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PREFACE Le 27 avril 1821 , huit jours avant sa mort, l'Empereur avait passé plusieurs heures de la journée à cacheter et à inventorier ses boîtes , ses tabatières et d'autres objets destinés à son fils ; ayant renfermé le tout dans trois boîtes d'acajou, sous les n°M, 2 et 3, il nCm ren- dit dépositaire pour les remettre à son^s, à l'époque de s» majorité. Cette journée fut une des plus fatigantes *vy \ ^iivaJJ:^^ 2 PRÉFACE. qu'eût encore éprouvées l'Empereur dans le cours de sa maladie, une des plus afiUgeantes pour nous par le développement de ces symptômes qui annoncent une fin prochaine. A plusieurs reprises, les vomissemens le for- cèrent de suspendre la dictée de ses dernières volontés; tout ce que nous fîmes pour l'en- gager à cesser un travail qui causait des acci- dens aussi graves , ne put l'en détourner. « Je suis bien fatigué, nou5 disait-il; je le « sens, peu de temps me reste, et il faut en « finir. Donne-moi un peu de ce vin de Cons- « tance que Las Cases m'a envoyé , une larme « ne saurait me faire de mal. » J'osai lui faire observer que cette liqueur était bien contraire à celle que lui avait ordonnée le docteur Anto- marchi. « Bah , dit-il , en secouant la tête , ni « les uns ni les autres n'y entendent rien. Tout « manque dans ce pays; que veux-tu que j'at- « tende? donne-moi de ce vin, il me ranimera. « Je ne veux rien faire pour abréger mes jours; « mais je ne tirerais pas la paille pour les pro- « longer. C'est là , me dit-il , en appuyant sa M mBsss PRÉFACE. 3 « main sur le côté droit; c'est une lame de ra- « soir qui me coupe en glissant. » Tout ce que disait FEmpereur était rempli de dignité, de calme et de bonté; le lit dans lequel il était assis était couvert d'objets scel- lés, destinés à son fils et à sa famille; dans le nombre, se trouvait une tabatière d'or, ornée d'un très -beau camée., qu'il léguait à lady Hollande, comme un gage d'estime et de re- connaissance pour le soin qu'avait mis cette dame à envoyer à l'illustre captif de ces riens toujours si bien appréciés et auxquels on est si sensible dans le malheur; plus , une tabatière en or, sans chiffre, qu'il destinait au docteur Arnott , sur laquelle il fit une N avec la pointe d'un canif. Une simple petite planche de carton, qu'il tenait dans sa main gauche, lui servait de pupitre pour écrire; et de l'autre, il puisait dans un encrier que lui présentait, debout près de son lit, le comte de Montholon. Auprès de lui était un collier de diamant ; il le prit et me le donna : « Tiens, me dit-il, « j'ignore dans quel état sont mes affaires en 1. 4 PRÉFACE. « Europe; cette bonne Hortense me Ta donné « en quittant la Malmaison , pensant que je « pourrais en avpir besoin. Je crois sa valeur « de deux cent mille francs; cache4e autour de « ton corps; arrivé en France, il te mettra à « même d'attendre le sort que je te fais par « mon testament et mes codiciles ; marie-toi « honorablement ; fais ton choix parmi les « familles des officiers ou soldats de ma vieille « garde ; il est beaucoup de ces braves qui ne « sont point heureux; un meilleur sort leur « était réservé, sans les revers de fortune sur- « venus à la France. La postérité me tiendra « compte de ce que j'eusse fait pour eux, si les « circonstances eussent été tout autres.... » Fa- tigué, il se tut. Ces paroles ne s'effaceront ja- mais de ma mémoire, et après quinze ans elles mouillent encore ma paupière de larmes. Après quelques momens de repos, il ca- cheta ses divers testamens et codiciles, au nombre de oeuf plis ou paquets séparés, ayant tous à peu près la même forme , mais d'épaisseur différente, plies à l'un des quatre ■ 1 PRÉFACE. 5 coins, entourés d'une faveur rouge, revê- tus de sa signature , scellés du sceau de ses armes. Le même jour, à neuf du soir, enveloppç dans sa robe de chambre, assis dans un grand fauteuil, un petit guéridon devant lui, l'Em- pereur fit apposer, sur les codiciles et testa- mens, les signatures et cachets de ses trois exécuteurs testamentaires : le général comte Bertrand, le général comte de Montholon, et moi, et celle de Fabbé Vignaly, qu'il fit appe- ler à cet effet. Il fit faire ensuite, en sa présence, par M. le général Bertrand, le procès-verbal suivant des neuf plis ou paquets cachetés : Sur un pli numéroté I est écrit : « Ceci est mon testament, écrit tout entier de ma propre main. Signé : Napoléon. » Sur un pli numéroté II : « Ceci est un se- cond codicile à mon testament tout écrit de 4 ma propre main. Signé : Napoléon. » Sur un pli sans numéro : « Ceci est un troi- sième codicile à won testament, tout entier 6 PRÉFACE. écrit de ma propre main, signé et scellé de mes armes, qui sera ouvert le même jour et immédiatement après l'ouverture de mon tes- tament. Signé : Napoléon. » Sur un pli sans numéro : « Ceci est mon qua- trième codicile faisant suite à mon testament; il sera ouvert le même jour que mon testa- ment. Signé : Napoléon. » . Sur un pli numéroté V : « Ceci est mon codicile ou acte de ma dernière volonté , dont je recommande l'exécution à ma très -chère épouse l'impératrice Marie -Louise. Signé : Napoléon. » Sur un pli numéroté VI : « Ceci est mon codicile ou acte de ma dernière volonté, dont je recommande l'exécution à mon fils Eugène Napoléon; il est tout écrit de ma propre main. Signé : Napoléon. » Sur un pli sans numéro : « Ceci est une ins- truction pour Montholon, Bertrand et Mar- chand , mes exécuteurs testamentaires. J'ai fait un testament et sept codiciles , dont Mar- chand est dépositaire. Signé : Napoléon. » ■^^"^■^ PRÉFACE. 7 L'Empereur ayant, ainsi qu'il le voulait, mis ordre à ses affaires , s'occupa longuement de notre état et de nos besoins pour notre re- tour en Europe, Il entretint ses exécuteurs tes- tamentaires de ce qu'ils auraient à faire à leur arrivée en Angleterre et en France, pour que ses cendres ne restassent point exilées à Saint- Hélène. Ici j'extrais des instructions ce qui concernait le roi de Rome : « Tous l'enga- « gérez à reprendre son nom de Napoléon « aussitôt qu'il sera en âge de raison, et qu'il « pourra le faire convenablement. « S'il y avait un retour de fortune, et qu'il « remontât sur le trône, il est du devoir de « mes exécuteurs testamentaires de lui mettre « sous les yeux tout ce que je dois à mes vieux « officiers et soldats, et à mes fidèles servi- « teurs. «Mon souvenir fera la gloire de sa vie; « vous lui faciliterez l'acquisition de tout ce « qui peut lui faire un entourage dans ce sens; « vous redresserez ses idées avec force sur les « faits et les choses; vous devez trouver chez 8 * PREFACE. « d'Albe, Fain, Menneval et Bourienne beau- « coup de choses qui peuvent être d'un grand « intérêt pour lui, « À moins d'un retour de fortune en France, «je désire que le moins possible mon sang « soit à la cour des rois , et que mes neveux et « nièces se marient entre eux , soit dans les « Etats romains, soit dans la république suisse, r « soit dans les Etats-Unis d'Amérique. « Entretenez par lettres, ou lorsque vous « pourrez la voir, l'impératrice Marie-Louise « de l'estime et des sentimens que j'ai eus pour «elle; recommandez -lui mon fils, qui n'a « d'autres ressources que de son côté. « Faites une réunion de tableaux, de livres « et de médailles, qui puissent donner à mon « fils des idées justes et détruire les idées « fausses que la politique étrangère aurait pu « lui inculquer , afin qu'il voie les choses « comme elles ont été. i « En imprimant mes campagnes d'Italie et « d'Egypte, et ceux de mes manuscrits que « l'on imprimera , on les dédiera à mon fils , N PRÉFACE. ^ ' 9 « ainsi que les lettres des souverains , si on « les trouve : on doit pouvoir se les procurer « des archives; ce (jui ne serait pas difficile, « puisque la vanité nationale y gagnerait « beaucoup. » Cette volonté dernière n'a été mise à exe- cution que par la publication d'une partie des manuscrits, dictés par Fempereur aux géné- raux baron Gourgault et comte de Montho- Ibn; l'autre partie est entre les mains de M. le général comte Bertrand, auquel je dois de pouvoir livrer aujourd'hui à Pimpression les notes sur les Commentaires de César, qui étaient entre ses mains, et qui, depuis dix-huit mois , sont entre les miennes. La nature de mon service me tenant sans cesse auprès de l'empereur, m'a appelé, soit à l'honneur de lui faire des lectures, soit à écrire sous sa dictée. C'est ainsi que les notes sur les Commentaires de César m'ont été dic- tées entièrement et presque constamment dans de longues insomnies , « oii le travail , disait- « il, apportait de l'adoucissement à ses souf- i 1 O PRÉFACE. ■ « frances, et jetait quelques fleurs surie che^ « min qui le conduisait au tombeau. » N'ayant d'autres droits à faire valoir pour devenir propriétaire de ce manuscrit que la dictée qui m'en avait été faite , j'en écrivis à M. le comte Bertrand ; sa réponse fut celle que je devais attendre de la bonté dont il m'a toujours honore, et de l'obligeance qui lui est habituelle. £n me laissant libre de faire de ce manuscrit l'usage qui me paraîtrait conve- nable , il s'est réservé l'honneur d'en éclaircir quelques passages lors de la publication , d'a- près les paroles mêmes qu'il pouvait avoir recueillies de l'empweur en diverses occa- sions. Certes , s'il appartient à quelqu'un de fixer l'opinion sur la pensée de l'Empereur, c'est bien à l'homme qui a vécu dans sa plus grande intimité et qui par ses talens est capable d'é- claircir, s'il y en a, les passages qui seraient obscurs dans l'ouvrage. Quant à moi , ma mission est de le livrer à l'impression tel qu'il m'a été dicté par l'Empe- ( >■ PKÉFACE. 1 1 reur, sans permettre que la plus légère alté- ration y soit faite. Les hommes de Fart juge- ront de la profondeur des pensées: c'est fidè- lement que je les transmets à la postérité. Quelques jets d'une première dictée, à la suite de lectures faites à l'Empereur, se trou- veront à la fin de l'ouvrage: l'une sur la tra- r gédie de Mahomet, l'autre sur l'Enéide; une pensée sur le suicide , et le deuxième codicile qui n'a pas été publié , intitulé : « Ceci est un second codicile à mon testament, écrit de ma propre main. '' Ce codicile est le complément du testament et des codiciles qui ont été pu- bliés. J'avais eu la pensée de rattacher à cet ou- vrage (mais non sous la forme d'un journal, j'aurais craint de manquer au respect et à la fidélité dont nous étions tous pénétrés pour la personne de l'Empereur, en me permettant d'en tenir un sans son autorisation), mes souvenirs sur l'îlie d'Elbe, les cent-jours et Sainte -Hélène; lorsque, mieux inspiré, j'ai pensé que cette dictée sur les Commentaires 'j Il I 1 •« » ^ I 4 « / 1 a PRÉFACE. de César devait faire suite aux manuscrits publiés et à publier; que par conséquent c'é- tait pure de tout entourage qu'il fallait la livrer à la publicité. Mes souvenirs seront donc dus à ma mé- moire, à la mémoire du cœur qui ne me man- quera jamais. Puisse la publicité que je me propose de leur donner un jour, montrer l'Empereur tel que je l'ai vu : grand de génie , de talens et de gloire sur le trône; grand de courage et de résignation dans l'adversité : foudroyé..., mais debout. Je n'aurais qu'une crainte; je n'aurais qu'un regret, c'est que ma plume eût manqué à mon cœur. Les derniers momens d'un grand homme oflÈ^nt tant d'intérêt , que c'est en quelque sorte un devoir pour ceux qui en ont été té- moins de les transmettre à la postérité. Je con- signe ici le récit des derniers momens de Na- poléon , tels qu'ils sont restés gravés dans ma mémoire , et tels que je les trouve dans mes notes. ,*r,**W -«L^^ PRÉFACE. 1 3 Les heures qui précédèrent la mort de TEmpereur furent plutôt employées à des con- versations graves ou à des lectures, qu'au soin de sa santé. Les deux dernières lectures qui lui furent faites furent , Tune , celle que lui fit le gé- néral comte Bertrand des campagnes d'Anni- bal , écrites par le général de brigade Frédéric Guillaume, et Vautre celle des campagnes de Dumouriez, que j'eus l'honneur de lui lire. Il fit sa dernière dictée, dans la nuit du 29 au 50 avril, au général comte de Mon- tholon; c'était un projet d'organisation mi- litaire de la France, qu'il intitula Première RÊVERIE. De quatre à cinq heures du ma- tin, il me continua cette dictée, après le dé- part du général, en me la faisant intituler Seconde rêverie, qu'il me dit de joindre à la première. Je n'ai point connaissance que ces fragmens aient été publiés jusqu'ici. Et ne serait-il pas regrettable que ces dernières pensées , échap- pées du bord de la tombe, fussent perduçs? C'était , le chant du cigne. l4 PRÉFACE. UEmpereur se sentait si bien , qu'il se croyait de force, me disait-il, à faire quinze lieues à cheval; cet état, hëlas! ne devait pas durer long-temps. Dans la soirée du 2 mai , entre huit et neuf heures, préoccupé de dispositions testamen- taires, et d'une tendre sollicitude pour son fils , l'Empereur me dicta les dispositions sui- vantes : « Je lègue à mon fils ma maison d'habita- « tion d'Ajaccio et ses dépendances; deux mai- « sons aux environs de Salines, avec jardins; « tous mes biens dans le territoire d'Ajaccio « pouvant lui donner la valeur de cinquante « mille francs de rente. « Je lègue... » Ici il se trouva si fatigué, qu'il remit la continuation au lendemain; mais avec la mémoire s'éteignait chaque jour l'exis- \ tence de ce grand homme. Je connaissais les propriétés de l'empereur en Corse, et je sa- vais qu'il n'avait rien de semblable à léguer à son fils. Il y avait eu dans la journée diva- gation; et cet état s'est souvent présenté, jus- mm^mmmm PRl^FAGE. l5 qu'au 5 mai, où tant de génie disparut de la - terre. La nuit du A au 5 mai fut très-agitée; au milieu d'un délire continuel , des mots inarticu- lés , France , Armée , furent les derniers que nous devions entendre : l'Empereur ne parla plus ! A quatre heures du matin, le calme succède à cette agitation, c'est le calme du courage et de la résignation; l'œil de l'Empereur est fixe, la bouche est tendue; quelques gouttes d'eau sucrée, introduites par le docteur Antomarchi, relèvent le pouls; un soupir s'échappe de sa noble poitrine; nous renaissons à l'espérance. A six heures du matin , tous les Français at- ' tachés au service de l'Empereur entrent dans sa chambre; ils conunandent à la douleur qui les oppresse; l'âme glacée par le silence d'une chambre de mort, ils se rangent autour du lit que déjà nous entourions. I^os yeux fixés sur la tête auguste de l'Empereur, ne s'en détachent plus que pour chercher à lire dans les regards du docteur si quelque espoir restait encore; c'est en vain, l'impitoyable mort est là. l6 PREFACE. A six heures et demie du soir , le canon de retraite se fait entendre; le soleil disparaît dans des flots de lumières; c'est aussi le moment où le grand homme, qui domina le monde de son génie , va s'envelopper dans sa gloire immor- telle. L'anxiëtë du docteur Antomarchi re- double; cette main qui guidait la victoire et dont il compte les pulsations, s'est glacée. Le docteur Amott , les yeux sur sa montre , compte les intervalles d'un soupir à l'autre: quinze secondes, puis trente, puis une minute s'écoulent; nous attendons encore, mais en vain : l'Empereur n'est plus ! Ses lèvres sont décolorées , sa bouche est faiblement contractée, ses yeux sont fixes, son visage est calme et serein. En c^ instant, nos sanglots éclatent avec d'autant plus de force qu'ils avaient été plus long-temps comprimés. Les enfansde madame la comtesse Bertrand étaient entrés à dix heures; elle veut qu'ils baisent encore cette main qui depuis six ans leur a prodigué tant de caresses. La scène de désolation qui se PRÉFACE. 1 7 passe devant eux ne leur permet pa^-4e sup- porter de si terribles émotions; Taîné de ces enfans s'évanouit ; il faut les entraîner hors de ces lieux de douleur. Dans cet intervalle, le capitaine Croket, accompagné du docteur Arnott , entre pour constater Fheure de la mort de Tempereur; sa démarche se ressent du trouble de son âme; il se retire avec respect, et semble faire des excuses de Fobhgation oîi il se trouve de rem- plir cette mission. Peu après, deux médecins anglais le rem- placent, posent la main sur le cœur de la vic- time, et retournent froidement certifier à 3ir Hudson-Lowe le rapport du docteur Arnott. Ainsi périt FEmpereur Napoléon, léguant l'opprobre de sa mort à la maison régnante d'Angleterre, laissant à la postérité le devoir de le venger du sicaire commis à sa garde, en- touré de quelques serviteurs fidèles et dévoués, niais exilé loin de ces objets naturels d'affec- tion que l'homme cherche à ses derniers mo- mens: une mère, une femme ^ un fils. 2 r 4' 1 8 PBIBFACS. Sans m'ëtablir le critique des ouvrages qui, ont été publiés sur File d'Elbe, les cent-jours et la captivité de Sainte»Hélène , partout où je trouverai la pensée de l'Empereur déguisée , je rétablirai la vérité en publiant les faits tels qu'ils sont à ma connaissance. Ainsi , lorsque je lis dans le dernier ou- vrage publié sur Sainte-Hélène, à la page 94 du second volume , que l'Empereur, après des éloges donnés à Malborougfa, et après avoir fait cadeau des campagnes de ce général au docteur Arnott, pour le 20^ r^iment, plai* santa sur Malborough, quand il eut congédié le médecin anglais, et chante lui-même le pre- mier couplet de la chanson faite sur ce général ; je dois dire que ma mémoire ne me rappelle aucun fait semblable. Que l'auteur, présent à la remise de l'ou- vrage, n'ait point été maître d'un mouvement de gaité, réveillé par une chanson avec la- quelle il a été bercé, dit-il , je ne le lui conteste pas; mais il eût mieux fait de ne point rap- porter cette circonstance , que de jeter un ri- PREFACE. 1 9 dicule sur ce qu'il y avait d'honorable pour lé 20^ daiis le don que lui fit FEmpereur; il eût mieux fait aussi de le garder pour lui y car, certes, je ne l'aurais pas révélé, le coup d'œil qu'il reçut , coup d'œil sévère et désap- probateur de son hilarité. J'étais, comme lui, présent à la remise de cet ouvrage, puisque l'Empereur me Fenvoya jchercher dans sa bibliothèque>; c'était après avoir passé les généraux en revue qu'il s'était arrêté à des éloges sur Malborough. Il remit l'ouvrage, orné de planches, avec cette solen-. nité que savait prendre l'Empereur quand il voulait imprimer à sa munificence un cachet historique: « Tenez, docteur, lui dit-il, j'aime « les braves de toutes les nations. Je veux faire « un cadeau au 20^; placez, de ma part, ces « volumes dans sa bibliothèijue, etc. » (La continuation à mes Souvenirs.) Sans vouloir critiquer plus spécialement le livre dont je parle, je trouve, à la page 119, des paroles que l'auteur met dans la bouche de l'Empereur, et que je n'ai point entendues. 2. 20 PRÉFACE. L'Empereur donne de longues instructions à Fabbé Vignaly sur la chapelle ardente qu'il aura à desservir après sa mort : « L'empereur, dit-il , vit quelque chose sur « ma figure qui lui dëplut. » Un rire hors de saison pouvait certainement dëplaire à l'Em- pereur dans cette circonstance; que sert de nous faire connaître ceL incident pour mettre dans la bouche de l'Empereur les paroles sui- vantes : « Tous êtes au-dessus de ces faiblesses; mais « que voulez-vous? je ne suis ni philosophe, <^ ni médecin. ^ Il fallait dire la chose telle qu'elle s'était passée, ou ne rapporter des conversations de l'Empereur avec l'abbé Vi- gnaly , que ce qui est vrai. Je m'arrête. Ce n'est pas dans une préface que je chercherai à réfuter les erreurs qui ont pu être publiées sur l'Empereur. Je préfère terminer ces lignes par l'hommage flatteur que Napoléon a rendu à l'une de nos célé- brités nationales. «Connaissez-vous Larrey, dit un jour l'Em- PRÉFACE. 2 1 « pereur au docteur Arnott , dans une de ses « visites ? » « Je ne le connais que de nom , » ré- pondit celui-ci. Cette interpellation venait à la suite d'une conversation dans laquelle FEm- pereur cherchait à connaître si les Anglais éprouvent, à la suite des batailles, plus de pertes de blessés que les Français. Le docteur Arnott répondit que les chirurgiens français étaient fort instruits , mais qu'il croyait les pertes plus considérables de notre côté. L'Empereur semblait croire le contraire, et en donnait pour raison les soins et les ta- lens du baron LarreyT^dont il fit l'éloge en ces termes : « Quel homme, dit-il, quel brave et digne « homme que Larrey ! Que de soins donnés r « par lui à l'armée en Egypte , dans la tra- « versée du désert, soit après Saint -Jean- « d'Acre, soit en Europe. J'ai conçu pour lui « une estime qui ne s'est jamais démentie. Si « l'armée élève une colonne à la reconnais- « sance, elle doit l'ériger à Larrey. » Si nous avons été assez heureux pour re- / 22 PRÉFACE. cueillir les dernières paroles de PEmpereur, n'oublions pas, en les reproduisant fidèle- ment, de donner de la publicité à celles qui honorent l'homme vertueux qui les a si bien méritées. Paris, 1" juin 1835. Marchand. \ PRECIS DBS GUERRES DE CÉSAR. \ --*» -«-.J 1 Hfc -f I <«i » *t CHAPITRE PIŒMIER. Guerre des Gaules. Première campagne^ Van 68 avant Jésus-ChrisL I. César. — II. Gaerre des Helyétiens. — DI. Guerre d*ÀrioTiste. — IV. Obseryations. I. César est né l'an 99 ayant Jésus-Christ ; il est mort l'an 44 : il a vécu cinquante-six ans. Il n'était âgé que de seize aûs lorsqu'il fut en butte aux persé- cutions de Sylla. Il fit ses premières armes sous le préteur Thermus^ mérita la couronne civique à la '^ M .. /. ^ 26 CHAPITRE PREH1ER. prise de Mitylène, passa en Cilicie^ séjourna à la cour du roi Nicomède, en Bithynie, iîit quarante jours prisonnier des pirates, retourna à Borne après la mort de Sylla, accusa Dolabella, person- nage consulaire y échoua dans sa poursuite , se retira alors à Rhodes , étudia l'éloquence à cette célèbre école. A son retour y le peuple le nomma successive- ment tribun du soldat , questeur, édile, pontife. Il prononça l'oraison funèbre de sa tante Julie, sœur de son père et femme de Marins. Au milieu des images des Jules, le peuple romain vit avec plaisir celles des Marins; depuis, il plaça au Capitole la statue de ce célèbre vainqueur des Gmbres, ce qui lui attira l'animadversion du sénat. Il rappela Cinna, son beau -père, proscrit avec Sertorius. Il condamna à mort les sicaires de Sylla , assassins des proscrits. Le peuple, qui le chérissait, le nomma préteur, l'an 60. Sa magistrature fut orageuse. Le sénat se déclara contre lui. Il gouverna la Cisalpine, et, l'année d'après , l'Espagne , comme propréteur. Il réunit trente cohortes en Portugal* Son armée le proclama Imperatar. De retour à Rolne , il sollicita à la fois le triomphe et le consulat. Il condut avec Pompée et Crassus le premier triumvirat, et donna GUERRE DES GAULES. PREHiiRE CAMPAGNE. 2'J sa fille JuHe à Pompée qui en devint ëperdûment amoureux. Nommé consul l'an 59, il se cCMmporta comme un tribun, publia des lois agraires, distribua des terres aux pauvres , déclara Ptolomée roi d'Egypte et Ârioyiste roi des Suèves , amis du peuple romain. Le sénat lui fut constamment opposé. Il marcha à la tête du parti de Marins. Il fut nommé, l'an 58, gouverneur de rillyrie et de la Cisalpine, pour cinq ans: on lui donna trois légions. Peu de semaines après , il joignit à ces gouvememens celui de la Gaule narbonnaise, avec une quatrième légion. Il en leva deux nouvelles; celle nommée VAbuette, composée de Gaulois , se distingua. Il commença la guerre des Gaules avec six légions; dans le courant de la guerre le nombre en fut porté à douze. César a fait huit campagnes dans les Gaules , pendant lesquelles deux invasions en Angleterre , et deux incursions sur la rive droite du Rhin. En Allemagne, il a livré neuf grandes batailles et fait trois grands sièges, a réduit en provinces romaines deux cents lieues de pays, qui ont enrichi le trésor de 8,000,000 de contribu- tions ordinaires. César, pendant la guerre civile, a combattu en Italie, en Espagne, en Illyrie, en Egypte, en Asie, en Afrique, dans les années 49, 48 , 47,46 , 45; y.a livré six grandes batailles, dont 28 CHAPITRE PREMIBl. m quatre contre les légions romaines du parti de Pom- pée, et deux contre les Barbares. Dans ces treize campagnes il a été yaincu trois fois, à Dyrrachium , à Alexandrie, en Afrique; mais ces échecs n'ont eu aucun effet sur l'issue de ses guerres. Ses lieutenans ont essuyé de grandes défaites qu'il a réparées par sa présence. . . II. Les Gaules étaient diyisées en quatre parties : les Gaules belgique , celtique , aquitanique , et enfin la province romaine. La Belgique était comprise entre la Seine, le Rhin et la mer; la Celtique, entre la Seine, le Rhône, la Garonne et l'Océan; l'Âquita- nique entre la Garonne et les Pyrénées ; la Gaule narbonnaise ou romaine comprenait le Dauphiné , la Sayoie, le Lyonnais, la Provence et une partie du Bas -Languedoc située sur les côtes de la Médi- terranée. Le gouvernement de César s'étendait sur la Gaule narbonnaise et sur la Gaule cisalpine : celle-ci com- prenait toute la vallée du Pô; elle était bornée à l'est par le Rubicon, dans la Romagne^^ et à l'ouest par la Magra , près du golfe de la Spezzia. Ainsi il avait sous ses ordres la défense de toutes les fron- GUERRE DES GAULES. PREMIERE CAMPAGNE. 29 tières d'Italie , du coté de terre y toute la ceinture des Alpes et les proyiaces illyriennes. r Les Gaules étaient composées de petits Etats, qui se gouyernaient en forme de républiques confédé- rées pour leurs intérêts communs. Les assemblées de la nation se tenaient dans le pays chartrain. Les Gaulois passèrent les Alpes et envahirent l'Italie sep- tentrionale six ou sept siècles avant l'ère chrétienne; ils y fondèrent les villes de Milan, Mantoue, Vérone, etc. , etc. Ce pays prit le nom de Gaule cisalpine. Les Romains entrèrent en Gaule pour la première fois en 209 avant Jésus-Christ. Appelés par les Mar- seillais, ils passèrent le Yar, suivant la corniche, pour éviter les Alpes. L'an 123 avant Jésus-Christ, le consul Sextus bâtit Aix en Provence. Les peuples d'Autun, l'année suivante, appelèrent le consul Do- mitius à leur secours contre les peuples d'Auvergne, qui étaient alliés aux Allobroges ou Dauphinois. Les armées se r«acontrèrent près d'Avignon : les Romains furent victorieux. L'année suivante une nouvelle bataille eut lieu à l'embouchure de l'Isère dans le Rhône : les Gaulois furent battus et noyés dans cette rivière. Le Dauphiné et la Provence fu- rent alors réduits en province romaine. Quelques années après , Rome fonda une colonie à Narbonne , ce qui étendit sa domination dans le Languedoc. 32 CHAPITIE PREMIER. il appesantit son joug sur les Francs -G>mtoift eux- mêmes , et s'appropria le tiers de leurs terres qu'il distribua à 120,000 Allemands. Un plus grand nombre 9 attiré par cet appât, se préparait à pas- ser le Rhin; 24,000 étaient partis de Constance, et les cent cantons des Suèves étaient déjà arrivés sur les bords de ce fleuve: la Gaule allait être ébranlée dans ses fondemens, elle eut recours aui Romains. César fit demander une entrevue à Ârioviste. En ayant reçu une réponse peu satisfaisante, il passa la Saône et surprit Besançon. Après quelques jours de repos, il continua sa marche dans la direction du Rhin. Le septième jour , ayant fait un détour pour éviter les montagnes , les deux armées se trou- vèrent en présence. César et Arioviste eurent une entrevue qui n'eut aucun résultat. Les AUemaiids étaient d'une haute taille , forts , braves. Après plu- sieurs manœuvres, les deux armées en vinrent aux mains, sur un champ de bataille éloigné de seize lieues du Rhin. Arioviste fut battu, son armée pour- suivie jusqu'à ce fleuve , que ce prince passa sur un petit bateau. Ce désastre consterna les Germains et sauva les Gaules. César passa les Alpes de sa per- sonne, laissant son armée dans les quartiers sous le commandement de Labienus. »aitf< ■■■■iipiWPB^^WPÇr . l J.J"" U>-«V''' •• K^-'J^'Jî' '. V«? W ^ "" GUERRE DES GAULES. PREMlàiE CAMPAGNE. 33 Ainsi 9 dans cette première campagne, il liyra deux grandes batailles contre les Helyétiens et les Suèyes d'Arioyiste, auxquels étaient mêlés des peuples de Constance, de Bohème, de Strasbourg, de Mayence. IV. Observations. 1 . César mit huit jours pour se rendre de Rome à Genèye ; il pourrait aujourd'hui faire ce trajet en quatre jours. 2. Les retranchemens ordinaires des Romains étaient composés d'un fossé de douze pieds de large sur neuf pieds de profondeur, en cul de lampe; ayec les déblais ils faisaient un coffire de quatre pieds de hauteur, douze pieds de largeur, sur lequel ils éleyaient un parapet de quatre pieds de haut, en y plantant leurs palissades et les fichant de deux pieds en terre , ce qui donnait à la crête du parapet dix -sept pieds de commandement sur le fond du fossé. La toise courante de ce retranchement cu- bant 324 pieds (une toise et demie) était faite par un homme en trente -deux heures ou trois jours de trayail , et par douze hommes en deux ou trois 3 34 CHAPITRE PREHIER. heures. La légion qui était en service a pu faire ces six lieues de retranchement, qui cubaient 21,000 toises, en cent vingt heures ou dx% à quinze jours de travail. 3. C'est au mois d'avril que les Helvétiens es- sayèrent de passer le Rhône. ( Le calendrier romain était alors dans un grand désordre ; il avançait de quatre-vingts jours: ainsi le 13 avril répondait au 23 janvier.) Depuis ce moment les l^ons d'IUyrie eurent le temps d'arriver à Lyon et sur la Haute- Saône: cela a exigé cinquante jours. C'est vingt jours après son passage de la Saône que César a vaincu les Helvétiens en bataille rangée: cette bataille a donc eu lieu du 1 *' au 1 5 mai , qui correspondait à la mi-août du calendrier romain. 4. Il fallait que les Helvétiens fussent intrépides pour avoir soutenu l'attaque aussi long-temps contre une armée de ligne romaine aussi nombreuse que la leur. Il est dit qu'ils ont mis vingt jours à passer la Saône, ce qui donnerait une étrange idée de leur mauvaise organisation ; mais cela est peu croyable. 5. De ce que les Helvétiens étaient 130,000 à leur retour en Suisse, il ne faudrait pas en conclure qu'ils aient perdu 230,000 hommes, parce que beaucoup se réfugièrent dans les villes gauloises et sj éta- blirent, et qu'un grand nombre d'autres rentrèrent depuis dans leur patrie. Le nombre de leurs com- GUERRE DES GAULES. PREMIERE CAMPAGNE. 35 battans était de 90,000: ils étaient donc, par rap- port à la population, comme un à quatre, ce qui parait très-fort. Une trentaine de mille du catiton de Zurich avaient été tués ou pris au passage de la Saône. Us ayaient donc 60,000 combattant au plus à la bataille. César , qui avait six légions et beau- coup d'auxiliaires, avait une armée plus nombreuse. 6. L'armée d'Arioviste n'était pas plus nombreuse que celle de César ; le nombre des Allemands éta- blis dans la Franche-Comté était de 1 20,000 hommes : mais quelle différence ne devait-il pas exister entre des armées formées de milices , c'est-à-dire de tous les hommes d'une nation capables de porter les armes, avec une armée romaine composée de troupes de ligne, d'hommes la plupart non mariés et soldats de profession. Les Helvétiens, les Suèves, étaient braves, sans doute, mais que peut la bravoure contre une armée disciplinée et constituée comme l'armée romaine? Il n'y a donc rien d'extraordinaire dans les succès qii'a obtenus César dans cette campagne, ce qui ne diminue pas cependant la gloire qu'il mérite. 7. La bataille contre Arioviste a été donnée dans le mois de septembre , et du coté de Belfort. 3. CHAPITRE DEUXIEME. Guerre des Gaules. Deuxième campagne, l'an SI aidant Jésus-ChrisL I. Guerre des Belgef . Combat sar TAisiie. — H. Défaite des Belges du Hainaot. Bataille sur la Sambre. — III. Bestraction des Belges sous Namur. Siège de Falais. — lY. Obsenrations. I. Les Belges étaient de race barbare; leurs pères avaient passé le Rhin, attirés par la beauté du pays. Ils en avaient chassé les premiers habitans et s'y étaient établis. Ils étaient considérés comme les plus braves d'entre les Gaulois. Les Teutons et les Cim- bres craignirent de les indisposer, et les respectèrent. _« .J— ll^JJL. GUERRE DES GAULES. DEUXIÂHE CAMPAGNE. 37 La défaite des Helyétiens, celle d'ÂrioTÎste et la pré- sence de rarmée romaine, qui, contre Fusage, hiver- nait dans la Celtique , éveillèrent leur jalousie ; ils craignirent pour leur indépendance. Ils passèrent tout l'hiver en préparatif , et ils mirent en campagne, au printemps, une armée de 300,000 hommes, com- mandée par Galba, roi de Soissons, dont le contin- gent était de 50,000 hommes; les peuples de Beau- vais en avaient fourni autant, ceux du Hainaut, 50,000; de l'Artois, 15,000; d'Amiens, 10,000; de Saint-Omer, 25,000; de Brabapt, 9000; du pays de Caux, 10,000; du Vexin, 10,000; de Namur, 30,000; et enfin 40,000 Allemands de Cologne, de Liëge, de Luxemboui^. Ces nouvelles arrivèrent au-delà des monts, où se trouvait César, qui leva deux nouvelles légions. Il arriva avec elles à Sens dans le courant de mai (février de notre calen- drier). Les peuples de la Celtique lui restèrent fidèles; ceux d'Autun, de Reims, de Sens, lui fournirent une armée qu'il mit sous les ordres de Divitiacus, qu'il destina à ravager le territoire de Beauvais , et il se campa avec ses huit légions à Pont-à-Yaire , sur l'Aisne, territoire de Reims. Il fit établir une tète de pont sur la rive gauche, environna son camp par un rempart de douze pieds de haut , ayant en avant 38 CHAPITRE DEUXIÈME. un fossé de dix-huit pieds de largeur. L'année belge ne tarda pas à paraître; elle inyestit la petite TÎlle de Bièvre, à huit milles du camp romain. Cette yille ayait une garnison rémoise; elle reçut un renfort dans la nuit , ce qui décida le lendemain Galba à marcher droit sur Pont-à-Vaire. Mais trouyant le camp parfaitement retranché , il prit position à deux milles. Il occupait trois lieues de terrain. Après quel- ques jours d'escarmouches , César sortit ayee six lé- gions en laissant les deux nouyelles pour la garde du camp; mais, de peur d'être touï'né, il fit éleyer deux retranchemens de 3 à 400 toises de longueur^ perpendiculaires à ses deux flancs ; il les fit garnir de tours et de machines. Galba désirait tout termi- ner par une bataille; mais il était arrêté par le ma- rais qui séparait les deux camps. 11 espérait que les Romains le passeraient , mais ils s'en donnèrent bien de garde. Chacun rentra le soir dans son camp. Alors Galba passa l'Aisne; pendant la nuit il attaqua les ouyrages de la riye gauche , se mit à rayager le ter- ritoire rémois; mais César le battit avec sa caya- lerie et ses troupes légères, et le chassa sur la riye gauche de l'Aisne. Peu de jours après les Beauyoisins apprirent que les Autunois étaient sur leurs fron- tières et menaçaient leur capitale. Ils levèrent sur- le-champ leur camp et allèrent au secours de leur ■"■^ GUERRE DES GAULES. DEUXIEME GAHPAGNE. 59 pairie. Le signal de la défection une fois donnée fut imité ; chacun se retira dans son pays. Le surlende- main les Romains firent une marche de dix lieues, donnèrent Fassaut à Soissons : ils furent repoussés ; mais le lendemain les habitans se soumirent par la miédiation des Rémois; ils donnèrent des otages. Alors César marcha sur Beauyais , accorda la paix à ses habitans , à la recommandation des Autunois , se contentant de prendre six cents otages. Amiens et plusieurs villes de la Picardie se soumirent éga- lement. IL Les peuples du Hainaut, les plus belliqueux et les plus sauyages des Relges, s'étaient réunis aux Ar- tésiens et aux Yermandois. Ils étaient campés sur la rive droite de la Sambre, à Maubeuge, couverts par une colline et au milieu d'une forêt. César mar- cjia à eux avec huit légions^ Arrivé sur les bords de la Sambre, il fit tracer son camp sur une belle col- line. La cavalerie et les troupes légères passèrent la rivière et s'emparèrent d'un monticule qui domine le pays de la rive gauche, mais plus bas que celui sur lequel voulait camper l'armée romaine. Les six ^S*~- 'JI^"' 40 CHAPITRE DEUXlin. l^om qui étaient arrivées se distribuèrent autour de l'enceinte du camp pour le fortifier, lorsque tout d'un coup l'armée ennemie déboucha de la fbrét^ culbuta la cavalerie et les troupes légères, se pré- cijMta à leur suite, dans la Sambre, déborda sur l'armée romaine qu'elle attaqua en tous sens: géné- raux, officiers, soldats, 4ous furent surpris; diaciui prit son épée sans se donner le temps de se couvrir de ses armes défensives. Lés 9* et 10* légions étaient placées sur la gauche du camp; la 8* et la 1 1* sur le coté qui faisait front à l'ennemi , formant à peu près . le centre ; la 7* et la 1 2* sur le coté opposé , à la droite. L'armée romaine ne formait pas une ligne, elle oc- cupait une circonférence; les légions étaient isolées, sans ordre, la cavalerie et les hommes armés à la légère ftiyaient épouvantés dans la plaine. Labienus rallia les 9' et 10* l^ons, attaqua la droite de l'en- nemi , qui était formée par les Artésiens , les culbuta dans la Sambre , s'empara de la colline et de leur camp sur la rive gauche. Les l^ons du centre, après diverses vicissitudes, repoussèrent les Yerman- dois, les poursuivirent au-delà de la rivière; mais les 7* et 12* légions avaient été débordées et étaient attaquées par toute l'armée du Hainaut, qui formait la principale force des Gaulois : elles furent accablées. Les Barbares ayant tourné les légions , s'emparèrent -^^'— -*-- -^, - -r:^ ~- -'■ -_- --- ,--__ ' yti^^^>.^^.,^^ GUERRE DES GAULES. DEUXIÈHE CAMPAGNE. 4^ du camp. Ces deux légions, environnées, étaient sur le point d'être entièrement défaites, lorsque les deux légions qui escortaient le bagage arriyèrent , et que d'un autre côté Labienus détacha la 10* l^on sur les derrières de l'ennemi : le sort changea ; toute la gauche des Belges , qui avait passé la Sambre^ couvrit le champ de bataille de ses morts. Les Belges du Hainaut furent anéantis au point que quelques jours après , les vieillards et les femmes étant sortis des marais pour implorer la^ grâce du vainqueur , il se trouva que cette nation belliqueuse était réduite de six cents sénateurs à trois , et de 60,000 hommes en état de porter les armes, à 500. Pendant une partie de la journée les affaires des Romains furent tellement désespérées, qu'un corps de cavalerie de Trêves les abandonna, s'en retourna dans son pays, publiant partout la destruction de l'armée romaine. III. Les peuples de Namur étaient en marche pour se joindre à ceux du Hainaut ; lorsqu'ils apprirent leur catastrophe, ils se jetèrent dans la place de Falais, que la nature avait pris plaisir à fortifier; elle est / 42 CHAPITEE DEVXIEIE. isur les bords de la Mehaigne, à 6000 toises de la Meuse, quinze milles de Namur et cpiinze milles de Liège. Les peuples de Namur descendaient des Cimbres et des Teutons. César marcha à eux en toute diligence, cerna Falais , fit construire une ligne de contreyallation de quinze milles de tour et de quinze pieds de haut , com- mença le siège en règle. Lorsque les Barbares virent ces énormes tours des Romains s'approcher de leurs murailles avec facilité , le contraste de la puissance morale de leur ennemi ayec leur fiaiiblesse physique les saisit d'étonnement et d'épouvante: ils eurent recours à sa clémence, jetèrent leurs armes par- dessus leurs murailles et ofifrirent des otages. César les accueillit avec bonté ; mais à minuit ces Bar- bares coururent de nouveau aux armes, fondirent à l'improviste sur le camp romain et y portèrent l'alarme et le désordre. Ils furent repoussés, per- dirent 4000 hommes. Le lendemain le vainqueur entra dans la place et fit vendre à l'encan tous les habitans : il y en avait 54,000. Ainsi se termina la seconde campagne de César. Il mit ses troupes en quartiers d'hiver et repassa de sa personne dans la Cisalpine. Il a livré dans cette campagne une grande bataille , celle de la Sambre , GUERRE DES GAULES. DEUXIEME CAMPAGNE. [{5 plusieurs combats sur l'Aisne , et fait un siège. La nouyélle de si grands succès remplit de joie la ville de Rome. Le sénat ordonna des prières publiques pendant quinze jours> ce qui avait été jusque-là sans exemple. IV. Observations. 1 . César 9 dans cette campagne, avait huit légions , et outre les auxiliaires attachés à chaque légion, il avait un grand nombre de Gaulois à pied et à cheval , un grand nombre de troupes légères des lies Baléares, de Crète et d'Afrique, qui lui formaient une armée très -nombreuse. Les 300,000 hommes que les Belges lui opposèrent étaient composés de nations diverses , sans discipline et sans consistance. 2. Les commentateurs ont supposé que la ville de Fismes ou de Laon était celle que les Belges avaient voulu surprendre avant de se porter sur le camp de César. C'est une erreur: cette ville est Bièvre; le camp de César était au-dessous de Pont-à-Vaire ; il était campé, la droite appuyée au coude de l'Aisne, entre Pont-à-Vaire et le village de Chaudarde; la gauche à un petit ruisseau; vis-à-vis de lui étaient les 44 CHAPITRE DEUXlin. marais qu'on y voit encore. Galba avait sa droite du côté de Craonne, sa gauche au ruisseau de la Miellé, et le marais sur son front. Le camp de Cësar à Pont- à-Yaire se trouvait éloigné de 8,000 toises de Bièvre, de 14,000 de Reims, de 22,000 de Soissons, de 16,000 de Laon, ce qui satisfait à toutes les condi- tions du texte des commentaires. Les combats sur l'Aisne ont eu lieu au commencement de juillet. 3. La bataille de la Sambre a eu lieu à la fin de juillet, aux environs de Maubeuge. 4. La position de Falais remplit les conditions des commentaires. César dit que la contrevallation qu'il fit établir autour de la ville était de douze pieds de haut, ayant un fossé de dix-huit pieds de profon- deur: cela parait être une erreur; il Ëiut lire dix-huit pieds de laideur, car dix-huit pieds de profondeur supposeraient une largeur de six toises; le fossé était en cul de lampe , ce qui donne une excavation de neuf toises cubes. Il est probable que ce retranche- ment avait un fossé de seize pieds de largeur, sur neuf pieds de profondeur , cubant 486 pieds par toise courante; avec ces déblais il avait élevé une muraille et un parapet dont la crête avait dix-huit pieds sur le fond du fossé. Il est difficile de faire des observations purement militaires sur un texte aussi b/'ef et sur des armées ^^^m^m^t^ammmmf'mmmtmÊKti^mÊmmimmmimmmmit^mmmmKÊmmmmmmgmmamt^ GUERRE DES GAULES. DIXIEME CAMPAGNE. ^S de nature aussi différente ; comment comparer une armée de ligne romaine, leyée et choisie dans toute l'Italie, et dans les provinces romaines, ayecdes armées barbares, composées de leyées en masse, braves, féroces, mais qui avaient si peu de notions de la guerre, qui ne connaissaient pas l'art de jeter un pont, de construire promptement un retranche- ment , ni de bâtir une tour , qui étaient tout étonnés de voir des tours s'approcher de leurs remparts? 5. On a cependant avec raison reproché à César de s'être laissé surprendre à la bataille de la Sambre, ay^nt tant de cavalerie et de troupes légères. Il ^st vrai que sa cavalerie et ses troupes légères avaient passé la Sambre; mais, du lieu où il était, il s'aper- cevait qu'elles étaient arrêtées à 1 50 toises de lui , à la lisière de la forêt; il devait donc ou tenir une partie de ses troupes sous les armes, ou attendre que ses coureurs eussent traversé la forêt et éclairé le pays. Il se justifie en disant que les bords de la Sambre étaient si escarpés qu'il se croyait en sûreté dans la position où il voulait camper. CHAPITRE TROISIEME. Guerre des Gaules, Troisième campagne, l'an 67 auant Jésus-Christ, I. Guerre da Valais. — II. Guerre de Bretagne. — m. Guerre de la Basse-Normandie. — IV. Guerre d'Aquitaine. — V. Obser- yations. I. César voulant s'assurer uae route directe de Milan dans la Gaule, par le Simplon et le Saint-Bernard, et la vallée du Rhône , détacha Galba avec la 12* lé- gion dans la Valais; celui-ci, à peine entré dans ce pays, reçut des députés des divers cantons qui lui demandaient la paix et lui offraient les otages. Il J wmmmmmm^Kmifmmmt^mfmpm^mm^tmm^mmmmmm^mmir'^^^m^^rm^^m m^ma^awi m *« ■^^i^mm- GUERRE DES GAULES. TROISIÈME CAMPAGNE. 4? établit ses quartiers d'hiyer dans le bourg de Mar- tigni , qu'il fit fortifier d'un fossé et d'un retranebe- meat. Cependant les naturels n'étaient rien moins que soumis; ils concertèrent leur soulèvement et accoururent de toute part investir et attaquer les lé- gions romaines. Le combat fut chaud et meurtrier; le succès paraissait favorable aux naturels, lorsque Galba fit une sortie par toutes les portes du camp, fondit sur eux , les mit en déroute et leur tua plus de 1 0,000 hommes. Malgré ce grand succès les Ro- mains ne se crurent pas en sûreté dans un pays si . difficile, et le lendemain ils se mirent en marche pour repasser le lac de Genève et prendre leurs quartiers dans la province. II, A la fin de la campagne précédente, César avait détaché le jeune Crassus, qui depuis périt avec son père contre les Parthes, avec une légion, pour soumettre la Bretagne. Il s'était en effet porté sur Vannes, avait parcouru les principales villes de cette grande province, avait partout reçu la soumission des peuples et des otages. Il avait pris ses quartiers d'hiver en Anjou, près de Nantes. Cependant les Bretons, revenus de leur première stupeur, s'insur- /■ 48 CHAPITRE TROISIEME. gèrent. Vannes , qui était leur principale ville , donna le signal. Ils arrêtèrent partout les officiers romains qui , pour diverses commissions , étaient répandus dans la province. La ville de Vannes était grande et riche par le commerce de l'Angleterre; ses côtes étaient pleines de ports. Le Morbihan , espèce de mer intérieure, assurait sa défense; il était couvert de ses bàtimens. Les confédérés ayant jeté le masque, firent connaître à Crassus qu'il eût à leur renvoyer leurs otages, qu'ils lui renverraient ses officiers , mais qu'ils étaient résolus à garder leur liberté et à ne pas se soumettre de galté de cœur à l'esclavage de Rome. César , au printemps , arriva à Nantes. Il envoya La- bienus avec un corps de cavalerie à Trêves, pour contenir les Belges, et détacha Crassus, avec douze cohortes et un gros corps de cavalerie , pour entrer dans l'Aquitaine et empêcher que les habitans de cette province n'envoyassent des secours aux Bre- tons. II détacha Sabinus avec trois légions dans le Coteutin , donna le commandement de sa flotte à Domitius Brutus: il avait fait venir des vaisseaux de la Saintonge et du Poitou, et fit construire des galères à Nantes ; il tira des matelots des côtes de la Méditerranée. Mais les vaisseaux des peuples de Vannes étaient plus gros et montés par de plus habiles matelots ; leurs ancres étaient tenues par des -y--^ - eVEEKE DES GAULES. TROISIÂVE OAHPAGNE. 49 chaînes de fer, leurs voiles étaient de peaux molles. L'éperon des galères romaines ne pouvait rien contre des bâtimens si S(4idement construits; enfin, les bords étaient très-élevés, ce qui leur donnait un conimandement non^^ulement sur le tillac des ga- lères romaines, mais même sur les tours qu'il était quelquefois dans l'usage d'y élever. Les javelots des Romains, lancés de bas en haut, 'étaient sans efifet, et les leurs , lancés de haut en bas, faisaient beaucoup de ravages. Mais les navires romains étaient armés de faulx tranchantes emmanchées au bout d'une longue perche, avec lesquelles ils coupèrent les cor- dages, les haubans, et firent tomber les vei^ues et les mâts. Ces gros vaisseaux, désemparés, devenus immobiles , furent le théâtre d'un combat de jned ferme. Le calme étant survenu sur ces entrefaites, toute la flotte de Vannes tomba au pouvoir des Ro- mains. Dans cette extrémité le peuple de Vannes se rendit à discrétion. César fit mourir tous les séna- teurs, et vendit tous les habitans à l'encan. IIL Sabinus arriva dans le Cotentin , choisit un camp commode et avantageux, l'employa avec activité à se 50 CHAPITRE TROISIÈME. retrancher. Véridoyix^ général des peuples de Cou- tances, avait grossi son armée de tout ce qu'il ayait pu attirer de gens sans ayeu de toutes les Gaules. Des peuples du Mans , d'Eyreux , de Lizteux ^ après ayoir égorgé leurs sénats qui s'opposaient à la guerre, avaient fermé leurs portes aux Romains et joint leurs troupes à celles de Yéridoyix , qui se trouvait ainsi à la tète d'une armée nombreuse. Il se campa à deux milles du camp romain , qu'il ne cessa de provoquer au combat. Sabinus se servit d'un stratagème pour accroître l'audace des Barbares; il leur dépêcha un faux espion qui leur dit que les Romains étaient prêts à décamper la nuit pom* marcher au secours de César. A cette nouvelle les Gaulois se précipitèrent sur le camp. Les Romains, qui les attendaient, sor- tirent par deux portes à leur rencontre , les atta- quèrent et les mirent en fuite après de vains efforts pour se rallier. Leur déroute fiit complète. Tous les peuples de la Basse-Normandie se soumirent. IV. Crassus ne fut pas aussi heureux en Aquitaine. Renforcé par des troupes auxiliaires de cavalerie et par de nombreuses cohortes levées par Toulouse , GUERRE DES GAULES. TROISIÂHE CAMPAGNE. 5 1 Carcassonne , Narbonne et plusieurs autres yilles de la province romaine , il passa la Garonne. Les habi- tans allèrent à sa rencontre avec de nombreux corps de cavalerie : c'était leur principale arme. Crassii^ fut vainqueur et mit le siège devant Leitoure , leur capitale. Cette ville se défendit long-temps; ses habi- tans^ ayant une très -grande quantité de mines , étaient très-habiles dans la guerre souterraine. De là Grassus marcha contre les peuples de Bazas..Geux-ci avaient attiré à eux un grand nombre de soldats et d'officiers qui avaient servi sous Sertorius, et un bon nombre d'Espagnols. Gontre l'usage des Bar- bares, ceux-ci se tenaient tranquilles dans leur camp, qui était retranché à la romaine, attendant que la faim obligeât les Romains à quitter leur pays. Mais Grassus y marcha, l'attaqua; ils se défendirent vail- lamment; ils avaient fortifié les derrières. Grassus les força par là. Les trois quarts y furent égorgés : ils étaient 50,000. Les peuples de Rayonne, du Rerry, d'Armagnac, de Bordeaux, de Dax, épou- vantés par cette victoire, se soumirent. Les peuples de Terouanne, de la Gueldre, du Rra- bant, du Roulonnais, n'avaient fait faire aucune soumission à Gésar. Défendus par leurs forêts, ils étaient jaloux de leur liberté. Quoique la saison fût fort avancée , Gésar , qui avait déjà le projet de 4. 5 a CHAPITRE TROISlàHE. passer l'Océan la campagne suivante; marcha sur Terouanne et se campa à Tentrée des forêts : il y fut accueilli par les naturels , et ne parvint à les sou- Valtre qu'en abattant et brûlant les bois. Après cetta course , qui n'eut pas un succès complet , il mit ses troupes en quartier d'hiver et de sa personne se jrendit dans la Cisalpine. Ainsi se termina la troi- sième campagne des Gaules. V. Observations. 1 . L'on ne peut que détester la conduite que tint César contre le sénat de Vannes. Ces peuples ne s'étaient point révoltés; ils avaient fourni des otages, avaient promis de vivre tranquilles ; mais ils étaient en possession de toute leur liberté et de tous leurs droits. Ils avaient donné lieu à César de leur faire la -guerre , sans doute y mais non de violer le droit des gens à leur égsurd et d'abuser de la victoire d'une ma- nière aussi atroce. Cette conduite n'était pas juste; elle était encore moins politique. Ces moyens ne remplissent jamais leur but; ils exaspèrent et ré- voltent les nations. La punition de quelques chefs GUERRE DES GAULES. TROISIÈME CAMPAGNE. 53 est tout ce que la justice et la politique permettent; c'est une règle importante de bien traiter les prison- niers. Les Anglais ont violé oette règle de politique et de morale en mettant les prisonniers français sur des pontons, ce qui les a rendus odieux sur tout le continent. 2. La Bretagne, cette province si grande et si dif- ficile, se soumit sans faire des efforts proportionnés à sa puissance. Il en est de même de l'Aquitaine et de la Basse-Normandie ; cela tient à des causes qu'il n'est pas possible d'apprécier ou de déterminer exac- tement, quoiqu'il soit facile de voir que la prind- pale était dans l'esprit d'isolement et de localité qui caractérisait les peuples des Gaules; à cette époque ils n'avaient aucun esprit national ni même de pro- vince ; ils étaient dominés par un esprit de ville. C'est le même esprit qui depuis a forgé les fers de l'Italie. Rien n'est plus opposé à l'esprit national, aux idées générales de liberté, que l'esprit particulier de fa- mille ou de bourgade. De ce morcellement il résul- tait aussi que les Gaulois n'avaient aucune armée de ligne entretenue , exercée , et dès-lors aucun art ni aucune science militaire. Aussi, si la gloire de César n'était fondée que sur la conquête des Gaules, elle se- rait problématique. Toute nation qui perdrait de vue l'importance d'une armée de ligne perpétuellement \l. 54 GHÂPITBB TROISIEME. ' sur pied, et qui se confierait à des levées ou des armées nationales, éprouverait le sort des Gaules, mais sans même avoir la gloire d'opposer la même résistance, qui a été l'efiFet de la barbarie d'alors et du terrain, couvert de forêts, de marais, de fon- drières , sans chemin , ce qui le rendait difficile pour les conquêtes et facile pour la défense. I -JU ^ ^^m^pmmrmmmm^^mimm^'vmm^^'m^mm ï CHAPITRE QUATRIEME, Guerre des Gaules. Quatrième campagne, tan 55 açant Jésus-Christ, I. Incursion des Allemands en Belgique. —II. César passe le Rhin. — III. Descente en Angleterre. «^ lY. Observations. l La nation suèye était la plus puissante de TÂUe- magne; divisée en cent cantons, chacun fournissait 1000 hommes armés qui faisaient la guerre pendant une campagne et qui étaient relevés tous les ans par d'autres. Elle était errante, ne demeurait jamais plus d'un an dand la même contrée , aimait à s'en- — -JA. 56 CHAPITRE QUATRlàlB. Tironner de déserts , Tiyait du lait, de la chair de ses troupeaux et de sa chasse. Les hommes étaient robuste et d'une taille élevée; ils s'habillaient de peaux et avaient encore toutes les mœiu*s des tribus nées dans.le grand désert. Depuis trois ans cette nation s'était emparée du territoire des peuples de Berg et de Zutphen , qui y vaincus, erraient dans diverses contrées lorsqu'ils prirent le parti de passer le Rhin à son embouchure, au nombre de 450,000 âmes. Us s'emparèrent des terres de la Gueldre et du Brabant , et finirent par s'y établir dans l'hiver de l'année 54. La renommée exagéra leur force et leur nombre et déjà plusieurs peuples gaulois comptaient sur leur assistance pour secouer le joug des Romains. César passa les monts de bonne heure pour marcher à eux, reçut les dé- putés qu'ils lui envoyèrent comme il s'approchait de leur pays. Us ne voulaient point foire la guerre ; chassés de leur pays par d'injustes agresseurs , ils de* mandaient des terres pour pouvoir s'y établir tran- quillement. César leur refusa leur demande et con- tinua à marcher sur eux. Un corps de 5000 hommes de cavalerie gauloise s'étant approché de leur camp fut attaqué par 800 de ces Barbares qui le défirent entièrement. Après cet exploit, qui ne pouvait laisser aucun doute sur leur courage , les che& et les vieil- GUERRE DES GAULES. QUATRIÂHE CAMPAGNE. 57 lards se portèrent au camp romain en suppliant. César les fit arrêter , fit prendre les armes à son armée y marcha à l'heure même, attaqua et prit leur camp. Les débris de ces malheureux peuples repassèrent le Rhin , spécialement une grande partie de leur cayalerie qui ne s'était pas trouvée à la ba- taille. IL César demanda aux peuples de la rive droite du Rhin qu'ils lui remissent cette cavalerie , qui lui ap- partenait comme ayant fait partie d'une armée qu'il avait défaite ; il éprouva un refus ; cela lui servit de prétexte : il jeta un pont sur pilotis à Cologne , et passa le Rhin. Ses ingénieurs firent enfoncer deux pilotis en amont à deux pieds l'un de l'autre , et deux en aval, à quarante pieds des premiers; ces pilotis avaient un pied et demi d'équar rissage ; ils les réu- nirent par une poutre qui formait le chapeau et qui avait deux pieds d'équarrissage. Ils firent autant de piles que l'exigeait la largeur de la rivière. Des ma- driers, des fascines formèrent le tablier du pont, qui fiit construit en dix jours à compter du moment où les matériaux arrivèrent à pied d'œuvre. César fut accueilli sur la rive droite du Rhin par les peuples 58 GHAPITRB QUATUàn. ' de Cologne; mais les Suères opururent aux armes ^ se réunirent en assemblée générale et se montrèrent très-hostiles, ce qui le décida à repasser le Rhin et à brûler son pont après avoir séjourné dix -huit jours sur la rive droite , et n'y avoir rien ùdt. III. Du Rhin , César se rendit au port de Boulogne ; la flotte de Vannes y était arrivée. Il embarqua y sur quatre-vingts transports et quelques galères, la 7*" et la 10" légions, réunit sa cavalerie au port d'Étape et en chargea dix-huit gros vaisseaux de charge. Il osa s'assurer de la fidélité des Gaulois, se saisit d'un grand nombre d'otages, et laissa Sabinus pour com- mander son armée. Il leva l'ancre à dix heures du matin; il mouilla sur le rivage d'Angleterre, mais devant des côtes fort élevées; il rallia tout son con- voi , et à trois heures après midi , au moment où la marée devenait favorable, il leva l'ancre et se porta à trois lieues de là , où il opéra sa descente sur une plage plate et unie. Les habitans défendirent le dé- barquement avec opiniâtreté, mais ils furent battus. Çomius , roi d' Arras , qui avait précédé l'armée ro- maine pour préparer les esprits, fut d'abord arrêté GUERRE DES GAUUSS. QUÂTRIEKB CAMPAGNE. 59 et mis en prison ; mais depuis , les Barbares épou- vantes le relâchèrent et le mirent a la tête des dé- putes qu'ils envoyèrent à César, qui leur accorda la paix moyennant qu'ils lui donneraient des otages* Quatre jours après , les dix-huit bàtimens qui por- taient la cayalerie arrivèrent en vue des cotes ; mais , accueillis par une furieuse tempête , ils devinrent les jouets de l'Océan. À la pleine lune, de grandes ma- rées mondèrent son camp , surtout la plage où étaient échoués ses bàtimens , qui éprouvèrent beaucoup de dégâts. Ces deux accidens malheureux, et surtout la vue du petit nombre de troupes dont était com- posée l'armée romaine, encouragèrent les habitans, qui , revenus de leur première surprise , ayant eu le temps de se concerter , coururent aux armes, sur- prirent la 7*" légion pendant qu'elle était au four- rage, et l'enveloppèrent. La lÔ** légion arriva à temps pour la dégager. À quelques jours de là les Barbares attaquèrent avec force, mais vainement, le camp des Romains ; ils fiirent repoussés. César s'embarqua avec son armée et arriva heureusement dans les Gaules quelques jours avant l'équinoxe. Le mauvais succès de cette expédition, ainsi que celle sur la rive droite du Rhin, fut l'objet des sarcasmes de ses ennemis et des jaloux qu'il avait à Rome. Cependant le sénat ordonna vingt jours de prières publiques. ^âskî.. ijÈik 60 GHÂPIT&B QUATRIBIE. IV. Observations. 1 . Les deux incursions que tenta César dans cette campagne étaient toutes les deux prématurées et ne réussirent ni Vune ni l'autre. Sa conduite envers les peuples de Berg et de Zutphen est contre le droit des gens. C'est en vain qu'il cherche dans ses Mé- moires à cqjiorer l'injustice de sa conduite. Aussi Caton le lui reprochait-il hautement. Cette yictoire contre Jes peuples de Zutphen a été du reste peu glorieuse ; car , quand même ceux-ci eussent passé le Rhin effectivement au nombre de 450,000 âmes , cela ne leur donnerait pas plus de 80,000 combat- tans, incapables de tenir tète à huit légions sou- tenues par les troupes auxiliaires et gauloises qui avaient tant d'intérêt à défendre leur territoire. 2. Plutaixjue vante son pont du Rhin, qui lui pa- rait un prodige ; c'est un ouvrage qui n'a rien d'ex- traordinaire et que toute armée moderne eût pu faire aussi facilement. Il ne voulût pas passer sur un pont de bateaux, parce qu'il craignait la perfidie des Gaulois , et que ce pont ne vint à se rompre. GUERRE DES GAULES. QUATRIÂME CAMPAGNE. 6l II en construisit un sur pilotis en dix jours; il le pouvait faire en peu de temps: le Rhin, à Cologne , a trois cents toises ^ c'était dans la saison de l'année où il est le plus bas; probablement qu'il n'en ayait pas alors deux cent cinquante. Ce pont pouvait avoir cinquante travées , qui , à cinq pilots par travée, font deux cent cinquante pilots , avec six sonnettes ; il a pu les^enfoncer en six jours , c'est l'opération la plus difficile; le placement des chapeaux et la construc- tion du tablier sont des ouvrages qui se font en même temps : ils sont d'une nature bien plus facile. Au lieu de mettre ces cinq pilots comme il les a placés, il eut été préférable de les planter tous les cinq à la suite les. uns les autres , à trois pieds de dis- tance, en les couronnant tous par un chapeau de dix-huit à vingt pieds de long. Cette manière a l'ar vantage que si un des pilots est emporté , les quatre autres résistent et soutiennent les travées. 3. C'est ainsi que l'ingénieur comte Bertrand l'a fait en 1809 sur le Danube, à deux lieues au-dessous de Vienne, vis-à-vis de l'fle de Lobau. Le Danube est une toute autre rivière que le Rhin. Ce premier fleuve de l'Europe a là 500 toises de lai^e, 28 pieds de pro- fondeur. Le Rhin à Cologne , dans le moment où César le passa, n'avait pas 15 pieds de profondeur. L'ingénieur français construisit trois ponts sur pi- i-ii'i^' i- - . V- .... ■ = **ï^-.i. 02 CHAPITRE QVATRIEHE. tis , enfonça 2400 pilotis en vingt jours de temps. Le Danube 9 vis-À-yis de l'Ile de Lobau, est séparé par une petite Ue. Le premier bras ayait 275 toises, rUe 50, et le deuxième bras 175 toises; total, 500 toises. Le grand courant était dans le petit bras qui était sur la rive gauche* Il fit sur le grand bras qua- rante-cinq travées, éloignées chacune de six toises; chaque travée, supportée par six pilots couronnés par un chapeau, avait vingt pieds de longueur: les pilots étaient enfoncés de dix pieds en terre et sortaient de six pieds au-dessus de Teau ; ils avaient trente à trente-six pieds de longueur: quatre petites son- nettes suffirent pour faire cet ouvrage en dix jours : chaque sonnette était portée sur un bateau ; le mou- ton pesait 600 livres. Les chapeaux étaient assemblés par des boulons de fer de dix-huit pouces avec des crampons. Les traverses et les croix de Saint-André étaient entaillées et boulonnées. Il y eut plus de di£Qculté pour le petit bras; le courant était extrê- mement rapide ; il arrachait un pilot en une heure de temps s'il restait abandonné à lui-même; il fallut l'attacher au bateau de la sonnette aussitôt qu'il était enfoncé en attendant le deuxième pilot et qu'on les eût liés ensemble; on éprouvait aussi beaucoup de peine à faire arriver le pilot au fond de l'eau: aussi- tôt qu'il touchait terre et qu'on commençait à le \9 I U^J"i^'. ■jw'iiF^».. m GUERRE DES GAULES. QUATRIÈHE CAMPAGNE. 63 battre, il était agité avec une telle yiolence qu'il mettait le feu au bateau. Il eût été impossible de battre les pilots du milieu du petit bras avec une sonnette ordinaire. L'ingénieur prit à Vienne des sonnettes soutenues sur deux bateaux , qui serraient au grand pont de cette ville. Si l'on se fût servi de ces sonnettes tout d'abord , il eût achevé le pont du petit bras en même temps que celui du grand bras, en dix joiu^s. Le tablier du pont fut chargé de grosses poutres ) pour diminuer l'oscillation produite par la force du courant. Au moment où on construisait ce pont on était en juin : la fonte des neiges avait fait croître le cours du Danube de dix à douze pieds; un mois plus tard la construction du pont eût été plus facile. Les pilotis avaient jusqu'à cinquante pieds de long. Pendant ces mêmes vingt jours le général Ber- trand fit à trente toises au-dessus une esiacade qu'il couronna ensuite par des chapeaux , sur lesquels il établit un tablier; ce qui forma un second pont de huit pieds de large , pour l'infanterie et la cavalerie. - Les piles étaient composées seulement de trœs pilots. Enfin, à 600 toises plus haut, il établit uneestacade formée par un double rang de pilots , sur une lon^ gueur de 800 toises qui protégeait les deux ponts. D construisit en outre deux ponts sur pilotis, de cin- 64 CnAPmiE QVATRIBHB. quante toises, sur un petit bras qui trayarse l'tle de LobaUy et un de soixante toises , entre Tlle et la riye gauche du fleuye. L'Ile de Lobau ayait 1800 toises de large. Le trayail de ces ponts équiyaut à dix fois au moins celui de César: il fut cependant fait en yingt jours, du moment où il fut ordonné. Ayec quelques sonnettes de plus, il aurait pu être £ut en moins de dix jours. Celui de César a été fait en dix jours, à compter du moment où les matàriaux étaient arriyés à pied d'œuyre. On a employé à ces ponts du Danube 900 poutres de quarante-cinq à cinquante pieds de long sur deux pieds d'équarrissage ; 2500 poutres de trentoKîinq à quarante pieds, sur quinze i dix-huit pouces d'équarrissage, et 9000 madriars de trente- six pieds de long sur neuf pouces de largeur et deui d'épaisseur. 4. Napoléon fil construire en outre un pont de bateaux de c[uatre-yingts toises d'une seule pièce. Les pontonniers d'artillerie y employèrent yingt- deux pontons: ils se seryirent d'un bras de la riyière qui était couyert par une lie. Us lièrent ces yingt-deux pontons entre eux par des poutrelles; ils construi- sirent le tablier, et la nuit de l'attaque, ce pont des- cendit le long de la riye firançaise, fut amarré par un de ses bouts, et opéra sa conyersion en très-peu * de minutes; il fut amarré à la riye opposée. Les co- i ■«■T'P les plus incom*- modes, les plus lourdes, puisque la moindre a dix-* huit pieds de long et que le ponton ordinaire en a jusqu'à trente; ce qui a l'inconyénient : V qu'ils n'échappent jamais aux regards des espiQO$ et des observateurs, et c'est cependant de toutes les voitures de l'artillerie celles qu'il import^ait le plus de cadier à la connaissance de l'ennemi ; 2^ qu'étant obligées d'approcher des bords de la rivière avec beaucoup d^ silence pour ne pas donner l'éveil à l'ennemi pktoé ^ur la rive opposée , elle* ne le peuvait Élire qu'avei^ les i^às grandes difficultés, parce qu'aux approches des fleuves, il se trouve souvent deà marais, des flaques d'eau ou des digues. 6. Il paraîtrait donc convenable , pour obvier à tous ces inconvéniens, de diviser le ponton en quatre bouées , chacune de huit ou neuf pieds de long, ayant à elles -quatre la capacité d'un ponton propne à passer de grandes rivières , que l'on réunirait eaïxe elles par des crodiiets; ce qui aurait l'avantage: 1** que ces bouées ne pèseraient pas plus de 5 à600 livres , et se^ raimt dès^lors três*-maniables; 2^ qu'elles pourraient ^e portées sur toutes espèces de voitures que l'ob- servateur ne saurait distii^ua; des autres voitures 5. 68 CHAPITRE QUATEIBHE. d'artillerie; 3^ que la pile, se trouyant alors composée de deux ) trois ou quatre bouées, on peut, sans faire souffrir le service , en retirer une pour la raccom- moder; on pourrait ne composer les piles que de deux ou trois bouées lorsque l'on n'en aurait pas un assez grand nombre pour compléter la pile à quatre bouées, 7. Ces bouées pourront s'enfoncer de (juelques pouces dans l'eau sans que le pont coure aucun dainger. Ces quatre bouées, qui équivalent donc à un ponton , n'auraient que la moitié de la capacité du ponton; car, sur 155 pieds cubes que déplace un ponton , soixante-seize pieds par ponton sont pour la partie du ponton qui est hors de l'eau , et qui ne doit jamais être submergée qu'en cas imprévu , afin d'être à l'abri de tout. Ainsi quatre bouées de cuivre ou de bois, chacune de la capacité de vingt pieds cubes, feront un meilleur service que le ponton actuel de 155 pieds cubes. 8. Le li^e pèse 16 livres par pied cube, l'eau 70 livres ; chaque pied cube de liège peut porter 54 livres. Un ponton qui savait de liège et tout plein pèserait 1600 livres, déplacerait 100 pieds cubes et pourrait porter 5400 livres y en ôtant 1 000 livres pour le poids du tablier fait de madriers et de poutrelles, il resterait 4400 livres^ ce qui est suffisant pour le GVERRE DES GAULES. QUATEIÂME GAUPAGNE. 69 passage des voitures de campagne. En partageant ce ponton de liëge en quatre bouées , chacune étant de vingt-cinq pieds cubes , elles pèseraient 400 livres et porteraient 1 350 livres. Que d'avantages n'aiu*ait pas un pont fait ainsi! Le choc des corps étrangers, les différences de l'atmosphère y le feu du canon y ne le feraient jamais submerger ; il am^ait le vrai caractère xl'une, machine de guerre, dureté, solidité, simpli- cité. Un pont ainsi composé, on pourrait, selon les circonstances, le former d'une, deux, trois, quatre, cinq ou même six bouées par pile , selon le nombre qu'on en aurait, la largeur de la rivière et le besoin du service. Les voitures qui porteraient ces bouées ae seraieût plus obligées d'approcher de la rivière; ces bouées pourraient y être facilement transportées à bras d'hommes pendant l'espace de cent ou deux cents, toises. 9. Les Orientaux se servent de peaux de bouc pour passer les .rivières. Une outre se compose de neuf pieds cubes et a une surface de trent&nsix pieds carrés de peaux, qui pèse dix-huit livres; dix de ces outres pèsent cent quatre-vingts livres, forment une pile égale à un ponton de cuivre; ainsi une voiture seule pourrait en porter de quoi* faire dix piles ou de quoi jeter un pont sur une rivière de trente toises. On peut objecter la délicatesse de ces outres, qui peu- C. . . «-«kilS 70 CHAPITHB QUATRIÂHE. vent si facilement crever; mais la réponse est dans la composition de la pile, qui, étant formée de dix outres, laisse peu de craintes à avoir. Douze livres de liège forment une ceinture qui s'attache sous les aisselles, et suffisent pour faire sur- nager un homme , de manière à ce qu'il puisse faire usage de son fusil. Quelques-unes de ces ceintures, avec un nombre égal de souliers de liège et de pan-^ talons de toile imperméable, seraient nécessaires dans chaque compagnie de pontonniers , tant pour leur permettre de prendre les bateaux que pour leur donner plus dWurance en travaillant dans l'eau à la construction des ponts. 10. Une ceinture de peau de bouc, composée de six parties, contenant ensemble un pied cube d'air, attachée sous les aisselles, fait surnager l'homme et ne pèse qu'une demi-livre. La division en six corn- partimens a l'avantage que si un, deux ou même trois viennent à crever, les trois autres suffisent pour faire surnager l'homme. De pareilles ceintures, qui ne donnent aucun embarras et n'ont aucun poids , seraient , ainsi que des souliers de liège et des panta- lons de toile imperméable , d'un fort bon usage pour être délivrés, selon les circonstances, à de bons tirail- leurs, pour manœuvrer sur des étangs, des bras de rivières, des fossés, et il devrait en être délivré un r «^ GUERRE DES GAULES. QUATRIEME CAMPAGNE. 7 1 certain nombre à chaque compagnie d'infanterie. Il est surtout nécessaire d'avoir un grand nombre de très-bons nageurs dans chaque compagnie de caya- lerie et d'infanterie. 1 1 . César échoua dans son incursion en Allemagne , puisqu'il n'obtint pas que la cavalerie de l'armée vain- cue lui fut remise y pas plus qu'aucun acte de sou- mission des Suèves, qui au contraire le bravèrent. Il échoua également dans son incui^sion en Angleterre. Deux légions n'étaient plus suffisantes , il lui en eut fallu au moins quatre ^ et il n'avait pas de cavalerie, arme qui était indispensable dans un pays comme l'Angleterre. Il n'avait pas fait assez de préparatifs pour une expédition de cette importance : elle tourna à sa confusion, et on considéra comme un effet de sa bonne fortune qu'il s'en était retiré sans perte. CHAPITRE CINQUIEME. Guerre des Gaules. Cinquième campagne, tan 64 apant Jésus-Christ. I. Seconde descente en Angleterre. — II. La légion de Sabinus est égorgée par les peuples de Liège. ^ III. Cicéron est assiégé dans son camp par les peuples du Hainaut. -^ lY. Inducionure , chef des peuples de Tréyes, est tué. — Y. Obsenrations. I. Pendant l'hiver César se rendit en Illyrie; les Pyrastes en ravageaient les frontières; mais à son approche ces peuples lui envoyèrent des ambassa- deurs , payèrent tous les dommages qu'ils avaient faits et fournirent des otages. Les peuples de Trêves étaient partagés en deux foc- GUERRE DES GAULES. CINQUIEME CAMPAGNE. ^5 tions SOUS lâduciomare et Cingitarix ; ce dernier était dévoué aux Romains. A l'approche de César à la tête de six liions, ces peuples se soumirent et lui don- nèrent deux cents otages. Vingt-huit galères et 600 bàtimenis de transport étaient prêts suî les côtes du Pas^e-Galais, quarante qui j des portsde la Belgique , se rendaient au point dé réunion^ furent assaillis par de gros temps et dispersés dans la mer du Nord. César embarqua cinq légions et 2000 cheyaux , laissant Labienus avec trois légions et 2000 cheyaux pour garder les cotes et surveiller les Gaulois en son absence. Il leva l'ancre au coudier du soleil y par un yent sud- ouest qui manqua à minuit; il aborda sur la même plage où il avait abordé l'année précédente. Les Bar- bares, intimidés à la vue d'une flottille si nombreuse, ne défendirent pas le débarquement; ils s'étaient cam- pés à quatre lieues dans l'intérieur des terres. César marcha à eux, les força, et comme il se préparait à suivre ses succès, il fut rappelé à son embarcadaire pour réparer le mal qu'une tempête av2tit fait éprou- ver à sa flottille : quarante bâtimens avaient coulé bas ; presque tous étaient plus ou moins endommagés. Il profita des dix jours qu'il lui fallut pour remettre ses bâtimens en état et pour environner son camp d'un bon retranchement; il tira à terre tous ses bâtimens. .' •'.' 74 GHAPITU CINQlIlin. Cependant GassÎTellaunus, qui rëgmait sur la riye gauche de la Tamise, a^ait été nommé par les naturels du pays commandant de leur armée. Il s'approcha du camp des Romains^ ce qui donna lieu à divers combats où il fut battu , rejeté au-^ielà de la Tamise , et ftit poursuivi. César passa cette rivière de me force f s'empara de la capitale de Cassivellaunus ; ce n'était qu'un bois retranché. ( Il y avait loin de cette capitale à Londres. } Il fit reconnaître Mandubratîus pour roi des peuples des comtés d'Essex et de Middle- sex. Ce jeune homme était venu le trouver en Gaule, implorer sa protection contre les ennemis de sa mai- son, qui avaient fait mourir son père. Pendant ce temps les peuples du comté de Kent attaquèrent le camp romain où était renfermée la flottille, mais ils furent repoussés. Cependant l'équinoxe d'automne s'approchait , ce qui décida les Romains à s'embar- quer et à rentrer en Gaule. César dit que les maisons de ces insulaires sont bâties comme celles des Gaules ; qu'ils ont quantité de bétail, que leur monnaie est de cuivre ou de morceaux de fer; qu'il y a des mines d'étain dan» l'intérieur , des mines de fer sur les côtes , mais peu abondantes; qu'il n'y vient ni sapins ni hêtres; q«'i' leur est défendu de manger des poules, des lièvres et des oies; que le climat y est plus tempéré que celui uhi«MflaUk.«aiMittdtfiril GUERRE DES 6A1II.R9. €INQmàMB CASPAGNÇ. 7$ de la Gaule; qu'ils n'ensemencent pas leurs terres; qu'ils vivent de lait et de chair de leurs troupeaux; qu'ils se peignent le corps avec des pastels , ce qui les rend comme du vert de mer; qu'ils laissent croître leurs cheveuit et se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre supérieure ; qu'une femme y est com- mune à dix ou douze frères ou parens. IL La récolte a été mauvaise , les vivres étant rares dans les Gaules , ce qui décida César à étendre ses quartiers d'hiver î il plaça une légion dans le pays de Terouenne, une dans le Hainaut, sous les ordres de Cicéron, une en Normandie, une dans le Rémois, trois sous les ordres de Labienus, dans la Belgique; la 8* et cinq autres cohortes dans le pays de Liège, près de Tongre, entre la Meuse et le Rhin, sous les ordres de Sabinus. L'esprit des Gaulois étant en fer^ mentation , il jugea nécessaire d'hiverner lui-même dans la province. Un seigneur chartrain descendant des souverains de ce pays, et que César avait établi pour récompenser son attachement aux Romains, ^t publiquement assassiné par Ses compatriotes. Les Gaulois n'aimaient pas les rois imposés par les étran- V J.x^ 76 CHAPITRE GlNQVIBIfE. gers. Il y avait quinze jours que Sabinus avait retran- ché son camp lorsque Ambiorix et Cativaleus, chefs des pays de Li^e , se présentèrent pour l'insulter. Ayant été répoussé , Ambiorix parvint à persuader à Sabinus que tous les Gaulois étaient révoltés et attar quaieat à Theure même les divers quartiers d'hirer des Romains; que dans deux jours les Allemands arriveraient en grand nombre > qu'il n'avait donc pas un instant à perdre pour se retirer. Sabinus y ajouta foi 9 leva son camp à la pointe du jour; bientôt il fut enveloppé par les Barbares: ses quinze cohortes furent entièrement forgées , rien n'en échappa: au dernier moment les soldats Romains se tuèrent entre eux pour n'être pas victimes des cruautés de leurs ennemis. III. Après ce coup de main , Ambiorix se rendit à Na- jmur avec son armée, de là chez les peuples du Hai- nauty soulevant les Gaulois sur son passage. Partout on prit les armes : bientôt il eut une armée que gros- sirent les soldats de Courtrai, de Bruges, de Lou- vain, de Tournai, de Gand; il attaqua alors le camp de Gicéron; quelques soldats qui étaient hors du GUERRE DES GAULES. GINQUrilHB CAMPAGNE. ^*J camp pour faire des fascines et du bois ifurent mas* sacrés^ les autres coururent aux armes , repoussèrent l'assaut des Barbares. Qcéron employa toute la nuit à construire 120 tours ayec le bois qu'il ayait dans le camp; les ennemis donnèrent un nouyel assaut le lendemain , comblerait le fossé , mais ils furent en? core repoussés ; ce qui se renouyela pendant sept jours. Alors les Gaulois formèrent une contrevallar tion y éleyant un rempart de onze pieds de haut y et ci'eusèrent un fossé de quinze pieds de profondeur. Ils u'ayaient point d'outils; ils coupaient les gazons ayec leurs épées, portaient la terre dans leurs mains ou ayec leurs habits ; ces lignes, qui ayaient cinq lieues de tour , furent acheyées en trois heures : les jours suiyans ils éleyèrentdes tours, préparèrent des fauh, des tortues, imitant en tout l'art des Romains. Un grand yent s'étant éleyé, ils lancèrent dans le camp des pots à feu , des jayelots ayec des matières incen^- diaires; ils réussirent à mettre le feu au camp. Ils profitèrent de ce moment pour donner un nouyel assaut, mais sans succès; ils approchèrent alors une tour des remparts , mais Cicéron la leur brûla. Enfin un' esclàye Gaulois paryint jiisqu'à César ayec une lettre; celui-ci était alors à Reims; il réunit deux légions et yola au secours de son lieutenants Un ca^ yalier gaulois attadia une lettre de César à son jayelot^ 78 CHAPITRB GINQUIÉMB. et la lança dam le camp de Cicéron ; le javetot s^atta- dia aune tour, ydemeura deux jours , et le troisième Seulement il ftit découvert. Aussitôt quelesaasi^eans forent instruits de la marche des Romains , ils leyèrent le siëge et au nombre de 60,000 marchèrent à leur rencontre. César n'ayant que 8000 hommes , jugea prudent de se camper, de se retrancher et de se tenir renfermé dans son eamp. Les Barbares s'enhardirent , insultèrent les Romains , qui alors sortirent par toutes les portes, tombèrent sur eux et les mirent en déroute, et le même jour il rejoignit Cicéron. A la revue de la légion, les neuf dixièmes se trouvèrent blessés. De là César se porta à Amiens pour y passer son quartier d'hiver. Toutes les Gaules étaient en fiarmentation. Les habitans de Sens, mécontens d'un roi que leur avait donné César, voulurent le £aure mourir et dé- clinèrent la juridiction de César. Les peuples d'Au- tun et de Reims seuls restèrent fidèles. IV. Indudomare de Trêves sollicitait les peu{des d'At- leniagne de passer le Rhin; il leur disait que les meilleures troupes de l'armée romaine étaient dé* truites; qu'il fallait qu'ils vinssent soutenir les Gau- V GUERRE DES GAULES. CINQUIEHE CAMPAGNE. 79 lois. Assuré des peuples de Namur ^ du Hainaut, de Chartres y de Liège y il se mit eu campagne et assaillit la lëgiou de Labienus, qui campait dans une position avantageuse. Labienus se laissa insulter plusieurs jours par les Barbares; mais, lorsqu'il eut reçu la cayalerie que lui envoyaient les alliés fidèles, il fit une sortie, défit les ennemis, tua Induciomare, ce qui remit un peu de tranquillité dans les Gaules. V. Observations. 1 • La seconde expédition de César en Angleterre n'a pas eu une issue plus heureuse que la première, puisqu'il n'y a laissé aucune garnison ni aucun éta- blissement, et que les Romains n'en ont pas été plus maîtres après qu'avant. 2. Le massacre des l^ons de Sabinus est le pre- mier échec considérable que César ait reçu en Gaule. 3» Cicéron a défendu pendant plus d'un mois avec 5000 hommes, contre une armée dix fois plus f»rte, ^Bi camp reU^anché qu'il occupait depuis quinze jours: sarait-il possible aujourd'hui d'obtenir un pareil résultat? L - .... -^ .MiûsOÊnrJk^.iik...^^ ■■ - . ■ ■ ~-^v .......' »Jbii.l.3air-*e- *- - .'*^i 80 GH4P1TIIB CINQinteB. Les bras de nos soldats ont autant de force et de vigueur que ceux des anciens Romains; nos outils de pionniers sont les mêmes ; nous ayons un agent de plus y la poudre. Nous pouyons donc ëlero* des remparts, creuser des fossés , couper des bois^ bâtir des tours en aussi peu de temps et aussi bien qu'eux, mais les armes offensiyes des modernes ont une toute autre puissance , et agissent d'une manière toute dif- férente que les armes offensives des anciens. Les Romains doivent la constance de leurs succès à la méthode dont ils ne se sont jamais départis, de se camper tous les soirs dans un camp fortifié, de ne ja- mais donner bataille sans avoir derrière eux un camp retranché pour leur servir de retraite et renfermer leurs magasins , leurs bagages et leurs blessés. La na- ture des armes dans ces siècles était telle, que dans ces camps ils étaient non-«eulement à l'abri des in- sultes d'une armée égale , mais même d'une armée supérieure; ils étaient les maîtres de combattre ou d'attendre une occasion favorable. Marins est assailli par une nuée de Gimbres et de Teutons ; il s'enferme dans son camp , y demeure jusqu'au jour où l'occa- sion, se présente favorable; il sort alors précédé par la victoire. César arrive près du camp de Gcéron; les Gaulois abandonnent celuirci et marchent à la ren- contre du premier: ils sont quatre fois plus nom- ■"^*^ ■— '^— *** -* . __t%!Ti -■»- «-^ • '-*3r^'~ "**^-î*>tefcâ5»È4- ^f^f^n^^r^m^^^' ^'n "^v^ >v» r* ->-■ '•t/t 6UERHE DBS Gâ:ULES. GINQUIEHE CAMPAGNE. 8l * breux. César prend position en peu d'heures, re- tranche son camp y y essuie patiemment les insultes et les proTOcations d'un ennemi qu'il ne yeut pas combattre encore: mais Toccasion ne tarde pas à se présenter belle; il sort alors par toutes les portes: les Gaulois sont vaincus. Pourquoi donc une règle si sage , si féconde en grands résultats, a-t-^Ue été abandonnée par les gé- néraux modernes? Parce que les armes offensives ont changé de nature: les armes de main étaient les armes principales des anciens; c'est avec sa courte épée que le légionnaire a vaincu le monde; c'est avec la pique macédonienne qu'Alexandre a conquis l'Asie. L'arme principale des armées modernes est l'arme de jet, le fusil , cette arme supérieure à tout ce que les hommes ont jamais inventé : aucune arme défensive ne peut en parer l'effet; les boucliers, les cottes de mailles, les cuirasses , reconnus impuissans , ont été aban- donnés. Avec cette redoutable machine, un soldat peut , en un quart-4'heure , blesser ou tuer soixante hommes; il ne manque jamais de cartouches, parce qu'elles ne pèsent que six gros ; la balle atteint à cinq cents toises; elle est dangereuse à cent vingt toises, très-meurtrière à quatre-vingt-dix toises. De ce que l'arme principale des anciens était l'épée ou la pique, leur formation habituelle a été l'ordre 6 I 8 a GHAPmB OINQUlân. profond. La lëgion et la phalange, dans quelque situa- tion qu'elles fiiâsent attaquées, soit de front, soit par le flanc droit ou par le flanc gauche , faisaient face partout sans aucun désavantage : elles ont pu camper sur des surfaces de peu d'étendue, afin d'avoir moins de peine à en fortifier les pourtours et pouvoir se garder avec le plus petit détachement. Une armée consulaire renforcée par des troupes Itères et des auxiliaires, forte de 24,000 hommes d'infanterie, de 1800 chevaux, en tout prés de 30,000 hoiyunes, campait dans un carré de 330 toises de e6té , ayant 1344 toises de pourtour ou vingt^un hommes par toise; chaque homme portant trois pieux, ou soixante- trois pieux par toise courante. La surfisu^ du camp était de 1 1 ,000 toises carrées ; trois toises et demie par homme , en ne comptant que les deux tiers des hommes , parce qu'au travail cela donnait quatorze travailleurs par toise courante: en travaillant cha- cun trente minutes au plus , ils fortifiaient leur camp et le mettaient hors d'insulte. De ce que l'arme principale des modernes est l'arme de jet, leur ordre habituel a dû être l'ordre mince , qui seul leur permet de mettre en jeu toutes leurs machines de jet. Ces armes atteignant à des dis- tances très-grandes, les moderiies tirent leur prin- cipal avantage de la position qu'ils ocoupept: s'ils GUERRE DES GAULES. CINQUIEME CAMPAGNE. 83 dominent, s'ils enfilent , s'ils prolongent Tarmée en- nemie , elles font d'autant plus d'effet. Une armée mo- derne doit doue éTiter d'être débordée, enveloppée, cernée ; elle doit occuper un camp ayant un front aussi étendu que sa ligne de bataille elle-même: que si elle occupait une surface carrée et un front insuf- fisant à son déploiement, elle serait cernée par une armée de force égale, et exposée à tout le feu de ses machines de jet, qui convergeraient sur elle et attein- draient sur tous les points du camp , sans qu'elle pût répondre à un feu si redoutable qu'avec une petite partie du sien. Dans cette position , elle serait insultée, malgré ses retrauchemens, par une armée ^ale en force, même par une armée inférieure. Le camp moderne ne peut être défendu que par l'armée elle- même , et, en l'absence de celle-ci , il ne saurait être gardé par un simple détachement. L'armée deMiltîade à Marathon, ni celle d'Àleican-^ dre à Ârbelles, ni celle de César à Pharsale, ne pour^ raient maintenir leur champ de bataille contre une armée moderne d'égale force; celle-ci ayant lin ordre de bataille étendu, déborderait les deux ailes de l'armée grecque ou romaine; ses fusiliers porteraient à la fois la mort sur son front et sur les deux flancs; car les armés à la légère, sentant l'insuffisance de leuro flèches et de leurs frondes, abandonneraîeiît 6. 84 CHAPITRE GINQUI^. la partie pour se réfugier derrière les pesamment armés, qui alors, l'épée ou la pique à la main , s'a- vanceraient au pas de charge, pour se prendre €x>rps à corps ayec les fusiliers: mais, arrivés à cent vingt toises, ils seraient accueillis par trois côtés par un feu de ligne qui porterait le désordre et affaiblirait telle- ment ces braves et intrépides l^onnaires , qu'ils ne soutiendraient pas la charge de quelques bataillons en colonne serrée qui marcheraient alors à eux la baïonnette au bout du fusil. Si, sur le champ de bataille, il se trouve un bois, une montagne, com- ment la légion ou la phalange pourra-t-elle résista* à cette nuée de fusiliers qui s'y seront placés? Dans les plaines rases même, il y a des villages, des maisons , des fermes, des cimetières , des murs, des fossés, des haies ; et s'il n'y en a pas, il ne faudra pas un grand effort de génie pour créer des obstacles et arrêter la légion ou la phalange sous le feu meurtrier, qui ne tarde point à la détruire. On n'a point feit mention des soixante ou quatre-vingts bouches à feu qui com- posent l'artillerie de l'armée moderne, qui prolonge- , ront les légions ou phalanges de la droite à la gauche, ^e la gauche à la droite, du front à la queue, vomi- ront la mort à cinq cents toises de distance. Les sol- dats d'Alexandre, de César, les héros de la liberté d'Athènes et de Rome fuiront en désordre , aban- MtlCJ >J GUERRE ^S GAULES. GINQUliME CAMPAGNE. 85 donnant leur champ de bataille à ces demi-dieux armés de la foudre de Jupiter. Si les Romains furent presque constamment battus par les Parthes, c'est que les Parthes étaient tous armés d'une arme de jet, supérieureà celle des armés à la légère de l'armée romaine, de sorte que les boucliers des légions ne 1^ pouvaient parer. Les légionnaires, armés de leur compte épée, succombaient sous une grêle de traits, à laquelle il ne pouvaient rien opposer, puisqu'ils n'étaient armés que de javelots (ou pilum). Aussi, depuis ces expériences funestes, les Romains don- nèrent cinq javelots (ou hastes) , traits de trois pieds de long, à chaque légionnaire, qui les plaçait dans le creux de son bouclier. Une armée consulaire renfermée daûs son camp , attaquée par une armée moderne d'égale force, en serait chassée sans assaut et sans en venir à l'arme blanche; il ne serait pas nécessaire de combler ses fossés, d'eâcalader ses remparts: aivironnée de tous côtés par l'armée assaillante, prolongée, enveloppée, i enfilée par les feux, le camp serait l'égout de tous les coups, de toutes les balles, de tous les boulets: l'incendie , la dévastation et la mort ouvriraient les portes et feraient tomber les retranchemens. Une armée moderne, placée dans un camp romain:, pour- rait d'abord, sans doute, faire jouer toute son artil- 86 GHAPITU CINQUIÂHE. hne; mais, quoique ^ale à Fartillerie de l'assi^eant , die serait prise en rouage et promptemeut réduite au silence; une partie seule de Tin&nterie pourrait se serrir de ses ftisils ; mais elle tirerait sur une ligne moins étendue, et serait bien loin de produire un efiPet équivalent au mal qu'elle reoewait. Le feu du centre à la circonférence est nul ; celui de la circon- férence au centre est irrésistible. Une armée moderne, de force égale à une armée consulaire, aurait 26 bataillons de 840 hommes, formant 22,840 hommes d'infanterie , 42 escadrons de cavalerie, formant 5040 hommes; 90 pièces d'ar- tillerie semés par 2500 hommes. L'ordre de bataille moderne étant plus étendu , exige une plus grande quantité de cavalerie pour appuyer les ailes , éclairer le front. Cette armée en bataille , rangée sur trois lignes, dont la première serait égale aux deux autres réunies, occuperait un front de 1500 toises , sur 500 toises de profondeur; le camp aurait un pourtour de 4500 toises, c'est-à-dire triple de l'armée consulaire; elle n'aurait que sept hommes par toise d'enceinte, mais elle aurait vingt-cinq toises carrées par homme: l'armée tout entière serait nécessaire pour le garder. Une étendue aussi considérable se trouvera difficile- ment sans qu'elle soit dominée à portée de canon par une hauteur: la réunion de la plus grande partie de "*- - - "'•^— w ..- , _ ...^1^., lai—tfc».. ..* „ GUERRE DES GAULB9. GINQVIBHB CAMPAGNE. 87 l'artillerie de rarmée assiégeante sur ce point d'at- taque détruirait promptement les ouyrages de cam- pagne qui forment le camp. Toutes ces considéra- tions ont décidé les généraux modernes à renoncer. au système des camps retranchés, pour y suppléer par celui des positions naturelles bien choisies. Un camp romain était placé indépendamment des localités: toutes étaient bonnes pour des armées dont toute la force consistait dans les armes blanches; il ne fallait ni coup d'oeil ni génie militaire pour bien camper; au lieu que le choix des positions, la ma- nière de les occuper et de placer les différentes armes ,. en profitant des circonstances du terrain , est un art cjtû fait une partie du génie du capitaine moderne*: La tactique des armées modenies est fondée sur deux principes: 1"" qu'elles doivent occuper un front qui leur permette de mettre en action ayec avantage toutes les armes de jet; 2* qu'elles doivent préférer, avant tout, l'avantage d'occuper des positions qui dominent, pi*olongent, enfilent les lignes ennemies, à l'avantage d'être couvert par un fossé, un parapet, ou toute autre pièce de la fortification de campagne. La nature des armes décide de la cpmposition des armées, des places de campagne, des marches, des positions, du campement, des ordres de bataille, du tracé et des profils des places fortes; ce qui met une 88 GHiiPiTBE cmomin. opposition coDÂtante entre le système de guerre des anciens et celui des modéknes. Les armes ancien- nes voulaient l'ordre profond; les modernes l'ordre mince; les unes, des places fortes saillantes ayant des tours et des murailles élevées; les autres, des places rasantes , couvertes par des glacis de terre , qui mas- quent la maçonnerie ; les premières y des camps res- serrés, où les hommes, les animaux et les magasins étaient réunis comme dans une ville ; les autres ^ des positions étendues. Si on disait aujourd'hui à un général: Vous aurez comme Cicéron, sous vos ordres, 5000 hommes, 16 pièces de canon , 5000 outils de pionniers , 5000 sacs à terre; vous serez à portée d'une forêt , dans un ter- rain ordinaire; dans quinze jours vous serez attaqué par une armée de 60,000 hommes, ayant 120 pièces de canon, vous ne serez secouru que quatre-vingts ou quatre-vingt-seize heures après avoir été attaqué; quels sont les ouvrages, quels sont les tracés, quels sont les profils que l'art lui prescrit? l'art de l'in- génieur a-t-il des secrets qui puissent satisfaire à ce problème? ..j CHAPITRE SIXIEME. Guerre des Gaules. Sixième campagne. Van 63 avant Jésus-Christ, I. Guerre contre Sens, Chartres, Trères et Liège. — D. Second passage du Rhin. — III. César poursuit yainement Âmbiorix. — lY. Observation. I. César leva deux nouvelles légions en Italie; Pompée lui en doAna une , ce qui répara ses pertes, et même accrut son armée , qui se trouva forte de dix légions. La mort dlnduciomare n'avait pas mis fin à son parti, il dominait dans Trêves : ces peuples, ligués avec les peuples du Hainaut, de Namur, de la Gueldre, go CHAPITKE SIXIEME. de Sens , de Chartres, et assurés de plusieurs peuples allemands qui deyaient passer le Rhin, s'insui^èrent; mais, sans attendre la fin de l'hiver, César se porta avec quatre légions dans le Hainaut; il obligea les habitans à lui donner des otages, contoqua les États des Gaules à Pai*is au lieu de Sens : les confédérés n y parurent pas. Il marcha contre les peuples de Sens , et après contre ceux de Chartres ; les uns et les autres implorèrent sa clémence et lui remirent des otages. Il entra en Gueldre et dans le pays de Trêves avec six légions qu'il partagea en trois corps, ravagea et brûla tout le pays. Les peuples se soumirent. Labienus étant dans le pays de Trêves avec trois légions, feignit d'être épouvanté , leva son camp , se laissa poursuivre avec vivacité par les habitans; mais fit volte-face dans une position avantageuse, les mit dans une déroute totale. Tout le pays de Trêves fut remis à Cingetori:K , paitisan des Romains. Les Allemands qui avaient déjà passé le Rhin se retirèrent chez eux , au bruit de la défaite de leurs alliés des Gaules. IL César les suivit , jeta un pont sur le Rhin près de Cologne, un peu aunlessus du lieu où il l'avait jeté -f-4 jSj GUERRE DES OAVLES* SIXIÂIB CAMPAGNE. g 1 préoédemiDefit. Les Suèted, à son approche, se reti- rèrent au milieu des marais et des forêts au-delà des moatagaes de la Thuriuge; les Romains n'eurent garde de s'enfoncer dans des contrées aussi teculëes; après quelques jours ils repassèrent sur la rive gauche. Us établirent une tour à quatre étages , mais sur la riye gauche, ayec dou2e cohortes de garnison , pour en inaposer à ces Barbares. Ils coupèrent trente toiser du pont sur la rive droite, tant ils redoutaient le courage de ces peuples. Il parait que dans ce siècle une transmigration de peuples eut lieu des grands déserts en Allemagne. César dit: « Jadis les Gaulois t étaient plus brayes que les Allemands , et avaient « l'habitude de passer le Rhin pour établir des colo- «nies sur la rive droite; mais, depuis qu'ils se sont « amollis, les Allemands sont tellement plus brayes, «qu'on ne peut plus établir de comparaison. Les « Allemands n'ont ni druides ni sacrifices humains : < leurs dieux sont le soleil et la lune ; ils passent leur « yie à la chasse ou à la guerre; ils estiment les hommes « qui n'ont de la barbé que fort tard; ils ne yiyent ayec « les femmes qu'après Tàge de yingt ans ; ils n'ont pas «de terres fixes: c'est un honneur pour eux d'être < environnés de déserts , ce qu'ils r^ardent comme un « témoignage de leur valeur. Chaque armée , chaque < peuple élit son chef. Le droit de l'hospitalité est gâ GHiiPiTRE smâns. sacré chez eux. La forêt Noire a neuf marches de longueur; elle s'étend de Spire à la frontière de la Suisse; il y a des Allemands qui disent avoir marché soixante jours sans pouvoir découvrir où elle finît; elle nourrit des bétes qu'on ne voit pas ailleurs. > II dit aussi : t II n'y a que deux sortes de personnes dans les Gaules qui y aient de la considération , les druides et les nobles. Le peuple est comme esclave; il n'entre jamais au conseil; il est accablé d'impôts et opprimé par les grands. Les druides font les sacrifices ^élèvent la jeunesse, jugent au civil et au criminel; ils ex- cluent de la participation à leurs sacrifices (c'était une espèce d'excommunication fort redoutée). Ils n'ont qu'un chef qui est élu par une assemblée tenue dans le pays chartrain. Les druides ne vont pas à la guerre, ne paient pas^'impots, sont exemptés de toutes charges : ils font apprendre par cœur une grande quantité de vers qu'ils ne permettent pas qu'on écrive ; ils ci*oient à l'immortalité de l'àme et à la métempsycose. Les Gaulois sont superstitieux. Les druides font des sacrifices humains pour apai- ser les dieux; ils préfèrent les voleurs , mais, à leur défaut, tout leur est bon; ils adorent Jupiter, Apol- lon, Mercure, Mars, Minerve ; les enfans ne parais- «sent jamais devant leur père avant qu'ils n'aient « porté les armes; la considération des nobles s'éta- / ^ GUERBE DES GAULES. SIXlâlIE CAMPAGNE. 93 « blit par le nombre d'hommes armés qu'ils ont à « leur suite; ils sont tous militaires. » III. Après avoir repassé le Rhin , César traversa la forêt des Ardennes à la poursuite d' Ambiorix ; mais eelui-ci lui échappa. Catiyuleus, le collègue d'Amlnorix, qui avait tant contribué aux désastres de Sabinus^ étant d'un âge fort avancé, s'empoisonna avec de l'if, ne voulant ni tomber entre les mains des Romains, ni s'exposer aux fatigues d'une vie errante. César réunit tous ses bagages dans le château de Tongres, dans le lieu même où avait eu lieu, l'année précédente, la ca- tastrophe de Sabinus; les restesde son camp existaient encore. Il y laissa la 14'' légion et 600 chevaux sous les ordres de Qcéron; il envoya trois légions dans le pays de Namur, trois dans le Brabant, et se mit avec le reste à la poursuite d'Ambiorix, qui s'était réfugié à l'extrémité de la forêt des Ardennes. Cependant, voulant assouvir sa vengeance sur les peuples de Liège, il invita tous les peuples voisins à en venir piller le territoire; plusieurs milliers d'Allemands accoururent attirés par l'appât du pillage; mais ayant ap{Nris, comme ils s'en retournaimit chez eux, que «kl 94 GHAPITtE SraiBKB. Cicéron gardait les trësora de l'armëe avec une seule lëgioa y ils marchèrent à aon camp pour l'attaquer. Ils y arrivèrent au momeat où cinq cohortes étaient au fourrage, à trois milles du camp: elles furent coupées; la moitié seulement put se faire jour et j rentrer; le reste fut tué. Le camp de Cicéron était exposé, et il eût été forcé, si la cayalerie de César ne fût arrivée le lendemain , de retour de la poursuite d'Ambiorix. Les Allemands repassèrent le Rhin. Quel* ques efforts que fit encore César pendant plusieurs mois et à quelque extrémité qu'il se portât contre ces peuples, sa haine fut impuissante, et Ambiorix échappa à ses redierches. Enfin , après avoir mis son armée en quartiers d'hiver à Trêves^ à Langres et à Sens, il quitta les Gaules et se rendit en Lom- bardie. IV. Observaiion. Le second passage du Hhin qu'effectua César n'a pas eu plus de résultat que le premier; il ne laissai aucune trace en Allemagne; il n'osa pas même éta- blir une forteresse en forme de tète de pont. Tout v^J GUERKE DES GAULES. SIXIEME CAMPAGNE. 96 ce qu'il raconte de ces pays^ les idées obscures qu'il en a , font connaître à quel d^é de barbarie était encore alors réduite cette partie du monde aujour- d'hui si civilisée. Il n'a également sur l'Angleterre que des notions fort obscures* y: CHAPITRE SEPTIEME. Guerre des Gaules. Septième campagne, l'an 52 açant Jésus-ChrisU I. Réyolte g^énérale des Ganles. — H. Siège de Bourg^es. — m. Siège de Glermont. ^ lY. SoulèTement d*Aatan. — Y. Siège d* Alise. Vercingetorix est &ii prisonnier. — YI. Obserrâlions. I. Les Romains ne dissimulaient plus leur projet de réduire les Gaules en proYinces; ils aYaient dans chaque Yille un parti qu'ils cherchaient par tous les moyens à rendre dominant; les Gaulois frémissaient à la Yue des dangers que courait leur liberté. Dans les années précédentes. César s'était aperçu de leur B's^iP'^PPiP^^w^^illu"'! «M.as9ip»5P"!ïapi • . jiijiijui -.Hj-, > ■I i"'" f GUERRE DES GAULES. SEPTlâMB XIAMPAGNE. 97 extrême fermentation; il avait pris un grand nombre d'otages, moyen peu efficace: le besoin de service attirait toujours beaucoup d'officiers des légions ro- maines dans les villes, lesquels, au moment de Fin- ^ surrection , répondaient des otages. Au commen- cement de l'an 52, l'insurrection éclata de tout côté; les Chartrains donnèrent le signal; ils entrèrent dans Orléans, massacrèrent les chevaliers romains, entre autres l'intendant des vivres de l'armée, qui s'était rendu coupable d'exaction. Les Auvergnats l'apprirent le même jour par les cris des hommes placés de distance en distance sur la route. Vercin- getorix, jeune seigneiu* de Clermont, se montra à la tète des insui^. Il fut d'abord chassé de la ville comme un jeune insensé qui compromettait le salut de tous; mais bientôt après il se créa une armée, rentra de vive force dans Clermont, et fut proclamé Roi. Les peuplesde Paris, de l'Anjou, de laTouraine, se rangèrent sous ses drapeaux; il passa alors la Loire, insurgea le Berri; il y était secrètement appelé par les habitants , qui firent semblant de demander des secours aux Autunois, leurs alliés; ceux-ci envoyèrent un corps de cavalerie; mais l'officier qui les com- mandait, arrivé sur les bords de la Loire, instruit des sentimens secrets deshabitâns, rétrc^ada. Gé^r accourut ^i toute hâte de la Cisalpine ; il se rendit 7 98 ^ GHAPITEB SEFTlàlE. d'abord à Narbonne : c'était au cœur de IliiTer; il traversa les Cërennes et le Vivarais, entra dans l'Au- Tergne. Yerdngetorix accourut à la défense de sa patrie; mais déjà César s'était rendu à Vienne et à Langres, où étaient ses légions; il se mit à leur tète, entra dans le Bourbonnais, se présenta devant Orléans, passa la Loire, cerna la ville, la prit, la brûla, en égorgea les habitans, entra dans le Berri, assiégea et pritNeuvy, et mit le si^e devant Boui^es, la capitale. II. La saison était peu avancée, le temps était humide; Bourges était environné de marais. Y ercingetorix , désespérant de résister de vive force, fit mettre le feu à toutes les villes et villages, métairies et mois- sons de la province , afin d'affamer l'armée romiaine. Dans un seul jour douze villes furent la proie des flammes. Cependant les habitans de Bourges, ville riche, grande et populeuse, se refusèrent à incendier leur ville, mais ils se chargèrent de la défendre. César l'investit, couvrit son camp d'une double ligne de circonvallation et.de contrevallation dans la partie de la ville non couverte par les marais, et commença les opérations du siège. Vercingetorix, avec une armée B > ■ --■•"- " "" : \ GUERRE DES GAULES. SEPTIEin'TJAIVAGNB. 99 nombreuse, se campa à cinq lieues, inquiétant tous ses convois et sa circonyallation. Les Romains éleyèrent en yii^-cinq jours une terrasse de 320 toises de base, sur quatre-vingts de haut, qui dominait les murailles de la ville; Vercingetorix y jeta par les marais un ren- fort de 10,000 hommes, et s'avança avec sa cavalerie pour seconder la sortie des assiégés. César crut l'occa- sion favorable pour forcer le camp des Gaulois; il s'y porta. Les soldats demandèrent le signal de l'attaque; mais il était trop bien fortifié par la nature et par l'art; il retourna dans ses lignes sans avoir rien fait. Cepen- dant les assiégés, secondés par Vercingetorix, firent une sortie; ils se battirent avec fureur, mais furent repoussés : peu après César donna l'assaut , entra dans la place, brûla, pilla et égorgea 40,000 hommes; 800 seulement se sauvèrent. Ce succès paraissait devoir en- traîner la perte du parti gaulois; il en fut autrement, il exalta les esprits: la partie était trop bien liée. Le chef des Âginois , allié du peuple Romain^ les aban- donna , rejoignit lui-même avec un corps considé- rable le camp Gaulois. Vercingetorix fut accusé, dans le conseil de la nation, de trahison: il se défendit avec succès; il répondit qu'il avait été d'avis de brûler Bourges, parce qu'il était convaincu de l'impossibi- lité de résister à l'art qu'avaient les Romains de faire les sièges. Il sortit de cette accusation plus puissant 661398 1 • '^•" "teirti II -^ 1 00 GHAP1TRB SEPTlèllE. et plus accrédite que jamais. L'armée romaine avait souffert, pendant le si^e de Bourges^ de la disette; elle ayait été privée de pain, et obligée de se noumr de viande ; mais elle trouva dans Bourges des maga- sins considérables: le printemps commençait , le re- tour de la bonne saison favorisa la chasse que Césai donna aux naturels qui étaient réftigiés au milieu de leurs marais et de leurs bois. III. Après le siège de Bourges , César envoya Labienus avec quatre légions sur la Seine y et se porta à la tète des six autres en Auvergne , passa rAllier en présence de Vercingetorix, campa devant Clermont: l'armée gauloise l'avait prévenu et occupait les hauteurs. Cependant l'ai'mée des Autunois, sous^ Lituvieus, s'était déclarée contre les Romains , et marchait au secours de Clermont. César alla avec quatre légions à sa rencontre y la trouva à huit lieues de son camp, eut recours aux négociations et parvint à décider cette armée à s'en retourner à Autun. Lituvicus et ses principaux officiers se jetèrent dans Clermont. Cependant les Autunois, sitôt qu'ils avaient appris l'insurrection de Lituvicus, avaient iait main-basse .1. GUERRE DES GAULES. SEFTIEHE CAMPAGNE. 101 sur tous les Romains qui se trouyaient dans leur terri- • toire, et s'étaient emparés de tous les magasins des négocians romains; mais ils se soumirent lorsqu'ils apprirent ce qui était arriyé à Lituvicus, et s'excu- sèrent de leur mieux. Sur ces entrefaites une attaque des Romains sur Clermont manqua; les troupes s'en- gagèrent plus que leur général ne le voulait; elles éprouvèrent une perte sensible; ce qui décida César à lever le si^e. IV. A cette nouvelle les Autunois prirent leur parti : «Il est honteux pour nous, disaient-ils, de ne pas « faire cause commune avec le reste des Gaulois, qui « combattent pour leur liberté. » Nevers était une de leurs villes où étaient les otages de la Gaule, ses magasins, ses trésors , ses bagages et les remontes de l'armée romaine; ils s'emparèrent de tout, trans- portèreat les otages à Autun , où Lituvicus entra en triomphe. Le sénat conclut un traité avec Vercinge- torix. Tous les marchands romains furent arrêtés: les Autunois brûlèrent toutes celles de leurs villes qu'ils ne crurent pas pouvoir garder, entre autres Nevers. nt/u lOâ . GHAPITRB SEFTIÂME. Il ne restait que deux partis à César , payer d'audace ou retourner dans la province romaine : le deuxième parti eût tout perdu; mais le premier était fort hasar- deux. Après plusieurs jours de marches forcées, il passa la Loire à gué et se dirigea sur Sens. Labienus ayait marché sur Paris; les Parisiens avaient levé une armée sous le commandement de Camulogenus, Gau- lois du Maine y qui , quoique fort âgé , avait une grande réputation militaire. Il s'était campé derrière le ma- rais qui couvrait Paris. Labienus voulut traverser le marais, mais il y trouva tant de difficultés qu'il y re- nonça ; il décampa et se porta à Melun: cette ville est située dans une lie de la Seine ; il y trouva cinquante bateaux; il fit passer la rivière à ses troupes et re- tourna sur Paris, en suivant la rive droite; alors les Gaulois mirent le feu à Paris, rompirent les ponts et campèrent sur l'autre rive, vis-à-vis Labienus. Ils savaient que César avait échoué à Clermont , que les Autunois s'étaient insurgés , que la cause sainte de la Gaule triomphait enfin. Labienus songea alors à se joindre à César; il fit descendre les cinquante bateaux dont il s'était emparé à une lieue sous Paris, près d'Auteuil , passa la Seine et se campa sur la hauteur de Vaugirard. Cependant l'armée parisienne descendit la rive gauche, et se trouva en présence de l'armée romaine ; on en vint aux mains : la 7'' légion enfonça L- ~- ' ■*»■»'>. ""^ . / *rf ■H»" '•^^^rn^^mmjitj GUERBE DES GAULES. SEPTIEME CAMPAGNE. 103 une aile des Parisiens. Camulogenus fit tout ce qu'il fallait pour donner la victoire à son parti ^ mais il ne put résister à l'impétuosité romaine : il fut glorieuse-' ment tué. Cette victoire ouvrit à Labienus le cheniin de Sens , où il joignit César. ...JLes Âutunois , fiers de leur puissance, prétendaient avoir la direction de la guerre et le commandement supérieur, mais le conseil général des Gaulois fut contraire à leur désir : le commandement fut con- firmé à Vercingetorix , qui leva 16,000 hommes de cayalerie et réitéra l'ordre pour tout brûler, afin d'affamer les Romains. Il envoya 10,000 hommes et 800 chevaux pour attaquer la Savoie et le Dauphiné^ pays annexé à la province romaine; une armée com- posée d'Auvergnats et de Languedociens, pour rava- ger les frontières de la province romaine, du côté du Languedoc: vingt-deux cohortes romaines lesdéfen- daient. Dans ce temps César reçut un renfort de cavalerie allemande, peu nombreux, mais composé d'intrépides soldats. Il se porta sur la frontière du pays de Langres, pour se trouver à portée de la pro- vince romaine, attaquée de tout côté. Vercingetorix le suivit avec une armée nombreuse, et attaqua César en marche; mais quoique celui-ci n'eût eu que le temps de placer les bagages entre les légions et de se ranger en bataille, Vercingetorix fut battu et obligé -*. i,'t^^.ln-ZX'^.fXe^''.'^^r^ X ^. •*^. ...^»i.-'. --.-y. " ..-._. . - — -.. ■ •* I \-^ 104 CHAPITRE SEPTIÂKE- de rentrer dans son camp; craignant d'y être forcé , il se retira à Alise , place forte située en Bourgogne , dans l'Auxois, près de Mont-Bard, lieu dcTenu cé- lèbre : c'est là que s'est décidée la destinée des Gaules. V. César le suivit, investit la ville et l'armée gauloise par une ciroonvallation de 11,000 toises. Alise est située sur un mamelon escarpé; il j avait au pied une plaine d'une lieue et demie de longueur; tous le» environs étaient coupés par des collines. La contreval- lation des Romains fut fortifiée par vingt-trois forts; divers combats de cavalerie eurent lieu pendant le tra- vail des lignes, qui furent presque tous au détriment des GauloiSà Lorsque Yercingetorix s'aperçut que les lignes étaient sur le point d'être achevées, il congédia sa cavalerie, qu'il ne pouvait plus nourrir, ordonna à chaque homme de retoiu*ner dans son pays pour engager ses compatriotes à prendre les armes pour venir sauver Alise et leur général; il entra ensuite dans .la ville avec son in&nterie, forte de 80,000 hommes. César ayant achevé la contrevallation , fit travailler ^r-le-champ aux hgnes de circonvallation. ^ly GUERRE DES GAULES. SEPTiÈMB GAHPAGICE. lo5 Il fit creusa* trois fossés » iin à fond de cuve, de yingt pieds de large et d'autant de profondeur; les deux autres de quinze pieds sur quinze pieds ^ et fit rem-» plir le fossé intérieur, qui était au pied des hauteurs, par les eaux de la rivière ; il fit élever un rempart de douze pieds, garni d'un parapet à créneaux, ayant au pied une fi*aise formée de troncs d'arbres fourchus , flanquée par des tours placées à quatre-vingts pieds l'une de l'autre. Il continua pendant toute la durée du sîëge de travailler à ces lignes , et y entassa toutes espèces d'ouvrages , des trous de loup, des abattis de bois , etc*, auxquels les soldats de son armée donnèrent ' des noms divers. Il paraîtrait donc que ces ouvrages étaient nouveaux pour eux. La ligne de circonvalla-* tion avait cinq lieues d'étendue. Cependant le conseil des Gaulois avait décrété la levée d'une armée de 200,000 hommes pour secourir Alise. Les Autunois fournirent 35,000 hommes; le marquisat de Suze faisait partie du domaine de cette nation ; le Gevaudan et le Vêlai , dépendant de l'Auvergne, fournirent également 35,000 hommes; les peuples de Franche-Comté, de la Saintonge, le Rouergue, Chartres, fournirent 12,000 hommes; le Beauvoisis, 10,000; Paris et Soissons, 8000 hommes chaque, etc. Les Beauvoisins seuls reftisèrent leur con^ tingent, parce que, disaient-ils, ils faisaient eux seuls trrr''. ..r^ ' "IX. T-3W •*-!.»'•- .r^ . '*'* *»b^ 106 CHAPITRE SEPTIÈVE. la guerre aux Romains. Comius d'Ârras fut nommé au commandement en chef de cette grande armée; il avait été un des fayoris de César , mais il ayait cédé à l'esprit gaulois: les mêmes sentimens ayaient pré- yalu chez les autres amis de César : les Rémois seuls lui restèrent fidèles. Le temps désigné pour secourir la yille était écoulé; les yiyres commençaient à deyenir rares; le découra- gement était extrême dans Alise; un parti youlut se rendre; un autre, percer par une yigoureuse sortie, ayad^que la famine ne les eût affaiblis ; ce fut alors que Critognac , homme considéré et braye, prit la parole: < Se rendre, c'est aller au deyant de Tesclayage ; chcr- < cher à se faire jour au trayers de l'armée romaine , < c'est préférer la mort aux souffrances : c'est encore cune lâcheté; car nous perdrons la yie, mais nous «aurons abandonné la cause des Gaules: la grande < armée ne peut pas tarder à s'approcher ; elle n'aura < plus de chances de yictoire si elle nous trouye morts. < Nous n'ayons pas de nouvelles de notre armée. Mais c César ne yous en donne-t-il pas tous les jours? S'il « ne la sentait pas approcher, entasserait-il ouvrages « sur ouvrages à sa ligne de circonvallation? Que firent « nos ancêtres lors de l'incursion des Cimbres et des «Teutons? ils firent mourir tous ceux que leur âge « n'appelait pas à la guerre; ils se nourrirent de leurs ■'-^» •'- GUERRE DES GAULES. SEPTIÂXE CAMPAGNE. 1 07 c eadayres. Voilà l'exemple qu'il nous faut imiter. » Les vieillards, les femmes, les enfans furent renvoyés de la ville; les assiëgeans les repoussèrent. Peu de jours après , Comius parut enfin sur les hauteurs , à cinq cents pas du camp romain ; sa cavalerie inonda la plaine. Mille cris de joie que poussèrent tes assiégés retentirent jusqu'au ciel. Ils sortirent de leurs murs, comblèrent avec des fascines et des claies les fossés et les trous, attaquèrent vivement la contrevallation. Cependant la cavalerie gauloise fîit défaite après un combat des plus opiniâtres : cette victoire fut due au courage de la cavalerie allemande. La consterna- tion succéda dans la ville aux premiers élans de joie. Le lendemain, l'infanterie gauloise attaqua la ligne de circonvallation. Yercingetorix, à ce signal, sortit de la ville ; mais tous les efforts combinés furent inu- tiles : la force des lignes de César , le grand nombre de ses tours et de ses machines, la discipline et l'in- trépidité romaine l'emportèrent. Yercingetorix avait déjà comblé les fossés de la ligne de contrevallation ; mais il y perdait trop de temps, et à peine avait-il achevé qu'il s'aperçut que l'armée était repoussée. Quelques jours après , les Gaulois attaquèrent avec 50,000 hommes la montée du nord , où la circon- vallation était dominée. Ce combat fut opiniâtre; les assiégés sortirent pour seconder cette attaque: 1 08 GHAPITEB SEPTIÂHB. le combat fut général sur la double ligne y mais le nombre y la fureur , l'intrépidité , tout fut inutile; les Romains, avec leur courte épée, l'emportèrent sur tant d'efforts : les dieux combattirent pour eux. Soixante- quatorze drapeaux furent les trophées de César. La plus grande partie de l'armée de secours lut détruite; les débris lerèrent la nuit leur camp et se sauvèrent en toute hâte. Yercingetorix capitula ; il implora la clémence du vainqueur: il ne reçut que des fers. Ainsi finit cet intrépide et généreux défenseur des Gaules. César fit 80,000 prisonniers; il donna un Gaulois à chacun de ses soldats; mais, voulant gagna* les Autunois et les Auvergnats , il leur rendit 20,000 prisonniers. Il mit son armée en quartier d'hiver : Labienus avec deux légions en Franche-Comté, deux légions en Nivernois, deux en Berri, deux en Rouer- gue, une à Chalon-sur-Saône, une à Màcon, et de sa personne se rendit à Autun. Le sénat romain ordonna vingt jours de prières publiques. La liberté des Gaules périt avec Yercingetorix: cette vaste con- trée fut réduite en province romaine. GUERRE DES GAULES. SEPTIEME CAMPAGNE. IO9 VI. Observations. 1 . Dans cette campagne, César a donné plusieurs batailles et Êdt trois grands si^es , dont deux lui ont réussi ; c'est la première fois qu'il a eu à combattre les Gaulois réunis. Leur résolution , le talent de leur général Yercingetorix, la force de leur armée , tout rend cette campagne glorieuse pour les Romains. Ils avaient dix liions, ce qui, ayec la cavalerie, les auxiliaires, les Allemands, les troupes légères, devait faire une armée de 80,000 hommes. La conduite des habitans de Bourges, celle de l'armée de secours, la conduite des Clermontais, celle des habitans d'Alise, font connaître à la fois la résolution , le courage des Gaulois et leur impuissance par le manque d'ordre, de discipline et de conduite militaire. 2. Mais est-il vrai que Vercingetorix s'était ren- fem;ié avec 80,000 hommes dans la ville , qui était d'une médiocre étendue? Lorsqu'il renvoie sa cava- lerie, pourquoi ne pas r^Divoyer les trois quarts de son infanterie? 20,000 hommes étaient plus que suf- fisans pour renforcer la garnison d'Alise, qui est un 110 ^ CHAPITRE SEPTiinS. mamdon ëleTé, qui a 3000 toises de pourtour ^ et qui contenait d'ailleurs une population nombreuse et aguerrie. Il n'y avait dans la place des yiyres que pour trente jours; comment donc enfermer tant d'hommes inutiles à la défense , mais qui deyaient hâter la reddition? Alise était une place forte par sa position ; elle n'avait à craindre que la famine. Si au lieu de 80,000 hommes, Yercingetorix n'eût eu que 20,000 hommes , il eût eu pour cent yingt jours de yiyres, tandis que 60,000 hommes tenant la cam- pagne eussent inquiété les assiégeans. Il fallait plus de cinquante jours pour réunir une nouvelle armée gauloise, et pour qu'elle pût arriver au secours de la place. Enfin , si Yercingetorix eût eu 80,000 hommes , peut-on croire qu'il se fût enfermé dans les murs de la ville : il eût tenu les dehors à mi-côte , et fût resté campé, se couvrant de retranchemens, prêt à déboucher et à attaquer César. L'armée de secours était, dit César , de 240,000 hommes; elle ne campe pas , ne manœuvre pas comme une armée si supé- rieure à celle de l'ennemi , mais comme une armée égale. Après deux attaques, elle détache 60,000 hommes pour attaquer la hauteur du nord : ce déta- chement échoue, ce qui ne devait pas obliger l'armée à se retirer en désordre. 3. Les ouvrages de César étaient considérables; GUERRE DES GAULES. SEPTIEIEE CAMPAGNE. 1 1 1 l'armée eut quarante jours pour les constnure, et les armes offensives des Gaulois étaient impuissantes pour détruire de pareils obstacles. Un pareil pro- blème pourrait-il être résolu aujourd'hui? 100,000 hommes pourraient-ils bloquer une place par des lignes de contreyallation , et se mettre en sûreté contre les attaques de 100,000 hommes derrière sa circonyallation ? CHAPITRE HUITIEME. Guerre des Gaules. Huitième campagne, l'an 50 aidant JésuS'ChrisU I. Opérations militaires pendant Thirer. — II. Cruerre contre les Belg^és de Beanvaig. — m. Siège de Gahors. ^ lY. Intrigues et mouTemens des troupes pendant Fan 50. — Y. Obseryations. I. Le sort des Gaules était décidé , mais les Gaulois frémissaient; la plus YiYe fermentation agitait tous les esprits ; c'était celle des Yagues de l'Océan après la tempête. César s'était établi à Âutun pour les sur- Yeiller : il partit en décembre y se rendit au fond du Berri aYccdeux légions, en surprit les habitans, qui ..>M!^u|L .. ^---mm ^»»>>^ , ijuiiii mia^dl^i^fia, , -rmi. r \' 'lih i GUERRE DES GAULES. HUITlinE GAHPAGNB. 1 1 5 avaient refusé des otages, en tua bon nombre , fit des prisonniers, soumit le pays et retourna à Autun, quarante jours après qu'il en était parti ; de là il mar- cha sur Chartres avec deux légions; les Ghartrains abandonnèrent leur yille et se réfugièrent dans les marais et les bois; il envoya sa cayalerie et ses troupes légères à leur poursuite, et se cantonna dans la yille d'Orléans. Les malheureux Ghartrains, traqués de tout côté , abandonnèrent leur patrie et se réfugièrent chez leur voisins. IL Les Beauvoisins étaient les peuples les plus puis- sans de la Belgique. Ils avaient levé une armée qu'ils avaient mise sous les ordres de Gorreus, seigneur de Beauvais, et de Gomius, seigneur d'Arras, sous pré- texte de &ire la guerre aux peuples de Soissons. Gésar réunit quatre légions et se campa sur le territoire des Beauvoisins ; ceux-ci avaient appelé à leur secours ceux d'Amiens, de Rouen, du pays de Gaux, d'Arras, et les peuples du Maine; ils s'étaient campés sur une montagne environnée de tous côtés de marais; ils avaient déposé leurs femmes, leurs vieillards, leurs enfans , leurs bestiaux , leurs effets les plus pré- 8 i 1 l4 CHAPITRE HUmÙOS. deux y au milieu d'une vadte forêt. Toutes les ma- nonirres de César pour les décider à quitter leur posi- tioa furent inutiles. Cette conduite sage et prudente, qui contrastait avec le caractère bouillant et la viva- cité gauloise, faisait assez connaître les progrès que ces peuples avaient Êdts dans l'art de la guerre. César passa les marais et se campa à une portée de trait de la forte position des Gaulois; il se couvrit de deux fossés en fond de cuve de quinze pieds de profondeur, et d'un rempart de douze pieds de haut , surmonté d'un parapet et couvert d'un grand nombre de tours à trois étages; deux tours très-hautes flanquaient les portes du camp. Sur ces entrefaites 500 cavaliers allemands entrèrent dans le camp gaulois: les escarmouches qui avaient lieu tous les jours entre les deux armées ne décidaient rien. La cavalerie rémoise fut déÊdte par la cavalerie des Beauvoisins; elle y périt presque entièrement. Enfin les trois légions de renfort que César avait demandées y arrivèrent du fond du Berr i , sous les ordres de Trebonius ; les Gaulois craignirent alors le siège d'Alise ^ ils évacuèrent leur position et en prirent une plus éloignée. Les deux armées res- tèrent en présence , et, malgré que l'armée romaine fût de sept légions, elle agissait avec circonspection. Carreus, général des Beauvoisins, avec 7000 hommes d'élite , tendit une embuscade aux fourrageurs ro- J GUERRE DES GAULES. HUITlàn GAMFAGNE« 1 l5 mains; il fut trahi, battu; lui et tous les siens y périrent. Sans donner le temps aux ennemis de rêve* nir de leur consternation, César mardia à eux. Ils im- plorèrent sa clémence, se soumirent et fournirent des otages ; les autres peuples alliés imitèrent leur exemple. Les Belges furent vaincus une secoade fois; les &aule» subirent le joug. Un grand nombre de fa- milles quittèrent une patrie qui désormais n'était plus libre, et cherchèrent un refuse sur la riye droite du Rhin et au-delà des mers. Âmbiorix régnait encore sur les peuples de Liège; César marcha contre lui , mit tout son pays à feu et à sang, fit un grand nombre de {Nrisonniers, mais sans pouvoir se saisir de la per- sonne de cet implacable ennemi du nom romain. III. Un grand nombre de soldats, impatiens du joug, quittèrent leurs villes et se réunirent sur la rive gauche de la Loire; ils se joignirent à Dumnacus, général angevin, qui porta le siège devant Poitiers, pour y forcer Duracius , allié des Romains. Le lieu- tenant de César, Caninius, marcha au secours de Poitiers et se campa à la vue de la ville. Ihimnacus attaqua le camp romain; il fut repoussé. Quelques 8. ♦ 1 1 6 GHAPimB HUITliMB. jours après, Fabius renforça rarmée romaine de deux I^ons y ce qui décida le général angerin à lever le siège, et à se mettre en marche pour passer sur la riye droite de la Loire; mais, atteint en route par Fabius, il fîit battu et perdit 12,000 hommes et tous ses bagages; les débris de ses armées, sous les ordres de Drapes et de Luterius, marchèrent pour porter la guerre et le ravage dans la province romaine et y assouvir leur vengeance; mais, atteints par Cani- nius , ils se réfugièrent dans la place forte de Gahors, ville située sur une haute colline^ environnée de tout côté par la rivière du Lot ; ils s'y approvisionnèrent de vivres pour long-temps. Drapes fut fait prisonnier dans une rencontre. Le général romain construisit sa contrevallation. César, du pays chartrain, se rendit en diligence au camp devant Cahors : la place était forte et défendue par des hommes désespérés; ils avaient des vivres pour long-temps: les Romains ima- ginèrent de les priver d'eau; les habitans ne pou- vaient descendre à la rivière qu'à découvert, et par des rampes fort escarpées; les archers romains les privèrent bientôt de cette ressource; mais il restait une fontaine très-abondante qui coulait au pied de leurs murailles. Les assiégeans élevèrent une tentasse de soixante pieds de haut , sur laquelle ils dressèrent une tour de dix étages qui dominait la fontaine ^ GUERRE DES GAULES. HUITIEME CAMPAGNE. 1 1 7 quoiqu'elle fût dominée par les murailles de la TÎUe. Les habitans ne pouvaient plus faire de l'eau qu'en s'exposant aux plus grands dangers; ils en furent entièrement privés, lorsqu'un rameau de mine tarit la source. La ville fut contrainte de capituler. César fit couper la main à toute la garnison. Dumnacus y abondonné des siens , en butte à la proscription ro- maine, yécut caché et mourut misérablement; Dra- pes se laissa mourir de faim, et Luterius, trahi par un seigneur auvergnat , fut livré aux Romains : ainsi périrent les derniers des Gaulois. Cet événement ter- mina la guerre des Gaules. Depuis, les Gaulois restè- rent tranquilles; ils s'accoutumèrent à la domination des Romains. Après la reddition de Cahôrs, César passa la Garonne, parcourut l'Aquitaine, et fut reçu partout sans éprouver d'obstacles; il se rendit à Nar- bonne et ordonna les quartiers d'hiver pour son ar- mée. Quatre légions cantonnèrent en Belgique, deux chez les Autiuiois , deux dans la Touraine , sur la Loire, deux dans le Limousin, et de sa personne il se porta à Ârras. IV. Pendant cette année César fut tranquille; il n'eut aucune guerre à soutenir. Au printemps il fit un 1 1 8 GHAPITEE HVITIEHE. voyage en Lombardie , et il y fut reçu en triomphe. Les intrigues de Rome l'occupaient uniquement. Sous le jvétexte de faire la guerre aux Parthes, le sénat lui retira deux légions qu'il donna à Pompée. La- bienus commanda dans la Cisalpine; peu après Use rangea du parti de Pompée. Dans le courant de Tété, César retourna à Arras, et passa en rerue toutes ses légions à Trêves. A la fin d'octobre il les mit en quartier d'hiver , quatre légions dans la Belgique , quatre dans le pays d'Autun, et partit peu après pour repasser les monts. Dans les derniers jours de l'année 50 et les premiers de 49, il commença la guerre civile. De tous les généraux qui avaient con- duit les Gaulois pendant ces huit campagnes et les avaient commandés dans la défense de leur liberté, deux seulement survécurent à la guerre : Cornivs , seigneur d'Arras y d'abord allié et intime ami de César , qui seconda tous ses projets en Gaule et en Angle- terre, et qui devint un implacable ennemi lorsqu'il fut convaincu que les Romains en voulaient à la li- berté de son pays ; mais désarmé , il continua à vivre 'éloigné de la vue de tout Romain. Le second est Ambiorix , chef du pays de Liège , qui avait com- mandé les Belges 9 massacré les légions de Sabinus, assiégé le camp de Cicéron , et depuis soutenu cons- tamment la guerre : il mourut ignoré ^ mais libre. GUERRE DES GAULES. HUITIEME CAMPAGNE. I I9 V. Observations. 1 . Dans cette campagne César n'éprouva de résis- tance que de la part des Beauyoisins; c'est qu'effec- tiyement ces peuples n'avaient pas eu , ou n'avaient pris que peu de part à la guerre de Vercingetorix; ils n'eurent que 2000 hommes devant Alise; ils oppo- sèrent plus de résistance , parce qu'ils mirent plus d'habileté et de prudence que n'avaient encore fait les Gaulois; mais les autres Gaulois n'en ont fait au- cune en Berri comme à Chartres ; tous sont frappés de terreur et cèdent. 2. La garnison de Cahors était formée du reste des armées gauloises. Le parti (pie prit César de faire couper la main à tous les soldats était bien atroce. Il fut clément dans la guerre civile envers les siens ^ mais cruel et souvent féroce contre les Gaulois. .. 4 - •- Mj^iaÉll^alÉil CHAPITRE NEUVIEME. Guerre cmle. Campagne d'Italie, Van 49 avant Jésus- Christ. I. Guerre civile. — IL César s^empare de Tltalie. — III. Obser- Tationf. I. Le 16 janvier (c'est-à-dire le 26 octobre de notre calendrier) , le sénat porta le décret que les consuls, les préteurs , les tribuns du peuple et les proconsuls qui étaient près de Rome , veilleraient à ce qu'il ne soit fait aucun tort à la république. Lentulus était consul ; Antoine et Cassius étaient tribuns. Après la _<*er_'i* *" -* • *-?î-.:3>" W^"»^^ ■■■iVI'in^^lVpiiV^F^q^PV^^v'^WVlV^i mtwmt- <. ^•mmjm^ GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'iTALIE. 1 2 1 publication de ce décret les citoyens prirent Thabit de guerre; les consuls firent des levées de troupes pour créer une armée à Pompée, qui avait déjà deux légions en Italie. Il en avait six autres en Espagne ; il leur donna l'ordre de se rendre à Rome. Mais César^ instruit de toutes ces circonstances à Ravenne, où il était y quoiqu'il n'eût auprès de lui que la 1 3' légion^ prit son parti ; il la harangua, la trouva dévouée à ses intérêts, partit sur-le^hamp, passa le Rubicon, petit ruisseau qui forme la limite de la province des Gaules ; il surprit Rimini^ où les tribuns du peuple Antoine et Cassius, qui s'étaient sauvés de Rome, vinrent lui demander refuge dans son camp. En pas- sant le Rubicon , César avait déclaré la guerre civile et bravé les anathèmes prononcés contre les géné- raux qui passeraient en armes le Rubicon: ils étaient voués aux dieux infernaux. Pompée abandonna Rome et se retira à Capoue, à cinquante lieues de là , quoi- qu'il eût alors deux légions et 30,000 hommes près de Rome; il y fut rejoint par le sénat et les princi- pales autorités de la république. César laissa en Gaule trois légions pour observer les Pyrénées, et se fit rejoindre par les six autres. Il s'empara de Pesaro, de Fano, d'Ancone et d'Urbin; il envoya Antoine à Arezzo avec cinq cohortes, pour intercepter la route de l'Etrurie. Tous les peuples étaient bien disposés i 122 CHAPITRB NEUVIEME. pour lui ; Osino , Arooli ouTrirent leurs portes. Le ooDSul Lentulus , à ces nouvelles , évacua Rome et rejoignit Pompée. Domitius Âhenobarbus avait pris position à G>r- finium avec trente cohortes. César campa sous les murs de cette ville, qui est située à l'embrancheineiit de plusieurs routes et à six milles de la ville actuelle de Salmons. Il était urgent que Pompée, qui était à Capoue y à cinquante lieues , secourut cette impor- tante place; mais il ne voulut pas se commettre avec une armée nouvelle contre les vieilles bandes des Gaules. Aussitôt que la garnison fiit instruite qu'elle était abandonnée, elle se souleva, arrêta Domitius et se rangea du parti de César. A cette nouvelle, Pompée résolut d'abandonner l'Italie; il se retira àBrindes; les consuls , avec une partie de l'armée , s'y embar- quèrent , traversèrent l'Adriatique et débarquerait à Dyrrachium en Épire. César investit Brindes avec six légions; il fit ocmstruire une digue pour fermer le port, et dans l'endroit où les eaux étaient trop hautes, il établit des radeaux amarrés par des ancres couvertes de terre pour couvrir ses troupes; mais le neuvième jour que ce grand travail était commencé, les bàtimens de Pompée arrivèrent; iV s'embarqua avec ses vingt cohortes et rejoignit son aimée en Spire. Ainsi dans les premiers jours de mars, trois ;'^^ ."3* ÏL.- — \ GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'iTALIE. 1 23 mois après avoir passé le Rubicoa , César se trouvait maître de toute l'Italie. La {promptitude de sa marche , rhésitation de Pompée, sont ua contraste. Les lé* gions d'Espagne, pendant ce temps, s'étaient réunies en Catalogne. IL Il eût été important que César suivit Pompée pour ' l'empêcher de recevoir les secours qu'il attendait de toutes les paities de l'Asie; mais il n'était pas maître de la mer; il lui fallut plusieurs mois pour réunir les moyens nécessaires au passage de son armée. Cependant il était menacé dans les Gaules par les six légions d'Espagne, renforcées de beaucoup de troupes auxiliaires sous les ordres des lieutenans de Pompée. Il prit toutes les mesures pour réunir des navires à Brindes; il envoya Curion en qualité de profNréteur en Sicile, forma trois légions des troupes de Corfinium , les lui confia; il envoya Va- lerius en Sardaigne et en Corse avec une légion : l'un et l'autre réimirent les habitans des deux lies, ren- voyèrent le lieutenant de Pompée et reçurent en triomphe l'envoyé de César. Caton , qui commandait en Sicile, évacua cette province et se rendit près de 1 24 CHAPITRE NEUTIÂMB. Pompée en Grèce. Après avoir ainsi pourm aux choses les plus pressantes ^ César se rendit à Rome; il mit tout en œuvre pour attirer dans ïa ville les personnages les plus considérables , mais il échoua. Il proposa à son sénat d'envoyer une députation à Pompée pour négocier un accommodement. Les affaires de Rome étant pleines de difficultés , les prin- cipaux de la république étaient contre lui; le peuple qui était prononcé en sa faveur était mené par des tribuns qui ne lui laissaient qu'une autorité incer- taine. Il quitta Rome avec plaisir y passa les Alpes , se présenta devant Marseille. Il fit passer les Py- rénées à Fabius y son lieutenant , avec les trois lé- gions qui étaient en quartier d'hiver à Narbonne ; il y réunit un gros corps de cavalerie gauloise et des troupes auxiliaires. Au mois d'avril (janvier de notre calendrier) , la Gaule ^ l'Italie, la Sardaigne, la Corse et la Sicile tenaient pour César; l'Espagne, l'Afrique, l'Egypte, la Syrie, l' Asie-Mineure, la Grèce, tenaient pour Pompée; mais César dominait à Rome. -■s» *^- GUERRE CIVILE. GAMPAGHB d'itALIE. Iâ5 III. Observations. 1 • Pompée s'était trompé sur les dispositions des peuples; ropinion des grands , des sénateurs , qui parlaient très-haut et étaient fort prononcés contre César, lui donna le change. Le peuple avait une in- vincible inclination pour César. 2. Les six légions qu'il avait en Espagne pouvaient le joindre à Rome en peu de semaines en les em- barquant à Carthagène, Valence et Tarragone, et en les débarquant à Naples ou Ostie. 3. C'est Rome qu'il fallait garder; c'est là qu'il eut dû concentrer toutes ses forces au commencement des guerres civiles ; il faut tenir toutes les troupes réunies y parce qu'elles s'éleçtrisent et prennent con- fiance dans la force du parti ; elles s'y attachent et s'y maintiennent fidèles. Si les trente cohortes de • Domitius eussent été campées devant Rome avec les deux premières légions de Pompée; si les légions d'Espagne 9 celles d'Afrique, d'Egypte, de Grèce, se fussent portées par un mouvement combiné sur 1 26 CHAPITEB NEUTliMB. l'Italie par mer, il eût réuni avant César une plus grande armée que celui-ci. 4. Ne pouvant se porter en Grèce, César se porta en Espagne; il craignit avec raison que les liions ne se rendissent par mer au camp de Pompée ou n'entrassent en Gaule. J CHAPITRE DIXIEME. Guerre cwile. Campagne d'Espagne, Van 49 avant Jésus- Christ. I. Guerre de quarante jours entre la Sègre et TÈbre. ~ II. Affaires d'Andalousie. — m. Siège de Marseille. -^ lY. Observations. I. Je vais combattre une armée sans général^ dit César en partant pour TEspagne, pour venir ensuite com- battre un général sans armée. Effectiyement les vieilles légions de Ponipée étaient en Espagne sous Afranius, Petricus etVarron; le premier commandait sur l'Ebre^ le second dans le royaume de Léon et en Portugal , 1 â8 CHAPITRE DIXIEME. le troisième dans l'Andalousie. Airanius et Petricus réunirent leurs cinq l^ons à Lérida, en Catalogne, ayee quatre-vingts cohortes et 5000 chevaux espa- gnols; Varron resta à Sëyille avec deux l^ons. César, arrêté devant Marseille, fit prendre le devant à Fabius, son lieutenant, avec trois liions et 18,000 Gaulois dont 6000 chevaux. Arrivé en présence d'Afranius, devant Lérida , Fabius fortifia son camp et jeta des ponts sur la Sègre pour assurer ses communications et pouvoir fourrager sur les deux rives. Les fourra- geurs des deux armées en vinrent souvent aux mains. Un jour que Fabius avait envoyé deux légions pour les protéger, un de ses ponts fut emporté par la violence du courant ; Afranius accourut avec quatre liions pour profiter de l'occasion , mais elles firent bonne contenance, se rangèrent en bataille sur une émi- nence et soutinrent l'attaque de l'ennemi, jusqu'à ce que Fabius arrivât avec deux autres légions qui passèrent la Sègre sur l'autre pont , ce qui mit fin au combat. Ce fut deux jours après cet événement que César arriva à son camp avec 900 chevaux d'es- corte. Il laissa six cohortes à la tête du pont et mar- cha sur Lérida, vis-à-vis le camp d'Afranius, à qui il offirit bataille ; il assit son camp à quatre cents pas du pied de la montagne; il employa la troisième ligne à creuser un fossé de quinze pas de largeur , il se dirigea sur Méquinença^ dont il n'ëtait qu'à sept lieues. César le fit pour- suivre par sa caTalerie, qui atteignit son arrière- gairde ; au jonr^, il fit des cohortes des hommes les plus faibles, qu'il laissa à la garde du camp, et arec le reste il passa la Sègre au gué qu^il venait de faire, ayant de l'eau jusqu'au cou, et avant trois heures du soir il atteignit l'ennemi.  cette vue Afranius rangea son armée en bataille entre le camp qu'il occupait et Méquinença. Il y avait des défilés diffi- ciles. Le lendemain, à la pointe du jour, les deux armées décampèrent; César prit la traverse dans l'espérance de gagner avant l'ennemi ces défilés; il réussit et se rangea en bataille , faisant face à l'ennemi , lui coupant le chemin sur l'Ebre. Afi^a- nius, dans cette position difficile, abandonna la grand'route. Il voulut Éaire occuper une montagne par quatre cohortes espagnoles ; niais elles fiu^ent ea^ vironnées par la cavalerie gauloise et massacrées, ce qui consterna son armée. Les soldats de César de- mandaient à grands cris la bataille; mais, ayant des intelligences dans le camp d^ Afranius, il espérait soumettre cette armée par de bons procédés et par l'effet de ses négociations. Afranius et Petriçus ren^ V 1 3fl GHAPfnB DIXlÂn. trèreat dans le camp qu'ik avaient occupé la Teille , et César plaça le sien sur des hauteui^, en occupant les chemins qui conduisaient à TEbre. Âfranius et Pe- tricus avaient deux partis à iNrendre^ ou retourner à Lérida^ ou marcher sur Tarragone; ils manquaient d'eau y ils ne pouvaient aller à la rivière , ce qui les obligea à tirer des retranchemens depuis le camp jusqu'à l'eau. Pendant qu'ils présidaient eux-mêmes aux travaux , les deux camps se mêlèrent et les sol- dats d'Afiranius témoignèrent le désir de mettre un terme à la guerre; mais Petricus fit passer par les verges tous les soldats de César qui se trou- vaient dans son camp; il rétablit l'ordre et la disci- pline. Enfin ^ les ennemis se décidèrent à retourner sur Lérida; mais^ poussé vivement ^ Afi*anius com- prit l'impossibilité d'opérer sa retraite; il campa, employa plusieurs jours à se fortifier , mais il n'a- vait pas d'eau. N'ayant plus de fourrage, il fit tuer les bètes de somme. Les camps n'étaient éloi- gnés l'un de l'autre que de deux mille pas; les armées en sortirent et se rangèrent en bataille: Afi^anius sur deux lignes ; les troupes auxiliaires for- maient le corps de réserve; César sur trois lignes; la première forte de vingt cohortes , quatre cohortes de chaque légion ; la seconde de trois et la troisième de trois ; les gens de trait et les frondeurs étaient au GUERRE CITILE. GAHPilGNB d'eSPAGNE. 1 33 milieu et la cayalerie sur les ailes. Sur le point d'en venir aux mains, Afranius traita ayee César, qui lui accorda la paix, ayec la seule condition que l'armée serait sur l'heure même licenciée , que les Espagnols rentreraient directement chez eux et que les Ita- liens repasseraient les Pyrénées et les Alpes sous son escorte. II. Yarron, lieutenant de Pompée, commandait dans l'Espagne méridionale; il lerstil^s sa province trente cohortes auxiliaires ; il fit construire à Cadix dix ga- lères et plusieurs autres à Séville , mit six cohortes dans Cadix, envoya du blé à Marseille; iL projeta de s^enfermer dans Cadix avec son armée. César, maître de la Catalogne, se rendit à Cordoue, y réunit les notables de l'Andalousie. Cordoue et Carmone se déclarèrent pour lui et chassèrent les troupes de Yarron , tant l'Andalousie lui était affectionnée. Ca- dix s'étant déclarée en sa faveur , Yarron se soumit avec la légion qui lui restait. Ainsi toute l'Espagne se trouva pacifiée. Ce succès fut dû aux sentimens des naturels du pays. Ayant ainsi pacifié toutes ces contrées , César laissa Cassius avec quatre légions pour Vi"> — ^"^ — — J 1 54 GHAPITEE DIXIBKE. oommander la proviDÔe; il se rendit par tore à Nar- bonne et de là devant Marseille. III. Marseille était une des plus puissantes villes de la Méditerranée ; elle se déclara pour Pompée. Au com- mencement de mai de l'an 49 , elle ferma ses portes à César, qui manda quinze des principaux de la rille pour tâcher de faire changer les dispositions des ha- bitans ; mais ce fut vainement. Domitius , celui qui avait rendu Gorfinium , fut affectionné au parti de Pompée j entra dans la ville avec quelques gal^'es et en fut déclaré gouverneur. Pendant ce temps, CalusTrebonius, avec trois légions, investit la ville et commença le siège; en même temps, voulant tenir la mer, il fit construire en trente jours douze galères à Arles, et en donna le commandement à Domi- tius Brutus. Dix-sept galères marseillaises, dont onze étaient couvertes, et un grand nombre de petites barques remplies d'archers et de montagnards d'Âlbi , sortirent du port pour attaquer l'escadre de Brutus, qui était à l'ancre près d'une des petites lies qui sont à l'entrée du golfe de Marseille. L'action fut vive et GUERBE GIYILE. CAMPAGNE d'&HPAGNE. 1 35 opiniâtre ; les Romains furent vainqueurs; les Mai*- seillais perdirent neuf galères* Trebonius , de son coté j forma deux attaques , l'une près du port , et Tautre du coté opposé ; Marseille était alors une pres- qu'île. Masidius, ayec seize vaisseaux dont les éperons étaient d'airain , passant le détroit de Sicile , entra dans le port de Marseille. Ce renfort rendit les Mar- seillais maîtres de la mer ; ils mirent à la voile et mouillèrent dans la rade de Toulon ; Brutus les y at- taqua et les défit , quatre de leurs galères furent prises et cinq coulées bas ; une se sauva avec les vaisseaux de Masidius et gagna l'Espagne. Trebonius éleva une tour de brique au bas des murailles ; elle avait trente pieds de haut sur trente pieds de diamètre; il établit une galerie de soixante pieds de long pour aller du bas de cette tour au bas des murailles du rempart. Les Marseillais , craignant que leur ville ne fût prise d'assaut , parlementèrent , obtinrent une trêve; mais, ayant recours à la trahison ^ ils profi- t^ent d'un grand vent , sortirent et brûlèrent toutes les tours et les machines des assi^eans. Cette per- fidie indigna ceux-ci sans les décourager ; en peu de jours ils rétablirent toutes leurs machines; enfin, re- butés de taiat de pertes , les assiégés résolurent de se soumettre: ils étaient en proie à la plus affineuse famine. Ils sortirent et déposèrent les armes aux y . V 1 36 CHAPITRE DIXlÂnS. pieds de César, qui était de retour d'Espagne. Il con- serra leur ville et y mit deux légions en garnison. Cette yille soutint six mois de siège; elle capitula en octobre. César, arrivé à Rome, fut nommé dictateur; il fit marcher son armée sur Brindes : cette armée fut bien employée. En juillet il passa le Rubicon ; en août il était maître de toute l'Italie; en octobre, de l'Espagne et de Marseille ; en novembre , il était à Rome dictateur. IV. Observations. 1 . César réduisit une armée ^;ale en force à la sienne par le seul ascendant de ses manœuvres. De pareils résultats ne se peuvent obtenir que dans les guerres civiles. Le travail important qu'il fit exécu- ter , ce fut les saignées qu'il fit faire à la rivière en creusant deux canaux de trente pieds de largeur , ce qui l'a rendue navigable. 2. Lm*squ'il arriva devant Lérida , il fit creuser un fossé de quinze pieds de large sur^euf de pro- fondeur , ce qui fait un déUai de 403 ppp. par toise GUERRE CIVILE. GAIPACRE d'eSPAGNE. 1 3^ courante ; sept hommes ont pu trayailler à la fois dans l'espace de chaque toise ; il leur a fallu cinq heures pour creuser ce fossé. En Catalogne les terres ont besoin de peu de talus. »v ^„:- " CHAPITRE ONZIEME. Guerre civile. Campagne de Thessalie, Van 48 (woait Jésus-Christ. I. Opérations des armées en Épire jusqu'à la réunion d* Antoine. — II. Combat de Dyrrachium. — III. Bataille de Pharsale. ~ lY. Obseryations. I. César séjourna peu de jours à Rome ; il se démit de la dictature et se rendit à Brindes , où était réunie son armée 9 forte de douze légions. Pompée, qui n'ayait que cinq légions lors de sdn arrivée en Epire , se trouva en avoir neuf; il en avait tiré une de Sicile, deux d'Asie, une de ûrète; il en . — "^ ...^^ •t^'J-îr-'^*'??."^^.. . i GUERRE CIVILE. CAMPAGNE DE THESSALIE* 1 5g attendait deux cfae lui amenait Scipioai , son beau- père ; il avait en outre un grand nombre de troupes auxiliaires; il était maître de la mer; sa flotte» eom- posée des escadres d'Egypte , de Syrie, de Bfaodes , d'IUyrie , était sous les ordres de Bibulus, son amkal, qui croisait à l'entrée de l'Adriatique avec cent dix galères y pour ^npêcher César de passer la mer. Celui- ci mit à la voile avec treize galères et un convoi de bàtimens de charge portant 20^000 hommes, le 4 janvier (14 octobre de notre calendrier), de Brin- des , et jeta l'ancre le lendemain au milieu des ro- chers de la Chimère, en Ëpire. A peine débarqué, il renvoya ses vaisseaux pour prendre le reste de son armée , que , sous les ordres d'Antoine , il avait laissé àBrindes; mais ils furent attaqués par Bibulus, qui en prit et brûla une partie, ^prés quoi il établit sa croisière d'Orco , port situé près de la Chimère , à Salone (Spalatro), et parvint à couper toute com- munication entre César et Antoine. Pompée était au fond de la Macédoine lorsqu'il apprit que César avait passé l'Adriatique, que déjà il était maître d'Orco et de l'Épire , qu'il menaçait ses magasins de Dyrrachium; il y accourut en toute diligence; il se campa sur la rive droite de l'Aspro , couvrant Dyrra- chium vis-à-vis de César, qui couvrait Erisso. Les deux armées n'étaient séparées que par la rivière, ce l40 CHAPITEB ONZlin. qui donna lieu à des pourparlers qui firent momen* tanëment espérer un rapprochement. Les affiûres traînèrent ainsi cinq mois , sans que Pompée profi- tât de sa supériorité ; il ayait toute son armée réunie, et celle de César était, partie en Italie, sous Antoine, et partie sous lui , en Epire* Enfin, Antoine se mit en mer avec trois liions de Tétérans et parut au matin devant Durazzo, poussé par le vent du Midi ; il remonta dans l'Adriatique jusqu'au cap de Médea. A peine eut-il atteint ce cap, que le vent changea, ce qui sauva son convoi, qui était chassé par seize galères , et occasiona la perte de celles-ci ; elles échouèrent sur la côte : soldats et matelots périrent; deux vaisseaux du convoi d'An- toine, restés en arrière, furent obligés de mouiller devant Alessio , attaqués par plusieurs galères enne- mies. Un de ces bàtimens, qui était monté par des recrues, fiit pris sans résistance; l'autre, sur lequel étaient des vétérans, s'échoua: ces braves gagnèrent terre , débarquèrent , soutinrent un combat contre 400 cavaliers, et arrivèrent dans le camp de César sans avoir perdu un seul homme. V_,...-5*»«4te GUERRE CIVILE. CAMPAGNE DE THB8SALIE. l4t IL Pompée leva le premier don camp pour marcher à la rencontre d'Antoine, et le battre ayant que César n'eût 'pu le joindre. Celui-ci remonta l'Apsus pour passer à un gué , ce qui lui fit perdre un jour ; mal* gré ce retard y il fit sa jonetion ayec Antoine et pré- vint Pompée y qui rétrograda et porta son camp à Asparagium. César ayant opéré sa jonction avec An- toine 9 se fit joindre par les garnisons qu'il avait laissées sur la côte, et se mit à la suite de Pompée.^ Le troisième jour de marche il campa près de lui; le lendemain il lui offirit en yain la bataille ; alors César décampa et gagna une marche sur Pompée ^ se porta à tire d'ailes sur Dùrazzo , afin de s'emparer de ce grand dépôt de yivres et de guerre; il l'investit , mais Pompée accourut au secours de ses magasins et se campa sur une roche élevée sur le bord de la mer, nommée Petra , où il y avait une anse et un mouillagCr Ainsi le camp de César était placé entre la ville de Dyrrachium et le camp de Pompée ; il con* tenait dix légions avec lesquelles il présenta bataille à Pçmpée qui la refusa constamment , resta immo- bile dans son camp, ce qui le décida à l'effrayer. I iii Tmi—-'— - \ i4a ghapître onziÈXB. Il prit alors le parti d'envelopper son camp par des lignes: il fit construire vingt -six forts sur une con- trevallation de six lieues de tour , la gauche appuyée à son camp près de Dyrrachium et la droite au bord de la mer , au-delà de Fembouchure de l'Âspro ; le camp de Pompée ) l'anse de Petra, étaient enfermés par ces lignes. Il obtenait par là plusieurs avantages: le premier, c'était de décréditer Pompée ; le second , de lui couper les fourrages et d'empêcher sa nom- breuse cavalerie de se nourrir et de courir la cam- pagne. Pompée se laissa enfermer et se contenta de se couvrir par une enceinte parallèle à celle de César ; il bàlit vingt-quatre forts opposés aux vingt-six, sur une ligne de ciit»)nvallation de cinq lieues ; cela lui don- nait l'avantage de le rendre maître de cet espace in- térieur; il Tétait de la mer , par où il recevait des convois; ce terrain était ensemencé, ce qui lui four- nissait des fourrages en quantité. Sa position étant fins eentfôle , il avait toutes sortes d'avantages sur César; il pouvait se porter en moins d'une heure, en suivant la mer , de la droite à la gauche , et il en fal- lait six à César ; la supériorité des troupes de celui-ci , homme pour homme , était telle qu'elles luttèrent long-temps avec avantage contre la supériorité du nombre et la centraUté de la position de Pompée. Cependant le» deux armées manquaient également : \ GUERRE CIVILE. CAVPAGMB HE THE8SALIE. i43 César, de blé, ftit réduit à yme de l^umes et de chara, espèce de racine fort grossière; Pompée manquait de fourrages, et sa nombreuse caTalerie soufirit beaucoup; Teau même deyeoait rare, les maladieSr se mirent dans son eamp« On était au mois de juin: pressé par le besoin de fourrages, il forma un camp sur la rive droite de l'Aspro , débordant la gaucfate de toute la ligne de César, afin de pouvoir fouixager dans la campagne* César construisit à l'ez^ tréaiité dé sa ligne un camp à une portée de trait de celui de Pompée ; les combats étaient journaliers : ou eu compta dans un jour trois^ un à Durazzo et deux aux lignes. Dans un de ces oombats , César gagua six drapeaux et fit perdre 2000 hommes à son ennemi; Pompée^ qui avait une grande quantité d'homnaes de trait, en ayant garni ses fours, fit beaucoup de mal à son adversaire , qui , sentant le désaTantage de sa position, désira sortir de cette pénible situation par une bataille générale : il s'ap- procha à cet effet jusqu'à une portée de trait du camp de Pompée; mais celui-ci, constant âsam son système , resta dans son camp et préfi£ra même de renvoyer sa cavalerie par mer , puisqu'il ne la pcmi- vait plus n qui appuyait la droite de César, était occupé par la 9* légion ; il consistait en un rem- part de dix pieds de haut et un fossé de quinze pieds; il s'en empara et mena battant les troupes de César; mais Antoine arriva avec une réserve de douze cohortes y et contint un peu l'ennemi. César s'y rendit lui-même : il marcha sur le petit camp de Pompée , voulant prendre sa revanche ; il força le camp; mais Pompée marcha à lui avec sa 5* légion , le battit ; l'effiroiy le désordre et la confusion furent extrêmes dans l'armée de César, qui courut le risque d'être entièrement écharpée; il eut un millier d'hommes tués et perdit trente-deux drapeaux. Ce succès valut à Pompée le titre d'imperator. La fortune > qui l'avait si bi«n servi ce jour-là , piquée qu'il n'eût pas su pro- fiter de ses faveurs , le quitta^ César s'aperçut enfin combien le système de guerre qu'il avait adopté était défectueux; il reploya tous ses postes, envoya tous ses bagages à ApoUonie, sous l'escorte d'une légion, et commença sa retraite à trois heures du GUERRE CIVILE. CAMPAGNE DE THESSALIB. ll\S matin y déposa ses blesses à ApoUonie et se dirigea sur la Thessalie; Pompée le suivit, abandonnant les bords de la mer, où sa nombreuse flotte lui donnait tant d'avantage. III. Scipion , envoyé comme proconsul de Brindes en Asie , pour y réunir les l^ons et les Eure déclarer pour Pompée, se mit en marche avec deux légions pour joindre Pompée aussitôt qu'il fut instruit que César avait passé là mer; il arriva en Macédoine, ^ui s'était déclarée pour le dictateur; il mardia contre Domitius son général ; les deux armées cam- pèrent l'une vis-à-vis de l'autre , sur l'Haliacmon , qui sépare la Thessalie de la Macédoine. César arriva en Thessalie , appela à lui Domitius , pendant que Pompée faisait sa réunion avec Scipion. Après des marches et des contre-miarches , les armées se trou- vèrent en présence dans les plaines de Pharsale ; l'ar- mée de la république était fière de la cause qu'elle défendait et des succès qu'elle venait de remporter à Dyrrachium ; celle du dictateur était pleine de con- fiance dans la fortune de son chef et de sa propre supériorité : c'étaient ces vieilles légions toujours 10 MMM l46 CHAPITAE ONZIÈME, vidorieuses. Pompée, convaincu de la supériorité de l'armée de Gâar . voulait éviter le combat , mais il ne put résister à l'impatience des sénateurs ; ces pères conscripts étaient impatiens de rentrer dans les murs de leur Rome. On vantait la supériorité de sa cavalerie. Labienus , ancien lieutenant de César , appelait la bataille de tous ses voeux , disant que les vieux soldats vainqueurs des Gaulois étaient morts y que César n'avait plus que des recrues. Pompée avait 110 cohortes, qui faisaient 45,000 hommes romains sous les armes; César avait 30,000 hommes; les troupes alliées de part et d'autre étaient très^nom- breuses. Les historiens diffèrent beaucoup d'opinion sur le nombre d'hommes qui ont combattu à Phar- sale , puisqu'il en est qui le font monter de 3 à 400,000 hommes. Les 10% 9" et 8* légions de César formaient sa droite , sous les ordres de Sylla ; il avait placé au centre quatre-vingts cohortes , ne laissant que deux cohortes à la garde de son camp ; il tira .une cohorte de chacune *des légions qui composaient sa troisième ligne poiu* en former un corps spécialement destiné à s'opposer à la cavalerie. Il n'y avait entre les deux armées que l'espace nécessaire pour le choc. Pompée ordonna de recevoir la chaîne sans s'ébran-r 1er. Aussitôt que le signal fut donné, l'armée de César s'avança au pas redoublé; mais voyant que la ligne T GUERRE CIVILE. GAKPAGIfE DE THESSALIE. ' J^'J ennemie ne bougeait pas , ces vieux soldats s'arrê- tèrent d'eux-mêmes pour reprendre haleine; après quoi ils coururent à l'ennemi y lancèrent leurs jave- lots et l'abordèrent avec leurs courtes épées. La cava- lerie de Pompée, qui était à la gauche , soutenue par les archers, déborda l'aile droite de César; mais les six cohortes qui étaient en réserve s'ébranlèrent et chargèrent cette cavalerie avec tant de vivacité qu'elles l'obligèrent à prendre U fuite ; dès ce mo- ment la bataille fût décidée. César perdit 200 hommes, dont la moitié officiers; Pompée perdit 15,000 hommes morts ou blessés sur le champ de bataille ; il ne put pas même défendre son camp , que le vainqueur enleva le jour même. Les débris de l'armée vaincue se réfugièrent sur un monticule où César les cerna ; à la pointe du jour suivant ils posèrent les armes au nombre de 24,000 hommes. Les trophées de cette journée furent neuf aigles , c'est-à-dire tous ceux des légions présentes, et 180 drapeaux. Pompée se retira en toute hâte, vivement poursuivi. Arrivé à Peluse, en Egypte , il se confia au jeune roi Ptolomée, qui était dans cette ville à la tète de son armée, fai^nt la guerre à Cléopàtre , sa scemr ; il débarqua sur la plage presque seul , et fut àssasMné par les ordres de Ptolqmée. César débarqua en Egypte peu et semaines après, et 10, IMbIMaBkUMCkdÉtflk l48 CHAPITEE ONZIÂIB. fit son entrée dans Alexandrie à la tête de deux lé- gions et de quelques escadrons de cayalerie. Ainsi périt le grand Pompée , à Tàge de cinquante- huit ans y après avoir pendant trente-cinq ans exercé les principales charges de la république. Il ayait foit dix-sept campagnes de guerre : celles de Fan 83, 82, 77 y 49 y 48 f contre les Romains du parti de Marius et de César; celles de 81 en Afrique , de 76 , 75 , 74, 73, 72, 71, en Espagne; celle de 67, contre les pi- rates; celles de 65, 64, 63, contre Mithridate;il avait triomphé en 81 de l'Afrique , en 71 de l'Espagne , en 61 de l'Asie; il avait été trois fois consul, en 70, en 55 ; ces deux fois avec Crassus; en 82, avec Metellw Scipion ; Pompée , l'homme que les Romains ont le plus aimé et qu'ils surnommèrent du nom deGrand, lorsqu'il n'était encore âgé que de vingt-six ans. IV. Observations. 1 • Les douze légions que César réunit à Brindes venaient d'Espagne , des Gaules ou des rives du fà\ il semble donc qu'il eût mieux Eût de les diriger par rillyrie et la Dalmatie sur la Macédoine: de V^' GUERRE CIVILE. CAMPAGNE DE THESSALIE. l49 sance^ point d'iatersection des deux routes, la dis- tance est égale pour arriyer en Epire; son armée y serait arrivée réunie ; il n'aurait point eu à passer la mer, obstacle si important, et qui faillit lui être si funeste de traverser devant une escadre supérieure* 2. Cet obstacle, il est vrai, était beaucoup moins fort alors qu'il ne serait aujourd'hui. La naviga- tion était dans l'enfance ; les vaisseaux n'étaient pas propres à croiser et à tenir le vent ; il parait même qu'ils n'étaient pas approvisionnés d'eau pour long- temps , puisque quelques jours de vents contraires exposèrent la flotte de Bibulus à en manquer en- tièrement. 3. Pompée, avec une armée aussi nombreuse, n'eût pas dû se laisser tenir en échec par l'armée de César avant sa jonction avec Antoine, c'est-à-dire, pen- dant cinq mois. 4. Les manoeuvres de César à Dyrrachium sont extrêmement téméraires : aussi en fut-il puni. Com- ment pouvait- il espérer de se maintenir avec avan- tage le long d'une ligne de contrevallation de six lieues , entourant une armée qui avait l'avantage d'être maltresse de la mer et d'occuper une position centrale. Après des travaux immenses, il échoua, fut battu, perdit l'élite de ses troupes et fut con- traint de quitter ce champ de bataille. Il avait deux \ \ \ \ / / 1 50 GHAPITAE ONZIBU. ligues de contreyallation , une de six lieues contre le camp de Pompée, et uae autre contre Dyrra- chium. Pompée se contenta d'opposer une ligné de circonvallation à la contre vallation de Césai*; effec- tiiFement, pouvait-il fiûre autre chose, ne voulant pas livrer bataille? Mais il eût du tirer un plus grand avantage du combat de Dyrrachium ; ce jour-là il eut pu faire triompher la république. Quand on considère avec attention les travaux que firent les deux armées à Dyrrachium ^ et ceux de César à Alise; que l'on met deux armées mo- dernes dans la même situation , on saisit d'abord toute la difiTérence qui existe entre les deux ma- nières de faire la guerre. En effet , à Alise , César , avec 80,000 hommes , ùit une double ligne de dr- convallation ; il cerne une armée d'égale force et couvre son armée par une ligne de contrevallalion de cinq à six lieues de tour, ce qui le met à même de résister à plus de 200,000 hommes. Lors de l'at- taque, il est évident que, sans le secours de ces for- tifications de campagne, il n'eût pas pu résister; mais il profite des quarante jours qu'il a devant lui avant l'arrivée de l'armée de secours, pour se couvrir de fossés, de remparts, de trous de loup, etc., et il se trouve inexpugnable. Aujourd'hui quelque con- sidérables que fussent les travaux qu'une armée GUERRE CIVILE. CAMPAGNE DE THESSALIE. l5l pourrait faire en quarante jours, en la supposant organisée comme les armées romaines^ ces aVan- tages disparaîtraient devant une grande supério- rité d'artillerie de la part de l'assaillant ; Tartillerie de l'armée dans ses lignes serait disséminée, tandis que celle de l'armée de secours serait réunie sur le point de la principale attaque , hormis ce qui se- rait nécessaire pour les fausses attaques ; alors l'ar- tillerie de l'armée dans ses lignes seràit.sur-le-champ éteinte par la grande supériorité de l'attaquant, et, soit qu^elle profitât du commandement, soit qu'elle prit en enfilade ou en écharpe , l'armée assaillante , protégée par une nombreuse artillerie , n'aurait que la peine de combler de fascines les fossés, trous de loup, etc., et de faire des rampes aux lignes. Cet avantage, les anciens ne l'avaient pas, parce que leurs armes de jet étaient trop médiocres, et que leurs principales armes étaient des armes blan- ches; alors l'obstacle du retranchement restait tout entier. A Dyrraehium les tours prot^eaient la ligne, Tar- tillerie les mettrait en ruine aujourd'hui en peu d'heures. Nos moyens d'élever des fortifications sont restés les mêmes, mais leur importance est diminuée dans un rapport bien grand; aussi la bêche et la pioche n'étaient-elles pas moins nécessaires aux sol- / 1 52 GHAPIT&B ONZIEME. dais romains ou grecs que le bouclier et l'épée y et les modernes n*en font plus d'usage. Est-ce à tort, ou ont-ils raison? 5. A Pharsale, César ne perd que 200 hommes, et Pompée 15,000. Les mêmes résultats, nous les voyons dans toutes les batailles des anciens , ce qui est sans exemple dans les armées modernes, où la perte en tués et blessés est sans doute plus ou moins forte, mais dans une proportion d'un à trois ; la grande dififérence entre les pertes du vain- queur et celles du vaincu n'existe surtout que par les prisonniers : ceci est encore le résultat de la na- ture des armes. Les armes de jet des anciens faisaient en général peu de mal ; les armées s'abordaient tout d'abord à l'arme blanche; il était donc naturel que le vaincu perdit beaucoup de monde et le vain- queur très-peu. Les armées modernes , quand elles s'abordent, ne le font qu'à la fin de l'action , et lors- que déjà il y a bien du sang de répandu ; il n'y a point de battant ni de battu pendant les trois quarts de la journée ; la perte occasionée par les armes à feu est à peu près ^ale aes deux côtés. La cavalerie, dans ses charges , offre quelque chose d'analogue à ce qui arrivait aux armées anciennes : le vaincu perd dans une bien plus grande proportion que le vain- queur , parce que l'escadron qui lâche pied est pour- -;^ GUERRE CIVILE. CAMPAGNE DE THESSALIE. l53 suiyi et sabré y et éprouye alors beaucoup de mal sans en faire. Les armées anciennes se battant à Tarme blanche avaient besoin d'être composées d'hommes plus exer- cés; c'étaient autant de combats singuliers. Une armée composée d'hommes d'une meilleure espèce et de plus anciens soldats avait nécessairement tout ravantage ; c'est ainsi qu'iui centurion de la 1 0* l^on disait à Scipion en Afrique: donne '-moi dix de mes camarades qui sont prisonniers comme moi^ fais-nous battre contre une de tes cohortes , et tu verras qui nous sommes. Ce que ce centurion avançait était vrai : un soldat moderne qui tiendrait le même langage ne serait qu'un fanfaron. Les armées anciennes appro- chaient de la chevalerie. Un chevalier armé de pied en cap affrontait un bataillon. Les deux armées à Pharsale étaient composées de Romains et d'auxiliaires ^ mais avec cette différence que les Romains de César étaient accoutumés aux guerres du Nord et ceux de Pompée aux guerres de l'Asie. 6. Cette campagne de César, qui le rendit maître du monde, a duré dix mois. La bataille de Pharsale a eu Ueu un mois après la moisson, en juillet ( de notre calendrier) ; la campagne a commencé à la mi-octo- bre(de notre calendrier). Pompée a été assassiné à la 1 54 CHAPiT&B otmim. fin de septembre ; c'était le mois où il était né , un mois ou six semaines après la bataille. Les historiens donnent peu de renseignemens sur les dates ; on sait seulement qu'Antoine n'a rejoint César qu'à la fin de rhiyer, c'est-à-dire en mars, ou , dans le calendrier d'alors, en mai; que, pendant que les deux armées étaient à Dyrrachium , les récoltes mûrissaient , que c'était par conséquent en juin de notre calendrier^ ou à la fin de septembre du calendrier d'alors. -r^ ' CHAPITRE DOUZIEME. Guerre d* Alexandrie y Van 47 aidant Jésus-Christ. I. Opérattouf militaires dans Alexandrie pendant les premiers mois. — II. Combat naval. — III. Bataille sur le Nil. — lY. Ob- servations. I. César mouilla dans le Port-Neuf d'Alexandrie avec dix galères y deux légions et 800 cheyaux , occupa le palais royal , qui était situé vis-à-yis de l'isthme qui sépare les deux ports près du cirque et du théâtre^ qui était la citadelle. Les Alexandrins murmurèrent de ce qu'il se faisait précéder par ses licteurs , ce qui N 1 56 CHAPITRE DOUZIÈME. était une marque de juridiction ; ils en Tinrent à des yoies de fait, et plusieurs Romains furent tués. Le roi Ptolomée était mineur; l'eunuque Photia le gouvernait. Il était en guerre avec la reine Gléo- pâtre sa sœur, et comme le peuple romain était chaîné de l'exécution du testament du feu roi , le dic- tateur ordonna aux deux parties de comparaître devant son tribunal et de cesser les hostilités ; l'eu- nuque Photin ordonna alors à l'armée du roi , qui était à Peluse, de se rendre à Alexandrie : elle était de 20,000 hommes, dont 2000 hommes de cavalerie. Achillas la commandait. Une grande partie était composée de Romains qui avaient servi dans l'ar- mée de Gubinius. Aussitôt que César sut qu'elle approchait d'Alexandrie , il se saisit de la personne du roi et de celle du régent , et fit occuper militai- rement tout ce qui pouvait ajouter à sa sûreté. Achillas prit possession de toute la ville , à l'excep- tion de ce qu'occupaient les Romains , qui se trou- vèrent bientôt bloqués du côté de terre et n'avaient plus de communication que par mer^ Les Alexan- drins se portèrent au Port -Vieux pour s'emparer de soixante-douze galères qui s'y trouvaient; cin- quante étaient de retour de l'armée de Pompée, au secours duquel elles avaient été envoyées, vingt- deux étaient la station ordinaire d'Alexandrie : si ..A GUERRE d'aLEXANORIE. 167 elles tombaient ea leur pouvoir c'en était Êdt de César , mais , après un combat fort chaud , il parvint à les brûler, et resta ainsi maître de la mer ; il s'em- para du phare situé à l'extrémité du Port-Neuf; il se trouva maître de toute la cote de la mer ; il fixa alors son attention du côté de terre. Il avait hesoin de fourrages ; il s'empara de toutes les maisons qui le séparaient de la porte du milieu et communiqua libre- ment avec le lac Mariotis , campagne d'où il tira des vivres et des fourrages. Il fit mettre à mort l'eunuque Photin. Peu de semaines après, la plus jeune des sœiu's du roi , la princesse Arsinoé , s'échappa du pa- lais, gagna le camp d'Achillas, qu'elle fit mourir et remplaça par l'eunuque Ganimède. Les Romains recevaient tous les jours des vivres , des galères et des troupes, soit des archers qui arrivaient de Crète et de Rhodes , etc. , soit de la cavalerie d'Asie. César avait expédié dans l'Asie-Mineure Mithridate , homme qui lui était dévoué , pour réunir ses troupes , se mettre à leur tète, traverser la Syrie, le désert de Suez, et venir le joindre par terre à Alexandrie. De part et d'autre on travaillait avec activité à se fortifier. Les Egyptiens avaient fermé toutes les issues par de grosses murailles crénelées , et avaient établi un grand nombre de tours à dix étages. Comme les canaux qui portaient l'eau du Nil à Alexandrie se \ \ 1 58 CHAPITRE Dovziân. trouyaient au pouvoir de Ganimède , il fit boucher tous ceux qui donnaient de l'eau dans la partie de la ville occupée par les Romains ; en même temps il fit élever par des machines Teau de la m^ pour gâter les citernes du quartier des Romains; en peu de jours Teau devint si saumàtre qu'elle ne fut phis potable; les Romains furent alarmés; mais ils tirèrent des eaux des fontaines qui sont près du Marabon et de la tour du phare ; ils creusèrent grand nombre de puits au bord de la mer qui leur donnerait de l'eau douce. Dans ce temps la 37* légion, avec un grand nombre de bàtimens chargés de vivres , armes et machines, qui était partie de Rhodes, mouilla près de la tour des Arabes, à l'ouest d'Alexandrie. Le vent d'est qui règne en général dans ces parages, à cette époque de l'année, l'empêchait de gagner le port d'Alexandrie ; le convoi était compromis. César par- tit avec sa flotte pour le sauver , ce qui donna lieu à un combat naval dans lequel la flotte des Egyp- tiens perdit une galère et fut contrainte de se sau- ver dans le Port-Vieux. César fit défiler son c . - «t 11 ■ ■■laao— <^^i^^f^M*a«ftn. ij mifm .■^- twm t^imÊ^mm^Ê^mmtmm •m* p» CHAPITRE TB£IZI£M£. Guerre cwile. Campagne d'IUyrie, l'an 47 a^ani Jésus- ChrisU I. Pharnace atUifae les alliés du peuple romain. — II. César bat Pharnace: veni» vidt , mei* — III. Affaires dlllyrie pendant cette année.— lY. Guerre en Grèce, même aignée. — Y. Gondoite de César à Rome. — VI. Observations. I. Pharnace ayant été un des instrumens dont s'était servi Pompée pour se défaire de son père Mithri- date , avait en récompense obtenu le Bosphore. Lorsqu'il vit Fempire romain en proie à la guerre civile, il eut l'ambition de réunir tous les Etats de son père. Il s'empara de la Colchide, du royaume GUERRE GIYILE. CAMPAGNE d'ïLLYRIE. 167 de Pont, dont la capitale était Sinope, le séjour fe- vori du grand Mithridate; enfin il se jeta sur la petite Arménie et la Cappadoce. Dejotarus, roi de la petite Arménie , et Ariobazzanes , toi de la Cap^ padoce , implorèrent le secours de Domitius , com- mandant en Asie. Celui-ci n'ayait sous ses ordred que trois légions; obligé d'en envoyer deux à César, qui était dans Alexandrie, il ne lui en restait qu'une, la SB"". Il y joignit une légion leyée à la hâte dans le royaume de Pont, et deux légions que Dejotarus avait formées à la romaine, composées de ses sujets; il réunit cette ^rmée à Comane, ville de Cappadoce* De Comane en Arménie, on communique par une chaîne de montagnes fort boisées. Domitius suivit cette crête et assit son camp à deux lieues de Mico- polis. Le lendemain il s'approcha des remparts de cette ville , et se trouva en présence de Pharnace , qui avait rangé son armée en bataille sur une seule ligne;' mais ayant trois réserves, l'une derrière sa droite , l'autre derrière sa gauche et la troisième der- rière son centre. Domitius, quoiqu'en présence de l'armée ennemie , continua à fortifier son camp , et quand il eut achevé, il s'y campa tranquillement. .Pharnace fortifia sa droite et sa gauche par des re- tr anchemens , désirant tirer la guerre en longueur , espérant que la nécessité où se trouvait César en X 1 68 CHAPITEE TR£IZIEKE. Egypte obligerait Domitius à s'affaiblir. Mais peu de jours après Domitius marcha à lui , les deux lé- gions de Dejotarus lâchèrent pied et ne rendirent aucun combat; la l^on levée dans le Pont se battit mal y la 36* soutint seule le combat; mais, cernée de tout côté, elle fat contrainte de battre en retraite. Phamace remporta une victoire complète ; il resta maître du Pont, de la petite Arménie et de la Cap- padoce. Domitius se retira en toute hâte en Asie. Phamace imita dans le Pont et dans la Cappadoce la conduite de son père; il fit massacrer tous les citoyens romains et se porta sur lei^rs personnes à des cruautés inouïes; il rétablit aussi l'empire de sa maison; il croyait le dictateur perdu, mais son triomphe ne dura que peu de mois. II. César , après la guerre d'Alexandrie , se porta en Syrie à la tête de la 6* légion, s'y embarqua pour se porter en* Gilicie ; il réunit à Tarse les députés d'une partie de l'Asie-Mineure. Sa présence était bien né- cessaire à Rome , mais il jugea qu'il était plus urgent encore de réprimer la pudssance renaissante de ce rejeton de Mithridate. Il se porta à Comane avec J GUEHRE CITiLB. CAMPAflNB D ILLÏBIB. 1 69 quatre légiom, la 6*, la 36' et les deux de Dejotarus. Phamace chercha à Tapaîser par toutes espèces de soumissions et d'offres; ils'était campe avec son armëe sous les remparts de la place forte de Zicla , lieu renommé par la victoire que Mithridate, son père, avait remporta contre Triarius. César occupa un camp à cinq milles de lui, et quelques jours après il partit au milieu de la nuit et s'en rapprocha à un mille. Fharnace, à la pointe du jour, aperçut avec étonuement l'armée romaine qu^ se retranchait si près de lui : il n'en était séparé que par un vallon. Il rangea son armée en bataille, descendit le vallon, le remonta et attaqua l'armée de César, qui, mépri- sant les manœuvres de l'ennemi, avait laissé des troupes dispersées dans les ateliers; elles eurent à pçine le temps de prendre leurs armes et de se mettre en ordre de bataille. La 6° légion, quoique réduite à 1200,hommes, mais tous vétérans, et qui tenait la droite, enfonça la gauche de l'ennemi, se jeta sur son centre, repoussa l'armée ennemie dans le vallon et la poursuivit l'épée dans les reins jusque dans son camp , qui fut forcé et devint la proie du vainqueur: bagage, trésor, tout fut pris; Pharnace eut à peine le temps de se sauver de sa personne. Ce prince périt dans un combat contre un de ses vassaux quelques mois après. La petite Arménie , la Cappadoce , le Pont, 1 70 CHAPITRE TREUIBHB. le Bosphore, la Goldûde, forent le résultat de cette yic- loire. César donna à Mithridate de Pergame le Bos- phore. Ce fut après cette journée de Zicla qu'il s'éoria: Heureux Pompée ^ voilà donc les ennemis dont la défaite vous a valu le nom de Grand. Il écrivit à Rome: Veni , vidi, vici. III. LlUyrie se composait de la Pannonie, de la Libur- nie et de la Dalmatie : la Pannonie comprenait l'Au- tridie et une partie de la Hongrie, Vienne , Pres- boui^ et Belgrade. La Liburnie comprenait Tlstrie et la Croatie ; la Dalmatie s'étendait jusqu'à la Macé- doine; Salone, aujourd'hui Spalatro , en était la capi- tale. Après la bataille de Pharsale, Octavius se porta en lUyrie ayec une partie de la flotte de Pompée. Cornificius y était avec deux légions tenant pour César. Plus tard, César ayant appris que des débris de Pharsale se ralliaiait dans cette province, y en- voya Gabinius avec deux légions de nouvelles levées; soit que Gabinius se conduisit avec imprudence, soit que ses troupes, étant de nouvelles levées , n'eussent pas la consistance nécessaire, il fut battu par les Barbares et enfermé dans Salare, où il mourut de GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'iLLYRIE. 1 7 1 maladie et de chagrin. Octavius, qui ëtait maître de la mer , pn^ta de cet événement et soumit au parti de Pompée les trois quarts de la province. Comifi- ctus s'y maintint avec peine. €ësar, renfermé dans Âlesaudrie, ne pouvait lui donn^ aucun secours; mais Yatinius, qui commandait le dépôt de Brindes, ayant sous ses ordres plusieurs mitKers de vétérans appartenant aux douze légions de César qui se trou- vaient au dépôt y soitant des hôfûtaux pour joindre leurs liions, les embarqua sur des bàtimens de transport et quelques galères, reo^contra la flotte d'Octavius, la défit complètement. Octavius se retira en Sicile. César domina dans l'Adriatique ^ et la pro- vince d'IUyrie se soumit. • IV. Calenus ^ lieutenant de César ^ assiégea Athènes , qui tenait pour Pompée, s'en empara après une vive résistance. César fit grâce aux habitans de cette ville et dit à leurs députés: Faudra-t-il donc que^ dignes de périr ^ vous deviez toujours votre salut à la mé- moire de vos ancêtres? Mégare soutint un siège plus obstiné. Quand les habitans se virent poussés à bout, ils lâchèrent des lions que Cassius avait réunis dans A 17a CHAPITRE TREIZIEME. cette ville pour être transportés à Rome , et servir aux combats qu'il devait doimer au peuple ; mais ces bétes féroces se jetèrent sur les habitans et en dévorèrent plusieurs de la manière la plus horrible. Les habitans de M^are furent faits esclaves et ven- dus à l'encan. Un lieutenant de Pompée avait muré l'isthme de G>rinthey ce qui empêcha Calenus d'en- trer dans le Péloponèse; mais, après la bataille de Pharsale cet obstacle étant levé^ Calenus s'empara de cette province, et, à son arrivée à Patras, Caton, qui s'y trouvait avec la flotte de Pompée, abandonna la Grèce. V. Le lendemain de la bataille de Zicla , César partit avec une escorte de cavalerie pour se rendre en toute diligence à Rome, où sa présence était nécessaire. La bataille de Pharsale n'avait produit aucun change- ment dans cette métropole, qui lui était soumise depuis le commencement de la guerre civile. Le consul l'avait nommé dictateur comme il était dans Alexandrie^ et. Antoine son maître de cavalerie; de sorte que, pendant l'an 47 , il n'y eut point d'autres magistrats que le dictateur et son maître de cavalerie; celui-ci , qui était à Rome revêtu du pouvoir souve- __ _ " _ _ _ z. ' .' '"'f*l' .. GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'ulTRIB. 1 ^5 rain , se livra à toutes espèces de débauches, scanda- lisa les citoyens par ses mœurs y et les opprima par ses rapines. Un jeune tribun du peuple, Dolabella, amou- reux des nouveautés, cherchant la renommée^ et lui- même criblé de dettes, proposa au peuple une loi pour l'abolition de toutes les dettes, ce qui, selon l'usage ordinaire, mit en combustion toute la répu- blique. D'un autre côté, les vieilles bandes victorieuses des Gaules, mécontentes des retards qu'elles éprou- vaient pour recevoir les récompenses qui leur étaient promises, se révoltèrent. La deuxième légion refusa de se rendre en Sicile; toutes refusèrent de marcher. Mais César entra dans Rome pour se rendre le menu peuple favorable. Il fit une loi qui donnait la remise d'une année de loyer à tous les citoyens qui payaient moins de 250 francs; il remit les arrérages ou intérêts des dettes depuis le commencement des guerres ci- viles. Il fit vendre tous les biens de ses ennemis; il em- ploya tous ce qui pouvait lui procurer de l'argent; les biens même de Pompée furent vendus à l'encan; An- toine les acheta; il prétendait s'exempter d'en payer le montant, ce qui excita un moment le mécontente- ment du dictateur. L'arrivée de César calma la fermentation des légions; mais, peu après, elles se mutinèrent avec plus de fureur; tous les officiers qui se voulurent entremettre fièrent mis à mort , et 1^4 CHAPmE TftEIZIBIE. par un moutemenl spontané, e\l» arrachèrent leurs aigles et se mirent en route sur la capitale , menaçant par leurs propos César même. Celui-ci fit fermer le» portes de la ville; mais, lorsque les séditieux fur^it arrivés au Champ-de-Mars, il sortit et monta sévère- ment sur sa tribune , leur demandant durement ce qu'ils voulaient. Nous sommes couverts de blessures , lui répondirent^ils; il y a anez- hng-temps que nous courom le monde et que nous versons notre sang, nous voulons notre congé. U leur répondit laconiquement : Je vous l'accorde. U ajouta peu ajNrès, qu'il allait partir sous peu de semaines, et que, lorscpi'il aurait triomphé avec de nouveaux soldats, il leur donnerait encore ce qu'il leur avait promis. Il se levait et allait les quitter ainsi ; mais ses lieutenans le sollicitèrent d'adresser quelques paroles de douceur à ces vieux compagnons avec qui il avait acquis tant de gloire et surmonté tant de dan^rs: César se rassit et leur dit: Citoyens, contre son usage, qui éXsit de les ap- peler soldats ou compagnons. Un murmure s'éleva dans tout le camp. Nous ne sommes point des citoyens, nous sommes des soldées. Enfin le résultat de cette scène touchante fut d'obtenir de continuer leur ser- vice. César leur pardonna, hormis à la 10^ l^on; mais celle-ci s'obstina, suivit César en Afrique, soi-disant san3 en avoir reçu un ordre positif. 6VERRE GiyaB. CAMPAGNE d'ilLYRIB. • 1^5 VI. Observations. 1 • Les succès de Pharnace contre Domitius font connaitre quelle était la diffiéreuce des bonnes ou mauTaises troupes. Trois légions ne résistent pas un moment contre des Barbares, et une seule parvient à faire sa retraite sans perte. 2. La c(»^uite de la 6* légion à la bataille de Zicla, qui enfonce tout cfevant elle, quoique com- posée de 1200 yétérans seulement, fait voir de quelle influence est une poignée de braves: cette influence était plus marquée chez les anciens, tout comme chez les modernes elle est plus marquée dans la cavalerie que dans rin£uiterie. 3. La victoire nayale de VatiniuiS avec des vais- seaux de chai^, contre OctaviuS; qui commandait des galères, est remarquable; les batailles navales n'étaient que des combats de pied ferme , et les vété- rans romains, les plus braves de tous les hommes, Vépée à la main , ét^ôent presque toujours assurés dç vaincre sur terre comme sur mer. Lesarmesàfeu, qui ont produit une si grande révol^ji^îou âur terre, en ont 1 76 GHAP1TEB TEB1ZIÂKE. fait une très-grande dans la marine; les batailles s'y décident à coups de canon , et comme l'effet du canon dépend de la position qu'il occupe ^ Tart de manœu- vrer et de prendre cette position décide des batailles navales. Les troupes les plus intrépides ne peuvent rien dans un genre de combat où il est presque im- possible de s'aborder ; la victoire est décidée psur deux cents bouches à feu, qui désemparent, brisent les manœuvres y coupent les mâts et vomissent la mort de loin. La tactique navale a donc acquis une toute autre importance. Les combats de mer n'ont rien de com- mun avec les combats de terre; l'art du canonnierest soumis à l'art de la manœuvre qui remue le vaisseau, donne aux batteries des positions d'enfilade y ou le pré- sente aux boulets de la manière la plus avantageuse. Si y à cette tactique particulière de chaque vaisseau, vous joignez le principe de tactique générale que tout vaisseau doit manœuvrer de la manière la plus convenable dans la position , dans la circonstance où il se trouve pour attaquer un vaisseau ennemi, lui lâcher le plus de boulets possible, vous aurez le secret des victoires navales. Les galères étaient des bateaux à rames fort longs, ayant peu de mâture et peu de voiles , n'étant pas propres à tenir le vent, et ne pouvant ni bloquer ni croiser: la supériorité sur mer ne donnait pas les jMMlte GUERRE GiyiLE. CAMPAGNE D'iLLYRtE. 1 77 mêmes avantages qu'elle donne aujourd'hui; elle n'enoipêchait pas de traverser les mers, soit l'Adria- tique, soit la Méditerranée. César, Antoine, passent l'Adriatique de Brindes en Epire , devant des flottes supérieures; César passe en Aii^que de Sicile , et quoi- que Pompée eût été presque constamment maître de la mer , il n'en tira que peu d'avantages. Ce n'est pas de la marine des anciens qu'il eût fallu dire: Le trident de Neptune est le sceptre du monde ^ maiime qui est vraie aujourd'hui. 12 \ CHAPITRE QUATORZIEME. Guerre civile. Campagne d'Afrique, Van 46 avant Jésus- Christ I. Opérations de Gnrion en Afrique pendant Tan 49. — II. Le parti de Pompée se rallie pendant Van 49 , 48 et 47 en Afrique. — III. Opérations de César pendant janvier. — lY. Opérations jusqu'à la réunion de son armée. — Y. Bataille de Thapsus (4 ayril). — YI. Obsenrations. I. Après la prise de Corfinium, César forma deux légions des troupes de Domitius; il en donna le commandement à Curion et lui confia le gouverne- ment de la Sicile et de l'Afrique; il s'embarqua avec deux légions et 500 chevaux , escorté par dix galères; il resta deux jours et trois nuits à la mer, et il GUEERE CIVILE. CAMPAGNE d'aFRIQUE. 1 79 aborda en Afrique au mois de juia de l'an 49 » au port d'Âquilari^, à sept lieues de Clapée (cap Bon) , dans une bonne rade foraine située entre deux caps ; il y débarqua, se mit en marche, et le troisième jour il arriva sur la rivière du Bagrades (aujour- d'hui Magreda) , cpii se jette dans la mer entre Utique et Carthage; ces deux villes sont éloignées de trois lieues ; le camp de Scipion était situé entre elles, à Fembouchure de ce fleuve, sur un rocher très- escarpé qui commande la mer, allant en pente douce du côté d'Utique , dont il n'était éloigné c[ue d'un mille. Yarus, qui commandait pour Pompée, était campé sous les murs d'Utique ; une de ses ailes était couverte par la ville, l'autre par un grand théâtre bâti en avant. Deux cents vaisseaux marchands étaient mouillés dans le port; Curion leur fit or- donner, sous peine d'être regardés comme ennemis, de se rendre devant le camp de Scipion ; ce qu'ils firent sur-le-champ. Le lendemain , il campa près d'Utique; il était encore à retrancher son camp, lors- que l'avant-garde du roi Juba parut , ce qui donna lieu à un engagement où ce prince fit une perte considérad>le. Les deux armées restèrent ainsi en présence pendant plusieurs jours, s'occupant de part et d'autre à chercher à suborner les soldats du parti opposé. Mais enfin, dans le courant de sep- i ^ 12. -"• - 1 8û CHAPimB QUATOKZIBXE. tembre elles en yinrent aux mains ; Varus fut re- poussé et perdit 2000 hommes ; il abandonna son camp et se réfugia derrière les remparts de la rille, que Curion investit. Dans ce temps arrivèrent les nouvelles d'Espagne qui annonçaient les grands suc- cès que César venait d'obtenir contre Afranius. Ce- pendant le roi Juba se mit en marche avec une armée considérable poiu* dégager Utique. On con- seilla à Curion de prendre position au camp de Scipion et d'attendre l'arrivée des deux légions qui étaient en Sicile. Il se rendit à ce parti; mais comme il se mettait en marche , il eut avis que Juba était retourné dans son royaume, et que Sabura seul s'approchait avec une partie de l'armée; cela le dé- cida à marcher à lui. La cavalerie des deux armées se rencontra sur la rivière de Magreda; l'engage- ment fut vif; celle de Sabura fut battue , son camp surpris ; il perdit beaucoup de monde ; mais Juba était derrière; Curion continuant pendant cinq lieues à suivre son ennemi , fiit arrêté par la cava- lerie de l'armée du roi , qui attaqua des troupes fati- guées. Après une bataille très^piniàtre, Curion Ait cerné par la cavalerie numide ; voyant la bataille perdue, il chercha à gagner les montagnes, mais il ne le put : toute son armée fut massacrée ; il resta lui-même mort sur lé champ de bataille. Ruius, GVERAE CIVILE. GAMPAGIIE p*ArR1QUE. 1 8 1 qu'il avait laissé avec cinq cohortes à la garde du camp y donna Tordre de s'embarquer pour gagner la Sidile; mais une terreur panique s'empara des matelots , la flotte gagna le large et les cinq cohortes furent massacrées. II. Peadant les années 48 et 47 , l'Afrique resta au pouYoir et sous les ordres de Yarus ^ lieutenant de Pompée. Les anciens divisaient l'Afrique en huit contrées: l"" La Mauritanie tringitane, qui s'éten- dait depuis les côtes de l'Océan, vis-à-vis des Ca- naries y jusqu'à celles de la Méditerranée , vis-à-vis de Malaga: c'était la patrie de Syphax; elle était appelée le royaume de Bogud : c'est aujourd'hui le royaume de Maroc et de Fez ; 2^ La Mauritanie cé- sarienne, qui est le pays actuel d'Alger ; 3"" l'Afrique proprement dite, qui comprenait la Numidie, les w Etats de Carthage: c'est aujourd'hui Constantine et les Etats de Tunis et de Tripoli; elle s'étendait jusqu'à la grande Syrte. Depuis la prise de Cai^ thage, les Romains tenaient un préteur à Utique; ils ne pénétrèrent en Mauritanie que sous Claude. 4** La Cyrénaïque est le pays actuel de Derne, qui <-. iSa GHAPItAB QUATORZIBMC. comprenait la Pentapole. La ville de Cyrène a été bàtle par les Lacédëmoniens. Ce pays a ëtë puis* sant. Les habitans eurent des démêlés avec Car- thage y au temps de sa grandeur y pour les limites qui furent placées aux Philènes, où étaient deui au- tels. 5* La. Marmarique finissait à la yille de Cata- bathmuSy où commence une vallée profonde qui va en Egypte , qui a été jadis arrosée par les eaux du Nil; 6* TÉgypte, 7* la Libye , 8* l'Étiopie. Juba régnait en Numidie; il était attaché à Pompée. Scipion mena en Afrique les débris de l'armée de Pharsale; Labienus s'y rendit de son coté. Caton commandait à Dyrrachium pendant la bataille de Pharsale ; il se retira après avec la flotte à Cyrène; de là 9 avec 10,000 hommes, il traversa par terre le désert de la grande Syrte ; il lui fallut trente jours. Il fit porter l'eau sur des ânes. 11 hiverna à Leptis, ville très-riche, y joignit Scipion , Varus, Labienus et les fils de Pompée. Juba affectait la supré- matie sur eux. Caton se contenta du gouvernement dlJtique; Scipion, qui était consulaire, fut reconnu comme le général. Il y avait, en 47, dix légions, beaucoup de cavalerie et des troupes légères. Juba avait quatre légions armées à la romaine et de w éavalerie numide sans frein. Ces forces étaient telle- ment redoutables , que les ennemis de César en l^^ GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'aFRIQUE. 1 83 attendaient Scipion à Rome; il était mattre de la mer ; sa flotte était très -considérable. Trois an- nées avaient fait oublier les désastres de Pharsale; les destins du monde pouvaient encore changer; mais Scipion était sans talent et n'avait pour lui qu'nn nom illustre. III. César se réveilla au bruit du danger; il quitta Rome, passa en Sicile , campa si près des bords de la mer que l'eau mouillait sa tente y s'embarqua avec six légions et 2000 hommes de cavalerie , mit à la voile le 27 septembre (7 octobre de notre calen- drier). Après trois jours de navigation, il atteignit le cap de Mercure (cap Bon ) ; il mouilla le lendemain sur les plages de Ruspina, près d'Adrumette, qui avait une garnison de Scipion ; il resta plusieurs jours à la mer pour rallier son convoi dispersé par un coup de vent, qui n'avait pu doubler le cap Bon et errait à l'aventure le long des côtes d'Afrique; lors- qu'il débarqua , il n'^avait avec lui que 4000 hommes ; il se campa près de la petite ville de Ruspina. Ce fut sur cette même plage qu'Annibal, de retour d'Italie, aborda pour se porter à 2ama; c'est près des 1 84 CHAPITRE QUATOHZIÂME. plages de Cly pea , au cap Bon , que débarqua R^Ius dans la seconde guerre punique. Ruspina est à qua- rante lieues d'Utique et à yingt lieues au sud du cap Bon. César fit le tour des murailles d'Adrumette; il n'avait pas assez de forces pour bloquer cette yille. Scipion était à Utique avec son armée ; sentant le danger de sa position y il descendit au sud pour s'é- loigner de lui. La yille libre de Leptis lui ouvrit ses portes ; il s'^xipara de l'Ile de Cercin , qui lui four- nit des blés. Plusieurs châteaux et plusieurs villes , an bruit de son arrivée , se soumirent; c'étaient de faibles avantages y qui ne pouvaient dominer ses inquiétudes. Tout son convoi errait en danger d'être pris par les nombreuses flottes de l'ennemi ; il se trouvait ex- posé avec une poignée de mcmde à tout ce que Sci- pion voudrait faire. Dans cette critique position , il prit un parti extrême, mais conforme à l'état de ses affaires : il plaça ses troupes en garnison à Leptis et à Ruspina y et s'embarqua avec sept cohortes pour éviter Labienus, qui mardbait sur lui, et voulait essayer de rallier sa flotte ou aller chercher le reste de son armée en Sicile. Il passa toute la nuit em- barqué ; mais à la pointe du jour , lorsqu'il donnait l'ordre de lever l'ancre , on signala une partie de son convoi , celle dont il était le plus inquiet ; il dé* barqua alors et se porta à son camp devant Rus^ -1 r^- A'- 'Ti~=^ GUERRE GiyiLE. GAXPAGNE d'aFRIQDE. i85 pina, qu'il fortifia: il en sortit le surlendemain ayec trente cohoites pour ramasser des livres ; mais il ne tarda pas à se trouver en présence de Labienus y qui l'attaqua ayec des forces considérables, savoir: 1600 cheyaux gaulois , 8000 Numides et 30,000 hommes d'infanterie. La journée Ait chaude et critique ; César fut cerné par la cavalerie ennemie; mais il perça le centre de Labienus , ce qui lui permit de rejoindre son camp , quoique poursuivi par les Nu- mides, et non sans avoir couru de grands dangers^ Ce combat eut lieu le 4 janvier (14 octobre de notre calendrier) , huit ou neuf jours après le départ de Sicile. Cependant^ aussitôt que Scipion avait appris l'arrivée de César à Ruspina, il avait réuni toute son armée sur Utique ; il avait suivi Labienus et le rejoignit peu de jours après le combat, et se campa avec toute son armée près d'Adrumette. César se trouva bloqué dans son camp; ses fourrageurs ne pouvaient plus sortir. Les cavaliers nourrissaient leurs chevaux avec de l'algue marine , qu'ils faisaient détremper dans l'eau douce. Il était à craindre que Scipion ne le coupât de la mer; le camp en était éloigné d'une demi-lieue. César couvrit ses commu- nications de retranchemens et de tours jusqu'au rivage ; il fit débarquer les équipages de la flotte , dont il se servit comme d'archers et d'hommes de 1 86 CHAPmE QUAToizina. Irait y pour le service des machiner dont il oouTrit ses retranchemens , auxquek il trayailla ayec la plus grande actiTitë. Scipion, fier de sa grande supério- rité , lui offrait tous les jours la bataille. Les Gélules, qui étaient nombreux dans rarmée de Sd{Hon, el qui conservaient les sentimens de la plus vive reooa- naissance pour Marins y étaient affectionnés à César; qui était son parent , et qui marchait à la tète du parti populaire ; ils désertaient fréquemment et se rendaient à César. La ville d'Adlla, située au sud de 'Ruspina, se donna à lui; la petite ville de Gairoan mit à sa disposition un magasin de 300,000 bois- seaux de blé. Tout cela ne remédiait pas à sa posi- tion , lorsque son second convoi parti de Sidlle, sur lequel étaient embarquées les 13' et 14* l^oos, 1000 hommes de trait et 800 cavaliers gaulois, mouilla sur la plage vis-à-vis de son camp, après quatre jours de navigation. Un secours aussi impor- tant changea Tétat des choses. On était à la fin de jan- vier; il avait nouvelle que la plus grande partie des bàtimens avec lesquels il était parti erraient en- core battus au gré des vents , mais qu'aucun de ces bàtimens n'était tombé au pouvoir des ennemis- A "-^ GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'aFRIQUE. 187 IV, Peu de jours après l'arrivée de ses renforts , César sortit de son camp^ longea la mer au sud, traversa une plaine de quinze milles et se campa près de Scipion , qui occupait les hauteurs ; sa cavalerie eut un engagement avec celle de Labienus, où il eut t'avantage. Scipion attendant chaque jour l'arrivée de Juba , refiosa une bataille et s'enferma dans son camp ; il tirait ses vivres et une partie de son eau de la ville d'Uzita. César approcha de cette ville par des retranchemens qu'il poussa jusqu'à une poitée de trait des remparts. Cependant le roi Juba arriva avec trois légions , une glande quantité de ca- valerie sans frein et 800 chevaux réguliers. Dès le lendemain Scipion sortit de son camp , rangea son armée derrière soixante éléphans. Voyant que César s'approchait toujours par des retranchemens de la ville d'Uzita , Labteiius se mit en embuscade dans un vallon qu'il Êillait traverser pour arriver à une col- line que César voulait occuper. Il y eut encore là un engagement assez vif, d'où César sortit vainqueur. L'eau était très-rare, et en approchant ses retranche- mens d'Uzita j César avait l'avantage de pouvoir pro- 1 88 CHAPITRE QUATOIZIBKE. fiter de plusieurs puits qui lui furent d'un grand secours. Diverses escarmouches avaient lieu tous les jours autour d'Uzita , lorsqu'enfin les 9* et 1 0" légions arrivèrent de Sicile. Ce renfort n'empêcha pas Scipion de présenter la bataille. Les deux armées sortirent de leur camp. La gauche de Scipion s'appuyait à la ville d'Uzita, dont il renforça la garnison , afin d'inquiéter la droite de son ennemi, qui y était appuyée. L'ar- mée de César était composée de dix légions. Les deux armées restèrent toute la journée à deux cents toises Tune de l'autre sans en venir aux mains. Yarus sortit enfin d'Utique à la tète de cinquante- cinq vaisseaux , afin d'intercepter les convois de Sicile et dltalie. Les quarante galères de César étaient de- vant Thapsus ; treize s'étaient séparées et mouillaient près de Leptis; elles furent prises et incendiées par Yarus. Aussitôt que César apprit cette nouvelle, il partit de son camp, qui était à deux lieues de Leptis, monta sur un brigantin, joignit le gros de sa flotte, poursuivit Yarus et le força de se réfugier dans Adru- mette ; il lui prit plusieurs galères et lui brûla tous ses transports. Comme les subsistances étaient diffi- ciles, César, pour s'en procurer, fit partir deux légions avec la cavalerie, qui se portèrent dans la nuit à dix milles, trouvèrent des fosses chargées de blé, quils transportèrent au camp ; mais tous ces moyens étaient GUERBE CnriLE. GAMPAGNE d'aFRIQUE. 1 89 insuflisans. Il leva son camp d'Uzita à trois heures du matin, se porta sur la yille d'Âgar; Scipion le suivit et campa en trois camps à deux lieues de César ^ qui éprouvait un grand besoin de blé: il n'hésita pas à faire une marche de flanc, de six lieues pour se porter à Zerbi , où Scipion avait réuni des maga- sins. Il réussit à s'emparer de la ville ; mais à son retour il fut vivement attaqué et eut beaucoup de peine à gagner son camp , ce qu'il ne fit que fort tard dans la nuit. Labienus avait adopté la manière de se battre numide; sa cavalerie était beaucoup plus nom- breuse, ses armés à la légère et ses hommes de trait étaient très-braves et très^adroits; ils accablèrent les légionnaires de traits ; lorsque ceux-ci , impatientés , s'avançaient au pas de charge , ils se dispersaient sur- le-champ y s'éloignaient en toute hâte et revenaient aussitôt que le légionnaire avait pris son rang; la cavalerie de César n'osait se commettre contre celle de l'ennemi, c[ui l'entourait d'un grand nombre d'hommes de trait qui tuaient les chevaux. Cette manière de faire la guerre était inquiétante: si les légions de l'ennemi étaient aussi bonnes que son in- fanterie légère , le succès de cette guerre serait chan- ceux et la victoire difficile. Scipion et Juba avaient aussi un grand nombre d'éléphans, ce qui ne laissait pas de faire impres- I go CHAPTTRE QVATOBZliVE. sion sur Tesprit du soldat. Gësar fit yenir des élé- phans d'Italie et familiarisa son armée à là yvte de ce monstreux animal y lui enseignant le lieu où il fallait les frapper. Les soldats comparaient la ga^*re qu'ils soutenaient à celle des Gaules, où ils avaient à faire à un ennemi braye, mais franc; ici, au con- traire, ils étaient toujours en danger de tomber dans quelques embuscades. Le 21 mars (12janyier de notre calendrier) , César fit la reyue de son armée; jamais il n'en ayait eu Je plus belle et de plus nombreuse; 6000 hommes des dépôts d'Italie, composés de vétérans qui étaient restés malades, étaient venus le joindre. Il sortit à huit lieues de son camp pour présenter la bataille à Scipion, qui à son tour la refusa. Voulant cepen- dant en venir à un engagement général, le dé&ut de vivres, la difficulté de l'eau, la manière de faire cette petite guerre et l'esprit de ruse de son ennemi lui étaient paiement à charge. Il partit le 4 avril (14 janvier de notre calendrier) de son camp d'Âgar; à b'ois heures du matin, il airiva devant Thapsus^ qu'il investit. Thapsus était une ville de la plus haute im- portance pour Scipion; il résolut de tout risquer pour la secourir. Il suivit César par les hauteurs et établit deux camps, à trois lieues du sien en avant de Thap- sus. Il y avait des salines éloignées de 1200 toises de GVERRB CrVILE. CAMPAGNE d'aFRIQUE. I91 la mer: Scipion essaya d'y pénétrer pour secourir la ville, mais César y avait pourvu en y faisant cons- truire un fort. Scipion campa à 1200 toises des lignes de César et du fort, et commença les travaux pour retrancher son camp. Aussitôt que César en eut avis, il se mit en marche, voyant Toccasiôn favorable pour finir la guerre par une bataille décisive. L'armée de Scipion était rangée en bataille à la tète des retran- chemens qu'il commençait à élever ; les éléphans étaient sur les deux ailes. César rangea son armée sur trois lignes: la 10* l^on et la 2" tenaient la droite: la 8"" et la 9* tenaient la gauche; cinq légions étaient au centre: il mêla son infanterie l^ère avec sa cavalerie; il réunit deux corps, chacun de cinq cohortes d'élite, auxquels il joignit beaucoup d'hommes de trait, qu'il chargea spécialement d'attaquer les éléphans. V. À la vue de l'armée ennemie, celle de Scipion témoigna del'étonnement. César, de son côté, trouva qu'elle était dans une position formidable. Ces soixante-quatre éléphans surmontés de tours, qui protégeaient ses ailes, sa nombreuse cavalerie, cette nuée de gens de trait dont il avait éprouvé la bra- j I 1 93 CHAPITEB QVAT0RZ1ÂSE. Youre et Tadresse; le voisinage de sa ligne de bataille, de son camp déjà couvert de retranchemens, tout cela lui en imposait. Il tarda à donner le signal; on l'entendit s'écrier: Cette manœuvre d'attaque ne me platt point. Mais ses troupes , pleines du sentiment de leur supériorité , ne partagèrent point son hésita- tion: En avant I s'écria la 10* l^ion^ en contraignant le trompette de sonner la charge; en même temps toute la droite s'ébranla malgré toutes les représen- tations de leurs officiers. César alors monta à eheyal, donna pour mot d'ordre , bonheur j et marcha droit à l'ennemi. Les deux corps chargés d'attaquer les élé- phans commencèrent l'action; ils les accablèrent de traits. Irrités par le sifflement des pierres et des flè- ches , ces animaux firent volte-Êtce et se tournèrent contre leur propre armée , et foulèrent aux pieds leurs liions, qui étaient serrées, se dirigeant en toute hâte sur le camp , dont ils encombrèrent les portes. La cavalerie maure, qui avait compté sur l'appui des éléphans , déconcertée par cet événement inattendu, lâcha le pied. En peu d'heures l'armée de Scipion et de Juba (ut mise en déroute, et ses trois camps suc- cessivement enlevés. Les fuyards se dirigèrent sur le camfl qu'ils avaient quitté la veille; mais, poursuivis par le vainqueur l'épée dans les reins, ils furent cernés sur une hauteur: ils implorèrent la clémence GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'aFRIQTJE. IQS elle plaisir ? à César; et à qui fut-elle funeste? à Rome, à son parti. Mais, dirait-on, il préféra se donner la mort à fléchir deyaiit César: mais qui l'obligeait à fléchir? pour- quoi ne suivit-il pas ou la cavalerie ou ceux de son parti qui s'embarquèrent dans le port d'Utique? Ils rallièrent le parti en Espagne. De quelle influence n'eussent point été son nom, ses conseils et sa présence au nSilieu des dix légions qui, l'année suivante, balan- cèrent les destinées sur le champ de bataille deMunda! Après cette défaite même, qui l'eût empêché de suivre sur mer le jeune Pompée, qui survécut à César et maintint avec gloire encore long-temps les aigles de la république? Cassius et Brutus, neveu et élève de Caton, se tuèrent sur le champ de bataille de Phi- lippes. Cassius se tua lorsque Brutus était vainqueur; par un mal-entendu, par ces actions désespérées inspirées par un faux courage et de fausses idées de grandeur , ils donnèrent la victoire au triumvirat. Marins, abandonné par la fortune, fut plus grand qu'elle: exclu du milieu des mers, il se cacha dans les marais de Minturnes; sa constance fut récom- pensée; il rentra dans Rome et fut une septième fois constil : vieux, cassé et arrivé au plus haut point de prospérité, il se donna la mort pour échapper aux 1 98 CHAPITRE QVATOIIZIEHE. yicifiûtudes du sort. Mais lorsque son parti était triomphant y si le livre du destin avait été pré- senté à Caton et qu'il y eût vu que dans quatre ans César, percé de vingt-trois coups de poignards , tom- berait dans le sénat aux pieds deJa statue de Pompée, que Cicéron y occuperait encore la tribune aux ha- rangues et y ferait retentir les Philippiques contre Antoine y Caton se fût-il percé le sein..,? Non, il se tua par dépit , par désespoir. Sa mort fut la faiblesse d'une grande àme , l'erreur d'un stoïcien , une ftiche dans sa vie. r^ CHAPITRE QUINZIEME. Guerre cwile. Campagne d'Espagne, Van 46 avant Jésus-Christ. I. Affaires d*£spagne pendant l'an 48, 47 et 46. — II. Le jeune Pompée sonlèye les Ëspagnes; il y réunit une grosse armée. — lU. César passe les Pyrénées. Bataille de Munda. — lY. Obser- Tations. Les Grecs nommaient l'Espagne Ibérie ; ils rappe- laient aussi Hespérie y . parce qu'elle se trouvait , par rapport à eux, au couchant. Les Carthaginois en- trèrent en Espagne par Cadix; Malaga et Carthagènes. Les Romains la divisèrent en trois parties: l** la Bé- tique, 2** la Lusitanie, 3** la Tarragonaise. LaBétique avait au nord la Guadiana , au midi la Méditerranée et l'Océan, au levant la Tarragonaise: ce sontaujour- % /-^.. A . âOO CHAPITRE QUINZIÈME. d'hui les provinces de l'Estramadure, de l'Andalousie , de Grenade et de Malaga; on y comptait deux cents villes. La Lusitanie s'étendait depuis la Guadiana jusqu'au Duero; c'est aujourd'hui le Portugal. La Tarragonaise comprenait le royaume deMurcie, de Valence, l'Arragon, la Catalogne , la Navarre, les As- turies, le royaume de Léon, la Galice et une partie de la vieille Castille. L En quittant l'Espagne , après l'avoir conquise , à la fin de l'an 49 , César y avait laissé comme propré- teur, Cassius Longinus, homme avide et corrompu, qui avait malversé dans la place de questeur qu'il avait précédemment occupée dans cette même pro- vince; il indisposa l'esprit des naturels du pays, qui, de concert avec une partie des troupes, cons- pirèrent contre lui ; il fut frappé de deux coups de poignard, mais il y survécut, rallia une partie des troupes et fit mettre à mort les conjurés. Le roi Bogud traversa les mers, et des bords de la Mauri- tanie vint au secours de Cassius. Lépidus, qui com- mandait pour César dans la Tarragonaise , passa les montagnes, et se porta dans le Bétis, avec trente^x \ -^— -/^ I GUERRE CIVILE. CAMPAGNE d'eSPAGNE. 20 1 cohortes , au secours de son collègue. D'un autre côté , le questeur Marcellus se mit à la tête du parti opposé à Cassius , et le rallia à César. IL César, après Pharsale, renvoya Trébonius dans le gouvernement des Espagnes, pour rétablir Tordre en qualité de proconsul; Cassius s'embarqua, remonta les cotes d'Espagne , fit nauiî*age à l'embouchure de VEbre , et périt avec ses richesses , fruit de ses rapines. Mais peu de mois après, le fils aîné de Pompée dé- barqua en Espagne , chassa Trébonius. Après la dé- faite de Scipion, en Afrique, Sextus Pompée, son frère, Labienus et Varus, le joignirent avec les débris de l'armée d'Afrique, ce qui le mit à même de former treize légions. Il devenait de la plus haute impor- tance de ne point laisser accroître une armée déjà si redoutable. César partit de Rome , arriva en vingt- trois jours sur les bords du Bétis , au moment où le jeune Pompée as^égeait la ville d'Ulia , la seule qui tint encore contre lui dans toute la Bétique. César secourut cette place, s'avança verA Cordoue; Sextus Pompée, qui y commandait^ effrayé, appela son frère 202 GHAPITEB QUIIIZUME, à son secours y qui accourut en levant le siège d'Ulia. L'année 46 se termina sur ces entre&ites. III. Dans le commencement de 45 , César assiégea Aie- gua , qui ouvrit ses portes dans les premiers jours de février ( novembre de notre calendrier ) ; il dési- rait terminer la guerre par une grande bataille. Après diverses manœuvres y le jeune Pompée , recu- lant toujours pour Téviter , se trouva enfin acculé à . l'extrémité de la presqu'île de Malaga , près de la ville de Munda; il se résolut à recevoir la bataille dans une position avantageuse; il y attendit son ennemi de pied ferme. Sa ligne de bataille était de treize légions ; César l'attaqua avec huit ; la yictoire se déclarait pour Pompée. César paraissait perdu; il changea alors la tète de la dixième légion, sans pouvoir rétablir ses affaires , lorsque le roi Bogud, avec ses Numides, alla attaquer le camp de Pompée. Labienus détacha cinq cohortes au secours du camp< • * * Ce mouvement rétrograde dans un instant si critique décida la victoire. Les vétérans crurent que rennemi était en retraite et redoublèrent d'ardeur. Les troupes de Pompée crurent que l'on se retirait , et se décou- GUERRE G1T1LB. CAMPAGNE d'eSPAGNE. . 205 ragèreat; 30,000 hommes restèrent sur le champ de bataille , parmi lesquels Labienus et Yarus, et 3000 chevaliers romains. Les aigles des treize légions, la plus grande partie des drapeaux , dix-^pt officiers du premier rang, furent les trophées de cette journée, qui coûta aux vainqueurs 1000 morts et 500 blessés. César avait coutume de dire que partout il avait combattu pour la victoire^ mais qu'à Munda il s'était battu pour sauver sa vie. Cneius Pompée fiit peu de semaines après tué, et sa tête promenée en triomphe. Sextus , son frère , qui commandait à Cordoue lors de la bataille , erra dans les montagnes , survécut à la perte de son parti, dont il releva les étendards par la suite. Toute la Bétique se soumit; le parti de Pompée fut entièrement détruit, tout l'univers romain reconnut la loi du vainqueur. Le jeune Oc- tave, depuis Auguste, figure pour la première fois dans cette campagne, où il fit ses premières armes sous les yeux de son oncle , qui l'afifectionnait beau- coup. 204 CHAPITRE QUINZIBKE. IV. Observations. i . César mit yingt-trois jourft pour se rendre par terre de Rome à Sierra-Morena ; il y a quatre cent cinquante lieues: il en faudrait aujourd'hui ea poste y marchant nuit et jour, douze. Quel service n'aurait pas rendu Caton , s'il se fyt trouvé à G)rdoue, au milieu du camp des jeunes Pompée, dont le parti vaincu à Pharsale, à Thapsus, renaissait de ses cendres , tant il était puissant dans l'opinion des peuples; la mort de cet homme de bien iîit donc un malheur pour le sénat et la république; il manqua de patience, il ne sut pas attendre le temps et l'occasion. 2. Munda est une des circonstances où César attaqua et donna bataille, malgré la bonne position de son ennemi; aussi faîllit-il y être vaincu. Le mouvement de Labienus , qui en soi était bon , décida de la jour- née; Il est un moment, dans les combats, où la plus petite manœuvre décide et donne la supériorité: c'est la goutte d'eau qui fait le trop plein. 3. A la bataille de Pharsale , César a perdu 200 GUERKE G1T1LE. CAMPAGNE dWaGNE. âo5 hommes; à celle de Thapsus, 50 ; à celle de Munda^ 1000 ; tandis que ses ennemis y avaient perdu leurs armées. Cette grande disproportion depertesdans des journées si disputées entre le yain({ueur et le vaincu , n'a pas lieu dans les armées modernes^ parce que celles-ci se battent avec des armes de jet, et que le canon , le fusil , tuent également des deux cotés , au lieu que les anciens se battaient avec l'arme de main jusqu'à la victoire. Il y avait peu de pertes; les bou- cliers paraient les traits , et ce n'était qu'au moment de la défaite que le vaincu était massacré; c'était une multitude de duels où les battus , en tournant le dos 7 recevaient le coup de mort. Les généraux en chef des armées anciennes étaient moins exposés que ceux des armées modernes; ils paraient les traits avec leurs boucliers; les flèches, les frondes et toutes leurs machines de jet étaient peu meurtrières: il est des boucliers qui ont paré jusqu'à deux cents flèches. Aujourd'hui le général en chef est obligé tous les jours d'aller au coup de canon , souvent à portée de mitraille, et à tout,es les batailles à portée de fusil, pour pouvoir reconnaître, voir et ordonner: la vue n'a pas assez d'étendue pour q[ue les généraux puissent se tenir hors de la portée des balles. L'opinion est établie que les guerres des anciens 1 âo6 CHAPmE QviNziÂn. étaient plus sanglantes que celles des modernes : cela est^il exact? Les armées modernes se battent tous les jours , parce que les canons et les fusils atteignent de loin; les avant-gardes, les postes se fusillent et laissent souyent cinq ou six cents hommes sur le champ de bataille de chac[ue côté. Chez les anciens les combats étaient plus rares et moins sanglans. Dans les batailles modernes , la perte faite par les deux armées, qui est, par rapport aux morts et blessés, à peu près égale, est plus forte que la perte des batailles anciennes qui ne tombait que sur Farmée battue. On dit que César fut sur le point de se donner la mort pendant la bataille de Munda; ce }HX)jet eût été bien funeste à son parti: il eût été battu comme Brutus et Cassius!!... Un magistrat , un chef de parti, peut-il donc abandonner les siens yolon- tairement? Cette résolution est-elle vertu, courage et force d'àme? la mort n'est-elle pas la fin de tous les maux, de toutes contrariétés, de toutes peines, de tous travaux , et l'abandon de la vie ne forme-t41 pas la vertu habituelle de tout soldat? Veut-on , doit- on se donner la mort? Oui, dit-on, lorsque l'on est sans espérance. Mais qui , quand , comment peut-on être sans espérance sur ce théâtre mobile , où la mor^ naturelle ou forcée d'un seul homme change sur Je- champ l'état et la face des affaires. \ \ / CHAPITRE SEIZIEME. Mort de César, Van 44 avant Jésus-Christ, I. Dernière année de la Tie de César. — H. Guerre contre les Parthes. — III. Assassinat de César. Il n'a jamais pensé à se faire roi. I. César arriva à Rome dans le mois d'octobre (le calendrier était réformé alors) de l'an 45 , de retour d'Espagne; il fut assâ^iné au mois de mars de l'an 44. Il a été six mois maître du monde; il triompha du fils de Pompée, nouveauté qui fut trouvée bien odieuse. Jamais Marins ni Sylla n'avaient triomphé d'aucun citoyen. â08 CHAPITRE SEIZIEME. Le sénat le déclara empereur et dictateur perpé- tuel; depuis ce temps il porta toujours une cou- ronne de laurier ) et la robe triomphale aux jours de fête. Il créa un grand nombre de sénateurs et de patriciens. Il avait réformé le calendrier ; il fit tra- vailler à la rédaction du G)de civil , criminel y pénal. Il fit dresser des projets pour embellir Rome de plu- sieurs beaux édifices; il fit travailler à la confection d'une carte générale de l'empire et à une statistique des provinces ; il chargea Y arron de former une nom- breuse bibliothèque publique; il annonça le projet de dessécher les marais Pontins, de creuser im nou- veau lit au Tibre , depuis Rome jusqu'à la mer , et à Ostie un port capable de contenir les plus gros vaisseaux ; il parla de percer l'isthme de Corinthe; il envoya des colonies pour relever G)rinthe et Car- thage. Il pardonna sincèrement à tous les restes de la faction de Pompée, et appela aux plus hautes charges les chefs des principales maisons patriciennes ; il obéissait à un sentiment de générosité qui lui était naturel y mais aussi , aux coi^êils de la politique. C'est à la tête du parti populaire qu'il avait passé le Rubicon ; c'est avec son aide qu'il avait vaincu l'or- gueilleuse aristocratie ralliée autour de Pompée. En effet, qu'eût-il pu faire avec deux ou trois légions? i MORT DE céSAR. âOQ comment eût-il soumis lllalie et Rome ^ sans sièges et sans combats y si la majorité des bras des Romains et des Italiens n'eût été pour lui ? Pompée , au com- mencement de la guerre ciyile, avait deux vieilles lé- gions et 30,000 hommes aux portes de Rome ; il avait trente cohortes à G>rfinium. Mais le peuple était contre lui y il dut sans combattre abandonner la ville éternelle. Il passa les mers pour courir à la rencontre des légions d'Asie ; il s'y forma une armée , se trouva / en Grèce environné du sénat et de la majorité des^ patriciens; mais César, dès le début, fut maître de Rome. Après les triomphes de Pharsale , de Thapsus , de Munda, le parti de Pompée étant détruit, le parti, populaire et les vieux soldats haussèrent leurs pré- tentions, firent entendre leurs voix; César en fut inquiet ; il eut recours à l'influence des principales maisons pour les contenir. Chez les peuples et dans les révolutions l'aristocratie existe toujours : la dé- truisez-vous dans la noblesse, elle se place aussitôt dans les maisons riches et puissantes du tiers-état; la détruisez-vous dans celles-ci , elle surnage et se ré- fugie dans les chefs d'ateliers et du peuple. Un prince ne gagne rien à ce déplacement de l'aristocratie; il remet au contraire tout en ordre en- la laissant subsister dans son état naturel, en reconstituant les i4 2 1 GHAP1TBE SEIZIEME. anciennes maisons sous les nouveaux principes. Cet ordre de choses était plus nécessaire à Rome encore, qui , commandant à l'univers , avait besoin , pour maintenir sa supériorité , de cette magie attachée aux noms des Scipion, des Paul-Emile, des Metellus, des Clodius, des Fabius, etc., etc., qui avaient conquis, gouverné et tant influé depuis plusieurs siècles sur les destinées de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique. II. Grassus avait péri avec son armée sur les bords de l'Euphrate ; les aigles de ses légions étaient encore entre les mains des Parthes ; le peuple romain récla- mait une vengeance que les guerres civiles retar- daient depuis six ans. César, dans les premiers jours de l'an 44, annonça son dessein de passer la mer, de soumettre les Parthes et de venger les m&nes de Crassus. Pendant tout l'hiver il fit travailler aux pré- paratifs de cette grande expédition , que réclamait la gloire de Rome et l'intérêt de César; en effet, après une guerre civile aussi achai*née, il fallait une guerre étrangère pour amalgamer les restes de tous les partis et recréer les armées nationales. MORT DE CÉSAR. â 1 1 La guerre contre les Partbes avait deux difficultés : 1 *" la manière de combattre de ces peuples , qui étaient tous armés d'armes de jet d'une nature supérieure aux armes ordinaires. Les flèches des Parthes per- çaient les boucliers des légionnaires; ils n'attendaient pas le choc des pesamment armés , mais ils les acca- blaient de loin. Labienus avait employé ce genre de guerre avec succès en Afrique; il est probable que César en eût triomphé en leur opposant un grand nombre de gens de trait tirés de Crète, des lies Ba- léares, d'Espagne et d'Airiq[ue. 2^ La seconde diffi- culté était la nature du pays. En pénétrant par la Haute- Arménie , il fallait long-teuips faire la guerre dans des pays de montagnes; en pénétrant par l'Eu- phrate et la Mésopotamie, on rencontrait des marais, des inondations et des déserts arides. Tous ces obsr- tacles n'étaient point au-dessus du génie de César. Une nombreuse flotille sur l'Euphrate et le Tigre eût triomphé des obstacles des eaux, et un grand nombre de chameaux chargés d'outrés eusseut fait dispa- raître l'aridité du désert. Il est donc probable qu'il eût réussi et eût porté l'aigle romaine sur les bords de rindus, si toutefois la fortune, qui pendant treize campagnes l'avait favorisé, lui fût encore resté cons^ tante. Elle a favorisé Scipion pendant cinq campagnes; Alexandre pendant onze campagnes ; elle n'a aban- 14. / â 1 2 CHAPITRE SEIZlâm« donné Pompée qu'à sa seizième campagne, et Anni- bal qu'à la dix-septième, et sans pouvoir espérer de captiver encore un an cette cruelle. III. Pendant que ce grand homme se préparait à rem- plir de si grandes destinées, les débris du parti de l'aristocratie, qui devaient la vie à sa générosité , con- jurèrent contre sa vie: Brutus et Cassius étaient à la tête; Brutus était stoïcien, élève de Caton. César l'af- fectionnait et lui avait deux fois sauvé la vie; mais la secte dont il était n'admettait rien qui le pût fléchir. Plein des idées enseignées dans les écoles grecques contre la tyrannie, Tassassinat de tout homme qui était de fait au-dessus des lois était re- gardé comme légitime. César, dictatem* perpétuel, gouvernait tout l'univers romain; il n'avait qu'un simulacre de sénat: cela ne pouvait pas être autre- ment, après les proscriptions de Marins et de Sylla, la violation des lois par Pompée, cinq ans de guerre civiles, un aussi grand nombre de vétérans établis en Italie, attachés à leurs généraux, attendant tout de la grandeur de quelques hommes, et rien de la j MORT DE G&AH. 2 1 3 république* Dans un tel état de choses y ces assemblées délibérantes ne pouvaient plus gouverner; la per- sonne de César était donc la garantie de la suprématie de Rome sur l'univers , et faisait la sécurité des citoyens de tous les partis : son autorité était donc légitime. Les conjmrés n'eurent pas de peine à réussir; César avait confiance en eux : Brutus^ Cassius, Decamus, etc., étaient ses amis et ses familiers: César était confiant; il les croyait tous intéressés à la conservation de sa personne, car il protégeait tout ce que Rome avait de grand et d'hommes élevés , malgré les murmures du parti populaire et de l'armée. Pour justifier depuis un lâche et impolitique as- sassinat, les conjurés et leurs partisans ont prétendu que César voulait se Êûre roi, assertion évidemment absurde et calomnieuse, qui cependant s'est trans- mise d'âge en âge, et passe aujourd'hui pour une vé- rité historique. Si César avait eu affaire à la génération qui avait vu Numa, TuUus et les Tarquin, il eût pu avoir récours, pour consolider son pouvoir et mettre un ter aie aux incertitudes de la république, à des formes de gouvernement vénérées, et auxquelles on eût été accoutumé; mais il vivait dans un siècle qui de- puis cinq cents ans ne connaissait pas d'autre autorité que celle des consuls, des dictateurs, dès tribuns; la dignité des rois était bien méprisable, avilie; la - t^u'^— - -- < - -T"-- • «« '■>*> 3 1 4 GHAPimiS 8E121BWB. chaiae curule était au-dessus du trône. Sur quel trône eût pu s'asseoir César? sur celui des rois de Rome, dont l'autorité s'étendait à la banlieue de la ville? sur celui des rois barbares de l'Asie yaincus par les Fabricius^ les Paul-Emile, lesScipion, lesMetellus, lesQodius, etc., etc.? C'eût été une étrange politique. Quoi! César eût cherché de la stabilité, delà gran- deur, de la considération dans la couronne que por* taient Philippe, Persëe, Atalle, Mithridate, Pharnace, Ptolomée , que les citoyens avaient vu traîner à la suite du char triomphal de leurs vainqueurs ? Cela est trop absurde! Les Romains étai^at accoutumés à mr les rois dans les antichambres de leurs magistrats. On a dit que ce n'était pas roi de Rome qu'il vou- lait se faire proclamer, mais roi des province ; comme si les peuples de la Grèce, de l'Âsie^Mineure, de la Syrie, conservaient plus de respect pour le trône ren- versé sur lequel s'étaient assis Persée , Antiochus , Attale et Ptolomée , que po\u* la chaise curule de Lu- cullus, de Sylla, de Pompée et de César même: ce . projet est donc tout aussi dénué de raison. César a toujours affecté jusqu'au dernier moment de sa vie les formes populaires ; il ne faisait rien que par un décret du sénat; les magistratures étaient nommées par le peuple, et s'il s'arrogea la réalité du pouvoir , il avait laissé subsister toutes les formes MORT DE CÉSAR. âl5 républicaines; il marchait sans garde , comme un simple citoyen; sa maison était sans faste; il allait jourudlement dîner chez ses amis; il était assidu à la tribune aux harangués, aux assemblées du peuple et au sénat. La première action de César , s'il eût voulu être roi , eût été de s'environner d'une bonne garde; il n'en fit rien, et se refusa constam- ment à la sollicitation de ses amis, qui, entendant frémir la faction vaincue , croyaient une garde né- cessaire à la sûreté de sa personne. Quoique dicta- teur, il voulut être consul cette même année avec An- toine; il partagea tous les devoirs de cette charge. Les statuesdePompéeayantété renversées, il lesfit relever avec éclat ; il n'introduisit aucun changement dans l'es- prit de son armée , qui constamment resta républi- caine et dévouée au parti populaire et démocratique. Quelles sont les preuves qu'allèguent ses accusa- teurs? Ils citent quatre anecdotes, probablement Élusses ou mal rendues; car Cicéron, Florus, Yel- léius, n'en parlent pas; mais, admettez -les comme vraies , elles ne prouvent rien. Ils disent: 1** que le 26 juin, revenant du mont Albain avec l'honneur de l'ovation , il fiât salué par quelqu'un du peuple du nom de roi, mais que la multitude resta muette et cons- ter née, et qu'il répondit alors qu'il n'était pas roi , mais Cémr ; ^ que dans ce même temps un homme [ .'^■:*.^.^-" • ' * r 9' ..\ * ... - . .• ...."o^'-np- 2 1 6 CHAPITRE 8BIZIHR. du peuple mit aur sa statue une couronne de laurier ayec un bandeau royal ; 3* que, célébrant les luper- cales, le consul AnUMne, qui était un des luperque», s*approcha de César qui était assis sur la tribune aux harangues, vêtu de sa robe triomphale, et sa cou- ronne de laurier sur la tète ; qu'il lui présenta un diadème; que celui-ci, au lieu de le mettre sur sa tété , Renvoya au capitole, disant que Jupiter était le seul Roi des Romains. Ces fêtes lupercales étaient des fêtes extravagantes: les luperques couraient la ville nus, ayant en main des fouets de cuir dont ils frappaient les passans; les dames les plus qualifiées présentaient leurs mains pour en recevoir les coups. Le préjugé était que cela les rendait fécondes; 4'' que Lucius Cotta , l'un des prêtres commis à la garde des livres sybilliens, disait que les Parthes ne pouvaient être vaincus que par un Roi. On a été plus loin pour indiposer les Romains; on a dit que César roi devait porter le siège de l'empire à Alexandrie où à Uion. Voilà pourtant les miséra- bles fondemens sur lesquels le bon Plutarque le U- belliste, Suétone et quelques écrivains du parti , ont bâti un système si peu vraisemblable. Si César eût trouvé quelque avantage pour son autorité à s;as- seoir sur le ti*ône, il y fôt arrivé par les acclamations de son armée et du sénat avant d'y avoir introduit MORT DE ciSAR. 217 1* la faction de Pompée. Ce n'était pas en se faisant saluer dans une promenade par un homme ivre du nom de roi , en faisant dire aux sybiUes qu'un roi pouvait seul yaincrè les Parthes, en se faisant psé- sentir un diadème dans les lupercales^ qu'il pouvait^ espérer d'arriver à son but. Il eût persuadé à ses légions que leur gloire, leur richesse, dépendaient d'une nouvelle forme de gouvernement qui mit sa famille à l'abri des factions de la toge; c'eût été en faisant dire au sénat qu'il fallait mettre les lois à l'abri de la victoire et de la soldatesque , et les pro- priétés à l'abri de l'avidité des vétérans, en élevant un monarque sur le trône; mais il prit une voie con- traire : vainqueur, il ne gouverna que comme consul, dictateur ou tribun; il confirma donc, au lieu de les décréditer, les formes anciennes de la république. Après les succès qui ont suivi le passage du Rubicon , César n'a rien fait pour changer les formes de la répu- blique. Auguste même, long-temps après, et lors- que les générations républicaines tout entières étaient détruites par les proscriptions et la guerre des trium- virs, n'eut jamais l'idée d'élever un trône: Tibère, Néron, après lui, n'en ont jamais eu la pensée, parce qu'il ne pouvait pas entrer dans la tète d'un maître d'un grand Etat de se revêtir d'une dignité odieuse et méprisée. Si la couronne royale eût été utileà Auguste 2 1 8 GHAPlTaB SBIIUllUE. et à ses suooemeurs , ils l'euMeut placée sur leur tète; maia César, qui était essentiellement romain, popu- laire, et qui, dans ses harangues et dans ses écrits , employait toujours la magie du peuple romain ayec Jant d'ostentation, ne l'eût fait qu'ayec regret. César n'a donc pas pu désirer, n'a pas désiré, n'a rien fait, a fait tout le contraire de ce dont on l'ac- cuse: certes, ce n'est pas à la yeille de partir pour l'Euphrate et de s'engager dans une guerre difficile , qu'il eut culbuté les formes en usage dejmis cinq cents ans, pour en établir de nourelles* Qui aurait gouverné Rome dans l'absence du roi? Un régent! un gouyer- neurl un yice-roi! tandis qu'elle était accoutumée à l'être par un consul, un préteur, un sénat, des tribuns. En immolant César, Brutus céda à un préjugé d'éducation qu'il ayait puisé dans les écoles grecques; il l'assimila à ces obscurs tyrans des yilles du Pélopo- nèse, qui, à la fiiyeur de quelques intrigans, usur- pèrent l'autorité de la yille: il ne youlut pas yoir que l'autorité de César était Intime, parce qu'dle était nécessaire et protectrice , parce qu'elle conser- yait tous les intérêts de Rome, parce qu'elle était l'effet de l'opinion et de la yolonté du peuple. César mort, il a été remplacé par Antoine, par Octaye, par Tibère, par Néron, et après celui-ci toutes les MORT DE céSikR. 21 9 combinaisons humaines se sont épuisées pendant six cents ans; mais ni la république ni la monarchie royale n'y ont paru, signe certain que ni l'une, ni l'autre n'étaient plus appropriées aux éyénemens et au siècle. César n'a pas voulu être roi , parce qu'il n'a pas pu le vouloir; il n'a pas pu le vouloir, puis- que, après lui y pendant six cents ans, aucun de ses successeurs ne l'a voulu. C'eût été une étrange politique de remplacer la chaise curule des vain- queurs du monde par le trône, pourri, méprisé des vaincus. FIN DES GUERRES DE CESAR. — — i«» V. * FRAGMENS DIVERS. Ces fragmens se composent d'une note sur r le deuxième livre de FEnéide de Yirgile; d'ob- servations sur la tragédie de Mahomet , par \^oltaire, à la suite d'une lecture que j'eus l'honneur de faire à l'Empereur , d'une pensée sur ie suicide et du deuxième codicile , qui n'a pas encore été publié. Tout ce qui vient de Napoléon oflte un si haut intérêt 9 que j'ai pensé ne pas devoir laisser dans l'oubli même ces travaux légers, jet d'une première dictée, échappés aux loi- sirs de l'illustre captif. Le deuxième codicile complète les publi- cations faites par MM. de Norvins et Anto- marchi des testamens et codiciles de l'Empe- reur. Marchand. NOTE SDR w r LE DEUXIEME LIVRE DE L'ENEIDE DE VIRGILE. i5 mu, mm.iwr N Le deuxième livre de V Enéide est comidéré comme ie chef-d'œuvre de ce poëme épique ; il mérite cette réputation sous le point de vue du style ^ mais il est bien loin de la mériter sur le fond des choses. Le cheval de bois pouvait être une tradition po- pulaire ^ mais cette tradition est ridicule et tout-à- fait indigne d'un poëme épique. On ne voit rien de pareil dans V Iliade, où tout est conforme à la vérité i5. 2^8 PRAGMBNS DIVERS. et aux pratiques de la guerre. Comment supposer les Troyens assez imbécilies pour ne pas envoyer un bateau pécheur à llle de Ténëdos, pour s'assurer si les mille vaisseaux des Grecs s'y étaient arrêtés ou étaient réellement partis? Mais du haut des tours dllion on découvrait la rade de Ténédos. 0>maient croire Ulysse et l'élite des Grecs assez ineptes pour s'enfermer dans un cheval de bois, c'est4-dire se livrer pieds et mains liés à leurs implacables enne- mis? En supposant que ce cheval contint seule- ment cent guerriers , il devait être d'un poids énorme, et il n'est pas probable qu'il ait pu être mené du bord de la mer sous les murs d'Ilion en un jour, ayant surtout deux rivières à traverser. Toute l'épisode de Sinon est invraisemblable et absurde; les ressources du poète ; l'éloquence du dis- cours qu'il met dans la bouche de Sinon n'en dimi- nuent en rien l'absurdité. Ce^ndant^ il Ëiut que le cheval soit, le jour même du départ des Grecs^ intro- duit dans TroyeSy sans quoi cela rendrait encore plus incroyable que les mille vaisseaux des Grecs pussent , si près de Troyes , rester cachés. Le bel et charmant épisode de Laocoon se recom- mande de lui-même, mais ne peut en rien dimi- nuer l'absurdité de la conduite des Troyens , puis- qu'enfin on pouvait laisser plusieurs jours le cheval i± t. NOTE SUR LE DEUXIEME LIVRE DE L ENEIDE. 229 au camp dans sa position, et s'assurer que la flotte ennemie s'était éloignée, avant d'abattre les murailles pour l'introduire dans la ville. Les guerriers enfermés dans le cheval de bois au- quel Sinon ouvre la barrière, ne sortent que lorsque la flotte des Grecs, qui est partie de Ténédos lorsque tout dort et que la nuit est obscure, a déjà débar- qué l'armée; ce ne peut donc pas être avant une heure du matin; aussi bien ce n'est guère qu'à cette heure que les corps de gai*des s'endorment et que Sinon a pu ouvrir la barrière. Tout le deuxième livre de la destruction de Troyes s'opère donc de une heure du matin au lever du soleil, c'est-à-dire en trois à quatre heures ; tout cela est absurde. Troyes n'a pu être pris, brûlé et détruit en moins de quinze jours de temps. Troyes renfermait une armée; cette armée ne s'est pas sauvée , elle a dû donc se défendre danstous les palais. Enée, logé au palais de son père, dans un bois à une demi-lieue de Troyes, n'est ins- U*uit que par l'apparition d'Hector de la prise et de l'incendie de la ville. La maison d'Ânchyse fût-elle à deux lieues de la ville, que le bruit du tumulte de ta prise de la ville , la chaleur de l'incendie des pre- mières maisons auraient réveillé les hommes et les animaux. Ilion n'est pas tombée dans une seule nuit, surtout dans une nuit si courte, et l'armée qui y r-^ 23o FEAonns ditvks. était pour la défendre l'eût-elle évacuée , que, maté- riellement, l'armée grecque ne pouvait [Hrendre pos- r session et détruire la ville dans plusieurs jour8« Eoée n'était pas le seul guerrier qui se trouvait dans Ilion; cependant il ne parle que de lui. Tant de héros qui jouent un r61e si brillant dans Y Iliade ont dû aussi, de leur côté , défimdre chacun leur quartier. Une tour dont le sommet s'élevait jusqu'aui cieux et dont le comble y semblait suspendu, était sans doute de pierres; on ne voit pas comment Enée, en peu d'instans, et avec le secours de quelques leviers de fer, a pu la faire crouler sur la. tète des Grecs. Si Homère eût traité la prise de Troyes, il ne Teût pas traitée comme la prise d'un fort , mais il y eût employé le temps nécessaire; au moins huit jours et huit nuits. Lorsque l'on lit Y Iliade^ on sent à chaque instant qu'Homèrea fait la guerre, et n'a pas, cooinie le disent les commentateurs, passé sa vie dans les écoles de Ghio ; quand on lit^ V Enéide , on sent que cet ouvrage est fait par un régent de collée qui n'a jamais rien fait. On ne voit pas en effet ce qui a pu décider Virgile à commencer et à finir la prise, Tin- cendie et le pillage de Troyes ai peu d'heures : dans ce court espace il £ût même ramasser toutes les ridiesses dans des magasins centraux. La maison d'Anchyse devait être très-près de Troyes, puisque dans ce peu IIOTB SUR LE DBUXiâMB «UVU DE h'iniïDE. 23 1 dlieuresy et malgré les combats, Éaëe y fiiit plwieur^ Tojrages. Il fallut a Scipîon dix-sept jours pour brûler Carthage, abandoQuéede seshabitans; il a fiillu onze jours pour brûler Moscou , c[uoique eu grande partie bâtie en bois; et, pour une ville de cette étendue, il faut plusieurs jours à l'armée conquérante pour en prendre possession. Troyes était une grande ville , car les Grecs qui avaient cent mille hommes, n'essayèrent jamais de la cerner. Lorsque Enée retourne cette nuit même dans Uion , il retrouve Ulysse , des vainqueurs gardant la riche proie ; Là sont accumulés tous les trésors de Troie. Pour cette seule opération il faut plus de quinze jours , et ce n'est pas dans un moment de désordre d'une yille prise d'assaut qu'on va s'amuser à entasser les richesses dans des magasins centraux. Le jour nait : je retourne à ma troupe fidèle. Ainsi, d'une heure du matin à quatre heures, c'est- à-dire en trois heures, Enée a été à Troyes, a livré tous les combats dont il rend compte , a défendu le palais de Priam, est revenu chercher Creuse à Troyes et a trouvé la ville toute soumise ne rendant plus de combats , entièrement occupée par l'ennemi , toute brûlée ; et les magasins déjà fermés. Ce n'est J ' ■ I 1 t I â32 rBAGMBHS DITEES. pas ainsi que doit marcher Tëpopée, et ce n'est pas ainsi que marche Homère dans V Iliade. Le journal d'Agamemnon ne serait pas plus exact pour les dis- tances et le temps et pour la vraisemblance des opé- rations militaires , que ne Test ce chef-d'œuvre. Ce troisième chant n'est absolument qu'une copie de VOdyssée; et dans le quatrième chant , le récit n'est pas dans le genre de celui d'Homère, où tous les jours sont marqués , où toutes les actions ont leur commencement , leur milieu et leur fin , et ne sont pas englomérées dans un récit général. OBSERVATIONS SUR LA TRAGEDIE DE MAHOMET, PAR VOLTAIRE. Malgré les taches qui obscurà«eoit la tragédie de Mahomet de M. de Voltaire, les beautés dont ce chef-d'œuyre est plein l'ont placé au prunier rang et font encore les délices de notre scène; mais serait- il donc bien difficile de £iire disparaître des tadies qui ne tiennent point à la nature de l'ouvrage? l"" L'amour de Mahomet pour Palmire, placé à côté de celui de Séide, est un objet de dégoût et du 236 rEÀGMÈNS DIYEftS. plus mauvais effet, d'autant que cet amour est inutile et comme hors-d'oeuvre; il ne produit rien, car on ne saurait admettre que la mort de Palmire , privant Mahomet de sa maîtresse, est une punition de ses crimes; sans doute que la mort de Palmire eût été un châtiment pour Tamoureux Séide; mais à qui fera- ton croire que c'en pût être un pour Mahomet. 2* Là seconde tache que l'on remarque dans cette pièce est le poison , employé deux fois par Mahomet pour arriver aux moyens de succès et pour pré- parer ses triomphes. Quoi I Mahomet qui a détruit les £aiux dieux, renversé le temple des idoles dans la moitié du monde, propagé plus que qui que ce soit la connaissance d'un seul dieu dans l'univers, Maho* met, considéré comme prophète à G>nstantinople, à Delhi, au Grand-Caire, à Maroc, Mahomet ne serait arrivé à ces grands résultats que par les moyens qu'ont employés lesDamienset les Bastide pour s'em- parer de la succession de leurs voisins? Les p}us petites sociétés ont peu de durée et se détruisent d'elles-mêmes , parce qu'elles ne sont point cimentées par les liens de la moralité si nécessaire à la société. Hercide est faible^ dit Mahomet à Omar; et bien, empoisonne^le. Mais comment Omar ne conçoit-il pas lui-même qu'il peut aussi être empoisonné? Par le même [urincipe, Séide, couvert du sang de Zopire, OBSERVATIONS SUR LA TRAGIIdIK, DE MAHOMET. 25'J est désavoué par Mahomet et arrêté par Omar. Avec de pareils procédés, Mahomet, wi second Séide, et Omar lui-même n'eût servi qu'en tremblant un scélérat sacrifiant et désavouant ses principaux ins- trumens. Séide, instruit qu'il vient d'assassiner son père, se met à la tête du peuple contre Mahomet, qui semble perdu , et ne se sauve d'un pas si dangereux qu'en ordonnant au poison d'agir sur Séide, afin d'arrêter le bras de ce jeune assassin , et de forcer ainsi le peuple à se déclarer.... Quoi, toutes les destinées de Mahomet, qui ont tant influé sur l'univers, n'étaient fondées que sur l'art de.... et de....* Pour que l'ouvrage de Mahomet soit vraiment digne de la scène française, il faut qu'il puisse être lu sans indignation aux yeux des hommes éclairés de Constantinople comme de Paris. Mahomet fut un grand homme, intrépide soldat: avec une poignée de monde il triompha au combat de Bender; grand capitaine, éloquent, grand homme d'état, il régé- néra sa patrie, et créa au milieu des déserts de l'Ara- bie un nouveau peuple et une nouvelle puissance. 3**^ La situation des esprits et la force des factions 1 Ces deux mots sont en blanc dans le manuscrit original. (NotedeVéditwr,) â38 FRAOnNS BITBIIS. dans la Mecque n'est pas suflBisamment développée; la politique de Mahomet est à peine et très-faible- ment tracée; c'est la troisième tache que nous dési- rerions Toir disparaître de notre scène. Pour faire disparaître l'amour de Mahomet pour Palmire, il n'y aurait rien à changer au premier acte. A la scène troisième du second acte, Mahomet dit à Séide: f^ouê, Seide^ en cei lieux. C'est, dans l'intention de l'auteur, un mouyement de jalousie; mais ce vers peut être laissé parce qu'il peut être attribué à l'éton- nement de yoir Séide chez son père. A la quatrième setoe, il paraîtrait que le dernier vers que prononce Mahomet: De quel œil revois-tu Palmire avec Séide? devrait être retranché; mais on pourrait l'y laisser, car c'est un vers de jalousie; il peut aussi être l'effet de la surprise de yoir les deux enfans de Zopire dans sa maison ; mais il faudrait supprimer la réplique de Mahomet et celle d'Omar jusqu'à ce vers : Tous deux sont nés ici du tyran que je hais. plus bas: Béjà sans se connaître, ils m*outragent tous deux. J'attisai de mes mains leurs feux iflégitimes. Le ciel voulut ici rassembler tous les crimes , OBSEKTATIONS SDH LA TtAOéDIB DB HABOHET. âSg et dire, au lieu de ces trois vers, que ces enfans lui seniraient à détourner Zopire , à s'en faire un partisan ou à s'en Tenger s'il ne pouvait y réussir. A la scène sisème il faudrait effacer : De son maître offensé rival incestueux , et toute la tirade de Mahomet , de douze yers , et qui finit le second acte.  l'acte troisième, il faut supprimer la scène qua- trième; à la scène cinquième, l'hémistiche d'Omar : Et de ravir Palmire. Au quatrième acte, scène première, il faudra effacer: Son cœur m'aime en secret, ambitieux peut-*étre, Sentira quelque orgueil à captiver son maître. Au cinquième acte, il faudra effacer, à la scène seconde: Sachez qu'un sort plus noble, un titre encor plus grand. Si vous le méritez , peut-être vous attend. et, enfen , les vingt-quatre vers de Mahomet qui ter- minent la pièce. Ainsi, ave(!ï ces trois légèr^suppressions, sans même ajouter un seul vers, on ferait disparaître de ce chef- d'œuvre sa plus grande tache. .. > :3r -.<«■ 1 24o PKAtiMBHS DIT^LS. Pourcffaoer la seconde tache, l'empoisoimement d'Hercide> il faudrait peu de changemens. Au quatriènae acte il suffit de supprimer: Hercide est faible^ etc.; ainsi que la réponse d'Omar: J'ai fait ce que tu veux. A la scène cinquième du quatrième acte , il faudrait effiicer: le suis puni , je meurs des mains de Mahomet. Et à la scène première du cinquième acte, suppri- mer les vers d'Omar: Qui pourrait Fen instruire? un éternel oubK Tient avec ce secret Hercide enseveli. Pour supprimer l'empoisonnement de Séide, il faudrait un changement dans tout le dénoûment; d'abord, au quatrième acte, il faudrait effacer: Réponds-tu qu*au trépas Séide soit livré? Réponds-tu du poison qui lui fut préparé? .Dans ce système, toute la scène sixième du qua- trième acte serait à retrancher; il faudrait, à la place, y substituer une scène où Seide serait tué par les par- tisans de Zopire, le surprenant couvert du sang de leur maître, ou dans laquelle il se tuerait lui-même \ OBSERYATIONS SUR l^/i TRAOEDIE DE MikHOXET. 24 1 de désespoir d'avoir tué son père. Omar arriverait alors et enlèverait Palmire. Dans ce système, le cinquième acte seîait tout à changer; Séide serait avoué par Mahomet; il aurait commis le combat sacré , ordonné par Dieu dans le Coran; le parti de Zopire dans la Mecque , abattu par la mort de son chef, ne saurait Eure aucune résistance contre le parti de Mahomet, soutenu par l'armée, déjà aux portes de la ville, et qui apparaîtrait sur les remparts: cela, avec la mort de Palmire, terminerait le cinquième acte. 16 *^ -^ ) TABLE DES MATIERES. Page Pbéfage 1 Précis des Guerres de César 23 CHAPITRE PREMIER. Gfterre des Gaules. Première campagne, Van 58 avant Jésus^-Christ. I. César. — II. Guerre des Helvétiens. — III. Guerre d'ArioTiste. — lY. Observations 25 ^■mf • /vT**^ a56 TABLE DES MÀTlÂRES. Page CHAPITRE DEUXIÈME. Deuxième campagne , Van 57 avant Jéau-Chriêt. I. Guerre des Belges. Combat sur FOcéan. — II. Dé- faite des Belges du Hainaut. Bataille sur la Sam- bre. — III. Destruction des Belges sous Namur. Siège de Falais. — IV. Observations .... 36 CHAPITRE TROISIÈME. Troiiième campagne, Van 56 avant JéBus-Chriit* I. Guerre du Valais. — II. Guerre de Bretagne. — III. Guerre de la Basse-Normandie. — IV. Guerre d* Aquitaine. — Y. Observations 46 CHAPITRE QUATRIÈME. Quatrième campagne , Van 55 avant Jé8%u-4Jhrist. I. Incursion des Allemands en Belgique. — II. Cé^r passe le Rhin. — III. Descente en Angleterre. — IV. Observations è5 CHAPITRE CINQUIÈME. Cinquième campagne. Van bk avant Jésus^hrist. I. Seconde descente en Angleterre. — II. La légion^ de Sabinus est égorgée par les peuples de Liège. — III. Cicéron est assiégé dans son camp par les peuples du Hainaut. — IV Induciomare, chef des peuples de Trêves , est tué. — V. Observations . 72 A TAILB DES MATIÂHES. CHAPITRE SIXIÈME. Sixième campagne^ Van 53 avant Jéfus-Christ. I. Guerre contre Sens, Chartres, Trêves et Liège. — 'II. Second passage du Rhin. — III. César poursuit yainement Ambiorix. — IV. Observations . . . 257 Page 89 CHAPITRE SEPTIÈME. Septième campagne , Van 52 avant Jé»us-Chri$t. I. Révolte générale des Gaules. — II. Siège de Bour- ges. — III. Siège de Clermont. — IV. Soulèvement d'Autun. — V. Siège d'Alise. Vercingetorix est fait prisonnier. — VI. Observations 96 CHAPITRE HUITIÈME. Huitième campagne , Van 50 avant Jésus-Christ. I. Opérations militaires pendant Thiver. — II. Guerre contre les Belges de Bauvais. •— IIL Siège de Cahors . — IV. Intrigues et mouvemens des troupes pen- dant Yam 50. — V. Observations «2 CHAPITRE NEUVIÈME. Guerre civile. Campagne éV Italie , Van 49 avant Jésus-Christ. I. Guerre civile. — IL César s'empare de l'Italie. — Illi Observations. .......... 120 17 ^ y 2 58 TABLE DBS HÀTIÂRBS. Page CHAPITRE DIXIËUE. Guerre civih. Campagne d'Espagne , Van 49 avant Jé8u$-4Jhr%it. I. Guerre de M jours entre la Sègre et FÈbre. — II. Affaires d'Andalousie. — III. Siège de Mar- ^ seiOe. — IV. Observations 127 .-f CHAPITRE ONZIÈME. Guerre civile. Campagne de Thessalie , Van kS a^mnt Jésus-Christ» I. Opérations des armées en Épire jusqu'à la réunion d'Antoine. — II. Combat deDyrracliium. — III . Ba- taille de Pharsale. — lY. Observations. ... 138 CHAPITRE DOUZIÈME. Guerre d'Alexandrie, Van kl avant Jésus-Christ. I. Opérations militaires dans Alexandrie pendant les premiers mois. — II. Combat naval. — III. Ba- taille sur le Nil. — lY. Observations .... 155 CHAPITRE TREIZIÈME. Cruerre isivile. Campagne d'Illyrie, Van 47 avant Jésus-Christ. I. Pharnace attaque les alliés du peuple romain. — II. César bat Pharnace : vem,vidi, vid, *-> III. Af- /i TABLE DIS SATUBRES. âSg Page faires dlDyrie pendant cette année. — IV. Guerre en Grèce , même année. — Y. Conduite de César à Rome. — VI. Observations 166 « CHAPITRE QUATORZIÈME. Guerre civUe. Catnyaçne d'Afrique , Van 46 aiùant Jésus^hrist. I. Opérations de Curion en Afrique pendant Fan 49. — II. Le parti de Pompée se rallie pendant les an- nées 49 , 48 et 47 en Afrique. — III. Opérations de César pendant janvier. — IV. Opérations jus- qu'^ la réunion de son armée. — V. Bataille de Thapsus (4 avril). —VI. Observations. . . . 178 CHAPITRE QUINZIÈME. Cruerre civile. Campagne d'Espagne, Van 45 avant JésuirChrist. li Affaires d'Espagne pendant les années 48, 47 et 46. ^«ill. Le jeune Pompée soulève les Espagnes. Il y réunit une grosse armée. — III. César casse les Pyrénées. Bataille de Munda. — ÎV. Observations. 199 CHAPITRE SEIZIEME. Mort de César , Van 44 avant Jésus-Christ. I. Dernière année de la vie de César. — II. Guerre Contre les Parthes. — III. Assassinat de César. Il n*ajamais pensé à se faire roi 207 260 TABLE DES HATliRES. Page FbAGMENS DIVEBS 221 Noie sur le deuxième livre de Y Enéide de Virgile. . 225 ObservatioDS sur la tragédie de Mahomet , par Vol- taire 233 Note sur le suicide 243 Deuxième Codicile 249 f^^ 4* FIN DE LA TABLE DES MAliàllES, ^ * * • '