Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/dissertationsurjOObeff ^^ZlO^^ I DISSERTATION SUR J.-B- POQUELIN- MOLIERE, Imprimerie de A. Ragueneau, rue de l'Arbre- Sec , n'^ II , près la place de l'Ecole. I DISSERTATION SUR J.-B. POQUELm- MOLIERE, SUR SES ANCÊTRES, L'EPOQUE DE SA NAISSANCE QUI AVAIT ÉTÉ INCONNUE JUSQu'a PRESENT J Sur son Luste et une inscription portant une fausse date de sa naissance, ornant la laçade d'une Maison, rue de la Tonnellerie, où U on. a cru qu il était né ^ Sur la véritable époque de son mariage avec Mademoiselle Bejard, et la naissance de leurs trois enfam, dont l'aîné eut pour parrain Louis XIV, et la duchesse d'Orléans 0X/iV<^ivt Sur la Maison oii Molière est mort rue de Richelieu; Sur les Comédiens et Comédiennes Bejard, frères et sœurs de Madame Molière, remariée en 1677 avec Guériii , d'Estriché, etc. ^'^ .-^^ Par L. -F. BEFFARA, ex - commissaire de police (lu quiartier de la Cliausse'e - d'Antin. PARIS, Chez VENTE ^ libraire , Boulevard des Italiens , près la rue Favart,' n° 7. Et chez les marchauds de nouveautés^ -i-' -? DISSERTATION SUR J. B. POQUELIN- MOLIÈRE. jLiA vie de Molière a e'te' compose'e par Grimarest (imprinie'e en lyoS), et par Voltaire (imprimée en 1709 ). Des notices de. sa vie ont e'te' donne'es dans les Dictionnaires -iwblographiques et dans les Diction- naires des théâtres. Aucun de ces ouvrages n'a donné la ve'ritable époque de sa naissance, les ve'ritables noms de sa mère , et demeures de ses ancêtres , la date de son mariage avec mademoiselle Bejard , et celles des naissances de leurs enfans , etc. Ils ont seulement annonce' , « Qu'il était fils et petit-li!s de tapissiers- valets » de chambre du roi (Louis XIII); qu'ils avaient » leur boutique sous les Piiliers des Halles _, dans )» une maison qui leur appartenait en propre j que )' sa mère s'appelait Boudet (Grimarest) ou Anne » Boutet (VoUaire), qu'elle était aussi fille de D tapissier. V Que les deux familles Poquelin et Boudet » étaient établies sous les Pilliers des Halles (rue M de la Tonnellerie). « Qu'on prétendait que la maison où naquit » Molière était la troisième en entrant par la rue » Saint-IIonore' (sous les Pilliers). » Qu'il e'tait ne' en 1620, ou vers 1620; qu'il )) e'tait mort le 17 février ifiyS, à 5i ans et demi, )) à 62 ans , ou à 52 ou 55 ans. » En travaillant, depuis nombre d'années , à trois ouvrages très-volumineux intitulés , le premier : Dictionnaire de U Académie rojale de musique , contenant principalement toutes les pièces qui j ont été représentées^ les noms de leurs auteurs et des compositeurs de la musique; le deuxième : Dic- tionnaire des Ballets^ Opéras , qui lif ont pas été donnés ; le troisième : Dj'amaturgie Ijrique étrangère , etc. , dans lesquels ouvrages se trou- vent des articles sur Molière, j'ai toujours vu avec peine, qu'on ne nous eût donné sur le véritable nom de sa mère , les époques de sa naissance , de son mariage avec mademoiselle Bejard , des nais- sances de leurs enfans , etc. , que des renseigne- mens incertains , insuffisans et contradictoires ; et j'ai entrepris d'en obtenir qui donnassent des con- naissances plus étendues et plus sûres sur tous ces points. J'ai trouvé beaucoup de ces renseignemens aux .archives de l'état civil de Paris , dans une très- grande quantité d'actes de naissances , mariages et décès des familles Poquelin , Cressé et autres , portés sur les registres des paroisses de Saint-Eustache , Saint-Germain-l'Auxerrois , Saint- Paul et autres de Paris , pendant une assez longue suite d'années , registres qui m'ont été communi- qués très-obligeamment. J'ai pris des copies de tous ces actes qui m'ont facilité les mojens de dresser des généalogies de 5 la famflle de Molière et de la famille Cressé dans laquelle sa mère e'tait ne'e. Il re'sulte de tous ces actes les renseignemens suivans, dont Tauthenticite' doit être reconnue. Jean Poquelin I^"", fut fiancé et marie' les 19 juin et II juillet 1394, à Agnès Mazuel, dont le frère, Jean Mazuel, e'tait maître joueur d'instru- | mens _, et devint violon ordinaire de la chambre da roi. Poquelin eut neuf enfans , à compter du i3 mai 1096 jusqu'au 26 mars 1609^ et demeurait rue de la Lingerie, excepté en 1600, naissance de son quatrième enfant , où il est annoncé demeurer rue de la Cordonnerie. Dans les premier et troisième actes de nais- sances de logO et 1699, on lui donne la qualité de tapissier ; et dans les deuxième , quatrième , cinquième, sixième, septième, huitième actes de 1097 à 1H09, la qualité de porteur de grains. Deux actes de naissance d'enfans de Mazuel , son beau-frère , de 1596 et i6o4, donnent aussi à Poqueh'n la qualité de tapissier. Il y avait alors , et depuis long-tems , à Paris, des jurés porteurs de grains , mesureurs de grains et de charbons, chargeurs de bois, aulneurs de toiles , etc. Ils avaient des charges ou offices. Ces porteurs de grains faisaient exercer leur état par des ouvriers à leurs gages, qu'on appelait /?/«//ze^i". Les naissances de huit de ces enfans sont consta- tées par les registres de Saint Eustache; mais on n'y trouve point celle de Jean Poquelin II , l'un des fîls de Poquelin P*"^ et qui était vraisemblablement FauK;. Il naquit peut-être sur une autre paroisse , entre l'époque du mariage, 1 1 juillet i594, et le r5 mai i59f), date du baptême du premier enfant connu ( Pierre). /- Ce Jean Poquelin , deuxième du nom , fut fiancé Il et marie sur la paroisse de Saint-Eustache, les 23, 27 avril 1621 , avec Marie Cressé , fille de Louis Cressé et de Marie Ancelin ou Asselin , marcliand tapissier aux halles , baptisée le 2 mai 1601 , à la même pa- ■/û roisse. Il pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans. Jls eurent six enfans. L'acte de naissance du premier est conçu ainsi : /_ « Du samedi 1 5 janvier 1622 , fut baptisé Jean , "^/ )> fils de Jean PouguelinCi), tapissier , et de Marie )' Cresé sa femme, demeurant rue Saint-Honoré ; » le parrain, Jean Pouguelin, porteur de grains , la T> marraine , Denise Lescacheux , veuve cle feuSé- )) bastien Asselin . vivant marchand tapissier ». Cet enfant est bien certainement Molière. Jean Pouguelin, parrain, éioit son aïeul, et avait demeuré rue de la Lingerie. M Le deuxième, Louis , fils de Jean Pocguelin , marchand tapissier, et de Marie Cresez, sa femme, baptisé le 6 janvier 1625. ^ Le troisième, antre Jean ;, fils de honorable homme Jean Poguelin , marchand tapissier, et de Marie Cresé , saiémme, la marraine Agnès Mazuel, femme de honorabie-hommeJean Poguelin , mar- chand tapissier, ( aïeul et aïeule) , baptisé le i^"" octobre 1624. / Le quatrième , Marie, fille de Jean Pocquelin , l'y marchand tapissier , et de Marie de Cressé sa lémme, baptisée le 10 août 1623. Les quatre actes de ces naissances portent que Jean Pouguelin , Pocguehn , Poguelin et Pocque- lin II, était marchand tapissier, et demeurait rue Ssint-Honoré. (i) J'écris le-s noms leh qu'ils sont sur les registres. 7 On voit que les noms sont e'crits de quatre ma- nières , et que la demeure est toujours rue Saint- Honore'. Mais j'oîiserve que sur la plus grande par- tie des actes de ce tenis , porte's sur les registres de Saint-Eustache, la lettre Q est faite comme un G ; que le mot Pocguelin ou Pocquelin des trois der- jîiers actes , prouve qu'il y a eu erreur en e'crivant Pouguelin , dans le premier, pour le nom de l'en- fant et celui du parrain ; le parrain e'tait Poque lin I^*' , marié le ii juillet 1694 , et son nom est Lien e'crit Poquelin dans son acte de mariage. Mademoiselle Gresse' mourut ,, e-atre-s op t-cmLre ^ ^ Jean Poguelin II fut fiancé et remarié sur la pa- roisse de Saint-Germain-l'Auxerrois , les 1 1 avril et 3o rno; rP^:; avec Catherine Fleurette , en présence ^ fn^.'âfmif uu/? ^«-^ ^^'- "f"^ 7' Ce Jean Poquelin , deuxième du nom , fut fiancé j II et marie' sur la paroisse de Saint-Eustache, les 25, 27 avril 162 1 , avec Marie Cressé , fille de Louis Cressé et deJMarie Ancelin ou Assclin , marchand tapissier aux halles , baptisée le 2 mai 1601 , à la même pa- W roisse. Il pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans. Ils eurent six enfans. L'acte de naissance du premier est conçu ainsi : /_ « Du samedi 1 5 janvier 1622 , fut baptisé Jean , "^/ )> fils de Jean Pouguelin(i), tapissier , el de Marie )> Cresé sa femme, demeurant rue Saint-Honoré ; » le parrain, Jean Pouguelin, porteur de grains , la » marraine , Denise Lescacheux , veuve de feuSe- )) bastien Asselin . vivant marchand tapissier ». Cet enfant est bien certainement Molière. Jean 7 On volt que les noms sont e'ci its de quelin et de feue iVIarie Cresé , d'une part, et » Armande-Gresinde-Bejard , fille de feu Joseph 3» Fejard et de Marie Hervé, d'autre part , tous deux i) de cette paroisse vis-à-vis le palais royal, fiancés et » mariés , tout ensemble , par permission de mon- )) sieur de Comtes doyen de notre Dame, et Grand- » V icaire de Monseigneur le Cardinal de Retz , )? Archevêque de Paris , en présence dudit Jean ïi Poquelin, père du marié et de André Boudet , )) beau frère du marié , de ladite jNIarie Hervé, mère » de la mariée , Louis Bejard et Madelaine Bejajd j> frère et sœur de ladite mariée ». Cet acte est signe J.-B. Poquelin (c'est Molière) ;_ J. Pocquelin ( c'est son père ) ; Bouclet ( son beau- fi ère ) ; Marie Hervé , Armande-Gresinde-Bejard i Louis Bejard et Bejart (sœur, Madelaine ). Ce Louis était le deuxième Bejard; l'aîné était mort en mai 1659. Ce André Boudet , l)eau-frère , marchand tapis- sier, fut fiancé et marié les i4 et ï5 janvier i65i ;, à Saint-Eustache, avec Marie-Madelaine Poclin, fille de Jean Poclin et de défunte Marie Cressé. Les té- ' ^ moins furent Poclin H , son père , Jean Poclin son fils ( Molière qui était alors à Paris), Louis Cressé oncle. C'est elle qui avait été baptisée le 10 août iGaS, comme fille de Jean Pocquelin et de Marie de Cressé, f sous le nom de Marie , seulement. Ainsi, il est bien établi par ces actes: T^. Que Jean Poquelin-Molière a été baptisé à Saint-Eustache , le i5 janvier 1622; que la mère se nommait Marie Cressé et non Boudet, ni Boulet j qu'une de ses sœurs avait épousé André Boudet; 2°. Qu'il fut marié sous le nom de Jean - Baptiste Poquelin ; que Poquelin son père , demeurait rue Saint-Honoré, depuis au moins 1 6-22, jusqu'au mois de mars i634: en novembre iB36 il demeurait dans la même rue, près la Croix-du-ïiroir ( ou plutôt du Trahoir ) , toujours paroisse Saint-Eustache. Poquelin Xï n'a pu épouser une Boudet, m une Boutet dont la famille fût établie sous les pilliers des halles ; car on ne Irouve aucun de ces noms dans les registres de mariages et de naissances de Saint- Eustache de i5oo à plus de 1622. C'est apparem- ment ce nom^, Boudet , qui a fait croire que c'était celui de la mère de Molière. On a prétendu que la maison où était né Molière, l 9 était sous les pilliers des halles ( rue de la Tonnel- lerie) , la troisième à gauche en entrant par la rue Saint-Honore' , aujourd'hui nume'rote'e 5. En 1799 monsieur Alexandre Lenoir, conserva- teur du muse'e des monuraens français et M. C. pro- priétaire de cette maison ;, se fondant sur la tradi- tion qui existait, depuis la mort de Molière (1673), ou même avant , ou seulement depuis l'impression de sa vie par Grimarest (1705), ou depuis l'impres- sion d'une autre vie par Voltaire (1759) , lirent placer, le 28 janvier 1799 (ou 9 pluviôse an 7 ), sur la façade de cette maison, le buste de Molière et une inscription portant : n Jcan-i3ap liste Poquelin-de-Molière est ne dans cette maison en 1620 w. Entre le buste et l'inscrip- tion on a peint depuis , la devise : 20 que sa nière se nommait Boudet ou Anne lioutet, et cependant il est reconnu qu il a e'te' baptise le i 5 janvier 1622 , et que sa mère se nommait Cresé ou plutôt Cresse , d'une famille de tapissier , e'tablie aux halles. Mais une tradition n'est pas une chose absolu- ment certaine et incontestable dans tous ses points. On peut la de'truire par des faits et sur-tout par des actes authentiques, et qui démontrent qu'elle est de- venue une erreur. On aurait aussi bien dit dans les actes , que Po- quelinll, demeurait sous les pilliers des halles , rue de la Tonnellerie , qu'on a dit qu'il demeurait rue Saint-Honoré. Il y a donc eu erreur relativement à l'époque de sa naissance, et au nom de la mère, et la tradition pour ces deux points devient fausse. Il restait un troisième point; celui de la demeure. Les père cl mère de Molière ayant demeuré rue Saint-Honoré, ainsi que le portent tous les actes de naissances de leurs enfans depuis janvier 1622, jus- qu'à 1B54 et même jusqu'à 1(06 , on pouvait croire qu'ils habitaient la maison qui fait le coin de la rue omagerie , ou rue wSaint-Ho- noré, ou sous les pilliers de la Tonnellerie (1666^ André' Boudet, marchand tapissier, beau-frère ae Molière, demeurait sous les pilliers des halles, devant la fontaine; c'est dans la partie, du cote' de la rue de la Reale et des pilliers des Potiers d'ëtain , jusqu'où la rue de la Tonnellerie se continue , et où était jadis le pilori. Ces fontaine et pilori ont ëte' de'- truits depuis plusieurs années. Sa femme y mourut en mai i(;65. JJs avaient eu en juin i(){)5 , un enfant, dont madame Molière fut la marraine. On donna à Poquelin le titre d'ècuyer sieur de -Molière , dans l'acte de naissance du -l'i ; son nom y est e'critPoclin. Poquelin II mourut sous les pilliers des halles , devant la ibntaine , en février 16G9, 11 était appa- remment retire' chez Boudet son gendre. Les actes de baptême ne donnent point à Poque- lin P' le titre de valet de chambre tapissier du roi. On a vu qu'il demeurait rue de la Lingerie. D'autres actes donnent à Poquelin II , 1" , à Te'- poque de mars 1634, le titre de tapissier ordinaire du roi ; 2° , à l'e'poque de novembre i636, Je titre de tapissier-valet-de-cliambre du roi , rue Saint-Ho- nore' , près la Groix-du-Tiroir ( Tralioir ) ; o'^ , le ti- tre de tapissier-valet-de-chambre du roi , bourgeois de Paris, dans son extrait de mort en février 1669. ^ Aucun autre acte ne porte ces titres , excepte' à un article de Nicolas Poquelin , baptisé le 4 / mars i 600, frère de Poquelin 11. A l'e'poque de sep- tembre i()5(') et de novembre suivant, il était tapis- sier-valet-de-chambre du roi, et concierge-tapissier de Monseigneur de Liancour. On pourrait donc croire que le titre de valel-de- cliambre tapissier du roi ne fut donné à Poquelin II et à Nicolas Poquelin, son frère, qu'en i65(i , quoi- que le premier lût déjà tapissier ordinaire du roi en 1654 , douze ans après la naissance de Molière. Molière avait le titre de valet-de-chambre du roi à la naissance de son premier enfant, 1664. ( Louis) . On ignore à quelle époque Molière obtint ce titre; ce pourrait être peu de tems après i(>36 , puisque Grimarest dit, qu'il fit le voyage de Narbonne, à la suite de Louis XIII ( i64i) , en cette qualité. <( On trouve dans les registres de naissances de h^' » la même paroisse de Saint Eustache, sous la date » du dimanche 11 juillet iGoH, un acte de baptême » de Françoise, née du samedi, 3 dudit mois, Ç\\\e » demessire Esprit de Rajmond^ chevalier seigneur » de Modène et autres lieux , chambellan des af- M faires de Monseigneur , frère unique du roi et de » damoi selle Madelaine Bejard, sa mère , demeu- » rant rue Saint-] ïonoréj le parrain, Jean -Baptiste » de l'Hermitte, écuyer, sieur de V auseile , tenant M lieu de messire Gaston- Jean -Baptiste de Ray- » mond aussi chevalier , seigaeur de Modène; la /• i4 » marraine, damoiselle Marie Hervé, femme de Jo- » scph /?e/V//Y7 cciijcr ». En marge de cet acte est e'crit, Françoise, ille'gi- time. J'ai donne' déjà la copie de Tacte de mariage de Molière avec mademoiselle Bejard , du 20 février i(i(>2. celte demoiselle Bejard, se nommait Arman- de-Gresinde Claire-Elisabeth, quoiqu'on ne lui ait donne' que les prénoms de Armande-Gresinde dans cet acte. C'est sons ces quatre prénoms et nom , qu'elle est comprise dans la liste des actem'S et ac- )• triées dont le roi veut et ordonne que la troupe » des comédiens français soit composée , datée de Versailles du 21 octobre 1680. Les registres des naissances de la paroisse de Saint-Eustache , depuis 1095 jusqu'à 1646 , et ceux de Saint-Germain-l'Auxerrois , depuis mai i(i4i jus- qu'à la même année 1646 , ne donnent d'autre nom de Bejard que dans l'acte de Françoise , du 11 juillet ■ i658. Armande n'est pas née sur l'une de ces pa- roisse , peut-être est-eJle née en province ; mais je présume que l'époque de sa naissance peut être fi- xée vers iG4o ou 1042 et qu'elle avait vingt à vingt- deux ans lorsqu'elle épousa Molière. De leur mariage naquirent trois enfans dont je vais rapporter les actes de baptême ; Le premier à Saint Germain-l'Auxerrois: « Du jeudi, 28 février i()64, fut baptisé Louis , ^ ï) fils de monsieur Jean-Baptiste Molière, valet-de- » chambre du roi, et de damoiselle Armande-Gre- » sinde-Bejart sa femme , vis-à-vis le palais royal. » Le parrain , haut et puissant seigneur , messire Jil 1) Charles duc de Crequy , premier gentil-homme \ » de la chambre du roi , ambassadeur à Rome , .' » tenant pour Louis quatorzième roi de France et S ID ' de Navarre. La marraine, dame Colombe le Cliar- ron , e'pouse de Messire César de Choisenil , ma* )) re'ciial du Plessy , tenante pom' madame Henriette »» d'Angleterre , duchesse d'Orléans ; l'enfant est as » le 19 janvier audit an ». Signé Colomb ET. IP nP r>rmc t\-,c ivaiiL, 113 cLUient j , ' -"o" — r r . ' ." donc parrain et marraine de la tille de Molière, leur nièce; les noms Bezart etBesart , ont ete' mal e'crits et doivent être Bejard. Esprit-Madclaine Molière fut marie'e à M. Ra- ^ cîiel-de-Montalant; ils passèrent leur vie à A^uil, Af^iM^'Ciu et n'eurent point d'enfans. -^ i4 » marraine, damoiselle Marie Hervé, femme de Jo- » seph /idyV^/Y/ ecLijcr ». En marge de cet acte est e'crit, Françoise, ille'gi- time. J'ai donne déjà la copie de l'acte de mariage de Molière avec mademoiselle Bejard, du 20 fe'vrier -ojto /Ipmoiselle Bejard, se nommait Arman- , '-'/-■ , ^/ïHfi Â^ '/^^ }rt^^^ / » chambre du roi, et de damoiselle Armande-bre- » sinde-Bejart sa femme , vis-à-vis le palais rojal. » Le parrain , haut et puissant seigneur , messire » Charles duc de Crequy, premier gentil-homme \ )) de la chambre du roi , ambassadeur à Rome , , » tenant pour Louis quatorzième roi de France et 13 >' de Navarre. La marraine, dame Colombe le Cliar- ' ron , épouse de Messire César de Clioiseuil , ma- !> re'cliaJ du Plessj , tenante pour madame Henriette i* d'Angleterre , duchesse d'Orle'ans ; l'enfant est aâ » le 19 janvier audit an )>. Signé COLOMBET. Je ne crois pas qu'aucun des auteurs qui ont e'crit sur la vie de Aloliére , ait annonce' que Louis XIV et la duchesse d'Orléans, lui aient fait l'honneur d'être parrain et marraine du premier de ses enfans; tous l'avaient sans doute ignore'. Louis XIV et la Reine firent le même honneur à Jean-Baptiste Lulij, sur-intendant de la Musique, le 9 septembre 1677, en tenant sur les fonds de baptême, à Fontainebleau , son fils aine'^ âge' d'envi- ron treize ans. Le deuxième enfant, à Saint-Eustache : fl^ b « Du mardi, 4 août i665, fut baptise'e Esprit- 12 ^ H Magdelejue, fille de Jean - Baptiste Pauquelin- V » Maulier ^ bourgeois , et Armande-Gresinde , sa » femme; , on a obmisBejard), demeurant rue Saint- » Honoré. Le parrain , messire Esprit de Remon , » marquis de ^lodène ; la marraine, Magdel. Bezart, r> fdle de Joseph Besart, vivant procureur ». Ce mot vivant^ indique qu'il était déjà mort ; il l'était même dès 1662. Le marquis de Modène et Madelaîne Bejard , étaient les père et mère de Françoise, baptisée le 1 1 juillet i(l58, vingt- sept ans auparavant; ils étaient donc parrain et marraine de la fille de Molière, leur nièce; les noms Bezart et Besart , ont été mal écrits et doivent être Bejard. Esprit-JMadelaine Molière fut mariée à M. Ra- -^ chel-de-Montalant; ils passèrent leur vie à A^rfSuil, AftiiA\ic4u et n'eurent poiat d'enfans. -^ 'H^ 16 Bans l'intervalle de la naissance de ces doux en- fans, 28 lëviier iO()4, au 4 août 1665, Molière quitta son appartement de la rue Saint-Honore', vis- à-vis le Palais-Royal , j^aroisse de Saint-Germain- l'Auxerrois , pour aller en occuper un autre même rue encore, paroisse wSaint-Eustache. Le troisième enfant, à Saint-Euslacbe: t( Du samedi , premier octobre 1672 , fut baptisé » Pierre- Jean-Baptiste Armand, ne' du jeudi, i5du j) mois passe' , fils de Jean-Baptiste Pocquelin-Mo- > lière, valet-de-cbambre ettapissier du roi, et de )) Armande-Claire-Elizabeth Bejart, sa femme, de- » meurant rue de Ricbelieu. Le parrain , messire » Pierre Boileau, conseiller du roi en ses conseils , )) intendant et contrôleur- ge'nèral de l'argenterie et » des menus-piaisirs et affaires de la Cbambre de S. » M. La marraine , Catherine-iNIarguerite Mignard , )) fille de Pierre Mignard, peintre du roi ». L'acte est signé J. -B. Poquelin-Molière , Boileau et Catlie- rine Mignard. Le parrain de ce troisième enfant doit être Boi- leau Puimoiin, l'un des frères du célèbre Nicolas Boileau Despréaux. Cet enfant mourut le 1 1 octobre 1672, et fut in- humé le 12, dans l'église de Saint-Eustache , en présence de Boudet et Aubrj , ses oncles. Molière avait quitté alors son appartement pour aller demeurer rue de Richelieu , même paroisse Saint-Eustache , dans la maison où il mourut. Sur les registres des décès de la même paroisse de Saint-Eustache, pour l'année 1676, on trouve celui de Molière. <( Le mardi 2 i«févrieri675, défunt Jean-Baptiste » Poquelin de Molière , tapissier-valet-de-cb ambre n ordinaire du roi, demeurant rue de Richelieu, » proche l'Académie des Fintres (sic) déce'de' le 1 7 » du présent mois , a e'te' inhumé dans le cimetière j) de Saint- Joseph. » La phis grande partie des actes de ce registre portent des signatures de tr'aioins ; mais il n^^y en a point à la suite de celui de Molière , où sont deux à trois lignes de blanc. Molière avait alors cin- quante-un ans un mois deux ou trois jours. L'auteur de la Bibliothèque des Tliéatres , im- prime'e en ij35 , était le seul qui se fût le plus rap- proche' de cet âge, en disant que Molière est mort à cinquante-un ans six mois, ou selon d'autres à cinquante-trois ans; mais M. Bret, dans son édi- tion des OEuvres de cet auteur , dit qu'il ne vc'cut que cinquante-un ans. La maison où il demeurait, rue de Richelieu , proche l'Académie des Peintres , vis-iVvis la fon- taine, donnait, par derrière, sur le jardin du Palais- Rojal; cette fontaine est celle qui est au coin des rues Traversière et de Richelieu; et la maison doit être celle ^ aujourd'hui numérotée 54, en face de ce coin, où l'on a ouvert un passage sur la rue Montpensier , et appartenant à M. Hullot. Après la mort de Molière , sa veuve épousa Gué ri n d'Es triché. Voici un extrait de leur acte de mariage porté sur le registre de la paroisse de la Sainte Cha- pelle basse de Paris. « Le lundi Si** jour de mai 1677, après les » fiançailles et la publication de trois bans, je sous- » signé, curé de la paroisse de la Sainle-Ghapeile » de Paris, ay , en l'église de la basse Sainte-Cha- » pelle, interrogé M. Lsaac-François Guerin , oili- » cier du roi , tils de feu Charles Guerin et de » Françoise de Bradane, ses père et mère, d'une i8 .<> part , et Gi eî>incle Bejard , fille de feu Joseph » Bejard et de Marie Hervé , ses père et mère dé- )» funts , et veuve de Jean Pocquelin , officier du )) roi , tous deux de celte paroisse ; et leur consen- V leinent mutuel par moi pris , les ai solennellé- M ment, par paroles , de pre'sent conjoints en ). mariage , puis dit la messe des e'pousailles , en » laquelle je leur ai donné la bénédiction nuptiale » ( ces neuj derniers mots sont, rayés ) , selon la » forme de notre mère Sainte Eglise , le tout en » présence des parens et amis, soussignés, assavoir j) de M. Jean-Baptiste Aubrj, l'un des entrepre- » neurs du pavé de Paris, beau-frère de l'épousée... )> de plus, en présence de mademoiselle Anne- j) Marie Martin , femme dudit sieur Aubrj. L'acte u est signé Izaac-François Guerin. Gresinde )> Bejard , Aubry , Anne Martin , etc. » Ce Jean-Baptiste Aubrj est celui qui a signé l'acte de décès du petit Molière, du 12 octobre 1672. Il était beau-frère de mademoiselle Gresinde Bejard, à cause de sa femme dont on parlera ci-après. On a vu, dans l'extrait de naissance de Françoise, du II juillet i658 , que Bejard père était qualifié d'écuyer, et que dan* l'acte de naissance d'Esprit Madeleine Poquelin , du l\ août i665, il était qualifié de procureur. Il était mort lors du mariage de Molière, le 20 février 1662. Il résulte des actes dont on a déjà donné copie, que ce Joseph Bejard , soi-disant écujer , mais plus vraisemblablement procureur , et Marie Hervé , sa femme _, étaient père et mère : 1° De Madeleine , qu'on a prétendu être mariée secrètement avec M. de Rajmond, seigneur de Modène , père et mère de Françoise , baptisée le II juillet i658. •9 a° De Armands Gresindo - Claire -Elisabeth Eejard, qui fut mariée à Moîière le 20 fe'vrier 1662 , eu présence de IMarie Herv'e', sa mère déjà veuve, de cette Madeleine Bejard, et de Louis Bejard, ses frère et sœur. Mais ces enfaas n'e'taient pas les seuls qui fussent issus du mariage de Bejard et de Marie Hervé' , puisqu'ils en eurent au moins cinq. Les Tablettes dramatiques du ch.e\ct\ier de Monhj^ imprime'es en 1702; V Abrège' de l'histoire du Théâtre Français ^ par le même , 3* volume, 1780 ; le Dictionnaire des Théâtres de Parfait, 1750; celui de Leris ^ I7^3; les Anecdotes dramatiques ^ 1773; la Galerie historique des acteurs du Théâ- tre Français^ par M. Leniazurier , 18 [o; le tome 3 des OEui'res de Molière , avec un commentaire , par M, Auger, de l'Acade'mie française 1819, et un registre intitule' : Fxtrait des recettes et des affaires de la Comédie depuis Péiques de Vannée 1609, jiLSquau 5r août tf)8:") , appartenant au sieur Delagian^e , l'un des comédiens du roi , volume in-4° manuscrit que M. Lemazurier , a bien voulu me communiquer , donnent des de'tails, plus on moins e'tendus , sur tous les enfans de Josepli Bejard et de Marie Hervé' , lesquels ont tous été comédiens et comédiennes , et vinrent à Paris , en iHt8 , avec Molière et les autres acteurs de sa troupe. Je vais donner, sur chacun de ces Bejard, des notices qui comprendront celles que Ton trouve dans les ouvrages cités ci-dessus , et dans les actes que j'ai recueillis. Elles réformeront des erreurs que contiennent les ancie«nes , et donneront des venseignemens qu'on n'avait pas encore. i^ Bejard l'aïué. ^0 Il fat camarade de Molière, dans la province, à Lyon , iMro. Bezieis, 1 656 ou 1657. Grenoble et Rouen, i()58. 11 vint avec lui, en i658, à Paris, tomba malade , le samedi 1 1 mai i65() , et mourut le 21 du même mois. La troupe interrompit son spectacle du 1 1 mai au i*"" juin , à cause de la mort de cet acteur. 11 n'est question de ce Bejard que' dans le re- gistre de Lagrange; les autres ouvrages n'en par- lent pas. ^ 2« Bejard cadet, Louis. Il joua la comédie de très - bonne heure, fut aussi camarade de Molière dans la province , parut dans presque toutes les pièces de ce grand homme , et s'acquit beaucoup de réputation, jusqu'au 16 avril 1670, qu'il quitta le théâtre avec une pension de mille livres. Il mourut le 29 septembre 1678. Louis Bejard (oilicier de Monsieur) et Gresinde Bejard sa sœur, femme de Jean-Baptiste Poclia (Poquehn) , valet-dechambre du roi , furent par- rain et marraine , de Gresinde Louise , fille de , // Marin Prévost , bourgeois de Paris , et de Anne f'^y Erignart sa femme, demeurant rue Saint- Honore, baptise'e à Saint Eustachc , le 16 février \iMU\. 11 paraît qu'il portait le surnom l'Eguisë. Voir l'extrait de mort de ^Madeleine, sa sœur. 5° Mademoiselle Bejard _, Madeleine, ou Marie Madeleine. Etant à Paris, en iGA^, t?lle prit parti dans la troupe de Molière ; elle l'accompagna dans la pro- vince , et resta avec lui jusqu'à ce qu'il vint à Paris. Elle jouait parfaitement les reines et les soubrettes , et momut à Paris le 17 février 1672, un an jour pour jour avant Molière. Oi\ a dit q.i'clie lit, en Provence, la eonnais- «1 sijice d'un gentiDiomme nomme Modène; qu'elle était mariée clandestinement avec lui; qu'elle en eut une fille qui épousa Molière; mais on a vu plus haut que des liaisons de ce Modène avec la demoiselle Bejard , était ne'e à Paris , une fille ( Françoise ) , baptisée le ii juillet i658 , sept ans avant qu'elle s'engageât dans la troupe de Molière , et à une e'poque où il n'avait que seize ans; et on verra plus loin que Madeleine Bejard était la sœur , et non pas la mère de la femme de Molière. Il j avait-eu vraisemblablement entre elle et Mo- lière une association pour l'administration du spectacle , car on trouve sur le registre de la Grange, sous les dates des 20 juillet .'3 et 17 août 1659, des som'nes payées pour vieilles de'corations et Irais, à mademoiselle Bejard et à jMolière. On voit sur le même registre, à la date du 3o janvier 1660, la note de lapremicre représentation de Don QtdcJiotte ou les Enchn.ntemeiis de Merlin^ pièce raccommode'e par mademoiselle Bejard. Les registres des paroisses de Saint- Germain- l'Auxerrois et de Saint-Paul-de-Pari^s , contiennent ses deux extraits de mort. 1*=''. « Le vendredi 19 fe'vrier ifîya, le corps de » ft^ue damoiselle Marie-Mndelaine Bejart, come )> dieime de la troupe du roi^ prise hier ( on aurait M dû dire avant hier , dans la place du Palais-Royal, » et porte'e, en convoi) en cette église (Saint G3r- M mam ): par permission de monseigneur l'arche- )) veque , a e'té porte'e en carrosse , en l'église de B Saiut-Paul. Signé CaRdé , exécuteur testamentaire , et DE VOULGES. a''. « Le 17 lévrier iC'^j'i', demoiselle Magde- » laine Bejart est décédée paroisse de Saiut-G':r- » main-rAuxerrois , de laquelle le corps a e'te' ap- » porte' à l'c^'glise Saint-Paul , et ensuite inhumé » sous les charniers de ladite e'glise, le 19 dudit )» mois. Signe' Bejard-lEguise'. J.-B.-P. Molière. 4*. Geneviève Bejard connue sous le nom de ma- demoiselle Hervé j elle avait vraisemblablement pris celui de sa mère. Elle avait e'te' tellement inconnue aux h'ères Par- fait , que dans leur histoire du the'àtre français, ils avaient paru croire que c'était une débutante , qui ne fut pas reçue. Elle le fut si bien , qu'arrive'e à Pa- ris, en i658 , avec la troupe de Molière (qui devint son beau-frère en iGGa) , mademoiselle Hervé' y resta pendant toute la vie de ce grand homme: ensuite elle passa au the'àtre de Gue'ne'gaud , où elle resta jusqu'à sa mort, arrivée le 3 juillet lOyS, n'ajant jamais eu de talent et ayant toujours eu part entière, excepté dans les deux années qui suivirent la réu- nion des troupes du Palais Ptoyal et du Marais. Geneviève Bejard fut mariée deux fois ; la pre- mière à monsieur de la Ville-Aubrun ; la deuxième , 1 à Jean-Baptiste Aubry-des- Carrières , l'un des en- ^ trepreneurs du pavé de Paris et Poète-Tragique. Au- bry n'en eut point d'enfant , et se remaria ensuite avec Anne-Marie Martin. Tous deux signèrent l'acte de mariage de la veuve de Molière avec Guerin , le 5i mai 1(^77 , lui comme beau-frère. Aubry fit représenter au Ïhéàtre-Français deux, tragédies. Demeti^ius ^ 10 juin i()89 , première pièce A^**^' jouée sur le nouveau théâtre de Guénégaud ou plu- tôt de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Et Jgatocle^ 10 mai 1690. Il mourut le 20 mai 1692. Geneviève Bejard est nommée , dans le registre de Lagrange , Hervé-Aubry , à la date de 167^ , et Aubry en annonçant sa mort le 3 juillet 1675. X 5«. Armande Gresiiide , Ciaire-Elisabeth'Bejard -, mariée à Molière , le lundi 20 fe'vrier 1662, sur la sieur d'Estriché (ofîicier du roi), excellent acteur de la troupe du marais reunie à celle du Palais Royal. Ce mariage n'eut pas l'approbation ge'nérale. Jean- Baptiste Aubrj , beau-frère de la demoiselle Bejard, fut un des te'moins de ce mariage. Elle fut conservée à la deuxième re'union de iGSo , se relira du théâtre dans uu âge (i) assez avance, le i4 octobre 1694, avec la pension de mille livres^ et mourut lç3-4o; mais elle aurait e'te' trop âge'e en i663. On pourrait donc supposer aussi, qu'il y a eu deux actrices de ce nom à ces deux époques. On ne croit pas que celle de i643, fût la iiemnie de Joseph Bejard ; mais celle de iBGd était bien sa fille , Geneviève Bejard , mariée d'abord à la Ville- Anbrun. Dans l'impromptu de Versailles, Molière a donné aux personnages, non pas des noms de comédies , mais ceux de douze acteurs et actrices de la troupe dont entre autres Bejart, et M. Iles Molière et Hervé. Lorsque Molière alla jouer la comédie eu pro- vince , sa troupe était composée , ainsi qu'il est dit dans sa vie par Grimarest, de la Bejard Madelaine). De ses deux frères. — De Gros-René. • — De Duparc (\\ et de sa femme. — De Debrie et de sa femme , d'un pâtissier de la rue Saint-Honoré, père de Mademoi- selle de la G.... , femme de chambre de mademoi- selle Debrie et de quelques autres. Dans la vie de Molière, par Voltaire , les acteurs sont nommés ainsi : Drux hères nommés Gros-Réné ( Il y a ici une marie Hervé, femme de Bejard, père et mère ) , )> qui, avant qu'elle le connût avait eu nne petite )j fille de monsieur de modène, gentil-homme d'A- » vignon ( Françoise , baptisée le i [ juillet i638 ) , ï> avec qui j'ai su par des témoignages très assurés » que là mère avait contracté un mariage caché. » Cette petite fille accoutumée avec Molière, qu'elle » voyait continuellement, l'appela son mari dès » qu'elle sut parler; et à mesure qu'elle croissait , » ce nom déplaisait moins à Molière la lujre » ne pensait à rien moins qu'à ce qui arriva dans la )> suite ; Cl occupée seulement de l'amitié qu'elle » avait pour son prétendu gendre , elle ne voyait w rien qui dût lui faire faire des réflexions. Ge devait être alors avant le départ de MoU jrc avec id tro'jpe pourLvon en i'jSJ. ' y 5**. « Cette jeune fille avait tous les agreraens qui » peuvent engager un homme , et tout Fesprit ne'- » cessaire pour le fixer. ÎMolière avait passé , des » amusenieus que Ton se fait avec un enfant, à l'a- » mour le plus violent qu'une maîtresse puisse ins- » pirer. Mais il savait que la mère avait d'autres M vues qu'il aurait eu de la peine à de'ranger. C'était » une femme altière et peu raisonnable lors qu'on )> n'adhérait pas à ses sentimens; elle aimait mieux » être l'amie de Molière que sa belle mère , ainsi il )» aurait tout gâté de lui déclarer le dessein qu'il » avait d'épouser sa fille. 11 prit le parti de le ïaive » sans en rien dire à cette femme; mais comme elle w l'observait de fort près, il ne put consommer son » mariage pendant plus de neuf mois Molière, » à la suite d'une scène violente , fut contraint de » reconnaître mademoiselle Bejart pour sa femme; » mais cet éclaircissement causa un vacarme terri- B ble : la mère donna des marques de fureur , et )> de désespoir , néanmoins il fallut bien s'appaiser )) etc , etc. Il y a dans tout ce récit beaucoup d'erreurs ; ce n'était pas de Françoise que mademoiselle Bejard pouvait être jalouse , puisque ce n'est pas elle qui a épousé Molière, c'aurait donc été de sa sœur Ar- mande, qui peut-être demeurait avec elle dans la même maison que Molière: mais il est bien certain quil épousa, non pas la fille de mademoiselle Be- jard et de monsieur Rajmond-de-Modène (baptisée le 1 1 juillet i638 ) ; mais Armande-Gresinde-Glaire- Elisabeth, sa sœur; que Marie Hervé, veuve Bejard sa mère, Louis et sur-tout Madelaine , ses frère et sœur , assistèrent au mariage , et qu'ils en signèrent l'acte du 20 février 1662. Molière ne se maria donc point sans en rien dire 27 à la demoiselle Bejard; il put consommer son ma- riage aussitôt après la ce'le'bration , et il n'y eut point besoin d'une scène violente pour qu'il reconnût sa femme. On avait dit dans letems que Molière était le père de la jeune fille de la demoiselle Bejard ( et de M. de Modène ) , et qu'il l'avait e'pousëe : plusieurs personnes réfutèrent cette calomnie, qui ne pouvait avoir e'te' invente'e et propage'e que par ses ennemis et pour nuire à sa réputation ; et elles prouvèrent que Molière n'avait connu la mère qu'après la nais- sance de cette fille. On disait aussi , mal à propos , qu'elle e'tait née en Languedoc. Je ne crois pas que pour sa justification on ait fait usage de l'extrait de baptême de Françoise ( juillet i638) ; (Molière n'a- vait alors que seize ans et demi ) , ni de son acte de mariage ; mais , je le répète, il est bien certain qu'il épousa la sœur cadette de la Bejard et non sa fille. Françoise aurait eu vingt-quatre ans lors de ce mariage, on pourrait croire qu'elle était morte ou ab- sente de Paris , car autrement elle aurait pu y être présente et en signer l'acte, comme nièce de madame Molière. J'ai déjà dit que la vie de Molière avait été écrite par plusieurs auteurs; qu'aucun n'avait donné la véritable époque de sa naissance , les véritables noms de sa mère , ni les demeures de ses ancêtres , la date de son mariage , celles des naissances de ses enfans ; et que mes recherches avaient eu pour ob- jet d'obtenir des renseignemens sur tous ces points. Je crois être parvenu à les éclaircir , et que les con- naissances très-étendues , que je donne à cet égard , ne seront pas sans intérêt pour les amateurs du théâ- tre , des belles lettres et des comédies de Molière en particulier. M. Bret en donnant une édition des œuvres de Molière 3vec la vie de cet homme ce'le'brc par ^ ol- taire , des remarques graramaticales_, des avcrlisse- niens et des observations sur chaque pièce , a dit , f( qu'il avait sous les jeux un ;u'brc ge'nc'alogique de » la famille des Poquelin , établie à Paris. Oui le » croirait, Jean-Baptiste Poquelin , dit Molière , ne n s'y trouve pas : sa profession de comédien l'en a » exclu. Il n'y avait pourtant que l'orgueil , bien j> pardonnable, de vouloir tenir à lui qui pût jus- » tifier la peine qu'on a prise de faire une ge'ne- » alogie. Qu'est- ce que leuom de Poquelin séparé » de celui de Molière? On doit à ses autres parens » la justice d'assurer qu ils de'savoueraient cette )) omission si elle de venait publique. » Si cela e'tait, si ces parens avaient l'intention de faire re'tablir Molière dans cette gene'alogie, ils a^ trouveraient dans les actes que j'ai recueillis ce qui leur serait ne'cessaire , et je les communi- querais avec plaisir. J'aurais pu faire cette Dissertation beaucoup plus longue , mais je me suis borne' à ce qui était utile seulement pour l'objet que je m'étais proposé. Paris, janvier 1821, 199 ans après la nais- sance de Mo.ieie. L. F. BEFFARA. DISSERTATION SUR LA MARCHE D'ANNIBAL. On trouvera chez les mêmes Libraires , les Antiquités et Monumens da départeraeat de Van- cluse, 2 vol. iu-i2, qui peuvent se relier en un seul. Me'moiros pour servir à l'Histoire anciemie du Globe, lo vol. in-i2. Tableau historique et géographique du Monde, 4 vol. in-i2. Vie de Xénophon, ia-8''. Mélanges de Géographie, d'Histoire et de Chrono- logie ancienne , anssi in-B", avec deux cartes et un 3Icmoire de M. Barbie du lîocage , nécessaires pour compléter l'ouvrage précédent. Nouveau sistênie de Bibliographie alfabétiqœ, 3 vol. in-i2, qui peuvent être réunis ensemble, Et les autres Ouvrages dn même auteur. I ■—'■y '3' - I r ■ «."< ^* U' I DISSERTATION SU,R LE PASSAGE DU RHONE ET DES ALPES PAR ANNÏBAL, L'AN 2l8 AVANT NOTRE ÈRE, TROISIÈME ÉDITION, ACCOMPAGNÉE D'UNE CARTE; SUIVIE DE NOUVELLES OBSERVATIONS SLR LES DEUX DERNIERES CAMPAGNES DE LOUIS XIV, ET DUNE DISSERTATION SUR LE MARIAGE DU CÉLÈBRE MOLIÈRE. A PARIS, Imprimé chez LEBEGUE, rue des Rats, u". 14, près la place Maubert; Se veml chez TREUTTEL et WURTZ, Libraires, rue de Bourbon, n". ij. NOVEMBRE 1821. %X'«%V'Vt,%\t/V%W%iVWVV%'VV\l'V%>&rWWk«/Wk%>^k««^«/V\WVWWt'V« PRÉFACE. On verra par la date de cette Dis- sertation, terminée le i8 février 1819, que je ne me suis pas pressé de Fim- primer. J'ai attendu , pour la publier, que les partisans des opinions con- traires à la mienne ;, eussent épuisé ce qu'ils avaient à dire sur cette ma- tière; et tout ce que j'ai lu na fait que me confirmer dans celle que j'a- vais adoptée. L'expédition d'Annibal était trop importante pour que ceux qui en avaient été les témoins n'en eussent pas transmis les détails à la postérité. •Nous connaissons les noms de cinq historiens contemporains qui avaient pris ce soin avant Polibe. ij Pi'éface, i". Fabius Pictor^ déjà avancé en âge lors du commencement de la se- conde guerre punique, dont il n'a pas bien connu la cause, ainsi que le lui reproche Polibe , qui Taccuse à cette occasion d'être peu judicieux (i). On sait que la seconde guerre punique est celle qui fut entreprise par An- nibal. 2°. Silénus que Cornélius Népos nomme dans sa Vie d'Annibal (2) , et Cicéron dans son Traité de la Divi- nation (3). Une autre édition de Cor- nélius Népos (4) désigne cet écrivain par le nom de Philinus dans le texte, (i) III, 8 et 9 dans l'édition de Schweighoenser, Lipaice , 1789 , t. 3 , p. 402. C'est le chapitre a dans la traductiou de doiu Tliuillier. (2) Chap. i3 , suivant l'édition reyue par Angustia f^an Staveren , fliisence , 1791. (3) I, 24, selon l'édition cilée par Van Staveren, et I, 49, selon la mienne, Genevœ, 1660, t. 2, p. 36i. (4) Celle de Barbou, 1771 , p. 5o8. Vréface, iij et par celui de Philsenius dans la traduction française. H est vrai que Polibe cite Philinus I, 14 et i5 , et III, 26; mais seulement sur la jDre- mière guerre punique du tems de la- quelle cet auteur avait vécu. Diodore de Sicile en parle deux fois. Il était né à AgrigentC;, et conséquemment Sicilien. Voyez le Polibe de Schweig- haeuser, tome 5, page 182. Cet histo- rien n'a pu parler d'Annibal auquel il était antérieur, et il est clair que Cornélius Népos parle ici de Silénus, en sorte que l'édition Préface. xxi> littér. — A Genève , de rimprimerie de la Bibliothèque universelle, in-8°. 3V°dejuini8i8. . C'est à la page 187 de la partie lit- téraire que l'on trouve un premier article de l'extrait de l'ouvrage de M. de Luc (n\ 28). Il est naturel que l'auteur ayant écrit à Genève , où s'imprime ce journal, on y ait été un peu indulgent pour lui. Ce- pendant il est difficile de compren- dre comment MM. les lédacteurs qui ont fait, p. 149 et p. i5o, deux notes sur un mémoire qui leur était vraisemblablement envoyé , n'ont pas été plus favorables à Tite-Live qu'ils ont sacrifié à Polibe, au lieu de concilier ces deux auteurs, com- me je l'ai fait. Je réponds au reste : d'une manière détaillée dans la Dis* . sertation qu'on va lire , aux raison- - nemens contenus dans cet article. 3i. Annales des faits militaires, faisant suite aux Victoires et Conque- xxvj Préface. tes des Français, de 1792 à 181 5j par MM. Barbié-Dubocage, Bardin, Beauvais , Bemhard , Berton , Cadet de Gassicourt, Calmet-Beauvoisin, Carrion-Nisas, Esménard, Fournier, Gai], Goujon, Guingret, JuUien, Langlès, Laurent, Millin, Parisot, Percy, Saint - Aubin, Thiébault, Vaidy, Viennet. — Tome premier. Paris , C. L. F. Panckoucke , éditeur. — 181 8, sixième, septième et hui- tième cahier. C'est dans ces trois derniers cahiers que se trouve un mémoire auquel j'ai répondu dans le douzième cahier de ce même journal, décembre 1818. 32. Nouveau Dictionnaire français, par M. le comte de F. - P. , auteur de l'Examen de trois ouvrages sur la Russie, des Conversations entre deux Gobemouches, etc. 181 8, in-8°. J'ai fourni pour cet ouvrage Tar- ticle Passage des rivières et des mon- tagnes , que j'ai fait tirer à part avec Préface. a:xpij des additions et des corrections. C'est la première édition de la Disserta- tion qui est publiée de nouveau ici. 33. Recherches sur la géographie ancienne et les antiquités du dépar- tement des Basses- Alpes ; par D. J. M. Henry. A Forcalquier, chez Henri Gaudibert, imprimeur, 1818. 248 pages in- 8°. avec un errata et cinq planches gravées. On trouve dans ce volume, p- 3g, une tradition curieuse qui s'accorde avec ma manière de tracer la route d'Annibal, que l'auteur n'a cepen- dant pas connue. Aussi cette tradi- tion lui paraît - elle suspecte. C'est qu'un général romain fut envoyé sur la route de Sisteron à Gap, pour s'opposer au passage d'Annibal. 34. Journal des Savans, janvier 1819. A Paris, de Fimprimerie royale, in-4^ On y trouvera , p. 22 , un article où M. Letronne achève de renverser xxi^iij Préface. le sistême de M. de Luc sur le pas- sage d'Annibal ; mais au lieu d'adop- ter le mien, il en imagine un nou- veau par lequel il fait marcher ce général carthaginois avec son armée dans une route où ni Annibal ni aucune armée n'a jamais pu passer. La carte qu'il a fait graver pour cet objet est en tête du numéro de fé- vrier. 35. Journal des débats politiques et littéraires, in-folio. Paris, impri- merie de Le Norman t. W. du Di- manche, i3 février 1820. Dans cette feuille, M. Hofmann, en parlant du nouveau Dictionnaire français ( n°. 82 ) , y distingue mon article sur le passage d' Annibal, dont il parle avantageusement. 36. Dissertation sur le passage des rivières et des montagnes; et parti- culièrement sur le passage du Rhône et des Alpes par Annibal, Tan 218 avant Tère chrétienne j seconde édi- préface. xxîx tion, accompagnée d'une carte qui représente la marche d'Annibal, de- puis Nîmes jusqu'à Turin. A Paris, chez Treuttel et Wûrtz , libraires, avril 1819. in-8°. 37. Journal de Savoie , feuille poli- tique , religieuse , littéraire , et conte- nant ce qui intéresse l'agriculture et les arts. Vendredi, 27 août 181 9 (n"". 35), IV année. Chambéry, in-8\ On trouve page i3 de cette téuille l'annonce d'un livre de M. J.-J. Ro- che , ancien secrétaire de l'Intendance, directeur des salines de Moûtiers, où Ton trouve quelques observations ,sur le passage d'Annibal, lorsqu'il pénétra en Italie. Cet ouvrage est intitulé : INotices historiques sur les anciens Centrons. C'est dans le chapi- tre 6, qu'en adoptant sur quelques points le sistème de M. de Luc , il s'en écarte sur d'autres. Il pense, par exemple , que la ville prise par Aa- liibal à l'entrée des Alpes, n'est pas ^^^ Préface. Chambéri , mais Darentasia» Ce n'est pas plus Tune que Fautre, et la lec* ture attentive de Tite-Live fait voir que cette ville est Gap , ainsi que je crois l'avoir prouvé dans cette Dis- sertation. 38. Bibliothèque universelle des sciences, belles-lettres et arts , faisant suite à la Bibliothèque britannique, rédigée à Genève par les auteurs de ce dernier recueil, tome douzième, quatrième année, littér. A Genève, in-8°. N^ de novembre 1819. Je suis cité par M. de Luc, p. 276 de ce journal , dans sa réponse à M. Roche, qui veut aussi qu'Anni- bal ait passé les Alpes au petit Saint- Bernard , malgré Strabon , Tite-Live et Polibe lui-même, mais qui n*est pas d'accord avec M. de Luc sur les détails de cette marche : ce qui n'est pas étonnant dans une opinion pure- ment hipothétique. H y a ensuite un Préface. xxaj précis de deux voyageurs anglais fa- vorables à M. de Luc, et condamnant Tite-Live sur ses exagérations, comme si le nom delà Durance, Druentia, écrit par cet historien, pouvait être consi- déré comme une exagération. M. de Luc, p. 281, promet une seconde édi- tion de son ouvrage sur ce sujet. Ilaura bien des rectifications à y faire. La plus importante et la plus nécessaire sera de distinguer le passage d'Asdru- bal de celui d'Annibal. Ce dernier a certainement eu lieu par le Mont-Ge- nèvre; Tautre peut très-bien s être fait par le petit Saint-Bernard. 39. Passage d'Annibal sur les Al- pes, avec une carte , dans le Morgen- 6Zfl^^ de février 1820, Stuttgard^ Cotta, in - 4°. Je ne me flatte nullement d'être parvenu à connaître tout ce qui a été publié sur le sujet dont je m'occupe ici : mais je crois pouvoir assurer que xxxij Préface* je n'ai rien négligé pour connaître la vérité et qu'elle seule a été mon guide. Paris, 24 septembre 1821. , Le Comte de F d'U. . .1 ^ DISSERTATION SUR LA MARCHE D'ANNIBAL, DEPUIS NIMES JUSQU'A TURIN, L'AN 2l3 AVANT NOTRE ÈRE. I, C'ÉTAIT une grande entreprise pour un général carthaginois , que de traverser la Gaule et l'Italie, de passer les Pirénées (i). (i) Si la manière dont nous écrivons quelques noms propres grecs, tels que Pire'ue'es , Polibe , Cirus, embai'rasse le Lecteur, nous l'engageons à voir nos CoDsiclérations sur l'Ortograplie , (oine 3 tle nos Mémoires pour servir à l'Histoire ancienne tin Globe, I 2 1. Marche d'Annibal. le Rbône et les Alpes, à la tête d'une armée nombreuse, pour venir attaquer les Romains sur leur propre territoire. Elle est d'autant plus digne de notre attention, qu'elle a été exécutée dans noire pays , à une époque à laquelle nous n'avons pas d'histoire. En général, le passage des rivières et des montagnes est une opération militaire diffi- cile et dangereuse sous deux rapports. D'a- tord, en elle-même, par les obstacles que l'art et la nature peuvent y opposer j ensuite, parce qu'elle vous place sur un terrain nou- veau, au milieu d'ennemis qu'il faut com- battre à chaque instant, et qui parviennent aisément à détruire vos troupes par le simple effet de la constance et du tems. L'antiquité nous présente plusieurs grands exemples de ces sortes d'entreprises dont elle nous fait voir clairement les funestes inconvé- niens, même après les plus brillans succès. L'histoire d'Hérodote est presqu'eniièrement à la suite de la Préface, et principalement page xxviir. Ce volume a un titre particulier, qui est : Mémoire et plan de travail sur rHistoire des Celtes ou Gau- lois. U SI été imprimé ea 1807. î. Marche d'Annîbal. 5 consacrée à nous raconter l'invasion des Perses dans la Grèce. Le célèbre passage des Ther- mopiles entraîna la destruction d'Athènes, et les vainqueurs n'en furent pas moins chassés honteusement , et forcés à retourner dans leur pays, après avoir perdu un nombre prodigieux de vaisseaux et de: soldats. Les Grecs envahirent la Perse à leur tour, sous la conduite d'Alexandre, à qui cette con- quête a valu beaucoup de i;loire. Le passage du Granique et des défilés de la Cilicie , en- traîna la ruine de Darius, qui périt miséra- blement, et dont la dinastie cessa d'exister. Mais Alexandre mourut à la fleur de son âge, et ses successeurs déchirèrent son empire. Les Grecs, affaiblis par ces divisions, furent bientôt subjugués à leur tour par les Ro- mains. L'entreprise d'Annibal est Tune des plus gigantesques, et en même lems des plus sa- vantes. On peut dire que l'art militaire s'est élevé, sous lui, à une perfection qu'il n'avait pas encore atteinte. Avec très -peu de Car- thaginois, il parvint à discipliner des Espa- gnols et quelques Africains; il traversa les Gaules avec trente -sept éléphans, animaux qu'on n'avait vraisemblablement jafnui^ vus 4 !• Marche cCAnnihal. auparavant dans ces contrées. Il passa le Rhône, malgré les Celtes, alliés des Phocéens Marseillais, amis des Romains, l'an 218 avant notre ère; il traversa les Alpes à Briançon, au commencement du mois de novembre (i), gagna Turin, où il fut secondé par les Gaulois Cisalpins, et répandit la terreur jusqu'aux portes de Rome. Mais les victoires qu'il rem- porta ne le garantirent pas de l'effet naturel des invasions lointaines. Obligé de retourner dans son pays, il y fut battu par ces mêmes Romains qu'il était venu chercher par une loute si nouvelle, et dont la grandeur colos- (i) Voyez le Journal de ce voyage, clans l'Art de vérifier les Dates avant l'ère clirétienne. Paris, i8iq, t. 4, p. 496, de l'édition in-8°. L'Hisloire Romaine , dans cet ouvrage, a mérite, par son exactitude, les éloges de M. Dannou, dans le Journal des Savans. Il dit qu'Annibal arriva sur les bords du Rhône le 14 oc- tobre, passa ce fleuve le 18, campa sur ses bords le 19, combattit les Romains le 20, marcha vers les Alpes le 21 , arriva au pie des montagnes le 3l , par- vint au sommet en neuf jours le 9 novembre, et y prit deux jours de repos le 10 et le li, ce qui est prouvé astronomiquement par le texte de Polibe, et fixe ainsi toutes les dates antérieures. I. Marche d^Annïbah 5 sale date véritablement du triomphe qu'ils remportèrent sur lui. Polibe et Tite-Live nous ont transmis les détails du passage du Rhône et de celui des Alpes. Les noms des rivières et des lieus ont tellement changé dans un si long intervalle, que ce qui était clair pour ces deux historiens, est devenu obscur pour les nôtres , et trois difficultés se sont élevées sur leur récit. Nous entrerons ici dans quelques détails sur ce su- jet , qu'il nous est plus facile d'éclaircir que les deux expéditions dont nous avons déjà parlé , puisque notre patrie en a été en quelque sorte le théâtre. Première question. Où Annibal a-i-il passé le Rhône ? Seconde question. Quel est ce Delta, ou cette Ile qu' Annibal a rencontré après le passage du Rhône? Troisième question. Où Annibal a-t-il tra- versé les Alpes ? 6 11, Passage du Rhône. PREMIÈRE QUESTION. Où Annibal a-t-il passe le Rhône? II. La marche naturelle de l'esprit humain est d'associer ensemble les idées qui lui sont le plus familières. Annibal a passé le Rhône: Xiion est la plus considérable des villes situées sur le bord de ce fleuve; donc Annibal a passé le Rhône à Lion. Telle est aussi la plus an^ cienne opinion qui fut adoptée après 1^ renais-» sance des lettres, lorsque le souvenir du dé- tail des faits aussi anciens s'étant à peu près effacé de la mémoire des hommes, la lecture des histoires, en quelque sorte contemporaines de ces événemens, était presque le seul moyen de s'en instruire. Donat Acciaiuoli, savant j^Jorentiu, né en 1428 ( i ), consigna cette (i) Voyez son article, clans la Biographie univer— gelle, tome i, page 122. Cet auteur fut sans doute trompé par une mauvaise correction qui fesait lire Aror dans les textes de Polibe et de Tite-Live , san^ êtie appuyée sur aucun manuscrit. II. Passage du Rhône. 7 opinion dans sa vie d'Annibal,qui fut trouvée tellement bien écrite , qu'on la regarda comme une traduction de Plularque, en sorte qu'elle eut toute l'authenticité due aux écrits de cer historien. L'auteur semble dire qu'Annlbal remonta le Rhône jusqu'à Lion , avant de pas- ser ce fleuve, pour le descendre ensuite, tra- verser le pays des Allobroges et passer la Durance ( i ). Quelque peu vraisemblable que fût une pareille marche, personne, pendant fort long - tems , n'éleva de doute sur cette assertion. M. de Manda jors, né à Arles, et membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres de Paris , se trouva investi des connais- sances géographiques et littéraires qu'il était in- dispensable de réunir pour détruire une erreur aussi accréditée. Il publia, dans les Mémoires de l'Académie, deux dissertations (2) sur ce point de critique, digne de fixer l'attention de la société savante où il avait été admis, et il (i) Vie d'Annibal, traduite par Lécluse , dans le Plutarque d'Amyot. Paris, 1802, t. 9, p. 37461875. (2) Je les ai réimprimées avec des observations daus les Antiquités du département de Yaucluse, page 190. ' '- ' 8 II. Passage du Rhône. en composa même une troisième, qui n a été impriiuée que dans sou Histoire critique de la Gaule INarbonnaise ( i ), ouvrage savant, mais peu connu. Cette opinion ayant été adoptée par Rollin, dans son Histoire Romaine, et par le célèbre géoij'raphe d'Anville, qui a dressé les cartes de Cet estimable ouvrage (9) , est devenue en quelque sorte classique, et le nom de ces deux savans très - distingués méritait de la rendre telle. Ils placent le passage du Rhône entre Roquemaure et le Saint - Esprit ( 5 ). J'ai cru devoir adopter cette opinion dans un ouvrage publié il y a quelques années (4)- J^ 1*^^ ^^^~ lifîée de nouvelles preuves, et j'y ai donné, d'après Poiibe et Tite - Live, les détails du passage du Rhône. On pourra consulter, sur le .(i) Paris, 1733, in-i2, p. 520. ^•.(a) Voyez l'Histoire Romaine, par Rollin. Paris, 1771, t. 4î P* 3o5. d'Anville y date sa carte de 1789. Elle a été comprise dans l'atlas gravé par M. Am- broise Tarilieu, pour la nouvelle édition de Rollin, en 1818, au n°. 19. (3) Hist. Rom., t. 4, p. 36i. (4) Antiquités de Vaaçluse. Paris, j8o8, pag. 100 à 229. IL Passage du Rhône. 9 texte de cet historien , le Philologue n° 2 ( i ), où M, Gail explique très -bien Polibe. Ce sa- vant prouve clairement qu'Annibal ne s'arrêta point à Roquemaure, et qu'il passa tout de suite le Rhône, sans doute afin de mettre promtemeni ce fleuve entre lui et les Ro- mains. Les disputes occasionnées par la recherche de l'endroit où Annibal a passé le Rhône, paraissent donc à présent terminées. On con- vient assez généralenient que ce fut à Roque- maure, en face d'une petite ville appelée dans ce tems-là Aëriay devenue depuis le château de Lers , et à présent une simple grange de ce nom (2). (i) On a vu cependant ci-dessus (note de la p. 4), qu'Annibal fut obligé de s'arrêter un jour à Roque- maure pour combattre les Romains; mais ce de'Iai fat force'. (2) D'Anville, dans sa Notice de l'ancienne Gaule , place Aëria sur le Mout-Veritoax. J'ai combattu cette opinion dans mon Tal>leau historique et géographique du Moude. Paris, 18x0, t. 4, p. 104. ■ J'ajouterai ici une nouvelle preuve. Pline (ITI, 5), place Aëria dans le pays des Volques. Tite - Live 10 II. Passage du Rhônei M. de Luc le fils, dans un ouvrage qu'il vient de publier sur le passage des Alpes par Annibal, un correspondant anonime des -^/z- nales militaires des Français., ouvrage pé- riodique qui paraît en ce moment, sont tous deux d'accord avec moi sur ce point. Tous deux donnent encore de nouveaux motifs, et prouvent ainsi qu'ils n'ont pas adopté aveu- (XXI, 26), dît qne dans l'endroit où Annibal passa le Rhône, les Volques habilaient les deux rives de ce fleuve. On voit qne dans les tems anciens comme' dans les modernes , les Lan£;nedociens ont disputé la» rive gauche du Rhône aux Provençaux. Le lit de ce fleuve n'a point d'assiette déterminée en ce lieu, et quand il grossit, il fait quelquefois le tour du château de Lers et de la montagne où il est placé. C'est ce qne l'on verra sur la carte du comté Venaissiu , dressée par d'Anville en 1745. Alors les Languedociens , qui se sont toujours crus maîtres du lit du Rhône, ont pu s'en emparer, et encore aujourd'hui le départe- ment du Gard retire les impositions de la montagne de Lers. Le territoire de ce département s'étend jusque sons les murs de la ville d'Avignon. Sans doute cette irrégularité sera réformée comme elle le fut sous l'empire d'Auguste, puisque Strabou donne Aëria aux Cavares, ayant mieux connu que Pline la géographie de sou tems. II. Passage du Rhône. 1 1 glément l'opinion de M. de Mandajors et la mienne. L'un et l'autre diffèrent de moi, ainsi que M. de Mandajors, sur un article où se tiouve la véritable difficulté du problême à résoudre lorsque Ton veut concilier Polibe et Tiie-Live, historiens qui nous servent presque seuls de guides pour le récit de cet événement sur le- quel Trogue Pompée , né à Vaison , aurait levé tous nos doutes , si nous avions conservé son histoire malheureusement perdue. Passons à l'examen de cette seconde question. N'ou- blions pas surtout, pour la résoudre, qu'il faut étudier les anciens sans esprit de sistême, sans préjugé en faveur des localités auxquelles nous voudrions en vain rattacher de grands événe- piens , si l'histoire vient s'j opposer. 12 m. Sur vile du Rhône. SECONDE QUESTION. Quel est ce Delta , ou cette Ile, qu'Annibala rencontré après le passage du Rhône ? lit. PoLiBE est l'auteur le plus ancien qui nous soit resté sur l'expédition d'Annibal. Son exactitude est reconnue, surtout pour les détails militaires j il nous dit expressément (i)u qu'il « parle avec assurance de toutes ces choses , « parce qu'il les a apprises de témoins con- (c temporains , et qu'il a été lui-même aux « Alpes pour en prendre une exacte connais- (c sance. » En effet, il était né quatorze ans après cet événement (2). Il mérite donc d'être (i) Antiquités de Vancluse, p. i3l. (2) Selon Struvins {Bihlioth. hist., Lipsice, 1789, vol. 4, p. 241)} Polibe est né l'an 4 de l'olimpiade 148, 204 avant notre ère, et mort vers l'an 122 avant notre ère. Cette opinion sur la naissance de Po- libe , s'accorde avec celle de l'auteur de la vie de cet historien, placée en tête de la traduction française de III. Sur nie du Rhône. i5 écoulé avec beaucoup d'attention, et voici ce qu'il nous apprend , après avoir raconté le passage du Rhône (i). « Quand les éléphans furent passés , An- ce nibal fit d'eux et de la cavalerie son arrière- u garde, et marcha le long du fleuve, prenant « sa route de la mer vers l'orient, comme s'il « eût voulu entrer dans le milieu des terres « européennes j car le Rhône a ses sources au- K dessus du golfe adrialique , coulant vers <( l'occident, et venant de ces parties des Alpes « qui regardent le septentrion. Il prend son c< cours vers le couchant d'hiver , et se dé- « charge dans la mer de Sardaigne. » On voit ici que Polibe est assez exact à s'orienter. Il dit qu'Annibal, après avoir passé le Rhône, prit sa roule vers l'orient, et c'est en effet ce qu'il fit en suivant le cours de l'Eygues. Il aurait marché vers le nord, s'il iloDi Thulllier, qui le fait naître Tau 648, parce que cet auteur place la toudatioa de Rome sous l'au 762. En la plaçant sous 1 an 754, comme j'ai prouvé qu'il Éa)lait le faire d'apiès le te'iuoignasje de Ceusorin, Polibe est né l'an 55o de Rome , 204 avant J. G. (i) Antiquités de Vaucluse , p. i33. i4 ni. Sut Vile du Rhône. avait remonté le Rhône jusqu'à llsère, comme l'a voulu Mandajors. Il est vrai que Polibô dit ensuite que le Rhône coule vers le cou- chant -, mais c'est , ajoute-t-il , en venant de ces parties des Alpes qui regardent le septen- trion. Il est donc évident qu'il parle alors du Rhône pris à sa source et descendant jusqu'à Lion, et il a parfaitement raison j mais il ne parle pas du Rhône descendant de Lion à Roquemaure , qui va bien évidemment du nord au midi, et c'est de celui-là qu'il s'agit ici. J'observe que j'adopte la traduction de dom Thuillier , qui est en général d'autant plus exacte que ce savant bénédictin a eu pour guide la version latine de Gasaubon , qu'il a même corrigée en plusieurs endroits, comme il nous le dit dans sa préface. Il est fort aisé , avec une médiocre connaissance du grec , de faire de nouvelles traductions des passages que l'on veut interpréter isolément pour arriver à la démonstration d'une hipothèse que l'on crée soi-même; je crois être de meilleure foi en convenant que celui qui a consacré plusieurs années de sa vie à étudier et à traduire Polibe, l'a généralement mieux entendu que moi j et en adoptant son travail, à moins que je ne sois forcé à y faire quelque changement par IIT. Sur Vile du Rhône. 1 5 la comparaison du texte, que je ne négligerai jamais de consulter : j'exposerai alors mes mo- tifs, que le lecteur pourra juger. J'ai rapporté ce que Polibe a dit en termes généraux de la marche d'Annibal après avoir passé le Rhône. Cet historien parle ensuite de ce que fesait Scipion pendant que son adver- saire avait gagné les devans. Il revient après ce récit au général carthaginois dont il trace la marche plus en détail de la manière suivante : « Annibal, quatre jours après avoir passé « le Rhône (i), vient à un endroit appelé '< l'Ile , lieu fertile et très-peuplé , et à qui (t l'on a donné ce nom , parce que le Rhône « et le Scaras (2) coulant des deux côlés, l'ai- «< guisent en pointe au confluent de ces deux « rivières. Cette île ressemble assez , et pour la « grandeur et pour la forme, au Delta d'Egipte, . « avec cette différence néanmoins qu'un des (i) Dom Thuillier tradait : Quatre jours après. Ce que j'ajoute ne sert qu'à éclaircir le texte. (2) Dom Thuillier traduit la Saône* Je laisse le nora tel qu'eu le trouve dans les manuscrits. Quel- ques éditeurs lisent Scorasi mais les meilleurs ont lu Scaras. i6 III. Sur nie du Rhône. « côtés du Delta est fermé par la mer où se (f déchargent les fleuves qui forment les deux u autres, et que ce sont des montagnes pres- u qu'inaccessibles qui bordent un des côtés « de l'île, •» J'ai déjà dit que je me servais ici de la traduction de dom Tiiuillier, l'ayant trouvée en général fort exacte, quoique j'aie à y re- lever ici une faute très-importante, comme on le verra bientôt. Pour mieux connaître ce Delta du Rhône, lisons le même fait dans Tite-Live, mort cent quarante-un ans après PoJibe , mais vivant dans un tems où les Gaules étaient bien mieux connues des Romains, qui en avaient fait la conquête , et qui , pour s'assurer la soumission des habitans , en avaient placé plusieurs dans leur sénat. Ce second historien, né lui-même à Padoue dans la Gaule cisalpine, n'avait pas besoin de venir chercher les habitans du pays comme l'Arcadien Polibe. Il avait en- core sur cet écrivain l'avantage de pouvoir consulter d'autres historiens qui avaient écrit en même -teins que lui ou après lui, tels que Trogue Pompée, et qui connaissaient mieux que lui le théâtre de l'expédition qu'il a ra- III. Sur Vile du Rhône, 1 7 contée avec tant d'éloquence. Il pouvait les juger par lui-même, puisque, comme je l'ai déjà observé^ ce théâtre était en quelque sorte celui de son enfance , et qu'il le connaissait parfaitement. Personne n'a cependant rendu plus de justice que lui à Polibe^ qu'il ne fait souvent que traduire. Je vais rapporter ses expressions, en me servant de l'élégante tra- duction de M. Bureau de Lamalle. Je la pré- fère à celle que j'ai donnée moi-même, pour que l'on ne pense pas que j'aie altéré le texte dans le sens que je crois qu'il doit avoir. a Après avoir ranimé les Carthaginois par « ses exhortations, Annibal leur ordonne de « prendre de la nourriture, du repos, et de « se préparer à partir. Dès le lendemain , prê- te nant sa route le long du Rhône en remon- « tant son cours, il gagne le milieu des terres, « non que ce fût le plus court chemin qui « conduisît aux Alpes ; mais parce qu'en se « tenant plus éloigné de la mer , il était moins « exposé à rencontrer les Romains , et qu'il « était résolu de ne les combattre qu'en Italie. « En quatre jours il arrive à l'île. C'est- là que « l'Isère et le Rhône , après s être précipités * des Alpes, chacun par un côté opposé, se i8 III. Sur Vile du Rhône. « rapprochent pour suivre une même dlrec- « tion, laissant entr'eux une certaine étendue «£ ment. » %o!^e^rà oi)t« -rotvTt îl^? TÉ)c/i«çi'o 'Kiu%u(7a.i. Même tome, page ii5, M. Gail cite i» ?I. Doucas qui donne d't|«?> la mauvaise glose x«Tà -ra^n', 2° des passages de Xénnphon et de Diodore, où le même tl*"' est mal rendu. Les commentateurs de ce dernier le traduisent par exinde , sens qu'adopte à peu près M. Schweigbceuser dans l'excellent index de sou Polibe : car il le traduit souvent par post. Le même M, Gail, en 1812, dans son édi- tion grecque du Nouveau-Testament, explique, p. 95 (saint Luc, chap. i ), un x«9«|>i' que 26 IV. Marche d'A'êria à Vile, Saci rendait, suivant l'usage, par ex ordine, ce qui a conduit M. Gail à cette version . « J'ai « cru , Théophile , qu'après avoir été exacte- « ment informé de toutes ces choses , je de- « vais vous en représenter par écrit toute la « suite. )j Cette explication , utile en grammaire , en chronologie et ailleurs, M. Gail l'a donnée, non-seulement en i8i 2, mais encore en 1807 , où M. Letronne était un de ses disciples les plus assidus , comme des meilleurs de son école ; et non-seulement M. Gail a expliqné cet abverbe , pag. 28 de ses observations sur Thucidides; mais on lui doit la justice d'ob- server qu'en donnant ce vrai sens-là , et en mille autres endroits, il s'est abstenu de repro- cher à Ducker, Gottleber et Casaubon de ne l'avoir pas bien compris. Au reste, on remarquera que dans certains cas, comme dans Polibe lui-même, livre III, chap. 112, I, édition de Schweighœuser, le sens d'î^^f est bien facile, parce que la phrase qui précède le détermine. J'ai donc été autorisé à traduire : « Annibal « ayant ordonné à ses généraux, » et plus littéralement « ayant fait faire une marche de « quatre jours de suite, arriva à y etc. » IV. Marche d^A'èrîa à Vile. 27 Je dis f( ayant fait faire ?j parce que le moyen 'n-oiv(rufievoç me paraît susceptible de ce sens. En effet, le verbe moyen exprime réciprocité, et de plus une action que l'on fait pour soi-même et par soi-même, on que l'on fait faire par d'antres pour son intérêt. Dans ce dernier sens (i), Xénophon dit de Cirus : a Les réunissant tous au lieu du ras- « semblement , il se les fait appeler » x«\€Tt«<. En parlant du même Cirus qui examinait pnr commissaires , Xénophon (2) dit iTnaxo-n-iiTcu. On ne dira pas que , dans ce dernier exemple, il s'agisse du sens « il examine pour son intérêt. •>'> Cette acception moyenne sera quelquefois ad- missible 5 mais ici elle est repoussée par le contexte : car lniffy.o'n-è7Tai est précédé par ces mots, cTro(rw ixn âvraç iî(roi' , dcpUlS le paS- sage (du Rhône ) vint à ce que l'on appelle l'île , c'est-à-dire que la préposition «to est ici rendue par <( depuis » , comme fesant mieux comprendre qu' « après, que la marche fut ainsi organisée depuis le passage du Rhône jusqu'à Mons Seleucus, Annibal vint à ce que l'on appelle l'Ile, tt^'S rii- ivaov , c'est-à-dire, qu'il s'arrêta à l'enlrée, comme l'observe fort bien M. Lelronne , en insistant sur la signi- fication de •Tfo? (i). La ville d'Orange est si bien à l'entrée de lîle , qu'une partie de cette ville est en deçà. Polibe dit donc qu' Annibal , de sa personne , s'avança jusqu'à Orange où il vit défiler ses troupes pendant quatre jours qu'il employa à faire sa négociation avec les deux frères qui se disputaient l'autorité à Orange dans le pays des Cavares , que le Scaras séparait des Allobroges. On voit que la préposition à^* a été mal expliquée en l'appliquant au tems qui a suivi le passage du Rhône, et précédé le départ (i) Journal des Savans, p. 3o. IV. Marche d^Aè'ria à Vile. 29 d'Annibal , comme l'a fait Casaubon dans sa version latine (i), ce qui avait fait croire qu'Annibal s'était éloigné du Rhône assez ra- pidement pour arriver avec toute son armée en quatre jours sur les bords de l'Isère, en. traversant le Roubion et la Drôme^ opinion véritablement absurde pour tous ceux qui connaissent les lieus. Tite-Live, au lieu de dire comme Polibe « pendant quatre jours de suite , » «l»»^ eVi Tirloc^aç i^ê^«? , s'cst scrvi de l'expression quartis castris ^ qui semble annoncer un qua- trième campement, et le traducteur a suivi cette idée ; mais cette expression amphibolo- gique d'un écrivain connu pour ne pas avoir l'exactitude militaire de Polibe, ne doit être [considérée que comme une simple traduction assez mal faite. C'est à l'original qu'il faut s'en tenir, et Polibe, en énonçant que Scipion s'était retiré le troisième jour après le passage jdu fleuve , et qu'Annibal avait ensuite conii- Qué sa route, a suffisamment exprimé que le général carthaginois ne s'est éloigné du Rhône iju'après la retraite du général romain , et (i) Typis Wechelianis» 1609, P* ^oa. 3o IV. Marche d*Aërîa à Vile. conséquemment qu'il a pu l'attendre , ce qu'il est très-naturel de penser. On observera qu'en lisant attentivement le texte de Polibe et celui de Tite-Live , il sera facile de reconnaître que Scipion, après son débarquement sur les côtes de la Gaule, avait cru trouver Annibal sur la route d'Espagne au Rhône, en sorte qu'il n'était pas sur la rive gauche du Rhône , comme l'ont cru quelques modernes, et qu'il n'avait nul besoin de pas- ser la Durance , soit qu'il eût débarqué en Languedoc, soit qu'ayant débarqué en Pro- vence, il eût passé le Rhône à Ugernum ( Tarascon ) , comme le fesaient les Marseillais pour aller en Espagne par terre. Voyez l'ar- ticle Pons œrarius dans la Notice des Gaules par d'Anville. Telle est du moins ma manière de voir ei de comprendre la marche d' Annibal jusqu'È son île. Je ne la donne pour règle à personne en aucune manière. Le correspondant de Annales Militaires prouve assez bien qu An- nibal n'a pu s'avancer en quatre jours jusqu'i l'Isère , et cela n'était pas difficile à démontre pour un militaire qui connaît les lieus, et qu sait ce que c'est que de faire mouvoir un armée de cinquante mille fantassins, neuf mill IV. Marche d'At'rîa à l'Ile, 3i cavaliers et de trenle-sept éléplians } mais quand cet écrivain fait aller les Carthaginois jusqu'au Roubion pour y trouver une île for- mée avec trois rivières et des montagnes, il me semble qu'il s'écarte du texte de Polibe , qui ne parle que de deux rivières , et plus encore de celui de Tite-Live, où il n'est ques- tion que d'une petite île. Il se crée donc une nouvelle difficulté qui n'a de solution que dans mon sistème. C'est ce que je le prie d'examiner lui-même avec attention. Toute cette discussion n'est pas d'une grande importance pour les lecteurs ordinaires, ni même pour les écrivains ''modernes qui ne se piquent pas ordinairement d'une si scrupuleuse exactitude j mais je crois que les amateurs de l'antiquité me sauront gré d'avoir mis d'accord Polibe et Tite-Live autant qu'il était possible ; car c'est les mettre d'accord il que de rendre raison des petites différences 8! qui existent entr'eux , et d'en expliquer la cause. Au reste , ce que je dirai dans les ar- ticles suivans achèvera de lever tous les doutes qui peuvent rester dans l'esprit du lecteur même le plus prévenu contre mon opinion. s 2 V. Ile ou Délia de Polibe» §. II. Quelle est l'Ile décrite par Polibe et Tite'Lwe? V. Si l'on veut prendre à la lettre le texte de Polibe , on pourra croire que son Delta avait la grandeur de celui d'Egipte : mais Tite-Live nous dit que ce n'était qu'un petit espace de terrain , agrî aliquantùm , comme écrit M. Bureau de Lamalle, qui traduit « une certaine étendue de plaines, » ce qui ne con- viendrait nullement à la prétendue île des Allobroges , presqu'entièrement formée de terrains montueux et peu fertiles. D'autres éditions écrivent agri aliquantulùm ; et comme les copistes sont plutôt portés à re- trancher qu'à ajouter , il paraît que c'est la véritable leçon, et qu'il ne s'agit ici que d'une petite étendue de plaines , description qui convient parfaitement à l'île de ma carte. L'écrivain grec qui avait fait la route d'Es- pagne à Turin par Arles, comme on la fesait ordinairement, et qui n'avait conséquemment V. Ile ou Délia de Polibe, 55 pas vu les lieus comme Trogue Pompée , a donc ici un peu exagéré contre son ordinaire , et nous serions fort embarrassés de trouver dans l'endroit dont il est ici question, une île aussi étendue. Soit au quatrième campement comme l'affirme Tile-Live, soit dans un lieu plus rapproché comme nous verrons bientôt qu'il faut la chercher, il me semble que nous devons préférer ici l'assertion de Tite-Live , qui observe que celte île n'embrassait qu'un petit espace de îeTTa\n,aliçuanlùm , et même, suivant les meilleures éditions , aliquantulùm Cette première difficulté vaincue, il en reste une seconde qui n'est pas moins embarras- sante j c'est de trouver la rivière appelée Sca- ras par Polibe, Bisarar par Tite-Live, et l'île qu'elle a servi à former. C'est ici que les criti- ques modernes se sont donné carrière. Ils ont (i) C'est ainsi qu'écrit la belle édition de Tite- Live, imprimée à Paris, ea iS/S, dans le texte comme dans les notes faites par Charles Sigonias et Joannes Saxonius Hatstedii , sur des éditions plus anciennes. Ces deux commentateurs sont placés , savoir : Jeaa le Saxon, sous l'an 1547, et Sigonias sous l'an i55o , dans V Onomasticon de Saxius. 3 34 V . Ile ou Delta de Poltbe. altéré le texte de Tile-Live, et même celui de Polibe, pour faire insérer la Saône arar, dans le texte de ces historiens , et cette opinion a long-tems été celle de tous les savans. La belle édition imprimée par Wechel en 1609, par les soins d'Isaac Casaubon , qui , dans sa préface, assure avoir consulté plusieurs manus- crits, fait dire à Polibe t« ixh yà,^ l Po^àw? , tî ^\ l Afojf a? , et c'est d'après lui que dom Thuillier a traduit la Saône. Mais pour cela il fallait faire aller Annibal jusqu'à Lion, et l'on a vu que Man- dajors avait détruit cette opinion, en lisant Jsara dans Tile-Live. Il n'en a pas coûté da- vantage aux critiques modernes de créer un nouveau nom, en lisant « ivû^a^ dans Polibe, afin de favoriser l'opinion de Mandajors, qui me paraît absurde , en fesant une île de ce qui 3î'a certainement jamais été appelé ainsi par personne, et en plaçant au centre des AUo- broges cette île que Tite-Live dit seulement être voisine des Allobroges. Ces deux noms, Scaras elBîsarar, surtout Sï, fesant l'article » avec le commencement de Scaras , on le réduit à « Af«ç, et fesant ibi avec ie commencement de JJisarar, on lit dans .Tite-Live ibi arar ou ibi aras, deviennent ab- solument les mêmes, et on ne lit point Âf«(o;, V. Ile ou Delta de Polihe, 55 &ii lieu de A^aç(i), ouI<^«fa?5aulieud'iff«f;carim traducteur de Strabon doit connaître les noms grecs de son texte. Ce géographe fait cinq fois mention de l'Isère , qu'il nomme quatre fois Tou icra^oç au génitif (2), et une fois t-»" lo-afO" (3) à l'accusatif. Or , tous ceux qui connaissent uu peu les règles de la déclinaison grecque, sa- vent que cet accusatif pourrait indiquer i^raçoî pour nominatif, si les quatre exemples du gé- nitif i''^»5 qui est celui dont se sert Polibe pour désigner son Delta ^ et qui signifie quelquefois presqu'île, du moins dans la composition des mots, comme dans le Péloponèse, pour faire ce Delta avec deux rivières et des montagnes. M. de Mandajors est le premier des modernes que je sache avoir eu cette opinion. 11 a lu Isara dans les textes de Polibe et de Tite - Live, qu'il a corrigés sans le secours d'un seul manuscrit, et d'Anville a suivi son opinion. Elle a été adoptée par M. de Luc , qui en forme le territoire des AUo- broges. Mais Polibe dit, au contraire, que ce fut après être sorti de cette île, qu'Annibal (i) Hist. du Passage ,d«s Alpes , p. ^jy V. Ile ou Delta, 45 entra sur le territoire des Allobroges, et qu'il y entra en tremblant, c'est son expression (i). Tite-Live, après l'avoir décrite comme une aie véritable, ainsi qu'on l'a vu plus haut, ajoute : ^ccolunt prope ^llobroges. a Au- « près de ce lieu habitent les AUobroges. n Les deux historiens s'accordent donc sur ce point, qui suffit pour détruire le sistême de MM. de Mandajors et de Luc. L'auteur qui a écrit dans les Annales Mili- taires a parfaitement bien senti cette difficulté. Il a compris que l'ile prétendue, formée par le Rhône et l'Isère, serait beaucoup trop grande pour les expressions employées par Tile-Live; il a trouvé avec raison l'Isère trop éloignée de Roquemaure et d'Aëria pour qu'Annibal y fut arrivé à son quatrième campement , et il mo- tive très-bien cette opinion; il forme son île avec trois rivières et des montagnes, et la place à Montélimar, entre le Roubion et l'I- sère, sa base appuyée sur le Rhône. Mais il n'y a nul rapport entre le mot Roubion et Scaras ni Bisarar. Je ne sais où il prend que le mot îon signifie eau dans la langue (î) Antiquités de Vauclnse, p. 184. 44 V. Ile ou Delta: celtique; il me cite pour le prouver, et je n'aî jamais rien dit de semblable; il veut dériver Roubion de Bicarus , que Suarès dit signifier l'Eygues. Le Roubion est un véritable torrent. L'emplacement qui se trouve entre ce torrent et risère peut-il s'appeler une île ? Celle de TEygues et de la Meyne, par le canal qui les joint dès la plus haute antiquité, en forme, au contraire, une tellement véritable, que d'Anville la met comme telle dans sa carte de l'expédition d'Annibal, comme dans toutes celles qu'il adressées, et où se trouve cette petite contrée. On la trouve plus ancienne- ment dans un petit atlas gravé en i585, et dans une carte particulière de la principauté d'Orange, où la rivière qui traverse cette ville est évidemment confondue avec l'Eygues par le discours qui accompagne cette carte. Dans ce discours, la rivière est nommée l'Ar- gence , prenant sa source où est celle de l'Ey- gues, qui peut-être autrefois a coulé naturelle- ment par cette seconde branche. En supposant cependant qu'elle ne soit qu'artificielle , le ca- nal de jonction est nécessaire pour un double objet j d'abord, pour diviser les eaux de l'Ey- gues, qui inonderaient le territoire d'Orange, sans cette dérivation^ ensuite , pour augmenter V. Hé ou Delta. 4^ la masse des eaux que la Meyne conduit à Orange, plus encore autrefois qu'à présent, que cette ville a beaucoup perdu de son an- cienne splendeur. Arausio, c'est le nom qu'on lui donnait du temps d'Annibal , paraît avoir été la capitale des Cavares avant Avignon , et cette ville était le séjour d'une légion sous les Romains. Polibe ne dit pas que les montagnes, que j'affirme être le rocher de Montfaucon, forment , mais bordent un des côtés de l'île , et c'est le côté que forme le Rhône. C'est ainsi du moins que dom Thuillier a cru devoir ex- pliquer le texte de Polibe, qui, sans cela, au- rait été contraire à celui de Tite-Live, où il ne paraît être question que d'une île véritable. D'après cette explication, rien n'est assuré- ment plus clair , ni plus facile à comprendre. Je crois avoir levé tous les doutes sur l'île de Polibe et de Tite-Live. Deux ponts à pas- ser, dans une même journée , sur deux rivières qui peuvent êire considérées comme n'en fai- sant qu'une seule, et qui ont pour bassin un espace de trente lieues de longueur sur une ' assez grande largeur, qui ont conséquemment assez d'eau pour ne pouvoir être passées à pies joints en cet endroit , comme cela a été dit par quelqu'un qui n'y a sans doute jamais 46 V. Ile ou Delta, été, ces deux ponts, dis-je, ont dû naturelle- ment faire donner le nom d'île au terrain inter- médiaire, par une armée qui mettait quatre jours à le traverser, et qui a pu s'exagérer sa grandeur. On ne doit pas être surpris que la possession en fut disputée par les Allobroges, qui autrefois, disait Strabon (i), en parlant d'un tems peu éloigné de celui de Tite-Live, fesaient la guerre avec des armées nombreuses. M. R..., qui a fait la note de la Bibliothè- que de Genève (2) , convient que l'île des Al- lobroges de M. de Luc, la même que celle de Mandajors, n'a pas la forme du Delta d'E- gipte, et il reconnaît que, du tems de Polibe, la géographie était extrêmement imparfaite. Cette science , dit aussi M. de Luc (5) , était alors bien éloignée de ce degré d'exactitude qu'elle a atteint de nos jours. Si, donc, M. de Luc est autorisé à n'admettre qu'en partie le texte de Polibe en cette occasion, il m'est per- mis d'en faire autant. Mon ile, surtout dans la (i) Lirre IV, i, p. z8 da tome 2 de la traduc- tion française» i (2) P. 149. (3) Hist. du Pacage des Alpes , p. 88« V. Ile ou Delta. 4? earte du comté Venaissin , faite par d'Anville en 1745, a la forme du Delta sans en avoir l'étendue; et c'est ce qui a fait que Tite-Live, au tems duquel ce Delta des Celtes était beau- coup mieux connu, a eu soin d'observer que cette île ne renfermait qu'un territoire très- borné. Il a seulement ménagé Polibe, en ne le critiquant pas comme il aurait pu le faire , et celte attention pour un historien aussi respec- table ne peut que lui faire honneur, sans rien diminuer de la force de son témoignage. Je crois donc avoir encore ici concilié les deux auteurs sans lesquels il nous est impossi- ble de faire un pas dans la carrière où je me suis engagé. Je crois surtout avoir étudié la marche d'Annibal, autant que la connaissance parfaite des lieus permettait de le faire. Je n'ai pas l'honneur d'être académicien d'Aix, où je ne savais pas même qu'il y eût une aca- démie. Je ne l'ai appris que très-récemment, et je sais qu'elle a pour secrétaire perpétuel M. Gibelin, homme de lettres très-distingué (i), (i) Voyez soa article, dans la Biographie de» Ilommes yivaiiS} publiée par M. Michaud, tome 3, page 263» 48 V. Ile ou Delta, dont je m'honorerais d'être le collègue. Mais j'étais propriétaire du Larapourdier, sur la Meyne, avant M. le général Chabran ; je savais donc très-bien que la Meyne n'était pas rEy- gués; mais je crois savoir de plus que la réu- nion de ces deux rivières remonte à la plus haute antiquité, ainsi que la ville d'Orange, à laquelle cette réunion est absolument néces- saire, comme le prouve la seule inspection de la carte du Comté Venaissin, gravée par d'Anville en juillet 1 74^ , et où il a compris les diocèses d'Avignon, Carpentras, Vaison, Ca- vaillon, Orange et Saint-Paul-Trois-Châteaux; elle est très-bien faite. L'île d'Annibal y est parfaitement dessinée , ainsi que l'ancien aque- duc d'Orange et son arc de triomphe. Soit que l'Eygues se joignît au Rhône plus au nord, dans le tems qu'elle a été dessinée, soit qu'elle soit plus exacte que la carte de Casslni ,' sa forme est absolument celle d'un Delta dont la base a 2,3oo toises , et la hauteur 6,000. On sent que les embouchures d'un torrent peuvent avoir changé de direction dans l'espace de plus de deux mille ans qui se sont écoulés depuis l'expédition d'Annibal. A une telle distance, ce que j'ai dit me paraît suffisant pour démon- trer l'existence et la situaiioa de l'île, ou V. Ile ou Delta. 49 Delta , dont je vais chercher quels furent les habitans. §. III. Quel peuple habitait Vile ou Delta du Rhône ? Vî. Il faut encore ici recourir au texte de nos deux historiens , pour bien se pénétrer de leur récit. Je rapporterai d'abord celui de Polibe. ff Annibal trouva dans cette île deux frères « qui, armés l'un contre l'autre, se dispu- « taient le royaume. L'aîné mit Annibal dans u ses intérêts , et le pria de l'aider à se main- te tenir dans la possession où il était. Le Car- et thaginois n'hésita point j il voyait trop com- fc bien cela lui serait avantageux. Il prit donc (c les armes , et se joignit à l'aîné pour chasser « le cadet. Il fut bien récompensé du secours « qu'il avait donné au vainqueur. On fournit « à son armée des vivres et des munitions en K abondance. On renouvela ses armes , qui f< étaient vieilles et usées, La plupart de ses 4 5o YI. Hahitans de Vile du Rhône, a soldats furent vêtus, chaussés, mis en état a de franchir plus aisément les Alpes. Mais a le plus grand service qu'il en reçut, fut que (( ce Roi se mit avec ses troupes à la queue (( de celles d'Annibal, qui n'entrait qu'en (c tremblant sur les terres des Gaulois, nom- u mes AUobroges, et les escorta jusqu'à l'en- « droit, d'où l'armée devait entrer dans les a Alpes. 5) « Tant qu'elle fut dans le a plat pays , les chefs des Allobroges ne l'in- n quiétèrent pas dans sa marche, soit qu'ils (c redoutassent la cavalerie carthaginoise, ou a que les Barbares dont elle était accompa- (c gnée les eussent tenus en respect. Mais a quand ceux-ci se furent retirés, et qu'Anni- u bal commença d'entrer dans les détroits des a montagnes, alors les Allobroges coururent, (C en grand nombre, s'emparer des lieus qui «. commandaient ceux par où il fallait que a passât l'armée d'Annibal. j) Ce texte est extrêmement clair , et ceux qui, comme M. de Luc, s'en tiennent exclusive- ment au texte dePolibe, ne peuvent confon- dre les habitans de l'ile avec les Allobroges. En effet, ces habitans étaient les Cavares, ainsi que nous l'apprenons de Strabon, qui place VI. Habîtans de Vile du Rhône. 5i ces peuples depuis Cavaillon jusqu'à la jonc- tion du Rhône et de l'Isère (i), y compre- nant ainsi les Tricasiini et les Ségalauni; mais il s'explique ensuite, en disant (2) que les Cavares occupent la rive du Rhône opposée aux Volques, et que ce nom de Cavares a tellement prévalu sur celui des autres peu- ples, qu'on le donne à tous les barbares leurs voisins. Quant aux AU obroges, il les place de l'autre côté de l'Isère, leur donnant Vienne pour ca- pitale (5), et dit qu'ils touchaient les Vocon- ces (4). On voit qu'il est parfaitement d'accord avec Polibe, qui les distingue des Cavares , que Tite-Live semble n'avoir pas connus , puisque cet historien latin prétend que les Volques occupaient les deux côtés du Rhône contre le témoignage de Strabon. Quant aux Allobroges, il s'écarte formellement du récit de Polibe, en leur donnant les deux chefs dont il parle aussi en ces termes (5) : (i) Livre 4, i , 9, p. 25 de la traduction française. (2) Jd. livre 4, i, 10, p. 29 de la tradaction, (3) Ici. livre 4, i , g, p. 27 de la trad. (4) Id. livre 4 , Vi , 3 , p. go de la trad. (5) Livre xxi, chap. 3r , p. gr de la trad. franc. 52 VI. Habitans de Vile du Rhône. « Près de l'île , se trouvent les Allobroges , « nation qui ne le cède à aucune autre de la « Gaule, en puissance et en gloire. Elle était « alors divisée par la rivalité de deux frères « qui se disputaient la couronne. L'ainé , « nommé Brancus, venait d'être dépossédé « par son cadet qui, soutenu des jeunes guer- « riers du pays , avait la force au défaut des « droits légitimes. Annibal étant survenu fort « à propos dans ce moment, le jugement de « ce démêlé fut remis à sa décision j et, de- « venu l'arbitre d'une couronne, il remit l'aîné « en possession du trône, ce qui avait été <( l'avis des vieillards et des principaux chefs. « En récompense de ce service, Brancus four- « nit abondamment à l'armée d' Annibal , des « vivres et des provisions de toute espèce, « des habits surtout, dont les froids rigoureux « qui ont toujours décrié les Alpes, avertis- « saient de se prémunir. Ayant ainsi apaisé après avoir traversé l'île formée par les deux branches de l'Eygues. Polibe a bien pu donner à cette rivière le nom de •jrorct/j.k , qui n'a pas (l) Voyage du jeune Anacharsis, Tables, p. LXI, Note de M. de Sainte-Croix. Voyez les observations sur ce sujet, placées en tête de la traduction française de Strabon L'antenr, p. 65, évalue le mille romain non à -^56 toises, mais à 760 t. 107 millièmes. Cette différence n'est pas d'uae assez grande importance ici, pour que je l'examine en ce moment. 5 66 IX. Marche du Rliône d'autre signification. Cet historien dit qu'An- iiibal marcha pendant dix jours pour faire environ 800 stades. D'après l'évaUialion donnée dans l'article précédent, ces 800 stades font plus de 35 lieues communes on géographiques. Ce ne seraient que 3o lieues de 25oo toises, et 600 toises (i), ou Uente de ces lieues et un quart* Ces mêmes 8co stades feraient 100 milles romains, et conséquemment lO milles romains par jour. Annibal n'en pouvait faire davantage idans une route qui n'en était véritablement pas une, mais qui le conduisait à Mons Se- ieucus , où il prenait celle qui est tracée dans l'itinéraire d'Antonin, et que d'Anville a don- née dans sa carte, de la même manière qu'on le verra dans la mienne. Ce Mons Seleucus est aujourd'hui la Bâtie, sur le mont Saléon, en Dauphiné (2), dans le département des Hautes- Alpes, arrondissement de Gap» Jus- (0 Id. p. 78. (2) Dictionnaire d'Antiquités , dans l'Encyclopédie par ordre de matières, t. 2 , p. 395. Voyez surtout la Notice de la Gaule, par d'Anville. Paris, 1760, p. 464, art. Mons Seleucus. On trouvera son empla- cement décrit et bien dessiné dans l'Histoire des Hautes* Alpes , Paris , 1820 , p. 96, à Mons Seleucus. 67 tjtie là , Annibal marcha sur la rive droite de l'Ejgues, et peut-être même quelquefois dans le lit de cette rivière, qui forme de petites îles où les éléphans pouvaient mettre le pie. Un lieu sur les bords de la rivière, appelé les Piles ^ qui, en grec, signifie Portes (i), rap- pelle encore le souvenir du point où ce Ht se rétrécissant, devient en quelque sorte la porte des Alpes de ce côté-là, c'est-à-dire, un peu au-dessus de Nions. Tite-Live , sans décrire les lieus , ni compter les jours et les distances avec cette précision > donne une circonstance de plus en disant qu'Annibal ne s'avança pas vers les Alpes , par le chemin direct, mais qu'il se détourna en laissant les Tricastins à sa gauche , et qu'il côtoya l'extrémité des Voconces (2). En effet, sa route aurait été plus courte et plus facile par Apt, où il aurait pris le second chemin des Alpes, tracé dans l'itinéraire d'Antonin, Mais il se serait trouvé là en quelque sorte, sur le territoire des Phocéens-Marseillais , où (i) Snarès favorise cette opiaioa, ea donnant aqï Piles le nom latin Pylce, qui a la même acception» (2) Antiquités de Yauclnse, p. i8r« 68 IX. Marche du Rhône les Romains auraient pu l'attendre, et c'est ce qui l'empêcha de suivre cette marche d'ailleurs si naturelle. Un des plus forts argumens que j'aye em- ployé contre le sistême de Mandajors, est celui que je viens de rapporter d'après Tite- Live, qu'Annibal, au sortir de l'île, se dé- tourna en laissant les Tricastins à sa gauche, et côtoyant l'extrémité des Voconces. Le der- nier défenseur de ce sistême n'a pas été em- barrassé de cette difficulté j il prétend que Tite-Live n'a pas parlé de la gauche d'An- nibal, mais de la sienne (i), et il cite pour le prouver, une erreur de Quinte-Curce, à qui M. de Sainte-Croix en a reproché tant d'au- tres, dans son examen critique des Historiens d'Alexandre (2). Je ne prononcerai pas sur le mérite de cette réponse j je me contenterai d'observer que peut-être vaudrait-il mieux ne pas se proposer de telles difficultés que de les résoudre ainsi. On a vu que la marche d'Annibal n'était pas rapide, puisque Polibe ne lui fait faire (r) Journal des Savans, janvier i8ig, p. 33. (2) Paris, 1804, p. iio, 670, 6qS, 718, etc- à Mons Seleucus. 69 que dix milles romains par jour. Cependant la longueur de l'Eygues est nécessaire pour compléter cet intervalle. L'auteur qui a écrit dans les Annales Militaires , n''a pas fait cette observation en lui substituant le Roubion. Comment Annibal aurait-il pu faire trente lieues en le suivant ? Il se serait d'ailleurs beaucoup trop écarté de sa route, et aurait été obligé d'aller passer par Die. Aussi cet auteur n'explique nullement les dix journées faites par Annibal, le long de la rivière qui, venant des Alpes, s'unissait au Rhône par une double embouchure. L'auteur qui a écrit dans le Journal des Savans, m'oppose ici un argument qu'il a puisé dans l'ouvrage de M. de Luc, où il au- rait mieux fait de le laisser. 11 observe que Polibe compte 1400 stades du passage du Rhône jusqu'à la montée des Alpes, et que, dans un autre endroit, il dit qu' Annibal a parcouru 800 stades, depuis l'ile jusqu'à la montée des Alpes; de là, cet auteur conclut qu'il y avait 600 stades depuis le passage jus- qu'à l'île : mais s'il avait lu Polibe avec plus d'attention , il n'aurait pas tiré cette conclu- sion qui me parait évidemment fausse. Pour le 'jo IX, Marche du Rhône prouver, examinons avec altenlion les deux ])assages. Dans le premier il dit : « ( Les Cartliagi- « nols) ayant passé le détroit où sont les « Colonnes d'Hercules, se soumirent toute « l'Espagne jusqu'à ces rochers, où, du côté « de notre mer, aboutissent ces monts Piré- « nées qui divisent les Espagnols d'avec les « Gaulois. Or, de ces rochers aux Colonnes « d'Hercules, il j a environ huit mille stades j V car on en compte trois mille depuis les Co- « lonnes jusqu'à Carthagène, ou la nouvelle « Carthage , comme d'autres l'appellent : de- « puis cette ville jusqu'à l'Ebre, il y en a « deux mille deux cens : depuis là jusqu'aux « Marchés, seize cens, et autant des Marchés « jusqu'au passage du Rhône , car les Romains «< ont distingué cette route avec soin par des V espaces de huit stades. Depuis le passage « du Rhône, en allant vers ses sources jus- « qu'à ce commencement des Alpes, d'où l'on « va en Italie, on compte quatorze cens stades. « Les hauteurs des Alpes, après lesquelles on « se trouve dans les plaines d'Italie, qui sont « le long du Pô, s'étendent encore à douze « cens stades. Il fallait donc qu'Annibal tra- à Mons Seleucus. 71 * versât environ neuf mille stades, pûur ve-> * nir de la nouvelle Canliage en Italie. H « avait déjà fait la moitié de ce chemin ; mais avait sous les ieux tous les historiens contemporains. Or, les Tau- (1) Lettre de M. Anibroise Tardicu, du 3o juil- let 1818. (2) Tlte-Live le nomme Mogule, et dit que c'était na petit roi de la uatioa des Boïens (XXI , 29, p. 8-, de la traductioa française). Il sera difficile d'expli- quer quels sont les peuples que cet historien appelle ainsi , si l'on ne regarde pas les Tauriniens comme fesant partie de ces anciens Boïens , descendus au- trefois en Italie à la suite de Bellovèsc. (S) Ducentibiis Taurinis. (4) Saxii ononiasticon, t. i, p. 3^j^ à Mons Seleucus. 73 rinlens n'auraient certainement jamais imagine d'aller remonter le Rhône jusqu'à l'Isère (i) , pour s'éloigner de leur route «l'un espace de 600 stades, ou de plus de 24 lieues qu'ils n'auraient parcouru que pour rendre leur che- min plus long et plus difficile, même à partir de ce point. Il était au contraire tout simple qu'ils prissent le plus tôt et le plus directe- ment la route de Briançon , qui était très- fiéquenlée, à cause du commerce entre Mar» seille et Turin. Si , au lieu d'altérer le texte de Polibe, pour jWie Isaras , qui ne se trouve dans aucun ma- nuscrit, et qui n'est pas même un mot grec, on le laisse tel qu'il est; cela sera d'autant plus convenable, que Tite-Live ne méritera (i) Ce passai:;e a paru tellement difficile à d'An— •ville, à cause de la Drôme qu'il faut traverser, que dans son itinéraire ancien il trouve moins d'incouvé- niens à faire traverser deux fois le PJiône aux voya-^ geurs pour faire cette route. Si ce qu'il affirme h ce sujet à l'article Baliana de sa Notice de l'ancienae Gaule est exact, qu'on me dise comment, en quatre jours, Annibal a passé deux fois le Pdiôiie avec toute son armée, pour arrivera Valence. C'est certaine-» meut ce qui aurait été tout-à-fait impraticable. 76 IX. Marche du Rhône plus le reproche d'aucune contradiction , et que toutes les parties de son texte seront par- faitement d'accord ensemble. Annibal laisse les Tricastins à gauche, et passe la Durance , comme le dit cet historien, après avoir d'a- bord côtoyé, ensuite traversé l'extrême fron- tière des Voconces , et traversé les Tricoriens , ainsi qu'on le verra dans l'article suivant. Quant aux 800 stades environ qu' Annibal avait fait parcourir à son armée pendant dix jours, cette distance l'avait conduit à Mons Seleucus y où les chefs des AUobroges l'in- quiétèrent selon Polibe. Aussi Annibal n'était entré qu'en tremblant sur les terres de ces peuples, comme ajoute cet historien, ce qui prouve que les chefs de son Delta n'étaient point AUobroges, ainsi que je l'ai déjà ob- servé (VII). Mais les Tricorii fesaient peut- être partie de leur pays, comme ils ont fait depuis partie du Dauphiné j ou les AUobroges proprement dits , tels qu'on les voit placés sur ma carte, et auxquels Strabon donne Vienne pour capitale , avaient pu venir à Gap , par la route de Valence, ou par celle de Grenoble. Il est clair par ce passage, qu'après être parvenu à Mons Seleucus, et conséquemment sur la route de Valence à Turin, Annibal à Mons Seîeucus. 77 s'était approché des Allobroges. Ceux-ci s'é- taient vraisemblablement réunis à Gap, d'où, s'étant avancés jusqu'à Mons Seîeucus, ils lui disputèrent le passage de la route avec beaucoup d'opiniâtreté, ainsi que le prouve- ront les détails que nous a conservés Polibe, et que je vais rapporter après lui. §. III. Marche d'^nnibal, de Mons Seîeucus à Briancon. X. Il paraît que Polibe, qui ne connais- sait pas la route du Rhône à Mons Seîeucus, parce qu'il avait dii suivre avec Scipion celle d'Arles, qui était plus fréquentée, ne fait com- mencer les Alpes qu'à Mons Seîeucus, puis- qu'il s'exprime ainsi (i) : * Annibal avait déjà marché pendant dix « jours, et avait fait environ 800 stades de (i) Livre 3, chap. 10, t. 2, p. 61, dans la tra- duction française. Paris, 1754. '^8 X. Marche de Mons Seleucus > Ce passage est parfaitement d'accord avec ma carte où Annibal , après avoir long-tems côtoyé la Durance, la traverse à Rama, ap- pelée aujourd'hui Rame, puis au-dessus et au- dessous de Briançon ; mais M. de Luc le fait marcher bien loin de cette rivière, et le che- valier Folard , qui adopte le sistème de Man- dajors , dans sa carte en perspective de la marche de Vizille à Turin , ne fait passer la Durance aux Carthaginois qu'au-dessus de Briançon, à un endroit si voisin de sa source , qu'elle ne peut opposer aucune difficulté sé- rieuse à ceux qui la veulent traverser (t). Aussi Folard reproche-t-il à Tite-Live l'amour de la fiction et du merveilleux (2); mais c'est de son propre sistème qu'il aurait dû se défier. (i) Voyez celte carie, t. 2 de réditloa de Paris, 1704, en regard de la page 71» (2) ïd. p. 72. à Brîançon^ gS La toute que j'ai tracée est la seule qui aille directement à l'est , comme le dit Polibe (i), qui laisse les Tricastins à gauche en côtoyant l'extrême frontière des Voconces comme le dit Tite-Live (2), qui traverse ensuite les Voconces comme l'assure Strabon (3), qui enfin traverseles Tricoriens et passe la Durance comme l'écrit Tite-Live (4) ; en un mot, qui satisfasse à tous les passages des auteurs anciens expliqués les uns par les autres. Je suis donc suffisamment autorisé à dire que je suis parfaitement d'ac- cord avec Tite-Live et Polibe , dignes rivaux l'un de l'autre , fortifiés par le témoignage de Silius Italiens (5), qui fait marcher Annibal sur la frontière des Tricastins , et par celui (i) III, 47* ^'^^ ''"''' '®' (2) N** 36. ^d Levant in Tricastinos Jlexit : inde ■per extremam oram Vccontiorum agri tetendit in Tri-^ corios. (3) II, I, 10, tome II, page 3o de la traduction française. « La route va directement de Nîmes aux « Alpes , à travers le pays des Voconces. » (4) Ah Druentid campestri maxime ilinere cum bond pace ad Alpes incoleniium petveniU (5) De Bello punicoj lib. 3, vers ^63 — 466* 94 X. Marc, de Mons Seleuc. à Brianç. d'Ammien Manellin. Je ne crois pas qu'aucun doute raisonnable puisse subsister encore dans l'esprit de tout homme sensé sur ce point de critique ancienne dont l'examen méritait d'oc- cuper les savans. En général , si nous voulons connaître l'his- toire ancienne , il faut lire attentivement les auteurs contemporains dans leurs textes, en les dépouillant de toutes les conjectures mo- dernes et en les conciliant entr'eux, bien loin d'y chercher des contradictions pour substituer nos idées aux leurs , pour imaginer les faits au lieu de les raconter. C'est avec ces principes que nous allons dis- cuter la dernière partie qui nous reste à exa- miner de la marche d'Annibal. X. Marche de Brlançon à Turin, g5 §. IV. Marche d'udnnibal, depuis Brîançon jusqiCÛL Turin, XI. Ecoutons d'abord Polibe sur cette dernière partie de la route d'Annibal (i). « On était alors sur la fin de l'automne , a et déjà la neige avait couvert le sommet u des montagnes. Les soldats, consternés par «( le ressentiment des maux qu'ils avaient « soufferts j et ne se figurant qu'avec effroi « ceux qu'ils avaient encore à essuyer, sem- « blaient perdre courage. Annibal les assem- « ble ; et comme du haut des Alpes , qui « semblent être la citadelle de l'Italie , on voit « à découvert toutes ces vastes plaines que le « Pô arrose de ses eaux , il se servit de ce « beau spectacle , l'unique ressource qui lui (i) Histoire de PolyLe, III, ii, p. 64 du tome 2 de la traduction française de i704« 96 XI. Marche de Brîançon « restait, pour remettre les troupes de leur « frayeur. En même tems il leur montra du V doi^'l où Rome était située, et leur rappela « quelle était pour elles la bonne volonté des « peuples qui habitaient le pays qu'elles « avaient sous leurs ieux. Le lendemain il « lève le camp , et commence à descendre. « A la vérité, hors quelques voleurs qui s'é- « taient embusqués, il n'eut point là d'ennemis « à repousser : mais l'ûpreté des liens et la « neige lui firent perdre presqu'autant de « monde qu'il en avait perdu en montant. La « descente était étroite , roide et couverte de « neige. Pour peu qu'on manquât le vrai che-; « min, on tombait dans des précipices affreux, tf Cependant, le soldat endurci à ces sortes « d'accidens, soutint encore courageusement « celui-ci. Enfin l'on arrive à certain défilé « qui s'étend à la longueur d'un stade et demi , « et que les éléphans ni les bêtes de charge « ne pouvaient franchir. Outre que le sentier « était trop étroit , le penchant déjà rapide « auparavant, l'était encore devenu davan- « lage depuis peu par un nouvel éboulement « des terres. Ce fut alors que les troupes fu- «< rcnt saisies de frayeur , et que le courage « commença de leur manquer. La première à Turin. 97 « pensée qui vint à Annibal , fut d'éviter le « défilé par quelque détour : mais la neige ne « lui permit pas d'en sortir. Il y fut arrêté par « un incident particulier, et qui est propre à « ces montagnes. Sur la neige de Ihiver pré- « cèdent , il en était tombé de nouvelle : « celle-ci étant molle et peu profonde, se « laissait aisément ouvrir ; mais quand elle « eut été foulée et que l'on marcha sur celle « de dessous , qui était ferme et qui résistait, « les pies ne pouvant s'assurer , les soldats « chancelans fesaient presque autant de chutes « que de pas, comme il arrive quand on met « le pié sur un terrain couvert de glace. Cet « accident en produisait un autre encore plus « fâcheux. Quand les soldats étaient tombés « et qu'ils voulaient s'aider de leurs genoux , « ou s'accrocher à quelque chose pour se re- « lever , ils entraînaient avec eux tout ce qu'ils « avaient pris pour se retenir. Pour les bêtes « de charge , après avoir cassé la glace en se « relevant, elles restaient comme glacées elies- « mêmes dans les trous qu'elles avaient creu- c< ses , sans pouvoir , sous le pesant fardeau « qu'elles portaient, vaincre la dureté de la « neige qui était tombée là depuis plusieurs 7 g8 XI. Marche de Briançon « années. Il fallut donc chercher un auirô « expédient. « Il prit le parti de camper à la tête du « défilé \ et, pour cela, il en fit ôter la neige. « On creusa ensuite par ses ordres un chemin « dans le rocher même ; et ce travail fut poussé « avec tant de vigueur, qu'au bout du jour « qu'il avait été entrepris , les bêtes de charge « et les chevaux descendirent sans beaucoup y de peine. On les envoya aussitôt dans les « pâturages, et l'on établit le camp dans la « plaine, où il n*était pas tombé de neige. ;« Restait à élargir assez le chemin pour que 1« les éléphans y puissent passer. On donna \u celte tâche aux Numides, que l'on partagea l« par bandes qui se succédaient les unes aux «( autres, et qui purent à peine finir en trois « jours. Au bout de ce tems les éléphans des- « cendirent, exténués par la faim, ne pouvant « qu'avec peine se soutenir. Car quoique sur «[ le penchant des Alpes, il se trouve des deux « côtés des arbres, des forêts, et que la terre * y puisse être cultivée, il n'en est pas de « même de la cime et des lieus voisins. Cou- « verts de neige pendant toutes les saisons, « comment pourraient-ils rien produire ? Ij'ar- à Turin. 99 K mée descendit la dernière, et au troisième « jour elle entra enfin dans la plaine, mais « fort inférieure en nombre à ce qu'elle était « au sortir de l'Espagne. Sur la route elle « avait beaucoup perdu de son monde, soit « dans les combats qu'il fallut soutenir, soit « au passage des rivières. Les rochers et les « défilés des Alpes , lui avaient encore fait « perdre beaucoup de soldats, mais incom- « parablement plus de chevaux et de bêtes « de charge. Il y avait cinq mois et demi a qu'Annibal était parti de la nouvelle Car- « thage, en comptant les quinze jours que « lui avait coûté le passage des Alpes, lors- « qu'il planta ses étendards dans les plaines « du Pô , et parmi les Insubriens , sans que « le déchet de son armée eut rien diminué « de son audace. Cependant il ne lui restait « plus que douze mille Africains et huit mille « Espagnols d'infanterie , et six mille che- « vaux. C'est de lui-même que nous savons « cette circonstance, qui a été gravée par son « ordre sur une colonne, près du promon-. « toire Lacinien (dans le Brutlium, en Calabre). « Du côté des Romains, Publius Scipion, « qui avait envoyé en Espagne , Cnéus son «r frère, et lui avait commandé de tout tenter 100 XI. Marche de Brîançon « pour en chasser Asdrubalj Scipion, dis-je, « débarqua au port de Piles, avec quelques « troupes dont il augmenta le nombre en « passant par la Tirrhénie, où il prit les lé- « gions qui, sous le commandement des pré- « teurs, avaient été envoyées là pour faire la « guerre aux Boïens. Avec cette armée, il « vint aussi camper dans les plaines du Pô, « pressé d'un ardent désir d'en venir aux « mains avec le général carthaginois. » On voit par ce long passage, que Polibe lui-même convient d'avoir négligé de parler des difficultés du passage de la Durance , si bien décrites par Tite-Live. Il dit en effet, qu'Annibal avait perdu beaucoup de monde au passage des rivières. Mais il faut encore examiner une autre objection sur les dis- tances. On a vu plus haut (IX) que Polibe a compté 1400 stades du passage du Rhône au com- mencement des Alpes, d'où l'on va en Italie, c'est-à-dire à Briançon. Il compte ensuite 1200 stades ou i5o milles romains du passage des Alpes aux plaines d'Italie, qui sont le long du Pô, chez les Insubriens, comme le dit Polibe j c'est-à-dire , de Briançon à l'extrémité de la à Turin, loi Gaule , que les Romains appelaient Cisalpine, lorsqu'après avoir franchi le Tesin, Annibal fut entré dans les plaines du Pô : c'est encore la vérité. La distance de Briançon à Turin n'est guère que de 28 lieues ou 85 milles romains (i); il faut 65 milles pour compléter les i5o de Polibe. Cette distance mène à moitié ch-emin entre la Doria et la Sesia (le Sessites); il y aurait 35 lieues de Turin aux plaines (2) du Tesin où se donna la bataille entre Annibal et Scipion. C'est ce qui autorise Polibe à compter neuf mille stades au lieu de huit mille dans le passage que j'ai rapporté. Les distances seraient infiniment plus fortes du côté du petit Saint-Bernard, et il est impossible de supposer qu' Annibal , guidé par des chefs du pays , soit allé chercher ce passage par lequel ils savaient fort bien que la route était alongée de i5o lieues. Suivons à présent, avec Polibe, les détails du passage des Alpes. Annibal avait mis six jours à venir de Mons Seleucus à Briançon , (1) Lettre de M. Ambroise Tardien , du 3o juil- let i8i8. (2) Idem. 102 XI. Marche de JBna?içon où il s'arrêia deux jours. Il monta ensuite le Genèvre , qui est le point le plus élevé, d'où il commença à descendre après avoir parcouru la petite plaine qui est au-dessus. Il eut beau- coup de peine à gagner Césanne où il campa certainement pour passer le col de Sestrière. C'est ici l'endroit où il dut trouver de grands embarras, tant de la part de l'ennemi que du terrain dont les pas sont dangereux et difficiles, surtout quand on a l'ennemi sur les bras , et en outre la saison j car dès le mois de septembre, les neiges y tombent en quantité, et les che- mins y sont fermés en octobre jusqu'à l'entrée de la vallée de Pragelas. Il gagna enfin le col de Fenêtre, qu'il avait à sa gauche , par le haut des montagnes : c'est sur le plateau où est aujourd'hui le village de Barbottet qu'il dut camper , afin de faire tra- vailler aux chemins pour descendre à Fe- nestrelles. C'est dans ce camp qu'Annibal fit remar- quer à ses soldats toute la plaine du Piémont jusqu'auprès des Insubriens; car c'est le seul endroit des montagnes d'où on puisse le dé- couvrir; ceux qui en sont plus rapprochés en sont séparés par des montagnes qui la cachent aux ieux jusqu'à deux lieues de la plaine ; à Turin, io5 €t le texte de Polibe se trouve conforme aux observations qu'a faites sur les lieus le cheva- lier Folard, d'après lequel je parle ici, puisque cet historien dit que, partant du camp , l'armée arriva le troisième jour au bord du Pô : il y a effectivement trois marches du Barbottet à la plaine, c'est-à-dire des marches d'armée dans la saison dont il est question ; car , comme le remarque encore le chevalier Folard, ce sont les embarras, les défilés et les obstacles na- turels qui déterminent la quantité du terrain que l'on peut parcourir en corps d'armée. Par ce trajet , Annibal arriva , à la vérité , plus ruiné et défait qu'il n'eût pu l'être par trois batailles perdues : mais le voilàplacé a la rive gauche du Pô , tout prêt à agir contre ceux de Turin ou à continuer sa marche (i);; car il paraît que Magile n'était pas le maître dans son pays , et qu'une grande partie de ses concitoyens étaient du parti des Romains.' C'est ce dont va nous convaincre la suite du récit de Polibe (2). (i) Commentaires du chevalier Folard, dans Te'di- tiou du Polybe français de 1754, p. 72 et 73. (2) Livre 3, chap. 12, p. 88 de la tradaction. I o4 XI. Marche de Brîançon a Annibal , arrivé dans l'Italie avec l'armée H que nous avons vue plus haut , campa au ff pie des Alpes pour donner quelque repos « à ses troupes : elles en avaient un extrême « besoin. Les fatigues qu'elles avaient essuyées (c à monter et à descendre par des chemins si (c difficiles; la disette des vivres, un délabre- « ment affreux, les rendait presque mécon- « naissables. Il y en avait même un grand « nombre que la faim et les travaux continuels '( avaient réduits au désespoir. On n'avait pu « voiturer entre des rochers autant de vivres (c qu'il en fallait pour une armée si nombreuse, « et la plupart de ceux qu'on y avait voitures (c y étaient restés avec les bêtes de charge. fi Aussi quoiqu'Annibal, au sortir du Rhône, a eut avec lui trente-huit mille hommes de '( pié et plus de huit mille chevaux , quand il *t eut passé les monts il n'avait guère que la « moitié de celte armée; et cette moitié était « si changée par les travaux qu'elle avait es- « suyés, qu'on l'aurait prise pour une troupe "■ de sauvages. u Le premier soin qu'eut alors Annibal fut j (( de leur relever le courage , et de leur fournir « de quoi réparer leurs forces et celles des « chevaux. Lorsqu'il les vit en bon état, il à Turin. io5 '( tâcha d'abord d'engager les peuples du ter- ce ritoire de Turin, peuples situés au pié des « Alpes , et qui étaient en guerre avec les In- K subriens, de faire alliance avec lui. Ne pou- ce vant, par ses exhortations , vaincre leur dé- ce fiance, il alla camper devant la principale de ce leurs villes, l'emporta en trois jours, et fit pas- « ser au fil de l'épée tous ceux qui lui avaient Xi été opposés. Celte expédition jeta une si « grande terreur parmi les barbares voisins , « qu'ils vinrent tous d'eux-mêmes se rendre à « discrétion. » Ce fut ainsi qu'Annibal termina cette longue et pénible marche, qui n'était que le prélude des combats qu'il allait livrer. Ce grand homme vit périr les deux tiers de son armée dans cet affreux trajet, sans se décourager un instant, et sans perdre de vue l'objet de son entreprise, assuré qu'avec le peu qui lui restait, son cou- rage et son habileté suppléeraient à tout. On ne peut que gémir en voyant d'aussi grands talens déployés pour la ruine de sa patrie, tandis qu'ils auraient pu être employés si utilement à quelques projets moins Lrillans peut-être, mais dant Texécution n'aurait pas entraîné la perte d'un si grand nombre d'hom- loG XI. Marche de Briancon mes, et bientôt après la destruction de Car- thage. Au reste, le passage d'Annibal ne fut pas le seul qu'exécutèrent les Carthaginois pendant la seconde guerre punique. Onze ans après , Asdrubal son frère, ayant été vaincu en Es- pagne, par le jeune Scipion , prit le parti d'aller rejoindre celui qui lui avait donné un si grand exemple. Lorsqu'Annibal réfléchis- sait sur tout ce qu'il avait souffert en passant le Rhône et les Alpes, pendant cinq mois et demi qu'il avait eu à lutter contre les lieus autant que contre les hommes, il ne comptait pas que son frère passât avec autant de fa- cilité qu'il le fit. Mais Asdrubal trouva beaucoup moins de difficultés et d'obstacles à passer ces monta- gnes, qu'on ne l'avait pensé généralement, et qu'il ne l'avait craint lui-même ; car non- seulement les Auvergnats, et après eux les autres nations de la Gaule et des Alpes , le reçurent, mais encore elles le suivirent à la guerre. Et outre que son frère avait frayé ces routes, qui auparavant étaient presqu'impra- ticables, les habitans du pays eux-mêmes , à force de voir passer des étrangers au milieu d'eux depuis douze ans, étaient devenus plus à Turin. 107 traitables et moins farouches. Car avant ce tems-là, n'ayant jamais vu d'étrangers sur leurs montagnes^ et n'en étant guère sortis eux- mêmes pour aller visiter d'autres contrées, ils n'avaient aucun commerce avec tout le reste des humains. Et d'abord, ne pénétrant pas le dessein d'Annibal , ils s'étaient imaginés qu'il en voulait à leurs cabanes et à leurs forts, et qu'il venait pour leur enlever leurs troupeaux, et les emmener eux-mêmes prisonniers. Mais depuis douze ans que l'Italie était le théâtre de la guerre, ils avaient eu le tems de com- prendre que les Alpes n'étaient qu'un passage : que deux nations puissantes, séparées l'une de l'autre par un espace immense de terres et de mers , disputaient ensemble de l'empire et de la gloire (i).Ils ne prévoyaient pas qu'ils se- raient bientôt la proie du vainqueur. Voilà ce qui ouvrit et facilita le passage des Alpes à Asdrubal. Il amenait avec lui quarante- huit mille hommes d'infanterie, huit mille che- vaux et quinze éléphans (2). Cette armée, (i) Histoire Romaine, par Rollin. Paris, 1771, t. 6, p. 90 et 91. (2) Appiani roman, hisl. Lipsice , 1785 , t. T, p. 293. De hello Annihalico ^ c. 52. I o8 XI. Marche de Briançon à Turin. aussi nombreuse gue celle d'Annibal , laissa sans doute des traces de son passage qui a pu être confondu avec celui de son frère , et qui peut s'être effectué ailleurs que par le Mont- Genèvre, ce qui laisse un champ fort étendu aux partisaus des traditions contraires à l'his- toire du passage d'Annibal, telle que je viens de la donner avec des preuves qui me parais- sent convaincantes. Le Comte de F d'U. . . . Paris ,18 feWier 1 8 1 9. P. S. Annibal, qai n'avait pa former d'alliance avec les Ganlois avant de quitter l'Espagne, a pris le chemla direct et ordinaire pour aller en Italie; Asdra- bal , poar qui cette route avait été fermée par les Ro- mains, et qui avait eu le tems de s'assurer des Gau- lois, dut naturellement aller à Lion; il passa donc par le petit Saint-Bernard et le val d'Aoste. C'est cette dernière route qne le général Melville et M. de Luc ont tracée , et la tradition ne l'a point distinguée de celle d'Annibal , en sorte que la postérité les a facile- ment confondues. Mais il était dans la nature des cir- couslaaces , que les deux routes fussent différentes. Observation. 109 %'V%W%l«/V«iW%%^V%t/V\W\«'Wt/%(\WWfV«k'«'\t/V«%'%/%t)V\%/\'%W%«\'« OBSERVATION GENERALE. IJiN résolvant ainsi le problème historique donl je viens de m'occuper, mon intention n'a été nullement de prouver que les ouvrages des anciens sont exemts d'erreurs ; car où l'erreur ne se trouve-t-elle point ? Mais j'ai été guidé par les probabilités que j'ai cru pouvoir mettre d'accord avec les faits. Annibal connaissait parfaitement la route d'Espagne en Italie; il savait bien, ainsi que le dit Strabon (i), d'a- près Polibe , qu'il y avait quatre passages des Alpes. S'il avait été allié des Marseillais, il aurait préféré celui de la Ligurie, qui était peut-être plus court et plus commode pour arriver à Romcj ne pouvant compter sur eux. (1) IV, 6. Oa trouvera ce passage dans le Polibe de SchweigUaeuser, tome 4, p. 647. iio Observation. il préféra celui des Tauriiii, comme le dil Polibe : mais il est ridicule de croire qu'ayant des guides du pays , il ne suivit pas la voie di- recte fort bien tracée sur la carte du départe- ment des Hautes-Alpes j dans l'ouvrage pu- blié sur ce département , par un de ses anciens administrateurs. Si l'on s'étonne de trouver quelqu'inexactitude dans les expressions de Polibe et de Tite-Live sur ce sujet , qu'on descende à des tems plus modernes : qu'on ouvre ceux de nos livres , non manuscrits , mais imprimés, ce qui suppose une révision plus soignée et plus facile; et Ton y trouvera trop souvent des fautes graves dans le récit des événemens que les auteurs devaient le mieux connaître, fautes répétées aveuglément dans plusieurs éditions successives. Je me con- tenterai d'en citer ici quelques exemples puisés dans les ouvrages les plus estimés que je ne prétends point déprécier par le reproche que je vais leur faire. Ma seule intention est de prouver le danger qu'il y aurait à suivre trop littéralement les textes anciens dans toutes leurs parties , et à s'attacher trop scru- puleusement à leurs assertions. Apprenons à nous défier de nous-mêmes, et à ne point trop présumer de nos forces. Nous serons Obsen^ation. m ainsi plus modestes, moins trancbans, et nos efforts redoubleront pour atteindre cette vé- rité si précieuse et si rare, que l'homme passe sa vie à chercher , mais que le plus grand mal est de croire avoir trouvée, lors-, que Ton en est encore bien loin. 7 13 Correction fc'«.'vw\ivww«.' vwwvt/vi/i'w w«'%/v«/w%< www vwvxnivMw/s/y vw Correction bnportajite à faire à V Art de vérifier les Dates. Tout Français doit être jaloux de la gloire de Louis XIV. Si l'honneur de ce prince est indirectement attaqué dans un passage impor- tant de l'Art de vérifier les Dates , ouvrage en générai si exact , nous regarderons certaine- ment tous comme indispensable de corriger cette faute. Voici ce dont il s'agit. On le trou- vera page 694 de l'ancienne édition de l'Art de vérifier les Dates, tome premier j et p. 298 du tome 6 de Tédition in-8°, qui a copié litté- ralement la première en cet endroit. « L'an 1692.... le Roi fait en personne le ♦< siège de Namur j la ville se rend le 5 juin « Le baron de Modène eut de la nommée « Béjard, comédienne de la troupe de Molière, « une fille naturelle que celui-ci épousa (Gué- if rin, femme de). » Le texte ainsi rétabli, par une simple trans- position facile à comprendre pour un manus- crit dont l'auteur n'est pas l'éditeur, prouve que la tradition n'a pas varié, qu'elle est uni- verselle, et ne peut être détruite par un acte que toutes les parties ont eu intérêt à falsifier, comme tant d'autres que nous connaissons. Le 27 janvier 1821 , M. Beffara, toujours jû 2,^ ^ infatigable dans ses recherches, a découvert l'extrait mortuaire de la veuve de Molière, sous la date du 2 décembre 1700. Elle y est appele'e femme Guérin ( Armande-Grésinde-Clairc-Eli- sabeth Béjard) , morte le 5o novembre, à 1 âge de cinquante-cinq ans. Elle était logée rue de Touraine (paroisse Saint-Sulpice). Selon cet extrait mortuaire, mademoiselle Béjard serait née l'an 1645, sept ans après l'ac- i.5o Sur le comte de Modem. couchement de sa prétendue sœur : c est-à-dire, que madame Béjard aurait fait un enfant sept ans après l'accouchement de sa fille. Peut-être cela est-il absolument possible ; mais il faut convenir que ce serait un fait extraordinaire. N'est-il pas plus vraisemblable qu'en altérant son existence civile, elle s'est supposée plus jeune qu'elle n'était réellement, et qu'en sup- primant son extrait batislaire elle était la maî- tresse de le faire ? Tant que cet extrait batis- taire ne se trouvera point, il sera permis de le supposer, et la multiplicité des découvertes de M. Beffara est un argument de plus en faveur de la non existence de l'extrait mortuaire de Françoise et de l'extrait batistaire d'Armande. En se fesaut naître en 1645, madame Molière autorisait la calomnie de Monlfleuri, qui était i ^ alors plausible. Elle se supposait mariée à dix- sept ans au lieu de vingt-quatre 5 elle s'était retirée du théâtre dans un âge assez avancé, en 1694 (i)' ^ cinquante-six ans, et non à qua- rante-neuf, comme elle le prétendait, ce qui aurait été un âge prématuré pour cet objet. Tel est le point de vue sous lequel j'en-« (i) Dissertation, p. 2.2. Sur le comte de Modène, 1 5 1 visage eette question, à laquelle j'ai été en- traîné à consacrer plus de teras que je ne le voulais. Je déclare y avoir donné toute l'atten- tion dont je suis capable. M. Beffara , par ses objections, m'a forcé d'éclaircir les moindres difficultés, et je lui ai l'obligation de les avoir bien connues. M. de la Porte, qui a composé l'article Modène, dans la Biographie univer- selle, y a beaucoup contribué, dans les conférences que nous avons eues à ce sujet. M. Auger n'a pas cru devoir les examiner dans l'article Molière qu'il a composé pour c» même ouvrage ; mais il n'a sans doute qu'a- journé la question; il pourra s'en occuper dans son édition des OEuvres de cet au- teur, qui s'est rendu si intéressant dans les moindres détails de sa vie privée, et pour la postérité la plus reculée. Je crois ne pouvoir mieux, faire que de m'en rapporter au juge- ment d'un éditeur aussi éclairé , et j'adopte d'avance sa décision. Le comte de F i>'U .... ■Il fo-uicL l 'y^- «/V«t|ia«VV%tA/\lt/V%«>%%«/\^l/VVi'V%'tn/«/VVki«/%l«l/VlV%/%fcfV%VVVV\^VVW TABLE ALFABÉTIQUE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME. Je mettrai Préf. avant le chiffre des citations de la Préface, et rica avant celles du texte. A. Abauzit, sa Bissertatloa sur le passage des Alpes , par Annibal. Préface , pages xxiij et xxiv. AcciAiuoLi (Donat), savaut florentin. Préf. p. ty, et texte p. 6. Aeria, ville ancienne, qui n'tst plus anjoard'hui que la grange de Lers. 9. Sa distance à Mons Seleii^ eus. 85. Alexamdre envahit la Perse. 3. Table alfahétique. AL. i55 Alleman (Catherine d'), mère du comte de Mo— clène. i32. Allobroges, peuple situé près de llle du Rhône, selon Tite-Live. i8. Ce fait détruit le sistême qui place les Allohroges dans cette île. 43. En effet, Stra- bon les met au-delà de l'Isère. 5i. Ils attaquent An— nibal dans les défiles des Alpes, selon Polibe. 72. lis sont battus et mis en fuite. 80. Alpes, quatre passages de ces montagnes, selon Polibe , 87. qui détermine celui qu'Aunibal préfe'ra. 88. Difficultés de la descente. 98. Après les avoir franchies, Annibal campe à leur pié. 104. Ammien Marcellin, citation de cet historien. 74. Il est d'accord sur le passage d'Annibal avec Polibe, Tite-Live et Silius Italiens. 98 et 94. Ampurias, ou les Marchés, à ég^ale distance de Carthagène et de l'Ebre. 71 et 72. Amyot, traducteur de Plutarque. 7. Annibal, ouvrages sur îon expédition et son pas- sage des Alpes. Préf. i et suivantes. Grandeur de sou entreprise. Texte, i. Date précise des diverses époques de sa marche. 4. Où il a passé le Rhône. 6. Il vient à une île. i5. Il gagne le milieu des terres. 17. Quel 'tems il a mis pour arriver à Tîle. 19. Avec quelle ar-r mée il était parti. 20. Uu. chef des Tauriniens le {gui- dait. 28. 11 n'a point passé la Durance. 3o. Il ai'entre qu'en tremblant sur le territoire des AUo-r broges. 48. L'île était disputée par deux frères. II se joint à l'aîné pour chasser le cadet. 49. Cet aîné s'ap- pelait Brancus. 52. Oii Annibal a passé les Alpes. 54. Sa marche jusc^u'à Mons Seleucus. 65. Chemin qu'il a i54 Table alfahétique, AN. parcouru. 6g. Longnenr de sa route. 70. De Carlha- gène aux Pire'nées. 72. Sa marche de Mons Séleucus à Briançon. 77. Il entre dans les détroits des mou— taguee. 78. Il fait reconnaître les ennemis. 7g. Il ea tue un grand nombre. 80. Sa route de Gap à Embrun. 83. Il perd des hommes et des bestiaux. 84. Polibe loi fait passer le Mont-Geuèyre. 88. Tite-Live lui fait passer la Durance. gi. Preuves de la route qu'il a suivie. g3. Sa marche de Briançon à Turin. g5. Il montre à ses soldats le lien où Rome est située. g6. Difficultés de la descente. 97. Colonne sur laquelle il fait graver son succès, gg. Détails du passage des Al- pes. 101. En quel état il arrive au pié de ces mon- tagnes. io3. Il relève le courage de ses soldats. 104. Il prend Turin. io5. Différence da sa situation et de celle de son frère Asdrubal , pour le passage des Al- pes. 108. Anselme (le père), cité. 184. Aktipater. Voyez Cœlius. Antonik, son Itinéraire cité. 67. Ce n'est qu'ua tracé de routes. 86. Appien, historien grec, cité. I07. Arausio , ancien nom de la ville d'Orange. 40» Voyez Orange. Arcos (le dnc d') , gouverneur des Deux-Siciles i38. Aristarquh, de Samos,son Traité des distances du Soleil et de la Lune. 127. Armande, nom de batême donné à la femme de Molière. i5o. Année d'Aunibal. ig et 2o. Sa diminution. 104. Table alfahétique. AR. i55 Art de vérifier les Dates , correctioa nécessaire à ce savant ouvrage. 112. AsDRUBAL , frère d'Anulbal , son passage des Alpes. 106. Son armée. 107. Il n'a pas suivi la même route que son frère. 108. AuBAis (le marquis d') , ouvrage de lui cilé. Ii3. AuGER (M.), éditeur des Œuvres de Molière. i5i; Augustin (Antoine), éditeur de quelques fragmens d'historiens. Préf. vy. AuvERGNATs(les)suivent Asdrnbal à la guerre. 106. AvRiGNY, ses Mémoires cités. J25. B. Barbie DU Bocage (M.), Journal auquel il tra- vaille. Préf. xocv]. Barbottet , village des Alpes. 102. Eardin (M.), Journal auquel il travaille. Préf. xxvj. Baron, élève et ami de Molière. 148. Bavière (le duc de) vient au secours de IVa- mur. 112. Beauvais (M.), Journal ancjuel il travaille. Préf. xxvj. Beffara (M.), sa dissertation sur Molière. i32. Citée. 142 et 148. Nouvelle découverte qij'il a fiiite sur la femme de Molière. 149, Obligation que je lui ai. i5i. BÉjard (Madelène). i35. Sa mèi'c et toute sa fa- mille. 142. Sa fille. 144. Noms que cette fille a por- tés. 145. Mort de cette fdle. 149. i56 Table aîfabétique. BE. Bellengreville (Joachim de), grand prévôt da France. i33. Berghes (Honorée de) , veuve du comte de Bossnt, épouse le duc de Guise- iSj. Bernharu (M.), Journal auquel il travaille. Préf.. Berton (M.) travaille au même Journal. îbîd. BrCARUS , rivière nommée par Tite-Live. 87. BoiLEAUj lettre que lui écrit Racine. 119. Bouche (Honoré), son Histoire de Provence. Pré-* face. jx. BouFFLERS (le maréchal de). 122. Brancus, roi des AUobroges , selon Tite-Live. 5i» Bret, éditeur de Molière. 147. Briançon, ville au sommet des Alpes. yS. Passage d'Annibal par cette ville. 77. Bkigantio , nom latin de Briançon. 85. BuLLET, ses Mémoires sur la langue celtique. Zj^ Cadet de Gassicourt, l'un des rédacteurs des Annales militaires. Préf. xxvj. Caducée (le) des Grecs est chez les Gaulois des Alpes, un rameau d'olivier. 82 et 83. Calmet Beauvoisin (M.) et Carrion-Nisas (M. de), sont au nombre des ré- dacteurs des Annales militaires. Préf. xxvj. Carthage , signification du nom de cette ville d'A- frique. 21, Tahie alfabétlque. CA. iSy Carthagène, ville d'EspaË;ne. 71. Carthaginois (les) périssent ea grand nombre à ïa suite d'Anaibal. 79. Difficultés qu'ils éprouvent dans le passage des Alpes. 84. Casaueon (Isaac) , sa version latine de Polibe. 14» Reproche que lui fait M. Gail. 24. Passage de Polibe qu'il a mal reuda. 2g. Mauvaise leçon qu'il doane de cet historien. 34. CassinIj sa grande carte de France. 40. Gv-TURIGES , nation des Alpes. 82. Cavares, nation voisine du Rhône. 5r. C'est elle qui habitait lîle du Rhône décrite par Polibe. 78. Celtes : Mémoire et plan de travail sur ces peu- ples. 2. Ils parlaient trois langues. 36. Censorin, habile chrouclogiste. i3. Longueur qu'il donne au stade. 60. CÉSANNE , ville de Piémont. 102. Chabran (M. le général). 48. Chari,ehaqné (l'empereur) a passé les Alpes. 64. Chartres (M. le duc de). Voyez Phil'ujpe. Chateauneuf du Pape , bourg de l'arrondissement d'Orange , célèbre par ses bons vins. 20. Chorges , capitale des Caturiges. 82. CiNCius (Lucius) Alimentus, historien latin. Préf. jfV. Cité par Tile-Live. 89. CiRUS , roi des Perses. 38. Passage de Xénophoa sur Ciras. 27. Cuîcius (Lucius) Antipater, historien romain. Préf. ]v. Cité par Abauzit. Préf. ociv. Collet, rédacteur des Statuts de Bresse. Préf. x, CpLUMELLE , longueur qu'il donne au stade. 60. i58 'table alfahetîque. CO. CoRAY (M.), traducteur de Strabon. Cornélius Népos , historien latin. Préf. ij, CouRTEZON, ville de larrondissement d'Orange. 20. D. D'AnviLLE, géographe français. Préf. xxj. Il a mal tracé la route d'Annihal. 8. Sa Notice des Gaules ci- tée. 3o. Il a tracé l'île du Rhône. 44 , et lui a donné la forme du Delfa. 47. Il fait passer Annibal par Briançon. 55. Longueur qu'il donne au mille romain. 61. Ce qu'il dit de Mons Selencns. 66. Difficulté qu'il trouve pour la route d'Aëria à l'Isère. jS. Il n'a pas bien connu les Tricorii, 81. Darius, vaincu par Alexandre. 3, Daunou (M.), cité. 4. Défilés des Alpes, difficulté qu'Annîbal trouve à les passer, en montant, 80, et en descendant, 96. Degré An méridien, sa véritable valeur. 62. Delandine, son opinion sur le passage d'Annihal. Préf. xxviij. Delta , ou île du Rhône. 5. Où il faut le placer. 12. Semblable au Delta d'Egipte. i5. Tite-Live a mieux connu sa grandeur que Polibe. 47. Quel peuple l'ha- bitait. 49. De Luc (M. J..A.) , fils de G. A. de Luc, son ou- vrage sur le passage d'Annihal. Préf. xix. Jugement sur cet ouvrage. Préf. xxiv. M. Letronne en renverse le principe. Préf. xxviij. Il pense comme moi sur le passage du Rhône. 10. Il n'est pas d'accord avec Polihe Table àlfahétique. DE. 169 sur les hahîtans du Delta. 4a. Son assertion sur la géographie des anciens. 46. Il s'en tient exclusivement au récit de Polibe. 5o. Il a cependant préféré Tite— Live sur un point essentiel. 53. Détails qui prouvent combien Tite-Live mérite d'être cru. 56. M. Letronne a renversé entièrement le sistême de M. de Luc. Sy. Méprise de M. de Luc , qui n'aurait pas dû être répé- tée. 69. La route qu'il trace est celle d'Asdrubal. 108. Denina, son Essai sur l'histoire des Alpes. Préf. xvm Descente des Alpes, 96. DoucAS (M.). Faute qui lui est reprochée par M. Gail. 2.S. Docker corrigé par M. Gail, qui ne l'a pas nom- mé. 26. DuRANCE , rivière passée par AnniLal. 92. Polibe ne nie point ce passage , et semble an contraire le confir- mer. 100. DuREAU DE Laivialle (M.), SOU élégante traduc- tion de Tite-Live citée. 17. Comment il désigne le Delta du Rhône. 32. DuTENs (L.), son Itinéraire, cité sur le passage d'Anaibal. Préf. xiv et xv. E. Ebre, rivière d'Espagne, 72. , Eglt, sou Histoire de^ Rois des deux Siciles* 140. Éte'phans , Annibal eu avait trente-sept avec lui. 3. Ils descendent les Alpes avec peine. 98. JËMSRUN , eapitale des Caturiges. 82. i6o Table alfahétîque. ES. EsiMÉNARD (IM.), l'ua lies rédacteurs des Annales militaires, xocvj. Ejcpèdition d'Annibal, ses difficulte's et ses re'sul- tats. io5. Eygues, rivière dout le cours est suivi par Annibal. 23. Son ancien nom était Bicarus. 40. Sa double em« toucbure dans le Rbône. 44. F. Fabius Pictor, historien latin. ÎPréf. ij. Fabre (le père) , son panëgirif-jue de la ville d'Ar- les. Préf. a-ij. Floreff, lien voisin de Namur. 1 14. FoLARD (le chevalier), ses Commentaires sur Po- libe. Prcf. xj. Son opinion sur le passage des Alpes par Annibal. 55. Il adopte le sistême de Mandajors. 92. Sa description de la descente des Alpes. io3. FoNTENELLE, cité. Préf./x. FoRTiA (Paul II de), gouverneur de Marseille. 128. -^(Ludovic de), frère du précédent. Ibid, — de Piles (le comte de), son nouveau Dictionnaire français. Préf. xx\>j FouRNiER (M.), l'un des rédacteurs des Annales militaires. Préf. xxvj. France, diverses sortes de lienes qu'on y compte. 62, François P*", roi de France. 54. FRÉDÉRic-Guillaume. Voyez Vaudoncoiirt. FrérET , son opinion sur le stade. 60. Table alfabétîque. GA. i6i G. G AIL (M.), l'un des rédacteurs des Annales mili- taires. Pre'f. xccvj. Il explique très-bien Polibe. 9. Son travail sur les batailles des Grecs. 24. Observation de lui sur le verbe moyen, 27. Gap , ville capitale des Tricorii. 76. Annibal y campa. 82. Gaston de France, frère du roi Loiiis XIII. i33. Gaule (la) a été traversée par' Ànnibal. i. Gaulois, Annibal avait des guides de celte na- tion. 79. Genèvre (route du Mont). Préf. ocxij. C'est celle qu'Annibal a suivie. 58. C'était le point le plus élevé de sa route. 102. Gibelïn (M.) , secrétaire perpétuel de l'académie d'Aix. 49. Glace des Alpes. 97. GottlÉber (]M.) , corrigé par M. Gail qui ne l'a pas nommé. 26. Goujon (M.) , l'un des rédacteurs des Annales mili- taires. Préf. jcxvj. Grimarest, auteur d'une vie de Molière, cité. 141. Soupçon qu'il forme. 143. Grosley", ses mémoires sur l'Italie. Préf. xiij. Guerin (Isaac-François) , comédien, épouse la veuve de ]\lolière. 146. La \ie de cette femme ci- tée. 141. Il 102 Table alfahétîque. GU. Guerre (M.), avocat, académicien de Lion. Pré- face, xix. GuiNGRET (M.) , l'un des auteurs des Annales mili- taires. Préf. xxvj. Guise (Henri H de Lorraine , duc de). i36. Il veut faire casser son mariage. i38. Il est fait prisonnier en Espagne. 140. H. Hannibal. Voyez Annîbal. Havercamp , éditeur de Salluste. Préf. vj* Henry (M. D. M.), ses Recherches sur le dépar- tement des Basses-Alpes. Préf. xxvij. Hercule ( Colonnes d' ). 70. HÉRODOTE , historien grec. 2. Hervé (Marie), mère de Madelêne Béjard. i35. Elle marie sa petite-fille avec Molière. 142. HiGiN , sa mesure du stade. 60. Histoire ancienne , comment elle doit être étu* diée. 94. HoFMANN (M.) , article qu'il a fourni au Journal des Débats. Préf. xxviij\ I. Ile du Rhône, quel tems Annibal a mis pour y tirriver. 19. Où elle est. 3z. Polibe et Tite-Liye con- Table alfahéliqiie. IL. i63 ciliés sur ce sujet. 45. Quel peujjle l'haLitait. 4g. Isidore de Séville, cifé. 08. Itinéraire des Rois de France. 114. Jean le Sax.on a commenté Tite-Live. 33. Jules César, son passage des Alpes. 64. JuLLiEN (M.), l'un des rédacteurs des Annales militaires. Préf. ccxvj. La Baume (Marguerite de) , veuve du marquis de Lavardin, épouse le comte de Modène. i33. Labbe (Pierre), sa Dissertation sur la roule d'An- nibal. Préf. ix, Lagrangë, ses registres cités. 145 et 146. Laharpe a commenté les OSuvres de Racine, iiv^. Lampourdier ( le ) , propriété du général Cha- bran. 48. LanglÈs (M. le chevalier), l'un des auteurs des Annales militaires. Préf. œ.X{>j. Laon , Louis XIV passe la nuit dans cette ville. 1 15, La Porte (M. Hippolite de), l'un des auteurs de la Biographie universelle. 141. Larcher, faute qu'il a commise sur 1 uge de Xéuo- phon. 127. i64 Table alfabe tique. LA. Laurent (M.)» l'un des autcors des Annales mili- taires. Préf. xxvj. Lavardin (Henri de Beanmanoir, marquis de). i33. LÉCLUSE, traducteur de la Vie d'Aunibal. 7. Lers (château , puis grange de). 9. Letronne (M.) , article de lui dans le Journal des Savans. Préf. xœ\>ij. Observation très-juste qu'il a faite. 22. Elle avait déjà été faite. 24. Autre obser- vation de lui. 28. Il a renversé le sistême de M. de Luc , sur le passage d'Annibal. Sj. Il est cité à ce sujet. 90. Lheemite de Souliers (Madelène), époose du comte deModèue. 134. — De Vauselle, son frère. i35. Lieues usitées en France. 62. Loges (Chrétien de) , son écrit sur le mont Saint- Bernard. Préf. œv» LoRGES (le maréchal de), Louis XIV lui envoie son fils. 120. Il avait pris Heidelberg. 128. Louis VII, roi de France; son Itinéraire. 114. — XIV, roi de France. Erreur de l'Art de vérifier les Dates, sur ce prince. 112. Calomnie des Mémoires de Saint-Simon contre lui. 116. Ses mémoires militaires, cités. 121. Sa marche en 1698. 122. Il tient un con- seil. 128. Motifs de son départ pour Versailles. 124» Erreur de Saint-Simon à cet égard. i25. Leduc de Chartres avait fait ses premières armes sous lui. 129. 1 — , dauphin de France, fils de Louis XIV. 120. Il prend le commandement de l'armée d'Allemagne. 124. LuiNÉs (le connétable de), neveu du baron de Modène. 182. Lq comte dq Modène était attaché à soa parti. i36. Table alfahétique. LU. i65 LuNEAu de Boisjermaia , éditear des Œuvres de Racine. ii8. Luxembourg (le maiëchal de) bat le prince d'O- range à Steinkerque. ii3. En 1698 , le Roi lui enlève un de'tachement. 120. Sa marclie. 122. Ordre que le Pioi lui donne. 124. De'niarche que lui prête Saint- Siman. 126. Le duc de Chartres combat sous lui. 129. M. Magile, roi des environs du Pô. 74. Il n'était pas le maître dans son pays. io3. Malherbe (le poëte) et son fils. 127. Manuajors, ses trois Mémoires sur Annibal. Préf. xi. Il était né à Arles. 7. Son opinion sur la marche d'Annibal jugée fausse. 11. Il fait remonter Annibal jus- qu'à l'Isère. 14. Il place mal l'île du Rhône, ig. M.Le- tronne adopte son opinion. 32. Mandajors en a paru l'inventeur. 42. Un des plus forts argumens par les- quels j'ai combattu ee sistême. 68. Mannert (M.), son opinion sur la carte de Peu- tinger. 86. Marseille , bâtie par les Phocéens. 89. Mazarin (le cardinal) promet de secourir le duc de Guise. iSg. Melville (M.), général anglais, I08. Ménestrier (Claude) , son opinion sur ia marche d'Annibal. Prêt", ix et x. Méridien (arc du) mesure'. 62. JJciures itinéraires de Poiibc. 58. i66 Table alfahétique. ME. Meyne, rivière qui passe à Orange. 41. MiCHAUD (M.), sa Biographie des Hommes vivausi cite'e. 47. Mille romaîa , sou e'valuation. 61. Autre évalua- tion. 65. MiLLiN (A. L.), ses Annales enciclopédiques. Préf. xjciij. Article que j'y ai placé. Préf. xxiv. L'un des auteurs des Annales militaires. Préf. xxvi. Eloge de ses Annales enciclopédiques. 56. Sa mort. 67. JVIodÈne , fief du comté Vénaissin. i3i. — (Esprit de Raimoud de Mormoiron, comte de). iSz. Mestre- de-camp-général du duc de Guise. 189, qui le fait arrêter. 140. Il fait disparaître sa fille naturelle. 143. Sa mort. 146. Sa fille naturelle est la femme de Mo- lière. 148. Rectification de ce que dit à ce sujet l'his- torien de la noblesse du comté Vénaissin. 14g. Molière, sur son mariage. i3i. Il s'associe avec Madelène Eéjard. 187. Le comte de Modène est le parrain de son second enfant. 143. Il donnait à sa femme le nom de mademoiselle Molière. 145. Celte femme était la fille du comte de Modène. 148. Calom- nie de Montfleuri sur ce mariage. 144 et i5o. MoNS Seleucus est aujourd'hui la Bâtie. 66. Mar- che d'Annibal de ce lieu à Briancon. 77. Distance d'Aëria à ce lieu. 85. MoivTFLEURi, comédien, calomnie Molière. 144. Observation à ce sujet. i5o. Mormoiron , village du comté Vénaissin , dont le comte de Modène prenait le nom. i3i. Table alfahétîque. NA. 167 N. T^AMUR, prise de cette ville par Lonis XIV. 112. Ce prince s'y arrête l'année suivante. 117. Neige des Alpes. 97. Newdigate, auteur anglais. Préf. xxvj. NÎMES, route de cette ville en Italie selon Stra- bon. 90. Numides, Annibal avait des soldats de cette na- tion. 98. o. OcELUM, ancienne ville, aujourd'hui Uxeau. 88. Ombriens, nation gauloise établie en Italie. 39. Orange, située à l'entrée de l'île du Rhône. 28. — (Guillaume de Nassau, prince d').ii2. Il n'était point enfermé à l'époque du départ de Louis XIV, en 1698. 121. Il empêchait au contraire d'assiéger Liège. ia3. Ornano (Jean -Baptiste d') possédait le fief d« Modène. i3i. P. Pflrcwang* , mesure itinéraire autrefois usitée dan» presque toute l'Asie. 62. i68 Table aïfabétique. PAV Parisot (M.), l'aa des auteurs des Annales mili- taires. Préf. xocvj. Passage desPiréaées, du Rhône et des Alpes, par Annibal. i et 2. Percy (M.)) l'un des auteurs des Annales militaires. Préf. ccccvj. Petitot (1M.)î éditeur des Œuvres de Molière. 141. Il a cru la femme de Molière fille du comte de Mo— dène. 147. Peutinger, Itinéraire qui porte son nom. 86. Philinus , écrivaia mal à propos confondu aveo Silénns. Préf. ij. Philippe IV, roi d'Espagne. i38. — Duc de Char- tres , fils du duc d'Orléans , et petit-fils de Louis XIII. 128. Il combattit sous le maréchal de Luxembourg. 129. Il a été duc d'Orléans après son père. Piles (les), village sur le bord de l'Eygues. 41. Son nom et sa situation prouvent qu'il est la porte des Alpes. 67. Il y avait aussi un port de ce nom en Italie. 100. Ce nom est celui de deux familles différentes qu'il a fait confondre. 128. PiRÉNÉES, montagnes franchies par Annibal. i. Pline le naturaliste. Oîi cet auteur place Aëria. g et 10. Explication de ce passage. 53. Longueur qu'il doime au stade. 60. PoLiisE, son île du Rhône. Préf. xocj. Il doit être concilié avpc Tito-Live. Préf. jcjcv. Tems auquel il place nécessairement le passage des Alpes. 4. Mo- tif de la peine que l'on a eue h l'expliquer. 5. JVIandajors s'est trompé sur ce sujet. 11. Qael est sou Delta du Rhône. 12. Dom Thuillier ne l'a pas mal I Table alfabétique. PO. 169 tradalt. 14. Avantage que Tite-Lire avait snr lui. 16. Tite-Live ne fait cependant quelquefois que le tra-» dnire. 18. Explication d'une ve'ritable difficulté sur son texte, ig. Il fait marcher Annibal vers l'orient. 21. Explication des quatre journées dont il parle. 28. Je l'ai mis d'accord avec Tite-Live. 3i. Il n^a pas nommé l'Isère. 3i. Son âge. 42. Passage de lui sur le Delta du Rhône. 49. Clarté de son texte à ce sujet. 5o. Ses mesures itinéraires. 58. Ce qu'il dit sur les mesures des routes. 69. Nom qu'il donne à l'Ej'gnes. 65. Distance qu'il fixe entre le passage du Rhône et la montée des Alpes. 69. Faute dans son calcul des dis- tances. 71. Autre erreur semblable. 72. Son texte ne doit poiet être altéré. 75. Lui-même dit qu' Annibal a passé par le Mont-Genèvre. 87. Long passage oii il décrit la marche d' Annibal de Briançon à Turin. 95, Son calcul des dislances de cette route. 100. Straboii a copié Polibe. 109. Guides que Polibe donne à Anni-> bal. 1 10. Provence (lieue de). 62. > Ptolémée, sa géographie citée. 53. Q- QuiNTE-CuRCE , historien latin. Ses fautes ont été relevées par M. de Sainte-Croix. 68. 170 Table alfahétjéjue, RA. r! Racine (Jean) , ses Œavres citées. Ii3. Leur meil- lenre e'ditiou. 116. Ses Lettres ont été publiées trois fois. 118. L'édition avec les commentaires de La- harpe est très-sapérieure. 144. — Louis , fils du pré- cédent , en a donné une édition très-défectueuse. 1 18. Raimond (Charles de), frère du comte de Modèue. 146. Voyez Modène. Remusat, village sur les bords de l'Eygnes. 41. Rhétel , séjour qu'y fait Louis XIV. 117. Rhône , oîi Annibal a passé ce fleuve. 6. Ile de ce fleuve. 12, i3, etc. Sa distance du passage d' Annibal en Italie. 70. Richelieu (le cardinal de), ligue formée contre lui. i36. Rivaz (M. de) , son Mémoire sur le passage d'An- nibal. Préf. xxviîj. RoGHE (M. J. J.) , ses Observations sur le passage d'Annibal. Préf. xxix. RoLLiN , son Histoire romaine citée. 8. Ce qu'il dit du passage d'Asdrubal. 106 et 107. Romains, leurs mesures itinéraires. 5g. RoBiE. Annibal montre à ses soldats le lieu où cette ▼ille est située. 96. RoQUEMAURE, distance de ce lieu k Briançon. 78. RouBiON, petite rivière du Dauphiné. 3i. On a voulu en former l'île du Rhône, 43. Routes des Romains. 69. Table alfahétîque. SA, 171 S. Saci, traducteur de la Bible, corrigé par M. Gail. 26. Saint-Aubin, l'un des auteurs des Annales mili- taires. Préf. xxvj. Saint-Simon (le marquis de), son Histoire de la guerre des Alpes. Préf. ccij. — (Louis de), ses Œuvres citées. 116. Son autorité en opposition avec celle du grand Racine. 119. Evidence de la faute qu'il a com- mise. 121. Cette erreur est une vraie calomnie contre Louis XIV. 125. Sainte-Croix (M. le baron de) a composé les ta- bles de l'Anacharsis. 60. Fautes qu'il reproche à Quinte-Cnrce. 68. Salluste , historien latin, mal jugé par l'empereur Adrien. Préf. v. Saussure (M. de) a écrit sur le passage d'Aunibal. Préf. ocvij. ScHwEiGHAEUSER (M.), Sa belle édition de Polibe citée. 22. Erreur échappée à ce savant. 35. SciPlON (Publius Cornélius) vient à la poursuite d'Annibal à Roquemaure. 21. Il se retire trois jours après qu'Annibal avait passé le Ilhône. 2g. Il n'a point passé la Durance. 3o. Il envoie Cnéus sou frère en Espagne, gg. Il combat Anuibal sur les rives du Tésin. ïoi. Asdrubal est vaincu en Espagne par le jeune Sci-r pion. 106. SiGONius (Charles) commente Tite-Live. 33. ^IGOyEZE pénètre eu Italie, 39. 172 Table alfàhétîque. SI. SiLÉNUS a écrit en grec sur la vie d'Annibal, Préf. (/. Cœlius Antipater n'a souvent fait que le traduire en latin. Préf. v^ SiLius Italicus , poète latin , cité. 93. SoissoNS , ville de France. Séjour qu'y fait Louis XIV. ii5 et 118. — (Le comte de) est tué. i36. SosiLUS , lacédémonien, enseigne le grec à Anni- bal dont il écrit l'histoire. Préf. iij. Stade (mesure du). 65. Steinkerque (bataille de). ii3. Strabon, géographe grec, place la route d'Italie en Espagne , par le Mont - Genèvre. Préf. xxif. Comment il nomme l'Isère. 35. Ce qu'il dit des Allo- Lroges. 46, et des Cavares. 5o. Traduction française de cet auteur. 65. Il donne Vienne pour capitale aux AUobroges. 76. Passage de lui sur la route d'Annibal. 67; décisif pour le Mont-Genèvre. 88. Struvius, cité. 12. SuARÈs, évêque de Vaison. Nom qu'il donne à l'Ey- gues. '66 et 44. Nom qu'il donne aux Piles. 67. T. Tardieu (M. Ambroise) a gravé le nouvel atlas de Rollin. o. Son témoignage sur les 1400 stades de Polibe. 73 et 74; sur la distance de Brianron aux plaines du ïésin. 101. Taurtniens (un chef des) guide Annibal. 23. Anui'bal trouve ces peuples à la descente des Alpes. Table alfabétique» TA. 173 89. Le passage qui conduisait directemeut à eux est celui qu'Annibal a prëfe'ré. iio. ThiÉbault (M.) , l'ua des auteurs des Annales mi- litaires. Préf. xxvj. Thucidides, historien grec. M. Gail prouve qu'il a compose' toute l'histoire de la guerre du Pe'lopo— nèse. 25. Thuillier (doni), sa Vie de Polihe citée. 12 et i3. Passage de sa traduction de Polibe. i5. Comment il explique ce qui concerne le Delta. 46. TiTE-LiVE , historien latin , a du bien connaître l'histoire d'Annibal. Pref. xxij. Il ne doit point être «acrifié à Polibe. Préf. œxv. Ces deux auteurs doivent être conciliés. 5. Tite-Live est mort 141 ans après Po- libe. 16. Passage de lui cité. 17 et 18. Lieu où il a mal traduit Polibe. 2g. Son île du Rhône. 3r. Expressions par lesquelles il la désigne. 82. Deux leçons sur ce passage. 33. Comment il désigne TEygnes. 36. Ce qu'il dit des Allobroges. 46. Il les place près de l'île. 52. Il devait bien connaître les lieus. 56. Toutes les parties de son texte sont d'accord. jS. Il avait bien examiné les difficultés. 89. Il décrit la marche d'Annibal, de Mons Séleucus à Briancon. 91. Ce passage est d'accord avec la carte. 92. Injustice des reproches qu'on lui fait. iio. Tricastini ; ces peuples peuvent être regardés comme Allobroges. 5i. Annibal les laisse à gauche. 93. Tricoriens, en latin Tricorii , Annibal traverse le pays habité par ces peuples. 76. Leur chef-lieu était à Gap. 81. Annibal eatre sur leur territoire. 91. 174 Table alfabé tique. TR. Trogue Pompée , historien latia, né à Vaison. ir. Tite-Live a dû coanaître soa ouvrage. i6. Trogue Pompée avait l'avantage de connaître le lien da pas- sage d'Annibal. 33. C'est vraisemblablement lui qui a xvQxs\va.é\ftBicarus. 36. Il a dû écrire ce nom plus exac- tement que Polibe. 40. Turin, marche d'Annibal jusqu'à cette ville. gS. Les habitans étaient en guerre avec les Insubrleas. io5* V. Vaidy (M.) , l'un des rédacteurs des Annales mili- taires. Préf. xxvj. Vaissette (dom Joseph) , son Histoire du Langue- doc. Préf. X, Valois, critiqué mal k propos par d'Aaville. 81. Vapincum , ancien nom de la ville de Gap. 82. Varron dit que les Gaulois parlaient trois lan- gues. 38. Vaudoncourt (M. Guillaume de), son Histoire de» campagnes d'Annibal. Préf. xvij et xviij. Versailles. Retour de Louis XIV dans cette ville, en 1692. ii5; eten 1693. 117. ViENNET (M.), l'un des auteurs des Annales mili- taires. Préf. xxvj. ViLLARS (M.) , son Mémoire sur le passage d'Anni- bal. Préf. xviij. ViTRU VE , son opinion sur la longueur du stade. 60* VoLQUEs, ces peuples habitaient les deux, rives du Khôae. 10. Table àlfabétîque. VO. 17^ Voltaire, erreurs qu^il a commises. 126. Sa Vie de Molière citée. 147. WÉCHEL , belle édition de Polibe , qu'il a impri- mée. 34. WiTHAKER , soa ouyrage sur le passage d'Annibal. Préf. xvj, X. XÉNOPHON , passages de cet auteur expliqués par M. Gail. 2.5. Comment il emploie le verbe moyen» 27. Faute commise par M. Larcher, sur son âge. 127. Y. YoLAKDE d'Anjou, fille du roi deNaples, René. iSç. tVS t>E 1.1 TASI.E A.I.SAB£TIQO£. r6 Table des matières. %«'%WtiW%W%«r«kWVVV«i%'\'%\'V«W«;VW'«/\l%WVW«/WV%/V\IW%iVW TABLE DES MATIERES. Préface. Page /. Elle contient la notice de tous les ouvrages parvenus à ma connaissance sur le pas- sage d'Annibal. I. Dissertation sur la marcHe d'Annibal, depuis Nîmesjusqu'à Turin, Tan 218 avant notre ère. Page i. II. Première Question. Où Annibal a-t-il passé le Rhône ? 6. III. Seconde Question. Quel est ce Delta, ou celle Ile , qu' Annibal a rencontré après le passage du Rhô- ne ? 12. IV. $. P^. Quel tems a mis Annibal pour arriver à l'Ile du Rhône ? 19. V. g. II. Quelle est l'Ile décrite par Polibe et Tite- Live ? 32. YI. S- in. Quel peuple habitait l'Ile ou Delta du Rhône ? 4g. YII. Troisième Question. Où Annibal a-t-il passé les Alpes ? 54. VIII. $. 1^^. Des Mesures itinéraires de Polibe. 58. IX. $. II. Marche d'Annibal, depuis le passage da. Rhône jusqu'à Mous Séleucus. 65. Table des matières. 177 X. Marche d'Annibal , de Mous Séleucus à Brian- çon. jj. XI. §. IV. Marche d'Annibal, depuis Briançon jusqu'à Turin. gS. Observation générale. I09. Correction iniporlaute pour l'Art de vérifier les Dates. 112. Correction aux Mémoires de Saint-Simon. 116. Autre correction non moins importante pour l'His- toire de Louis XIV, par Voltaire. 126. Sur le mariage de Molière, et sur Esprit de E.aimond de Mormoiron, comte de Modène. lui. Table alfabétiqne des matières. i52. FIX DE LA TABLE DES HIATIEr.nS. PIÈCES INEDITES DE MOLIÈRE. / • • • Le même Libraire vient de faire pàroître la première livraison des OEuvres de Molière, avec un Commen- taire , un Discours préliminaire et une Vie de Molière par M. AuGER de l' Académie françoise; neuf volumes in-8°, imprime's par Firmiu Didot,orne's d'un portrait gravé , d'après Mignard , par Lignon , et de seize es- tampes d'après Horace Vernet. L'ouvrage sera publié par livraisons de deux ou trois volumes chacune. Le prix de chaque volume broché et saline est , pour les Souscripteurs , de i o fr. papier fin , 18 fr. papier vélin, et 26 fr. grand papier vélin, figures avant la lettres: il sera ajouté , pour le port, 2 fr. par volume. Nota. Ces deux Pièces inédites doivent faire partie | de cette édition. . I IMPRIMERIE DE FAIN , PLACE DE L'ODÉON. DEUX PIECES INÉDITES DE J-B. P. MOLIERE PARIS, TH. DESOER, LIBRAIRE, RUE CHRISTINE. 1819. /. fo ^hhu jur Jn . aut^i ^ h^/'o 2/ > V ^ 4 à \ . ♦• »;%i , *• %«vt'%i.ft^v\'«.«.%%«v\%>«''%%%'\«>«%«'%%%ft'%«'^«'^^^^v«%«,\%.«%«»««.%-vvt'V%V'%.% %%%«'««,«%'«.%%« AVERTISSEMENT. J. otJTEs les personnes un peu versées dansla littérature du théâtre savent que Molière, dans sa jeunesse, et lorsqu'il parcouroit la province en jouant la comédie, a composé plusieurs farces dont les titres seuls étoient connus jusqu'ici. Ces farces, au nombre de cinq, sont : Le Docteur amoureux ^ les trois Docteurs rivaux y le Maitie cT école ^ le Mé- decin volant, et la Jalousie du Barbouillé. On croit que Molière lui-même a supprimé les trois premières; mais on assuroit que les deux autres existoient manuscrites dans le cabinet de quelque curieux , et l'on n'avoit pas encore tout-à-fait désespéré de les voir paroître au jour. Ces deux farces sont tombées entre nos mains, et nous nous empressons d'en faire jouir le public. Afin de prévenir les doutes qui pourroient s'élever sur leur au- thenticité,nous renvoyons le lecteur au recueil des Lettres de (J.-B.) Rousseau, 5 vol. in- 12. I 1 Ils y verront que Rousseau, possesseur des deux manuscrits , les avoit envoye's à M. ' Chauvelin , pour l'édition des OEuvres de Molière, qui a paru en 1704, 6 vol. in-4. ; et, dans une lettre à Brossette, sous la date du 12 décembre lySi , ils liront une analyse du Barbouillé , tout -à -fait conforme à la pièce qu'ils ont maintenant sous les yeux. Cette farce est le canevas du troisième acte de George Dandin , de même que le Mé- decin volant est l'ébauche du Médecin malgré lui. Cette circonstance suffiroit seule pour donner du prix aux deux ouvrages. On aura du plaisir à examiner ces premiers essais du génie de Molière, et à les comparer, dans les mêmes sujets, avec les productions de sa maturité. Nous ne voulons pas dissimuler que Rousseau , tout en consentant à recon- noître que le fond des deux farces appartient à Molière , en trouve le style trop ignoble pour le lui attribuer. Il pense que ces farces se jouoient à riniprovisade, comme celles des italiens , et que quelque comédien de cam- pagne en a rempli les canevas à sa manière. Cette opinion lious paroit manquer tout-à- fait de probaJ)ilité. Le style est bas, sans 5 doute; mais il convient au genre des pièces et à la condition des personnages. La farce amusoit alors les gens de la meilleure com- pagnie; alors, sur la même scène où l'on représentoit les premiers chefs-d'œuvre de Corneille , des acteurs enfarinés faisoient rire les spectateurs de leurs quolibets et de leurs équivoques souvent licencieuses. Ces farces, qui se jouoient à la suite des grandes pièces, avoient principalement pour but d'allonger convenablement la durée du spectacle, et elles ont donné naissance à nos petites co- médies en un , deux ou trois actes. Molière ne fît donc que se conformer au goût du public et à l'usage établi, en composant ces espèces d'atellanes où, sans s'écarler de la trivialité obligée du geîirè, irmli dii moiij^v ^ |>v^ une bouffonnerie plus ingénieuse que ^elle *. des farces tant vantées alors ^de GuiWot-i <'- Gorju ef de Gaflà^irier-GarQ;uille. Ce n'éloit sûrement pas des farces insipides et^bjècte^ *i que celles qui contenoient le germe, des plus^ plaisantes scènes du Médecin maigre lui , et "^^^ de George Danclin , et dont plusieurs traits ont été transportés par Molière lui-même dans ses meilleures comédies. JNi sous le rapport de l'action , ni sous ce^ui du dialogue, les deux farces du Barbouillé et du Mé- decin volant ne seront jugées indignes de Molière par aucun de ceux qui voudront bien considérer à quelle époque, à quel âge et pour quelle destination il les a composées. D'ailleurs , l'homme de génie , à son entrée dans la carrière , ne donne pas toujours une idée des pas qu'il doit y faire par la suite , et il y a certainement plus loin des strophes sur Port-Royal à Phèdre ou à Athalie , que de la Jalousie du Barbouillé au Tartujjfe , ou aux Femmes savantes. LA JALOUSIE DU BARBOUILLÉ, COMÉDIE. PERSONNAGES, » LE BARBOUILLÉ , mari d'Angélique. LE DOCTEUR. ANGÉLIQUE , fille de Gorgibus. VALÈRE , amant d'Angélique. CATHAU , suivante d'Angélique. GORGIBUS , père d'Angélique. VILLEBR£QUIN. LA JALOUSIE DU BARBOUILLÉ, COMÉDIE. SCÈNE PREMIÈRE. LE Barbouillé. Il faut avouer que je suis le plus malheureux de tous les hommes ! J'ai une femme qui me fait enrager : au lieu de me donner du soula- gement, et de faire les choses à mon souhait, elle me fait donner au diable vingt fois le jour j au lieu de se tenir à la maison, elle aime la promenade, la bonne chère , et fré- quente je ne sais quelle sorte de gens. Ah ! pauvre Barbouille' , que tu es misérable ! Il faut pourtant la punir. Si tu la tuois. . . Tinten- tion ne vaut rien , car tu serois pendu. Si tu la faisois mettre en prison... la carogne en sortiroit avec son passe-partout. Que diable faire donc? Mais voilà monsieur le docteur qui passe par ici, il faut que je lui demande un bon conseil sur ce que je dois faire. SCENE II. LE DOCTEUR , LE BARBOUILLÉ. LE BARBOUILLÉ. Je m'en allois vous chercher pour vous faire une prière sur une chose qui m'est dim- porlance. LE DOCTEUR. Il faut que tu sols bien mal appris , bien lourdaud et bien mal morigéné , mon ami , puisque tu m abordes sans ôter ton chapeau, sans observer rationem loci , temporis et per- sonœ. Quoi ! débuter d'abord par un dis- cours mal digéré , au lieu de dire : sahe , vel sahnis sis, doctor cloctorum crudîtissime. Hé ! pour qui me prends-tu , mon ami ? LE BARBOUILLÉ. Ma foi, excusez-moi, c'est que j'a vois l'esprit en écharpe,et je ne songeois pas à ce que je faisois; mais je sais bien que vous êtes galant homme. LE DOCTEUR. Sais- tu bien d'où vient le mot de galant homme ? 9 LE BARBOUILLÉ. Qu'il vienne de Vil lejuif ou d'Aubervilliers, je ne m'en soucie guère. LE DOCTEUR. Sache que le mot de galant homme vient d'élégant , prenant le g et Va de la dernière sj'llabe, cela tahgrif et puis prenant /, ajou- tant un a et leurs deux dernières lettres , cela fait galant , et puis ajoutant homme , cela fait galant homme. Mais , encore , pour qui me prends-tu ? LE BARBOUILLÉ. Je vous prends pour un docteur. Or çà , parlons un peu de laffaire que je vous veux proposer : il faut que vous sachiez LE DOCTEUR. Sache auparavant que je ne suis pas seu*- lement une fois docteur, mais que je suis une, deux, troi^, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf et dix fois docteur. \°. Parce que , comme l'unité est la base , le fondement , et le premier de tous les nombres; aussi, moi, je suis le premier de tous les docteurs , le docte des doctes. 2*^. Parce qu'il y a deux lO facultés nécessaires pour la parfaite coiinois- sance de toutes choses , le sens et l'enten- dement; et, comme je suis tout sens et tout entendement, je suis deux fois docteur. LE BARBOUILLÉ. D'accord. C'est que LE DOCTEUR. 5". Parce que le nombre de trois est celui de la perfection , selon Aristote ; et , comme je suis parfait , et que toutes mes productions le sont aussi , je suis trois fois docteur. LE BARBOUILLÉ. Hé bien, monsieur le docteur LE DOCTEUR. 4°. Parce que la philosophie a quatre par- ties , la logique, la morale , la physique et la méthaphysique ; et , comme je les possède toutes quatre , et que je suis parfaitement versé en icelles , je suis quatre fois docteur. LE BARBOUILLÉ. Que di,able ! je n'en doute pas. Écoutez-moi donc. II LE DOCTEUR. 5°. Parce qu'il y a cinq universaux , le genre , l'espèce , la diflërence , le propre et l'accident , sans la connoissance desquels il est impossible de faire aucun bon raison- nement; et, comme je m'en sers avec avan- tage, et que j'en connois l'utilité , je suis cinq fois docteur. LE BARBOUILLÉ. Il faut que j'aie bonne patience. LE DOCTEUR. 6°. Parce que le nombre de six est le nom^ bre du travail; et , comme je travaille inces- samment pour ma gloire , je suis six fois docteur. LE BARBOUILLÉ. Ho! parle tant que tu voudras. LE DOCTEUR. y". Parce que le nombre de sept est le nombre de la félicité; et, comme je possède une parfaite connoissance de tout ce qui peut rendre heureux, et que je le suis en effet par 12 mes talens, je me sens obligé de dire de moi- même : O ter quaterque heaiiim ! 8". Parce que le nombre de huit est le nombre de la justice à cause de l'ëgaiité qui se rencon- tre en lui , et que la justice et la prudence avec lesquelles je mesure et pèse toutes mes actions , me rendent huit fois docteur. 9°. Parce qu'il y a neuf Muses, et que je suis e'galement chéri d'elles. lo". Parce que , comme on ne peut passer le nombre de dix sans faire une répétition des autres nombres , et qu'il est le nombre universel ; aussi, quand on m'a trouvé, on a trouvé le docteur uni- versel; je contiens en moi tous les autres doc- teurs. Ainsi , tu vois par des raisons .plausi- bles, vraies, démonstratives et convaincan- tes, que je suis une, deux, trois, quatre, cinq , six, sept, huit , neuf, dix fois docteur. LE BARBOUILLÉ. Que diable est ceci? je crojois trouver un homme bien savant, qui me donneroit un bon conseil, et je trouve un ramoneur de cheminées, qui, au lieu de me parler, s'amuse à jouer à la raourre. Un , deux, trois , qua" tre ; hâ , ba 7 ha ! Oh bien ! ce n'est pas cela : i5 c'est que je vous prie de m'e'couter , et croyez; que je ne suis pas un homme à vous faire per- dre vos peines , et que, si vous me satisfaites sur ce que je veux de vous , je vous donnerai ce que vous voudrez ; de l'argent , si vous en voulez. LE DOCTEUR. He' ! de l'afgent ? LE BARBOUILLÉ. Oui , de l'argent , et toute autre chose que vous pourriez demander. LE DOCTEUR , troussant sa robe derrière son cul. Tu me prends donc pour un homme à qui l'argent fait tout faire , pour un homme atta- ché à l'intérêt, pour une âme mercenaire? Sache, mon ami , que, quand tu me donnerois une bourse pleine de pisloles, et que cette bourse seroit dans une riche boîte, cette boîte dans un étui précieux, cet étui dans un coffre admirable, ce coffre dans un cabi- net curieux , ce cabinet dans une chambre magnifique, cette chambre dans un apparte- ment agréable , cet appartement dans un chà- i4 teau pompeux , ce château ihiis rentre dans sa maison etSga- narelle s'en va. ) SCÈNE XIII. VALÈRE, SGANARELLE. VALÈRE. II faut que j'avoue que je n'eusse jamais cru que Sganarelle se fût si bien acquitté de son devoir. {Sganarelle rentre avec ses habits de valet.) khX mon pauvre garçon, que je t'ai d'obligation ! que j'ai de joie ! et que.... SGANARELLE. Ma foi , vous parlez fort à votre aise. Gor- gibus m'a rencontré ; et , sans une invention que j'ai trouvée , toute la mèche étoit décou-^ verte. ( apercevant Gorgibus. ) Mais fuyez-* vous-en , le voici. ( Falère sort. ) SCÈNE XIV. GORGIBUS, SGANARELLE. GORGIBUS. Je vous cherchois partout pour vous dire 6i que j'ai parlé à votre frère : il m'a assuré qu'il vous pardonnoit ; mais, pour en être plus as- suré , je veux qu il vous emhrasr.e en ma pré- sence ; entrez dans mon logis , et je 1 irai chercher. SGANARELLE. Eh ! monsieur Gorgibus , je ne crois pas que vous le trouviez à présent; et puis je ne resterai pas chez vous : je crains trop de sa colère. GORGIBUS. Ah ! vous y demeurerez, car Je vous enfer- merai. Je m'en vais à présent chercher votre frère ; ne craignez rien , je vous réponds qu'il n'est plus fâché. ( Gorgibns sort. ) SGANARELLE {de la fenêtre). Ma foi , me voilà attrapé ce coup-là ; il n'y a plus moyen de m'en échapper. Le nuage est fort épais , et j'ai bien peur que, s'il vient à crever, il ne grêle sur mon dos force coups de bâton; ou que, par quelque ordonnance plus forte que toutes celles des médecins , on ne m'applique tout au moins un cautère royal sur les épaules. Mes aflàires vont mal : mais 62 pourquoi se désespérer ? puisque j'ai tant fait, poussons la fourbe jusqu'au bout. Oui, oui, il en faut encore sortir , et faire voir que S^anarelle est le roi des fourbes. ( S^anarelle saute par la fenêtre et sert va. ) SCÈNE XV. GROS-KENÉ, GORGIBUS, SGANARELLE. GROS-RENÉ. Ab ! ma foi , voilà qui est drôle ! comme diable on saute ici par les fenêtres ! Il faut que je demeure ici, et que je voie à quoi tout cela aboutira. GORGIBUS. Je ne saurois trouver ce médecin ; je ne sais où. diable il s'est caché. (^Apercevant Sga- nareLle qui revient en habit de médecin. ) Mais le voici. Monsieur, ce n'est pas assez d'avoir pardonné à votre frère j je vous prie, pour ma salisfaction , de l'embrasser : il est chez moi , et je vous cherchois partout pour vous prier de faire cet accord en ma pré- •sence. 65 SGANARELLE. Vous vous moquez, monsieur Gorgibiis; n'est-ce pas assez que je lui pardonne? je n« le veux jamais voir. GORGIBUS. Mais , monsieur, pour l'amour de moi. SGANARELLE. Je ne vous saurois rien refuser : dites-lui qu'il descende. ( Peîidant que Gorgibus entre dajis sa maison par la porte , Sganarelle y rentre par la fenêtre. ) GORGIBUS {à la fenêtre). Voilà votre frère qui vous attend là-bas ; il m'a promis qu'il fera tout ce que vous voudrez. SGANARELLE {à la fenêtre) . Monsieur Gorgibus, je vous prie de le faire venir ici; je vous conjure que ce soit en par- ticulier que je lui demande pardon , parce que sans doute il me feroit cent hontes, cent opprobres devant tout le monde. ( Gori^ihiis sort de sa maison par la porte , et Sganarelle par la fenêtre. ) 64 GORGIBUS. Oui-dà, je m'en vais lui dire... Monsieur, il dit qu'il est honteux, et qu'il vous prie d'entrer, afin qu'il vous demande pardon en particulier. Voilà la clef, vous pouvez entrer; je vous supplie de ne me pas refuser, et de me donner ce contentement. SGANARELLE. Il n'y a rien que je ne fasse pour votre sa- tisfaction : vous allez entendre de quelle ma- nière je le vais traiter. ( A la fenêtre. ) Ah ! te voilà, coquin. — Monsieur mon frère, je vous demande paidon , je vous promets qu'il n'y a pas de ma faute. — Pilier de débau- che, coquin, va, je t'apprendrai à venir avoir la hardiesse d'importuner monsieur Gorgi- bus, de lui rompre la tête de tes sottises. — Monsieur mon frère... — Tais-toi, te dis-je. — Je ne vousdésoblig... — Tais-toi, coquin. GROS-RENÉ. Qui diable pensez-vous qui soit chez vous à présent.^ 65 GORGIBUS. C'est le médecin et Narcisse son frère ; ils avoient quelque différent , et ils font leur accord. GROS-RENÉ. Le diable emporte ! ils ne sont qu'un. SGANARELLE (à lafenéire). Ivrogne que tu es, je t'apprendrai à vivre. Comme il baisse la vue ! il voit bien qu'il a failli , le pendard. Ah ! l'hypocrite , comme il fait le bon apôtre ! GROS-RENÉ. Monsieur , dites-lui un peu par plaisir qu'il fasse mettre son frère à la fenêtre. GORGIBUS. Oui-dà... Monsieur le médecin, je vous prie de faire paroitre votre fi^ère à la fenêtre. SGANARELLE (de la fenêtre). 11 est indigne de la vue des gens d'hon- neur , et puis je ne le saurois souffrir auprès de moi. 5 66 GORGIBUS. Monsieur, ne me refusez pas cette grâce, après toutes celles que vous m'avez faites. SGANARELLE {de la fenêtre.) En vérité, monsieur Gorgibus , vous avez un tel pouvoir sur moi , que je ne vous puis rien refuser. Montre, montre-toi, coquin. ( Après avoir disparu un moment , // se re- montre en habit de \>alet. ) Monsieur Gorgi- bus, je suis votre obligé. ( // disparoit e«- core , et reparoft aussitôt en robe de méde- cin. ) Hé bien ! avez-vous vu cette image de la débauche ? GROS-RENÉ. Ma foi , ils ne sont qu'un ; et, pour vous le prouver, dites-lui un peu que vous les voulez voir ensemble. GORGIBUS. Mais , faites-moi la grâce de le faire pa- roître avec vous , et de l'embrasser devant moi à la fenêtre. 67 SGANARELLE ^de la fenêtre). Cest une chose que je refuserois à tout autre qu'à vous ; mais , pour vous montrer que je veux tout faire pour l'amour de vous, je m'y resous, quoiqu'avec peine, et veux auparavant qu'il vous demande pardon de toutes les peines qu'il vous a données. — Oui, monsieur Gorgibus, je vous demande pardon de vous avoir tant importunf^,et vous promets, mon frère , en présence de mon- sieur Gorpjibus que voilà , de faire si bien désormais , que vous n'aurez plus lieu de vous plaindre, vous priant de ne plus songer à ce qui s'est passé. (// embrasse son chapeau et sa fraise y quil a mis au bout de son coude. ) GORGIBUS. Hé bien! ne les voilà pas tous deux? GROS-RENÉ. Ah ! par ma foi , il est sorcier. SGANARELLE {sortant de la maison .^ en médecin). Monsieur, voilà la clef de votre maison que je vous rends ; je n'ai pas voulu que ce 68 coquin soit descendu avec moi , parce qu'il nie fait honte ; je ne voudrois pas qu'on le vît en ma compagnie, dans la ville où je suis en quelque réputation. Vous irez le faire sor- tir quand bon vous semblera. Je vous donne le bonjour, et suis votre, etc. ( // feint de s'en aller , et , après avoir mis bas sa robe , j entre dans la mai- son par lajenêtve. ) GORGIBUS. Il faut que j'aille délivrer ce pauvre garr çon ; en vérité , s'il lui a pardonné , ce n'a paé été sans le bien maltraiter. ( Il entre dans sa maison et en sort avec Sganarelle en habit de valet. ) SGANARELLE. BTonsieur, je vous remercie de la peine que vous avez prise , et de la bonté que vous avez eue ; je vous en serai oblige toute ma vie. GROS-RENÉ. Où pensez -vous que soit à préseht le médecin ? ^9 GORGIBUS. Il s'en est allé. GROS-RENÉ ( qui a ramassé la robe de Sganarelle). Je le tiens sous mon bras. Voilà le coquin qui faisoit le médecin , et qui vous trompe. Cependant qu'il vous trompe et joue la farce chez vous , Valère et votre fille sont en- semble qui s'en vont à tous les diables. GORGIBUS. Oh ! que je suis malheureux ! mais tu seras pendu, fourbe, coquin. SGANARELLE. Monsieur , qu'allez-vous faire de me pen- dre? Ecoutez un mot, s'il vous plait ; il est vrai que c'est par mon invention que mon maître est avec votre fille; mais, en le servant, je ne vous ai point désobligé : c'est un parti sortable pour elle , tant pour la naissance que pour les biens. Croyez-moi , ne faites point un vacarme qui tourneroit à votre con- fusion , et envoyez à tous les diables ce co- quin-là avec Villebrequin. Mais voici nos amans. 70 SCÈNE DERNIÈRE. VALÈRE, LUCILE, GORGIBUS, SGANARELLE. VALÈRE. Nous nous jetons à vos pieds. GORGIBUS. Je vous pardonne, et suis heureusement trompé par Sganarelle , ayant un si brave gendre. Allons tous faire noces, et boire à la santé de toute la compagnie. FIN. V«tV»lt'\vi\tl'V«v»\»%%M\\««'l\«M«W«tl«««W\«WVl>M«M%«%VM%%/»«»«\V(V\v»'\« TABLE. Avertissement . Page i La Jalousie du Barbouillé 7 Le Médecin Volant 87 LA SAINTE BIBLE. EXTRAIT DU PROSPECTUS. Il n'existe qu'un très-petit nombre d'éditions frauçoises de la Bible d'un format portatif, et pas une seule qui ré- unisse à la mode'ration du prix la perfection de l'exe'cution. On a donc cru vraiment utile d'eu publier une qui pût être regardée comme un monument distingué de la typo- graphie , et dont toutefois l'acquisition ne fût pas dispen- dieuse. Afin de parvenir à ce but , on a fait choix d'un petit caractère , mais dont la netteté en rende la lecture facile j et l'on se propose de publier la Bible en deux for- mats in-octavo et in-dix-huit. Ces deux éditions contiendront chacune tous les LiATes de l'Ancien et du INouveau Testament, la Table des noms propres , hébreux ou grecs , employés dans la Bible , avec leur signification; et une Table analytique des matières traitées dans les Livres saints. L'édition ix-octavo formera un seul volume d'environ goo pages , imprimé à deux colonnes , sur papier grand- raisin satiné. Le prix de ce volume sera , pour les Souscripteurs , de 20 fr. en papier fin , et de 40 û"* eu papier vélin ; il paroîtra dans le mois d'avril 18 19. L'éditiou IN-Dix-HUIT formera sept volumes , d'environ 5oo pages chacun ; elle sera publiée par livraisons d'un ou deux volumes. Les deux premières livraisons pa- roissent. Le prix de chaque volume est , pour les S0USCIUPTEUF.S, de 3 fr. 5o cent, en beau papier coquille saline. L'édition sera terminée en avril 1.819. Pour être SOUSCiilPTEUR, il suffit-de se faire inscrire à Pans, chez Th. DLSOER, Libraire , rue Christine, n°.2^ ou à Liège , chez J. -F. DESOER, Imprimeur-Libraire. ON NE PAYE RIEN D'AVANCE. La souscription pour ces deux éditions sera fermée à la lin de mars; passé cette époque, le prix de l'm-S". sera de 24 fr. , et le prix de chaque volume in-iQ , de 4 f- NOUVELLES ÉDITIONS, QUI SE TROUVENT i Paris, chez TH. DESOER, libraire, rue Christine, n°. 2; Et a Liège, chez J.-F. DESOER, imprimeur-libraire. itx«vt^ <%««%%« %%^ «v« OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE, En douze volumes /«-8'., avec des titres pour les diviser en vingt-quatre. Ornées d'un beau Porlrait de Voltaire , grave' par Alexandre Tardicu. Lette édition comprend , outre tout le contenu de Kehl , sans en ex- cepter même les avertissemens des éditeurs, tout ce qu'on a décou- vert , tout ce qui a paru en ouvrages ou en lettres de Voltaire. M. Auger, Je l'académie française , a hien voulu se charger de donner ses soins à :ette édition , de recueillir et de placer en leur lieu les additions qu'elle a reçues dans plusieurs parties. Prix : les douze vol. brochés en une ou en deux parties. i44 fr- Idem, en papier satiné i56 Idem., en papier vélin ou coquille 288 Idem, très-bien reliés en veau filet (en 12 vol.). 192 Idem. . . idem. . . . idem. . (en 24 parties). 200 Jdem. . . idem, en basane filet (en 24 pai'ties). 186 Idem. . . idem. . . idem. . . (en 12 parties). 180 /....... 3 voL Discours sur l'Histoire universelle , par Bossuet, portrait. . . . 3 vol. Histoire de Gil-Blas de Sanlillane, par Lesage 5 vol. Prix : chaque volume cartonné 1 fr. 25 c. Relié en veau , doré sur tranche 2 fr. 5o c. En maroquin /^{v. 12.5 c. Les 5o vol. reliés en veau , dorés sur tranche, dans une boite de format in-folio , très-bien reliée et fermant avec un secret ifio fr. 5o vol. reliés en veau, dans une jolie boîte de carton. . i3o fr. Idem, en maroquin , boîte en maroquin 270 fr. Il reste une seule collection complète en papier ve'lin ^ elle est relie'e en ma- roquin rouge par Thouvcnin , et renfermée dans une très-jolie bibliothèque d'acajou. II y a des bnîfesqui contiennent moins de volumes, pour les personnes qui désirent retrancher une partie des ouvragçs. ' ju» ■^—""^ ' ^^— ^^^^— ^^^»^^— .— — » DE L'IMPRIMERIE DE FAIN, PLA.CE DE L'ODÉON. BINDING" SEC APR 1 0 19; PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY PQ Beffara, Louis François 1853 Dissertation svir J. - B, B4. Poquelin-Molière