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Nous ne prétendons pas seulement i en publiant son ouvrage, accomplir- Yxm des vœux qu'il formait pendant la dernière époque de* sa vie, lorsqu'il espérait commen* cer par cet honorable début une carrière de travaux qui serait devenue féconde ; iious croyons encore avec toute assurance , et sur les meilleurs garans , offrir au public la solution la plus complète et la seule vraie dVn proj^lème historique resté obscur jusqu'à ce moment , malgré de nombreux et habiles efforts pour le résoudre. L^auteur, dont les patientes re-^ cherches Vêtaient terminées par une entière confiance dans les résultats auxquels il était parvenu , avait soumis son travail k plusieurs savans célèbres qui lui avaient accordé la plus flatteuse approbation ; et si quelque chose a prêté an reproche , c'est plutôt la surabondance des preuves dans une bonne cause, pour laquelle il n'est pas besoin de tout dire , que le man- que d'une démottsb'ation suffisante. Mais ee pardon^ nable excès est fiicilement expliqué par cette méfiance de ses propres efforts qui accompagnait sans cesse un 0iprit si modeste, et qui devait surtout le domine!* dans une première discussion avec des critiques re- nommés. D|i reste, nous laisserons aux lecteurs le sofn d'apprécier l'intérêt répandu dans toutes les par- tiesiqui ne, sont pas purement polémiques, l'évidence (vj) des solutions principales , la justesse et Tutilîte de plusieurs observations secondaires , relatives soit à la géographie ancienne, soit à rinterprëtation des textes, et il nous suffira de consacrer ici k la personne de Tauteur un douloureux tëmoiguage de souvenir et de respect que nous devons k ses rares mérites , à son amitié, ainsi qu^aux personnes qui conservent sa mé- moire , et à ce monde que tant de vertus peuvent honorer sans quHl en tienne compte, sans quHl les aperçoive seulement. M. Jean-Louis Larausa était né à Paris le 8 mars 1793 : de bonne heure orphelin , il s^était trouvé dès- lors confié aux parens qui lui restaient dans une &- mille nombreuse , où Théritage des plus salutaires exemples ne pouv9Ît lui manquer , çt il avait dû son éducation surtout aux soins généreux de son oncle , M. Andry, négociant. Le cours de ses études classi- ques avait été signalé par des succès qui justifièrent sans peine son admission' à T Ecole Normale en 181 1, et le firent compter au nombre des élèves les plus distingués de cet établissement alors naissant , ren- versé depuis par une mesure du pouvoir aussi sou- daine que peu motivée. Là se formait une élite de jeunes maîtres dont un grand nombre ont déjà paru avec honneur dans les premières fonctions de ren- seignement public , ou parmi les écrivains et les sa- vans. Mais si, à Tégard des talens et de Tinstruction , M. Larauza rencontrait des rivaux parmi ses jeunes camarades , aucun peut - être n^aurait pu , de leur propre aveu , lui être préféré pour la candeur et la noblesse du caractère , jointe à la pratique la plus constante' âe$ devoirs moraux et religieux. Quelque bien née que iul cette ame pure, franche, qu'une sorte d^instinct d'honneor semblait conduire en tous ses mou- vemens, il ne fallait que Tobserver de plus près pour reconnaître quelle tâche le plus heureux naturel laisse encore à remplir à la vertu. Doué d^une imagination habituellement riante et heureuse , mais vive et pas- sionnée, il renfermait dans le sel^ret de sa vie inté^ rieure cette gravité , cette noble tristesse du chrétien résigné chaque jour h quelque nouveau sacrifice, soit pour l-accomplissement des plus austères devoirs , soit pour Texpiation des fautes les plus légères. Ce qu'était sa bonté de cœur , son plaisir à obliger, et le ssèle infatigable qu'il j apportait, c'est ce que nous ne saurions exprimer. Si cette qualité n'était pas en- core la plus éminente partie de son caractère , elle en fut du moins la plus aimable ^ et celle qui mêlera le plus d'amertume aux regrets de ses amis. Tel était M. Larauza dès le commencement de sa jeunesse : il passa, dans la même constance et la même pureté,, tout cet âge d'épreuves, amassant d'une année à l'autre le fruit de ses oeuvres, je veux dire la force 4i l'habitude de bien faire , par un progrès qui seul peut expliquer, chez quelques hommes rares, un eeirr tain degré, de perfection morale. Aussi sa carrière d'homme de bien et de chrétien a-t-elte paru ample- ment fournie à ceuxrlà même qui ont le plus à se plaindre du coup qui l'a si prématurémeni inter^ rompue. La première mission qu'il reçut de l'Université à sa sortie de l'École Normale , fut celle de professeur (yiii) agrëgé pour. le.$ hautes. claies au collège de Mont^ pellier. Un;aiiâprè$i, îl alla occaperla chaire de rhé« torique au .collège id^Âleoçoo. Bientôt, en 1816 1, rÉcoIe Normaile' reçut une nouyelle organisation pap les soins ; de Vbonocihle AL Royer-CoUard 9 alors à la tété de 'rjUnivécsité. Le nombre des maîtres de coii^férences y fui augmenté en raisqn dq cours d^é>- tudes plus long et. plus étendu i. que Ton adopta. Pluisieurs jeunes professeurs sortis, de cette école fà«r rent appelés à en conduire les travaux , et ]V(. Ijsttam^ fut de ce nomhre. Un cours de: grammaire, générale et la lecture dés auteurs latins ficeiit robjet des con- férences quHl eut à diriger. Cette école., sous la conduite à**^^^ chef habile et respecté (1), poursuivait ses paisibles travaux , lors'- que, au mois de septembre 1822, elle fut dissoute par une ordpnnance rendue sur le rapport de M. )# Ministre de lintérieur , sans^ avoir été soumise ni an Conseil des Ministres, ni à celui de TUniversité. A cette époque, M. Laranza profitait des vacances pour voyager en Italie. Sa santé, très^af&iblie depuis fi^r sieurs années , se trouvait mieux de ce genre d^exer^- cice que des travaux du cabinet « quoiqu'il voyageât à pied et avec une économie qui rexposait souvent k souffrir. D'ailleurs, renthousiasme • qui Payait d^à porté, deux ans auparavant^ à braver les précipices et les glaciers> de la Suisse dans les cqursesles plus pé- rilleuses, né cessait- df le soutenir spus {e ciel brulaqt de ritaiie. Les i^ouvenirs des auteurs anciens, et smv (i},I^. GuéncjMi d/e Mussy , auiourd^hai médâcin ordinaire daRoi» totti die Vii^le, dont sa mémoire était rem|iKe', Itt suÎYaiâiit partout : d^autant plus digne et plus capa- ble de goûter les beautés de la natvre et des arts que toute riiidépendaaee de cette vie errante ne put jamais altérer .la «chaste intégrité de ses mœurs ^ ni même in-* ^errompre là rigueur de ses pratiques pieuses. Il revint consterné du coup qui renversait le pré-^ cieux établissement auque) il avait. espéré consacrer encore dç loi^gs services ; bien moins inquiet sur son prpprel avenir que sur celui de ses arais et des élèves ^uxquel$.il savait inspirer tant d^afTecUon et de con- 6ance. Un^ continikation temporaire deiraitèmeût , accor-^ / (l^aO'X fiiiQctionnaires'de Pfcole Normale, lui permit d'âti^r CQïopléter son voyage: en Italie, et, en repas^ a^nt les Âlpeàpour la • troisîènle' et la quatrième fois, il parvînt. à, fixer son opinion d^une manièce définitive sur le prob.lèihe qui h%V Tobjet de cet cmvrage. Son admiration .poiJ(r Âtinibal , puiiée dans la lecture de Vçlybe et de Tite- Live » Tavait seule engagé dans c^t^jreçjberçhe , où il à^apportait , comme il le dit lui-mém^-, qu^une curiosité sincère et scmpul^se^et npn le d^sir plus frivole d^avoir sa réponse à sm stir une q^estiQH que les' travaux de MM. Whitaker et jD.çl^c, venai^Ql de remettre à Tordre du jour dans le monde savant. A son retour à Paris, il composa cîe ]\lémoire, auquel la plénitude de sa conyiction et de s^ prç^vesf lui fit donner plus détendue qu'il ne se; rétait pçQpp^é d'abord. L'Académie des Inscrip- )içtQS,.et llfEill^Sr-Lettres , à la^^uelle il désiraitle sdn- fnettr.e i l^'^vait autorisé à en lire des extraits a ses séances. L^absence du. plus célèbre de ses adversaires^ M. Letroone , dont il combat le système sur cette question , lui avait fait un devoir de différer ses lec* tures jusquau retour de ce savant. Mais il ne Inî était. pas réservé de recueillir par lui-même les suf- frages que cette illustre compagnie devait accorder à son travail, qui lui fut présenté parM. Raoul-Rochette après la mort de Fauteur. Sa dernière année s^écoula péniblement dans' une situation que sa santé souffrante rendait plus. fâ- cheuse. 11 se trouva réduit à un emploi extrêmement modique de sous - bibliothécaire à TUniversité. 11 poussait le désintéressement jusqu^à une injustice en- vers lui-même désespérante pour ses amis et pour ceux qu^il obligeait. Lui, qui souvent avait sollicité avec un zèle actif et même habile, la justice ourintérêt. de Tantprité en faveur d^autrui , il ne pouvait con- sentir à la moindre démarche quand il s^agissait de , lui-même. Lorsque la Faculté des lettres die Paris eut à donner un successeur au respectable M. Delà- place , professeur d^éloquence laline , M. Larauza fut Tun des candidats présentés pour cette chaire ; raais^ se tenant satis&it de cet honneur qtkon rayait; en quelque sorte forcé à demander , il s^était empressé de reconnaître à ses concurrens ^es titres supérieurs aux siens pour obtenir la nomination. Cependant cette douce gaîté d^une ame sans re- proche qui avait fait le chainrne de ses jours plus heureux , altérée par des privations et des austérités continuelles ne brillait plus que par intervalle. Comme s'il eût pressenti l'heure terrible qui devait arriver ( " ) si tôt pour lui , il se livrait aver un redoublement de zèle à la lecture des livres saints , quMl n^avait jamais peut-^lre abandonnée un seul jour. Ses souvenirs les plus cbers des beautés de Tltalie ne s'oflBraient à lui qu^avec une teinte mélancolique ; ses entretiens^ tou- jours empreints de la bonté de son cœur, devenaient plus graves , et acquéraient une sorte d^autorité mo- rale que la maturité de son caractère lui donnait lé droit de faire valoir, soit auprès de ses égaux, soit auprès des jeunes gens recommandés à ses conseils. Devenu plus solitaire de jour en jour , il opposait aux chagrins du monde la prière et Tétude. Son ardeur pour le ti*avail , qu^il ne savait pas modérer , aurait bientôt fait succéder au présent ouvrage, des recher- ches importantes pour lesquelles il avait déjà recueilli de nombreux matériaux , soit sur les questions de la théorie du langage qui se rattachent aux problèmes^ les plus élevés de la philosophie , soit sur quelques monumens de Tart antique , et en particulier sur la musique des anciens. La «musique, qu'il avait étudiée avec passion et avec les plus rapides succès , quoi- qu'il Feût commencée très-tard, était l'unique dis- traction qui interrompît dans sa retraite ses longues heures de travail ou de sooflBrance. Déjà , par des compositions pleines de vigueur et de charme, il avait étonné des maîtres et des connaisseurs habiles qui étaient loin de lui soupçonner ce genre de talent. £n général, cette modestie extrême, dont il avait comme enveloppé sa jeunesse^., avait trop comprimé en lui ces élans de verve , cet essor , qui attirent les re- gards , que tant de gens stimulent en eux-mêmes au- . (vi) delà de leur portée réelle , et qui font remarquer le talent quand ils ne le constituent pas tout entier. Pour lui, s^il se fût enfin déterminé à produire le fruit de ses travaux sur des matières de haute critique et de philosophie , il n'eut fallu que Tengager à se ma- nifester sans réserve, et à se livrer avec confiance à toutes ses inspirations : Von eut connu alors ce que cette am^ sj. rare renfermait de chaleur et de poésie, ainsi que de. lumière. et de raison. Tous nos regrets sont inutiles : il avait assez vécu dans ce monde , du moins pour loi , en ayant connu les jouissances les plus élevées ainsîrque les misères , mais surtout en ayant acquitté la dette par les vertus les plus accomplies. Une maladie inflammatœre le surprit et .fit bientôt des progrès; effrayans^ A son dernier jour, au milieu du délire de la fièvre, il rêvait le danger d'un ami , comme par un dernier trait dé cet oubli généreux de soi-inéme qui avait caractérisé sa vie toute entière.  la suite d une terrible agonie , proportionnée à la forcf).de*son tempérament et à la puissance dvi.m^l qui TenJevait ainsi au milieu de ses année&v M. I^rauza rendit le dernier soupir le 39 septembre iSaS. Le surlendemain , le dèruier adieu fut adressé, près de sa tombe, à cet homme à jamais regrettable,. a[u nom de ses amis et ^e ses collègues, par ûli- le p/^bfiçgseur Victor Cousin. Cette voix élb- quente i)^ei:(t pas à exagérer la Louange pour satisfaire à ici douleur c^mmuoe ;« et c'eM aussi la conscience de n'avoir dit que la* simple yérité, qui seule nous conseille de publier ce faible hommage à une mé* Ofoire.si ç^^fî^ . . . V. - »« AUX RELIGIEUX DESSERVANT L^HOSPICE »U GRAND SAINT-BEBNARD^ Mes BOïïs PÈEEs, - Voips ii:'âf0«:guèrea, jeëms', ^aiûsrhabitudé'dê^ëcefvotr ifiS dédicaces : qn^'iraient^dles faire si h^ut, si loin dès pftl»i& et 4e$ 'j^cad.é|hiés ? Jfos gen» de lettres ne S6 àtn^kénî ppînt €ft qae j'o^eine ^Uer dWaîr <§claircit (i'cstxkez toi», c'est ' Cette dédicace ëtait à peine ébauchée ; rEditeur' Fa rédige'e sur quelques notes manuscrites et d*après le souvenir des intentions et des id^e$dfcï*aiiteurqiii lui av^ent été confiées; de vous que mes premières lumières me sont venues. J'ai donc pensé que j'avais à m'acquitter d'une dette envers vous, et en songeant à Faccueil plein ^ bonté que vous avez* fait à Fauteur, je n'ai pas désespéré d'obtenir grâce pour l'ouvrage, en vou^ le présentant, quoique j'y mfsttc hors de cause les prétentions des dei|x fnçnls St.-Bem2|rd à l'honneur d'avoir vu le héros de Carthage avec ses Espagnols et ses Numides. Mais , les sommets glacés dont vous avez fait votre demeure y mes bons Pères , peu- vent se passer de ce titre de noblesse historique : j'y ai vu briller une autre gloire plus pure , un autre héroïsme plus bienfaisant, agréable au ciel ainsi qu'aux hommes , ouvrage de la charité chrétienne, et dont vous seuls , dans l'humble simplicité de vos cœurs , méconnaissez tout le prix. Pour moi , je l'avouerai , mon enthousiasme pour le guerrier dont j'allais chercher la trace sur tous Içs .princi](Miux passages des Alpes, fut' suspendu pendant mon séjour, dans votre solitude par* * un autre sentiment d'admiration plus intime et plus vïve , sans parler de la reconnaissance personnelle que devait m'inspirer la bonne et simple hospitalité , digne des tems d'Abraham et d'Homère, que j'ai reçue de vous. Là, mes bons Pères, j'ai TU ce que le christianisme peut inspirer de dévouement à secourir nos semblables, de patience dans la pauvreté, et de zèle à en partager les plus modiques ressources, enfin, de sérénité au milieu des fatigues et des privations conti- nuelles. Souvent des voyageurs, touchés d'un tel spectacle. lurent qu'une fois descendus dans la plaine , ils vont in- voquer en faveur de votre sainte Maison le secours des riches du inonde , dont la charité trop lente ne fournît à la vôtre que de si faibles moyens ; et trop souvent aussi les distractions du voyage effacent par des impressions nou- velles la mémoire d'un si juste vœu : agréez du moins cet hommage de Tun de vos hôtes, d'un homme obscur et sans crédit : je né pouvais, mes Pères, vous adresser qu'un sou- venir fidèle et reconnaissant de nos entcetiens paisibles , de vos bontés , ^e vos vertus édifiantes , et c'est avec joie que j'en ai saisi l'occasion* J. L. Laeauza. HISTOIRE CRITIQUE DU PASSAGE DES ALPES PAR ANNIBAL. 0»a»»tMMM>tt " La questiofi , comme on peut le voir , se présente sous un double aspect : elle nous oblige, non seulement à établir une opinion , mais encore à réfuter toutes les hypo- thèses qui seraient contraires. En effet , de quoi s'agll-il ? non seulement de retrouver sur la route suivie par Tarmée carthaginoise , les indications diverses que fournissent Po- iybe et Ïite-Live , relativement aux lieux , aux distances et aux divers incidens de la tnarche qu^ils racontent ; mais de faire voir que , sur toute autre route , cette conformité n'existerait point , ou du moins ne pourrait se reproduire ni aussi exacte ni aussi complète. Une des conditions essentielles du problâme, c'est qu'il faut avoir vu les lieux , je dirais presque les avoir vus tous , pour pouvoir prononcer en pleine connaissance de cause. Ayant, dans cette intention, traversé plusieurs fois les Alpes, les ayant parcourues à pied sur tous les points principaux par lesquels on a voulu faire passer le général carthaginois; croyant être en état de justifier de la manière la plus rigoureuse l'opinion à laquelle m'ont conduit ces recherches, je vais essayer de l'établir sur ses propres (5) bases et sur la ruine des hypothèses qn on pourrait avoir à lui opposer. Des systèmes divers sur la partie des Alpes qu'Ânnibal a dû traverser. lY. Les sentimens divers sur la partie des Alpes qu^An- nibal a dû traverser^ se rapportent à trois points principaux de celte chaîne : i* les Alpes pennînesy a* les Alpes grecques, 3** les Alpes cotliennes ; mais chacune de ces opinions se sub- divise elle-même en plusieurs autres , suivant les difTérens passages ouverts sur chacun de ces points particuliersL Ainsi, pour commencer par la dernière , parmi ceux qui conduisent Annibal par les Alpes cottiennes , il en est qui lui font traverser le Mont Viso, tels que le marquis de Saint-Si- mon (i) et Tabbé Denîna (2). — ^D'autres, le Mont-Genèore ; mais les uns veulent qu'il soit descendu àPignerol , par le col de Sestrières et iJj«r/. du méme^ Mémoires de 1* Académie de Berlin, années 1790 et 179a. (3) Chorographie de Provence , par Honoré Bouche , 1664 , in-fo!., tom. I y pag. 4o4* (4) Histoire de Polybe , traduite par dom Thuillier , avec un com- mentaire par M. de Folard , mestre-de-camp d*infanterie Paris , 1718 , tom. IV. (5) Itinéraire des Routes les plus fréquentées , par Dutems. Paris ,' 17889 in-'ia. (6) Histoire des Campagnes d* Annibal en Italie , par Frédéric-Guil- laume dcVaudoncouit, p,énéra1 de brigade, etc. Milan, i8ia, tom. I«p (6) comte de Fortia d'Urban (i). Les autres, pensent quà là descente du Mont-Genèrre , il aura dû prendre à gauche la vallée d'Oulx et d'Exilés, jusqu'à Suse et Rivoli, et c'est Tavîs de d'Anville (2) , 'de Gàbbon (3) , et de M. Le- tronne (ij).^— Enfin, Siniler (5), IVIann (6), Grosley (7) , le comte de Stolberg (8) , et M. de Saussure (9), ont cru qu*il a dû passer par le Mont-Cénis; et, plus récemment, M. Albanis Beaumont, par les vallées de Yiùet de Lanzo, situées au nord-est de cette montagne (10). Mais le comte de Stolberg se borne à dire qu'Annibal est passé par là ; Simler et M. de Saussure , qu'il se pourrait bien qu'il y fût passé ; Mann , dans une lettre à ^auzit , effleure à peine la question en cinq ou six pages; Grosley la traite comme une plaisanterie 9 et M. Beaumont en renvoie Texamen à (i) Dissertation sur le passage duRhône et des Alpes par Annîbai , par le comte de Fortîa-d^Urban. Paris , i8ai. (1) D'AnviUe , î^otice de Tancienne Gaale , artic. Alpis Pennina. — Histoire ancienne de Rollin , tom. lY , carte pour Vezpe'dition d^Annibal , par d'Anville. (3) Gibbon *8 miscellaneoos works and memoirs. Lond.» 17^) ^^'i\ tom. II , pag. 181-193. (4) Journal des Savans , 1819, pag. aietsalv. ; ibid^ pag. 753. (5) Simler. De Alpibns commentar. , pag. 77-79 » 86-90. (6) Œuvres diverses de M. Abauzit Londres, 1770 , in<-8. Lettre de M. Mann y pag. 177 et suiv. (7) Nouveaux Me'moires, ou Observatioiis sur l'Italie, par deux gentilshommes suédois. Londres , 1764, tom. I. (8) Travels in Germany , Italy , and Sicily, by Stolberg. Kœnig»- bcrgy 1794* 4 ^^'l* in-8-) tom. I. (9) Voyages dans les Alpes par De Saussure , in-8 , tom. lY , § 987, V,Sii9i. (10) Description ^t% Alpes grecques et cottiennes, par J.-F. Albanis Beaumont. Pari:» , 180G, ire partie , tom. I, pag. 98 ; et tom. 11 , '2^ partie , pâg. G3t. y (7) ceux qui s'occupent de ces sortes de recherches. C'est donc là une simple conjecture, une hypothèse dénuée de preuves, et qui , jusqu idi , a dû rester sans autorité aux yeux de la cri- tique. — Quant au passage par les Aîpes grecques , les parti- sans de cette opinion sont Cœlius Antipater (i), qm semhle nommer le Petit Saint-Bernard {Centronîs jugurn) , Fergus- Bon (d) , le générai Mel ville (3), M. Deluc (4), qui a traité cette question comme personne ne Pavait encore fait fusqu'à lui ; et en derniei^ lieu , M. Ph. Larenaudière (5) , <{ui a adopté l'opinion de M. Deluc, en la modifiant. Enfin , d'après Pline l'ancien , qtii se déclare pour les Alpes pennines (6), Cluvier (7), Bourrit (8) , WhitakerCg), le pèi»e Ménestriei* (10)1 Chrétien de Lorgea(ii), de Landine (la) ^ et M. de Hivaz(i3) , se sont prononcés pour le Grunâ Saint^Bemard* (i)Tit-Liv.,Mi, 58. (a) HUloîre des Progrès et de la Gkute de la Republ. romaine. Trad. (3) Monthly repertory of engHsh littérature. October i8ia. (4) Histoire du passage des Alpes par Annibal , par J.-Â. Deluc , Genève , 1818. (5) Goltèctidfi des Classiques la'tins , par N. £. Lematre. Tit-Liv. , f om. IV. Excursus de transitu Alpium, (6) Pli.n. Histor. natur. , lib. Ili 1 cap. 17 , ai* (7) Gluver. de Italiâ antîquâ , lib. i , cap. 33. (8) Description des Alpes Pennines , par Bourrit, pag. 171. (9) Whitaker, the course ofHannibal over tbe Alps ascertained, a vol. in-8. Londres, 1794* (10) Divers caractères des ouvrages historiques, par Cl. Me'nestrier, delà Société de Jésus. Idem , Journal des Savans , septembre 1697 , pag. 4oo. (11) Essais historiques sur le Grand saint-Bernard, parChrét. de Lorges , 1789. (la) Mémoires bibliogr. etiittér. , par De Laifdine , pag. ia5. (i3) Moniteur universel, 3o décembre i8i3. (8) Troisaotresc^aeslioiu accessoires. ' V. En parcourant chacune de ces hypothèses , . nous pouvons remar Ce fut . dans le cantpn des Yolques Àrécomiques. ». . ' " I. i^ Diaprés Tîte-Lîve, AnnUtal passa le Rhône dans îe canton des Volques arécomicpies (i) , habitant rime. et l'autre rives du flcuTe ^ et occupant le pays de Nîmes à Uzès, jus- .qu^à l'Ârdéche (a) ; il ne put donc le traverser qu en deçà de rembouchure de ce dernier fleuve. ao  1600 stades d*£mporiam. Évaluation du stade. - 2*» Ce lieu était, suivant Polybe, à 1600 stades ençiron d^Emporium (3). Avant de chercher à quel point du fleuve nous conduisent ces 1600 stades, commençons par poser nos bases d'évaluation ' par rapport à ces distances et à toutes celles que nous aurons à examiner.^ (i) Tit.-Liv., xxc , a6. (a) D'Anvillc , Notice de Fancienne Gaule , arlîc. P'oka arecvm. (3) Polyb. , lib. m , cap. 39. ( lo) Il est évident, par la suite du passage grec et par celui où Tite-Live (i) traduit par 25 milles les soo stades dont parle Polybe au chapitre 89 de son livre m , que le stade dont il s'agit ici est celui de huit au miUe, Pour le ramener à nos mesures modernes , il faut donc commencer par dé- terminer la valeur du mille lui-même. Cette question étant encore un objet de discussion parmi les géographes , com- «rie on peut s'en convaincre d'après les savans mémoires présentés à l'Institut par M. Gosselin, le 29 juillet i8o4 (2); M. Walckenaer, le 25 novembre 181 4; et M. Barbie du Bocage, le 7 avril 181 5 (3) : après avoir pesé les raisons données à l'appui des diverses opinions sur cette matière ; nous avons cru pouvoir nous en tenir à l'évaluation de d'Anville (4-) 1 qui , ne s'éloignant que d'une toise de celle de M. Barbie du Bocage , et par cela même se .rappro- chant davantage de l'opinion de MM. ns les évaluations en lieues de poste données par le dernier tableau imprimé en 1824. (a). L'on sait que chaque poste vaut deux lieues , et chaque lieue deux mille toises. Nous^ prendrons sur la carte les distances que le livre de postes lie donne pas, telles que du Rhône à Mornas, et de Valence à FLsère. ■■ NOMS DES VILLES. De la r JVC ganrbe du Rbône , en face de Mon faucon , à Mornms La Paulud Donx&re Monbélimart. , Derbi&res Loriol t . . . . La Paillasee Valence ,..,..••' L'emboucliare de Vlsire Tôt AL. LIEUES DE POSTE 3 4 4 3 3 3 TOISES. 6,900 6,000 8,000 8f0oo 6,000 6,000 6,000 6,000 3,800 56,700 (i)Polyb, m, 49- (1) Etat ççcnérâl des Postes de France. Paris , i8i4' Les distances y sonl complrcs par postiis , <]uc nous avens ici réduilcs Qn llcue». (22) Or , 56,700 toises nous donnent juste 600 stades ou nS milles romains. Si maintenant nous voulions prendre nos mesures sur Tancienne voie romaine conservée par les itinéraires (i) y et qui d'Arles allait h Valence en passant par Orange , nos résultats seraient encore à peu près les mêmes : nous allons retracer ici cette route d'après V Itinéraire de Bor- deaux à Jérusalem , préférable à la carte de Peutinger » souvent très-fautive. 1*1 NOMS DES ITINÉRAIRES ROMAINS. Ârausio Ad Lectoce Noyem Craris Acunum Vancianis ou Batiana. Umbenno Valeotia NOMS MODERNES. Orange. Total Ancône. MILLES. Valence. VII I(a). X. XV. XII. XII. IX. LXVI. STASES. 64 80 ISO 96 7» TOISES. 538 6,048 7,56o I If 340 9*072 6,804 49.896 Si à ces 4-91896 toises nous ajoutons les 3,6oo toises que la carte nous donne du Rhône en face de Montfaucon jus- qu'à Orange , et les 3,8oo toises de Valence à l'Isère , nous aurons pour somme totale 57,296 toises, ou 75 milles (i) P, Bertîi Theatr. Geogr. Veter. , tom. II. Itincr. Hierosolymi- tinum. -— Peutinger. tabula îtineraria. (2) Nous adoptons ici la rectification TIII au lieu de XIII, proposée par d'Anville , à cet article. Not. de Vanc, Gaule. Celles relatives à la distance de Vancianis et Umbennum à Valence , ne nous ont pas paru assez motivées pour éire admises-. ( a3 ) 5g6 toiles, valant environ 606 stades, c'est-à-dire une augmentation de 6 stades, ou un peu plus d'une demi- lieue de poste. Cette exactitude dans la correspondance de nos distances avec celles de rhistorien grec , suffirait pour faire con- naître et le lien précis du passage du Rhône, et le fleuve qu'Ânnibal rencontra après ses quatre jours de marche. Mais le nom de ce fleuve ayant été Tobjet de discussions nombreuses par suite des difficultés que présentent les textes anciens , pour éviter le reproche d'avoir accommodé nos calculs précédens à upe pure hypothèse, nous allons prouver que cette rivière ne peut être que ris^/Y?. Que risèrc est le fleuve dont parlent ici Polybe et Tite-Live. IL Nous commencerons par reconnaître que la leçon tj^ ^s ô idapaç , que Schweighîeuser a admise dans son texte , n'a pour elle l'autorité formelle d'aucun manuscrit. M. De- luc dit bien que « le général Mel ville étant à Rome , con- » sulta sur le nom de cette rivière un ancien manuscrit de » Polybe qu'il trouva dans la bibliothèque du Vatican , et » qu'il y vit, à sa grande satisfaction, le mot J^ar ou Isa- n ras (i). » Mais de quel manuscrit veut-on parler ? Me trouvant à Rome en 1823, et voulant vérifier ce passage, je consultai le savant bibliothécaire du Vatican, M. An^- gelo Mai , qui m^assura , d'après les recherches qu'il avait faites lui-même à ce sujet dans divers manuscrits de la bîr faliothèque , n'avoir trouvé dans aucun la version îddpaç. Le général Melville ne désignant point le manuscrit dont il parle , nous sommes obligés de regarder son assertion comme nulle dans la question. (i) Histoire du Passage des Alpes par Annibal , pag. 71. ' C a4 ) . I Sî maintenant noas examinons ce que portent les divers manuscrits de Thistorien grec , nous remarquerons avec M. Schweighœuser (i) et M, Letronne (2), qu'ils pré- sentent tous avec de légères modifications r-ji êe ZKÂPÂ2. ^ T^ Sk 2KOPA2. T>î is ïKllPAS, c'est-à-dire un nom de fleuve entièrement inconnu, 6t qui ne se rencontre dans aucun géographe ancien. Il faut donc supposer que ce mot aura été altéré par les copistes, ou que Polybe l'aura écrit tel qu'il Pavait entendu prononcer par les habitans. Cette seconde supposition'n'aurait rien que de très-natu- rel, car on sait que dans la prononciation des mots, ce sont surtout la syllabe accentuée et la terminaison qui tendent à se fixer dans l'oreille de l'auditeur. Encore aujourd'hui en entendant prononcer idapaç avec l'accent tonique sur la pénultième (3) , nous sentons que la voix glisse sur î , et que ce sont les deux dernières syllables crapaç qui restent dans notre oreille et y retentissent sourdement, même après qu'on a cessé de parler. Or, en rapprochant ce mot fsÔL^v.^ de orxâpaç surtout y qui se rencontre dans quatre ma- nuscrits , et en particulier dans le vieux manuscrit du Va- tican, n** cxxiv, cltéjpar M. Schweîghaeuser (4-), trouve- rons-nous que la différence soit bien sensible pour l'oreille, et que Polybe n'ait pu s'y méprendre ? (i) Polyb., tom. I , prdf. , pag. XL ; pag. 495 ; ettom. V , pag. 594* (a) Journal des Savans , 1819 , janvier , pag. 2G. (3) On peut fort bien supposer que les Gaulois {e prononçaient ainsi accentué , quoique les Grecs Paient accentué sur Pantépénullième , o loapy 'Toû i(7apo;. Ptolem., Il, lo. Strab., Oxon. , tom. I , pag. a56. C*est ainsi que , dans nos langues modernes , nous déplaçons fort sou- vent Paccent des mois étrangers que nous prononçons. (4) Polvb- , tom.I,préf., pag. xi et 49^ M. Schweîghaeuser appelle ( ^«5 ) Si Ton yeut attribuer Taltéralion aux copistes , ne pour- rions-nous pas admettre avec Holstenius et M. Schwei^ ghœuiser (i), que ce qui , aujourd'hui dans Tancien manus- crit du Vatican , ainsi que dans les autres , est tnapoLç , était dans les manuscrits antérieurs dont Ceux-ci sont dérivés û 'içiapaç? Qu'au lieu de o icapag , écrit peut-être ozapac, le copiste à qui ce nom était inconnu , aura lu ckapac , qui aura été ensuite changé en ciCopag et CKnPAC ? Le rap- prochement seul dé ces deux mots oicapac et ckapac mis sous les yeux , ne porte-t-il pas la démonstration jusqu a Tévidence, surtout si nous observons avec M. Letronne (2) que rien n'est si commun dans les manuscrits que ce chan- gement de o en c JY] , et que la phrase serait incorrecte si l'article ne se trouvait devant le nom du fleuve rn $k 6 m iaapaç , de même qu'il se trouve d'abord devant ' Po^avoç , Tfi /xsy yàp 6 * Po^avoç (3) ? Le manuscrit cité par Gronovius et par Mandajors (4), et portant Bisarar Khodanumque amnes , vient eiicore à l'appui de cette conjecture ; car il est plus que probable , d'après le sens de- la phrase qui né- cessite le mot îbi^ que Bisarar n'est autre chose que ibi Isara , deux mots que le copiste peu instruit aura réunis en un seul. ce vîciuc maniiscrît de P0I3 be : Omnium qui hodiè supersunt antiquis- simus. Il ajoute qu*il en a sous les yeux une collation très-exacte faîte par le savant Joseph Spalletti. (i) Polyb. , tom. V , pag. 594- (2) Journal des Sa vans y 1819, janvier , pag. aè. (3) Polyb., 111,49. (4) Tît.-Liv. , Gronov. nol. in lib. XXI, 3i. — Hisloîre de la Gaule narbonnaise, par M. de Mandajors, Pans, i733 , pag. Ssi, il dit avoir lui Bisarar dans un manuscrit du collège de la Trinité! à Cam- bridge. — (a6) Quant à la version Arar (la Saône ) que l'on trouve dans la plupart des éditions de Tite-Live ^ il y a long-tems que la critique en a fait justice, vu l'impossibilité de concilier cette leçon avec les autres circonstances de la narration de Polybe et de Tite-Live. Comment en effet supposer qu'Annibal, avec une armée de 38,ooo hommes d'infanterie et plus de 8,000 chevaux (i), avec ses éléphans, ses bétes de charge , ses bagages , aurait pu , en quatre jours de marche , après avoir eu à passer plusieurs défilés et plu- sieurs rivières telles surtout que le Roubion , la Drôme , et surtout l'Isère , parvenir à la jonction de la Saône avec le Rhône , et parcourir dans un tems aussi court un espace d'environ 127 milles romains , ou 48 lieues de poste ? « Si » ceux-là , dit le chevalier de Folard , savaient ce que c'est *> qu'une marche d'armée , ils conviendraient qu'il était im- » possible qu'Annibal eût pu faire trente-cinq lieues de » Dauphiné en quatre jours (2). » Ainsi tout, dans les narrations grecque et latine , tend à prouver que le Scoras ou Scarcts de Polybe ne peut être que l'Isère , et la circonstance it^ quatre jours de marche et des 600 stades qui nous conduisent juste à cette rivière , à partir du lieu où nous avons placé le passage du Rhône , vient en même tems fixer ce dernier point d'une manière si précise , qu'il ne peut plus y avoir de doute ni sur Fuue ni sur l'autre de ces deux questions. Situation de Vile. Cela posé , la situation du pays appelé ïlle par Polybe (1) Polyb, III, 60. (a.) Histoire de Polybe , avec un commentaire par M. de Folard, rtc Tom. IV, pag. 87 (a? ) et Tite-LIve (i), ^e peut plus être une question pour nous# Voici la description qu'en donne l^historien grec telle que la traduite M* Letronne (2) : « Après une marche de » quatre jours consécutifs depuis le lieu du passage , Ân- » nibal arriva à ce qu'on appelle l'Ile, pays peuplé et fer- » tîle en blé t il doit son nom [d'I/s]] à ce que le Rhône » d'une part , V haras de Tautre , coulant le long de cha- » cun de ses côtés, lui donnent par leur réunion ime » forme [triangulaire]] dont le sommet est à leur cqn- » fluent* Il a en fait de la ressemblance , par sa forme et » sa grandeur, avec le Delta d'Egypte , excepté que dans » ce dernier , é'est la mer qui forme le côté compris entre » les [deux3 branches \jàu NilJ , tandis que ce sont des » montagnes très difficiles à traverser , et , pour ainsi dire , n presque inaccessibles , qui déterminent un des côtés de » ïtie, » Or , ce canton , où sera-t-îl si on ne le voit pajS dans cette presqu'île comprise entre l'Isère au sud et au sud-est , et le Rhône â l'ouest et au nord , présentant une espèce de triangle ou de delta dont le sommet est au con- fluent de ces deux fleuves , et dont la base est formée par cette longue chaîne de montagnes escarpées qui, sur une ligne d'environ 3o,ooo toises , s'étendent du sud au nord , depuis Grenoble , où coule Tlsère , jusqu'à Yenne sur le Rhône , et enferment ainsi ce canton de manière à Yisoler complètement des pays qui l'avoisinent? M. Letronne remarquant à ce sujet que ce n'est que par extension que le nom à'ile lui a été donné (3) , réfute (i) Polyb. m , 49. — Tit.-Liv. , XXT , 3i. (2) iJournal des Savaas , janvier 1819 , pag. 26 , 27 , 35. (3) G^est ainsi qae Vltalte a étc comparée, par Tiie-Live, à une tle , lib. y , 33 ; et par Polybe , k un triiingle , Hb. 11 , i4- Cette dernière • 1» (i8) victorieuseitient l'opinion nourelie de M. le comte de Fortia-d'Urban , qui a cru reconnaître Vile de Polybe dans une petite fie formée par les deux bras de la rivière d'Ey- gués au sud de Saint-Paul-trois-Châteaux. Prétendue impossibilité de concilier Tîtc-Livc avec Polybe. Jusqu'ici Ton est aujourd'hui'à peu près d'accord : Po- lybe et Tite-Live se concilient et s'éclairent mutuellement , ou plutôt l'historien romain ne fait presque que traduire rhistorien grec. Mais à partir de ce point, il semble suivre de nouvelles traces. Voulant suppléer aux omissions de son prédécesseur, il introduit dans sa narration des détails qui, au premier aspect , nous déroutent et compliquent la ques- tion au lieu de Téclaircir. De là cette divergence entre les opinions des critiques qui ont cru qu'il fallait opter entre ces deux historiens, et se prononcer soit pour l'un, soît pour l'autre. Les partisans exclusifs de Polybe ont été inexorables : le général Melville et M. Deluc ne font mention de Tite-Live que pour dire qu'ils ne s'ocoupcront pas de lui, et qu'ils s'attacheront à Polybe, à Polybe seul (i) ; l'historien latin n'a pu trouver grâce, même aux yeux de ses plus doctes commentateurs. L'auteur de la dissertation in- sérée dans la dernière édition de son histoire , a traité la question du passage des Alpes comme si Tite-Live n'avait rien écrit sur ce sujet (2). M. Letronne remarquant que i l II . I I II inexactitude a même été relevée par Strabon. Voy. Strab., Oxon., 1807, lib. y y pag. 2^. Car il est certain que Tltalie ne présente pas plus que nie dont il est ici question , la forme tVun triangle régulier, mais aussi Polybe voulait-il , pouvait-il à cette époque donner des descrip- tions géométriquement exactes ? (i) Histoire du Passage des Alpes , par Deluc, pag. a ,3, igS, clc (2) Collection des Classiques latin», par N.-E. Lcmaire. Tit.-Liv. , tom. IV , Paris, i8'j4- Excursus de transita Alpium. ( =«9) cette manière de se débarrasser des difficultés , est moins philosophique qu*elle n'est commode et arbitraire , on lui répond (i) que pour tracer une route qui s'accorde avec les distances , les jours de marche , les localités et les incidens , il faut suivre Polybe avec le plus grand scrupule et fermer Tite- t Live, Mais où et quand Ta-t-on prouvé ? Certes , nous con- viendrons bien avec M. Deluc que , dans cette question , le témoignage de Tite-Live ne saurait avoir la même auto- rité que celui de Polybe , et que dans le cas où il y aurait impossibilité évidente de les concilier , on ne devrait pas balancer à sacrifier Thistorien latin à Thistorien grec. Mais ce sacrifice est-il nécessaire ? Les contradictions qu*6n a cru voir entre ces deux historiens ne seraient-elles pas plus apparentes que réelles? Cest ce dont il fallait s as- surer, et ce que qous allons examiner en poursuivant la marche de l'armée carthaginoise vers les Alpes. (i) Joqrnaldes Savans, 1819, Janv. , pag. a3; décemb., pag. 75 1. (3o) CHAPITRE III. DÉTERMINATION DE LA ROUTE SUIVIE PAR ANNIBAL , DEPUIS L*EM- BOUCHURB DE L*ISÈRE JUSQU*A L'eNTRÉE DES ALPES. Narrations de Polybe et de Tite-Live. ' * PoLTBE III , 49-So. « Annîbal, Titb-Live , xxi , 3i-33. «c An- après K^e marche de quatre jours nibal , après quatre jours de mar- Gonsecutifs, arriva àce qu*onap- che, arrivée IUle.... Près delà pelle FIle... S*ctant avancé vers ce habitent les Allobrnges , nation pays y il y trouva deux frères qui qui , dès-lors, ne le cédait à au- se disputaient la souveraineté, et cune autre de la Gaule, en puis- qui étaient à la tête de leurs trou-^ sance et en renommée. En ce mo- pes, campés Tun en face de Fautre. ment elle était divisée par les ri- L*aînë vint le trouver espérant le valités de deux frères qui se dis- mettre dans ses intérêts: il le pria putaient la souveraineté. L*ainéy de faire cause commune avec lui, nommé Brancus , se trouvait re- et de Taider à se maintenir dans poussé de son royaume par le son autorité^ Annibal écouta ses cadet appuyé de la jeunesse du propositions, sentant bien quels pays , et ayant pour lui la force à avantages il pourrait en tirer dans défaut du droit. Annibal, surve- la circonstance. Il réunit donc ses nant fort à propos , la décision du forces à celles de ce prince , et se démêlé fut soumise à son arbitrage, joignit à lui pour chasAr son com- L*avis des vieillards , étant pour pétiteur. Rétabli dans ses droits , Taîné, le Carthaginois le remit en le prince gaulois le récompensa possession de Tautorilé. Celui-ci , largement de son assistance. Non- en reconnaissance de ce service , seulement il le fournit abondam- le fournit abondamment de vivres (3i ) POLYBE. TITB-LIVE. iTient de vivres et de provistoqs et provisions de toute espèce, et de toute espèce , mais de plus'i il surtout de vétemens qui devaient renouvela les armes de ses sol- être d^un grand secours k son ar- dats ; et remplaça toutes celles mëe contre les iroids rigoureux qui avaient souffert , soit du tems, qui se font sentir dans les Alpes, soit de la guerre. La plupart fu- Ayant terminé les différends des rent en? outre vêtus et chaussés, AUobroges , et, dès-lors, se di— et rais ainsi en état de passer les ri géant vers les Alpes, il ne prit monts qu'ils allaient avoir à fran- pas le droit chemin, mais se porta chir. Enfin il leur rendit un der- sur la gauche , vers le pays des nier service plus important en- Tricastins ; puis, côtoyant Tex- core: comme ils avaient à traverser trente frontière des Voconces , il le territoire des Gaulois nommés alla chez les TV/conV/y^ sans avoir AUobroges, et quUls ne s'avan- nulle part rencontré d'obstacle çaient qu*avec crainte vers ce jusqu'à son arrivée sur les bords pays, le prince gaulois se mit à de la Duraace. Cette rivière , qui Tarrtère -garde avec ses troupes vient aussi des Alpes , est , sans pour protéger et assurer leur mar- comparaison de toutes celles de la che jusqu'à leur entrée dans les Gaule, la plus di facile à traverser. Alpes. En effet* quoique, roulant un vo— Annibal , ayant marché pen- lume d'eaux considérable , elle dant dix jours le long du fleuve , n'est point 'navigable ; parce que, l'espace d'environ 800 stades, n'ayantpas de lîVes fixes qui Ten- commençait à entrer dant les Al- cai$sent,se creusvntà la ibis plu— pes , lorsque tout-à-coup il se vit sieurs lits , tantôt sur un point , exposé aux plus grands dangers, tantôt sur un autre , formant sans Tant que l'armée s'était trouvée cesse de nouveaux gués et de nou- dans le plat pays , aucun des chefs veaux gouffres , à travers lesquels des diverses peuplades AUobroges les piétons même ont peine à se n'avait osé l'attaquer, par crainte diriger ; charriant en 'outre dans de hi cavalerie et' des . Barbares , son cours d'énormes masses dé qui escortaient le général cartha- gravier, elle n'offre point de fond ginois. Mais , lorsque ceux-ci se solide et sûr à ceux qui voudraient furent retirés chez eux, et que la traverser. En ce moment elle se l'avant - garde d'Annibal com- trouvait encore grossie par des mença à s'avancer' vers les pas- pluies récentes. Aussi le désordre / ( 3a ) POLYBE. TITE-HVE. sages difficiles, on vit tous ces da passage fut-il extrême , les ter- chefs AUobroges réunis, accoarir, reurs dé& soldats s*auginentant à la tète d*une multitude de guer» encore par l'effet de leur précipi- riers , et s*eniparer de tous les tation et de leurs clameurs con- postes dominant les lieux par les- fuses au milieu de tant de diffî- quels Tarmée carthaginoise de- cultes.... Des bords delà Darance, vait nécessairement passer, m Annibal gagna les Alpes par un pays de plaines , et sans être in- quiété nullement par les Gaulois qui habitaient ces contrées. » Annibal ne passa point l*Isère. Polybe et Titc-Live d*ac4»>rd sur ce point. L La première question qui se présente est celle-cl : Annibal passort-il V Isère F enira-t'il dans l'Ile ? Tite-Live explique pourquoi le général carthaginois , après le passage du Rhàne , avait remonté si haut^ers le nord , au lieu de prendre la route naturelle et la plus courte par Cavaillon, Apt , Embrun et Briançon. Yoici son texte : (c MedUerranea Galliœ petit , non quia rectior ad Alpes via^ » esset^ sed quantum à mari recessisset minus obçium fore » Bomanum credens , cum quo , priusquam in Ilaliom Qentum M foret, non erat in animo manus conserere (i). »> Il ajoute dans le chapitre suivant que le consul Publ. Cornélius , ar- rivé au lieu du passage, trois jours après le départ des Car- thaginois , s'était rembarqué pour Fltalie , « Tutiits faci- » liùsque descendenti ab Alpibus Annibqli occursurus (2). >» Polybe dit absolument la même chose (3). Or, nous pour- (i) XXI î 3i. (2) Idem , 3i. (3) Polyb. , III ,49. (33) rions déjà remarquer, avec M. Letronne , qu^Annibal ar- rivé, sur les bords de l'Isère sans avoir vu paraître les Ko- mains , ne pouvant pas ignorer qu'ils avaient cessé de le poursuivre , n'avait plus de motif pour remonter plus haut, traverser encore une rivière assez large , et ne pas mar- cher de suite vers les Alpes. Mais c'est dans le texte nîéme du passage que nous examinons , que nous allons en trou- ver la preuve. Nous n'y voyons nulle part qu'Annibal soit entré dans Viie^ mais seulement qu'il arriva à VUe^ qu'il s'avança vers Vile : w« îrpoç w v^wv Trpo; ijv àfvnôftsvoç. Tite- Livc de même , ad insulam pervenit. Ce dernier est même beaucoup plus décisif, en ce qu'il ne place point dans Vtle^ • mais près d'elle^ le peuple qui fit intervenir Annibal dans sa querelle i et qu'immédiatement après cette affaire , il fait marcher larméc vers les Alpes : Sedatis certaminibus Attabrogum , quumjam Alpes petereU Mais supposé même que ce peuple fût dans l'ife, comme le veut Polybe , s'cnsui- vrait-il nécessairement qu'Annibal y soit entré ? Une seule démonstration hostile de sa part , sa seule présence , avec des forces si imposantes , ne suffisaient-elles pas pour dé- terminer le jeune prince à se désister de ^^^ prétentions ? On ne nous parle point de combat livré , mais d'une simple intervention qui a plutôt l'air toute pacifique. On ne nous parle point de passage de fleuve , et quand on sait ce qu'est l'Isère à son embouchure, on ne peut croire que Polybe et Tîte-Live eussent tous deux négligé de donner a ce sujet quelques détails , si leurs mémoires en eussent fait mention. Mais dans le cas même où Annibal aurait été obligé d'employer la force , et où l'on voudra trouver ce sens dans les expressions (ruve/riespçvoç xa* (ruvgx€aX» Quabt à cet autre passage , tulï xata>a&ùv sv àvr^ Juo àâey^o\>ç , etc. \ n'est-ce pas une de ces tournures si fréquentes en grec et en latin ^ et signifiant simplement : « ayant trouvé qu il y avait dans l'île deux frères qui , etc. ; ayant trouvé deux frères ( qui étaient) dans Tile, etc. » Ces transpositions de complément ne se trouvent-elles pas ii chaque instant dans les langues à inversions ? Objection de M. Delac. — Erreur de d^ Anville et de M. Deluc y sur la position des Allobroges à -cette époque. — Poljbe et Tile-Live s*accordent à les placer hors de File. — Des déplacemens des peu- ples barbares. Anachronismes géographiques qui en résultent. III. Mais , dit M. Deluc , ce en remontant la rive gauche n de risère , on n'entre nulle part sur le territoire des » Allobroges , et cependant ^ distance de 800 stades fut » parcourue dans leur pays , et ce furent encore des Allo- n broges qpi attaquèrent Tannée à l'entrée des Alpes (2). '> J'avoue que cette objection est forte , et très-forte, mais surtout contre M. Letromie , qui , plaçant dans VUe les Allobroges (3) , fait à ses adversaires, et bien gratuitement,, (i) Journal des Savans , 1819 , pag. 3o et 756. (a) Ibid , pag. 749. (3) Ibid , pag. a6, 38 et 756. (36) une concession tout à son désavantage , et dont ils savent habilement tirer parti contre lui. Nous convenons que du tems de Qcéron (4)f de César, et même avant , les AUo- broges , occupaient tout ce pays qui se trouve entre la Saône et Tlsère ; c*est encore là que , plus tard , les placent Strabon.et Ptolémée, en leur donnant Vienne pour capi- tale (i.) : mais étaient-ils là à Tépoque dont il est ici ques- tion ? D'Anville le suppose ; mais sur quoi porte sa suppo- sition? Est-elle appuyée d'une autorité quelconque? de la preuve la plus légère ? Les seuls auteurs qui puissent four- nir quelques lumières sur ce sujet, sont Polybe et Tite- Live. Or, où a -t- on vu dans ces historiens qu'à cette époque, les Âllobroges habitassent VUe F Bien loin de le laisser entendre , ne disent-ils pas tout le contraire ? Pour s*en convaincre , il suffit de lire avec quelque attention cette partie de leur récit que nous avons ici traduite. Po- lybe ne nomme nulle part le peuple qui habitait Vl/e : il dit que le chef de cette nation escorta les Carthaginois qui s'effrayaient d^avoîr à traverser le territoire des Gaulois nommés Allobroges^ cu^^ûg JiaxctfA^oeç' frpôg tttv Jtà rûv c i».o6p£7fli»y xoiXovpévwv FaWwv Tropetav. Les Carthaginois, d'après Polybe , n'étaient donc pas encore entrés sur le ' territoire des Âllobroges? Lorsqu'ils y furent, il ajoute (pie les chefs des Allobroges n'osèrent les attaquer par crainte des Barbares qui les escortaient > Ta pèy rovç i'Knûç Jc^iorcç, rà Je rovç TrapaTre/zTrovTOcç ^apÇapovç. Nulle part il ne donne le nom d' Allobroges aux habitans de Y Ile. Tite-Live est encore plus formel : il reconnaît positivement , comme (i) Gic. Epist ad Famil. , lib. X, ep. i5 y 28. (a) D*Anvîl1e , Not. de Tanc. Gaule , art. Alhbroge^s» Insula, ( 36 ) on Ta déjà pu voir, que les Allobroges habitaient près de Vile. Ces textes ne prouvent-ils pas nettement que si les ÀUobroges s'établirent plus tard dans ce canton , ils n'y étaient pas encore , du moins au tèms d'AnnIbal ? C'est ainsi que Polybe nous montre les Etrusques , établis d'a- bord au nord^est du Pô, entre ce fleuve et les Alpes, ' avant qu'ils ne fussent descendus vers le pays auquel plus tard ils donnèrent leur nom (i) j et , ce que Polybe dit des Étrusques, ce que nous disons dès Àllobroges , nous au- rons occasion de le remarquer encore plus loin en par- lant des Tricastini , des Vocontiî et des Tricorli que Tite- Live place sur la route d'Annibal : car Thistoire des na- tions barbares n'est que l'histoire de leurs migrations et de leurs déplacemens continuels depuis leur première ap- parition jusqu'à ce que des changcmens introduits dans leur manière . de vivre , parviennent à les fixer. Peuples pasteurs ou chasseurs , et partant essentiellement nomades^ lorsque le besoin les pousse en avant, ils se jettent sur le premier pays qui leur offre des pâturages et des moyens de subsistance ; et lorsqu'ils Tout épuisé , ou que les produc- tions du sol ne peuvent plus suffire à une population qui tend constamment à s'accroître , ou bien lorsque quelque cause accidentelle , comme guerre , épidémie , déborde- ment de rivières , les chasse du pays qu'ils avaient envahi, on les voit se répandre sur le sol voisin , s'en emparer s'ils sont les plus forts , et réduire la tribu vaincue à aller elle- même chercher à s'établir ailleurs. C'est ce mouvement (i) Polyb. , 11b. Il, 17. —Polybe recommande à ce sujet , à ceux qui voudraient écrire Thisloire de cette' nation , de prendre garde de se laisser préoccuper par sa situation présente » au point d^attribuer à la contrée qu^elle habite de son tems , des événemens qui se seraient passés dans le pays qu'elle avait habité primitivement. ( 3? ) continuel , ce flux et ce reflux d^une population essentiel- lement vagabonde .qui rend si difficile et presque impos- sible la description topograpbique de ces pays à celte époque de leur histoire ; et c'est pour en avoir négligé l'observation , que nos plus savans géographes ont laissé tant de confusion et d'obscurité sur plusieurs points im- portans de géographie ancienne , comme nous aurons en- core l'occasion de le remarquer plus loin. L^hîstoire des Âllobroges tend à les faire placer plutôt au mtd! qu'au nord dé Tlsère. * Mais pour en revenir aux Allobroges ^ on voit que Po- lybe et Tite-Llve se réunissent pour les montrer placés hors de Vile , lors de l'arrivée des Carthaginois. Ce que nous savons de leur histoire nous porterait même à penser quils ne s y établirent que long-tems après. Durandi, traitant de leur origine , les représente comme ayant fait d'abord partie de la tribu des Ligures^ ayant été de tout tems alliés du peuple coUien , et descendant , ainsi qu'eux , des Taurini{i) ; ce qui tendrait à les placer primitivement plutôt au midi qu'au nord de l'Isère, En outre , c'est en- deçà de ce fleuve , «t surtout dans la partie la plus iQéri- dionale de la Gaule , que l'on voit se passer la plupart des guerres qu'ils eurent à soutenir contre lés Romains, de- puis la première, l'an 63o de Rome, jusqu'à celle qui mît fin à leur indépendance , l'an 692 (2). Nous serions même assez fondés à croire que ce dut être vers celte (1) Durandi, Saggio sulla storîa dei popoli anticKî d^Italia , pag. 85 (a) Flonis , lib. m, a. — Tite-Livc , Ëpitome, lib. ixi et cm, — Description des Alpes grecques et cotliennes , par Âlbaois Beaurnontj i^e partie , tom. I , pag. S;- {5. (38 ) époque que, subjugués par les Romains, ils furent reppus- ses au-delà de Flsère , et forcés de se renfermer dans le pays borné par ce fleuve, la Saône et le Rhône. Du reste ce fait n'est ici pour nous d'aucune importance ; ce qu'il nous importait de prouver , c'est que les Âllobroges n^é- taîent pas encore dans ce canton. Mais quel pays occu- paient-ils ? C'est ce que nous ne pourrions décider Ici sans tomber dans une pétition de principe semblable à celle que nous reprochons à M. Deluc , et qui consiste à vouloir déterminer la marche d'Annibal d'après une position que les Âllobroges n'occupèrent que deux cents ans après lui , tandis que ce serait la position même de ce peuple lors de l'arrivée d'Annibal, quil faudrait déterminer ici par la route que suivit ce général depuis l'embouchure de Tlsère jusqu'à l'entrée des Alpes. Cherchons donc, dans nos deux historiens , si nous n^ trouverions pas à ce sujet quelques renseignemens plus positifs. Polybe semble avoir pris soin de lever ici tous les doutes : après avoir conduit Annibal sur les bords du fleuve qm boiiialt VUe à sa partie méridionale , c'est-à-dire l'Isère , après avoir dit que le chef gaulois dont Annibal avait soutenu les droits , se mit à l'arrière-garde de l'ar- mée carthaginoise pour l'escorter jusqu'à son entrée dans les Alpes, il ajoute : ce Annibal ayant marché pendant dix M jours le long du flewe , irapà rov TrorafAov , l'espace d'en- » viron 800 stades , commença à entrer dans les Alpes. » Nous nous trouvons donc naturellement conduits à cette seconde question. L'Isère est le fleuve suivi pendant 800 stades jusqu^a Tentree des Alpes. IV. 2*. Quel fut le fleure gu'Annîhal suîqU depuis Vem.- bomhure de Vlsère jusqu'à son entrée dans les Alpes? (39) Conço!t-on que Cette question puisse en être une ? Ainsi posée , ne se présente-t-elle pas toute résolue ? En efîet , ie& qu'il est démontré qu'Annibal n'entra pas dans VUe^ il est évident que ce n'est pas le Rhône qu'il continua de suivre , mais l'Isère qu'il remonta depuis son embouchure. Le texte même le fait assez entendre : car c'est de l'Isère qu'il a parlé en ilemier lieu, et depuis cet endroit T-p fikv ^àp ô'Po^avoç, rp âtô iaapaç, il ne nomme plus le Rhône une seule fois (i)« Tite-Live n'est pas moins décisif : d'après lui , immédiatement après avoir terminé les différens des Al- lohrogesy Annibal marcha vers les Alpes* « Sedatis certami- M niJHis AUobrognm, quum jam. Alpes peteret » Or si, du point où il se trouvait ^ il. commença à se diriger vers les Alpes, ce ne put être qu'en remontant l'Isère ; il est clair, à la seule inspection de la carte , qu'il eût pris une direction qui l'en éloignait, s'il, eût suivi le Rhône. De plus, quand on connaît cette partie du fleuve qui se trouve entre l'Isère et Lyon , on ne peut douter que de ce côté il lui eût été impossible de continuer à marcher le long du flen»e , irapà tov irora^ov. Dans toute cette partie de son lit , surtout depuis les environs de Gîsors jusque vers Saint- Yallier, il se trouve, «acaissé enti:e des rodiers escarpés qui, sur plusieurs points de sa rive gauche, sont baignés par ses eaux et ne laissent nul passage aux piétons. D'ail- leurs le3 800 stades le long du fleuve^ qui conduisent Anni- bal à l'entrée des AJipes , oè l'auraient-ils conduit en re- I I .1 I II I I j » I ■ » (i) Quant au passage àiro ^ vH^ i^a£pinion^. (4o) montant le Rhône? Voici ce qae donnent les mesures prises sur la carte (i), en suivant le plos* exactement possible les diSerens détours du fleuve. Depuis rémbouchure de l'Isère jusqu^à 'Tain 4)700 toises. Saint -Yallier. 6,4.00 Saint- Rambert 6,800 Saint-Alban 8,3oo Vienne ,• . . 7,200 Temay 6,700 Lyon (à Tembouch. de la Saône) Q^Soo Sonage 7^700: Anthon 5,ioo Vertrieu (vis-à-ris [St.- Sorlin). • , . # . . . 11,000 Vers Amblagnieu ( sur le Rhône) a,2oo Total. . • 75,600 toises ou 800 stades* Les 800 stades le long duflewe aboutiraient donc au petit village d' Amblagnieu , à une lieue au-delà de Saint ^Sorlin ; or, ici nous sommes encore loin de Ventrée des Alpes. La carte, en continuant de suivre le Rhône, donike d* Am- blagnieu à Saint-Genis-d^Aouste , 17,000 toises; de là à Champagnieu, 2,3oo; de Champagnieu à Tenue, 6,000. Ainsi, il nous faudrait encore 25,3oo toises, ou environ 268 stades , pour arriver à Yenne , où M. Deluc place l'en- trée des Alpes (i). (1) Yoy. TAtlas commun, delà France, et les aatrescartes déjà cîtv tùv «x tyj^ I talioi **Ç "^^v ÎÇw KcXtixvjv , xotî tyjv irpoaocpxttov , 1^ èik 2ai«aawv «artv • (44> Petit Saint-Bernard, à coup sûr elle n^existait pas du tems d'Ânnibâl y car les Romains , lors de la seconde guerre pu- nique , n'avaient encore point fait de conquêtes daùs cette partie des Gaules , et par conséquent n'avaient pu y établir des routes (i). Les seules que les Gaulois pussent avoir étaient celles que la nature ouvre d^elle-méme dans les vallées qui coupent les montagnes , ou bien des chemins d^s le genre de ceux que nous rencontrons âur les points des Alpes où l'on n'a point construit de grandes routes , tels , par exemple , que celui du petit petit Saint-Bernard , pour aller de la TarentaiseauYald'Âoste; du Brunig'pour passer de l'Oberland dans TUnderwald, etc. ; des chemins, en un mot, praticables tout au plus pour les hommes et les bêtes de charge. C'étaient là les seules routes que les Gau- lois dussent avoir , parce que , à cette époque de leur vie sociale, vie nomade, vagabonde et toute barbare (2), étrangère à ces besoins , à ces relations que présuppose l'établissement des grands chemins, il ne leur était pas né- cessaire d'en avoir d'autres. Aussi , avant leur roi Gottius , rhistoire ne fait-^Ue mention d'aucune grande route cons- truite par eux (3). Dans le passage des Alpes par Bellovèse , Tite-Lîve, appelle ces montagnes ûzp/a^ ; dans l'expédition d'Annibal , il dit qu'il conduisit son armée per înçia ple^ raque (4-). Dans cet état de choses , que devait faire le gé- néral carthaginois? Ayant à traverser un pays inconnu , ne pouvant se fier entièrement aux guides dont il s'était fait accompagner (5), il devait suivre , autant que possible , les (i) Bergîer. Hisl. des gr. chein. de TËmp. rom. » liv. I , ch. ix. (a) Polyb. , II, 17. (3) Bsrgier. Hisl. des gr. chem. de TEmp. Rom., liv. I , ch. ix. (4) Tit-Liv. , V , 34 ; idem , xxi , 35. (5) Polyb.iii, 34 , 44, 48, 5j. — Tit.-Liv. , xxi , 29 3o. ( 45 ) - voies toutes frayées (jue lui offraient les vallées, et les gui- das que la nature lui présentait d'elle-même dans les ri- vières dont il pouvait remonter le cours jusque vers la cime des monts qu'il avait à franchir. C'est ainsi que , dans l'his- toire des migrations des peuples barbares, on les voit presque toujours , lorsqu'ils arrivent dans quelque nouveau pays , suivre le cours des rivières ; ainsi , les tribus venues de la chaîne du Caucase , traverser la Germanie en remon- tant le Danube (i), les Cimbres et les Teutons errer long- tems sur les bords du Rhin ; et c'est aussi ce que dut faire Annibal, mais ce qu'il n'aurait point fait en suivant la marche que lui trace M. Deluc , et en cherchant passage à travers cette chaîne de montagnes que Polybe nous re- présente comme Impénétrable et presque inaccessible. Ces diverses considérations viennnent donc encore à Tappui de ces trois points que nous avons essayés de dé- montrer, I® qu'Annibal n'est pas entré dans Vile; 2® au' il n'a pas remonté le Bhâne ; 3° qu'il a remonté la rioe ganche de l'Isère. Mêmes consîdéralioDS relativement au grand Saint-Bernard. YI. Si ces trois points sont bien établis, Thypothèse du passage d'Ânnibal par le Petit Saint Bernard se trouve dès à présent ruinée par sa base; à plus forte raison celle de Cluvier , Whitaker^ M. de Rivaz (2) , etc. , qiû , en lui faisant franchir le Grand Saint Bernard , ajoutent à toutes (i) Descript.- des Alpes grecques et cotUennes , par Albanis-Beau— mont, ire part. , tom. 1 , pag. 24 , a5. (a) Cluverius de Italiâ antiquà , lib. i , cap. 33, p. 376, place ren- trée des Alpes au-delà de Seiêsel, Whitaker, à Martîgny, enfin M. de Bivaz, Monit. Univ., 3o décembre i8i3. hSeissel, c'est-à-dire i5,ooo toises , ou iSg stades , encore plus loin que M. Deluc. (46) les difficultés que nous venons dVnumérer , celle d'allonger tellement la route , que cela seul suffirait pour mettre ce système hors de discussion, comme noua le montrons plus loin chapitre 6 , en examinant cette opinion dans Tensemble des distances qu^on y fait parcourir à An- nlbal , comparées à celles exprimées par Polybe. Quant aux autres objections dont cette hypothèse est susceptible j nous ne pouvons faire mieux que djc renvoyer au chapitre où M. Deluc les^ examine (i)« Du passage d*Annibal par le mont Genèvre. !<> Opinion de M. Letronne. VIL Jusqu'Ici nous sommes d'accord avec M. Lçtronne ; nous lui avons souvent emprunté des armes pour combattre une opinion fort spécieuse , résultat de savantes et labo-» rieuses recherches ^ et soutenue avec une habileté bien ca-* pable d'en déguiser rinvraisemblançe ; maintenant , c'est à M. Letronne lui-nléme que nous .allons soumettre les observations que nous croyons pouvoir opposer au système qui fait passer Annibal par le mont Genèvre. Nous mar- chons, avec M. Letronne et le chevalier de Folard, le long de FIsère jusqu'au. Drac , mais jusque-là seulement Ar- rivé sur le Drac , le chevalier de Folard (i) le passe, et poursuit son chemin par Yizille , Bourg-d'OIsans , le mont de Lens , le I^utaret, Briançon et le mont Genèvre , sans s'inquiéter ni du texte de Polybe , ni de celui de Tite-Live ^ ni des difficultés nombreuses -que présente eette partie de la marche d' Annibal. M* Letronne les aborde franchement , (i)-Hi5t. du Passage des Alpes , pag. a55. (a) Hîst. (le Polybe , avec un commentaire par M. De Folard, t. IV, pag. 89 } 90. Paris 1728 , m~4> ( 47 ) et , d après ia solution qu'il en donne , faisant remonter au Carthaginois la rive gauche du Drac , il le conduit au même point , mais par Corps , Saint-Bonnet, Gap , Em-' brun et Briançon (i). Ce sont les raisons sur lesquelles repose cette hypothèse que nous, avons à discuter. Comme elles sont presque ^utes tirées du texte de Tite-Live « nous allons le donner ici : tf Sedaits çertanunibus AUabrogum, cumjam Alpes peteret, » non recta regfone Uer insiitidi, sed ad lœQom in Trkustinos » flexit; îndè per extremom oram Vooontiortan agii tetendii in » Tricofios , haud usquam in^ditd via priusquam ad Drue.n- M tiam fiunun petveniL >* Du sens qu*il donne aux mots ad lagvam flexit, de Titc-Live. Laissons maintenant parler M. Letrorine : M Parvenu au confluent de l'Isère avec le Drac ...... » Annibal ne prit point la ligne directe , non iter rectâ re- » gione instiluity il tourna sur la gauche (par rapport à » l'historien ) ; ainsi il ne traversa ni l'Isère ni le Drac ^ » torrent extrêmement large et impétueux à son embou- » chure ; il remonta ce torrent , que sa largeur dut lui » faire prendre pour la même rivière que l'Isère. Il le » suivit jusqu'au dixième jour , dans l'espace de 800 stades, » à compter du point où il avait trouvé l'Ile des Allo- » broges. Cette mesure équivaut à 100 milles romains, c'e$t- >» à-dire à j^6,ooo toises environ ; prise le long de l'Isère » et du Drac , elle porte à Saint-Bonnet , à l'entrée du » département des Hautes-Alpes. » Ces mots de Tite-Live , ad lœ^am y étant décisifs , tout (i) Joarnal des Savans , 1819 , pag. 3a , 33. . ( 48 ) le système que nous attaquons , étant une déduction du sen^ nouveau qu'on leur donne , il faut nous y arrêter. M. Le- ttonne ajoute , page 33 : « Il est élaîr quÂnnibal en re- » montant le Drac , a pris à^drolle -et non pas à gauche. » Gela est si évident , qu'au lieu de taxer Tite-Live d'igno- M rance ou d'absurdité , on aurait dû sentir que cet hislo- » rien , en disant ^^o;}^ ad lœs^am ,• parle relativement à sa >i position en Italie , ce qui est assez ordinaire aux auteurs » anciens. , C'est ainsi que Quinte - Gurce , décrivant la » route d'Alexandre le long du Tigre , avec une carte sous » les yeux , place ce fleuve à gauche , et les monts Gor- >* diœî k droite (i), quoique relativement à Alexandre ce » fiit tout le contraire. » Nous avouons qu'il nous est impossible d'admettre /Vpi- dence de cette interprétation. Dans une phrase ainsi cons- truite : M Annibal ayant rétabli la paix chez les Allo- » brbges , et dès-lors se dirigeant vers les Alpes , ne prit » pas le droit chemin , mais se détourna sur la gauche , n ad lœQamjlexit » , comment supposer que l'historien en- tende parler de 'sa propre gauche , eX non de celle du gé- néral dont il suit la marche? Il faudriiit donc dire aussi que, dans le même chapitre , par ces expressions ad^ersâ rlpâ BJhodaniy il désigne la rive droite du Rhône , se trouvant lui-même en deçà , tandis qu'il est évidemment question de la rive gauche qu'il appelle adt^ersâ par rapport au général qui arrive d'au delà du fleuve? Nous convenons bien que l'on voit quelquefois les auteurs anciens déterminer la position des peuples dont ils parlent , relativement à celle quils occupent eux-mêmes;, mais il faut alors que la phrase soit construite de manière à le faire entendre ; que ce qui (i) Quint. Gurt. , lib. lY , cap. x y J^o. ' la prt^cède, ce qui la suit, amène ce sens naturel kn^exU ;< cpie le pays habité par rëcrivain , et qu'il prend comme terme de rapport , soit un pays bien détermine , bien connu , et présentant un centre assez important pour pou- voir étre'pris pour point de départ. Trouvons-nous ici rien de tout cela ? Je concevrais que ces jnots ad Iai?am , s'ils étaient en phrase incidente , de manière à se présenter comme détachés et exprimant un f/iit géographique cons- tant et connu des romains , pusi^nt laisser quelque doute .; par exemple , si Tite-Iiye disait : in Tricastinos , quœ regîo ad lœQom sita est y etc. , mais il n'en est* pas ainsi ; ces mots ad lœvam sont là comme complément immédiat du verbe fiexit qui se rattache immédiatement à son sujet , Annibai; il est donc clair que c'est de la gauche d'Annlbal que parle l'historien. D'un exemple emprunte à Quinte-Curce. Quant au passai de Quinte-Curce , que M. Lctronne cite à l'appui de son interprétation , n'aurait-il pas été pos- sible de mieux chosir? Sait- ou bien ce cpie veut dire cet historien au milieu de la coofosion qui règne dans toute cette partie de la marche d^Alexandre ? 11 nous le repré-^ sente ici (i) comme venant de traverser le Tigre , et mar- chant vers Ârbèles ; et déjà il a dit qu'il s'était porté sur les bords du Tigre après avoir passé près d'Arbèles. «« Quarto die pnzier Arhela pénétrât ad Tigrim (2). >» Si , dans le passage cité , il place à la gauche d'Alexandre ce qui était â droite, ne pourrait -ce pas être tout simple- ment une de ces erreurs géographiques si fréquentes d^ins (1) Lîb. IV, cap. X , 4o (a) Lîb. IV , cap. ix, 36. 4 ' ( 5o) cet historien (i)? Mais ici [peut-on même savoir s'il se trompe ou non? Nous dit-i! si Alexandre, apr^s avoir traversé le fleuve , remoble ou descend vers Arbèles ? S'il descend le fleuve , il Ta réellement à droite , et les monts Gordicti à gauche ; sW remonte , tout au contraire. Du reste , dé (pielque manière qu'on l'entende , ce passage , dans aucun cas, ne saurait présenter un sens qui soit rela- tif à la position de Fécrivain. En effet , il ne s'agit pas là dé deux pliys situés à deU:c points extrêmes, par rapport il l'écrîvâm qui se trouve en face , dont l'un , par exemple, serait au nord et [l'autre au midi, mais d'une rivière et d'une chahié de montagnes venant l'une à la suite de l'autre , dans une direction parallèle , c^'est-à-dîre toutes deux à l'est pour l'historien , mais seulement l'une plus que Tautrc. Ainsi ce passage de Quinte-Curce , supposé qu'il soit intelligible , ne serait pas applicable à la ques- tion , et ne prouverait rien en faveur du sens que Ton veut donner au passage de Tile-Live. Nous verrons plus loin qu'en n'adoptant pas celte inter- prétation y nous ne sommes pas réduits à taxer Tite-Lioe d'ignorance et d* absurdité ; que notre interprétation , au contraire , joint à l'avantage d'être la plus naturelle , celui de pouvoir seule s'accorder avec le texte de Polybe ; car nous allons prouver qu'il est impossible , dans l'hypothèse que nous combattons , de concilier ces deux historiens. ImpofBÎbîlilë dans cette hypothèse de concilier Polybe avec Tite-LiYc. Dans cette hypothèse, ce ne fut qu'à son arrivée sur les bords du Drac , qu' Annibal prit à droite ( ad ktQom pour (i) Voyez TExamen critique des historiens d* Alexandre, par M* de Saintc-Groix , et l'analyse de la carte des marches d'Alexandre , par M. Barbie du Bocage, pag. iio , 670 , 695, 718 , 811 , 862 , etc. ( 50 Tite*-Live). Mais qii€ dk le texte latîn ? « Sedatîs certami^ » nibus Aliobrogum . cum jam Alpes petei^ei , non rectâ re*- M* glone iter instituit^ sed adlœQomin THcastinos jiexii, » Ce foi donc immédiatement après titmr réglé les iaiéf4is des Allohroges , c'est-à-dire lorsqu'il était eacore sur le Rhône à rembouchurc de l'Isère, €pïe , se dirigeant dès-lors vers les Alpes , il prit à gauche ; il devait donc, en admettant, le sens que l'on veut donner au mot/dwdm, descendre de suite sur Valence, et y prendre la route qui, de là, allait par Die , Gap , Embrun et Briançon , au mont Ge« névre. Sur quoi M. Letronne se fonde-t-il pour retarder, jusqu'à son arrivée sur le Drac Tapplication de ces mois ad Iccoam , qui déterminent la direction suivie par Annî- bal? Cette supposition n'est-elle pas tout-à-fait gratuite ? Je conçois qu elle est nécessaire dans l'opinion que nous attaquons pour concilier Tite-Live avec Polybe ; car s il avait pris à droite par Valence, Annibal n'aurait pu mar- cher le long de l'Isère. Mais cette impossibilité ne pouvant se sauver que par une interprétation fausse du texte latin , que penser de la solution qqi en résulte? Si nous passons à la narration de Polybe , nous y voyons qa^ Annibal marcfu;^ le long dufieuoe ( de l'Isère^ l'espace de 800 stades^ Or, lorsque nous sommes à Tembouchure du Drac, il s'en faut de beaucoup que nous ayons parcouru cette distance; que fera donc M. Letronne? cr Annibal, » dit41, ne traversa ni l'Isère ni le Drac, torrent extré-* 9 mement large et impé^cux à son embouchure ; il re~ » monta ce torrent, que, sa largeur dut lui faire prendre pour » la mime rivière que l'Isère; il. le suivit jusqu'au dixième » jour dans l'espace de 800 stades , à compter du point où » il avait trouvé l'Ile des Allobroges. >> Notre savant adversaire nous permettra-t-il de lui de- (50 . tHauder si cette explication ie satisfait pleinement ? Anni-» bal prit le Drac pour la même rii^ière que PIsère ! mais sar <[aoi porte cette supposition ? Polybe dit-il rien qui puisse la motiver? Dans le cas où le fait aurait eu lieu, n'était-il pas important qu'il en parlât, puisque de là dépend Fin- telligence de la marche qu'il décrit? Cet écrivain, tou- jours si exacte eût-il manqué de rapporter, d'expliquer une méprise si singulière ? Ces guides qu'Annibal, d'après Polybe et Tite-Live (i) , avait avec lui ; ce prince gaulois qui l'escorte depuis Y Ile jusqu'à Ventrée des Alpes^ eussent-ils négligé de l'avrtir de son erreur? D'ailleurs, était-ce un fleuve comme le Drac , si différent de l'Isère par l'aspect sous lequel il se présente , par les phénomènes et les par- ticularités qui le caractériseût , qu'Annibal eût pu con- fondre avec cette rivière ? D'après la nature de ce fleuve, qui n'a pas de lit fixe ni de cours régulier, et qui souvent dans ses inondations occupe plus d'un quart de lieue de terrain , oroit-on que l'armée Carthaginoise eût pu achever dts 800 stades en marchant le long du fleure P Je ne demande pas à Mé Letronne ce qu'il fera des Tri-- casUni : ad lœpom in Tricastinos JlexiL D'après leur posi- tion sur sa carte, page 22, Annibal vient de traverser leur territoire ; mais s'il prend à droite^ lorsqu'il est. arrivé sur le Drac, il se dirige vers les Vocontii et les Trieoriij et tourne le dos à leurs voisins, bien loin d'aller chez eux, comme le veut Tite-Live. Laissant donc derrière nous les Tricastini, poursuivons la marché desCarlhaginois le long du DraCé Ici les objections viennent en foule. Calcul incomplet des 800 stades dans cette hypothèse. On a déjà vu que ce ne fut qu'après avoir fait 800 stades t (1) Polyb. III y 34, 44» 4^f $2. -^ Tit.-Lîv. , xxi, 39 , 3o. (53) le long éiijUmt^ que Tannée carthaginoise entra dans les Alper. Examinons donc combien on en peut déjà compter au point où nous sonùnes parvenus. Voici le résultat des mesures prises sur la carte (i), en suivant le plus exacte* ment possible les différens détours du fleuyc : De Temboucbure de l'Isère à ChAteauneuf- d'Isère. , Romans (sur l'Isère). . ; Eymen (près de l'Isère ). St.-Nazaîre, idem* . • Beauvoir, idem. . . St.-Gervais , idem, . . St.-Quentin', idem, . . Grenoble ( sur l'Isère ) 4)OOo toises. 5,700 7,000 ' 3,200 5,4oo 8,000 5,100 10,600 Total. 49f 000 toiseS) ou 5 1 8 stades i/a. Où serait l'entrée Ats Alpes ? Arrivés à Grenoble; nous n'avons donc encore parcouru que 5x8 stades 1/2 le long de l'Isère ; mais lorsque- de ça point Ton prend à droite pour suivre le cours du Drac dans la direction de la montagne de Sassenage , on le voit traversant la plaine de Grenoble , à peine à deux ou trois Heues de la ville, s'enfoncer déjà dans les gorges que., lui ouvrent le& Alpes. Annibal , en se dirigeant de ce côté ^ (a) Voyes TAtlas communal de la France , par divbidns mililairci, par Charles. (54) serait donc «nlré dans ces montagnes , tt'ayaol fait an pliis qne 58a 'siades ie hng dufiéme. Où serait le passage bal fut (Alîgé de passer cette rivière uù peu aU'desstis M d'Embrun « parce que la route suit la Tive gauche ; de » la passer une seconde fois au-dessous de Briançon , et n une troisième au-dessus (i)« » Mais à Embrun, mais à Briançon, nous sommes dans I. M — - I ■ IM.I ■■■ H P. I I 11 I I I I « I I I ■■ I . I ■ iw .1 .-1 ■ I ■ . (i) Journal des Savans , 1819, pag. 33, 33. (55) le cœur des Alpes^ il y ajong-tem^ ^ue Tonaious y ^ fait entrei: à Saint*B,onnet ; que devieadi»i.4da.côinikietita- tc^ur de P&lybe ae «e j^résente arec : un ttrlàam caractère d'autorité : ayai|t la^ la giii^rrèidsUKS'çesimiàiiftagiifs, il coli- naissait le pays, -et en cela ses aasertkiQs knëritentua exa- men plus sérieux. Mais pourrons-ticfns âtrede son aris lor^ 4{u?aprèfi «avoir parlé des difficultés qu^auraient «opposées JuV^rmée taxih^^v^fij^t tes autres passages (MiTèrts dans les AipQ«9 ii ajoute, « i^ montagnes où Am^ibal. passa sont nmqins ssdjarfiééA^ m^ins coMpie^ de fmécipio$M.^ei les pas .pl>^<$^UfV.4PflH kPi.Kiiï'9ipaux pointa ide la:eh2dBBi4s des. Alpes par lesquels on peut^Uer de France en Italie, le Çimplon , le grand et le petit Saint-Éernard , le mont Cenîs, le mont Gétoévre et les Aïpes maritimes, et jç puis dire que nulle JUdi'l je if âi rencoîrtre' fil des montagnes plus escarpées , plus coupées de précipices'^ ni des pas plus fréquens et plus diffitiles que isiir tbulè cette roulé par oùFoIard fait passer les Car- thaginois depuis Vî'zîlie jusqu^à Ptgntràl en passant par le mont de Leris , le col du Lautaret , le mont Genèvre, le col dé péstrîères ', ÏVneslrclles, et la vallée de Pragelas. Sa'ns parler dfes çw^i/r^ihontalgnes qu'il aurait eu àfran- chîr (2), que d oostacies ne lui eussent pas présenté celle pag. S9. — Si aux 5 18' stades 1/2 données par lâ carré , depais Tem- boiicfaUrc ï\e Tlsèrc jusqu'à GfenobfevPbn ti)c«ité tti^ stade j environ , ctorciispondatit<âu< ^'tati He'tMs ' de .^^(fttè> ^e^l^oo-'t^ôtiVe depuis Ôre- x^bte jusqa^auf otit vîUa^ ^e Vlk , ùvuçofawtkxigt:vl*knir^ deà Alpes , sur la route du cheva^re;; (1^ Folard^ roi\ii!a\ir9 en tout. fut;, Gji'S sift^ des i/u , au lieu de 800 <|ue Ton devrait avoir d*a^rès PoljjJie. (1) Toin^ IV , pag. 89. ('2} Nous avons déjà rciuar<|uc quj Polybe et Tite-Live ne disent pas I V ( % suite de défilés qui semblent is'enchatner presque sans inter- ruption sqr tonte cette route ! ; A peine a-t-oo &U mue lieue au-delà de Yizille que déjà au sortir du. pedt viUage»d/e Vile, on entre dans cette profonde, et é|roîte yajil^e que tra- verse la Bomanche., et qui se prolonge^ sur un espai^e-de i^à i31iiçues, }usqu'aa pied, duLauUiiTet, n'élani.gHèrejÙDtâr- roœpue que par la plaine de Beurg'4^0ys€ak$; naais. eietle plaine était autrefois un vaste lac (i,) ; pouf alkr duBojU9(2g à Yizille I il n^e^îstait qu'un sentier traversai la.montagne et passant par les vilkiges S Oman ^^ Chof^elaup^Lsmiw. Aune lieue environ de Bourg-d^Qysans on rentre dans \€s défilés : vers le petit hameau d'^i^rsîh^ on suîtl^ ncmyeUe route «que Napoléon fit tailler dans Je fPG;« et qui i^ôtoye le mont de Lens que l'on était auparavant oUîgé de fr^cl|ir par un chemin praticable seulement potur. les pîétcMis et JLss bâtes de somme4 A mesure que nous ^av^nçonS) nous ypyx^s que cejiays devait offrir autreÇoi^ bjc^uçoup.f)!!^ de di£Ei- cultés quls^ourd^hui , et cçpendant combien n^npicésente- t-il pas encore ! S^ Fql^rd trouve qi^'Annibal sur. les autres points de la rchaîne des Alpes aurait^eu, «ne infinité de pas très-dangereux à pas^^ où cent homnies^j^xent capéill€s,de Varréter (^)»'.9ue:dire.f,: suc^x^n^te pf^.^laqi^elle ilXe xon- duU , de tout. le pays •q^i'r§ster;lit|| parcourir? fij^ ces dé- filé3 si profonds, re&s^i:f/$^ §nJ^,ce|rrp^]^qrs eÇffayabiçf f^\ spuyent ne laissç^o^ ^.{çur pied j^'^autrc^tpasi^ge que les,en- '>■«■ ^u'Annibal^ah-eii à ^«k4tfl^.dMt#e4^iM^tf»g9Ârtp>«^* »' ** • ', % cofc sur'qdéltjaés rochers Ics'îmrtcaux de fer qui servaient à âltarner le* iMirques» ' - ." • •< (^) Tom. IV, pag. 89. (6o) ^èr qui éôloye les bords de la Romanche F de celte gorge sauvage qu'il fàut^avefser de LagraPè à Vîltarctd^ Arène , et que les habîtatis appellent Lacomhede Malaxai? Et encore ne somnies-nous là qu'au pied du Lautaret : nous n'avons pas parlé des difficultés de sa montée ; des précipices qui -B^nen'i à drbite l'étroit sentier condmsant au sommet du • Gol ; des périls qu'il iO'ésente à certaines époques et sur- < fMfr dans la saistoii' où l'armée carthaginoise aurait eu à le travëtiâê».^ Je k trâVêr^i moi-4n<ème le '3 novembre 1823 , •^po^ue fpii est à-péi:^pfès celle où Aniiibal passa les Alpes. ' Il était' depuis son sommet jusqu'à sa base , entièrement cou- >ert dé glaces et de neigé» ; toht chemin avait disparu ; l'on • • • né trouVàh pour se ériger que quelques perches plantées de distance en £stance , et souvent mon guide , habitant du paya i^ s Y troôifplwt*' lui-même. Lorsqu'à ces époques,- la /iimrmenté vient foiidre sur cei régions élevées , elle em- porte toût^ hbtnmes^et mulets, au milieu des tourbillons de neige qu'elle* faîf vflèr , et règne sur ces hauteurs avec une 'ftircur et des ravages. qu'il faut avoir rus pour s'en faire une idée. Quels passages ^\us dangereux et plus difficiles le chevalier de Folard côt-il "donc pu didisirt* Depuis la descente diriJattéarét jnsqu^aumontGrenèvre ^ ra Vallée ^'élargit , les liéttx n'offrent pMi les mêmes diffî- cilltés ; quoique 1 on ait ^torè qtièlques p^s assez rudes à franchir; maîs Fttn'rérràtitbienrtt^es^obstâcles se repro- duire si nous poursuirions notre description: topographique depuis lé mont Grepèvre jusqu'à Pignero]. Si nous nous ar- rêtons Ici c'est que ce qui vient d'être dit sur là nature des localités jusqu'au point où nous spmmes parvenus, nous pa- raît suffire pour mettre ceux de nos lecteurs , qui auraient vu les autres passages des Alpes, à portée de prononcer sur Tasserlion du chevalier de Folard. (6i ) Du passage par le mont Yiso , selon le marquis de Saint-Simon* VIII. Enfin , il reste à examiner une troisième hypothèse proposée par le marquis de Saint*Sîmon (i), d'après la^ quelle , après aroir p^ssé le Bhône en face de Saint-Paul- trois-châteaux , Annibal aurait suivi ce fleuve jusqu'à l'Isère qu'il aurait traversée au-dessus de Saint-Roman , pour de là remonter jusqu'à Vienne , puis redescendre le long du Khâne jusqu'à Saint-Paul-trois-châteaux d'où il serait ar- rivé par la Bréoule , Ubaye et la vallée de Barcelonnette au mont Viso , qu'il aurait traversé pour entrer en Italie : mais cette opinion est ^ si évidemment insoutenable à la seule inspection de la carte ; elle se réfute si complètement d'elle-même par la seule manière dont elle est exposée ; Tahbé iDenina qui paraîtrait vouloir l'adopter semble y te- nir si peu , il est si indécis , on a tant de peine à le suivre au milieu de ses tâtonnemens et de ses incertitudes (2) , que ce serait peine perdue de chercher à réfuter une opinion que ses partisans semblent eux-mêmes abandonner par leur peu d'application à la soutenir. Du reste de quelque manière que soit présentée l'hypothèse du passage d'Ânnibal en Italie par le mont Viso y toutes les faisons que nous avons opposées à M. Letronneetau chevalier dé Folard viendraient toujours se reprodmre contre elle, et avec bien plus de force. £lle se trouve donc déjà détruite par la ruine des deux sys- tèmes que nous venons de discuter. Quant aux objections qui Im seraient exclusivement propres , nous ne pouvons (i) Histoire de la Guerre des Alpes > ou Campagne de i744* P^' 1^ marquis de Saint-Simon, préface, pag. io-56. (a) Tableau histoiique , statistique et moral de la haute Italie , par Ch. Denina. Paris i8o5 , în-8, pag. 39 , et note a, pag. 358.— -/i/f/yi, Mémoires de PAcadémie ck.' Berlin , annres 1790-1791 , pag. 465. -\ ( 62 ) inletti foire que de renvoyer à l'excellent chapitre où M. Diiluc les a exposées, (i). Coïncidence des 800 stades de Polybe, et de l'entrée des Alpes ea suivant la rive gauche de l'bèfre. Jusqu'ici nous n'avons traité que la partie nc^gative de notre sujet , nous occupant plus de réfuter que d'établir ; et nous nous sommes attachés surtout à montrer que les routes diverses par lesquelles on voudrait conduire Annibal, de Tembouchure de Tlsère au point où Polybe le (ait en- trer dans les Alpes , ne sauraient être suivies qu'autant que l'on consentirait f je ne dis pas seulement à sacrifier Tite- Live à Polybe ou Polybe à Tite-Lîve , mais à les mettre de côté l'un et l'autre. Maintenant donc , retournons sur les bords du Rhône , où nous avons laissé l'armée cartha- ginoise ; cherchons d'abord dans Polybe quelle fut la route qu'elle dut suivre à partir de ce point ; mais consultons-le naïvement , sans prétendre substituer nos idées à ses idées, nos conjectures à ses renseignemens , et peut-^tre aurons- nous à nous étonner qu'on ajt été si long-tems à trouver cette route qu'il avait pris soin d'indiquer d'une manière si claire et si précise. Reprenons le passage grec : « Afhnbal , dit Polybe , » ayant marché pendant dix jours le long du fleuve , l'es- » pace d'environ 800 stades , conunença à entrer dans les >» Alpes. » Nous avons démontré que cefiem^ ne peut être que l'Isère 9 et en cela nous sommes d'accord avec M. Le- tronne et le chevalier de Folard ; reste donc à chercher où les 800 stadj^s nous conduiront en suivant le cours de cette rivière^ Déjà nous avons trouvé précédemment 5x8 sta- (i) Histoire du passageOttiissent au point Aq U. chaîne des Ai{$cs où Thistoire fait «/ifrrr Annibal dans pes mont agnes. A partir de Grenoble j on les' voit s'ëtendre a^u sud-est, et border la rive gauche de Tlsère,. dans la belle et fertile vallée qu'elk an>osç (i).'ïla marchant tou- jours le long du flewe, on les a continûment à droite, jus- qu'au pont de Montmélian , où laissant à gauche les bords de risère , on commenf5e à entrer dans ces montagnes , et à monter les premiers degrés de la barrière qui se pré- sente à franchir, rHç rpoç ràç Ahrtiç àvxÇo^^ç. (c A cent pas environ de Tautre côté du pont (de Mont- M mélian), dit M. Albanis Beaumont, est une charmante » colline ou falaise , couverte d'arbres jusqu'à son som- n met : c'est au pied de cette colline qu'on laisse à droite » le chemin qui conduit à Sainte-Hélène , pour prendre » à gauche celui du Piémont. Le premier hameau que l'on » traverse , se nomme la Chwane; il est situé au sommet » de la montée, etc. (2) ». Nos 786 stades conduisent donc juste au point de la chaîne des Alpes où la route de France en Italie commence à entrer dans ces montagnes pour se di- riger vers le mont Cénis. Du système de M. Delac^ modîEé par M. Lar.enaudière. L'auteur de la dissertation insérée dans le Tite-Live de ' la Collection des Classiques latins. M, Ph. Larenaudière , tout en adoptant l'opinion de M. Deluc , la modifie sous ce rapport qu'il fait suivre à l'armée carthaginoise , ainsi que nous, la rive gauche de l'Isère jusqu'au pont de Monlmé- 1 — ■ — ^ (i) Yoye» de Saussure, Voyage dans les AJpesr, in-S, tom V $ 1 18a. (2) Descrîpt. des Alpes grecques et cottiennes | a^ part. , tom. Il , pag. 593. — Voyage dans les Alpes , par H.-B. de- Saussure. Neuf- chAtel, 179G , în-8, tom. V , ch. iv , p. 2g. (65) lian (i). Mais arrivé Ià« il lui fait passer le fleuve pour se retrouver avec M. Deluc« et continuer. de marcher avec lui par la Tarentaise jusqu^au Petit Saint-Bernard. M. La- rensnidière se bornant à un simple exposé sans preuves , nous n^avons rien à réfuter. Cependant un changement de direction aussi étrange dans la marche de cette armée « mé- ritait bien qu'on le motivât y et Fauteur se contente de dire que risère , en cet endroit, est très-facile à passer, t/uo in hco Isara facilUmè, irajici potest (2). Mais où M. Larenau- dière a-t-il puisé un renseignement aussi inexact? L'Isère, en face de Montmélian , a un pont de neuf arches , ce qui indique assez qu'elle est fort large : elle y est de même assez profonde , et j'y ai vu, à une époque où les eaux sont basses, de gros bateaux chargés, descendant de Montmé- lian vers Grenoble. Ne pourrions-nous donc pas nous bor- ner à demander à M. Larenaudière s'il serait vraisem- blable qu'Ânnibal se fût donné la peine de traverser encore ici uii,e rivière lar^e et profonde ^ pour prendre le chemin de la Tarentaise , plutôt que celui de la Maurienne qui se pré- sentait là si naturellement? Mais avant de le suivre sur cette (i) Si M. Larenaadîère n*est point entre dans l*Ile avec M. Deluc, pour de là faire suivre h Annibal la rive droite de Tlsère , il est pro- bable quSl en aura étc enjpêché par la connaissance des lieux , qui su (lit pour avoir la conviction qu* Annibal n'a pu passer par là. Voici en effet ce qu'en dit -M. Dcluc : « L'ancienne Cularo des AUobroges , » Grenoble , était autrefois resserrée entre les montagnes au nord , et » risère. Au-dessous du pont qui joint les deux parties de la ville , N ia montagne s*açançait f'nsçu'au bord de la rivière , et se terminait -» par des rochers à pic; mais depuis, Ton a fait sauter les rochers » pour faire une grande route le long de la rive droite. » Histoire du Passage des Alpes , p. 92. (1) Collection des Classiques latins, par N. £. Lemaire. Tite-Live , tom. IV, £xcu:*sus de transitu Alpium, pag. 499» 43o, 4^7* 5 (66) roate , examinons si la nature des lieux sera d'accord avec nos distances pour offrir ici Taspect de ce que Polybe ap- pelle l'entrée des Aipes, ou la montée vers les Alpes* Description des lieux depuis la Ghavane juscpi^à Aiguebelle. .\spect de Ventrée des Alpes. Dès la ÇhuQane , on n'est plus dans le plat pays, iv toîç mizUai^ (i) ; Ton a quitté cette large et belle vallée que les habitans aj^ellent la plaine de Grenoble, là plaine du Grai- sii^audan, et la route plane et unie qu'elle présentait le long dujleuoe. Le chemin que Ton suit va sans cesse mon* tant et descendant (2) à travers ces riantes collines qui se succèdent depuis la Chavane jusqu'à la croix d'Aiguebelle. Mais si l'on n'est plus dans la plaine , Ton n'est pas encore dans les Alpes t au sortir de la Chavane l'on n'entre pas tout de suite dans ces somlnres et étroites vallées que l'on rencontre un peu plus loin; les monts que nous avons de- vant nous ne s'enchaînent pas encore , ne nous enferment pas de toutes parts , ne nous offrent pas ces formes angu- leuses et rudes , cette structure heurtée et bizarre qui ca- ractérise les sommets de la chaîne centrale* Ici ils se pro- longent vers l'Isère en s'abaissant et en adoucissant leurs contours : mais derrière eux apparaissent déjà quelques cimes neigeuses , quelques rochers solitaires dont les âpres sommets annoncent que la scène va changer , et qu'à cette nature si riante et si douce va bientôt succéder une nature plus sauvage et plus austère* Enfin tout se réunit, ^ ces câtéS| pour nous faire sentir que nous ne sommes pas en- (i) Polyb., III , 5o. (3) Description des Alpes grecques et cottienues, tom. II, a^ part» , pag. 591-606. (67 ). core dans les Alpes, mais que nous allons y entrer ; que nous sommes sur le seuil, en un mot, au point appelé par Polybe , T^ç Trpoc ràç llnuç àva6o^:qç. La nature des lieux con- court donc avec la coïncidence des distances à fixer ici l'entrée des Alpes ; nous y sommes parvenus en marchant constamment le long ifufleiwe ; l'accord de toutes ces cir'- constances né prouve-t-il pas évidemment que nous n'avons pas cessé de suivre la route tracée par Polybe ? ha €artlu^iiols it*auraieAt pu continuer de snivre l'Isère ftiiqu^à Vembottchure de VArc, JTavais d'abord pensé qu^Ânnibal^avait pu continuer de remonter l'Isère jusqu'au point de sa jonction avec l'-^rc , et ne commencer que là k entrer dans les Alpes. L*Arc le conduisait droit an pied du mont Cents* Cette hypothèse avait l'avantage de le montrer, depuis le passage du RhAue, constamment guidé dans sa marche par le cours de quel- que rivière : mais la même exactitude ne se serait plus retrouvée dans le rapport de nos distances avec celles de rhistorien grec ; et puis les ravins escarpés qui bordent risère du côté de Coise (i), ces marais qui sur sa rive gauche Occupent Fespace de plusieurs lieues , du côté de TembouChure de TArc et qui existent là de tems immémo-^ rial (2) , n'auraient sans doute pas permis aux Carthagi- nois dfi continuer à suivre les bords du fleuve. Les cartes les plus anciennes de cette partie des Alpes ne présentent toutes qu'un seul chemin , celui passant par la Chavane , Planèse , Coise et Maltaverne ; tout porte donc à croire qu il n'en existait point d'autre du tems d'Annibal. (i) Description des Alpes grecques etcottiennes: ifi part. , tom« II, pag. 59a. (2) Ibidy pag. 600. (68) Mais SI, en prenant cette route , on s*éIoigne un peu des bords de risèrc ; si les collines qu'on a sur la gauche en interrompent quelquefois la vue ^ ce n'est que pendant un si court espace de diemin, que l'on peut à peine dire qu'on ait cessé de suivre le cours du fleuve, surtout quand on sait que la route en suit la direction, et qu'à des intervalles très-rapprodiés la vue retrouve à découvert la vallée qu'il arrose : ainsi, à une demi-heure de la Chavane, en arrivant à Planèse, l'on découvre de nouveau, sur la gauche , la triple cime du moni Cervin , présentant à sa base les charmans villages d'Arbin, Crué-Férou , Saint-Jecm-âe'^a'Pùrte , Saint-' Pierre^' Albigny f tous situés dans la vallée de l'Isère. Avant et après Maltaveme , la vue planant sur les deux rives de cette vallée , s'étend jusqu'à ConfUmSf à l'entrée de la Ta- rentai^e. Bientôt après l'on arrive vis-à-vis l'embouchure de l'Arc , que l'on ne quitte plus jusqu'au pied du moQt Ce- ois (i). Ainsi le détour si court qui nous éloigne momen- tanément des bords de l'Isère , ne peut pas nous empêcher de dire que , dans notre système , Annibal n'ait été cous- , tammcQt guidé dans sa marche par le cours de quelque ri- vière , depuis le passage du Bhône jusqu'à la montagne qu'il eut à franchir pour descendre en Italie. (i) Ibid, pag. 593 et 600.— Voyage dans les Alpes par M. de Sau>- tore, in-8 1 tom. Y , $ i iSa-i i85. (69) .tftrvDijtfift i i in<»trMMwvwvii¥irt% vinfvi ri i T i in~*ii''ii'i>T'"*"'*****' '**"'" '"■*■**** t MtMmmm^mM^imim CHAPITRE IV. BXAMBN DC6 DIFFICULT£$ QUI PRâSEMTB TITR - LIVB DAKS L*EXPOSÉ BB hk MARCHE D*ANIIIBAL, DEPUIS l'EMBOUCRURE DE VlskVLE jusqu'à l'ENTRλ des ALPES. PrëtenduÎM contradictions entre Polybe et Tile-Live. — • Accord de directions qu'ils indiquent. • L Nous abordons ici les principales difficultés de la ques- tion : il s'agit d'examiner s'il est vrai que la relation de Tite-Live , si conforme à celle de Polybe jusqu'au confluent du Rhône et de l'Isère , s'en écarte tellement à partir de là , qu'il faille , comme le veut M. Deluc ,^n?i«r F historien romain , et suiore excbisii^ement Vhisiorien grec* Reprenons le texte qu'on nous propose d'abandonner; « Sedatis cer- y taminibus Allobrogum , quum jam Alpes peteret , non » rectâ regîone îter instituît, sed ad lœvam in Tricastinos >» flexit : indè per extremam oram Yocontiorum agri te- >» tendit in l^ricorios, haud usquam impedttâ via prias - » quam ad Druentîam flumen pervcnit (i) »• Annibal vient donc de terminer les diflférens des AIlo- broges , et dès-lors se dirigeant vers les Alpes , il ne prend pas le droit chemin y c'est-à-dire celui qui était plus court pour (i)Titc-Lîvc, XX f , 3i. (70) aller des Gaules en Italie , et qui passait par Valence ^ Die, Crsipi Embrun, Brîançon et le mont Genèvre (i) ; maïs // se détourne sur sa gauche : or , dans la position où le place l'historien , c'est-à-^re marchant vers les Alpes ^ et laissant le Rhône derrière lui , il avait nécessairement la route du mont Genèvre à sa droite , et le chemin qui re-- montait le long de Tlsère , k sa gauche. En prenant ce chemin , et suivant les bords de ce fleuve , dont le cours remonte de droite à gauche dans le sens de Touest-sud à Test- nord y il est évident qu'il appuyait sur sa gauche , se dé- tournant ainsi de l'Italie où il tendait, et de la route la plus directe ^oxxr s'y rendre. Que dit Polybe de son côté? Qa^An- nibal marcha pendant dix jours le long du fleure , et ce fleuve^ nous avons vu que c^est l'Isère. Où donc existe la contra-- diction , et comment ne pas voir qu'en laissant aux expres- sions de Tile-Live leur sens naturel, cet historien est kif conune dans tout ce qui précède , toujours d'accord avec rhistorien grée ? Si l'on vonlait expliquer le passage latin d'après les idée& du marquis de Saint-Simon , on aurait encore les mêmes résultats. Saint-^imon soutient qu'Annibal avait dû éta- blir son camp en face des Romains : « Aucun militaire , .» diè^il, ne pourrait croire qu'Annibal eût manqué d'ob- » server cette première règle de la guerre , de placer son n camp en face de l'ennemi , et non pa« en face de l'en- n droit où l'on veut se rendre (a) »• Certes les Romains étaient alors bien loin ; mais supposé que le camp d'An- nibal fut placé dans ce sens., s'appnyant à droite sur le Rhône et adossé à l'Isère ; em remontant le cours de ce (i) Vid. Itînerar. Anton. Aug. — Peullngeri Tabula itineraria. (i)^Hi5toire de la Guerre des Alpes , prëfi , pag. 35. ) ( 7») fleuve , Annibal eut encore pris à gauche, et Tite-Lîve se- rait toujours d^accord avec Polybe. yoici donc déjà une première difficulté écartée : les autres , quoique plus se- fieuses en apparence , ne le sont pas an fond davantage. Prétendue interpolation arbitraire faite par Tile-Lîve au re'cit de Polybe. IL w Ce qui a contribué essentiellement , dit M. Deluc^ » à dérouter tous ceux qui ont voulu chercher la marche » d^ Annibal d'après Tite-Live , c^est l'addition , je l'appel- » lerai même ¥ interpolation ^ à la fin du diapitre XLIX de » Polybe , du nom des peuples chez lesquels l'auteur latin » suppose qu' Annibal passa , et la supposition^ en outre ^ >» du passage de la Durance. Cette interpolation , qui n'a >» rien de correspondant dans l'auteur grec , jeté une telle M confusion dans la route d' Annibal, qu'elle devient in~ >* compréhensible (i) »« Supposition fausse de la situation que Tite-Live attribue aux Tricas- Uni , P^ocontii , et Tricorii. — ■ Les Tricaslini place's par Tjle-Live à Saint - Paul - Trois - Cnâteaux ? Rien ne Vindique. Inductions contraires Ces trois peuples situés bien moins au sud que d'Ànville ne le-suj^ose. Nous commençons par reconnaître avec M. Deluc que Polybe ne dit pas un mot du passage de la Durançe , . ni des trois peuples mentionnée par Tite-Live ; savoir : les Tricastini, les Vocontii et les Tricorii. Comment , en effet, les aurait-il nommés , forsqu'îl dît lui-même que tout le pays qui s^ étend çers, le nord depuis Narbonne jusqu^au Ta- ndis j est inconnu à l'époque où il écrit (a) ? Maïs de ce que (i) Histoire du Passage des Alpes ^ pag. i()6. (a) Polyb. , iir , :58. (7») Polybe ne nomme pas ces peuples, qui. peut-être de son tems n^ayaient pas encore ie nom particulier , du moins connu des Romains , est-ce une raison de rejeter ce quVn dit Tite-Live écrivant diaprés des mémoires qm avaient pu être composés à une époque où cette partie de la Gaule était mieux connue , et la science géographique plus avan- cée? Nous conviendrons bien que s^il était démontré que les Tncastini, les Vocontiiet les TViconï occupassent, lors de Texpédition d^Annibal v le pays où les suppose placés M. Deluc d'après d'Ânville (i), il y aurait contradiction entre les deux historiens ; qu^il faudrait opter , et , dans ce cas, nous l'avons déjà dit , notre choix ne serait pas dou- teux. Mais d'où savons-nous que Tite-Live assigne à ces peuples la position géographique que d'Ânville leur attri- bue ? Par exemple > qu'il place ici les Tricasitni au midi des SegaJauni , et dans le canton de Saint-Paul-trois^ÏMr' teaux F Nulle part il ne le fait entendre. Ne doit-on pas inférer tout le contraire de la marche d'Annibal , telle qu'il la trace ? Car , s'il avait cru que les Tricastini fussent au-dessous des Segalauniy n'ét^t-il pas naturel qu'il les nommât immédiatement après le passage du Rhône, comme le fait Silius Italiens (a), puisqu'Ânnibal aurait dû les ren- . contrer là , et traverser leur territoire avant d'arriver à Vile F De plus , ne peut-on pas conclure de quclqu'autre partie de son histoire , qu'il plaçait ces peuples beaucoup plus au nord ? Ainsi , lorsque dansie récit de l'expédition de Bellovèse , qu'il montre partant du Berry et de l'Or- léanais pour descendre en Italie par le Saltus Taurîhus , il (i) NoU de Tanè. Gaule. Voyez les articles Tricastini^ F'ocoiUii, Tricorii, (a) De secundo bello punîco, llb. m ^ v. 4^)6. ( 75 ) ait : in Tricasiinos venit ; Afpes iiidè oppositœ erant (i), se- rait-il yraisemUable qu'il lui eût fait faire Fétrange détour de passer par le territoire de Saint-Pauè-Twis-Châteauv pour aller de Bourges à Turin ? Aurait-il pu dire qu'il se trouva là en présence des Alpes qui lui fermaient le pas- sage , cum vehitseptQS montium aUitudo teneret Gdllos ? VL suffit de jeter les yeux sur une carte pour prononcer (2). Nous voyons donc que cette prétendue interpolation , que M. Deluc reproche à Tite-Live , ne nous déroute qu'au- tant que nous voudrions lui faire dire ce qu'il ne dit pas : c'est donc injustement qu'on l'accuse , en empruntant les faits à Pùlybêf d'en transporter la scène ailleurs; et lorsque le savant auteur du système que nous combattons ne craint pas de dire : « Si Tite-Live avait eu quelque connaissance » en géographie lorsqu'il empruntait les faits dePolybe, etc., » il aurait , etc. » nous nous rappelons involontairement ce passage du plus judicieux critique de l'antiquité : « Mo- » desiè iamen et circumspecto judlcio de ianlîs virts pronun- » tiandum est , ne, quod plerisque accidît ^ damnent quœ non (i) Titc-Lîv , V , 34. (a) £n descendant le Rhône 1 arrivé en face de Saint-Paiil-Trois^ Châteaux i \ tus soin dVbserver en cet endroit Taspect du pays, qui est plat, découvert, et n*ofTre aucun des caractères du canton, décrit par Tite~Lîve.On%estlà loin des Alpes ; on ne peut les voir en aucune manière. Plus on descend vers Marseille , plus on s*en éloigne , et cela seul pourrait suflîre pour faire regarder comme fort hasardée la supposition de Tite^Iive qui » dans ta suite du même passage , semble dire que les Gaulois allèrent aider les Phocéens à s*élablir sur le ter- ritoire de Marseille. Il ajoute immédiatement après , ipsi Taurino saiiu , inçias Alpes- transcenderunt,\\ y aurait là une foule d*invrai- semblances , qu*il serait trop long de relever. ( 74 ) » inteUigwd(i) ». Ce qac nous disons des TrkasUni s^ap* plique aux Voconiuet aux tricorii; rien dans Tile-Lîve n'in- dique la position géographique de ces peuples , lors de l'ex- pédition d'Ânnibal; par conséquent , si dans cet historien on ne trouve rien qui nous guide ^ on ne trouve rien non plus qui nous égare ; et la question reste dans le même état. Si nous cherchons d'autres lumières et des indications plus précises dans les anciens géographes , quoique leurs ren- reignemens s'appliquent à des tems hlea postérieurs à Ânnibal , il ne laisseront pas d'être pour nous d'une cer-* taine importance, en ce qu'ils prouveront que, même à l'époque à laquelle ils se rapportent , la position de ces trois peuples, surtout celle des TnV:a5fo'/n% n'était pas k beaucoup près aussi méridionale que le supposent d' An- ville et IML Deluc 1» Des Tricasiini. Erreur de d'AnvîIle. I**. Commençons par les TricasUai. D'Anville les place donc entre les Ca^ares^et les Segalauni, et leur donne pour capitale Saint-Paul-trois-châteaux. Mais sur quoi se fonde - t-il? D'abord sur une transposition dans l'ordre des faits de la narration latine que je ne puis m'expliquer que comme mie distraction de ce savant géographe (2) ; ensuite sur la (1) Quintil. de orat. iustitut. éd. Gapper. Paris, in-fol., lîb. x,cap. i , pag. 6^4. (a) Voy. Not. de Tan^c. Gaule , arU Trieastini. D'Anville suppose que Tite-Livé fait entrer Annibal sur leur territoire ^ avant de le con- duire che& les Allobroges, tandis que l'historien latin dit posilivement que ce fut après être aile' chez les Allobroges qu'il se dirigea vers le pays des Tricastins. « Sedatis certaminibus Alhbrogum in Tricas^ » iinos flexit. » (75) position înccnnue de leur capitale Nwwmagus, dont le nom ayant été^p{>liqaë chez les anciens à un grand nombre de villes diverses(i), ne peut par cela même faire reconnaître ici d'une manière précise le pays que nous cherchons ; eniin , sur im rapport de signification entre le nom latin et le nom moderne de ce canton , qui Iong-4ems s'est appelé chez nous Trîcastin, d^oû serait venuepa dénomination de trois châteaux (iricastel) donnée à la petite ville de Saint*Paid ? Mais en accordant à ces analbgies de dénomination dans les questions de géographie comparée, une valeur qu'on pourrait si souvent leur contester , que prouverait ici celle qu'on] invoque? Tout au plus que ces peuples s'établirent dans ce canton k une époque quelconque , mais non point qu'ils l'occupassent, je ne dis pas du tems de Polybe, mais même du tems de géographes bien postérieurs. Car ici nous avons des textes formels dont Fautorîté est tout au- trement^décisive que celle d'une simple induction étymo^ logique. D'abord Strabon ne dit pas un mot des Trlcastini ni même des Segalauni. Il fait occuper aux Cathares tout le pays qui s^étend le long du Rhône depuis -la Durance jus- qu'à l'embouchure de l'Isère (2). Ainsi, lorsqu'il écrivait , les Tricasiîni n'étaient probablement pas encore dans le canton de Saînt-Paul-troîs-châteaux. Ptolémée en fait men- tion : mais il les place vers le nord de deux tiers de degré plus haut que d'Anvîlle , et vers l'est dc'^3 degrés 3o min. (1) Not. de l*axic. Gaule. Noçiomagus^ qui désigne h la fois les villes de Nyorij Noyon^ Numagen^Nevfchâtel^ Neuville^ Nimegùe ^ Spire ^ Souiac f etc. (a) Sirab. Oxon. , 1C07 , in-fol. , tom ï, lib. iv, pag. a56. (76) plus loin; car il indique la situation de leur capitale Noec^ayo; à l'intersection du a6* degré 3o minutes de longitude orien- tale et du iS^ de latitude septentrionale (i). Ce sont les Caçares qu il nomme immédiatement au-dessous des Segct- hnmi à qui il donne Valence pour capitale , et c'est à l'est de ces derniers qu'il fait venir les Tncastîni^ àvarohx&rtpot Si Tpexoomvoi wv iroXcç Nocofcayoç. U est vrai que la position de cette capitale iVix^ioiiMi^fu^ ne pouvant être déterminée d'une manière précise ainsi que nous l'avons déjà observé ; et , d'autre part , le degré de longitude ayant été avec raison contesté par d'Anville qui corrige 26® 3o' par a3**, nous manquons d'élémcns pour déterminer la situation de ce peuple dans la direction de l'ouest à Test. Mais ce n'est pas là ce qu'il importe de constater, mais bien sa position dans la direction du sud au nord; or ici, tout en reconnaissant que les anciens géographes observaient mal et avec de mauvais înstrumens ; qu'ils n'avaient pas les moyens d'ob- server partout ; que Ptolémée qui s'est trompé de plus d'un quart de degré snr la latitude de la ville d'Alexandrie qu'il habitait, a pu se tromper bien plus grossièrement ^ur la Gaule ; il n'en sera pas moins vrai que le degré de lati- tude sous lequel il place les Tricastini n'ayant été contesté par aucun géographe , nous devons l'admettre jusqu'à ce qu on nous ait prouvé que nous avons fort. Or cette latitude indiquant la capitale des Tricastini à deux tiers de degré au nord de Saint-Paul-trois'H^hâieaux et par là nous montrant ce peuple sur les bords de l'Isère à l'orient des Segalauni(ji\ dans cette hypothèse , Ânnibal en prenant à gauche se diri- (1) Glaud* Ptolem. Geogr. Amstel. , 1618 , lib. Ii , cap. X. {1) G*est cette opiaîon qu^adoplc Cluvicr dans sa carte des Alpes ( 77 ) geait nécessairement vers le pays des Tricasttni ; SI devait les rencontrer sur sa route en suivant les bords de Tlsère ; et par là disparaît la contradiction que Ton croyait aperce- voir entre les deux historiens qui nous occupent. ao Des^ocOR/Tîte-Live. Ces dilTicuités , que nous croyons avoir exposées sans les affaiblir f se résolvent par une observation très-sîmple, et nous ne concevons pas comment elle ne s'est pas présentée d'abord à ceux qui ont trouvé plus commode de se débar- rasser de Tite-Live , en récusant son témoignage. Nous avons vu chap. III , § 3 et chap. IV, § 2 , que, de Taveu de Polybe, toute cette partie de la Gatde était inconnue k Tépoque où il écrivait (i); que par conséquent il n'avait pu nommer les différentes peuplades qui pouvaient y exis- ter ; enfin que depuis le Rhône jusqu'à l'entrée des Alpes il ne nomme qu'une seule nation, les Allobroges^ comprenant 1 toutes les autres sous la dénomination générale de Barbares, Nous avons aussi observé que plus tard ces peuplades îgno rées ayant commencé à jouer un rôle ièt à se faire jour leur nom aura pu être recueilli par les auteurs contempo- rains, et dès-lors aura pris place dans les récits des histo- riens. Mais de ce que leiir nom n'aura été connu qu'à telle époque, s'ensuit-il nécessairement qu'elles n'existassent pa$ auparavant? On sent qu'il serait absurde de raflïrmer. Elles existaient donc , Ofu du moins pouvaient exister mais inaperçues, et confondues sons une seule dénomination. Or quelle a pu être cette dénomination commune, aux diffé- (i) Polyb., HT, 38. ( 80 rentes tribus gauloises dont nous nous occopons, sinon délie XAHobroges sOus -laquelle Polytc éésîgtic tout le pays qu'Aitifibal eut à parcourir depuis Tembouchure dé Flsère jdsTqu'aùx Alpes? Ainsi ce général tout en traversant le ter- ritoire des Tncastîni des Vocimiu et àts Tncorîi n^aurat cessé 4e traverser le territoire des Allobroges, et cptte suppo- sition , qui concilie d'une manière si naturelle Tapparente contradiction des deux lùstoriens , se trouvera encore con- flrniéë par le langage même de Polybe au sujet de ce péiiple. n le représente non point cOmme formant un corps ^e nation , soumis à un seul cbef , mais comme subdivisé eu plusieurs petits jpeuples ayant chacun leurs cbefs p^trti- culièrs', et ne se réunissant que pour Tattaque d'un ennemi commun ; à7r8i;^ovTO Travreç àurûv ôt xarà /xépoç nysfAovsc twv A^^o^ptywv (l); et plus bas, ouvaôpoio'GÊVTEç oc t^v kX).o6piyoiv i^yc/xovsç. De phis, cette rnanière indécise et vague dont il semble lés désigner lorsqu'il dit que les Carthaginois avalent à traverser le territoire des Gaulois nommés Allobro- ges (2); la liature même de cette dénomination purement i ' 1 significative et non généalogique , désignant d'une manière générale des hommes venus des montagnes ou habitons des (1) Polyb., III, 5o. •«— M. Sckweighaeaser traduit avec Gasaubon , rmnores omnesÀllobro^um duces, et M. Deluc avec dom Thuillîer, les chefs inférieurs des Jéllobroges ; de -là on a cm pouvoir induire rexîs- tence de petits Atlqbroges , distittbts des grands AlloBrogës , babitant VJle (voy. Abanzir, Œuv. div., tom. Il, pag. iSa), et tela pour se tirer des difticultés qui résultent de la fausflie supposition qae les Allobroges occupaient Vile à cette époque. Mais le grec ne parle ni de grands nî de petits Allobroges , mafs seulement de chefs divers , commandant cbâehn de leur côté leur tribu particulière, o/7iA^f /sro virili parte Al^ iobrogum duces* (a) Polyb. , m ,49. C83) montagnes (da mot celtique a//, Aou/^ur, nW, fnontagne)(i') ne coiicoureiit*-eUe& pas k prouver que Polybe;» sous ce nom XAlbbroges si touIu désigner des peuplades distinctes et indépendantes les unes des autres , mais pouvant avoir des rapports communs d'origine , d^inléf éts et de moeurs. Dans ce cas , quelle raison pourrait empêcher d'admettre ^le les trois petites nations de Tite-Live ne fussent au nombre de ces tribus , et n'existassent confondues sous la dénomination commune? L'hypothèse que nous proposons ici est un fait qui s'offre continuellement dans l'histoire des peuples barbares. Ainsi les Romains ne virent d'abord que des Gaulois dans les na- tions habitant au-delà des Alpes ; ensuite ils y reconnurent des Gelte^f des Belges , des Aquitains; puis dans la Celtique, la Belgique , TAquitaine , ils distinguèrent d'autres peuples qui s'y trouvaient mêlés aux premiers, peut-être depuis long-temps , mais qu'ils n'y avaient pas encore remarqués. Ce progrès, à partir des notions générales et superficielles pour en venir aux notions particulières et positives , n'est que la marche même de l'esprit huxiiain dans toutes les au- tres branches de nos connaissances ausi^ bien que dans les sciences géographiques. Ainsi nous laisserons avec Polybe la dénomination d'Al- lobroges aux diverses tribus gauloises occupant do tems d*Annibal tout le pSiys qui s'étend depuis le Rhône au-des- sous de l'Isère , jusqu'à l'entrée des Alpes et au-delà ; et nous placerons avec Tite-Live dans ce même pays, d'abord les Tricastini à la suite de la nation- à laquelle il applique exclusivement le nom SAllobrog/ss , et qui se trouvait ha- biter alors le pays occupé par les Ca^ares du tems de Strabou, (•) Descr. des Alpes gr. et cett.^ i'^ P^^r^*» ^o^* If p^g* 30" 33. (84) et par les Segalauni du tenus de Ptolémée. Sëparj^s de ceKe nation , quelle qu'elle fitt, par la petite rivière de StUnt^Nà-- zalre, les Tricastini s^étendront le long de l'Isère jusqu'au Drac. Après eux viendront les VoconUij occupant les vallée» que parcourt le Drac jusqu'à son embouchure. Enfin après les Vbconlii nous placerons les Tricoril dans la vallée du Graisî vandan , et comme les Tricastini , le long de I'Isère« Divers résultats de cette hypothèse. D'après cette simple exposition , nous devons conce- voir pourquoi Tîle-Live fait traoerser k Annihal le territoire des Tricastins et des Tricorîens , tandis qu'il lui fait seu- lement côtoyer V extrême frontière des Voconces que nous ne voyons pas, comme leurs voisins, situés le long de l'Isère , dans la direction de la route suivie par les Carthaginois , mais s'^étendant au contraire du nord au sud , dans la vallée que traverse le Drac , et ne touchant à llsère que de l'extraite de leur frontière septentrionale fort peu étendue. ~ Quant à la position que nous donnons à ces peuples le long des fleures , elle est entièrement conforme à ce que l'histoire nous apprend des nations ^arbares , lorsqu'elle ^ nous les montre à l'époque de leur premier établissenoient dans un pays. Enfin , en plaçant les Tricastini comme nous l'avons fait, nous pourrons comprendre comment Tite-LTve ^ après avoir fait traverser leur territoire àBellovèse , ajoute ces mots : Alpes indè oppositœ , etc. : en effet , lorsqu'on a passé le Drac on a les Alpes devant soi , et on les voit sur la droite (i) s'élevànt derrière les collines du plan le (i) A gauche y on à les montagnes de la Grande-Chartreuse | qui viennent se terminer au mont Grenier, près de Ghambe'ry. M. de Sau»- (85 ) plus rapproché , qui seules nous en séparent : sans la plaine du Oraisivaudan , on ne pourrait aller en avant sans avoir bientât à les franchin Comment Tîte-Lîve aura été indaît à placer près de i'ile la natioa que Polybft place dans i'Ile. Cçs faits une fois établis, nous pouvons nous expli demain , grand étonnement pour ces Barbares qui venaient reprendre leurs positions et les trouvent occupées : ils vou- laient déjà renoncer à leur projet d'attaque , mais bientôt remarquant les bétes de charge et la cavalerie serrées dans ces défilés et cheminant avec peine sur une longue file , ils viennent de différens côtés fondre sur cette arrière-garde , et favorisés par la nature du terrain qui ne leur laissait qu'un passage étroit, inégal ^ et bordé de précipices , ils jettent partout le désordre et l'effroi. C'en était fait de l'armée carthaginoise si Ânoibal ne fût survenu. Il voit le danger auquel il va se trouver exposé par la perte de ses muni- tions et de ses bagages , accourt des hauteurs dont il s'était emparé , et tombant sur les assaîUans , écrase les uns et force les autres à prendre la fuite : il fait ensuite passer le défilé à ce qui lui restait de chevaux et de bétes de charge , et va s'emparer de la ville où ces Barbares étaient Venus l'attaquer (i). » Qontre^sens des tiaducteors sur le mot &va^oX4. Obscurités qui en résultent. Dans le récit de ce premier fait, Polybe et Tite-Live toujours d'accord, et se complétant l'un par. l'autre , se réunissent pour nous donner l'idée la plus nette des lieux qu'ils font traverser par Annibal. Quand' on les a vus et qu'on s'yi^eportepar la pensée, on est frappé de cette lu- mière soudaine qui vient dissiper les obscurités répandues par les traducteurs de Polybe sur cette partie de la narra- tion, et expliquer 4e la manière la plus simple ce qu'ils (i) Polybe y III y 5o-5i.— Tîte-Live , xxi, 3} , 33. (97) avaient rendu ûo^oxplica])!^. Ain&l nous voyons dai^ l?s^ tr,f- ductionsfr^i^f aises et latine^ qu'Annîbal api^ès avoir march^ Tespacè dç .899 stades le long du fleuve , arriva aupoint^ù commiaoÈ-la içtMaJtée, des Alpes (i); qu'jl comme^a à mpntejr les Alpes ^ con^ce^re. Alpes çœpit (a); or, va^^r pendaminc^t de ce gi^'il y afifalt d'invraisemblable 4f^i^ passade d*une montagne que l'armée carthaginoise a^Koiimf^ quinztijour^ à franchir (3^)i il suffit de jeter ]es yeu;c,j$uf,Jp^ es;pres.$ions mêipes de jPolybe, méfiai», rfiç npo^ç ;çof,^-'^^ir9iç àva6o>iî;, pour voir ^q^ed^s le. cas 01^ le motàyf^p^-sefait ici employé comme djésjgDantracUon de monter, l^phr^^s^ signifierait toutau ^Iv^.qu! Annibalcommeufia à mQj}t(ijÇ' :»Ar^ les Alpes f c'est-à-dire à franchir, les premières eolli|f}e^,qpie l'on rencontre depms l^ Cfun?ane jusqu'à la Croix d'Aiguë-: belle f mais non pas qu il commen.ça à gravi^ leÀ Alpes^e^^S;- mémes que L'on voit à droite et. à gauche du chenyn», sans avoir encore à les franchir. Mais. ^\}ç ,mot àva^o^ù d^sigi^ç quelquefois l'action de traverser en montant, il peut aussi dé- signer celle de /nap^rser'e/i pénétrant; à^ auprès lé'dôiililé sens de la préposition avà sursunî, en haut^ et per, à travers (4). Alors c6 sont les circonstances de !raction:«t.*la' Manière 1 > I I I l ' i If..» III I n I n .(1) Histoire du passage des Aljpe^-^par Dei^A'9* ^^^' if ^< LeUioiiBb , jpag* 33. - .,...; .(a) Voyez.laitradqck. latine de Caj^aubôn , aclo)>.téeici,par^hve^- haeuser«. Polyb. , ^chvfeigh.) lib._iiiY cap. ^»r^Tdtt ibid^ 3l»^ ete.- (3)Polyb. , iii,;56. — Tit.-Liv. »xxï, 33... ... (4) Yi^. Theocrit. IdjU. Il ,.y. 35»., k^ ^tto^cv , et 4^ 4v*:^«.^qile le scholtas^ j^pUque pa,r xa^tà /tà.«piii;,— Zdei»', U- mqt àwWv; ^et àvaÇo^v». Vid, Odyss., Ç. ag,, toÛtaû» yotTtç àvBpt^çm G(v«^tt(Vt< , iV/9er homînes rumor, comme tradait H. EUcnne , Thesaur. graectt lingpaB , Londini, 1821. — Poljbe , sî exact dans le choix des expressions qui tiennent à ]a nature^ des, lieux f ,8e sert en. g^ne'ral pre'férsdbléi^ont du mot virtp^oAV} (vid. cap. 53) , pour dcsigdfer la monfe'e des Alpes* 7 ( 9» ) àont h mot est employé qui doivent détermluer sa signifi- cation. Or ici il est évident par toute la suite du chapitre où ils^agîtdn passage, non (Vune montagne^ mais d*un défilé (i\ qu^il est pris dans son second sens , et qu'il représente An- nibal entrant dans les Alpes , de même que dans un des chapitres précédens l'expression dîv àva^oXïjv ÂXttcûjv (2) dé- signe l'entrée des Alpes, et non la montée des Alpes. Ce mot étant employé par Polybe dans chacun de ses deux sens , il était' important de les distinguer suivant l'occurrence , pour se faire une idée nette d^une marche de montagnes qui se compose nécessairement du passage des vallées et des défir- lés comme de celui des montagnes elles-mêmes. C'est pour avoir négligé cette distinction, que les diverses traductions de Polybe ne nous donnent qu'une intelligence indécise et confuse de cette partie de la marche d'AnnibaL C'est en libns'transportant sur les lieux mêmes dont il est question que nous allons l'éclaircir. Des trois premières journées de marche dans les Alpes* Application de toutes les circonstances du re'cit. Nous voynna d'abord Annibal franchissant ces dernières collines (3) qui se succèdent depuis la Chavane jusqu'à la ' ■■■ I < ■ > ■■ Il ■■■■■■ ■ mp ■■■ I . ... , ( i) Poiyb. III , 5o-5i ; il représente les Gaulois comme occupant les postes qui dominaient les lieux par lesquels il fallait' qn*Annibal pass&t : ^i* «»v titi 'rrotcroOat rviv àva^oHv* Plus loin il dit, en parlant de rcs lieux , $i7i\^t xk olcvèc y il traversa le iléfitê , et pitis bas encore , ^iiowr totç <îvffx«>p^«5 » *' acheta de franchir ce pas difficile. Dans cha- cune de ces phrases la pré|.osition ^lâc détermine le sens de la prépo- sition Àvdc dans atva^oH , de manière -à ce qu^il soit impossible de s*y méprendre. ^ (a) Polybe , iii » 3^. ' (3) C'est ce qu^evpriment ces mots de Tite-Live : eri^entibus in primas agmen clivas» xxi , 3a. C99) Croix d'AiguebcUe (i^. Arriyd un peu au-dessus de Boun- gnieuf, près du confluent de F Arc et de Tlsère , il aperçoit les AUobroges occupant toutes les hauteurs qui dominent la ▼allée d^Aiguebelle , et dans le fond , derrière ce bourg , cette gorge sombre et étroite qui débouche dans la vallée , et la première qu^on ait à franchir lorsqu'on se dirige vers le mont Cenis. Depuis le mont de Montmélian , il avait fait à-peu-près 80 stades, c'est-à-dire 10 milles romains dans sa première journée. La vue de l'ennemi le force à s'arrêter, et il établit son camp , soit dans cette large et belle vallée qui s'étend de Bourgnieufk la Croix d'Aiguebelle , soit dans celle qui la suit immédiatement, à partir de ce dernier village , et qui communique avec la petite plaine au fond de laquelle se voit Aiguebelle (a). Il avait ainsi derrière lui l'I- sère ; à sa droite les riantes collines qui s^étendent depuis Aiguebelle jusqu'à la Cha»ane ; à sa gauche , VArc dominé sur la rive droite par la montagne de Combes ei les collines que termine le charmant village à'Aiton, Il se trouvait U sur un terrain découvert, riche et fertile en pâturages, bestiaux et productions de toute espèce (3). Ses émissaires (i) Descrîpt. des Âlp. gr. et cott. , le part. , tom. I , pag. $91 , etc. (a) Ibidf pag. 6o3: « Depuis la Croix d* Aiguebelle^ la largeur de » la vallée est d^envîron un quart de lieue. . . Les montagnes qui sont » situées sur sa rive droite , présentent des faces abruptes , et leurs » bâtes sont cachées sous des amas de décombres. » Castra l'nter con- fragosa omnia prœntpfaçue , quam eactensissimà pot est , vallelocat. Tîte-Live , xxi , 3a. (3) Ibid,paig. 6o3 et 6o5>— •Voici ce que Végèce recommande pour les campemjens : « Caçendum nepabulatis desit aut lignorum copia , » ne campus,.,, sit in abruptis ac deviis , et circumsedentibus adver^ » sariis , dijficii/s prœstetur egressus , ne ex superioribus locis missa » ab hostibus tela in eum perçeniant, » Veget. 9 de re mi lit. , lîb lu cap. 8. ( lOO ) gaulois partent $ur~le-c!iamp pour reconnaître l'intention des ennemis ; ils reviennent lui dire que pendant le jour les Barbares gardent soigneusement leurs postes , mais qu à la nuit ils se retirent dans une ville voisine. D'après ce rap- port, dès le point du jour, le carthaginois se met eu marche, passe de la vallée où il' s'était arrête , dans la petite plaine circulaire au fond de laquelle se trouve Aiguebelle , la tra- verse sous les yeux de Tennemi et y dresse son camp , s'é^ tendant jusqu'à l'entrée du défilé qu'on rencontre immédia- tement au sortir du bourg, ce Aiguebelle , dit M. de Saussure , » est un joli bourg situé au milieu d'un terre-plain assez » étendu que forme le fond de la vallée dont la largeur est . » là d'environ une demi-lieue (i). » Annibal trouvait donc encore dans cette vallée non moins fertile que la précé- dente un lieu très-favorable à un campement. De Bour- 'gnieufk Aiguebelle on a pour une heure et demie de marche.; la carte donne au compas 49000 toises. L'armée n'aurait donc fait dans cette seconde journée, qo'euyïvoQ l^% stades, un peu plus de 5 milles ; mais elle était en présence de l'en- nemi, et l'on peut remarquer que Polybe et Titc-Live parlent plutôt ici d'un simple déplacement de camp , que d'mie véritable marche. > Poursuivons avec M. de Saussure : « La partie inférieure M de la vallée de l'Arc , dit-il § irgi ,' depuis sa jonction » à celle de l'Isère , jusqu'à Aiguebelle , est large et à peu » près droite ; mais d' Aiguebelle en haut , elle devient très- » étroite et tortueuse ; les montagnes s'élèvent ; l'on voit M des neiges à leur sommet, et tout annonce que l'on ap- » proche de la chaîne centrale. Si Annibal a remonté l'Arc >» en traversant les Alpes, comme le croyait M. Abauzit, (i) Voy. dans les Alpes , in-8 , tom. V, chap. iv,5 1187. ( foi y » c'est vraisemblablement entre Aîguebelle et Saint-^ean- M de-Maurîenne que les Âllobroges lui livrèrent le premier » combat, dans lequel il perdît une partie de son arrière- »» garde. En efifet , de cet espace , la vallée se change fré- » quemment en défilés très-étroits , serrés entre des monta- » gnes très-èscarpécs. Presque en sortant d'Aîguebelle, on » rencontre un grand rocher qui remplît à peu près toute i> la largeur de la vallée, et Ton est obligé de suivre un » chemin étroit et rapide qui pas^e entre ce rocher et la » montagne (i). Au-delà de ce rocher, on descend dans » une jolie petite plaine de forme ovale qile l'on traverse » suivant sa longueur ; et au bout de cette plaine, à une » demie-lieue d'Aigucbelle , le chemin est de nouveau serré » entre la montagne et la rivière , au point qu'on a été » obligé de le soutenir avec un mur. A cet étranglement M succède une seconde plaine , après laquelle la vallée se » resserre pour la troisième fois : mais il serait trop long de » détailler les nombreux défilés que Ton passe dans cette » route, et de noter combien de fois les étranglem'ens de » la vallée et les sinuosités de TArc forcent à passer d'une » rive à l'autre. » M. de Saussure a donc nommé pour nous le défilé qu'An- nibal franchit pendant la nuit, et où se passa le lendemain, c'est-à-dire le troisième Jour depuis son entrée dans les Alpes , cette affaire qui faillit être si désastreuse pour son armée. Seulement comme il se borne à dire qu'elle eut lieu vraisemblablement entre Aiguebelle et Saint-J^ean-de-Mau- (i) Conf, , Descrîpt. des Âlp. gr. et coll. , pag. 606. « En sortant » â^AîguebelIe, le chemin qui continue pendant quelque tems à suivre u les rives gauches de PArc , est en plusieurs endroits bordé de rochers M feuilletés qui présentent leur face abrupte du côté de la valle'e. »^ ( loa ) rienne , et qn' entre ces deux bourgs éloignés l'un de Taiitre de 9 lieues de poste , il se renconlre plusieurs défilés , il nous laisse encore une certaine latitude pour chercher celui qui fut témoin du combat. Or Polybe Tindique de manière à ne laisser aucun doute en disant que le camp des Carthagi-- nois s'étendait jusqu'à rentrée de ce défilé; car puisque ce camp avait été dressé dans la vallée d'Aiguebelle , ce défilé dut être nécessairement celui que l'on rencontre au sortir de cette vallée; il ne "présente qu'u/i chemin étroit et rapide resserré entre l'Arc que Ton a sur la gauche , et le rocher qui s'avance sur la droite (i). Nous ne verrions néanmoins aucun inconvénient à y comprendre la seconde gorge que Ton traverse à une demi-lieue plus loin , et qui offre à peu près les mêmes caractères que la précédente , la route cô- toyant le rocher qui la borne à droite /tandis que sur la gauche on a l'Arc coulant dans le fond de cet étroit pasi|age. Il n y aurait rien d^invraisemblable à ce que l'affaire se fut passée sur toute la ligne qui s'étend depuis Aiguebelle jus- que vers le petit hameau à'Argenlil^ comprenant l'espace d'one demi-lieue environ. Au sortir du second défilé, on passe un petit pont de deux arches qui conduit sur la rive droite de l'Arc non loin d^Ar- gentil. On se trouve là dans la secondai plaine dont parle M. de Saussure , large vallée circulaire où Aimibat put dresser son camp pour laisser reposer son armée. D'Aigue- beUe à Argentll il n'y a guère que pour une heure de marche , à peu près 4 nulles romains. L'armée carthagi- noise n'aura donc fait qu'une trentaine de stades dans cette (i) Uaacîen château de Charbonnières , dont on voit les mines au sud d* Aiguebelle, défendait autrefob ce passage. Il fut rasé par Henri lY qui s*en était emparé. ( «o3) troisième journée , ce qui s^expliqae par les retards qu'elle éprouva nécessairement au passage du défilé. Du reste , on pourrait encore, si Ton veut, la faire camper une lieue plus loin dans cette large vallée où se trouve le petit hameau SEypierre. Suite du rëcit. Prûe de la ville des Allobroges. II. (c Pendant qu'elle s'établissait dans ses tetranchemens, j» Annibal , d'apfès Polybe (i), réunissant les hommes qui » lui parurent le moins fatigués du combat , marcha contre » la ville d*où les ennemis étaient venus l'attaquer. Il la M trouva presque déserte, s'en emps^ra , et fit un assez riche » butin en bestiaux et provisions diverses qui lui suffirent » pour nourrir son armée pendant deux ou trois jours. » De ces côtés, entre Argentilet Eypierre^ on aperçoit divers chemins qui conduisent aux villages jetés çà et là dans ces montagnes; la ville prise par Ânnibal devait être située par là, au milieu des monts qu on a sur la droite , peut-être du câté où sont aujourd'hui les mines de Saint-Georges-^ d^Urtières. Quatrième Jour. Station dans la vallée d*Argentil. — Cinquième et Sixième journées. — Epoque choisie par Annibal pour ce passage. De retour de cette expédition , Ânnibal reste campé du- rant toute la journée du lendemain, la quatrième depuis son entrée dans les Alpes , dans Tendroit où il s'était établi la veille (2). Le jour suivant , le cinquième depuis son entrée dans les Alpes , il lève le camp, et se porte en avant. D'après Polybe, avec lequel Tite-Live continue d'être d'accord, « il marcha (i) Polyb. , m , 5a. (3) Idem, ihid. ( io4) >» ifahqaîlle pendant trôîsjours, sans éprouver d'obstacles M de la part des lieux nî de celle des ihôntaghards encore » tout étourdis de leur premier échec. Mais àà quatrième » jour (le hmtième àepms son entrée dans les Àlpës)^ îl se , » vit exposé de nouveau aux plus grands dangers (i). >» Avant d'en venir à cette affaire, nous allons continuer de donner le journal de sa niarcbe d'après ce que la nature des lieux et les distances permettent de supposer. Le cinquième- ]OVLV depuis son entrée dans les Alpes (le premier depuis son départ de la vallée èiArgentil ou d*J5y- pierre ) , il aura pu venir camper dans la plaine de Saini-- Jean-de-Maurienne, WEypierre à^Saint-nJean-de-Maurienne on compte trois postes (2), c'est-à-dire 12,000 toises: l'armée aura donc fait dans cette journée environ 128 stades ou 16 ^lilles romains, et 4 milles de plus si l'on veut fixer son troisième campement à Argentil. « Saint-Jean-de-Mau- >» rîenne, dit M. AlbanisBeaumont (3), est situé au som- » met d*un charmant bassin dont le sol forme une espèce »> de glacis couvert de la plus agréable végétation. i> Toute la partie de cette vallée, qui s'étend jusqu'à la petite rivière d'Aivan , est fort large et bien cultivée. Elle produit du grain et offre de belles prairies couvertes de noyers, pom- miers et autres arbres fruitiers. Je m'y trouvai deux ou trois jours avant la Toussaint , et quoique les montagnes environnantes fussent déjà couvertes de neige , la verdure dans le fond de la vallée était aussi vivante et aussi fraîche , la température aussi douce que dans nos plus beaux jours de mai. Je fais cette observation pour prévenir les idées (1) Polyb. , III , 5a.— Tite-Lîvc , xxi , Î3. (1) £tat gén. des poste» de la re'publ. franc. , an xi (1802}. (3) Descript. des Alpes grecq. et cott, a« part. , tom. II , p. 6i3y 6i4- — De Saussure. Yoy. dans les Alpes, tom. Y , chap. iv , § 1306. ( io5 ) exagérées qu'oD pourrait âttolrcofiçues des difficultés qù^An- nibal dut rencontrer dans ces montagneà à l'époque éitîl les trarersa; Cétait précisément aussi sur la fin d'octobre ; H devait y trouver encore dés pâturages pour sa cavalerie et ses bëtes décharge. De plus , comnie c'est à cette même époque que les Jiabitahs des montagnes eii descendent avec leurs troupeaux pour venir s'établir dans la plaine , il dut en obtenir dès ressources qu'il n'aurait pu trouver dans toute autre saison j et sans lesquelles il eût été fort difficile de se tii^er de ce pays : cet habile capitaine avait tout calculé , tout prévu. Le sixième jour ^ il put venir camper dans les vallons qui s'étendent depuis le bourg de Stint-Micheî jusqu^au petit hameau de Lasaussaye et au-delà. « On se trouve là , dit » M. de Saussure^ dans une petite plaine riante , couverte » de prairies et de beaux vergers j au milieu desquels est » le village de ScUnt-Michel (i) ». De Saint-Jean-de-Mau- rienne à Saint-Michel , on compte deut postes , c'est-à--dire 8,000 toî^s qui donnent à peu près 84- stades ou 10 milles romains ; de Saint-Michel à Lasaussaye , il y a à peu près poiir un quart-d'heure de marche. L'armée carthaginoise n'aurait donc fait en cette journée 4]ue 9a stades environ, ou II mille romains, et Ânnibal se serait arrêté là, y trouvant uti lieu favorable pour faire camper son armée ^ ce qu'il n'aurait pu rencontrer en passant plus loin. Suite du récit. Septième journée. Les barbares vîeanent au-devant d* Annibal. / III. Le septième jour^ eut lieu la rencontre suivante , rap- (i) Voy. dans les Alp. , îft-8, tom. V, chap. v, Ç iai4. — Dcscripf. des Alp. grecq. et cott. , tom. II , pag. 626. ( io4) » iratiquîHc pendant trois jours, sans éprouver d'obstacles c » de la part des lieux ni de celle des ihôntagnards encore ij » tout étourdis de leur premier échec. Mais an quatrième «j, » joiir (le ftujWèwiedcpuissonentrée dans les Alpes), Use , i -^ » vit exposé de nouveau aus plus grands dangers (i), » 5^ Avant d'eu venir à celte aflaire, nous allons continuer de -^^ir^ donner le journal de sa marche d'après ce que la naturedes arj ,. lieux et les distances permettent de supposer. ; :j. Le cînçutè/ne jour depuis son entrée dans les Alpes (le t» j- premier depuis son départ de la vallée i'Àrgenlîl ou A'Ey- v ^ pierre') , îl aura pu venir camper dans la plaine de Saint- i ^^__ Jean-de-Maurienne. D'Jij/HcrreàSaint-TJean-de-Maurienne ^ , ^ on compte trois postes (a), c'est-à-dire ia,ooo toises: e^^—^ l'armée aura donc fait dans cette journée environ 128 stades ^^ . ou 1 6 milles romains , et 4 milles de plus si l'on veut fixer î ^ ^ son troisième campement à Argentil. « Saint-Jean-de-Man-. ^^ _"" '• rienne, dit M. Albanis'Beaumont(3), est situé au som- ^:'. » met d'uD charmât bassin dont le sol forme une espèce . J^ » de glacis couvert de la plus agréable végétation. » Tonte (^ , ~ la partie de cette vallée, qui s'étend jusqu'à la petite rivièc^ ~ d'Arvan , est fort large et bien cultivée. Elle produit d<^ " grain et offre de belles prairies couvertes de noyers , poi%^ _^ miers et autres arbres fruitiers. Je m'y trouvai deux ^. trois jours avant la Toussaint, et quoique les montagn^ . ~ environnantes fussent déjà couvertes de neige , la verdw . "^ dans le fond de la vallée était aussi vivante et aussi fraichi '^ ' la température aussi douce que dans nos plus beaux jou "^^ .,> de mai. Je fais celle observation pour prévt'nir Its ide (x) Polj-b.,lii, 53. — Tile-Liïe,XïI,33. (1) Etat gcn. (lu poitc»>lc la rc.'|]ii (3) Deicripl. ile^ Wçes giccq- c£ » — De Saussure- Voy. dans les Alpej , ( 107 ) >» lui remit les otages , on le fournit de bestiaux , et on M s'abandonna entièrement à lui , sans précaution , sans » aucune marque de méfiance. De son côté , il se livra » tellement à leur bonne foi apparente , qu'il les prit pour '^ guides dans les défilés qu'il avait encore à frsmchir. Us » marchèrent ainsi en tête de l'armée pendant deux jours...» c'est-à-dire pendant le septième et le huitième depuis Ten- trée d'Aunibal dans les Alpes , supposé qu'ils soient venus à sa rencontre au commencement de la septième journée* Au bout de ce septième jour , l'armée des Carthaginois , accompagné de ces Barbares, aura pu camper dans la vallée qui conduit de Modane à Villaraudin : elle est assez large , et l'on trouve encore des prairies , des pâturages et des champs qui produisent du bled et du seigle. La distance de Saint-Michel à Modane , étant de deux postes et demie , «t d'une poste de Modane à Villaraudin (i) , l'armée au- rait fait dans cette journée à peu près trois postes et demie, ou 14^000 toises; c'est «^ à- dire environ 18 milles, ou i44 stades. Suite du r^it. Huitième journée. L'armée attaquée au Défilé du ^cuxotrctpov. rV. Le huitième jour , c'est-à-dire le quatrième depuis le départ de Saint-Jean-de-Maurienne , l'armée se sera trou:- vée dans les circonstances critiques exposées par Polybe , dont nous reprenons le récit : « Les Gaulois qui étaient » venus à la rencontre d'Annibal , marchèrent en tête de » Tarmée pendant deux jours : mais les barbares' dont nous » aQons déjà parlé plus haut , 6t Trpoetpviiisvot , s'étant ralliés , M se mirent à la poursuite de l'armée carthaginoise , et - — -■ ----- — __^_^___^^.^^^_ (i) Voy. TEtat gén. des postes de la rép. franc. , an XI , rapproché du livre de postes de Tannée i8i4* ( io8 ) M vinrent fondre sur elle au moment où elle traversait une » gorge étrQiteet profonde , d'un accès difficile et bordée » de précipices. Toute l'année eût péri dans cette occasion, » si le général carthaginois, à qvi il était resté quelque mé- » fiance , et qui en conséquence avait pris ses précau^.^ » lions ^ n'eût mis en tête les bagages avec la cavalerie , » et l'infanterie à l'arrière-garde. Ce fut elle qui soutint » le choc , et qui empêcha que la perte ne fut aussi con- ». sidérable qu'elle aurait pu l'être. Néanmoins , malgré » cette défense , il périt en cette endroit grand nombre » de chevaux et de bêtes de charge. En effet , les Bar- n bares avançant sur les hauteurs à mesure que les Car- » thaginois avançaient dans le bas , et de-là faisant rouler » ou lançant d'énormes pierres , répandirent tant de ter- » reur et de désordre dans l'armée y qu'Annibal fut obligé » de se tenir toute la nuit, avec la moitié de ses troupes, » sur un certain rocker blanc d'où il put en sûreté protéger »» le passage de sa cavalerie et de ses bêtes de somme ; » encore cette nuit suffit-elle à peine pour les tirer de M ce mauvais pas. » Da véritable sens du mot ^levxoTrcTpov. Réfutation de Topinion de M. Letronne. Il s'agit maintenant de chercher quel peut être le défilé où se passa cette affaire. Polybe , après l'avoir décrit , f9(^cL'yyoL Tt'joL SiKT^cfTov xoè xp)3fiiy&)^>7 1 ajoute une circonsr- tance qui a paru décisive au général Melville et à M. Deluc, c'est qu'Annibal fut obligé de se tenir toute la nuit avec la moitié de ses troupes sur un certain rocker blanc qui lui présentait une position forte et sûre , d'où il pouvait protêt ger le passage de sa cavalerie et de ses bêtes de somme, nepï Ti ^suxoTTgrpov o^^po^* L'interprétation du général Mel- ( ïog ) villa paraît si simple , elle sort si naturellement de la décomposition du mot essentiel >suxov-7rsTpoy , que nous n^aurions jamais cru avoir ici une' question à débattre , si JM. Letronne n-âvait élevé à ce sujet des difficultés que M. Deluc a laissées sans réponse. Attaquant le sens donùé à ce mot par le général Melville : « Assurément , dit » M. Letronne ,' il n'existe pas de passage des Alpes où » l'on ne trouvât quelque roche blanche , puisqu'il y a. du » gypse blanchâtre sur tous les cols de la chafne. Mais I» d^aîlleurs il est fôcheux pour cette découverte du général » Melville, que , dansPoïybe , lé 'mot XeuxoTrgTpov , qui re- » vient' plusieurs fois , soit pris comme le Xgwîrirpa des au- » très auteurs (i) , pour >etog yi%ç , et ne signifie rien autre » chose que roche nue y' escarpée; i^e^ ce qui est prouvé , w suftout par ma passage du livre X , chàp. xxx , § 5 \ M ovK Kv à^T^vcrto; 17 $1 mixm ^evxoTrérpuv àjoLtokh , c'est-à-dire , M SloL rwt xpyjfivûv , mots qui se lisent plus haut (2) ». Nous* pourrions d'abord demander à M. Letronne sur ^oi repose la supposition que, dans ce passage de Po- lyhe f le mot ^evxoTrsrpov est pris comme le ^é(v>7réTpa'des autres auteurs « pour ^eêoç >î9oç. £xî^te-t-il quelque, ma- nuscrit qui porte >sA>7riTpav au lieu de XcuxoTrerpov? Onn'en cite' auc\m; Le texte, en tui— même, est donc hors de discussion , et ce n est que sur son sens qu on en peut . . • .... • établir une. Or , ce n'est pas à nôuà' de prouver que XsuxoTTSTpoy'signifie rocher blanc ^ la chose est par trop claire ; mais ce serait à M. Letronne de nous montrer par quelle (i)'Schweigh.^tou/5ov xopTrov ( i ). » Or, que conclure de ce passage ? Bien autre chose ce me semble , sinon que le mot de Wirerpia est employé par Diodore, comme il Test par beaucoup d'au- tres auteurs , dans un sens qui n'a aucun rapport avec celiû de >8uxo7rerpov : je ne vois pas quelle autre induction l'on en pourrait tirer relativement à l'objet qui nous occupe. Quant à Polybe, voici ce qu'il dit au chapitre XLYlII de son lo*' livre. Il s'agit d^Ântipchus traversant les défilés du pays des Parthes ; il était impossible aux soldats pesam- ment armés de gravir les montagnes dont cette contrée est couverte , tt^oç ^àp rà Tropaxcipcva rûv opûv ou;i^ ôêov r^nv TouToeç TrpoffêaXeèv. « Mais, ajoute l'historien, il n'était pas M impossible aux troupes légères de franchir mime les ro- (i) Dîod. Sic. , m , i5> ( "1 ) » chers hhmcs* àXXà tocc ^pi^oëç xaê roêç cuÇuvoeç w^l à^uvaroç » Sv )9 ^c^ àvTÛv mv XcuxoTr/rpftiv dcya^o).)?. » M» Letronne , adop- tant la traduction de Casaubon suivie par M. Schweighaeu- str, prend encore ici ce mot de >8uxo7rcTp&)v dans le sens de XewTrirf 6>v : mais sans reproduire les observations que nous venons de faire contre ces sortes de substitutions qui ten- draient à donner aux mots un sens absolument étranger à celui qu ils offrent par eux-méme ; je me bornerai à de- mander si Ton pçut être satisfait du sens que présenterait la phrase traduite par ces mots , rochers nuds et découverts ; si Polybe , qui veut réellement indiquer un point déterminé du pays que trtwerse Antiochus , ne nous donnerait pas là une désignation qui , par sa généralité même , n'indique rien , ne caractérise rien ; enfin , s'il n'est pas plus que probable que f parlant d'une chaîne de montagnes ou de rochers connus sous cette dénomination de AcvxoTrerpa, les rochers blancs , et qui peut-être passaient pour être d'un accès dif- ficile , il les désigne par le nom spécial sous lequel on les désignait .ordinairement? £n consultant les géographes, je trouve cette conjecture déjà si naturelle et si conforme au texte littéral, confirmée par Ortelius qui traduit ce mot par Albi montes^ etle considère conmie le nom propre de la chaîne de montagnes qui séparent la Parthie de Fllircanie (i)« Cette interprétation coïncide parfaitement avec le récit de Polybe , suivant lequel l'armée d'Ântiochus , allant de la Parthie dans l'Hyrcanie , devait nécessairement rencontrer les Affuxd^rrpa sur sa route. S'il était nécessaire de citer des exemples à Tappui d'une interprétation que Ton ne peut combattre qu'en dénaturant le texte grec , ils se présente- raient en foule pour nous montrer cette dénomination em- (i) Âbrah. Ortelias , Thésaurus géographie.^ art. ^cuxowiTpo. •" . ( "O ployée continuellement , dans la géographie ancienne , comme nom appellaUfy et avec \t sens. que nous lui. donnonsw C'est sous ce nom que Stcabon et Ptolénuée désignent Fun à^s promontoires de l'Italie méridionale, appelée aajour** d'huî Capo deWarmi. Vo.icî le passage de Strabon : knè ik TOÛ * P«y£ou TT^iovre îrpoç e« , AeuxojréTpav Tfuùo^jtm Sxpai» àito Hç ^pQ%ç (ï). Et Ptolémée Asuxojrstpflc axp« (:&)• Le même géo- graphe parl^ aussi de certaines montagnes de l'tie de Crète, ayant le même nom ^ rà Xeuxà KokoùfttyoL op>j (3) , et PUne ^ parlant des mômes montagnes, les désigne de la méine manière , in idœîs montibuset quos Albùs Qocant (4)« Quant à l'assertion , « qu^il n'einste point de pa^ge dans M les Alpes où Ton ne trouvât quelque roche Mançhey^pm^ » qu'il y a du gypse blanchâtre sur tous \ts cols de la » chaîne >» ; elle est , je crois , fort hasardée* J^avoue pour mon compte que spr les points que j'ai parcourue en tra- versant soitle.Simplon, soit le Grand Sàînt-Bemard, soit le mont Genévre , je n'ai remarqué nulle part de montagne de gypse, dont la blancheur fût sensi))le. Il me semblé que M. de Saussure (5) et M. Albanis BèaumOnt (6) li'auraîeht pas décrit avec tant de soin celles qui se rencontrent -sur la route de Saint-J^ean de Maur ienne au* mont Cëni^ ', si ces montagnes étaient aussi côtnmunés que le prétend Mr Letrohne. M. de Saussure , par exemple', ne -dirait pîts • . ■ ■ " . 's. ' * * * * (i) Strab. , tom. I , lib. vi , pag. 372. 'Oxori, ' ' • ? (a) Ptolem, , lib. lù » cap. i. Plin. , bUt. nat. ad a» D«lpb. , Hb. m , 6 et 10. ..'?'.• ' (3) Ptolem.-, lib. m, cap. 17. — Strab. , lib. X, pag. %a^. (4) Plin., lib. XVI, 60. ' . , . • • • . - (5) Voy. d. les Alpes, in-8, tono. V, cb*. v. (6) Descrîp. des Aîp. grec, et coll. , a^ part. , tom. II , cb. xv , pag6i6-65o. (xi3) dans lechap.X, intitulé : Cavp^d œil général sur ^cUe -pat- tie des Alp^ : « Le mont Cenis présente quelques singuia" M rites que je ne dots pas omettre de faire remarquer dans ce tt résumé. D'abord ce grand amas d^ gypse du côté de la » Savoie Y etc. (i). » Mais si l'on ne trouve pas partout des rochers blancs y on trouve partout des rochers nuds et décowerts , nudas et calvas fupeSf comme traduisent Casaubon et M. Schweighaeuser; et ce serait en donnant au mot grec ce sens adopté par M. Letronne , que Polybe , qui veut ici détero^iner le lieu où se passe l'affaire qu'il raconte , ne déleiminerait rien par le vague mteie et la généralité des expressions dont il se servirait* D'un autre mot mal interprété. M. Deluc , avec qui nous sommes d'accord sur le sens du mot X&uxdircT^yf ne i'est pas avec nous sur celui du mot TTif £ que nous traduisons par sur av^c dom Thuillier , Fo- .lard, Casaubon et M. Schweighaeuser qui supposent , comme nous le faisons, que le général carthaginois se porta sur ce rocher. M. Deluc traduit, près d'un certain rocher blanc , dans le Qoisinage d'un certain rocher blanc (2). Plus tard nous verrons les raisons locales qui , dans son sys- tème, le forcent àe traduire 'ainsi. Dans le nôtre chacune de ces deux traductions peut se concDier avec la nature des lieux ; et , si nous avons préféré la première , c'est qu elle est plus en rapport avec les autres mots de la phrase et le but qu'Annibal se proposait en prenant cette position. Ainsi , par exemple , le mot o;^pov ne signifiera plus rien si (i) Yoy. dans les Alpes, tom. Y, $ i3oi. (a) Hbt. du pass. des Alp., pag. i36, i5i. ( "4 ) l'on se borne à supposer que le général se soit placé dans le iHiismage de ce rocher, tandis que dans notre sens on conçoit que ce rocher devenait pour lui une position forte d'où il pouvait protéger son armée , sans craindre d'être lui-même surpris par l'ennemi. Le chevalier de Folard re- marque à ce sujet que, dans les guerres de montagnes, on doit songer avant tout à se saisir des hauteurs qui dominent la marche (i) ; et Végèce avait déjà dit, long-tems aupara- vant : « In montihus altiora loca praunissis sunt prcesidiis oc- » cupanda^ ut cîim hostis ad^enerit reperiatur inferior^ nec » audeat oboiare , cum tam a fronfe quam supra caput cernât n armatos (2). » Une seule considération qui aurait pu nous engager à adopter la traduction de M. Deluc , ce serait le cas où la proposition Trspt, dans le sens où nous la prenons, n'aurait pu se construire avec l'accusatif. Mais nous en trouvons tant d'exemples , et dans ce même livre de Po- lybe (3), qu'il faut encore compter celte preuve gramma- ticale au nombre de toutes celles que les circonstances de la narration fournissent en notre faveur. (i) Polyb. , trad. par dom Thuillier , avec commenl. da chevalier de Folard , tom. lY , pag- 93 , 93.. (a) Flav. Yeget. de re milit., m, cap. 6, a6. (3) Polyb. y III, 54. Ty)$ $\ ;(iovOç 4^9-^ ^rsp) toviç âxppv{tt6pocÇofuyii)ç y la neige étant déjà tombée sur le sommet des montagnes. La version to?; axpocç que propose M. Schweîghaeuser , n^est donnée par aucun ' manuscrit. Autre exemple : Kcuxot^Tx^axontM^aç ictpi tojç Ixtftvyovxaç 4iSfi Tviv x^oy' TOTTouç 9 III , 55 , ayant dressé son camp sur les lieux oh il r^y avait plus de neige.'^-'Dt même , Ub. ili, c. ici » Mînucius es- pérait rencontrer les Carthaginois sur les hauteurs , ircp} xaq v^cp^oJl^... G^est ainsi que la préposition vràp est employée dans ce même sens par Strabou , Ub. iv , tom. I , pag. a85 , où il dit que les Medulli ha- bitent sur les montagnes les plus élevées , Oir^p t&ç v«)iD)Xotid{taç tx^^ xopvyaç. ( ii5) Dctermioatinn du lieu de la scène décrite par Polybe. Ces principes une fois posés , et le sens de la phrase bien établi , il reste à chercher sur notre roule à partir de Vil- laraudîn^ ce certain rocher^ appelé le rocher blanc ^ sur le- quel Ânnîbal passa cette nuit qui faillit être si fatale à son armée. Pour n^omettre aucune des indications qui peuvent aider à le reconnaître , rappelons-nous en même tems qu^îl dominait une gorge étroite et profonde^ â*un accès difficile et bordée de précipices ; que le général se porta sur ce rocher avec la moitié de ses troupes , probablement avec ses archers et ses frondeurs qui devaient déloger à coups de flèches et de pierres les barbares maîtres des hauteurs opposées, lors- qu'ils se montraient pour inquiéter l'armée dans sa mar- che. C'est ainsi que , dans une autre expédition décrite éga- lement par Polybe , nous voyons Antiochus se servir des mêmes moyens pour débusquer les Parthes des hauteurs qui dominaient les défilés qu'il traversait (i) ; cette dernière circonstance suppose encore , qu'en cet endroit , la çallée devait avoir peu de largeur, sans quoi les archers carthagi- nois n'eussent pu atteindre les Barbares qui se trouvaient de l'autre côté. Sous ces conditions, si nous pouvons montrer la réunion de tant de circonstances remarquables sur l'un des points de la vallée où nous avons cru jusqu'ici reconnaître |a trace d'Annibal , n'aurons-nous pas désormais la certi- tude de ne nous être pas égarés? Or, il est impossible de n'être pas frappé de l'identité de^ lieux, lorsqu'après avoir passé Braman et Thermlgnon^ l'on arrive au défilé que l'on traverse à trois-quarts d'heure de marche de ce dernier village , une demi-lIeue en avant de Lans-le-Bourg. Les divers détails de localités , fournie (i) Polyb. , X , 29, 3o. ( "6) par l^hîstori«n , se trouvent rassemblés de manière à ne laisser aucun doute. La vallée se resserrant en cet endroit y forme une gorge étroite et profonde ; le chemin s'y trouve bordé sur la droite par le précipice , au fond duquel coule Je torrent de TArc ; sur la gauche , par d'énormes rochers nuds et arides, souvent 'escarpés et roides , d'où les Barba- res pouvaient écraser les Carthaginois obligés de passer immédiatement au-dessous. A droite de la route , et de de l'autre côté de VArc , se voit le XeuxGirerpov que j'entendis encore appeler, par les habitans du pays , le rocher blanc, ou le plan de roche blanche , quoique son véritable nom soit le rocher du plan de la BarmeUe, C'est un rocher de gypse , paraissant d'une blancheur éclatante dans toute sa partie supérieure entièrement nue et découverte , tandis qu'au- dessous il est couvert de sapins , et présente , depuis le mi- lieu jusqu'à sa base, sur un plan légèrement incliné, une espèce de talus qui se prolonge jusqu'à Thermignon , et où l'on fait venir du bled, du seigle et de l'avoine. 11 est proba- ble qu Annibal remonta cette petite plaine pour venir se porter sur le rocher blanc , qui« la termine et la surmonte. La partie supérieure de ce rocher offre un plateau assez étendu. Des gens du pays me dirent que Napoléon y avait fait passer un chemin praticable pour rartillerie. Annibal aurait donc pu se porter là avec une partie de son corps d'armée , le reste s'étendant si l'on veut , soit sur le glacis qui se trouve en dessous , protégé par les bois de sapins qui couvrent cette partie de la montagna , soit encore sur la petite plaine qui descend du côté de Thermlgnon.On voit que c'était là pour lui une position yôr/e et sûre ^ de laquelle il pouvait protéger la marche de son armée , et atteindre facile- ment, à coups de flèches et de pierres , les Barbares qui se montraient sur les hauteurs opposées. { ii7 ) * * Témoignages de Saussure et de M. Albanis-Beaunioiit. Coimne dans ces sortes de questions les faits sont des preuves , quelque connus que soient les lieux , quelque soin: que j'aie pris pour ne rien insérer dans ma description qui ne fût le résultat d'une exacte et scrupuleuse observation , je crois ne pouvoir mieux faire que d'invoquer à l'appui de mes assertions l'autorité des deux savans géologues que j'ai déjà tant de fois cités , et qui certes ne pourraient être soiq»çonnés d'avoir supposé des circonstances propres à fa- voriser un système quelconque. Ecoutons d'abord M. de Saussure : « En approchant de Lans-le-Bourg , on retrouve » encore des rocs calcaires micacés , et ensuite le chemin » coupe une colline entièrement composée de débris angu- » laires , faiblement agglutinés entre eux et disposés par » couches horizontales. Vis-à-vis de cet endroit , de l'autre » cété de l'Arc ^ on voit des gypses blancs. Au reste, je » n'ai point noté toutes les montagnes de ce genre de pierre M qtie l'on rencontre sur cette roule ; elles y sont trop fré- » quemment répétées (i). » Yoici maintenant ce que dit M. Albanis Beaumont ; « En sortant de Thermignon , l'on » continue à gravir une rampe assez rapide , maïs le che- » min est beau , il serpente sur les flancs d'une espèce de » terre-plaîn , très- élevé , d'où l'on a une vue fort étendue >» sur la vallée d'Arc Le chemin prend ensuite une di- fi rection à l'est , et la vallée se rétrécit de nouveau : Ton » cotoye la base d'un rocher calcaire très-élevé , de l'es- N pèce du micacé , dont les couches sont très-inclînées , » quelques-unes sont même verticales et unies à des filons » argileux et fissiles. Les montagnes qui bordent la rive (i) Voy. dans les Alpes , in-8, tom. V, ch. v, J laBi. ( n8 ) n gauche Après deux heures et demie . de montée , dont la dès- » cente se fait ordinairement en vingt minutes , lorsqu^il » y a de la neige et cpie Ton peut se servir de tratneaux^ » on passe à côté de deux ou trois misérabled chalets >» nommés la Ramasse.,,. Après un quart-d'heure de marche » depuis ce hameau , Ton enti*e dans la belle vallée dii » mont Cenis. (Ici se trouve le plus haut point du passage^ » un peu après le chalet de la Meut.) Après une heure de » marche depuis les granges de la Meut , k travers «né » vaste prairie couverte en été de nombreux troupeaux n de vaches , le chemin passe à peu de distancé d'mi » charmant lac situé au sud-est de la vallée.... et Ton àr- » rive au hameau des Ta^emettes , où est située la poste » aux chevaux (2). » Nous voyons que de Lans-le-Bourg à cb point de la route , M. Albanis-Beanmont compte à peu près quatre heures de marche , quoique M. de Saussure en compte un peu moins (3). Je fis moi-même cette route en deux heures , mais en descendant , et en négligeait , pour prendre des chemins de traverse , les contours qui (i) Yoy. Etat géa. des relais de postes de la république française , an XI (180a). — État gcn. des postes du royaume , i8i4* ' (a) Dcscrîpt. des Alpes grecq. et cott, a» part. , tom. Il , p. 645-647 (3) Voy. dans les Alp. , tom.' V , chap. vi. ( "1 ) alongeht la roule mais qui en adoucissent la pente. En roilà pins qa'il ne faut pour prouver la âifficnlté d'ëva- ^AtT la distance parcourue par Annibai dans cette jourùée. En adoptant la distance des trois postes données par les disrntères mesures de i8i4 9 et qui se rapproche assez des quatre heures de mafche de M. Albanis-Beaumont , Far- mée aura fait six Ireues de poste, c'est-à--dire à peu près iâ8 stades ou 16 tnilles romains, depuis Lans-le- Bourg; auxquels il faudra ajouter environ 16 stades ou 2 autres milles pour la distance de ce dernier village au» défilé du ^svxotrsrpov. Continuons le récit de Polyhe. Suite du récit. Dixième et onzième journées. Station sur le plateau du mont Genis. VI. « Annibai ayant atteint au neamèine jour le sotnmet i) de la montagne , y dressa son camp , et s'y arrêta pei)- » dant deux jours , voulant donner du repos à ceux dé ses ^> soldats qui étaient arrivés sains et saufs , et laisser aux » traîneurs le temps de rejoîtiâre l'armée. Pendant ce sé- » jour on eut l'agréable surprise de. voir reparaître un »» grand tiombre de chevaux que la frayeur avait dispersés , » de bètes de charge qui s'étaient débarrassées de leur M fardeaux , et qui , sur les traces de l'armée , étaiefnt ve- » nuéis droit au camp. Il y avait déjà beaucoup de neige sur » les sommets des montagnes, car c'était le tems du cou- » cher des Pléiades :^ Annibai remarquant rabattement de M la plupart de ses soldats, découragés par le souvenir des » maux déjà soufferts et par Tidée de ceux qui les atten- » daient, les rassemble pour les haranguer, profitant, » pour ranimer leurs espérances, d'une unique et dernière » ressource , le spectacle de l'Italie qui s'offrait à leurs re- » gards. Ce pays^ en effet , est situé au pied de ces mon- ( 132 .) » tagiiei^ de manière qae , pour le spectateur, embrassant » l'ensemble du tableau , les Alpes paraissent être comme » la forteresse de toute l'Italie. Leur montrant donc les » plaines qui bordent le Pô , leur rappelant la bonne dis- » position des Gaulois qui habitent ces contrées , leur îndi- n quant même du doigt où Rome était située , il relcTa » jusqu'à un certain point leur courage (i). » Nous avons à fixer ici deux faits importans sur lesquels Polybe et Titc-Live sont d'accord , et qui voijt jeter «n nouveau jour sur tout notre itinéraire. Il s^agit du campe- ment de l'armée au sommet de la montagne, et de la vue des plaines arrosées par le Pô. Description de ce plateau : possibilité d*y camper Exactitude de Polybe. Pour ce qui regarde le premier fait, examinons si, au sommet du mont Cenis , la nature des lieux se prête à ce qu'une armée puisse y camper : voici la description qu'en donne M. de Saussure : » Du chalet de la Meut y on descend n dans la jolie plaine de mont Cenis ; celte plaine a envi- '> ron une lieue et demie de longueur sur un grand quart M de liène de largeur. Elle esf couverte des plus beaux pâ- » turages , et arrosée par un lac rempli de la plus belle » eau , qui en occupe à-peu-près la moitié. Comme cette » plaine est ouverte au sud-est , du côté de l'Italie, et fermée » de tous les autres côtés par des hauteurs plus ou moins n considérables, elle jouit d'une température beaucoup » plus douce qu'on ne pourrait l'attendre de son éleva- » tion. Souvent après avoir rencontré des brouillards gla- » ces , ou des vents froids et incommodes sur le haut du » passage , le voyageur, en arrivant dans cette plaine , y (i) Polyb. , III , 53 , 54^— Tite-Live , xxi , 35. ( "3) M trouve un beau soleil , le calme et la douce température » du priotems , et il y voit les plus belles fleurs croître sans » culture dans tous les pâturages (i). » 11 semble donc que, sous tous les rapports , il était im-^ possible à Annibal de trouver à cette hauteur un lieu plus favorable à un campement. M* de Saussure ne donne à cette plaine qu'une lieue et demie de longueur ; mais il faut observer qu^il compte en lieues de pays, valant près de deux lieues de poste. C'est ainsi qu'il n'en compte que trente- quatre de Montmélian à Turin , tandis que notre livre de postes en donne cinquante-six et demie par l'ancienne route , et soixante-deux et demie par la nouvelle. M. Âlba- nis-Beaumout dit aussi , page 646, que V étendue de la plaine dit mont Cents est d'environ deux lieues ; mais ses lieues , quoique plus courtes que celles de M. de Saussure, sont bien plus longues que les nôtres , puisqu'il adopte la me- sure de deux lieues au myriamètre, comme on peut le con- clure de quelques passages de son ouvrage (2). Lorsque je passai le mont Cenis , je mis près de deux heures à traver- ser cette plaine depuis l'auberge de la Grand-Croix^ jus- qu'au refuge n^ vi, où commence la descente; et, du pas dont je marchais , je pense qu'on peut hardiment lui don- ner en longueur trois bonnes lieues de poste. L'armée du roi de Sardaigne y campa dans la guerre de 1692 (3) , et cet exemple , joint aux preuves que nous avons tirées de la description des lieux, nous dispense d'Insister davantage pour établir qu' Annibal a pu camper très-facilement en cet endroit. (1) Voyage dans les Alpes, tom. V , ch. vi , § ia36. (2) Descrîpt. des Alpes , i^^ part , tom. II» pag. 336 «t 3ii , etc. (3) Œav. div. d*AbaùsU, tom. II, pag. 180. ( 124 ) Polybe ajoute qu'il y avait beaucoup de neige sur les sommets des montagnes , vu que c^élalt le tems du coucher des Pléiades (i).M.Deluc, page i55, dît que Tastronome Maskelyné , co^nsulté par le général Mel ville sur ce sujet , fixa le coucher des Pleïadcs du tems de Polybe au 26 oc- tobre. Je traversai le mont Cenîsle 28 du même mois, en 1822, tout le plateau supérieur, et même bien au-dessous, la piaineScânt-Ntcolas jusqueB dans les environs de îaFernère^ étaient entièrement couverts de neige. Ânnibal montre à ses soldats les plaines qu^arrose le Pô. Exactitude rigoureuse de ee fait téoioîgné par Polybe et Tite-Live. Réfutation du sens de M. Deluc. Passons maintenant au second fait , et examinons si de quelqu'un des points de la montagne , Ânnibal aura pu montrer à ses soldats les plaines qu'arrose le Pô. M. Deluc prétend que les expressions de Polybe ne dowent point itte prises à la lettre; ... qu'il si^fftsait qu' Annibal fit voir à ses soh dats les vallées inférieures par lesquelles ils devaient descendre en, Italie. Mais c^est là une supposition tout-à-fait gra- tuite : le texte de Polybe est formel , et se trouve formel- lement confirmé par Tite-Live ; il considère la vue des plaines du Pô , du sommet de la montagne , où il a coaduit Annibal , comme tm fait connu qu'il semble avoir constaté par lui-même , lorsqu'il fut sur les lieux. Les expressions même dont il se sert ne laissent aucun doute : Annibalpro- jitede V occasion que lui présente la vue claire et manifeste de V Italie {2)^ TVf\i triq IraXtaç èvoépystav ; il leur montre du^doigtles (i) Du tems de Pline il arrivait au 3 des Ides de novembre , c*est-à- dire le il de ce mois. Hist. nat., lib. Il, 4?» xviii , 3 t. Vergifiarurn occasus in III idus novembres incidere consuevit. (1). Histoire du passage des Alpes, pag. 157. ( "S ) plaines qui bordent le Pd, èy^ccxyvfifvoc àifroIcTà Trepc tov Da^ov TTs^ca ; tandis qu^en parlant de Rome , qu ils ne pouvaient voir , il se sert de l'expression uiro^ccxyv&iv Pû^u^ç àvxi^ç tôttov, il leur indique la place ou elle est située. Tite-Liye n'est pas moins décisif, Italiam ostenUUf^ subjectosque Àlpinis montibus circumpadanos campos. Quant à ce qu ajoute M. Deluc , que du passage du mont Cenis on ne peut Qoir ni les plaines du Piémont , ni celles de la Lombardie, il y a ici une distinction à établir. Nous recon- naisspns avec lui que du passage , c. à d. du plateau du mont Cenis , on ne peut apercevoir la plaine ; mais où a-t-on vu que ce soit précisément de ce plateau qu'Âniiibal ait dû montrer l'Italie à ses soldats? Polybe le dit-il? Donne-t-il à entendre que ce spectacle se soit offert de lui-même sur leur cbemin , et soit venu frapper tout-à-coup leurs re- gardât Ne doit-on pas au contraire conclure de la narra- tion grecque qvCils étaient là depuis quelque iems y abattus , découragés, ne se doutant pas qu'ils eussent à leurs pieds ritalie j et qu Annibal ayant appris que de l'un des points de cette montagne , on apercevait ce pays auquel ils aspi- raient depuis si k>ng-tems, les rassefnbla pour les faire jouir de cette vue et ranimer par là leurs esprits abattus ? Lorsque immédiatement après avoir rapporté , ce fait , il ajoute que le lendemain Annibal commença à descendre, r-n S'ènat^ptGv avaÇEuÇoç £v>;p;^«To rnç xaTaêào-ewç , a^ant déjà dit qu'ils restèrent là campés pendant deux jours, n'indique-t- il pas clairement que ce fut lé second jour qu Annibal les appela àxe spectacle? Si le récit. de Polybe pouvait laisser quelques doutes , celui de Tite-Live viendrait les dis- siper entièrement. Car , après avoir dit que l'armée resta 'campée deux jours, il ajoute d'abord que ce jui aumomex^t du départ, signis prima luce motis, qu' Annibal, s'avancant ( "6 ) aux premiers rangs , réanît ses soldats pour leur montrer V Italie; ensuite que ce fut du haut d'une espèce de promon- toire d'oùj'on découvrait une grande étendue de pays: in pro- montorio quodam undè longé ac latè prospectus erat. C'est donc maintenant ce promontoire qu'il faut chercher. Quel est le point du mont Genîs d*où Annibal montra ritalie à son armée? — Cette vue serait impossible d'après les autres systèmes. J'avais d'abord cru le reconnaître sur un des points de la nouvelle route du mont Cenis , dont parle lady Morgan. » En doublant , dit-elle , un promontoire d'une projection » hardie, les brillantes plaines de l'Italie sont révélées (i)»» Voulant m'en assumer , j 'étais parti de Suse avant le jour « afin de me trouver sur la montagne au lever du soleil. Après avoir monté pendant plus d'une heure , j'avais à peine passé les dernières maisons du petit hameau de Jail" ion , qu'en me retournant j'aperçus en plein la vallée de Suse' , et dans le fond , à une distance très-considérable , un horizon rougeâtre et des vapeurs enflammées circulant sur un espace trop étendu pour qu'il fût possible de n'y voir qu'une prolongation de la vallée. En continuant de monter, je ne tardai pas à voir lever le soleil et à discer- ner clairement la campagne de Turin , et même au-delà l'élégante basilique de Superga , dominant la plaine et res- plendissante de lumière sur le dernier plan de ce merveil- leux paysage. J'eus encore plus haut , et à diverses re- prises , la même vue , et je ne la perdis entièrement qu'au moment d'atteindre les premières maisons du petit ha- meau de Saint-Martin. Ici la route s'avançant en saillie et comme suspendue au-dessus de la profonde vallée de la (i) L'Italie , par lady I^Iorgan , tom. I, pag. 5a. ( 1^7 ) Noçaièse , tourne tout-à-conp , et forme cette espèce de promontoire dont veut probablement parler lady Morgan* C'est là en effet que Tltalie se découvre pour la première fois à ceux qui viennent de la Savoie* Mais , à ce point , Ton n'est encore qu'à moitié chemin de la montée , qui , de ce côté , prend six bonnes heures de marche , ensuivant ce que Polybe et Tite-Live s'accordent à dire , ce fut du sommet qu Annibal montra la plaine à son armée. D^ail- leurs , l'ensemble des circonstances de sa marche ne pour- rait guères se prêter à ce qu'on le fît passer de ce côté. C'est donc au sommet du Cenis , et près du plateau où campa l'armée, qu'il faut chercher ce promontorium d'où elle vit les plaines qu'arrose le Pô. Or , voici ce que dit Grosley qui , comme nous , fait passer par là le général carthaginois. « L'espèce de coupe que forme le plateau du » mont Cenis, est bordée de falaises très-élevées , et ainsi M il n'occupe pas , au pied de la lettre , le sommet de la M montagne. C'est à mi-côte 4^une de ces falaises , à lahau-' » teur dii Prieuré f qu'on découvre les plaines du Piémont , et » c'est de là qu* Annibal put les montrer à son armée (i) ». Il est probable que cette falaise que Grosley ne désigne pas autrement, est la montagne de Saint- Martin, qui se trouve en avant du petit mont Cenis , formant la partie su- périeure de la montagne de Jaillon , et située comme elle dans la direction de la vallée de Suse , à travers laquelle la vue débouche sur la plaine de Turin. Je la côtoyai à partir du petit hameau qui lui donne son nom , l'ayant con- tinûment sur ma gauche , et arrivé à la plaine du mont Cenis, au-delà de l'auberge de la Grand-Croix y vers le (i) Nouveaux Mémoires sur Pltalie , par deux gentilhommes Sué- dois* Londres y 1 764 , toxn. I , pag* 56. ( ia8 ) quatorzième refuge , elle ne me paraissait plus que comme une colline très-pen élevée au-dessus du sol. D'après la posîtû&n de cette montagne , située touU'à-fait en face de la vallée de Suse 9 et n'ayant devant elle aucune autre mon- tagne qui intercepte la vue , je coiqecturais qu'en montant au sommet , on devait découvrir la plaine , ce qui me fut confirmé à plusieurs reprises par des gens du pays avec qui Je faisais route, et. qui m'affirmèrent que du haut d'iœ rocher qu'ils appellent Coma-^Bossa , et qui se présente so- litaire et détaché à la partie supérieure de la montagne de Saint-Martin , on découvre Turin et toute la plaine. En me montrant la gorge qui sépare la cime de cette mon- tagne , de celle du petit mont Cenîs , ils me disaient que leurs anciens leur avaient raconté^ qu'un fameux général nommé yinnibal était passé par là il y a bien hng-tems. Nous pou- vons donc supposer très-naturellement , que ce fut là ce promontoriwn d'où. ce grand capitaine montra Tltalie à son armée. Du reste , il y a ici deux faits bien distincts, l'un énoncé comme positif par Polybe , que de la montagne tra- versée parles Carthaginois, Ton a la vue des plaines qu'ar- rose le P6 ; l'autre , que Ton pourra , si l'on veut , regarder comme une supposition de l'historien , qu'Annibal se servît de ce spectacle pour ranimer le courage de se& soldats. Mais le premier de ces deux faits est le seul qu illnous im- portait de constater , et il est décisif, car je puis afSrmer que , sur aucun des passages des Alpes que j'ai parcourus , ni au mont Genèvre , ni au grand ni au petit St.-Bemard, ni au Simplon , Ton n'a nulle part la vue des plaines de l'Italie ni d'aucune plaine quelconque^ tandis qu'il est certain que cette vue se trouve sur plusieurs points de la montagne à laquelle nous rapportons tant d'autres vraisemblances his- toriques. Ainsi , tout se débrouille et s'éclaîrcit à mesure ( "9 ) que nous avançons : lorsque dans la suite de cette marche , l'examen des lieux qui nous restent à- parcourir sera venu confirmer ce que nous avons dit de la routé tracée jusqulcif je ne crois pas qu'il soit possibl<î de résister à un tel en-- semble d'observations et de faits s'éclairant les uns par les autres , et se prêtant ime force qu'on chercherait vainement dans les diverses hypothèses qui nous sont opposées. Pour^ suivons maintenant , toujours guidés par l'historien grec. Suite du técit. Descente. Le chemin intercepté par une avalanche. Douzième journée. VIL « Le lendemain (^c'est-à-dire le douzième jour depuis » son entrée dans les Alpes) ^ Ânnibal lève le camp, et M commence à descendre. Excepté quelques pillards qui » venaient furtivement attaquer ses bagages , il n'eut point » ici d'ennemis à repousser. Mais les difficultés des lieux M et les neiges , lui firent perdre presque autant de monde M qu'il en avait déjà perdu dans le trajet de ces monta- » gncs (i). £n effet , la descente étant rapide , et le che- » min étroit et couvert de neige , pour peu que Ton s'en M écartât , ou que le pied vînt à manquer , l'on était en- » traîné dans des précipices. Cependant le soldat accou- » tumé à ces sortqs d*accidens, ne se laissait pas décourager. » Mais bientôt on arriva à un certain endroit où il n'était M plus possible ni aux éléphans ni aux bétes de charge » d'avancer davantage , le chemin se trouvant trop étroit (i) Katà Tviv àva^aacv , ce qui ne doit pas s^entendre uniquement de la montée du Cenis , où Ton ne voit pas qu'Annihal ait perdu beau- coup de monde , mais aussi de toute la traversée de ces montagnes , depuis son entrée dans les Alpes , d'après la double signification de la préposition àydi , dont notis avons déjà parlé au paragraphe I«r du présent chapitre. 9 ( .3o ) » par suite d'un éboulement de terres survenu récemment, » et <[tti avait encore augmenté la roideur de la montagne , u présentant déjà auparavant un escarpement de près de n trois demi-stades. Ce fut alors que le découragement et M la consternation se répandirent de nouveau dans Tarmée» » La première pensée du général carthaginois fut d^éviter n ce mauvais pas par quelque détour ; mais la neige ren- >» dant cette tentative également impraticable , il fut obligé » d'y renoncer. En effet , il avait rencontré dans ce dé- M tour un obstacle particulier et extraordinaire. Sur l'an- » cienne neige de l'hiver précédent , il en était tombé ré- u cemment de nouvelle. Celle-ci , molle et peu profonde , » se laissait aisément pénétrer ; mais lorsqu'elle eut été » foulée et que Ton marclia sur celle de dessous , qui était )> ferme et compacte , les pieds ne pouvant plus y enfoncer, » les soldats chancelaient, et faisaient presque autant de » chutes que de pas , comme il arrive lorsque l'on marche » sur un terrain boueux et glissant Cet accident en attirait » d'autres plus fâcheux encore : car , ne pouvant plus pé- » nétrer la neige inférieure , s'ils venaient à tomber , et » qu'ils voulussent s'aider de leurs genoux ou s'accrocher » à quelque objet pour se relever , ils glissaient encore '> plus , entraînant avec eux sur cette petite rapide tout ce » qui leur servait à se retenir. Quant aux bétes dé charge , » la vieille neige ne leur résistait pas ; partout où elles » tombaient , elles brisaient la glace par les efforts mêmes » qu'elles faisaient pour se relever : mais ensuite elles » restaient là comme gelées elles-mêmes avec leurs far- » deaux , retenues par leur poids et par la glace où leurs » pieds se trouvaient pris. » Annibal renonçant donc à l'espérance de se frayer un » passage de ce côté , campa à l'entrée du chemin dé- • . ( i3i ) A gt*aclé(i), après avoir fait enlever la neige qui couvrait la plajce. Toute Tannée s^étant ensuite mise k T ouvrage pour reconstruire le chemin le long du précipice , on parvint , à force de bras , à pr^Ltiquer un chemin assez bon potir les chevaux et les bétes de charge. Le général les fit passer d'abord , et dressant de nouveau son camp dans les endroits où la neige n'était pas encore tombée , il les envoya aussitôt dans les pâturages. 11 fit aussi tra- vailler les Numides , par bandes , à afTertnir le chemiii pour que les éléphans pussent y passer. Après bien des fatigues, il ne réussit qu'à peine, au troisième jour, à les faire descendre. La faim avait réduit ces animaux dans l'état le plus déplorable ; car , sî le penchant deâ Alpes présente des deux côtés des arbres , des forêts et des habitations , il n'en est pas . de même de la cime et des lieux qui en sont voisins : ils sont tous entièrement nus et sans arbres , l^i neige y restant constamment , été comme hiver. » r venons de parler, il campa au pied même des Alpes, » pour donner à ses troupes le tems de se remettre de leurs M fatigues (i). » I Etrange circonstance ajoutée par Tite-Live. r Tel est , dans Polybe , le récit exact des derniers inci- dens de la marche d' Annibal à travers les Alpes ; la nar- ration de Tite-Live n'est en général qu une élégante ré- pétition des mêmes détails , sauf une addition assez extraor- dinaire pour qu'elle exige que nous nous arrêtions à l'examiner. Après avoir parlé de la rencontre de ce rocher escarpé qui empêchait l'armée d'avancer , il ajoute : n Comme il était nécessaire de rompre le rocher pour s'y M frayer un chemin , les soldats abattirent dans les envî- n rons , des arbres énormes qu'ils taillèrent , et après en (i) Polybc , III, 53, 54, 55 , 56. — Tite-Lîve , xxi, 35, 36, 3;, 38. ( i33 ) >» avoir fait un immense bûcher , ils y mirent le feu. Dans » cet instant il s'élcra un vent violent qui accéléra Tem- » brâsement. Quand les rochers furent ardens , il les ren- » dirent friables en y versant du vinaigre. Le roc se trou- M vant ainsi calciné par l'action du feu , i|s Tentrouvirent » avec le fer , adoucissant la roideur de la pente par de » courts zigzags , jusqu'à ce qu'enfm an put faire passer ^ >» non seulement les bétes de sonmie, mais encore les » éléphans (i). >» Nous conviendrons d'abord qu^il peut y avoir un fond de vérité dans cette circonstance du récit de Tite-Lîve. Appîen fait mention de ce rocher dans lequel Anntbal fit pratiquer un chemin qui s'appelle encore , nous dit^il , le Passage d'Annîbal : rt ticù wv ntahirai êioSoç Awt€ou (2) , et quoique Pplybc ne semble parler que d'un simple éboule- ment de terres, il pourrait se faire que des débris de ro- chers eussent été entraînés dans cette espèce d'avalanche , et fussent venus dégrader le chemin et fermer le passage. Nous conviendrons encore queTaction du feu et du vinaigre peut calciner toute roche qui n'est pas primitive (3) ; les rochers qui dominent le passage où nous montrerons qu'Ânnibal fut arrêté , sont précisément dans ce cas, étant des rocs calcaires , dont la pierre fait effèn?escence avec les acides (4). Mais nous n'en croirons pas moins qu'il y a^ de l'exagération dans les détails donnés par Tite-Live , et que le fait n^est pas présenté de n;ianîère à nous en — ^-^— ^^^— ^^^— — ~— ^— — ■ (i) Titc-Live , xxi , 37. (a) AppiaA>de bello Ânnib. , ^ 4» ed* 'Schweigh. (3) Plin. , UUt. nat. , xxxiil , 3. •— De Sauss. , Voyage dans lesAlp.,^ tom. V , ch. vi, 5 laSa. (4) De Saussure , ibid , J ia49-ia5i. donner une idée hien nette et à nous inspirer une entière coofiance. Nous pensons à cet égard comme M. Deluc , et nous ne pouvons rien faire de mieux que de reproduire ici ses observations. « Pour amollir le rocher , dit-il , et pour y couper le » chemin avec plus de facilité , on accumula un tas énorme » d'arbres monstrueux auxquels on mit le feu. Il se pré- n sente ici une difficulté , c'est de savoir dans quelle partie » de r escarpement on put placer cet énorme bûcher, qui i> devait former un carré de cinquante pieds au moins ; car » ces arbres monstrueux ne pouvant être que des sapins , ^> devaient avoir cette longueur , et en les rangeant en tas » pour y mettre le feu , il fallut les croiser les uns sur les » autres pour laisser entr'eux les jours suffisans. Où trou- » ver un espace horizontal de cette grandeur contre une face » de rochers à pic? Ce bûcher ne put donc s'entasser que » sur le sommet du précipice ou à son pied. Dans le pre- » mier cas , le rocher seul sur lequel aurait reposé le bra- » sier aurait pu être rougi ou rendu ardent à une profon- » deur de quelques pouces, ou , si Ton veut, d'un pied. » Dans le second cas , il n'y aurait eu que les colonnes de » flamme qui auraient pu toucher Tescarpement , et comme >> cet escarpement ne peut pas se considérer comme un >» mur vertical , puisqu'un soldat avait pu descendre en se » tenant avec les mains aux souches qui croissaient à l'en- » tour^ les flammes n'auraient pas même touché la face » du rocher. Le brasier , ou les flammes , ne purent donc >» produire aucun effet sur l'escarpement , de quelque ma- >H nière que l'on conçoive que le bûcher fût placé. Le » moyen supposé par Ïite-Live pour réparer le chemin » est donc purement imaginaire Quant au vinaigre , » Je demande à ceux qui ont visité les montagnes, s'il fal- ( .35 ) M lait tracer un chemin avec plusieurs iournaus contre l'a M face escarpée d'un rocher de mille pieds de hauteur , ce » qui occuperait une largeur de quelques centaines de » pieds; je leur demande , dis-je, si tout le vinaigre que » Ton pourrait rassembler à jplusieurs lieues à la ronde , » dans un pays très-peuplé , suffirait pour mouiller une >» surface de rochers aussi étendue , et pour la pénétrer M à une profondeur.de plusieurs pieds ;,, de manière à pou- » Yoîr y tailler un chemin assez large pour que les éléphans » pussent y descendre. Or , une armée qui avait perdu » presque tous ses bagages par deux attaques. différentes » des habltans, dans lesquelles elle avait couru risque » d'être elle-même détruite en entier , pouvait-elle avoir » conservé une quantité de vinaigre bien considérable , » en supposant que ce fut la boisson ordinaire du soldat , » ce que Ton ignore ? Des soldats qui traversent des mon- M tagnes, où Ils trouvent de Peau en abondance pour M boire f et rien à manger , ne se chargeraient-ils pas plutôt >» de provisions que de v^algre?.... D'ailleurs ^ quand l'ar- » mée entière aurait été chargée de vinaigre , ce vinaigre » aurait été parfaitement inutile , parce'^que le brasier, ou » les flammes , de quelque manière que les arbres fussent M placés , ne pouvaient atteindre l'escarpement ; et le vi- » nalgre ou l'eau n'a d'effet sur la pierre calcaire , pour la » rendre friable, que lorsque celle-ci est incandescente (i)>». Toutes ces objections de M. Deluc sont évidentes , et nous pouvons en conclure que si l'Incident ajouté par Tlle- Live n'est pas une fable , c'est du moins un fait présente avec des circonstances merveilleuses , qui ne font que com- pliquer et embrouiller ce qui est si simple et si clair dans ■■■■ ' ■■ , . I I ■ I I ■ , I, ,111 (3)' Histoire du Passage dos Alpes. par Atinlbal » pag. i34-a3l7«. f ( .36 ) Polybe. Ainsi, pour nous en tenir à eet historien , nons^ ne verrons avec là! , dans cet ébotdeinent de terres qai avait dégradé le chemin et augmenté Tescarpenient de la montagne , qu'une de ces espèces d'avalanckes si fréquentes dans les Alpes ^ et en particulier , comme nous allons le voir'f dans la partie du mont Cenîs dont il s'agit. On peut aussi penser arec M. Deluc que ces arbres coupés , suivant Tite - Live , fiirent peut - être employés à reconstruire (éÇocKo^ofatv) et affermir le chemin le Icmg du flanft de la montagne , en rangeant ces troncs d'arbres les uns à câté des autres, suivant leur longueur, et les soutenant avec d^autres placés par dessous , etc. (i) Les trois deraî-stades de Tescarpement s'appliquent à U profondeur ^ non à la longueur du précipice* V Quant aux reproches que M. Deluc fait à Tite-Live d'a- voir mal compris Polybe en comptant les mille pieds de l'escarpement en profondeur , au lieu de le$ prendre en longueur, et de les appliquer à* la partie interrompue du chemin (a) , j'avoue que je ne vois pas sur quoi il se fonde. Je ne conçois pas même quelles raisons solides M. Deluc aurait pu donner à l'appui de son opinion , qui aurait pu être énoncée d'une manière un peu moins abstraite. Se- rait-ce par hasard que M. Deluc n'aurait pas retrouvé , k la descente du petit Saint-Bernard , ce prédpice de trois demi-stades de profondeur P Mais alors il resterait à savoir si c^est M. Deluc qui a mal rencontré , ou Tite*-Live qui a mal compris. £n attendant qae ce dernier point soit prouvé , nous nous en tiendrons au sens qui nous paraît (r) Histoire du passage ies Alpes , pag. i68. (i) /&iif; pag.. 333. •mtL. ( i37 ) sortir natnrellemcnl an télte dé Polybe , et à l'interpré- tation de Tite-Lire , qae nous avons le droit de regarder comme exacte tant qu'on ne nous aura pas démontré le contraire. Elle n7est qu'une traduction presque littérale du passage grec , si ce n'est que la profondeur de l'escar- pement s'y troure évaluée en pieds ' au lieu de l'être en stades. Mais ces mille pieds reviennent à peu près aux trois demi-stades au texte; en effet, le stade étant égal à ia6 pieds romains , trois demi-stades font 987 1/2 de ces pieds (i) , ce qui ne laisse qu'une différence peu impor- tante , vu surtout que l'évaluation , dans les deux auteumf , n'est qu'aproximative : èni r/»éa ig/xeora^ea, iri pedum mille ad- modum altUudinem* Description des lieux à la descente du mont Genîs. I I I Maintenant il faut chercher si là nature des lieux , à la descente du mont Cenis n peut se prêter aux circonstances singulières que nous venons d'exposer. Au sortir de la plaine du mont Cenis , après le hameau de l^Grand'Cwîx, deux routes se présentent pour descendre à Suse , l'une passant par Batd , le Molaret , Saint-Martin et JaUhn , taillée sur le flanc escarpé de la montagne avec une hardiesse qui rappelle les beaux ouvrages des Romains, et n'existant que depuis une quinzaine d'années ; l'autre passant par la plaine Saint-Nicolas , la Férière , et la No- palèse , suivant la voie ouverte par la nature dans cette gorge étroite , au fond de laquelle coule lé torrent de la Cenise ou de la Petite-Doire , celle-ci existant depuis un tems immémorial , et devant être par conséquent celle que prît Annîbal , comme l'on va s'en convaincre mieux encore (i) Bergier, Histoire des gr. chem. de l*emp. rom., toiDv î, pag. 37 t. ( i38 ) par la confonnité des lieux avec la description de Polybe. Voici ce qtt^en dit M. Albanis-Beaumont : » leurs cadavres n'ont été retirés qu'après l'entière fonte >» des neiges ; car ces amas de neiges sont si cltnsidërables, M qu'ils ressemblent'à des montagnes de glace,... Le premier M village que l'on traverse en sortant de la grotte dont j'ai » parlé ci-dessus, se nomme ta Ferrière*,.* Proche de ce vil- » kge , on aperçoit des couches de quartz qui ont jusqu'à » trois pieds d'épaisseur, auxquelles succèdent des couches » schisteuses , micacées et calcaires ; mais il est visible '> que ces matières ne sont que à^& espèces d'enveloppes » au noyau granitique du mont Cenis , comme on est au- / ( »39 ) » torisé à le supposer en examinant avec attention les ro- >» chers qui bordent le chemin en descendant à la Novalèse ; » ce chemin était autrefois très-maiiçais , très - rapide ^ et » bien plus fatiguant que celui de la Ramasse à Lans-Ie- Bourg (i) w. Nous allons compléter cette description par les obser- vations de Grosley sur la descente de la montagne. « La » descente en Italie , dit-il , est telle que Tite-Live la dé- î> crit.... Omnisfere çiaprœcepSy angusta^ iuhrica*,,. L'Arche M que Ton côtoie en montant nous étonnait par la rapidité » de son cours , mais c^est une eau d'étang en comparaison » de la Petite-Doire que Ton suit en descendant Le » chemin de cette descente est un zigzag à angles très- y* aigus , ménagés et distribués avec le plus grand soin ; » nos porteurs allaient là dessus aussi vite que les plus » habiles porteurs sur le pavé de Paris Pour abréger » le chemin , ils franchissaient par enjambement la pointe » des angles ; et dans ces instans , nous et la civière qui » nous portait , nous trouvions quelquefois suspendus au- » dessus à^un précipice de deux ou trois mille pieds de » profondeur perpendiculaire...*. Cette descente est pour » les voyageurs comme une tempête qui les jette en M Italie (2) M. • (i) Descript. des Alp. gr. et cot., 2^ part. , tom. II , pag. 65a-654« — Voy. aussi de Saussure , Voyage dans les Alpes , tom. V , ch. vi , Sia48-ia56 , (2) ^ouv. Me'm. et Observât, sur Tltalie , par deux genlilshonime^ suédois , tom. I, pag. 58-6o. La nouvelle roule construite lors de l'oc- cupatiqn de la Savoie par 1% France , est loin de ressembler à celle de'- crite par Grosley ; la pente en est si douce , que y lorsque Ton vient de Suse , on se sent à peine monter. Mais aussi des Tayemettes )us- qu*à Suse l*on compte par cette route cinq postes , tandis que, par celle de la Noçalèse , on n'en compte que trois et demie. ( i4o ) Applications. Lieu où Ânnibal fut arrêté* Quand on rapproche de cette description les circons- tances principales de la narration grecque , comment ne pas être frappé de l'identité des lieux décrits par Grosley et M. Beaumont , avec ceux oà se passèrent les faits re- tracés par Polybe ? Annibal descend de la plaine où il avait campé, par un chemin rapide ^ étroit , bordé de précipices : or , n^est-ce pas là le chemin qui conduit de la Grand'Croix à la plaine Saint-Nicolas , et à la Ferriére (i) ? La plaine Saint-Nicolas , qui vient le couper et interrompre la rapi- dité de sa pente , n'offré-t-elle pas ce lieu situé à rentrée du chemin dégradé, et où l'armée càrthaginpise put et dut camper , après avoir en vain cherché passage dans le fond de cette gorge étroite et profonde où coule la Génise? L'af- freux précipice forn^é par cette gorge , et au-dessus duquel passe l'ancienne route après avoir traversé la plaiiie Saint-Ni- colas , ne nous présente-t-il pas ce même précipice le long duquel Annibal fit reconstruire le chemin éboulé? Les ava- lanches si communes et si considérables en cet endroit , cette longue vodte construite pour en garantir , n*expliquent-elles pas cet éhoulemient de terres qui avait interrompu le pas- sage^ M. de Saussure remarque également que cette ga- lerie , ^ laquelle il donne environ trois cents pieds de lon- gueur sur quinze de largeur , i(ut construite pour servir de passage aux voyageurs , lorsque le chemin comblé par les avalanches devient impratioable (2). Du haut de la nouvelle grand'route , qui , taillée sur un point plus élevé , domine toute celte partie de la vallée de la Ferriére et de la Nova- lèse , je voyais à une profondeur effrayante cet antique (2) De Saussure , Voyage dans les Alpes , tom. Y , pag. 106. (i) Voyage dans les Alpes , tom. V , chap< vr, J ta5o« ( i4i ) chemin , montant , roide et râipide le long du précipice au fond duquel roule le torrent* Les gens du pays av^ qui je faisais route , me montrant à Textrémité opposée la plaine Saint-Nicolas et ces grands sapins qui couvrent en partie les flancs de la montagne , me disaient qa^Annibal avait coupé là beaucoup de bois pour combler la vallée. «Ta voue que. je n'attache pas grande importance à toutes ces traditions , mais enfin celle-ci existe , et je la cite sans conséquence et sans penser qu'un tel argument soit nécessaire pour dé- montrer qu'à ce même passage , entre la plaine St-Nicolàs et la Ferrière , l'armée carthaginoise rencontra de si ter- ribles obstacles , et fut arrêtée pendant trois jours. Détour qu^il tenta Tainement. Polybe ajoute qu'Ânnibal, ne pouvant passer par le che- min dégradé , voulut éviter cet endroit périlleux par un détour , et tenter passage sur un autre point , mais que là encore il fut arrêté par l'incident extraordinaire qu'il dé- crit. Or , ce fait ne s'explique <-t-il pas de la manière la plus simple et la plus claire , en supposant qu'Ânnibal , re- nonçant à passer par le chemin éboulé qui se trouvait , comme le chemin actuel , taillé sur le penchant escarpé de- la montagne , sera descendu jusqu'au fond de la gorge où coule la Cénise, près des bords du torrent, où il aura trouvé sous la neige tombée récemment, cette ancienne neige qui s'était conservé depuis Fhiver précédent ? Pe la neige conservée depuis Thive]^ précédent. Explication de ce faif. M. Deluc , insistant beaucoup sur ce point dont il pense tirer un grand parti en faveur de son hypothèse du passage ( i40 d'Annibal par le petit Saint-Bernard (i) , il convient que nous nous y arrêtions pour Texaminer. Nous pourrions déjà remarquer avec M. Letronne (2) , que ce fait si difficile à expliquer^ suivant M. Deluc, pour- rait fort bien se réduire à un fait trèsrnaturel , c'est-à-dire à une fausse supposition de Polybe ou des Carthaginois. En effet f l'armée ayant atteint le sommet du Cenis le a6 octobre , devait se trouver le 29 djevant le défilé dont il s'a- git. Or y les neiges tombent souvent bien avant cette époque sur cette montagne ; du tems d'Annibal , la température des Alpes étant peut-être plus froide que de nos jours , les neiges pouvaient y tomber encore plutôt. L'on a observé que celles qui viennent au conunencement de l'automne par un tems doux , se condensent plus promptement , et se convertissent plus facilement en glace (3). Pourquoi ne pourrions-nous donc supposer avec M. Letronne qne cette vieille neige,, que les Carthaginois ou Polybe crurent être de l'hiver précédent , était tout simplement de la neige tombée quelques semaines auparavant (4.) j et qui avait eu le tems de prendre beaucoup de consistance par les alter- natives des tems doux de la journée , et des gelées de la nuit ? Mais admettons que cette supposition si raisonnable (i) Histoire du pass. des Alp., pag 16&-171. — Journ. des Savans , >8i9,pag. ySi. (1) Journ. des Savans., 1819, pag. ySy-ySS. (3) Biselx. Notice sur Thist. nat. du mont Saint-Bernard , dans la Biblioth. Univ. de. septembre 18 19, pag. 4o- (4) C*est ainsi que , dans le même chapitre , Polybe suppose que la neige reste constamment, été comme hiver ^ sur les sommets de ces montagnes , quoique le mont Cenis ni aucune des montagnes envi- ronnantes ne soient à la hauteur des neiges perpétuelles. ( i43 ) . soit sans fondement , et examinons le fait dans l'hypothèse de Polybe. Qn'y voyons-nous? Que c'était un phénomène accidentel^ singulier, extraordinaire^ et non pas propre de ces montagnes , comme traduit dom Thuillier : ro yàp eru|x- ^acvov c» plus voisin du niveau de la mer y n'étant qu'à la hauteur » de 4-00 toises au-dessus de la Méditerranée. En venant » de la Savoie , on est enchanté de la belle végétation des » environs de ce village : la vigne , mariée aux arbre$ et » même aux arbres fruitiers , couvre toute la campagne , et » permet encore au terrain qu'elle couvre de donner des » récoltes de grain..... Les montagnes mêmes qui bordent >» la vallée sont tellement couvertes d'arbres , qu'on ne peut » point distinguer la nature de la pierre dont elles sont for- » mées..... A une lieue de la Novalèse on passe auprès du M fort de la Brunette , à un quart de lieue plus loin , on ^ traverse la petite ville de Suse^ bâtie dans une place où le » fond de la vallée est horizontal, et un peu moins serré(i). >» Lorsque je passai par là au a8 octobre, la neige n'était point encore tombée sur ce point de la montagne : je ne conmiençai à marcher sur les premières neiges que vers la Férière. Nous pouvons supposer que ce fut de ces côtés , entre la Novalèse et Suse , et même si l'on veut , dans le vallon où est située cette dernière ville , que le.corps d'armée (i) De Saussure i tom. V, ^ is86.... ia83-ia85> ^ ( i47 ) envoyé en avant par Annibal campa, le treizième jour , avec la cavalerie et les bétes de charge. Quatorzième journée. Passage terminé. Campement. Aspect général de la descente du mont Genii. Le quatorzième jour , les Numides affermirent assez le chemin pour (pie les éléphans pussent passer. Ce jour même ils descendirent (i), et Annibal, avec le reste de son armée, vint rejoindre son avant-garde , campée dans les environs de Suse. Ïite-Lîve décrit ainsi les lieux : « Inferîores valles et » apricos quosdam colles habent , rivosque propè sylvas , et M jam humano cultu digniora loca (2). » Il n^étaît réelle- ment pas possible de donner une idée plus exacte du pays, depuis la Novalèse jusqu^à Suse et au-delà. Cet historien dit aussi en parlant de la descente de la montagne : « Caeterum iter multô quàm in adscensu fuerat M (utpleraque Alpium ab Italiâ sicutbreviora ità adrectiora » sunt) , difflcilius fuit (3). » Cherchons dans M. de Saus- sure Tapplication de ce passage. » Les Alpes , du côté de w Turin , dit-il , se terminent d'une manière parfaitement » nette et tranchée Au contraire , du côté de la Suisse , » de la Savoie et du Dauphiné , les bords de la chaîne s^a- M baissent par gradations insensibles Une autre observa- » tion qui est en quelque manière dépendante de la précé- M dente a été déjà faite par plusieurs voyageurs , c^est que » la pente des Alpes est plus rapide du côté du Piémont. Si (i) M. Deluc remarque que Téléphant, malgré sa pesanteur et son air lourd , est un animal souple , qui monte et descend avec facilité , et que , dans le Bengale , il habite les forêts sur le penchant des mon- tagnes. Hist. du passage des Alpjes, pag. lyS. (2) Tile-Live , xxi , 36. (3) Idem , ibid , 35. ( i48 ) » du haut du mont Cenis on veut descendre à une certaine » profondeur , telle , par exemple , qu^on ne se trouve plus n élevé que de cent toises au-dessus de la mer , on y arrivera » beaucoup plus vi«te du côté du Piémont que du côté delà » Savoie. De même , par une conséquence de ce principe , » si Ton prend de part et d'autre de la chaîne des lieux qui » soient à une égale distance de la cime y ceux qui seront du » côté de la Savoie se trouveront plus élevés que ceux qui » seront du. côté du Piémont. Ainsi Lans-le-Bourg , qui est » au pied du mont Cenis en Savoie , est élevé de 71 2 toises , » tandis que làNwalèse^ qui est au pied de la même montagne » en Piémont Y n'est élevée que de 4-oo toises. Enfin ce qui » parah encore une dépendance du même phénomène , les » plus grands escarpemens de la chaîne centrale sont aussi n tournés du côté de Tlt^lie. Les rochers au-dessous de la » Grand'Croix au mont Cenis sont presque à pic ; il a fallu » tailler en zigzag, dans le roc, le chemin par lequel on des- » cend , au' lieu qu'au-dessous de la Ramasse là pente est n beaucoup moins rapide (i). » Que^Fon rapproche ces ob- servations de celles de Tite- Live 3 la conformité ne saurait être plus frappante. • Quinxième journée. Dëterminalion de la sortie des Aipes, Le quinzlèmejour,Annïhàiy d'après Polybe, s* avança çers les plaines qu'arrose le Pâ.Indè ad planum âescensum^ dit égale- ment Tite-Live« Suivant donc le cours de la Doire , il tra- versa la vallée de Suse , entra dans la plaine à la descente de Rivoli , et campa au pied de la colline où est située cette ville , à 8 milles environ de Turin. (i) Voyage dans les Alpes ^ tom. Y , hc. x , § i3oo-i3oi ; ch. xi , ^ i3o5. ( i49 ) Voyons si les lieux nous présenteront ici l'aspect de ce qu'on peut appeler la sortie des Alpes* Depuis Suse ^ lai val- lée se trouve encore pendant quelque tems resserrée entre les hautes montagnes qui la bordent des deux côtés ; ïnais à mesure qu'on s'approche de Saint -Ambroise et d'Avî- gliana, les' monts s'abaissent et s'éloignent; la lumière pé- nètre et se répand de tous côtés ; l'atmosphère semble se dilater et s'éclaircir, largiorhic campos œiher*.*{i'); on pres- sent la plaine, mais on ne l'atteint pas encore j on sent qu'on va sortir des Alpes , mais on n'en est pas encore sorti. En allant de Saint-Ambroise à Avigliana on a tou~ jours sur la droite la grosse montagne de Saint-Michel ou monte Plckeriano , la dernière , de ce côté , de la chaîne des Alpes qui confine à cette partie dé Içi plaine du Piémont (2). Passé Avigliana, la vallée s'ouvre de plus en plus, mais on . a encore devant soi sur la gauche la montagne de Musinet , qui s'étend un peu au-delà de Rivoli , et qui est , comme celle de Saint-Michel, la dernière des Alpes de ce éôté du Piémont (3). Ce n'est réellement qu'après la descente de la colline de Rivoli qu'on se trouve tout- à-fait dans la plaine. ^Nous aurons encore recours au témoignage de de Saussure: « C'est à peu près à Avigliana que se termine la chaîne dés » montagnes qui horde Iç côté méridional de cette vallée ; » la chahie septentrionale de l'autre côté de la Doire se » prolonge un peu davantage. Mais de là jusqu'à Turin on » ne rencontre plu^ de montagnes proprement dites; les » hauteurs sur lesquelles on passe en allant d' Avigliana à » Rivoli , sont toute$ des collines tertiaires.». Ces colline^ (i) Virg. JEu., 11b. YI , V. 64o. (a) De Saussure, tom. Y , J 1^89, 1293, i3oo^ (^) Ibidf ^ 1*293 , i3oo , i3qjS. ( iSo ) » même se terminent au-delà de Rivoli , et de Rivoli à Tu- » rin il n'y a plus que des -plaines (i). » C'est donc là que nous pouvons ûxer l'entrée dans la plaine , et le lieu où An- nibal fit camper son armée pour lui donner le tems de se reposer de ses fatigues. Fin du rëcît. Entrée en Italie par le pays des Taurini. YIII. Une dernière circonstance du récit de Polybe va déterminer avec la dernière précision ce point de la sortie des Alpes pour l'armée d'Ânnibal. Yoici le passage de cet auteur : « L'armée se trouva bientôt remise et en état d'al- }> 1er en avant. Les Taurini \^ peuple situé au pied des Âl- >» pes , faisaient alors la guerre aux Insubres^ et se méfiaient » des Carthaginois. Annibal leur proposa d'abord de faire » alliance, et de se joindre à eux contre leurs ennemis ; mais » n'ayant pu vaincre leur défiance, il alla camper devant » leur ville principale , et après un blocus de trois jours , » il l'emporta, fit passer au fil de l'épée tous ceux qui lui M avaient été opposés , et répandit par ce terrible début une » si grande frayeur parmi les Barbares des pays voisins >» qu'ils vinrent tous d'eux-mêmes se rendre à discrér » tion (2). » Témoignage de Tile-Live. Tite-Live rapporte le fait de la même manière , et en tire la même conclusion. Aprêiâ avoir dit que l'historien Cincius Alimentus attestait avoir' entendu dire à Annibal qu'il avait perdu trente six mille hommes depuis le passage du Rhône jusqu'à son arrivée en Italie par le territoire des Taurini ^ la première nation qu'on rencontre en quittant la (1) De Saussure , J laQ^» (a) Polybe , m ,^ 60. \ ( iSi ) Gaule , il ajoute : « Tous les historiens étant d^accord sur » ce fait, je suis d'autant plus étonné qu'on ne le soit pas » sur la partie des Alpes qu'il traversa , et que l'on croie M ordinairement qu'il passa par le raonlPeninus^ qui de là » aurait reçu le nom qu'il porte. Cœlius prétend que ce fut » par la montagne de Crémon. Mais ces deux passages ne » l'eussent pas conduit chez les Taurini ; ils l'eussent con-* » duit par le territoire des Salassi chez les Gaulois Lî- n huens (i). >» Tite-Live reconnaissant donc avec Polybe que les Tau- rini furent la première nation qu'Ânnibal rencontra à sa sortie des Alpes ^ en devait conclure nécessairement que ce général traversa cette vallée, qui débouche sur la plaine de Turin , et qui , de Suse conduisant en ligne directe à cette ville capitale des Taurini ^ était par cette raison appelée Saltus Taurinus.Nons pourrions ajouterxjue'Ji'ite-Livedans une' autre partie de son histoire, racontant l'expédition de Bellovèse en Italie et lui faisant suivre la route que prit Annibal par le pays des Tricastini , le £ait passer égale- mentpar le même défilé : ipsi Taurlno saltu im^ias Alpes trans- cendervnt (2)* Polybe ne le dit pas aussi formellement d'An- nibal, i)[iais il le donne à entendre d'une manière non moins claire , non seulement dans le passage que nous venons de citer, mais dans plusieurs autres, également importans ; par exemple lorsqu'il dit^ 921 'Annibal avait envoyé depuis » l'Espagne, à différentes reprises, des députés dans la '> Gaule Cisalpine , pour s'informer de la fertilité du pays » au pied des Alpes , et le long du Pô... \ que ces députés à 1 (i) Tite-Live ^ xxi , 38, 3^. 11 est plus que probable que Cremonis jugum est dans Tite-Live pour Centronis jugum , tirant son nom de la petite ville de Ceniron , dans la Tarentaise. (a) Tite-Live , V , 34.— Polybe, m , 48/ ( l52 ) » leur retonr l'assurèrent de la bonne disposition des habi- » tans, etc (i) ». Lorsque plus loin il ajoute, « qu'en passant » les Alpes il devait, après une marche de 1200 stades, ar- » river dans les plaines d'Italie qui bordent le Pô (a). >• Enfin lorsqu'il fait venir vers Annibal le roi MagUus, « qui n était venu auprès de lui des plaines qu'arrose ce fleuve , » l'assurant des dispositions favorables des nations gau- » loises qui habitaient ces contrées (3). » Réfutation de l'opinion de M. Deluc sur le passage de Polybe cité par Sti-abon. Nous pourrions donc déjà regarder la question comme décidée, quand même nous ne connaîtrions pas d'une ma-r nière plus directe l'opinion de l'historien grec par un ^as- sage que Strabon nous a conservé. Le voici traduit littéra- lement par M. Letronne ; « Polybe ne nomme que quatre » passages (des Alpes) ; V\m par les Liguriens le long de » la mer Tyrrhénienne ; un autre par le pays des Taurins , >» etqu'Anmèal traversa; un autre par celui des Salasses; » le quatrième par les Rhétiens : tous quatre remplis de » précipices. (4-). » Voici le texte : Tèrrapoç f uTrep&weiç ovopiaÇn jxovov* Aux Atyvùsv psv , t^v eyycora rû Tupp>2vtxa> TreXoyst* hrct Tnv Sià TaupévMv, HN ANN/bAS AIHA0EN' stra/riv êtà 2a- Xoono'ûv* TSTTapT>2V ^s $ià patrôv* ocTraffOç ypvjptv^Btç (5). M; Deluc sentant tout ce qu'il y a de décisif dans ce pas- sage , qui ruine son système de fond en comble , n'a rien ( 1 ) Polybe , m , 34- (2) Idem , III , 39. (3) Idem , III, 44» (4) Journal des Savans, 1819, p. 754* (5) Strab. Oxon. f pag. 398. ( «53 ) négligé pour en atténuer la forceXi) ; mais M^Letrenne lui a répondu de manière à ne rien laisser à répliquer (a). Il s'étonne d'abord que M. Deluc, en rapportant le passage de Strabon , en ait oublié la circonstance la plus importante , îiv. Awc^otç âtiik&iv* M. Deluc prétend qu'ici c'est Stra- bon qui parle et non Polybe : c'est Strabon qui saisit cette occasion d'exprimer son opinion sur le li^u du passage d'Ânnibal. M. Letronne répond que « c'est là une suppo- » sition tout-à-fait gratuite ; qu'on pourrait dire aussi par » la même raison que ces deux autres circonstances, qui sidt » la mer Tyrrhénienne , et tous quatre remplis de précipices , >t n'appartiennent pas non plus à Polybe , en sorte que le » texte de l'histprien se trouverait réduit à l'indication sè- » cbe des quatre cols des Alpes , supposition d'autant }> moins vraisemblable , que comme Strabon extrait ce texte » d'un ouvrage bien plus détaillé que le sien « il n'est pas à » présumer qu'il y ait ajouté une circonstance nouvelle..... » Mais quand cette supposition serait fondée , ajoute le sa- » vant académicien , quand il serait certain que la circon- » stance du passage d'Annibal est une addition faite par M Strabon, qu'est-ce que cela prouverait encore? Car Stra- » bon, qui n'a jamais vu les Alpes, qui n'a pu recueillir , » sur les lieux , de ces traditions vagues que les peuples ai- » ment à entretenir , n'a dû avoir à cet égard que les no- » tions puisées dans les auteurs qu'il avait sous les yeux. » Or queb sont les auteurs qu'il cite sur les Alpes ? Il n'y en M a qu'un seul, et cet auteur, c'est Polybe : la géographie » de cet historien , ou plutôt la partie de son histoire qui (i) Hist. du pass. des Alp. » pag. 19, 186 , 187. — Journ. des Sav. , 1819, pag. 748-751. (3) Journ. des Sav. , 1819 , pag. 34 y ^5 > 754 1 755. ( i54 ) M traite de la géographie était donc la source unique où il » ptiisâit ce qu'il rapporte des Alpes. Si c'est lui qui a ajouté » la circonstance du passage d'Annibal , il n'a pu la |>rendre » que dans l'ouvrage de Polybe , son unique guide : car le » moyen de croire qu'il aurait prêtéi'oreille à un bruit po- » pulaîre si Polybe eût fait passer Annibal par un autre che- » mîn? Ainsi donc , que la phrase soit de Polybe, comme M on l'a cru jusqii'ici , qu'elle soît de Strabon, comme lé » veut M. Deluc , elle n'en exprime pas moins un fait qui » appartient à Polybe « Toutes ces raisons paraissent péremptoires. « Mais , dît » M. Deluc , SI Annibal avait traversé le mont Cenis , il se- » rait arrivé à peu de distance de Turin au bout des quatre » jours qu'il mit à descendre les Alpes. Il aurait camjpé par » exemple dans les villages de Bussolin , de Saînt-Antonin , » de Saint- Ambroise et de Rivoli , qui ne sont éloignés que » de deux à huit lieues de Turin , et (jui devaient faire par- » tië du territoire des Taurinu Ces amis des Romains n'au- » raient pas manqué d'attaquer l'armée carthaginoise avant » qu'elle eût le tems de se rétablir de ses fatigues (i). Com- » ment expliquer cette inaction des Taurinîens à l'égard de « l'armée carthaginoise lors de son aririvée au pied des Al- » pes, si cette armée dans soq état de délabrement s'était » trouvée alors sous les murs de Turin (2)? » — C'est ce que Polybe lui-même a pris soin de nous expliquer, en di- sant que les Tai/r/wr étaient alors occupés à faire la guerre aux Insubres ; certes ce n'était pas là pour eux le moment de s'attirer un nouvel ennemi sur les bras, et surtout un en- nemi tel que celui qui apparaissait d'une manière si extraor- (1) Histoire du passage des Alpes, pag. 187. (a) Journal des Sa vans , 1819, pag. 7$!. ( >55) dinaire. Aussi voyons nous que bien loin de songer à a^a- quer les Carthaginois, ils redoutaient même leur alliance. M.Deluc, après avoir désigné les villages où Annibal aurait campé, ajoute qjaiHis devaient faire partie du territoire des Taurint: quand cela serait, ou n'en pourrait rien conclure. En effet, chez ces peuples barbares, dans un état de choses où tout homme était soldat , la nation étant alors en guerre, toute la population militaire avait dû se porter contre l'en- nemi; de sorte qu^ Annibal, quoique sur le territoire des Taurini, aurait pu n'y rencontrer personne en état de s'op- poser à lui. Mais rieti n'est moins prouvé que ce que sup- pose là M. Deluc. Rien ne nous dit que les Taurini qu'on nous représente à cette époque comme habitant les plaines fertiles qu'arrose le Pô, se fussent étendus jusque dans L'in- térieur des inontagnes. On ne peut, soit? ce rapport, tirer aucune induction du nom même du ^assAgeSaitus TauHnus^ qui peut n'être qu'une dénomination prise du pays auquel il t aboutissait, et non de celui qu'il traversait.' Réfutation de ropinion de M. Letronne, sur la sitaation du Saltus Tawinus. Mais il se présente ici une difficulté* C'est de savoir si le Pas de Suse est bien le Saltus Taurmus àts anciens. Ni Strabon, ni Ptolemée, ni aucun géographe moderne ne donnent aucun renseignement à ce sujet* On pourrait donc sur ce point nous reprocher d'avoir préjugé la question , d'autant plus que quelques auteurs semblent vouloir appli- quer au mont Genèvre cette dénomination latine. « Polybe, » suivant M. Letronne , dit formellement qu' Annibal a passé » par le pays dès Taurini^ c 'est-à-^re par le mont G^nèQre , » conmie M. Deluc le reconnaît.. Et Tite^Live en condul- » sant Annibal par le mont Grenèvre est d'accord avec ce ( «56) » témoignage si formel de Polybe (i). » '£t plus loîn r « Tîte-Lîve racontant l'expédition de Bellovèse en Italie , » qu'il conduit comme Annibal par le mont Genèvre {Tau- » rino saliu)^ etc.* » L'opinion de M. Letronne est, comme on voit, bien positive. Avant de la discuter, il est bon d'é- tablir deux points sur lesquels nous ne pouvons pas être .d'accord: le premier, que le Saltus Taurinus était situé dans le pays des Taurini^ ou du moins y conduisait ; le se- cond, qui. ressort nécessairement du récit de Polybe et de Tite-Live, quÂnnibal traversa ce défilé à la descente de la montagne qu'il eut à franchir pour entrer en Italie. Cela posé , le Saltus Taurinus serait donc , dans le .système de M. Letronne, la Qalléed' Chdx^ que Ton rencontre à gauche^ à la descente du mont Grenèvre , et qui , partant de Césanne , et passant par Oulx et Exiles , va, aboutir à Suse? Mais ne pourrions-nous pas d'abord demander au savant académi- cien qui reconnaît que ce fût ce passage par où Bellovèse entra en Italie ,. s'il pense qu'il soit vraisemblable que ce chef gaulois, partant de la région moyenne de la Frafice^ au- dessus de Lyon^ f&t descendu, je ne sais par quelle route , jusqu'au mont Genèvre , pour de là remonter vers Suse, puis redescendre vers Turin? Ensuite, du mont Genèvre à la plaine de Turin , il y a loin ; avant d'y arriver, il y a bien des intermédiaires à franchir : or pourrait-on regarder • la oallée d'Oidx comme offrant par sa direction et sa proximité, par rapport au pays des Taurinî , les caractères qui ont dâ faire donner le nom de Saltus Taurinus au passage que pri- rent Bellovèse et Annibal? Cette dénomination ne peut convenir qu'au Pas de Suse. On nous dit que celle vallée conduit au pays des Taurini^ (i) Journal des Sarans, janvier 1819 , pag. aS et 33. ( «Sy Mais, à ce titre , le grand et le petit Saint-Bernard pour- raient également revendiquer la dénomination latine. Car ces deux passages , comme M. Deluc ne manque pas de l'observer , « peuvent également aboutir à Turin , puisque » lorsqu'on est arrivé à yp/v*^, après être sorti de la vallée )> d'Aoste , on peut prendre la route de Turin comnîe celle » de Milan (i) ». Mais qui ne voit que se diriger dans la dénomination des lieux , d'après des rapports ausî éloignés , serait vouloir tout bouleverser , et que , si Ton avait songé à désigner ces deux passages d'après les mêmes analogies observées dans ie nom du Saltus Taurlnus , on aurait dû naturellement appeler l'un Scdtus SalassensiSy et l'autre , Salins Segusianusy d'après le nom dû premier pays ou de la première ville importante auxquels ils conduisaient di- rectement ? 11 est, donc certain que ni le passage du mont Genèvre (et ce que nous disons ici de l'opinion de M. Le- tronne s'applique à l'opinion de Folard et à celle du comte de Fortia d'Urban , qui conduisent Ânnibal par la vallée de Pragelas) ; ni le passage du grand ou du petit Saint- Bernard , n'ayant reçu dans aucun auteur ancien la déno- mination de Salins Tanrinns, ne peuvent en aucune manière se l'appliquer par eux-mêmes , et que c'est ailleurs , c'est plus près du pays des Taurini qu'il faut chercher ce passage. Or , ne l'avons-nous pas déjà trouvé dans cette vallée où l'on entre à la descente du mont Genis , laquelle partant de Suse , et présentant d'abord l'aspect d'un étroit défilé , s'élargit ensuite , et va déboucher dans la plaine , à sept ou huit milles de Turin , se trouvant depuis son point de départ en ligne presqne directe avec cette ville ? La position de la ville qui forme l'entrée de cette vallée , et que l'on a (i) Histoire du passage des Alpes , pag. 186. ( «58 ) appelée pendant si long-tems la porte de VlteUie y la clé de VltatieÇi) ; la direction de diverses routes passant par les Alpes cottîennes , et que les anciens itinéraires nous naon- trent tous aboutissant à Suse; la position de cette ville ^ tou* jours placée avant Turin dans tous ces itinéraires , qui ne présentent sur aucun autre point des Alpes nul autre che- min conduisant à cette capitale dçs Tœtnni (2) : ne sont-ce p^s là des preuves décisives en faveur de l'opinion qui nous détermine à placer le Salius Taurinus dans la vallée qui va de Suse à la plaine de Turin. U n^est pas nécessaire d'ajouter que cette question n'en peut plus être une pour nous , ^itôt que nous regardons comme démontré qu'An- nibal a passé le mont Cenis ; car , à la descente de cette montagne , ce défilé s^offrait à lui comme le seul passage qui le conduisit directement au pays des Taurinù Longueur itinéraire totale du passage des Alpes.. Conformité de nos distances avec celles de Polybe. IX. Il nous reste à examiner si , dans toute cette partie de la marche d'Anuihal , c'est-à-dire depuis t entrée jusqu'à la sortie des Alpes y nos distances se trouvent conformes à (i) « Du côté des Alpes , Suse est la clé de la plaine du Piémont : » elle occupe le centre du débouché qui ouvre cette plaine. ». Grosley, tom. I , pag. 61. (a"^ ITIN. AWTOWIir. AU G. ITIWERAR. HTEROSOLTM. PER ALPES coTT. Secussîone Suse M.P. Segusione M.P. Inde inripît Italia. Fines, vel^inu/Tz.. XXIV. Adduodecim, idcstab Taurinis XVI. urbe lapidem SU-Michel XH. PEUTiNGERi tab; itiner. Ad fincs Vegliana, XTI. Segusione M.P. Ad octavum, id est ab Finibus XXÏI. urbe lapidem Riçoli,.,, VIII. Aug. Taurinorum. . XVIII. Taurinis Turin, . . . VIII. (. i59 ) celles de Polybe. Nous avons va précédemment que cet historien comptait depuis le passage du Rhône jusqu^à Ventrée des Alpes y i,4-PO stades que nous avons retrouvées sur notre route. Immédiatement après , il ajoute : » Reste >» le passage ^ts Alpes elles-mêmes , qui est d'environ » 1,200 stades; en les passant , Annihal devait arriver » dans les plaines de Pltalie qui bordent le Pô (i) ». Nous avons d'abord senti que si nous voulions ici mesu- rer nos distances sur la carte, nous aurions infailliblement, par suite de la nature du pays , du passage des montagnes , des détours des vallées , etc. , des 'réductions tellement fortes, qu^elles s'éloigneraient beaucoup trop de la précision dont nous voudrions approcher le plus possible. Mais heu- reusement pour nous , la route que nous avons à suivre étant aujourd'hui route de poste , nous possédons un moyen aussi sûr que facile d'apprécier les distances que nous cher- chons. Yoici l'état de ces distances d'après les intervalles des stations modernes (a) , avec lés mesures d'élévation au-dessus de la Méditerranée (3). T.^ ' Elévation ^OMS DES VILLES. POSTRS. au^e».su!i de la mer. Montai eillan (de Tautre côté de Tlscre ; entrée des Alpes ». » » «— 187 1/3 toises. Mahaverne ; 1 i/a — 16a Âiguebelle . é i 1/3 — - 166 Ëypierre ' » » -— 190 (1) Polybe, m, 39. (a) État gén. des Postes da roy. de France , 1814.— Carie des routes de postes de Temp. franc., par Tardieu» i8i4- (3) Descript. des Alpes grecques et cottiennes, par M. Albanis-Beau- mont , a« part. , tom. II , pag. Sc^o et 61 5. I ( i6o) • xr x/- n ElBVATIOK Noms des Villes. Postes. au-dessu» de la mer. La Chapelle. ••••.> a » — • >» toises. La Chambre » » — iSo Saint- Jeau-de-^Maurién ne , , , a i/a — 3oi Saint-Jalien... >...«.••...... » >» — 3o8 Saint-Mîchel a » — 363 Saînt-Andrë » » .. 5q^ Modane a i/a — Syg Villarodin , >i » .^ 602 Vemej 3 » -^ » Braman , » » .^ 63i Thermignon » » — 669 Lans— le— Bourg 2 » ^ noo Sommet du mont Cenis , on la Poste des Tavcrnettes 3 » — 98a (i). La Grand*Croîx » » — . qi^ LaFerrière m » -. ^09 La Novalèse a » — 4^0 Suse • I i/a — a^a La Jaconnîère. , 3 i// .— » Saint-Âinbroise. i j/a — i r3 ' Avîgliana .' » » — 189 Rivoli (sortie des Alpes ) i . 3/4 — » Total a8 » postes (a). (i) C'est la hauteur du lac devant lequel se trouve la poste. A partir de ce point, nous donnons les mesures d'éle'yation prises par M. de Saussure. Voy. tom. V , eh. vi et ix. Quant aux distances, le livre de postes de la re'puW. franc., ah xi (180a), donnant les mesures de l'an- cienne route par la Novalèse , est celui que nous avons dÀ consulter à partir de la Grand* Croix, Celui de i8i4 ne donne que la nouvelle route par le Molaret . (a) De Rivoli à Turin , on compte une poste trois quarts. Turin est élevé de i a3 toises au-dessus de la mer. Nous avons donc depuis la ville de Montmeillan , en face Je laquelle nous plaçons l'cntrëe des Alpes, jusqu'à Rivoli , où^Fon en sort toul-à-fait , 28 postes , c'est-à-dire 56 lieues de 2,000 toises chaque ; àulrement 1 12,000 toises, lesquelles réduites en stades, donnent 11 85 stades, plus 17 toises 1/2; autrement encore, liJS milles romains, plus 112 toises 1/2. Polybe compte 1,200 stades ou i5o milles romains. Nous n'avons donc ici qu'une diffé- rence de i5 stades ou 2 milles romains environ (i). Mais qU'est-ce-quune différence de 2 milles sur i5o, de i5 stades sur 1,200 ? Que devient-elle, surtout si l'on considère que le nombre grec est énoncé d'une manière approximative ? Celte dernière preuve , réunie à toutes celles d'tm autre ordre que nous avons observées , ne porte-t-ellc pas jusqu'à l'évidence l'opinion que nous nous proposioi(is d'établir? En jetant un coup d'œil sur la troisième colonne du ta^ Lleau précédent , nous voyons qu'à mesure qu'on avance , le terrain s'élève , et que par conséquent la route doit mon- ter dès que Ton commence à entrer. dans les Alpes , à la CJiaçane. De là ces expressions de Grosley : « La descente >» en Italie est telle que Tite - Live la décrit • plerctjue » Alpîum ab liaUâ , sicut breoiora , ità arrectwro sunL Pour (i) Nous pourrions même remarquer que le livre de postes fait les distances de Suse à Turin plutôt plus courtes que plus longues , si on les compare aux résultats que présentent les anciens itinéraires* En rfTet il ne donne que i4 lieues i/a , c*esL-à-dire un peu plus de 38 milles romains de Suse à Turin , tandis que tous les itinéraires ro— maii^s en comptent 4o* ^n retrancliant les 8 milles de Bîvoli à Turin , nous aurions depuis Suse 3a milles au lien de 3o , ce qui donnerait juste 1 milles qui nous manquent pour atteindre Ici 1 5o milles de Poljbc. Il ( i6a ) n donner une idée du précipice qu'elle offre , il suffit de » dire qu'on descend en trois lieues environ ce qu'on a » monté pendant Qingt-cinq lieues (i) ». De là aussi la ma>« nière dont presque tous les traducteurs ont rendu l'avaSo^q de Polybe , qu'ils traduisent presque toujours par monter. Mais, quoique l'on monte réellement depuis la Cha^ane jusqu'aux TaçemetteSj où l'on recommence à descendre, la montée se prolongeant sur un espace très-long, est néces- sairement insensible jusqu'à ce que l'on arrive au pied du mont Cenis : or, comme ivaSokii^ ainsi que nous l'avons déjà observé chapitre V, § i , signifie traverser , soit en pé" nétrant, soit en montant ^ suivant qu'il s'applique au passage soit d'un défilé et d'une vallée ^ ou à celui d'une montagne, nous avons dû tenir compte avec soin de ce double sens , afin d'éviter la confusion qu'une traduction uniforme aurait laissée dans l'esprit du lecteur. Examen des objections contre ce passage par le mont Cents. — Pre- mière objection tirée des difficultés qu'il aurait offertes. X. Après nous être assurés des bases de notre opinion , il nous reste à discuter les objections qu'on y a faites. Si elle est la vraie , il est probable que , bien loin de l'af- faiblir , plusieurs de ces objections pourront servir à lui donner une nouvelle force. sont presque à pic , et il a falla ciller en zigzag dans le » roc vif le chemin par lequel on descend de. la Grand- » Croix au village de la Ferrière (i). £t puis la vallée, à » raison de si^s nombreux défilés , et des sinuosités de TArc »> qui forcent à passer dix fois d'une rive à l'autre , présen* » tait de trop grands obstacles popr que ^ dans ks tepis » reculés , on y eût fait passer une route pour traverser » les Alpes. » Nous remarquerons d'abord que cette rivière de VArc , iqui devait présenter de si grands obstacles ^ est une espèce de torrent presque partout guéabie , surtout à l'époque de la fin d'octobre , où. les eaux sont extrêmement basses dans ces montagnes. Ayant parcouru ces vallées, du ^8 au 3i oc- tobre, j*ai pu m'en assurer par moi-même* Souvent l'Arc ne m'offrait qu'un pied de profondeur tout au plus ^ quel- quefois je le trouvais entièrement à &ec dans les deux tiers de son lit. L'infanterie pouvait sans peine le passer presque partout , soit à pied , soit sur des troncs d'arbres jetés trans- versalement, comme on en rencontre encore aujourd'hui «ur cette petite rivière (2). Quant à sa largeur ^ on peut s'en faire une idée d'après celle de son plus grand pont qui est de deux arches , et encore à peu de distance de son embouchure , non loin d'Aiguebelle. Voilà pour ce qui re- garde les grands obstacles de la piarche le long de l'Arc Maintenant M. Deluc ajoute : » Ce qu il y a au contraire « de remarquable dans la route (que' M. Deiuc a suivie), » c'est qu'elle ne traverse pas une seule fois l'Isère. »» Mais ce critique oublie-t- il que Polybe , au chapitre 56 de son livre troisième , dit formellement qu'Annibal avait perdu — I r "- (1) Hî&t. du pass. des Alpes , pag. 33. Pour ce qui suit, paç.,a79, 280- (2) "Vojec Polybe , avec comment, de Folar4 , tom. lY, p. a5o. ( .64 ) beaucoup de inonde au passage d^s rmères , rûv Trora/xûv ? Il avait donc eu d^autres rivières que le Rhône à traverser , et dans le système de M. Deluc il ^en serait tout autrement. Quant à la roideur de la descente du mont Genis du côté de ritàlie , les objections de M. Deluc sont des argumens en notre faveur : car Polybe ne dit-il pas que la descente était très-rapide f bordée de précipices ^ etc. ; et Ïile-Live, qtie les chemins des Alpes du côté de Vîtatie sont pour V ordinaire plus courts , mais aussi plus roides ; ajoutant ifoe le chemin était presque àpic^ suivant la traduction de M. Deluc lui- même (i)? Yoilà pour Fautre objection. Mais nous croyons k présent devoir examiner en elle-même une assertion im- portante si elle est fondée. M. Deluc nous a dit que « le >» passage du mont Cenis ne se trouve pas dans les itiné- M raires romains , et qu'il ne paraît pas qu'il ait été une M voie romaine , ou qu'il ait été même connu des Romains.» Deuxième objection. Nouveauté' de cette route* Preuve de sou antiquité. Nous observerons d'abord que tous ces argumens , tirés de Texistence des anciennes voies romaines données par les itinéraires , sont absolument étrangers à la question , puis- qu'à l'époque de l'expédition d'Annibal il n^existait point en- core de voie romaine dans la Gaule ; que Polybe « dans le fragment cité par Strabon , ne parle point de routes pro- prement dites , mais de passages , c'est-à-dire de chemins dans le genre de ceux dont nous avons déjà eu occasion de parler -, que , par conséquent , toutes les difficultés que M. Deluc pourrait élever à ce sujet contre noire système, se reproduisent dans le sien comme dans tous les autres. (i) Hi9t. du pass. des Alpes , pag. ^a^* ( «65 ) Nom ajouterons que d'ailleurs on ne pourrait pas conclure de ce que ce passage du mont Cenis ne se trouve point dans^ les itinéraires romains y quHl ne fût point une voie romaine , ni à plus forte raison qu'il fût inconnu des Ro- mains. En effet , les anciens itinéraires ne nous donnent en général que les voies militaires ou consulaires ; mais il y avait en outre des routes provinciales, bien réellement exis- tantes et bien connues des Romains, quoiqu^onne les re- trouve pas dans leurs itinéraires^ comme , par exemple , celles qui passaient par les vallées de Yiù et de Lanzo , par le mont Rudus , etc« , dont on peut voir la description dans, le savant ouvrage de M. Albanîs-Beaumont (i)..Si la route du mont Cenis n^est pas indiquée dans les itinéraires des Romains, c'est peutrétre par la raison même qu'elle n'avait: pas été construite par. eux , et qu'elle existait bien antérieurement à toutes celles qu'ils ont frayées daQ& ces montagnes. Sur quoi M. Deluc sefonde-t41 lorsqu'il avance que la route- du mont Cenis n'a été. ouverte qu*à des épo- ques modernes,, qu'il semblerait même vouloir considérer comme postérieures aux quatrième et cinquième siècles- de notre ère (a) ? S'il {allait apporter des. preuves contre une assertion qui en est dénuée , nous dirions que bien anté- rieurement à notre ère , nous voyons les Romains faire la guerre dans ces montagnes aux MeduUi et aux Bramooîces , habitant la haute et la basse Maurienne , et toutes les hau- teurs qui renferment la vallée de l'Arc (3) , ce rpii suppose nécessairement que ce pays était ouvert par des chemins (i) Descrîpt. des Alpes gr. et cotl. , i^e part., tom. I , p. 89, go, 94. Voyes aussi Ber^ier, Histoire des graades routes rom. (a) Histonre da passage des Âfpes , pag. 280. (3) Descripl. des Alpes grecq. et coll. , i^e part. , tom. I , pag. 1 1 , 58, 5ç^, 60, 99. ( i66 ) quels qa'ils fassent ; nous invoqueriokis les restes d^anti- quités et les médailles romaines trouvées à Alton {i); l'exis- tence de l'ancienne Carbonaria , détruite en Ifio par les Bourguignons, et remplacée par Aiguebclle (2) ; les frag- mehs de voie romaine rèconnûis dans les environs de cette dernière ville et de Saint-Jean-de-Maûrienne (3), prouvent que , long-4ems avant l'époque dont parle M. Deluc ^ il existait là une roie romaine allant au mont Cenis; Mais comme l'on pourrait répondre que cette voie conduisait au Mons Rudus bu à la vallée de Vtà y nous nous bornerons à citer un passage de Strabon qui est décisif. En parlant des Meduilîy que tous les géographes , d'Anvîlle (4-) , M* Gos- selitt (5) , M. Albanis-Beaumont (6) , etc., s'accordent à placer dans la Maurienne , Strabon s'exprime ainsi : » Après » les Tmrom viennent les MeduilL Ces peuples occupent » les. points les plus élevés ( de cette partie de la chaîne M des Alpes) ; car celle de leurs montagnes qui est la plus )> escarpée ,.ptrésente , dit-on , une montée de cent stades.. » La descente offre le même espace à parcourir pour ar^ ^ river jusqu'aui/frontières de l'Italie. Au sommet , dans M- une espèce de plaine cc'eusée dans la montagne, se trouve » un grand lac et deux sources à peu de distance Tune de » l'autre. L'une donne naissance à la Durance, qui , se (1) Descript. des Alpes grecq* et cott., i^^ part. , toni. I, p. 601 , 6oa^ (a) //&14/1 pag> 60?. (2) Jàid » pag* 63a. C'est le moni Cênis que passa Gharlcm^gne dans son expédition contre les Lombards. Yid. Gluver. de Ital. antiq. , tom. I, pag. 383. (4) 1S( ot. de Tanc. Gaule : Medulli- (5) Ge'ogr. de Strab. , Kb. IV , trad* par M. Goray , tom. Il , p* 9^- ^otes de M. Gosselin. (6) Deseript. des Alpes grecq. et cott. , i^c part , tom. I^ f ag. 6«. ( iG7 ) >» se précipitant comme un torrent, va se jeter dans le M Rhône , Tautre au Durlas , qui coule dans une direction » opposée , se rendant dans la jGraule cisalpine , à travers » le pays des Sa/assl^ et allant se jeter dans le Pô. » Je [oins ici la première partie seulement du texte grec , qui ne m'a pas paru bien saisie par les traducteurs : Tptxoptot xài /*6T àvTOi/ç M6^ou).^ot Ûtte^ Tfltç v^\oTaraç t^oitat xopv^aç* tq yoîîv •pdtwrarov àurâv ui{^oc , erra^(fii>v sxaroy s^uv foixrl r>;v àva^sff'tv (i), x^vrEÛdcv Tra^iv rnv eTrt toùç opouç Toùç t>3ç lTa).«aç xara^o^tv. Avei> i*gy Tiffe xot^otç ;^Gi)péo£( ^/pv>} re O'uvto'TaTat jiAEya^n « xal Tryjyai ^ww, X..T. >. (2). Voici maintenant c^ que dit d'Anville sur ce passage : «Un grand lac dontStrabon fait mention avant » de parler des sources de la Durance et de la Doria , ' ne M saurait être que celui que je vois représenté dans une carte » manuscrite tout autrement que dans les cartes gravées , » et qui , recueiUant plusieurs torrens qui descendent du mont ■ ■ ■ ■ ■ . 1 , ■ I ■ ' ' (1) J^oserai relever ici une erreur qui est échappée àlVLGoray dans sa traduction , crre^ dans laquelle dr*Ânville au^i était tombé à son article Druentia , notice de Vancienne Ganle. Voici le passage de la traduction dèStrabon , tom. II , pag. 90 : « Les Medulli occnpéntià » partie des montagnes la plus élcTée j car il j a , dit-on^ cent stades » de hauteur perpendiculaire pour y montep. » Ces cent stades nous donneraient 945o toises , c*est-à-dire près de quatre fois la hauteur du mont Blanc et du mont Ro^a ; il est par trop évident qu'il y a eu ici inadvertence de la part du savant helléniste ^ et que ce que la traduc- tion applique à la hauteur perpendiculaire dé la montagne , ne peut s'entendre que de la longueur du chemin qui conduit au sommet : l'expression tviv avà^famy l'indique assez. On sait d'ailleurs que les an— . .ciens. n'avaient pas, pour mesurer la hauteur perpendiculaire des mon- tagnes , les moyens que nous a fournis l'invention du baromètre. On ne voit pas non plus qu'ils aient fait à ce sujet aucunes opérations tri- gonométriques. Il est donc clair qu'ici Strabon n'entend parler que de V étendue de la montée, (a) Strabon , tom. I , lib. IV , pag. a35. C i68) » Cenis n forme par son Issue une rivière nommée Cini- » sella ( la Cénise ) , laquelle se rend dans la Dôrîa , au- » dessous, de la citadelle de Suse (i) »• Ce passage ne prouve-t-il pas sans réplique que , du tems de Slrabon ^ on connaissait le mont Cenis y et de plus qu'il y avait un chemin traversant cette montagne, puisqu'il nous donne re- tendue de la montée et de la descente évaluées en mesures itinéraires ? Nous pouvons en outre remarquer <|ue cette évaluation se rapproche beaucoup 4e celle que nous a don- née notre livre de poste y puisque dans Tune nous avons g,45o toises, et dans Tautre 12,000, ce qui nous porterait à croire que Fancien chemin devait peu s^éloigner de la di- rection de la grande route actuelle , surtout si l'on songe aux inexactitudes qui peuvent se rencontrer dans les me- sures des arpenteurs , et à la forme approximative sous laquelle Slrabon énonce son évaluation. Contradictions apparentes de ce passage. Erreur de Slrabon expliquée. Mais , dira-t-on , en voyant dans le lac dont parle Strabon le lac du mont Cenis , d'Anville ne donne qu'une conjec- ture , et très-contestable : car comment le concilier avec ce qu^ajoute le géographe grec , que la Durance et la Doireont leur source dans ce lac ? L'on sait que <^s deux rivières viennent Tune et Fautre du mont Genèvre ; or, ne serait- ce pas plutôt de cette montagne que Strabon veut parler ? Nous répondrons qu'il y a dans le passage en question deux faits bied distincts , et devant donner lieu à à&s consé- quences aussi bien différentes. Le premier est un fait ma- tériel et positif sur lequel il ne peut pas y avoir de discus- sion. Strabon dit qu'au sommet de la montage des Me- dulU il y avait un grand lac : ici la simple inspection des (1) D^Anville^ Notice de L'ancienoe Gaule , Druentia^ ( «% ) lieux doit suffire : je n^al point vu de lac au sommet du mont Genèvre, etn^ai lu nulle part qu^il y en ait existé un. Le second fait est purement conjectural, et par cela même bien plus susceptible d'erreur. On sait combien sont fréquentes , dans la géographie ancienne , les erreurs sur les sources des rivières , et ce passage même est une preuve qu'on en rencontre dans les plus grands géographes. Eu effet , il est évident , comme Font remarqué d' Anville et M. Gosselin (i) , que Strabon , plaçant la source de la Du- rance près de celle de la Doire , et lui faisant ensuite traverser le pays des Salassi , confond le Durias mfnor , au- jourd'hui la Doria ripana ou Petîte-Dolre , qui prend sa source au mont Genèvre , avec le Durias major , la Doria Baltea des modernes , qui a sa source à VAlpis grdia , entre le Saint-Bernard et le Mont-Blanc (2). Or , quel argument tirer d'un fait qui , dans son énoncé seul , présente une er- reur aussi grave? Mais cette erreur même pourrait encore s'expliquer de manière à se concilier avec l'opinion de d' An- ville , et à devenir ainsi un argument de plus en notre fa- veur.. Nous savons que les anciens comprenaient , sous la dénomination S Alpes Cotliœ , toute cette partie de la chatne qui comprend le mont Visa , le mont Genèvre , et le mont Cenis; souvent aussi ils se serveut de la dénomination SAl- pis Cottia , VAlpe Cottienne , pour désigner particulièrement tantôt le mont Genèvre , tantôt le mont Genis (3) : nous avons vu que la Genise, qui descend de cette dernière mon- tagne, vient rejoindre , au-dessous de la citadelle de Suse, la Doria riparia venant du mont Genèvre ; or y aurait-il (i) D* An ville, not. de Tanc. Gaule , Druentia. ^-* Strabon , trad. de M* Goray. ï^ote de M. Gosselîn , tom. II , lib. ly y pag. gi. (a) Plin.*y Hist. nat » lib. iii , c. 16. (3) Y. Amm. Marcell.,lib. xv^ c. 10 ,cum not. Hadr. Yalesii. ( 170 ) *de l'invraisemblance à supposer que par suite de la réunioo» des deux torrens , et >de l'application d'un même nom aux deux montagnes , Strabon ait confondu les deux sources , et placé au mont Cenîs celle de la Durias minor^ au lieu de la placer au mont Genèvre ? C'est ainsi que nous voyons encore de nos jours Grosley donner à la Cenise le nom de PetUe-Doîre , et nous dire : » Du lac qui nourrit ces » excellentes truites ^ sort la Petiie-Doire que l'on côtoie » en descendant en Italie, (i) >». Appliquons cette supposi- tion à la Dnrance , et nous ne la trouverons pas moins na- turelle. Quand on monte le mont Genèvre du côté de Cé- sanne y on voit la Petite-Doire qui en descend pour traverser ensuite la vallée d'Oulx jusqu'à Suse. Sur le revers opposé de là montagne on aperçoit de même sur la gauche un torrent que les hàbltans appellent la Burancette , et qui descend du mont Genèvre dans la vallée, se dirigeant vers le petit village de la Vachette y Briançon, etc. Sur la droite, la vue plonge dans la belle et large vallée de Neu^ache , qu'on voit arrosée dans toute sa longueur par une petite rivière appelée le Clairet ou la Claire , paraissant venir du côté du mont Cenîs , et se jetant dans la Durancette , un peu plu;s en avant de la Vachette, bù ces deux petites rivières. prennent le nom de la Dunance^ Or, serait-il ex- traordinaire de supposer que ^ connaissant la direction de cette petite rivière, venant àès^monts qui sont au midi de la Maurienne, comme l'observe d'AnviUe , Strabon al^cru voir en elle, plutôt que dans le torrent du mont Genèvre, la source de la Durance , comme d'AnviUe lui-même paraî- trait y être assez porté (2) , et que dans cette opinion il ail (1) Obs. sur ritalie , tom. I, pag. 55. (a) î^otice de Taoc. Gaule , DntenHa, ( «7» ) placé sa source non loin de celle de la petite Doire , qu'il faisait sortir du montCenis ? Toutes ces considérations prou- vent donc que rien dans le passage grec ne s'oppose abso- lument à ce que nous placions au nionf Cenis ce grand lac dont parle Strabon ; et si ce lac existe là et qu'on ne puisse le montrer autre part , que deviennent ces assertions de M. DeluC ? « ce passage n'était pas même connu des Ro- » maiqs »>•....« La route du mont Cenis n'était pas celle » que les Gaulois suivaient pour descendre en Italie, ni celle » qu'Annibal, en marchant sur leurs traces , prit pour entrer » dans le même pays (i) ». Quoique cette conclusion totnbe d'elle-même avec le principe sur lequel on avait voulu l'établir , nous pour- rions encore faire à IKI. Deluc une réponse À laquelle je ne vois pas ce qu'il pourrait opposer. Comme il est certain d'après Polybe et Tite-Live que le passage habituel des Gaulois se rendant en Italie était par le Saltus Taunnus ^ et que ce passage , diaprés les itinéraires anciens, et le pays ' auquel il aboutissait , ne peut être* situé qu'à Suse ;, deux routes seulement conduisant à cette ville , l'une par le mont Genèvre , l'autre par le mont Cenis , et . M. Deluc ayant prouvé qu'Annibal n'a pu passer par la première (2) , il en résulte nécessairement qu'il n'a pu suivre que la dernière « (i) Hist. du pass. des Alpes , pag. a8o. , (a) La position de Tare de triomphe de Suse , sur Pancienne voie romaine qui conduisait par la vallée d*Oulae au mont Genèvre , me porte à croire que cette route date de IVpoque du roi Cottius , lequel ^leva en Thonneur d'Ai^ste , à Tentrée de la v\\\e , ce monument qui «n&te encore. Ce fufrlà probablement. un de ces chemins que le prince gaulois fit percer à travers les Alpes, suivant AmmienMarcellin(lib.iy» £. x). Il -n-existaît donc pas du tems d*Ânnibal , du moins nous sommes en droit de le conduire , puisqu'on citer l'époque de sa construction^. ( »7=« ) et qae c'est là ce second passage nommé par Polybe , et qu'il a si grand soin de distinguer de celui qui traversait le pays des Sahissi ; enfin cehii que prenaient habituellement les Gaulois , et qu'ils firent prendre à Annibal. Nous pou- vons donc avec une entière confiance dire comme Grosley, que les raisons qui rendent aujourd'hui cette route laplus connue et la plus fréquentée de toutes celles qi^ traversent les Alpes , ont dà dès les premiers tems l'indiquer et t ouvrir (i). Troisième objection de M. Deluc , fondée sur une fausse interpréta- ' tîon du texte de Polybe.' Une dernière objection de M. Deluc nous reste à ré- soudre , et d'autant plus facilement qu'elle repose sur une traduction évidemment fausse ; voici le passage : Ttjv rûv^ jxyjpôSç ètç TOC Trspl rov Ila^ov nsSia xai ro rûv Iffopêpuv edvoç (2)* M. Deluc traduit : « Annibal ayant accompli le . passage des Alpes en quinze jours , entra hardiment dans lesplaînes qui avoisinent le P&j et. dans le pays des Insubres » ; d'où il conclut que les Taurini ne furent pas le premier peuple qu'il rencontra à sa descente des Alpes. M. Deluc aurait dû na- turellement en conclure , par la même raison , que ce ne furent pas non plus les Salassi. Mais , sans élever cette dif- ficulté , nous nous bornerons à remarquer que le grec ne dit nullement qu' Annibal entra dans le pays des Insubres y mais qu'il se dirigea vers ce pays , ètç to tûv itroii^pniv. îQvoç. En effet il connaissait , comme nous l'avons déjà vu ^ la disposition de ces peuples en sa faveur. Il savait que « les » Boiens , apprenant la marche des Carthaginois vers l'Itar (1) Obs. sur ritalie ,-torn. 1 y pag. 44* (2) Polyb. , III , 56. — Hisl, du pass. des Alp. , pag. a8g. — Colleck des Qassiq. lat. , par N. £. Lcmaire ; Tite-Live , toin. lY » p. 4^^~49^- ( '73) >» lie, s^élalent soulevés contre les Romains, et avalent » entraîné dans leur révolte les InsuLres, qui s'y trouvaient M déjà disposés par d'anciens ressentlmens. Ces peuples >» réunis avalent déjà ravagé les nouvelles colonies ro- » main es de Plaisance et de Crén^one. Ils avaient battu » Luclus Manllus, envoyé pour s'opposer à leurs incur- » slons , et Us assiégeaient les restes de son armée enfer- » mes dans la petite ville de Tanès , lorsqu'Aimibal arriva n en Italie (i) ». Annibal savait tout cela , l'ayant appris des Gaulois qui étalent venus le trouver dans ces contrées. C'était donc là qu'il devait tendre , vers ce pays des Insu- bres où il allait rencontrer des peuples prêts à faire cause commune avec lui ; pour y arriver , le chemin le plus naturel et le plus court était le pays des Tàurinu L'objec- tion de M. Deluc nous ramène donc encorq au Saltus Taurinus , et par conséquent au mont Cenis. Des autres chemins que Ton rencontre dans le mont Génis, et qu^Ân- nlbal n'a pas dû prendre. XI. Avant de terminer ce que nous avions à dire du pas- sage d' Annibal par cette montagne, nous ferons quelques ob- servations sur les autres chemins que Ton rencontre de ce côté de la chaîne des Alpes. Sans chercher à démontrer en détail que les lieux, sur ces diilérentes routes, ne pourraient s'accorder avec les diverses circonstances de la marche du général carthaginois , Il me suffira d'en Indiquer quelques- unes dont ils ne pourraient rendre raison , pour que la ffuestlon , par cela seul , reste décidée en faveur de notre hypothèse où tous les inddens de cette marche trouvent leur application. (i) Polyb., m , 4o » 4> » idem, Tlt.-Liv. , xxi ^ i5. ( 174 ) lo Da chemin qui va de Branian au sommet du mont Cenîs. Oatre le chemin ordinaire qui conduit de Lans-^le-Baurg au sommet du Cenis^, il en existe tin antre qui vient aboutir au même point , mais de Tautre côté du lac , débouchant par une petite vallée qu'on appelle fa Combe du petit mont Cents j entre cette montagne et celle de Saint-Martin. Il part de Braman , quatre lieues de post&(environ 80 stades) , avant Laus-le-Bonrg(i), abrège de beaucoup, et par cela même ferait disparaître la conformité de nos distances avec celles de Polybe. D'ailleurs' il n'offre qu'un sentier étroit et rapide , impraticable à l'époque des neiges , toutes circon- stances qui ne peuvent s^accorder avec le récit de Polybe , d'après lequel Annibal , au sortir du déûlé du ),eux6niTpo)f , parvient presqu'aussitôt au sommet de la montagne sans éprouver de la part des lieux aucun obstacle. £t puis ce >guxo7rerpov lui-même, où l'aurait-il pu rencontrer en pre- nant le chemin qui se trouve deux lieues environ en avant de ce rocher ? ao Du chemin qui passe par le Col de la Boue. Cette dernière difficulté existerait encore dans le cas où l'on voudrait le faire passer par le Col de la Roue, le mons Rudus des anciens , où se voient encore quelques fragmens d^une voie romaine construite par Marcus Fonteius (2) , qui conduisait de Modane (Mutatio) à la station ad Marfem dans la vallée SOulx (3\ Nous remarquerons en outre que, du sommet de cette montagne , il lui aurait été impossible (i) État gén. des postes de la r^publ. franc, , an xi (1803). (a) Descnpt. des Alp. grecq. et coït., ire part. , lom. I , pag. 9^-95. (3) Idem, 2« part., tom/JI , pag. 63a. J (175) de découvrir les plaines du Piémont , dont la vue lui anc- rait été entièrement cachée par les montagnes de Sestrières et toute la chaîne méridionale de la vallée SOulx. Mais , sans entrer dans le détail des autres objections qui pour- raient encore se présenter , Torigine seule et l'époque de la construction de cette route semblent indiquer assez qu'il, ne devait point y en avoir là du tems d'Annibal. 3» Du chemin par Lans-le-F'illard, Reste enfin un troisième chemin par lequel M. Albanis Beaumont pense qu'Annibal aurait bien pu passer : c'est ce^ lui qui de Lans-le-Baurg remontait à gauche par la vallée de Lans-le-Yillard ^ et venait aboutir à Turin , soit par le col de Cérésole , soit par les vallée de Fiù et de Lanzo (i). Me trouvant en Piémont sur la fin d'octobre 1822 , je voulus visiter cette partie des Alpes cottiennes pour véri- fier jusqu'à quel point la conjecture de M. Beaumont pour- rait être fondée, mais j'en fus empêché par le mauvais tems, ce qui me fait d'autant plus regretter que cet écri- vain se soit borné à énoncer son opinion sous la forme d'un doute , dont il abandonne à d'autres la solution. Personne assurément n'était plus en état de jeter de nouvelles lu- mières sur cette question que ce savant , dont les laborieuses recherches nous ont été d'un si grand secours. Je me trouve donc réduit, faute d^avoir vu les lieux, à combattre des présomptions par des conjectures, et à indiquer seulement quelques-uns de mes motifs pour croire que le général car- thaginois n^a pu choisir ce passage. Je remarquerai , i** que ce chemin , passant par derrière le mont Cents et Boch&'Melon , à l'extrémité septentrionale — ■■»* I I ■ I IIMII ■! ■ I I ■ I III I ■ (1) Descrîpt. des Alp. gr. et cott.^ i^e part., tom. I, pag. 98, 99* ( 176) des Alpes cottiennes, est beaucoup plus long, et nom mè- nerait , surtout en traversant le col de Cérésole , bîeu au- delà des 1,200 stades de I^olybe ; a^ que le Saltus Taunnus ayant son point central à Suse , Annibal ne serait point descendu par ce passage ; 3® que si le chemin passant soit par le mont Cérésole soit par les vallées de Via et de IjanzOy avait été celui que les Gaulois prenaient habituellement pour venir en Italie , comme plus facile et plus court , on aurait suivi cette indication pour y placer plus tard une grande route comme on Ta fait au mont Cenis ; on aurait conservé quelque souvenir de ce passage , .taudis que nous n'avons aucune idée quil ait été autrefois fréquenté; et avant les voies construites par les Romains, ce sont toujours le Saltus Taurînus , c'est-à-dire le mont Cenis , et le Pas de Suse qu'on nous présente comme la route ordinaire des Gaules en Italie ; 4" qu'enfin M. Albanis-Beaumont tranche lui-même la question, en observant que cette Qoîe n'est guère connue maintenant que des contrebandiers (1) , etfré^ quentée par les gens des environs , mais seulement pendant cinq à six mois de F année, « Un peu avant d'arriver à >» Bessan , dit-il , on traversait une gorge étroite , au fond » de laquelle se précipitent les eaux d'un torrent... Les >» avalanches et les ouragans auxquels les habitans de cette n vallée sont exposés durant l'hioer , sont tels , que dans » une nuit il arrive souvent que les habitations dispa-- y 7'aissent sous la neige , dont la .hauteur est quelque- » fois de quinze à vingt pieds. . . . Le^ habitans sortent de » chez eux à Ventrée de Vhîi*er , et vont soit eu Piémont y M soit en France , où ils exercent les professions de frot- » teurs , commissionnaires , porte-faix et colporteurs » et • (i) Descript. des Alpes grecq. et coït. , a^ part. , tom. II , pag 632 , 633,640,641. (.»77") >i ilsrenireiil au commencement de chaque printems. A » peu de distance de Bessan y et frrémfik moilif^ chemin » de Bonneval, on passe à cAté â*une setaiide gorge en*- » core plus étroite , traversée par un torrent, impétueux cpii » prend sa source dans les glaciers qui couvrent la face » nord de la montagne de Roche-^Meion ; c'est dans cette » gorge que passe le chemin ou plutôt le sentier qui conduit » dans la i?aUée de Viii , et de-là dans celle de Lanzo et Tu* » rin , mais ce sentier n'est praticable que dans lA^belle » saison. .^ • . A l'est de Bonneval , il y a une autre gçrge » plus sauvage et plus aride encore , où passe le sentier » scabreux qui conduit à Cérésole,»»» Ce passage ^ qui n'est » praticable quependant quelques mois de Vannée^ n'est guère » fréquenté que par des contrebandiers et des déscr- » teurs (i) ». Tous ces détails m'ont élé confirmés par deï gens du pays , et suffisent , je pensé , pour prouver qu'An- nibal , à l'époque où il traversa les Alpes , n'aurait dû prendre aucun des chemins que l'on peut rencontrer sur ce point de la chaîne. Avi$ sar le chapitre suivant. Maintenant que nous avons déterminé la roule d'Aimibal depuis son entrée, dans les Alpes jusqu'à son arrivée en Italie , et renversé toutes les objections â cet égard ^ nous allons reprendre et passer en revue les autres systèmes que nous avons précédemment suivis et réfutés depuis l'embou- chure de l'Isère jusqu'à l'entrée des Alpes. La plupart se bornant à des exposés trop généraux ou à de simples affir- mations sans preuves , sans rapport aux conditions du pro- blême , telles que les distances, les localllés, les incîdens (i) Descript. des Alp. grerq. cl coll., a* part., toin. II, pag. G^o, C43. 12 (' 17» ) tistorîqaeSf.ne pourront guère être débattus sérieusement. Maîs.celuî!de.M;Bltil«cj, le seul à peu près que Ton se soit occupé de fonder sut ^^s-. textes antiques et- l'observation àes lieux, exigera de notre part un exanfien plus spédal. Ce 'sera surtout son opinion que nous nous attacherons à combattre , et en avançant dans la discussion nous ramè- nerors à chacun des points discutés les autres hypothèses, qui trouveront leur réfutation à mesure ({U^elles se rencon- irerontsun notre chemin. ( »79 ) %ntwt/utt^*M0*My m /* > tt v %nj^ty\ vw»»K%%>^v» <^w» »iw»»*iw> »»»%>»/<» < i*imw>wm» *^wi«*w^*% AMEN CnïTIQUE T,ZS DIVERSES HYPOTHiîSES SUR LA ROUTE SUIVTE PAR ATîMBAL , DEPUIS fiOW Ï^^TRÉe DANS LES ALPES JUSQU'A SON ARRIVÉE FN ITALIE. ï)îfficuîles que prescnKï l'opinion tle M. Deluc relativcrnent au pre- mier campement ^^Aftnibaly à ]a montagne gravie à IVntrde des Alpes « aux iourni^cs de marclie juscpi^aru sommet du petit Saint- Bernard. I. On se souvient que M. Deluc a conduit Annibal à Yenne, où il lui fait enfin retrotiV^er le Rhône , et où il place Ventrée des Alpes» Arrivé à ce point , M. Deluc veut d'abord que Tarmée carthaginoise ait campé une première fois entre Yenne et Cheoeia (i). J'avoue que , d'après la description des lieux (2) , je ne vois guère coîQment une armée aurait pu trouver à camper par là , et je regrette que M. Deluc, qui est ordinairement si exact dans ce qui tient aux localités , n'ait pas songé à nous donner ici quelques éclaircissemens. Immédiatement après , page 1 12 , M. De- luc fait traverser à l'armée carthaginoise la montagriet du Chai , le mons Thuates des anciens , et c'est là qu'il place la première attaque des Allobroges. Mais Polybe ^e dît nul- » (i) Hist. du pass. des Alp. grecq. et coll. , pag. 120. ^ (i) Idem, pag. 107» 106 , lao* < / < i8ô 3 lemeiit c(u^en cet cadrolt Annibal ait eu une montagne à franchir ^ mais bien un défilé à ira»trser. Ses expressions ^ et la position des Gaulois qu'il représente occupant les hauteurs au-dessus du passage , l'indiquent assez. M. De- lue , page x54 ^ compte tin jour pour traverser le moni du Chat^ depuis le village de CAwe/i/ jusqu'à Chamhéry^ et pour s^emparei* de cette ville ; un jour de rèpOs dans la {ilàine où felle est sîtiiée ; quatire joûfs de Inarèhé de Chambéry à Mou- ilers ; deux de Moutlers k Scèz ou ViUar ; un pour monter au sommet du petit Saint-Bernard : ce qui ferait déjà neuf jours de marche : mais comme Polybe les compte depuis l'entrée des Alpes ; que M. Deluc nous y a fait entrer à Yenne ; qu'entre cette ville et le passage du mont du Chat il a placé deux campemens^ il ea résulterait qu' Annibal n'aurait dû arriver au sommet des Alpes que le onzième jour et non le neuvième. Mais passons par-dessus ces dif- ficultés,, poor en venir à des points plus importans^ que M. Deluc regarde comme décisifs en faveur deson opinion. Nous voulons parler du fameux >euxo7rrrpov : il faut bien y revenir pour examiner la valeur des argumens que le sa- vant Grénevois prétend tirer de l'existence de ce rocher blanc (page i4&-i53). Que le rocher blanc de M. Deluc n*a aucun des caractères du Xcuxo- icttpov de Polybe' , ni par sa position , ni par son rapport avec les circonstances du récit. IL Nous avons déjà reconnu avec M. Deluc qUe le mot ^ec devait être pris dans |^ sens qu'il lui donne ; que l'exis- tence de ce rocher est une indication très-importante dans le récit de Polybe ; enfin , que ni sur la route du grand Saint-Bernard , ni sur celle du mont Genèvre ^ on ne re- marque aucun rocher de cette nature : il ne s'agît donc { i8e ) plus que de savoir si celui dont parle M . Deluc est , en lui- même et par sa position , en rapport avc»- le village même de Scèz, situé au bord; de l'Isère. On vient M dans un grand quart d'heure au village de Vitiàr-Dessous , » par un chemin pavé de pierres calcaires et de gneiss , » et au bout dW second - quart d'heure on passe sur un >* pont le torrent qui -vient du Saint-Beniard; La montagne, M au-delà de ce pont, présente un point de vue très- » agréable ; une double cascade tombe à travers des prai- M. ries en étagères avec des arbres, et un village au-dessus, a On voit ensuite, de Vautre côté du torrent , à l'entrée de >i la vallée d'où il sort , des masses informes de gypse blan- ( i80 » châtre. De là on passé sons la cascade, et bientôt à » Saînt-^Germain , dernier hameau d'hiver (i) ». A la seule lecture de cette description , il ne nous paraît pas aisé d^ reconnaître ce passage décisif invo4|aé par M. Deluc , et nous ne sommes point surpris que voulant à toute force trouver un rapport entre ce lieu et le fait ra- conté par Polybe , il ait laissé tant de confusion dans la ma- nière dont il le présente. D'abord , que voyons-nous dans M. de Saussui'e ? Qu'au village de Scèz en commence à mon-^ ter le petit Saint-Bernard , et que lorsqu'on est arrivé au- dessus de VîUarj et un peu plus au-dessous de SiérGermam^ c'est-à-dire à-peu-près au tiers de la montée (Deluc, p. i49)t OU voit de Vautre côté du torrent , à t entrée de la collée d*oà il soH^ des masses informes de gypse blanchâtre, M. Deluc ajoute dans le même sens , page i5i ^ que lé général Mel- ville ^ à un demi-mitle au-dessus de ViUar , remarqua de à)in.ces rochers d'une blancheur éclatante. Or, que voyons- nous dans Polybè ? Qu'Ânnibal continue de marcher dans les vallées , qu'il traverse un défilé^ mais non point qu'il gra- vit une montagne. Tout au contraire , il dit positivement que les Carthaginois avançaient dans le bas , suh^aient le pied de la montagne y ainsi que traduit M. Deluc, page i3g, * aXtteoiiv. » Il n'était donc encore ni en train d^ gravir, ni près d'atteindre le sommet, lorsqueut lieu l'attaque du >rj%03re7f ov. Et encore , au point de la montée où est par- (i) UUt. du pass. des Alpes , p. 146. — De Saussure, V(jya«]^e «laiis les Alpes. ( i83 ) venu le général Melville , il ne voil ee$ rodh^rs que de km» à l'entrée de la vallée d'où sort le ^orrenl de ki Recluse^ par conséquent ils se seraient trouvés dans une situation encore plus rapprochée' du sommet du petit Saint-Bernard, où elle a sa source (i). Mais , puisque ces rochers sont à une telle distance , fçoi'^ pouvait servir àAnnibal d'aller se poster tout auprès pour protéger le passage de'«on armée ? D'ailleurs comment M. Dekic conçoit-il donc l'action qu^il veut rcs- tracer ? Il suppose , pages iSa , i53 ,. qu'Annibal se porta près de ces rochers blancs que le général Melville , arrrW au-dessus de Villar^ remarqua, de loin à l'entrée de la vailéè étroite d'où sort le torrent , et puis,. page i52 , il prétend que ce fut au-dessus de ViUar , dans une espèce de plateau que le chemin traverse , qu'Ânnibal passa la nuit avec ses bagages. Mais si au-dessus de Villar le général Melville en était loin , comment Ânnibal aurait-il pu en être près ? En- suite, pourquoi M. Deluc , dans sa traduction , page t36, omet-il entièrement le mot o;^vpoy ? Serait-ce parce qu'il a senti que ce mot , présentant le XeuxoTrsrpov comme une po-^ sition forte et sûre pour Annibal , suppose nécessairement que ce général s'y posta , explication à laquelle ne- se prâ- teraîcnt pas facilement les masses informes de gypse remar*- q«iées par le général Melville ? En effet , il faudrait mon- trer que ces rochers sont assez près du point où devak passer l'armée , pour que de là Annibal pût la protéger. De même, il faudrait nous prouver que ces masses de gypse offrent une superficie assez étendue , et disposée de manière . à ce qu'un corps d'armée de quinze à seize mille hommes, xHç viiuffeicLç ^uvàjuiEiuc , eût pu s'y poster. Ce sont là des dîflî*- cultés dont M. Deluc s'est débarrassé , en interprétant le i*' * (i) Hîst. du pass. des Alpes , pap;. i45. ( i84 ) moi TTcpê d'une manière vague, et en passant tout-à-fait le mot o;(vpo'v « qui en détermine le sens. Erreur de traduction de M. Deluc. Puisque nous en sommes sur le chapitre des mots passés ou. mal saisis , ' ne pourrions-nous pas demander à M. De- luc pourquoi il traduit xpupi^i? par une vallée bordée de rockers escarpés Çyoy, page i4-9) 9 au lieu de bordée été précipices ? Je conçois que M. Deluc étant forcé par le tei^egrecde supposer, page i5o, que. l'ancienne route du pelit Saint-Bernard ne passait pas sur les points que tra- verse la route actuelle , mais qu'elle montait le long de la ri&e gauche de la Méduse , aura senti que Tarmée , suivant ainsi les^ bords de ce torrent , dans le fond de la poUée , cette vallée ne pouvait plus lui présenter là de précipices : mais elle ne devait pas non plus se trouver bordée de rochers es- caipés. En effet , M«. Deluc ne représente point sous cet aspect les montagnes latérales de cette vallée» D'un côté c'est le petit Saintr-Bemard, doint il dit, page 1479 d'après M» de Saussure : « On arrive à l'hospice en trois petites » lieures , depuis Scèz , toujours par des prairies en pente M douce , sans avoir eu à passer aucun mauvais pas , aucun » rocher escarpe ni diflBcrle ; en sorte que cette montagne r » présente le passage des Alpes le plus facile que je con- » naisse, yy Kt plus loin , page r5 : « La montagne vis- M à-vis f et de l'autre càté du torrent, est en grande partie » couverte de bois et de prairies ; ce qui indiquerait qu'il » peut y avoir un chemin praticable phis haut que la cha- I» pelle. » Or , je le demande à M. Deluc , que devient sa vallée bardée de rochers escarpés? Où nous la montrera-t-il sur ce passage ? Concluons de toutes ces difficultés , que les. ( i85) masses informes de gypse vues far le général MelvHle n'ont aucun rapport avec le >eûxo7rrrpov de Polybe. Impossibilité de camper au sommet des deux Saint^Bemard. III. M. Deluc continue , et fait arriver Ânnîbal , sur la fin du neuvième jour , dans le vallon qui se trouve au sommet du petit Saint-Bernard , où il est resté campé pen- dant deux jours (y oy. page i54» i56 et suîv.)» En admet- tant avec M. Deluc que ce vallon ait un grand quart de lieue de largeur , sur une demi-lieue de longueur , dont il faut cependant retrancher l'espace occupé par le lac , f avoue qu'il me paraîtra toujours difllcîle à concevoir qu'une armée de trente mille hommes , avec sa cavalerie , ses éléphans , ses bétes de charge , ses bagages , ait pu camper aisément en cet endroit. M. Deluc semble le re- connahre lui-même , puisqu'il ajoute que le camp pouvait s'étendre sur les prairies en pente douce par lesquelles on arriife au vallon. C'est là , du reste , une question qu il faut sou- mettre au gens du métier ; mais je ne pense pas que , dans l'histoire de l'art militaire , on ait k citer d'armée un peu nombreuse qui ait pu camper à l'endroit en quec* lion. Ce que je dis du petit Sàînt-Bemard , je pourrais le dire également du grand ; il n'y a guère après le mont Cenis que le mont Genèvre dont le sommet m'ait paru présenter une surface assez étendue pour qu'une armée comme celle d'Annibal ait pu y établir son camp pendant deux jours. D*aucun point des deuxSainl-Bernard on n*a la vaedes plaines d*l(alie. Même observation pour le mont Genèvre. f Mais si le mont Genèvre se prête à cette circonstance de notre récit , il en est une autre non moins importante , à ,( i86 ) laquelle II ne peut satisfaire , non plus que les deux monts Saînl-Uemard. Je veux parler de la vue des plaines ar- rosées par le Pô. En traversant ces diverses montagnes , j'ai examiné avec soin si de quelque côté on y pourrait apercevoir la plaine , et je me suis convaincu qu'il est im- possible de rien voir. Me trouvant au grand Saint-Bernard , je montai au sommet de la Schinaletta , qui est située eo avant de Thospice, du côté de Tltalie ; de là j'eus un sublime spectacle, mais partout c'était des montagnes, des gla- ' ciers , des vallées , des torrens , des abymes s'enfonçant à f une profondeur effroyable ; c'était le Mont-Blanc, présen- tant sa face orientale aux premiers rayons du jour , et do- minant tout, même le Grand-Jorasse et le Pic-du-Géant ^ avec toutes ses aiguilles , si hardies , si élancées ; la vue ■ embrassait même un horizon fort étendu , mab d& toutes parts une barrière impénétrable cachait la plaine. Pareille épreuve au petit Saint-Bernard; même enmcmtant au som^ met du Valaisariy qui est .élevé de six cent toises au-dessus de l'hospice; on ne voit partout que des montagnes (i). Que fera donc M. Deluc? « Pendant que Tarmée était » campée , nous dit-il , Annibal conduisit ses soldats au » plus haut point du vallon , d'où il pouvait leur montrer » au-dessous d'eux la vallée de la Tuile ^ et dans le loitain, » la grande vallée d'Aoste , qui se trouve sur la même » ligne : et il leur dît, pour ranimer leur courage : voilà » les plaines que le Pô arrose de ses eaux (2)* » Nous remarquerons d'abord que cette vallée de la Tuiir qu'on aperçoit de ce point du petit Saint-Bernard, est bien (i) Description des Alfics grecques et cottieiines , a^ part. , tom. Il» pag. 575. i (a} Ubiotrc du pasKigo de» Alpes , pag. iS;. ( »87 ) ce qu'on peut voir de plus aride , de plus sauvage , et que ce n'était nullement \k un spectacle propre à ranimer le courage des soldats d'Annibal. Ce n'est qu'à une certaine distance au-delà de la TuHe , qu'on commence à retrouver des traces de culture. Tout ce qui précède est fort miséra- ble. Quant à cette grande çaliée d*Àosie^ même en la faisant commence à Saint-Didier^ il était impossible à Annibal de la faire voir à son année , de quelque point que ce fût, du vallon du petit Saint-Bernard : car ce n'est que long- tems après avoir dépassé la Tuile qu'on peut apercevoir le village de Saint-Didier , et ce n'est nullement dans une grande vallée qu'il se trouve , mais dans un petit vallon , enfermé de tous côtés par les plus hautes montagnes de la chatne.; Toute celte partie de la vallée d'Aoste , en des- cendant vers Mortes, Salles^ etc. , est toujours assez étroite; et si Annibal , comme le suppose M. Deluc , était venu dire à ses soldats, voilà les plaines qu'arrose ie Pô , il au- rait certainement perdu quelque chose de la confiance qu'il leur inspirait , et dont il avait si grand besoin. Aussi M. De- luc ne manque-^t-il pas d'observer que ces eoppressians ne doivent pas être prises à la lettre; mais nous avons, je crois , démontré avec la dernière évid^ice.que le passage de Po- lybe est formel , présenté comme l'expression d'un fait re- connu , et qu'il semble avoir lui-même constaté étant sur les lieux. Quant au mont Genèvre , on s'y trouve , comme au grand et au petit Saint Bernard , partout enfermé par les monts qui le dominent ; toute la chaîne qui borde au sud-esl la vallée S!Oulx^ et , derrière cette chaîne , les montagnes de Fenesirelles interceptent entièrement la vue de ia plaine. Est-il nécessaire ici de discuter sérieusement l'assertion du chevalier de Folard , qui , après le j^assage du mont Ge- ( »88) nèvre , fait traverser k Farmëe carthaginoise le Col de Ses- trières , d'où elle descend dans la çediée de Pragelas , pour remonter ensuite , par le haut des montagnes , au Col de la Fenêtre^ où Folard s'arrête enfin , et dit : « C'est sur le » plateau de cette montagne, où est aujourd'hui le village » de Barbottet , qu'Ânnibal dut camper. ... Et c^est dans ce » camp de Barbottet qu'il fit remarquer à ses soldats toute » la plaine du Piémont jusqu'au pays des Insubres (i). '> Cette opinion se réfute assez d'elle-même : mais nous ob- serverons seulement que du plateau où est Barbottet , on ne peut avoir en aucune manière la vue de la plaine. Ce village , qui est à une demi-heure de marche de Fénes- trelles , est situé sur le penchant d'une montagne , et tel- lement enfoncé , qu'il est impossible d'y voir autre chose que la vallée de Pragelas , qui passe au-dessous. Les gens du pays mettent deux heures (suivant ce que me disait l'un deux) , pour monter du village au sommet de la montagne, où l'on arrive par des sentiers qui ne^ sont connue que des bergers et des chasseurs ; et , supposé que de ce point on ait la vue de la plaine, 'je le demande, qu'est--ce qu'An- nibal serait allé faire au sonmiet de cette montagne ? Même observation pour le mont Vîso. Enfin , pour en venir au Mont Viso , « L'on assure , dit » le marquis de Saint-Simon à ceux qui se piquent d'avoir » bonne vue , que de son sommet on découvre la plaine » du Piémont ; on me la montrée comme on fait à tous » les voyageurs, mais je suis (brcé de convenir que je n'ai » pu la wr (pi en imagination , à cause de l'oscillation de » l'air, et de la longue chaîne de montagnes qui se trowe entre (i) Polybe , trad. de dom ThuIUier , avec des comm. de M. de F07 lard I tom. lY , pag. 90^ ( iSg) I s> deux (i) )^. L'abbé Denîna , qui cependanl semble adop* ter l'opinion de Saint-Simon , remarque « qu'on s'est mo- » que de lui lorsqu'on Ta vu attribuer à Toscillation de >» Tair de n avoir pu voir la plaine du Piémont. » Il ajoute «c qu'il y a très-peu d'endroits dans cette masse de mon- ^> tagnes , d'où l'on puisse voir la plaine en s'y plaçant ex- » près (2)^ » Du reste , quand même du sommet de cette montagne on aurait la vue sur la plaine de Turin ^ ce sys- tème , à tant d^autres égards , est si évidemment insoute- nable , qu'il n'est pas nécessaire de nous y arrêter. Le petit Saint-Bernard ni le mont Genèvre n^offrent à leur descente aucon lieu où Varmée eût pu camper. -— Le mont Genèvre n^offre aucun endroit où la neige eût pu se conserver d'une année à Tautre. — D'un iaît cité à cet égard piir M. Delu'c dans son système. lY. Maintenant revenons à M. Dektc , et examinons si 4es lieux , à la descente du petit Saint-Bernard, répondront -mieux aux divers incidens de la marche d'Annibal. Mous avons vu que l'armée, parvenue au point de la -descente où le chemin s'était éboulé , campa à l'entrée du défilé devant lequel elle fut obligée de s'arrêter. J'avouerai qu'il m'est impossible de concevoir conmAent elle eût pu former son camp dans « cette petite plaine que M. Delue » représente comme j^rWe ^r /e^ débris qu'accumulent les » dii^rs iorrens qui viennent s'y réunir (3i)» » On a soin d*ajouter , il est vrai , que « le camp pouvait s'étendre aussi » en remontant jusqu'au village de Pont-Serrant ^ demi- «> lieue plus haut » \ mais comme la descente de la mon- r 1 1 1 I I I I ai II I — — — i— — — ■■^— — ^^1 m i m I ■■ (t) Histoire delà Guerre des Alpes , préf. , pag. 34* (2) Mém. de VAcad. de Berlin , année 1790 , pag* 47^^* {3) Hist. du passage des Alpes , pag. 173. ( igo ) lagne ne se termine qu^à la TuUe (i) , M« Deluc peut— il croire que ce camp se £lït trouvé bien établi sur le penchant de cette montagne ? Ces difïicultës s'applîqaeront €le même à la descente du mont G^nèvre ; il ne s*y trouve aucun en- droit où une armée eût pu camper. Cette montagne , en outre , ne présente aucune gorge qui par sa profondeur et sa position puisse , comme au mont Ceqîs , conserver de la neige d'une année à l'autre. Nous ne ponvons nier la possibilité de ce dernier fait pour le petit Saint-Bernard ; maïs il resterait à savoir si celui que M. Deluc allègue se trouverait en rapport avec les autres circonstances de la narration grecque. Annibal , lorsqu'il rencontra ce défilé , commençait , ou pour le moins continuait à descendre , et le chemin était très-étroit et très-rapide la pente était extrê- mement roide {Xx^àxkçXkoxk de M. Deluc (2)). Or, M. de Saussure, dans une phrase placée immédiatement après la descente du petit Saint-Bernard, et que M. Deluc a oubliée dans sa citation , dit positivement que « ce passage des Alpes M est un des plus faciles , etc. (3). » M. Deluc lui-môme semble dire , page 167 , que la descente n'est rapide que jusqu'à Pont-Serrant ; et je le conçois , car sans cela corn- ment aurait-on pu dresser un camp sur tonte cette partie de la montagne qui s'étend de Pont-Serrant à la Tuile ? Mais cet aveu tacite nous suffit , car comme l'auteur ne place la rencontre du défilé qu'à une demi-lîeue au-delà de Pont-Serrant, il reconnaît par cela même qu'à cet endroit le chemin n^ était plus très^mpide^ ni la pente extrêmement roide.K cette difficulté s'en rattache mie autre , que nous n'avons fait qu'indiquer^ et qui n'est pas moins grave. M. Deluc suppose (i) Histoire du passage des Alpes^ pag. 166 , i6j. (a) Ibid , pag. 163. (3) Voyage dans les Alpes , tom. VIH , § aîSa.- _- 1 ^^ ( igi ) que c'est à dix minutes au-delà de la Tuile qu'Annibal dut rencontrer ce chemin qui s'était éboulé , et où larmée se trouva marchant sur cette neige qui s'était conservée de- puis l'hiver précédent (i) ; mais il avait dit quelques lignes auparavant, toujours d'après M. de Saussure : « A une M petite démî-lieue de Pont-Serrant , . est le village de la » Tuile , auquel se termine la descente dupetît Saint-Bemurd» » L'armée carthaginoise, arrivée là, avait donc achevé la descente de la montagne. Une telle supposition est par trop inconciliable avec les récits de Polybe et de Titc-Live. Altération du sens par suite du peu de rgqppert des fait^. . CoTifusioii dans les .faits. Ne pourrions-nous pas nous expliquer à présent pour- quoi M. Deluc tient si fort à ce que les trois demi-stades de Polybe , ou miUe pieds de Tite-Live , s'appliquent à la lon- gueur du chemin éboulé , et non à la profondeur de l'es-- carpemènt ? Après avoir dit qu'à la Tuile se termine la des- ûente du petit Saint-Bernard , M. Dehic ajoute un peu plus loin : « A dix minutes de la Tuile , on passe le torrent , et >» on vient côtoyer le pied d'une montagne. ... Le chemin » est bon et assez large , mais sur une corniche très-élevée M au-dessus de la Tuile. On voit là sous ses pieds des amas » de neiges qui se sont conservés depuis l'hiver , et qui » forment des ponts sur ce ioirent(ji). Il est clair qu'à cepofnt du passage , et côtoyant le pied de la montagne , Annîbal ne pouvait guère rencontrer des précipices de mille pieds de profondeur y et que M. Deluc avait de bonnes raisons pour trouver, que Tite-Live avait' mal compris Polybe- Engagé (i) Histoire du passage des Alpes, pag. i66, 168, iCx), clc. (1) Ibid , pag. tfi;. ( ^92 ) dans cette fausse roule , serait-Il possible à noire savant ad- versaire de donner une idée nette des faits qu^il veut à toute force adapter à des lieux qui les contredisent et les repoussent ? Aussi le voyons-nous un peu embarrassé de faire passer les éléphans sur ces amçis de neiges formant des pçnts, sur le torrent y dire, page I71 : « Lors du passage » d'Annibal , ce>5 amas de neiges devarîent être plus consi^ » âérables ; ils devaient coiwrir tellement le lit du torrent y » que les Carthaginois s^îmaginèrent qu ils pourraient pas- >i ser dessus » subies. » Nous avons déjà remarqué ce qu'il y a d'in- exact dans cette traduction ; mais ici examinons les faits tels qu'ils sont donnés par le traducteur. Il dit , page ii5 , , ( »93 ) ^e le quinzième jour /lepuis son entrée dads les Alpes ^ toute Tannée fut rassemblée dans U cité d'Aoste. Mais à Aoste Annibal se trouvait itoujpurs dans les vallées ^ ainsi que Fauteur le reconnaît lui-même, pages i84^ i85 : « 11 » sortît de cette longue vallée aux vûl^^e^.Ae.SaintrMartia » et de Monte Siretto , où l'on découvre pour la première » fols les plaines do ritalle% » Il n'était donc pas entré le quinzième jour dans €C« plaines comme Tindlguc la traduc- tion. 11 n'était pas non plus dans le pays des Insubres : M« Delucle reconnaît lui-même en établissant^ page x83, que l'armée > <à la cité d' Aoste , se trowait dans le pays des Salassi; aussi suppose-t-Il que cette nation. était alliée des Insulfres^ et que Polybe ne parait pas distinguer ces def^peur- pies Pun de 2'» « Mais comment croire , répond M. Letronne , qu'An- i5 ( «94) » nibâl aurait rebroussé chemin et perdu trois jours de*- » vaut une ville qu'ii n'avait nul besoin de prendre , au M Heu de' se hAter d^arriver en présencfe des Romains ?... M C'est justement parce que son armée était réduite k M moitié , et que les Taurins étaient un peuple puissant , i> qu'itdcvait craindre de s'affaiblir encore avant de se me- » surer avec les Romains. Un général aussi habile devait >r sentir sa position : elle était critiipie ; tout dépendait n dé la première bataille avec Publius Scipion. Yicto- » rieux, il voyait tousles peuples de la plaine du Pô em- » brasser son parti (i) ; vaincu , il était abandonné de tous , » et surtout de ceux qu'il aurait auparavant contraints parles » armes d'entrer dans son alliance. La soumission des Tau- M rins , la prise et le pillage de leur ville , dans l'hypothèse » de M» Deluc , ne devaient donc offrir aucune utilité à M Annibal : elles ne pouvaient être pour lui qu'une occasion » de perdre du tems et des soldats^ Il n'aurait donc point >» inutilement sacrifié des hommes k la conquête des Tau- M rins , et perdu au siège de leur ville un tems précieux , » pendant lequel le consul romain passait le PA (a) tout M À loisir , si, en descendant les Alpes, il n'eût trouvé les M Taurins sur son passage, et si la ville de Turin, située » au confluent du Pô et de la Doria , ne lui eût opposé » une barrière qu'il fallait nécessairement renverser avant » de passer outre (3). » TiU-Live réfute expressément Toplnion soutenue par M. Deluc. Ce sont là de vieilles et solides raisons , qui , depuis long-tems, avaient déterminé Tite-Iàvc à rejeter l'opinion (i) G*cst aussi ce qui ne manqua pas d'arriver. Polybe, m , 67. (i) Polyb. , III , 61. (3) Journal des Savans, 1819 , pag. 7^8 , 759- ' ('95) que M. Deluc veut ressusciter. Le passage de Hûstprien latin est assez important pour être cité en entier. Après avoir rapporté que les Tauiini furent les premiers peuples qu'Ânnibal rencontra à sa descente en Italie , Tite-Live ajoute : « Id cum inter omnes constet^ e6 magis miror am- >» bigi , quànam Alpes transierit ; et vulgè cr^dere , Penino, n atque indè nomenei jugo Alpium inditum, transgressum. » Gœlius per Cremonis [Centronîs]| jugum dicit transisse ; » qui ambo saltus eum , non in Taurinas , sed per Salassos » montanos ad LiBuos Galios deduxissent Nec verisimile est, » ea tum ad Galliam patuisse itiner^ » utique^ quae ad Pe- M ninum ferunt , obsepta gentibus semigermanis fuissent t » neque , Hercule , montibusbis (si qaem forte idmovet) » ab transitu Poenorum ullo Yeragrl , incolœ jugi ejus , no- » runt nomen inditum ; sed ab eo quem in summo sacratum M vertice , Peninum montani vocant (i^ » liC grand Saint-Bernard : mêmes objections. — Peu praticable du tems «le Strabon. Tite-Lîve ne se contredit point en y faisant passer les Boii et les JLingones, VI. Nous voyons que les considérations d'après lesquelles Tite-Live rejette Topinion qui tendrait à faire passer An- nlbal par le pays des Centrones , ou le petit Saint-Bernard, s appliquent également au grand Saint-Bernard, Penino jugo^ puisque ces deux passages , aboutissant Tun et l'autre au pays des Salassi , dans Tune ou dans l'autre de ces deux hypothèses , les Taurini ne seraient pas le premier peuple qu^Annibal aurait rencontré à sa descente des i^lpes. Nous remarquerons , en outre , relativement au grand Saint-Bernard , que Strabon établît positivement que , de (i) Tit.-Liv. , XXXI, 38, ('96) de son tems , ce passage , même après les travaux qu'Au- guste y avait fait faire , rt était pas praticable pour les hêtes de somme (i) , ce qui suffirait pour prouver que , du tems d'Annibal ^ Tarmée carthaginoise , aVec sa cavalerie , ses élépha^s et ses Lêtes de charge , n'aurait pu passer par cette montagnfe. C'est sous ce rapport , sans doute , comme à, raison des obstacles qu il aurait rencontrés de la part des nations semi-germaines , occupant toutes les avenues de cette montagne , que Tite-Live observe qu'il n*est pas vrai- semblable que ce passage eût été ouvert à Annibal ; sans quoi il serait en contradiction avec lui-même comme avec Slrabon , puisqu'il avait rapporté , dans un de sts livres précédens , que les Boii et les Idngones avaient traversé le mont Peninus (2) , et tela à une époque bien antérieure à la seconde guerre punique» Mais ces Barbares n'avaient probablement avec eux ni cavalerie , ni bêtes de charge , ni éléphans ; en outre , les nations semi-germaines qui au- raient fermé le passage à Annibal , pouvaient ne pas avoir les mêmes raisons de s'opposer à la marche de ces peuples, que des rapports d'origine, de mœurs, de langage, les em- pêchaient de regarder comme ennemis. Ainsi , nous voyons qu'ici les contradictions qu on voudrait reprocher à Tite- Live, n'existeraient que dans une interprétation fausse de je s expressions , et qu'il est d'accord avec lui-même , coifime avec Strabon , pour montrer qu'Annibal n'aurait pu trouver passage à travers les Alpes pennines. Réfutation des argumens qu*on prétend tirer du nom latin de cette montagne , des méJalllcs et des inscriptions qu^on y a trouvées. Nous avons également vu qu'U prend soin de réfuter les (1) Strab., tom. I , lîb. Yi, pag. 389- (a)Tit.-Liv. , v,35. ( «97 ) argumens qu'on prëlendaît tîrér du nom même de ces mon- tagnes {Pennina) , qui ^ selon lui , ne leur vient nullement des Carthaginois {Pœni) , mais du nom de la divinité qii^on adorait à leur, sommet, et que les habîtans appelaient Jupiter iV7i/ii>ii£^ , du celtique , Pen^ qui signifie livuekçé^ chose éleçée. Le cappor^ existant entre ces deux dënomlnations, Penninus et Pœninus^ ayant contribué à répandre dans le vulgaire Topinion^qu'Annibal avait pris ce passage , c'est de là que nous sont venues ces inscriptions Jovi Pœnino, J(H?i Pœno , trouvées dans les fouilles du temple de Jupiter Penninus, au sommet du grand Saint-Bernard (i). «Tai vu quelques-uns de ces icx^çoto^ gravés, sur des lames de bronze ; mais ceux qui portaient JoQt Pœnino , ou. Pûmo , étalent en très^pçtit nombre, en comparaison des autres, où on lisait Joi^i Pennino, Jo&i Penino; leur conservation , la forme de leurs caractères , le soin avec lequel ils sont gravés , Tintroduction de la diphtongue ^ ou ci? , inconnue dans la langue celtique (2), me porteraient à les. regarder comme d'une époque bien postérieure. Du reste , tout ce qu'on pourrait conclure de leuiî existeni^ç, c'est qu'ils, au- raient été gravés par quelques voyageurs, cpii , comme Pline ^ croyaient qu'ÂnnIbal avait traversé cette mon- tagne (3); ilsexpi:^ent une opinion, et rien de plus, de même que Vlix^QVipiion Civitates quatuor vallis Pcminœ ^ que ; -rr-r — "^ — ' ' (i) Yoîci deux de ces ex ^pto : NYMIKIBUS AVGG lOVI POENINO lOVI PŒNINO Q. CASSIVS FACVNDVS SABINEIVS CENSOR L. A. GOM. COS AMAIANVS V. S. L. M. (9) Voyez Peloatier I hist. des Celtes. (3) Plîn. , Hi^t. nat., m, 17. — De Saussure, Voyage dans les Alpes , tom. IV , S 987. — Journal des Savans , 1819, pag. 760. ( «98) M. de Rîvaz rapporte comme ayant été trouvée à Saifit- Maurice (i); de même enfin qae le passage de Luit- prand (2), et là prétendue inscription de Paul Jove, dont parle M. Deluc (3) , et dont on ne pourrait conclure autre chose , sinon qu'elles se ràttachetit à cette tradition popu- laire et superficielle , réfutée depuis si long-tems par Tlte^ Live. Quant aux prétendues médailles à l'effigie de Didon , que possède Fhospice du grand Saînt-Bendard, pour qu'elles prouvassent quelque chose, il faudrait qu'il fût démontré qu'elles sont réellement à l'effigie de la reine de Carthage y ensuite qu^ellcs sont carthaginoises , et du tems d'Annibal : or , le contraire est reconnu de tous les antiquaires ; l'his- cription grecque AIAHN , qu'on lit sur le côté où se trouve gravée une tctc de femme, en serait seule une preuve suf- fisante. Nous en avons une autre absolument semblable, à ta Bibliothèque Royale, et personne ne doute que toutes ces médailles ne soient supposées, et n'aient été fabri- quées dans des tems bien postérieurs. D'ailleurs , d'après les renseignemens que j'ai recueillis des bons religieux qui desservent l'hospice , il paraît que celles qui existent au grand Saint-Bernard n'ont point été trouvées sur cette montagne, mais dans une autre partie du Valais; et puis, supposé même qu'elles eussent été trouvées là , et qu'elles fussent authentiques, n'auraient-elles pas pu être rapportées par quelque voyageur ou marchand phénicien, carthagi- nois, grec, romain, marseillais, quesais-je? Nous voyons donc que sous aucun rapport on n'en pourrait tirer argu- (1) Voyez le Moniteur , an 18 13 , So décembre. (3) Luitprandi opéra omniaf pag. ao. (3) p. Jovii Histor. y llb. xv , pag. 2r^7. ( «99 ) ment en faveur du passage d' Annibal par les Alpes Penr* nioes. Du reste, ce sont là des faits, isolés, qui n'auraient de valeur qa^autant qu'ils viendraient se rattacher à Yen- semble des données historiques, bien autrement positives, bien autrement décisives, et par eUes-noémes, ^t par la force qu'elles tirent de leur accord^ Des ossemens d*elephans trouvés sur divers points, de la Gaiule et des Alpes. Yn. Ce que nous disons de ces médailles et de ces inscrip-^ tions , nous pouvons le dire de ces os d*éléphans trouvés sur différens points de la Gaule et des Alpes, par lesquels divers auteurs font passer Annilial ; par exemple , de ceux qu'on a déterrés au petit Saint-Bernard (i) , et dernière- ment encore à Lyon , sur la rive droite du Rhône , dans les fouilles que Ton faisait près le faubourg de la Croix Rousse (2). Pour concevoir que ces faits, fussent-ils plus nombreux, ne signifient rien dans la question, il suffit d'avoir lu le chapitre de M. Cuvier , sur les éléphans fos~ sîles (3). Nous y voyons que si l'on a trouvé un grand nombre d'ossemens de ces animaux sur> des points de Tlta- lie et de la Gaule qu'Annibal a parcourus , de semblables fouilles sur d'autres points , par lesquels ils n'a certaine- ment point passé , ont donné les mêmes résultats. Nous y apprenons qu'on en a trouvé partout, dans tons les pays , et à toutes les époques , page 4; que toute la vallée du Rhin (i) Hîst. de la guerre des Alpes, par le marq. de Saint - Simon ^ ai , aa. (a) Voyez Journal des De'bats , du la septembre i8a4. — Mëmoirc de M. Riboud de TAîn. (3) Kech. sur les ossemens fossiles des quadrupèdes , par G. Guvicr, vc cdîi. , 181 a. Tom. I , sur les ëltfpfaans fossiles , pag. 4 » «4 » '9- ( aoo ) fourmille de ces ossemens , pag. 23 , aS / que la Hollande en est pleine , pag. 26; ipie « les îles britanniques, qui, M par leur position, n^ont pas dâ recevoir beaucoup d'élé- >» pfaans vivans, en offrent un grand nombre de fossiles , pag. 4-o; » qu'il n^estpas jusqu'à l'Islande ^ et aux parties les plus glacées de la Sibérie, qui n'en aient , pag. 43, 4-4 î que les ossemens de ces animaux « sont en trop grand » nombre, et qu'il y en a dans trop de contrées désertes et » inhabitables , pour que l'on puisse soupçonner qu^ils y »» aient été conduits par des bommes , pag. rSy ; » enfin , qu'une des conclusions qu'on en peut tirer , c'est que quel- que grande catastrophe, en bouleversant la surface du globe , aura jeté et enterré de la sorte ces étonnans monu- mens, pag. Ifi^ etc. On voit assez que ces restes d'éléphans déterrés suf la route, soit du grand Saint-Bernard, soit du petit, ne peuvent servir de rien à nos recherches» Du prëtenda baudier d'Annibal » et du nom donné au Heu près du- q^uel on Ta troavé. A la suite de ces chimériques monumens , vient enfin le ^Téteniabouclierd'Annibalj découvert près d'un lieu appelé le Passage , non loin de la route de Vienne à Chambéry (i), et cité par M. Deluc , à l'appui de son opinion. Laissons répondre M. Letronne. « On sait que cette qualification de » bouclier d'Annibal fut d'abord donnée à ce monument, sur » une simple conjecture des membres de l'Académie des M Inscriptions , conjecture à laquelle ils n'attachèrent au- >i cune importance ,^ comme on en juge par les expressions >> mêmes du rapport (2) : elle avait pour unique appui le (1) Le Passage f ckâlcau et paroisse , situé à une lieue sud-ouest environ de ia Tour du Pin. Yoy.. carte de Cassini. (^3 Aca.d^ des Inscript. , tora. IX , pag. i55. ^^AMar ( ^oi ) » lion él le palmier quon y voit gravés, types qiiî se re- » trouvent sur des médailles carthaginoises. Les antiquaires » s^accordent maintenant à reconnaître dans ces préten- » dus boucliers votifs y sans portraits ni inscriptions, des » plats , ou mieux des plateaux , qui , sous le nom de Pi-- M nakeSy lances ^ disci ^ et tympana , ornaient les buffets des » riches (i). Us y faisaient graver àts sujets souvent fort » compliqués , témoin le prétendu bouclier de Scîpion. Sur n celui dont il s'agit , on a représenté un lion et un pal^ » mier , parce que telle a été la fantaisie de l'ouvrier et du » propriétaire. Du reste , Il serait constaté que ce plateau » est un bouclier votif carthaginois , qu'un semblable mo- i> nument pouvant ^ dans l'espace de deux mille ans, avoir » été transporté là de fort loin ^ ne prouverait pas plus , » aux yeux de la critique , que les médailles carthaginoises » trouvées sur le grand Saint-Bertiard. M Quant au nom de Passage, que porte le village près » duquel fut trouvé le plat d'argent , je ne pense pas que '> personne puisse faire aucun fonds sur un argument pa~ » reil. Par quel étonnant hasard, un seul village de France, » situé en plaine , et dont la position n'offre rien de re- M marquable , conserverait-il , dans sa dénomination , après y* deux mille ans, des vestiges d'uuQ expédition qui n'en a M laissé aucun de ce genre sur toute la route , depuis Sa- » gonte jusqu'à Cannes! Qui ne pensera que ce lieu, » comme d'autres du même nom en France , aura d'abord » reçu le nom de Passage , d'une circonstance particulière, » et qu'ensuite un étymologiste de l'endroit aura imaginé » de rapporter ce nom au passage d'Annibal , et aura ainsi { (i) Mîllin y monumens inédits , tom. I , pag. ^\ ^ 95. { ao2 ) » donne naissance à la tradition , si toutefois (a traditioi^ » existe 4dns ie pays (i^. » M. Letronne termine par une réflexion par laquelle nous nous résumons^ c'est que, ààns « l'état actuel delà critique^ ce n'est point sur depareils faits^ » ou faux , ou mal interprétés , ou soumis à une multitude » de chances d'incertitudes, et d'erreurs , qu'il convient àe » s'en reposer pour une question de la nature de celles:!. » Examen des systèmes contestés , sous le rapport des distancés qa*îls font parcourir à Ânnibah YIII. Reste enfin à interroger tous ces systèmes sur un dernier article , celui àes distances. Déjà nous les avons trouvés en défaut dans cette première partie de la marche d'Annibal , qui devait le conduire à l'entrée des Alpes. Au- cun d'eux ^ absolument aucun « n'a satisfait aux conditions claires et précises de la narration de Polybe. Voyons s'ils s!en rapprocheront davantage dans la partie qui reste à parcourir depuis le point où nous les avons laissés, jusqu'à l'entrée de l'armée carthaginoise en Italie. Commençons par M. Deluc,^ le seul qui ait abordé et traité ce point difficile de la question. M* Dcluc. DcRcit de 138 stades sur les i,aoo de Polybe , pour le passage des Alpes. On a vu que M. Deluc place l'entrée des Alpes à Yenne (2). De là , jusqu'à Chambéry , il compte 18 milles romains, pag. m. De Chambéry àMoutiers 5o milles , pag. i3i. Il faut observer que les itinéraires romains n'en '■'■■■■I «iii n ii m .PI- Il lliip.^— — — .^— Il — ^» — ^.^a^^— (1) Journal des savans , 1819 , pag. ySg-j&a. (2) Histoire du Passage des Alpes par Annibal » pag. 78, 83. ( 2o3 ) donnent que 48 , et , à cet égard , rîllnëraîre d'Antonîn et la carte de Peutînger sont entièrement d'accord. M. De- luc le reconnatt : mais il prétend qa*il y a erreur dans la distance de ad Publiamos (^l'Hépital^ à Durantasia (^Mou- tiers) , que les itinéraires romains ne portent qu^à i6 milles et qui est réellement plus grande de deux à quatre milles. Pour toute preuve M. Deluc renvoie à M. Albanîs-Beau- mont , pag. ^9^ 9 tome II de la seconde partie de sa Des- cription des Alpes grecques et cottiennes. J'ouvre le livre, et je vois que de Conflans , village situé sur le rocher au pied duquel est VHépital^ M. Beaumont compte cinq lieues ; or , comme ses lieues sont de deux au myrîamètre (i), par conséquent de 2,565 toises , multipliant ce nombre par 5 , on obtient 12,82s toises, par conséquent 17 milles romains plus 27 toises ; ce qui ne donne qu'un mille en sus des an- ciens itinéraires , mais non deux ni quatre , ainsi que le voudrait M. Deluc. D'un autre côté , comme Toii n'est pas d'accord sur la position de Y ad Publkanos des anciens, pour savoir si les itinéraires romains sont en-deçà ou au-delà de là distance totale de 48 milles , depuis Chambéry jus- qu'à Moullers , M. Deluc aurait dû également vérifier , dans l'ouvrage qu'il prend pour guide , la seconde moi- tié de la distance , en remontant de Conflans à Chambéry. Or , j'y vpis que M« Beaumont , pag. 49S , compte huit de ses lieues de l'un de ces points à l'autre; multipliant .2,565 toises par 8 , j'ai 20,520 toises, c'est-à-dire 27 milles romains , plus 108 toises ; tandis que , d'après M. Deluc et les itinéraires romains , j'ai 32 milles , par conséquent 5 (i) Description des Alpes grecq» et cott. , i'« part., tom. II, p. aSG, 3ii , etc. , ( 2ô4 ) de plus que d'après les résumés de M. Albanîs-Beaumonf. On voit donc que les itinéraires feraient ici la distance de Chambéry à Moutiers plutôt plus longue que plus courte, et qu^ennous en tenant aux 4-8 milles qu'ils donnent, nous n'avons p^s à craindre de rester en-deçà de la distance réelle. De Moutiers à Bourg-Saint-Maurice , M, Deluc^ pag. i^^^ compte 20 milles : comme il ne dit point quelles, sont les bases d& son csllcul , nous qe pouvons^ guère ea apprécier le résultat ; mais puisque M. Deluc en a déjà appelé à M. Âlbanis^Beaumont , je me bornerai à remarquer que ce dernier ne compte ici que 5 lieues (i), c'est-à-dire 17 milles romains , plus 27 toises , et que par conséquent M. Deluc ferait encore cette fois les distaqces plus longues qu'elles ne le sont en effiçt. De Bourg-Saint-Moiirice à Scèz , M. Deluc compte 2 mil- les , et de là 9 jusqu'à l'hospice du petit Saint-Bernard , voyez pag. 1^9 ; en tout 11 milles. D'après M. Beaumont nousn'^en trouverions gijièreque 10, puisqu'il ne compte que 3 lieues faisant seulement 7,695 toises (voyez pag. 54-x)» Mais passons i^lus loin. M. Deluc continue, page 176, et compte d'abord. 1 4 milles àe.Vhospice k Saint-Didier^mdxs sans motiver ses évaluations. Nous le regrettons d-autant plus que M. Beau- mont, nous abandonnant au sonunet du petit Saint-Ber- nard, nous ne savons trop comment apprécier les résultats de M^ Deluc, et ne sommes pa^ sans crainte qu'il n'ait encore cédé à cette malheureuse tendance qui parait le porter à alonger la route sur laquelle il nous conduit. (1) Dc4cript. 4es Alp. grecq. et cott. , tom. II , p. 54 1* HDga^aamM^HBBMimaBHB ( 2o5 ) De Saint-Didier à Morgès M. Delac compte 2 milles ; puis il ajoute, page 176 : « M. de Saussure donne , pour la » distance de Morgès à la cité d'Aoste , six heures de mar^ » che , qui étant évaluées à 3 milles et demi chacune , ne >» feraient que 21 milles au lieu de 28. Mais M. de Saus- » sure fît cette route en descendant, et il voyageait à mu- » let , en sorte que ses mesures devraient être évaluées M plutôt à 4 milles chacune. » C'est donc, d'après des bases aussi incertaines et qu'il serait si facile de contester, que M. ï)eluc compte ses 28 milles , de Morgès à la cité d'Aoste^ lesquels, ajoutés aux ij milles que nous avons jusqu'à Moutiers , aux 5o de Moutiers à Chambéry, et enfin aux 18 milles de Chambéry à Yenne, forment le total de i38 milles romains, que M. Deluc trouve pour le passage des Alpes. Or , Polybe comptant pour ce passage 1,200 stades, c'est-à-dire i5o milles romains, nous voyons déjà entre ses distances et celles de M. Deluc une diffé- rence de 12 milles, ou mieux de 96 stades, à déduire sur les 1,200% Mais, dit M. Deluc, page 178 : « Ce nombre est plutôt » au-dessous qu'au-dessus de la distance réelle, » Il me semble que nous venons de prouver le contraire , et d'a- près les autorités invoquées par M. Deluc , savoir les iti- néraires romains et les mesures de M. Albanis-Beaumont ; mais , pour trancher la question , nous allons donner cette partie de la route telle qu'elle nous a été conservée par r itinéraire d'Antonin et la carte de Peutinger. AugiuU Prcetoria (^Aoste). Arebrigiom Artolica • • Bergentrum Axnna DaranUsia Oblimnmoa Obsconia. . Ad Publicanofl. . . Mantula Lemiacum {0taniiéry). . TOTA-L. ( ao6 ) EX XTllCEa. ANTONINI. MP. XXV. XXIV. A. • • • XIX. XIII. III. XVI. XVI. BX TA1. PEUTINGERI. MP. XXV. . . . (i). XII. VIII. XI. XIII. III. XVI. XVI. ii6 milles. Mi 1 16 milles en réjtablissaot les XII qai sont omis. £n ajoutant à ces 116 milles les t8 de Chambéry à Yenne , nous avons donc , d'après les itinéraires , seule- ment i34 milles pour le passage des Alpes , par conséquent une différence de 16 milles, ou 128 stades en deçà de la distance exprimée par Polybe; et encore pourrions -nous remarquer que ces itinéraires , bien loin de dépasser les évaluations modernes , donneraient encore de 4^ à 5 milles de moins , d'après les mesures de M, Béaumont. Mainte- nait que M, Deluc nous dise, page 178, en parlant de sa route par le petit Saint-Bernard : « Cet accord sur les dis- >» tances ne saurait se rencontrer pour aucun autre passage » des Alpes, >» Ce sera une assertion exprimant bien l'une des conditions essentielles du problème, mais que nous nous croyons en droit de revendiquer en notre faveur, (1) Il est évident que le nombre XII se trouve ici passe , ou qu*à Tarlicle suivant on doit avoir XXII au moins. ( ao7 ) pour l'appliquer exclusivement à la roule que nous aVons adoptée. . M. Phil. de la Benaudièrc. DeTicït de 35o stades. Dans Thypothèse de la modification apportée par M. Ph, la Renaudière au système de IVL.Deluc, V entrée des Alpes ^ en remontant l'Isère , ne devrait commencer que vers Moàimeillan , et il y aurait encore à retrancher du nom- bre donné par M. Deluc toute la distance d'Yenne à Montmeillan, ce qui donnerait encoreaumoins 28 milles(i), à déduire des i34- que Ton a d'Yenne à la cité d^Aoste, lesquels, en comptant les 16 milles qui déjà manquent pour arriver aux i5o de Polybe, présenteraient une diffé- rence de 44 niilles, c'est-à-dire environ 35o stades, difîérence assez forte pour rendre le système entièrement insoutenable. Cluvier, Whltaker^ M. de Rivaz. Passage par le grand Saml*Bernard . Ëicédant de Ifiv stades sur les a,oooy distance totale dePol^be de- pats Tembouchure de Tlsère. Si , de ce côté , Ton reste bien en deçà des distances de Polybe , on va se trouver bien au-delà en passant par le grand Saint-Bernard avec Cluvier, Whîtaker et JVI. de Rivaz. Ces auteurs paraissent d'accord sur la route qu'ils adoptent. On voit qu'ils font marcher Annibal le long du R?iâne et du lac de Genèoe y d'où ils reprennent le fleuve jusqu'à Martigny, pour passer le grand Saint-Bernard et descendre à la cité d*Aoste. Mais , comme ils ne s'accordent pas sur un point important, c'est-à-dire sur la partie de cette roule où devrait être fixée l'entrée des Alpes ^ne consi- dérant ici leurs systèmes que sous le rapport des distances, nous allons comparer leurs mesures totales avec les mcT sures totales de Polybe. (1) Voyez Deluc, Histoire du passage des Alpes, p. m , i3i. ( 2o8 ) Réunissons les 800 et les 1200 stades de cet historien « tant pour arriver aux Alpes depuis l'Isère que pour les tra- verser, et comparons ces a,ooo stades à la somme donnée par ce système. Nous avons déjà vu précédemment qu'en suivant le Rhône depuis Tembouchure de l'Isèf e jusqu'à Yenne ,' Ton trouve sur la carte (i) 100,900 toises, ou 1,068 stades. En continuant nos mesures , nous avons de Yenne à Seis* sel . . 1 5,000 toises; FortrÉcluse 9,200; Genève 10,600. Ain$i, de Yenne à Genève, 34,8oo toises, c'est-à-dire environ 368 stades, lesquels ajoutés aux 1,068 déjà ob- tenus , donnent , depuis l'embouchure de l'Isère jusqu'à Ge- nève, 1,4-36 stades, et cela seulement encore en mesure de compas^ De Genève à Martlgny , en suivant la route qui côtoie à peu près les bords du lac, et passant par Thonon^ Samt- Oîngùlpf Saint-Maurice y nous avons 3o lieues 1/2 de poste (2) , c'est-à-^dire 61,000 toises , ou 645 stades environ, lesquels, ajoutés aux 1,4-36 stades précédens, forment un total de 2,081 stades. Reste encore le passage du grand Saint-Bernard. Ici nous avons Titinéraire d'Antonin , qui présente les distances suivantes : Augusta Praetoria {Aoste), . Summum Penninum M. P. XXV. Octodurum (^Marù'gny)» . . XXV. >*M^_ia*M.da (1) Voyez TAtlas communal de la France par divisions milit. , par Charles. Paris , 1823. (2) Voy. laCafte des routes de Vcmp. franc., grav. par Tardieu, i8i{. I ( 2>o9 ) Ainsi « 5o milles àe Martigny h Âosie ^ nombre qui* est plutôt au-dessous qu' au-dessus de la distance réelle (i) i ces 5o milles valent 4oo stades ; en les additionnant arec les 2,081 que nous avions jusqu'à Martigny, noustrouvonk un total de 2,4.81 stades, depuis Y hère jusqu'à la sortie (tes Alpes supposée fixée k la cité d'Aoste ^ par conséquent un excédant de 48 1 stades^ ou 60 milles romains sur la dis- tance exprimée (>ar Polybe. ^ Et encore pourrions-nous remarquer avec M. Delud qu'il n'aurait pas même été possible à l'armée carthagi- noise de suivre le bord méridional du lac de Genève , puisque , avant qu*on ouvrît la grande route du Simplon , il n'y avait aux environs du village de Meillerîe qu'un sentier étroit , k peine praticable à cheval (2). Dans ce cas , cette armée , obligée de suivre la rive sep^- tentrionale du lac où fut construite plus tard une voie ro- maine (â), aurait encore alongé de beaucoup la distance, et nous nous trouverions encore plus au-delà des 2,opo stades de l'historien grec , sans parler d'un second passage du Rhône à Getiève , et d'un troisième au point où ce fleuve entre dans le lac; circonstances dont Polybe ni Tite-Live ne parlent nullement. Nous voyons donc que, ^ans ce système, de quelque ma- nière que l'on s'y prenne , il sera touJQurs impossible de concilier les distances avec celles que présente le texte grec* Si l'on place avec M. Deluc l'entrée des Alpes à ■ " ■ • I ■ I I ' il ■ Il ■ JL (1) La carte de Peutinger fait les distances pins longaes , maïs il est évident qu'elle 4 es alonge beaucoup trop, et qu'il y a erreur dans les 38 milles qu'elle compte du summum Penninum à Octodurum. (a) De Saussure , Voyage dans les Alpes y tom. I , J Sao. (3) Peutingerî Tab. îtîner. 1^ l ( a«o ) Yenne , on aura a6& jBtades en sus tes 6àù qaW dèVrait avoir depuis Temboudittre de liséré jusqu'à ce point, tl ly^iS stades au lieu de i^aoo pour le passage dès Alt^fes.SI c'est dans les envircNds de Seissei^ comikié hé Vôudràièht Clurler et M. de Rivaât , oh auk*a jusqua-là 4^^ istades a^ dessus de la distance de Polybe> et t^354 a«i Uèttdé i,iiOô depuis l'entrée jusqu'à la sortie des Alpes. Enfin , i! , d^a-^ près Whitaker, on place l'entrée des Alpes à Mârtiglfty, on tombera dans Tabsurde en donnant s,ô8t Siàdèâ au lieu de 800 1 et 4oo seulement au lieu de i^aoo jj^olnr là ti*ave^^ sée des Alpes. M. Letronile. Ptisiage par le môAt Genèvre. D^cît de i5a stades sur leB Iy206. Passons maintenant au mont Genèvre. Comme parmi les systèmes qui font passer Annibal par cette montagne , celui de M. Letronne est sans Contredit le plus raisonnable, c'est surtout à la route adoptée par ce savant critique que nous allons appliquer nos observations. M A partit de l'Isère , dit-il , la distance jusqu'aux plaines M du Pâ est à peu près la même, qu'on prenne soit par le * niont Cenis, soit par le petit Saint-Bernard, soit parle » mont Genèvre ; de manière qu'en ayant égard à Tincer- » titude que laissent les nombreux détours , dans un pay'S M de montagnes, on peut être sûr de trouver à peu près le » compte des distances mentionnées par Polybe^ quelle ** que soit la route que l'on choisisse entre les trois que j> nous venons d'indiquer (i). » Diaprés l'examen que nous venons de faire des distances du petit Saint<^Bemàrd, on peut déjà remarquer ce qu'a « ■ Il if «Il II ■ I m I ■!■ I III I I , ., (i) JournaT des Savans , 1819, p> 757. . . ( "I ) d'iùexact l'assenton de M. Létronfaé appliquée à te passage^ surtout si Ton remonte l'Isèrt» , et que , suivant là vallée de ce fleuve , on prenne cette route préférée par M. Ph, là Renaudièré, oùnous trouverions une réduction de 44 niîUe^, isiir x5o« Mais, laissant de côté Je système de M. Deluc^ examinons si Tassertion de M. Letronne pourra s'appli^ Iquer avec plus de justesse à la route qu'il croît être eellè d'Annibal. . ^ C'est à partir de Saint-Bonnet , ainsi que nous l'avonct déjà VU| qu il place rentrée des Alpes , ou la montée dè^ Alpes et qu'il compte les 1,200 stades, où i5o milles dfe Polybe, dont il fixe le terme à Rwoli^ situé un peu au- dessus de la station appelée dans l'itinéraire Finesi « L'îtt- « néraire d'Ântonin , dit-il , donne de Fines à Vapîncuih >» ( Gap ) , par Segusio ( Suze ) , Brigantlo ( Briançon ) ^ » Rame^ Ebrodunum ( Embrun ), Catungas ( Chorges )^ » i33 milles romains. De là jusqu'à Saint-Bonnet, à tra- >» vers la montagne , la carte de Cassini donne 6 lieues, oU » 18 milles, lesquels, additionnés avec les 1 33 milles de- to puis Fines ^ font à très-peu près les i5o milles, ou » i^aod stades de Polybe. »» Certes, si les distailces étaient telles, nous ne pourrions nous dispenser de reconnaître; avec M. Letrl^nne, que ses mesures coïncident parfaitement avec celles de Polybe ; mais l'avoue que je ne puis me rendre compte des résultats ob- . tenus par ce savant académicien , rii d'après l'itinéraire d'Antonin ) ni d'après la carte dé Cassini. Ceux que je trouve sont tellctiifeflt difTéfèns, que je prendrai le parti de j^t'ésfentèi' lés pièces mêmes du procès, seules nécessaires pour en juger. Je vais donc donner le tableau de cette route d'après les anciens itinéraires , celui d'Aiilonîn » de Jérusalem et de Peutinger rapprochés 1 un de l'autre* Dans «lie quatrième colonne, j'ajoute ces mcïUeii distances < 212 ) évaluées en lieues de poste, d*après la carie routière de ï'rance dressée par Hérisson en 1824 (i). NOMS DES TII.t#*. BivoU cîncft» « • • • • Ad duodecimum. Segiuiooe. . . . Suse. ITIirkRM&B d^ Antonio (3). M. P. Ad Martis. . . . Oulx Gesdvone. Césanne» Brigantiam. . . Briançon. . . . Kame > Mont Dauphin. Eburodunuoik . Embrun Catarigas. . . \ Charges. >. . . . Ictodarttm. Vapincum. Gap. . . I Total. cAan dePeatrager(3). M. P. XXIV. XVI. XtX. XVIII. XVII. XVI. XII. 139 milleit XXII. XVII. iTiirsiàima de Jênualem (4). M. P. XII. XII. uioaa de aooo tois«s (5.) XVI. VIII. V. VI. XIX. XVII. IX. X. XVII. XVII. VII (??). VI. 106 milles (6). XVI. XII. 131 milles. I»3 10 Xfi 451* 179, (m 130 m.rom. de 980 tois. (1) J*ignore sur quelles bases M. Hérisson s*est appuyé dans sti évaluations. Mais je crois devoir citer cette carte comme la plus récente à raa connaissance y et donnant en mesures authentiques des .distances qui offriraient trop de rédactions et d^incertitudes , prises au compas sur les autres cartes y attendu les nombreux détours des montaenes. (ji) p. Bcrtii Theat. Geogr. veter. Amstelod.» 1618'; lom II. Itin. Anton. , p. aa. (3; Ibid, pag 4*8 , et Peutinger. Tab. itin. Yindobonae, 1753. (4) Theat. geogr. veter. , tom II. Itinerar. Hîerosoljmit. , pag. 39. (5) Carte de France , par Hérisson , i8a4' (6) La différence de ce résultat avec celui des deux autres itinéraires , ( "3 y On voit, par ce tableau, qae les itinéraires d'Antoniit et de Jérusalem s'accordent entr*eux ainsi qu'avec nos cartes modernes, pour donner, de Fines à Yapincum, de lao à 12a milles romains. Comment donc M. Letronne en a-t-il pu trouver i33? ce critique n' aurait-il pas été induit en erreur jpar la première des deux routes de l'iti- néraire d'Antonin à travers les Alpes Cottiennes, ayant pour titre : Iter de Jtaliâ in GaSia^ à Medialano Arelate per Alpes Cottias'f page 21 de l'édition déjà citée? route évi- denmient fautive> et pleine d'inexactitudes, que le mémo itinéraire rectifie un peu plus loin , page ^3. Une des er- reurs les plus graves et les plus manifestes de cette pre- mière route consiste dans la distance donnée de Fines à Segusio, où nous trouvons XXXIIJ milles au lieu de XXIY que présente la seconde. L'adoption du chi£fre X ne pour- rait-elle pas expliquer l'augmentation du nombre adopté par M. Letronne ? Quant aux différences qui se reprodui- sent dans les autres nombres , nous ne nous sommes dé^ cidés que d'après la comparaison que nous en avons faite avec ceux de la Table Uiéodosiienne et de lltinéraire de. Jérusalem, et il n'est aucune de ces distances sur lesquelles, nous n'ayons pour nous t autorité de d'Anville. On peut s'en convaincre aux articles suivans de sa Notice de tan- cienne. Gaule : Segusini, Segusio, Gesdaone^ Brigantium^ Rame y Eàurodimum,^ Caturigas ^ Ictodurum et Vapincum, Quant aux 6 lieues , ou 1.8 milles que la carte de Cassini donne de Gap À Saipt-Bonnet , suivant M. Letronne , Ter- reur est ici tellement palpable que je ne puis Tatt^ibuer qu'à une distraction de notre savant adversaire , qui , our > ' s^ezpUque par U nombre omis à f^apincum. , et par l'erreur mantfefte du chiffre Vil , à Catiurigas. -i ( ^i4 ) l)Uaiit qu^ ses |33 nulles .ffbpu^ssjsnt à Qap, ai^ \^p\^ de prendra s^^ mesiires à partir dq cette d^nûiiic^ yi|(e, f)ef aura prises depuis Chowges , ou la Cçu^he^ en e/pet , la e^^i^e de Cariai oe donne que 7,ocx> toisçs, p^r conséquent g milles romains ig6 toiise^, de Gap à Saint-Bpnfiet , cç qui revient juste aux 3 «lieues ijz de la, ^ar|e ro^uti^re d^ France, où les lieues. soxit de a^Qç^.folsea (i)^ Ay^^uf d^^ ^ réduire de moitié Içs x8 milles de M« Letroane^i i{ nous eu restera g, lesquels ajoi^és aux 102 quç porte Filiné- raire d'Antonio, depuis Gap jusqu'à Firmes, feraqt un tata) de i3x milles, au lieude i5i qaç cqpaptait M. l^^ctroi^nef et nous laisseront ain^ ^en en 4^çà 4e^ f ^aQP ^ts^s, ou ^5q jp:iilles de Polybe. Ui^e différence de ign^iUçs si\r x5.o^ d^ iSa stades sur ii^op^ f^t quelque chqse; eJt, iiqus Yoy(m« que, sur ce poipt de la marche '4' Ani;ûl»al, le&.f^esi^'cs dd 1^4 Ij^ptroxMiçi, rfjKpi-odiée^ de ceUes de Polyl^^ n^i^ireot pa&tç^utrà-iait çet(e çoXncidçfîce qu'i^leurtrpuy^^ . ' Le chevalier de FoUrdJ Même passage. Défich c(e 490 Itade^. Si'iïous appliquons ces observations à là roii^e préférée par lé chevalier Folard', la différence entré les distances va se trouver hors de toute proportion. Supposons, dans ce système 1' rentrée des Alpes placée à Bourg d'Oysans , quoique, à partir dé Fembouchure de l'Isère jusqu^à ce point , au lieu des 800 stades de Polybe , nous n^en ayons que 752, savoir : 5 18 1/2 jusqu'à Grenoble, comme nous Pavoils déjà vu, et environ 243 1/2 jusqu'à Bourg é^Oysans^ d'après la carte routière de France, qul^Compte 1 1 lieues i/a de poste depuis Grenoble (2). De Bôùrg d'Oysans à Pi- (i) Carte roat. de France , par Héritson ; et le livre de postef de fVaiice. (5) Idem, ( «5 ) gnerol ohcomm^uce U plaine, nous trouvons à l'ouverture du compas sur la carte (x), eii p^^ss^nt par le mont Sq Len»j la Graye, le Lauz$i^ BriançQn^ Césanne, Féne»- trelles, laPeyrouse, 6g,goo loises, c^est-à-dire 644- stades 1/2, et sur la carte routière de France, par Hérisson, 33 lieues i/a de poste, donnant 67,000 toises, k peu près 710 stades : or, en prenant ce. dernier nombre-, npus voyons <]u'il ne nous manquerait encore rien moins .que ^ Détermination de la route suivit par Annibal f de- puis son entrée dans les Alpes jusqu'à son arrivée en Italie. ... gS Chap. Yl.-- Examen critique des diverses hypothèses sur la route suivie par Annibal , depuis son entrée dans les Alpes jusqu'à son arrivée en^ Italie > « 179 ■«M BBBB NOTE POUR &XILTI& A L*INTELLIGENCE DB LA CARTE. La Carte ci-j ointe a été dressée par M. Dafoar, dl*après la carte de Gassini , et celle des Alpes par M. Raymond. Les différentes roates qa*on a fait suivre à Annib^l dans . les. diverses -hy]f>oth.èse6 qiiâ Aous avons examinées s'y trouvent indiquées cKacune sous une coulea\r par- ticulièrti , de mahUrë à ce qu'on puisse les embrasser toutes d*une seule vue , et les ct>n){>âfei' à là seule inspéctioii de la Carte. Kotre système est représenté par une seule 'cooleut^ ^ui trat^, sans ibtemi|i- tion y la marche de Tarmée carthaginoist depuift Nimes )u^u*à Turin. Les autres systèmes prennent cette couleur partout où ils suivent notre robté (i); triai» dfis t|ùMl» s* eh (^carient, ils se distinguent par une couleuir partitHiliièrè qu'ils tbn&éi^vènt , à moins qu^ils ne viennent 4e nouveau se- fondre datik tidttè H^pdthèse pour reprendre alors la couleur qui la désigne. On peut voir que notre nomenclature ' géographique se réduit k un très-petit nombre de noms anciens , et il le fallait pour qu'elle fût ezadè;' tâà Polykt dittàtri ^3kilrièrii^£ H(.li ÎII,' t. 35;) que, dé^oh ' tems, pmie tétte fiàfOê de ÎA ^am à&ig iruànMk, k éàrtè dièVatt aécessairement se borner aux seuls noms qui rrltiobleî&t â biette époque- Quant aux noms modernes , il est inutile d'ajouter qu'ils ne sont là que comme points de reconnaissance. (i) Excepté celai de M. Albanis-Beaumoat qai ne dit riea sur la route «nîvie par Kof ■îImI jusqu^an point on il Ini fait passer les Alpes , derrière le mont Genis.