant que cela peut être dit d'un homme mortel et borné de sa nature, rien ne lui étoit impossible. 11 connoissoit les choses et les gens avec un sens exquis, et s'en servoit à ce à quoi ils étoient propres avec un merveilleux dis- cernement. La récompense et la punition étoient avec lui certaines, et toujours dans la proportion des gens et de leur service ou de leur manquement. En tout, d'une grande suite; le plus dangereux ennemi el le plus difficilement réconciliable , l'ami le plus sûr, le plus ardent, le plus voulant par lui-même, magnifique en tout, noble en tout, li- béral à pleines mains, et faisant à ses amis et à ses proches des présents de souverain, des terres, des maisons, des régiments achetés exprès en entier, des prix entiers de belles et grandes charges à la cour; le meilleur parent du monde , et le père des pauvres, à qui il ne refusa jamais rien, et dont les aumônes alloient entre 2 et 300,000, fr. par an ; car cela dépendoit des œuvres que des personnes de piété lui proposoient de 20, de 30, de 40 et 50,000 fr. à la fois ; vivant en petit roi chez lui, et néanmoins sans insolence, et parlant librement de sa basse naissance, et de toute la distance qui étoit entre ceux qui étoient entres dans son alliance et lui. Il vivoit avec le chancelier, son père, avec un grand respect et une grande confiance, et avec sa femme avec beaucoup de considération, et beaucoup de déférence pour ses parents et son alliance Du reste, il aimoit les femmes et en entrete- 1 i 280 volumes in-folio «le minutes, de dépêches, de mémoires et «le papier* divers Hir des affaires de guerre ou d'administration militaire, «mi- ni Dépôt «!<• la Guerre, >on1 là pour témoigner du travail infatigable us les commis demeurassent el continuassent à travailler. — Le roi d'Angleterre lui ni envoyé faire des compliments suc la mort de M. de .368 JOURNAL DE D ANGE AU. Louvois, S. M. a répondu à celui qui venoit de sa part : « Monsieur, dites au roi d'Angleterre que j'ai perdu un bon ministre ; mais que ses affaires et les miennes n'en iront pas plus mal pour cela. » Mercredi 18, à Marly. — Le roi, après son diner, vint ici en chassant. Monseigneur y vint avec madame la prin- cesse de Conty à son ordinaire. Le roi a amené M. de Bar- bezieux pour travailler avec lui. L'archevêque de Reims, qui apprit à Forges la nouvelle de la mort de M. son frère, a salué le roi ce matin à Versailles. S. M. l'a assuré qu'elle se souviendroit des services de M. de Louvois et de M. le Tellier, et qu'il auroit soin de sa famille. Le roi manda dès avant-hier à M. de Chanlay (1) , qui étoit dans l'armée d'Allemagne, de se rendre incessamment auprès de lui. — M. le maréchal de Lorges est campé avec toute son armée sur le Spierbach, à Wintzingen sous Neustadt ; l'armée des ennemis est toute passée en deçà du Rhin et campée dans la plaine de Frankenthal. Jeudi 19, à Marly. — Le roi a longtemps travaillé avec M. de Barbezieux aujourd'hui; il aura la charge de général des postes; cette charge payoit paulette. Le roi réunit aux domaines les postes étrangères, qui montent à de fort grosses sommes. M. Pelletier, le ministre, fera rendre compte aux maîtres des postes. Le roi supprime tous les droits qu'avoient les loueurs de chevaux dans tout le royaume, qui étoient fort à la charge du peuple. Les par- ticuliers auront liberté tout entière de louer leurs che- vaux. On dit que les particuliers qui avoient le droit de louer des chevaux achetoient ce droit de M. de Louvois, ce qui lui valoit encore beaucoup. Les trésoriers des for- tifications et ceux de l'artillerie feront présentement leurs (1) M. de Chanlay, maréchal îles logis «les armées du roi , était chargé de faire à Louis XIV les mémoires ou rapports sur les mouvements des armées françaises et étrangères. Voir Saint-Simon, t. XXIV, p. 99 et khi JUILLET IG91. 36!» charges; M. de Louvois les faisoit faire par l'extraordi- naire des guerres. Vendredi 20, à Marhj. — Le roi s'est promené Paprès- dinée dans la foret de Marly avec les princesses et toutes les dames. Il y eut une collation à la table dans les routes ; Monseigneur, Monsieur et Madame y étaient avec le roi. Le soir, après souper, il y eut portique comme à l'ordi- naire. — M. de Santenas, Piémontois, qui avoit un régi- ment d'infanterie en France, et quis'étoit mis à l'institut de l'Oratoire, est allé à la Trappe et y a pris l'habit (1). — M. le Grand-Duc, à qui l'empereur a donné le rang des t<(cs couronnées, comme l'a M. le duc de Savoie, pour montrer l'autorité que lui donne ce nouveau rang, a fait quatre ducs dans ses États, et a vendu ces dignités-là. Samedi 21, à Versailles. — Le roi revint ici en chassant. Monseigneur revint avec madame la princesse de Conty à son ordinaire. — On a fait emprisonner un trotteur sa- voyard qu'on soupçonne d'avoir mis du poison dans une aiguière qui étoit dans la chambre de M. de Louvois, dans laquelle il buvoit souvent; il y avoit même bu après son dîner le jour qu'il mourut. — M. de Luxem- bourg a passé la Sambre, et M. le prince d'Orange doit aussi, à ce qu'on croit, l'avoir passée entre Gharleroy et Nainur; il l'ail toujours courre le bruit dans son année qu'il va assiéger Dinant. Dimanche 22, à Versailles. — Le roi a fait M. Pelletier, l'intendant des finances, directeur général de toutes les fortifications du royaume, comme l'étoit M. de Louvois; il sera ordonnateur de tous les fonds; les trésoriers ne payeront que Mir ses ordres; il aura 20,000 francs d'ap- pointements, el tous les samedis il rendra compte au roi *\<- (oui ce qui regarde cette administration. Le roi laisse i \"n i» lettre , à Versailles. — Le prince d'Orange est tou- jours campé à Gerpines et M. de Luxembourg àFloreffes. — On a eu nouvelle d'Irlande que les troupes du prince, d'Orange ont pris Athlone; ils ont tué presque toute la garnison ; ils n'ont donné de quartier qu'à cent hommes, parmi Lesquels »iit laissé un seul lils qui, eomine son père, a pria I* n>< - 374 JOURNAL DE DANGEAU. tier de la guerre et a épousé une Colbert, fille de Croissy, frère de M. de Torcy. Dimanche 29 , à Versailles. — M. de Luxembourg est toujours à son camp de Floreffes et M. le prince d'Orange à Gerpines. Il a défendu la messe dans son armée , et on mande même que M. de Vaudemont est obligé de se cacher pour l'entendre. — M. le maréchal de Lorges est toujours à Offenbach près Landau, et les ennemis à Fran- kenthal, où ils font travailler. On mande de notre armée d'Italie que nous décampâmes le 23 pour repasser le Pô. — Le comte Ménard de Schomberg vint avec quelques escadrons pour charger notre arrière-garde ; il fut vigou- sement repoussé, avec perte considérable des ennemis. On en tua grand nombre, et on fit quelques prisonniers. On leur fit repasser le Pô avec précipitation. Nous n'avons perdu que douze ou quinze cavaliers à cette affaire-là. Nantillac , lieutenant-colonel, y a été blessé. Lundi 30, à Versailles. — Nous avons eu des nouvelles de Brest que M. de Tourville, qui a fait un détachement de quelques vaisseaux pour aller à la découverte de la flotte de Smyrne, a pris quatorze vaisseaux anglois qui alloient à l'Amérique , dont il y a trois vaisseaux de guerre, l'un de cinquante-deux, l'autre de trente-six et l'autre de dix-huit pièces de canon ; on ne sait pas la cargaison des onze vaisseaux marchands. On a vu une autre flotte au large, dans laquelle on a compté jusqu'à quarante vaisseaux ; le vilain temps en a fait perdre la vue. On croit la grande flotte des ennemis aux Sorlingues ; la nôtre est à vingt-cinq lieues d'Ouessant. — On mande de Flandre que les prisonniers qu'on a faits, et les rendus qui viennent, disent tous que M. le prince d'Orange se re- tranche dans son camp. Mardi 31, à Versailles. — Le roi a donné à M. de Marillac la place de conseiller d'Etat ordinaire qu'avoit M. de Barillon et à M. Chauvelin*, intendant en Pi- AOUT 1691. 375 cardie, la place de conseiller d'État de semestre qu'avoit M. de Marillac. — MM. les cardinaux d'Estrées, de Bouillon , de Bonzy et le Camus reviennent de Rome ; il n'y restera que le cardinal de Forbin , qui demeure chargé des affaires. M. le duc de Chaulnes, notre ambas- sadeur, revient aussi ; il y a déjà quelque temps qu'il y est incognito, depuis que le prince de Lichtenstein a pris la qualité d'ambassadeur de l'empereur. — Monseigneur a couru le loup aujourd'hui à Villeneuve-Saint-Georges, est ensuite allé à l'Opéra à Paris, où madame la princesse de Conty l'est allé trouver. * Ce M. Chauvelin, intendant de Picardie, fait conseiller d'État, étoit fils d'une sœur de la femme du chancelier le ïellier et père de MM. Chauvelin, dont l'aîné mourut avocat général peu avant Louis XIV, et le cadet est'devenu garde des sceaux, ministre et secré- taire d'État des affaires étrangères , en 1727, à quarante et un ans, et fait collègue et coadjuteur de M. le cardinal Fleury au premier ministère du dernier mars 1732. De conseiller au grand conseil, il fut maître des requêtes, puis avocat général après son frère; et il étoit des derniers présidents à mortier, quand il eut les sceaux. Mercredi 1er août, à Marly. — Le roi est venu ici en chassant. Monsieur et Madame sont de ce voyage. — M. le maréchal de Bellefonds y a eu une chambre pour la première fois. M. l'évêque de Lisieux est mort; il étoit frère de M. de Matignon ; il avoit deux abbayes dont il y en avoit une très-bonne. Son évêché valoit beaucoup. — Madame la duchesse de Schomberg* est morte à Paris; elle étoit sœur de M. de Hautefort, premier écuyer de La reine. Elle avoit été dame d'atours de la peine-mère étant fille, et avoit été aimée de Louis XIII et toujours en grande réputation de vertu. — M. JeannindeCastille " ' l'obligea <\<> s'en défaire. * Cette duchesse de, Schomberg que, par p.mmhesr. on tt'appeloil 370 JOURNAL DE DANGKAU. point la maréchale, comme cela a été! remarqué ailleurs, étoit sœur de M. d'Hautefort, premier écuyer de la reiue Marie - Thérèse, femme de Louis XIV, et chevalier de l'ordre, 1GG1, et du père du marquis d'Hautefort, chevalier de l'ordre en 1724, de Surville, etc. Étant fille d'honneur de la reine Anne d'Autriche, Louis XIII en de- vint amoureux , ce qui est fort connu dans l'histoire. Mais un fait qui lui a échappé est digne de ne pas périr. Le roi , de l'amour de qui toute la cour s'apercevoit, ne pouvoit se lasser de parler d'elle à M. de Saint-Simon, son favori, qu'il fit depuis duc -pair; et ce favori, jeune et fort galant , ne pouvoit comprendre une passion qui n'alloit point au but. Un jour, lassé de ses propos peu concluants,' il en demanda la raison au roi, et ajouta, avec la liberté de la faveur et de 1 âge , que s'il avoit peine à faire quelque proposition à sa belle , il n'avoit qu'à l'en charger , et que son affaire seroit bientôt faite ; mais à l'instant Louis XI11, prenant un visage sévère : « Ne vous avi- sez jamais, lui répondit-il , de me tenir de pareils discours. Il est vrai que je suis amoureux, et que je n'ai pas pu m'en défendre, parce que je suis homme; mais je sais [ce] que je dois à Dieu, qui me défend d'aller plus loin , et que je dois d'autant plus d'obéissance et de sou- mission, qu'il m'a mis au-dessus de tout . » Plût à Dieu, qu'en une si grande chose et en bien d'autres , le roi son fils l'eût imité ! Ce fut en faveur de cette mademoiselle d'Hautefort , que Louis XIII fit dame d'atour, qu'il régla que les dames d'atour des reines, quoique filles , seroient appelées Madame , ce qui a été poussé depuis à celles des filles de France, dont la dernière Madame a fourni deux exemples. Ma- dame d'Hautefort, ainsi Madame, quoique fille, épousa en 1646 M. de Schomberg, dont elle n'eut point d'enfants, et mourut en 1691 à Paris, à soixante-quinze ans, ayant toute sa vie été fort vertueuse. M. de Schomberg étoitdefort ancienne maison de Misnie, petit-fils de Gaspard de Schomberg, qui, venu colonel de reîtres au service de Charles IX, aux guerres civiles des huguenots, devint gouverneur de la Marche et surintendant des finances, et le demeura sous Henri III. D'une Chas- teigner, il laissa une fille , mariée au comte de Lude , gouverneur de Monsieur Gaston, grand-mère du duc de Lude, et le maréchal de Schom- berg, qui eut le bâton en i625, surintendant des finances dès 1619, qui eut les plus grands emplois de paix et de guerre, et qui défit et prit M. de Montmorency à la bataille de Castelnaudary , en 1632, qui en eut la tête coupée à Toulouse , et son gouvernement de Languedoc fut donné au maréchal de Schomberg, qui mourut à la fin de la même année à cinquante-neuf ans. D'une Espinay, il laissa le maréchal de Schomberg, qui épousa madame d'Hautefort, et la duchesse de Liancourt, si célèbre par son esprit , mais surtout par sa vertu , son insigne piété et par la retraite où elle engagea son mari , et d'où l'un et l'autre méprisèrent AOUT 1C9I 377 les charges et la fortune de cette maison de Liaiicourt dont elle lit un si beau lieu pour amuser M. de Liancourt. C'est pourtant elle qui, ayant été mariée contre son gré au comte de Brissac, grand-père de la dernière maréchale de Villeroy, et sans avoir dit oui, n'en voulut point souffrir les approches, et dit résolument à son père, dès la seconde nuit de cette querelle, qu'elle ne seroit jamais femme que de M. de Lian- court , tellement que les deux familles de concert firent rompre le ma- riage, et que celui de M. de Liancourt se fit. Ce dernier maréchal de Schomberg, son frère, épousa l'héritière d'Halluyn qui , par son droit, avoit fait duc et pair d'Halluyn , le fils aîné de M. d'Épernon, dont elle fit casser le mariage ensuite, et fit duc et pair ce second mari, sans préjudice du premier, à qui la dignité demeura, comme il a été dit ci-devant. Il fut chevalier de l'ordre comme son père , colonel général des Suisses et Grisons, gouverneur des Trois- Évcchés et de Metz, en rendant le Languedoc pour Monsieur Gaston, dont il demeura lieutenant général, capitaine des chevau-légers de la garde, fut maréchal de France en 1637, et eut les plus grands emplois de guerre, et souvent fort heureux, au milieu desquels il mourut de la pierre a cinquante-six ans , en 1G56, sans enfants de ses deux femmes, ni personne de son nom en France. Il étoit aussi frère de la duchesse de Montbazon , grand'mère de tous ceux-ci , femme de celui qui est mort fou, enfermé à Liège, qui étoit posthume du premier maréchal de Schomberg et de sa seconde femme, fille de M. de la Guiche, grand- maître de l'artillerie. ** Ce M. Castillen'étoitrien. Son père, qui avoit fait fortune jusqu'à être contrôleur général des finances sous les surintendants , c'est-à-dire commis médiocrement renforcé, lui fit épouser une Jeannin pour le décrasser. 11 fut trésorier de l'épargne et greffier de l'ordre, qu'il eut du président de Novion en 1C57. Il fut culbuté avec M. Fouquet , prisonnier, puis exile vingt-cinq ans en Bourgogne; on lui ôta sa charge de l'ordre avec le cordon, qu'il cessa de porter, quoiqu'il s'opiniâtrât à refuser de vendre et de se démettre, dans l'espérance de retour de fortune, et cependant Châteauneuf, secrétaire d'État, fils et père des deux La Yrilliere , eut la charge et le cordon par commission jusqu'en 1083, que Castille à la (in lui céda. Son iils vécut conseiller au parle- ment de Metz, et d'une Dauvet, il laissa une fille fort riche, qui a épousé le fils du prince d'Harcourt-Lorraine, dont est venue la der- rière duchesse de Bouillon, une autre fille el un fils. Ce prince d'Har- court, riche des pillages de sa dévote mère, l'amie de madame de Maintenon, de sa femme, et du Mississipi, etc., et qui a infiniment tiré de M. de Lorraine , le gendre de Monsieur, obtint (le lui une terre en Lorraine avec i«- nom de Guise qu'il a porte depuis. 378 JOURJNA.L DE DAJNIGEAU. Jeudi 2, à Marly. — Le roi a envoyé des ordres à M. le maréchal de Lorges de passer le Rhin à Philips- bourg, et Ton compte qu'il le passera aujourd'hui ou de- main. Nos bâtiments, qui étoient demeurés en Irlande dans la rivière de Limerick et qui n'avoient pas pu en revenir avec notre flotte, sont arrivés dans nos ports. Notre flotte est toujours dans la croisière d'Ouessant aux Sorlingues, et l'on n'a point nouvelle de celle des ennemis; on croit qu'ils ne songent qu'à nous empêcher de tom- ber sur la flotte marchande qui revient de Smyrne très- richement chargée. — Le prince d'Orange est toujours campé à Gerpines; M. de Castanaga l'a rejoint avec son détachement. M. de Luxembourg est toujours à Floreffes où le marquis de Villars l'a rejoint avec les troupes qu'il avoit menées pour défendre notre ligne, en cas que M. de Castanaga songeât à entrer dans notre pays. Vendredi 3, à Marly. — La reine d'Angleterre, qui a pris des eaux de Forges, s'est trouvée fort incommodée sur la fin de ses eaux. — M. de Pontchartrain a chargé M. d'Aguesseau de travailler aux affaires des manufac- tures; le roi a trouvé bon qu'il se reposât de ce soin sur M. d'Aguesseau, son proche parent. — On a arrêté un Suisse à Strasbourg, qui a fait sauter deux ou trois petits magasins (1); les ennemis lui donnoient cinquante pis- toles pour chaque magasin qui sauteroit; il a dit qu'un de ses camarades s'étoit chargé de tuer M. de Chamilly. — Bart, qui étoit sorti de Dunkerque avec quelques petits vaisseaux, malgré le grand nombre de vaisseaux ennemis qui investissent le port, a pris trois bâtiments anglois, et, ne pouvant les ramener dans le port de Dun- kerque, il les emmène en Nbrwége. — Les corsaires Ma- (1) Voirie Bétail curieux de tout ce qui s'est passé à Strasbourg tou- chant le feu mis aux magasins de cette ville, dans le Mercure d'août pages 141-160. AOUT 1691. 379 louins ont l'ait depuis peu encore des prises considé- rables sur les Anglois. Samedi k, à Versailles. — Le roi vint ici en chassant. Monseigneur revint avec madame la princesse de Conty, à son ordinaire. — Monsieur et Madame sont allés àSaint- Cloud, où ils passeront un mois. — Les Algériens, à qui nous renvoyons les esclaves pour les échanger contre les François qu'ils avoient pris , ont retenu ceux que nous leur renvoyons et gardé ceux que nous redemandions. Le roi est fort irrité de leur procédé, qui est contre toute la bonne foi. — M. le prince d'Orange est toujours à Ger- pines et M. de Luxembourg à Floreffes ; on lui porte beau- coup d'avoine de Champagne et de Picardie, et il mande qu'il a de quoi subsister dans son camp jusqu'au 15 sep- tembre, et ainsi M. le prince d'Orange sera obligé de décamper avant lui. Dimanche 5 , à Versailles. — Le roi d'Angleterre a eu nouvelles que son armée d'Irlande avoit été battue par les troupes du prince d'Orange; on dit qu'il y a eu 3,000 Irlandois tués sur la place. Les troupes du prince d'Orange attaquèrent les Irlandois, qui étoient dans un poste et bien retranchés, et les emportèrent après trois lnuresde combat; la cavalerie prit la fuite et l'infanterie s'est dispersée; on croit que M. de Saint-Ruth a été tué. — Les Anglois , qui nous avoient pris File de Marie Ga- lante et la Guadeloupe, en ont été rechassés; on leur a tué 500 hommes , et on leur a pris sept pièces de canon ; ils se sont rembarques fort à la hâte. Lundis, à Versailles. — On a eu nouvelles de Cata- logne que M. de Noailles ;ivoit pris un château, à trois journées par delà la Seu d'Urgel, qui le rend le maître d'une grande «'fendue de pays. — Nos galères, ;i|>rès avoir bombardé Barcelone , ou les bombes ont fait un grand désordre, sont allées sur La <'<■ roi travailla beaucoup l'après-dlnée. Depuis In mort avoit 388 J0T1RNAL DK DANGKA1T. été amassé pour Le roi par M. de Louvois, tant des contri- butions qu'on avoit lirées de Flandre, que des épargnes qu'on avoit faites , et cet argent étoit d'un grand usage pour le service du roi; car, ayant toujours cela d'a- vance, on n'étoit point embarrassé pour les dépenses extraordinaires des guerres qu'il falloit faire, soit pour des magasins, soit pour des sièges d'hiver, comme par exemple Mons. — M. le prince d'Orange fait toujours quelques petits mouvements, et le bruit de son armée est qu'il ne songe point à repasser la Sambre, et qu'il veut assiéger Dinant. Vendredi 2k, à Versailles. — Le roi, en sortant de son dîner, alla à Trianon. Il y eut collation et souper; toutes les dames y étoient ; le roi nomma celles qu'il vouloit qui soupassent avec lui, et toutes les autres, firent collation avec Monseigneur. — M. de Noailles a envoyé un cour- rier au roi, et lui mande que le roi d'Espagne a envoyé ordre au duc de Médina-Sidonia , vice-roi de Catalogne , de combattre l'armée de France à quelque prix que ce soit, ne voulant pas qu'elle établisse aucun poste en ce pays-là. Suivant cet ordre, M. de Médina marche à M. de Noailles , et M. de Noailles, de son côté, marche à lui, et on croit qu'il y aura bientôt une bataille en ce pays-là. — Monsieur et Madame sont revenus de Saint- Cloud, où ils retourneront après le premier voyage de Marly, jusqu'au voyage de Fontainebleau, qui sera le 15 septembre . Samedi 25, à Versailles. — Monseigneur alla dès le matin tirer dans la plaine de Saint-Denis et dîna à Saint-Ouen. — Le roi se trouva un peu incommodé (1) l'après-dinée, et n'alla point à Saint-Cyr, où on l'attendoit au salut. — M. de Luxembourg a mandé au roi qwe M. le prince d'Orange marche vers Dinant; qu'il va camper, dit-on, à (l)Voir \e Journal manuscrit de la Sant<> du Roi. \OUT 1691. 389 l'abbaye du Moulin, et qu'il fait toutes les démarches d'un homme qui voudroit assiéger Dinant. — Le roi donne à M. de Chartres un régiment d'infanterie, que Ton compose de vieilles compagnies qui sont dans des garnisons. M. de Chartres a choisi le chevalier d'Estrades pourcolonel de son régiment, et le roi l'a agréé. — Le roi donna à madame la maréchale de Rochefort 9>000 francs de pension ; elle n'avoit que cela d'appointements comme dame d'atour; feu madame de Béthune, après la mort (!«• la reine, eut la même pension. Dimanche %6, à Versailles. — Le roi, qui n'avoit pas hop bien passé la nuit, entendit la messe dans son lit, et mangea un petit potage à midi ; il ne sortit point de tout le jour, et, sur le soir, se portant beaucoup mieux, il mangea en public et se coucha à son ordinaire. — On a eu nouvelles de M. de Luxembourg, qui est campé à Ham sur Heure, à peu près dans le camp où le prince d'Orange a été long- temps. Il mande au roi qu'il ne croit pas M. le princed'O- range si fort que l'on disoit; qu'il s'est promené dans son camp H a compté les bataillons et les escadrons, et que l'armée du roi est du moins aussi forte que la sienne. M. le prince d'Orange esl campé à l'abbaye Saint-Gérard ef ixm |>;is à l'abbaye du Moulin, comme on l'avoit dit ces jouis fisses; cependant le bruit court toujours dans son armée qu'il va assiéger Dinant. Lundi 27, à Versailles. — Le roi a fort bien passe La nuit. Il a été à la messe et a mangé à son ordinaire; il a même été à la chasse après midi, sur les cinq heures, lin petil dévoiemenl qu'il a eu ces jours passés n'es! qu'une augmentation de santé. Monseigneur devoii aller coucher hier à Villeneuve Saint-Georges, mais il demeura pour tenir compagnie au roi, qui ne sortil point; il y est allé COUcher aujourd'hui. — M de l>arbe//ieu\ a eu nouvelle que les Turcs avoienl lait nu traité avec les Moscovites . par lequel ils leur donnent l'Ukraine e1 Kaminiek, a con- dition que les Moscovites se joindront a eux pour Faire la 390 JOURNAL DE DAJNGKAU. guerre à la Pologne et à l'empereur, el qu'ils Leur don- neront trente mille hommes pour servir sous le g?and vizir dans l'armée de Hongrie. Si cette nouvelle est véri- table, la paix du Turc avec l'empereur est bien éloignée. Mardi %H, à Marly. — Le roi, après avoir dîné à Versailles, alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. 11 régla avec eux qu'ils viendraient de Saint-Germain passer dix jours à Fontainebleau. Le roi revint ici et se promena dans ses jardins, devant et après souper. — Monseigneur revint de Villeneuve Saint- Georges à Versailles, et vint ici avec madame la princesse de Conty. En arrivant, les princesses et lui allèrent à la roulette 9 qui est le divertissement à la mode. — M. de Noailles a mandé au roi que les ennemis n'avoient pas été longtemps dans le dessein de l'attaquer, et que, voyant qu'il marchoit à eux, ils s'étoient retirés la nuit à la sourdine. Mercredi 29, à Marly. — Le roi tint conseil ici le matin . Il n'y avoit de ses ministres ici que Monseigneur et M. de Croissy ; les quatre autres vinrent de Versailles l'après- dinée. S. M. travailla avec M. de Barbezieux, et, sur le soir, il alla se promener en calèche avec les dames. Après souper, il se promena dans ses jardins. Monseigneur alla, sur les six heures, à la roulette avec les princesses. — On a eu des nouvelles d'Irlande fort fraîches, du 17 de ce mois ; le duc de Tyrconnel écrit au roi qu'on a rassemblé sous Limérick une armée de dix-huit à vingt mille hommes , dont plus de la moitié sont bien armés ; qu'on a intercepté des lettres de ces Irlandois qui étoient venus ici cet hiver se plaindre de sa conduite, et à qui le roi d'Angleterre avoit donné un peu trop de croyance. Leur trahison a été découverte, et on devoit les faire mourir le lendemain. Les affaires de ce pays-là , quoi- qu'en mauvais état, ne sont point encore sans ressource; milord Tyrconnel prétend encore les soutenir, si on lui envoie quelque secours. AOUT 1691. 3yi Jeudi 30, à Marly. — Le roi ne sortit point de Marly de tout le jour; il travailla beaucoup l'après-dinée , et puis il se promena dans ses jardins avec les daines. Monseigneur joua le matin et Faprès-dinée , et, le soir, il alla à la roulette avec les princesses. Après souper, le roi el lui se promenèrent dans les jardins avec toutes les dames. — Il est venu un courrier de M. de Luxembourg, (jui esi campé à Strée, près Beaumonl, qu'il a fait raccom- moder. M. le prince d'Orange l'avoit voulu faire sauter; mais les mines y avoient fait fort peu de désordre; le poste est fcoul aussi bon qu'il étoit. M. Le prince d'Orange est Ion joins campé à Saint-Gérard, et M. de Luxembourg mande au roi qu'il ne croit plus qu'il songe a assiéger Dinant. Vendredi 31 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins ; il travailla beaucoup l'après-dinée, comme il fait présentement tous les jours, et, sur le soir, alla tirer. — Monseigneur courut le cerf ; le roi d'Angle- terre vint à La chasse. — Notre armée de Piémont est toujours à Pontcallier et celle des ennemis à Montcallier : ils ont détaché un assez grand corps de troupes pour aller par le val d'Aoste, en Savoie, e1 tâcher de faire Lever Le blocus de Montmeillan ; mais nous sommes plus forts (preux en ce pays-là. — Le soir, après souper, le roi joua aux portiques, ce qu'il n'avoit point t'ait dere voyage-ci. — Le iils de .M. de Montai est mort à Landau : cela avoil •■Ht courre Le bruit que Le père étoit mort; on Lee avoit confondus. Samedi l" septembre, a Versailles. — Le roi se promena fort dans ses jardins de Marly, et puis revinl ici en chas- sant. Monseigneur revint avec madame La princesse . ir Monsieur a Saint-Cloud e1 en re- \ini de bonne heure On commence à parler du mariage de .M de Barbezieux avec mademoiselle d'1 sès;jusques 391 JOURNAL DL JMlNGEAU. ici on avoit cru que ce seroit M. de Courtenvaux ; mais la famille de mademoiselle d'Uzès a mieux aimé le cadet que l'alné, et, le roi ayant conseillé à M. de Barbezieux de se marier, il n'a cru mieux choisir que mademoiselle d'Uzès. Le roi a fort approuvé son choix; on ne snit point encore si M. de Courtenvaux consentira à ce mariage. Vendredi 7 , à Versailles. — Le roi alla chasser l'après- dinée. Monseigneur passa la journée à tirer dans la plaine de Saint-Denis, et dîna à Saint-Ouen. — On a eu nouvelles que M. le prince d'Orange sépare son armée dans des quartiers pour la raccommoder un peu; elle étoit fort fa- tiguée. Celle de M. de Luxembourg est dans le meilleur état du monde ; il est campé à Felluy. — On envoie dix- huit vaisseaux en deux escadres dans la Méditerranée ; le chevalier de Flacourt, qui est chef d'escadre , comman- dera neuf de ces vaisseaux ; et les neuf autres , on n'y mettra point d'officier général ; ils seront commandés par le plus ancien capitaine ; c'est le chevalier de Coëtlo- gon qu'on envoie avec M. de Château-Renaud. Samedi 8, à Versailles, jour de Notre-Dame. — Le roi et Monseigneur, après le salut, allèrent se promener dans les jardins. — On a eu nouvelle de Rome du 21 du mois passé; nos cardinaux et M. de Chaulnes y sont encore; il ne paroit pas que l'affaire des bulles soit si avancée qu'on lecroyoitees jours passés. Le pape donne 30,000 écus au roi d'Angleterre et a vendu sa vaisselle pour faire cette somme-là, et en même temps aussi il fait donner 50,000 écus à l'empereur pour continuer la guerre contre le Turc. — Madame d'Heudicourt a l'appartement qui est au- dessus de celui du maréchal d'Humières; c'étoit un com- mis de M. de Louvois, nommé Beaurepaire, quil'avoit, qui est à présent attaché à M. de Pontchartrain. Dimanche 9, à Versailles. — Le roi, après le salut, alla se promener. Monseigneur alla à Paris à l'Opéra avec ma- dame la princesse de Conty. — M. de Chanlay est ivumu de Piémont; il a trouvé notre armée en très-bon état: SEPTEMBRE 1691. 31)5 les démêlés qu'il y avoit entre les officiers généraux «'•toient si peu de chose qu'ils ont été terminés facilement. — Carmagnole est assez bien fortifié pour soutenir un grand siège; nous y avons une grosse garnison; nous sommes maîtres de Suse, de Fossano et de Savigliano; cria nous donne plus du tiers du Piémont, et nos troupes pourront aisément demeurer en quartier d'hiver dans ce pays-là. Les ennemis ont de belle cavalerie et leur infan- terie est fort mauvaise ; et, comme c'est un pays fort serré et fort coupé, il n'y a quasi que l'infanterie qui puisse agir, et M. deCatinat peut toujours mettre ensemble qua- rante bataillons, quand il voudra. — AI. de Laré est à Suse avec sept ou huit bataillons et un régiment de dra- gons. Les ennemis ont envoyé quelques troupes dans le val d'Aoste ; mais il leur sera difficile d'entrer en Savoie; il paroi! même qu'ils n'y songent plus. Montmeillan est toujours bloqué; mais on croit qu'il y a des vivres pour Longtemps. Lundi 10, à Versailles. — Le roi alla tirer après son dîner. — On a eu des nouvelles de M. de Luxembourg, qui marche sur la Dender, vers Gramont et Ninove ; on croit que le prince d'Orange vouloit marcher de ce côté- la. mais M. de Luxembourg a gagné le devant. — On a eu df , mort ; de Pruines , exempt, mort; «le In Fitte, exempt, mort; de Tracyj exempt, Le bras cassé ; I*' chevalier de Clermont, exempt, l>l<^s< ,i mort. Luxembourg. Neufchelles, commandant La maison «In roi, lieutenant des gardes et maréchal de camp . tué; de 408 JOURNAL DE DAJNGEAU. Villaine, enseigne, blessé à mort; la Tomelle, exempt, tué; de Brisac, exempt, blessé à mort; de Guéry, exempt, la cuisse cassée; de la Cambre, exempt, blessé; de Parifontaine 9 exempt, blessé. De Lorges. De la Troche, lieutenant, tué; de Montpi- peau, enseigne, perdu ou tué; de Lassurance, exempt, blessé à mort; de Maune, exempt, blessé; de Busca, exempt, prisonnier; de Laval, enseigne, blessé légère- ment; de Renneville, lieutenant, blessé légèrement; le chevalier de Broslé , exemp-t, tué; de Gondra , exempt , blessé. Grenadiers à cheval. M. de Riotor, capitaine , tué ; de Mondésir, lieutenant, la jambe cassée; de Villemur, sous-lieutenant, blessé. Gendarmes du roi. De Rothelin , enseigne , mort de sa blessure; de Trenel, enseigne, légèrement blessé. Chevau-légers du roi. Le comte de la Mothe , sous- lieutenant, blessé légèrement; Bezemeaux, cornette, légèrement blessé. régiment de MÉRiNviLLE. Le marquis de Bresne, capi- taine , tué ; Castilly, major, tué. gendarmerie. De Toiras, capitaine des chevau-légers- Dauphins, tué; de Pierrecourt, exempt des gendarmes de Bourgogne, blessé ; le chevalier de la Vallière , aide de camp du duc de Choiseul, blessé; de Villevrar, capi- taine des gardes de M. de Luxembourg, légèrement blessé. Jeudi 27, à Fontainebleau. — Le roi et le roi d'Angle- terre allèrent à la chasse l'après-dinée. Le soir, il y eut comédie. Les rois ni la reine n'y ont point encore été. — La flotte angloise a essuyé un furieux coup de vent ; quatre de leurs plus gros vaisseaux ont péri, et, de deux mille hommes qui étoient dessus, il ne s'en est pas sauvé cinquante; le vaisseau qu'ils appeloient la Coronation, et qui avoit été bâti au couronnement du prince d'Orange, SEPTEMBRE 1691. 409 a tourné sens dessus dessous. Il étoit de quatre-vingt-dix pièces de canon; outre la perte, qui est considérable, cela a été regardé à Londres comme un mauvais augure pour le gouvernement présent. — L'abbé de Villarceaux mourut à Paris. Il avoit une abbaye considérable à Beauvais. Il vaque encore une autre abbaye assez bonne qu'avoit l'abbé de Bourbonne , mort ces jours passés. M. le cardinal de Bouillon est parti de Rome le 5. Il s'en va à Livourne attendre M. de Chaumes, qui doit partir le J 2. Le cardinal le Camus part aussi, mais il ne s'en va pas avec eux. — Le pape ne se porte pas bien , et durant sa maladie il ne veut point entendre parler d'affaires; ainsi les bulles n'avancent point. Vendredi 28, à Fontainebleau. — Les rois allèrent tirer chacun de leur coté dans la forêt. La reine alla à Melun aux Filles de Sainte-Marie. — M. le duc de Chartres re- vint in\aii sur la grande place du château de Fontainebleau, m face de la principale entrée de la coui de ce mois; nous ify envoyons que quinze \;iisse;iu\. qui seront toujours commandés par le comte de (Ihâteaii- Renaud Les ennemis ont une assez grosse escadre dans i fheisu, en l-iim Tibi$( m 4 12 JOURNAL DE DANGEAU. la rivière de Limérick ; mais on ne croit pas qu'elle ose y attendre la nôtre. Nous portons aux assiégés du blé, de la poudre et des mousquets. — M. le prince d'Orange est à Loo à chasser. Le bruit court que Lippa s'est rendu aux troupes de l'empereur ; il n'y avoit dedans que deux cent cinquante Turcs. On dit aussi que les Tartares remarchent vers la Moldavie, où le roi de Pologne est entré. Jeudi k, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'après- dinée. Le roi d'Angleterre courut le cerf avec Monsei- gneur. Le soir, après souper, il y eut portique ; la reine d'Angleterre n'y demeura pas. — Chanlay revint de Flandre; il a laissé M. de Luxembourg campé auprès de Deinze ; les ennemis sur la Dender, auprès d'Alost. Madame Lavocat, belle-mère de M. de Pomponne, est morte à Paris ; elle a laissé M. Lavocat, le maître des re- quêtes, son fils, son légataire universel. Madame de Pomponne et madame de Vins n'auront que leur légi- time. Vendredis, à Fontainebleau. — Le roi tira l'après-di- née. Le roi d'Angleterre et Monseigneur coururent le loup. Le soir, il y eut appartement, où le roi, le roi et la reine d'Angleterre n'allèrent point. — M. Charuel, qui mourut il y a environ un mois, étoit intendant de Lor- raine, des Trois-Èvêchés et du pays de Luxembourg. Le roi sépare cette intendance en deux ; il donne l'intendance des Trois-Évêchés et du pays de Luxembourg à M. de Sève, premier président de Metz, et celle de Lorraine à M. de Vaubourg, qui étoit intendant d'Auvergne, et l'intendance d'Auvergne a été donnée à M. d'Ablèges- Maupeou , cousin germain de madame de Pontchartrain. — On ne fait guère les premiers présidents intendants de la même province; mais on en a déjà un exemple en Pro- vence dans la personne de M. le Bret. Samedi 6, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'An- gleterre allèrent voir prendre des loups aux lévriers. Le OCTOBRE 1691 413 soir, il y eut comédie. — ■ Le roi a donné la lieutenance de la compagnie de Luxembourg à Montesson, qui en étoit enseigne, et l'enseigne qu'avoit Montesson a été don- née à Lucé, qui étoit exempt de cette compagnie, et qui s' étoit fort distingué au combat de Leuze. — La lieute- lenance qu'avoit la Troche, dans la compagnie de Lorges, a été donnée à Romery, enseigne de la même compagnie, et le roi n'a point encore donné l'enseigne. — Le roi a aussi donné le rang de lieutenant à Taste , et lui laisse Faide- majorité. — On a eu nouvelles de Rome du 17; M. de Chaulnes en partit le 12. Les Espagnols n'ont point voulu lui donner de passe-port. Le pape se porte mieux; le cardinal Ginetti est mort et laisse un cinquième chapeau vacant; il y en aura bientôt un sixième, car le cardinal Colonne est à l'extrémité. — On mande de Londres du 25 que les troupes du prince d'Orange en Irlande ont commencé à bombarder Limérick, et qu'une des filles de la duchesse de Tyrconnel a été tuée de la première bombe qui a été tirée. Ces lettres portent qu'ils craignent dans cette armée que le vilain temps ne les oblige de se retirer de devant la place. Dimanche 7, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'An- gleterre allèrent voir prendre des sangliers dans les toiles. Le soir, après souper, il y eut portique. Le roi a donné le gouvernement de Mézières, qu'avoit .Danger, à Vignau, lieutenant des gardes du corps , et le gouvernement de Pequay, qu'avoil la Fitte, à Vandeuil, aussi lieutenant des gardes du corps. M. du Maine avoit fort demandé ce gouvernement-là pour Vandeuil, qui fait le détail de la cavalerie sous lui dans l'année de Flandre. — Le bruit continue que les ennemis en Piémont songent à faire le siège de Carmagnole, où il est certain qu'ils ont marché. M. de Catinal attend dia bataillons et quelques escadrons qui le viennent joindre. — M. le maréchal de Lorges, en Allemagne, est toujours campé à Endingen, dans la plaine deWibl, — Le roi dit à M. de Montmorency, quand il partit, 414 JOUR IN AL DE D ANGE AIL cju'il lui avoit destiné un présent de pierreries pour la nouvelle qu'il lui avoit apportée, et qu'il le lui donneroit à son retour à Versailles , parce qu'il avoit oublié d'en apporter ici. Lundi 8, à Fontainebleau. — Le roi devoit sortir l'a- près-dînée pour aller à la chasse ; mais il eut tant d'af- faires qu'il demeura à travailler tout le jour. — Le roi d'Angleterre, Monseigneur et Madame allèrent courre le cerf après la messe du roi. — Le soir, il eut appartement ; le roi n'y fut point; le roi et la reine d'Angleterre y allèrent à neuf heures. — On a nouvelles sûres du siège de Car- magnole; les ennemis ont ouvert la tranchée. — La con- nétable Colonne , qui a eu permission de passer par la France pour aller en Italie, est arrivée à Bayonne et s'en va à Toulouse, et de là à Arles, puis à Gênes, où elle verra ses enfants ; de là elle s'en retournera en Es- pagne. M. de Nevers, son frère, la verra pendant qu'elle sera dans le royaume; il est parti pour aller au-devant d'elle. — L'électeur de Saxe est mort à Tubingen; il laisse plusieurs enfants et son fils aîné est déjà reconnu électeur. Mardi 9, à Fontainebleau. — On eut nouvelles de Flan- dre que l'armée de M. de Luxembourg étoit toujours campée auprès de Deinze, à L'armée des ennemis est sur la Dender, près de Grammont. Le prince d'Orange est à Loo. La princesse, sa femme, lui a mandé de Londres que sa présence n'y étoit pas nécessaire, et qu'elle gouverneroit les affaires de ce pays-là en son absence aussi heureusement que s'il y étoit en personne ; et l'on dit qu'il passera l'hiver à Bruxelles. — Le roi et la reine d'Angleterre, qui partent d'ici jeudi, vont faire leurs adieux chez toutes les princesses. — Le roi augmente toute son infanterie de cinq hommes par compagnies; elles seront présentement de cinquante-cinq hommes ; on tire trois compagnies des bataillons de campagne , dont on fera de nouveaux régiments; les bataillons ne OCTOBRE 1691. 415 seront plus que de douze compagnies et de la compa- gnie des grenadiers. Mercredi 10, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'a- près-dlnée, et , sur le soir, il alla chez le roi et la reine d'Angleterre, où il fut quelque temps enfermé avec eux. — M. de la Trousse mourut à Paris; il étoit chevalier de Tordre, lieutenant général et gouverneur d'Ypres. Ce gouvernement lui valoit plus de 45,000 francs. Voila présentement neuf places vacantes parmi les chevaliers de l'ordre. — Le roi a donné le régiment de cavalerie qu'avoitM. de Saint-Valéry à Sainte-Livière, qui comman- dent le régiment de Berry sous Blanchefort, et qui avoii déjà le titre de mestre de camp. Jeudi 11, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angle- terre partirent d'ici à dix heures. Le roi les alla conduire jusqu'au bout de la forêt, du côté de Chailly, et puis i v\ inl dîner dans son grand cabinet avec toute la maison royale et les dames. Après le dîner du roi, M. de la Vauguyon vint dans sa chambre, et fit demander au roi, qui «'toil enfermé dans son cabinet, permission d'entrer. Le roi lui permit; il se jeta aux genoux du roi, lui dit qu'il lui apportoit sa tête et venoit lui demander pardon d'avoir misl'épée à la main dans sa maison. Le roi ne savoit rien encore de l'affaire qui venoit de se passer entre M. de Courtenay et lui, et S. M. lui ordonna seule- uii'iil a eu quelques escarmouches à cette T. III, 418 JOURNAL DE DANGEAU. affaire-là dans la retraite du prince d'Elbeuf, et nous y avons eu cent hommes tués ou blessés. Lundi 15, à Fontainebleau. — Le roi, Monseigneur, Monsieur, Madame , les princesses et les dames allèrent à la chasse du sanglier dans les toiles. Les princesses étoient à cheval. Le soir, il y eut comédie. — On a eu nouvelles que l'électeur de Mayence a cédé l'électorat au prince de Neubourg, qu'il avoit fait son coadjuteur depuis quelques mois; il se réserve une partie du revenu et se retire à Aschaffenbourg. — Les nouvelles de Rome portent que le pape est toujours malade et que l'affaire des bulles ne s'avance point. M. de Chaulnes doit être arrivé en France présentement avec M. le cardinal de Bouillon et milord Melford, qui y étoit ambassadeur du roi d'Angleterre. Le cardinal le Camus est déjà arrivé à Grenoble, et on ne croit pas qu'il vienne à la cour. — Laval, enseigne des gar- des du corps de la compagnie de Lorges, est mort ; il avoit été fort incommodé, au combat de Leuze, d'un escadron qui lui passa sur le corps, son cheval ayant été tué. Les trois enseignes de la compagnie de Lorges sont vacantes. Mardi 16, à Fontainebleau. — Le roi a donné le gou- vernement de la Champagne à M. de Soubise, et le gou- vernement du Berry, qu' avoit M. de Soubise, à M. d'Au- bigné ; il ne valoit que 20,000 francs, on le fera valoir 30,000. Le gouvernement d ' Aiguë s-Mortes, qu' avoit M. d'Aubigné, a été donné àBusca, lieutenant des gardes du corps; ce gouvernement vaut 20,000 livres. — Le roi a aussi donné le gouvernement d'Ypres, qu' avoit M. de la Trousse , à M. de Tessé , mestre de camp de dragons et maréchal de camp. — Le roi a donné à M. de Bussy (1), autrefois mestre de camp général de la cavalerie , une pension de 4,000 francs ; il y a longtemps qu'il est hors du service, et a essuyé depuis une fort longue disgrâce. Mercredi 17, à Fontainebleau. — Notre armée d'Alle- (1) Voir la Lettre de Bussy à madame de Sévigné, 5 novembre 1691. OCTOBRE 1691. 419 magne commencera à se séparer demain. M. le Duc et M. le prince de Conty seront à Versailles quand le roi y arrivera. — M. le maréchal de Lorges a été un peu ma- lade ; il est présentement en bonne santé. — Monseigneur a donné les entrées chez lui à M. le chevalier de Bouillon. — Toutes les nouvelles d'Allemagne confirment la mort du grand vizir, et portent que les janissaires et les spa- his ont eu de grands démêlés, et que les janissaires ont marché à Andrinople, et on dit qu'ils veulent élire pour sultan le lils de celui qu'ils avoient déposé. Jeudi 18, à Fontainebleau. — Le roi adonné à M. d'Urfé La lieutenance des chevau-légers de monseigneur le Dauphin, vacante par la mort de M. de Toiras, tué au combat de Leuze. M. d'Urfé étoit lieutenant des gardes du corps dans la compagnie de Duras, et on croit que cette place-là sera donnée à Marsilly, qui est le premier enseigne de cette compagnie. — Le soir, il y eut comédie; le Baron, comédien fameux, la quitte et se retire après le voyage de Fontainebleau. — Le roi augmente toute son infanterie de cinq hommes par compagnie; elles nVtoirnl qu'à cinquante, elles seront présentemenl à cinquante-cinq, etl'onôte trois compagnies par bataillon, dont on fera des régiments nouveaux; ainsi les bataillons ne seront pins que de douze compagnies et de la compa- gnie des grenadiers (1). Vendredi 19, à Fontainebleau. — Le roi alla tiré* è son ordinaire. Monseigneur courut le loup. Le soir, après souper, il \ eui portique. — Le roi d'Angleterre va au- jourd'hui de Saint-Germain coucher à la Trappe; il y de- meurera samedi el dimanche e1 reviendra lundi coucher ;'i Anct . pour voir M. de Vendôme <■! sa maison. - - L< bruit commence à - répandre que M. !<' marquis «le Béthune, notre ambassadeur nt perdu trou vaisseaux dans Leur navigation. M. de llamilinn. troisième frère de madame la comtesse de Grammont, qui uir composée ms l.i mort de madame la Dauphine. <132 JOURNAL DE DANGKAU. Dimanche 18, à Versailles. — M. de Crenan , ayant dé- couvert que le gouverneur de la ville de Cazal , qui y avoit été mis par M. de Mantoue , conspiroit de rendre la ville aux troupes de l'empereur et d'égorger les Fran- çois , s'est saisi du gouverneur et de quelques habitants qui lui étoient suspects, et les a fait mettre en prison dans la citadelle. On dit que la conspiration a été découverte par une aventure amoureuse. — La vieille maréchale d'Aumont* est morte à Paris. On avoit toujours cru dans sa famille qu'elle avoit beaucoup d'argent caché et qu'on le découvriroit à sa mort; mais on n'a rien découvert. * Ce maréchal d'Aumont, petit-fils du premier maréchal d'Aumont qui servit si dignement contre la Ligue, étoit fils de l'héritière de Ville- quier, veuve sans enfants de M. d'O, gouverneur de Paris et de l'Ile de France , si connu sous Henri IV ; qui se ruina , lui et Tes rois Henri III «t Henri IV, étant surintendant des finances; et fille de La Marck, que son père tua en 1577 à Poitiers, au-dessus de la chambre de Henri III, dont il étoit premier gentilhomme de la chambre et un des plus favoris. Ce second maréchal d'Aumont avoit un frère aîné , mort gouverneur de Touraine en 1661, qui survécut à deux fils,'et ne maria aucune de ses filles, de manière que le marquis d'Aumont cadet épousa, 1629, une fille fort riche des Scarron de Paris, de laquelle il s'agit ici. Au bout de quarante ans de mariage , elle devoit être sage , puisqu'elle étoit vieille-, car elle ne fut veuve qu'en 1669, et néanmoins M. de Marsan lui tourna la tête et eut d'elle des sommes immenses, qu'elle avoit amassées ou détournées, des pierreries et de toutes sortes de meubles précieux. Le duc d'Aumont , à bout de mesures , eut un ordre du roi pour la mettre dans un couvent et la fit interdire en justice, dont on cria fort contre lui , et elle y vécut longues années , et y mou- rut dans la même passion , et dans le désespoir de ne pouvoir plus voir ni avoir rien à doimer à M. de Marsan, qui [en] a bien pillé d'autres. Lundi 19, à Versailles. — On a eu avis du Havre que six vaisseaux du roi, commandés par Méricourt, ont pris deux vaisseaux de guerre anglois , l'un de soixante pièces de canon et l'autre de trente-six pièces. — Le nonce Nicolini fit hier son entrée publique à Paris, et demain aura son audience publique du roi. On espère toujours que le pape accordera les bulles avant la fin de l'année. — Le NOVEMBRE 1691. 433 roi a donné une pension de 2,000 écus à la nourrice de Monseigneur, qui étoit première femme de chambre de madame la Dauphine. — Le soir, il y eut appartement; le roi n'y vint point. Il n'y eut point de portique. Mon- seigneur et Monsieur allèrent droit au lansquenet, et les princesses à la musique. Mardi 20 , à Versailles. — Le siège de Montmeillan continue ; notre canon n'est pas encore arrivé , mais on prend toujours des postes à Fcntour de la place. M. de Gatinat fait venir le canon qui est au fort Barraux , en attendant que toute l'artillerie destinée à ce siège soit arrivée. — Les nouvelles d'Allemagne portent que, bien loin que le grand Varadin soit pris, comme on l'avoit dit, le prince Louis de Bade y a trouvé tant de difficultés, qu'il a changé le siège en blocus et est retourné à Vienne. La paix avec le Turc paroit assez éloignée. Le comte Marsilly, qui la négocioit de la part du prince d'Orange, est mort des blessures qu'il avoit reçues des Rasciens (1), lorsqu'ils tuèrent le chiaoux turc. — Le prince d'Orange envoie le sieur Herbert pour remplir la place du chevalier Heusler, ambassadeur à la Porte. Mercredi 2i, à Versailles. — Le chevalier de la Roche- foucauld * , frère du duc , mourut ici après une longue maladie. Il avoit depuis quelque temps cédé l'abbaye de Molesme qu'il avoit à l'abbé de Verteuil, son frère. — Les Étals (!«■ Provence, assemblés à Lambesc, ont ac- cordé au roi, dès leur première séance, un don gratuit de 800,000 francs. — Le roi a eu nouvelles que le comte de Château -Renaud étoit à l'embouchure de la rivière de Limerick, et l'ai soit embarquer sur ses vaisseau* une partie des Irlandois qui doivent passer en France. Il n'en peul tenir que trois mille sur nos vaisseaux, et M. (iinkle, général «1rs troupes à Marly. — - Le roi est parti ce voyagé-d 1<- mardi, voulant demeurer trois jours à sou ordinaire à Marly, pour revenir vendredi et n'être pas à Marly le jour de là Notre-Dame, qui sera samedi. M. de Pomponne est de ce voyage-ci ; il n'y avoit jamais été. Madame de Barbezieux y est aussi pour la première fois. Monsieur, Madame et M. de Chartres sont venus , et Mademoiselle y dinera et soupera, et retournera coucher à Versailles. — Par les nouvelles qu'on reçut de Rome dimanche, il paroît que l'affaire des bulles n'avance point. Mercredi 5, à Marly. — Le roi s'amusa à faire planter. Monseigneur alla à la roulette avec les princesses. — Le roi a eu des nouvelles de Montmeillan ; le siège s'avance, mais lentement, car on ne trouve que du roc ; Lappara, ingénieur qui conduit les travaux, a été blessé, et M. d' An- tin aussi, légèrement tous deux. — M. de Mauroy* , mis- sionnaire, qui étoit curé et directeur des Invalides, a fait banqueroute et a emporté plus de 40,000 écus; on a dé- couvert beaucoup d'histoires scandaleuses ; et même des dames de qualité sont mêlées dans cette affaire . * Ce M. de Mauroy étoit un prêtre delà congrégation de la mission, gentilhomme de bon lieu , savant et de beaucoup d'esprit et d'intrigue , grand directeur et grand cagot , qui avoit fait longtemps avec ses pou- lettes de quoi être brûlé, sans qu'on en eût le moindre soupçon, et avoit volé tant et plus M. de Louvois , avec qui la cure des Invalides lui avoit donné grande relation et à qui il tiroit tant qu'il vouloit d'au- mônes, et pour des sommes très-considérables. L'éclat fut donc du plus grand scandale ; néanmoins le roi ne voulut pas qu'il fût poussé à bout, et le confina dans l'abbaye de Sept-Fonts, où il se convertit si bien, qu'il y lit profession , et y a été plus de trente ans l'exemple le plus parfait de la pénitence , de la miséricorde de Dieu et des vertus de cette maison, qui est la même vie et la même règle que la Trappe. Ce grand pénitent s'éleva à tant de sainteté que l'abbé, homme rare en conduite, en esprit et eu vertu, dont il est chez lui l'exemple , fit venir, sans le lui dire , les brefs de Rome nécessaires pour qu'il pût dire la messe, et ne l'y put jamais résoudre. 11 est mort, depuis deux ou trois ans, si chargé de mérites, çu'il faudroit un volume pour éfcrire un si parfait retour à Dieu , qui ne lui avoit rien fait perdre de l'agrément naturel de l'esprit. DÉCEMBRE 1691. 439 Jeudi 6, à Marly. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Monseigneur et Madame allèrent courre le loup. — Le roi a donné à madame de la Troche, la mère, une pension de 2,000 francs. — On a appris que M. le prince d'Orange , quand il quitta l'armée de Flandre , soupa à Bruxelles chez M. de Vaudemont , qui lui dit en se mettant à table : « Sire, V, M. ne sait peut-être pas qu'elle soupe ici dans sa maison; c'est l'hôtel de Nassau, et il y a vingt- trois ans que j'y loge sans en avoir rien payé; à 1,000 écus par an, ce sont 23,000 écus que je dois à V. M. » Après le souper, le prince d'Orange passa dans un cabi- net où il fit deux écrits qu'il donna à M. de Vaudemont. « Tenez , monsieur , lui dit-il, voilà une quittance des 23,000 écus de louage, afin qu'on ne puisse vous inquiéter pour le passé, et voilà une donation de la maison, afin que vous soyez en repos pour l'avenir. » Vendredi 7, à Versailles. — Le roi revint ici en chas- sant. Monseigneur demeura à Marly avec Monsieur et les princesses à jouer jusqu'à la nuit. — Le roi a nommé douze commissaires pour examiner de nouveau les affaires de l'ordre de Saint-Lazare : M. le chancelier, M. l'arche- vêque, le P. de la Chaise, M. de Beauvilliers , sont des commissaires; M. d'Argouges de Rannes en est rappor- teur. — Le vicomte de Coëtlogon est arrivé à Brest le V; il a été cinq jours en mer; il dit que le comte de Châ- tia u-Renaud étoit parti de la rivière du Shannon onze jours avant lui; tout l'embarquement des Irlandois ne s'étoil pas pu faire en même temps; il amure qu'il y a 12 à IV, 000 hommes embarqués, ï)00 chevaux et G00 femmes. Les Anglois oui apporté toutes l«is facilités à l'embarquement , el même ont fourni Les bâtiments 0 sur des vaisseaux anglois, Le* -MO JOURNAL DE DANGEAU. lrlandois se jctoient à la nage après les vaisseaux i'ran- çois, et Sarsfield n'est demeuré que pour leur donner courage. — On vient avertir les chevaliers de Tordre, de la part du roi, de se trouver lundi au chapitre qu'on devoit tenir dans la chambre du roi à Versailles. — M. de Ca- tinat mande au roi que Montmeillan sera bientôt pris et qu'il peut lui en répondre, et lui mande ces propres mots, qu'il voit clair dans l'affaire. — M. le Clerc, de l'Académie françoise, est mort. — Le roi a créé deux tréso- riers de la marine, qui achètent 550,000 livres chacun; deux trésoriers des galères, qui donnent 350,000 livres, et deux trésoriers des places maritimes, qui financent chacun 250,000 livres. — M. de Lubert sera un des tré- soriers de la marine, et n'en donne que' 100,000 écus. M. de la Ravoie, receveur général de la Rochelle, achète l'autre. Dimanche 9, à Versailles. — Le roi d'Angleterre s'en va en Bretagne vers Brest pour se faire voir aux lrlan- dois qui sont arrivés. 11 en formera des régiments selon qu'il jugera à propos. Il partira samedi qui vient, et a prié le roi que partout où il passeroit on ne lui rendit aucuns honneurs, afin d'éviter tous les embarras. — La nouvelle qui avoit couru que le comte de Marsilly, qui négocie pour le prince d'Orange en Hongrie, étoit mort, ne s'est pas trouvée véritable ; il paroit même que les né- gociations de paix recommencent , et on apprend que les Turcs ont envoyé un nouveau chiaoux pour la traiter. — Le soir, il y eut appartement; le roi n'y vint point. Lundi 10, à Versailles. — Le roi a donné à M. de Guis- card le gouvernement de Sedan, qu'a voit M. de la Bourlie, son père ; le roi en laisse la survivance au père , qui a quatre-vingt-cinq ans et qui a été sous-gouverneur du roi. Ce gouvernement vaut 16 ou 18,000 livres de rente et est indépendant ; il n'est sous aucun gouvernement de province. — Le roi n'avoit fait assembler le chapitre des chevaliers de l'ordre que pour lui donner leur consente- DÉCEMBRE 1691. 441 ment sur ce qu'il vouloit tirer 250,000 francs des officiers du marc d'or. Mardi 11, à Versailles. — Le roi a envoyé ordre qu'on remit M. de Bulonde en liberté; il avoit toujours été en prison depuis la levée du siège de Coni. M. de Catinat mande au roi que le siège de Montmeillan va fort bien ; il espère que le mineur sera attaché le 12 ou le 13 de ce mois au corps de la place , et il compte qu'entre le 15 et le 20, le roi en sera maître, On attaque le bastion de Beau- voisin, et, de ce côté-là, il n'y a point de retranchements en dedans la place ; Lappara, ingénieur qui conduit les tra- vaux , est guéri de ses blessures et commence à travailler Mercredi 12, à Versailles. — Le roi va tous les jours à la chasse, à son ordinaire. Le soir, ily eut appartement; le roi n'y vint point; il s'accoutume fort à n'y point venir. — M. le duc d'Aumont, qui est revenu depuis peu de son gouvernement de Boulogne , avoit traité pour son régiment de cavalerie à 28,000 francs avec le marquis deBroille; mais le roi a voulu que ce régiment ne fut vendu que 22,500 livres, qui est le prix fixé pour tous les régiments de cavalerie , et a choisi le marquis do !;i Val Hère pour l'acheter. Jeudi 13, à Versailles. — Monseigneur alla à Saint- Germain dire adieu au roi d'Angleterre, qui part samedi, Les nouvelles d'Angleterre portent que le parlement a ac- cordé au prince d'Orange pour la continuation de la guerre 13,000,000 de livres sterling, qui font 65,000,000 de notre m on noie. — On mande de Turin que l'électeur de Bavière et M. de Savoie assemblent leur infanterie. On dil que c'est pour attaquer Suse, et le roi fait marcher seize bataillons <>stes en Provence et m Dauphiné. Mercredi 19, a Versailles. — Le roi S eu des nou\ elles i Mars I69i: Mons tut investi le 11 mars par ML de Bouf fiers; c'étoit le prince de Berghes qui commandoit dans la place. 11 faut admirer la prise d'une ville si importante par les précautions qu'il avoit fallu prendre pour faire vivre une armée dans une saison où la terre ne donne aucun se- cours. Cependant ce fut ce même siège qui commença la disgrâce de M. de Louvois, qui étoit déjà à charge au roi depuis longtemps. Sa Majesté u'avoit, dit-on, entrepris le siège de Mons que sur l'assurance (pie M. de Louvois lui avoit donnée que le prince d'Orange u'étoit pas en état de venir au secours de cette place, dépendant , soit que le siège fût plus long (pic ne fax oit prévu ce ministre (et si il faut avouer qu'il fut bien servi), soit (pic le prince d'Orange eût fait un effort, on apprit qu'il s'avançoit et qu'il etoit a Hall. Le roi, qui craignit d'être oblige de lever le siège cl peut-être le hasard d'une bataille, fut ému de cette nouvelle. M. de Louvois la traita de vision; elle se trouva vraie. M de Luxembourg, qui ne travailloit point avec le roi, fut admis en tien avec Sa Majesté et le ministre II alla au-devant du prince d'O- range et heureusement Mousse rendit dans le moment. Mais le roi ne pardonna pas à M. de Louvois de l'avoir exposé à laisser von- sa sur- prise, en apprenant contre son attente (pie le prince d'Oraime se pre- paroit a l'attaquer Le roi s exposa beaucoup a ce sicllc \otf> dn dm il' I lllflll s 8 Juillet 1091 le ne sais il faut ajouter loi a ce que j'ai entendu conter que Bu- londe avoit levé le siège de Conf par ordre dé M de Louvois qui crai •_om.ii que i,i guerre or finît trop \M nii qui ne wmloil pas que . u. i m. 450 APPENDICE. conquête répandît nu nouvel éclal sur M de Catinal ; que Bulonde montra l'ordre de M. de Louvois pour sa justification, et qui' ce fut une occasion au roi de maltraiter ce ministre. (Note du duc de Luynes. 1 6 Juillet 1691 Les uns disent que M. de Louvois fut empoisonné par les ordres d'un prince étranger que ce ministre avoit poussé à bout ; d'autres disent qu'il prenoit des eaux, et qu'il fut saisi par des reproches que lui fît le roi. Ceux qui sont de ce dernier sentiment racontent ainsi la chose. Nous avons déjà vu ce qui s'étoit passé au siège de Mons, et le mauvais gré que le roi sut à M. de Louvois de trouver le prince d'O- range si près de lui. On prétendit aussi qu'il imputa à ce ministre la levée du siège de Coni. Ajoutez à cela le bombardement de Liège , auquel le roi s'étoit opposé parce que des ennemis de M. de Louvois ou de bons citoyens avoient fait entendre à Sa Majesté que son ministre entretenoit la haine de ses voisins parles cruautés qu'il faisoit exercer partout. Il avoit insisté sur le bombardement qui se fit le 4 de juin. Le roi avoit déclaré précisément qu'il n'en vouloit rien faire , et enfin ce ministre fut obligé d'avouer qu'il n'étoit plus temps de s'en dédire, parée que les ordres en étoient donnés. Cette explication se passoit chez madame de Maintenon; le roi , qui d'ailleurs étoit mal disposé par ce que nous venons de dire, et parce qu'en général toutes les choses vio- lentes lui répugnoient, fut indigné de tant de précipitation et lui laissa voir son ressentiment. M. de Louvois, qui n'étoit pas accoutumé à être contredit, au lieu de chercher à se justifier, répondit au roi assez brus- quement et jeta son portefeuille sur la table du roi. Le roi se leva et prit sa canne ; madame de Maintenon, craignant l'effet de la colère de Sa Majesté, se mit entre elle et son ministre , mais le roi la rassura en lui disant qu'il n'avoit eu nulle intention. M. de Louvois se retira et le saisissement lui donna la mort. Toute cette histoire pourroil être vraie, sans que cela empêchât que M. de Louvois eut été empoisonna comme il y a lieu de le croire par le rapport qui fut fait après l'ouver- ture de son corps. ( Note du duc de Luyn es. ) 16 Juillet 1691. La mort subite de Louvois, arrivant dans de pareilles circons- tances, fit généralement croire à un empoisonnement. Saint-Simon , Dangeau, le duc de Luynes. tous croient à un empoisonnement « La soudaineté du mal et de la mort de Louvois , dit Saint-Simon , l\[ tenir bien des discours, bien plus encore quand on sut pur Fou~ verture de son corps qu'il avoit été empoisonné . » Cette phrase déjà s positive est accompagnée d'une série d'anecdotes qui , débitées solen- nellement et avec citation dis personnes qui les ont racontées, A.PPENDICK. 451 semblent ne devoir pas permettre le moindre doute sur l'empoisonne- ment du tout-puissant ministre, sur tout, puisque l'on sut par l'ouver- ture de son corps que Louvois était Lien mort du poison. Il n'y a plus qu'à chercher -qui a commandé le crime, et certaines insinuations laissent deviner le fond delà pensée secrète de Saint-Simon. Or, voici ce que M. Le Roi, conservateur de la Bibliothèque de la ville de Versailles, trouve dans un ouvrage de Dionis, chirurgien de Louvois, celui-là même qui (it l'ouverture du corps du ministre. Nous ci- tons en entier la précieuse note dont nous devons la communication à la bienveillante amitié du savant bibliothécaire. « Dionis était le chirurgien de Louvois ; c'était un chirurgien fort instruit ; il publia plusieurs ou- vrages encore recherchés aujourd'hui pour les observations curieuses qu'ils renferment. Dans l'un de ces ouvrages intitulé : Dissertation sur la mort subite (F 'aris , 1710, in- 12). voici comment il raconte la mort de Louvois: « Le 16 juillet 1691, M le marquis de Louvois, après avoir dîné chez lui et en bonne compagnie, alla au conseil. Ed lisant une lettre au roi , il fut obligé d'en cesser la lecture, parce rju'il se sentoitfort oppressé; il voulut en reprendre la lecture; mais, De pouvant pas la continuer, il sortit du cabinet du roi, et, s'appuyant sur le bras d'un gentilhomme à lui, il prit le chemin de la surinten- dance où il étoit logé. En passant par la galerie qui conduit de chez le ioi a son appartement, il dit à un de ses gens de me venir chercher au plutôt. J'arrivai dans sa chambre comme on le déshabilloit; il me dit : Saignez-moi vite, car j'étouffe. Je lui demandai s'il sentoit do la douleur plus dans un des côtes de la poitrine que dans l'autre ; il nie montra la région du cœur, en médisant : Voilà où est mon mal. Je lui lis une grande saignée en présence de M. Séron,son médecin. Un moment après il me dit : Saignez-moi encore, car je ne suis point soulagé. Mi Daquin et M Fagon arrivèrent, qui examinèrent l'état fâcheux où il étoit, le voyant souffrir avec des angoisses épouvantables ; il sentit nu mouvement dans le ventre comme S'il vouloit s'ouvrir, il demanda la chaise, et peu de temps après s y être mis, il dit : Je me sens éva iiouir. Use jeta en arrière, appuyé sur les bras a pas une demi-heure depuis le moment qu'il fut attaqué de son mal jusqu'à sa mort. Le lendemain, M. Séron vinl chei moi me dire que la Camille souhaitent que ce lût moi qui en lit l'ouver- jela fis en présence de MM Daquin, Fagon. Duchesne et Séron 1>2 \IM>KM)IŒ. « Kn faisant prendre le corps pour le porter dans l'antichambre je vis son matelas tout baigné de gang ; il y en avoit plus dune pinte, qui avoit distillé pendant vingt-quatre heures par les scarifications que je luiavois fait au\ épaules; et ce qui est de particulier, c'est qu'étant sur la table, je voulus lui ôter la bande qui étoit encore à son bras de la saignée du jour précédent, et que je fus obligé de la remettre, parce que le sang en couloit, ce qui gâtoit le drap sur lequel il étoit. « Le cerveau étoit dans son état naturel et très-bien disposé ; Yesto- mac étoit plein de tout ce qu'il avoit mangé à son dîner; il y avoit plusieurs petites pierres dans la vésicule du fiel ; les poumons étoient gonflés et pleins de sang ; le cœur étoit gros, flétri, mollasse et sem- blable à du linge mouillé, n'ayant pas une goutte de sang dans ses ven- tricules. « On fit une relation de tout ce qu'on avoit trouvé, qui fut portée au roi, après avoir été signée par les quatre médecins que je viens de nommer, et par quatre chirurgiens, qui étoient MM. Félix, Gervais, Dutertre et moi. « Le jugement certain qu'on peut faire de la cause de cette mort, est l'interception de la circulation du sang; les poumons en étoient pleins, parce qu'il y étoit retenu, et il n'y en a point dans le cœur, parce qu'il n'y en pouvoit point entrer; il falloit donc que ses mouvements cessassent, ne recevant point de sang pour les continuer ; c'est ce qui s'est fait aussi et ce qui a causé une mort si subite. « Telle est l'opinion des hommes de l'art, ajoute M. Le Roi ; c'est à une apoplexie pulmonaire qu'ils attribuent avec juste raison la cause de la mort, et Tonne voit nulle part qu'ils aient parlé d'empoisonnement, ainsi que l'affirme Saint-Simon. D'ailleurs Louvois étoit menacé depuis longtemps de cette affection ; il éprouvoit fréquemment des oppressions que les médecins cherchoient à combattre en lui donnant les eaux de Forges, qu'il alloit prendre tous les matins dans l'orangerie, « où le suivoient ses commis pour ne pas discontinuer son travail ordinaire. » ( Dionis.) 11 résulte de ces faits que Louvois a été frappé d'une attaque d'a- poplexie pulmonaire, et qu'il faut reléguer au rang des fables tous les bruits d'empoisonnement qui circulèrent au moment de sa mort. cr ,iv9rsi{Ss La Bibliothèque Université d'Ottawa Echéance The Library University of Ottawa Date Due iir •JJ002 00 1 1 <*5"928b DC 130 • D 3 fi 3 1854 V3 D P IXJ G E P U i PHILIPPE DE C JOURNAL DU PI P R Q U X S DE CC 01 A3 L854 VC COI i PHI Jl ACC* L0671 U D' / OF OTTAWA uni 1 1 u m i i , ,, COLL ROW MODULE SHELF BOX POS C 333 04 05 03 05 08 2 i ■ Me- ■£&& ^"*^P ' ^^Wp •■ S* \**' w 3 l5 i £ m >•' wz* * *S5»