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JL BNDANT un séjour à Londres en 1 796 , je fis connolssance avec le gëaeral Mel ville j Écossoîs, depuis long -temps retire du service d'Angleterre. Dans nos conversations, il me fit plusieurs ques* tions sur les passages des Alpes, et il m'entretint de la découverte qu'il avoit faite en 1776, de celui par lequel l'armée d'Annibal avoit traverse cette chaîne de montagnes pour descendre en Italie. Il avoit lu l'histoire de Polybe dans l'o- riginal grec avec beaucoup d'attention , et s'ëtoit persuade, par cette lecture, qu'An- nibal ëtoit entré dans les Alpes par la partie de l'ancien Dauphiné qui est située entre l'Isère et le Rhône. Pour s'en assurer par ses propres yeux , et pour découvrir en même temps le passage des Alpes , 1 vj Préface. il prît depuis Lyon la route de Charabe'ry. Arrivé à cette dernière ville , deux routes se présentèrent à lui , celle du Mont- Cenis et celle du Petit Saint - Bernard ; mais sachant que la première n'avoit été ouverte ou rendue praticable aux voya- geurs que plusieurs siècles après Texpé- dition d'Ânnibal^ il prit la route du Petit Saint*Bernard et traversa cette montagne. A chaque pas quUl faisoît , il consultoît Fexem plaire de Polybe qu'il portait avec lui ; il fut. si frappé des rapports du récit de cet auteur avec les localités , qu'il fut convaincu qu'il suivoit la même route par laquelle Annibal avoît pénétré en Italie.' Les notes que le général Melvîile nie communiqua €t les détails qu'il me donna de bouche , me convainquirent de la réa- lité de sa découverte. Cependant, pour rendre ma conviction plus complète , je me procurai les meilleures traductions de Polybe , que je comparai avec l'original ; je lus les difFérens auteurs qui avoient écrit sur cet événement mémorable; jfe consultai les itinéraires romains , pour PREFACE. Vlj coDDokre les vorcs romaines qui traver- soteot les Alpes : je pris des mesures sur les meilleures cartes , pour les comparer avec les distances données par Polybe^ et^ après avoir rassemble un grand nombre de notes et de documens^ je me préparai a satisfaire au dësir du général Melvitle^ en communiquant au public ses décou- vertes. Mais divei^es circonstances et le w désir de déterminer sur les lieux, d^une manière plus précise que ne l'avoit fait le général, dès points essentiels à la route en question, m'ont empêebé jusqu'à pré- sent d'exécuter ce projet. Ce fut une course que je fis au mois d'août 1812-, pour vérifier un de ces points, qui m'engagea à reprendre un sujet que j'àvois aban- donné depuis plus de seize ans.. PO^ST'-SCRIP TU M. Avant ta publication de cet ouvrage, le n/ 67 du Monthly repertory of Hn^lish literature pour le mois d'oc- tobre 1812, m'çsttombé entre les mains; / / ' f . , il.çoQjlient U notice de la rie du feu général Melville ; nous allons en extraire ce qui ^ rapport à notre sujet. ^ <( Le gépéral Melyille a voit été gouver*- nçur en, chef d^ toutes les îles dan$ les Indes Ocçident£ile$>. cédées par la France à l'Angleterre par 1^ traité de jiyQ^. U commandoit e^ outre >: sous le titie de capitaine général ^ les for)Ces militaires daps xes colotii^s., » Ce ne fat que dix années après avok l'empli avec beaucoup de distinctioti et avec l'entière approbation de son gousreef nement^ les charges éminentes copGées \ ses grands talens ^ que les ayant f ésignées^ il put tourner son attention vers ses études Êivorites, savoir , l'histoire militeire et les antiquités. ;I1 consacra les années 177^ 1776 et 1776 k des voyages en France ^ en Suisse ^.^ en , Italie et en Allemagne ^ pendant lesquels il examina les lieux oir les batailles les plus mémorables s'étotient données, les villes qui\avoient soutenu des sièges , et leS: divers endroits qui a voient été le théâtre des événemens mi- ( litakes rapportés dans l^toîre ancîettm et moderne. » Avec Polybe et Cësar à la main , il dëtennina sar les lient: mêmes ^ les po^ êitions et les opérations des gënëraux les plus distingues y depuis le PortUs Itius de. Cësar sur le canal de là Manche » fusqui^à l'emplacement de la bataille de KJcmnes sur la côte de la mer Adriatique. )> Se reposant sur Tautoritë de Polybe» et gutdë par la raison de Ut guerre ( il JTouloit dire^ parle Sens commun applique à la guerre)» il traça la route qu'Annibd suivit pour entrer en Italie » depuis le li^i OÀ il traversa le RIv&ne » probable- ment dans ie voisinage de Roquemdure, M remontant le long de la rive gauche de \ce fleuve» jusque près de Vienne» et traversantleDauphinë» jusqu'à Pentrëe des montagnes près du bourg des Echelles j pour arriver a Chambëry , et de là passet le Petit Saint * Bernard pour descendre dans la vallée d'Aûste. » £n suivant cette route^qui parolt avoir ëié e'trangemeut négligée par les com- ?: PRÉFACE. mentateurs^ les hîstori^is et les anti- quaires les plus distingues , quoique ce ^t la plus ùaturetle , le général Mehille trouva que ja nature du pays p les dis-** •tances > la situation des rivières , des f ocbers ^ des piontagnes s'accordoient très- exactemçnt . avec les circonstances rap« .portées par Polybe. Il d&ouvrit même le Leucopetron , cette célèbre Crux'- criticarum subsistant encore à Fendroit décrit par Polybe, et connue encore sov» la même dénomination de la Rocher- Blanche (i). » Les preuves qui naissoient de tant de coïncidences ne satisfaisant pas complè- tement le général Melville, H traversa les Alpes (kns les endroits qui avoient été indiqués par les auteurs comme étant la route d' Annibal ; mais aucun de ces pa$« sages ne se trouva correspondre à la nar- ration de Polybe , sans faire violence au sens littéral. (i) Nous parlerons de celte rocJie blanche dans le çhapilre XI du livre premier. P R £ F A C B. XJ » La méthode du général MeIvîHc pour découvrir la vérité , étoit d'abord de ras- sembler tous les renseignemens que Yoa pouvoît se procurer , de peser ensuite les autorités et les témoignages , afin de s'as- surer de ceux auxquels on devoit donner le plus de créance, et enfin de faire usage * de sa raison pour arriver à l'objet de ses recherches , conformément aux témoi- gnages qu'il jugeoit les meilleurs. Par cette méthode , simple en apparience , mais que peu d'hommes sont en état de suivre , il résolut des difficultés , et i^écouvrit des vérités qui avoient été abandonnées par d'habiles gens , comme insolubles et hors de leur portée. La dé- couverte de la véritable route d'Ânnibal à travers les Alpes est un exemple de cette méthode. )> Le général Melville avoît un amour ardent pour la vérité dans toutes les re- cherches qui pouvoient intéresser les hommes ; elle étoit bien reçue de lui de quelque part qu'elle vint. » Nous renvoyons k la notice de sa vie tî] PREFACE. pour la connoissance de ses vertus pu* bliques et particulières. — Il mourut en 1809^ âgé de 86 ans. La carte qui accompagne cet ouvrage présente la route d'Aunibal tracëe depuis Nismes jusqu'au lieu de la bataille du Tësiu. On y remarque le passage du Rhône près d'Orange ; la longue marche en remontant ce fleuve jusqu'à Yenne ; l'entrée des Alpes entre Yenne et le lac du Bourget , et le passage des Hautes-^ Alpes au Petit Saint-Bernard. Pour la partie de la route du côté d^ TEspagaie ^ on pourra consulter une carte de France. zii| TABLE DES CHAPITRES. Introduction, page ^ Notice sur les Voies romaines , les Itinér aires romains et .sur les boutes qui traversoient LES AliFES DU TEMPS DE POLYBE. lO LIVRE Ï^REMIER. Chaf. I. Narratioa de Polybe , contenant le dê^ I tiohibréhieht des troupes d'Atinibal , — les dis- tances que cie Général eut à pareotirir depuis Caribagène {usqù'eù Italie» ^- le débarque- ' ' ment du GbnsuV romain à Fembouchure da Rhône, — le passage du Rbône jpar rarmée carthaginoise et par lés éléphans, 39 Chap. il. Examen de la route qu'Annlbat suint depuis Cartfaagëne jusqu'au Rhône. -— ï)istances comparées, 4t Chaf. III. Détermination dii lieu 6{i l*armée car- thaginoise traversa te Rhôi^ei — • Journal de Fetpédition deptin l'arrivée de Târmée sur lés bords du Rhône » 5l Chaf. IV. Narration de Polybe , contenant la marche d^Annîbal depuis le passage du Rhône jusqu'à l'entrée des Àfpes. — Description du pa^s qu'on appeloit ^Isle. — AnnibRly dans XJV TABLE sa rctulCj affermit sur le trône un prince allô- broge, page 63 Chap. y. Détermination de la route d'Ânnibal depuis le pasàage du Rbône jusqu'à l'entrée des Alpes. — Quelle rivière est le Scôraa. — Dis- tances comparées. — Suite du journal de l'ex- pédition y 67 Chap. YI. Sur l'Isle des Allobroges^ 85 Chap. yiU Description topographique et histo- rique des chemins ouverts dans la chaîne de montagnes qui fermoit l'Isle des Allobroges, 96 Chap. YIH. I^arration de Polybe , renfermant Tattaque des AUobroges à l'entrée des Alpes ^ -«- la prise de leur ville ; et l'arrivée d'Annibal chez les Centrones, li4 Chap. IX. Remarques sur l'entrée des Alpes et sur la prise de Chàmbéry. — Description de la route ^ depuis cette ville jusqu'à la capitale des CeTPr trônes, aujourd'hui Moustier en Tarantaise, lao Chap. X. Continuation de l'histoire jde Poljbe. — - Attaque des Centrones. — Arrivée au sommet des Alpes. — Discours d'Annibal à son armée, |35 Chap. XI. Descriptipn de la route depuis Moustier ..-. jusqu'au sommet du Petit Saint -Bernard- — * Remarques sur la Roche blanche et sur le liea cil les Gentrones attaquèrent l'armée^ r^ Ré- flexions sur le discours d'Annibal à ses soldats. . — Journal de l'armée, i39 Chap. XH. Continuation de l'histoire de Poljbe. ^- L'armée descend, les Alpes. — Nombre «au- quel elle fut réduite k son iMriTée an pied des Alpes, 160 DES CHAPITRES. ^ Csip. Xlil. Remarques sar la descente des A1^* — Joarnal de l'expédiUon jusqu'à Tarrifée de Tartnée dans la Tallée d'Agate. — - Longueur ' ' ilîiiéraire toiale do passage des Alpes , page t€5 Chap. XIV. Fin du récit de Polybe. — Repos de Farmée au pied des Alpes. — Prise de Turin. — BaUilIe du Tésin , 180 Chap. XV. Remarques sur le séjour de l'armée dans la yallée d'Aoste. — Roulequ'elle suivît jusque sur les bords du Tésîn. — Remarques sur les hostilités aytc les Tburini , et sur le lieu oji la bataille du Tésin se donna. — Con- clusion , i84p LIVRE SECOHD. C0AP« L Examen critique de l'opinton de Ute- Livc sur la route d'Annibal , depub le passage du Rhône jusqu'à l'entrée des Alpes > 1^5 CaAF. IL Continuation de cet examen sur le pas- sage et la descente des Alpes* '— Parallèle entre ' Poljbe et Tite-Live , 219 Chap. IlL Remarques sur les Auteurs qui ont été indoits en erreur par Tite-Live, et en parti- culier sur la route indiquée par le Marquis de Saint-Simon , a4S Chap. IV. Réfutation des Auteurs qui ont fait passer Annibal par le Grand Saint - Bernard y ^55 Chap. V. Remarques sur l'opinion du célèbre Gibbon et sur celle d'Abaozit, 271, Chat. VL Réfutation des Auteurs qui conduisent Annibal par le Mont-Cenis, 279 SV| TA9I>E BBS CHAPITRES. CûKCLPno» f, pAge a$i Hje j/smr vm ToBREKts gva x^es socles, win de qoelquei réflexions sar les pasiages étroits dtê Rivières dito9 les cbataes de tnootagûes ^ a^S Fis ae l» TahlëJ • »• I « . I î INTRODUCTIONï L B passage d'Aoniba) d'Espagne en Iiafie^ aa travers des Alpes , est un des évënemeiis les [dos extraordinaires qtie noos prësealtt rhistoire romaine. U eicite également l'intërfii de l'écolier et de l'historien. Cbaenn admire le gëûie qui put oonceToir et exéonier tona enireprise aossi hardie et aussi périltense:: en^ treprise suivie de plusieurs victoires signalées et qui fut sur le point de se terminer par la» destruction de la République romaine, t ' Chacun cherche à découvrir par quetterontë l'armée carthaginoise pénétra en Italie, mats il semble qu'il. y ait sur cette marche un^voile impénétrable qui lui donnb l'apparence du-mer^ veilleux. De nos jours, comme du temi» des Romains, la même incertitude règne sur le' passage que les guides d'Annibal choisirent pour le conduire en Italie. Il n'y a peut-é^re pas de fait dans l'hi^oire sur lequel il y ait eu tant d'opinions diverses, et sur lequel l'on soit toQofbé dans un si grand nombre d'erreurs. C'est X 1 3 INTRODUCTION. datfslVsï^alSc€ dén^^issi^el-rét ac lé enfin les discussions sur ce sujet, que je com- muniqué ;/&u p^ISIIq ;14/r<^UU^Icljp p^c^ travail. L'auteur qui a été la principale cause de tant d'incertitudes et de lanf tt*bpinions diverses, c'est Tite-Live, qui, en traduisant l'histoire 4^ ^çlyhèy^fï D:retranchë dés parties essentielles^ «t: ^ a'^^lMi des ^détails gepgiaphiqujes ^ui clian-. gent Qoippléi^tni^at la routé que rauteuf;gred «0US liiidiqpQ^ de la manièrie la plus évidente. riTiLe^-Live rapporte à la rôiHè qu'il a adoptée^ elidont les diâei^Dte^ parties ne peuveat s'aon eardeD«Q>ï^;eUesV les oiémes jcirconstances, les» Bieme^ obstacles qu'il copie daàs Polybe^ quot-^ «|iie;ept auteur rparlâi d'uoe autre route qu'il avoil reconnue d'après «es propres observations fiiiiesf s«hf lesi Keux, et, d'après* le récit, des con- témpqrainâ d'Aonibal.II n'étôit pas^ probable ce-* pendant quéJes mème^ distances, le même nom- bre de jours de mafobe, les mêmes localités ^. pussen^t convenir à deus^roul^saU^olument dif-* Cék-entes , ^surtout lorsqu'elles tra.versoient une ohaine dé moQtdgDe& aussi varira que- celle des Alpesu . Mais lorsque nous examinerons la route que l'historien romain fait suivre au général cartha- ginois, nous veiTons qu'il o'avoit que des idées f ' i INTRODUCTION.- 5 irès - confuses en géographie jqu^l n'éloît sur le faîl faisîoi^îque que nous voulons éclaîrcir, que le copiste peu fidèle de Polybe y et ooa poînt'un auteur orîjginàï. Oo sait que Tîie-Lîvè avoiicopid des livres presque entiers de Polybe, quoiqu'il se coniénie de dire que cet auieur grec h'étoit nullement à mépriser^ Tiie-Lîve préféroît le merveilleux au vrai, et rexaciitude o'étoil pas une de ses qualités* IKchêrcIiôit plutôt à plaire à rimaginarion par des tableaux romanesques, qu'à satisfaire respiît par une histoire vraie et judicieuse. Il allachoit'un trop grand prix au style éloquent , et dédaignoit le style simple, précis, mais sans parure, de Po- lybe. '.'■■;'' Nous allons prouver que ce dernier auteur est 1e seul que l'on doit suivre dans le sujet qui nous occupe , le seul qui meViie toute notre confiance ' par les peines qu'il s'élbit données pour acquérir les connoissances les plus exactes sur les faits qu'il rapporte, et sur la géographie des pays qui furent le théâtre des événemens militaires dont il écrit l'histoire. Écoutons ce qu'il dit lùi-niéme au chap. LIX de son troisième livre. Après avoir excusé lés erreurs des ' historiens qui Pavoient précède daus la description 'dés' pays: éloignés*, il 4 INTRODUCTION. ajoute (j) :,« Mais aujpard'huî que, par la î) conquête de TÀsie par Aleiau^re, et celle )> de presque, laut le reste du monde par jes » Romains^ il n^est point d^eqdroit daijsl'uni- )> vers où Poo ne puisse aller par mer et par » terre, et que de grands hommes, décharges » di^ soin des affaires publiques et du com- » mandement des armées , ont employé les )) momens de leur loisir à ces sortes de re- )) cherches, il faut que ce que nous en vou- » Ions dire soit beaucoup plus exact et plus D assure\ C'est de quoi nous tâcherons aussi »' de nous acquitter dans cet ouvrage loi^que )) l'occasion s'en présentera , et nous prierons » alors nos lecteurs curieux de nous donner » toute leur attention. J'ose dire que je m'en )) suis rendu digne par les fatigues que je me )) suis données , et par les dangers que j'ai )) courus en voyageant, dans l'Afrique , dans )) l'Espagne, dans les Gaules, et sur la mer )) extérieure dont tous ces pays sont envi- » ronnés ^ pour corriger les fautes que les )) Anciens avoient faites dans la description de }) x^es lieux, et pour en procurer aux Grecs la )) connoissance. » (i) Traduction de Dpm Yîaceot Thuillier; tpm. iV^; p. 70. Bans nm cVâpiuf^sf ^puéeiédèit^ Ct)V^Ï^Ï3J^c, pairlam dii passa^ié'dwi Alpes w. diar là pmklericé coiisotniïKîetap^oildquêttel Antiibâ) * ^^^ondimtl $OD;ei{)édim)ii')(di|^hdofè t^y^p^pj^i^i^o^ad^ mrance yieMoui^si4:^ê^(ke^\pnroétji^éUeÉ fn^oi^t . 4léi : raoattiieB nptmn esimiùiêi^^ifii^tèrit dans^ Je ieaqts. J^ai' piétté , ^l&g^ \ AJ^o^i^itt piéme , let f\ai voy\agé mû iraPer^ ^ée^* ^yiipefé po£$r 4^ iîoïr , etupoi^r i les^onnùUrèi i ^ i î '' cfams '|miliisiionen>^^ pdcfriQe'yîeb M U^ nf £kt ^rfahûcbûiH isùr^i eotrepreod ^de^Ioûgs ^^y'S^ dios I Ibsop^é» SI :Jut nëeëisaîrein^QC etxpMe* i. de. tiuâsV ^afàdsr 4l&iigeiu^c.rînbj>vnoii eoniaat'dè se *fair<^i»a€eiiyr Homes lêarjoâncofis^ tascQft'^dilai makclte d^Annrbal^ppri dësScdiifr te&inGinaim ?biôn'iokriutsv'^^sil&:luî«^ibèBae Jei 4dpm:p(^irrri eb piieqdr^ poNb t ^ y « < ' « «J i 1> ) U O V. (i) te XLVnr.'^TéEîîîon^ïle^CasVuBoa , qûrcôr^ m^oçdoi k^ an dii.'/tliapi5K(ldb ^r4jsadMcSto4.)da Thuillier^ toiiieMV> pi 6l|« ^ 1 1 bin'jl ^K\i\i ^c^.ihsi*} ï 6 mcmymfmtmi , ^hfii'ifili^tA bbti>rî^ et(Poly/he/4il <1« ce àfisté^^v}.: ifk^m Beilybje ^rtout est ra^sonaé, ir/jlQia e^j^ifOpH ^âl i<8^s parure» Une {ustewe ^\^'#$t)H%\pe«t. coimnt^ne dans^^soa siècle et li';^(^f49s^#eii^;pa^,vreûoie aVec.xii^ sécheresse IK (^\ip4gÎQalÎQq ^ qui y eloît encore ^us rare, » lui fui^iv £wâleme:àt".pr«féi^r 4e yrài ^w*i( >)(fOQM[}i9(Q^soità.3£aiid^^aitx agnémem qu'il if^é- Xttfhrisoit^ d^utantipluf qu^-Uen^etoiiiineapaistei c; ^>-Illai^€iH.e»aminéhlm*^mên)e toii|t 1^ ^y^ 9 : mmrftà^JEèhiBi et île iPâ'^ et ill Tavdit j&x^^iiiinê ii')«v^Qfdes^Q^iatleBiir8:e^ eetairésl II ponrpÂl ^^'joreioufiillir) ttousilesî vestiges .'précieux d'une > î itraditibu :qif e Isoixanlè >ans. a/eoroich&ipas jea-r )»Dicore effiibés^^Jl pouvmt.Sr^entneténirtaiiree àes yit.^mMardsda fat^i qui^tdap&ieuDjeiinea^ev k» fe'éwiedit epfiesëa 'Mi -passage « d'iiinc&ba} , ou I»' Iqm|>aiDétfin^ cchni^altiii rsptns ' sesi drapfeaux* Il iii«ire«t]'€^Vef]lris' ceV^y^gse! diQieiie idansile }>r/^ebs»»î mèqie>de s'iÀstniire 'sur lesilieùlx,;és >iIii)à^(ieaèrii>itQates' iesi faUses qoii inoudoiei^ 3» déjà le p ublic > une histoire vraie et simple »i^— ■ ■ — — — ^^^-^i— — ii|i|inii|<»i If ' I * :^i)(ij^GiléU«gès»jpasUiiiiÉeaid^Édeliard Glbkoii^J^ Londres^ 1796. Tome Il^.p»^i§ari84»'^oi , ..;';. }r de cette. fameuse,, expédiiion -409 Carthsgi-^ )) apjs^ L'Quvffig^;gp'il,Qpus a laîs£yé,cfst le fn^( ^.de,ee4es$fiip.,j) . ,,. , , ,^ PpJy|;)ei ^toj^uçj^ep. Grèce vers Tan (|e Ronaç 548, ov;i Ji4 ,guç»^ après J'pxpedilion d'AnpîbaK On peut^uppo^r qiVil vioti Romçi ^ l'âge; dç So^^aDs , c'estrà-jdire 44j.aqSj apr^3 cçi événe^ rûeaif,H,,pji^i ,dpDC ^ejàyjs'entf-e.^qir des vic- joires c^u. gçojér^l^ Cjarih^inoi^.j^avep, des per- ;spnnes 4ç ^o à 70 aa^ qui ep aYoienl^tS te-^ ippifis daAS. If,4r;,jp.Hnes^. j., , . . , «?? » i»* Pfli cqRY.fr««rr ;?ve,c.i(^^,iii)(9it^gnards^ç ç% aos, fuij^ Igrs (Jp.p^9sage d'Api^b»!., eç ^vpieflt,!^, .. ,,,, ; . , ,-,,,. i.j, ;..,/ ,.. . ,, il «s^, p<^Wft,,qfie Pfll^vl/.ç, jiobe^;^, son; hisr - i; t0Jjr,e jf l'?ge. m. SpÈfi>.l§!pris.e eUu.rwnft4§,Carth?ge^ ï|,^rou»;i?^ à ;'âge, .avancé' de ,j^j» jftfl?.;, ^., . ., "^ . j '.Çs r^» Ji'f»w de Rfl WB ^85 qi^e, :8c JBJqii j;AjÇ4f ^£^, .n'aya^ qi|i^ ,iiÇ dns^.jpi^ lia ^'uoitement '»^ec^Paly^ïe.f Çei,iç an^ûé^^^ I^olli^ (?);> 4e> viol tr,ès-pûl|^, a^pe jeiinç B^pipaiip^ et ^e lui.» guère; ipqinf foii^d'hoqpeur jd^ns^. la ,ppMerit^ que toutes $es victoires, .t .... * > 8 nrlTROTTTCTION'.' H ne pouvoit le quitter , son grand plaisir iéloit de s'entretenir avec lîii j il le respectoît comme son propre përe , et Folybe de soû côte'Ie chérissoit comme Ison propre enFant. Four profiter des lumière d^tm auteur ausisi judicieux que Polybe, aussi bien instruit dans leà cbb^s qili'il raconte, aussi supérieur aux autres hi^iorïetis pour Pexactitude et l^mour du vrai, et d'une expe'rience consommée dàn$ le métier dé la gtierre, il import oit d'afvoir une traduction correcte de Porigîrtal grec. Pour parvenir à ce but'/ j'ai consulté celles deCa- saubon, dé Dôb Vincent Thuillier, de Hookè r • - dans son Histoire Romaitle, et dé Tider, au- teur anglais, qui avoit écrit un petit ouvrage sur là route d'Annibal. J^ài; comparé' ces' a^é- rentes traductions avec Poriginai grec, et lors- qvrll mê rëstoît quelque doute sur lé sens'd^M mot ou d^ude ^phrase, je méstib adressé âui Wifirhèl^ lëé plus versés dans ta lèdgue grecque. ^'^ Avec ces secoùra, je trois étire parvenu i obtenir tine traduction qui rend le véritable sens âë Polybç dans toutes les parties de son îtêéii relatif à la marébe d'Annibaf depuis Car-^ tbagène jusqu'aux bords du Tésin. - J'ai éprouvé quelques difficultés provenant du style'tiégligé de Polybe et de ses répétitions , INTRODUCTION. ^ maïs faî cherché à les éviter, en conserraDt cependaiu toute sa clarté' et le sens littéral. Après s^être prodnre une traduction assee correcte pour tenir lieu de Foriginal , il falloit avoir les meilleures cartes géographiques pour y mesurer les distances d'une manière sûre ; il falloit consulter les relations des voyageurs qui oui tk'aversé les Alp^ ; ou bien , ce qui valoit encore mieux , il falloit visiter les Alpes soik même dans le but de chercher le passage qvi correspondit le mieux au récit de Polybe. C'est ce que fit le général Melville , et c'est ce que j'ai fait pour l'entrée des Alpes » que le général a'ayoit paj» déterminée d'une manière exapte. Mais il falloit auparavant chercher daqs/ les géographies anciennes , les passages les plus anciennement connus , ceux en particulier qui devinréht des voies romaines; car on pouvoit présumer que les Romains ouvrirent leurs grand» chemins dans les Alpes en suivant les routes fréquentées par les anciens kabitaos dn pays, et surtout par les Gaulok^ qui, à;dsftf^ rentes laques, envahirept Fllalie. . C'est une de ces routes qu'Annibal devoit avoir autvie nécessairement , puisqu'il avoit pour guides les descendons de ces mepaes, Gaulois, qui s'étoient établis dan^ J^.plaittea arrosées pas 1^ Po« ^ ^ lO INTnODUCTIOTf. Comme nous parlèrenë souvent dan» Iç cotrrs de.cet QQvrage des voies romaines el des itioé- raires romains, qui, arec le nom des liens par .où elles Rassoient , nous donnent le^ directioo 6e ces rouies , je crois qu'il est nécessaire de les faire connoiire à ceux de mesieeteurs qui n'en auroient qu'une idée im|Jar£Eiiie;Cest dans l'ouvrage de Bergier (i) que je puiserai la tocv- tice suivante , qui fera la seconde ^partie de celte introduction. • i ' 1 1 •Notice sue les Voies komàines, les . - iTIKÉÎlArftES ET LES RotJTES QUI l'RAÎ- vfeasoiÊîiT LES Alpes DU temps de POLYBE. "'- ; '■ ' ■ ^■■■"' "• ' -i . ■ j UItaue et toutes les provinces d^rfimpiite romain éioîent traversées parades grands chef- •mins.pavés qui se prolongeoieut jusiop'aux'cxv tremités dé ce vaste Empire.. Ces €l|èmînS'par<^ ibieiit^du milieu: «dn.^ri^/n^ la plus belle .plaof de Rome, ou âoit planté le miU\arium imu^ reum. •'::..•...'. , , ' 1 """"""^ — — ' — ' "* — ^^ — ____^_>_^^A. (i) Hisiôi'fîé des grands chemins de l'Empire romam> par Nioolëi SeiJsier.^<éailioii^ A^usiiiles^ ij^S. -» L'eosemble de ces chen^ins, par^^^Bur muW jûli^cU^ leur, lopgneur extraordinaire et I^ pQmbre de siècles qu'il fallut pour les. achever , est rrentreprise Ja plus grande que l'esprit hu^ main ait jamais conçue , et que ^ la. main dç rhomme ait jamais amene'e à sa perfectipn* C*est en pai;iicu|jer en cela que paroit l^ gr^uor deur €{t la,pijiis&apçe colossale du peuple rQ* in?in.- .-■...! , / ...-.•- Gétpil par le .moyen d^ c^s chemins, quf |9p$^s le^^ prpd^JCliçna naturelles et artificielle» des diSerens pays^ i^nmis à TiEmpire ^ étoieQt ^pp9f^éf& à l^omef qui étoil ep quelque, sqrte [ç,lfp^i:ç|^^ ,vniyer$el de tcMjite la- t^erre. Ç'etoit f^r li^i^r uy€^fqe;]^t, iitiC^nte^ (es prx>vÂnces9 eomo^^lP^r J^s^açtèrj^Syïft,cf5eurpwjle^te yie^ daRS ipjwies Je^ p^ii(^.4^;içprp^ -hnn^fiia^ ./ 4eui;54P;^.^¥"»«S> q»'U,ai\RCiit(V<>u!u qu'oq me/tHeil^ ,^s., •mfir.pfiUeff.. .de la Urrf,, ^ ç)îewf»8;,..'îqi /çv>^»l^ J?»y4* comme I^s i^ue^ de çidj^tt4^ç^^ur<^^;et.de t^àfriq^e., jusqi^au fleuy^ de .l'JSuj^jjf^te ,«.i;^i:(^(:e$, parues .de ,l' Asijs la INTROBUCTICW. c-cfst-à-dîrc de POccîdenl a rOricttt , îl y aroit au moins vingt -cinq gi^nds ôfaeitiins, cbâcim d'envik*on seize cents Heues d'étendue, et dû tnîai ati septentrit»n les chemifas avorent de htrtt cents à milleiieiiés de longueur: J\i 86061111- nùoient par des ponts sur les mières , bu pàP "dès'^onts qui , en se répondant dé rivat^e eri tiv*age, eh reunîssoient sans interruption léà parties à travers les fleuves et les mers riioui tie mciidris^ pdîtft iàï en ligne de eomjpte 'un grand noftibre dé cfaetmns de traverse dan& léà divél^e» provinces de llSmpîrfe. 1 ' * ' Cet duvragte ne fut pas'achévé aaiàs fé inêtiié siède) ni par le nlêmé ëmpereui*Ml fàHût^pli?- sieurs siècles pour ramcneî*'â sa perfëctioki ,^ et la' plopfart des erni^t-éufrs y firenrtravaîllet. ÏIJ employèrent tous les pèùj>lès à *éttx sbttofîs et tous les soldats de leurs légions pour' condtiiire ces routes à travers lés nâonts «t les-^ Vallées, lés plainèâ' et les marais , pour îé^ tnesU*^?pàf jmillé^^ et marquer chacun de céûi-ci'paVi^i eôibnnés qui en désignôiettt le teriîne et le notftbfe jtisqti'anx exlréo^itési d% FErai^ré*. H ïesteT cricore ders vestiges de toùtei'Céîs r&Uttéil Lés lohettiins 41 talie f uf fenl fiîts pètidant W République jusqu'au rè'gné d^ Auguste;^ hvàùt cette époqtïé ,* dû eh fil tm très'petii èombrë INTRODUCTION. l5 dans les provinces ; les auteurs ne font meniloa que de deux. L'empereur Auguste avoit telle* ment à cœur Touvrage des grands chemins ^ qu'il y fit travailler dans presque tout l'Empire^ mais principalement dans la Gaule el dans l'Es- pagne. Ce fut l'empereur Trajan qui surpassa tous les successeurs d'Auguste dans ce travaiK Le sénat et le peuple romain meitoient une si grande importance aux grands chemins , qu'il n'y avoit aucun autre ouvrage public dont les auteurs fussent plus honorés et plus récom- pensés. On érigeoit des arcs de triomphe aux empereurs qui avoient fait ou réparé des grands chemins; on frappoit des médailles à leur hon- neur. Ces chemins auroient été connus .bien im- parfaitement, et plusieurs d'entr'eux seroient. restés ignorés des nations modernes, si deux itinéraires de ces grandes routes n'avoient pas cfchappé heureusement, aux ravages du temps. Je veux parler de VlUnéraire d^Anionin et de la Carie dite de Peutinger. Le premier contient par écrit,, et non par lignes , les plus grands et les plus renommés de t0us les chemins faits de main d'homme , qu'on appeloit voies consulaires, prétoriennes^ impériales , royales ou militaires. Cet itinéraire i4 introduction: Tes conduit par les cites, bourgades, villages, giles et postes de chaque province, tant de FEurope et de l'Asie , que de TAfrique , ou l'Empire romain sVteodoit ; ajoutant le» dis« tances qu'il y avoit d'un lieu à l'autre, mar- que'es par nombres de milles , de stades , de lieues gauloises, suivant la diversité des pays. Ce livre fut fait pour servir de guide à ceux qui voyageoient sur les grands chemins de l'Empire, comme nous avons à présent les livres de postes pour voyager en Europe. Il renferme environ 372 chemins désignés par les* ijoms des villes qui en occupent les deux ex- tre'mités. L'auteur de cet itine'ralre les com- mence et les finit où bon lui semble , sans s'asservir à l'étendue précise d'aucune des voies militaires , 6on dessein n'étant que de montrer comment on pouvoit aller d'une ville ou d'une province dans une autre. On ignore sous le-* quel de^ dix ou onze empereurs qui ont porté le*^n*om d'Antônin , cet itinéraire a été fait ; Bergier penche à croire que ce fut sous Marcus Aurelius Antoninas, fils de Seplimius Severus. * La table ou carte dite de Peutinger fut trouvée à Augshourg eu Allemagne, chez un nomme Conrad Peuiinger , hortime savant et ' curieux des choses antiques. L'auieur de celle INTRODUCTION. 1 5 carte n'est pas mieux coanu qoe celui de Tlii^ oéraire d'Antonin. Elle doit cependant avoir été faite sous le règne de l'empereur Théodose OU' de ses fils Arcadius et Honorins^ lorqoe l!£mpire étoit encore- dans son entier et com^ posé des régions et des provinces décrites dans* cette carte : c'est pour^ cela que quelque^ au-^ leurs l'ont appelée Charta Theodo&iana. Cette carte n'est point une carte géogruphi- que, mais. simplement un tableau sous- la form^' d'une longue bande qui a douze pieds de lon-^ gueur sur six pouces huit lignes de largeur, en sorte que sa largeur n'est que la dix-neu- vième partie de sa longueur. L'auteur ne lui a donné que la largeur nécessaire pour y tracer par des lignes environ sS grands cbemîns, qui' en comprennent' chacun un grand nombre de moins étendus; mais il avdit besoin d'une lon- gueur considérable pour marquer avec des in- tervalks suifisans, chaque ville, gîte ou poste, avec les distances en milles de l'une à l'autre. K'ayaut d'autre but que celui de montrer d'un seul coup-d'œil la suite des stations et leurs cHtstances, l'auteui: de cette carte ne s'est pas embarrassé que les provinces fussent chacune à sa place géographique et qu'elles eussent leur grandeur respective^ ni que le» rivières eussent l6 INTRODUCTION; leur vërîtàble directio9 par rapport afux poinu eardioaUx, ni que les rivages de la mer ftissent figurés selon leurs sinuosités et leurs situations. Ce n'etoit pas son objet ; il n'apùit ^ comme le dit Bergier dans son vieux langage , p. 353 , U n'apoit cure du reste, qui n^étoit pas de êon gibier et qu'il laissait aux cartes géo-^- graphiques. ^ On ne trouve sur celte carte que les noftis des villes, des bourgs, ou demeures qui ëtoienf assises sur les grands chemins , et le mille ro- main en est la seule mesure. Les lignes qui représentent les chemins sont tellement enlre-^ lacées, qu'on ne. peut les compter. Il ne paroU pas que cette carte ait été faite d'après l'ItineVaire d'Antonin, quoiqu'elle com- prenne comme lui la plus grande partie des chemins militaires qui s'étendoient depuis Rome jusqu'aux extrémités de l'£nipire. Après avoir parlé en géne'i:al des voies ro- maines et des itinéraires qui en donnent la liste ou le tableau, il nous reste à parler en particulier de celles de ces voies qui traver- soient les Alpes et le midi de la Gaule, dont nous ferons mention dans cet ouvrage. La première voie pavée faite dans la Gaule, et la. plus ancienne de toutes , fut celle que guerre d'Afriq»* , 'jOtftir' -iofj/agèi- ^érliôr ô«î années 6o§ à 'Gôfi s; qai lM»feîtak«t fA îtoiVfcieV'laaî- jihnié et VAtfwfgnéMi-'fit ï«l98^'ce ^atid die^ «ûirfc à la œanière d^talie, • H' traversoît f e pays ile$ Allobfoges et lia Tfe'gionî''appéIiéê\P/*ai^/>^- cmm> irtj^ôMi'd'feiH te'Pi^ëVefecfe ; méfe tin «in igiiore lèiKe Tet^ddËle; <3èttè' voie tiVii^tôl^ pas î ' ' , . . • *r V 11* ' r (i) PÔlvBe ârvou alors' 5é ins; Gè'fut'âoiPc a 'céitd ^^ériodc de «8a^ y te 4a9l^eoi»i)Sd^ isbii Imtotrèv a8 iffs^j^é^fGHi jguçjle^jlfi^ioa^ ^oqtejDfçieqlîle chpç dô&peupl.ç^ eftnfqiîJo]çn^j^ïîip|^^aïii.«^taiit bieç <ï«e TaU- bllssement de ces grands cbepfiipô eftVIî^ertjH Jçjn(Jb;e <^^t,^Q. ççpi^en^it la -yiUe; ^^.hyi^n^doul £Qndi;ç f}'AugijS)ieiïfitplar<ïr le^,grap^^,t;hemlDS conii?^e^dÎMn.X€iptf;ç,ir, pour l^s cpuduiiè i"$r .qu^tfpjc ,e^V?émitqf , ?30 INTROÎWGTTON* litairés, 6'étoieDt aossi «elles que frëqnentoieitt )es anci^s habitaos dés pays voisins des Alpes. Nous De devons pas en chercher d'autres poui^ découvrir, celles -' coup pltts grande; que par le Petit, puisque lar rpqte.par le Grand Sf.i Bernard passoit au nord> du lae.Lémou, oe qui bsi jim détour coniidë^ I Siiûvonl'S.trab0fl,;Je passage du Grand 3t.^ BQrnai>d.n'étQitrpas^tionBU dn tbmpsde Polybe, et ayaiH.'Ies travaux qu'Au^nstë y fit faire, il' n'ëtoit (tas praticable paur les bêtes de sommes' Si nousi avions besoiniide oeiL* argument pôui^ p;:ouVier que l'arraée cartbaginoise, aceompa-* gnee .de. sa cavalerie ,• de ses béi^s de eonîme' et d^.seë eléphans^ n^ayoiitpbis pÂss^^ paricelde* x^onia^evP^^^ l'alWgnéiibns. « -> k ,?^^^A\\^^ .*\ JLLpous reste à par ler dw MoPi-Cepis. Ce rogf^ft^,, çt i4 ne, par|Qit,pÎ3^,/%j^'il^Le!^4rJ»m^^ une voie romaine^ ou qu'U ait été mênae^ctmqpi'; iik iirraoDTrcTHwr. dés Romams;^ ïtcHtrok de tro|)' grandes ^iffi-; ci^tes^ car^IesTOcbers da ooie de Flialie soot prescfue àipio^^et il a faliia taîHer en zigzags' dans le roc vif, ]e chemin par lequel on des- oéndidé W Grand-^Croix au village de la JFfer- ;. Quelques auteurs ont cru que le Moni-Cenis etoii le 4^htennn nouveau* et plus commode , (^fièrent de celui d'Andibal, que Pompée se* vaaioii d'avoir ouvert. Bergier(a) étoit de cette opioton , il se fondoit snr uq passage d'A^pien Kjpxi rapporte que Pompée prit son chemin non' par la. route d'Annibal , mais non loin des\ sources du Rhône et de FÉridan (le Pô), qui^ sont peu éloignées l'uqe de , Vautre.- Ceci peut s^ rapporter au Petit St.cBernard comme au Mont*CenrS) puisque cfes deax montagnes sont également entre les ionrc^s du Rhône et celles du Pô» Appien é%oit sans doute imbu de* la même erreur que beaucoup d'auteurs Tomains, efitr'antres Pline et Ammien Marcellin^^, ^ui Cf<>yQieat qu'Annibat ^av6lt passe par le Mons PenninnSy à cause de la;TeisisembIance'du mot J* " * ' , . , , '* j 1 (i) yo;^ages âbr les àXpH de Diesaussàre / j$ i3oo. (9) ffîstoite dès gfËaidi$ dieiliiii» de rEoifSre Yornain, INTBODUCTION. 25 avec celui de Pœni qui signifie Carthaginois^ pensant que c'ëtoit le passage de Tarinée d'An- nibal qui avoit donne le nom à la montagne. Si celte armée avoit réellement passé par les monts Pennins, il est clair que Pompée, en traversant le Petit St. Bernard , anroit ouvert un chemin différent de celui d'Ânnibal et beau- coup plus commode. Je crois donc très-pro- bable que Pompée, sans le savoir, avoit suivi la même route que le ge'néral carthaginois (i). Quoi qu'il en soit, il paroit certain que le Mont-Cenis étoit un passage impraticable, non* seulement du temps d'Annibal ou de celui de Pompée, mais encore plusieurs siècles après leur expédition. (i) Si ce que rapporte M. Âlbanis Beaoïnont dans sa description de la Savoie (tom. i, pag. i3) est juste, il arrivoit so.UTeot que les Romains confondoientle Grand St Bernard avec le Petit , parce qae sur chacune de ces montagnes il y avoit un temple dédié au dieu celle. JourPen ou JupUèT'Penrùnua. » , * 1 , 1 I 4 * ff : ( k . I HISTOIRE DU PASSAGE DES ALPES. LIVRE PREMIER. 1 1 ous avons fait voir dans Fîntrod action que le seul historien original y le seul qui soit digne de foi sur l'expédition d'Ânnibal en Italie, étoit Polybe, auteur d'une histoire en langue grecque qui traite des guerres des Romains pendant un espace de cinquante-trois ans. Cette histoire e'toit divisée en quarante livres, dont il ne nous reste que les cinq premiers dans leur entier. Les deux premiers ne sont qu'une introduction aux autres. C'est dans le troisième que Polybe commence son histoire par la seconde guerre punique. Nous suivrons la division des chapitres de l'édition de Casaubon , en commençant au trente ^ quatrième , lorsque l'arroëe d'Annibal part de Carthagène. Nous terminerons notre ÔÔ mSTOIRE traduction et nM recherches à la bataiHe da Tésîn , en faisant alterner nos remarqnes et nos ëclaircissemens avec le texte de Po)}'l>e. su PASSAGE DES ALPES. 'û^ CHAPITRE PREMIER. tfarration de Polybe^ contenant le dénom^,^ brement des troupes d^Annibaï , -^ les- distances que ce général eut à parcourir de Carthagène jusqu'en Italie , -7- fe dé- barquement du Consul romain à VemboU" chùre du Rhône , — le passage du Rhône , par V armée carthaginoise et par les été- ' phans. Chapitre 54. Annîbal , ayant formé le projel hardi de marcher eo Italie , au travers des Alpes , avoit envoyé depuis l'Espagne , à différentes reprises , des députés dans la Gaule Cisalpine , pour s^informér de la fertilité du pays au pied des Alpes et lé long du Pô y du nombre des habitans , de leur courage dans la guerre , et pour savoir s^ils nourrissoient tou- jours la même aversion cohtré les Romains , qui leur avoient fait la guerre quatre ou cinq ans auparavant. r : , Les députés, a leur reiQtir , Tiâformèrent de la bonne disposition et des éspéfaûces des Gaulois Cisalpins , de la iiauteur eiiraordînaué 39 ., njSTOïRB 4ç> ^Jp^s^çt^des^difficullës qu'il .^vaU sVi- tendre à rencootrer daos leur passage , quoique l'enireprise ne Jùji^ p^s absqluoipnt ifnpossible. Ahuibal rassembla ses troupes , et se mit ea marche depuis CarthagieDe y vers le commen- cemeotdela maturité des blés (i). Sou armée coDsistoit en 90,000 hommes .d'infuriieri^ et environ 12,000 hommes de cavalerie. Avant d'atteindre les Pyrénées, elle fut réduit^ à cinquante mille hommes d'inranierie et neuf luille chevaux, parce qu'il avoit jugé nécessaire de laisser en Espagne un détachement sous Qannon , et de renvoyer chez eux un grand nombre d'Espagnols, Avec cette arméç.,il,p^ssa les Pv rénées , et entra dans la Gaule. Celte armée fut encore .réduite dans sa inàrche jusqu'au Rhône , car , après le passage de ce fleuve , elle n'eloit plus composée, qu^ de 38,ooo ho,mmes d'iufaplprie et un peu plus de 8000 chevaux (2). Çhap. 39. Depuis la nouvelle, Carthage (Carthagène) , jusqu'au fleuve Iberus (l'Ebre) , (1) Pour les parues' méridionales it VEspagne, là iDatuHté.dès blés répond à^la' Bn de mai* (3) Le^ qtiatres chapitres suî)iraDs n'ayant apcun rap* port direct avec notre sujets nous passous au 3^.* "> BU TXSSAXm mSB ALPES. 5l la (UâlAnce €st àe 9600 ^ade^J Dé là' jusqu'à EmpàriUm {1) , Uy a a6oa siiiâês', ôt (FEm- parhun jusqu'au paSssage du Bhôtte , environ i€oo stades'; car lotîtes ces diét^nces ont ëté mesureles ) dans ces temps oi , avec soin , parles Romains y et marquées par espaces de huit stades (a), -j» Depuis le passage du Rhône y pour ceux qtii marchent le' long duflea?e lui<-méme, comme s'ils alloient ver$ ses sources , jnsqu'iiia moqtée des^AIpesy potirse rendre en Italie^ il y a une distance de i4oo stades; i ' Reste le passdge des Alpés enes^mémes ^ qui {,^Y CieCètétton de jimpurîas ^ifié^ie vîlTede Catalogne "Sur 1^ bord de la mer, dans le goîfe de Rosas, au pied des Pjtrénéri», à 9 lieues au nord-ést de Girone. (a) Le mills romain élail composé de 8 stades. 5a .' ' , HisToi&E se |>rë{>aroitÀ'tn9yQr6er,I^ flëfileç des Pyréqées^ Jes Boïens^apprenaût queles CarifaagHioi&mart choient vqrs Tllalie , et espérant beaucoup de leurs secours , se. révoltèrent contre les Rou- mains ; et , conjointement avec les Tnsubres (i) , ils ravagèrent les nouvelles colpnies ro- maines de Placenlia et de Cr^mona. Ils bat- tirent l'armée roniaine compiundée* par Lucius Manlius , qui avoit été envoyé pour s'opposer à leurs incursions. Ils ^ssiégeoient . les restës< de cette armée dans la peiite. ville de Taimetum^ lors-qu'Annibal arrivai ,en Italie* . > Chap. 4i. Le consul Publius Cornélius âcipio y ayant été <^bargé delà guerre d'Ës^gae^ eut le commandement de detix. légions , avec 1 4,000 hp^n^^s d'infanterie et Jsoo ckevaui d,es tii'oupes des Alliés. Avec ces forces et une Hotte de soixante galères, Â; cinq rangs de rames, il de voit se mettre en mer pour aller en Jp)spagne y et fair« ses efforts. pour iempécl»er jesÇartb&gix^ois de quitter ce pays-la > et par conséquent . de. v^enir en Italie. . , Quoique Publius Cornélius, , avant de faite. (i) Les ^oiens habituent les États de Parme et de Modène ; les ixisubr^ occupoient Je Mil«Qois« DV PA^ÂGB DES ALPES. 55 voile 9 eût appris qu'Aimibal aToit passé I'£bre , il espéroit encore arrivera temps pour l'empêcher dé sortir de rEspagnè. Dans ce but, il embarqua ses trbupes à Pise y , il côtoya la Ligurie , et le cioquième jour il arriva à Marseille. Il apprit là qu^Annibal avoit non-seulement passé les Pyrénées y mai$ qu'il étoit arrivé sur }és bordb du Rhône; Il n'alla donc pas plus loin que l'embouchure de ee fleuve la plus voisine de Marseille , celle qu'on appelle Mawlienne^ II y débarqua ses troupes j et ^ afin de^ s'assurer de la vérité des rapports qu'on lut avoit faits , il envoya à la découverte trois cents cavaliers ^ auxquels il réunit, pour les guider etks sou- tenir , les Gaulois qui étoient à la solde des Marseillois. Chap. 42. Annibal étant arrivé sur les bords du Rhône , fit sur*le*cbamp ses préparatifs pour le traverser dans un endroit où il n'^voit qu'un seul courant. Il se trouvoit alors àquatrè jours de marche de la mer , k peu près* Pendant qu'il préparoit un grand nombre d.6 bateaux pour passer le fleuve , une multitude de Barbares s'assemblèrent sur l'autre rive pour s'opposer à son passage. Annibal jugeant, à Taspect des guerriers qui se laissoient aper*^ 3 24 ;HïSTOIllJe cevoîr j qu'il ne suroît p9S possible de traverser à force ouverte , ni de resler.eu placé sans ris- quer d'étrçr attaqué de toutes part> , se dëter- mina 9 à Tapproch^ de la troisième nuit , de détacher une partie de ses forces s^us le com- mandement de Hannon, fils du roi Bomilcar, avec quelques-uns des babitans pour guides. \ D'après ses ordres ^oe détachement remonta le long jdu fleuve l'espace de 200 stades , et lorsqu'il Eut arrivé à un endroit où le fleuve est séparé en deux bras y par une petite ile, il s'ar- véta* Les soldats^ qui le compQsoient coupèrent (Jet arbres dans la foret voisine , les lièreut fos^mble^ «t, en peu de temps, ils construi* aireçt un npmbre de . radeaux suffisant pour traverser le fleuve. Après l'avoir traversé sans opposition, ils employèrent le reste du jour à se reposer de le.urs fatigues , et à se préparer ^ Texépution de leurs ordres. Annibal^de son ppté , se tenoit prêt à traverser au moment favorable , avec le reste de son armée ; mais rien ne l'embarrassoit. plus que ses élépbans ^ qui étoient au nombre de trente-sept. Chap. 43. A la. fin de la cinquième nuit, lorsqge Je jour commençoit à paroître , le dé- taphemeut qui avoit traversé de l'autre côté 4t^ flpuve ^ a'ayança le long de ses bords , ver^ DU PASSAGB BBIl ALPES. 85 Fendroit où étoient les Barbares. Dàjasie même moment , Aonibal fit embarquer sur les à If^ d^^M^rte ^revipti^Uç &^à HOmbre-d'entr^eult^Vpi^pt été îtqiés ,e!V 1^^ autr^ mis en fuite* A peu 4e distapij^rdii camp des? C^trth^g^ois , ils ^voient :rerfpQt)t#;4 1^ petit dé-v twKemeiat dç /^ftsialerie .en^^oy^ . par FubUi^ 5S . HTSTOIRS CdrneKus; Ces ifeciY corps s'étoiem battm wte tàDX d'aobarmeiDeDl , que , du cote des Romaine et desOauIois qui }es ac^ompagnoidot , environ l4o avoieal e'Ié' tués ; et de Pautre côte , plus de 5)oo N^tnides. Cen:x-ci furent pourstiitid par les cavaliers romains , qui s'approchèrent deb' retrancbietnens des Carthaginois, pour exa* miner leur 'pomion. Ils retournèrent en toute diligence , pour informer le consul que l'ennemi ëtoit* arrivé. ' ^ Fôblius j sans perdre de temps , fit mettre font i^ hagage su)* les vaisseaux , et s'avança avec toute son armée le long du Rhône , pour ilttaquer les Carthaginois. * Le lendemain , après l'assemblée , et dès qU0 le jour* pamt , Annibal plaça sa cavalerie du cote' de la mer , comme un corps d'observa- tion ,.et ordonna à sorf infanterie de sortir do- ses retranchehicns et de se mettre en marche^ Four lui, il attendit les éléphans et les hommes qui ëtoient restés avec eux de l'autre côté avaat sur la rivière ; et^ coinnbe il «tbit i craindre que la rapidité da^flènVe n^èmporCât toal Passeœblage , on • l'aBSUJettit dn côié qui ^toil exposé an courant ^ par des cables qu'on attacha aux arbres du rivage. Quand cétte^spèoe de pont eut été amené à la longueur de deujt plètfares (170 pieds de France) , on. fit arriver à son eitrémiié deux autres radeaux , beaucoup plus grands et d'une meilleure construction ^ qu'on! avoit réunis fortement l'un à Tantre , et qu'on lia aux premierédé telle façon que les liens passent se ^couper aisément» On t^buvri* tout l'ouvrage de terre. et de gazon y de ma-^ nière à offrir aux éléphans un aspect tout sem^ blable au chemin par lequel ils dévoient y arriver. On plaça à leur tête deux éléphans femelles , qu'ils suivirent sans hésiter. Lors* qu'ils furent parvenus sur les deux grands ra* deaux avancés , on coupa les liens qui tenoieni ces radeaux attachés aux premiers , et des ba* teaux les remorquèrent avec des cordes de l'autre côté du fleuve. Les éléphans , quand ils se sentirent en mouvement au milieu des eaux , montrèrent d'abord de Tinquiétude et de l'effroi : ils alloient et venoient d'un bprd à l'autre des radeaux qui les portoient j mais msTonœ f effroi lOféme les y retênoit. Il y eu eut oe^ pcodâBl ^uelqiues^uns qui, en s'agitant, tom- bèreot xiansla- fleure : lïiais leur -chute ne fui fatale Qu'aux conducteurs. Ils se mirent à nager , en ^vant leurs trompes au-dessus de l'eau ^ pour respirer ; et, malgré la rapidité du fleuve, ils arnvèrent sans autre accident à l'autre rive. Nous interromprons àci la narration de Folybe , pour tracer la route d'Annibal depuis Carthagène jusqu'au AhoDe , pour voir si la distance qiie.xet auteur, nous donne depuis Emporimn (àujdurd'iiui Ampurias) j s'accorde avec les distances actuelles , et pour déterminer l'endroit où l'armée cai^rthaginoise traversa la fleuve: t . ■ » j • f . it Anniba?. Son arm^e pe pouvoit pas s'écarter de cette route , parce qu'elle traverse le pays plat. ^ situé entre la mer et une ehaîne de modtagnes , donc la lisière commence à Carca^acne y passe par Zjodèue, AnduêBy jélais,el vient joindre le Rhône k F'ivit^rs. Ce pays plat, à la hauteur de Narbonnej de Béziersei de Montpellier , n'a que sept à huit lieues de largeur. Il y a même dés c<;>IIines qui , eh s'avançànt Vers lé Midi , le rétrécissent encore davantage. Avant d'eiaminer les distances depuis Em^ porium, il faut eiLpIiquerla méthode que nous suivrons. Nous les présenterons toutes sons k forme de tableaux , qui comprendront quatre» colonnes. La première renfermera. les noms modernes I)¥ PASSA^GE DES ALPES. 45 i^es villes «t villages par lesquels passe la route que nous cfaercfaous. Dans la seconde ^ on trou- vera les noms romains correspondans aux noms modernes , tels que les donnent les ilinëraires romains. C'est dans la notice de Tancienne Gaule , par d'Anvîlle , que j'ai trouvé principalement les noms qui se correspondoient j depuis les Pyré-> n^es jusqu'au sommet du passage des Alpes ^ où ëtoit la limite entre la Gaule et l'Iialie. M. d'Ânville s'étoit donne beaucoup de peine dans cette. recherche, qui prësentoit d'aâsez grandes difficultés y parce que les noms n'ont souvent entr'ieux aucun rapport d'ëtymologie , et parcQ que les routes modernes s'écartent quelquefois un peu des anciennes voies romaines, pour passer dans les villes » et pour profiter des ponts établis sur les rivières. La troisième colonne de ces tableaux ren-^ fermera les distances en toises , mesurées avec le compas sur la grande carte de France , en l8o feuilles , par MM. Maraldi et Cassini de Thury , dont l'échelle est d'une ligue pour chaque cent toises. Cette exactitude dans les mestures étoit absolument nécessaire , pour qu'il ne restât aucun doute sur les véritables dis- tances , et pour que chacun fut à n»éme de les ;[rérifier. , T 44 HISTOIRE La quatrième colonne pre'sentera ces^ mêmes distances , réduites en milles romains et en cen*- lièmes de mille , à raison de 766 toises par mille. M. d'Anvîlle a trouTe que îa moyenne do plusieurs mesures, prises en divers endroits où Ton avoit trouve des pierres mîlliaires , donne 755 toises et demie pour la longueur du mille romain. M. Bailly , dans son histoire de Tàs- tronomîe moderne , dit que les Romains com-' posèrent leur mille de huit stades grecs , qui font 756 toises. Le stade étoit , suivant Pline , de 625 pieds romains. Huit stades fercHU donc 6000 pieds , qui équivalent à 4553 pieds de France , ou 755 toises 5 pieds. Je viens maintenant à la distance depuis Emporium jusqu'au passage du Rhône y qui est , suivant Polybe , d'environ i6oo stades y ou î2oo milles romains. Pour procéder avec ordre , et pour que W remarques relatives à la géographie soient cha- cune â sa place , nous partagerons cette dis- tance en quatre parties. Première distance. Depuis Casielkm de Ampurias y jusqu'au sommet du passage des Pyrénées , appelé Summum Pyrenœum dans les iiineVaires romains. BU PASSAGE DES ALPES. 45 ' Il n'est pas probable que la voie romaine passât par Pigueras > le détour est trop grand , mais par Peralada , qui est sur la ligne directe de Ampurias à la Junquera. Les distances détaillées sont comme suit : NOMS MODERNES. NOMS des Itinéraires romains. TOISES. ■ -sa» MILLES romainii et dé- cimales* De Castellon de Ampurias à Peralada . . La Junquera . . Fort de Belle- garde £mporium Jungaria Summum Pyraen. 4,100 8^206 5,900 5,4a io,85 5,16 - Total. . • . 16^200 21,43 Empories , ou Empurias , étoit un port de Catalogne , où Tes flottes romaines venoient souvent débarquer leurs ti'oupes. Il .y avoit là deux villes séparées par un mur , dont l'une étoit occupée par des Grecs originaires de Pbocée , comme les MarseilJois j et l'autre étoit liabitée par les Ibériens , ou Espagnols. On peut voir dans Rollin (1) les précautions que les Grecs prenoient pour se garantir des attaques des babitans du pays , tout en faisant (1) Histoire rom.; tom.TII, pag. 47. Édit, de Paris de 174a. 46 HiSToia* le commerce avec eux. Ce qui coiStribuoit à leur sûreté , c'e'toit la protection des Romains y dont ils cultivoient Tamitié avec autant de zèle et de fidélité que les Marseillois. Ce port est à l'embouchure du Fluvîa , ou Clodiano : il a donne son nom à l'Ampurdan (i). ïi.^ Distance. Du Fort de Bellegarde à Nar* bonne. Les distances détaille'es sont : NOMS jhookrnÈs. De Bellegarde au Boulon . . • . Elne 6asteI-Rau88tllon. Salua La Palme • • . • Narbonne . . . . NOMS des Ilinérairea romains. MILLES romains ctdë- cimalea. Ad Stabulum • lUiberis . . . . Ruseioo .. • . • Salsulœ. . . . . Ad Tîgesîmum Narbo Martjus. Total . 50,700 67>o7 Les itine'raises roniains ne comptoient que 64 milles depuis le Summum Pyrenœum jus- qu'à Narbo y ce qui feroit croire que Téchelle de la grande carte de France fait les distances un peu trop grandes. Cependant ^ comme les itinéraires ne donnent que des nombres entiers, (2) Buscbîng, lom. VI, pag. 227. DU PA5SAOB DES ALPÉ8; itf ei ne lieonent aucun compte des fractions , il seroit possible que ces fractions se montassent à 5 ou 4 milles y plutôt en plus qu'en moins ^ wr une distance de 64 milles. D'ailleurs , le ca^ raçtëre des routes roniaines étoit d'éti^e tracée^^ en ligne droite , autant que le pays pouvoit Iq permettre, llUberU avoit été une ville considérable du temps des Romains. Elle prit ensuite le nom àHIelena , aujourd'hui Elne > dont le siège épiscopal a été transféré à Perpignan (i). . La voie romaine passoit par Ruscino y au*- jourd'hui Castel'Roussillqn, situé sur le Tet ^ enire Perpignan et la mer. 3.^ DUtance. De Narbônne à Nismes. KOMS MODERNES. De Narbônne à Béziers . . • . Su^Thiberi . . . Meze •..,... Gigean Soustanlion . • . Uchaut. • • . . . {«Sismes ...... lïOMS des (iiiiéi*aires romains. Baeteme Cestero . Forum Denoiiiii . Sentantio. . . . . Ambrustam • • . INemausus . . . . Total. . . . TOISES. i3^3oo 9,3oo 8^000 6;aQo 9>ooP i9,PPo 6,000 69,800 MILLES romaint cimules. 16,37 io,5S 8,ao 92,52 (1} Géographie anct de D'Anville, tom. |, p<')g. Ô7. ^ 48 BiSTOiRi: ê . La distance que les itinéraires romains mar«* quent de Narbo à N&mausus j est de gi milles. M. d'Anville nons apprend (i) que cette* dis-^ tance , en ligne droite , par une mensuration faite sur les lieux , avoit été trouvée de 67,600 toises , ou 89,29 nùUes romains. Il ajoute qu'à cause des localités^ il n'est pas possible que le chemin soit partout direct et en ligne droite , et par conséquent , la distance re'elle peut avec une grande probabilité , être e'valuée à 92 milles. On pourroit encore conclure de là , que l'e'chelle de la grande carte de Fraiice donne les distances un peu trop grandes , puisque les mesures prises sur cette carte sur- passent de a3oo toises, ou d'un 3o/, celles qu'on avoit prises sur les lieux. La. voie romaine passôit par Soustantion, petit village à trois milles au nord nord -est de Montpellier. Ambrussum , où cette voie passoit aussi y étoit situé sur la petite rivière de la P^idôurle > a i2 ou 5 milles au^^dessus de Lunel ^ là où sont les ruines du Pont d\4mbrois. La 4/ distance est celle de Nismes au pas* 5age du Rhône. (2) I^otice de l'ancienne Gaule; parD'AnTÎUe^ pag. 478. Paris, 1760. DU PAS8AGB DES ALPES; A^ Quoiqu'il y ait eu 4es opinioB» diverses sûr le lieu où Annibal traversa le Rhôfie , bous ver- rons dans le chapitre suivant que Vendroit qiu convient , à tous égards , au récit de Polybe y est à une petite lieue au-dessus du grand vil-* lage de Roquemaùre > et à quatre lieues au- dessus d'Avignon. Voici les distances : De Niâmes à Remoulms • . . • au petit village de Rochefort • . • . à Roquemaùre • . . -m** TOISES. I0|000 6^000 6,5oo aa^Soo MILLES romaîos* 7.9* 8,60 Total. • • • Ajoutons maintenant les quatre distances de*- puis Castellon de Aœpurias jusqu'à Roque- maure ; nous aurons pour total y diaprés la grande carte de France y 210,59 i^îl^^^* ^^ t d'après les itine'raires romains ^ nous aurons 206,130 milles. Ce résultat différé bien peu de la distance assignée par Polybe , d'environ 200 milles , il ne la surpasse que d'un 52*. Les distances de Polybe étant en nombres ronds , nous devons nous attendre , en les comparant avec des me- 4 \- SO. œSTOIBB 5ures cixiHPite , à trourer 4e peiites cUfféreDces ^ en plus, ou «fi liiok^. Daûs le chapitre suivant ^ après avoir fixé d'une manière sûre la partie du cours du Rhône au l'armée carthaginoise traversa ce fleuve , nous chercherons File où Hannon le traversa avec son : détachement , et nous commencerons le journal de la marche de l'arme'e depuis son arrivée ^ur les bords du Rhône. C'est à cette époque que Polybe commence à nous donner , pour ainsi dire ^ jour à jour , les opérations de l'armée y jusqu'à son arrivée au pied des Alpes, du côté *de l'Italie, Nous verrons que ce jour- nal est partout d'accord avec les distances et les localités , pourvu qu'on suive avec le plus gr^nd sqrupule les renseignemens que l'auteur grec nous donne. DV PASSAGE DES ALPES. B% CHAPITRE III. Détermination du lieu où Annibal traversa le Rhône. Joutnal de Vexpèdition depuis Varrivée de l'armée sur les borde du Rhône. JLIepuis Nismes , la voie romaine descendoit pour traverser le Rhône vis-à-vis dH Arles j et remoDtoit ensuite à Capaillon^sxxT la Durance. Mais nous allons voir qu'à Nismes , Annibal quitta la direction de b voie romaine pour pas- ser le Rhône dans une partie de son cours plus éloignée de la mer. Polybe prend un soin particulier pour faire connoUre d'une maniëre précise , et sans laisser aucune incertitude y le lieu où l'armée cartha-» ginoise traversa ce grand fleuve. Il fait m^ation de quatre circonstances qui coïncident toutes au même point. Nous allons les détailler. 1 .* Le lieu du passage du Rhône étoit à aoo milles d'Ëmporium ^ ou de Ampurias. a.^ C'étoit un endroit où le Rhône nWoit qu'un seul courant ^ c'est-à«-dire ^ oùil n'y avoit ISà HÏSTOIRB point dPîIes qui divisassent son cours en deut ou plusieurs branches* 3/ Cet endroit se trouvoit à peu près à quatre jours de marche de la mer. ' 4.'' II e'ioit à 600 stades , ou 76 milles plus bas que Tembouchure de l'Isère dans le Rhône. . La première circonstance ne suffiroit pas seule à déterminer le point que nous cherchons ; elle nous empêche seulement de le placer plus baut que cette partie du cours du Rhône sans iles j qui est au-dessus de Roquemaure. Car si Ton vouloit) par exemple , remonter jusqu'au pont du St. Esprit, la distance seroit de ai 5 milles , en suivant depuis Nisraes la grande route qui passe par Remoulins et Bagnols:. Cette distance s'ëcarteroit déjà un peu trop des flôo milles de Polybe. La seconde circonstance y c'est-à»dire une partie du Rhône où il n'y eut point d'îles , et assez étendue pour qu'un grand nombre de bateaux pussent traverser en même temps , se rencontre au-nlessus de Roquemaure , et s'ë- tend , en remontant le fleuve , jusqu'au village de lilontfaucon. Entre ces deux villages , il y a un espace de 1800 toises , où le Rhône n'a point d'île et où il n'a que âôo k 3oo toises de largeur \ tandis que depuis Roquemaure a BU PASi^Af^ VK^ ALPES. SS Avignon , ,il y a df gr^^des i]^s y qui pianag0at le fleuve en plusieurs i^ras (i). M. De Sau9^ sure (â) , de'crivantla vue dont pnJQjaît depuis le cbâtiç^u . d'AvigiiÇin ^ àix : (( On a sous ses )) piçds IjQ Rbôqe^ qui , divisé en plosieufs bras ». tortueux y (otime un nombre d'îles, couvertes » d'arbres et de h plQ& belle verdure. Il.seoiblo )> que ce sont plusieurs rivières quvipi se^ ri^'u- » niss^nl , là se séparent pour ^^ rejoindre » encore et s'entrelacer de; mille msiuièr^ » différentes ». Au-dessus. d^ petit village de Montfaucon^ il y a ukie île fort grande,, vis-à-vis de Cade-^ brousse , et plus baut, jusqu'au-delà du pont du St. Esprit, le courâ du Rbone est constam- ment eatrecoui3é d'une multitude depethestles. On conçoit aisément qu'une armée qui veut traverser un fleuve sur un grand nombre de ba^ieaui , cboisit un endnoit où aucune île ne peut arrêter ou gêner leur passage.; Ce fût par cette raison qu'Annibal choisit l'espace sans îles y qui est au-dessus de Roquemanre. , (i)r Tontes les iks qui se trouvent dénis . le cours clu El^ônie so^l représentées avec la pluSigi^i^de exac- thude dans la grande carte de France ^do^' j'ai 4é|li fait mention. , (2) Voyages dans les Alpes ; 5^543. 64 HISTOTRE • y^t&isième aireonstances Le lieu dd passage eioit éloigne de la mer de quaire jours de ifiarche , 4 peu près. ' ' Un jour de inarehe pour une armée , éiolt de i5 milles , ou t^inq lieues. Si nous mesu- rons 60 milles, en remontant depuis Pembou- chure actuelle du Rhône y nous arriverons à 4^n!iiHês' âif^dessous de ftoquemaure. ' Le^ distances mesurées sur la grande carte de Franfce sont: Deptt^ l^émbonchare orientale du R1i6fle }UjBqu'à Arles «••••.. sS ' — -r^, Tarascon .*...•.. 10 * — — Avignon » ••• ^ ..;.,.•. . i5 — — Sorgues . . . • • 7 — — Vis-à-vis de Boquemaure ... 65 ' . M^— ^— *^i^> I II I > I Tôt Ali. . . . 641mi|IeSf Cette distance se trouYe trop forte d'an moins 6 milles , car Polybe , en faisant mention des quatre jours de marche , se sert du moxpre^ue. Mais , F>embouchure du Rhône étoit-elle aussi avancée^ il 3^ ^ deux mille ans y qu'elle l'est à présent? Ce n'est pas à présumer. Le limoti que le Rhône cbarie constamment dans la mer, forme des âtterrissemens ;' et si l'on supposoit que depuis dçux n^ille aos y ,ces atterrissemens i^i*-^»w > I 1— mJw BU PAS9A01S BBS ALPES» SS se soot ayaocës de 8- a lo milles ^ ou ne ^ecar^ teroit peat-éire {)a9 de la vétivé. M. Daiiao ^ dans ^n Mstôire naturelle de la Ptopence ^ publiée en 1783 y dit , p. 262 y a que la y> Camargue est un grand terrain qui forme « ]»' par sa position , nu triangle iéqnilatéral , ayanf D sept lieues de longueur de chaque côte. Cette D t|e sépara les deux bras du Rhône ^ qid se ]> divisent au-dessous d'Arles. Son enceinte D et oit moins considérable autrefois. Les at^ )> ternsseroens successif qnç le Rhône a for^ ]> mes à son embouobure^ l'ont aggrandie. La ]> tour de St. Louis y qur fat élevée près des »:. bords de la xàet \ en i65q yen est éloignée i> aujourd'hui d'une lieue. » - * li!embouchàre du'i^hône étant un point de. départ incertain ,' et son cours la'^tânt pas en ligne droite, mais faisait de grands dëionrs jus-^ qu'à Roqueniaure 9 )'ai oberohé sur ^a grande carte de France^^ la partie de- la' bote qui ne doit pas ravoir changé depuis deiil mille ans^ C'est au ^illagç' de Vôt , ûiûé sur tine colline basse , a neuf millestÀ l'ofient de l'eoibonchure dti Rhône. Depuis ce village> jusqu'à l'étang de JSer/Te^ily a uoe>s|uiieide.^Hme^ N'ous avona dbucilfi i'^ncieniiè eôt^.'Les^aédifne0S d«i Rh^ocr n'jT soiit)aalai6 arrivés ^parbe'^'ilî» sont poosset B6 HurroiRjB vers Pooesl par tus oourafit de la mer y qm se dirige GodstammeDt de l'est à l'ouest dans le golfe de Ijyoïl. Ces sédimeiis vont combler les ports de la cote deTaDcieii Langnedoc. Aigue^ ' morte eé çst ùo exemple : c'ëtott autrefois uq port y qui ^est maintenant à 4 ou 5 milles de la mer.- . . Si dose Ton mesure depuis Foz jusqu'à Orgon , sur la Durance , en passant par les villages de Salon et de Sérias , et depuis OrgoH par Sorgues^ jusque vis^à^-visde Roquemaure^ la distance se trouvera de 43,3oo toises , ou Bj milles et un tiers. Cette distance correspond eiactement à l'expression de Polybe ^ soit aux quatre jours de matxhe , à' peu près , dont il eit dil que l'endroit du passSage du Rbône éioit éloigné de la mer ; car quatre jours de marche pour use armée y , font 60 milles; La ijuatrième circonstance qui cantribue à déterminer le lieu du passage du Rhône , est la distance, depuis ce point jusqu'à liseré* Elle se tire de la distance totale depuis le passage du Rhône jusqu'à la montée des Alpes, qui est de i4oQ stades^ car nous verrons an chapitre 5o de Polybe j qu'Aniiibal parcourut une dis- tante de 800 stades ^ depuis l'Isère jusqu'à la aMntée des Alpesr U faut >donc retrancher ce BU PASSAGE DES ALPES. £7 nombre do précèdent , et U reste 600 stades , ou 75 milles , pour la distaoce depuis le passage du Rhône jusqu'à l'Isère. ; IK nous les comptons depuis cette rivière , en descendant le long du Rhône , nous arrivons exactement vis-à-vis de Roquemaure (1). Les détails de cette distance se trouveront dans le chapitre suivant. Cette dernière circonstance est celle qui fixe de la manière la plus précise y le lieu du pas- sage du Rhône. lïous ne pouvons donc pas nous tromper sur ce point très <» important de la route d'AnnibaL Le passage de l'armée carthaginoise s'opéra en plusieurs traversées y dont la plus considé- rable put être de dix mille hommes. Suppo-^ sons qu'Annibal eût rassemblé pour cela 60 chaloupes et aoo bateaux ; supposons, en outre^ que toutes ces embarcations fussent rangées les unes à côté des autres sqr le rivage y aux en- virons de Monlfaucon ; elles dévoient occuper un espace de 5 à 600 toises ^ mais le courant étant très-rapide , elles étoient entraînées fort (1) Le plus faaot point de l'embarquement de Farmée ponr passer le RhAne fut cependant à aoco toîses de cette petite ville , comme nous le verrons plus bas. 5S HISTOHIE bas 9 avaùt qu'à force de rame» , elles ptissem atteiodre l'autre rive. Supposons qu'elles des-» cendissent de trois fois la largeur du Rhône^ qui , dans cet endroit , a 260 toises de largeur; les bateaux les plus bas ne pouvoient donc ar- river sur la rive opposée que i4oo toises au-*- dessous de Montfaucon , c'est-à^ire 4 ou 5oa toises plus haut que Roquemaûre (i). Les chaloupes sur lesquelles la cavalerie tra- i^ersa ^ sont appele'es lembi par Polybe. Il pa* roît que c'etoient des galères à un seul rang de rames , capables de naviguer sur mer ; car on les employoit souvent comme bâtimens de guerre. Polybe (Livre III, chap. 16.) dit que Déraëtrius Pharius ravagea les (les Cyclades avec cinquante lembi ; et dans le Livr^ IV ^ (i) L'on trouve dans la Notice des travaux de l'aca- démie du Gard, (»endânl Tannée \%\i (2.^ partie^ pag. i55-i- 157)» l'extrait dm mémoire de M.Miirtin de BagnoU sur Fendrait oh Anaibàl passa le Rhôoe^ Ce savant le fixe, par des observations faites sur lef lieux, à Tancien passade de V Ardoise^ à une lieueau- dessus de Roquemaure. Ainsi , quoique je n'eusse au- cune connoissance des recherches de M. Martin , je me trouve d'accord avec bii y puisque j^ {^jlape le plus haut point de rembarquement à 2000 toi&es au^qssu^ de cette. petite vâUq. . / r BU PASSAGE DES ALPES. 5^ C« ^9 y que Philippe s'engagea à faire It guerre contre les Œtoliens , arec une floue de trente lembh Nous Toyoos dans Tite-Live (Livre 44 ^ €• d8.) j que Perseus envoie une flotte de qua-^ rante/em6i/pour protéger, contre les ennemis, des bâtimens qui transportoient du blé des ties Cydades. . Les pirates les etnplojoîent sur la Méditer^ ranëe , parce qu'on pouvoit les faire aller à la rame avec une très- grande vélocité. Polybe nous apprend que les habitans des bords du Rh6ne en avoient un grand nombre pour faire le commerce sur mer. Ces bâtimens furent donc d'nne très-grande utilité pour transporter la cavalerie de l'armée carthaginoise. Quant aux trente •* sept éléphans , il paroît qu'on les fit passer tous à la fois , vu la grau* deor des deux Tadeanx réunis ensemble , sur lesquels on les transporta ; car ces radeaux éto^Dt beaucoup plus grands que ceux fixés au rivage , qui avoient déjà cinquante pieds de largeur. Cette idée est d'autant plus vraisem-*- blable , qu'il auroit fallu trop de temps pour ramener chaque fois ces vastes machines d'une rive à l'autre , sur unfleuve aussi large ei aussi rapide que le Rhône. 66 HISTOIltB Il nous reste à chercher File ou le detîidhe^ ment d'Haanon , fils da rot Boaûlcar ^ traversa le Rhône sur des radeaux. En remontant ce fleuve l'espace de 300 stades , ou sS milles ^ depuis Roquemaure , on arrive phis haut que le pont du St. Esprit , et même au-delà de l'embouchure de l'Ardèche dans le Rhône. A 33 milles et vis-à-vis de La Palud ^ on trouve la pointe d'une ile longue et ëtrcnte , qui a 2800 toises de longueur , et sur laquelle sont deux hameaux. Le milieu de cette tle est doue à 2b milles de Roquemaure. Ce fut probable- m^ent là qu'Hannon traver^ le Rhône avec ses troupes. Lfëpoque à laquelle Annibal arriva sur les bords du Rhône , peut se fixer à l'equinoxe d'aU'* tomne, ou plus exactement, auaS septembre. Ce jour , comme nous le verrons dans la suite ^ se déduit par un compte rétrograde de celui de son arrive'e au sommet des Alpes* > Voici remploi des jours , depuis son arrivée au passage du Rhône jusqu'à son d<^art pour remonter ce fleuve Içlong de sa ri?e gauche ou orientale. , . Premier et second jours (les 2^6 et 27 sep- tembre) , employés à rassembler des galères et des bateaux. ^ BU PASSAGB BE5 ALPES. 6l La 5/ nuit, départ des troupes d'Hannon. Le 3/ jour , construction de leurs radeaux. Le 4.* jour , leur passage du Rhône et repos. Pendant ce même temps, Annîbal ne restpit pas oisif : il achevoit ses préparatifs pour le passage de son armée. La 5/ nuit ; retour d'Hannon le long de k rive gauche du Rhône y vers le camp des Bar- bares. Le 5.* jour ( le 3o septembre) , passage du Rhône par toute l'armée. Le 6." jour , assemblée de l'armée cartha- ginoise. Départ des 5oo c^'^valiers numides , et leur combat avec les cavaliers romains. Le 7.* jour , départ de l'infanterie pour re- monter le fleuve. On achève la construction des radeaux , pour transporter les éléphans dans une seule traversée. Le 8.* jour , passage des 67 éléphans. • Re- tour des cavaliers romains au camp du consul. Le 9.* jour (4 octobre) , départ d'Ânnibal ' avec sa cavalerie et ses éléphans , pour remonter le long du Rhône. Nous aurions pu , pour donner plus de temps à l'infanterie d'avancer dans sa marche , assigner un jour de plus pour le passage des éléphans, à cause du temps qu'il fallut pour construire les 6 a HISTOIRE doubles radeaux que Pou fixa an rivage , et ceux sur lesquels les ëlephans traversèrent en étdDt remorques par des bateaux ; mais Ton peut supposer que ce travail avoit de'jà été com- mence pendant l'absence du de'tachement d'Hannon. • Nous reprendrons la narration de Folybe dans le chapitre suivant. ^A«VW'^» V BU PASSAGE DES ALPES; 63 CHAPITRE IV. Narration de Polybej contenant la marche d^Annibal depuis le passage du Rhône jusqu^à Ventrée des Alpes. Description du pays qu^on appeloit l'isle. — Annibal dans sa route affermit sur le Trône un Prince Allobroge. Chap. 47. X-JORSQUeIcs eléphans eurent été transportes de l'autre côté , Annibal les plaça avec la cavalerie , à l'arriëre-garde. Il les con- duisit le long du fleuve y laissant la mer der- rière lui , se dirigeant vers l'est 9 et ^ pour ainsi dire , vers TinteVieur de l'Europe. Le Rhône prend sa source au-dessus du golfe Adriatique , inclinant vers l'ouest , dans cette partie des Alpes qui s'abaisse vers le nord. Il coule vers le couchant d'hiver (1), et se jette dans la mer de Sardaigne. Il suit pendant long- temps une vallée , dont le côté nord est habité par les Ardues Celtœ , tandis que le midi est bordé par ces pentes des Alpes qui descendeni — i»^— wi— — — — — — ^* (1) C'est-à-dire vers le sud-ooesl* 64 HISTOIRE vers le nord. Les plaines sur le Pô y dont nous avons de'jà beaucoup parle , sont séparées de la vallée du Rhône par les sommets des mon- tagnes ci-dessus mentionnées, qui s'étendent de- puis Marseille jusqu'au fond du golfe Adriatique. Ce fut en passant ces sommités qu'Annibal entra en Italie , depuis les bords du Rhône (i)^ Chaf. 49. {Trois jours après que les Car-- tliaginois eurent levé leur camp, le consul ro- main arriva à l'endroit où les ennemis avoient traversé le Rhône. Il fut extrêmement surpris qu'ils eussent pris cette route pour aller en Italie , car il ne croyoit pas qu'ils fussent assez téméraires pour l'entreprendre. Il retourna sur- le-champ yers ses vaisseaux , se rembarqua avec son armée, et retourna en Italie, pour atteindre, le pied des Alpes avant Annibal. Annibal ayant fait une marche de quatre jours depuis le passage du fleuve , arriva à ce qu'on appelle l^Isle , qui est un pays peuplé et fertile en blé. Il tire son nom des particu- larités de sa situation ; car le Rhône d'une part, et le Soôras de l'autre , chacun coulant le long d'un de ses côtés , lui donnent une figure en pointe à leur confluent. »!■ ■ ' , 11 I J I ■■! I II !■ I ■■■— — — — i— ^— ^.M^W. (1) Le chapitre 48 se trouvera cité dans'oBe autre partie de Touvrage. BU PASSAGE B£3 ALPES. 65 . • • • Ce pays resse^mble beaucoup , pour la gran- deur et pour la forme , à ce qti*on appelle le Delta en Egypte , excepté que Ta hier et les bouches des fleuves (i) férmeut uh des côtés de ce dernier, et qu^undes côtéâ'du premier est ferme' par dés montagnes d'une approche et d'une entrée* difficiles: nous pourrions dira même qu'eîlès sont presque inaccessibles. A son arrivée dans ce pays, Annibal trouva deux frères qui se dîsputoi'entla souveraineté , et (Jiii étoiénr catnpîésf Pun devant l'autre. L'aîné iint à lui , et lui deîlisinda son assistance pour te maintenir dWnssod gouVernement. Annibal^ voyant d'n'ne h)amère évidente tous les âvan- tages qui.fen ré^ulieroîenr pour lui, prêta une oreille favorable à sa demande. Il joignit ses forcera céllefs de lie prîbcè, et chassa l'autre» " Pour prtx de c?e sèriiôe , 'Taîné , non-seule- ment fournit libèrafièmenf Parmëc de provisions et d'autres^ choses riëfeessàirès *, mais encorfc il dôbna aux soldârtsdèé afrihés neuves , à la place dé eèlles qui étbiéht* vieilles et usées. Il fournît de plus à la plupart; d'entPe ux , des vétemens et même des chaussures, pour les mettre ea état de passer les montagnes. (i) Les CBibouchurei des den;^ bras du NU. 5 f 6 Hf STqiïi;E Ce qpi fflt. pqwr e\x% \^n ^çrvice plus ess^n^- ^iel , ç'çst quç çç^ pripçe fai;qfia avec ses t^o^ipe^ l'^f r^çrç-g^rde (}ç.s C^ribagipoist pour lesi i»eUre ^ l'abri de tout daùger , pendant quHIs traver-' épient le territoire des Gaulois appelés Allo^ Ifroges. Il protèges et assura aîpsi leur marche^ jusqu'à l'entrée dans les Alpes. Chap. 5o. Annibal ay^t.mardi^ pendant 4îi JQprs le long dq fleMve , :et ayant parcouru tine distance de 800 stades j, compaeqça la^ ^tpntée vers ]es Alpçs: c'est a^Qrs qu'il fut ex- posé à de très-gran(^s dangers* X^nt que spa armcfe fut dans |e. pl^t pays , les, chefs inférieurs des Allqbrpgç^ s'etojent tentas. joignes , crai- gnant la cava)e^i|i y p^ l^s ^rb^res qui escor- Soient l'arçnée. r ' Nous susipefidrons u^e, seco^ide ifpis l^ nar- tattpx) 4^ Polyb.e , ppuf difierupRner la rpplc que siuivit Apqibal jusqu'^ Tentrife îles, Alpes ^ pour cofçpf^ei* les ^ dist^fif s» , ppvi: chercher qt^ejle est la rivière que l^olyb^ appela Scôrqs^ q\ q^^elk p^^ie de l'ancien Ps^pjfûpé ét^eitç^m- pris^e dans 1^ pays qu'pci «^p^elpit l'isfe^ (j 1 BU PASSJi») m» ALPES. 67 h * * , ( ' I Alpes. — (^«^//s p>Â^/^.!2^«/i^§côrfl|s. r— ^ arriva ^' dé ^u^o» -aftpeloft; ^/W« /' qui lest un cripùon géographique qu^il (aîl de ^e^ pifjs'y it est )é?»deiitJd ëoo^èlâdes^ ou yâ milles rotiia)iÉ fi^ogu^îl'avôpé vu d^os le c^piire m ,'eâ^eher(^am' le lieu du pasisage dti Rbôn^. Ij:^ ^taferiè'et k nè'\o'uIbit 'com- ballre les Romains qu'en Ilaliè?."'C*est pôjiWcela qu'il fit prendre le devant à son infanteine ^ pep^»rHtq»'i*YelD jSîieeavialeariev'il aitbado^ Ips 41ét>i|a^ QUft»Mi 4raMerfi3j IjBiSiaidoiiiQ'ioii d'i^il|eyr$ si ayaku^'o pôun^p^se^J^f» Alpes ^fju^; cettie r^i^OiL &^le. aulr '>-.'■>■ i DU PAS3AGE.DfiS ALPES. ^9 et dé- II y a./. . , I^epuis Morqas à La Palud . - PierreUite . * i » i- . < - Donzère. . . - Monteliiuart - Loriol. . . . -'Valence. . . - Port-s.-risère 74joo . Ç^ nombre pe* diffère que li'un seul mille de celui de Polybe., . « ]!^avoîercMDaiBepa^Qitpar^ri5^i;^««o(OraDge), par M^gmta Tnqas4,inorutii CSl,-PauJ-TrouiT- Çl?ateaux)^peiitje ville quj ^^v à ,4 milles la .; l'èrieut de ,1a grapde rouie ^(y,¥:eli4 ; par Acw^. ^J^iAncppn^}, çç^tit villftge $ujr leibord da {vBone 5 à. M'ois pailles de; M^ùieliûiart ;; et par' Valencia. , -; ,.;,..{ \, .. , ,.;; . .^^, ,;... .^ . ^Depuis Ammia )usqu?if risèr ç:,-lesf ilinerair A roniains marquent 69 ^ milles (1) : si à_ ce !• ) .. (4) DéValenJceà TaiaV^ré Idsqûelks^ se trouve^ le passage de l'Isère. L'Itiaéraire romai» ^àM^t \i^ fJÙ HISTOIRB^ ' nombre on "ajoute 5 ^ milles pour la distance ^u passage dû Rbope à Orange, on aura 76 milles pour la dislance de ce passage à Flsère , nombre qtil correspond ei^actement aux 600 stades de Polvbe. Cet accord , si parfait entre les distances ac^ tueiies et ôelles de Polybe , suiBrou pour prou- ver que la rivière que l'armée rencontra au bout des quatre jours de marcbe depuis le passage du Rhône , étoit bien VIsère ; mais comme quelques auteurs ont cru que cVtoit la Saône , parce qu'on trouve dans une ou deux éditions de Polybe^le mot jérarosy^i dans toutes m) ' celles de Tite-Livè le mot Arar , je Tais exa- miner cette question plus en détail. . La rivière qui, conjoidtement avec le Rhône , formoit la pointe de Vlsle , est appelée Iscar, ou Scâras , suivant les cdpicfs dé l'original grec de Polybe. Le mot jtrarôs ne se trouve que dans l'édition de Casâtkboà ,' qui , dé son chef , Fa substitué à celui dé Sèéras. Dftnd une des dernières éditions de Polybe , celle de Sch-wei-* Causer , de Strasboii^g , publiée à Leipsig en ■M-iA— 41*^1*^— ^■^^»Mil — — i— ^iwii^ BMlIes-ytpe f^-pâfiagês ëû â5uS' parties inégales^' Tune i()e 5^ et r«Hfre de 73 ^ âUWant la pr^oif licoi 4e^ dfctajMî^s.. .. __, DU PASàAbfi Ma ALPES. 7Ï 1789 y on Ht Isarùs ^ et Fatjiteâr , da6$ nn6 note, à la pégè ^gS^ dit qu'H loi adopté Ëèttë opinion d'après lés icbrijecturës des sàvâu^. Le général Mehillè , etabt à Roitië , èôa-^ SullÀ snr lé boHi dé cette riviirè lin anbieà tnaûuscril dfe Pdlybe j qu'il lliôbVi dabis là bi^^ bliotbéque du Yàtiban ^ il vit , à ik graùde isatis^ faction , le moi Isat , ou Tsaràé. M. d'AtivilIe observe qùé cette rivière né peut pas être VAttii^, oit la Sa6rië , partie ^ué é'est ed y arrivàht qù'Ânmbal entra poUt^ là première fois dans le pays des Allobrogès ; aii Keu que sll aToit àtteitit la jônblibti dé k Saône aVec le fthôné , il alirbit dejJi traversé fout leur tèrritofiré. Lés éritiqties les pltis ju* dicieux y cRt-il , s5tit donc fcdnyàikiôu^ qlië Itf nom de celte rrviêre est /^d/*, ahlèdfù. tLëlIin, dans son histoire romaine y embrassô la même opinion. On trouve dans là distieftûtion sut le pàs-^ éage des AlpeÈ par jtrihWdl , iéttiH Tite-Liùë, de M; Abàusdt (i) , lès t^drâf^ùës suivsfntëi sur le noni dé ëettè rivière : j) Folybe , le ^Itls aûktéti atiteur qtii ait >) nbfflttië cette HViVrfe , éôrlt S^ô/^aé : 6^êkt -■*^**A»» •-*■ y fc^.*> ^i^^m ■■' (0 CEàtr^ài^ei:^isrdÊld[.AI)àa2ily toiu.il;pag.i54. ya . : histoire >) ainsi qu'il enteordoit proQoneer aux Gaulois » un iDOt que les Romains adoucirent depuis » en Isara. Cependant Pecot a.niisila Saône y> dans sa version latine de Polybe , et sans » autre finesse , à ce qu'il .parpit/ , que de » mettre un mot qu'il entendoil à la place du }) Sc6ra9 ^ qui lui étoit, iqcopnu. Sigonius , )) après y avojr pense ^, proposé, ^rû|r comme » une pure.correction de.^ou. clief. Casaubon, » bientôt après ^ la fit.entr^ )usqu^ dans le » texte, grec , d'où ensuite elle .a passe dans la » belle édition de Gronoviu$ , et cela contre y> l'iptentioi^ m<ême (|e PolylpfC ; car il situe les y> Allobroges daos cette presqu'île du Rhôner y> et du Scôras , lequel , par conséquent , ne » sauroit être la Saône • comme on sait d'ail- :» leurs qu'ils n'babitoient qu'entre le Rbône et » l'Isère. )) Les traducteurs de Tite-Live , sentant bien que la rivière dont il s'agit ne peuv être la Saône , traduisent ordinairemeat le mot Arar car V Isère dans cet endroit. Gronovius , ^ dans ses notes sur Tite-Live , cite un manuscrit de. cet historien ,, dans Ipquçl on lit Bisarar ; en sorte que si, au lieu de retrancher les trois pre- mières lettres pour faire Arar , on n'avoit re- tranché que la pretnière , on auçoit e{i lêarar^ cpû auroit été évidemment VIsère. BU PASSAGE DBS ALPES» 75 En parlaDt de cette rivière • et; du KhÔQ^ , Tite-Live dit quils viennent de deux j^lpes différentes (i). En effet,, le Rhône prend sa source à la montagne de la Fourche , près du St. Gothard , qui faisoit partie des^lpes Lepontiçe ^ et TJsere prend sa source au mont Iseran, qui faisoit partie des Alpes Graiœ^ laz, Saône , bien loin d'avoir sa source dans les Alpes, vient des Vosges, près de Plombières, à 4o lieues de la partie des Alpes la plus voisine. Si Annibal éioit arrivé sur les bords de la Saône , il auroit traverse' trois fois le Rhône j la première fois à Roquemaure , la seconde à Lyon , et la troisième pour entrer . dans les Alpes. Les deux dernières anroient pris presque autant de temps et auroient donne autant cIq peine que la première, et tout cela inutile-*; ment. Polybe et Tiie-Live ne parlent que d'ua seul passage du Rhône , et si Annibal l'avoit traversé trois fois, ils en auroient fait mention., Mais la preuve sans réplique que le $c6raè de Polybe étoit l'Isère, c'est que celte rivière est à 75 ipilles du lieu où l^armée carth^iginoise ^ j (i) Les Romains partageoieot la grande chaîne des Alpes en dix Alpes particulières, qui s^étendoient de- puis les Alpes maritimes jusqu'aux Alpes Juliennes dans la Carinthie et la Siîrie. ^4 HISTOIRE avoit passe le Rhâne , et que cette arm^e y arriva au bout de quatre jours de feuarohe ; c^v ai nous voulions remonter jusqu'à la Saône à Lyon ^ nous aurions une distancé de i36 milles , âii lieu de 76 ; et il auroit fallu que le^ élé- phant et la cavalerie d'Annîbal eussent parcouru èes i36 milles en quatre j6urà, ce qui n'est pa& possible, surtout ayant ed, pétidânt Cè court espace de temps, à traversée l'Isêfe et le Hhonè pour la seconde fois. La marche de dit jours le long du Rhôôe, pendant lesquels l'armée parcourut 8ÔD stades, doit se èotripter dans le pays qu'on àppèloîf l^tslé y qui s'ëténdôit depuis reraboiîcliùré âe l'Isère dans le Rhône , jusqu'à la montée des Alpes; car celte distance et celle de i4oô stades depuis le passage du Rhône , se termi- ibent au même point , savoir la tnohiêe deé jilpes : la première fait ddnô partie de la se- conde , et le lieu où cetlô-éi sô partage en deux parties inégales, l'Uûe dé éôd et l'autre de 800 stades , est Témbouéburé dé liséré dans le Rhône.. Ainsi donc, les auteufs qui ôrôyoîenC que les 800 stades dévoient se compter dé- puis le lieu du passage du Rhôdô , ëtèiéiit clààs l'erreur. , Il semble que Polybe craignit que ceux qui DU PASSAGE DES ALPES. 76 le Hroient n6 ^ trompassent sur le pays que l'armée carihogliiolse traversa , car il rëpèie en trois Clndroits différem qu'Anuibàl marcha le long duitkàne. Voici lés trois pasésfges rap- prochés les uns des autres. Chai^. 59. (( Depuis le passage du BhÀne y y> pour ce ut qui marcihent le lon^ du fleui^ » lui^-méme ^ comme s'ils remoàioient vers seè y> sources , jusqu'à la montée des Alpes pôui> )) se rendre en Italie , il y a une distance de nx i4oo stades. )) Chap. 47. « Après èiYoir passe' le Rhône , » Annibal conduisit soà armée le long du y> fieui^e , laîs&ant la mer derrière lui , et se )) dirigeant, pour ainsi dire ^ vers l'intérieur de » l'Europe. » Enfin Chap. 5o. c< Annibal ayant marche )) pendbnt dix jours le long du fleuve , et » ayant parcouru une distance de 800 stades , y> commença la montée.vers les Alpes. » Le lieu du passage du Rhône étant une fois fiié , il suffisoit dé compter i4oo stades le long de ses bords , en évitant cependant . l.e grand détour qu'il fait à Lyon , pouf arriver à Feor droit oii Antiibal étoit entré dans les Alpes. Il falloH donc aussi que ce fût ud endroit où ces moat^gne^ toucheat k Rhône. Cet endroit ne - » » , r 7^ . HÎ8TOIKJB se trouve pas avant la chaîne de roontagnes qai «ervoiept de limites entre le nord de raneiea Dauphioé et la Savoie j les mêmes. montagnes qui fermoient le pays qu'on app^loii Flaleàxx temps des AUobroges. C'est à reuréoiité de cette chatne qui touche le Rhône qu'il falloit chercher un chemin par lequel on pût entrer dans les Alpes, et c'est là en effet que nous le trouverons. Nous avons dit plus haut que les Soo stades^ ouïes loo milles, dévoient se compter idépuis le passage de llsëre : voyons ow ils aboutiront en quittant le Rhône à Vienne , et en le ret joignant à St.-Genis-d' Aouste, ptè^ de l^en-f trée du Guiers-pif, dan^ ce fleuve. ' r NOMS HODERNES. Du port de VIsète à Taiu - St.-Vallier . . . . - Si.-Rambert , . . - Vienne - Diemoz •* Bourgoin .... - Toui-du.Pin , . - Âouste NOMS des liioéraires romaÎDS. - 8t.-GeQi8-d'Aoi]iste -. Chainpagnie^ . ., . - I^a Balme . . . . . "• Yenne. . , » . . Tegna Ursoli FigUiiae VieuDa Allbbrogum. Decimurn Bergusiufit TOISES. Augustuin on Colonia Augasti ...... Ejaima. Total. * . . j y^jôSo^ 4,600 6,76b 6^5o 1 4,^00 Q^OOO 'a,3oo 7,000 7>ooo, 1,000 ' ■3,3qo 5,3do" a,20o MILLEé romains et dé- cÛDales^;^ 6,08 8;d6 8.66 11,00 9,26 .0,26 & 'l 'l r h ' f < 4/«. ' * ' t * ^^ ' * BU PASSAGE DE» ALPES. 77 . Ce nombre dé 97 milles est bien rapproche, des 100 milles de Polybe, puisqu'il n'en différé que detr-oas milles. Cette distance $eroit moindre d:après tes itinéraires romains , puisqu'ils, fae contpient* que 92 milles et demi deptiié L'Isère jusqu'à Lavisoo, qtie l'on croit avoir e'ié ^tuë aux environs du château deChotséit^d^ns k'coq^iiMiiqe de\Stk.Pa4i], à a'millesau-^jelà de: ^eonel, sur la roéte de Chambe'ry. * L'itfneraire de M. Dulens {Édition de 1795),. marqué depuis le passage de l'I;sère jusqu^a la Tour-du^Pio'y 76 millesanglois ) qui font- 8a • milles romain$^, «tandis que les mesures prises; 9Ur Ja; grande carie 4}e>vFraivce ', ^ne nous ont; dioiooii jusqu'à ;cette.petiue tille, (^ue 76 milles' iibinaiDis«JLe^rppppr^ àe^ à*8â ^ est comment à 12^ JDïousD'votoin^que les. distances données* r par l'odomètrelfiÎLé 'aux roues d'une voiture ,' ^ sont plus grandes â^oab pas. sup>i> jS S13T0IRE * j>oser que $6s guides lui firent suivre tous les détours du fleuve ; ils lui firent éviter néces- aaireineut le grand coude que le Rbone £giitr à l^yon^ et celui qu'il fait dix lieues filus haut* pour rejoîqdre les bords de ce fleuve à St^Genis* ifAlousie et ne les plus quitter jusqu'à Vanne J Je m^ suis arrêté à la petite ville de Yenne' , parce que les 176 milles, depuis le -passage du Rhône et les 100 milles depoîsceltii de Plsère^ sont à peu près e'puiscfs ; parce que ei'est à. Yeckie que la voie romaioe^quiltoit les bords du ili}on« pour monter )a première Fisière d^ Alpes , ei parx^eque c'est depuis cette petite ville ^que'la^ plus ancienne route: du pays (la même que la voie romaine), quitte le Rhône /pourttiqvevseio ce premier rang des ^pes , qui , ^semblable à uoe haute muraille ,' barroît cette partie de'' PAUobrogie .qu'on appeloit VIsle. < ■ ./ ; . Avant que. je susse qxie la route ^ont nour venons de donner Tiiineraire- , fût une voiei romaine 5 et en , même temps la plus ancienne^ route dt^ paiy^V j'avoîs , id'après l'inspection de la grande oartCide. France, 0112 les plus petites^ inégalités de terrain sont dessinées ^ f avois , dis-je ^ supposé que c^étpit celle -qu^Annibal avoit suivie ^ et qu'il ne pouvbit «stètre écarte de^ bord^ du^Rbôçe qu'à Vienne y parce qui^em DU PASSAGE DEa ALPES. 79 les quittant plus tôt , il aiiroît eu plusieurs col-p lines à traverser , au lieu qu'en passant p^r J3!our^oin et par Aoiiste^ il eioit constamment dsiQS un pays plat , san^ rencontrer une seul^ colline sur son cben^in. Cela s'appofdoit d'ail- leurs avec Polyhe , qui nous dit que depuis le^ lieu où les Allobroges fournir^nt^ à V^rmi^ carthaginoise des provisions et de^ vêt^mans y jusqu'à l'entrée des Alpes, elle traversa unpçty^ plat Mais je sentois que pour être toujour^t d'accord avec le ménae auteur , qui est notm Sieul guide , il étoit sjbsoIuuQeixt qéçe^sj^ire^ * qu'Annibal rejoignit le Rhopq «^van^ d'entrer dans les Alpes. J^ ne pouvois dpnc adopter Fo-^ pinion du général Melville 9 qui , ne connois-. saot pas la grande ronte qui passe à Y^pne ^ croyoit qu'Annibal avoit quitte les bords dui Rhône s{ St.-^aj^l^rt, pour pa^sctr de li flfnx Echelles saus rejoindre le Rhône; Il çfoyçi^ aussi que les 800 stades devQ^ni; se cprupter depuis le ps^ssage 4u Rhôue , ^t $0. teriminer à Stiu-Rambert^ niais; f^i fait voir que Q!éx^i( un^; erreur , car 1^^ 8ok> stades se \^^i^ifififït, à 1^ H^pn^^^ des Alpçs^ ^ où Tarfa^^^fu^ eipc^é^ k de très-grands dangers par l'attaque des Allo- broges. ^ . , Ce fut probablement près de Vienne qu'Ap- 8ô HISTOIRE Dibal trouva deux frères dampes Pun devant l'autre , et prêts à décider, par une bataille; lé- quel des deux gouverneroit. Ces deux frères étoient sans doute les plus grands princes des AHobroges , puisque Polybe donné aux autres chefs de cette nation l'épithète d'inférieurs , ou de subalternes. Quoique d'aprèis les expressions de Polybe , ii sedableroit qu'Annibal rencontra lés deux' frères lepremier jour de son arrive'e dans Tlsle, cependant comme cette rencontre dut se faire près de Tendroit où Taîné fournit Tarmée' de vivres , tfarmes et de vêtemens , et que cet' endroit ne pouvoit être que la ville principale du pays, je^roirois que cet incident n'eut lieiL que trois jours après le passage de lisière, lorsque l'arm'ëé s'approcha de Vienne, Pline appelle celle ville J^ienha^Ilobrogunij' etPtolemëe Caput Allobràgum. Selon Stfabon,' les plus considérables d'ehtfe les Aïlobroge's, en 6eifa&sëmblant dans ce lieu conïme le prin-- cipal j'-avoient foi^mé une ville y lé reste die la nation étant dispersé dans' les villages (i).' II' falloit^ que'* 'dans le temps de l'expédition' —±.^ L ■ • - ,• (i) Notice de Vancienne Gaule,, article Vienha , pag. 702. ^ *- . BU PASSAGE DES ALPES; Si) ,<}'Anmbal (i) , Vienne fut de'jà une YÎlle con- • sidérable , puisqu'elle , fut en ët>t de fournir |i une armée de, prèsde ciqquant,e mille hQmnfie^ toutes les chpses dont elle ayoit besoin. Tienne deyint ensuite une des "«cilles les plus belles e,t lesrplus opulentes de la Gaule oarbonnoise. Ses anliquitës romaines sont noQ[ibreuses. Aujourd'hui, le Viennois est un pays fertile., abondant en vins^en fruits^en grains et chanyrOi. En outre , on y remarque un nombre prodi- gieux de petites villes et vilbges. Ces deux cip- constances s'acqorc]|enl avec les expressions de Polybe, d^unpcty s peuplé et fertile en blé* On doit être frappe' jusqu'ici de l'exactitude de Polybe , tant sur les localitjes que sur les distapce^s. On a vu que sur une distance de 2pp milles , nous n'avions trouvé, qu'une difféjejice det6 milles en sus; et sur celle de 17$ milles, nous.a^vons jtrouvë une différence de 4 milles ei) moins. En sorte que sur la distance totale depuis Aropurias jusqu'à Yenne , Is^ coïnci- dence est parfaite- r L'accord sur {a distance de 176 milles le long du Rhône , est d'autant pi tf s wrprenant, que , du temps de Polybe , elle n'avoit point ' ■ . ' - ' ' . ' ■ ' . ' ' ' -?- (1) L'an de Rome 534, aT«nt Jésvs-Cbrist 318. 6 ' ^ HISTÔIRB ^ndore été mesurée par les Romains , commet/ )celle depuis Eibporiuitn jusqu'au fthône; car Tîous avoo5 vu dans la taotice sur les voies ro- maines que la plus ancienne que les Romains crussent entreprise dans FAllobrogie , éloii la ^f^aDomitia , faite par lé consul Domitîuis Enobarbusy Tàn de Rome 6^5i j^ époque de la «iôrt de Polybe , qui inouful à Page de 82 ans. fl ïiïloît donc que Polybe eût acquis la con- noîssSrièe de cette dislance lorsqu'il Voyagea luî-mêihe sur celte route, et'ûela d'une ma*- nîère très-èiacte, car il est a i'émarquér qû'eà parlant de cette' distance de i4oo stades , ainsi que de celle de 800 stades qàî en faisoit partie, il ne se sert point , comme en d'autres occa- sions, du mot enpirononâpeùprèSyTSïdX^îX â\i amplement que les distances éioient telles. ' Lé journal que nous avons commencé à l'ài*- méé d'Annibalisur les bords dû Rhône , est aussi une partie du récit de Polybe, qui , par sa ^conformité aVec les drstences et le^ localités^ nous est un guide certain pour la rouie qtlo suivit l'armée carthaginoise: • Nous allons continuer èé îournal. ' te 9/ jour ( 4 octobre ) , départ d'Annîbàl avec sa cavalerie et ses éléphans, pôur'^femohtèr le long du Rhôa^ . , . g BU PASSAGE DBS ALPES. B3[ Le 1 1 .* jour , au soir , le Consul romain ap- rive au passage du Rhône , trois jouits après le dcfpart d'Annib^l. Le la/ jour (7 octobre), Apnibal arrive 6W le bord de FIsère. Le 1 5.* jour , toute rarmée arrive à Vienne.' Cette ville étant à 45 milles de l'Isère ,il fal* lut au moins trois jours pour, que Parmée y arrivât. Les 16/ et 17/9 employés au combat en faveur du frère aîné , et à fournir l'armée d'armes , de vivres et de vêtemens. Les cinq jours suivans furent employés à tra- verser le pays plat ou le pays des plaines , qui s'e'iend depuis Vienne jusqu'à Yenne , ce qui fait un espace de 54 milles. Ce fut cette marche pendant laquelle le frère aine , affermi sur le trône par Ânnibal , accompagna Farmée car- thaginoise avec ses troupes , pour la protéger contre les chefs inférieurs des ÂUobroges , qui paroissoient sans doute disposés à Fattaquer pour lui enlever ses bagages. Le 22.* jour (17 octobre), Farme'e arriva au pied des montagnes , où commence la mon- tée des Alpes, c'est-à-dire à Yenne. Elle avoit fait is milles par jour depuis l'Isère, puisqu'elle avoit fait près de 100 milles en dix jours ; et 484 msTôiR»^ qu'elle devbît avoir passé deui de ces jours à Vienne. La fin de la 32/ journée fut employée i s'instruire du dessein 'des AUobroges , et à faire les préparatifs pour s'emparer de leur poste. A l'approche de la nuit, Annibal trans- porta son camp dans les environs des villages de Chevelu et de St.-Jean^de-Chepelu , situés a 4 milles au-dessus de Yenne. BU PASSAGE DES ALPES. 85 CHAPITRE VI. Sur Vlsle des AUobroges» L E pays qu'on appeloît VTsle est décrit par Polybe d'une manière si claire et si précise ^ qu'à moins de n'avoir aucune connoissance, du pays , Ou d'êlre aveugle' par quelque opinion parûculière , il est impossible de se tromper sur sa véritable situation géographique. Annibaly arriva après quatre jours de marche depuis le passage du Rhône , et après avoir parcouru une distance de 76 milles. Nous avons vu dans le chapitre précèdent, que cette dis-* tance ^ comptée depuis les environs de Roque- maure , nous amène exactement à l'embouchure de l'Isère dans le Rhône. £n traversant l'Isère , nous trouvons un pays qui correspond, à tous égards, à la description de Polybe. C'est la partie septentrionale du Dauphiné comprise entre le Rhône , l'Isère et une chaîne de montagnes qui s'étend du midi au nord , depuis Grenoble Jusqu'à Yenne , ou plus exactement, depuis Grenoble jusqu'au ca- nal de Chanaz , par lequel les eaux du W du Bourget se versent dans le Rhône« 8$ mSTOIRE Lalongneur de cette chaîne , en ligne droue , est de quinze lieues , ou de 45 milles romains* D'un autre côté , la distance mesnre'e le long du Rhône y depuis l'embouchure de l'Isère dans ce fleuve jusqu'à Fentrëe dans les Alpes , est, suivant Polybe , de loo milles. Et 1^ mesures les plus exactes prises depuis la jonc- tion des deux rivières jusqu'à Yenne , en pas- sant par Vienne et Bourgoin , nous ont donne 97 milles. Cette distance doit être consideVéo comme la longueur de l'isie j et la pre'cedente, c'est-à-dire la chatne de montagnes , comme sa largeur, et comme e'tant la base du triangle qui , pour la grandeur et pour la forme , ressemble beaucoup au Delta de la basse Egypte (i). La longueur du Delta , mesurée sur les cartes de Vaugondy (a) et de Mentelle (3) , est d^en- ■ I I II ■ I I I ■ Il ■ . .1 I . 1 » r 111 ■ I ■ .1 III (i) M. D' An ville ^ dans sa Notice sar l'ancienne Oaule^ article Insula AUobrogum , n'a point cherché qaelle pcavoit être l'étendue de ce canton , qu'on ap* peloit risie , quoiqu'il paroisse avoir consulté là-dessus Polybe aussi bien que Tite-Live, et qu'il reconnoisse que Polybe est l'auteur original sur ce sujet* (2) Carte de l'Egypte ancienne et moderne « dressée par Robert de Vaugondy. (5) Carte du théâtre de la guerre en Orient, publiée en ^799- l)u temps de Polybe^ la longueur du Delta devoît être un peu moindre à cause des atierrissemens du Kil. BU PASS46E DES ALPE8* Jif viron 96 nailles romains ; et sa largeur à sa base ^ depuis le bras du Nil à Rosette jusqu'à celui de Damiette , est de 76 milles. La première dimeDsion est exactemeot Ist même que celle de la longueur de Plsle des Allobrogeâ ;, mais la seconde dimension est plus grande de 5o milles. Cependant leur gran- deur, c'est à-dire leur surface carrée, doit être à.peu près la même ; car si d'un cote la base du Delta est plus grande , de l'autre il est fort étroit jusqu'aui deux tiers de sa longueur ^ et ce n'est que depuis ce point qu'il coisunénce à s'élargir considérablement , tandis que Tile des Allobroges s'élqrgit d'abord rapidement jus"- qu'à Vienne sur le Rhône et jusqu'à f^oreppe sur l'Isère , puis elle se rétrécit à mesure que le Rhône depuis Lyon s'approche de Su-Genis^ où ce fleuve fait un angle aigu vers le sud. La justesse de la comparaison de Polybô doit nous étonner au premier abord. Mais notre étonnement cesse lorsque nous apprenons qu'il avoit été en Egypte dans sa jeunesse à la suite^ de son père , qui avoit été envoyé en ambas- sade parles Achéens auprès du roi Ptolonaée V^ dit Epiphanès (i) ^ et lorsque nous nous ■■II "" ■' ■■ I II I ■ I — — — ■— — i— I ■— ^^^— ^n^ (1) Vers l'aa 138 avant Jésït0-Chri$t. Voyez Aloreri^ art. Pol^bc 88 HISTOIRE rappelons que Polybe'avoit traversé les Alpes et suivi jusqu^ea Espagne la mêniie route qu'Annibal. L^sle des Allobroges n'a pas la forme d'un triangle régulier comme le Delta d'Egypte ^ èar le Rhône change quatre fois de direction dépuis Yenne jusqu'à l'embouchure de l'lsère#. Mais du temps de Polybe, la géographie étoit bien éoignée de ce degré d'exactitude qu'elle a atteint de nos jours. On ne pôuvoît pas con- noître , par exemple , d'une manière précise les angles que fait le Rhône dans cette partie de son cours. Nous voyons que Polybe con- sidéroil sa direction générale comme étant du nord-est au sud-ouest, car il dit que le Rhône prend sa source au-dessus du golfe Adriatique ^ un peu à l'ouest , et coule vers le couchant d'hiver, c'est-à-dire vers le sud-ouest, et se jette dans la mer de Sardaigne. C'est en effet la direction générale du Rhône , quand on le prend depuis ses sources dans le haut Valais jusqu'à son embouchure dans le golfe de Lyon. : Mais, si l'on ne considère son cours que jusqu'à - Jjyon, sa direction générale sera de l'est nord- est à l'ouest sud-ouest. Polybe dit que depuis le passage du Rhône, Annibal conduisit soû arméelelong de ce fleuve, \ N BU passage' des ALPES. 89 en se dirigeaot vers l'est et laissant la mer der- rière lui. Il conside'roit ici la direetion gënë- rale du Rhône qui , suivant lui , e'toit du nord- est an sud*ouest. Mais nous savons maintenant que depuis Lyon jusqu'à la mer, la direction de ce fleuve est du nord au sud. Par conséquent , Annibalen remontantle long des rives du Rhône depuis le lieu où il avoit passé ce fleuve , ne se dimgCQit pas vers l'est, mais vers le nord. Revenons à pre'sent à la chaîne de montagnes qui , avec les deux grandes rivières du Rhône €t de l'Isère , fermoit ce pays peuplé et fer- tile en blé qu'on appeioit l'Isle. Nous allons voir que cette chaîne est en effet , comme le dit Polybe , presque inaccessible dans toute sa longueur y et qu'il est très-difficile d'y pénétrer. Nous décrirons d'abord sa moitié méridionale, en commençant par les montagnes qui entou- roient la Grande- Chartreuse, et par les che- mins qui conduisoient à ce monastère depuis îes Echelles et Grenoble. Nous décrirons en-^ suite Fautre moitié à l'extrémité septentrionale de laquelle se trouve le passage du Mont-dU" Chat , qui fut celui par lequjel Annibal entra dans les Alpes. On ne peut parvenir a la Grande-Chartreuse >que par des défilés et des gorges très«élroites^ gjO HISTOIRE Quand ony monte depuis le bourg desEcheUeS|. on passe par le village de Saintr-Laurent-du-- Pont , où Too entre dans une got-ge bordée à droite et à gauche par des montagnes très-* élevées, dont les talus sont très-rapides et cou* verts de forets. Les sommets sont couronnés de rochers à pic. Après avoir avance vingt mi- nutes dans la gorge de Saint-Laurent, le chemin devient assez étroit pour être fermé au moyen d'une porte. Des murs de rochers au-dessus et au-dessous de cet endroit , rendent tout autre passage impossible. Une lieue et demie au-delà de cette porte ^ les montagnes se rapprochent tellement qu'elles paroissent fermer le passage. Le chemin est taille dans le rocher et soutenu par des murs élevés en arcades et munis de garde-fous. Ce n'est que par de grands travaux que les char- treux avoient rendu ce chemin praticable. , Au bout de trois heures de montée depuis les Echelles, on arrive à la Grande-Chartreuse. Ce monastère fameux étoit situé au centre d'un amphithéâtre de montagnes escarpées , et des forêts l'environnoient. Les moines ^es siècles de superstition (i) n'auroient pas pu choisir un - - . 1 I - I ...... . . — - (i) La Grande-Cbartrense fut fondée par St. Bruno, en 1086. DU PASSAGE DES ALPES. 9I lieii plus sauvage , plus sépare du resle du monde , et mieux fortifie contre l'approche des humains. On ne pauvoit y arriver que par trois défilés , fermés chacun d'une porte; Quand on va de la Chartreuse à Grenoble , on passe par une de ces portes. On traverse là le Guiers-mort , sur un pont Jeie' sur deux ro- chers qui, à une certaine hauteur se rappro- chent Fun de Fautre , et qui par conséquent surplombent. Au-delà du pont y les montagnes s'éloignent et Ton entre dans une jolie vallée parsemée d'habitations, dont la réunion forme un village appelé Chartreuse , qui donna son nom au couvent et à F-ordre (1). On passe en- suite une montagne couverte d^une forêt de sapins, puis l'on descend au village du Sapey, situé dans une petite vallée. De ce village jus- qu'à Grenoble , le chemin est très-mauvais et assez rapide. On a constamment la vue de la vallée de l'Isère qui serpente majestueusement et Ton aperçoit Grenoble sur la droite. La plus grande partie de cette ville est de Fautre côté de la rivière , tandis que sur la rive droite , il n'y a qu'une seule rue longue "- ■ ■ , , . , ,-■■-• - .1 (1) Dictionnaire de Moreri> article Chartreux, et U géographie de Bosching; lom. Y; p. a3i. 9 3 niSTOTRB et étroite. CVtoit l'ancleane Cularo des Allo- broges ; elle etoît alors resserrée entre les montagnes au nord et l'Isère. Au-dessous dti pont qui joint les deux parties de la ville , la montagne s'avançoit autrefois jusqu'au bord de la rivière et se terminoitpar desrocliers à pic; mais.depuis lors on a fait sauter les rochers pour faire une grande route le long de la rive droite; et comme dans le même endroit on a ouvert une carrière pour des pierres a bâtir , cet espace continue à s'élargir. Yoilà donc une des extrémités de la chaîne de montagnes qui fer^ moit risle des Allobroges , que l'on n'auroit pas pu tourner du temps d'Annibal , et nous allons voir que l'extrémité septentrionale etoit également impraticable. Des Echelles à Grenoble, on traverse la chaîne de montagnes très-obliquement ; dans cet es- pace , elle a trois lieues de largeur; mais plus au jaord , elle se rétrécit considérablement , et ce n'est plus qu'une arête élevée de quatre à cinq cents toises, qui^ du côté du couchant, pré- sente des rochers escarpés au sommet , des talus rapides au-dessous de ces rochers, puis une suite de collines jusqu'au Rhône. Du côté du levant , cette chaîne présente une pepte très - rapide , d'une ascension très - difficile ^ BU PASSAGB mSS ALPES. gS formée par PiDcIinàison des couches. Cette crête s'abaisse consideVablement au passage du Mont- tdu-Ghat , situé au-dessus du )ac du Bourget ^ puis elle se relève pour s'abaisser de oouveati et disparoître près du Rhône. Du sommet du coteau qui domine là ville ^Aix , on embrasse d'un seul coup- d'oeil ^^ toute cette crête depuis là vallée où passe le chemin de la Grotte , jusqu'à l'extrémité in- férieure du lac du Bourget. On pourroit croire* qu'il seroit possible de tourner cette chaîne de itiontagnes, en remon- tant le Rhône depub Yenne jusqu'au canal de Chanaz, et en suivant le bord occidental du lac ^ mais la chose est impraticable. Les rochers presque nus delà montagne despendent sous un angle de plus de cinquante degrés jusqu'au lac, dans l'espace 4e deux lieues depuis l'Abbaye à^Uuuter-Combe jusqu'au village de Bordeaux. Il n'y a pas même un seniier le long du bord, et i'oQ ne peut pas y aborder en bateau. Le Isc est là d'une très-grande profondeur. Je suis entré dans tous les détails précédens sur les chemins qui conduiisoient> à la Grande- Chartreuse , sur les montagnes quientonroient ce oionastère , et sur la continuation jde ces montagnes jusqu'au Rhône y pour montrer h 9^ HISTOIIIIJB cônnoîssance exacte que Folybe avoîi de cette partie de PAIlobiogle, et la justesse de ^es ex- pressions lorsqu'il dit que ces montagnes etoient d'une approche et d'une eotrée difficiles, qu'elles etoient même presque inaccessibles* Je ne crois pas que l'on puisse trouver nulle autre part en Europe, un pays dans une situa- tion semblable à celle de cette contrée qn'oa appeloit l'isle. Il y a bien des rivières qui se rencontrent , mais où sera la chaîne de montagnes qui, en s'étendant d'une rivière à l'autre , enfermera ucT pays de manière à l'isoler complètement ? Ainsi , par exemple , entre le Rhône et la Saône , il n'y a partout ^ue des coUines à pentes douces qui ne prësenieni ^aubuin rocher es- carpe'. La seule chaîne de montagnes est celle du Jura , qui. est toujours à une très^-grande distance de la Saône , et qui va se terminer au Khin, près de Basle. Je dirai un mot ici de ce qu'il faut entendra par la vallée *que le Rhône suit pendant long* temps , ainsi que le dit Polybe. Cette vallée ne comprend pa!s seulement le Valais , mais aussi celle du lac de Genève et de la Chautagne. C'est au lac du Bourget que cette longue valle'e se terminer Depuis le fort de l'Ecluse, • les deux BU PASSAGE DfiS ALPES. gS fiTes du Rhôoe sont bordées par les montagnes du Colombier , de la Chautagne et de Saint- Innocent ; elles viennent se terminer au canal par lequel les eaux du lac du Bourget se ver- sent dans le Rhône, Au-delà de ce lac , les montagnes recommen» cent et forment la chaîne qui s'ëtend jusqu'à Grenoble. Le général Melville ne s'e'toit pas forme une îde'e juste de Pëtendu,e de Vlsle des jillobroges , il lui donnoit des limites beaucoup trop resser- rées. Il ne faisoit pas attention qu'on ne trouve aucune montagne dans le Viennois avant celles delà Grande-Chartreuse , et qu'il falloit né- cessairement étendre les limites de l'Isle jusqu'à ces montagnes pour qu'elle pût se comparer pourla grandeur avec le Delta d'Egypte. J'avois adopté l'opinion du général M. , jusqu'à l'é- poque d'un voyage que je fis en Dauphiné , ou je vis clairement que les hauteurs que le général prenoit pour des montagnes , n'étoienl que des collines basses y accessibles de tous les côtés. 96 HISTOIRE CHAPITRE VIL Description topographique et historique dés chemins ouverts dans la chaîne de mon-' iagnes qui fermoit Vlsle des AUobroges. XL n'y a que deux grandes routes qui tra^ versent cette chaîne de montagnes : celle de la Grotte, quipart de ChambeVy et vient aboutir au bourg des Echelles , et celle du Mont-du- Chat , qui part aussi de Chambéry et \ient aboutir ^ Yenne. La première ne datte^ que de 1670. Elle fu( ouverte par Charles Émanuel II , duc de Savoie. Cette parue du chemin , qu'on appelle la Grotte , commence à trois lieues de Cham- béry. Elle passe entre deux murs de rochers perpeodiculaires, si rapproches l'un de l'autre , qu'ils ne laissent entr'eux que la largeur du chemin. C'ëtoitune profonde crevasse {i) daps la montagne , où l'on a'a pu se frayer un pas- sage sans y apporter beaucoup de terrain, afin Ml (1) De 3oo pieds de profondeur sur 25 à 3o de large. DU PÂSSAGIÊ DËâ ALPKD. g<^ à^en remplir le fôod^ et sans faire sfliter dé grandes masses d^ rochers j afin de Telarglr* . Quand on a descendu la moitié de ce chemia taillé dans le roc , on voit sur la droite l^entréé d'une grotte assez longue, dont Toxiyerture exteVieurè est k la face^ des rochers du câtë des Echelles^ Lé chemin, en sortant de la cre** vassé , descend dans la plaine des Echelles par une chào'ssée adossée contre les rochers per-^ pendicuiaires ^ar la gauche ; cette chaude est soutenue par uti mur dé i5o pieds dans sa plus grande haui^e^r et 4'utie épaisseur êxtraordi-^ Daire ; sa longueur ês^ de aoo toises. Avant que cette t^oute fût faite , on passoic pai* rintérieur dé la grotte , et à son ouverture il y avoit une suite de longues échelles (i) par lesquelles on dèscendoit le long de fa face des rocher» jusqu'au talus qiii est à leur base. Les eaux des pluies s'écouloîent pair ^ la crevasse^ tuais depuis qti^on a faitfla rdlitéyeltesi^'écoulent Il I M I \ ^k (i) Qui donnèrent lé wmA'Oppklum 8eaktt»m aa hcmt% deê Éch^fe9. M. Doleiis^ dans ton Iciiiéraireiy^ p^* 1^4 9 ^U^nt de Chambéry à Lyon, ob^erre %{v^aus ÉckeUea. on soTi des jilpçs; c'est donc oveç raison ^ue Polybe appelle le défilé par lequel Annibal traversa eette même chaîne dé montagnes^ V entrée dàn% Û% Alpe^ ^8 HisTontfi par la gwtte ti formeiit àoe cascade du eôlé diB la plaine. La seconde rDnte, celle du Moni^dw-Chat, tétoit la seule qm condnîsoit de France ed Italie avant l'ouverture du passage de la Grotte. Elle ^sl fort ancienne y elle date du temps dos AUo- broges > avant de devenir xxùt vme rotnaine. Cette voie se trouve d^nls PItineVaire d'An- tonio , et dans là Table Tbéodosieone de Peu-* tinger* L'itine'raire de cette voie a potir titre : De Milan pat tés ji^es Gtec^ue^ d f^ienne (i)* fïous avons vu dansFiotroduction qu^elle passoit par la vallçe d'Aoste , trâverspit le Petit Saint^ Bernard/déscendoitFîsère]us<|tl^àMontmeillan|- et de là p^ssoit par Chambe'ry ^ le Mont^luChaty iTenne ^ Bourgoia^ et se terminoit à Tienne. \ La direction de cette route nousfrappe comme d'un trait 4e lumière; tiou)^ soupçonnons que ce fut celle qu'Annibal suivit , et bientôt nous serons convaincus que nos soupçons sont par"* Siiiement fbndi^s^ Lé Pjatit Saint "^ Bernard s^appeloit VA^e- Grecque) parce que la tradition portoit qii^Her- 'cttîe le Thébaîn Tavoit trkverscfê avec itne armée icomposée de nations gréùqutès. Cet HerCule wai*aimtmmmmÊmmmammmil»mmmi»mmmÊ^ia^ (i) A IfedioUnolier Alpes GratasVieanaiih M. Pv 3o8i ^ck fils d'Ampliiirjron et iTÂIcmëtie. tl i^aquit dons la Béotîe ^ ters l'an isSo avatit Jtrâus^ Chrislv On peut doDC supposer que ce fut vers l'an id4o avant Jésus >-Gfansr 9 qu'Hercule Ira* versa le Rhâne près de son embouthlire et qu^l passa les Alpes (i). RoUîii dit que le même Hercule ^ à la léie d^une armëe. consûterable ^ Composée de peuples grées ^ arriva ett Italie pour se rendre maître de ce paye ^ âifMrèa avoir déjà subjugue' l'Ei^gne (a). i ' Il est assez remarquable que dans là karangue de Seîpion a son armée, avant la bataille du Tésia^ ^iie*-Live fait dire & ce consul ; naos vetrons^ isi cHAnmh^l est Vémule des vqyageê^ d^Her* €uiê^ Comme H ie rapporte lui-même > ete^ (5)% D'où Yox% pourroit conolufe qu'Anràml savoit qu'il avoit suivi lea nnjêknes routes qu^Hercule»^ Avant que le genénd canbaginota. eût tra** verse les Alpes > les Oaiikm > dit Polybe (4) ^ qui babitoieut prèa du Ehône ^ les a voient passe'es plus d'une fois pont entrer en Italie» (1) Morerî, article Hercule, U Thèbatù Xi% cle Grèce> (2) Hisioîre romame» totti.I> pàg. 7* A Parb, 1759^ (5) Vtflàm tiann^bid hit eit càmuiiu iUnétiùA MeT^ tuUsy ui ipHêfert. TkeOiva^ Uf. XSJL^ cbap. 4i» (4) Uv.III, chap. 48» IJfouft irduvoos server que les Gaulois qui habiloient •près du Rhône, avoient traversé ces moniagnea plus d'une fois , et encore tout récemment , pour -se }eiQdpe aux Gaulois rîverins du Va ^ dans leurs guerres contre les Romains. Il ajoute ^ que les Alpes elles-mêmes étoient habitées par des nations très- nombreuses. Lorsque Tiie-tLive, voulant enrichir sonhis^ tbire des principales, circonstances du passage d'Ànnîfa^l au travers des Alpes , copia Thistoire de Polybe qui raconte ces circonstances avec 4ant de vérité et d'exactitude , iFaur^t dù^ tout en profitant àts himiéres de cet auteur original ^ profiter aussi de^lfavis qu'il donne dans les chapitres que nous venons de mter aux bisuxriens qui l'^avoîent précédé 1 Si Tite^Live en avoit profit^ i^ û n^auroit paa rejeté l'opinion. de CœKua (i) , qui rapporte » . i I I li^i » ii ■■ . I . . 1 . ■ ■ '■ . ■'._ 1 .1. ■ U I. II gi II I I j II P.. U W l (i) EKsloire de Tite-Iive, fiv» XXI, chap. 5a< DV PASSAGE TJEB ALPXJr. loS cp'Apmbal passa par le Cremonis.,jugum (i) #n F Alpe Grecque ; il n'auroit pas abese' de soa imaginalioA pour exagérer les dilficulte's qu'An<» &îbal eut à surmonter ; il o'aiiroit pas dit qu'il n'ctoit pas probable que daus ces teaips-^là , ce ehemio fût ouvert pour passer daos la Gaule.* Le fait, est comme uous venons de le voir, quo^ ee passage etoit le mieux connu des Gaulois. ^ qu'il ëtoit le plus ancien et Fun dés plus faciles» Nous verrons que la grande perte quVpcouva Farmee cartbagincûse en passant les Alpes^ pro^ %t prii^cipalement de dcTux attaques trës-së-* rieuses de la part des habitans, que la vue d'uol  grand nombre de bétes de somme chargées de provisions et de bagages , avoit excité aa (i) M. AtMiiiyity dans sa Dissertation sur le passage des Alpes par Annibal^ selon Tite^Live, pag. i65^ ih qu-il croît ^ne letnbt de Cremonis, qa^ 1!od Bf troave que dans 1m éditions ie Tite^Live» eat un mot icorrompu^ <(.Ie tiens de GlaréaQoSj ajoute-t-il, que h les phis anciens maniiscrils ont Centronie Jugum , fi à la place duquel on a mis Cremonis; it ne sait pav yt quelfe aventure > et c'est tout cç qu'il en dit. Je- m'é-« % tonne que personne ne se soSt depuis avisé de ré- D clamer la vrafe leçon. Il est hors de do|ite que % Coelitts entendoU le Petit St.-6erQard.--oLes Cmtrouêf > ou ceux de îa Taranuise, habîtoient les Alpes. : de ^ Ik^ugum Çentronis ou Centranum^ si Ton. vent' ^ lo4 BT8TOÎRB ptlldfçe ; .tinfll^ que l'armée quretoU oMîg^é dç. ^filer sur une ligné très-^loogue ., etoithor» de portée de les proléger efScacement. Un «Dire incident , qui causa une assez grande «lerta k l'armée , fut rébouleroent récent d^un^ {>artie du chemin à la descente des Alpes^ cq ^ni engagea les troupes à tenter vainement de passer par un endroit impraticable où un grau4 nombre se précipitèrent.. Sans ces accideus, qui ne dépendoîent point dès diiEcnltes naturelles du passage des mon-? tagnes , l'armée seroit arrivée sans perte JR Italie. La justesse de ces remarques ei^t confirmée par la facilité et Ja rapidité avec lesquelles A^drubal traversa les Alpes douzfi années après son frère Annibal (i). Les babitans de la (jraule et des Alpes loin de s'opposer à son passage , renFor- cèlent son armée de leurs troupes, et le travail qu'Anni):)aI avoit fait dans la descente des moi»- tagues y .pour réparer l'endrqit où le cbemia avoit été emporté par un éboulement , lui fui aussi 9 sans doute ^ d'un grand service pour qu# > . * y . (i) Histoire de Tite-LÎTe, Un X:XVII> diap. 39. iTej. aoati raistojre romaine de Eolfia, tom. VI ^ pa|;. 108, édiu de ij4a. sa marche ne fût pas retardée. Les jillabrogeê f&i les Centrones qui attaquèreai Tarmée d'An^ siibal à soo paaaage par leur pays , pour lui eo^ lever ses bagages ^ avoiebt tellement soufiert par ces teotaûves téméraires , qu'ils préférèrent (^joindre à Farrnée de son frère pour aller en Italie satisfaire leur humeur guerrière et leur gQÛt pour le pillage , plutôt que de s'exposer À de nouvelles défaites. Après cette digression surlliist6ire de la route ^u Petit Saint -Bernard, nous reprendrons la description dé ses différentes parties à l'endroit oiinous l'avions quittée au chapitre cînquiomei Nous étions arrivés à Yenne , où cette route s^éloigne des bords du Rhône pour traverser Iq Mont-du-Cbat. , Depuis Fépoque de l'ouverture du chemin de la Grotte ^ la petite ville de Yennê n'a plus été fréquentée par les voyageurs ; son nom même est à peine eonaa de ceuf qui sont les plus versés dans la géographie. Il ne sera donc pas hors.de propbs d'en dire ici quelques mots. Tenue eiistoi^ du temps de^ Romains^ ^ui l'jippeloient Etanna: ce nom se trouve dans là Table Théoclosi^ifn^. M. D'Anville soupçonne que dans les écrits du moyen âge, où l'appeloit ^jq^nnaJSjfL^i'j ^Sigboaoïidi roid^ Sourgogne, , » io6 msToniB y assembla vm coécHe eompc^ de tous Ih :^véquesdesôn royaume. En i9i&^ Ttiomas I.**^ comte de Savoie , accorda à cette vUIe piusieurf privilèges et franchises j cftaiu alors ose des principales villes de la Savoie propremeiH dilç , car elle se trouvoit a cette époque -s»r une des routes les plus fréquentées de ce pays. Cétok la route prip^pale qur conduisit de f*rance en Italie , avant que le grand diemîn des Echelles eût été rendu praticable atix chevaux et aux voitures (i), '- Si4)ette route n'avoitpas ét^ abandonnée, il y a« lopg -^ temps qu'on auroit découvert que è^étôit par-là que l'armée d'Annihal avoit pé* nétré dans les Alpes ; mais depuis un siècle et demi, n'étant plus fréquentée' que par les g^os du pays qui y passent cependant avec leurs chariots et leurs voitures légère^ , elle ^ est tombée, pour ainsi dire, dans l'oubli, et quand on a voulu chercher la route d'Annibal, on n'a jamais tourné ses regards de ce côté-là ^ et Poa s'est toujours égaré* - Je Viens inaint^nant à la desorifition de la m.j ij I 1 I L. 1 . I I I I 1 ,1 1 U MJ ■ | i H (i) Ce sont les ei^pressions de li{. Atbaaîs Beavinant ^abs la secondé partie de sa Description des' Atpet grecques et éottiennès, tom. H, fifg. 4a5. Qm iords du Rbôqe elle remo9te entre des collines, l'espace dè.4 miUei^ |asqu'au village de Chevelu , où commence le passage de* la montagne. Depuis ce village le oheniin est bon , peu rapide , et n^est point ra*' boteux jusquVra somoMSt du passage. La routé monte obtiquement le long d'un talus qui des- cend des rochers supérieurs sur la droîtOr Le défilé est court , et Ton descend bientôt de l'autre coté* Ce défile est un endrok vers le-* quel la m*âte escai^pée de. la montagne s'abaisse considérablement de part et d'autre , ce qui offroû lin passage tout naturel pour y frayer une route. Du temps des Romains /ce passage ïSe nonuuoi(ilfoi2^TÂimi^mmmm,mmmmm,mil (i) DQ8c.ri|>tiion des Alpes srcc|o«s ei cettieaattti^ Mm* 1» pa^/i^e et ^I7« loS HISTOIRE Floiiecirs parties du chemin sont pav^s av6{t de gros fragmens de la pîefre calcaire de la ^ôotagne (l). Sa largeur moyenne est de • douze pieds , en sorte que les cbars y pa^senjt facilement. Mais les pentes à c6té sont si roidea et si entrecoupées de rochers, que si un cheval ou même un piéton éioit poussé en dehors , il ne pourroit se retenir et se précipiteroit. Le chemin est dominé en quelques endroits par des rochers assez élevés* La montée des deux côtés est de tf ois quarts d'heures ^ et • le paasage est élevé d'au moins 900 toises au*dessus du lac du Bourget. Depuis le i>a& de la descente iprès du village de Bordeaux y la route suk le pied du tali^s de la montagne à droite jusqu'au village du Bàûrget y restant toujours à la distance d'en^ viron Six minutes du lac qui est sur la gauche. Entre le chemin du Mont-nc nu^ement probable que la voie romain^ passât par l'un ou l'autre , et il l'est encore moins que les gtûdes d'Annibal les eussent préfe'iëa à celui de la n^ontagne du Chat. M/D'Anville parott n'avoir eu aucune couriors^ $ance de ce dernier passage , car il croit que la station appelée Lm^Uce (a) dans les itiné- raires roinams^ ëtoit le village de la Noi^àktiê^ au pied du Montrd'Ëpine^ Lfophco étoit situé entre Lemincum (Cbam** bery ) et JluguHum Aouête , près de Saint** Geois ; il étoit également éloigné de ^ea^ deux villes , savoir de i4 milles. Ceptodant y M. D'AnvtUe ne trouve que 17 à 18 mfilles de Lemincum à Augùstuni , en passaàt par la ' Nûualcùae et le Mofnlrd^ Epine , en coosé^ quence , il propose^ de changer les deux tm^ méros Xllli des iliniéraires en ¥1111(5). En ■ I . ' 1 I < Il II I II — — .1 ■ I m ■ !■ I I ; ' ^ * (t) Desjcr, des Alpca-grécet cott., tom. I , p. ig6. (3) ISfolioe de IVi^qieni^e Gaule > (^nticle JLavM^' (3) £u RittUaat un V à 1^ fU^ d'un ^, sorte qo^aii lîeu de deinfois lé^ od ^/Suroît qné deux fois g. S'il avoit connu la grande route du Mout^^do-Chat ^ il n'auroit ^proposé ce cbangement ^ ^r par cette «tinte Ja distance de Chaœbe'ry à Aouste est à peu près la même que celle de 28 milles marquée par les itioérairesfc ^M. Grillet 9 dans son Dictiotmatre de la Savoie (1) ^ compte de Yeooe à Cfaambéry 116 kilomètres qui ^ a raison de i475 mètres pour 1 mille romain* , f(Hii: iff miiles# îiow avons vu que depuis Aouste jusqu'à Y^nié il y^avpii JdtmHes» H j a/donc e» tout m^ milles ^ et a tiers depuis Aouste jusqu'à Ghambery. Ce nombre s'écarte bien peu des a8 mill^ des itinéraires. Ymlà donc une preuve positive que la voie romaine traversoit le Mont-du-Chat et Qon* point le Mont^d'Ëpine 00 celui d'Aiguë-^ belette , qui sont tous les deux des chemins plus courts. .Lapiêco seroit donc ou Chevelu ou le village d^ Cboiséil » qui sont situés entre Yeone et le passage de W montagne. Voici le 'détail des distances depuis Yenne jusqu'à *Chambéry : * ■M4M (1^ Dictionnaire des dé)[>arteineii8 da Mont-Blanc tt da Léman, pabUé em 1SO7. Su ^ASSAGB DES ALPES. 111 De feane à Choîs^il ^ % • • • ^ 2 mtUei* * •u sommet du |Mssage de la , . monugne du Cbat . ^» • • • S k Bordeaux .•••«••«••• 3 >- Le Bourget * . • a - Chambéry 6 ■** ToTAXi. • • • a 8 milles* Les descripUoDS topograpbiqaes renfermées 4«iiB c^ chapitre et dans le precédeot, soot le réëuhal.de^ pcHes qye j'ai rejcuellies moi-tnéma »ùr les lieux, eatroîa ^courses différentes , et £ùte$ k des époques irè^-éloîgnées. . La {yremiëre 9 en 1785, pour visiter le cé- lèbre cl»n^ . de la Grotte et la Grande* Chartreuse; . LaàoRCQpdeen i^di. Devant aller à yalenjce^ |e quittai la grande roate à ChambeVy . pour tra^' f erser à pied ,1a montagne d^Aiguebelleue et rejoindre la rouie de. Grenoble en passant par lei Pqnt d^BeauPoisin et yoiton. Le but de $e détour ^^Qit de vérifier Popinion du général Mel ville j qui pensoit qu^Annibal n^avoit passe qu^à n QU 3 nulles au nord du chemin, de I^ Grot^e^ Je ne trouvai rien qui pût confirmer son qpinÎQn; d'ailleurs ce chemin s'écarte com^^ |4étfmeMt du JSUaône \ %\ nou$ avoua vu que V IIS HISTOmC pour être d'accord avec Polybe , il falloit abso«^ ' lumeot que la route rejoignît les bords d^ ce fleuve avant de traverser la rnootagne où devoit se trouver le défilé qui fbrmoit l'ealrëe des Alpes. Je peosois dooc qu'il devoit y avoir ua autre passage plus au nord et plus rapproché da Rhône. Mais ce ne fut qu'à la troisième course faite en août i8ia , que mes recherches furent couronnées du succès. Je partis tle Genève pour Aix^ dans Te des*^ 6ein d'examiner la route du Monl^^b*^Chat ^ laquelle , pour plusieurs* raisons , me paroissoit devoir correspondre plus exactement avec le récit de Polybe. Je traversai le lac du Bèurget depuisie port d'Âix jusqu'au viHagedé Bordeaux pour joindre la route du Mont-du-Gbat ,' et je la suivis jusqu'à Chevètu. La vue du Rh^he* et de la ville de Yenne daâ& le lointain depuis Ici sommet du passage y 'suffit pour me donnée xmé . idée claire du reste de la route. ^ ' * Je sentis alors ce phîsii* vif que l'on éprouve lorsqu'après avoir cherché pendant long-temp^ une vérité, on la découvre enfin, l'étois' cob^ \àincu que je Venois de marcher sur l^s traçai de l'armée carthaginoise. Je çroyois voir là ca* \alerié , ies bétes de somme et les éléphans j descendans (comme te dit Polyb#)^ apeo peiné DU PASSAGE DES ALPES* ll3 tt avec beaucoup de précaution , cette partie du cheoitQ qui , pour adoucir la pente et pour éviter les rochers , fait plusieurs contours. Je voyois les lieux où les Âtlobroges s'étoient postés pour attaquer l'armée avec avantage et pour lui enlever ses bagages. Ce fut cette découverte qui m^engngea à reprendre un travail que j'avois presque aban- donné , et à rédiger en forme d'ouvrôge des recherches commencées il y a vingt ans. Je reprendrai le récit de Pdlybe dans le chapitre smvantt X' »:fK:cnpe les endroits les plus conve* nables, il fit balte e,t campa devant le défile'. Il envoya quelques-uns des Gaulois qui l'accom* pagnoient pour découvrir l'intention et le pUa des ennemis. Les Gaulois s'acquittèrent de leur commis- sion , et rapportèrent que pendant le jour Veor nerni gardoit soigneusement lesdiflérens postés ^ mais qu'à la nuit ils se retiroient dans une ville \oisine. £n conséquence de ce rapport, Ânnil>al imagina Texpédient suivant. Après avoir fait quitter à ses troupes leurs positions , il s'avança ouvertement jusqu'à l'approche du défilé , e% là , à une petite distance de l'emiemi , il dressa son camp. A Peutrée de la nnit^ il. fit allumer des feux , laissa la plus grande partie de ses troupes ) et avec un corps choisi , il s'avança pendant la nuit vers le passage étroit , et s'em*^ para de tous les postes abandonnés par les Bar^ bares, qui , suivant leur coutume , s'étoieni re^ tirés dans leur ville. Chap. ôi. Le jour étant venu et les Bar^ bares voyant ce qui s'étoit passé , renoncèrent pour le moment à leur entreprise ; mais ob** aervant ensuite la multitude de bétes de somme, et même la cavalerie cheminant avec beaucoup de peine et passso^t dans une longue.file 4 tra^ il6 HISTOIR15 ver» le dé&le , ils fiirenl tentés d'atiiiqn#r f armée jdaos sa raârûbe. £n cooséqnence ^ ils se je- tèrent sur elle de dîBerei^s côtés, et détruisirent UD grand nombre de Cartba^oois et surtout de chevaux et de bêles de somme ; destruction qui fut augrbeniée par la nature du terrain ^ Cfir le passage étant non-seulement étroit et rarhoteui;, mais plein de précipices , plusieurs J>êtes de sonfime se précipitoient avec leurs fardeaux , toutes les fois qu'il survenoit un mon^ Tément soudain ou quelque chose qui les épou- .vantoit. Mais le principal désordre fur càusiî par l'èflroi.dés clievaux blessés, qm se jetoient fiur tes; bêtes de somme ou sur les troupes qui pas8oien^< le' défilé. • :. . ' . Aiiioibâl observantçe qtii se pasSoît,-et jugeant irien qu'il n'y aiiroit ^poinlîde salut pour ceux qui échapperoiea^ à ccjdauger, si toutes ses pro-^ visions et ses bagages éloicnl détruits, prît avec lui les* troupes qui s'étoient emparé du pas- sage pendant la nuit, et se hâtU d'aller au secours de ceux qui faisoient des efforte pour arvancer dans leur marche. - Il attaqua les ennemis avec «avantage , parce qu'il descendoit sur eux d'un lieu- plus élevé. Il ^n tua un grand nombre , quoique la peria •des ^eoaina fuiras moindre j et que le dé-^ DU PASSAGE DES ALPES. II7 sordre de son armée fui beaucoup Mgmeuté .par les cris et le choc de^ coùibatians. Mais .eiifîa , le plus grand nombre des Âllobroges ayaut përi dans le combai ei les autres ayani .été forces de s'enfuir dans leurs denr^eures , ce qui restoit de cbevaux ei de bétes de sommô passa le dëfUe , non sans beaucoup de pehi0 et <)e difficulté'. Aprë$ avoir H^cbappé à qn si grand danger , Annibal rassembla autant d'hommes qu'il lui fut possible et attaqua la ville , dont les ha* bilans avoîent ëlé attires au-dehors par l'appas du pillage. Il s'çn empara et en tira de très- grandes ressources pour le présent et Favenir, Il se saisit d'un grand nombre de chevaux et de. bétes de somme , et prit en même temps quelques-r-uns des habitans. Il y trouva des pro- visions et des bestiaui en quantité suffisante pour nourrir sou arme'e pendant deux ou trois jours. Mais surtout il répandit une telle terreur dans le pays, que les habitans du voisinage n'o* sèreul .pa»s l'attaquer. . Chap. 52. Aprèsi jivolr campé pendant un jour (kiiis cet endroit , Annibal continua sa niaicUe, et chemina les jours suivans avec son armée en sûreté ; mais le quatrième jour il fût exposé de npu\e2^u à de très-grandç danger^i Il8 tnSTOIRE Leè habitant da pays ayant conspire en secret contre lui , vinrent k sa repcontre avec des rameaux et des guirlandes ; c'est un syrffbole Âé paix chez presque tous les Barbares , comme le caducée l^est chez les Grecs. Aumbal, ce* pendant , se méfiant de ces apparences ami<* cales, chercha à découvrir l^nr dessein. Ils lui dirent que , sachant qu'il avoit pris la ville de leurs voisius et quil avoitf fait un grand carnage do ceux qui l'avoient attaqué y lent dessein û'éloit pas de lui faire du mal , ni de s'exposer à souffrir enx-mémés ; ils lui offrirent «o conséquence des otages. Ânnibal bcfsila long-temps sur le parti qu'il de voit prendre;^ mais refléchissant que s'il acceptoit leurs offres y les Barbares seroient d'autant plus circonspects et plus iraitables , il consentît h ce qu'on lui proposok et feignit de faire une ligue d'amitië avec eux« Ceux-ci ayant livré leurs otages et fourni l'armée d'une grande quantité de bes- tiaux , Ânnibal leur donna sa confiance au point de les prendre pour guides dans les lieux dif- ficiles qu'il avoit encore à franchir. Nons suspendrons pour la troisième fois lé 4^ecit de Polvbe, pour montrer que les circons- taik^es fôcheuseà où se rencontra l'armée c^tr-* .tha^Doise , lor^u'ielle traversa le. défié ^m forrooii TeDtre'e des Alpes , se rapportent^ar* failemeot au passage du Monit*du-Çhat ; que la ville d'où les Allobroges ëtoîent sortis et oii ils se retiroieot pendant la nuit y ne peut être que Léminc près de Chaipbery ; que depuis eette ville l'armée marcha eocoré pendant troia jours sur le territoire des Allobroges ; et que le nouveau peuple qui conspira contre Annâbal étoit les Centrones , anciens babitans de la Tarantaise » dont le terriioire epnfinoit avec; l'AUobroi^ie* 1 iao ÈtTSToms CHAPITRE IX. Remarques sur Ventrée des Alpes et sur la prise de Chambèry, — Description de la route depuis cette pille jusqu'à la capitale- . des Centrones y aujourd'hui Moustier en . Tarqntaise^ tl £ ne doute pas qu'en lisant les détails très^ circonstanciés de PoKbe sur le passage de Far- tnée cartbapnoise par le défile qu'il appelle l'entrée des Alpes ou la montée aux Alpes ^ Ton n'ait -été frappe' de leur rapport parfait avec la route qui traverse le Mont-du-Cbat. On a pu comprendre que L'armée avoit campe' la première fois entre Yenne et Chevelu, d'où les guides gaulois pouvoient montrer a Annibal le défilé par lequel il falloit absolument qu'il passât pour pénétrer dans les Alpes. Les rochers qui bordent ce défilé ne pérmettroient à un piéton de s'en écarter que de quelques toises ) et plus loin , ces mêmes rochers s'élè- vent à pic , et à une telle hauteur des deux côtés , qu'ils rendent la crête de la montagne BU FASSAGB DE» ALPES. 121 inaccessible. Il Q'éloli dcmc pas possible ,innie ' le dit Polybe , que l'armée passai par uo aulre endroit que par le défilé. La seconde fois , l'armée campa entre le vil* lagede Chevelu et celui de St.^Jean-de^Che^ velu ^ qui est à quelque distance à la gauche de la route. Le camp pouvoit aussi s'étendre en remontant jusque sur les bords de deux très-petits lacs que l'on voit au-dessous de soi du sommet du passage. C'est là qu'Anftibal aN tendit la nuit pour s'emparer du défilé que les Âllobroges ne gardoient que pendant le jour. Il paroîtroit , d'après la perte que l'armée es»- suya en traversant cette montagne , qu'Annibal s'était contenté d'occuper le plus haut pmnt d;e la route , sans songer à garder la descente jusqu'au village de Bordeaux y car il est évi- dent que ce fut à cette descente que les Allo- broges attaquèrent ja colonne de l'armée ^ puisqu'Anniba] descendit du lieu le plus élevé pour repousser leur attaque. Les Allobroges qui , (pendant la nuit , s'étoieni retirés les uns au Bourgei^ les autres è LêmincM près de Chambéry , revinrent pour occuper le sommet du passage ; mai$ se trouvant préver DUS, ils renoncèrent d'abord à leur entreprise. Cependant larsqtijB rarméé , qui étoit obligée 131 BISTOnS de marcher sur ooe longue file , eut commencé '8 descendre yers le village de Bc^deaux , les Allôbroges furent de nouveau tentes de Fat** taquer, en voyant la difBcul^ avec laquelle les bétes de somme cheminoient le long d'un cbe* min étroit y rapide , filein de détours , bordé dans plusieurs endroits de précipices d'un côté, et domiûé par des rochers de l'autre. Dès qù'Annibal , du haut de son poste , s'aperçut de cette attaque , il se bâta de descendre avec sa troupe. Le combat eut lieu aux environs du village de Bordeaux ^ et les Allôbroges fuk^nt poursuivis jusqu'au Bourget. Ce combat eaiisa beaucoup de désordre dans la tête de la colonne, à cause des difficultés du chemin et de la nature du terrain , qui est très-inégal^ étant de plus resserré eutre le !»& du Bourget et la pente rapide de la montagne. Le plus grand nombre des Barbares ayant été tués dans le combat , et le peu qui avoient échappé ayant pris la fuite , le reste de Far- mée passa le défilé et te rassembla ùùx envi- rons^ du village de Bourget , situé à l'extrémité supérieure du lac. 'Pendant ee tem^ps-là , Annibal prit avec lui le plus gnand nombre de soldats qu'il put rassembler , pour marchei^ sur Léminc ^ dont il s'empara.. DIT TASSAG'K I>E6 Â1.V1Ê8. 125 Lféminc, oa Lémens , eloil le chéf«Ueu de cette partie de l'Aliobrogie , loDg-temps avant qae la ville de Cbambery existât. 6e n'est plus maintenant qu'tin petit hameau, composé d'une église et de deux ou trois maisons placées sur le penchant d'un rocher calcaire , qui domine Chambérj dn côté du nord (ij. Il falloit cev pendant que ce fût «me ville assez considé- rable dn temps d*Aonibal , puisqu'il y trouva de très-grandes ressources , et en particulier des provisions et des bestiaux en quantité suffisante pour nourrir son armée pendant deux ou trois jours. Les villages voisins furent sans doute mis a contribution (s). M. Dessaussure (5) , dit que imaginer. On suit le cours de l'Isère depuis D ConQaos jusqu'au fond de la vallée du Grai- >^ sivaudan. On voit cette rivière serpeuier dans D son large lit , et arroser une belle vallée ; > les yeux se reposent avec plaisir sur la 1E> plaine fertile et bien cultivée qui s'étend au » nord-ouest du côté de Chambéry. y> La route change de direction à Montmélian ^ pour remonter au nord-est le long de la rive droite de Tlsëre. Elle passe par le village de St^Jean^de^-ki^Porte ; au-delà duquel la vallée de l'Isère est fort large, OeSt une plaine d'une étendue conside'rable , couverte de champs, de prairies , et ombragée d'énorhies noyers. Plus loin , est la petite viHe de S/.-JP«€rr^- d^Albigny ^ dont les etivirons sdnt délicieux. La végétation y est pltw précoce de trois se^ maines^que dans les environs de Genève. i\x&(\VLk Grésy , le chemin ressemble plutôt à (i) Voyages dan$ les Alpes « toto» Ifl^ ig, ^ ii8â. / I 1 1^6 HISTOIRE une allée de jardin qu'à une grande routev On voit sur k droite une magnifique plaine y couverte de la végétation la plus variée , qui se prolonge jusqu'aux rives de l'Isère. De Grésjr à Confiaris , le chemin est très-beau et très-uni \ il est presque partout ombragé de gros noyers. Il y a peu de vallées eto Savoie aus^i peuplées et oii Tou trouve un si grand nombre de vil-* lages. Celui de Tournon est à peu de distance de l'Isère , et como»e an centre de beauY ver- gers et de champs délicieux. Du village de Gilli au bourg de l* Hôpital , le chemin tra« verse une plaine de la plus belle végétation. Les grands vignobfes se prolongent depuis Montmélian jusqu'aux environs de ConBans. Le bourg de r Hôpital est situé an confinent de \Arly et de l'Isère , à l'extrémité nord-est de la vallée du Graisivaudan , et au pied du rocher escarpé sur le sommet duquel est bâtie la ville de Confiant (i). Ceux qui n'ont jamais voyagé dans les Alpes .seront surpris de voir dans leur intérieur de^ chemins comme des allées de jardin ^ et de (i) Cette descripttonesl extraite de Touvrage déii cité de M. Aibanis fieauinoat sur la Savoie , â.^ par- lie , tpm. II» pag. 509 et suiv* BU PASSAOe DBS ALPES. ISI7 grandes vallées dont le fond esren plaine. Maïs dans iinè cliaÎDe dont 4a largeur est de qnàraoïe lieues , composée de roontagues et de valléep qui aliernent sans cesse entr*«lles , ces mon** tagnes sout tantôt très-rapprocbées , pour for-» mer des défile's , des^ gorges et des valljs'es étroites , tantôt plus on moins écartées , pour former des vallées plus ou moins larges. L0 fond de ces dernières est le* plus souvent ho-* rizontal et sans aspérités, alors les chemins qui les parcourent sont vraiment comme des allées de jardin , ombragées ordinairement de beaux arbres , qui y dans les vallées inféiîeures y sont des noyers , et dans les supérieures , des hêtres et des sapins. Les vallées inférieures offrent souvent des expositiods favorables pour des vignobles qui produisent des vins estimés. L'armée carthaginoise, en traversant le tor- rent de XArly , sortit de l'Allobrogie pour en-* trer chez un autre peuple. Depuis qu'elle avoit traversé l'Isère entre Valence et Tain , elU avoit été constamment dans le pays des Allô* broges; car le peuple qui habitoit le pays plat jusqu'à l'entrée des Alpes , étoit Alhbr^ge ; les Barbares qui attaquèrent Farmée au passage du Mont*du-Cliat, étoient encore des AUobroges^ et Ja viUç pii ils f e retiroieni pendant la nuit ^ î a8 HISTOIRE étoît nne ville de VAUobrogie. Cens enfin qne la TÎcioîre d'Annibal dvcttt frappés de terreur^ et qui n^osèreni pas Paltaquer pendant lès troi^ )ours qu'il resta encore sur leur territoire ^ etoient ^usû àesjillobroges. Toutes ces circonstances s'accordent avec rétendue de l'AHôbrogie , dont les limites sont très*^bien connues , d'après les anciens auteurs grecs et latins. Le torrent de VArly y qui se jette dans l'Isère à l'Hôpital, séparoit les ÀIIo-- Lroges des Centrones ^ anciens babitans de la Tarantaise. Ce (ut le troi:>ièn)e jour depuis son départ de Cbambery , qu'Annibal entra sur leur territoire ; car la distance de cette villa jusqu'à l'Hôpital , est de 52 milles romains ^ et nous avons vu que l'armëe faisoit environ 1 3 milles par jour. ,i ' Les Centrones voulurent à leur tour profiter du passage de cette armée pour loi eillerer ses bagages , et ce fut le quatrième Jour, lors- qu'elle approcha de Mou^tier , leur capitale y qu'ils vinrent à sa rencontre avec des nimeaux et des guirlandes , en signe de paix. Nous allons décrire /toujours en abrégeant l'otivrage de M. Albanis Beauuiont , la vallée que la route parcourt jusqu'à jcette ville' (i). (i) D&$crîpi?on .des Alpes grééqocs et ceitienaeif 2.*^paiaie» tom.IIi pag. 53 1 et suiv» BU PASSAGE DES ALPES. Idg A peioe a-t*oq tourné le rocher de Cùn^ns^ que l'on entre dans Tëtroite vallée de la Taran- taise \ les niooiagnçs latérales. se resserrant , le pays prend tout- àrcoup^ un aspect alpin et sau- vage. Au lieu de ces. beaux vignobles qui couvrent les flancs des montagnes qui bordent la vallée du Graisivaudan , de ce$ champs fer-^ tiles et de ces vergers délicieux^ l'on ne voit plus que des foréis de sapins , d^s rochers abruptes ^ et la vallée qqe fon, parcourt a à peine un quart de lieue de largeur. Cet aspect contribue à donner aux vo;ai- geurs une idée peu exacte de cette vallée ; ils ]a considèrent comme très -pauvre et peu habitée. Mais %\ l'on s éloigne de la grapde route y on ne tarde pas à. en concevoir xine idée plus vraie et: plus avantageuse , parce qu'alora .QQ découvre le grand nombre de villages' et de .hameaux situés sur les plateaux élevés y où. abondant de riches pâturages. La voie romaine passoit par le village de la Bâtie, placé à l'extrémité d'une charmante , plaine , revêtue de la plus riante végétation. Les villages de la Roche-Cepin et de Feston - sous-- Jiriançon sont situés dans de. charmans bassins ombragés de gros noyers. La vallée de Taraulaise s'éli^rgit ensuite in-: 9 jSô HISTOIRE «ensibïemeat , et l'on entré dans une jolie plaiofe-,'-de forme à peu pres ovale , ayant nnè demi^Ueue de largeur siir trois qtiarls de lon- gtïeufr. A |50i>4E^«rreitoité.est' siiue' ïe grand vilr iage à^ Aig^eblanchè , qui n'est éloigné dé Moustièr que d'une petite demi-lieue. La vë-^ gétatidn y est très-activé^ et n>ênié précoce , quoique le sol soit élevé deî|^lùs de trois cenis toises au*-dcssu8 de la mer. ' • "^ Après une moulée assez rapide ^ coupée dacfe le rocher , Ton entre dans urteespèce de gorgç x{ui conduit à Moustièr. Bientôt on'aperfcoit cette irille dans un fond, et à l'extrémité d^uâ^ 'petite plaîae triangulaire ,' entourée de hautes montagnes , dont quelqnes'-unes sont cultivées ju&qi>'à leur sommet. La route eët très-belle et biep entretenue y elle est- o6ypée dèns le rocher : la pente est très-douce^t très^égulieré. L'entrée du valJoi), ou eftt situé Moustièr, a un aspect agreste et sauvage ; mais à mesure que Ton approche de cette ville ,1a vue devient plus intéresscinie et plus animée. • Nous voici arrivés a la secondé capitale des Centrotiea , qui s'appèloit dans soh origine Darànttisia , et ensuite Monasterium apud Centrones , d'où est venu lenoïitide MaustieK Cette ville ëtoit bâiie anctenneihent ^urlesiiau- pu PASSAGE l>Et ALPES. l3i leurs qui avoisinenl le faubourg de* Saint^*^ Jaques. C'est là que Tarinée carthaginoise arrivai sur la fin du quatrième jour y depuis son dé^ J)art de Chauibëry. L'itioeVaire de cette route est comme suit i NOMS MODERNES. De Chambérj il Montmélian - Bourg-£v«scal. . . -Sl.-Pierre-d'Albigny - Gresy . -rhôpital. * ObHae ou Totirs. . -.Roche^Geiriaa • « . - Mouslter ••..•• • NOMS des Itinéraires ' roniaius. \ Ad Pubticanos . • • : ObKmom. . . • : . . Daraotasia HIU^S < I lO 6 4 4 8 S 6 » 66 Total. . . Les itinéraires romaids ne marquent qiie i6 milles de yid Publicanos jusqifi'à' Dayantasia^ cependant la distance réelle ' est plus grande de a à 4 liiilies (i). ' Nous voyons par le total des distances que Farme'e carthaginoise avoit marche -i^â' a ^l3 , f t • 1 1 ' t \ (i) Descrîplion des Alpes grecques 'et cotuèunea* 2." partie , lom. Il , pag. 496: ' c '"- ^^^-^ ii- ^'^ - - i5s histothb milles par jour depuis Lemincum. Cest W moyeupe pour chaque jour après k*- passage du Rhône, et l'on sait qu'une armée nombreuse, qui a une longue marche à faire, pardescbe* mins eiroit^ et^ sur une seule colonne, ne peut parcourir que quatre lieues par jour , ou id à i4 niilles. Ce Tut probablement lorsqu'Annibal entra dansla petite pJaineà Pentre'mité de laquethe éioit situe le chef-lieu des Çentronesy que ces montagnards vinrent, à s^i rencontre , portant des. rameaux en signe de peii^. Mais ce n'étoit qu'une apparence trompeuse pour cacher leiir desfiein f)e.rfide de jw-ofi^ter ,' poiir attaquer l'ar- mée , dii n^oinent où eKe seroât engagée dans < la dallée étroite par laquelle, on monte ' au sommet! des Alpes, t - '" hes Gehironès occupoieht les deux rives de l'Isère ,.c^epuis Cqufl^ps jusqu'au Petit Saint - Bernard ctt au mont I^erqn , o^ l'Iscre prend sa source. La Taran taise .actuelle forœoit la plus grande partie de leur pays. Ce peuple ^toit connu dans l'histoire par son courage , p^r sop g^pie belliqueux et la longue résistance qu'il opposa au x Romains. Dès que les légions romaines vouloient forcer les Centrones dans leurs montagnes', ils fai^içnt pleuyçir sur elles BU PASSa^GS BESr ALF£8. l53 une gféle de dards et de pierres qui lés forçoît k la retraile. Ils eurent cnéme la tcfmerité de piller le bagage et l'argent de l'empereur Auguste (i). ' . i( C'est merveille , dit Bergier (s) ^dans son 1» vieux langage , que les Romains eussent déjà » dompte' les nations les plus reculées de » l'Europe , de l'Asie et de l'Afrique ^ et que » quaraute ou cinquante petites nations qui )) habitoient ces montagnes (les Alpes) , et qui » étoient aux portes de Rome ( s'il faut dire 1) ainsi ) , osassent molester et se prendre par )) escarmouches à un peuple si puissant. £t il :^ semble que ces gens , qui n'avoient con- )) fiance qu'en leurs roches inaccessibles , fus- D seot réservés pour dernière conquête des y> Romains , et ne dussent être subjugue's et J> mis à la raison que par Auguste , lorsqu'il y> seroit en la fleur de sa bonne fortune , et y> qu'ayant la paix avec tout le monde , il n'au* )) roit plus à combattre que contre ces roehers, )) comme contre certains nids , pour en déni- » cher ces^ oiseaux de rapine. » (i) Description des Alpes grecques et cottiennes^ 1." partie^ tom. I, pag. 56 — 58. (a) Histoire des grands chemins de FEmpire ro« maia^ pag. io6. \ l54 HISTOIRE Les Centrcnêê avmem depuis long-temps eette srdeiir pour la guerre et cette avidité pour le pîUagé , puisqu'ils les manifestèrent au passage de l'armée Carthaginoise , qui eut lieu Tan de Rome 534 , c'est- à -dire plus de 180 ans avant que ce peuple fût soumis à PEmpiré romain. Nous reprendrons l'histoire de FoI}be dans le chapitre suivant. :*.v'«^v ^- . * • j BU FASSA6B SXE% ALPES. rSS CHAPITRE X. Continuation de Vhistoire de J^olyhe. ■— Attaque des Centrones. — Arrivée aU sommet des Alpes, -r— Discours dAnnibal à son armée. ^ l/ES guides jmardièrent donc devant les Car- thaginois pendant deux jotirs ; mais le pefuplo dont nous avons fiiit noeàtion , ayant rassemblé toutes ses forces y se mît à la poursuite de l'àrâiée I et l'attaqua pendant qu'elle passoit à travers une valle'e étroite y df'un accès difficile et bordée de rochers esca^pe's» Chap.» 55. Toute Parmée aurôît péri dans cette occasion ) is! Apnibiiil , redoutant de la part des Barbares quêilque.desseio perfide, u'avoit^ pas fait iparcher eii avant la cavalerie et les bétes qui portoieot le bagage ,. et s'il p'avoifc pas compose rarrière-g«>fd0 de l'ipfaqtcfrie p^-^ santé, en sorte qae»,.80us U protection 4e celles ci j la perle ne fiit pas aussi cou^Mer abie qu'elle aunoit pu l'être. Ceue iafa^it^ie soutint l'at-^ léquté' 4e^ Barbares '^,mm C€^p^i^n|: ,yn igraqd^ l56 âlSTOIRB nombre dliommeft y de bêtes de somme et de chevaux fareot taillés eo pièces. Car les ennemis s'étant empares des lieux ele- yés j çt marchant du même pas que les Cartha- ginois qui suivoient le pied de la montagne , les premiers firent rouler des pierres sur eux , ou les lançoient avec la main , ce qui réduisit Var* mée au dernier degré de FeBroi et du danger; tellement ^qu'Annibal fut obligé, avec la moitié de ses forces , de passer la nuit dans le voisi- nage d'un certain rocker blanc , séparé de sii cavalerie et de ses bétes de somme , lés pro- tégeant pendant qu^elles défiloient au travers du ravin, ce qui dura pendant toute la nuit. - ' Mais le jour suivant l'ennemi s'étant retiré , Annibal rejoignit sa cavalerie et ses bétes dé charge , et les conduisit au plus haut sommet des Alpes. Aucuns des Barbares n'osoient at* laquer le gros de l'armée , mais ils la harceloient par petits détadhemens , et dans les endroits avantageux ; car les uns se jetoient sur les der- niers rangs , d'autres sur ceux qui étoient les plus avancés , et , de cette manière , ils enle*- Yoient toujours quelque partie des provi^ons et du bagage. Dans cette circonstance j les élé- phans furent d'un très -grand service , car partout oà iU ^arrcQd un aspect riant. Le talus des. montagnes est couvert d'une belle vëgëiaiion : c'est un mélange presque continuel de forêts de sapins, de cbainps , de prairies et même de vignobles; çà et là , on aperçoit des touffes de noyers , qui recèlent de cbarmans villages. Les maisons des habitans de laHaute-Tarantaîse sont bien bâlîes, grandes et commodes. L'intérieur et les alen* tours des habitations offrent beaucoup d'ordre et de propreté , et annoncent par conséquent de l'aisance. On aperçoit dans le fond de la vallée et au bord de l'Isère \ un assez grand village nommé C^ntron. Il y a ^ur les deux rives de la rivière plusieurs mesures de la plus haute antiquité ) elles paroissent avoir appartenu à l'ancienne ville des Centrons , qui étoit , dans le deuiiènfie siècle , le chef*Iieu de cette province. 11 est probable que cette ville ait été engloutie par ta chute de quelque, énorme rocher. M. D'Anville 9 à l'article Forum Claudii de la Notice de Vanoienne Gaule , dit que Cehirch soit la' plus ancienne de fondatiojQ D dans le pays : ellejouissoit méine de quelque^ /)> prérogatives sur la métropolitaine de Mous^ . » tier. II faift que.qt^elcjue calamité > arrivée k DU PA8SAGB DES ALPES. l4l }D ]a capitale des Centrons , dont le norti ai^të* y> rieur étoit Forum Claudii , lui ail fait perdre )> sa dignitç de fort bonne heure y puisque dans D la notice de la Gaule , que l'on croit avoir D ëtë dressée vers la fin du qualriëme siècle , y^ ou le comnaencenient du cinquième , c^est )» Darqntasia qui est nommée en cette qua- )!> lilé de capitale, y^ Le bourg d^/iixmeesi le premier endroit que Ton traverse après le village des Centrons. Le chemin qui y conduit est un peu moniueux ; mais il est très- beau , et le pays bien cultivé et bien boisé ; Ton y voit même des vignobles très- étendu3 , et une grande variété' d'arbres frui- tiers (i). Le bourg d'Aixme , l'ancienne Axima 4es Romains , es^ dans une situation extrême* ment riante , au centro d'un bassin fertile. C'é* toit une ville dont les murs d'enceinte se prolongeoient autrefois jusqu'à l'Isère. On a trouvé dans les environs , plusieurs médailles des consuls ou des Empereurs romains , des inscriptions romaines ., des fragmens de cor-- lâches et de frises , des piédestaux ^ etc. A, ttm - (i) Oft dott être étoan é de trouver eaeore des tî- gDobles dans le centre des Alpes. Cela indique que le toi des yallé^ ^t fort peu élcYé au-dessus de la mer. i 4a HISTOIRE inoitîé chemin , entre Bellantra et le bourg Saint-Maurice , la grande route traverse un plateau élevé , couvert de belles praînes. Saint-Maurice , le Befgintrum des Romains, étoît autrefois très-cousîdcrable. Il y a de beaux marchés et des foires de bestiaui très-renora* mées , non-seulement dans la province , mais même en Piémont et en Dauphiné. Ses envi- rons ^ quoiqu'aux pieds de la chaîne primitive des Alpes , sont très-rians ; Ton y voit de belles prairies , qui se prolongent jusqu'aux rives de l'Isère, ombragées par un mélange très-agréable d'arbres de différentes espèces , comme noyers ^ cerisiers , pommiers , sapins et bouleaux. En sortant de Saint* Maurice , l'on suit unft direction à Pest , qui est celle que prend le cours de l'Isère depuis les environs de ce bourg. L'on traverse ensuite le torrent impétueux de la P^ersoi. A peu de distance , on trouve le torrent de la Recluse , qui prend sa source au sommet du Petit Saint-Bernard. On entre ensuite dans le Village 'de Scèz , qui est très-^ considérable , quoique ses environs parobsent agrestes et sauvages (i). . . — i— Il ——Il I I II II m II ,— a»iM— M^— fc»T*^*'»**^^"^^"*'i^— — — * / (i) Toas les détails sur la vallée de Tlsère; depuis 'MontméUan îusqu'à Sccz,8oal extraits du m éuie ou- trage de M. Albanis Beauniont; pag. 5o4-570. DC PASSAGE DES ALPFS. l45 f Nous somrtîes maintenaol arrives au pîed de FAIpe grecque , c'est-à-dire de la iuoniée du Petit Saint-Bériiard, L'arme'e carthaginoise par- courut eb deux jours Tespace de 22 railles y qui est entre Moustier et le village de Scèz. En voici l'itinéraire : riOMS MODERNES. De Mouislier à Gentron • . . • - Aixme • Bellantre - Bourg St.-Maurice. - Scè* . NOMS des Itinéraires romuius. ^■«1 ■•i D^raolasîa Forum GUudîi. . . . Axima . , ^ , * • • • Il iii Total. • • • MILLBS' romains. 5 6 4 S 'r - Q2 Pendant cette marche de deux JQurs , les Cetitrones , doni une partie suivoit Parme'e sous prétexte de lui servir de guides , assemblèrent leurs forces. La -vue des beaux chevaux nu*- "mides et espagnols , des bêles de sômnae char- gées de riches bagages , les avoit tentés. Ils jugeoient qu'ils pourroîent s'en emparer avec impunité , parce cpie les differens corps d'un« artnée qui est ot)ligëe dé marcher sur une longue file dte tjuatre à t^lriq- lieues , ne peuvent l44 ' HISTOIRB pas se protéger mutuellement. Ce fut au mo« ment où elle commença à monter au-dessua «Je Scèz , qu'ils l'attaquèrent. Nous allons dë-^ crire ^ d'après M. Beaumont , cette partie de la route qui s'étend depuis ce village jusqu'au sommet du passage du Petit Saint-Bernard. En sortant de §cèz pour monter le Saint- Bernard , on quitte la vallée de l'Isère , et l'on prend une direction au nord. On gravit d'abord une rampe assez rapide , payée de larges pierres plates , et, après un quart*d'heure de montée , on traverse le village du F'illar : le chemin continue à être pavé de grandes dalles plates; il est ensuite un peu moins rapide ; il tra- verse une espèce de plateau entièrement composé de débris des montagnes latérales , recouvert de grandes et belles prairies om«- bragées^de quelques hêtres et de ^pins; Ce chemin conduit sur les bords du torrent de la Jtecluse , dont le lit profond est rempli de blocs de pierres d'un volume considérable. On traverse ce torrent sur un pont de bois trèsr élevé et très-pittoresque ; vb-à-vis de ce pont^ et du côté du nord ^ on aperçoit une grande et majestueuse cascade forniée par les eaux de la Recluse, Le chemin monte ensuite , en serpen- tant sur les flancs d'ime charmante colline, cou- BU PASSAGE BlÈ^d ALPES. l45 verie de ]a plue naote verdure y dont réclai et la fraîcheur est augmentée par les couleurs' foncées des rochers arides et abruptes contre lesquels elle s'appuie. A travers les arbustes C|ui^ ombragent cette coUine , on aperçoit sur la rive gauche du torrent une petite chapelle que Ton nomme Noire- Dame-des-neigea. Au-dessus de cette colKue , est situe le vil- lage de Saint-- Germain. £n en sortant , la montée est fort rapide ; le chemin est coupé en zigzag dans les flancs de la Montagne-- Colonne y ayant d'un côté le précipice eSrayant au fond duquel coulent avec fracas les eaux de la Recluse. On aperçoit encore , par-ci par-là , quelques forêts de sapins et de hêtres ; mais à mesure qu'on s'élève , quelques arbustes , ré- pandus sur de v^istes prairies , prennent la place des arbres. Après deux heures et demie de montée', de- puis le village de Scèz, on passe à côte' d'un chalet y ou fruitièi*e ; l'on traverse ensuite la Recluse^ et bientôt après on se trouve sur le sommet du Petit SaintrJSernard. Le passage de cette montagne n'est n^lle part dangereux ; la montée n'est proprement très-rapide que dans les environs de Saint-Ger- main , partout ailleurs la route seroit praticable lo lÀË, HJSTOIRE pour les voitures , moyeuDant quelques répa^ rationls; car depuis 1^ nionte'e de Salnt-Gertn^n ,' le chemiq tr)iverse de vastes prairies y dont la pente n'est que médiocrement inclinée. Le vallon du Petit Saint- Bernard a environ., un quart de lieue de largeur , sur un0 demi-^ lieue de longueur. A son extrémité oord-est, il y a un peut lac ^ entouré de. la plus riante verdure (i). Les descriptions de M. Beiaumoiit ne sVteo'^ dent pas au-delà du sommet du passage ; mais^ lieureusement pour nous , M. Dessaussut^ vient nous fournir le reste de la routé , jusque dans les plaines qui bordent le Pô. Ce célèbre phy- sicien et géologue avoit traversé le col du Bonhomme , et étoit descendu dans la vallée de l'Isère au bourg Saint*-Maurice (a)» Nous prendrons son récit depuis le village de ScÀz , parce qu'il nous fournira qtielqnes détails qui ne se trouvent pas dans l'ouvrage de M. B. , et qui cependant sont essentiels (5). d'heure au village de f^illar-^dèssous , paf D un chemin pavé de pierres calcaires et^'de D gneiss , et au bout' d'tih quan^-d'heure , on V passe sur un ponrt le torrent' qîn vient du }> Petit Saint* Bernard. La nàbntagne aii^dèlâ » dé ce pont présente tin point de *viie tJ-ès-* » agréable 3 une belle cascade^ tombe à traVei'i » des prairies en étagères , avec des arbrei^ et ï> un village au-dessus. On voit ensuite' dé y> Pautre coté dû torrent, à l'emrè'e de la irai- )) lée d'où il son , des masses informes de n gypse blanchâtre. Dé là , on passe sous la )) cascade j et bietitôt après on passe à 8aint^ 1» â^rmam^ dernier hameau d'btverl lo « Depuis Saint-Germain , ou comimie à nion^ » ter, en suivant la rive droite di) forreht,^pat » une pente douc^ entièrement décèuvene 'y y) presque toute de prairies. La montagne Hié^ )) à-vis , et de l'autre côte' du torréûi , est à^sâ )) en grande partie c<î>iiverie âe boi's èl! d^ y> prairies. )) '^ï^*' ' ^ " ^' a On arrive à l'hospice , ou Bou%'ent j'en h trois petites heures depuis Scèz , toujours^ par )) des prairie& en pente dquce, sac|f avoir. )bu » à passer aucun mauvais pas y aucun rocher « * l4d HISTOIEE D ^carpe ni difficile ; en sorte que cette mon- i> tagDe préi^ente le passage des Alpes le plus p facile que je connaisse. » . c(, L'hospice^ ou couvent , est situe dans un )) vaUon ep berceai) , dirigé du nord* est au )» sud-ouest, large 4^ trois à quatre cents toises )i dans le bas ^ partout yerd y mais, sans arbres ^> qi arbrisseaux^ Sop eleyation au-dessus de la D mer est de ii35 toises, » , a Du côté du sud-est. le vallon est divisé, Hf suivant sa longueur , par une arrête étroite 30 qui se prolonge du côté du nord, à trois ou » quatre cents toises au-dessous de Tbospice, » Cette arrête produit un second vallon asse^ >!> profond 9 parallèle au premier. » a En. partant (i) de l'hospice pour descendre 7^ dans ja vallée d'Aoste , on commence par jç) monter upe pente douce qui aboutit au }>Iiis D baut.poii^t du vallon, mais ce point n'est » que de quelques toises plus élevé que l'hos- D piice, , — On voit ensuite au-dessous de soi , I) su^ la gauche , un petit )ac renfermé dans D un charmant bassin de verdure. » ^ Les distances depuis Scèz à l'hospice sont : ■■■^ ■■ ' I » I I I ■ * " I ■ ■ I > I I ■! (i) V^ag«»d»itt les Alpes, tom. IV, § aaSa* DV PASSAGE BCS ALFBS. l4^ De Soès à Yillar ^ .....; i mille. - Saint-Germam a - raoapicecIuPetUSt.-BernarcL 6 ■» Total • • • • g milles. La carte Thëodosienne marque is raille^ de Ariolica in Alpe Grqïa jusqu'à Berjgintrum, ou Saint -Maurice. Nous avons trouve' la distance de ce bourg jusqu'au sommet du passage , de ii milles , ce qui feroit croire o\x^ Ariolica éloit dansja situation actuelle de rhospice , ou plutôt près du petit lac où M. Beaumont (i) dit que Fou voitle^ restes d'une colonne anciennemept nommée coîumnaJoyis. Ariolica s^uroit donc été situe h l'extrémité nord-est du vallon^, tapdisque l'hospice actue| est situe' à soq ep^ree «du côte' de la.Tar^ntaiseè . J'ai dit plus fapnt que ce fut vers la fin du second jour depuis le départ de Mpustier , et lorsque l'armée carthaginoise commença à mon*- ter au-dessus des villagf^s de Scèz et de Vil^ar '^ que les Ce/i/ro7i6;^ I'^ttaquè^ent• Polybe nous dépeint cet endroit comme ur^e vallée étroite j^ d^ accès difficile j et bordée de rochers escar^ pés. Les Barbares s'e'ioient emparés des lieux « I ■>■ * ' (4} Vojagi dai^s tes Alpes, a/ partie, tom. II, p* 574. ëfcvës , €1 , inàrcliant du même pas que les Çar- thagiDOis qm suivbieht le' pîêçï de la montagne ^ ils faisoieot rouler des pierres sur eux , ou les la nc o ien t a:vee hr main. Ces circàhstances , et une autre dont je vais faire niéhtlôn, firent juger au général Melville, lorsqu'il traversa cette montagne , que , dans fé te'mps d^Annîbàl , la routé ne ^raversolt pas le torrent /lûais qu^dle monioîC le long de sa nvc( gàuiihe. Diaprés cette opinion , formée par m lecture de rol^^be et rînspection des lieui^ le gè'rtëral ailroït vôbfu monter ^ar-ïà pour exa- miner cette vallée dé^plu^ près ; mui^ son guidé ^S opposa 9 en disant que è'étdit un vieiîi che*^ inin tt*ès'it)auvaîs,abandbû†depuis fong-temps^ et que les contrebandiers ^euls fre'qiîentoient. It ajouta ^ue depuis la route aeruelfe qui suit la* rîve rfroite'du tdfrenl, Il pourroit aisément |ctgèi^ de la nattîre de l'ancienne. Le général Stélville remarqua qu^en effet le local répon- doit parfàiléiïient à la descriptioà que fait Polybe d^ùn passage difficile au pied d'une ftiontagne escarpée. Cet ancien chemin conduit probablement à fa petite chapelle que Pon nomme Notre- Dnme'^ des^neigea , qui est snr la rire gattche du tor- rent. M.. Dcasatissure no«^ dtl qiït la montajjne >v DU PASS^Aéîî ISm AliFES. i Si erie cl ses. bétes dé sôitiitie ^ pendant qi>'ellés défiloient au irâvers du favib ^ ftu obfigé dé passer tèu te la nuit dans le Vbisi-» nage dW certain rocher btatiâ. - a • . v A éeiïii^^iHc àu-desites de VîlISr-, et S ren- trée de la vallfeVétrtÂe d'oîr sort le tinreûf de la Récliê9e , le gënérbl Melvilfe remarquai èe loio'des rochers d'ùtte-blahchèur éclaiàntè , qu'il eomparôit à de'Ia'^cràté. Il tlScii^nf^ U son- guide ^e que^c'etok-i^pié ces rbtBei'tf , il là! répondit qu'on les appeloit la roche blanche} M. Déssàussurè les retnari^a aussi, pûisqù^l dit qu^à Feutrée di^ b ^alfée d'bftUôrt le torreot ^ on voit dts jnnnses injhrihffs ^ de gyrpàh biùh' ohâlre. Voilà àùvit\& fâcher Btanc'âùtïX part# Pol^be, et prèfe' duqueK ÀtftfHï'àl pasrsa la nuit avec fei moitié- de ses forces ^ pour pfbii^er le reste* dé son armée à taesurè qà'éSé'tnbïii' toit èûr une longue filW. : i * = k^ t A'u momem 6ù \t géôéràl MëlviRé'dèi ^çe rocb«r , il .t^Doit devant Iql^.si^rtje.cop jd^, MOj[ï mulet. , riiiigtQire de Polj^e^ eg . grec y d Ji- sçit les rDat5> qui sigiûfient présida un certain rocher, blanc :. il fpt frappé dejja coïocidepQe entre le Heu mentionné par Polybe. et U cjou-^ lej^r.^Q ofPQher quHI voypit devant lai; i) OQtn- pr^ en< même temps ce quetotisles trs^ducteuFSr de Pplybe avoient prÂs dans un sensi.vague ^ et qili (jlevoit être pris, à la lettre, L'bd traduit les mqi^fWt^i Ti yi,^^ Sf4tfUn rochfj:. Tite-Live (fit , 4'j^|ttfès Pplybie , qu'An- çibal passa .une nuit; séparé denses bagage^ et. de ssi q«|V8^1e;^ie , mais il.oipet cette circonstance, çssi^ti^^ ., qui^ert, à déterminer d'une ma-^, ni^re si précise le lieu , oit ,4ooibaL passa, la nuit.. ^; C^ f Ut : aij-dessus dç .f7//ar , s^r une espèce « de pl^eau;quç Ifschemm traverse .^ .^t que re- couvrent d,^, grandes et belles pfd^i^s 9 oipbra- gées de quelques héi^res, et de (|uelques sapins. Ce plateau est domine par. les /Tki^^^a injhrmesr de gypse blanchâtre j i{\^\ sipiçt.situéies à ren- trée de la. vallée étroite par laqqell^. Farmée monta pendant toute la nuit. A>^nibal s'étpi|^ posté. Jà avec une partie de so^ infa^teçie. BU PASSAGE BES ALPES. 1 55 pour empêcher les Centrones de saîvre ses ba* gages et sa cavalerie , qui iparchoient en avant à la tête de la file , et qui arrivèrent les pre«* miers dans le vallon , au sommet du passage.^ , Puisque le rocA^r blanc , près duquel Annibal se posta ^ est sur la rive gauche du torrent , on peut en conclure , comme le fit le géneVal Mel- ville , que le chemin par lequel l'armëe défila , fltoit du Epême côté ; car si elle avoit traversé Ip torrent là où la roule actuelle le traverse , le. poste qu'Annibal avoit choisi devenoit inutile poui;* protéger son armée. . La nouvelle route fut faite par les dues de Savoie > elle décrit plusieurs xigzags au-d^essus du village de Saint- Germain , etTonaait que les voies romaines , au contraire « e'toient tou*- jours tracées en ligne droite , autant que la na-, ture du pays pouvoit le peroçiettre. Il seroit curieux de. visiter l'ancienne route , pour voir s'il reste encore des tracea des travaux que Fem**. pere^ur Auguste y fit faire pour la rendre pra^ licable , même pour les chars, M. Dessaussure observe qne je Petit, .^int- Bernard présente le,pa$sage des Alpes le plui ^cile qu'il copnoi^e* M. Albanis ^e^umont observe aussi que le passage de cette montagni} il'est nullç part dangereux .ni difficile j qu'ex^- } ». 1 i 1 54 msToiRE cepte dans lés enviroïas de Saint- Germain , îâ ronte sei ok praticable pour les voilures si I'od y faisoît quelques réparations , car elle traverse de vastes prairies en penrte douce. Ce fut \t rienviènoe jour depuis Tentrëé dans les Alpes , que Farmëe carthaginoise arriva ati sommet du passage de ce^ hautes montagnes» Ahnibai éloit resie' à* son poste jusqu'au matin de ce jour , moment où son arrnée a'mpcitrer aja* a Annibal s'avança à la tête de son armée; » sur une sorte de promontoire , d'où l'on dé-- D qouvroit une vue immense ^ il ordonna à ses » soldats de faire balte, et , leur montrant }} l'Italie et les plaines baignées par le Pô qui » sont au pied des Alpes , il ajouta que c'é-' D toient non^seidement les remparts de ^'Italie ^ y> mais les murs même de Rome qu^ils escala^ y> doient eu qe nooment ; que le reste du cfae-* » min n'étoit plus que des pentes à descendre D et des plaines à traverser^ et qu'une bataille » ou deui au pldE^, meitroîent dans leurs mains )> et sous leur puissance la capitale et le bon*; » levard de l'Italie. y> Ce ne fut pas , comme le suppose Tit^eXivey pendant que l'armée évoit en marche , qu'An- nibal adressa ce discours à ses soldats , mais pendant qu'elle étoit cauipée dans le vallon du Petit Saint - Bernard. Ce ^'uéral n'eut pas besoin de sortir dé son camp pour leur mon-*, trer les vallées qui faisoient déjà partie de l'Italie y car ce joaaip d^voît couvrir tout le 1 BU PASSAGE BE8 AI4FES. iSg vallon jusqu'à $a partie supérieure , et même sVt^ndre , en descendaal , vers les bords du peili lac. l6o HISTOIRE CHAPITRE XII. Continuation de Vhistoire de Polybe. — U armée descend les Alpes. — îiombre auquel elle fut réduite à son arrivée au pied des Alpes. Xje jour suivant Annibal ayant fait lever le canip^ comuiençala descente des montagnes. Il n'eut point ici d'ennemis à combattre, excepté ceux qui lui faisoient du ma] à la dérobée ; mais les neiges et les difficultés du chemin lui firent perdre presque autant de monde qu'il en avoit perdu en montant , car le chemin éloit très- étroit et très-rapide ; et la neige empêchant de le voir 9 tous ceux qui s'en ecartoient ou qui tom- boient étoient entraînés dans les précipices. Les troupes ne furent cependant point dé* couragées par ces difficultés , étant suffisam- ment accoutumées à de tels accidens ; mais lorsqu'elles arrivèrent à un certain endroit où il n'étoît possible ni aux éléphans ni aux che- vaux de charge d'avancer, parce que le chemin ét^it trop étroit , la terre qui , auparavant étoit BU PASSAGS DES ALPES. l6l très - escarpée dans l'espace de près de trois demi-stades , s'étaht ëboulee davantage depuis, très-peu de temps y toute l'armëe fut remplie d'effroi ; les soldats se livrèrent au dësespoic et leur courage les abandonna. Au premier moment , lé général carthaginois chercha à tourner cet endroit difficile ; mais la neige rendant tout autre passage imprati- eable , il fut oblige d'y renoncer. Chaf. 55. Car ce qui arrivoit ëtoit une chose très-singulicre et très-extraordinaire. Sur de la vieille neige conservée depuis l'hiver pré- cédent , de la nouvelle étoit tombée tout r^, cemment; on pénétroit aisément celle-ci , parc« • qu'elle étoit molle et peu épaisse; mais lorsque les hommes l'eurent foulée aux pieds et qu'ils ^ atleignirent la neige de dessous^ qui étoit gelée , leurs pieds ne pouvant pas s'y enfoncer , il$ glissoient et toraboient , comme cela arrive à ceux qui marchent sur un terrain boueux à sa surface. Ce qui leur arrivoit ensuite étoit endore plus pénible , car ne pouvant pas pénétrer la neige inférieure , s'ils venoient à tomber et qu'ils voulussent s'aider de leurs genoux ou s'ac- crocher à quelque chose pour se relever , ils glissoient encore plus , entraînant avec eux ee l6ft HI^TOTRjB qui letir fl^rvoli d'appui , parce que la pente eioii extrémçiueDt roide. Mais les bétes de soiuihe , en faisanl des eBbrts pour se relever , roit)polent la croûte de la neige , et restolent , pour ainsi dire, prises Oii encbàs^'es avec leurs fardeaux « à cause de leur poids et de la congélation de la vieille neige. .Aaoibal^. abandonnant donc TespeYaric^ de pouvoir passer par -là , campa à l'entrée du diemin dégrade* On enleva la neige , et la multitude se mit à l'ouvrage pour reconstruire le cbeminle long du précipice. Par ce moyen, Anuibal fit faire en un jour un chemin assez bon pour les chevaux et les bétes de somme ; il le^ fit passer tout de suite , et les dispersa dans les pâturages j dressant de nouveau le camp dans.Ies endroits où il'n'y avoit point de neige. !l^ fit travailler les Numides, par bandes, à la construction du chemin , en le faisant appuyer; et , après bien des fatigues , il réussit au bout de trois jour__s, quoiqu'avec beaucoup de peine, à faire passer les élépbans. La faim âvoit réduit ces animaux à l'ëtat le plus déplorable, car les sommets des Alpes et les endroits qui sontdans leur voisinage , sont tous entièrement nus el sans arbres, la neige y restant constamment été et 'lii?er. Mais les lieux cyai sont au milieu de la DU PASSAGE DES ALPES. l65 montée des deux côtes y abondent en arbres , en forets , et sont propres à la culture. Chap. 56. Annibal, rassemblant toutes ses forces, commença à descendre, et le troisième jour, ayant achevé complètement le passage par les précipices ci- dessus mentionnes, îl atteignit la plaine, ayant perdci pendant toute 6a marche un nombre considérable de soldats par l'attaque des ennemis , le passage des rivières et les précipices des Alpes. Il perdit aussi des che- vaux et des bêtes de somme en nombre plus considérable. Enfin , ayant accompli sa marche depuis Car-* thagène en cinq mois, et le passage des Alpes en quin2e jours , il entra hardiment dans les plaines qui avèisinent le Pô et dans le pays des insubres. il avoit conservé de ses troupes africaines douze mille hommes d'infanterie , et des troupes espagnoles environ huit milles; de sa cavalerie, seulement six milles , comme il le déclare lui* même dans une inscription concernant son armée , qu'il laissa gravée sur une colonne à Lacinium (i). r (i) Promontoire de la Calabr»^ appelé Capo Mk Colonne. l64 HISTOIRE CflAP. 60 (i). Annîbal etanl arrive en Italie ^vec les forces dont nous venons de parler ^ campa an pied même des Alpes y pour donner à ses troupes Je temps de se remettre des fa- tigues qu'elles avoient endurées en montant et en descendant des chemins aussi difficiles. Le manque de nourriture et le délabrement oii les soldats étoient réduits, lesavoient presque entiè-^ rement défigurés. La faim et un travail sans re- lâche en avoient jeté un grand nombre dans le dernier désespoir^ car il n'avoit pas été possible de transporter par des endroits comme ceux-là des provisions en quantité suffisante pour nourrir tant de milliers d'hommes , et la plus grande partie de celles qu'on avoit apportées avoit été perdue avec les betes de somme. En sorte que quoique Annibal , après avoir passé te Rhône , eût avec lui trente-huit mille hommes d'infanterie et plus de huit mille hommes de cavalerie , il avoit perdu presque la moitié de ses forces en passant les mon- tagnes, comme nous l'avons dit plus haut ; et ceux qui avoient échappé étoient tellement èbangés par les travaux continuels qu'ils avoient essuyés , qu'ils ressembloient à des sauvai^es. (i) Je saute les trois chapiires précédens , parce qu'ils ne reaferment que des reflexions ^éaérales sur la ma- nière d'écrire l'histoire. BU PASSAGE B£S ALPES» l65 CHAPITRE XIH. Remarquée sur la descente des Alpes. — • Jaurnal de Pexpédition jusqu^à Varrivée de V armée dans la vallée d\4osie. — Lon-^ gueur itinéraire totale dupassage des Alpes. X^ANS cette partie du récit de PoJybe , le point essentiel est de découvrir l'endroit de la descente des Alpes où le chemin âvoit pu être emporte' par un eboulement de terre, au point d'arrêter complètement la cavalerie de l'armée carthaginoise. Dans ce but, nous transcrirons ce que M. Dessaussure dit de cette descente , et nous citerons aussi les noies que le général Melville ilDus avoit communiquées. ce A trois quarts de lieue de l'hospice (i) , )» on traverse un plateau incliné , et bientôt )) après on traverse un bois. — A trois quarts » de lieue de ce bois , on passe au village de » P ont -- Serrant. — En sortant de ce village^ (i) Voyages dans les Alpes, tom. IV , $ 233a, char çilre ÎDlitulé : Pctssage du Petit St.-Bernard. l66 HISTOIRE )^ on passe un pont constriiît sur un torrent y> qui coule a plus de cent pieds de profon- » deur. — On a de ce ponl une vue charmante, » surtout du côte du bas de la montagne, où ^ une belle cascade qui sort d^une prairie , au » pied d'un bois , vient mêler ses eaux k celles » du torrent. )) A une petite demi-lieue de Pont-Serrant, )) est le village de La Tuile ^ auquel se lermiue » la descente du Saint-Bernard ; nous n'v en-^ » trames pas , nous le laissâmes à notre droite , )) de l'autre côte' du torrent. Ce village est situé )) à l'entrée d'une gorge et au bord d'une peiite )) plaine formée par les débris qu'accumulent » divers torrens qui viennent s'y réunir , et D entourée de hautes montagnes. )) Si ce passage des Alpes est un des plus » faciles, c'est en lithologie le plus monotone y> que je connoisse, $225^. Après avoir laissé » sur la droite le village de La Tuile, noussui- )) vtmes le torrent qui porte le nom de ce )) village. — A dix minutes de La Tjaïle , on » passe ce torrent et on vient côtoyer le pied 3^ d'une montagne dont les couches coupées y> à pic sont d'une belle calcaire grenue , 3» souvent recouverte de mica. Le chemin est )) bon et assez large, mais sur une corniche DU PASSAGE 1>£9 ALF£9. iB^ » irès'élevée au-dessus de La Tuile, On poH )) la , sous ses pieds ^ des amas de neige qui » se sont conservés depuis V hiver , et qui V forment des ponts sur ce torrent. On passe )) ensuite sur un pont plus sdlide, au-déssouft^ » du viHage de La Barma^ et on laisse à gauche^ )) sur la hauteur , le village à^EleOa. )) De là , dans une peiîie demi-heure ,' nous y> vînmes au bourg de Pré-Saint- Didier , et » ainsi en deux heures depuis La Tttile.^ — La 7) hauteur de Saint-Didier au-dessus de la mer » est de 448 toises. » JM. Dessaussure nç Fait pas mer^tion de la rapidité de la descente depuis l'hospice ju8«^ qu^au village de Pont^S*rrant , mais le gênerai Melville remarqua" <|q'elîe'dloit plus grande que du côté de -la Savoip. Ce fut dans oeltè partie du cherbin, qui occupe l'espace d'une lieue eC demie , que tes soldats qui s'en 'écartoieni lorsque la neige empéchoit de le \oir^ ëloient entraînés peeif>içesv ^ Quand on • compare nk cjescription qtte fait Poljbe du lieu où l'armée fm arMte'e, avec cette partie du chemin à dik minutei du village de La Tuile , qui passe siâr une corniche très-' élevée au-dessus du torrent , et açec ces cunas de neige consentes depuis l^hiver, qui l€8 HISTOIRE foTTfhQient de9 ponts sur ce torrent ^ on est convaincu qu'on a découyerl l'endroit où le chemin s'ëtoil éboule ,. et où l'armée y pour l'éviter , chercha à passer sur la vieille neige qui couvroit le lit du torrent de La Tuile. Pendant que le général Melville étoit i l'hospice y il s'étoit informé du nàoine qui y etoit à demeure ; si l'on trouvoit d^ns la des- cente de la montagne , un endroit qui corres-^ pondit à la description de Poljbe. Le Ber- nardin lui répondit : Y<>us serez satisfait , vous verrez ce mauvais bout de chemin en des- cendant. Après que le général eût passé le village de La Tuile, son guide lui dit : A présent î»ous approchons d'un endroit très-mauvais, qui nous donne beaucoup de peiae pour le réparer toutes les années , parce qu'il est emporté au printemps par des avalanches de neige. Lorsque le général Melville traversa Ctette montagne en 1775 , le chemin e'toit fait de ironcs de mélèses ou de sapins places deux à deux, suivant leur longueur, et applanb à la surface pour que le pied pût reposer de plat. Ce fut sur ces troncs d'arbres que le général, son domestique et ses mulets furent obligés de passer. Dans cet endroit , le chemin suivoit av^ une pente douce le côté escarpé d'une montagne , composé de ro- DU PASSAGE DES ALPES. 169 chers désunis , et pouvant s'ebouler facilement. A Tepoque du voyage de M. Dessanssure , le 8 août 1792 , c'est- à -dire 37 ans après c^lui du géneVal Melville , le chemin étoit meilleur et plus large , il formoit une corniche très- élevée au-dessus du torrent , en côtoyant une montagne dont les couches sont coupées à pic (1). , En parlant du travail qu'il fallut faire pour que la cavalerie et les éléphans pussent passer ^ Polybe se sert d'un mot qui signifie construire ou bâtir ^ c'est-à-dire , qu'il fallut soutenir le chemin ou par des murs ou avec des troncs d'arbres; ou même, qu'il fallut bâtir le chemin en entier j ce qui ne pouvoit se faire qu'avec des pièces de bois placées les unes à côté des^ autres et appuyées par^dessous. C'est ainsi que le représente encore Polybe quelques lignes plus bas , quand il dit que les Numides tra^ vaillèrent à la construction du chemin en V appuyant. La longueur de la partie éboulée du chemip ■ Il I I ■ iBiii II m I — — ^M ■ ■■ ■■ Il ■ - (1) Au rapport d'un voyageur qui traversa celte montagne en i8i5> le chemin dans cet endroit étoit soutenu y par places , avec des troncs de sapins; on passoît les ravins sur des petits ponts faits des mêmes crbres. 1 70 HISTOTRE éioit de presque trois demi-stades. Le stade , suivaot Pliue , éloit de GaS pieds romains. Bergîer (i) dit que les auteurs grecs et laiins ont déterminé que le stade est e'gal à i 25 passas ou 625 pieds. Trois demi-stades feront donc 907 ^ pieds romains. Cet espace d'environ mille pieds est sur la rive droite du torrent de La Tuile , entre l«s deui ponts , dont le premier est à dix minutés au-dessous du village de La Tuile, et le second est au-dessous du village de La Barma. La conformité parfaite de cet endroit avec celui où les chevaux et les éléphans de Tarmée carthaginoise furent arrêtés , est frappante i c*est une preuve bien remarquable et bien satisfaisante que ce fut la roule que suivit celte afrmée. Mais ce qui complète l'évidence , ce sont ces amas de vieille neige con^ert^és depuis ♦ V hiver y qui, le 8 août j 792 , formoient des ponts sur le torrent, exactement dans le même lieu ou aoio ans auparavant (af) il y avoit aussi (1) Histoire des grands chemins de TËtapire romain j, tom. I, p. 371. (2) L'expédition d'Annibal se fit Van de Koane 534 ; avant Jésus -Christ 218 ans, qni font aoio ans ajouté^ à 1792. DU PASSAGE DES ALPES. I7I de la vieille neige restée depuis l^hiver pré^ cèdent. Celle neige avolt e'ié accumnle'e, aces deux époques tres-éloîgne'es l'une de Tautre, par les mêmes avalanches, qui emportoient le chemin cliaque année. Mais lors du passage d'Annibal, ces amas de neige dévoient être plus considérables , ils dévoient couvrir tellement le lit du torrent , que les Carthaginois sHmagi- nërent qu'ils pourroient passer dessus sans ac« cident; la neige fraîche qui éioit tombée tout récemment, contribuoit aussi à cacher le danger de cette tentative. Dès qu'ils eurent foulé aux pieds cette nouvelle neige , et que leurs pieds reposèrent sur la vieille qui étoit congelée , ils glissoient et ne pouvoient plus se retenir, parce que là pente étoit trop rapide : ils étoient ainsi en- traînés dans le torrent, 011 ils périssoient (1). t (i) II périt très - probablement quelques éléphans dans cet endroit, et il est possible que les ossemens dont parle le marquis de Sainl-Sîmon dans sa préface à Vhistoirê de la guerre des jilpee de 4^44 , aient ap- partenu à l'un d'eux. « On s'est encore plus attaché, de Ji' nos jours, dit le marquis, pag. 21 et 32> à soutenir D qu'Anntbal a dû passer par le Petit St. -Bernard, » depuis qu'on assure qu'on a trouvé dans cette mon*- M tagne tous les ossemens d'un éléphant, dans un pays M qu'on appelle dans plusieurs cartes la grande rouie )> dee Homains* 9 173 HISTOIRE La perte d'hommes et de chevaux dans cet endroit dm êire très-considérable, car Polybe dit qu'à la descente des montagnes y la neige et les difficultés du chemin firent perdre à Annibal presqu'autant de monde qu'il en avoit perdu en montant ; or , il ne pouvoit avoir éprouvé qu'une bien petite portion de cette perte à la descente depuis le sommet du pas- sage jusqu'au village de Pont-Serrant. Pendant qu'on travailloit au chemin , la ca- valerie et une partie de l'infanterie campèrent aux environs de La Tuile. Ce village est situe au bord d'une petite plaine formée par les débris qu'accumulent divers torrens qui vien- nent s'y réunir. Le camp pouvoit s'étendre aussi, en remontant jusqu'au village de Pont-Serrant, demi-lieue plus haut. C'est probablement dans le bois qui est au-dessous de ce dernier village, que les Numides coupèrent les arbres dont les troncs , après avoir été ébranchés , servirent à reconstruire cette partie du chemin qui s'ëtoit éboulée, et à l'appuyer. Après avoir passé le chemin qu'on venolt de réparer , l'armée campa de nouveau dans les endroits exempts de neige , et les chevaux furent diispèrsés dans les pâturages. Ce fut dans les enviroBS du bourg de Pré-Saint-Didier , DU PASSAGK DES ALPES. 173 à deui lieues de La Tuile. Là y on entre dans la partie supérieure de ]a vallée d'Aoste, où sont encore les villages de Morgès , de La Salle (i),eic. Pré-Saint- Didier n'est élevé que de 448 toises au-dessus de la mer. A cette hauteur, la neige ne comnjence à tonîber qu'à l'entrée de l'hiver ; il n'y en avpit donc point encore à la •fin d'octobre. A une demi -lieue au-dessous de Saint-Didier , on rencontre les premières vignes; bientôt après que l'on est entré dans ces vignes, la vallée devient plus large , plus riante ; on traverse de beaux vergers et des champs bien cultivés , au milieu desquels est situé le grand village de Morgès, A une lieue et demie de Saint-Didier, on traverse le village de La Salle , bâti sur le penchant d'un graud vignoble. (2). Ce fut san^douie dags les en- virons de ces villages qu«Finfanterie et la ca- valerie campèrent , pendant que l'on achevoit le chemin pour les éléphans. Il est heureux que , voulant examiner les (1) Cormajeur est le village le plus éleré de celte vallée, il est une lieue plus haut que Saint- Didier, (a) Voyages dans les Alpes , tom. II, page 384, \ 174 HISTOIBE faîls et les cîrconsiances rapportés par nn au- teur aussi exact , aussi véridique et aussi ennemi de Texagéralion que Polybe , nous ayons la relation de M. Dessaussure , qui, au ge'nie pour les recherches , et à Tardeur infatigable pour Tetûde de la nature , joignoit l'amour de la vérité , Tesprit d'observation , l'exactitude et la clarté dans les descriptions. Quel autre que lui auroit fait mention de ces détails , qui cor- respondent si merveilleusement avea les des- criptions de Polybe , que l'on croiroii que ces deux auteurs traversèrent ensetnble la même montagne ? Reprenons le journal de la marche et des opérations de l'armée carthaginoise. Nous avons vu qu'elle avoit employé neuf Jours pour at- teindre le sommet des Alpes , depuis qu'elle eioit entrée dans cette grande chaîne de mon- tagnes. Elle campa pendant deux jours au sommet du passage. Le 12.* jour fut employé à descendre au village de La Tuile ^ à tenter de passer sur la vieille neige qtii couvroit le torrent , et à com- mencer la réparation du chemin éboulé. Une partie de l'infanterie traversa ce mauvais pas le même jour , car il n'étoit impraticable que pour les chevaux. DU PASSAGE DES ALPES. in 5 Le i5.' jour 5 la cavalerie ei les bêles de somme passèrent , et se dispersèrent dans les environs de Pré-Saint- Didier , de Morgès et de La Salle. Le i4.* jour, au soir , le chemin fut achevé pour les éléphans, qui arrivèrent à Pré-Saint- Didier (i). Pendant ce temps-là , l'infanterie ei la cavalerie dévoient continuer à descendre vers la Cité d\4osie , par la roule où se irou- yent aujourd'hui les villages Ôl Avise, Lii^rogne^ jirpier, et le bourg de yHleneupe. Enfin le i5/ jour , toute l'armëe fu^t rassem- blée dans les environs de la Cité d'Aoste. Cette petite ville paroît avoir elé très- considé- rable du temps des Romains y à en juger du moins par les ponts, Pamphiihéâtre et l'arc de triomphe dont on y voit encore les restes (2). Annibal accomplit sa marche depuis Cartha- gène jusqu'au pied des Alpes , du côte' de l'Italie y en cinq mois. 11 y a. en effet, cet espace de temps depuis la fin de mai ou le comment- (1) L'éléphant, malgré sa pesanteur et son air loard, est un animal souple, qui monte et descend avec fa-* ciiilé. Dans le Bengale, il habite les forêts sur le peu* chant des montagnes. (2) Voyages dans les Alpe», lom. II, p. 391 , ^ 9^^* in6 HISTOIRE cemeot de juîo , époque de la moisson dans It royanoie de Murcie , jusqu'au premier no- vembre , jour de l'arrivée d'Annibal aux envi- rons de la Cité d'Aoste. Quant à la distance depuis le sommet du passage jusqu'au pied des Alpes, nous pouvons Festimor d'après M. Dessaussure et d'après les itinéraires romains. NOMS lIODERNES. De l'Hospice à T^ Tuile. . . NOMS des Iiînéraîres romains. Ariolica. MILLES rotiuuiu. - Pré-Saiat-Didier . - Morgës - La Salle - "Villeneuve * la Cité d'Aoste . . Arebrîgium •.. • • • Attgusta Praetoria Total. 7 7 5 i3 7 • . • 59 M. Dessaussure donne pour la distance de Morgès a la Cité d'Aoatêy six heures de marche, qui , étant évaluées à 3 milles et demi, chacune, ne feroient que ai milles au lieu de 23 ; mais M. Dessaussure fit cette route en descendant , et il voyageoit à mulet, en sorte que ses heures devroient être évaluées plutôt à 4 milles cha- BU PASSAGE I>BS ALPES. I77 cune. L'iâoéraîre d'Antonîn et la carte Théo- dosienne marquent 25 milles d'Arebrigium à Augusta Prsetoria y ce qui fixe Jirebrigium k Pré-Sainl-DIdier. L'itinéraire d'Anionin indique a4 milles de Bergentrum à Arebrigium ; dans cet intervalle est le passage de FAlpe grecque , ou du Petit Saint-Bernard) et les distances de Bourg-Saint- Maurice à Pré- Saint- Didier , soot de huit lieues , que j'ai évaluées à a5 milles , dont 1 1 de Saint- Maurice à l'hospice y et i4 de l'hos-! pice à Saint-Didier. Nous sommes maintenant en état de donner retendue du passage des Alpes y depuis les bords du Rhône à Yenne y jusqu'à la ville d'Aoste ; en voici le tableau: Milles romains. De Tenna à Chevelu '..•;. 4 — Chevelu à Chambérj • i4 -» Chambéry à Mousser • • 5ô' *- Moustier à Scès. .«....(..•• aa — ' Scèz à l'hospice du St.-Bemard . . 9 -— Thospice a la ville d'Aoste 39 — I" Total i38 Nous avons vu au chapitre 59 y Kvre IJI , de l'histoire de Poljbe y que^ cet auteur y faisant 1:78 HISTOIRE l'eDumérâttoo des distances depuis Carthagène jusqu'à l'entrée des Alpes , ajoute : il reste le passage des Alpes elles-mêmes, qui est un espace cTenuiron 1200 stades , ou i5o railles roinains. Ce nombre ne surpasse que de 12 milles la distance que nous venons de trouver , qui >e$t plutôt au-des]S0us qu'au-dessus de la dii^iance rîé;e)Ie. Voilà donc une nouvelle preuve que nous q« nous sommes pas trompes de ronie , car eei accord sur les distances ne poùrroit se rencohtrbr^potir aucun autre passage des Alpes. Ainsi , par eiemple , les auteurs qui font pas- ser Annibal par le Grand Saint-Bernard , sont obligés de placer Pentre'e des Alpes à Mariîgny , et le fiied des Alpes du coté de Fltalie , à la Cité d'Aoste , où les deux routes du Grand et du Petit Sçnot^-Benwrd viennent se rencon* irer, La 'dislance de Martigny à Aoste n'est que de 16 lieues, qui font 56 miljes fomaiu^. L'i- tine'raire d'Aotonin ne cd^piô xjïie sâinîlles d^Augusta Prœtoria au Summujn^Pennihum y et a5 milles delà à Octodulruh ^ o\\ M^tû^uy ^ en tout 5o milles,' distance qui n'est que le tiers de c^/slle assignée. par Polybe. De iliéme , si l'on isiiit Tile-Live par l'AIpe eotti^ptie ou. le Monti^Genèvpe , et que l'on place l'entt^ des Alpesà Briançon^ et ie pied BU PASSAGE imS ALPES. 47^ des Alpes du côte' de l'Italie , à Suze y dans la vallée d'Exilles , la distance sera de 5o milles , nombre qui s'écarte encore plus de celui de Poljbe. ^^w»» < : i i '1 . . 'M'J,1 ,.!*/ .:: î; * ' . • ' * l8o HISTOIRE CHAPITRE XIV. Fin du récit de Polyèe. — Repos de Vqrmée au pied des Alpes. — Prise de Turin. — Bataille du Tésin. JLi'ARMÉE carthaginoise étant arrivée an pied des Alpes , le premier soin d'Ànnibal fut de ranimer le courage de ses. soldats, ei de leur fournir ce qui étoit nécessaire pour réparer leurs forces et celles des chevaux. Lorsqu'ils furent suffisamment remis , An- nibal invita d'abord les Taurini à faire une al- Kance , et à se liguer avec lui. Cette nation ^ située au pied des Alpes , faisoit alors la guerre aux Insubres , et se méfîoit des Carthaginois. Comme ils ne prêtèrent point l'oreille à ses propositions , il alla camper devant leur ville principale , l'emporta en trois jours y et fit pas* ser au fil de l'épée tous ceux qui s'étoient o]>- (losés à lui. Par cet exploit , il répandit une telle terreur parmi les Barbares du voisinage , qu'ils vinrent tous d'eux-mêmes se rendre à discréiioo. Les autres Gaulois qui habitoient ces plaines , BU PAS3AGB DES ALPES. l8l aiiroient bien youlu se joindre k lui y comme c'éloit d'abord leur intention ; maia les légions romaines ayant de'jà traversé une grande partie de leur pays y et ayant échappé à leurs embus* cades y ces Gaulois crurent qu'il étoit plus pru- dent de rester tranquilles ; il y en eut même quelques-uns qui furent forcés de prendre les armes pour les Romains. Annibal , jugeant donc qu'il n'avoit point de temps à perdre , s'avança dans le pays avec son armée y pour gagner et affermir par quelque exploit la coufiance d'un peuple qui étoit si bien disposé en sa faveur. Chap. 6i. Dans ce temps , il reçut la nou- velle que Scipion avoit fait voile depuis l'em- bouchure du Rhône , avec une partie de ses troupes y et les avoit débarquées à Pise , dans l'Etrurie ; que pendant sa marche vers le Pô y il avoit pris sous son commandement les troupes des préteurs Manlius et Attilius ; qu'il avoit traversé ce fleuve y et qu'il étoit à peu de dislance. Chap, 6a. Lorsqu'Annibal et Publius furent près l'un de l'autre y ils encouragèrent leurs troupes par les exhortations les plus conve- nables à la conjoncture présente. Annibal y après son (^iscours y donna les ordres pour que iSi nisToïKB ^on armëé &e mît en marche le lendemain à Fanbe du jour, PubHiis Scipion , pendant le même temps , àvoit déjà passe le Pô , et , v^oulaot passer le Tësin j avoit ordonné à des gens experts de jeter un poht sur cette rivière. £n attendant qu^il fût achevé , il assembla le reste de ses troupes et les harangua. Lé lendemain , les deux ge'néraux s'avancè- rent lè long de la rive du Tésin qui regarde les Alpes j les Romains ayant la rivière à leur gauche y et les Carthaginois l'ayant à leur droite. Au second jour , les fourrageurs , de part et d'autre , ayant donné avis que l'ennemi étoit proche , on campa chacun dans fendroit o\\ Ton se trouvoit. Au troisième jour , Publius avec sa cavalerie , soutenue des troupes armées à la légère , et Annibal avec sa cavalerie seule , s'avancèrent ^ chacun de son côte , dans la plaine , pour re- connoitre leurs forces réciproques. Quand on vit à la poussière qui s'élevoit , que Ton n'etoit pas loin les uns des autres y on se rangea en bataille. Le consul romain ayant etë blesse dange-* reusemeut dans le combat de cavalerie , qui fut à l'avantage des Carthaginois y se hâta de tra- BU PASSAGE i}E5 XhTES. itiS verser les plaines pour gagner le pont du P6 et le faire passer à son armée, II ne se croyoit pas en sûreté dans un pays plat , près d'un en- nemi qui lui étoit de beaucoup supérieur en cavalerie. Annibal attendit quelque temps qtie Publius fit avancer son infanterie , mais voyant qu'il se reliroii, il le suivit jusqu'au pont du Pô. Il ne put pas aller plus loin , parce que le consul , après avoir passé le pont , en avoit fait enlever les planches. Il fit prisonniers environ six cents hommes que le géneVal romain avoît postes ^ la tête du pont pour favoriser sa retraite. ^« v ^^^^v l84 HISTOIRE (i) Yojages dans les Alpes ^ § 955. 1 CHAPITRE XV. Séjour de l'armée dans la vallée d' Aoste.^'^ Route qu'elle suipit jusque sur les bords du Tésin. — Remarques sur les hostilités avec les Taurioi , et sur le lieu où la ba- taille du Tésin se donna. — Conclusion. Xj'ÉTAT de délabrement et de foiblesse au- quel l'armëe carlhaginoise ëloit réduite après \ le passage des Alpes, nécessita un repos de dix .^ à douze jours dans la vallée d'Aoste. Cette vallée est très- grande et très-fertile ; comme elle participe déjà de la température^ chaude des plaines du Pie'mont , la vége'lation y est plus précoce que de l'autre côte' de» Alpes. Au-delà du bourg de Villeneuve , en s'ap- prochant de la ville d^Aoste , la vallée s'élargit considérablement et prend un fond hoiî* ) zontal (i). Jusqu'au village de Nuz > qui est à DV PASSAGE^ DES ALPES. l85 deux lieues et demie de cette ville , la vallée coDtinue à être très-large et à fond plat (i). Ce fut donc dans cet espace d'environ quatre iieues que Tarmée carthaginoise prit ses quar- tiers de rafraicbissemens. Annibal y trouva en abondance du bétail et des légumes pour ali- menter ses troupes 9 et des fourrages pour nour- rir ses chevaux et ses éléphans. L'armée se trouvoit alors dans le pays des Salassi , peuple qui n'avoit point encore été soumis par Içs Romains y et qui étoit probable- ment allié des Insubres. Polybe ne paroit pas distinguer ces deux peuples l'un de l'autre , car il dit qu'Annibal ayant accompli le passage des Alpes 9 entra hardiment dans les plaines qui «voisinent le Pô , et dans le pays des Insubres.. . Annibal étant arrivé le i/' novembre aux environs d'Aoste , on peut supposer qu'il y resta jusqu'au lo ^ et qu'il en partit le il. Il sortit de cette longue vallée aux villages de Saint-Martin et de Monte-Stretio . où l'on découvre pour la première fois les plaines de l'Italie (2). Il arriva le t3/ à Yvrée y ville dis* tante d'Aoste d'environ 36 milles. {1) Voyages dans les Alpes > § 958-960. (2) Ibid, § 971. 1 86 HISTOIRE Sacbadt que les Taurini faWoieni la gnerrt aux Insubres , ses futurs alliés , Auuîbal pro- posa aux premiers de se liguer avec lui contre les Romains ; mais comme ils s'y refusèrent , il fut obligé de quitter la route de Milan , ca- pitale de l'Insubrie , pour aller s'emparer d« Turin , ville principale des Taurini. Les Taurini ayant été la première nation avec laquelle Annibal eut un démêle à son ar- rive'e en Italie , les uns ont cru , avec Tite«- Live , que l'armée carthaginoise avoit passé par le ]Viout*Genèvre , et les autres par le Mont«- Cenis ou quelqu'autre passage voisin de Pua ou l'autre , parce que ces passages viennent aboutir directement à Turin. Mais le passage du Petit Saint*-Bernard peut également aboutir à eette ville , car lorsqu'on est arrivé à Yvrée ^ après être sorti de la vallée d'Aoste, on peut prendre la route de Turin comme celle de Milan. C'est cette dernière route qu'Annibal auroit prise , si les Taurini avoient accepté l'alliance qu'il leur proposoit, mais il fut obligé de les soumettre par la force des armes , pour ne pas laisser derrière lui un peuple ennemi. Celte expe'dition, qui éloii accidentelle , re- tarda de six )ours son arrivée Stur les bords du DIT PASSAGE DES ALFES. 187 Tésîo. Elle lui fut cepeodaut fort utile , car son succès répandit une telle terreur chez les peuples du voisinage , qu'ils vinrent tous faire leur soumission : de ce nombre furent les ha-r bilans de la Ligurie. Si Annibal avoit traversé le Mont-Cenis ou le Mont-Genèvre , il seroit arrivé à peu de dis* tance de Turin au bout des quatre jours qu'il mit à descendre les Alpes. Il auroit campé y par exemple j dans les villages de Bussolin y de Saint' Anionin ^ de Saint- Ambroise et de Rivoli^ qui ne sont éloignés que de deux à huit lieues de Turin , et qui dévoient faire partie du territoire des Taurini, Ces amis des Romains n'auroient pas manqué d'attaquer Par- mée carthaginoise avant qu'elle eût le temps de se rétablir des fatigues qu'elle avait souffertes dans le passage des Alpes ; d'autant plus que , pour continuer sa marche , cette armée auroit dû traverser tout leur territoire , et auroit passé par leur ville principale , ou du moins à une très -petite distance. Nous voyons cependant ^ue Tarmée ne fut nullement inquiétée pen- dant les dix ou douze jours qu'il lui fallut pour se renieiire de l'état de foiblesse et de déla- brement auquel elle étoît réduite ; et ce ne fut qu'après ce temps qu'Annibal invita les Tau- l88 HISTOIRE rini à une iilliaoce : il n'éioit pas par cpnseqnent sur leur territoire , et s'il s'écarta de sa route directe pour s'emparer de leur ville , ce fut par prudence et non par nécessité. Combien la position de l'armée carthaginoise ^toit plus favorable au besoin qu'elle avoit de repos 9 lorsqu'elle étoit dans la grande vallée d'Aoste ; éloignée de tout ennemi , et pouvant consacrer à se remettre de ses fatigues, tout le temps nécessaire ^ sans être exposée à aucune attaqde. Après s'être emparé de Turin , Aonibal re- prit la route de Milan , eq passant par les villes de ChipassOy F'ercelli et Nopara , et vers le 25 novembre , il arriva sur les bords du Tésin , qu'il traversa pour entrer dans l'Insubrie. 11 avoit fait une marche d'environ 76 milles de- puis Turin. Dans ce même temps , le consul romain Publius Scipion , qui avoit débarqué à Pise -, et pris la route de Modène et de Parme , avoit traversé le Pô à Plaisance et s'étoit avancé jusqu'aux environs de Pavie. Il avoit fait jeter un pont sur le Tésin dans le dessein de le tra- verser , mais y apprenant sans doute que l'armée carthaginoise avoit déjà passé cette rivière sur la route de Novarre a Milan y û resta sur la rive gauche. DU PASSAGE DBS ALPES. 189 Annibal j, de son côié , recevant la nouvelle que Publius étoil à peu de distance , harangua ses soldats pour leur faire comprendre la né^ cessité absolue oh ils ëtoient de remporter la victoire. Le surlendemain y les deux généraux s'avan- cèrent le long de la rive gauche du Tesin , et lé 29 novembre, ils campèrent à peu de dis- tance l'un de Fautre , à quelques milles au-" de^us de Pavie. La bataille se donna le lendemain ; elle fut suivie de la retraite précipitée du consul , qui se hâta de repasser le Pô à Plaisance: Annibal^ le poursuivit jusqu'au pont, qu'il trouva coupé, et fit prisonniers environ six cents hommes que le général romain avoit poste's à la tête du pont pour favoriser sa retraite. Polybe , toujours exact dans la description des localités^ nous indiqqe d'une manière pré- cise la rive du Tésîn sur laquelle la bataille se donna; ce fut sur le bord de celte rivière qui re- garde les Alpes ou le nord : les Romains avoient la rivière à leur gauche , et les Carthaginois à leur droite. Le cours du Tésiu se dirigeant du pord-ouest au sud-est et aux environs de Pavie, étant même de Touest à l'est, il est évident que le bord qui regarde les Alpes est la rivô gauche. IQO HISTOIRE SL les Romains avolent traversé le Tésîn ^ ils au- roient eu , au moment de la bataille , cette ri- vière à leur droite , et non pas a leur gauche. Cependant , quoique la chose soit claire ^omme le jour , le chevalier de Folard , auteur d'un commentaire sur l'histoire de Polybe , place la bataille sur la rive droite , et le pont qnePublius traversa sur le Pô dans sa retraite ^ il le place sur le Tésin. c( Après le combat du Tësîn , dit M. dç )) Folard ( j ) , Scipion ne pense qu'à la retraite ; j> il passe ce fleuve au plus vite ^ plie son poni 7> et ne pense pas qu'il laisse siii cents hommet D au-delà. Le Carthaginois arrive sur ces entre*- » faites et les fait prisonniers ; il entre dans le » pays des Insubriens , qui se déclarent ouver- » tement contre les Romains et jpignent l^urs î) forces à celles. d'Annibal, — Âpres cette re* >) traite , qui a tout l'air d'une fuite précipitée ^ D Scipion , non content d'avoir abandonné 1^ 7^ Tésîo ,. repasse encore le Pô pour l'aban- )) donner comme le Tésin:, lorsqu'il étoit en 3^ pouvoir de le défendre. ». WM»«a*I^MMMM.WM«*riiipiMM«*W*WiiaMMaiiM«M«nM«*l (i) Histoire àe Polybe, trddtiîte du grec par Ddok Tîneent ThnîUier; avec un comiueiitâipe par M. cb Folard^ etc., tom. IV, p> 107. Amslerdavi , ^7^9*. BIT PASSAGE DES ALPES. igi On ne coiitoil pas comment le chevalier de Folard , mestre-de-camp d'infanteiie , a pu faire une telle méprise. Le pont que Publîus Scipion traversa dans sa retraite étoit sur le Pô , il en fit enlever les planches , et c'est à la tête de ce pont sur le Pô qn'il avoit posté six cents hommes pour protéger sa retraite. Mais cette inadvertance de M. de Folard cesse de nous surprendre , lorsque nous lui voyons abandonner la route que l'auteur qu'il commente lui traçoit depuis le passage de l'Isère , pour prendre celle de Tite-Live , un dès auteurs les plus inexacts , et dont les idées étoient les plus confuses en géographie ; lors- qu'il nous dit que les 800 stades qu'Ânnibal parcourut le long du Rhône depuis l'embou- chure de l'Isère dans ce fleuve ,^o/2< une imagi- nation , une faute dês copistes y dont Polybe se moqueroit s^il mettoit la tête hors de son tombeau (1). Cette marche de 800 stades est cependant celle qui nous a servi à trouver d'une manière si sûre et si évidente, le défilé par le- quel Annibal avoit pénétré dans les Alpes. IIÉ lit ■ I ,(i) Histoire de Poljbc, traduite cli^ grec par Dom Vincent Thuîllier, avec un coramentàire par M. de Fokrdy etc. /tom: IV / p. 73. Amsterdam ^ 17^* 19* HISTOIRE On doit regretter que l?oIybe , Fameùr le plus exact , le plus éclairé et le plus scrupu-- leux , ait eu pour commentateur ud^ auteur aussi peu exact et aussi inattentif que lé che- valier de Folard^qui ,*au lieu de suivre le texte de Polybe , ne suivoît souvent que son ima- gination. CONCLUSION. Toutes les preuves que nous venons de ras- sembler successivement équivalent à une dé- monstration rigoureuse. Nous devons être convaincus maintenant que nous avons décou- vert dans toute son étendue et dans chacune de ses parties , la route qut suivit Annibal de- puis Carthagène jusqu'au Te'sin. C'est en suivant le texte de Polybe avec le plus grand scrupule , et sans nous permettre la plus légère déviation du sens littéral , que nous sommes parvenus à un résultat aussi sa- tisfaisant. Nous avons suivi cet auteur avec une confiance d'autant plus complète^ dans la vérité ^ et l'exactitude de ce qu'il nous raconte ^ qu'il nous avoit dit au chapitre 48 , cité dans l'in-* Croduclion : Je parle de toutes ces choses apec assurance^ car elles m^ ont été racontées par BU PASSAGE BBS ALPESii 1^5 ceux gui pipûient dans le teWips >• fai visité les lieux moi - même ^ et J^ ai fait le i^yagè au travers des Alpes pour les poir et pour les connoitre. D'ailleurs le récit de Polybe porte en lui- même les preuves de la vérité ; tout y est clair , précis , naturel , tout est conforme à la position des lieux ; les distances s'accordent parfaitement avec les itinéraires romains et avec les mesures prises sur les meilleures cartes ou par les voyageurs. Le journal qu'il nous donne s'accorde aussi avec les distances et avec l'es- pace qu'une armée nombreuse peut parcourir chaque jour dans une longue marche. On ne peut donc s'empêcher de reconnoitre que Polybe est le seul auteur original , le seul qui dût nous servir de guide dans les recherches que nous venons de terminer. C'est ainsi que cessent les incertitudes qui duroient depuis le temps de Tite-Live , c'est- à-dire depuis dix -neuf siècles , sur la route qu' Annibal avoit suivie pour traverser les Alpes. Mais notre travail ne seroit pas complet si nous ne réfutions pas les opinions des auteurs qui nous ont précédés , et en particulier celle de Tite-Live , qui a été l'origine de toutes les incertitudes que nous venons de dissiper. Cette i3 lg4 HISWIRÈ IW PAdSAGB DES ALPES. réfutatîoti fera h çuj^t 4u seccm4 livre de cet ouvrage»^ . ' ■ ■ ' f A - - V . i • . X /■ HISTOIRE DU PASSAGE DES ALPES. LIVRE !!• CHAPITRE PREMIER. Examen critique dq ^opinion de Tite-Lii^e sur la route d* Annibal , depuis le passage du Rhône jusqu^à Ventrée des Alpes. jLùvk faire l'examen critique de la relation de Tite-Live , il faut la comparer avec celle de Polybe , car sans cette comparaison , la route que le premier fait suivre à Annibal devient incompre'bensible , parce qu'elle pèche d'une manière frappante contre la géographie e:t contre le bon sens. Si l'on compare une traduction française de l'original grec de Poljbe avec une traduction igS HISTOIRE de Tite-Live > toutes les deux fmtes avec soin ^ ce qui frappera en les faisant marcher de front , c'est-à-dire en les lisant l'une à côté de l'autre et phrase par phrase , sera leur ressemblance presque parfaite. On y trouvera non-seulement le même^senS|. mais souvent les mêmes expres- sions \ on verra d'une manière convaincante que ^ sur les çkoonst^nçes de la marche d'An- Hibal , Tite-Live n'a fait que traduire Polybe ^ en retrancbani toutefoistles particularités essen- tielles , telles que les distances et une partie du jouroal de l'expédition , c'est-à-dire de l'em- ploi de chaque jour, depuis le passage du Rhône jusqu'à l'arrivée au pied des Alpes du côté de l'Italie, et en ajoutant aussi de temps en temps des circonstances qui sont la plupart en contra- diction avec la position et la nature des lieux. Mais ce qui a contribué essentiellement à dérouter tous ceux qui ont voulu chercher la route d'Annibal d'après Tite-Live , c'est l'ad-- dition , je l'appellerai même V interpolation , à la fin du chapitre 49 de Polybé , du nom des peuples chez lesquels l'auteur Jatin suppose qu'Annibal passa , et la supposition , en outre, du passage de laDurance. Cette interpolation ^ qui n'a rien de correspondant dans l'auteur grec, jette une telle confusion dans la route d'Anni- bal 9 qu'elle devient incompréhensible. DU PASSAGE DES ALPES. I97 Nom comn^encerons la comparaison de^ devoL ' auteurs k Tendroit où l'armëe carthagi- Doîse , ayiint aclievé le passage du Rhôùe , se met en marché poui^ remonter le long de la rivé gauche de ce fleuve. Nous placerons le texte de Polybe daniS la*colonne à gauche y et celui de Tite-Live dans la colonie, à droite ^ en faisant marcher parallèlement les phrases qui se correspondent. Nous accompagnerons^cette comparaison de quelques-unes de nos re- piarques. « S3SS ?T=^ -H — mi- r mSTOmE DB POLTBE. • i.iy. m^ c 47, ; u> Xorsqpe les éléphan!( ^preni.été trapaportés d^ l^autre cdté , Aonibal les plaça ayec }a cayalei^e à rarrfèi|e-|{ardc^ Uiçp.çoa- duisii le long du fleuve , laisantla mer derrière lui ^ se dirigeant vers l'est ei^ pour ainsi dire > vers l'in- térieur de l'E«9qp|p#^ i^STOIAE DE TITfi-LlVB. I4V. xxi^ c. 3i. Lq jour suivant > Anni- bal> prenaxit sa.rqute le long du;I^bôqe, en re-i moi^uiu son cpurs^ s'a-^ vaifSfi ,df ns |(^ j^rlîes.in*- lérieurea de la Gai4e. " j . ' f ' »' . . ■ » it-i - I ■'• • • * ( / : r. ,; ,1^?» q«fî c« C^ !c 9i?<^ fnii^ le, phf^ dir^ pour, arriver aux Alpe^y J^^îi parpé quîil ..cifoypit quf;| • ' mer, moins *îl <^CMitpmt :• rtafiiâ de r«BtOBtrftr: le , .Consul romain y: avBp le-» jQoel il hq youloît pas en \enîr aux mains qu'il ne fôt arrivé en Italie. Tîlé-Iiï^e Supprime lès détails géographiqiies qui viennent de deux Alpes différentes, ëmbraàsânf un petit es- pace de tei^rain . se réu* Âfésétn en un séut flétive; Ëe idaftïton' interttiédrairt et ré9u te nom d*hli^ ,•> r* ;^ .;■••■, - • * ' '! -îii t / pO .-.!.. > I BU PASSAGE taOf ALPES. ^99 tércle ce defnief > et qu'ont descÀtés,dtt premier •eft; fermé par des motttâgbes: d'une approcbe et d'une ^ ^ ' :. ajant été pris pour arbitr? entre les deux firor^s^ rendit le royaume Jt Painé , conformément à l'imention du sénat et des » ■ principaux. Les détails ajoutés ici par Tite-Liye ne par roisseot être qu'une broderie de sa &çoq. En reconnoissance de ce siEirvîcé.i on lui four-, nit des vivres et toutes Ponr prix de ce ser- ▼ice f Tainé non - seule- ment fournit < libérale- ment l'armée de provi*, fiions et d'autres chosejs^ nécessaires, mais il don-, na aux soldats des armes > neuves à la place de celles qui étoient vteillea et usées : il fournit de plus à la plupart d'enlr'euz des vètemens et même des chaussures^ pour les mettre en état de passer les montagnes. Mais ce qui fut poor eux un service plus es- sentiel, c'est que ce Prince ftrma ayec ses troupes les choses nécessaires en abondance , mais surtout des vètemens pour mettre les soldats à couvert contre le froid excessif qui se îàii sentir dans |es Alp««b ■V . BU PASSAGE BSS ALPES* SOI l'arrière^gapde des Car- thaginois, pour les mettre à l'abri de tout danger pendant qu'ils trarerse- roîent le territoire des Gaulois appelés jéllobro^ gês. 11 assura ainsi leut tnarcfae jusqu'à ce qu'ils ■approchassent de Fenirée dans les Alpes. On comprend que Tîte-Live, voulant prendra une route diRerente , a supprime cette dernière circonstance mentionnée par Folybe y parcB qu'elle auroit prouvé que depuis le lieu où le frère aîné fournit l'armée de toutes les choses nécessaires , elle avoit continué à traverser le territoire des Allobroges et non celui des trois peuples gaulois mentionnés plus bas par Tite- Live. Apres avoir rétabli la paix parmi les Allobroges^ Annibal^ se dirigeant vers les Alpes y ne prit pas le droit chemin , mais il tour- na sur la gauche pour ^ i ehtrer dans le pays des Tricastini : de là ^ cô- toyant les confins des Fb- contii, il entra chez les 2Hcom^ sans r^pncontrer a05^ HISTOIRE 1 aucun obstacle, jusqu'aux bords de la Dura nce. Celte rivière , qui prend aussi sa source dans les Alpes > est de toutes les.riYÎère^s de, la Gaule, de beaucoup 9 la* plus di£|cile a traifiçrser^ car, quoiqu'elle roule ave(V elle un volume d'eau pro- digieux, il est impossible de la traverser en bateaux, parce que n'étant point en- caissée par des rives, mais éoulant par jpluBCursbrasj et ces bras cbangeaxit sôu-f /veptde iit,e|le foi^meà touf moment de nouveaux gués et de nouveaux gouffres, ce qui rend son passage dan'giETénx même pour lé^ piétons : elle roule ^aiU leurs continuellement des r caîlloHX mêlés de gravier^ qui n'offrent rien de stable ^ ( ni d'assuré pour les pieds. » Elle étoit alors par hasard *■ . . 1 grossie par les pluies, en <>'.*> sorte que la peine qu'on r . . eut à la traverser, causa M beaucoup de confusion î • T ' . \^ V. » parmi les troupes , qui se a: troubloient encore plus < ■ ' i •>rt > » •J DU PASSAGE BES ALPES. ÛOO mutuellement par leurs crainies et par lenrs vaines clameurs* Celte addition de Titè - Live à Tofiginal de Poîybe , qu^on peut appeler à jnsle litre une interpolation , change d'une manière mons- trueuse la direction de la route indiquée par l'auteur grec. En quittant llsie des Allobroge» pour traverser le territoire des trois nations mentionnées par Tite-Live , dont la position^ géographique est très-bien connue , on est eom-^ plétement désorienté* On ne comprend pas pourquoi Annibal , ayant déjà nécessairement traversé le pays Tricastin (i) pour aller dans risle des Âllobroges, ou plus exactement jusqu'à Vienne, leur capitale, il redescend ensuite dans le même pays dos Tricasiini jusqu'au dessous d'Orange , c'est-à-dire à peu près à l'endroit oit son armée avoit traversé le Rhône , marche^ directe et rétrograde de 220 milles au moins, qui s^uroit employé quinze pu seize jours çans q^e. l'armée eût été avanoée d'un seul past Mais. ce n'est pas tout : Tite-Live lui fait de plus traverser la Duraface au*dèss6us d'Ènibrun , (1) Dont Saint 'Paul':Trois- Châteaux, situé entre Orange el Monléllmar; étoit la capitale* chàf. 3a Di TiTx-^Lnrx. ao4 HISTOIRE < dans QD endroit éloigné de Vienne de sÇo milles y en passant nécessairement , à cause des ^'montagnes, par les villes à^Apt et de Sisteron ; et après cette interpolation , il reprend , oomme nous allons voir , le récit de Polybe , exacte* ment oùil Pftyoit laissé, c'est-à-dire; au moment où Annibal part de Vienne pour traverser le plat pays , ou le pays de plaines , qui s'étendoit )ns<|u'à. l'entrée des Alpes. Nous reviendrons âor ce sujet à la fin de ce chapitre* CHAF. 5o DB FOLTBE. Annibal, ayant marché pendant dix jours le long du fleuve (le Rhône )^ et ayant parcouru une dis- tance de 800 stades, com- mença ta montée vers les Alpes *, c'est alors qu'il fut exposé à de très «-grands dangers. Tant que son armée fut dans le plat pays , les chefs inférieurs des Gaulois, appelée Al- iobrogês, s'étoieat tenus à Ifécârt , craignant la C4 - Valérie ou les Barbares qui . . l)epcfis la Durançe , An^ nibal parvint aux Alpes ^ par un grand pays de plaines, sans éirè inquiété en aucune riianîîsre par les ' Gaulois qui babitoieat cies . contrées* , ' î accompagnoient l'armée. Tite-Live supprime ici , comme plush^ut^Ie nom de cette nation gauloise qui^intiiuidee par la BU PASSAGE DES ALPES. 9o5 cavalerie , n'osa pas inquiéter l'armée d'Annibal pendant 'âa marché dans le plat pays , ou le pays de plaines, qui s'éiendoit jusqu'aux Alpes; car il est évident que cette circonstance est la même que celle de Polybe , mais dont Tite-^ Live transporte la scène dans un autre pays, Quoique la renommée, •ccoulumée à exagérer les objets ÎDConnuSy eût préparé d'arance les es- prits y cependant les ter- reurs des Carthaginois se renouvelèrent lorsqu'ils virent de près la hauteur de ces montagnes , let neiges qui sembloîent eo quelque 8o;rte se con- fondre avec le ciel, des cabanes informes per* chées sur des rochers, des troupeaux transis de froid, des hom^nes che- * velus et d'un aspect sau- vage , tous les êtres ani- més et inanimés égale- ^. ment glacés et roides de froid , des objets enfin plus horribles à voir qu'on ne peut les dépeindre. Cette peinture de Tile-Live n'a aucune es- ao6 HISTOIRE pèce de vérité de quelque côte qu^oti aborde les Alpes, surtout quand on esta huit jours de marche de leur sommet , comme c'ëtoit le cas de Parmée carthaginoise. Ainsi, par exemple^ traosportons-nous aux environs de Tenne y au pied du Mont - du - Chat , là où l'armée étoit réellement lorsque , le 16 octobre y elle se prë» paroit à entrer dans les Alpes. I^a petite ville de Yenne n'est élevée que de 109 toises au-dessus de la mer , et sa lati- tude e^ de 45 degrés 4o min. Il y a dans ses environs des vignobles qui produisent de très- bons vins y et ces vignobles s^élèvent jusqu'aux deux tiers du passage de la montagne. Le cli- mat en est donc chaud , ainsi tjue celui de Chambéry y qui est de l'autre côté. Des environs de Yenne, on ne peut pas voir la haute chaîne des Alpes , elle est cachée par la longue crête du Mont-du-Chat ; de Cham- •bëi*y même , il y a encore des montagnes qui cachent les hautes AlpSs couvertes de neige , parce que celles-ci sont fort éloignées. Ainsi donc , la description que nous fait Tile-Live des objets qui dévoient épouvanter les Cartha- ginois , est absolument imaginaire. Maïs lorsque les Bai«- kares se furent retirés BU PASSAGE DES ALPES. 207 chez eux j et que rarmée commença à eolrer datii les défilés, les chefs des jillobroges, ayant rassera<* blé un nombre d'hommes suffisant, occupèrent tons les postes avantageux par lesquels il falloii ahsolu-^ ment qu'Annibal montât^ Slls avoient caché leur dessein perfide , ils au- rolent complètement dé«* iruît l'armée carthagî-» noise y et , quoique ce des* sein fijlt alors manifeste ^ ils lui firent beaucoup de mal, mais ils nesouffrirent pas moins eux-mêmes. Car dès que le général carthaginois se fut àper^ 9a qu'ils avoient occupé les endroits les plus con- venables, il fit halte et Comme les troupes coQimençoieni à gravir les premières éminences, elles apperçurent les nion*, iagnards (1) postés sur les hauteurs qui dominoient^ le passage. Si ces derniers se fussent mis en embuscade dans les vallées et qu'ils eussent attaqué l'armée à l'impro- viste, ils en auroient fait un grand carnage et au- roient mis le reste en fuite* Lorsqa'Amiibal vit que l'on ne pouvoit pas passer, il fit faire halte, et envoya h la découverte les Gau- lois qui l'accompagnoient. campa devant le défilé :^ 11 dressa le camp dans la il envoya quelques-uns vallée la plus étenduequ'il des Gaulois qui l'accom- pagnoient pour découvrir l'intention des ennemis et quel étoit leur plan. put trouver, au milieu des rochers raboteux et es* carpes. ^i) Tîte-Livé substitue ici le mot moT%tagnard au mot Allobroge. 208 HlâTOIHB Les Gaulois s'ajcquit* iëreot de leur commis- fiioa I et rapporiërem que peadant le )Our rennemî gardoit soigoeusement les différens postes , mais qu'à la nuit il se retiroit dans une ville Tois\ae« En conséquence de ce rapport; Annibal imagi- na l'expédient suivant. Il fit quitter à ses troupes leur position et s'avança ouvertement jusqu'à l'apr proche du détîlé; et là^ à une petite distance de l'ennemi , il dressa son «amp.  l'entrée de la nuit^ il fit allumer des feux^ laissa la plus grande par- lie de ses troupes, et , avec un corps choisi 9 il s'avanr Les Gaulois^ qui diSâ- roient peu des monta- gnards pour les mœurs et le langage 9 entrèrent en conversation avec eux, et apprirent qu'ils ne gar* doient le passage que pen^ dant le )our| et qu'à la nuit chacun se retiroit dans sa cabane. Annibal , instruit do cela f s'avança dès le ma- tin au pied des hauteurs, comme s'il eût voulu franr chir les défilés de jour et à la vue desBarbares* Ayant ensuite passé la journée à. feindre un plan diSérenf de celui qu'il projetoit, il fit retrancher le camp dans le même lieu ou l'ar- mée s'étoit arrêtée. . Du moment qu'il s^a- perçut que les ennemis s'étoient retirés des haur teurs et que le poste n'é- toit plus gardé , il fait allumer un grand nombiv de feux, propres à peiv* suader que l'armée entière étoit resiée 9 laisse ses ba- gages avec sa cavalerie et y DU PASSAGE B£S ALPiSS. 309 ça pendant la nnit vers le la plus grande pariie de passag/e élroil; il s'empa- l'infaDterie ^ se met à la rade tous les postes aban- tête d'une troupe leste donnés par les Barbares, composée de ses plus in- qui y suÎTant leur cou- trépides sjoldals ,^ et , se tume y s'étoient retirés hâtant de franchir le dé- dans leur ville. filé> il s'empare des hau- teurs que les ennemis avoient occupées. En lisant avec attention la manière dont Tite-Live rend compte de l'expédient qu'An- nibal imagina pour empêcher les Allobroges de s'opposer à son passage , on verra que c'est un reVit confus, quoique fondé sur le reVtt de Polybe. Voici le fait : Annibal étant arrivé dans la journée en vue du défilé par lequel il falloit absolument que son armée passât , s'$i- perçoit que les Allobroges s'en eloienl empare's, ainsi que des hauteurs qui le domînoient. Il ap^ prend des Gaulois envoyés pour découvrir le • plan des ennemis , que ceux-ci ^^ gardoient leur poste que pendant 1« jour. Eu conséquence de cet avis , il s'avance jusqu'au pied du défilé^ dresse là son camp et fait allumer des feux pour faire croire aux ennemis qu'il veut y pas- ser la nuit, et qu'il attendra le jour pour fr;in^ chir le défilé. Les Allobroges se laissant tromper par ces apparences , se retirent suivant i4 • /* âlO HISTOIRE leur conlume. Feodani la nuit , Annibal , avec un corps choisi , monte jus(}u'au défilé, et oc- cupe toub les postes que les Barbares avoient abandonnés. On a vu p»r la comparaison que nous venons de faire des récits de Polybe et de Tiie-Live, que le second est la copie peu exacte du pre- mier j avec des additions et des retranchemens. Quoique les remarques dont nous avons accom- pagné cette comparaison puissent paroîire suffi- santes pour montrer que l'opinion deTiieLive est inadmissible , et qu'elle a été la source des erreurs dans lesquelles on est 'tombé en vou- lant chercher d'après elle la route d'Annibal , cependant quelques développ^mens de plus ne seront pas inutiles. 11 faut faire connoitre la position géogra- phique des trois peuples gaulois dont , suivant Tite-Live , Annibal traversa le territoire ; il faut aussi fixer le lieu où l'on peut supposer qu'il place le passage de la Durance, et cber- cher quel passage des Alpes il avoit en vue. Les trois peuples mentionnés par Tiie-Live sont les Tricastini , les f^ocontii et les Tricorii. Les Tricastini étoient les anciens habitai s dy Trica^/z/z , petite contrée de l'ancien Dau~ phiné^joii est située la ville de Saiut-Paul- DU PASSAGE DES ALPES. âll Tricaslîn, ou Saini-Paul-Trois-Châteaux: le Tricâsiinois louche la Provence ; ses anciens ba- bitans éloient bornés au nord parles Segahuni, qui habitoient le Yalenlinois , dont f^alence éloit la capilale : ces derniers s'éiendoienl àe- ^uis Montélimart jusqu'à l'Isère , qui les se'- paroit des Allobroges. Les Tricastini éloient bornés au midi par les Cavares ,(\\xi occupoient le comlald'Avignon,oiisonl les villes ^Orange^ jipignon , Carpentras et Cauaillon. Pour arriver dans le pays des Allobroges de- puis le passage du Rhône y Annibal avoit donc traversé une partie du territoire des Cayares , tout celui des Tricastini ei des Segalauni ^ et. cependant, apnes avoir Tetabli la paix parmi les Allobroges , Tile-Live le fait rentrer dans le pajrs des Tricastini. Il le fait donc revenir sur * ^6es pas jusqu'aux environs de Saint-PauU Trois-Chàleaux (i). De là , il lui fait côloyer i«^a|BaBaMa*Mnanai^«B«« (i) (( Qu'Anuibal ^ dit M. Abauzit^ ne soîl pas allé » aux Alpes par le plus court chemin , on en doit » couveoir^ pourvu qu'il ne rebrousse poiut sur ses » pas ; et il Fauroit fait en venant du pays des Allô- >} hroges vers les THcastini, situés au midi^ près du n Rhône Silius, qui ne perd jamais de vue Tite- M Live , s'est aperçu de cette virevolte , ou je suis fort » trompé > et il nomme les IVlcastini des le pa93age )> même du Khône* m Tom. II > pag, iâ6\ 91^ HlSTOinfc les confins des f^acontii. Comme ce peuple oc* cnpoît les diocèses de Die ei de f^aison ^ et qtie celle detoiére ville étoît sa capitale^ Annibal , en i-asant rextiémité de son territoire , dut passer au midi de J^aison; mais pour e'viier les montagnes dont le MonVVentoux fait partie, il dut descendre jusqu'à Carpentras pour prendre la direction de l'ancienne voie romaine^ par Apt et Sisteron. Annibal entra ensuite chez les Tricorii ^ qui babitoieut le Gapençois ^ et dont Gap ëtoit la capitale (i); de là , il arriva sur les bords de la Durance. Il paroit , d'après la position géographique des J^ocontii et des Tricorii , que Tite-Livp ^voit en vue la voie romaine qui , après avoir traverse la Dui*ance à CavaUIon , se dirigepit sut Jfpt et SiHeron , e% passoit ainsi présides frontières méridionales des P^ocontii , puis moutoit à Gap « la capitale des Tricorii. M. D'Anville (a), changeant l'ordre des cir- m/^-^ (i) Voyez Busching, article Gapençois j V, 289. Et Abauzît f pdg. 1 58 , qui admet cette position gêogra- phî^e des Tricorii comme une opinion reçue. (2) Notice sur Tancienne Gaulé ^ aux articles i/z^i^^ AUohrogtêm, Tricqslini et Tricorii. DU PASSAGE DES ALPES. 3l5 Oonsiances, et ne Aiisant pas attention que, d'a- près le re'cit de Tiie-Live , Annibal devoit avoir traversé deux fois le territoire des Tricastiniy la première fois avant d'entrer dans Flsle des Allobroges , et la seconde fois après avoir été dans cette partie dé leur pays qu'on appeloit risie , et avoir rétabli la paix chez cette nation^ croit que ce fut le long des frontières septeri"- trionales des J^ocontii qu'Annibal passa , et îl'cherche en conséquence le pays des Tricorii dans la vallée du Drac , en remontant vers les 50ui*ces de cette rivière : c'est évidemment une erreur, et Ton doit préférer Topinion de M. de Valois, cite' par D'Anville, qui trouve que la xuarche d'Annibal, selon TitCrLive, de même que les anciens itinéraires, placent les Tricorii à f^apincum y ou Gap. Depuis cette dernière ville, la voie romaîae, comme nous l'avons vu dans l'introduction-, passoit à La Bâtie et à Charges , et rentroit dans la vallée de la Di^rance au-dessous d! Em- brun : e'est donc a deux ou trois lieues au- dessous de cette ville que Tite-Live faisoit passer la Durance à l'armée carthaginoise. Elle se trouvoit alors sur le territoire des Caturiges ^ qui occupoient rËmbrunojs , et dont Embrun eloii la capitale. il 4 HISTOIRE La description que Tiie-Live fait de la Dn-^ ratice ne peut cependant se rapporter qu^aux 90 derniers milles de son cours, c'est-à-dire de- puis la jonction de la rivière Bléonne du jBléaune , qui descend de la vallée de Digne ^ te n'est que depuis ce point que la Durance est remplie d^une quantité innombrable d'îles qui la partagent Constamment en plusieurs bras jusqu'à Avignon. La largeur du terrain qu'elle occupe va en augmentant depuis 5oo jusqu'à 600 toises; mais plut haut celte rivière est ren- fermée dans un seul lit , dont la largeur , de- puis Sisteron jusqu'à Embrun ^ est de 60 à 80 toises ; cette largeur diminue graduellement^ et à Briançon elle n'est plus que de 20 toises (1) ; malgré cela , on ne sauroit placer le passage de la Durance plus bas que trois lieues au-dessous d'Embrun , dans une partie de son cours où elle est encaisse'e entre deux rives , et où par conséquent elle n'est pas divisée en plusieurs branches ; mais Tite-Live fiyant imaginé le passage de la Durance , la représente telle qu'elle est dans l'endroit où les ^u>yageurs la traversoient le pluis souvent, c'est-à-dire - ' '-^ • ' - (t) Toales ces mesures ont été prises sor la grande carte de France de Casstni de Thary. ' \ DU PASSAGE DES ALPES, 91^ entre Avignon et Cavaillon ; là ^ .elle est en eSeï, telle que Font décrite les auteurs anciens^ comme n'ayant point de rives déterminées ^ mais occupant une e'teudue consideVable de terrain ouvert de gravier , dans lequel elle creuse plusieurs lits , et qu'elle ne couvre ea entier que dans ses inondations. M. DessaussurQ l'appelle ///i torrent trop célèbre par ses inon^t dations et ses ravqges (i). On ne peut douter , comme l'ont fait quel- ques auteurs, que la Druentiaôe Tiie^Live ne soit la Durance : elle étoit trop bien connue des Romiii.is pour qu'on puisse supposer qu'il parloit d'une autre rivière (2) ; d'ailleurs Tordre dans lequel il nommée les trois. nations gau- loises dont nous avons parlé plus haut , nous conduit nécessairement à la Durance. Après le passage de celte rivière , Tiie-Live dit qu'Annibal gagna les Alpes par des pays de (1) Voyages ^&ns Tes Alpes^tom» IIÎ, § i53^, (a) Pline, parlant du Rhône, dit qu^\ entraîne avec lui successivement VArar^ Xlaara et la Druentia, c'est- à-dire la Saône , Tlsëre et la Durance \ c'est en effet l'ordre dans lequel ces trois grandes rivières se jettent dans le Rhône. Strabon nomme la Durance Drouentia et Ptolomée Drouentios. Deux votes rou^aineK la tra- versoient dès le temps d'Auguste. dl6 HISTOIRE plaines 9 sans être inquiété par les Gaulois qui lidbiloient ces contrées. Quand on est dans les environs d'Embrun , on cHercbe en vain ces grandes plaines par lesquelles Annibal devoit parvenir aux Alpes; on se trouve dansYe cœur même des Alpes : on ne voit autour de soi que des vallées étroites bordées de hautes mon- tagnes. Si Pon remonte la Durance jusqu'à Briançon , on est toujours au milieu des mon"* tagnes^; mais bientôt tout s'explique lorsqu'on se rappelle qu'après avoir amené Annibal de- puis Tienne jusqu'à Embrun , ou plus exacte* ment jusqu'à La Charrière (1) , village éloigné de Yiennô de 253 milles romains , en passant par Apt et Si«f^ron ^ Tite-Live reprend le récit de Polybe exactement au même endroit où il Favoit interrompu, c'est-à-dire lorsqu'Annibal étant parti de Vienne , accompagné des troupes du frère aîné qu'il avoit afliermi sur le trône ^ traversai le pays de plaines habité par.les Allô* broges , qui n'osèrent pas finquiéter pendant sa marche , par la crainte que leur inspiroit la — — . r . (1) C'est près de ce village que la grande route ac- tuelle traverse la Durance pour la première foÎ8> à cinq milles et demi au-dessous d'Embrun ; maïs, avant d'atteindre le Mont-Genèvre ; cette même route la traverse cinq fois. DU PASSAGE DES ALPES. 217 Cavalerie ou les troupes qui l'escorioîent. Les plaines que traversa l'armée carthaginoise , étoient donc le pays qui s'étend de Vienne jusqu'à Yenne. Si Tite-Live avoit eu quelque connoissance en géographie lorsqu'il enipruntoit lès faits de Polybe et qu'il en transportoit la scène ailleurs , il auroit non-seulement retranche l'arrivée de l'armée carthaginoise dans Tlsle des Allobroges, mais il auroit aussi retranche cette marche dans un pays de plaines pour lui substituer une marche dans les montagnes. Après le pas- sage du Rhône , il auroit fait côtoyer à l'ar- mée les frontières méridionales des Vocontii pour entrer chez les Tricorii et les Catu*^ riges, et remonter ainsi au Mont-Genèvre pat la vallée de la Durance. On pourroit demander quelle est l'origine du passage de la Durance dans Tite-Live ; je re'ponds que c'est une pure invention , qui ré- sultoit naturellement de la route qu'il faisoît prendre à Annibal par l'Alpe cottienne , ou le Mont-Genèvre , car nous avons vu que la ve'- ritable route d'Anoibal , démontrée d'iiprès Polybe , Téloignoit considérablement de toutes les parties du cours de cette rivière. Depuis le passage de la Durance près du vil- 31 8 niSTOîRB lagp de ha Charrier e jusqu'à Èriançon , la distance est de 56 milles romains ; ce seroit donc,6uivdDl Tiie-Live , ce pays très*p]at que l'arme'e carthaginoise auroit parcouru avant d*at- leindre les Alpes. Nous ne donnons pas trop d'ëiendue à ce pays , car il correspond à cetle partie de TAllobrogie comprise entre Vienne et la montagne du CAaf ^u-dessus de Yenne^ espace de 56 milles que lîarmée mît cinq jours à traverser , au lieu que trois jours lui auroiènt suffi pour en parcourir 36. En plaçant donc l'enire'e des Alpes , suivant Tile - Live , à Briançon , nous la placerions plutôt trop près que trop loin. Ce seroit au-dessus de celle ville que les . montagnards se seroient postes pour attaquer Tarmée pendant qu^elle pahsoit le défilé qui for- moil l'entrée des Alpes ; maïs sur la route de Briançon jusqu'au sommet du Mont-Genèvre , dont la distance n'est que de cinq milles , il n'y a point de défile y et le sommet de ce pas- sage est une grande plaine cultivée; Il nous faut donc avoir recours à Polybe pour trouver ce défile' ; c'est , comme nous l'avons vu , le passage dû Mon%-du-Chat , entre Yenne et Chambéry. BU PASSAQE DES ALPES. 219 CHAPITRE IL Continuation de cet examen sur le passage et la descente des Alpes. — Parallèle entre Polybe et Tite-Lipe. \jrE chapitre nons présentera des choses qui seroieot lout aussi inexplicables que ceUes que nous avons vues dans le précédent , si Polybe ne nous en fournîssoit la cleVNous verrons que le récit de Tite-Live n'a aucun rapport avec le pays dans lequel il nous a transportt^s» Il nous manquera une étendue de pays de 80 milles au moins; nous ne trouverons point cette seconde nation qui conspira contre Anuibal, ni ce passage élevé et couvert de neige, à la (descente duquel les Carthaginois tentèrent de pavsser sur de la vieille neige qui sVtoit con- servée depuis l'hiver précédent. Nous venons de voir que, parla route que Tite-Live a fait prendre à l'armée carthaginoise, nous sommes forcés de placer au MoniGencvre le défilé par lequel celte armée avoil pén<»tré dans les AIpe$. Cepeudant nous n'y trouvons aao HISTOIRE point de défilé , point de rocliers escarpes , point de ces précipices que Tiie-Live , arvee ses exageraiions accoutumées y représente ' comme des profondeurs immenses , des abîmés épouvantables. Le passage de cette montagne, suivant le rapport des voyageurs et des officieré <[tii ont fait la guerre dans cette partie des Alpes, est extrêmement facile , très-agreable et sans aucun mauvais pas. Le sommet est une belle plaine cultivée , d'une demi-lieue de longueur, ovi l'on sème du seigle et de l'avoine > que l'on moissonne au commencement de septembre. Il y a dans cette plaine un grand village qu'on appelle le Bourg-'de^Mont'-Genèvre y qui eit éloigné de cinq quarts-d'heure de Briançon , et d'une lieue de Cézane. Il n'y a qu'une partie de la descente vers ce dernier village qui soit très-rapide , et cette partie n'a pas cent toises de longueur ( J ) , c'est probablement cet endroit que l'on appelle le Tourniquet , parce que le chemin y décrit des zigzags. Après que toute son armée eut passe' le dé- filé , Annibal s'empara de la ville ou du fort - - ■ — ~ (i) Voyez un petit ouvrage intitulé : Topographie des Grandes Alpes , publié par le Marquis de Pesay. Turin, 1793. ^> i>V PASSA&E DES ALP£S. 32 > qui etoîi le chef-lieu de celte contre'e ; il s^empara aussi des villages voisins : ce fort sera Cézane , et les autres villages seront ceux que Ton trouve dans la vallée de la Doire - Suzine , ou Petite-Doire , avant d'arriver à Oulxy petite ville qui est éloignée de 7 railles de Cézane. Nous voici dans une vallée du Piémont qui conduit directement à Turin , et l'armée cartha- ginoise n'en est plus qu'à vingt lieues , ou à quatre ou cinq jours de marche ^ et cependant Tite-Live continue à traduire Polybe. Il dit comme lui, que depuis cette ville où Anuibal avoit trouvé beaucoup de bétail pour nourrir son armée , il avoit cheminé pendant trois jours sans rencontrer aucun obstacle ; qu'il étoit ar- rivé ensuite. chez une autre nation qui vint à sa rencontre 9 lui offrit des vivres, des guides ei des otjages ; que ce peuple attaqua son armée dans un chemin étroit , dominé d'un côté par les escarpemeus d'une haute montagne ; que l'armée éprouva une grande periè en franchis- sant ce défilé ^ et qu'enfin Annibal atteignit le sommet des Alpes le neuvième jour. Nous avons vu dans Polybe que ces neuf jours étoient la marche depuis le passage du ' défilé par lequel on pénétroit dans les Alpes jusqu'à leur iiommei , et que cei espace étoit 1 222 HISTOIRE d'environ g5 milles. Transporlons-nous main- louant au Mont - Genèvre^ et comptons neuf )aurnées de marche , ou gS milles , depuis le passage de cette montagne , en prenant la roule de Turin , nous dépasserons non - seulement cette ville , mais nous arriverons 3o milles plus loin , sur la route de Milan; 11 nouts reste encore la descente des Alpes ; qui employa cjuaire jours, car Tiie-Livè dit aussi que Fartneeem* ploya qtiînze jours à traverser les Alpes , dont ueuf à parvenir à leur sommet , deux jours de campement sur ce sommet , et par conséquent quatre jours à descendre ; mais où trouver cette descente , puisque nous sommes déjà dans les plaines arrosées par le Pô? . Telles sont les inconséquences et les absur- dités dans lesquelles l'auteur romain est tombé en prenant une route différente de celle que lui indiquoit Polybe , et en voulant y rapporter tout ce que ce dernier raconte de la marche d'Annibal. Quelques auteurs , comme- le chevalier de i'olard, ont cherché des détours pour allonger le passage des Alpes; au lieu de suivie la voie romaine après le Mont -Genèvre, ils ont fait traverser à Annibal le col de Sestrières pour entrer dans la vallée de Pragelasjety non DU PASSAGE DES ALPEi. 2a3 conlens de cela , ils l'ont fait grimper avec tome son armée au col de \2i Fenêtre ^ pour redescendre à FeuestreUes , et aller de là à Pighpr*ol ; mais Tite-Live ne pouvoît avoir en vue que la voie romaine qui , depuis Cézane, suivoit la vàllëe de la Doire-^Suzine ^ eu pas- sant à Oulx et h Suze. Il sembleroit que l'auieur lalîn lui-même avoit quelque soupçon que les distances pour- roiient bien ne pas s'accorder avec le nombre de jours quç Farmée mit à parvenir au sommet des Alpes^ c'est ainsi du moins que l'on pour- roit expliquer l'interpolation suivante , qu'il fait au lexie de Polybe : « Le neuvième jour, )) l'armée parvint au sommet dès Alpes pa(^ » des chemins impraticables , et , après s'être » égarée soit par la perfidie des guides , soil )> par les fausses conjectures de. ceux qui , ne )> se confiant pas à eux , engageoient temérai- » rement l'armée dans des valle'és sans issue. » Ceci est une autre invention deïiie-Live , qui n'est fondée sur rien ; l'armée carthaginoise etoit accompagnée par le roi Magilus , et par les autres Gaulois cisalpins qui étoient venus auprès d'Annibal pour lui servir de guides , et qui certainement auroiedri empêche les mon- tagnards de lui faire prendre une fausse route. 324 HISTOIRE ^ Nous pourrions termîoer ici la réFutation de Tiie-Live , mais la descente des Alpes , telle qu'il la raconte, pre&ente des circonstances si extraordinaires que nous croyons nécessaire de Téxaminer avec détail , et pour cela nous met- trons le texte de Polybe à côté de celui de Tite- Live sur deux colonnes , comme nous l'avons fait dans le chapitre précédent. HISTOIRE DE POLYBE. * wv. III > c. Si. Le jour f oivani , Anni- bal f ayant fait lever le camp> commença la des- cente des montagnes. Il n'eut point ici d'ennemis à comba tire > excepté ceux qui commettoient des vols furtivement; mais les nei- ges et les difficultés du chemin lui firent perdre presque autant de monde qu'il en a voit perdu en montant; car le chemin étoit très- étroit et très- rapide, et, la neige em- pêchant de le voir , tous ceux qui s'en éoertoient étoient entraînés dans les précipices. HISTOIRE DE TlTE-LlVE. I.1V. XXI , c. 35. Depuis le sommet des Alpes, l'armée poursuivit sa marche. Les ennemis ne tentèrent rien, excepté quelques petits vols, sui- vant que l'occasion se pré- sentoit ; mais le chemin fut beaucoup plus difficile qu'il n'avoit été en mon- tant; car les chemins des Alpes du côté de ritdle sont pour l'ordinaire plus courts, mais ils sont aussi plus roides.En effet, tout le chemin étoit presque à pic, étroit et glissant, en sorte que les soldats ne pou voient s'empêcher de tomber, et, pour peu que • V- BX7 PASSAGE DES ALFSS. 32^ le pied leur manquât , ils tomboient et ne pouvoient se retenir : les hommes et les chevaux rouloient le^ uns sur les autres. Les troupes ne furent cependant point décou- ragées par ces difficultés, étant suffisamment accou- tumées à de tels accldens. Mais lorsqu'elles arrivè- rent à un certain endroit, ou il n'étoit. possible ni apx éléphans ni aux che- Tau^ de charge d'avancer, parce que le chemin éloit trop étroit^ la terre qui au- paravant étoit très-escar* péie dcuos l'espace de près de. trois demi-stades ( 958 pieds), s'étant éboulée da- vantage depuis peu de temps, toute l'armée fut remplie d'effroi : les sol- dats se livrèrent au dése»> poir^ et leur courage les sibandonna*. eakt. 36, t ■■ L'on arriva ensuite a un escarpement beaucoup plus détroit, où la. face des rochers étoit tellement k pic , qu^uji soldat sans armes et en tâtonnant pou- Toit à peine se dévaler en bas, en s'accrochaat avec les mains aux isouches et aox broussailles qoi erois» soient à Tentour. L'en- droit étoit déjà naturel- lemeot très^roide, ma^s un éboulement récent d« terre dans une hcaUeur d'environ mille pieds a voit rendu cet endroit eneone plus escarpé : là la cava* lerié s'arrêta tout courte comme si c'eût été le bout dn chemin. Co^me An-? i5 S36 Àtt premier moment^ le général carthaginois cher- cha à tourner cet endroit difficile *, mais , la neige rendant font autre pas- sage impraticable y il fut •bligé d'j renoncer. HISTOIRE nîbal ne concevoit pas ce qui pouvoit arrêter l'ar- mée, on vint lui dire que c'étoit un escarpement im* praticable : il se transpor- ta sur les lieux pour les examiner. Il n'hénta point , quoi^ que le détour fût fort long, de conduire son armée par des endroits où il n'y avoit point de sentier et où personne u'avoit passé auparavant \ mais ce che* min fiit insurmontable» CBAP. 55. Car ce qui arrivoit étoit une chose très-singulière et très-extraordinaire. Sur la vieille neige , conservée depuis l'hiver précédent, de la nouvelle étoit tom- bée tout récemment : on pénétroit aisément -celle- ci , parée qu'elle , étoit molle et peu épaisse \ mais lorsque les hommes l'eu^ rent foulée aux pieds et qu'ils atteignirent la npige de dessous , qui étoit ge-< lée , leurs pieds ne pou^ Toient pas s'y ifnfbiicer^ Car sur dé la vieille neige qui s'étoit conser- vée , il en étoit tombée de la nouvelle de peu d'é* paisseur : les pieds péné- trant celle-ci , qui étoit molle et peu profonde, les pas étoient assurés; mais, dès que cette nouvelle neige fut fondue par le passage d'un si grapid nombre d'hommes et de chevaux, on ne marchoit plus que sur la glace in-* DU PASSAGE ils glissoÎJBntet tomboient, comme cela arrive à ceux ^ui marchent sur un ter- raia boueux à la surface.' Ce qui leur arrivoit eu- $uîle étoit encore plus pé- 9ible^ car/ne pouvant pa» pénétrer ta neige inie-> rieure , s'ils venoient à Ipmber et qu^ils voulus- sent s'ailler de leurs ge- noux ou s'accrocher à quelque chose pour se relever, ils glîssolent en- core plus, entraînant avec eux ce qui leur servolt d'appui , parce que la pente étoit extrêmement roide. Mais les bêles de somme, en faisant des efforts pour se relever, romnoient la croule c^la neige, et res- toient, pour ainsi dire, enchâssées avec leurs far- deaux, à cause de leur DES ALPES. 237 férieure mise à découvert, et dans ^la boue liquidé formée par la neige foa-* dante. Il y eut alors une lutte ^terrible, car, comme lès pieds ne pouvoient faire aucune empreinte sur la glace unie, et qulls man- quent plus vite à la des- cente , les soldats tom- boient à chaque instant, pour peu qu'ils voulussent s'aider des genoux ou dès mains pour se relever : ces soutiens même ve- nant à leur manquer , comme il n'y avoit ni plantes ni racines aux- quelles ils pussent se re- tenir avec le pied ou la main , ils rouloient 9i»r la glace polie et dans ta neige fondue et détrem^ pée. Les bêtes de somme pén^troient quelquefois dans la neige inférieure, et lorsquelles glîssoient et qu'elles vouloîent se re- tenir en frappant du pied avec plus de force ; elles 338 poids et de la congélation de la yieille neige. Annibal, atiandonnant donc Teapérance de pas- ser par-là 9 campa à Fen- irée de ce chemin dtflicile. Il fil enlever la neige , et la multitude se mit à Tou- Trage pour reconstruire le chemin le long du pré- cipice. HISTOIRE la brisoienl tont-à-fait, en sorte que la plupart d'entr'elles restoient fi- xées dans la glace durcie et fortement congel^ « comme si elles étoient prises dans un piège. CHAP. 37. Enfin , les hommes et les bétes de somme se fa- tiguant inutilement; An- nibai dressa le camp sur la montagne ; ayant pour cela nettoyé la place avec beaucoup de peine, à cause de la grande quantité de neige quil fallut piocher et enlever. 11 fit travail- ler ses soldats à l'escar- pement, par lequel seul il pouvoit y avoir un pas- sage. Par ce moyen^ Annibal ùt faire çn un jour un chemin assez bon pour les chevaux et les bêtes de somme : il les fit passer m tout de suite , et les dis- persa dans les pâturages , dressant de nouveau le camp dans les endroits oiN il n'y avoit point de neige. \ I DU PASSAGE Maïs il fit travailler les Nuinldtens^ par bandes, àia construction du che- min , en le faisant ap- pojcr. ' ' Après bien des fatigues, il réussît au bout de trois jours , quoique avec beau- coup de peine , à faire pas- ser les élépbans. La faim a voit réduit ces animaux à l'état le plus déplorable ^ car les som- mets des Alpes et les en- droits qui sont dans leo» DES AliPES. S 29 Gomme il étoit néces-^ saire de rompre le rocher, les soldats abattirent dans les environs des arbres monstrueux qu'ils ébran- chèrent, et, aprèsen avoir fait un tas énorme , ils y mirent le feu : dans cet ins- tant, il s'éleva un vent Vio- lent , qui augmenta Pem- brasement. Quand les ro- €hersfurentar.dens, ils les rendirent friables en ver- sant du vinaigre dessus. Le rocher étant ainsi calciné par le feu, ils le brisèrent avec le fer , et ils adou- eîreiit la roideur de le descente par de courts zigsags, jusqu'à ce qu'en- fin on pût faire passer non- seulement les bétes de somme, mais encore tet élépbans. Comme on avoit em* ployé quatre jours à tra- vailler au rocher, les bétes de somme furent sur le point de périr de faim; car les sommets des mon- tagnes sont pi*esqae nus, et s'il y a quelques pàto» »5o HISTOIRE voisinage sont tous entie- remenl nus'etsans arbres, la neige j restant cons* tammenl été et hiver; maia les lieux qui sont au milieu de la montée des deux cdtéf> sont boisés ^abon- dent en arbres et sont propres à la cnliure; » Àyknibal , rassemblant toutes ses forces, corn- «lença à descendre, et le troisième jour, ajantacbe" yé complètement le pas- sage par les précipices ci* dessus mentionnés, il at* t^gnit la plaine, ayant perdu , pendant toute sa marclie, un nombre con*- sidérable de soldats par l'attaque des ennemis , le passage des rivières et leé précipices des Alpes. Il perdit auss} des chevaux etdes bétesde somme en mombre plus considérable* rages , ils sont couverts de neige. Lefs valléies infé- rieures offrent des peniles bien abritées*, des forêts le long des ruisseaux et des endroits qui méritent d'être cultivés par les hommes. On envoya les bétes dé somme dansces pâturages, et l'on accorda trois jours de repos aux hommes fa-* ligués d'avoir travaillé au chemin. Ils descendirent en- suite dans la plaine par les endroits plus faciles et chez des habitans d'une disposition plus pairible. J)V 3PAS3^AG£ BES AtP£S. 5i5% cfiAr. 38. Enfin , ayant acconipU Telle fui approchant la «a marche depuis Cartha- manière dont l'armcç car- gène en cinq mois et le tbaginoise descendit en passage des . Alpes en Italie , cinq mois après le quinze jours, il entra har* départ de Carlhagène, diment djains les plaines et^ suivant quelques au- qui avoisinent le Pô et teurs, après avoir employé dans le pays des //»«i^r6«.v quinze jours à traverser les Alpes. Nous voyons que le récit de Tite-Live n'est antre chose que celui de Polybe , avec des àd-^ ditions et quelques changemens qui , bien ipia de le rendre plus clair et plus conforme k la situation des lieux , ne sont que des fictiobs ou des exagérations qui le dénaturent. Nous, chercherons d'abord si dans la route que l'auteur latin a préfére'e à celle de Polybe^ l'on trouve un endroi^ où , à la fin-d'octobre | il auroit pu rester de la neige depms l'hiver pré« •édent ; ce ne sera pas à la descente du Mont-** Genèvre , puisque le sonlmet de ce passage esi habité et cultivé , et que , par cette raison , son élévation au-dessus de la mer ne peut pas <âtre de plus de 700 toises y elle doit même être inoindre , en sorte qu'au milieu de juin il n'y a plus de neige; il n'y reste donc jamais dé neig^ ancienne, La neige ne peut se conserver toute Tannée que dans les passages fort ëleves ou dans des situations particulières, telles qu'on èa trouve dans les hautes noontagnes où des ava-' lanches , qui descendent des faces escarpées , accumulent des masses considérables de neige qui n'ont pas le temps de fondre avant le retour de Phiver. Nous avons vu que ce cas particu- lier se ^encontre à la descente du Petit Saint- ^ « Bernard. ( ' ' Quelques auteurs, comme le chevalier de Folard , après avoir fait /passer à Annibal le Mont-Gènèvre et le col de Sestrières ,y l'ont fait encore monter au col de la Fenêtre ^ et c'est depuis U qu'ils ont prëiepdu que ce gê- nerai fit voira son armée les plaines de l'Italie» Ce passbge, qui traverse une des. ramification latérales dès Alpes du côté du Piémont , n'est ])as plus élevé que le Mont-Genèvre. Voici ce qu^en dit le marquis de Pesay dans sak Topo- graphie des Grandes Alpes , p. 70 : « Le €ol de Fenêtre est bon pour les chevaux et les voitures .... ; c'est le grand chemin que tiennent les habitans de la irallée de Pragelas pour aller à Suze. » Nous ne reconnois6ons pas dans ce grand chemin , praticable pour les voitures^ un pas- sage très-élevé , ni uu passage qui puisse avoir .s DU PASSAGE DES ALPES. a35 présenté dàqs aucun temps les grandes diffi- cultés qne rencontra l'acmee carthaginoise. . Revenons à Tite^Live. L'addition la plus eir- traordinaire faite par cet auteur , au récit de Poljbe y est celle du rocher calciné par le feu^ et d^onaposé ensuite par du vinaigre. Nous voyons dansi 1 'a«it<&ttr grec que, pour faire passer les chevaux et les éiéphans , il falhn recons- truire le chemin le long dû pre'oipice , et l'ap- puyer , ce qui ne put se faire qu'avec des troncs de sapins coupes dans une foret voisine. Au lieu de ce moyen simple et très-naturel , employé encore de nos jour^ dans Je même endroit de la descente du Petit Saint-Beitiard ^ Titeftiiveen imagine un autre si extraordinaire^ qu'il vaut la peine de l'examiner. Je ferai d'abord observer qu'en parlant de l'éboiilement de terre qui avoit eoiporté le che- min dans une longueur de mille pieds , Tite- Live substitue le mot hauteur a celui d^espace^ ce qtii dénature complijtemeût la chose. Att lieu d'un chemin en pente, douce et sans tour- naos , le long du flanc escarpé d'une mon- tagne^ nous avons un précipice de mille pieds de hauteur , aufond duquel un soldat leste et hardi put à peine se dévaler , et contre la face escarpée duquel on j[ui obligé de tailler 354 ttisTomE . perpefidiculairemeot le chemin en eoi^rts zig- zags, ou petits tparnans , podr adoucir la pente : un travail semblable auroit exige' plusieurs mois pour Fachever , surtout pour y faire passer des éiéphans. Pour amollir le rocher et pour y couper lé chemin avec plus de facilité , on accumula un tas énorme d'arbres monstrueux auquel on mit le feu. Il se préseoteâci une difficulté ^ c'est de savoir dans quelle partie de Tescarpemeiit on put placer cet énorme bûcher , qui d^voit for- mer un carrç de cinquante pieds au moins ; car ces arbres monstrueux ne pouvant être que des sapins, dévoient avoir cette longueur, et en les rangeant en tas pour y mettre le feu, il fallut les croiser les uns sur lés autres pour laisser entr'eux des jours suffiâans. Où trouver un espace faoriKontal dé cett avoit tellement défiguré les soldats , qu*ils » ressembldient à des sauvages. La faim , et D un travail sans relâche , en avoient jeté un )) grand nombre dans le désespoir , car il n'a-^ >) voit pas été possible de transporter par des yy chemins aussi difficiles que ceux des Alpes , )) des provisions en quantité suffisante pour y> nourri^* tant de milliers d'hommes , et la )x plus grande partie de celles qu'on avoit ap- » porte'es avoit été' perdue avec les bétes de j> sooinie. >) D'ailleurs quand Farme'e entière auroit 'été chargée de vinaigre , quand on en auroit trouvé en abondance dans I^s chétive's cabanes des montagnards qui habitoient le lieu où elle se trouvoit alors , ce vinaigre auroit été' parfaite* ment inutile , parce que le brasier ou les flammes , de quelque manière que Ton sup* pose que les troncs d'arbres fussent places ^ ne pouvoient atteindre l'escarpement , et le vinaigre ou l'eau n'a d'effet sur la pierre cal- caire pour la fendre^ friable , que lorsque celle- ci est incandescente. Concluons donc que l'histoire du bûcher et du vinaigre est une fable invenle'e par le peuple ou par des auteurs aussi amateurs du merveilleux que l'était Tite-Live. Combien la manière dont Polybe représente la chose est plus claire et plus naturelle ! C'est la simple vérité sans Faddition de rien de mer* veilleui. Il pousse l'eiactitude jusqu'il nous dire la longueur de la partie du chemin éboulé. Elle étoit de trois demi-stades , ou 9^8 pieds romains : c'est ce dont Tite-Live a fait un es- carpement de mille pieds de hauteur. Il fallut rétablir le chemin en le bâtissant ou cons- truisant de nouveau le long du flanc de la mon* tagne ; pour cela , on rangea des troncs d'arbres suivant leur longueur , en tes soutenant avec d'autres par-dessous', comme lorsque le géné- ral Melville y passa en 1776 : voîlà peut-être l'origine de l'abatis de Tite-Live. On n'y mit point le feii pour calciner le rocher , mais on se servit de ces arbres pour reconstruire lé chemin et pour l'appuyer. <( Je sens dans tout ceci , dit le célèbre bis-* )) torien Gibbon (1) , que Tite-Live a voulu 7) plutôt plaire à l'imagination par une fablé D romanesque , que satisfaire l'espnt par une y$ histoire vraie et judicieuse. Le dieu qui ap-^ )> parut au général carthaginois, ces montagnes (1) Œuvres mélangées d'Edouard GibboD. Londres ; 4.7961 tom. il, pag. i8x BU PASSAGE DES ALPES. s5g D inacc#ssîl:>le6 a tout antre qu'à lui, le vinaigre )> avec lequel il fendit les rochers , tous ces D faits sont racontés sans critique et sans dé* » fiance : c'est Homère que nous lisons , et )) c'est Achille dont^ nous suivons les exploits. )) Dans Polybe , tout est raisonne' , tout est y> simple et sans parure , une justesse d'esprit » peu commune dans son siècle, etc. y> Tiie-Live fait travailler au chemin pendant quatre jours , au lieu des trois de Poljbe 3 il ajoute encore trois jours de repos accordés aux hommes qui avoiedt fait ce travail , puis il fait descendre l'armée dans la .plaine , ce qui feroit encore un \o\xt au moins , en tout huit jours pour la descente des Alpes ; ce nombre étant ajouté aux neuf jours pour arriver aa sommet et aux deux jours de campement sur ce sommet, feroit en tout dix^neuf jours pour le passage des Alpes/ Cependant Tiie-Livc dit ensuite que , suivant quelques auteurs , (savoir Polybe) , l^ armée carthaginoise avoit employé quinze jours d traverser les Alpes. Voilà donc encore une inconséquence de Tite- Li^e. Il me reste tme remarque à faire sur le nombre de troupes qu'Aonibal avoit conservées à son arrivée ea Italie. Polybe^ d'après une d4o HISTOIRE ÎDSCripûoD qa^ Anuibai lui '^ mime VL^oli fuit graver au promontoire de Laoinium , nous dît que ses forces se montoiefit alors à vingt** six mille hommes • en tout ; mais Tite-^Live ^ pour qui l'exagération a toujours [Jusde charmes que la simple veVité^ prétere l'opinion de L/. Cincius Alimintus 9 qui fait nionter les forces d'Annibal à quatre-vingt-dix mille hommes^ nombre considérablement exagère, puîsqu'après avoir passé le Rhône , Tarmée carthaginoise con* sistoit en 46 mille hommes, et qu'à son arrivée en Italie , elle étoit redtiite à presque la oKiitiéy , £e qui est d'accord avec le nombre rapporte par Annibal lui-même* ^ ^iiand on considère tout l'ensemble dé la réfutation de Tite-Live , que nous vetioià^ de terminer , l'on comprend pourquoi les auteurs modernes qui , dans leurs recherches siir la roule d'Annibal , n'ont suivi que Tiie-Livej ou ceux qui ont voulu combiner cet auteur avec Polybe , se sont toujours égarés. Ils ont été obligés d'entaàser supposition^ sur suppo^ sitions ; tk ont accusé tantôt Polybe , ttmtol Tite-Livé , de s'être trompé , suivant quelles détaib de l'un ou de l'autre ne Se rnpportoient pas à la route qu'ils croy oient la véritable. Nous terti^inerons ce chapiiie |)ar un parais lèle entre l'auteur grec et l'auteur latin. Quand da compare Polybe et Yite -^ Live Comine faisiorîens , et jûcm comme écrivains , oa est frappé du contraste total qui etiste entre ces deux auteurs. Le premier est d'une eiao^ tilude si remarquable , qu'elle eicite l'étonné» ment et l'admiration : toutes ses descriptions ^ toutes ses distances^ sont conformes aux lieux actuels ; jamais il ne fait faire à IVmee un pas Iiors de la route naturelle , ou une marche trop longue ou trop courte. Les connobsances qu'il manifeste en géographie sont d'une jus*-' tesse qui étonne pour le temps où il vivoit. Le second est d'une inexactitude rebutante l ses descriptions , toutes les fois qu'il s'écarte de Polybe , sont le plus souvent en contradio^ lion avec la nature des lieux et avec le bon sens. Il néglige complètement les distances ; il fait faire à l'armée , sans s^en douter y une marche re'trograde considérable ^ il lui fait traverser une étendue de pays de plus de 5260 milles ^ puis il la ramène au même Heu d'où elle éloit partie pour faire cette marche : il lui fait par« courir en neuf jours un pays qui n'existe pas sur la route qu'il a choisie. U montre ainsi en géographie une ignorance impardonnable chez un historien ^ surtout chez uu historien qui vivoit sous Auguste ^ ^us cet empereur qui 16 94^ HISTOIRH donna à FEmpire romain pre»qtie toute son étendue, ei qui fit ouvrir toutes les voies militaires qui traversoient les Alpes. Que conclure de ce parallèle ! que lorsque nous croyons lire l'histoire romaine dans Tite-» Live,,nous ne lisons quelquefois qu'un roman; que lorsqu'on écrit l'histoire romaine , et que le même sujet a été trailé par Polybe et par Ïite-Live , on doit toujours préférer le pre- mier au second , et qu'en particulier , Iprsqu'oa est arriva à l'expédition d'Annibal en Italie , on doit fermer TUe-Live et ne suivre que Poljbe. DU PASSAGE DES ALPES» !l45 . CHAPITRE IIL Remarques sur les hauteurs qui ont été in^ duits en erreur par Tite-Lii>e ^ et en par* ticuliersurla route indiquée par le Marquis * de Saint-Simon» V-/EUX qui ôDl été égarés dansîetirs recîierches par Tile-Live , sont principalement le chevalidr de Folard, D'Anville, et le marquis deSaint- SinK)Q. Les deut premiers ayant, comme Tîte- Live y cïibisi le Mont - Genèvre , dont nous venons de parler, il est inutile de nous occu»* per de leur réfutation ; mais nous passerons à l'opinion du marquis de Saint-Simon , déve^ loppée dans une longue preTace de son histoire de la guerre des Aipes , en 1744 (i). Ce dernier suit Tite-Livé assez exactement jusqu'à la Durance ; mais, au lieu de i*emoniei' (1) Histoire de la guerre dies Àtpes, ou campagne de 1744, par les armées combinées d'Espagne et de France, etc. ; par M. lé marquis de Saint-Simon , aide- de-eûmp du piiace de Cpntik Amsterdam^' 1770. HISTOIRB celte rivière jusqu'au Monl-Genèvre , il enlre dans la vallée de Barcelonnette. Nous allons prendre sa route depuis le passage du Rhône. Il conduit d'abord Annibal jusqu'à Vienne , après l'avoir fait traverser l'Isère près de Saint'- Marcellin ^ à 5o milles au-dessus de son em- bouchure dans le Rhône , puis il lui fait redes* cendre le Rhôue jusqu'à Saint -Paul -Trois- Châteaux , au même endroit où il suppose que l'arme'e carthaginoise avoit passé ce fleuve. Cette marche directe , et rétrograde de 300 milles au moins y qui ramène Farmée au même point d'où elle est partie \ seroit incroyable si une carte jointe à l'ouvrage , ne venoit la con^ firmer. Quand le marquis de Saint-Simon a vu où le conduisoit TiteLive , comment n'a^t-fl pas compris que l'auteuf latin devoit s'être trompé ? comment n'a- 1- il pas senti qu'après avoir remonté le Rhône jusqu'à Vienne , il étoit absurde de supposer que l'armée fût revenue sur ses pas pour traverser tne seconde fois le pays des Tricastini? Nous avons excuse cette marche rétrograde chezTite-Live^en supposant qu'il ne s'en doutoit pas; mais comment l'ex- cuser chez l'aide-de-camp du prince de Couti ^ qui l'admet le sachant bien ? Ce qui va nous surprendre tout autant^ c'est BU PASSAGE DES ALPES. 945 que la marche directe de dix jours en re-*^ montant ie Rhône , qui se termine à Centrée des Alpes ^ pendant laquelle, suivant Poljbe^ Farmee parcourut 800 stades y est convertie par le marquis en une marclie r^/ro^rac/^ en^ redescendant le Rhône y qui commence ij Tienne , et se termine à l'endroit où r armée i avoit traversé le fleuve. , Depuis cet endroit , la route du marquis y> tracée sur sa carte , traverse en droite ligne ^ ^ à vol di'oiseau j les montagnes situées^ entre ^ Nyons et Serre ^ pour arriver à la Burance^ entre Tallard et la Bréoule. C'est à cette dernière petite ville ^ située à l'entrée de la Talle'e de BarceJonnette y qu'est 9 suivant lui ^ l'ientree des Alpes : il place ce point important de la route d'Annibal aussitôt après le passage de la Durance y sans faire atteption que , de- puis ce passage y l'armée avoit ^ suivant Tite- Live y traversé un grand pays de plaines avant d'entrer dans les Alpes. Notre auteur admet le nombre de jours que Farme'e carthaginoise employa à se rendre du passage du Rhône jusqu'à l'entre'e des Alpes. Ce nombre est de quatorze y dont il faut re^ trancher au moins un pour ce qui se passa à Viejine. Dans cet espace de treize joiirs , et N $46 t • HiaTOtRB en prenant la route du marquis de Salnl-Sitaoïi, l'arniée awraU fait environ 290 niIHes , c'est-à- 4ira S}^[ milles. par jour. Cependant , nous avons. &it rem^rqnet*' que l'armée ne pouvott pafCQl;irir^ Tun daâsl'aulre , que la milles par jour ; dei plus , celte, distance s'écârie con^dé- rablement de celle ide Polybe , qui est ^de 175 inilles depuis le passage du RbÔne jusqu'à Veo^ t^é^ des* Alpes, I^ns le. nombre de 290, nous n^'ajvoi^s ttenu aucun compte des détours nom-^ hrejMi;X) qM:^une armée auroit été obligée de fait e paur, é^iier lés xoUines .et les montagnes qui $f».trQui^.e^l;Siir. cette route; ^lieniar^is dé Saint-Simon a bien i*emarqu6 qp^Jcj peuple, qui ayo^ attaqué l'armée à l'en" tré^ d^; Alpes étoit. Allàbroge, eri sorte qu'en ' li^an^ortaKtt ce point de la roote d' Annib;^! à Fec^trée de la vallée de Barcelopnette , îlîs'éloi^^ gnoitide plus de vingt lieues, de ta partie 3a plus voisine de leur territoire ; mais il se tire de cet argument, qu'il .sent /bien qu'on pour- roû avec jiaison lui oppoisery^ncbercliant dans Iqs. nombreuses étymologies qu'on a données du mot Allobrogejy celle qui peut être favo- rable k son eKplieation.vja.Gp mot, celtique dans D.,sotii' origine , dit-^il y est composé de deux D; mpts , cUl j .qui veut dire haut^ et bro, qui' DU PASSAGE DES ALPES. îl&J )> signifié terre, dobt on tiré aisément le nom )) de montagne , et celui de montagnard ,^ )> qu'on rend par eèlui &j4llobroge. ». ~ -. Mab en supposant que celte ëiymolôgie (qui est de Bochart) soit la meilleure des dix que rapporte le dictionnaire de Ti^ëvotfx , oii peut re'pondre au marquis : S'il y avoit un hpmîne qui s^appelât rMôniagnard , xjue cet homme et la maison qu'ii habite fussent ^^arfaK temetit connus de ses Toisin$> et qu'il fût prouvé qu'il a attaqué un ëtraiïger '^ur le chemin èè SOU' village po^r fe^dép^oîller vidmeiiriej5-vous> cômme>une prenve^de soniiinoçeàce^ la raisonl qu'il vous donneroit que le nom de montagnard peut s'appliquer âuij Honime^ q;eii'habit=eni les montagnes ? Non, sans dbiiiel T^l est cependant votre raisonnemeiat pour rejeter 8tt^ d^utres que sur les yiUoBrogês^ proprement ainsi nom- més ;^ Firriiption de' ces peuples oomre les Cartbacgînois. î . hest -j^lhèroge^ y evi AUobriges^ (comme les 6recs:iê'sappèIoient)^fque]iè qcie soit Tancienne éiy biologie dé leur nom , étoîent un peuple dont les limites, très-bien connues , ne is'ëten- doient point au midi de llsère , et ils babitoient plus de pays de plaines que de pays de mon- tagnes ; or, on n'appellera pas i^ans doute mo/z- UignaréU, les Labitans des territoires de Genève 9 de Rumillyy deChambëry, deTiennei eic« j qui formoieni cependant la plus grande partie de l'AlIohrogie. L^ëtymolo^e de leur nom 9 qu'adopte M* de Saint^Sioion j œ sauroil donc être la véritable. Retournons chez les CaiurigeB j qui oocu« poiem la. vallée de Barcelonnette. Pepuis \^ Bréoule > le marquis conduit Annibal ii Bar^ tehnnetie s parce que c'est la seule pille de foutre cété de la Durance où l'on puisse irouuerdes oliviers. Cette raison paroit d'abord, bizarre ^ avant que l'on sache sur quoâ elle est) fondée. Poljbe dit qu'Annibal étant arrivé chez un . Hutre peuple , les habitans du pays vinrent à ' sa rencontre f portant a la main des rameaux < péris et des guirlandes ^ ce qui est un symbole de paix chc^ presque tous les Barbares ^ comme . le, caducée l'est chez les Grecs. Les mots qui signifient rameaux péris , ont été traduits ra- meaux d^olii>e par Dom Vincent ThuiUier , ce qui a fait croire au marquis qu'il croissoit des • olipiers dans le pays habité par ce nouveau peuple , qui avoit conspiré contre Annibal. Ce fat le sixième jour de son entrée dans . les Alpes qu'Annibal arriva chez ce nouveau a>i^ / BU PASSAGE ^D£9 ALPES. s4§ upfo , et Barcelonnette n^est éloigné que dé ^9 milles de la Bréoulé on Bréaulle y en sorte ^ne Farmée n'auroit fait que sa milles en cinq jours y tandis que dans \% marche préce'^ dente /elle avoit parcouru 93 milles par y oun Telles sont les inconséquences dans lesquelles tombe le marquis de Saint-Simon : nous le suivrons cependant encore jusqu'au sommet des Alpes» Apres avoir quitte Barcelonnette , Farmëe aremonte la vallée de VUbaye jusqu'au Col de VLjirgentière ^ mais, au lieu de descendre dans le Piémont par la vallée de la Sture^ elle erre sur tous les sommets des montagnes au nord jusqu'au Moni-F'iso, où le Pô prend sa source. Ki Quoique y^ ne sache pas précisément , dit •)> le marquis , quelle route Annibal s'est ou- » verte pour arriver k la sommité des Alpes y » )e ne le perds pas plus de vue qu'un cbasseur )> qui y des hauteurs , laisse sa meute parcourir )> les routes et les fourrées d'unboià à Feutrée » duquel il Fa conduite ; il ne la voit plus , » mais il Fentend au loin , et la rejoint aussitôt » qu'elle quitte les fonds. Je me retrouve d^ î) même avee Annibal sur le Mont-Viso , safis » m* inquiéter de tous les de'tours où la fraude -% de ses guides , son*peu de confiance en eux \ ^5o HISTOIRE » et son manque de connoîssance de Fînte'riciir »- des montagnes , a dû le faire errer pendant » neuf Jours. — On peut aisément conjecturer » que le petit roi , nommé Magile, ayant, )> comme tous les autres Barbares , lé dessein' » de détruire les Carthaginois pour profiter de » leurs dépouilles , les conduisit dans les plus )>' dangeretix passages des environs de son pays y )) qu'il connoissoit bien , et où Ton pouvoit- » plus aisément exe'cuter les coniplots tracbés » entré ces Barbares. » Voilà donc cet ami et cet allié des Cartha-' ginois transformé en un traître; ce foi qui éloit Venu des plaines de la Lombardie pour servir de guide à Annibàl , et poui* Fassurer de la bonne disposition des Gaulois qui babitoient' ces plaines , de ces Gaulois qui furent fidèles àpleurs promesses, en se joignant aux Carthagi- nois dans leurs guerres contre les Romaios. Nous avons vu que , bien loin d'égarer Anm— bal , Magitus les conduisit par la t-oute là plus^ facile et la mieux connue , sans s'en écarter d'nn^ seul pas. (( Tite-Live annonce clairertiént , continue )) le marquis , qu'Annibal est venu sur le Motit- )J Viso ^ sur celte montagne où l'on ne ren- )> contre que des escarpemens presque conii'- BU PASSAGE DES ALPES. 35l 5^ nuels -i c'est nécessairement de la sommité » du Mont-f^iso , qui s'clève sur les Alpes » comme ;uo promontoire sur le bord de là » mer , qu'Annibal montre a ses soldats l'Italie ]» et les terres qu'arroae-le Pô , qui se trou- y^ voieot aujLour d'eux et au pied des Alpes. Ce >) fleuve prend sa source au pied du Mont- » Vigo. L'on assure à ceux qui se piquent d'à** » voir une bonne vue , que dé son sommet on >) découvre la plaine du Piémont : on me Va. y} mpntre'e comme on fait à tous les voyageurs, >]( m^s je SUIS. forcé de convenir que 7^ n^ai j) pu la voir qu^en imagination^ à cause y\ de l'ôscillaubu de Fair, et de la. longue y> chaîne de montagnes qui se troupe entre >jt deux. y> c( Le Mont-Viso est l'endroit ou le héros de. 3) Cartilage a donne' de si grandes preuves de )X «on courage "et de l'éle'vation de son ame. 13^ -— Annibal , en pleine marche , se trouve su- » biiement arrête j il accourt pour reconnoître- » l'obstacle , il trouve un rocher dont la pente ». est d'une roideur excessive, t-. Ce sentier. » descendoit de la tête d'une montagne vers yt son pied. — L'imagination, peut aisément se y^ porter à l'étendue d'une-niontagne telle que ^ le Mont-Viso j.qti'on croit- de a5oo toises '3^ KISTOIRB 1» plus haut qu0 le niveau de la rivière (i) ^ (le Pô) j qtii part de son ped , lorsqu'elle est SI arrivée à Turin. On peut aussi facileuieiit y> concevoir que ce sentier y trncé par les gens^ » du lieu sur le rocher, e'toil eipose' à tous les y> èboulemene qui tomboienl d'en -haut , et D qu'ainsi ces inégalités ^ consolidées de siècle D en siècle par la nature , y formoient des dé«^ )i filés et .romppient l'uni de la surface. i> <( Xa montagne n'étant pas couverte de terre^^ 3> et n'offrant qu'une surface de pierre , OU' » creusa le sentier suivant la trace qu'Annibal' i> ordonna^ etc. » C'est ici que le vinaigre de Tite^Live joud un très-grand rôle j et que le marquis nous ex^^ plique de quelle manière ce foible acide opéra ; ^ mais nous ne le suivrons pas dans ses ei* : plications. Annibal y en arrivant auprès du Mont-Yiso ^^ devient tout-à-coup un amateur ardent des montagnes. Il monte jusqu'à la sommité de ce pic inaccessible pour jouir de la vue des plaines du Piémont y et pour les montrer à ses soldats» Il s'élëve pour cela jusqu'à une hauteur que l'on croit être de a5oo toises, et par conséquent (i) Cette hauteur est exagérée. BU PASSAGE BES ALPES. HSS ànpéneure à celle dm Mont-Blanc. Les escar^ pemenu presque continuels du Mont-*\^so ne Farrêtent point ; les neiges et les glaces éter^ Belles dont une montagne de cette élévation doit être couverte ; les neiges fraîches tombées depuis peu ^ qui rendent si pénible l'ascension des montagnes , sont pour lui de trop foibles obstacles* Il ne considère ni la fatigue ni les dangers auxquels cette ascension va exposer lui et ses soldats^ ni le temps qulils seront obligés de consacrer pour atteindre une sommité aussi (fley ée , ils n'ont pas assez des fatigues qu% ont déjà endurées en montant les Alpes ^ fatigues dont ils dévoient se reposer en campant au sommet du passage , au lieu d'aller grimper , au milieu des neiges ^ sur une hauve montagne , poiH* y jouir d'une belle vue. Le marquis de Saint-3iinon quitte Annibal an pied .du Mont - Viso ^ pour s'occuper de la réfotadon de )a roate indiquée par le chevalier de Folard y et c'est par -là qu'il termiûe sa longue préface ^ qui traite uciiquement de la jroute d'Annibal. La manière dont ce sujet a été traité par la plupart de ceux qui s'en sont occupés , en par- lionlier par le cheyaKer de Folard , le marquis de Saint-Simoo et M« Whitaker ^ dont nous a54 HISTOIRE parlerons dans le chapitre suivant j a jeté un vague , une obscurité sur cette route , que l'on a cru impossible d'éclaircir. Ces essais ont été ftits sans précision , sans recherches prélimi- naires sur la direction des anciennes routes de& Alpes. On s'est obstiné à vouloir accorder Tite- liive avec Polybe, sans s'apercevoir que la chose étoit impossible ; le marquis de Saint-Simon est celui qui s'est donné le plus de peine pour les concilier l'un avec l'autre ; il croyoit même y «voir réussi y car il dit à la fin de sa préface : Tite^Live est ^ à ce qu^il me semble , tou^ jours d^ accord avec Polybe. Il regarde le |>assage de la Durance comme un incident cer^ tain de la marche d'Annibal , ce qui lui fait dire (page 5}^ que le passage de la Durance au - delà du pays des f^oconces , détruit absolument V opinion qu\4nnibalavoit passé par les Alpes grecques (le Petit Saint-Bernard). Le ton affirmatif de Tite-Live lui en a imposé ; cependant , s'il avoit bien examiné la route de Polybe , il auroit vu que, bienJoin de s'appro^ cher de cette rivière , elle s'en éloignoit coa* sidérablement. , f dît passage des ALPES. s55 CHAPITRE IV. Réfutation des Auteurs qui ont fait passer jinnibal par le Grand Saint - Bernard ( les Alpes Pennines ). Jr ARMI le petit nombre d'auteurs qui oui clioisi cette route y M. fFhitaker est le sei4 qui ait fait un ouvrage uniquement sur ce sujet : il est assez volumineux ^ puisqu'il est composfS dé deux volumes 8.'^ (i). Je ne le suivrai pas daus tous ses détails , mais je me bornerai auoc points principaux. En réfutant cet ouvrage , je réfuterai l'opinion de tous ceux qui ont pense comme M. W. : c'est Polybe qui sera son juge^ puisque c'est le seul auteur original qui doit nous servir de guide dans la recherché de la toute d'Annibal. Dès l'entrée d'Annibal dans la Gaule , M. W, s'écarte de la route indique'e par Polybe , de (i) La route d'Annibal au travers des Alpes, par Jean Whîtaker, recteur de Ruan-Langhorne, Corn- vrall. a vol. în-8.*^; Londres , ^7^^i ouvrage anglaig. !l56 HISTOIRE celle qui étolt devenue ensuite une voie ro-^ maioe , et qui passoit par Narbonne ^ Béziers et Niâmes. Au lieu de cette direction naturelle e^ oéoessitéè par la nature du pays y M. W. passe far Carcoêsbnne , Lodève, Le Vigan ^ jinduse , et arrive sur les bords du Rhône , vis*^ a-vis de LotioL II a traversé ainsi depuis Carcassonne un pays tout couvert de montagnes^ qui auroit ëté impraticable pour une armée , ou qui y du moins ^ lui auroit- fait perdre beau- coup de temps. ' Pour le lieu du passage du Rhône y M. W. ne suit aucun des renseignèmens de Polybe; car, 1.*^ Loriol est éloigné du passage des Pyrénées de 270 milles , au lieu de aôo ; 2.** ili est à huit jours de marche de la mer , au lieu de quatre; et 5.° il n'est qu'à 19 milles de risere , au lieu de 76. En remontant jusqu'à Loriol y on comprend d'avance que M. W. vouloit placer llsle des AUobroges au confluent de la Saône avec le Rhône ; mais nous avons dénioutrc dans le cha- pitre V du premier Livre , que cette Isle éloit comprise entre Flsère et le Rhône , et que la placer au confluent de la Saône^c'étoit se mettre en contradiction avec les données de Polj^be ^ et rendre la route rétrograde de Tite » Live encore plus absurde. BU PASSAGB IHSS ALPES. sS^ M. W. , ne trouvant point de tnontagoéi» entre le Rhône el la Saône pour fermer le pays qu'on appeloit Vlsle , a recours âux coUîtoels qni sont sur la rive droite de la Saône. Ces côl"*» lines^ qu'on nomme Pourvière , Saint^Justs ^ Saint'Irenœus et Pierre^^en-Cizè , nepou^ voient pas fermer l'isle, puisqu'elles sont dis l'autre côté de la Saône } M. W* prend pour l'Isle le petit espace- de terrain sur lequel est bâtie la partie basse de la .ville de Lyon y qui ^ avant qu'on eût comble' les marais entre leÀ cbux rivières ^ n'avoit qu'un mille de longueur «t un tiers de mille de largeur , et il en fait le pays que Polybe compare au Delta d^£gypte pour la forme et pour V étendue^ Depuis Lyon , M. W. remonte le long dea bords du Rhône jusqu'à Genève^ sans indiqueli* la route qu'il prend. Cependant , il est clair qu'il repasse le Rhône quelque part y puisqu'il arrive sur les bords de l'Arve près de Genève. Il a\iroit donc traversé le Rhône , pour la troî** sième fois , à Seiêsel ^ et seroit venu par là route de Frangy jusqu'à Catouge ; inais ce qui va nous surprendre, c'est que, selon M. W, ^ l'Arve est la Druentia de Tite-Live ^ et , pour le prouver , il cite les deux remarques suivantes cle M. Dessaussure , $ 466. a On tireroit un 17 058 HISTOIRB • D grand parti de cette utile producUoD (le )). charbon de pierre), si le gouvernement )) poulùit permettre Ja napigation de VAri>e, » £t plus]oia, $ 485 : a Ces ardoises âeroient d'un )> grand débit à Genève , si l'on en facililoitle » transport , en permettant la navigation de }> VAri>e. y> Ces remarques supposent evidem-* ment que TArve est navigable ^ mais que, par des raisons particulières , le gouvernement de Savpie ne vouloit pas permettre que l'on e^ profitât pour transporter avec plus de facilité les productions du pays ; nïûis M. W, , voulant que TArve soit la DruerUia qui , selon Tite- Live , ne pouvoit pas porter de bateaux y tra- duit ces phrases ainsi : si le gouvernement ivouloit permettre que VArvefût rendue na- .vigable , d'où il conclut que TArve n'est pas pavigable , et qu'elle répond à la description que Tiie-Live fait de la Drùentia. Nous avons \u , dans la réfutation de l'auteur latin, que la Drùentia étoit nécessairement la Durance , qui prend sa source au Mont-Gçnèvre , et qui se jette dans le Rhône au-dessous d'Avignon. M. W. ne dit pas un seul mot du lac de Genève , ni de la route qu'il prend pour ar- river à Martigny , où , suivant lui , est l'entrée d^s Alpes. On ne trouve dans tout l'ouvrage DU PASSAGE BBS ALPBS. S% <|ue celte seule phrase : jinnibalfitunêlftàrohe de So milles depuis Genève , et ârti^à d Martigny ; et , malgré cette distante dé 60 milles y il n'assigne pas une seule jOurné^ pour cette marche : on diroit <|u'Ù transporté tout-à*-coup l'armep de Genève à Màrtîgny*^ comme si ces deux i^illes sie totichoient ; il paroit qu'il s'imagine qu'une armée niiroit pu marcher en droite ligne d'une tiUb à P^ùtt'e^ mais nous savons qu'il y a les hautes tâont^gne»^ ^Abondance dans riniervafle ^ «l *qti'il n'at^ roit pa$ été même possible de suivie tes bords méridionaux du lac y puisqu^aVam qu'oti ouvrtl la grande route du Simplon , il n'y avoit auk f nvirons du village de MeilleHe qu^u^ senlièf ^Hrpit^ à peine praticable à cfaèvàl (i). L'ârméé auroit donc été obligée de passer Ml tiord dil lac de Genève , et pour cela «lie aUrt)it tra^ versé le B-hône ^ ponr , k quatriètne fois > à Genève , et seroit sortie uiûe seconde fois du territoire des Allobroges. La distance de Lyon a Genève y en suivant les bords du Rhône et en passant par Seissei et Frangy^ est au moins de ido milles romains. De Genève à Martigny , il y a encore 76 milles ^ ♦*■ (1) Voyages dans les Alpes, par Dessaussure^ % 3ao. .d6o HISTOIRB eo pesoQQJt au midi du lac ; mais parla rive septentrionale, cetiedistance seroil de gomilles^ éù tout 210 milles depuis Lyon : mais nous Toyonë dans Polybe qu'Annibal , ayant marché tpeqdant.dii jours le long du Rfaôde , sur le .territoire des Allobroges , et ayant parcouru pue distance de 800 stades, ou 100 milles^ jCçtQmença la montée des Alpes. La distance de ^yonà ManSgny est au moins le double de celle :€pe nou» donne Polybe , et une armée n'auroit pâspu!tï'a5rersei;toutcepaysenmoinsde 18 jours* La différence sera encore plus grande si nous comparons la distance depuis le passage du Rbône^à une lieue au-dessus de Roquemaure (1), jusqu'à rentrée des Alpes à Martigny^^ivec les i4oo s^des, ou 175 milles, que nous donne Potybe pour la distance d'un de ces points à l'autre. Depuis Roquemaorè jusqu'à Martigny , en passant par Lyon , la distance est de 345 milles, nombre qui 'surpasse de 170 milles la distance donnée par Polybe depuis le passage du Rhône jusqu'à la montée des Alpes. Cet espace fut parcouru en quatorze jours par l'armée carthaginoise, et il lui auroit fallu yingt-nenf jours pour parcourir 345 milles. . Pour arriver à Martigny , qui est sur la ' Il I 'I I ■ i^— — 1 1 1 I II t m mmmimmm (1) k TaDcien passage de TArdoise. DU FA8SA6B DES ALPES. ^i rive gauche du Rhône , l'armée ainroît traversé* ce fleuve pdur la ckiquième fois , et liou» avo^: déjà fait observer que Polybe ue parle qu^ d'jua seul passage du Rhôbe : la lAarcbe de iioo. stades se fit dans le pays des AUobroges^ et; par la route de M. W. elle auroit étépresque^^ e^n entier hors de leur pays, ... * C'est au-dessus de Martigny.que M- W. s«p4 pose qu'étoit le défilé par lequel Annibal uwtii^ pénétré dans les Alpes, et la ville dont il- il^etupara après l'avoir franchi y étpit Saint'" jBranchier > à 9 milles de Marligny ; cepén^> <^ant la vallée qu'on parcourt entre ces deux bourgs n'ofiie apoun défilé (x); rieo qui^piiûsse/ se comparer avec l'entrée à^& Alpes ^ i telle) qill'elle est décrite par Polybe, et:, à plus fbrte raison , quand on ajoute à sa description les es^agérations de Tite-Live. . Les Barbares qui attaquèrent l'armée oar*^. ihaglnoise à l'entrée des Alpes , étoient.des- Allobroges ^ et la ville dont Annibal s'empara leur appartenoit : ce pays faisoit donc partie de VAllobrogie / cependant M. W. les nomme Seduni. Les Seduni haJ>iioient le territoire de Sion , capitale du Valais : ils avoient pour voi~ mm (i) Yoyatges dans les Alpes, 5 i^^^^^ loaj* ^% BISTOIRS lins ie$sf^eragri , dont le clief-Heu eioit M ar- lîgay , en latin Qctodurus , que César appelle J^icumf^e9?ogron4m ^eiVline nomme ce peuple OGhduFenses > d'après le nom de leur ville jnrinpîpeite (l). Le terntoire des Veragri s'e- tendoii }osqu'au sommet du Grand $aint-6er^ pard; U corn prenoit donc SainUBranchier ^ Or^ièrèà ^ Liddes et Sainte Pierre , villages que l'on rencontre dans la vallée qui conduit à cç pasjsa^e^, élevé de ii&5o toises au-dessus de la mer ^ d<^ U on entroi^ dans le pay$ des . En descendant le Rhône depuis Martigny ^ on trousjt Saint-Maurice y exï laûn Tarnadœ^ 0'étoit la t]^6urgade principale des Nantuates^ M. Orillet y dans son dictionnaire delà Savoie 9 dit (a) que les Nantuaies n'occupoient que les gouvernemens de Monihey et de Sin^t-Mau-^ vice y dans le Bas-YaIç^iS| depuis l'extrémité su-^ périeure du lac Léfnaq jusqu'au territoire de Mariigny. Cette partie du Bas-rYalais apparte^ lioit autrefois au Chablais , ce qui a fait croire qu4» les Naqtuates habitoient tout ce duchés l»e Chaèlais moderne , le Bas'-Faucigny et (1) Voyez article Veragri, Nôl|cç de rauçienne Gaule. DU FASSACB DES ALPES. a65 le Oenevois y dépendoient des AUobfoges (i)i Ainsi , les villes A'Evian , à^ Tfîhmhj tîé Bonneville et d^Anneci , étoient surieur ler^ riioire. ' . ; ; . M, W. , en plaçant entré Marlîgny e t* Saint- Branchierle défilé que Pôlybe appelleirêïiti^"^ des Alpes, 6a la moûtée vers les Alpéfs , ihri donc emièremént de rAllobrogîe;;Hc^a^^i 'pOuir arriver à cet endroit , Parraée Carthagifibîs'é 'ahï*' roit tra Versé le Rhône à Genève, et sérèh ettiritS chez les ïtehétiens^ puis ,= en traveriahV^ôë fleuve, pour la cinqniènie fôis^ h Saint^Miûi'ice^ elle seroit entrée che2 les f^sntuûîëé^ m^^^t&nl en s'approehant de Mairtigny , elle sèWic 'arrivée chez ïçs f^eragfi^ »' . ' ^ ; ^i ♦ Polybe nous apprétid que dé^trk }K ville âoni Annibal s'empara , que M. W. suppose être SainUBra^chier , Tartuée chemina' p^déttÉ sept jours avant dWrtVer au^oàrimet défe" Al^ésf niais de Saint - Braocltiër JtiàJjtl^àit sdtxirtiet dtf Grand Saint - BéYpârd j il' n^y a q-uè ï8 * à ^A ! milles, distancé qu'une arniée adroit j^a'rcoiirtïé en un jour et demi. Ainsi' donc , puisque F&r-^ niée'càriha^'inoise' faisdit environ lamifl^bar jour, elle auroit non*séUl^ibent^ traVersé là I ; • . : ' , { , . j * < ^ . \ : I (i) Grillet / tom« 1 /p, 260. moni^gne xUms ee$.sept jours,» m^is ellesèroîi fprtie.de la yallee, d'Aoste.^ et seroît arrivé* daps J^si plaip^^ du Piémont, Il est vrai que M. W. suppose que Fanhe'e» ai^.li6ii de suivre le ohemin ordinaire » ravîal ^r se^ pas depuis Ornerai pour entrer dans là yaUee de J^agnes, vis-à-vis de SainvBrancfaier '; il, la faittS^rpenter pendant six jours dans cette 8^çp^4^ Xûj^ee I et dans le^ montagnes inacces^ ^le$ x]<û la réparent de la vallée du Saint-Bei^ iiard : le sixième jour elle descendit à Sainte PifiTéf yyi\\^B, qui, n'est éloigné de Saint-Bran-t e|)ierHq,i|€k ^^ trois lieues ; en sorte que Parméé n'anroit) ^ps le fait , avance que de troi& lieues dam l'espace de six jours , et elle auroit été en«* çQrç, à'J^i^^ likiues du sommet déjà montagne. .,jM.,W^ s'autorise deTiie-Live pour égares aipsi l'armec ) mais il public , ainsi que cet au* leur Fomain , qu'Anqibal étoit accompagné du roi Magilq^ et de plusieurs autres Gaulois cisal-^ pins ) qu; étoient venus exprès des bords dû Fq poi^if lui fiervir dp guides; que ces Gaulois étoipi;^^ ipriemeo^ ii^itérp^és a le conduire par la route la plus courte et l^ plus facile ^ d'ailr ^urs Ço];|f)e,, qui. est lej^eql auteur orjginal sur jpe sujet , pe dit rien qui puisse faire le moins du monde soupçonner qu'Aa^4 9e fut DU PASSAGE DES 'ALPES. aB^ écarté d*iin seul pas de la roule la plus direcié : les suppositions de M. W. sont donc absurdes. Cet auteur , encore moins exact que Tite- Live , cite les voyages dans les Alpes de M. Dessaussure , ainsi que Touvrage de M. Bourrit ; mais en les traduisant en an- glais 9 il en change complètement le sens ^ pour les plier à ses vues. Il y a dans l'ouvrage de M. W. des choses Si opposées à toute recherche judicieuse , si contradictoires avec les deux auteurs qui dé- voient lui servir de guides , que Ton perdroit 80â temps à vouloir le réfuter toutes les fois qu^il s*en écarte. Bien loin de jeter un jour nouveau sur la route d'Annibal , il ne fait qu'épaissir toujours plu» les ténèbres dont Tite-Live l'avoit enve-^ loppée : M. W. avoit Cependant reçu des ins-^ truetiotis du général Melville sur la véritable route qu'Annibal avoit suivie ; mais y entraîné par une imagination désordonnée , il voulut se frayer une route diSereme de toutes celleà qu'on avoit imaginées jusqu'à lui. Sur la descente des Alpes , je me conten- terai de dire que celle du Grand Saint-Bernard^ jusqu'à laïcité d'Aoste y ne présente nulle part un endroit qui puisse coirespondre à celui ou 966 HISTOIRE le chemin avoîi été emporte' par un éboule^ inent de terre , et qu'il fallut absolument ré- parer, parce qu'il n'y avoit aucune possibilité de passer ailleurs. La fable du vinaigre employé dans cet en- droit pour décomposer le rocher , est avide- nient embrassée par M. W. comme une ve'rité incontestable : il traite même d'ignorans ceux jqui en ont douté. Il nous dit qu'un tonneau oa deux de cet acide auroit suffi ; quoi ! suffi poup rendre friable ou réduire en poussière , à plu-? sieurs pieds de profondeur , la face d^un rocher de mille pieds de hauteur (i) el de quelques centaines de pieds de largeur ! Mias, en outre ^ |if. W. ne s'enquiert point si, dans la descente du Grand Sûint-fiemard, il y a des rochers cal** caires,sur lesquels seuls l'action du vinaigre peut être efficace : le fait est que tout est primitif (s). Nous avons vu dans les chapitres I et XIII du premier Livre , que le passage des Alpes çccupoit , suivant Polybe , un espace d'envirOn 1200 stades, ou i5o milles rom«»ias , et se ten- minoit dans la vallée d^jioste ; le passage da Grand Saint - Bernard se termine également * _ Il 1 I I I 1 i m ' i*. (i) Suivant Tite-Live. (12) D'une roche feuilletée ^ quaiHzeuse et micacée. Voyages danales AlpeS; § 984 et 98^. JDU TA88A01B DES ALPES. 367 dads eetie vallée , et précisément k Tendroit oit est située Isl ville d'Aoste : or, la distance depuis Martigny, où M. W. place Tentre'e dea Alpes, jusqu'à j^oste, est d'environ 66 milles; et , d'après l'itinéraire d'Antonio , elle n'est que de 5o milles^ nombre qui n'est que le tiers de celui de Polybc. Une armée auroit donc traversé cette montagne en quatre jours, «au lieu des onze jours que les Carthaginois em- ployèrent a traverser les Alpes } Polybe fait i>ien mention de quinze jours , mais je re- tranclie de ce nombre les quatre jours de repos. Je terminerai cet ei^amen de l'ouvrage àe M. W. en rappelant ce que j'ai dit dans Ka- trodiiction , que le passage du Grand Saint-* Bernard n'étoit pas une des quatre routes <»>nnues du temps de Polybe pour passer de l'Italie dans la Gaule ; que , suivant Strabon , ce passage étoit inaccessible aux bétes de^ charge avant que l'empereur Auguste y eût^ ouvei*t que voie militaire. Il me reste encore à examiner l'argumenl' tiré des inscriptions trouvées à Martigny et j(ux environs du couvert du Grand Saint- Bernard, D^ns quelques-unes de ces inscriptions , on lit les tuots Jopi poenino , au lieu de Jopi a68 lïiSTOîRS pénnino ^ d^oii Pon a conela que les Cartha-- ginbîs avoient passe par cette montagne , parce qu'en latin ils se nprament Foeni- ^c C'est par » erreur , dit M. D'An ville (i) , quoique cette y> erreur soit ancienne , qu'on a attribue' le » nom de l'Alpe pennine à celui des Poeni ^ ou des Carthaginois , en supposant qu'An*- )) nibal ëtoit descendu en Italie par cette mon* )) tagné : ce nom est emprunté (a) du dieu » Peninuê ou Penninus , et non de Poeni. î> M. Dessaussure dit sur ce même sujet (5) : <( Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'on » trouve plusieurs de ces ex^void dans les- >x quels le nom Penninus est écrit par uno^^ )> Poeninus : Y^n si même vu un où l'on lisoit ru Joi/i Poeno. Comme le mot Penninus , dé- yk, rivé du celtique /7^/2 , qui signifie une cbose »t élevée , ne se voit nulle part ailleurs écrit 3!^ par un oe y ces inscriptions , où on le voit >^. écrit de cette manière , ont fait croire à » quelques personnes qu'il signifioit là Cariha'- I) ginois i que \t Jupiter adoré sur cette mon- y^ tagne étoit tin dieu des Carthaginois , et que ( 1 ) Notice de rancienne Gaule » article Alpispennina. (!2) Ihid»^ article yallis pennina. (5) Yojrages dans les Alpes , § 987. ■p BU PASSAGE bES ALPES. ^Sg » par conséquent Ânnibal etoit entre en Italie )) par ce passage , et y avolt érigé un temple à D un des dieux de cette nation. » a Tite-Live réfute cette opinion , qui y même D de son temps , étoit la plus généralement 1) reçue , et il prouve , par de très-bonnes rai- )» sons j qu' Annibal ne prit ni ne dut prendre }i cette route , mais qu'il passa par le Mont- » Cenis (i). Il est cependant étonnant que » Pline , qui a vécu après Tite-Live , ait en- > core soutenu cette opinion. » ^ Je serois donc porté à croire que les ex-- » voto sur lesquels on voit le mot Penninas }> écrit avec un oe , ou même le mot Poenus » au lieu de Penninus y ont été consacrés par » des voyageurs qui croy oient, comme Pline, » qu'Ânnibal avoit passé parle Saint-Bernard , D et que le dieu que l'on y adoroit étoit un D dieu des Carthaginois. » (i) C'est le Mont'Genèvre par lequel Tite-Live fait passer Annibal , comme nous l'avons vu en parlant de son opinion. Son passage de la Durance l'indique , évidemment t celte rivière ne se trouve point sur la route du Mont-Cenis. Il pdroitroit que c'est M. Abautit, dont nous parlerons dans le chapitre du Mont-Genis , qui a induit en erreur M. Dessaussure. Yoyez ^^^9^ de ses voyages dans les Alpes. 970 AlSTOIEB L'eiplicatipn de M. Des5auss»re est très*na- lurelle ; le passage de^ Alpes pennines pe fut connu desRomaÎDS que sous le règne d^Augusle, ou près de deux siècles plus tdrd que Farrivee d'Anuibal en Italie. Lorsque les Romains eor tendirent prononcer le nom de cette partie des Alpes 9 sa ressemblance avec le nom des Car* tbaginois dans leur langue , leur fit croire que jc'ëtoit le passage de Parmée d'Annibal qui le; lui avoit donne' r les voyageiu*s , imbus de la même erreur , cfcrivirent en conséquence le moipenninus avec un o€ dans leurs inscriptions. DU PASSAGE DES ALPES. 27 1 CHAPITRE V. Jtemarquês ^ur Vopinion du célèbre Gibbon et sur celle d^AbauziU V^N trouve dans les œuvres mêlées du pre- mier auteur y une discussion très -intéressante sur la route d'Annibal : elle est extraite d'uû journal de ses lectures pendant son long séjour à Lausanne (i). Le a4 octobre 1763 , a venoit de finir le premier Livre de Cluvier , qui traiie des pas- sages des Alpes et des premiers qui les ont frayes , savoir , d'Hercule , des Gaulois , d'An- nibal , d'Asdrubal et de Pompée, a La discua- » sion de la marche d'Annibal , dit M, Gibbon^ » et la route que prit ce général pour entrer » en Italie , est savante et curieuse. — De » tous les auteurs qui ont parlé de cette route , ï) il n'y en a que deux qqe Ton puisse qualifier ( i ) Œuvres mêlées d'Edouard Gibbon , Esq, Londres, 1796 -, tom. lï, p. 181 - 1^3 ; OM Mémoires de Gibbon, traduiu de l'aDglais, tom. II; p. 98 - 110. Paris. S75I HTSTOIHB y> d'origmauic y et tous les autres n'ont fait que D les copier : ces deux auteurs ce sont Tite- ]> Live et Polybe ; s'ils étoient d'accord , nous )> n'aurions plus qu'à les étudier et à les suivre; D malheureusement ce parti n'est pas possible^ D leurs sentimens sont difierens : il faut opter. » Le premier fait traverser à Annibal les Alpes » cottiennes , c'est proprement le Mont" )) Genèpre , auprès de Turin ^ pour le faire D entrer par ces passages dans le pays des p Taurini ^ ou la plaine du Pie'roonu Le der- D nier le mène par le Sifmmus Penninus , le » Grand Saint-Bernard , dans le pays des Sa^ » lassi i ou le Val d^Aoste. — Dès qu'on D jette les yeux sur la carte , on est étonne' et ]i révolté du détour qu'Annibal a dû faire pour j> traverser le Grand Saint*Bernard , et l'on 3» pense , avec Tite-Live , qu'on général aussi D babile n'auroit jamais préféré une route ]f> longue , difficile , et hérissée de peuples Bar- » bares , qui étoient plus Germains que Gau- )> lois. — ^ Je défère beaucoup à l'autorité de )) Polybe, mais j'en doute. — Concluons donc^ J^ mais avec un reste de sepiicisme , que si le D récit de l'historien latin est plus vraisem*- )i blable y celui de l'écrivain grec paroit pli|s ]» vrai : une seule chose m'arrête. Dans la carte DU 1PASSAGE DES ÀLPSS. ^7$ » de rexpëdilion d'Annibal , par M. D'Anvilley y> ce géographe exact ^ dont les ppsitioos sont )) toujours raisonnées 9 trace s^, tnarôbe à tra-^ » Yers les Alpes cottiennes ; l'aptorîié de ce y> savant , autorité encore plus grande i parce » qu'il a caché les raisons qu'il a eues 9 m'en )) impose et m'arrête. » A Fe'poque (1) où M. Gibbon écrivît cette partie de son journal , il paroît avoir penofaë pour le passade de l'Alpe pennine ^ mais., en j 793, au rapport d'une personne qui enavoil conversé avec lui , il avoit abandonné cette .opinion pour embrasser celle de Tite*Live ^ qui fait passer Annibal par les Alpes cottiennes , le Mont-Genèyre* , L'origine du septicisme et du changement d'opinion de M. Gibbon, vient de ce 1 qu'il n'avoit pris en considératipn que deux pas*- sages des Alpes par où Annibal n'avoit jamais passé , et en particulier de ce qu'il suppose que^ Poljbe conduit Annibal par le Summus Penninus. On doit être surpris que , puisque M. G^ étoit étonné et révolté de la grandeur de ce détour , puisqu'il trouvoit d'un autre côté «l«Hl«aMaVa>k.>W»«>^OTii*«i.««MaMiMSMBiM«MiMVaiMB (1) £a 176S. Il ftvoitalois sGaai. 18 S74 fiis^aïKE (comme il le <îh dans le cours de sa discussion) « qu'il étoit difficile de concilier Tite-Live » avec lui-même ; que les contradictions et les j> obecnrilcfs quPil a semées dans son re'cit em- ]> barrassent les plusr habiles géographes , puis- » qu'il pense que, Tiie - Live a voulu plutôt )^ plaire à l'imagination par une fable roma- ]» nesque, que satisfaire l'esprit par une his* ]> toire vraie et judicieuse » j on doit être sur-* pris '9 dis - je y qu'il n'ait pas soupçonné qu'il devoît y avoir entre le Mont-Genevre et le Grand Saint - Benrard un' autre passage qui pourroit mieux convenir au récrit de Polybe y et qu'il n'ait pas , en conse'quence , fait des recherches sur les voies romaines, et même sur les passages des Alpes fréquentés aVant que les Romains eussent ouvert leurs voies Hiilitaires au travers de ces montagnes. U auroit appris par ces recherches que le passage de l'AIpe grecque , ou du Petit Saint- Bernard y avoit été le plus anciennement fré- quenté , qu'il étoit l'un des plus faciles y que la route traversoit de grandes vallées très- fertiles et très-péuplées y que les Romains y avoient établi leur grand chemin principal poui^ passer de l'Italie dans la Gaule ; que cette routô $'toit si importante pour eux et si passagère , i)tJ PASSAGE B^d ALrâS. A^$ qu^ils avoîent fonde pliisieurs OoU>fn0s 4di3S..Ie^ y allées qu'elle traverse. Si M. Gi|>boU..avoU ensuite comparé toutes Icis parties ilipeette route avec ' Us distandes , Jes.desç^riptioos d^ Polybe et les divers iocidens de la marche d'Annibal ^ il auroit' trouvé là une telle conr forqiîté y que son scepticistiie et son îudeeisioii aurôîent cessé , et qu'il auroit termidé eette discussion gavante et curieuse , cpmine il l'ap- i>elle y par la solution finale d'une question agitée depuis si long* tempsa: Nous ajouterons ici, quoique ce ne soit pas absolument sa place , l'^à^plicatiôa que •M. Gibbon donne de la raisqn qui détermina Tite*-Live à embrasser l'opinion qu'^Annibal àvoit traverse' leé Alpes cotUennes* à même d'entendre une conversation d^An- y> nibal , où ce général avoua que , depuis son y> passage du Rbône jusqu^à sa descente en :b Iialie , dans le pays des Taurini , il avoit » perdu trente-six mille hommes et un grand )> nombre de chevaux. Cette conversation , » que Cinûuft avoit conservée dans son histoire^ fl^0 « HISTOIRE )) ^a fait pencher )a baiaqce , et avôît deter- ^ miii*ë 'Tïtc-Live à rejeter le système reçu j ]f> qui conduisoit Aûnibal eu Italiepar le pays D des Salassi y et non par celui des Tau-^ 7> rini. >» Voici comment M. GibUoti expliqué ce propos d'Aimiba] : (( Annibal, dit^il, vou« » loit donner une idée des pertes qu'il av^t )) essuyées en passant lès montagnes , par les )) combats , par le froid et par la fatigue. Il » commence par son passage du Rhône , et il )) finit par son arrivée daqs le territoire des » Taurini ; c'est en effet dans leur pays et )) par la prise de leur capitale , qu'il commença y> la guerre eu Italie ; il falloit s'y arrêter pour » ne pas confondre deux choses très-diffé- y> rentes , ce qu'il avoit perdu dans les Alpes )) et ce qu'il perdit en Italie. Il n'étoit pas » nécessaire que le pays des Taurini fût le )) premier pays d'Italie qu'il trouva à sa des- )) cente , mais seulement que ce fiit le pre^ » mier où il livra un combat. TiteLive adopte », la première des explications , mais la der- y> nière me paroit très soutenable : elle ôte à » l'historien latin la pretrve qui lui paroît dcf- » cisive , elle se tourne contre lui , puisqu'elle » ne sert plus qu'à découvrir la source de sa » méprise j non-seulement l'autorité de Tite- DU PASSAGE DfîS ALPES. >77 ' D Lîve est réfutée^, mai$ ^Ile $si 4#V9Jite j et » celle de Poiybe subsiste seule ejt sâqs ity^Ie^ Cette copelusîon de M^ Gibbon' est ss^s ré- plique. Le premier jf^,euple qu'A0nib.dlT«AÇpptra à sa descente en Italie fut. t^en le^ S^la^si ^ mais ils habit^iept une vallée qui.faisoiteiiqore partie de. la cliaînq,4çs.A'pes:, ^^t.çç.bç fut qu'^u $prtîr ;d^ cette vallée qii^Anqibpl .^ptr^ pour la première fois dsfts, h^jf^i^w du PiëmPDt; a^ liçu de prendre ]a rpuje. directe de Mils» ) capitale de rinsobri^ ^ S^jp^^rflm d'abord sur Turin pour s'en empotisr ^ et ce fut par la prise de cette viUe 4^s IVurial qu'il coa^Qçaç^ s^ ,qp4ratiLOj^sj milij^ii|es, ,^ft ï^al^e, ^ Dan» IfL .çqnvfr^tipp (|i^^ jCa^t^ AUmei)ltu$ aypit entendue i Appttvi} YMflWs /d^g«ef 1* perte qu'il avoit fait^:p^u4^im.JU'V*ay|^se^des Alp^i et. pour qu'oa ue.la cpqfoodftf as.^vec 1^ pert;es.q4)'îl l^ve^ ItaliQ^'il s'-arfâie.à.Tprin, cf^fom^ ppim ^i^ép^smçu. ,, . M. Abauzit. dans sa dissertation sur le pçssajge des Alpe§ pçr AnnibQl (i)^ fuit le même raisonnement que Gibbon contre l'opi- nion de Tite-Live. /(( Les Taurini, dit- il ^ (i) ŒuTres diyersesde M. Abanxit^ etc.^ tom. 11^ p. i6o. r » » ' }E> fidèfë)' lini Romains , furent bien les [jre^ )> inîérsCi^e 1**1 lalie qui firent tête à Annibal^ D et ^'ejt'dë ic|uoî^ seulement tout le monde V^ cùnH^ioit; -nlaisM nt' s'ensuit pas que dèt » l*ewe^^ mèïù^ ils se* soient trouvés les pre- % mië^af'^î^sa roiitê, plutôt <}ue les Sala^si^ i) liafliltsriis -de la val* d^Aoste. — Aii contt^aire; j» Ahilibbl t>réti[)y bit plus d'embarras du^ o6%i ^ des Àlpes^ habitées pas 1^ Tnurihi , qui t) eussent noient gfitf dé lëilf^* défiles et ne H-'Fëuëse^irpéf^'latsàé p2i$se^', comme il le fit , i) sàt^s r^Utànéte. i) :; Now vi^ywis pai* eè ' i^isOtthémèrit : que M. Abateit pericbdit'pourle Périt Si .-Bértliàhî^ mais dans l^if^éf^fidi^iijotiléés (ï) âf là 'letti'ë^ue lui adressa^lifi^^tfàii te^uiéhiamt le pastsage'cJ^Ah-^ nibat^ Mt'Ab^huntî^H^oitM'SO^ propre' pige+ ment'V pdrottlNlôpter To^nion irop.loog de deiaîller , dît M* De8saussure(i)9 y> les nombreux défilés que l'on passe dans y> cetie route , et de noter combien de fois » les éiranglemens de la vallée et les sinuosités )> de i'Ai'C forcent à passer d'upe rive à FautrOvi) Celte vallée offroit donc de trop grandes difficultés pour que , dans les temps reculés y km Y eut fait passer une route pour traverser les Alpes. La descente du Mont-Cenis , du coté de ritalie , étpit ausM un trop grand obstacle , earle's rochers y sont presque à pic , et ce n'est qu'en taillant le' chemin dans le roc avec un grand nombre! de zigzags, qu'on a pu rendre cette descente praticable, (7est sam doute a cause de ces difficultés naturelles que 1^ route du Mont-Cenis n^a été ouverte que dans des temps modernes , com-!- parés à l'ancienneté de la route du Petit Saint- Bernard ; aussi la première ne se trouve point daqs les itinéraires romains , qui y cependant ^ ont été faits dans les 4/ et 5/ siècles de. notre ère , ou six k sept ^ëcles après l'expédition d'Annibal. La route du Mont-Cenis n'étôît donc pas celle que les Gauloiis suivoient potur descendre , (i) Vp^ages ddJDs lea Àlpe$> tom, UI , pa^, fi4. BU PASSAGS DES ALPES. éSl en Italie , ni celle qn'Annibal , en marchant sur leurs traces , prit pour entrer dans le même pays ; nous ferons aussi observer qu'elle n'é- toit pas une des quatre routes qui seules etoient connues du temps de Poljbe. Cet auteur , en décrivant la route d'Annibal y la même qu'il parcourut cinquante ou soixante années après ^ ne peut décrire qu'une route qui étoit connue de son temps. Nous observerons encore qu'à la descente du Mont-Cenis, il est impossible qu'on pût ren* contrer , ii la fin d'octobre , de la vieille neigt conservée depuis l'hiver précédent ; car , outre que ce passage est plus abaissé d'au moins loo toises que celui du Petit Saint -Bernard , sa descente est tournée vert le sud-est , exposition où la neige fond plus vite que dans celle du Petit Saint -Bernard, qui est tournée vers le nord-est. Les auteurs qui ont supposé qu'Annibal avok pris la route du Mont - Cenis , sont Simlef , Groslé 9 M. Mann et le comte de Stolberg : nous ne parlerons que des deux dernières ,> et nous ajouterons l'opinion de M. Albanis Beau- mont y qui diffère très-peu de la leur. L'opinion de M. Mann se trouve dans une lettr.e qu'il écrivit à M. Abauzit y et qui est in- a82 HISTOIRE séree dans les œupre^ diverses dé ce dernîef auteur (i). La roiite de M. Maqn est assez j^ste jusqu'à Monimeillan , mais ici il prend ]a rouie du Moni-Ceuis : il croit que SainUjean-de-Mau^ rienne fut la ville dont A nmbal s'empara , et que les défilés que Von trouve avant cette ville sont ceux où les Allobroges l'attaquèrent. Ces défilés sont à 60 milles , ou cioq jours de marche des bords du Rhône , et cependant , d'après le récit de Polybe y co fut le jour même ^li'Annibal quitta les bords du Rhône, qu'il se trouva en face du défile par lequel il devoit en^ trer dans les Alpes^ et ce fut dès le lendemain qu'en le passant ^ il fut attaqué par les AlIo«- kroges ; d'ailleurs , les défiles de la Ma mienne n'auroient pas été les premiers qu'Annibal aùr roit passés après avoir quitté le Rhône , puis*- qu'il avoit traversé auparavant la chaîne de montagnes qui fermoit risle des Allobroges , ^t te. fut cependant au premier défilé que ced Barbai^es l'attaquèrent. De plus , la MaUriennè n'étoit pas dans le pays des Allobroges ^ elle «toit habitée par les MeduUi (2). (1) Œuvres dîyerseâ de M.Abauzit, tom. II, p. 178. Amsterdam y 17 yS» (a) Voyez cet article dans la notice, etc., de P'An- ville. BU PASSAGE DEà AÏ.PES. sSS a Âpres le passage du IVf onl-Cenls , Anoibal^ )> dit M. Mann , descendit sur les plaines de y> Rivoli 9 où les montagnes aboutissent tout » près de Turin. » Dans une note de M. Abauzit, à cet endroit de la lettre de M. Mann , on remarque unô méprise sur la routé qui, suivant Sirabon , pas- soit par Je pays des Taurini ; M. Abauzit croît qu'il vouloit parler du Mont-Cenîs y tandis que c^e'toit du Mont-Genèvre , dont la route aboutit également à Turin : la voie romaine passoitpa^ TAlpè cottienne (le Moiit-Genèvre) , et îl n*a jamais passé de voie romaine par le Mont->- Cenis , ce dernier passage étoit inconnu du temps de Strabon. ' Pendant que'le comte de Stolberg suîvoit là route du Mont-Cenis^ entre les bourgs de hti Chanïbre et de Modaney il faisoit les réflexions ^suivantes : * <( Quels furent les moyens qù'Annîbal era- » ploya pour passer ces vallées avant qu'on y S) ^M ouvert des chemins ? Le souvenir de ^ ce grand homme nous anima ; nous contem^ 3> plions les rochers impraticables entre les- ,» quels , lui , son armée et ses élépbans se D frayèrent un passage ; nous contemplions les )) nombreux l)Iocs qui , précipités des hauteurs 984 HISTOIRE » qui nous dommoient , sont épars dans le Ut B , de la rivière. Qui peut dire que ces blocs nç 3) soot pas l'artillerie que les sauvage$ habitaq$ y> des Alpes dechargèrept sur les Carthaginois^ y> quand ils virent , pour la première fois y la ^> saintetcf de la nature inaccessible ainsi pro- D fanée ? Quel héros éibit Annibal ! lui qui ï> commença son assaut sur Bx>me par une » entreprise aussi incroyable (i). » On reconnoitra là sans doute les ei^tases d'un poète , et non les réflexion^ d'un homme qui /ait des recherches raisonnables sur un fait historique. Les auteurs qui ont .mêle du mer^ veiljeux dans le passage d'Annibal , n'ont pa^ réfléchi qu'il devoit y avoir uqe route établie rdepuis long-temps dans les : vallées par les- quelles sop, armée avoit traversé les Alpes;, ils ont cru que cet habile général ^yoit erré à l'aventuré pour chercher un passage y et qu'il s'étoit lui-même frayé une route qui n'e^^istoit pas avant, lui. . , ; ; M. Albanis Beaumont , dont nous avons eu souvent occasion de citer le grand ouvrage sur i««k '' (i) Voyages en Allemagne > en Suisse et en Italie ^ par Fréderic'Léopold comte de Stolberg. Édition an* ,g|o^e; trad|iite de l'allemand ; en a vol. iu*.4.^ ^ loip. I; p. 191. BU PASSAGE DES ALPES. 385 la Savoie^ suppose aussi qu'Aombal remonta la vaUée de l'Arc ; mais , sachant que le Mont- Cénis n'avoit point été fréquenté par les Ro- mains , il conduit Annibal par un passage situé à jl3 milles plus au nord-^st. Pour atteindre ce passage depuis Lans-le-Bourg , on remonte encore l'Arc jusqu'au-delà du bourg de Bes^ sanà , puis on entre dans une gorge très-élroiie^ oii passe un sentier qui conduit dans' la vallée de f^ice en Piémont , de là dans celle de Lanzo^ et ensuite à Turin ; le sentier qni traverse W crête des Alpes n'est praticable que dans la belle saison. « Cette voie 9 dit M. Beau mont ^ » qui n'est guère connue maintenant que par » les contrebandiers, m'a paru, lorsque je l'ai y> parcourue , en 178a , avoir été celle qu'avoit D dû suivre Annibal pour pénétrer dans les D plaines de la Lombardie. La situation to- » pograpfaique de cette même voie , sa direc- )) tion , la distance du sommet de cette partie }) des Alpes aux rives du Pô , et enfin la vue D que l'on a du sommet de cette chaîne de » montagnes , des vastes plaines de la Lom- D bardie , un peu avant d'arriver à Roche-- y> Melon , semblent venir à l'appui de ma » supposition. Comme aucun historien n'a en- 1» core y à ma connoissance , fait mention de Il86 HISTOIRE D ce passage , îl seroît à désirer que Cent qui n s'occupent de ces sortes de recherches y visi"» y> tassent cette partie des Alpes , ce qui ne D sauroit que tourner à Fa vaut âge de l'histoire , )» et jeter de nouvelles lumières sur un st^e( )» qui a occupé jusqu'à présent plusieurs D hommes de lettres très-distingués, y> . Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vir siter cette partie des A.l{)es pour être convaincu qu'Annibal n'a jamais passé < par le sentier de Roche-Melon , et je ne m'arrêterai point à 1^ démontrer : je dirai seulement que ce passage est exposé aux mêmes objections que celui du Mont-Cenis. Nous avons fait remarquer , en parlant de la roche blanche y dans le chaptre 11/ du pre- mier Livre , qu'aucun des auteurs qni ont tm- duit Polybe , ou qui l'ont consulté sur la route d'Annibal , n*a fait attention à cette circons^ tance 9 qui déterminoit la position de ce géué*» rai y lorsque avec une partie de son infanterie , il protégeoit sa cavalerie et ses bêtes de sooune pendant qu'elles montoient au sommet des Alpes. On a cru qu'un rocher blanc ne signifioît autre chose qu'un rocher fort ou découpert ; cependant y cette expression de Polybe étoit BU PASSAGfi BSS ALPES. ùS'J assez remarquable pour qu'elle dût atlîrer l'at<^ teniion ; si Ton avoit refléchi , en même temps ', que les grands rochers de celte couleur sont extrêmement rares dans les Alpes , on aurost fait des recherches pour découvrir dans le passage que l'on choisissoit , un rocher blanc assez étendu pour qu'il méritât d'être nommé j mais on auroit peut-être regardé cette re*- cherche comme ridicule. Il fallut Pbeureux hasard du général Mel-> ville , qui tenoit Polybe ouvert devant lui àa moment où il découvrit la roche blanche y aa pied du Petit Saint-Bernard ; il falloit aussi un observateur aussi exact que M. Dessaussure pournousapprendrequecerocherblancétoitda gypse , qui se trouve la en très-grandes masses^ d^un blanc éclatant ; sans cela , nous aurions pu douter qu'il y eût des rochers blancs dans les Alpe^ : le gypse ne se trouve que dans un très- petit nombre d'endroits dans ces mon- tagnes; il n'y en a point au Grand Saint-Ber- nard , ni probablement au pied des autres passages indiqués par les auteurs : on trouve , il est vrai) du gypse sur la route du Mont-Cenis^ aux environs de Bramant (i) ^ mais il n'y en a (i) Voyages dans le» Alpes, % 1226 et iâ5o. a88 HisToias |M>iDi aa pii^d dupai^ge ; d'ailleurs , il.ipatut qu'il s'ea troiiye eu masses assez cQu^deVables pour alûrer les regards de tout autre c[^ae d'un Iniuéralogiste. Ainsi donc , la roche blanche du Petit Saint- Jkroard , que. l'on auroit pu cou^idérer ^omnie ,une circoDst^uce peu importante , deviept, au contraire, d'une trèstgrande.inipor tance .quaud oft voit qu'elle est particulière àcette montagpe. . Nous avQns déjà fait remarquer que. isi Annibal avpit traversé le Mont - Cepis. ou j(ç ;Mont^il&uèvre , il seroit arrivé > à sa descetAe i4e^Alpes , dans le pays des Tawini ^.^^t comme lé passage du Mont-Cçnis est plus .rapproché de Turin que celui du Mout-Gpr jièvre 9 l'armée carthaginoise , au hput !^^ quatre jours qu'elle mit à descendre Je^: ni>Q6e tagnes , seront arrivée et j^ seroit campé awL environs des villages de Saint - Ambroiae ^ de Jlpigliano et de Rivoli : ce dernier village n'est plu^ qu'à deujt Jieues de Turin. . Les Taurini , qui faisoient alors la guerre aui Inaubres,, les futurs alliés des Caithaginois , n'auroient pas manqué, pour attaquer ceux-ci, de profiter del'éiatr de foiblesse et de débbrer ment auquel la faim et les fatigues les avoient réduits ; cependaut uous voyons que l'armée r h DU PASSilOE BBS ALPES. 1i%Q carthaginoise n^ fut nnlleitieni iiiq^tée pea- dâpt lesloya k se renoetire y et ce ne fut qu'après qe. temps .qu'Annibal invita les Taurini à faire une al des Insubret. » Cette phrase, est sqppriàitée parTite-Live, parce qu'il: croyoit que le pre- tnier . peuple * qu'A];ioibal avoit rencontré | sa descente des Alpes étoit les TVii/^r^'j mais l'autorité de Polybe , ^ui avoit fait la mémo route j doit «être préférée , et la route ' ^C0 gëliëral , à sa desôente dés Alpes ^ csimpa donô aux fetotirons de la ville d'Aoste ,iét ce né fut q%Vaprès la prise de Turin ^u^ entra j^eHemenl dans le paysrdes In8ubre& ^ m^h f ééTi% la première phrase ci lee de Poljbe , cet auteur vouloit ^ en nônnndfnt ce peuple , indi-* <|uer la route qu'Annibjal avok prise, à moins qilie , de sou temps , l'on ne comprit aussi sous }e nom À^In&ubren , les habitons des peines qui sdnt ènti'e la *Daria Baltea et le Têsin ^ ce cpn est très - probable , puisqù'au' moment dé Farriiee d'Annibal en IfaHe , les Taurini faisoîent la guerre aux Insubres , ce qui sup-» posé ïj'ii.e cesf deux peuplés étôîent limitrophes ; êri sorte qû^Anrrihal: , au sortir de la vallée iPAoste ^' seroil entre dân^ le pays des Insiîbrea^ iÔL BIT PASSAGE SEA' ALPES. S^f ■ .■■'•',. . . I CONCLUSION. ^ ' , > 4 i < L^ES^AivtEN que noué venons (fâchév^ , des* cinq différentes routes par lesquelles on a volt îTupposé qu'Annlbàl a'voit traversé les Alpes |' confirme donc que celle du Dauphine septen- tlHional , de la T^ranlaîse et du Peiif Sàint-Ber- ftard 5 telle 6ue nous Pavons de'ieitminëe Ôan^ toute son étendue , est la seule quï s'accorde at1?ec rhis^toîré de Polybè , et que ce fut celle que suivît l'armée d'Annibal. II y a long-te^ps' qû*où en auroit fait la découverte d'une ma- liière certaine , si ceux qui se sont occupés de Cette recherche , au Keù de se laisser égarer^ j^aV Tke-Live , avoîefat donné une attentioa Suffisante aox i^enseighemens de Polybe ,*quî iàm si précis Tju'en les suivant scrùpuleusé- itit'ùX y otf n'auroit pas lïiadquë de trouver la route qu'on cherchoit. * Par' exemple ,' ia marche de^ i4oo stades ^e lorlg dilfthône^Coiïipiée depuis le lieu du pas- sage dé ce fle'nve V étôit une donnée si positive' qti^ellè àurolt conduit nécessairenlent à ce point împorràbl que Poh'be appelle la montée vers les jilpeSy ou Ventrée des Aîpps y on se seroit uôuvé la sur oue des pla^ anciennes routes df 9Cj2 HISTOIRE l'Allobrogie , sur la principale voie rqmaioe qui çpnduisoit de l'Italie dans la G^ule par VAlpe ^r^c^e/^; il auroit suffi de vérifier si cette route convepoit aux divers incideos de la marche d'iVpuibal y tels qu'ils sont décrits par Polybe : on auroit bientôt aperçu leur accord parfait ^ et on auroit été en même temps convaincu que riiistorien grec ayoit parcouru cette route pour s'assurer par ses propres yeux , comme il le dit lui^niême , de la vérité des rapports que lui avoient faits des témoins de l'arrivée d'Annibal en Italie. Saps cette précaution de Polybe , qui carac- térise rhistorien éminemment scrupuleux et, exact ) il lui eût été impossible de dépeindre avec autant de vérité et de précision qu'il l'a fait , les localités et les divers incidens qu'elles firent naître ; il lui eût été impossible surtput de faire preuve d'une connoissance aussi exacte des distances. Si ce fidèle et judicieux historien revenoît au monde , et qu'il vit combien toutes les peines qu'il s'est données pour ne laisser rien d'incer* tain sur la route d'Ânnibal, ont été inutiles, il demanderoit à quoi servent tous les progrés que les modernes ont faits dans la géographie* Il seroit surpris qu'au milieu de ces progrès ^^ BU PASSAGE DES ALPES. agS et avec les données qu'il fournissoit pour ne pas se tromper , on fût toofibé âans'iin i\ grand nombre d'erreurs ; il verroit que l'exactitude et la justesse d'esprit sont des q.uaK tes aussi rares à présent qu'elles l'e'toient de son temps j il seroit étonné (ju'un Ëcossois (le général H^l^ ville) , un habitant de la Cale'donie , de ce pays le plus reculé des pays soumis par les Romains^ eut résolu cette question si souvent agitée sans succès , question que les babitans des Alpes et des pays qui sont à leur pied , que les milir- taires iném'e'qm ont fait -la guert'e dans ccks pays, àvoieùt été hors d'état de résoudi'e; > FIN. ■ ■ , t « • 4 •• • » • •/ V *■ 1.' \ " j CcviiiiMB plusieurs de mes lecteurs pour- rbient crdire que les vallées des Alpes ont cpouv^ quelque changement par FefiPet de^ fôrtrens, depuîiî î'^poqué du passage dé* i'Âïhïëè^^ carthaginoise/ et ^q nos des- crîptîôds ppurroient ne pâ^ convenir a ces tempsria , il ne sera pas mutile d ajouter ICI un mémoire, oui a ete lu a la oociete 817 ,danj5 lequi^l )€i .fais, yQïr:qiie^ depuis qi^'^l y fi des rivières, ces vallées n'ont point change d'une manière notable. Les exemples sont tire's de quelques vallées dont nous avons eu occasion de partèif , et en particulier de celle d'Aoste, qui se trouva sur la route d'Annibal. PE L'EFFET DH;S JORRENS SUtt LES ROCHERS, ÇuiYi de .quelques R^e&iom sur lies passager étroits des Ri? ièi*es dans les chaînes de montagnes* E- • . •••>-. N traversant deux fois les Alpes , cette soïj pfte.(i)i par le Mont-Çenis et par le G^t^iid fiaintnBçfuard , j'ai examine .quel, épit le.;i^^ff r^Va)>Ie; effet des eaux courantes s\ir lesrochefs, Cour ceiÇa^ fai regarde? av^c attention \e^ e^j dri>its, qà les torrei^^ passent s^pr, et .entri^ Ie[§ rochers. J'ai vu que l^ur seul, effet é^oitxdeje^ polir ,, et, d^Vrondic je^rs aspérités ; que le;$ rochers pu l^s çaux pe pepvent pas ^^teîndrfs conservent Içurs ii;iegalîte^ et leurs arrêtes vives;. Si un torrent s'é^qit.abai^é. grad^eU^ipent.e^ çreusapt son lit,, les rochcy-s de part et d'autre devroîent avoir Jeur surfaae , polie et ai;rOndlQ jusqu'à upe.gr^nde haUjteur, ce qu'on n'ob- serve point. On c|-oira pe.ut-êtrç que ces sur- faces se sont d^tér^Qfç^s, depuis lors, n^ais les (i) En Juin iSi/.. ■^^ 396 BB iJefwët des torrens surBicés |>oliës sobt cèHes qui r^sîsteàt l6 pKm aux injures de l'air; quelle cause d'ailleurs aa« roit pu changer la surface polie et arrondie d^ua r<>cl>er; dur , en aspérités et en arrêiesf vites ? Aiifist donc les aspfirités que Pou o|>serve au- dessus de la ligne la plus elevëe où le torrent peut atteindre , /sont aussi anciennes que les dechiremens qui séparèrent les rochers, et sont antérieures aux premières eaux qui formèrent des courans. '^'^p peut faire ees observions le long du Cëârs de FArc^ dans làMaurienne, et surtout entre Saint-Michel :et Modane. On voit là ce torrent impétueux dominé des deux côtes par de hautes montagnes, et borde de rdchersi. Ceux de ces derniers qu'il peut' atteindre en temps Ordinaire , ont leurs surfaces polies , et leurs ine'gaKtés arrondies : il en ^st de même des gr6$ blocs qui obstruent so'iï lit^'èt sur lesqaels ses eaux écument et se brisent, mai$ )ès f^oebers les plus élèves conservent leurs aspérite's. C'est là que nous pouvons étudier ce iq[Qe les courans rapides peuvent faire dans t'espace de plusieurs siècles sur des rochers durs qui^ ne se décomposent point : nous voyons cerabie» leur effet est minime. Entre le glacier des Bois et celui d^Argeiir; ,3 ] m SUR LES nOCHERS. 297' tiërés , dans la vallée de Chanaouni , le lit de l'Arve est encombre de gros blocs de granit ^ aussi anciens que ceux qui sont épars sur les montagnes calcaires : les eaux de ce torrent ont donc coulé entre ces blocs depuis qu'S existé des eaux courantes. Cependant leurs côtés né sont rongés que de quelques pouces, et cet effet doit être attribué principalement au frottement du sable et du gravier que l'Arve charie dans ses grandes crues. Près de Saint -Pierre y en Valais ^ à la des*- cente du Grand Saint-Bernard y la Drance passe dans une crevasse entre des rochers à pics \ fréquentes dans les vallées des Alpes , furent formées non par les torrens ^ mais par des déchireracns, des ruptures , des séparations 5qo de u'jeffbt des torrbns violentes dés rocbers, à Fépoque même des révolutions qui bouleversèrent la surface dé la terre , non pour y faire régner le désordre et la confusion , maïs pour produire la varie'te la plus agréable y et la disposition la plus propre i rendre la terre habitable pour une multitude d'êtres vivans. Les eaux profitent de ces cre-^ Tasses pour s'écouler , et sans ces ouvertures plusieurs vallées ne seroient que des lacs qui priveroient les hommes d'un terrain précieui^ pour la culture; car c'est une remarque gé* nérale et bien intéressante, que sans les ca-* tiaux préparée pour les rivières et les fleuves^ il y auroit de grands espaces couverts d'eau ^ qui servent maintenant de patrie à des peuples nombreux. i La belle et riche vallée de Taninge et d.e Samoën, à Torient de Genève, ne seroit qu'up lac y sans le passage étroit et profond par Ic'*- quel le Giffre s'échappe pour entrer dans la Vallée de l'Arve. Sans les défilés de Cluse et de Saint-Mau- rice , où l'on diroit qiie les rochers se sont séparés exprès pour laisser passer l'ArVe, et le Rhône, les vallées supérieures seroient de longues étendues d'eau inutiles aux hommes. Si le Vouaché ne s'étoit pas séparé du Jura SUR LES rochï:rs. 36 f au passage de FEcIose , U^ superbe bassin ée Genève seroit enseveli sous les eaux ; elles s'é* lendrolent jusqu'à la base des montagnes, pêne- treroient dans toutes les vallées,, et une nom- breuse population seroit privée de Texis-. tence. N'est-il pas étonnant que dans la mul- titude de valées qui sillonnent les Alpes, il n'y en ait aucune de fermée, et qu'il n'y ait de lacs de quelque étendue que dans les fonds dont le niveau est au-dessous de tout le pays environnant^ et d'où,, par conséquent, il étoir impossible de faire écouler les eaux ? . A ces exemples , pris chez nous , nous en ajouterons un autre encore plus frappant , choisi dans un autre pays : c'est celui de la Bohême , qui seroit un vaste lac d'eau douce si l'Elbe n'avoit pas trouvé un passage profoiid au travers des montagnes qui séparent ce pays, de. la Saxe. Ce passage est une vallée éton-! Dante par la variété de ses aspects ; elle coupe une chatne entière de montagnes de hauteurs très- variées, et ouvre ainsi une issue suffi- sante à un grand fleuve/, formé par la réunion des nombreuses rivières de la Bohême (i). (i) Geolical trayels, par L A. De Luc. iSiS.^ jp, f 88^ 8oo. Londres. 3oa DE l/fiFPET DES TOHRENS Le Dîarbékir, daos PAsîe occîdôntale , nous oHre un exemple semblable. C^est une grande Taille, ûu plulôt un pays de forme efliplique, entouré de montagnes , et entrecoupe' de plus de hmt rivîcres , qui se réunissent an Tigre. Ce fleuve sort de ce pays par un défilé qui parott plus étonnant encore que celui de TËlbe : il est borde d'escarpeméns très-élevés^ sur- montés de hautes montagnes, en sorte qu'il ne reste aucun passage pour les voyageurs le long des bords du fleuve (i). Qui ne voit ici la main ^de Dieu , prépa- i^ant d'avance , dans le sein de la mer , les nouvelles habitations d les vallées : c'est par lui qu'elles se pro- » mènent entre les monts. » (i) Psaume io4y r. 8 et lo. FIN, jye^JàUù iéelm/. J\ 3ur^la/uÙ 'JfA4^ ■** ■. f V ti :*^y1^ I u